navigation

Conférence publique « Harry Potter chez les Francs-Maçons » 17 août, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

 

La mixité est-elle inéluctable en Franc-maçonnerie ? 26 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La mixité est-elle inéluctable en Franc-maçonnerie ?

 25395791_1969600563078058_7274986300627184924_n

Que peut-on voir ?

 

            Passez donc, à l’heure des sorties de classe, devant un collège ou un lycée. Les jeunes s’ébrouent, garçons et filles très mêlés, plus hâtifs les uns que les autres de passer la porte et de se retrouver dehors. L’école nous offre son flot de mixité ; mixité sociale, ethnique, culturelle et bien sûr sexuelle (pas de mixité d’âge et pour cause). Puis, petit à petit se forment des rapprochements de bavardage, de copinage. Le mouvement s’ordonne par groupes d’affinités où l’on remarque la dissociation des sexes, les filles et les garçons ensemble mais séparés, formant de petites bandes unisexes, quelques amoureux cependant encore témoins d’une proximité mixte fédèrent autour d’eux copains et copines. Avec sa liberté, la jeunesse se regroupe ; des clans s’agencent rompant d’avec la mixité de l’intérieur de l’école.

Les enseignants sortent un peu plus tard, la plupart sont des femmes.

 

Rendons-nous maintenant sur un lieu de compétition sportive. Oh, mais les équipes participantes sont exclusivement masculines ou féminines ! Pas de mixité sur le terrain (sauf en double mixte de tennis). Les spectateurs sont pour la plupart des hommes.

 

Voilà deux illustrations des nombreuses questions que l’on peut se poser sur le thème de la mixité.

Que faut-il entendre par mixité ?

 

            Dans une société, la mixité évoque d’emblée la notion de mélange sur la base de plusieurs critères : le sexe, le niveau social, la culture, l’ethnie, la religion (ou pas), l’appartenance à un engagement politique, la nationalité…

Dans la visée d’une réflexion sur ce sujet en franc-maçonnerie, nous ne nous attacherons qu’au seul critère qui fait polémique, celui du sexe.

Dans la société occidentale encore patriarcale au XXème siècle, la mixité c’est avant tout la volonté des femmes de pénétrer des milieux réservés aux hommes. Concrètement, il s’agit d’assurer l’accès des femmes aux mêmes chances, droits, occasions de choisir, conditions matérielles (par exemple, même accès aux soins médicaux, partage des ressources économiques, même participation à l’exercice du pouvoir politique) que les hommes, tout en respectant leurs spécificités.

Quel est l’état de la mixité ?

 

            La mixité s’est imposée malgré elle, comme une « révolution tranquille » en concomitance avec l’évolution des mœurs, sous l’influence des mouvements féministes qui, notamment à partir des années 1970, demandent à la société de regarder les femmes autrement. La société devient peu à peu mixte dans tous les lieux de socialisation et surtout à l’école.

 

Avec les commandements élaborés par le judéo-christianisme, formalisant une morale sociétale, l’homme a cherché à se donner, d’abord, des devoirs de sociabilisation puis des droits immanents et supérieurs, des droits « inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés », droits naturels, et donc opposables en toutes circonstances à la société et au pouvoir, à travers une législation qui, aujourd’hui, pose heureusement, en principe, la séparation des pouvoirs religieux et judiciaire à partir d’un socle développé au XVIIIe siècle et qui évolue encore de nos jours : la première génération fut celle des droits de l’homme civils et politiques ; puis la deuxième génération celle des droits économiques et sociaux ; la troisième génération celle des droits de solidarité ; la quatrième génération celle des droits globaux. Aujourd’hui, les principes des devoirs de l’homme sont devenus, en Europe, les droits de l’Homme inscrits dans la  Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, usuellement appelée Convention européenne des droits de l’homme.  

La Convention européenne des droits de l’homme postule une identité de règles universelles parce qu’elles concernent l’humain. En tant qu’unité, on peut donc dire qu’on retrouve avec la Convention une supra loi morale des temps modernes régissant les divers systèmes juridiques nationaux. A la différence de la morale religieuse qui veut élever l’humain vers le « vivre ensemble » et surtout vers Dieu, la morale des droits de l’Homme protège l’Homme contre la société, pour lui permettre d’y vivre en égalité de dignité.

L’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme concernant l’interdiction de discrimination édicte : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ». L’égalité entre les femmes et les hommes, c’est une visibilité, une autonomisation et une participation égales des femmes et des hommes, et ce, dans tous les domaines de la vie publique et privée. Ainsi, l’Organisation combat toutes les atteintes aux libertés et à la dignité des femmes et a pour objectif de mettre fin à la discrimination fondée sur le sexe.

En octobre 2007, le Comité des Ministres a adopté une recommandation visant à encourager l’adoption de mesures relatives à la mise en œuvre de l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes à tous les niveaux des systèmes éducatifs des 47 États membres du Conseil de l’Europe.

Quelle évolution de la mixité dans les systèmes éducatifs ?

            N’oublions pas que les filles étaient interdites dans l’enceinte des lycées en 1808. N’oublions pas qu’il faut attendre 1880 pour que les filles soient admises dans le secondaire et que la loi de 1882 de Jules Ferry, qui rend obligatoire l’école pour les enfants des deux sexes de 6 à 13 ans, précise que l’instruction primaire doit comprendre «pour les garçons, les exercices militaires, pour les filles les travaux à l’aiguille».

 

La mixité va, alors, constituer l’une des révolutions pédagogiques les plus importantes en France. Pourtant, elle s’est effectuée « sans même qu’on y prête attention ».

 

La mixité dans l’enseignement fait ses premières apparitions avec les grandes écoles nationales :

1906, l’École des Chartes ; 1912, l’École Normale Supérieure de l’enseignement technique de Cachan ; 1917, l’École supérieure d’électricité ; … 1920, l’École Centrale et de nombreuses écoles d’ingénieurs ; 1945, l’École Nationale d’Administration (avec cependant des réserves d’admission à certains emplois pour les femmes). A cette date,  les Instituts d’études politiques (jusqu’alors réservés aux hommes) s’ouvrent aux femmes comme Polytechnique en 1970, HEC et St Cyr en 1975, l’École navale en 1992.

 

L’instauration de la mixité dans les établissements scolaires est plus tardive et demeure timide jusqu’aux années 1960.

Le premier lycée mixte est le lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur, fondé en 1937. Ce choix répond d’ailleurs plus à des motivations économiques qu’idéologiques. Néanmoins, au cours de l’année scolaire 1958-1959, 30% seulement des écoles primaires sont mixtes.

A partir de la fin des années 1950, le gouvernement favorise la généralisation de la mixité scolaire. En 1959, notamment, le ministre de l’éducation nationale Jean Berthoin décide de ne construire que des lycées mixtes. Les collèges d’enseignement secondaire (CES) créés par la réforme Capelle-Fouchet de 1963 sont mixtes dès l’origine. Toutefois, les lycées de garçons et les lycées de jeunes filles subsistent. L’évolution des mentalités est progressive. Les adversaires de la mixité craignent la distraction des élèves et en appellent au sérieux de l’apprentissage scolaire. Ses défenseurs, à l’inverse, évoquent la curiosité malsaine des élèves, exacerbée par la séparation des sexes et soutiennent que la mixité favorise un enrichissement intellectuel réciproque et la formation de personnalités équilibrées. Les jeunes filles, qui y voient un pas de plus vers l’égalité, sont par ailleurs souvent plus désireuses d’aller dans des lycées mixtes que les garçons.

Finalement, les décrets d’application de la loi Haby du 28 décembre 1976 rendent la mixité obligatoire dans l’enseignement primaire et secondaire. Aujourd’hui, les établissements non mixtes de l’enseignement privé accueillent des effectifs très réduits.

En France, ce n’est qu’en 1982 que le principe égalitaire de l’enseignement mixte est officiellement affirmé : un arrêté du 12 juillet sur l’action éducative contre les préjugés sexistes dépasse la notion de mixité et vise à promouvoir une réelle égalité des chances entre filles et garçons et à faire disparaître toute discrimination à l’égard des femmes. S’agissant des textes réglementaires, le décret n° 90-788 du 6 septembre 1990 relatif à l’organisation et au fonctionnement des écoles maternelles et élémentaires prévoit, dans son article 6, que « les classes maternelles et élémentaires sont mixtes ».

Les termes « mixité » ou « mixte » n’apparaissent que rarement dans les textes, et sont absents du code de l’éducation.

Le ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche a néanmoins indiqué qu’il est possible de « considérer que le terme mixité apparaît en filigrane dans plusieurs textes qui évoquent l’égalité entre les hommes et les femmes ».

La mixité est-ce la même chose que l’égalité ?

 

            Si la notion d’égalité n’est pas contradictoire avec la notion de différence, cependant on peut considérer qu’elle n’est que connexe avec la notion de mixité. Dire que le droit à l’éducation doit être le même pour filles et garçons ne veut pas dire qu’il faut les mettre ensemble au même moment pour recevoir cette éducation. Le législateur lui-même a tenu compte de cette différentiation au point d’utiliser les termes égalité et mixité de façon distincte dans  l’article 1er, alinéa 6 de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui précise que la politique mise en œuvre doit veiller à l’évaluation   »des actions visant à garantir l’égalité professionnelle salariale et la mixité dans les métiers ».

L’égalité entre hommes et femmes conduit-elle à les faire vivre ensemble dans toutes les circonstances de la vie ?

Peut-on imaginer des équipes sportives professionnelles comme celles du football ou du rugby mêler femmes et hommes sur le terrain; qui le souhaiterait ?  Et pourtant, la juxtaposition des sexes, pas l’égalité des droits et des devoirs, tel est en fait le débat au sein  de la Franc-maçonnerie où, pourtant, il existe déjà des obédiences mixtes depuis la fin du 19ème siècle.


¬ Née en 1693, son père et ses frères étaient des aristocrates francs-maçons, dans le comté de Cork en Irlande. En 1712, alors que lord Doneraile, son frère, était vénérable, leur loge organisait ses tenues dans l’enceinte du domicile familial. La jeune femme aurait assisté à une tenue maçonnique grâce à un trou dans un mur en travaux, dans une bibliothèque contiguë à la loge. Ayant été surprise, son cas donna lieu à une réunion de plus de deux heures à l’issue de laquelle il fut décidé de lui offrir le choix entre l’initiation et la mort. Elle accepta l’initiation et serait restée membre de la loge jusqu’à son décès à l’âge de 95 ans

¬ Aux États-Unis, un franc-maçon de Boston nommé Robert Morris fonda en 1850 un ordre mixte d’inspiration maçonnique, nommé Order of the Eastern Star qu’il ouvrit aux femmes à condition qu’elles soient filles, veuves, épouses, sœurs ou mères de franc-maçon. Cet ordre, qui existe toujours, a connu un grand succès aux États-Unis mais ne s’est guère développé en dehors. Il dispense un enseignement basé sur la Bible et s’occupe principalement d’activités morales ou charitables

¬ Le lieu avait été choisi pour évoquer la dissolution des sociétés secrètes par le maréchal Pétain, exactement soixante-dix ans auparavant.

 

Comment la mixité est-elle apparue en franc-maçonnerie ?

 

            Au début du 18ème  siècle, l’instruction, le pouvoir, la représentativité étaient uniquement masculins et l’on doutait encore à cette époque qu’une femme puisse avoir une âme, en fait, elle était considérée comme légalement mineure, donc non libre de l’autorité de leur père ou mari. Alors comment imaginer une femme en franc-maçonnerie ! On comprend mieux pourquoi, dans les Constitutions fondatrices, la franc-maçonnerie lui était interdite. La Franc-maçonnerie était le reflet de la société de l’époque. A remarquer qu’en ce temps, il n’y avait naturellement pas de Juifs en Maçonnerie, puisque ceux-ci, comme les femmes, étaient privés de droits civiques avant la Révolution Française. Aucun règlement maçonnique n’avait besoin de préciser ce qui allait alors de soi.

 

C’est à la fin du 19ème  siècle, en France, que va apparaître pour la première fois une véritable franc-maçonnerie mixte. En effet, jusque là, les formes féminines ou mixtes de la franc-maçonnerie étaient restées :

  • anecdotiques (quelques rares cas isolés comme celui d’Élisabeth Aldworth¬)
  • marginales (la franc-maçonnerie égyptienne de Cagliostro)
  • assujetties à des loges masculines aristocratiques (les loges d’adoption)
  • ou para-maçonniques dans leurs rites et pratiques (l’ordre de l’Eastern Star¬)

Mis à part le cas exceptionnel d’Élisabeth Adlsworth (initiée en 1712), ce n’est que le 14 janvier 1882 que la loge maçonnique  »Les libres Penseurs du Pecq » confère l’initiation à une femme, Maria Deraismes. Celle-ci, femme de lettres reconnue, journaliste engagée est une oratrice de talent. L’événement est important car c’est la première fois qu’une femme est initiée franc-maçon avec le rituel jusqu’alors réservé aux hommes.

En fait, rapporte le journal Le Matin du 4 avril 1893, ce fut  »une cérémonie dans laquelle la postulante, introduite à visage découvert dans le temple, voyait pour toute épreuve, le vénérable descendre de l’Orient, et venir lui présenter ses respects ». La Grande Loge Symbolique Écossaise à laquelle appartenait la loge, ne goûtant guère cette initiative, la mit de ce fait en sommeil.

L’initiation de Maria Deraismes aurait pu n’être qu’un épisode sans suite. Il n’en a rien été grâce à l’engagement du docteur Georges Martin. Après janvier 1882 Maria Deraismes n’assiste à aucune réunion maçonnique. Pourtant l’idée de l’admission des femmes en Franc- maçonnerie continue à faire son chemin soutenue depuis longtemps par Léon Richer. Georges Martin qui est membre d’un atelier de la Grande Loge Symbolique Écossaise fait deux tentatives pour entraîner cette obédience à prendre la décision : en 1890 il propose que sa loge « La Jérusalem écossaise » crée, parallèlement, une loge admettant les femmes. En 1891 il adresse une demande à la GLSE pour que chaque loge de cette obédience soit libre de se déterminer ; en vain. Georges Martin décide d’agir différemment : il va allumer une loge mixte indépendante, ainsi, dès le 1er juin 1892 Maria Deraismes réunit chez elle un certain nombre de femmes. Le 4 mars 1893 elles prennent la décision de créer une loge mixte. Cela se fera en quatre étapes : le 14 mars 1893 on procède à l’initiation de 17 femmes, les 24 mars et 1er avril elles sont élevées au 2ème et 3ème degrés, le 4 avril la loge mixte est créée. Elle prend le titre distinctif de Grande Loge Symbolique Écossaise de France le Droit Humain ; ses statuts sont déposés en mai à la préfecture de la Seine. Maria Deraismes en est vénérable, Clémence Royer, vénérable d’honneur et Georges Martin, orateur. Le Rite Écossais Ancien et Accepté est choisi. La GLSE de France comme toute Grande Loge ne comprend que les trois premiers degrés. Pour atteindre les autres degrés c’est-à-dire les hauts Grades, les maçons devront aller dans une autre obédience Des ateliers se sont créés à Blois, à Lyon, à Rouen, à Paris, à Zurich. Le 16 mai 1896 on modifie les statuts. L’obédience devient la GLSE Mixte. Pouvait- on en rester là, avec seulement les trois premiers degrés ? En 1899 le frère Décembre-Allonier confère le 33ème  degré à dix maçons du Droit Humain ce qui permet, en mai 1899, de constituer un Suprême Conseil. En 1901 la GLSE Mixte fait place à l’Ordre Maçonnique Mixte et International le Droit Humain administré par le Suprême Conseil. A la mixité et l’internationalisme s’ajoute la continuité initiatique puisque tous les ateliers du 1er  au 33ème  degré sont réunis dans un même ensemble pyramidal.

Les femmes, mieux la mixité, sont entrées dans la forteresse maçonnique ; elles portent désormais le titre de sœurs.

Et depuis, y a-t-il d’autres obédiences mixtes ?

            Il faut attendre février 1973 pour observer la création d’une autre obédience mixte. Trois loges du Droit Humain, «Lucie Delong », « Marie Bonnevial » et « Le Devoir », suivies d’une centaine de membres abandonnent la rue Jules Breton et fondent une nouvelle obédience, la Grande Loge Mixte Universelle. La direction de ce groupe est prise pas la Sœur Eliane Brault et le Frère Raymond Jalu.

En 1982, une scission enfantera la Grande Loge Mixte de France.

Mais il est à remarquer, qu’entre temps, deux obédiences strictement féminines, la Grande loge Féminine de France (1952) et la Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm (1971), sont créées.

 

Pour faire quoi avec la mixité ?

 

            Essayons de dégager comment les obédiences mixtes abordent leur spécificité.

 

Aux détours de leur présentation, certaines obédiences mixtes trouvent si naturel d’associer hommes et femmes en loge qu’elles ne justifient pas la mixité. Elles apparaissent comme telles soit parce qu’elles le déclarent comme à la Grande Loge Mondiale de Misraïm,  « c’est un Ordre (mixte depuis 1785) », soit parce que leurs membres sont désignés par « frères et sœurs ».

            Grande Loge Mixte Universelle : La mixité y est affirmée comme totale. La volonté d’établir l’égalité entre hommes et femmes implique pour nous le choix d’un travail en commun, c’est pourquoi nos Loges sont mixtes.

            Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal : Les Loges de l’OITAR peuvent être masculines, féminines ou mixtes. Dans les faits, une très grande majorité des Loges de cette obédience sont mixtes. Toutes les Loges mixtes ou non mixtes ont l’obligation de recevoir sans discrimination tout visiteur, Sœur ou Frère, reconnu franc-maçon régulier.

            Grand Orient Traditionnel de Méditerranée, lapidairement, reconnaît l’initiation féminine, au nom de la dimension universelle de la Franc-maçonnerie.

            Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis : la mixité est une position de principe fondée sur la reconnaissance de la complémentarité entre Hommes et Femmes et, par conséquent, sur l’enrichissement réciproque que chaque moitié d’humanité peut, et doit, apporter à l’autre. « Pour nous, il s’agit donc bien de valoriser la pratique de la mixité grâce à laquelle Frères et Sœurs, sans se prévaloir mais aussi sans renier les valeurs propres à leur sexe, bénéficient de la confrontation des différences. Par une démarche initiatique commune, ils affirment ainsi leurs caractères spécifiques sans jamais tomber dans un nivellement asexué destiné à gommer toute particularité. Néanmoins, attentifs au respect de la tradition, la mixité de nos ateliers respecte les règles propres à chaque rite. Ainsi, les Loges placées sous l’autorité du Régime Écossais Rectifié sont-elles strictement masculines comme l’impose la tradition de ce rite et il en est évidemment de même pour le Rite Féminin, dit de Constant Chevillon, dont le nom lui-même circonscrit bien à qui il est offert ».

Mixité oui mais pas trop, des centrales nucléaires, oui, mais pas trop grosses !

En fait, on voit là poindre la relation ambigüe du principe de mixité avec la notion de rituel.

