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Androgyne 22 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Androgyne

 

D’après O. Wirth :

Le mot Androgyne vient du grec anêr (génitif andros) signifiant « homme » et de gunê « femme ». La chose double, l’Androgyne symbolisé par « Y » est un Rebis, un être double qui réunit en lui les principes opposés masculins et féminins.

L’Androgyne possède en lui les vertus masculines : l’énergie, le courage, l’audace, la forte affirmation de soi qui poussent à l’action et à la création.
Les vertus féminines contrebalancent cette exaltation. La douceur, le calme, la timidité, la modestie, la résignation, l’obéissance permettent de développer une meilleure sensitivité et une faculté de compréhension qui s’affirme par la passivité. Les vertus masculines correspondent au Soufre des alchimistes, les vertus féminines au Mercure.

Ces vertus opposées sont réunies en une nouvelle unité par un principe conciliateur, c’est le Sel qui permet l’équilibre.

Chaque être humain possède en lui les qualités de tel ou tel principe, masculin ou féminin de manière intrinsèque. Afin de s’accomplir, d’atteindre une perfection toute relative, l’homme doit développer en lui les vertus latentes opposées qui lui donneront la clef de sa nature céleste. L’homme pour devenir Rebis doit cultiver en lui la raison guidée par le sentiment qui développera l’intuition. L’initiation sentimentale correspond à l’Echelle de Jacob, l’échelle qui permet à l’homme de relier le ciel et la terre.

…………….;

Parvenues à un degré suffisant d’évolution, les âmes s’attirent mutuellement pour fusionner. Ces attractions se traduisent par des sympathies réciproques soumises à la loi des complémentaires, comme s’il s’agissait de constituer à deux une unité psychique plus parfaite. Le corps faisant obstacle à la fusion des âmes, celle-ci se distingue du mariage, institution sociale qui vise à fonder une famille.

Lorsque la reproduction de l’espèce est en cause, les choses peuvent se passer selon la théorie de Louis Ménard, l’amour étant alors inspiré par l’entité qui désire s’incarner. Il en résulte une appétence rapprochant les corps en dépit parfois des âmes qui sont loin de se rechercher. Tout se passe comme alors dans le domaine de l’animalité où le mâle s’éloigne communément de la femelle dès qu’il l’a fécondée : l’instinct seul est en jeu, même quand l’abandon ne se produit pas, comme dans les espèces où le mâle pourvoit à la nourriture de sa compagne et de leur progéniture.

Mais est-ce là ce que les hommes appellent l’amour ? Ce sentiment se développe assurément d’un sexe à l’autre en se combinant avec l’instinct de reproduction ; mais il se manifeste aussi avant l’éveil de cet instinct et après son extinction. Les enfants s’aiment entre eux ; ils aiment leurs parents ou d’autres grandes personnes ; ils aiment aussi des animaux ou des objets inanimés qui leur sont chers. Il y a en eux une puissance d’affection qui survit dans le vieillard aux sens définitivement apaisés.

Et pourquoi aimons-nous sans que la sexualité nous y incite ? Tout simplement parce que l’âme est essentiellement aimante : ne pas aimer, c’est manquer d’âme. Les âmes se recherchent, et quand elles se sentent en affinité, elles s’attirent, l’une aspirant alors à se fondre dans l’autre. Résulte-t-il de ces fusions des unités parfaites ou des associations comparables aux étoiles dooubles des astronomes ? La question reste ouverte. Toujours est-il que l’amour pur d’âme à âme rapproche de l’unité suprême et opère la rédemption des individus par groupes bisexués, telle que l’entend Guaita. De la fusion d’une âme masculine avec une âme féminine résulterait ainsi une entité androgynique angélique. Mais le principe qui anime ici-bas hommes et femmes est-il nécessairement sexué ? La physiologie terrestre se transporte-t-elle au ciel ? Y conserverait-elle sa raison d’être ? Il est sage en ces matières de savoir ignorer.

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La Maçonnerie de Prince Hall aux Etats Unis. 19 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 5 commentaires

La Maçonnerie de Prince Hall aux Etats Unis.

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Problèmes et perspectives.

Roger Dachez 1992

Préambule: Cet article, écrit en 1992, fait état de la situation des Loges de Prince Hall jusqu’à cette date. Les choses ont sensiblement évolué depuis, notamment en ce qui concerne la « reconnaissance » des Loges de Prince Hall par les Grandes Loges blanches anglo-saxonnes. Dans la plupart des états Américains, une « inter-reconnaissnce » mutuelle Grande Loge « blanche » / Grande Loge Prince Hall « noire » est désormais établie. Certaines Grande Loges « blanches » des états du sud continuent malgré tout à refuser de « reconnaître » les Grande Loges de Prince Hall « noires ». La Grande Loge Unie d’Angleterre, après une période de flottement, a suivi le mouvement en reconnaissant à son tour les Grandes Loges de Prince Hall au fur et à mesure ou elles en faisaient la demande. La Grande Loge Unie d’Angleterre a donc été obligée de contrevenir à sa règle « d’une seule Grand Loge par état ». Un événement pour le moins intéressant qui souligne à nouveau, de facto, qu’une Grande Loge peut être « régulière » sans être « reconnue » …

1) Présentation générale.

Il existe aux Etats-Unis une maçonnerie extrêmement développée qui s’appelle « Prince Hall Masonry ». C’est une maçonnerie qui ne reçoit que des noirs, par opposition à ce qu’il est convenu d’appeler « les G.L. caucasiennes » c’est à dire les G.L. blanches. Depuis les origines aux Etats-Unis, et sauf exception, les noirs et les blancs sont reçus dans des loges séparées. (* Les choses sont souvent plus complexes qu’il n’y paraît: la G.L. d’Afrique du Sud reçoit depuis de très nombreuses années les noirs à égalité avec les blancs bien que l’on y trouve depuis toujours l’ »establishment » politique du pays).

Ces grandes Loges de Prince Hall sont organisées de la même façon que la maçonnerie blanche. Il y des G.L. dans chaque état, des organisations pour l’Arc Royal, pour le rite d’York, les Knights Templars. Il y a aussi des organisations para-maçonniques comme les « Shrines ». C’est vraiment un décalque parfait de la maçonnerie blanche et il n’y a aucune divergence de caractère doctrinal ou idéologique entre les deux. Ce sont deux maçonneries côte à côte.

Cela crée un certain nombre de problèmes. On peut porter contre les G.L. américaines l’accusation de racisme. Sans être totalement dépourvue de fondements, nous allons voir que la séparation de ces deux maçonneries a aussi d’autres causes. C’est ainsi que la G.L.U.A. (qui se présente comme puissance régulatrice de la tradition maçonnique mondiale ou plus exactement de la régularité, ce qui est différent) ne reconnaît pas les G.L. de Prince Hall pour une raison totalement distincte de toute considération raciale. Du reste, dans toutes les loges qui dépendent de la G.L.U.A., aucun critère racial n’est jamais opposé à qui que ce soit.

Mais si ce refus de reconnaissance a des fondements historiques, il a aussi des répercussions actuelles et cela pose finalement un problème fondamental relatif à la tradition maçonnique.

2) Histoire de Prince HALL.

Elle commence à Boston en 1767. Boston est une ville importante dans l’histoire américaine puisque c’est là qu’a eu lieu la fameuse « Tea Party » (* En 1773, pour aider la Compagnie des Indes orientales, le gouvernement anglais avantagea le thé qu’elle vendait. Contre cette concurrence déloyale, la Nouvelle-Angleterre s’unit aux autres grands ports. A Boston, un groupe déguisé en Indiens se glissa la nuit sur les bateaux chargés de thé et jetèrent à la mer la précieuse cargaison. La réaction de Londres fut très violente). La « Tea Party » a été un des moments essentiels de la rébellion et de l’indépendance américaine. Boston rassemblait 15000 habitants, ce qui était beaucoup pour l’époque, dont 750 noirs. Il y avait des loges maçonniques. C’est en 1733 qu’avait été fondée la première loge américaine à Boston et la maçonnerie y prospérait. En 1772, on avait créé une G.L. provinciale de Boston dans le futur Massachusetts. Elle dépendait de la G.L. des Modernes. Il y avait déjà des organismes de l’Arc Royal, des Knights Templar qui fonctionnaient.

C’est dans ce contexte qu’apparaît Prince Hall, énigmatique personnage fondateur de la maçonnerie noire aux Etats-Unis. On ne sait pas exactement quand et où il est né. La légende que ses proches ont propagée dit qu’il serait né en 1735 ou en 1738 ou en 1748 à Bridgetown (* c’est une île des Antilles). Son père était un Anglais exerçant le métier de tanneur et sa mère une métisse d’origine française. C’était donc un noir peu coloré, un « quarteron ». Mais cette légende semble tout à fait fausse. Aujourd’hui on pense que Prince Hall était un esclave au service d’un tanneur qui possédait un entreprise relativement importante et prospère; celui-ci était un maître débonnaire et libéral qui, après un certain nombre d’années, l’a affranchi. Cet esclave s’appelait Prince.(* On aimait donner aux esclaves des noms de héros de l’Antiquité, César, Caton, mais aussi Prince, King, Count. Les esclaves n’avaient pas de nom de famille ni d’état civil). Le propriétaire de cet esclave s’appelait William Hall. L’esclave, une fois affranchi, a pris le nom de son ancien maître, qui d’ailleurs est resté son patron car Prince Hall a continué à travailler dans la tannerie avant de passer à son propre compte. Il meurt en décembre 1807, artisan relativement prospère, citoyen respecté jouissant d’une aisance matérielle certaine. Il représente une partie de ces noirs affranchis qui avait déjà atteint une certaine évolution sociale au début du XIXème siècle dans quelques états (* mais bien sûr, pas ceux du Sud).

3) La maçonnerie de Prince Hall.

Indépendamment des questions purement sociales, il n’y avait pas à cette époque de noirs dans les loges américaines parce que l’une des prescriptions fondamentales de la maçonnerie pour y entrer est qu’il faut être né libre. La grande majorité des noirs étaient des esclaves mais même les affranchis avaient des difficultés à être admis. Il finit cependant par y avoir quelques exceptions.

La légende voudrait que Prince Hall et 14 autres noirs aient été initiés en mars 1775 par une loge militaire britannique, peut-être irlandaise, qui stationnait près de Boston. C’était le début de la Guerre d’Indépendance. Il y avait des régiments britanniques et des loges militaires qui, là comme ailleurs, étaient un puissant moyen de répandre la maçonnerie. Prince Hall et ses compagnons auraient été reçus aux 3 grades de 1775 à 1778. On ne sait si le V.M. agissait régulièrement avec une autorisation de sa loge ou de son propre chef et on ne connaît pas non plus les circonstances exactes de ces réceptions. Toujours est-il que dès septembre 1778, les maçons de race noire de Boston se constituent en une loge appelée « African Lodge n°1″ qui était indépendante de l’autorité de la G.L. provinciale du Massachusetts.

En septembre 1783 le traité de Versailles reconnaît officiellement l’indépendance des Etats-Unis. A l’indépendance politique va correspondre l’indépendance maçonnique. Jusque là les loges américaines dépendaient soit de la G.L. des Anciens soit des Modernes c’est à dire de l’Angleterre. Bien que ce soit maintenant des G.L. indépendantes qui se constituent, la G.L. des Anciens va continuer pendant quelques années à créer des loges aux Etats-Unis.

