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Maonnerie Rgulire dans la zone des Carabes. 25 janvier, 2009

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Maonnerie Rgulire

dans la zone des Carabes.

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Protégé : Encens et Egrgore – 1 - 23 janvier, 2009

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Protégé : Les Gestes du CKS – 30 - 11 janvier, 2009

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Le Soufisme 8 janvier, 2009

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Le Soufisme

Le soufisme ou l’humanisme de l’Islam

par Elias

Ce texte est paru dans la Tribune d’Octobre No 19
(El Badil, Montreuil, 25 mars 1990)

Le soufisme s’est dvelopp dans un cadre particulirement difficile. le pouvoir en place, sous les Omeyyades et plus particulirement sous les ‘Abbassides, tait trs sourcilleux sur l’orthodoxie sunnite et jetait le discrdit sur toute fausse note susceptible de donner plus d’assise au chiisme.

Il n’est pas du tout surprenant d’assister une lutte sans merci pour la mainmise sur la religion ds l’avnement du deuxime calife Omar. L’laboration de la vulgate coranique sous Othman avait donne le ton de ce qui allait advenir en matire de politisation de la croyance. La volont de rgenter le culte s’en est davantage accentue.

Ds l’poque Omeyyade, il y eut un islam officiel, proche du pouvoir en place et un islam lgitimiste incarn par les chi’ites qui rclamaient un « juste retour des choses ». Le message coranique subira ds lors beaucoup d’avatars pour culminer l’poque ‘Abbasside par une volont de faire triompher le courant litt-raliste qui s’est non seule-ment attach mettre en avant l’aspect exotrique des critures Saintes mais en plus selon la technique de l’abrogation, s’est rang sur les positions les plus restrictives voire rpressives du message. Cette lecture littraliste tait le propre des thologiens de cour occupant des positions prdominantes dans le clerg informel de la judicature islamique.

Face cette formalisation excessive d’une croyance base sur l’mancipation des individus, d’autres catgories ont vu le jour pour mettre les pendules l’heure: les philosophes et les soufis.

Les philosophes hellnisants n’avaient pas proprement parler les coudes franches. Ils devaient promouvoir leur activit spculative l’ombre du dogme sous peine d’tre taxs d’hrsie.

Les soufis

En schmatisant l’extrme, on pourrait dire que le soufisme est un sotrisme par opposition l’sotrisme. Cette attitude sotrique (batin) n’est pas fortuite, elle plonge ses racines dans le champ ouvert par le Coran. Ds lors que le soufisme reprsente l’aspect intrieur de l’Islam, sa doctrine est en substance un commentai-re sotrique du Coran. Le prophte lui-mme a donn la clef de toute exgse coranique dans ses enseignements oralement transmis et vrifis par la concordance d’intermdiaires.

Parmi ces paroles prophtiques, certaines sont fondamentales pour le soufisme, savoir celles que le Prophte nonait en sa qualit, non de lgislateur, mais de saint contemplatif, et qu’il adressait ceux de ses compagnons qui furent, par la suite, les premiers matres soufis, puis celles o Dieu parla directement par la bouche du Prophte et qu’on appelle Sentences Saintes (Ahadith Qudsiya). Celles-ci relvent du mme degr d’inspiration que le Coran, mais non du mme mode « objectif » de rvlation; elles noncent, du reste, des vrits qui n’taient pas destines toute la communaut religieuse, mais aux seuls contemplatifs. C’est de l que part l’exgse soufie du Coran, « se basant sur la parole du Prophte selon laquelle chaque parole du Coran comporterait plusieurs sens et sur le fait que chaque lettre a son sens (hadd) et que chaque dfinition implique un lieu d’ascension » (matla’) 1.

Le soufisme est n pratiquement avec l’Islam, cependant le terme tasawuf n’est apparu qu’aux confins du IIe et IIIe sicles de l’hgire. Un groupe de spirituels chi’ites aurait t le premier dsign sous le nom de soufis. Parmi eux un certain ‘Abdak (210/825) antrieur Jonayd et son matre Sari al-Saqati.

La Tradition du Prophte abonde en prceptes mystiques. N’est-ce pas lui qui incita une lecture sotrique du Coran. Abou Hurayra disait: « j’ai gard prcieusement dans ma mmoire deux trsors de connaissance que j’avais reu du messager de Dieu; l’un, je l’ai rendu public, mais si je divulguais l’autre, vous me trancheriez la gorge ».

Aprs la disparition du dernier calife qui tait le chef lgal, thologique et mystique, l’autorit se divisa entre les jurisconsultes, les thologiens et les mystiques. Hassan al Basri (mort en 728) tait probablement le premier mystique « pur » n’ayant pas de responsabilit dans la direction de l’tat. C’est aussi le premier, sans doute, avoir pos explicitement ce qu’allait tre le fondement du soufisme: « Qui connat Dieu l’aime, et qui connat le monde y renonce » 2.

Ce renoncement est repris par Dwad at-T’i, disciple et successeur de Habib al ‘Ajami (le persan) lui-mme disciple de Hassan al Basri: « Fais ton jene de ce monde, fais ton djeuner de la mort et fuis les hommes comme tu fuirais les btes » 3.

