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Propos semi folâtres sur la mort par Léo CAMPION 21 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution,Humour,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Propos semi folâtres sur la mort par Léo CAMPION



Léo Campion fut avant tout un humoriste. Un fils spirituel d’Alphonse Allais, qu’il recon­naissait comme son maître. II s’illustra en tant que poète et chansonnier, régent du Collège de Pataphysique (exégète d’Alfred Jarry) et confrère de Pierre Dac, avec qui il se produisit sur scène. Mais ce fut aussi un franc-maçon, si engagé qu’il atteignit le 33e degré. II laisse une oeuvre forte d’une trentaine de livres, dont Le Cul à travers les âges, digne des meilleurs éro­tiques du XVllle siècle. Signalons également des Contes d’apothicaire, un Dictionnaire subversif et trois livres spécifiquement maçonniques :

- D’abord son autobiographie, J’ai réussi ma vie (déconnage anarchique), préfacée par Roger Leray, Grand Maître du G.-. 0.-. D.-. F.-.

- Ensuite Sade Franc-Maçon, un ouvrage très complet sur un sujet rarissime

- Enfin Le Drapeau noir, l’équerre et le compas, réédité récemment par de jeunes maçons anarchistes.

Léo Campion, membre de la loge L’Homme libre, fut également acteur de cinéma (on se souviendra de son apparition dans « La Lectrice », le film de Michel Deville, sorti en 1988) et dessinateur de presse.

Léo Campion se situe, de plume, dans la droite ligne des Cami (qu’il aimait particulière­ment), des Mac Nab, des Jarry, des Satie. Mais, à la différence des précédents, il était nanti d’une solide joie de vivre, source d’une curiosité sans faille, ce qui en fit un polygraphe éclec­tique à l’érudition trapue mais espiègle.

Les Propos semi-folâtres sur la mort qui vont suivre sont extraits d’une planche qu’il pré­senta en 1973. On y trouve ou retrouve l’humour piquant d’un Léo Campion trop heureux pour être macabre, noir ou même drôlatique. Un exposé servi par le talent d’un écrivain à part entière. On y découvre également, maçonniquement parlant, le parcours d’un F.-. qui ne prenait pas l’initiation à la légère.

Nous devons cette édition (car il s’agit d’un inédit) au pur hasard. Cette planche a en effet été découverte dans une boîte de rangement de la bibliothèque du Grand Orient de France. Elle était classée mais personne n’avait encore songé à lui donner une vie éditoriale. Voilà chose faite.

Les Maçons y décèleront l’art d’un F.-. qui avançait vers ses cinquante ans de loge et un âge honorable (il mourra à plus de quatre-vingts ans dans les années quatre-vingt-dix). Les profanes seront plus sensibles à l’éclectisme d’un esprit libre pour qui nul sujet n’était tabou. C’est suffisamment rare pour être noté!





Alphonse Allais commençait ainsi une conférence: « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

« On m’a demandé de vous faire une conférence sur le théâtre. J’ai peur qu’elle ne vous attriste, car, comme vous le savez, malheureusement, Shakespeare est mort, Cor­neille est mort, Racine est mort, Molière est mort, Beau­marchais est mort, Régnard est mort, Marivaux est mort… et je ne me sens pas très bien moi-même. »

Depuis, Alphonse Allais est mort lui aussi.

Sans qu’il y ait lieu de s’inquiéter outre-mesure de tous ces précédents, on peut quand même légitimement se demander s’il ne nous adviendra pas d’également mourir un jour? Et si, sans être systématiquement alarmiste, on songe que s’ajoutent tant d’autres auteurs précédents aux précités, on peut quand même penser que les probabilités en sont grandes.

Très suffisamment en tout cas pour m’avoir amené à méditer sur cette éventua­lité. Et à vous exposer le fruit de mes méditations.

Dans l’attente de l’illusoire découverte d’un élixir d’immortalité qui surviendrait pendant les années qui me restent à vivre. Mais je conviens de l’optimisme un tanti­net chimérique de cet espoir.

Ce qui est désagréable, a priori, n’est pas d’être mort, mais de mourir. Éventuelle­ment. Et selon. La preuve en est que, couramment, les gens célèbrent l’anniversaire de leur naissance et jamais celui de leur mort. Pas de leur vivant en tout cas. Et ce, vraisemblablement, parce que l’homme, qui est le seul animal qui sait qu’il mourra un jour, ne sait pas quand il mourra. Ainsi j’ignorais, quand j’ai commencé cette phrase, si j’allais pouvoir l’achever. Eh bien, ça y est!

La mort est un phénomène biologique extrêmement simple. Surtout quand il s’agit de celle des autres. Les dieux et les académiciens, qui sont immortels, ne me contrediront pas.

La mort n’est autre chose, somme toute, que la privation de la vie. Et, a dit Épicure, « il n’y a rien de redoutable dans la privation de la vie ». Ce qui n’exclut pas un certain désorient qu’Alfred Jarry exprime ainsi : « Songez à la perplexité d’un homme hors du temps et de l’espace, qui a perdu sa montre, et sa règle de mesure, et son diapason. Je crois, Monsieur, que c’est bien cet état qui constitue la mort. »

La mort aussi est un prodigieux anesthésique. Ronsard, bien qu’il ignorât l’anes­thésie, l’a exprimé en deux vers :

Je te salue, heureuse et profitable Mort, Des extrêmes douleurs médecin et confort!

Ronsard, qui décidément ignorait beaucoup de choses, ignorait aussi l’euthanasie. Pratiquée par le médecin, en âme et conscience comme il se doit, elle lui aurait semblé une banne thérapeutique de l’agonie.

Dans les cas désespérés, abréger les souffrances du patient, qu’il s’agisse d’un moribond que son docteur fait passer de la douleur au sommeil et du sommeil à la mort, ou d’un animal que pique le vétérinaire, est faire oeuvre pie.

C’est pour cela sans doute que la sérénité des trépassés a quelque chose de fasci­nant. Et qu’un proverbe arabe proclame : « On est mieux assis que debout, couché qu’assis, et mort que couché. »

Belle incitation au suicide.

J’ai toujours vécu joyeusement et l’idée du suicide ne m’a jamais effleuré. Mais je comprends parfaitement que celui qui estime devoir y recourir le fasse. Le droit à la mort me semble aussi impérieux que le droit à la vie. Ton corps est à toi. Si on a plus envie de vivre, quelles qu’en soient les raisons, ou même sans raison, pourquoi continuer?

Il y a des velléitaires du suicide. J’ai connu un curieux personnage qui en parlait toujours et ne le faisait jamais. Ce qui amenait des dialogues de ce genre:

- Veux-tu dîner avec moi mardi prochain? -Impossible, répondait-il, mardi je me suicide. -Alors mercredi…

Et il est mort de sa belle mort.

Il y a des suicides affreux. Se faire hara kiri. Flamber comme un bonze. Ou se jeter sous une rame du métropolitain. Il vaut mieux se pendre haut et court, ne serait-ce que pour le plaisir d’éjaculer une dernière fois. Ou alors une bonne piqûre de mor­phine, qui endort paisiblement et définitivement. Ainsi que le fit l’anarchiste Marius­ Alexandre Jacob, cambrioleur en retraite, qui servit de modèle à Arsène Lupin.

II écrivit à l’intention de ses amis : « Je vous quitte sans désespoir, le sourire aux lèvres, la paix dans le coeur. Vous êtes trop jeunes pour pouvoir apprécier le plaisir qu’il y a à partir en bonne santé, en faisant la nique à toutes les infirmités qui guettent la vieillesse. Elles sont toutes là réunies, ces salopes, prêtes à me dévorer. Très peu pour moi. J’ai vécu. Je puis mourir. »

Par suicide ou autrement et bien que le résultat soit le même, on peut trépasser de toutes sortes de façons.

Et là nous entrons dans le vif du sujet, vif étant en l’occurrence un mot malheureux. Fastueuses étaient les morts des souverains et des nobles sous l’Ancien Régime. Passant de vie à trépas au milieu de leur cour, entourés de leur famille, de leurs féaux et de leurs serviteurs, il leur fallait tenir leur rang de façon édifiante jusqu’au bout. Dans cette cérémonie, où ils jouaient le premier rôle, la dignité de leur comporte­ment avait valeur d’exemple et ils se devaient de ne pas rater leur ultime sortie.

Cela les aidait peut-être à mourir.

Quelle leçon de cabotinage donna Mounet-Sully, disant sur son lit de mort : « Mourir, c’est difficile quand il n’y a pas de public. » !

