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Certains soirs … 24 mars, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Humour , trackback

Certains soirs, dans les rues de nos petites villes de province, on peut apercevoir des personnages insolites qui pressent le pas.

Ils sont composés pour l’essentiel d’un costume sombre, d’un attaché-case et
d’une convocation. Beaucoup arborent un noeud-papillon noir qui souligne l’austérité silencieuse de ces quidams furtifs et sibyllins.

Le pharmacien est d’avis que dans cet appareil ils ne se rendent pas à des obsèques car il est trop tard, ni à une nuit de galipettes et turpitudes,
c’est trop tôt. Où vont-ils donc ?

On voit bien par là combien les énigmes provinciales sont déconcertantes.
Nos ténébreux marcheurs pénètrent les uns après les autres dans un
café-restaurant qui paraît être une étape obligée sur la route menant à
leur mystérieuse destination.

Près du comptoir se tiennent d’autres quidams, tout aussi sombre- ment
vêtus, d’autres attaché-case, d’autres noeuds-papillon.

A l’entrée des nouveaux arrivants ce ne sont qu’embrassades, étreintes,
contentements ostentatoires, chuchotements complices.
Et regards qui en disent long.

Derrière son comptoir l’Auvergnat, les paupières en berne, essuie les
verres.

A présent ils parlent de la pluie et du beau temps. Surtout de la pluie.
Pour eux il pleut toujours. Et la salle est humide, même quand il fait
sec.
Au point qu’ils parlent à mots couverts, comme pour ne pas se mouiller.

Sûr qu’il y a une histoire d’eau là-dessous. Heureusement le commerce
n’en souffre pas trop car la plupart d’entre eux n’en boivent pour ainsi dire
pas.

Ils ont une manie qui consiste à se faire passer pour une famille
nombreuse avec des mon frère par ci, mon bien-aimé frère par là, des Oh mon parrain!
et des Ah! mon filleul … Et ta soeur ?

Pour l’Auvergnat c’est sûr, ces bougres essaient de brouiller les pistes.

D’accord, ils ne sont pas tellement plus parfumés que certains
autres, mais ils s’embrassent tout de même davantage. C’est la bande à
bisous.

Autre indice : ils parlent souvent de frangines, et également d’une dame
veuve de son état, et dotée de nombreux enfants. En attendant personne
n’a jamais vu un seul d’entre eux en compagnie d’une femme ! Les soupçons
de l’Auvergnat se précisent : il se demande si par hasard ces Messieurs ne
seraient pas … ?

C’est qu’il y a des détails qui ne trompent guère. Dans cette bande à
bisous se trouve un colosse barbu avec des poils noirs dans les oreilles et qui
doit travailler dans une tuilerie. Le mois dernier le barbu se lamentait en
farfouillant dans sa mallette : on lui avait embarqué son sautoir et ses
bijoux.

Est-ce que les Auvergnats barbus avec des poils noirs dans les oreilles
portent des sautoirs et des bijoux, on vous le demande ? Et pourquoi
pas des porte-jarretelles pendant qu’ils y sont ? Mais au fait, sait-on jamais ?

D’ailleurs ils s’intéressent de près à des jeunes apprentis. A voix basse,
ils leur parlent de lacs d’amour et de houppes. Et aussi d’attouchements. Et
s’il n’est pas encore question de fouets il est question de chaînes, des
chaînes d’union qu’ils disent. Ben voyons. Certains vont même jusqu’à
vanter leurs attributs. Si, si, leurs attributs, parole d’Auvergnat !

Tout ça n’est pas sans conséquence sur leur santé bien sûr. A voix
basse ils disent que certains sont atteints d’une grave maladie, la cordonnite
aiguë.

Mis à part celui qui est dans les tuiles on ignore ce qu’ils fabriquent. Il
est souvent question de décors et de métaux. Ce qui est sûr c’est que
plusieurs d’entre eux sont des menuisiers, mais pas des plus doués, car
quand il est question de planches, elles sont toujours trop longues.
Ou trop courtes, mais là c’est plus rare.

Dans leurs ateliers, pour mesurer leurs planches ils ont des mètres. Et
plus bizarre, ils ont aussi des grands mètres. L’Auvergnat est méfiant :
cette histoire de grands mètres n’est pas claire. En Auvergne les mètres ne
sont ni grands ni petits, ils mesurent un mètre, un point c’est tout.

Leurs planches sont en bois d’érable. Vieux, sec, et au mètre, toujours
du vieil érable au mètre. Pour leurs apprentis ignorants le conférencier
termine toujours par : « J’ai dit : vieil-érable-au-mètre ! « 

Ils ne sont pas racistes, ah ça non. Ils ont même leurs travailleurs
immigrés. Surtout des vieux Écossais.

Des anciens qui sont bien acceptés. Ils n’ont pas la jupette, et ne
jouent pas de cornemuse mais on voit qu’ils sont Écossais à ce que, bougons,
ils revendiquent tout le temps des augmentations de salaire.

Avant dix-neuf heures arrive le chef. On reconnaît le chef à sa
mallette qui est plus grande.

A voix basse il demande : Avez-vous les épées et le bandeau ? Ils
répondent par un signe de tête.

On a beau avoir un beau-frère aux abattoirs de Saint Flour ça fait tout
de même froid dans le dos.

En silence ils s’en vont à la queue leu leu.

C’est pour ouvrir leurs « travaux » à ce qu’ils disent.
L’Auvergnat a ses idées là dessus.

