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Planchons sous la Pluie ou Humour Maçonnique 7 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Humour , 1 commentaire


Planchons sous la pluie.

 

Avec l’aide des réflexions souvent fort spirituelles de FF:. et SS:. , j’ai élaboré ce petit lexique maçonnique que je vous livre ce midi, je l’espère, pour votre plus grande réjouissance et peut-être aussi votre édification.

ACCOLADE : Acte maçonnique par excellence, expression de la fraternité la plus authentique en même temps que véhicule des parfums les plus nauséabonds. Tellement signifiante en soi que nombreux sont ceux qui la donnent sans même savoir à qui ils la donnent. Pour moi, survivance de la pensée magique selon laquelle on peut installer une réalité en la nommant.

ADOPTION (Fête d’) : Grand raout qui se reproduit tous les 4/5 ans, le temps que Cupidon ait fait son oeuvre et que les crèches soient à nouveau garnies. On y apprend à ces chers petits qu’ils ne doivent pas s’en faire, que le GADLU et sa Commission veillent définitivement sur eux qui n’ont de toute façon aucune responsabilité. Cette fête donne l’occasion aux parrains de rivaliser de cadeaux somptueux et de décors rutilants. Elle permet également aux épouses (voir aussi l’article « FEMME ») de se rassurer quelque peu quant aux fréquentations/frasques vespérales, sinon nocturnes, de leurs époux.

ANCIEN ET ACCEPTE (Rite Ecossais) : Voie triomphale vers le dernier et ultime stade de la vanité, vérité dont sont intimement pénétrés ses serviteurs les plus convaincus; son parcours est jalonné d’étapes parfois rocambolesques, parfois sublimes, fruits des suées nocturnes de très éminents Maç:. du XVIIIe siècle.

ANDERSON : Auteur de contes pour enfants. Peut aussi s’adresser à des Maç:. avides de merveilleux.

APPRENTIS : Ignares tellement honteux de leur analphabétisme (ils ne savent ni lire ni écrire ! ) qu’ils ne parlent pas en public (des fois que cela s’entendrait !). Dans certains cas, véhicule d’injures: « va donc, espèce d’éternel apprenti ! « ou « Mon pauvre, tu ne seras jamais qu’un éternel apprenti ! »

ASSIDUITE / ASSIDU : Qualité absolue qui donne droit à toutes les excuses. Dire d’un frère qui exprime quelque chose de peu intéressant: « Oui , mais il est très assidu ». Synonyme : en règle de cotisation ».

ATHEE : Il y a deux sortes d’athées :

1. Ceux qui n’ont aucune inquiétude spirituelle, ce qui leur vaut l’appellation d’ »Athées Stupides ». Une telle attitude est incompatible avec une réelle vocation maçonnique. Ils sont cependant peut-être plus croyants qu’ils le pensent – ou le croient – car si Dieu (ne lésinons pas sur les majuscules) avait le peu d’existence qu’ils veulent bien Lui accorder, pourquoi aurait-Il ce pouvoir de provoquer chez eux des éruptions cutanées dès qu’ils entendent prononcer Son Nom ? (Voir article « Tolérance »). A leur conseiller vivement : une relecture du 14e degré.

2. Ceux qui rejettent le Dieu révélé par les Eglises mais n’en sont pas moins des esprits religieux.

BOUBIER : Parfumerie célèbre dans la Vallée de la Sambre. Doit sa renommée à un produit spécifique qui évoque – on s’y tromperait – l’atmosphère des bibliothèques anciennes.

CORDONITE : Affection aiguë qui peut toucher le franc-maçon qui n’y prendrait garde. Se traduit par une propension à collectionner des colifichets et autres accoutrements si possible brillants et clinquants dans le but de satisfaire un ego dilaté et un orgueil bien peu maçonnique. (l’orgueil est-il donc vertu maçonnique ?). Elle se manifeste par des symptômes incompréhensibles au profane, entre autres pour nos FF:. une usure prématurée du col du smoking qui part de l’épaule gauche pour se terminer sur le flanc droit.

CULTURE MACONNIQUE : Désigne le paquet d’habitudes de l’Institution telles que les rêve le profane et telles que les supporte le franc-maçon.

DEVOIRS DU FRANC-MACON : Les exiger de la part des autres, s’en affranchir quant à soi. Les autres en ont envers vous, mais vous n´en avez pas envers eux, sauf nécessité absolue.

DIEU : Voir GADLU – c’est fou ce que cette institution, qui jouit dans le profane d’une solide réputation de laïcité, voire d’athéisme pour certaines obédiences, peut engendrer parmi ses membres le besoin de parler de Dieu.

DIGNITAIRE (Officier) : Membre d’une Commission d’Officiers du même nom. Certains d’entre eux éprouvent parfois d’énormes difficultés à faire la différence entre honneur, privilège, service et charge.

ECOSSISME : Mouvement ésotérico-exotique fort en vogue au Siècle des Lumières, connaît aujourd’hui une renaissance sous la forme d’un intérêt passionné pour les whiskies « Pure Malt ». Et qui permet ensuite de « rassembler ce qui est Hépard »…

FEMME : Indispensable auxiliaire (op.cit : un ancien rituel de fête blanche) sans qui nos Travaux n’auraient pas l’éclat qui leur revient et notre assiette serait beaucoup moins bien garnie. Lasses de ce rôle subalterne quoiqu’incontournable, certaines ont voulu en finir avec cette servitude et ont créé leurs propres ateliers où elles travaillent en paix, loin des sarcasmes de leurs FF:..

FRATERNITE : Souvent invoquée, rarement pratiquée. Synonyme : serpent de mer.

GADLU : Voir DIEU.

GANT : Attention à l’orthographe, s’écrit bien GANT et pas GAND. En principe, signe de la pureté des intentions du Maçon; pour certains, affirmation de leur détermination à ne pas se salir les mains, surtout à l’occasion d’une tâche profane. Se méfier des farceurs ou des distraits : j’ai commencé ma vie maçonnique avec une paire reçue, j’en ai acheté une seconde par la suite et je me trouve aujourd’hui à la tête d’un capital de deux gauches et quatre droits. Chez nos FF:., la paire attribuée au nouvel initié est traditionnellement assortie d’une paire de gants de femme, à remettre à la Femme qu’il estimera la plus digne de les recevoir de la main d’un Franc-Maçon. Quelle méprisable vanité ! Pourquoi ne pas inverser le propos : « dont il s’estimera assez digne pour pouvoir les lui offrir sans rougir » ?

GRAND : Qualificatif favori des Maçons. Tout est Grand chez eux, rien n’est petit, pas même le cou. Quelques cas particuliers : – Grand Maître : Maître plus long que les autres, ou encore Maître-étalong. Doit cette appellation à son étonnante capacité à diriger une érection de colonnes. – Grand Officier ; Officier qui se croit plus grand que les autres.

HAUTS GRADES : Les dénigrer, mais tâcher d’en faire partie si l’on peut. Dire qu´on n´y a pas trouvé la lumière.

HIRAM : méthode de navigation sans voile nécessaire au progrès maçonnique.

INITIATION : Cérémonie qui permet de recevoir la Lumière: Avant j’étais complètement dans le cirage, maintenant que je suis initiée, la couleur du cirage est passée du noir foncé au noir clair. Certains sont parfois tellement impressionnés par la Lumière qu’ils reçoivent qu’ils en deviennent des Illuminés pour le reste de leur vie.

LIBERTIN IRRELIGIEUX : Quel Beau programme ! Surtout libertin…

LUMIERE : brille souvent surtout pas son absence.

MACONNIQUE : Qualité souvent caractérisée par son absence (cette attitude n’est pas M:.) ou encore propriété attribuée à des objets qui n’ont que peu de choses à voir avec elle (qu’est-ce donc qu’une Musique M:., une Mallette M:.?).

MAILLET : Voir outils. Peut faire très mal lorsqu’il est utilisé à des fins carriéristes. Se souvenir que, pris sur le crâne, il peut générer des symptômes divers.

MAITRE : Unité de mesure d’une loge : il faut une loge de 7 M pour qu’elle soit juste et parfaite. Les Grandes Loges font jusqu’à une centaine de M. ne pas confondre avec le « mètre » unité de mesure ni le verbe « mettre » (se faire) plus usité dans les aléas de la vie maçonnique.

OBEDIENCE : Synonyme parfait de « Droit chemin ». Voir secte.

OUTILS : Autant que possible, éviter de s’en servir tout en en parlant d’abondance. Certains peuvent causer de vilaines blessures (voir maillet). Toujours bien les ranger dans sa boite à outils ; se méfier du compas qui pique et du fil à plomb qui s’emmêle facilement. Le seuil outil fidèle du FM est le tire-bouchon.

PARFUM: (Voir aussi l’article « Boubier ») Certificat de bonnes vie et moeurs.

PARRAINAGE : Quand il est réussi, c’est une des plus belles formes de filiation, car son essence est d’ordre spirituel : deux êtres se désirent et s’élisent. Quand il plonge ses racines dans l’intérêt immédiat, il prend alors une tournure très maffieuse.

PLANCHE : Instrument de supplice préféré de tous les verbeux qui n’ont rien à dire mais espèrent s’arroger le droit de parole en invoquant le mot. On distingue : les planches d’instruction, les planches d’érudition les planches à clous, les planches à repasser , les planches de salut , les planches à tartiner, les planches à voile et les planches ennuyeuses, de loin les plus nombreuses. Au delà de trois par soirée peut être extrêmement mortifère.

PROGRES MACONNIQUE : se manifeste par la multiplication des décorations multiples, de la taille et de la complexité des tabliers. Signifie aussi « prendre du poids ou du volume » (voir « volume de la loi sacrée »).

