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Le chemin .. 30 juin, 2008

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Le Chemin

 

 

 

Le chemin .. dans Contribution chemin_de_lumiere_2

 

 

Beaucoup de gens me demandent si ils sont sur le bon chemin,

c’est une question qui revient sans cesse.

Les doutes, les peurs de se tromper de voie,

de faire des erreurs assaillent l’esprit en quête de vérité.

 

Mais qu’est-ce que le chemin ?

 

Le chemin n’est-il pas celui où vous vous trouvez à l’instant ?

Comment pourriez-vous être hors de votre chemin ?

Votre vie, les circonstances de votre vie, c’est cela votre chemin, c’est pourquoi

il existe autant de chemins que d’individus et personne ne peut vous dire

de suivre le même chemin que lui.

 

Votre vie vous met en relation avec les événements les plus propices à votre

éveil et cela avec toute la patience et l’amour de la création.

On a tout le temps qu’il faut et rien ne presse, pourquoi d’ailleurs être pressé

d’atteindre un but, pourquoi cette impatience à désirer autre chose que ce qui est là ?

L’impatience ne fait que créer de l’anxiété et on se prive de goûter la joie de l’instant.

Tout a un sens et rien n’est là par hasard, tout ce qui se présente à vous est ce qui

peut vous arriver de mieux dans le moment présent, même si parfois

c’est difficile ou douloureux.

Les expériences les plus dures à vivre sont toujours des occasions de nous

remettre en question et de regarder en nous même ce qui se passe.

Ce que l’on considère comme erreurs sont en fait des passages

de notre vie qui mettent en lumière nos fonctionnements,

nos rapports avec les autres et avec notre environnement.

 

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On est toujours en train de désirer autre chose que ce qui est là
et on place notre salut ou notre éveil dans un devenir futur.

C’est une croyance de croire que l’éveil arrivera après

avoir travaillé et travaillé encore et que cet éveil arrivera

demain ou après-demain, dans un an ou dans 10 ans.

L’éveil ne s’est jamais produit et ne se produira jamais demain,

dans une heure ou dans 10 ans, l’éveil c’est maintenant,

l’éveil se produit toujours dans l’instant présent,

dans cet unique présent.

Tant que l’on attend qu’il se produise,

le voile ne se déchirera jamais.

On passe notre vie à attendre toujours autre chose,

la semaine on attend le week-end et ensuite on attend

les vacances et ensuite une soirée entre amis et on attend

toujours et lorsque arrive le moment de goûter à la joie de l’instant,

on attend encore autre chose, mais la joie c’est maintenant,

ce n’est pas demain qu’on la ressentira, lorsqu’on ressent de la joie,

c’est toujours dans l’instant présent.

 

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Pourquoi vouloir atteindre un état particulier,

pourquoi désirer s’éveiller ?

Tant qu’on entretient de tels désirs, on est dans le devenir.

On n’a pas à devenir ou à grandir, on est déjà cela, on est

déjà l’infini silence d’amour et cela se révèle lorsque

l’on abandonne tout désir de devenir autre chose

que ce qu’on est à l’instant.

Voir, observer et ressentir.

Etre totalement présent à ce qui est là en cet instant.

On aura beau travailler très dur inconsciemment à conserver

notre identité, une image de nous même ou notre ego,

la lumière de notre présence silencieuse fera irruption

d’une manière ou d’une autre.

Pourquoi être pressé ? Croyez-vous en être à votre première vie ?

On a tout le temps qu’il faut et on a toutes les vies qu’il faut,

rien ne presse.

Cette vie n’est qu’une page dans un roman infini.

On est ici pour goûter à la vie terrestre,

pour explorer et découvrir, explorer comme un enfant

qui va à la découverte de son environnement,

ses découvertes l’émerveillent, ses yeux brillent de joie

et même si il chute, si il trébuche, il se relève

et repart le coeur heureux.

 

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La voie ou le chemin ce n’est pas seulement adhérer à une religion,

à un mode de vie, à une technique ou de suivre des enseignements.

Cela fait partie de votre voie, mais ce n’est pas la voie.

La voie c’est votre vie dans son ensemble

et vous y êtes en plein dedans.

 

Observez comme toutes les voies qui sont proposées sont restrictives,

on vous demande de faire ceci et cela, de ne pas faire ceci ni cela,

de faire comme ci et comme ça,

alors on fait gentiment ce qu’on nous dit

parce qu’on « croit » qu’ils savent ce qui est bon pour nous.

Oui bien sûr, des effets se font ressentir,

on peut également développer des « pouvoirs » qui vont

satisfaire notre ego et créer une « belle » image de nous même

à montrer aux autres.

Mais l’éveil dans tout ça ? Quand est-ce qu’il survient ?

Après des années et des années de pratique ? Ou peut être jamais ?

En tout cas c’est toujours pour plus tard et

on passe à coté de l’essentiel.

L’essentiel est là, dans l’instant présent.

 

Alors pratiquez pour le bonheur, pour la joie, mais n’attendez

rien d’autre de cette pratique que ce qu’elle

vous apporte à l’instant.

 

Soyez heureux et détendez-vous, tout est en ordre dans l’univers.

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http://www.eternelpresent.ch/index.html

GNOSE … et EGLISE GNOSTIQUE

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GNOSE … et EGLISE GNOSTIQUE

 

 

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GNOSE ... et EGLISE GNOSTIQUE dans Chaine d'union pdf dictionnairegnostiques.pdf

 

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Protégé : Le sacrifice au grade de 18° – 18° - 29 juin, 2008

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Zoroastre

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Zoroastre

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Zoroastre a vécu il y a 2500 ou 3000 ans. Les dates de 628 à 551 avant J.C. ou 630 à 550 ou 660 à 583 sont souvent avancées, d’autres auteurs parlent de 800 à 1000 avant J.C.

Zoroastre a été un instructeur spirituel iranien de haut niveau, avant Bouddha, Confucius et Lao Tseu.

Il est connu comme Zoroastre, nom grec signifiant astre d’or utilisé par Platon qui l’a fait connaître en occident ; il est aussi connu sous le nom de Zarathoustra ou Zarathustra ou encore Zarathushtra c’est-à-dire celui à la lumière brillante.

Sa famille habitait le nord est de l’Iran (alors appelé Perse), dans une région montagneuse. Jeune prêtre, il a eu des révélations d’Ahura Mazdah, le Seigneur Sage, régnant sur la création entière, recueillies dans les Gathas, partie du texte sacré Avesta. En ce l’an 2006, il y a encore des loges Zoroastrienne à Paris. (Les piles MAZDA, bien connus, ont étés fondée par un Mazdéen !)

Doctrine

La doctrine proposée par Zoroastre (zoroastrisme ou mazdéisme) a mis beaucoup de temps avant de se répandre, par suite de l’opposition des prêtres des cultes existants.

Zoroastre a condamné les rites et les sacrifices traditionnels offerts aux dieux par les Perses, rétablissant la pureté de la doctrine et du culte, altérés par de mauvais prêtres; mais il a gardé la tradition du culte du feu.

Il a indiqué que seul Ahura Mazdah était digne de vénération. Un des fils d’Ahura Mazdah, Ahriman, ayant opté pour le mal, la dualité est née entre l’Esprit Saint (Vohu Manah, la Bonne Pensée) et l’Esprit Mauvais (Angra Mainyu).

La profondeur intellectuelle de son système a exercé une grande influence sur les doctrines judéo-chrétiennes (influence mentionnée dans le Manuel de discipline trouvé parmi les rouleaux de la mer Morte) et sur le plan philosophique en occident :

· en Grèce, sur Platon notamment,

· en France, sur Voltaire,

· en Allemagne, sur Nietzsche, comme en témoigne son essai Ainsi parlait Zarathoustra (dualisme éthique opposant le bien au mal) mis en musique, soit dit en passant, par Richard Strauss.

Le zoroastrisme ou mazdéisme

Aujourd’hui il existe environ 100 000 fidèles, les parsis (venant de Perse) en Inde, aux USA et en Europe essentiellement.

Le rituel du feu sacré est au cœur de toute cérémonie mazdéenne. Le feu sacré est conservé à l’abri du soleil et des regards impurs dans les « Temples du Feu », dont le plus important est situé à Bombay. A Paris dans temples Mazdéens, brule une petite flamme éternelle, dans un encensoir rouge.

Les zoroastriens admettent une vie après la mort et un jugement des âmes, chaque être humain étant jugé selon ses mérites. Si les bonnes actions l’emportent sur les mauvaises, l’âme monte au ciel par un pont au delà duquel l’attend le Seigneur de la Lumière. Dans le cas contraire, il s’agit d’une descente en Enfer. Lorsqu’enfin l’Enfer lui-même sera purifié, le royaume de Dieu s’installera sur Terre.

