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L’anarchie : une utopie maçonnique ? 14 juin, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , trackback

L’anarchie : une utopie maçonnique ?

 

 

« La liberté comme base, l’égalité comme moyen, la fraternité comme but« .

Ricardo Mella in « El idéal anarquista »

V... M...,

 

Avant de commencer, V... M..., permettez-moi un avertissement (pré)liminaire : mécréant en raison, mais pas en cœur, je n’ai aucun respect pour les idées, pas même les miennes ! Mon propos, ce midi, à certains égards, pourra être « jugé » outrancier, provocateur… et il est vrai qu’il se veut… perturbateur et, sinon pertinent, du moins… impertinent, non pour démontrer mais pour… montrer que l’on peut voir autrement de soi-disant évidences et que l’on peut aussi voir des… non-évidences !

 

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Notre très illustre F... Léo Campion avait coutume de dire que : « Si les Maçons anarchistes sont une infime minorité, la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable (…) elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n’adhère à rien ».

Les Maçons anarchistes… une infime minorité ? rien de surprenant car nous savons tous que les anarchistes ne sont pas un sur cent, ce qui ne les empêche pas… d’exister. Mais, au fait, est-ce que les maçon(ne)s sont plus qu’un sur cent ? et n’existent-ils-elles pas pour autant ?

Je ne reviendrai pas sur ce point historique curieux, bien mis en évidence par notre F... Léo Campion dans son excellent ouvrage « Le drapeau noir, l’équerre et le compas », à savoir que TOU(TE)S les grands noms de l’anarchisme ont été… maçons alors que, au XIXème siècle, aucun d’entre eux-elles n’a été membre de la Charbonnerie quand tant de maçons s’étaient faits charbonniers.

Cette présence constante, et toujours d’actualité, d’anarchistes sur les colonnes des LL... pourrait laisser à penser que la véritable question, la question autant impertinente que pertinente, n’est pas de savoir comment peut-on être maçon(ne) ET anarchiste – à moins que cela ne soit anarchiste ET maçon(ne) – que : comment peut-on ne pas être maçon(ne) ET anarchiste – ou, là encore, anarchiste ET maçon(ne) -.

A une telle question, pour faire dans le « politically correct », de nombreux-euses maçon(ne)s, n’hésitent pas à parler d’une honteuse infiltration de la maçonnerie, à son corps défendant, par de vilains et méchants anarchistes, ce qui, au passage, n’est pas flatteur quant à l’intelligence des maçons infiltrés et fort peu « gentil » à l’égard du Tuileur, du Couvreur et autre F\ terrible.

Ainsi, la F... M... ne serait qu’une sorte de maison de tolérance à l’égard de ces squatters que sont les anarchistes. Une maison, sorte de club de débats, d’échanges – ou d’ébats… échangistes ? – qui, justement parce qu’elle est tolérante, se refuserait à faire appel à la force publique – alors qu’elle compte bon nombre de ses représentants sur ses colonnes ! -, pour chasser de son sein ces « vipères lubriques » que sont les anarchistes. A moins que, dans la tradition libertine du XVIIIème siècle, elle soit un lieu d’amoralité où les élites bien pensantes se plairaient à s’encanailler avec ces « voyous » que sont les anarchistes !…

Et s’il en était autrement ?

 

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V... M...,, avant de nous interroger sur l’éventuelle similitude entre le projet des maçon(ne)s et celui des anarchistes, rappelons brièvement comment les maçon(ne)s s’organisent pour réaliser leur projet.

Sur le frontispice du portail de la F...M... belge on peut lire que le maçon est un homme (ou une femme) qui a la tête dans les nuages, l’amour dans le cœur, mais les pieds bien sur terre. Je reviendrai sur cette « définition » pour rappeler d’abord que, selon l’acception reprise dans les Constitutions d’Anderson, un maçon est un homme (au sens générique d’être humain) libre dans une loge libre. Il en résulte qu’une obédience (ou « ordre »)est une fédération de loges libres et que la F... M... universelle est une « république » universelle de loges et de maçon(ne)s libres.

Association, associationnisme, fédération et fédéralisme… ne sont-ce point là, si l’on s’en réfère aux FF... Michel Bakounine, Pierre Kropotkine et Pierre-Joseph Proudhon des modes relationnels et organisationnels… anarchiques ?

Les maçon(ne)s élisent des… officiers qui ne sont pas des « gouvernants », des « mandataires », des « représentants » mais des pairs qui, conformément au mandat impératif, révocable et « tournant » qui les a désignés et dont ils doivent rendre… compte, ont la… charge de tenir certains offices, d’exécuter certaines « missions » dans l’intérêt de cette communauté maçonnique qu’est la L....

Ces Officiers, s’ils sont détenteurs d’autorité (au sens d’aptitude à attirer le respect, l’estime, la confiance en raison des connaissances acquises et de la « sagesse » retirée) n’ont point pour autant de… pouvoir sur leurs pairs. Ne peut-on voir en ces Officiers les délégué(e)s de l’Internationale libertaire « jurassienne », les « élu(e)s » des Communard(e)s ou, de nos jours, de la C.N.T. ?