QUELQUE PART : venu d’ailleurs. Paradigme du processus d’appauvrissement dont est actuellement gangrené notre langage. Transcende une évidence en la plongeant dans une espèce de profondeur vague, teintée d’universalisme ; n´à son pareil en matière de langue de bois que dans cette autre expression « par rapport à » . Comparer : « l’initiation est une progression » à  » l’initiation est quelque part une progression ». La capacité quasi ubiquiste de cette locution lui permet d’offrir une gamme étendue de nuances gouvernées par sa seule position dans une phrase ; voyez plutôt la poignante différence d’extension et de localisation provoquée par un petit déplacement : « L’Initiation est quelque part une progression » / « L’Initiation est une progression quelque part » ; la première ouvre la porte à toutes les spéculations ontologiques, laissant – et c’en est très émouvant – au verbe être déployer toute son extension sémantique, alors que la deuxième patauge platement et rachitiquement dans une gadoue désespérément pragmatique (où donc, et non pas en quoi, l’initiation est-elle ?) Dans le premier cas, on frise quelque part le sublime, dans le second on passe en dessous des fraisiers sans même s’en apercevoir. Mais dans un cas comme dans l’autre, le sens du mot progression est singulièrement occulté. Je garde pour la bonne bouche « sortir de quelque part ». Synonyme : dire « quelque part les hommes sont tous frères » (ou ?).

RECTIFIE (Rite Ecossais) : Petit frère de l’autre quoique son aîné; permet aux membres de l’un comme de l’autre de se proclamer la seule Maç:. authentique.

REGULARITE : Prétexte providentiel pour tous ceux qui souffrent d’un vénéralat rentré ou de toute autre charge qui leur a échappé; il permet de réputer parjures mais tout de même pas infâmes tous ceux qui leur ont damé le pion et, par la multiplication des charges qu’il engendre, fait le bonheur et la fortune des marchands de décors. Remarquons que cette régularité ne peut se fonder que sur l’irrégularité des FF :. et SS:. préalablement reconnus comme Maç:. .

RETOUR A LA PURETE DU RITE : Chorus final d’une formule incantatoire par laquelle beaucoup croient avoir exprimé le meilleur de la Maçonnerie. J’en doute, car je suis porté à m’interroger sur ce que seraient disposés à faire pour faciliter ce retour (je connais cependant un F:. qui ne lésinerait pas sur ses coups de pied au derrière pour précipiter ledit retour) tous ceux qui n’ont pas leur pareil pour rester à table sur leur cul de plomb tout en ignorant superbement (quand ce n’est pas pour la dénoncer comme une gène) la main du F:. qui s’est chargé de desservir la table.

RITUEL : Grimoire dans lequel sont consignés des échantillons particulièrement représentatifs des aptitudes humaines à la banalité et à l’obscurantisme, ces échantillons voisinent avec des textes qui dépassent parfois le niveau de l’entendement humain : bien des années sont nécessaires pour en pénétrer le sens.

SALUT : quand on est salué dans sa charge, dire « ce n´est pas l´homme que vous saluez mais la charge ». bien sur, penser le contraire !

SECTE : Assemblée de Maç:. ou de profanes qui n’appartiennent pas au même groupement. (Voir aussi « Obédience »)

SERMENT : Formule par laquelle le nouvel initié s’engage à tenir une impressionnante série de engagements dont la teneur lui échappe souvent et ce moyennant des sanctions impliquant les plus horribles supplices. A force d’en prononcer, on finit par oublier de les tenir. Synonyme :

SERREMENT (voir ACCOLADE). Se rappeler cette phrase célèbre : « toute promesse n´engage que celui qui la reçois » (un homme politique célèbre).

SMOKING : Bleu de chauffe du Maçon, peut d’ailleurs être bleu, surtout en Loge du même nom.

SYMBOLISME : Art d’enfoncer les portes ouvertes. Exemple d’une planche sur la Porte : « La porte est liaison disjonctive, dans l’Histoire de l’Homme comme dans les constructions qu’il édifie. Entre le dedans et le dehors elle pose en langage binaire (ouverte/fermée) la question de savoir si la détermination normative débouchera sur une synthèse codée potentielle. Avant d’y répondre, cette planche n’esquivera pas une question préalable : Tout cela n’est-il pas une histoire de gonds ? En effet, le symbolisme peut-il être l’apanage d’autres individus qu’une bande de gonds ? » Pendant longtemps, je me suis interrogé sur les raisons qui poussaient infailliblement les gens à s’arrêter dans les portes ou aux endroits étroits; des années durant, je suis resté convaincu que c’était pour me faire ch… Et bien non : c’est tout simplement parce que cette porte, cet endroit étroit, marque un passage, ce qui n’échappe pas à leur subconscient qui hésite à franchir ce passage. La notion qui me paraît devoir être développée est sans conteste celle de passage : une porte peut s’ouvrir ou bien entendu se fermer, sur quoi ? L’espoir ou le désespoir ? L’affirmation d’une finitude ou une ouverture vers un progrès ? La richesse ou le néant ? ». Synonyme : autosatisfaction intellectuelle…

TABLIER : sert pour s’essuyer les mains après avoir copieusement taillé la pierre(sans pour autant avoir bataillé). Curieusement certains sont plus blancs que d`autres. Dialogue entendu à la colonne du nord: « Pourquoi ton tablier est il plus blanc que le mien ? » « Normal je le lave avec Mir Laine » .

TOLERANCE : Tarte à la crème systématiquement lancée par ceux qui ambitionnent de ne poser que des questions intelligentes (si possible): lorsque le silence s’installe lors d’un interrogatoire de profane par exemple, et qu’il faut craindre d’en être réduit à voir passer un ange, ce qui provoquerait un regrettable prurit chez certains, il se trouve toujours un bénévole (au sens d’homme de bonne volonté) pour poser cette question qui force le silence par l’importance qu’elle semble porter en elle et n’a pas pour moindre mérite de donner des idées aux imbéciles : que pensez-vous de la tolérance ? (Ce serait bien entendu trop facile de demander : « Etes-vous tolérant ? »). Ce calotin de Paul Claudel avait bien raison de dire : « La tolérance ? Il y a des maisons pour cela. » Les bordels sont, je le crois, le lieu idéal où peut s’épanouir la tolérance dans les objets qu’actuellement elle mérite, c’est à dire les petits travers. En dehors des écarts de conduite parfois bien compréhensibles et des excès de vitesse, il n’est rien de tolérable ; il n’est en effet que des choses intolérables et des choses qui exigent qu’on s’y intéresse. (En Turc, paraît-il, tolérance se dit « regard aimant ».) Il ne faut pas perdre de vue que ce qui était au 18e siècle une réelle vertu nécessitant pour être exercée un courage voisinant à la témérité s’est réduit aujourd’hui à un médiocre alibi permettant d’échapper à un conflit.

TROISIEME : Ne mérite d’être pris en considération que s’il est précédé de Trente. La différence entre Trente-Trois et Trente-deux est plus grande que le différence entre n’importe quels autres nombres.

VENERABLE : office de. Le blaguer cet office, mais le convoiter. Quand on l’obtient toujours dire qu’on ne l’a pas demandé et qu´il vous pèse. Râler comme un beau diable si on essaie de vous convaincre de ne pas accepter la charge ou de vous la reprendre.

VOLUME de la LOI SACREE : synonyme de « prendre du poids » (profane ou maçonnique). Se dit d´un officier (grand) qui a un peu abusé sur les agapes. On dit aussi « avoir un certain volume ou une certaine épaisseur ».

ZIG ZAG : Archétype de la marche du Maçon, pendant les travaux ou (surtout) longtemps après leur fermeture.

François

http://www.martinisme.be/nouvelles.htm#item_10

http://fr.groups.yahoo.com/group/argolablanche

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Sacré, rite et symbole 5 juillet, 2008

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Sacré, rite et symbole

 

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Les termes de sacré, profane, rite, symbole évoquent immédiatement des réalités dans l’esprit de chacun ; pourtant quand on tente de les définir avec une certaine précision on se retrouve souvent dans une sorte de flou où les concepts échappent à la recherche philosophique. Le terme « symbole » par exemple, peut prendre selon celui qui le prononce des valeurs tout à fait différentes, depuis une sorte de licence poétique pour désigner une idée-force jusqu’à des espèces particulières d’êtres doués d’un esprit et d’une vie propres. Définir ces termes constitue tout un aspect de la recherche contemporaine, depuis Emil Durckheim jusqu’à Mircea Eliade, en passant par Rudolf Otto ou Roger Caillois. Essayons, juchés sur les épaules de ces grands esprits, d’y voir un peu plus clair.

Première idée : les rites et les symboles ne servent à rien ; je veux dire par là qu’ils n’assurent – et ne peuvent assurer – aucun pouvoir sur la matière, contrairement à l’illusion occultiste. Qu’est-ce que l’occultisme ? Eh bien on peut définir ce dernier en extension comme le regroupement de diverses activités : astrologie, tarot, alchimie, théosophie, etc. Leur point commun est que les adeptes tentent de se doter d’une maîtrise sur la matière par des voies non matérielles. S’ils étudient toutes ces disciplines, c’est avec l’espoir qu’elles vont leur offrir certains pouvoirs, dont l’un des plus frappants est bien entendu la pierre philosophale, qui dispense en même temps l’immortalité et la richesse absolue puisque tout ce qu’elle touche se transforme en or. Ce ne sont guère là qu’appétits matériels dissimulés sous un vernis spiritualiste. On peut aller jusqu’à dire qu’il y a là une trahison du sacré.

Deuxième prise de position négative. Il convient de ne pas confondre le domaine du sacré et celui du religieux au sens restreint. Les religions utilisent certes les rites, foisonnent de symboles, et elles viennent s’inscrire dans le domaine du sacré. Mais en aucun cas elles ne suffisent à le définir : elles sont loin de le remplir. En effet on trouve dans ce domaine sacré bien autre chose que du religieux, et tout peut, pour l’un ou l’autre d’entre nous, devenir sacré. Un café où l’on a emmené la femme que l’on aime, une ouverture de nuages dans un ciel d’été orageux, un petit machin de plastique indéfinissable ramassé dans la rue à un moment où notre âme cherchait un signe. D’ailleurs, quand bien même les religions le rempliraient, ce champ du sacré, encore faudrait-il se demander de quelle religion on parle, car de l’une à l’autre les différences sont souvent plus importantes que les ressemblances. Qu’est-ce qui peut bien rapprocher un bouddhiste (un athée, puisqu’il n’y a pas de dieu dans le bouddhisme et un être compatissant) et un mollah iranien pour qui les deux seules choses qui comptent sont qu’Allah est grand et que Salman Rushdie soit mort ? Et ces deux-là et un animiste de Nouvelle-Guinée. Rien ne les rapproche donc, si ce n’est qu’ils participent du sacré, pratiquent des rites, manipulent des symboles. De sorte que c’est le sacré qui définira le religieux, et non l’inverse.