Mourir en public peut donc aider à mourir courageusement. Voire héroïquement. Telles les morts spectaculaires et pleines de panache d’idéologues.

Danton, en 1794, dernier de la fournée, pataugeant dans le sang de ses quatorze meilleurs compagnons décapités avant lui, qui lança au bourreau: « Samson, tu mon­treras ma tête au peuple, elle en vaut la peine! »

Le docteur Baudin, en 1851, à qui on reprochait son indemnité parlementaire, et qui, montant sur une barricade, rétorqua: « – Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs. »

Ou Ravachol, en 1892, qui chantait à tue-tête en allant vers la guillotine, puis cra­chait des injures sous le couperet.

Les morts violentes sont d’une grande diversité.

Elles sont généralement provoquées par des engins redoutables dont on ne se méfiera jamais assez, comme par exemple la bombe atomique ou l’automobile, la seconde tuant moins de monde à la fois que la première mais étant d’un usage beau­coup plus fréquent.

Les morts violentes sont plus stupides encore quand elles surviennent sans acces­soires. Comme celle, émouvante, du pauvre Jean Floux, charmant poète chatnoi­resque et bohème impécunieux, qui, héritant bien inespérément d’un riche oncle de province, avait emprunté, lui qui n’empruntait jamais, une centaine de francs pour s’habiller décemment et prendre le train, afin d’aller chercher le magot. Après quoi il se précipita tout joyeux à la gare où, ses semelles toutes neuves glissant sur le quai neigeux, il tomba à la renverse et se fractura le crâne. Jean Floux mourut heureux, mais quel accident bête! Il est vrai qu’il est peu d’accidents intelligents…

On peut, au cours des siècles, toujours dans le cadre des morts violentes, être parmi les innombrables victimes des multiples génocides : guerres, déportations, exterminations diverses. Une balle perdue, pas pour tout le monde, est si vite arrivée.

On peut être condamné à mort, c’est-à-dire assassiné au nom de la justice. On a pu, en faisant connaissance de la Gestapo, du Guépéou, ou du général Massu, mourir sous la torture. On peut être crucifié, garrotté, fusillé, décapité, écartelé, électrocuté, asphyxié, ébouillanté.

J’en passe et des pas meilleures.

Puis il y a des gens qui meurent de faim. Et il y en a qui meurent de froid.

Les gens bêtes à en mourir prennent tout leur temps. Sauf en cas de guerre, parce qu’en général ils sont patriotes de surcroît. Bertrand Russel a dit d’eux : « Ils préfèrent mourir plutôt que de réfléchir. C’est ce qu’ils font d’ailleurs. » Darien, à une époque il est vrai où la guerre épargnait encore les civils, avait écrit : « La guerre ne détruit que les imbéciles. »

Les morts imaginaires ne sont pas les moins émouvantes. Le père Dumas a pleuré en écrivant la mort de Porthos.

Il est aussi des morts bizarres.

Au temps où la chasse d’eau, dans les water-closets, se trouvait au-dessus du siège, j’ai ouï dire qu’un usager, tirant violemment la chasse, la descella si brutalement„ qu’elle chut de tout son poids sur sa tête. Il fut tué sur le coup et sa famille put juste­ment dire qu’il avait été victime d’un accident de chasse.


Mais on peut mourir gaiement.

Témoin cet écho que j’ai lu, en 1975, dans Le Quotidien de Paris: « Un Anglais est mort de rire en regardant une émission de télévision. Selon la veuve de la victime, M. Mitchell aurait ri pendant vingt minutes et en serait littéralement mort. »

Il est vrai que cette information d’un macabre désopilant est parue le premier avril. Elle me rappelle toutefois un sketch que j’ai vu, à la télévision anglaise précisé­ment. Un humoriste, ayant écrit une histoire à mourir de rire, en se relisant, était pris d’un si violent fou rire qu’une rupture d’anévrisme l’étendait raide mort. Son épouse, survenant sur ces entrefaites, découvrait le cadavre, s’emparait du texte de l’histoire à mourir de rire qu’il tenait en sa main crispée, prenant cela sans doute pour un dernier message, et, le lisant avec curiosité, éclatait de rire à son tour et en mourait tout aussitôt. Survenaient ensuite Police-Secours, médecin-légiste et autres profes­sionnels du trépas, lesquels, se repassant de main en main le texte de l’histoire à mourir de rire, tombaient comme des mouches, suffoquant et succombant, les uns après les autres, dans une cascade de rires.

Si nous étions bien gouvernés, le texte de cette histoire, traduit en plusieurs langues avant que mort ne s’ensuive pour les traducteurs, devrait être mis à disposi­tion de tous les amateurs de suicide par hilarité.

Ils se pourraient prévaloir d’un précédent historique célèbre, celui de l’Arétin, en 1556. Alors que tant de pieux personnages ont souffert le martyre pour rendre l’âme, cet auteur licencieux mourut effectivement dans un fou rire.

Comme quoi la débauche est toujours récompensée.

En témoignent plus précisément la mort galante du président Félix Faure, dont le dernier soupir fut un soupir de volupté, comme celle, évangélique, du cardinal Dia­niélou. Deux classiques du genre.

Il est aussi des morts calmes. Celles où l’on cède au trépas comme on cède au sommeil. Pour mourir paisiblement, il suffit de s’endormir le soir, comme d’habi­tude, et de se réveiller mort le lendemain matin. Aucune angoisse à la clef.

On peut succomber ivre mort, au sens littéral du terme, dans un ultime hoquet. Une cuite dont on se souviendra longtemps. Une cuite comme celle qui fit que Raoul Ponchon écrivit ces vers :

Je ne distingue plus Jésus-Christ de Bacchus, La Vierge de Vénus; Le jour de la nuit; l’une De l’autre, blonde ou brune, Et mon cul de la lune.

Il est des morts lucides.

En 1757, Bernard Le Bovier de Fontenelle, mourant centenaire, disait : « Il est temps que je m’en aille, je commence à voir les choses telles qu’elles sont. »

Ce qu’en 1805 confirmait Friedrich von Schiller, trépassant en disant: « Beaucoup de choses me deviennent plus claires. »

Il est des morts quiètes.

William Hunter, physiologue et anatomiste du XVIIIe siècle, disant : « Si j’avais une plume et si j’étais capable d’écrire, je montrerais comme il est facile et plaisant de mourir. »

Et Ernest Renan : « Il n’y a rien de plus naturel que de mourir. Acceptons la loi de l’Univers. J’ai fini ma tâche. Je meurs heureux. Les Cieux et la Terre demeurent. »

Il est des morts tranquilles.

En 1650, Claude Favre, baron de Pérouges, seigneur de Vaugelas, auteur des Remarques sur la langue française, disait sur son lit de mort: « Je m’en vais. Ou je m’en vas. L’un et l’autre se dit. Ou se disent. » Et il mourut.

En 1762, Louise de la Tour du Pin, baronne de Warens, elle aussi sur son lit de mort, constatait, optimiste : « Femme qui pète n’est point morte », et expirait. Son dernier soupir avait pris un chemin détourné.

Il est des morts plus prosaïques.

En mourant, Cambronne aurait dit « merde ». Mais c’est une légende. À moins que ce ne soit une habitude.

Il est enfin des morts facétieuses.

Ainsi un grand patron arrive à l’hôpital le matin et on lui dit: « -Monsieur le pro­fesseur, le simulateur est mort cette nuit. »

Mais, quelles qu’en soient les modalités, suicides mis à part puisque volontaires, on meurt toujours prématurément. Si nous en croyons ce bon vieil instinct de conservation. Qui fit dire à Jeanne Bécu, comtesse du Barry : « Encore une minute, Monsieur le bourreau… »

C’est pourquoi on peut se poser cette question : notre âge réel est-il ce que nous avons vécu ou n’est-il pas plutôt ce qui nous reste à vivre? Autrement dit, un homme de soixante ans qui mourra à cent ans n’est-il pas plus jeune qu’un homme de vingt ans qui mourra à trente ans? Et que dire du docteur Faustroll qui naquit à l’âge de soixante-trois ans?

Voilà un fait qui bouleverse cette notion trop répandue selon laquelle les gens nés le même jour, à la même heure, auraient le même âge. Notion d’ailleurs fausse en Maçonnerie où on a l’âge correspondant au degré symbolique que l’on a atteint.

