Pour l’existence de loges maçonniques libres 22 novembre, 2022
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Georges J-f Bertin·Jeudi 21 novembre 2019·
1) De l’utilité maçonnique des obédiences…
2) Les chemins de Compostelle à l’Or.°. de Tours, un exemple de loge libre
3) Notre engagement et notre liberté.
De l’utilité maçonnique des obédiences…
La Franc-maçonnerie offre à celui ou à celle qui le désire, les moyens de son propre accomplissement. Elle libère par les voies de l’initiation, un accès à ce qui serait le bien le plus précieux pour l’homme, c’est-à-dire le gouvernement de soi.
L’initiation, que l’on doit comprendre comme “magiquement” le passage d’un état à un autre, propose donc à l’homme resté profane, une sorte d’équipement qui lui permettra de s’accorder le souverain bien et de comprendre qu’en quittant les motifs subis de son existence, il pourra prétendre à saisir enfin les arcanes du désir d’être.
Cette initiation n’accorde pourtant aucun pouvoir, aucun surcroît instantané, aucun attribut valorisant.
L’initiation doit s’entendre comme la venue prochaine de nouvelles potentialités dont tout le travail sera de se les accorder en propre. Mais ce saut dans les vertiges de la liberté est une des premières grandes difficultés de la démarche.
La suite ne se démentira pas. Ni académie, ni petite université du soir, ni le lieu d’une assemblée où il y aurait à savoir et donc à ignorer, la franc-maçonnerie et, ses rituels, par nature, n’existe pas.
Car pour réaliser ce qu’elle vient de promettre, elle doit se soustraire au monde. Elle doit s’affranchir de toute attache profane, elle doit disparaître à elle-même, manière de s’apparaître en dehors de toute socialité.
La Loge est alors le lieu d’un séjour, la possibilité d’un ailleurs radical, un moment suspendu, une parenthèse où ce qui s’y déploie relève précisément d’une présence à soi.
Il faudra donc renoncer aux réifications et aux fantasmes du débat politique car la loge est bien rarement l’antichambre d’une quelconque réforme. Tout cela est bien plus en rapport avec la règle d’abstinence en psychanalyse, où l’on sait que la séance “n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais”. Nous sommes là en effet dans un monde de représentations secondaires où la réminiscence, le sens de la trace et le sort de l’imaginal tiennent lieu plus sûrement de régimes de rationalité.
Les Loges libres, c’est-à-dire sans appartenance obédientielle, ont parfaitement compris cela et considère que le “gouvernement de soi” n’appelle surtout pas le secours d’un pouvoir référentiel.
Et on peut s’interroger sur cette attitude insolite des frères se ralliant à une obédience. Car il y a bien quelque chose de contrevenant dans l’idée de restaurer des liens de dépendance là où l’objet est de s’en dessaisir.
Cette “servitude volontaire” à un appareil administratif, de la bouche de nos sœurs et frères, se justifie bien sûr. Elle permet aux Loges de s’épargner la dérive sectaire, elle garantit les bonnes pratiques, elle cautionne les discours et protège la validité du parcours initiatique.
Mais elle permet aussi l’acquisition immobilière, le contrôle intégral de la communication et l’existence de quelques “fraternelles”, ce qui situe cette maçonnerie prétendument universelle comme étant finalement très parisienne…
Pourtant ce couvert institutionnel a un prix. Car là où en 1784 en pleine naissance de la franc-maçonnerie, le philosophe des Lumières Emmanuel Kant s’exclame “ose savoir”, l’obédience prescrit, impose, administre, instruit.
Ce qui est aussi une façon entre elles, de constater leur division, leur souci de l’exclusive et la légitimité qu’elles se disputent en brandissant patentes, constitutions et règlements. Chacune de ces obédiences étant nécessairement la plus authentique d’entre toutes.
Une autre maçonnerie existe en France.
Elle est significative et pratique sans autre publicité ce qui lui est cher. Vous avez là des femmes et des hommes qui ayant rompu avec la puissance du réseau, traversent la grande solitude de leur indépendance s’étant sans possibilité de retour, éloignés du chaleureux sentiment d’appartenance.