 

L’exclusion des femmes est devenue une faiblesse, un archaïsme, une fixation névrotique. » Alors que les frères « trois points » se vantent, dans le sillage des mouvements féministes des années 1960 et 1970, d’avoir contribué à la libéralisation de la contraception et de l’avortement, la proportion de femmes dans les temples n’est passée, depuis trente-cinq ans, que de 9 à 17%, celle des maçons en loges mixtes que de 7 à 13%, et celle des hommes en mixité que de 3 à moins de 8% ! C’est dire si, sous le tablier, le « sexe fort » juge dérangeante la compagnie du « beau sexe » !

La mixité fait-elle polémique dans les obédiences masculines ?

 

            Les querelles à propos  du GADLU, de l’engagement politique, de la ségrégation raciale et bien sûr de la mixité constituent les principales raisons des schismes sur la régularité maçonnique.

La considération des sœurs par les obédiences dites libérales est acquise, elles sont même reçues en visite dans les loges du GO depuis 1974.

Aujourd’hui, l’exclusion systématique des sœurs des visites de loges masculines libérales existent toujours avec plusieurs échelles de valeurs, bien que la reconnaissance des obédiences mixtes et féminines sont admises d’une part et d’autre.

Le GODF, avant d’initier des femmes, avaient 30% de ses loges qui refusaient la visite des sœurs soit pour toute la durée de leurs tenues, soit pour une cérémonie comme l’initiation. Plus encore, en 2008, le GO a suspendu 169 de ses membres pour avoir initié six femmes dans 5 ateliers de cette obédience. Le Grand Orient a choisi de laisser chaque Loge libre de décider si elle y acceptait les sœurs en visite ou pas.

La GLDF ne reçoit pas de sœurs. Ils ont inventé autour de 2010 un « rituel spécial » pour pouvoir les recevoir.

La GLTSO ne reçoit pas plus de sœurs que la GLDF, mais a travaillé et organisé vers 2005 des tenues communes avec des obédiences mixtes ou féminines.

Pour la GLAMF et la GLIF, ces deux obédiences ne reconnaissent aucune obédience mixte et féminine. Par conséquent, dans leur cas, il est inutile de prétendre que les inter-visites seraient possibles pour des sœurs. De même que pour la GLNF.

 

La reconnaissance des sœurs n’est pas une finalité maçonnique, mais un choix d’obédiences.

Le débat concernant la maçonnerie libérale ne se situe donc plus sur la reconnaissance des sœurs (comme on le voit avec l’existence d’obédiences mixtes), mais sur le droit à leur initiation dans les différentes obédiences qui, bien que reconnaissant leur droit à être maçonnes, leur interdissent encore cette cérémonie.

 

Déjà en 1869, le Frère Frédéric Desmons, pasteur et vénérable de la loge de Saint Géniès de Malgoirès, dans le Gard, puis Grand Maître du Grand Orient de France émet le vœu “qu’à l’avenir les femmes soient admises au sein des ateliers, et puissent participer aux travaux”. Le Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France refuse. . Rappelons au passage que c’est également le Frère Frédéric Desmons qui fit voter par le Grand Orient de France la suppression de l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme pour solliciter l’initiation maçonnique.

 

Le 22 janvier 1961, le clipsas (Centre de Liaison et d’Information des Puissances Maçonnique Signataires de l’Appel de Strasbourg) a été constitué à l’appel du Grand Orient de France et de onze autres puissances maçonniques souveraines qui, émus par l’intransigeance et les exclusives qu’ils estimaient abusives de certaines autres obédiences, lancèrent un appel à toutes les maçonneries du monde afin de les réunir dans le respect de leur souveraineté, de leurs rites et de leurs symboles.

Les principes fondamentaux de ce groupe d’obédiences diffèrent des basic principles anglais et des landmarks nord-américains sur deux points essentiels : Le principe d’une nécessaire foi en Dieu (ou similaire) est remplacé par celui d’ « absolue liberté de conscience ».

Mais surtout, pour ce qui concerne notre propos, ce groupe n’interdit pas la reconnaissance des obédiences féminines ou mixtes.

 

En ces temps de regain médiatique pour la Franc-maçonnerie, avec semaine spéciale sur France Culture, diffusions et rediffusions d’émissions sur les grandes chaînes hertziennes, couvertures de tous les grands hebdos, outing à l’appui… une question revenait immanquablement sur le tapis : l’interdiction d’initier des femmes au Grand Orient de France.

Le convent de 2009, qui réunit à Lyon les délégués des 1.200 loges du GODF, se prononce pour la dernière fois à 56% contre la mixité des loges.

Ce vote est annulé pour des questions de forme. Une commission d’experts  finit par admettre que les « hommes libres et de bonnes mœurs« , désignés dans les statuts de l’obédience à l’époque des Lumières, ne devaient pas s’entendre au sens masculin du terme.

Le 22 janvier 2010, dans un communiqué diffusé à la presse, le Conseil de l’Ordre du Grand Orient entérine officiellement le changement d’état civil d’Olivia Chaumont. Celui-ci régulièrement initiée en tant qu’homme en 1992 à la loge « Université maçonnique » devient ainsi après sa trans-identité, la première femme officiellement membre du Grand Orient de France depuis sa création. Installée vénérable de sa loge, elle est élue déléguée de sa loge, faisant entrer, de la sorte, la mixité au sein du Convent qui se tient le 2 septembre 2010 à Vichy¬. Lors de ce convent, par une courte majorité à 51,5 %, les membres du Grand Orient de France (GODF) prennent la décision d’initier des femmes. Le pas est franchi le jeudi 3 septembre par les 1.150 délégués des loges du Grand Orient.

Bien que le règlement ne le précise pas et en application du principe de liberté des loges qui préside également pour les visites des sœurs, le Grand Orient, laisse désormais les loges libres d’initier des femmes ou de les affilier selon les modalités qui s’appliquent à tous les membres masculins du Grand Orient.

On ne peut pas dire que le GO soit devenu mixte ; ce qui a prévalu c’est la liberté des Loges comme seule solution maçonnique : que nulle [loge] ne prétende imposer aux autres son propre choix initiatique, dès lors que toutes[les loges] respectent les principes et les statuts de l’association qui les fédère. Imaginons que par un hasard numérique, un atelier soit majoritairement féminin et refuse par la suite d’initier des hommes, verra-t-on bientôt des loges strictement féminines au GO ?

L’article adopté cette semaine prévoit que « ne peut plus être refusé qui que ce soit dans l’obédience pour quelque discrimination que ce soit, y compris de sexe« . Jusqu’à présent, des « frangines » pouvaient être accueillies comme visiteuses, mais ne pouvaient être initiées au sein de la principale obédience maçonnique de France, qui revendique près de 50.000 membres.

Pouvait-on philosophiquement, et légalement, dénier le droit à des Loges membres d’une association indifférente au genre, le droit d’initier des femmes ? Non, évidemment. On ne peut pas davantage, dans une telle association, dénier le droit à certaines Loges de ne recevoir que des hommes, dès lors qu’ils n’imposent pas cette « règle » particulière à l’ensemble de l’Obédience.

Cette décision du Convent entraina quelques centaines de transferts et de démissions du GO de frères mécontents. On ne peut les comprendre même dans une réflexion sur le sort des fortes minorités lors de votes qui modifient leur horizon et qui ne sont pas unanimes. Une décision démocratiquement prise ne suffit pas à en garantir la légitimité lorsque le consensus est si peu dégagé, mais la sage décision du GO laisse des espaces d’initiation au sein d’ateliers choisissant leur modalité de fonctionnement. Comment dit-on « victime » au masculin ?

 

Depuis, selon le rapport d’activité de l’exécutif du GODF publié le 31 mars 2013, à partir de 2008, date du début des initiations, l’association a recruté 1 403 femmes soit 45,54 % par voie de transfert d’obédience à obédience et 54,46 % par recrutement direct.

 

Avec plus de 50000 membres, le GODF est la principale obédience maçonnique en France.

Parce que le GODF se revendique fortement progressiste, avec des membres issus majoritairement des rangs de la gauche, et s’affirme à la pointe des combats pour ce qui est sa devise depuis le XIXe siècle : liberté, égalité, fraternité, on comprend, dès lors, qu’un féminisme de conquête trouve là un terreau à ensemencer. L’ouverture aux femmes du GO, avec ses 1300 loges irriguant l’ensemble du territoire, présent dans chaque ville, presque chaque canton de France, proposant la plus grande variété de rites (le GO est une fédération de rites), donne certainement un réel coup d’accélérateur à l’arrivée des femmes en maçonnerie avec, surtout, l’ouverture pour des femmes issues d’autres horizons que les catégories plutôt urbaines et qualifiées qui prédominent actuellement dans les obédiences qui les initient.

Cette perspective constitue, à la réflexion de certains membres éminents du Droit Humain, une concurrence dans le recrutement des nouveaux adhérents, avec la crainte d’une rivalité discriminante. La puissance, tant financière que spirituelle, d’une obédience tient aussi au nombre de ses membres !

Quelles sont encore les réticences à la mixité ?

 

            Le  »fin mot » avancé en 1884 par le journal Le Matin relève… des bonnes mœurs !  »Voyez-vous, en province surtout, vingt hommes et autant de femmes se  réunissant dans une salle ou aucune personne non affiliée ne  pourrait voir ce qui s’y passerait, c’est pour le  coup que les bonnes langues de la localité jaseraient  avec entrain ».

S’ils prêtent à sourire, ces propos énoncent la satisfaction, encore actuelle, que les épouses (compagnes) ou les époux (compagnons) ont de savoir que l’on ne se retrouve qu’entre femmes ou qu’entre hommes pour travailler le soir en loge. Après tout sexualiser les personnes, c’est aussi sexualiser les relations ! Donc, pas de mixité pour plus de quiétude conjugale.   

N’oublions pas que, Georges Martin, fondateur du Droit Humain, excluait les sœurs de la Grande Loge Symbolique Écossaise N°2, parce qu’il ne pouvait pas vérifier leur moralité.

 

Cette présence de l’autre sexe, durant les tenues, est perçue par les membres eux-mêmes comme perturbante. La concentration sur le seul travail en tenue peut être détournée par les charmes qu’inspire la présence de l’autre sexe.  Cette seule présence les réduirait à une dimension de trouble et de désir, à une spirale de concupiscence incompatible avec les travaux philosophiques accomplis en Loge.

 

A en croire Jean-François Rémond, la mixité serait une opération de gommage, introduisant un discours d’ordre moral aux termes duquel on devrait s’interdire d’aborder toute dissymétrie (et particulièrement celle relative à la différence des sexes) comme inconvenante ou comme négligeable. La mixité à ce compte ne serait qu’une opération de censure bienpensante.

 

Le trouble n’est d’ailleurs pas que celui de l’émoi. N’en déplaise aux frères, voici ce qu’en disent des sœurs d’une obédience  féminine : évidemment, il y a les visiteurs, mais ceux-là dérangent parfois, car ils sont bruyants, s’en fichent des règles, ils interviennent à côté de la plaque avec forte assurance, des fois à la gascon, boivent excessivement, et draguent.

 

Plus profondément, si ses structures administratives répondent aux règles de l’association loi 1901 et qu’elle appelle ses membres à s’impliquer pleinement dans la vie de la Cité, la Franc-maçonnerie, dans son essence même, se définit comme une expérience à la fois intime et intemporelle, plus proche de la psychanalyse, des fraternités médiévales et des initiations antiques que de nos partis et syndicats contemporains.

 

Dès lors que le parcours maçonnique se situe dans le registre de l’ésotérique ou du ritualisme pour certain, de la psychanalyse ou de la recherche philosophique personnelle pour d’autres, de tels refus n’ont plus à se justifier : chacun étant libre de la forme de ses réflexions intimes. Car, oui, la Loge fait indubitablement partie de l’intime de chacun de ses membres, le travail collectif sur soi étant à ce prix…

Si ce raisonnement peut paraître choquant, en totale contradiction avec les prises de position du GO à l’extérieur du Temple, elle n’est est pas moins dans la pure logique maçonnique, société qui se veut symboliquement détentrice d’expériences séculaires.

Considérant leur loge comme un espace privé, intime même, vivant leur initiation comme l’appartenance à une communauté en dehors du champ social, ces derniers, par ailleurs militants ou actifs dans de nombreuses associations, viennent justement chercher un espace de réflexion collectif, mais intime qui ne reproduise pas forcément la physionomie de la Cité dont ils veulent s’extraire un instant. Un certain nombre de francs-maçons du GO se refuse encore à travailler en loge avec des femmes sans pour cela être irréductiblement contre une évolution obédientielle.

Si cet argument ne répond pas nécessaire par la négative à la mixité maçonnique, il apporte incontestablement un nouvel éclairage au débat !

Il convient en effet de bien séparer ce qui relève de l’idéologie de la maçonnerie libérale, très progressive, et du « parcours maçonnique » en lui-même, plus intime et moins redevable des règles sociales.

Et force est de constater que, dans ce cadre, beaucoup de ces nouveaux maçons cherchent justement une enceinte purement masculine (ou féminine) pour cette quête intérieure.

De nombreuses maçonnes revendiquent d’ailleurs elles-mêmes cet entre-soi permettant dans les loges exclusivement féminines, « d’aborder l’Universel à partir de la singularité féminine » pour reprendre les mots de plusieurs d’entre elles.

 

Et maintenant, imaginez le malaise de francs-maçons, entrés sur la base d’une structure mono genre, à qui on annonce que, dorénavant, ils devront partager Toutes leurs tenues dans le cadre d’une mixité. Leur choix initial n’a plus de sens. En droit, ne peuvent-ils considérer qu’il y a là rupture de contrat ? Choisir une obédience voire un atelier masculin (ou féminin) est une décision qui implique une clause estimée sous-entendue  rebus sic stantibus (les choses restant en l’état).

Passer à la mixité est une modification telle que, sans le consentement des intéressés, la résiliation de l’engagement est logiquement ouverte. Si la mixité devenait impérative dans toutes les loges, il n’y aurait plus aucun lieu de repli pour accueillir ceux ou celles qui, contre cette éventualité, veulent résolument poursuivre leur travail initiatique dans un cadre préservé de la mixité.

La question de la « préférence » serait-elle devenue discutable au nom de la mixité ? La prégnance d’une pensée unique serait-elle l’arbitre de l’intime « collectif » des membres, qui ont tout de même le droit de décider et affirmer leur liberté à se retrouver dans les conditions qu’ils souhaitent.

 

Pour beaucoup de frères et de sœurs introduire la mixité dans leur loge mono genre, ce n’est pas continuer la Loge en l’élargissant mais c’est inventer un autre type de sociabilité maçonnique vers lequel ils (ou elles) ne sont pas enclins. Ainsi s’exprime Charles Arambourou, dans son excellent article « Mixité ? – Non : liberté des Loges ! » : « je réclame sur le plan du droit la possibilité pour toute Obédience de tenir le fait de l’identité sexuelle comme suffisamment déterminante pour choisir la non-mixité. Je le réclame avec d’autant plus de force que ce que je nomme une particularité déterminante n’établit en rien une discrimination puisque, encore une fois, des obédiences proposent aussi un type de sociabilité mixte ».

 

Des rituels peuvent-ils ne convenir qu’à un sexe particulier ?

 

            La Franc-maçonnerie est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière qui forment un fond archétypal et paradigmatique, avec, en l’occurrence, ses rites, ses mythes et surtout son processus initiatique.

Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce que Jacquart appelle « l’humanitude ».

Je me pose la question de savoir ce que la cohabitation de femmes et d’hommes peut apporter de plus aux rites, aux mythes, au système initiatique. Faudra-t-il introduire, en plus, une légende fondatrice dont une femme serait l’héroïne ? Hiram aurait-il pu être une femme ! Après tout, la plus curieuse supposition sur l’identité d’Hiram a déjà été faite par la misandre Céline Renooz dans son livre  »L’ère de la vérité (Histoire de la pensée humaine, évolution morale de l’humanité à travers les âges et chez tous les peuples) » paru en 1925, affirmant qu’en fait une femme, la fille du roi de Tyr, était cachée sous le nom d’Hiram. S’appuyant sur le texte hébreu de la Bible marqué par la féminisation des adjectifs qui qualifient le roi David, Renooz considère tout aussi curieusement qu’en vérité il fut une reine, du nom de Daud, qui créa la ville de Jérusalem et entreprit d’y faire construire un Temple. La reine Daud ne fut pas seule à fonder l’Institution secrète qui devait se propager jusqu’à travers la Franc-maçonnerie. Elle eut deux collaboratrices, deux Reines-Mages (ou Magiciennes), avec qui fut formé le triptyque sacré que les trois points de l’Ordre ont représenté depuis. L’une est Balkis, reine d’Éthiopie (appelée la reine de Saba), l’autre est une reine de Tyr, que l’on a cachée derrière le nom d’Hiram. Cette reine de Tyr étant Élissar ou Didon.

Faudra-t-il trouver des princesses, des chevalières, des « pontifesses », des inspectrices, des souveraines dissimulées dans les titres des hauts grades écossais ?

 

Tradition contre entrisme féminin !

 

Qu’est-ce que la mixité dans une société initiatique ?

 

            Placées à l’entrée du temple maçonnique les deux colonnes ouvrent le passage sur un  symbolisme qui n’a pas fini de faire couler encore beaucoup d’encre et de produire moultes interprétations. Désignées comme mâle et femelle, ces colonnes s’inscrivent tout naturellement dans une réflexion sur la mixité.

Le message de ces 2 colonnes est-il une admonition à la présence conjointe de frères et de sœurs en tenue ? Les textes ne disent pas qu’elles sont symétriques ni semblables. L’une d’elle est décrite par sa hauteur, l’autre par son diamètre. Il s’établit ainsi une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C’est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l’étrangeté et de l’ailleurs. C’est dire que l’autre ne revient pas toujours au même. L’autre n’est alors comme opposé que de son autre.  L’altérité, la présence de l’autre constitue en soi une mixité et il n’est pas indispensable d’avoir, pour cela, des considérations qui se situent en-dessous de la ceinture. Les colonnes sont séparées, à côté l’une de l’autre. Parce que séparées elles tracent un seuil entre deux polarités. Le traverser, pour pénétrer dans le sanctuaire, c’est se laisser irradier par la magie du passage au milieu qui fait la synthèse du principe mâle et du principe femelle ouvrant sur le monde supérieur de l’unité.

 

La mixité en l’être s’impose comme interprétation de l’œuvre d’Hiram.

 

Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est.  Il écrivait :  »C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est  impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être… Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer ». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d’unité par le seul mental. Cette conception est dans la philosophie orientale qui conclut :  » ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie« . Après tout, si l’Énergie est la seule vie,  et la Raison  la borne de l’encerclement de l’Énergie, à chacun de choisir d’être au cœur des choses ou à leur périphérie.

 

La vraie mixité serait-elle une androgynie ?

 

            Pour l’alchimiste, le monde est androgyne dans son principe non pas hermaphrodite mais androgyne d’une réunion en soi et d’une synthèse de tous les contraires. Il s’agit de restaurer un isomorphisme entre le macrocosme et le microcosme, entre le soi et le moi. Ce symbole est à entendre comme un état de plénitude. A la limite il se substitue au devenir, échappe et touche à la mort terrestre aux confins des origines.