Le docteur Julien Besançon, lui, prétendait que l’âge normal de l’homme est de cent vingt ans. Et il préconisait le bien-vivre comme méthode de longue vie. Ne pas dételer, telle était sa formule. Il mourut à quatre-vingt-douze ans, âge peut-être excessif eu égard à ceux qui meurent en bas âge, mais trépas prématuré quand on illi­mite avec tant d’épicurisme la gérontologie. Pour la beauté du geste et la justification de ses théories, il eut été souhaitable que le docteur Besançon vécut très vieux et mourut encore plus tard. Après avoir, selon sa méthode, mené une vie de bâton de chaise. Ce qui vaut infiniment mieux que de mener une vie de bâton de maréchal.

Les vivants sont des sursitaires. Ils auraient tort de ne pas en profiter. On ne vit qu’une fois. Et vivrait-on plusieurs fois que ce serait tout aussi valable.

Pour les morts, plus de sursis. Ils auraient tort eux aussi de ne pas en profiter. On ne meurt qu’une fois. Et mourrait-on plusieurs fois que ce serait tout aussi valable. C’est que mourir donne une consolante plus-value. On accorde aux morts beau­coup de qualités qu’on ne leur accordait pas de leur vivant.

C’est normal: ils ne gênent plus personne.

Même les passants anonymes se découvrent devant des morts anonymes qu’ils n’auraient pas salués vivants.

Sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile, devant la dalle du Soldat Inconnu, se sont inclinés Albert Lebrun, Adolf Hitler, Léon Blum, Philippe Pétain, Charles de Gaulle et Maurice Thorez. Pas un vivant n’a réalisé une telle unanimité.

Et quand on lit, dans un cimetière, les inscriptions élogieuses et les regrets osten­sibles que les défunts suscitent, on se demande où sont enterrés les méchants.

C’est Clémenceau, je crois, qui a dit : « Les cimetières sont remplis de gens irrem­plaçables. »

Partant de ce point de vue que les seuls morts estimables sont les morts qui ont été des vivants estimables, je ne crois pas qu’il y ait lieu d’avoir systématiquement le respect de la mort. Ou plus exactement le respect traditionnellement et abusivement dû aux morts. Sinon mon ami Boris Vian n’aurait jamais écrit J’irai cracher sur vos tombes.

Il n’y a vraiment aucune raison pour que les morts soient meilleurs ou moins bêtes que les vivants.

De même qu’en vieillissant un con ne devient pas respectable mais devient un vieux con, un con qui meurt devient un feu con.

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Propos semi folâtres sur la mort

Ce qui n’empêche en rien d’être peiné quand on perd des gens que l’on apprécie, d’avoir du chagrin quand succombe quelqu’un que l’on aime, ou de se réjouir au contraire de la disparition d’un salaud. C’est ainsi que la mort d’Hitler, ou celle de Staline, m’ont symboliquement fait plaisir, que la plupart des décès me laissent plutôt indifférent, que je déplore la mort de quelques-uns et que j’en pleure quelques autres.

Ce qui n’implique pas que les pleurer soit rationnel. Peut-être, inconsciemment, est-ce sur moi que je pleure? Parce que déchiré par une séparation sans recours. Réa­lisant brutalement qu’il me faut parler des disparus au passé. Que je ne les verrai plus. Qu’il ne me reste que leur souvenir. Aussi essentiel et peu négligeable qu’il soit.

Pourtant, il est des pays où la camarde est célébrée joyeusement. Au Mexique, en Louisiane, au Brésil, notamment. Mêmement le rituel minutieux des cérémonies funé­raires africaines, unissant les morts aux vivants, les ancêtres au futur, est d’un symbo­lisme réconfortant. Les Noirs ne sont pas désemparés devant la mort comme le sont les Blancs. Heureuses peuplades pour qui la mort est une fête. Les obsèques n’y ont pas ce côté ennuyeux et triste qu’elles ont dans les pays de civilisation judéo-chrétienne.

Même corrigées par un gueuleton copieux. Ou par des libations nombreuses. Comme l’implique, par exemple, cette très jolie coutume de marins qui veut que le cortège funèbre fasse halte à chaque estaminet rencontré sur le parcours compris entre la maison mortuaire et le cimetière, pour y consommer une tournée générale. Chacun boit et on laisse empli le verre du mort.

Cet aimable procédé permet d’indiquer sur le faire-part de décès, à côté d’avis plus classiques, comme « Ni fleurs ni couronnes » ou « Le deuil ne sera pas porté », la formule « Ébriété conseillée ».

C’est ainsi qu’à la mémoire d’un ami défunt, qui fut un valeureux ivrogne et n’était par conséquent pas à un verre près, j’avais dédié ces quelques vers supplémentaires:

Avant d’être cadavre Ce mort était un bon vivant Et nos larmes le navrent S’il les perçoit dans le néant. Afin d’arroser ma mémoire, Dirait-il, s’il pouvait parler, Amis, il vaut mieux boire Que pleurer!

Nos aïeux n’avaient cure de ce que devenaient leurs restes et, à l’exception de grands seigneurs, de dames nobles ou de hauts prélats, qui avaient le droit d’être enterrés dans les églises, leurs dalles funéraires s’ornant de gisants ou d’orants, les morts étaient entassés pêle-mêle dans des charniers.

Depuis, le cérémonial s’est démocratisé et chacun maintenant a droit, quel que soit son rang, à une sépulture.

Pas partout néanmoins.

Dans certaines régions de l’Inde et du Pakistan, les cadavres sont abandonnés aux vautours.

En Asie, hindous et bouddhistes flambent les corps en plein air, dans une violente odeur de chairs grillées et une pétarade de graisses éclatant brusquement.

Chez les Tartares, autrefois, les chefs étaient brûlés avec leur plus belle femme, l’échanson, le cuisinier, le palefrenier et les chevaux, pendant qu’on étranglait des esclaves pour les enterrer auprès d’eux.

L’anthropophagie, qui a connu une certaine vogue en Afrique Noire au cours des siècles, est en très nette régression. Pourtant le procédé, outre son intérêt gastrono­mique, évitait les frais de funérailles et de sépulture.

Même économie si l’on meurt en mer. Immergée au cours d’une brève cérémo­nie, la dépouille sert de pâture aux poissons.

Même économie encore en léguant son corps à l’Institut médico-légal. Outre que la peau de vos testicules, judicieusement utilisée, fera la joie des fumeurs, car, comme l’affirme la chanson:

Y a qu’la peau d’couille pour conserver l’tabac.

De même qu’on empaille des serins, on embaume des chefs d’État. C’est ainsi qu’ont été embaumés des personnages aussi divers que Tout Ankh Amon et Lénine. La crémation est de mise au japon.

Quant aux chrétiens et aux musulmans, ils enterrent leurs morts, les premiers dans des cercueils, les seconds à même la terre.

Maurice Boukay, sur une musique de Marcel Legay, a écrit « Tu t’en iras les pieds devant! », chanson dédiée à jean Jaurès. En voici un extrait:

Tu t’en iras les pieds devant, Roi, guerrier, juge, aristocrate, Et toi qui voulais, démocrate, Bâtir la maison de Socrate, Tu t’en iras les pieds devant. Duchesse aux titres authentiques, Catin qui cherche les pratiques, Orpheline aux navrants cantiques, Tu t’en iras les pieds devant. Grave docteur qui me dissèque, Prêtre qui chante mes obsèques, Bourgeois, prince des hypothèques, Riche ou pauvre, ignorant, savant, Nous aurons tous six pieds de terre. Vers la Justice égalitaire

Tu t’en iras les pieds devant.

Qu’égalitairement la mort fauche magnats et parias, François de Malherbe l’a dit en vers:

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Propos semi folâtres sur la mort

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre, Est sujet à ses lois;

Et le garde qui veille aux barrières du Louvre N’en défend point nos rois.

Mais là cesse la justice égalitaire.

Car ne messied point aux funérailles une certaine pompe (une pompe funèbre évidemment), et elle se paye.

En Occident, dans une société basée sur le profit, les tarifs des messes varient. Saint-Honoré d’Eylau coûte plus cher qu’une église de banlieue, il y a des enterre­ments de première classe et le corbillard des pauvres. En Amérique, c’est pis encore. On connaît le slogan publicitaire de l’industrie mortuaire d’outre-Atlantique : « Mourrez, nous ferons le reste. » Tout y est spectaculaire et onéreux. Tandis que de douces musiques déversent des flots d’harmonie, des hôtesses funéraires très sexy accueillent les chalands. L’embaumement préalable des cadavres, avant leur exposi­tion, est de mise. Le cher disparu est transfiguré. S’il a la gueule de travers, on la lui redresse. Un rictus de souffrance devient un sourire heureux. On farde le mort, on le bichonne, on soigne son expression, on rectifie la pose. Cercueils, sarcophages ou urnes ont toutes les formes, sont de toutes les matières. Plus c’est cher, mieux c’est. Le luxueux cérémonial du service de première classe prévoit même, en apothéose, l’envol d’une colombe, au-dessus du cimetière ou du crématoire, qui est censée représenter l’âme du défunt.