Les maçons sont les amant(e)s passionné(e)s de la liberté de conscience au motif que c’est d’une conscience libre que naît l’humanité qu’ils-elles revendiquent ; ce faisant, ils ne professent d’autre interdiction que celle d’interdire ou d’œuvrer à interdire. En refusant autant l’intolérant que l’intolérable les maçons, comme ces étudiants qui, en 1968, décoraient la Sorbonne du drapeau noir de leur révolte, ne découvrent-ils pas la mer sous le pavé mosaïque que d’autre jettent dans la marre pour condamner au trouble de l’aveuglement la clarté d’une conscience libre.

Libres de conscience, les maçon(ne)s sont adogmatiques [du moins celles et ceux qui assument leur liberté dans… l'irrégularité !] : qui pourrait dire que l’anarchisme est dogmatique quand c’est au nom du dogme d’une nouvelle religion – le marxisme – que les communistes libertaires ont été… excommuniés de l’Association Internationale des travailleurs ? Et y a-t-il courants de pensée plus traversé de discussions, de débats, de controverses que l’anarchisme mais, également, la F... M... ?

Les anarchistes, on le sait, n’ont pas leur langue dans la poche : leurs écrits et chansons en attestent. Mais y a-t-il beaucoup de lieux où, à l’instar du temple maçonnique, la liberté d’expression soit non seulement la règle mais aussi la pratique dès lors qu’elle est respectueuse de le personne (et non des idées) ?

Nous avons vu que les anarchistes comme les maçon(ne)s votent, notamment aux fins d’élection. Dans les LL..., comme dans la plupart des Obéd..., les votes se font à la majorité. Parce qu’ils-elles sont très attaché(e)s au respect de l’Autre, les maçon(ne)s, outre qu’ils-elles reconnaissent le « droit de retrait », de ce que je sais et j’ai pu vivre, n’ont jamais à cœur d’écraser une minorité d’un vote majoritaire surtout si cette minorité, même réduite à UN(E) seul(e) individu, fait preuve d’une opposition… véhémente, irréductible et s’efforcent toujours, comme les anarchistes, de rechercher et de trouver sinon l’unanimité, du moins le consensus.

En effet, les maçon(ne)s, comme les anarchistes, ne professent aucun dogme. Dès lors, débarrassé(e)s qu’ils-elles sont de leurs métaux, ils-elles ne détiennent aucune vérité et, humbles, modestes, « laborieux » considèrent que l’on peut et doit d’autant plus douter de tout, à commencer par un point de vue… majoritaire, que, minoritaires, ils-elles ont toujours eu à se battre pour se défendre contre l’oppression… majoritaire mais aussi pour faire avancer leurs idées de progrès contre une réaction, une inertie… majoritaires.

Société initiatique, la F...M... « recrute » par cooptation après enquêtes et passage sous le bandeau (que l’on peut qualifier sinon d’interrogatoire, du moins d’ »entretien d’embauche »), possède des signes, mots et attouchements de (re)connaissance, pratique le symbolisme, notamment des signes et des mots, détourne le vocabulaire usuel, crypte ses écrits… Certes, par souci… initiatique mais, pour certaines pratiques, par souci de… sécurité afin de se préserver de l’inquisition, voire de la répression dont elle a fait et continue de faire l’objet. N’est-ce point là un autre point commun avec ces sociétés secrètes qu’ont constitué et que constituent les anarchistes ?

A titre anecdotique pour ne pas dire humoristique, je rappellerai que les maçon(ne)s professent et revendiquent l’universalisme de leurs idées, de leurs principes, de leurs valeurs, de leur action… Et, pourtant, la F... M... n’est pas UNE mais… multiple, pour ne pas dire… divisée, voire même opposée. A l’instar de l’anarchisme dont les mauvaises langues disent qu’ils se divisent dès lors qu’il réunit trois individus pour pouvoir tenir ses réunions dans… une cabine téléphonique et, ainsi, faire l’économie d’une… L [Ô pardon, ma langue a fourché, d'un… local]. Questions de sensibilité, de sentiment, d’appréciation, de cheminement… Mais, comme il existe une véritable frontière entre le communisme libertaire et le communisme marxiste (avec tous ces avatars : stalinien, maoïste…), il existe une frontière entre la F\ M\ libertaire (Ô pardon, libéral) et la F... M... « régulière » (ou… « orthodoxe » !!!): celle de la Liberté, une Liberté qui se trace fraternellement dans l’égalité des gens.

Dans les deux cas, à l’origine, il y a nécessairement un choix, le choix de s’engager. Les engagements anarchique et maçonnique sont scellés par la liberté : la liberté du choix de l’individu d’abord qui, un jour, décide d’entrer en anarchisme ou en Franc-Maçonnerie – voire, en l’un ET en l’autre – ; la Liberté ensuite, avec un grand « L », constitutive à la fois de l’humaine condition : l’humanité par différenciation d’avec le non-humain, le pré-humain, l’a-humain, l’in-humain, du projet anarchique et maçonnique : la libération des individus et de la Société humaine et, enfin, de la fin anarchiste et maçonnique : l’achèvement de l’humanité, c’est-à-dire l’avènement d’une Société véritablement humaine.

Ayant la même devise – Liberté – Égalité – Fraternité -, Anarchisme et Franc-Maçonnerie n’ont d’autre culte que la Liberté. L’un comme l’autre sont donc sinon anti-dogmatiques, du moins a-dogmatiques. Et pourtant, des anarchistes et des Francs-Maçons, amants déchirés par l’illusion que l’un(e) trompe l’autre (?), font régulièrement dans le dogmatisme et, usant d’ukases, de lettres de cachets, de fatwas, de bulles…, condamnent et… excommunient l’autre sans se rendre compte que, ainsi, ils déchirent, trahissent, renient… leur engagement et, ainsi, piétinent, bafouent, molestent, violentent,… et même… assassinent la Liberté dont ils se réclament : leur liberté mais, aussi et surtout, celle de l’Autre, celle de l’humaine condition.