 

On peut prendre comme illustration de cette mixité absolue le plérome hébraïque de l’arbre de vie.

En simplifiant à l’extrême on peut dire : le plérome est un symbole où sont figurés 10 séphiroth disposées dans un certain ordre et reliées entre elles par des sentiers. Ces représentations du rapport de la Divinité avec le cosmos sont disposées sur 3 colonnes verticales, celle de la droite est dite masculine, celle de gauche féminine et celle du centre est celle de l’équilibre.

 

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu. Elle s’unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s’unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle, dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l’origine, est tout à fait particulière. C’est le commencement. C’est comme une phrase où l’idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l’univers.

 

Kether, traduit par couronne, première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu’alors n’était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

Il n’existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l’intention pure, quelle qu’elle puisse être : c’est une existence latente séparée par un degré de l’origine, du non-être ; de l’Aïn-sof. Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera. Elle est celui-qui-est. C’est avec l’existence manifestée dans des paires d’opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n’y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même. Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Chokmah et Binah, noms des deuxième et troisième séphiroth, auront été émanés. Kéther, c’est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu’y faire allusion. L’expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l’Union avec Dieu: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique. On ne s’étonnera pas d’y localiser comme vertu celle de l’accomplissement, de l’achèvement du grand Œuvre alchimique, le retour final. Le point parce qu’il n’a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d’autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, Lui, la tête blanche et son archange est Métatron.

 

L’énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira  Chokhmah : la sagesse. Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l’Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah, troisième séphira de l’arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension. Si les titres donnés à Chokmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHVH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d’entendre en Binah (l’entendement), ima, la mère sombre Elhoim, la brillante mère féconde, la grande mer, Mara, racine de Marie et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

 

Ainsi Kéther est l’être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu’une activité en émane, que nous appelons Chokmah c’est un flot descendant d’activité pure qui est la force dynamique de l’Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L’Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L’unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Chokmah, Binah.

 

Le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ? Oui, nous dirions même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c’est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c’est la consubstantialité de l’Esprit manifesté (l’énergie), de la matière (la forme) et de l’univers leur fils. Il est placé du côté des mondes supérieurs c’est-à-dire pour nous à l’orient. A l’autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l’origine,  il y a la même symbolisation. Sous une autre forme, J:. et B:. représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l’unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne. On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l’arbre de vie où les FF:. et SS:. sont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s’actualise la transcendance.

 

C’est une géographie sacrée que l’initié aura à remonter partant du seuil jusqu’à la couronne comme un Chevalier pour s’unir à sa Reine. A noter que sur l’arbre de vie, la première séphira en partant du bas, (la dernière dans la manifestation), est nommée Royaume.

 

C’est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.  C’est une consubstantialité de l’unité regardée dans ses aspects différenciés mais c’est de l’unité dont il est toujours question.

 

Comment la mixité est-elle prise en comptedans les différentes obédiences ?

 

Grand Orient de France (GODF) : 50 000 frères, 2,6% de sœurs.

Fédération française du Droit humain (FFDH) : 17 000 frères, 67% de sœurs.

Grande Loge mixte de France (GLMF) : 4 900,  45% de sœurs.

Grande Loge européenne de la Fraternité universelle (GLEFU) : 2 400 frères, 22,5% de sœurs.

Grande Loge mixte universelle (GLMU) : 1 400 frères, 52% de sœurs.

Ordre initiatique de l’Art royal (OITAR) : 1 200 frères, 50% de sœurs.

Grande Loge des cultures et des spiritualités (GLCS) : 900 frères, 30% de sœurs.

Grande Loge symbolique de France (GLSF) : 550 frères, 47% de sœurs.

Grande Loge française de Memphis-Misraïm (GLFrMM) : 500 frères, 25% de sœurs.

Grande Loge initiatique souveraine des rites unis (GLSRU) : 280 frères, 45% de sœurs.

Grand Orient traditionnel de Méditerranée (GOTM) : 140 frères, 33% de sœurs.

Conclusion

 

            En France, comme l’écrivait Bruno Etienne, la Franc-maçonnerie a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, depuis trois siècles mais qui semblent sur le point d’éclater aujourd’hui. La première a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l’Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego.

L’une est extravertie, progressiste, mondaine ; l’autre est tournée vers l’intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances.

En effet, en s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, la Franc-maçonnerie risque de perdre sa capacité à guider les néophytes vers l’initiation au profit d’un tangage dans les courants à la mode du monde profane.

 

La mixité ne peut être inéluctable, elle ne peut être, au sein de chaque atelier, qu’un consensus unanime, clairement annoncé pour que celui qui vient vers la Franc-maçonnerie puisse avoir le choix de son engagement sans lequel le mot liberté ne serait plus qu’un leurre.

SOURCE : http://solange-sudarskis.over-blog.com/2017/11/la-mixite-est-elle-ineluctable-en-franc-maconnerie.html?fbclid=IwAR0x6GP4hmMTw5qU-V0ntkeSZzLr96JzShE57lvPVqND-towBVw8_wNYSZ8

POURQUOI SUIS-JE FRANC-MAÇON ? 18 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

POURQUOI SUIS-JE FRANC-MAÇON ?

Réflexions | 15 décembre 2016 |
247734_10151264806002279_671532847_n

« Pourquoi suis-je Franc-Maçon ? » est une question que nous nous sommes tous posés, et que nous nous posons régulièrement lorsque notamment le doute nous envahit…

« Pour trouver la Lumière ? » Peut être , certainement…encore faut il être réceptif à cette lumière qui s’offre à nous..

La planche qui suit est le fruit du travail de la Loge « Apollonius de Tyane » à l’orient de Genève – Grand Orient de Suisse.  Elle nous offre un cheminement qui ne nous sera certainement pas étranger.

Travail en commun de la Loge Apollonius de Tyane


Ce texte constitue une synthèse des réflexions élaborées par les membres de notre Loge lors d’une séance. Il reflète la vision que les uns et les autres avons sur deux questions centrales :pourquoi devient-on Franc-maçon ? Que fait-on en Loge et pourquoi y accorde-t-on du temps et de l’énergie? Ce sont là deux questions centrales qui nous obligent à nous interroger sur ce que nous sommes et sur ce que nous faisons en Loge.

Un travail, quelque soit sa nature, n’est efficace et constructif que dans la mesure où celui qui l’entreprend sait pourquoi il le fait et quelles sont ses motivations réelles. Nous devons donc nous interroger sur ce que nous faisons et sur le sens de notre démarche, a dit un de nos Frères! Nous sommes en Loge et nous y venons régulièrement, soit! Mais nous devons savoir pourquoi nous y venons et que cherchons-nous? L’être humain se caractérise par sa capacité de se poser des questions et de s’interroger sur le sens de la vie, a dit un autre Frère.


Pourquoi devient-on Franc-maçon ?


Je suis franc-maçon, a dit un Frère, parce qu’un jour j’ai frappé à la porte du Temple et on m’a ouvert. J’ai ensuite demandé la Lumière et on me l’a accordée ou plus exactement on m’a donné les outils nécessaires pour la rechercher. J’ai donc été initié, c’est-à-dire que j’ai accepté de me soumettre à un ensemble de rites d’initiation qui m’ont permis d’entrer dans la fraternité maçonnique.

Je suis donc Franc-Maçon parce qu’un jour j’ai décidé de le devenir, sans savoir au préalable ce que cela implique comme contrainte et obligation. Il s’agit donc d’une démarche réfléchie, mûrement réfléchie (ne dit-on pas que le Franc Maçon est un homme libre et de bonnes mœurs, dans une loge libre). Cette démarche « libre » est cependant fondée sur une croyance, une utopie, un pari. Qu’elle soit par cooptation ou par candidature, l’adhésion à la franc-maçonnerie est fondée sur un pari. Elle repose sur la conviction a priori que la franc-maçonnerie est un lieu où on se cultive, un lieu où on cultive ce que les philosophes anciens appelaient la vertu, c’est-à-dire que nous apprenons à vivre avec les autres, dans la différence et la tolérance. C’est sans doute ce qu’un de nos Frères a appelé une  « communauté de contacts où cohabitent le bon et le mauvais ».

Pourquoi ai-je décidé de devenir Franc-Maçon, s’est interrogé un Frère ? C’est sans doute, disait-il, parce que les possibilités qu’offre la vie profane sont limitées et parce que la vie symbolisée par l’acquisition des biens matériels est insatisfaisante. Il y a donc une recherche de quelque chose de plus, de ce que certains appellent un supplément d’âme, quelque chose que ni la religion ni la politique ne permettent de réaliser. Ce quelque chose c’est ce qu’un Frère a appelé l’unité de l’Être, le Centre de l’Union. Nous venons en Loge chercher ce que la vie profane ne peut nous donner : l’intégration de l’Être et la participation au tout de l’universel.

A travers les systèmes politiques, les doctrines et les religions, les sociétés nous offrent des clivages et des visions opposées de la vie. Division entre gauche et droite, entre catholiques et protestants, entre musulmans, chrétiens et juifs, entre religieux et athées, entre religieux et laïcs, etc. Autant de divisions constitutives de l’identité des groupes sociaux, mais insatisfaisantes pour celui qui cherche autre chose, insuffisantes pour l’homme ou la femme de bonne volonté qui cherche à transcender les divisions pour aller vers l’Union.

Si les divisions sont socialement nécessaires à la vie profane, nous savons qu’elles sont insatisfaisantes si l’on raisonne au niveau des individus dans une perspective universelle et transcendantale.

Dans un ouvrage tout récent, le sociologue allemand Ulrich Beck dit ceci : « Dans un monde radicalement divisé, il ne sera possible de vivre en sécurité que quand chacun sera apte et prêt à voir le monde de la modernité déchaînée avec les yeux de l’autre, de l’altérité, quand l’évolution culturelle incitera chacun à pratiquer quotidiennement cette ouverture. Il s’agit de créer un common sense cosmopolitique (ce qu’il appelle une civilisation humaine), un esprit de reconnaissance de l’altérité, de l’autre », p. 13, in Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la mondialisation, Paris, Aubier/Flammarion, 2003.

N’avons-nous pas tous fait une fois ou l’autre l’expérience que des individus, que bien des choses auraient pu séparer ou opposer, trouvent des points communs leur permettant de transcender leurs différences statutaires ou sociales et de travailler ensemble par delà leurs divergences. La franc-maçonnerie vise à réunir ce qui est épars.

La franc-maçonnerie nous offre la possibilité d’expérimenter d’autres modes du vivre ensemble, d’autres manières de concevoir les relations sociales; d’autres conceptions de l’homme qui placent au centre les qualités intrinsèques de chacun. A notre manière, mes frères, nous expérimentons en Loge (probablement le seul lieu actuellement possible) un mode d’organisation égalitaire. Chacun de nous, indépendamment de ses capacités, de son statut ou de ses richesses éventuelles, est l’égal de l’autre du point de vue des droits et des devoirs et du point de vue du travail maçonnique. Aucun n’est destiné à faire une chose ou une autre; aucun n’est destiné à commander ou à obéir. Nous sommes tous appelés à tour de rôle à assumer des responsabilités, à diriger mais aussi à obéir.

C’est cette possibilité que la Franc-maçonnerie nous donne de vivre et d’expérimenter une mode de relations horizontales, qui est à la base de notre adhésion et la raison pour laquelle nous avons frappé à la porte du temple. C’est parce que nous étions insatisfait de ce que la vie profane nous offre, que nous sommes venus chercher ce qu’aucune organisation profane ne peut offrir: la possibilité de travailler sur soi au moyen d’outils symboliques pour s’améliorer et œuvrer par la même à l’amélioration du temple universel de l’humanité.


Que vient-on faire en Loge ?


Combattre mes vices et faire des progrès dans la Franc-maçonnerie : telles sont, rituellement, les raisons pour lesquelles nous sommes en Loge. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie d’abord que le Franc-maçon sait qu’il a des défauts et des faiblesses qu’il doit corriger. Il éprouve donc le besoin de s’améliorer. Pour cela, il doit combattre ses défauts et s’efforcer d’être meilleur, en travaillant sur lui-même eu moyen des outils et des symboles.

Le devoir d’un Franc-maçon, notre devoir, mes Frères, nous dit Oswald Wirth, est de fuir le vice et de pratiquer la vertu en préférant à toutes choses la Justice et la Vérité. Et c’est dans la Loge que nous, Francs-maçons, effectuons ce travail. Pour cela, nous devons être réguliers et persévérants; nous devons suivre régulièrement les travaux en Loge et apporter notre contribution quand cela est possible. La présence en Loge est nécessaire, elle est même indispensable, mais elle n’est pas suffisante. Par son travail, chacun de nous doit être « une colonne vivante du Temple ».

Le Franc-maçon doit d’abord travailler pour son propre perfectionnement. Il doit également persister sans relâche dans la recherche de la vérité, en étant toujours plus exigeant vis-à-vis de lui même et de ses frères. Cela veut donc dire qu’avant d’envisager toute action sociale, le Franc-maçon doit entreprendre une action individuelle. Il doit s’imposer une discipline rigoureuse, celle de travailler sur lui-même au moyen des rites et des symboles, tout en s’appuyant sur le soutien de ses Frères en Loge. Il doit travailler à la taille de sa pierre, pour en ôter inlassablement les aspérités, l’équarrir pour la rendre parfaite en vue de sa destination finale. Nous devons nous efforcer de combattre nos défauts pour occuper notre juste place dans la Loge, et par delà dans la société.

Le plus difficile, mais en même temps le plus important, ce n’est point d’ambitionner de changer le monde, mais c’est davantage s’efforcer de se changer soi-même et d’abord en se connaissant. Être un Franc-Maçon, a dit un Frère, c’est se connaître et se situer avant de vouloir tout changer. En effet, il ne manque pas de personnes qui sont prêtes à changer le monde, mais combien de réformateurs ou de révolutionnaires ont-ils été capables de réaliser leurs objectifs dans la durée, faute d’avoir fait ce travail sur eux-mêmes

La Franc-maçonnerie nous dit qu’il faut s’efforcer de construire le temple de l’humanité, c’est-à-dire réaliser une société meilleure, plus juste et surtout plus humaine (dans les Constitutions d’Anderson, il est dit que le Maçon doit œuvrer pour la paix et le bien être de la Nation). Mais avant de vouloir réformer la société, ou en même temps, le Franc-Maçon doit s’auto-réformer, se changer lui-même. Un des aspects de cette auto-réforme, c’est d’accepter que les autres ont autant de valeurs que nous, que les qualités intrinsèques de chacun de nous n’ont rien à voir avec les différences de statut social, que quelque soit notre rang ou notre fortune, nous sommes l’égal de l’autre et l’autre est l’égal de nous.

Nous sommes des Francs-Maçons parce que nous sommes à la quête de la Lumière, celle qui guide notre chemin obscur vers la vérité humaine, notamment la prise de conscience de la valeur intrinsèque de tout être humain. Sur le vaste chantier de l’humanité, nous sommes des ouvriers dispersés qui travaillent à l’édification de la Grande Œuvre. La Franc-maçonnerie nous permet de nous connaître, de nous reconnaître, de nous assembler et d’espérer ainsi réaliser un monde meilleur, à la condition que nous travaillons inlassablement sur nous-mêmes

SOURCE : http://www.gadlu.info/

photo tableaux 108

La Porta Magica 17 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Porta Magica

 

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 16 mars 2017

La Porta Magica par Melmothia

En plein centre de Rome, à deux pas de la gare Termini, se trouve la Piazza Vittorio Emanuele II, ou si vous préférez la place Victor-Emmanuel, l’une des plus vastes de Rome (plus de 5 000 mètres carrés). Cette magnifique place à arcades fut construite en 1870, lorsque la ville devint la capitale du Royaume d’Italie. Un énorme projet d’urbanisation fut alors lancé pour moderniser la ville, dont la part la plus ambitieuse consistait en la construction d’un quartier résidentiel sur l’Esquilin, comprenant des villas luxueuses, de grands parcs, des vignobles et des vergers. Il fut décidé que le cœur du quartier serait la Piazza Vittorio avec, en son centre, un jardin conçu par Carlo Tenerari. Aujourd’hui encore, des allées de gravier conduisent le promeneur à des compositions de plantes exotiques (des magnolias, des palmiers, des cèdres du Liban), ainsi qu’à une pièce d’eau dont la sculpture centrale composée de tritons et d’animaux marins, signée Mario Rutelli, est surnommée par une partie de la population « l’assiette de friture » – en italien « Fontana del fritto misto ». En face de la pièce d’eau, trônent les restes d’une construction monumentale réalisée par l’empereur Sévère Alexandre en 226, un château d’eau qui faisait la jonction entre deux aqueducs et les canaux de la ville.

Frito Miso La Porta Magica

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Nymphaeum Alexandri. Image extraite du site Roman AqueducsFontana del fritto misto, par Alvaro de Alvariis, sur sa page Photostream.

Si ce château d’eau, antiquité oblige, a conservé son emplacement d’origine, la villa Palombara, une somptueuse demeure qui se dressait au nord, eut moins de chance, puisqu’elle fut démolie dès 1837. N’en reste aujourd’hui qu’un seul vestige : une étrange porte incrustée dans le mur nord du parc, connue sous le nom de Porta Magica ou Porta Alchemica.

La Porta Magica

Cette porte est la seule survivante des cinq que comprenait la villa Palombara, propriété de Massimiliano Palombara, marquis de Pietraforte (1614-1680) dont le domaine couvrait grosso modo l’actuelle Piazza Vittorio. L’homme était connu pour être féru d’occultisme et d’alchimie, et la villa, construite en 1660, comprenait, paraît-il, une petite dépendance utilisée comme laboratoire où le propriétaire des lieux pouvait mener tranquillement ses expériences alchimiques avec ses amis. La porte, quant à elle, aurait été construite entre 1655 et 1680.

En 1890, elle fut incrustée dans le mur du jardin, appuyée contre un bloc de terre pour montrer à quelle hauteur du sol elle se trouvait dans la demeure. Ont été placées de chaque côté deux statues en marbre du dieu égyptien Bès. Ces supposés gardiens ont fait gloser autant que la porte elle-même, mais sont en fait des pièces rapportées, puisqu’ils proviennent d’un temple dédié à Sérapis bâti par Caracalla au IIIe siècle, dont il reste encore quelques vestiges dans la Villa Colonna, à quelques rues de là. Elles ont été découvertes à l’occasion de fouilles en 1888, sur le Mont Quirinal, et déplacées dans le jardin, sans doute dans un but décoratif.

dieu bes La Porta Magica

Porta ermetica. Image extraite de la page nhaima’s photostream, 2009.

Les étranges symboles gravés sur la Porta Magica ont donné naissance à maintes spéculations et, pour commencer, à une légende, rapportée par l’érudit Girolamo Francesco Cancellieri en 1802 [1]. Selon lui, un homme mystérieux – en fait, l’alchimiste Giustiniani Bono, se serait présenté à la porte du marquis et aurait passé la nuit entière dans les jardins de la villa à la recherche d’une herbe mystérieuse capable de produire de l’or. Le lendemain matin, l’homme aurait disparu en laissant derrière lui quelques pépites et des notes censées contenir le secret de la pierre philosophale… Incapable de déchiffrer le texte, le marquis en aurait fait graver le contenu sur les cinq portes de la villa ainsi que sur les murs intérieurs de la demeure, dans l’espoir qu’un jour, quelqu’un serait en mesure de le comprendre.

