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Salvador ALLENDE 5 mai, 2008

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Socialisme

&

Franc-maçonnerie

Dans cette planche prononcée à la Grande Loge de Colombie de Bogota le 28 août 1971, le président en exercice du Chili proclame son adhésion profonde et constante aux idéaux maçonniques qui l’ont guidé dans son action politique. Le projet et le programme de l’Unidad Popular, mouvement qui a porté Allende à la présidence du Chili, apparaissent clairement comme la reviviscence historique et politique d’un front populaire chilien à la tête duquel se trouvait, dans les années 1930, le frère Pedro Aguirre Zerda, radical de droite et leader d’une formation qui s’étendait des marxistes aux radicaux et aux démocrates. Il semble évident et non fortuit qu’il y ait eu un rapport entre le front populaire de Zerda et la liste qui porta le frère Ernesto Nathan à devenir maire de Rome. Il s’agit donc d’un document d’un grand intérêt, dans lequel Allende se montre conscient des difficultés qu’Unidad Popular allait rencontrer. Pourtant, il semble sous-évaluer risques et périls, et l’on en trouve la preuve dans son affirmation sereine et peut-être naïve: «il est rare aujourd’hui que l’on craigne la présence d’un franc-maçon ou d’un socialiste à la présidence du Chili». L’histoire nous a montré combien on craignait la présence d’un socialiste.

 

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Sérénissime Grand Maître de la Grande loge de Colombie, très chers frères du Suprême Conseil, hauts dignitaires de l’Ordre, mes très chers frères: regardant en arrière, le début de ma vie, je me souviens qu’il ne me fut pas facile de devenir membre de la Grande Loge du Chili, parce que j’avais été un étudiant rebelle. Et si j’ai persévéré à frapper à la porte de la respectable Loge Progreso n° 4 de Valparaiso, c’est par profonde conviction, imprégné des principes maçonniques inculqués à notre famille par mon père, notre cher Frère Ramon Allende Padilla Huelvo, qui fut Sérénissime grand Maître de la Grande Loge du Chili et fondateur de la loge qui m’ouvrit ses portes à Valparaiso, la seconde loge du pays.
J’étais pleinement conscient que l’Ordre n’est ni une secte, ni un parti, et qu’en dégrossissant la pierre brute on se prépare à agir dans le monde profane. Je savais que les Francs-maçons se devaient d’agir dans le monde profane en se fondant sur les principes permanents de la Franc-maçonnerie. C’est pour cette raison, et non en manière de remerciement (étant donné que ce terme est impropre entre Frères) mais plutôt pour témoigner sur le contenu généreux des paroles du souverain Grand Commandeur et du Sérénissime Grand maître que je voudrais évoquer la nuit de mon initiation, lorsque, écoutant le Rituel pour la première fois, j’entendis que «les hommes sans principe et sans idées fermes sont comme les bateaux dont le timon est rompu, ils se brisent contre les écueils».
J’appris également que dans notre ordre, la hiérarchie ne se fondait pas sur des distinctions sociales ou économiques. Ainsi, dès le premier instant, ma conviction se fit plus forte que les principes de l’Ordre, projetés dans le monde profane, pouvaient et devaient contribuer au grand processus de renouveau que tous les peuples du monde cherchent à mettre en œuvre, et particulièrement les peuples de ce continent, dont la dépendance politique et économique accentue leur tragédie de pays en voie de développement.
La tolérance, j’en suis sûr, est une des vertus les plus profondes et solides; durant mes 33 ans de vie maçonnique, j’ai toujours insisté, dans les planches que j’ai présentées aux diverses loges de mon pays, sur la certitude de pouvoir vivre harmonieusement dans le Temples avec mes Frères, même si pour beaucoup il était difficile d’imaginer que cela fût possible pour un homme qui, dans la vie profane, se proclamait ouvertement marxiste. Cette réalité était comprise dans les loges, mais elle ne l’était pas dans mon propre parti.
Lors des congrès de ce parti, pourtant fondé par un Ex Sérénissime Grand Maître de l’Ordre Maçonnique du Chili, Eugenio Matto Hurtado, on discuta plus d’une fois de l’incompatibilité entre Socialisme et Maçonnerie. J’ai soutenu mon droit à faire partie des deux en même temps. J’ai dit alors qu’en cas d’incompatibilité, c’est le parti que j’abandonnerais, sans cesser pour autant de rester fidèle aux idéaux et aux principes socialistes. Mais en même temps, j’affirmais en Loge que le jour où l’Ordre proclamerait l’incompatibilité entre mes idéaux et convictions marxistes et mon appartenance maçonnique, j’abandonnerais une Loge où l’on aurait cessé de pratiquer la vertu de tolérance. J’ai donc pu vivre cette double réalité, maçon et marxiste, et je crois pouvoir affirmer aux Frères de la Grande Loge de Colombie que je vis dans la loyauté au regard des principes de l’Ordre, tant à l’intérieur de l’Ordre que dans le monde profane.
Au cours de toutes ces années durant lesquelles, étudiant, j’ai connu la prison, l’expulsion de l’Université, et la relégation (pratique des dictateurs chiliens qui consistait à déporter les opposants dans des régions isolées du pays, comme durant la période fasciste italienne, ndlr) jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours été conséquent avec mes convictions. J’ai soutenu des combats dans un monde politique agité, dans un pays qui avait atteint un haut niveau de culture politique, parfois sans moyens, mais toujours certain d’arriver un jour à la Présidence du Chili. Je voulais ouvrir un sillon, semer une graine, l’arroser de l’exemple d’une vie d’efforts, afin qu’un jour elle donne un fruit; non pas pour moi, mais pour mon peuple, pour ma Patrie, qui méritait une vie différente. Certes, le Chili, comme je l’ai dit, a atteint un développement politique supérieur à celui des autres pays de ce continent, et la démocratie bourgeoise y a permis le développement de toutes les idées, mais on le doit à la lutte des masses populaires pour le respect des droits de l’homme, et aux conquêtes obtenues par le peuple au cours d’héroïques batailles pour la dignité et pour le pain.
Bien que le Chili ait pu devenir un pays politiquement indépendant, il ne l’est pas du point de vue économique. Et nous croyons que l’indépendance économique est nécessaire pour que notre pays soit authentiquement libre politiquement. Nous pensons qu’il est fondamental d’atteindre cet objectif en tant que Peuple, que Nation, que Pays. De même il est fondamental que l’homme de mon pays cesse d’avoir la peur de vivre, rompe avec la soumission, obtienne le droit au travail, à l’éducation, au logement, à la santé et aux loisirs. Nous pensons que l’homme du Chili doit pouvoir vivre le contenu de ces paroles si pleines de sens, qui constituent le triple socle de la Maçonnerie: FRATERNITE, EGALITE, LIBERTE. Nous avons soutenu qu’il ne peut y avoir d’égalité lorsque peu de gens possèdent tout tandis que beaucoup n’ont rien. Nous pensons que la fraternité ne peut pas exister lorsque l’exploitation de l’homme par l’homme est la caractéristique d’un régime ou d’un système. Et la liberté abstraite doit céder le pas à la liberté concrète. C’est pour tout cela que nous avons lutté.
Nous savons que la tâche sera rude, et nous sommes pleinement conscients que chaque pays a sa réalité, ses méthodes, son histoire, sa manière de penser particulières. Et c’est pourquoi nous respectons les caractéristiques qui donnent un profil particulier à chaque nation du monde, surtout sur ce continent. Mais nous savons aussi en toute conscience que ces nations ne réussiront à émerger que si elles brisent leurs chaînes, grâce à l’effort solitaire de quelques hommes, nés en diverses terres sous des drapeaux différents, mais unis sous un seul drapeau idéal, pour rendre possible une Amérique indépendante et unie. L’histoire nous enseigne que quelques loges irrégulières, comme la Lautariane (fondée par Simon Bolivar et d’autres frères étrangers au Chili, ndlr) furent la graine et le ciment des luttes pour l’indépendance.
Simon BolivarEt ici, dans la Grande Loge de Colombie, je peux rappeler avec une profonde satisfaction que Bolivar, lorsqu’il apprit la défaite, écrivit à O’Higgins (Franc-maçon libérateur du Chili, ndlr) «qu’il y voyait la preuve de sa ténacité» et ces paroles éveillèrent un écho chez le père de notre patrie, lui donnant la force de se reprendre et de passer dans la fraternelle terre argentine, où, avec San Martin (Franc-maçon, libérateur de l’Argentine, ndlr) il put commencer la bataille pour la libération du Chili. Il eut pour l’extrême sud de l’Amérique la même vision que Bolivar avait eue pour le reste du continent. Et le 20 août, il salua le navire appareillant en baie de Valparaiso pour entreprendre l’expédition qui devait libérer le Pérou avec ces paroles: «de ces quatre bouts de bois dépend le sort de l’Amérique». Ce furent des soldats du Chili et de l’Argentine qui contribuèrent à la libération du Pérou.
Dans le monde contemporain, plus que l’homme, ce sont les peuples qui doivent être, qui sont les acteurs fondamentaux de l’Histoire. C’est pour cela que j’ai fait en sorte que le peuple chilien prenne conscience de sa force et sache trouver son chemin. Ce furent les masses populaires chiliennes, paysans et ouvriers, étudiants, employés, techniciens, spécialistes, intellectuels et artistes, athées et croyants, maçons, chrétiens, laïcs. Ce furent des hommes regroupés au sein de partis centenaires comme le parti radical, ou sans appartenance politique, mais rassemblés sur un programme exaltant la volonté combative des masses chiliennes pour affronter le réformisme de la démocratie chrétienne et la candidature de Monsieur Jorge Alessandri, qui représentait le capitalisme traditionnel.
Le Chili a vécu la longue mais non stérile période des gouvernements capitalistes. Et si je dis non stérile, c’est effectivement parce que je soutiens que dans notre pays, la démocratie bourgeoise a fonctionné vraiment ainsi. Les institutions chiliennes sont plus que centenaires, et cette année, le Congrès de ma patrie, auquel j’appartiens depuis vingt sept ans, deux comme député et vingt cinq comme sénateur, fêtera ses 160 ans de travail quasi ininterrompu. Je dirais même de travail ininterrompu. Nous ne renions pas ce qui a été fait, mais nous soutenons que le chemin d’hier ne peut pas être celui de demain. Au vieux système politique on doit au moins d’avoir fait miroiter l’espérance, même démagogique, d’une révolution et d’une liberté taillées sur le modèle réformiste de la démocratie chrétienne.
Et je ne nie pas que ce gouvernement, auquel succède désormais le gouvernement du peuple, n’ait pas accompli des pas en avant dans les domaines économique, social et politique. Mais il n’a pas éliminé les grands déficits qui caractérisent l’existence des peuples comme les nôtres : logement, travail, santé, éducation. Il n’existe aucun pays en voie de développement qui ait pu résoudre un seul de ces éléments essentiels, en particulier sur ce continent, où un vaste secteur humain a toujours été méconnu. Il s’agit des descendants des Atahualpa, ou des fils de Lautaro dans ma patrie, l’héroïque aruaco, le mapuche, l’indien ou le métis. Alors qu’ils ont donné la semence de notre race, ils ont été repoussés, infériorisés, et dans certains pays, niés dans leur existence.
C’est pourquoi notre lutte et notre détermination ont tendu à donner le pouvoir à un peuple qui désirait une profonde transformation dans les domaines économique, social et politique, et non la transmission du pouvoir d’un homme à un autre. Comme je l’ai déjà dit, Sérénissime Grand Maître, pour ouvrir le chemin vers son droit légitime au socialisme, le Chili a sa propre histoire, comme les autres peuples ont la leur avec ses caractéristiques particulières. Et la Colombie a, comme le Chili, sa propre vocation démocratique et libertaire.
En 1938 en effet, nous vivions une époque différente de celle de tous les peuples du continent, et de presque tous les peuples d’Europe et du monde: le Chili fut un des trois pays du monde à avoir un «Front Populaire». Et un franc-maçon radical, Maître et homme d’Etat, Pedro Aguirre Zerda, arriva au pouvoir grâce à l’entente entre le multiséculaire parti radical et les partis marxiste, communiste, socialiste et démocratique. Dans ma patrie, et hors de ma patrie, on combattait la possibilité d’une victoire du front Populaire en sonnant le tocsin. On parlait d’ «idiots utiles» en disant que les communistes et les socialistes se seraient servis des radicaux pour instaurer une dictature.
Et Aguirre Zerda, radical de droite, devint grand avec l’exercice du pouvoir, parce qu’il consacra sa vie au contact avec le peuple dans une totale loyauté. Et lorsqu’un jour funeste des soldats qui ne respectaient pas l’objection de conscience reconnue par la Constitution se rebellèrent sous le prétexte futile que sur la façade du palais de la Moneda flottait un drapeau rouge alors qu’en réalité, c’était un drapeau d’un parti politique simplement appuyé au mur, ce fut le peuple qui entoura la caserne. Ce fut le peuple qui, sans un seul coup de fusil, les obligea à se rendre, sans qu’un coup soit tiré sur cette foule disposée à défendre un radical Franc-maçon, Maître et homme d’Etat.
Aux racines de l’évolution politique chilienne, on trouve des antécédents sans parallèles; il est donc difficile de comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans ma patrie: il est rare désormais qu’on craigne la présence d’un Franc-maçon ou d’un socialiste à la présidence du Chili. La vérité, Sérénissime Grand-Maître, c’est que personne, que ce soit dans ma patrie ou hors des frontières, ne peut soutenir qu’on l’a trompé: durant plus d’une année nous avons fait connaître le programme de Unidad Popular où se côtoient, comme je l’ai dit, laïcs, marxistes, chrétiens, écrivains, cultivateurs, mineurs des mines de cuivre. Tout ceux qui l’ont voulu ont pu savoir pour quoi nous luttions.
J’ai toujours soutenu que s’il était difficile de gagner les élections, il serait bien plus difficile encore de construire le socialisme. Et j’ai toujours dit aussi qu’il s’agissait là d’une tâche que ne pouvait conduire à son terme un homme ou une coalition de partis, mais seulement un peuple organisé, discipliné, conscient, responsable de sa grande tâche historique, et les faits ont confirmé cette assertion. Nous fûmes combattus comme en 1938. Et moi qui ai été plusieurs fois candidat, je sais à quelles méthodes on arrive à recourir pour combattre l’avancée des peuples. En 1969 fut suscitée une impressionnante croisade semant la panique de la persécution religieuse, la crainte de l’élimination des Forces Armées du Chili, et de la dissolution du corps des Carabiniers: arguments simplistes, mais capables, grâce à leur malveillance cachée, d’être assimilés et de nous aliéner les votes dont nous avions besoin.
J’ai toujours soutenu que chaque pays devait trouver sa voie en fonction de sa propre réalité. Mais j’ai toujours ajouté que d’un point de vue théorique, au moins pour moi, la guérilla, la rébellion armée, l’insurrection populaire armée ou les élections étaient autant de chemins que le peuple pouvait choisir en fonction de sa propre réalité. Je le dis sans circonlocutions. Il y a des pays où personne ne peut imaginer des élections, parce qu’il n’y existe pas de parlement, pas de partis, pas d’organisations syndicales.
Nous faisons donc notre chemin dans le cadre des lois de la démocratie bourgeoise, à la fois décidés à les respecter et à oeuvrer à leur transformation, pour rendre possible à l’homme du Chili une autre existence, pour que le Chili soit vraiment une patrie pour tous les chiliens. Nous avons proposé une révolution authentiquement chilienne, faite par les Chiliens pour le Chili. Nous n’exportons pas notre révolution pour une raison très simple: nous connaissons, au moins un peu, les caractéristiques de chaque pays. Pour que l’on puisse exporter la démocratie et la liberté, il faudrait des conditions qui n’existent pas dans l’immense majorité des pays d’Amérique latine. C’est pourquoi, mes Frères de la Grande Loge de Colombie, vous pouvez juger par vous même de la sincérité de notre position de non intervention. Et c’est là l’expression franche d’un Frère à ses Frères.
Notre bataille est dure et difficile parce qu’indiscutablement, pour élever les conditions de vie de notre peuple, nous devons effectuer de grandes transformations révolutionnaires qui frappent des intérêts extérieurs comme les capitaux étrangers et l’impérialisme, et des intérêts nationaux comme les monopoles et les banques. Nous sommes convaincus que nous ne pourrons vaincre le sous-développement et l’ignorance, de même que la misère morale et physiologique, si nous n’utilisons pas les excédents de notre économie pour semer des écoles, des routes, des fermes cultivées avec des techniques modernes, pour jouir, dans notre propre patrie, des bénéfices qui nous appartiennent légitimement.
Prenons l’exemple du cuivre, typique du Chili: cette richesse, pour nous fondamentale, pilier de notre économie, représente 82% de nos exportations, et produit 24% des recettes fiscales. Le cuivre a toujours été géré par des mains non chiliennes. Les investissements initiaux des sociétés américaines du cuivre, il y a 50 ans, ne dépassaient pas 13 millions de dollars. Et au cours de ces années sont sortis du Chili 3.200 millions de dollars qui sont allés enrichir les grands empires industriels. Dans ces conditions, comment pouvons-nous progresser? Comment un peuple qui possède la plus grande réserve mondiale de cuivre, la plus grande mine du monde, Chuquicamata, ne peut-il contrôler les prix, le niveau de production, les marchés, alors qu’une augmentation d’un centième de dollar sur la livre de cuivre représenterait pour le Chili une entrée de 12 millions de dollars? Comment comprendre que cela, que nous appelons «le salaire du Chili», soit exclusivement géré par des mains étrangères?
Mes chers Frères, je déclare solennellement que dans cette décision qui est la nôtre de récupérer nos richesses fondamentales, il n’y a aucune volonté de discrimination, rien qui soit contre les peuples. Nous respectons les Etats-Unis comme nation. Nous connaissons leur histoire et nous comprenons parfaitement la phrase de Lincoln lorsqu’il disait, parlant de sa patrie: «cette nation est à demi libre et à demi esclave». Ces mêmes paroles, cette même phrase, nous pouvons les appliquer à notre peuple, apparemment libre, mais esclave de la réalité moderne. C’est pour cela que nous avons lutté et combattu.
J’ai donné l’exemple du cuivre, mais je pourrais parler du fer, de l’acier, du charbon, du soufre, et je pourrais aussi parler de la terre. Dans un pays qui peut nourrir 20 millions d’habitants ou peut-être davantage, on importe de la viande, du blé, du beurre, de l’huile pour une valeur de 180-200 millions de dollars. Si l’augmentation de la population continuait au taux de 2,9%, en 2000 le Chili devrait importer 1.000 millions de dollars de nourriture. En ce moment, la totalité des exportations chiliennes est de l’ordre de 1.200 millions de dollars par an, dont le cuivre représente 1.030 millions. Dans ces conditions, on ne peut échapper à la profonde nécessité d’une réforme agraire, qui fait partie du processus de développement économique du pays. Et il ne s’agit pas seulement d’un changement de propriété de la terre, mais de l’élévation du niveau intellectuel et moral des agriculteurs. Nous avons fait nôtre la phrase de Tupac-Amaru, le cacique du pérou, qui disait à ses indiens: «le patron ne mangera plus de ta faim». Nous avons voulu que l’agriculteur obtienne le droit de manger lui aussi ce que la terre produit.
Et moi qui suis médecin et qui suis resté durant 5 ans président du Collège Médical du Chili, en même temps qu’un sénateur socialiste batailleur, moi qui connais la vie de cette association professionnelle, qui puis dire avec satisfaction à mes Frères que les médecins de mon pays m’estiment et m’ont toujours estimé, je dois signaler avec la douleur d’un Chilien ce qui arrive certainement aussi dans les autres pays: 600.000 enfants de ma patrie, une patrie, Sérénissime Grand Maître, qui a atteint le niveau politique dont je parlais plus haut, sont handicapés mentaux faute d’avoir reçu assez de protéines durant leurs six premiers mois de vie. Face à cette réalité, on ne peut rester conformiste. Face à ce tableau, je me dois de porter au monde profane les principes que l’on m’a enseignés et que j’ai appris de l’Ordre.
C’est pour cela que j’ai combattu, c’est pour cela que l’on me considère moins comme un vrai Président que comme le porte-voix du peuple, qui doit accomplir sans tergiverser le programme qu’il a présenté au peuple. J’ai pris cet engagement avec ma conscience, l’engagement d’un Maçon avec sa conscience de Maçon, avec l’histoire, avec ma patrie. Il y aura sans doute des représailles: il est difficile de frapper ces intérêts, et nous savons qu’ils se défendront, nous le voyons déjà. Mais jusques à quand les peuples supporteront-ils d’être dirigés et contrôlés à distance? Durant ces vingt dernières années, on a parlé de Fonds Monétaire International et de convertibilité en or des monnaies. Et du jour au lendemain, au gré du pays qui a l’hégémonie, on change les règles du jeu et on frappe nos faibles économies. Pendant quinze ans, vingt ans, nous avons vu qu’on a interdit l’entrée aux nations unies de la république populaire de Chine, un pays de 900 millions d’habitants.
Mais pour des raisons de politique intérieure, à la veille d’élections, on peut bien déclarer que l’on reconnaîtra la Chine, et le président des Etats-Unis peut bien se rendre en Chine pour s’entretenir avec Mao Tse Toung. Seulement, nous, nous ne pouvons pas le faire avant. Jusques à quand nous interdira-t-on de tracer notre propre chemin, de prendre en main les drapeaux libérateurs des partisans de l’indépendance de ce Continent pour les transformer en réalité, alors que c’est la tâche qu’ils nous assignent? Si c’est cela être révolutionnaire, je déclare que je le suis, et si c’est cela être Maçon, je déclare également que je le suis.
Et je peux dire à mes chers Frères de la Grande Loge de Colombie que dans ma partie, il n’y a pas un seul homme emprisonné (pour délit d’opinion, ndlr) que dans ma patrie il n’y a pas un détenu politique, que dans ma patrie on respecte tous les droits. Cette nuit, j’ai eu le plaisir de gagner ce temple accompagné par l’Ambassadeur du Chili en Colombie, notre cher Frère Hernàn Gutiérrez. Avec nous se trouvait également le directeur général des carabiniers, le Général José Maria Sepùlveda, lui aussi notre Frère, et tous les deux savent parfaitement que ce que je vous dis là est vrai. Et s’il fallait absolument trouver un témoin, il se trouve ici présent un Frère qui a vu la lumière dans ce temple, parce qu’il est Colombien. C’est l’Ambassadeur de Colombie au Chili, qui n’a pas oublié qu’il était Maçon. J’ai eu la joie et la chance de lui serrer la main après le triomphe des urnes, dans un temple maçonnique, qu’il fréquentait tout en étant diplomate, comme le fait ici Gutiérrez dans une loge (colombienne, ndlr) pour remplir ses obligations maçonniques.
Pour ces raisons, je pense que, compte tenu du climat qui régnait avant et pendant les élections, nous aurons à affronter des faits beaucoup plus graves. Il existe des gouvernements qui trouvent légitime de défendre les intérêts d’un petit nombre de gens très puissants. Quant à moi, je me réserve le droit de défendre les intérêts de mon peuple et de ma patrie contre les intérêts de ce petit nombre. Si quelqu’un pense qu’en ce moment les menaces matérielles peuvent faire plier le peuple, il se trompe. Les Etats-Unis doivent tirer la leçon du Viêt-nam.
La leçon du Viêt-Nam vaut pour tous les petits pays, car elle la leçon de l’héroïsme et de la dignité. Pendant qu’il y a des pays qui dépensent des centaines de millions de dollars par an sur un continent qui n’est pas le leur, pour empêcher un peuple de choisir son propre destin, l’Amérique latine doit rester les mains tendues, implorante, pour mendier de petits prêts, goulettes de lait des mamelles énormes du plus puissant pays capitaliste. De plus, durant les dix dernières années, en raison du principe d’amortissement du capital et des intérêts, il est sorti de ce pays bien plus de millions qu’il n’en est entré comme investissements en provenance de l’étranger. L’Amérique latine, continent pauvre, exporte du capital, contrairement au plus puissant pays du monde, le pays du capitalisme international.
Voilà donc notre lutte, c’est pour cela que j’utilise ce langage, qui est celui de la clarté, comme je me dois de l’utiliser en présence de mes Frères. C’est un affrontement qui n’aura pas le seul Chili pour champ, il se déchaîne dans toutes les parties du monde, l’heure est venue, les anciens systèmes craquent. Il est de notre devoir de garder les yeux ouverts, attentifs à ce qui arrivera demain, analysant nos capacités à trouver les lits qui permettront aux grands fleuves des masses de continuer leur chemin qui ne doit pas être celui de la violence inutile. Je l’ai dit dans mon pays, je le répète ici à vous, mes frères de Colombie : je ne suis pas une digue, je suis au contraire le lit dans lequel le peuple pourra avancer avec la certitude que ses droits seront respectés. On ne peut pas retenir les avalanches de l’histoire. Les lois répressives ne peuvent pas apaiser la faim des peuples. Elles pourront peut-être retarder le mouvement quelques années, une génération peut-être. Mais tôt ou tard, les digues rompront, la marée humaine se précipitera, cette fois avec violence, une violence juste, dirai-je, car la faim et la souffrance durent depuis des millénaires en tant de lieux, et depuis des siècles sur notre continent.
Si de vieilles institutions comme l’Eglise voient se transformer les contenus de leur propre existence, si les évêques réunis à Medellin parlent un langage qui, il y a seulement dix ans, aurait été considéré comme révolutionnaire, c’est parce qu’ils ont compris qu’ils doivent récupérer le Verbe du Christ s’ils veulent se sauver en tant qu’institution. Car s’ils persistent dans leur compromission permanente avec les intérêt d’un petit nombre, personne ne croira plus demain à l’enseignement de celui qui fut le Maître de Galilée, et que je respecte en tant qu’homme.
C’est aussi pour cela que je pense, et que je rêve. Je rêve à la nuit de mon Initiation, lorsque j’entendis ces paroles: «les hommes sans principe et sans idées fermes sont comme les bateaux dont le timon est rompu, ils se brisent contre les écueils». Je voudrais dire à mes frères de Colombie que je ne lâcherai pas le timon que constituent mes principes maçonniques. Ils est difficile de faire une révolution sans coût social, et il est dur de s’affronter aux puissants intérêts internationaux et nationaux. L’unique chose que je désire, c’est que demain, une fois ma tâche accomplie, je puisse entrer (la tête haute, ndlr) dans mon Temple, comme lorsque j’y suis entré en tant que nouveau président du Chili.

