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Propos semi foltres sur la mort par Lo CAMPION 21 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution,Humour,Recherches & Reflexions , trackback

Propos semi foltres sur la mort par Lo CAMPION



Lo Campion fut avant tout un humoriste. Un fils spirituel d’Alphonse Allais, qu’il reconnaissait comme son matre. II s’illustra en tant que pote et chansonnier, rgent du Collge de Pataphysique (exgte d’Alfred Jarry) et confrre de Pierre Dac, avec qui il se produisit sur scne. Mais ce fut aussi un franc-maon, si engag qu’il atteignit le 33e degr. II laisse une oeuvre forte d’une trentaine de livres, dont Le Cul travers les ges, digne des meilleurs rotiques du XVllle sicle. Signalons galement des Contes d’apothicaire, un Dictionnaire subversif et trois livres spcifiquement maonniques :

- D’abord son autobiographie, J’ai russi ma vie (dconnage anarchique), prface par Roger Leray, Grand Matre du G.-. 0.-. D.-. F.-.

- Ensuite Sade Franc-Maon, un ouvrage trs complet sur un sujet rarissime

- Enfin Le Drapeau noir, l’querre et le compas, rdit rcemment par de jeunes maons anarchistes.

Lo Campion, membre de la loge L’Homme libre, fut galement acteur de cinma (on se souviendra de son apparition dans La Lectrice , le film de Michel Deville, sorti en 1988) et dessinateur de presse.

Lo Campion se situe, de plume, dans la droite ligne des Cami (qu’il aimait particulirement), des Mac Nab, des Jarry, des Satie. Mais, la diffrence des prcdents, il tait nanti d’une solide joie de vivre, source d’une curiosit sans faille, ce qui en fit un polygraphe clectique l’rudition trapue mais espigle.

Les Propos semi-foltres sur la mort qui vont suivre sont extraits d’une planche qu’il prsenta en 1973. On y trouve ou retrouve l’humour piquant d’un Lo Campion trop heureux pour tre macabre, noir ou mme drlatique. Un expos servi par le talent d’un crivain part entire. On y dcouvre galement, maonniquement parlant, le parcours d’un F.-. qui ne prenait pas l’initiation la lgre.

Nous devons cette dition (car il s’agit d’un indit) au pur hasard. Cette planche a en effet t dcouverte dans une bote de rangement de la bibliothque du Grand Orient de France. Elle tait classe mais personne n’avait encore song lui donner une vie ditoriale. Voil chose faite.

Les Maons y dcleront l’art d’un F.-. qui avanait vers ses cinquante ans de loge et un ge honorable (il mourra plus de quatre-vingts ans dans les annes quatre-vingt-dix). Les profanes seront plus sensibles l’clectisme d’un esprit libre pour qui nul sujet n’tait tabou. C’est suffisamment rare pour tre not!





Alphonse Allais commenait ainsi une confrence: Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

On m’a demand de vous faire une confrence sur le thtre. J’ai peur qu’elle ne vous attriste, car, comme vous le savez, malheureusement, Shakespeare est mort, Corneille est mort, Racine est mort, Molire est mort, Beaumarchais est mort, Rgnard est mort, Marivaux est mort… et je ne me sens pas trs bien moi-mme.

Depuis, Alphonse Allais est mort lui aussi.

Sans qu’il y ait lieu de s’inquiter outre-mesure de tous ces prcdents, on peut quand mme lgitimement se demander s’il ne nous adviendra pas d’galement mourir un jour? Et si, sans tre systmatiquement alarmiste, on songe que s’ajoutent tant d’autres auteurs prcdents aux prcits, on peut quand mme penser que les probabilits en sont grandes.

Trs suffisamment en tout cas pour m’avoir amen mditer sur cette ventualit. Et vous exposer le fruit de mes mditations.

Dans l’attente de l’illusoire dcouverte d’un lixir d’immortalit qui surviendrait pendant les annes qui me restent vivre. Mais je conviens de l’optimisme un tantinet chimrique de cet espoir.

Ce qui est dsagrable, a priori, n’est pas d’tre mort, mais de mourir. ventuellement. Et selon. La preuve en est que, couramment, les gens clbrent l’anniversaire de leur naissance et jamais celui de leur mort. Pas de leur vivant en tout cas. Et ce, vraisemblablement, parce que l’homme, qui est le seul animal qui sait qu’il mourra un jour, ne sait pas quand il mourra. Ainsi j’ignorais, quand j’ai commenc cette phrase, si j’allais pouvoir l’achever. Eh bien, a y est!

La mort est un phnomne biologique extrmement simple. Surtout quand il s’agit de celle des autres. Les dieux et les acadmiciens, qui sont immortels, ne me contrediront pas.

La mort n’est autre chose, somme toute, que la privation de la vie. Et, a dit picure, il n’y a rien de redoutable dans la privation de la vie . Ce qui n’exclut pas un certain dsorient qu’Alfred Jarry exprime ainsi : Songez la perplexit d’un homme hors du temps et de l’espace, qui a perdu sa montre, et sa rgle de mesure, et son diapason. Je crois, Monsieur, que c’est bien cet tat qui constitue la mort.

La mort aussi est un prodigieux anesthsique. Ronsard, bien qu’il ignort l’anesthsie, l’a exprim en deux vers :

Je te salue, heureuse et profitable Mort, Des extrmes douleurs mdecin et confort!

Ronsard, qui dcidment ignorait beaucoup de choses, ignorait aussi l’euthanasie. Pratique par le mdecin, en me et conscience comme il se doit, elle lui aurait sembl une banne thrapeutique de l’agonie.

