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Souvenir 14 juillet, 2008

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BIANCO René Louis.

Né le 4 octobre 1941 à Marseille, mort le 31 juillet 2005 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; anarchiste ; enseignant, docteur en histoire.

 

René Bianco était issu d’un milieu modeste, son père, Antonin Louis fut facteur auxiliaire des postes à Auriol puis à Plan de Cuques (Bouches du Rhône). C‘est dans cette dernière localité qu’il fréquenta l’école. Il obtint une bourse qui lui permit de poursuivre ses études comme pensionnaire au lycée Saint-Charles de Marseille jusqu’au Baccalauréat de philosophie. Pour ne pas être à la charge de sa famille, il exerça divers métiers (ouvrier dans une usine de jouets, livreur, préparateur en pharmacie, etc.).Il fut recruté comme instituteur suppléant en octobre 1961. Il passa son CAP en mai 1963 et fut titularisé l’année suivante. Assez rapidement, il se vit alors chargé des classes réservées aux élèves difficiles et obtint en décembre 1967 son diplôme d’instituteur spécialisé (classes pratiques). Il devint PEGC en septembre 1975 et professeur certifié d’Histoire et Géographie (septembre 1989).

Au début des années 1960, il fréquentait rue du Terras, à Marseille, le dojo fondé par Pierre Jouventin (spécialiste des terres australes et devenu directeur de recherches au CNRS). René Bianco a été un secrétaire de la Ligue de Provence d’Aïki-do. Dans le même temps, il milite au sein du SNI dans le courant École émancipée, dont il démissionnera après les événements de 68, à la Libre Pensée et à la FA. Il soutint également, de façon très active, l’action entreprise par Louis LECOIN en faveur de l’objection de conscience et participa à un petit groupe clandestin de lutte contre l’OAS et d’aide aux insoumis. Sursitaire, il réussit à se faire réformer (octobre 1963) et resta donc à Marseille où avec une vingtaine de jeunes dont la moitié issue de familles espagnoles exilées, il fonda, en avril 1960, les Jeunes Libertaires dont il assurera l’animation pendant près de dix ans. À ce titre, il participa activement à l’organisation des Campings internationaux qui permettaient, chaque été et dans un lieu différent (en France ou à l’étranger) aux familles libertaires de diverses nationalités de se retrouver et d’échanger des idées. Ces rencontres l’entraînent à participer un moment aux activités de la F.I.j.L. (Fédération Ibérique des jeunesses Libertaires) qui s’efforçait de manifester une présence libertaire dans l’Espagne franquiste.

René Bianco fut l’un des principaux animateurs, avec André Arru (voir ce nom) du groupe Marseille-Centre. Il fut à de nombreuses reprises délégué aux congrès de la FA à laquelle le groupe adhérait. En 1965 et 1966, il fut président de séance. C’est à cette période qu’il fonda, avec son ami Roland Lewin du groupe de Grenoble (voir ce nom) la Commission d’Histoire et d’édition de la FA. En décembre 1965) il se marie avec Lilyane Naviuat, sa compagne depuis déjà plusieurs années. Ils eurent une fille, Karine, née en juillet 1967.

En 1967, il fonda à Marseille en 1967, les éditions Culture et liberté. Par ailleurs, il participa à la création de plusieurs associations culturelles (théâtre, poésie etc…).

En juin 1968, il organisa, avec le groupe de Marseille, le congrès de la FA qui le désigna comme responsable de la rédaction et de l’administration du Bulletin intérieur de la Fédération, poste où il succèdait à Aristide LAPEYRE et qu’il occupa jusqu’au printemps 1970. Cette même année lors du congrès extraordinaire de Paris (29-30 juin 1968) il avait été désigné avec cinq autres délégués pour représenter la Fédération Anarchiste de langue française au Congrès international anarchiste de Carrare (Italie) qui se déroula du 31 août au 2 septembre 1968. Au congrès d’Asnières (29-31 mai 1971) de la FA. Il fut désigné avec Gérard Escoubet et Jean Barrué au Secrétariat aux Relations internationales et, à ce titre, il fonda alors l’Agence de Presse Anarchiste. Elle faisait parvenir à la presse anarchiste mondiale des informations diverses sur les luttes sociales, etc. Sa démission de la Fédération Anarchiste entraîna la disparition de cette activité.

Tout en exerçant ses activités militantes et professionnelles, il s’inscrivit à la faculté des Lettres d’Aix-en-Provence et entreprit des études supérieures à la rentrée 1969. En 1972, il obtint le diplôme de l’IEP (Institut d’Études Politiques) d’Aix-en-Provence, qui lui décerna en outre la même année le prix du meilleur Mémoire. Il soutient également à l’Université de Provence, en octobre 1977, un doctorat de 3e cycle en Histoire et en avril 1988, une thèse d’État Un siècle de presse anarchiste d’expression française dans le monde, 1880-1983 (7 vol, 3 503 p.). Il se consacra surtout au développement et aux activités du Centre International de Recherches sur l’Anarchisme de Marseille, qu’il avait fondé en juin 1965. En avril 1979, il organisa à Marseille la Première Rencontre des Centres d’Études et de documentation libertaires existants qui donna naissance à la Fédération internationale (F.I.C.E.D.L.). Il collabora à la rédaction de notices pour le Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français et participa également régulièrement à partir de 1980 à plusieurs jurys de thèse et à de très nombreux colloques.

En outre, il adhéra en février 1963 à une loge du Grand Orient de France dans laquelle il occupa plusieurs offices y compris celui de Vénérable (président). Il constitua par la suite d’autres ateliers affiliés à la même obédience ainsi qu’une loge totalement indépendante. Il a successivement gravi tous les degrés du Rite Écossais ancien accepté et après avoir présidé une Loge de Perfection, un Chapitre et enfin le Consistoire Hermès de Provence, il a été coopté en 1997 au sein du Suprême Conseil du Grand Collège des Rites, organe sommital de cette juridiction.

En septembre 2002, il prit sa retraite et partagea dès lors son temps entre la Provence et la Champagne tout en poursuivant ses recherches et en participant aux activités de quelques sociétés savantes.

 

Sources :

Cette notice a été rédigée à partir du témoignage écrit de René Bianco (janvier 2004) ; Léo Campion, Les Anarchistes dans la Franc-Maçonnerie, ou les maillons libertaires de la chaîne d’Union, Ed. Culture et liberté, Marseille, 1969, 242 p

Oeuvres :

Outre les travaux universitaires mentionnés dans la notice, de nombreux articles dans la presse anarchiste et plusieurs articles des revues universitaires comme, par exemple, Le Mouvement social. Il est l’auteur de Le Mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône de 1880 à 1914, éd. du CIRA, Marseille, 1978, tome 1,453 p. tome 2, (dictionnaire biographique), 82 p. (reproduction en fac simile de la thèse soutenue à Aix-en-Provence en octobre 1977) ; Une figure originale de l’anarchisme français, Paraf-Javal, Ed. Culture et Liberté, Marseille, 1980,24 p ; Où en est l’Histoire de l’Anarchisme ?, Ed. du C.I.R.A., Marseille, 1984,74 p. ; Les Anarchistes et la Résistance – Témoignages (1939-1945), éd. du CIRA, Marseille, 1985, 188 p.

René Bianco a également collaboré au Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie, Ed. de Navarre, Paris. 1974. 2 vol., 1454 p. (rééd. P.U.F., 1988) ; Le Théâtre Social, un essai de culture ouvrière, Ed. du C.I.R.A., Marseille, 1978,72 p. ; Quand le Coq Rouge chantera (Bibliographie sur les anarchistes français et italiens aux États-Unis). Presses Universitaires de Montpellier, 1986,94 p. et Marseille, un destin culturel, Ed. Via Valeriano, Marseille, 1995, 304 p.

Sylvain Boulouque

© Association des Amis du Maitron 2003

 

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Nostalgie bienheureuse 13 juillet, 2008

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Nostalgie bienheureuse

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Ne le dites à personne, à l’exception des sages

Car la multitude est prompte à railler

Je veux louer l’être vivant

Qui aspire à mourir dans la flamme.

Dans la fraîcheur des nuits d’amour

Où tu reçus, où tu donnas la vie.

Un sentiment étrange te saisit,

Quand brille l’immobile flambeau.

Tu ne restes plus enfermé

Dans l’ombre ténébreuse

Et un désir nouveau t’emporte

Vers des épousailles plus hautes.

Nulle distance ne te rebute,

Tu accours en volant, fasciné par la flamme,

Et finalement, amant de la lumière

O papillon, te voilà consumé.

Et tant que tu n’as pas compris

Ce « Meurs et deviens »!

Tu n’es qu’un obscur passager

Sur la terre ténébreuse.

 

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Goethe

DU CONVENT

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DU CONVENT

Les convents ne sont pas de véritables assemblées initiatiques. D’où, sans aucun doute, les tentations auxquelles les participants succombent souvent de se croire des espèces de parlementaires.

Chaque maçon est libre de ses opinions et ne peut être engagé par quelque décision que ce soit hors de celles qui concernent la vie administrative des loges. Si l’on touche à cette exigence fondamentale, il n’y a plus de liberté maçonnique, il n’y a plus de maçonnerie possible. Tout ce qui concerne une obédience qui violerait la liberté de conscience de ses membres serait sans valeur, radicalement frappé de nullité.

Les débats portent généralement sur l’administration et sur la conclusion des travaux effectués en loge. Il y a également des opérations électorales dont la procédure peut différer, mais dont l’intérêt passe de loin la légitime préoccupation de choisir pour l’Obédience des conseillers dignes de la tradition maçonnique, ou, plus exactement, de l’espérance maçonnique.