Une variante de cette légende place le célèbre Giuseppe Francesco Borri dans le rôle du personnage mystérieux. Mais les deux hommes devaient, en fait, se connaître assez bien. L’intérêt du Marquis de Palombara pour l’alchimie est vraisemblablement né de sa fréquentation à partir de 1656, de la cour de la reine Christine de Suède au Palais Riario [2]. Après sa conversion au catholicisme, la reine Christine abdiqua le trône de Suède pour s’exiler à Rome où elle demeura de 1655 jusqu’à sa mort, en 1689. Passionnée d’alchimie et de science, elle s’entoura de personnages illustres tels que le médecin et occultiste Giuseppe Francesco Borri, l’alchimiste Francesco Maria Sundstrom, Athanase Kircher et l’astronome Jean-Dominique Cassini. Le marquis de Palombara fréquenta assidûment cette cour et signa même un poème alchimique vers 1666, intitulé « La Bugia »  [3].

En fin de compte, ce que l’histoire romancée de Cancellieri nous apprend surtout, c’est qu’il manque très probablement la majorité des pièces du puzzle, c’est-à-dire les autres portes et les murs intérieurs de la demeure.

Concernant celle qui reste et trône joliment dans le jardin de la Piazza Vittorio, elle se compose d’un cadre gravé de symboles planétaires et alchimiques sous chacun desquels se trouve une maxime en latin. Au dessus du cadre, une allégorie alchimique montre un hexagramme contenant une croix posée sur un cercle dans lequel est inscrit « CENTRUM IN TRIGONO CENTRI » : « Le centre est dans le triangle du centre ». La composition est encerclée de la maxime : « TRIA SUNT MIRABILIA DEUS ET HOMO MATER ET VIRGO TRINUS ET UNUS » : « Trois sont les merveilles : Dieu et homme, mère et vierge, Trinité et Unité ».

porta magica 002

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Cette combinaison de symboles se retrouve sur la couverture du livre d’Heinrich Madathanus : Aureum Seculum Redivivum, publié en 1625 (Heinrich Madathanus est le pseudonyme d’Adrian von Mynsicht).

La Porta Magica

Frontispice de l’Aureum Seculum Redivivum.

Le haut de la porte comporte une inscription hébraïque :  רוה אלהים Rouach Elohim, signifiant « l’esprit de Dieu ». Sous l’inscription hébraïque se trouve la maxime : « HORTI MAGICI INGRESSUM HESPERIUS CUSTODIT DRACO ET SINE ALCIDE COLCHICAS DELICIAS NON GUSTASSET JASON » : « Le dragon de l’ouest (des Hespérides?) garde l’entrée du jardin magique et sans Alcide, Jason n’aurait pu goûter les délices de Colchide ».

Elohim porta magica

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

D’après Susanna Akerman, une autre inscription, aujourd’hui perdue, disait : « VILLAE IANUAM TRANANDO RECLUDENS IASON OBTINET LOCUPLES VELLUS MEDEAE 1680 » : « En passant la porte de la villa, Jason obtînt la riche toison de Médée 1680 ».

Les symboles qui ornent le cadre de la porte pourraient être repris de l’ouvrage de Johannes de Monte-Snyder, Commentatio de Pharmaco Catholico (Amsterdam 1666) dans lequel se trouvent 7 symboles identiques que l’auteur donne pour être un alphabet « Chymica » :


symboles porta magica

Saturne / plomb

Jupiter / étain

Mars / fer

Vénus / bronze

Mercure / antimoine et vitriol

Dans la section suivante intitulée « Syllabæ Chymicæ », Monte-Snyder explique : « Cet alphabet est constitué de caractères simples dont la combinaison forme des syllabes ; certains caractères sont combinés en un seul ; ces syllabes donnent alors des mots, créant ainsi du sens » [4]. Les signes gravés sur la Porta Alchemica pourraient donc être des combinaisons de symboles.

Les inscriptions :

porta magica schema

QUANDO IN TUA DOMO NIGRI CORVI PARTURIENT ALBAS COLUMBAS, TUNC VOCABERIS SAPIENS : Quand dans ta demeure les noirs corbeaux engendreront de blanches colombes, tu seras appelé sage.

QUI SCIT COMBURERE AQUA ET LAVARE IGNE FACIT DE TERRA COELUM ET DE COELO TERRAM PRETIOSAM : Celui qui saura brûler avec de l’eau et laver avec du feu, transformera la terre en ciel et le ciel en terre précieuse.

AZOT ET IGNIS DEALBANDO LATONAM VENIET SINE VESTE DIANA : Pour la purification du vif argent de l’azote et du feu, Diane apparaîtra sans robe.

DIAMETER SPHERAE THAU CIRCULI CRUX ORBIS NON ORBIS PROSUNT : Le diamètre de la sphère, le Thau du cercle, la croix de l’orbite ne servent à rien aux aveugles.

SI FECERIS VOLARE TERRAM SUPER CAPUT TUUM EIUS PENNIS AQUAS TORRENTUM CONVERTES IN PETRAM : Si tu avais fait voler la terre au-dessus de ta tête, tu changerais l’eau des torrents en pierre avec des plumes.

FILIUS NOSTER MORTUUS VIVIT REX AB IGNE REDIT ET CONIUGIO GAUDET OCCULTO : Notre fils mort, est vivant, il reviendra roi du feu et bénéficiaire du mariage occulte.

EST OPUS OCCULTUM VERI SOPHI APERIRE TERRAM UT GERMINET SALUTEM PRO POPULO : C’est la tâche secrète du sage que d’ouvrir la terre, afin de semer la prospérité du peuple.

Enfin, le seuil de la porte révèle l’inscription « SI SEDES NON IS » qui peut se lire de la gauche vers la droite, comme de la droite vers la gauche ; la phrase prend alors une signification différente : « si tu t’assieds, tu ne vas pas » ou « si tu ne t’assieds pas, tu vas ».

Porta Magica seuil

Voilà pour un rapide aperçu de la Porta Magica. Ne possédant que peu de connaissances en alchimie et n’ayant eu pour ambition ici que de satisfaire ma propre curiosité, je n’irai pas plus loin dans ces recherches. Ceux qui désireraient en approfondir le symbolisme peuvent commencer par se reporter aux sources ci-dessous ainsi qu’aux nombreuses discussions sur le sujet sur l‘excellent site Alchemy Website.

La Porta Magica, Melmothia, 2010.

Notes :

[1] J’ai échoué à trouver la source précise dans les œuvres de Cancellieri. Il est possible que l’histoire soit rapportée dans le texte : « Le bizzarre iscrizioni della Villa Palombara »‎ ; dans ce cas, elle daterait de 1806 ?

[2] Construit à la fin du XVe siècle pour le cardinal Raffaelé Riario, sur le versant situé entre le Janicule et le fleuve, le Palais Riario, également connu sous le nom de Palais Corsini, fut le domicile de la reine Christine de Suède durant son séjour à Rome. Après avoir subi plusieurs transformations, il est, depuis 1883, la propriété de l’État italien et siège de l’Académie dei Lincei.

[3] Ce texte comporte une allusion à l’ordre de la Rose Croix qui faisait alors beaucoup parler dans les salons – voir à ce sujet l’article de Susanna Akerman. Ceux qui seraient curieux de ce traité peuvent aller en regarder les planches mises en ligne par Adam McLean sur sa galerie.

[4] Cité par Neil Mann, dans la discussion « Alumphume – Everburning Lights of Trithemius » sur le site Alchemy Website.

Quelques sources :

« Roma Capitale : Piazza Vittorio e il quartiere Esquilino », par Giulia Grassi, sur le site Scudit Scuola d’Italiano.

« Roma, Piazza Vittorio Emanuele II », sur le site ArcheoGuida.

« Porta Alchemica » sur la page anglaise de Wikipedia.

Secret Places, Hidden Sanctuaries : Uncovering Mysterious Sights, Symbols , and Societies, par Stephen Klimczuk & Gerald Warner, éditions Sterling, 2009.

« Christina of Sweden (1626-1689), the Porta Magica and the Italian poets of the Golden and Rosy Cross », Susanna Akerman, sur le site The Alchemy Website.

Alchimie : art, histoire et mythes. Actes du 1er colloque international de la Société d’Étude de l’Histoire de l’Alchimie, 1991, sous la direction de Didier Kahn et Sylvain Matton. Milano Arché, 2005.

Deux logis alchimiques, en marge de la science et de l’histoire. Eugène Canseliet, Paris, Jean Schemit, 1945. 

SOURCE : https://www.esoblogs.net/

https://www.esoblogs.net/wp-content/uploads/2012/09/EzoOccultlogo105.png


Démocratie et initiatique 15 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Démocratie et initiatique

47571260_202850857292412_8326024992147898368_n

Blackbouler. Refuser un(e) candidat(e) lors d’un vote par ballot (ou ballote) avec des boules blanches et noires. Déposer une boule noire dans le compartiment blanc de la boîte à ballot signifie le refus.

L’image d’une duplication du monde profane dans nos loges n’est pas loin. La question qui se pose et de savoir si une loge peut échapper à cette étrange déliquescence « politique » qui s’invite dans l’initiatique ?

 

        Au plan historique on rappellera l’opposition des Maîtres de loge parisiens lorsque le 24 mai 1773 est acceptée par le Grand Orient de France la disposition suivante : « Le Grand Orient de France ne reconnaîtra désormais pour Vénérable de loge que le Maître élevé à cette dignité par le choix libre des membres de la Loge ».

        À l’issue de cet épisode est née la Grande Loge Nationale.

 

        Fondamentalement, la démocratie est une avancée propre à notre histoire. Il ne s’agit pas de la remettre en cause, pourtant le gouvernement des hommes trouve ses limites dans le plus petit dénominateur commun qui les unit et finit par polluer l’espace initiatique. La juste voie consiste non pas à camper au milieu des égotismes et des ambitions mal embouchées, mais au contraire à changer l’ordre des choses en changeant la formulation. Les mots ont leur magie : lorsqu’un frère souhaite postuler à la chaire de Salomon en ayant préalablement rempli les conditions, il n’est pas « candidat » à l’élection de ses frères, mais il se met à disposition de la Loge pour assumer cette charge.

        La différence sémantique à son importance, car on élimine la clanification, le jugement et le dénigrement et on restaure par le haut l’idée de « Charge » dont chacun sait qu’elle repose, sur une notion qui dépasse l’individu immergé dans ses petites coteries. La Charge consiste à une médiation, assumée par le V:.M:., entre le Debhir et le Hékal, entre le Saint des Saint et le Saint.

        Quels que soient les garde-fous que l’on peut introduire dans les statuts, règlements et autres, l’homme dit « maçon » n’en fera que ce qu’il est lui-même…

        Face au scrutin, il se sent investi d’un pouvoir, celui de décider s’il est « pour ou contre ». Il lui faut donc se situer sur un échiquier. C’est une grande conquête de l’homme que de pouvoir donner un avis, de trancher, de décider, encore faut-il avoir quelques qualifications pour le faire correctement. On soulignera que le silence de l’apprenti et son exclusion de la plupart des votes, caractérisent la tradition maçonnique, qui prend délibérément ses distances avec la démocratie à toutes les sauces. Sur les parvis tous les maçons sont égaux, mais une fois les travaux ouverts, la hiérarchie initiatique reprend ses droits. D’un bout à l’autre de sa vie maçonnique, l’initié est tenu de faire des choix

        Face à un impétrant passant sous le bandeau, qu’elle appréciation profonde peut-il porter ? N’est-il pas renvoyé aussitôt à ses propres limites dans la compréhension de l’autre, à ses propres fantasmes idéologiques et religieux ? Quel état d’esprit préside à son vote ? Est-il tributaire de son éducation ?

        Dans le cas de l’élection d’un Vénérable, pourquoi devrait-il s’abaisser à se transformer en membre d’un clan porteur d’un homme ou d’un projet ? N’est-ce pas antinomique de la pensée initiatique que de juger et de soupeser le poids maçonnique des candidats à l’aune d’une amitié relationnelle et de promesses profanes.

        Il nous semble évident que la culture électoraliste d’une loge dépend de l’exemple fourni par les Grandes loges dont elle dépend administrativement… L’actualité démontre que cet exemple est peu flatteur et abouti parfois à la scission d’une partie de la Grande Loge. Toute loge dite régulière se soumet à une règle.  Cette règle peut varier d’une loge à l’autre comme elle peut varier d’une obédience à l’autre. Quoi qu’il en soit, se soumettre à la règle c’est honorer la Tradition qui est un héritage immémorial.

        Suivant que l’on situe la « Tradition » comme l’héritage des temps ancestraux, ou qu’on la situe en droite ligne du Siècle des lumières, voir dans la continuité des acquis de la IIIe République, le problème de l’expression démocratique en loge sera traitée différemment.

        Quel que soit le modèle traditionnel qui régit nos loges, il arrive que l’application de l’exercice démocratique dans une enceinte initiatique pose problème.

        Il est certain que les modalités de vote en loge sont de nature à créer une déliquescence profane dans un univers supposé initiatique. Tout résultat peut être biaisé dans l’esprit, même s’il est parfait dans la forme.

        Les trois thèmes principaux sur lesquels s’exerce la votation sont :

 

- l’admission en loge après le passage sous le bandeau,

 

- la nomination du collège des officiers et l’élection du V:.M:.,

 

- ou plus ordinairement lors d’une simple décision en loge.

 

        La plupart des loges font un scrutin secret pour les sujets portant sur un homme. L’intention est louable et exemplaire s’il ne s’agissait pas d’une loge maçonnique, car s’agissant d’un microcosme ou chaque frère connaît son voisin, le scrutin secret loin d’apaiser le verdict, risque de renforcer une forme de lâcheté ou de faux semblant du votant. Ce dernier est sollicité sur les parvis par une coterie d’usage. 0n sollicite sa bienveillance et son appartenance à tel ou tel clan est examinée de près.

        À ce stade, chacun est susceptible de se transformer en juge de son propre frère. Disons-le clairement, sur le plan de l’égrégore et dans la sphère initiatique l’effet peut être dévastateur.

        Pour éviter que la science secrète des votes ne domine les esprits, s’agissant de l’admission en loge il y a trois scrutins :

        Le premier consiste en la prise en compte de la demande du profane d’intégrer l’ordre, le vote à main levée serait salvateur dans la mesure ou celui qui s’oppose doit s’expliquer et que l’on à l’habitude de faire confiance au parrainage, du moins au Rite Ecossais Primitif. Dans la plupart des obédiences, ce vote se fait à l’aide des boules noires et blanches et à la majorité simple. (L’unanimité étant requise à main levée à certains rites)

        La seconde consiste, après le passage sous le bandeau du profane en un vote sur sa future initiation, à main levée ou à l’aide des boules suivant les rites. Le candidat est recalé s’il y a un quart de boules noires, alors que l’unanimité devrait être la règle, preuve que ce système confine à l’irresponsabilité et la cristallise la notion d’opposition sans motivation.

        Enfin, pour son intégration dans la tenue de réception, il est procédé à un vote à main levée dans certains rites, ce qui n’est qu’une formalité.

        Sur des sujets subalternes où les frères doivent prendre position, il est nécessaire que l’Orateur donne, avec l’accord préalable du V:.M:., un sens constructif au vote par l’énoncé directif de ses conclusions, évitant à la votation de n’être le reflet que de l’incompréhension des intérêts supérieurs de la loge. Son rôle est insuffisamment valorisé par le Vénérable, car dans une optique de scrutin, l’unanimité devrait être recherchée en créant une adhésion plutôt qu’une interrogation dans l’esprit des votants. C’est à ce niveau d’engagement que l’Orateur, en appui du Vénérable, va contribuer à défaire l’effet néfaste du jugement aléatoire du votant, au profit d’un mouvement plus enveloppant et charismatique, venant de l’Orient et susceptible de participer à l’égrégore de la loge.

        Il faut toujours rechercher l’accord partagé plutôt que l’avis personnel.

C’est le partage du pain qui fait l’agape et non pas la satisfaction de son propre appétit.

        Dans certains rites, la conscience supérieure de la charge devrait suffire pour que chacun, au moment du vote, ne se transforme pas en « bouliste du dimanche électoral ». Le vote noir ou blanc n’est pas fait pour choisir un candidat à une élection, mais pour renforcer la fonction ou la charge. Dans les faits il y a vote, certes, mais dans l’esprit on renforce le pouvoir médiateur de la charge. Il s’agit plus encore, d’un état d’esprit, d’un dimensionnement de la conscience qui, une fois explicité, doit responsabiliser les votants en leur évitant de tomber dans des combinaisons florentines et burlesques.

        L’élection du Vénérable est une nécessité dans la plupart des rites. À la majorité absolue en deux tours, puis, si nécessaire au troisième tour à la majorité relative. Il est élu face à son ou ses concurrents.  Ce point de vue est dommageable pour l’esprit de la charge à assumer au point de transformer et de dégrader la charge en fonction. La démocratie dans son système majoritaire est parfois destructrice de la cohérence de l’ensemble du groupe (c’est un paradoxe) ; cohérence indispensable dans le cheminement initiatique.

        Le point de convergence entre l’initiatique et la démocratie consiste en une pratique rigoureuse de l’unanimité. L’acclamation qui est mode d’expression plus ancien que la votation, porte en elle l’expression de la cohérence, obligeant la mise en œuvre des principes et des comportements, liés à la sagesse de la réflexion. Ici s’exprime la force et l’harmonie de la loge et le maçon n’est qu’un maillon de cette chaîne d’union.

        Le votant doit donc s’interroger sur l’importance de son point de vue face à la nécessaire cohérence de la loge. Dois-je m’opposer pour exprimer ma différence au risque d’amoindrir l’égrégore ? Mon opposition est elle à la hauteur de mon engagement maçonnique ? Quelle position prendrait un Sage dans cette situation ?

        Ce constat remet en cause « le parti pris » qui s’oppose ou qui tente de s’imposer dans une violence feutrée qui n’a rien à faire en loge.

        S’agissant des officiers, le scrutin peut être uninominal à la majorité absolue au premier tour et à la majorité relative au second. On peut aussi l’organiser sur la base d’un scrutin de liste à la majorité absolue. On objectera que le Vénérable élu peut ainsi se retrouver adjoint un officier par exemple un Orateur, en la personne de son opposant. Cet exemple vécu laisser imaginer l’égrégore des tenues.

        Dans d’autres rites, nous l’avons vu, les votes se font à mains levées, ce qui oblige chacun à prendre ses responsabilités, face à ses frères. La transparence du vote à main levée contribue à la pérennité et à la cohérence de la loge sans nier le libre arbitre. Le gouvernement des hommes en loge ne devrait pas s’accommoder de la médiocrité liée à l’absence d’unanimité. C’est le Vénérable, en premier, qui est victime du système majoritaire. De porteur et transmetteur de lumière suivant les principes initiatiques, il est ravalé au rang de pivot fonctionnel, déshabillé de toute influence spirituelle, fagoté en rouage quasi administratif de la loge. Quelque part c’est le Hékal qui dicte au Débhir ce qui est un contresens initiatique grave.