Enfin le sacré ne se confond pas avec l’irrationnel. La claire raison peut se manifester dans ce domaine de la même façon que, dans la vie profane, elle n’a pas toujours sa place. Ne confondons pas rationalité et existence quotidienne. Il n’y a pas plus de rationalité dans nos vies quotidiennes que d’irrationnel dans les totems indiens ou polynésiens. Je me contenterai de deux exemples : 15 % des Français ont voté Le Pen aux dernières élections présidentielles ; très quotidien et parfaitement irrationnel. En ce qui concerne l’irrationnel de la religion, une petite histoire : dans une peuplade, tous les hommes vont à la chasse et posent des pièges. Quand une bête est prise, ils la tuent et rentrent au village où tous mangent la chair de l’animal ; tous sauf celui dans le pièce duquel elle s’est prise . Mais il ne pourra pas participer à la chasse suivante, sinon il courrait le risque de devoir encore se passer de manger. Religieux certes, et justifié par des tabous ; mais plutôt bien organisé, non ?

Partons d’une idée simple. La vie humaine n’est pas tout unie, comme celle d’un moustique ou d’une tanche. On peut grossièrement la diviser en deux parties : il y a d’un côté ce qui est du domaine de la vie de tous les jours, de l’utilitaire, du nécessaire, manger, boire, dormir, avoir un toit sur la tête. Et de l’autre la part de l’inutile, de ce dont on pourrait apparemment se passer. C’est là à mon sens, le domaine du sacré. Et de fait, à regarder l’humanité, ce domaine est vaste. Manger est nécessaire ; préparer une nourriture bonne, voire agréable à la vue, prendre du plaisir à la manger, à la regarder ne l’est nullement. S’abriter pour dormir est utile ; orner sa demeure, la consacrer à un dieu, l’orienter d’une certaine façon ne sert à rien. Faire l’amour est nécessaire (encore qu’il paraît qu’on peut survivre sans), tomber amoureux pas du tout, et en général plutôt source de problèmes. Cette part de l’inutile, voilà ce dont l’homme pourrait apparemment se dispenser. J’y place également, cela va de soi, l’art et la littérature.

Ne croyez pas pourtant que je veux dire que tout cela, parce que c’est inutile, ne sert à rien. Deux exemples. Si l’on étudie les débuts de la métallurgie, on est amené à se poser la question de savoir ce qui a permis les plus grands progrès dans ce domaine : la fabrication des armes ou celle des outils. Qu’est-ce qui fait avancer l’homme, la nécessité de vivre ou le besoin de tuer pour se défendre ou conquérir des territoires ? Eh bien les archéologues sont d’accord là-dessus. Ce qui a permis à l’homme de progresser dans le travail du métal, c’est la création de bijoux, la recherche de la beauté. On voit à quel point la recherche de l’inutile sert.

Autre exemple, plus familier. On a coutume de critiquer les voyages officiels, leurs pompes et, en général celles qui sont occasionnées par la représentation démocratique, à peine moins dispendieuse que les cours royales sur ce plan. Les Safranes, les intérieurs Louis XV à dorures, les jets du GLAM, cela coûte cher et il y a tant de pauvres. Voilà à quoi passent nos impôts. Les braves gens ont raison de protester ; mais combien d’entre eux accepteraient d’être représentés de manière pauvre, R5, HLM, omnibus… Encore une fois l’inutile apparaît nécessaire.

Et cela se comprend bien. L’inutile, parce qu’il est l’inutile, définit l’humain. L’homme est en effet le seul de tous les êtres vivants à se livrer à des besognes qui ne servent à rien. Il est celui qui sait trouver dans sa vie la place pour ce qui n’y a pas d’utilité. À y bien réfléchir les valeurs, droits de l’homme, tolérance, honnêteté, fidélité,… n’en ont aucune

Toutefois ce sacré, cet inutile, cet humain, il faut le gérer. Le laisser s’installer dans le quotidien et proliférer sans contrôle au milieu du nécessaire pratique pourrait se révéler dangereux. Il peut y avoir contradiction entre l’utilité immédiate et les valeurs, nous le savons tous. C’est, pour emprunter un exemple pittoresque aux romans policiers et aux feuilletons américains, le cas du prêtre à qui le tueur s’est confié dans le secret de la confession et qui se trouve pris en tenaille entre la nécessité de respecter son serment et celle de sauver des vies. Il faut donc séparer la vie quotidienne et l’inutile. Pour protéger la première certes, car l’inutile est une gêne, et il peut parfois menacer la vie. Mais aussi justement pour protéger ce dernier ; en effet, puisqu’il gêne, la tentation de l’éliminer, de s’en débarrasser, est grande. Si nous ne vivons que pour le beau, pour l’amour, la survie peut être difficile ; si au contraire, nous ne pensons qu’à celle-ci, si nous nous comportons en parfaits pragmatiques, alors il pourrait bien se produire que, rien ne nous distingue des animaux. Faire la part des choses est nécessaire, et c’est à cela que servent les rites et les symboles. En même temps ils placent sur un piédestal cette part de l’inutile et mettent en place une prophylaxie destinée à l’isoler.

C’est ce que montre Roger Caillois dans son livre, L‘Homme et le Sacré. Pour définir le sacré en général, il fait référence à un sacré particulier, celui que l’on nomme tabou. « Le tabou se présente comme un impératif catégorique négatif. Il consiste toujours en une défense, jamais en une prescription […] le domaine du profane se présente comme celui de l’usage commun, celui des gestes qui ne nécessitent aucune précaution, et qui se tiennent dans la marge souvent étroite laissée à l’homme pour exercer sans contrainte son activité. Le monde sacré, au contraire, apparaît comme celui du défendu : l’individu ne peut s’en approcher sans mettre en branle des forces dont il n’est pas le maître et devant lequel sa faiblesse se sent désarmée. » Bien entendu le monde sacré n’est pas nécessairement celui de l’interdiction, et Caillois lui-même distingue deux modes de la religiosité : le tabou et la fête où tout ce qui était prohibé devient permis et même obligatoire, saturnales et autres orgies refondatrices. Le sacré de respect et le sacré de transgression. Peu importe d’ailleurs le contenu de ce qui est d’un côté ou de l’autre de la barrière séparant le sacré et le profane, peu importe aussi le lien qui les unit ; ce qui compte est cette notion de séparation. Le sacré établit des barrières entre différents modes de l’humanité. C’est là sa fonction. J’en veux voir une preuve dans le vocable latin sacer, qui définit aussi bien ce qui est sacré et ce qui est maudit. le vates sacer était un poète sacré, protégé et inspiré par Apollon, Bacchus et les Muses, mais l’homo sacer était maudit, et on pouvait le tuer sans être accusé de meurtre. On a coutume d’expliquer cette contradiction en disant que l’un était consacré aux dieux de l’Olympe et l’autre aux infernaux. N’est-il pas plus simple de penser que l’un et l’autre sont séparés de la vie quotidienne, du monde normal, du monde profane, le premier en sortant en quelque sorte par le haut et l’autre par le bas ; c’est cette séparation qui constitue le point commun.

En somme le sacré serait en même temps cet inutile et ce qui permet de le séparer de la vie quotidienne de manière à assurer sa propre survie. Il n’est guère surprenant alors qu’il se manifeste par des interdits. Mais, en même temps et par le fait même, il met en valeur cet inutile à tel point que nous avons pu reconnaître en lui l’essentiel, la marque de l’humain, sa pierre de touche. Il ne s’agit donc pas d’une simple frontière, d’une séparation, mais également d’une intégration. Il se produit donc une véritable circulation entre le domaine du pragmatique et celui de l’inutile. Ils sont dans le même moment séparés, et réunis, intégrés l’un à l’autre. Ainsi on prie pour les récoltes, mais on travaille dur pour se payer des bijoux.

Comment s’établit donc cette circulation entre le nécessaire et l’inutile ? Comment cette relation complexe est-elle gérée ? Par le biais de deux méthodes dont l’une sépare et l’autre réunit, la première fermant la porte que l’autre ouvre. La première méthode est le rite, l’autre est le symbole. Le rite ferme la porte de communication, le symbole l’ouvre, le rite sépare, le symbole réunit. Ainsi se trouve établie une dialectique entre les deux pôles de l’activité humaine.

Pourquoi le rite sépare-t-il ? Précisément parce qu’il n’y a rite que quand il y a séparation. C’est vrai de n’importe quelle cérémonie. Une messe, une représentation théâtrale, une réunion de secte aussi bien (où justement l’on passe beaucoup de temps à vérifier que la séparation est bien effectuée.) Mais aussi bien une salle de restaurant, où l’on est toujours plus ou moins coupé du reste du monde, à tel point que ça fait bizarre de voir passer les gens dans la rue à travers la vitrine.

Le rôle de la plupart des rites est d’ailleurs de séparer. Commençons par le rite de base, l’initiation. N’a-t-elle pas pour fonction de retirer une personne de la communauté humaine ? de la mettre à part ? On sait qu’il existe trois formes d’initiation : la première est d’âge, en faisant de l’enfant un adulte elle le retire de la communauté des femmes et des enfants à laquelle il appartenait jusqu’à présent ; la seconde de société secrète ; enfin l’initiation individuelle, celle du chaman, met à part un être sélectionné. N’insistons pas sur d’autres rites, comme le sacrifice où la danse masquée, leur rôle séparateur est aussi évident que celui de l’initiation. Dans la danse masquée le rôle du masque n’est-il pas justement de trancher les liens qui unissent entre les spectateurs et les officiants, mais même entre ces derniers et eux-mêmes en leur donnant une nouvelle identité. Le sacrificateur quant à lui est exclu de la communauté humaine par son acte même (et cela même s’il ne s’agit pas de tuer des êtres humains.)

