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La Spirale 28 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , trackback

LA SPIRALE

 

« Un vertige : celui de la rotation Un désir : celui de l’expansion »

Ainsi débute un monumental article qu’un des suppléments de l’Encyclopedia Universalis a consacré aux spirales et aux hélices. C’est cet article qui m’a donné l’idée du travail que je vous propose aujourd’hui, et je luis dois beaucoup, ainsi qu’au numéro d’Atlantis « Crosses et Spirales » et à l’ouvrage d’Olivier Beigbeder, « La Symbolique », de la Collection « Que sais-je ? » ainsi, naturellement, qu’aux nombreux dictionnaires des symboles dont j’ai toute facilité de me servir…

Mais si cette planche prend forme ici et maintenant c’est qu’elle se rattache quelque part au mythe de l’Eternel Retour, auquel elle sert d’aboutissement en même temps que d’élargisse­ment dans une dimension supplémentaire. D’ailleurs la spirale issue du cercle et parente du labyrinthe est une invitation à d’autres travaux, fidèle à sa vocation de structure ouverte.

Une spirale c’est d’abord une figure géométrique qui traduit une formule mathématique… On peut la définir comme la trajectoire d’un point qui s’éloigne ou se rapproche d’un autre en tournant. On peut la concevoir en deux ou en trois dimensions et il faut noter que la spirale devient hélice quand 1e mouvement d’ex­pansion se développe dans un autre plan que celui de la rotation…

Parmi les plus connues on distingue :

la spirale d’Archimède, dont les spires s’éloignent du centre selon une progression arithmétique (si on trace une droite issue du centre qui en coupe les spires, on y relève des distances de la spire au centre de a, 2a, 3a, 4a, etc. La valeur « a » séparant l’une de l’autre chacune des spires) ;

la spirale logarithmique dont les spires s’éloignent du centre selon une progression géométrique (sur la droite de tout à l’heure nous trouverons les longueurs a, a2, a3, etc., la distance entre deux spires s’élargissant à mesure due l’on s’éloigne du centre : c’est, nous le verrons, la structure de l’escargot) ;

la spirale hyperbolique dont on dit qu’elle représente l’ombre d’une hélice placée au soleil… plus les spirales de Fermat, de Galilée, de Poinsot et autres dont je serais bien en peine de faire plus que les énumérer… Quant aux formules mathématiques qui en sont la traduction, je vous en ferai grâce, si ce n’est cette jolie définition : « Lorsqu’un point a et une demi droite OX sont fixés comme base de repérage, tout point M du plan est repéré par sa distance r au point O et par l’angle t de OX et OM ; ce qui permet d’énoncer : le point M décrit une spirale si r est une fonction monotone de t croissante ou décroissante »… Voilà qui coule de source !

Tout cela est bel et bon, mais l’univers un peu froid des mathématiques nous amène à des réalités plus concrètes…

« Chaque fois qu’il y a proportionnalité entre un mouvement expansif et un mouvement rotatif, il y a quelque part une spirale d’Archimède » (par exemple les spires des disques microsillons, le tuyau d’arrosage sagement lové à terre, le boudin bien enroulé à l’étal du charcutier…) ;

« Chaque fois qu’un mouvement circulaire exerce un effet multiplicatif sur un mouvement linéaire, il y a quelque part une spirale logarithmique » (c’est le trajet de l’araignée sur sa toile, la structure des coquillages ou celle des crosses des fougères). C’est à partir de ce type de spirale que se construisent des carrés dont la surface constitue la fameuse « suite de Fibonacci » (chaque terme de cette suite est la somme des deux précédents, soit l, l, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, etc. Suite liée au nombre d’or :

phi = (racine carrée de 5) +1 : 2

valeur de plus en plus approchée du rapport de deux termes consécutifs de la suite de Fibonacci).

Mais l’importance de la spirale repose surtout sur la place que ce type de structure occupe dans la nature, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

Tout le monde a entendu parler de la présence dans le cosmos de nébuleuses – spirales, énormes concentrations de matière stellaire en prise aux actions conjuguées de la rotation et de l’expan­sion. La trajectoire du soleil par rapport aux galaxies, celle de la terre par rapport au soleil, celle de la lune par rapport à la terre sont des hélices – cas particuliers de notre spirale (je le rappelle, lorsque le plan de l’expansion n’est pas le même que celui de la rotation).

