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LE SAVOIR PERDU DES ESSÉNIENS 31 mars, 2022

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L’âme du monde

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L’âme du monde

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Qu’est-ce que l’âme du monde en philosophie et spiritualité ? Comment l’âme du monde se manifeste-t-elle ?

L’âme du monde (anima mundi) est un concept philosophique et spirituel qui assimile le monde à un être vivant doté d’un corps et d’une âme.

Socrate est le premier à parler d’âme pour décrire le principe inconnu qui maintient la matière en cohérence.

Dans le Timée, Platon présente l’âme du monde comme la condition d’un univers ordonné et intelligent. L’univers serait doté d’un corps, d’une âme et d’un esprit. L’âme ferait le lien entre le corps et l’esprit et serait parfois plus attirée par l’un que par l’autre. Elle formerait donc un pivot entre les deux énergies cosmiques primordiales : l’énergie physique et l’énergie métaphysique.

Dans le même ordre d’idée, Anaxagore croit en l’existence d’un « intellect cosmique », force à la fois motrice et cognitive, séparée de la matière mais agissant sur elle. L’intellect cosmique aurait le pouvoir de connaître, de différencier et de maîtriser les éléments primordiaux qui étaient à l’origine tous mêlés.

Empédocle évoque lui-aussi l’âme du monde à travers son concept d’Amitié, force unificatrice s’opposant à la Discorde.

Quant aux stoïciens, ils croient en un univers cohérent et ordonné : ils évoquent la sympnoia en tant que souffle à l’origine de Tout et garantissant la sympatheia, autrement dit la cohérence et l’harmonie entre toutes les parties du monde.

Le monde est un corps unifié. Posidonios (penseur stoïcien)

Pour Plotin (Les Ennéades), l’âme du monde est une réalité intelligible : c’est elle qui donne vie à l’univers, le met en mouvement, lui assigne « ordre et mesure ». Plotin assimile le monde à un grand animal doté d’une seule âme partagée entre toutes les parties qui le composent.

Ainsi, pour les philosophes de l’Antiquité, l’âme du monde peut être la cause première, le pivot, le ciment ou encore la force motrice de l’univers. Dans tous les cas, elle fonde l’ordre cosmique. Elle est présente en toute chose, en expliquant la cause, le sens et la fin.

On retrouve encore aujourd’hui le concept d’âme du monde au sein de nombreux courant spirituels, certes avec des différences d’approche.

 

Tentons une définition de l’âme du monde.

L’âme du monde est une notion de nature spirituelle puisqu’elle touche à ce qui est au-delà de la matière (« méta physique »). Elle questionne le domaine de l’invisible, voire de l’inconnaissable :

- L’univers est-il ordonné ?

- Est-il vivant ?

- Est-il conscient ?

- Est-il intelligent ?

- Est-il sensible ?

- A-t-il une mémoire ?

- A-t-il un but ou une intention ?

Parler d’âme du monde, c’est au moins répondre « oui » à la première question. On peut en effet considérer que l’univers présente une cohérence d’ensemble puisqu’il existe des lois universelles que l’on peut approcher par la raison, les sciences ou l’intuition.

Affirmer le caractère ordonné de l’univers, c’est donc reconnaître la présence d’une énergie qui anime le cosmos, qui dirige la Nature, qui lui donne un sens et une cohérence.

Pourtant, si l’âme du monde existe, rien ne prouve qu’elle soit consciente ou intelligente au sens où on l’entend habituellement. D’ailleurs, le fait même de parler d’âme du monde (et non pas d’esprit du monde) renvoie à une féminité spirituelle, c’est-à-dire à un caractère inconscient, immanent et spontané.

Ainsi, l’âme du monde, bien que produisant un monde ordonné, serait dans l’incapacité de se connaître elle-même. Pouvant être assimilée à toute chose, elle serait forcément désincarnée, sans individualité.

Pour d’autres au contraire, l’âme du monde serait parfaitement consciente d’elle-même, et en capacité de s’exprimer et de dialoguer avec les humains par l’intermédiaire des objets, des animaux, des esprits, des légendes, des mythes ou des textes sacrés.

Par ailleurs, certains pensent que l’âme du monde peut être perçue par les sens (on pense à l’aura des objets ou des êtres vivants) alors que d’autres estiment qu’elle ne peut être approchée que par l’intellect.

Enfin, on peut se demander si l’âme du monde est la cause de la matière, ou si elle est elle-même issue de la matière, ou encore les deux à la fois.

 

Définition de l’âme du monde.

Tentons la définition suivante : L’âme du monde est l’énergie spirituelle qui maintient le monde en cohérence. C’est encore le lien invisible qui existe entre toutes les choses, et qui réunit tout ce qui semble séparé.

Ce serait donc une énergie partout présente, dans chaque chose et dans chaque être vivant : ce serait le souvenir de la racine universelle, donc la mémoire du monde, mais aussi son présent et son avenir.

Point important, l’âme du monde présente toutes les caractéristiques de l’être complet (universel, absolu, éternel, illimité, vrai, réel, autonome, immuable, etc), ce qui la différencie de l’âme humaine.

 

Parallèles symboliques.

En alchimie spirituelle, l’âme du monde représente une sorte de Graal : c’est l’extraction du sens, la clé de compréhension de l’univers tout entier. L’âme du monde serait retenue captive dans la materia prima. Pour l’extraire et la révéler, il faut visiter Un-le-Tout et l’éclairer de la lumière pure de la conscience.

L’âme du monde évoque aussi la Quintessence (Aristote, Pythagore, alchimie), sorte de cinquième élément qui assure la cohésion du Tout. Contrairement aux quatre autres éléments, la Quintessence serait intangible, incorruptible, non sujette à transformation. Ce serait le ciment du cosmos.

