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VITRIOL 5 mai, 2008

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V.I.T.R.I.O.L
TOI qui dans ce Temple vas entrer,
Quel secret espères-tu trouver ?
Sache que de ce que tu verras,
Peu de symboles tu comprendras.
Certes, tes frères te guideront,
Mais ne te berce pas d’illusions,
Comme toi ils cherchent le secret
Qu’Isis sous son voile tient caché.
Nous sommes les dignes fils d’HERMES,
La nature est notre Maîtresse
Et l’Univers notre royaume.
Bien que misérables gnomes
De bel argile rouge pétris,
Nous avons en nous le souffle de vie
Qui, d’un GOLEM au corps froid,
Fit de nous des humains qui croient
Que le vil plomb en or sacré
Tout Homme peut transmuter.
 

TOI qui dans ce Temple entreras,
Le vrai secret n’est pas là :
Plonge dans la fange de ton être,
Alors, après, tu pourras renaître.

René-Pierre AMSELLE

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Salvador ALLENDE

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Socialisme

&

Franc-maçonnerie

Dans cette planche prononcée à la Grande Loge de Colombie de Bogota le 28 août 1971, le président en exercice du Chili proclame son adhésion profonde et constante aux idéaux maçonniques qui l’ont guidé dans son action politique. Le projet et le programme de l’Unidad Popular, mouvement qui a porté Allende à la présidence du Chili, apparaissent clairement comme la reviviscence historique et politique d’un front populaire chilien à la tête duquel se trouvait, dans les années 1930, le frère Pedro Aguirre Zerda, radical de droite et leader d’une formation qui s’étendait des marxistes aux radicaux et aux démocrates. Il semble évident et non fortuit qu’il y ait eu un rapport entre le front populaire de Zerda et la liste qui porta le frère Ernesto Nathan à devenir maire de Rome. Il s’agit donc d’un document d’un grand intérêt, dans lequel Allende se montre conscient des difficultés qu’Unidad Popular allait rencontrer. Pourtant, il semble sous-évaluer risques et périls, et l’on en trouve la preuve dans son affirmation sereine et peut-être naïve: «il est rare aujourd’hui que l’on craigne la présence d’un franc-maçon ou d’un socialiste à la présidence du Chili». L’histoire nous a montré combien on craignait la présence d’un socialiste.

 

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Sérénissime Grand Maître de la Grande loge de Colombie, très chers frères du Suprême Conseil, hauts dignitaires de l’Ordre, mes très chers frères: regardant en arrière, le début de ma vie, je me souviens qu’il ne me fut pas facile de devenir membre de la Grande Loge du Chili, parce que j’avais été un étudiant rebelle. Et si j’ai persévéré à frapper à la porte de la respectable Loge Progreso n° 4 de Valparaiso, c’est par profonde conviction, imprégné des principes maçonniques inculqués à notre famille par mon père, notre cher Frère Ramon Allende Padilla Huelvo, qui fut Sérénissime grand Maître de la Grande Loge du Chili et fondateur de la loge qui m’ouvrit ses portes à Valparaiso, la seconde loge du pays.
J’étais pleinement conscient que l’Ordre n’est ni une secte, ni un parti, et qu’en dégrossissant la pierre brute on se prépare à agir dans le monde profane. Je savais que les Francs-maçons se devaient d’agir dans le monde profane en se fondant sur les principes permanents de la Franc-maçonnerie. C’est pour cette raison, et non en manière de remerciement (étant donné que ce terme est impropre entre Frères) mais plutôt pour témoigner sur le contenu généreux des paroles du souverain Grand Commandeur et du Sérénissime Grand maître que je voudrais évoquer la nuit de mon initiation, lorsque, écoutant le Rituel pour la première fois, j’entendis que «les hommes sans principe et sans idées fermes sont comme les bateaux dont le timon est rompu, ils se brisent contre les écueils».
J’appris également que dans notre ordre, la hiérarchie ne se fondait pas sur des distinctions sociales ou économiques. Ainsi, dès le premier instant, ma conviction se fit plus forte que les principes de l’Ordre, projetés dans le monde profane, pouvaient et devaient contribuer au grand processus de renouveau que tous les peuples du monde cherchent à mettre en œuvre, et particulièrement les peuples de ce continent, dont la dépendance politique et économique accentue leur tragédie de pays en voie de développement.
La tolérance, j’en suis sûr, est une des vertus les plus profondes et solides; durant mes 33 ans de vie maçonnique, j’ai toujours insisté, dans les planches que j’ai présentées aux diverses loges de mon pays, sur la certitude de pouvoir vivre harmonieusement dans le Temples avec mes Frères, même si pour beaucoup il était difficile d’imaginer que cela fût possible pour un homme qui, dans la vie profane, se proclamait ouvertement marxiste. Cette réalité était comprise dans les loges, mais elle ne l’était pas dans mon propre parti.
Lors des congrès de ce parti, pourtant fondé par un Ex Sérénissime Grand Maître de l’Ordre Maçonnique du Chili, Eugenio Matto Hurtado, on discuta plus d’une fois de l’incompatibilité entre Socialisme et Maçonnerie. J’ai soutenu mon droit à faire partie des deux en même temps. J’ai dit alors qu’en cas d’incompatibilité, c’est le parti que j’abandonnerais, sans cesser pour autant de rester fidèle aux idéaux et aux principes socialistes. Mais en même temps, j’affirmais en Loge que le jour où l’Ordre proclamerait l’incompatibilité entre mes idéaux et convictions marxistes et mon appartenance maçonnique, j’abandonnerais une Loge où l’on aurait cessé de pratiquer la vertu de tolérance. J’ai donc pu vivre cette double réalité, maçon et marxiste, et je crois pouvoir affirmer aux Frères de la Grande Loge de Colombie que je vis dans la loyauté au regard des principes de l’Ordre, tant à l’intérieur de l’Ordre que dans le monde profane.
Au cours de toutes ces années durant lesquelles, étudiant, j’ai connu la prison, l’expulsion de l’Université, et la relégation (pratique des dictateurs chiliens qui consistait à déporter les opposants dans des régions isolées du pays, comme durant la période fasciste italienne, ndlr) jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours été conséquent avec mes convictions. J’ai soutenu des combats dans un monde politique agité, dans un pays qui avait atteint un haut niveau de culture politique, parfois sans moyens, mais toujours certain d’arriver un jour à la Présidence du Chili. Je voulais ouvrir un sillon, semer une graine, l’arroser de l’exemple d’une vie d’efforts, afin qu’un jour elle donne un fruit; non pas pour moi, mais pour mon peuple, pour ma Patrie, qui méritait une vie différente. Certes, le Chili, comme je l’ai dit, a atteint un développement politique supérieur à celui des autres pays de ce continent, et la démocratie bourgeoise y a permis le développement de toutes les idées, mais on le doit à la lutte des masses populaires pour le respect des droits de l’homme, et aux conquêtes obtenues par le peuple au cours d’héroïques batailles pour la dignité et pour le pain.
Bien que le Chili ait pu devenir un pays politiquement indépendant, il ne l’est pas du point de vue économique. Et nous croyons que l’indépendance économique est nécessaire pour que notre pays soit authentiquement libre politiquement. Nous pensons qu’il est fondamental d’atteindre cet objectif en tant que Peuple, que Nation, que Pays. De même il est fondamental que l’homme de mon pays cesse d’avoir la peur de vivre, rompe avec la soumission, obtienne le droit au travail, à l’éducation, au logement, à la santé et aux loisirs. Nous pensons que l’homme du Chili doit pouvoir vivre le contenu de ces paroles si pleines de sens, qui constituent le triple socle de la Maçonnerie: FRATERNITE, EGALITE, LIBERTE. Nous avons soutenu qu’il ne peut y avoir d’égalité lorsque peu de gens possèdent tout tandis que beaucoup n’ont rien. Nous pensons que la fraternité ne peut pas exister lorsque l’exploitation de l’homme par l’homme est la caractéristique d’un régime ou d’un système. Et la liberté abstraite doit céder le pas à la liberté concrète. C’est pour tout cela que nous avons lutté.
Nous savons que la tâche sera rude, et nous sommes pleinement conscients que chaque pays a sa réalité, ses méthodes, son histoire, sa manière de penser particulières. Et c’est pourquoi nous respectons les caractéristiques qui donnent un profil particulier à chaque nation du monde, surtout sur ce continent. Mais nous savons aussi en toute conscience que ces nations ne réussiront à émerger que si elles brisent leurs chaînes, grâce à l’effort solitaire de quelques hommes, nés en diverses terres sous des drapeaux différents, mais unis sous un seul drapeau idéal, pour rendre possible une Amérique indépendante et unie. L’histoire nous enseigne que quelques loges irrégulières, comme la Lautariane (fondée par Simon Bolivar et d’autres frères étrangers au Chili, ndlr) furent la graine et le ciment des luttes pour l’indépendance.
Simon BolivarEt ici, dans la Grande Loge de Colombie, je peux rappeler avec une profonde satisfaction que Bolivar, lorsqu’il apprit la défaite, écrivit à O’Higgins (Franc-maçon libérateur du Chili, ndlr) «qu’il y voyait la preuve de sa ténacité» et ces paroles éveillèrent un écho chez le père de notre patrie, lui donnant la force de se reprendre et de passer dans la fraternelle terre argentine, où, avec San Martin (Franc-maçon, libérateur de l’Argentine, ndlr) il put commencer la bataille pour la libération du Chili. Il eut pour l’extrême sud de l’Amérique la même vision que Bolivar avait eue pour le reste du continent. Et le 20 août, il salua le navire appareillant en baie de Valparaiso pour entreprendre l’expédition qui devait libérer le Pérou avec ces paroles: «de ces quatre bouts de bois dépend le sort de l’Amérique». Ce furent des soldats du Chili et de l’Argentine qui contribuèrent à la libération du Pérou.
Dans le monde contemporain, plus que l’homme, ce sont les peuples qui doivent être, qui sont les acteurs fondamentaux de l’Histoire. C’est pour cela que j’ai fait en sorte que le peuple chilien prenne conscience de sa force et sache trouver son chemin. Ce furent les masses populaires chiliennes, paysans et ouvriers, étudiants, employés, techniciens, spécialistes, intellectuels et artistes, athées et croyants, maçons, chrétiens, laïcs. Ce furent des hommes regroupés au sein de partis centenaires comme le parti radical, ou sans appartenance politique, mais rassemblés sur un programme exaltant la volonté combative des masses chiliennes pour affronter le réformisme de la démocratie chrétienne et la candidature de Monsieur Jorge Alessandri, qui représentait le capitalisme traditionnel.
Le Chili a vécu la longue mais non stérile période des gouvernements capitalistes. Et si je dis non stérile, c’est effectivement parce que je soutiens que dans notre pays, la démocratie bourgeoise a fonctionné vraiment ainsi. Les institutions chiliennes sont plus que centenaires, et cette année, le Congrès de ma patrie, auquel j’appartiens depuis vingt sept ans, deux comme député et vingt cinq comme sénateur, fêtera ses 160 ans de travail quasi ininterrompu. Je dirais même de travail ininterrompu. Nous ne renions pas ce qui a été fait, mais nous soutenons que le chemin d’hier ne peut pas être celui de demain. Au vieux système politique on doit au moins d’avoir fait miroiter l’espérance, même démagogique, d’une révolution et d’une liberté taillées sur le modèle réformiste de la démocratie chrétienne.
Et je ne nie pas que ce gouvernement, auquel succède désormais le gouvernement du peuple, n’ait pas accompli des pas en avant dans les domaines économique, social et politique. Mais il n’a pas éliminé les grands déficits qui caractérisent l’existence des peuples comme les nôtres : logement, travail, santé, éducation. Il n’existe aucun pays en voie de développement qui ait pu résoudre un seul de ces éléments essentiels, en particulier sur ce continent, où un vaste secteur humain a toujours été méconnu. Il s’agit des descendants des Atahualpa, ou des fils de Lautaro dans ma patrie, l’héroïque aruaco, le mapuche, l’indien ou le métis. Alors qu’ils ont donné la semence de notre race, ils ont été repoussés, infériorisés, et dans certains pays, niés dans leur existence.
C’est pourquoi notre lutte et notre détermination ont tendu à donner le pouvoir à un peuple qui désirait une profonde transformation dans les domaines économique, social et politique, et non la transmission du pouvoir d’un homme à un autre. Comme je l’ai déjà dit, Sérénissime Grand Maître, pour ouvrir le chemin vers son droit légitime au socialisme, le Chili a sa propre histoire, comme les autres peuples ont la leur avec ses caractéristiques particulières. Et la Colombie a, comme le Chili, sa propre vocation démocratique et libertaire.
En 1938 en effet, nous vivions une époque différente de celle de tous les peuples du continent, et de presque tous les peuples d’Europe et du monde: le Chili fut un des trois pays du monde à avoir un «Front Populaire». Et un franc-maçon radical, Maître et homme d’Etat, Pedro Aguirre Zerda, arriva au pouvoir grâce à l’entente entre le multiséculaire parti radical et les partis marxiste, communiste, socialiste et démocratique. Dans ma patrie, et hors de ma patrie, on combattait la possibilité d’une victoire du front Populaire en sonnant le tocsin. On parlait d’ «idiots utiles» en disant que les communistes et les socialistes se seraient servis des radicaux pour instaurer une dictature.
Et Aguirre Zerda, radical de droite, devint grand avec l’exercice du pouvoir, parce qu’il consacra sa vie au contact avec le peuple dans une totale loyauté. Et lorsqu’un jour funeste des soldats qui ne respectaient pas l’objection de conscience reconnue par la Constitution se rebellèrent sous le prétexte futile que sur la façade du palais de la Moneda flottait un drapeau rouge alors qu’en réalité, c’était un drapeau d’un parti politique simplement appuyé au mur, ce fut le peuple qui entoura la caserne. Ce fut le peuple qui, sans un seul coup de fusil, les obligea à se rendre, sans qu’un coup soit tiré sur cette foule disposée à défendre un radical Franc-maçon, Maître et homme d’Etat.
Aux racines de l’évolution politique chilienne, on trouve des antécédents sans parallèles; il est donc difficile de comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans ma patrie: il est rare désormais qu’on craigne la présence d’un Franc-maçon ou d’un socialiste à la présidence du Chili. La vérité, Sérénissime Grand-Maître, c’est que personne, que ce soit dans ma patrie ou hors des frontières, ne peut soutenir qu’on l’a trompé: durant plus d’une année nous avons fait connaître le programme de Unidad Popular où se côtoient, comme je l’ai dit, laïcs, marxistes, chrétiens, écrivains, cultivateurs, mineurs des mines de cuivre. Tout ceux qui l’ont voulu ont pu savoir pour quoi nous luttions.
J’ai toujours soutenu que s’il était difficile de gagner les élections, il serait bien plus difficile encore de construire le socialisme. Et j’ai toujours dit aussi qu’il s’agissait là d’une tâche que ne pouvait conduire à son terme un homme ou une coalition de partis, mais seulement un peuple organisé, discipliné, conscient, responsable de sa grande tâche historique, et les faits ont confirmé cette assertion. Nous fûmes combattus comme en 1938. Et moi qui ai été plusieurs fois candidat, je sais à quelles méthodes on arrive à recourir pour combattre l’avancée des peuples. En 1969 fut suscitée une impressionnante croisade semant la panique de la persécution religieuse, la crainte de l’élimination des Forces Armées du Chili, et de la dissolution du corps des Carabiniers: arguments simplistes, mais capables, grâce à leur malveillance cachée, d’être assimilés et de nous aliéner les votes dont nous avions besoin.
J’ai toujours soutenu que chaque pays devait trouver sa voie en fonction de sa propre réalité. Mais j’ai toujours ajouté que d’un point de vue théorique, au moins pour moi, la guérilla, la rébellion armée, l’insurrection populaire armée ou les élections étaient autant de chemins que le peuple pouvait choisir en fonction de sa propre réalité. Je le dis sans circonlocutions. Il y a des pays où personne ne peut imaginer des élections, parce qu’il n’y existe pas de parlement, pas de partis, pas d’organisations syndicales.
Nous faisons donc notre chemin dans le cadre des lois de la démocratie bourgeoise, à la fois décidés à les respecter et à oeuvrer à leur transformation, pour rendre possible à l’homme du Chili une autre existence, pour que le Chili soit vraiment une patrie pour tous les chiliens. Nous avons proposé une révolution authentiquement chilienne, faite par les Chiliens pour le Chili. Nous n’exportons pas notre révolution pour une raison très simple: nous connaissons, au moins un peu, les caractéristiques de chaque pays. Pour que l’on puisse exporter la démocratie et la liberté, il faudrait des conditions qui n’existent pas dans l’immense majorité des pays d’Amérique latine. C’est pourquoi, mes Frères de la Grande Loge de Colombie, vous pouvez juger par vous même de la sincérité de notre position de non intervention. Et c’est là l’expression franche d’un Frère à ses Frères.
Notre bataille est dure et difficile parce qu’indiscutablement, pour élever les conditions de vie de notre peuple, nous devons effectuer de grandes transformations révolutionnaires qui frappent des intérêts extérieurs comme les capitaux étrangers et l’impérialisme, et des intérêts nationaux comme les monopoles et les banques. Nous sommes convaincus que nous ne pourrons vaincre le sous-développement et l’ignorance, de même que la misère morale et physiologique, si nous n’utilisons pas les excédents de notre économie pour semer des écoles, des routes, des fermes cultivées avec des techniques modernes, pour jouir, dans notre propre patrie, des bénéfices qui nous appartiennent légitimement.
Prenons l’exemple du cuivre, typique du Chili: cette richesse, pour nous fondamentale, pilier de notre économie, représente 82% de nos exportations, et produit 24% des recettes fiscales. Le cuivre a toujours été géré par des mains non chiliennes. Les investissements initiaux des sociétés américaines du cuivre, il y a 50 ans, ne dépassaient pas 13 millions de dollars. Et au cours de ces années sont sortis du Chili 3.200 millions de dollars qui sont allés enrichir les grands empires industriels. Dans ces conditions, comment pouvons-nous progresser? Comment un peuple qui possède la plus grande réserve mondiale de cuivre, la plus grande mine du monde, Chuquicamata, ne peut-il contrôler les prix, le niveau de production, les marchés, alors qu’une augmentation d’un centième de dollar sur la livre de cuivre représenterait pour le Chili une entrée de 12 millions de dollars? Comment comprendre que cela, que nous appelons «le salaire du Chili», soit exclusivement géré par des mains étrangères?
Mes chers Frères, je déclare solennellement que dans cette décision qui est la nôtre de récupérer nos richesses fondamentales, il n’y a aucune volonté de discrimination, rien qui soit contre les peuples. Nous respectons les Etats-Unis comme nation. Nous connaissons leur histoire et nous comprenons parfaitement la phrase de Lincoln lorsqu’il disait, parlant de sa patrie: «cette nation est à demi libre et à demi esclave». Ces mêmes paroles, cette même phrase, nous pouvons les appliquer à notre peuple, apparemment libre, mais esclave de la réalité moderne. C’est pour cela que nous avons lutté et combattu.
J’ai donné l’exemple du cuivre, mais je pourrais parler du fer, de l’acier, du charbon, du soufre, et je pourrais aussi parler de la terre. Dans un pays qui peut nourrir 20 millions d’habitants ou peut-être davantage, on importe de la viande, du blé, du beurre, de l’huile pour une valeur de 180-200 millions de dollars. Si l’augmentation de la population continuait au taux de 2,9%, en 2000 le Chili devrait importer 1.000 millions de dollars de nourriture. En ce moment, la totalité des exportations chiliennes est de l’ordre de 1.200 millions de dollars par an, dont le cuivre représente 1.030 millions. Dans ces conditions, on ne peut échapper à la profonde nécessité d’une réforme agraire, qui fait partie du processus de développement économique du pays. Et il ne s’agit pas seulement d’un changement de propriété de la terre, mais de l’élévation du niveau intellectuel et moral des agriculteurs. Nous avons fait nôtre la phrase de Tupac-Amaru, le cacique du pérou, qui disait à ses indiens: «le patron ne mangera plus de ta faim». Nous avons voulu que l’agriculteur obtienne le droit de manger lui aussi ce que la terre produit.
Et moi qui suis médecin et qui suis resté durant 5 ans président du Collège Médical du Chili, en même temps qu’un sénateur socialiste batailleur, moi qui connais la vie de cette association professionnelle, qui puis dire avec satisfaction à mes Frères que les médecins de mon pays m’estiment et m’ont toujours estimé, je dois signaler avec la douleur d’un Chilien ce qui arrive certainement aussi dans les autres pays: 600.000 enfants de ma patrie, une patrie, Sérénissime Grand Maître, qui a atteint le niveau politique dont je parlais plus haut, sont handicapés mentaux faute d’avoir reçu assez de protéines durant leurs six premiers mois de vie. Face à cette réalité, on ne peut rester conformiste. Face à ce tableau, je me dois de porter au monde profane les principes que l’on m’a enseignés et que j’ai appris de l’Ordre.
C’est pour cela que j’ai combattu, c’est pour cela que l’on me considère moins comme un vrai Président que comme le porte-voix du peuple, qui doit accomplir sans tergiverser le programme qu’il a présenté au peuple. J’ai pris cet engagement avec ma conscience, l’engagement d’un Maçon avec sa conscience de Maçon, avec l’histoire, avec ma patrie. Il y aura sans doute des représailles: il est difficile de frapper ces intérêts, et nous savons qu’ils se défendront, nous le voyons déjà. Mais jusques à quand les peuples supporteront-ils d’être dirigés et contrôlés à distance? Durant ces vingt dernières années, on a parlé de Fonds Monétaire International et de convertibilité en or des monnaies. Et du jour au lendemain, au gré du pays qui a l’hégémonie, on change les règles du jeu et on frappe nos faibles économies. Pendant quinze ans, vingt ans, nous avons vu qu’on a interdit l’entrée aux nations unies de la république populaire de Chine, un pays de 900 millions d’habitants.
Mais pour des raisons de politique intérieure, à la veille d’élections, on peut bien déclarer que l’on reconnaîtra la Chine, et le président des Etats-Unis peut bien se rendre en Chine pour s’entretenir avec Mao Tse Toung. Seulement, nous, nous ne pouvons pas le faire avant. Jusques à quand nous interdira-t-on de tracer notre propre chemin, de prendre en main les drapeaux libérateurs des partisans de l’indépendance de ce Continent pour les transformer en réalité, alors que c’est la tâche qu’ils nous assignent? Si c’est cela être révolutionnaire, je déclare que je le suis, et si c’est cela être Maçon, je déclare également que je le suis.
Et je peux dire à mes chers Frères de la Grande Loge de Colombie que dans ma partie, il n’y a pas un seul homme emprisonné (pour délit d’opinion, ndlr) que dans ma patrie il n’y a pas un détenu politique, que dans ma patrie on respecte tous les droits. Cette nuit, j’ai eu le plaisir de gagner ce temple accompagné par l’Ambassadeur du Chili en Colombie, notre cher Frère Hernàn Gutiérrez. Avec nous se trouvait également le directeur général des carabiniers, le Général José Maria Sepùlveda, lui aussi notre Frère, et tous les deux savent parfaitement que ce que je vous dis là est vrai. Et s’il fallait absolument trouver un témoin, il se trouve ici présent un Frère qui a vu la lumière dans ce temple, parce qu’il est Colombien. C’est l’Ambassadeur de Colombie au Chili, qui n’a pas oublié qu’il était Maçon. J’ai eu la joie et la chance de lui serrer la main après le triomphe des urnes, dans un temple maçonnique, qu’il fréquentait tout en étant diplomate, comme le fait ici Gutiérrez dans une loge (colombienne, ndlr) pour remplir ses obligations maçonniques.
Pour ces raisons, je pense que, compte tenu du climat qui régnait avant et pendant les élections, nous aurons à affronter des faits beaucoup plus graves. Il existe des gouvernements qui trouvent légitime de défendre les intérêts d’un petit nombre de gens très puissants. Quant à moi, je me réserve le droit de défendre les intérêts de mon peuple et de ma patrie contre les intérêts de ce petit nombre. Si quelqu’un pense qu’en ce moment les menaces matérielles peuvent faire plier le peuple, il se trompe. Les Etats-Unis doivent tirer la leçon du Viêt-nam.
La leçon du Viêt-Nam vaut pour tous les petits pays, car elle la leçon de l’héroïsme et de la dignité. Pendant qu’il y a des pays qui dépensent des centaines de millions de dollars par an sur un continent qui n’est pas le leur, pour empêcher un peuple de choisir son propre destin, l’Amérique latine doit rester les mains tendues, implorante, pour mendier de petits prêts, goulettes de lait des mamelles énormes du plus puissant pays capitaliste. De plus, durant les dix dernières années, en raison du principe d’amortissement du capital et des intérêts, il est sorti de ce pays bien plus de millions qu’il n’en est entré comme investissements en provenance de l’étranger. L’Amérique latine, continent pauvre, exporte du capital, contrairement au plus puissant pays du monde, le pays du capitalisme international.
Voilà donc notre lutte, c’est pour cela que j’utilise ce langage, qui est celui de la clarté, comme je me dois de l’utiliser en présence de mes Frères. C’est un affrontement qui n’aura pas le seul Chili pour champ, il se déchaîne dans toutes les parties du monde, l’heure est venue, les anciens systèmes craquent. Il est de notre devoir de garder les yeux ouverts, attentifs à ce qui arrivera demain, analysant nos capacités à trouver les lits qui permettront aux grands fleuves des masses de continuer leur chemin qui ne doit pas être celui de la violence inutile. Je l’ai dit dans mon pays, je le répète ici à vous, mes frères de Colombie : je ne suis pas une digue, je suis au contraire le lit dans lequel le peuple pourra avancer avec la certitude que ses droits seront respectés. On ne peut pas retenir les avalanches de l’histoire. Les lois répressives ne peuvent pas apaiser la faim des peuples. Elles pourront peut-être retarder le mouvement quelques années, une génération peut-être. Mais tôt ou tard, les digues rompront, la marée humaine se précipitera, cette fois avec violence, une violence juste, dirai-je, car la faim et la souffrance durent depuis des millénaires en tant de lieux, et depuis des siècles sur notre continent.
Si de vieilles institutions comme l’Eglise voient se transformer les contenus de leur propre existence, si les évêques réunis à Medellin parlent un langage qui, il y a seulement dix ans, aurait été considéré comme révolutionnaire, c’est parce qu’ils ont compris qu’ils doivent récupérer le Verbe du Christ s’ils veulent se sauver en tant qu’institution. Car s’ils persistent dans leur compromission permanente avec les intérêt d’un petit nombre, personne ne croira plus demain à l’enseignement de celui qui fut le Maître de Galilée, et que je respecte en tant qu’homme.
C’est aussi pour cela que je pense, et que je rêve. Je rêve à la nuit de mon Initiation, lorsque j’entendis ces paroles: «les hommes sans principe et sans idées fermes sont comme les bateaux dont le timon est rompu, ils se brisent contre les écueils». Je voudrais dire à mes frères de Colombie que je ne lâcherai pas le timon que constituent mes principes maçonniques. Ils est difficile de faire une révolution sans coût social, et il est dur de s’affronter aux puissants intérêts internationaux et nationaux. L’unique chose que je désire, c’est que demain, une fois ma tâche accomplie, je puisse entrer (la tête haute, ndlr) dans mon Temple, comme lorsque j’y suis entré en tant que nouveau président du Chili.