En juin 1784, Prince Hall et ses amis adressent à Londres une demande de patente à la G.L. des Modernes qui répond favorablement en leur décernant une patente officielle et le numéro 459 sur leur registre. Pour des raisons inconnues, les droits afférant à cette patente n’ont été acquittés à Londres qu’en 1787 et c’est en avril 1787 que la patente a été reçue à Boston et que l’ »African lodge n°459″ a été officiellement installée.

En 1791, mais cette date a été allèguée beaucoup plus tard, l’ »African lodge » aurait pris son indépendance en constituant une prétendue G.L. des maçons noirs indépendants. Aucun document ne confirme cette affirmation. On touche ici un point essentiel: on ne connaît actuellement aucune minute, aucun procès-verbal de l’ »African Lodge » de 1787 à 1807, date de la mort de Prince Hall.

4) Position de la maçonnerie de Prince Hall.

En 1792 se produit un événement très important dans le Massachusetts. Les loges américaines dépendantes des deux grandes loges rivales anglaises font leur unité considérant que les querelles anglaises ne les concernaient pas. (* l’unité maçonnique anglaise ne date que de 1813).

C’est alors que le drame se noue. En effet, la G.L. des Modernes avait pour habitude, tout au long du XVIIIème siècle de renuméroter régulièrement ces loges. Au fil du temps des loges cessaient leurs activités. On éliminait alors toutes celles qui n’existaient plus et on remontait les numéros. Les loges changeaient ainsi de numéro. En 1792, la G.L. des Modernes procède à un renumérotage et l’ »African lodge n°459″ devient n°370. Mais bien que figurant toujours sur le registre de la G.L. des Modernes, il faut supposer que les relations avec Londres étaient interrompues puisque les FF. de l’ »African Lodge » n’en ont apparemment jamais rien su. En 1807 ils se qualifiaient encore d’ « African Lodge n°459″. Le problème se pose une dernière fois lors de l’union de 1813 où l’on procède à un renumérotage définitif. On en profite pour se délester des loges qui ne donnaient plus de leurs nouvelles. A cette époque, il y avait 641 loges sur le registre des Modernes et 359 sur celui des Anciens (en tout 1000). On n’en a conservé que 636 (385 pour les Modernes et 251 pour les Anciens). Ainsi ce sont 400 loges environ qui ont été éliminées et parmi celles-ci, l’ »African Lodge »: non seulement elle n’avait plus de relations directes avec Londres (bien qu’elle devait probablement continuer d’exister) mais surtout elle n’avait plus payé de droits depuis 1797! C’est ainsi que l’ »African Lodge n°370″ n’a pas figuré dans le registre de la G.L.U.A. en 1813. Et c’est pour cette seule raison que depuis lors les Anglais se refusent à reconnaître la maçonnerie de Prince Hall, arguant qu’elle n’était plus régulièrement en activité en 1813.

Or en 1827, les maçons de Prince Hall se réveillent et adressent une nouvelle demande de patente à Londres en leur rappelant qu’ils avaient déjà été constitués par eux en 1787 et en leur expliquant leurs difficultés depuis lors. Mais les Anglais ont répondu que c’était impossible, que depuis 1792 il existe dans le Massachusetts une G.L. d’état, que cette G.L. est reconnue par eux-mêmes et que par conséquent ils ne peuvent pas reconnaître une autre puissance maçonnique en vertu du principe de juridiction territoriale exclusive. C’est un des grands principes sur lequel la maçonnerie anglaise fonde aujourd’hui encore toute sa politique internationale, jusqu’à devenir un des critères de ce que l’on appelle la régularité d’une obédience.

5) Le principe de Juridiction territoriale exclusive.

En réalité, ce principe, qui permet aux Anglais de se libérer d’un problème délicat en ayant une raison administrative parfaitement honorable, et de repousser ainsi toute accusation de racisme, n’a jamais existé en Angleterre. C’est une invention américaine.

Rappelons d’abord que les Etats-Unis, reconnus officiellement en 1783, ne sont pas un état unitaire mais une fédération d’états autonomes. L’organisation de la maçonnerie américaine s’est calquée sur l’organisation politique du pays. C’est dire qu’il n’y a pas de G.L. américaine mais une G.L. par état (* d’autant que les états se sont agrégés successivement).

En 1783, une G.L. avait été instituée dans l’état de New-York à partir de loges issues des Modernes. Or cette G.L. connut très vite des difficultés, parce qu’à la différence de ce qui se passait dans le Massachusetts, les relations avec les Anciens étaient très mauvaises. Pour essayer d’asseoir son autorité d’abord vis-à-vis des Anciens puis sur l’ensemble de l’état de New-York dont les frontières n’étaient pas encore bien établies, la G.L. a édicté un texte proclamant qu’ « aucune loge ne pourra exister dans cet état si ce n’est sous la juridiction de la G.L. » C’est le principe de la Juridiction territoriale exclusive.

Ainsi, édicté en 1787 pour régler un problème particulier, ce principe jugé commode et pratique a été repris par les autres G.L. d’états américains puisqu’il leur permettait de délimiter leur domaine d’action et de se protéger des G.L. des états voisins et il s’est progressivement répandu dans les dernières années du XVIIIème siècle aux Etats-Unis.

6) Principe de reconnaissance des G.L.

A cette époque, il n’ avait jamais été question de ce principe en Angleterre. D’ailleurs il y a eu jusqu’à 6 G.L. au XVIIIème siècle dont les deux principales s’entre-déchiraient! Pourtant lorsque la G.L.U.A. se constitue en 1813 et qu’il lui a fallu définir ces relations avec les autres obédiences, elle a pris conscience de tout l’intérêt pratique du principe de juridiction territoriale exclusive et elle a fini par l’adopter comme une loi maçonnique. Mais du point de vue traditionnel et même historique ceci est totalement indéfendable. Progressivement, la G.L.U.A. s’est donc mise à appliquer ce principe pour ne reconnaître dans chaque pays qu’un seule obédience. Et c’est en 1929 seulement qu’elle l’a officiellement intégré dans une déclaration intitulée: « Principes de reconnaissance des G.L. » Bien qu’elle l’appliquât depuis de nombreuses années, cela représentait tout de même une sorte de pétrification, de rigidité, de raideur qui est finalement à l’origine de grands malheurs en substituant à la notion de régularité traditionnelle et initiatique la notion de régularité administrative et territoriale, alors que ce sont évidemment deux problèmes complètement distincts.

7) Actualité du problème.

Aujourd’hui, l’Angleterre est victime de sa propre rigueur. La G.L.U.A avait adopté une attitude tout à fait différente à l’égard de la France au XIXème siècle. De 1877 à 1913, lorsqu’ un maçon français voulait visiter une loge en Angleterre, il n’était pas rejeté sous prétexte qu’il appartenait au G.O.D.F., au Suprême Conseil ou à la G.L.D.F. On lui demandait simplement des preuves de régularité personnelle, c’est à dire qu’on lui exposait les principes sur lesquels repose la Franc-Maçonnerie anglaise et on lui demandait d’affirmer solennellement et librement qu’il y adhérait. En cas de réponse positive on le laissait entrer. Ce n’est qu’à partir de 1913, lorsque la G.L.U.A a reconnu la Grande Loge Indépendante et Régulière pour la France et les colonies Françaises (la future G.L.N.F.) que, prise à son propre piège, elle s’est interdite d’avoir des relations avec les autres obédiences en France comme dans d’autres pays.

En Suisse, quand la G.L. Alpina a décidé officiellement de régler sa politique comme elle l’entendait avec les autres obédiences, la G.L.U.A. a essayé de retirer sa reconnaissance mais comme cela posait beaucoup de problèmes (Genève est une place financière importante pour la cité de Londres…) on a redonné rapidement la reconnaissance sans qu’Alpina ait modifié en quoi que ce soit ses positions.

Plus récemment, une affaire du même genre s’est produite en Allemagne; son règlement semble avoir été plus favorable aux Anglais.

Mais c’est surtout depuis quelques mois que la situation relative à la question de Prince Hall évolue considérablement aux Etats-Unis . En effet, un très grand nombre de maçons américains contestent absolument la position de la G.L.U.A. Dans la revue d’érudition maçonnique américaine  » Les Philalèthes  » en août 1991, le F. Allan Roberts écrit:

 » C’est le moment d’être soucieux. Aujourd’hui sept Grandes Loges: Connecticut, Wisconsin, Washington, Nebraska, Colorado, North Dakota et Minnesota, ont reconnu la Maçonnerie de Prince Hall comme une égale. Chacun poursuit son existence de son côté, mais est libre de se rencontrer et de travailler avec l’autre. Alors pourquoi être soucieux? La Grande Loge Unie d’Angleterre interdit à ses membres de visiter les Loges des Grandes Loges qui ont reconnu la Maçonnerie de Prince Hall. Les menaces ne serviront de rien. Elles ne seront jamais prises en considération. Il faut que les idéaux et les principes de la Franc-Maçonnerie nous rapprochent. Même si cela doit mettre longtemps à se réaliser. »

Sous la plume d’un maçon américain autorisé et respecté, ce sont des propos véritablement révolutionnaires. En octobre 1991 dans la même revue il revient sur ce sujet:

« Le samedi 8 juin 1991, presque un siècle après qu’il ait persuadé sa Grande Loge de reconnaître la Maçonnerie de Prince Hall, une stèle funéraire, ornée de symboles maçonniques, a été placée sur la tombe de William Upton. Plus de 400 maçons, noirs et blancs, étaient présents au cimetière Montainview à Walla Walla, Washington, pour cette circonstance historique. Ils rendaient hommage à la volonté de William Upton sur son lit de mort. En 1898, il avait convaincu la grande Loge de Washington de reconnaître la régularité de la Maçonnerie de Prince Hall. L’année suivante, sa Grande Loge revint sur sa décision pour calmer l’indignation qui s’était élevée dans tout le pays. Upton demanda qu’aucune stèle ne soit placée sur sa tombe tant que ses Frères, de quelque couleur qu’ils soient, ne pourraient marcher côte à côte.

En 1990, la Grande Loge de Washington et la Grande Loge de Prince Hall conclurent un accord de reconnaissance fraternelle. De cette « Demeure qui n’a pas été faite de mains humaines », Upton dut sourire de plaisir. Comme le dit la Sainte Bible, « qu’il est bon et agréable pour des frères de vivre ensemble dans l’union ».

Mais les choses vont encore plus loin.

Dans une lettre au Grand Secrétaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre, Kenneth W. Aldridge, Grand Secrétaire de la Grande Loge du Québec, met en cause la sagesse de la décision de la G.L.U.A interdisant à ses membres de visiter les Grandes Loges qui reconnaissent la Maçonnerie de Prince Hall comme régulière. Il souligne:

« Il n’y aucune règle unique de reconnaissance maçonnique dans le monde et même il n’y a pas une seule Grande Loge en Amérique du Nord dont on puisse dire qu’elle reconnaît toutes les Grandes Loges reconnues par une autre Grande Loge et avec laquelle elle est en relation fraternelle.

Pour être correct, votre comité aurait dû étendre sa décision à toutes les Grandes Loges d’Amérique du Nord parce que toutes reconnaissent beaucoup de Grandes Loges qui ne sont pas reconnues par la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Cette décision de la G.L.U.A ne peut invoquer le partage d’un territoire parce que votre Grande Loge a des Loges en beaucoup de parties du monde où existe déjà une puissance maçonnique reconnue. Le Québec est l’un de ses territoires.