Mais en Amérique, comme plus modestement en Europe, chacun, aussi moyens que soient ses moyens, doit savoir qu’au cours des obsèques toujours la solennité est de mise et le sérieux de rigueur.

François Chevais l’a fort bien observé dans une chanson commençant ainsi:

Les gens qui suivent les enterrements Ont l’air de suivre les mariages; Les gens qui suivent les mariages Ont l’air de suivre les enterrements.

Mais le mariage n’est-il pas un enterrement? Celui du célibat.

De même que les enterrements, comme les mariages d’ailleurs, sont tarifés, il y a des nécropoles hors de prix et des nécropoles bon marché. Une tombe au cimetière de Passy vaut le double d’une tombe au cimetière Montparnasse. Le prix varie aussi selon l’emplacement. Un caveau coûte plus cher au bord d’une avenue que perdu à l’intérieur d’une division. Les indigents, eux, sont entassés côte à côte dans la fosse commune, un petit trou pas cher. Les suppliciés ont droit au carré des fusillés ou à celui des guillotinés.

Il est, dans les cimetières, certains interdits.

Les voitures ne sont tolérées que dans des cas précis.

Prises de vues et photographies sont proscrites. On ne peut pénétrer dans un cimetière avec des bagages.

Les animaux n’y ont pas leurs entrées. Ce qui est heureux pour les chiens car, curieusement, ils y perdent leur flair. Pourtant, les chats sauvages, ignorants du règle­ment, sont nombreux dans les champs de repos (entre trois et quatre cents au Père ­Lachaise, par exemple). Et les arbres et la verdure attirent beaucoup d’oiseaux gazouillant à l’entour des tombes.

Les grands cimetières sont aussi lieux de rencontre pour couples romantiques, amants clandestins, potaches, éphèbes, satyres ou sentimentales esseulées en quête d’aventures. Les monuments funéraires abritent parfois de coupables et furtives amours. Les graffitis pornographiques et les dessins obscènes ne manquent d’ailleurs point sur les murs internes des chapelles funéraires.

En ce domaine, les Orientaux sont plus francs. Dans leurs cimetières, parmi les roses, se bécotent les amoureux. C’est le cher Omar Khâyyam qui, dans un de ses robaiyat, écrit : « Une telle sérénité entourera ma tombe que les amants ne pourront s’en éloigner. »

On ne peut pas inscrire sur une tombe tout ce que l’on veut. Il faut respecter les bonnes moeurs et l’austérité du lieu.

Si le nom du défunt peut être suivi du titre « Préfet honoraire », ou de la mention « Chevalier de la Légion d’honneur », fut interdite, en 1871, l’inscription « Membre de la Commune ».

Il en est de même pour les épitaphes. Celle d’Alexis Piron :

Ci-gît Piron qui ne fut rien Même pas académicien

ne serait plus admise.

Ne serait pas davantage agréé:

Ci-gît Léo Campion Poil au croupion.

C’est sans doute pour cela que l’épitaphe de jean de La Fontaine ne figure pas sur sa tombe, au Père Lachaise :

Jean s’en alla comme il était venu, Mangeant son fonds avec son revenu, Tint les trésors chose peu nécessaire; Quant à son temps, bien sut le dispenser, Deux parts en fit, dont il voulait passer L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

Un sieur d’Ecouis avait épousé une fille qu’il avait eue de sa propre mère. Sur leur sépulcre, qui disparut quand on transporta les cimetières hors Paris (le Paris d’alors n’avait que douze arrondissements), on lisait cette épitaphe devinette :

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Propos semi folâtres sur la mort

Ci-gît le père. Ci-gît la fille. Ci-gît la soeur. Ci-gît le frère. Ci-gît l’époux. Ci-gît la femme. Deux corps seuls gisent ici.

Ce qui surprenait le passant quand il ignorait le parce que du pourquoi.

Cette inscription tumulaire, elle aussi, même en notre époque de libération sexuelle, serait maintenant interdite.

Passé un certain délai, une sépulture laissée à l’abandon, même s’il s’agit d’une concession à perpétuité, est détruite, le cercueil ouvert, et les restes qu’il contient jetés dans un ossuaire après exhumation.

Il faut bien faire de la place pour les suivants. Et les ossuaires débordent. « – Que d’os! que d’os! », comme disait Mac Mahon.

À moins que ce ne soit Hamlet.

Les vieux Parisiens se souviennent du Gaumont Palace, rasé en 1973, qui était la plus grande salle de cinéma d’Europe et où se produisaient des attractions de music­hall. J’ai eu l’occasion d’y sévir à plusieurs reprises, soit dans mon numéro de chan­sonnier, soit dans un sketch avec mon ami Pierre Dac. Le Gaumont Palace jouxtait le cimetière Montmartre, à l’entrée du Pont Caulaincourt, et la sortie des coulisses faisait face à un petit café fréquenté par les musiciens et les artistes du Gaumont et par les fossoyeurs du cimetière. J’ai puisé là, auprès de ces derniers, une solide érudi­tion sur les agréments de l’exhumation et les charmes de la décomposition.

Lorsqu’on exhume un cadavre enterré depuis un siècle, seuls quelques débris de squelette subsistent. S’il avait pour écrin un cercueil de plomb, il advient que d’aspect le défunt n’ait pas bougé. En apparence seulement, car il s’effrite, comme par enchante­ment, dès qu’on le touche. Mais déterrer un cadavre après seulement cinq ans, c’est une autre paire de manches. Empoigner un corps en décomposition, boursouflé, visqueux, croupissant dans une eau putride, dévoré par les asticots et les insectes nécrophages, dans une écoeurante puanteur, est une opération peu appétissante. C’est l’odeur surtout, l’odeur brutale et généreuse de la putréfaction, qui est, paraît-il, insupportable.

C’est dire que, pour un fossoyeur, comparée à l’exhumation, l’inhumation c’est de la rigolade. Si on peut dire.

Il est évidemment plus hygiénique d’incinérer les cadavres.

« Igne Natura Renovatur Intégra », proclame le mot sacré des Chevaliers Rose­Croix, considéré comme la parole perdue et retrouvée.

Et puis il arrive que cela ne manque pas d’humour.

Michel Dansel, historiographe du Père-Lachaise, a découvert, au colombarium, un incinéré qui se nommait Malcuit.

Je l’ai mal cru.

Un fossoyeur m’a proposé, quand je me produisais au Gaumont-Palace, d’assister à une exhumation. Je me suis défilé.

Heureusement pour les fossoyeurs, la déformation professionnelle atténue, dans sa quotidienneté, l’horreur de la chose.

L’habitude crée une accoutumance.

J’ai eu une maîtresse qui était infirmière, et quand, d’un oeil avide, elle me contemplait, étendu nu, avec l’admiration que vous subodorez, elle me disait : « – Toi, tu feras un beau cadavre… »

Appréciation compétente sans doute, mais aussi perception confuse de la dualité de l’amour et de la mort.

Voilà qui fait penser à l’ultime hommage que lui rendit Madame de Fontaine­ Martel, amie de Voltaire, qui, expirant à deux heures du matin, dit: « – Ma consola­tion est qu’à cette heure je suis sûre que quelque part on fait l’amour… »

Indiquons toutefois en passant qu’une femme qui dit à un homme qu’elle en meurt d’envie n’est pas en danger de mort.

Mac Nab a bien senti que l’amour et la mort sont les deux mamelles de l’inspira­tion poétique, lui qui termine sa « Ballade des derrières froids » par cet envoi:

ô princesse sans coeur, dont pendant une année, je n’ai pu réchauffer le royal périnée,

Jetez au feu ces vers qui flamberont bien fort Pour chasser un moment, de votre chair damnée, La froideur du derrière, image de la mort!

Mais les obsèques, si convenables soient-elles, ne sont qu’un épisode mortuaire, une occasion posthume de faire parler de soi.