Sans même parler de son contenu, la manière dont le rite fonctionne est, en soi, une méthode de séparation. Pour qu’il y ait rite en effet, il est nécessaire que soit constitué un espace séparé, choisi bien souvent parce que déjà remarquable dans sa configuration des rochers, des grottes, une montagne) ou bien parce qu’il s’y est produit des faits étonnants. Cet endroit est ensuite consacré, défini comme « centre du monde », puis on y construit. L’étymologie porte la marque de cette séparation puisque temple vient du grec temenos qui signifie « mis à part », mais également de templum, qui désignait en latin l’espace imaginaire tracé dans le ciel par le bâton de l’augure.

Le temps aussi est coupé du temps normal, par la référence à un Grand Temps mythique (le « illo tempore » de Mircea Eliade), ainsi que par la mise en place de comptages particuliers, où les points de repère habituels sont bousculés. Chaque religion invente ainsi son calendrier : nous sommes en 1995, les musulmans au XVe siècle, et les peuples d’extrême orient ont déjà entassé quelques millénaires. Ainsi donc dans cette dialectique de l’inutile et du pragmatique, le rite ferme, mais le symbole ouvre.

En effet Erich Fromm définit ce dernier comme une langue universelle. Nous savons bien que les mêmes symboles se retrouvent d’un culte à un autre, d’un symbolisme à un autre, d’une civilisation à une autre. On pourrait sans doute montrer ainsi de nombreuses relations entre symbolismes d’un bout à l’autre de la Terre. On a souvent constaté ce fait et on en a tiré des conclusions erronées, construisant les théories les plus délirantes sur de supposées relations entre des peuples que l’espace a jusqu’à notre siècle séparés (quand ce n’est pas le temps, s’ils vivaient à des époques différentes.) Il existe sans doute des relations entre tous ces symbolismes (encore que le symbolisme extraterrestre…), mais pour une raison simple : tous les hommes se trouvent placés dans les mêmes situations fondamentales : naître, mourir (et vivre entre temps) ; et qu’ils doivent les interpréter avec des esprits fondamentalement semblables parce que la race humaine est une et indivisible.

En fait peu importe la raison pour laquelle les symboles se retrouvent d’une civilisation, d’une religion, d’une communauté à l’autre. ce qui compte, c’est justement que cela permet une communication. Certes celle-ci est parfois illusoire. Ainsi tel symbole pris dans le contexte d’une religion, signifiera autre chose que ce qu’il signifie dans le contexte d’une autre. Si pour un catholique, un triangle entouré de nuages et qui porte en son centre un œil désigne sans aucun doute possible Dieu le Père, le delta lumineux n’a en général pas le même sens pour le vénérable franc-mac athée militant laïque qui trône en dessous. Tous deux néanmoins pourront se rappeler en voyant ce graphisme, le poème « La Conscience » de Victor Hugo, et en particulier son dernier vers :

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ».

La communication est donc malgré tout rendue possible par le symbole. C’est d’ailleurs le sens étymologique du terme lui-même. À l’origine, nous apprennent Jean Chevalier et Alain Gheerbrandt dans l’ « Introduction » à leur Dictionnaire des Symboles, « le symbole est un objet coupé en deux, fragments de céramique, de bois, ou de métal. Deux personnes en gardent chacun une partie, deux hôtes, le créancier et le débiteur, deux pèlerins, deux êtres qui vont se séparer longtemps… En rapprochant ces deux parties, ils reconnaîtront plus tard leurs liens d’hospitalité, leurs dettes, leur amitié. »

Le verbe grec sumballein, d’où provient le français symbole, signifie justement « réunir, rapprocher », mais aussi « échanger ». Ce qui était séparé par le rite est donc réuni par le symbole.

Curieuse dialectique du sacré qui en même temps sépare et met en communication. Le rite ferme la porte entre l’utile et l’inutile, le symbole l’ouvre. Dialectique d’autant plus forte et paradoxale que, nous le savons tous pour le vivre, un symbole, ce n’est jamais qu’un morceau de rite, et un rite un assemblage et une mise en contexte de symboles. Il n’existe pas de symbole isolé, ils ne prennent leur sens qu’en entrant dans une structure signifiante. Autant dire que l’ouverture et la fermeture des deux domaines humains l’un sur l’autre se font tout ensemble et dans le même mouvement. Chaque symbole, selon qu’il est considéré en soi ou en rapport avec l’ensemble du rite, fonctionne donc comme un agent de la séparation entre sacré et profane ou une mise en relation entre les deux.

La définition du sacré et du profane, qui pouvait sembler simple, n’est donc rien moins qu’acquise. Non pas seulement parce qu’elle est complexe, mais parce qu’elle n’est pas immuable. La frontière entre eux n’est jamais close, puisque les deux éléments qui l’ouvrent et la ferment, le rite et le symbole, sont intégrés l’un dans l’autre. Profane et sacré ne sont pas, contrairement à ce que pourrait laisser croire le vocabulaire employé tout au long de ce travail, des domaines définis, délimités, clos, clôturés. Il s’agit plutôt de mouvements, d’élans dans une direction ou dans une autre, de vecteurs. Dépassons donc le point de départ de notre réflexion : ce n’est sans doute pas l’inutile, le sacré qui définit l’homme, mais ce mouvement incessant entre la recherche de la satisfaction nécessaire et la quête du plaisir, l’aventure du désir.

 

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Protégé : Le pas d’apprenti -1°-

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Histoire Kabbaliste 3 juillet, 2008

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Histoire Kabbaliste

 

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On raconte l’histoire d’un pauvre homme qui ne pouvait subvenir aux besoins de sa famille. Un jour, un ami lui parla d’une île si lointaine qu’il fallait six mois pour s’y rendre, une île où l’on disait que les diamants étaient si abondants qu’il pourrait en ramener assez pour vivre jusqu’à la fin de ses jours. Après avoir consulté sa fami1le, il décida que les difficultés du voyage et la douleur de la séparation d’avec ceux qu’il aimait seraient largement compensées par les biens qu’il pourrait rapporter. Ainsi, il embarqua sur un bateau à destination de cette île merveilleuse.

Lorsqu’enfin le bateau accosta sur l’île, il constata que le récit de son ami était vrai: il y avait de gros tas de diamants partout où son regard se posait. Il remplit de nombreux sacs avec les pierres précieuses. Un homme interrompit son travail et lui dit qu’il n’avait pas besoin de tant se dépêcher puisqu’il n’y avait pas de bateau pour le ramener dans son pays d’origine que six mois plus tard. Il prit alors conscience qu’il n’avait aucun moyen de subsister pendant ces six mois et qu’il fallait y pouvoir puisque les diamants qu’il avait amassés étaient si communs qu’ils n’avaient aucune valeur dans ce pays. Il fit des recherches et finit par découvrir que la cire était une denrée rare et précieuse sur cette île et qu’un homme patient et habile qui ferait des bougies pourrait sûrement prospérer.
Il devint bientôt expert dans la fabrication des bougies et gagna suffisamment d’argent pour avoir une vie confortable dans l’île. Mais il pensait parfois avec nostalgie à la famille qu’il avait laissée derrière lui. Au moment de repartir, après les six mois, il emballa une caisse de ses précieuses bougies et s’en alla vers son pays d’origine. Quand il atteignit le rivage natal, il fut accueilli avec enthousiasme par ses amis et parents et fièrement, il montra les fruits de son labeur: un stock de bougie sans valeur ici.

Il en est de même avec l’âme qui descend dans ce monde pour corriger au moyen des préceptes de la Torah le déséquilibre qui existe entre ce qui est reçu et ce qui est donné. Ces âmes négligent le but divin et ne se préoccupent plus que du monde éphémère.

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Protégé : V.I.T.R.I.O.L. – 1° - 2 juillet, 2008

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GNOSE … et EGLISE GNOSTIQUE 30 juin, 2008

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GNOSE … et EGLISE GNOSTIQUE

 

 

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Protégé : Le sacrifice au grade de 18° – 18° - 29 juin, 2008

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Zoroastre

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Zoroastre

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Zoroastre a vécu il y a 2500 ou 3000 ans. Les dates de 628 à 551 avant J.C. ou 630 à 550 ou 660 à 583 sont souvent avancées, d’autres auteurs parlent de 800 à 1000 avant J.C.

Zoroastre a été un instructeur spirituel iranien de haut niveau, avant Bouddha, Confucius et Lao Tseu.

Il est connu comme Zoroastre, nom grec signifiant astre d’or utilisé par Platon qui l’a fait connaître en occident ; il est aussi connu sous le nom de Zarathoustra ou Zarathustra ou encore Zarathushtra c’est-à-dire celui à la lumière brillante.

Sa famille habitait le nord est de l’Iran (alors appelé Perse), dans une région montagneuse. Jeune prêtre, il a eu des révélations d’Ahura Mazdah, le Seigneur Sage, régnant sur la création entière, recueillies dans les Gathas, partie du texte sacré Avesta. En ce l’an 2006, il y a encore des loges Zoroastrienne à Paris. (Les piles MAZDA, bien connus, ont étés fondée par un Mazdéen !)

Doctrine

La doctrine proposée par Zoroastre (zoroastrisme ou mazdéisme) a mis beaucoup de temps avant de se répandre, par suite de l’opposition des prêtres des cultes existants.

Zoroastre a condamné les rites et les sacrifices traditionnels offerts aux dieux par les Perses, rétablissant la pureté de la doctrine et du culte, altérés par de mauvais prêtres; mais il a gardé la tradition du culte du feu.

Il a indiqué que seul Ahura Mazdah était digne de vénération. Un des fils d’Ahura Mazdah, Ahriman, ayant opté pour le mal, la dualité est née entre l’Esprit Saint (Vohu Manah, la Bonne Pensée) et l’Esprit Mauvais (Angra Mainyu).

La profondeur intellectuelle de son système a exercé une grande influence sur les doctrines judéo-chrétiennes (influence mentionnée dans le Manuel de discipline trouvé parmi les rouleaux de la mer Morte) et sur le plan philosophique en occident :

· en Grèce, sur Platon notamment,

· en France, sur Voltaire,

· en Allemagne, sur Nietzsche, comme en témoigne son essai Ainsi parlait Zarathoustra (dualisme éthique opposant le bien au mal) mis en musique, soit dit en passant, par Richard Strauss.