Sans plus de mots d’ordre, de correspondance du Conseil de l’Ordre, de questions à l’étude des Loges, ils travaillent et plutôt sérieusement.
Ils n’ont plus rien à reproduire ni du discours central, ni à consentir aux douces injonctions des Frères en mal de supériorité.
Ils exercent avec ferveur ce projet de ne rien compromettre d’eux pour grandir ce monde d’un peu plus de lumière.
Les loges libres savent elles, que la lumière ne s’administre pas.
Elles ont donc abandonné l’idée d’une prétendue utilité maçonnique de l’obédience.
Elles pratiquent ainsi une maçonnerie anhistorique – comme depuis toujours – avant même que les obédiences ne les fédèrent et considèrent qu’à partir de là, ça commence à compter…
On s’étonnera donc de cette contradiction à désirer la liberté en s’affiliant à une obédience.
On se questionnera sur ce penchant de l’homme à cautionner son désir par d’improbables attaches institutionnelles.
Car la voix et l’esprit d’hommes en quête d’eux-mêmes, ne seraient donc opposables qu’à la condition d’être entendus par un pouvoir, les effets d’une administration et les bienfaits paternels de l’assurance d’un appareil.
Pourtant en Loge, le seul événement qui soit, c’est l’événement de la “parole”. Non pas de l’énonciation, du discours ou la production d’une énième épistémè.
C’est le moment où ayant renoncé à tout projet de signification, nous nous en remettons lointainement à ce qui peut se créer en nous, de parlant. Ce qui “parle” c’est le désir d’être. Et cela même est inconditionnel. C’est l’effet d’un “je” et non pas d’un “nous”.
Les Loges libres sont respectueuses de leur environnement. Elles ne revendiquent rien d’autre qu’un droit à l’existence que l’on leur offre aujourd’hui très difficilement. Car comment tolérer, dans une sorte de geste autogestionnaire, des femmes et des hommes qui considèrent que le seul bien qu’ils possèdent, c’est précisément le prix qu’ils sont prêts à payer pour ne pas céder sur leur désir?
Comment comprendre, que d’eux-mêmes, ils acceptent cette sorte d’ascèse qui ne débouche sur aucune gratification, aucun affichage, aucune valorisation sociale.
Mais qu’ayant trouvé dans la nuit de leur nescience les ressorts de la joie et de l’émerveillement, ils se dispensent – comme un projet – d’une autorité supérieure.
C’est dire que ces loges libres renoncent aux motifs d’une cause qui viendraient les légitimer. Elles ne se réclament que d’elles-mêmes, non pas dans le sens perverti d’une auto proclamation.
Mais que rien ne les précédant ni même leur succédant, cette désertion du social – de son ordre et de sa symbolique – revient à s’offrir les mécanismes d’une (contre) structure qui ne repose sur plus rien d’autre que le souffle, ce qui est le plus ultime de la démarche maçonnique.
Car ce souffle c’est l’initiation.
Appartenant alors au monde du symbolique ces femmes et ces hommes deviennent, en fraternité, les vrais sujets de l’histoire. Loin de toute institution, “osant savoir par les moyens de leur propre entendement”, c’est là seulement qu’ils trouvent la plus sûre des “Lumières”.
Un maçon libre, octobre 2014. Source GADLU Infos
Les Chemins de Compostelle, une Loge libre !
(par un frère fondateur de la loge libre de Tours).
La Respectable Loge « Les Chemins de Compostelle » est une Loge libre !
Mais qu’est-ce que cela signifie « être une Loge libre » ?
Toute d’abord, cela signifie « être une Loge souveraine ».
Nulle autre autorité que le conseil des Maîtres n’est autorisé à prendre les décisions qui engagent la loge. Ni arrière loge ni obédience ne peuvent se targuer de décider pour la loge bleue que nous constituons.
Cette situation est plutôt rare en ces temps où la quasi-totalité des loges existantes, en échange de leur confort matériel et de l’accès à un réseau de relations, ont troqué leur indépendance pour une sujétion administrative, réglementaire, et même spirituelle, la loge n’ayant l’autorisation d’utiliser les rituels « qu’en lecture seule », comme on dit dans l’informatique.