De toutes façons la notion de territorialité exclusive est une doctrine américaine qui ne devrait avoir aucune influence sur une décision de la G.L.U.A. »

Aldridge termine sa lettre, qui a été envoyée à toutes les Grandes Loges canadiennes, et à un certain nombre d’autres, par cette vérité qui devrait demeurer sous les yeux de tous les gens qui essaient de penser correctement:

« Les Maçons doivent faire ce qui est juste parce que cela est juste et ne pas se laisser influencer par ceux qui ont de moins nobles programmes. »

En octobre 1991, Kenneth W. Aldridge n’avait encore reçu aucune réponse de la Grande Loge Unie d’Angleterre.

(Cf R.T . n°87-88 « A propos de la Maçonnerie de Prince Hall » par René Désaguliers)


Conclusion.

C’est en arguant du principe de juridiction territoriale exclusive que la G.L.U.A refuse de reconnaître la Maçonnerie de Prince Hall. Ce principe, d’origine américaine, a été étendu à l’ensemble des puissances maçonniques mondiales mais par un curieux retour des choses il est aujourd’hui contesté à l’endroit même où il a pris naissance. La G.L.U.A, de son côté, est prise à son propre piège car elle est amenée parfois à entretenir des relations avec des obédiences avec lesquelles elle n’est guère en sympathie.

Aujourd’hui les Maçons américains et d’autres en Europe notamment, pensent qu’il faut substituer à la notion de reconnaissance territoriale et administrative la notion de régularité traditionnelle et initiatique, c’est à dire limiter le problème de la reconnaissance à des questions purement maçonniques. Autrement dit ces Maçons ne voient pas pourquoi il n’y aurait pas plusieurs organisations maçonniques régulières et reconnues dans un certain nombre de pays.

Il faut remarquer que, jusqu’à un passé récent, ce problème de la régularité était totalement bloqué et qu’il y a donc là de la part des Maçons américains, et même s’ils ont de très bonne relations avec Londres, une volonté de régler un passé historique difficile en posant un problème traditionnel fondamental.

9) Discussion.

- Est-ce que la Maçonnerie américaine a des contacts avec les obédiences maçonniques qui ne dépendent pas de Londres?

- Le V.M.: Les Américains ont de bonnes relations avec les Anglais mais ils ont toujours voulu entretenir aussi de bonnes relations avec des Maçonneries continentales dites non reconnues en particulier la G.L.D.F. et d’autres obédiences européennes. Cela provoque à chaque fois des remous en Angleterre, ce dont les Américains ne se sont guère émus. Il ne faut pas oublier que les Américains se veulent indépendants vis-à-vis des Anglais et qu’ils souhaitent entretenir des relations avec des Maçonneries sérieuses c’est à dire des Maçonneries qui partagent leurs conceptions sans tenir compte de l’étiquette administrative. L’affaire de Prince Hall montre qu’ils peuvent s’affranchir de l’autorisation anglaise. On peut même se demander si cette affaire n’aurait pas été réglée depuis longtemps par les Américains si l’Angleterre ne s’y était opposée de tout son poids.

- Charles J.: Certaines Grandes Loges d’Etat américaines, toutes reconnues par Londres, entretiennent des relations directes avec des Grandes Loges d’Amérique du Sud non reconnues. C’est le cas au Brésil notamment.

La Grande Loge de France, qui a des relations au sein de la conférence maçonnique inter-américaine, constate que les G.L. des états américains établissent leurs relations maçonniques comme elles l’entendent et Londres a de plus en plus de difficultés à faire admettre sa volonté.

Au Canada la situation est un peu différente. L’influence anglaise semble s’établir plus fermement au niveau des hiérarchies. Notre F. l’a constaté lui même à l’occasion de visites qu’il a pu faire ou ne pas faire en fonction des situations locales.

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

 

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de la Loge d’Etudes et de Recherches
William Preston

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Franc-Maçonnerie Féminine 18 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

 

Franc-Maçonnerie Féminine

 

 

 

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Sur la déesse Isis 17 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Sur la déesse Isis

 

Extraits d’un texte de Gobinau de Montluisant intitulé : Les Statues d’Isis

Isis et Osiris représentent la nature et la chaleur du feu solaire, humide radical et chaleur naturelle.

Les statues d’Isis portent les symboles de la Lune et du Ciel Astral.

Tantôt vêtue de noir pour marquer la voie de la corruption et de la mort, commencement de toute génération naturelle, comme elles en font le terme et la fin où tendent toutes créatures vivantes dans la roue de la Nature.
Noir = Lune= Mercure philosophique :
ces termes reçoivent la lumière d’autrui : du Soleil et de son esprit vivifiant.

Sur la tête, elle portait un chapeau de cyprès sauvage (d’auronne ) pour désigner le deuil de la mort physique d’où elle sortait et d’où elle faisait sortir tous les êtres mortels, pour revenir à la vie naturelle et nouvelle, par le changement de forme, et les gradations à la perfection des composés naturels.

Son front était orné d’une couronne d’or, ou guirlande d’olivier, comme marques insignes de sa souveraineté, en qualité de Reine du grand monde, et de tous les petits mondes, pour signifier l’onctuosité aurifique ou fulgureuse du feu solaire et vital qu’elle portait et répandait dans tous les individus par une circulation universelle ; et en même temps pour montrer qu’elle avait la vertu de pacifier les qualités contraires des éléments qui faisaient leurs constitutions et leurs tempéraments, en leur rendant et entretenant ainsi la santé.
La figure d’un serpent entrelacé dans cette couronne, et dévorant sa queue, lui environnant la tête, pour noter que cette oléaginosité n’était point sans venir de la corruption terrestre, qui l’enveloppait et entourait orbiculairement, et qui devait être mortifiée et purifiée par les Sept circulations planétaires, ou aigles volantes, pour la santé des corps.
De cette couronne sortaient trois cornes d’abondances pour annoncer la fécondité de tous les biens, sortant de trois principes antés sur son chef, comme procédant d’une seule et même racine qui n’avait que les cieux pour origines.

Isis rassemble les vertus vitales des trois règnes et familles de la Nature sublunaire ; elle est notre mère originelle, l’Artiste et le sujet essentiel.

A son oreille droite l’on remarquait l’image du croissant de Lune et à sa gauche la figure du Soleil pour enseigner qu’ils étaient le père et la mère, les Seigneur et Dame de tous les êtres naturels, et qu’elle avait en elle ces deux flambeaux ou luminaires, pour communiquer leurs vertus, donner la lumière et l’intelligence au monde, et commander à tout l’empire des animaux, végétaux et minéraux : sur le haut du col de sa veste étaient marqués les caractères des planètes et les signes du Zodiaque qui les assistaient en leurs offices et fonctions, pour faire connaître qu’elle les portait et distribuait aux principes et semences des choses, comme étant leurs influences et propriétés, comme étant les gouverneurs de tous les corps de l’univers, desquels corps elle faisait ainsi des petits mondes.

Cette déesse portait un petit Navire ayant pour mât un fuseau, et duquel sortait une équerre dont l’angle figurait un serpent enflé de venin ; pour faire comprendre qu’elle conduisait la barque de la vie sur Saturnie, c’est-à-dire sur la Mer orageuse du temps ; qu’elle filait les jours, et en ourdissait la trame : elle démontrait encore par là qu’elle abondait en humide sortant du sein des eaux, pour allaiter, nourrir et tempérer les corps, même pour les préserver et garantir de la trop grande adustion du feu solaire, en leur versant copieusement de son giron l’humidité nourricière qui est la cause de la végétation, et à laquelle adhérait toujours quelque venin de la corruption terrestre, que le feu de nature devait encore mortifier, cuire, diriger, astraliser et perfectionner, pour servir de remède universel à toutes maladies, et renouveler les corps ; d’autant que le Serpent se dépouillant de sa vieille peau, se renouvelle, et est le signe de la guérison et de la santé : ce qu’il ne fait pas au Printemps, au retour de l’esprit vivifiant du Soleil, qu’après avoir passé par la mortification et la corruption hivernale de la nature : cette statue avait en la main gauche une cymbale, et une branche d’auronne, pour marquer l’harmonie qu’elle entretenait ainsi dans le monde, et en ses générations et régénérations , par la voie de la mort et des corruptions, qui faisaient la vie d’autres êtres sous diverses formes, par une vicissitude perpétuelle : cette cymbale était à quatre faces pour signifier que toutes choses, ainsi que le Mercure philosophique, changent et se transmuent selon le mouvement harmonieux des quatre éléments, causé par la motion et l’opération perpétuelle de l’esprit fermentateur qui les convertit l’un et l’autre jusqu’à ce qu’ils aient acquis la perfection.

La ceinture qui entourait le corps était attachée par quatre agrafes en forme de quadrangle pour faire voir qu’Isis ou la Nature, ou bien encore la matière première, était la quintessence des quatre éléments qui se croisaient par leurs contraires en formant les corps ; qu’ainsi la chose signifiée et entendue était une, et tout, c’est-à-dire un abrégé du grand monde, que l’on appelle petit monde : un très grand nombre d’étoiles était parsemé en cette ceinture pour dire que ces flambeaux de la nuit l’environnaient pour éclairer au défaut de la lumière du jour, et que ces Éléments n’étaient point leurs luminaires non plus que les corps élémentés, qui tous les tenaient d’elles.

Sous ses pieds, l’on voyait une multitude de serpents et d’autres bêtes venimeuses qu’elle terrassait, pour indiquer que la Nature avait la vertu de vaincre et surmonter les esprits impurs de la malignité terrestre et corruptrice, d’exterminer leurs forces, et évacuer jusqu’au fond de l’abîme leurs scories et terre damnée ; ce qui exprimait par conséquent que sa même vertu en cela était de faire du bien, et d’écarter le mal, de guérir les maladies, rendre la vie, et préserver d’infirmités mortifères ; enfin d’entretenir les corps en vigueur et bon état, et d’éviter l’écueil et la ruine de la mort, en revoyant les impuretés des qualités grossièrement élémentés et corruptibles, ou corrompues, dans les bas lieux de leur sphère pour les empêcher de nuire aux êtres qu’elle conservait sur la surface de la Terre.
En ce sens est bien vérité l’Axiome des Sages : “nature contient nature ; nature s’éjouit en nature ; nature surmonte nature ; nulle nature n’est amendée, sinon en sa propre nature” : c’est pourquoi en envisageant la Statue, il ne faut pas perdre de vue le sens caché de l’allégorie qu’elle présentait à l’esprit pour pouvoir être comprise ; car sans cela elle était un Sphinx dont l’énigme était inexplicable, et un noeud-gordien impossible à résoudre.

L’on observait encore un petit cordon descendant du bras gauche de la Statue, auquel était attachée et suspendue jusqu’à l’endroit du pied du même côté une boite oblongue, ayant son couvercle, et entrouverte, de laquelle sortaient des langues de feu représentées : Isis porte le feu sacré et inextinguible, le vrai feu de nature, éthéré, essentiel, et de vie, ou l’huile incombustible si vantée par les Sages ; c’est-à-dire, selon eux le Nectar, ou l’Ambroisie céleste, le baume vital-radical et l’Antidote souverain de toutes infirmités naturelles.