Je cite un illustre anarchiste et franc-maçon, Léo Campion :

« Aussi est-il regrettable que des anarchistes sectaires excommunient la Franc-Maçonnerie au nom d’un pseudo-dogme de l’Anarchie (comme si l’Anarchie était anti-tout alors quelles est à-tout) et que les Maçons sous-évolués excommunient l’Anarchie au nom d’un pseudo-dogme de la Maçonnerie (comme si la Maçonnerie n’était que tradition, alors qu’elle est tradition, dialogue et progrès). Ces attitudes sont d’autant moins admissibles qu’au contraire l’Anarchie comme la Franc-Maçonnerie, anti-dogmatiques par essence, sont l’une comme l’autre tout le contraire d’un dogme. Elles qui ont en commun le culte de la Liberté et le sens de la Fraternité, avec comme but l’émancipation de l’Homme ».

En fait, s’ils s’entendent sur le point de départ et sur la destination du chemin, Anarchistes et Francs-Maçons, en revanche, ne font pas nécessairement le même choix d’itinéraire, certains des premiers admettant le recours à l’action illégale, certains des seconds n’acceptant que l’action légale. Et cette différence, si elle est bien une ligne de partage de méthodes, n’est pas véritablement une fracture de valeurs, de principes, de philosophie, d’éthique et, in fine, un schisme de l’humanisme.

En effet, la légalité et l’illégalité sont des concepts et des réalités juridiques . Elles sont donc tributaires du Droit en vigueur et, en définitive, de l’Autorité en place qui a le pouvoir d’imposer SON Droit et donc SA conception de ce qui est licite et de ce qui est illicite, notions, elles, éthiques, philosophiques, politiques, voire idéologiques. En la matière, la relativité est donc… la règle : le « ici » et le « maintenant » ne peuvent appeler à aucun… dogmatisme quand on se donne tant soit peu la peine de lire – et comprendre – l’Histoire et, plus simplement, d’être attentif à l’actualité, être curieux des us et coutumes et que, de surcroît, on se revendique anar ou maçon !

Comment un anar ne pourrait pas se sentir chez lui dans une Loge où, par définition, le maçon y est un homme libre ? Et comment, un maçon, parce que, justement, homme libre dans sa loge, pourrait ne pas accepter un anar qui vient librement à sa loge ?

Pourtant, les arguments avancés par certain(e)s FF... et SS... pour considérer que les anarchistes n’ont pas leur place au sein de leurs loges . Je n’en citerai que deux :

ü      les anarchistes sont, par nature et dans leurs actes, des… illégalistes alors que, comme le recommandent les Constitutions d’Anderson, un(e) maçon(ne), homme libre mais aussi… de bonnes mœurs, de respecter la Loi ; outre que l’accusation d’illégalisme couvre, en fait, une imposture intellectuelle qui consiste, à l’instar de la C.I.A. et d’Europol, à assimiler anarchisme et terrorisme, je rappellerai que, c’est au nom même de leur engagement maçonnique, que des maçon(ne)s parfois, et plus souvent qu’on ne le pense, considérant qu’au-dessus des contingences politiques, économiques, sociales… des lois il y a des lois universelles, comme celles des Droits des humains, désobéissent à la Loi. Je donnerai trois exemple de désobéissance maçonnique : un ancien, les lois racistes et fascistes de Vichy ; un plus récent, l’objection de conscience, en particulier lors de la guerre d’Algérie et un d’actualité, l’entêtement à faire œuvre de fraternité en portant assistance aux demandeurs d’asile et, plus généralement, aux sans papiers alors que, désormais, l’acte de solidarité peut être constitutif d’un délit et passible de prison.

ü      l’apprenti(e) jure d’être dévoué(e) à sa patrie alors que, c’est bien connu, les anarchistes n’ont pas… de patrie puisqu’ils – elles se disent internationalistes. Là encore, il s’agit d’une grossière erreur, délibérée ou involontaire, par ignorance : les anarchistes ne sont pas des internationalistes mais des… anationalistes et leur patrie est… l’humanité. L’humanité, une et indivisible, sans considération de nationalité et, bien entendu, de race, de sexe, de métier…, dont le dévouement envers laquelle relève d’un patriotisme bien particulier… la fraternité !

Différence de méthode ai-je dit ; une différence d’action dans et sur le monde profane. Mais cette différence disparaît, s’évanouit au franchissement de la porte du temple puisque, ensemble, FF... et SS..., anarchistes ou non, travaillent ensemble en toute liberté, en pleine égalité, en véritable fraternité.

Les chroniques de l’Histoire comme les archives des Obédiences, du moins pour celles qui ne revendiquent pas une… régularité dont, soit dit en passant, on peut s’interroger sur sa conformité avec le principe de Liberté constitutif de la F... M... , du maçon comme celle de l’humain, attestent de ce que, de la seconde moitié du XIXème siècle à la fin de la première moitié du XXème, quasiment TOUS les grands noms de l’Anarchisme et de l’Anarcho-syndicalisme, sont ceux de FF... et de SS.... [J'ai à votre disposition une liste d'autant plus impressionnante qu'elle est loin d'être exhaustive].