Ces principes vont inaugurer toute une ligne de mystiques qui ne vont pas se contenter de rechercher la haqiqa (vrit spirituelle permanente) au dtriment de la Shari’a (la lettre de la loi divine). Au premier rang desquels Jonayd (mort en 297/909) surnomm Cheikh at-Taifa (le matre du groupe des soufis). Iranien d’origine, il reut l’enseignement des plus grands matres de l’poque dont Abu Thawr al Kalbi et ft initi par son oncle Sari al Saqati. Il rsida toute sa vie Bagdad et laissa une quinzaine de traits dont Kitab at Tawhid (le Livre de l’Unicit) et Kitab al-Fana’ (le Livre de l’Extinction). Il disait propos de l’absorption mystique (al Fana‘): « le soufisme, c’est que Dieu te fasse mourir toi-mme et vivre en lui » 4.

Le supplice de Hallaj

En 264/977, Hallaj fait la rencontre de Jonayd et pratique sous sa direction les exercices spirituels. Il reoit la Khirqa (le manteau de soufi) des mains du matre. Mais ds son premier plerinage la Mecque, il rompt ses relations avec les soufis ainsi qu’avec les traditionalistes et les juristes.

L’union avec Dieu ralise grce l’amour tait le sujet de ses prdications en public Bagdad. Les canonistes en conurent beaucoup de colre et l’accusrent de panthisme. Les soufis ne le soutinrent pas sous prtexte qu’il aurait divulgu des secrets qui ne devaient tre communiqus qu’aux initis. Hallaj avait commis la faute de rompre publiquement « la discipline de l’arcane ». Les politiciens et les juristes rclamrent une fatwa pour l’envoyer au gibet. Il fut mis mort par un jour de printemps en l’an 922, le 24 Du’l-Qa’da.

Mais quels qu’aient pu tre ses effets immdiat, son martyre se rvla finalement comme une source de force pour le statut des mystiques et pour le mysticisme lui-mme au sein de la communaut dans son ensemble.

Le verdict dclarant que personne n’avait le droit de prononcer de telles paroles: « Ana al Haq » (je suis la Vrit) fut graduellement oubli en faveur d’une opinion selon laquelle ce n’tait pas l’homme dans ce cas qui parlait et maintenant, pour un nombre croissant de musulmans la formule condamne est elle-mme d’abord un lment important de la preuve que Hallaj fut l’un des plus grands saints de l’Islam, alors qu’elle sert, en mme temps, de dmonstration gnrale du fait que les soufis ne sont pas toujours responsables de ce qu’ils expriment.

Cette reconnaissance graduelle et tardive est due en partie des traits de soufisme plus simples. Des ouvrages accessibles la masse comme Ta’aruf de Kalabadhi ou Kashf al Mahjub (le Dvoilement des choses caches) de Hujwiri.

Les IVe et Ve sicles connurent un foisonnement sans pareil de grands matres. Niffari est une des figures les plus intressantes. Auteur de Kitab al Mawaqif (Le Livre des Stations) ou il relate les rvlations qu’il aurait eues en tat d’extase:

« Il m’tablit dans la Mort; et je vis que les actes, tous sans exception, taient mauvais.
Et je vis la crainte rgnant sur l’esprance;
et je vis la richesse change en feu et adhrant au feu;
et je vis la pauvret comme un adversaire qui dpose;
et je vis que, de toutes les choses, aucune n’avait pouvoir sur l’autre;
et je vis que le monde est une illusion et les cieux en mensonge.

Et j’appelai: « Connaissance » mais elle ne rpondit pas.
Et je vis que toute chose m’avait abandonn, et que tout tre cr m’avait fui, je restais seul. Alors l’acte vint moi et je vis en lui une imagination secrte et cette partie secrte tait ce qui restait; et rien ne fut de secours que la Misricorde de mon Seigneur.

Il me dit: O est ta connaissance?
et je vis le Feu.

Il me dit: O est ta gnose?
et je vis le Feu.

Et il me dvoila Ses Gnoses d’Unicit et le Feu s’teignit.
Et il me dit: « je suis ton ami » et je fus affermi.
Et il me dit: « Je suis ta Gnose » et je parlai. Et il me dit: « je suis Celui que tu cherches » et je sortis ».

Au-del des propos d’extase qui ne peuvent tre entendus que par une infime minorit d’initis, il y eut un phnomne qui sauva le soufisme des griffes de ses dtracteurs le jour o Ghazali 5 se convertit au soufisme.

Ce personnage exceptionnel ayant prouv les limites du rationalisme, fit l’exprience intense et providentielle de la ncessit du soufisme. Devenu l’un des premiers thologiens et juristes de Bagdad, il parvint un tat de crise durant lequel, comme il nous le rapporte, il fut pendant deux mois, en proie des doutes sur la vrit de la religion. Le salut lui vint d’un contact avec le soufisme. Il raconte sa conversion (tawba) dans son autobiographie: al Munqidh min al Dhalal (Celui qui sauve de l’erreur) dont voici un extrait significatif:

