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Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm 21 juillet, 2021

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Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm

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15 Février 2016 , Rédigé par RAPMM

La Franc-maçonnerie est une institution pluri centenaire, car les premières révélations historiques remontent au XIIIème siècle. Cette association de métier, à l’origine dite opérative…, au caractère corporatiste autant que moral et spirituel, devient, dès le Carrefour de 1723, un « centre d’union » où se retrouvent, en toute fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus… Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-maçonnerie moderne, dite spéculative.., semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des finalités bien différentes, bien qu’elle s’inscrive dans le courant judéo-chrétien. En outre, sa philosophie ne s’exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l’Esprit de chaque Ordre existant Ainsi, les différentes Obédiences françaises couvrent un large spectre, allant du social au spirituel, de l’athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi. Ce n’est que par la suite que l’empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une densité, une stabilité, une impulsion et une prégnance à nulle autre pareille. De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une nuances dans l’Art Royal entrouvre l’accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience. La Franc-maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités propres, qui font d’elle une Maçonnerie peu connue, mais d’une grande richesse à la fois rituelle et historique. Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
Son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie Initiatique.
Sa volonté de donner l’accès à la Connaissance Essentielle par l’alliance de l’intelligence du cœur à celle du mental ;
Sa représentation en tant que gardien des traditions de l’ancienne Egypte, berceau de toute initiation. Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte (comprise comme la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes, kabbalistes, templiers et rosicruciens), propre à libérer l’homme de ses chaînes matérielles, au travers de son évolution spirituel
le. Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens (qui détiennent l’héritage d’une Géométrie d’essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d’émeraude attribués à Hermès Trismégiste), les Néo-platoniciens, les Sabéens de Harrân, les Ismaéliens, les descendants d’Abraham, les Templiers et les Rose Croix. Pour une Obédience spiritualiste comme celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l’occasion d’une régénération spirituelle, d’une réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur le sentier de l’évolution intérieure. Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l’opprimé. C’est là sa grande force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu’il intrigue…

LE RITE DE MISRAÏM

Il faut ici commencer à mi-chemin entre l’histoire et la légende… Peut-être par « il était une fois »…en présentant l’énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres…en tout cas acteur occulte de la Révolution Française pour l’ensemble -, et certainement un être moralement indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n’a pas grand-chose à voir avec l’eau plate. Notre homme, très proche du Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Malte Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques…, fonde en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »… Bien que celui-ci n’ait eu que trois degrés (Apprenti, Compagnon et Maître Egyptien), le Rite de Misraïm semble lui être directement relié. On sait encore mal, aujourd’hui, où Cagliostro fut réellement initié (sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite : selon Gastone Ventura, il reçoit entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite ligne des secrets d’immortalité de l’Ancienne Egypte, afin qu’il les dépose dans un Rite maçonnique d’inspiration magique, kabbalistique et divinatoire. Ce qu’il semble avoir fait en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de Misraïm. Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets, est un écrin idéal pour le joyau qu’il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes, il attire alors de nombreux Adeptes. Il se réclame de plus d’une antique tradition égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant ou « les Egyptiens » ou « Egypte » en hébreu…et possède 90 degrés… Dans l’état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges Franco-italiennes du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu’il a subi douloureusement à la fin du siècle l’occupation autrichienne qui en interdit la pratique. Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans le Rite de Misraïm en 1803, l’introduisent en France à Paris en 1814 et 1815, à l’époque où les Ordres maçonniques sont interdits en Italie. Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot, – membre de la société secrète républicaine des Philadelphes…, ou bien encore Charles Teste, frère cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur qui utilisa la Charbonnerie pour servir la cause de son pré communisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Egaux. Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n’apprécie guère le système des Hauts Degrés, devient un vigoureux opposant au Rite de Misraïm. Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l’affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et de l’inquiétude suscitée par les Carbonari pour dénoncer aux ordres de police, l’Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux « antimonarchiques et antireligieux » prêts pour l’insurrection armée. L’essor de ce nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net. En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous les opposants au régime. Mais déjà il commence à péricliter. Vers 1890, les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes, se retrouvent bientôt dans une seule Loge, la fameuse Loge Arc-en-Ciel… Le Rite de Misraïm reviendra presqu’un siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements pris de ne jamais le ranimer. (cf. les correspondances Robert Ambelain / Gérard Klopp el)

LE RITE DE MEMPHIS

Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques-Etienne Marconis de Nègre en 1838. Pour autant, s’il reprend la mythologie égypto-alchimique du Rire, il la fortifie d’emprunts templiers et chevaleresques…les références à la légende d’Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…Robert Ambelain estime pour sa part, …mais l’information demande encore sa confirmation définitive…que ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d’origine occitane, notamment le Rite Hermétique d’Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains de Bordeaux, et un Rite Gnostique d’origine Egyptienne… Là où Misraïm est le Rite des Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs libertaires…selon ce qu’en disent les documents de police de l’époque Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force, à l’idéal chevaleresque. Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu’en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil… Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis-Philippe pour que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter… Mais c’est plutôt Outre-manche, que le Rite perdure… A partir des années 1850, des Loges anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient. Elles sont restées célèbres pour avoir été essentiellement composées d’ardents républicains ayant fui la France après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. On y retrouve Louis Blanc, Alfred Talandier, Charles Longuet le gendre de Karl Marx, et Joseph Garibaldi membre d’honneur dont nous reparlerons par la suite. En 1871, l’écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés… Ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s’éteignent en 1880, lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l’amnistie. Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en Egypte à partir de 1873, sous l’impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hièrophante… Jusqu’à l’époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les frères de Memphis sont unanimement appréciés et respectés. Le Rite de Memphis s’implante également aux Etats-Unis vers 1856-57, lors du voyage à New-York de Marconis de Nègre… Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

LE RITE DE MEMPHIS – MISRAÏM

Survient en fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes conséquences : le 28 décembre, quatre Maçons menés par Robert Wentworth Little, qui avait crée quatre ans auparavant la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana In Anglia)…invoquent une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême Conseil Général 90ème du Rite de Misraïm », Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la Charte de Pessina en 1881… Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer ses fonctions et mourût peu après en 1882… …La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains Sanctuaires des différents pays, principalement l’Egypte… Finalement, Yarker devient le Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d’Europe seulement, de 1903 à 1913, date de son trépas. La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu’en 1989…

LE RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM en France

Il nous faut maintenant parler d’une autre figure mystérieuse et étrange, agaçante pour certain, fascinante pour d’autre, et dont le profil rappellera Cagliostro : le célèbre Docteur Gérard Encausse, alias Papus. Celui qu’Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d’aventure elle se faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles. On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge Souveraine L’Arc en Ciel avant la fin du siècle, mais on n’en a aucune preuve… En tout cas, en 1901, John Yarker lui délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre I.N.R.I… Une Charte la transformera en « Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906… Ce « Temple de Perfection » ne l’autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés… En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge Symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National Espanol, Rite en sept degrés dérivé du Rite Italien de Memphi-Misraïm de Pessina et contesté par la Maçonnerie régulière. Celle-ci lui permet d’ouvrir une nouvelle Loge Symbolique Humanidad et d’y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais ».Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie», mais ce dernier n’a cependant pas le Statut de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges. Le Rite évoqué est vraisemblablement le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créé avec l’impulsion de John Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C’est donc par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l’intermédiaire de sa Loge Mère Humanidad, pour les trois premiers degrés et de son Chapitre INRI converti au Rite Ancien et Primitif des Hauts-Degrés. Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l’Ordre, en 1919, et cherche à faire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu’elle négligeait un peu pendant les années d’avant-guerre. Il enrichit les Rituels, avec malheureusement un mélange d’apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître l’efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant l’accès à son Ordre Martiniste, à l’Ordre de la Rose Croix Kabbalistique et Gnostique, et à l’Eglise Catholique Gnostique. Quand Jean Bricaud s’éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder. Hélas, la menace de l’holocauste plane bientôt sur le monde. Le Rite, alors en pleine expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie. George Delaive, qui fut l’un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance en France. Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre, meurt en déportation en février 1945. Otto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé, Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Jean Bricaud, est abattu à quelques kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
…Le Rite de Memhis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son attachement à la Liberté. Au sortir de la guerre, c’est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du Rite de Memphis-Misraïm pour la France. H-C Dupont nomme Pierre De Beauvais Grand Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci trop autoritaire, est mal perçu, il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite. Peu avant sa mort, Henri-Charles Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur… Ce dernier a reçu de 1941 à 1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm, il détient également la transmission du Suprême Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand Maître Jean Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des Etats-Unis. Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm. Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences Françaises. Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés, ni les Rites de Memphis-Misraïm d’Italie issus d’une filiation différente… Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grand Maîtrise générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra autant que possible être francophone… En outre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien Accepté » et faciliter ainsi les contacts avec les autres Obédiences. Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge de Grand Maître ad-vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu’au 32ème degré. Quelques mois plus tard, en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif…en 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain Sanctuaire prend son indépendance en 1990 ; une nouvelle fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993. Depuis 1997 est mise en place la structure mixte…

En conclusion…

Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c’est-à-dire qu’il suppose que le Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n’est d’aucun siècle mais qui les traverse tous. Résolument spiritualiste et symbolique, il estime en outre que les Arts traditionnels, Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose., sont essentiels pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de l’Humanité toute entière… En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s’est toujours attaché à défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité… Le courage n’a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu’il s’est agi de protéger l’opprimé contre le puissant…il lui en a coûté, on l’a vu, beaucoup de martyrs… Mais c’est le prix de l’intransigeance morale. Ce Rite a rayonné à chaque période de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu’il a fallu que des âmes fortes témoignent de leur attachement à l’humanisme et à la solidarité, tandis que s’étendait partout la plus sombre obscurité. Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même attachement et le même Amour de la Voûte étoilée et ses Frères humains, fidèle à l’éternelle parole d’Hermès Trismégiste : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Car c’est là, à la croisée des Chemins, entre la contemplation des Cieux et l’engagement pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se révèle et s’épanouit la Lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le cœur du maçon…

Source :

Hauts Grades

Hauts Grades

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Méditations, par Constant Chevillon 14 avril, 2021

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Méditations, par Constant Chevillon

novembre 04, 2004

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 1 mars 2018

 

Méditations, par Constant Chevillon dans Recherches & Reflexions Emanation

Par Constant Chevillon

– Dieu dans la conscience humaine –

Dieu est infini, absolu, ineffable. Il est parfaitement inintelligible, dans son essence suprême, pour tout être créé, cet être eût-il gravi la plus haute cime de la spiritualité. Les hommes pourtant peuvent s’élever vers les confins de la sphère divine, grâce à la foi soutenue par l’espérance et l’amour. Ils se haussent par l’intelligence et consolident leur position de croyant par la volonté. Mais, si la volonté, dans sa faiblesse, ne connaît pas de borne pour son amour, la raison et l’intellect sont impuissants à saisir les choses et les êtres dans leur ipséité elle-même, impuissants à transgresser la relativité des rapports engendrés par la science. Ils ne peuvent s’asseoir en des notions définitives et « ne varietur », la connaissance, comme son instrument, est un devenir. Nous ne pourrons donc jamais connaître Dieu, l’acte pur, sinon par ses qualités et attributs, envisagés à la manière humaine. En d’autres termes, nous ne comprenons pas Dieu, mais la divinité, et celle-ci, un des plus grands mystiques du XIIIe siècle nous le dit sans ambages, est loin de Dieu, comme la terre l’est du ciel ; nous pouvons ajouter, comme la matière l’est de l’esprit. La divinité est un concept ; Dieu c’est l’être et c’est la vie. Aucune définition, de ces deux derniers termes, ne peut être donnée, car leur somme d’intelligibilité humaine résulte d’une comparaison entre eux et le néant ou la mort.

Ainsi, chaque homme, dans sa soif de savoir, peut se faire une idée, non pas de Dieu inaccessible, mais de la divinité, selon la forme et la puissance de son entendement et il adhère à cette notion transcendantale avec toutes les forces de son être. L’humanité, en somme, a le Dieu qu’elle mérite, le Dieu de sa culture et de ses désirs, et chaque individu, selon son ascèse ou sa médiocrité intellectuelle, se forge, à chaque minute de son existence, un Dieu à sa portée, un Dieu à sa mesure, car il n’y a pas d’athées, malgré toutes les affirmations contraires. Pour les uns, Dieu, c’est la nature, matrice commune de toutes choses, champ clos où se déroulent les séries phénoménales. Pour d’autres, c’est l’énergie, âme de la masse, génératrice du mouvement et de la résistance. Pour ceux-ci, ce sont les principes universels et les lois régulatrices de l’équilibre cosmique. Certains passent outre à ces notions mécaniques ou dynamiques et les incorporent dans une conception plus haute et plus féconde. Pour eux, Dieu n’est pas seulement le fleuve vital torrentiel, aux berges imprécises dont les eaux, sans cesse renouvelées, s’enfuient vers l’Océan de la mort ; ce n’est pas l’énergie aveugle, la matière inerte ou la loi impondérable. Ils considèrent les formules mathématiques ou cosmogoniques comme la codification humaine de l’activité créatrice. Leur Dieu est une hypostase principielle dont aucune science ne peut donner la clef ; ils le revêtent de toutes les potentialités énergétiques, intellectuelles et morales répandues par Lui, Un, dans toutes les manifestations diversifiées de sa puissance. Il est la source, le pivot, le moyen et la fin. La parole du Buisson Ardent retentit dans leur pensée : « Je suis celui qui suis. » Mais ils s’inclinent sans comprendre ; le contingent est une fumée devant l’absolu. Ils sentent, dans les replis de leur conscience dont la nature est divine, et parfois emportés sur les ailes d’une méditation dans laquelle les paroles n’ont plus aucune valeur, ils voient comme il leur est donné de voir, car selon la parole de l’Écriture : il y a plusieurs demeures dans la maison du Père.

Mais, pour les uns comme pour les autres, en tout ceci se rencontre inévitablement un anthropomorphisme, au moins virtuel, nécessité par nos facultés représentatives et expressives, il jette un voile sur l’essence intangible de Dieu.

C. C. Texte publié dans le N° 73 des Annales Initiatiques, Avril-Mai-Juin 1938)

– La mission de la douleur –

Les membres d’une même famille sont solidaires du bien ou du mal réalisé par chacun d’eux. Il en est ainsi chez une tribu, au sein d’une nation et dans l’humanité tout entière. La répercussion d’un seul acte pèse sur l’ensemble de la collectivité. Telle est la loi qui lie les hommes.

Lorsque le bien l’emporte sur le mal, l’harmonie et la paix règnent dans la société, lorsque le mal est en surcroît, c’est le désordre et c’est la guerre. Le Bien, en effet, est un ferment d’union et d’euphorie ; le mal, au contraire, introduit la division, non seulement dans l’individu lui-même, mais encore entre les individus et les peuples. Or, selon la parole évangélique, toute maison divisée contre elle doit périr ; c’est pourquoi la division est la source de toute douleur et pourquoi la souffrance est dissolvante.

Si le bien n’est pas supérieur au mal, la douleur se déclenche automatiquement pour rétablir l’équilibre, car elle est un rachat, la monnaie par laquelle se résorbe le déficit de la balance spirituelle. Mais, dans ce retour à l’ordre et à l’harmonie, les individus souvent sont broyés suivant l’axiome, à première vue inhumain : « Oportet unum pro omnibus mori », un seul doit mourir pour tous. L’innocent parfois souffre et meurt, d’où le doute atroce de certains penseurs sur la justice et la miséricorde de Dieu. Dans leur désarroi, ils le comparent au Moloch insatiable de Tyr et de Sidon, au Minotaure repu de la chair des vierges. Ces hommes méditent en surface, la profondeur des idées leur est inconnue.

L’homme, à sa naissance, dans son âme et son corps, reflète l’indéfinie divisibilité de la matière. Son unité est factice, elle résulte d’un amalgame d’éléments irréductibles les uns aux autres. Pétri dans la diversité, il porte en lui-même le germe du mal et ne pourra se hausser vers le bien sans opérer la sublimation de ses éléments constitutifs. La plupart des individus sont incapables de comprendre et de réaliser cette ascèse, car ils suivent leur propension naturelle au lieu de réagir. Le mal monte donc inlassablement, jusqu’au jour où la balance de la justice est totalement faussée. La souffrance, tel l’ange exterminateur, apparaît alors sous la forme la plus apte à combler la somme des défaillances. Mais l’ange de la douleur peut nous paraître aveugle, il ne discrimine pas ses victimes selon les lois de nos piètres contingences. La balance s’équilibre par un choix dont la clef nous échappe.

L’homme est libre de choisir sa voie et Dieu n’intervient pas dans l’accomplissement du mal. Il n’a pas à intervenir dans la répression, il laisse la loi s’accomplir : « relinquit mundum disputationibus eorum ». Seule la norme vitale est le dieu de la vengeance, dieu abstrait, anonyme, inexorable comme l’antique Némésis. Il faut payer, un pour tous, tous pour un. La justice est un rouleau de fer, elle ne laisse subsister aucune aspérité sur son passage. Comme l’iniquité s’est répandue, la douleur s’épanche dans le sein des individus, au milieu des peuples, nul ne peut s’y soustraire, fut-il innocent, tant la solidarité est rigoureuse.

Sans doute, pour notre petit raisonnement humain, l’innocence devrait être un bouclier contre la souffrance. La logique de la vie est différente de la logique des hommes. Un individu paye pour un autre, la dette est éteinte et la justice immanente est satisfaite. Dans notre ignorance des lois transcendantales, nous les accusons de jouer à tort, et nous ne savons rien ou pas grand’chose de la réversibilité. Du reste, quelle compensation sera donnée au libérateur, volontaire ou involontaire, du coupable ? Ici encore l’obscurité nous envahit. Ne nous obstinons pas à comparer la justice et l’équité, ne nous cantonnons pas sur le seul plan accessible à nos sens. L’innocent, pour nous injustement frappé, est, sans nul doute, un nouveau Christ, un rédempteur méconnu dont le nom flamboie parmi les cohortes célestes. Non seulement il rachète de sa souffrance le démérite occasionné par le mal auquel il fut étranger, mais il réalise pour son propre compte, une balance positive dans la voie du bien. D’une part, il manifeste la solidarité, de l’autre, il résorbe le vice originel de sa naissance. Sa douleur n’est donc pas une entorse à la justice, c’est une conséquence de son humanité.

Penchons-nous sur tous les êtres douloureux, efforçons-nous de les soulager dans la mesure de nos moyens, mais n’incriminons pas Dieu de leur souffrance, il n’a rien à voir avec elle. Il ne l’a pas voulue et il ne peut rien pour la souffrance sans notre concours ou celui de nos frères humains. Elle est inhérente à notre existence spatiale et temporelle, dont seuls nous sommes responsables, malgré les apparences contraires. Sa mission est sacrée ; elle est un feu purificateur, de gré ou de force nous devons le subir pour restituer notre nature essentielle à sa fin primitive.

C. C. Texte publié dans le N° 71 des Annales Initiatiques, Octobre-Novembre-Décembre 1937

– La Foi, faculté spirituelle –

La Foi n’est pas seulement une vertu théologale, une certitude intellectuelle et morale d’ordre spéculatif. C’est aussi une lumière vivante qui s’incorpore, en quelque sorte, à la volonté, et devient une puissance spirituelle, un dynamisme effectif dont les potentialités s’actualisent et se répercutent en tous nos actes. Elle est une réalisation continue de l’expérience humaine.

Cette foi dynamique est le levier des Écritures et le point d’appui d’Archimède. Appliquée dans l’axe des lois naturelles, elle peut les déclencher brusquement, renforcer leur action ou en détourner le cours pour introduire dans le cycle normal de la création visible les lois supérieures du monde invisible. Elle peut guérir les maladies, illuminer les intelligences, fortifier les volontés, anéantir les obstacles, accomplir des miracles. Mais c’est là le moindre côté de sa puissance réalisatrice. Elle est à l’origine même de notre conscience, elle nous donne la certitude absolue de notre réalité, elle est la racine radicale du « Cogito » de Descartes. Elle nous confirme donc dans une sécurité morale, intellectuelle et physique dont nos cogitations et nos actes subséquents sont l’épreuve et la conséquence immédiate. Les assises du jugement par lequel notre personnalité prend sa valeur, engage ses responsabilités, s’élève ou s’abaisse à un certain niveau, sont fonction de son dynamisme propre. En chaque homme la foi peut devenir un « Fiat » créateur susceptible de le projeter vers le plan divin et de le rendre coparticipant des attributs de Dieu. Car, non contente d’une auto-création interne de la conscience, elle est le support et l’aiguillon de la liberté dont la volonté est l’organe ; elle en assure le développement et l’usage dans le cadre de notre être, mais en reportant toujours plus loin la limite de ses possibilités. Monade essentiellement expansive, elle s’irradie, en effet, dans le néant pour y susciter une création analogue à celle qu’elle a réalisé en nous ; elle est le Même en gestation de l’Autre.

Ainsi, la foi n’est pas une croyance timide sans cesse ébranlée par les événements extérieurs, toujours en quête d’une consolidation problématique. C’est une conscience absolue des possibilités intérieures de notre être et de leurs réactions victorieuses. C’est une possession anticipée du futur, l’enclume sur laquelle nous forgeons durement notre devenir, car l’homme, malgré les contingences individuelles ou collectives, est l’artisan de son propre destin ; il le fait grand, mesquin ou misérable, au rythme de la foi dont il est animé.

Dans son unicité substantielle, la foi revêt un triple aspect : foi en Dieu, foi en soi-même, foi en la destinée. Si nous perdons la première, nous perdons aussi les autres, car Dieu est le pivot de l’Univers et il est encore une fin. Si l’aspect divin disparaît de nos facultés, il n’y a plus de support ni de fin adéquats à notre essence intime. Aucun raisonnement, aucune pensée, aucun geste ne pourront nous mettre en présence d’un avenir suffisant pour nos aspirations. Nous serons ballottés d’une rive à l’autre du fleuve vital, prêts à sombrer dans le gouffre des contingences.

Or la foi ne naît pas dans la dispersion animique et intellectuelle, elle repose sur l’unicité spirituelle. Un homme, un peuple divisé contre lui-même, réfractaire à l’unité, périra dans la désagrégation de ses éléments. Au contraire, rendu cohésif par l’unification de ses parties constitutives, il vivra dans le temps et l’espace, car il est confirmé dans la sécurité intérieure, contre laquelle les discordes extérieures restent impuissantes.

Mettez deux hommes aux prises, dans la lutte pour la vie, le triomphe appartiendra au détenteur de la foi la plus énergique et la mieux actualisée. Il est, en effet, le mieux adapté à la fin réelle de la race humaine, car cette adaptation résulte de la foi, partie intégrante et centre de son moi.

La foi véritable est peu commune, les hommes s’en détournent, ils préfèrent la facilité des volontés chancelantes, le doute à la certitude et l’emprise passionnelle à la pureté du cœur.

C. C. Texte publié dans le N° 75 des Annales Initiatiques, Octobre-Novembre-Décembre 1938.

– Prédestinés –

Tous les êtres d’une même espèce sont constitués sur un seul archétype, avec une essence, des qualités et des modalités exactement semblables.

Ainsi, tous les hommes ont un esprit, une âme et un corps identiques dans leur substance particulière et leurs potentialités. Ils sont donc tous appelés à la même fin. D’où vient le petit nombre des élus ? Parce que la réalisation de leurs possibilités suit des voies divergentes, désirées et voulues délibérément par chaque individu. Chacun de nous, en effet, participe, qu’on l’admette ou non, à la divine lumière du libre arbitre. Tous les hommes sont bien semblables dans leur unité essentielle et primordiale, – racine de l’égalité, – mais ils de viennent ce qu’ils se font eux-mêmes par l’emploi de leurs puissances de réalisations respectives. Celles-ci sont sous l’action du centre volitif ; il les dirige selon des vues écloses sous le régime de la liberté inviolable ; d’où la diversité sociale, intellectuelle et spirituelle, d’où le bien (accord avec la norme, harmonie avec le plan de la création) et le mal (désaccord avec la loi, dés-harmonisation évolutive).

Or, pour Dieu, tous les siècles des siècles sont comme un jour et réciproquement. Du sein de l’éternité, d’où la succession est exclue, il voit donc intuitivement, comme d’un seul coup d’œil, l’ensemble de la création et son évolution depuis le commencement jusqu’à la fin. Tout le problème de la prédestination, si souvent évoqué sans être résolu, est réglé par cette vision divine. Dès l’origine, Dieu voit la naissance, la vie entière et la mort de chaque homme, sa perdition ou son salut. Il peut dire, comme le musulman fataliste (ce n’est point un blasphème, mais une adoration) : Mektoub, c’était écrit. Il ne prédestine pas les uns au bonheur, les autres au malheur, sa grâce sanctifiante et efficace plane sur tous et ils peuvent la capter dans une même mesure. Il ne peut l’imposer ni ne veut la refuser à quiconque, il se doit de respecter la liberté d’action de sa créature et il voit les coopérateurs et les dissidents. Il sait donc de toute éternité quels êtres émanés de lui réintègreront le monde divin de l’Unité ou se perdront irrévocablement dans la douleur de la dispersion. Ainsi, il n’y a point de prédestinés, de créatures privilégiées créées pour la béatitude éternelle à l’exclusion des autres. Il y a pour tous la même chance et le même risque, tout dépend pour chacun de l’usage de sa propre liberté.

C. C. Texte publié dans le petit livre de Constant Chevillon, Méditations Initiatiques.

Source : https://www.esoblogs.net/

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Un paysage Maçonnique, Un ordre, Un rêve, un appel ? Chez les « Egyptiens » Français 17 octobre, 2019

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Un paysage Maçonnique, Un ordre, Un rêve, un appel ?

Publié le 13 juin 2018

Rites … Obédiences … Ordres …

Chez les « Egyptiens »  Français

Avant-propos : Un dicton populaire nous dit « il n’y a pas qu’un âne qui s’appelle Martin !!! » ainsi les noms qui sont « burinés sur cette planche à tracer de pierre » ne désignent que des personnes ayant pu exister (ou pas) ou ayant rejoint d’autre Orient comme il est évoqué dans nos cénacle (ou pas) … si d’aventure certains noms pouvaient poser problème(s), ceux-ci auront été transformés, transposés voire cryptés de telle façon que « toute ressemblance avec une personne réelle ne serait que le fruit du hasard ». Sont évidemment conservés corrects les noms qui par leurs fonctions sont tracés dans des actes consultables par tous moyens habituels (ex Président d’association ou déclaration sur des sites d’information Web.  Cela dit, je peux poursuivre ma méditation. L’important ce sont les événements et les contextes !!!!

Sans faire œuvre d’historien précisons simplement qu’en France un nouveau paysage maçonnique se construisit dans la période 1998-2000. En ce temps-là  trois structures Un paysage Maçonnique, Un ordre, Un rêve, un appel ?   Chez les « Egyptiens »  Français dans Chaine d'union rites-300x301-299x300obédientielles : pour l’une, elle émergeait tout simplement et pour les autres, elles ré-émergeaient à la suite d’une crise dure et profonde. Pour la première, il s’agissait de la GLMMM (la Grande Loge Mixte de Memphis-Misraïm) ; pour les autres évoquons la GLMFMM (la Grande Loge Masculine Française de Memphis Misraïm) et la partie Féminine (Les fameuses Robes Jaunes). Ces dernières étaient alors sous la coupe d’une gérance internationale  (OIRAPMM : Ordre International du Rite Ancien & Primitif de Memphis Misraïm) dont le Grand Maître Mondial (et Grand Hiérophante) était le Frère Chekna Sylla. Il venait de succéder à Gérard Kloppel (lequel succédait, lui-même, à l’Illustre et Sublime frère Robert Ambelain. Une quatrième puissance maçonnique était déjà installée : la Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm (le GLFMM, les Robes Blanches) dont la gouvernance était sous la responsabilité de notre Sœur Julienne Bleyer.

Avant de poursuivre : un petit « flash-bak » : Tout observateur attentif de notre espace Maçonnique sera convaincu que les « Rites Égyptiens » ne viennent pas de nulle part … et, pour n’écrire que sur les nôtres, rendons hommage à nos fondateurs officiels « mondiaux » d’abord (Grands Maîtres Généraux et parfois Grand Hiérophante) et « Français », ensuite, (Grands Maitres de France) qui étaient tous, rappelons-le, Ad-Vitam.

Année Grands Maîtres Mondiaux Grands Maîtres de France
1838 Jean Etienne Marconis de Nègre (F)  
1869 Marquis de Beauregard (Egypt)  
1874 Salvatore A.Zola (Egypt)  
1881 Joseph Garibaldi (I)  
1900 Ferdinand Delli Odi (I)  
1902 John Yarker (UK)  
1908   Gérard Encausse dit Papus
1919   Jean Bricaud
1934   Constant Chevillon
1936 Guerino Trolio (Argentine)  
1944   Charles-Henri Dupont
1946 Georges Bogé de la Grèze (F)  
1960   Robert Ambelain
1965 Robert Ambelain (F)  
1985 Gérard Kloppel (F) Gérard Kloppel
1998 Georges Claude Vieilledent (F)(Contestation)  
1998 Chekna Sylla (CI)  
1998   Michel Kieffer
1998   Guy Renaudin

Donc, en 1998, comme toujours cet Ordre (l’OIRAPMM) garantissait la cohérence et la coordination des travaux maçonniques via un Souverain Sanctuaire International dans lequel étaient rassemblés tous les Grands Maîtres Nationaux … le TSF Guy Renaudin était, comme il est précisé dans le Tableau, en ce Temps-là le Grand Maître de France, ad-Vitam.

Les fondements de notre Rite impliquaient :

  • Des fonctions … à vie.
  • Une Grande Hiérophanie (c’est-à-dire un « humain plénipotentiaire » (mieux que Thot qui lui n’était que trois fois grand !!! … un peu d’humour ne nuit point pour qui reste modeste et humble)
  • Une échelle du premier degré au 95ième degré avec un GM (Grand Maitre Chargé des loges Bleues), un SLGC (Souverain Lieutenant Grand Commandeur) pour les degrés de 04 à 33 et un SGC (Souverain Grand Commandeur) pour les autres degrés
  • Un refus, au nom de la tradition, de la mixité … un refus qui venait d’être levé lors d’un fameux Convent exceptionnel … celui de l’an 2000. On ne peut se battre, manifestement longtemps, contre l’évolution des consciences et surtout contre un « apartheid » incompréhensible au crépuscule du 20ième siècle …  et à l’aube d’un siècle dont il est dit que celui-ci sera spirituel ou ne sera point !!! 

Lors de la formation de la « Mixité » au sein de notre Rite, à partir du questionnement des fonctions ad-vitam, mais, aussi, de l’acceptation d’une fonction suprême : « La grande Hiérophanie », apparurent les puissances maçonniques suivantes :

  • La Grande Loge Masculine Française de Memphis Misraïm (Masculine … Créée en 1960 par Robert Ambelain qui fut, quelques jours, sous l’administration provisoire de Gérard Tavol (en 1998) avant d’être sous la gouvernance du frère Guy Renaudin, GM de France Ad-Vitam,
  • La Grande Loge Mixte de Memphis Misraïm, dont le premier grand Maître fut Pierre Topilif
  • La Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm (Création en 1987 et devenue indépendante en 1990 sous Julienne Bleyer)
  • La Grande Loge Symbolique de France (Création par Georges Claude Vieilledent en 1998 à la suite d’un différend conséquent avec Gérard Kloppel d’où une scission rapidement diligentée … )
  • La Grande Loge Traditionnelle des Rites Egyptiens. La GLTRE fut créée par Claude Liew & Gérard Baudou-Platon en 2001 sous patente de Guy Renaudin (Claude Liew fut désigné selon un processus « symarchique » le premier Grand Maître).

Le Frère Guy Renaudin mit fin à la patente qu’il avait accordée au Frère Claude Liew le 07/03/2004 et poursuivit la construction de sa voie maçonnique avec Gérard Baudou-Platon au sein non plus d’une grande loge mais d’un Ordre « l’OIAPMM » où Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (officiellement conçu en 2003 pour compléter l’institution Maçonnique prévue au service d’une échelle à 01 à 97°) …

La mise en activité de l’OIAPMM fut, donc, la conséquence directe des disfonctionnements patents au sein de la Grande Loge Française de Memphis Misraïm et de la recomposition du paysage maçonnique Egyptien à l’Orée du 21ième Siècle.

Au sein de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, il y eut :

  • D’abord une voie unique (Celle de Robert Ambelain),
  • Puis trois voies ont été expérimentées : Voie Théurgique avec le Frère Guy Renaudin, Voie Alchimique avec le Frère Claude Andréotto, Voie Orientale avec le Frère Gérard Baudou-Platon)
  • Puis est venue une voie complémentaire : la voie Celtique grâce à une patente donnée par une Druidesse au nom d’un héritage Celte et de son parcours personnel, de ses pratiques et études.
  • Aujourd’hui, après 16 ans d’expérimentation, Il peut être étudié quatre voies :

A : la voie dite de Robert Ambelain travaillant au Rite en 95 degrés (avec des degrés transmis obligatoirement par voie de transmission rituelique : 1,2,3,4,9,13-14,18,28,30,33 … 90,95 … (Sous la Houlette de notre Frère Guy Duval).

B : la voie dite Orientale mis en cohérence par Gérard Baudou-Platon travaillant toujours selon de Rite en 95 degrés et transmet 33 « étapes de l’échelle » sous forme rituellique (les autres sont « communiqués »)  au lieu de 14 degrés (le 66ième étant un degré à part).   Quant aux Arcana et l’Arcana-Arcanorum, cette voie effectue un réel travail sur le 87,88,89 et 90ième degré. Cette voie intègre la voie Celtique.

C : La voie Misraïmite Ancienne basée sur les prescriptions du Très Sublime Frère Robert Ambelain. Cf. « La Franc-Maçonnerie Oubliée » (Edit Robert Laffont)  et « la Franc-Maçonnerie d’Autrefois » (Edit Robert Laffont) … à confirmer

D : L’universalité du chemin impliquait un  « éventail initiatique ». Ainsi l’OIAPMM a « adopté » un Rit historique : Le Rite Primitif d’Écosse.

Ajoutons ici, qu’il serait opportun que renaisse, le Rite de Memphis (perdu corps et biens, enfin presque), sachant que l’essence du Régime Écossais Rectifié nous est offert par le Grand Prieuré Souverain de France et que l’essence du Rit Écossais Ancien et Accepté nous est rendu sensible par notre promiscuité avec des Frères et de Sœurs travaillant au sein de puissance maçonnique ad-hoc …

Appel est fait à nos frères et sœurs du Rite de Memphis s’ils jugent pertinent le fait de se rassembler au sein d’une entité dont la seule ambition serait de capitaliser nos savoirs et de tonifier notre connaissance

Quelles sont les règles de base associées à notre Rite et à nos Voies (dans le cadre de l’OIAPMM).

Nos Voies que nous qualifions « d’Éveil » sont assises sur Six concepts :

1 : L’existence de Trois degrés (et pas un de plus) … Apprenti – Compagnon & Maître avec les particularités suivantes :

  • Le degré d’apprenti dont la fonction est la « re-connaissance » de soi et l’observation du monde selon « le mythe de la caverne » de Platon …
  • Le degré de Compagnon dont l’utilité est d’acquérir les outils nécessaire à tout maçon désireux d’être un chercheur authentique, mu par son unique conscience … Ce point met en valeur la nature de notre ordre qui n’est pas rattaché à un égrégore collectif mais qui est rattaché à une source : celle que distille notre Rite. Cela exige l’acquisition d’un minimum de maitrise. La première « boite à outils : les « 7 Arts Royaux » et des philosophes « déclencheurs » d’intérêts … Tels Lycurgue, Pythagore, Socrate, Platon, Thalès, … et autres « lanceurs d’Alertes » spirituelles s’entend …
  • Les Maîtres, nouvellement exaltés, comprendront que notre Rite implique, après le voyage intérieur de l’Apprenti, puis les voyages « découvertes » des mondes du compagnon, un autre voyage beaucoup plus long à travers l’histoire symbolique, philosophique, métaphysique et ésotérique de toutes les IA-1-300x225 dans Contributioncivilisations que notre planète ait portée car les peuples passés ont construit peu à peu ce que nous sommes . Cela fait, ayant pénétré cette conscience universelle la voie de la Haute Maitrise permettra, au Maître, ainsi, réalisé, aguerri et informé de cheminer vers l’ultime initiation … être exhaustif … et « épuiser » sa vie afin que nous la rendions en ayant extirpé la substantifique moelle voilà le statut du Maître !!! … tant que cela n’est pas accompli nul repos ne les tente.

2 : La conviction que notre Rite et nos voies étaient, aujourd’hui, les plus à même de relier « Science et Spiritualité ».

3 : L’échelle de notre Rite resterait « une échelle en 95 degrés » en respect avec les transmissions que nous avons reçues. Cette échelle bien que nous ayant été transmise par le TSF Robert Ambelain (sur le plan historique) a été beaucoup enrichie grâce à des apports en provenance des USA, du Canada, de la Belgique et en moindre importance d’Allemagne. Le parcours des Maîtres s’organisant autour d’une progression logique pour servir la notion d’éveil dont nous avons parlé plus haut. Il sera pour nous aisé de faire savoir que ces 95° suppose un grand investissement personnel afin de pénétrer notre véritable nature et comprendre notre réelle destinée.

En résumé … Ancienne Égypte, Tradition primordiale, Judaïsme, Rayonnement Christique, Celtisme, Mithraïsme, retour aux apports des rites anciens, Védisme, Hindouisme, Bouddhisme, Shivaïsme, Soufisme … seront le lot des études poursuivies par le Maître l’obligeant à la souplesse de vue et à se sentir à l’aise dans un état de « conscience augmenté » et propre à concevoir une véritable  universalité.

4 : la Franc-Maçonnerie, avec sa teinture « voie orientale » devient une école opérative formant des  hommes et des femmes dont le métier est de construire en soi et hors de soi harmonie et futur pour le bien de l’humanité toute entière. Cette école opérative qui n’exclut en aucun cas les croyances individuelles qui peuvent émerger de la méditation Maçonnique  et qui permet même à chacun de vivre des voies « extra-maçonniques » qui répondent plus profondément à son aspiration (Martinisme, Église Gnostique, Réaux-Croix, Élus Coens, Rose+Croix d’Orient, Ordre Kabbalistique, … que sais-je encore).

5 : l’OIAPMM est une Organisation sans structure administrative hiérarchique puisque chaque atelier est  « libre », « indépendant » et « souverain » selon les modes d’organisation ayant cours au 18ième Siècle. Siècle des lumières dit-on avec justesse. Chaque atelier a, dès lors, l’obligation d’être en règle avec les lois du pays dans lequel il travaille. Cependant, pour asseoir leur autorité initiatique et pour garantir la qualité de leur transmission chaque atelier souscrit une Charte qui le lie au Souverain Sanctuaire Khorshed. Ce Souverain Sanctuaire a pour mission de rassembler les dépôts initiatiques nécessaires à la vie et à l’enrichissement du rite qui lui sert de voie initiatique.

6 : Le respect que l’on doit à tout être libre dans son cœur et dans son âme, chevalier dans sa fonction et dans l’humilité de son statut au regard d’un cosmos source de toute vie nous oblige :

  • à refuser toute labellisation sachant que la recherche de la vérité n’admet aucune entrave[i],
  • à refuser le statut de la Grande Hiérophanie[ii],
  • à marginaliser au maximum les contraintes profanes afin de parcourir son chemin spirituel avec le plus grand bénéfice personnel et pour autrui

Restons en-là sur les fondements de notre Rite

Nous devons maintenant aborder le mode de fonctionnement des ateliers de l’OIAPMM (Triangle – Loge juste – loge juste et parfaite – Collège – Chapitre – Sénat – aréopage – et autres consistoires – Cité Mystique – Souverain Sanctuaire …) …

La voie Égyptienne tout comme les philosophies orientales et Africaines nous enseignent que :

  • le Temps n’existe point … car il est sacré … et qu’entre deux parenthèses seul l’esprit circule !!
  • ce que nous faisons, ici et maintenant, doit rassembler toute notre attention, nos forces de méditation, d’inspiration et … notre authenticité …
  • et c’est pour cela qu’elle nous suggèrent que la recherche de la Vérité est notre seule et unique ambition, aucune irruption étrangère ni injonction du monde profane ne pouvant être tolérée. Le lieu de nos travaux étant, assurément, secret mais, aussi, sacré.
  • Nos assemblés rythmés par l’ouverture et la fermeture de nos travaux puis la présentation des « morceaux d’architecture » doivent s’inscrire dans ces deux parenthèses entre lesquelles tout espace-temps devient inconditionnel

Pour la voie dite « orientale » il sera ajouté un autre précepte :

Ne pensons point obtenir notre réalisation personnelle ni notre « réintégration dans notre statut d’origine » comme nous le suggère certains de nos rituels si nous refusions de faire comme les moines taoïstes le chemin tortueux de l’esprit de vie … re-connaitre d’où l’on vient, prendre conscience du « lieu » où nous sommes et se libérer pour accomplir sa destinée … et, chemin faisant, pratiquer la compassion et l’aide … voilà le devoir des Maçons Francs du 21ième siècle …     

Qu’écrire de plus sur le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm – Voie d’Eveil (Voie Orientale,  Voie Robert Ambelain et voie Misraïmite Ancienne)

Le « souverain Sanctuaire Khorshed[iii] » a rassemblé et réexaminé l’ensemble des dépôts initiatiques afin de rendre les rituels conformes aux principes que je viens de d’exposer. OIAPMM-SSKhorshed-Blanc-300x300 dans Recherches & ReflexionsNous devons juste nous convaincre de l’idée suivante :

« Une tradition (héritage culturel voire cultuel) qui ne s’actualise pas est une tradition qui meurt » … « Une tradition qui s’actualise nourrit et fortifie le passé – le Présent – et l’avenir, garantissant ainsi le respect de nos anciens (Maîtres passés :: « ancêtres ») et notre capacité à enfanter l’avenir par une belle transmission murie par le soleil de l’amour fraternel »

Malgré ce qui en est parfois dit, nos Rituels « ne sont pas longs » … ils agissent le temps nécessaires pour que notre être oppressé par des tensions profanes prenne le temps de retrouver une véritable écoute et le lien qui n’aurait jamais dû être coupé entre l’homme et son être profond …

Notre Ordre et le paysage Maçonnique actuel

Tout pourra être dit … Tout … et même son contraire sur ce sujet !!!! … Mais pour paraphraser une stance de nos rituels je dirais que « nous maçons d’Egypte nous ne prendrons jamais des vessies pour des lanternes » et que si nous dressons notre âme pour voguer dans des espaces plus subtils nous savons être rationnels et nous savons juger par nous-mêmes … Nul ne peut se présenter et déclarer être notre recteur de conscience.