C’est tellement vrai que, dans la maçonnerie obédientielle, l’installation d’un nouveau
Vénérable Maître est fréquemment confiée à une émissaire du pouvoir central (grand, respectable, illustre, c’est selon) qui a autorité pour valider le choix des Maîtres de la Loge.
Cela est symbolisé par la remise du maillet à l’illustre frère obédientiel, lequel condescend ensuite à le rendre au nouveau Vénérable Maître pour lui permettre de présider la Loge.
Dans le même ordre d’idées, la loge sujette ne peut fonctionner que si elle appose à l’Orient, au pied du plateau du Vénérable Maître, la patente qui lui a été délivrée par l’obédience à laquelle elle s’est soumise.
Celle-ci peut lui retirer et même « démolir » la loge si celle-ci ne respecte pas les obligations qu’elle a contractées envers elle.
Or, si l’on peut admettre la rupture entre une obédience et une loge pour non-respect des engagements contractés, je refuse qu’une obédience puisse « démolir » une loge.
C’est une aberration initiatique car ce sont les obédiences qui émanent des loges et non le contraire.
Certains considèrent qu’aucune loge ne saurait être créée en-dehors du système obédientiel ni reconnue par lui.
Je laisse à Marius Lepage le soin de répondre :
« Lorsque le nombre de Maçons suffisant est acquis pour que les Travaux rituels puissent être ouverts, une Loge est valablement formée. Elle peut alors se réclamer de la même ancienneté que la plus ancienne Grande Loge produisant des documents historiques irréfutables ! Une Loge juste et parfaite est aussi bien et autant l’Ordre que si elle fonctionnait depuis des temps immémoriaux, car existant dans l’Esprit de l’Ordre, elle existe elle-même en esprit et en vérité de toute éternité. » Marius Lepage, cité par Jean Reyor, in sur la route des Maîtres Maçons, chapitre XIX, page 196.
Malheureusement, l’une des dérives les plus navrantes de la démocratie est que les hommes qui ont été élus oublient d’où provient leur légitimité et, comme ils méconnaissent ou nient toute autre source de légitimité, leur pouvoir, privé de celle-ci, se transforme vite en une tyrannie maquillée de démagogie.
Et ce qui est vrai dans le domaine profane a malheureusement contaminé le domaine initiatique qui aurait dû en rester préservé.
Mais le but de cette planche n’est pas l’attaque des obédiences.
Je voulais simplement rappeler que le fondement de la liberté d’une loge c’est la souveraineté de son conseil des Maîtres, et rien d’autre ! La Loge indépendante choisit librement son mode de fonctionnement et elle adapte librement (et prudemment) le rite que les Maîtres ont régulièrement reçu et ont pour devoir de transmettre sans faillir.
Les risques de cette liberté:
Mais cette liberté n’est pas sans risques. En effet, la servitude a l’avantage de préserver des errances. « Pourquoi nous as-tu fait sortir d’Egypte », reprochaient les Hébreux à Moïse et Aaron dans le désert, «quand nous étions assis auprès de la marmite de viande et mangions du pain à satiété. A coup sur, vous nous avez amené dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude.» Exode, 16,3 .
Or, si nous ne risquons pas de mourir de faim, bien des épreuves nous guettent.
Quelles sont-elles ? Des épreuves matérielles, certes.
Souvent, ce qui empêche les frères et les sœurs de franchir le pas de l’indépendance, c’est qu’ils risquent de ne plus être reconnus par des frères et sœurs qui leur refusent alors de travailler sous le même toit. Et trouver un refuge n’est pas toujours aisé !
En effet, il peut être onéreux de louer un espace que l’on n’occupera au mieux que quelques soirées par mois et s’installer de façon précaire dans un local provisoire à chaque tenue peut s’avérer à la fois pénible et lassant.
Dans les deux cas, il faut faire l’apprentissage de la pauvreté ou tout au moins de l’inconfort, loin du douillet cocon des bâtiments officiels.
Des épreuves psychologiques, aussi.
Il n’est pas facile de se couper de ce qui apparaît comme la maçonnerie universelle.
Certes, des frères et des sœurs peuvent continuer à visiter les frères et les sœurs dissidents, au moins pendant un certain temps et dans la mesure où ils ont la personnalité suffisante pour résister aux pressions qui s’exercent sur eux afin que l’isolement des « hérétiques » soit efficace.