« L’examen de ces doctrines termin, je m’appliquai l’tude de la Voie Soufie. Je vis que, pour la connatre parfaitement, il fallait joindre la pratique la thorie. Le but que les soufis se proposent est celui-ci: arracher l’me au joug tyrannique des passions, la dlivrer de ses penchants coupables et de ses mauvais instincts, afin que dans le coeur purifi il n’y ait place que pour Dieu; le moyen de cette purification est le dhikr Allah, la commmoration de Dieu et la concentration de toute sa pense en lui. Comme il m’tait plus facile de connatre leur doctrine que de la pratiquer, j’tudierai d’abord ceux de leurs livres qui la renferment… les ouvrages… les fragments qui nous sont rests des cheikhs. J’acquis une connaissance approfondie de leurs recherches, et je sus de leur mthode tout ce qu’on peut savoir par l’tude et l’enseignement oral; il me fut dmontr que son dernier terme ne pouvait tre rvl par l’enseignement, mais seulement par le transport, l’extase et la transformation de l’tre moral… J’en savais tout ce que l’tude peut en apprendre, et ce qui manquait tait du domaine, non de l’enseignement, mais de l’extase et de l’initiation… Faisant un srieux retour sur moi-mme, je me vis enserr de toutes parts dans ces attaches. Examinant mes actions dont les plus honorables taient l’enseignement et le professorat, je me surpris plong dans plusieurs tudes de peu de valeur et sans profit pour mon salut. Je sondai le fond de mon enseignement et je vis qu’au lieu d’tre sincrement consacr Dieu, il n’tait stimul que par le vain dsir de l’honneur et de la rputation. Je m’aperus que j’tais sur le bord de l’abme et que, sans une conversion immdiate je serai condamn au feu ternel… Enfin sentant la faiblesse et l’accablement de mon me, je me rfugiai en Dieu comme un homme bout de courage et sans ressources. « Celui qui exauce le malheureux qui l’invoque » daigna m’exaucer; il facilita mon coeur le sacrifice des honneurs, des richesses, de la famille ».

Si Ghazali, le juriste shafite, avait donn sa caution en se jetant corps et me comme en tmoignent ses « confessions » dans le soufisme, son jeune contemporain Abd al Qadir al Jilani avait rendu cette reconnaissance pleinement effective. Abd al Qadir russira faire admettre dfinitivement le soufisme dans la cit. La tariqa qadiriya en tant que branche de la jonaydia se dveloppera dans la majeure partie des pays musulmans.

Avant d’voquer le prolongement du soufisme en confrries religieuses, il n’est pas inutile d’voquer l’ultime sinon la figure la plus marquante de l’histoire du soufisme: Ibn ‘Arabi.

Al cheikh al akbar

Ibn ‘Arabi est sans conteste celui qui donnera tout son sens au soufisme tant par sa pratique que par les centaines d’ouvrages qu’il a rdig.

N Murcia en Andalousie en 569/1165, il rencontre l’ge de 17 ans Ibn Rochd (Averros) qu’il ne devait jamais revoir. Ibn ‘Arabi peut tre considr comme un hritier d’Abou Madyan Shu’ayb 6 car il fut en contact troit avec plusieurs de ses disciples et parlait toujours de lui avec la plus grande vnration, le dsignant parfois comme son « Cheikh ».

Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrs de fait, ils communiqurent nanmoins grce au miracle de la lvitation. Le lien spirituel existant entre eux fut confirm au temps de la jeunesse d’Ibn ‘Arabi. Ce dernier raconte qu’un soir aprs avoir accompli la prire du maghrib [coucher du soleil], il se mit penser trs fort Abou Madyan et ressentit un trs vif dsir de le voir. Quelques instants plus tard, un messager entra, le salua et l’informa qu’il venait de la part du saint avec lequel il venait d’accomplir la prire Bougie. Abu Madyan l’avait charg de dire Muhyi’d-din: « Pour ce qui est de notre rencontre dans l’esprit, tout est bien, mais Dieu ne permettra pas celle que nous pourrions avoir dans ce monde matriel. Rassurez-vous, cependant, car le temps fix pour une rencontre entre vous et moi se situe dans la scurit de la misricorde divine » 7.

Ce disciple de Abu Madyan, crivain d’une prolixit colossale, produisit au cours de son existence quelques huit cent cinquante-six ouvrages dont seulement cinq cent cinquante nous sont parvenus et sont attests dans deux mille neuf cent dix sept manuscrits. Son chef-d’oeuvre le plus clbre s’intitule: Kitab al Futuhat al Makkiya (Le livre des conqutes spirituelles de la Mecque ou Illuminations Mecquoises). Cet ouvrage fut rdig la Mecque sous l’injonction de l’ange de la rvlation. Il comporte 565 chapitres rpartis sur quatre volumes.

Ibn ‘Arabi s’teignit paisiblement Damas, entour des siens, le 28 Rabi’ 11638/16 Novembre 1240 peu avant la prise de Bagdad par les Monghols en 1258.

Depuis la disparition du Khatem Al Awliya’ (Sceau des Saints), le soufisme n’a plus connu de thoricien de cette envergure. Les ordres soufis ont servi, depuis lors, de relais avec des fortunes diverses ces penseurs qui incarnrent la spiritualit de l’Islam.

1 Burkhardt. Introduction aux doctrines sotriques de l’islam
2 Abu Sa’id al-Kharraz. Kitab a-Cidq
3 Qushair. Rislah
4 Qushair. Rislah
6 Al Ghazali surnomm Hujjat al Islam (la Preuve de l’Islam) naquit en 451/1059 Tus dans le Khorassan. Aprs une formation de thologien et de juriste, il est nomm professeur la Madrasa Nizamya de Bagdad en 484/1091. En 488/1095, il renonce sa chaire et entame une retraite mystique jusqu’ sa mort survenue en 505/1111.
7 Abu Madyan Shu’ayb tait n Sville, mais il se rendit en Orient o il aurait reu son investiture (Khirqa) des mains d’Abd al-Qdir Jilani.

par ELIAS publi dans : Hauts grades

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Fraternit Libertaire 3 janvier, 2009

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Fraternit Libertaire

Maon et Libertaire ?

Vaste sujet car trait maintes fois. Alors que pourrai-je apporter de plus? Bien sr je pourrai remonter aux sources, relire les bons auteurs (comme on dit). Mais ils sont si nombreux. Lequel prendre et auquel adhrer sans me mettre en danger, risquer que ma pense adopte une ligne de conduite toute faite ?