Nous savons aussi que nous sommes tous des Chevaliers (Samouraïs) ou des chevaliers en devenir car nous sommes des Francs-maçons constructeurs d’harmonies exécrant l’irrespect, l’exclusion, et toutes les attitudes sectaires d’où qu’elles viennent !!!

Dès lors nous avons à imposer un comportement qui honore la Franc-maçonnerie avec toutes ses magnifiques valeurs … (Droit à la conscience individuelle, liberté d’expression, droit de l’homme et plus généralement droit du vivant, protection de l’environnement, …)

A : Le paysage Maçonnique

Voici en 2018 une première classification des sensibilités Égyptiennes selon leur adhésion à la « Grande Hiérophanie » et à la nomination Ad-Vitam des  représentants du Rite.

  • Les puissances maçonniques acceptant la gouvernance selon les principes de la Grande Hiérophanie :
  • L’OIRAPMM (Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm) :: GMG Willy Reamaker et Bernard Teuqnirt …
  • L’ORUMM (Ordre des Rites Unis de Memphis Misraïm) qui comprend, aussi, les Rites Confédérés :: Joseph Castelli … en son sein nous trouvons : La Grande Loge Egyptienne de France (ex Gérard Harel) :: La Grande Loge Orientale Régulière de France (Richard Ytram) :: …
  • Le GOSRE (Le Grand Ordre Souverain des Rites Egyptiens) dont le Grand Hiérophante est Michel Goudard de Soulages. En son sein résident : la Grande Loge Symbolique Burgonde (François Clouzet) :: la Grande Loge Internationale régulière de Memphis Misraïm :: l’Ordre maçonnique Oriental de Memphis Misraïm (jean Pascal Tollip)
  • Les puissances maçonniques intégrant des modes de gouvernance proches du monde électoral :
  • Le GOE le Grand Ordre Égyptien du GODF (Philippe Foussier)
  • La GLMFMM puis FedMM :: Fédération de Memphis Misraïm … Bernard Champigneux
  • La Grande loge Féminine de Memphis Misraïm :: Éléonore Lecoq
  • La Grande Loge Mixte de Memphis Misraïm :: Olivier Sartoux
  • La Grande Loge Traditionnelle de Memphis Misraïm Battini Jean Simon
  • L’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm:: Patrick Theron
  • La Grande Loge Symbolique de France (& Grande Loge Traditionnelle Internationale) :: Jacques Lavilette.
  • La Grand Loge Unis de Memphis Misraïm :: François Evreux
  • La Grande Loge Mixte de France :: Édouard Habrant …
  • Et dans des parties de « sensibilité Egyptienne » inclus dans des Obédiences Multi-Rites (GLISRU : Grande Loge Indépendante et Souverain des Rites Unis, GLMN : Grande Loge Mixte Nationale, GLMF : Grande Loge Mixte de France, …)

Combien sommes-nous de frères ou de Sœurs Egyptiens en France ? Disons 4200 sur 182.400 FM[iv] (répartis en 7200 loges) environ  … la France représente 5,99% de la FM Mondiale (soit 3.051.000 FM) … pour une fois les Francs-maçons Français éternels nombrilistes pourront faire acte d’humilité !!!

Le nombre d’Egyptiens (4200 :: nombre statistique selon déclarations spontanées) en France est réparti en au moins 45 Ordres ou Obédiences … Nous nous rappellerons juste que :

  • La Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm en comptait il y encore peu de temps 1300 … (les sœurs ont récemment vécu des scissions du fait des exigences de reconnaissance du Grand Orient de France)
  • La Grande Loge mixte de Memphis Misraïm en comptait, il y a peu environ 300
  • La Grande Loge Française de Memphis Misraïm (aujourd’hui Fédération de Memphis Misraïm) en comptait, quant à elle entre 250 …
  • Le Grand Ordre Egyptien du GODF (Date Naissance : 19/09/2001) … 400 …
  • La Grande Loge Mixte de France … un peu moins de 200 ? …
  • Aujourd’hui le groupe ci-dessus ne représente plus que 2450 Frères et Sœurs !!! Il sera dès lors aisé de constater, alors, que 1750 autres frères et sœurs Egyptiens se sont répartis en 40 Obédiences !!! ….  Je n’ai pas compté la dernière naissance … il y a m’a-t-on dit, un an : l’Ordre Maçonnique Egyptien Mixte International (OMEMI, un nouveau système issu de « l’Océan Indien »  ….  Donc 41 !!!

Cela nous laisse rêveur. La consistance numérique de chacune d’entre-elle, sachant que certaines ont plus particulièrement résistée et « jaugent » à plus de 150 membres !!! (Nous faisons partie de celles-là) … reste bien légère, c’est-à-dire « poids plume » …

Avant d’aller plus avant nous pouvons nous convaincre de ceci, car nous sommes bien en France et il existe dans notre pays des principes de liberté inaliénables : Les hommes et les femmes peuvent se rassembler sans avoir de « tuteur » au travers de structures de type associative (Association de la loi de 1901 et de 1905)  de ce fait :

  • Il n’existe, donc aucune obligation pour des Maçons libres dans une loge libre d’adhérer à une fédération ou une confédération …
  • Les liens entre associations relèvent de la volonté pleine et entière des signataires et des puissances qui les formalisent. Il n’appartient dès lors à aucune autres autorités de les contester sur la base de principes qui dérogeraient à la liberté de conscience, à la liberté d’expression, au droit de s’unir pour des raisons qui les concernent.

Dans le cas contraire : la recherche de « tutorat » ou tout simplement la volonté de construire entre plusieurs associations (loges) des liens de dépendance ou de contrôle hiérarchique peuvent amener certaines d’entre-elles à rechercher une adhésion à une Fédération ou une confédération … ce que nous maçons appelons  « Grande Loge » ou « Confédération Maçonnique ».  Modèle de gouvernance largement inspiré des propositions du « Pasteur Anderson ».

Ce mode de gestion est devenu quasiment la règle depuis le 20ième Siècle … L’idée étant bien acquise par la « Grande Loge Unie d’Angleterre » (GLUA) (laquelle inventa, alors, l’abaque de la « régularité »  puis pour ne pas être « en reste » par rapport à nos frères anglo-saxons, cette idée fut reprise par le Grand Orient de France (lequel nous inventa la « reconnaissance »).  Sans polémique, aucune, nous dirons, alors, que chacun peut inventer ce qu’il veut mais il sera important pour nous maçon de savoir, de connaitre puis d’accepter (ou de ne point accepter) les affres qui sont les conséquences naturelles de toutes sectarisations et/ou de tout asservissement !!!!.

Il existe pourtant une formule « le Traité d’Amitié » efficace et chargée de sens,  dont la valeur reste inestimable puisqu’elle relie, normalement, des puissances maçonniques désireuses de partager et de travailler ensemble. Mais là encore quel gâchis !!!

En voyageant sur le Web et en nous arrêtant sur le site des diverses Grandes Loges ou Ordres l’on peut constater la publication d’une ou plusieurs pages listant les traités d’amitié et de reconnaissance. Il suffira de suivre trois Grandes Loges sur leur site Internet : GL3M, GLMN, FedMM où chacune d’entre-elle a entre 10 et 22 liens d’amitié. Est-il possible pour un frère et une sœur de faire vivre : une famille, un métier, une loge, une grande loge avec, si ce frère ou cette sœur, pratique les cénacles de perfection, un atelier spécifique, sa fédération associée et enfin ses propres recherches !!!! C’est assurément le grand écart et de douloureuses lombalgies éprouvantes … quand peut-on alors parler ésotérisme ? …  Comment peut-on penser au moindre échange initiatique de fond dans ces conditions ? !!!! Ces seuls liens résident, souvent et assurément, dans des participations protocolaires lors de tenues spécifiques que les maçons désignent par le terme de « Convent ».

Pour faire bon poids et être complet : même en en notre siècle, il semble qu’au titre de la « tradition » une grande partie de l’humanité est exclue (sur le plan du principe !!!) … sans pour cela ne soulever aucune indignation.

Prenons pour critère le « sexe » une grande majorité sera masculine, … prenons celui du substrat ésotérique la presque totalité sera … judéo-chrétienne !!!

Lorsque les loges et ateliers ont choisi de s’affilier à une Grande loge. L’on doit savoir cela :

Une puissance Maçonnique dite « régulière » ou « reconnue » dans la plupart  des cas (98%) est formée de deux parties :

  • Un ensemble de loges dites « Symboliques » ou « Allégoriques » qui sont sous le contrôle administratif d’une « Grande Loge » (C’est sur celle-ci que repose le qualificatif de « régulière » si elle répond aux « Landmark » de la GLUA ou de « reconnue » si elle répond aux exigences (à géométrie variable … nous en avons pour preuve la reconnaissance discutée, actuellement, avec la GL-AMF !!! ), par le GODF
  • Un deuxième ensemble les « Ateliers Supérieurs » ou de « Perfection » qui pratiquent leur Rite sous l’autorité d’un « Suprême Conseil », d’un « collège des Rites » ou autres désignations … ce deuxième ensemble ne souffre généralement pas de « reconnaissance » ni de « régularité » … dans le cas contraire il s’agirait là d’une forfaiture. Tout le monde sait que les échelles des hauts-grades sont d’une extrême variété et personne sur le plan historique ne peut déterminer ce qui serait opportun de designer comme « juste et parfait »

Voilà donc, quelques définitions posées.

Nous pouvons … continuer … en nous focalisant sur le groupe de maçons que constituent « les Egyptiens » (Terme générique, évidemment) … Précisons tout de même ce que cela signifie :

  • Au 19ième Siècle disons qu’il existait le Rite de Misraïm (dit Rite Egyptien), le Rite de Memphis (dit Oriental … Attention pas le nôtre) et le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm
  • Au 20ième Siècle nous y trouvons le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm et l’Antique Primitif Rite Oriental de Memphis Misraïm
  • Au 21ième siècle nous retrouvons le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (dans lequel s’ajoute notre Voie Orientale – Voie d’Eveil), le Rite de Misraïm, l’Antique Primitif Rite Oriental de Memphis Misraïm mais aussi, un réémergence du Rite de Misraïm, et enfin, le Rite du Grand Ordre Egyptien (Cf. Note de fin)

Selon ces critères, nous somme 4200 Frères et Sœurs « egyptianisants »  (cf. supra). Ils se répartissent en deux catégories selon la notion de « reconnaissance du GODF » (la « Régularité » est à exclure de fait, naturellment ):

  • Les structures « reconnues » par le GODF[v],

Je reprends, ici, que celles qui pratiquent les « Rites Égyptiens » : Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm, La Grande Loge Française de Memphis Misraïm (qui est devenue aujourd’hui la Fédération Memphis Misraïm … Traité signé le 29/11/2017 à Paris), Grande Loge Mixte de Memphis Misraïm (Traité signé le 29/05/2004), Grande Loge Mixte de France, la Grande Loge Symbolique des Rites Unis …

  • Les structures « non reconnues » par le GODF 

Dans Celles qui sont reconnues comme puissances maçonniques selon les principes de la convention de Strasbourg de 1961 et qui sont « Amies » d’une puissance maçonnique reconnue (par le GODF):

     A : OIAPMM[vi] (Ordre Initiatique Ancien & Primitif de Memphis Misraïm), la Grande Loge Symbolique de France,  Grande Loge Française de Misraïm (Celle d’André Jacques, manifestement), …

B : La Grande Loge Unis de Memphis Misraïm,

C : La Grande Loge Symbolique de France,

Ici, notre attention doit être requise : « les Amis de mes Amis pourraient à priori être mes Amis ». Assertion que l’on retrouve souvent dans le monde profane, qui relève du bon sens et qui fonctionne souvent sauf cas particuliers !!!.

De façon coutumière & objective, cet aphorisme est faux au sein de la franc-Maçonnerie Française dite « reconnue » c’est dire au sein des obédiences qui ont jugé utile se mettre sous la coupe d’un « Grand Ordre » … même si celui-ci s’auto-désigne comme « Égyptien » :

là: « Les amis de mes amis sont inexistants, non advenus ».

  • Enfin Les autres… au sein des quelles l’on trouve:

Les structures dites « sauvages » …  dont certaines appartiennent au Portail des loges libres et indépendantes. Disons le franchement: il y a des loges dites sauvages qui transmettent un enseignement de première importance et … il y a des loges dites reconnues qui pourraient les envier !!!

Remarques importantes: Toutes les loges inscrites au portail ne sont pas « sauvages » !!!. J’en pour preuve que 70% d’entre-elle font partie de structures parfaitement organisées :

> La Fédération des loges libres et Souveraines (FLLS),

> L’Alliance Maçonnique Universelle (ALMA),

> Mais aussi, d’un certain point de vue, L’OIAPMM (Eh oui nous faisons partie du portail … puisque tous nos ateliers sont libres et indépendants sur le plan administratif mais par contre ils sont reliés exclusivement par une Charte Initiatique. C’est notre particularité absolue. Cette particularité nous exclut statutairement de toute « reconnaissance » du GODF puisque la « reconnaissance » est attribuée dans le seul but d’évaluer les modes de gouvernances (« fourches caudines » administrative) et d’imposer, sur le plan initiatique, l’abandon du Rite d’origine par l’adoption d’un Rite reconconstruit en 2000 sur la base de l’Echelle de Yarker en 33 degrés  (Cf. Marcos // Biasi)

  • Les structures rattachées à la grande Hiérophanie donc irrémédiablement non reconnues

> OIRAPMM (Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis (dont le dernier Grand Hiérophante présumé … le 12ième … est Willy Reamaker) ;

> ORUMM (Ordre des Rites Unis de Memphis Misraïm) sous la gouvernance du Grand Hiérophante, présumé … le 12ième aussi : Joseph Castelli grand timonier de ce que l’on appelle « les Rites Confédérés » … espace dans lequel un grand nombre de sensibilités spirituelles sont rassemblées.

> GOSRE (Grand Ordre Souverain des Rites Egyptiens) dont le premier Grand Hiérophante se dit être (encore un) en fait le 12ième Grand hiérophante : Michel Goudard de Soulages !!!  …

  • Rajoutons aujourd’hui un phénomène nouveau : le réveil des courants qui avaient été mis sous le boisseau par le TSF Robert Ambelain … ce sont des sensibilités ésotériques allemandes et Italiennes (Naples, Venise, ..). réapparaissent, aussi, des filiations Jean Prévost, Jean Bernadac, Gian Carlo Seri, … Tous ces mouvements maçonniques n’ont pas été quantifié mais ne nous trompons point, ils sont loin d’être négligeables … et surtout nous ne savons pas encore sur quelles bases philosophiques ils sont réellement posés (Discrétion ? Secret ? )…  La position des autorités Italiennes laisse penser que la France pourrait, bien, être une Terre d’accueil. Situation intéressante quand l’on sait que la Franc-maçonnerie française (« reconnue » et la plus nombreuse) est incapable d’hospitalité sur son propre territoire.

(Je n’ai pas pu chiffrer ces deux dernières catégories … je compléterai mon analyse ultérieurement)

B : Paysage Maçonnique et Rites Egyptiens

  • Le Rite de Misraïm (Dit Egyptien),

C’est avec le Rite de Memphis Misraïm, les deux systèmes hermétiques importants. Dans le Rite de Misraïm se développèrent et se multiplièrent des degrés (hauts grades), il faut bien le dire de façon un peu anarchique. Il fut raillé par son nombre important de degrés. Railleries facile lorsque l’on est ignorant des contenus et de la valeur opérative de ses modes de fonctionnement. Le terme de   « Misraïm » se retrouve pour la première fois lors de la présentation des secondes Constitutions d’Anderson du Frère de la Tierce en 1742. « Misraïm »  désigne « l’Egypte » en Hébreux. A ce moment pourtant rien à voir avec l’inspiration de l’ancienne Egypte. La base initiatique est parfaitement Hébraïque. Une connotation Egyptienne apparait en 1767. En effet les frères de la Stricte Observance Templière et les maçons Ecossais en lien avec Fréderic de Prusse évoquent l’idée d’inclure dans le parcours initiatiques des frères un enchainement authentique sur le sentier de l’initiation : cela concerne, évidemment, l’ancienne Egypte. Le Rite Krata Repoa sera un support-soutien manifestement peu compris pour promouvoir un nouvel hermétisme. Rites païen et Rite Chrétien semblent faire bon ménage à tel point que les Frères des Rites Rectifiés s’en accommodent. Des Sources Inspiratrices

A : 1759 Les amis de Delphes « Rites des Philadelphes » travaillés dans une loge Narbonnaise (Théurgie). La fondation du rite est attribuée au Vicomte de Chefdebien d’Aigrefeuille

B : 1750-1760 des principes et des pratiques Rose+Croix ….

C : 1773, fondation à Lyon du Rite des Philalèthes dont les influences de Willermoz et de Cagliostro sont patentes. Jean solis expliquera que « Le système s’articule en trois séries : Symbolique à Ecossais, Chevaleresque avec une Rose+Croix et un Chevalier du Temple, sur trame alchimique, théosophique et Théurgique à connotation sacerdotale proche des Elus Cohen ».

D : Cagliostro et bien sûr le Rite de l’Etoile Flamboyante du Baron de Tschoudy.

Deux personnages se feront concurrence : Cagliostro et le Comte de St Martin !!! Cagliostro est un Mystique, Théurge, Thérapeute et alchimiste des voies internes et externes (escroc pour d’autres !!!) … il récolte des degrés particuliers à Malte (Fonseca) et à Naples. Il se forme au mysticisme chevaleresque de Willermoz. Toutes ces aptitudes le mènent à la création en 1784 du Rite Primitif qui porte son nom. Il en devient son patriarche !!! Là réside, peut-être, la source de l’Arcana Arcanorum …

L’ensemble fut recueilli par le patriarche Gad Bédarride dans des conditions … étranges … Marc-Badarrides-01-248x300mais c’est à ce moment que furent construits les 90 degrés du Rite de Misraïm …

L’histoire nous dit que les hauts degrés furent perdus et seuls les 77 premiers degrés restèrent entre les mains des fils Bédarrides. … les degrés manquant furent réinventés par eux, naturellement dénaturés … Où sont les véritables hauts degrés ? … personne ne peut, objectivement s’en prévaloir.

  • Le Rite de Memphis (Qui est dénommé à tort  « Oriental »),

Selon la tradition de notre voie maçonnique il est écrit : « La plupart des membres de la mission d’Egypte qui accompagnèrent Bonaparte était Maçons de très anciens Rites Marconis-De-Negre-01initiatiques : Philalethes, Frères Africains, Rite Hermétique, Philadelphes, Rite Primitif, sans omettre des frères issus du Grand Orient de France. C’est la découverte, au Caire d’une survivance gnostico-hermétique qui va, alors conduire ces frères à renoncer à la filiation reçue, jadis, par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Ainsi sous la direction de Samuel Honis et de Marconis de Nègre, nait à Montauban en 1815, un nouveau courant maçonnique ne devant rien à l’Angleterre : le Rite de Memphis. Si ce Rite rassemble rapidement les Jacobins nostalgiques de la République avec les Carbonari, c’est bien au sein de Memphis que se regroupe les demi-solde de l’ex-grande armée et les bonapartistes demeurés fidèles à l’Aigle.

Les personnages emblématiques :

1 : Gabriel Mathieu Marconis (33° du REAA et les plus hauts degrés du Rite Primitif … et les hauts lieux kabbalistiques en Europe)

2 : Jacques Etienne Marconis de Nègre, son fils, Hauts degrés du Rite de Misraïm, Hermétisme Ecossais et Krata Repoa Germaniques et ésotérisme Egyptien grâce à l’épisode de l’épopée Napoléonienne.

En 1816 les deux Rites Misraïm et Memphis ont le même grand Maitre général … prémices d’une prompte réunion ?  … mais après quelques vissicitudes le Rite reprendra ses travaux le 23/03/1838. Le 30/04/1838 verra la constitution de la Grande Loge d’Osiris et les statuts du Rite déposés le 11 Janvier 1939.

Le Rite sera reconnu par le GODF en 1862 …

L’on notera que selon certains « témoins » Bonaparte aurait été initié Franc-Maçon dans Bonaparte-Arcole-02la loge « ISIS » au Caire. Le Vénérable Maître en aurait été « le Général Kleber ». Salvatore Avventore Zola écrit : qu’exactement en Aout 1798, Napoléon reçut les transmissions des antiques sages de l’Egypte. Cette initiation aurait été faite dans la pyramide Chéops. Ainsi naquit, sans doute le premier foyer « Memphis » en Egypte. En 1815, le 30 Avril à Montauban fut fondée la première loge en France sous la désignation « des Disciples de Memphis » par Sanuel Honis, Gabriel Mateo Marconis de Nègre, la Baron Dumas, le Marquis De Laroque et Hyppolite Labrunie.

  • L’Antique Primitif Rite Oriental de Memphis Misraïm,

Ce rite est essentiellement pratiqué en Italie au sein du GSA (Grand Sanctuaire Grand-Sanctuaire-Adriatique-03-300x281Adriatique) il est masculin mais admet des « loges d’adoption » féminines (pour lesquels la présence d’un « homme », patriarche de surcroît est requis !!! son fondement : La Grande Hiérophanie et l’accès à l’Arcana Arcanorum. Ce dernier est, selon cette puissance maçonnique, défini par Jean Pierre Judicelli de Cressac Bachelerie dans son livre « de la Rose Rouge à la Rose d’Or » (Cet enseignement concerne la Théurgie, c’est-à-dire une mise en relation avec des Eons-Guides qui doivent prendre le relais afin de faire comprendre un processus mais, aussi, une voie Alchimique très fermée qui est un « nei-tan » (voie Interne)). Cette version de rite égyptien est naturellement très intriquée avec les autres essences « Memphis Misraïm » mais s’inspire, aussi, de sources très anciennes (Venise). La maitrise est basée sur le thème du « Mythe Osirien » et les autres degrés détermineront l’aptitude de chacun à progresser sur un plan opérationnel et non intellectuel. L’astrologie et la Kabbale seront nécessaires pour l’accès aux arcanas (le retour à l’Unité). Leur grande Hiérophanie souscrit à une transmission de noblesse spirituelle. Dans ce cadre leur  « in Memoriam » souligne l’autorité des : marc Bédarride, Marconis de Nègre, Marco Edigio Allegri, Ottavio Ulderico Zasio, Gastone Ventura, Sébastiano Caracciolo …

  • Le rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (Historique),

Le Rite ancien (REAA) et Primitif (Narbonne : hermétique et opératoire) de Memphis Misraïm résulte de la fusion effectuée, en 1881, entre le Rite de Memphis et celui de Misraïm sous la gouvernance de Giuseppe Garibaldi, Franc-maçon, général de l’Armée Italienne qui fit l’Unité Italienne. « Italia fara da se »  …

Ce rapprochement sera, évidemment, violemment rejeté par le Grand Orient d’Egypte (fondation 1856)

Rapidement brossé les deux premiers degrés ont une connotation égyptienne, le 3ième fait référence au Mythe de Salomon, puis du 4ième au 33ième le rite suit celui du Re2a dans les « stations » mais pas totalement dans les messages initiatiques, du 34ième au 68ième il développe la philosophie maçonnique et restitue les Mythes Anciens et enfin les suivants qui seront d’essence Théurgiques et Alchimiques.

Le 66ième degré consacre « une Eglise Intérieure » en relation avec le Gnosticisme assis sur une gnose de type Judéo-païenne  (Ordres Mineurs, Ordres Majeurs, Prêtrise, Episcopat) sensé s’inspiré du « Temps du Christianisme Primitif » … Ce degré donne assurément à ce Rite une « Régularité Sacerdotale »

Concernant les fameux « arcanas », couronnés de « l’Arcana Arcanorum », l’Arcane des arcanes ils donnent titre de Sublime Maître du Grand Œuvre. Il signifie, à priori, pour le titulaire sa réintégration dans l’Unité et sa capacité à avoir construit son « corps de Gloire ».

C’est pour ce faire que ces arcanas décernent « les secrets oraux de Naples » au « cherchant » et sans doute pour l’occasion « au souffrant » !!!

Les Adeptes « Egyptiens » progressent ainsi selon un cheminement individuel guidé par un déambulatoire le plus complet possible sur le plan initiatique. 4 caractéristiques peuvent, aujourd’hui, être recensées :

  • Les Rites judéo-chrétien de Robert Ambelain
  • Les Rites Orientaux … Il y en a quelques-uns … mais à ma connaissance seul l’OIAPMM est en lien avec des « pratiques » d’inspiration extrême orientale …

A : l’OMOMM (Ordre Maçonnique Oriental de Memphis-Misraïm). Leur filiation est celle de Bricaud – Constant Chevillon – Ambelain & Bricaud – Constant Chevillon – Chambellan.

B : ROM (Rite Oriental de Misraïm) : Cette puissance Maçonnique puise dans les Antiques Traditions du bassin méditerranéen … Pythagoriciens, Auteurs Hermétiques Alexandrins, Néoplatoniciens, Sabéen de Harrân, Ismaéliens … en 1792 des sources de Misraïm de l’Ile de Zante …

C : l’OMORAPMM (Ordre Maçonnique Oriental du Rite Ancien & Primitif de Memphis Misraïm en France … Voici une nouvelle résurgence de lignées Italiennes … ce que l’on peut dire c’est que cet Ordre reçut patente le 09/02/1988 des mains de Giancarlo Seri

D : Au sein de l’OIAPMM:

Cette puissance Maçonnique fait bien partie de la famille que nous décrivons mais il nous faut souligner leurs spécificités. Il n’y a que 3 degrés (Cela répond au critère de tous les systèmes maçonniques) : Apprenti, Compagnon et Maître.   Le degré de Compagnon est réservé à l’apprentissage des 7 Arts Royaux (et libéraux) ainsi qu’au contact avec certains philosophes emblématiques au regard de l’évolution des sociétés et civilisations. Le degré de Maitre est transmis selon la référence au mythe Osirien (pour la voie Orientale), la voie Robert Ambelain conserve la référence du Mythe d’Hiram..

Les autres « degrés » sont en fait des « Stations initiatiques » que les Maîtres rencontrent lors de leur cheminement dans le Rite. Et pour certaines d’entre-elles, il est réveillé (en complément des degrés classiques) de nombreuses sensibilités Egyptiennes, extrême-Orientales tel que le Chevalier de Mercy (Siddhârta Gautama), … , Patriarche des Védas Sacrés, …  

  • Les Rites Anciens,

Cf Supra (Rite Ecossais Ancien et Accepté, Régime Ecossais Primitif, Stricte Observance, Gnosticisme, Celtisme, Rose+Croix, … ) … au sein desquels, à ma connaissance, des Ordres font références: l’OMRA (Ordre Maçonnique des Rites Anciens), des Grands Prieurés (GPDG, GPIDF, GPERRO, GPSDF, GPITDG, …).

  • La grande Hiérophanie

C’est un système de gouvernance qui implique qu’un Grand Maitre Général ou un Grand Maitre National est nommé Ad-Vitam et qu’il possède l’autorité absolu pour désigner son successeur … à priori la statut minimum, pour un Grand Maître Général (Mondial, donc), est de posséder la connaissance au plus degré d’au moins trois voies Initiatiques. En général un Rite Egyptien, un Episcopat Gnostique, une voie Martiniste ou un Ordre Rose+Croix ou Kabbalistique …

Au sein de cette spécificité l’on trouvera le GSA, l’OIRAPMM, le GOSRE, l’ORUMM, ….

L’OIAPMM, comme le GOE, la FedMM, la GLMMM, …, ne sont donc pas concernés

  • Le Grand Ordre Egyptien[vii] (GOE) … il fut fondé la même année que notre voie initiatique !!!

Il est une juridiction de « hauts-grades » maçonniques travaillant au « Rite Ancien et Sceau-revu-BDMIPrimitif de Memphis-Misraïm » pratiqué selon une échelle en 33 degrés établie par Jacques-Etienne Marconis de nègre[viii], fondateur du Rite de Memphis, lorsqu’il entra dès 1862 au Grand Orient de France avec son rite. Celle-ci fut analysée et travaillée avec  l’aide de son Premier Grand Maître Adjoint, Ludovic Marcos, sans oublier la haute inspiration du frère Jean-Louis Biasi …

Le plan ésotérique prévu par le GOE institue un parcours conçu comme suit : « Les rituels et les travaux plongent le cherchant véritable dans l’Egypte alexandrine creuset des cultures, philosophies et religions de l’Egypte Ancienne, de la Grèce Antique, de la Mésopotamie et de l’Asie Mineure. Les Travaux de l’Académie Platon ou des Médicis sont aussi réactivés. Cette quête conduit nombre de participants vers la fameuse inscription qui ornait le temple d’Apollon à Delphes « connais-toi, toi-même, et tu connaitras l’Univers et les Dieux ». Pour cela, le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 33 degrés n’emprunte rien aux autres rites. Contrairement à l’échelle en 95 degrés du même rite, celle en 33 degrés n’utilise pas les grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Les rituels n’ont aucun lien avec la légende d’Hiram ou toute autre connotation judéo-chrétienne puisque ses fondamentaux sont préchrétiens ».

En 2018 … nous sommes contraints de constater une règle absolue imposée par le GODF … « toute puissance maçonnique qui souhaite être « reconnue » doit mettre en œuvre à court terme les rituelies prévue par le GOE[ix] ».

Ceci signe la disparition d’une grande partie du Rite Ancien & Primitif de Memphis Misraïm historique (Celui issu de Robert Ambelain, Gérard Kloppel … et si l’on sait compter : 2200 « reconnus » … implique 2000 « non reconnus » …

C : enfin : Organisation de l’OIAPMM (Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm)  pour y voir plus Clair

  • Il appartient au portail des loges libres et indépendantes (130) qui regroupe :

La Fédération des loges Libres et souveraines (FLLS) … Multi-Rites, L’alliance Maçonnique Universelle (ALMA) … Multi-Rites, Nous-mêmes (OIAPMM) … Mono-Rite, et enfin une quarantaine de loges résolument indépendantes. Lesquelles pour l’essentiel ne sont pas égyptiennes.

Dans ce portail une loge de recherche de première importance éditrice « d’une parole circule » la Respectable Loge Sud-Rosa à Genève, montre la qualité du travail accompli.

  • Nous respectons les lois de nos pays de rattachement et chaque loge ou atelier a signé la charte des loges libres et indépendantes du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm. Charte qui est sous le contrôle du  « Souverain Sanctuaire Khorshed ».
  •  Dans le cadre de sa partie initiatique notre système est conçu comme un « Ordre » et non comme une Obédience.  Son Assise est définie par trois degrés : « Apprentis », « Compagnons » et « Maîtres ».

> Apprentis ou la prise de conscience de Soi …

> Compagnons ou l’Apprentissage des 7 Arts Royaux, l’approche de la philosophie et la maîtrise de « ses sens ».

> Maîtres … le compagnonnage dans les sources philosophiques, Métaphysiques, Mythologiques et ésotériques (terme générique, évidemment) … avec en fin de parcours les travaux très individuels sur ce que l’on désigne sous le terme « Arcana Arcanorum». Ce parcours s’effectue sans notion de hiérarchie en 27 Stations réelles abordées par la « voie de l’initiation » …

  • Nous respectons les termes et l’esprit de la « Convention de Strasbourg du 22/01/clipsas011961 ». Nous somme en liens avec des structures qui elles-mêmes sont garantes de cet esprit :

> L’ex GLFrMM (Grande Loge Française de Memphis Misraïm) devenue Fed MM (Fédération Memphis Misraïm) (sur le plan National),

> La GLNC (Grande Loge Nationale du Canada (sur le plan International),

Nous avons, également, voulu rendre hommage à l’immense travail fourni par notre TSF Robert Ambelain en y ajoutant, dans nos relations, des courants qui ont constitué  les soubassements de notre Rite. Ainsi nous comptons parmi nos traités d’amitiés :

> L’Ordre Illustre de la Strict Observance Templière,

> L’Union Maçonnique Européenne,

> L’Ordre des Rites Anciens

  • Pour cette raison, nous avons choisi d’être clair dans notre mode de gouvernance :

> Une Charte qualité qui règle les modes de transmissions selon notre échelle à 3 degrés (AA ::CC ::MM) et 27 Stations (pour les Maîtres) de Transmission Rituellique et 3 de directions plus des dossiers d’instruction complémentaire. (Là il s’agit bien de degré transmis rituelliquement dans une Échelle en 95-96-97 degrés)

> Une « grammaire maçonnique » basée sur une rituelie non abrégée pour permettre l’examen en profondeur des suggestions proposées par le Rite

> Un mode de travail qui respecte la sensibilité de chacun … faisant, ainsi, de la loge un lieu sacré où partages et confrontations trouvent un espace serein d’expression (Non-jugement et respect des formes d’expression – être Franc-maçon c’est savoir écouter et accepter la diversité des « savoir-être ».

> Un système de recrutement appuyé sur les us et coutumes de toutes les maçonneries traditionnelles (Enquêtes, Passages sous le bandeau pour notre Rite et Publications)

> Des Loges et Ateliers construits, sacralisés et protégés des indiscrétions profanes selon les pratiques traditionnelles qui nous ont été transmises.

Conclusions Temporaires, évidemment …

Au travers cet exposé nous l’aurons compris : rien n’est simple. Mais l’on peut en tirer une leçon.

L’essentiel de la franc-maçonnerie est anglo-saxonne (avec une qualité recherchée la Régularité) … un ilot est Française (avec un statut désiré: la reconnaissance) … cette maçonnerie est à 99% Judéo-Chrétienne c’est-à-dire référent à une culture assise sur l’inspiration hébraïque et Christique. Elle est occidentale et se dit « Universelle ». Pourtant n’importe quel philosophe (je dis bien « philosophe ») sincère et sérieux ne pourrait affirmer que cette « désignation-jugement » soit conforme à la réalité.

Cette maçonnerie se rassemble (toujours pour l’essentiel)  au sein de Rites : le Régime Ecossais Rectifié (1778), le Rite Ecossais Ancien et Accepté (1801), le Rite d’York, le Rite Emulation (1823), le Rite Français 1783) … gérés par un nombre d’ordres et d’obédiences limité…

Notons encore le Rite Standard d’Écosse (Historique) de la famille du Rite Émulation, le Rite Suédois (1759), le Rote Primitif d’Écosse (1598), Le Rite Opératif de Salomon (1974), le Rite Écossais Primitif (Ambelain 1985)

Une infime partie de la maçonnerie est dite « Egyptienne » (Terme générique évidemment). Elle est gérée par un nombre « incalculable » d’officines Maçonniques. Elle pratique de nombreux Rites issus de courants ésotériques très divers.

En son temps (il y a un demi-siècle) le TSF Robert Ambelain avait réussi à rassembler « presque » tout cela (après la guerre de 1939-1945) en une seule structure !!! … après 40 ans d’excellents travaux de fondation il n’a pas fallu 10 ans pour qu’une tour de Babel s’érige en lieu et place de cette fondation dite » moderne.

Notre Rite le RAPMM est assurément universel puisque son contenu l’est !!! Il aurait pu être servi par des frères puis des sœurs qui auraient pu prendre cette caractéristique pour en faire un Rite référent pour notre 20ième et 21ième Siècle … relier, rallier  « l’Orient & l’Occident » … mettre toutes les cultures du monde dans un même creuset !!! Quelle magnifique perspective !!! … il ne nous faut pas être nombreux … il nous faut être des penseurs accompagnant l’émergence d’une nouvelle forme de travail maçonnique au service de nos civilisations

Après ce travail, trop rapide, en effet, il faut « remercier » le GODF  !!! et « apprécier » son choix Rituélique recadrant des sources de savoir et de connaissance (notamment le Grand Ordre Égyptien) … Il réalise ce que nos dirigeants d’aujourd’hui n’ont pas su conserver … Il accueille, dès lors en leur sein et dans le sein des officines qu’il reconnaît, des frères et des sœurs qui ne sont plus en mesure de valoriser les dépôts maçonniques transmis par nos anciens. C’est tant mieux s’il existe une telle possibilité pour celles et ceux qui cherchent un chemin tout tracé au sein d’une pensée quelque peu « prêt-à-porter », il est vrai …

Comprenons que la moitié de « l’infime partie » que nous venons d’évoquer reste fidèle aux transmissions que nous avons reçues et plus encore en ce qui nous concerne. Comme un excellent compagnon nous avons fait un pas de côté pour revenir dans l’axe de notre trajectoire. L’OIAPMM voie Orientale (Voie d’Eveil), Voie Robert Ambelain et d’une Voie d’étude sur la sensibilité Misraïmite s’est, alors, assigné une lourde tâche … Celle d’être des continuateurs de la richesse du passé, de faire vivre une réelle universalité grâce à un compagnonnage judicieusement organisé et enfin celle de faire respecter notre droit à la différence … (nous exécrons l’inhospitalité, l’exclusion et toutes formes de ségrégation ou de sectarisme revoyant toutes celles et tous ceux qui les pratiquent à leur enfermement doré).

Rappelons-vous : aucune loi n’oblige quelqu’un à recevoir chez elle quiconque …  cela est valable pour toute organisation !!! même associative … même maçonnique …

Par contre la chaleur d’un partage quand il est voulu et désiré est le véritable signe d’une fraternité assurément maçonnique car au-delà du plaisir d’être ensemble il y a cette magnifique générosité de transmettre ce que nous avons appris, vu et vécu.

Nous entendons bien le discours de nos frères et de nos sœurs qui par des incantations constantes voudraient défendre notre modèle de société (occidentale) basée sur « la Liberté, Égalité et la Fraternité » mais qui en même temps ferment les portent de leurs temples où laissent d’autres frères et nos sœurs dans l’ombre ou sur le bord du sentier de peur que ……..  au titre, bien sûr, d’un ségrégation d’un autre temps. Frilosité ? Servilité ? Peur d’une différence qu’ils portent pourtant haut et fort en burinant dans leurs travaux la stance  remarque d’Antoine De Saint-Ex « Si tu es différent de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis » (Citadelle 1948 … j’avais 3 ans … )

Nous Maçons de la Terre Égypte nous construisons la truelle à la main et l’épée de l’autre …  Nous serons aimés si nous sommes porteurs de futur dans le cas contraire nous resterons à tout jamais dans l’amalgame et prisonniers d’un passé qui n’est plus audible dans notre siècle.

Dès lors l’Ordre Initiatique Ancien & Primitif de Memphis Misraïm est fondé sur des principes très clairs :

1: Liberté de Conscience

2: Liberté d’investigation totale

3: l’accès à la connaissance n’admet aucune entrave

4: Universalité de notre recherche et confrontation avec « la science » (terme désignant toutes les sciences)

5: Aucun ancrage National obligatoire

6: Respect des filières initiatiques que la tradition nous a transmises

7: Respect inconditionnel à la convention de Strasbourg de 1961 …. Convention qui a aujourd’hui plus d’un demi-siècle !!! Sans oublier notre contribution incessante au respect des droits de l’homme et notre action pour la protection de notre planète.

8: Respect des modes de gestions profanes en fonction du pays uniquement sur les plans juridiques et Fiscales

Un constat simple : en dehors de toute autre argument l’idée de « reconnaissance » est, dès lors, pour nous exclut compte tenu des contraintes associées à ce qualificatif

Un désir, voir un Appel

J’ose rêver, dans un premier temps, à une École des mystères Universelle et Libre d’Égypte assise sur des Rites référencés comme « Égyptiens » (c’est-à-dire dont la portée couvre l’Orient et l’Occident ainsi que la totalité des durées de vie des diverses civilisations ayant enrichi notre héritage philosophique et spirituel) … représentés par des Emule-Logo-02-400-1-300x300Organisations Maçonniques respectant les termes d’une Charte (telle que la nôtre, par exemple). Organisations qui permettraient un partage et un échange harmonieux dans le respect de la diversité pédagogique de transmission des savoirs et de la connaissance mis en place patiemment par chacune d’entre-elle. Une telle École des Mystères Universelle et Libre (EMULE) dont la seule mission serait la garantie de la qualité des dépôts initiatiques et la régularité des transmissions. La Franc-Maçonnerie de demain ne peut être basée que sur ces valeurs et l’autonomie responsable de ses animateurs quel que soit les modes de gouvernance profanes. La Maçonnerie de demain est une Maçonnerie d’éveil individuel et de compassion pour tout ce qui touche la création.

Il y a de multiple solutions pour donner réalité à cette idée … reste à le vouloir

Pour ce qui est des valeurs statistiques, je confesse la difficulté de pointer sur un « état des lieu » vrai … il est de l’intérêt de tout maçon désireux de faire rayonner son rite et son Obédience/Ordre de connaître son environnent. Petit il aura à cœur de faire savoir son existence et sa spécificité, Important il prendra conscience de la diversité de la « Canopée » Initiatique et Franc-maçonnique. Je remercie par avance celles et ceux qui m’informeront sur platon-gerard@vorap2m.com … leur Obédience, leur(s) Rite(s) et plus particulièrement Égyptien, nombre de membres, nombre de loges, nombre ateliers de perfection (terme générique pour toutes formes d’ateliers spécifiques). Dès lors, je pourrai fournir un ou deux tableaux de lecture … pour information seulement, évidemment !!! … Qu’en est-il pour 2017 ..

Gérard Baudou-Platon,

Président du Souverain Sanctuaire Khorshed


[i]… Sans nous insinuer dans les « questionnements » d’autrui je peux reproduire partie d’une publication sur Hiram.be (en voici le lien pour une étude complète : http://www.gadlu.info/gldf-scdf-peripetie-au-reaa.html …)

La Grande Loge de France (GLDF) remet en cause son autonomie, son indépendance et sa souveraineté par rapport au suprême conseil de France (SCDF) !