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Version transcrite à partir de la bande magnétique enregistrée par le Grand secrétaire de la Grande Loge de Colombie

 


La Maçonnerie initiatique 4 mai, 2008

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , 1 commentaire

La Maçonnerie initiatique

Constant CHEVILLON

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La maçonnerie est une grande chose, une chose éternelle. Non seulement elle habilite ses enfants à comprendre les courants d’idées venus de tous les points de l’horizon, à situer dans leur ambiance immédiate tous les actes de la personne ou de l’individu humain , mais elle est le parvis de toutes les initiations anciennes et modernes, bien plus, elle les résume et, en même temps, elle en est la quintessence. Le maçon véritablement initié peut se présenter partout le front haut, dans tous les milieux, il est à sa place. S’il a pétri son âme, forgé son cœur et son intelligence avec les outils de la maçonnerie et selon son esprit, rien ne lui est fermé, car il possè­de la clef universelle, cette clavicule dont Salomon, prince parmi les adeptes, prétendait avoir le secret.

Penchons-nous donc sur les prémisses de la maçonnerie ini­tiatique et, pour ne point nous égarer dans le labyrinthe des opi­nions, fixons bien nos concepts.

Dans toutes les fraternités, initiation est synonyme de scien­ce; un initié est celui qui détient la science ésotérique spéculative et la science cérémonielle ou pratique : la magie. Or, dans l’esprit de beaucoup, ces connaissances transcendantales leur ont été trans­mises par les gestes, les paroles et les cérémonies concrètes de leur initiation elle-même. C’est exact à un certain sens, mais faux dans la réalité. Initiation a pour racine le mot latin «initium», commen­cement, les cérémonies initiatiques sont un simple prélude, un bap­tême dans l’invisible. Dans nos communautés religieuses occidentales, il ne suffit pas d’avoir reçu le baptême pour être un parfait chrétien. La baptême habilite simplement à suivre la voie christi-que, il imprime sur l’individu et la personne le sceau de la recon­naissance et du rachat; il est comme un enfantement spirituel, ou, tout au moins une naturalisation dans le royaume de la lumière. L’initié, comme le baptisé, peut donc être, à juste titre, considéré comme un citoyen du royaume de la lumière, il peut la revendiquer comme un autochtone, authentique rameau de la souche ancestrale. Il est co-participant au royaume et celui-ci lui doit tous les avanta­ges des fils de la lumière, mais dans une soumission de tous les instants aux lois régulatrices d’accession et de coopération à la lumière. Il y a donc, pour justifier l’apposition du sceau, une disci­pline à adopter et un effort à accomplir, car la conquête de la vérité est une lutte perpétuelle dont le succès ne dépend pas du droit pur à la possession mais de l’activité et de l’énergie déployées pour s’en emparer.

Ce préambule permet de concevoir, dans une large mesure, toute la substance de la maçonnerie initiatique. Cette substance est une et double en même temps. D’un côté il y a la Gnose, de l’autre, la technique; ici la science, là les œuvres dont l’actualisation dépend de la saturation scientifique. Mais la science et les œuvres, la Gnose et la technique sont une seule et même chose, lorsque toutes les parties constitutives d’un être humain se sont concrétisées dans un vrai maçon.

Comment l’initiation maçonnique s’y prend-elle pour enga­ger ses membres dans la route de la science et de la technique et les conduire vers la réalisation de l’adeptat ? Tous les maçons le savent, mais il est Bon de réfléchir et de méditer.

Lorsque le récipiendaire a triomphé des épreuves par les élé­ments, lorsqu’il a prêté son serment de silence et de fidélité, le vénérable lui donne le sceau et lui dit : «Je te reçois, crée et cons­titue apprenti maçon». C’est bien l’adoption, la reconnaissance des droits attachés à la nouvelle naissance. L’apprenti est constitué fils de la veuve, héritier éventuel de sa succession. Est-ce à dire qu’il est en possession de l’héritage ? Non, il a les mains vides, c’est à lui de puiser dans le trésor dont la clef lui est remise, à lui seul et selon la capacité de ses moyens d’assimilation. Il naît au monde de la lumière aussi nu que dans la génération sexuelle, mais il est apte à revêtir les voiles sacrés et la robe de la hiérophanie.

Il est entré dans le royaume de la lumière, non pas comme un étranger, plus ou moins barbare, venu par la petite porte de l’immigration, il est entré comme un fils du sol; on ne parle pas à mots couverts devant lui car on ne cherche pas à lui celer l’intelli­gence de ses droits et de ses devoirs. Toutefois, il n’est pas initié il est seulement initiable, il doit ouvrir le temple clos aux étrangers. Le temple est immense et la cella est à l’autre bout de l’édifice. La maçonnerie le prend par la main et le guide dans la longue nef. A chaque pas elle l’arrête pour lui montrer les détails des colonnes, des stalles et des vitraux, lui en explique le sens, la portée et la raison d’être, et c’est la voie de l’initiation. Voilà pourquoi les éta­pes de la hiérarchie sont nombreuses avant d’atteindre à la suprê­me maitrise dont le 3ème degré de l’ordre est le symbole résumé. L’apprenti s’arrête dans le parvis et jette d’abord un coup d’œil cir­culaire autour de lui, il se pénètre ainsi de l’ambiance et s’habitue à la lumière pour situer la perspective idéale. Quand il voit l’ensem­ble sous un angle réel et non plus sous un angle imaginaire, il est mûr pour le travail efficace, il doit participer à l’œuvre jamais ter­minée de la construction de la nouvelle Jérusalem. Il doit se can­tonner dès l’abord dans les humbles besognes, il sait voir, mais il ne sait pas encore utiliser les matériaux et les outils selon les règles harmoniques de la beauté, il sait équarrir, il ne sait pas sculpter. Il doit se perfectionner dans le compagnonnage, tel l’alchimiste qui donne à la «materia prima» la couleur noire, pour la transformer en couleurs les couleurs du prisme, avant de sortir de son athanor l’or brillant de la spiritualité. A force de travailler, d’entasser ébau­ches sur ébauches, le compagnon acquiert la science et la techni­que, il peut quitter le parvis pour se diriger vers la chambre du mi­lieu, l’une des étapes majeures sur la voie du saint des saints. Il devient maître et peut à son tour guider les apprentis et les compa­gnons sur la route des réalisations. A ce moment, le fils de la Veu­ve, l’héritier du royaume s’est élevé jusqu’à l’initiation primaire, il a parcouru un cycle complet par lui-même, il a rompu le premier sceau, il est le maître des arcanes des petits mystères. Il possède une partie du secret de la vérité, la plus difficile à conquérir, car le point d’appui originel de ses efforts est à l’état embryonnaire et comme inconsistant. Arrivé à ce stade de l’initiation, beaucoup de maçons, le plus grand nombre peut-être, se croient au terme du pé­riple. Ils sont convaincus d’avoir atteint la totalité de la science relative, la complète technique et le maximum de perfection, com­patibles avec l’enseignement doctrinal de l’ordre. Dans le champ du symbolisme, des allégories et de l’art pratique accessible au com­mun des hommes, ils ont raison. Sur le plan des réalisations trans­cendantes, cette magie de la pensée et des actes, ils ont tort. Sans doute le grain de blé contient dans son infime substance le germe et les éléments nourriciers primitifs d’où sortiront plus tard et la tige et l’épi, sans doute il contient l’essence du pain dont les hom­mes soutiendront leur vie défaillante, mais si le laboureur ne le confie pas à la terre, matrice de toutes les végétations, il restera immuable dans sa solitude et la moisson de s’épanouira pas sous la claire coupole du ciel. C’est pourquoi la maçonnerie continue à distribuer la science initiatique à travers les méandres des Hauts Grades afin de féconder les germes latents conservés dans la cham­bre du milieu, comme le grain dans un silo.

Dénier l’utilité des Hauts Grades c’est arrêter l’essor initiati­que dont le terme ne peut jamais être atteint, ou bien c’est faire de la chambre du milieu un athanor de perpétuelles transformations où tous les aspects de l’évolution seront mélangés et rendre impossible la sélection du froment et de l’ivraie, de l’or pur et des métaux inférieurs. D’autre part, imposer les grands mystères à tous est une profanation car les maîtres maçons n’ont pas tous la même enver­gure; certains d’entre eux sont appelés à comprendre et à expéri­menter ce que d’autres devront toujours ignorer. Du reste, à ces maîtres il faut des maîtres, des juges et des défenseurs, il faut des prêtres du culte animateur. On ne peut pas non plus toujours quit­ter la truelle pour prendre l’épée, ni surveiller les ouvriers en cons­truisant les plans de l’édifice. Une seule chose peut se discuter, c’est la manière dont les maîtres maçons envisagent les Hauts Grades et par conséquent, les grands mystères et surtout la façon dont ils les utilisent. S’ils ne sont pour eux que des hochets d’une puérile vanité, ils sont, en effet, bien inutiles et n’ont rien de commun avec la marque initiatique; mais seuls les sots peuvent les considérer comme tels, car ils sont matière d’ascèse personnelle et de de­voirs et par conséquent matière à lourde responsabilité.

Les petits mystères, la maçonnerie symbolique, forment les ouvriers, les exécutants, les soldats de l’idée, les claires intelligences et les mains expertes auxquelles le travail est confié, en un mot la cléricature de l’humanité. Les grands mystères, la maçonnerie des Hauts Grades, forment les chefs, les architectes, les sacerdoces, ceux qui conseillent et dirigent, savent où il faut frapper pour réussir, car ils sont entrés dans une certaine et progressive illumination. Les Hauts Grades surclassent l’initiation du porche, ils s’avan­cent à pas lents et sûrs vers le Saint des Saints.