Mais par contre il est souvent difficile à supporter d’être considéré comme d’ex-frères ou d’ex-sœurs, surtout quand on sait que cette notion est totalement contraire à la réalité de l’initiation.
Comme le disait Guénon : « Une fois qu’elle est reçue, la qualité initiatique n’est nullement attachée au fait d’être membre actif de telle ou telle organisation. Dès lors que le rattachement à une organisation traditionnelle a été effectué, il ne peut être rompu par quoi que ce soit, et il subsiste alors même que l’individu n’a plus avec cette organisation aucune relation apparente. Le lien établi par le caractère initiatique ne dépend en rien de contingences telles qu’une démission ou une exclusion qui sont d’ordre simplement « administratif ».
Il est donc tout à fait inexact de parler d’un « ex-maçon » comme on le fait couramment. »
Enfin, la raréfaction des contacts avec les autres maçons est difficile à supporter et manque à la formation des jeunes apprentis. C’est pourquoi il est nécessaire que la loge libre puisse nouer des relations avec d’autres loges, libres elles aussi, ou affiliées aux rares obédiences refusant le sectarisme.
Des épreuves initiatiques, enfin :
Même si les loges obédientielles n’en sont pas exemptes, les dérives liées à la personnalité des frères ou des sœurs sont peut-être encore plus pressantes dans une loge libre.
En effet, celles-ci n’ont pas le garde-fou de la mobilité maçonnique qui, dans la maçonnerie obédientielle, permet aux membres mécontents ou déçus de rejoindre un autre atelier. Et il n’y a plus « au-dessus » la pression normative de l’obédience s’efforçant d’éviter toute vague (et même toute vaguelette) qui pourrait porter atteinte aux intérêts du groupe qu’elle gère.
Ainsi, la Loge libre risque la dérive sectaire ou la soumission à un guru qui s’en emparera par séduction, ruse ou menace, et l’entraînera dans des chemins d’errance et des impasses.
Comment donc se préserver de ces errances ?
Une Loge libre ne vivra que si elle apporte à l’Orient qui l’abrite un souffle à la fois nouveau et ancien, en rupture évidente avec la maçonnerie obédientielle qui tient le devant de la scène.
Il faut qu’elle fasse de sa pauvreté, de son isolement et de sa liberté les meilleurs atouts de son utilité initiatique.
Sa pauvreté la protégera des tentations de la routine et de l’embourgeoisement, elle l’aidera à accueillir des frères et des sœurs plus diversifiés et provenant de milieux et de classes d’âge qu’on ne voit plus ou qu’on n’a jamais vus dans la maçonnerie courante : des jeunes et des chômeurs, les deux peut-être ? Nous voilà bien loin de la maçonnerie de l’élite économique et politique, objet de tous les fantasmes du monde profane !
Son isolement la protégera des tentations de la gloire ou plutôt de la gloriole et de la fausse fraternité des « relations » pour retrouver la vraie fraternité du travail initiatique en commun.
Il lui évitera les tentations médiatiques et la recherche de la fausse reconnaissance des puissants et du P.A.F maçonnique.
Sa liberté la protégera du conformisme et du « politiquement correct » qui sévit dans toutes les obédiences et qui fait qu’on attend obligatoirement d’un maçon qu’il soit humaniste, démocrate, républicain, progressiste, … que sais-je encore ? Sans même qu’il y ait de questions à se poser sur le sens de ces mots dans leur relation avec la démarche initiatique.
Ce sont ces caractéristiques qui feront de la loge libre à la fois un refuge et un tremplin pour les hommes et les femmes libres. Le fameux adage, trop souvent employé à tort et à travers dans les loges maçonniques, pourra enfin prendre ici toute sa force et toute sa vigueur : « un maçon libre dans une loge libre ».
Mais liberté ne veut pas dire errance sans boussole car la démarche initiatique n’est pas une auberge espagnole où chacun peut apporter ce qu’il veut manger. En fait, dans l’auberge initiatique, c’est à chacun de découvrir ce qu’il y a à manger, la substantifique moelle étant bien cachée sous des formes apparemment différentes.
