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Serge Hutin 7 avril, 2021

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Le Blog des Spiritualités

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Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, et toutes ces sortes de choses…

Serge Hutin. L’un de nos maîtres oubliés. Lisez le encore et toujours ! Il faut faire vivre l’œuvre de Serge Hutin.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 5 Avril 2021, 07:30am

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #FrancMaçonnerie, #GLDF, #REAA, #Hutin, #SergeHutin, #Spiritualité, #Esotérisme, #Hermétisme, #Martinisme, #Livres, #Articles

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Qui se souvient encore aujourd’hui de Serge Hutin (né le 2 avril 1929 à Paris et mort le 1er novembre 1997 à Prades, Pyrénées-Orientales) ?

Bien trop peu de monde malheureusement. Alors que pour moi il a été l’un des érudits majeurs du 20ème siècle en ce qui concerne les thèmes de l’initiation, de l’ésotérisme, de la gnose, de l’hermétisme, de l’occultisme et de la spiritualité en général.

Son érudition était phénoménale.

Il a été un écrivain prolixe et surtout – ce qui pour moi n’est en rien péjoratif bien au contraire ! -  un vulgarisateur. Un conteur extraordinaire comme me l’on rapporté ceux qui ont eu la chance de le connaître et un écrivain merveilleux, et parfois même un écrivain du merveilleux ce qui est encore mieux !

J’ai entendu prononcé pour la première fois le nom de Serge Hutin par mon ami, frère et très regretté François Rognon.

François Rognon avait en effet été initié le 3 mars 1975 au sein de la Respectable Loge N°355 « Arts et Travail » de la Grande Loge de France, et il avait la grande chance, le grand bonheur d’avoir Serge Hutin  comme second surveillant. Et François de me raconter par le menu leurs merveilleuses séances d’instructions avec lui !

Alors, depuis, comment ne pas aimer celui que François Rognon considérait comme son Maître ?!

 

C’est dans ce même atelier – « Art et travail » – que Serge Hutin avait été initié le 9 février 1966. Il sera passé compagnon le 22 mai 1967, et élevé maître le 30 septembre 1968.  Il était en également 30ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il fréquentera de très nombreux autres ateliers !

 

Serge Hutin est licencié de philosophie à la Sorbonne alors qu’il n’a que 20 ans et l’année suivante, en 1950, il est diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd.

Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens de Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Quel cursus universitaire exceptionnel !

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il le quitte rapidement. La carrière toute tracée de fonctionnaire (ou encore pire d’homme d’affaire !) ce n’est pas pour Serge !

Il ne voudra pas « faire carrière » comme nous l’entendons aujourd’hui. Il ne gagnera jamais beaucoup d’argent, c’est le moins que l’on puisse dire.

Il voulait vivre de sa plume et de ses écrits. Il en vivra extrêmement mal et sera pauvre toute sa vie. Il ne survivra, lors de ses dernière années – malade et accablé – que par la générosité de ses frères de Prades.

C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’on ne se souvient plus de Serge Hutin aujourd’hui. Peut-être cultive-t-on trop de nos jours l’entre-soi et la promotion de la réussite matérielle – et donc profane ? Y compris au sein de notre Ordre qui se veut pourtant un ordre initiatique et traditionnel fondé sur la fraternité. Peut-être Serge Hutin ne coche-t-il pas toutes les cases qu’il faut aujourd’hui ? Il n’a jamais été un notable. Ni à Paris, ni en province. Ce sont des questions que je me pose sans trouver de réelles réponses. Mais ce que je sais c’est qu’il a toujours été un cherchant, un chercheur de Lumière, un véritable initié.

Ce que je sais aussi, c’est que l’ésotériste, le symboliste et le frère Serge Hutin nous manque et que nous manquons cruellement de nouveaux Serge Hutin aujourd’hui. De frères « différents« , de frères qui « ne rentrent pas dans les bonnes cases« . Serge détonait déjà un peu de son temps. Il détonerait encore plus aujourd’hui !

«  Si « le fantôme de sa mère l’accompagne » cet être dépassé par notre civilisation matérialiste n’a que son inaltérable soif du merveilleux, sa bonté naturelle. Cet errant était en quête d’un sourire, d’une sensible amitié. A-t-on été assez réceptif à la détresse de celui qui a donné avec amour? » écrivait Jean-Pierre Bayard dans son article consacré aux écrits maçonniques de Serge Hutin.

Serge Hutin était en tout cas de ceux qui ne s’assignait aucune limite dans la recherche de la vérité et de la justice.

Esotériste, symboliste, hermétiste, gnostique, martiniste, franc-maçon, il a exploré de multiples voies de connaissance et c’est tant mieux. Car ces voies ont fait le miel de ses très nombreux ouvrages que nous pouvons lire aujourd’hui passionnément, comme il les a écrit. 

Et il a été un grand – très grand ! – vulgarisateur. Et moi c’est aussi (et surtout?) ce  Serge Hutin là que j’adore !

Voici ce qu’écrit Jacques Fabry dans son article intitulé  » La théosophie selon Serge Hutin » :   » Dans son ouvrage Théosophie, A la recherche de Dieu paru en 1977 aux Editions Dangles, Serge Hutin cite une belle formule de Paracelse que je voudrais à mon tour mettre en exergue à cette communication : « L’imagination mène la vie de l’homme. S’il pense au feu, il est en feu; s’il pense à la guerre, il fera la guerre. Tout dépend du désir de l’homme d’être soleil, c’est-à-dire d’être totalement ce qu’il veut être ».
De complexion plutôt lunaire, Serge Hutin, sans nul doute, a néanmoins été ce soleil de rêve. Je l’ai peu connu, peut-être l’ai-je rencontré tout au plus une dizaine de fois dans les années soixante, mais je garde de lui le souvenir d’un homme très bon et indulgent. Il avait même, si l’on veut bien me passer cette expression un peu insolite, « quelque chose d’un ange ». Son ouvrage sur la théosophie n’a certes pas la qualité de ses premiers travaux universitaires, mais il y a au moins deux raisons à cela. La première, c’est qu’il avait décidé d’écrire pour un large public et non pour des spécialistes. La deuxième, c’est qu’il avait un esprit si ouvert et si tolérant qu’il accueillait, dans un large sourire, du bon et du moins bon, d’où parfois un certain flou de sa pensée ou, à tout le moins, un manque de rigueur. C’est le cas de l’ouvrage que je voudrais résumer et commenter
« . Avant de conclure : « C’est pourquoi, son travail sur la théosophie, si riche d’aperçus brillants et de citations judicieusement choisies, s’apparente davantage à une toile impressionniste qu’aux contours léchés et précis d’un tableau de Philipp Otto Runge, le chantre pictural de la Naturphilosophie romantique allemande. Il n’en est pas moins précieux et cher au cœur de tous ceux qui ont connu son auteur soit personnellement, soit par le biais d’un message qui ne saurait laisser quiconque indifférent« . Fin de citation.