Essayons de comprendre :

Les petits mystères prennent l’homme dans le bourbier passionnel et l’amènent par étapes au stade de la civilisation. C’est la taille de la pierre brute. Les grands mystères, s’appuyant sur le sta­de de la civilisation, poussent à la dernière limite du perfectionne­ment relatif, pour restituer l’humanité dans son état primitif de grandeur et de puissance. C’est le polissage de la pierre cubique. En d’autres termes, les petits mystères s’apparentent en quelque sorte à l’alchimie des corps, les grands, à l’alchimie des âmes et des es­prits. Les premiers extraient les métaux du sein de la matrice ter­restre, ils les débarrassent de toutes les scories pour les rendre purs et utilisables dans la métallurgie sociale et initiatique. Les seconds s’emparent des métaux purs et en tirent l’or philosophai, le métal parfait analogue à la lumière immaculée. Pour nous en tenir au langage allégorique de la maçonnerie et de l’alchimie médiévale, les une utilisent l’influence de Vulcain et de Vesta, les autres repro­duisent l’activité d’Osiris et d’Isis dans la procréation d’Horus, et c’est une des raisons pour lesquelles le G, resplendit au centre de toutes les étoiles flamboyantes exposées dans les temples maçon­niques du monde.

Tout ceci, paraîtra peut-être, de prime abord, un peu loin­tain, trop intellectuel et par conséquent sans grand rapport avec l’initiation pratique et le véritable secret maçonnique. Non pas, j’emploie ici le langage de la maçonnerie, elle n’en veut pas d’autre; elle se tient toujours dans le symbolisme et l’allégorie qui sont la forme intellectuelle de la vérité. La maçonnerie ne donne directe­ment son secret ultime à personne, il faut le découvrir et l’enlever de force pour son compte personnel, selon la parole de l’Ecriture : «Violenti rapiunt illud», les violents seuls le ravissent. Le secret de la maçonnerie puisqu’il est le fond même de la Gnose opérative ne s’expose pas du haut d’une chaire doctrinale, il se trouve dans les opérations du laboratoire, et ce laboratoire c’est la conscience et la volonté. Il faut étudier la Gnose spéculative et la transposer, par soi-même, en Gnose pratique, c’est-à-dire, et ici ne donnez pas au mot le sens péjoratif qui fait trembler les enfants et les adultes grégaires, en magie : la magie c’est la science appliquée; celui qui capte une chute d’eau et la transforme en énergie ou en lumière, fait un acte magique souvent sans le savoir, comme le prêtre qui célèbre le culte sur l’autel de son Dieu. Nous pouvons cependant, sans trahir aucun de nos serments aller plus loin. Le secret de la maçonnerie, je vous l’ai indiqué avec une clarté suffisante pour que vous puissiez, en soulevant le voile, le découvrir dans la suite de vos méditations. L’alchimie maçonnique n’est pas une cause, c’est une fin et elle a une fin, c’est de créer en chacun de ses adeptes évolués, l’or philosophai. Consultez les grimoires, si vous ne l’avez pas déjà fait, vous connaîtrez l’or philosophai. C’est la pierre rouge, la pou­dre de projection, ce germe aurifère, ce noyau positif d’une puis­sance incalculable sous un volume infime. Vous en connaissez la vertu. La poudre de projection mélangée à un volume mille fois supérieur au sein, de métaux inférieurs, les transmute plus ou moins immédiatement en or pur et de bon aloi.

Et maintenant, penchez-vous sur le problème, vous n’aurez pas de peine à découvrir comment le véritable adepte de la maçon­nerie peut être la poudre de projection de l’alchimie spirituelle. Vous comprendrez mieux encore combien un maçon doit être pur, puissant et volontaire, violent et doux à la fois, juste et miséricor­dieux, comment il doit être tout amour et charité pour se donner à ses frères et après s’être transmuté lui-même, transmuter ses frè­res. Vous aurez alors tous les éléments de la solution initiatique et vous pourrez avancer peut-être à grands pas, sur la route de la lumière sous l’égide de la Gnose

Texte extrait de la revue « BELISANE » année 1978, la revue ne donne pas la source.

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« LA REINE DE SABA », DE CHARLES GOUNOD 26 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

www.charles-gounod.com/vi/oeuvres/operas/mystsaba.htm

   
UN OPERA MACONNIQUE FRANÇAIS MECONNU :
« LA REINE DE SABA », DE CHARLES GOUNOD

Avant propos

Les rituels maçonniques sont tenus  » secrets  » par les Maçons, qui n’ont pas le droit de les divulguer aux  » profanes « . La maçonologie qui aborde les aspects historiques, sociologiques et philosophiques de la maçonnerie, étudie entre autres les légendes dont s’inspirent les rituels. Aussi, tout ce qui peut être rapporté dans cette présentation, ainsi qu’en témoigne la bibliographie jointe, provient de livres accessibles à tous, traitant soit des rapports entre la musique et la maçonnerie, soit du livre des Rois dans la Bible, soit de la légende d’Hiram, légende commune à la maçonnerie et au compagnonnage, soit surtout du recueil de nouvelles intitulé  » Voyage en Orient  » de Gérard de Nerval. Cependant, le  » secret maçonnique  » reste paraît-il intransmissibleŠ

Les rapports entre la Maçonnerie et la musique sont apparemment nombreux et anciens. Les musiciens réputés Francs-Maçons sont archi-connus et sans doutes répertoriés par excès. L’excellent livre de Roger Cotte sur la musique maçonnique les inventorie avec prudence, distinguant les compositeurs Francs-Maçons avérés comme Haydn et Mozart ou plus récemment Sibelius, de ceux dont l’appartenance n’a jamais été prouvée comme Beethoven, dont on retient cependant  » Les 33 variations diabelli «  comme un élément de présomption à charge ! Il signale encore ceux qui sont réputés l’avoir été mais ne l’ont finalement point été, comme Wagner et rapporte enfin ceux qui ont eu des liens avec des mouvements plus ou moins proches de la maçonnerie, comme Erik Satie qui a écrit de la musique rituelle pour les rosicruciens à la demande de Joséphin Pelladan. Les oeuvres dites maçonniques sont tout aussi connues et le moins mélomane des Francs-Maçons citera d’emblée la  » Flûte Enchantée «  de Mozart. D’autres, plus fins connaisseurs, citeront des oeuvres moins connues dont l’inspiration maçonnique dépend de l’interprétation de chacun, les Francs-Maçons n’ayant pas le monopole des légendes ou des symboles. Citons ainsi  » la Création «  de Haydn. Enfin, des musiciens dont on sait qu’ils n’ont pas été Francs-Maçons, mais simplement proches de ce courant de pensée, ont pu écrire des oeuvres que des exégèses très convaincus ont décrété maçonniques, citons Wagner dont Jacques Chailley fait une analyse du «  Parsifal «  où il voit une analogie frappante avec la légende du 18ème degré du Rite Ecossais. Signalons enfin que des compositeurs Francs-Maçons n’ont parfois pas écrit de musique dite maçonnique. Qu’est ce qu’une musique maçonnique ? Cela peut être soit de la musique spécifiquement écrite pour des cérémonies rituelles, soit de la musique à contenu explicitement initiatique par les paroles comme  » la Flûte Enchantée «  de Mozart, soit encore de la musique purement instrumentale mais à contenu symbolique et/ou initiatique comme le «  Quatuor des dissonances  » du même Mozart, dont le début chaotique pour les oreilles de l’époque fait bientôt place à une composition tonale tout à fait classique, l’initiation ayant mis de l’ordre dans le chaos. Citons donc par exemple, Adrien Boieldieu, compositeur français Maçon, auteur d’un très mozartien concerto pour harpe, dont on peut toujours chercher le symbolisme caché !

A contrario, se pourrait-il qu’il existe une oeuvre française manifestement maçonnique, bien plus explicite encore que tous les ouvrages cités jusque là, mais tombée totalement dans l’oubli, bien que composée au 19ème siècle par un auteur des plus célèbres, j’ai nommé Charles Gounod, lequel n’était absolument pas « suspect » d’être Franc-Maçon et qui plus est ne l’était effectivement certainement pas ?

Cet opéra ignoré de l’immense majorité des mélomanes Francs-Maçons ou non, absent de bien des bibliographies de référence, se nomme  » La Reine de Saba « , oeuvre tirée d’une nouvelle de Gérard de Nerval extraite du  » Voyage en Orient « , qui s’intitule  » La Reine du Matin et Soliman Prince des Génies « , nouvelle au sein de plusieurs autres regroupées sous le titre  » Les nuits de Ramazan « . La redécouverte récente du contenu surprenant de cet opéra oublié à l’occasion d’un premier enregistrement mondial, invite à la réflexion.

Voyons donc l’intrigue du livret :

Au premier acte : à Jérusalem, le Maître d’oeuvre Adoniram (forme emphatique d’Hiram) travaille à la construction du temple du roi Soliman (comprenez Salomon). Alors qu’on annonce à Adoniram la venue de la Reine de Saba Balkis, précédée par sa réputation de grande beauté et qui est promise à Soliman, arrivent trois ouvriers Compagnons qui viennent réclamer le titre de Maître ou plus exactement le mot de passe des Maîtres, ce qui leur permettrait d’obtenir un salaire équivalent à celui des vrais Maîtres. En effet au moment de la paye, les ouvriers glissent à l’oreille d’Adoniram un mot de passe qui correspond à leur qualification et ils sont donc payés en conséquence. Adoniram refuse, au motif que le salaire de Maître ne vient récompenser que des oeuvres méritoires et fustige les mauvais Compagnons qui ont semé la zizanie parmi les ouvriers. Les mauvais Compagnons quittent la scène en promettant de se venger. Arrive Balkis accompagnée de Soliman son futur époux. A la simple vue de la Reine de Saba, Adoniram, tiraillé par un sentiment de lointain souvenir, de reconnaissance, a le coup de foudre et réciproquement. C’est comme cela que cela se passe dans les opéras, ce qui simplifie considérablement le travail du librettiste, c’est la licence poétique, pas besoin de préliminaires, on se voit, on se plait, surtout s’il s’agit de la femme d’un autre et on se jure fidélité jusqu’à la mort, qui arrive d’ailleurs souvent plus tôt que prévue. Un humoriste anglais a pu ainsi définir l’opéra : c’est l’histoire d’un ténor qui tombe amoureux d’une soprano et d’un baryton qui fait tout ce qu’il peut pour les séparer. Une très belle scène est consacrée à l’exaltante rencontre, mais dès la suivante, on butte sur un cadavreŠ Aux tessitures près, c’est bien ce qui va se passer ! Et donc, Adoniram flatté par Balkis et à sa demande, fait la démonstration de sa puissance en contrôlant la foule éparse des ouvriers à l’aide d’un signe magique évoquant le dieu Tubal-Kaïn. Il s’agit d’un T, qui peut aussi représenter la première lettre de la ville de Tyr, la lettre hébraïque Tau, un fil à plomb sous un niveau ou encore deux équerres accolées. Tous les ouvriers étaient mélangés, maçons, charpentiers, mineurs, fondeurs, etcŠ et bientôt dans ce désordre apparent les ouvriers se regroupent par spécificités. L’ordre apparaît issu du désordre et les corps de métiers rassemblés défilent alors sous leurs bannières  » compagnonniques « . Balkis subjuguée par cette puissance donne son collier de perle à Adoniram sous les yeux de Soliman qui devrait songer à se méfier.

Au deuxième acte : Adoniram, spécialiste comme il est dit dans la Bible de la fonte de l’airain, s’apprête sur le haut plateau de Sion à réaliser son chef d’oeuvre, à savoir couler la Mer d’Airain. Ceux qui ont lu le livre des Rois dans la Bible, au chapitre consacré à la construction du temple de Salomon ont connaissance de cet objet insolite : une gigantesque vasque remplie d’eau, soutenue par douze taureaux, qui servait à la purification des prêtres. Il invoque pour ce faire la puissance du dieu Tubal-Kaïn. Mais les ouvriers précédemment rabroués ont saboté le processus et le bronze en fusion est projeté sur la foule.

Au troisième acte : Malgré l’échec précédent, Balkis médite sur les signes extérieurs de richesse intérieure d’Adoniram et les compare au pragmatisme bassement matérialiste de Soliman. Adoniram survient et rapidement ils tombent dans les bras l’un de l’autre, Adoniram se flattant de la supériorité de l’Architecte sur un Roi qui n’aurait que le mérite de sa naissance. Et décidément tout va bien, puisqu’on apprend que pendant la nuit, une intervention surnaturelle a achevé le travail commencé, sous les coups de marteaux sont apparus les taureaux supportant la vasque remplie d’eau de la Mer d’Airain.

Au quatrième acte : la belle légende maçonnique commence à tourner au mauvais feuilleton. Soliman frustré et jaloux reçoit la visite des trois mauvais Compagnons qui viennent lui rapporter l’infidélité de Balkis. Adoniram et Soliman, s’affrontent verbalement, Soliman déclare qu’il va quitter Jérusalem, mais Balkis a le temps de lui verser un narcotique qui permet de lui dérober l’anneau royal, puis de prendre la fuite pour rejoindre Adoniram.

Au cinquième acte : l’ambiance devient plus tragique, n’oublions pas que nous sommes à l’opéra et qu’on y tire traditionnellement des émotions à travers les drames que subissent les protagonistes dans leur chair ou leur âme. Adoniram à la place de Balkis qu’il attendait, voit arriver les trois mauvais Compagnons qui lui demandent à nouveau le mot de passe des Maîtres. Adoniram refuse bien sûr et alors que la tempête éclate, les trois mauvais Compagnons le poignardent. Balkis, arrive enfin, pour le voir mourir dans ses bras et va donc devenir  » La Veuve  » chère aux Francs-Maçons, mais elle a cependant le temps de lui passer l’anneau royal arraché à Soliman. Adoniram mort est accueilli dans les cieux par Tubal-Kaïn, pour une vie éternelle, salué par le choeur des ouvriers. Il a choisit d’affronter son destin et après sa propre mort, il accède à la renaissance.

Au total :

Un livret sans grande imagination ni poésie, sans prise réelle sur les préoccupations de l’époque, une intrigue prévisible et une fin un peu bâclée, pas de quoi tenir l’affiche et passer à la postérité. Or c’est bien ce qui arriva, essayons d’en préciser les causes.

Tout d’abord un opéra est souvent plus apprécié pour sa musique que pour son intrigue. Celle-ci est même parfois tellement compliquée qu’on en oublie sa crédibilité et qu’au fond elle passe au second plan. Que celui qui peut raconter précisément et de mémoire l’argument du «  Trouvère «  ou de  » la Force du Destin «  de Verdi vienne dire le contraire ! Il n’empêche que des oeuvres peuvent compter par leur contenu littéraire ou dramatique. «  Tosca «  est de celle-ci s’insurgeant contre les pouvoirs politiques, Verdi avec  » Aïda «  a joué un rôle non négligeable dans le risorgimento, la «  Traviata «  a fait pleurer dans les chaumières. Bien souvent, pour comprendre l’action, il vaut mieux avoir connaissance du livret, au pire acheter le programme et le lire dans la pénombre, car il ne faut pas compter sur la représentation pour comprendre les tenants et les aboutissants, d’autant qu’on voit souvent les opéras dans une langue qui n’est pas la nôtre, avec certes maintenant le plus souvent des sous-titres, y compris quand on chante en français, car la diction peut être médiocre ! Certes au 19ème siècle les opéras étaient souvent chantés dans la langue du pays où ils étaient donnés, mais cela ne se fait guère plus. Terminons encore pour dire que le français est peut être  » une langue qui résonne « , mais qu’elle est aussi diablement difficile à chanter et par conséquent rares sont les chanteurs d’origine étrangère que l’on peut comprendre facilement.

La puissance émotionnelle de la musique passe donc souvent au premier plan. Mais si actuellement on fait preuve de tolérance, d’ouverture d’esprit, de culture, n’oublions pas que les pesanteurs de l’époque faisaient qu’il était extrêmement délicat d’innover. Ajoutons les réactions nationalistes qui faisaient qu’il était fort risqué d’apprécier Wagner à la fin du 19ème siècle et de vouloir s’en inspirer ouvertement comme l’a reconnu Charles Gounod.

Cet opéra n’est donc pas passé à la postérité, il était pourtant l’oeuvre d’un compositeur premier Prix de Rome, qui allait devenir fort célèbre et parfaitement reconnu de son vivant, et honoré à sa mort, ayant reçu des obsèques nationales à l’Eglise de la Madeleine, son cercueil étant accompagné par l’Orphéon de Paris que dirigeait Camille Saint-Saëns.

La première de  » La Reine de Saba «  eut lieu en février 1862 à l’Opéra de Paris mais l’oeuvre ne tînt l’affiche que 15 jours, le temps que la critique s’acharne à son sujet. On lui portait la grande accusation de wagnérisme, leitmotiv d’une certaine critique parisienne dont eurent à souffrir Bizet, Saint Saëns et Massenet. Dans la  » Revue des deux Mondes  » du 18 mars 1862, Paul Scudo, l’ennemi de Berlioz, écrivait que Charles Gounod avait eu le malheur d’admirer certaines pages altérées des derniers quatuors de Beethoven, source troublée d’où étaient sortis les mauvais musiciens de l’Allemagne moderne, les Liszt, les Wagner, les Schumann et même les Mendelsohn. Quel visionnaire !

Voilà pour la musique, dont Berlioz écrivait, que certes il :  » cherchait à soutenir l’auteur, mais qu’il n’y avait rien dans sa partition, absolument rien. Comment soutenir ce qui n’a ni os ni muscles ? « . Etonnante écriture après un  » Faust «  qui fut une réussite mélodique avec une partition d’orchestre puissante, variée et efficace. Etonnante aparté encore quand on sait qu’il écrira encore deux autres chefs d’oeuvre avec  » Mireille «  et  » Roméo et Juliette «  quelques années après.

Puisque la musique n’était pas à la hauteur, quid du livret ? Il faut malheureusement reconnaître que ce n’est pas l’intrigue un peu compliquée tirée des écrits de Gérard de Nerval, dépourvue de situations fortes et sans idées saillantes qui aurait pu captiver le public. A sa décharge, il faut savoir aussi que les opéras possèdent le plus souvent plusieurs versions et que certaines scènes peuvent être finalement coupées ou que les ballets classiques de cette époque étaient parfois supprimés faute de moyens. Certaines scènes n’ont ainsi jamais été jouées et on ne les retrouve parfois que 150 ans après, par exemple quand Michel Plasson enregistre pour la première fois l’air du  » Scarabée « , variante d’une scène du  » Faust « . Aussi les premières représentations sont parfois décousues et il faut un peu de rodage pour peaufiner l’ensemble en fonction des réactions du public,  » La Reine de Saba «  n’a pas eu ce sursis. Ainsi quelques coupures ont concerné des scènes expliquant ce sentiment de souvenir lointain, de reconnaissance, lors de la rencontre entre Balkis et Adoniram, une autre enfin, rapportant une attitude un peu désobligeante de Soliman à l’égard de Balkis, parfaitement présente chez Nerval, aurait expliqué les quelques réticences de la reine à l’égard de son prétendant. La scène de la fonte de la Mer d’Airain aurait été coupée en raison des risques d’incendie et pour gagner du temps au bénéfice des ballets tellement prisés par les protecteurs des danseuses.