Dans les cas dsesprs, abrger les souffrances du patient, qu’il s’agisse d’un moribond que son docteur fait passer de la douleur au sommeil et du sommeil la mort, ou d’un animal que pique le vtrinaire, est faire oeuvre pie.

C’est pour cela sans doute que la srnit des trpasss a quelque chose de fascinant. Et qu’un proverbe arabe proclame : On est mieux assis que debout, couch qu’assis, et mort que couch.

Belle incitation au suicide.

J’ai toujours vcu joyeusement et l’ide du suicide ne m’a jamais effleur. Mais je comprends parfaitement que celui qui estime devoir y recourir le fasse. Le droit la mort me semble aussi imprieux que le droit la vie. Ton corps est toi. Si on a plus envie de vivre, quelles qu’en soient les raisons, ou mme sans raison, pourquoi continuer?

Il y a des vellitaires du suicide. J’ai connu un curieux personnage qui en parlait toujours et ne le faisait jamais. Ce qui amenait des dialogues de ce genre:

- Veux-tu dner avec moi mardi prochain? -Impossible, rpondait-il, mardi je me suicide. -Alors mercredi…

Et il est mort de sa belle mort.

Il y a des suicides affreux. Se faire hara kiri. Flamber comme un bonze. Ou se jeter sous une rame du mtropolitain. Il vaut mieux se pendre haut et court, ne serait-ce que pour le plaisir d’jaculer une dernire fois. Ou alors une bonne piqre de morphine, qui endort paisiblement et dfinitivement. Ainsi que le fit l’anarchiste Marius Alexandre Jacob, cambrioleur en retraite, qui servit de modle Arsne Lupin.

II crivit l’intention de ses amis : Je vous quitte sans dsespoir, le sourire aux lvres, la paix dans le coeur. Vous tes trop jeunes pour pouvoir apprcier le plaisir qu’il y a partir en bonne sant, en faisant la nique toutes les infirmits qui guettent la vieillesse. Elles sont toutes l runies, ces salopes, prtes me dvorer. Trs peu pour moi. J’ai vcu. Je puis mourir.

Par suicide ou autrement et bien que le rsultat soit le mme, on peut trpasser de toutes sortes de faons.

Et l nous entrons dans le vif du sujet, vif tant en l’occurrence un mot malheureux. Fastueuses taient les morts des souverains et des nobles sous l’Ancien Rgime. Passant de vie trpas au milieu de leur cour, entours de leur famille, de leurs faux et de leurs serviteurs, il leur fallait tenir leur rang de faon difiante jusqu’au bout. Dans cette crmonie, o ils jouaient le premier rle, la dignit de leur comportement avait valeur d’exemple et ils se devaient de ne pas rater leur ultime sortie.

Cela les aidait peut-tre mourir.

Quelle leon de cabotinage donna Mounet-Sully, disant sur son lit de mort : Mourir, c’est difficile quand il n’y a pas de public. !

Mourir en public peut donc aider mourir courageusement. Voire hroquement. Telles les morts spectaculaires et pleines de panache d’idologues.

Danton, en 1794, dernier de la fourne, pataugeant dans le sang de ses quatorze meilleurs compagnons dcapits avant lui, qui lana au bourreau: Samson, tu montreras ma tte au peuple, elle en vaut la peine!

Le docteur Baudin, en 1851, qui on reprochait son indemnit parlementaire, et qui, montant sur une barricade, rtorqua: – Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs.

Ou Ravachol, en 1892, qui chantait tue-tte en allant vers la guillotine, puis crachait des injures sous le couperet.

Les morts violentes sont d’une grande diversit.

Elles sont gnralement provoques par des engins redoutables dont on ne se mfiera jamais assez, comme par exemple la bombe atomique ou l’automobile, la seconde tuant moins de monde la fois que la premire mais tant d’un usage beaucoup plus frquent.

Les morts violentes sont plus stupides encore quand elles surviennent sans accessoires. Comme celle, mouvante, du pauvre Jean Floux, charmant pote chatnoiresque et bohme impcunieux, qui, hritant bien inesprment d’un riche oncle de province, avait emprunt, lui qui n’empruntait jamais, une centaine de francs pour s’habiller dcemment et prendre le train, afin d’aller chercher le magot. Aprs quoi il se prcipita tout joyeux la gare o, ses semelles toutes neuves glissant sur le quai neigeux, il tomba la renverse et se fractura le crne. Jean Floux mourut heureux, mais quel accident bte! Il est vrai qu’il est peu d’accidents intelligents…

On peut, au cours des sicles, toujours dans le cadre des morts violentes, tre parmi les innombrables victimes des multiples gnocides : guerres, dportations, exterminations diverses. Une balle perdue, pas pour tout le monde, est si vite arrive.

On peut tre condamn mort, c’est--dire assassin au nom de la justice. On a pu, en faisant connaissance de la Gestapo, du Gupou, ou du gnral Massu, mourir sous la torture. On peut tre crucifi, garrott, fusill, dcapit, cartel, lectrocut, asphyxi, bouillant.

J’en passe et des pas meilleures.

Puis il y a des gens qui meurent de faim. Et il y en a qui meurent de froid.

Les gens btes en mourir prennent tout leur temps. Sauf en cas de guerre, parce qu’en gnral ils sont patriotes de surcrot. Bertrand Russel a dit d’eux : Ils prfrent mourir plutt que de rflchir. C’est ce qu’ils font d’ailleurs. Darien, une poque il est vrai o la guerre pargnait encore les civils, avait crit : La guerre ne dtruit que les imbciles.