Les morts ne sont pas enterrés ni incinérés mais laissés aux vautours.

La doctrine de Zoroastre s’est transmise oralement puis un ensemble de textes, l’Avesta, a été écrit.

Compléments :

Suivant la légende Zoroastre avait atteint la quatrième initiation (en fait à mi-chemin entre la 4ème et la 5ème). Âme de 4ème rayon, Son corps mental était sur le 4ème rayon et son corps astral sur le 6ème rayon.

A.v.S.


Bibliographie

« Zarathustra » de Lionel Dumarcet, éditions de Vecchi

« Le grand livre des religions du monde » sous la direction de Peter

Clarke, éditions Solar

« Les livres sacrés » de Fernand Comte, éditions Bordas

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LA TRADITION

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

LA TRADITION

 

Quand on entend des villageois, ou les membres d’un groupe folklorique parler de tradition, on a l’impression qu’il s’agit là d’une relique qu’il faut de temps en temps ré-exposer et célébrer.

Mais la tradition n’est pas dans les choses du passé. Ce ne sont pas les coutumes abandonnées, les rites désuets. La tradition, c’est ce qui se continue Ce sont les mœurs, les pensées, les sentiments et les conduites. C’est la redécouverte permanente des modes éprouvés de l’être, c’est la manifestation des grandes lois de l’apparence, qui ne révèle que le permanent, bref c’est le patrimoine des vérités humaines, que les individus reconnaissent à travers les siècles, comme la conquête commune sur le mystère essentiel, et qu’ils découvrent enfin comme l’élément profond de leur détermination, et la vertu même de l’homme.

La tradition, c’est d’abord ce qu’il y a de plus discret. Ce qui dans le cours des choses est caché, ou du moins souple, discret, et presque imperceptible à la sensibilité. Il n’y a de tradition que dans l’ordre du sens, de l’influence, de la sensibilité profonde, de la conformité aux constantes du milieu et de l’être.

Ce n’est pas le résultat d’une quelconque exhumation, mais, au contraire, l’évidente permanence de la loi de l’Etre. C’est pourquoi, la tradition la plus constante est exprimée dans la loi de Mort et de Résurrection qui est la loi éternelle de l’Etre.

J’ai retenu la remarque d’un homme de sens qui disait, à propos du langage : la tradition latine c’est à Rome l’Italien, à Madrid l’Espagnol; et à Paris, celui qui est fidèle à la tradition latine parle le Français.

Il serait bien de ressusciter d’autres langages que ceux qui découlent du latin. Je crois par exemple que le Basque mérite toutes les assistances pour être préservé de l’oubli. Mais le Provençal n’est qu’un moment de langage, ce n’est pas plus que l’Occitan, une source. J’ai dit le Basque, mais le Celte sans doute, et toutes les langues mères. L’homme qui parlait du Français a Paris, et de l’Italien à Rome, voulait certainement dire qu’il n’y a de tradition que vivante.

A vrai dire, si nous nous engageons dans cette voie, nous risquons de provoquer des malentendus. L’irritation des conservateurs, conjuguée aux impatiences des novateurs nous plongeront dans une confusion irréductible. Ils diront que nous trahissons le sens du mot. Et cependant « Trahere » implique la continuité. Il ne faut pas craindre pour autant d’affronter la difficulté. En somme, tout est confus parce qu’on se refuse d’examiner les choses telles qu’elles sont. Pour les interpréter, on construit des schémas chimériques, et ces chimères nous rassurent, mais elles ne sont que des chimères et nous cachent les réalités.

On a pris l’habitude – et c’est certainement une commodité pour l’analyse et un procédé scolaire efficace – de distinguer la forme du fond. Il y a bien des raisons d’ailleurs de maintenir l’usage de cette distinction. D’autres disent, l’esprit et la lettre.

L’une de ces raisons est la possibilité de prévoir ce qui va mourir, de séparer le permanent du transitoire. Mais, en fait cette affirmation est discutable. Les choses sont plus étroitement liées et dépendantes, complexes et solidaires, que notre jugement ne l’admet quand il cède aux facilités méthodologiques. C’est l’idée du contenant et du contenu qui l’emporte sur l’observation profonde. On se dit que dans une boîte on ne pourra pas mettre un liquide, que dans un flacon, on ne peut glisser un solide. Mais tout cela est très relatif.

Le tout est agissant dans ses parties, comme les parties se déterminent en fonction du tout. La relation n’est jamais purement cumulative, elle n’est pas à sens unique. L’accumulation ne se fait pas de manière mécanique et purement additive, mais selon des réseaux d’interactions qui confèrent aux parties comme au tout une détermination singulière.

Le tout ne serait pas ce qu’il est, les parties ce qu’elles sont, si l’un n’était pas composé des autres, et si les autres ne composaient pas l’un.

Un organisme est autre chose qu’une addition d’éléments, un organe, autre chose qu’un système fonctionnel fermé, une cellule, autre chose qu’un monde clos .

On va dire, analysant la métaphore de l’organisme : mais il y a les nerfs, les systèmes de relations internes, les humeurs, les muscles, qui composent l’originalité du tout et des parties et en constituent la cohérence !

Mais, outre que ces nerfs, ces systèmes, ces humeurs, ces muscles sont généralement des parties du tout, on peut dire la même chose d’un végétal, d’un minéral, d’un système planétaire, bref, de toute unité considérée. L’Unité n’est pas la somme de ses composantes. Tout élément est transformé du fait de son état d’élément. La relation avec l’ensemble, la relation avec les composantes font de toute entité autre chose que son idée pure. En somme, on peut affirmer sans risque que la relation entre les choses existantes est un facteur de leur diversification.

Je veux dire qu’aucune foi n’est identique à l’autre, parce que nul organisme dans lequel on le considère n’est semblable à un autre. Que nul individu n’est semblable à l’autre, parce que la communauté, dans laquelle il vit, n’est pas identique à l’autre.

L’idée que j’essaie d’exprimer est la suivante : il n’y a de singularité qu’en fonction d’une relation totalisante. Ce que je suis, je le dois à ce qui me compose, et à ce que je compose avec d’autres.

On croit que la « personnalité » se définit dans la solitude. Non pas. Elle s’y perd. C’est dans la relation avec l’autre que la « personnalité » se découvre et se détermine.

Pourquoi cette remarque à propos de la tradition? C’est qu’elle montre en quoi il est impossible de considérer la tradition comme un facteur marginal, un ajout, un élément étranger à la situation actuelle. Ce n’est pas un facteur autonome, rejeté et récupéré, oublié et repris à l’occasion selon le caprice de la mode ou devenu nécessaire en cas de crise.

La tradition morte, ce n’est pas une tradition. C’est ce qui est oublié absolument, c’est ce qui n’a plus d’existence. Le ressusciter, c’est jouer et faire semblant. Et on le sent bien aux tentatives de restitutions folkloriques.

Il y a, c’est vrai, une dualité inhérente à l’apparence de tout ce qui vit. Mais c’est une dualité qui n’a de sens que par l’analyse. C’est une dualité objectivée. Le contraire d’une dualité vécue.

La véritable dualité est une donnée. Nous la découvrons avant même d’avoir découvert les aspects divers de l’environnement, du transmis, du reçu. Nous nous éveillons à nous-mêmes par la rencontre entre la conscience des choses et la conscience de nous-mêmes. Nous ne distinguons pas ce qui vient du passé de ce qui est création du présent. Or, cette dualité qui pose le moi et le monde, nous ne savons pas, au moment où nous la découvrons qu’elle est purement symbolique. Elle figure, seulement, la dualité véritable, entre la conscience-esprit et l’être, qu’on pourrait nommer par souci de clarté, la Chose, la Matière bien qu’il soit porteur de la conscience-esprit.

Opposer esprit et matière, c’est traduire, de façon commode, la dualité première qui se révèle à nous dans l’unité de l’apparence.

Mais, il y a une autre dualité. C’est celle que nous vivons dans l’unité de la conscience.

Nous ne connaissons jamais, en effet, comme vécu, de notre existence, que ce que nous nommons le « Présent ».

C’est l’instant, prise de vue sur l’éternel. C’est l’éternel manifesté dans l’instant. Nous tenons généralement le Présent comme une ouverture sur l’apparence. Et rarement, nous prenons en compte le fait qu’il est la seule donnée que nous puissions utiliser, et dont nous puissions nous réclamer pour déchiffrer la double énigme du passé et de l’avenir. Car le passé et l’avenir ne sont jamais pour nous que du présent. Il n’y a pas de passé en dehors de nous. Ni d’avenir possible sans nous.

