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TOLERANCE 8 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , trackback

TOLERANCE

 

Qu’est-ce que la tolérance ? Et où en sont les limites ? A-t-elle des limites? Doit-on se montrer tolérant aussi à l’égard de l’intolérance?

De ce fait, comment doit-on aujourd’hui interpréter le principe de tolérance?

Comment peut-on et doit-on procéder pour lutter contre l’utilisation abusive de la tolérance par la droite ou par la gauche ? Cette question mérite d’être étudiée longuement parce qu’elle est au coeur de la philosophie maçonnique.

Dans la mesure où le mot tolérance est un mot qui peut prendre des résonances condescendantes, il est sans doute nécessaire de définir une attitude traduisant, sans puérilité et sans sentimentalité déplacée, ce que les notions d’amour et de charité portent de vertus humaines.

Effectivement, il faut bien se rendre compte que les considérations sur le problème de la tolérance, ou de l’intolérance, sont situées dans un cadre historique. Il n’y a de tolérance comme d’intolérance qu’au niveau du vécu. Seuls, les problèmes concrets peuvent permettre une approche claire, et intellectuellement honnête, des exigences d’une telle attitude. C’est quand on reçoit un coup que la question de tendre l’autre joue se pose, et non dans la quiétude de la chambre close. C’est dans le comportement quotidien, les repas, les coutumes, les jeux, les goûts que le racisme trouve ses épreuves, et non dans l’abstraction légaliste.

La tolérance, c’est l’acceptation d’un certain élément d’étrangeté dans un organisme, dans une communauté, dans un système de relations.

Chacun sait bien que cette acceptation peut être enrichissante, ou au contraire ruineuse. L’expérience prouve que ce qui ne tue pas fortifie.

Aller au-delà, c’est prendre bien des risques sans assumer de responsabilité, et c’est ce qu’un honnête homme ne peut et ne doit pas faire.

Les facteurs à considérer dans l’analyse de l’attitude, eu égard au problème de l’étrangeté sont, la persuasion, l’influence, le conditionnement, l’intoxication, et finalement la désorganisation (ruine, écrasement, ou conversion). L’imitation ou la sympathie n’entre pas en jeu, précisément parce qu’elle est l’antidote de l’intolérance.

Ces facteurs, jouent un rôle dans l’élaboration d’une réaction de défense, réaction qui de toute façon est nécessaire, dans tous les cas où la personne, l’organisme, la communauté, le système idéologique doivent se conserver et assurer une continuité, c’est-à-dire dans tous les cas où ils ont une existence.

Le principe de tolérance doit être considéré également, en fonction du temps et de l’espace. La diversité est un fait. Ce que l’on appelle la Nature en offre la manifestation évidente. Le changement, l’évolution, c’est encore un fait. Nous le constatons, en ce qui nous concerne, en ce qui concerne le monde, et l’histoire en témoigne en tant que science.

La tolérance, par ailleurs, s’inscrit dans le cadre de la nécessité dialectique de toute existence. Celle de la contradiction surmontée. Celle de l’opposition dépassée. Celle de la dualité résolue.

Je ne peux me développer sans recevoir d’une façon ou d’une autre un élément extérieur à moi-même, qui m’oblige à devenir autre, et sans provoquer en même temps la ruine de ce qui est moi. Je suis ce que je suis, par ce qui est étranger à moi-même, autant que par moi-même. Etranger mais pas incompatible. Et c’est là où se situe la sagesse, celle qui est faite de mesure et de jugement, de complaisance et de discernement.

Chaque être tend à se conserver, et rejette ce qui le dégrade, à moins que les effets de ce qui le dégrade soient destructeurs au point de provoquer sa ruine. Tout organisme est, dans une certaine mesure, capable d’assurer par des réactions, sa propre défense. Le véritable danger, c’est précisément de recevoir de l’extérieur, des atteintes telles que les réactions de défenses soient paralysées.

Une communauté se défend par ses lois, par le sentiment de ce qui est injuste, et par l’exercice de sanctions. En ce domaine l’opinion commune est souveraine.

Les sentiments racistes sont fondés sur des convictions sincères et non sur la méchanceté. Tant que l’on n’a pas admis que tel ou tel est un être humain, il n’apparaît pas monstrueux de le chasser, et de le tuer.