La bombe est lâchée : le Grand Maître Philippe Charruel, qui va descendre de charge dans un mois, vient de signer en catastrophe un décret destiné à interdire aux membres de la GLDF de poursuivre leur parcours dans le REAA en dehors du SCDF. Du moins c’est ce qu’il faut comprendre dans le préambule du décret, car le texte du décret lui-même est incompréhensible, jésuite, et rédigé dans des termes abscons.

DECRET – CF DU 18 05 2018

Le Grand Orateur de la GLDF demande aux loges de la GLDF d’intenter une action en justice maçonnique contre leurs membres qui auraient rejoint le Suprême Conseil d’Aquitaine du REAA.
En effet, nous avons appris que depuis 2017 plusieurs membres de la GLDF et d’autres obédiences ont décidé de poursuivre leur parcours du REAA en dehors du SCDF, en créant une alternative à
cette noble institution. Cette alternative s’appelle le Suprême Conseil d’Aquitaine du REAA. Or, cela déplaît profondément aux hiérarques du SCDF (comme on l’a déjà lu sur gadlu.info.). Ils font donc pression sur le Grand Maître de la GLDF pour mettre immédiatement fin à la participation des FF à ce nouveau suprême conseil.

Evidemment une telle situation ne doit pas pouvoir exister sauf à bafouer les plus élémentaires droits individuels … la maçonnerie dite « officielle » marche sur la tête !!!


[ii] Rappelons ici que, selon la règle posée par notre TSF Gérard Kloppel, pour être Grand Hiérophante il était convenu que l’impétrant devait être titulaire du plus haut degré dans 3 voies différentes. Notre TSF Robert Ambelain était au moins dépositaire des hauts degrés de Memphis Misraïm, de l’Eglise Gnostique (EGA), Réaux-Croix … ajoutons OKCR, Martinisme, …


[iii] Son président est :

  • Maître Maçon issu de GODF ayant travaillé au RFM durant 14 ans
  • Grand Patriarche grand conservateur du Rite soit un 95ième du RAPMM
  • Grand Patriarche grand consécrateur du Rite soit un 66ième du RAPMM
  • Grand Profess du Régime Ecossais Rectifie Eques a Vitus Fidéïs
  • Evêque de l’Eglise Gnostique : Tau Synésios de Cyrène n° 146 dans la filiation apostolique de Pierre
  • Membre de l’Ordre de la Rose Croix d’Orient.
  • Hermite dans les philosophies extrêmes orientales (Bouddhisme Tibétain et Taoïsme)

 


 

[iv] Franc-maçonnerie en France … Quelques chiffres statistiques datés 2014 par Hiram.be

Puissance Maçonnique Membres % Sœurs
GODF 50.000 2,60
GLDF 33.000 0,00
GLNF 25.000 0,00
FFDH 17.000 67,00
GLAMF 14.700 0,00
GLFF 14.000 100,00
GLMF 4.900 45,00
GLTSO 4.700 0,00
GLEFU 2,400 22,50
GLMU 1.400 52,00
GLFMM 1.300 100,00
OITAR 1.200 50,00
GLTF 1.100 0,00
GPDG 1.000 0,00
GLCS 550 47,00
GLFMM 500 25,00
GLIF 300 0,00
GLISRU 280 45,00
GOTM 140 33,00
GLNIRF 100  
     
LNFU (LNF+LNMF) 194  
OIAPMM 150 30,00
…. 27.986  
Total France 182.000  

[v]  Avant toute chose … Quelle légitimité à le GODF dans cette fonction de distribuer les « reconnaissances » … laissons les frères et sœurs juger eux-mêmes l’article premier de leur Grande Constitution :

« ARTICLE PREMIER

La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle attache une importance fondamentale à la Laïcité. Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité … »

L’on pourra immédiatement faire un lien avec l’objet de nos Grandes Constitutions qui stipule que nous sommes une institution essentiellement Symbolique, Philosophique et ésotérique et …  que nous sommes indifférents à tout mode de gouvernance des peuples ou tout mode d’organisation sociale à conditions que celui-ci respecte la libre conscience, la libre expression, les droits de l’homme et de toute forme de vie !!!!

Pourtant voici un extrait de la Circulaire n°1-2013-2014 du 16 Octobre 2013 émise par le GODF

Cette circulaire précise que 97 Obédiences sont reconnues par le GODF …

Dont 14 Françaises (avec la date de leur dernière validation …

1965 : GLTSO :: 1972 GLDF :: 1973 LNF :: 1975 FFDH :: 1982 GLFF :: 1993 :: GLFMM(*) (les Robes Blanches – Historique Robert Ambelain) :: 1993 GLMU :: 1993 GLMF(*) :: 2002 GLNF(**) :: 2003 GLISRU(*) :: 2003 OITAR :: 2003 GPG :: 2003 GLfrMM(*) (Elle est devenue Aujourd’hui Fédération Memphis Misraïm) et enfin 2010 GL3M(*)

Aujourd’hui (en 2018) suite à une récente « OPA » du GODF facilité par l’errance de nos Frères et Sœurs de nos Rites nous devons préciser que :

– le changement de nom de GLfrMM en Fédération Memphis Misraïm nécessite la publication officielle d’un nouveau protocole (lequel est en cours)

– le GODF pour renouveler ses accords de reconnaissance exige pour les rites égyptiens la pratique du Grand Ordre Egyptien. La conséquence directe est l’abandon du RAPMM Historique. Démarche accepté par :

/ La FedMM ::

/ La GLFMM (Robes Blanches … d’où une implosion qui a eu de lourdes conséquences notamment scission d’une partie de ses membres … elles étaient 1300 .. nous n’avons pas encore d’informations sur les nouvelles répartitions … 3 loges ont déjà rejoint le FedMM …)

/ La Création de la GLMN (Multi-Rite) qui possède un couple de loge travaillant aux Rites Egyptiens … la GLMF

(*) Au sein de ces puissances maçonniques sont pratiqués les Rites Egyptiens

La « reconnaissance » implique alors l’adoption de l’échelle Yarker en 33 degrés (Biasi) … de ce fait chaque obédience reconnue a reçu patente du GOE du GODF. Elle se doit de ce fait de créer, en son sein,  un Grand Ordre Egyptien à la tête duquel est nommé un « premier Grand Patriarche Grand Conservateur » de la dite échelle …

Ce GOE au sein de l’obédience est composé d’une Chambre d’Administration dont la mission est de gérer administrativement la progression initiatique … cette Chambre est composée de 33ième de l’Ordre … Elle ne semble pas statuer sur les degrés transmis par le Suprême Conseil (04-30) mais seulement sur les degrés 31 à 34 …

Trois structures sont créées pour coordonner tout cela : Les Souverains Collèges Egyptiens, l’Académie Egyptienne, le Souverain grand Conseil …

Le premier patriarche est chargé de l’exécution de ces dispositions.

(**) Cette puissance maçonnique est titulaire de la Régularité c’est-à-dire qu’elle respecte scrupuleusement les « Landmark » imposée par la GLUA (Grande Loge Unie d’Angleterre grande inspiratrice des « Constitutions d’Anderson » !!! comme quoi la conscience et la rigueur du GODF est à grande Géométrie Variable !!)

Ci-dessous les 12 points qui constituent ces « landmarks »

  1. La franc-maçonnerie est une fraternité initiatique qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, Grand Architecte de l’univers.
  2. La franc-maçonnerie se réfère aux sources de la fraternité, notamment quant à l’absolu respect des traditions spécifiques de l’Ordre, essentielles à la régularité de la juridiction.
  3. La franc-maçonnerie est un Ordre, auquel ne peuvent appartenir que les hommes libres et respectables, qui s’engagent à mettre en pratique un idéal de paix, d’amour et de fraternité.
  4. La franc-maçonnerie vise ainsi, par le perfectionnement moral de ses membres, à celui de l’humanité tout entière;
  5. La franc-maçonnerie impose à tous ses membres la pratique exacte et rigoureuse des rituels et du symbolisme, moyens d’accès à la connaissance par les voies spirituelles et initiatiques qui lui sont propres.
  6. La franc-maçonnerie impose à tous ses membres le respect des opinions et des croyances de chacun. Elle leur interdit en son sein toute discussion ou controverse, politique ou religieuse. Elle est ainsi un centre permanent d’union fraternelle où règnent une compréhension tolérante et une fructueuse harmonie entre des hommes qui, sans elle, seraient restés étrangers les uns aux autres.
  7. Les Francs-maçons prennent leurs obligations sur un Volume de la Loi Sacrée, afin de donner au serment prêté sur lui le caractère solennel et sacré indispensable à sa pérennité.
  8. Les Francs-maçons s’assemblent, hors du monde profane, dans des loges où sont toujours exposées les trois grandes lumières de l’Ordre’: un volume de la Loi sacrée, une équerre et un compas, pour y travailler selon le rite, avec zèle et assiduité, et conformément aux principes et règles prescrits par la Constitution et les Règlements généraux de l’obédience.
  9. Les Francs-maçons ne doivent admettre dans leurs loges que les hommes majeurs, de réputation parfaite, gens d’honneur, loyaux et discrets, dignes en tous points d’être leurs frères et aptes à reconnaître les bornes du domaine de l’homme et l’infinie puissance de l’Éternel.;
  10. Les Francs-maçons cultivent dans leurs loges l’amour de la patrie, la soumission aux lois et le respect des autorités constituées. Ils considèrent le travail comme le devoir primordial de l’être humain et l’honorent sous toutes ses formes.
  11. Les Francs-maçons contribuent, par l’exemple actif de leur comportement sage, viril et digne, au rayonnement de l’Ordre dans le respect du secret maçonnique.
  12. Les Francs-maçons se doivent mutuellement, dans l’honneur, aide et protection fraternelle, même au péril de leur vie. Ils pratiquent l’art de conserver en toute circonstance le calme et l’équilibre indispensable à une parfaite maîtrise de soi.

[vi] Quand même une petite parenthèse … le Président du Souverain  de l’OIAPMM est un Maître du GODF … un Maitre de la GLMFMM historique donc reconnu par le GODF et de surcroit ancien fonctionnaire de l’Etat et donc sait, connait, et défend la liberté de penser, de conscience et prône l’amour entre toutes formes de vie … ce qui ne semble, tout de même, pas le cas nombreuses structures maçonniques dites « reconnues » qui sèment exclusions et souffrances à celles et ceux qui leur ont fait confiance …


[vii] L’un des points notables est de délivrer l’enseignement hermétiste dans son expression maçonnique dans le cadre d’une échelle de 33 grades :

  1. Maître Discret
  2. Maître Sublime-Maître des Angles
  3. Chevalier de l’Arche Sacrée
  4. Chevalier de la Voûte Secrète
  5. Chevalier de l’Epée
  6. Chevalier de Jérusalem
  7. Chevalier d’Orient
  8. Chevalier Rose-Croix
  9. Chevalier de l’Aigle Rouge
  10. Chevalier du Temple
  11. Chevalier du Tabernacle
  12. Chevalier du Serpent
  13. Sage de la Vérité
  14. Chevalier Kadosh
  15. Chevalier du Royale Mystère
  16. Grand Inspecteur
  17. Philosophe Hermétique
  18. Patriarche Grand Installateur
  19. Patriarche Grand Consécrateur
  20. Patriarche Grand Eulogiste
  21. Patriarche de la Vérité
  22. Patriarche des Planisphères
  23. Patriarche des Védas Sacrés
  24. Maître Egyptien Patriarche d’Isis
  25. Patriarche de Memphis
  26. Patriarche de la Cité Mystique
  27. Sublime Maître du Grand Œuvre
  28. Grand Défenseur du Rite, Chevalier de l’Aurore et de la Palestine
  29. Prince de Memphis
  30. Patriarche Grand Conservateur (Arcana Arcanorum)

Les degrés en vert sont transmis de façon rituelique les autres sont travaillés sur « document »


[viii] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Étienne_Marconis_de_Nègre


[ix] Après les trois premiers degrés … les fondateurs du GOE expliquent :

« Les Collèges Egyptiens administrent les grades du 4° au 30°. Les Académies Egyptiennes rassemblent les grades du 28° au 32°. Le Conseil réunit les Frères du 33° grade.

Dans cette échelle, les grades pratiqués rituellement qui servent d’axe à la progression sont : dans le cadre des Collèges Egyptiens, le 12° Chevalier de l’Aigle Rouge, 17° Philosophe Hermétique, 27° Maître Egyptien Patriarche d’Isis et dans l’Académie celui de 30° Sublime Maître du Grand Œuvre. Contrairement à beaucoup de systèmes de Hauts-Grades, le 33° grade de Patriarche Grand Conservateur fait l’objet d’une cérémonie rituelle en pleine et due forme et ne peut être conféré que dans le cadre du Conseil. Les grades intermédiaires sont en général conférés par communication (avec des cahiers d’études) mais font aussi dans certains cas l’objet de rituels spécifiques. »


[x] Selon les Statut du GODF voici la définition qui serait recevable … « La Franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle attache une importance fondamentale à la laïcité » … Il y a, naturellement loin de la coupe aux lèvres !!

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A propos Gérard Baudou-Platon

Gérard Baudou-Platon Président du Souverain Sanctuaire Khorshed de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm. Mes Formations philosophiques: Mathématiques, Physiques, Sciences de la vie, Bouddhisme, Taoïsme, Gnosticisme et Rose-Croix … Président du Centre d’étude sur les Civilisations Anciennes et Traditionnelles Sur le plan Profane: Ancien fonctionnaire de l’Administration des Postes, Télécommunications et de l’Espace (Administration Centrale) Ancien Chef de Service au GIE Caisse des Dépôts et Consignations et de la Caisse d’épargne de l’écureuil Ex Président de l’Association l’Albatros (Service aux personnes handicapées) Mes axes de compétences: Les Systèmes d’Information, l’Organisation des Entreprises , le Télétravail

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SOURCE : http://gerardplaton.neowordpress.fr/2018/06/13/un-paysage-maconnique-un-ordre-un-reve-un-appel/

La mixité est-elle inéluctable en Franc-maçonnerie ? 26 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La mixité est-elle inéluctable en Franc-maçonnerie ?

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Que peut-on voir ?

 

            Passez donc, à l’heure des sorties de classe, devant un collège ou un lycée. Les jeunes s’ébrouent, garçons et filles très mêlés, plus hâtifs les uns que les autres de passer la porte et de se retrouver dehors. L’école nous offre son flot de mixité ; mixité sociale, ethnique, culturelle et bien sûr sexuelle (pas de mixité d’âge et pour cause). Puis, petit à petit se forment des rapprochements de bavardage, de copinage. Le mouvement s’ordonne par groupes d’affinités où l’on remarque la dissociation des sexes, les filles et les garçons ensemble mais séparés, formant de petites bandes unisexes, quelques amoureux cependant encore témoins d’une proximité mixte fédèrent autour d’eux copains et copines. Avec sa liberté, la jeunesse se regroupe ; des clans s’agencent rompant d’avec la mixité de l’intérieur de l’école.

Les enseignants sortent un peu plus tard, la plupart sont des femmes.

 

Rendons-nous maintenant sur un lieu de compétition sportive. Oh, mais les équipes participantes sont exclusivement masculines ou féminines ! Pas de mixité sur le terrain (sauf en double mixte de tennis). Les spectateurs sont pour la plupart des hommes.

 

Voilà deux illustrations des nombreuses questions que l’on peut se poser sur le thème de la mixité.

Que faut-il entendre par mixité ?

 

            Dans une société, la mixité évoque d’emblée la notion de mélange sur la base de plusieurs critères : le sexe, le niveau social, la culture, l’ethnie, la religion (ou pas), l’appartenance à un engagement politique, la nationalité…

Dans la visée d’une réflexion sur ce sujet en franc-maçonnerie, nous ne nous attacherons qu’au seul critère qui fait polémique, celui du sexe.

Dans la société occidentale encore patriarcale au XXème siècle, la mixité c’est avant tout la volonté des femmes de pénétrer des milieux réservés aux hommes. Concrètement, il s’agit d’assurer l’accès des femmes aux mêmes chances, droits, occasions de choisir, conditions matérielles (par exemple, même accès aux soins médicaux, partage des ressources économiques, même participation à l’exercice du pouvoir politique) que les hommes, tout en respectant leurs spécificités.

Quel est l’état de la mixité ?

 

            La mixité s’est imposée malgré elle, comme une « révolution tranquille » en concomitance avec l’évolution des mœurs, sous l’influence des mouvements féministes qui, notamment à partir des années 1970, demandent à la société de regarder les femmes autrement. La société devient peu à peu mixte dans tous les lieux de socialisation et surtout à l’école.

 

Avec les commandements élaborés par le judéo-christianisme, formalisant une morale sociétale, l’homme a cherché à se donner, d’abord, des devoirs de sociabilisation puis des droits immanents et supérieurs, des droits « inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés », droits naturels, et donc opposables en toutes circonstances à la société et au pouvoir, à travers une législation qui, aujourd’hui, pose heureusement, en principe, la séparation des pouvoirs religieux et judiciaire à partir d’un socle développé au XVIIIe siècle et qui évolue encore de nos jours : la première génération fut celle des droits de l’homme civils et politiques ; puis la deuxième génération celle des droits économiques et sociaux ; la troisième génération celle des droits de solidarité ; la quatrième génération celle des droits globaux. Aujourd’hui, les principes des devoirs de l’homme sont devenus, en Europe, les droits de l’Homme inscrits dans la  Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, usuellement appelée Convention européenne des droits de l’homme.  

La Convention européenne des droits de l’homme postule une identité de règles universelles parce qu’elles concernent l’humain. En tant qu’unité, on peut donc dire qu’on retrouve avec la Convention une supra loi morale des temps modernes régissant les divers systèmes juridiques nationaux. A la différence de la morale religieuse qui veut élever l’humain vers le « vivre ensemble » et surtout vers Dieu, la morale des droits de l’Homme protège l’Homme contre la société, pour lui permettre d’y vivre en égalité de dignité.

L’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme concernant l’interdiction de discrimination édicte : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ». L’égalité entre les femmes et les hommes, c’est une visibilité, une autonomisation et une participation égales des femmes et des hommes, et ce, dans tous les domaines de la vie publique et privée. Ainsi, l’Organisation combat toutes les atteintes aux libertés et à la dignité des femmes et a pour objectif de mettre fin à la discrimination fondée sur le sexe.

En octobre 2007, le Comité des Ministres a adopté une recommandation visant à encourager l’adoption de mesures relatives à la mise en œuvre de l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes à tous les niveaux des systèmes éducatifs des 47 États membres du Conseil de l’Europe.

Quelle évolution de la mixité dans les systèmes éducatifs ?

            N’oublions pas que les filles étaient interdites dans l’enceinte des lycées en 1808. N’oublions pas qu’il faut attendre 1880 pour que les filles soient admises dans le secondaire et que la loi de 1882 de Jules Ferry, qui rend obligatoire l’école pour les enfants des deux sexes de 6 à 13 ans, précise que l’instruction primaire doit comprendre «pour les garçons, les exercices militaires, pour les filles les travaux à l’aiguille».

 

La mixité va, alors, constituer l’une des révolutions pédagogiques les plus importantes en France. Pourtant, elle s’est effectuée « sans même qu’on y prête attention ».

 

La mixité dans l’enseignement fait ses premières apparitions avec les grandes écoles nationales :

1906, l’École des Chartes ; 1912, l’École Normale Supérieure de l’enseignement technique de Cachan ; 1917, l’École supérieure d’électricité ; … 1920, l’École Centrale et de nombreuses écoles d’ingénieurs ; 1945, l’École Nationale d’Administration (avec cependant des réserves d’admission à certains emplois pour les femmes). A cette date,  les Instituts d’études politiques (jusqu’alors réservés aux hommes) s’ouvrent aux femmes comme Polytechnique en 1970, HEC et St Cyr en 1975, l’École navale en 1992.

 

L’instauration de la mixité dans les établissements scolaires est plus tardive et demeure timide jusqu’aux années 1960.

Le premier lycée mixte est le lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur, fondé en 1937. Ce choix répond d’ailleurs plus à des motivations économiques qu’idéologiques. Néanmoins, au cours de l’année scolaire 1958-1959, 30% seulement des écoles primaires sont mixtes.

A partir de la fin des années 1950, le gouvernement favorise la généralisation de la mixité scolaire. En 1959, notamment, le ministre de l’éducation nationale Jean Berthoin décide de ne construire que des lycées mixtes. Les collèges d’enseignement secondaire (CES) créés par la réforme Capelle-Fouchet de 1963 sont mixtes dès l’origine. Toutefois, les lycées de garçons et les lycées de jeunes filles subsistent. L’évolution des mentalités est progressive. Les adversaires de la mixité craignent la distraction des élèves et en appellent au sérieux de l’apprentissage scolaire. Ses défenseurs, à l’inverse, évoquent la curiosité malsaine des élèves, exacerbée par la séparation des sexes et soutiennent que la mixité favorise un enrichissement intellectuel réciproque et la formation de personnalités équilibrées. Les jeunes filles, qui y voient un pas de plus vers l’égalité, sont par ailleurs souvent plus désireuses d’aller dans des lycées mixtes que les garçons.

Finalement, les décrets d’application de la loi Haby du 28 décembre 1976 rendent la mixité obligatoire dans l’enseignement primaire et secondaire. Aujourd’hui, les établissements non mixtes de l’enseignement privé accueillent des effectifs très réduits.

En France, ce n’est qu’en 1982 que le principe égalitaire de l’enseignement mixte est officiellement affirmé : un arrêté du 12 juillet sur l’action éducative contre les préjugés sexistes dépasse la notion de mixité et vise à promouvoir une réelle égalité des chances entre filles et garçons et à faire disparaître toute discrimination à l’égard des femmes. S’agissant des textes réglementaires, le décret n° 90-788 du 6 septembre 1990 relatif à l’organisation et au fonctionnement des écoles maternelles et élémentaires prévoit, dans son article 6, que « les classes maternelles et élémentaires sont mixtes ».

Les termes « mixité » ou « mixte » n’apparaissent que rarement dans les textes, et sont absents du code de l’éducation.

Le ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche a néanmoins indiqué qu’il est possible de « considérer que le terme mixité apparaît en filigrane dans plusieurs textes qui évoquent l’égalité entre les hommes et les femmes ».

La mixité est-ce la même chose que l’égalité ?

 

            Si la notion d’égalité n’est pas contradictoire avec la notion de différence, cependant on peut considérer qu’elle n’est que connexe avec la notion de mixité. Dire que le droit à l’éducation doit être le même pour filles et garçons ne veut pas dire qu’il faut les mettre ensemble au même moment pour recevoir cette éducation. Le législateur lui-même a tenu compte de cette différentiation au point d’utiliser les termes égalité et mixité de façon distincte dans  l’article 1er, alinéa 6 de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui précise que la politique mise en œuvre doit veiller à l’évaluation   »des actions visant à garantir l’égalité professionnelle salariale et la mixité dans les métiers ».

L’égalité entre hommes et femmes conduit-elle à les faire vivre ensemble dans toutes les circonstances de la vie ?

Peut-on imaginer des équipes sportives professionnelles comme celles du football ou du rugby mêler femmes et hommes sur le terrain; qui le souhaiterait ?  Et pourtant, la juxtaposition des sexes, pas l’égalité des droits et des devoirs, tel est en fait le débat au sein  de la Franc-maçonnerie où, pourtant, il existe déjà des obédiences mixtes depuis la fin du 19ème siècle.


¬ Née en 1693, son père et ses frères étaient des aristocrates francs-maçons, dans le comté de Cork en Irlande. En 1712, alors que lord Doneraile, son frère, était vénérable, leur loge organisait ses tenues dans l’enceinte du domicile familial. La jeune femme aurait assisté à une tenue maçonnique grâce à un trou dans un mur en travaux, dans une bibliothèque contiguë à la loge. Ayant été surprise, son cas donna lieu à une réunion de plus de deux heures à l’issue de laquelle il fut décidé de lui offrir le choix entre l’initiation et la mort. Elle accepta l’initiation et serait restée membre de la loge jusqu’à son décès à l’âge de 95 ans

¬ Aux États-Unis, un franc-maçon de Boston nommé Robert Morris fonda en 1850 un ordre mixte d’inspiration maçonnique, nommé Order of the Eastern Star qu’il ouvrit aux femmes à condition qu’elles soient filles, veuves, épouses, sœurs ou mères de franc-maçon. Cet ordre, qui existe toujours, a connu un grand succès aux États-Unis mais ne s’est guère développé en dehors. Il dispense un enseignement basé sur la Bible et s’occupe principalement d’activités morales ou charitables

¬ Le lieu avait été choisi pour évoquer la dissolution des sociétés secrètes par le maréchal Pétain, exactement soixante-dix ans auparavant.

 

Comment la mixité est-elle apparue en franc-maçonnerie ?

 

            Au début du 18ème  siècle, l’instruction, le pouvoir, la représentativité étaient uniquement masculins et l’on doutait encore à cette époque qu’une femme puisse avoir une âme, en fait, elle était considérée comme légalement mineure, donc non libre de l’autorité de leur père ou mari. Alors comment imaginer une femme en franc-maçonnerie ! On comprend mieux pourquoi, dans les Constitutions fondatrices, la franc-maçonnerie lui était interdite. La Franc-maçonnerie était le reflet de la société de l’époque. A remarquer qu’en ce temps, il n’y avait naturellement pas de Juifs en Maçonnerie, puisque ceux-ci, comme les femmes, étaient privés de droits civiques avant la Révolution Française. Aucun règlement maçonnique n’avait besoin de préciser ce qui allait alors de soi.

 

C’est à la fin du 19ème  siècle, en France, que va apparaître pour la première fois une véritable franc-maçonnerie mixte. En effet, jusque là, les formes féminines ou mixtes de la franc-maçonnerie étaient restées :

  • anecdotiques (quelques rares cas isolés comme celui d’Élisabeth Aldworth¬)
  • marginales (la franc-maçonnerie égyptienne de Cagliostro)
  • assujetties à des loges masculines aristocratiques (les loges d’adoption)
  • ou para-maçonniques dans leurs rites et pratiques (l’ordre de l’Eastern Star¬)

Mis à part le cas exceptionnel d’Élisabeth Adlsworth (initiée en 1712), ce n’est que le 14 janvier 1882 que la loge maçonnique  »Les libres Penseurs du Pecq » confère l’initiation à une femme, Maria Deraismes. Celle-ci, femme de lettres reconnue, journaliste engagée est une oratrice de talent. L’événement est important car c’est la première fois qu’une femme est initiée franc-maçon avec le rituel jusqu’alors réservé aux hommes.

En fait, rapporte le journal Le Matin du 4 avril 1893, ce fut  »une cérémonie dans laquelle la postulante, introduite à visage découvert dans le temple, voyait pour toute épreuve, le vénérable descendre de l’Orient, et venir lui présenter ses respects ». La Grande Loge Symbolique Écossaise à laquelle appartenait la loge, ne goûtant guère cette initiative, la mit de ce fait en sommeil.

L’initiation de Maria Deraismes aurait pu n’être qu’un épisode sans suite. Il n’en a rien été grâce à l’engagement du docteur Georges Martin. Après janvier 1882 Maria Deraismes n’assiste à aucune réunion maçonnique. Pourtant l’idée de l’admission des femmes en Franc- maçonnerie continue à faire son chemin soutenue depuis longtemps par Léon Richer. Georges Martin qui est membre d’un atelier de la Grande Loge Symbolique Écossaise fait deux tentatives pour entraîner cette obédience à prendre la décision : en 1890 il propose que sa loge « La Jérusalem écossaise » crée, parallèlement, une loge admettant les femmes. En 1891 il adresse une demande à la GLSE pour que chaque loge de cette obédience soit libre de se déterminer ; en vain. Georges Martin décide d’agir différemment : il va allumer une loge mixte indépendante, ainsi, dès le 1er juin 1892 Maria Deraismes réunit chez elle un certain nombre de femmes. Le 4 mars 1893 elles prennent la décision de créer une loge mixte. Cela se fera en quatre étapes : le 14 mars 1893 on procède à l’initiation de 17 femmes, les 24 mars et 1er avril elles sont élevées au 2ème et 3ème degrés, le 4 avril la loge mixte est créée. Elle prend le titre distinctif de Grande Loge Symbolique Écossaise de France le Droit Humain ; ses statuts sont déposés en mai à la préfecture de la Seine. Maria Deraismes en est vénérable, Clémence Royer, vénérable d’honneur et Georges Martin, orateur. Le Rite Écossais Ancien et Accepté est choisi. La GLSE de France comme toute Grande Loge ne comprend que les trois premiers degrés. Pour atteindre les autres degrés c’est-à-dire les hauts Grades, les maçons devront aller dans une autre obédience Des ateliers se sont créés à Blois, à Lyon, à Rouen, à Paris, à Zurich. Le 16 mai 1896 on modifie les statuts. L’obédience devient la GLSE Mixte. Pouvait- on en rester là, avec seulement les trois premiers degrés ? En 1899 le frère Décembre-Allonier confère le 33ème  degré à dix maçons du Droit Humain ce qui permet, en mai 1899, de constituer un Suprême Conseil. En 1901 la GLSE Mixte fait place à l’Ordre Maçonnique Mixte et International le Droit Humain administré par le Suprême Conseil. A la mixité et l’internationalisme s’ajoute la continuité initiatique puisque tous les ateliers du 1er  au 33ème  degré sont réunis dans un même ensemble pyramidal.

Les femmes, mieux la mixité, sont entrées dans la forteresse maçonnique ; elles portent désormais le titre de sœurs.

Et depuis, y a-t-il d’autres obédiences mixtes ?

            Il faut attendre février 1973 pour observer la création d’une autre obédience mixte. Trois loges du Droit Humain, «Lucie Delong », « Marie Bonnevial » et « Le Devoir », suivies d’une centaine de membres abandonnent la rue Jules Breton et fondent une nouvelle obédience, la Grande Loge Mixte Universelle. La direction de ce groupe est prise pas la Sœur Eliane Brault et le Frère Raymond Jalu.

En 1982, une scission enfantera la Grande Loge Mixte de France.

Mais il est à remarquer, qu’entre temps, deux obédiences strictement féminines, la Grande loge Féminine de France (1952) et la Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm (1971), sont créées.

 

Pour faire quoi avec la mixité ?

 

            Essayons de dégager comment les obédiences mixtes abordent leur spécificité.

 

Aux détours de leur présentation, certaines obédiences mixtes trouvent si naturel d’associer hommes et femmes en loge qu’elles ne justifient pas la mixité. Elles apparaissent comme telles soit parce qu’elles le déclarent comme à la Grande Loge Mondiale de Misraïm,  « c’est un Ordre (mixte depuis 1785) », soit parce que leurs membres sont désignés par « frères et sœurs ».

            Grande Loge Mixte Universelle : La mixité y est affirmée comme totale. La volonté d’établir l’égalité entre hommes et femmes implique pour nous le choix d’un travail en commun, c’est pourquoi nos Loges sont mixtes.

            Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal : Les Loges de l’OITAR peuvent être masculines, féminines ou mixtes. Dans les faits, une très grande majorité des Loges de cette obédience sont mixtes. Toutes les Loges mixtes ou non mixtes ont l’obligation de recevoir sans discrimination tout visiteur, Sœur ou Frère, reconnu franc-maçon régulier.

            Grand Orient Traditionnel de Méditerranée, lapidairement, reconnaît l’initiation féminine, au nom de la dimension universelle de la Franc-maçonnerie.

            Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis : la mixité est une position de principe fondée sur la reconnaissance de la complémentarité entre Hommes et Femmes et, par conséquent, sur l’enrichissement réciproque que chaque moitié d’humanité peut, et doit, apporter à l’autre. « Pour nous, il s’agit donc bien de valoriser la pratique de la mixité grâce à laquelle Frères et Sœurs, sans se prévaloir mais aussi sans renier les valeurs propres à leur sexe, bénéficient de la confrontation des différences. Par une démarche initiatique commune, ils affirment ainsi leurs caractères spécifiques sans jamais tomber dans un nivellement asexué destiné à gommer toute particularité. Néanmoins, attentifs au respect de la tradition, la mixité de nos ateliers respecte les règles propres à chaque rite. Ainsi, les Loges placées sous l’autorité du Régime Écossais Rectifié sont-elles strictement masculines comme l’impose la tradition de ce rite et il en est évidemment de même pour le Rite Féminin, dit de Constant Chevillon, dont le nom lui-même circonscrit bien à qui il est offert ».

Mixité oui mais pas trop, des centrales nucléaires, oui, mais pas trop grosses !

En fait, on voit là poindre la relation ambigüe du principe de mixité avec la notion de rituel.

 

L’exclusion des femmes est devenue une faiblesse, un archaïsme, une fixation névrotique. » Alors que les frères « trois points » se vantent, dans le sillage des mouvements féministes des années 1960 et 1970, d’avoir contribué à la libéralisation de la contraception et de l’avortement, la proportion de femmes dans les temples n’est passée, depuis trente-cinq ans, que de 9 à 17%, celle des maçons en loges mixtes que de 7 à 13%, et celle des hommes en mixité que de 3 à moins de 8% ! C’est dire si, sous le tablier, le « sexe fort » juge dérangeante la compagnie du « beau sexe » !

La mixité fait-elle polémique dans les obédiences masculines ?

 

            Les querelles à propos  du GADLU, de l’engagement politique, de la ségrégation raciale et bien sûr de la mixité constituent les principales raisons des schismes sur la régularité maçonnique.

La considération des sœurs par les obédiences dites libérales est acquise, elles sont même reçues en visite dans les loges du GO depuis 1974.

Aujourd’hui, l’exclusion systématique des sœurs des visites de loges masculines libérales existent toujours avec plusieurs échelles de valeurs, bien que la reconnaissance des obédiences mixtes et féminines sont admises d’une part et d’autre.

Le GODF, avant d’initier des femmes, avaient 30% de ses loges qui refusaient la visite des sœurs soit pour toute la durée de leurs tenues, soit pour une cérémonie comme l’initiation. Plus encore, en 2008, le GO a suspendu 169 de ses membres pour avoir initié six femmes dans 5 ateliers de cette obédience. Le Grand Orient a choisi de laisser chaque Loge libre de décider si elle y acceptait les sœurs en visite ou pas.

La GLDF ne reçoit pas de sœurs. Ils ont inventé autour de 2010 un « rituel spécial » pour pouvoir les recevoir.

La GLTSO ne reçoit pas plus de sœurs que la GLDF, mais a travaillé et organisé vers 2005 des tenues communes avec des obédiences mixtes ou féminines.

Pour la GLAMF et la GLIF, ces deux obédiences ne reconnaissent aucune obédience mixte et féminine. Par conséquent, dans leur cas, il est inutile de prétendre que les inter-visites seraient possibles pour des sœurs. De même que pour la GLNF.

 

La reconnaissance des sœurs n’est pas une finalité maçonnique, mais un choix d’obédiences.

Le débat concernant la maçonnerie libérale ne se situe donc plus sur la reconnaissance des sœurs (comme on le voit avec l’existence d’obédiences mixtes), mais sur le droit à leur initiation dans les différentes obédiences qui, bien que reconnaissant leur droit à être maçonnes, leur interdissent encore cette cérémonie.

 

Déjà en 1869, le Frère Frédéric Desmons, pasteur et vénérable de la loge de Saint Géniès de Malgoirès, dans le Gard, puis Grand Maître du Grand Orient de France émet le vœu “qu’à l’avenir les femmes soient admises au sein des ateliers, et puissent participer aux travaux”. Le Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France refuse. . Rappelons au passage que c’est également le Frère Frédéric Desmons qui fit voter par le Grand Orient de France la suppression de l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme pour solliciter l’initiation maçonnique.

 

Le 22 janvier 1961, le clipsas (Centre de Liaison et d’Information des Puissances Maçonnique Signataires de l’Appel de Strasbourg) a été constitué à l’appel du Grand Orient de France et de onze autres puissances maçonniques souveraines qui, émus par l’intransigeance et les exclusives qu’ils estimaient abusives de certaines autres obédiences, lancèrent un appel à toutes les maçonneries du monde afin de les réunir dans le respect de leur souveraineté, de leurs rites et de leurs symboles.

Les principes fondamentaux de ce groupe d’obédiences diffèrent des basic principles anglais et des landmarks nord-américains sur deux points essentiels : Le principe d’une nécessaire foi en Dieu (ou similaire) est remplacé par celui d’ « absolue liberté de conscience ».

Mais surtout, pour ce qui concerne notre propos, ce groupe n’interdit pas la reconnaissance des obédiences féminines ou mixtes.

 

En ces temps de regain médiatique pour la Franc-maçonnerie, avec semaine spéciale sur France Culture, diffusions et rediffusions d’émissions sur les grandes chaînes hertziennes, couvertures de tous les grands hebdos, outing à l’appui… une question revenait immanquablement sur le tapis : l’interdiction d’initier des femmes au Grand Orient de France.

Le convent de 2009, qui réunit à Lyon les délégués des 1.200 loges du GODF, se prononce pour la dernière fois à 56% contre la mixité des loges.

Ce vote est annulé pour des questions de forme. Une commission d’experts  finit par admettre que les « hommes libres et de bonnes mœurs« , désignés dans les statuts de l’obédience à l’époque des Lumières, ne devaient pas s’entendre au sens masculin du terme.

Le 22 janvier 2010, dans un communiqué diffusé à la presse, le Conseil de l’Ordre du Grand Orient entérine officiellement le changement d’état civil d’Olivia Chaumont. Celui-ci régulièrement initiée en tant qu’homme en 1992 à la loge « Université maçonnique » devient ainsi après sa trans-identité, la première femme officiellement membre du Grand Orient de France depuis sa création. Installée vénérable de sa loge, elle est élue déléguée de sa loge, faisant entrer, de la sorte, la mixité au sein du Convent qui se tient le 2 septembre 2010 à Vichy¬. Lors de ce convent, par une courte majorité à 51,5 %, les membres du Grand Orient de France (GODF) prennent la décision d’initier des femmes. Le pas est franchi le jeudi 3 septembre par les 1.150 délégués des loges du Grand Orient.

Bien que le règlement ne le précise pas et en application du principe de liberté des loges qui préside également pour les visites des sœurs, le Grand Orient, laisse désormais les loges libres d’initier des femmes ou de les affilier selon les modalités qui s’appliquent à tous les membres masculins du Grand Orient.

On ne peut pas dire que le GO soit devenu mixte ; ce qui a prévalu c’est la liberté des Loges comme seule solution maçonnique : que nulle [loge] ne prétende imposer aux autres son propre choix initiatique, dès lors que toutes[les loges] respectent les principes et les statuts de l’association qui les fédère. Imaginons que par un hasard numérique, un atelier soit majoritairement féminin et refuse par la suite d’initier des hommes, verra-t-on bientôt des loges strictement féminines au GO ?

L’article adopté cette semaine prévoit que « ne peut plus être refusé qui que ce soit dans l’obédience pour quelque discrimination que ce soit, y compris de sexe« . Jusqu’à présent, des « frangines » pouvaient être accueillies comme visiteuses, mais ne pouvaient être initiées au sein de la principale obédience maçonnique de France, qui revendique près de 50.000 membres.

Pouvait-on philosophiquement, et légalement, dénier le droit à des Loges membres d’une association indifférente au genre, le droit d’initier des femmes ? Non, évidemment. On ne peut pas davantage, dans une telle association, dénier le droit à certaines Loges de ne recevoir que des hommes, dès lors qu’ils n’imposent pas cette « règle » particulière à l’ensemble de l’Obédience.

Cette décision du Convent entraina quelques centaines de transferts et de démissions du GO de frères mécontents. On ne peut les comprendre même dans une réflexion sur le sort des fortes minorités lors de votes qui modifient leur horizon et qui ne sont pas unanimes. Une décision démocratiquement prise ne suffit pas à en garantir la légitimité lorsque le consensus est si peu dégagé, mais la sage décision du GO laisse des espaces d’initiation au sein d’ateliers choisissant leur modalité de fonctionnement. Comment dit-on « victime » au masculin ?

 

Depuis, selon le rapport d’activité de l’exécutif du GODF publié le 31 mars 2013, à partir de 2008, date du début des initiations, l’association a recruté 1 403 femmes soit 45,54 % par voie de transfert d’obédience à obédience et 54,46 % par recrutement direct.

 

Avec plus de 50000 membres, le GODF est la principale obédience maçonnique en France.

Parce que le GODF se revendique fortement progressiste, avec des membres issus majoritairement des rangs de la gauche, et s’affirme à la pointe des combats pour ce qui est sa devise depuis le XIXe siècle : liberté, égalité, fraternité, on comprend, dès lors, qu’un féminisme de conquête trouve là un terreau à ensemencer. L’ouverture aux femmes du GO, avec ses 1300 loges irriguant l’ensemble du territoire, présent dans chaque ville, presque chaque canton de France, proposant la plus grande variété de rites (le GO est une fédération de rites), donne certainement un réel coup d’accélérateur à l’arrivée des femmes en maçonnerie avec, surtout, l’ouverture pour des femmes issues d’autres horizons que les catégories plutôt urbaines et qualifiées qui prédominent actuellement dans les obédiences qui les initient.

Cette perspective constitue, à la réflexion de certains membres éminents du Droit Humain, une concurrence dans le recrutement des nouveaux adhérents, avec la crainte d’une rivalité discriminante. La puissance, tant financière que spirituelle, d’une obédience tient aussi au nombre de ses membres !

Quelles sont encore les réticences à la mixité ?

 

            Le  »fin mot » avancé en 1884 par le journal Le Matin relève… des bonnes mœurs !  »Voyez-vous, en province surtout, vingt hommes et autant de femmes se  réunissant dans une salle ou aucune personne non affiliée ne  pourrait voir ce qui s’y passerait, c’est pour le  coup que les bonnes langues de la localité jaseraient  avec entrain ».

S’ils prêtent à sourire, ces propos énoncent la satisfaction, encore actuelle, que les épouses (compagnes) ou les époux (compagnons) ont de savoir que l’on ne se retrouve qu’entre femmes ou qu’entre hommes pour travailler le soir en loge. Après tout sexualiser les personnes, c’est aussi sexualiser les relations ! Donc, pas de mixité pour plus de quiétude conjugale.   

N’oublions pas que, Georges Martin, fondateur du Droit Humain, excluait les sœurs de la Grande Loge Symbolique Écossaise N°2, parce qu’il ne pouvait pas vérifier leur moralité.