Ne négligeons pas non plus le titre distinctif d’une loge. La nôtre s’appelle « les chemins de Compostelle ».
Cela signifie que, quels que soient les itinéraires empruntés, même si chacun fait son chemin, le but est unique et ne saurait être échangé contre un autre ou se trouver en un lieu qui ne soit pas le bout du chemin On peut certes, en cours de route, se détourner du chemin le plus court pour accomplir quelque dévotion ou pèlerinage secondaire, fort intéressant, mais qui n’est pas Saint Jacques.
Quand on l’a trouvé, on en est content mais l’on ne sera satisfait qu’à Compostelle.
Transposé dans le domaine initiatique, cela veut dire qu’il faut soumettre notre liberté à l’aune de la Tradition et de la régularité.
La régularité, bien entendu, n’a rien à voir avec la reconnaissance administrative de quelque Grande Loge ou Grand Orient, autoproclamé dispensateur de légitimité maçonnique. La Tradition n’est pas un vague respect de coutumes dont on apprécie l’éclat cérémoniel.
Non ! Tradition et régularité font allusion à la transmission de l’influence spirituelle dans des circonstances et selon des règles qui en garantissent l’origine.
Pour paraphraser les çufis, c’est une affaire de silsillah et de barakah, ou bien, dans le symbolisme du tissage, de chaîne et de trame. On peut aussi dire que la barakah relève de la Shruti (influence spirituelle, d’origine non-humaine) et la silsillah de la Smriti (transmission, produit de l’exercice des facultés humaines).
Or, l’homme qui, au XX° siècle, a le plus clairement exposé la doctrine traditionnelle et surtout la finalité de l’initiation, c’est bien René Guénon et son œuvre est une boussole qui doit nous éviter de perdre le Nord.
Entendons-nous bien ! Pour revenir à la notion de pèlerinage, savoir où est le Nord n’interdit d’utiliser aucun chemin mais, à la fin des fins, il faudra bien toujours retrouver le Nord si l’on veut s’orienter correctement.
Triple contrainte et triple influence :
Pour préciser mes propos, je dirai que la loge obédientielle est éloignée de la véritable démarche initiatique par une triple contrainte et une triple influence :
Trois contraintes frappent les loges obédientielles.
- Le partage des soucis de l’obédience (équilibre budgétaire, gestion immobilière, augmentation d’effectifs et rentrée de capitations) qui entraîne les frères et les sœurs vers des préoccupations matérielles dont ils ne devraient pas de préoccuper.
- La participation aux nécessités de représentation de l’obédience qui leur font miroiter l’intégration dans une hiérarchie inutile où, à côté des généreux et des sincères, brillent les médiocres, les ambitieux, les envieux et les « faux glorieux ».
- L’envahissement des questions de réglementation et la juridisation qui enchaîne leur liberté et la réduit à la médiocrité du politiquement correct et du « consensus mou ».
Trois influences les distraient au point de les détourner de l’initiation :
- dans certaines obédiences, on ne saurait concevoir la maçonnerie autrement que préoccupée de problèmes sociétaux, soucieuse d’influer sur les décisions des puissants et d’avoir un avis unanime ou majoritaire sur tout, de la laïcité à l’euthanasie, en passant par le préservatif et la résolution de la crise économique.
- ailleurs, se voulant philosophe, on confond initiation et discours savant sur Kant ou Platon.
- encore ailleurs, on se croit érudit et l’on se targue de tout savoir de l’origine du grade de Maître, ou de collectionner les anciens rituels et les anciens devoirs.
Sans oublier nos frères américains pour qui la charité maçonnique est, comme en Europe au XIXème siècle, une façon de pallier les défaillances de leur système de protection sociale.
Je ne blâme pas – qui suis-je pour cela ? – les frères ou les sœurs qui pensent que cela est l’initiation et ce sont certainement là des loisirs plus intelligents et plus utiles que la plupart de ceux auxquels se livrent nos contemporains.
Mais, une loge libre à mieux à faire.
Alors, que faire dans une loge libre ?
En fait, une fois débarrassé de la triple contrainte (en termes de capitation, de réglementation et de représentation) et de la triple influence (en termes sociétal, philosophique et érudit) du cadre obédientiel, à quoi sert il de faire partie d’une loge libre ?