Parfois c’est l’interprétation qui peut venir sauver un ouvrage médiocre ou au contraire l’enfoncer. Or pour cette première, le chef d’orchestre Louis Dietsch était celui dont Wagner avait eu à se plaindre pour son «  Tannhäuser «  et son exécution fut jugée  » filandreuse « .

Enfin la réceptivité sociale ou politique du moment va faire le succès éventuel de l’événement. Or, vous avez compris quelles que soient vos connaissances des légendes et rituels maçonniques, que le thème global de la  » Reine de Saba «  est profondément maçonnique puisque la légende d’Hiram chère aux Loges bleues, c’est à dire des trois premiers degrés, apprentis, compagnons et maîtres, y est rapportée bien fidèlement. Le nom d’Adoniram à la place de celui d’Hiram peut trouver sa justification soit plus loin dans d’autres degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté, soit encore dans d’autres rites. Plus encore, sans trahir d’autres secrets accessibles dans toutes les bonnes librairies, même à l’époque, la maçonnerie des Hauts Grades s’inspire pour ses premiers degrés de la symbolique salomonienne et de la construction du temple de Jérusalem. De ce fait, il y est fait mention du chef d’oeuvre que prétend réaliser Adoniram. On peut s’étonner de ce mélange entre les noms et symboles des Loges bleues et ceux des Hauts Grades, mais les rites autres que le Rite Ecossais Ancien et Accepté sont multiples et les personnages volontiers désignés par plusieurs noms. Un même  » mot de passe  » peut correspondre à différents grades selon les rites. Enfin, quand ni l’écrivain, ni les librettistes, ni le compositeur ne sont Francs-Maçons, des erreurs peuvent se produire. Ainsi Oswald Wirth, dont les écrits maçonniques à la fin du 19ème siècle firent autorité, ne nourrissait aucune bienveillance à l’égard de l’oeuvre de Gérard de Nerval, qui à ses yeux n’aurait eu qu’une vision bassement politique de la légende d’Hiram. Le texte suit cependant fidèlement les rituels maçonniques, certaines expressions sont typiquement empruntées aux Loges, par exemple le jour de la fête le Roi  » suspend les Travaux « , le premier mauvais Compagnon déclare  » Je suis Maçon « . Le nom même de Tubal-Kaïn qui apparaît à certains moments, correspond à un mot de passe parmi bien d’autres, là encore variable suivant les degrés et les rites. On en est donc pas à une vague inspiration, mais à une retranscription précise et pas du tout anodine sous Napoléon III. Celui-ci, amateur surtout d’opéra-bouffe avait pris d’ailleurs l’oeuvre en horreur, ne supportant guère l’idée de l’artiste placé au-dessus du monarque absolu. Pour certains, l’opéra aurait même été interdit, avatar ayant des précédents, par exemple avec le  » Don Carlos «  de Verdi qui critiquait l’inquisition. Il faut dire que c’était aussi la grande époque du compagnonnage et des corporations avec en figure de proue le célèbre Agricol Perdiguier, qui inspira Georges Sand. En 1848 les compagnons avaient organisé une grande manifestation à Paris, c’était encore dans les mémoires. C’est Crosnier, qui remplaçait Nestor Roqueplan à la direction de l’Opéra, qui décida de bannir  » une pareille ordure « . Dans ses  » Mémoires d’un artiste «  Gounod écrit :  » Les décisions directoriales ont parfois des dessous qu’il serait inutile de vouloir pénétrer : en pareil cas, on donne des prétextes ; les raisons demeurent cachées « .

Si on écoute cet opéra 140 ans après, enfin enregistré en première mondiale dans une version hélas assez médiocre avec des voix étrangères de plusieurs nationalités, ce qui se fait hélas souvent maintenant et que le français avec ses e muets tolère mal, on retient néanmoins quelques belles scènes et quelques innovations, la cavatine de Balkis étant la plus connue. Le savoir-faire existe à défaut d’une forte inspiration. Comme dit le Larousse au début du 20ème siècle, il y a plus de science que de musiqueŠ Par contre, la partition d’orchestre paraît plus insipide que ce que le compositeur a pu produire au cours de sa longue carrière. On disait même que si  » Faust «  avait été l’ » Austerlitz «  de Charles Gounod, cet opéra serait son  » Waterloo «  ! Certes, l’appréciation de la musique est subjective, mais parmi le public, si peu de spectateurs sont capables d’une analyse musicologique poussée, par contre de façon subjective, ils peuvent être plus ou moins charmés. Or dans cette oeuvre, on retrouve globalement toutes les habitudes les plus convenues de Charles Gounod, toute ses  » ficelles  » , l’expression existant déjà dans la critique du 19ème siècle. On notera cependant des motifs de rappels apparentés à des personnages ou des situations, qui reviennent plus ou moins altérés au cours de l’oeuvre. Par exemple, l’origine divine d’Adoniram est suggérée par un motif de cornet à piston et de trombone symbolisant sa puissance originelle. C’est là une petite nouveauté, un procédé qui sera repris dans tout l’opéra, songez par exemple à «  Tosca «  célèbre pour l’usage répété des leitmotivs. Pour trouver un jugement objectif, on peut lire l’avis de musicologues avérés, capables de juger l’événement avec du recul et sans parti pris. Mais là, même avec le temps, ce n’est pas l’enthousiasme qui prédomineŠ On cite habituellement l’air du choeur des jeunes filles juives et sabéennes, deux airs de Balkis et une marche empruntée au livret d’  » Ivan le Terrible « .

Alors livret insipide ou partition d’orchestre bâclée, critique injuste ou moment mal choisi, non-observance des règles mélodramatiques élémentaires ? Il est vrai qu’il est difficile de se prendre de sympathie pour les protagonistes. Comme le résumait de façon lapidaire le critique Johannes Weber dans  » Le Temps «  le 14 mars 1862 :  » Quel intérêt peut éveiller une pièce où les six personnages les plus importants sont sots et ridicules, quand ils ne sont pas lâches, fourbes, scélérats et repoussants « . Il est vrai qu’Adoniram apparaît bien suffisant, parfois méprisant, y compris vis à vis de Balkis et qu’il ne doit son salut qu’à une intervention divine. Enfin, pour susciter l’empathie, le personnage principal doit être confronté au choix entre l’idéologie et l’amour or nul trace ici d’un tel déchirement. Les recettes habituelles d’une bonne intrigue sont donc absentes.

Cet échec restera une blessure majeure pour Charles Gounod qui à côté de quelques opéras mineurs, voire à peine joués quelques jours, a commis au moins trois chefs-d’oeuvre qui ont fait le tour du monde avec  » Faust  » ,  » Roméo et Juliette «  et  » Mireille « . Il confia même à un critique allemand qu’il avait entrepris un voyage pour se consoler d’un deuil familial en lui disant :  » J’ai perdu une femme que j’aimais profondément : la Reine de SabaŠ « . Cet échec sera aussi à l’origine d’un épisode dépressif qui sera l’occasion pour lui de séjourner quelques temps chez son fidèle ami le Dr Blanche.

Ne pouvait-on donner une seconde chance à  » La Reine de Saba «  ? Sans doute pas de sitôt, car monter un opéra nécessite un long travail impliquant de nombreuses personnes : chef d’orchestre, metteur en scène, musiciens de l’orchestre et des choeurs, solistes, danseurs, chef de choeur et de ballet, costumiers et maquilleurs, décorateurs, machinistes quand ils ne sont pas en grève, etcŠ Si le succès commercial n’est pas là rapidement, il vaut mieux s’arrêter à temps. «  La Reine de Saba «  fut rejouée une fois en 1900 sans grand succès, une autre en 1969 à Toulouse sous la direction de Michel Plasson, dans une version avec de multiples coupures et vient donc enfin d’être donnée et enregistrée en Italie dans une version approximative. Enfin cette année, à Saint-Etienne, l’opéra est à nouveau joué, dans une version complète avec d’excellents ballets. Mais qu’il soit donc passé à la trappe en 1862 n’est pas étonnant et Charles Gounod connût d’autres échecs relatifs avec d’autres opéras: «  La Nonne sanglante, Cinq-Mars, Polyeucte, Philémon et Baucis, Sapho, le Tribut de Zamora « . Ces titres ne sont guère connus et pour cause !

Le texte du livret est quand même bien curieux pour avoir été accepté par ce compositeur qui ne fut jamais Franc-Maçon, même s’il appelait sa chambre sa  » Loge « , durant son séjour à la Villa Médicis à Rome.

Mais au fait, d’où vient-il ce livret ?

Relisons la page de garde de la partition de la maison Choudens :  » La Reine de Saba, grand opéra en 5 actes de MM. Jules Barbier et Michel Carré mis en musique et dédié à son Excellence Monsieur le Comte Walewski-Colonna, ministre d’Etat, par Charles Gounod. Partition chant et piano arrangée par Georges Bizet -Paris, Choudens éditeur « .

On constate donc qu’il n’y est nullement fait référence à Gérard de Nerval dans cet intitulé. Cela pourrait s’expliquer honorablement par le fait qu’il pouvait être malséant ou simplement pas très commercial de rappeler le nom d’un écrivain suicidé et fou de surcroît. Le  » fol délicieux « , le «  suicidé de la société « , était mort, paix à ses cendres. Notons aussi au passage, qu’il n’avait pas d’héritiers pour défendre sa mémoireŠ

Pourtant c’est bien Gérard de Nerval qui fut l’inspirateur de cette histoire d’amour, histoire malheureuse bien sûr, comme il les aimait tant, blessé qu’il fut dans sa jeunesse par la non concrétisation de ses aspirations romantiques. Nerval a fréquenté un certain nombre d’illuminés, mais aussi de poètes de renom, souvent Francs-Maçons, très probablement sans l’être lui-même. S’il l’avait été, rassurez-vous les Francs-Maçons l’aurait revendiqué depuis longtemps ! Ainsi certains exégèses ont voulu à travers l’analyse de son portrait par E. Gervais, en déduire que son attitude, sa posture, la position de ses mains etcŠ révélaient qu’il était Maître Secret (4ème degré), voire Maître Parfait ( 5èmeème siècle, la multiplication des grades et rites, comme par exemple les 99 degrés de celui dit de  » Memphis Misraïm « , font que toutes les poses immortalisées sur un daguerréotype doivent pouvoir donner lieu à des élucubrations fantasmatiques sur l’appartenance maçonnique éventuelle du poseur ! degré). Or, il est rare qu’on se prévale de ces tous premiers degrés des Hauts Grades et par ailleurs, surtout au 19

Mais d’ailleurs, est-ce primordial de connaître l’appartenance maçonnique éventuelle d’un auteur ? Cette particularité maçonnique n’a pas forcément la même valeur pour chacun. Deux baptisés catholiques ont-il pour autant la même foi ? On doit pouvoir être Maçon et n’avoir rien compris à la maçonnerie, de même qu’un non-Maçon peut avoir compris la portée de son symbolisme. C’est la thèse qui prévaudrait pour Gérard de Nerval. Il ne serait pas maçon, mais aurait une profonde connaissance des textes fondamentaux et des rites déjà divulgués au 19ème siècle. Il faut dire qu’avec sa traduction du Faust de Goethe, Gérard de Nerval fut rapidement au contact d’une littérature symbolique. Notons bien sûr que Charles Gounod a commis son chef d’oeuvre avec précisément ce même Faust du même auteur quelques années auparavant. C’est sa mère, Victoire Lemachois, qui lui avait glissé dans ses bagages la traduction qu’en avait faite Gérard de Nerval, lors de son départ à la Villa Médicis. Néanmoins ce thème a été couramment utilisé par les musiciens avec entre autres Boïto, Liszt, Schuman, Berlioz etcŠ

Par contre la légende d’Hiram servant de base aux rituels maçonniques de l’époque existait déjà, sous une forme condensée, retransmise en partie par voie orale. Il est vrai qu’Hiram est déjà cité dans la Bible ! Nerval l’a donc sciemment reprise à son propre compte pour en faire une assez longue nouvelle, au sein du recueil  » Voyage en Orient « , écrit en effet après avoir visité le moyen Orient et notamment l’Egypte. On y appréciera la fluidité de sa prose et la clarté du propos sans adjonction de délires interprétatifs. On trouvera un symbolisme plus onirique dans d’autres oeuvres de Gérard de Nerval, comme par exemple  » Aurélia « . La thèse qui prévaut tendrait donc à penser que l’auteur n’était pas Maçon, mais qu’il connaissait bien les rituels. Il a pu même s’amuser dans sa correspondance à laisser traîner quelques signes ambigus évocateurs. Par exemple, il se targue d’être  » louveteau « , terme d’origine anglo-saxonne réservé à un mineur parrainé par un Maçon, comme il existe des  » lionceaux «  » Lyons « . Peut-être voulait-il seulement faire référence au fait que son père, le Dr. Labrunie, était maçon, tout comme le Dr. Blanche d’ailleurs. Enfin, certains ont même pu être convaincus de sa qualité maçonnique en justifiant néanmoins son absence des tableaux de Loges officiels par l’appartenance à une Loge  » sauvage « , c’est à dire non inféodée aux obédiences officielles. L’argument devient spécieuxŠ parrainés par les membres du

Alors quid de Gérard de Nerval librettiste ?

Il faut tout d’abord savoir que l’écrivain avait un goût prononcé pour la musique. Il a ainsi fréquenté les plus grands musiciens de son temps : Liszt, avec qui il avait le projet d’écrire un  » Second Faust « , Berlioz, Meyerbeer et Rossini. Il rêvait depuis longtemps d’écrire un livret d’opéra, dans le but avoué d’en offrir le rôle principal à l’élue de son coeur Jenny Colon. Il avait d’ailleurs projeté de réécrire le livret de  » La Flûte enchantée « , ni plus ni moins ! Mais là, il envisageait pour la cantatrice de lui offrir le personnage de Balkis, Reine du Matin et non celui de la Reine de la Nuit qu’elle avait déjà chanté ! Gérard de Nerval avait dans un premier temps essayé de concrétiser son projet d’opéra avec Meyerbeer, qui avait connu le succès parisien en 1831 avec son  » Robert le Diable «  et qui était notoirement Franc-Maçon, mais ce désir ne fut pas couronné de succès, car celui-ci était pris par un autre sujet à ce moment. Nerval aurait pour cela écrit le premier acte et lui aurait envoyé, mais Meyerbeer l’aurait  » gardé sous le coude  » quelques années sans y donner suite et ensuite on n’en a plus trouvé la trace. Quelques années plus tard Nerval voyageant au Proche Orient en 1843, ayant enrichi sa connaissance du monde arabe insère alors l’histoire de Balkis au sein de nouvelles que narre un conteur professionnel dans un café turc. C’est d’ailleurs la façon dont se présentera la mise en scène lors de sa reprise cette année à Saint-Etienne, reprenant l’artifice du théâtre dans le théâtre cher à Shakespeare. Mais si Nerval en a probablement tiré effectivement un livret d’opéra en cinq actes, celui-ci a bien disparu.

Diverses hypothèses sont donc échafaudées :

- La dédicace de l’opéra au Comte Walewski propose une première piste. Le ministre dirigeait le journal  » Le Messager  » auquel Gérard de Nerval aurait aimé collaborer et les liens entre eux furent étroits. Or Alexandre Walewski fît jouer au Théâtre Français une comédie dont il s’attribua la paternité :  » L’Ecole du Monde ou la Coquetterie sans le savoir « , laquelle aurait en fait été écrite par M. Gérard (comme on nommait Gérard de Nerval à l’époque). Certains inclinent donc à penser que Walewski aurait pu avoir le livret complet de  » La Reine de Saba «  et que devenu ministre d’un état autoritaire, il aurait pu le faire signer par Barbier et Carré devenus fournisseurs attitrés de Gounod et en accepter la dédicace. Dans le plan manuscrit de ses oeuvres complètes, quelques jours avant sa mort, Nerval à la rubrique  » sujet  » écrit :  » La Reine de Saba, 5a . Halèvy « , ce qui dans sa terminologie pourrait signifier qu’il ne s’agissait que d’un projet, car quand ceux-ci étaient achevés, c’était en règle précisé.

- Deuxième hypothèse à partir d’une certitude : Nerval connaissait Michel Carré. On trouve ainsi dans sa correspondance une lettre du 7 mars 1854 concernant un projet d’opéra comique sur le thème de son proverbe  » Corilla « . On peut imaginer qu’il aurait plus tard reçu un livret complet de  » La Reine de Saba «  et qu’il l’aurait adapté en le simplifiant. Ou encore, puisque Meyerbeer avait reçu le premier acte, la suite a peut-être existé et aurait pu être retrouvé dans les archives de l’Opéra, où les librettistes l’auraient retrouvée et adaptée, honorant ainsi la mémoire de l’écrivain dans un  » pieux larcin « Š Notons que la première rencontre entre Charles Gounod et ces fameux librettistes eut lieu en 1856.

La troisième hypothèse reste la plus vraisemblable : puisqu’il s’agissait d’un désir exprimé de la part de Nerval, Barbier et Carré auraient eux-même écrit entièrement le livret à partir des  » Nuits du Ramazan « , avec une adaptation très proche du texte à quelques exceptions près que leur connaissance de l’opéra leur suggérait. Quelques éléments de la nouvelle de Nerval se trouvent transformés dans un souci d’efficacité lyrique et mélodramatique. Ainsi par exemple, il est malséant de mourir dès le début d’un opéra et donc Bénoni, le fidèle et dévoué apprenti qui meurt avant la fonte de la mer d’airain chez Nerval survivra chez Gounod. Pour ce qui est de l’écriture, partant du texte initial, les librettistes en font une réduction en prose pour la versifier secondairement. Si le procédé  » colle au texte  » facilement pour une pièce de théâtre, il en est bien entendu tout autre pour un récit romanesque, la description des lieux et des actions ne se prêtant guère à la forme narrative, sauf à imaginer l’intervention d’un récitant, qui casse toujours un peu l’ambiance et le rythme. L’absence in fine du nom de Nerval obéissant donc comme on l’a vu, à des règles de  » marketing « , plus qu’à une volonté éhontée de plagiat.