Pourquoi tel ou tel thoricien de la pense libertaire serait-il le meilleur et digne de devenir un guide pour celui qui pense tre de cette sensibilit ? Suivre un guide sans le soumettre son esprit critique nest-ce pas dj accepter de ne plus tre SOI?

Il me semble qutre libertaire est le rsultat dune ascse intellectuelle tourne vers le SOI tout en tant disponible pour lAUTRE ; non pas lTRANGER, mais le SEMBLABLE. Cest se construire, faire de soi un HOMME, LIBRE dans ses penses et ses actes.

Cest aussi tre TOLRANT. Attitude positive vers tout ce qui aide et installe une reconnaissance de lHOMME RESPONSABLE de ses actes.

Mon parcours professionnel mavait dj amen pratiquer des formes dactions peu courantes qui mavaient mis parfois en porte--faux par rapport mon Institution. La base des dsaccords portait le plus souvent sur un non respect de rgles. Rgles ne me permettant pas duvrer au mieux de ceux qui attendaient une rponse du systme en place.

Cest ainsi que jai install dans mes lieux daffectation, la transparence des dcisions, des orientations et des comptes et pratiqu la co-gestion, voir lauto-gestion. Ne pouvant changer moi seul un systme, jai prfr agir en montrant que certaines formes dactions pouvaient tout fait venir battre en brche lexistant et soi-disant impensable changer. Jai parfois t raill mais aussi suivi et les ralisations de nouvelles formes pdagogiques centres sur lindividu ont bel et bien vu le jour. De mme dans la gestion des quipes administratives qui trs vite ont t responsabilises et libres de dcisions ds lors que celles-ci allaient dans lintrt de lINDIVIDU.

Jai rejoins la Franc-maonnerie par idal HUMANISTE, parce que le besoin se faisait sentir dapprofondir une rflexion sur ce que jtais. Je voulais confronter mes utopies , acqurir une mthode progressive permettant de dgager lHOMME de sa gangue.

Aujourdhui jentrevois quelques rponses mais elles demandent encore tre soumises critique. Je ne suis pas gn dans mes penses car comme le disait Lo Campion la vocation libertaire de la Maonnerie est indniable () elle est la seule association laquelle puisse adhrer celui qui n’adhre rien . Je prends bien sur adhre rien dans le sens o une adhsion serait un renoncement des ides personnelles par rapport des dogmes, quels quils soient.
Je trouve dans ma Loge une vraie Fraternit. Mes voyages me font connatre des Frres dautres obdiences et certains par leur comportement et leurs ides mont amen une rflexion plus pointue sur les miennes. Ainsi tre de sensibilit libertaire et tre Franc-maon ne serait pas incompatible ?

Jai entrepris dobserver ma Loge pour voir si ses modes de fonctionnement cadraient avec ce que je mettais dans un comportement libertaire.

Un maon libre dans une loge libre. Je reconnais que cela se pratique dans ma Loge. Tout est fait pour que la libert de chacun soit respecte et que le foisonnement des diffrences nentrane pas – comme on pourrait sy attendre – le chaos. Chacun sexprime trs naturellement quel que soit le sujet. La parole est forte et entendue car chaque Frre est considr comme responsable.

tudions comment se passent la plupart des runions-dbats, des prises de paroles, des discussions de groupe. Souvent ce ne sont quattitudes convenues, interruptions, monopole de la parole, autant doutils qui entretiennent les dominations. En Loge, pas de cela. Nous nous sommes donn des rgles pour dbattre, pour favoriser l’coute, la prise en compte des diverses opinions… Les dialogues sont exclus, la parole demande est adresse tous les membres prsents. La parole sautorgule. Elle nen a donc que plus de valeur et de poids. On ne la conteste pas, on lenrichit par des nouveaux apports, la critique est toujours positive. A chacun de suivre une dmarche personnelle pour prendre en compte les multiples facettes dun problme et se forger une ligne daction. Cette ligne, rsultat dun apport collectif, ne peut qutre un liant et en aucun cas une Vrit rvle accepter comme telle.

De l dcoule cette nouvelle vision : ce nest pas parce que les hommes sont gaux quils ont les mmes droits, cest parce quils ont les mmes droits quils sont gaux. Chacun devient responsable et contribue la base de sa dignit. Cest pour cela que les Maons cultivent lamour fraternel, valeur universelle qui interdit la ngation de lautre, son exploitation et fait indiscutablement partie de la construction du Temple. Chacun de nous est donc la fois responsable et tributaire de cette quit, base de notre dignit. Lquit entre Frres vise le juste. Elle impose un travail intrieur, une recherche de labsolu et une soif de justice.

Les rgles de notre rituel apportent notre formule Libert, galit, Fraternit une force encore plus grande car ces mots deviennent des facteurs ncessaires et favorables au progrs humain et jadhre aux paroles de Ren Valfort: Un milieu comme la Franc-maonnerie, dont les principes fondamentaux sont : la tolrance, la fraternit, la libert de pense, le respect de la personne humaine, dont l’objet principal est l’ducation des individus et la formation d’une lite, ne peut pas tre inutile au progrs de l’Humanit. Et de cela les anarchistes, moins que quiconque, ne doivent douter, vu l’importance qu’ils attachent l’ducation .

Cest pourquoi je ne vois pas dincompatibilit entre Franc-maonnerie et attitude libertaire. Les deux sensibilits concourent au mme but. Certes leurs formes dactions sont diffrentes mais les ides sont les mmes et la phrase un maon libre dans une loge libre prend tout son sens : aucun dogme, aucun systme dautorit ne peut asservir lHomme. Comment lun et lautre, le Maon et le Libertaire, frres en Humanit ne pourraient-ils pas sasseoir et uvrer ensemble au sein dune Loge. Pour eux le dnominateur commun est l’Homme.