Dans une société où l’esclavage est admis, la condition de l’esclavage n’apparaît pas comme une injustice. Même si cette condition est insupportable. Par contre dès que la condition de l’esclave apparaît comme injuste à l’opinion, un processus est engagé pour que cesse cette injustice.

On pourrait multiplier les exemples. Ce qui compte, c’est de situer le problème sur son plan véritable, c’est-à-dire au niveau des principes. Il est trop facile, et dérisoire de tourner la tête et d’accuser les autres. Nous sommes tous concernés.

Il est probable, en effet que tout ce qui se manifeste, dans l’ordre naturel et particulièrement sur le plan humain correspond à une nécessité, c’est à dire à une situation telle qu’elle est devenue irréversible.

Quand un phénomène comme l’Hitlérisme apparaît, par exemple, il est puéril, il est ridicule de dire : « c’est monstrueux, c’est criminel, c’est horrible! » Il convient de comprendre en quoi nous avons contribué à l’apparition de ce phénomène, et de chercher les causes et les explications critiques ; qui en éclairent l’avènement.

L’on constatera naturellement que ces causes sont non seulement l’existence au coeur même de chacun de nous de tendances perverses, mais encore qu’elles résultent de notre faiblesse, et d’une certaine façon de la tolérance dont nous avons fait preuve à l’égard de ce que notre conscience nous désignait comme le mal.

Mais d’abord, et avant tout, de ce que nous avons accepté de nous-mêmes, avec complaisance, et indulgence à sens unique.

La Tolérance maçonnique, c’est le contraire de la faiblesse à l’égard du mal, et du mal que nous portons en nous.

L’ascèse à poursuivre est une purification, qui concerne notre conduite et notre jugement. Elle doit aboutir à la maîtrise exercée sur nous-même, et donc à la pleine responsabilité de notre activité.

C’est en ce sens que nous ne devons pas perdre de vue les exigences de la personne. Accepter notre propre déchéance, tenir nos principes comme méprisables, et les laisser mépriser, refuser à la communauté la claire vision de ses motivations, c’est renoncer à ce qui nous fait homme.

Certains diront: Mais c’est l’ouverture à la violence!

Tôt ou tard il nous faut refuser. Tôt ou tard, il y a au niveau temporel une limite que nous jugeons impérative.

Mais, précisément, si cette limite s’impose à tout homme, le maçon en tant qu’initié doit la savoir relative, et contingente. Il doit pouvoir se situer à une hauteur où ne doivent pas interférer les luttes et les défenses nécessaires, mais où doivent s’élaborer l’intelligence des situations et l’amour de l’homme.

La plupart des difficultés de la relation entre les hommes, c’est en effet le résultat d’une intelligence déficiente, et d’un amour trop indigent.

Plus précisément encore, ne pas être capable, à un certain niveau de la relation humaine, de renoncer à soi, c’est orgueil, source d’agressivité permanente et cause de conflit.

Il faut écarter les tentations de la faiblesse. Il y a une bonté qui asservit, et une autorité qui libère. Il importe de déceler clairement ce qui convient, là où cela convient, et quand cela convient.

Nul n’a jamais dit qu’il était facile d’être, et d’être soi. Nul n’a jamais dit que la vie n’était pas une conquête continue, un combat perpétuel, et d’abord, contre soi.

Ce qui importe au Maçon, c’est de comprendre qu’il n’est pas de combat, qu’il n’est pas de quête, si la passion, si l’aveuglement, si l’agressivité, si la haine et l’incompréhension dévorent notre personnalité.

Le jugement serein est indispensable. L’action véritable doit partir d’un centre immobile et souverain. Il n’est de victoire possible pour l’homme qu’à partir de ce poste ou la lumière éclaire et où l’amour apaise.

C’est pourquoi, à la limite, seul le Maître est justifié dans ses actes.

La contradiction, l’obstacle à surmonter, c’est la nécessité de combattre pour s’élever, et pour atteindre cette souveraineté sur soi-même, qui permet la sérénité.

Celui qui a conquis la maîtrise de soi peut et doit défendre ce qu’en conscience il juge essentiel.

Mais en attendant ?