Les structures hélicoïdales ne se limitent pas à la mécanique céleste : le boomerang des primitifs, les hélices des navires et des avions, la fameuse « vis d’Archimède » – premier système pour faire monter de l’eau d’un niveau vers un autre, les turbines, les éoliennes, les ressorts – de ceux de mon matelas ou de ma montre aux amortisseurs de nos véhicules, ou tout simplement le tire-bouchon et tant de grosses machines ou de petits instruments qui nous facilitent la vie sont issus d’hélices et spirales.

Avant de quitter le domaine de la mécanique, n’oublions pas les lois qui régissent les fluides et pensons aux magnifiques structures spiralées des tornades et cyclones, du maelström et autres tourbillons – à commencer par ceux qu’esquissent le lavabo ou l’évier qui se vident.

Pensons aussi à l’usage que l’architecture a fait des spirales, escaliers en colimaçon, à double ou simple révolution comme à Blois ou Chambord, rampes hélicoïdales comme celle d’Amboise où chevaux et carrosses pouvaient atteindre le niveau de la terrasse du château, ou encore celles des modernes parkings ; pensons aussi à la structure du musée Cruggenheim à New-York, conçu en forme d’hélice à axe vertical, tout comme l’aquarium géant de Boston… à cette différence près qu’à New-York le visiteur regarde les cimaises vers l’extérieur, le coeur de l’édifice étant un « puits de lumière », tandis qu’à Boston la rampe réservée aux visiteurs s’enroule autour d’un énorme bassin transparent, de 12 m de diamètre et de 12 m de hauteur, grouillant de vie marine… ; outre leur élégance, les structures spiralées présentent l’avantage d’une économie d’encombrement qui en explique les nombreuses applications dès l’antiquité… Jardins de Babylone, minaret de Samara et sans doute tour de Babel… mais là nous touchons au symbole !

Le monde du vivant présente lui aussi un nombre très important de structures spiralées ou hélicoïdales qui conduisent à penser que les propriétés de l’espace ou les lois qui régissent le développement de la matière vivante favorisent la croissance en spirale, au détriment de la croissance linéaire.

Reste à considérer dans le pullulement des formes vivantes celles qui, comme la coquille du Nautile, sont symétriques par rapport au plan médian et celles qui ne le sont pas, les plus nombreuses d’ailleurs et puis dans quelle mesure la symétrie « droite » « gauche » coexiste dans la nature.

Le cas des cornes de bélier est significatif de cette symétrie.-. alors que les dents du narval – outre que l’une est très longue et que l’autre reste normale – présentent une même structure tournant dans le sens des aiguilles d’une montre. Beaucoup de plantes ont des vrilles allant alternativement vers la droite et vers la gauche mais la tige, quand elle s’enroule, le fait soit vers la droite (houblon, chèvrefeuille) soit vers la gauche (haricot, liseron).

De la même façon, la disposition des branches sur un tronc ou des feuilles ou une tige se fait selon une spirale : en la suivant, on trouvera trois feuilles d’aulne avant que l’une se place à la verticale d’une autre ; on en trouvera cinq pour le cerisier et deux seulement pour l’orme.

L’artichaut dispose ses feuilles comestibles (ce sont, en fait des bractées) selon huit lignes spiralées vers la gauche et cinq vers la droite : l’ananas présente huit spirales dans un sens, treize dans l’autre et la pomme de pin cinq et huit. Quant au cœur d’une marguerite il offre 21 spirales dans le sens des aiguilles d’une montre et 34 dans l’autre sens… de quoi donner envie d’y regar­der de plus près ! D’autant que ces valeurs appartiennent à la fa­meuse suite de Fibonacci !

Mais nos seuls yeux ne suffiraient pas pour découvrir le ruban spiralé de la chlorophylle dans l’algue verte appelée spiro­gyre, la structure hélicoïdale des minuscules aiguilles fossiles qui constituent des bancs calcaires, ni non plus, l’essentielle, la primordiale, double spirale de l’A.D.N. à l’origine même de la vie…

Faut-il penser que c’est l’observation des formes naturelles qui amena l’homme – et ceci dans des périodes très reculées – à privilégier le motif de la spirale, à titre décoratif et plus probablement symbolique ?