 

Cette présence de l’autre sexe, durant les tenues, est perçue par les membres eux-mêmes comme perturbante. La concentration sur le seul travail en tenue peut être détournée par les charmes qu’inspire la présence de l’autre sexe.  Cette seule présence les réduirait à une dimension de trouble et de désir, à une spirale de concupiscence incompatible avec les travaux philosophiques accomplis en Loge.

 

A en croire Jean-François Rémond, la mixité serait une opération de gommage, introduisant un discours d’ordre moral aux termes duquel on devrait s’interdire d’aborder toute dissymétrie (et particulièrement celle relative à la différence des sexes) comme inconvenante ou comme négligeable. La mixité à ce compte ne serait qu’une opération de censure bienpensante.

 

Le trouble n’est d’ailleurs pas que celui de l’émoi. N’en déplaise aux frères, voici ce qu’en disent des sœurs d’une obédience  féminine : évidemment, il y a les visiteurs, mais ceux-là dérangent parfois, car ils sont bruyants, s’en fichent des règles, ils interviennent à côté de la plaque avec forte assurance, des fois à la gascon, boivent excessivement, et draguent.

 

Plus profondément, si ses structures administratives répondent aux règles de l’association loi 1901 et qu’elle appelle ses membres à s’impliquer pleinement dans la vie de la Cité, la Franc-maçonnerie, dans son essence même, se définit comme une expérience à la fois intime et intemporelle, plus proche de la psychanalyse, des fraternités médiévales et des initiations antiques que de nos partis et syndicats contemporains.

 

Dès lors que le parcours maçonnique se situe dans le registre de l’ésotérique ou du ritualisme pour certain, de la psychanalyse ou de la recherche philosophique personnelle pour d’autres, de tels refus n’ont plus à se justifier : chacun étant libre de la forme de ses réflexions intimes. Car, oui, la Loge fait indubitablement partie de l’intime de chacun de ses membres, le travail collectif sur soi étant à ce prix…

Si ce raisonnement peut paraître choquant, en totale contradiction avec les prises de position du GO à l’extérieur du Temple, elle n’est est pas moins dans la pure logique maçonnique, société qui se veut symboliquement détentrice d’expériences séculaires.

Considérant leur loge comme un espace privé, intime même, vivant leur initiation comme l’appartenance à une communauté en dehors du champ social, ces derniers, par ailleurs militants ou actifs dans de nombreuses associations, viennent justement chercher un espace de réflexion collectif, mais intime qui ne reproduise pas forcément la physionomie de la Cité dont ils veulent s’extraire un instant. Un certain nombre de francs-maçons du GO se refuse encore à travailler en loge avec des femmes sans pour cela être irréductiblement contre une évolution obédientielle.

Si cet argument ne répond pas nécessaire par la négative à la mixité maçonnique, il apporte incontestablement un nouvel éclairage au débat !

Il convient en effet de bien séparer ce qui relève de l’idéologie de la maçonnerie libérale, très progressive, et du « parcours maçonnique » en lui-même, plus intime et moins redevable des règles sociales.

Et force est de constater que, dans ce cadre, beaucoup de ces nouveaux maçons cherchent justement une enceinte purement masculine (ou féminine) pour cette quête intérieure.

De nombreuses maçonnes revendiquent d’ailleurs elles-mêmes cet entre-soi permettant dans les loges exclusivement féminines, « d’aborder l’Universel à partir de la singularité féminine » pour reprendre les mots de plusieurs d’entre elles.

 

Et maintenant, imaginez le malaise de francs-maçons, entrés sur la base d’une structure mono genre, à qui on annonce que, dorénavant, ils devront partager Toutes leurs tenues dans le cadre d’une mixité. Leur choix initial n’a plus de sens. En droit, ne peuvent-ils considérer qu’il y a là rupture de contrat ? Choisir une obédience voire un atelier masculin (ou féminin) est une décision qui implique une clause estimée sous-entendue  rebus sic stantibus (les choses restant en l’état).

Passer à la mixité est une modification telle que, sans le consentement des intéressés, la résiliation de l’engagement est logiquement ouverte. Si la mixité devenait impérative dans toutes les loges, il n’y aurait plus aucun lieu de repli pour accueillir ceux ou celles qui, contre cette éventualité, veulent résolument poursuivre leur travail initiatique dans un cadre préservé de la mixité.

La question de la « préférence » serait-elle devenue discutable au nom de la mixité ? La prégnance d’une pensée unique serait-elle l’arbitre de l’intime « collectif » des membres, qui ont tout de même le droit de décider et affirmer leur liberté à se retrouver dans les conditions qu’ils souhaitent.

 

Pour beaucoup de frères et de sœurs introduire la mixité dans leur loge mono genre, ce n’est pas continuer la Loge en l’élargissant mais c’est inventer un autre type de sociabilité maçonnique vers lequel ils (ou elles) ne sont pas enclins. Ainsi s’exprime Charles Arambourou, dans son excellent article « Mixité ? – Non : liberté des Loges ! » : « je réclame sur le plan du droit la possibilité pour toute Obédience de tenir le fait de l’identité sexuelle comme suffisamment déterminante pour choisir la non-mixité. Je le réclame avec d’autant plus de force que ce que je nomme une particularité déterminante n’établit en rien une discrimination puisque, encore une fois, des obédiences proposent aussi un type de sociabilité mixte ».

 

Des rituels peuvent-ils ne convenir qu’à un sexe particulier ?

 

            La Franc-maçonnerie est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière qui forment un fond archétypal et paradigmatique, avec, en l’occurrence, ses rites, ses mythes et surtout son processus initiatique.

Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce que Jacquart appelle « l’humanitude ».

Je me pose la question de savoir ce que la cohabitation de femmes et d’hommes peut apporter de plus aux rites, aux mythes, au système initiatique. Faudra-t-il introduire, en plus, une légende fondatrice dont une femme serait l’héroïne ? Hiram aurait-il pu être une femme ! Après tout, la plus curieuse supposition sur l’identité d’Hiram a déjà été faite par la misandre Céline Renooz dans son livre  »L’ère de la vérité (Histoire de la pensée humaine, évolution morale de l’humanité à travers les âges et chez tous les peuples) » paru en 1925, affirmant qu’en fait une femme, la fille du roi de Tyr, était cachée sous le nom d’Hiram. S’appuyant sur le texte hébreu de la Bible marqué par la féminisation des adjectifs qui qualifient le roi David, Renooz considère tout aussi curieusement qu’en vérité il fut une reine, du nom de Daud, qui créa la ville de Jérusalem et entreprit d’y faire construire un Temple. La reine Daud ne fut pas seule à fonder l’Institution secrète qui devait se propager jusqu’à travers la Franc-maçonnerie. Elle eut deux collaboratrices, deux Reines-Mages (ou Magiciennes), avec qui fut formé le triptyque sacré que les trois points de l’Ordre ont représenté depuis. L’une est Balkis, reine d’Éthiopie (appelée la reine de Saba), l’autre est une reine de Tyr, que l’on a cachée derrière le nom d’Hiram. Cette reine de Tyr étant Élissar ou Didon.

Faudra-t-il trouver des princesses, des chevalières, des « pontifesses », des inspectrices, des souveraines dissimulées dans les titres des hauts grades écossais ?

 

Tradition contre entrisme féminin !

 

Qu’est-ce que la mixité dans une société initiatique ?

 

            Placées à l’entrée du temple maçonnique les deux colonnes ouvrent le passage sur un  symbolisme qui n’a pas fini de faire couler encore beaucoup d’encre et de produire moultes interprétations. Désignées comme mâle et femelle, ces colonnes s’inscrivent tout naturellement dans une réflexion sur la mixité.

Le message de ces 2 colonnes est-il une admonition à la présence conjointe de frères et de sœurs en tenue ? Les textes ne disent pas qu’elles sont symétriques ni semblables. L’une d’elle est décrite par sa hauteur, l’autre par son diamètre. Il s’établit ainsi une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C’est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l’étrangeté et de l’ailleurs. C’est dire que l’autre ne revient pas toujours au même. L’autre n’est alors comme opposé que de son autre.  L’altérité, la présence de l’autre constitue en soi une mixité et il n’est pas indispensable d’avoir, pour cela, des considérations qui se situent en-dessous de la ceinture. Les colonnes sont séparées, à côté l’une de l’autre. Parce que séparées elles tracent un seuil entre deux polarités. Le traverser, pour pénétrer dans le sanctuaire, c’est se laisser irradier par la magie du passage au milieu qui fait la synthèse du principe mâle et du principe femelle ouvrant sur le monde supérieur de l’unité.

 

La mixité en l’être s’impose comme interprétation de l’œuvre d’Hiram.

 

Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est.  Il écrivait :  »C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est  impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être… Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer ». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d’unité par le seul mental. Cette conception est dans la philosophie orientale qui conclut :  » ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie« . Après tout, si l’Énergie est la seule vie,  et la Raison  la borne de l’encerclement de l’Énergie, à chacun de choisir d’être au cœur des choses ou à leur périphérie.

 

La vraie mixité serait-elle une androgynie ?

 

            Pour l’alchimiste, le monde est androgyne dans son principe non pas hermaphrodite mais androgyne d’une réunion en soi et d’une synthèse de tous les contraires. Il s’agit de restaurer un isomorphisme entre le macrocosme et le microcosme, entre le soi et le moi. Ce symbole est à entendre comme un état de plénitude. A la limite il se substitue au devenir, échappe et touche à la mort terrestre aux confins des origines.

 

On peut prendre comme illustration de cette mixité absolue le plérome hébraïque de l’arbre de vie.

En simplifiant à l’extrême on peut dire : le plérome est un symbole où sont figurés 10 séphiroth disposées dans un certain ordre et reliées entre elles par des sentiers. Ces représentations du rapport de la Divinité avec le cosmos sont disposées sur 3 colonnes verticales, celle de la droite est dite masculine, celle de gauche féminine et celle du centre est celle de l’équilibre.

 

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu. Elle s’unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s’unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle, dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l’origine, est tout à fait particulière. C’est le commencement. C’est comme une phrase où l’idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l’univers.

 

Kether, traduit par couronne, première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu’alors n’était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

Il n’existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l’intention pure, quelle qu’elle puisse être : c’est une existence latente séparée par un degré de l’origine, du non-être ; de l’Aïn-sof. Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera. Elle est celui-qui-est. C’est avec l’existence manifestée dans des paires d’opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n’y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même. Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Chokmah et Binah, noms des deuxième et troisième séphiroth, auront été émanés. Kéther, c’est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu’y faire allusion. L’expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l’Union avec Dieu: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique. On ne s’étonnera pas d’y localiser comme vertu celle de l’accomplissement, de l’achèvement du grand Œuvre alchimique, le retour final. Le point parce qu’il n’a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d’autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, Lui, la tête blanche et son archange est Métatron.

 

L’énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira  Chokhmah : la sagesse. Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l’Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah, troisième séphira de l’arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension. Si les titres donnés à Chokmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHVH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d’entendre en Binah (l’entendement), ima, la mère sombre Elhoim, la brillante mère féconde, la grande mer, Mara, racine de Marie et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

 

Ainsi Kéther est l’être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu’une activité en émane, que nous appelons Chokmah c’est un flot descendant d’activité pure qui est la force dynamique de l’Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L’Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L’unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Chokmah, Binah.

 

Le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ? Oui, nous dirions même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c’est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c’est la consubstantialité de l’Esprit manifesté (l’énergie), de la matière (la forme) et de l’univers leur fils. Il est placé du côté des mondes supérieurs c’est-à-dire pour nous à l’orient. A l’autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l’origine,  il y a la même symbolisation. Sous une autre forme, J:. et B:. représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l’unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne. On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l’arbre de vie où les FF:. et SS:. sont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s’actualise la transcendance.

 

C’est une géographie sacrée que l’initié aura à remonter partant du seuil jusqu’à la couronne comme un Chevalier pour s’unir à sa Reine. A noter que sur l’arbre de vie, la première séphira en partant du bas, (la dernière dans la manifestation), est nommée Royaume.

 

C’est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.  C’est une consubstantialité de l’unité regardée dans ses aspects différenciés mais c’est de l’unité dont il est toujours question.

 

Comment la mixité est-elle prise en comptedans les différentes obédiences ?

 

Grand Orient de France (GODF) : 50 000 frères, 2,6% de sœurs.

Fédération française du Droit humain (FFDH) : 17 000 frères, 67% de sœurs.

Grande Loge mixte de France (GLMF) : 4 900,  45% de sœurs.

Grande Loge européenne de la Fraternité universelle (GLEFU) : 2 400 frères, 22,5% de sœurs.

Grande Loge mixte universelle (GLMU) : 1 400 frères, 52% de sœurs.

Ordre initiatique de l’Art royal (OITAR) : 1 200 frères, 50% de sœurs.

Grande Loge des cultures et des spiritualités (GLCS) : 900 frères, 30% de sœurs.

Grande Loge symbolique de France (GLSF) : 550 frères, 47% de sœurs.

Grande Loge française de Memphis-Misraïm (GLFrMM) : 500 frères, 25% de sœurs.

Grande Loge initiatique souveraine des rites unis (GLSRU) : 280 frères, 45% de sœurs.

Grand Orient traditionnel de Méditerranée (GOTM) : 140 frères, 33% de sœurs.

Conclusion

 

            En France, comme l’écrivait Bruno Etienne, la Franc-maçonnerie a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, depuis trois siècles mais qui semblent sur le point d’éclater aujourd’hui. La première a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l’Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego.

L’une est extravertie, progressiste, mondaine ; l’autre est tournée vers l’intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances.

En effet, en s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, la Franc-maçonnerie risque de perdre sa capacité à guider les néophytes vers l’initiation au profit d’un tangage dans les courants à la mode du monde profane.

 

La mixité ne peut être inéluctable, elle ne peut être, au sein de chaque atelier, qu’un consensus unanime, clairement annoncé pour que celui qui vient vers la Franc-maçonnerie puisse avoir le choix de son engagement sans lequel le mot liberté ne serait plus qu’un leurre.

SOURCE : http://solange-sudarskis.over-blog.com/2017/11/la-mixite-est-elle-ineluctable-en-franc-maconnerie.html?fbclid=IwAR0x6GP4hmMTw5qU-V0ntkeSZzLr96JzShE57lvPVqND-towBVw8_wNYSZ8

Prolégomènes à la Kabbale par Constant Chevillon 26 février, 2019

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Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 12 février 2019

Prolégomènes à la Kabbale par Constant Chevillon.

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Pour beaucoup, la Kabbale est une pseudo-science sans contact avec le réel, une élucubration mystique sortie du cerveau des abstracteurs de quintessence. C’est une erreur fondamentale, mais inévitable, car peu d’hommes disposent du temps nécessaire pour se faire une opinion circonstanciée et sonder les problèmes qu’elle aborde et résout.

À première vue, en effet, la Kabbale offre un aspect rébarbatif et emploie un langage de forme sibylline propre à rebuter les autodidactes d’esprit superficiel. Cependant, sous son voile hermétique, elle cache une science profonde, celle des rapports qui lient le contingent à l’absolu. Elle a été et reste la métaphysique la plus concrète et par conséquent la plus positive dont l’intelligence humaine se soit nourrie. Voyons comment.

La science analytique s’occupe uniquement du relatif, elle ne peut « outrepasser » sans abandonner sa hase de départ. Elle s’arrête donc au seuil de l’absolu, de l’infini, du transcendant.

Bien plus, elle repousse volontairement et sans appel toutes les notions dont l’analyse quantitative ne peut tirer parti. Elle engendre inéluctablement le matérialisme, le positivisme, le pragmatisme, en un mot, la philosophie exclusive du contingent, sans s’occuper de son support.

Constituer une science et une philosophie du relatif, c’est parfait. Mais le relatif est conditionné, c’est une donnée expérimentale. Comment et pourquoi est-il conditionné ? La science répond « non ultra possumus », et l’esprit humain, chercheur infatigable, reste insatisfait. Alors s’élève la voix de la philosophie ésotérique, essence même Kabbale. Le relatif, dit-elle, est une apparence, la seule réalité réside dans l’Absolu. La science analytique est suffisante dans la poursuite d’un idéal situé dans son axe, au seuil spirituel elle est impuissante. Appuyé sur la seule expérience, l’esprit est un arbre transplanté en un sol infertile, il s’étiole et perd le sens de sa propre réalité. Le relatif change, s’écoule, s’efface, il faut une base immuable pour supporter le devenir.

Mais, comment passer du relatif à l’absolu, et comment l’Absolu, source incontestée du relatif, peut-il émaner celui-ci sans s’évanouir en fumée ? La Kabbale, par analogie, explique le procédé involutif de l’Absolu et restitue le monde du relatif au même titre que la Science, tout en jetant un pont entre l’être et le néant, en reliant le contingent à son support nécessaire.

La philosophie Kantienne a figuré, de façon magistrale, l’antinomie irréductible de ces frères ennemis : phénomène (relatif) et noumène (absolu). Si nous allons de l’un à l’autre, par le mode inductif, au terme de l’analyse, le phénomène devient noumène et c’est absurde, l’absolu sombre dans le relatif et tout concept étranger à nos catégories se dissipe. Scientifiquement, on ne peut rien contre cette constatation, le transcendant échappe à notre intellect. Et pourtant, une notion indéracinable s’élève en nous : celle du noumène. Cette notion, Kant l’a considérée comme nécessaire à notre raison pour mettre un point final à l’indéfinité des séries phénoménales ; mais il a ajouté : couvre-t-elle une réalité ? Nous n’en saurons jamais rien, c’est un postulat.

Doute et négation sont inopérants, chacun de nous sent en lui un lambeau d’absolu irréductible au phénomène et Kant n’a converti personne à sa désespérance agnostique. Aucune philosophie proprement rationnelle, cependant, n’a donné la solution du problème, seule, la Kabbale, en concordance admirable avec les théologies modernes, a fourni la théorie capable de justifier le passage du relatif à l’absolu.

« Je suis celui qui suis », a dit Javeh dans le buisson d’Horeb. Et de l’être en soi, on ne peut rien concevoir d’autre. Il est, et il est un, c’est tout. Comment cette unité inaccessible et inféconde aux yeux de la raison, peut-on extraire l’universalité des êtres contingents ? C’est que, dit la Kabbale, l’Unité ineffable et inintelligible – Aïn-Soph – est expansive, elle possède la vie féconde par elle-même. Et cette vie se manifeste par une triple personnalité, interne à l’Unité et greffée sur l’être essentiel. Ici, le mot personnalité est synonyme de rôle ou d’attitude, et non pas d’hypostase. Ces trois altitudes prises par une même substance : Paternité, Filiation (Spiration), Procession nous sont accessibles dans une certaine mesure, car il ne s’agit plus de l’essence de l’être, mais des propriétés de l’être. Or, prononcer le mot propriété, c’est évoquer la possibilité d’une relation, et par cette voie, la relativité peut découler de l’Unité transcendante.

En effet, la vivante unité, par son activité interne, équivaut au ternaire, en raison de la triplicité des fonctions de l’être. Mais ce ternaire possède un moyen terme géminé à double face : Filiation-Spiration. Le ternaire contient donc en germe effectif, le quaternaire, et celui-ci est la condition suffisante de la création relative. Car, si le ternaire peut s’accommode ; d’une manifestation interne sans rompre l’unité essentielle, le quaternaire est, au contraire l’origine de la multiplicité. La Filiation indique la communauté de substance, d’essence, d’être ; la Spiration comporte la distinction. Par la distinction, l’Être s’oppose au néant et conçoit le champ de son activité. C’est là une attitude efficace : si elle s’exerce à l’encontre de la somme des possibles, elle est interne et donne à l’Unité la conscience de sa plénitude, si elle agit vis-à-vis d’une série déterminée, elle devient l’origine d’une notion particulière, elle manifeste un attribut de la Substance. Alors, l’Être extériorise une partie de son activité, il ne dit plus « Je suis », il dit « Je ne suis pas Cela ». Et Cela devient un être dérivé et contingent, car s’il reçoit l’être dans son intégralité indivisible, il ne peut s’opposer au néant que dans le cadre d’une limite.

Par la Spiration manifestée, la création s’écoule à travers le prisme filial. Ainsi, l’absolu et le relatif, de prime abord, incompatibles, se présentent comme les deux faces d’un seul problème : la vie universelle. Un prologue éternel : transcendance ; une action concrète : immanence ; un dénouement : réintégration harmonique qui conjugue les deux étapes. De transcendantal, l’absolu devient immanent, et, sur ses bases métaphysiques, la théologie chrétienne a établi ses dogmes fondamentaux :

Trinité = Relation d’origine entre les Personnes de l’essence divine.

Transcendance.
Création Immanence.

Chute originelle, rupture d’équilibre.

Incarnation = Descente effective de l’Absolu dans le Relatif (Restitution de l’équilibre par la confirmation de l’Immanence).

Rédemption = Réintégration du Relatif dans sa coparticipation de l’absolu-immanent (Le Salut).

Comment la Kabbale nous explique-t-elle cette compénétration de l’absolu et du relatif ? Elle emploie les noms divins révélés, leurs lettres constitutives sous leur valeur alphabétique et numérale, mais son argumentation primordiale réside dans l’arbre séphirotique.

La décade des Séphiroth découle d’Aïn-Soph. Aïn-Soph, c’est l’Être inconcevable et inintelligible, c’est l’Infini-Absolu dans toute sa plénitude intangible ; il est supérieur à tout être, à toute pensée, à toute qualité, à toute manifestation. Mais c’est lui qui sert de support, remplit et enveloppe tout ce qui est. Les Séphiroth ne sont pas des créations divines, des hypostases manifestées, ce sont des idées Fondamentales, des « idées-forces », elles constituent la dégradation de la Pensée absolue dans sa descente vers la relativité, vers la création éventuelle. C’est par elles que nous arrivons à saisir le dynamisme de l’émanation (Atziluth), par elles que nous montons du monde apparent des réalisations (Asiah), jusqu’à la notion limite de l’Intelligible : Ehieh, l’être en soi et sans détermination. En elles, la substance même de la Pensée divine circule du faîte à la base, de Kéther et Malkut. Chaque Séphira est une étape par laquelle l’Absolu prépare et conditionne son incarnation dans le relatif, chacune est un creuset grâce auquel la transcendance, se transformant en immanence, nous devient de plus en plus intelligible, dans ce qu’il nous est donné d’en connaître.

En un mot, les Séphiroth, procédant en quelque sorte, de l’Unité inaccessible dans son essence, compliquent dans leur marche involutive, le concept primitif de la distinction, pour aboutir à l’indéfinie multiplicité de l’Univers. Et c’est par une marche inverse et ascendante que notre esprit, par la voie intuitive, arrivera à reconstituer la subtile métaphysique de la communion de l’Absolu et du relatif et la somme des rapports qui relient l’un à l’autre, le devenir à l’immuable, le temps à l’éternité.

Cherchez dans l’arbre séphirotique ces idées et ces principes pour en développer les conséquences et vous aurez la clef de la Kabbale, le plan des sentiers et des voies et vous pourrez franchir les cinquante portes de l’intelligence. Nous n’insistons pas, car nous écrivons pour les hommes de bonne volonté et non pour les curieux. S’il y a des vides dans notre démonstration, ils sont voulus ; celui qui est appelé les comblera sans peine.

Constant CHEVILLON.

In Annales Initiatiques, 1935, N° 62.

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Martinez de Pasqually, par Constant Chevillon 20 décembre, 2017

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L’homme dont je veux aujourd’hui vous retracer l’existence visible, la doctrine et les réalisations, a traversé le monde comme un météore. Un voile opaque recouvre ses origines et l’absorbe à l’heure de sa mort. On ignore à peu près tout de ses antécédents et sa postérité semble s’être engloutie avec lui dans un tombeau inconnu.

Cet homme, c’est Dom Martinez de Pasqually, plus connu dans les milieux occultistes sous le nom de Martinez Pasqually. Est-ce là son véritable patronyme ? On l’ignorera probablement toujours, car Martinez, pour dépister les curieux s’est décerné lui-même mille identités diverses. Il s’est fait appeler aussi Jacques Delivron, Joachim de la Tour, de la Case, de las Cases ou de las Casas… Son nom est aussi protéïforme que son esprit, mais historiquement, il est et restera Martinez de Pasqually.

Jamais peut-être au cours des âges, une floraison d’illuminisme comparable à celle du XVIIIème siècle n’avait été enregistré. On vit tour à tour, ou simultanément : St Germain, Cagliostro, Dom Pernetty, Falck, Swedenborg, Weishaupt, l’Elias d’Artista de Hambourg, le groupe des Philalèthes, et cent autres… Des princes et des rois comme Frédérick de Prusse et Stanislas-Auguste de Pologne versèrent dans la science sacrée. Mais parmi ses figures titanesques de l’Occulte, aucune n’eut le relief et l’éclat de MZ de PY.

Quel était donc cet homme étrange et mystérieux ? Mille légendes ont couru et courent encore sur son compte. Sa race a été fortement discutée. On a prétendu qu’il était juif ou d’extraction sémitique orientale, portugais, espagnol, italien, allemand et enfin français. Était-il juif ?

Les tenants de l’opinion ont exploité comme preuve à l’appui le fait que son prénom était Joachim et que son habitat prolongé à Bordeaux se situait dans la rue judaïque, qui était une sorte de ghetto. C’est un raisonnement simpliste et sans consistance, d’autant plus que Martinez protesta toujours de sa catholicité, qu’il se maria à l’Église catholique, qu’il fit baptiser ses enfants et qu’il montra en diverses occasions ses billets de confession.

Était-il de famille juive convertie ?

C’est possible, mais rien ne le prouve et l’énoncer est une assertion gratuite.

Était-il français ?

C’est aussi improbable, car sa façon maladroite de manier notre langue – ce qui lui est véhémentement reproché par les voix de la critique – prouve le contraire. Il était très probablement espagnol. Ceci résulte de la patente maçonnique délivrée à son père par la grande Loge de Stuart en 1738, dont une copie fut déposée à la Grande Loge de France en 1763 par MZ de PY lui-même. D’après cette patente, le père de MZ portait le titre d’Écuyer et était né à Alicante en 1671… Et ceci serait corroboré par les connaissances kabbalistiques approfondies de notre illuminé, car l’Espagne reste la patrie incontestable de la Kabbale moderne.

L’année de sa naissance est assez controversée, mais il est probable qu’elle se situe dans l’année 1710. Il naquit à Grenoble, ou tout au moins dans la région dauphinoise… D’où la tendance de certains historiens à le proclamer français.

Sa vie en quelque sorte publique est postérieure à 1750. Nous n’avons aucun renseignement sur la formation et les occupations de MZ de PY avant cette date. Ses disciples, même les plus aimés, comme l’Abbé Fournié, de Grainville, Saint Martin, Willermoz, ont tout ignoré de cette période. Aussi la légende eut et a beau jeu… On a fait voyager Martinez de par toute la terre.

Il serait retourné en Espagne (c’est probable, mais pas prouvé), il aurait visité l’Italie, l’Allemagne et les pays scandinaves, l’Angleterre, le proche, le moyen et l’Extrême-Orient… On a prétendu, et Papus s’en est fait personnellement l’écho, qu’il aurait été initié à Londres par Swedenborg. Or de tout ceci, rien n’est certain et aucun document historique ne peut-être fourni à l’appui de la moindre assertion. L’initiation swedenborgienne en particulier a été inventée de toutes pièces. Des recherches multiples ont été effectuées et aucune trace de la venue de MZ de PY à Londres n’a été découverte. Du reste, les similitudes de doctrines constatées entre le martinézisme et l’Église du prophète du Nord, s’expliquent facilement… Elles sont basées toutes deux sur la commune tradition retrouvée et rénovée à cette époque. Les occultistes savent à quoi s’en tenir et pas est besoin de faire appel ici à un contact entre les deux illuminés. L’esprit critique de Papus a été singulièrement en défaut, dans ce cas comme dans plusieurs autres. Bref, de tous les voyages, plus ou moins imaginaires que l’on prête à Martinez, un seul ne peut être sujet à caution, c’est celui qu’il fit en Chine… Car il dit en propres termes dans son traité de la réintégration qu’il a vu par lui-même les craintes des Chinois au sujet de certains êtres hideux, vraisemblablement des dragons.

À partir de 1754, Martinez avait alors 40 ans, son passage est relaté dans plusieurs villes du sud-est de la France. Il était alors en possession de ses théories principales, sinon « in extenso » et nettement formulées par écrit, du moins en puissance dans son esprit… Il commençait son apostolat, sa mission initiatique. On le voit tour à tour à Marseille, Avignon, Montpellier, Narbonne, Foix et Toulouse. On sait quand il arrive, on ne sait pas d’où il vient… On le voit partir, on ne sait pas où il va… C’est le mystère qui continue. En chaque ville où il s’arrête, Martinez fréquente les Loges maçonniques et là, il prêche sa doctrine, recueille des adhérents pour son Ordre des Élus Cohens. Nous verrons tout à l’heure la teneur des doctrines et le fonctionnement du Rite des Élus Cohens… C’est à dire des prêtres élus. En 1762, il est à Bordeaux… C’est là qu’il va s’établir et que pendant 10 ans, il rayonnera son influence, soit directement par lui-même, soit indirectement par ses disciples sur une grande partie de l’Occident Européen. Dès son arrivée, il s’affilie à la Loge « La Française », la seule alors en activité dans la ville. Il va la rénover, lui insuffler son esprit et lui donner de nouvelles constitutions sous le nom de la « Française Elue et Ecossaise ». Il la fera agréer par la Grande Loge de France en 1765 et établira en France, au moins, une dizaine de Temples Cohens sans compter les groupes incomplets. Ses disciples sont nombreux et de qualité, car il s’adresse à la seule élite. Citons parmi eux de Grainville, de Lusignan, Saint Martin, Bacon de la Chevalerie, Willermoz, de Ségur, l’abbé Fournié, l’abbé Rosier, Cazotte, du Chanteau, d’Holbach, du Ray d’Hauterive, le prince de Hesse-Cassel, Lavalette de Lange, le baron de Gleichen, etc., etc.

En 1767, Martinez donne à son Ordre une forme administrative en créant le suprême tribunal de Paris avec Bacon comme substitut, de Loos, du Guers, de Lusignan et Faugier. Cette même année, il se marie avec la nièce d’un ancien major du régiment de Foix, Melle de Colas de Saint Michel qui lui donna deux fils, l’un en 1768, l’autre en 1771. Mais ces deux enfants disparurent probablement pendant la période révolutionnaire, sans laisser de traces. L’année 1768 fut particulièrement brillante pour l’Ordre des Élus Cohens. À cette date, en effet, L.C. de Saint Martin entre dans l’intimité de MZ et J.B. Willermoz est ordonné Réaux-Croix par Bacon de la Chevalerie. L’influence de ces deux hommes fut énorme, car par eux, l’enseignement du Maître a été transmis à la postérité. Les années suivantes furent moins fécondes et surtout plus agitées. En 1769, du Guers, un des disciples favoris de Martinez, se révolte contre lui et le couvre d’opprobres…, il faut même aller devant la Justice pour mettre fin aux calomnies et aux accusations tendancieuses. L’expulsion de du Guers ne ramena pas pour autant la paix…, les adeptes, et surtout les R+ se plaignent amèrement d’être laissés sans directives et de tout ignorer des doctrines suprêmes dont la révélation leur a été promise. Ils réclament souvent avec véhémence, Bacon de la Chevalerie en tête, qui reprend à son compte les attaques de du Guers. La raison de cette levée de boucliers est simple et quelque peu plausible. Martinez, malgré son génie initiatique, travaille par tempérament dans l’incohérence et il exprime difficilement ce qu’il conçoit à la perfection. Il a donc négligé de rédiger ses enseignements essentiels… Il ne laisse apercevoir à ses disciples anxieux que des lueurs dans la nuit. La lutte est longue et parfois douloureuse, mais MZ finit par s’imposer. Il réagit contre son indolence naturelle… Les instructions se suivent plus régulièrement, et Willermoz en particulier se voit gratifié d’une volumineuse correspondance cérémonielle. Puis en 1771, St Martin quitte définitivement la carrière militaire, il devient le secrétaire de Martinez. Sous l’impulsion de cet esprit ordonné, de cette intelligence lucide, le maître travaille pour ainsi dire, jour et nuit. Les rituels des divers grades sont écrits, les catéchismes paraissent, et le livre de la réintégration des êtres, cet exposé parfois magistral et souvent nuageux de la doctrine martinéziste, est mis en chantier. Sa rédaction, hélas, est interrompue par le départ de MZ, et il ne l’a jamais achevé. En 1772, en effet, MZ s’embarque pour St Domingue. Il devait y recueillir un héritage. Il avait dans cette île des parents plus ou moins proches, mais leur identité est restée inconnue et personne n’a jamais tenté de sonder le mystère de cette parenté qui eut pu sans doute jeter quelque lumière sur les origines du Maître. A St Domingue, MZ continue son prosélytisme. Il créa à Port-au-Prince, 1773, un tribunal souverain analogue à celui de Paris avec Coignet de Lestève comme substitut général. Plusieurs Temples furent créés, notamment à Léogane. Mais, épuisé par son effort, et peut-être aussi par le climat, il fut pris par les fièvres et mourut le 20 septembre 1774 en désignant pour ses successeurs à la tête de l’Ordre des Élus Cohens, Coignet de Lestève. Mourut-il à Port-au-Prince, à Léogane ou ailleurs… Nul ne le sait, et en tout cas le lieu de sa sépulture n’a jamais été identifié.

Telle fut la vie de MZ de PY dans ce qu’elle a d’historique. Il a donc bien traversé le ciel de l’illuminisme comme un météore, son lieu d’origine évident, sans terme d’aboutissement. Mais il reste de lui sa doctrine et son Ordre des Élus Cohens. Tous les historiens sont allés prônant que les Élus Cohens n’existaient plus…, avaient disparu avec Willermoz… Ils se sont trompés et se trompent… L’Ordre de Martinez a existé sans interruption jusqu’à nos jours, et il est encore bien vivant à l’heure actuelle. Seulement, nos modernes R+ sont des silencieux… Ils se connaissent entre eux, et personne ne les connaît, les historiens profanes de l’ésotérisme moins que tout autre. Certes, leurs doctrines et leurs pratiques ne s’identifient pas de façon absolue avec celles du XVIIIème siècle, car ils ont assimilé 150 ans de sciences positives, mais les enseignements donnés par MZ restent les colonnes de leur Temple et le but de jadis est toujours leur étoile flamboyante.

Quelle fut donc la doctrine de MZ de PY et où la trouverons-nous ?

Elle est contenue dans trois séries de documents qui sont : Les rituels de l’Ordre des Cohens… Les lettres fort longues et explicites écrites à Willermoz… Son traité De la réintégration des êtres.

Je ne vous parlerai pas des premiers ni des seconds. Ces documents préparent en effet les adeptes à l’intelligence et à la réalisation des opérations théurgiques… et il ne m’appartient pas, en ce lieu, et en ce moment, de vous guider dans cette voie. Mais la doctrine du Maître, celle exposée tout au long de son traité De la réintégration des êtres, est d’ordre universel et n’est pas l’apanage de tel ou tel individu… elle appartient à l’humanité toute entière. Le traité, du reste, a été publié de façon intégrale dans un texte qui semble s’écarter quelque peu de sa version originale, mais qui, néanmoins, la laisse transparaître dans toute son ampleur. Nous allons d’abord, si vous le voulez bien, en établir le schéma… puis nous en examinerons le développement et je vous en donnerai un court extrait pour vous familiariser avec la manière du Maître qui n’est pas ordinaire et demande au débutant une attention plus que soutenue.

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Le traité De la Réintégration, en effet, est écrit en un style apocalyptique, sans syntaxe et sans construction… preuve évidente que MZ de PY, né en un siècle où la langue littéraire était tout particulièrement chatiée et impeccable, n’était pas d’extraction française. De plus, on n’y trouve, ni plan d’ensemble, ni division, ni suite logique des idées. L’exposé des doctrines est toujours incomplet et laisse entrevoir des sous-entendus gros de conséquences. Souvent pour ne pas dire toujours, la solution d’un problème est séparée des prémisses par des pages et des pages à première vue sans portée. L’étude de cet ouvrage est âpre pour tous, elle est hors des possibilités d’un lecteur superficiel, mais, par instant, des éclairs fulgurants, des traits de Lumière insondable terrassent l’intelligence et montrent le génie du rédacteur. C’est le type même du livre hermétique.

Que contient donc ce traité à la fois merveilleux et caché ? La prévarication et la chute de l’esprit.

La prévarication et la chute de l’homme dans la matière. L’histoire du monde consécutive à ces chutes successives.

L’explication transcendante du Mal et la puissance corrélative des forces mauvaises…, puis, pour couronner cette dramatique genèse de l’Univers visible et invisible, il expose la possibilité et la nécessité de la réintégration hominale, c’est-à-dire le retour de la race humaine dans un état primitif de sainteté, de Gloire et de puissance anté-catabolique. Ici, précisément, interviennent les documents dont je vous parlais tout à l’heure et qui, tout en développant sous des voiles adéquats les mêmes théories, donnent les raisons et les moyens de ce retour à notre premier état d’émanation.

Ce simple exposé indique avec évidence la source des inspirations de Martinez. Il a puisé dans la tradition universelle transmise aux constructeurs de cosmogonies…, à Moïse, comme aux autres. Mais il dépasse singulièrement tous les systèmes développés avant lui-même, même le Pentateuque. Il prend l’oeuvre divine à son origine elle-même, au moment des émanations spirituelles…, il entrevoit la chute des Esprits, c’est à dire la catabole luciférienne.

Puis, il décrit et commente la catabole édénale, non seulement dans ses conséquences purement matérielles, mais dans son essence spirituelle en abordant le problème du Mal…, et non content de ces constatations, qu’on peut qualifier de pseudo-historiques sans en affaiblir la réalité, il aperçoit le cycle de réversibilité qui permettra à l’homme de transposer sa chute verticale en courbe parabolique pour réintégrer la sphère des émanations divines.

Examinons maintenant les détails de l’enseignement du Maître. Au début de la cosmogonie, nous assistons à la première émanation des essences spirituelles. Ces essences, et ici, je commente moi-même, car Martinez n’en dit pas tant…, ces essences sont la projection des Idées de Dieu… leur extériorisation est menée à l’existence par sa Volonté toute puissante. Elles sont donc, non pas identiques, mais analogues à Dieu. Leur potentialité est divine et par conséquent, les actes qu’elles sont appelées à réaliser seront des actes divins. Mais ces actes n’auront de valeur effective qu’avec le concours de Dieu…. la puissance émanée étant en vertu de la force centripète, entièrement au centre d’émanation. Elles agiront donc selon la norme prévue et Dieu animera leurs actes de son souffle personnel…, il y aura collaboration intime et voulue. Ainsi pourraient être émanés d’autres êtres spirituels…, les essences premières engendreront une postérité soumise au Principe Emanateur…, et l’orgueil s’empara de certains éléments émanés. Pesant toute la puissance qu’ils avaient reçue, ils conçurent le projet d’émaner par eux-mêmes sans la collaboration divine, pour devenir, comme Dieu, des centres radiants de Gloire et de Vie Spirituelle. Ils entrèrent en action, mais Dieu tua dans l’oeuf leur réalisation en s’abstenant d’y participer. Les essences rebelles avaient émané des êtres de raison sans vie et sans puissance qui les alourdirent et les précipitèrent du monde divin, du monde des rapports et des nombres vivants dans le monde des rapports et des nombres morts…, et ce monde devint leur géhenne et leur prison.

Alors Dieu divisa les essences fidèles selon leur degré de puissance, en deux clans…, les esprits supérieurs qui reçurent en partage la sphère sur-céleste, et les esprits majeurs qui habitèrent la sphère céleste, tous deux en rapport direct et harmonieux avec la sphère divine. Puis, pour mettre un sceau, un verrou infrangible, entre le ciel et la sphère terrestre, prison des esprits déchus, il créa un esprit mineur, l’Adam Spirituel chargé de surveiller et de contrôler les exilés. Or, l’Adam Spirituel, en un plan surbaissé, avait néanmoins toutes les qualités du supérieur et du majeur…, il voyait Dieu face à face et lui parlait familièrement…, il pouvait oeuvrer en accord avec Lui et procréer à son tour une postérité spirituelle sans borne et sans fin, animée comme lui-même du Souffle Divin.

Malheureusement, le Mineur se laissa tromper par ceux qu’il était chargé de contrôler et de maintenir en dehors de la sphère céleste. La catabole luciférienne se renouvela. Adam voulut lui aussi créer, non pas des essences spirituelles en accord avec Dieu, mais des êtres semblables à lui et qui lui seraient soumis et lui obéiraient comme il obéissait lui-même à son Créateur. Et comme les essences premières, il émana des corps sans âme et sans Gloire, des formes matérielles qui le happèrent de leurs tentacules et l’entraînèrent dans la sphère terrestre. La matière était créée et consolidée autour de la race humaine. Mais si l’esprit mineur était devenu, par sa rébellion consciente et délibérée, un homme englué dans la matière, et par là privé des prérogatives célestes, le courroux de Dieu ne s’appesantit pas irrémédiablement sur lui. Il s’était laissé séduire et c’était là, pour employer notre moderne langage, une circonstance atténuante. Il obtint donc son pardon conditionnel et il eut désormais pour mission de vaincre les puissances matérielles et de se réintégrer dans sa situation première. Il devait donc procréer une race, selon sa norme nouvelle, qui fut susceptible, avec le concours de Dieu, de supprimer la déchéance attachée à la forme humaine. Malheureusement, Adam et Eve, entraînés par la nouveauté des sensations matérielles, s’abandonnèrent à leur emprise, et la race de Caïn en résulta…, ils retardèrent ainsi leur évolution. Les excès des Caïnistes amenèrent chez eux une salutaire réaction et ils sollicitèrent la collaboration divine qui fut entièrement efficace dans la procréation d’Abel. Celui-ci fut revêtu par Dieu de toutes les vertus spirituelles nécessaires à la complète réintégration. Hélas, la spiritualité d’Abel était trop haute pour ne point porter ombrage à Caïn, l’homme passionnel, et comme sa forme matérielle le rendait vulnérable, son frère l’assassina. Tout était à recommencer.