En attendant, faute de connaître la Vérité, puisque avec la meilleure volonté, nous marchons dans la nuit, en tâtonnant, et qu’il nous arrive de faire des fautes, il importe que chacun de nous soit accepté.

Bien que la victoire n’ait plus de sens, si nous ne savons pas si notre cause est juste, le combat est nécessaire.

Un ancien sage disait: c’est le juste qui dicte ses lois à l’univers. Oui ! Mais qui est le juste ?

Le mal est dans la nature, et dans notre nature, c’est pourquoi il importe que nous luttions pour le bien. Pour ce que nous croyons bien.

Non pas pour ce que nous SAVONS être le bien et la VERITE, mais pour ce que nous estimons être le bien et la vérité. Toute la nuance est là.

Si nous cessions un seul instant le combat contre le mal, si nous nous abandonnions au scepticisme, nous serions vite réduits à l’état de ruine, et bientôt nous deviendrions les instruments du mal même. Mais dans ce combat, le respect de l’autre est la loi d’amour.

La tolérance maçonnique, c’est le respect rigoureux de l’autre en tant que personne. En tant qu’esprit, si l’on veut. C’est le semblable qui nous impose notre propre loi. Lui permettre d’être lui-même, c’est nous justifier d’être ce que nous sommes.

Un homme tolérant, c’est celui qui accepte en tout homme la part de bien qui inspire sa conduite. L’essence de la tolérance c’est la reconnaissance fraternelle.

C’est une attitude qui ouvre des développements infinis, mais qu’on peut résumer: quelles sont les limites de l’humain ? Et à quoi nous oblige le devoir fraternel ?

En fait, l’humanité ne peut se comprendre qu’en fonction d’un principe fondamental, et ce principe c’est la vie. Elle est une manifestation de la vie et elle reçoit d’elle sa vertu.

L’homme dépend du milieu, et l’ordre naturel est sa loi. On peut concevoir entre la nature et l’homme des étapes, ou des écrans, mais quand on analyse la condition humaine, on s’aperçoit que tout s’organise autour de l’ordre Vital, qui finalement est l’ordre cosmique.

Il est illusoire d’isoler le fait humain, et de considérer l’homme comme une abstraction. C’est terre à terre que se pose le problème de la tolérance, et de ses limites.

Ce que l’on peut comprendre sous le terme d’humanité c’est l’ensemble des facteurs naturels qui contribuent à l’épanouissement de l’espèce, dans sa vocation de conscience universelle ou plus exactement universaliste.

Etre humain, c’est accepter d’être une conscience qui vise à l’universel à travers la personne. C’est en définitive une question de bon sens.

Il est évident, qu’en définitive, le véritable amour fraternel, c’est l’ancienne notion de charité qui l’éclaire. Compréhension et solidarité à l’égard de chacun. Mais amour et charité sont vains s’ils ne sont pas incarnés au niveau des personnes et des actions. Et s’ils ne commencent pas par l’amour de soi-même.

Car toute intolérance vient de ce qui nous dégrade à nos propres yeux. L’homme qui ne se connaît pas, qui ne se comprend pas, qui n’éprouve pas à l’égard de soi l’estime et l’indulgence qui lui permettent de vivre en paix avec lui-même, cet homme est incapable d’apporter aux autres les secours qui leur sont nécessaires dans leur détresse, ou leur folie, dans leur aveuglement ou leur haine, le secours d’un être pacifié, serein, rayonnant et lucide.

L’amour fraternel bien entendu peut se comprendre comme une action d’élémentaire solidarité, une entr’aide matérielle au sens profane.

Mais il ne semble pas que la Maçonnerie se grandisse en retenant ce seul sens. Parce que l’amour fraternel, c’est beaucoup plus : c’est le respect de l’originalité de chacun, c’est l’aide apportée par l’exemple, c’est la joie de vivre communiquée, le soutien moral, la solidarité spirituelle, toutes attitudes aussi nécessaires que l’aide simplement financière ou la protection de caractère professionnel.

Au reste, il faut dire clairement que la Franc Maçonnerie n’est ni une compagnie d’assurance, ni un syndicat professionnel.