Tiraillé entre la peur de l’inconnu et le désir d’au-delà, l’homme se pose alors la question: « – Et après? » Vaste point d’interrogation exprimé par Tristan Bernard en ce quatrain:

Quitter ce monde-ci? Mais pour quel avenir? Cette existence de l’au-delà, quelle est-elle?

Je voudrais m’en aller… Mais serait-ce en finir? Mon emmerdeuse d’âme est peut-être immortelle…

Il n’y a pas, quoi qu’il en soit, ou quoi qu’il n’en soit pas, de raison de se tracasser. Omar Khâyyam l’exprime en ce robaï : « Pourquoi t’affliges-tu, Khâyyam, d’avoir commis tant de fautes ? Ta tristesse est inutile. Après la mort, il y a le néant ou la miséricorde. »

De deux choses l’une. À moins que ce ne soit de deux choses l’autre. Ou bien l’es­prit, l’âme, l’intelligence, sont la résultante du fonctionnement d’un organe qui est le cerveau, et disparaissent avec lui. Ou bien ils sont indépendants du corps organique et s’en séparent quand il meurt, libérés de leur enveloppe charnelle.

Dans le premier cas, l’au-delà est, après, dans la situation de l’en-deçà, avant. C’est-à-dire nulle part.

C’est l’anéantissement de l’ego.

« La Terre Promise, a écrit Zo d’Axa, sera celle où nous pourrirons. »

Dans le second cas, nous pataugeons en pleine métaphysique, cette ‘pataphysique du pauvre.

Revue trimestrielle d’études symboliques et maçonniques du Grand Orient de France

Propos semi-folâtres sur la mort

Tout ce que nous savons, c’est que nous ne savons rien.

Refusons-nous, avec Jean Rostand, à « ajouter à la démence du réel la niaiserie d’une explication. »

J’aime beaucoup, d’Émile Littré, cette déclaration: « Quiconque déclare avec fermeté qu’il n’est ni déiste ni athée fait aveu de son ignorance sur l’origine des choses et sur leur fin et, en même temps, il humilie toute superbe. »

Chacun, certes, a le droit d’adhérer au culte de son choix, s’il ne l’impose pas à autrui, mais, pour ma part, j’écarte d’emblée toutes vérités révélées, spéculations sans preuves sur l’inconnu.

La plupart des religions, et spécialement la religion catholique, ont fait beaucoup de tort à la mort.

Après avoir empoisonné la vie des croyants avec la notion de péché, le catholi­cisme a empoisonné leur mort avec la crainte du châtiment.

La terreur du jugement Dernier suscite des appréhensions aberrantes. Le futur mort, même s’il n’a rien à se reprocher, quand il s’agit d’un verdict qui engage son avenir pour l’éternité, a, comme on dit dans le grand monde, le trouillomètre à zéro. Nous voilà loin de l’alexandrin de Baudelaire :

Voyez venir à vous un mort libre et joyeux.

L’occultisme offre des hypothèses de survie plus amusantes, plus morales, plus poétiques et plus séduisantes que celles des différents cultes.

Les dieux, si peu probables qu’ils soient, sont, hormis de rares exceptions comme Bacchus, Aphrodite ou Priape, trop sérieux, inconséquents, souvent méchants, ou pour le moins indifférents.

Je leur préfère les thaumaturges, les pythonisses, les fées, les enchanteurs.

Dans le surnaturel, le paranormal, l’étrange, le rêve, l’impondérable, la fiction, les sciences occultes offrent des hypothèses plus aimables et pas plus invraisemblables que celles que nous proposent la plupart des religions.

Mais ce ne sont que des hypothèses.

Et, en ces domaines combien mystérieux, un rigoureux agnosticisme me semble d’élémentaire prudence.

C’est Alexandre Dumas qui, à propos d’apparitions, de spectres, de revenants, de fantômes, parle d’un « monde invisible qui nous entoure, qui échappe à notre vue, qui fuit notre toucher, qui trompe nos sens. »

Mais le père Dumas ne manquait pas d’imagination. On ne peut ni affirmer ni nier l’inconnaissable.

Tout au plus peut-on constater, sans être pour cela capable d’expliquer.

Dans l’hypothèse d’une survie éventuelle, Omar Khâyyam a dit : « je vous répon­drai là-dessus quand j’aurai été renseigné par quelqu’un revenant de chez les morts. »

Or ceux qui sont revenus de chez les morts, c’est-à-dire ceux qui ont ressuscité, le Phénix, renaissant de ses cendres, Hiram Abi, bâtisseur du Temple, Lazare, premier évêque de Marseille, Jésus de Nazareth, roi des juifs, ou Bosse de Nage, cynocéphale papion, se sont bien gardés de nous renseigner.

C’est d’autant plus regrettable que les résurrections se font de plus en plus rares, il faut bien le constater.

Aussi les spirites ont-ils estimé plus positif d’entrer en communication directe­ment avec les défunts, seuls habilités à nous documenter sur l’au-delà. Car, comme l’a pertinemment écrit Chaval : « Pourquoi les morts ne vivraient-ils pas? Les vivants meurent bien. »

Puis, s’il y a des réincarnations successives, si le corps astral est l’occupant provi­soire de corps organiques successifs, la vie étant alors une entre-deux-morts et la mort une entre-deux-vies, il doit y avoir, compte tenu de l’augmentation insensée de la population mondiale, pénurie d’âmes au prorata de l’augmentation du nombre de corps. Ce qui pose un problème ardu de démographie posthume. Outre que nous n’avons pas la mémoire de nos existences passées. Lors peu me chaut d’avoir été quelqu’un d’autre, si je l’ignore. Si point ne m’en reste la moindre remembrance.

Pourtant un réincarné m’a affirmé s’être recueilli sur sa tombe, c’est-à-dire sur la tombe abritant la dépouille de l’être qu’il prétendait avoir été au cours d’une vie précédente.

Mais c’est peu courant.

« Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses », a écrit Paul Éluard. Et c’est dommage.

Je trouverais cocasse qu’un Sorcier Impérial ou un Grand Dragon du Ku Klux Klan soit réincarné en nègre du plus beau noir, Erostrate en capitaine de sapeurs­pompiers, et un homme de peine en fille de joie. Et, si vous avez l’esprit de famille, il peut être piquant pour vous de besogner une jeune et belle femme qui a été votre vieux satyre de grand-père incestueux, dans une vie antérieure, quand vous étiez vous-même une fillette aussi vicieuse qu’innocente. Ces hypothèses sont plus drôles que celles d’un dieu croquemitaine.

Hélas ou heureusement, notre lot est l’incertitude. L’incertitude qu’a chantée Léon-Paul Fargue :

Incertitude Ô mes délices

Vous et moi nous nous en allons Comme s’en vont

Les écrevisses À reculons À reculons

Ce qui ne nous avance guère.

Ne croire à rien n’est pas croire qu’il n’y a rien mais que, s’il y a quelque chose, on n’en sait rien.

Nul ne peut expliquer l’inexplicable. N’interprétons pas ce qui nous dépasse. Avouons notre ignorance. Gardons-nous de niaises arguties. Laissons cela aux reli­gions de tous acabits.

Revue trimestrielle d’études symboliques et maçonniques du Grand Orient de France

Propos semi folâtres sur la mort

Zo d’Axa l’a proclamé : « La seule certitude c’est de vivre et sans attendre. Vivons donc: action, parole ou silence. Question d’heure, cas individuel. Et le moins sottement possible. » Affirmation précieusement nuancée par Oscar Wilde : « Vivre est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des gens existent, voilà tout. »

Et remémorons-nous, au moment de mourir, cette phrase de Talleyrand : « La situation est désespérée, mais pas sérieuse. »

Pour conclure avec Maurice Henry: « II va aussi bien que possible: il est mort. » L’important, quand on meurt, est d’avoir réussi sa vie. D’avoir joui pleinement du droit qu’a tout homme de vivre à sa guise, si différente soit-elle de celle de ses frères. Comptent l’image, le souvenir que l’on laissera.

Je vous souhaite heureuse vie, et, s’il vous advenait d’avoir la curiosité de mourir, trépas serein.

Il faut dédramatiser la mort.

Ne nous lamentons pas devant l’inéluctable. Espérons, espérons, espérons. Et ne gémissons point. La mort est peut-être une initiation.