A la différence des marxistes-léninistes, des trotskistes, des maoïstes…, les anarchistes n’ont jamais fait dans l’entrisme. Il ne viendra donc à l’idée de personnes que les anarchistes qui sont entrés en maçonnerie l’ont fait par entrisme, pour la phagocyter. Considérant que la F... M... n’est ni un lobby – politique, économique, social…, pour ne pas dire affairiste, voire maffieux -, ni le tremplin d’aspirations personnelles de pouvoir, de renommée, de prestige, d’avantages divers et variés…, personne ne considérera non plus que l’engagement maçonnique des anarchistes obéissait à un intérêt… intéressé. De telles idées seraient d’ailleurs d’autant plus fallacieuses que, souvent, l’engagement anarchiste est la résultante – la conséquence logique, l’achèvement – de l’engagement maçonnique.

Entre eux-elles, les maçon(ne)s s’appellent frères et sœurs ; cela ne gêne aucunement un anarchiste maçon d’appeler ainsi celui-celle qui, dans le monde profane, est juge, policier, patron… car, outre que, se refusant à considérer que la carte fait le territoire et que, à cet instar, l’institution, la fonction, le titre, la classe…et, en somme…. le hasard de la naissance, font – ou défont – l’individu, l’anarchiste, comme le maçon, voit en tout individu ce qui échappe à l’aveuglement ou l’ignorance de certain(e)s : l’humain, c’est-à-dire à la fois l’humanité qu’il partage, malgré leurs différences, même si celles-ci sont, parfois, oppositionnelles, et l’être humain en lequel il se reconnaît fraternellement, en dépit d’éventuelles dissemblances du paraître, et même si cet autre n’est pas véritablement libre, à raison, par exemple, de son aliénation.

Entre eux, et notamment dans leurs actes et propos publics, les anarchistes s’appellent compagnons et compagnonnes. Pour deux raisons essentielles : d’abord, parce que ce terme renvoie au compagnonnage des métiers, manière de s’ancrer dans la tradition ouvrière et d’affirmer son statut de… prolétaire et, ensuite, parce que ce terme, du latin populaire « companio » et du latin classique « cum » et « panis », signifie celui-celle avec le-la-quel-le on partage le pain, c’est-à-dire… la vie. S’agissant de ce second motif, quel plus beau symbole de la fraternité que celui du partage du pain ? quel(le) maçon(ne) ne se retrouve pas dans cette symbolique ? ne peut-on considérer que, d’une certaine manière, pour ne pas dire d’une manière certaine, le terme de compagnon(ne) est la version… profane de celui de frère-sœur, même si, en dehors de la scène publique, les anarchistes n’hésite pas à se donner du frère et de la sœur.

Le partage de la vie… Les anarchistes sont des amant(e)s passionné(e)s de la vie. La vie qu’ils-elles aiment à en mourir quand c’est là le prix à payer pour rester debout, autrement dit libre et donc… humain ou bien encore pour la liberté d’un(e) autre. Les anarchistes aiment la vie avec passion et pourtant leur drapeau est… noir car :

[…] Pourquoi ce drapeau teint en noir ?
Est-ce une religion suprême ?
L’homme libre ne doit avoir
Pour penser nul besoin d’emblème !
- L’anarchiste n’accorde pas
A ce drapeau valeur d’idole,
Tout au plus n’est-ce qu’un symbole,
Mais en lui-même il porte son trépas
Car annonçant la fin des oripeaux
Il périra comme tous les drapeaux.
En Anarchie où régnera la Science,
Pour tout drapeau, l’homme aura sa conscience.

[Extrait du Chant du drapeau noir, Chanson de Louis Loréal (1922)]

ou bien encore :

[…] Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l’Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l’Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu’y’ en a pas un sur cent et qu’ pourtant ils existent
Et qu’ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout
Les anarchistes
(Extrait de Les Anarchistes, paroles et musique de Léo Ferré, 1966]

Au fait, avez vous remarqué que le fond des bannières maçonniques, malgré la lumière, voire les dorures de leurs décors est quasiment toujours… noir ?

Les médias ont fait des gorges chaudes sur les affaires qui ont impliqué des maçon(ne)s, sachant que les errements de quelques individus n’ont pas manqué d’être utilisés pour armer le bras de la croisade anti-maçonnique, née, comme de bien entendu, avec la F... M... elle-même. Il a existé, il existe et il existera de mauvais(es) maçon(ne)s donc, mais quelle société humaine, quel groupement d’individus peut se targuer d’être exempt de faux-frères et fausses-sœurs ; le mouvement anarchiste, dans sa dimension organisationnelle ou sa forme individualiste, compte aussi de faux compagnons et de fausses compagnonnes ? Cette similitude qui existe en matière d’hiatus entre la déclaration de principe – la revendication de l’identité maçonnique ou anarchique – et les propos tenus et, surtout, les actes posés, n’est-elle pas une passerelle de rapprochement entre les tenant(e)s de l’opposition irréductible entre Anarchisme et F... M... ? Un rapprochement, non de compromis – et encore moins de compromission -, pas même une paix des braves, non, juste le partage d’un questionnement : Pourquoi, depuis l’aube des temps, les plus beaux idéaux et, notamment, ceux s’inscrivant dans la tradition et le mouvement humanistes, invariablement, finissent toujours par être salis par certain(e)s d’entre ceux et celles qui s’en revendiquent ?