Les morts imaginaires ne sont pas les moins mouvantes. Le pre Dumas a pleur en crivant la mort de Porthos.

Il est aussi des morts bizarres.

Au temps o la chasse d’eau, dans les water-closets, se trouvait au-dessus du sige, j’ai ou dire qu’un usager, tirant violemment la chasse, la descella si brutalement qu’elle chut de tout son poids sur sa tte. Il fut tu sur le coup et sa famille put justement dire qu’il avait t victime d’un accident de chasse.


Mais on peut mourir gaiement.

Tmoin cet cho que j’ai lu, en 1975, dans Le Quotidien de Paris: Un Anglais est mort de rire en regardant une mission de tlvision. Selon la veuve de la victime, M. Mitchell aurait ri pendant vingt minutes et en serait littralement mort.

Il est vrai que cette information d’un macabre dsopilant est parue le premier avril. Elle me rappelle toutefois un sketch que j’ai vu, la tlvision anglaise prcisment. Un humoriste, ayant crit une histoire mourir de rire, en se relisant, tait pris d’un si violent fou rire qu’une rupture d’anvrisme l’tendait raide mort. Son pouse, survenant sur ces entrefaites, dcouvrait le cadavre, s’emparait du texte de l’histoire mourir de rire qu’il tenait en sa main crispe, prenant cela sans doute pour un dernier message, et, le lisant avec curiosit, clatait de rire son tour et en mourait tout aussitt. Survenaient ensuite Police-Secours, mdecin-lgiste et autres professionnels du trpas, lesquels, se repassant de main en main le texte de l’histoire mourir de rire, tombaient comme des mouches, suffoquant et succombant, les uns aprs les autres, dans une cascade de rires.

Si nous tions bien gouverns, le texte de cette histoire, traduit en plusieurs langues avant que mort ne s’ensuive pour les traducteurs, devrait tre mis disposition de tous les amateurs de suicide par hilarit.

Ils se pourraient prvaloir d’un prcdent historique clbre, celui de l’Artin, en 1556. Alors que tant de pieux personnages ont souffert le martyre pour rendre l’me, cet auteur licencieux mourut effectivement dans un fou rire.

Comme quoi la dbauche est toujours rcompense.

En tmoignent plus prcisment la mort galante du prsident Flix Faure, dont le dernier soupir fut un soupir de volupt, comme celle, vanglique, du cardinal Dianilou. Deux classiques du genre.

Il est aussi des morts calmes. Celles o l’on cde au trpas comme on cde au sommeil. Pour mourir paisiblement, il suffit de s’endormir le soir, comme d’habitude, et de se rveiller mort le lendemain matin. Aucune angoisse la clef.

On peut succomber ivre mort, au sens littral du terme, dans un ultime hoquet. Une cuite dont on se souviendra longtemps. Une cuite comme celle qui fit que Raoul Ponchon crivit ces vers :

Je ne distingue plus Jsus-Christ de Bacchus, La Vierge de Vnus; Le jour de la nuit; l’une De l’autre, blonde ou brune, Et mon cul de la lune.

Il est des morts lucides.

En 1757, Bernard Le Bovier de Fontenelle, mourant centenaire, disait : Il est temps que je m’en aille, je commence voir les choses telles qu’elles sont.

Ce qu’en 1805 confirmait Friedrich von Schiller, trpassant en disant: Beaucoup de choses me deviennent plus claires.

Il est des morts quites.

William Hunter, physiologue et anatomiste du XVIIIe sicle, disant : Si j’avais une plume et si j’tais capable d’crire, je montrerais comme il est facile et plaisant de mourir.

Et Ernest Renan : Il n’y a rien de plus naturel que de mourir. Acceptons la loi de l’Univers. J’ai fini ma tche. Je meurs heureux. Les Cieux et la Terre demeurent.

Il est des morts tranquilles.

En 1650, Claude Favre, baron de Prouges, seigneur de Vaugelas, auteur des Remarques sur la langue franaise, disait sur son lit de mort: Je m’en vais. Ou je m’en vas. L’un et l’autre se dit. Ou se disent. Et il mourut.

En 1762, Louise de la Tour du Pin, baronne de Warens, elle aussi sur son lit de mort, constatait, optimiste : Femme qui pte n’est point morte , et expirait. Son dernier soupir avait pris un chemin dtourn.

Il est des morts plus prosaques.

En mourant, Cambronne aurait dit merde . Mais c’est une lgende. moins que ce ne soit une habitude.

Il est enfin des morts factieuses.

Ainsi un grand patron arrive l’hpital le matin et on lui dit: -Monsieur le professeur, le simulateur est mort cette nuit.

Mais, quelles qu’en soient les modalits, suicides mis part puisque volontaires, on meurt toujours prmaturment. Si nous en croyons ce bon vieil instinct de conservation. Qui fit dire Jeanne Bcu, comtesse du Barry : Encore une minute, Monsieur le bourreau…

C’est pourquoi on peut se poser cette question : notre ge rel est-il ce que nous avons vcu ou n’est-il pas plutt ce qui nous reste vivre? Autrement dit, un homme de soixante ans qui mourra cent ans n’est-il pas plus jeune qu’un homme de vingt ans qui mourra trente ans? Et que dire du docteur Faustroll qui naquit l’ge de soixante-trois ans?

Voil un fait qui bouleverse cette notion trop rpandue selon laquelle les gens ns le mme jour, la mme heure, auraient le mme ge. Notion d’ailleurs fausse en Maonnerie o on a l’ge correspondant au degr symbolique que l’on a atteint.