Le zoroastrisme ou mazdéisme

Aujourd’hui il existe environ 100 000 fidèles, les parsis (venant de Perse) en Inde, aux USA et en Europe essentiellement.

Le rituel du feu sacré est au cœur de toute cérémonie mazdéenne. Le feu sacré est conservé à l’abri du soleil et des regards impurs dans les « Temples du Feu », dont le plus important est situé à Bombay. A Paris dans temples Mazdéens, brule une petite flamme éternelle, dans un encensoir rouge.

Les zoroastriens admettent une vie après la mort et un jugement des âmes, chaque être humain étant jugé selon ses mérites. Si les bonnes actions l’emportent sur les mauvaises, l’âme monte au ciel par un pont au delà duquel l’attend le Seigneur de la Lumière. Dans le cas contraire, il s’agit d’une descente en Enfer. Lorsqu’enfin l’Enfer lui-même sera purifié, le royaume de Dieu s’installera sur Terre.

Les morts ne sont pas enterrés ni incinérés mais laissés aux vautours.

La doctrine de Zoroastre s’est transmise oralement puis un ensemble de textes, l’Avesta, a été écrit.

Compléments :

Suivant la légende Zoroastre avait atteint la quatrième initiation (en fait à mi-chemin entre la 4ème et la 5ème). Âme de 4ème rayon, Son corps mental était sur le 4ème rayon et son corps astral sur le 6ème rayon.

A.v.S.


Bibliographie

« Zarathustra » de Lionel Dumarcet, éditions de Vecchi

« Le grand livre des religions du monde » sous la direction de Peter

Clarke, éditions Solar

« Les livres sacrés » de Fernand Comte, éditions Bordas

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LA TRADITION

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LA TRADITION

 

Quand on entend des villageois, ou les membres d’un groupe folklorique parler de tradition, on a l’impression qu’il s’agit là d’une relique qu’il faut de temps en temps ré-exposer et célébrer.

Mais la tradition n’est pas dans les choses du passé. Ce ne sont pas les coutumes abandonnées, les rites désuets. La tradition, c’est ce qui se continue Ce sont les mœurs, les pensées, les sentiments et les conduites. C’est la redécouverte permanente des modes éprouvés de l’être, c’est la manifestation des grandes lois de l’apparence, qui ne révèle que le permanent, bref c’est le patrimoine des vérités humaines, que les individus reconnaissent à travers les siècles, comme la conquête commune sur le mystère essentiel, et qu’ils découvrent enfin comme l’élément profond de leur détermination, et la vertu même de l’homme.

La tradition, c’est d’abord ce qu’il y a de plus discret. Ce qui dans le cours des choses est caché, ou du moins souple, discret, et presque imperceptible à la sensibilité. Il n’y a de tradition que dans l’ordre du sens, de l’influence, de la sensibilité profonde, de la conformité aux constantes du milieu et de l’être.

Ce n’est pas le résultat d’une quelconque exhumation, mais, au contraire, l’évidente permanence de la loi de l’Etre. C’est pourquoi, la tradition la plus constante est exprimée dans la loi de Mort et de Résurrection qui est la loi éternelle de l’Etre.

J’ai retenu la remarque d’un homme de sens qui disait, à propos du langage : la tradition latine c’est à Rome l’Italien, à Madrid l’Espagnol; et à Paris, celui qui est fidèle à la tradition latine parle le Français.

Il serait bien de ressusciter d’autres langages que ceux qui découlent du latin. Je crois par exemple que le Basque mérite toutes les assistances pour être préservé de l’oubli. Mais le Provençal n’est qu’un moment de langage, ce n’est pas plus que l’Occitan, une source. J’ai dit le Basque, mais le Celte sans doute, et toutes les langues mères. L’homme qui parlait du Français a Paris, et de l’Italien à Rome, voulait certainement dire qu’il n’y a de tradition que vivante.

A vrai dire, si nous nous engageons dans cette voie, nous risquons de provoquer des malentendus. L’irritation des conservateurs, conjuguée aux impatiences des novateurs nous plongeront dans une confusion irréductible. Ils diront que nous trahissons le sens du mot. Et cependant « Trahere » implique la continuité. Il ne faut pas craindre pour autant d’affronter la difficulté. En somme, tout est confus parce qu’on se refuse d’examiner les choses telles qu’elles sont. Pour les interpréter, on construit des schémas chimériques, et ces chimères nous rassurent, mais elles ne sont que des chimères et nous cachent les réalités.

On a pris l’habitude – et c’est certainement une commodité pour l’analyse et un procédé scolaire efficace – de distinguer la forme du fond. Il y a bien des raisons d’ailleurs de maintenir l’usage de cette distinction. D’autres disent, l’esprit et la lettre.

L’une de ces raisons est la possibilité de prévoir ce qui va mourir, de séparer le permanent du transitoire. Mais, en fait cette affirmation est discutable. Les choses sont plus étroitement liées et dépendantes, complexes et solidaires, que notre jugement ne l’admet quand il cède aux facilités méthodologiques. C’est l’idée du contenant et du contenu qui l’emporte sur l’observation profonde. On se dit que dans une boîte on ne pourra pas mettre un liquide, que dans un flacon, on ne peut glisser un solide. Mais tout cela est très relatif.

Le tout est agissant dans ses parties, comme les parties se déterminent en fonction du tout. La relation n’est jamais purement cumulative, elle n’est pas à sens unique. L’accumulation ne se fait pas de manière mécanique et purement additive, mais selon des réseaux d’interactions qui confèrent aux parties comme au tout une détermination singulière.

Le tout ne serait pas ce qu’il est, les parties ce qu’elles sont, si l’un n’était pas composé des autres, et si les autres ne composaient pas l’un.

Un organisme est autre chose qu’une addition d’éléments, un organe, autre chose qu’un système fonctionnel fermé, une cellule, autre chose qu’un monde clos .

On va dire, analysant la métaphore de l’organisme : mais il y a les nerfs, les systèmes de relations internes, les humeurs, les muscles, qui composent l’originalité du tout et des parties et en constituent la cohérence !

Mais, outre que ces nerfs, ces systèmes, ces humeurs, ces muscles sont généralement des parties du tout, on peut dire la même chose d’un végétal, d’un minéral, d’un système planétaire, bref, de toute unité considérée. L’Unité n’est pas la somme de ses composantes. Tout élément est transformé du fait de son état d’élément. La relation avec l’ensemble, la relation avec les composantes font de toute entité autre chose que son idée pure. En somme, on peut affirmer sans risque que la relation entre les choses existantes est un facteur de leur diversification.

Je veux dire qu’aucune foi n’est identique à l’autre, parce que nul organisme dans lequel on le considère n’est semblable à un autre. Que nul individu n’est semblable à l’autre, parce que la communauté, dans laquelle il vit, n’est pas identique à l’autre.

L’idée que j’essaie d’exprimer est la suivante : il n’y a de singularité qu’en fonction d’une relation totalisante. Ce que je suis, je le dois à ce qui me compose, et à ce que je compose avec d’autres.

On croit que la « personnalité » se définit dans la solitude. Non pas. Elle s’y perd. C’est dans la relation avec l’autre que la « personnalité » se découvre et se détermine.

Pourquoi cette remarque à propos de la tradition? C’est qu’elle montre en quoi il est impossible de considérer la tradition comme un facteur marginal, un ajout, un élément étranger à la situation actuelle. Ce n’est pas un facteur autonome, rejeté et récupéré, oublié et repris à l’occasion selon le caprice de la mode ou devenu nécessaire en cas de crise.

La tradition morte, ce n’est pas une tradition. C’est ce qui est oublié absolument, c’est ce qui n’a plus d’existence. Le ressusciter, c’est jouer et faire semblant. Et on le sent bien aux tentatives de restitutions folkloriques.

Il y a, c’est vrai, une dualité inhérente à l’apparence de tout ce qui vit. Mais c’est une dualité qui n’a de sens que par l’analyse. C’est une dualité objectivée. Le contraire d’une dualité vécue.

La véritable dualité est une donnée. Nous la découvrons avant même d’avoir découvert les aspects divers de l’environnement, du transmis, du reçu. Nous nous éveillons à nous-mêmes par la rencontre entre la conscience des choses et la conscience de nous-mêmes. Nous ne distinguons pas ce qui vient du passé de ce qui est création du présent. Or, cette dualité qui pose le moi et le monde, nous ne savons pas, au moment où nous la découvrons qu’elle est purement symbolique. Elle figure, seulement, la dualité véritable, entre la conscience-esprit et l’être, qu’on pourrait nommer par souci de clarté, la Chose, la Matière bien qu’il soit porteur de la conscience-esprit.

Opposer esprit et matière, c’est traduire, de façon commode, la dualité première qui se révèle à nous dans l’unité de l’apparence.

Mais, il y a une autre dualité. C’est celle que nous vivons dans l’unité de la conscience.

Nous ne connaissons jamais, en effet, comme vécu, de notre existence, que ce que nous nommons le « Présent ».

C’est l’instant, prise de vue sur l’éternel. C’est l’éternel manifesté dans l’instant. Nous tenons généralement le Présent comme une ouverture sur l’apparence. Et rarement, nous prenons en compte le fait qu’il est la seule donnée que nous puissions utiliser, et dont nous puissions nous réclamer pour déchiffrer la double énigme du passé et de l’avenir. Car le passé et l’avenir ne sont jamais pour nous que du présent. Il n’y a pas de passé en dehors de nous. Ni d’avenir possible sans nous.

C’est du seul « Présent » que la Vérité se compose. Cette idée est sans doute difficile à admettre, et cependant elle est solide. Nous pensons que la durée est un facteur de la création. Tout nous incite à le penser: les souvenirs, les traces des événements, les anticipations de l’imagination.

Mais, en fait, la durée n’est nulle part. Ni dans l’esprit, ni dans les événements. Le battement de la pendule n’est un signe que dans l’imaginaire. Pour la caméra qui le saisit, il n’y a pas de battements, il y a des images fixes. Leur succession est une construction.