        La méconnaissance de la nature initiatique de la charge de Maître de Loge et le besoin d’exercice partagé d’un pouvoir exotérique, fondé sur la partition politique des francs-maçons est peut-être une faute grave, entachant la marche initiatique des loges.

        Désormais proches de la contrainte et de la loi du nombre, ces loges ne peuvent œuvrer que dans la sphère où elles excellent, à savoir la marche de la cité puisqu’elles ne font qu’en reproduire un système en miniature. Leurs contributions sont immenses mais reposent sur une contradiction essentielle. Les sujets d’actualité à caractère sociaux seront dans leurs cordes, mais leur goût pour la spéculation initiatique s’effondre naturellement par la dégradation fonctionnelle. Cette dégradation s’appuie sur le plus petit dénominateur commun appelé aussi majorité absolue et relative, si indispensable à notre démocratie. À ces conditions, l’initiatique peut-il être relatif ? ou absolu avec une opposition latente ?

        L’initiatique relève de la totalité par sa nature, telle serait la réponse d’un certaine tradition qui fait le distinguo entre « charge » et simple « fonction ».

        Bref, dans les systèmes électoraux qui sont greffés dans les sphères initiatiques il y a bien souvent des pratiques profanes. Notons que ces comportements déplacés de notre point de vue, sont adossés et justifiés par le système électoral à la boule qu’il faut accepter car conforme aux Grandes Constitutions.

        Enfin dans certains rites « historiques » voir « archaïques », ce problème ne pouvait se poser. La raison tient à l’histoire même de ces rites qui ont su conserver leur sens initiatique primitif et intact. Rappelons qu’au début de la Franc-Maçonnerie en France, il n’était pas question d’élection au poste de Vénérable car ce dernier était nommé Ad Vitam . On rejoint ainsi la notion de charge et non de fonction. Certaines loges anciennes s’étaient réunies pour s’opposer au principe électif prôné par le G:.O:. de l’époque, formant ainsi à leur tour une Grande loge. De plus la nomination du Vénérable dépendait de l’acquisition préalable de certains grades supérieurs, assortis d’un grade fonctionnel et d’une cérémonie dite secrète, cette pratique étant liée aux principes de base de l’écossisme.

        Le Rite Ecossais Primitif en est l’un des derniers exemples. Ce Rite est à 7 degrés, dont un grade fonctionnel. En effet le V:.M:. n’est pas élu au sens politique du terme. Il est nommé puis élu.

Il doit être nommé Maître de loge appelé aussi Maître de Saint-Jean qui est un grade fonctionnel et doit donc être au minimum Maître Ecossais – Chevalier de Saint André (equi. 18e).

Cette disposition à bien des égards, sélectionne naturellement quelques studieux volontaires qui désirent supporter ladite « charge » de Maître de Loge.

        On est donc, en tant que Maître de Saint-Jean, Vénérable en puissance. Il ne reste plus qu’à créer sa charge, en créant un triangle par essaimage, puis une loge, qui une fois juste et parfaite donnera un exercice plein et entier à ce sacerdoce qu’on doit assumer « ad vitam ». De nos jours, descendu de charge à l’issue des trois ans, il reste en puissance Vénérable avec le titre de « Passé Vénérable ».

        Il s’agit ici des mêmes modalités d’exercice que la Franc-Maçonnerie connaissait avant la réforme Andersonienne. Donc, point de vote départageant d’éventuels candidats, le V:.M:. en place veillant à préparer et former son successeur. Pas de fièvre électorale et obligation pour le V:.M:. en chaire d’être à la hauteur de sa charge ; à défaut la loge se délitera et disparaîtra.

        Outre le choix qui est fait d’un successeur, ce dernier doit à nouveau faire la preuve de ses qualités tant profanes que maçonniques. C’est à ce niveau que s’établit le deuxième filtre confirmatif des conditions objectives de la recevabilité à la fonction. La recevabilité est identique à celle du maçon de base, il doit être « libre et de bonnes mœurs », c’est-à-dire non « soumis » à condamnation infamante, sur son casier judiciaire ou concerné par une action judiciaire en cours.

        Il doit se rendre disponible pour l’exercice de transmission initiatique, c’est-à-dire non « soumis » dans une démarche politique ou économique de premier plan qui ferait de la maçonnerie une tribune d’opportunité.

        C’est ici l’ancien système qui est décrit et qui pour des raisons évidentes liées à l’épisode Andersonien, à la révolution de 1789 et aux acquis du Siècle des lumières, fut amendé pour faire la place à la loi du nombre. Comment renoncer à un tel héritage de sagesse initiatique et pourquoi renoncer aux progrès humain généré par la démocratie? Le maçon est pris dans une contradiction.

        Pour éviter les phénomènes claniques qui peuvent se réveiller à d’autres moments que l’élection et qui sont toujours motivés par une fausse modestie, doublée d’un orgueil incommensurable (dictature de l’ego), une règle simple consiste à limiter à 24 de nombre de FF:. inscrits sur les registres de la L:..

        Magique est ce chiffre (il correspond aux 24 graduations de la règle du tableau de loge), car il permet à chacun de travailler à préparer ses planches, en évitant une oisiveté dilettante propre à faire redescendre le niveau d’éclairement. De la même façon, il est démontré qu’au-delà de 24, les FF:. ne se reconnaissent plus, au point de plonger dans l’anonymat d’une masse aveugle et impersonnelle.     N’oublions pas que la règle, au sens symbolique, n’a de valeur que pour les 24 unités qui la composent. Nous pouvons affirmer qu’au plan symbolique au-delà de 24 FF:. il n’y a plus de règles communes qui soit reconnues comme telles, il y a par contre autant d’interprétation que de frères excédants ce chiffre. Est-il besoin de souligner que la Loge est un « être » organique et matriciel, une entité humaine initiatique et collective qui a vocation à dépasser le pré carré du frère, qui n’est rien d’autre qu’un élément du tout.

        Pour finir, j’aborde les problèmes liés à la Grande Maîtrise d’un Rite Ecossais qui se dit Primitif et entend conserver son âme sans céder à l’exercice profane de la modernité saisonnière. Traditionnellement l’élection est l’exception, elle correspond à une nécessité pour les seuls cas ou le Grand Maître en place ne peut nommer son successeur.

        Normalement dans les plus anciens rites, il s’agit moins d’exercice démocratique que de transmission de l’influence spirituelle. Celui qui la détient doit la transmettre, comme on transmet la flamme olympique.

        La transmission se fait au moyen de la parole ritualisée (le rituel), assortie de la qualification du transmetteur, attestée par le grade ou la patente. En l’espèce, s’agissant de la transmission de l’influence spirituelle, je ne vois pour l’élection qu’un rôle confirmatif.

        Ainsi le Grand Maître et le V:.M:. reçoivent l’influence spirituelle de celui qui les précède, et ceci dans une généalogie sans fin, une chaîne ininterrompue d’initiés. C’est ainsi que la transmission doit se faire et on comprend que la votation dans ce cas ne peut être que supplétive. Pour admettre le suffrage en tant qu’élément structurant et basique d’un groupe initiatique, il devrait s’exprimer que de manière confirmative sous forme d’acclamation, au même titre que l’acclamation écossaise.

        À défaut de transmission de l’influence spirituelle, il ne reste plus à la Grande Maîtrise qu’un rôle purement administratif. C’est ici que la pratique distingue la Grande Maitrise du rite porteur de l’initiatique pur, et la Grande Maitrise des loges, porteuse de l’administratif pur. L’administration des hommes et des loges justifie fort bien l’élection.

        Les Constitutions de Payne et suivantes, sont reconnues par le REP comme mode d’organisation général, mais ne peuvent prendre le dessus sur la transmission spirituelle.

            Celui qui descend de charge veillera donc à convaincre par son action que son choix d’un successeur pour le futur répond tout à la fois au principe de la transmission spirituelle, tout en s’accordant une unanimité approbatrice de son assemblée. En d’autres termes, l’initiatique doit dominer le suffrage et non pas l’inverse. A chaque fois que ce rapport hiérarchique est inversé, le lignage est rompu au profit de l’aléa démocratique assorti d’une instabilité.

Cette histoire se répète trop souvent pour que chacun d’entre nous oublie son esprit de suffragette, en se souvenant des principes rappelés plus haut, concernant la bonne dévolution successorale et les conditions d’admissibilités.

        Le caractère obligatoire du vote existe lors de la création de loge : après la pose du pavé mosaïque et l’allumage des lumières d’ordre, le V:.M:. est nommé par le G:.M:. (transmission initiatique) et approuvé par la main levée des autres frères composant cette nouvelle loge. Ainsi on peut dire que la transmission se fait toujours de celui qui sait prononcer la parole vers celui qui sait écouter et que rien de ce qui se passe en loge ne peut être de nature profane. On notera enfin qu’en matière initiatique, l’élection est associée à l’ « exemplarité » et à « la charge ».

        L’initiatique n’a rien de commun avec « la candidature » et « la fonction » qui appartiennent au niveau inférieur et profane. Le V:.M:. utilisera donc la consultation démocratique comme un moyen de gouvernance. Il est de sa responsabilité de rechercher l’adhésion et de suspendre la division par le respect qu’il provoque chez tous. En aucun cas il ne doit s’engager dans la dévalorisation de sa charge. À défaut d’exceller dans cette lourde tâche ou de représenter une autorité morale du fait de son passé, de ses actes et de son comportement, il doit s’interroger sur la finalité de sa mission.

        Enfin, s’agissant de l’élection du V:.M:., il nous semble que l’ensemble des remarques qui précèdent sont sous-tendues par la considération suivante : À quel titre un maçon ne disposant pas du pouvoir sacerdotal, est il habilité à juger et apprécier un frère qui prétend exercer une fonction et une charge, dont ni le votant ni le voté, ne connaissent les arcanes ???

 

        C’est une vraie question qui devrait être mise au programme dans l’intérêt des LL:.

http://a54.idata.over-blog.com/100x100/5/48/09/17/Copie-de-LEDSJ-1-.png

http://www.ecossaisdesaintjean.org/

 

Variation sur un itinéraire : moine zen et franc-maçon 8 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Variation sur un itinéraire : moine zen & franc-maçon

 66048974_2275716632549688_4893775708037316608_n

D’aussi loin que je me souvienne, s’est posée pour moi la question du sens, de l’étonnement d’être là – vivant ? – et du questionnement sur la souffrance.

………

I.    PROLÉGOMÈNES

Quelque part, il me semble que quelque chose a toujours été là ; qu’au fur et à mesure des stratifications de la somme des expériences enregistrées par l’agrégat de ma conscience, comme une propension de moi, d’identité, aidait à faire apparaître.

Qu’est-ce qu’une vie d’homme réalisée ?

La vie a-t-elle du sens, un sens ?

Puis-je donner du sens à ma vie ?

Enfant, les éléments religieux, catholiques, de notre occident chrétien français, furent de bonne foi ingérés, et crus.

Il est un âge où l’on ne discute pas les affirmations des parents et des enseignants.

Enfant de chœur, scout, prières du soir, les histoires merveilleuses de la Bible à la Cecil B. Demille, l’assurance d’un monde meilleur, la récompense des bonnes actions, la vilenie des péchés, furent à l’ordre du jour.

J’étais un bon élève.

Et patatras ! vent de révolte.

L’adolescence libidineuse, la dépression de ma mère et sa disparition à mes 15 ans, le mutisme de mon père font s’effondrer ce bel édifice théorique qui ne résiste pas à l’épreuve des faits et à l’expérimentation du toucher.

Il n’est d’adolescent que révolté.

Mes séjours à l’Eglise m’ennuient. Je n’y comprends rien. Les propos me semblent vides, la gestuelle surannée, le message souvent abscons. Les mots sonnent creux et le rituel est vide de sens : « Mangez mon corps et buvez mon sang » me semble étrangement cannibale. Je ne comprends pas comment le corps de Jésus est du pain rompu, réduit à une hostie plâtreuse et comment le vin blanc que se tape le curé avec cérémonie, terminée par une méticuleuse vaisselle trop longue pourraient être le sang de Jésus.

A vrai dire, je ne le comprends toujours pas (même si je puis esquisser maintenant une tentative d’explication mais qui ne m’a jamais, paradoxalement, été fournie par ses auteurs).

La mort de proches m’est difficilement supportable et me rend l’incompréhension encore plus aiguë. Est-on condamné à être séparé de ceux qu’on aime et souffrir ? N’y a-t-il pas une issue autre que le mutisme (de mon père), la fuite, le rejet de ce monde cruel auquel je ne peux rien ?

La découverte post soixante-huitarde des émois affectifs et du corps de l’autre me taraude l’esprit et m’entraîne vers comme une solution. Mais là, nouveau paradoxe, je m’aperçois vite que ce qui est présenté comme du domaine du péché est délicieusement bon, que cela entraîne vers des rivages de douceur et parfois de plénitude.

L’âge de la philosophie arrive enfin. De nombreuses réponses fusent, souvent justes, immersion dans le monde des idées, merveilleux voyage qui me laisse une saveur sans nom, pour le silence des bibliothèques, l’odeur des librairies, merveilleux et paisible temps de l’exploration des sagesses des hommes.

Le temps de gagner sa vie arrive un peu trop vite, rongeur de l’insouciance et de la vie rêvée des idées.

A cette époque, l’idée de Dieu est loin. Le monde de la spiritualité ne sert pas à payer le loyer. C’est le temps de l’immersion dans le travail mercenaire, acharné, gage de réussite et d’obtention condition nécessaire, semble-t-il, du bonheur.

Ce mercenariat me conduira à gagner ma vie des querelles d’autrui, à chercher des stratégies habiles de jeux d’échecs, à vaincre un adversaire, à damer le pion à l’autre, à asseoir une reconnaissance, donc une puissance, une emprise ; je fais toujours à fond ce que je dois faire.

Comme ce métier est aussi un ascenseur social, je m’y investis totalement, découvrant le monde parfois ouaté des requins de la finance ou de l’assurance, l’âpreté de l’entreprise, le sort désespérant de la misère morale et intellectuelle se mariant souvent avec celui de la pauvreté tout court.

Je cours de la prison au palais, de mon bureau à mon appartement, sillonnant la ville sur un vieux solex. En fait, j’explore à l’époque le monde des trois poisons : l’avidité, la haine et l’ignorance.

II.    BALISES

J’ai 27 ans lorsqu’un médecin d’origine arménienne croise mon chemin. Il est victime d’une dénonciation calomnieuse et a besoin d’aide.

Je le prends en charge et partage son tourment. Je trouve cela normal. Fraternité, dira-t-on.

Sa sympathie tendre et son angoisse m’appellent à lui venir en aide. Il sera mon premier parrain en maçonnerie.

Je ne connais rien de cette institution. Il va m’en parler avec secret et connivence, comme d’un lieu mystérieux, d’hommes nobles et puissants qui agissent dans l’ombre.

Je vis la proposition comme un honneur.

Je reçois la visite de trois enquêteurs qui doivent sonder qui je suis. Les questions sont variées et je vis des échanges profonds avec des hommes passionnants.

Le premier est dans l’obtention : « il faut entrer en maçonnerie ». Il est volontaire et constructeur. Je suis séduit par son goût de l’effort, de vouloir bâtir, de l’intention dirigée vers un but, un idéal.

Il me dit : « l’utopie d’aujourd’hui doit être la réalité de demain ».

Le second me parle de Kant et de Saint Exupéry. C’est un esprit distingué, il est officier d’aviation à la retraite, enseignant à l’Institut des hautes études de la Défense Nationale.

Lui me dira : « si je t’aime mon frère, c’est justement parce que tu es différent de moi ».

Le troisième m’interrogera précisément sur mes opinions métaphysiques. Je répondrai, ce qui était le cas à l’époque, que je ne pouvais être qu’agnostique, mon cerveau n’ayant pas les moyens de dire si Dieu existait ou s’il n’existait pas, que ce qui était important était l’homme et que ce qui était de l’homme ne m’était pas indifférent.

La cérémonie de l’initiation eut lieu le 23 Mai 1980 où je fus reçu apprenti à la Loge lyonnaise les Chevaliers du Temple et le Parfait Silence Réunis.

Il ne m’appartient pas de décrire ici ce que chaque maçon peut vivre de cette alchimie où ce qui est fait, montré, symbolisé relève de ce que je cherchais depuis toujours : la quête du sens.

Néanmoins, parmi l’ensemble des moments tous inoubliables, l’un d’entre eux émerge avec une évidence constante qui m’ est  toujours resté cheville à l’âme.

L’officiant doit faire prêter un serment à l’impétrant. Le respect des valeurs de l’article premier de la constitution, «  institution philanthropique, philosophique et progressive, la Franc-Maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique ; elle a pour devise : liberté, égalité, fraternité. »

Donc, il s’agissait pour moi d’affirmer solennellement l’engagement de respecter ces valeurs essentielles. Leur portée universelle m’apparaissaient évidentes.

L’officiant me dit : « Agenouillez-vous Monsieur, pour prêter votre obligation ». En ces moments-là, on ne discute guère alors je me suis agenouillé, un seul genou en terre.

Après avoir prêté mon obligation, l’officiant me dit –et tout ceci demeure gravé en moi : « Relevez-vous Monsieur et que ce soit la dernière fois que vous mettez un genou en terre ».

Cet appel clairvoyant à la liberté essentielle de l’homme résonne à mes oreilles encore aujourd’hui.

Les premières années furent assidues et intenses. J’y croyais. L’idéal nous fait avancer.

Arrive toujours un moment où la bêtise humaine, même si elle émane de frères animés des meilleures intentions, ressurgit et assène ses coups. Quelques déceptions ajoutées, il est vrai, à une affirmation d’un idéal du moi qui voulait exister aux yeux des autres et peut-être même des miens, réussir, parsemèrent la suite.

La Loge était laïque, voire laïcarde. Je fus élevé au biberon de la rationalité scientifique, frisant l’anticléricalisme, ce qui faisait qu’au nom de la liberté de conscience, la laïcité devenait dogmatique ; qu’au nom du respect de la tolérance, il fallait devenir des Saint Just du combat républicain. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté.

Une quinzaine d’années passèrent, des tempêtes affectives et d’autres morts, conjugués avec une vie professionnelle chargée où il s’agissait toujours de grimper sur d’éternels sommets pour toucher l’inaccessible étoile marquèrent cette époque.

Atteindre l’inaccessible étoile apparaissait comme le seul moyen d’être heureux, de changer le monde.

Je m’engageais en politique, chez les écolos (c’est d’ailleurs une planche d’un frère qui me montra cette évidence).

Et je dévorais Théodore Monod, René Dumont, Jean-Marie Pelt, Pierre Rahbi.

Le monde de la compétition, de la domestication de la nature, des nouvelles colonisations m’apparaissait absurde et inconscient, fou.

Il était possible par une prise de conscience politique de le changer. La Franc-Maçonnerie m’y invitait.