C’est du seul « Présent » que la Vérité se compose. Cette idée est sans doute difficile à admettre, et cependant elle est solide. Nous pensons que la durée est un facteur de la création. Tout nous incite à le penser: les souvenirs, les traces des événements, les anticipations de l’imagination.

Mais, en fait, la durée n’est nulle part. Ni dans l’esprit, ni dans les événements. Le battement de la pendule n’est un signe que dans l’imaginaire. Pour la caméra qui le saisit, il n’y a pas de battements, il y a des images fixes. Leur succession est une construction.

Nous construisons la réalité- avec des images ponctuelles. Mais la Vérité du Cosmos est toute entière dans l’instant. Comprendre ce que représente la tradition, c’est comprendre comment le Présent contient tout. Combien c’est un moment unique et insaisissable à la fois.

La seule certitude que nous puissions avoir, sans doute, elle est dans cet instant qui concentre tout l’être. Mais cette certitude se double de la découverte que le seul absolu est dans cet instant qui nous est éternellement donné, ôté et renouvelé.

La tradition s’avère dans cette continuité vivante qu’est le fait d’exister.

Dans la mesure où elle n’est ni une forme dépassée, que l’on essaie de restituer, ni une volonté d’innovation et l’effet d’une recherche prospective qu’on serait déterminé à imposer, elle est la Raison même de l’Etre. Ce n’est pas, en effet, une forme passée que l’on voudrait réanimer. Ecartés les carcasses vides, les rites simulés, les caricatures ! Ce n’est pas non plus un projet inspiré que l’on tend à réaliser.

Eliminées les perspectives imaginaires et les idéologies utopiques !

Qu’est-ce donc que la Tradition ?

Rien d’autre que le sentiment du vécu, à travers l’existence présente. Le sentiment de la permanence de l’être éprouvée dans l’instant comme le signe et le seul signe de son éternité.

Faut-il voir là un paradoxe ? Je ne le crois pas. Ou plutôt, c’est le paradoxe essentiel, celui qui naît de l’existence. Nous n’avons rien d’autre que ce sentiment, et la tradition qu’il rapporte et le présent qu’il nous offre, et l’avenir qu’il nous promet.

En fait, la tradition est le composé de ce que nous retenons consciemment ou inconsciemment du passé et elle n’a de sens que par ce que nous projetons dans l’avenir, sans savoir d’ailleurs ce qu’il en sera.

Prenons un exemple, parmi d’autres possibles à l’infini, de la Cathédrale.

La construction des Cathédrales a répondu à l’expression d’un moment de chacun des individus qui de près ou de loin ont participé à leur édification.

La conception, l’édification, la consécration de ces temples fut une affaire considérable, et qui toucha, directement ou indirectement d’énormes communautés. Elles ont été un moment de l’homme, ces entreprises de la foi. Tout y était autour de la matière. Connaissance, communion, alliance entre les puissances terrestres et sacrées, et tout cela brûlé et fondu au souffle ardent de la foi. Voilà pour le moins ce dont l’existence de ces immenses témoignages découvre à la face d’un monde en gestation, tandis qu’elle rejetait au néant le monde d’hier.

L’édification des cathédrales est demeurée pour nous le signe d’une culture et d’une civilisation. Le symbole d’un ordre communautaire. Elle était, pour ceux qui y ont participé une création continue, celle d’un présent vécu et assumé.

Elles s’imposèrent comme une nécessité immédiate. Aujourd’hui, ces cathédrales demeurent : presque toutes, à la fois achevées et inachevées. Comme l’existence des peuples.

Ce qu’elles ont représenté ne s’exprime plus par leur intermédiaire. Ce que l’homme accomplit nécessairement aujourd’hui ne passe plus par leurs formes. Elles ne sont plus que l’image d’une beauté formelle, elles n’inspirent que le sentiment d’une foi collective dont nous nous croyons, bien à tort d’ailleurs, incapables. L’expression d’une vie communautaire et d’une volonté politique à jamais révélée ? Peut-être ,mais dans ses formes, non dans son fond.

Les cathédrales sont là sous nos yeux et parce qu’elles sont là , grands corps inertes et trop vastes pour notre certitude, elles nous dissimulent une évidence toute simple. Les hommes d’aujourd’hui construisent encore leur monde. Comme hier, mais différemment. Le passé ici nous détourne du présent. Formes mortes quoi que magnifiques, communion de foi oubliée, elles portent à croire que l’élan puissant de la vie qui les a suscitée s’est perdu.

Il n’en est rien. Cet élan nous pousse toujours. D’autres formes naissent et d’autres beautés, un autre mode d’accomplissement se dévoile. L’élan s’incarne dans un autre présent, dont les modalités seront un jour des évidences éclatantes, et s’offriront aux regards étonnés, quand elles seront comme les cathédrales, des formes abandonnées.

Défi au temps par un appel au ciel, les cathédrales montaient vers l’infini la puissance spirituelle des hommes. Aujourd’hui, les mêmes hommes, ou leurs frères, lancent un défi à l’espace, et par le même appel au ciel, tentent l’ascension impossible par d’autres moyens.

La communion, ce fut d’abord les routes terrestres et marines, les chemins de fer, les autos, c’est aujourd’hui les voyages dans l’atmosphère qui la réalisent.

La magnifique épopée des voyages de la Renaissance, sur les mers et les océans. La frénésie de la machine dévorant des milliers et des milliers de kilomètres de voies ferrées et aujourd’hui, hier, plutôt, l’ouverture au monde que symbolisent les autoroutes. Ne sont-ce pas là les signes de la foi. D’une foi qui se discute peut-être pour ceux qui ne la partagent pas, mais d’une foi qui se manifeste.

Les motivations apparentes en sont certainement très diverses. Celles que je donne ici sont également contestables. Mais les hommes ne font pas seulement ce qu’ils croient faire. Ce qu’ils ont fait en construisant des autoroutes (pourquoi pas des canaux ou des abris anti-atomiques ?), c’est la manifestation d’une certaine volonté qui se situe dans les profondeurs de la pensée communautaire. La communication comme condition de la vie sociale, c’est une autre forme de celle qui se manifestait dans le rassemblement à l’Eglise. Une foi non moins ardente, et non moins riche dans l’ordre de la sensibilité, quoi qu’on en dise, que celle qui s’abritait entre ces murailles de pierres ouvertes sur le ciel.

Même si c’est d’une communication éphémère, même si c’est d’une illusion qu’ils ont cru tracer les voies, encore est-il que ceux qui ont fait ces routes, qui ont forcé l’espace, ont à leur manière défié le temps pour rapprocher les hommes.

Déjà, il est vrai, les autoroutes sont dépassées. Belles sans doute mais si dérisoires confrontées à ces voies célestes empruntées par les hommes qui vivent leur temps avec le sentiment de pouvoir atteindre aux limites de l’Univers. Mais, c’est le nouvel âge que tracent ces astronautes.

L’âge qui fut le nôtre, qu’importe si ce ne fut qu’un reflet de l’espérance folle de ceux qui ont voulu partir pour ailleurs ?

C’est, de toutes façons, dans ces élans successifs que s’élabore l’œuvre collective où la puissance et l’amour se conjuguent pour donner champ à la beauté toujours renouvelée.

Qu’il y ait partout des calculs sordides ?

Et après ?

Qu’il y ait la manifestation d’une volonté qui défie le sens commun?

Mais, est-ce que cela compte dans une perspective millénaire ?

Ce qui compte, c’est la Vie, et la tradition de l’Homme à la conquête de l’impossible. C’est la poursuite de tout ce qui peut donner à la vie son sens et son prix, la continuité et le renouvellement, l’élan et la permanence, la percée et le rayonnement.

Comment, alors, ne pas sourire quand on voit danser les pauvres ensembles folkloriques ? Comment ne pas songer aux danses nègres pour touristes dans les  »bouis-bouis »

des bidonvilles ? Comment ne pas sourire des cultes caricaturaux, des pratiques formelles, des commémorations forcées ?

La Vérité n’est pas cette chose figée que l’on couvre de bandelettes et dont on décore les sarcophages. La vérité c’est la Vie, et c’est l’invention. C’est pourquoi, la tradition n’a son véritable sens que dans la mesure où l’on comprend qu’elle est la résurrection éternelle.