L’âme du Monde peut aussi être comparée ou assimilée à :

- La Terre-mère : la Pachamama,

- Gaïa : c’est la Terre en tant que grand être vivant, autrement dit la Nature au sens large,

- L’Amour : c’est la grande loi universelle selon laquelle tout est lié, nécessaire et complémentaire,

- Le tao du taoïsme : c’est la racine, la source de toute chose,

- Le vide ou la vacuité des philosophies orientales : c’est l’idée selon laquelle rien ne possède d’existence propre,

- L’interdépendance (bouddhisme, taoïsme, stoïcisme),

- Le Grand Architecte de l’Univers (franc-maçonnerie),

- Dieu,

- Jésus-Christ, qui est le Verbe-Dieu incarné dans le monde,

- L’axe du monde au sens de Loi universelle,

- Le souffle,

- La Nature au sens spinozien,

- Les esprits de la Nature (animisme),

- Le logos dans le sens de raison (les idéaux, les valeurs universelles) ou de Verbe divin,

- L’inconscient collectif au sens de Jung : c’est la mémoire universelle.

 

On pourrait aussi dire que l’âme du monde est un peu tout cela en même temps, autrement dit une tradition de sagesse universelle, une gnose partagée sur tous les continents et à toutes les époques sous différentes formes.

Chaque être humain possède une part de cette âme universelle, ce qui fait dire qu’il existe une connexion subtile entre l’âme humaine et l’âme du monde. Et de fait, l’âme du monde est un concept qui ne peut parler qu’à celui qui est en voie de reconnexion avec le grand Tout.

 

Adrien Choeur – JePense.org

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Février 2022

Publié par Yann Leray

SOURCE : http://www.lesamisdhermes.com/2022/02/l-ame-du-monde.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Protégé : La houppe dentelée – 1°- 30 mars, 2022

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Protégé : En Vérité, en Vérité, je vous dis de toi, Franc-Maçonnerie, je suis épris – 33°- 29 mars, 2022

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Protégé : Le sage ne rit qu’en tremblant – 2°- 28 mars, 2022

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Équinoxe 27 mars, 2022

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Rituels de l’eau en Ukraine et dans les pays slaves – Olga Porytskaya

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1  L’eau, dans les rituels de presque tous les peuples, est investie d’un sens particulier, ne serait-ce que parce qu’elle est nécessaire à la vie. L’homme a besoin de l’eau pour étancher sa soif, préparer sa nourriture, faire ses ablutions, abreuver les animaux, arroser le potager, les champs, etc. Mais, comme on le sait, l’eau est aussi associée aux pluies torrentielles qui détruisent les récoltes, aux inondations qui réduisent à néant les exploitations et emportent des vies humaines. En outre, pour nos ancêtres, l’eau était un élément capable de l’emporter sur un autre, non moins puissant, le feu. Ce qui, dans la vie quotidienne, était somme toute banal, prenait parfois dans la vie spirituelle une dimension symbolique et formait un système particulier de signes sur lequel se fondaient les représentations populaires de la nature. Ce n’est donc pas un hasard si l’eau occupe une telle place dans les coutumes des peuples anciens, et si ont survécu, jusqu’à nos jours, sous des formes résiduelles, d’anciennes croyances et pratiques rituelles.

Pratiques et rites divinatoires

2  En Ukraine, les traditions les mieux conservées s’observent chez les ethnies de la région du Polessié, zone forestière située au nord de l’Ukraine.

3  L’une des formes de divination par l’eau les plus usitées consistait à abandonner des couronnes au fil de l’eau, pratique que l’on peut également observer chez les Russes. En ce qui concerne les Biélorusses, ce type de divination était surtout connu dans les régions proches des territoires ethniques ukrainiens, à savoir la région du Polessié. Cette pratique divinatoire se retrouvait aussi chez les Tchèques et les Polonais, plus rarement chez les Bulgares ; mais, par rapport aux Slaves du Nord, son importance y était moindre. Si, dans la tradition russe, ce rituel coïncidait avec la Pentecôte (et les fêtes dites « vertes », marquant le retour du printemps), c’est à la Saint-Jean qu’il coïncidait chez les Biélorusses et les Ukrainiens. L’une des conditions essentielles à son déroulement était que la couronne jetée au fil de l’eau ait auparavant ceint la tête de la personne, en soit « imprégnée », et puisse ainsi la « représenter ». Ce type de divination existait sous une forme plus élaborée en Ukraine et en Pologne, où, sur les couronnes de paille tressée, parfois décorées de fleurs, on fixait des bougies. On jetait alors ces couronnes à l’eau, et les jeunes filles, comme les jeunes gens, observaient leur évolution (dans certaines contrées les garçons les repêchaient au hasard, cherchant à deviner qui serait leur future épouse). En Pologne, au lieu de la paille tressée, ce sont des cerceaux de bois ployés (« obroutchi ») qui servent à la fabrication des couronnes. Notons que, pour ces pratiques divinatoires (se déroulant le dimanche des Rameaux), les Bulgares substituaient aux couronnes flottées des anneaux, extraits d’un récipient rempli d’eau, auxquels pouvaient être accrochés des « simples » (herbes médicinales), parfois bénis. Le trait commun aux coutumes évoquées est qu’elles réunissent les mêmes attributs : couronnes ou anneaux personnalisés, herbes et eau. Mais la divination par l’eau était aussi pratiquée à d’autres époques de l’année, comme à l’Épiphanie, les jeunes filles tentant de deviner leur avenir. L’observation du calendrier permet d’observer la coïncidence de ces pratiques avec les traditionnels jours des morts. Ainsi s’établissait, par le biais de l’eau, le contact entre vivants et morts ; car ce sont précisément les âmes des morts qui, d’après les croyances populaires, sont censées pouvoir révéler le destin et prédire l’avenir.