Qu’il nous semble loin aujourd’hui le Grand Colloque organisé par la Grande Loge de France le 6 mai 1998 en mémoire du frère Serge Hutin et de son œuvre ! Qu’ils nous semblent loin les deux numéros de Points de Vue Initiatiques (113 et 114) de 1998, pratiquement entièrement consacrés à notre frère Serge !

Serge a écrit des livres merveilleux sur les sujets qui nous passionnent : les franc-maçonnerie, l’alchimie, les rose-croix, l’initiation, les sociétés secrètes, l’ésotérisme, le symbolisme ! Ne vous privez plus de ces lectures passionnantes !

Alors, à quand un nouveau grand colloque autour de l’actualité de l’œuvre de Serge Hutin à la Grande Loge de France et de nouveaux numéros de PVI ou la réédition des anciens qui sont merveilleux (ou les deux) ?

Mes chers amis, prenez le temps de lire cet article même s’il est un peu long. Serge Hutin en vaut la peine. Vraiment. 

Et surtout, lisez encore et toujours Serge Hutin qui a écrit des livres magnifiques !

J’aurais réussi mon pari si je vous donne – avec cet article un peu trop long – envie de lire et de relire Serge Hutin !

Jean-Laurent Turbet

 

 

 dans Silhouette

Hommage à Serge Hutin

Par Jean-Pierre Bayard.

 

EDITORIAL
A notre Frère Serge Hutin

Serge Hutin est décédé le le> novembre 1997. Cet écrivain fécond, qui a publié tant d’ouvrages, s’est éteint sans ressources dans la maison de retraite de Prades (Pyrénées-Orientales). Cet homme confiant et bon enfant était dépassé par notre vie matérialiste idéaliste, adepte du mystère, il ne savait lutter contre les rigueurs de la vie.

Grâce à la fraternité des frères de la Loge « Harmonie Solidarité »  n° 1122 de la Grande Loge de France, Serge repose dignement au cimetière de Prades, dans une concession achetée par leurs soins. Un beau geste de solidarité.

Ce jeune universitaire au brillant avenir a su surmonter ses difficultés de santé dont il a conservé quelques traces discernables principalement dans sa grande écriture.

Né dans le VIème arrondissement de Paris le 2 avril 1929, il est licencié de philosophie (Sorbonne) alors qu’il n’a que 20 ans l’année suivante, en 1950, le voici diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd. Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens rrde Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), qu’il quitte rapidement, ses recherches sont bientôt éditées.

Parmi ses collaborations – dont on trouvera ci-dessous une liste peut-être encore incomplète-, notons son adaptation française du Dictionnaire des religions de E. Royster Pike, ainsi que son essai « La Franc-Maçonnerie » paru dans l’Encyclopédie de la Pléiade dirigée par Henri-Charles Puech, de l’Institut (Histoires des religions t. II p. 1382-1409, Gallimard- NRF) ses nombreux écrits de la collection « Que Sais-Je ? » sont également à citer.
 

Il vit avec sa mère, à Fontenay-aux-Roses, dans la région parisienne. A cause de sa constitution physique, écrivain indépendant, il n’a pour seule ressource que la publication de ses recherches littéraires centrées sur la pensée traditionnelle. Il est ainsi confronté à un monde fermé, où les publications sont à faible tirage, où les éditeurs de cette discipline sont eux-mêmes en nombre limité.

Puis à la mort de sa mère, paralysée durant de longues années, leur pavillon est vendu au profit de l’Assistance Publique.

Serge Hutin est seul, privé de son seul secours. Si « le fantôme de sa mère l’accompagne », il n’a plus de domicile et dépend souvent du bon vouloir de ses amis.

Il entre bientôt à la Grande Loge de France. Initié en 1966 à la loge Art et Travail, il fréquente bien d’autres ateliers, y trouvant un refuge, un lieu où il peut s’exprimer dans un climat de compréhension mutuelle.

Malgré ses abondants écrits, livres et articles, ses nombreuses conférences, il reçoit peu d’argent. Il quête un repas, une amitié et pendant un certain temps il a été un invité de la Fraternelle des Journalistes et Ecrivains.

Humblement il participe aux travaux en apportant sa riche contribution et une vaste documentation aux questions les plus complexes, mais il ne brigue pas les « honneurs » qui pour lui ne devraient pas exister en Maçonnerie, car ce sont des devoirs.

Il conserve le pouvoir de rêver… Accompagnant des amis qui lui sont dévoués, il s’installe à Prades où finalement il rejoint la maison de retraite.

Serge Hutin ne se plaint pas, sauf parfois contre quelques éditeurs qui oublient de lui régler ses droits d’auteur. Plus spécialement depuis deux ans il subit la grave crise de l’édition qui accuse une perte de 30% du chiffre d’affaire dans la catégorie de l’ésotérisme.

En juillet 1997 il s’était cassé le bras droit ; début octobre il avait été soigné d’une embolie pulmonaire à l’hôpital de Montpellier et m’écrivait le 9 octobre «j’ai bien failli passer de «l’autre côté». Cela n’eût-il pas mieux valu, la vie m’ayant si peu gâté ?».

En accord avec la revue Avec Regard de l’Institut d’Etudes et de Recherches (34700 Poujols), je lui avais demandé le 29 septembre 1997 sa collaboration pour évoquer «Le Compagnonnage », se proposant de revenir sur ce thème.  Son dernier travail…

Avant « la gentille lettre qui va droit au cœur » , Serge Flutin avait eu le grand plaisir de voir la publication de deux de ses ouvrages Sain t-Germain, Cagliostro, la princesse de Lamballe aux éditions Bélisane et la
réédition revue et corrigée de Rose-Croix d’hier et d’aujourd’hui aux éditions Louise Courteau au Canada.