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Version transcrite à partir de la bande magnétique enregistrée par le Grand secrétaire de la Grande Loge de Colombie

 


Ouverture encore avec humour 4 mai, 2008

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Ouverture et Fermeture des Travaux

(Version Chtimi)

Les personnages : L’Ingénieur, el ler Poron, el 2e Porion, el mineur Cafougnette, el Mait’Bout’feu,

Maît’ Bout’feu

L’vez – vous tertouss, mes comarates, v’la M’sieu l’Ingénieur.

L’Ingénieur

(traversant el local d’el porte à sin bureau)

Vous pouvez vous rassir, mes comarates, in va c’mincher l’ouvrache! Comarade deuxième Porion queul est le ler ouvrache d’un Porion à l’ouverture d’el cage?

2ème Porion

(au milieu d’el rangée ed droite en intrant)

M’sieu l’Ingénieur, ch’est d’erwettier si tous les comarates, y ont leu barrette, leu béguin, leur lampe et tous l’zautieux et qué l’port’ del cage, elle est bin asseurée.
Comarate, Porion ed’guide, el cage, elle est ti prête à dévaler?

Le Porion ed’guide

(Débout à l’porte)

Comarate 2ème Porion, tout y est in ord’, in peut y aller.

Le 2ème Porion

M’sieu l’Ingénieur, tout y est in’ ord, les comarates y ont tous l’zautieux, el cage elle est asseurée…in peut y aller.

L’Ingénieur

Comarade, ler Porion, queul est l’2ème ouvrache d’un ler Porion al’fosse?

Le ler Porion

(tout d’suite à gauche in rintrant)

M’sieu l’Ingénieur, ché d’erwettier si tous les comarates sont galibots, hierscheux ou bin mineurs à leu plache et à leu n’ouvrache.

L’Ingénieur

Din ch’cas là, ler et 2ème Porions, allez vir chacun de vot’côté, erwettiez vos lampes et dites me si cha va. Ar’levez-vous mescomarates!.

Comarates, avint d’aller au front d’talle ou bin au foudroyache, vous vous f’rez arconnaîte comme galibots au passache des deux Porions.

Le 2ème Porion

M’sieu l’Ingénieur, tous les comarates qui vont dins l’bowette du septentrion sont galibots à leu plache et leu n’office.

Le ler Porion

M’sieu l’Ingénieur, tous les comarates d’el bowette du Septentrion et du Midi sont galibots à leu plache et à leu n’ouvrache.

L’Ingénieur

Ichi, à l’accrochache, tout y est parel.

(L’cage, elle dévale, in arrive à l’accrochache.)

Mes comarates, el cage, elle est bin dévalée, l’accrochache y est in sécurité, tous les comarates sont galibots, in peut s’mette à l’ouvrache. Comarate ler Porion, qu’och qu’in d’minde quint in va à l’ouvrache?

Le ler Porion

El Leumière, M’sieu l’Ingénieur.

L’Ingénieur

Queul’ Leumière nous éclaire et qui n’oche point d’grisou. Comarates ler et 2ème Porion, faites-me vir vos lampes, si elles sont bin réglées.

Comarate, Mait’Bout’feu, vous buquerez d’sus le daine, chaque fos qui n’dara un qui ara quetquose à dire.

Pusqu’in est chi à l’coïette, qui n’y a personne qui nous surque, in va s’mette à l’ouvrache.

Comarate géomète, ouvrez l’lif del bowette, arringez l’zauthieux, déroulez l’plan d’el fosse.

Vous pouvez vous rassir mes comarates.

Comarates 2ème Porion, queul ache équ t’as.

Le 2ème Porion

Tros ins, M’sieu l’Ingénieur

L’Ingénieur

A t’vir in t’donneros pus q’ cha.
Comarates ler Porion, queul heur’qui est ?

Le ler Porion

M’sieu l’Ingénieur, je n’saros pas voul’dire, ichi, y n’fait pas clair.