Du bras droit d’Isis descendait aussi le cordonnet de fil d’or d’une balance marquée pour symbole de la justice que la Nature observait, et pour symbole des poids, nombre, et mesure qu’elle mettait en tout ; on voyait dans la balance un anneau conjugal destiné à elle.

Isis avait la figure humaine, la forme du corps et les traits d’une femme en embonpoint et d’une bonne nourrice ; comme si l’on eût voulu manifester qu’elle était corporifiée personnellement en cette nature, et famille privilégiée des trois règnes, en faveur de laquelle elle disposait le plus abondamment de toutes les grandes propriétés, fécondes et souveraines pour l’allaiter, nourrir et entretenir.

Souvent Isis était accompagné d’un grand boeuf noir et blanc, pour marquer le travail assidu avec lequel son culte philosophique doit être observé et suivi dans l’opération du noir et blanc parfait qui en est engendré pour la Médecine universelle hermétique.

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Harpocratès à Isis :

“ Les choses de la religion doivent demeurer cachées sous les mystères sacrés ; en sorte qu’elles ne soient entendues par le commun Peuple, non plus que furent entendues les énigmes du Sphinx. “

Apulée :

Isis :
“ Ma religion commencera demain, pour durer éternellement.”
“ Lorsque les tempêtes de l’Hivers seront apaisées, que la Mer émue, troublée et tempétueuse sera faite calme, paisible et navigable, mes Prêtres m’offriront une nacelle, en démonstration de mon passage par Mer en Égypte, sous la conduite de Mercure, commandé par Jupiter.”

Ceci est la clef du grand secret philosophique pour l’extraction de la matière des sages, et l’oeuf dans lequel ils la doivent enclore et oeuvrer en l’Athanor à tour, en commençant le Régime de la Saturnie Égyptienne, qui est la corruption de bon augure, pour la génération de l’Enfant royal philosophique, qui en doit naître à la fin des siècles ou circulations requises. Peu de personnes en feront la découverte parce que les gens du monde sont trop présomptueux de leur ignorance. Ces quelques personnes croient en la science, pour se dépouiller de leurs vains préjugés, et s’attacher à scruter la science véritable de la Nature universelle.

N.B : Ce texte est tiré de l’Anthologie du XVII° ème de Salmon.
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d’après L’Âne d’or ou les Métamorphoses d’Apulée
Description de la déesse Isis
D’abord elle avait une épaisse chevelure, dont les anneaux légèrement bouclés et dispersés çà et là sur son cou divin, s’y répandaient avec un mol abandon. Une couronne formée de diverses fleurs rattachait sa chevelure au sommet de sa tête. Elle avait au-dessus du front un cercle lumineux en forme de miroir, lequel jetait une lumière blanche et indiquait que c’était la Lune. A droite et à gauche, sa chevelure était retenue, en guise de bandeau, par des vipères qui se redressaient et par des épis de blé qui revenaient se balancer au dessus de son front. Sa robe, faite d’un lin de la dernière finesse, était de couleur changeante, et se nuançait tour à tour de l’éclat de l’albâtre, de l’or, du safran, de l’incarnat de la rose. Mais ce qui était frappait le plus vivement mes regards, c’était un manteau si parfaitement noir, qu’il en était éblouissant, et qui, jeté sur elle, lui descendait de l’épaule droite au-dessus du côté gauche, comme eût fait un bouclier. Un des bouts pendait avec mille plis artistiquement disposés, et il se terminait par des noeuds en franges qui flottaient de la manière la plus gracieuse. Tout le bord, ainsi que le fond, étincelait d’innombrables étoiles, au centre desquelles une lune dans son plein lançait sa radieuse et vivante lumière. Ce qui n’empêchait pas que dans toute la longueur de ce manteau sans pareil régnât une guirlande de broderie représentant des fruits et des fleurs. La déesse portait plusieurs objets différents : dans sa main droite elle avait un sistre d’airain, dont la lame étroite et courbée en forme de baudrier était traversée par trois petites verges qui, agitées toutes ensemble, rendaient au mouvement de son bras un tintement aigu. De sa main gauche pendait un vase d’or en forme de gondole, lequel, à la partie la plus saillante de son anse était surmontée d’un aspic à la tête droite et au cou démesurément gonflé. Ses pieds divins étaient recouverts de sandales tissées avec les feuilles du palmier, cet arbre de la victoire.

Prière de Lucius à Isis

“ Reine du Ciel, soit qu’étant la bienfaisante Cérès, la mère et l’inventrice des moissons, qui, joyeuse d’avoir retrouvé sa fille, enseigna aux hommes à remplacer l’antique gland, cette nourriture sauvage, par de plus doux aliments, vous habitiez les campagnes d’Eleusis ; soit qu’étant la Vénus céleste, qui aux premiers jours du monde rapprocha les différents sexes par le sentiment d’un amour inné, et propagea, par une éternelle fécondité, les générations humaines, vous soyez adorée dans l’île sainte de Paphos ; soit qu’étant la divinité Phébé, qui par les secours précieux qu’elle prodigue aux femmes enceintes et à leurs fruits, a mis tant de peuples au monde, vous soyez aujourd’hui révérée dans le magnifique temple d’Ephèse ; soit qu’étant la redoutable Proserpine aux nocturnes hurlements, dont la triple forme arrête l’impétuosité des spectres, qui tient fermées les prisons de la terre, qui parcourt les divers bois sacrés, vous soyez rendue propice par des cultes variés ; ô vous ! qui de votre lumière féminine éclairez toutes murailles, de vos humides rayons nourrissez les précieuses semences, et qui, remplaçant le soleil, dispensez une inégale lumière ! sous quelque nom, sous quelque forme, avec quelque rite qu’il soit permis de vous invoquer, assistez-moi dans mon malheur extrême ; raffermissez ma fortune chancelante ; accordez-moi un moment de paix ou de trêve après de si rudes traverses. Qu’il suffise de ces travaux, qu’il suffise de ces épreuves.”

Réponse d’Isis à Lucius

“ Je viens à toi, Lucius, émue par tes prières. Je suis la Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, souveraine des divinités, reine des mânes, première entre les habitants du Ciel, type commun des dieux et des déesses. C’est moi qui gouverne les voûtes lumineuses du Ciel, les souffles salutaires de l’Océan, le silence lugubres des Ombres. Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous mille formes, avec des cérémonies diverses et sous mille noms différents : les Phrygiens, premiers habitants de la terre, m’appellent Déesse de Pessinonte et Reine des Dieux. Les athéniens autochtones me nomment Minerve Cécropienne ; je suis Vénus de Paphos chez les habitants de l’île de Chypre ; Diane Dictynnne chez les Crétois habiles à lancer des flèches ; Proserpine Stygienne chez les Siciliens à l’île triangulaire ; l’antique déesse Cérès chez les habitants d’Eleusis ; Junon chez les uns ; Bellone chez les autres ; Hécate chez ceux-ci ; chez ceux-là Rhamnusie. Mais ceux qui les premiers sont éclairés des divins rayons du soleil naissant, les peuples d’Éthiopie, de l’Ariane et les Égyptiens, si admirables par leur antique sagesse, m’honorent seuls du culte qui me convient, seuls ils m’appellent par mon véritable nom : à savoir la reine Isis. Je viens, touchée de tes infortunes, je viens favorable et propice. Cesse désormais tes pleurs, fais trêve à tes lamentations, bannis ton désespoir : déjà la providence fait luire pour toi le jour du salut.”

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Le Sphinx 16 juillet, 2008

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Le Sphinx

 

Le sphinx était assis sur son roc solitaire,
Proposant une énigme à tout front prosterné,
Et si le roi futur succombait au mystère,
Le monstre disait : Meurs, tu n’as point deviné !

Oui, pour l’homme ici-bas la vie est un problème,
Que résout le travail sous la faux de la mort.
De l’avenir pour nous la source est en nous-même,
Et le sceptre du monde appartient au plus fort.

Souffrir c’est travailler, c’est accomplir sa tâche !
Malheur au paresseux qui dort sur le chemin !
La douleur, comme un chien, mord les talons du lâche
Qui d’un seul jour perdu surcharge un lendemain.

Hésiter, c’est mourir ; se tromper, c’est un crime
Prévu par la nature et d’avance expié.
L’ange mal affranchi retombe dans l’abîme,
Royaume et désespoir de Satan foudroyé !

Dieu n’a jamais pitié des clameurs ni des larmes,
Pour nous consoler tous, n’a-t-il pas l’avenir ?
C’est nous qui du malheur avons forgé les armes,
C’est nous qu’il a chargés du soin de nous punir !

Pour dominer la mort il faut vaincre la vie,
Il faut savoir mourir pour revivre immortel ;
Il faut fouler aux pieds la nature asservie
Pour changer l’homme en sage et la tombe en autel !

Du sphinx le dernier mot c’est le bûcher d’Alcide,
C’est la foudre d’Oedipe et la croix du Sauveur.
Pour tromper les efforts du serpent déicide,
Il faut au saint amour consacrer la douleur !

Le front d’homme du sphinx parle d’intelligence,
Ses mamelles d’amour, ses ongles de combats ;
Ses ailes sont la foi, le rêve et l’espérance,
Et ses flancs de taureau le travail ici-bas !

Si tu sais travailler, croire, aimer, te défendre,
Si par de vils besoins tu n’es pas enchaîné,
Si ton coeur sait vouloir et ton esprit comprendre,
Roi de Thèbes, salut ! te voilà couronné !

Eliphas Levi

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Souvenir 14 juillet, 2008

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BIANCO René Louis.

Né le 4 octobre 1941 à Marseille, mort le 31 juillet 2005 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; anarchiste ; enseignant, docteur en histoire.

 

René Bianco était issu d’un milieu modeste, son père, Antonin Louis fut facteur auxiliaire des postes à Auriol puis à Plan de Cuques (Bouches du Rhône). C‘est dans cette dernière localité qu’il fréquenta l’école. Il obtint une bourse qui lui permit de poursuivre ses études comme pensionnaire au lycée Saint-Charles de Marseille jusqu’au Baccalauréat de philosophie. Pour ne pas être à la charge de sa famille, il exerça divers métiers (ouvrier dans une usine de jouets, livreur, préparateur en pharmacie, etc.).Il fut recruté comme instituteur suppléant en octobre 1961. Il passa son CAP en mai 1963 et fut titularisé l’année suivante. Assez rapidement, il se vit alors chargé des classes réservées aux élèves difficiles et obtint en décembre 1967 son diplôme d’instituteur spécialisé (classes pratiques). Il devint PEGC en septembre 1975 et professeur certifié d’Histoire et Géographie (septembre 1989).

Au début des années 1960, il fréquentait rue du Terras, à Marseille, le dojo fondé par Pierre Jouventin (spécialiste des terres australes et devenu directeur de recherches au CNRS). René Bianco a été un secrétaire de la Ligue de Provence d’Aïki-do. Dans le même temps, il milite au sein du SNI dans le courant École émancipée, dont il démissionnera après les événements de 68, à la Libre Pensée et à la FA. Il soutint également, de façon très active, l’action entreprise par Louis LECOIN en faveur de l’objection de conscience et participa à un petit groupe clandestin de lutte contre l’OAS et d’aide aux insoumis. Sursitaire, il réussit à se faire réformer (octobre 1963) et resta donc à Marseille où avec une vingtaine de jeunes dont la moitié issue de familles espagnoles exilées, il fonda, en avril 1960, les Jeunes Libertaires dont il assurera l’animation pendant près de dix ans. À ce titre, il participa activement à l’organisation des Campings internationaux qui permettaient, chaque été et dans un lieu différent (en France ou à l’étranger) aux familles libertaires de diverses nationalités de se retrouver et d’échanger des idées. Ces rencontres l’entraînent à participer un moment aux activités de la F.I.j.L. (Fédération Ibérique des jeunesses Libertaires) qui s’efforçait de manifester une présence libertaire dans l’Espagne franquiste.