Heureuse transition pour conclure par les propos d’un initié. Antonio Cohen, né à Paris en 1885, initié franc-maçon en 1909, 33e en 1948, Grand Maître de la Grande Loge de France en 1955, décédé en 1956. Atteint d’un mal incurable et sachant sa fin prochaine, il rédigea, la veille de sa mort, un ultime message dont il fut donné lecture en tenue funèbre. Le voici en sa sérénité:

« Mes très chers frères,

« II n’est pas d’usage qu’un frère passé à l’Orient Éternel s’adresse à ses frères le jour d’une tenue funèbre destinée à célébrer sa mémoire. Je regrette qu’un tel usage maçonnique ne soit pas instauré, puisque l’on écoute généralement mieux les morts que les vivants.

« Ce que je tiens à vous dire, c’est que la vie maçonnique, quand elle est poursuivie dans l’amour et l’effort, confère au franc-maçon un équilibre majeur.

« L’au-delà ne saurait inquiéter un assidu de nos temples et de nos disciplines : pas plus que vous ne sauriez vous affliger d’un fait aussi banal que la disparition d’un vieux maçon. École de vie, école de mort, la Franc-Maçonnerie nous a enseigné la certitude des séparations matérielles.

« Chacun de nous apporte moins que ce qu’il eut pu et dû apporter; mais chacun de nous aura apporté quelque chose avant de disparaître. Si sa vie tout entière ne représente qu’un atome du ciment qui lie et liera nos pierres, cet atome demeure intégré à l’édifice.

« Je sais que nos rites exigent une batterie de deuil – et, respectueux des symboles, je pense qu’il vous faut la tirer. Mais avant qu’elle ne soit couverte, éloignez de vous toute douleur opprimante. Il faut vivre et vivre hautement, la joie au cœur, le maillet à la main, toujours mécontents de l’insuffisance de notre oeuvre, mais toujours plus passion­nés de la reprendre et de l’accomplir.

« Au travail, mes frères. »

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Protégé : Vous aurez a méditer sur le Verbe – 14° - 6 juin, 2008

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Protégé : Lumière – 1° - 4 juin, 2008

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Protégé : Souverain Prince Rose + Croix – 18° -

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Vaudou

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VAUDOU

 

LA MAGIE AFRICAINE

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Parfois, il suffit de faire quelques pas pour pénétrer dans un monde inconnu. Il suffit de marcher dans une flaque d’eau pour se retrouver dans une autre époque, dans un passé archaïque. Une simple ruelle de marché marque la frontière entre la vie et la mort. Nous sommes au marché DANTOKPA, à COTONOU. C’est un marché comme les autres, comme l’on trouve dans toutes les régions du sud africain. Les femmes vendent des ananas et des ignames, des vêtements, des ustensiles de cuisine et du coca-cola.

 

Dans l’air un mélange de musique africaine et la voix d’Elton John résonnent à la radio. Des marchands ambulants vendent des calculatrices électroniques. Des enfants hurlent et se chamaillent, dans des nuages de gaz bleus, malodorants dégagés par des motocyclettes Japonaises et l’on peu voir sur de grandes affiches publicitaires le cow-boy Marlboro tout sourire. Les emblèmes de notre civilisation, sont omniprésents au Benin, comme ailleurs.

 

 

Les commerçants avaient recouvert leurs marchandises de toiles de plastiques ; la saison des pluies avait commencée et des nuages noirs se pressaient au dessus du marché. L’air exhalait une odeur de mort et de pourriture. L’ambiance était angoissante et lourde. Des crânes de singes et de chiens aux dents acérées sont vendus sur le marché aux fétiches de Cotonou. Des têtes ensanglantées de chèvres sont posées à coté d’os de bœufs, des peaux de reptiles, s’entassent à coté de touffes de plumes de poules. Les sorciers et les guérisseurs viennent s’approvisionner en fournitures nécessaires à leurs rituels magiques. Et partout de grosses mouches bleues qui bourdonnent.

L’on peut s’approcher de certaines boutiques où sont écrites des enseignes tel que Dako- Zorro- naturaliste chercheur.Sa spécialité est la médecine Vaudou.Il fabrique des gris-gris très efficaces ;des amulettes consacrées aux divinité VAUDOU, qui nous protégeront des dangers qui guettent tout un chacun. Un rat mort gît le ventre ouvert…produit d’appel, à coté de serpents qui se tordent. Il faut s’assurer la protection des guérisseurs et les Prêtres peuvent acheter les fournitures pour les cérémonies magiques.Le naturaliste chercheur fabrique des gris-gris, avant de commencer le voyage dans l’univers inconnu du VAUDOU.

Moyennant une somme de 30 000 frs CFA l’on peu se procurer des gris-gris que l’on doit porter sur nous constamment, car ils contiennent une substance magique. L’on trouve un agencement d’objets du sacrifice Vaudou :des herbes dans une écuelle et une purée d’ignames, le tout mélangé à du sang de poule.Des bougies, du gin, des cigarettes et quelques billets de banque les divinité, Vaudou n’aident pas sans contrepartie. Le rituel de consécration peu commencer. Un assistant apporte une poule maigre, noire et une bouteille de gin de la marque « super schnaps ». Un fétiche est déposé sur le sol, pour prendre contact avec les Dieux, souvent en bois, terre cuite ou métal. Ces fétiches ont pour les vaudouistes des pouvoirs magiques. Etant pour ainsi dire le logis terrestre des divinités, ils sont considérés comme sacrés, de la même façon que la croix est sacrée pour les chrétiens. Le prêtre Vaudou invoque les Dieux en sonnant une vieille cloche rouillée, il asperge le fétiche de gin et en bois une gorgée ; tranche le cou du poulet et laisse dégouliner le sang sur le fétiche qui se trouve englué ainsi que le gris-gris. Le VAUDOU est une religion animiste qui compte plus de 50 millions d’adeptes rien qu’en Afrique de l’ouest. Il représente une culture ainsi qu’un mode de vie dont les origines remontent à plusieurs milliers d’années.

Les occidentaux ne savent pas grand chose sur le Vaudou : Pour eux il s’agit de superstition et de magie noire ; ses adeptes croient que la nature et les forces naturelles sont animées par les divinités et les esprits et qu’il est possible de rentrer avec eux en se mettant en transe. Vaudou vient du mot Vaudoun qui signifie en dialecte Fon, «ce qu’on ne peut élucider». Le terme a une signification complexe et se laisse également traduire par «DIEU» ou «ESPRIT».

Pour les esclavagistes et Missionnaires qui se rendirent en Afrique occidentale à partir du 16é siècle le Vaudou n’étaient qu’un culte païen des idoles. Culte qu’ils craignaient tout en le combattant violemment. En 1484 deux caravelles avaient déjà jetée l’encre dans la baie du Bénin. OUIDAH, qui devint plus tard un port où les marins s’approvisionnaient en eau et en vivres. Les Anglais, les Français et les Portugais fondèrent des comptoirs et firent du commerce avec les habitants des régions côtières ; tissus tabac, alcool, armes et cauris du Pacifique, contre des produits alimentaires, mais surtout contre des esclaves, qui étaient envoyés par bateau dans le sud des États Unis, aux Caraïbes ou au Brésil qui exigeaient beaucoup de matériel humain. Au début la traite des esclaves se développa sans trop d’enthousiasme. OUIDAH faisait parti du minuscule royaume de SAVI. Ses souverains n’avaient pas assez de sujets pour les vendre, ni assez de puissance pour asservir, les royaumes voisins. C’est le contraire qui arriva, le royaume de SAVI fut rayé de la carte par les Amazones du Roi Agayad’Aboméy qui conquirent OUIDAH, en 1727. Les ancêtres d’Agaya, les enfants de la Panthère », ont fondé le royaume de DAN- HOME au 16 e siècle sur le plateau d’ABOMEY. Le royaume existe toujours. Le Roi Dédramatiser réside dans un palais de grès rouge ; l’ancien policier de COTONOU n’a plus que des fonctions représentatives. Il arbitre les querelles conjugales et sert de juge de paix.Agaya le nouveau roi de Ouida était dominateur et cruel.

D’autres souverains du Dan- Homé avaient élargi leur territoire par des expéditions sanglantes ; les villages étaient incendiés et leurs habitants tués ou réduit en esclavage.La conquête du littoral mis Agaya en contact avec les trafiquants d’esclaves blancs. Les blancs convoitaient les énormes quantités du bois « d’ébène ». Le trafic sordide pris toute son ampleur. Au 18ème Siècle des dizaines de milliers d’êtres humain a foulés le « chemin des esclaves ». C’est le nom de la route de sable rouge, longue de trois km, qui relie Ouidah à la plage où étaient amarrés les navires négriers. Les hommes devaient faire neuf fois le tour de »l’arbre de l’oubli » les femmes et les enfants sept fois. Ils laissaient tout espoir derrière eux.On entassait les esclaves dans la « maison de Zomai ». Les portes et les fenêtres étaient fermées et ne laissaient filtrer aucune lumière. Les faibles étaient tués et jetés dans une fosse, souvent enterrés vivants, pour aller plus vite.