Car s’il s’agit de reproduire ce que l’on fait dans une loge obédientielle, il ne sert à rien de s’en libérer.
Et, de fait, on connaît peu de loges libres qui pratiquent le clubisme à l’anglaise, mâtiné de « charity-business » façon Rotary ou Lyons’Club. Lorsque l’on considère la maçonnerie sous cet angle, il n’est pas très judicieux de s’éloigner des réseaux d’influence constitués par les obédiences.
De même, je ne connais pas de loge libre tentée par la démarche sociétale propre aux obédiences « a dogmatiques » et « libérales ». Là encore, le besoin de réseau et de reconnaissance extérieure n’est guère compatible avec la solitude d’une petite unité.
Par contre, une loge libre peut tomber dans l’érudition ou dans la dérive philosophique. Elle sera alors loge de recherche et s’attachera à une œuvre, qui n’est certes pas sans intérêt, mais restera dans un domaine extra-initiatique si rien d’autre ne vient la compléter. Cela peut être un piège car, bien entendu, cette loge passera à côté de l’essentiel.
Pour comprendre l’intérêt de mener à bien l’aventure d’une loge libre, il faut revenir au sens de l’initiation. Celui-ci est indissolublement lié aux notions d’involution et de cycle.
Pour commencer, admettons que l’homme a perdu un état primordial qui convenait à l’être spirituel et co-créateur du monde qu’il était. Cet état est appelé dans la tradition judéo-chrétienne Etat adamique et cette perte est relevée dans toutes les Traditions. Elle correspond à la chute à laquelle il est fait allusion dans le volet exotérique des enseignements traditionnels.
Apparue peu après la chute avec le personnage légendaire d’Hénoch (Genèse V,24), l’initiation vise à réintégrer cet état afin de retrouver la fusion avec le Principe créateur puis avec le Tout inconnaissable qui donne sens à l’existence. C’est une remontée à la Source. C’est la quête de l’Homme véritable, celle des Petits Mystères qui ouvre la porte de l’Homme universel et des Grands Mystères.
Pour retrouver cet état, l’homme – qui s’en éloigne de plus en plus au fil de l’involution – doit utiliser la méthode initiatique qui permet la transmission régulière (silsillah) de l’influence spirituelle (barakah) à travers les générations.
D’après Guénon, malgré leur déchéance et leurs déviations, la franc-maçonnerie et le compagnonnage sont en occident les seules organisations initiatiques à n’avoir pas perdu le lien traditionnel.
En Orient, celui-ci est resté plus solide … tout au moins à son époque car l’involution s’est poursuivie depuis sa mort, il y a un peu plus de soixante ans, avec les effets désastreux que l’on connaît, particulièrement dans la tradition islamique menacée désormais à l’interne dans son identité même.
Avec la disparition des métiers – au sens traditionnel du terme -, l’initiation maçonnique reste donc bien seule en Occident … et sa déchéance est grande, surtout depuis que, devenue spéculative, elle a perdu la connaissance des sept degrés qui, dans la maçonnerie opérative, permettaient à un nombre de plus en plus réduit d’initiés véritables de pratiquer à la fois l’invocation, la méditation et la mise en œuvre des rituels, travail extérieur et collectif indispensable dans une initiation fraternelle de type artisanal, la dernière qui reste en occident.
Or, même si l’invocation semble impossible car la Parole des Maîtres a été perdue, même si les techniques de méditation ont été oubliées, une loge libre doit s’attacher à pratiquer l’étude des rituels et la mise en œuvre de leur symbolisme actif dans un cadre collectif et fraternel.
Cela ne permettra certainement pas aux maçons qui la pratiquent d’atteindre la délivrance, ni même le seuil des petits mystères mais cela les mettra au moins sur la voie qu’ils pourront poursuivre dans un futur état de leur être et dans une autre modalité de leur existence.
C’est toujours mieux que rien et c’est ce que l’on peut espérer de mieux en Occident.
D’autant qu’il n’est pas souhaitable d’abandonner sa tradition comme certains l’on fait. Il faut donc d’essayer de vivre son ésotérisme en s’appuyant sur la base exotérique judéo-chrétienne propre à notre civilisation. Guénon nous l’a clairement demandé, même si, lui, a vécu en pratiquant des exotérismes divers, mais cette adaptation aux pratiques du pays d’accueil est la caractéristique du véritable Rose-Croix que lui était et que nous ne sommes pas.