L’Ingénieur

Puisqu’il en est ainsi, in va ouvrer au noir. Mes Comarates, l’ord’du jour appelle eine planque du comarate Cafougnette qui dot dév’nir hierscheux à carbon. Mait Bout’feu, va-t’in quer not frère et amène le chi à côté ed mi.

(El Mait’ Bout’feu amène Cafougnette al gauche ed’l’Ingénieur).

(Tiote pause).

Comarate Cafougnette, té peux inlever t’barrette, tin béguin et tes mouffes…in t’acoute.

Cafougnette

Merci M’sieu l’Ingénieur.

M’sieu l’Ingénieur et vous tous mes comarates

J’vas vous parler du briquet et du pain d’alouette.

L’Briquet.

Au fond del fosse à l’ouvrache,

Nous, mineurs, v’là not’festin

Deux tartin’s plaqué’s d’fromache

Et d’bon burr’ qui guill’ su l’pain.

Ch’t’un briquet, dins not’ langache.

El’ roi n’est pas not’ cousin

Quand, pou l’mier, in s’met à plache

Sur un caillau comm’ coussin.

Aussi, quint, au jour, j’y pinse,

J’ vous assur’ qué si j’os’ros

J’m’in pourléqu’ros cor les dogts!

Ah! comarat’s, queull’bonn’ guinse!

Pour mi, j’ cang’ros point m’briquet

Pou tous les plats d’un banquet.

Et queq fos je m’régale tellemint

Eq j’in garde un morciau pou m’zinfins

Y minge té cha comme des nonnettes

Y appel té cha l’pain d’alouette.

L’Ingénieur

Comarate Cafougnette, et ‘planque, elle n’est pas longue, mais ch’est vrai qu’au fond del fosse, in n’a foc dix minutes pou minger sin briquet, mais chou qu’t’as dit, in sint qu’cha part du coeur.

Comarate Maitre Bout’feu, r’mène Cafougnette à s’plache, in n’discute pas eine planque ed galibot.


Pus qu’ ch’est comme cha, l’ouvrache y est terminé et j’donne la parole à ch’ti qui a quet kose à dire.

Le ler Porion

In n’intind rin din l’bowette.

L’Ingénieur

J’vas faire circuler l’mallette aux désirs et l’mallette à sous.
Mait Bout’feu et vous Mait Géomète faites el tour d’el bowette.

(Tiote pause)

Ya ti des comarates qui veultent erwettier chou qui a dins les mallettes?

Le 2ème Porion

In n’intind pas eine mouque.

Le ler porion

ed’tous les comarates, y n’d’a pas un qui berle.

L’Ingénieur

Y n’da pas un qui moufte, alors tertouss, à l’accrochache, er’montons bin vite

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Protégé : L’Anno Luci où l’année de vraie Lumière – 1° - 30 avril, 2008

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Le code maçonnique (19e siècle)

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Le code maçonnique (19e siècle) dans Bleu Codea

Voici le texte transcrit:

Honore le Grand Architecte de l’Univers.
Aime ton prochain.
Ne fais point le mal.
Fais le bien.

Laisse parler les hommes.

Le vrai culte du Grand Architecte consiste dans les bonnes moeurs.
Fais donc le bien pour l’amour du bien lui-même.
Tiens toujours ton âme dans un état pur pour paraître dignement devant le Grand Architecte de l’Univers, qui est Dieu.
Estime les bons, plains les faibles, fuis les méchants mais ne hais personne.

Parle sobrement avec les grands, prudemment avec tes égaux, sincèrement avec tes amis, doucement avec les petits, tendrement avec les pauvres.
Ne flatte point ton frère: c’est une trahison. Si ton frère te flatte, crains qu’il ne te corrompe.
Écoute toujours la voix de ta conscience.

Sois le père des pauvres: chaque soupir que ta dureté leur arrachera augmentera le nombre de malédictions qui tomberont sur ta tête.
Respecte l’étranger voyageur; aide-le, sa personne est sacrée pour toi.
Évite les querelles; préviens les insultes, mets toujours la raison de ton côté.
Respecte les femmes; n’abuse jamais de leur faiblesse et meurs plutôt que de les déshonorer.

Si le Grand Architecte te donne un fils, remercie-le, mais tremble sur le dépôt qu’il te confie!
Sois pour cet enfant l’image de la Divinité.
Fais que jusqu’à dix ans il te craigne, que jusqu’à vingt il t’aime, que jusqu’à ta mort il te respecte.
Jusqu’à dix ans, sois son maître, jusqu’à vingt ans, son père, jusqu’à la mort, son ami.
Pense à lui donner de bons principes plutôt que de belles manières; qu’il te doive une droiture éclairée, et non pas une frivole élégance.
Fais-le honnête homme plutôt qu’habile homme.

Si tu rougis de ton état, c’est orgueil; songe que ce n’est pas ta place qui t’honore ou te dégrade, mais la façon dont tu l’exerces.
Lis et profite; vois et imite; réfléchis et travaille; rapporter tout à l’utilité de tes frères, c’est travailler pour toi-même.
Sois content de tout, partout et avec tout.
Réjouis-toi de la justice, courrouce-toi contre l’iniquité, souffre sans te plaindre.

Ne juge pas légèrement les actions des hommes, ne blâme point et loue encore moins; c’est au Grand Architecte de l’Univers qui sonde les coeurs à apprécier son ouvrage.

http://www.rene-guenon.net/

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Protégé : PLANCHE pour Albert – 1° - 29 avril, 2008

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Ouverture en humour 28 avril, 2008

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De notre F:. Pierre DAC

 

 

A.°. L.°. G.°. D.°. G.°. A.°. D.°. L’U.°.

Grande Loge des Voyous
Rituel du Premier Degré Symbolique


Ouverture et fermeture des travaux

Le TAULIER : Frangin deuxième maton, quel est le premier turbin d’un maton en carrée?

2ème MATON : Taulier, c’est de bigler si la carrée n’a pas de courants d’air et si la lourde est bien bouclée.

Le TAULIER : Veux-tu bien gaffer frangibus ?

2ème MATON : Frangin bignoleur, veux-tu bigler si la carrée est aux pommes et décambuter en loucedé pour arnaquer les loquedus ?

Le BIGNOLEUR (de retour) : Y’a que dalle Chef !

2ème MATON : Frangin Taulier, la cabane est réglo.

Le TAULIER : Quel est le boulot du premier maton ?

1er MATON : Frangin Taulier, c’est de se rencarder si tous les gonzes d’ici sont bien des potes et non des demi-sels.

Le TAULIER : Premier et deuxième maton, vos zigues, faites votre turbin. Biglez s’il n’y a pas de loquedus, les argougnez et me les bonnir aussi sec.

Debout tas de fainéants face au bourguignon !

(Au passage des matons, les frangins leur font un superbe bras d’honneur !)

1er MATON : Boss, tous les fiasses qui sont sur leurs guibolles sont bien des affranchis.

Le TAULIER : Il en est de même au bourguignon. Tous ceux qui sont à coté de mézigues sont aussi de la cabane. Au nom du Mec des Mecs, la cabane est affranchie. Pour sa pomme, on va lui filer une sacrée batterie. (tous tapent dans leurs pognes)

Le TAULIER : Posez vos derches les mecs. Frangin Greffier, veux tu nous filer le rapport du dernier turbin?

Le GREFFIER (après avoir vainement essayé de lire ses papiers) : J’ai dit Frangin Taulier !

Le TAULIER : Vous mes pommes et vous les matons, esgourdez s’il y a des niards qui reclament apres le baratin du greffier.

1er MATON : Boss, les affranchis n’ont pas jaspiné.

Le TAULIER : Mes potes, avant de chiquer contre, on va demander au baratineur ce qu’il en pense.

Le BARATINEUR : Tous les mecs ont bien entravé, c’est banco !

Le TAULIER : Le dernier turbin est donc affranchi. Et pour pas vous voir roupiller en écoutant le baratineur déboiser des conneries qui en foutent plein les esgourdes, je m’en vais lourder la taule.

Le TAULIER : Frangins matons, demandez aux potes de vos milieux s’il n’ont rien à baratiner. Je fais circuler l’sac aux baratins et celui de l’artiche pour aider les frangins qui sont tombés. Les boulots sont-ils contents ?

1er MATON : Ils le sont frangin Taulier.

Le TAULIER : Second maton, quel est ton âge ?

2ème MATON : Trois berges vieux.

Le TAULIER : Quel est le temps du boulot ?

2ème MATON :D u bourguignon au plumard, patron.

Le TAULIER : 1er Maton, quelle heure est-il ?

1er MATON : C’est l’heure du plumard, Boss. J’entends sonner douze plombes et on en a ras le bol !

Le TAULIER : Debout, mes niards ! Au nom du Mec des Mecs, et pour sa bonne pomme, on va lui en filer une toute neuve, puisque la taule est débouclée. Allez les gars, tapez dans vos pognes. Ne bonnissez rien au dehors sur le turbin de ce soir et allons filer au paddok avec nos nanas. Mais avant, allons en écluser un !

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Humour

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au moins … trois

dessinateurs d’humour à découvrir :

JIHO … JISSEY … SAT

 

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Cinq francs-maçons se retrouvent au bar avant une tenue :

Le premier déclare : « Je suis le meilleur maçon de l’atelier, c’est le Vénérable Maître qui me l’a dit. »

Le second répond alors : « Peut-être, mais en ce qui me concerne, je suis le meilleur maçon de la région, c’est le conseiller fédéral qui me l’a dit ».

Le troisième dit à son tour : « Mouais, mais moi je suis le meilleur maçon de l’obédience, c’est notre Grand Maître qui me l’a dit ».

Le quatrième affirme : « Peut-être, mais, moi, je suis le meilleur franc-maçon du monde et c’est le Grand Architecte De l’Univers qui me l’a révélé ».

Le cinquième tourne alors la tête vers lui et surpris déclare : « Moi, je t’ai dit ça « ?

 

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Un soir, il arrive au pape Benoit XVI ce qui arrive à tout homme : il meurt. Il ferme les yeux, se sent aspiré vers le haut et quand il ouvre les paupières, un homme se tient devant lui.
- Ah! Mon Dieu! Enfin me voici au paradis après toute une vie consacrée à te rendre gloire!
Il s’approche de l’homme et lui dit :
- Je te salue Pierre, me voici enfin, moi, Benoit, ton successeur…
En face de lui, l’homme écarquille les yeux :
- Qui ça ?
- Ben… moi… Benoît XVI, le pape de l’Eglise catholique.
- Désolé mais j’ai personne à ce nom.
Là, le pape se fache tout rouge!
- Comment ça personne ! Mais on se moque de moi! Je suis le Pape de l’Eglise de Rome!!! Où est le patron?
- Le patron? derrière la porte là-bas, au fond.
Benoit XVI distingue une petite porte dans un coin, s’approche et frappe : « toc, toc »…
 » Vénérable Maître, dit une voix à l’intérieur, on frappe en profane à la porte du temple ».

 

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Le Testament de l’Initié

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Je ne suis qu’un homme parmi les hommes, mais j’ai répondu sous le bandeau et j’ai gravi les trois marches.

J’ai vu l’étoile flamboyante, j’ai fais le signe.

Je suis un maillon de la Chaîne !

La Chaîne est longue.

Elle remonte jusqu’au siècle d’Hiram, et peut-être plus loin encore.

On trouve notre signe sur les pierres dans les déserts de sables sous le ciel pur de l’Orient, dans ces plaines où s’élevaient les temples colossaux, poèmes purs de la puissance et de la gloire.

On trouve notre signe sur les papyrus que l’âge a teinté d’ocre, sur les feuilles où le calame a tracé les phrases les plus belles qu’un être ait pu lire.

On trouve notre signe sur les hautes cathédrales aux sommets sublimes aérés par les vents des siècles.

On trouve notre signe jusque sur les conquêtes de l’esprit qui font l’humanité meilleure, sur la partition de Mozart, sur la page de Goethe, le livre de Condorcet, les mots d’Arago.

Et pourtant je ne suis qu’un homme parmi les hommes, un homme sans orgueil, heureux de servir à sa place, à son rang, je ne suis qu’un maillon de la Chaîne, mais je me relie à l’Univers dans l’espace et dans le temps.

Je ne vis qu’un instant, mais je rejoins l’Eternel.

Ma foi ne saurait faire couler le sang, je ne hait point, je ne sais pas haïr.

Je pardonne au méchant parce qu’il est aveugle, parce qu’il porte encore le bandeau, mais je veux l’empêcher de mal faire, de détruire et de salir.

A ma place, debout et à l’ordre, j’ai travaillé de mon mieux.

Dans toutes les heures de la vie, mon coeur est demeuré fidèle.

Je me suis dépouille des métaux, j’ai combattu jusqu’à la limite de mes forces le fanatisme et la misère, la sottise et le mensonge.

Je ne crains rien, même pas ce sommeil que l’on appelle la mort !

J’espère supporter la souffrance avec l’aide des miens, je saurai subir ce qui doit être subit parce que c’est la loi commune.

J’aurai dégrossi la pierre, accompli ma tâche en bon ouvrier par l’équerre et le compas.

Quand je partirai, formez la Chaîne.

Rien ne sera perdu de ce qui fut donné.

Je resterai toujours parmi vous car je vous laisserai le meilleur de moi-même, oh fils de la Lumière, mes Frères.

Rudyard Kipling

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Musique Maçonnique au sein de la Vie de la Loge 27 avril, 2008

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  Groupe de Recherche Alpina – Pl. Chauderon 3 – CH -1003 LAUSANNE
Téléphone (41) 21 323 55 66 – Fax (41) 21 323 67 77 – courriel : gra@freemasonry.ch

 

LA MUSIQUE MAÇONNIQUE DANS LA VIE DE LA LOGE
Harald Strebel

Introduction

La notion de musique maçonnique ne saurait se laisser définir de façon simple. Pratiquement tous les compositeurs de musique dite maçonnique étaient membres de l’Ordre. Vers la fin du XVIIIe siècle, plusieurs compositeurs s’identifièrent au mouvement spiritualiste cherchant à libérer l’individu de sa culpabilisante immaturité (Kant), ainsi qu’aux postulats du siècle des Lumières exprimés en termes de tolérance et de philanthropie. Tous n’étaient pas des adeptes de l’Art Royal. A titre d’exemple, nous citerons l’hymne Freude schöner Götterfunken [La joie des belles étincelles divines] extrait de la 9ème symphonie de Ludwig van Beethoven (1770-1827). Les paroles de cet hymne, sont reprises d’une ode de Friederich Schiller, qui avait fortement impressionné Beethoven dès sa parution en 1792, au point qu’en 1823 le compositeur habillait musicalement ce texte exprimant avec emphase l’espérance d’une fraternité humaine universelle. Ces grandes idées humanistes sont également présentes dans les paroles de l’opéra opus 72 Fidelio (1805) ainsi que dans la musique scénique opus 84 (1810) de l’Egmont de Goethe.

De nombreux prétendus chants maçonniques (en allemand Freymaurerlieder, attention à l’orthographe), mentionnés dans plusieurs anthologies des XVIIIème et XIXème siècles, ne sont que des « parodies » de mélodies populaires connues, dues à des compositeurs Maçons et aussi profanes, auxquels on aurait confié des textes maçonniques à mettre en musique. En principe, on fait une distinction entre œuvres maçonniques  » originales « , composées par d’authentiques Maçons, et œuvres maçonniques  » adaptées « , dues à la plume de profanes. Au sujet des œuvres dites originales, relevons qu’il s’agit de pièces musicales spécifiquement composées pour des Travaux en Loge (Rituels, festivités, etc.) parfois même de caractère symbolique ; quant à celles dites adaptées, leur essence particulièrement sérieuse fait qu’elles se prêtent aussi bien aux Tenues au Temple qu’à des circonstances de nature moins ésotérique, telles les Loges de table, voire de mondanités.