C’est ce sourire d’enfant que j’évoque car cet excellent conférencianer, cet auteur souvent cité qui a voulu avec ses moyens servir la pensée spirituelle à tous les degrés, est toujours resté dans sa simplicité, excusant les erreurs des autres, bienveillant envers tous : je ne l’ai jamais entendu médire de quelqu’un, mais, sans se plaindre, très humblement, il a accepté son sort avec résignation, ne nous faisant guère connaître son déchirement intérieur.

Jean-Pierre Bayard.

 

Hommage publié dans Points de Vue Initiatiques – Les Cahiers de la Grande Loge de France, N°109. Mars/Avril/Mai 1998

 

Hommage à Robert Amadou 21 mars, 2021

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Hommage à Robert Amadou

Hommage à Robert Amadou dans Silhouette RA3

A Catherine, très affectueusement

Mon frère, mon ami, mon vieux maître s’est endormi, mardi 14 mars 2006, dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, commencée voilà 82 ans.  » L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre  » dit le Philosophe inconnu, que Robert Amadou, son vieil ami, a rejoint dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins.

Ce serait trop peu, assurément, que de dire que l’occultisme, le martinisme, la gnose, la théosophie, en un mot la Tradition de l’Occident-Orient doivent beaucoup à Robert Amadou. Au vrai,  » nous lui sommes tous redevables. Honte à qui s’en dédie ! « . Ainsi s’ouvrait, à l’endroit de Papus, la préface de Robert au livre que le Dr Philippe Encausse a consacré jadis à son père, Papus, le  » Balzac de l’occultisme « . Cette sentence, je l’adopte à mon tour, s’agissant de Robert et de son œuvre immense, fruit de plus de soixante ans d’un travail sans relâche, dont le présent hommage, aussi modeste et imparfait soit-il, s’efforcera d’abord de donner quelques lignes majeures.
L’immense tache, le premier service de Robert Amadou – et de quelques très rares compagnons de route – aura été, au sortir de la guerre, de restituer l’occulte à la culture. Les résistances – rappelait-il en 1987 – furent très vives, à commencer par les instituteurs de l’immuable Sorbonne où il traita pourtant de la Contemplation selon Aristote. Dans cette académie rabâcheuse et hostile, deux exceptions, disait-il : Marcel Jousse, à l’Ecole pratique des hautes études, et Paul Valéry, au Collège de France. Paul Valéry… Un souvenir me vient : nous sommes, Robert, Catherine et quelques intimes, en septembre 1987, quelque part au bord de la Méditerranée, dont Robert disait qu’elle était la seule mer. Au loin des voilures albâtres se distinguent des flots. Robert, les yeux fixés sur l’horizon, cite des vers de Paul Valéry…
Ce fut grâce à Paul le Cour que Robert Amadou entra dans la carrière. L’homme d’Atlantis, en qui il voyait du prophète, lui fit connaître ce « grand méconnu, l’abbé Paul Lacuria, le ‘Pythagore français’ », qui fut sous ce titre le sujet de sa première conférence, le 7 mars 1943. Le conférencier en herbe n’avait que dix-neuf ans, mais Lacuria ne l’a jamais quitté, dont il a publié bien des années plus tard la  » Défense des Harmonies de l’être « , qui compose, avec d’autres carnets inédits, Lacuria, sage de Dieu (Awac, 1981). La même année, Robert donnera à l’enseigne d’Atlantis (1981) un copieux dossier sur « L’abbé Lacuria et les harmonies de l’être ».
En 1950, Robert Amadou produit l’Occultisme, esquisse d’un monde vivant (Julliard, 1950 ; nouv. éd., Chanteloup, 1987), qui marque un coup d’essai qui n’en est pas moins un coup de maître. Salué par la critique, l’ouvrage deviendra classique, tandis que l’auteur publiait la même année, en collaboration avec Robert Kanters, une très précieuse Anthologie littéraire de l’occultisme (Julliard, 1950 ; nouv. éd., 1975). Le mouvement était lancé : les livres allaient s’enchaîner avec régularité, sur tous les fronts. Je cite pour mémoire : Eloge de la lâcheté (Julliard, 1951) ; Albert Schweitzer, éléments de biographie et de bibliographie (L’Arche, 1952) ; Recherches sur la doctrine des théosophes (Le Cercle du Livre, 1952) ; La poudre de sympathie (Gérard Nizet, 1953) ; La science et le paranormal (I.M.I, 1955) ; Les grands médiums (Denoël, 1957) ; La télépathie (Grasset, 1958)… Du lot, tirons au moins, en 1954, son essai historique et critique sur La Parapsychologie, devenu classique lui aussi, qui marquait alors le renouveau de la vieille métapsychique.
En 1955, Robert lance la revue La Tour Saint-Jacques, qui devient aussitôt incontournable. Elle a pour devise :  » rien de ce qui est étrange ne nous est étranger « , et rassemble les meilleures plumes du moment : René Alleau, Robert Ambelain, André Barbault, Armand Beyer, Eugène Canseliet, Marie-Madeleine Davy, Mircea Eliade, Philippe Encausse, Robert Kanters, Serge Hutin, Alice Joly, Louis Massignon, Pierre Mariel, René Nelli, Jean Richer, François Secret, Pierre Victor (Pierre Barrucand)… J’en oublie beaucoup. Mais comment oublierais-je le cher Jacques Bergier, « amateur d’insolite et scribe de miracles » qui y rapportait les « nouvelles de nulle part et d’ailleurs », et dont Robert m’aidait jadis à perpétuer la mémoire ? La revue La Tour Saint-Jacques se double alors d’une collection d’ouvrages. On y aborde avec rigueur, méthode et amour, les grands anciens et les recherches contemporaines, et aussi l’illuminisme, et Saint-Martin, et Huysmans, et tant d’autres ! et les sciences traditionnelles et leur histoire : magie, astrologie…
Si Robert Amadou n’a jamais pratiqué l’alchimie, il a étudié Raymond Lulle et l’alchimie (Le Cercle du Livre, 1953), s’est intéressé à  » l’Affaire Fulcanelli  » et s’entretint notamment avec Eugène Canseliet dans Le Feu du Soleil (Pauvert, 1978).