Faut-il dire que le plaisir des rencontres, la chaleur des propos, le souci de s’éclairer mutuellement de l’évolution des esprits l’emportent en matière de justification des convents, sur la vanité de se croire un parlementaire au petit pied? Sans doute: parce que tout va mieux comme le disait notre frère Talleyrand en le disant.

Pour en revenir aux convents: sont-ils utiles? N’y a-t-il pas là une justification de l’appareil plutôt qu’une inspiration prospective? Faut-il créer une sorte de courant collectif qui entraîne les loges ou serait-il nécessaire de méditer sur la difficulté de demeurer lucide au milieu des sollicitations partisanes ?

Ne dénonçons-nous pas trop souvent le caractère superficiel de certaines procédures pour n’avoir pas quelque inquiétude à constater combien de propositions discutables sont discutées dans la confusion ?

Bref, n’est-il pas nécessaire que chacun s’interroge sur ses véritables motivations en tant que maçon eu égard à la manifestation de masse que constitue le convent de son Obédience ?

**

Mais le fait-on dans la sérénité convenable, avec le temps nécessaire à la réflexion, dans le cadre voulu pour les analyses exemptes de passions ?

J’ai bien peur que le parlementarisme, qui est souvent impuissant au niveau des institutions de l’Etat, ne se double, lorsqu’il est singé par des délégués qui n’ont aucune responsabilité de fait dans l’ordre social d’une inquiétante légèreté.

J’entends bien que la confrontation des idées est une riche moisson virtuelle, mais toute idée qui n’est pas éprouvée par les faits n’a d’intérêt que spéculatif. La Franc-Maçonnerie dite spéculative ne peut et ne doit pas oublier qu’elle n’est qu’une chambre de réflexion. Chambre du milieu, la bien nommée, et là si rarement utilisée!

Il y aurait effectivement un travail profitable dans un Convent qui se tiendrait entre un nombre plus réduit de frères responsables. Un nombre de frères en contacts directs avec leur loge et exprimant non leurs fantasmes profanes, mais leurs préoccupations profondément humaines.

La désignation des Conseillers, et du grand Maître est-elle une formalité, ou une reconnaissance ? Je laisse aux délégués de demain le souci d’y réfléchir.

Je pense, après tant d’années de Franc-Maçonnerie que l’essentiel n’est pas le convent, tout en sachant que ce rassemblement est une fête.

***

Il y a un fait, c’est que la loge est une unité dont la voix représentative ne repose ni sur le nombre, ni sur la notoriété de ses membres, dès lors qu’elle est constituée régulièrement de sept frères justifiant du grade de Maître.

Savoir si ce grade est attribué trop facilement pour qu’il constitue une garantie est assurément une question que chacun doit se poser au niveau de la loge, mais il n’y a plus de Franc-Maçonnerie possible le jour où le convent pèsera ou comptera les voix, parce qu’il n’y aura plus de loge souveraine.

S’agissant de thèmes de recherches, dont la Loge aurait à débattre, s’agissant de questions profanes, ou Maçonniques, dont il paraîtrait nécessaire d’examiner la portée et le sens, il y a parfois intérêt et même quelquefois nécessité pour le Convent d’inspirer le travail des Loges.

Mais, il ne s’agit alors que d’une réflexion étendue. Il ne peut être question de définir une conclusion, de présenter une formule, de proposer un texte comme l’expression de la volonté maçonnique.

La Maçonnerie, en tant que corps, ne veut rien, en tant que communauté, elle n’a pas à prendre position sur des questions profanes, son action se situe à partir de la perfection, disons de la réflexion individuelle.

C’est l’idée la plus difficile à formuler dans notre époque d’agitation collective: il n’y a pas d’action possible pour un homme libre sans réflexion, sans recul, sans échange, et sans détermination singulière. Tout ce qui se passe au niveau de l’affrontement des points de vue collectifs est à proscrire dans nos temples, et bien sûr ne doit avoir, aucune relation avec le comportement du maçon.

Le rayonnement de l’Ordre Maçonnique passe nécessairement et uniquement par la conscience de chaque Maçon. Ce n’est pas dire qu’il n’y a que cette voie qui soit possible pour les hommes, c’est dire clairement que la voie Maçonnique est celle là, et non d’autres.

Précisément, le choix est offert. La maçonnerie ne peut courir le risque de perdre sa qualité singulière pour satisfaire aux opportunités temporelles. Quant aux maçons, en tant qu’individus dans la cité que leur conscience leur dicte leur conduite, et non l’Obédience.

 

Jean MOURGUES

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Protégé : Le Bleu – 1° -

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Protégé : La Musique des Nombres – 2° - 11 juillet, 2008

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Rituel d’ouverture du Bar 10 juillet, 2008

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Rituel d’ouverture du Bar

 

 

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Merci Janlou

 

 

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Juillet 6008

Le Zéro, ce rien qui peut tant 9 juillet, 2008

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Le Zéro, ce rien qui peut tant

 


Le zéro est la fonction numérique définissant mathématiquement le néant qui est utilisé non pas comme un échappatoire mais comme une aperception de la réalité.

Le zéro est un nombre terrible engagé dans une lutte étrange pour engloutir tous les nombres à moins que ce ne soit pour tout générer.

Avant d’être un nombre il fut un chiffre et avant il n’existait pas même parmi les autres chiffres dans la conscience humaine. L’usage des chiffres semble si évident que nous le considérons comme une aptitude innée de l’être humain.

J’appelle « nombre » les valeurs qui mesurent une grandeur et j’appelle « chiffres » les caractères, les marques, les signes calligraphiques servant à écrire les nombres.

Il y a donc une histoire universelle des chiffres, car toutes les sociétés, de la préhistoire à l’ère des ordinateurs, ont essayé de représenter les quantités et les ordres, autrement dit les nombres. Cette histoire, hésitante et discontinue, est celle d’un évènement aussi révolutionnaire que la maîtrise du feu, l’invention de la roue et de la machine à vapeur ou la découverte de l’électronique.

Le premier chiffre fut sans doute une taille sur un bâton qui, répétée, indiquait le nombre d’éléments à dénombrer. Puis, par commodité de perception de grandeurs importantes, les sociétés primitives en firent des paquets. À partir de ce principe, les hommes ont pu concevoir des assemblages-modèles auxquels ils pouvaient se référer. Ainsi, un os sur lequel on avait pratiqué vingt entailles pouvait servir à dénombrer vingt hommes, vingt chèvres ou vingt fourrures. A cette fin, les hommes, sous divers cieux, ont usé de coquillages, de perles, de fruits durs, d’ossements, de noix de coco, de bâtonnets, de boulettes d’argiles, de graines de cacao et même de bouses séchées. L’impôt, autrefois, prélevé par les seigneurs et rois français, fut appelé taille car leurs collecteurs avaient l’habitude de marquer ainsi sur une planche de bois ce que donnait chaque contribuable. Le même système servait encore au début du 19ème siècle en Angleterre pour certifier le paiement des impôts ou pour comptabiliser les rentrées et sorties d’argent. Curieusement ce système survit, de nos jours, dans un article du code civil (1).

Pour compter plus vite, les premières sociétés eurent l’idée du regroupement par paquet de 5 (l’homme des cavernes), ou par 10 (le scribe égyptien), voir par 60 (le babylonien). Dans chacun de ces systèmes des signes différents sont utilisés pour exprimer les valeurs de chacun des groupes (2), souvent des lettres de l’alphabet comme chez les hébreux, les grecs, les romains. Ainsi 1, 5, 10, 50, 100 et 1000 chez les romains furent représentés par I, V, X D, C, M. Et par combinaison des symboles et de leur place les uns par rapport aux autres, on obtient un nombre.

On comprend dès lors la difficulté mathématique d’additionner de grands nombres en chiffres romains.

L’écriture des chiffres la plus extravagante fut celle des mayas qui utilisaient 20 glyphes différents, têtes grotesques dessinées représentant 20 valeurs différentes.

Et pourtant au commencement, le zéro n’existait pas : Il s’agissait de compter, d’énumérer, d’évaluer des choses du réel, et l’on n’a pas besoin du zéro pour dire qu’il n’y a pas de cette chose. Le Zéro n’existait donc pas. Le zéro n’est jamais utilisé dans la Bible. En Égypte, aucun hiéroglyphe ne lui correspond.

Tout d’abord, les égyptiens surent se passer du zéro parce que l’utilité de leurs mesures était essentiellement tournée vers le comptage des jours et vers le bornage des terres. Chaque année, le Nil, en inondant le delta, dépose une couche d’alluvions qui efface les limites des propriétés, empêchant de reconnaître les parcelles des fermiers. Or, en Égypte, s’approprier le sol d’un voisin était un crime aussi grave que se parjurer, tuer quelqu’un ou se masturber devant le temple. Des contrôleurs étaient chargés par Pharaon de rétablir le bornage, les mathématiques ne visaient donc qu’à délimiter les surfaces de terrain, à des fins cadastrales. Cela se faisait à l’aide de cordes nouées pour marquer les angles droits, divisant les parcelles en triangles et rectangles ; ainsi naquit la géométrie qui marqua profondément la civilisation du bassin méditerranéen. Les grecs s’en inspirèrent ; on sait que Pythagore et Thalès étudièrent en Égypte. Et dans ces mathématiques pratiques, point besoin du zéro, qui en tant que rien est un pur concept.

