Bouddhisme et franc-maçonnerie 27 mars, 2022
Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , trackbackBouddhisme et franc-maçonnerie
An 563 avant Jésus-Christ. Royaume de Kosala ( aujourd’hui le Népal) au pied de l’Himalaya. Le roi Shuddhodana et la reine Maya ( en sanscrit « l’Univers manifesté ») installés dans le Palais du village de Kapilavastu, règnent sur le clan des Sakyas. Une caste de princes et de guerriers, deuxième derrière celle des brahmanes. La légende dit qu’une nuit, dans un rêve, Maya voit un éléphant blanc s’approcher d’elle. Il porte dans sa trompe un lotus qu’il pose sur le côté droit de la reine. La fleur se fond alors en elle et dès cet instant un être est conçu. Les maîtres religieux, informés du rêve du Maya lui prédisent la venue au monde d’un enfant mâle qui deviendra un roi universel et le plus respecté des ascètes. Sa mère décide qu’il s’appellera Siddhartha («celui dont le but est accompli »). Quelque temps après, alors que la reine se repose, adossée à un arbre, dans le jardin luxuriant de Lumbini, l’enfant surgit de son sein droit. Sans aucune assistance, il marche et après sept pas, il parle et déclare : « Je n’aurai pas d’autres vies. Je suis un boddhisattva, dernière incarnation du bouddha Shakyamuni. Je viens arracher les racines de la souffrance humaine ! ». Sept jours plus tard, la reine Maya meurt, laissant le soin à sa sœur d’élever son fils. Sous le nom de Siddharta Gautama, son patronyme, entre dans l’histoire des hommes, le dernier Bouddha (« l’éveillé », «l’ illuminé »), contemporain de Socrate et Confucius.
La légende dit qu’il faut connaître l’histoire des quatre vingt années de vie du Bouddha sur la terre, car elle représente la voie à suivre pour tous ceux désireux d’acquérir la force créative et se libérer de toute souffrance. Et elle affirme que tous les actes de sa vie s’inscrivent dans une symbolique aux sens les plus riches. Parcourons-là brièvement…
De la vie de Palais…
…Les mères d’un Bouhha meurent toujours parce que à sa naissance « l’univers manifesté » (Maya), tel un temple vide et inutile, se rétracte et disparaît. La sœur de Maya, Mahaprajapati, prend donc bien soin du petit Siddharta et de son épanouissement au Palais. Le roi Shuddodana veille à ce qu’il y vive dans l’aisance, n’ait aucun souci matériel, pas de manque particulier et ne souffre de rien. Ainsi, pendant toute son enfance et même son adolescence – privilégié et comblé dans un cocon de bonheur – il est préservé de l’extérieur et de la réalité du peuple. Il n’en connaît ni les besoins et les souffrances, il ignore les cruautés de la vie et l’injustice de la mort. Il vit une sorte de « temps arrêté » dans son paradis, où chacun semble serein, non marqué par les jours qui passent. Seul désagrément, il sait par son père que le royaume est jugé trop petit et qu’il devra un jour faire la guerre (dont la garde royale lui apprend l’art) aux contrées voisines pour l’agrandir !
Le roi apprend par le Grand Sage du royaume que le prince Siddharta verra bientôt quatre signes qui lui feront choisir la vie monastique. A cette annonce, Shuddhodana, désespéré, cherche toutes les façons de contraindre son fils à rester au Palais.
Alors que Siddharta vit la splendeur de ses 20 ans, la cour décide de le marier. La fille de l’un des ministres de la royauté lui est présentée. Il est séduit, elle aussi et ils s’acceptent. Il prend ainsi pour épouse Yosodhara laquelle, après un an de mariage lui donne un fils. Celui-ci est prénommé Rahula, qui signifie « empêchement », ou encore « obstacle, chaîne, entrave, gêne, contrainte, difficulté » selon les interprétations des membres de la cour. Culpabilisantes appellations, singulière destinée annoncée pour un enfant !
Malgré toutes les précautions du roi, Siddharta réussit à déjouer son attention. Avec la complicité du jeune Schanna, son conducteur de char dans ses promenades limitées aux jardins du Palais, il en franchit quatre fois l’enceinte en quelques jours. Pour aller enfin dans la Cité, à la rencontre du peuple !
Lors de sa première sortie, le prince aperçoit un homme aux cheveux blancs, très ridé, le dos courbé dans son habit sale, déchiré, et se déplaçant avec difficulté. Il interroge son cocher qui lui révèle que cet homme a été jeune comme eux deux mais que les années déforment le corps et effacent la jeunesse. Cet état s’appelle la vieillesse qui annonce l’approche de la mort. Une découverte qui affecte Siddharta : il rentre au Palais avec la vision du vieillard, en ressentant un sentiment nouveau pour lui, la tristesse.