Je pourrai continuer longtemps encore cette litanie de ressemblances, frappantes, entre maçon(e)s et anarchistes avant d’aborder le projet maçonnique proprement dit. Le temps nous étant compté, je vais l’arrêter avec une ultime similitude pour pointer, malgré tout, une différence entre l’anarchiste et le-la maçon(ne).

Il existe en effet une différence importante entre l’anarchisme et la Franc-Maçonnerie : un(e) anarchiste peut militer, être anarchiste de façon isolée, sans adhérer à quelque structure que ce soit. Il-elle sera reconnu(e) comme tel(le) dès lors qu’ils professent les valeurs anarchiques essentielles et que son comportement comme son action sont conformes à son engagement et à ses valeurs. En revanche, un(e) maçon(ne) ne peut être véritablement maçon(ne) que pour autant qu’il-elle est membre d’une L... car c’est en ce lieu « sacré », plus que dans le monde profane, qu’il-elle est reconnu(e) comme tel(le) par ses pairs. Serait-ce parce que les anarchistes sont un peu plus individualistes que les maçon(ne)s et/ou que les maçon(ne)s sont un peu plus communistes que les anarchistes ?

 

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Venons-en à présent, V... M... , au projet maçonnique, c’est-à-dire au but que les maçon(ne)s se donnent ou bien encore à l’ »utopie » que la F... M... se propose de réaliser.

Dans le préambule de sa Constitution le G... O... D... B... stipule que : « A l’extérieur du temple, dans la volonté d’assurer la libre expression de la pensée humaine, l’Assemblée du Grand Orient pose comme ultime devoir à l’Obédience l’honneur de sauvegarder toujours, en dépit de toutes les menaces ou contraintes, les aspirations des hommes à la liberté, à l’égalité et à la fraternité » tandis que dans l’article 1er de sa Constitution le G... O... D... F... précise que : « La F M, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité« .

Se référant à la triptyque révolutionnaire de 1789, la F...M..., que les Anglais « orthodoxes » et gardiens de l’ordre… établi – celui de la société bourgeoise, dont ils sont les enfants, autrement dit du… capitalisme – considèrent comme… irrégulières, la F... M... donc appelle ses « adeptes » à travailler, dans le temple et hors du temple, pour l’avènement d’une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Il ne me semble pas que le caractère révolutionnaire d’un projet de changement ou d’un changement résulte du recours à la violence physique (insurrection, coup d’état, lutte armée…) mais, au contraire, de la… radicalité du changement. Ainsi, dans le domaine des connaissances et de la Science, Galilée, Copernic, Einstein, Freud… ont bien causé des révolutions sans pour autant recourir à la force. En politique, l’extension du suffrage universel aux femmes, l’abolition de la peine de mort pour ne prendre que ces exemples peuvent être considérés comme de véritables révolutions qui n’ont pas forcément été accouchées par la violence.

La radicalité d’un changement sociétal, comme, autre exemple, la reconnaissance des Droits de l’Enfant, peut donc résulter du seul fait du… progrès des mœurs, des pensées, des idées, des lois… Une telle voie de changement est usuellement qualifiée de réformisme pour l’opposer à une autre radicalité de changement qui, violente celle-ci, est qualifiée, du moins en politique, de… révolution.

Outre qu’elle ne repose que sur une différence de moyens, c’est-à-dire d’action ou, pour reprendre un terme maçonnique, de… travail et non de finalité, cette distinction occulte le fait qu’un changement radical, même s’il est recherché et obtenu pacifiquement, légalement, légitimement dans l’intérêt général tel qu’il peut s’incarner dans l’ »écrasante majorité » d’une population donnée, est toujours… forcément imposé à des intérêts particuliers – individus, groupements, communautés, classe… – qui ne se retrouvent pas dans le changement radical en question. Pour ces intérêts particuliers, le changement radical n’est pas une réforme mais une révolution, une révolution illégitime, expropriatrice, usurpatrice…

Permettez-moi une citation V... M... : « Le constat face aux injustices sociales, celles que l’on subit personnellement ou celles faites à autrui, provoque notre révolte et l’on se dit qu’on ne peut pas rester sans rien faire devant une telle situation… Mais le seul sentiment de révolte ne veut pas dire grand chose: il est tout relatif. Ce qui vous semblera inacceptable ne le sera pas forcément aux yeux d’un autre. Par soumission, par inconscience ou par idéologie, certains ne voient hélas rien d’abject dans le racisme; ou estiment “normal” d’être soumis aux ordres d’un chef ! En fait, tout dépend de notre vécu, de notre réflexion, de notre éthique, de ce que nous considérons comme possible. Pour notre part, si nous contestons radicalement la société actuelle, c’est parce que nous sommes convaincus qu’une société de liberté, d’égalité et de fraternité est réalisable ».

Cette citation pourrait être extraite du projet de création d’une L. ou d’une planche ou revue maçonnique. En fait, elle est tirée du programme de… l’Union Régionale Rhône-Alpes de la Fédération Anarchiste

D’aucuns, V... M..., ne manqueront pas de dire que le propos de ce texte est trop… ouvert, marqué et pas assez mesuré pour que le-la maçon(ne) lambda puisse s’y retrouver et que, surtout, il fait implicitement appel à la violence comme facteur de changement radical.