En revanche, l’astrologie fut pour lui une compagne constante. Né à Bois-Colombes, le 16 février 1924, à 2 heures du matin, sous le signe du Verseau et l’ascendant Sagittaire, Robert avait découvert l’astrologie à 14 ans, avec le petit livre de René Trintzius, Je lis dans les astres ; il commença à la pratiquer avec les éphémérides de Choisnard, offertes par sa tante, et il n’a pas cessé, pendant près de 70 ans, à toutes fins utiles, y compris, disait-il, les plus quotidiennes et les plus hautes, parce que l’astrologie touche à tout, et que l’on touche à tout par l’astrologie. L’authentique astrologie révèle Sophia et s’offre comme un moyen de connaître Dieu ; elle est, par vocation, sagesse, et Robert était un ami de Dieu et de sa Sagesse. En théorie et en pratique, il a suivi au plus juste la tradition, en particulier Plotin, Ptolémée et Paracelse, sans négliger les modernes, de Robert Ambelain à Armand et André Barbault, tout en vilipendant la prétention à une astrologie scientifique. Nombreuses ont été ses publications en l’espèce, depuis le numéro spécial de La Tour Saint-Jacques, en 1956, jusqu’au magistral Question De sur les astrologies, en 1985. Il a également remis au jour Les Monomères. Symbolisme traditionnel des degrés du zodiaque (Cariscript, 1985), a étudié La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique (Albatros, 1979) en rapport avec l’Ere du Verseau chère à Paul Le Cour. Chez les anciens, il s’est intéressé à L’astrologie de Nostradamus, qu’il a contribué à éclairer, par exemple lors d’un colloque, à Salon de Provence, en 1985, et à travers un dossier de près de 500 pages (diffusion ARCC, 1987/1992) – qui le connaît ? – ou encore aux côtés des Amis de Michel Nostradamus fondés par Michel Chomarat, en 1983.
En dehors de l’astrologie, mais au cœur de la Tradition occidentale, combien d’autres grands anciens a-t-il contribué à remettre et même à mettre en lumière ? Il a étudié Franz Anton Mesmer et son magnétisme animal (Payot, 1971). De Balsamo-Cagliostro, il a présenté au congrès international de San Leo, en juin 1991, Le rituel de la maçonnerie égyptienne (SEPP, 1996). J’entends du Joseph Balsamo du XVIIIe siècle, car il y en a un autre – à moins que … – qui manifeste les mêmes prétentions et se comporte de la même manière, dont Robert Amadou a retrouvé la trace, à Toulouse, en… 1644.
De Fabre d’Olivet, il a publié partiellement, après l’avoir retrouvé en 1978, le manuscrit inédit de La Théodoxie universelle qui prolonge La Langue hébraïque restituée du même auteur. Ce maître d’ésotérisme, que Robert vénérait à ce titre depuis l’adolescence, trouve l’aboutissement de son œuvre majeure dans les écrits de Saint-Yves d’Alveydre, dont il a exhumé à la bibliothèque de la Sorbonne le fonds que Philippe Encausse y avait déposé. La pensée de Saint-Yves trouve sa perfection dans l’œuvre du Dr Auguste-Edouard Chauvet, dont le service n’avait cessé de l’instruire parce qu’il avait été son maître et n’a jamais cessé de l’être. A Chauvet et à son Esotérisme de la Genèse, Robert Amadou a consacré des séminaires, notamment à Ergonia, en 1981, après une soirée d’études et d’hommage, au centre l’Homme et la connaissance, en 1978, où il tint à associer Chauvet à son fils spirituel, l’abbé Eugène Bertaud, dit Jean Saïridès, dont Robert fut l’ami. Sur Chauvet, sa vie, son œuvre, il avait résolu de composer un ouvrage conséquent qui n’a pas vu le jour. Mais il en tira la matière d’une plaquette De la langue hébraïque restituée à l’Esotérisme de la Genèse (Cariscript, 1987). Dans l’entourage de Chauvet s’était constituée aussi une société chrétienne d’initiation : l’Ordre du Saint Graal qu’avait formé un autre Chauvet, prénommé James, et le Dr Octave Béliard (1876-1951), et Robert a édité La Queste du Saint Graal (Cariscript, 1987).
Quant aux sociétés secrètes, qui ont fait l’objet de ses entretiens avec Pierre Barrucand (Pierre Horay, 1978), Robert en connaissait les bienfaits en même temps que les limites et les travers. Mais il aimait désigner les plus dignes du mot du bon pasteur Pierre de Joux – dont il a tiré de l’oubli Ce que c’est que la franche maçonnerie (Cariscript, 1988) – comme  » sociétés succursales  » de l’Eglise intérieure, à commencer par l’Ordre martiniste et la franc-maçonnerie.
A la franc-maçonnerie, Robert Amadou a consacré un doctorat en ethnologie, en 1984 : « Recherches sur l’histoire et réflexions sur la doctrine d’une société initiatique en Occident moderne ». Entre maintes autres études, relevons au moins sa Tradition maçonnique (Cariscript, 1986), sa collaboration au Dictionnaire [universel] de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (1974 ; nouv. éd. à paraître en 2006), et, plus récemment, sa contribution à l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie d’Eric Saunier (Librairie générale française, 2000). Sans omettre sa participation à tant de revues d’érudition, à commencer par Le Symbolisme et à finir par notre chère Renaissance traditionnelle, de « René Désaguliers, Maçon de l’universalité », de Roger Dachez et de Pierre Mollier, amis fraternels, pour laquelle il préparait encore tant d’articles attendus et même un numéro spécial sur Saint-Martin.
Mais c’est au régime écossais rectifié, avant tout, qu’allaient les élans du cœur de Robert Amadou qui en a notamment réédité les Archives secrètes de Steel et Maret (Slatkine, 1985) et mis en lumière les arcanes du saint ordre. De Jean-Baptiste Willermoz, fondateur et patriarche de ce régime sans pareil, il a inventé le fonds L. A., publié maint texte d’instruction et dressé le plus attachant des portraits : « honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste ».
J’ai cité pêle-mêle ou presque les grands anciens dont Robert Amadou vénérait la mémoire, et dont il a défendu la cause dans Illuminisme et contre-illuminisme au XVIIIe siècle (Cariscript, 1989). Deux noms au moins manquent à cette liste. Et quels noms ! Qui, ici, ne les connaît ? Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, a marqué à jamais la vie, l’œuvre, la pensée et le cœur de Robert Amadou, depuis le jour où il découvrit dans la librairie Chacornac, en 1941 ou 1942, le numéro d’Atlantis qui lui était consacré. Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme (Le Griffon d’Or, 1946) inaugura l’interminable liste des publications savantes et amoureuses – parce que la connaissance et l’amour sont les deux piliers de la gnose – qu’il a consacrées, pendant 60 ans, à son vieil ami le théosophe d’Amboise, dans l’amitié de Dieu.
A son livret de 1946 qu’il n’a jamais réédité, trois autres livrets se sont substitués, qui sont complémentaires : Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (Renaissance traditionnelle, 1978), « Martinisme » (1979, 1993) et « Sédir, levez-vous ». La théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin (Cariscript, 1991). Il faut y ajouter « Louis-Claude de Saint-Martin, le théosophe méconnu », publié ici-même de 1975 à 1981.
 