Une dernière hypothèse est soulevée par André Lebois. On ne présente à un compositeur avéré qu’une oeuvre complète. Le livret de  » la Reine de Saba «  existerait donc, peut-être rédigé avec l’aide de Michel Carré et puisque Meyerbeer est indisponible, Nerval s’adresse à Halévy, qui en est le poulain et qui vient d’écrire  » Charles VI «  et  » la Reine de Chypre « . Cela faisait beaucoup de souverains et craignant peut-être la raillerie en ajoutant une  » Reine de Saba « , Halévy déclina l’offre. Et ce serait alors Halévy qui aurait fait appel à Gounod et Bizet (qui avait épousé la fille d’Halèvy) en a donc arrangé la partition pour piano. Barbier et Carré auraient purement gardé le livret de Nerval, avec pour toute contribution la suppression du tableau de la descente aux enfer, car  » Faust «  avait déjà présenté la  » Nuit de Walpurgis « , et cela aurait un peu fait doublon. Ils auraient rajouté, car Gounod appréciait cette forme musicale, la scène du choeur des juives et des sabéennes. Le livret original de Nerval n’a jamais été retrouvé, il aurait évidemment été détruit, peut être par Nerval lui-même d’ailleurs. Cette hypothèse n’est évidemment pas la plus glorieuse, elle reste hélas plausible, Gérard de Nerval s’étant fait dépossédé de plusieurs projets au cours de sa carrière.

Son oeuvre ne sera donc mise en musique que quinze ans après son projet initial. Gérard de Nerval était déjà mort depuis quelques années, Jenny Colon aussi. On ne trouve donc pas trace dans sa correspondance d’un projet avec Charles Gounod. L’avait-il évoqué entre eux où n’était-ce que le fruit des intermédiaires ? On ne le saura jamais. Et s’ils ont tous deux fréquenté la maison du Dr Blanche, c’est de façon indépendante dans le temps et par ailleurs, Gérard de Nerval n’assistait pas aux réunions musicales qu’organisait le psychiatre.

Alors puisque ni le compositeur ni l’écrivain n’étaient Francs-Maçons, peut être faudrait-ils s’intéresser aux librettistes ? Car à part Wagner qui écrivait les textes de ses opéras, habituellement les compositeurs font appel à des librettistes. Ceux-ci sont en quelques sortes les paroliers qui à partir d’un thème littéraire proposent des paroles pour le mettre en musique. C’est une écriture en règle réductrice mais efficace, comme pour le dialoguiste au cinéma. Pour n’avoir pas eu recours à un librettiste de métier, Claude Achille Debussy s’est retrouvé dans une impasse quand il s’est agit d’écrire un opéra du nom d’ » Orphée « . Il y avait une inadéquation entre le style littéraire que lui proposait le Dr Segalen et l’efficacité d’une écriture nécessairement plus concise. C’est sans doute pour cela que les poèmes peuvent néanmoins être plus facilement mis en musique. En l’occurrence pour Charles Gounod, il s’agissait de ses librettistes attitrés de longue date, Barbier et Carré, dont les autres livrets connus ne sont nullement maçonniques et qui n’étaient pas Francs-Maçons eux-même. Toutefois le livret reste in fine sous la responsabilité du compositeur et il est douteux qu’on ait pu lui faire accepter une telle histoire sans son assentiment. Il ne s’agissait en effet pas d’une quelconque légende appartenant à la culture commune de cette époque, même si le goût pour l’orientalisme était naissant. Charles Gounod, était en effet un catholique fervent, ayant même passé quelques temps au séminaire en se prévalant à l’époque du titre d’abbé. Plus tard il composera de nombreuses messes, oratorio, Te Deum, Requiem, Gloria, Ave Maria, pièces pour orgue, marche pontificale etcŠ La Maçonnerie d’alors, non pas dans ses principes mais dans sa sociologie, était assez anticléricale et cela paraît assez antinomique avec sa personnalité. Charles Gounod était homme de grande culture, fin lettré et ami de tout le monde artistique de l’époque. Chrétien catholique convaincu, tendance christianisme social, il avait su se frotter aux philosophes et découvrir que l’Amour de l’autre était la seule solution durable pour la sauvegarde de notre univers. Mais si on retrouve dans sa correspondance une lettre du Sâr Peladan, nulle trace par contre de la Maçonnerie, organisation qu’il ne pouvait méconnaître. Quant à la légende d’Hiram, elle préexiste bien entendu à l’oeuvre de Gérard de Nerval, puisque la naissance de la Maçonnerie en tant que corps constitué, date de 1717, à l’époque des Constitutions d’Anderson qui en fixent les principes et règlements. Gérard de Nerval, intéressé de longue date par divers courants ésotériques a donc repris de façon enjolivée et romantique la légende qui servait de support au rituel maçonnique, sous forme d’un conte d’une centaine de pages où figurent quelques belles considérations sur la vanité du pouvoir temporel et la fragilité des institutions et civilisations qui reposeraient sur un principe ou une base matérielle fragiles. Pour autant, certains chapitres reprennent mot pour mot des phrases des rituels maçonniques, tels qu’ils étaient déjà dévoilés à l’époque, venant par exemple au chapitre intitulé  » Makbenah  » expliciter une phase essentielle du rituel de la maîtrise.

Cet opéra reste donc un mystère : comment l’oeuvre la plus explicitement maçonnique du répertoire français du 19ème peut-elle être le fruit d’un non-Maçon ? Reste que ce compositeur a peut-être été Franc-Maçon sans que je le sache, mais outre que la Maçonnerie a tendance à se glorifier de ses membres célèbres et que je ne l’ai jamais entendu nommer à ce titre, il me semble que je l’aurais de toutes façon su, puisque ce compositeur était donc mon arrière-arrière grand-père et qu’à travers ses objets personnels ou sa nombreuse correspondance, nulle allusion n’a jamais été retrouvée concernant la Maçonnerie.

Alors s’agissait-il d’une incartade volontaire et éclairée, fut-ce un incident de parcours non significatif, ou Charles Gounod fut-il la victime involontaire d’un intermédiaire parfaitement au courant, le secret n’est pas prêt d’être élucidé !

 

Nicolas GOUNOD, Mars 2003

Bibliographie :

Discographie :

- « La Reine de Saba » de Charles Gounod

* avec Francesca Scaini, Jean-Won Lee, Anna Lucia Alessio, Annalisa Carbonara, Luca Grassi, Salvatore Cordella. Direction Manlio Benzi. Bratislava Chamber Choir. Orchestra Internazionale d’Italia. 2002. Dynamic. CDS 387/1-2

* avec Suzanne Sarroca, Gérard Serkoyan, Gilbert Py, Yvonne Dalou, Jean-Paul Calfi, Henry Amiel, Gerad Blatt. Direction Michel Plasson. Toulouse 1969.

* Extraits: air de Balkis « Plus grand dans son obscurité », Françoise Pollet, Orchestre philharmonique de Montpellier, direction Cyril Diederich, 1CD Erato Musifrance 1990.

* Extraits: « Valse » du 2e Acte, London Symphony Orchestra, Direction Richard Bonynge; ‘Ballet Gala &endash;Ballet Music from Opera’ (avec oeuvres de Rossini, Donizetti, Massenet, Berlioz, Saint-Saëns). Enregistré: 1972, Decca 444 198-2

* Air D’Adoniram par Gustave Botiaux Récital n°3 ORPHEE LDO B 21051-51052

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L’Egalité 24 avril, 2008

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L’EGALITE


« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » affirme l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26/ 08/1789.
Les hommes du siècle des Lumières, rédacteurs de cette Déclaration, se sont bien gardés d’indiquer que les hommes naissent égaux. Ils ont précisé que cette égalité était réduite au domaine du droit.
En effet, il aurait été mensonger et utopique de ne pas apporter cette précision, car il est évident que les hommes naissent inégaux.
Inégalités physiques, sociales, renforcées selon la partie de la planète qui nous voit naître par une inégalité dans l’accès à l’eau, la nourriture, les soins médicaux, le savoir, le progrès, la justice, les acquisitions des libertés primaires.
L’égalité n’est donc pas le fait de la Loi de la Nature, mais bien le fruit de la Loi des Hommes. Le maintien de cette égalité demande une vigilance de tous les instants, car vite serait actée sa disparition puisque l’instinct primitif de l’Homme, instinct animal, le pousse à dominer par la force sur le plus faible et à le soumettre à « la Loi du plus fort ».
Mais, qu’est-ce que l’Egalité? qui la réclame? Comment la mettre en application? Et pourquoi , finalement, l’Homme consent-il à abdiquer une partie de sa puissance au nom de cet idéal?

Qu’est-ce que l’Egalité?

La définition donnée par le Larousse indique notamment, « principe selon lequel tous les hommes possédant une égale dignité doivent être traités d’une manière égale (égalité civile : mêmes droits mêmes devoirs devant la Loi, égalité politique: même droit de gouvernement) ».
Même la définition du dictionnaire limite le domaine où peut s’étendre l’égalité.
L’Egalité avec un grand E n’existe pas, elle est constituée de la somme de petites égalités accessibles non pas spontanément mais par le biais des règles de morale ou la Loi.

Quelles sont ces égalités?

Est-ce que égalité est uniformité? Identité?
Faut-il à l’aide de manipulations génétiques donner aux hommes la même apparence physique? Faut-il leur donner un travail identique? Un salaire identique? Une instruction identique? Brimer au nom de l’identité tout ce qui fait la particularité d’un être humain par rapport à un autre?
Sans parler des dérives « raciales » que nous avons déjà connu que nous ne pouvons cautionner, il s’ensuivrait un patrimoine génétique appauvri qui nous mettrait à la merci de la consanguinité et des attaquent virales ou bactériologiques.

Un travail ou un salaire identique amènent , nous l’avons vu depuis le déclin du communisme, une chute de l’esprit d’entreprendre qui est le moteur nécessaire au progrès intellectuel, scientifique et économique d’un pays.
Nous ne pouvons que suivre Victor Hugo qui affirme dans Quatre-vingt-treize  » J’ai dit l’égalité. Je n’ai pas dit l’identité ».


Est-ce que égalité est parité?

La parité veut asseoir l’égalité homme-femme dans la vie civile, politique, sociale et professionnelle en la résumant en une règle mathématique. 50% de femmes et 50% d’hommes. Peut-on ramener l’égalité à son sens purement mathématique? N’est-elle pas du domaine du subjectif plutôt qu’objectif? Elle ne peut s’additionner, se soustraire, se multiplier. Elle relève davantage du domaine des sentiments que du domaine cartésien.
Et cette parité n’induirait-elle pas des inégalités flagrantes dans certains secteurs sociaux-professionnels ou politique où les femmes sont minoritaires et où, du coup, elles auraient plus de chance que les hommes? Et inversement pour les hommes dans les secteurs où ils sont minoritaires?

On pourra dire la même chose de la « discrimination positive » où déjà rien que dans l’intitulé on peut sérieusement s’interroger. Le mot discrimination étant antinomique de égalité.
Comment vouloir comptabiliser une égalité en retenant des critères raciaux ou sociaux?
L’égalité vraie et pure ne doit-elle pas s’affranchir de critères discriminant tels que le sexe et la race?

Plutôt que parité et discrimination positive, on devrait parler et défendre l’égalité des chances.

L’égalité des chances

L’égalité des chances s’obtient, à la base, par une égalité dans l’accès au savoir. Et, dans ce rôle, l’école laïque est déterminante.l’école de la République offre une vraie égalité des chances, même si c’est perfectible dans les établissement scolaires situés en zones difficiles.
Victor Hugo, encore lui, écrit dans Les Misérables : « l’égalité a un organe: l’instruction gratuite et obligatoire ».
L’égalité des chances doit être renforcée par  » à travail égal , salaire égal », garant d’une égalité professionnelle qui bénéficie en premier lieu aux femmes, premières victimes.

Après cette égalité des chances, il faut aussi se battre pour l’égalité à l’accès aux soins et l’égalité devant la Loi.

Comment faire appliquer l’égalité?

La Loi, justement, est gardienne de toutes ces égalités. Car l’égalité est affaire de Lois et non de Nature.
La force est souvent nécessaire pour faire appliquer ces lois.
Egalité passe par Justice et Force.

Et là, commence l’autre problématique, les lois égalitaires ne sont-elles pas une atteinte aux libertés? L’Egalité pour exister ne rogne-t-elle pas notre liberté, où commence l’égalité, où commence l’injustice?
Dirons-nous, avec Edmond et Jules de Goncourt que « l’égalité est la plus horrible des injustices »?
Il est vrai que l’homme fort ou « supérieur » trouvera cela injuste, car comme le disait Henry Becque « le défaut de l’égalité, c’est que nous la voulons qu’avec nos supérieurs ».
Celui qui est contraint à l’égalité le vivra comme une injustice éhontée, celui qui accède à l’égalité le vivra comme un droit.
Il est à noter que parfois l’égalité peut conduire à l’injustice, et dans ce cas, l’égalité la moins contestable est l’équité. En effet, une égalité qui ne peut être régulée et maintenue que par le biais de la Loi et de la force publique, ignore trop souvent les subtilités, les nuances, les cas particuliers. Et le chemin est alors ouvert à l’injustice. Il faut alors espérer en l’équité des tribunaux et des Hommes pour remettre la situation dans toute son égalité.

Autres vecteurs de l’égalité, nous avons les accords internationaux, le mécénat, l’aide humanitaire, le bénévolat.

Qui réclame l’égalité?

Nous l’avons vu, ceux qui réclament essentiellement l’égalité sont ceux qui souffrent d’inégalités; les plus faibles.
Citons dans le désordre, les femmes, les enfants, les classes sociales les plus défavorisées, ceux qui ne sont pas nés sur la » meilleure partie » de la planète.

Pourquoi ce besoin d’égalité? et pourquoi ceux qui pourraient appliquer la » loi du plus fort » acceptent-ils de se plier à ces règles égalitaires?

L’homme n’est pas réduit à son animalité. Il a une conscience et est doué de raison. Et, raison et conscience l’aident à juguler ses instincts primitifs.
Les religions, les philosophies, les règles de morales étant passées par là, l’Homme se rend compte qu’il est un drôle d’animal qui veut devenir meilleur et qui se cherche des frères.
Qui suppose frères présuppose égalité.
Notre frère étant notre égal.

Conclusion

L’égalité parfaite avec un grand E n’existe pas et n’est pas souhaitable. Elle se manifeste davantage comme la somme de différentes égalités dont la plus importante pourrait être l’égalité des chances dans tous les domaines.
Cette ou ces égalités ne peuvent subsister sans justice ni force.
Elles s’expriment toujours dans la fraternité entre les hommes.

Malicia Cobs

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ANTIMACONNISME 20 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

ANTIMACONNISME

L’antimaçonnisme est né avec la franc-maçonnerie. La peur du secret et du mystère pousse certaines personnes à l’hostilité, concernant les loges maçonniques. Dans la plupart des cas, la méfiance du grand public à l’égard des francs-maçons alterne avec l’indifférence. Mais il existe un antimaçonnisme organisé en doctrine, il est propagé par les mouvements religieux intégristes, l’extrême-droite et tout régime totalitaire.

En France, l’antimaçonnisme a laissé des traces dans la littérature.

Maupassant avait été pressenti par l’écrivain Catulle Mendes pour devenir franc-maçon en 1876. L’auteur de Bel ami refusa car il méprisait les idéaux quels qu’ils fussent.

Il n’est donc pas étonnant de voir la franc-maçonnerie mise à mal par Maupassant dans la nouvelle « Mon oncle Sosthène ».

MON ONCLE SOSTHENE

Mon oncle Sosthène était un libre-penseur comme il en existe beaucoup, un libre-penseur par bêtise. On est souvent religieux de la même-façon. La vue d’un prêtre le jetait en des fureurs inconcevables ; il lui montrait le poing, lui faisait des cornes, et touchait du fer derrière son dos, ce qui indique déjà une croyance, la croyance du mauvais oeil. Or, quand il s’agit de croyances irraisonnées, il faut les avoir toutes ou n’en avoir pas du tout. Moi qui suis aussi libre-penseur, c’est-à-dire un révolté contre tous les dogmes que fit inventer la peur de la mort, je n’ai pas de colère contre tous les temples, qu’ils soient catholiques, apostoliques, romains, protestants, russes, grecs, bouddhistes, juifs, musulmans. et puis, moi, j’ai une façon de les considérer et de les expliquer. Un temple, c’est un hommage à l’inconnu. Plus la pensée s’élargit, plus l’inconnu diminue, plus les temples s’écroulent. Mais, au lieu d’y mettre des encensoirs, j’y placerais des télescopes et des microscopes et des machines électriques. Voilà !

Mon oncle et moi nous différions sur presque tous les points. Il était patriote, moi je ne le suis pas, parce que le patriotisme, c’est encore une religion. C’est l’oeuf des guerres.

Mon oncle était franc-maçon. Moi, je déclare les francs-maçons plus bêtes que les vieilles dévotes. C’est mon opinion et je la soutiens. Tant qu’à avoir une religion, l’ancienne me suffirait.

Ces nigauds-là ne font qu’imiter les curés. Ils ont pour symbole un triangle au lieu d’une croix. Ils ont des églises qu’ils appellent des Loges avec un tas de cultes divers : le rite Ecossais, le Rite Français, le Grand-Orient, une série de balivernes à crever de rire.

Puis, qu’est-ce qu’ils veulent ? Se secourir mutuellement en se chatouillant le fond de la main. Je n’y vois pas de mal. Ils ont mis en pratique le précepte chrétien : « Secourez-vous les uns les autres. » La seule différence consiste dans le chatouillement. Mais, est-ce la peine de faire tant de cérémonies pour prêter cent sous à un pauvre diable ? Les religieux, pour qui l’aumône et le secours sont un devoir et un métier, tracent en tête de leur épîtres trois lettres : J.M.J. Les francs-maçons posent trois points en queue de leur nom. Dos à dos, compères.

