Allégorie du Pélican (A. de Musset) 24 mars, 2008
Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union , 1 commentaireAlfred de MUSSET (1810-1857).
- LA MUSE
Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
Laisse-la s’élargir, cette sainte blessure
Que les séraphins noirs t’ont faite au fond du cœur;
Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L’océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort se recommande à Dieu.
Poète, c’est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s’égayer ceux qui vivent un temps;
Mais les festins humains qu’ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
Quand ils parlent ainsi d’espérances trompées,
De tristesse et d’oubli, d’amour et de malheur,
Ce n’est pas un concert à dilater le cœur ;
Leurs déclamations sont comme des épées :
Elles tracent dans l’air un cercle éblouissant;
Mais il y pend toujours quelques gouttes de sang.

Le 10ème Outil …
Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Humour , ajouter un commentaire
LE 10ème OUTIL
Chacun de nous connait les neuf outils se rattachant aux trois grades de la maçonnerie spéculative.
Mais il en est un dixième qui n’est jamais cité. Oswald Wirth, à travers tous ses écrits, n’y fait même pas allusion, ainsi qu’aucun dictionnaire maçonnique !
Or, que fait un Apprenti après avoir utilisé le maillet et le ciseau ?
Que fait le Compagnon après avoir manié les nouveaux outils de son grade ? Que fait le Maître après avoir reposé les siens ? Et nous autres, mes frères, que faisons nous à chaque agape ?
Tout simplement, nous étanchons notre soif, cette soif qu’il est important d’apaiser au risque d’amoindrir l’assurance de notre main.
Et comme le corps a des besoins que la raison seule ne saurait satisfaire, la soif pouvant prendre brutalement le Maçon démuni et qui, pauvre et dans la détresse, n’aurait pas eu en sa possession ce fameux dixième outil tant négligé à travers les siècles, il se retrouverait réduit au rang d’épave humaine.
Et en effet mes Frères, réfléchissons ? Essayez donc d’ouvrir une bouteille avec un maillet, une équerre ou bien un compas !
Non, je vous le dis ce soir, haut et fort, il faut faire cesser au plus vite cette injustice et ce danger.
Aussi, rompant le privilège du Vénérable qui en connait l’existence, je vous propose d’introduire un nouvel outil, que j’appellerai vulgairement le tirebouchon, dans la panoplie maçonnique, et ce, à tous les grades.
Ce tirebouchon n’est en effet actuellement présenté pour la première fois au nouveau V.M. qu’à l’issue de la cérémonie secrète de l’installation lorsqu’il lui est proposé d’en faire immédiatement un usage plus opératif mais restreint en présence des seuls Maîtres installés avant le retour des FF, sortis sur les parvis, et dont l’oreille attentive n’aura peut-être entendu que quelques lointains tintements de verre.
Mais de manière plus symbolique on représente ce tirebouchon par le Tau inversé, pointe dressée vers le ciel en remerciement au GADLU pour les faveurs dont il vient de nous combler.
Et ainsi, si l’on reconnait le V.M. en loge ouverte à ce qu’il porte l’équerre lorsqu’il est assis, on le reconnait immédiatement encore mieux, lorsqu’il se lève pour la première fois, aux trois Tau qui ornent son nouveau tablier. Un pour le rouge, un pour le blanc, un pour le rosé. Ceci vous avait-il donc échappé ?
Tirebouchon vient du verbe « tirer » et du nom « bouchon », qui en latin donne « bucco ». C’est en quelque sorte l’outil qui sert à extirper de son logement la parcelle de matière, faite généralement de liège qui, d’un côté est au contact du liquide, et de l’autre côté est à proximité de la personne qui fait l’action de tirer.
On situe mal l’invention du tirebouchon. Mais généralement, on l’attribue à l’observation de certains animaux proches du porc, qui, de par leur partie caudale, évoquent la spirale
que nous connaissons. Le génie humain consiste à rigidifier cette spirale en la rendant métallique : ceci se déroule, à peu près, à l’époque du fer. Ainsi passa-t-on insensiblement du tirebouchon mou, au tirebouchon dur.
Mais de longs et pénibles efforts, furent encore nécessaires, pour rendre utilisable l’instrument ; il restait à inventer le manche. Nul ne sait s’il fut inventé par un Frère, mais il est quand même curieux de constater que l’angle formé par la verticale et le manche lui-même, est un angle droit, soit 900 degrés ou le quart du cercle.
Avouez que tout cela est bien curieux, et qu’il ne peut s’agir uniquement du fait du hasard. ?
Mais il est un autre aspect symbolique sur lequel je voudrais insister qui est peut-être, à mes yeux, le plus important
Repensez à la dernière bouteille que vous avez ouverte ? Vous souvenez vous de la façon dont vous avez placé la pointe du tirebouchon ? Vous l’avez placé juste au centre. Et ainsi placé il ne peut faillir. Puis vous avez appuyé légèrement et ensuite de plus en plus fort, en imprimant à votre poignet un mouvement rotatif dans le sens que la déambulation en loge. La pénétration de la vis se fit ensuite régulière, jusqu’à ce que vous vîtes apparaître la petite pointe métallique à l’autre extrémité du bouchon, donnant le signal de l’arrêt de votre effort.
Tout aussitôt, et pris par un indicible plaisir, vous tirâtes brusquement vers le haut le tire-bouchon pendant que votre autre main serrait fermement la forme ronde de la bouteille.
Ce sont là les 5 points parfaits du sommelier : manche dans paume, doigts repliés, genoux contre bouteille, main contre goulot, paume vers le sol : c’est dans cette attitude, et dans cette attitude seulement qu’une bouteille peut être régulièrement ouverte.
Vous venez d’accomplir un geste remontant à la nuit de temps, un geste assimilable, de par l’élément pénétrant (le tirebouchon) et l’élément receveur (la bouteille), au phénomène de l’accouplement et par la même, de la procréation, rappelé en loge par la présence des deux colonnes B et J, symboles lunaire et solaire, féminin et masculin, mais aussi évocatrices du Bordeaux et du Juliénas.
Mais ne nous y trompons pas, le tirebouchon est menacé, tant par l’intégrisme que par le modernisme si nous n’y prenons garde. Déjà, un ecclésiastique de la pire espèce, j’ai nommé Dom Pérignon, de par son invention champenoise fit sauter les bouchons sans l’aide d’aucun instrument. Est-ce de là qu’on assimile souvent la F.M. à un mouvement anticlérical, à tort, nous le savons bien ?
Et puis, plus près de nous, la capsule qui ne nécessite plus que l’usage d’un vulgaire levier. Pire encore le pack qui ne nécessite qu’un couteau ou une paire de ciseaux, voire la cannette en aluminium qui s’ouvre sans aucun outil !
Non, mes Frères, soyons vigilants, sachons défendre tous nos instruments et en particulier le tirebouchon, sans lequel nous ne serions peut-être pas ce que nous sommes.