Examinons donc un autre texte, celui de la page d’accueil de la F...M... belge, « œuvre » collective du Grand Orient de Belgique (G.O.B.), de la Grande Loge Féminine de Belgique G.L.F.B.), de la Grande Loge de Belgique (G.L.B.) et de la Fédération belge du Droit Humain (D.H.), portail, est-il nécessaire de le souligner, est ouvert au public profane :

 

« Ces quatre Obédiences,

ont décidé d’ouvrir ce site Web afin d’informer le monde profane que la Franc-Maçonnerie adogmatique belge s’inspire des principes suivants :

Ce même texte précise que :

Propos… anodins. Aucunement révolutionnaires. Encore moins anarchistes. Et pourtant !

En effet, est-ce que le projet maçonnique de travailler à l’avènement d’une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité est… réformiste ? que nenni. Bien au contraire, ce projet est… révolutionnaire car n’est-ce pas vouloir faire la Révolution, au sens d’introduire un changement radical, que de vouloir instaurer la Liberté, l’Égalité et la Fraternité dans une société qui, en raison même de sa structuration économique et donc politique n’est ni libre, ni égale, ni fraternelle ? une société qui favorise l’accumulation des richesses de quelques un(e)s aux dépens de la misère d’une majorité sans cesse croissante ? le gain immédiat au prix de la (sur)vie de la planète et donc de l’humanité ? une société, disé-je, qui se construit sur et se nourrit de l’absence de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

En travaillant à l’évènement d’une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité les maçon(ne)s font œuvre d’… utopisme au sens où ils aspirent à la réalisation de leur idéal dans un contexte économique, politique, social, culturel, éthique… qui est l’antithèse de cet idéal.

Ce travail les maçon(ne)s le font dans le secret – que d’aucuns préfèrent qualifier de « simple discrétion » – de leurs loges. Au sens strict de « rassemblement de personnes ayant le projet, concerté et secret, de changer, transformer radicalement un ordre établi », c’est-à-dire une « société policée », les maçon(ne)s sont donc des… comploteurs – euses, terme qui, quelque peu désuet et désormais réservé aux seuls militaires, peut se traduire par… terroristes !

[Au passage, un bref rappel historique : Originellement (1794), le terme de terroriste a un sens particulier : celui d'une personne appliquant la politique de la Terreur pendant la Révolution française, ladite Terreur étant l'"ensemble des mesures d'exception prises par le gouvernement révolutionnaire depuis la chute des Girondins (juin 1793) jusqu'à celle de Robespierre (27 juillet 1794, 9 Thermidor de l'An II) ou, selon le mot de Robespierre "la justice prompte, sévère, inflexible". A l'origine donc, le terrorisme, sous la forme précise de "Terreur" fut sinon légitime, du moins… légal, cela est souvent oublié pour cause, sans doute, d'Alzheimer historique !].

Tout le monde s’accordera à dire que, de nos jours, peu de maçon(ne)s, à la différence de ceux qui, nombreux, au XIXème siècle firent le choix de la Charbonnerie en France, en Belgique, en Italie…, fomentent un complot qualifiable de terroriste pour arriver à leur fin : le changement radical de la société et que la plupart travaillent à ce changement en planchant sur l’étude et la critique de la société mais également en exerçant des… pressions, pas toujours amicales et fraternelles, sur et auprès des parlementaires, des gouvernants, des chefs d’entreprise…

Il existe un autre « art royal » de ce travail maçonnique : la… « propagande par l’exemple, la parole et les écrits » qui, dans le vocabulaire anarchiste peut se traduire par… « l’action directe » ou bien encore par… la propagande par le fait.

La société idéale dont « rêvent » les maçon(ne)s est une utopie comme l’est l’anarchie que les anarchistes attendent au lendemain du « Grand soir ». Ce rêve partagé est souvent payé au prix fort, celui de la répression. Pourtant, il continue d’être fait. Par entêtement ? Non, je ne le pense pas. Ce rêve continue d’être fait, parce que, voyez-vous, V... M... , le choix d’être anarchiste et/ou maçon, n’est pas… anodin : il est celui que font des individus qui, ayant fait le choix de naître à leur humanité, tout simplement, dans leur action quotidienne – leur travail en somme -, leurs faits, leurs propos et leurs gestes s’efforcent de rester humains pour eux-elles mêmes et pour les autres. On ne naît pas maçon ou anarchiste. On le devient par choix. Dans l’un et l’autre cas, ce choix, pour la plupart du temps, est la conséquence d’une… révolte, celle du refus de l’injustice, c’est-à-dire de l’aliénation, l’inégalité, de la bestialité.

[24], vénèreraient comme d’autres vénèrent des… reliques, histoire de s’assurer qu’ils restent bien dans la châsse du passé et que, surtout, ils ne viennent pas perturber le sommeil pantouflant des vivants

Non, « Liberté – Égalité – Fraternité » constituent bel et bien la quintessence d’un programme, celui du projet maçonnique d’une société (enfin) véritablement… humaine.

Ces trois mots peuvent être mis en musique sous un air de phrase et, ainsi, donner :

« La liberté comme base, l’égalité comme moyen, la fraternité comme but« .

Dans ce libellé, quel(le) maçon(ne) ne se reconnaît(ra) pas ? Son auteur n’est portant pas maçon mais… anarchiste. Il s’agit de Ricardo Mella qui, dans « El idéal anarquista », résuma le projet de société de la C.N.T. pour lequel des dizaines de milliers d’anarchistes moururent et sous la bannière duquel se rangèrent de nombreux maçon(ne)s contre la machine de guerre autant franquiste que stalinienne.

