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L’Exclamation Ecossaise 7 février, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Humour , ajouter un commentaire

L’Exclamation Ecossaise

 

Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et  qualités

Ce soir je vais vous parler de l’histoire véridique, et authentique de l’exclamation écossaise

 

Ceci se passe en 1716 ( bien avant Ménilmontant ) dans le comtat Venaissin et particulièrement Avignon, qui fut (vous le savez)  jusqu’en 1792 enclave papale, donc hors du territoire national français.

Les Ecossais, les vrais écossais, (eh oui ! avec kilt, calot, et tout et tout le reste)  venaient d’arriver dans la bonne ville d’Avignon en compagnie du prétendant au trône des Stuart. C’était  la bonne et vieille garde Ecossaise comme chacun sait.

Il furent chargés de garder le pont d’Avignon (vous savez ! celui à qui il manque des arches ! ). A cette époque le pont était entier

Les péages existaient déjà, ce qui est peut être inutile de rappeler, mais un rappel historique est souvent nécessaire car il n’y a rien de nouveau sous le soleil comme le dit l’ecclésiaste qui n’était pas écossais lui!

Il fallait payer son écot (sa cote part) pour aller d’Avignon en France et inversement  (traverser  le Rhône vers Villeneuve LEZ Avignon).

Arrive un de ces anciens bateliers du Rhône comme on en rencontrait autrefois, le garde Ecossais lui demande oseille, oseille, oseille .(oseille écrit en très vieil écossais ozaï..) ( il lui répète trois fois car l’homme était un peu sourd de l’oreille il compris d’ailleurs oreille !  oreille

Il faut ici ajouter une précision importante, ce mot oseille en français, désignait aussi bien une plante bonne à faire la soupe ( d’où l’écot, exigé lors des agapes ), mais aussi populairement une tromperie ( expression : « il veut nous la faire à l’oseille » ce qui n’a rien à voir avec la soupe )

Ajoutons que dans la  vieille, très, très vieille langue  écossais, mais alors très très vieille ! il  traduisait surtout une  exclamation  de la part de ceux  qui n’avaient   pas un radis. ( ce n’était pas  une acclamation ! parole d’écossais   dur du radis)

Ce terme traduit d’ailleurs ( et d’ici) plusieurs choses ; la plante connue pour sa racine que l’on mange crue ( ce qui n’a rien à voir avec celle du Rhône) en langue d’Occitanie ( libre) c’était des rameaux entrelacés dans une claie pour abriter des vaches, et en vieil écossais pauvre « ne pas avoir de pécule » ( en un mot sans cela c’est une autre expression); Et chacun connaît  le coté un peu thésauriseur et pingre des écossais d’Ecosse!

Cela dit  le vieux batelier du Rhône un peu sourd, jetant son chapeau en l’air et tapant du pied lui répondit ( c’est ce con rapporte ) : «  A bas la cagnotte ! sans peur vivra »,( peut être « sans père vivant »  ou «  sapeur vivra »on ne sait plus)  ce qui fut traduit en  vieil écossais par : «  à bas la calotte semper vivat » car le garde avait vu le chapeau à bas.

Il faut ajouter qu’en langue d’Oc le mot  calota désigne aussi bien le  béguin qui fut autrefois une  petite coiffe s’attachant sous le menton par une bride ( d’où l’expression la bride sous le cou), c’est aussi une passion amoureuse, ainsi  qu’un terme (qui n’est pas une fin en soi)  désignant  le prépuce,( ce qui la met en relation avec la circoncision ) mais c’est aussi  un groupe de personnes formant une sorte de clan, ou  de  club comme on en rencontre encore chez les écossais anciens qui n’acceptent pas n’importe qui, de plus ce terme sert aussi à désigner   la fiente attaché aux poils des animaux ou à celui des calots( on ne sait pas si le chapeau du vieux batelier en avait …)

Par contre  l’histoire précise  qu’un jour tous les écossais,   après avoir bu( beaucoup…ne dit –on pas boire comme un écossais ?), non pas du whisky, mais du bon vin de France ( de Châteauneuf du Pape pour être précis)  se mirent à faire une ronde sur le pont d’Avignon, non pas en chantant les paroles folkloriques  que l’on connaît, mais en criant , gueulant, levant la gigue haut, gesticulant braillant très fort : « oseille oseille, oseille  sans peur vivra» jetant leurs calots en l’air ils s’exclamèrent : «  à bas la calotte »  et tapant du pied (gauche), ce qui devait arriver!  arriva une arche s’écroula ?

Eh oui depuis ce jour le pont fut amputé, de sa « royale arche » (eh oui d’où toutes ces expressions et termes que l’on connaît….. 

Car il ne faut pas croire ceux qui disent que c’est une crue du Rhône qui emportât une partie du Pont. Ce ne sont pas non plus les écossais qui l’emportèrent, non plus. Ce n’est pas exact .non ! non ! non ! ne le croyez  la véridique histoire. est celle là .

Depuis tous les francs maçons  de France  de Navarre et d’ailleurs reprirent dit-on ce qui devint l’exclamation écossaise. Exclamation prononcée par celui qui est depuis devenu le trésorier de la Loge et qui criait en fin de tenue  ( à l’époque) :   Oseille, Oseille oseille ! ( invitant les écossais radins  à payer leur écot) les autres FF désorientés (ceux du grand Dez  Orient)  excédés et réactionnaires ajoutèrent : A bas la cagnotte »  afin de ne pas trop thésauriser ; depuis cette exclamation  devint chez eux par substitution de mots au lieu de abat la calotte ( c’est à dire le chapeau ) devint «  à bas la cageotte » exclamation sans aucun sens commun ….

Vous connaissez la suite   

Tiré des Archives de la Bibliothèque du musée Guillemets à l’Orient de Parenthèse

Bernard du R E Gard le 5 août 6005 

 

PS : pour mémoire la mairesse d’Avignon a essayé de faire reconstruire les arches manquantes, les Ecossais radins ont toujours refusés, car sur le pont d’Avignon on n’y danse plus en rond, mais on y fait des ronds sur le dos des touristes…comme quoi tout n’est pas perdu, même pas l’honneur 

 

Publié dans : FRANC MASSONS

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Propos de celui qui aurait voulu être sage 1 février, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

  Propos

  de celui qui

  aurait voulu être sage

 

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Les jours s’en vont, sans que je puisse mieux que quiconque savoir où, et le sens de la vie m’échappe comme à tout le monde! l’immensité du ciel où brillent les étoiles pèse comme une énigme sur la lumière de la vie. Et nous allons sans savoir où, jouets de nous-même et des autres, avec la fragile boussole de nos illusions et de nos espoirs.


Quelles colossales hécatombes ont nourri l’humanité et ses chimères sans que jamais soit percée cette immensité vide de sens! Pourquoi attendons-nous une réponse ? Quel orgueil nous pousse à croire que pour nous un coin du voile sera soulevé, et que nous percevrons la raison de nos destinées ?

Cette histoire que l’on nous raconte, de la filiation qui remonte des cellules primaires de la bactérie et de l’amibe, que nous apporte-t-elle, comme assurance d’une assomption? Et cependant, comment ne pas croire que cela va quelque part ?

Si l’on y réfléchit – et qui n’y a pas réfléchi – comment justifier que quelque chose soit ? Et qu’est-ce que justifier sinon chercher une réponse à la présence à partir d’une autre présence.

Mais quelle dérision de croire que cette présence avant la présence est celle d’un Dieu à notre image, comme si cet univers tournait autour de nous ?

Il me semble que la sagesse consiste à ne pas chercher au-delà de nous-même une réponse à notre propre vie. Et quelle réponse nous peut être donnée qui ne soit pas un artifice, une convention, dont nous arrêtons les termes comme une sorte de contrat avec l’inconnu ?