On en trouve sur des fragments d’os gravés de la fin de l’Aurignacien, sur des ornements en ivoire de mammouth de la fin du paléolithique : on en trouve surtout, au néolithique, sur de nombreux monuments mégalithiques en terre celtique. Le dolmen de Gavr’inis en offre le plus bel exemple : vingt-trois des vingt-huit dalles qui supportent le couvercle de pierre sont entièrement cou­vertes de spirales juxtaposées. En Irlande, plusieurs tumulus contiennent des dalles gravées d’une ou plusieurs spirales orientées de façon à ce que le soleil les frappe au matin du solstice d’hiver…

Dans tous les vestiges qui restent des civilisations antiques, la spirale abonde avec un rôle décoratif lié sans doute à une signification symbolique. A Sumer, sur des bijoux retrouvés dans des tombes royales ; en Egypte, dans le décor des céramiques ou en intaille sur le ventre des scarabées de pierre dure ; dans tout le monde méditerranéen où elle abonde, souvent en frise décorative tout comme sa variante orthogonale, « la grecque ».

Même profusion de spirales en Europe du Nord ou Centrale : Danemark, Suède, Hongrie nous ont laissé des bijoux ou des armes qui en sont décorés… sans oublier les formes en crosse des drakkars vikings.

Les Celtes en raffolaient, comme le montrent les bracelets à structure spiralée, les torques gaulois, les fibules : le triscèle et la svastika en sont des formes dérivées.

L’art chrétien fera aussi grand usage des spirales : depuis la crosse des évêques jusqu’aux plis en tourbillon des vêtements des christs romans ; des crosses végétales des chapiteaux gothiques aux pinacles « flamboyants » on ne saurait en faire la liste…

L’art classique va les privilégier en architecture, avec les chapiteaux ioniens et corinthiens, et dans les arts décoratifs. J’ai évoqué, en parlant de l’économie d’espace que permettent les structures spiralées, du rôle qu’elles ont et continuent de jouer dans la conception de nombre d’édifices. Pour en finir – on ne saurait tout citer – rappelons la fortune réservée aux courbes et spirales dans l’art du début du siècle style « nouille », modern style, « art déco », des entrées du métro, oeuvre de Grimaud, aux toiles de Klimt ou aux cheminées que Gaudi multiplia dans les parcs et édifices de Barcelone.

Reste à s’interroger, et là est l’essentiel, sur la connotation symbolique donnée à la spirale… et ce n’est pas évident. A l’in­verse de beaucoup d’objets ou de figures dont la correspondance avec des notions ou idées abstraites semble aller de soi, la spirale laisse un peu perplexe au premier coup d’oeil : symbole très riche, porteur de significations multiples liées au contenu imaginaire ou au degré de civilisation de ses utilisateurs, elle ouvre un large champ à l’interprétation… répétons-le, vertige de la rotation, désir de l’expansion.

A prendre en compte d’abord l’origine du mot : le latin spira, dérivé du grec speira (enroulement) et la jolie transcription du XVIe siècle français « espiralle »… A nous dire que les numéro­logues grecs en extrayaient le nombre 396, multiple de 2, 3 et 11 et qu »`élis » de son côté faisait apparaître la somme des 14 pre­miers nombres entiers, 105, multiple de trois nombres sacrés, 3, 5 et 7… Ce n’est pas là domaine où je me sens à l’aise… Je cite mais ne suis pas capable d’aller plus loin que le constat.

La plus ancienne implication de la spirale est liée à la mort, aux rites funéraires. Aux temps paléolithiques et néolithiques le mort était enduit d’ocre rouge et paré de coquilles généralement de structure hélicoïdale (des escargots, des coquillages marins). Faut-il penser que les spirales figurant sur des morceaux d’os ou d’ivoire servaient de substitut aux coquilles par trop rares ou même introuvables ? Qui sait ? de telles traditions sont trop loin de nous pour laisser autre chose que des questions sans réponse…

Sans doute est-ce cette liaison de la spirale aux rites funéraires qui en explique l’ abondance sur les dolmens qui abritaient le plus souvent une ou plusieurs sépultures. Mais, puisque certaines dalles étaient placées de manière à être éclairées par le soleil du solstice, on peut penser à un symbolisme cosmique de la spirale, lié sans doute au déroulement cyclique des saisons et à la course du soleil.