Le zéro fut découvert par les Chinois. Les inscriptions sur os et écailles nous apprennent que, dès les 14ème11 ème siècles av. JC., les Chinois utilisaient une numération décimale de type « hybride », combinant dix signes fixes pour les unités de 1 à 9, avec des marqueurs de position particuliers pour les dizaines, centaines, milliers et myriades.

La première apparition du zéro, à Babylone, semble remonter au 3ème siècle av. J.-C. mais il n’était pas utilisé dans les calculs et ne servait que comme marquage d’une position vide dans le système de numérotation. Les babyloniens avaient commencé à utiliser une marque (deux coins inclinés) pour indiquer une colonne vide sur leurs tables d’abaque. Ce marque-place permettait de donner aux autres chiffres leur place exacte et par là de définir la valeur du nombre représenté

Il sera également utilisé par les Mayas durant le 1er millénaire, mais de même, uniquement comme chiffre, dans leur système de numération de position et non comme nombre.

Son usage moderne, à la fois comme chiffre et comme nombre, est héritée de l’invention indienne des chiffres nagari. Vers le 5ème siècle, le mot indien désignant le zéro était śūnya, qui signifie « vide » « espace » ou « vacant ».

Ce mot, traduit en arabe par « sifr » qui signifie également « vide » et « grain », est la racine du mot chiffre, et zéro vient de ce que Fibonacci a traduit l’arabe Sifr par l’italien zephirus, à partir duquel il a formé zevero qui est devenu zero.

Curieux paradoxe ! Nommer le rien, c’est pourtant lui donner une existence, une valeur. Parvenir à concevoir que le vide puisse et doive être remplacé par un graphisme ayant précisément pour signifiant le vide, telle est l’ultime abstraction qui a nécessité
beaucoup de temps, beaucoup d’imagination et certainement une grande maturité d’esprit. Certes, au début ce concept ne fut que le synonyme de la place vide ainsi comblée. Mais on s’aperçut peu à peu, par la force de l’abstraction, que « vide » et « rien »,conçus d’abord comme des notions distinctes, étaient en réalité deux aspects d’une seule et même chose. C’est ainsi que le signe-zéro a fini par symboliser la valeur du « nombre nul ».

La graphie du zéro c’est d’abord un cercle ; elle est inspirée de la représentation de la voûte céleste. En effet le zéro se vit attribuer toute une panoplie de synonymes qui désignaient littéralement le ciel, l’espace, l’atmosphère, le firmament ou la voûte céleste (je vous fais grâce des mots en version originale). Ainsi, en sanskrit, infini, voyage sur l’eau, pied de Visnu, plénitude, infinité, achèvement, sont aussi des termes qui évoquent le zéro dans la poétique indienne de cette époque. Il en est de même pour le mot « akasha », qui évoque l’éther, le dernier et le plus subtil des cinq éléments de la philosophie hindoue, l’essence de tout ce qui est supposé incréé et éternel, l’élément qui pénètre l’immensité de l’espace, voire l’espace lui-même. L’identification de l’éther au vide ne posa pas de problème du fait qu’il était considéré comme la condition de toute expansion corporelle et le réceptacle de toute matière se manifestant sous la forme des 4 éléments (terre, eau, feu, air). Autrement dit, une fois que le zéro eut été expérimenté, on s’aperçut que le « akasha » remplissait dans l’existence un rôle majeur comparable à celui tenu par le zéro dans la numération de position, dans le calcul, pour les mathématiques, pour les sciences et pour les techniques.

Les mots symboles du zéro, évoquant principalement les idées de ciel, d’espace, le cercle fut naturellement la première représentation graphique du zéro. Sunya chakra

Le point en fut aussi une représentation, parce que c’est un objet sans dimension. Sunya bindu.

Au-delà de son aspect géométrique, le bindu était pour les hindous le symbole de l’univers dans sa forme non manifesté, et donc une représentation de l’univers avant sa transformation en monde des apparences. Selon les philosophies indiennes, cet univers incréé est doté d’une énergie créatrice capable de tout engendrer : le point causal.

Le mathématicien et astronome indien Brahmagupta est le premier à définir le zéro en tant que nombre. En 628, dans un traité d’astronomie appelé le Brahma Sphuta Siddhanta, Brahmagupta (598 – 660) définira le zéro comme la soustraction d’un nombre par lui-même (N – N = 0). Brahmagupta donnera dans son ouvrage les règles des opérations effectuées avec le zéro, appelant « biens » les nombres positifs, « dettes » les nombres négatifs et le zéro (3) pour le nombre nul.

En occident, l’introduction du zéro est consécutive à la traduction des travaux des mathématiciens musulmans, vers le 8ème siècle, notamment ceux d’al-Khwārizmī (L’algèbre ou science des équations vient du titre de son livre al-Jabr). Les chiffres arabes sont importés d’Espagne en Europe chrétienne aux environs de l’an mil par Gerbert d’Aurillac, devenu le pape Sylvestre II. Le zéro ne se généralise pas pour autant dans la vie courante, les chiffres, dits arabes, servant surtout… à marquer les jetons d’abaque de 1 à 9 ! Certains calculateurs préférèrent utiliser des jetons avec des chiffres romains ou des lettres grecques plutôt que d’utiliser les « signes diaboliques » de ces « suppôts de Satan » qu’étaient alors les Arabes. Gerbert lui-même n’échappa pas à cet esprit d’arrière-garde: on en vint à murmurer qu’il fut alchimiste et sorcier et qu’en allant goûter à la science des « infidèles Sarrazins », il avait sûrement dû vendre son âme au Diable. Grave accusation qui poursuivra le savant plusieurs siècles à tel point qu’en 1648 l’autorité pontificale jugera nécessaire de faire ouvrir le tombeau de Sylvestre II pour vérifier si les diables de l’Enfer ne l’habitaient pas encore…!

Et oui, le zéro provoqua des conflits meurtriers. Le zéro était le symbole de nouvelles théories, du rejet d’Aristote et de l’acceptation du vide et de l’infini. Les camps philosophiques punissaient leurs traîtres. Par le bûcher chez les chrétiens, tandis qu’en Orient, au 11ème siècle, persister dans la doctrine d’Aristote entraînait la peine de mort pour les penseurs musulmans.

La chrétienté rejetait le zéro mais le commerce le réclamait.

Et ce fut Léonard de Pise, dit Fibonacci qui eut une influence déterminante. Il reste plusieurs années en Afrique du Nord et étudie auprès d’un professeur local. Il voyage également en Grèce, Égypte, Proche-Orient et confirme l’avis de Sylvestre II sur les avantages de la numération de position. En 1202, il publie le Liber Abaci, recueil qui rassemble pratiquement toutes les connaissances mathématiques de l’époque, et malgré son nom, apprend à calculer sans abaque.

Et c’est ainsi qu’avec le retour du commerce intensif, consécutif aux Croisades, que les Européens généralisent, au 12ème siècle, l’usage du zéro. Le zéro arrive, enfin, en occident. Mais comme pour les autres chiffres, le zéro fait une entrée laborieuse dans le langage mathématique. Il souffre des vestiges de la pensée de l’antiquité, mais aussi de la méfiance de l’Eglise.

Cela nous paraît si évident aujourd’hui, qu’il est plus facile d’imaginer Sisyphe heureux qu’un monde où le caractère zéro n’existerait pas.

Alors essayons de comprendre pourquoi les égyptiens, les grecs et les romains détestaient le zéro.

Les peuples de l’Antiquité avaient peur du zéro ! Peur du nombre zéro et donc de sa représentation en chiffre. Dans les Traditions les plus anciennes, le tohu bohu, vide et désordre, était la constitution primordiale du cosmos.

Symbole du Néant, du Vide Absolu, du non manifesté, du Chaos originel, le zéro inspirait l’effroi d’un monde qui pourrait retourner à son état naturel primitif.

La crainte du zéro allait plus loin encore que ce malaise face au vide. Pour les anciens, les propriétés du zéro étaient inexplicables car il ne se comporte pas comme les autres nombres. Au royaume des nombres, des lois s’imposent à tous, sauf à zéro.

Additionnez un nombre avec lui-même, il change : 1 + 1 = 2 ; mais 0 + 0 = 0.

Non seulement le zéro refuse de grandir mais il empêche les autres nombres de grandir : 1 + 0 = 1. Zéro nie les jeux de l’addition et de la soustraction (1 – 0 = 1).

Et surtout, ce nombre sans substance réussit à saper les plus simples calculs, comme ceux de la multiplication et de la division.

Zéro multiplié par n’importe quoi donnera toujours zéro. Ce nombre infernal télescope la ligne des nombres en un seul point. Il anéantit les nombres en les retirant à l’existence, pour en faire du rien, du vide. Multiplier une valeur par zéro revient à retirer cette valeur d’elle-même : 0 x N = N – N = 0

Des choses encore plus étranges apparaissent dans la division par zéro : Elle est un non-sens. Si l’on s’obstine à diviser par zéro, on détruit toutes les fondations de la logique et des mathématiques.

Plus que vous soumettre à une épreuve de mathématique, je souhaiterai vous amuser avec une apagogie (démonstration par l’absurde).

Prenons a et b tel que a = b = 1
Nous pouvons écrire que a2 = a2
Nous pouvons aussi écrire que b2 = ab
En soustrayant les deux équations cela donne : a2 - b2 = a2 - ab
Une classique mise en facteur nous donne : (a + b) (a – b) = a (a – b)
Divisons chaque côté par (a – b) ; (c’est-à-dire divisons par zéro), on obtient a + b = a.
En ôtant a de chaque côté, l’équation devient b = 0 et donc avec b = 1 Þ 1 = 0 !!
Quelque soit la valeur de b, nous pouvons ainsi montrer que 1 ou 20 ou 1983 sont égaux à zéro!!!! Que celui qui a 2 bras et 2 jambes n’a pas de bras!!!