Goethe, qui savait fermement réduire les recherches humaines aux données positives n’en a pas moins affronté le grand mystère avec Faust, et sa quête ne l’a mené nulle part, si ce n’est aux honneurs dérisoires d’une petite cour de province.

Que notre cerveau soit capable d’embrasser le monde, ou qu’il réduise ses capacités au travail quotidien et aux besoins de l’heure, la vie ne s’en écoule pas moins au delà de nous comme un grand fleuve dont nous ne pouvons explorer toutes les rives, ni connaître l’embouchure. Ou plus exactement, nous poursuivons du regard dans la nuit l’imense flux des forces vivantes, sans pouvoir. imaginer qu’un jour elles  combleront ce vide où des soleils se perdent à jamais.

Savoir borner ses regards aux choses immédiates, c’est une leçon que l’on ne donne plus nulle part. Et cependant; quelle leçon serait plus utiles aux hommes et aux enfants, de nos jours.

L’orgueil du savoir est-il à ce point une sauvegarde que nous ayons à nous féliciter d’en entretenir les vertus ?

La force de borner son regard aux choses immédiates est sans doute la vertu la plus haute .de celui qui cherche le vrai savoir. Mais c’est sans doute contrairement à nos illusions prétentieuses, la souveraine capacité du sage. S’abstenir de répondre à la tentation du vide et continuer son métier d’homme, y a-t-il en définitive d’autre solution ?

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Le philosophe jadis, devait tout connaître des sciences de son temps. Il devait même, d’une façon traditionnelle, en assumer la synthèse, et dégager les grandes lois de l’être, à travers les données des aventures de l’esprit, et des observations sensibles.

Dégager les constantes déterminant la condition humaine c’est, d’une certaine façon ce que les sciences dites dures (celles qui s’attachent à la connaissance de ce que l’on désigne sous le nom de matière) tentent de faire en dégageant de l’observation, et selon une formulation mathématique, les constantes des rapports entre les choses que l’on nomme lois.

Ce que les sciences dites dures fournissent à la connaissance, en fait, ce sont des invariants, et comme couronnement de la connaissance scientifique, une évidence s’est faite jour: la constance de l’instable.

Ce n’est pas une découverte récente, Parménide en avait fait le pivot de sa philosophie. Mais quand les chercheurs d’absolu se sont trouvés devant cette contradiction fondamentale: l’évidence de l’être en fonction de son évolution, et la constance de la manifestation, conditionnée par le changement, une sorte de blocage s’est produit qui a provoqué un retournement des ambitions, et, les sciences dures se sont interrogées sur l’opportunité de retourner aux formulations anciennes pour définir les lois de l’être. Elles ont, en quelque sorte, après l’avoir historiquement occultée, fait un retour à la philosophie.

Mais l’évolution, la constante du changement n’ont pas pour autant résolu les difficultés de la connaissance, dans la mesure où le changement, comme l’évolution impliquent un sens. Et c’est par là que, dans le cadre de la recherche, ont fait irruption toutes les hypothèses de la théologie, et toutes les propositions de la métaphysique.

Devait-on s’attendre à ce retournement, ou n’est-il qu’un signe de la défaillance momentanée de la démarche cognitive ? Le fait est que la science est apparue un temps comme un succédané de la religion, et même, a été proposée comme possible fondement de l’éthique. Indiscutablement, les règles scientifiques offrent une rigueur qui justifie leur ‘prise eri considération dans le cadre des rapports humains. Mais cette rigueur, parce qu’elle n’est justifiée par aucune pratique viable, parce qu’elle exclut l’inaccessibilité des apparences dernière et la profonde connaissance des réalités ultimes, ne permet pas de définir une conduite susceptible de développements humanitaires.

L’expérience prouve que toutes les organisations humaines étroitement inspirées par une rationalité méthodique (considérer les technologies systématisées) se sont déchirées et ont débouché sur la ruine et le désordre.

D’où le recours à une philosophie qui n’est plus comme celle de jadis une synthèse des connaissances, mais une sagesse, c’est-à-dire, un empirisme. Empirisme qui se trouve, par suite des habitudes de pensées, cohabiter avec une sorte de domaine particulier de la: philosophie: les sciences dites humaines, sciences que l’on pourrait caractériser par une conjonction des instruments mathématiques de la science dure, et une prise en compte des données empiriquement, quoi que systématiquement ou statistiquement rassemblées, sur le comportement humain.

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Mais il serait dangereux de négliger le fait que les sciences humaines tout comme les sciences dites dures, participent de la stratégie du pou- voir, dont la philosophie est la médiocre antithèse. Il semble qu’en effet, les sciences, qui n’ont à priori aucune vocation normative, mais se nourrissent d’observations et de formulations descriptives, il semble que les sciences suscitent, dès les premiers moments de leurs réussites, des ambitions dominatrices.

Il est vrai que la connaissance des ordres naturels peut développer les tentations éternelles de l’homme: le désir de maîtriser, de dominer, de prévoir et de déterminer l’avenir. Mais les constats soit, factuels, soit légaux qui sont le fait de l’observation scientifique ne peuvent, sinon par un abus dans les termes, permettre une régulation normative, et, sont hors d’état d’établir une régularisation définitive.

Le constat le plus clair, établi par la science contemporaine c’est le caractère irréductible de la liberté, qui se manifeste par l’indétermination même si cette indétermination est corrigée par les grandes lois statistiques de la probabilité.

La philosophie ne peut sans doute pas se passer des faits. Et si les sciences humaines ont pris une telle extension, c’est que l’humanité consciente s’est étendue à toutes les régions de la planète et exige des planifications. Il n’est plus possible à l’heure actuelle de prendre une vue du paysage humain sans l’aide des moyens mathématiques et statistiques. La connaissance que nous avons de l’homme est fonction effectivement des informations les plus étendues, et les modifications qui surviennent dans les rapports humains, du fait des grands nombres, jouent un rôle indétournable dans l’élaboration d’un donné sur l’espèce.

Reste, et c’est là le point d’ancrage de la philosophie que l’individu se trouve toujours confronté, en tant que tel, aux évidences de la vie de l’espèce, et n’a pour les surmonter quand elles font obstacles à son équilibre moral, que le secours de la raison, ou de la prière.

Faut-il désormais situer la prière comme un facteur dérisoire dans la conjuration des assauts permanents de la vie ? Certains le pensent, qui n’ont jamais éprouvé le besoin de s’humilier. Et le fait est que la prière est un appel à soi qui désarme les plus audacieux. Mais la raison nous arme, elle, contre les attentats commis sur notre persaMe par les tenants des certitudes imaginaires de la techno- science. Et le temps de la philosophie, qui fut un temps de doute, est à l’heure actuelle revenu, non pas comme une compensation dans l’ordre de la connaissance, comme elle le prétendait jadis, mais comme une approche de la sagesse, nécessaire pour dépasser les orgueilleuses pré- tentions des scientistes, désarmés par leurs propres trouvailles.
Sans doute la philosophie n’ apparaîtra-t-elle plus comme l’unique régulatrice et l’universelle langue, mais peut-être jouera-t-elle encore un rôle dans la quête de sens qui est notre lot commun!

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Le propos du philosophe n’est plus celui de donner à la connaissance le caractère absolu qui justifierait son autorité. Et cette mutation, à l’évidence, per1met de comprendre à la fois les deux orientations de l’attitude philosophique. L’une de ces orientations, par l’épistémologie, par l’heuristique, par la critique scientifique. Elle apporte à la quête savante des garanties éthiques, et ses références méthodologiques.

Mais il y a une autre philosophie, la philosophie banale, et celle de tous, qui, pour n’être pas aussi technique dans ses expressions, ni aussi précise dans ses méthodes, n’en constitue pas moins une constante du patrimoine humain.