Origines historiques

Dès l’origine, la musique a joué un rôle important dans la vie et les réunions maçonniques. En 1725 déjà, peu après la fondation de la grande Loge d’Angleterre, il se constitue une société intitulée Philo-Musicae et architecturae Societas Apollinis, présidée par le F\ Francesco Saverio Geminiani (1679-1762), compositeur renommé à l’époque, auquel on attribua le titre de « Dictator et Director of all Musical Performances ». En 1731, on assista à la création à Londres d’une sorte d’opéra maçonnique « The generous Freemason », dû au F… Rufus William Chetwood († 1766). En France, on compte parmi les premiers compositeurs de musique maçonnique, le F\ Jacques Christophe Naudot († 1762) flûtiste et auteur de  » Chansons notées de la très vénérable confrérie des francs-maçons (…)  » et à qui l’on doit encore deux marches (Marche des Francs-Maçons et Marche de la Grande Loge de la Maçonnerie). En 1743, le F\ Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749) compose une cantate intitulée Les Francmaçons. En 1779, l’institution Les concerts de la Loge Olympique voit le jour ; elle organise différents concerts présentant des œuvres d’auteurs maçonniques (entre autres les six symphonies No 82-87 de Joseph Haydn et la cantate Amphion de Luigi Cherubini), mais également des œuvres dues à des non-Maçons. Ces concerts n’étaient toutefois accessibles qu’à des Maçons initiés. Le plus ancien recueil de chants maçonniques d’Allemagne est celui portant le titre de « Freymaurer=Lieder(n) » et dû au F… Ludwig Friedrich Lenz (1717-1780) paru en 1746 à Altenburg. Quant à la pratique musicale des Loges autrichiennes, elle n’est mentionnée – et encore modérément – qu’à partir de 1782, quand bien même la Loge viennoise « Aux trois Canons » avait été fondée en 1742 déjà. En effet, c’est en novembre 1782 que le F\ Joseph Holzmeister (1751-1817), membre de la célèbre Loge « Zur Wahren Eintracht » [La Vraie Concorde], fit à ses Frères une proposition selon laquelle hormis les Apprentis,… tous les Frères doués musicalement ou ceux auxquels la nature a implanté la musique dans la gorge, déclarent que la musique vocale reste la plus belle, la plus naturelle et pénètre le plus intensément les cœurs. Cette initiative rencontre un terrain favorable dans ladite Loge et, en 1783, un F\ visiteur relève : J’étais dans une Loge bornienne1 où, pour favoriser le recueillement, les chants maçonniques étaient accompagnés à l’orgue. Dans les années qui suivirent, la pratique de la musique devint florissante dans les Ateliers viennois et l’entrée en Maçonnerie de Wolfgang Amadé Mozart ainsi que d’autres éminents musiciens n’y fut pas étrangère.

Finalité et Importance de la Musique Maçonnique

À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et Tenues de la Loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhaustifs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la Loge et les sentiments animant les Frères. En 1746 déjà, le F\ L.-F. Lenz relève, entre autres, dans la préface de son recueil de  » Freymaurer=Lieder « , l’importance majeure (du chant) qui permet de diffuser l’esprit d’union des grands rassemblements. La pratique de la musique et du chant en Loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi – dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle – à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :

1 – Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, Loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues. Nous l’appellerons musique de circonstance.
2 – Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent adéquatement aux travaux en Loge.
3 – Œuvres originales » d’une haute inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik [Musique funèbre maçonnique] de Mozart, KV2 479a=477

La Musique en Loge et les « Colonnes d’Harmonie »

On fera appel à la musique lors des travaux en Loge et au cours du déroulement du rituel, c’est-à-dire lors de l’entrée et de la sortie des Frères du Temple, durant les brèves poses prévues par le rituel ainsi que pour accompagner certaines déambulations (p. ex. durant les voyages symboliques au passage des trois grades). À l’époque de Mozart, dans les Loges viennoises et pragoises, les Frères entonnaient des chants à l’ouverture et à la clôture des travaux, parmi lesquels ceux rehaussant la Chaîne d’Union connaissaient une vogue particulière. L’accompagnement instrumental des Chœurs et soli utilisait le piano ou l’orgue dans les Loges germaniques et anglo-saxonnes et cela dès la seconde moitié du XVIIIe siècle ; en France, on avait souvent recours à l’harmonium.

En ce qui concerne la musique instrumentale, on ne saurait parler d’instruments ou d’ensembles « typiquement maçonniques ». Bien que l’on ait tenté de tout temps de justifier la colonne « Beauté » par un apport musical de niveau élevé, certaines Loges ne pouvaient guère compter sur des  » Frères musiciens « , voire d’amateurs éclairés, alors que d’autres n’en manquaient pas. Si aujourd’hui le cor de Basset (de la famille des clarinettes) garde toujours et encore une prédilection comme « instrument typique des Loges », cela ne vaut que pour celles de Vienne où cet instrument a joué un rôle prépondérant dans l’œuvre de Mozart ; d’un autre côté, certains interprètes du cor de basset, très en faveur à l’époque, étaient également membres des Loges. On peut faire le même constat dans les Loges françaises où les « colonnes d’harmonie » tenaient lieu d’institutions pratiquement incontournables. Celles-ci qui avaient compté des effectifs importants dans les Loges militaires se composaient de quelques clarinettes, cors et bassons, dont seules de rares Loges parisiennes, parmi lesquelles les célèbres « Les Neuf Sœurs » et « Les Amis Réunis », pouvaient se prévaloir du fait de la présence parmi leurs membres de Frères mélomanes. Cependant, à partir du milieu du XIXe siècle, ces formations disparurent pratiquement des Temples. La raison qu’aujourd’hui, il ne se publie pratiquement plus d’œuvres maçonniques pour ensembles instrumentaux, s’explique par le fait que rares sont les Loges comptant dans leurs rangs d’authentiques interprètes, condition sine qua non pour une création d’une certaine envergure. Les Loges viennoises du temps de Mozart restent une exception en ce sens que de nombreux musiciens étaient entrés en Maçonnerie pour ainsi dire dans le sillage du maître réputé ; cela n’était pas seulement dû à l’originalité des compositions maçonniques de Mozart, mais surtout à la présence de nombreux interprètes de plusieurs instruments dans un cénacle relativement restreint.

Essence et Symbolisme de la Musique Maçonnique

Il est pratiquement impossible de définir les caractéristiques essentielles d’une musique appropriée aux activités de la Loge, exception faite de ce qu’elle doit impérativement être à même d’engendrer chez les adeptes un comportement digne durant les Tenues et une gaîté sereine lors des Loges de table. Les quelques compositions originales connues (des chants dans la plupart des cas) sont généralement des mélodies d’une facture sans apprêt, aisément accessibles afin de faciliter l’intégration de tous les Frères dans la  » chorale « . Quelques compositions laissent entrevoir une tentative d’intégrer certaines dispositions spirituelles ou encore une certaine symbolique dans le phrasé musical en jouant sur ces paramètres que sont rythme, harmonie, symbolique des nombres, ou mélodie ; ces tentatives, toutefois, ne sauraient être spécifiquement perçues dans les œuvres antérieures à celles de Mozart.

Ce n’est qu’avec une extrême prudence à l’égard de toute recherche d’interprétation herméneutique que l’on pourrait supputer une intention symbolique dans l’ouvrage datant de 1782, « Vierzig Freymäurerlieder » [Quarante chants maçonniques], dû au maître de chapelle de la cour de Dresde, le F\ Johann Gottlieb Naumann, ouvrage sous-titré Zum Gebrauch der teutschen auch fr(an)z (ösischen) Tafellogen [A l’usage des Loges de table tudesques et également fr(an)ç(aises)].

Dans le chant Beym Eintritt in die Loge [Entrée en Loge], première transcription ci-après, on reconnaît le rythme de l’anapeste propre à la batterie de l’Apprenti (qui, à l’époque dans les loges germanophones, était identique aux 1er et 2ème Degrés3) ainsi qu’aux coups de maillet du M… en Chaire et des deux Surveillants.

Dans son chant Die Kette [La Chaîne d’Union], Naumann semble avoir voulu mettre en évidence l’aspect sémantique de la poignée de main fraternelle :

Vouloir attribuer au nombre « Trois » si important en Maçonnerie une présence ou même une référence dans une oeuvre musicale maçonnique reste très problématique ; en effet, ce nombre fait partie du patrimoine général de la musique : tonalités à trois signes d’altération, triolets, tierces, rythmes à trois temps, thèmes ternaires, phrasés musicaux sur trois notes, etc. On peut présumer avec davantage de vraisemblance d’une intention d’expression symbolique dans certaines œuvres de Mozart, bien que toute interprétation dans ce sens reste du domaine de la conjecture. Une systématique et une typologie des symboles maçonniques, communiquées à l’aide de figures musicales et rhétoriques, ne saurait être scientifiquement démontrée, surtout en l’absence d’un texte lié à la dite musique

Œuvre et Compositions Maçonniques

Bien qu’un grand nombre de musiciens aient été Maçons, très peu d’entre eux – Mozart excepté – ont écrit des œuvres plus ou moins importantes pour la Loge. À titre d’exemple citons-en quelques-unes, tombées dans l’oubli, voire perdues définitivement, dues à des compositeurs Francs-Maçons : Johann Holzer (Im Namen der Armen [Au nom des pauvres], Gesellenreise [Voyage des Compagnons], Vienne, 1784) ; Leopold Kozeluch (Chant : Hört Maurer, auf der Weisheit Lehren [Ecoutez, Maçons les enseignements de la Sagesse], Vienne, vers 1782) ; Johann Gottlieb Naumann (Vierzig Freymäurer-Lieder [Quarante chants maçonniques], Berlin, 1782, ainsi qu’un opéra d’inspiration maçonnique Osiris, Dresde, 1781) ; Paul Wranitzky (divers chants maçonniques, entre autres Bei der Almosensammlung [Lors de la collecte des offrandes], Vienne, 1785) dont on a perdu toute trace ; François Giroust (Le Déluge, Paris, 1784) ; Anton Liste (Cantate : Singt mit frohen Feyertönen, Brüder diesen Weihgesang [Frères, entonnez d’une voix joyeuse les notes de ce cantique solennel], opus 5, Zurich, 1811, 12 Maurergesänge [12 chants maçonniques] opus 9, Zurich, même année) ; Louis Spohr (Chant maçonnique : An die geliebten besuchenden Brüder [A nos bien-aimés Frères Visiteurs], Francfort, 1818) ; Albert Lortzing (Cantate pour le centenaire de la Loge « Minerva zu den drei Palmen » [Minerve aux trois Palmiers], Leipzig, 1841, ainsi que divers chants de Loge) ; Henry-Joseph Taskin, auteur de nombreuses compositions pour toutes les solennités maçonniques, telles que Chants pour l’Initiation, cantates, marches solennelles, œuvres funèbres, dont un Cantique maçonnique composé pour la fête de la St-Jean, pour chœur harpe et piano (Paris, 1817), Deuxième Pompe funèbre à la mémoire de FF … (1834). Marche funèbre et Marche religieuse (1814) ; Henry Casadesus (Pièces initiatiques, Paris, vers 1820) ; Armin Schibler (Aufnahmegesang [Chant pour une Initiation], Zurich, 1958 et Gesang für eine Gesellenfeier [Chant pour une festivité compagnonnique], Zurich, 1961). Les musiques rituelles les plus importantes du XXème siècle nous ont été léguées par le Finlandais Jean Sibelius avec une œuvre achevée en 1927 ayant pour titre Musique religieuse, opus 113, devenue célèbre sous l’appellation Masonic Ritual Music, ainsi que par les compositeurs hollandais Willem Pijper, auteur de Six Adagios, parus en 1940 à Rotterdam, et Adolf Beeneken (1894-1975) qui signa en 1970, sous le pseudonyme Marc Rolland, la Pyrmonter Ritualmusik, œuvre musicale qui – comme chez Sibelius – couvre l’ensemble des rituels maçonniques. Le fait qu’il n’existe que peu d’œuvres originales dues à la plume de compositeurs Francs-Maçons serait imputable au fait que de nombreuses pièces instrumentales  » profanes  » (essentiellement pour piano et orgue) se prêtaient fort bien aux cérémonies solennelles dans le Temple ; d’un autre côté, il était rare que chaque Loge disposât occasionnellement ou temporairement d’une formation instrumentale  » cohérente  » pour laquelle il eût été loisible de composer une œuvre spécifique.

Les Œuvres Maçonniques dues à Wolfgang Amadé Mozart

Wolfgang Amadé Mozart fut initié à la Loge « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance] le 14 décembre 1784, date postérieure à celle où l’empereur Joseph II promulgua l’Edit de stricte limitation des « patentes de Loges ». En janvier 1786, devenu membre d’une fusion de Loges qui prit le titre distinctif de « Zur Neugekrönten Hoffnung » [La Nouvelle Espérance Couronnée], il composa les plus importantes œuvres maçonniques des genres les plus divers : œuvres purement instrumentales, chants, cantates. Celles-ci se subdivisent en compositions dites rituelles ou destinées aux Tenues, pièces musicales pour solennités ainsi que des morceaux que l’on peut qualifier de traditionnels ou de circonstance. Le style de la musique maçonnique de Mozart a été de tout temps défini comme « humaniste » ; c’est un style qui s’exprime par une vibrante mélodie de forme cyclique généralement diatonique marquée, çà et là, de vastes lignes au rythme uniforme souvent retardé. Si ce mode d’écriture, qui se présente déjà dans l’œuvre König Thamos, KV 336a=345 (qui passe pour être pré-maçonnique), ainsi que dans plusieurs œuvres profanes antérieures à la Flûte enchantée et que l’on retrouve également jusque dans le Kaiserhymne de Haydn et même dans l’Hymne à la joie de Beethoven, il devient plus patent dans les compositions maçonniques de Mozart.

Œuvres destinées aux Travaux Rituels

La série des œuvres « rituelles » de Mozart débute par le chant pour voix masculine et piano « Die Gesellenreise », KV 468 [Le voyage des Compagnons], œuvre achevée le 26 mars 1785 et composée pour l’accession au deuxième grade de son père, le 16 avril suivant. Relevons que cette cérémonie ne se déroula pas dans la Loge de Leopold, « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance], mais dans une Loge-sœur  » Zur Wahren Eintracht  » [La Vraie Concorde]. Les paroles, dues à la plume du F\ Joseph Franz Ratschky (1757-1810), engagent les Compagnons à cheminer fermement sur le chemin de la Sagesse.