Pour éviter les suicides collectifs les esclavagistes dressèrent «l’arbre du retour » dont il fallait faire trois fois le tour. Si l’on mourrait à l’étranger l’âme retournait au Pays. Durant la traversée qui pouvait durée jusqu’à 90 jours il fallait éviter d’emmener des prêtres Vaudou afin qu’ils n’apportent aucune consolation ni secours d’une religion. Même dans les plantation on massacré les prêtres Vaudou. Malgré ce massacre, des petits groupes d’esclaves se retrouvaient la nuit dans des endroits tenus secret.

La religion Vaudou n’a pas de texte écrit. Jusqu’à ce jour, le culte est transmis par voix orale, uniquement dans des couvents, coupés du monde où des novices des deux sexes sont initié à la langue et au rituel. Mais il était impossible d’anéantir les croyances Vaudou ; que se soit dans les champs de cannes à sucre de Haïti ou les plantations de tabac du Brésil. De petits groupes se retrouvaient la nuit, dans des endroits gardés secret ; pour prier les anciens Dieux. Un HOU NON est un Prêtre. N’étant pas guidées par un HOU NON les premières communautés VAUDOU, s’appuyèrent sur des fragments de leurs souvenirs des cultes Théologiques.

 

 

L’autre difficulté était la diversité des langues parlées dans les plantations. Des dizaines d’ethnies vivent en Afrique de l’Ouest. Le culte VAUDOU emprunta des formes diverses lors de la diaspora. Bien que les esclaves soient été baptisés de force pas les Missionnaires, ils n’abandonnèrent pas leurs anciennes croyances.

 

 

Dans la partie supérieure de l’autel, ils plaçaient des images de Sts catholiques, mais dans le bas ils disposaient les fétiches de leurs Dieux Africains.

 

 

Au Brésil , pays catholique, des millions d’êtres humains reconnaissent êtres adeptes de l’UMBANDA et du CAMDONBLE- VAUDOU à HAITI – SANTERIA à CUBA -OBEAH à la JAMAIQUE ou HOODOO au sud des États- unis, dans les quartiers pauvres de NEW- YORK. Le Vaudou est bien vivant ? Et pas seulement en Afrique. Le Bénin est le berceau du VAUDOU.

 

Des découvertes archéologiques faites sur le littoral Ouest de l’Afrique, laisse penser que les cultes Vaudou est pratiqués depuis plus de 4OOOans.

Le plus souvent les chercheurs ne doivent leurs connaissances qu’aux réponses des dignitaires Vaudou ; le Vaudou ne possède pas de texte sacré. Si l’on imagine la Théologie du Vaudou pyramidale ment on peu placer GBEDOTO à son sommet. Il est le principe Divin de l’univers ; la puissance Divine, il s’est engendré lui-même cela s’est fait avec l’aide d’une énergie créatrice nommée ACE. Il se trouve en perpétuelle auto création. L’énergie cosmique ACE lui vient en aide .ACE à engendrer des centaines de Divinités Vaudou. Les Divinités Vaudou sont descendantes de l’énergie créatrice ACE.

Le Vaudou n’est pas fondé sur une conception dualiste du Monde ; la vie et la mort – le Ciel et la Terre- l’esprit et la Matière- ne sont pas considérés comme antagonistes.

La relation avec les Dieux qui représente le cœur de la religion Vaudou, s’établit au cour des rituels. Le sacrifice est un élément essentiel.

CHANGO est le Dieu du tonnerre.

GOU est le Dieu du fer et du feu.

FA ou IFA est le Dieu du destin.

MAMI-WATA. La déesse des eaux.

 

Ces Dieux ont des tâches bien spécifiques et des traits humains. Les chercheurs Béninois ont identifiés plus de 260 entités Vaudou. Celle-ci n’est que des incarnations du créateur hermaphrodite. Le vaudou ne connaît pas d’intermédiaire entre la vie et la mort ; entre le visible et l’invisible. Dans la cosmogonie Vaudou l’Univers ressemble à une calebasse dont les deux moitiés sont le Ciel et la Terre. Dans ce système fermé pas de différence entre ce qui est en haut et ce qui est en bas. Pas de différence entre la vie et la Mort ; entre l’Humain et le non humain. Les Dieux et les esprits sont partout. La Religion Vaudou, ne promet pas le Paradis comme il est promis dans la Religion Chrétienne ; mais elle ne les effraie pas non plus de visions infernales. Mais pour adoucir l’humeur irritable des Dieux l’on doit rester en communication avec eux.

Durant le rituel, l’homme est l’égal des Dieux. Être « monté » par les Dieux est considéré comme un grand honneur. Selon les Vaudouistes, le Dieu ou l’esprit d’un ancêtre, se glisse dans le corps de l’être humain en transe.

Les cérémonies durent deux à trois heures, on y fait des sacrifices pour remercier les Dieux. Les danseurs se frottent le visage avec le sang d’une poule sacrifiée. Selon le rituel on offre des animaux ou des fruits ; de la bouillie de millet du tabac ou des boissons. Le Dieu CHANGO aime les taureaux, le Dieu DAN – les céréales, MAMI-WATA les parfums. Ce n’est pas le courroux des Dieux qui apporte le mal, dans le Monde ce sont les sorciers et les jeteurs de sort. Chez les Vaudouistes âgés et les Prêtres la transe est imperceptible.Ils glissent sans effort dans un état de conscience spécifique ; ce qui leur permet d’obtenir une quiétude profonde.

 

Les Dieux ne sont pas les seuls à châtier les hommes, les esprits des Ancêtres le peuvent aussi. Pour les adeptes du Vaudou, si les morts ne sont plus des êtres vivants, ils ne le sont pas au sens ou l’entend un esprit rationnel. L’esprit des Ancêtre se glisse dans le corps des danseurs masqués au cours des cérémonies ; celui qui ose toucher aux masques intégraux risque la maladie et même la mort. Les porteurs de masques sont des membres de la société secrète EGOUNGOUN ; ils sont les enfants de OYA, la Déesse des tornades et leur mission est d’amener les ancêtres dans le présent.

 

Pour les Vaudoussi, le destin est personnifié par la déesse FA, nommée aussi IFA ou AFA. Elle se présente sous la forme d’une boule, ou de L’ELEIS. Avec cette noix le BOKONON « Devin Vaudou », peut renter en contact avec le destin. Il a deux cordelettes ou sont fixées huit coques, lorsque le BOKONON les lâches, elles tombent sur leur face ouverte ou fermée. A partir des 16 signes de base ; c’est l’Oracle- 256 combinaisons sont possibles. Cet Oracle remonte à la nuit des temps. Le I. GING Chinois n’a que huit signes de base, qui permettent 64 combinaisons. L’Oracle FA a la même importance dans le cadre du Vaudou ; que la Bible- la THORA- le CORAN ou le I. GING. Fa est le système moral et codifié du Vaudou.

 

Il existe le culte Vaudou KOKOU. Les danseurs sont habillés de pagnes de raphia. C’est un culte cruel, il faut avoir le cœur solide pour y assister. Les hommes s’enfoncent des couteaux dans les bras et se lassèrent la poitrine. Ils paraissent insensibles à la douleur. Cette partie violente du rituel est réservée aux hommes.

 

La société secrète ZANGBETO est aussi un organe de la Justice Vaudou. Les « gardiens de la nuit « appelés aussi meules dansantes à cause de leurs maques intégraux en raphia, qui les recouvrent entièrement. Lorsqu’ils circulent la nuit et surtout au crépuscule, la police se retire discrètement. Ces gardiens de la nuit contrôlent les méfaits des habitants, passent devant leurs habitations et font des injonctions. Sila faute est grave ils peuvent aller jusqu’à tuer…

 

Les ZANGBETO tiennent secret l’intérieur de leur Temples, et leurs cérémonies religieuses ainsi que le nom de leurs adeptes. Il est interdit aux femmes, sous peine de mort de pénétrer dans cet univers d’homme. Paradoxalement les « meules de foin dansantes « étant photogéniques de nombreux spectacles dansants sont offerts aux touristes. Le passage du culte Vaudou au pur spectacle Vaudou semble parfois assez flou. Sur le plan local les zongbeto ont des influences. Ils exercent leurs fonctions de police Vaudou sur l’ordre des Dieux.