« Servi par un instinct divinatoire exceptionnel et le génie de la découverte », comme l’a fort bien écrit Eugène Susini, Robert Amadou est parti très jeune en chasse des inédits du Philosophe inconnu. Et il en a trouvé beaucoup ! Aux Cinq textes inédits qui inaugurent, en 1959, sa carrière d’inventeur sans pareil, succèdent le Portrait historique et philosophique (Julliard, 1961), la Conférence avec M. le chev. de Boufflers (1961), les Pensées mythologiques (1961), le Cahier des langues (1961), les Fragments de Grenoble (1962), les Pensées sur l’Ecriture sainte (1963-1965), les Etincelles politiques (1965-1966), le Cahier de métaphysique (1966-1968), le Carnet d’un jeune élu cohen / Le livre rouge (1968/1984), les Lettres aux Du Bourg (1977), Les nombres (1983), Mon livre vert (1991), le Traité des Formes (2001-2002), les Pensées sur les sciences naturelles… En 1978, l’invention du fonds Z lui avait offert la perle tant recherchée : les papiers personnels de Saint-Martin parmi les plus précieux, passés après la mort du Philosophe inconnu entre les mains de Joseph Gilbert. Quoi d’étonnant au fond !
Parallèlement, Robert Amadou tirait un à un de l’oubli les imprimés de Saint-Martin : Le Crocodile (Triades, 1962 ; 2e éd., 1979), l’Homme de désir (U.G.E., Bibliothèque 10/18, 1973), les Dix prières (L’Initiation, 1968, puis Cariscript, 1987), et il rééditait les « œuvres majeures », sous la marque du prestigieux éditeur allemand Georg Olms, avec des introductions qui sont de purs chefs-d’œuvre. En 1986, lors d’un colloque qui marqua à Tours la Présence de Louis-Claude de Saint-Martin (Société ligérienne de philosophie, 1986) Robert Amadou défendit « Saint-Martin, fou à délier ». Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ont fait l’objet de son doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines, soutenu à Paris X, en 1972, avec la mention « très honorable ». Soutenance que Combat qualifia à juste titre de « gnostique » !
 
Par charité, Robert Amadou avait également rassemblé à l’intention des hommes du torrent de très précieuses Maximes et pensées de Saint-Martin (André Silvaire, 1963 ; éd augm., 1978). Mais quels services ne sont-elles pas capable de rendre aussi aux hommes de désir ? Eugène Susini disait de Robert Amadou qu’il savait tout du Philosophe inconnu. Il avait raison.
Pour le bonheur de tous les martinistes, L’Initiation de Philippe Encausse eut la plus grande part de ses articles sur Saint-Martin. D’autres sont à redécouvrir dans les revues qu’il a fondées : La Tour Saint-Jacques, Les Cahiers de l’homme-esprit, le Bulletin martiniste. Ce dernier, Robert Amadou le porta aux côtés d’Antoine Abi Acar, directeur des chères Editions Cariscript, où il dirigeait tant de collections merveilleuses, à commencer par les  » Documents martinistes  » où il me fit entrer, en 1986. Dans la boutique et l’arrière-boutique de Cariscript, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, où me ramènent aujourd’hui tant de souvenirs, l’on discutait de théologie et d’ésotérisme, d’astrologie et de théurgie autour du café préparé par Antoine. Que de projets ont mûri là ! Au nombre de ceux-ci, le Bulletin martiniste devait se réincarner en Gnostica, qui n’a pas vu le jour. Mais en 1991, de l’enthousiasme de quelques apprentis gnostiques, naissait l’Esprit des choses, organe du Centre international d’études et de recherches martinistes (CIREM), dirigé par Rémi Boyer, sous la présidence de Robert – qui y donna de nombreux inédits de Saint-Martin – puis dans l’autonomie. Robert m’engageait aussi à écrire un cours de martinisme diffusé dans le cadre de l’Institut Eléazar, dont il avait accepté dès 1990 la présidence d’honneur, et où il n’a pas cessé de m’assister, dans une parfaite communion spirituelle.
Mais impossible de comprendre Saint-Martin sans avoir abordé l’œuvre de son premier maître, Martines de Pasqually, le théurge inconnu, dont Robert Amadou a détaillé ici-même, pour la première fois, la doctrine dans une « Introduction à Martines de Pasqually », texte sans précédent et sans second. Il en a aussi publié deux éditions différentes du Traité de (ou sur) la réintégration (Robert Dumas, 1974 ; Diffusion rosicrucienne, 1995) et publié et commentés maints documents, tant maçonniques que théurgiques, de l’Ordre des élus coëns. Dernier chef-d’œuvre en date, conçu en collaboration avec Catherine Amadou : Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réunissent les leçons de trois élèves du maître : Saint-Martin, Du Roy d’Hauterive, Willermoz.
 