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Eau « bénéfique », eau « maléfique »

4  Selon les croyances cosmogoniques ukrainiennes, l’eau a un pouvoir mystique de purification. Il suffit d’un contact avec elle pour bénéficier de son pouvoir. Largement éprouvé par la conscience humaine, l’état de pureté-propreté est généralement associé à la santé (tout comme celui d’impureté-saleté l’est au mal et à la maladie). Dans ce système symbolique, l’eau est en « correspondance » avec la santé. Comparons cette formule de vœux ukrainienne avec celles d’autres peuples slaves, par exemple dans le chant traditionnel lié au printemps (« vesnianka »), accompagné de coups frappés avec des rameaux bénis :

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« C’est le rameau qui frappe, ce n’est pas moi,
Pour Pâques, le Grand Jour,
Sois saine comme l’eau,
Sois riche comme la Terre ».

 

6  [Kolessa, 1938 : 33]

7  Il existait aussi de nombreuses conjurations par l’eau, destinées à protéger les hommes des forces maléfiques et mystérieuses. L’une d’elles, recueillie auprès de vieux-croyants (cf., dans ce même numéro, l’article d’Olexandre Prygarine) de la région de Jitomir, est particulièrement significative :

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« Bonjour, eau-fontaine
Eau surgissante, qui aides le Christ.
De l’eau, je ne viens pas en prendre,
Je viens baigner le serviteur de Dieu…
Tu as baigné les pierres grises, les racines blanches.
Baigne maintenant le serviteur de Dieu…
[et protège-le] des vieillards, des vieilles femmes,
Des belles filles, des jeunettes,
Des enfants, des nourrissons,
De l’œil bleu, noir, blanc, rouge,
Amer, envieux, qui pense à mal et maléfice,
Maintenant et toujours dans les siècles des siècles
Amen ».
[Sinel’nikov, 1995 : 80]

 

Cependant, ce premier aspect est indissociable de son contraire. L’eau, dans ces pratiques, n’a pas uniquement un pouvoir de purification : elle s’utilise aussi comme véhicule pour envoyer des maladies, la peste, pour jeter des sorts aux gens et au bétail. On peut pour cela utiliser du savon, dans lequel on pique des épingles et que l’on jette dans l’eau ou que l’on enterre ; on jette à l’abreuvoir où l’on mène les bêtes un os d’animal mort d’une quelconque maladie pour que ce mal se transmette au bétail de son ennemi [Kouzelia, 1907 : 123].

10  L’eau a, par ailleurs, un sens particulier dans les pratiques divinatoires des jeunes filles. On sait que l’eau nécessaire à la préparation des petits pains de divination doit impérativement provenir de trois, voire de sept puits différents ; ou bien, il faut prendre de l’eau du puits dans sa bouche. On se livre aussi à des rites de divination à l’aide d’un miroir placé auprès d’un puits, dans l’espoir d’apercevoir son promis.

L’eau entre deux mondes

11  K. Mochinski considérait que les diverses pratiques de divination par l’eau se développaient à partir d’un fonds commun : la mise en contact, par le biais de l’eau, avec le monde des défunts et des ancêtres (voir les pratiques décrites plus avant, liées à l’Épiphanie) [Moszyn’ski, 1967 : 369]. V. Propp, dans ses recherches sur les origines des contes merveilleux sur le thème de l’arbre magique prenant racine sur une tombe [Afanassiev, 1988-1992], notait que l’on arrosait quotidiennement les tombes. Cela se faisait, soit avec de l’eau à la « demande », sinon l’« ordre », d’un animal ; soit d’une manière plus imagée, avec des larmes, comme dans le célèbre conte « Zolouchka » (« Cendrillon », NdT). Dans les deux cas, l’animal enterré (le plus souvent une vache) ou bien la mère défunte devient l’« auxiliaire » de l’autre monde. Il s’agit d’une coutume tendant à préserver l’existence du défunt, à le protéger de la mort [Propp, 1934 : 133] (les représentations populaires étaient semblables en ce qui concerne la dépendance des sirènes à l’eau : leurs cheveux devaient toujours rester mouillés [Poritskaya, 1999 : 87-98]).

12  On peut y voir également un moyen d’entretenir un lien entre les deux mondes. Ainsi la coutume d’arrosage rituel avait-elle pour but, d’après Propp, le maintien en vie du défunt dans son « nouveau monde » ; et, comme l’on supposait cet au-delà semblable à l’univers des vivants, les substances nécessaires à la vie (eau et nourriture) étaient fournies au défunt après sa mort.