Cette philosophie, c’est celle qui est une quête de sagesse, c’est-à-dire la réflexion sur les conditions possibles d’une existence dont rien d’autre ne justifie le sens, ni la valeur absolue, mais qui prend sens et valeur en fonction des nécessités profondes de l’équilibre spirituel dont chacun éprouve la nécessité.

La vie de tous les jours peut sans doute apporter, par la succession des obligations qui en découlent, une paix intérieure suffisante pour écarter les troubles et les angoisses devant les grands problèmes qui s’affichent au bout du regard, et dans le cours de toute existence: je veux parler du mystère de l’infini et de celui de la mort.

Si limité que soit le regard des hommes, ils ne peuvent manquer de se trouver face aux mystères irrésolus. A cette confrontation, la plupart répondent par une fin de non recevoir, par une attitude de réserve et en fait, par un refus d’examen. L’attitude philosophique, implique, non pas le refus d’examen, mais assurément une méditation sur les conditions de la vie, et de la coexistence collective.

La réponse traditionnelle, qui fut longtemps affaire collective, et organisation rituelle confrontée à la diversité des formulations, semble devoir être régénérée, par le fait précisément de l’étendue des rapports humains, qui ont cessé d’être locaux, pour couvrir l’étendue de la: planète. Les religions, toutes marquées du sceau de leur origine, et aussi bien par le climat que par la faune et la flore, les religions subissent une crise d’adaptation,. et doivent s’élargir pour prendre en compte la diversité des créatures. C’est à ce travail d’élaboration que la philosophie doit s’attacher, compte tenu des apports des sciences humaines, qui peuvent déterminer les relations entre les idées et les conditions matérielles de la vie, et justifier les hypothèses particulières répondant aux interrogations banales et quotidiennes des humains. Nous avons le sentiment que, de ce point de vue, la raison, les rituels, les figurations symboliques, et la discipline des corps, doivent pouvoir contribuer à dépasser le formalisme religieux, pour susciter une démarche humanitaire fondée sur la relativité des données particulières et sur l’identité des conditions intimes de l’aventure vitale. C’est à ce prix que l’humanité pourra trouver sa cohérence transcendantale.

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Quand commence la philosophie pour un individu moyen? Voilà une question que l’on se pose rarement, et qui cependant permet de comprendre un certain’ nombre d’attitudes qui ne sont nullement aberrantes, mais qui peuvent, pour les esprits non philosophiques, précisément, susciter l’étonnement.

Un esprit fin a formulé à ce propos une boutade non dépourvue d’intérêt. Il a dit: la philosophie commence quand on se pose des questions sur ce qui n’en appelle pas.

 

Il situe la philosophie du côté de l’étonnement, mais de l’étonnement systématique, de principe. Il tente de suggérer l’idée que philosopher c’est aller au delà des choses telles qu’elle sont. Et c’est là, me semble-t-il que nous pouvons trouver matière à réflexion. Car il s’agit de concilier les sens: et de se souvenir que «philosophe» signifie à la fois, ami de la sagesse et chercheur de vérité. Or, la conciliation de ces deux orientations de l’attitude philosophique s’opère si l’on établit clairement l’origine du propos philosophique.


Le commencement de la démarche philosophique est lié à l’étonnement produit par cette découverte banale: l’apparence est trompeuse. L’apparence est un masque derrière lequel se cachent des aspects tenus pour plus fiables de la réalité. Ainsi donc, la philosophie commence par un refus de croire aux donnée sensibles, un refus de tenir les choses pour ce qu’elles sont au premier regard. Et le philosophe se situe au moment où devant l’évidence d’un double visage de l’être, se pose la question de la valeur de l’un et de l’autre de ces visages.


Toutefois, toute quête conduit à la découverte d’une autre condition de l’être: sous tous les visages l’on trouve un visage plus profond, et qui donne sens aux visages antérieurs. Comme si d’apparence en apparence se dévoilait un paysage d’abord sensible, puis figuré, traduisant les profondeurs de l’être des choses manifestées. Et l’esprit philosophique, après avoir commencé par une réflexion sur l’apparence, et le doute quant aux données sensibles, l’esprit philosophique pose la succession des apparences comme constante de la manifestation du réel.


Après avoir posé la nécessité du doute concernant l’apparence sensible, il étend alors la nécessité de ce doute à toutes les manifestations de l’Être. Et cette systématisation conduirait à l’agnosticisme et même à une conception beaucoup plus décevante, si l’esprit logique n’épaulait l’esprit’ philosophique.

Si le monde n’est qu’une succession d’apparences, la réalité est inaccessible, et plus exactement, n’est jamais qu’une apparence, un aspect provisoire et éphémère de l’Être. Seule demeure la constante fonctionnelle de l’esprit, le jugement.
A cette attitude s’oppose celle du croyant qui reçoit le discours comme témoignage du vrai. Et qui adhère au discours, même s’il tâche de comprendre comment il s’accorde avec la manifestation sensible, par une rectification verbale continue.

Le croyant refuse l’apparence par référence au discours, assuré que l’apparence est en effet trompeuse, mais que la réalité profonde lui est révélée par le verbe, dont le caractère sacré lui est reconnu par l’adhésion affective. Ainsi donc, le philosophe se trouve-t-il désarmé face au croyant dans la mesure où ce dernier sait ce que dissimule l’apparence, et possède la clé de la vérité. Mais la possède-t-il vraiment ?

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J’imagine volontiers qu’une des ruptures culturelle les plus éprouvantes, pour les chercheurs et les philosophes, fut celle qui s’opéra à la suite de la découverte de la notion d’infini.

Il est certain que ce n’est pas là une notion aisément conciliable non plus avec le concept sécurisant d’un Dieu créateur des choses de la terre, et veillant sur l’humanité comme sur un troupeau nourricier.

La notion d’infini, qui prend en charge aussi bien l’espace que le temps est liée à la reproductivité des opérations. C’est également une ouverture sur l’imaginaire, qui balaie tout ce que la construction patiente peut figurer. L’infini s’impose à nous aussi bien rationnellement que par les voies intuitives et, comme le néant peut-être, qui lui aussi défie l’imagination, l’infini repousse toute prise en compte de l’esprit humain comme objet.

Et nous nous retrouvons devant une ambiguïté décisive.

Je note que cette idée de l’infini fut liée à celle de la divinité. et sans doute fut-ce là le passage de l’anthropomorphisme au déisme et à une conception spiritualiste de la connaissance du monde.

Mais l’ambiguïté de la notion d’infini subsiste, et sous la figure de Janus, s’ouvre aussi bien sur le passé que sur l’avenir, et s’identifie à la vie, éternelle dynamique de l’être.

Peut-on se refuser à penser l’infini ?

Il me semble que dès que l’idée d’Un plus Un est formée, rien ne peut plus arrêter la machine, et ce qui offre précisément l’ouverture paradoxale c’est le fait que l’indétermination est fondée par l’opération la plus immédiate et la mieux définie.

Toutefois, nous remarquerons que l’opération qui consiste à associer un et un est une opération dont le caractère spirituel. pour n’être pas généralement souligné, est cependant essentiel. Ce sont les opérations de l’esprit qui donnent sens aux opérations concrètes. Le rapprochement de l’Un et de l’Un implique une ascèse de la pensée et une vision des rapports qui ne sont pas spontanées, mais qui établissent un sens sinon volontairement défini, du moins nécessairement intégré dans l’ordre des choses.

Qu’est-ce qui nous impose l’addition de Un et de Un ? En quoi avons-nous besoin de cette réduction constructive ? Il faut prendre en compte cette interrogation pour découvrir ce qu’il y a d’insolite dans l’addition. La soustraction est plus facilement justifiée, par l’absence et le manque. Mais la soustraction ne débouche pas sur la notion d’infini, sauf par artifice. Elle a des limites objectives.

Penser l’infini, est-ce penser ou trahir la pensée ? C’est la question qui s’impose quand on tente de comprendre comment nous affrontons l’existence, et nous percevons là le passage des rapports entre la morale et la philosophie.