Le docteur Julien Besanon, lui, prtendait que l’ge normal de l’homme est de cent vingt ans. Et il prconisait le bien-vivre comme mthode de longue vie. Ne pas dteler, telle tait sa formule. Il mourut quatre-vingt-douze ans, ge peut-tre excessif eu gard ceux qui meurent en bas ge, mais trpas prmatur quand on illimite avec tant d’picurisme la grontologie. Pour la beaut du geste et la justification de ses thories, il eut t souhaitable que le docteur Besanon vcut trs vieux et mourut encore plus tard. Aprs avoir, selon sa mthode, men une vie de bton de chaise. Ce qui vaut infiniment mieux que de mener une vie de bton de marchal.

Les vivants sont des sursitaires. Ils auraient tort de ne pas en profiter. On ne vit qu’une fois. Et vivrait-on plusieurs fois que ce serait tout aussi valable.

Pour les morts, plus de sursis. Ils auraient tort eux aussi de ne pas en profiter. On ne meurt qu’une fois. Et mourrait-on plusieurs fois que ce serait tout aussi valable. C’est que mourir donne une consolante plus-value. On accorde aux morts beaucoup de qualits qu’on ne leur accordait pas de leur vivant.

C’est normal: ils ne gnent plus personne.

Mme les passants anonymes se dcouvrent devant des morts anonymes qu’ils n’auraient pas salus vivants.

Sous l’Arc de Triomphe de l’toile, devant la dalle du Soldat Inconnu, se sont inclins Albert Lebrun, Adolf Hitler, Lon Blum, Philippe Ptain, Charles de Gaulle et Maurice Thorez. Pas un vivant n’a ralis une telle unanimit.

Et quand on lit, dans un cimetire, les inscriptions logieuses et les regrets ostensibles que les dfunts suscitent, on se demande o sont enterrs les mchants.

C’est Clmenceau, je crois, qui a dit : Les cimetires sont remplis de gens irremplaables.

Partant de ce point de vue que les seuls morts estimables sont les morts qui ont t des vivants estimables, je ne crois pas qu’il y ait lieu d’avoir systmatiquement le respect de la mort. Ou plus exactement le respect traditionnellement et abusivement d aux morts. Sinon mon ami Boris Vian n’aurait jamais crit J’irai cracher sur vos tombes.

Il n’y a vraiment aucune raison pour que les morts soient meilleurs ou moins btes que les vivants.

De mme qu’en vieillissant un con ne devient pas respectable mais devient un vieux con, un con qui meurt devient un feu con.

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Propos semi foltres sur la mort

Ce qui n’empche en rien d’tre pein quand on perd des gens que l’on apprcie, d’avoir du chagrin quand succombe quelqu’un que l’on aime, ou de se rjouir au contraire de la disparition d’un salaud. C’est ainsi que la mort d’Hitler, ou celle de Staline, m’ont symboliquement fait plaisir, que la plupart des dcs me laissent plutt indiffrent, que je dplore la mort de quelques-uns et que j’en pleure quelques autres.

Ce qui n’implique pas que les pleurer soit rationnel. Peut-tre, inconsciemment, est-ce sur moi que je pleure? Parce que dchir par une sparation sans recours. Ralisant brutalement qu’il me faut parler des disparus au pass. Que je ne les verrai plus. Qu’il ne me reste que leur souvenir. Aussi essentiel et peu ngligeable qu’il soit.

Pourtant, il est des pays o la camarde est clbre joyeusement. Au Mexique, en Louisiane, au Brsil, notamment. Mmement le rituel minutieux des crmonies funraires africaines, unissant les morts aux vivants, les anctres au futur, est d’un symbolisme rconfortant. Les Noirs ne sont pas dsempars devant la mort comme le sont les Blancs. Heureuses peuplades pour qui la mort est une fte. Les obsques n’y ont pas ce ct ennuyeux et triste qu’elles ont dans les pays de civilisation judo-chrtienne.

Mme corriges par un gueuleton copieux. Ou par des libations nombreuses. Comme l’implique, par exemple, cette trs jolie coutume de marins qui veut que le cortge funbre fasse halte chaque estaminet rencontr sur le parcours compris entre la maison mortuaire et le cimetire, pour y consommer une tourne gnrale. Chacun boit et on laisse empli le verre du mort.

Cet aimable procd permet d’indiquer sur le faire-part de dcs, ct d’avis plus classiques, comme Ni fleurs ni couronnes ou Le deuil ne sera pas port , la formule brit conseille .

C’est ainsi qu’ la mmoire d’un ami dfunt, qui fut un valeureux ivrogne et n’tait par consquent pas un verre prs, j’avais ddi ces quelques vers supplmentaires:

Avant d’tre cadavre Ce mort tait un bon vivant Et nos larmes le navrent S’il les peroit dans le nant. Afin d’arroser ma mmoire, Dirait-il, s’il pouvait parler, Amis, il vaut mieux boire Que pleurer!

Nos aeux n’avaient cure de ce que devenaient leurs restes et, l’exception de grands seigneurs, de dames nobles ou de hauts prlats, qui avaient le droit d’tre enterrs dans les glises, leurs dalles funraires s’ornant de gisants ou d’orants, les morts taient entasss ple-mle dans des charniers.

Depuis, le crmonial s’est dmocratis et chacun maintenant a droit, quel que soit son rang, une spulture.

Pas partout nanmoins.