Prenons encore les fonctions occupes au sein dune Loge. Tous les ans il y a lection des Officiers. Lun dentre eux est Le Vnrable Matre, qui en fait nest que ladministrateur de la Loge. Ils ne sont donc lus , reconnus par les Frres que pour un an.

Ces officiers ne sont pas des gouvernants , des mandataires , des reprsentants mais des pairs qui, conformment au mandat impratif, rvocable et tournant qui les a dsigns doivent rendre compte, ont la charge de tenir certains offices, et excuter certaines missions dans l’intrt de la Loge.

Leurs charges ne sont attribues que pour favoriser un harmonieux travail de lAtelier et leur actes dautorit ne sont en fait que le respect des rgles fixes en commun. A lissue dune charge chacun retourne sur les colonnes.

Si on lit le Rglement de lObdience on y voit tout un systme pourvu de tous les attributs habituellement image de pouvoir ou au sens large dautorit. Mais il y a une trs grande diffrence : tout Maon peut sil le veut, quitter, librement, sa Loge. Mme dans ce cas extrme il y a respect de son acte.

On est bien l dans une affirmation qui s’inscrit dans l’Humanisme, lequel est n avec la premier humain ayant pris conscience de ce qu’on pouvait natre son humanit si on en faisait librement le choix. Choix de s’engager mais aussi de se dsengager. Lengagement maonnique est scell par la Libert : la libert du choix de l’individu d’abord, puis Libert ensuite, avec un grand « L », constitutive dune condition humaine.

De plus, regardons nos rituels. Ils ont volu au cours des sicles. Mais une Loge peut aussi se donner un rituel. Toutes les rgles labores pour servir les besoins humains doivent tre par nature adaptes aux circonstances et ne doivent jamais pouvoir sinstitutionnaliser .

Cest pour cela que je me sens bien en Maonnerie. Si mes aspirations libertaires sont, comme je le crois, installes et vcues elles ne gnent en rien mon engagement et la pense de Lo Campion jajouterai encore celle-ci: Tu dis que tu as choisi une ide parce qu’elle est bonne, sache qu’en ralit tu dis qu’elle est bonne parce que tu l’as choisie. afin dtre toujours en veille

Enfin, pour terminer une dfinition que jadopte volontiers : L’Anarchisme est la passion de la Libert mise en thories. Et aussi en pratique lorsque faire se peut . (Dictionnaire Universel de la Franc-maonnerie).

Jean Rich:.

http://www.motiflibertaire.net

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Danse et Initiation 1 janvier, 2009

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Danse et Initiation

La danse dit Xnophon n’est pas de ces sujets faciles et accessibles tous, elle touche aux rgions les plus leves de toutes sciences rythmiques, gomtrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les caractres et les passions. Elle est encore moins trangre la peinture et la plastique : les actes de l’homme intressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’me …

Cette difficult qu’voque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante ralit dans l’tude de ce sujet. En effet, sa complexit, due la multiplicit de ses manifestations s’tendant sur plusieurs millnaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversit de ses implantations gographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent notre investigation, notre rflexion et nos mditations, une immensit et une plnitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanit.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entranait le cortge des Muses … Cette vision potique nous suggre, peut-tre, une reconnaissance de l’antriorit de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalit et, pourquoi pas, sa supriorit ! … Cette conception confirmerait la thse de tous les grands spcialistes : ethnologues, archologues ou historiens de l’Antiquit, scientifiques, chercheurs et exgtes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

Avec la cration de l’Univers, disait le pote Lucien, naquit son tour la danse qui symbolise l’union des lments : la ronde des toiles, les constellations des plantes relies aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les lments, refltent la danse originelle du temps de la cration. On trouve les traces de la danse ds les premiers ges de l’Histoire, et, bien sr, de la Prhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le dtail de tous les vestiges qui tmoignent de son existence, de sa pratique et de sa prennit.

La constante proccupation de l’homme a toujours t de concilier la faveur des forces mystrieuses dont il souponnait le pouvoir dans l’au-del avec la ralit concrte. Il se rendit bien vite l’vidence qu’il tait soumis des forces suprieures la sienne et indpendantes de sa volont : le soleil l’clairait, le chauffait, le feu le brlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces lments exerant sur lui une action puissante et irrsistible. Et nous trouvons l, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante. Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, tant l’une des premires manifestations de l’homme, o se termine le geste et o commence la danse ?

Je pense que la danse ne de l’lan naturel, instinctif et raisonn d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence rellement partir du moment o le geste est ordonn : elle est donc, au dpart, une manifestation de la volont, elle ncessite, par consquent, une participation de l’Esprit.Un mouvement du corps est donc une consquence d’un mouvement de l’Ame.

C’est l’esprit qui commande la matire. Platon disait peu prs la mme chose : Le mouvement est l’essence et l’ide mme de l’Ame.

La danse, expression individuelle ou collective d’un tat affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonns, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le dsir instinctif de librer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les pitinements ; aux premiers ges de la danse, le corps humain tait lui-mme l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, tait occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’exprience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observs autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, prcdait toute combinaison consciente et articule de son et de danse.