On sait que certains affirment qu’il n’y a pas de morale sans Dieu. C’est une vision sociologique des choses. Mais je suggère de méditer le fait d’une morale fondée sur la nécessité, et d’une morale ordonnée en tenant compte de la notion d’infini. L’éternité et l’universalité. On me dira: nécessité plus infini égale Dieu ? Je peux comprendre cette définition. Mais ce dont je pense pouvoir m’assurer également, c’est qu’il n’y a pas de réponse au besoin de sens, sinon celle qui s’inspire de l’addition, et qui repousse la soustraction, c’est-à-dire le néant et la mort. C’est la vie qui donne sens à la vie. Et vivre, c’est construire et donc, donner un sens.

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Le devoir humain consiste à se persuader que la vie a un sens, sous peine de laisser les jours et le temps s’écouler sans perspective. Mais de là à se persuader que le sens que nous lui attribuons est le sens absolu, il y a toute la distance qui sépare la foi de la sagesse.

Toutefois, on ne peut avancer sans introduire ici une autre observation : la vie porte elle même le monde. Je veux dire que ce monde existe par nous, en nous, en tant que nous sommes fils du monde. Fils de ce monde qui nous a fait ce que nous sommes et que nous portons à travers le temps et l’espace.

Ainsi, connaître, c’est une certaine autre façon de dire: vivre. En toute rigueur, vivre c’est connaître. Seulement, nous voulons objectiver la connaissance, c’est-à-dire, nous séparer d’elle, et c’est nous séparer du monde; cette opération implique un refus de l’instant présent, impose une fixation des données, et une formalisation de la turbulence des choses.
D’où la relativité de toute connaissance objective, ce qui est, il faut l’admettre, le paradoxe moderne, puisque la connaissance dans l’instant, récuse toute notion de détermination, et que l’objectivité, qui est le critère de la connaissance humaine se trouve récusée par l’évidence.

La science traditionnelle, avec ses suites causales peut apparaître de ce point de vue, comme un catalogue de vérités mortes, en fait, comme une histoire. L’invention est au cœur du temps, et tout arrêt du temps est un artifice qui occulte la réalité.

Toutefois, l’on se trouve à nouveau devant une question, et une question double. La première c’est: comment se fait-il que la science réussisse à prévoir. Et la seconde: comment se fait-il que la connaissance vécue n’apporte pas de point d’appui sur lequel nous pourrions construire autre chose ?

D’une autre façon, c’est dire: je peux construire le monde avec du savoir approximatif, et je ne peux rien sur le monde quand je le prends en charge par ma vie même ?

La loi des choses me donne prise, c’est vrai, sur le monde, mais la notion d’effet pervers, connue dès longtemps déjà, et celle de catastrophe, qui s’impose, nous avertissent. Avertissement superflu pour ceux qui dès les temps premiers avaient fait leur part au déluge, ou au feux .de Sodome et Gomorrhe, au diable, si l’on préfère (non celui de la tentation) (et encore) mais à celui de la perversion, le « déjoueur » de projets, et l’initiateur des holocaustes.

Ce monde est double, comme depuis longtemps les manichéens l’avaient reconnu. Reste à savoir si les deux faces de cette dualité ‘offrent à l’examen, des modalités de « fonctionnement » identiques. Et c’est là où les recherches scientifiques ont buté. Les phénomènes microscopiques ne fonctionnent pas comme les phénomènes macroscopiques. L’indétermination se retrouve au cœur de l’être. Et cette indétermination débouche sur la régularité, sur la loi, sur le formalisme du macrocosme.

C’est ce passage qui est difficile à conceptualiser. Les notions d’origine et de fins, perdent toute signification dans l’ordre de la connais- sance scientifique. En auront-elles encore une dans l’ordre des relations humaines?

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Je crois cependant que nous ne sommes pas sans ressources si nous savons puiser dans le patrimoine les enseignements que le pragmatisme des anciens avaient su constituer.

Il se peut que nous nous fassions une idée fausse du Moyen Age, mais je retire de mes lectures l’impression que c’était d’une culture couvrant l’ensemble des relations humaines et cosmiques qu’il s’agissait, culture qui déterminait les comportements, et présidait aux rapports politiques, juridiques et moraux.

Une pyramide hiérarchique disposait les humains sur des plans différents, mais également respectés, depuis les manouvriers, les « vaguants », qui servaient occasionnellement les laboureurs, jusqu’aux clercs qui servaient les princes et Je Roi. consacré par l’onction divine, c’est-à-dire, en fait par une légitimité collectivement assumée.

L’ordre établi recevait des croyances admises la justification indispensable. Mais encore fallait-il que cet ordre apparaisse comme tel et les prêches ne suffirent pas à en assurer la durée.

Les expéditions en Moyen Orient, pour les croisades ébranlèrent la foi. Les conflits entre le pouvoir religieux et le pouvoir impérial déchirèrent l’unité spirituelle. Le doute se fit et la Quête commença d’une autre vérité unificatrice. La trouverait-on dans les textes anciens réactivés, et dans les enseignements de la tradition des premiers âges du christianisme (néoplatonicien) ? La trouverait-on dans la découverte des techniques modernes, l’exploration de l’espace et la connaissance de la nature ? Cette double interrogation, nous devons le constater, est toujours actuelle, et de fait l’unité spirituelle n’est pas réalisée. L’unité du paysage culturel n’a jamais pratiquement été reconstituée depuis la fin du Moyen Age, si tant est que cette unité n’ait pas été le fait d’une illusion rétrospective.

Ce qui apparaît à l’évidence, c’est que les deux quêtes entreprises, pour découvrir une référence justificatrice s’avèrent décevantes: la science ne nous a pas donné la connaissance susceptible de réguler, ni de fonder nos comportements sociaux et moraux. Les guerres fratricides ont démontré que la raison ne présidait pas aux rapports entre les hommes. Le capitalisme n’était pas seul en cause, on l’a compris aujourd’hui mais plus sûrement les constantes dans le comportement humain.

Or, d’autre part, le recours à la tradition qui a pris1e caractère d’un retour aux sources laisse encore bien des insatisfaits, dans la mesure où ce recours est occulté par des emprises partisanes.
La tentation d’aller chercher en Orient des leçons de conduite est grande. Tout ce qui vient de loin est en effet gratifié d’un préjugé favorable. Et le fait est que ce détour permet de mettre l’accent sur un certain nombre de principes qui semblent bien constituer l’essentiel de ce qui est nécessaire à une bonne administration de la vie personnelle et collective.

D’abord, la conviction que la maîtrise des équilibres organiques, la discipline du corps par l’activité mesurée est un facteur déterminant de la santé spirituelle, et de l’harmonie des rapports.

Ensuite, la nécessité, pour assurer le développement individuel d’une confrontation entre les esprits et la rencontre entre les autres individualités, pour permettre à chacun d’évaluer la relativité de ses engagements. Enfin, l’évidence, liée à la condition humaine qui ne trouve jamais de borne à son développement, et s’ouvre sur l’infini, dans une démarche progressive vers la lumière et la liberté par le dépouillement.

Ces exigences qui conditionnent notre comportement ne se rapportent nullement à une conception métaphysique et comme telles, peuvent être adoptées par tous, sans considération d’à priori fidéiste. C’est seulement un constat qui prend en compte l’expérience humaine telle qu’on peut la reconnaître à travers les témoignages laissés par les sages de tous les temps et de tous les payS. Et c’est pourquoi, il importe de constituer, autant que faire se peut, des groupes de réflexions, ouverts tant aux apports du passé qu’aux promesses de l’avenir, en assurant à chacun des membres de ces groupes une sécurité affective permettant de cultiver le sentiment de la liberté absolue de conscience.

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Il semble bien que cette perspective ait été, sans qu’ils en aient rigoureusement conscience, ouverte par la tentative de dépassement religieux opérée par les initiateurs de l’institution maçonnique.