Son dernier livre consacré à la correspondance de Saint-Martin avec Kirchberger, n’aura pas vu le jour de son vivant, mais Catherine conduira le chantier à son terme. Quant à nos entretiens annoncés chez Dervy, dont nous avions pourtant ébauché le plan, il n’a pas été possible de les réaliser. Combien d’autres ouvrages annoncés et attendus comme des trésors de science et d’érudition, sont eux-mêmes restés en plan ou en chantier ? Dieu aidant, Catherine, qui fut constante à l’œuvre à ses côtés, compétente, dévouée, efficace, poursuivra, n’en doutons pas, la tâche à laquelle Robert l’a préparée.
Robert Amadou n’a pas cessé de chercher la vérité, par exemple dans l’histoire et dans la Tradition. Lisez ou relisez son Occident, Orient. Parcours d’une tradition (Cariscript, 1987). Dès ses premières lettres, en 1982, il m’exhortait à me lever de bonne heure et me donnait la clef : érudition ! Robert avait tout lu, tout étudié de nos objets, et son œuvre témoigne d’une érudition inégalée dans la seconde moitié du XXe siècle dont il fut et restera le plus sûr et peut-être le plus grand historien de l’occultisme, ne serait-ce que par l’ampleur de son champ d’investigation.
Entre toutes, trois bibliothèques étaient particulièrement chères à son cœur : Sainte-Geneviève d’abord, où il s’était plongé dès l’adolescence dans l’astrologie et la kabbale – il m’y conduisit dès le lendemain de notre première rencontre – ; la vieille B.N. ensuite, où pendant vingt ans il avait occupé tous les jours (sauf quelques pèlerinages loin de Paris) la place 191 ; notre chère BML enfin, dont il inventoria les fonds Bricaud et Papus, qu’il exploita conjointement avec le fonds Willermoz, notamment.
Papus ! Le vulgarisateur de l’occultisme était cher au cœur du plus érudit des occultistes, et avec lui combien de ses compagnons de la hiérophanie, selon l’expression classique de Michelet, et combien de ses épigones ? De Papus comme de Jean Bricaud, il a classé les archives à notre chère Bibliothèque municipale de Lyon, dont il tira tant d’informations et de publications (que nous remémore « L’Occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon » (éd. augm. in Lyon carrefour européen de la franc-maçonnerie, 2003). Dans le cœur de Robert Amadou, impossible de dissocier Papus de son fils, le Dr Philippe Encausse, dont il a réhabilité la mémoire quand des instituteurs patentés l’ont injuriée (A deux amis de Dieu : Papus & Philippe Encausse. Hommage de réparation, CIREM, 1995). Du legs Philippe Encausse à la BML, Robert m’offrit d’ailleurs, en 1986, de publier quelques pièces remarquables.
2.
Voici pour l’inventaire, ô combien sommaire je le sais bien, d’une œuvre immense. Pour mémoire, disais-je. Mais l’homme ne se confond pas avec son œuvre et j’entends Robert me remémorer aussi la mise en garde de Freud : celui qui devient biographe, ou historien, s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, car il est impossible d’avoir la vérité biographique ou historique. Or Robert détestait le mensonge autant que l’hypocrisie, il ne se laissa jamais séduire par le mythe moderne de la conscience objective, mais il chercha et aima plus que tout la vérité, parce que la Vérité est un être, qui est la Voie comme il est la Vie. Allons à présent à l’essentiel, à la racine des choses, à la racine de Robert Amadou qui se dégage à merveille de son œuvre comme de sa vie.
 
C’est à l’âge de treize ans que les bons pères jésuites chez lesquels il fit ses études secondaires, rue de Madrid, à Paris, avaient servi la Providence en le plaçant au service du patriarche de l’Eglise syrienne catholique, lors de sa venue à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Quelques années plus tard, Robert entrait dans l’Eglise syrienne catholique, et il tint l’office de chammas à l’église parisienne Saint-Ephrem-des-Syriens. Il se liait avec Gabriel Khouri-Sarkis, qu’il aiderait ensuite à la fondation et à la direction de l’Orient syrien. Mais son cœur et son intelligence le portaient vers l’Eglise syrienne orthodoxe, héritière directe de la communauté judéo-chrétienne primitive. Le 25 janvier 1945, il fut ordonné dans la succession syrienne de saint Pierre, et sa thèse de doctorat en théologie a pour titre : « Recherches sur les Eglises de langue syriaque et les Eglises dérivées ».
Parenthèse : en 1944, Henri Meslin lui avait imposé les mains pour la consécration d’évêque gnostique, dans la lignée de Jules Doinel,  » fol amant de Sophie « , dont il a publié la biographie et réédité et commenté Lucifer démasqué (Slatkine, 1983). Puis, en 1945, Victor Blanchard le consacra évêque gnostique, dans la succession apostolique que celui-ci avait reçue, le 5 mai 1918, du patriarche Jean II Bricaud, lequel la tenait de Mgr Louis-François Giraud, successeur de l’abbé Julio. Sans avoir jamais appartenu formellement à aucune église gnostique, c’est à ce titre que Robert accordait pourtant à Alain Pédron un  » entretien avec T Jacques « , publié dans l’Initiation, en 1978, sous le titre  » Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?  » (compléments, CIREM, 1996).
Robert Amadou n’a pas pour autant négligé la kabbale et le soufisme. Il a été admis dans une confrérie soufie et disserta sur Le soufisme même (Caractères, 1991). Judaïsme, christianisme et islam sont les trois piliers de la sagesse abrahamique.
Prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Robert officiait, notamment pour des martinistes ; il donnait les sacrements, à commencer par le baptême (comment oublierais-je que Robert voulut que notre première rencontre se fit à l’occasion du baptême d’une petite fille dont Philippe Encausse était le parrain ?), il visitait les malades – tant à leur domicile que dans les hôpitaux – et les prisonniers ; il priait, célébrait et exorcisait. Ses études sur Satan et le mal sont du plus grand intérêt. Qui les connaît ? Tel fut aussi le sens de notre réflexion commune sur le Sida face à la Tradition, thème d’un petit colloque que nous organisions à Paris, en 1988. Las, un volume projeté – un de plus ! – n’a pas vu le jour.
Sans appartenir à beaucoup et tout en se méfiant des formes associatives, Robert n’a pas négligé les bienfaits des écoles succursales où il a accompli sa part de services. La lumière maçonnique lui avait été donnée, le 6 juin 1943, dans Paris occupée, au sein de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte placée sous le vénéralat de Robert Ambelain, dans l’ombre duquel se tenait Georges Lagrèze. Sa préface à mon histoire de La franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm rappelle ces circonstances héroïques.
Puis le Grand Architecte de l’Univers le guida vers le régime écossais rectifié, dont la doctrine lui était déjà si familière. Maître écossais de Saint-André, le 23 mars 1966, au sein de la Grande Loge nationale française – Opéra, il fut armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, le 7 mai 1966, avec pour nom d’ordre Robertus ab AEgypto, et pour devise In domum Domini ibimus, « nous irons à la maison du Seigneur ». Sa maison, Robert l’a trouva ici-bas au Grand Prieuré d’Helvétie et dans l’obédience de la Grande Loge suisse Alpina où l’accueillit en 1978 la loge In Labore Virtus, à l’orient de Zurich. Le 18 mai 1969, un ultime collège, à Genève, l’avait admis au cœur du saint ordre, avant de lui confier le mandat de publier dans Le symbolisme une mise au point sans pareille, qui fit grand bruit « A propos de la grande profession », sous la signature pseudonyme de Maharba, anagramme d’Abraham. Puis, mission accomplie, Maharba entra dans le silence. Lors des obsèques, trois roses entrelacées, symbole de force, de sagesse et de beauté, ont marqué à jamais l’amitié des frères suisses pour Robert et Catherine.
 