René Bianco fut l’un des principaux animateurs, avec André Arru (voir ce nom) du groupe Marseille-Centre. Il fut à de nombreuses reprises délégué aux congrès de la FA à laquelle le groupe adhérait. En 1965 et 1966, il fut président de séance. C’est à cette période qu’il fonda, avec son ami Roland Lewin du groupe de Grenoble (voir ce nom) la Commission d’Histoire et d’édition de la FA. En décembre 1965) il se marie avec Lilyane Naviuat, sa compagne depuis déjà plusieurs années. Ils eurent une fille, Karine, née en juillet 1967.

En 1967, il fonda à Marseille en 1967, les éditions Culture et liberté. Par ailleurs, il participa à la création de plusieurs associations culturelles (théâtre, poésie etc…).

En juin 1968, il organisa, avec le groupe de Marseille, le congrès de la FA qui le désigna comme responsable de la rédaction et de l’administration du Bulletin intérieur de la Fédération, poste où il succèdait à Aristide LAPEYRE et qu’il occupa jusqu’au printemps 1970. Cette même année lors du congrès extraordinaire de Paris (29-30 juin 1968) il avait été désigné avec cinq autres délégués pour représenter la Fédération Anarchiste de langue française au Congrès international anarchiste de Carrare (Italie) qui se déroula du 31 août au 2 septembre 1968. Au congrès d’Asnières (29-31 mai 1971) de la FA. Il fut désigné avec Gérard Escoubet et Jean Barrué au Secrétariat aux Relations internationales et, à ce titre, il fonda alors l’Agence de Presse Anarchiste. Elle faisait parvenir à la presse anarchiste mondiale des informations diverses sur les luttes sociales, etc. Sa démission de la Fédération Anarchiste entraîna la disparition de cette activité.

Tout en exerçant ses activités militantes et professionnelles, il s’inscrivit à la faculté des Lettres d’Aix-en-Provence et entreprit des études supérieures à la rentrée 1969. En 1972, il obtint le diplôme de l’IEP (Institut d’Études Politiques) d’Aix-en-Provence, qui lui décerna en outre la même année le prix du meilleur Mémoire. Il soutient également à l’Université de Provence, en octobre 1977, un doctorat de 3e cycle en Histoire et en avril 1988, une thèse d’État Un siècle de presse anarchiste d’expression française dans le monde, 1880-1983 (7 vol, 3 503 p.). Il se consacra surtout au développement et aux activités du Centre International de Recherches sur l’Anarchisme de Marseille, qu’il avait fondé en juin 1965. En avril 1979, il organisa à Marseille la Première Rencontre des Centres d’Études et de documentation libertaires existants qui donna naissance à la Fédération internationale (F.I.C.E.D.L.). Il collabora à la rédaction de notices pour le Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français et participa également régulièrement à partir de 1980 à plusieurs jurys de thèse et à de très nombreux colloques.

En outre, il adhéra en février 1963 à une loge du Grand Orient de France dans laquelle il occupa plusieurs offices y compris celui de Vénérable (président). Il constitua par la suite d’autres ateliers affiliés à la même obédience ainsi qu’une loge totalement indépendante. Il a successivement gravi tous les degrés du Rite Écossais ancien accepté et après avoir présidé une Loge de Perfection, un Chapitre et enfin le Consistoire Hermès de Provence, il a été coopté en 1997 au sein du Suprême Conseil du Grand Collège des Rites, organe sommital de cette juridiction.

En septembre 2002, il prit sa retraite et partagea dès lors son temps entre la Provence et la Champagne tout en poursuivant ses recherches et en participant aux activités de quelques sociétés savantes.

 

Sources :

Cette notice a été rédigée à partir du témoignage écrit de René Bianco (janvier 2004) ; Léo Campion, Les Anarchistes dans la Franc-Maçonnerie, ou les maillons libertaires de la chaîne d’Union, Ed. Culture et liberté, Marseille, 1969, 242 p

Oeuvres :

Outre les travaux universitaires mentionnés dans la notice, de nombreux articles dans la presse anarchiste et plusieurs articles des revues universitaires comme, par exemple, Le Mouvement social. Il est l’auteur de Le Mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône de 1880 à 1914, éd. du CIRA, Marseille, 1978, tome 1,453 p. tome 2, (dictionnaire biographique), 82 p. (reproduction en fac simile de la thèse soutenue à Aix-en-Provence en octobre 1977) ; Une figure originale de l’anarchisme français, Paraf-Javal, Ed. Culture et Liberté, Marseille, 1980,24 p ; Où en est l’Histoire de l’Anarchisme ?, Ed. du C.I.R.A., Marseille, 1984,74 p. ; Les Anarchistes et la Résistance – Témoignages (1939-1945), éd. du CIRA, Marseille, 1985, 188 p.

René Bianco a également collaboré au Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie, Ed. de Navarre, Paris. 1974. 2 vol., 1454 p. (rééd. P.U.F., 1988) ; Le Théâtre Social, un essai de culture ouvrière, Ed. du C.I.R.A., Marseille, 1978,72 p. ; Quand le Coq Rouge chantera (Bibliographie sur les anarchistes français et italiens aux États-Unis). Presses Universitaires de Montpellier, 1986,94 p. et Marseille, un destin culturel, Ed. Via Valeriano, Marseille, 1995, 304 p.

Sylvain Boulouque

© Association des Amis du Maitron 2003

 

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Nostalgie bienheureuse 13 juillet, 2008

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Nostalgie bienheureuse

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Ne le dites à personne, à l’exception des sages

Car la multitude est prompte à railler

Je veux louer l’être vivant

Qui aspire à mourir dans la flamme.

Dans la fraîcheur des nuits d’amour

Où tu reçus, où tu donnas la vie.

Un sentiment étrange te saisit,

Quand brille l’immobile flambeau.

Tu ne restes plus enfermé

Dans l’ombre ténébreuse

Et un désir nouveau t’emporte

Vers des épousailles plus hautes.

Nulle distance ne te rebute,

Tu accours en volant, fasciné par la flamme,

Et finalement, amant de la lumière

O papillon, te voilà consumé.

Et tant que tu n’as pas compris

Ce « Meurs et deviens »!

Tu n’es qu’un obscur passager

Sur la terre ténébreuse.

 

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Goethe

DU CONVENT

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DU CONVENT

Les convents ne sont pas de véritables assemblées initiatiques. D’où, sans aucun doute, les tentations auxquelles les participants succombent souvent de se croire des espèces de parlementaires.

Chaque maçon est libre de ses opinions et ne peut être engagé par quelque décision que ce soit hors de celles qui concernent la vie administrative des loges. Si l’on touche à cette exigence fondamentale, il n’y a plus de liberté maçonnique, il n’y a plus de maçonnerie possible. Tout ce qui concerne une obédience qui violerait la liberté de conscience de ses membres serait sans valeur, radicalement frappé de nullité.

Les débats portent généralement sur l’administration et sur la conclusion des travaux effectués en loge. Il y a également des opérations électorales dont la procédure peut différer, mais dont l’intérêt passe de loin la légitime préoccupation de choisir pour l’Obédience des conseillers dignes de la tradition maçonnique, ou, plus exactement, de l’espérance maçonnique.

Faut-il dire que le plaisir des rencontres, la chaleur des propos, le souci de s’éclairer mutuellement de l’évolution des esprits l’emportent en matière de justification des convents, sur la vanité de se croire un parlementaire au petit pied? Sans doute: parce que tout va mieux comme le disait notre frère Talleyrand en le disant.

Pour en revenir aux convents: sont-ils utiles? N’y a-t-il pas là une justification de l’appareil plutôt qu’une inspiration prospective? Faut-il créer une sorte de courant collectif qui entraîne les loges ou serait-il nécessaire de méditer sur la difficulté de demeurer lucide au milieu des sollicitations partisanes ?

Ne dénonçons-nous pas trop souvent le caractère superficiel de certaines procédures pour n’avoir pas quelque inquiétude à constater combien de propositions discutables sont discutées dans la confusion ?

Bref, n’est-il pas nécessaire que chacun s’interroge sur ses véritables motivations en tant que maçon eu égard à la manifestation de masse que constitue le convent de son Obédience ?

**

Mais le fait-on dans la sérénité convenable, avec le temps nécessaire à la réflexion, dans le cadre voulu pour les analyses exemptes de passions ?

J’ai bien peur que le parlementarisme, qui est souvent impuissant au niveau des institutions de l’Etat, ne se double, lorsqu’il est singé par des délégués qui n’ont aucune responsabilité de fait dans l’ordre social d’une inquiétante légèreté.

J’entends bien que la confrontation des idées est une riche moisson virtuelle, mais toute idée qui n’est pas éprouvée par les faits n’a d’intérêt que spéculatif. La Franc-Maçonnerie dite spéculative ne peut et ne doit pas oublier qu’elle n’est qu’une chambre de réflexion. Chambre du milieu, la bien nommée, et là si rarement utilisée!

Il y aurait effectivement un travail profitable dans un Convent qui se tiendrait entre un nombre plus réduit de frères responsables. Un nombre de frères en contacts directs avec leur loge et exprimant non leurs fantasmes profanes, mais leurs préoccupations profondément humaines.

La désignation des Conseillers, et du grand Maître est-elle une formalité, ou une reconnaissance ? Je laisse aux délégués de demain le souci d’y réfléchir.

Je pense, après tant d’années de Franc-Maçonnerie que l’essentiel n’est pas le convent, tout en sachant que ce rassemblement est une fête.

***

Il y a un fait, c’est que la loge est une unité dont la voix représentative ne repose ni sur le nombre, ni sur la notoriété de ses membres, dès lors qu’elle est constituée régulièrement de sept frères justifiant du grade de Maître.

Savoir si ce grade est attribué trop facilement pour qu’il constitue une garantie est assurément une question que chacun doit se poser au niveau de la loge, mais il n’y a plus de Franc-Maçonnerie possible le jour où le convent pèsera ou comptera les voix, parce qu’il n’y aura plus de loge souveraine.

S’agissant de thèmes de recherches, dont la Loge aurait à débattre, s’agissant de questions profanes, ou Maçonniques, dont il paraîtrait nécessaire d’examiner la portée et le sens, il y a parfois intérêt et même quelquefois nécessité pour le Convent d’inspirer le travail des Loges.

Mais, il ne s’agit alors que d’une réflexion étendue. Il ne peut être question de définir une conclusion, de présenter une formule, de proposer un texte comme l’expression de la volonté maçonnique.

La Maçonnerie, en tant que corps, ne veut rien, en tant que communauté, elle n’a pas à prendre position sur des questions profanes, son action se situe à partir de la perfection, disons de la réflexion individuelle.

C’est l’idée la plus difficile à formuler dans notre époque d’agitation collective: il n’y a pas d’action possible pour un homme libre sans réflexion, sans recul, sans échange, et sans détermination singulière. Tout ce qui se passe au niveau de l’affrontement des points de vue collectifs est à proscrire dans nos temples, et bien sûr ne doit avoir, aucune relation avec le comportement du maçon.