C’est bien dans le présent que nous retrouvons cette vérité de toujours. C’est dans l’expérience immédiate qu’elle s’élabore, et c’est en éclairant l’expérience vécue que nous avons quelque chance de comprendre les témoignages du passé.

C’est donc ici et maintenant, que l’homme s’éclaire sur ce qu’il est, c’est par la conscience qu’il prend de lui-même que s’illuminent, comme sous l’effet d’une lumière rayonnante, les signes des temps.

Sans doute, ces propos peuvent-ils paraître à contre-courant. Encore qu’en ces matières tout ait été fait.

Certains pensent que les connaissances inspirées par le passé, nous aident à déchiffrer les énigmes du présent. Ils supposent que nos pères avaient découvert une série de principes et de recettes, défini des formules de sagesse capables de nous aider à élucider les mystères qui s’offrent à nos regards sur le monde actuel.

Mais n’est-ce pas là plus une illusion qu’une certitude, et un piège tendu au bon sens ?

Il s’avère, en effet, que nous nous trouvons le plus souvent dans l’impossibilité d’opérer une transposition efficace, et que nous adoptons une méthode ruineuse. Car le Présent n’est pas neutre, et n’attend pas. La transposition du passé sur l’expérience actuelle impliquerait une fixité des concepts qui créerait une désadaptation, et les apparences changeantes rendraient difficile la manipulation des connaissances acquises. Toute transposition est dangereuse dans la mesure où l’interprétation du Passé, comme celle du Présent sont aléatoires. Il va de soi en effet que l’identité entre deux situations n’est qu’une complaisance de l’imagination.

C’est plutôt par l’expérience du Présent, me semble-t-il, par l’épreuve des faits actuels que le Passé peut se révéler à nous et être compris. Car c’est le Présent qui découvre le sens du Passé. C’est de ce que nous lisons du Présent qu’il nous est possible d’éclairer l’image retransmise, et de cette image faire le signe d’une constante, l’expression d’une vérité, la formulation d’une possibilité de sagesse. Voire, une restitution du Passé.

Naturellement, l’opération implique une conviction: celle d’une certaine constance de la nature de l’homme et de celle des choses, même si chacun et chacune évoluent, même s’il y a un développement collectif ou de l’ensemble, même si les apparences se modifient.

L’unité radicale, comme le changement continu dans le cadre de cette unité fondamentale, nous les découvrons, non pas dans un retour aux origines « ignorées » et de toute façon difficiles à reconstituer dans l’action, mais dans l’appréhension de ce que nous sommes, en fonction des témoignages dont nous disposons. Autrement dit, l’action ne se définit que par l’être qui la manifeste. Mais cet être est évidemment un produit, et une expérience vivante.

L’homme Un, continu, et multiple, innombrable dans sa diversité, et constant cependant dans sa fidélité à soi, cohérent dans sa multiplicité, et malléable dans son identité, voila ce que nous dégageons peu à peu des confrontations avec le monde, qui lui, aussi, est un et divers, et c’est nous qui sommes la Tradition.

D’ailleurs, nous commettrions une erreur, de quelque côté que nous le tentions, si nous faisions de cette relation un sens unique.

Il y a dans la correspondance entre le Présent et le Passé, comme entre le Présent et l’Avenir, un double courant, une circulation équivoque, au sens plein, des « informations » qui constituent entre le Passe, le Présent et le Futur, une totalité cohérente, et il est impossible de comprendre le vécu sans considérer cette liaison multivoque dans son intégrité.

Je veux dire, en fait, cette chose simple. Eclairer le Passé par le Présent, et pressentir l’ avenir c’est la démarche nécessaire, et certainement la plus communément adoptée, en dehors des formalismes prétendument objectifs. Concevoir ce que le Présent doit au Passé, et ce que l’Avenir peut devoir au Passé comme au Présent, est une gageure certes, mais c’est celle qui nous donne le sentiment d’une qualité particulière en tant qu’être.

Il y a une autre erreur à ne pas commettre. Ce serait celle qui consiste à ne pas distinguer l’Ephémère de la Constance.

Je crois que c’est Comte qui a dit, sans doute après Pascal, que l’humanité est un grand Etre, qui vit autant de son Passe que de son Présent.

Or c’est dans le Présent qui dure, que ce qui dure du Passé se retrouve. L’Éphémère, qui n’a pas eu d’influence, meurt à jamais. Mais les constantes se retrouvent, même après avoir été éclipsées.

Au reste, on peut se demander ce qui est vraiment éphémère. La seule réponse possible me paraît être : le reflet.

N’est fugitif que ce qui n’existe pas par soi, ce qui n’est qu’un effet de circonstance, qu’une conjonction de figures.

C’est l’ombre, comme l’image portée.

Ce n’est pas que le reflet n’ait pas sa vertu dans les âmes, puisque le plus souvent il exalte par la beauté l’apparence nue. Mais c’est parce que le reflet ne dure qu’autant qu’il est porté par autre chose.

Quoiqu’il en soit, c’est dans l’instant présent que nous saisissons les rencontres. C’est le moment des conjonctions, et s’il y a une vérité possible en dehors de l’imaginaire, c’est dans l’instant qu’elle se situe.

Il y a une situation insaisissable dont cherchent à se dégager les systèmes. L’informatique, en tentant de réunir les informations dans un minimum de place, et dans un minimum de temps, en diffusant les ordres avec des vitesses absolues, tente de court-circuiter le temps.

Mais la question clé demeure :aurons-nous jamais réuni suffisamment d’informations avant le moment de la décision pour que cette dernière soit l’événement même ? Car si ce qui doit venir résulte de ce qui était, il n’y a pas de place pour la liberté, d’une part, et pour la volonté d’autre part.

Mais, plus positif encore, nous ne pouvons rien savoir de l’événement avant l’événement. Si proche que nous en soyons, il demeure entre lui et nous des possibles. C’est un jeu sans doute comme celui de Zénon, et le souvenir d’Achille au pied léger. Mais c’est ainsi pourtant.

Où je suis conduit par mes réflexions, c’est à une esquisse de figuration des conditions formelles de la connaissance et de l’action. Sans doute, n’ai-je à proposer que des images, mais elles peuvent éclairer.

La première de ces images serait une double pyramide dont les sommets coïncideraient tandis que les bases seraient opposées.

La deuxième de ces images est celle de la Croix.

Mais à mon goût, à vrai dire, je préférerais la double spirale ascendante et descendante, dont les sommets coïncideraient, et les bases seraient infinies dans des plans tout à fait opposés.

La Croix ne serait pas seulement une croix à quatre branches sur un plan vertical, mais à six, à une infinité de branches, comme les piquants d’un oursin, qui n’aurait pas de corps. Il faudrait que cette sorte de hérissement soit inscrit dans une sphère infinie pour rendre tout à fait l’idée.

Pourquoi la spirale plutôt que la pyramide ? Parce que rien n’est figé, que rien n’est linéaire, et que les mêmes formes se renouvellent selon des niveaux distincts mais reliés.

Pourquoi, la multiplicité des branches de la croix ? Parce que le moment, l’instant, le cœur de l’être, c’est le point de concours et le centre de rayonnement, le lieu qui concentre et qui diffuse dans toutes les directions et de partout jusqu’à l’infini, et qui n’est rien en soi. Le Passé s’éclaire par le Présent qu’il détermine, l’Avenir, lui, oriente ce même Présent, dont il se dégage en l’ordonnant. Il n’y a de sens que par ce passage. C’est la condition de l’être mais c’est aussi sa raison. Le Passé qui n’est plus, l’Avenir qui n’est pas, sont tout entiers dans le Présent qui n’est qu’évanescence et fragilité.

L’imagination, intuitive ou méthodique, le souvenir et la permanence des habitudes, comme des structures, l’anticipation consciente ou non, la déduction raisonnée ou affective, voilà ce qui concourt à donner à l’expérience vécue sa dimension. Car, si nous voulons bien y réfléchir posément, il n’y a qu’un absolu, et cet absolu est absolument insaisissable, c’est l’instant ; et pas même l’instant vécu : l’instant vivant.

Rien n’existe hors de cet éclair, en quoi se concentrent l’infini du temps et de l’espace.

Tout en bas, le passé obscur et l’influx mystérieux des origines. A droite, à gauche, derrière, la couronne rayonnante des événements développés dans l’espace et dans le temps. En haut, l’imaginaire, l’appel de l’au-delà, et au cœur du tout, le Présent dans sa permanence vivace et toujours nouvelle, dans l’immobilité rayonnante de son unicité.

Alors, faut-il croire que les hommes sont aveugles, et qu’ils ne distinguent pas les signes qui leurs sont transmis d’âge en âge ?