Sans revenir sur les aléas déterminés par les influences historiques on peut considérer que l’époque actuelle découvre une vocation qui n’est pas’ apparue dès l’abord avec toute sa singularité, quoi que les tentatives pour absorber l’expérience humaine dans le cadre des rites et des enseignements développés aient de tous temps été nombreuses. Rappelons seulement pour mémoire, les références mythiques à l’Égypte, et les ressourcements gnostiques.

Ce qui est clair aujourd’hui, c;est que le courant qui définit la quête maçonnique par rapport à la sagesse traditionnelle, courant qui fut celui qui inspira les esprits les plus pénétrants dans le cours des deux derniers siècles, et qui s’est enrichi des tentatives plus ou moins positives de restituer les cheminements initiatiques de l’antiquité, est actuellement pris en compte par un certain nombre de maçons.

Sont-ils minoritaires, majoritaires ? La question ne se pose pas en ces termes. La question est seulement de savoir.:. s’ils sont susceptibles d’apporter une réponsf et satisfaire à une attente.

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De ce point de vue, je crois personnellement que s’impose une réflexion sur les rapports entre le Grand Collège des Rites et les institutions maçonniques constituant les loges dites bleues, rapports qui ont de tous temps fait l’objet d’une attention mêlée d’incompréhension de la part des maçons qui dépendent, pour leur équilibre moral d’une certaine conception plus ou moins imaginaire, et qui ordonnent leurs préoccupations à propos des pouvoirs dans la société.

A la limite d’ailleurs, les ambitions sont vides de contenu et cela seul importe aux yeux de certains, qui est la considération accordée à des personnages investis à tort ou à raison d’une certaine auréole, parmi lesquels ils aspirent à se compter un jour.

Ajoutons que naturellement, étant donné la nature humaine, des réactions négatives se manifestent, qui ne sont pas mieux justifiées tant que la nature même du propos maçonnique n’est pas acceptée dans sa clarté libératrice.


Certes, connaître une autorité installée confère prestige, et justifie un engagement, mais c’est le jeu des pouvoirs et des masques, et c’est un jeu. Et beaucoup d’hommes n’ont pas assez de toute une vie pour comprendre en quoi il est pure vanité.

Le prestige des rangs, outre qu’il inspire de la considération parfois injustifiée devrait impliquer une certaine capacité à donner une ouverture, et à offrir une perspective enrichissante et salutaire.

La part de vanité qui entre dans les relations sociales les plus banales est certes considérable, mais le véritable propos, quand on pèse les réalités de la vie, c’est la capacité acquise de justifier la mission que l’on assume.

Et c’est pourquoi il importe de comprendre le rôle qui incombe à chacun de ceux qui sont en situation de prévoir, de pressentir et d’ins- pirer les moyens de répondre aux appels entendus.

La plupart des hommes occupant des postes de responsabilité sont l’objet de sollicitations qui les engagent souvent au delà du possible, par la griserie de l’importance. Et c’est contre cette dégradation des fonctions que le sage doit se prémunir. Le choix des hommes est certainement la tâche la plus redoutable qui échoit à un homme en place. La plupart du temps, il ne put choisir que parmi ceux qui l’entourent, et ceux là sont rarement des individus solides, et détachés des contingences de l’autorité.
Il faut faire te départ entre tes hommes qui vivent par eux-mêmes, de ceux qui ne tiennent que grâce à l’appareil et à l’institution.

La vieille sagesse savait parfaitement distinguer l’homme sous les habits. Et d’une façon générale, celui qui dépend d’une institution est sans doute armé pour faire aussi bien le mal que le bien, mais rarement pour apporter le secours moral dont les individus ont besoin dans les circonstances les plus déterminantes de leur cheminement intellectuel et moral.

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Aussi, convient-il de travailler à ce que le Grand Collège des Rites assure non seulement les formules exposant les principes, mais par le choix de ses membres le désintéressement et l’écoute attentive des hommes de notre temps.

Et pour ce faire, que le choix soit opéré parmi les frères qui ont renoncé à la course aux places, dont la régulation des comportements est évidente, et qui sont capables de vivre une aventure égalitaire dans le sens le plus profond du terme: celui qui reconnaît à chaque individu sa valeur singulière et exceptionnelle.

Platon évoque un Jugement des morts: le jugement des morts est le jugement auquel chacun de nous doit se soumettre en toute occasion. Ce n’est que dans la mesure où nous n’avons pas besoin, pour être en paix avec nous-même, d’une consécration extérieure, que nous approcherons de la vertu suprême, et que nous pourrons témoigner.

L’humilité, ingénue, celle que l’évangile prête aux enfants, est assurément le signe de la plus haute vertu. Que sommes nous au regard de l’infini et de l’éternel ?

Mais nous attendons des souverains terrestres une éternité et un pouvoir qu’ils ne peuvent pas nous conférer. C’est pourquoi nous devons puiser dans la tradition ancienne les enseignements d’une sagesse qui de nos jours est la condition de la survie de l’humanité fraternelle.

Et de ces enseignements, non seulement nous en possédons le trésor mais nous en avons la clé.

Jean  MOURGUES

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Protégé :  » ANKH  » -1°-

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Maçonnerie Régulière dans la zone des Caraïbes. 25 janvier, 2009

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Maçonnerie Régulière

dans la zone des Caraïbes.

 

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Protégé : Encens et Egrégore – 1° - 23 janvier, 2009

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Protégé : Les Gants Blancs – 1° - 17 janvier, 2009

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Le Soufisme 8 janvier, 2009

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Le Soufisme

Le soufisme ou l’humanisme de l’Islam

 par Elias 

 Ce texte est paru dans la Tribune d’Octobre No 19
(El Badil, Montreuil, 25 mars 1990)

Le soufisme s’est développé dans un cadre particulièrement difficile. le pouvoir en place, sous les Omeyyades et plus particulièrement sous les ‘Abbassides, était très sourcilleux sur l’orthodoxie sunnite et jetait le discrédit sur toute fausse note susceptible de donner plus d’assise au chiisme.

Il n’est pas du tout surprenant d’assister à une lutte sans merci pour la mainmise sur la religion dès l’avènement du deuxième calife Omar. L’élaboration de la vulgate coranique sous Othman avait donnée le ton de ce qui allait advenir en matière de politisation de la croyance. La volonté de régenter le culte s’en est davantage accentuée.

Dès l’époque Omeyyade, il y eut un islam officiel, proche du pouvoir en place et un islam légitimiste incarné par les chi’ites qui réclamaient un « juste retour des choses ». Le message coranique subira dès lors beaucoup d’avatars pour culminer à l’époque ‘Abbasside par une volonté de faire triompher le courant litté-raliste qui s’est non seule-ment attaché à mettre en avant l’aspect exotérique des Écritures Saintes mais en plus selon la technique de l’abrogation, s’est rangé sur les positions les plus restrictives voire répressives du message. Cette lecture littéraliste était le propre des théologiens de cour occupant des positions prédominantes dans le clergé informel de la judicature islamique.

Face à cette formalisation excessive d’une croyance basée sur l’émancipation des individus, d’autres catégories ont vu le jour pour mettre les pendules à l’heure: les philosophes et les soufis.

Les philosophes hellénisants n’avaient pas à proprement parler les coudées franches. Ils devaient promouvoir leur activité spéculative à l’ombre du dogme sous peine d’être taxés d’hérésie.

 Les soufis

En schématisant à l’extrême, on pourrait dire que le soufisme est un ésotérisme par opposition à l’ésotérisme. Cette attitude ésotérique (batin) n’est pas fortuite, elle plonge ses racines dans le champ ouvert par le Coran. Dès lors que le soufisme représente l’aspect intérieur de l’Islam, sa doctrine est en substance un commentai-re ésotérique du Coran. Le prophète lui-même a donné la clef de toute exégèse coranique dans ses enseignements oralement transmis et vérifiés par la concordance d’intermédiaires.