Conclusion sur le titre distinctif de la Loge :
Pour terminer, je dirai que le titre distinctif de notre Loge, « Les Chemins de Compostelle » ; correspond tout à fait à sa situation de Loge indépendante car il évoque le pèlerinage. Et le pèlerinage passe par l’ascèse :
- d’une pauvreté relative (on n’y possède que ce que l’on peut transporter avec soi),
- d’un isolement relatif (on est seul dans son effort au long des chemins),
- des risques matériels et psychologiques (inconfort, danger des contrées traversées, errance et choix des mauvaises routes),
Il passe aussi par la question de ce que l’on veut en faire : Le fait on pour le sport, pour la découverte culturelle, pour l’aventure et les aventures ? Mais il offre surtout la possibilité d’associer recherche intérieure personnelle et fraternité collective tout au long du chemin… comme notre Loge.
Notre engagement et notre liberté.
RL Les sept frères libres et réunis. Or.°. d’Angers.
L’engagement maçonnique suppose une liberté. Et il n’est d’engagement valable que celui où chaque conscience particulière se mûrit en loge dans l’interaction qui se produit avec ses frères et sœurs.
Ainsi le franc-maçon ne se satisfait pas d’organiser ni d’observer des rituels s’il n’y trouve pas l’occasion d’éprouver la fraternité de ses sœurs et de ses frères.
Aucune de nos actions en loge ne sera viable si elle néglige certes le reflet d’une certaine efficacité (polir sa pierre) mais aussi d’une recherche de vie spirituelle (la recherche de la Lumière, celle que nous avons demandée lors de notre première entrée dans le Temple).
Notre engagement de ce fait ne peut se satisfaire, -ce serait contre-productif par rapport à nos idéaux-, des rêves d’embrigadement qui peuvent se révéler ici où là, quand un ou des individus, voire des organisations maçonniques, prétendent détenir la vérité.
La Lumière alors s’en trouve considérablement obscurcie même si leur discours est séduisant sur le plan des savoirs.
De fait, nous visons à la Connaissance (au sens propre naître avec puisque nous naissons une nouvelle fois lors de notre initiation).
En Franc-maçonnerie, c’est le franc-maçon qui est libre après avoir choisi d’être libre et c’est singulièrement le projet d’une loge libre. Et c’est le devoir impérieux des responsables de la loge que d’y veiller contre les dogmatismes d’où qu’ils viennent.
Notre liberté est ici un pur jaillissement, invention perpétuelle du franc-maçon par lui-même, elle est totale sans bornes par le seul fait qu’elle est.
« Le seul mot de Liberté est tout e qui m’exalte encore, disait André Breton, car je le crois propre à entretenir le vieux fanatisme humain », il entendait par là ce qui résiste aux démons du dehors, ce que nous appelons les métaux.
Mais, MTCS, MTCF, cette liberté n’est jamais acquise une fois pour toutes, il y faut un accompagnement, soit une pédagogie, au sens propre.
Et cet accompagnement, c’est bien la loge qui le produit, car c’est elle-et elle seule- le maître collectif.
Dans une loge nous faisons un jour la rencontre merveilleuse de personnes qui autrement nous auraient été perpétuellement étrangères, et ceci transcende toutes les conditions sociales, culturelles, de pouvoir ou de position établie.
La Franc-maçonnerie en effet n’est pas une éthique de Grands Hommes, un aristocratisme d’un nouveau genre qui sélectionnerait des frères ou des sœurs choisis en fonction de leur réussite personnelle pour en faire une élite hautaine et solitaire.
Car l’existence la plus humble est déjà séparation, décision. Aussi, pour nous prémunir de ces tentations qui ressurgissent sans cesse, notre pédagogie se doit de veiller, par la confrontation constante et l’interaction en loge de tout ce qui alourdirait notre pensée, qui pervertirait notre existence (c’est-à-dire l’a conduirait par des voies hors du chemin de lumière qui est le nôtre).