L’œuvre maçonnique la plus importante de Mozart reste la Maurerische Trauermusik [Musique funèbre maçonnique] KV 479a=477, composée vers le 10 novembre 1785 à Vienne bey dem Todfalle der BrBr [à l’occasion du décès des FF\] (Georg August Herzog [Duc] von) Mecklenburg (-Streilitz k.k. Generalmayor) und (Franz) Estherazy (de Galantha, chancelier à la Cour de Hongrie-Transylvanie), ainsi que Mozart l’a noté dans le propre catalogue de ses œuvres. Les premières exécutions de cette œuvre eurent lieu les 17 novembre et 7 décembre 1785, lors des Tenues funèbres4 (au 3ème Degré) des Loges « Zur gekrönten Hoffnung » [L’espérance Couronnée] et « Zu den drei Adlern »[Les trois Aigles]. On peut relever une certaine parenté de style musical avec certains passages de « La Flûte enchantée », évoqué en particulier dans le « Cantus firmus », au moment de l’interlude choral parlé de la scène « harnachée », où il est fait état « des Todes Schrecken » [la terreur de la mort] et que l’on retrouve dans la Maurerische Trauermusik, plus particulièrement dans le choral grégorien Incipit Lamentatio Jeremia. Les tonalités partent du do-mineur (particularité du thème de la mort chez Mozart), passent par mi-bémol majeur pour aboutir à l’accord en do-majeur, tonalité propre à symboliser le passage des ténèbres à la lumière. La concrétisation musicale des lamentations funèbres comporte chez Mozart une unité dialectale de la mort et de la consolation perceptible sans aucune équivoque.

Les deux autres œuvres, sans prétention symbolique excessive, que sont les chants pour ténor soliste, chœur masculin avec accompagnement au piano ou à l’orgue Zerfliesst heut’, geliebte Brüder [Confluez (fusionnez) en ce jour, bien-aimés Frères], KV 483, et Ihr unsre neuen Leiter [Vous, nos nouveaux guides], KV 484, furent écrites par Mozart fin 1785/début 1786 comme première contribution dans la nouvelle Loge (fusionnée)  » Zur Neugekrönten Hoffnung  » [La Nouvelle Espérance couronnée]. Le premier chant comporte une allusion à cette fusion de Loges, imputable au décret impérial de Joseph II ordonnant une limitation du nombre des patentes de Loges.

En effet, le premier chant fait allusion à la susdite nouvelle Loge résultant de la fusion des trois Ateliers, « Zur gekrönten Hoffnun », « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance] et  » Zu den drei Feuern  » [Aux trois Feux], dans le passage …Josephs Wohltätigkeit hat uns, in deren Brust ein dreifach Feuer brennt, hat unsre Hoffnung neu gekrönt. [Grâce à la bienfaisance de Joseph, nous, hommes dans la poitrine desquels brûle un triple feu, percevons comme une espérance nouvellement couronnée].

Quant au second chant (KV 484), il était prévu pour la clôture des travaux, où le texte Ihr unsre neuen Leiter fait allusion à l’installation des nouveaux Officiers de la Loge. Ces deux oeuvres ont adopté une forme de refrain autonome, d’une ligne mélodique dénuée d’artifices, de façon que tous les Frères puissent facilement l’entonner et l’interpréter.

Au moins deux autres chants, composés par Mozart pour les travaux rituels au 3ème degré, passent pour avoir été perdus. Sur les deux pages doubles d’une collection de chants de l’Ecole de chorale masculine de Klosterneuburg près de Vienne, on peut lire l’annotation suivante : Von einem Br(uder) der L(oge), in Musik gesetzt von Br(uder) M…t [Par un Fr(ère) de la L(oge), mis en musique par le F(rère) M…t]. Pour ce qui est du parolier, il doit s’agir indubitablement de Gottlieb Leon (1757-1830) dont Mozart avait cosigné les poèmes. La date de parution de ces chants sous les titres Zur Eröffnung der Meisterloge, (Des Todes Werk) et Zum Schluss der Meisterarbeit (Vollbracht ist die Arbeit der Meister) [Pour l’ouverture de la Loge des Maîtres (L’œuvre de la Mort) et Pour clore les travaux des Maîtres (L’œuvre des Maîtres est achevée) ] n’est pas connue et, au demeurant, ces œuvres ne figurent pas dans la nomenclature KV (Köchelverzeichnis).

L’écriture du premier des chants pour Loge de Mozart O heiliges Band der Freundschaft treuer Brüder, KV 125h=148, [ Ô! lien sacré de l’amitié entre des Frères fidèles] sur un texte de Ludwig Friedrich Lenz, pour solo et chœur à une seule voix avec accompagnement au piano, devrait, en l’état actuel de nos connaissances, se situer à Salzburg vers 1774//76, donc avant l’entrée de Mozart en Maçonnerie. Toutefois ni le lieu ni la circonstance n’en sont connus, quand bien même l’on présume que la Loge munichoise « Zur Behutsamkeit » [La Prudence] en ait été la commanditaire.

Quelques autres œuvres de Mozart devraient avoir été composées pour des travaux rituels, encore qu’elles ne portent aucune mention explicite permettant de leur attribuer cette finalité. L’appartenance à des Loges viennoises – ou la présence occasionnelle – de Maçons maîtrisant un instrument comme la clarinette, le cor de basset ou le basson auront inspiré à Mozart ses mouvements solennels pour instruments à vent tout à fait adéquats pour accompagner une entrée au Temple ou quelque phase du déroulement des Tenues. La plus importante des œuvres musicales, dont on suppose qu’elles aient été composées à des fins rituelles, reste le magnifique Adagio en si bémol majeur, KV 484a=411, pour deux clarinettes et trois cors de basset, parue vers la fin de 1785 et qui dispense une atmosphère particulièrement solennelle. Tandis que le bref Adagio canonique en si bémol majeur, KV 484d=410, pour deux cors de basset et basson est également achevé, Mozart nous délivre encore deux autres morceaux pour instruments à vent destinés aux travaux en Loge. Il s’agit en fait, pour chacun, de fragments pour une clarinette et trois cors de basset, l’Adagio en fa-majeur de six mesures seulement, KV 484c =Anh. 93, ainsi que l’Adagio en ut-majeur, KV580a=Anh.93, dont les harmonieux accords évoquent immanquablement ceux de l’Ave Verum Corpus (KV 618).

Œuvres destinées aux Solennités & Loges de Table

L’œuvre majeure explicitement écrite à l’intention des Frères reste la cantate Die Maurerfreude (KV 471) – La joie des Frères Maçons – pour ténor, chœur d’hommes et petit orchestre, sur un texte du F… Franz Petran. Cette dernière était destinée à honorer le Maître en Chaire de la Loge « Zur wahren Eintracht » [La Vraie Concorde], le F… Ignaz von Born, et fut créée au cours d’une Loge de table au « Freimaurer-Casino » de la Praterstrasse, en date du 24 avril 1785 ; l’ensemble instrumental ainsi que les chanteurs avaient été recrutés parmi les Frères des Loges viennoises réunies. Cette cantate, qui revêt la forme d’un hymne, fut ultérieurement publiée par l’éditeur F… Pasquale Artaria « pour le bien des démunis ». Si l’on recherche dans cette œuvre des références au nombre « trois », il suffira de considérer la tonalité en mi-bémol majeur (avec signes d’altération 3 « B’s »), puis sur le chœur d’hommes à trois voix et la répétition à plusieurs reprises du rythme ternaire et pointée de tierces et sixtes en parallèle ainsi que des basses triolets.

L’œuvre destinée aux solennités de la Loge, connue sous le titre Eine kleine Freymaurer-Kantate [Petite cantate maçonnique], KV 623, fut à proprement parler le chant du cygne de Mozart. Cette ultime composition menée à terme fut exécutée le 17 (et non pas le 18 !) novembre 1791, sous la direction du compositeur, lors de l’inauguration du nouveau Temple de la Loge « Zur (neu) gekrönten Hoffnung » [La (Nouvelle) Espérance Couronnée] ; cette cérémonie marqua la dernière apparition en public de Mozart. En effet, le 5 décembre 1791, un des plus grands esprits que l’on ait connus devait regagner l’Orient éternel. Et les plus enthousiastes accents d’allégresse que nous délivre la cantate pour chœur Laut verkünde unsre Freude [Proclamons haut et fort notre joie] éveillent en maints passages des réminiscences de la « Flûte enchantée ».

Œuvres avec Références Maçonniques

Font partie de cette catégorie de compositions, la cantate fragmentaire Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’univers], KV 468a = 429, la Kleine deutsche Kantate (Die ihr des unermesslichen Weltalls Schöpfer ehrt) [Petite cantate allemande (A toi, en qui vous honorez le créateur de l’incommensurable univers)], KV 619, et la musique de scène pour Thamos, König in Aegypten [Thamos, roi en Egypte], KV 336a =345, ainsi que le Cantique des cantiques » de la Franc-Maçonnerie, Die Zauberflöte [La Flûte enchantée] (KV 620).

La cantate fragmentaire Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’univers] sur un texte du Franc-Maçon Leopold Haschka (1749-1827) ne devrait pas, selon les recherches les plus récentes, dater des années 1784/85, mais plutôt de l’année de la mort de Mozart (1791) ; elle avait fait l’objet d’une première version en vue d’une fête de la Loge puis son parachèvement remis à des jours meilleurs au profit du Requiem KV 626. Les paroles de ladite cantate font référence à la symbolique maçonnique ainsi qu’au culte solaire de l’Egypte ancienne, tandis que sa facture musicale présente de nombreux parallèles et échos de la « Flûte enchantée »

Tout en travaillant à l’écriture de la Flûte enchantée, Mozart composa en juillet 1791 la cantate pour une voix et piano Eine kleine deutsche Kantate, KV 619, dont il est fait mention plus avant, et qui lui avait été commandée par un Frère de Regensburg dénommé Heinrich Ziegenhagen (1753-1806), pour son livre Lehre vom richtigen Verhältnisse zu den Schöpfungswerken [Préceptes pour un comportement correct à l’encontre des œuvres de la Création]. Ce texte est nettement influencé par la pensée maçonnique, bien qu’aujourd’hui certains le voient marqué d’une  » exaltation rationaliste déconcertante  » (Paul Nettl). Les vers Körperkraft und Schönheit sey Eure Zier, Verstandeshelle Euer Adel [Que la Force corporelle et la Beauté soient votre ornement, que la Sagesse de la raison, notre noble ambition] ne sont pas sans évoquer « Les trois petites Lumières » (colonnes) de la Maçonnerie « Sagesse, Force et Beauté ». Dans cet ouvrage, Mozart, une fois encore, adopte des intonations particulières qui restent une caractéristique de ses compositions maçonniques, mais que  » l’on ne sait exprimer qu’avec difficulté  » (Paul Nettl). Les nombreuses références mélodiques et autres échos propres à d’autres œuvres destinées aux Loges ou s’inspirant de la Maçonnerie y sont frappantes ; en particulier très significatifs sont les  » chaînes d’accords en sixte  » (symbole musical de la Chaîne d’Union ?) auxquels Mozart recourt avec une dilection marquée dans ses œuvres destinées au travaux en Loge, entre autres dans la Marche des Prêtres de la « Flûte enchantée ».

Dans la version écrite en 1773 – donc avant son entrée en Maçonnerie – et revue en 1779 de la musique de scène, KV 336a=345, du drame héroïque Thamos, König in Aegypten [Thamos, roi en Egypte], écrit par le F… Tobias Philipp, seigneur de Gebler (1726-1786), les références maçonniques ne sauraient passer inaperçues : la structure hiératique de la musique mozartienne pour les scènes des prêtres de la « Flûte enchantée » en reste un exemple frappant. Thamos et également la cantate Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’Univers] sont manifestement l’expression du culte solaire égyptien.

Le chant maçonnique que l’on peut considérer comme « l’Hymne national » des Francs-Maçons, Zum Schluss der Loge [Pour la clôture des Travaux], KV 623a, Lasst uns mit geschlungnen Händen [Que nos mains enlacées], mieux connu dans une rédaction ultérieure du texte Brüder, reicht die Hand zum Bunde [Mes frères, tendez la main vers l’Union (la chaîne d’)], fut déclaré en 1946 hymne national autrichien. La paternité de Mozart dans le Chant de la Chaîne d’Union n’est pas authentiquement certifiée. À part Mozart, on cite souvent Johann Holzer et Paul Wranitzky comme compositeurs possibles.

Il n’y a pas lieu ici de débattre longuement sur la « Flûte Enchantée », tant ont pu être relevées ailleurs les références maçonniques de cette œuvre qui reste le plus impérissable des chefs d’œuvre du XVIIIe siècle. Qu’on l’examine sous les éclairages les plus divers, comme une transposition d’un conte ou d’un mystère, comme une comédie faubourienne viennoise, comme un magistral opéra maçonnique, comme l’illustration d’un conflit entre matriarcat et patriarcat, comme une allusion jacobito-révolutionnaire ou encore éthique-humaniste, il en ressort un incontournable constat : les résonances du langage musical de ce teutschen Singspiels [Opérette tudesque] (Mozart dixit) nous étreignent immédiatement le cœur, nous rendent heureux par leur très profond symbolisme, quelle que soit l’approche du texte et de son sens caché que l’on adopte. Au-delà de ces concepts, l’homme initié à l’Art Royal trouvera au pays de Zarastro toute la symbolique et toute la transcendance cosmique de la Loge.

Compositeurs Francs-Maçons

La littérature musicale ne cessera jamais de colporter des noms de compositeurs présumés Francs-Maçons, comme entre autres : Carl Philipp Emanuel Bach, Ludwig van Beethoven, Christoph Willibald Gluck, Antonio Salieri, Carl Maria von Weber. Jusqu’à ce jour, la preuve formelle de l’appartenance à l’Ordre d’aucun des compositeurs précités n’a pu être apportée. La liste qui suit ne comporte que des personnalités dont la qualité de Francs-Maçons est attestée, soit par des listes de membres ou des procès-verbaux de Loges, des lettres, etc. Les noms marqués d’un astérisque (*) sont ceux de Suisses.