Mais non ! Toujours, les signes sont reconnus, et le message transmis d’une façon ou d’une autre. D’abord parce que ce message est toujours le même quelque forme dont il soit revêtu, ensuite, parce que si le souvenir de ceux qui l’ont formulé est enseveli dans la nuit, du moins, l’esprit qui les a inspires rayonne dans les oeuvres qui depuis le commencement des temps sortent des mains de l’Homme.

La preuve en est là, sous nos yeux. Les signes sont compris, puisqu’ils sont transmis. Nous n’avons qu’à considérer la surface de la terre, et les paysages, nous n’avons qu’à considérer les plantes, les animaux les monuments : tout est là, tout est dit, formulé, décrit, figuré.

Du croisement de race à la girouette sur le toit, de la culture en terrasse à la poterie d’argile, de la borne à la chanson, tout ce que les hommes se transmettent sans le savoir est riche de la sagesse de l’espèce. Seulement, la plupart d’entre-nous, la majorité même, n’est pas assez avancée dans la connaissance de notre condition, pour comprendre ce qui est à comprendre dans le message du passé. Nous en déchiffrons quelques bribes, ici ou là, selon la chance et l’attention. Mais la totalité, qui cependant est transmise, tant les porteurs de reliques sont divers, pieux, et nombreux, nous ne pouvons jamais l’embrasser d’un seul coup.

Il y a par suite, un devoir de piété à remplir. Et sans aucun doute, ici et là, avec humilité ou gloriole, avec constance et non sans ingénuité, les hommes le remplissent. Non seulement les artistes, les artisans, les savants, les travailleurs anonymes, mais les vieilles gens un peu figées dans leurs habitudes, dans leurs souvenirs. Non seulement les créateurs

célèbres, mais les bricoleurs du quotidien. Tous, oeuvrent nécessairement et maintiennent, en dépit d’eux-mêmes, une certaine image de l’homme, et une image fidèle à soi.

Pourtant, nous devons faire la part à une autre évidence : les choses changent. La vie et la mort renouvellent incessamment les situations relatives.

***********

La mémoire et l’imagination donnent de la réalité des images qui se décalent les unes par rapports aux autres. Il y a une transformation sensible. La preuve, c’est qu’il est nécessaire, et chacun de nous en fait fois, d’opérer des adaptations. Répondre aux sollicitations quotidiennes, c’est faire face à des distributions différentes des équilibres, des forces, des formes. C’est changer de point d’appui, et de perspectives.

Il est vrai que la valorisation, par la mythologie du progrès, de cette mouvance des relations peut nous troubler. Les idées prétendument originales nous entraînent, des points de vue singuliers et parfois spécieux modifient nos comportements, et face aux nouveautés nous allons autant que possible essayer de nous transformer. Nous nous assimilons les conditions de l’existence, et nous sommes persuadés que ce faisant, nous innovons.

Je crois avoir compris quelque chose à ce sujet. La boutade d’Alain m’a aidé, il disait : ² c’est en imitant qu’on invente ². C’est en imitant que l’on finit par changer quelque chose à ce que l’on fait. Nous ne pourrions tout à fait demeurer fidèle à nous-mêmes, conserver les moyens affronter les difficultés, accepter les situations nouvelles, si au cœur même de la routine des habitudes et des certitudes de notre vie ne s’introduisaient selon les occasions et les nécessités, les facteurs mêmes du changement.

C’est ainsi que je comprends d’ailleurs le paradoxe de la Tradition: Elle n’est pas cet enseignement, cette doctrine figée, cette fidélité peureuse qui sont le fait non des « conservateurs », mais des imbéciles. J’ai compris, je crois comment, « conservateurs » et « révolutionnaires » Concouraient efficacement à l’équilibre des tensions. Les éléments compensateurs sont indispensables à l’ordre social. Il n’est pas linéaire comme on le prétend parfois, il est structuré selon des antagonismes complémentaires.

Toute la vertu de l’individu, comme la Vertu de l’Espèce, consiste dans le pouvoir d’assimilation permanent face aux événements. Et la loi universelle, celle qui s’impose à tous, en tous lieux. et en tous temps, c’est d’une façon ou d’une autre « meurs et deviens ».

Rien de plus parlant à ce point de vue que la figuration du Yin et du Yang. Les Chinois les tracent en séparant un cercle par un diamètre en sinusoïde. Deux moitiés de superficies égales mais de couleurs différentes, contenant un germe ponctuel et de couleur inverse à celle du demi-cercle qui le porte. Chacun de ces points rappelant l’autre demi-cercle, il faut concevoir l’ensemble en continuelle évolution, le point grossissant jusqu’à occuper la totalité du demi-cercle et ne laissant subsister qu’un point de la couleur opposée, puis revenant jusqu’à la dimension d’un point et laissant la place à l’autre qui s’étend sur tout le demi-cercle, et ces mutations alternées.

D’une façon générale, peut-on jamais dire que quelque chose disparaît jamais qui ne soit un jour retrouvé ? Que quelque chose de radicalement nouveau soit jamais inventé ? Tous les novateurs puisent dans l’imaginaire et cet imaginaire est la mémoire de l’humanité. La création absolue est-elle pensable ? C’est une question qui reste à trancher. Jusqu’à plus ample découverte, il semble bien d’ailleurs que rien ne soit plus éphémère que la nouveauté, rien qui ne soit moins assuré, rien qui ne se découvre en définitive plus proche de ce qui fuit toujours.

Sans doute dira-t-on, vous n’avez pas les yeux ouverts ? Il y a tant de machines, tant de mécanismes fantastiques qui révolutionnent l’humanité ? J’entends bien que la MACHINE, ou la CITE, ou la GUERRE ou le COMMERCE ou les SENTIMENTS, peuvent prendre des formes diverses, mais où se tient la radicale nouveauté ?

Chaque matin un soleil neuf se lève, mais il est aussi vieux que le monde. Chaque enfant est une promesse, une promesse d’éternité.

La vie se perpétue, semblable à elle-même, dans le renouveau quotidien, semblable et différente, la tradition poétique essaie de traduire cette métamorphose en image, et par des formules sensibles, cette constante mouvance et ce mouvement immobile.

L’eau du ruisseau dansant dans la lumière, voilà la vie , aussi précieuse, aussi illusoire, aussi nécessaire que cette eau toujours la même et toujours différente.

Il est de fait que les comportements sociaux, les projets politiques, les manifestations culturelles qui ne tiennent pas compte de ces exigences de l’être sont transitoires, dérisoires, et finalement insignifiants. Toutes les actions qui ne s’ordonnent pas sur la vie demeurent superficielles, incertaines, et tombent dans l’oubli le plus noir.

Suivre la Tradition (et il en est de conservatrices, comme il en est de révolutionnaires), suivre la Tradition, c’est n’être pas paralyse par les formes, soumis aux pratiques figées, fidèles à des rites vides de leur sens. Suivre la Tradition c’est déchiffrer à travers ces formes, les pratiques, ces rites, les images mouvantes du Présent, les constantes de la vie, les lois de l’être. C’est comprendre et aimer le Passé tel qu’il est devenu dans le Présent vécu comme le Présent, gros de ce qui justifie l’espérance et notre amour de la vie. C’est avoir l’intelligence des choses telles qu’elles sont.

C’est pourquoi, et cela m’a frappé, la Tradition est toujours unie dans cette perspective à la Foi. Car la foi c’est l’expression intime de la vertu éternelle de la vie. Ce n’est pas, comme le disent les dévots, ou du moins, ce n’est pas le sens que donnent les dévots à l’expression, une soumission à la Parole révélée, à la forme instituée, qui ne sont de fait que des conventions arbitraires. C’est la manifestation de l’évidence : la Tradition, c’est la Vérité de la Foi.

Toutes deux, Tradition et Foi, sont fondées sur la même certitude, cet univers nous est ordonné. Ce monde est notre monde. Non pas comme une possession, mais comme une identité consubstantielle. Nous vivons avec l’intelligence des choses qui nous font ce que nous sommes, et nous ne pouvons jamais désespérer tout à fait ni de nous ni du monde, en tant qu’espèce, parce qu’il est Nous et que nous sommes Lui.

Foi et Tradition nous engagent à vivre : courage et patience, audace et prudence, fierté et discrétion, voila ce qui nous détermine en définitive, et tous comptes faits. Ce que l’homme peut, il le doit, parce que le Passé de la Terre le fait ce qu’il est, et que l’Avenir est ouvert sur l’infini des possibles. Sans doute chacun de nous n’est pas conscient de cette relation, et c’est sans le savoir que nous construisons pour notre part l’univers tel qu’il s’élabore à notre image, oui, aussi.