Diviser par zéro détruit la charpente des mathématiques. Souvenons nous de ce que l’on appelle le domaine de définition ou l’existence d’une courbe : un monde dans lequel on exclut la division par zéro. Un des premiers ordinateurs, grilla toutes ses ampoules, s’extermina en somme, parce qu’on lui demanda d’effectuer un calcul dans lequel lui fut soumis une division par zéro.

Ainsi le zéro est puissant parce qu’il triomphe des autres chiffres, rend folles les divisions. Il est le frère jumeau de l’infini.

C’est en tant que représentation du vide que le zéro fut rejeté par la pensée grecque. Pour Aristote, il n’y a rien qui soit rien, rien ne naît de rien, il n’y a pas de vide. Le cosmos est « prisonnier » dans des sphères de différentes tailles qui émettent de la musique : l’harmonie des sphères.

Ce n’est pas l’ignorance qui conduisit les grecs à rejeter le zéro mais leur philosophie. Le zéro était en conflit avec leur croyance fondamentale. Au cœur de leur philosophie, le point le plus important tenait dans cette révélation : tout est nombre. Et c’est en géométrie et en termes de relations des nombres que se posaient les grands problèmes de l’époque. Dans les ratios, le zéro est un nombre qui n’a aucun sens. Le zéro creusait un gouffre dans l’ordonnancement de l’univers pythagoricien ; il ne fut donc pas toléré. (Un autre concept dérangeant, le nombre irrationnel Ö2)

L’univers grec, créé, notamment par Pythagore et Aristote survécut, dans la pensée occidentale médiévale. Pour eux, tout l’univers était réglé par des proportions et des figures géométriques. Le cosmos était fini et entièrement rempli de matière. Il n’y avait pas d’infinité, il n’y avait pas de zéro. Cette manière de penser avait une autre conséquence – ce qui explique pourquoi la philosophie d’Aristote perdura si longtemps. Son système prouvait l’existence de Dieu.

Dans leur quête de sagesse, les érudits médiévaux ne se tournaient pas vers leurs pairs, mais vers les Anciens, vers les néoplatoniciens et surtout vers Aristote. Ce que je retiens de l’œuvre d’Aristote, c’est une espèce d’encyclopédie présentant ses observations, dans des domaines du ciel et de la terre, l’astronomie, la physique, la biologie, qui pose en toute chose le questionnement du « pourquoi cela existe » et qui conclut à chaque fois par l’éternité en soi des choses subordonnée à une énergie initiale créatrice : Dieu. Il affirmait de plus que la terre était unique et au centre de l’univers

Au 13ème siècle Thomas d’Aquin christianisa cette théologie (4). L’enseignement du « Docteur Angélique » sera retenu comme la plus solide, la plus sûre et la plus sobre des doctrines catholiques.

Les penseurs considéraient le vide comme … le diable, et le diable comme le vide!

Pour cette raison, l’Occident ne put accepter le zéro jusqu’au 16ème siècle. Les conséquences en furent un ralentissement des progrès en mathématiques et un étouffement des innovations scientifiques.

Le point de fuite dans la peinture de Brunelleschi, cette singularité qui ramasse l’univers dans un espace minuscule et donne la perspective, le système cartésien, les expériences de Pascal sur le vide, le calcul différentiel de Newton, les mesures quantiques de Planck participèrent, depuis, au triomphe du zéro.

Alors, aujourd’hui, la question essentielle du zéro peut se ramener à ceci : comment du zéro, du rien est sorti quelque chose. Si on vous demande qu’est-ce qui vous intrigue dans la cosmologie, vous pourriez répondre : La réponse est dissimulée dans la question : « l’intrigue » !

A quel genre d’intrigue doit-on alors s’attendre en étudiant la cosmologie ? Un numéro du Scientific American en propose une excellente : comment peut-on comprendre la succession des phénomènes survenus pendant l’âge sombre de l’Univers, avant son passage de l’opacité du néant à la transparence de la création? Comme nous ne disposons pas de données observationnelles pour cette période, comment peut-on aussi rétablir cette chronologie ? Et bien c’est grâce au zéro !

L’Univers est-il éternel ? Existe-t-il depuis toujours ou, au contraire, a-t-il eu un commencement ? Et dans ce cas, y avait-il « quelque chose » avant sa naissance ? Ces questions, les physiciens les connaissent depuis longtemps, mais les redoutent : ils savent combien il est difficile, voire impossible, d’y répondre.

C’est à une longueur extrême (d’une taille de 10 -33 centimètres, la plus petite longueur physique qui puisse exister) appelée « le mur de Planck » que la cosmologie moderne fait démarrer le Big Bang et la fantastique expansion qui a dispersé la matière, marquant l’origine physique de l’Univers.

Or, pour la première fois, grâce à des instruments mathématiques très puissants que l’on appelle les « groupes quantiques », il devient possible de lever un coin du voile « avant » le Big Bang, sur le mystère originel de l’Univers. Dans l’abîme vertigineux qui commence derrière le mur de Planck, au cœur des ténèbres, les calculs montrent qu’à cette époque, où rien de ce qui nous est familier n’existait encore, une sorte de « tempête » primordiale faisait ployer la gravitation, mélangeait l’espace et le temps eux-mêmes en d’effroyables tourbillons. Cette immense tempête se déchaînait à l’aube des temps, entre l’instant zéro et l’ère de Planck ; elle déferlait sur tout le « paysage » primitif de ce qui n’était pas encore le monde. Si nous avions pu assister à ce qui se passait à cette lointaine époque, nous aurions « vu » une sorte d’océan immense rouge et bleu sombre, creusé de vagues violettes, d’écumes et de tourbillons. Dans ce monde-là, nous n’aurions fait aucune différence entre le futur et le passé, et nous aurions été incapables d’évaluer la moindre distance dans l’espace. Par exemple, il deviendrait impossible de donner rendez-vous à un ami : en imaginant qu’il soit juste devant vous, l’instant suivant il se trouverait à 1000 kilomètres ; et au lieu d’être « stable dans le temps », il surgirait soudain dans le passé ou dans l’avenir, de façon totalement imprévisible.

Pourquoi ces incroyables phénomènes ?

Parce que « là-bas », ce qu’on appelle notre « métrique », c’est-à-dire ce qui nous permet de mesurer les choses et de distinguer naturellement le temps de l’espace, n’est plus valide. A l’échelle de Planck et en deçà, le temps et l’espace « fluctuent », se déforment, se trouvent superposés pour finalement former un mélange complexe impossible à concevoir. Les photos, prises par la sonde W.m.a.p., qui ont permis de réaliser la première carte complète du fond diffus cosmologique, sont les premières confirmations de ces fluctuations primordiales de l’espace-temps (5).

Mais y a-t-il encore un autre monde « en dessous » du monde quantique ? Un univers « plus petit que tout » et qui aurait une taille nulle ? Ce monde-là, ce troisième monde, existe bel et bien au-delà de la tempête quantique, tout au fond du cône de lumière. Là-bas, la matière, l’énergie, toutes les forces qui nous sont familières ont disparu. C’est le point zéro de l’Univers. Ce point mystérieux qui, au début du 20ème siècle, avait hanté Einstein et le mathématicien russe Alexandre Friedmann, l’inventeur du Big Bang. Depuis les années 70, l’existence de ce qu’on appelle aujourd’hui la« singularité initiale » a été prouvée par Stephen Hawking, de l’université de Cambridge, et Roger Penrose, de l’université d’Oxford. Sans dimension, hors du temps, la singularité à l’origine de notre Univers représente un état d’information pure. Invariant, immuable, reflet de l’ordre le plus élevé que puisse concevoir l’esprit humain, ce point fantastique ne peut être décrit que par ce que les mathématiciens appellent un « invariant topologique ». En imaginant, encore une fois, que nous puissions nous rendre sur ce point zéro, ce que nous verrions alors serait très surprenant. Nous serions d’abord sidérés par le silence absolu. Ce monde très étrange nous paraîtrait totalement figé, immobile comme pour l’éternité.

En fait, au point zéro, il n’y a plus de forces, plus d’énergie, plus de matière, et même plus d’espace ni de temps. Il ne reste qu’une seule et ultime chose : une information. Cette même information dont Stephen Hawking reconnaissait l’existence au fond des trous noirs. Contrairement à ce qui se passe chez nous, le temps à l’origine ne s’écoule plus : il est « figé ». Plus exactement, comme l’indiquent les équations d’Einstein, sous l’action de la gravitation alors immense, le temps qui nous est familier n’est plus réel (comme chez nous, avec un avant et un après), mais purement imaginaire (au sens que les mathématiciens donnent à ce mot : au point zéro, en raison de la courbure infinie, la droite du temps réel a pivoté de 90 degrés dans le plan complexe et est désormais imaginaire). Ce temps étrange, sans avant ni après, ne peut donc plus se comprendre comme marquant une évolution des événements en mouvement, mais comme portant une information étendue sur une réalité globale et immuable. C’est dans ce sens que ce monde-là n’est pas encore un monde d’énergie : c’est une essence mathématique.