Avant que la danse ne s’panouisse en un rite religieux dlibr, elle est une libration rythmique d’nergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que trs progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontane du mouvement, se transformera en un systme fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se prsente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinit.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, travers tout l’ventail de ses expriences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanment et sans intermdiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par o s’opre la descente du Tout-Puissant. L’mancipation de l’homme par rapport son Dieu s’opre par l’imitation de celui-ci : L’homme, s’identifiant aux Dieux devient son tour Crateur …

LE SYMBOLISME DU CORPSHUMAIN

La danse est chose srieuse, et, par certains aspects, chose trs vnrable, selon Paul Valry. Toute poque qui a compris le corps humain ou qui a prouv, du moins, le sentiment du mystre de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’nergie et de sensibilit qu’il contient, a cultiv, vnr la danse. C’est pourquoi il ne serait pas concevable d’voquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’manation : Le corps Humain dans sa dualit : matire-Esprit.

Et l, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystrieux la fois, du plus li dans une fondamentale unit ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle cration du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pense des savants, des philosophes et des thologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystre.

Le corps humain, disait Lonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas ne considrer que l’extrieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamennais, dans son livre sur L’Art et le Beau, affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intrieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intgrante de la cration et lui a donn sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-mme, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initis, et plus particulirement Pythagore, ont tudi dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intrieur qu’extrieur.

Parmi les nombreuses interprtations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Sphiroths est celui qui nous rvle le mieux la structure spirituellement la plus leve de l’tre humain, chaque partie du corps correspondant aux dix nergies divines qui nous sont rvles par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’voquer les grandes lignes du schma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, savoir : la verticalit et l’horizontalit, ces deux oppositions complmentaires.

L’axe vertical est la voie par o monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal reprsente les forces cres travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possde en son centre, un septime point situ l’intersection des deux axes : c’est la caverne du cur.

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possde l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique tant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, tant appel s’insrer et agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tte et du corps, l’intrieur de ses coordonnes spatiales. Cependant, malgr la multitude des potentialits, il s’avre que le nombre de figures utilises depuis le dbut de l’humanit, est relativement restreint. En effet, en tudiant l’volution de la danse et de son esthtique travers les ges, j’ai remarqu, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millnaires : Ci-dessous, une fresque gyptienne de la Sixime Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), reprsentant une danse extatique en l’honneur de la desse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du dbut de notre sicle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leur lancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamtralement oppose : la premire tant une reprsentation rituelle et sacre les ethnologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilit accompli par les femmes et qu’ont pratiqu maintes races), la seconde, totalement profane, manation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en ralit, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposes. L’on pourrait aussi comparer un pitinement pesant et obstin de certaines danses Primitives la dmarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile une hanche flexible, d’une main loquente un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

LESPREMIERS GESTES ET PAS : DPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)

Une des particularits de l’homme, par rapport l’espce animale, rside en sa verticalit. Ses premires aspirations dans le domaine du mouvement, furent le dplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du dplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et toutes les poques et civilisations qu’elles soient primitives ou volues, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scne grave dans la grotte d’Addaura, prs de Palerme, reprsente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une prfiguration de celle qu’excutaient les prtres en Egypte, quatre millnaires plus tard. Au moment o la nuit commenait plir et que s’teignaient les astres dont la danse cleste tait l’image mme de la nature, l’aube, les Prtres rangs autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. Alors commenait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figur des plantes, les lois qui rgissent le cycle harmonieux des jours et des saisons …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystres d’Isis, n’tait pas la seule pratique par les Egyptiens : les prtres de Memphis et de Thbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, des poques bien diffrentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprtaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorgraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphes, qui accompagnaient les funrailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme Louxor, o des danseurs massue ou boomerang figuraient le cortge de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prtres-danseurs, dits Mouou que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIme millnaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortges funbres pour aider les morts dans leur initiation la vie intemporelle. Plus prs de nous, les marches traditionnelles des plerins taient considres, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathdrales, pour s’apercevoir, comme Chartres, qu’en suivant son trac, avec ses angles droits et ses formes gomtriques, l’on obtient rellement des pas.


LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASE

Aprs avoir voqu la marche comme premier lment du mouvement collectif, son dplacement et sa signification travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement explorer la giration, en tant que technique particulire, amenant l’extase. Saint Ambroise, Evque de Milan au IVme Sicle, s’exprimait ainsi : Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement perdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part la ronde sacre, de mme, le croyant qui s’abandonne l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la cration.

Dans la grotte dite des Trois Frres, une figure grave et peinte de l’poque nolithique, situe la premire manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abb Breuil, qui l’a dcouverte, a relev les particularits suivantes : La position de cet homme prouve qu’il excute un mouvement de giration sur lui-mme, ralis par un pitinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette poque tant, selon les spcialistes, analogue la ntre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut exprimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dpossession de soi-mme, une extase au sens tymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie loquente, que partout dans le monde et toute poque, y compris la ntre, les danses sacres par lesquelles les excutants veulent se mettre dans un tat second o ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mmes dans leurs exercices religieux qui les mnent un tat de transe provoque par la danse comme tournoie, le danseur des Trois Frres.

LE CHAMANISME

Pour le chaman, c’est par une technique archaque de l’extase pratique, c’est--dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement ce moment-l qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci mtaphysique, ni par dsir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volont d’obtenir des rsultats concrets, par exemple : la gurison d’uchaman ( la fois chef, sorcier, mdecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier lment de la danse chamanique (le chamanisme n’tant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intgrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps clestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrs chez les Altaques se rapportent aux 3-7-9 plantes et aux 3-7-9 tapes de l’Univers du Ciel.