Parmi ces paroles prophétiques, certaines sont fondamentales pour le soufisme, à savoir celles que le Prophète énonçait en sa qualité, non de législateur, mais de saint contemplatif, et qu’il adressait à ceux de ses compagnons qui furent, par la suite, les premiers maîtres soufis, puis celles où Dieu parla directement par la bouche du Prophète et qu’on appelle Sentences Saintes (Ahadith Qudsiya). Celles-ci relèvent du même degré d’inspiration que le Coran, mais non du même mode « objectif » de révélation; elles énoncent, du reste, des vérités qui n’étaient pas destinées à toute la communauté religieuse, mais aux seuls contemplatifs. C’est de là que part l’exégèse soufie du Coran, « se basant sur la parole du Prophète selon laquelle chaque parole du Coran comporterait plusieurs sens et sur le fait que chaque lettre a son sens (hadd) et que chaque définition implique un lieu d’ascension » (matla’) 1.

Le soufisme est né pratiquement avec l’Islam, cependant le terme tasawuf n’est apparu qu’aux confins du IIe et IIIe siècles de l’hégire. Un groupe de spirituels chi’ites aurait été le premier désigné sous le nom de soufis. Parmi eux un certain ‘Abdak (210/825) antérieur à Jonayd et son maître Sari al-Saqati.

La Tradition du Prophète abonde en préceptes mystiques. N’est-ce pas lui qui incita à une lecture ésotérique du Coran. Abou Hurayra disait: « j’ai gardé précieusement dans ma mémoire deux trésors de connaissance que j’avais reçu du messager de Dieu; l’un, je l’ai rendu public, mais si je divulguais l’autre, vous me trancheriez la gorge ».

Après la disparition du dernier calife qui était le chef légal, théologique et mystique, l’autorité se divisa entre les jurisconsultes, les théologiens et les mystiques. Hassan al Basri (mort en 728) était probablement le premier mystique « pur » n’ayant pas de responsabilité dans la direction de l’État. C’est aussi le premier, sans doute, à avoir posé explicitement ce qu’allait être le fondement du soufisme: « Qui connaît Dieu l’aime, et qui connaît le monde y renonce » 2.

Ce renoncement est repris par Dâwad at-Tâ’i, disciple et successeur de Habib al ‘Ajami (le persan) lui-même disciple de Hassan al Basri: « Fais ton jeûne de ce monde, fais ton déjeuner de la mort et fuis les hommes comme tu fuirais les bêtes » 3.

Ces principes vont inaugurer toute une lignée de mystiques qui ne vont pas se contenter de rechercher la haqiqa (vérité spirituelle permanente) au détriment de la Shari’a (la lettre de la loi divine). Au premier rang desquels Jonayd (mort en 297/909) surnommé Cheikh at-Taifa (le maître du groupe des soufis). Iranien d’origine, il reçut l’enseignement des plus grands maîtres de l’époque dont Abu Thawr al Kalbi et fût initié par son oncle Sari al Saqati. Il résida toute sa vie à Bagdad et laissa une quinzaine de traités dont Kitab at Tawhid (le Livre de l’Unicité) et Kitab al-Fana’ (le Livre de l’Extinction). Il disait à propos de l’absorption mystique (al Fana‘): « le soufisme, c’est que Dieu te fasse mourir à toi-même et vivre en lui » 4.

Le supplice de Hallaj  

En 264/977, Hallaj fait la rencontre de Jonayd et pratique sous sa direction les exercices spirituels. Il reçoit la Khirqa (le manteau de soufi) des mains du maître. Mais dès son premier pèlerinage à la Mecque, il rompt ses relations avec les soufis ainsi qu’avec les traditionalistes et les juristes.

L’union avec Dieu réalisée grâce à l’amour était le sujet de ses prédications en public à Bagdad. Les canonistes en conçurent beaucoup de colère et l’accusèrent de panthéisme. Les soufis ne le soutinrent pas sous prétexte qu’il aurait divulgué des secrets qui ne devaient être communiqués qu’aux initiés. Hallaj avait commis la faute de rompre publiquement « la discipline de l’arcane ». Les politiciens et les juristes réclamèrent une fatwa pour l’envoyer au gibet. Il fut mis à mort par un jour de printemps en l’an 922, le 24 Du’l-Qa’da.

Mais quels qu’aient pu être ses effets immédiat, son martyre se révéla finalement comme une source de force pour le statut des mystiques et pour le mysticisme lui-même au sein de la communauté dans son ensemble.

Le verdict déclarant que personne n’avait le droit de prononcer de telles paroles: « Ana al Haq » (je suis la Vérité) fut graduellement oublié en faveur d’une opinion selon laquelle ce n’était pas l’homme dans ce cas qui parlait et maintenant, pour un nombre croissant de musulmans la formule condamnée est elle-même d’abord un élément important de la preuve que Hallaj fut l’un des plus grands saints de l’Islam, alors qu’elle sert, en même temps, de démonstration générale du fait que les soufis ne sont pas toujours responsables de ce qu’ils expriment.

Cette reconnaissance graduelle et tardive est due en partie à des traités de soufisme plus simples. Des ouvrages accessibles à la masse comme Ta’aruf de Kalabadhi ou Kashf al Mahjub (le Dévoilement des choses cachées) de Hujwiri.

Les IVe et Ve siècles connurent un foisonnement sans pareil de grands maîtres. Niffari est une des figures les plus intéressantes. Auteur de Kitab al Mawaqif (Le Livre des Stations) ou il relate les révélations qu’il aurait eues en état d’extase:

« Il m’établit dans la Mort; et je vis que les actes, tous sans exception, étaient mauvais.
Et je vis la crainte régnant sur l’espérance;
et je vis la richesse changée en feu et adhérant au feu;
et je vis la pauvreté comme un adversaire qui dépose;
et je vis que, de toutes les choses, aucune n’avait pouvoir sur l’autre;
et je vis que le monde est une illusion et les cieux en mensonge.

Et j’appelai: « Connaissance » mais elle ne répondit pas.
Et je vis que toute chose m’avait abandonné, et que tout être créé m’avait fui, je restais seul. Alors l’acte vint à moi et je vis en lui une imagination secrète et cette partie secrète était ce qui restait; et rien ne fut de secours que la Miséricorde de mon Seigneur.

Il me dit: Où est ta connaissance?
et je vis le Feu.

Il me dit: Où est ta gnose?
et je vis le Feu.

Et il me dévoila Ses Gnoses d’Unicité et le Feu s’éteignit.
Et il me dit: « je suis ton ami » et je fus affermi.
Et il me dit: « Je suis ta Gnose » et je parlai. Et il me dit: « je suis Celui que tu cherches » et je sortis ».

Au-delà des propos d’extase qui ne peuvent être entendus que par une infime minorité d’initiés, il y eut un phénomène qui sauva le soufisme des griffes de ses détracteurs le jour où Ghazali 5 se convertit au soufisme.