Tout ceci est tellement éloigné de notre expérience et même de nos intuitions les plus folles qu’il nous semble difficile d’y croire. Et pourtant, la « réalité » de cet univers commence aujourd’hui à être décelée à la faveur de deux théories toutes récentes : la théorie des groupes quantiques et la théorie topologique des champs. Grâce à ces deux approches, il nous devient progressivement possible de mieux comprendre la nature profonde de ce qui peut exister au temps de Planck. Les groupes quantiques, ces algèbres « déformées » comparables à une sorte de « loupe » qui viendrait agrandir la surface d’une page écrite pour mieux en distinguer les détails, nous ont permis de plonger au cœur du Big Bang et de traverser la barrière d’énergie qui surgit au mur de Planck. Et derrière ce mur, la théorie topologique des champs – qui ne « mesure » plus l’évolution d’un système en temps réel mais en temps imaginaire pur – nous a permis de « voir » la réalité ultime de la fantastique information qui précède notre univers physique.


Finalement, l’idée d’une information mathématique à l’origine des choses nous est proche, étrangement familière : la graine minuscule ne contient-elle pas toute l’information nécessaire au développement d’un arbre gigantesque ? Un être humain n’exprime-t-il pas, dans toute sa complexité, une information génétique seulement visible au microscope ? De même qu’il existe un « code génétique » à l’origine des êtres vivants, nous pourrions imaginer un « code mathématique » à l’origine de l’Univers tout entier. Et si le cosmos qui nous entoure a bien un sens, alors c’est que – peut-être – il contient en lui, dès l’origine, une information incroyablement complexe, une essence non physique qui le travaille, l’oriente, le réalise. Et c’est peut-être ce qui a fait dire au physicien Neil Turok, l’un des plus proches collaborateurs de Stephen Hawking, « l’Univers tout entier a jailli, de manière splendide, d’une seule et unique formule », d’un code mathématique engendrant la Création.

Alors le zéro, ce rien ne peut-il pas tout ? Parce que si un tel code mathématique existe, forcément il est enfoui dans le zéro.


(1) Taille, coche échantillon.

(2) Il y a 5000 ans les égyptiens utilisaient un bâton vertical pour l’unité, un os de talon pour 10, une lanière ondulante pour 100…

(3)
- Zéro soustrait d’une dette est une dette.
- Zéro soustrait d’un bien est un bien.
- Zéro soustrait de zéro est zéro.
- Une dette soustraite de zéro est un bien.
- Un bien soustrait de zéro est une dette.
- Le produit de zéro multiplié par une dette ou un bien est zéro.
- Le produit de zéro multiplié par zéro est zéro.
- Le produit ou le quotient de deux biens est un bien.
- Le produit ou le quotient de deux dettes est un bien.
- Le produit ou le quotient d’une dette et d’un bien est une dette.

 

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Protégé : L’Alchimie, tradition millénaire… – 3° - 8 juillet, 2008

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Planchons sous la Pluie ou Humour Maçonnique 7 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Humour , 1 commentaire


Planchons sous la pluie.

 

Avec l’aide des réflexions souvent fort spirituelles de FF:. et SS:. , j’ai élaboré ce petit lexique maçonnique que je vous livre ce midi, je l’espère, pour votre plus grande réjouissance et peut-être aussi votre édification.

ACCOLADE : Acte maçonnique par excellence, expression de la fraternité la plus authentique en même temps que véhicule des parfums les plus nauséabonds. Tellement signifiante en soi que nombreux sont ceux qui la donnent sans même savoir à qui ils la donnent. Pour moi, survivance de la pensée magique selon laquelle on peut installer une réalité en la nommant.

ADOPTION (Fête d’) : Grand raout qui se reproduit tous les 4/5 ans, le temps que Cupidon ait fait son oeuvre et que les crèches soient à nouveau garnies. On y apprend à ces chers petits qu’ils ne doivent pas s’en faire, que le GADLU et sa Commission veillent définitivement sur eux qui n’ont de toute façon aucune responsabilité. Cette fête donne l’occasion aux parrains de rivaliser de cadeaux somptueux et de décors rutilants. Elle permet également aux épouses (voir aussi l’article « FEMME ») de se rassurer quelque peu quant aux fréquentations/frasques vespérales, sinon nocturnes, de leurs époux.

ANCIEN ET ACCEPTE (Rite Ecossais) : Voie triomphale vers le dernier et ultime stade de la vanité, vérité dont sont intimement pénétrés ses serviteurs les plus convaincus; son parcours est jalonné d’étapes parfois rocambolesques, parfois sublimes, fruits des suées nocturnes de très éminents Maç:. du XVIIIe siècle.

ANDERSON : Auteur de contes pour enfants. Peut aussi s’adresser à des Maç:. avides de merveilleux.

APPRENTIS : Ignares tellement honteux de leur analphabétisme (ils ne savent ni lire ni écrire ! ) qu’ils ne parlent pas en public (des fois que cela s’entendrait !). Dans certains cas, véhicule d’injures: « va donc, espèce d’éternel apprenti ! « ou « Mon pauvre, tu ne seras jamais qu’un éternel apprenti ! »

ASSIDUITE / ASSIDU : Qualité absolue qui donne droit à toutes les excuses. Dire d’un frère qui exprime quelque chose de peu intéressant: « Oui , mais il est très assidu ». Synonyme : en règle de cotisation ».

ATHEE : Il y a deux sortes d’athées :

1. Ceux qui n’ont aucune inquiétude spirituelle, ce qui leur vaut l’appellation d’ »Athées Stupides ». Une telle attitude est incompatible avec une réelle vocation maçonnique. Ils sont cependant peut-être plus croyants qu’ils le pensent – ou le croient – car si Dieu (ne lésinons pas sur les majuscules) avait le peu d’existence qu’ils veulent bien Lui accorder, pourquoi aurait-Il ce pouvoir de provoquer chez eux des éruptions cutanées dès qu’ils entendent prononcer Son Nom ? (Voir article « Tolérance »). A leur conseiller vivement : une relecture du 14e degré.

2. Ceux qui rejettent le Dieu révélé par les Eglises mais n’en sont pas moins des esprits religieux.

BOUBIER : Parfumerie célèbre dans la Vallée de la Sambre. Doit sa renommée à un produit spécifique qui évoque – on s’y tromperait – l’atmosphère des bibliothèques anciennes.

CORDONITE : Affection aiguë qui peut toucher le franc-maçon qui n’y prendrait garde. Se traduit par une propension à collectionner des colifichets et autres accoutrements si possible brillants et clinquants dans le but de satisfaire un ego dilaté et un orgueil bien peu maçonnique. (l’orgueil est-il donc vertu maçonnique ?). Elle se manifeste par des symptômes incompréhensibles au profane, entre autres pour nos FF:. une usure prématurée du col du smoking qui part de l’épaule gauche pour se terminer sur le flanc droit.

CULTURE MACONNIQUE : Désigne le paquet d’habitudes de l’Institution telles que les rêve le profane et telles que les supporte le franc-maçon.

DEVOIRS DU FRANC-MACON : Les exiger de la part des autres, s’en affranchir quant à soi. Les autres en ont envers vous, mais vous n´en avez pas envers eux, sauf nécessité absolue.

DIEU : Voir GADLU – c’est fou ce que cette institution, qui jouit dans le profane d’une solide réputation de laïcité, voire d’athéisme pour certaines obédiences, peut engendrer parmi ses membres le besoin de parler de Dieu.

DIGNITAIRE (Officier) : Membre d’une Commission d’Officiers du même nom. Certains d’entre eux éprouvent parfois d’énormes difficultés à faire la différence entre honneur, privilège, service et charge.

ECOSSISME : Mouvement ésotérico-exotique fort en vogue au Siècle des Lumières, connaît aujourd’hui une renaissance sous la forme d’un intérêt passionné pour les whiskies « Pure Malt ». Et qui permet ensuite de « rassembler ce qui est Hépard »…

FEMME : Indispensable auxiliaire (op.cit : un ancien rituel de fête blanche) sans qui nos Travaux n’auraient pas l’éclat qui leur revient et notre assiette serait beaucoup moins bien garnie. Lasses de ce rôle subalterne quoiqu’incontournable, certaines ont voulu en finir avec cette servitude et ont créé leurs propres ateliers où elles travaillent en paix, loin des sarcasmes de leurs FF:..

FRATERNITE : Souvent invoquée, rarement pratiquée. Synonyme : serpent de mer.

GADLU : Voir DIEU.

GANT : Attention à l’orthographe, s’écrit bien GANT et pas GAND. En principe, signe de la pureté des intentions du Maçon; pour certains, affirmation de leur détermination à ne pas se salir les mains, surtout à l’occasion d’une tâche profane. Se méfier des farceurs ou des distraits : j’ai commencé ma vie maçonnique avec une paire reçue, j’en ai acheté une seconde par la suite et je me trouve aujourd’hui à la tête d’un capital de deux gauches et quatre droits. Chez nos FF:., la paire attribuée au nouvel initié est traditionnellement assortie d’une paire de gants de femme, à remettre à la Femme qu’il estimera la plus digne de les recevoir de la main d’un Franc-Maçon. Quelle méprisable vanité ! Pourquoi ne pas inverser le propos : « dont il s’estimera assez digne pour pouvoir les lui offrir sans rougir » ?

GRAND : Qualificatif favori des Maçons. Tout est Grand chez eux, rien n’est petit, pas même le cou. Quelques cas particuliers : – Grand Maître : Maître plus long que les autres, ou encore Maître-étalong. Doit cette appellation à son étonnante capacité à diriger une érection de colonnes. – Grand Officier ; Officier qui se croit plus grand que les autres.

HAUTS GRADES : Les dénigrer, mais tâcher d’en faire partie si l’on peut. Dire qu´on n´y a pas trouvé la lumière.

HIRAM : méthode de navigation sans voile nécessaire au progrès maçonnique.