Dans certaines rgions de l’Inde et du Pakistan, les cadavres sont abandonns aux vautours.

En Asie, hindous et bouddhistes flambent les corps en plein air, dans une violente odeur de chairs grilles et une ptarade de graisses clatant brusquement.

Chez les Tartares, autrefois, les chefs taient brls avec leur plus belle femme, l’chanson, le cuisinier, le palefrenier et les chevaux, pendant qu’on tranglait des esclaves pour les enterrer auprs d’eux.

L’anthropophagie, qui a connu une certaine vogue en Afrique Noire au cours des sicles, est en trs nette rgression. Pourtant le procd, outre son intrt gastronomique, vitait les frais de funrailles et de spulture.

Mme conomie si l’on meurt en mer. Immerge au cours d’une brve crmonie, la dpouille sert de pture aux poissons.

Mme conomie encore en lguant son corps l’Institut mdico-lgal. Outre que la peau de vos testicules, judicieusement utilise, fera la joie des fumeurs, car, comme l’affirme la chanson:

Y a qu’la peau d’couille pour conserver l’tabac.

De mme qu’on empaille des serins, on embaume des chefs d’tat. C’est ainsi qu’ont t embaums des personnages aussi divers que Tout Ankh Amon et Lnine. La crmation est de mise au japon.

Quant aux chrtiens et aux musulmans, ils enterrent leurs morts, les premiers dans des cercueils, les seconds mme la terre.

Maurice Boukay, sur une musique de Marcel Legay, a crit Tu t’en iras les pieds devant! , chanson ddie jean Jaurs. En voici un extrait:

Tu t’en iras les pieds devant, Roi, guerrier, juge, aristocrate, Et toi qui voulais, dmocrate, Btir la maison de Socrate, Tu t’en iras les pieds devant. Duchesse aux titres authentiques, Catin qui cherche les pratiques, Orpheline aux navrants cantiques, Tu t’en iras les pieds devant. Grave docteur qui me dissque, Prtre qui chante mes obsques, Bourgeois, prince des hypothques, Riche ou pauvre, ignorant, savant, Nous aurons tous six pieds de terre. Vers la Justice galitaire

Tu t’en iras les pieds devant.

Qu’galitairement la mort fauche magnats et parias, Franois de Malherbe l’a dit en vers:

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Propos semi foltres sur la mort

Le pauvre en sa cabane, o le chaume le couvre, Est sujet ses lois;

Et le garde qui veille aux barrires du Louvre N’en dfend point nos rois.

Mais l cesse la justice galitaire.

Car ne messied point aux funrailles une certaine pompe (une pompe funbre videmment), et elle se paye.

En Occident, dans une socit base sur le profit, les tarifs des messes varient. Saint-Honor d’Eylau cote plus cher qu’une glise de banlieue, il y a des enterrements de premire classe et le corbillard des pauvres. En Amrique, c’est pis encore. On connat le slogan publicitaire de l’industrie mortuaire d’outre-Atlantique : Mourrez, nous ferons le reste. Tout y est spectaculaire et onreux. Tandis que de douces musiques dversent des flots d’harmonie, des htesses funraires trs sexy accueillent les chalands. L’embaumement pralable des cadavres, avant leur exposition, est de mise. Le cher disparu est transfigur. S’il a la gueule de travers, on la lui redresse. Un rictus de souffrance devient un sourire heureux. On farde le mort, on le bichonne, on soigne son expression, on rectifie la pose. Cercueils, sarcophages ou urnes ont toutes les formes, sont de toutes les matires. Plus c’est cher, mieux c’est. Le luxueux crmonial du service de premire classe prvoit mme, en apothose, l’envol d’une colombe, au-dessus du cimetire ou du crmatoire, qui est cense reprsenter l’me du dfunt.

Mais en Amrique, comme plus modestement en Europe, chacun, aussi moyens que soient ses moyens, doit savoir qu’au cours des obsques toujours la solennit est de mise et le srieux de rigueur.

Franois Chevais l’a fort bien observ dans une chanson commenant ainsi:

Les gens qui suivent les enterrements Ont l’air de suivre les mariages; Les gens qui suivent les mariages Ont l’air de suivre les enterrements.

Mais le mariage n’est-il pas un enterrement? Celui du clibat.

De mme que les enterrements, comme les mariages d’ailleurs, sont tarifs, il y a des ncropoles hors de prix et des ncropoles bon march. Une tombe au cimetire de Passy vaut le double d’une tombe au cimetire Montparnasse. Le prix varie aussi selon l’emplacement. Un caveau cote plus cher au bord d’une avenue que perdu l’intrieur d’une division. Les indigents, eux, sont entasss cte cte dans la fosse commune, un petit trou pas cher. Les supplicis ont droit au carr des fusills ou celui des guillotins.

Il est, dans les cimetires, certains interdits.

Les voitures ne sont tolres que dans des cas prcis.

Prises de vues et photographies sont proscrites. On ne peut pntrer dans un cimetire avec des bagages.

Les animaux n’y ont pas leurs entres. Ce qui est heureux pour les chiens car, curieusement, ils y perdent leur flair. Pourtant, les chats sauvages, ignorants du rglement, sont nombreux dans les champs de repos (entre trois et quatre cents au Pre Lachaise, par exemple). Et les arbres et la verdure attirent beaucoup d’oiseaux gazouillant l’entour des tombes.

Les grands cimetires sont aussi lieux de rencontre pour couples romantiques, amants clandestins, potaches, phbes, satyres ou sentimentales esseules en qute d’aventures. Les monuments funraires abritent parfois de coupables et furtives amours. Les graffitis pornographiques et les dessins obscnes ne manquent d’ailleurs point sur les murs internes des chapelles funraires.