Mon oncle me répondait : « Justement nous élevons religion contre religion. Nous faisons de la libre pensée l’arme qui tuera le cléricalisme. La franc-maçonnerie est la citadelle où sont enrôlés tous les démolisseurs de divinités. »

Je ripostais : « Mais, mon bon oncle (au fonds je disais : « vieille moule »), c’est justement ce que je vous reproche. Au lieu de détruire, vous organisez la concurrence ; ça fait baisser les prix, voilà tout. Et puis encore, si vous n’admettiez parmi vous que des libres penseurs, je comprendrais ; mais vous recevez tout le monde. Vous avez des catholiques en masse, même des chefs du parti. Pie IX fut des vôtres, avant d’être pape. Si vous appelez une Société ainsi composée une citadelle contre le cléricalisme, je la trouve faible, votre citadelle. »

Alors, mon oncle, clignant de l’oeil, ajoutait : « Notre véritable action, notre action la plus formidable a lieu en politique. Nous sapons, d’une façon continue et sûre, l’esprit monarchique. »

Cette fois j’éclatais. « Ah ! oui, vous êtes des malins ! Si vous me dites que la Franc-Maçonnerie est une usine à élections, je vous l’accorde ; qu’elle sert de machine à faire voter pour les candidats de toutes nuances, je ne le nierai jamais ; qu’elle n’a d’autre fonction que de berner le bon peuple, de l’enrégimenter pour le faire aller à l’urne comme on envoie au feu les soldats, je serai de votre avis ; qu’elle est utile, indispensable même à toutes les ambitions politiques parce qu’elle change chacun de ses membres en agent électoral, je vous crierai : « C’est clair comme le soleil ! » Mais si vous me prétendez qu’elle sert à saper l’esprit monarchique, je vous ris au nez.

« Considérez-moi un peu cette vaste et mystérieuse association démocratique, qui a eu pour grand-maître, en France, le prince Napoléon sous l’Empire ; qui a pour grand-maître, en Allemagne, le prince héritier ; en Russie le frère du czar ; dont font partie le roi Humbert et le prince de Galles ; et toutes les caboches couronnées du globe ! »

Cette fois mon oncle me glissait dans l’oreille : « C’est vrai, mais tous ces princes servent nos projets sans s’en douter.

- Et réciproquement, n’est-ce pas ? »

Et j’ajoutais en moi : « Tas de niais ! »

Et il fallait voir mon oncle Sosthène offrir à dîner à un franc-maçon.

Ils se rencontraient d’abord et se touchaient les mains avec un air mystérieux tout à fait drôle, on voyait qu’ils se livraient à une série de pressions secrètes. Quand je voulais mettre mon oncle en fureur je n’avais qu’à lui rappeler que les chiens aussi ont une manière tout franc-maçonnique de se reconnaître.

Puis mon oncle emmenait son ami dans les coins, comme pour lui confier des choses considérables ; puis, à table, face à face, ils avaient une façon de se considérer, de croiser leurs regards, de boire avec un coup d’oeil comme pour se répéter sans cesse : « Nous en sommes, hein ? « 

Et penser qu’ils sont ainsi des millions sur la terre qui s’amusent à ces simagrées ! J’aimerais encore mieux être jésuite.

Or, il y avait dans notre ville un vieux jésuite qui était la bête noire de mon oncle Sosthène. Chaque fois qu’il le rencontrait, ou seulement s’il l’apercevait de loin, il murmurait : « Crapule, va ! » Puis me prenant le bras, il me confiait dans l’oreille : « Tu verras que ce gredin-là me fera du mal un jour ou l’autre. Je le sens. « 

Mon oncle disait vrai. Et voici comment l’accident se produisit par ma faute.

Nous approchions de la semaine sainte. Alors, mon oncle eut l’idée d’organiser un dîner gras pour le vendredi, mais un vrai dîner, avec andouille et cervelas. Je résistai tant que je pus ; je disais : « Je ferai gras comme toujours ce jour-là, mais tout seul, chez moi. C’est idiot, votre manifestation. Pourquoi manifester ? en quoi cela vous gêne-t-il que des gens ne mangent pas de la viande ? »

Mais mon oncle tint bon. Il invita trois amis dans le premier restaurant de la ville ; et comme c’était lui qui payait, je ne refusai pas non plus de manifester.

Dès quatre heures, nous occupions une place en vue au café Pénélope, le mieux fréquenté ; et mon oncle Sosthène, d’une voix forte, racontait notre menu.

A six heures on se mit à table. A dix heures, on mangeait encore ; et nous avions bu, à cinq, dix-huit bouteilles de vin fin, plus quatre de champagne. Alors mon oncle proposa ce qu’il appelait la « tournée de l’archevêque ». On plaçait en ligne, devant soi, six petits verres qu’on remplissait avec des liqueurs différentes ; puis il les fallait vider coup sur coup pendant que des assistants comptaient jusqu’à vingt. C’était stupide ; mais oncle Sosthène trouvait cela « de circonstance ».

A onze heures, il était gris comme un chantre. Il le fallut emporter en voiture, et mettre au lit ; et déjà on pouvait prévoir que sa manifestation anticléricale allait trourner en une épouvantable indigestion.

Comme je rentrais à mon logis, gris moi-même, mais d’une ivresse gaie, une idée machiavélique, et qui satisfaisait tous mes instincts de septicisme, me traversa la tête.

Je rajustai ma cravate, je pris un air désepéré, et j’allai sonner comme un furieux à la porte du vieux jésuite. Il était sourd ; il me fit attendre. Mais comme j’ébranlais toute la maison à coups de pieds, il parut enfin, en bonnet de coton, à sa fenêtre, et demanda : « Qu’est-ce qu’on me veut ? « 

Je criai : « Vite, vite, mon révérend Père, ouvrez-moi, c’est un malade désespéré qui réclame votre saint ministère ! »

Le pauvre bonhomme passa tout de suite un pantalon et descendit sans soutane. Je lui racontai d’une voix haletante, que mon oncle libre penseur, saisi soudain d’un malaise terrible qui faisait prévoir une très grave maladie, avait été pris d’une grande peur de la mort, et qu’il désirait le voir, causer avec lui, écouter ses conseils, connaître mieux les croyances, se rapprocher de l’Eglise, et, sans doute, se confesser, puis communier, pour franchir, en paix avec lui-même, le redoutable pas.

Et j’ajoutai d’un ton frondeur : « Il le désire, enfin. Si cela ne lui fait pas de bien cela ne lui fera pas de mal. »

Le vieux jésuite, effaré, ravi, tout tremblant, me dit : « Attendez-moi une minute, mon enfant, je viens. » Mais j’ajoutai : « Pardon, mon révérend Père, je ne vous accompagnerai pas, mes convictions ne me le permettent point. J’ai même refusé de venir vous chercher ; aussi je vous prierai de ne pas avouer que vous m’avez vu, mais de vous dire prévenu de la maladie de mon oncle par une espèce de révélation. »

Le bonhomme y consentit et s’en alla, d’un pas rapide, sonner à la porte de mon oncle Sosthène. La servante qui soignait le malade ouvrit bientôt ; et je vis la soutane noire disparaître dans cette forteresse de la libre pensée.

Je me cachai sous une porte voisine pour attendre l’événement. Bien portant, mon oncle eût assomé le jésuite, mais je le savais incapable de remuer un bras, et je me demandais avec une joie délirante quelle invraisemblable scène allait se jouer entre ces deux antagonistes ? Quelle lutte ? quelle explication ? quelle stupéfaction ? quel brouillamini ? et quel dénouement à cette situation sans issue, que l’indignation de mon oncle rendrait plus tragique encore !

Je riais tout seul à me tenir les côtes ; je me répétais à mi-voix : « Ah ! la bonne farce, la bonne farce ! »

Cependant il faisait froid, et je m’aperçus que le jésuite restait bien longtemps. Je me disais : « Ils s’expliquent . »

Une heure passa, puis deux, puis trois. Le révérend Père ne sortait point. Qu’était-il arrivé ? Mon oncle était-il mort de saisissement en le voyant ? Ou bien avait-il tué l’homme en soutane ? Ou bien s’étaient-ils entremangés ? Cette dernière supposition me sembla peu vraisemblable, mon oncle me paraissant en ce moment incapable d’absorber un gramme de nourriture de plus. Le jour se leva.

Inquiet, et n’osant pas entrer à mon tour, je me rappelai qu’un de mes amis demeurait juste en face. J’allai chez lui ; je lui dis la chose, qui l’étonna et le fit rire, et je m’embusquai à sa fenêtre.

A neuf heures, il prit ma place, et je dormis un peu. A deux heures, je le remplaçai à mon tour. Nous étions démesurement troublés.

A six heures, le jésuite sortit d’un air pacifique et satisfait, et nous le vîmes s’éloigner d’un pas tranquille.

Alors honteux et timide, je sonnai à mon tour à la porte de mon oncle. La servante parut. Je n’osai l’interroger, et je montai, sans rien dire.

Mon oncle Sosthène, pâle, défait, abattu, l’oeil morne, les bras inertes, gisait dans son lit. Une petite image de piété était piquée au rideau avec une épingle.

On sentait fortement l’indigestion dans la chambre.

Je dis : « Eh bien, mon oncle, vous êtes couché ? Ca ne vas donc pas ? »

Il répondit d’une voix accablée : « Oh ! mon pauvre enfant, j’ai été bien malade, j’ai failli mourir.

- Comment ça, mon oncle ?

- Je ne sais pas ; c’est bien étonnant. Mais ce qu’il y a de plus étrange, c’est que le père jésuite qui sort d’ici, tu sais, ce brave homme que je ne pouvais souffrir, eh bien, il a eu une révélation de mon état, et il est venu me trouver. »

Je fus pris d’un effroyable besoin de rire. « Ah ! vraiment ?

- Oui, il est venu. Il a entendu une voix qui lui disait de se lever et de venir parce que j’allai mourir. C’est une révélation. »

Je fis semblant d’éternuer pour ne pas éclater. J’avais envie de rouler par terre.

Au bout d’une minute, je repris d’un ton indigné, malgré les fusées de gaieté : « Et vous l’avez reçu, mon oncle, vous ? un libre penseur ? un franc-maçon ? Vous ne l’avez pas jeté dehors ? »

Il parut confus, et balbutia : « Ecoute donc, c’était si étonnant, si étonnant, si providentiel ! Et puis il m’a parlé de mon père. Il a connu mon père autrefois.

- Votre père, mon oncle ?

- Oui, il paraît qu’il a connu mon père.

- Mais ce n’est pas une raison pour recevoir un jésuite.

- Je le sais bien, mais j’étais malade, si malade ! Et il m’a soigné avec un grand dévouement toute la nuit. Mais vous m’avez dit tout de suite qu’il sortait seulement d’ici.

- Oui, c’est vrai. Comme il s’était montré excellent à mon égard, je l’ai gardé à déjeuner. Il a mangé là auprès de mon lit, sur une petite table, pendant que je prenais une tasse de thé.

- Et… il a fait gras ? »

Mon oncle eut un mouvement froissé, comme si je venais de commettre une grosse inconvenance ; et il ajouta :

« Ne plaisante pas, Gaston, il y a des railleries déplacées. Cet homme m’a été en cette occasion plus dévoué qu’aucun parent ; j’entends qu’on respecte ses convictions. »

Cette fois, j’étais atteré ; je répondis néanmoins : « Très bien, mon oncle. Et après le déjeuner, qu’avez-vous fait ?

- Nous avons joué une partie de bésigue, puis il a dit son bréviaire, pendant que je lisais un petit livre qu’il avait sur lui, et qui n’est pas mal écrit du tout.

- Un livre pieux, mon oncle ?

- Oui et non, ou plutôt non, c’est l’histoire de leur missions dans l’ Afrique centrale. C’est plutôt un livre de voyages et d’aventures. C’est très beau ce qu’ils ont fait là, ces hommes. »

Je commençais à trouver que ça tournait mal. Je me levai : « Allons, adieu, mon oncle, je vois que vous quittez la franc-maçonnerie pour la religion. Vous êtes un renégat. »

Il fut encore un peu confus et murmura : « Mais la religion est une espèce de franc-maçonnerie. »

Je demandai : « Quand revient-il, votre jésuite ? « Mon oncle balbutia : « Je… je ne sais pas, peut-être demain… ce n’est pas sûr. »

Et je sortis, absolument abasourdi.

Elle a mal tourné, ma farce ! Mon oncle est converti radicalement. Jusque-là, peu m’importait. Clérical ou franc-maçon, pour moi, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ; mais le pis, c’est qu’il vient de tester, oui, de tester et de me déshériter, monsieur, en faveur du père Jésuite. »

LES DOCUMENTS MACONNIQUES

En juin 1998, dans un but historique relevant d’un nécessaire devoir de mémoire, les Editions du Dragon ont réédité en fac-similé les « 33 numéros des Documents Maçonniques », parus d’octobre 1941 à juin 1944, qui représentent un millier de pages à travers 200 articles rédigés par la fine fleur de l’antimaçonnisme et de l’antisémitisme : Robert Vallery-Radot, Bernard Faÿ (administrateur de la Bibliothèque Nationale sous l’Occupation), Jean Marquès-Rivière (auteur du film antimaçonnique « Forces Occultes « ) et l’irréductible Henry Coston.

ANTIMACONNISME dans Chaine d'union 28

Cet ensemble est précédé d’un remarquable avertissement rédigé par Bernard Prou et William Piccione.

Le travail minutieux de réédition et de présentation de cette pièce historique a pour but d’éveiller les consciences et de les avertir que la « peste brune » est toujours aux aguets. Pour preuve, Henry Coston, le vieillard antisémite et antimaçon a tenté d’empêcher la diffusion des « Documents maçonniques ». Le vieux haineux était impliqué dans ces revues, il avait déversé toute sa bile dans huit articles qui pouvaient le condamner à la vindicte publique (s’il en était encore besoin). Fort heureusement, ses prétentions extravagantes ont été déboutées. Mais les Editions du Dragon ont dû batailler et il serait bon que leur travail soit connu comme il le mérite. Nous vous recommandons donc vivement de souscrire un abonnement aux « Documents Maçonniques » disponibles à l’adresse suivante :

Les Editions du Dragon – Médiadem S.A.4, avenue Prince Héréditaire Albert –

B.P. 484 – MC 98012 MONACO

Le prix du coffret est de 990 francs (payable en trois fois sans frais), il comprend les 33 revues, un numéro de « document du temps présent » consacré à la franc-maçonnerie, le symbole de l’équerre et du compas en métal doré, un feuillet de six pages regroupant les principaux articles de presse concernant la répression antimaçonnique sous le gouvernement de Vichy et un remarquable cahier d’avertissement de lecture aux 33 « Documents Maçonniques » composé par des historiens avertis.

FORCES OCCULTES (1943)

Le film antimaçonnique « Forces occultes » fut créé par Jean Marquès-Rivière, un ex-frère tombé dans l’antimaçonnisme dans les années trente. Le film est habilement réalisé grâce à des moyens importants. L’Allemagne nazie a largement contribué à la production de « Forces occultes ». Les scènes principales ont été tournées au palais Bourbon et dans une loge reconstituée avec le matériel confisqué aux francs-maçons par la police de Vichy.

29 dans Recherches & Reflexions

Le scénario est fondé sur l’antiparlementarisme, une scène du film montre la manifestation partiellement fasciste du 6 février 1934 au cours de laquelle la police républicaine avait dû intervenir violemment. Les fascistes des années trente sont donc considérés comme les martyrs du régime parlementariste de la IIIè République.

L’antisémitisme et l’antimaçonnisme sont, évidemment, les ingrédients principaux de la trame filmique.

L’idéal vichyste est incarné par le député nationaliste Avenel. « Naïf », il accepte de se faire initier au Grand-Orient. Le réalisateur tente de montrer aux spectateurs que le député se rend vite compte de son erreur et que les francs-maçons sont des infames comploteurs et des affairistes.

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La dernière scène est d’un pathétisme risible, si on l’analyse au second degré. En effet, on voit la Terre exploser sous l’emprise du complot judéo-maçonnique. Manifèstement, les pétainistes ne reculaient devant aucune image d’Epinal et prenaient les Français pour des imbéciles aisément manipulables.

Extraits du scénario de « Forces Occultes »

Générique et première séquence

Sur une carte du monde se dessinent les trois zones d’influences. Seuls sont en blanc les pays suivants : Allemagne, Italie, Espagne-Ortugal, Chine et Japon.

Un volet en forme de compas s’ouvre sur l’ensemble du planisphère à l’exception des pays qui demeurent en blanc : c’est la zone d’influence judéo-maçonnique, (en surimpression) tandis que des petits médaillons représentant l’étoile de David ou l’équerre et le compas apparaissent et disparaissent.

Fondu au noir. Puis carton :

C’est l’intérieur même de la Chambre des Députés qu’ont été tournées les séquences du début du film.

Bruits de foule. Cris. Interjections. Sonnette.

Pierre Avenel : De droite à gauche, ce parlement ne représente que la corruption.

Tapage.

Vous, capitalistes, vous n’avez cessé de pousser la classe ouvrière à la misère… Et vous communistes, vous n’avez cessé d’exploiter cette misère, voulue par les capitalistes…

Tapage : Cris d’animaux.

Le président de la Chambre, agitant sa clochette : Messieurs un peu de silence !

Avenel : Et vous tous, parlementaires désuets et périmés… (le pays saura se passer/coupure) de vos services).

Le Président de la Chambre : Messieurs… Silence… Messieurs je vais lever la séance.

Continuez Monsieur Avenel

Avenel : Messieurs, (silence) je n’ai plus rien à dire

Les députés (avec soulagement) : Aaah !

Avenel : J’ai eu conscience de vous dire quelques vérités, peut-être désagréables mais utiles. (tapage) Non ce ne sont pas quelques interruptions qui m’arrêteront, la communauté française ne se bâtira pas sur le conflit du communisme et de la vieille bourgeoisie. C’est pourquoi je ne voterai pas ce projet qui donne satisfaction au capitalisme international et serait le beau prétexte pour les communistes à accentuer nos divisions. (Cris)…

Dans les bancs de l’Assemblée nationale

Député Guédon : il a du courage ce petit Avenel

Le député Dubois : Ces petits nationaux trop puritains nous font perdre du temps… il faudrait l’éduquer un peu… de quelle loge est-il ?

Député Guédon : Il n’est pas de chez nous, mon frère Dubois…

Dubois : Tout s’explique !… Voilà un garçon intelligent, qui a besoin d’une méthode et de conseils… Présentez le donc !…

Guédon : Il est sensible, il faudra procéder avec précaution…

Dubois : Envoyez-lui Larrivière, il saura le persuader… (ricanement)

Guédon : J’y vais

Guédon : Mon cher Vénérable nous avons un service à vous demander…

Larrivière : Mon frère Guédon, je vous sui tout dévoué.

Guédon : Le jeune Avenel qui vient de parler assez brillamment devrait subir les épreuves de l’initiation. La maçonnerie lui apporterait beaucoup et le (temps) disciplinerait… ne croyez-vous pas ?