13  Cette coutume s’est perpétuée dans la culture ukrainienne. Elle trouve en particulier son expression dans les lamentations traditionnelles lors des funérailles. Chez les anciens « Rus » (Vikings de Kiev), selon les notes des marchands ambulants, lorsqu’un des conjoints (notamment l’époux) mourait, on immolait l’autre (au cours d’un banquet orgiaque), puis on les déposait ensemble, avec une petite réserve de nourriture, de l’argent et des armes, dans une barque qu’on laissait aller au fil de l’eau [Lege, 1908 : 17-25]. Ainsi voyait-on dans ce « fil », un chemin menant au monde des morts, unissant par là « ce » monde-ci et « l’autre » en un rituel unique. Il arrivait que l’on brûle la barque. De cette façon, l’eau, ou tout autre endroit humide, devenait lieu de passage potentiel. Les Biélorusses ont gardé jusqu’au début du xxe siècle une coutume funéraire fort significative : on ne plaçait pas de croix sur les tombes des femmes (« Vitevchtchina ») : on construisait en leur mémoire de petits ponts faits d’une planche ou d’un rondin, sur lesquels on gravait une croix, des chaussures ou une faucille, parfois même la date du décès [Zelenin, 1991 : 351]. Ces petits ponts avaient pour fonction d’aider les défuntes à déjouer les obstacles rencontrés en ces lieux. Dans les Carpates, du côté ukrainien, les Houtsouls des montagnes, en préparant les morts au voyage vers l’au-delà, glissaient de l’argent dans les poches de leurs gilets de fourrure, ou à tout autre endroit, pour qu’ils aient de quoi payer le passage [Gnatiouk, 1912 : 263]. Cette tradition trouve un écho en Ukraine, dans des lamentations adressées à un père : « Père, ô mon cher père, mon oiseau, où t’envoles-tu ? Vers quoi vogues-tu ? » (recueilli dans la province de Tchernigov) [Zventsytski, 1912 : 107]. Les contes merveilleux font souvent appel à ce même motif du passeur, lien entre le monde d’ici-bas et l’au-delà.

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14  Dans la poésie populaire, on retrouve fréquemment des vers où le malheur est comparé à une rivière, ultime épreuve sur la route du héros, revenant du monde des morts vers celui des vivants. Mais la rivière peut aussi devenir l’obstacle ultime que rencontre le personnage maléfique (généralement un être fabuleux) poursuivant le héros qui, à cet endroit, trouve la mort. Ainsi l’eau sépare-t-elle les vivants des morts.

15  Mais l’imaginaire populaire va plus loin encore dans le développement de la symbolique de l’eau, car elle devient capable de redonner la vie : c’est l’eau de la vie. Ce motif se retrouve dans des textes de lamentations ukrainiennes : « Allez donc, mon Père, par les chemins que nous empruntons, là où, après vos pas, nous tracerons des chemins de larmes en suivant les vôtres [Kolessa, 1970 : 296]. Allez donc par les steppes et par les chemins battus que j’ai balayés de bleuets et arrosés de mes larmes » (province de Poltava) [Zventsytski, op. cit. : 110]. On le rencontre également dans les rituels d’arrosage des tombes par les larmes.

16  C’est dans les contes de fée et dans la symbolique issue de la tradition antique que s’est le mieux maintenu ce mythe de l’eau de la vie et de la mort, en y ajoutant toutefois la notion de temps : on ne doit pas pleurer les morts au-delà du « temps des larmes » imparti. Car les larmes des proches empêchent le défunt d’atteindre au repos éternel et, le rappelant sans cesse, elles le consument. Cette croyance est à rapprocher des légendes qui perdurent dans les Carpates, décrivant les personnages mythiques des « Sylvains » (lesniï, lisna) « agrippés » aux morts dont les proches ont pleuré trop longtemps la disparition. Il est très compliqué de s’en débarrasser. On n’y parvient qu’en accomplissant un certain rituel accompagné de formules magiques [Porytskaya, 2000 : 79-91].

L’aide des morts

17  Les croyances en l’aide que les parents défunts ont le pouvoir d’apporter s’illustrent dans les coutumes de la Toussaint. Après le déroulement du repas funéraire dans le cimetière, les proches se jettent sur les tombes, racontent en chuchotant joies et peines, succès et espoirs, demandent conseil et soutien moral (Volyn’). Les lamentations d’une jeune fille adressées à sa mère, recueillies dans la région du Polessié (en Ukraine), mettent bien en lumière l’aide que les vivants attendent des disparus : « Quand nous rendras-tu visite, maman ? Là-bas nous attendrons notre mère et elle viendra nous aider » [Gritsy, 1995].

18  Les Slaves du Sud avaient coutume de laisser flotter dans le courant d’une rivière des bougies fixées à des copeaux de bois ou des planchettes, pour communiquer avec les âmes des ancêtres. Les Serbes observaient ce même rituel, au second repas funéraire (le premier ayant lieu le jour de l’enterrement), à savoir, le samedi suivant (les repas des samedis : « soubotno podouchie » ; la table du samedi : « soubotna sofra ») [Tolstoï, 1987 : 61]. Un rituel similaire avait lieu en Ukraine. Au moment de Pâques, on recueillait les coques de « krachanka » (coquilles d’œufs colorés pour Pâques) et on les jetait à la rivière qui les emportait au loin, au-delà des mers, là où sont les « Rakhman », ce qui permettait d’annoncer à ces derniers la fête de la Résurrection divine (région de Poltava) [Voropaï, 1991 : 48]. On fixait parfois des bougies à ces coquilles. D’après les légendes des montagnards des Carpates, qui se conforment à ces usages, les « Rakhman » sont des moines qui n’ont pas renoncé à leur croyance. Ils vivent quelque part à l’est, où ils mènent une vie faite de prières pour le rachat de nos âmes [Choukhevitch, 1905 : 243]. Dans les croyances populaires d’Ukraine orientale, la représentation directe de l’autre monde où habitent les « Rakhamny », et l’autre représentation (cette fois au sud-ouest de l’Ukraine) de « moines » qui vivraient au loin et rachèteraient les péchés des autres, ont en commun l’eau comme élément rituel.