Ce que souhaite le Maçon, c’est que son frère soit capable d’être un homme fait, d’être épanoui, heureux dans ses relations avec les autres, capable d’assumer les exigences de sa vocation, de réaliser l’aventure de sa vie, sans avoir à désespérer ni de lui-même, ni des autres.

Il est sans doute souhaitable que cette fraternité s’étende à tous les êtres qu’un destin commun, la mort, rend vulnérable. Qu’elle soit inspirée par la lucidité, le courage et l’espérance. Mais elle ne peut avoir de prix que sous la forme concrète et tangible d’une relation humaine réellement vécue, et c’est cette relation vécue que le Franc-maçon place sous le signe de la tolérance.

*

Le comportement fraternel n’est-il qu’une manifestation verbale ? Sommes-nous tolérants à l’égard de chaque homme, de chaque Frère, en toutes circonstances, ou bien la tolérance n’est-elle pour nous qu’une notion d’ordre général ?

Il est plus facile de déclamer sur l’amour de l’humanité que d’essayer seulement de supporter son frère.

Volonté de puissance, volonté d’être, sentiment de connaître le Juste, le bien, le vrai, agressivité à l’encontre de tout ce qui trouble notre quiétude et nos routines, de tout ce qui nous force à remettre en question nos idées, voilà le fond constant du comportement de chacun de nous dans ce monde tendu, dur et instable. Nous avons les meilleures intentions du monde, mais tout se passe comme si nous n’étions jamais à même de vivre en paix avec les autres. Sans doute parce que nous ne sommes pas en paix avec nous-même.

C’est vrai, le respect, l’amour de l’autre, du prochain est plus difficile que l’amour de l’humanité en général parce que la relation immédiate engage la sensibilité et les préjugés, tandis que la sentimentalité verbale se passe de preuve. Il n’y a de vérité que dans l’épreuve assumée au plus près du vécu, et c’est à ce niveau là que la fraternité a ou n’a pas de sens.

C’est le problème qui se pose dans le cadre de la Loge, dans le cadre de l’obédience, dans celui de la Cité. Il n’y a peut-être pas de devoir plus impératif pour un homme que celui qui consiste à faire de son comportement à l’égard des autres une source de paix. Et tout l’appareil rituel mondain, toute la codification dont la politesse est un aspect, semblent confirmer cette exigence.

L’important, c’est précisément que, dans le cadre de la loge se fasse le travail nécessaire. Il n’y a pas, si l’on y réfléchit, de plus légitime fonction au rassemblement solennel que constitue une tenue que celle qui consiste à élaborer un comportement fraternel, à définir une conduite à la fois pacifiante et libératrice.

C’est une sottise que de prétendre que la Maçonnerie a d’abord pour mission de traiter de questions profanes. Elle a pour mission de traiter en tout lieu et en tout temps de la fraternité. Les prétextes sont interchangeables, mais le véritable objectif est là.

Ce qui importe d’abord, c’est d’apprendre à maîtriser les signes. C’est-à-dire à n’exprimer que ce que l’on veut, à n’apparaître aux autres que sous l’aspect raisonnable et digne qui convient à l’homme fait.

Il convient ensuite de distinguer l’essentiel de l’accessoire dans les rapports humains.

Or, nonobstant les bonnes intentions, la seule chose qui importe vraiment, du moins pour le maçon, c’est la libre détermination, le jugement, la conscience de l’autre. Toute atteinte à la liberté de son information, à la clarté de son analyse, à l’expression de sa pensée est un abus que rien ne justifie du moins en loge

Il n’y a pas de raison d’Etat maçonnique, ni d’orthodoxie maçonnique sur le plan de la vie spirituelle.

Aussi, le véritable respect de l’autre, c’est la volonté de ne pas convertir, de ne pas asservir, de ne pas abuser. Auquel doit finir par s’ajouter la compréhension, puis l’accord.

Il n’est pas nécessaire de renoncer à sa propre démarche pour parvenir à ce résultat. Il convient au contraire de considérer que la diversité se justifie par son existence même, et que cette diversité justifie l’existence elle-même. Amour, exemple et foi.

Pour agir ainsi, en maçon, il faut être assuré de soi, ce que nous ne sommes pas toujours, ce que nous devrions être si nous étions des Maîtres.

Jean MOURGUES

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