Abel Carl Friedrich (1723-1787)
Abt Franz (1819-1885)
André Johann Anton (1775-1842)
Attenhofer Carl * (1837-1914)
Attwood Thomas (1765-1838)
Bach Johann Christian (1735-1782)
Bach, Wilhelm Friedrich Ernst (1759-1845)
Baermann Heinrich Joseph (1784-1847)
Benda Georg (1722-1795)
Berlin Irwing (1888-1990)
Blavet Michel (1700-1768)
Blumenthal Casimir, von (1787-1849)
Boieldieu François Adrien (1775-1834)
Boito Arrigo (1842-1918)
Boyce William (1711-1779)
Casadesus François Louis (1870-1954)
Casadesus Henri (1879-1947)
Cherubini Luigi (1760-1842)
Clerambault Louis Nicolas (1676-1749)
Damrosch Leopold (1832-1885)
David Ferdinand (1810-1873)
Devienne François (1759-1803)
Duvernoy Fréderic (1767-1838)
Eck Johann Friedrich (1764-1810)
Ellington Duke (1899-1974)
Engel Carl Immanuel (1764-1795)
Elsner Josef (1769-1854)
Fall Léo (1873-1925)
Fürstenau Caspar (1772-1819)
Geminiani Francesco Saverio (1679-1762)
Gebauer François René (1763-1845)
Gershwin George (1898-1937)
Giroust François (1738-1799)
Gossec François Joseph (1734-1829)
Grétry André Ernest Modeste (1742-1813)
Haydn Franz Joseph (1732-1809)
Hoffmeister Franz Anton (1754-1812)
Holzer Johann (1752-1818)
Hummel Johann Nepomuk (1778-1837)
Kayser Philipp Christoph (1755-1823)
Koussewitzky Sergey Alex (1874-1951)
Kozeluch Leopold Anton (1747-1818)
Kreutzer Rodolphe (1766-1831)
Krumpholtz Jean Baptiste (1745-1790)
Lindtpaintner Peter Joseph (1791-1856)
Liste Anton (1774-1832)
Liszt Franz (1811-1886)
Litolff Henry Charles (1818-1891)
Loewe Karl (1796-1869)
Lortzing Albert (1801-1851)
Méhul Etienne Nicolas (1763-1817)
Meyerbeer Gioacomo (1791-1864)
Mozart Leopold (1719-1787)
Mozart Wolfgang Amadé (1756-1791)
Mozart Franz Xaver Wolfgang (1791-1844)
Müller Alexander (1808-1863)
Naumann Johann Gottlieb (1741-1801)
Naudot Jacques Christophe († 1762)
Nedbal Oskar (1874-1930)
Neefe Christian Gottlieb (1748-1798)
d’Ordoñez Carlos d’ (1734-1786)
Pfister Hugo * (1914-1969)
Philidor François André (1726-1795)
Piccini Nicola (1728-1800)
Pijper Willem Frederik (1894-1953)
Pleyel Ignaz (1757-1831)
Puccini Gioacomo (1858-1924)
Reissiger Karl Gottfried (1798-1859)
Romberg Andreas (1767-1821)
Sarti Giuseppe (1729-1802)
Satie Erik (1866-1925) [fut Rosicrucien, donc pas Franc-Maçon à proprement parler]
Schibler Armin *(1920-1986)
Schnyder von Wartensee Xaver * (1786-1868)
Schubert Franz Anton (1768-1827) [rien à voir avec Franz Schubert de l’Inachevée]
Schultz Johann Abraham (1747-1800)
Sibelius Jean (1865-1957)
Sousa John Philip (1854-1932)
Speyer Wilhelm (1790-1878)
Spohr Louis (1784-1859)
Spontini Gasparo (1774-1851)
Stadler Anton (1753-1812)
Sullivan (Sir) Arthur (1842-1900)
Taskin Henry Joseph (1779-1852)
Vieuxtemps Henry (1820-1881)
Viotti Giovanni Battista (1753-1824)
Weigl Joseph (1766-1846)
Wesley Samuel (1766-1837)
Whiteman Paul (1890-1967)
Wranitzky Paul (1756-1808)

Notes

1) Ignaz von Born (1742-1791) célèbre minéralogiste et M… en Chaire de la Loge « Zur Wahren Eintracht », ami de Mozart qui – selon plusieurs historiens – lui aurait inspiré le personnage de Zarastro de la « Flûte enchantée ».

2) KV: Chevalier Ludwig von Köchel, Chronologisch-thematisches Verzeichnis sämtlicher Tonwerke Wolfgang Amadé Mozarts, Salzburg 1862, 6ème et 7ème édition non modifiée, 1965.

3) Cette précision devrait servir à souligner l’importance qu’il y a de connaître les sources contemporaines (Rituels des Loges) si l’on veut éviter de tirer des conclusions hâtives. Aujourd’hui, les batteries diffèrent entre Loges d’Apprenti et de Compagnon et nombre de musicologues tirent des conclusions erronées quant aux rythmes musicaux à partir de prémisses inexactes.

4) Au XVIIIème siècle, dans les Loges autrichiennes, il n’y avait pas de Tenue funèbre à proprement parler ; la mémoire des Frères défunts était honorée lors d’une Tenue d’élévation au 3ème grade.

Bibliographie

Autexier Philippe : Les oeuvres témoins de Mozart, Paris, 1982 ; La colonne d’harmonie – Histoire – Théorie – Pratique, Paris, 1995.
Basso Alberto: L’invenzione della gioia. Musica e massoneria nell’ età dei Lumi, Milano, 1994.
Cotte Roger: La musique maçonnique et ses musiciens, Baucens1974 ; Le courant maçonnique, in: Précis de musicologie. Paris, 1984.
Deutsch Otto Erich: Mozart und die Wiener Logen, Wien, 1932.
Die Musik in Geschichte und Gegenwart (MGG), Artikel: Freimaurermusik, Kassel, 1955.
Irmen Hans-Josef: Mozart – Mitglied geheimer Gesellschaften, Zülpich, 1991.
Klein Rudolf: Mozarts Freimaurer-Kompositionen, in: Bruder Wolfgang Amadeus Mozart, Wien, 1990.
Nettl Paul: Musik und Freimaurerei. Mozart und die königliche Kunst, Esslingen, 1956.
Schuler Heinz: Mozart und die Freimaurerei, Wilhelmshaven, 1992.
Siegmund-Schultze: Mozarts Freimaurermusiken, in: La Musique et le Rite Sacré et profane, Vol. I, Strasbourg, 1982.
Strebel Harald: Der Freimaurer Wolfgang Amadé Mozart, Stäfa, 1991 ; Freimaurerische Symbolik in Mozarts Musiksprache – Spekulation und Realität, in: Atti della Accademia Roveretana, K. H. Bock, Bad Honeff, 2001 ; Zur Echtheitsfrage des Maurergesangs « Laßt uns mit geschlungnen Händen » KV 623a, in: Mozart-Jahrbuch 1989/90, Kassel.

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« LA REINE DE SABA », DE CHARLES GOUNOD 26 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

www.charles-gounod.com/vi/oeuvres/operas/mystsaba.htm

   
UN OPERA MACONNIQUE FRANÇAIS MECONNU :
« LA REINE DE SABA », DE CHARLES GOUNOD

Avant propos

Les rituels maçonniques sont tenus  » secrets  » par les Maçons, qui n’ont pas le droit de les divulguer aux  » profanes « . La maçonologie qui aborde les aspects historiques, sociologiques et philosophiques de la maçonnerie, étudie entre autres les légendes dont s’inspirent les rituels. Aussi, tout ce qui peut être rapporté dans cette présentation, ainsi qu’en témoigne la bibliographie jointe, provient de livres accessibles à tous, traitant soit des rapports entre la musique et la maçonnerie, soit du livre des Rois dans la Bible, soit de la légende d’Hiram, légende commune à la maçonnerie et au compagnonnage, soit surtout du recueil de nouvelles intitulé  » Voyage en Orient  » de Gérard de Nerval. Cependant, le  » secret maçonnique  » reste paraît-il intransmissibleŠ

Les rapports entre la Maçonnerie et la musique sont apparemment nombreux et anciens. Les musiciens réputés Francs-Maçons sont archi-connus et sans doutes répertoriés par excès. L’excellent livre de Roger Cotte sur la musique maçonnique les inventorie avec prudence, distinguant les compositeurs Francs-Maçons avérés comme Haydn et Mozart ou plus récemment Sibelius, de ceux dont l’appartenance n’a jamais été prouvée comme Beethoven, dont on retient cependant  » Les 33 variations diabelli «  comme un élément de présomption à charge ! Il signale encore ceux qui sont réputés l’avoir été mais ne l’ont finalement point été, comme Wagner et rapporte enfin ceux qui ont eu des liens avec des mouvements plus ou moins proches de la maçonnerie, comme Erik Satie qui a écrit de la musique rituelle pour les rosicruciens à la demande de Joséphin Pelladan. Les oeuvres dites maçonniques sont tout aussi connues et le moins mélomane des Francs-Maçons citera d’emblée la  » Flûte Enchantée «  de Mozart. D’autres, plus fins connaisseurs, citeront des oeuvres moins connues dont l’inspiration maçonnique dépend de l’interprétation de chacun, les Francs-Maçons n’ayant pas le monopole des légendes ou des symboles. Citons ainsi  » la Création «  de Haydn. Enfin, des musiciens dont on sait qu’ils n’ont pas été Francs-Maçons, mais simplement proches de ce courant de pensée, ont pu écrire des oeuvres que des exégèses très convaincus ont décrété maçonniques, citons Wagner dont Jacques Chailley fait une analyse du «  Parsifal «  où il voit une analogie frappante avec la légende du 18ème degré du Rite Ecossais. Signalons enfin que des compositeurs Francs-Maçons n’ont parfois pas écrit de musique dite maçonnique. Qu’est ce qu’une musique maçonnique ? Cela peut être soit de la musique spécifiquement écrite pour des cérémonies rituelles, soit de la musique à contenu explicitement initiatique par les paroles comme  » la Flûte Enchantée «  de Mozart, soit encore de la musique purement instrumentale mais à contenu symbolique et/ou initiatique comme le «  Quatuor des dissonances  » du même Mozart, dont le début chaotique pour les oreilles de l’époque fait bientôt place à une composition tonale tout à fait classique, l’initiation ayant mis de l’ordre dans le chaos. Citons donc par exemple, Adrien Boieldieu, compositeur français Maçon, auteur d’un très mozartien concerto pour harpe, dont on peut toujours chercher le symbolisme caché !

A contrario, se pourrait-il qu’il existe une oeuvre française manifestement maçonnique, bien plus explicite encore que tous les ouvrages cités jusque là, mais tombée totalement dans l’oubli, bien que composée au 19ème siècle par un auteur des plus célèbres, j’ai nommé Charles Gounod, lequel n’était absolument pas « suspect » d’être Franc-Maçon et qui plus est ne l’était effectivement certainement pas ?

Cet opéra ignoré de l’immense majorité des mélomanes Francs-Maçons ou non, absent de bien des bibliographies de référence, se nomme  » La Reine de Saba « , oeuvre tirée d’une nouvelle de Gérard de Nerval extraite du  » Voyage en Orient « , qui s’intitule  » La Reine du Matin et Soliman Prince des Génies « , nouvelle au sein de plusieurs autres regroupées sous le titre  » Les nuits de Ramazan « . La redécouverte récente du contenu surprenant de cet opéra oublié à l’occasion d’un premier enregistrement mondial, invite à la réflexion.

Voyons donc l’intrigue du livret :

Au premier acte : à Jérusalem, le Maître d’oeuvre Adoniram (forme emphatique d’Hiram) travaille à la construction du temple du roi Soliman (comprenez Salomon). Alors qu’on annonce à Adoniram la venue de la Reine de Saba Balkis, précédée par sa réputation de grande beauté et qui est promise à Soliman, arrivent trois ouvriers Compagnons qui viennent réclamer le titre de Maître ou plus exactement le mot de passe des Maîtres, ce qui leur permettrait d’obtenir un salaire équivalent à celui des vrais Maîtres. En effet au moment de la paye, les ouvriers glissent à l’oreille d’Adoniram un mot de passe qui correspond à leur qualification et ils sont donc payés en conséquence. Adoniram refuse, au motif que le salaire de Maître ne vient récompenser que des oeuvres méritoires et fustige les mauvais Compagnons qui ont semé la zizanie parmi les ouvriers. Les mauvais Compagnons quittent la scène en promettant de se venger. Arrive Balkis accompagnée de Soliman son futur époux. A la simple vue de la Reine de Saba, Adoniram, tiraillé par un sentiment de lointain souvenir, de reconnaissance, a le coup de foudre et réciproquement. C’est comme cela que cela se passe dans les opéras, ce qui simplifie considérablement le travail du librettiste, c’est la licence poétique, pas besoin de préliminaires, on se voit, on se plait, surtout s’il s’agit de la femme d’un autre et on se jure fidélité jusqu’à la mort, qui arrive d’ailleurs souvent plus tôt que prévue. Un humoriste anglais a pu ainsi définir l’opéra : c’est l’histoire d’un ténor qui tombe amoureux d’une soprano et d’un baryton qui fait tout ce qu’il peut pour les séparer. Une très belle scène est consacrée à l’exaltante rencontre, mais dès la suivante, on butte sur un cadavreŠ Aux tessitures près, c’est bien ce qui va se passer ! Et donc, Adoniram flatté par Balkis et à sa demande, fait la démonstration de sa puissance en contrôlant la foule éparse des ouvriers à l’aide d’un signe magique évoquant le dieu Tubal-Kaïn. Il s’agit d’un T, qui peut aussi représenter la première lettre de la ville de Tyr, la lettre hébraïque Tau, un fil à plomb sous un niveau ou encore deux équerres accolées. Tous les ouvriers étaient mélangés, maçons, charpentiers, mineurs, fondeurs, etcŠ et bientôt dans ce désordre apparent les ouvriers se regroupent par spécificités. L’ordre apparaît issu du désordre et les corps de métiers rassemblés défilent alors sous leurs bannières  » compagnonniques « . Balkis subjuguée par cette puissance donne son collier de perle à Adoniram sous les yeux de Soliman qui devrait songer à se méfier.

Au deuxième acte : Adoniram, spécialiste comme il est dit dans la Bible de la fonte de l’airain, s’apprête sur le haut plateau de Sion à réaliser son chef d’oeuvre, à savoir couler la Mer d’Airain. Ceux qui ont lu le livre des Rois dans la Bible, au chapitre consacré à la construction du temple de Salomon ont connaissance de cet objet insolite : une gigantesque vasque remplie d’eau, soutenue par douze taureaux, qui servait à la purification des prêtres. Il invoque pour ce faire la puissance du dieu Tubal-Kaïn. Mais les ouvriers précédemment rabroués ont saboté le processus et le bronze en fusion est projeté sur la foule.

Au troisième acte : Malgré l’échec précédent, Balkis médite sur les signes extérieurs de richesse intérieure d’Adoniram et les compare au pragmatisme bassement matérialiste de Soliman. Adoniram survient et rapidement ils tombent dans les bras l’un de l’autre, Adoniram se flattant de la supériorité de l’Architecte sur un Roi qui n’aurait que le mérite de sa naissance. Et décidément tout va bien, puisqu’on apprend que pendant la nuit, une intervention surnaturelle a achevé le travail commencé, sous les coups de marteaux sont apparus les taureaux supportant la vasque remplie d’eau de la Mer d’Airain.

Au quatrième acte : la belle légende maçonnique commence à tourner au mauvais feuilleton. Soliman frustré et jaloux reçoit la visite des trois mauvais Compagnons qui viennent lui rapporter l’infidélité de Balkis. Adoniram et Soliman, s’affrontent verbalement, Soliman déclare qu’il va quitter Jérusalem, mais Balkis a le temps de lui verser un narcotique qui permet de lui dérober l’anneau royal, puis de prendre la fuite pour rejoindre Adoniram.

Au cinquième acte : l’ambiance devient plus tragique, n’oublions pas que nous sommes à l’opéra et qu’on y tire traditionnellement des émotions à travers les drames que subissent les protagonistes dans leur chair ou leur âme. Adoniram à la place de Balkis qu’il attendait, voit arriver les trois mauvais Compagnons qui lui demandent à nouveau le mot de passe des Maîtres. Adoniram refuse bien sûr et alors que la tempête éclate, les trois mauvais Compagnons le poignardent. Balkis, arrive enfin, pour le voir mourir dans ses bras et va donc devenir  » La Veuve  » chère aux Francs-Maçons, mais elle a cependant le temps de lui passer l’anneau royal arraché à Soliman. Adoniram mort est accueilli dans les cieux par Tubal-Kaïn, pour une vie éternelle, salué par le choeur des ouvriers. Il a choisit d’affronter son destin et après sa propre mort, il accède à la renaissance.

Au total :

Un livret sans grande imagination ni poésie, sans prise réelle sur les préoccupations de l’époque, une intrigue prévisible et une fin un peu bâclée, pas de quoi tenir l’affiche et passer à la postérité. Or c’est bien ce qui arriva, essayons d’en préciser les causes.