Adam et Eve procréèrent donc Seth et sa lignée, mais sur un plan mitoyen qui maria la spiritualité à la matière…, or les descendants de Seth, entraînés par cette dernière, s’unirent aux enfants nés de Caïn, et notre actuelle humanité fut le résultat de cette malheureuse union. La déchéance, au lieu de se résorber, s’accentua…, les hommes enorgueillis par leur puissance sur les forces tangibles du Cosmos, devinrent peu à peu ce qu’ils sont aujourd’hui. Ils se ruèrent vers les réalisations phénoménales, s’attachèrent aux jouissances corporelles, s’élançant parfois à l’assaut d’une spiritualité en désaccord avec les principes immuables fixés par le Créateur, pour retomber lourdement dans les griffes de la sensualité.

Or, Martinez, au lieu de se laisser emporter par une vague de pessimisme, nous ouvre ici une fuite vers un chemin. Rares parmi les hommes, quelques unités pourtant, ont conservé les connaissances du mineur ancestral et travaillent inlassablement à nous restituer notre liberté spirituelle. Ainsi, un lien est resté entre la sphère terrestre et les sphères célestes et sur-célestes. Il y a toujours un moyen de reconquérir les privilèges divins de notre race. Les explications du Maître à ce sujet sont parfois fort claires, d’autres fois, elles sont à peine claires et indiquées et deviennent nébuleuses… mais à travers le voile de ses phrases, le plus souvent boiteuses, on aperçoit assez nettement – celui du moins qui possède la volonté de savoir à tout prix – le moyen d’arriver au but… et ce but, Martinez en parle comme de l’« Éther vital », « axe central », « Feu incréé » et des moyens de l’utiliser pour des opérations théurgiques. L’Axe Central, c’est l’Agent de la Réintégration…, cet agent conduit à la « Chose ». La Chose, c’est le signe certain que la réintégration est acquise… c’est le prodrome de l’Illumination et de la béatitude. Comment par l’Agent arriver à la Chose ?… c’est là le secret des opérations théurgiques de Martinez, secret qui appartient à son ordre, dans son ordre, aux seuls R+. Ce secret a été jusqu’à maintenant bien gardé. Certains auteurs ont voulu le percer à l’aide de documents tombés dans leurs mains et ils se sont moqués plus ou moins spirituellement des efforts de Martinez et des R+… eh, bien…, ils se sont trompés et en sont pour leur frais d’esprit. Ils n’ont pas compris parce qu’ils ont voulu pénétrer par violence dans un sentier qui demande une longue marche d’approche… ils ont voulu voir une Lumière subtile sans préparer leurs yeux à la discerner…, ils ont voulu parvenir à la coupole du Temple sans emprunter l’escalier qui permet d’en faire l’ascension. C’est là du reste, l’héritage de tous les exégètes qui veulent sonder un texte à la seule lumière de la logique et de la raison sans se préoccuper de l’ambiance… sans se mettre en état de réceptivité vis-à-vis de la pensée éventuellement enfouie sous le voile des termes et des concepts.

Pour comprendre la doctrine de MZ de PY, et le bien-fondé de ses opérations théurgiques, il faut autre chose qu’une analyse, même approfondie de ses oeuvres…, il faut se soumettre à la discipline physique, intellectuelle et morale…, il faut placer en fondation de l’ascèse ultérieure : l’humilité…, l’abnégation…, et la charité. Hors de cela tout est vain et tout effort est parfaitement stérile.

Je vais maintenant vous donner lecture d’un court passage du traité De la réintégration. Ce texte est particulièrement caractéristique de la doctrine du Maître Illuminé et de sa manière de s’exprimer. Il va illustrer tout ce que je viens de vous dire en y jetant un curieux rayon de lumière vive. Il s’agit de la prévarication d’Adam et de ses suites jusqu’à sa postérité actuelle ( Page 59 à 68 ):

« Adam et Eve, ayant éprouvé la peine cruelle dont nous venons de parler, et ne connaissant rien de positif que cet événement annonçait, soit pour eux, soit pour la postérité première et celle à venir, se prosternèrent dans la plus grande douleur et la plus grande Foi devant le Seigneur, pour lui demander grâce et miséricorde du crime que Caïn avait commis sur leur fils, Abel, n’ayant en lui ni le pouvoir, ni la force de venger de leur propre autorité le sang du juste par l’effusion de celui du coupable, et sachant bien que la vengeance n’appartient qu’au Créateur.

L’Éternel exauça les prières et lamentations d’Adam et d’Eve sur la mort de leur fils, Abel. Il leur envoya un interprète spirituel qui leur apparut et leur expliqua le type du crime commis par Caïn, en leur disant :

“…, Vous avez bien raison de regarder le meurtre d’Abel comme une perte considérable et comme une marque de la colère de Dieu qui doit rejaillir sur vos descendants jusqu’à la fin des siècles. Vous devez encore la considérer comme un reste du fléau de la justice divine pour l’entière rémission de votre premier crime, et pour votre parfaite réconciliation ; mais le Créateur, qui a connu votre retour parfait et votre résignation, m’envoie auprès de vous pour calmer vos peines et vos larmes sur le malheureux évènement que vous regardez comme irréparable. Le Créateur vous dit par ma parole que vous n’avez l’un et l’autre produit cette postérité d’Abel que pour être le vrai type de celui qui viendra dans un temps, pour être le véritable et l’unique réconciliateur de toute votre postérité. Sachez encore, l’un et l’autre, que Caïn, que vous regardez avec raison comme criminel, ne l’est pas tant qu’Adam l’a été envers le Créateur. Caïn n’a frappé que la matière et Adam a pris le trône de Dieu par la force : voyez s’il est plus criminel que vous.

Votre fils Caïn est encore un type de la prévarication des premiers esprits qui ont séduit Adam et qui lui ont réellement donné la mort spirituelle, en précipitant son être mineur dans une forme de matière passive, ce qui l’a rendu susceptible de privation divine, et a changé sa forme glorieuse en une forme matérielle sujette à être anéantie, sans pouvoir être mise dans sa première nature de forme apparente, après sa réintégration dans le premier principe des formes apparentes, que l’axe central dissipera aussi promptement qu’il l’a formé. Soyez fermes et persévérants dans votre confiance dans l’éternel ; le terme de votre réconciliation est rempli…

Adam répondit :

« …, que la volonté de mon Créateur soit la mienne… » Je vais entrer maintenant dans l’explication des types véritables que font tous les événements que j’ai racontés. Adam, par sa postérité temporelle, fait la figure du Créateur…, et cette postérité d’Adam fait la figure des esprits que le Créateur avait émané de Lui pour sa plus grande Gloire et pour lui rendre un culte spirituel. Vous avez vu que ces esprits peuvent se considérer comme aînés à Adam, ayant été émanés avant lui. Vous savez aussi que ces esprits ayant prévariqué, l’Éternel les éloigna de sa présence, qu’il émana et qu’il émancipa de son Immensité Divine un être spirituel mineur pour les contenir en privation, et que ce mineur que nous nommons Adam et Réaux, n’était par conséquent que le second né spirituellement de ces premiers esprits, et qu’il sortait, ainsi qu’eux, du Père Divin Créateur de toutes choses.

Je veux donc faire observer que Caïn, fils aîné d’Adam, est le type de ces premiers esprits émanés par le Créateur, et que son crime est le type de celui que ces premiers esprits ont commis contre l’Éternel. Abel, second né d’Adam, fait par son innocence et par sa sainteté le type d’Adam émané après ces premiers esprits dans son premier état de justice et de Gloire divines. Et la destruction du corps d’Abel, opérée par Caïn, son frère ainé, est le type de l’opération que les premiers esprits firent pour détruire la forme de gloire dont le premier homme était revêtu, et le rendre par ce moyen susceptible d’être comme eux en privation divine. Voilà l’explication certaine du premier type que font Adam, Caïn et Abel, par les fâcheux évènements qui leur sont advenus.

Le second type que font ces trois mineurs n’est pas moins considérable, soit par le rapport qu’ils ont avec tout être corporel, céleste, général et terrestre, soit par les évènements qu’ils annonçaient devoir survenir à la postérité du premier homme. Pour s’en convaincre, il faut observer qu’Adam, par les trois principes spiritueux qui composent sa forme de matière apparente, et par les proportions qui y règnent, est l’exacte figure du Temple général Terrestre, que nous savons être un triangle équilatéral, ainsi qu’on le verra physiquement par la suite. Adam avait en son pouvoir une végétation corporelle, de même qu’il est de la nature de la Terre de végéter. Adam n’a pu végéter que deux sortes de végétations : la masculine et la féminine. La terre ne peut également produire que ces deux espèces de végétations, soit dans les animaux passifs, soit dans les plantes et autres végétaux. Mais je vous apprendrais que, outre le pouvoir qu’a le corps de l’homme de se reproduire corporellement, il a encore celui de végéter des animaux passifs, qui sont réellement innés dans la substance de cette forme matérielle. Voici d’où nous l’apprenons :

Lorsque l’être-agent spirituel a quitté sa forme, cette forme devient en putréfaction. Après que cette putréfaction est faite, il sort de cette formecorporelle des êtres que nous appelons reptiles qui subsistent jusqu’à ce que les trois principes spiritueux, qui ont coopéré à la forme corporelle de l’homme, soient réintégrés. Il ne faut pas croire que cette putréfaction vienne d’elle-même, ni directement de la forme corporelle, mais il faut savoir que le séminal de toutes choses sujettes à la végétation est inné dans l’enveloppe soit terrestre, soit aquatique. Ainsi le corps de l’homme, étant provenu de la Terre générale et ayant innés dans sa forme de matière les trois principes qui ont coopéré chez lui à former son enveloppe soit terrestre, soit aquatique, il n’est pas douteux qu’il réside encore en cette forme particulière un séminal d’animaux susceptibles de végétation. C’est par ce séminal que la putréfaction arrive dans les corps après ce que l’on appelle vulgairement la Mort.

Les trois principes que nous appelons, Soufre, Sel et Mercure, opérant par leur réintégration, entrechoquent, par leur réaction, les ovaires séminaux qui sont dans toute l’étendue du corps. Ces ovaires reçoivent encore par là une nouvelle chaleur élémentaire qui dépouille l’espèce animale reptile de son enveloppe, et cette enveloppe ainsi dissoute, se lie intimement avec l’humide grossier du cadavre. C’est la jonction de cette enveloppe des reptiles avec l’humide grossier du cadavre qui opère la corruption générale du corps de l’homme et qui le met ensuite à sa dernière fin de forme apparente. C’est donc toujours par la réaction des trois principes opérants que provient la putréfaction.

On peut vérifier ceci sur la forme d’un cadavre où l’on verra opérer la vérité de ce que je dis en touchant la putréfaction. (Mav Benach?).

Outre le type de la prévarication des premiers esprits et celui de leur attaque victorieuse contre le premier homme, Caïn fait encore le type de la séduction impie et funeste dont ces mauvais esprits useraient envers les futures postérités d’Adam, ainsi qu’il venait de la faire dans sa première postérité. Nous le voyons dans le premier crime qu’il commit sur son frère Abel, et dans la séduction dont il usa envers ses propres soeurs, lorsqu’il les engagea d’être les témoins de ce qu’il allait effectuer sur la personne de leur frère, selon qu’ils avaient projeté ensemble. Caïn, après sa prévarication, fut obligé d’aller vivre avec ses deux soeurs dans la partie du midi où il fut relégué à demeure fixe par l’ordre du Créateur et par l’autorité d’Adam. C’est là le type du lieu où les démons ont été relégués pour être contraints d’y opérer leur volonté et leur intention malfaisante, soit contre le Créateur, soit contre les mineurs des deux sexes, l’homme et la femme étant susceptibles de retenir impression de l’intellect démoniaque. Ce lieu du Midi est encore le type de la partie universelle où le Créateur manifestera sa justice et sa gloire à la fin des temps. C’est aussi dans ces lieux que les justes manifesteront leurs vertus et puissances, à la honte des esprits pervers et à celle des mineurs réprouvés.

Cette partie méridionale, ayant été maudite du Créateur, et étant marquée par l’écriture pour être l’asile des Majeurs et des mineurs qui auront prévariqué, je dirai de plus de ces trois personnages : Caïn et ses deux soeurs, par leur nombre ternaire, annoncent la prévarication de la forme corporelle terrestre de l’homme que l’intellect démoniaque séduit par la jonction, qu’il fait avec les trois principes spiritueux qui constituent toute forme corporelle.

Vous savez que le nombre ternaire est donné à la terre, où à la forme générale, et aux formes corporelles de ses habitants, de même qu’aux formes des habitants célestes. Ce nombre ternaire provient de trois substances qui composent les formes quelconques que nous nommons : les principes spiritueux qui sont le Soufre, le Sel et le Mercure qui émanent de l’imagination et de l’intention du Créateur. Ces trois produits ayant été produits dans un état d’indifférence, l’Axe Central les a disposés et les a opérés pour leur faire prendre une forme et une consistance plus consolidée ; et c’est de cette opération de l’Axe Central que proviennent toutes les formes corporelles, de même que celles dont les esprits pervers doivent revêtir pour leur plus grande suggestion.

C’est aussi par conséquent, de ces mêmes substances qu’étaient composées les formes corporelles de Caïn et de ses deux soeurs dont nous expliquons maintenant le type. Au sujet du nombre neuvaire ( Ternario Formatur – nonenario dissolvitur) je dirai donc qu’il n’est point étonnant que les esprits majeurs pervers et leurs agents se tiennent de préférence et plus volontiers à la forme corporelle de l’homme qu’à tout autre, puisque cette forme humaine avait été premièrement destinée pour eux. Nous voyons d’ailleurs la preuve de l’ultime liaison des esprits malins avec le corps de l’homme dans les paroles que le Christ adressa à ses apôtres, à la fin de sa dernière opération temporelle au jardin des Oliviers. Quand il fut revenu les rejoindre, il les trouva endormis et leur dit en les réveillant : « Ne dormez pas, car la chair est faible et l’esprit est prompt ». C’est par cette facilité avec laquelle l’esprit malin se communique à la forme corporelle de l’homme que les trois personnes dont nous parlons laissèrent corrompre les principes spiritueux qu’ils avaient innés dans leur forme. L’intellect démoniaque s’insinua et se joignit entièrement à la forme de ces trois mineurs ; et de là parvint à séduire l’agent spirituel qui y était renfermé et qui devait diriger et gouverner cette forme au gré du Créateur. Cette insinuation produisit une telle révolution sur ces trois mineurs qu’il ne fut plus en leur pouvoir de se délier de l’intime correspondance qui régnait entre eux ; par la parfaite sympathie qu’ils avaient contractée tous les trois avec l’intellect démoniaque., il n’y avait entre eux qu’une seule intention, qu’une seule pensée et une seule action. On a jamais vu une pareille union parmi les hommes de tous les siècles, et il est impossible que trois personnes différentes et libres agissent de la sorte, si elles ne sont conseillées et conduites par un bon ou un mauvais esprit.

C’est donc de ces trois personnes, possédées du Prince des démons, que nous sortons, comme je l’ai dit, le nombre neuvaire de matière, savoir : en additionnant les trois principes spiritueux et essences premières, leurs trois vertus et leurs trois puissances démoniaques, ainsi qu’il suit :

1°- Trois principes à Caïn, trois à sa soeur aînée, trois à sa soeur cadette = 9 .

2°- Trois vertus à Caïn, trois à sa soeur aînée, trois à sa soeur cadette = 9. 3°- Trois Puissances à Caïn, trois à sa soeur aînée, trois à sa soeur cadette = 9 .

Mais pour vous convaincre que le nombre neuvaire de matière sort de ses mineurs, il ne faut que voir leur opération démoniaque, et comme ils ont perpétué leurs opérations criminelles jusqu’au juste châtiment que le Créateur exerça sur toute leur postérité, châtiment que l’Écriture nous a fait connaître en nous apprenant que l’Éternel frappa toute la terre et ses habitants par le fléau des eaux, et que, par ce moyen, la postérité coupable de ces trois mineurs, ainsi que les hommes qu’ils avaient séduits, furent anéantis. C’est depuis cette époque que le nombre neuvaire est parvenu à la connaissance, de même que la mystérieuse addition qui suit :

3 Additionnez le produit de tous ces 3 nombres qui est 27, vous y trouverez 3 2 et 7 font 9.

Multipliez 27 par 9, cela vous donnera 3 toujours 9. Si vous multipliez ce produit à l’infini il vous reviendra toujours 9.

C’est là ce que j’avais à vous dire sur le nombre neuvaire. Voulant vous faire connaître les autres types considérables que Caïn fait encore dans cet Univers, je vous apprendrai que Caïn fait le type de l’élection des prophètes que le Créateur devait envoyer par la suite des temps parmi la postérité d’Adam. Il vous a été enseigné que, lorsque Caïn eut détruit l’individu de son frère Abel, il se retira dans sa demeure ordinaire, où, étant à réfléchir sur son crime, il lui survint une voix spirituelle divine qui lui demanda ce qu’il avait fait de son frère Abel. Caïn répondit brusquement : « suis-je le gardien de mon frère ? ». Après cette réponse, l’esprit lui fit une attraction si considérable, soit sur sa forme corporelle, soit sur son être mineur qu’il fut aussitôt terrassé ; et dans cette situation, il se réclama à son Créateur en disant : « Seigneur ! Ceux qui me rencontreront me tueront ». À cette considération, l’Éternel, Père de miséricorde, voyant la consternation de Caïn et voulant le préserver du reproche et de la vengeance que sa postérité aurait pu exercer contre lui, le fit marquer d’un sceau préservatif et l’esprit qui le marqua dit : « De par l’Éternel, quiconque frappera Caïn de mort sera puni de mort sept fois ». Caïn se retira ensuite avec ses soeurs dans le lieu qui lui avait été relégué. Il eut dans cet endroit une postérité de dix mâles et de onze femelles. Il bâtit dans cet endroit une ville qu’il nomma Hénoch. Il imagina, pour coopérer à son entreprise, de fouiller dans les entrailles de la Terre, et il prépara les matières qu’il en retira afin de leur donner les formes convenables aux usages qu’il voulait en faire, et fit cette opération avec son premier-né qu’il avait nommé Hénoch. Il laissa son secret, soit pour la fonte des métaux, soit pour la découverte des mines, à son fils nommé, Tubal-Cain. C’est de là qu’il nous est venu que Tubal-Caïn était celui qui avait découvert le premier la fonte des métaux.

Caïn était un grand homme de chasse, il avait également élevé tous ses enfants mâles à la chasse, et surtout son dixième fils, en qui il avait mis tout son attachement. Il ne donna à ce fils d’autre talent que celui de la chasse. Ses autres enfants étaient plus portés aux travaux d’imagination et aux ouvrages manuels. Caïn donna à ce dixième fils le nom de Booz, qui veut dire « fils d’occision ». C’est ce dernier fils qui donna la mort à son père Caïn. Caïn ayant résolu d’aller à la chasse des bêtes féroces, accompagné de ses deux enfants, Hénoch, ses petits fils, ne prévint pas Booz de son projet. Booz de son côté projeta d’aller aussi à la chasse, le même jour que son père avec deux de ses neveux, fils de Tubal-Caïn. Booz n’ayant pas d’enfants avait mis toute son amitié dans ses deux neveux. Ils partirent donc ensemble pour aller à la chasse ; mais Booz, sans le savoir, prit la même route que son père Caïn, et, étant tous deux deux dans un fourré qu’ils avaient coutume de battre, Booz aperçut l’ombre d’une figure au travers de ce fourré nommé Onam, qui veut dire douleur, décocha alors une flèche qui alla percer le coeur de son père, l’ayant pris pour une bête féroce. Jugez de la surprise et du frémissement de Booz, lorsqu’il se fut transporté dans l’endroit où il avait tiré son coup de flèche et qu’il vit son père tué par sa propre main. La douleur de Booz fut d’autant plus grande qu’il savait la punition et la menace que le créateur avait lancées contre celui qui frapperait à mort la personne de Caïn qui serait frappé de sept fois de peines mortelles ou serait puni de sept morts.

Booz appela à lui ses deux neveux et les présenta devant le cadavre. Aussitôt ils eurent reconnu la forme et la figure de Caïn, ils jetèrent un grand cri d’exclamation et firent en même temps un signe d’horreur, ce qui augmenta encore plus la désolation d malheureux Booz. Après qu’il eut raconté comment il était la cause innocente de la destruction de la forme corporelle de son père Caïn, il leur dit : « Mes amis, vous êtes témoins de mon crime ; quoiqu’involontairement, j’ai transgressé les ordres et la défense du Créateur, je suis coupable devant l’Éternel et les hommes. Je suis le plus jeune des fils de Caïn, le dernier de sa postérité, le plus coupable et le plus criminel. Vengez sur la personne de ce dernier né, la mort de son père et le scandale qu’il vient de vous donner ».

L’intellect démoniaque qui connaît la faiblesse des hommes quand ils sont dans l’affliction suscita aussitôt une passion outrée de vengeance aux deux neveux de Booz sur la mort de Caïn. Ils armèrent leurs arcs d’une flèche pour tirer sur leur oncle. Mais lorsqu’ils étaient prêts de la lancer sur lui, une voix se fit entendre et dit : « Quiconque frappera de mort celui qui a tué Caïn, sera puni soixante-dix-sept fois de mort ».

À cette effrayante menace spirituelle divine, les deux neveux de Booz tombèrent à la renverse, mais étant revenus de leur évanouissement, ils portèrent leurs armes à Booz en disant : « Le Créateur t’a fait grâce, Booz, de la mort que tu as donnée à ton père Caïn. Nous sommes à présent les plus coupables devant l’Éternel, puisque nous avons conçu volontairement d’exécuter sur toi notre pensée vindicative ». Booz répondit à ses neveux : « Que la volonté du Créateur s’accomplisse ».

Après cette résignation de Booz, ils se retirèrent tous ensemble dans la ville d’Hénoch. La tristesse et l’abattement avec lesquels ils se présentèrent dans la ville, mirent la postérité de Caïn dans la dernière consternation, cette douleur redoubla encore quand cette postérité apprit que la destruction de la forme de leur père Caïn avait été faite par le dernier de sa lignée. Le malheureux Booz, se voyant réduit à supporter l’inimitié générale fut forcé de se retirer de cette troupe de possédés d’intellect démoniaque et fut prendre sa retraite dans le désert de Jéraniaz, qui veut dire : « Écoutez le Créateur ». C’est dans cet endroit que Booz finit ses jours dans la contrition et la pénitence.

Voilà comment Caïn fut le vrai type de la prophétie lorsqu’il dit, après le crime qu’il commit sur son frère Abel : « Ceux qui me rencontreront, Seigneur, me tueront ». Na-t-il pas été rencontré par son fils dans un fourré ? N’a-t-il pas été tué par un homme comme il l’avait dit ? Ce qui forme réellement le type de prophétie, c’est que la rencontre des deux personnes, Caïn et Booz, n’est point préméditée, et que l’un et l’autre se sont trouvés sans se connaître, dans le lieu où Caïn reçut le coup de la Mort. Je veux vous faire remarquer combien est ridicule et absurde l’observation que les hommes du siècle ont faite sur ce parricide de Caïn par son fis Booz. Ce type, ignoré de la plus grande partie des hommes d’aujourd’hui, leur a fait croire et même assurer qu’Adam n’est pas le premier homme, puisque, disent-ils, lorsque Caïn eut tué son frère Abel, il dit au Seigneur : « Seigneur, que vais-je devenir ? Ceux qui me rencontreront me tueront ! ». Si ces hommes avaient été instruits du type que faisaient ces paroles adressées au Créateur, ils auraient vu clairement que c’était celui des prophètes, ainsi que nous l’avons vu s’effectuer réellement parmi les hommes de la terre et sur Caïn lui-même. Mais me direz-vous, comment le Créateur pouvait-il mander des prophètes chez les hommes pour les contenir dans leurs actions aux lois qu’il leur avait données, puisque vous dites que le Créateur ne prend aucune part aux causes secondes qui s’opèrent parmi les hommes ? Je répondrais que le Créateur ne peut ignorer l’être pensant démoniaque qui opère continuellement des faits séduisants et pernicieux pour le mineur spirituel, ainsi qu’il était déjà arrivé dans la séduction d’Adam et de sa postérité. Le Créateur a jugé nécessaire pour l’avantage de l’homme d’élire spirituellement des êtres mineurs et de les douer de l’esprit prophétique, non seulement pour contenir l’homme dans ses lois, préceptes et commandements, mais encore pour la plus grande molestation des esprits malins et pour la manifestation de la plus grande gloire divine. La pensée de l’être spirituel bon ou mauvais, comme l’action bonne ou mauvaise devant le Créateur, voilà comment l’Éternel prend conscience des causes secondes. Les grands élurent prêtres et prophètes après Abel et Hénoch sont, Noé, Mekisedek, Joseph, Moïse, David, Salomon, Zorobabel, Le Messiah.

***********

Telle est dans ses grandes lignes la doctrine originale de Martinez. On a prétendu tour à tour qu’il l’avait tirée de la Kabbale, du Talmud, des mystères anciens, du néo-platonisme, d’Ammonius Sacca et de Plotin, de la gnose du IIème siècle et enfin des enseignements rosicruciens du moyen-âge. Aucune de ces suppositions n’est exacte au sens propre du terme. Elle ressemble par un point ou par un autre à chacun de ces mouvements parce que, comme eux, elle dérive, ainsi que je vous l’expliquais tout à l’heure, de la tradition universelle primordiale à laquelle se rattacheront bien plus tard, les Vintras et les illuminés modernes. Elle constitue un rameau de la gnose universelle, souche commune sur laquelle se sont épanouies toutes les religions connues et toutes les initiations véritables. Martinez y a ajouté le sceau particulier de son génie…, il ne doit rien à personne et tout à Dieu.

Tous les fondateurs de religions, tous les maîtres de l’ésotérisme entrent en effet en contact plus ou moins immédiat avec la sphère spirituelle…, c’est à dire avec le monde des idées…, c’est à dire avec Dieu. Ils voient la vérité une et essentielle, c’est pourquoi au fond de toutes les doctrines, on retrouve la même substance. Mais chacun d’eux jette sur cette substance unique le voile des concepts et du vocabulaire adaptés à sa culture propre, à son époque et à la mentalité de ses auditeurs…, pour la rendre intelligible d’abord…, efficace ensuite. D’où les divergences que le lecteur superficiel assimile à des contradictions ou à des antinomies irréductibles lorsque le voile, c’est à dire la forme, seul est en jeu.

Aussi Martinez fut critiqué et même bafoué en maints volumes appuyés de documents dont une intelligence avertie aurait dû tirer des conclusions tout autre que péjoratives. L’une de ces critiques alla même jusqu’à traiter le Maître d’escroc et de charlatan tout en se glorifiant de ne point être un initié. Il est parfaitement exact que cet auteur, malgré des prétentions à des connaissances kabbalistiques supérieures à toutes celles de ses contemporains, soit, en effet étranger aux idées qu’il condamne d’un ton doctoral et sans appel. Il a même poussé l’inconscience jusqu’à démolir le Comte Joseph de Maistre dont il n’est pas digne, comme littérateur et philosophe, de dénouer la chaussure. Mais, laissons là les critiques dont aucune n’a enlevé un seul disciple à Martinez, ni atteint en quoi que ce soit à la réalité des enseignements du Maître, et revenons, non plus aux doctrines, mais à l’oeuvre de Martinez.

Tous les adeptes de Martinez, exception faite pour Du Guers dont nous avons parlé plus haut, ont considéré leur Maître comme le plus grand des Initiés qu’ils aient rencontré au cours de leur vie. Bacon de la Chevalerie, lui-même, malgré les injures dont il l’abreuve, même après sa mort, s’est drapé dans sa dispute de R+ comme dans un sacerdoce idéal, au-dessus de toute discussion. Voyons donc par quelles réalisations pratiques le Grand Illuminé concrétisa sa doctrine de la réintégration. Je serai bref, car ici, nous sommes sur un terrain dont l’exploration doit être circonspecte.

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, Martinez a recruté tous ses disciples dans les loges maçonniques. Il considérait la Maçonnerie comme une base nécessaire pour l’oeuvre qu’il avait entreprise. Dans sa pensée, en effet, l’enseignement maçonnique du XVIIIème siècle était un acheminement progressif vers les doctrines des Élus Cohens. Il avait raison, et tout initié compétent doit le reconnaître. Aussi, la faute commise par les rénovateurs, si elle est excusable dans une certaine mesure, n’en est pas moins flagrante. Ils se sont trompés, non pas sur le principe lui-même, mais sur la manière de l’exploiter pour en tirer les conséquences ultimes, les seules efficaces. C’est pourquoi dès les années 1897-1900, ceux qui savaient ont réagi dans l’ombre et amorcé le redressement essentiel qui a pris toute sa valeur à partir de 1920…, mais, n’anticipons pas !

L’Ordre des Élus Cohens, appuyé sur la Maçonnerie conduit en quatre étapes à l’initiation intégrale. Ces étapes constituent une échelle dont chaque degré correspond à une possibilité plus grande de réintégration.

Au bas de l’échelle se trouvent les trois grades de la maçonnerie symbolique, connus de tous ceux que la question intéresse. Ces grades aboutissent dans ce cycle préliminaire à un quatrième : le Grand Elu qui complète et développe l’idée maçonnique dans sa totalité. C’est ce que Martinez appelait « la première classe ». Dans la deuxième la doctrine maçonnique se hausse sur un plan supérieur. Elle comprend trois échelons : Apprenti-Cohen, Compagnon-Cohen et Maitre-Cohen. Alors, s’ouvre la troisième classe, le Temple proprement dit, avec deux échelons : le Grand Elu Cohen ou Grand Architecte, et le Grand Elu de Zorobabel.

Enfin, voici le Saint des Saints, la quatrième classe, constituée par un seul échelon : le R+ .

Cette classe est entièrement secrète et seuls les Adeptes en connaissent la valeur, la forme et les procédés de réalisation… à noter que certains grades sont divisés en deux parties dont chacune est une étape partielle sur la voie hiérarchique. Ici, j’attirerai votre attention sur un point spécial : la 1ère classe comprend 4 grades, la 2ème classe trois grades, la 3ème classe, deux grades et la 4ème classe, 1 seul grade. Si vous partez du sommet, vous obtenez la formule théosophique : 1+2+3+4 = 10. Ceux qui sont familiers avec la science des nombres en comprennent la signification.

Comment l’enseignement de Martinez était-il inculqué aux adeptes à travers cette hiérarchie ?

Voici, la première classe était nettement maçonnique et c’est à peine si quelques allusions très voilées laissaient soupçonner une lointaine lumière. Ces allusions devenaient plus transparentes dans le 4ème grade et provoquaient inévitablement le désir de savoir.

Dans la deuxième classe, appelée Elone du Porche, nous sommes en plein système mixte. D’un coté l’affirmation nette des doctrines maçonniques courantes et de l’autre un enseignement par paraboles et énigmes, précurseurs immédiats d’une nouvelle révélation.

Dans la troisième classe, l’ésotérisme maçonnique fait place à l’occulte martinéziste. Toutes les allusions dogmatiques convergent vers la doctrine du traité de la réintégration. Dans cette classe, on n’initie pas les adeptes, on leur donne une ordination…, et cette ordination leur transmet les pouvoirs sacerdotaux correspondant à leur situation dans la hiérarchie…, pouvoirs encore incomplets, mais bien déterminés et bien réels.

Quant au Grand Elu de Zorobabel, il était considéré comme un compagnon R+ et ce degré correspondait à la période de recueillement qui doit précéder toute accession à la suprême investiture sacerdotale. Je ne vous parlerais pas des R+, sinon en vous indiquant qu’ils étaient des hommes aptes à se réintégrer dans les pouvoirs des esprits mineurs, autant qu’un corps matériel appelé à se dissoudre dans la mort, peut le permettre.

Je ne vous dirais pas aujourd’hui comment la doctrine de martinez fut amputée d’un coté et agrandie de l’autre par L.C. de Saint Martin…, comment elle fut conservée dans son intégralité par Willermoz lorsqu’il l’incorpora dans les hauts grades de la stricte observance templière, comment elle fut renovée par Papus entre 1884 et 1887 sous une forme plus simple et malheureusement défectueuse…, comment le courant primitif, jamais interrompu, quoiqu’en pensent les écrivains profanes, reprit sa force et même une vigueur nouvelle avec Jean Bricaud…, tout cela nous entraînerait trop loin et hors du cadre qui a été tracé et n’ajouterait rien au mérite de Martinez et à la teneur de son message.

Je vais donc m’arrêter ici, en portant, si cela m’est permis, un jugement sur ce grand illuminé du XVIIIème siècle.

Martinez ne fut pas un thaumaturge au sens propre du terme…, il n’a jamais prétendu opérer de miracle et l’histoire ne nous livre à son actif aucun fait précis de l’ordre supra-normal. Il fut tout simplement un illuminé et un mage. Il se cantonna, en effet, dans l’enseignement d’une doctrine, tirée, comme nous l’avons déjà dit, de la tradition gnostique universelle, dans une méthode théurgique entièrement classique et suprêmement désintéressée, et enfin dans la prédication d’une ascèse dégagée de toute préoccupation temporelle.

Il n’eut jamais qu’un but : la spiritualisation des individus et par là, l’acheminement de toute l’humanité vers une tension béatifique spéciale, susceptible de restituer dès ici-bas la Cité Céleste, le royaume de Dieu sur la terre. C’est pourquoi son enseignement, après la théorie, enseigne la pratique, c’est-à-dire les moyens de réaliser l’Idéal. En somme, Martinez s’apparente d’un coté à l’Aéropagite ou aux augustins, la forme à part bien entendu, d’un autre il rejoint les mystiques comme les François d’Assise et les Thomas d’Aquin.

Compte tenu du milieu très spécial dans lequel il a évolué, il est certain que sa doctrine eut un impact important sur le plan social, à l’insu des historiens et critiques, et par là, il se rattache indubitablement aux grands réformateurs.

Constant Chevillon, 1935.

Source : https://www.esoblogs.net/3884/martinez-de-pasqually-par-constant-chevillon/?utm_source=ReviveOldPost&utm_medium=social&utm_campaign=ReviveOldPost

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Les Rites maçonniques égyptiens 29 mai, 2013

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Les Rites maçonniques égyptiens

Les Rites maçonniques égyptiens forment une famille de rites maçonniques utilisés par un assez petit nombre de loges maçonniques (de l’ordre de la centaine), principalement en France, réparties dans un assez grand nombre d’obédiences (de l’ordre d’une vingtaine). Il s’agit de rites d’inspiration mystique et hermétique. Les principaux d’entre eux sont:
* Le Rite de Misraïm
* Le Rite de Memphis
* Le Rite de Memphis et Misraïm (époque de Garibaldi)
* Le Rite de Memphis-Misraïm (tel que rénové par Ambelain)

Origine et Histoire
L’origine des rites maçonniques dits « égyptiens » remonte à plus de 200 ans. Ces rites ont revendiqué une première filiation, venant d’un Rite Primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721, mais dont l’existence n’a jamais été historiquement démontrée. Ils se réclament aussi du Rite Primitif des Philadelphes à Narbonne en 1779.

Cependant leur histoire est plus complexe. Ceci est dû principalement à une triple particularité:

* la légitimité maçonnique y est réputée provenir principalement de la transmission de pouvoirs de dirigeant à dirigeant, via des documents appelés « chartes ».
* leurs dirigeants étaient, jusqu’à la scission de 1998, tous nommés à vie.
* leur pratique ayant toujours été extrêmement minoritaire dans la maçonnerie mondiale, la littérature les concernant est moins fournie et moins facilement accessible que pour d’autres rites.

Les origines
Plusieurs Rites ou Ordres initiatiques ont existé en France à la fin du XVIIIe siècle. Ils se présentaient comme héritiers de divers courants mystiques non maçons beaucoup plus anciens. C’est le cas par exemple en 1767 des Architectes africains, en 1780 du Rite primitif des philadelphes, en 1785 du Rite des parfaits initiés d’Egypte, en 1801 de l’Ordre sacré des Sophisiens et en 1806 des Amis du désert.

Ces Rites s’inspiraient de ce que l’on appelait la « tradition égyptienne », et consistaient en une association de traditions et de textes, telles qu’ils étaient comprises à cette époque. C’est le cas par exemple du « Séthos » de l’Abbé Jean Terrasson (1731), « l’Oedipus aegyptianicus » d’Athanasius Kircher (1652) et du « Monde primitif » d’Antoine Court de Gébelin (1773). La Kabbale judéo-chrétienne, l’hermétisme néo-platonicien, l’ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient également là une source naturelle d’expression. C’est ainsi que Cagliostro, par exemple, qualifia le rite qu’il constitua dans les années 1780 de « Rite de la haute maçonnerie égyptienne »

Mais c’est surtout au début du XIXe siècle, suite à la campagne d’Égypte, que l’égyptomanie se développa le plus dans la franc-maçonnerie comme dans l’ensemble de la société française

Au XIXe siècle
Rite de Misraïm ou égyptien

De 1810 à 1813, les frères Bédarride développèrent le rite de Misraïm (Misraïm siginifiant « Égypte » en hébreu) dans les milieux français d’Italie, puis en France à partir de 1814. Bien que controversé, il semble que leur système et leurs chartes aient convaincu divers maçons, dont Thory et le Comte Muraire, qui les mirent en relation avec d’autres maçons du rite écossais. Quelques Loges furent créées. Mais divers problèmes de détournement des fonds de la part des frères Bédarride poussèrent de nombreux frères à se retirer et à fonder une nouvelle Puissance Suprême égyptienne qui demandera en 1816 et sans succès à être admise au sein du « Grand Consistoire » du Grand Orient de France. Le rite de Misraïm poursuivra son histoire avec des hauts et des bas jusqu’en 1822, date à laquelle, ayant été utilisé comme couverture par des réseaux politiques libéraux et républicains, il fut interdit par la police de la Restauration. Celle-ci ferma la dizaine de loges qui le composaient et confisqua une grande partie de ses archives, qui se trouvent aujourd’hui aux Archives Nationales.

En 1831, le rite obtint de la Monarchie de Juillet le droit de se reconstituer, mais seules 4 Loges parisiennes y parvinrent. Le frère Morrison (1780-1849) joua également un rôle notable dans l’histoire de ce rite. Originaire d’Écosse, ancien médecin militaire des armées britanniques pendant les guerres napoléoniennes, il s’établit à Paris en 1822. Passionné par les hauts grades maçonniques, il fut dignitaire de tous les systèmes de hauts grades existant à l’époque à Paris et contribua à la reconstitution du rite.

Entre les années 1848 et 1862, le rite de Misraïm traversa une crise. Michel Bédarride ayant un comportement très contestable à plusieurs reprises (entre autres sur le plan financier), de nombreux frères quittèrent l’obédience et, ne pouvant créer une autre structure, entrèrent au Grand Orient de France où ils ouvrirent, entre autres, la Loge « Jérusalem des Vallées Egyptiennes ».
En 1858, le Grand Maître du Grand Orient de France fit savoir que les frères de Misraïm ne pouvaient être reçus en visite dans les Loges du Grand Orient de France. M. Bédaride transmit avant sa mort la charge de diriger l’ordre à Hayère auquel succédèrent Girault et Osselin. Ce dernier ferma la Grande loge Misraïmite en 1899

En 1889, le Rite de Misraïm placé sour la juridiction française comptait 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. À celles-ci, il convenait d’ajouter les loges de la juridiction italienne qui était alors indépendante

Rite de Memphis ou oriental
Le Rite de Memphis naquit peu avant 1838, sous l’influence de Jean Étienne Marconis de Nègre (1795-1868). Exclu du rite de Misraïm, il fonda en 1838 l’Ordre de Memphis dont il devint le Grand Maître et Grand Hiérophante. Son rite ne compta jamais plus de 5 ou 6 loges au XVIIIe siècle, mais il l’implanta aussi aux États-Unis, en Roumanie et en Égypte. En 1841, sur la dénonciation des frères Bédarride, son rite fut interdit en France sous l’accusation d’afficher des sympathies républicaines.

En 1862, répondant à l’appel du Maréchal Magnan, Grand Maître du Grand Orient de France, pour l’unité de l’Ordre Maçonnique en France, Marconis proposa la réunion de son rite à l’Obédience, ce qui fut fait la même année: les Loges qui composaient l’Obédience se réunirent au Grand Orient de France

Rite ancien et primitif de Memphis et Misraïm
Devenu ainsi dépositaire du Rite de Memphis, le Grand Collège des Rites du Grand Orient de France accorda une reconnaissance officielle au Souverain Sanctuaire de Memphis aux États-Unis. Sous la grande maîtrise de Seymour, celui-ci ouvrit d’assez nombreuses loges non seulement aux États-Unis mais aussi dans différents pays du monde. Il fonda en particulier un Souverain Sanctuaire pour la Grande-Bretagne et l’Irlande, dont John Yarker était le grand-maître. En 1881, Yarker procéda à un échange de chartes avec le rite réformé de Misraïm de Pessina, sous l’Égide de Giuseppe Garibaldi, qui devint « Grand Hiérophante » des deux rites réunis, « Memphis et Misraïm ». À la mort de celui-ci, Yarker lui succéda.

Au XXe siècle
Antique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm

En France, le docteur Gérard Encausse (dit Papus), fondateur de l’Ordre martiniste et adversaire du Grand Orient de France, s’intéressait à la tradition maçonnique ésotérique. Après avoir sans succès demandé son admission à la Grande Loge Misraïmite et à la Grande Loge de France, il obtint de Yarker une patente lui permettant d’ouvrir une loge au rite Swedenborgien. En 1906, il obtint de Yarker l’autorisation de constituer une Grande Loge et en 1908, Théodore Reuss l’autorisa à ouvrir en compagnie de Teder la loge Humanidad qui devient l’Antique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm en France. Il en devint le Grand Maître. Lui succédèrent Téder (de 1916 à 1918), puis Jean Bricaud (de 1818 à 1934), Constant Chevillon (de 1934 à son assassinat en 1944 par la Milice française), Henri-Charles Dupont (de 1945 à 1960)

Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm
Robert Ambelain, ayant pris la direction du rite en 1960, en réformera les rituels en profondeur et renommera son obédience du nom de « Grande Loge Française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm ». Il transmettra sa succession à Gérard Kloppel en 1985.