19  La perception de l’eau, du cours d’eau comme un élément s’étendant à la frontière de deux mondes, explique cette croyance qu’ont gardée les Ukrainiens et les autres peuples slaves, que l’eau est le siège des démons et que, de même, chaque source et chaque rivière possède ses propres esprits. Il convient donc, avant de la boire, de saluer une eau que l’on ne connaît pas ; de ne pas se baigner dans les rivières et cours d’eau à certaines heures de la journée et à certaines périodes de l’année ; de se signer devant une rivière dans laquelle on s’apprête à se baigner ; ou de prononcer certaines formules de conjuration. Parmi les esprits qui hantent les rivières, les marais et les lacs, ce sont les sirènes (« roussavki », « liousony ») que l’on retrouve le plus fréquemment : âmes d’enfants mort-nés, non baptisés ou étouffés par leur mère durant le sommeil ; ou encore âmes de jeunes filles mortes noyées les nuits de pleine lune, ou s’étant suicidées à la suite d’un chagrin d’amour, la nuit de la Trinité ; enfin, victimes de mort violente.

20  Il y avait, chez les êtres de l’autre monde, des figures semblables à ces « roussavki », tels que les « bereguini », esprits des berges, auxquels on sacrifiait (comme il est rapporté par d’anciens manuscrits russes) [Famintsyn, 1884 : 36], ou encore les « vidiany », génies des eaux. À ce sujet, D. Chepping a noté dans ses recherches sur la mythologie slave, que les représentations du « Vodianoï » « peuvent témoigner de la grande importance de l’eau dans la spiritualité quotidienne, au temps de notre paganisme » [Chepping, 1849 : 110]. C’est ce qu’atteste aussi la grande variété de figures mythologiques liées à l’eau. Certains sacrifices de haute Antiquité en son honneur se perpétuent en partie dans les rites traditionnels d’invocation de la pluie, notamment dans le Polessié, en Bulgarie et en Serbie. C’est l’eau encore qui servait en Ukraine, mais aussi chez d’autres peuples d’Europe, à déterminer la pureté ou l’impureté d’une âme. En Galicie (Ukraine occidentale), par exemple, lorsqu’on voulait confondre une sorcière, on la jetait à l’eau, puis on observait la partie de son corps qui allait remonter la première : était sorcière celle dont les hanches émergeaient en premier) [Gnatiouk, 1912 : 6].

21  Ainsi peut-on dire que l’eau et sa représentation animiste occupaient une place symbolique importante dans les croyances et rituels des Ukrainiens, mais aussi, plus largement, des Slaves. Cependant, d’un point de vue sémantique, la symbolique traditionnelle de l’eau est antinomique, utilisée tantôt à des fins de purification rituelle ou de bonne santé, tantôt, d’envoûtement. Enfin, l’eau joue le rôle majeur de lien entre les vivants et les morts. Ses multiples fonctions, les représentations des lieux où elle s’écoule comme refuges peuplés d’êtres issus d’autres mondes, prouvent l’ancienneté des cultes qu’on lui voue et de la symbolique qui lui est propre, depuis, très probablement, l’époque préchrétienne. ?

22  Traduction de Thaïs Nercessiàn.

SOURCE  : https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2004-2-page-267.htm?fbclid=IwAR14Hy0YNfcyWGQkAjCucx493KKEHv1Uzb_ecYpJv4yrPOStgoVmPuL1Sng
Mis en ligne sur Cairn.info le 03/10/2007
https://doi.org/10.3917/ethn.042.0267

Bouddhisme et franc-maçonnerie

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Bouddhisme et franc-maçonnerie dans Recherches & Reflexions

Bouddhisme et franc-maçonnerie

 

 An 563 avant Jésus-Christ. Royaume de Kosala ( aujourd’hui le Népal) au pied de l’Himalaya. Le roi Shuddhodana et la reine Maya ( en sanscrit « l’Univers manifesté ») installés dans le Palais du village de Kapilavastu, règnent  sur le clan des Sakyas. Une caste de  princes et de guerriers, deuxième derrière  celle des brahmanes. La légende dit qu’une nuit, dans un rêve, Maya voit un éléphant blanc s’approcher d’elle. Il porte dans sa trompe un lotus qu’il pose sur le côté droit de la reine. La fleur se fond alors en elle et dès cet instant un être est conçu. Les maîtres religieux, informés du rêve du Maya lui prédisent la venue au monde d’un enfant mâle qui deviendra un roi universel et le plus respecté des ascètes.  Sa mère décide qu’il s’appellera Siddhartha («celui dont le but est accompli »). Quelque temps après, alors que la reine se repose, adossée à un arbre, dans le jardin luxuriant de Lumbini, l’enfant surgit de son sein droit. Sans aucune assistance, il marche et après sept pas, il parle et déclare : « Je n’aurai pas d’autres vies. Je suis un boddhisattva, dernière incarnation du bouddha Shakyamuni. Je viens arracher les racines de la souffrance humaine ! ». Sept jours plus tard, la reine Maya meurt, laissant le soin à sa sœur d’élever son fils. Sous le nom de Siddharta Gautama, son patronyme, entre dans l’histoire des hommes, le dernier Bouddha (« l’éveillé », «l’ illuminé »), contemporain de Socrate et Confucius.