Des travaux pour lesquels il emportent des gants en coton. Ni vus ni
connus, pas d’empreintes.

Un peu avant minuit ils reviennent pour souper dans la salle du premier
étage, où ils s’enferment comme des conspirateurs. Ils amènent avec eux
deux commissaires-priseurs. Ceux là ordonnent à tout bout de champ de
charger des colonnes de « poudre blanche ». Suivez mon regard.

Ensuite ils frappent comme des sourds à coups de maillets sur la table.
Et de recommencer une autre adjudication de poudre blanche dix minutes plus
tard.

Ils ne se séparent jamais de leurs mallettes. Ils doivent négocier de
grosses quantités. C’est stupéfiant.

Ce qu’il font ensuite, on vous le donne en mille : ils lèvent le coude
à la santé de qui … du Président de la République !

Et ils se méfient les bougres, ils ne laissent jamais la femme de
l’Auvergnat assurer le service : « Posez ça ici, laissez faire les
jeunes, les apprentis sont là pour ça. »

D’accord, mais certains de leurs « jeunes » ont la cinquantaine, il y a
même un apprenti qui trottine vers les soixante-dix. Et auxquels les autres
répètent que quand on a trois ans et qu’on ne sait ni lire ni écrire on
doit servir sans broncher et avec le sourire ceux qui en ont sept.

Là l’Auvergnat gratte son crâne : il a du mal à suivre. C’est sûr ils
brouillent les pistes.

Drôles de jeunes, d’ailleurs, qui feraient, si on comprend bien, des
réflexions dans les cabinets. Des réflexions au vitriol.

C’est comme pour leurs bols. Ah ! leurs bols … Alors qu’ils prennent
le café dans des tasses comme tout le monde, ils sont toujours à chercher
leurs bols, leurs cinq bols. D’ailleurs pourquoi cinq bols alors qu’ils sont
plus de trente ?

Cette fois l’Auvergnat n’a plus de doutes : ils- en-sont !
Et pour mettre du beurre sur les épinards ça trafique dans la drogue.

D’ailleurs ça cause toujours de l’Orient et on voit bien que tous n’ont
qu’une idée en tête c’est de s’y installer.

Malgré le danger. Le mois dernier ils racontaient qu’il y avait
tellement de monde à l’Orient que ça s’est effondré : 47 disparus dans le trou. Trois apprentis, qui à ce qu’il semblerait, étaient assis sur des colonnes,
ce qui les sauva sans doute, se précipitèrent courageusement pour appeler le
Samu.

Comme dans la mafia, avec leurs parrains ils ont leurs règlements de
comptes. Prévoyants ils préparent les cercueils : ils obligent même
leurs victimes à rédiger un testament devant des crânes et des ossements.
Dans une mallette il y a une corde à noeud pour les encolures des fortes têtes.

Un porte-glaive les accompagne, un méchant qui semble toujours prêt à
décapiter les traîtres.

Décapitations… décapitations… L’heure est venue d’en parler dit le
chef.

En entendant des capitations personne n’a plus envie de rire. Tous
sortent leur chéquier et signent sans broncher. Ils savent ce qu’ils risquent,
leurs allusions à peine voilées à un Ecossais « rectifié » dans une rame du
R.E.R. ne laissent aucun doute sur la froide détermination du chef et des
parrains.

Allons, faudrait pas prendre l’Auvergnat pour un demeuré. Leur poudre
blanche c’est pas de la farine et leurs voyages ne sont sûrement pas organisés par le Club Méditerranée.

Et quoi qu’en dise sa tante, l’Auvergnat, lui, sent bien que ces gens-là
n’ont rien à voir avec l’Armée de Libération des Nains de Jardins.

C’est autre chose, c’est plus important, mais c’est quoi au juste ?
La femme de l’Auvergnat se ronge les sangs : l’homosexualité ça
s’attrape ou c’est héréditaire ? Et sans femmes ils se reproduisent comment ? Et
leurs drogues ? mais que fait donc la police ?

Quoi que… quoi que… ce sont malgré tout de bons clients et dans le
commerce il faut comprendre.

D’ailleurs ils sont très bien habillés. ils causent toujours de leur
tenue.
Et modestes avec ça : ils portent leurs médailles et décorations à
l’intérieur de leurs mallettes.

Ils ont de hautes relations. Ils invitent un député, des officiers
provinciaux. Parfois, vient prendre la soupe aux choux avec eux, un
Prince : le Sublime Prince du Royal Secret, qui habiterait à Paris, avenue de
Villiers.

Ce doit être un sportif malchanceux car il est toujours trente-deuxième
au classement général.

Moralité, nous avons sur l’Auvergnat et ses certitudes,
fondées sur le bon sens et l’observation, un avantage considérable :
nous savons que l’Auvergnat se trompe énormément.

Et comme l’a dit le philosophe  » Si tous ceux qui croient avoir raison
n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin ».

Il nous reste à la chercher, inlassablement, à défaut de la trouver.

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Commentaires»

  1. Je me suis régalée !!!!
    Bravo à l’Auvergnat qui ne manque pas d’esprit d’observation à défaut de celui d’analyse.

  2. bravo quelle courage de mettre se article sur internet mon epoux et chez la stricte observance templiere avec des rites ecossais rectifie et depuis quil fait partie de se clan il est devenue tres bisarre ont peu dire fou

  3. C’est joliment imagé, la poésie féminine n’y est pas étrangère. Pour les auvergnats je n’ai que reccomandation à faire :
    Brice Hortefeux vous surveille….

    Salutations Fraternelles

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