Construire un monde meilleur, être acteur, travailler au changement, au perfectionnement humain m’apparaissait indispensable.

En outre, les valeurs véhiculées alors par l’écologie, réponses « au assez rouler, on réfléchit » ou bien « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous empruntons celles de nos enfants », permettait une levée de la tête du guidon qui se voulait aussi une réponse au surmenage professionnel et personnel qui m’acidifiait l’intérieur.

Je perdais pied quant au sens. Je versais dans la dépression sans toujours m’en rendre compte. Ne pas atteindre, obtenir, régenter le monde et les autres me laissait gagner par des colères dévastatrices où si je ne plantais pas mon piolet en haut de l’Himalaya, je versais dans la fosse marine, dépression de moins de 8.807 mètres de profondeur.

Malgré tous mes efforts, je me sentais comme en exil.

La Franc-Maçonnerie ne m’apportait pas les réponses à ce mal de vivre, cette désillusion et ces colères.

J’essayais de mettre en œuvre ce qu’elle préconisait, les valeurs indiscutables et réelles qu’elle portait. Ca ne marchait pas, il manquait toujours quelque chose.

L’APPARITION DE LA GNOSE PETITE LUMIERE

Qu’est-ce que ce monde où je me sentais comme en exil ? Un ami de bien, un frère, un vrai, qui se reconnaîtra, me donna le bonheur d’aborder les rivages du rite écossais rectifié. La recherche de la vérité par un chemin spirituel devenait éclairante. Je participais ainsi, en restant au Grand Orient de France avec ses valeurs, à la Fondation de la Loge Abraxas, au Rite Ecossais Rectifié, dont le cœur est la Gnose. Qu’est-ce que la Gnose ? C’est la connaissance possible de Dieu.

A l’opposé de la croyance, la Gnose est connaissance.

Il s’agit de comprendre le mystère.

Valentin, penseur gnostique du IIème siècle à Alexandrie nous dit : « Ce qui est libérateur, c’est la gnose. Qui étions-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où avons-nous été jetés ? Qu’est-ce que la génération et la régénération ? Qu’est-ce que ce monde matériel où je me sens comme en exil ? Qu’est-ce que ce rêve de perfection me poursuit ? ».

Le rite écossais rectifié, riche de traditions chevaleresques et templières, fut l’ouverture sur ce chemin vers l’évidence de ma pratique actuelle.

Ce fut la petite lumière annonciatrice du rituel d’amour, son esprit de fraternité vécue, son approfondissement du cérémonial, sa quête spirituelle incessante.

J’avais trouvé ma voie maçonnique, cherchant, souffrant, persévérant. Ces trois étapes vécues pleinement et avec entêtement allaient bientôt être dépassées sans que je n’y prenne garde.

III.    GRANDE LUMIERE

Le mot Zen me parlait au cœur. Je ne savais pas pourquoi. Comme une intuition.

En septembre 2000, le hasard conduit mes pas au dojo Zen de LYON.

A l’époque j’étais comme une mouche qui voit la lumière derrière la vitre mais qui se fracasse la tête à vouloir la traverser pour aller vers la lumière, sans comprendre pourquoi elle se fracasse la tête.

J’allais ouvrir la fenêtre.

J’ai expérimenté, incrédule, la voie. La voie du Zen passe par l’expérimentation du corps car il n’y a pas de différence entre corps et esprit. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit donc de s’asseoir dans l’introspection verticale (comme celle de l’apprenti) et dans le silence, comme celui de l’apprenti.

Sauf que le corps est confronté au réel, à l’éventuel inconfort voire à la douleur et à la non-fuite et là, on rencontre ce que nous désignons sous le vocable « esprit ».

Que faire d’autre, ainsi, sans bouger, que d’observer son esprit ?

La première fois que je fis cette expérience, j’attendais quelque chose. S’il faut s’asseoir sans bouger, c’est qu’il y a un effet attendu à cette pratique, la pratique a un but et un intérêt à le faire.

Là non, rien de tout cela.

Je constatais qu’il n’y avait rien d’autre que moi face à moi. Et d’abord, moi, qui c’est ? qui pense ? qui est là ? quoi est là ? quoi pense ? quoi souffre ?

Il y avait dans cette assise néanmoins comme une étrange familiarité, une énorme surprise. Rien à trouver. Seulement renverser la dualité.

Les débuts furent ceux de la découverte du Bouddha, histoire jusqu’alors inconnue et mythifiée.

Je fréquentais le dojo une fois par semaine, puis deux fois. Puis vint le temps d’une retraite ou sesshin qui veut dire « rencontre avec l’esprit ».

Expérience inoubliable bien que physiquement éprouvante. J’expérimentais comme un essentiel, un dépouillement, un examen de l’esprit.

Je revenais de cette sesshin bouleversé, pleurant de joie, j’avais trouvé ce que je cherchais depuis toujours, ce dont je n’avais en fait jamais été séparé.

Je trouvais d’étranges consonances entre la chevalerie gnostique templière et la voie du samouraï. Je fis un travail sur la question, constatais nombre de convergences.

Au fur et à mesure de la pratique, de l’expérimentation, la voie devenait tous les jours plus évidente. C’était comme si devenu aveugle, j’avais perdu la vue et que je la recouvrai progressivement.

Il était comme naturel que j’approfondisse, le sens de ma vie apparaissait enfin retrouvé : moine Zen. Tout me parlait, était comme familier.

Le retour sur soi, cette attention portée sur chaque geste, l’imprégnation de l’instant présent, l’unité corps et esprit. C’était comme rentrer chez moi ou tout au moins, je savais où se trouvait désormais ma maison.

De quelques convergences

« La sagesse n’est pas une culture, elle n’est pas l’intelligence. Elle vient d’un état, d’une ouverture si complète à la vie qu’elle en devient expression pure. Elle exprime la vie dans sa pureté cristalline avec ses attributs d’amour, de conscience, de liberté, de justice. » Alain Chevillat de Terre du Ciel

Franc-Maçonnerie et philosophie Zen ou bouddhiste convergent sur de nombreux points : tolérance, adogmatisme, écoute de l’autre qu’on appelle cela fraternité ou compassion, travail sur soi, voie de perfectionnement, intériorité, introspection, verticalité, silence de l’apprenti.

Chacun de ces termes mérite à lui seul un chapitre.

Convergence entre principe de laïcité et bouddhisme qui serait une religion laïque, une religion sans Dieu.

La liberté me semble être la convergence la plus essentielle.

Liberté absolue de conscience, dit la Franc-Maçonnerie. C’est le premier principe du triptyque « liberté égalité fraternité ».

C’est l’idéal de rompre ses chaînes, toutes ses chaînes. C’est ne plus dépendre que de sa conscience pure, de sa vérité intérieure, forgée dans le doute, voire dans la raillerie ou le rejet, dans l’insoumission du gnostique, la révolte des esclaves.

Victor SCHOELCHER était franc-maçon.

Il est dit dans l’Ecclésiaste « Le saint le sage ne discute plus, ne dispute plus et comme l’or est éprouvé dans le feu, il est éprouvé dans la fournaise de l’humiliation ».

La lucidité non complaisante avec l’ordre établi, la capacité incessante de se tenir debout après avoir trébuché.

Se relever contre l’injustice, la bêtise, la prétention.

Cette valeur du courage de l’entêtement, de la capacité à douter, ces deux voies de sagesse : élévation initiatique, chemin d’éveil, je les ai vécues par étapes et la voie du Zen m’apparaît comme un prolongement de la voie de la Maçonnerie.

Et si j’ai aperçu de singulières coïncidences (par exemple, la valeur du travail qui est la rédemption de l’homme  dans la Franc-Maçonnerie; là où le Zen dit « un jour sans travail, un jour sans manger »)  singulière coïncidence  mais qui est encore insuffisante.

Car la Franc-Maçonnerie  ne m’apparaît que comme un préliminaire esquissé qui devient insuffisant lorsque justement elle se complait dans le suffisant.

DIVERGENCES ET COMPLEMENTARITES DE QUELQUES PROPOS VOLONTAIREMENT ICONOCLASTES

Le lieu unique, superposable de ces deux traditions, me semble être le « Etudie-toi toi-même » de Socrate, inscrit au fronton du temple de Delphes, et ce n’est que la première marche de l’escalier alors que selon Dogen, il y en a cinq.

1. Etudie-toi toi-même 2. Oublie-toi toi-même 3. Lorsque tu t’es étudié et oublié, tu peux vivre l’harmonie (il dit être certifié par tous les êtres et le cosmos) 4. Alors s’expérimente que corps et esprit sont laissés tomber, que l’on n’en dépend plus, existant ou non-existant. 5. Que s’expérimente alors un éveil sans trace d’éveil.

Et je pense que la Maçonnerie reste au stade 1.

Il ne me semble pas qu’elle soit toujours le lieu de l’oubli de soi, de l’humilité, de l’amour vécu, d’une forme de dépouillement nécessaire.

Ce serait plutôt le lieu projeté du parler, de la verbalisation.

Bien sûr, il est essentiel de réfléchir sur le monde et son devenir, sur toutes les possibilités d’en modifier l’absurde et la Franc-Maçonnerie a beaucoup œuvré et continuera sans doute à le faire pour améliorer le sort de l’humanité pour construire sans relâche un monde meilleur, mais elle demeure trop souvent au niveau du citoyen consommateur, réfléchissant d’éthiques et de lois.

Elle n’évite pas notre monde d’enfants gâtés occidentaux, insatisfaits et névrosés. Parfois, elle se complaît et vit du système. Elle croit au bonheur par la possession et la satisfaction des désirs.

Si elle veut améliorer ou changer le monde, elle entretient le narcissisme de ses acteurs.

A vrai dire, ce n’est guère étonnant car la Maçonnerie ne connaît que peu la dimension du corps. Elle se définit elle-même comme un laboratoire de pensée. Elle a perdu sa dimension opérative au sens très physique du mot, elle vit dans le monde des idées, de l’idéal, d’un monde rêvé, imaginé, différent de l’actuel, sans doute lumière pour construire un monde meilleur et ne voyant pas l’essentiel de d’ici et du maintenant ; différent parce que voulant, entretenant ainsi la dualité, source de souffrance.

Elle désire un autre monde, le construit en projet dans une cité idéale à atteindre, rêvée et espérée mais refusée comme n’étant pas de ce monde, cultivant de nouveau l’idée judéo-chrétienne d’un monde meilleur après la mort ou après la science mais jamais ici et maintenant.

Et si, si elle est nécessaire, elle n’est manifestement pas suffisante à qui veut réellement changer le monde.

Et je veux au contraire témoigner que changer le monde est possible d’abord et surtout par notre changement intérieur, de passant de sa vie, être passeur.

La pratique du Zen est d’abord une expérience, aussi simple que difficile à décrire avec des mots et du coup, il n’est pas si sûr que cela qu’au début était le verbe. On peut demander : au début de quoi ?

Au début de notre mental ? de notre volonté de discrimination et de domestication du monde sans doute, au début de notre raison, certainement, au début de notre capacité d’identité.

La pratique du Zen aboutit à nous montrer, à nous apprendre, à cesser d’être le jouet de notre mental, d’en être l’instrument, d’en être dépendant, esclave ou soumis.

Il enseigne la véritable liberté, la libération de cette emprise du mental qui ne devrait être qu’un instrument, sans doute merveilleux comme permettant la pleine conscience mais non et surtout pas la preuve ni la marque d’une identité substantielle d’un moi, l’inaltérable et l’immortel apparaissent lorsque le moi s’efface, se dissout quasi-proportionnellement à cet effacement.

L’éveil ne peut être à mon avis que graduel. La dissolution n’est jamais instantanée ou bien au dernier moment de la désintégration.

Et c’est pourquoi la question qui est posée à tout candidat à l’état de moine Zen est : Qu’abandonnes-tu ?

Cette question qui engage au dépouillement, à l’essentiel lâcher prise, à la frugalité, à la vision de l’inutile qui nous charge, aux valises trop lourdes à déposer (qui nous oblige à les porter ?), renoncement permettant d’entrevoir le chemin de la liberté, celui où nous devenons libres de nos attachements, non pas qu’ils n’existent pas, est le vrai sens de la vacuité, libre de nos  adhésivités, où nous cessons de perdre ou de gagner, de combattre ou de fuir, où les choses sont enfin prises pour ce qu’elles sont, ineffables parce que réelles.

Au-delà des mots du langage, de nos concepts, de nos idées, là où il n’existe pas de séparation, de peur, de démon intérieur, de début ou de fin.

Extrait du  SHODOKA :

« J’ai traversé montagnes et vallées, j’ai rencontré de nombreux maîtres et j’ai pratiqué le Zen. Depuis que je pratique la voie, vie et mort ne me concernent plus ».

Ayant touché ma véritable nature, que peut-il m’arriver ?

Ainsi, le Zen nous ramène à notre condition normale, d’être dans l’unité, dans l’instant présent qui est la même chose que l’éternité selon Einstein et Dogen, l’immersion dans le réel, le véritable esprit est l’esprit qui ne demeure sur rien, dit un Maître chinois du Vème siècle.

Ainsi, alors que par Zazen, j’expérimente la percée de la non-séparation, la démarche du zen étant d’inclure, d’englober, de ne plus discriminer, de ne plus rejeter qui est l’autre, pas un autre moi-même, l’autre c’est moi dans l’interdépendance, l’air que je respire, l’eau que je bois, le minéral qui me constitue sont les mêmes éléments que ceux des arbres, des forêts et des animaux de la terre.

Même au Rite Ecossais Rectifié, il existe une certaine mise à l’écart du  non initié, du profane à qui il ne faut pas montrer la lumière qui a éclairé nos travaux. Je ne peux pas être d’accord avec cette fermeture élitiste.

Le travail d’être humain éclairé solidaire est de ne pas garder pour soi plus ou moins jalousement les trésors qui nous ont été provisoirement remis. Transmettre est un impératif catégorique à tous, sans distinction.

Personne n’est vraiment incapable ou définitivement rayé de la carte.

Cela étant, la liberté de la Maçonnerie m’ a aussi enseigné ce bien précieux du refus d’obéir à ce qui est injuste, fut-ce à son Maître.

La Maçonnerie m’a mis sur la voie, elle m’a montré dans la voie à ne pas faillir ni transiger sur l’essentiel. Moine zen parce que Franc-maçon.

Qu’il existe une saine désobéissance, qu’il n’existe pas de relation de maître à esclave et que le véritable maître est l’égal de son esclave.

« Le sable se disperse et le mouvant demeure, Tout ce que nous croyons établi pour toujours, Un jour ou l’autre finit en morceaux. Ce n’est pas l’eau qui passe qui demeure, C’est le fait même de changer qui est permanent. »

Notre état normal que je touche en méditation est d’être en harmonie avec l’éparpillement des quatre éléments qui nous composent : eau, air, terre, feu, qui nous constituent pour un temps, avec ce miracle de la pleine conscience, que nous restituons en retournant à l’Essentiel qui est sans début ni fin, le Cosmos, l’Univers, le Grand Architecte de l’Univers, Dieu, si on veut.

Jean-Marc BAZY est Moine Zen. Il exerce la profession d’avocat. Il a reçu le Certificat de la Transmission de Maître Japonais Gudo Wafu NISHIJIMA  ( traducteur du SHOBOGENZO de DOGEN). Il est président de L’association DOGEN SANGHA.

SOURCE :

Variation sur un itinéraire : moine zen et franc-maçon dans Recherches & Reflexions

Bienvenue sur le site de l’association zen Dogen Sangha à Lyon-Villeurbanne, centre de pratique de la méditation assise. Les séances de méditation ont lieu au temple Gudo-Ji 156 ter Cours Tolstoï 69100 Villeurbanne

http://dogensangha.fr/index/le-zen/ecrits/variation-sur-un-itineraire-moine-zen-franc-macon/?fbclid=IwAR08lF6iVYcvETfbgPxmATlxaTt6sf8jrRyl9jWI_lfV4ytOGNZktElrLPo

 

Déportation des Franc-maçons 3 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Déportation des Franc-maçons

Deportation FM-2016

Il semble que les Franc-maçons n’aient pas eu de marque distinctive spécifique dans les camps, car ils n’étaient en général pas déportés « seulement » pour leur appartenance à la franc-maçonnerie.

«Les Maçons surveillés ne furent pas arrêtés et déportés en tant que tels, mais en raison généralement de leur appartenance et de leur participation à un quelconque « foyer » de Résistance.».

Ils étaient donc considérés comme des politiques, sauf s’ils avaient été arrêtés pour d’autres raisons, avérées ou non d’ailleurs (marché noir, homosexualité, …).

«Au nouvel arrivant était remis un triangle de couleur variable selon le motif de son incarcération : les détenus politiques […], portaient le triangle rouge ; les droit commun en détention préventive (BV) ou effectuant leur peine en camp (SV), le triangle vert (celui de ces derniers portant la lettre S) ; les témoins de Jéhovah […], le triangle violet ; les apatrides ou émigrés, essentiellement des Espagnols (internés après la défaite de la France), le triangle bleu ; les asociaux, le triangle noir ; les homosexuels, le triangle rose ; les Tsiganes, le triangle brun ; les juifs […], un triangle jaune avec un filet noir ; les juifs internés dans le cadre strict des persécutions raciales et momentanément épargnés pour être contraints au travail […], une étoile jaune ; les juifs internés pour une autre cause, un triangle jaune pointe en bas qui se superposait à un triangle d’une autre couleur ; les politiques internés pour la seconde fois, une barrette rouge au-dessus du triangle rouge ; […]

Il semble que pour les mêmes raisons, on n’ait que des chiffres approximatifs du nombre de franc-maçons déportés et sans détails des motifs de leur déportation.

«Service des sociétés secrètes : bilan approximatif.

170 000 fiches de « suspects établis ».

60 000 fiches de Franc-maçons.

6 000 Franc-maçons inquiétés.

989 Franc-maçons déportés.

540 fusillés ou morts en déportation.

Pour le « Grand Orient de France », les chiffres des victimes sont les suivants : 5 210 Franc-maçons inquiétés, 219 déportés, 117 fusillés ou morts en déportation.

Pour la « Grande Loge de France », 1 250 Franc-maçons inquiétés, 520 déportés, 180 fusillés ou morts en déportation.

Pour le « Droit humain », 1 540 Franc-maçons inquiétés, 59 déportés, 31 fusillés ou morts en déportation ».

«540 maçons furent fusillés, 989 furent déportés.

«Au total, la maçonnerie fournira quelques 2 000 à 3 000 combattants à la Résistance. Un millier de Franc-maçons seront déportés et environ 600 connaîtront la mort, fusillés, tués au combat ou dans les camps.»

Ce qui est parfaitement étudié, c’est « la chasse aux sorcières » dont ont été victimes les franc-maçons.