En ce domaine, les Orientaux sont plus francs. Dans leurs cimetires, parmi les roses, se bcotent les amoureux. C’est le cher Omar Khyyam qui, dans un de ses robaiyat, crit : Une telle srnit entourera ma tombe que les amants ne pourront s’en loigner.

On ne peut pas inscrire sur une tombe tout ce que l’on veut. Il faut respecter les bonnes moeurs et l’austrit du lieu.

Si le nom du dfunt peut tre suivi du titre Prfet honoraire , ou de la mention Chevalier de la Lgion d’honneur , fut interdite, en 1871, l’inscription Membre de la Commune .

Il en est de mme pour les pitaphes. Celle d’Alexis Piron :

Ci-gt Piron qui ne fut rien Mme pas acadmicien

ne serait plus admise.

Ne serait pas davantage agr:

Ci-gt Lo Campion Poil au croupion.

C’est sans doute pour cela que l’pitaphe de jean de La Fontaine ne figure pas sur sa tombe, au Pre Lachaise :

Jean s’en alla comme il tait venu, Mangeant son fonds avec son revenu, Tint les trsors chose peu ncessaire; Quant son temps, bien sut le dispenser, Deux parts en fit, dont il voulait passer L’une dormir et l’autre ne rien faire.

Un sieur d’Ecouis avait pous une fille qu’il avait eue de sa propre mre. Sur leur spulcre, qui disparut quand on transporta les cimetires hors Paris (le Paris d’alors n’avait que douze arrondissements), on lisait cette pitaphe devinette :

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Propos semi foltres sur la mort

Ci-gt le pre. Ci-gt la fille. Ci-gt la soeur. Ci-gt le frre. Ci-gt l’poux. Ci-gt la femme. Deux corps seuls gisent ici.

Ce qui surprenait le passant quand il ignorait le parce que du pourquoi.

Cette inscription tumulaire, elle aussi, mme en notre poque de libration sexuelle, serait maintenant interdite.

Pass un certain dlai, une spulture laisse l’abandon, mme s’il s’agit d’une concession perptuit, est dtruite, le cercueil ouvert, et les restes qu’il contient jets dans un ossuaire aprs exhumation.

Il faut bien faire de la place pour les suivants. Et les ossuaires dbordent. – Que d’os! que d’os! , comme disait Mac Mahon.

moins que ce ne soit Hamlet.

Les vieux Parisiens se souviennent du Gaumont Palace, ras en 1973, qui tait la plus grande salle de cinma d’Europe et o se produisaient des attractions de musichall. J’ai eu l’occasion d’y svir plusieurs reprises, soit dans mon numro de chansonnier, soit dans un sketch avec mon ami Pierre Dac. Le Gaumont Palace jouxtait le cimetire Montmartre, l’entre du Pont Caulaincourt, et la sortie des coulisses faisait face un petit caf frquent par les musiciens et les artistes du Gaumont et par les fossoyeurs du cimetire. J’ai puis l, auprs de ces derniers, une solide rudition sur les agrments de l’exhumation et les charmes de la dcomposition.

Lorsqu’on exhume un cadavre enterr depuis un sicle, seuls quelques dbris de squelette subsistent. S’il avait pour crin un cercueil de plomb, il advient que d’aspect le dfunt n’ait pas boug. En apparence seulement, car il s’effrite, comme par enchantement, ds qu’on le touche. Mais dterrer un cadavre aprs seulement cinq ans, c’est une autre paire de manches. Empoigner un corps en dcomposition, boursoufl, visqueux, croupissant dans une eau putride, dvor par les asticots et les insectes ncrophages, dans une coeurante puanteur, est une opration peu apptissante. C’est l’odeur surtout, l’odeur brutale et gnreuse de la putrfaction, qui est, parat-il, insupportable.

C’est dire que, pour un fossoyeur, compare l’exhumation, l’inhumation c’est de la rigolade. Si on peut dire.

Il est videmment plus hyginique d’incinrer les cadavres.

Igne Natura Renovatur Intgra , proclame le mot sacr des Chevaliers RoseCroix, considr comme la parole perdue et retrouve.

Et puis il arrive que cela ne manque pas d’humour.

Michel Dansel, historiographe du Pre-Lachaise, a dcouvert, au colombarium, un incinr qui se nommait Malcuit.

Je l’ai mal cru.

Un fossoyeur m’a propos, quand je me produisais au Gaumont-Palace, d’assister une exhumation. Je me suis dfil.

Heureusement pour les fossoyeurs, la dformation professionnelle attnue, dans sa quotidiennet, l’horreur de la chose.

L’habitude cre une accoutumance.

J’ai eu une matresse qui tait infirmire, et quand, d’un oeil avide, elle me contemplait, tendu nu, avec l’admiration que vous subodorez, elle me disait : – Toi, tu feras un beau cadavre…

Apprciation comptente sans doute, mais aussi perception confuse de la dualit de l’amour et de la mort.

Voil qui fait penser l’ultime hommage que lui rendit Madame de Fontaine Martel, amie de Voltaire, qui, expirant deux heures du matin, dit: – Ma consolation est qu’ cette heure je suis sre que quelque part on fait l’amour…

Indiquons toutefois en passant qu’une femme qui dit un homme qu’elle en meurt d’envie n’est pas en danger de mort.