L’ISLAM : LESDERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mmes principes voqus prcdemment. Pntrant plus profondment dans l’tude du Soufisme, nous dcouvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schmatique d’un Sama-Khana, c’est--dire le lieu o se runissent les Derviches, il y a bien des affinits avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien dtermine et oriente, sous lil vigilant du Cheikh, leurs dplacements tant rgls d’une faon trs prcise. Nous retrouvons les termes de Vnrable Matre, de datre, de Frres, etc …, il y a plusieurs tapes dans la vie du Derviche, avant et aprs son noviciat, il y a aussi plusieurs degrs dans la pratique du Sam. Le Sam est interdit aux hommes qui sont domins par les passions de leur me et c’est par l’ascse qu’ils parviendront les matriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhsion de l’esprit Dieu par son mystre et son tre. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pense, ainsi que la pntration par lui des degrs existants, sont autant d’lments qui constituent l’tat d’un Chercheur de Vrit. Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attir du degr humain vers le degr unique et que les Etres acquirent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dpass les voiles et atteint les degrs de la rectitude, il dcouvre sa tte. Quant il est spar de ce qui n’est pas Dieu et est arriv Dieu Trs-Haut, il retire une partie de ses vtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractre sacr, symbolique ou ritulique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus oblig de faire un choix. Cependant, il est intressant de constater qu’il existe toujours, la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgr une origine trs diffrente et souvent fort loigne, les mmes aspirations : le dtachement des contingences humaines et matrielles vers la spiritualit, l’vasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identit Suprme, l’Unit … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maonnerie au fil de notre volution dans le chemin de la Connaissance.

LES DANSES SACRESORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE

Les danses orientales, en ce sens, sont trs significatives, ayant toujours la base un caractre sacr. C’est pourquoi, paralllement, il faudrait tudier aussi leurs religions, tellement ces deux entits sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, Bali, Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous europens, trs hermtiques, et nous ne pouvons en saisir le vritable sens.

Leur particularit, par rapport aux normes occidentales, rside en leur caractre statique, dont les positions, l’oppos des ntres, sont concentriques, c’est--dire replies vers l’intrieur. Notons que, si les rondes voques prcdemment taient toutes, en Occident, orientes dans le sens des astres, allant de gauche droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vnrable Matre et les deux Surveillants procdent l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figes, ces danses ont tout de mme un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manire inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse anime d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de dplacer les lignes pour parler comme Baudelaire. Elle se dplace par modulations discrtes, ces mouvements n’tant que des transitions pour passer d’une pose une autre. Je ne parle videmment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, excutes par les pieds et avec les jambes, chez l’Asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rle prpondrant, tant d’ordinaire nus et colls au sol. Par contre, les bras, les mains, la tte, le buste entier, toujours en mouvement, mme dans la station de repos, prennent, ici, une part immense. La flexibilit des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du systme asiatique, dans un langage minutieusement fix et codifi. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beaut dcorative pour le non-initi.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frapp par la concentration de ces danseuses Khmres : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retrousss, genoux ploys, taille et cou doucement inflchis, l’extrme lenteur du droulement, l’extrme hiratisme des gestes, laissaient prsumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’tais.

Pour arriver ce degr de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’volution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime crmonie o elles subissaient une vritable initiation. Prsentes toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudres et fardes, munies de bouquets de fleurs tresses, taient soumises d’abord l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, plac sous la protection du Gnie de la danse. Ds lors, pendant des annes, de longues sances scandes par la baguette de rotin seront consacres des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dpasse de beaucoup la volont d’assouplissement.

La dsarticulation permet seule la danseuse de s’vader des gestes humains et d’accomplir des volutions mythiques : coudes en dehors, mains retournes, jambes dans la position de l’envol, ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des tres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs lves ont acquis l’habilet dsire, elles les prparent l’importante crmonie qui feront d’elles de vraies Lokhon, danseuses consacres, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains dtails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifie, strotype. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, quilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchanent. Rien de plus savant, de plus concert que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomime de l’Irrel et rien n’y doit tre exprim selon les normes humaines …

L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA

L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle tait toujours, depuis ses dbuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprme, de s’unir lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’ide que le Manifest n’est que le symbole du Non-Manifest ; tout ce qui arrive dans le temps a son quivalent dans l’ternel et l’initi seul peut distinguer ce qui les joint l’un l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent tre beaux et styliss, mais pour celui qui saisit la signification des Mudras et les secrets de l’Abhinaya, les doigts effils du danseur racontent l’histoire de la cration : Les battements du tambour brisent le mur qui spare le tangible du mystre et le danseur devient rellement un dvadsa, un esclave de Dieu qui rvle chacun l’Ultime Ralit.

En Inde, lorsque la Fte est ddie aux Dieux, la danse est prire. Pour les Hindous le corps qui danse est visit par Dieu, car, pour eux, l’me n’est pas distinguer du corps. Dans l’expression de l’unit organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activit de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la dclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour dlivrer les mes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est--dire, le cur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thme l’activit cosmique qui cre et dtruit l’Univers.

LES HBREUX

Ayant analys, trop succinctement, bien sr, le symbolisme et le rituel des danses sacres orientales et extrme-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprgns de civilisation judo-chrtienne, ce sont les Hbreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premires informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prire, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes o les reprsentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utiliss dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hbreux, aucune attestation archologique, la loi religieuse hbraque interdisant formellement toute reprsentation image. Ce sont donc, par les crits que nous pouvons nous faire une ide sur les danses qui taient pratiques et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophtesse ; au chapitre 32, les rondes sont voques lorsque Mose descend du Sina trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littrature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

LA GRECE

Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnrent le nom de Nomos (rgle, loi du corps, ou rgle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance sa mort, la civilisation grecque fut toute imprgne de danse. A Athnes, Sparte, Lacdmone, elle tait regarde comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intgrante de l’ducation. Les rcits lgendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crte.