Les Prêtres et guérisseurs Vaudou connaissent très bien le psychisme des gens. Le Vaudou a bien sûr ses charlatans. A coté de leurs qualités de psychothérapeutes les AZONGBETO pratiquent la médecine des plantes. On n’a pas pu prouver scientifiquement les effets de la sorcellerie ; on tente de percer les mystères des Zombies. Le VAUDOU est puissant au Bénin. Son Prêtre le plus influant est le grand commandeur SOSSA GHEDEHOUNGUE, c’est un homme riche, qui possède plusieurs voitures, il a 19 femmes.

Vingt% des Béninois sont catholiques et se chiffre regroupe pratiquement la totalité de l’élite politique et intellectuelle de l’Etat. Même l’Islam avec 12% de musulmans reste en arrière. Les Vaudous ne cherchent pas la confrontation avec d’autres Religions. Le Grand Commandeur a rencontré le Pape Jean Paul II au printemps 1993. Le Grand Commandeur a attesté que le st Père avait de grands pouvoirs magiques…

 

Le culte de MAMI-WATA- Quelques Dieux Vaudou sont sévères et violents. MAMI-WATA sait se monter joyeuse ; elle est souvent représentée sous les traits d’une ondine, avec de longs cheveux et une queue de poisson, car elle vient de la mer. Ce qui est atypique pour une divinité Vaudou. Ce serais l’image de la sirène nordique…ou sortie de la mythologie germanique, serait arrivée sur les côtes de l’Afrique Occidentale sur la proue des navires européens et serait à l’origine de ce culte. Bien que souvent représentée sous des traits Européen, elle n’en reste pas moins une Divinité Vaudou. Elle est honorée en tant que Déesse des eaux.

Le talc et le drap blanc sont des signes de base des Vaudou. Le jour des cérémonies les Dieux sont nourris on leurs apporte leurs plats préférés. MAMI-WATA à horreur de l’alcool elle boit que du parfum ou de l’eau de Cologne ou de la limonade.

Le Rituel : durant la transe les initié se comportent comme la Divinité. Ils boivent du parfum- se couvrent la poitrine et le visage de talc et se déplacent d’une manière bizarre. MAMI-WATA aime tout ce qui est beau ; les initiés portent des vêtements blancs et veillent à ce que le Temple soit balayé. Les Élus hommes sont peu nombreux MAMI-WATA préfère les femmes.

Les Vaudoussi s’occupent de ceux qui sont tombés en transe et leur enfile des tabliers blancs, caractéristiques du culte. Même ceux qui ne sont pas initiés aux mystères de MAMI-WATA peuvent être « montés » par rythme des tam-tams, la Prêtresse joue une pantomime qu’elle interrompt sans cesse pour pouffer la déesse. Pendant la transe, la Prêtresse de MAMI-WATA, rit. Embrasée par le de rire.

La Secte des chrétiens célestes au Bénin. Ce sont des Églises chrétiennes et sectes qui rivalisent d’ardeur pour sauver les âmes des Africains de l’Ouest. Des courants religieux ont été importés par des Missionnaires blancs ; comme les Méthodistes- les Baptistes- les Témoins de Jéhovah. C’est un africain qui a « l’église de la chrétienté céleste » au Bénin. Le Prophète SAMUEL OSHOFFA, un charpentier, en 1947 il s’est tué dans un accident de voiture. Dix millions d’adeptes sont recensés- GHANA-TOGO- NIGERIA-BENIN. Cette secte combat le Vaudou.

Dans leur église, leur autel est décoré des images de Jésus –Marie. Les évangélistes organisent les baptêmes et les communions. Les leaders sont les prédicateurs de l’Eglise ; les visionnaires les Prophètes. Il existe douze commandements. Les bougies de couleur sont formellement interdites dans l’Eglise céleste ; la viande de porc ; l’alcool et le tabac ; il est interdit de pratiquer la magie noire et le culte des idoles et de porter des vêtements rouge et noir. Les hommes sont séparés des femmes ; les femmes sont interdites durant leurs règles et qui de plus ne sont pas autorisées à exercer une fonction. Certaines femmes portent une écharpe bleu- celles qui reçoivent des messages célestes- elles se mettent en transe durant les cérémonies religieuses et parlent le langage des Anges.Cette secte ressemble, étrangement, à des Vaudoussi en blanc. Les chrétiens Célestes ne se soignent avec aucune médecine, seulement des prières et de l’eau bénite, mais ils n’interdisent pas d’aller consulter un médecin.

Magie blanche et magie noire : La croyance dans les magiciens mal intentionnés est très forte au Bénin. Beaucoup de gens dépensent énormément d’argent pour se protéger des mauvais sorts ou jeter un sort à un ennemi, ou faire pratiquer la magie blanche pour avoir l’amour, la réussite et l’argent. Toute une source informelle de revenu pour les Prêtre et les Magiciens. La magie noire est couramment pratiquée.

SOSSA GUEDEHOUNGUE, le Grand Commandeur du culte Vaudou du Bénin, dit que la magie noire est en contradiction avec le Vaudou. Celui qui fait envoûter autrui se veut aussi puissant que les Dieux. Or c’est eux seuls qui décident du sort à accorder à chacun.

Malgré cela la magie noire est couramment appliquée au Bénin. L’on cite l’usage du « pistolet africain » ; un cocktail mortel dont les ingrédients, lames de rasoir, clous, ne peuvent êtres localiser dans le corps de la victime.

Le sorcier Vaudou GERMAIN BAMENOU de Cotonou, protège ses clients contre les envoûtements, il soigne aussi bien les hémorroïdes que la stérilité féminine. Son activité n’est pas délictueuse, au Bénin. BAMENOU se trouve obligeant envers ses clients, ils ne paieront que lorsque leurs souhaits seront exaucés.

La puissance à laquelle se heurte l’homme n’est jamais ressentie comme quelque chose de naturel. Ca n’est pas concevable pour un primitif. Tout évènement peut être compris comme la manifestation d’une puissance, laquelle peut obéir à des « loi ». La caractéristique de cette Puissance est qu’elle est conçue comme magique. Mais cette causalité ne repose pas sur des observations rationnelles. On peu la commander à condition de connaître ses lois.La nature de cette Puissance est qu’elle peut être partout présente ; aussi bien dans l’ « ici bas »,

Que dans l’ »au- de là ». La forêt et le champ sont un lieu de croissance, sont également le siège d’une puissance, il en va aussi de l’eau, dont la force mystérieuse réside dans son pouvoir rafraîchissant. De même certains animaux passent pour êtres particulièrement chargés de Puissance : il s’agit en général de reptiles ou d’oiseaux.

Les esprits- À côté des âmes des morts, il y a d’autres êtres qui apparaissent souvent qui agissent de façon invisible. On les appelle les esprits.

Les Dieux- toute l’Afrique semble avoir des Dieux. Chaque tribu lui donne un nom différent. L’on distingue le grand Dieu et des Dieux secondaires ; Dieu des eaux ; de la forêt ; des animaux …etc …

Depuis l’époque de Bernard Maupoil, qui étudia dans les années trente la culture et l’imaginaire FON au sud du Bénin, les ethnologues et professeurs d’études religieuses, essaient de comprendre la théologie et les rites du Vaudou. Un travail conséquent, le vaudou ne comportant pas de texte sacré, et les Prêtres n’écrivant aucun texte qui analyse leur religion.

« Si vous voulez pénétrer les mystères du Vaudou, il vous faudra attendre jusqu’à la fin du monde, » dit un chant Vaudou.

 

 

 

« A titre de mémoire : COTONOU vient de KOTU-UNU : KOU= mort, TO= lagune, NU=bord, rive : Au bord de la lagune de la mort, en langue FON. : est le nom donné au petit village de pêcheurs, devenu COTONOU. (BENIN : ancien DAHOMAY).

« C’est la couleur teintée de rouge des eaux de la lagune qui aurait été à l’origine du nom de COTONOU. Les arbres bordant le Kouto y laissaient tomber leurs feuilles qui par photosynthèse roussissaient dans la lagune les eaux stagnantes. Ce qui faisait dire que c’étaient les morts qui teintaient l’eau, avant d’aller se jeter dans la mer. La croyance était que les morts passaient par la mer avant de rejoindre l’eau delà.

Raymond DELL

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