 
A la franc-maçonnerie, comment ne pas associer ici le martinisme ? Après avoir découvert Saint-Martin, Robert avait reçu d’Aurifer, son premier maître, l’initiation martiniste, le 6 juin 1942, au grade d’associé, puis aux grades d’initié et de supérieur inconnu, avec les fonctions d’initiateur, le 1er septembre de la même année, dans la clandestinité initiatique. Par analogie avec son patronyme et avec la pente de son caractère, il avait alors choisi pour nomen Ignifer, le porteur de feu. Jamais symbole n’aura été plus pertinent, plus efficace ! De même, Robert trouva sur le champ le nomen de Catherine, Pacifera, en 1965. Comment oublierai-je que Robert me fit à mon tour bénéficier de ce dépôt insigne, en 1994 ?
Dans l’Ordre martiniste, Robert Amadou seconda son vieil ami Philippe Encausse qui l’avait réveillé en 1952, et dont le fils de Papus l’avait voulu grand orateur. Il allait aussi inlassablement porter la bonne parole dans les cercles formels ou informels où l’on cultivait notamment l’amitié fraternelle du Philosophe inconnu, voire celle de Martines de Pasqually et de Papus. Robert savait, à l’instar de Saint-Martin, y distribuer la béquée, quitte à être récupéré et à servir parfois de caution indue. Mais en l’espère sa charité était exemplaire, comme était exemplaire sa lucidité. Un souvenir l’illustrera : nous sortons d’une réunion où des hommes de désir, jeunes pour la plupart, ont beaucoup parlé de l’initiation, de sciences occultes. Robert a corrigé parfois, conseillé un peu, écouté beaucoup. Qu’en penses-tu ? lui dis-je d’un air désabusé, une fois seuls, dans la rue. Robert lève les yeux au ciel, secoue la tête et me répond, terrible : « Bergson disait : on ne peut pas penser le néant ! ».
En des temps plus graves, avec des martinistes clandestins rassemblés par Robert Ambelain dont il était le bras droit, Robert Amadou reconstituait dans le Paris de l’Occupation les opérations théurgiques de Martines de Pasqually et de ses émules. Le 24 septembre 1942, la Chose répondit pour quelques-uns, dont il était – quel signe ! – à l’appel de l’homme de désir. S’en suivit la résurgence de 1943, après que Robert Ambelain eut été ordonné réau-croix par Georges Lagrèze, le 3 septembre de cette année. A son tour Ambelain lui conféra les premiers grades coëns le même mois et, à l’équinoxe d’automne 1944, il l’ordonna réau-croix. Si Robert prit ses distances avec la théurgie coën, il n’a jamais cessé de l’étudier et d’attester qu’elle surpasse la magie naturelle et la magie céleste et peut ouvrir une voie spirituelle à quelques-uns, à condition – mais condition ô combien indispensable ! – de ne pas la détacher de la foi et des exercices religieux prescrits. Mais à l’instar du Philosophe inconnu, coën de cœur, et même d’action, Robert resta jusqu’au bout, pour le bénéfice de quelques-uns. Ses « carnets d’un élu coën » (2001-2002) en témoignent.
De même, Robert avait été admis par Robert Ambelain, en 1944, dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
Pour mémoire et presque en marge, la fondation, le 11 septembre 1945, avec Paul Laugénie et Edouard Gesta, des Amis de Saint-Martin, tombés en sommeil, puis réveillés en 1972, sous la présidence de Léon Cellier et la présidence d’honneur de Robert Amadou. Las, les Amis passèrent ensuite du côté des instituteurs dont Robert n’avait de cesse, à l’instar de Saint-Martin, de condamner l’approche mortifiante et mortifère.
3.
Restituer l’occulte à la culture fut le premier combat, le premier service de Robert Amadou. Avec quelques-uns de sa race, il a combattu avec succès contre les récupérations mercantiles et universitaires de l’occultisme. Puis il a restitué aux occultistes, à toutes les femmes, à tous les hommes de désir, beaucoup de leur patrimoine oublié.
Lors d’un de nos derniers entretiens, je convainquis Robert qu’un troisième combat nous était désormais imposé. Car voici que des voyous cherchent à leur tour à s’emparer de l’occultisme. Ceux-là ne l’auront pas épargné pendant les dernières années de sa vie terrestre ; ils n’épargneront pas plus sa mémoire, je le sais, dans les années qui viennent. Mais de nouveaux combattants se sont dressés sur le champ de bataille.
 
Contre tant d’occultistes du dimanche, Robert Amadou vivait l’occultisme – synonyme pour lui d’ésotérisme – au quotidien, parce que son quotidien était au service de Dieu et des choses de Dieu, le sacré, nos « objets » aimait-il à dire, en écho de Saint-Martin. Ainsi, Robert ne quittait jamais la soutane qui signifiait son engagement religieux et initiatique, quitte à scandaliser les bourgeois pour qui n’existe, en matière vestimentaire comme ailleurs, qu’un modèle, unique et profane.
Robert Amadou refusait de tricher, il détestait l’hypocrisie, ne cédait à aucun terrorisme, ne supportait pas l’injustice et ne fit jamais la moindre concession qui puisse, de quelque façon, aliéner sa liberté. En quête de la perfection, qui est, disait-il, la seule fin de l’homme qui doit devenir Dieu, il ne supportait guère davantage la médiocrité. Sa plume, à titre privée, mais aussi parfois publiquement, lorsqu’il s’agissait de réparer quelque outrage, prenait parfois la forme de l’épée. Il brandissait alors la parole de l’abbé de Rancé, dont il avait fait sa devise : « ceux qui vivent dans la confusion ne peuvent s’empêcher de faire des injustices », et ses mots tranchaient vif. Cela lui valut des amitiés pour l’éternité, quelques inimitiés passagères et bien des désagréments.
Pour Robert et Catherine, la Grèce fut pendant quelques années un paradis. Alors qu’elle menaçait de se transformer en enfer, ce fut le retour à Paris, qui fut un purgatoire. Les deux dernières années de sa vie terrestre ont été pour Robert, privé de ses livres et souffrant d’une fibrose pulmonaire d’origine inconnue, une épreuve permanente, tant morale que physique. Et pourtant, la fatigue de plus en plus pesante ne l’empêchait pas, au prix d’efforts quotidiens, de se mettre chaque jour à sa table de travail, sauf pendant l’hiver 2006, et même de se rendre encore en bibliothèque, notamment à la BNF où il se rendit encore deux jours seulement avant son arrêt cardiaque, accompagné, soutenu par Catherine, qui a été un modèle de courage et de dévouement.
En 2003, Robert avait concélébré une messe pour le bi-centenaire de la mort du Philosophe inconnu, en l’église Saint-Roch, à Paris, et cette « sale maladie », comme il disait lui-même, ne l’a pas empêché non plus de participer à la célébration d’une messe annuelle pour Saint-Martin, à Honfleur en 2004, puis à Saint-Roch en 2005. Depuis 1985, une autre liturgie annuelle célébrée par Robert en mémoire de Philippe Encausse, le 22 juillet, rassemblait les proches de Philippe que Jacqueline a rejoint à son tour, en février dernier.
 