Comment ? Mais en vivant.

En vivant avec intensité et confiance le moment présent en acceptant la vie et ce qu’elle porte avec elle. Ce n’est pas manquer de vertu, bien au contraire.

Sentir la fuite du temps. L’éprouver comme la vertu même. Avoir pleinement conscience de la fragilité des choses et de cette fragilité, du sentiment de cette fragilité, faire une force. Constater l’impuissance où nous sommes de nous fixer, même si nous ne changeons ni de lieu ni d’habitudes. Et de notre disponibilité, nous fortifier. La dresser comme un rempart mouvant, toujours face à l’événement, voilà ce qui fait l’Homme. Avec, en contrepoint, la conviction lucide de ne recevoir du monde qui nous entoure pas d’autre appui, pas d’autre secours, pas d’autres moyens d’actions que ceux dont nous disposons nous-mêmes. Par nous-mêmes et dont nous n’arrivons jamais tout à fait d’ailleurs à nous rendre maîtres.

Comprendre ce Passe qui nous oppresse, non plus en tant que Passé, mais en tant qu’il est en nous, et que c’est en nous qu’il nous faut l’affronter. Nous défaire du vieil homme, non pas en refusant ce qui nous a fait, mais en le dominant, en le sublimant dans l’acte.

Savoir que l’avenir qui nous attend, n’est ce pas encore sans doute, mais qu’il est en nous, et que dans le moment évanescent de l’être nous avons le pouvoir de l’assurer en y sauvegardant notre liberté.

Vivre avec la certitude que le Passé et l’Avenir se confondent dans l’acte même qu’est notre vie. Découvrir ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent être à travers ce qui est. Car nous faisons le Passé tout autant que nous faisons l’avenir. Les notions d’objectivité en ces domaines sont relatives. N’est objectif que ce que je définis comme tel. C’est là le piège des sciences humaines, hélas, auquel trop de gens sérieux se laissent prendre.

Rien n’est absolu de ce que nous portons comme reliques ou comme espérances.

Comment cela nous est-il donné, enseigné, transmis?

Comment cela se traduira-t-il, se déterminera, se transmettra ? Mais sans même que nous y songions, et de mille et une façons.

Il n’est pas difficile de comprendre les effets de l’éducation spontanée, de l’acquisition du langage, des disciplines du corps et de l’esprit, de la police des mœurs, des croyances, des oeuvres d’art, de tout l’ensemble perçu. Les facteurs de conditionnement sont innombrables, non seulement dans le cours de notre développement, mais au cœur de notre comportement même et de nos pensées, comme de nos croyances.

Certes, chaque religion voudrait limiter à un livre ou à une représentation symbolique, à une figure prophétique ou à une image mythique les éléments fondamentaux de la Tradition. Chacun son dogme.

Mais ce particularisme, nécessaire en raison de la singularité des domaines géographiques est un particularisme de circonstance. En fait, tous les hommes finissent par se délivrer, ou par être délivrés. La condition humaine impose à chacun l’épreuve de l’oubli, de la résurrection et de la mort. La notion de Tradition est finalement tout à fait symbolique. Elle figure l’évidence, elle permet de l’analyser, et donc de la percevoir.

Nous savons tous que les données du Passé sont nécessairement renouvelées, complétées, vivifiées par le regard vivant.

Il y a d’ailleurs un jeu dialectique dans les rapports entre les influences du Passé et les exigences de ce qui est en Devenir. Ce jeu, dont nous reconnaissons les effets, c’est dans le cadre de l’instant présent qu’il se joue. Il impose des réajustements, des efforts d’interprétations, et c’est par lui que se dégage le sel même de l’apparence, c’est-à-dire sa signification. C’est la dialectique spontanée de l’action et de la représentation. Du mouvement et de la réflexion, de l’être et de la pensée, de la vie et de sa fonction synthétique. Fin dernière de l’action et de la réaction éternelles de l’Etre.

Alors, je me prends à songer à ma vanité première. Vanité entretenue par tant de sottise géniale, par tant de merveilleuses réussites de l’esprit, par tant d’ouvertures percées au cœur du mystère dont les hommes se réclament sans en être capables. Je retrouve l’humilité dont nul enseignement n’aurait dû m’écarter. Je ne dirai plus rien qui condamne personne. Et moins que d’autres encore, ces aveugles qui dansent comme des lucioles à la lueur de prétendus enseignements traditionnels.

Je ne dirai plus rien parce que chacun est un moment de l’être. Et que la simulation, le simulacre, la caricature sont encore des formes de respect. Je ne confondrai pas folklore et tradition, pas plus que poésie et versification, reproduction et peinture statues, monuments et figuration.

Je considérerai la vie, comme la Tradition, non selon l’image figée de ces hommes que l’évangile stigmatise, les nommant sépulcres blanchis, mais selon la création continue qui se développe par nous et en nous.

La Tradition c’est l’éternelle résurrection, l’incarnation des valeurs que chaque génération élabore, et ruine, et réinvente, ou croit réinventer. Et dépasse. Mais qu’elle assume profondément, viscéralement.

La Tradition c’est comme le disent si bien ceux qui s’y réfèrent sans toujours savoir ce qu’ils disent La Vérité et la Vie.

Nous y serons toujours fidèles quoique nous fassions.

Jean MOURGUES

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Protégé : Que venons-nous faire en Loge – 1° - 28 juin, 2008

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Protégé : Le cordon bleu du maître maçon – 3° -

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Protégé : Le voyage, le chemin, la voie – 2° -

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La Spirale

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LA SPIRALE

 

« Un vertige : celui de la rotation Un désir : celui de l’expansion »

Ainsi débute un monumental article qu’un des suppléments de l’Encyclopedia Universalis a consacré aux spirales et aux hélices. C’est cet article qui m’a donné l’idée du travail que je vous propose aujourd’hui, et je luis dois beaucoup, ainsi qu’au numéro d’Atlantis « Crosses et Spirales » et à l’ouvrage d’Olivier Beigbeder, « La Symbolique », de la Collection « Que sais-je ? » ainsi, naturellement, qu’aux nombreux dictionnaires des symboles dont j’ai toute facilité de me servir…

Mais si cette planche prend forme ici et maintenant c’est qu’elle se rattache quelque part au mythe de l’Eternel Retour, auquel elle sert d’aboutissement en même temps que d’élargisse­ment dans une dimension supplémentaire. D’ailleurs la spirale issue du cercle et parente du labyrinthe est une invitation à d’autres travaux, fidèle à sa vocation de structure ouverte.

Une spirale c’est d’abord une figure géométrique qui traduit une formule mathématique… On peut la définir comme la trajectoire d’un point qui s’éloigne ou se rapproche d’un autre en tournant. On peut la concevoir en deux ou en trois dimensions et il faut noter que la spirale devient hélice quand 1e mouvement d’ex­pansion se développe dans un autre plan que celui de la rotation…

Parmi les plus connues on distingue :

la spirale d’Archimède, dont les spires s’éloignent du centre selon une progression arithmétique (si on trace une droite issue du centre qui en coupe les spires, on y relève des distances de la spire au centre de a, 2a, 3a, 4a, etc. La valeur « a » séparant l’une de l’autre chacune des spires) ;

la spirale logarithmique dont les spires s’éloignent du centre selon une progression géométrique (sur la droite de tout à l’heure nous trouverons les longueurs a, a2, a3, etc., la distance entre deux spires s’élargissant à mesure due l’on s’éloigne du centre : c’est, nous le verrons, la structure de l’escargot) ;

la spirale hyperbolique dont on dit qu’elle représente l’ombre d’une hélice placée au soleil… plus les spirales de Fermat, de Galilée, de Poinsot et autres dont je serais bien en peine de faire plus que les énumérer… Quant aux formules mathématiques qui en sont la traduction, je vous en ferai grâce, si ce n’est cette jolie définition : « Lorsqu’un point a et une demi droite OX sont fixés comme base de repérage, tout point M du plan est repéré par sa distance r au point O et par l’angle t de OX et OM ; ce qui permet d’énoncer : le point M décrit une spirale si r est une fonction monotone de t croissante ou décroissante »… Voilà qui coule de source !