Tout d’abord un opéra est souvent plus apprécié pour sa musique que pour son intrigue. Celle-ci est même parfois tellement compliquée qu’on en oublie sa crédibilité et qu’au fond elle passe au second plan. Que celui qui peut raconter précisément et de mémoire l’argument du «  Trouvère «  ou de  » la Force du Destin «  de Verdi vienne dire le contraire ! Il n’empêche que des oeuvres peuvent compter par leur contenu littéraire ou dramatique. «  Tosca «  est de celle-ci s’insurgeant contre les pouvoirs politiques, Verdi avec  » Aïda «  a joué un rôle non négligeable dans le risorgimento, la «  Traviata «  a fait pleurer dans les chaumières. Bien souvent, pour comprendre l’action, il vaut mieux avoir connaissance du livret, au pire acheter le programme et le lire dans la pénombre, car il ne faut pas compter sur la représentation pour comprendre les tenants et les aboutissants, d’autant qu’on voit souvent les opéras dans une langue qui n’est pas la nôtre, avec certes maintenant le plus souvent des sous-titres, y compris quand on chante en français, car la diction peut être médiocre ! Certes au 19ème siècle les opéras étaient souvent chantés dans la langue du pays où ils étaient donnés, mais cela ne se fait guère plus. Terminons encore pour dire que le français est peut être  » une langue qui résonne « , mais qu’elle est aussi diablement difficile à chanter et par conséquent rares sont les chanteurs d’origine étrangère que l’on peut comprendre facilement.

La puissance émotionnelle de la musique passe donc souvent au premier plan. Mais si actuellement on fait preuve de tolérance, d’ouverture d’esprit, de culture, n’oublions pas que les pesanteurs de l’époque faisaient qu’il était extrêmement délicat d’innover. Ajoutons les réactions nationalistes qui faisaient qu’il était fort risqué d’apprécier Wagner à la fin du 19ème siècle et de vouloir s’en inspirer ouvertement comme l’a reconnu Charles Gounod.

Cet opéra n’est donc pas passé à la postérité, il était pourtant l’oeuvre d’un compositeur premier Prix de Rome, qui allait devenir fort célèbre et parfaitement reconnu de son vivant, et honoré à sa mort, ayant reçu des obsèques nationales à l’Eglise de la Madeleine, son cercueil étant accompagné par l’Orphéon de Paris que dirigeait Camille Saint-Saëns.

La première de  » La Reine de Saba «  eut lieu en février 1862 à l’Opéra de Paris mais l’oeuvre ne tînt l’affiche que 15 jours, le temps que la critique s’acharne à son sujet. On lui portait la grande accusation de wagnérisme, leitmotiv d’une certaine critique parisienne dont eurent à souffrir Bizet, Saint Saëns et Massenet. Dans la  » Revue des deux Mondes  » du 18 mars 1862, Paul Scudo, l’ennemi de Berlioz, écrivait que Charles Gounod avait eu le malheur d’admirer certaines pages altérées des derniers quatuors de Beethoven, source troublée d’où étaient sortis les mauvais musiciens de l’Allemagne moderne, les Liszt, les Wagner, les Schumann et même les Mendelsohn. Quel visionnaire !

Voilà pour la musique, dont Berlioz écrivait, que certes il :  » cherchait à soutenir l’auteur, mais qu’il n’y avait rien dans sa partition, absolument rien. Comment soutenir ce qui n’a ni os ni muscles ? « . Etonnante écriture après un  » Faust «  qui fut une réussite mélodique avec une partition d’orchestre puissante, variée et efficace. Etonnante aparté encore quand on sait qu’il écrira encore deux autres chefs d’oeuvre avec  » Mireille «  et  » Roméo et Juliette «  quelques années après.

Puisque la musique n’était pas à la hauteur, quid du livret ? Il faut malheureusement reconnaître que ce n’est pas l’intrigue un peu compliquée tirée des écrits de Gérard de Nerval, dépourvue de situations fortes et sans idées saillantes qui aurait pu captiver le public. A sa décharge, il faut savoir aussi que les opéras possèdent le plus souvent plusieurs versions et que certaines scènes peuvent être finalement coupées ou que les ballets classiques de cette époque étaient parfois supprimés faute de moyens. Certaines scènes n’ont ainsi jamais été jouées et on ne les retrouve parfois que 150 ans après, par exemple quand Michel Plasson enregistre pour la première fois l’air du  » Scarabée « , variante d’une scène du  » Faust « . Aussi les premières représentations sont parfois décousues et il faut un peu de rodage pour peaufiner l’ensemble en fonction des réactions du public,  » La Reine de Saba «  n’a pas eu ce sursis. Ainsi quelques coupures ont concerné des scènes expliquant ce sentiment de souvenir lointain, de reconnaissance, lors de la rencontre entre Balkis et Adoniram, une autre enfin, rapportant une attitude un peu désobligeante de Soliman à l’égard de Balkis, parfaitement présente chez Nerval, aurait expliqué les quelques réticences de la reine à l’égard de son prétendant. La scène de la fonte de la Mer d’Airain aurait été coupée en raison des risques d’incendie et pour gagner du temps au bénéfice des ballets tellement prisés par les protecteurs des danseuses.

Parfois c’est l’interprétation qui peut venir sauver un ouvrage médiocre ou au contraire l’enfoncer. Or pour cette première, le chef d’orchestre Louis Dietsch était celui dont Wagner avait eu à se plaindre pour son «  Tannhäuser «  et son exécution fut jugée  » filandreuse « .

Enfin la réceptivité sociale ou politique du moment va faire le succès éventuel de l’événement. Or, vous avez compris quelles que soient vos connaissances des légendes et rituels maçonniques, que le thème global de la  » Reine de Saba «  est profondément maçonnique puisque la légende d’Hiram chère aux Loges bleues, c’est à dire des trois premiers degrés, apprentis, compagnons et maîtres, y est rapportée bien fidèlement. Le nom d’Adoniram à la place de celui d’Hiram peut trouver sa justification soit plus loin dans d’autres degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté, soit encore dans d’autres rites. Plus encore, sans trahir d’autres secrets accessibles dans toutes les bonnes librairies, même à l’époque, la maçonnerie des Hauts Grades s’inspire pour ses premiers degrés de la symbolique salomonienne et de la construction du temple de Jérusalem. De ce fait, il y est fait mention du chef d’oeuvre que prétend réaliser Adoniram. On peut s’étonner de ce mélange entre les noms et symboles des Loges bleues et ceux des Hauts Grades, mais les rites autres que le Rite Ecossais Ancien et Accepté sont multiples et les personnages volontiers désignés par plusieurs noms. Un même  » mot de passe  » peut correspondre à différents grades selon les rites. Enfin, quand ni l’écrivain, ni les librettistes, ni le compositeur ne sont Francs-Maçons, des erreurs peuvent se produire. Ainsi Oswald Wirth, dont les écrits maçonniques à la fin du 19ème siècle firent autorité, ne nourrissait aucune bienveillance à l’égard de l’oeuvre de Gérard de Nerval, qui à ses yeux n’aurait eu qu’une vision bassement politique de la légende d’Hiram. Le texte suit cependant fidèlement les rituels maçonniques, certaines expressions sont typiquement empruntées aux Loges, par exemple le jour de la fête le Roi  » suspend les Travaux « , le premier mauvais Compagnon déclare  » Je suis Maçon « . Le nom même de Tubal-Kaïn qui apparaît à certains moments, correspond à un mot de passe parmi bien d’autres, là encore variable suivant les degrés et les rites. On en est donc pas à une vague inspiration, mais à une retranscription précise et pas du tout anodine sous Napoléon III. Celui-ci, amateur surtout d’opéra-bouffe avait pris d’ailleurs l’oeuvre en horreur, ne supportant guère l’idée de l’artiste placé au-dessus du monarque absolu. Pour certains, l’opéra aurait même été interdit, avatar ayant des précédents, par exemple avec le  » Don Carlos «  de Verdi qui critiquait l’inquisition. Il faut dire que c’était aussi la grande époque du compagnonnage et des corporations avec en figure de proue le célèbre Agricol Perdiguier, qui inspira Georges Sand. En 1848 les compagnons avaient organisé une grande manifestation à Paris, c’était encore dans les mémoires. C’est Crosnier, qui remplaçait Nestor Roqueplan à la direction de l’Opéra, qui décida de bannir  » une pareille ordure « . Dans ses  » Mémoires d’un artiste «  Gounod écrit :  » Les décisions directoriales ont parfois des dessous qu’il serait inutile de vouloir pénétrer : en pareil cas, on donne des prétextes ; les raisons demeurent cachées « .

Si on écoute cet opéra 140 ans après, enfin enregistré en première mondiale dans une version hélas assez médiocre avec des voix étrangères de plusieurs nationalités, ce qui se fait hélas souvent maintenant et que le français avec ses e muets tolère mal, on retient néanmoins quelques belles scènes et quelques innovations, la cavatine de Balkis étant la plus connue. Le savoir-faire existe à défaut d’une forte inspiration. Comme dit le Larousse au début du 20ème siècle, il y a plus de science que de musiqueŠ Par contre, la partition d’orchestre paraît plus insipide que ce que le compositeur a pu produire au cours de sa longue carrière. On disait même que si  » Faust «  avait été l’ » Austerlitz «  de Charles Gounod, cet opéra serait son  » Waterloo «  ! Certes, l’appréciation de la musique est subjective, mais parmi le public, si peu de spectateurs sont capables d’une analyse musicologique poussée, par contre de façon subjective, ils peuvent être plus ou moins charmés. Or dans cette oeuvre, on retrouve globalement toutes les habitudes les plus convenues de Charles Gounod, toute ses  » ficelles  » , l’expression existant déjà dans la critique du 19ème siècle. On notera cependant des motifs de rappels apparentés à des personnages ou des situations, qui reviennent plus ou moins altérés au cours de l’oeuvre. Par exemple, l’origine divine d’Adoniram est suggérée par un motif de cornet à piston et de trombone symbolisant sa puissance originelle. C’est là une petite nouveauté, un procédé qui sera repris dans tout l’opéra, songez par exemple à «  Tosca «  célèbre pour l’usage répété des leitmotivs. Pour trouver un jugement objectif, on peut lire l’avis de musicologues avérés, capables de juger l’événement avec du recul et sans parti pris. Mais là, même avec le temps, ce n’est pas l’enthousiasme qui prédomineŠ On cite habituellement l’air du choeur des jeunes filles juives et sabéennes, deux airs de Balkis et une marche empruntée au livret d’  » Ivan le Terrible « .

Alors livret insipide ou partition d’orchestre bâclée, critique injuste ou moment mal choisi, non-observance des règles mélodramatiques élémentaires ? Il est vrai qu’il est difficile de se prendre de sympathie pour les protagonistes. Comme le résumait de façon lapidaire le critique Johannes Weber dans  » Le Temps «  le 14 mars 1862 :  » Quel intérêt peut éveiller une pièce où les six personnages les plus importants sont sots et ridicules, quand ils ne sont pas lâches, fourbes, scélérats et repoussants « . Il est vrai qu’Adoniram apparaît bien suffisant, parfois méprisant, y compris vis à vis de Balkis et qu’il ne doit son salut qu’à une intervention divine. Enfin, pour susciter l’empathie, le personnage principal doit être confronté au choix entre l’idéologie et l’amour or nul trace ici d’un tel déchirement. Les recettes habituelles d’une bonne intrigue sont donc absentes.

Cet échec restera une blessure majeure pour Charles Gounod qui à côté de quelques opéras mineurs, voire à peine joués quelques jours, a commis au moins trois chefs-d’oeuvre qui ont fait le tour du monde avec  » Faust  » ,  » Roméo et Juliette «  et  » Mireille « . Il confia même à un critique allemand qu’il avait entrepris un voyage pour se consoler d’un deuil familial en lui disant :  » J’ai perdu une femme que j’aimais profondément : la Reine de SabaŠ « . Cet échec sera aussi à l’origine d’un épisode dépressif qui sera l’occasion pour lui de séjourner quelques temps chez son fidèle ami le Dr Blanche.

Ne pouvait-on donner une seconde chance à  » La Reine de Saba «  ? Sans doute pas de sitôt, car monter un opéra nécessite un long travail impliquant de nombreuses personnes : chef d’orchestre, metteur en scène, musiciens de l’orchestre et des choeurs, solistes, danseurs, chef de choeur et de ballet, costumiers et maquilleurs, décorateurs, machinistes quand ils ne sont pas en grève, etcŠ Si le succès commercial n’est pas là rapidement, il vaut mieux s’arrêter à temps. «  La Reine de Saba «  fut rejouée une fois en 1900 sans grand succès, une autre en 1969 à Toulouse sous la direction de Michel Plasson, dans une version avec de multiples coupures et vient donc enfin d’être donnée et enregistrée en Italie dans une version approximative. Enfin cette année, à Saint-Etienne, l’opéra est à nouveau joué, dans une version complète avec d’excellents ballets. Mais qu’il soit donc passé à la trappe en 1862 n’est pas étonnant et Charles Gounod connût d’autres échecs relatifs avec d’autres opéras: «  La Nonne sanglante, Cinq-Mars, Polyeucte, Philémon et Baucis, Sapho, le Tribut de Zamora « . Ces titres ne sont guère connus et pour cause !

Le texte du livret est quand même bien curieux pour avoir été accepté par ce compositeur qui ne fut jamais Franc-Maçon, même s’il appelait sa chambre sa  » Loge « , durant son séjour à la Villa Médicis à Rome.

Mais au fait, d’où vient-il ce livret ?

Relisons la page de garde de la partition de la maison Choudens :  » La Reine de Saba, grand opéra en 5 actes de MM. Jules Barbier et Michel Carré mis en musique et dédié à son Excellence Monsieur le Comte Walewski-Colonna, ministre d’Etat, par Charles Gounod. Partition chant et piano arrangée par Georges Bizet -Paris, Choudens éditeur « .