Le 22 mars, à dix heures trente, à Montfermeil, en l’Eglise Sainte Marie Mère de Dieu, la liturgie des défunts selon le rite syrien orthodoxe a été concélébrée, en araméen et en français, par le père Yakup Aydin, de l’Eglise syrienne, assisté du père Antoine Abi Acar, de l’Eglise maronite, et du père Jean-François Var, de l’Eglise catholique orthodoxe de France. Ce dernier avait, le matin, célébré un petit office, à l’hôpital Cochin, en présence de Catherine et de quelques intimes, réunis autour du corps de Robert. D’autres amis, parfois venus de loin, se sont retrouvés ensuite au Père Lachaise, sous une pluie battante, pour un dernier adieu. Au bras de Catherine, Jacqueline Corcellet, l’amie de toujours, et une autre Jacqueline, venue de Grèce.
Celui qu’Albert-Marie Schmidt, en 1950, promouvait jeune maître, sans jamais se prendre ni se donner pour tel, mais revendiquant le statut d’un vieil étudiant, n’a pas cessé, pendant des décennies, de s’instruire et de nous instruire. Robert Amadou m’en voudra-t-il de reprendre à mon compte la formule immortelle par laquelle Joseph de Maistre qualifiait Saint-Martin et par laquelle je souhaite l’honorer à mon tour ? Robert était le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.
« Quiconque a trouvé son flambeau n’a plus rien à chercher ; mais il lui reste toujours à le conserver, ce qui est incomparablement plus difficile » dit le Philosophe inconnu. Serviteur du Seigneur et de son Eglise, ami de Saint-Martin et avec lui de tous les Amis de Dieu, combattant du bon combat, Robert Amadou fut pour moi, comme pour d’autres, un flambeau de la lumière du Seigneur. Dieu voulant, Dieu aidant, nous tâcherons de conserver cette lumière. Quant à Robert, il bénéficie désormais, dans une plus grande lumière et dans l’attente de la pleine lumière, de la compagnie de Sophia, Sagesse divine et parèdre du Christ. A ses côtés, il poursuit, je le crois comme il le croyait lui-même, sa tâche dans le sein d’Abraham.
Adieu le théosophe, le rose-croix de l’ethnocide ! Adieu mon vieux maître, mon frère et mon ami !
Serge Caillet
sergecaillet@gmail.com
 
Cet hommage a été publié dans la revue
l’Initiation, n° 2, avril-mai-juin 2006, pp. 88-100.
Publié il y a 4th May 2007 par
Libellés: Robert Amadou

association MATHUSALEM 15 mars, 2021

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J’ai été ce que vous êtes…

Vous serez ce que je  suis.

 

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Lettre d’information Mathusalem France – Mars 2021

coeur

Saturnales Pater Patrum 6 janvier, 2021

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Saturnales Pater Patrum

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Dans les temps immémoriaux
Où sont nés les saturnales,
Les Romains chargés de cadeaux
En fêtaient les solsticiales.
Durant sept jours qui précèdent
Le Vingt cinq des calendes,
Hommes et femmes accèdent
Le cou chargé de guirlandes,
Aux célébrations des moissons,
Et à son Dieu de la semailles,
Saturne, pour qui à l’unisson
La population ripaille.
La jeunesse est honorée,
Sa vitalité est célébrée,
Les maisons sont enfin décorées,
Et mannequin est démembré
Comme le veut la tradition.
Il n’y a plus de logique,
Ni d’ordre hiérarchique,
Parodie d’une institution
Qui fait de divinatoire
Une fête incantatoire.
Transposition sept jours durant,
Où la parole est libérée
Pour toi l’esclave dépendant
Que ton Maître avait censurée.
A toi de pouvoir critiquer,
A toi de te faire servir,
A toi aussi de te moquer,
Et de ton Maître l’asservir.
Sept jours les tribunaux fermés,
Pas de travail, pas d’école,
Exécutions supprimées,
Une semaine frivole.
Dans les marchés sigillaria,
Figurines saturnalia
Garnissent en nombre les étals,
Objet de rit’ sacramental
Depuis la nuit des temps, Mazda,
Mithra Dieu arien succéda,
Dieu sauveur et solaire
Dans la Rome militaire,
Et fait du Pater Saturne,
Le réfugié du Mont Latium,
Roi du cosmos nocturne,
Soit l’éternel pater patrum,
Esprit du soleil invaincu
Guide de toutes nos vertus,
De l’initiation suprême
Où notre quête nous mène…

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Hommage aux Bâtisseurs de l’Ombre 31 décembre, 2020

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plaquette 15 decembre final

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The Lord’s Prayer (Our Father): A Russian Orthodox Liturgical Work by Nikolay Kedrov, Sr. 26 décembre, 2020

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Réflexion … 6 décembre, 2020

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Solidaire

11 novembre … 11 novembre, 2020

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11-NOVEMBRE

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Ibrahim Maalouf 7 novembre, 2020

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Arènes-de-Nîmes

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7c.recoura

Réflexion(s) … 21 octobre, 2020

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