Ce personnage exceptionnel ayant éprouvé les limites du rationalisme, fit l’expérience intense et providentielle de la nécessité du soufisme. Devenu l’un des premiers théologiens et juristes de Bagdad, il parvint à un état de crise durant lequel, comme il nous le rapporte, il fut pendant deux mois, en proie à des doutes sur la vérité de la religion. Le salut lui vint d’un contact avec le soufisme. Il raconte sa conversion (tawba) dans son autobiographie: al Munqidh min al Dhalal (Celui qui sauve de l’erreur) dont voici un extrait significatif:

« L’examen de ces doctrines terminé, je m’appliquai à l’étude de la Voie Soufie. Je vis que, pour la connaître parfaitement, il fallait joindre la pratique à la théorie. Le but que les soufis se proposent est celui-ci: arracher l’âme au joug tyrannique des passions, la délivrer de ses penchants coupables et de ses mauvais instincts, afin que dans le coeur purifié il n’y ait place que pour Dieu; le moyen de cette purification est le dhikr Allah, la commémoration de Dieu et la concentration de toute sa pensée en lui. Comme il m’était plus facile de connaître leur doctrine que de la pratiquer, j’étudierai d’abord ceux de leurs livres qui la renferment… les ouvrages… les fragments qui nous sont restés des cheikhs. J’acquis une connaissance approfondie de leurs recherches, et je sus de leur méthode tout ce qu’on peut savoir par l’étude et l’enseignement oral; il me fut démontré que son dernier terme ne pouvait être révélé par l’enseignement, mais seulement par le transport, l’extase et la transformation de l’être moral… J’en savais tout ce que l’étude peut en apprendre, et ce qui manquait était du domaine, non de l’enseignement, mais de l’extase et de l’initiation… Faisant un sérieux retour sur moi-même, je me vis enserré de toutes parts dans ces attaches. Examinant mes actions dont les plus honorables étaient l’enseignement et le professorat, je me surpris plongé dans plusieurs études de peu de valeur et sans profit pour mon salut. Je sondai le fond de mon enseignement et je vis qu’au lieu d’être sincèrement consacré à Dieu, il n’était stimulé que par le vain désir de l’honneur et de la réputation. Je m’aperçus que j’étais sur le bord de l’abîme et que, sans une conversion immédiate je serai condamné au feu éternel… Enfin sentant la faiblesse et l’accablement de mon âme, je me réfugiai en Dieu comme un homme à bout de courage et sans ressources. « Celui qui exauce le malheureux qui l’invoque » daigna m’exaucer; il facilita à mon coeur le sacrifice des honneurs, des richesses, de la famille ».

Si Ghazali, le juriste shaféite, avait donné sa caution en se jetant corps et âme comme en témoignent ses « confessions » dans le soufisme, son jeune contemporain Abd al Qadir al Jilani avait rendu cette reconnaissance pleinement effective. Abd al Qadir réussira à faire admettre définitivement le soufisme dans la cité. La tariqa qadiriya en tant que branche de la jonaydia se développera dans la majeure partie des pays musulmans.

Avant d’évoquer le prolongement du soufisme en confréries religieuses, il n’est pas inutile d’évoquer l’ultime sinon la figure la plus marquante de l’histoire du soufisme: Ibn ‘Arabi.

Al cheikh al akbar

Ibn ‘Arabi est sans conteste celui qui donnera tout son sens au soufisme tant par sa pratique que par les centaines d’ouvrages qu’il a rédigé.

Né à Murcia en Andalousie en 569/1165, il rencontre à l’âge de 17 ans Ibn Rochd (Averroès) qu’il ne devait jamais revoir. Ibn ‘Arabi peut être considéré comme un héritier d’Abou Madyan Shu’ayb 6 car il fut en contact étroit avec plusieurs de ses disciples et parlait toujours de lui avec la plus grande vénération, le désignant parfois comme son « Cheikh ».

Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés de fait, ils communiquèrent néanmoins grâce au miracle de la lévitation. Le lien spirituel existant entre eux fut confirmé au temps de la jeunesse d’Ibn ‘Arabi. Ce dernier raconte qu’un soir après avoir accompli la prière du maghrib [coucher du soleil], il se mit à penser très fort à Abou Madyan et ressentit un très vif désir de le voir. Quelques instants plus tard, un messager entra, le salua et l’informa qu’il venait de la part du saint avec lequel il venait d’accomplir la prière à Bougie. Abu Madyan l’avait chargé de dire à Muhyi’d-din: « Pour ce qui est de notre rencontre dans l’esprit, tout est bien, mais Dieu ne permettra pas celle que nous pourrions avoir dans ce monde matériel. Rassurez-vous, cependant, car le temps fixé pour une rencontre entre vous et moi se situe dans la sécurité de la miséricorde divine » 7.

Ce disciple de Abu Madyan, écrivain d’une prolixité colossale, produisit au cours de son existence quelques huit cent cinquante-six ouvrages dont seulement cinq cent cinquante nous sont parvenus et sont attestés dans deux mille neuf cent dix sept manuscrits. Son chef-d’oeuvre le plus célèbre s’intitule: Kitab al Futuhat al Makkiya (Le livre des conquêtes spirituelles de la Mecque ou Illuminations Mecquoises). Cet ouvrage fut rédigé à la Mecque sous l’injonction de l’ange de la révélation. Il comporte 565 chapitres répartis sur quatre volumes.

Ibn ‘Arabi s’éteignit paisiblement à Damas, entouré des siens, le 28 Rabi’ 11638/16 Novembre 1240 peu avant la prise de Bagdad par les Monghols en 1258.

Depuis la disparition du Khatem Al Awliya’ (Sceau des Saints), le soufisme n’a plus connu de théoricien de cette envergure. Les ordres soufis ont servi, depuis lors, de relais avec des fortunes diverses à ces penseurs qui incarnèrent la spiritualité de l’Islam.

1 Burkhardt. Introduction aux doctrines ésotériques de l’islam
2 Abu Sa’id al-Kharraz. Kitab aç-Cidq
3 Qushairî. Risâlah
4 Qushairî. Risâlah
6 Al Ghazali surnommé Hujjat al Islam (la Preuve de l’Islam) naquit en 451/1059 à Tus dans le Khorassan. Après une formation de théologien et de juriste, il est nommé professeur à la Madrasa Nizamîya de Bagdad en 484/1091. En 488/1095, il renonce à sa chaire et entame une retraite mystique jusqu’à sa mort survenue en 505/1111.
7 Abu Madyan Shu’ayb était né à Séville, mais il se rendit en Orient où il aurait reçu son investiture (Khirqa) des mains d’Abd al-Qâdir Jilani.

par ELIAS publié dans : Hauts grades

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Fraternité Libertaire 3 janvier, 2009

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Fraternité Libertaire

 

Maçon et Libertaire ?

Vaste sujet car traité maintes fois. Alors que pourrai-je apporter de plus? Bien sûr je pourrai remonter aux sources, relire les bons auteurs (comme on dit). Mais ils sont si nombreux. Lequel prendre et auquel adhérer sans me mettre en danger, risquer que ma pensée adopte une ligne de conduite toute faite ?

Pourquoi tel ou tel théoricien de la pensée libertaire serait-il le meilleur et digne de devenir un guide pour celui qui pense être de cette sensibilité ? Suivre un guide sans le soumettre à son esprit critique n’est-ce pas déjà accepter de ne plus être SOI?

Il me semble qu’être libertaire est le résultat d’une ascèse intellectuelle tournée vers le SOI tout en étant disponible pour l’AUTRE ; non pas l’ÉTRANGER, mais le SEMBLABLE. C’est se construire, faire de soi un HOMME, LIBRE dans ses pensées et ses actes.

C’est aussi être TOLÉRANT. Attitude positive vers tout ce qui aide et installe une reconnaissance de l’HOMME RESPONSABLE de ses actes.

Mon parcours professionnel m’avait déjà amené à pratiquer des formes d’actions peu courantes qui m’avaient mis parfois en porte-à-faux par rapport à mon Institution. La base des désaccords portait le plus souvent sur un non respect de règles. Règles ne me permettant pas d’œuvrer au mieux de ceux qui attendaient une réponse du système en place.

C’est ainsi que j’ai installé dans mes lieux d’affectation, la transparence des décisions, des orientations et des « comptes » et pratiqué la co-gestion, voir l’auto-gestion. Ne pouvant changer à moi seul un système, j’ai préféré agir en montrant que certaines formes d’actions pouvaient tout à fait venir battre en brèche l’existant et soi-disant impensable à changer. J’ai parfois été raillé mais aussi suivi et les réalisations de nouvelles formes pédagogiques centrées sur l’individu ont bel et bien vu le jour. De même dans la gestion des équipes administratives qui très vite ont été responsabilisées et libres de décisions dès lors que celles-ci allaient dans l’intérêt de l’INDIVIDU.