Et nous savons aussi que la grande masse des hommes préfèrent la servitude dans la sécurité au prix même de leur liberté.
Il y faut persévérance et humilité, mais aussi affirmation de nos convictions d’hommes et de femmes libres.
Et parfois nous ne devons pas refuser, dans la rupture si besoin en est, l’affirmation de notre force collective, de l’énergie qui nous habite.
Elle est à la fois intérieure à chacun, spirituelle, efficace et manifeste.
Il peut donc arriver que notre pédagogie soit celle de l’affrontement, il y va de la sauvegarde de l’égrégore.
Car si la liberté n’est pas que sommes-nous, MTCS, MTCF ? Et la Liberté cela se défend.
Retour sur la Méthode.
Pour les Franc-maçons, les énergies vitales que les rites mettent en œuvre excluent les formes obsessionnelles du devoir et de la moralité profanes.
Nos rites sont ouverture pour chacun à ses possibilités de liberté, au contraire de celles qui caractérisent les individus prisonniers de leurs cuirasses, élevés dans une atmosphère de mépris de la vie et de leur corps, dans l’angoisse sur le terrain de laquelle se créent les idéologies quand celles-ci, niant la vie, forment la base des dictatures, et manifestent le fondement de la peur de vivre d’une manière libre et indépendante.
Comme dans l’Alchimie, le processus de transformation auquel l’initié se soumet l’y conduit.
Il en actualise à chaque étape ou « degré » (ce qui n’a rien à voir avec les grades du monde profane) les étapes de la cosmogonie où il s’inscrit et que portent à la fois les rites et les légendes maçonniques.
Dans nos loges, véritables athanors, nous franc-maçons nous libérons des aspects d’une vie corrompus par l’action du temps puisque, travaillant de midi à minuit, nous y faisons une expérience « autre » et du Tout Autre.
Ainsi la voie maçonnique est d’abord et essentiellement « éducative ».
Le symbolisme que nous vivons ne peut donc en aucun cas, s’apparenter à un discours d’école, car aucun individu ou système ne peut être porteur d’une vérité obligatoire, tant le symbole demeure opaque, non transparent.
Précisément, en loge, sauf à basculer dans un tout autre univers,-dogmatique, celui des « sachants »;-il appartient à chaque FM de se saisir de nos symboles à son niveau sur la base des expériences qu’il est le seul à pouvoir relier aux images symboliques que nous confrontons, librement, à notre vécu.
La démarche maçonnique propose, dans cette logique, une progression lente et structurée, librement consentie, vers la Connaissance manifesté par la Lumière.
Chacun de nous est donc invité à la découvrir à son propre rythme, elle lui sera manifestée ou non selon son choix.
C’est ce que nous avons de fait à réaliser pour créer dans notre être un certain degré de plénitude à l’image des voyages décrits par Dante, dans la Divine Comédie, qui amènent dans leur principe, vers leur source, l’initié à des purifications successives, après des étapes de dégradation (les épreuves) puis de perfectionnement.
Cette progression passe par un développement harmonieux, et une éthique partagée élargie, bien au -delà d’une simple morale imposée.
Elle n’est nullement dogmatique.
Il appartient à chacun, dans l’esprit de liberté qui caractérise notre franc-maçonnerie de chercher sa propre voie spirituelle en toute liberté, nul ne pouvant se substituer à l’autre.
Et c’est singulièrement le cas de nos loges libres.
Nous éviterons ainsi à éviter deux écueils :
- d’une part, la transmission limitée à la seule livraison de savoirs que d’aucuns seraient sensés posséder, système inerte et non vivant coupant de fait toute voie à la réalisation personnelle
- d’autre part en refusant de nous soumettre à l’autorité d’un maître, à la personnalité de celui qui en rajoute en introduisant de la distance avec la base, à celui qui exercerait peu ou prou un pouvoir que d’aucuns trouvent merveilleux ou fascinant.
Poursuivons donc MTCS, MTCF, dans les voies qui nous sont tracées et ce dans l’esprit même voulu par nos passés maîtres fondateurs soit : engagement et liberté, cette liberté que nous chérissons comme valeur dés lors que nous avons compris que la porte du temple qu’un jour nous avons tous franchie « n’est pas un frontière ».
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