L’éclatement de la Grande Loge Française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm
Les prémisses de l’éclatement de la Grande Loge de Memphis-Misraïm eurent lieu à partir de 1995. Les conflits étaient principalement liés:
* A la question de la mixité des loges.
* A celle de l’indépendance des ateliers des trois premiers grades vis à vis de ceux des hauts grades.
* A la question de la nomination à vie des dirigeants.
* Au débat sur la distinction entre rite et obédience.
* Ainsi peut-être qu’à quelques querelles de personnes.

Après la création d’une « Voie » égyptienne mixte, intervint en 1997 le projet de modification de la structure de l’obédience. Le conflit conduisit à la désintégration de l’obédience le 24 janvier 1998, et à la séparation de l’obédience en deux branches, l’une formant la Grande Loge Symbolique de France sous l’impulsion de Georges Claude Vieilledent, l’autre restant fidèle à Gérard Kloppel sous le nom de Grande Loge française masculine de Memphis Misraïm. A la suite de cette scission, après avoir créé la Grande Loge Traditionnelle de Memphis-Misraim, Gérard Kloppel démissionna le 5 mai 1998 en transmettant ses pouvoirs à Cheikna Sylla. La dissolution de la Grande Loge française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm fut ensuite prononcée par le tribunal de Créteil. On assista ensuite à l’apparition d’une trentaine d’autres scissions au cours des années suivantes.

L’obédience d’origine ayant été dissoute par voie de justice, personne ne pouvait reprendre le même titre sans assumer la charge du passif relativement lourd. Ceci explique, notamment, qu’il existe aujourd’hui différentes Grandes Loges françaises qui reprennent le nom de Memphis-Misraïm mais qu’aucune d’entre elles ne soit officiellement déclarée sous ce nom selon la loi de 1901.

En 1999, six loges et quatre triangles se rapprochèrent du Grand Orient de France, tant par affinités personnelles que philosophiques, et y obtinrent leur intégration, ainsi que le réveil de la patente du rite égyptien détenue par le Grand Orient depuis 1862, offrant ainsi un pôle de stabilité au Rite.

Le 2 mars 2000, à Bruxelles, Gérard Kloppel organisa un Souverain Sanctuaire International qui décida de destituer Cheikna Sylla. Le 12 juillet 2007, bien que n’ayant plus aucune prérogative selon ses propres constitutions, il participa à la création d’une association dénommée « Confédération Internationale Franc-Maçonnique » et décida de « restaurer » l’Ordre des Rites Unis de Memphis & Misraïm.

Cette destitution est considérée comme nulle et non avenue par Cheikna Sylla et son successeur au sein de l’ordre maçonnique international du rite ancien et primitif de Memphis-Misraim, Willy Raemakers. Ce dernier prit le 26 janvier 2008 un décret de radiation du rite de Gérard Kloppel.

Se placent notamment sous la Grande Hiérophanie de W. Raemakers les obédiences suivantes: la Grande Loge Symbolique de Belgique, la Grande Loge Symbolique du Canada, la Grande Loge Symbolique Masculine d’Afrique, le Conseil National de France, et la Grande Loge Mixte de Memphis-Misraim.

De nos jours
Le Rite de Memphis-Misraïm est pratiqué par de nombreuses obédiences à travers le monde. Cependant, il est divisé en une multitude de « branches » et de groupes qui ne se reconnaissent pas forcément les uns les autres. On constate que ces nombreuses obédiences sont souvent « groupusculaires » et isolées.

Le problème vient en partie de ce que, contrairement aux autres Rites Maçonniques, la filiation d’un Rite Egyptien repose sur un seul homme ou une seule femme, ce qui permet non seulement à tout(e) franc-maçon(ne) de fonder une nouvelle branche du Rite, une fois un certain degré atteint (90e pour le rite de Misraïm, 95e pour le Rite de Memphis-Misraïm ), mais facilite aussi parfois les impostures et rend la légitimité de chaque branche pratiquement invérifiable.

De plus, la Maçonnerie Egyptienne use beaucoup plus des « communications », à savoir de la transmission de degrés sur simple base d’un document écrit, sans faire passer les épreuves « physiques » de l’initiation. On a parfois également dit que certains « hauts dignitaires » du Rite, peu scrupuleux, auraient tout simplement fait commerce de chartes et de patentes, qu’ils auraient émises « à tout vent » en échange de sommes d’argent rondelettes. De telles accusations furent en leur temps portées contre les frères Bédarride. C’est ainsi que certaines loges et obédiences du Rite auraient été fondées par des personnes n’ayant qu’une faible pratique des loges, mais ayant en leur possession une patente ou une charte les ayant élevés aux plus hauts degrés du Rite, leur conférant ainsi autorité sur leur(s) structure(s).

La meilleure manière de savoir si une branche d’un Rite Égyptien est légitime est de vérifier sa patente. Cette patente doit être détenue par un possesseur d’un des degrés cités ci-dessus et avoir été obtenue de façon régulière auprès d’une autre structure elle-même authentique.

Fonctionnement
L’originalité du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm réside principalement dans ses grades maçonniques spécifiques, bien qu’elle s’affirme également, dans une moindre mesure, dès son premier degré. Ses degrés d’instruction et d’enseignement se situent sur une échelle de 99 grades divisés en plusieurs séries distinctes:
* La Maçonnerie symbolique, du premier au troisième degré, travaille sur le symbolisme et énonce les prémices de la recherche philosophique.
* La Maçonnerie philosophique, du 4e au 33e degré, s’attache à l’étude de la philosophie et des mythes. Le but est de mettre sur la voie de la recherche des causes et des effets originels.
* La Maçonnerie hermétique et ésotérique, du 34e au 99e degré, privilégie la haute philosophie, étudie les mythes religieux des différents âges de l’Humanité et accède au travail philosophique et ésotérique le plus avancé.

A noter que la plupart d’entre eux ne sont pas pratiqués et sont conférés par simple communication. On remarquera que ce rite a complètement intégré la hiérarchie du rite écossais ancien et accepté qu’il a prolongé par des grades qui lui sont spécifiques (donc à partir du 34e, ce qui fait donc 66 degrés spécifiquement misraïmites).

Il convient de remarquer qu’il existe toujours des Loges qui pratiquent le seul rite de Misraïm en 90 degrés et d’autres le seul rite de Memphis.

Les Grades
Loges symboliques

Les rites égyptiens étant à leur origine des systèmes de hauts grades maçonniques, il n’y avait pas, jusqu’à une date relativement récente, de spécificité égyptienne dans les rituels des loges symboliques: C’était le Rite français qui y était utilisé, dans ses trois grades:
* 1er Apprenti
* 2e Compagnon
* 3e Maître

Loges de hauts grades
Du 4e au 33e degrés, les rites égyptiens utilisèrent le plus souvent l’échelle des grades du Rite écossais ancien et accepté, avec parfois des variantes et avec cette différence avec le REAA que ces trente grades étaient généralement tous pratiqués dans le cadre d’un même atelier, susceptible de prendre symboliquement différentes dénominations suivant le grade auquel il travaillait. C’était le cas en particulier du système en 33 degrés que pratiquait Yarker et qu’il publia à Londres en 1875. En 1934, au convent de Bruxelles, le rite égyptien de Memphis-Misraïm décida de réactiver l’échelle complète de 90 grades d’instruction et de 9 grades administratifs telles que définie comme ci-dessous. Toutefois, la plupart de ces degrés étaient conférés sans aucune cérémonie rituelle, par simple communication. Seule une petite minorité d’entre eux donnait lieu à une cérémonie d’intiation et à une pratique réelles. Robert Ambelain lui-même considérait qu’à ses yeux les seuls obligatoires étaient les 9e, 18e, 30e, 32e et 33e.

Échelle en 99 grades
Loges de Perfection:
* 4e Maître Secret
* 5e Maître Parfait
* 6e Secrétaire Intime
* 7e Prévôt et Juge
* 8e Intendant des Bâtiments
* 9e Maître Élu des Neuf
* 10e Illustre Élu des Quinze
* 11e Sublime Chevalier Élu
* 12e Grand Maître Architecte
* 13e Royal Arche
* 14e Grand Élu de la Voûte Sacrée, dit Jacques VI ou Sublime Maçon

Chapitres:
* 15e Chevalier d’Orient ou de l’Épée
* 16e Prince de Jérusalem
* 17e Chevalier d’Orient et d’Occident
* 18e Sublime Prince Rose-croix

Sénats :
* 19e Grand Pontife ou Sublime Écossais dit de la Jérusalem céleste
* 20e Chevalier du Temple
* 21e Noachite ou Chevalier Prussien
* 22e Chevalier de Royal Arche ou Prince du Liban
* 23e Chef du Tabernacle
* 24e Prince de Tabernacle
* 25e Chevalier de Serpent d’Airain
* 26e Écossais Trinitaire ou Prince de Merci
* 27e Grand Commandeur du Temple
* 28e Chevalier du Soleil ou Prince Adepte
* 29e Grand Écossais de Saint André d’Écosse, Prince de la Lumière

Aréopages et Tribunaux :
* 30e Grand Élu Chevalier Kadosch, dit Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir
* 31e Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur
* 32e Sublime Prince du Royal Secret
* 33e Souverain Grand Inspecteur Général

Grands Consistoires:
* 34e Chevalier de Scandinavie
* 35e Sublime Commandeur du Temple
* 36e Sublime Negociate
* 37e Chevalier de Shota (adepte de la Vérité)
* 38e Sublime Élu de la Vérité
* 39e Grand Élu des Eons
* 40e Sage Sivaïste (Sage Parfait)
* 41e Chevalier de l’Arc-en-Ciel
* 42e Prince de la Lumière
* 43e Sublime Sage Hermétique
* 44e Prince du Zodiaque
* 45e Sublime Sage des Mystères
* 46e Sublime Pasteur des Huts
* 47e Chevalier des Sept Étoiles
* 48e Sublime Gardien du Mont Sacré
* 49e Sublime Sage des Pyramides
* 50e Sublime Philosophe de Samothrace
* 51e Sublime Titan du Caucase
* 52e Sage du Labyrinthe
* 53e Chevalier du Phoenix
* 54e Sublime Scalde
* 55e Sublime Docteur Orphique
* 56e Pontife de Cadmée
* 57e Sublime Mage
* 58e Prince Brahmine
* 59e Grand Pontife de l’Ogygie
* 60e Sublime Gardien des Trois Feux
* 61e Sublime Philosophe Inconnu
* 62e Sublime Sage d’Eleusis
* 63e Sublime Kawi
* 64e Sage de Mithra
* 65e Patriarche Grand Installateur
* 66e Patriarche Grand Consécrateur
* 67e Patriarche Grand Eulogiste
* 68e Patriarche de la Vérité
* 69e Chevalier du Rameau d’Or d’Eleusis
* 70e Patriarche des Planisphères
* 71e Patriarche des Védas Sacrés

Grands Conseils:
* 72e Sublime Maître de la Sagesse
* 73e Docteur du Feu Sacré
* 74e Sublime Maître du Sloka
* 75e Chevalier de la Chaîne Lybique
* 76e Patriarche d’Isis
* 77e Sublime Chevalier Théosophe
* 78e Grand Pontife de la Thébaïde
* 79e Chevalier du Sadah Redoutable
* 80e Sublime Élu du Sanctuaire
* 81e Patriarche de Memphis
* 82e Grand Élu du Temple de Midgard
* 83e Sublime Chevalier de la Vallée d’Oddy
* 84e Docteur des Izeds
* 85e Sublime Maître de l’anneau Lumineux
* 86e Pontife de Sérapis
* 87e Sublime Prince de la Maçonnerie
* 88e Grand Élu de la cour Sacrée
* 89e Patriarche de la Cité Mystique
* 90e Patriarche Sublime Maître du Grand Œuvre

Grands Tribunaux:
* 91e Sublime Patriarche Grand Défenseur de l’ordre

Grands Temples Mystiques:
* 92e Sublime Cathéchrist
* 93e Grand Inspecteur Régulateur Général
* 94e Sublime Patriarche de Memphis

Souverains Sanctuaires:
* 95e Sublime Patriarche Grand Conservateur de l’Ordre
* 96e Substitut Grand Maître National, Vice-Président du Souverain Sanctuaire National
* 97e Grand Maître National, Président du Souverain Sanctuaire National
* 98e Substitut Grand Maître Mondial, Vice-Président du Souverain Sanctuaire International
* 99e Sérénissime Grand Maître Mondial, Grand Hiérophante, Président du Souverain Sanctuaire International

Échelle en 33 grades
En ce qui concerne les hauts grades des rites égyptiens tels qu’ils sont pratiqués au Grand Orient de France, la situation est différente, puisqu’ils sont pratiqués suivant l’échelle ramenée à 33 degrés définie par l’accord de la fusion de 1862 menée par Marconis de Nègre (en gras, les grades conférés par initiations, les autres étant communiqués sans cérémonie particulière):

Collèges égyptiens
* 4 Maître discret
* 5 Maître sublîme-Maître des angles
* 6 Chevalier de l’Arche Sacrée
* 7 Chevalier de la Voûte Secrète
* 8 Chevalier de l’Épée
* 9 Chevalier de Jérusalem
* 10 Chevalier d’Orient
* 11 Chevalier Rose-Croix
* 12 Chevalier de l’Aigle Rouge
* 13 Chevalier du Temple
* 14 Chevalier du Tabernacle
* 15 Chevalier du Serpent
* 16 Sage de la Vérité
* 17 Philosophe hermétique
* 18 Chevalier Kadosh
* 19 Chevalier du Royal Mystère
* 20 Grand Inspecteur
* 21 Patriarche Grand Installateur
* 22 Patriarche Grand Consécrateur
* 23 Patriarche Grand Eulogiste
* 24 Patriarche de la Vérité
* 25 Patriarche des Planisphères
* 26 Patriarche des Védas Sacrés
* 27 Maître Égyptien – Patriarche d’Isis
* 28 Patriarche de Memphis
* 29 Patriarche de la Cité Mystique
* 30 Sublîme Maître du Grand Œuvre

Académie égyptienne
* 31 Grand Défenseur du Rite
* 32 Prince de Memphis

Souverain Sanctuaire
* 33 Patriarche Grand Conservateur (Arcana Arcanorum)

 

Source : Les Rites maçonniques égyptiens forment une famille de rites maçonniques utilisés par un assez petit nombre de loges maçonniques (de l’ordre de la centaine), principalement en France, réparties dans un assez grand nombre d’obédiences (de l’ordre d’une vingtaine). Il s’agit de rites d’inspiration mystique et hermétique. Les principaux d’entre eux sont:
* Le Rite de Misraïm
* Le Rite de Memphis
* Le Rite de Memphis et Misraïm (époque de Garibaldi)
* Le Rite de Memphis-Misraïm (tel que rénové par Ambelain)

Origine et Histoire
L’origine des rites maçonniques dits « égyptiens » remonte à plus de 200 ans. Ces rites ont revendiqué une première filiation, venant d’un Rite Primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721, mais dont l’existence n’a jamais été historiquement démontrée. Ils se réclament aussi du Rite Primitif des Philadelphes à Narbonne en 1779.

Cependant leur histoire est plus complexe. Ceci est dû principalement à une triple particularité:

* la légitimité maçonnique y est réputée provenir principalement de la transmission de pouvoirs de dirigeant à dirigeant, via des documents appelés « chartes ».
* leurs dirigeants étaient, jusqu’à la scission de 1998, tous nommés à vie.
* leur pratique ayant toujours été extrêmement minoritaire dans la maçonnerie mondiale, la littérature les concernant est moins fournie et moins facilement accessible que pour d’autres rites.

Les origines
Plusieurs Rites ou Ordres initiatiques ont existé en France à la fin du XVIIIe siècle. Ils se présentaient comme héritiers de divers courants mystiques non maçons beaucoup plus anciens. C’est le cas par exemple en 1767 des Architectes africains, en 1780 du Rite primitif des philadelphes, en 1785 du Rite des parfaits initiés d’Egypte, en 1801 de l’Ordre sacré des Sophisiens et en 1806 des Amis du désert.

Ces Rites s’inspiraient de ce que l’on appelait la « tradition égyptienne », et consistaient en une association de traditions et de textes, telles qu’ils étaient comprises à cette époque. C’est le cas par exemple du « Séthos » de l’Abbé Jean Terrasson (1731), « l’Oedipus aegyptianicus » d’Athanasius Kircher (1652) et du « Monde primitif » d’Antoine Court de Gébelin (1773). La Kabbale judéo-chrétienne, l’hermétisme néo-platonicien, l’ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient également là une source naturelle d’expression. C’est ainsi que Cagliostro, par exemple, qualifia le rite qu’il constitua dans les années 1780 de « Rite de la haute maçonnerie égyptienne »

Mais c’est surtout au début du XIXe siècle, suite à la campagne d’Égypte, que l’égyptomanie se développa le plus dans la franc-maçonnerie comme dans l’ensemble de la société française

Au XIXe siècle
Rite de Misraïm ou égyptien

De 1810 à 1813, les frères Bédarride développèrent le rite de Misraïm (Misraïm siginifiant « Égypte » en hébreu) dans les milieux français d’Italie, puis en France à partir de 1814. Bien que controversé, il semble que leur système et leurs chartes aient convaincu divers maçons, dont Thory et le Comte Muraire, qui les mirent en relation avec d’autres maçons du rite écossais. Quelques Loges furent créées. Mais divers problèmes de détournement des fonds de la part des frères Bédarride poussèrent de nombreux frères à se retirer et à fonder une nouvelle Puissance Suprême égyptienne qui demandera en 1816 et sans succès à être admise au sein du « Grand Consistoire » du Grand Orient de France. Le rite de Misraïm poursuivra son histoire avec des hauts et des bas jusqu’en 1822, date à laquelle, ayant été utilisé comme couverture par des réseaux politiques libéraux et républicains, il fut interdit par la police de la Restauration. Celle-ci ferma la dizaine de loges qui le composaient et confisqua une grande partie de ses archives, qui se trouvent aujourd’hui aux Archives Nationales.

En 1831, le rite obtint de la Monarchie de Juillet le droit de se reconstituer, mais seules 4 Loges parisiennes y parvinrent. Le frère Morrison (1780-1849) joua également un rôle notable dans l’histoire de ce rite. Originaire d’Écosse, ancien médecin militaire des armées britanniques pendant les guerres napoléoniennes, il s’établit à Paris en 1822. Passionné par les hauts grades maçonniques, il fut dignitaire de tous les systèmes de hauts grades existant à l’époque à Paris et contribua à la reconstitution du rite.

Entre les années 1848 et 1862, le rite de Misraïm traversa une crise. Michel Bédarride ayant un comportement très contestable à plusieurs reprises (entre autres sur le plan financier), de nombreux frères quittèrent l’obédience et, ne pouvant créer une autre structure, entrèrent au Grand Orient de France où ils ouvrirent, entre autres, la Loge « Jérusalem des Vallées Egyptiennes ».
En 1858, le Grand Maître du Grand Orient de France fit savoir que les frères de Misraïm ne pouvaient être reçus en visite dans les Loges du Grand Orient de France. M. Bédaride transmit avant sa mort la charge de diriger l’ordre à Hayère auquel succédèrent Girault et Osselin. Ce dernier ferma la Grande loge Misraïmite en 1899

En 1889, le Rite de Misraïm placé sour la juridiction française comptait 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. À celles-ci, il convenait d’ajouter les loges de la juridiction italienne qui était alors indépendante

Rite de Memphis ou oriental
Le Rite de Memphis naquit peu avant 1838, sous l’influence de Jean Étienne Marconis de Nègre (1795-1868). Exclu du rite de Misraïm, il fonda en 1838 l’Ordre de Memphis dont il devint le Grand Maître et Grand Hiérophante. Son rite ne compta jamais plus de 5 ou 6 loges au XVIIIe siècle, mais il l’implanta aussi aux États-Unis, en Roumanie et en Égypte. En 1841, sur la dénonciation des frères Bédarride, son rite fut interdit en France sous l’accusation d’afficher des sympathies républicaines.

En 1862, répondant à l’appel du Maréchal Magnan, Grand Maître du Grand Orient de France, pour l’unité de l’Ordre Maçonnique en France, Marconis proposa la réunion de son rite à l’Obédience, ce qui fut fait la même année: les Loges qui composaient l’Obédience se réunirent au Grand Orient de France

Rite ancien et primitif de Memphis et Misraïm
Devenu ainsi dépositaire du Rite de Memphis, le Grand Collège des Rites du Grand Orient de France accorda une reconnaissance officielle au Souverain Sanctuaire de Memphis aux États-Unis. Sous la grande maîtrise de Seymour, celui-ci ouvrit d’assez nombreuses loges non seulement aux États-Unis mais aussi dans différents pays du monde. Il fonda en particulier un Souverain Sanctuaire pour la Grande-Bretagne et l’Irlande, dont John Yarker était le grand-maître. En 1881, Yarker procéda à un échange de chartes avec le rite réformé de Misraïm de Pessina, sous l’Égide de Giuseppe Garibaldi, qui devint « Grand Hiérophante » des deux rites réunis, « Memphis et Misraïm ». À la mort de celui-ci, Yarker lui succéda.

Au XXe siècle
Antique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm

En France, le docteur Gérard Encausse (dit Papus), fondateur de l’Ordre martiniste et adversaire du Grand Orient de France, s’intéressait à la tradition maçonnique ésotérique. Après avoir sans succès demandé son admission à la Grande Loge Misraïmite et à la Grande Loge de France, il obtint de Yarker une patente lui permettant d’ouvrir une loge au rite Swedenborgien. En 1906, il obtint de Yarker l’autorisation de constituer une Grande Loge et en 1908, Théodore Reuss l’autorisa à ouvrir en compagnie de Teder la loge Humanidad qui devient l’Antique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm en France. Il en devint le Grand Maître. Lui succédèrent Téder (de 1916 à 1918), puis Jean Bricaud (de 1818 à 1934), Constant Chevillon (de 1934 à son assassinat en 1944 par la Milice française), Henri-Charles Dupont (de 1945 à 1960)

Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm
Robert Ambelain, ayant pris la direction du rite en 1960, en réformera les rituels en profondeur et renommera son obédience du nom de « Grande Loge Française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm ». Il transmettra sa succession à Gérard Kloppel en 1985.

L’éclatement de la Grande Loge Française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm
Les prémisses de l’éclatement de la Grande Loge de Memphis-Misraïm eurent lieu à partir de 1995. Les conflits étaient principalement liés:
* A la question de la mixité des loges.
* A celle de l’indépendance des ateliers des trois premiers grades vis à vis de ceux des hauts grades.
* A la question de la nomination à vie des dirigeants.
* Au débat sur la distinction entre rite et obédience.
* Ainsi peut-être qu’à quelques querelles de personnes.

Après la création d’une « Voie » égyptienne mixte, intervint en 1997 le projet de modification de la structure de l’obédience. Le conflit conduisit à la désintégration de l’obédience le 24 janvier 1998, et à la séparation de l’obédience en deux branches, l’une formant la Grande Loge Symbolique de France sous l’impulsion de Georges Claude Vieilledent, l’autre restant fidèle à Gérard Kloppel sous le nom de Grande Loge française masculine de Memphis Misraïm. A la suite de cette scission, après avoir créé la Grande Loge Traditionnelle de Memphis-Misraim, Gérard Kloppel démissionna le 5 mai 1998 en transmettant ses pouvoirs à Cheikna Sylla. La dissolution de la Grande Loge française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm fut ensuite prononcée par le tribunal de Créteil. On assista ensuite à l’apparition d’une trentaine d’autres scissions au cours des années suivantes.

L’obédience d’origine ayant été dissoute par voie de justice, personne ne pouvait reprendre le même titre sans assumer la charge du passif relativement lourd. Ceci explique, notamment, qu’il existe aujourd’hui différentes Grandes Loges françaises qui reprennent le nom de Memphis-Misraïm mais qu’aucune d’entre elles ne soit officiellement déclarée sous ce nom selon la loi de 1901.

En 1999, six loges et quatre triangles se rapprochèrent du Grand Orient de France, tant par affinités personnelles que philosophiques, et y obtinrent leur intégration, ainsi que le réveil de la patente du rite égyptien détenue par le Grand Orient depuis 1862, offrant ainsi un pôle de stabilité au Rite.

Le 2 mars 2000, à Bruxelles, Gérard Kloppel organisa un Souverain Sanctuaire International qui décida de destituer Cheikna Sylla. Le 12 juillet 2007, bien que n’ayant plus aucune prérogative selon ses propres constitutions, il participa à la création d’une association dénommée « Confédération Internationale Franc-Maçonnique » et décida de « restaurer » l’Ordre des Rites Unis de Memphis & Misraïm.

Cette destitution est considérée comme nulle et non avenue par Cheikna Sylla et son successeur au sein de l’ordre maçonnique international du rite ancien et primitif de Memphis-Misraim, Willy Raemakers. Ce dernier prit le 26 janvier 2008 un décret de radiation du rite de Gérard Kloppel.

Se placent notamment sous la Grande Hiérophanie de W. Raemakers les obédiences suivantes: la Grande Loge Symbolique de Belgique, la Grande Loge Symbolique du Canada, la Grande Loge Symbolique Masculine d’Afrique, le Conseil National de France, et la Grande Loge Mixte de Memphis-Misraim.

De nos jours
Le Rite de Memphis-Misraïm est pratiqué par de nombreuses obédiences à travers le monde. Cependant, il est divisé en une multitude de « branches » et de groupes qui ne se reconnaissent pas forcément les uns les autres. On constate que ces nombreuses obédiences sont souvent « groupusculaires » et isolées.

Le problème vient en partie de ce que, contrairement aux autres Rites Maçonniques, la filiation d’un Rite Egyptien repose sur un seul homme ou une seule femme, ce qui permet non seulement à tout(e) franc-maçon(ne) de fonder une nouvelle branche du Rite, une fois un certain degré atteint (90e pour le rite de Misraïm, 95e pour le Rite de Memphis-Misraïm ), mais facilite aussi parfois les impostures et rend la légitimité de chaque branche pratiquement invérifiable.

De plus, la Maçonnerie Egyptienne use beaucoup plus des « communications », à savoir de la transmission de degrés sur simple base d’un document écrit, sans faire passer les épreuves « physiques » de l’initiation. On a parfois également dit que certains « hauts dignitaires » du Rite, peu scrupuleux, auraient tout simplement fait commerce de chartes et de patentes, qu’ils auraient émises « à tout vent » en échange de sommes d’argent rondelettes. De telles accusations furent en leur temps portées contre les frères Bédarride. C’est ainsi que certaines loges et obédiences du Rite auraient été fondées par des personnes n’ayant qu’une faible pratique des loges, mais ayant en leur possession une patente ou une charte les ayant élevés aux plus hauts degrés du Rite, leur conférant ainsi autorité sur leur(s) structure(s).

La meilleure manière de savoir si une branche d’un Rite Égyptien est légitime est de vérifier sa patente. Cette patente doit être détenue par un possesseur d’un des degrés cités ci-dessus et avoir été obtenue de façon régulière auprès d’une autre structure elle-même authentique.

Fonctionnement
L’originalité du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm réside principalement dans ses grades maçonniques spécifiques, bien qu’elle s’affirme également, dans une moindre mesure, dès son premier degré. Ses degrés d’instruction et d’enseignement se situent sur une échelle de 99 grades divisés en plusieurs séries distinctes:
* La Maçonnerie symbolique, du premier au troisième degré, travaille sur le symbolisme et énonce les prémices de la recherche philosophique.
* La Maçonnerie philosophique, du 4e au 33e degré, s’attache à l’étude de la philosophie et des mythes. Le but est de mettre sur la voie de la recherche des causes et des effets originels.
* La Maçonnerie hermétique et ésotérique, du 34e au 99e degré, privilégie la haute philosophie, étudie les mythes religieux des différents âges de l’Humanité et accède au travail philosophique et ésotérique le plus avancé.

A noter que la plupart d’entre eux ne sont pas pratiqués et sont conférés par simple communication. On remarquera que ce rite a complètement intégré la hiérarchie du rite écossais ancien et accepté qu’il a prolongé par des grades qui lui sont spécifiques (donc à partir du 34e, ce qui fait donc 66 degrés spécifiquement misraïmites).

Il convient de remarquer qu’il existe toujours des Loges qui pratiquent le seul rite de Misraïm en 90 degrés et d’autres le seul rite de Memphis.

Les Grades
Loges symboliques

Les rites égyptiens étant à leur origine des systèmes de hauts grades maçonniques, il n’y avait pas, jusqu’à une date relativement récente, de spécificité égyptienne dans les rituels des loges symboliques: C’était le Rite français qui y était utilisé, dans ses trois grades:
* 1er Apprenti
* 2e Compagnon
* 3e Maître

Loges de hauts grades
Du 4e au 33e degrés, les rites égyptiens utilisèrent le plus souvent l’échelle des grades du Rite écossais ancien et accepté, avec parfois des variantes et avec cette différence avec le REAA que ces trente grades étaient généralement tous pratiqués dans le cadre d’un même atelier, susceptible de prendre symboliquement différentes dénominations suivant le grade auquel il travaillait. C’était le cas en particulier du système en 33 degrés que pratiquait Yarker et qu’il publia à Londres en 1875. En 1934, au convent de Bruxelles, le rite égyptien de Memphis-Misraïm décida de réactiver l’échelle complète de 90 grades d’instruction et de 9 grades administratifs telles que définie comme ci-dessous. Toutefois, la plupart de ces degrés étaient conférés sans aucune cérémonie rituelle, par simple communication. Seule une petite minorité d’entre eux donnait lieu à une cérémonie d’intiation et à une pratique réelles. Robert Ambelain lui-même considérait qu’à ses yeux les seuls obligatoires étaient les 9e, 18e, 30e, 32e et 33e.

Échelle en 99 grades
Loges de Perfection:
* 4e Maître Secret
* 5e Maître Parfait
* 6e Secrétaire Intime
* 7e Prévôt et Juge
* 8e Intendant des Bâtiments
* 9e Maître Élu des Neuf
* 10e Illustre Élu des Quinze
* 11e Sublime Chevalier Élu
* 12e Grand Maître Architecte
* 13e Royal Arche
* 14e Grand Élu de la Voûte Sacrée, dit Jacques VI ou Sublime Maçon

Chapitres:
* 15e Chevalier d’Orient ou de l’Épée
* 16e Prince de Jérusalem
* 17e Chevalier d’Orient et d’Occident
* 18e Sublime Prince Rose-croix

Sénats :
* 19e Grand Pontife ou Sublime Écossais dit de la Jérusalem céleste
* 20e Chevalier du Temple
* 21e Noachite ou Chevalier Prussien
* 22e Chevalier de Royal Arche ou Prince du Liban
* 23e Chef du Tabernacle
* 24e Prince de Tabernacle
* 25e Chevalier de Serpent d’Airain
* 26e Écossais Trinitaire ou Prince de Merci
* 27e Grand Commandeur du Temple
* 28e Chevalier du Soleil ou Prince Adepte
* 29e Grand Écossais de Saint André d’Écosse, Prince de la Lumière

Aréopages et Tribunaux :
* 30e Grand Élu Chevalier Kadosch, dit Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir
* 31e Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur
* 32e Sublime Prince du Royal Secret
* 33e Souverain Grand Inspecteur Général

Grands Consistoires:
* 34e Chevalier de Scandinavie
* 35e Sublime Commandeur du Temple
* 36e Sublime Negociate
* 37e Chevalier de Shota (adepte de la Vérité)
* 38e Sublime Élu de la Vérité
* 39e Grand Élu des Eons
* 40e Sage Sivaïste (Sage Parfait)
* 41e Chevalier de l’Arc-en-Ciel
* 42e Prince de la Lumière
* 43e Sublime Sage Hermétique
* 44e Prince du Zodiaque
* 45e Sublime Sage des Mystères
* 46e Sublime Pasteur des Huts
* 47e Chevalier des Sept Étoiles
* 48e Sublime Gardien du Mont Sacré
* 49e Sublime Sage des Pyramides
* 50e Sublime Philosophe de Samothrace
* 51e Sublime Titan du Caucase
* 52e Sage du Labyrinthe
* 53e Chevalier du Phoenix
* 54e Sublime Scalde
* 55e Sublime Docteur Orphique
* 56e Pontife de Cadmée
* 57e Sublime Mage
* 58e Prince Brahmine
* 59e Grand Pontife de l’Ogygie
* 60e Sublime Gardien des Trois Feux
* 61e Sublime Philosophe Inconnu
* 62e Sublime Sage d’Eleusis
* 63e Sublime Kawi
* 64e Sage de Mithra
* 65e Patriarche Grand Installateur
* 66e Patriarche Grand Consécrateur
* 67e Patriarche Grand Eulogiste
* 68e Patriarche de la Vérité
* 69e Chevalier du Rameau d’Or d’Eleusis
* 70e Patriarche des Planisphères
* 71e Patriarche des Védas Sacrés

Grands Conseils:
* 72e Sublime Maître de la Sagesse
* 73e Docteur du Feu Sacré
* 74e Sublime Maître du Sloka
* 75e Chevalier de la Chaîne Lybique
* 76e Patriarche d’Isis
* 77e Sublime Chevalier Théosophe
* 78e Grand Pontife de la Thébaïde
* 79e Chevalier du Sadah Redoutable
* 80e Sublime Élu du Sanctuaire
* 81e Patriarche de Memphis
* 82e Grand Élu du Temple de Midgard
* 83e Sublime Chevalier de la Vallée d’Oddy
* 84e Docteur des Izeds
* 85e Sublime Maître de l’anneau Lumineux
* 86e Pontife de Sérapis
* 87e Sublime Prince de la Maçonnerie
* 88e Grand Élu de la cour Sacrée
* 89e Patriarche de la Cité Mystique
* 90e Patriarche Sublime Maître du Grand Œuvre

Grands Tribunaux:
* 91e Sublime Patriarche Grand Défenseur de l’ordre

Grands Temples Mystiques:
* 92e Sublime Cathéchrist
* 93e Grand Inspecteur Régulateur Général
* 94e Sublime Patriarche de Memphis

Souverains Sanctuaires:
* 95e Sublime Patriarche Grand Conservateur de l’Ordre
* 96e Substitut Grand Maître National, Vice-Président du Souverain Sanctuaire National
* 97e Grand Maître National, Président du Souverain Sanctuaire National
* 98e Substitut Grand Maître Mondial, Vice-Président du Souverain Sanctuaire International
* 99e Sérénissime Grand Maître Mondial, Grand Hiérophante, Président du Souverain Sanctuaire International

Échelle en 33 grades
En ce qui concerne les hauts grades des rites égyptiens tels qu’ils sont pratiqués au Grand Orient de France, la situation est différente, puisqu’ils sont pratiqués suivant l’échelle ramenée à 33 degrés définie par l’accord de la fusion de 1862 menée par Marconis de Nègre (en gras, les grades conférés par initiations, les autres étant communiqués sans cérémonie particulière):

Collèges égyptiens
* 4 Maître discret
* 5 Maître sublîme-Maître des angles
* 6 Chevalier de l’Arche Sacrée
* 7 Chevalier de la Voûte Secrète
* 8 Chevalier de l’Épée
* 9 Chevalier de Jérusalem
* 10 Chevalier d’Orient
* 11 Chevalier Rose-Croix
* 12 Chevalier de l’Aigle Rouge
* 13 Chevalier du Temple
* 14 Chevalier du Tabernacle
* 15 Chevalier du Serpent
* 16 Sage de la Vérité
* 17 Philosophe hermétique
* 18 Chevalier Kadosh
* 19 Chevalier du Royal Mystère
* 20 Grand Inspecteur
* 21 Patriarche Grand Installateur
* 22 Patriarche Grand Consécrateur
* 23 Patriarche Grand Eulogiste
* 24 Patriarche de la Vérité
* 25 Patriarche des Planisphères
* 26 Patriarche des Védas Sacrés
* 27 Maître Égyptien – Patriarche d’Isis
* 28 Patriarche de Memphis
* 29 Patriarche de la Cité Mystique
* 30 Sublîme Maître du Grand Œuvre

Académie égyptienne
* 31 Grand Défenseur du Rite
* 32 Prince de Memphis

Souverain Sanctuaire
* 33 Patriarche Grand Conservateur (Arcana Arcanorum)

source : Les Rites maçonniques égyptiens forment une famille de rites maçonniques utilisés par un assez petit nombre de loges maçonniques (de l’ordre de la centaine), principalement en France, réparties dans un assez grand nombre d’obédiences (de l’ordre d’une vingtaine). Il s’agit de rites d’inspiration mystique et hermétique. Les principaux d’entre eux sont:
* Le Rite de Misraïm
* Le Rite de Memphis
* Le Rite de Memphis et Misraïm (époque de Garibaldi)
* Le Rite de Memphis-Misraïm (tel que rénové par Ambelain)

Origine et Histoire
L’origine des rites maçonniques dits « égyptiens » remonte à plus de 200 ans. Ces rites ont revendiqué une première filiation, venant d’un Rite Primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721, mais dont l’existence n’a jamais été historiquement démontrée. Ils se réclament aussi du Rite Primitif des Philadelphes à Narbonne en 1779.

Cependant leur histoire est plus complexe. Ceci est dû principalement à une triple particularité:

* la légitimité maçonnique y est réputée provenir principalement de la transmission de pouvoirs de dirigeant à dirigeant, via des documents appelés « chartes ».
* leurs dirigeants étaient, jusqu’à la scission de 1998, tous nommés à vie.
* leur pratique ayant toujours été extrêmement minoritaire dans la maçonnerie mondiale, la littérature les concernant est moins fournie et moins facilement accessible que pour d’autres rites.

Les origines
Plusieurs Rites ou Ordres initiatiques ont existé en France à la fin du XVIIIe siècle. Ils se présentaient comme héritiers de divers courants mystiques non maçons beaucoup plus anciens. C’est le cas par exemple en 1767 des Architectes africains, en 1780 du Rite primitif des philadelphes, en 1785 du Rite des parfaits initiés d’Egypte, en 1801 de l’Ordre sacré des Sophisiens et en 1806 des Amis du désert.

Ces Rites s’inspiraient de ce que l’on appelait la « tradition égyptienne », et consistaient en une association de traditions et de textes, telles qu’ils étaient comprises à cette époque. C’est le cas par exemple du « Séthos » de l’Abbé Jean Terrasson (1731), « l’Oedipus aegyptianicus » d’Athanasius Kircher (1652) et du « Monde primitif » d’Antoine Court de Gébelin (1773). La Kabbale judéo-chrétienne, l’hermétisme néo-platonicien, l’ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient également là une source naturelle d’expression. C’est ainsi que Cagliostro, par exemple, qualifia le rite qu’il constitua dans les années 1780 de « Rite de la haute maçonnerie égyptienne »

Mais c’est surtout au début du XIXe siècle, suite à la campagne d’Égypte, que l’égyptomanie se développa le plus dans la franc-maçonnerie comme dans l’ensemble de la société française

Au XIXe siècle
Rite de Misraïm ou égyptien

De 1810 à 1813, les frères Bédarride développèrent le rite de Misraïm (Misraïm siginifiant « Égypte » en hébreu) dans les milieux français d’Italie, puis en France à partir de 1814. Bien que controversé, il semble que leur système et leurs chartes aient convaincu divers maçons, dont Thory et le Comte Muraire, qui les mirent en relation avec d’autres maçons du rite écossais. Quelques Loges furent créées. Mais divers problèmes de détournement des fonds de la part des frères Bédarride poussèrent de nombreux frères à se retirer et à fonder une nouvelle Puissance Suprême égyptienne qui demandera en 1816 et sans succès à être admise au sein du « Grand Consistoire » du Grand Orient de France. Le rite de Misraïm poursuivra son histoire avec des hauts et des bas jusqu’en 1822, date à laquelle, ayant été utilisé comme couverture par des réseaux politiques libéraux et républicains, il fut interdit par la police de la Restauration. Celle-ci ferma la dizaine de loges qui le composaient et confisqua une grande partie de ses archives, qui se trouvent aujourd’hui aux Archives Nationales.

En 1831, le rite obtint de la Monarchie de Juillet le droit de se reconstituer, mais seules 4 Loges parisiennes y parvinrent. Le frère Morrison (1780-1849) joua également un rôle notable dans l’histoire de ce rite. Originaire d’Écosse, ancien médecin militaire des armées britanniques pendant les guerres napoléoniennes, il s’établit à Paris en 1822. Passionné par les hauts grades maçonniques, il fut dignitaire de tous les systèmes de hauts grades existant à l’époque à Paris et contribua à la reconstitution du rite.

Entre les années 1848 et 1862, le rite de Misraïm traversa une crise. Michel Bédarride ayant un comportement très contestable à plusieurs reprises (entre autres sur le plan financier), de nombreux frères quittèrent l’obédience et, ne pouvant créer une autre structure, entrèrent au Grand Orient de France où ils ouvrirent, entre autres, la Loge « Jérusalem des Vallées Egyptiennes ».
En 1858, le Grand Maître du Grand Orient de France fit savoir que les frères de Misraïm ne pouvaient être reçus en visite dans les Loges du Grand Orient de France. M. Bédaride transmit avant sa mort la charge de diriger l’ordre à Hayère auquel succédèrent Girault et Osselin. Ce dernier ferma la Grande loge Misraïmite en 1899

En 1889, le Rite de Misraïm placé sour la juridiction française comptait 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. À celles-ci, il convenait d’ajouter les loges de la juridiction italienne qui était alors indépendante

Rite de Memphis ou oriental
Le Rite de Memphis naquit peu avant 1838, sous l’influence de Jean Étienne Marconis de Nègre (1795-1868). Exclu du rite de Misraïm, il fonda en 1838 l’Ordre de Memphis dont il devint le Grand Maître et Grand Hiérophante. Son rite ne compta jamais plus de 5 ou 6 loges au XVIIIe siècle, mais il l’implanta aussi aux États-Unis, en Roumanie et en Égypte. En 1841, sur la dénonciation des frères Bédarride, son rite fut interdit en France sous l’accusation d’afficher des sympathies républicaines.