C’est dans L’Ile Montueuse, selon le qualificatif homrique, que les Dieux ont enseign la danse aux mortels, et c’est l que furent runis les premiers Thiases, groupes de clbrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revt en Crte une signification particulirement importante : en gnral, on reprsente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarqu chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dionysiaques, puis chez les Etrusques. Prcisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs tait des mouvements bien codifis qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une tude pour les dchiffrer. Les plus grands auteurs ont crit ou parl sur la danse : Xnophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse tait principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRTIENNE

Dans la liturgie chrtienne et plus particulirement dans les crmonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clerg dcoule du Temple de Jrusalem. Les processions de l’introt, l’aspersion des fidles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont rgls comme des chorgraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs imptrants de dpouiller le vieil homme, selon l’expression consacre, pour renatre l’homme nouveau, n’est pas sans voquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit l que d’une interprtation des gestes symboliques et non de danses relles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrtient, malgr l’interdiction du clerg condamnant, de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les glises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolde en 587, par la Dcrtale du Pape Zacharie, puis Avignon en 1209, la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pres de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au dpart, hostiles la danse, considrant mme qu’elle existait au dbut du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une Chora en 1205, puis une autre pour le dpart des Croiss. Carole encore Sens, le soir de Pques, autour du puits du clotre : archevque en tte, les dignitaires du Chapitre dansaient intercals avec les enfants du chur, etc….

Dans une optique un peu diffrente, voquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carme, autour de bches enflammes et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, o les fidles dcrivaient de grandes rondes autour des feux allums en l’honneur de l’Aptre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : Les Palilies romaines, ftes purificatoires et le mme symbole : celui du feu. Danse du feu, encore, que relate le Pre de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amrique Septentrionale, interprte par cinq ou six femmes, cte cte sur la mme ligne, se tenant fort serres, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’ l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les glises et surtout autour d’elles, l’occasion des ftes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pnitents Blancs de Sville, des Confrries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chane ouverte, et celle en chane ferme.

Autre survivance, l’trange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le mardi de Pentecte. Paenne son origine, cette Fte fut transforme par les Bndictins qui lui assignrent un but prcis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la gurison des pileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est partir du XIIme Sicle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, une poque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phnomnes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se dvelopperont que des danses profanes.

LEMOYEN-AGE

Au Moyen-Age, la danse est prsente tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et dfils, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et mme montreur d’animaux savants, comme un simple excutant profane.

En fait, si l’on tudie plus profondment leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les excutaient, l’on s’aperoit que ces gens du voyage, tels les Compagnons Opratifs, taient en possession d’un vritable savoir sotrique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, vritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date tait transmise par les Matres dans la plus pure tradition orale, dans le mme esprit que dans la Maonnerie o le cheminement initiatique est ponctu par des gestes rituels et symboliques propres chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relvent des mmes principes.

LE BAROQUE

Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intrt de la danse se dploiera petit petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Mdicis. Le baroque italien et franais renferme une foule de dtails qu’il serait intressant d’analyser, mais cela nous entranerait trop loin.

Le premier chorgraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, ralisa en 1581 le Ballet Comique de la Reine, point de dpart des ballets de cour. Il dfinissait le ballet comme une combinaison gomtrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, reprsentant cercles, carrs, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures gomtriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au systme classique.

LE SYSTEMECLASSIQUE

Le Systme Classique, appel galement Systme Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIme Sicle, sous le rgne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifies les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Matre Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majest. La particularit de la danse classique, rside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand thoricien Noverre disait qu’il avait t dict fondamentalement pour des raisons d’esthtique.

Une autre interprtation, plus intressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourn vers l’extrieur, comme les cinq positions de pieds du danseur acadmique. Ces positions forment l’lment de base de la grammaire chorgraphique, point de dpart et d’arrive de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’lvation, but essentiel du systme, se manifeste partout ; combine avec l’amplitude et le parcours, c’est l’me de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et lgers de la danse terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orient vers le haut : l’immobilit mme fugitive, la vrit, des positions de repos, parle un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes dployes. L’lvation de la danseuse sur la pointe (au XIXime Sicle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprte vers le ciel, la fluidit des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images voquant la mme aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, gomtrie dans l’espace, architecture anime, caractrisent ce systme autonome et parfait, qui, peu peu, s’est acquis une extrme prcision, condition de sa beaut. Moins encore que les autres arts, il n’admet la mdiocrit, ni l’-peu-prs, car, la moindre dviation ou bavure compromet immdiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqu, la Nature a fourni la danse et l’homme les Positions, l’exprience lui a donn les rgles. Goethe n’a-t-il pas dit Personne n’ose danser la lgre sans avoir appris selon les rgles.

Cette description idalise, peut-tre, prouve tout de mme que cet art, devenu par son volution dpouille de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthtique parfaite de la Beaut, retrouvant l’Univers de la Spiritualit et des forces qui dominent la Matire. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, mthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifi mais hermtique, forment un rituel que l’on ne cesse de rpter quotidiennement

Aprs ce long parcours, retraant les diverses interprtations du symbolisme des Pas et des Gestes Rituels la danse dans l’histoire de l’humanit, il est temps de conclure.

Dfinie par les philosophes comme tant L’Art des Gestes par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

L’incorporation de la volont de participer toujours plus activement la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dpasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une mtamorphose glorieuse …

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,
- Prsence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,
- Expression spontane des motions et des langages humains,
- La danse est ternelle !

Gilbert MAYER

http://www.cgagne.org

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