Tout cela est bel et bon, mais l’univers un peu froid des mathématiques nous amène à des réalités plus concrètes…

« Chaque fois qu’il y a proportionnalité entre un mouvement expansif et un mouvement rotatif, il y a quelque part une spirale d’Archimède » (par exemple les spires des disques microsillons, le tuyau d’arrosage sagement lové à terre, le boudin bien enroulé à l’étal du charcutier…) ;

« Chaque fois qu’un mouvement circulaire exerce un effet multiplicatif sur un mouvement linéaire, il y a quelque part une spirale logarithmique » (c’est le trajet de l’araignée sur sa toile, la structure des coquillages ou celle des crosses des fougères). C’est à partir de ce type de spirale que se construisent des carrés dont la surface constitue la fameuse « suite de Fibonacci » (chaque terme de cette suite est la somme des deux précédents, soit l, l, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, etc. Suite liée au nombre d’or :

phi = (racine carrée de 5) +1 : 2

valeur de plus en plus approchée du rapport de deux termes consécutifs de la suite de Fibonacci).

Mais l’importance de la spirale repose surtout sur la place que ce type de structure occupe dans la nature, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

Tout le monde a entendu parler de la présence dans le cosmos de nébuleuses – spirales, énormes concentrations de matière stellaire en prise aux actions conjuguées de la rotation et de l’expan­sion. La trajectoire du soleil par rapport aux galaxies, celle de la terre par rapport au soleil, celle de la lune par rapport à la terre sont des hélices – cas particuliers de notre spirale (je le rappelle, lorsque le plan de l’expansion n’est pas le même que celui de la rotation).

Les structures hélicoïdales ne se limitent pas à la mécanique céleste : le boomerang des primitifs, les hélices des navires et des avions, la fameuse « vis d’Archimède » – premier système pour faire monter de l’eau d’un niveau vers un autre, les turbines, les éoliennes, les ressorts – de ceux de mon matelas ou de ma montre aux amortisseurs de nos véhicules, ou tout simplement le tire-bouchon et tant de grosses machines ou de petits instruments qui nous facilitent la vie sont issus d’hélices et spirales.

Avant de quitter le domaine de la mécanique, n’oublions pas les lois qui régissent les fluides et pensons aux magnifiques structures spiralées des tornades et cyclones, du maelström et autres tourbillons – à commencer par ceux qu’esquissent le lavabo ou l’évier qui se vident.

Pensons aussi à l’usage que l’architecture a fait des spirales, escaliers en colimaçon, à double ou simple révolution comme à Blois ou Chambord, rampes hélicoïdales comme celle d’Amboise où chevaux et carrosses pouvaient atteindre le niveau de la terrasse du château, ou encore celles des modernes parkings ; pensons aussi à la structure du musée Cruggenheim à New-York, conçu en forme d’hélice à axe vertical, tout comme l’aquarium géant de Boston… à cette différence près qu’à New-York le visiteur regarde les cimaises vers l’extérieur, le coeur de l’édifice étant un « puits de lumière », tandis qu’à Boston la rampe réservée aux visiteurs s’enroule autour d’un énorme bassin transparent, de 12 m de diamètre et de 12 m de hauteur, grouillant de vie marine… ; outre leur élégance, les structures spiralées présentent l’avantage d’une économie d’encombrement qui en explique les nombreuses applications dès l’antiquité… Jardins de Babylone, minaret de Samara et sans doute tour de Babel… mais là nous touchons au symbole !

Le monde du vivant présente lui aussi un nombre très important de structures spiralées ou hélicoïdales qui conduisent à penser que les propriétés de l’espace ou les lois qui régissent le développement de la matière vivante favorisent la croissance en spirale, au détriment de la croissance linéaire.

Reste à considérer dans le pullulement des formes vivantes celles qui, comme la coquille du Nautile, sont symétriques par rapport au plan médian et celles qui ne le sont pas, les plus nombreuses d’ailleurs et puis dans quelle mesure la symétrie « droite » « gauche » coexiste dans la nature.

Le cas des cornes de bélier est significatif de cette symétrie.-. alors que les dents du narval – outre que l’une est très longue et que l’autre reste normale – présentent une même structure tournant dans le sens des aiguilles d’une montre. Beaucoup de plantes ont des vrilles allant alternativement vers la droite et vers la gauche mais la tige, quand elle s’enroule, le fait soit vers la droite (houblon, chèvrefeuille) soit vers la gauche (haricot, liseron).

De la même façon, la disposition des branches sur un tronc ou des feuilles ou une tige se fait selon une spirale : en la suivant, on trouvera trois feuilles d’aulne avant que l’une se place à la verticale d’une autre ; on en trouvera cinq pour le cerisier et deux seulement pour l’orme.

L’artichaut dispose ses feuilles comestibles (ce sont, en fait des bractées) selon huit lignes spiralées vers la gauche et cinq vers la droite : l’ananas présente huit spirales dans un sens, treize dans l’autre et la pomme de pin cinq et huit. Quant au cœur d’une marguerite il offre 21 spirales dans le sens des aiguilles d’une montre et 34 dans l’autre sens… de quoi donner envie d’y regar­der de plus près ! D’autant que ces valeurs appartiennent à la fa­meuse suite de Fibonacci !

Mais nos seuls yeux ne suffiraient pas pour découvrir le ruban spiralé de la chlorophylle dans l’algue verte appelée spiro­gyre, la structure hélicoïdale des minuscules aiguilles fossiles qui constituent des bancs calcaires, ni non plus, l’essentielle, la primordiale, double spirale de l’A.D.N. à l’origine même de la vie…

Faut-il penser que c’est l’observation des formes naturelles qui amena l’homme – et ceci dans des périodes très reculées – à privilégier le motif de la spirale, à titre décoratif et plus probablement symbolique ?

On en trouve sur des fragments d’os gravés de la fin de l’Aurignacien, sur des ornements en ivoire de mammouth de la fin du paléolithique : on en trouve surtout, au néolithique, sur de nombreux monuments mégalithiques en terre celtique. Le dolmen de Gavr’inis en offre le plus bel exemple : vingt-trois des vingt-huit dalles qui supportent le couvercle de pierre sont entièrement cou­vertes de spirales juxtaposées. En Irlande, plusieurs tumulus contiennent des dalles gravées d’une ou plusieurs spirales orientées de façon à ce que le soleil les frappe au matin du solstice d’hiver…

Dans tous les vestiges qui restent des civilisations antiques, la spirale abonde avec un rôle décoratif lié sans doute à une signification symbolique. A Sumer, sur des bijoux retrouvés dans des tombes royales ; en Egypte, dans le décor des céramiques ou en intaille sur le ventre des scarabées de pierre dure ; dans tout le monde méditerranéen où elle abonde, souvent en frise décorative tout comme sa variante orthogonale, « la grecque ».

Même profusion de spirales en Europe du Nord ou Centrale : Danemark, Suède, Hongrie nous ont laissé des bijoux ou des armes qui en sont décorés… sans oublier les formes en crosse des drakkars vikings.

Les Celtes en raffolaient, comme le montrent les bracelets à structure spiralée, les torques gaulois, les fibules : le triscèle et la svastika en sont des formes dérivées.

L’art chrétien fera aussi grand usage des spirales : depuis la crosse des évêques jusqu’aux plis en tourbillon des vêtements des christs romans ; des crosses végétales des chapiteaux gothiques aux pinacles « flamboyants » on ne saurait en faire la liste…

L’art classique va les privilégier en architecture, avec les chapiteaux ioniens et corinthiens, et dans les arts décoratifs. J’ai évoqué, en parlant de l’économie d’espace que permettent les structures spiralées, du rôle qu’elles ont et continuent de jouer dans la conception de nombre d’édifices. Pour en finir – on ne saurait tout citer – rappelons la fortune réservée aux courbes et spirales dans l’art du début du siècle style « nouille », modern style, « art déco », des entrées du métro, oeuvre de Grimaud, aux toiles de Klimt ou aux cheminées que Gaudi multiplia dans les parcs et édifices de Barcelone.

Reste à s’interroger, et là est l’essentiel, sur la connotation symbolique donnée à la spirale… et ce n’est pas évident. A l’in­verse de beaucoup d’objets ou de figures dont la correspondance avec des notions ou idées abstraites semble aller de soi, la spirale laisse un peu perplexe au premier coup d’oeil : symbole très riche, porteur de significations multiples liées au contenu imaginaire ou au degré de civilisation de ses utilisateurs, elle ouvre un large champ à l’interprétation… répétons-le, vertige de la rotation, désir de l’expansion.

A prendre en compte d’abord l’origine du mot : le latin spira, dérivé du grec speira (enroulement) et la jolie transcription du XVIe siècle français « espiralle »… A nous dire que les numéro­logues grecs en extrayaient le nombre 396, multiple de 2, 3 et 11 et qu »`élis » de son côté faisait apparaître la somme des 14 pre­miers nombres entiers, 105, multiple de trois nombres sacrés, 3, 5 et 7… Ce n’est pas là domaine où je me sens à l’aise… Je cite mais ne suis pas capable d’aller plus loin que le constat.