Larrivière : J’y pensais déjà, nous allons nous en occuper… activement.

Discussion entre Avenel et Larrivière

Avenel : hum ! La maçonnerie est difficile sur le choix de ses candidats.

Larrivière : Pas assez, mon cher, pas assez ! Je dois même vous avertir que lorsque vous serez en loge, vous serez déçus. Le milieu maçonnique est épouvantablement médiocre. Vous verrez que vous lui apporterez plus que vous n’en recevrez.

Avenel : Mais ces rites dont vous m’avez parlé, ces initiations mystérieuses ?

Larrivière : Ha ! ha ! Des bêtises ! Il y en a qui y attachent un certain sens symbolique. La plupart des maçons rient eux-mêmes de ces vieilles pratiques désuettes. Seulement, le jour de votre initiation, tenez-vous bien ! les épreuves de la cérémonie ne sont pas commodes.

En salle humide, après l’initiation

Le vénérable : Mon très cher frère, qu’est-ce que vous pensez de cette soirée ?

Avenel : Eh bien c’est curieux… cette cérémonie est très impressionnante.

Frère Lévy-Stein : Mon cher Frère… pourrai-je vous laisser ma carte ? Au cas où vous auriez besoin de mes services… Je vends de tout, de la bonneterie, et des chaussures, et du savon à des prix invraisemblables…

Le vénérable : Tu permets mon cher Lévy-Stein…

F. Lévy-Stein : Je t’en prie…

Le vénérable : Mon frère Avenel, nous allons bientôt vous mettre à contribution… Oui,… un de nos amis de notre Loge voudrait un bureau de tabac… Le Grand-Orient est submergé de demandes en ce moment. Avec vous, ça ira peut-être un peu plus vite…

Avenel : Volontiers…

Le vénérable : Je vous remercie… Ah, dans quelques temps je vous parlerai aussi d’une autre affaire… depuis plusieurs années, j’ai droit à la Légion d’Honneur… Je ne m’en suis jamais occupé… Je n’ai pas voulu déranger nos amis pour ça, on leur demande déjà tellement de choses, n’est-ce pas ?… vous m’aiderez ?

Séquence Larrivière Avenel

Larrivière : Vous avez l’air d’avoir été déçu par la Maçonnerie…

Avenel : Oh !… Pire !… Choqué !…

Larrivière : Pourquoi ? Mais confessez-vous… Vous ne serez pas le premier maçon à m’avoir ouvert son coeur… Qu’est-ce qu’on vous a fait ?

Avenel : Mais à moi personnellement, rien !… mais je trouve ce milieu maçonnique pourri d’arrivistes écoeurant…

Larrivière : Je vous l’accorde…

Avenel : Je ne vous le fait pas dire…

Larrivière : Oh, croyez vous que je sois dupe ?…

Avenel : Alors je ne comprends pas… Tant de vertus affichées sur le programme sur la porte, tant de mystères à l’intérieur pour ne cacher que ces petites combines, ces appétits de commitards, je m’attendais à trouver des hommes dévoués sinon supérieurs… Au lieu de ça, je n’ai rencontré que des quémandeurs de bureaux de tabac ou de décorations… ou alors des fripouilles qui cherchaient à m’utiliser pour échapper à des condamnations… En dehors d’eux, des phraseurs, des sectaires, ignorant tout… ne connaissant rien de l’histoire de leur pays… rien de l’histoire du monde, rien de la politique, rien de la philosophie, rien…

Larrivière : Quel grade avez-vous maintenant ?

Avenel : J’ai été initié à la maîtrise, il y a peu de temps..

Larrivière : Eh bien si vous avez le courage de vivre quelques années dans la médiocrité des ateliers, vous passerez ensuite aux Ateliers supérieurs…

Avenel : C’est mieux ?

Larrivière : C’est autre chose…

Avenel : Voyons… vous êtes 33ème… C’est le grade le plus haut dans la Maçonnerie ?…

Larrivière : Mon petit Avenel, je vais vous révéler, quoique je ne doive pas… ces fameux secrets maçonniques dont on fait tant de mystères… En Maçonnerie on cache tout aux petites gens… en bas vous ne savez rien… En haut vous commencez à voir un peu plus clair dans le jeu mondial… Moi même je ne suis pas totalement éclairé sur les intentions des dirigeants de notre Odre, mais quand je dis « dirigeants » je me trompe… Y a pas de chefs, chez nous… Il n’y a que des exécutants… je ne suis qu’un pion sur un échiquier… j’accomplis une fonction… je reçois des messages… j’obéis… je transmets… J’agis…

Avenel : Mais qui dirige ?

Larrivière : Personne !… Qu’est-ce que la Maçonnerie ?… des groupes d’hommes qui se sont réunis aux quatre coins de l’univers pour enserrer le monde dans un réseau aux mailles infranchissables… Nous sommes 50 000 en France… 500 000 en Angleterre… 3 000 000 en Amérique… C’est peu… Mais c’est énorme… parce que nous formons un bloc uni, d’une seule volonté…, 300 parlementaires sont Francs-Maçons…

En Angleterre, le Roi fait partie de notre Ordre… Aux Etats-Unis le président est 32ème… Il n’y a pas un pays où nous n’ayons nos hommes, Je ne vous montre ici de la Maçonnerie que la puissance physique… Il y a peut-être autre chose…

Avenel : Mais quoi ?

Larrivière : Une doctrine supérieure… Une antique expérience des forces du Monde… Qui nous permets de pousser les peuples tantôt vers la mort… Quand il le faut…

Avenel : La mort ?… Je croyais la Maçonnerie attachée à la Paix ?

Larrivière : A une certaine paix !…

—————————-

On voit à quel point la carricature est effroyable de bêtise et d’ignorance ! Les auteurs du film tentent de faire croire au Français que la franc-maçonnerie est un Ordre international uni alors que depuis la fin du XIXè siècle la maçonnerie s’est scindée en de multiples branches philosophiques et métaphysiques. Le pire tient au soupçon de « doctrine supérieur ». On sent derrière cette phrase une rémanence de la mystification taxilienne, laquelle avait laissé croire aux Français que le diable était le grand-maître de la franc-maçonnerie internationale !



La loge P2

En mai 1981, le gouvernement italien démissionne suite à la divulgation d’une liste : celle des membres de la loge P2 dans laquelle figurent de nombreuses personnalités politiques issues du parti au pouvoir (les démocrates chrétiens).

Les activités de la loge P2 étaient donc d’ordre délictueux pour provoquer la destitution d’un gouvernement mais était-elle réellement une loge maçonnique ?

La loge P2 tire son nom d’une loge maçonnique créée en 1877 : la Loge Propaganda Massonica . Cette loge n’avait rien de secret car des personnages éminents en faisaient partie comme Zanardelli, ministre de la Justice ou le poète Carducci. La « propagande » de cette loge consistait à diffuser les valeurs maçonniques (progrès, laïcité et liberté) à travers les institutions politiques et citoyennes.

Quand Mussolini interdit la franc-maçonnerie en 1925, les francs-maçons s’exilèrent en France. La loge Propaganda Massonica fut le pilier de la principale obédience italienne : le Grand Orient d’Italie. La loge « PM » fut donc un des symboles de la République italienne en exil. A la Libération, la loge « PM » initia des hommes qui, officiellement, représentaient l’opposition à la franc-maçonnerie : des communistes, des catholiques et des démocrates chrétiens. Ces hommes étaient attirés par le prestige historique de la franc-maçonnerie mais devaient entrer secrètement dans une loge pour ne pas risquer d’être rejetés par leur hierarchie.

La loge « PM » trouvait un intérêt dans l’accueil des catholiques et des communistes car elle pouvait ainsi atténuer les rivalités sociales. En effet, elle réunissait autour de l’idéal maçonnique des hommes qui, sans la Maçonnerie, ne se seraient jamais entendus.

La loge « PM » commença à dévier de l’idéal maçonnique avec l’arrivée d’un certain Licio Gelli, qui en devint le secrétaire. Gelli servit le régime fasciste pendant la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui encore, il est difficile d’expliquer ce qui a poussé la Maçonnerie italienne à accepter un tel homme. C’est donc en 1964 que Gelli fut initié, il entra à la loge « PM » quelques années plus tard. En 1975, Licio Gelli devint « vénérable » (c’est-à-dire président) de la loge « PM ». A partir de cette période, la loge fut rebaptisée Propaganda Massonica n°2 ou « P2″. De 1971 à 1979, le parti communiste italien fut à son apogée en participant à la majorité gouvernementale. Gelli ne pouvait supporter cette situation et milita pour un retour à l’autorité avec des mesures comme le rétablissement de la peine de mort et la limitation du droit de grêve dans la fonction publique. Il s’agissait du programme d’un seul homme et non celui du Grand Orient d’Italie. Les nombreux militaires, capitaines d’entreprises, politiciens et journalistes qui demandèrent à rejoindre la loge de Gelli comprirent que la « P2″ ne proposait plus un programme maçonnique humaniste mais une philosophie ultra-conservatrice.

Le 5 octobre 1980, le Corriere della Serra publia une interview dans laquelle Gelli exposa les idées de son programme et tenta de le présenter comme un projet de la franc-maçonnerie. Il venait de commettre une erreur car le Grand Orient d’Italie détenait, avec cette interview, la preuve que Gelli avait trahi l’idéal maçonnique. Gelli fut donc exclu du Grand Orient en 1981.

Après enquête, il apparut que la loge P2 avait participé à une série d’affaires (exécutions de magistrats, attenta de la gare de Bologne en 1980, assassinat d’un journaliste). En réalité, la loge P2 n’était pas une loge maçonnique. En effet, pour qu’une loge puisse pratiquer les valeurs qui sont celles de la franc-maçonnerie depuis le 18è siècle (solidarité, tolérance, égalité), il est nécessaire qu’elle limite ses membres à une cinquantaine de frères ou de soeurs. Hors la P2 enregistra plus de deux mille membres. De plus, pour que la fraternité lie les membres d’une loge, il faut que ceux-ci se côtoient régulièrement. Ce n’était pas le cas à la loge P2 dont les affiliés ne se connaissaient même pas ! (voir cédérom du Monde qui regroupe plusieurs articles à ce sujet au moteur de recherche « titre = loge P2″).

Enfin, la franc-maçonnerie étant une société initiatique, il est essentiel que chaque frère puisse recevoir l’initiation et l’instruction maçonnique. Tel ne fut pas le cas à la « P2″ puisque ses membres ne se réunissaient pas et qu’ils étaient « créés maçons » non dans un temple mais dans le bureau de Gelli.

Licio Gelli en s’autoproclamant « Grand-Maître de la loge P2 s’était, de fait, détaché du Grand Orient d’Italie tandis que sa loge était déclarée clandestine par les hautes instances maçonniques.

Malgré cela le grand public confondit loge P2 et franc-maçonnerie. Pertini, le Président de la République déclara qu’il licencierait tout employé du « Quirinal » s’il était maçon.

Aujourd’hui encore, la Maçonnerie italienne est considérée comme une « mafia » par un grand nombre d’Italiens. La mégalomanie d’un seul homme aura suffi à porter préjudice sur toute une communauté.

———————————————–

L’antimaçonnisme s’est exprimé par l’image à toutes les époques. Cependant, les instruments de propagande que sont les affiches, les films et les tracts furent principalement utilisés contre la franc-maçonnerie aux plus sombres moments de l’histoire.

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Affiche de propagande antisémite et antimaçonnique, vichy (1941)

32

Satire antimaçonnique, Grande-Bretagne (18è siècle)

33

La célèbre « pieuvre maçonnique »

34

Les francs-maçons caricaturés par les catholiques (fin XIXè siècle)

35

caricature d’une tenue maçonnique quelque peu « animalière » (Grande-Bretagne 18è)

 

 

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Les Vers d’Or de Pythagore

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Les Vers d’Or de Pythagore

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Honore en premier lieu les Dieux Immortels dans l’ordre qui leur fut assigné par la Loi.

Respecte le Serment. Honore ensuite les Héros glorifiés.

Vénère aussi les Génies terrestres, en accomplissant tout ce qui est conforme aux lois.

Honore aussi et ton père et ta mère et tes proches parents.

Entre les autres hommes, fais ton ami de celui qui excelle en vertu.

Cède toujours aux paroles de douceur et aux activités salutaires.

N’en viens jamais, pour une faute légère, à haïr ton ami,

Quand tu le peux : car le possible habite près du nécessaire.

Sache que ces choses sont ainsi, et accoutume-toi à dominer celles-ci :

La gourmandise d’abord, le sommeil, la luxure et l’emportement.

Ne commets jamais aucune action dont tu puisses avoir honte, ni avec un autre,

Ni en ton particulier. Et, plus que tout, respecte-toi toi-même.

Pratique ensuite la justice en actes et en paroles.

Ne t’accoutume point à te comporter dans la moindre des choses sans réfléchir.

Mais souviens-toi que tous les hommes sont destinés à mourir ;

Et parviens à savoir tant acquérir que perdre les biens de la fortune.

À l’égard de tous les maux qu’ont à subir les hommes de par le fait des arrêts augustes du Destin,

Accepte-le comme le sort que tu as mérité ; supporte-les avec douceur et ne t’en fâche point.

Il te convient d’y remédier, dans la mesure que tu peux. Mais pense bien à ceci :

Que la Destinée épargne aux gens de bien la plupart de ces maux.

Beaucoup de discours, lâches ou généreux, tombent devant les hommes ;

Ne les accueille pas avec admiration, ne te permets pas de t’en écarter.

Mais si tu vois qu’on dit quelque chose de faux, supporte-le avec patience et douceur.

Quant à ce que je vais te dire, observe-le en toute circonstance.

Que jamais personne, ni par ses paroles ni par ses actions, ne puisse jamais

T’induire à proférer ou à faire ce qui pour toi ne serait pas utile.

Réfléchis avant d’agir, afin de ne point faire des choses insensées,

Car c’est le propre d’un être malheureux de proférer ou de faire des choses insensées.

Ne fais donc jamais rien dont tu puisses avoir à t’affliger dans la suite.

N’entreprends jamais ce que tu ne connais pas ; mais apprends

Tout ce qu’il faut que tu saches, et tu passeras la vie la plus heureuse.

Il ne faut pas négliger la santé de ton corps,

Mais avec mesure lui accorder le boire, le manger, l’exercice,

Et j’appelle mesure ce qui jamais ne saurait t’incommoder.

Habitue-toi à une existence propre, simple ;

Et garde-toi de faire tout ce qui attire l’envie.

Ne fais pas de dépenses inutiles, comme ceux qui ignorent en quoi consiste le beau.

Ne sois pas avare non plus : la juste mesure est excellente en tout.

Ne prends jamais à tâche ce qui pourrait te nuire, et réfléchis avant d’agir.

Ne permets pas que le doux sommeil se glisse sous tes yeux,

Avant d’avoir examiné chacune des actions de ta journée.

En quoi ai-je fauté ? Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je omis de ce qu’il me fallait faire ?

Commence par la première à toutes les parcourir.

Et ensuite, si tu trouves que tu as omis des fautes, gourmande-toi ;

Mais, si tu as bien agi, réjouis-toi.

Travaille à mettre ces préceptes en pratique, médite-les ; il faut que tu les aimes,

Et ils te mettront sur les traces de la vertu divine,

J’en jure par celui qui transmit à notre âme le sacré Quaternaire,

Source de la Nature dont le cours est éternel.

Mais ne commence pas à prendre à tâche une oeuvre,

Sans demander aux Dieux de la parachever.

Quand tous ces préceptes te seront familiers,

Tu connaîtras la constitution des Dieux Immortels et des hommes mortels, tu sauras

Jusqu’à quel point les choses se séparent, et jusqu’à quel point elles se rassemblent.

Tu connaîtras aussi, dans la mesure de la Justice, que la Nature est en tout semblable à elle-même,

De sorte que tu n’espéreras point l’interprétable, et que plus rien ne te sera caché.

Tu sauras encore que les hommes choisissent eux-mêmes et librement leurs maux,

Misérables qu’ils sont ; ils ne savent ni voir ni entendre les biens qui sont près d’eux.

Peu nombreux sont ceux qui ont appris à se libérer de leurs maux.

Tel est le sort qui trouble les esprits des mortels. Comme des cylindres,

Ils roulent ça et là, accablés de maux infinis.

Innée en eux, en effet, l’affligeante Discorde les accompagne et leur nuit sans qu’ils s’en aperçoivent ;

Il ne faut point la provoquer, mais la fuir en cédant.

Ô Zeus, notre père, tu délivrerais tous les hommes des maux nombreux qui les accablent,

Si tu montrais à tous de quel Génie ils se servent !

Mais toi, prends courage, puisque tu sais que la race des hommes est divine,

Et que la nature sacrée leur révèle ouvertement toutes choses.

Si elle te les découvre, tu viendras à bout de tout ce que je t’ai prescrit ;

Ayant guéri ton âme, tu la délivreras de ces maux.

Mais abstiens-toi des aliments dont nous avons parlé, en appliquant ton jugement

À tout ce qui peut servir à purifier et à libérer ton âme. Réfléchis sur chaque chose,

En prenant pour cocher l’excellente Intelligence d’en haut.

Et si tu parviens, après avoir abandonné ton corps, dans le libre éther,

Tu seras dieu immortel, incorruptible, et à jamais affranchi de la mort.

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La table d’émeraude

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La Table d’Émeraude

 

 

La table d'émeraude dans Chaine d'union hemesia

Traité d’alchimie constituant un résumé du Grand Oeuvre. D’après la légende, ce texte aurait été trouvé par les soldats d’Alexandre le Grand à l’intérieur de la pyramide de Giseh. En réalité, il semble qu’il ait été écrit au début du 14 em siècle.

Il est vrai sans mensonge, certain & très véritable.

Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut: & ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose.

Et comme toutes les choses ont été, & sont venues d’un, par la méditation d’un: ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation.

Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre; la terre est sa nourrice.

Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre.

Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie.

Il monte de la terre au ciel, & derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures & inférieures.

Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde; & pour cela toute obscurité s’enfuira de toi.C’est la force forte de toute force: car elle vaincra toute chose subtile, & pénétrera toute chose solide.

Ainsi le monde a été créé.

De ceci seront & sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici.

C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l’oeuvre solaire est complet.