Chez les Celtes en tout cas la spirale est associée à la foudre et à l’orage, via les tourbillons nuageux probablement. On en voit portées par le dieu celte Taranis, version gauloise du Jupiter ton­nant ! Nos « ancêtres », dont la seule crainte était que le ciel leur tombât sur la tête, utilisaient-ils les spirales comme une sorte de conjuration ? Là aussi le problème reste entier…

Dans le croissant fertile, à l’opposé, les structures hélicoï­dales et spiralées sont rattachées à l’eau et à la lune… donc à la Femme, en l’occurrence la Déesse-mère source de toute fécondité

On peut penser que cela découle de l’observation des tour­billons de l’eau – si précieuse sous ces climats – et des phases de la lune, croissante et décroissante liée aux cycles féminins. Les plantes, avec leur développement en crosses et leurs structures hélicoïdales ont pu aussi amener ces premiers peuples d’agricul­teurs à lier la spirale à la notion de fertilité – Les cornes des ani­maux, béliers ou taureaux, hélicoïdales ou en forme de croissant de lune renforcent le lien qui conduit des formes spiralées à l’idée de vie. Le serpent, le caducée, les noeuds et les liens relèvent du même imaginaire.

La double spirale affrontée, celle du caducée – celle aussi de l’ADN – est symbole de vie en même temps qu’image même de la vie.

La spirale à double enroulement que l’on rencontre fréquem­ment dans les symboles celtiques est plus complexe : évolution/ involution, double polarité cosmique dans une notion de va-et­vient, d’aller et retour… on peut en rapprocher le symbole mathé­matique de l’infini, en forme de 8 horizontal, que le Tarot reprend dans le couvre-chef du Bateleur (lame 1) et de la Force (lame 11) : ces deux figures, la première et la dernière avant le retournement, le changement de plan que constitue la lame 12, le Pendu, ouvrent et ferment la première phase du chemin initiatique qui peut se lire dans le Tarot et que l’on peut inscrire sur une spirale à double en­roulement. C’est aussi une ligne de cette sorte qui sépare le blanc du noir dans le beau symbole extrême-oriental du yin-yang.

Une autre implication symbolique importante de la spirale vient de sa capacité à assumer l’ordre de l’être au sein du change­ment puisqu’elle permet d’assurer la croissance sans modifier la structure totale comme le montrent les coquillages qui s’enroulent autour d’un axe grandissant sans changer de forme. De là viennent dans les sociétés primitives les chants-spirales et les danses-­spirales qui tendent – selon Gilbert Durand – à « assurer la perma­nence de l’être à travers les fluctuations du changement ». Tout change certes mais tout recommence, similaire sinon identique et le rite est là pour le réaffirmer en réponse à toutes les angoisses du lendemain…

Enfin, quand la spirale se donne une dimension supplémen­taire dans l’espace ou dans le temps, le symbole acquiert sa di­mension ultime en direction du ciel, en direction aussi du futur à construire.

Plus haut, toujours plus haut, et les hommes construisent les rampes, les ziggourats et les tours de Babel… Ils escaladent en processions spiralées les montagnes sacrées, ils tournent, patiem­ment, inlassablement, toujours plus haut de spire en spire à la re­cherche de ce qui les dépasse et les transcende à la fois.

Toujours plus haut, toujours plus loin : si l’expansion se fait dans le temps, la spirale allie les mythes, apparemment inconci­liables, de l’Eternel Retour et de la marche vers le progrès. Certes l’humanité, périodiquement, retrouve ses vieilles traces, mais le plus souvent, loin de retomber dans les mêmes ornières, elle passe au-dessus dans sa courbe ascendante…

Le chemin initiatique est le même, il est lente ascension, non point circulaire mais hélicoïdale, marqué non de retours à la case départ, mais de survols de situations passées qu’il s’agit d’ap­prendre à surmonter, car malheur à celui qui n’a pas su se dépas­ser lui-même : faute de pouvoir emprunter la spire supérieure il risque de tourner en rond…

Telle est la leçon de la spirale : dans les grands cycles de la vie elle doit nous apprendre à nous élever à une plus grande di­mension de l’Etre qui nous permette de croître sans changer de forme, d’évoluer sans cesser d’être nous-mêmes, sans jamais non plus nous renier…

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Commentaires»

  1. merci pour ce bel article PL

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