Nous construisons la réalité- avec des images ponctuelles. Mais la Vérité du Cosmos est toute entière dans l’instant. Comprendre ce que représente la tradition, c’est comprendre comment le Présent contient tout. Combien c’est un moment unique et insaisissable à la fois.

La seule certitude que nous puissions avoir, sans doute, elle est dans cet instant qui concentre tout l’être. Mais cette certitude se double de la découverte que le seul absolu est dans cet instant qui nous est éternellement donné, ôté et renouvelé.

La tradition s’avère dans cette continuité vivante qu’est le fait d’exister.

Dans la mesure où elle n’est ni une forme dépassée, que l’on essaie de restituer, ni une volonté d’innovation et l’effet d’une recherche prospective qu’on serait déterminé à imposer, elle est la Raison même de l’Etre. Ce n’est pas, en effet, une forme passée que l’on voudrait réanimer. Ecartés les carcasses vides, les rites simulés, les caricatures ! Ce n’est pas non plus un projet inspiré que l’on tend à réaliser.

Eliminées les perspectives imaginaires et les idéologies utopiques !

Qu’est-ce donc que la Tradition ?

Rien d’autre que le sentiment du vécu, à travers l’existence présente. Le sentiment de la permanence de l’être éprouvée dans l’instant comme le signe et le seul signe de son éternité.

Faut-il voir là un paradoxe ? Je ne le crois pas. Ou plutôt, c’est le paradoxe essentiel, celui qui naît de l’existence. Nous n’avons rien d’autre que ce sentiment, et la tradition qu’il rapporte et le présent qu’il nous offre, et l’avenir qu’il nous promet.

En fait, la tradition est le composé de ce que nous retenons consciemment ou inconsciemment du passé et elle n’a de sens que par ce que nous projetons dans l’avenir, sans savoir d’ailleurs ce qu’il en sera.

Prenons un exemple, parmi d’autres possibles à l’infini, de la Cathédrale.

La construction des Cathédrales a répondu à l’expression d’un moment de chacun des individus qui de près ou de loin ont participé à leur édification.

La conception, l’édification, la consécration de ces temples fut une affaire considérable, et qui toucha, directement ou indirectement d’énormes communautés. Elles ont été un moment de l’homme, ces entreprises de la foi. Tout y était autour de la matière. Connaissance, communion, alliance entre les puissances terrestres et sacrées, et tout cela brûlé et fondu au souffle ardent de la foi. Voilà pour le moins ce dont l’existence de ces immenses témoignages découvre à la face d’un monde en gestation, tandis qu’elle rejetait au néant le monde d’hier.

L’édification des cathédrales est demeurée pour nous le signe d’une culture et d’une civilisation. Le symbole d’un ordre communautaire. Elle était, pour ceux qui y ont participé une création continue, celle d’un présent vécu et assumé.

Elles s’imposèrent comme une nécessité immédiate. Aujourd’hui, ces cathédrales demeurent : presque toutes, à la fois achevées et inachevées. Comme l’existence des peuples.

Ce qu’elles ont représenté ne s’exprime plus par leur intermédiaire. Ce que l’homme accomplit nécessairement aujourd’hui ne passe plus par leurs formes. Elles ne sont plus que l’image d’une beauté formelle, elles n’inspirent que le sentiment d’une foi collective dont nous nous croyons, bien à tort d’ailleurs, incapables. L’expression d’une vie communautaire et d’une volonté politique à jamais révélée ? Peut-être ,mais dans ses formes, non dans son fond.

Les cathédrales sont là sous nos yeux et parce qu’elles sont là , grands corps inertes et trop vastes pour notre certitude, elles nous dissimulent une évidence toute simple. Les hommes d’aujourd’hui construisent encore leur monde. Comme hier, mais différemment. Le passé ici nous détourne du présent. Formes mortes quoi que magnifiques, communion de foi oubliée, elles portent à croire que l’élan puissant de la vie qui les a suscitée s’est perdu.

Il n’en est rien. Cet élan nous pousse toujours. D’autres formes naissent et d’autres beautés, un autre mode d’accomplissement se dévoile. L’élan s’incarne dans un autre présent, dont les modalités seront un jour des évidences éclatantes, et s’offriront aux regards étonnés, quand elles seront comme les cathédrales, des formes abandonnées.

Défi au temps par un appel au ciel, les cathédrales montaient vers l’infini la puissance spirituelle des hommes. Aujourd’hui, les mêmes hommes, ou leurs frères, lancent un défi à l’espace, et par le même appel au ciel, tentent l’ascension impossible par d’autres moyens.

La communion, ce fut d’abord les routes terrestres et marines, les chemins de fer, les autos, c’est aujourd’hui les voyages dans l’atmosphère qui la réalisent.

La magnifique épopée des voyages de la Renaissance, sur les mers et les océans. La frénésie de la machine dévorant des milliers et des milliers de kilomètres de voies ferrées et aujourd’hui, hier, plutôt, l’ouverture au monde que symbolisent les autoroutes. Ne sont-ce pas là les signes de la foi. D’une foi qui se discute peut-être pour ceux qui ne la partagent pas, mais d’une foi qui se manifeste.

Les motivations apparentes en sont certainement très diverses. Celles que je donne ici sont également contestables. Mais les hommes ne font pas seulement ce qu’ils croient faire. Ce qu’ils ont fait en construisant des autoroutes (pourquoi pas des canaux ou des abris anti-atomiques ?), c’est la manifestation d’une certaine volonté qui se situe dans les profondeurs de la pensée communautaire. La communication comme condition de la vie sociale, c’est une autre forme de celle qui se manifestait dans le rassemblement à l’Eglise. Une foi non moins ardente, et non moins riche dans l’ordre de la sensibilité, quoi qu’on en dise, que celle qui s’abritait entre ces murailles de pierres ouvertes sur le ciel.

Même si c’est d’une communication éphémère, même si c’est d’une illusion qu’ils ont cru tracer les voies, encore est-il que ceux qui ont fait ces routes, qui ont forcé l’espace, ont à leur manière défié le temps pour rapprocher les hommes.

Déjà, il est vrai, les autoroutes sont dépassées. Belles sans doute mais si dérisoires confrontées à ces voies célestes empruntées par les hommes qui vivent leur temps avec le sentiment de pouvoir atteindre aux limites de l’Univers. Mais, c’est le nouvel âge que tracent ces astronautes.

L’âge qui fut le nôtre, qu’importe si ce ne fut qu’un reflet de l’espérance folle de ceux qui ont voulu partir pour ailleurs ?

C’est, de toutes façons, dans ces élans successifs que s’élabore l’œuvre collective où la puissance et l’amour se conjuguent pour donner champ à la beauté toujours renouvelée.

Qu’il y ait partout des calculs sordides ?

Et après ?

Qu’il y ait la manifestation d’une volonté qui défie le sens commun?

Mais, est-ce que cela compte dans une perspective millénaire ?

Ce qui compte, c’est la Vie, et la tradition de l’Homme à la conquête de l’impossible. C’est la poursuite de tout ce qui peut donner à la vie son sens et son prix, la continuité et le renouvellement, l’élan et la permanence, la percée et le rayonnement.

Comment, alors, ne pas sourire quand on voit danser les pauvres ensembles folkloriques ? Comment ne pas songer aux danses nègres pour touristes dans les  »bouis-bouis »

des bidonvilles ? Comment ne pas sourire des cultes caricaturaux, des pratiques formelles, des commémorations forcées ?

La Vérité n’est pas cette chose figée que l’on couvre de bandelettes et dont on décore les sarcophages. La vérité c’est la Vie, et c’est l’invention. C’est pourquoi, la tradition n’a son véritable sens que dans la mesure où l’on comprend qu’elle est la résurrection éternelle.

C’est bien dans le présent que nous retrouvons cette vérité de toujours. C’est dans l’expérience immédiate qu’elle s’élabore, et c’est en éclairant l’expérience vécue que nous avons quelque chance de comprendre les témoignages du passé.

C’est donc ici et maintenant, que l’homme s’éclaire sur ce qu’il est, c’est par la conscience qu’il prend de lui-même que s’illuminent, comme sous l’effet d’une lumière rayonnante, les signes des temps.

Sans doute, ces propos peuvent-ils paraître à contre-courant. Encore qu’en ces matières tout ait été fait.

Certains pensent que les connaissances inspirées par le passé, nous aident à déchiffrer les énigmes du présent. Ils supposent que nos pères avaient découvert une série de principes et de recettes, défini des formules de sagesse capables de nous aider à élucider les mystères qui s’offrent à nos regards sur le monde actuel.

Mais n’est-ce pas là plus une illusion qu’une certitude, et un piège tendu au bon sens ?

Il s’avère, en effet, que nous nous trouvons le plus souvent dans l’impossibilité d’opérer une transposition efficace, et que nous adoptons une méthode ruineuse. Car le Présent n’est pas neutre, et n’attend pas. La transposition du passé sur l’expérience actuelle impliquerait une fixité des concepts qui créerait une désadaptation, et les apparences changeantes rendraient difficile la manipulation des connaissances acquises. Toute transposition est dangereuse dans la mesure où l’interprétation du Passé, comme celle du Présent sont aléatoires. Il va de soi en effet que l’identité entre deux situations n’est qu’une complaisance de l’imagination.

C’est plutôt par l’expérience du Présent, me semble-t-il, par l’épreuve des faits actuels que le Passé peut se révéler à nous et être compris. Car c’est le Présent qui découvre le sens du Passé. C’est de ce que nous lisons du Présent qu’il nous est possible d’éclairer l’image retransmise, et de cette image faire le signe d’une constante, l’expression d’une vérité, la formulation d’une possibilité de sagesse. Voire, une restitution du Passé.

Naturellement, l’opération implique une conviction: celle d’une certaine constance de la nature de l’homme et de celle des choses, même si chacun et chacune évoluent, même s’il y a un développement collectif ou de l’ensemble, même si les apparences se modifient.