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Protégé : Approche autre … – 1° -

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Chevalier de Ramsay

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Le Discours du Chevalier de Ramsay

 

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Ramsay : Initié à la « Horn Lodge » de Londres en mars 1730, le Chevalier de Ramsay fut l’orateur attitré de la Loge « Le Louis d’Argent », à l’Orient de Paris. Le texte qui suit, connu sous le nom de « Discours de Ramsay » est un discours de bienvenue destiné à accueillir de nouveaux initiés. Il eut une influence considérable sur la Franc-Maçonnerie française du XVIII me Siècle. Il fut publié à plusieurs reprises et fut soumis par son auteur au cardinal de Fleury, ministre de Louis XV, le 20 mars 1737. Sa valeur historique réside dans le fait qu’il est très caractéristique de la Franc-maçonnerie du siècle des Lumières, et qu’il préfigure, par sa volonté de rattacher l’histoire de la Franc-maçonnerieà celle des croisades, le mouvement qui verra l’apparition des « Hauts Grades ». Les recherches historiques les plus récentes montrent toutefois que cette « origine » chevaleresque doit être considérée de la même manière que l’origine biblique. Il s’agit d’une origine « mythique » et non pas d’un fait historique.

DES QUALITÉS REQUISES POUR DEVENIR FRANC-MAÇON ET DES BUTS QUE SE PROPOSE L’ORDRE.

1. LA PHILANTHROPIE, OU AMOUR DE L’HUMANITÉ EN GÉNÉRAL.
2. LA SAINE MORALE.
3. LE SECRET.
4. LE GOÛT DES SCIENCES ET DES ARTS LIBÉRAUX.
5. ORIGINE ET HISTOIRE DE L’ORDRE LA LÉGENDE ET L’HISTOIRE.
6. INSTITUTION DE L’ORDRE PAR LES CROISÉS.
7. PASSAGE DE L’ORDRE DE LA TERRE SAINTE EN EUROPE.
8. DES CROISADES A LA RÉFORME DÉGÉNÉRESCENCE DE L’ORDRE.

CONCLUSION

9. RÉGÉNÉRATION ET AVENIR DE L’ORDRE EN FRANCE.

DES QUALITÉS REQUISES POUR DEVENIR FRANC-MAÇON
ET DES BUTS QUE SE PROPOSE L’ORDRE.

La noble ardeur que vous montrez, Messieurs, pour entrer dans le très ancien et très illustre ordre des Francs-Maçons, est une preuve certaine que vous possédez déjà toutes les qualités requises pour en devenir les membres. Ces qualités sont la Philanthropie sage, la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux arts.

1. LA PHILANTHROPIE, OU AMOUR DE L’HUMANITÉ EN GÉNÉRAL. Lycurge, Solon, Numa, et tous les autres Législateurs politiques n’ont pu rendre leurs établissements durables ; quelles que sages qu’aillent été leurs lois, elles n’ont pu s’étendre dans tous les pays ni convenir au goût, au génie, aux intérêts de toutes les Nations. La Philanthropie n’était pas leur base. L’amour de la patrie mal entendu et poussé à l’excès, détruisait souvent dans ces Républiques guerrières l’amour de l’humanité en général. Les hommes ne sont pas distingués essentiellement par la différence des langues qu’ils parlent, des habits qu’ils portent, des pays qu’ils occupent, ni des dignités dont ils sont revêtus.
LE MONDE ENTIER N’EST QU’UNE GRANDE RÉPUBLIQUE, DONT CHAQUE NATION EST UNE FAMILLE, ET CHAQUE PARTICULIER UN ENFANT. C’est pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes prises dans la nature de l’homme, que notre Société fut établie. Nous voulons réunir des hommes d’un esprit éclairé et d’une humeur agréable, non seulement par l’amour des beaux-arts, mais encore plus par les grands principes de vertu, où l’intérêt de la confraternité devient celui du genre humain entier, où toutes les Nations peuvent puiser des connaissances solides, et où tous les sujets des différents Royaumes peuvent conspirer sans jalousie, vivre sans discorde, et se chérir mutuellement sans renoncer à leur Patrie. Nos Ancêtres, les Croisés, rassemblés de toutes les parties de la Chrétienté dans la Terre Sainte, voulurent réunir ainsi dans une seule confraternité les sujets de toutes les Nations. Quelle obligation n’a-t-on pas à ces Hommes supérieurs qui, sans intérêt grossier, sans écouter l’envie naturelle de dominer, ont imaginé un établissement dont le but unique est la réunion des esprits et des coeurs, pour les rendre meilleurs, et former dans la suite des temps une nation spirituelle où, sans déroger aux devoirs que la différence des états exige, on créera un peuple nouveau qui, en tenant de plusieurs nations, les cimentera toutes en quelque sorte par les liens de la vertu et de la science.

2. LA SAINE MORALE. La saine Morale est la seconde disposition requise dans notre société. Les ordres Religieux furent établis pour rendre les hommes chrétiens parfaits ; les ordres militaires, pour inspirer l’amour de la belle gloire ; l’Ordre des Free Maçons fut institué pour former des hommes et des hommes aimables, des bons citoyens et des bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles adorateurs du Dieu de l’Amitié, plus amateurs de la vertu que des récompenses.

Polliciti servare fidem, sanctumque vereri.
Numen amicitiae, mores, non munera amarare.

Ce n’est pas que nous nous bornions aux vertus purement civiles. Nous avons parmi nous trois espèces de confrères, des Novices ou des Apprentis, des Compagnons ou des Profès, des Maîtres ou des Parfaits. Nous expliquons aux premiers les vertus morales et philanthropes, aux seconds, les vertus héroïques ; aux derniers les vertus surhumaines et divines. De sorte que notre institut renferme toute la Philosophie des sentiments, et toute la théologie du coeur. C’est pourquoi un de nos vénérables Confrères dit dans une Ode pleine d’enthousiasme :

Free Maçons, Illustre grand Maître,
Recevez mes premiers transports,
Dans mon cœur l’ordre les fait naître ;
Heureux ! si de nobles efforts
Me font mériter votre estime,
M’élèvent à ce vrai sublime,
A la première vérité,
A l’essence pure et divine,
De l’âme céleste origine,
Source de vie et de clarté.

Comme une Philosophie sévère, sauvage, triste et misanthrope dégoûte les hommes de la vertu, nos Ancêtres, les Croisés, voulurent la rendre aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable. Nos sentiments ne sont pas ce que le monde profane et l’ignorant vulgaire s’imaginent. Tous les vices du cœur et de l’esprit en sont bannis, et l’irréligion et le libertinage, l’incrédulité et la débauche. C’est dans cet esprit qu’un de nos Poètes dit :

Nous suivons aujourd’hui des sentiers peu battus,
nous cherchons à bâtir, et tous nos édifices
sont ou des cachots pour les vices,
ou des temples pour les vertus.

Nos repas ressemblent à ces vertueux soupers d’Horace, où l’on s’entretenait de tout ce qui pouvait éclairer l’esprit, perfectionner le cœur, et inspirer le goût du vrai, du bon et du beau :

O ! noctes, coenaeque Deum…
Sermo oritur non de regnis domibusque alienis ;
sed quod magis ad nos
Pertinet, et nescire malum est, agitamus ; utrumne
Divitis homines, an sint virtute beati ;
Quidve ad amicitias usus rectumve trahat nos,
Et quae sit natura boni, summumque quid ejus.

Ici l’amour de tous les désirs se fortifie. Nous bannissons de nos Loges toute dispute, qui pourrait altérer la tranquillité de l’esprit, la douceur des moeurs, les sentîmes de l’amitié, et cette harmonie parfaite qui ne se trouve que dans le retranchement de tous les excès indécents, et de toutes les passions discordantes. Les obligations que l’ordre vous impose, sont de protéger vos Confrères par votre autorité, de les éclairer par vos lumières, de les édifier par vos vertus, de les secourir dans leurs besoins, de sacrifier tout ressentiment personnel, et de rechercher tout ce qui peut contribuer à la paix, à la concorde et à l’union de la Société.

3. LE SECRET. Nous avons des secrets ; ce sont des signes figuratifs et des paroles sacrées, qui composent un langage tantôt muet et tantôt très éloquent, pour le communiquer à la plus grande distance, et pour reconnaître nos Confrères de quelque langue ou quelque pays qu’ils soient. C’était, selon les apparences, des mots de guerre que les croisés se donnaient les uns aux autres, pour se garantir des surprises des Sarrasins, qui se glissaient souvent déguisés parmi eux pour les trahir et les assassiner. Ces signes et ces paroles rappellent le souvenir ou de quelque partie de notre science ou de quelque vertu morale, ou de quelque mystère de la foi. Il est arrivé chez nous, ce qui n’est guère arrivé dans aucune autre société. Nos loges sont établies et se répandent aujourd’hui dans toutes les nations policées, et cependant dans une si nombreuse multitude d’hommes, jamais aucun Confrère n’a trahi nos secrets. Les esprits les plus légers, les plus indiscrets et les moins instruits à se taire, apprennent cette grande science dès qu’ils entrent dans notre société. Tant l’idée de l’Union fraternelle a d’empire sur les esprits. Ce secret inviolable contribue puissamment à lier les sujets de toutes les Nations, et à rendre la communication des bienfaits facile et mutuelle entre eux. Nous en avons plusieurs exemples dans les annales de notre Ordre, nos Confrères qui voyageaient dans les différents pays de l’Europe, s’étant trouvés dans le besoin, se sont fait connaître à nos loges, et aussitôt ils ont été comblés de tous les secours nécessaires. Dans le temps même des guerres les plus sanglantes, des illustres prisonniers ont trouvé des frères où ils ne croyaient trouver que des ennemis. Si quelqu’un manquait aux promesses solennelles qui nous lient, vous savez, Messieurs, que les plus grandes peines sont les remords de sa conscience, la honte de sa perfidie, et l’exclusion de notre Société, selon ces belles paroles d’Horace :

Est et fideli tuta silentio
Merces ; vetabo qui Cereris sacrum
Vulgarit arcanae, sub isdem
Sit tragibus, fragilemque mecum
Solvat phaselum ;…

Oui, Messieurs, les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis dont parle Horace aussi bien que celles d’Isis en Égypte, de Minerve à Athènes, d’Uranie chez les Phéniciens, et de Diane en Scythie avaient quelque rapport à nos solennités. On y célébrait les mystères où se trouvaient plusieurs vestiges de l’ancienne religion de Noé et des patriarches ; ensuite on finissait par les repas et les libations, mais, sans les excès, les débauches et l’intempérance où les Païens tombèrent peu à peu. La source de toutes ces infamies fut l’admission des personnes de l’un et de l’autre sexe aux assemblées nocturnes contre la primitive institution. C’est pour prévenir de semblables abus que les femmes sont exclues de notre Ordre, ce n’est pas que nous soyons assez injustes pour regarder le sexe comme incapable de secret, mais c’est, parce que sa présence pourrait altérer insensiblement la pureté de nos maximes et de nos mœurs :

Si le sexe est banni, qu’il n’en ait point d’alarmes,
ce n’est point un outrage à sa fidélité ;
Mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes,
ne produise l’oubli de la fraternité,
noms de frère et d’ami seraient de faibles armes
pour garantir les cœurs de la rivalité.

4. LE GOÛT DES SCIENCES ET DES ARTS LIBÉRAUX. La quatrième qualité requise pour entrer dans notre Ordre est le goût des sciences utiles, et des arts libéraux de toutes les espèces ; ainsi l’ordre exige de chacun de vous, de contribuer par sa protection, par sa libéralité, ou par son travail à un vaste Ouvrage auquel nulle Académie, et nulle Université ne peuvent suffire, parce que toutes les Sociétés particulières étant composées d’un très petit nombre d’hommes, leur travail ne peut embrasser un objet aussi immense. Tous les Grands Maîtres en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie et par toute l’Europe, exhortent tous les savants et tous les Artistes de la Confraternité, de s’unir pour fournir les matériaux d’un Dictionnaire universel de tous les Arts Libéraux et de toutes les sciences utiles, la Théologie et la Politique seules exceptées. On a déjà commencé l’ouvrage à Londres ; mais par la réunion de nos confrères on pourra le porter à sa perfection en peu d’années. On y expliquera non seulement le mot technique et son étymologie, mais on donnera encore l’histoire de la science et de l’Art, ses grands principes et la manière d’y travailler. De cette façon on réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage, qui sera comme un magasin général, et une Bibliothèque universelle de tout ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences naturelles et dans tous les arts nobles. Cet ouvrage augmentera chaque siècle, selon l’augmentation des lumières ; c’est ainsi qu’on répandra une noble émulation avec le goût des belles-lettres et des beaux Arts dans toute l’Europe.

5. ORIGINE ET HISTOIRE DE L’ORDRE LA LÉGENDE ET L’HISTOIRE. Chaque famille, chaque République, et chaque Empire dont l’origine est perdue dans une antiquité obscure, a sa fable et a sa vérité, sa légende et son histoire, sa fiction et sa réalité. Quelques-uns font remonter notre institution jusqu’au temps de Salomon, de Moïse, des Patriarches, de Noé même. Quelques autres prétendent que notre fondateur fut Énoch, le petit-fils du Protoplaste, qui bâtit la première ville et l’appela de son nom. Je passe rapidement sur cette origine fabuleuse, pour venir à notre véritable histoire. Voici donc ce que j’ai pu recueillir dans les très anciennes Annales de l’Histoire de la Grande-Bretagne, dans les actes du Parlement d’Angleterre, qui parlent souvent de nos privilèges, et dans la tradition vivante de la Nation Britannique, qui a été le centre et le siège de notre Confraternité depuis l’onzième siècle.

6. INSTITUTION DE L’ORDRE PAR LES CROISÉS. Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs Princes, Seigneurs et Citoyens entrèrent en Société, firent voeu de rétablir les temples des Chrétiens dans la Terre Sainte, et s’engagèrent par serment à employer leurs talents et leurs biens pour ramener l’Architecture à primitive institution. Ils convinrent de plusieurs signes anciens, de mots symboliques tirés du fond de la religion, pour se distinguer des Infidèles, et se reconnaître d’avec les Sarrasins. On ne communiquait ces signes et ces paroles qu’à ceux qui promettaient solennellement et souvent même au pieds des Autels de ne jamais les révéler. Cette promesse n’était donc plus un serment exécrable, comme on le débite, mais un lien respectable pour unir les hommes de toutes les Nations dans une même confraternité. Quelques temps après, notre Ordre s’unit intimement avec les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Dès lors et depuis nos Loges portèrent le nom de Loges de Saint Jean dans tous les pays. Cette union se fit en imitation des Israélites, lorsqu’ils rebâtirent le second Temple, pendant qu’ils maniaient d’une main la truelle et le mortier, ils portaient de l’autre l’Épée et le Bouclier. Notre Ordre par conséquent, ne doit pas être regardé comme un renouvellement de bacchanales, et une source de folle dissipation de libertinage effréné, et d’intempérance scandaleuse, mais comme un ordre moral, institué par nos Ancêtres dans la Terre sainte pour rappeler le souvenir des vérités les plus sublimes, au milieu des innocents plaisirs de la Société.

7. PASSAGE DE L’ORDRE DE LA TERRE SAINTE EN EUROPE. Les Rois, les Princes et les Seigneurs, en revenant de la Palestine dans leurs pays, y établirent des Loges différentes. Du temps des dernières Croisades on voit déjà plusieurs Loges érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et de là en Écosse, à cause de l’intime alliance qu’il y eut alors entre ces deux Nations. Jacques Lord Steward d’Écosse fut Grand Maître d’une Loge établie à Kilwinning dans l’Ouest d’Écosse en l’an 1286, peu de temps après la mort d’Alexandre III Roi d’Écosse, et un an avant que Jean Baliol montât sur le Trône. Ce Seigneur Écossais reçut Free Maçons dans sa Loge les Comtes de Glocester et d’Ulster, Seigneurs Anglais et Irlandais. Peu à peu nos Loges, nos fêtes et nos solennités furent négligées dans la plupart des pays où elles avaient été établies. De-là vient le silence des Historiens de presque tous les Royaumes sur notre Ordre, hors ceux de la Grande-Bretagne. Elles se conservèrent néanmoins dans toute leur splendeur parmi les Écossais, à qui nos Rois confièrent pendant plusieurs siècles la garde de leur sacrée personne.

8. DES CROISADES A LA RÉFORME DÉGÉNÉRESCENCE DE L’ORDRE. Après les déplorables traverses des Croisades, le dépérissement des Armées Chrétiennes et le triomphe de Bendocdar Soudan d’Égypte, pendant la huitième et dernière Croisade, le Fils d’Henry III Roi d’Angleterre, le grand prince Édouard voyant qu’il n’avait plus de sûreté pour ses confrères dans la Terre sainte, quand les troupes Chrétiennes s’en retiraient, les ramena tous, et cette Colonie de frères s’établit ainsi en Angleterre. Comme ce Prince était doué de toutes les qualités du coeur et de l’esprit qui forment les Héros, il aima les beaux Arts, se déclara protecteur de notre Ordre, lui accorda plusieurs privilèges et franchises, et dès lors les membres de cette Confraternité prirent le nom de Francs-Maçons. Depuis ce temps la Grande-Bretagne devint le siège de notre science, conservatrice de nos lois, et la dépositaire de nos secrets. Les fatales discordes de religion qui embrasèrent et déchirèrent l’Europe dans le seizième siècle, firent dégénérer notre ordre de la grandeur et de la noblesse de son origine. On changea, on déguisa, ou l’on retrancha plusieurs de nos rites et usages qui étaient contraires aux préjugés du temps.

CONCLUSION

9. RÉGÉNÉRATION ET AVENIR DE L’ORDRE EN FRANCE. C’est ainsi que plusieurs de nos confrères oublièrent l’esprit de nos lois, et n’en conservèrent que la lettre et l’écorce, notre grand maître, dont les qualités respectables surpassent encore la naissance distinguée, veut que l’on rappelle tout à sa première institution, dans un Pays où la religion et l’état ne peuvent que favoriser nos Lois. Des Isles Britanniques, l’antique science commence à repasser dans la France sous le règne du plus aimable des Rois, dont l’humanité fait l’âme de toutes les vertus, sous le ministère d’un Mentor qui a réalisé tout ce qu’on avait imaginé de plus fabuleux. Dans ces temps heureux où l’amour de la Paix est devenu la vertu des Héros, la nation la plus spirituelle de l’Europe deviendra le centre de l’Ordre ; elle répandra sur nos Ouvrages, nos Statuts et nos moeurs, les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un Ordre, dont la base est la sagesse, la force et la beauté du génie. C’est dans nos Loges à l’avenir, comme dans des Écoles publiques, que les François verront, sans voyager, les caractères de toutes les Nations, et c’est dans ces mêmes Loges que les Étrangers apprendront par expériences, que la France est la vraie Patrie de tous les Peuples.

Patria gentis humanae.

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