En 1862, répondant à l’appel du Maréchal Magnan, Grand Maître du Grand Orient de France, pour l’unité de l’Ordre Maçonnique en France, Marconis proposa la réunion de son rite à l’Obédience, ce qui fut fait la même année: les Loges qui composaient l’Obédience se réunirent au Grand Orient de France

Rite ancien et primitif de Memphis et Misraïm
Devenu ainsi dépositaire du Rite de Memphis, le Grand Collège des Rites du Grand Orient de France accorda une reconnaissance officielle au Souverain Sanctuaire de Memphis aux États-Unis. Sous la grande maîtrise de Seymour, celui-ci ouvrit d’assez nombreuses loges non seulement aux États-Unis mais aussi dans différents pays du monde. Il fonda en particulier un Souverain Sanctuaire pour la Grande-Bretagne et l’Irlande, dont John Yarker était le grand-maître. En 1881, Yarker procéda à un échange de chartes avec le rite réformé de Misraïm de Pessina, sous l’Égide de Giuseppe Garibaldi, qui devint « Grand Hiérophante » des deux rites réunis, « Memphis et Misraïm ». À la mort de celui-ci, Yarker lui succéda.

Au XXe siècle
Antique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm

En France, le docteur Gérard Encausse (dit Papus), fondateur de l’Ordre martiniste et adversaire du Grand Orient de France, s’intéressait à la tradition maçonnique ésotérique. Après avoir sans succès demandé son admission à la Grande Loge Misraïmite et à la Grande Loge de France, il obtint de Yarker une patente lui permettant d’ouvrir une loge au rite Swedenborgien. En 1906, il obtint de Yarker l’autorisation de constituer une Grande Loge et en 1908, Théodore Reuss l’autorisa à ouvrir en compagnie de Teder la loge Humanidad qui devient l’Antique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm en France. Il en devint le Grand Maître. Lui succédèrent Téder (de 1916 à 1918), puis Jean Bricaud (de 1818 à 1934), Constant Chevillon (de 1934 à son assassinat en 1944 par la Milice française), Henri-Charles Dupont (de 1945 à 1960)

Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm
Robert Ambelain, ayant pris la direction du rite en 1960, en réformera les rituels en profondeur et renommera son obédience du nom de « Grande Loge Française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm ». Il transmettra sa succession à Gérard Kloppel en 1985.

L’éclatement de la Grande Loge Française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm
Les prémisses de l’éclatement de la Grande Loge de Memphis-Misraïm eurent lieu à partir de 1995. Les conflits étaient principalement liés:
* A la question de la mixité des loges.
* A celle de l’indépendance des ateliers des trois premiers grades vis à vis de ceux des hauts grades.
* A la question de la nomination à vie des dirigeants.
* Au débat sur la distinction entre rite et obédience.
* Ainsi peut-être qu’à quelques querelles de personnes.

Après la création d’une « Voie » égyptienne mixte, intervint en 1997 le projet de modification de la structure de l’obédience. Le conflit conduisit à la désintégration de l’obédience le 24 janvier 1998, et à la séparation de l’obédience en deux branches, l’une formant la Grande Loge Symbolique de France sous l’impulsion de Georges Claude Vieilledent, l’autre restant fidèle à Gérard Kloppel sous le nom de Grande Loge française masculine de Memphis Misraïm. A la suite de cette scission, après avoir créé la Grande Loge Traditionnelle de Memphis-Misraim, Gérard Kloppel démissionna le 5 mai 1998 en transmettant ses pouvoirs à Cheikna Sylla. La dissolution de la Grande Loge française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm fut ensuite prononcée par le tribunal de Créteil. On assista ensuite à l’apparition d’une trentaine d’autres scissions au cours des années suivantes.

L’obédience d’origine ayant été dissoute par voie de justice, personne ne pouvait reprendre le même titre sans assumer la charge du passif relativement lourd. Ceci explique, notamment, qu’il existe aujourd’hui différentes Grandes Loges françaises qui reprennent le nom de Memphis-Misraïm mais qu’aucune d’entre elles ne soit officiellement déclarée sous ce nom selon la loi de 1901.

En 1999, six loges et quatre triangles se rapprochèrent du Grand Orient de France, tant par affinités personnelles que philosophiques, et y obtinrent leur intégration, ainsi que le réveil de la patente du rite égyptien détenue par le Grand Orient depuis 1862, offrant ainsi un pôle de stabilité au Rite.

Le 2 mars 2000, à Bruxelles, Gérard Kloppel organisa un Souverain Sanctuaire International qui décida de destituer Cheikna Sylla. Le 12 juillet 2007, bien que n’ayant plus aucune prérogative selon ses propres constitutions, il participa à la création d’une association dénommée « Confédération Internationale Franc-Maçonnique » et décida de « restaurer » l’Ordre des Rites Unis de Memphis & Misraïm.

Cette destitution est considérée comme nulle et non avenue par Cheikna Sylla et son successeur au sein de l’ordre maçonnique international du rite ancien et primitif de Memphis-Misraim, Willy Raemakers. Ce dernier prit le 26 janvier 2008 un décret de radiation du rite de Gérard Kloppel.

Se placent notamment sous la Grande Hiérophanie de W. Raemakers les obédiences suivantes: la Grande Loge Symbolique de Belgique, la Grande Loge Symbolique du Canada, la Grande Loge Symbolique Masculine d’Afrique, le Conseil National de France, et la Grande Loge Mixte de Memphis-Misraim.

De nos jours
Le Rite de Memphis-Misraïm est pratiqué par de nombreuses obédiences à travers le monde. Cependant, il est divisé en une multitude de « branches » et de groupes qui ne se reconnaissent pas forcément les uns les autres. On constate que ces nombreuses obédiences sont souvent « groupusculaires » et isolées.

Le problème vient en partie de ce que, contrairement aux autres Rites Maçonniques, la filiation d’un Rite Egyptien repose sur un seul homme ou une seule femme, ce qui permet non seulement à tout(e) franc-maçon(ne) de fonder une nouvelle branche du Rite, une fois un certain degré atteint (90e pour le rite de Misraïm, 95e pour le Rite de Memphis-Misraïm ), mais facilite aussi parfois les impostures et rend la légitimité de chaque branche pratiquement invérifiable.

De plus, la Maçonnerie Egyptienne use beaucoup plus des « communications », à savoir de la transmission de degrés sur simple base d’un document écrit, sans faire passer les épreuves « physiques » de l’initiation. On a parfois également dit que certains « hauts dignitaires » du Rite, peu scrupuleux, auraient tout simplement fait commerce de chartes et de patentes, qu’ils auraient émises « à tout vent » en échange de sommes d’argent rondelettes. De telles accusations furent en leur temps portées contre les frères Bédarride. C’est ainsi que certaines loges et obédiences du Rite auraient été fondées par des personnes n’ayant qu’une faible pratique des loges, mais ayant en leur possession une patente ou une charte les ayant élevés aux plus hauts degrés du Rite, leur conférant ainsi autorité sur leur(s) structure(s).

La meilleure manière de savoir si une branche d’un Rite Égyptien est légitime est de vérifier sa patente. Cette patente doit être détenue par un possesseur d’un des degrés cités ci-dessus et avoir été obtenue de façon régulière auprès d’une autre structure elle-même authentique.

Fonctionnement
L’originalité du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm réside principalement dans ses grades maçonniques spécifiques, bien qu’elle s’affirme également, dans une moindre mesure, dès son premier degré. Ses degrés d’instruction et d’enseignement se situent sur une échelle de 99 grades divisés en plusieurs séries distinctes:
* La Maçonnerie symbolique, du premier au troisième degré, travaille sur le symbolisme et énonce les prémices de la recherche philosophique.
* La Maçonnerie philosophique, du 4e au 33e degré, s’attache à l’étude de la philosophie et des mythes. Le but est de mettre sur la voie de la recherche des causes et des effets originels.
* La Maçonnerie hermétique et ésotérique, du 34e au 99e degré, privilégie la haute philosophie, étudie les mythes religieux des différents âges de l’Humanité et accède au travail philosophique et ésotérique le plus avancé.

A noter que la plupart d’entre eux ne sont pas pratiqués et sont conférés par simple communication. On remarquera que ce rite a complètement intégré la hiérarchie du rite écossais ancien et accepté qu’il a prolongé par des grades qui lui sont spécifiques (donc à partir du 34e, ce qui fait donc 66 degrés spécifiquement misraïmites).

Il convient de remarquer qu’il existe toujours des Loges qui pratiquent le seul rite de Misraïm en 90 degrés et d’autres le seul rite de Memphis.

Les Grades
Loges symboliques

Les rites égyptiens étant à leur origine des systèmes de hauts grades maçonniques, il n’y avait pas, jusqu’à une date relativement récente, de spécificité égyptienne dans les rituels des loges symboliques: C’était le Rite français qui y était utilisé, dans ses trois grades:
* 1er Apprenti
* 2e Compagnon
* 3e Maître

Loges de hauts grades
Du 4e au 33e degrés, les rites égyptiens utilisèrent le plus souvent l’échelle des grades du Rite écossais ancien et accepté, avec parfois des variantes et avec cette différence avec le REAA que ces trente grades étaient généralement tous pratiqués dans le cadre d’un même atelier, susceptible de prendre symboliquement différentes dénominations suivant le grade auquel il travaillait. C’était le cas en particulier du système en 33 degrés que pratiquait Yarker et qu’il publia à Londres en 1875. En 1934, au convent de Bruxelles, le rite égyptien de Memphis-Misraïm décida de réactiver l’échelle complète de 90 grades d’instruction et de 9 grades administratifs telles que définie comme ci-dessous. Toutefois, la plupart de ces degrés étaient conférés sans aucune cérémonie rituelle, par simple communication. Seule une petite minorité d’entre eux donnait lieu à une cérémonie d’intiation et à une pratique réelles. Robert Ambelain lui-même considérait qu’à ses yeux les seuls obligatoires étaient les 9e, 18e, 30e, 32e et 33e.

Échelle en 99 grades
Loges de Perfection:
* 4e Maître Secret
* 5e Maître Parfait
* 6e Secrétaire Intime
* 7e Prévôt et Juge
* 8e Intendant des Bâtiments
* 9e Maître Élu des Neuf
* 10e Illustre Élu des Quinze
* 11e Sublime Chevalier Élu
* 12e Grand Maître Architecte
* 13e Royal Arche
* 14e Grand Élu de la Voûte Sacrée, dit Jacques VI ou Sublime Maçon

Chapitres:
* 15e Chevalier d’Orient ou de l’Épée
* 16e Prince de Jérusalem
* 17e Chevalier d’Orient et d’Occident
* 18e Sublime Prince Rose-croix

Sénats :
* 19e Grand Pontife ou Sublime Écossais dit de la Jérusalem céleste
* 20e Chevalier du Temple
* 21e Noachite ou Chevalier Prussien
* 22e Chevalier de Royal Arche ou Prince du Liban
* 23e Chef du Tabernacle
* 24e Prince de Tabernacle
* 25e Chevalier de Serpent d’Airain
* 26e Écossais Trinitaire ou Prince de Merci
* 27e Grand Commandeur du Temple
* 28e Chevalier du Soleil ou Prince Adepte
* 29e Grand Écossais de Saint André d’Écosse, Prince de la Lumière

Aréopages et Tribunaux :
* 30e Grand Élu Chevalier Kadosch, dit Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir
* 31e Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur
* 32e Sublime Prince du Royal Secret
* 33e Souverain Grand Inspecteur Général

Grands Consistoires:
* 34e Chevalier de Scandinavie
* 35e Sublime Commandeur du Temple
* 36e Sublime Negociate
* 37e Chevalier de Shota (adepte de la Vérité)
* 38e Sublime Élu de la Vérité
* 39e Grand Élu des Eons
* 40e Sage Sivaïste (Sage Parfait)
* 41e Chevalier de l’Arc-en-Ciel
* 42e Prince de la Lumière
* 43e Sublime Sage Hermétique
* 44e Prince du Zodiaque
* 45e Sublime Sage des Mystères
* 46e Sublime Pasteur des Huts
* 47e Chevalier des Sept Étoiles
* 48e Sublime Gardien du Mont Sacré
* 49e Sublime Sage des Pyramides
* 50e Sublime Philosophe de Samothrace
* 51e Sublime Titan du Caucase
* 52e Sage du Labyrinthe
* 53e Chevalier du Phoenix
* 54e Sublime Scalde
* 55e Sublime Docteur Orphique
* 56e Pontife de Cadmée
* 57e Sublime Mage
* 58e Prince Brahmine
* 59e Grand Pontife de l’Ogygie
* 60e Sublime Gardien des Trois Feux
* 61e Sublime Philosophe Inconnu
* 62e Sublime Sage d’Eleusis
* 63e Sublime Kawi
* 64e Sage de Mithra
* 65e Patriarche Grand Installateur
* 66e Patriarche Grand Consécrateur
* 67e Patriarche Grand Eulogiste
* 68e Patriarche de la Vérité
* 69e Chevalier du Rameau d’Or d’Eleusis
* 70e Patriarche des Planisphères
* 71e Patriarche des Védas Sacrés

Grands Conseils:
* 72e Sublime Maître de la Sagesse
* 73e Docteur du Feu Sacré
* 74e Sublime Maître du Sloka
* 75e Chevalier de la Chaîne Lybique
* 76e Patriarche d’Isis
* 77e Sublime Chevalier Théosophe
* 78e Grand Pontife de la Thébaïde
* 79e Chevalier du Sadah Redoutable
* 80e Sublime Élu du Sanctuaire
* 81e Patriarche de Memphis
* 82e Grand Élu du Temple de Midgard
* 83e Sublime Chevalier de la Vallée d’Oddy
* 84e Docteur des Izeds
* 85e Sublime Maître de l’anneau Lumineux
* 86e Pontife de Sérapis
* 87e Sublime Prince de la Maçonnerie
* 88e Grand Élu de la cour Sacrée
* 89e Patriarche de la Cité Mystique
* 90e Patriarche Sublime Maître du Grand Œuvre

Grands Tribunaux:
* 91e Sublime Patriarche Grand Défenseur de l’ordre

Grands Temples Mystiques:
* 92e Sublime Cathéchrist
* 93e Grand Inspecteur Régulateur Général
* 94e Sublime Patriarche de Memphis

Souverains Sanctuaires:
* 95e Sublime Patriarche Grand Conservateur de l’Ordre
* 96e Substitut Grand Maître National, Vice-Président du Souverain Sanctuaire National
* 97e Grand Maître National, Président du Souverain Sanctuaire National
* 98e Substitut Grand Maître Mondial, Vice-Président du Souverain Sanctuaire International
* 99e Sérénissime Grand Maître Mondial, Grand Hiérophante, Président du Souverain Sanctuaire International

Échelle en 33 grades
En ce qui concerne les hauts grades des rites égyptiens tels qu’ils sont pratiqués au Grand Orient de France, la situation est différente, puisqu’ils sont pratiqués suivant l’échelle ramenée à 33 degrés définie par l’accord de la fusion de 1862 menée par Marconis de Nègre (en gras, les grades conférés par initiations, les autres étant communiqués sans cérémonie particulière):

Collèges égyptiens
* 4 Maître discret
* 5 Maître sublîme-Maître des angles
* 6 Chevalier de l’Arche Sacrée
* 7 Chevalier de la Voûte Secrète
* 8 Chevalier de l’Épée
* 9 Chevalier de Jérusalem
* 10 Chevalier d’Orient
* 11 Chevalier Rose-Croix
* 12 Chevalier de l’Aigle Rouge
* 13 Chevalier du Temple
* 14 Chevalier du Tabernacle
* 15 Chevalier du Serpent
* 16 Sage de la Vérité
* 17 Philosophe hermétique
* 18 Chevalier Kadosh
* 19 Chevalier du Royal Mystère
* 20 Grand Inspecteur
* 21 Patriarche Grand Installateur
* 22 Patriarche Grand Consécrateur
* 23 Patriarche Grand Eulogiste
* 24 Patriarche de la Vérité
* 25 Patriarche des Planisphères
* 26 Patriarche des Védas Sacrés
* 27 Maître Égyptien – Patriarche d’Isis
* 28 Patriarche de Memphis
* 29 Patriarche de la Cité Mystique
* 30 Sublîme Maître du Grand Œuvre

Académie égyptienne
* 31 Grand Défenseur du Rite
* 32 Prince de Memphis

Souverain Sanctuaire
* 33 Patriarche Grand Conservateur (Arcana Arcanorum)

 

source : http://www.equi-nox.net/

&

http://hautsgrades.over-blog.com/article-les-rites-ma-onniques-egyptiens-102779125.html

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Le vrai visage de la franc-maçonnerie – Constant Chevillon 19 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Le Vrai Visage de la Franc-Maçonnerie
Frère Constant Chevillon
1880 – 1944

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C’est avec une émotion profonde que nous publions ce texte majeur.
Nous devons, en effet, rappeler quelle fut la mort tragique de notre Frère.
Il fut arraché de son domicile par le M.N.A.T. de Doriot, le 25 mars 1944 au soir, pour un soi-disant interrogatoire ; son corps fut retrouvé dans la nuit, percé de balles, à St-Fons montée des Clochettes, dans la banlieue lyonnaise, en un lieu où plusieurs crimes du même genre furent perpétrés.
Plus de soixante ans après avoir été tracé, ce morceau d’architecture est toujours d’une troublante actualité !

LE VRAI VISAGE DE LA FRANC-MAÇONNERIE

PROLEGOMENES

De nos jours, et plus qu’elle ne le fut jamais, la Maçonnerie est attaquée. Comme jadis le bouc émissaire des Juifs, on la charge de tous les péchés du peuple, de toutes les fautes des gouvernements, de tous les crimes perpétrés contre la concorde et la paix.
Bien plus, ses adversaires l’accusent des plus noirs desseins.
Ils la présentent aux foules comme une ennemie irréductible de la civilisation chrétienne, comme un agent démoralisateur chargé, par des chefs occultes, de répandre la décomposition dans le corps social et moral de l’humanité.
Mieux encore, ils la considèrent, sans rire, comme une collectivité satanique dont l’objectif plus ou moins immédiat vise à l’hégémonie du mal.
De ce chef, sans répit, tombent sur elle les haines, les persécutions, les lettres de cachet, les excommunications mineures ou majeures de la foule ignorante et de certaines élites trop bien renseignées sur la valeur intrinsèque de l’institution.Examinons brièvement les causes profondes de cet ostracisme universel. Pourquoi la Maçonnerie est-elle attaquée, pourquoi est-elle persécutée et le sera jusqu’à la consommation des siècles ?
Pour deux raisons essentielles :Elle est d’abord l’antithèse de tous les racismes et de toutes les dictatures de la force, car elle est le symbole vivant de la fraternité universelle.
Elle est une condamnation permanente de toutes les politiques de partis et de toutes les politiques nationales égoïstes.
Elle se dresse en face d’une conscience dictatoriale, comme une accusation perpétuelle et tangible.
Sans prononcer une parole, sans faire un geste, par le seul fait de son existence, elle semble dire aux prévaricateurs : qu’avez-vous fait de la liberté, de la justice et de l’équité ?
Ils veulent donc l’enchaîner et, mieux, l’anéantir pour supprimer jusqu’aux fantômes du remords.
En second lieu, elle ne concède à personne le monopole de l’universalité, elle ne veut pas qu’un clan, qu’un parti, voire une Eglise, règle l’usage des universaux dans le moule trop souvent étriqué de ses conceptions.
Elle veut un seul idéal pour le genre humain tout entier, mais elle prêche l’unité dans la diversité des individus, des cités, des nations et des races. C’est pourquoi elle est toujours la cible des attaques venues de tous les côtés de l’horizon ; les profiteurs, les autoritaires, les idéologues, tous les partisans des intérêts particuliers, de la lutte des classes, des révolutions à sens unique, se liguent contre elle.
De droite et de gauche, par devant et par derrière, elle reçoit des coups. Est-ce juste ou injuste ?
Ne le discutons pas, c’est humain ; l’explication est suffisante.Mais aux persécutions dont la Maçonnerie est l’objet, il y a une autre cause, celle-ci née dans son propre sein.
Elle a parfois et délibérément, par ignorance, veulerie ou calcul, car elle est aussi constituée par des hommes faillibles, prêté le flanc à la critique.
Elle a oublié sa raison d’être, oublié sa catholicité, c’est-à-dire son universalité.
Elle est descendue dans l’arène des partis, elle a manqué à sa mission salvatrice ; au lieu de se cantonner dans la sphère de l’autorité et de la sagesse, elle a voulu participer, en tant que Maçonnerie, au pouvoir et à la politique.
Elle a renié son oecuménisme pour devenir le mesquin symbole d’un clocher paroissial.
Concile général de l’humanité, elle s’est ravalée au rôle de chapelle clandestine des intérêts privés, elle a fait sa cour aux puissants du jour, pour avoir sa place parmi eux, sans penser à la fragilité des colosses aux pieds d’argile ; lorsqu’ils sont tombés, elle a été écrasée par leurs ruines et ses outils, employés à une besogne servile, utilitaire et rémunérée, sont devenus inefficaces entre ses mains débiles.La Maçonnerie, dans les hommes qui composent son corps visible, porte donc une large part de responsabilité dans les attaques auxquelles elle est en butte.
Cependant, maçons dans la voie droite, ne soyez pas abattus ; souvenez-vous d’Israël exilé sur les bords de l’Euphrate et livrez-vous à l’espérance.
Les oppresseurs pensent avoir déjà tué la Maçonnerie ! les maçons peuvent être dispersés ou mourir ! la Maçonnerie ne meurt pas ; couchée aujourd’hui sous la pierre du sépulcre, elle renaîtra demain plus grande et plus forte, car la Maçonnerie c’est l’âme humaine elle-même ivre de liberté, de paix et d’amour.
Oui, tous les espoirs sont légitimes, mais pour les concrétiser et les faire s’épanouir, il faut se frapper la poitrine. Le passé comporte de multiples erreurs, le présent semble les consolider ; envisageons donc l’avenir sous un autre angle.
La Maçonnerie paye ses fautes accumulées, l’auréole du martyre nimbe son corps européen disloqué de toutes parts ; il lui faut revenir à sa tradition originelle et véritable.
Certes, les persécuteurs ne s’embarrassent pas de distinctions subtiles, leur haine est et sera toujours identique. Mais si tous les maçons poursuivent dans le réel esprit de leur institution leur oeuvre de libération nécessaire, ils forceront, malgré tout, le respect des pires adversaires.En garde donc contre la facilité, contre la paresse intellectuelle et spirituelle, contre les gestes mécaniques, contre le psittacisme des paroles inutiles et vaines.
L’immense majorité des maçons des Obédiences françaises et étrangères est actuellement occupée à construire une façade derrière laquelle il ne se passe rien ; une façade destinée à dissimuler, aux yeux des ignorants, la condition profane des adeptes ; à se donner à elle-même l’illusion d’oeuvrer dans le temple de Salomon.
Arrière cette attitude et cette illusion, arrière les Pharisiens adorateurs de la lettre et contempteurs de l’esprit.

Pour infuser une vie nouvelle, une vie expansive, dans le corps anémié de la maçonnerie, il ne suffit pas de procéder par des exhortations qui seraient, selon le texte de l’Ecriture : « Vox clamantis in deserto », la voix dans le désert.
Il faut descendre dans l’arène, montrer à tous, les gestes précis de la lutte, les gestes de la victoire.
I1 faut restituer les assises et les coordonnées de la voie triomphale des réalisations, dont le début s’annonce dans la voie douloureuse de l’ascèse individuelle ; car personne ne peut connaître les gloires de l’ascension sans avoir gravi, d’abord, le Golgotha.

ASCESE

Lorsque le profane se présente à la porte du temple, pour réclamer humblement la lumière, le gardien du seuil l’arrête rudement par l’épaule en disant : « Qui va là ? ».
Et le psychopompe répond, pour le récipiendaire : « C’est un homme libre et de bonnes moeurs ».

Tout est là ; la Maçonnerie, en deux mots, met ses adeptes en présence de la plus complète et de la plus haute de toutes les vérités.
La lumière, en effet, ne se donne pas aux esclaves, ils en feraient mauvais usage ; elle ne s’épanouit pas dans la dissonance passionnelle sous peine d’être immédiatement déformée et réduite en ténèbres ; elle se révèle, dans sa pureté, au sein de l’harmonie consécutive à la sérénité des rapports humains.
Combien de maçons, de nos jours, réfléchissent sur ces deux simples paroles ? Peu ou pas du tout.
Ouvrons donc notre esprit aux accents de la Maçonnerie et méditons-les pour notre compte personnel.

Le temple est ouvert seulement aux hommes libres et de bonnes moeurs ; les deux membres de cette affirmation sont une seule et même chose ; les concepts s’interpénètrent et s’étayent mutuellement
La liberté est une puissance, les moeurs sont une attitude, un réflexe de la puissance. Les bonnes moeurs ne seraient rien, si elles n’étaient l’attitude de la vraie liberté. Celle-ci, en effet, consiste à commander à tout ce qui n’est pas la conséquence inéluctable des lois universelles du Cosmos.
Etre libre, c’est réglementer l’incidence des besoins, policer les instincts, canaliser les passions, juguler l’erreur et réaliser le bien dans la vertu, en détruisant le mal avec le vice.
Or, de ceci, résulte une chose, à première vue étonnante, au moins pour le commun des mortels : un homme ostensiblement voué au pire des esclavages, au travail forcé sous la férule d’une garde-chiourme, à l’oppression systématique des tyrans, aux affres de la misère, de la maladie et de la mort, aux vexations et à l’ostracisme des foules aveugles, peut être immensément et superbement libre. Il n’adopte pas, en effet, l’attitude des esclaves, qui est la résignation, mais il accepte la nécessité du moment, il méprise les contingences, et il bande ses efforts pour s’en délivrer, sinon dans le temps, du moins dans la réalité éternelle.
Au contraire, l’homme vêtu de la pourpre, devant lequel s’inclinent toutes les têtes, le législateur omnipotent, le magnat de l’industrie, l’arriviste sans scrupules, sûr de son prestige, de sa souplesse ou de sa force, peuvent être parmi les plus vils esclaves, s’ils se courbent au souffle de l’appétition matérielle, au souffle de leurs passions, de leurs désirs, sans autre loi que le succès.
Regardez bien chacune de ces catégories d’hommes et distinguez-les par les moeurs.
Vous ne trouverez pas le bien parmi les esclaves et le mal parmi les hommes libres, car les moeurs ne sont pas seulement cette concession aux convenances sociales, qui jette sur les pires abus, le voile d’un certain décorum ; les moeurs, dans leur essence dernière, sont un rayonnement de l’âme, de l’intelligence et de l’esprit, qui rend la vie belle, noble et humaine à travers des gestes parfois inélégants ou incompréhensibles.
C’est pourquoi liberté et bonnes moeurs sont une seule et même chose.

Voyons maintenant comment le vrai maçon doit conquérir sa liberté pour informer sa conduite sous l’angle universel de l’humain.

II la conquiert en deux temps :

En une période d’émondation ou de purification qui le conduit à la liberté négative, à la maîtrise de soi-même, à la résorption des entraves matérielles et passionnelles, propres aux esclaves.
En une période d’ascèse active, génératrice de la liberté positive, c’est-à-dire de la liberté de réalisation. Cette dernière seule est la véritable liberté, on le comprend sans peine. La période d’émondation, tous les maçons la connaissent, et le contraire serait inadmissible, car elle constitue le thème essentiel de la maçonnerie symbolique ; c’est la nouvelle naissance préconisée par les Ecritures, naissance à la lumière spirituelle. Elle consiste à rompre la gangue des besoins, des instincts, des passions ; à briser la chrysalide intellectuelle des préjugés et des erreurs dont l’âme de la foule est trop souvent prisonnière et, ainsi, entravée dans son essor vers le soleil de la vérité.

Comment s’arracher à cette emprise catastrophique ? Par l’assimilation judicieuse et l’utilisation rationnelle de l’enseignement maçonnique traditionnel.
L’entrée dans le temple provoque un choc, le choc de la lumière brusquement révélée à la chute du bandeau.
Ce choc c’est l’éveil sur un plan nouveau.
Les fantasmes de la nuit s’évanouissent comme un brouillard inconsistant, les choses se précisent, apparaissent sous leur forme véritable ; toute la gamme matérielle se revêt de sa tonalité spéciale.
Le sens strict du monde extérieur se révèle ; sous l’influx de la lumière c’est un simple point d’appui susceptible de parer à une marche incertaine et dangereuse à travers les marécages de l’animalité pure et un point de départ vers l’harmonie supérieure des entités spirituelles.
Ce choc contribue donc à nous dépouiller du vieil homme, du manteau humanimal transmis par la génération sexuelle, mais c’est insuffisant. Il faut prévoir les possibles cataboles, éloigner les embûches ; une liberté sans armes, toujours et partout, est une liberté morte.
Et le maçon passe à la période active, cuirasse sa liberté pour la rendre invulnérable, pour lui laisser les coudées franches, en vue de l’action éventuelle.

Ici encore, l’enseignement s’efforce de mettre entre les mains de tous la clef de la solution.
Non seulement il indique la direction générale de la liberté, mais il indique les routes les plus sûres et les plus directes pour y parvenir, il pousse même la sollicitude jusqu’à établir l’idéal itinéraire à emprunter. Insister sur ce sujet, ce n’est point éclairer une fatale ignorance, c’est attirer l’attention sur les difficultés et la transcendance de l’oeuvre maçonnique, pour en fixer dans l’esprit les plus subtiles particularités.
Il ne faut pas, en effet, mésestimer les obstacles semés sous les pas de l’initiable.
Malgré les précisions doctrinales et les points de repère, ils sont durs à surmonter. Tout à l’heure, la bonne volonté suffisait : tenir les yeux grands ouverts à la lumière, comparer, apprécier et dire oui, est une besogne relativement facile.
Pour l’action, il faut faire appel à la volonté. Tailler dans le vif ; retrancher les branches inutiles, les bourgeons bâtards ou purulents, comporte une souffrance pour l’arbre confié aux soins du jardinier. Il en est ainsi pour le maçon, et d’autant qu’il est à la fois, l’arbre, le sécateur et l’ouvrier.
Sa volonté doit être indéfectible, sinon il reculera devant la souffrance, sinon la facilité et la paresse l’emporteront sur l’effort et l’ardeur, et nous nous trouverons en présence de cet axiome de la morale latine : « Corruptio optimi pessima », la corruption du meilleur est la pire de toutes.

En cette période d’ascèse active, le but du maçon est triple, puisque l’homme est construit sur un triple plan. Il doit façonner et cuirasser son âme, son intelligence et son esprit.
Nous ne parlons pas du corps, car le corps a été purifié et comme régénéré par le procédé d’émondation, il est donc en parfait état de santé et d’équilibre.

L’âme humaine est ce milieu d’une matérialité subtile, qui, par l’un de ses pôles, touche à l’esprit et par l’autre à la matière ; elle est le moyen terme du composé humain, le médiateur plastique, si souvent condamné par les philosophes et les théologiens soi-disant orthodoxes.
Elle est le milieu vital commun à l’homme et aux animaux, l’informatrice du corps ; elle renferme la sensibilité. Passons sous silence la sensibilité corporelle, lieu de décantation et d’élaboration des données expérimentales ; cet aspect relève de la psychophysiologie.
Nous envisageons seulement la sensibilité, réceptacle des passions et des sentiments, cette sensibilité qui rend l’homme matériel spécifiquement humain.
Dans ce milieu naissent et se développent sous l’influx intellectuel les sept vices capitaux dont l’humanité est la proie : l’orgueil, l’envie, la paresse et les autres. Mais elle est aussi, sous la poussée volitive, la matrice de l’amour.

Si nous réfléchissons, d’un seul coup d’oeil, nous verrons quel est le travail du maçon sur le plan sensitif.
Les vices capitaux sont greffés sur l’égoïsme, il en résulte : la haine, la cruauté, l’injustice à tous ses degrés, les mesquineries ridicules dont la foule des timorés, des faibles et des ignorants est l’éternelle victime.
L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin.
De l’amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée.

Or, comment nomme-t-on dans le monde l’homme exempt d’égoïsme, bon, miséricordieux et charitable ?
On dit de lui : c’est un homme de coeur. La formation du coeur sur le plan sensitif sera donc la préoccupation première du maçon.
Le maçon sera l’homme au grand coeur, toujours prêt à tendre la main de l’amitié aux faibles, aux déshérités, à prodiguer son amour à tous les êtres frappés par l’infortune ou l’injustice, à relever les blessés sur les champs de bataille de la vie, à soutenir ceux qui sont sur le point de tomber.
Et cette qualité très noble n’est pas synonyme de faiblesse ;par son ascèse sentimentale, le maçon sait qu’il ne doit pas y avoir de compromission avec le mal, avec le vice, il sera dur pour les fauteurs d’oppression, pour les égoïstes et les méchants ; mais dans la lutte il laissera toujours la porte ouverte à la rédemption, car l’amour ne veut pas la mort du pécheur, mais son retour vers la bonté.

Passons maintenant à l’ascèse intellectuelle.
Tout maçon doit être un homme de science. Ne vous effrayez pas devant ce mot, vous qui, dès l’âge le plus tendre, avez été obligés de peiner pour arracher votre pain quotidien à la nature marâtre ; la science maçonnique n’est pas la science officielle de nos facultés et de nos académies. Il n’est pas, ici, nécessaire, pour être savant, de se pencher sur des équations mathématiques vertigineuses, ou sur les cartes du ciel, de percer le mystère des sciences positives.
Il faut simplement faire de son intelligence, de son entendement et de sa raison, un outil de précision, incapable d’errer dans les limites de nos potentialités humaines.
Qu’est-ce que la science ?
C’est une codification ordonnée et logique des séries phénoménales. Nul au monde ne peut se vanter de la posséder tout entière. Les hommes les plus instruits en possèdent une bribe d’un côté, une bribe de l’autre, et, précisément en raison de cette dispersion, s’ils n’ont l’esprit supérieur qui relie les sciences entre elles et toutes ensemble à l’uni-que vérité, ils sont et resteront des primaires.
La science maçonnique est l’esprit informateur des sciences, elle est la Gnose, au sens propre du terme ; elle ne s’arrête pas aux phénomènes, elle va jusqu’aux essences ; des attributs et qualités, elle infère la nature propre des êtres et des choses.

Suivre une série phénoménale de A jusqu’à Z, en déduire les lois et principes de sa constitution et de son évolution, c’est très bien. Connaître le pourquoi de tout cela est encore mieux.
Eh bien ! la science maçonnique ne conduit pas à un autre but, elle est la science des causes et plus spécialement celle de la grande cause, elle tend à pénétrer le secret du grand Oeuvre. Quelles en sont les bases ?
Dans leur simplicité et leur clarté, elles sont à la portée de tous, elles constituent une méthode trop souvent négligée par le commun des hommes. Le premier stade, le voici : écouter, observer, comparer et filtrer, dans le silence et la méditation. Partant, repousser les opinions toutes faites, les notions sans support, les idées faciles répétées par les perroquets de nos chaires scientifiques ou de nos tribunes politiques, pour piper la foule.
Eviter la précipitation dans le jugement et, sur le jugement sain, apprendre à raisonner.
Au deuxième stade : passer du connu phénoménal à l’inconnu causal ou nouménal, soit par l’induction ou la déduction légitimes, soit par l’analogie, cette clef maîtresse de la Gnose ou science ésotérique, et s’asseoir ainsi dans une certitude, sans aucune limite que la capacité elle-même de nos facultés représentatives humaines.
Ainsi, pour arriver à la science maçonnique, point n’est besoin de s’attacher à des problèmes abscons, réservés aux professionnels de nos instituts officiels ; toutes les questions même les plus humbles, entrent dans le cadre des cogitations maçonniques et peuvent donner lieu à une solution scientifique dont le primaire est exclu.
Cette solution, en effet, est engendrée par la vie elle-même et repose sur une raison correcte, sur une possibilité d’erreur rendue infinitésimale par l’émondation intellectuelle.
La vérité, toujours, est serrée au plus près, avec la rigueur nécessaire à l’élaboration de toutes les évidences.
Voilà la véritable science maçonnique, elle réside dans une vision directe des choses et des êtres, étrangère à la science officielle exotérique. Or, par la connaissance vraie des causes et des effets, il est possible de discriminer l’apparence de la réalité.
Le maçon saisit donc, avec précision, l’opportunité d’établir le juste rapport « existentiel » entre la première et la seconde, et ce rapport est une lumière, il est la lumière. Transporté de l’entendement à la volonté, c’est-à-dire de la pensée à l’action, il permet de procéder à l’assujettissement rationnel des besoins, des instincts et des passions, à l’extirpation des vices capitaux, à l’épanouissement des vertus, dans la mesure nécessaire à l’équilibre parfait de la personnalité spirituelle, partie dominante, substance même du moi humain.
Nous entrons ainsi de plain-pied dans le troisième stade de l’effort individuel et de l’ascèse corrélative.

Non content de façonner sa sensibilité et son intelligence, son âme et sa raison, le maçon doit illuminer sa volonté.
Il ne s’agit plus ici d’instaurer les bases de l’amour sensible et la vérité relative des rapports scientifiques, il faut monter plus haut, s’installer dans le monde des idées pures. Il ne s’agit plus des reflets du vrai, du beau et du bien, à travers les manifestations cosmiques, mais des concepts universels informateurs de la pensée, des principes suprêmes qui conditionnent la vie, en règlent l’évolution normale, et en constituent la fin.
En d’autres termes, il s’agit d’opérer l’autocréation de la conscience véritable et d’en harmoniser l’épanouissement avec les lois de l’être.
Nous disons : conscience véritable, c’est-à-dire conscience essentielle, conscience de la personnalité.
Notre individualité, en effet, a pris possession d’elle-même dans notre sensibilité, en se discriminant du monde extérieur, et dans notre intelligence par l’assimilation des rapports abstraits qui résultent de nos réactions vis-à-vis de l’action phénoménale.
Cette conscience, la conscience première, nous est commune, compte tenu des incidences scientifiques, avec tout le règne animal.

Mais la conscience personnelle ou seconde, dont le support momentané se trouve dans la première, est non seulement la prise de possession de notre moi intime, elle est encore le principe d’unicité de l’indéfinie divisibilité sensorielle et intellective ; elle est encore le lieu où notre propre entité se conjugue avec le monde supérieur des idées.
Elle est une puissance dynamique et statique, dynamique par l’unité qu’elle infuse dans le moi, statique par sa résistance à la dispersion. Elle est le sceau de l’être ; une fois mise en éveil, elle est incoercible, donc immortelle.
Comment l’homme en voie d’ascèse peut-il éveiller sa conscience, la rendre immortelle et lui donner, avec la spontanéité, son caractère spécifique ?
En l’illuminant par ses deux pôles : d’un côté par la lumière des rapports vrais recueillis par les sens, élaborés par l’intellect et synthétisés par la raison, de l’autre, en résorbant tous les voiles tissés par l’involution dans la matière, voiles qui empêchent l’esprit de communiquer intuitivement avec la source divine dont il est une émanation.
Par ce procédé, la conscience devient lumière, elle n’est plus un reflet, une lumière déformée par la réfraction, mais une lumière vivante hypostasiée, un foyer radiant.
Elle est l’imagination créatrice et la mémoire spirituelle au sein desquelles les idées se sont, en quelque sorte, incarnées dans une forme concrète et humaine pour ne plus s’effacer jamais.
Alors la conscience dirige le faisceau de sa lumière vers la volonté pour lui rendre l’action facile, l’action dans l’axe général du vrai, du beau et du bien éternels, dans la vraie liberté qui ne consiste pas seulement à faire ou à ne pas faire, mais à faire ce qu’il faut et pas autre chose.

Certes, pour réaliser cet ultime effort qui fait les génies, les héros et les saints, les difficultés sont innombrables.
La matière est là, visible et palpable, attractive aussi et tyrannique ; la douleur est inévitable à celui qui veut la dompter, la conduire en des voies étrangères à ses réactions normales. Ne nous décourageons pas, adressons-nous à la méthode maçonnique.
Elle nous dit : Cherchez, sondez, méditez dans le silence. Ne repoussez aucune idée, aucun concept, aucune notion, ne vous détournez d’aucun problème, d’aucune hypothèse, tout renferme une parcelle de la vérité, un rayon de la lumière, un atome de la réalité. Mais comparez, jugez et pesez avec la balance de l’équité.
Or, dans cette « queste » du divin Graal, deux choses sont essentielles : la bonne volonté et le désir du bien, la subtilité intellectuelle et la persévérance viennent ensuite, car le désir engendre la persévérance et la bonne volonté est la matrice de l’acuité dans l’effort.
Tout homme incapable de poursuivre jusqu’au bout cette ascèse personnelle ne gravira jamais complètement l’échelle de Jacob de la Maçonnerie universelle.
Mais s’il peut l’accomplir, à quel résultat prestigieux ne peut-il parvenir ?
Le maçon ainsi évolué n’est plus un homme de la foule, « l’homo » soi-disant « sapiens » des anthropologistes, il est l’homme idéal, l’homme en soi, le « vir » de notre langue ancestrale, le latin ; le mâle capable d’agir, de réaliser, d’aimer et de se sacrifier à un idéal de justice et de fraternité.
Il peut s’écrier comme le poète : « Nil humanum a me alienum Auto », rien d’humain ne m’est étranger.

APOSTOLAT

Voilà le travail personnel auquel le maçon s’est engagé, peut-être sans prévoir toute l’ampleur de sa promesse. Certes, ce travail est important, douloureux et magnifique.
Mais est-ce bien là tout le travail de notre institution ? Il est important, pour nous qui en supportons le poids, mais il n’est rien ou pas grand chose par rapport à l’espèce humaine.
La Maçonnerie, en effet, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens. Pour cela il lui faut des apôtres, et elle veut créer des apôtres.
C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative elle conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité. Qu’est-ce qu’un apôtre ? C’est un homme d’action, un homme revêtu d’une mission sacrée, pour laquelle il est prêt à tout sacrifier : ses commodités personnelles, ses désirs les plus chers, son temps et sa vie s’il le faut.
Un apôtre doit posséder les trois vertus primordiales que nous connaissons bien ou que nous connaîtrons lorsque nous aurons franchi d’autres échelons de la hiérarchie : la foi, l’espérance et la charité.
Ces trois vertus sont si hautes qu’on les a appelées vertus théologales, non seulement pour rappeler qu’elles s’appliquent à Dieu, mais pour montrer que leur possesseur peut être assimilé à un dieu.