L’unité radicale, comme le changement continu dans le cadre de cette unité fondamentale, nous les découvrons, non pas dans un retour aux origines « ignorées » et de toute façon difficiles à reconstituer dans l’action, mais dans l’appréhension de ce que nous sommes, en fonction des témoignages dont nous disposons. Autrement dit, l’action ne se définit que par l’être qui la manifeste. Mais cet être est évidemment un produit, et une expérience vivante.

L’homme Un, continu, et multiple, innombrable dans sa diversité, et constant cependant dans sa fidélité à soi, cohérent dans sa multiplicité, et malléable dans son identité, voila ce que nous dégageons peu à peu des confrontations avec le monde, qui lui, aussi, est un et divers, et c’est nous qui sommes la Tradition.

D’ailleurs, nous commettrions une erreur, de quelque côté que nous le tentions, si nous faisions de cette relation un sens unique.

Il y a dans la correspondance entre le Présent et le Passé, comme entre le Présent et l’Avenir, un double courant, une circulation équivoque, au sens plein, des « informations » qui constituent entre le Passe, le Présent et le Futur, une totalité cohérente, et il est impossible de comprendre le vécu sans considérer cette liaison multivoque dans son intégrité.

Je veux dire, en fait, cette chose simple. Eclairer le Passé par le Présent, et pressentir l’ avenir c’est la démarche nécessaire, et certainement la plus communément adoptée, en dehors des formalismes prétendument objectifs. Concevoir ce que le Présent doit au Passé, et ce que l’Avenir peut devoir au Passé comme au Présent, est une gageure certes, mais c’est celle qui nous donne le sentiment d’une qualité particulière en tant qu’être.

Il y a une autre erreur à ne pas commettre. Ce serait celle qui consiste à ne pas distinguer l’Ephémère de la Constance.

Je crois que c’est Comte qui a dit, sans doute après Pascal, que l’humanité est un grand Etre, qui vit autant de son Passe que de son Présent.

Or c’est dans le Présent qui dure, que ce qui dure du Passé se retrouve. L’Éphémère, qui n’a pas eu d’influence, meurt à jamais. Mais les constantes se retrouvent, même après avoir été éclipsées.

Au reste, on peut se demander ce qui est vraiment éphémère. La seule réponse possible me paraît être : le reflet.

N’est fugitif que ce qui n’existe pas par soi, ce qui n’est qu’un effet de circonstance, qu’une conjonction de figures.

C’est l’ombre, comme l’image portée.

Ce n’est pas que le reflet n’ait pas sa vertu dans les âmes, puisque le plus souvent il exalte par la beauté l’apparence nue. Mais c’est parce que le reflet ne dure qu’autant qu’il est porté par autre chose.

Quoiqu’il en soit, c’est dans l’instant présent que nous saisissons les rencontres. C’est le moment des conjonctions, et s’il y a une vérité possible en dehors de l’imaginaire, c’est dans l’instant qu’elle se situe.

Il y a une situation insaisissable dont cherchent à se dégager les systèmes. L’informatique, en tentant de réunir les informations dans un minimum de place, et dans un minimum de temps, en diffusant les ordres avec des vitesses absolues, tente de court-circuiter le temps.

Mais la question clé demeure :aurons-nous jamais réuni suffisamment d’informations avant le moment de la décision pour que cette dernière soit l’événement même ? Car si ce qui doit venir résulte de ce qui était, il n’y a pas de place pour la liberté, d’une part, et pour la volonté d’autre part.

Mais, plus positif encore, nous ne pouvons rien savoir de l’événement avant l’événement. Si proche que nous en soyons, il demeure entre lui et nous des possibles. C’est un jeu sans doute comme celui de Zénon, et le souvenir d’Achille au pied léger. Mais c’est ainsi pourtant.

Où je suis conduit par mes réflexions, c’est à une esquisse de figuration des conditions formelles de la connaissance et de l’action. Sans doute, n’ai-je à proposer que des images, mais elles peuvent éclairer.

La première de ces images serait une double pyramide dont les sommets coïncideraient tandis que les bases seraient opposées.

La deuxième de ces images est celle de la Croix.

Mais à mon goût, à vrai dire, je préférerais la double spirale ascendante et descendante, dont les sommets coïncideraient, et les bases seraient infinies dans des plans tout à fait opposés.

La Croix ne serait pas seulement une croix à quatre branches sur un plan vertical, mais à six, à une infinité de branches, comme les piquants d’un oursin, qui n’aurait pas de corps. Il faudrait que cette sorte de hérissement soit inscrit dans une sphère infinie pour rendre tout à fait l’idée.

Pourquoi la spirale plutôt que la pyramide ? Parce que rien n’est figé, que rien n’est linéaire, et que les mêmes formes se renouvellent selon des niveaux distincts mais reliés.

Pourquoi, la multiplicité des branches de la croix ? Parce que le moment, l’instant, le cœur de l’être, c’est le point de concours et le centre de rayonnement, le lieu qui concentre et qui diffuse dans toutes les directions et de partout jusqu’à l’infini, et qui n’est rien en soi. Le Passé s’éclaire par le Présent qu’il détermine, l’Avenir, lui, oriente ce même Présent, dont il se dégage en l’ordonnant. Il n’y a de sens que par ce passage. C’est la condition de l’être mais c’est aussi sa raison. Le Passé qui n’est plus, l’Avenir qui n’est pas, sont tout entiers dans le Présent qui n’est qu’évanescence et fragilité.

L’imagination, intuitive ou méthodique, le souvenir et la permanence des habitudes, comme des structures, l’anticipation consciente ou non, la déduction raisonnée ou affective, voilà ce qui concourt à donner à l’expérience vécue sa dimension. Car, si nous voulons bien y réfléchir posément, il n’y a qu’un absolu, et cet absolu est absolument insaisissable, c’est l’instant ; et pas même l’instant vécu : l’instant vivant.

Rien n’existe hors de cet éclair, en quoi se concentrent l’infini du temps et de l’espace.

Tout en bas, le passé obscur et l’influx mystérieux des origines. A droite, à gauche, derrière, la couronne rayonnante des événements développés dans l’espace et dans le temps. En haut, l’imaginaire, l’appel de l’au-delà, et au cœur du tout, le Présent dans sa permanence vivace et toujours nouvelle, dans l’immobilité rayonnante de son unicité.

Alors, faut-il croire que les hommes sont aveugles, et qu’ils ne distinguent pas les signes qui leurs sont transmis d’âge en âge ?

Mais non ! Toujours, les signes sont reconnus, et le message transmis d’une façon ou d’une autre. D’abord parce que ce message est toujours le même quelque forme dont il soit revêtu, ensuite, parce que si le souvenir de ceux qui l’ont formulé est enseveli dans la nuit, du moins, l’esprit qui les a inspires rayonne dans les oeuvres qui depuis le commencement des temps sortent des mains de l’Homme.

La preuve en est là, sous nos yeux. Les signes sont compris, puisqu’ils sont transmis. Nous n’avons qu’à considérer la surface de la terre, et les paysages, nous n’avons qu’à considérer les plantes, les animaux les monuments : tout est là, tout est dit, formulé, décrit, figuré.

Du croisement de race à la girouette sur le toit, de la culture en terrasse à la poterie d’argile, de la borne à la chanson, tout ce que les hommes se transmettent sans le savoir est riche de la sagesse de l’espèce. Seulement, la plupart d’entre-nous, la majorité même, n’est pas assez avancée dans la connaissance de notre condition, pour comprendre ce qui est à comprendre dans le message du passé. Nous en déchiffrons quelques bribes, ici ou là, selon la chance et l’attention. Mais la totalité, qui cependant est transmise, tant les porteurs de reliques sont divers, pieux, et nombreux, nous ne pouvons jamais l’embrasser d’un seul coup.

Il y a par suite, un devoir de piété à remplir. Et sans aucun doute, ici et là, avec humilité ou gloriole, avec constance et non sans ingénuité, les hommes le remplissent. Non seulement les artistes, les artisans, les savants, les travailleurs anonymes, mais les vieilles gens un peu figées dans leurs habitudes, dans leurs souvenirs. Non seulement les créateurs

célèbres, mais les bricoleurs du quotidien. Tous, oeuvrent nécessairement et maintiennent, en dépit d’eux-mêmes, une certaine image de l’homme, et une image fidèle à soi.

Pourtant, nous devons faire la part à une autre évidence : les choses changent. La vie et la mort renouvellent incessamment les situations relatives.

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La mémoire et l’imagination donnent de la réalité des images qui se décalent les unes par rapports aux autres. Il y a une transformation sensible. La preuve, c’est qu’il est nécessaire, et chacun de nous en fait fois, d’opérer des adaptations. Répondre aux sollicitations quotidiennes, c’est faire face à des distributions différentes des équilibres, des forces, des formes. C’est changer de point d’appui, et de perspectives.

Il est vrai que la valorisation, par la mythologie du progrès, de cette mouvance des relations peut nous troubler. Les idées prétendument originales nous entraînent, des points de vue singuliers et parfois spécieux modifient nos comportements, et face aux nouveautés nous allons autant que possible essayer de nous transformer. Nous nous assimilons les conditions de l’existence, et nous sommes persuadés que ce faisant, nous innovons.

Je crois avoir compris quelque chose à ce sujet. La boutade d’Alain m’a aidé, il disait : ² c’est en imitant qu’on invente ². C’est en imitant que l’on finit par changer quelque chose à ce que l’on fait. Nous ne pourrions tout à fait demeurer fidèle à nous-mêmes, conserver les moyens affronter les difficultés, accepter les situations nouvelles, si au cœur même de la routine des habitudes et des certitudes de notre vie ne s’introduisaient selon les occasions et les nécessités, les facteurs mêmes du changement.

C’est ainsi que je comprends d’ailleurs le paradoxe de la Tradition: Elle n’est pas cet enseignement, cette doctrine figée, cette fidélité peureuse qui sont le fait non des « conservateurs », mais des imbéciles. J’ai compris, je crois comment, « conservateurs » et « révolutionnaires » Concouraient efficacement à l’équilibre des tensions. Les éléments compensateurs sont indispensables à l’ordre social. Il n’est pas linéaire comme on le prétend parfois, il est structuré selon des antagonismes complémentaires.