J’ai rejoins la Franc-maçonnerie par idéal HUMANISTE, parce que le besoin se faisait sentir d’approfondir une réflexion sur ce que j’étais. Je voulais confronter mes « utopies », acquérir une méthode progressive permettant de dégager l’HOMME de sa gangue.

Aujourd’hui j’entrevois quelques réponses mais elles demandent encore à être soumises à critique. Je ne suis pas gêné dans mes pensées car comme le disait Léo Campion « la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable (…) elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n’adhère à rien ». Je prends bien sur « adhère à rien » dans le sens où une adhésion serait un renoncement à des idées personnelles par rapport à des dogmes, quels qu’ils soient.
Je trouve dans ma Loge une vraie Fraternité. Mes voyages me font connaître des Frères d’autres obédiences … et certains par leur comportement et leurs idées m’ont amené à une réflexion plus pointue sur les miennes. Ainsi être de sensibilité libertaire et être Franc-maçon ne serait pas incompatible ?

J’ai entrepris d’observer ma Loge pour voir si ses modes de fonctionnement cadraient avec ce que je mettais dans un comportement libertaire.

«Un maçon libre dans une loge libre». Je reconnais que cela se pratique dans ma Loge. Tout est fait pour que la liberté de chacun soit respectée et que le foisonnement des différences n’entraîne pas – comme on pourrait s’y attendre – le chaos. Chacun s’exprime très naturellement quel que soit le sujet. La parole est forte et entendue car chaque Frère est considéré comme responsable.

Étudions comment se passent la plupart des réunions-débats, des prises de paroles, des discussions de groupe. Souvent ce ne sont qu’attitudes convenues, interruptions, monopole de la parole, … autant d’outils qui entretiennent les dominations. En Loge, pas de cela. Nous nous sommes donné des règles pour débattre, pour favoriser l’écoute, la prise en compte des diverses opinions… Les dialogues sont exclus, la parole demandée est adressée à tous les membres présents. La parole s’autorégule. Elle n’en a donc que plus de valeur et de poids. On ne la conteste pas, on l’enrichit par des nouveaux apports, la critique est toujours positive. A chacun de suivre une démarche personnelle pour prendre en compte les multiples facettes d’un problème et se forger une ligne d’action. Cette ligne, résultat d’un apport collectif, ne peut qu’être un liant et en aucun cas une « Vérité révélée » à accepter comme telle.

De là découle cette nouvelle vision : ce n’est pas parce que les hommes sont égaux qu’ils ont les mêmes droits, c’est parce qu’ils ont les mêmes droits qu’ils sont égaux. Chacun devient responsable et contribue à la base de sa dignité. C’est pour cela que les Maçons cultivent l’amour fraternel, valeur universelle qui interdit la négation de l’autre, son exploitation et fait indiscutablement partie de la construction du Temple. Chacun de nous est donc à la fois responsable et tributaire de cette équité, base de notre dignité. L’équité entre Frères vise le «juste». Elle impose un travail intérieur, une recherche de l’absolu et une soif de justice.

Les règles de notre rituel apportent à notre formule «Liberté, Égalité, Fraternité» une force encore plus grande car ces mots deviennent des facteurs nécessaires et favorables au progrès humain et j’adhère aux paroles de René Valfort: « Un milieu comme la Franc-maçonnerie, dont les principes fondamentaux sont : la tolérance, la fraternité, la liberté de pensée, le respect de la personne humaine, dont l’objet principal est l’éducation des individus et la formation d’une élite, ne peut pas être inutile au progrès de l’Humanité. Et de cela les anarchistes, moins que quiconque, ne doivent douter, vu l’importance qu’ils attachent à l’éducation ».

C’est pourquoi je ne vois pas d’incompatibilité entre Franc-maçonnerie et attitude libertaire. Les deux sensibilités concourent au même but. Certes leurs formes d’actions sont différentes mais les idées sont les mêmes et la phrase « un maçon libre dans une loge libre » prend tout son sens : aucun dogme, aucun système d’autorité ne peut asservir l’Homme. Comment l’un et l’autre, le Maçon et le Libertaire, frères en Humanité ne pourraient-ils pas s’asseoir et œuvrer ensemble au sein d’une Loge. Pour eux le dénominateur commun est l’Homme.

Prenons encore les fonctions occupées au sein d’une Loge. Tous les ans il y a élection des Officiers. L’un d’entre eux est Le Vénérable Maître, qui en fait n’est que l’administrateur de la Loge. Ils ne sont donc « élus », « reconnus » par les Frères que pour un an.

Ces officiers ne sont pas des « gouvernants », des « mandataires », des « représentants » mais des pairs qui, conformément au mandat impératif, révocable et « tournant » qui les a désignés doivent rendre compte, ont la charge de tenir certains offices, et exécuter certaines « missions » dans l’intérêt de la Loge.

Leurs charges ne sont attribuées que pour favoriser un harmonieux travail de l’Atelier et leur actes « d’autorité » ne sont en fait que le respect des règles fixées en commun. A l’issue d’une charge chacun retourne sur les colonnes.

Si on lit le Règlement de l’Obédience on y voit tout un « système » pourvu de tous les attributs habituellement image de pouvoir ou au sens large d’autorité. Mais il y a une très grande différence : tout Maçon peut s’il le veut, quitter, librement, sa Loge. Même dans ce cas extrême il y a respect de son acte.

On est bien là dans une affirmation qui s’inscrit dans l’Humanisme, lequel est né avec la premier humain ayant pris conscience de ce qu’on pouvait naître à son humanité si on en faisait librement le choix. Choix de s’engager mais aussi de se désengager. L’engagement maçonnique est scellé par la Liberté : la liberté du choix de l’individu d’abord, puis Liberté ensuite, avec un grand « L », constitutive d’une condition humaine.

De plus, regardons nos rituels. Ils ont évolué au cours des siècles. Mais une Loge peut aussi se donner un rituel. Toutes les règles élaborées pour servir les besoins humains doivent être par nature adaptées aux circonstances et ne doivent jamais pouvoir « s’institutionnaliser ».

C’est pour cela que je me sens bien en Maçonnerie. Si mes aspirations libertaires sont, comme je le crois, installées et vécues elles ne gênent en rien mon engagement et à la pensée de Léo Campion j’ajouterai encore celle-ci: « Tu dis que tu as choisi une idée parce qu’elle est bonne, sache qu’en réalité tu dis qu’elle est bonne parce que tu l’as choisie. » afin d’être toujours en veille

Enfin, pour terminer une définition que j’adopte volontiers : « L’Anarchisme est la passion de la Liberté mise en théories. Et aussi en pratique lorsque faire se peut ». (Dictionnaire Universel de la Franc-maçonnerie).

Jean Rich:.

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Danse et Initiation 1 janvier, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Danse et Initiation

 

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessibles à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmiques, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les caractères et les passions. Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»

Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante. Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

La danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pas concevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamennais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du cœur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leur lancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamétralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethnologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)

Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pèlerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.


LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASE

Après avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase. Saint Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

LE CHAMANISME

Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’œil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix. Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE

Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’Asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense. La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Khmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomime de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA

L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : Les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le cœur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

LES HÉBREUX

Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

LA GRECE

Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarqué chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dionysiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du chœur, etc….

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : Les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. Danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

LE MOYEN-AGE

Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

LE BAROQUE

Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferme une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

LE SYSTEME CLASSIQUE

Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parle un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, la Nature a fourni à la danse et à l’homme les Positions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillée de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennement

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,
- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,
- Expression spontanée des émotions et des langages humains,
- La danse est éternelle !

Gilbert MAYER

http://www.cgagne.org

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