La plus ancienne implication de la spirale est liée à la mort, aux rites funéraires. Aux temps paléolithiques et néolithiques le mort était enduit d’ocre rouge et paré de coquilles généralement de structure hélicoïdale (des escargots, des coquillages marins). Faut-il penser que les spirales figurant sur des morceaux d’os ou d’ivoire servaient de substitut aux coquilles par trop rares ou même introuvables ? Qui sait ? de telles traditions sont trop loin de nous pour laisser autre chose que des questions sans réponse…

Sans doute est-ce cette liaison de la spirale aux rites funéraires qui en explique l’ abondance sur les dolmens qui abritaient le plus souvent une ou plusieurs sépultures. Mais, puisque certaines dalles étaient placées de manière à être éclairées par le soleil du solstice, on peut penser à un symbolisme cosmique de la spirale, lié sans doute au déroulement cyclique des saisons et à la course du soleil.

Chez les Celtes en tout cas la spirale est associée à la foudre et à l’orage, via les tourbillons nuageux probablement. On en voit portées par le dieu celte Taranis, version gauloise du Jupiter ton­nant ! Nos « ancêtres », dont la seule crainte était que le ciel leur tombât sur la tête, utilisaient-ils les spirales comme une sorte de conjuration ? Là aussi le problème reste entier…

Dans le croissant fertile, à l’opposé, les structures hélicoï­dales et spiralées sont rattachées à l’eau et à la lune… donc à la Femme, en l’occurrence la Déesse-mère source de toute fécondité

On peut penser que cela découle de l’observation des tour­billons de l’eau – si précieuse sous ces climats – et des phases de la lune, croissante et décroissante liée aux cycles féminins. Les plantes, avec leur développement en crosses et leurs structures hélicoïdales ont pu aussi amener ces premiers peuples d’agricul­teurs à lier la spirale à la notion de fertilité – Les cornes des ani­maux, béliers ou taureaux, hélicoïdales ou en forme de croissant de lune renforcent le lien qui conduit des formes spiralées à l’idée de vie. Le serpent, le caducée, les noeuds et les liens relèvent du même imaginaire.

La double spirale affrontée, celle du caducée – celle aussi de l’ADN – est symbole de vie en même temps qu’image même de la vie.

La spirale à double enroulement que l’on rencontre fréquem­ment dans les symboles celtiques est plus complexe : évolution/ involution, double polarité cosmique dans une notion de va-et­vient, d’aller et retour… on peut en rapprocher le symbole mathé­matique de l’infini, en forme de 8 horizontal, que le Tarot reprend dans le couvre-chef du Bateleur (lame 1) et de la Force (lame 11) : ces deux figures, la première et la dernière avant le retournement, le changement de plan que constitue la lame 12, le Pendu, ouvrent et ferment la première phase du chemin initiatique qui peut se lire dans le Tarot et que l’on peut inscrire sur une spirale à double en­roulement. C’est aussi une ligne de cette sorte qui sépare le blanc du noir dans le beau symbole extrême-oriental du yin-yang.

Une autre implication symbolique importante de la spirale vient de sa capacité à assumer l’ordre de l’être au sein du change­ment puisqu’elle permet d’assurer la croissance sans modifier la structure totale comme le montrent les coquillages qui s’enroulent autour d’un axe grandissant sans changer de forme. De là viennent dans les sociétés primitives les chants-spirales et les danses-­spirales qui tendent – selon Gilbert Durand – à « assurer la perma­nence de l’être à travers les fluctuations du changement ». Tout change certes mais tout recommence, similaire sinon identique et le rite est là pour le réaffirmer en réponse à toutes les angoisses du lendemain…

Enfin, quand la spirale se donne une dimension supplémen­taire dans l’espace ou dans le temps, le symbole acquiert sa di­mension ultime en direction du ciel, en direction aussi du futur à construire.

Plus haut, toujours plus haut, et les hommes construisent les rampes, les ziggourats et les tours de Babel… Ils escaladent en processions spiralées les montagnes sacrées, ils tournent, patiem­ment, inlassablement, toujours plus haut de spire en spire à la re­cherche de ce qui les dépasse et les transcende à la fois.

Toujours plus haut, toujours plus loin : si l’expansion se fait dans le temps, la spirale allie les mythes, apparemment inconci­liables, de l’Eternel Retour et de la marche vers le progrès. Certes l’humanité, périodiquement, retrouve ses vieilles traces, mais le plus souvent, loin de retomber dans les mêmes ornières, elle passe au-dessus dans sa courbe ascendante…

Le chemin initiatique est le même, il est lente ascension, non point circulaire mais hélicoïdale, marqué non de retours à la case départ, mais de survols de situations passées qu’il s’agit d’ap­prendre à surmonter, car malheur à celui qui n’a pas su se dépas­ser lui-même : faute de pouvoir emprunter la spire supérieure il risque de tourner en rond…

Telle est la leçon de la spirale : dans les grands cycles de la vie elle doit nous apprendre à nous élever à une plus grande di­mension de l’Etre qui nous permette de croître sans changer de forme, d’évoluer sans cesser d’être nous-mêmes, sans jamais non plus nous renier…

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La Franc-Maçonnerie présentée aux profanes 25 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Franc-Maçonnerie présentée aux profanes

 

Des Loges de la région parisienne se sont groupées pour réaliser entre elles un Stage Pré-Maçonnique destiné aux profanes en instance de candidature devant ces Loges.

L’expérience est en cours et se développe dans le cadre d’un Centre d’Etudes Philosophiques et Morales, à la satisfaction non seulement de ses promoteurs, mais également, semble-t-il, des profanes qui suivent ces travaux.

Il nous a paru intéressant de publier l’Avertissement qui est lu aux profanes au cours de ces réunions

 

 

AVERTISSEMENT AU PROFANE QUI VEUT ENTRER DANS LA FRANC-MAÇONNERIE

 

N’entrez pas dans la FRANC-MAÇONNERIE par une puérile curiosité, vous n’auriez que déception.

Ne vous engagez qu’avec la résolution d’étudier l’Institution sérieusement.

Si, avec l’amour du VRAI et du BIEN, vous n’avez pas l’esprit un peu tourné vers la poésie des choses, et la raison un peu mêlée de sensibilité, n’y venez pas, vous vous ennuierez.

Si, étant avocat ou médecin, industriel ou négociant, fonctionnaire ou employé, vous cherchez des clients ou des protecteurs, ne venez pas, vous auriez des mécomptes.

Fonctionnaire, vous feriez rire le ministre de votre parti, fût-il Maçon, et son successeur vous nuirait peut-être,

Marchand, vous feriez suspecter votre marchandise et votre Maçonnerie,

Avocat ou médecin, vous paraîtriez indigne de professions qui ne s’ap­précient qu’au travers d’un certain désintéressement.

Si, étant ambitieux, vous avez des capacités à la hauteur de votre ambi­tion venez et vous apprendrez à vous réaliser.

Mais si vous cherchez des échasses pour’ vos jambes trop courtes, ne venez pas, notre idéal ne vous portera point assez haut.

Politicien, ne rêvez pas de vous faire des partisans dans une Loge : vous n’auriez que ceux que vous avez déjà ; vous perdriez sans doute ceux qui vous reprocheront d’avoir introduit la discorde et votre succès ne sera pas long.

Tant que les hommes s’entre-déchireront dans les conflits de leurs intérêts, de leurs passions et de leurs préjugés, la Franc-Maçonnerie continuera d’enseigner à ses initiés que les violences nuisent à tous, que les idées sont soumises à la loi de croissance comme des êtres vivants, qu’une réforme ne réussit que dans un milieu préparé, et que les impatients du progrès lui suscitent souvent plus d’obstacles que ses adversaires.

Mais si vous croyez en l’Homme et en sa perfectibilité, si vous avez une conception élevée du bonheur et si, dans la confusion d’un monde dominé par les faiblesses humaines, vous aspirez à la sagesse ; si donc, vous ne demandez rien aux Francs-Maçons, qui ne sont que des hommes, alors venez à la Franc-Maçonnerie, elle vous donnera assurément beaucoup de ce que vous cherchez.

 

Savoir au juste la quantité d’avenir qu’on peut introduire dans le présent, c’est là tout le secret d’un grand gouvernement. Mettez toujours de l’avenir dans ce que vous faites, seulement, mesurez la dose.

Victor HUGO, 1848. (Tas de pierres).

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