INITIATION : Cérémonie qui permet de recevoir la Lumière: Avant j’étais complètement dans le cirage, maintenant que je suis initiée, la couleur du cirage est passée du noir foncé au noir clair. Certains sont parfois tellement impressionnés par la Lumière qu’ils reçoivent qu’ils en deviennent des Illuminés pour le reste de leur vie.

LIBERTIN IRRELIGIEUX : Quel Beau programme ! Surtout libertin…

LUMIERE : brille souvent surtout pas son absence.

MACONNIQUE : Qualité souvent caractérisée par son absence (cette attitude n’est pas M:.) ou encore propriété attribuée à des objets qui n’ont que peu de choses à voir avec elle (qu’est-ce donc qu’une Musique M:., une Mallette M:.?).

MAILLET : Voir outils. Peut faire très mal lorsqu’il est utilisé à des fins carriéristes. Se souvenir que, pris sur le crâne, il peut générer des symptômes divers.

MAITRE : Unité de mesure d’une loge : il faut une loge de 7 M pour qu’elle soit juste et parfaite. Les Grandes Loges font jusqu’à une centaine de M. ne pas confondre avec le « mètre » unité de mesure ni le verbe « mettre » (se faire) plus usité dans les aléas de la vie maçonnique.

OBEDIENCE : Synonyme parfait de « Droit chemin ». Voir secte.

OUTILS : Autant que possible, éviter de s’en servir tout en en parlant d’abondance. Certains peuvent causer de vilaines blessures (voir maillet). Toujours bien les ranger dans sa boite à outils ; se méfier du compas qui pique et du fil à plomb qui s’emmêle facilement. Le seuil outil fidèle du FM est le tire-bouchon.

PARFUM: (Voir aussi l’article « Boubier ») Certificat de bonnes vie et moeurs.

PARRAINAGE : Quand il est réussi, c’est une des plus belles formes de filiation, car son essence est d’ordre spirituel : deux êtres se désirent et s’élisent. Quand il plonge ses racines dans l’intérêt immédiat, il prend alors une tournure très maffieuse.

PLANCHE : Instrument de supplice préféré de tous les verbeux qui n’ont rien à dire mais espèrent s’arroger le droit de parole en invoquant le mot. On distingue : les planches d’instruction, les planches d’érudition les planches à clous, les planches à repasser , les planches de salut , les planches à tartiner, les planches à voile et les planches ennuyeuses, de loin les plus nombreuses. Au delà de trois par soirée peut être extrêmement mortifère.

PROGRES MACONNIQUE : se manifeste par la multiplication des décorations multiples, de la taille et de la complexité des tabliers. Signifie aussi « prendre du poids ou du volume » (voir « volume de la loi sacrée »).

QUELQUE PART : venu d’ailleurs. Paradigme du processus d’appauvrissement dont est actuellement gangrené notre langage. Transcende une évidence en la plongeant dans une espèce de profondeur vague, teintée d’universalisme ; n´à son pareil en matière de langue de bois que dans cette autre expression « par rapport à » . Comparer : « l’initiation est une progression » à  » l’initiation est quelque part une progression ». La capacité quasi ubiquiste de cette locution lui permet d’offrir une gamme étendue de nuances gouvernées par sa seule position dans une phrase ; voyez plutôt la poignante différence d’extension et de localisation provoquée par un petit déplacement : « L’Initiation est quelque part une progression » / « L’Initiation est une progression quelque part » ; la première ouvre la porte à toutes les spéculations ontologiques, laissant – et c’en est très émouvant – au verbe être déployer toute son extension sémantique, alors que la deuxième patauge platement et rachitiquement dans une gadoue désespérément pragmatique (où donc, et non pas en quoi, l’initiation est-elle ?) Dans le premier cas, on frise quelque part le sublime, dans le second on passe en dessous des fraisiers sans même s’en apercevoir. Mais dans un cas comme dans l’autre, le sens du mot progression est singulièrement occulté. Je garde pour la bonne bouche « sortir de quelque part ». Synonyme : dire « quelque part les hommes sont tous frères » (ou ?).

RECTIFIE (Rite Ecossais) : Petit frère de l’autre quoique son aîné; permet aux membres de l’un comme de l’autre de se proclamer la seule Maç:. authentique.

REGULARITE : Prétexte providentiel pour tous ceux qui souffrent d’un vénéralat rentré ou de toute autre charge qui leur a échappé; il permet de réputer parjures mais tout de même pas infâmes tous ceux qui leur ont damé le pion et, par la multiplication des charges qu’il engendre, fait le bonheur et la fortune des marchands de décors. Remarquons que cette régularité ne peut se fonder que sur l’irrégularité des FF :. et SS:. préalablement reconnus comme Maç:. .

RETOUR A LA PURETE DU RITE : Chorus final d’une formule incantatoire par laquelle beaucoup croient avoir exprimé le meilleur de la Maçonnerie. J’en doute, car je suis porté à m’interroger sur ce que seraient disposés à faire pour faciliter ce retour (je connais cependant un F:. qui ne lésinerait pas sur ses coups de pied au derrière pour précipiter ledit retour) tous ceux qui n’ont pas leur pareil pour rester à table sur leur cul de plomb tout en ignorant superbement (quand ce n’est pas pour la dénoncer comme une gène) la main du F:. qui s’est chargé de desservir la table.

RITUEL : Grimoire dans lequel sont consignés des échantillons particulièrement représentatifs des aptitudes humaines à la banalité et à l’obscurantisme, ces échantillons voisinent avec des textes qui dépassent parfois le niveau de l’entendement humain : bien des années sont nécessaires pour en pénétrer le sens.

SALUT : quand on est salué dans sa charge, dire « ce n´est pas l´homme que vous saluez mais la charge ». bien sur, penser le contraire !

SECTE : Assemblée de Maç:. ou de profanes qui n’appartiennent pas au même groupement. (Voir aussi « Obédience »)

SERMENT : Formule par laquelle le nouvel initié s’engage à tenir une impressionnante série de engagements dont la teneur lui échappe souvent et ce moyennant des sanctions impliquant les plus horribles supplices. A force d’en prononcer, on finit par oublier de les tenir. Synonyme :

SERREMENT (voir ACCOLADE). Se rappeler cette phrase célèbre : « toute promesse n´engage que celui qui la reçois » (un homme politique célèbre).

SMOKING : Bleu de chauffe du Maçon, peut d’ailleurs être bleu, surtout en Loge du même nom.

SYMBOLISME : Art d’enfoncer les portes ouvertes. Exemple d’une planche sur la Porte : « La porte est liaison disjonctive, dans l’Histoire de l’Homme comme dans les constructions qu’il édifie. Entre le dedans et le dehors elle pose en langage binaire (ouverte/fermée) la question de savoir si la détermination normative débouchera sur une synthèse codée potentielle. Avant d’y répondre, cette planche n’esquivera pas une question préalable : Tout cela n’est-il pas une histoire de gonds ? En effet, le symbolisme peut-il être l’apanage d’autres individus qu’une bande de gonds ? » Pendant longtemps, je me suis interrogé sur les raisons qui poussaient infailliblement les gens à s’arrêter dans les portes ou aux endroits étroits; des années durant, je suis resté convaincu que c’était pour me faire ch… Et bien non : c’est tout simplement parce que cette porte, cet endroit étroit, marque un passage, ce qui n’échappe pas à leur subconscient qui hésite à franchir ce passage. La notion qui me paraît devoir être développée est sans conteste celle de passage : une porte peut s’ouvrir ou bien entendu se fermer, sur quoi ? L’espoir ou le désespoir ? L’affirmation d’une finitude ou une ouverture vers un progrès ? La richesse ou le néant ? ». Synonyme : autosatisfaction intellectuelle…

TABLIER : sert pour s’essuyer les mains après avoir copieusement taillé la pierre(sans pour autant avoir bataillé). Curieusement certains sont plus blancs que d`autres. Dialogue entendu à la colonne du nord: « Pourquoi ton tablier est il plus blanc que le mien ? » « Normal je le lave avec Mir Laine » .

TOLERANCE : Tarte à la crème systématiquement lancée par ceux qui ambitionnent de ne poser que des questions intelligentes (si possible): lorsque le silence s’installe lors d’un interrogatoire de profane par exemple, et qu’il faut craindre d’en être réduit à voir passer un ange, ce qui provoquerait un regrettable prurit chez certains, il se trouve toujours un bénévole (au sens d’homme de bonne volonté) pour poser cette question qui force le silence par l’importance qu’elle semble porter en elle et n’a pas pour moindre mérite de donner des idées aux imbéciles : que pensez-vous de la tolérance ? (Ce serait bien entendu trop facile de demander : « Etes-vous tolérant ? »). Ce calotin de Paul Claudel avait bien raison de dire : « La tolérance ? Il y a des maisons pour cela. » Les bordels sont, je le crois, le lieu idéal où peut s’épanouir la tolérance dans les objets qu’actuellement elle mérite, c’est à dire les petits travers. En dehors des écarts de conduite parfois bien compréhensibles et des excès de vitesse, il n’est rien de tolérable ; il n’est en effet que des choses intolérables et des choses qui exigent qu’on s’y intéresse. (En Turc, paraît-il, tolérance se dit « regard aimant ».) Il ne faut pas perdre de vue que ce qui était au 18e siècle une réelle vertu nécessitant pour être exercée un courage voisinant à la témérité s’est réduit aujourd’hui à un médiocre alibi permettant d’échapper à un conflit.

TROISIEME : Ne mérite d’être pris en considération que s’il est précédé de Trente. La différence entre Trente-Trois et Trente-deux est plus grande que le différence entre n’importe quels autres nombres.