Au cours de sa deuxième sortie clandestine avec Schanna, le prince voit de son char une femme au visage grave qui a du mal à se tenir debout. Tremblante de tous ses membres, ses yeux sont cernés, elle transpire abondamment. Compatissant, il se penche et lui caresse le front qui est brûlant sous sa main. Son cocher lui explique que cette personne fiévreuse est atteinte d’une maladie. Un nouveau mot pour le prince, qui constate que la possible bonne et mauvaise santé. Pendant son retour au palais, un autre sentiment lui serre l’estomac : la peur.
Une troisième déplacement secret dans la cité lui offre le spectacle d’une famille en pleurs autour d’un homme allongé sur une planche, qui paraît dormir. Il découvre à la fois les larmes, ces perles d’eau qui coulent des yeux, et la mort, qui rigidifie le corps. Schanna lui explique que cet homme a changé d’état : son cœur a cessé de battre, le sang ne circule plus en lui, la vie est partie. Cette fois, Siddartha, n’est pas abattu mais il se demande comment sortir de ce monde où la jeunesse est ôtée par la vieillesse, la santé par la maladie et la vie par la mort ?!
C’est au cours d’une quatrième sortie – toujours ignorée du roi – avec son complice Schanna, que le prince Siddartha trouve la réponse à sa question : il voit un mendiant assis sur le sol, très digne, les jambes croisées et la main tendue. L’homme est souriant, serein, il a l’œil brillant de bonté. Le prince le questionne et il s’entend répondre : « J’attends la transformation qui fera disparaître la souffrance, la maladie, la vieillesse et la mort ». A ces paroles, Siddharta, résolu, décide illico de quitter le palais et les siens pour partir vivre la vie du mendiant !
Pour le dissuader de s’en aller, son père rassemble les femmes les plus belles de la royauté et leur demande de réjouir Siddharta. Celui-ci, non seulement ne cède pas à cette lubricité proposée par le roi mais il le provoque en lui demandant s’il peut lui garder sa jeunesse, le préserver de la maladie, lui éviter la souffrance ainsi que la mort et empêcher son corps de se décomposer. Shuddhodana ne peut évidemment exaucer aucune des demandes de son fils et sombre dans un grand désarroi.
…au grand renoncement
La nuit venue, Siddharta embrasse son épouse et son fils résignés et prie son fidèle cocher de le conduire dans la forêt. Au clair de lune, il se coupe les cheveux et la barbe avec son épée. Il change sa lourde tunique de prince, incrustée de joyaux, contre la simple robe jaune des moines. Il donne ses accessoires princiers à Schanna en lui commandant de rentrer au Palais. Après ce dernier ordre, il s’enfonce dans la forêt. Seul. La légende dit que le cheval tirant le char, sans le prince, est mort de chagrin sur le chemin du retour.
Après ce « grand renoncement », commence pour Siddharta une vie d’errance et de questionnements dans le nord est de l’Inde. Il consulte les grands sages brahmanes, mais sans obtenir de réponses aux demandes qu’il avait faites à son père. Il va ensuite vers les ermites, maîtres du yoga pour en apprendre les postures et méditer avec eux mais il est finalement déçu. Avec sept compagnons trouvés sur sa route, il rejoint le hameau de Sena, près d’une rivière, pour se livrer aux pratiques ascétiques. Pendant six ans, il se nourrit d’un strict minimum pour rester en vie. Il attend patiemment les effets du moksha (libération de l’âme) par le jeûne. Mais cette délivrance attendue ne vient pas ! Squelettique, sans forces, il ne parvient même plus, ni à prendre son bain dans la rivière, ni à méditer. Ses compagnons, eux-mêmes affaiblis et affolés par leur propre état, le quittent.
Siddharta est sauvé de la mort par une jeune fille qui lui apporte une écuelle de riz et un bol de lait. Il absorbe cette nourriture revigorante, assis, dans la position yogique du lotus, sous un figuier « bodhi » (arbre d’illumination). Il comprend alors, en reprenant doucement des forces, que les pratiques précédentes n’étaient que vanité de sa part. Il fait le vœu de ne pas bouger tant qu’il n’aura pas résolu la question de la souffrance. Malgré les manœuvres de Mara (Dieu de la mort) qui lui envoie ses démons (ses trois filles enjôleuses et ses trois fils pervers) pour le tenter avec toutes les formes d’envie, penchant, jalousie et convoitise (licence charnelle, plaisir conflictuel, besoin d’adversaires, ivresse du pouvoir, excès de table, colère vengeresse, orgueil de la possession, etc), Siddharta résiste victorieusement à ces faiblesses empoisonnantes. Il comprend qu’elles jalonnent l’errance de l’être humain à travers le temps de ses vies successives et constituent sa souffrance même, entretenue, puisque toujours recommencée.