 

 La légende dit qu’il faut connaître l’histoire des quatre vingt années de vie du Bouddha sur la terre, car elle représente la voie à suivre pour tous ceux désireux d’acquérir  la force créative et se libérer de toute souffrance. Et elle affirme que tous les actes de sa vie s’inscrivent dans une symbolique aux sens les plus riches. Parcourons-là brièvement…

 

 

De la vie de Palais…

 

…Les mères d’un Bouhha meurent toujours parce que à sa naissance « l’univers manifesté » (Maya), tel un temple vide et inutile,  se rétracte et disparaît. La sœur de Maya, Mahaprajapati,  prend donc bien soin du petit Siddharta  et de son épanouissement au Palais. Le roi Shuddodana veille à ce qu’il  y vive dans l’aisance, n’ait aucun souci matériel, pas de manque particulier et ne souffre de rien. Ainsi, pendant toute son enfance et même son adolescence – privilégié et comblé dans un cocon de bonheur – il est  préservé de l’extérieur  et de la réalité du peuple. Il n’en connaît ni les besoins et les souffrances, il ignore les cruautés de  la vie et l’injustice de la mort.  Il vit une sorte de « temps arrêté » dans son paradis, où chacun semble serein, non marqué par les jours qui passent. Seul désagrément,  il sait par son père que le royaume est jugé trop petit et qu’il devra un jour faire la guerre (dont la garde royale lui apprend l’art) aux contrées voisines pour l’agrandir !

 

Le roi apprend par le Grand Sage du royaume que le prince Siddharta verra bientôt quatre signes qui lui feront choisir la vie monastique. A cette annonce, Shuddhodana, désespéré, cherche  toutes les façons de contraindre son fils à rester au Palais.

 

Alors que Siddharta  vit la splendeur de ses 20 ans,  la cour décide de  le marier.  La fille de l’un des ministres de la royauté lui est présentée. Il est séduit, elle aussi et ils s’acceptent. Il prend ainsi pour épouse Yosodhara laquelle, après un an de mariage lui donne un fils. Celui-ci est prénommé Rahula, qui signifie « empêchement », ou encore « obstacle, chaîne, entrave, gêne, contrainte, difficulté » selon les interprétations des membres de la cour. Culpabilisantes appellations, singulière destinée  annoncée pour un enfant !

 

Malgré toutes les précautions du roi, Siddharta réussit à déjouer son attention. Avec la complicité du jeune Schanna, son conducteur de char dans ses promenades limitées aux jardins du Palais, il en franchit quatre fois l’enceinte en quelques jours. Pour aller enfin dans la Cité, à la rencontre du peuple !

 

Lors de sa première sortie, le prince aperçoit un homme  aux cheveux blancs, très ridé, le dos courbé dans son habit sale, déchiré,  et se déplaçant avec difficulté. Il interroge son cocher  qui lui révèle que cet homme a été jeune comme eux deux mais que les années déforment le corps et effacent la jeunesse. Cet état s’appelle la vieillesse qui annonce l’approche de la mort. Une découverte qui affecte Siddharta : il rentre au Palais avec la vision du vieillard, en ressentant un sentiment nouveau pour lui, la tristesse.

 

Au cours de sa deuxième sortie clandestine avec Schanna, le prince voit de son char une femme au visage grave qui a du mal à se tenir debout. Tremblante de tous ses membres, ses yeux sont cernés, elle transpire abondamment. Compatissant, il se penche et lui caresse le front qui est brûlant sous sa main. Son cocher lui explique que cette personne fiévreuse est atteinte d’une maladie. Un nouveau mot pour le prince, qui constate que la possible bonne et mauvaise santé. Pendant son retour au palais, un autre sentiment lui serre l’estomac : la peur.

 

Une troisième déplacement secret dans la cité lui offre le spectacle d’une famille en pleurs autour d’un homme allongé sur une planche, qui paraît dormir. Il découvre à la fois les larmes, ces perles d’eau qui coulent des yeux, et la mort, qui rigidifie le corps. Schanna lui explique que cet homme a changé d’état : son cœur a cessé de  battre, le sang ne circule plus en lui, la vie est partie. Cette fois, Siddartha, n’est pas abattu mais il se demande comment sortir de ce monde où la jeunesse est ôtée par la vieillesse, la santé par la maladie et la vie par la mort ?!

 

C’est au cours d’une quatrième sortie – toujours ignorée du roi – avec son complice Schanna, que le prince Siddartha trouve la réponse à sa question : il voit un mendiant assis sur le sol, très digne, les jambes croisées et la main tendue. L’homme est souriant, serein, il a l’œil brillant de bonté. Le prince le questionne et il s’entend répondre : « J’attends la transformation qui fera disparaître la souffrance, la maladie, la vieillesse et la mort  ». A  ces paroles, Siddharta, résolu,  décide illico de quitter le palais et les siens pour partir vivre la vie du mendiant !

 

Pour le dissuader de s’en aller, son père rassemble les femmes les plus belles de la royauté et leur demande de réjouir Siddharta. Celui-ci, non seulement ne cède pas à cette lubricité proposée par le roi mais il le provoque en lui demandant s’il peut lui garder sa jeunesse, le préserver de la maladie, lui éviter la souffrance ainsi que la mort et empêcher son corps de se décomposer. Shuddhodana  ne peut évidemment exaucer aucune des demandes de son fils et sombre dans un grand désarroi.

 

 

…au grand renoncement

 

La nuit venue, Siddharta embrasse son épouse et son fils résignés et prie son fidèle cocher de le conduire dans la forêt. Au clair de lune, il se coupe les cheveux et la barbe avec son épée. Il change sa lourde tunique de prince, incrustée de joyaux, contre la simple robe jaune des moines. Il donne ses accessoires princiers à Schanna en lui commandant de rentrer au Palais. Après ce dernier ordre, il s’enfonce dans la forêt. Seul.  La légende dit que le cheval tirant le char, sans le prince,  est mort de chagrin sur le chemin du retour.