VENERABLE : office de. Le blaguer cet office, mais le convoiter. Quand on l’obtient toujours dire qu’on ne l’a pas demandé et qu´il vous pèse. Râler comme un beau diable si on essaie de vous convaincre de ne pas accepter la charge ou de vous la reprendre.

VOLUME de la LOI SACREE : synonyme de « prendre du poids » (profane ou maçonnique). Se dit d´un officier (grand) qui a un peu abusé sur les agapes. On dit aussi « avoir un certain volume ou une certaine épaisseur ».

ZIG ZAG : Archétype de la marche du Maçon, pendant les travaux ou (surtout) longtemps après leur fermeture.

François

http://www.martinisme.be/nouvelles.htm#item_10

http://fr.groups.yahoo.com/group/argolablanche

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Sacré, rite et symbole 5 juillet, 2008

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Sacré, rite et symbole

 

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Les termes de sacré, profane, rite, symbole évoquent immédiatement des réalités dans l’esprit de chacun ; pourtant quand on tente de les définir avec une certaine précision on se retrouve souvent dans une sorte de flou où les concepts échappent à la recherche philosophique. Le terme « symbole » par exemple, peut prendre selon celui qui le prononce des valeurs tout à fait différentes, depuis une sorte de licence poétique pour désigner une idée-force jusqu’à des espèces particulières d’êtres doués d’un esprit et d’une vie propres. Définir ces termes constitue tout un aspect de la recherche contemporaine, depuis Emil Durckheim jusqu’à Mircea Eliade, en passant par Rudolf Otto ou Roger Caillois. Essayons, juchés sur les épaules de ces grands esprits, d’y voir un peu plus clair.

Première idée : les rites et les symboles ne servent à rien ; je veux dire par là qu’ils n’assurent – et ne peuvent assurer – aucun pouvoir sur la matière, contrairement à l’illusion occultiste. Qu’est-ce que l’occultisme ? Eh bien on peut définir ce dernier en extension comme le regroupement de diverses activités : astrologie, tarot, alchimie, théosophie, etc. Leur point commun est que les adeptes tentent de se doter d’une maîtrise sur la matière par des voies non matérielles. S’ils étudient toutes ces disciplines, c’est avec l’espoir qu’elles vont leur offrir certains pouvoirs, dont l’un des plus frappants est bien entendu la pierre philosophale, qui dispense en même temps l’immortalité et la richesse absolue puisque tout ce qu’elle touche se transforme en or. Ce ne sont guère là qu’appétits matériels dissimulés sous un vernis spiritualiste. On peut aller jusqu’à dire qu’il y a là une trahison du sacré.

Deuxième prise de position négative. Il convient de ne pas confondre le domaine du sacré et celui du religieux au sens restreint. Les religions utilisent certes les rites, foisonnent de symboles, et elles viennent s’inscrire dans le domaine du sacré. Mais en aucun cas elles ne suffisent à le définir : elles sont loin de le remplir. En effet on trouve dans ce domaine sacré bien autre chose que du religieux, et tout peut, pour l’un ou l’autre d’entre nous, devenir sacré. Un café où l’on a emmené la femme que l’on aime, une ouverture de nuages dans un ciel d’été orageux, un petit machin de plastique indéfinissable ramassé dans la rue à un moment où notre âme cherchait un signe. D’ailleurs, quand bien même les religions le rempliraient, ce champ du sacré, encore faudrait-il se demander de quelle religion on parle, car de l’une à l’autre les différences sont souvent plus importantes que les ressemblances. Qu’est-ce qui peut bien rapprocher un bouddhiste (un athée, puisqu’il n’y a pas de dieu dans le bouddhisme et un être compatissant) et un mollah iranien pour qui les deux seules choses qui comptent sont qu’Allah est grand et que Salman Rushdie soit mort ? Et ces deux-là et un animiste de Nouvelle-Guinée. Rien ne les rapproche donc, si ce n’est qu’ils participent du sacré, pratiquent des rites, manipulent des symboles. De sorte que c’est le sacré qui définira le religieux, et non l’inverse.

Enfin le sacré ne se confond pas avec l’irrationnel. La claire raison peut se manifester dans ce domaine de la même façon que, dans la vie profane, elle n’a pas toujours sa place. Ne confondons pas rationalité et existence quotidienne. Il n’y a pas plus de rationalité dans nos vies quotidiennes que d’irrationnel dans les totems indiens ou polynésiens. Je me contenterai de deux exemples : 15 % des Français ont voté Le Pen aux dernières élections présidentielles ; très quotidien et parfaitement irrationnel. En ce qui concerne l’irrationnel de la religion, une petite histoire : dans une peuplade, tous les hommes vont à la chasse et posent des pièges. Quand une bête est prise, ils la tuent et rentrent au village où tous mangent la chair de l’animal ; tous sauf celui dans le pièce duquel elle s’est prise . Mais il ne pourra pas participer à la chasse suivante, sinon il courrait le risque de devoir encore se passer de manger. Religieux certes, et justifié par des tabous ; mais plutôt bien organisé, non ?

Partons d’une idée simple. La vie humaine n’est pas tout unie, comme celle d’un moustique ou d’une tanche. On peut grossièrement la diviser en deux parties : il y a d’un côté ce qui est du domaine de la vie de tous les jours, de l’utilitaire, du nécessaire, manger, boire, dormir, avoir un toit sur la tête. Et de l’autre la part de l’inutile, de ce dont on pourrait apparemment se passer. C’est là à mon sens, le domaine du sacré. Et de fait, à regarder l’humanité, ce domaine est vaste. Manger est nécessaire ; préparer une nourriture bonne, voire agréable à la vue, prendre du plaisir à la manger, à la regarder ne l’est nullement. S’abriter pour dormir est utile ; orner sa demeure, la consacrer à un dieu, l’orienter d’une certaine façon ne sert à rien. Faire l’amour est nécessaire (encore qu’il paraît qu’on peut survivre sans), tomber amoureux pas du tout, et en général plutôt source de problèmes. Cette part de l’inutile, voilà ce dont l’homme pourrait apparemment se dispenser. J’y place également, cela va de soi, l’art et la littérature.

Ne croyez pas pourtant que je veux dire que tout cela, parce que c’est inutile, ne sert à rien. Deux exemples. Si l’on étudie les débuts de la métallurgie, on est amené à se poser la question de savoir ce qui a permis les plus grands progrès dans ce domaine : la fabrication des armes ou celle des outils. Qu’est-ce qui fait avancer l’homme, la nécessité de vivre ou le besoin de tuer pour se défendre ou conquérir des territoires ? Eh bien les archéologues sont d’accord là-dessus. Ce qui a permis à l’homme de progresser dans le travail du métal, c’est la création de bijoux, la recherche de la beauté. On voit à quel point la recherche de l’inutile sert.

Autre exemple, plus familier. On a coutume de critiquer les voyages officiels, leurs pompes et, en général celles qui sont occasionnées par la représentation démocratique, à peine moins dispendieuse que les cours royales sur ce plan. Les Safranes, les intérieurs Louis XV à dorures, les jets du GLAM, cela coûte cher et il y a tant de pauvres. Voilà à quoi passent nos impôts. Les braves gens ont raison de protester ; mais combien d’entre eux accepteraient d’être représentés de manière pauvre, R5, HLM, omnibus… Encore une fois l’inutile apparaît nécessaire.

Et cela se comprend bien. L’inutile, parce qu’il est l’inutile, définit l’humain. L’homme est en effet le seul de tous les êtres vivants à se livrer à des besognes qui ne servent à rien. Il est celui qui sait trouver dans sa vie la place pour ce qui n’y a pas d’utilité. À y bien réfléchir les valeurs, droits de l’homme, tolérance, honnêteté, fidélité,… n’en ont aucune

Toutefois ce sacré, cet inutile, cet humain, il faut le gérer. Le laisser s’installer dans le quotidien et proliférer sans contrôle au milieu du nécessaire pratique pourrait se révéler dangereux. Il peut y avoir contradiction entre l’utilité immédiate et les valeurs, nous le savons tous. C’est, pour emprunter un exemple pittoresque aux romans policiers et aux feuilletons américains, le cas du prêtre à qui le tueur s’est confié dans le secret de la confession et qui se trouve pris en tenaille entre la nécessité de respecter son serment et celle de sauver des vies. Il faut donc séparer la vie quotidienne et l’inutile. Pour protéger la première certes, car l’inutile est une gêne, et il peut parfois menacer la vie. Mais aussi justement pour protéger ce dernier ; en effet, puisqu’il gêne, la tentation de l’éliminer, de s’en débarrasser, est grande. Si nous ne vivons que pour le beau, pour l’amour, la survie peut être difficile ; si au contraire, nous ne pensons qu’à celle-ci, si nous nous comportons en parfaits pragmatiques, alors il pourrait bien se produire que, rien ne nous distingue des animaux. Faire la part des choses est nécessaire, et c’est à cela que servent les rites et les symboles. En même temps ils placent sur un piédestal cette part de l’inutile et mettent en place une prophylaxie destinée à l’isoler.