Mac Nab a bien senti que l’amour et la mort sont les deux mamelles de l’inspiration potique, lui qui termine sa Ballade des derrires froids par cet envoi:

princesse sans coeur, dont pendant une anne, je n’ai pu rchauffer le royal prine,

Jetez au feu ces vers qui flamberont bien fort Pour chasser un moment, de votre chair damne, La froideur du derrire, image de la mort!

Mais les obsques, si convenables soient-elles, ne sont qu’un pisode mortuaire, une occasion posthume de faire parler de soi.

Tiraill entre la peur de l’inconnu et le dsir d’au-del, l’homme se pose alors la question: – Et aprs? Vaste point d’interrogation exprim par Tristan Bernard en ce quatrain:

Quitter ce monde-ci? Mais pour quel avenir? Cette existence de l’au-del, quelle est-elle?

Je voudrais m’en aller… Mais serait-ce en finir? Mon emmerdeuse d’me est peut-tre immortelle…

Il n’y a pas, quoi qu’il en soit, ou quoi qu’il n’en soit pas, de raison de se tracasser. Omar Khyyam l’exprime en ce roba : Pourquoi t’affliges-tu, Khyyam, d’avoir commis tant de fautes ? Ta tristesse est inutile. Aprs la mort, il y a le nant ou la misricorde.

De deux choses l’une. moins que ce ne soit de deux choses l’autre. Ou bien l’esprit, l’me, l’intelligence, sont la rsultante du fonctionnement d’un organe qui est le cerveau, et disparaissent avec lui. Ou bien ils sont indpendants du corps organique et s’en sparent quand il meurt, librs de leur enveloppe charnelle.

Dans le premier cas, l’au-del est, aprs, dans la situation de l’en-de, avant. C’est--dire nulle part.

C’est l’anantissement de l’ego.

La Terre Promise, a crit Zo d’Axa, sera celle o nous pourrirons.

Dans le second cas, nous pataugeons en pleine mtaphysique, cette ‘pataphysique du pauvre.

Revue trimestrielle d’tudes symboliques et maonniques du Grand Orient de France

Propos semi-foltres sur la mort

Tout ce que nous savons, c’est que nous ne savons rien.

Refusons-nous, avec Jean Rostand, ajouter la dmence du rel la niaiserie d’une explication.

J’aime beaucoup, d’mile Littr, cette dclaration: Quiconque dclare avec fermet qu’il n’est ni diste ni athe fait aveu de son ignorance sur l’origine des choses et sur leur fin et, en mme temps, il humilie toute superbe.

Chacun, certes, a le droit d’adhrer au culte de son choix, s’il ne l’impose pas autrui, mais, pour ma part, j’carte d’emble toutes vrits rvles, spculations sans preuves sur l’inconnu.

La plupart des religions, et spcialement la religion catholique, ont fait beaucoup de tort la mort.

Aprs avoir empoisonn la vie des croyants avec la notion de pch, le catholicisme a empoisonn leur mort avec la crainte du chtiment.

La terreur du jugement Dernier suscite des apprhensions aberrantes. Le futur mort, mme s’il n’a rien se reprocher, quand il s’agit d’un verdict qui engage son avenir pour l’ternit, a, comme on dit dans le grand monde, le trouillomtre zro. Nous voil loin de l’alexandrin de Baudelaire :

Voyez venir vous un mort libre et joyeux.

L’occultisme offre des hypothses de survie plus amusantes, plus morales, plus potiques et plus sduisantes que celles des diffrents cultes.

Les dieux, si peu probables qu’ils soient, sont, hormis de rares exceptions comme Bacchus, Aphrodite ou Priape, trop srieux, inconsquents, souvent mchants, ou pour le moins indiffrents.

Je leur prfre les thaumaturges, les pythonisses, les fes, les enchanteurs.

Dans le surnaturel, le paranormal, l’trange, le rve, l’impondrable, la fiction, les sciences occultes offrent des hypothses plus aimables et pas plus invraisemblables que celles que nous proposent la plupart des religions.

Mais ce ne sont que des hypothses.

Et, en ces domaines combien mystrieux, un rigoureux agnosticisme me semble d’lmentaire prudence.

C’est Alexandre Dumas qui, propos d’apparitions, de spectres, de revenants, de fantmes, parle d’un monde invisible qui nous entoure, qui chappe notre vue, qui fuit notre toucher, qui trompe nos sens.

Mais le pre Dumas ne manquait pas d’imagination. On ne peut ni affirmer ni nier l’inconnaissable.

Tout au plus peut-on constater, sans tre pour cela capable d’expliquer.

Dans l’hypothse d’une survie ventuelle, Omar Khyyam a dit : je vous rpondrai l-dessus quand j’aurai t renseign par quelqu’un revenant de chez les morts.

Or ceux qui sont revenus de chez les morts, c’est--dire ceux qui ont ressuscit, le Phnix, renaissant de ses cendres, Hiram Abi, btisseur du Temple, Lazare, premier vque de Marseille, Jsus de Nazareth, roi des juifs, ou Bosse de Nage, cynocphale papion, se sont bien gards de nous renseigner.

C’est d’autant plus regrettable que les rsurrections se font de plus en plus rares, il faut bien le constater.

Aussi les spirites ont-ils estim plus positif d’entrer en communication directement avec les dfunts, seuls habilits nous documenter sur l’au-del. Car, comme l’a pertinemment crit Chaval : Pourquoi les morts ne vivraient-ils pas? Les vivants meurent bien.