Le rayonnement de l’Ordre Maçonnique passe nécessairement et uniquement par la conscience de chaque Maçon. Ce n’est pas dire qu’il n’y a que cette voie qui soit possible pour les hommes, c’est dire clairement que la voie Maçonnique est celle là, et non d’autres.

Précisément, le choix est offert. La maçonnerie ne peut courir le risque de perdre sa qualité singulière pour satisfaire aux opportunités temporelles. Quant aux maçons, en tant qu’individus dans la cité que leur conscience leur dicte leur conduite, et non l’Obédience.

 

Jean MOURGUES

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Conférence et hommage Anne Franck 12 juillet, 2008

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Conférence et hommage Anne Franck

 

Intervention du 11 Janvier 2004 – Nîmes – Jean-Paul Pelras

C’est notre ami Jean Carrière qui devait intervenir ici aujourd’hui. Mais souffrant, et ne pouvant se déplacer, il m’a demandé de bien vouloir rédiger ce texte à l’occasion de cet hommage.

Le 12 juin 2004 Anne Franck aurait pu fêter ses soixante-quinze ans et se souvenir. Se souvenir d’une vie passée à aimer les siens, ses enfants, ses petits-enfants, tous ceux qui l’auraient côtoyée, tournant encore autour d’elle ou déjà partis de l’autre côté du monde, à cause de l’âge ou de ce que la vie nous réserve comme inavouables certitudes.

Le 12 juin 2004 Anne Franck aurait pu évoquer quelques voyages à Valpareiso ou dans les rues gelées de Reykjavik au bras d’un passant inoubliable, elle aurait pu se souvenir d’un parfum qu’il lui aurait offert dans une boutique des Champs Élysées, d’un soir de Noël en famille passé dans un chalet au coeur des Alpes françaises, de ce mois d’août où ils auraient fêté le diplôme de leur fils aîné autour d’une table de campagne dans la lumière orangée d’un vignoble toscan. Elle aurait probablement aimé Piazza d’Italia d’Antonio Tabucchi, conduit ses petits-enfants au cinéma pour la sortie du Roi Lion, admiré la voix de Björk qui chante avec la grande vacuité du nord, fredonné L’Estaca de Lluis llach ou Le p’tit bonheur de Félix Leclerc, et adoré les galettes bretonnes au blé noir sur la vieille place de Locronan. Elle aurait pu voir marcher les hommes sur la lune, “surfer” sur internet, converser avec Jankélévitch, Picasso, Sartre ou Modiano, et publier une vingtaine de romans.

Enfin, elle aurait pu être là aujourd’hui et nous aurions probablement parlé d’autre chose.

Mais l’absurde des hommes en a décidé autrement et les correspondances pour Kitty, l’amie imaginaire, ont donc cessé le 4 août 1944, ou plus précisément on peut imaginer qu’elles se sont définitivement interrompues dans un camp de Bergen Belsen en mars 1945.

Tant de choses ont été dites sur ces évènements qui entachent non seulement l’histoire, mais également et de façon indélébile l’humanité toute entière. Le temps s’est écoulé, le sablier des survivants coule ses derniers cristaux, et nous n’aurons bientôt plus que des livres, des photographies, des films et des lieux pour ne pas oublier, pour ne pas oublier que les hommes ont été capables d’inventer l’horreur.

Nous savons tous aujourd’hui, au regard de l’armement existant et des tensions géopolitiques qui parcourent la planète, qu’aucune menace ne pourra jamais être définitivement écartée, la probabilité d’un génocide à l’échelle planétaire est toujours suspendue au bon vouloir de quelques docteurs Folamour ou dictateurs en mal d’émotions fortes.

Les dominos de la guerre et de la violence n’ont pas besoin d’un vent bien fort pour s’effondrer et entraîner des millions d’hommes dans un nouveau conflit exacerbé par quelques prétextes religieux, dopés au racisme, et justifiés par la dégradation de quelques conjonctures économiques. La méthode, les causes et les conséquences ne viendraient varier que sur l’intensité du désastre.

Car à t-on vraiment retenu la leçon? Combien de miliciens, chefs de centaine, délateurs pitoyables arborent impunément quelques rosettes au revers de leur veston, quand les médailles servent ici, encore quelques fois à rendre l’histoire plus présentable? Combien de notables et de braves gens préfèrent ne plus se souvenir et dire qu’il est temps désormais de passer à autre chose?

“Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent…” Ils furent des millions et le temps s’est écoulé. Alors, effectivement il reste quelques initiatives, comme ces classes d’étudiants qui se rendent à Aushwitz ou ailleurs, pour voir, pour s’émouvoir, et pour témoigner. Parce que la mort n’est pas un spectacle de variété, ni un jeu virtuel, quand notre société va désormais jusqu’à banaliser l’image de la violence, de la terreur et du meurtre, quand le doute des révisionnistes plane à nouveau sur nos mémoires occidentales, quand peut-être pour diluer un peu les consciences on nous parle ces temps-ci du plus ignoble criminel sans évoquer ses crimes.

Loin de ces approximations, loin de ces déguisements, nos adolescents, qui lisent de moins en moins, ont probablement besoin d’être confrontés à la difficile réalité de cette triste période. Il faut qu’ils puissent côtoyer du regard ce qu’il reste de l’horreur, de l’inimaginable, avec leurs convictions et ce qu’ils ont retenu de l’histoire.

Mais il ne faut pas que ce genre de voyage devienne une excursion touristique et il appartient au monde enseignant, aux hommes politiques et aux intellectuels de trouver le juste milieu qui saura préserver la mémoire sans la rendre confidentielle, tout en diffusant inlassablement les preuves de cet holocauste.

Notre capacité d’indignation est régulièrement jaugée par des évènements qui occupent alternativement le devant de la scène aux quatre coins de la planète. Catastrophes climatiques, conflits, génocides, épidémies, séismes, contre lesquels nous luttons à distance en grappillant au rayon des idées généreuses. La médiatisation des évènements a paradoxalement le don d’effrayer et de rassurer des gens, qui bien installés dans leurs fauteuils restent sains et saufs face aux catastrophes. Alors, il nous faut demeurer très prudent au regard des messages qui peuvent ballotter nos populations et ne jamais oublier, dans le bien comme le mal, ce dont sont capables les hommes. Depuis les années soixante, on a su tantôt nous expliquer qu’il fallait mettre une fleur au bout du fusil, mais qu’il fallait aussi parfois savoir prendre un fusil pour aller défendre nos fleurs. Car on marche plus difficilement seul avec une pensée personnelle qu’on ne le ferait en compagnie de millions d’individus avec une pensée unique…

Alors, bien sûr, il nous reste des documents comme ce journal d’Anne Franck miraculeusement récupéré par Miep et Eli dans le pauvre désordre laissé sur le sol de cette pièce, après le passage de la Gestapo.

Pour un écrivain, tout au long d’une vie, l’écriture peut devenir un poison exquis et s’installer comme une petite malédiction, car elle soulève des réalités dont on ne peut plus se débarrasser, car elle nous condamne à continuer, car elle est la seule façon possible de tricher avec nos rêves, car elle est la seule traduction possible de nos illusions. Elle est en quelque sorte notre propre prison.

Mais pour ceux qui comme Anne Franck ont écrit en captivité, elle est au contraire un formidable moyen d’évasion. Rappelez-vous cette phrase de Camus dans L’Etranger : “Toute la question encore une fois était de tuer le temps, j’ai fini par ne plus m’ennuyer du tout à partir de l’instant où j’ai appris à me souvenir…”

Anne Franck, bien sûr n’avait pas suffisamment de vie derrière elle pour posséder beaucoup de souvenirs.

Mais ne nous a-t-elle pas confié d’une certaine façon ce qu’aurait pu être sa vie et le destin d’une toute autre humanité.

Escaro (France),

le 10 janvier 2005.

Jean-Paul Pelras

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Le Zéro, ce rien qui peut tant 9 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , 2 commentaires

 

Le Zéro, ce rien qui peut tant

 


Le zéro est la fonction numérique définissant mathématiquement le néant qui est utilisé non pas comme un échappatoire mais comme une aperception de la réalité.

Le zéro est un nombre terrible engagé dans une lutte étrange pour engloutir tous les nombres à moins que ce ne soit pour tout générer.

Avant d’être un nombre il fut un chiffre et avant il n’existait pas même parmi les autres chiffres dans la conscience humaine. L’usage des chiffres semble si évident que nous le considérons comme une aptitude innée de l’être humain.

J’appelle « nombre » les valeurs qui mesurent une grandeur et j’appelle « chiffres » les caractères, les marques, les signes calligraphiques servant à écrire les nombres.

Il y a donc une histoire universelle des chiffres, car toutes les sociétés, de la préhistoire à l’ère des ordinateurs, ont essayé de représenter les quantités et les ordres, autrement dit les nombres. Cette histoire, hésitante et discontinue, est celle d’un évènement aussi révolutionnaire que la maîtrise du feu, l’invention de la roue et de la machine à vapeur ou la découverte de l’électronique.

Le premier chiffre fut sans doute une taille sur un bâton qui, répétée, indiquait le nombre d’éléments à dénombrer. Puis, par commodité de perception de grandeurs importantes, les sociétés primitives en firent des paquets. À partir de ce principe, les hommes ont pu concevoir des assemblages-modèles auxquels ils pouvaient se référer. Ainsi, un os sur lequel on avait pratiqué vingt entailles pouvait servir à dénombrer vingt hommes, vingt chèvres ou vingt fourrures. A cette fin, les hommes, sous divers cieux, ont usé de coquillages, de perles, de fruits durs, d’ossements, de noix de coco, de bâtonnets, de boulettes d’argiles, de graines de cacao et même de bouses séchées. L’impôt, autrefois, prélevé par les seigneurs et rois français, fut appelé taille car leurs collecteurs avaient l’habitude de marquer ainsi sur une planche de bois ce que donnait chaque contribuable. Le même système servait encore au début du 19ème siècle en Angleterre pour certifier le paiement des impôts ou pour comptabiliser les rentrées et sorties d’argent. Curieusement ce système survit, de nos jours, dans un article du code civil (1).

Pour compter plus vite, les premières sociétés eurent l’idée du regroupement par paquet de 5 (l’homme des cavernes), ou par 10 (le scribe égyptien), voir par 60 (le babylonien). Dans chacun de ces systèmes des signes différents sont utilisés pour exprimer les valeurs de chacun des groupes (2), souvent des lettres de l’alphabet comme chez les hébreux, les grecs, les romains. Ainsi 1, 5, 10, 50, 100 et 1000 chez les romains furent représentés par I, V, X D, C, M. Et par combinaison des symboles et de leur place les uns par rapport aux autres, on obtient un nombre.

On comprend dès lors la difficulté mathématique d’additionner de grands nombres en chiffres romains.

L’écriture des chiffres la plus extravagante fut celle des mayas qui utilisaient 20 glyphes différents, têtes grotesques dessinées représentant 20 valeurs différentes.

Et pourtant au commencement, le zéro n’existait pas : Il s’agissait de compter, d’énumérer, d’évaluer des choses du réel, et l’on n’a pas besoin du zéro pour dire qu’il n’y a pas de cette chose. Le Zéro n’existait donc pas. Le zéro n’est jamais utilisé dans la Bible. En Égypte, aucun hiéroglyphe ne lui correspond.