Toute appétence disparue, il ne ressent plus aucune tourmente, mais au contraire une délicieuse félicité. Il sent comme un soleil qui monte en lui et le réchauffe. Siddharta vient d’atteindre le nirvana, l’état de sérénité suprême. Cet éveil au monde fait véritablement de lui le Bouddha ( l’illuminé). Il décide alors de revenir parmi les hommes pour répandre et partager sa lumière. Pour les aider à distinguer les acquisitions de leurs vies antérieures, en termes de bons et mauvais karmas ( somme de leurs actions composant leurs destinées).
Puis le Bouddha va de villages en hameaux pour offrir des sermons, pendant quarante ans. Ses sept compagnons reviennent vers lui et bientôt une immense foule le suit. Il enseigne partout qu’il faut cheminer entre les plaisirs nocifs et l’ascétisme mortifère, et que c’est un corps en bonne santé et un esprit clair qui donnent la joie de vivre. Ce chemin, c’est la Voie du Milieu, (le noble chemin octuple) consistant à se tenir éloigné des extrêmes. « Il faut aimer sans adorer, donner sans s’adonner. Compassion n’est pas passion » prêche-t-il au quotidien.
Après un long périple, le Bouddha obéit à une force impérieuse qui le guide vers Kapilavastu, son village natal. Il entre en nécessiteux au Palais où il revoit son père. Au roi bouleversé de le voir dans ce dénuement, il rappelle que les rois et mendiants, finalement, vivent d’aumônes. Il retrouve sa femme et son fils qui rejoignent sa sangha ( communauté spirituelle).
Lorsque le Bouddha atteint ses quatre vingts ans, il gagne à pied le village de Kuschninagar, à 150km du palais, suivi par ses fidèles. Il s’allonge dans un bosquet sur le côté droit, près d’une fleur de lotus. A son cercle affectueux, il dit en souriant : « Je suis un vieux char dont les roues ne tournent plus ! Toute création décline et périt. Tout est provisoire. Que chacun de vous œuvre à sa libération ! ». Le Bouddha meurt après ce dernier mot. Un stupa dit « Ramabhar » (monument funéraire), érigé sur les lieux même où il a été incinéré, attire toujours 2500 ans après sa mort, dévôts et touristes du monde entier.
Le bouddhisme aujourd’hui
La première question que se pose souvent les occidentaux sur le bouddhisme, est de savoir s’il est une religion ou une philosophie. Avec une vision contemporaine, il peut être répondu que le bouddhisme est à la fois religion et philosophie.
-Religion (de religare, relier et releggere, relever, relire et rassembler) parce que le bouddhisme, inspiré par Bouddha Gautama est en soi une réforme du Brahmanisme (Brahma étant le premier dieu – premier créé et créateur de toutes choses – du panthéon hindou, avec Visnu le second et Siva le troisième).
- Philosophie, parce que pour les bouddhistes (en réaction contre la culture brahmanique) il n’y a ni Dieu créateur, ni créatures de Dieu. Ils ne sont pas préoccupés par ces questions métaphysiques. Pour eux, Il y a d’abord et avant tout, comme pour le Bouddha, le constat de la souffrance humaine. Et la force de ce Bouddha (receveur de l’illumination) est d’avoir trouvé le moyen de supprimer cette souffrance.
Sa philosophie commence avec les « 4 nobles vérités » :
- La vie est souffrance.
- Il y a une cause à cette souffrance et cette cause est le désir
- Il y a un moyen de supprimer ce désir et donc la souffrance
- Ce moyen est le noble chemin octuple qui impose le respect de la justesse (3 conduites éthiques : parole, action et moyen d’existence justes – 3 disciplines mentales : effort, attention et concentration justes – 2 formes de sagesse : compréhension et pensée justes).
De la sorte, religion et philosophie bouddhistes sont devenues une tradition, au sens où ces conduites, disciplines et sagesse sont transmissibles (par les moines bouddhistes, adhérents aux différents courants qui se sont formés, le bouddhisme tibétain étant le plus répandu en Occident).
Deux notions-clés sont à retenir d’entrée pour pénétrer la philosophie bouddhique (citées plus haut et rappelées ici, sommairement) :
- Le samsara qui postule que tous les êtres vivants (y compris les dieux brahmaniques) sont engagés dans un cycle permanent de naissances et de morts. Il s’agit, nous venons de le voir, de sortir de ce cycle.
- Le karma qui est l’acte et ses conséquences. Il convient d’évaluer nos réalisations, positives et négatives.