Des FF... ne manqueront pas de dire que les maçons, conformément au serment prononcé lors de leur initiation, sont respectueux de la Loi quand les anarchistes ne le sont pas. Mais, V... M..., à ces FF..., je pose la question suivante : de quelle Loi parlez-vous ? quelle Loi respectez-vous ? celle, par exemple, qui issue d’un suffrage démocratiquement majoritaire, instaure l’apartheid, l’état d’exception privatif de libertés individuelles et irrespectueux des droits fondamentaux, le délit de vagabondage pour un sans abri, un sans papier… ou bien celle de votre engagement maçonnique qui vous exhorte à lutter contre l’injustice, soutenir le faible, protéger la victime…, bref vous reconnaître en l’Autre, fût-il hors-la-loi de l’État, et le respecter autant que vous vous respectez ?

Face à un tel dilemme, de quel côté penche le cœur et l’action du maçon: celui, par exemple, de Thiers, boucher des Communard(e)s au nom du maintien de l’ordre et du respect de la Loi ou du F... communard et, peut-être anarchisant, même si cela importe peu de savoir qu’il le fût ou non, Félix Pyat qui proclama :

« Frères, citoyens de la grande partie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Égalité, Fraternité, et plus logique que la Ligue des Droits de Paris, vous, Francs-Maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle ».

Dans les différents forums, colloques, manifestations… organisés un peu partout, les anarchistes martèlent leur aspiration à une triple émancipation :

Ainsi, les anarchistes refusent le modèle sociétal, oppresseur et exploiteur, qui est la négation de l’individu et de ses aspirations. Ils cherchent par tous les moyens à montrer qu’il est possible et souhaitable de vivre dans une société libre, égalitaire (et donc égale) et fraternelle, gérée directement et librement par ses diverses composantes : individus, groupements sociaux, économiques, culturels, et ce dans le cadre due l’associationnisme et du fédéralisme libertaires.

Pour arriver à leurs fins, les anarchistes s’interdisent d’user de certains moyens car, comme le disait Errico Malatesta :  » ces moyens ne sont pas arbitraires, ils dérivent nécessairement des fins que l’on se propose et des circonstances dans lesquelles on lutte. En se trompant sur le choix des moyens, on n’atteint pas le but envisagé, mais on s’en éloigne, vers des réalités souvent opposées et qui sont la conséquence naturelle et nécessaire des méthodes que l’on emploie ».

Ne retrouve-t-on pas dans tout cela, même si dit autrement, le projet maçonnique ?

Les maçon(ne)s travaillent à l’avènement d’une société de Liberté, d’Égalité, de Fraternité qu’ils-elles ne… nomment point sauf à la qualifier de (véritablement) humaine et, parfois, d’…utopie, au sens d’idéal, de société idéale à bâtir. Pourtant, V... M... , une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, si elle est bien (véritablement) humaine, a, d’un point de vue historique, politique, philosophique et éthique, un nom : l’Anarchie.

En effet, sans multiplier à l’infini les définitions de l’Anarchie, j’en prendrai trois tirées de la toile :

Et une dernière de Pierre Kropotkine qui, lors de son procès à Lyon, le 1er janvier 1883, déclara :

Les anarchistes, messieurs, sont des citoyens qui, dans un siècle où l’on prêche partout la liberté des opinions, ont cru de leur devoir de se recommander de la liberté illimitée.(..) Nous voulons la liberté, c’est-à-dire que nous réclamons pour tout être humain le droit et le moyen de faire tout ce qui lui plaît, et de ne faire que ce qui lui plaît; de satisfaire intégralement tous ses besoins, sans autre limite que les impossibilités naturelles et les besoins de ses voisins également respectables.

Nous voulons la liberté et nous croyons son existence incompatible avec l’existence d’un pouvoir quelconque, quelles que soient son origine et sa forme, qu’il soit élu ou imposé, monarchiste ou républicain (…)

Le mal, en d’autres termes, aux yeux des anarchistes, ne réside pas dans telle forme de gouvernement plutôt que dans telle autre. Il est dans l’idée gouvernementale elle-même, il est dans le principe d’autorité.

La substitution, en un mot, dans les rapports humains, du libre contrat, perpétuellement révisable et résoluble, à la tutelle administrative et légale, à la discipline imposée, tel est notre idéal. Les anarchistes se proposent donc d’apprendre au peuple à se passer de gouvernement comme il commence à apprendre à se passer de Dieu.

Il apprendra également à se passer de propriétaires. Le pire des tyrans, en effet, n’est pas celui qui vous embastille, c’est celui qui vous affame. (..)

Pas de liberté sans égalité ! Pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé par les mains d’une minorité qui va se réduisant tous les jours et où rien n’est également réparti, pas même l’éducation publique, payée par les deniers de tous.

Nous croyons, nous, que le capital, patrimoine commun de l’humanité puisqu’il est le fruit de la collaboration des générations passées (…) doit être à la disposition de tous (…)

Nous voulons. en un mot, l’égalité : l’égalité de fait, comme corollaire ou plutôt comme condition primordiale de la liberté de chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins,- voilà ce que nous voulons sincèrement ».