Tout d’abord, les égyptiens surent se passer du zéro parce que l’utilité de leurs mesures était essentiellement tournée vers le comptage des jours et vers le bornage des terres. Chaque année, le Nil, en inondant le delta, dépose une couche d’alluvions qui efface les limites des propriétés, empêchant de reconnaître les parcelles des fermiers. Or, en Égypte, s’approprier le sol d’un voisin était un crime aussi grave que se parjurer, tuer quelqu’un ou se masturber devant le temple. Des contrôleurs étaient chargés par Pharaon de rétablir le bornage, les mathématiques ne visaient donc qu’à délimiter les surfaces de terrain, à des fins cadastrales. Cela se faisait à l’aide de cordes nouées pour marquer les angles droits, divisant les parcelles en triangles et rectangles ; ainsi naquit la géométrie qui marqua profondément la civilisation du bassin méditerranéen. Les grecs s’en inspirèrent ; on sait que Pythagore et Thalès étudièrent en Égypte. Et dans ces mathématiques pratiques, point besoin du zéro, qui en tant que rien est un pur concept.

Le zéro fut découvert par les Chinois. Les inscriptions sur os et écailles nous apprennent que, dès les 14ème11 ème siècles av. JC., les Chinois utilisaient une numération décimale de type « hybride », combinant dix signes fixes pour les unités de 1 à 9, avec des marqueurs de position particuliers pour les dizaines, centaines, milliers et myriades.

La première apparition du zéro, à Babylone, semble remonter au 3ème siècle av. J.-C. mais il n’était pas utilisé dans les calculs et ne servait que comme marquage d’une position vide dans le système de numérotation. Les babyloniens avaient commencé à utiliser une marque (deux coins inclinés) pour indiquer une colonne vide sur leurs tables d’abaque. Ce marque-place permettait de donner aux autres chiffres leur place exacte et par là de définir la valeur du nombre représenté

Il sera également utilisé par les Mayas durant le 1er millénaire, mais de même, uniquement comme chiffre, dans leur système de numération de position et non comme nombre.

Son usage moderne, à la fois comme chiffre et comme nombre, est héritée de l’invention indienne des chiffres nagari. Vers le 5ème siècle, le mot indien désignant le zéro était śūnya, qui signifie « vide » « espace » ou « vacant ».

Ce mot, traduit en arabe par « sifr » qui signifie également « vide » et « grain », est la racine du mot chiffre, et zéro vient de ce que Fibonacci a traduit l’arabe Sifr par l’italien zephirus, à partir duquel il a formé zevero qui est devenu zero.

Curieux paradoxe ! Nommer le rien, c’est pourtant lui donner une existence, une valeur. Parvenir à concevoir que le vide puisse et doive être remplacé par un graphisme ayant précisément pour signifiant le vide, telle est l’ultime abstraction qui a nécessité
beaucoup de temps, beaucoup d’imagination et certainement une grande maturité d’esprit. Certes, au début ce concept ne fut que le synonyme de la place vide ainsi comblée. Mais on s’aperçut peu à peu, par la force de l’abstraction, que « vide » et « rien »,conçus d’abord comme des notions distinctes, étaient en réalité deux aspects d’une seule et même chose. C’est ainsi que le signe-zéro a fini par symboliser la valeur du « nombre nul ».

La graphie du zéro c’est d’abord un cercle ; elle est inspirée de la représentation de la voûte céleste. En effet le zéro se vit attribuer toute une panoplie de synonymes qui désignaient littéralement le ciel, l’espace, l’atmosphère, le firmament ou la voûte céleste (je vous fais grâce des mots en version originale). Ainsi, en sanskrit, infini, voyage sur l’eau, pied de Visnu, plénitude, infinité, achèvement, sont aussi des termes qui évoquent le zéro dans la poétique indienne de cette époque. Il en est de même pour le mot « akasha », qui évoque l’éther, le dernier et le plus subtil des cinq éléments de la philosophie hindoue, l’essence de tout ce qui est supposé incréé et éternel, l’élément qui pénètre l’immensité de l’espace, voire l’espace lui-même. L’identification de l’éther au vide ne posa pas de problème du fait qu’il était considéré comme la condition de toute expansion corporelle et le réceptacle de toute matière se manifestant sous la forme des 4 éléments (terre, eau, feu, air). Autrement dit, une fois que le zéro eut été expérimenté, on s’aperçut que le « akasha » remplissait dans l’existence un rôle majeur comparable à celui tenu par le zéro dans la numération de position, dans le calcul, pour les mathématiques, pour les sciences et pour les techniques.

Les mots symboles du zéro, évoquant principalement les idées de ciel, d’espace, le cercle fut naturellement la première représentation graphique du zéro. Sunya chakra

Le point en fut aussi une représentation, parce que c’est un objet sans dimension. Sunya bindu.

Au-delà de son aspect géométrique, le bindu était pour les hindous le symbole de l’univers dans sa forme non manifesté, et donc une représentation de l’univers avant sa transformation en monde des apparences. Selon les philosophies indiennes, cet univers incréé est doté d’une énergie créatrice capable de tout engendrer : le point causal.

Le mathématicien et astronome indien Brahmagupta est le premier à définir le zéro en tant que nombre. En 628, dans un traité d’astronomie appelé le Brahma Sphuta Siddhanta, Brahmagupta (598 – 660) définira le zéro comme la soustraction d’un nombre par lui-même (N – N = 0). Brahmagupta donnera dans son ouvrage les règles des opérations effectuées avec le zéro, appelant « biens » les nombres positifs, « dettes » les nombres négatifs et le zéro (3) pour le nombre nul.

En occident, l’introduction du zéro est consécutive à la traduction des travaux des mathématiciens musulmans, vers le 8ème siècle, notamment ceux d’al-Khwārizmī (L’algèbre ou science des équations vient du titre de son livre al-Jabr). Les chiffres arabes sont importés d’Espagne en Europe chrétienne aux environs de l’an mil par Gerbert d’Aurillac, devenu le pape Sylvestre II. Le zéro ne se généralise pas pour autant dans la vie courante, les chiffres, dits arabes, servant surtout… à marquer les jetons d’abaque de 1 à 9 ! Certains calculateurs préférèrent utiliser des jetons avec des chiffres romains ou des lettres grecques plutôt que d’utiliser les « signes diaboliques » de ces « suppôts de Satan » qu’étaient alors les Arabes. Gerbert lui-même n’échappa pas à cet esprit d’arrière-garde: on en vint à murmurer qu’il fut alchimiste et sorcier et qu’en allant goûter à la science des « infidèles Sarrazins », il avait sûrement dû vendre son âme au Diable. Grave accusation qui poursuivra le savant plusieurs siècles à tel point qu’en 1648 l’autorité pontificale jugera nécessaire de faire ouvrir le tombeau de Sylvestre II pour vérifier si les diables de l’Enfer ne l’habitaient pas encore…!

Et oui, le zéro provoqua des conflits meurtriers. Le zéro était le symbole de nouvelles théories, du rejet d’Aristote et de l’acceptation du vide et de l’infini. Les camps philosophiques punissaient leurs traîtres. Par le bûcher chez les chrétiens, tandis qu’en Orient, au 11ème siècle, persister dans la doctrine d’Aristote entraînait la peine de mort pour les penseurs musulmans.

La chrétienté rejetait le zéro mais le commerce le réclamait.

Et ce fut Léonard de Pise, dit Fibonacci qui eut une influence déterminante. Il reste plusieurs années en Afrique du Nord et étudie auprès d’un professeur local. Il voyage également en Grèce, Égypte, Proche-Orient et confirme l’avis de Sylvestre II sur les avantages de la numération de position. En 1202, il publie le Liber Abaci, recueil qui rassemble pratiquement toutes les connaissances mathématiques de l’époque, et malgré son nom, apprend à calculer sans abaque.

Et c’est ainsi qu’avec le retour du commerce intensif, consécutif aux Croisades, que les Européens généralisent, au 12ème siècle, l’usage du zéro. Le zéro arrive, enfin, en occident. Mais comme pour les autres chiffres, le zéro fait une entrée laborieuse dans le langage mathématique. Il souffre des vestiges de la pensée de l’antiquité, mais aussi de la méfiance de l’Eglise.

Cela nous paraît si évident aujourd’hui, qu’il est plus facile d’imaginer Sisyphe heureux qu’un monde où le caractère zéro n’existerait pas.

Alors essayons de comprendre pourquoi les égyptiens, les grecs et les romains détestaient le zéro.

Les peuples de l’Antiquité avaient peur du zéro ! Peur du nombre zéro et donc de sa représentation en chiffre. Dans les Traditions les plus anciennes, le tohu bohu, vide et désordre, était la constitution primordiale du cosmos.

Symbole du Néant, du Vide Absolu, du non manifesté, du Chaos originel, le zéro inspirait l’effroi d’un monde qui pourrait retourner à son état naturel primitif.

La crainte du zéro allait plus loin encore que ce malaise face au vide. Pour les anciens, les propriétés du zéro étaient inexplicables car il ne se comporte pas comme les autres nombres. Au royaume des nombres, des lois s’imposent à tous, sauf à zéro.

Additionnez un nombre avec lui-même, il change : 1 + 1 = 2 ; mais 0 + 0 = 0.

Non seulement le zéro refuse de grandir mais il empêche les autres nombres de grandir : 1 + 0 = 1. Zéro nie les jeux de l’addition et de la soustraction (1 – 0 = 1).

Et surtout, ce nombre sans substance réussit à saper les plus simples calculs, comme ceux de la multiplication et de la division.

Zéro multiplié par n’importe quoi donnera toujours zéro. Ce nombre infernal télescope la ligne des nombres en un seul point. Il anéantit les nombres en les retirant à l’existence, pour en faire du rien, du vide. Multiplier une valeur par zéro revient à retirer cette valeur d’elle-même : 0 x N = N – N = 0

Des choses encore plus étranges apparaissent dans la division par zéro : Elle est un non-sens. Si l’on s’obstine à diviser par zéro, on détruit toutes les fondations de la logique et des mathématiques.

Plus que vous soumettre à une épreuve de mathématique, je souhaiterai vous amuser avec une apagogie (démonstration par l’absurde).

Prenons a et b tel que a = b = 1
Nous pouvons écrire que a2 = a2
Nous pouvons aussi écrire que b2 = ab
En soustrayant les deux équations cela donne : a2 - b2 = a2 - ab
Une classique mise en facteur nous donne : (a + b) (a – b) = a (a – b)
Divisons chaque côté par (a – b) ; (c’est-à-dire divisons par zéro), on obtient a + b = a.
En ôtant a de chaque côté, l’équation devient b = 0 et donc avec b = 1 Þ 1 = 0 !!
Quelque soit la valeur de b, nous pouvons ainsi montrer que 1 ou 20 ou 1983 sont égaux à zéro!!!! Que celui qui a 2 bras et 2 jambes n’a pas de bras!!!

Diviser par zéro détruit la charpente des mathématiques. Souvenons nous de ce que l’on appelle le domaine de définition ou l’existence d’une courbe : un monde dans lequel on exclut la division par zéro. Un des premiers ordinateurs, grilla toutes ses ampoules, s’extermina en somme, parce qu’on lui demanda d’effectuer un calcul dans lequel lui fut soumis une division par zéro.