 

Après ce « grand renoncement », commence  pour Siddharta une vie d’errance  et de questionnements dans le nord est de l’Inde. Il consulte les grands sages brahmanes, mais sans obtenir de réponses aux demandes qu’il avait faites à son père. Il va ensuite vers les ermites, maîtres du yoga pour en apprendre les postures et méditer avec eux mais il est finalement déçu. Avec sept compagnons trouvés sur sa route,  il rejoint le hameau de Sena, près d’une rivière, pour se livrer aux pratiques ascétiques. Pendant six ans, il se nourrit d’un strict minimum pour rester en vie. Il attend patiemment les effets du moksha (libération de l’âme) par le jeûne. Mais cette délivrance attendue ne vient pas ! Squelettique, sans forces, il ne parvient même plus, ni à prendre son bain dans la rivière, ni à méditer. Ses compagnons, eux-mêmes affaiblis et affolés par leur propre état, le quittent.

 

Siddharta est sauvé de la mort par une jeune fille qui lui apporte une écuelle de riz et un bol de lait. Il absorbe cette nourriture revigorante, assis, dans la position yogique du lotus, sous un figuier « bodhi » (arbre d’illumination).  Il comprend alors, en reprenant doucement des forces, que les pratiques précédentes n’étaient que vanité de sa part. Il fait le vœu de ne pas bouger tant qu’il n’aura pas résolu la question de la souffrance. Malgré les manœuvres de Mara (Dieu de la mort) qui lui envoie ses démons (ses trois filles enjôleuses et ses trois fils pervers) pour le tenter  avec toutes les formes d’envie, penchant, jalousie et convoitise (licence charnelle, plaisir conflictuel, besoin d’adversaires, ivresse du pouvoir, excès de table, colère vengeresse, orgueil de la possession, etc), Siddharta résiste victorieusement à ces faiblesses empoisonnantes. Il comprend qu’elles jalonnent l’errance de l’être humain à travers le temps de ses vies successives et constituent sa souffrance même, entretenue, puisque toujours recommencée.

 

Toute appétence disparue, il ne ressent plus aucune tourmente, mais au contraire une délicieuse félicité. Il sent comme un soleil qui monte en lui et le réchauffe. Siddharta vient d’atteindre le nirvana, l’état de sérénité suprême. Cet éveil au monde fait véritablement de lui le Bouddha ( l’illuminé). Il décide alors de revenir parmi les hommes pour répandre et partager sa lumière. Pour les aider à distinguer les acquisitions de leurs vies antérieures, en termes de  bons et mauvais karmas ( somme de leurs actions composant leurs destinées).

 

Puis le Bouddha va de villages en hameaux pour offrir des sermons, pendant quarante ans. Ses sept compagnons reviennent vers lui et bientôt une immense foule le suit. Il enseigne partout qu’il faut cheminer entre les plaisirs nocifs et l’ascétisme mortifère, et que c’est un corps en bonne santé et un esprit clair qui donnent la joie de vivre. Ce chemin, c’est la Voie du Milieu, (le noble chemin octuple) consistant à se tenir éloigné des extrêmes. « Il faut aimer sans adorer, donner sans s’adonner. Compassion n’est pas passion » prêche-t-il au quotidien.  

 

Après un long périple, le Bouddha obéit à une force  impérieuse qui le guide vers Kapilavastu, son village natal. Il entre en nécessiteux au Palais où il revoit son père. Au roi bouleversé de le voir dans ce dénuement, il rappelle que les rois et mendiants, finalement, vivent d’aumônes.  Il retrouve  sa femme et son fils qui rejoignent sa sangha ( communauté spirituelle). 

 

Lorsque le Bouddha atteint ses quatre vingts ans, il gagne à pied le village de Kuschninagar, à 150km du palais, suivi par ses fidèles. Il s’allonge dans un bosquet sur le côté droit, près d’une fleur de lotus. A son cercle affectueux, il dit en souriant : « Je suis un vieux char dont les roues ne tournent plus ! Toute création décline et périt. Tout est provisoire. Que chacun de vous œuvre à sa libération ! ». Le Bouddha meurt après ce dernier mot. Un stupa dit « Ramabhar » (monument funéraire), érigé sur les lieux même où il a été incinéré, attire toujours 2500 ans après sa mort, dévôts et touristes du monde entier.

 

 

Le bouddhisme aujourd’hui

 

La  première question que se pose souvent les occidentaux  sur le bouddhisme, est de savoir s’il est une religion ou une philosophie.  Avec une vision contemporaine, il peut être répondu que le bouddhisme est à la fois religion et philosophie.

 

-Religion (de religare, relier et releggere, relever, relire et rassembler) parce que le bouddhisme, inspiré par Bouddha Gautama est en soi une réforme du Brahmanisme (Brahma étant le premier dieu – premier créé et créateur de toutes choses – du panthéon hindou, avec Visnu le second et Siva le troisième). 

 

- Philosophie, parce que pour les bouddhistes (en réaction contre la culture brahmanique) il n’y a ni Dieu créateur, ni créatures de Dieu. Ils ne sont pas préoccupés par ces questions métaphysiques. Pour eux, Il y a d’abord et avant tout, comme pour le Bouddha, le constat de la souffrance humaine. Et la force de ce Bouddha (receveur de l’illumination) est d’avoir trouvé le moyen de supprimer cette souffrance.

 

 Sa philosophie commence avec les « 4 nobles vérités » :

 

- La vie est souffrance.

- Il y a une cause à cette souffrance et cette cause est le désir

- Il y a un moyen de supprimer ce désir et donc la souffrance

- Ce moyen est le noble chemin octuple qui impose le respect de la justesse (3 conduites éthiques : parole, action et moyen d’existence justes – 3 disciplines mentales : effort, attention et concentration justes – 2 formes de sagesse : compréhension et pensée justes).