Toute la vertu de l’individu, comme la Vertu de l’Espèce, consiste dans le pouvoir d’assimilation permanent face aux événements. Et la loi universelle, celle qui s’impose à tous, en tous lieux. et en tous temps, c’est d’une façon ou d’une autre « meurs et deviens ».

Rien de plus parlant à ce point de vue que la figuration du Yin et du Yang. Les Chinois les tracent en séparant un cercle par un diamètre en sinusoïde. Deux moitiés de superficies égales mais de couleurs différentes, contenant un germe ponctuel et de couleur inverse à celle du demi-cercle qui le porte. Chacun de ces points rappelant l’autre demi-cercle, il faut concevoir l’ensemble en continuelle évolution, le point grossissant jusqu’à occuper la totalité du demi-cercle et ne laissant subsister qu’un point de la couleur opposée, puis revenant jusqu’à la dimension d’un point et laissant la place à l’autre qui s’étend sur tout le demi-cercle, et ces mutations alternées.

D’une façon générale, peut-on jamais dire que quelque chose disparaît jamais qui ne soit un jour retrouvé ? Que quelque chose de radicalement nouveau soit jamais inventé ? Tous les novateurs puisent dans l’imaginaire et cet imaginaire est la mémoire de l’humanité. La création absolue est-elle pensable ? C’est une question qui reste à trancher. Jusqu’à plus ample découverte, il semble bien d’ailleurs que rien ne soit plus éphémère que la nouveauté, rien qui ne soit moins assuré, rien qui ne se découvre en définitive plus proche de ce qui fuit toujours.

Sans doute dira-t-on, vous n’avez pas les yeux ouverts ? Il y a tant de machines, tant de mécanismes fantastiques qui révolutionnent l’humanité ? J’entends bien que la MACHINE, ou la CITE, ou la GUERRE ou le COMMERCE ou les SENTIMENTS, peuvent prendre des formes diverses, mais où se tient la radicale nouveauté ?

Chaque matin un soleil neuf se lève, mais il est aussi vieux que le monde. Chaque enfant est une promesse, une promesse d’éternité.

La vie se perpétue, semblable à elle-même, dans le renouveau quotidien, semblable et différente, la tradition poétique essaie de traduire cette métamorphose en image, et par des formules sensibles, cette constante mouvance et ce mouvement immobile.

L’eau du ruisseau dansant dans la lumière, voilà la vie , aussi précieuse, aussi illusoire, aussi nécessaire que cette eau toujours la même et toujours différente.

Il est de fait que les comportements sociaux, les projets politiques, les manifestations culturelles qui ne tiennent pas compte de ces exigences de l’être sont transitoires, dérisoires, et finalement insignifiants. Toutes les actions qui ne s’ordonnent pas sur la vie demeurent superficielles, incertaines, et tombent dans l’oubli le plus noir.

Suivre la Tradition (et il en est de conservatrices, comme il en est de révolutionnaires), suivre la Tradition, c’est n’être pas paralyse par les formes, soumis aux pratiques figées, fidèles à des rites vides de leur sens. Suivre la Tradition c’est déchiffrer à travers ces formes, les pratiques, ces rites, les images mouvantes du Présent, les constantes de la vie, les lois de l’être. C’est comprendre et aimer le Passé tel qu’il est devenu dans le Présent vécu comme le Présent, gros de ce qui justifie l’espérance et notre amour de la vie. C’est avoir l’intelligence des choses telles qu’elles sont.

C’est pourquoi, et cela m’a frappé, la Tradition est toujours unie dans cette perspective à la Foi. Car la foi c’est l’expression intime de la vertu éternelle de la vie. Ce n’est pas, comme le disent les dévots, ou du moins, ce n’est pas le sens que donnent les dévots à l’expression, une soumission à la Parole révélée, à la forme instituée, qui ne sont de fait que des conventions arbitraires. C’est la manifestation de l’évidence : la Tradition, c’est la Vérité de la Foi.

Toutes deux, Tradition et Foi, sont fondées sur la même certitude, cet univers nous est ordonné. Ce monde est notre monde. Non pas comme une possession, mais comme une identité consubstantielle. Nous vivons avec l’intelligence des choses qui nous font ce que nous sommes, et nous ne pouvons jamais désespérer tout à fait ni de nous ni du monde, en tant qu’espèce, parce qu’il est Nous et que nous sommes Lui.

Foi et Tradition nous engagent à vivre : courage et patience, audace et prudence, fierté et discrétion, voila ce qui nous détermine en définitive, et tous comptes faits. Ce que l’homme peut, il le doit, parce que le Passé de la Terre le fait ce qu’il est, et que l’Avenir est ouvert sur l’infini des possibles. Sans doute chacun de nous n’est pas conscient de cette relation, et c’est sans le savoir que nous construisons pour notre part l’univers tel qu’il s’élabore à notre image, oui, aussi.

Comment ? Mais en vivant.

En vivant avec intensité et confiance le moment présent en acceptant la vie et ce qu’elle porte avec elle. Ce n’est pas manquer de vertu, bien au contraire.

Sentir la fuite du temps. L’éprouver comme la vertu même. Avoir pleinement conscience de la fragilité des choses et de cette fragilité, du sentiment de cette fragilité, faire une force. Constater l’impuissance où nous sommes de nous fixer, même si nous ne changeons ni de lieu ni d’habitudes. Et de notre disponibilité, nous fortifier. La dresser comme un rempart mouvant, toujours face à l’événement, voilà ce qui fait l’Homme. Avec, en contrepoint, la conviction lucide de ne recevoir du monde qui nous entoure pas d’autre appui, pas d’autre secours, pas d’autres moyens d’actions que ceux dont nous disposons nous-mêmes. Par nous-mêmes et dont nous n’arrivons jamais tout à fait d’ailleurs à nous rendre maîtres.

Comprendre ce Passe qui nous oppresse, non plus en tant que Passé, mais en tant qu’il est en nous, et que c’est en nous qu’il nous faut l’affronter. Nous défaire du vieil homme, non pas en refusant ce qui nous a fait, mais en le dominant, en le sublimant dans l’acte.

Savoir que l’avenir qui nous attend, n’est ce pas encore sans doute, mais qu’il est en nous, et que dans le moment évanescent de l’être nous avons le pouvoir de l’assurer en y sauvegardant notre liberté.

Vivre avec la certitude que le Passé et l’Avenir se confondent dans l’acte même qu’est notre vie. Découvrir ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent être à travers ce qui est. Car nous faisons le Passé tout autant que nous faisons l’avenir. Les notions d’objectivité en ces domaines sont relatives. N’est objectif que ce que je définis comme tel. C’est là le piège des sciences humaines, hélas, auquel trop de gens sérieux se laissent prendre.

Rien n’est absolu de ce que nous portons comme reliques ou comme espérances.

Comment cela nous est-il donné, enseigné, transmis?

Comment cela se traduira-t-il, se déterminera, se transmettra ? Mais sans même que nous y songions, et de mille et une façons.

Il n’est pas difficile de comprendre les effets de l’éducation spontanée, de l’acquisition du langage, des disciplines du corps et de l’esprit, de la police des mœurs, des croyances, des oeuvres d’art, de tout l’ensemble perçu. Les facteurs de conditionnement sont innombrables, non seulement dans le cours de notre développement, mais au cœur de notre comportement même et de nos pensées, comme de nos croyances.

Certes, chaque religion voudrait limiter à un livre ou à une représentation symbolique, à une figure prophétique ou à une image mythique les éléments fondamentaux de la Tradition. Chacun son dogme.

Mais ce particularisme, nécessaire en raison de la singularité des domaines géographiques est un particularisme de circonstance. En fait, tous les hommes finissent par se délivrer, ou par être délivrés. La condition humaine impose à chacun l’épreuve de l’oubli, de la résurrection et de la mort. La notion de Tradition est finalement tout à fait symbolique. Elle figure l’évidence, elle permet de l’analyser, et donc de la percevoir.

Nous savons tous que les données du Passé sont nécessairement renouvelées, complétées, vivifiées par le regard vivant.

Il y a d’ailleurs un jeu dialectique dans les rapports entre les influences du Passé et les exigences de ce qui est en Devenir. Ce jeu, dont nous reconnaissons les effets, c’est dans le cadre de l’instant présent qu’il se joue. Il impose des réajustements, des efforts d’interprétations, et c’est par lui que se dégage le sel même de l’apparence, c’est-à-dire sa signification. C’est la dialectique spontanée de l’action et de la représentation. Du mouvement et de la réflexion, de l’être et de la pensée, de la vie et de sa fonction synthétique. Fin dernière de l’action et de la réaction éternelles de l’Etre.

Alors, je me prends à songer à ma vanité première. Vanité entretenue par tant de sottise géniale, par tant de merveilleuses réussites de l’esprit, par tant d’ouvertures percées au cœur du mystère dont les hommes se réclament sans en être capables. Je retrouve l’humilité dont nul enseignement n’aurait dû m’écarter. Je ne dirai plus rien qui condamne personne. Et moins que d’autres encore, ces aveugles qui dansent comme des lucioles à la lueur de prétendus enseignements traditionnels.

Je ne dirai plus rien parce que chacun est un moment de l’être. Et que la simulation, le simulacre, la caricature sont encore des formes de respect. Je ne confondrai pas folklore et tradition, pas plus que poésie et versification, reproduction et peinture statues, monuments et figuration.

Je considérerai la vie, comme la Tradition, non selon l’image figée de ces hommes que l’évangile stigmatise, les nommant sépulcres blanchis, mais selon la création continue qui se développe par nous et en nous.

La Tradition c’est l’éternelle résurrection, l’incarnation des valeurs que chaque génération élabore, et ruine, et réinvente, ou croit réinventer. Et dépasse. Mais qu’elle assume profondément, viscéralement.

La Tradition c’est comme le disent si bien ceux qui s’y réfèrent sans toujours savoir ce qu’ils disent La Vérité et la Vie.

Nous y serons toujours fidèles quoique nous fassions.

Jean MOURGUES

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Protégé : Que venons-nous faire en Loge – 1° - 28 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , Saisissez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.

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