Samsara et karma donnent à eux-seuls une définition récapitulative du Bouddhisme : il est une double croyance métaphysique (avec ses pratiques). Croyance en la renaissance, croyance aux effets « immatériels » des actes humains.
Il faut reconnaître que l’acceptation des « 4 vérités » précitées n’est pas facile pour l’homme (notamment occidental) très attaché à la recherche du bonheur, aussi fragile soit-il. La « vie bouddhique » est donc un combat permanent pour se libérer du samsara par les actes appropriés que sont les bons karmas.
A noter que la suppression du désir n’est pas du tout une option occidentale! Le désir, tendance vers un objet, tel que l’indiquent nos dictionnaires est aussi, rappelons-le, défini comme la libido ou énergie vitale, ne se limitant pas au désir sexuel. Vécu comme « moteur de l’individu » il constitue le socle même de la psychanalyse, que l’on retrouve dans ses extensions et dans toutes les sciences humaines.
Comparaison Franc-maçonnerie / Bouddhisme
Il est souvent dit que Franc-maçonnerie et Bouddhisme sont deux « méthodes de pensée » très voisines ou qui se complètent. Or, un rapprochement de leurs principes de base montre qu’elles peuvent au contraire être très éloignées dans leur pratique, sinon parfois se trouver antagonistes!
A preuve, dix différences principales, après comparaison :
1)- La Franc-maçonnerie a pour objectif l’amélioration des hommes par la connaissance et l’épanouissement de leur Moi.
– La doctrine bouddhiste vise à la négation du Moi jugé insatiable ( les adeptes sont ainsi amenés à la perte de leur ego et de l’usage du « je »)
2)- La Franc-maçonnerie prône l’amour universel entre les êtres humains.
- Le Bouddhisme proscrit l’amour et tout attachement (causes de souffrance) au profit de la compassion désintéressée.
3) – La Franc-maçonnerie encourage la réalisation de soi et l’aspiration à des idéaux.
-Les pratiques bouddhistes conduisent à l’extinction de toute forme de désir (générateur de souffrance)
4) – La Franc-maçonnerie entretient la notion de sacré
- Le Bouddhisme prescrit le sacrifice ( abstinences diverses)
5) – La Franc-maçonnerie enseigne le doute
- Le Bouddhisme ne connaît pas le doute, mais la certitude dans les conduites qu’il recommande.
6) – Les francs-maçons de rites déistes croient en un principe créateur ou une révélation.
- Les bouddhistes n’ont pas la foi en un Dieu. Ils font confiance au Bouddha et à ses qualités qu’il s’agit d’acquérir pour devenir eux-mêmes « bouddhas » (conduite pure)
7) – Les francs-maçons « renaissent » par l’initiation et cherchent à se libérer de leurs « mauvais compagnons » (fanatisme, ignorance, ambition démesurée)
- Les bouddhistes souhaitent eux, se libérer de leur samsara (cycle incessant vie/mort) pour éviter de renaître dans un être malfaisant.
8) -La Franc-maçonnerie invite ses membres à l’introspection (observation de la conscience par elle-même : Précepte de Socrate « Connais-toi même » )
-Le Bouddhisme recommande à ses adeptes la méditation (longue et profonde réflexion sur un sujet)
9) – La Franc-maçonnerie montre un attachement à la conservation des traditions (biblique, compagnonnique, templière, alchimique, etc)
– Le Bouddhisme constate l’impermanence des choses (anytia) et entraîne ses fidèles au détachement dans ce monde éphémère.
10) – La Franc-maçonnerie croit à la perfectibilité de l’homme et à son bonheur possible dans la fraternité.
– Le Bouddhisme juge illusoire tout effort pour atteindre le bonheur et croit à l’imperfection de toute existence. Tout est donc souffrance pour l’homme : il ne peut s’y soustraire que par sa libération absolue (nirvana) de tous ses facteurs contraignants (extinction de la « soif des plaisirs » par renoncement).
S’il convient vraiment de trouver une similitude en Franc-maçonnerie et Bouddhisme, on peut certes dire que ces deux Traditions se rejoignent en tant que « disciplines mentales » et qu’elles aspirent à conduire l’homme sur la voie de la liberté et de la sagesse. Mais pas par les mêmes chemins !
Sources d’informations sur le Bouddhisme :
- Comprendre le Bouddhisme – Denis Gerra et Equipe de recherches URA D 1069 (Etudes japonaises)
du CNRS – Editions du Centurion -
- le Bouddhisme, école de sagesse – Bernard Beaudoin – Editions de Vecchi
SOURCE : par Gilbert GARIBAL, pour le Tablier-info
https://www.letablier-info.fr/bouddhisme-et-franc-ma%C3%A7onnerie
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