C’est ce que montre Roger Caillois dans son livre, L‘Homme et le Sacré. Pour définir le sacré en général, il fait référence à un sacré particulier, celui que l’on nomme tabou. « Le tabou se présente comme un impératif catégorique négatif. Il consiste toujours en une défense, jamais en une prescription […] le domaine du profane se présente comme celui de l’usage commun, celui des gestes qui ne nécessitent aucune précaution, et qui se tiennent dans la marge souvent étroite laissée à l’homme pour exercer sans contrainte son activité. Le monde sacré, au contraire, apparaît comme celui du défendu : l’individu ne peut s’en approcher sans mettre en branle des forces dont il n’est pas le maître et devant lequel sa faiblesse se sent désarmée. » Bien entendu le monde sacré n’est pas nécessairement celui de l’interdiction, et Caillois lui-même distingue deux modes de la religiosité : le tabou et la fête où tout ce qui était prohibé devient permis et même obligatoire, saturnales et autres orgies refondatrices. Le sacré de respect et le sacré de transgression. Peu importe d’ailleurs le contenu de ce qui est d’un côté ou de l’autre de la barrière séparant le sacré et le profane, peu importe aussi le lien qui les unit ; ce qui compte est cette notion de séparation. Le sacré établit des barrières entre différents modes de l’humanité. C’est là sa fonction. J’en veux voir une preuve dans le vocable latin sacer, qui définit aussi bien ce qui est sacré et ce qui est maudit. le vates sacer était un poète sacré, protégé et inspiré par Apollon, Bacchus et les Muses, mais l’homo sacer était maudit, et on pouvait le tuer sans être accusé de meurtre. On a coutume d’expliquer cette contradiction en disant que l’un était consacré aux dieux de l’Olympe et l’autre aux infernaux. N’est-il pas plus simple de penser que l’un et l’autre sont séparés de la vie quotidienne, du monde normal, du monde profane, le premier en sortant en quelque sorte par le haut et l’autre par le bas ; c’est cette séparation qui constitue le point commun.

En somme le sacré serait en même temps cet inutile et ce qui permet de le séparer de la vie quotidienne de manière à assurer sa propre survie. Il n’est guère surprenant alors qu’il se manifeste par des interdits. Mais, en même temps et par le fait même, il met en valeur cet inutile à tel point que nous avons pu reconnaître en lui l’essentiel, la marque de l’humain, sa pierre de touche. Il ne s’agit donc pas d’une simple frontière, d’une séparation, mais également d’une intégration. Il se produit donc une véritable circulation entre le domaine du pragmatique et celui de l’inutile. Ils sont dans le même moment séparés, et réunis, intégrés l’un à l’autre. Ainsi on prie pour les récoltes, mais on travaille dur pour se payer des bijoux.

Comment s’établit donc cette circulation entre le nécessaire et l’inutile ? Comment cette relation complexe est-elle gérée ? Par le biais de deux méthodes dont l’une sépare et l’autre réunit, la première fermant la porte que l’autre ouvre. La première méthode est le rite, l’autre est le symbole. Le rite ferme la porte de communication, le symbole l’ouvre, le rite sépare, le symbole réunit. Ainsi se trouve établie une dialectique entre les deux pôles de l’activité humaine.

Pourquoi le rite sépare-t-il ? Précisément parce qu’il n’y a rite que quand il y a séparation. C’est vrai de n’importe quelle cérémonie. Une messe, une représentation théâtrale, une réunion de secte aussi bien (où justement l’on passe beaucoup de temps à vérifier que la séparation est bien effectuée.) Mais aussi bien une salle de restaurant, où l’on est toujours plus ou moins coupé du reste du monde, à tel point que ça fait bizarre de voir passer les gens dans la rue à travers la vitrine.

Le rôle de la plupart des rites est d’ailleurs de séparer. Commençons par le rite de base, l’initiation. N’a-t-elle pas pour fonction de retirer une personne de la communauté humaine ? de la mettre à part ? On sait qu’il existe trois formes d’initiation : la première est d’âge, en faisant de l’enfant un adulte elle le retire de la communauté des femmes et des enfants à laquelle il appartenait jusqu’à présent ; la seconde de société secrète ; enfin l’initiation individuelle, celle du chaman, met à part un être sélectionné. N’insistons pas sur d’autres rites, comme le sacrifice où la danse masquée, leur rôle séparateur est aussi évident que celui de l’initiation. Dans la danse masquée le rôle du masque n’est-il pas justement de trancher les liens qui unissent entre les spectateurs et les officiants, mais même entre ces derniers et eux-mêmes en leur donnant une nouvelle identité. Le sacrificateur quant à lui est exclu de la communauté humaine par son acte même (et cela même s’il ne s’agit pas de tuer des êtres humains.)

Sans même parler de son contenu, la manière dont le rite fonctionne est, en soi, une méthode de séparation. Pour qu’il y ait rite en effet, il est nécessaire que soit constitué un espace séparé, choisi bien souvent parce que déjà remarquable dans sa configuration des rochers, des grottes, une montagne) ou bien parce qu’il s’y est produit des faits étonnants. Cet endroit est ensuite consacré, défini comme « centre du monde », puis on y construit. L’étymologie porte la marque de cette séparation puisque temple vient du grec temenos qui signifie « mis à part », mais également de templum, qui désignait en latin l’espace imaginaire tracé dans le ciel par le bâton de l’augure.

Le temps aussi est coupé du temps normal, par la référence à un Grand Temps mythique (le « illo tempore » de Mircea Eliade), ainsi que par la mise en place de comptages particuliers, où les points de repère habituels sont bousculés. Chaque religion invente ainsi son calendrier : nous sommes en 1995, les musulmans au XVe siècle, et les peuples d’extrême orient ont déjà entassé quelques millénaires. Ainsi donc dans cette dialectique de l’inutile et du pragmatique, le rite ferme, mais le symbole ouvre.

En effet Erich Fromm définit ce dernier comme une langue universelle. Nous savons bien que les mêmes symboles se retrouvent d’un culte à un autre, d’un symbolisme à un autre, d’une civilisation à une autre. On pourrait sans doute montrer ainsi de nombreuses relations entre symbolismes d’un bout à l’autre de la Terre. On a souvent constaté ce fait et on en a tiré des conclusions erronées, construisant les théories les plus délirantes sur de supposées relations entre des peuples que l’espace a jusqu’à notre siècle séparés (quand ce n’est pas le temps, s’ils vivaient à des époques différentes.) Il existe sans doute des relations entre tous ces symbolismes (encore que le symbolisme extraterrestre…), mais pour une raison simple : tous les hommes se trouvent placés dans les mêmes situations fondamentales : naître, mourir (et vivre entre temps) ; et qu’ils doivent les interpréter avec des esprits fondamentalement semblables parce que la race humaine est une et indivisible.

En fait peu importe la raison pour laquelle les symboles se retrouvent d’une civilisation, d’une religion, d’une communauté à l’autre. ce qui compte, c’est justement que cela permet une communication. Certes celle-ci est parfois illusoire. Ainsi tel symbole pris dans le contexte d’une religion, signifiera autre chose que ce qu’il signifie dans le contexte d’une autre. Si pour un catholique, un triangle entouré de nuages et qui porte en son centre un œil désigne sans aucun doute possible Dieu le Père, le delta lumineux n’a en général pas le même sens pour le vénérable franc-mac athée militant laïque qui trône en dessous. Tous deux néanmoins pourront se rappeler en voyant ce graphisme, le poème « La Conscience » de Victor Hugo, et en particulier son dernier vers :

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ».

La communication est donc malgré tout rendue possible par le symbole. C’est d’ailleurs le sens étymologique du terme lui-même. À l’origine, nous apprennent Jean Chevalier et Alain Gheerbrandt dans l’ « Introduction » à leur Dictionnaire des Symboles, « le symbole est un objet coupé en deux, fragments de céramique, de bois, ou de métal. Deux personnes en gardent chacun une partie, deux hôtes, le créancier et le débiteur, deux pèlerins, deux êtres qui vont se séparer longtemps… En rapprochant ces deux parties, ils reconnaîtront plus tard leurs liens d’hospitalité, leurs dettes, leur amitié. »

Le verbe grec sumballein, d’où provient le français symbole, signifie justement « réunir, rapprocher », mais aussi « échanger ». Ce qui était séparé par le rite est donc réuni par le symbole.

Curieuse dialectique du sacré qui en même temps sépare et met en communication. Le rite ferme la porte entre l’utile et l’inutile, le symbole l’ouvre. Dialectique d’autant plus forte et paradoxale que, nous le savons tous pour le vivre, un symbole, ce n’est jamais qu’un morceau de rite, et un rite un assemblage et une mise en contexte de symboles. Il n’existe pas de symbole isolé, ils ne prennent leur sens qu’en entrant dans une structure signifiante. Autant dire que l’ouverture et la fermeture des deux domaines humains l’un sur l’autre se font tout ensemble et dans le même mouvement. Chaque symbole, selon qu’il est considéré en soi ou en rapport avec l’ensemble du rite, fonctionne donc comme un agent de la séparation entre sacré et profane ou une mise en relation entre les deux.

La définition du sacré et du profane, qui pouvait sembler simple, n’est donc rien moins qu’acquise. Non pas seulement parce qu’elle est complexe, mais parce qu’elle n’est pas immuable. La frontière entre eux n’est jamais close, puisque les deux éléments qui l’ouvrent et la ferment, le rite et le symbole, sont intégrés l’un dans l’autre. Profane et sacré ne sont pas, contrairement à ce que pourrait laisser croire le vocabulaire employé tout au long de ce travail, des domaines définis, délimités, clos, clôturés. Il s’agit plutôt de mouvements, d’élans dans une direction ou dans une autre, de vecteurs. Dépassons donc le point de départ de notre réflexion : ce n’est sans doute pas l’inutile, le sacré qui définit l’homme, mais ce mouvement incessant entre la recherche de la satisfaction nécessaire et la quête du plaisir, l’aventure du désir.

 

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