Toutes ces définitions de l’anarchie, V... M... , ne sont-elles pas la traduction… politique du projet philosophique et éthique de la société idéale des maçon(ne)s ? Autrement dit, l’anarchie ne serait-elle pas le décryptage profane du symbolisme maçonnique de la triptyque, révolutionnaire en 1789, rappelons-le, de « Liberté – Égalité – Fraternité ».

En somme, V... M..., n’y a-t-il pas meilleure définition de l’anarchisme et de la F... M... que celle d’une utopie d’action et en action qui travaille à la construction d’un temple que d’aucuns se (com)plaisent à démolir sans cesse, le temple de l’humanité, parce que les anarchistes comme les maçon(ne)s ont pour précepte : « La liberté comme base, l’égalité comme moyen et la fraternité comme but ».

Ordo ab chaos – transformer le chaos en ordre, extraire l’ordre du chaos-, est-ce que cette devise maçonnique n’est pas la réplique (« sismique » ?) de ce mot de notre F\ Élisée Reclus « l’anarchie est la plus haute idée de l’ordre », mot que je me plais, en souvenir de notre S... Louise Michel, de compléter par « car elle est l’ordre sans le pouvoir » ?

 

*

* *

 

Comme je l’ai dit en préalable, V... M... , mon propos de ce midi n’aura pas été de démontrer quoi que ce soit et, encore moins, d’asséner quelque vérité que ce soit. Bien qu’impertinent et, pour certains, irrévérencieux, provocateur, voire même choquant, offusquant, outrageant, il aura été, plus humblement, de montrer que l’indéniable relation historique qu’il y a entre la F... M... et l’anarchisme et la non moins indéniable histoire d’amour passionné qui unit ces deux voies de l’humanisme peuvent être examinés en toute liberté de conscience et, ce faisant, qu’un chantier de travail, autant maçonnique qu’anarchique, peut et même doit être ouvert.

Et, pour étayer ma modeste invite, permettez-moi, V... M... , de faire appel à notre très illustre et non moins anarchiste F... Léo Campion :

« Aussi est-il regrettable que des anarchistes sectaires excommunient la Franc-Maçonnerie au nom d’un pseudo-dogme de l’Anarchie (comme si l’Anarchie était anti-tout alors quelles est à-tout) et que les Maçons sous-évolués excommunient l’Anarchie au nom d’un pseudo-dogme de la Maçonnerie (comme si la Maçonnerie n’était que tradition, alors qu’elle est tradition, dialogue et progrès). Ces attitudes sont d’autant moins admissibles qu’au contraire l’Anarchie comme la Franc-Maçonnerie, anti-dogmatiques par essence, sont l’une comme l’autre tout le contraire d’un dogme. Elles qui ont en commun le culte de la Liberté et le sens de la Fraternité, avec comme but l’émancipation de l’Homme ».

J’ai dit V... M...

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Additif

Petites réflexions personnelles sur une lecture comparée

des Constitutions du G...O...D...F... et du G...O...D...B...

 

 

Je note que, dans l’article 1er de sa constitution, le G...O...D...B... se dit Obéd...… masculine, ce qui justifie non l’exclusion des femmes mais la « réservation exclusive » de l’Obéd... aux hommes. Ce n’est pas seulement une nuance. C’est une disposition qui, d’un point de vue juridique, ne tombe pas sous le coup de la Loi et, notamment, de celle sanctionnant la ségrégation à raison du sexe.

En effet, les diverses dispositions législatives et réglementaires qui instituent le délit de « ségrégation » sous toutes ses formes (racisme, sexisme, sexualisme…) condamnent l’exclusion d’un individu à raison de sa « particularité » mais n’interdisent pas la constitution d’une association (d’une « communauté ») à raison d’une… particularité.

Jésuitisme peut-on penser. Certes. Mais cette différence met le G...O...D...B... dans une position plus facile que le G...O...D...F... à l’égard des femmes dans la mesure où ce dernier, ne se revendiquant pas Obéd...… masculine n’a aucun motif statutaire à opposer à l’initiation de femmes et tombe donc sous le coup de la ségrégation à raison du sexe !

Par ailleurs, le G...O...D...B..., dans l’article 1er de sa Constitution, se qualifie d’initiatique et progressive ET de cosmopolite et progressiste.

Le G...O...D...F..., dans l’article 1er de sa Constitution, se qualifie d’institution philanthropique, philosophique et progressive.

Le lien que le G...O...D...B... fait entre les caractères initiatique et progressif est cohérent en ce que ces deux « traits » caractérisent bien une institution initiatique qui ne se contente pas d’initier (d’accueillir) des profanes mais qui, l’initiation effectuée, offre un parcours, un chemin, un… perfectionnement. Dans ce cas, le terme « progressif » (du latin « progressus », 1372) est pris dans son acception propre « qui porte à avancer, à mouvoir » (exemple : une faculté progressive), qui s’accroît, se développe, progresse, qui suit une progression, un mouvement par degrés, qui s’effectue d’une manière régulière, constante et graduelle et, accessoirement, qui participe du progrès.

Au rit français, lors de l’ouverture des travaux le F... Orat..., en commentant l’article 1er de la Constitution du G... O... D... F..., indique que ce terme de (institution) « progressive est pris dans son sens propre de « qui ne se confine pas dans le passé ». Cette acception, si elle est correcte, selon notre F... Littré, ne prend en compte que la notion de mouvement, d’avancement (et d’avancée) mais pas nécessairement de… progression, de graduation.

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