«Rétrospectivement, l’ardeur mise à pourchasser les franc-maçons surprend. Dans l’imaginaire de leurs adversaires, les loges fomentaient un complot permanent, aux ramifications internationales. On leur attribuait une solidarité, un pouvoir et une extension démesurée, parlant de 100 000 à 150 000 frères initiés (on établira 170 000 fiches de  » suspects « ), ce qui est fort exagéré, puisque, selon des sources fiables, les deux principales obédiences regroupaient en 1939 45 000 frères : 29 000 pour le Grand Orient de France, 16 000 pour sa rivale, la Grande Loge de France (ajoutons le Droit humain, avec 3 000 membres, et 1 500 maçons de la Grande Loge nationale française). Les franc-maçons avaient beaucoup d’ennemis : bien des catholiques voyaient encore en eux les instigateurs de la Révolution française ; une partie de la classe politique un Etat dans l’Etat, surtout la droite conservatrice, qui faisait du Grand Orient le vivier de la gauche non communiste. Le pouvoir économique et social qu’on leur attribuait avait suscité le mythe étonnant de la Synarchie d’Empire, organisation maçonne souterraine qu’on disait acoquinée à de grandes banques.

LA loi du 13 août interdisait les  » associations secrètes  » et obligeait  » les fonctionnaires et agents de l’Etat à souscrire une déclaration à leur sujet « . Et si, dans le texte, la franc-maçonnerie, curieusement, n’était jamais nommée, six jours plus tard un décret constatait  » la nullité du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France « . L’exposé des motifs arguait que les sociétés secrètes, où étaient entrés nombre de fonctionnaires, menaçaient le redressement national. Un service des  » sociétés secrètes  » fut confié à Bernard Fay, spécialiste de la Révolution, professeur au Collège de France.»

295333_3732429167999_1172694861_n

Source :

guichetdusavoir.org

Le Guichet du Savoir est un service gratuit de Questions-Réponses de la Bibliothèque municipale de Lyon. Réponse garantie en 72h max.…

LE SECRET DE L’HOMME ÉTOILE 29 juin, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

 

 

Image de prévisualisation YouTube

la forme & la pierre, triskell, pierre de vie 27 juin, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
la forme & la pierre, triskell, pierre de vie J. Bonvin

Édition MOSAÏQUE

 2002

triskel0

« Il y a cinq ans, Jacques Bonvin présentait les premiers résultats de ses travaux sur la tripartition des énergies. Aujourd’hui, dans ce nouveau livre revu et augmenté, il nous apporte d’autres révélations tout aussi troublantes, touchant l’action des formes sur notre santé et notre environnement. De nouvelles recherches enrichies de témoignages et de travaux de laboratoires de biophysique, spectrophotographies Kirlian ou Bioélectronique de Vincent.

Cette approche particulièrement riche se révélera utile à la fois pour le géobiologue ou le thérapeute, mais surtout pour le particulier, qui trouvera là des informations essentielles sur la dénitratation de l’eau, la régénération alimentaire, ou comment améliorer de façon considérable la production de son jardin, sans engrais, afin de retrouver le goût des légumes et des fruits sains.

Sensibilisé par le monde des formes, Jacques Bonvin retrouve aujourd’hui un principe de vie venu du monde des Celtes, qui est un apport incontestable pour les chercheurs de l’énergétique.

 

Une forme qui agit, parce que son procédé de fabrication géopolymérique est le même que celui utilisé par les anciens Égyptiens pour construite la pyramide de Kheops : le principe de la Pierre Coulée ! Une forme qui est une réalité régénératrice des principes de vie de l’Univers, une source de guérison tant physique que spirituelle ! »Pour Jean Servier, le Triskell ou Triscele est le symbole de l’évolution de l’homme dans le cosmos.

Le terme triskèle (triskell ou triskel) est issu du grec τρισκελης, “triskélès” signifiant à “trois jambes”. Bien qu’on prête communément une origine celtique à ce symbole, ce n’est en réalité que partiellement exact.

S’il est vrai que ce peuple en fit un usage fréquent durant le second âge du fer que l’on appelle la Tène (Ve – IIe siècle av. J.-C.), le triskèle était représenté par l’homme depuis la période Néolithique, comme en témoigne le tombeau de Newgrange, daté d’environ 3 200 avant notre ère. Le symbole est gravé à plusieurs endroits, notamment sur une grande pierre à l’entrée. il aurait donc été utilisé plus de 2 500 ans avant que les celtes soient présents en Irlande.

Après avoir été oublié un temps, le triskèle réapparut à la fin du VIe siècle dans l’art Mérovingien, avant d’être à nouveau mis de côté sauf en Irlande, où il reste présent sur de nombreux monuments et enluminures. Le symbole du triskèle fut populaire dans les milieux druidiques dès la fin du XIXe siècle. Dans les années 1914, il fut redécouvert en Bretagne, notamment dans des revues à caractère nationaliste. Ultérieurement, il fut propagé par le Parti national breton qui l’adopta comme insigne en 1940. Il est encore utilisé de manière officielle en Irlande (Il figure également sur le drapeau de l’île de Man).Le renouveau de la musique celtique et son succès (Alan Stivell par exemple) contribua largement à faire connaître le symbole. La mode du triskèle popularisée par les médias et les promotions de concerts se propagea en Bretagne puis un peu dans toute la France, sous forme de logos, de bijoux, de vêtements etc. Aujourd’hui, le triskèle est fortement installé dans l’image symbolique de la Bretagne.

Un triskèle représentant trois jambes est également présent sur le drapeau de la Sicile depuis 1285.La signification et la symbolique du triskèle donnent lieu à de nombreuses interprétations. En effet, il est difficile de donner au triskèle celtique une symbolique exacte, la transmission du savoir chez les druides n’ayant été effectuée que de manière orale. La forme giratoire et courbée de ses branches serait symbole de dynamisme, de mouvement et d’enthousiasme en opposition à tout ce qui est droit et figé. C’est donc un symbole de la vie.

En breton, il signifie les « trois rayons ». Certains, comme  l’archéologue et historien Venceslas Kruta, reconnaissent la nature solaire du triskèle. Le symbole pourrait représenter dans l’iconographie celtique les trois points du mouvement du soleil : le lever, le zénith et le coucher.

Dans la mythologie celtique, le panthéon des dieux est au nombre de trois: Lugh, Daghda, Ogme. Le triskèle pourrait les représenter. Il pourrait également incarner la déesse unique sous ses trois aspects: fille, mère, épouse.

Le triskèle pourrait  aussi symboliser le temps qui passe : passé-présent-avenir ou encore les trois âges de la vie (enfance-maturité-vieillesse)

le triskèle pourrait incarner les différents états des êtres humains : éveillé, endormi ou rêvant

il est également admis qu’il pourrait représenter les « Trois Mondes » : le monde des vivants, le monde des morts et le monde des esprits.

le triskell pourrait symboliser les trois éléments (eau, feu et terre), avec éventuellement l’air comme élément central. Cette signification ramène également aux trois états de la matière (solide, liquide, gazeux)

Certains pensent tout simplement que le triskèle serait un symbole végétal inspiré du trèfle. (voir notre article “signification des symboles : le trèfle”)

La symbolique du triskell nous amène à nous intéresser à celle du chiffre 3. En effet, Le 3 a une symbolique particulière. Outre le symbole celtique, La trinité, le symbolisme du triangle franc-maçonnique et bien d’autres choses font de ce chiffre, un chiffre à part. Le chiffre 3 est en premier lieu le symbole de la trinité, de l’union. Il est régulièrement associé à l’enfant, fruit de l’union entre l’homme et la femme (1+2 = 3). Il représente l’aboutissement, l’accomplissement et l’équilibre des forces. Bien qu’il soit très fortement associé au Christianisme, il n’est pas absent des autres religions comme de l’islam par exemple. Plus largement, le chiffre 3, se retrouve dans nombres d’éléments comme nous avons pu le voir concernant la symbolique du triskèle : les trois dimensions de l’espace (hauteur, longueur, largeur) ou les trois dimensions du temps (passé, présent, futur ou enfance, maturité, vieillesse).

Les trois états de la matière (solide, gazeux, liquide), les trois couleurs primaires (bleu, rouge et jaune) à l’origine de toutes les autres couleurs. Le chiffre 3 est également associé aux Trois mondes (spirituel, intellectuel, émotionnel), aux trois phases de la lune et aux trois règnes (animal, végétal, minéral) Dans la mythologie grecque, trois dieux se partagent le monde : Zeus le ciel, Hadès la terre  et Poséidon l’eau (La terre étant Gaïa) ;

Dans l’islam, les minarets des mosquées sont souvent surmontés de trois boules et d’un croissant. Ces trois boules symbolisent les trois mondes, céleste,  » intermédiaire  » et terrestre. Le croissant figure un quatrième monde, à savoir le monde inaccessible de Dieu.

Dans le Christianisme, le Dieu unique est représenté par le Père, le Fils et le Saint Esprit. C’est d’ailleurs, pour les Chrétiens, la perfection de l’Unité divine : Dieu est Un en trois Personnes. 3 est également le nombre de vertus théologales (foi, espérance et charité)

Chez les bouddhistes on compte trois caractéristiques de l’existence (impersonnalité, impermanence et insatisfaction) ainsi que trois « Poisons » (avidité, ignorance, colère). Le Bouddhisme possède également son expression achevée en un Triple Joyaux, ou Triratna (Bouddha, Dharma, Sangha).

Les taoïstes considèrent que le nombre 3 est parfait. Trois est universellement reconnu comme un nombre fondamental. Il exprime un ordre intellectuel et spirituel, en Dieu, dans le cosmos ou dans l’homme. Dans la mythologie chinoise, on retrouve les trois singes de la sagesse. Le caractère chinois Tsi, anciennement figuré par le triangle, exprime la notion d’union et d’harmonie. Ce triangle est d’autre part un symbole de la Grande Triade chinoise.

triskel1

 

 

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie 18 juin, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie

487486_367046356665184_1288233720_n

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 7 avril 2019

 

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie par Jean Mallinger

1. Les légendes

De même que l’on attribue à l’Ordre Maçonnique en général des origines légendaires — soit le Temple du roi Salomon, soit l’Ordre des Templiers, soit les collèges romains d’artisans —, chacun des rejetons de l’arbre maçonnique tente de se rattacher à une source aussi antique que possible.

Les rites dits « égyptiens » de la Maçonnerie n’échappent pas à cette règle ; ils tiennent, au surplus, dans la grande famille triangulaire une place particulière : leur échelle d’instruction comporte 90 degrés — sans compter les grades administratifs, qui se terminent au 98e, depuis la réforme de 1934.

Interrogeons l’abondante documentation que ces rites originaux soumettent au jugement de l’histoire.

Une première version nous est présentée par le grand propagandiste du rite de Misraïm en France, Marc Bédarride — né en 1776 à Cavaillon, dans le Comtat venaissin — dans son ouvrage sur cette Obédience (1).

Selon cet auteur, dépourvu de tout sens critique, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Bédarride s’en réfère à l’Ancien Testament ; selon lui, c’est Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l’humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l’établit en Égypte, sous le nom de « Mitzraim » : c’est-à-dire les Égyptiens. C’est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l’ésotérisme. C’est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cécrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc-Aurèle, Maïmonide, etc., tous les instructeurs de l’antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

Le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est le propre père de l’auteur, le pieux Gad Bédarride, maçon d’un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d’un mystérieux Initiateur égyptien, de passage en son Orient et dont l’on ne connaît que le « Nomen mysticum » : le Sage Ananiah (2). Cet envoyé le reçut à la Maçonnerie égyptienne.

Signalons ici que ce n’est pas là la première allusion historique au passage d’un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en a donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l’ouvrage de Bédarride : c’est l’initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signale, lui aussi, le passage du missionnaire Ananiah dans le Midi de la France, en l’année 1782 (3).

Une seconde version, bien différente de la première, sur l’origine de la maçonnerie égyptienne nous est contée par le polygraphe français Jean-Étienne Marconis de Nègre, fils du créateur du Rite de Memphis.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l’apôtre St Marc, l’évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre « séraphique » nommé Ormus, habitant d’Alexandrie. Il s’agit évidemment d’une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s’appliquer qu’à une catégorie d’anges bien connue des dictionnaires théologiques ; remplaçons-le ici par celui de « prêtre du culte de Sérapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Égypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l’Essénisme palestinien, dont les descendants auraient à leur tour communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Palestine, qui les auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé à Upsal, à cette époque et introduits par après en Écosse, un Ordre de maçons orientaux (4). Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

Le nom même du vulgarisateur varie d’ailleurs avec les années. D’Ormus, il devient Ormésius dans un autre ouvrage de Marconis (5).

Divers auteurs font allusion à cette version (6). Soulignons, dès à présent, que ces deux versions parallèles — aussi fantaisistes l’une que l’autre — prouvent toutes deux la profonde ignorance de leurs propagateurs.

L’Égypte est, dans l’histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien.

Sans doute, au moment où Napoléon fait sa campagne d’Égypte, l’on sait encore très peu sur la religion, l’écriture, le symbolisme de l’ancienne Égypte : Champollion n’avait pas encore découvert la clé des hiéroglyphes : il ne devait faire sa première et sensationnelle communication sur l’alphabet égyptien qu’à la date du 17 décembre 1822.

Que connaissait-on de l’Égypte à cette époque ?

De véritables fables couraient sur elle ; ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable ; deux Allemands, pleins d’imagination, von Koppen et von Hymmen avaient lancé depuis 1770 un rite théâtral, appelé : Crata Repoa, qu’ils traduisaient fort faussement par : Silence des Dieux, où l’initiation antique qui se donnait dans la Grande Pyramide était « fidèlement reproduite » par une réception symbolique à sept degrés successifs (Pastophore ; Néocore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.) d’une lamentable fantaisie. Deux Français, Bailleul et Desétangs devaient en diffuser une version française en 1821. De son côté, l’abbé Terrasson avait déjà montré la voie, dans son roman initiatique : Sethos (7).

La « mode » des initiations « à l’égyptienne » avait d’ailleurs conquis Paris et devait provoquer l’inquiétude, puis la réaction sévère des autorités maçonniques de l’époque (8).

II. L’histoire

Interrogeons des contemporains et demandons-leur ce qu’ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France.

Levesque qui rédigea en 1821 un « Aperçu général historique » des   sectes maçonniques de son temps parle en ces termes du nouveau venu : le rite de Misraïm, « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s’établir à Paris. Il venait du Midi de l’Italie et jouissait de quelque considération dans les Îles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Égypte (9). »

Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Thory (1759-1817), qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur (10).

Il précise : « Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille. »

Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n’en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué (11). »

Nous verrons plus loin l’extrême importance de cette observation.

Abordons maintenant Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bédarride, devint leur implacable adversaire.

Il nous apprend — il est ici un témoin oculaire — que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les FF. Joly, Gabboria et Garcia leur avaient été conférés à Naples en 1813. Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne (12) et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés de ce Rite, le célèbre « auteur sacré de la maçonnerie », spécifie : « Nous reproduisons les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les ff. Joly, Gabboria et Garcia. Tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu’énoncent les FF. Bédarride. » Et il ajoute ailleurs en note : « Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui forment tout le système philosophique du vrai rite de Misraïm, satisfait l’esprit de tout maçon instruit… (13) »

LIRE  Rituel d’Apprenti de la Stricte Observance Templière

Le 1er août 1818 paraît à Bruxelles une défense du rite de Misraïm, signalant un ouvrage paru à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d’in-quarto (14).

Nous avons d’autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez Remy, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778.

De ces éléments, nous pouvons déduire : 1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ; 2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bédarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum : Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l’historien Thory, dont on craignait les divulgations.

On comprend aussi l’avis de Ragon : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés philosophiques de Naples (15). » Le fait que Bédarride signale que son mystérieux Ananiah ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l’Italie (16) prouve qu’au moins ce point de son histoire du rite n’est pas dépourvu de vraisemblance historique. C’est donc avec raison que l’historien Waite repousse comme très douteuse l’hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent « l’invention » de ce rite à un nommé Lechangeur, à Milan, en 1805 ! (17) »

Voici maintenant un nouvel élément, digne d’intérêt : le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d’Isis 18. Or, Isis est le mot sacré d’un des degrés de Naples.

L’on peut se demander si Bédarride a connu Cagliostro. Il faut répondre par l’affirmative ; il ne conteste ni la réalité de son initiation en Égypte ni celle de ses pouvoirs, il se borne à lui reprocher d’avoir, en France, fait un rite égyptien personnel.

3. La philosophie du Misraïmisme

Si la maçonnerie est, en général, l’héritière et la propagandiste inlassable d’une morale sociale, qui vise, avant toute autre chose, à nous apprendre à nous transformer, par une discipline progressive, en « pierre taillée », en « pierre cubique », au lieu de demeurer une « pierre brute », inutilisable au bonheur de tous ; si elle impose à ses adeptes le respect le plus absolu des idées d’autrui, la plus parfaite égalité, une tolérance permanente et une fraternité réelle, si elle leur demande de chercher en toute chose la vérité et de pratiquer la justice, il va de soi que ces impératifs éthiques n’ont, ni de près ni de loin, aucun rapport avec l’initiation, dans le sens le plus élevé de ce mot.

Si par ce vocable nous entendons : « la communication de certains secrets d’ordre cosmique à un petit nombre d’élus, susceptibles d’en faire un bon usage », la maçonnerie actuelle n’est pas une école initiatique : elle ne donne aucun enseignement dogmatique ; elle respecte obligatoirement l’opinion de tous et celle de chacun ; elle n’est pas une université d’occultisme ; elle n’est pas dirigée par une hiérarchie de didascalies, qui enseignent des néophytes et leur transmettent secrets ésotériques et pouvoirs initiatiques ; ses dirigeants sont en certains pays des athées convaincus, que seul le progrès matériel et social intéresse directement ; sans doute, elle donne la plupart de ses instructions par le canal traditionnel du symbolisme ; mais ce dernier n’est pas religieux ; n’a pas de tendance mystique et repousse au contraire nettement toute intrusion d’un élément irrationnel dans la formation qu’elle donne à ses élèves (19) ».

Toute différente était la maçonnerie du 18e siècle ! Elle ne groupait, en la plupart des rites, que d’ardents spiritualistes. Loin de se limiter à la recherche du bonheur humain, à l’émancipation des esprits, à l’éducation du cœur, elle mettait sa préoccupation essentielle dans la conquête de la Vérité, dans l’effraction des mille secrets de la Nature, dans les expérimentations les plus hardies dans le domaine spirituel. De là, cette extraordinaire floraison des rites les plus variés, des obédiences les plus singulières, des hauts grades les plus mystiques et les plus hermétiques : pour nous en convaincre, il faut et il suffit de lire simplement la nomenclature des degrés qui constituent la maçonnerie égyptienne. Les religions, l’alchimie, l’hermétisme, la kabbale s’y rencontrent et s’y mélangent ; l’arbre de Misraïm est une école de secrets de toute espèce et ses quatre derniers degrés du régime napolitain, nous apportent les secrets les plus considérables de la tradition spiritualiste la plus vénérable.

L’on conçoit dès lors facilement le dédain, l’antipathie marquée, l’hostilité dont la maçonnerie égyptienne a toujours été, au cours de son histoire, la victime permanente de la part des autres rites.

Le Grand Orient de France battit, en ce domaine pénible, tous les records de la méchanceté, allant jusqu’à dénoncer le rite de Misraïm au pouvoir politique, à provoquer des perquisitions et des poursuites contre le rite de Misraïm, afin de rendre à ce dernier toute existence impossible (20).