Puis, s’il y a des rincarnations successives, si le corps astral est l’occupant provisoire de corps organiques successifs, la vie tant alors une entre-deux-morts et la mort une entre-deux-vies, il doit y avoir, compte tenu de l’augmentation insense de la population mondiale, pnurie d’mes au prorata de l’augmentation du nombre de corps. Ce qui pose un problme ardu de dmographie posthume. Outre que nous n’avons pas la mmoire de nos existences passes. Lors peu me chaut d’avoir t quelqu’un d’autre, si je l’ignore. Si point ne m’en reste la moindre remembrance.

Pourtant un rincarn m’a affirm s’tre recueilli sur sa tombe, c’est--dire sur la tombe abritant la dpouille de l’tre qu’il prtendait avoir t au cours d’une vie prcdente.

Mais c’est peu courant.

Nous vivons dans l’oubli de nos mtamorphoses , a crit Paul luard. Et c’est dommage.

Je trouverais cocasse qu’un Sorcier Imprial ou un Grand Dragon du Ku Klux Klan soit rincarn en ngre du plus beau noir, Erostrate en capitaine de sapeurspompiers, et un homme de peine en fille de joie. Et, si vous avez l’esprit de famille, il peut tre piquant pour vous de besogner une jeune et belle femme qui a t votre vieux satyre de grand-pre incestueux, dans une vie antrieure, quand vous tiez vous-mme une fillette aussi vicieuse qu’innocente. Ces hypothses sont plus drles que celles d’un dieu croquemitaine.

Hlas ou heureusement, notre lot est l’incertitude. L’incertitude qu’a chante Lon-Paul Fargue :

Incertitude mes dlices

Vous et moi nous nous en allons Comme s’en vont

Les crevisses reculons reculons

Ce qui ne nous avance gure.

Ne croire rien n’est pas croire qu’il n’y a rien mais que, s’il y a quelque chose, on n’en sait rien.

Nul ne peut expliquer l’inexplicable. N’interprtons pas ce qui nous dpasse. Avouons notre ignorance. Gardons-nous de niaises arguties. Laissons cela aux religions de tous acabits.

Revue trimestrielle d’tudes symboliques et maonniques du Grand Orient de France

Propos semi foltres sur la mort

Zo d’Axa l’a proclam : La seule certitude c’est de vivre et sans attendre. Vivons donc: action, parole ou silence. Question d’heure, cas individuel. Et le moins sottement possible. Affirmation prcieusement nuance par Oscar Wilde : Vivre est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des gens existent, voil tout.

Et remmorons-nous, au moment de mourir, cette phrase de Talleyrand : La situation est dsespre, mais pas srieuse.

Pour conclure avec Maurice Henry: II va aussi bien que possible: il est mort. L’important, quand on meurt, est d’avoir russi sa vie. D’avoir joui pleinement du droit qu’a tout homme de vivre sa guise, si diffrente soit-elle de celle de ses frres. Comptent l’image, le souvenir que l’on laissera.

Je vous souhaite heureuse vie, et, s’il vous advenait d’avoir la curiosit de mourir, trpas serein.

Il faut ddramatiser la mort.

Ne nous lamentons pas devant l’inluctable. Esprons, esprons, esprons. Et ne gmissons point. La mort est peut-tre une initiation.

Heureuse transition pour conclure par les propos d’un initi. Antonio Cohen, n Paris en 1885, initi franc-maon en 1909, 33e en 1948, Grand Matre de la Grande Loge de France en 1955, dcd en 1956. Atteint d’un mal incurable et sachant sa fin prochaine, il rdigea, la veille de sa mort, un ultime message dont il fut donn lecture en tenue funbre. Le voici en sa srnit:

Mes trs chers frres,

II n’est pas d’usage qu’un frre pass l’Orient ternel s’adresse ses frres le jour d’une tenue funbre destine clbrer sa mmoire. Je regrette qu’un tel usage maonnique ne soit pas instaur, puisque l’on coute gnralement mieux les morts que les vivants.

Ce que je tiens vous dire, c’est que la vie maonnique, quand elle est poursuivie dans l’amour et l’effort, confre au franc-maon un quilibre majeur.

L’au-del ne saurait inquiter un assidu de nos temples et de nos disciplines : pas plus que vous ne sauriez vous affliger d’un fait aussi banal que la disparition d’un vieux maon. cole de vie, cole de mort, la Franc-Maonnerie nous a enseign la certitude des sparations matrielles.

Chacun de nous apporte moins que ce qu’il eut pu et d apporter; mais chacun de nous aura apport quelque chose avant de disparatre. Si sa vie tout entire ne reprsente qu’un atome du ciment qui lie et liera nos pierres, cet atome demeure intgr l’difice.

Je sais que nos rites exigent une batterie de deuil – et, respectueux des symboles, je pense qu’il vous faut la tirer. Mais avant qu’elle ne soit couverte, loignez de vous toute douleur opprimante. Il faut vivre et vivre hautement, la joie au cur, le maillet la main, toujours mcontents de l’insuffisance de notre oeuvre, mais toujours plus passionns de la reprendre et de l’accomplir.

Au travail, mes frres.

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Commentaires»

  1. bonsoir, le nom que je donne est un pseudonyme mais de trouver cette planche sur le web me ravit car j’ai eu le privilge de lcouter en direct au cours d’une tenue la Grande Loge Fminine il y a une trentaine d’annes et j’avoue avoir t boulevers par la pense de l’auteur bien que je le connaissais personnellement – puis je vous demander d’en avoir une copie afin de pouvoir la relire tranquillement et en faire profiter d’autres personnes – je suis un membre et je vous remercie d’avance – avec mes amitis Fra..’. – Ybin

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