On constate donc qu’il n’y est nullement fait référence à Gérard de Nerval dans cet intitulé. Cela pourrait s’expliquer honorablement par le fait qu’il pouvait être malséant ou simplement pas très commercial de rappeler le nom d’un écrivain suicidé et fou de surcroît. Le  » fol délicieux « , le «  suicidé de la société « , était mort, paix à ses cendres. Notons aussi au passage, qu’il n’avait pas d’héritiers pour défendre sa mémoireŠ

Pourtant c’est bien Gérard de Nerval qui fut l’inspirateur de cette histoire d’amour, histoire malheureuse bien sûr, comme il les aimait tant, blessé qu’il fut dans sa jeunesse par la non concrétisation de ses aspirations romantiques. Nerval a fréquenté un certain nombre d’illuminés, mais aussi de poètes de renom, souvent Francs-Maçons, très probablement sans l’être lui-même. S’il l’avait été, rassurez-vous les Francs-Maçons l’aurait revendiqué depuis longtemps ! Ainsi certains exégèses ont voulu à travers l’analyse de son portrait par E. Gervais, en déduire que son attitude, sa posture, la position de ses mains etcŠ révélaient qu’il était Maître Secret (4ème degré), voire Maître Parfait ( 5èmeème siècle, la multiplication des grades et rites, comme par exemple les 99 degrés de celui dit de  » Memphis Misraïm « , font que toutes les poses immortalisées sur un daguerréotype doivent pouvoir donner lieu à des élucubrations fantasmatiques sur l’appartenance maçonnique éventuelle du poseur ! degré). Or, il est rare qu’on se prévale de ces tous premiers degrés des Hauts Grades et par ailleurs, surtout au 19

Mais d’ailleurs, est-ce primordial de connaître l’appartenance maçonnique éventuelle d’un auteur ? Cette particularité maçonnique n’a pas forcément la même valeur pour chacun. Deux baptisés catholiques ont-il pour autant la même foi ? On doit pouvoir être Maçon et n’avoir rien compris à la maçonnerie, de même qu’un non-Maçon peut avoir compris la portée de son symbolisme. C’est la thèse qui prévaudrait pour Gérard de Nerval. Il ne serait pas maçon, mais aurait une profonde connaissance des textes fondamentaux et des rites déjà divulgués au 19ème siècle. Il faut dire qu’avec sa traduction du Faust de Goethe, Gérard de Nerval fut rapidement au contact d’une littérature symbolique. Notons bien sûr que Charles Gounod a commis son chef d’oeuvre avec précisément ce même Faust du même auteur quelques années auparavant. C’est sa mère, Victoire Lemachois, qui lui avait glissé dans ses bagages la traduction qu’en avait faite Gérard de Nerval, lors de son départ à la Villa Médicis. Néanmoins ce thème a été couramment utilisé par les musiciens avec entre autres Boïto, Liszt, Schuman, Berlioz etcŠ

Par contre la légende d’Hiram servant de base aux rituels maçonniques de l’époque existait déjà, sous une forme condensée, retransmise en partie par voie orale. Il est vrai qu’Hiram est déjà cité dans la Bible ! Nerval l’a donc sciemment reprise à son propre compte pour en faire une assez longue nouvelle, au sein du recueil  » Voyage en Orient « , écrit en effet après avoir visité le moyen Orient et notamment l’Egypte. On y appréciera la fluidité de sa prose et la clarté du propos sans adjonction de délires interprétatifs. On trouvera un symbolisme plus onirique dans d’autres oeuvres de Gérard de Nerval, comme par exemple  » Aurélia « . La thèse qui prévaut tendrait donc à penser que l’auteur n’était pas Maçon, mais qu’il connaissait bien les rituels. Il a pu même s’amuser dans sa correspondance à laisser traîner quelques signes ambigus évocateurs. Par exemple, il se targue d’être  » louveteau « , terme d’origine anglo-saxonne réservé à un mineur parrainé par un Maçon, comme il existe des  » lionceaux «  » Lyons « . Peut-être voulait-il seulement faire référence au fait que son père, le Dr. Labrunie, était maçon, tout comme le Dr. Blanche d’ailleurs. Enfin, certains ont même pu être convaincus de sa qualité maçonnique en justifiant néanmoins son absence des tableaux de Loges officiels par l’appartenance à une Loge  » sauvage « , c’est à dire non inféodée aux obédiences officielles. L’argument devient spécieuxŠ parrainés par les membres du

Alors quid de Gérard de Nerval librettiste ?

Il faut tout d’abord savoir que l’écrivain avait un goût prononcé pour la musique. Il a ainsi fréquenté les plus grands musiciens de son temps : Liszt, avec qui il avait le projet d’écrire un  » Second Faust « , Berlioz, Meyerbeer et Rossini. Il rêvait depuis longtemps d’écrire un livret d’opéra, dans le but avoué d’en offrir le rôle principal à l’élue de son coeur Jenny Colon. Il avait d’ailleurs projeté de réécrire le livret de  » La Flûte enchantée « , ni plus ni moins ! Mais là, il envisageait pour la cantatrice de lui offrir le personnage de Balkis, Reine du Matin et non celui de la Reine de la Nuit qu’elle avait déjà chanté ! Gérard de Nerval avait dans un premier temps essayé de concrétiser son projet d’opéra avec Meyerbeer, qui avait connu le succès parisien en 1831 avec son  » Robert le Diable «  et qui était notoirement Franc-Maçon, mais ce désir ne fut pas couronné de succès, car celui-ci était pris par un autre sujet à ce moment. Nerval aurait pour cela écrit le premier acte et lui aurait envoyé, mais Meyerbeer l’aurait  » gardé sous le coude  » quelques années sans y donner suite et ensuite on n’en a plus trouvé la trace. Quelques années plus tard Nerval voyageant au Proche Orient en 1843, ayant enrichi sa connaissance du monde arabe insère alors l’histoire de Balkis au sein de nouvelles que narre un conteur professionnel dans un café turc. C’est d’ailleurs la façon dont se présentera la mise en scène lors de sa reprise cette année à Saint-Etienne, reprenant l’artifice du théâtre dans le théâtre cher à Shakespeare. Mais si Nerval en a probablement tiré effectivement un livret d’opéra en cinq actes, celui-ci a bien disparu.

Diverses hypothèses sont donc échafaudées :

- La dédicace de l’opéra au Comte Walewski propose une première piste. Le ministre dirigeait le journal  » Le Messager  » auquel Gérard de Nerval aurait aimé collaborer et les liens entre eux furent étroits. Or Alexandre Walewski fît jouer au Théâtre Français une comédie dont il s’attribua la paternité :  » L’Ecole du Monde ou la Coquetterie sans le savoir « , laquelle aurait en fait été écrite par M. Gérard (comme on nommait Gérard de Nerval à l’époque). Certains inclinent donc à penser que Walewski aurait pu avoir le livret complet de  » La Reine de Saba «  et que devenu ministre d’un état autoritaire, il aurait pu le faire signer par Barbier et Carré devenus fournisseurs attitrés de Gounod et en accepter la dédicace. Dans le plan manuscrit de ses oeuvres complètes, quelques jours avant sa mort, Nerval à la rubrique  » sujet  » écrit :  » La Reine de Saba, 5a . Halèvy « , ce qui dans sa terminologie pourrait signifier qu’il ne s’agissait que d’un projet, car quand ceux-ci étaient achevés, c’était en règle précisé.

- Deuxième hypothèse à partir d’une certitude : Nerval connaissait Michel Carré. On trouve ainsi dans sa correspondance une lettre du 7 mars 1854 concernant un projet d’opéra comique sur le thème de son proverbe  » Corilla « . On peut imaginer qu’il aurait plus tard reçu un livret complet de  » La Reine de Saba «  et qu’il l’aurait adapté en le simplifiant. Ou encore, puisque Meyerbeer avait reçu le premier acte, la suite a peut-être existé et aurait pu être retrouvé dans les archives de l’Opéra, où les librettistes l’auraient retrouvée et adaptée, honorant ainsi la mémoire de l’écrivain dans un  » pieux larcin « Š Notons que la première rencontre entre Charles Gounod et ces fameux librettistes eut lieu en 1856.

La troisième hypothèse reste la plus vraisemblable : puisqu’il s’agissait d’un désir exprimé de la part de Nerval, Barbier et Carré auraient eux-même écrit entièrement le livret à partir des  » Nuits du Ramazan « , avec une adaptation très proche du texte à quelques exceptions près que leur connaissance de l’opéra leur suggérait. Quelques éléments de la nouvelle de Nerval se trouvent transformés dans un souci d’efficacité lyrique et mélodramatique. Ainsi par exemple, il est malséant de mourir dès le début d’un opéra et donc Bénoni, le fidèle et dévoué apprenti qui meurt avant la fonte de la mer d’airain chez Nerval survivra chez Gounod. Pour ce qui est de l’écriture, partant du texte initial, les librettistes en font une réduction en prose pour la versifier secondairement. Si le procédé  » colle au texte  » facilement pour une pièce de théâtre, il en est bien entendu tout autre pour un récit romanesque, la description des lieux et des actions ne se prêtant guère à la forme narrative, sauf à imaginer l’intervention d’un récitant, qui casse toujours un peu l’ambiance et le rythme. L’absence in fine du nom de Nerval obéissant donc comme on l’a vu, à des règles de  » marketing « , plus qu’à une volonté éhontée de plagiat.

Une dernière hypothèse est soulevée par André Lebois. On ne présente à un compositeur avéré qu’une oeuvre complète. Le livret de  » la Reine de Saba «  existerait donc, peut-être rédigé avec l’aide de Michel Carré et puisque Meyerbeer est indisponible, Nerval s’adresse à Halévy, qui en est le poulain et qui vient d’écrire  » Charles VI «  et  » la Reine de Chypre « . Cela faisait beaucoup de souverains et craignant peut-être la raillerie en ajoutant une  » Reine de Saba « , Halévy déclina l’offre. Et ce serait alors Halévy qui aurait fait appel à Gounod et Bizet (qui avait épousé la fille d’Halèvy) en a donc arrangé la partition pour piano. Barbier et Carré auraient purement gardé le livret de Nerval, avec pour toute contribution la suppression du tableau de la descente aux enfer, car  » Faust «  avait déjà présenté la  » Nuit de Walpurgis « , et cela aurait un peu fait doublon. Ils auraient rajouté, car Gounod appréciait cette forme musicale, la scène du choeur des juives et des sabéennes. Le livret original de Nerval n’a jamais été retrouvé, il aurait évidemment été détruit, peut être par Nerval lui-même d’ailleurs. Cette hypothèse n’est évidemment pas la plus glorieuse, elle reste hélas plausible, Gérard de Nerval s’étant fait dépossédé de plusieurs projets au cours de sa carrière.

Son oeuvre ne sera donc mise en musique que quinze ans après son projet initial. Gérard de Nerval était déjà mort depuis quelques années, Jenny Colon aussi. On ne trouve donc pas trace dans sa correspondance d’un projet avec Charles Gounod. L’avait-il évoqué entre eux où n’était-ce que le fruit des intermédiaires ? On ne le saura jamais. Et s’ils ont tous deux fréquenté la maison du Dr Blanche, c’est de façon indépendante dans le temps et par ailleurs, Gérard de Nerval n’assistait pas aux réunions musicales qu’organisait le psychiatre.

Alors puisque ni le compositeur ni l’écrivain n’étaient Francs-Maçons, peut être faudrait-ils s’intéresser aux librettistes ? Car à part Wagner qui écrivait les textes de ses opéras, habituellement les compositeurs font appel à des librettistes. Ceux-ci sont en quelques sortes les paroliers qui à partir d’un thème littéraire proposent des paroles pour le mettre en musique. C’est une écriture en règle réductrice mais efficace, comme pour le dialoguiste au cinéma. Pour n’avoir pas eu recours à un librettiste de métier, Claude Achille Debussy s’est retrouvé dans une impasse quand il s’est agit d’écrire un opéra du nom d’ » Orphée « . Il y avait une inadéquation entre le style littéraire que lui proposait le Dr Segalen et l’efficacité d’une écriture nécessairement plus concise. C’est sans doute pour cela que les poèmes peuvent néanmoins être plus facilement mis en musique. En l’occurrence pour Charles Gounod, il s’agissait de ses librettistes attitrés de longue date, Barbier et Carré, dont les autres livrets connus ne sont nullement maçonniques et qui n’étaient pas Francs-Maçons eux-même. Toutefois le livret reste in fine sous la responsabilité du compositeur et il est douteux qu’on ait pu lui faire accepter une telle histoire sans son assentiment. Il ne s’agissait en effet pas d’une quelconque légende appartenant à la culture commune de cette époque, même si le goût pour l’orientalisme était naissant. Charles Gounod, était en effet un catholique fervent, ayant même passé quelques temps au séminaire en se prévalant à l’époque du titre d’abbé. Plus tard il composera de nombreuses messes, oratorio, Te Deum, Requiem, Gloria, Ave Maria, pièces pour orgue, marche pontificale etcŠ La Maçonnerie d’alors, non pas dans ses principes mais dans sa sociologie, était assez anticléricale et cela paraît assez antinomique avec sa personnalité. Charles Gounod était homme de grande culture, fin lettré et ami de tout le monde artistique de l’époque. Chrétien catholique convaincu, tendance christianisme social, il avait su se frotter aux philosophes et découvrir que l’Amour de l’autre était la seule solution durable pour la sauvegarde de notre univers. Mais si on retrouve dans sa correspondance une lettre du Sâr Peladan, nulle trace par contre de la Maçonnerie, organisation qu’il ne pouvait méconnaître. Quant à la légende d’Hiram, elle préexiste bien entendu à l’oeuvre de Gérard de Nerval, puisque la naissance de la Maçonnerie en tant que corps constitué, date de 1717, à l’époque des Constitutions d’Anderson qui en fixent les principes et règlements. Gérard de Nerval, intéressé de longue date par divers courants ésotériques a donc repris de façon enjolivée et romantique la légende qui servait de support au rituel maçonnique, sous forme d’un conte d’une centaine de pages où figurent quelques belles considérations sur la vanité du pouvoir temporel et la fragilité des institutions et civilisations qui reposeraient sur un principe ou une base matérielle fragiles. Pour autant, certains chapitres reprennent mot pour mot des phrases des rituels maçonniques, tels qu’ils étaient déjà dévoilés à l’époque, venant par exemple au chapitre intitulé  » Makbenah  » expliciter une phase essentielle du rituel de la maîtrise.

Cet opéra reste donc un mystère : comment l’oeuvre la plus explicitement maçonnique du répertoire français du 19ème peut-elle être le fruit d’un non-Maçon ? Reste que ce compositeur a peut-être été Franc-Maçon sans que je le sache, mais outre que la Maçonnerie a tendance à se glorifier de ses membres célèbres et que je ne l’ai jamais entendu nommer à ce titre, il me semble que je l’aurais de toutes façon su, puisque ce compositeur était donc mon arrière-arrière grand-père et qu’à travers ses objets personnels ou sa nombreuse correspondance, nulle allusion n’a jamais été retrouvée concernant la Maçonnerie.

Alors s’agissait-il d’une incartade volontaire et éclairée, fut-ce un incident de parcours non significatif, ou Charles Gounod fut-il la victime involontaire d’un intermédiaire parfaitement au courant, le secret n’est pas prêt d’être élucidé !

 

Nicolas GOUNOD, Mars 2003

Bibliographie :

Discographie :

- « La Reine de Saba » de Charles Gounod

* avec Francesca Scaini, Jean-Won Lee, Anna Lucia Alessio, Annalisa Carbonara, Luca Grassi, Salvatore Cordella. Direction Manlio Benzi. Bratislava Chamber Choir. Orchestra Internazionale d’Italia. 2002. Dynamic. CDS 387/1-2

* avec Suzanne Sarroca, Gérard Serkoyan, Gilbert Py, Yvonne Dalou, Jean-Paul Calfi, Henry Amiel, Gerad Blatt. Direction Michel Plasson. Toulouse 1969.

* Extraits: air de Balkis « Plus grand dans son obscurité », Françoise Pollet, Orchestre philharmonique de Montpellier, direction Cyril Diederich, 1CD Erato Musifrance 1990.

* Extraits: « Valse » du 2e Acte, London Symphony Orchestra, Direction Richard Bonynge; ‘Ballet Gala &endash;Ballet Music from Opera’ (avec oeuvres de Rossini, Donizetti, Massenet, Berlioz, Saint-Saëns). Enregistré: 1972, Decca 444 198-2

* Air D’Adoniram par Gustave Botiaux Récital n°3 ORPHEE LDO B 21051-51052

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