Aussi certains dignitaires misraïmites parisiens eurent-ils la faiblesse de renoncer à certains de leurs grades supérieurs et tentèrent de se mettre au pas volontairement, en donnant aux matérialistes qui les critiquaient des gages de conformisme athée véritablement déplorables (21) — à ce prix, ils se firent facilement reconnaître.

 Mais ce n’est là que l’exception.

Les hauts grades du Rite n’ont jamais approuvé : ni la réduction de l’échelle égyptienne aux trente-trois degrés de l’écossisme, ordonnée par l’Hiérophante Pessina et mise en pratique en certains pays (notamment l’Argentine) ; ni la suppression de ses liturgies spiritualistes.

De tout temps, les « Arcanes » des quatre derniers degrés se sont transmis de façon régulière.

Peut-on dans une revue de vulgarisation destinée au monde profane, esquisser en ses grandes lignes un bref résumé de ce qui pourrait s’appeler : la philosophie de ce Rite ?

C’est là une œuvre nécessaire, car précisément Misraïm se distingue des autres Ordres maçonniques par la richesse de son enseignement ésotérique.

Un simple coup d’œil sur son organisation et sur son symbolisme suffit à définir son caractère.

1) Ses statuts authentiques — ceux de 1818 — montrent que cet Ordre est basé, non sur le nombre, mais sur la sélection ; non sur le vote de la masse, mais sur l’autorité de ses instructeurs. Le Grand-Maître, Souverain Grand Conservateur Général du Rite, Puissance Suprême, a tout pouvoir dogmatique et administratif au sein de l’Ordre. Il est son régent, ad vitam. Tout membre du 90e degré peut initier individuellement et sous sa propre responsabilité à tous les degrés successifs de l’Échelle du Rite. Au premier degré, un vote est exigé de l’atelier sur toute candidature de profane qui lui serait soumise, la majorité étant requise pour qu’une admission soit agréée.

Cette organisation est conforme aux traditions initiatiques. L’Hiérophante est le Père et l’instructeur de ses enfants spirituels. Il ne dépend pas d’eux, ce ne sont pas les enfants qui élisent leurs parents.

Ses collaborateurs directs, titulaires du dernier degré, ont le pouvoir d’initiation individuelle, en dehors de tout temple et de toute organisation. C’est là le précieux principe de l’Initiation Libre, qui a permis tant de diffusion à d’autres Fraternités initiatiques, telles que le Pythagorisme et le Martinisme.

LIRE  Rituel au Grade d’Apprenti selon le REAA

2) Ses symboles particuliers ne manquent pas d’intérêt : on y retrouve : d’une part le Triangle rayonnant, d’autre part, Le secret des Pythagoriciens, ainsi que le double Carré — Matière-Esprit — tout emboîté les uns dans les autres.

Les trois mondes sont symbolisés par trois cercles concentriques. La Kabbale y est représentée par l’Échelle de Jacob et les tables de la Loi, le courant égypto-hellénique, par le dieu Bélier Amon et l’Olivier sacré.

3) Ses enseignements ne sont pas seulement un compendium traditionnel des Vérités de l’ésotérisme. Ils confèrent de véritables secrets et assurent un Lien vivant avec l’Invisible.

Le parallélisme entre certains passages des Arcana et les traditions du rituel de Cagliostro est étonnant : par exemple : « le 89e degré de Naples donne, dit Ragon, une explication détaillée des rapports de l’homme avec la Divinité, par la médiation des esprits célestes ». Et il ajoute : « Ce grade, le plus étonnant et le plus sublime de tous, exige la plus grande force d’esprit, la plus grande pureté de mœurs, et la foi la plus absolue (22). »

Écoutons maintenant Cagliostro : « Redoublez vos efforts pour vous purifier, non par des austérités, des privations ou des pénitences extérieures ; car ce n’est pas le corps qu’il s’agit de mortifier et de faire souffrir ; mais ce sont l’âme et le cœur qu’il faut rendre bons et purs, en chassant de votre intérieur tous les vices et en vous embrasant de la vertu.

II n’y a qu’un seul Être Suprême, un seul Dieu éternel. Il est l’Un, qu’il faut aimer et qu’il faut servir. Tous les êtres, soit spirituels soit immortels qui ont existé sont ses créatures, ses sujets, ses serviteurs, ses inférieurs.

Être Suprême et Souverain, nous vous supplions du plus profond de notre cœur, en vertu du pouvoir qu’il vous a plus d’accorder à notre initiateur, de nous permettre de faire usage et de jouir de la portion de grâce qu’il nous a transmise, en invoquant les sept anges qui sont aux pieds de votre trône et de les faire opérer sans enfreindre vos volontés et sans blesser notre innocence (23). »

Ces rituels tendent tous au même but : purifier les assistants ; les plonger dans une vivifiante ambiance spirituelle ; les mettre en relation et en résonance sur les plans supérieurs à la débilité humaine ; les charger des grâces d’En-Haut.

C’est là, au fond, reprendre tout ce que le vieux courant égypto-grec avait enseigné à ses prêtres : Apollon descendait à Delphes et inspirait la Pythie ; Amon-Ra descendait à Thèbes et animait son image ; l’Invisible touche le visible, dans une osmose ineffable.

Tel n’est-il pas le seul, l’immense, l’indicible effet de l’Initiation véritable ? Donner à la vie un sens. Mener l’initié à la communion avec le Cosmos. Le ramener à sa Patrie céleste. Et si les rites modernes n’ont pas la puissance et le rayonnement des liturgies antiques, ils ont cependant cet avantage précieux de nous mettre sur le chemin de la Vérité et de nous donner une joyeuse confiance en nos destins…

Jean Mallinger, Avocat à la Cour d’Appel de Bruxelles.

Les plus belles prières des Rites égyptiens

I. Invocation pour l’ouverture des travaux au premier degré

« Puissance Souveraine qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seule, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous te saluons !

Reçois, ô mon Dieu, l’hommage de notre amour, de notre admiration et de notre culte !

Nous nous prosternons devant les Lois éternelles de Ta Sagesse. Daigne diriger nos Travaux ; éclaire-les de Tes lumières ; dissipe les ténèbres qui voilent la Vérité et laisse-nous entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, dont Tu gouvernes le monde, afin que, devenus de plus en plus dignes de Toi, nous puissions célébrer en des hymnes sans fin l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. »

Extrait de : Le Sanctuaire de Memphis, par le F. E.-J. MARCONIS DE NEGRE, pages 62-63, Paris, Bruyer, 1849.

II. Prière de clôture des travaux au premier degré

« Dieu Souverain, qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seul, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous Te saluons !

Pleins de reconnaissance pour Ta Bonté infinie, nous Te rendons mille actions de grâces, et au moment de suspendre nos travaux, qui n’ont d’autre but que la gloire de Ton Nom et le bien de l’humanité, nous Te supplions de veiller sans cesse sur Tes enfants.

Écarte de leurs yeux le voile fatal de l’inexpérience ; éclaire leur âme ; laisse-leur entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, avec laquelle Tu gouvernes le monde, afin que, dignes de Toi, nous puissions chanter avec des hymnes sans fin Tes ouvrages merveilleux et célébrer, en un chœur éternel, l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. » Gloire à Toi, Seigneur, gloire à Ton Nom, gloire à Tes Œuvres ! »

Id. : page 102.

III. Prière d’ouverture du Souverain Chapitre

« Seigneur, Père de Lumière et de Vérité, nos pensées et nos cœurs s’élèvent jusqu’au pied de Ton trône céleste, pour rendre hommage à Ta Majesté Suprême.

Nous Te remercions d’avoir rendu à nos vœux ardents Ta Parole vivifiante et régénératrice : Gloire à Toi !

Elle a fait luire la Lumière au milieu des ténèbres de notre intelligence : Gloire à Toi !

Accumule encore Tes dons sur nous et que, par la science et par l’amour, nous devenions aux yeux de l’univers, Tes parfaites images ! »

Id. : page 135

IV. Prière de clôture du Souverain Chapitre

« Dieu Souverain, Ta bonté paternelle nous appelle au repos. Reçois l’hommage de notre reconnaissance et de notre amour. Et pendant que le sommeil fermera nos paupières, que l’œil de l’âme, éclairé de Tes splendeurs, plonge de plus en plus dans les profondeurs de Tes divins Mystères ! »

Id. : page 137.

V. Prière sur un initié

« Mon Dieu, créez un cœur pur en lui et renouvelez l’esprit de Justice en ses entrailles ! Ne le rejetez point de devant Votre face ! Rendez-lui la joie de Votre assistance salutaire. Et fortifiez-le par un esprit, qui le fasse volontairement agir. Il apprendra Votre voie aux injustes ; et les impies se retourneront vers Vous… »

CAGLIOSTRO : « Rituel du 3e degré », page 65 (Éditions des Cahiers astrologiques, Nice 1948).

VI. Prière finale

« Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, Ame de l’Univers, que Tu remplis de Ta gloire et de Tes bienfaits, nous adorons Ta Majesté Suprême ; nous nous inclinons devant Ta Sagesse Infinie, qui créa et qui conserve toutes choses.

Daigne, Etre des êtres, recevoir nos prières et l’hommage de notre amour ! Bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi !

Éclaire-les de Ta Lumière Divine. Qu’ils n’aient d’autre but que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l’Ordre et le bien de l’humanité.

Veuille unir les humains, que l’intérêt et les préjugés séparent les uns des autres ; écarte le bandeau de l’erreur, qui recouvre leurs yeux. Et que, ramené à la Vérité par la Philosophie, le genre humain ne présente plus devant Toi qu’un peuple de frères, qui T’offre de toutes parts un encens pur et digne de Toi ! »

Extrait de : Marc Bédarride : De l’Ordre Maçonnique de Misraïm, tome II, page 419, Paris, Bénard, 1845.

Notes :

1 Marc BEDARRIDE : « De l’Ordre Maçonnique de MISRAÏM, de son antiquité, de ses luttes et de ses progrès », Paris — Bénard, 1845 — en deux tomes.

LIRE  Aleister Crowley & la Franc-Maçonnerie

2 Id. : Tome II, page 125.  Histoire répétée, par John YARKER dans son livre « The Arcane Schools », page 488, Ed. William Tait, Belfast, 1909.

3 VERNHES : « Défense de Misraïm et quelques aperçus sur les divers rites maçonniques en France », page 21, Paris, Imprimerie Constant-Champie, 1822.

4 J.-E. MARCONIS et E.-N. MOUTTET : « L’Hiérophante », page 6, Paris, 1839, chez Morel. E.-J. MARCONIS DE NEGRE : « Le Sanctuaire de Memphis », page 11, Paris, Bruyer, 1849. MARCONIS : « Le Soleil mystique », page 193, Paris, A. Goubaud, 1853.

5 « Le Temple mystique », page 7, Paris, octobre 1854.

6 Notamment : Reg. Gambier MAC BEAN : « Notes on the A. and P. Oriental Rite of Memphis », page 3, Palerme, 1927. Arthur WAITE : « A new encyclopaedia of Freemasonry », tome 2, p. 241, London, Rider, 1921.

7 cf. une version française des Crata Repoa dans la revue HIRAM, dirigée par le Dr PAPUS, fascicules 4 à 7 du 1er avril 1909 au  1er juillet 1909, Paris ; un résumé détaillé dans WAITE : « Encyclopaedia of Freemasonry », tome I, pages 218 à 225 ; et une réédition récente : « Freemasonry of the ancient Egyptians », par Manly HALL, The Philosophers Press, Los-Angelès, 1937. Une gravure sensationnelle, montrant l’initié passant par l’eau et par le feu à l’intérieur de la Grande Pyramide, avait d’autre part été publiée par Alexandre LENOIR (1761-1839) dans son livre : « La Franche Maçonnerie rendue à sa véritable origine », Paris, 1814. cf. cette gravure dans : Manly HALL, op. cit., page 81. Elle a paru dans l’ouvrage : « Histoire générale et particulière des religions et du culte de tous les peuples du monde », par le célèbre érudit Fr. H. DE LAULNAYE, tome I, Paris, Fournier, 1791 — il la reproduit d’après SETHOS dont la première édition date de 1728 (dessin de J.-M. MOREAU le jeune).

8 cf. dans Jean-Marie RAGON, Tuileur Général, Paris, Collignon, 1861, pages 250-252 : Compte rendu des tenues égyptiennes des 15 mai et 12 juin 1817. « Cette représentation fit fureur ; elle fit pâlir le symbolisme ordinaire, mais sa renommée fut par trop retentissante, tant l’admiration fut grande. »

9 LEVESQUE : Aperçu général et historique des   sectes maçonniques, page 105, Paris, 1821.

10 THORY : « Acta Latomorum », en deux tomes, pages 327-328, Paris, 1815.

11. Ibid.

12 RAGON : op. cit., pages 247 et 307, note I.

14 BRETEL, aîné : « Réponse à un libelle », page 7, publiée en août 1818.

15 RAGON : Tuileur 1856, page 307, note 1.

16 BEDARRIDE : « Histoire de Misraïm », tome 2, page 125.

17 WAITE : « Encyclopaedia of the Freemasonry », tome 2, page 75.

18 Sur CAGLIOSTRO, cf. « Vie de Joseph Balsamo, extraite de la procédure instruite contre lui à Rome en 1790 », Paris, éd.   Treuttel, 1791 ;   et : Dr Marc HAVEN : « Le Maître Inconnu, Cagliosto », Paris, Dorbon aîné, 1913 ; cf. aussi : « Rituel de la Maçonnerie Égyptienne », Nice, Ed. des Cahiers Astrologiques, 1947.

19 Oswald WIRTH l’a d’ailleurs précisé en 1931 de façon très claire : « Le penseur se fait lui-même : il est le fils de ses œuvres. La F. M. le sait, aussi évite-t-elle d’inculquer des dogmes. Contrairement à toutes les églises, elle ne se prétend point en possession de la Vérité. En Maçonnerie, on se borne à mettre en garde contre l’erreur, puis on exhorte chacun à chercher le Vrai, le Juste et le Beau » (« Le Livre de l’Apprenti », page 8, éd. Dorbon aîné)… Elle veut obliger ses adeptes à penser et ne propose, en conséquence son enseignement que voilé sous des allégories et des symboles… » (Id.)

Edmond GLOTON est tout aussi formel : « La F. M. est formée des éléments les plus disparates, tant au point de vue professions, confessions ou idéologies politiques ; les idées les plus contraires s’y affrontent, se confrontent, s’affirment, mais est-il possible de faire une synthèse de ces éléments disparates et de déterminer une moyenne ? Non, ce serait aller contre la Maçonnerie que de vouloir lui assigner une doctrine ; ce serait limiter son champ d’action. La F. M. ne mettant pas de limite à la recherche de la Vérité, ne peut avoir de doctrine. » (« Instr. Mac. du 1er degré », pages 96-97, 1934.

Le Dr Raymond CORBIN est plus affirmatif encore : « Nous avons vu que le symbole maçonnique n’est jamais, lui, figé dans une interprétation définitive et qu’il est au contraire toujours vivant, toujours nouveau et toujours rajeuni, renaissant peut-on dire, chaque fois qu’il est étudié et interprété par un nouvel initié. Il ne saurait donc être question entre la Maçonnerie et ses symboles des mêmes rapports que ceux que nous venons d’apercevoir entre les religions et leurs rites » (« Symboles initiatiques et mystères chrétiens », pages 111-112, 1929).

Et Edouard PLANTAGENET de conclure : « Nous l’avons dit, le maître maçon n’a pas plus à être un occultiste savant qu’un exégète subtil des mystères cosmogoniques. L’Initiation ne doit l’amener qu’à la pratique d’une vie supérieure, imprégnée de réel, de beauté, d’harmonie » (« Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu », page 41, Paris, 1931).

20 Cf. THORY : « Acta Latomorum », tome 2 ; cf. années 1818, 1819, 1821, 1822, 1836, où des exclusives, dénonciations, saisies eurent lieu en France et aux Pays-Bas. cf. l’intéressante étude parue en avril-mai 1935 dans le « Bulletin Mensuel des Ateliers Supérieurs du Suprême Conseil de France » — 8, rue Puteaux, Paris — numéros 4 et 5, sous la plume du F. Fernand CHAPUIS, sur l’histoire et les tribulations de la loge misraïmite de Besançon, en 1822. Il signale qu’en 1822, le rite avait en tout en France 73 ateliers de grades divers, notamment à Paris 7 loges et 15 Conseils.

21 cf. Rite Oriental de Misraïm ou d’Égypte — Fête d’ordre du 4 août 1889 — Paris — discours du F. Dr CHAILLOUX, Grand Secrétaire : « Mais vient l’instant où il lui est permis enfin de disposer de ses forces vives pour les mettre au service des idées de progrès ; cette institution est amenée par la force des choses à se transformer, à évoluer dans un sens progressif. Chez nous, la réorganisation a commencé par la refonte des rituels. Ces rituels ont été mis en harmonie, non seulement avec les principes maçonniques et démocratiques, mais avec les données scientifiques les plus modernes (pages 10-11). En supprimant complètement tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler le caractère si religieux de ce grade à son origine, la maçonnerie n’ayant et ne devant avoir rien de commun avec la religion… etc. (p. 12). Si on peut lire en notre Déclaration de principes imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable : l’existence de l’Être Suprême : l’immortalité de l’âme ; l’amour du prochain, on peut lire dans notre Constitution réformée : autonomie de la personne humaine, justice, altruisme (p. 13).

22 RAGON : Tuileur universel, page 307, 1856.

23 cf.   «Rituel de CAGLIOSTRO»,   pages 54,  55,   61,  62. L’enseignements de ce dernier est totalement étranger aux doctrines du Régime de Naples ; c’est celui inséré au 3e degré d’adoption de Cagliostro où il donne (cf. pages 140-142) les détails pratiques d’une opération, devant durer quarante jours et provoquer un rajeunissement complet de tous les organes physiques de l’adepte !   C’est là, évidemment, un symbole, que les gens crédules ont cru bon de prendre à la lettre : non seulement aucun d’eux n’a pu réussir cette cure « d’élixir de longue vie », mais Cagliostro lui-même a avoué un jour n’avoir jamais expérimenté ni réussi la méthode, dont il se faisait le propagandiste ! (cf.  Vie de Balsamo, page 206, 1791.)

SOURCE : https://www.esoblogs.net/6783/les-rites-dits-egyptiens-de-la-maconnerie/?fbclid=IwAR0zyeI2NQFYy93WHET9ZVLV4m1p6CnE1xFYS6caASneXQl6wDemCLoJgoc

EzoOccult

Le webzine d’Hermès

EzoOccult
  • EzoOccult

    EzoOccult, webzine ésotérique dédié à l’Alchimie, à la Kabbale, à la Gnose, à la Magie (Magick), à l’Astrologie, à la Franc-maçonnerie, au Martinisme et aux diverses philosophies occultes.

    Le site est géré par Spartakus FreeMann & Soror D.S.

 

12345...43

Atelier Ecrire Ensemble c&#... |
Au fil des mots. |
Spiralée |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Attala Blog
| jepensedoncjesuis13
| Les chroniques d'Astéria