Ainsi le zéro est puissant parce qu’il triomphe des autres chiffres, rend folles les divisions. Il est le frère jumeau de l’infini.

C’est en tant que représentation du vide que le zéro fut rejeté par la pensée grecque. Pour Aristote, il n’y a rien qui soit rien, rien ne naît de rien, il n’y a pas de vide. Le cosmos est « prisonnier » dans des sphères de différentes tailles qui émettent de la musique : l’harmonie des sphères.

Ce n’est pas l’ignorance qui conduisit les grecs à rejeter le zéro mais leur philosophie. Le zéro était en conflit avec leur croyance fondamentale. Au cœur de leur philosophie, le point le plus important tenait dans cette révélation : tout est nombre. Et c’est en géométrie et en termes de relations des nombres que se posaient les grands problèmes de l’époque. Dans les ratios, le zéro est un nombre qui n’a aucun sens. Le zéro creusait un gouffre dans l’ordonnancement de l’univers pythagoricien ; il ne fut donc pas toléré. (Un autre concept dérangeant, le nombre irrationnel Ö2)

L’univers grec, créé, notamment par Pythagore et Aristote survécut, dans la pensée occidentale médiévale. Pour eux, tout l’univers était réglé par des proportions et des figures géométriques. Le cosmos était fini et entièrement rempli de matière. Il n’y avait pas d’infinité, il n’y avait pas de zéro. Cette manière de penser avait une autre conséquence – ce qui explique pourquoi la philosophie d’Aristote perdura si longtemps. Son système prouvait l’existence de Dieu.

Dans leur quête de sagesse, les érudits médiévaux ne se tournaient pas vers leurs pairs, mais vers les Anciens, vers les néoplatoniciens et surtout vers Aristote. Ce que je retiens de l’œuvre d’Aristote, c’est une espèce d’encyclopédie présentant ses observations, dans des domaines du ciel et de la terre, l’astronomie, la physique, la biologie, qui pose en toute chose le questionnement du « pourquoi cela existe » et qui conclut à chaque fois par l’éternité en soi des choses subordonnée à une énergie initiale créatrice : Dieu. Il affirmait de plus que la terre était unique et au centre de l’univers

Au 13ème siècle Thomas d’Aquin christianisa cette théologie (4). L’enseignement du « Docteur Angélique » sera retenu comme la plus solide, la plus sûre et la plus sobre des doctrines catholiques.

Les penseurs considéraient le vide comme … le diable, et le diable comme le vide!

Pour cette raison, l’Occident ne put accepter le zéro jusqu’au 16ème siècle. Les conséquences en furent un ralentissement des progrès en mathématiques et un étouffement des innovations scientifiques.

Le point de fuite dans la peinture de Brunelleschi, cette singularité qui ramasse l’univers dans un espace minuscule et donne la perspective, le système cartésien, les expériences de Pascal sur le vide, le calcul différentiel de Newton, les mesures quantiques de Planck participèrent, depuis, au triomphe du zéro.

Alors, aujourd’hui, la question essentielle du zéro peut se ramener à ceci : comment du zéro, du rien est sorti quelque chose. Si on vous demande qu’est-ce qui vous intrigue dans la cosmologie, vous pourriez répondre : La réponse est dissimulée dans la question : « l’intrigue » !

A quel genre d’intrigue doit-on alors s’attendre en étudiant la cosmologie ? Un numéro du Scientific American en propose une excellente : comment peut-on comprendre la succession des phénomènes survenus pendant l’âge sombre de l’Univers, avant son passage de l’opacité du néant à la transparence de la création? Comme nous ne disposons pas de données observationnelles pour cette période, comment peut-on aussi rétablir cette chronologie ? Et bien c’est grâce au zéro !

L’Univers est-il éternel ? Existe-t-il depuis toujours ou, au contraire, a-t-il eu un commencement ? Et dans ce cas, y avait-il « quelque chose » avant sa naissance ? Ces questions, les physiciens les connaissent depuis longtemps, mais les redoutent : ils savent combien il est difficile, voire impossible, d’y répondre.

C’est à une longueur extrême (d’une taille de 10 -33 centimètres, la plus petite longueur physique qui puisse exister) appelée « le mur de Planck » que la cosmologie moderne fait démarrer le Big Bang et la fantastique expansion qui a dispersé la matière, marquant l’origine physique de l’Univers.

Or, pour la première fois, grâce à des instruments mathématiques très puissants que l’on appelle les « groupes quantiques », il devient possible de lever un coin du voile « avant » le Big Bang, sur le mystère originel de l’Univers. Dans l’abîme vertigineux qui commence derrière le mur de Planck, au cœur des ténèbres, les calculs montrent qu’à cette époque, où rien de ce qui nous est familier n’existait encore, une sorte de « tempête » primordiale faisait ployer la gravitation, mélangeait l’espace et le temps eux-mêmes en d’effroyables tourbillons. Cette immense tempête se déchaînait à l’aube des temps, entre l’instant zéro et l’ère de Planck ; elle déferlait sur tout le « paysage » primitif de ce qui n’était pas encore le monde. Si nous avions pu assister à ce qui se passait à cette lointaine époque, nous aurions « vu » une sorte d’océan immense rouge et bleu sombre, creusé de vagues violettes, d’écumes et de tourbillons. Dans ce monde-là, nous n’aurions fait aucune différence entre le futur et le passé, et nous aurions été incapables d’évaluer la moindre distance dans l’espace. Par exemple, il deviendrait impossible de donner rendez-vous à un ami : en imaginant qu’il soit juste devant vous, l’instant suivant il se trouverait à 1000 kilomètres ; et au lieu d’être « stable dans le temps », il surgirait soudain dans le passé ou dans l’avenir, de façon totalement imprévisible.

Pourquoi ces incroyables phénomènes ?

Parce que « là-bas », ce qu’on appelle notre « métrique », c’est-à-dire ce qui nous permet de mesurer les choses et de distinguer naturellement le temps de l’espace, n’est plus valide. A l’échelle de Planck et en deçà, le temps et l’espace « fluctuent », se déforment, se trouvent superposés pour finalement former un mélange complexe impossible à concevoir. Les photos, prises par la sonde W.m.a.p., qui ont permis de réaliser la première carte complète du fond diffus cosmologique, sont les premières confirmations de ces fluctuations primordiales de l’espace-temps (5).

Mais y a-t-il encore un autre monde « en dessous » du monde quantique ? Un univers « plus petit que tout » et qui aurait une taille nulle ? Ce monde-là, ce troisième monde, existe bel et bien au-delà de la tempête quantique, tout au fond du cône de lumière. Là-bas, la matière, l’énergie, toutes les forces qui nous sont familières ont disparu. C’est le point zéro de l’Univers. Ce point mystérieux qui, au début du 20ème siècle, avait hanté Einstein et le mathématicien russe Alexandre Friedmann, l’inventeur du Big Bang. Depuis les années 70, l’existence de ce qu’on appelle aujourd’hui la« singularité initiale » a été prouvée par Stephen Hawking, de l’université de Cambridge, et Roger Penrose, de l’université d’Oxford. Sans dimension, hors du temps, la singularité à l’origine de notre Univers représente un état d’information pure. Invariant, immuable, reflet de l’ordre le plus élevé que puisse concevoir l’esprit humain, ce point fantastique ne peut être décrit que par ce que les mathématiciens appellent un « invariant topologique ». En imaginant, encore une fois, que nous puissions nous rendre sur ce point zéro, ce que nous verrions alors serait très surprenant. Nous serions d’abord sidérés par le silence absolu. Ce monde très étrange nous paraîtrait totalement figé, immobile comme pour l’éternité.

En fait, au point zéro, il n’y a plus de forces, plus d’énergie, plus de matière, et même plus d’espace ni de temps. Il ne reste qu’une seule et ultime chose : une information. Cette même information dont Stephen Hawking reconnaissait l’existence au fond des trous noirs. Contrairement à ce qui se passe chez nous, le temps à l’origine ne s’écoule plus : il est « figé ». Plus exactement, comme l’indiquent les équations d’Einstein, sous l’action de la gravitation alors immense, le temps qui nous est familier n’est plus réel (comme chez nous, avec un avant et un après), mais purement imaginaire (au sens que les mathématiciens donnent à ce mot : au point zéro, en raison de la courbure infinie, la droite du temps réel a pivoté de 90 degrés dans le plan complexe et est désormais imaginaire). Ce temps étrange, sans avant ni après, ne peut donc plus se comprendre comme marquant une évolution des événements en mouvement, mais comme portant une information étendue sur une réalité globale et immuable. C’est dans ce sens que ce monde-là n’est pas encore un monde d’énergie : c’est une essence mathématique.

Tout ceci est tellement éloigné de notre expérience et même de nos intuitions les plus folles qu’il nous semble difficile d’y croire. Et pourtant, la « réalité » de cet univers commence aujourd’hui à être décelée à la faveur de deux théories toutes récentes : la théorie des groupes quantiques et la théorie topologique des champs. Grâce à ces deux approches, il nous devient progressivement possible de mieux comprendre la nature profonde de ce qui peut exister au temps de Planck. Les groupes quantiques, ces algèbres « déformées » comparables à une sorte de « loupe » qui viendrait agrandir la surface d’une page écrite pour mieux en distinguer les détails, nous ont permis de plonger au cœur du Big Bang et de traverser la barrière d’énergie qui surgit au mur de Planck. Et derrière ce mur, la théorie topologique des champs – qui ne « mesure » plus l’évolution d’un système en temps réel mais en temps imaginaire pur – nous a permis de « voir » la réalité ultime de la fantastique information qui précède notre univers physique.


Finalement, l’idée d’une information mathématique à l’origine des choses nous est proche, étrangement familière : la graine minuscule ne contient-elle pas toute l’information nécessaire au développement d’un arbre gigantesque ? Un être humain n’exprime-t-il pas, dans toute sa complexité, une information génétique seulement visible au microscope ? De même qu’il existe un « code génétique » à l’origine des êtres vivants, nous pourrions imaginer un « code mathématique » à l’origine de l’Univers tout entier. Et si le cosmos qui nous entoure a bien un sens, alors c’est que – peut-être – il contient en lui, dès l’origine, une information incroyablement complexe, une essence non physique qui le travaille, l’oriente, le réalise. Et c’est peut-être ce qui a fait dire au physicien Neil Turok, l’un des plus proches collaborateurs de Stephen Hawking, « l’Univers tout entier a jailli, de manière splendide, d’une seule et unique formule », d’un code mathématique engendrant la Création.

Alors le zéro, ce rien ne peut-il pas tout ? Parce que si un tel code mathématique existe, forcément il est enfoui dans le zéro.


(1) Taille, coche échantillon.

(2) Il y a 5000 ans les égyptiens utilisaient un bâton vertical pour l’unité, un os de talon pour 10, une lanière ondulante pour 100…

(3)
- Zéro soustrait d’une dette est une dette.
- Zéro soustrait d’un bien est un bien.
- Zéro soustrait de zéro est zéro.
- Une dette soustraite de zéro est un bien.
- Un bien soustrait de zéro est une dette.
- Le produit de zéro multiplié par une dette ou un bien est zéro.
- Le produit de zéro multiplié par zéro est zéro.
- Le produit ou le quotient de deux biens est un bien.
- Le produit ou le quotient de deux dettes est un bien.
- Le produit ou le quotient d’une dette et d’un bien est une dette.

 

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