 

De la sorte, religion et philosophie bouddhistes sont devenues une tradition, au sens où ces conduites, disciplines et sagesse sont transmissibles (par les moines bouddhistes, adhérents aux différents courants qui se sont formés, le bouddhisme tibétain étant le plus répandu en Occident).

 

Deux notions-clés sont à retenir d’entrée pour pénétrer la philosophie bouddhique (citées plus haut et rappelées ici, sommairement) :

 

- Le samsara qui postule que tous les êtres vivants (y compris les dieux brahmaniques) sont engagés dans un cycle permanent de naissances et de morts. Il s’agit, nous venons de le voir, de sortir de ce cycle.

- Le karma qui est l’acte et ses conséquences. Il convient d’évaluer nos réalisations, positives et négatives.

 

Samsara et karma donnent à eux-seuls une définition récapitulative du Bouddhisme : il est une double croyance métaphysique  (avec ses pratiques). Croyance en la renaissance, croyance aux effets « immatériels » des actes humains.

 

Il faut reconnaître que l’acceptation des « 4 vérités » précitées n’est pas facile pour l’homme (notamment occidental) très attaché à la recherche du bonheur, aussi fragile soit-il. La « vie bouddhique » est donc un combat permanent pour se libérer du samsara par les actes appropriés que sont les bons karmas.

 

A noter que la suppression du désir n’est pas du tout une option occidentale! Le désir, tendance vers un objet, tel que l’indiquent nos dictionnaires est aussi, rappelons-le, défini comme la libido ou énergie vitale, ne se limitant pas au désir sexuel. Vécu comme « moteur de l’individu » il constitue le socle même de la psychanalyse, que l’on retrouve dans ses extensions et dans toutes les sciences humaines. 

 

Comparaison Franc-maçonnerie / Bouddhisme

 

Il est souvent dit que Franc-maçonnerie et Bouddhisme sont deux « méthodes de pensée » très voisines ou qui se complètent.  Or, un rapprochement de leurs principes de base montre qu’elles peuvent  au contraire être  très éloignées dans leur pratique, sinon parfois se trouver antagonistes!

 

 A preuve,  dix différences principales, après comparaison :

 

1)-  La Franc-maçonnerie a pour objectif  l’amélioration des hommes  par la connaissance et l’épanouissement de leur Moi.

  – La doctrine bouddhiste vise à la négation du Moi jugé insatiable ( les adeptes sont ainsi amenés à la perte de leur ego et de l’usage du « je »)

 

2)- La Franc-maçonnerie prône l’amour universel entre les êtres humains.

   - Le Bouddhisme proscrit l’amour et tout attachement (causes de souffrance) au profit de la compassion désintéressée.

 

3) – La Franc-maçonnerie encourage  la réalisation de soi et   l’aspiration à des idéaux.

    -Les pratiques bouddhistes conduisent à l’extinction de toute forme de désir (générateur de souffrance)

 

4) – La Franc-maçonnerie entretient la notion de sacré

   - Le Bouddhisme prescrit le sacrifice ( abstinences diverses)

 

5) – La Franc-maçonnerie enseigne le doute

   - Le Bouddhisme ne connaît pas le doute, mais la certitude dans les conduites qu’il recommande.

 

6) – Les francs-maçons de rites déistes croient en un principe créateur ou une révélation.

   - Les bouddhistes n’ont pas la foi en un Dieu. Ils font confiance au Bouddha et à ses qualités qu’il s’agit d’acquérir pour devenir eux-mêmes « bouddhas » (conduite pure)

 

7) – Les francs-maçons « renaissent » par l’initiation et cherchent à se libérer de leurs « mauvais compagnons » (fanatisme, ignorance, ambition démesurée)

   - Les bouddhistes souhaitent eux, se libérer de leur samsara (cycle incessant vie/mort) pour éviter de renaître dans un être malfaisant.

 

 8) -La Franc-maçonnerie invite ses membres à l’introspection (observation de la conscience par elle-même : Précepte de Socrate « Connais-toi même » )

    -Le Bouddhisme recommande à ses adeptes la méditation (longue et profonde réflexion sur un sujet) 

 

9) – La Franc-maçonnerie montre un attachement à la conservation des traditions (biblique, compagnonnique, templière, alchimique, etc)

    – Le Bouddhisme constate l’impermanence des choses (anytia) et entraîne ses fidèles au détachement dans ce monde éphémère.

 

10) – La Franc-maçonnerie croit à la perfectibilité de l’homme et à son bonheur possible dans la fraternité.

      – Le Bouddhisme juge illusoire tout effort pour atteindre le bonheur et croit à  l’imperfection de toute existence. Tout est donc souffrance pour l’homme : il ne peut s’y soustraire que par sa libération absolue (nirvana) de tous ses facteurs contraignants (extinction de la « soif des plaisirs » par renoncement). 

 

S’il convient vraiment de trouver une similitude en Franc-maçonnerie et Bouddhisme, on peut certes dire que ces deux Traditions se rejoignent en tant que « disciplines mentales » et qu’elles aspirent à conduire l’homme sur la voie de la liberté et de la sagesse. Mais pas par les mêmes chemins !

       

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 Sources d’informations sur le Bouddhisme :

- Comprendre le Bouddhisme – Denis Gerra et Equipe de recherches URA D 1069 (Etudes japonaises)

du CNRS – Editions du Centurion -

- le Bouddhisme, école de sagesse – Bernard Beaudoin – Editions de Vecchi

 

SOURCE :    par Gilbert GARIBAL, pour le Tablier-info

https://www.letablier-info.fr/bouddhisme-et-franc-ma%C3%A7onnerie                                                        

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