Ici, ouvrons une parenthèse nécessaire pour éloigner de nous toute idée préconçue, incompatible avec la vérité.
De tout temps les hommes, et spécialement les maçons, depuis bientôt un siècle, ont eu peur des mots, parce qu’ils les ont revêtus d’un masque modelé sur leur phobie du moment.
Tout à l’heure, nous parlions d’illumination. Ce mot, dans notre langue, est synonyme de folie ou de chimère, c’est absurde ; un illuminé est un flambeau. Inutile d’insister.
Quant aux vertus théologales, c’est autre chose.
La foi maçonnique n’est pas cette croyance étroite par laquelle l’ignorant s’incline devant un dogme indéfinissable, c’est la transfiguration de la pensée, la sublimation de l’entendement ; ce n’est pas le credo héroïque ou paresseux du charbonnier, c’est le credo plein de lumière de la science discursive et intuitive : je sens, je vois, je sais, donc je crois.
L’espérance ce n’est pas cette aspiration béate vers une aide problématique et imméritée, vers une récompense gratuite, inadéquate à l’effort déployé pour la conquérir ; c’est l’essor de tout l’être vers les sommets de la beauté et de la justice.
La charité, ce n’est pas l’amour égoïste d’un bien conçu comme un bien-être dont on veut jouir, c’est l’amour désintéressé d’un suprême idéal de bonté, de miséricorde et de paix, non pas pour un seul être, mais pour l’universalité des êtres.
Et ces trois vertus sont une seule et même chose, considérée sous trois aspects différents par suite de la triplicité humaine.
C’est la volonté purifiée de tout alliage bâtard, la raison magnifiée et rendue subtile comme une lame d’épée, c’est le coeur élargi jusqu’au sacrifice, par la conscience illuminée.

Mais, revenons à l’apostolat maçonnique, et voyons comment il peut être conçu. Ne nous leurrons pas, n’enfourchons pas les coursiers d’Apollon, ne montons pas au Sinaï, le grand oeuvre de la régénération humaine est moins glorieux et beaucoup plus difficile.
Il ne s’agit pas de multiplier les actions d’éclat, les gestes valeureux, d’échafauder des plans constitutionnels inédits et transcendants, il faut oeuvrer dans la simplicité du coeur et de l’intelligence, avec une volonté infrangible ; il faut agir avec l’opiniâtreté de la goutte d’eau dont la chute répétée perfore le granit le plus dur.
Il faut agir d’abord par le prosélytisme de la conviction : par paroles souvent, par écrit quelquefois, par l’exemple toujours ; semer dans la foule les idées de saine liberté, d’égalité véritable et d’universelle fraternité, les imposer à l’attention des individus sous leur angle réel ; implanter dans les âmes la notion du vrai, du beau et du bien, et, par conséquent, dissoudre dans son ambiance immédiate le brouillard mortel des préjugés, de l’ignorance et de l’erreur, éliminer les superstitions, qui sont des liens d’esclavage pour l’intelligence et la volonté.
Puis, il faut réaliser, c’est-à-dire employer toutes ses forces, toutes ses ressources disponibles, toute sa vie à la transformation de l’idéal en oeuvres adéquates.
En un mot, il faut concrétiser sa foi, la réduire en acte, car la foi spéculative est inutile et sans sincérité. Il n’est pas nécessaire de se précipiter vers le martyre, mais il faut savoir y marcher le cas échéant, d’un pas délibéré et la tête haute, car le maçon est un homme sacrificiel.
Sa foi personnelle n’est pas égoïste, elle est rayonnante, il veut la communiquer aux autres. Il n’espère rien pour lui-même car il a tout en lui, et les contingences matérielles ont pour lui une importance relative, mais il espère pour la foule, pour les humbles et les faibles. Il espère la science pour les ignorants et ceux qui sont dans l’erreur. Il espère la liberté pour les esclaves, la justice pour les opprimés et l’équité pour tous.
Son amour s’étend sur tous les êtres de sa race, sur la masse comme sur l’élite, il aime tous ses frères en vue de la fin commune de l’humanité, fin dernière où chacun doit être à sa place, dans la hiérarchie des valeurs spirituelles.
Le travail du maçon est donc totalement désintéressé, il est accompli sous l’angle du devoir. Le maçon, en effet, ne revendique pas ses digits personnels d’homme libre et conscient, sinon pour accomplir son devoir, car il sait que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans borne.
Aussi le maçon apôtre est un chef missionne parmi les élites, car c’est un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et d’action.

EXAMEN DE CONSCIENCE

Après avoir examiné successivement l’ascèse individuelle et l’action collective et sociale auxquelles le ’maçon est appelé par l’institution, nous pouvons nous rendre compte du travail énorme et difficile de cet entraînement progressif.
Et ceci explique pourquoi tant d’adeptes croupissent dans les bas-fonds de la médiocrité, au sein des obédiences les plus actives et les plus réputées. La plupart, malgré certains caractères et une discipline librement acceptée, sont de simples profanes.
Sont-ils effrayés par le labeur ou incompréhensifs ? L’une et l’autre de ces suppositions doivent être sans doute retenues ; mais la Maçonnerie elle-même ne peut être accusée, car ce sont les hommes qui restent sourds à l’appel ou impuissants à réaliser, par veulerie ou mauvaise volonté.
Et pourtant la Maçonnerie est sage, elle n’impose à personne un effort au-dessus de ses facultés, elle s’essaye, au contraire, à magnifier et à développer les facultés pour les rendre aptes à l’effort.
Elle n’impose pas à l’apprenti et au compagnon le travail du maître ; elle série les difficultés, les dévoile successivement et, en présence de chacune d’elles, donne les directives nécessaires pour les surmonter.
La progression peut être lente ou rapide, mais aucun ouvrier ne passe à une nouvelle branche avant d’avoir atteint la perfection dans le stade inférieur. Il avance vers la maîtrise par une marche régulière et précise.
Lorsqu’il l’atteint, il peut entreprendre un travail efficace, car il sait tailler dans la matière première, en vue de la solidité de la construction. Mais ce n’est pas tout, la maçonnerie est l’art royal par excellence ; à la stabilité de l’oeuvre elle veut adjoindre la beauté, c’est pourquoi elle sélectionne les maîtres ouvriers du temple.
Par une série ininterrompue d’épreuves et d’enseignements, elle leur découvre les lois architecturales susceptibles de concourir à la magnificence de l’édifice.
Bien plus, elle conduit les plus aptes, les plus courageux et persévérants vers les ultimes sommets, leur transmet les règles de l’art, les principes de la science, et ceux-ci, à leur tour, pourront former les futurs ouvriers de la cité céleste, les diriger et les élever jusqu’à eux pour permettre à l’oeuvre maçonnique d’être éternelle comme la race humaine.

En présence de ces constatations, un sérieux examen de conscience apparaît opportun.
Descendons en nous-mêmes, sondons nos coeurs et nos reins.
La question à nous poser est double. Sommes-nous dans la voie, c’est-à-dire, dans l’esprit maçonnique ? Avons-nous la volonté de la suivre jusqu’au bout ? Eh bien ! j’en ai peur, la réponse de notre conscience ne sera peut-être pas, pour beaucoup d’entre nous, entièrement affirmative ; notre faiblesse congénitale, notre égoïsme, notre amour-propre, l’attrait puissant des passions et des instincts physiques, sont de terribles pierres d’achoppement et ont, plus d’une fois sans doute, eu raison de notre volonté.

Nous avons mis bien souvent, certes, la main sur le maillet et le ciseau pour tailler notre pierre : combien de fois les avons-nous jetés pour nous renfermer dans la paresse ou le dédain ?
Nous avons mis les mains à la charrue : n’avons-nous pas, maintes fois, par lassitude, contemplé l’orée du sillon au lieu de terminer la tâche.
S’il en est ainsi, frappons-nous la poitrine, car nous avons commis un crime, non seulement contre nous-mêmes et contre la maçonnerie, mais contre l’humanité qui attend en vain la consommation de l’oeuvre rédemptrice.
Si nous avons fauté, ne soyons pas lâches, ne jetons pas nos outils dans le chantier déserté.
La maçonnerie ne renonce jamais à sa tâche, elle abandonne au néant les ébauches mal venues et transporte ailleurs les matériaux, pour recommencer inlassablement le travail défectueux.
Faisons comme elle, ne nous décourageons pas, reprenons nos outils et la besogne où nous l’avons laissée.

Mais, ici, arrêtons-nous à une ferme attitude, prenons l’engagement sacré de ne plus regarder en arrière, affermissons-nous dans une volonté irréductible de poursuivre notre ascèse personnelle pour pouvoir oeuvrer, en un jour très prochain, dans l’arène des luttes collectives, d’où sortira une humanité meilleure, une humanité régénérée, consciente de ses devoirs et de ses droits, en possession de la vraie liberté par l’égalité principielle et la fraternité.
Par cet examen de conscience, par cet acte de ferme propos, les responsabilités maçonniques sont déterminées avec la plus extrême rigueur et dans la certitude.
Pénétrons-nous bien, maintenant, des vérités ainsi énoncées.
Il ne suffit pas d’avoir été reçu apprenti, compagnon ou maître, pour être un vrai maçon. Dans le monde profane un manoeuvre ne devient pas un ouvrier compétent par le seul fait de son engagement sur un chantier. Il en est de même dans les ateliers du Temple.
C’est pourquoi lorsque le Vénérable demande au premier surveillant s’il est maçon, celui-ci ne répond pas : « Je le suis », mais : « Mes Frères me reconnaissent pour tel ».
Il indique ainsi, sans ambiguïté possible, la nécessité d’un travail personnel et acharné pour arriver à l’adeptat.
Quiconque est oublieux de cela, pour n’avoir pas à orienter ses efforts vers ce but précis, ne sera jamais un vrai fils de la Veuve et les grades, les distinctions, les offices dont il sera revêtu par l’amitié de ses frères ou de ses maîtres seront une vaine manifestation de l’esprit profane, des oripeaux destinés à couvrir son inesthétique nudité.

Maçons courageux et de bonne volonté, travaillez donc à votre ascèse comme l’ont fait vos ancêtres ; recherchez la lumière, aimez la vérité envers et contre tous, même contre les vôtres, contre vos amis les plus chers : la vérité est trop haute pour souffrir les compromissions.
Soyez durs à vous-mêmes, mais bons, compatissants, tolérants pour les autres, dans la mesure de la justice.
En toutes vos pensées, réflexes ou actes, n’ayez qu’un seul but, une seule fin : le bien général de l’humanité dont les individus ne sont que des sous-multiples.
Si vous êtes dans cet esprit, combien pèseront à vos yeux les mesquineries profanes, les attaques sournoises ou directes, les opinions péjoratives, les entraves jetées sur votre route ?
Rien ne pourra vous détourner de vos investigations désintéressées, rien ne pourra ralentir votre travail, rien ne viendra amoindrir votre liberté essentielle, ni votre foi dans les destinées humaines, ni votre espérance de l’ère nouvelle, ni votre amour de vos frères conscients ou égarés.
Les choses mauvaises seront pour vous une conséquence de l’erreur où se trouvent plongés les hommes ; les choses bonnes vous apparaîtront comme une illustration magnifique de l’évolution des âmes, une incitation à poursuivre la lutte pour le vrai, le beau et le bien.
Vous serez confirmé dans l’optimisme de l’athlète, digne de votre titre et du passé humain de la maçonnerie universelle.

Mais si vous rencontrez des obstacles insurmontables, si votre effort se heurte à des masses trop lourde. pour vos épaules, frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous recevrez.
N’hésitez pas, car la Maçonnerie attend les demandes et les pèse à leur juste valeur pour ne pas avoir à transmettre une vérité au-dessus des forces de l’impétrant. Car, non seulement, elle donne la science, crée, affermit et développe toutes nos facultés, mais, par une éducation adéquate, s’efforce d’en rendre l’usage facile et spontané, dans un rythme de beauté et d’harmonie.

CULTURE

La Maçonnerie prescrit la recherche de la vérité, mais cette recherche n’aurait aucun sens si la vérité n’avait un contenu.

Or, trop de maçons, même ceux qualifiés de grands, lorsqu’ils profèrent l’axiome à jamais célèbre, gloire de l’institution : « La Maçonnerie n’impose aucune limite à la recherche de la vérité », se contentent de faire miroiter aux yeux de leurs frères moins avancés un lointain idéal, intangible et irréel, porte ouverte à toutes les hypothèses issues de l’imagination humaine, celles invraisemblables comme les autres.
Ils consacrent, en quelque sorte, une vérité problématique, erreur éventuelle pour tous, sauf pour son détenteur momentané ; une vérité dont la couleur et la forme peuvent changer du jour au lendemain ; une vérité dont le point de départ et le point d’arrivée sont en équilibre parfaitement instable.
Pour leur justification ils invoquent la base expérimentale et la méthode rationnelle ; ils prétendent ainsi rester dans la science positive. Ils voient juste, sans doute, s’ils veulent simplement élucider les lois physiques du monde extérieur et sonder le contenu objectif de la matière.
Et cependant, même sur ce point exotérique de la science royale, ils restreignent les envolées intellectuelles et nient l’utilité de la Maçonnerie, celle-ci, par les moyens dont elle dispose, étant inférieure aux Académies et aux Facultés.
Mais, s’ils veulent, par ce moyen maintenir la mission maçonnique et s’élever sur les hauteurs de l’esprit, ils font fausse route, car l’expérience a besoin d’un phare pour sortir des séries phénoménales qui, toutes, nous conduisent à une impasse sur laquelle s’amorcent les avenues du mystère.
Ce phare c’est le contenu de la vérité. la vérité en soi. Elle est évidemment inaccessible dans sa totalité, dans sa substance vivante, sans cesse en mouvement.
Cependant, chacun peut en saisir une parcelle, si infime soit-elle, un lambeau susceptible de lui donner une certitude.

Pourquoi la généralité des maçons s’obstinent-ils à prêcher la recherche de la vérité sans jamais faire allusion à son contenu ? Ils se plaisent à 1a brutalité de la lettre et du mot, ils se projettent vers une évidence fantôme, sans se soucier du corps sacré des idées dont il est la projection intellectuelle, comme si l’évidence par elle-même était une fin, un repos adéquat à l’effort du penseur.
L’évidence en soi n’est rien, sinon la lumière engendrée par le choc des rapports du réel au réel. S’acharner à rechercher l’évidence pour l’évidence est un leurre, il faut lui donner un support.
Mais le maçon ordinaire, même savant, croit se trouver en présence de la vérité lorsqu’il se loge, pour un temps plus ou moins long, dans la caverne platonicienne ; il confond ainsi le reflet et la réalité, il poursuit l’ombre de la lumière.

L’évidence est un critérium nécessaire pour établir la légitimité d’un rapport, c’est l’harmonie des notions, des concepts, des jugements ou plus spécifiquement une vêture dont on recouvre la pensée.
La vérité substantielle est une idée qui ne renferme aucune contradiction dans son énoncé, elle doit donc cadrer exactement d’un côté avec l’apparence phénoménale, avec les manifestations de la vie, de l’autre avec l’essence même des choses ou des êtres dont elle est la représentation harmonique.
En d’autres termes, la vérité c’est le réel, rendu intelligible, soit par le procédé discursif du raisonnement et de l’analogie, soit par l’intuition dont l’imagination créatrice est l’instrument.
Si nous partons de ces données reconnues exactes, et il serait difficile de les nier de bonne foi, la culture maçonnique basée sur la recherche de la vérité va nous apparaître dans sa complexe unité. Accoler les deux mots : complexe et unité, semble une hérésie ; en mathématique peut-être, dans le réel, non. L’homme est un dans son essence véritable, il est deux dans ses manifestations intérieures et extérieures, il est trois dans l’actualisation de ses potentialités.

La culture maçonnique comprendra donc trois phases ; dans chaque phase, nous distinguerons deux stades, et tous les points de vue divers se synthétiseront sous l’influx de la fin poursuivie.

La première phase comporte l’éducation de la sensibilité ; la deuxième, l’éducation de l’entendement ; la troisième, l’éducation de la conscience, c’est-à-dire de l’esprit, unificateur du composé humain.
Dans la première, il faut éduquer les instincts et les passions, puis les sentiments.
Dans la deuxième, former la raison et éclairer la volonté de manière à la guider légitimement dans le libre choix dont elle est l’origine.
Dans la troisième, il faut éveiller la conscience, d’un côté dans la diversité, de l’autre dans l’unité.
Mais du haut en bas de l’échelle l’unité se manifeste et devient effective au fur et à mesure de l’ascèse, car le maçon, tout en agissant selon les lois et principes régulateurs de ses divers plans constitutifs, concentre son activité dans l’axe universel et unique du vrai, du beau et du bien.
Tous les catéchismes religieux, toutes les éthiques et toutes les philosophies nous donnent les règles de cette triple éducation sous le couvert de la morale profane.
La Maçonnerie suit cette voie, empruntée de la tradition universelle de l’humanité, mais en lui donnant une portée bien supérieure. Comme certaines religions, elle n’invoque pas la récompense ou la peine, comme les éthiques et les philosophies elle ne s’inspire pas seulement d’une certaine hygiène animique et intellectuelle.
Elle n’est pas, en effet, la religion de la foule ignorante, ou la philosophie d’une élite composée de primaires.
La Maçonnerie est l’apanage de l’élite des élites et, comme telle, se place à un point de vue surhumain. Elle veut le vrai essentiel, le beau en soi et le bien suprême, sans se préoccuper des contingences engendrées par l’égoïsme des individus, des nations et des races, compte tenu de la progressivité nécessaire à la stabilité du cosmos.
Elle accepte donc les compromis et les chemins de traverse axés vers le but final, mais jamais les compromissions et les routes régressives.
Elle accepte l’opinion du moment pour autant qu’elle contienne une parcelle de la vérité, mais combat l’erreur et l’ignorance, elle accepte un moindre bien pour marcher vers le mieux.
Elle est compatissante aux chutes, jamais à la lâcheté. L’éducation de la sphère humaine purement sensitive, c’est-à-dire instinctive et passionnelle, se conjugue avec l’éducation de l’intelligence, car les facultés correspondantes sont intimement liées entre elles, la sensibilité fournissant à l’intellect l’aliment basique de ses cogitations.
La Maçonnerie ordonne à ses adeptes de se libérer des instincts et passions ; non pas de les annihiler, mais de les clarifier et de les maintenir dans leur rôle strict.
Ceux-ci ne doivent pas être des fins susceptibles d’accaparer et de conditionner l’activité générale de l’être, mais des moyens, des outils par lesquels l’homme peut agir sur la nature physique et la dompter, la réduire à l’état du serviteur qui parle lorsque son maître l’autorise. Ceci est peut-être difficile, mais parfaitement intelligible.
L’homme doit être maître de lui-même, or, comme la sensibilité constitue la partie inférieure du composé humain, il faut la soumettre à la partie la plus noble, à l’esprit ; elle ne peut saisir les leviers de l’action, sans être sous l’emprise spirituelle immédiate. Il n’est pas nécessaire d’insister sur ce point, tous les hommes de bon sens en sont convaincus. Il n’est pas davantage besoin de nous attarder longuement sur l’éducation intellectuelle.
Les lois de la logique, la pratique des sciences positives. nous ont mis sur la voie depuis longtemps.
On a, trop souvent, présenté l’intelligence comme la faculté du vrai, c’est exact en surface seulement. Le vrai est absolu et l’intelligence ne peut rien saisir en dehors de la véracité des rapports « existentiels n entre cet absolu et ses manifestations phénoménales, véracité qui constitue l’évidence ou la certitude scientifique. Elle est donc relative dans toutes les incidences de son activité.
Le thème maçonnique de l’éducation intellectuelle consiste précisément à empêcher les adeptes de se fourvoyer en des rapports faussement véridiques, suscités par l’erreur congénitale attachée à nos sens ou par le rapprochement illégitime de notions et concepts, semblables en apparence, mais en réalité étrangers les uns aux autres.
C’est pourquoi la Maçonnerie recommande la circonspection dans l’analyse, le discernement dans l’élaboration des concepts, la tempérance dans le jugement.

Ce n’est pas tout encore. Par cette première étape, elle permet à l’intelligence de recevoir une lumière suffisamment clarifiée, authentique expression du donné sensoriel.
La science véritable, la gnose, possède un autre pôle, le pôle positif de la connaissance ésotérique. Ce pôle, ce sont les idées émanations du monde des essences. Les idées sont l’élément informateur de la connaissance ; elles sont, comme telles, absolues en elles-mêmes et leur relativité est fonction de nos facultés représentatives.
L’éducation intellectuelle maçonnique nous permet de pénétrer dans ce monde transcendantal, car elle ne se contente pas de former l’intelligence, elle influence l’entendement, racine radicale et support de la première.

L’intelligence réalise l’abstrait contenu dans le concret phénoménal sensible, mais se trouve toujours dans la diversité. L’entendement, au contraire, impose à la diversité abstraite l’action unificatrice des idées et engendre l’adéquatio rei et intellectus dans laquelle tous les platoniciens, après leur maître, plaçaient et placent encore la vérité.
Pour être dans le vrai, il faut réaliser l’équilibre entre le sujet et l’objet ; entre la chose connue et l’entendement qui connaît.
C’est là l’oeuvre maçonnique par excellence dans le domaine intellectuel, c’est la première étape du grand oeuvre.

Mais ici il faut beaucoup de subtilité pour suivre l’ascèse et c’est pourquoi nombre de maçons s’arrêtent en route, et n’outrepassent jamais la diversité intellectuelle.
Leur volonté, du reste, uniquement éclairée par la lumière réfractée à travers le prisme matériel n’est pas illuminée par le reflet des essences et maintient son activité dans le monde physique, dans le monde extérieur ; le monde intérieur leur est clos.
Or celui-ci peut se présenter à notre sens intime comme un livre ouvert, si nous savons éduquer notre entendement, si nous savons accroître sa réceptivité et opérer le dosage adéquat du réel et de l’apparence.
Il faut, en effet, pour conserver à la vérité sa puissance dynamique de réalisation, marier les idées et l’expérience dans une juste mesure. Il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition de concepts venant des deux points opposés de l’horizon intellectuel ; il faut effectuer, non un alliage, mais une synthèse vivante au sein de la pensée.
Il faut que la materia prima fournie par les sens, élaborée par le dyptique sensibilité – intelligence et la forme substantielle reçue par l’entendement donnent naissance, grâce au jeu de la volonté et de l’imagination créatrice, à un être nouveau, image parfaite de la réalité ; il faut, en un mot, constituer le verbe humain.
Et ce verbe n’est pas seulement la science, la parole spéculative et théorique, il doit s’actualiser dans les manifestations de notre activité intérieure et extérieure ; il est créateur ou complètement inutile.
A l’intérieur de notre être il constitue la conscience, à l’extérieur, la civilisation.

Négligeons, en cette brève étude, ce dernier point de vue ; les méditations maçonniques consolidées par les faits quotidiens en révèlent suffisamment les arcanes.
Quant à la conscience, il importe de nous y arrêter un instant, car elle est à la base de toutes nos réalisations extérieures, par conséquent l’assise même de la civilisation. Notre conscience pousse ses racines, d’un côté au sein de l’expérience, résultat de l’activité incessante et discontinue du monde extérieur, de l’autre dans l’unicité de notre être, et, par cet intermédiaire,dans l’unité cosmique dont l’origine repose sur le monde des idées informatrices, c’est-à-dire dans la manifestation du monde spirituel. Elle n’est pas seulement le sens de la justice, de la morale sociale et de l’amour-propre individuel dont les variations sont indéfinies.
S’arrêter à cette conception, c’est prendre l’effet pour la cause. Dans son épanouissement total, la conscience est d’abord et surtout le sceau, le signe vivant de notre réalité, car elle perdure parmi les phénomènes passagers, elle est l’éternité dans le temps.
Mais en raison de son pôle négatif appuyé sur la diversité phénoménale elle est aussi le sens de notre interdépendance vis-à-vis de l’universalité des êtres, donc un lien entre le moi et le non-moi.
Par l’éducation, par la culture intensive, ces deux attributs répondent à une hypostase greffée sur l’arbre de la création et la conscience devient une cellule autonome de l’espèce humaine, solidaire de toutes les autres, mais complète en elle-même, dans le sein de Dieu.
Elle est donc le support de l’amour véritable, de l’amour absolu et sans limite dont l’étreinte puissante embrasse toutes les créatures, à travers le Créateur. Et voilà pourquoi la conscience est aussi un tribunal devant lequel aucune parole, aucun geste, aucun acte ne trouvent d’excuse s’ils ne sont revêtus du manteau de la Foi, de l’Espérance et de la Charité.
Voilà pourquoi elle est une source inépuisable de civilisation, car celle-ci ne peut s’établir sans la foi en l’unité, sans l’espérance en l’unité, sans l’amour de l’unité, dont la conscience est la plus haute expression.

Ainsi, l’éducation individuelle maçonnique rejoint l’apostolat collectif fixé comme but final à l’institution.
Pourquoi tant de maçons s’arrêtent-ils, comme nous le disions tout à l’heure, à la période purement intellectuelle, sans souci de mettre un point final à leur ascèse ?
La science est nécessaire, un ignorant ne peut briguer l’honneur et la responsabilité d’être un apôtre. Mais l’ascèse ne consiste pas tant à s’instruire qu’à tirer profit de la science pour organiser la vie spirituelle. Il faut s’élever au-dessus de la connaissance, simple hase sur laquelle se construit l’édifice de la conscience.
La connaissance est relative et humaine, mais par elle doit s’affirmer quelque chose de surhumain dont l’existence est conditionnée par la prise de possession d’une intime réalité : la personne. Contre cette réalité, rien des contingences intellectuelles ne doit prévaloir. C’est une autocréation analogue de tout point à la discrimination des personnalités hypostatiques divines.
Sur le support vital, en effet, le logos intellectuel se greffe, qui s’épanouit dans le triple amour de la volonté.
Par la vie, par l’être, nous sommes un dans le tout ; par le verbe nous distinguons notre moi des autres moi et nous devenons une individualité particulière susceptible de se manifester dans la diversité du monde extérieur ; par l’amour nous restituons notre unité dans l’unité transcendantale, nous affirmons notre conscience intégrale ; en un mot, nous situons notre personnalité au carrefour de l’infini et du fini, de l’absolu et du contingent, dont nous devenons participants dans une mesure identique.
L’amour ainsi donne un sens à la lumière intellectuelle et transpose la vie sur le plan de l’universel.

Comment conclure ! de manière aussi simple que, peut-être, inattendue.
Le maçon doit acquérir le sens de l’éternel.
S’il travaille dans le temps, c’est sous l’angle de l’éternité, c’est-à-dire de la réalité. Pour l’homme, c’est dans le temps que germe l’éternité, il faut, donc en commencer la conquête dans le temps.
Or, chaque individu est engagé dans le milieu social ; travailler à la perfection de ce milieu, c’est fournir à l’individu un moyen efficace pour se hausser dans l’éternité.
Si le maçon a coulé sa personnalité dans le moule de l’éternité, s’il est un avec elle, il pourra essayer d’entraîner la société humaine à sa suite ; s’il est resté dans le temps, ses efforts seront vains et ses spéculations comme ses actes voués à la stérilité.

Tel est le vrai visage de la Maçonnerie universelle. Nous avons voulu dépeindre ce visage en une esquisse rapide et fidèle, non pas d’après les hommes enrôlés sous sa bannière, mais d’après la tradition dont elle doit se prévaloir.
Cette tradition s’est altérée au cours des âges, c’était à peu près ; inévitable, par suite des réactions humaines normales.

Les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, charte inamovible des individus et des peuples à laquelle la maçonnerie est attachée jusqu’à la mort, ont été trop méconnus, piétinés même, par tous les gouvernements et les partis.
Les intérêts particuliers et ceux des castes, champignons vénéneux engendrés par l’indéracinable égoïsme, ont été trop longtemps favorisés par les pouvoirs publics, au détriment de l’intérêt général.
La vraie Maçonnerie s’est élevée contre l’injustice et l’intolérance, elle a voulu, partout et toujours, rétablir l’équilibre rompu. Parce qu’ils étaient humains, les moyens employés par elle ont, peut-être. dépassé la limite de la sagesse. Pour lutter contre la détresse matérielle, elle est descendue sur le plan strictement physique, elle a ainsi perdu de vue son rôle spirituel et son office de médiateur.
Dans certains cas, elle s’est aussi prêtée aux réalisations partisanes. Mais son action était légitime dans son essence, sinon dans ses modalités.
Les hommes qui, dans son sein, ont dirigé la lutte étaient, pour la plupart, pleins de foi et de bonne volonté, ils avaient un seul objectif : le bien ; il faut les absoudre.
Même si leur oeuvre est condamnable, la maçonnerie est innocente, elle ne préconise pas l’erreur, mais la vérité.

Contrairement aux affirmations de ses détracteurs, elle n’est pas, en effet, une entreprise de démolition, un organisme gangrené dont l’activité néfaste propage la maladie dont il est atteint.
Nombre de maçons peuvent errer et le contraire serait étonnant ; beaucoup d’entre eux peuvent agir en vue d’intérêts personnels plus ou moins avouables.
Il est inadmissible de jeter l’interdit sur l’ordre tout entier par le fait des brebis galeuses, fussent-elles la majorité, qui s’abritent dans ses temples.

C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de faire revivre, dans sa pureté idéale, la doctrine véritable de la maçonnerie initiatique ; de montrer l’ascèse individuelle et collective dont elle est le support ; d’élever les adeptes jusqu’à la notion d’apostolat et, par ce moyen, de les conduire à des réalisations extérieures d’où les errements seront exclus.
Nous avons écrit sans révéler aucun des « aporreta » de l’ordre, dans l’unique but d’être utile à la vérité et de détruire, dans la mesure où l’on nous entendra, les rumeurs de haine soulevées contre lui.
Ceux qui, éventuellement, liront cette étude y puiseront peut-être : soit une plus juste compréhension et un peu de respect pour une haute doctrine venue des tréfonds de l’histoire, soit le désir de mettre leurs pensées et leurs actes au diapason de son enseignement traditionnel.

Pour ces derniers, disons-le à nouveau, ils entreprendront une oeuvre ardue, et, à certains moments, douloureuse.
Mais sa réalisation n’affecte aucun caractère d’impossibilité.
Certains l’ont accomplie, malgré les contraintes matérielles et la lutte pour l’existence : c’est déchoir de ne pas les imiter.
Elle est, en ces pages, présentée dans son aridité métaphysique, non pas pour effrayer, mais pour donner le courage nécessaire à la poursuite de ce noble idéal. Il est toujours bon, en effet, avant d’entreprendre une tâche, d’en mesurer l’étendue.

Regardons autour de nous, l’effort est partout, c’est une loi vitale à laquelle aucun être ne peut se soustraire.
La vie humaine surtout est le prototype de la lutte perpétuelle. II faut combattre pour la place au soleil et le pain de chaque jour, combattre pour la vérité contre l’erreur, pour la paix contre la guerre, pour le bien contre le mal.
Nul homme, digne de ce nom, ne peut nier l’opportunité de l’effort dont la tension, du reste, est béatifique aux grandes âmes, puisqu’il apporte avec lui l’espérance de la victoire et la joie anticipée du triomphe.
Les difficultés, dès l’abord, apparaissent insurmontables, mais s’avèrent bientôt, et presque toujours, comme un adjuvant de la volonté.

Lorsqu’un alpiniste se trouve au pied d’une muraille rocheuse presque verticale, son premier mouvement est de retourner sur ses pas. Il n’hésite pas cependant, il l’attaque avec la volonté de la vaincre.
Au fur et à mesure de l’ascension, il trouve des fissures, des cheminées, des rampes plus douces et des terrasses invisibles d’en bas.
Malgré la fatigue et le danger mortel, il arrive enfin sur la crête et respire longuement l’air des sommets, il se sent le maître des forces naturelles, car il a vaincu l’épouvante et terrassé la matière.
Ainsi fait le vrai maçon, chevalier sans peur et sans reproche, il conquiert la spiritualité contre tous les obstacles.

APPENDICE AVANT-PROPOS

Parmi les profanes et même parmi les maçons qui se sont attardés à lire les pages précédentes, beaucoup, peut-être, ont été déçus.
Ils espéraient y rencontrer, non seulement un visage inconnu de la foule, mais encore un thème précis capable de résorber tout effort intellectuel, un dogme auquel il suffit de se confier pour être irrésistiblement entraîné dans le sillage de la lumière.

A force d’entendre dire : la Maçonnerie dispense la vérité à ses adeptes, les maçons peuvent croire à l’instantanéité d’une révélation miraculeuse et, comme l’amour-propre humain les guide encore à leurs premiers pas dans le temple, ils souffrent, sans doute, de ne point en être éblouis.
Quant aux profanes, ils pensent : point n’est besoin d’entrer dans la Maçonnerie pour arriver à ce résultat : les sciences, les philosophies et les religions sont des mentors aussi sûrs.
Cette fraternité n’innove rien, n’apprend rien ; elle s’arroge un droit hypothétique et se sert d’un pur symbole pour convaincre les hommes de son utilité.
Ouvrons une quelconque éthique, voire un simple catéchisme, et nous trouverons, sous une forme moins présomptueuse. les mêmes enseignements et les mêmes préceptes.

Les maçons auraient tort de réclamer une révélation là où se trouve seulement la continuité d’une tradition millénaire ; les profanes, de méconnaître les bienfaits d’une méthode et d’une discipline dont l’efficacité se conçoit par les contraintes, ailleurs appliquées sous le couvert des lois punitives ; les uns et les autres, d’imaginer une prétention injustifiée.
C’est pourquoi nous voulons aborder ici la question de la lumière maçonnique, dans la limite imposée par l’obligation du secret, pour montrer à tous, et surtout aux initiables, ses caractéristiques, son rôle et la manière dont il faut la comprendre et la conquérir, en dehors de toute illusion incompatible avec la positivité de la doctrine.

Alors apparaîtra aux yeux de la bonne foi, par un nouvel examen et une méditation plus approfondie et corrélative de notre premier regard, combien la Maçonnerie est inconnue de la généralité des hommes et quelle est la valeur de son témoignage dans l’appréciation de la vérité humaine, témoignage d’une importance unique, puisque tout entier dans la conscience du myste.

Nous allons revenir, en quelque sorte, sur nos pas, pour mieux en mesurer la portée et la direction ; nous allons rencontrer les mêmes concepts et les mêmes idées, mais dans un cycle plus restreint, car nous assisterons, dans une certaine mesure, à la naissance d’un fils de la Veuve.

LA LUMIERE MAÇONNIQUE

Nouveaux venus à la porte du temple, cherchez-vous bien la lumière ?
Rien n’est moins certain.
En votre for intérieur, en effet, vous croyez la détenir en fonction de vos connaissances.
Vous avez tout un passé derrière vous ; vous avez travaillé, pensé, agi ; votre compréhension englobe certaines lois et principes et vous pouvez prétendre, sinon à la vérité totale, du moins à une approximation d’une large envergure. Votre conscience éclairée par votre intelligence peut ainsi vous conduire vers un jugement d’une apparente rectitude. Vous ne venez donc pas chercher la lumière, mais, à défaut d’une vérité nouvelle qui vous paraît improbable, un peu plus de clarté et de précision.
De ce chef, du reste, personne ne doit vous condamner, car la plupart des maçons, tous peut-être, ont pensé comme vous, jusqu’au jour où ils ont aperçu leur erreur.

Attendez un peu comme d’autres l’ont vu, vous le verrez bientôt, la lumière profane dont vous êtes plus ou moins saturés, est un reflet trop souvent déformé par le prisme phénoménal.
Lorsque vous approcherez la vraie lumière, la lumière maçonnique, engendrée par le soleil idéal du monde spirituel, vous saisirez la signification de ces mots : « Recevoir la Lumière » et « Donner la Lumière », car vous ne serez plus de simples écrans réflecteurs, mais des foyers radiants.
Et ce moment est proche ou lointain selon la détermination de votre propre volonté.

Vous avez demandé la lumière sans être bien convaincus de la recevoir.
Comment vous l’a-t-on présentée ? Sous le voile de multiples symboles.
Sans aucun doute, vous les connaissiez déjà et vous avez été étonnés, au premier contact, de n’en trouver parfois qu’une simple esquisse au lieu d’un modelage complet.
Arrêtez-vous sur cette première anomalie, dont la raison vous échappe et souvenez-vous d’une chose : la figure ou la lettre sont des supports, l’idée et l’esprit seuls sont essentiels. Ne tombez donc point en des généralisations hâtives ou des jugements irréformables.
Les raisonnements a priori ne valent rien dans les sciences exactes, ils sont encore moins de mise dans la Maçonnerie universelle. Malgré ses études antérieures, malgré ses connaissances acquises, le récipiendaire ne sait rien encore sous l’angle particulier de la Maçonnerie ; il erre dans le labyrinthe passionnel, il hésite aux carrefours de tous les préjugés et, s’il appartient à l’élite profane, il s’incline devant le sacro-saint mirage de l’intellectualisme rationnel.
Or il ne s’agit point ici des rapports communément admis par les docteurs exotériques ; il faut, au contraire, établir de nouvelles relations entre le signe et les idées, ou, plutôt, les saisir à travers la plasticité des symboles.
La Maçonnerie, dit-on, est un art et une science ; ne nous autorisons pas de notre intelligence de la science et des arts pour juger péjorativement une institution dont la formule et le but, proclamés identiques, semblent emprunter une voie divergente ; essayons de découvrir la réalité cachée sous l’écorce.

Depuis des milliers d’années, depuis les temps historiques, il y a des mystes, initiés et adeptes, à côté et au-dessus des hommes de la foule ; des écoles ésotériques en marge des académies officielles.
Bien plus, à côté des savants, naturellement adonnés à l’élucidation des mystères dont nous sommes entourés, il y a toujours eu des cénacles fermés, des temples secrets, des fraternités hermétiques où les hommes de désir seuls étaient introduits, avec un cérémonial compliqué, propre à éliminer les curiosités malsaines et les volontés chancelantes.
Ce deuxième aspect du problème mérite encore attention. Pourquoi tout cet apparat. pourquoi cette sélection ? Parce que la vérité porte un sceau et qu’il faut le recevoir pour être admis en sa présence.
Ce sceau est un geste sacramentel, un baptême purificateur, il pénètre toutes les facultés, les émonde et les modifie, selon la réceptivité de chacun. Avant d’ouvrir à ses élus les portes de la Vérité, la Maçonnerie imprime donc sur leur front le sceau des citoyens de la lumière, par des épreuves adéquates, tirées des quatre éléments primordiaux, successivement traversés et vaincus.

Mais si le sceau rend la lumière accessible, il n’est pas la lumière ; ainsi dans une religion quelconque, le baptême n’est pas le salut.

Lorsque le bandeau est tombé de vos yeux, vous avez cru, sans aucun doute, à une restitution pure et simple de la lumière physique dont vous étiez privés et vous n’avez pas été autrement émus, car le symbole ne révèle pas, de prime abord, son intime subtilité.
Vous avez pourtant ressenti un choc semblable au choc de l’aube sur la nature lorsqu’elle émerge à l’horizon sous la poussée du soleil.
Ce choc symbolique est, en même temps, la matière sacramentelle et la conséquence du sceau initiatique.

Avez-vous, de ce fait, reçu et contemplé la lumière dont la Maçonnerie se flatte d’opérer la transmission ?
Non, et vous pourriez avec une légitimité relative affirmer l’absence totale de rupture dans le champ ordinaire de votre visibilité.
Méfiez-vous, toutefois, de cette logique d’apparence irréfutable. Si la lumière ne vous a pas été brusquement révélée, si vous n’avez aucune connaissance nouvelle immédiate, vous avez néanmoins reçu la clef des portes de l’orient spirituel d’où vient la lumière véritable.

Quelle est donc cette clef d’or ? Vous la possédez depuis l’éveil de votre entendement, tout le monde la possède, mais personne ne veut plus s’en servir, sinon pour un culte idolâtre et purement spéculatif.
C’est le « Connais-toi » découvert par Socrate dans la doctrine traditionnelle des antiques mystères dont il fut l’écho révélateur. Elle vous a été restituée dans le cabinet de réflexion et on vous en a montré l’usage au cours de vos voyages de probation.
Elle vous a permis, avec l’aide de vos initiateurs, d’assurer vos pas incertains, d’être maître de vous-mêmes et de dominer les éléments, non pas au gré de votre fantaisie, – les lois naturelles suivent une route immuable, – ni pour satisfaire vos caprices, – l’initié n’en a pas, – mais en les acceptant librement lorsqu’ils sont contraires, en méprisant leurs contingences lorsqu’il sont favorables.
Et ceci, c’est la lumière, et la lumière est contenue tout entière en ces paroles, à peu près inconnues en dehors de nos temples : l’homme fort est la mesure du monde.
L’homme fort, en effet, ne spécule plus sur la devise socratique, il ne la porte point à sa boutonnière comme une décoration, il la transforme en motif d’action et de réaction, il la porte dans l’intimité de sa substance, elle est devenue l’oeil de sa volonté.

Toute l’infinie distance entre la lumière initiatique et la lumière profane est contenue dans ces mots « Connais-toi ».
Par eux, la Maçonnerie met le récipiendaire en présence de lui-même, en présence de sa pensée et de sa conscience toute frémissante du contact de Dieu, de ce Dieu interne manifesté seulement par les essences.
Sans négliger le voile du monde phénoménal, elle le réduit à la juste valeur d’une gamme sonore dont les vibrations, dans l’économie du Cosmos, sont destinées à proclamer la gloire et la puissance de l’intériorité.
La science profane, au contraire, met l’homme en présence du monde extérieur. Elle lui dit : regarde, analyse, compare, extrais le suc phénoménal pour remonter aux lois et aux principes ; mais elle se tient dans la dispersion et la divisibilité externes.
Ainsi, la Maçonnerie intériorise et la science extériorise. Celle-ci communique le reflet de la lumière incréée, celle-là crée une lumière dans la conscience même de l’homme et illumine le monde visible pour le situer à sa place véritable.
C’est pourquoi le profane, aux prises avec les luttes quotidiennes de l’existence, est enclin à se laisser dominer par les forces extérieures et se trouve désemparé lorsque le reflet, son guide habituel, l’abandonne dans les ténèbres intérieures.
C’est pourquoi le maçon n’est jamais seul avec lui-même ; il est co-participant de la vraie lumière ; il est une source de lumière et le ,monde extérieur, malgré ses révoltes momentanées, lui est soumis, car ce monde n’est rien sans une conscience capable de l’absorber au sein de sa propre lumière, de lui donner une vie réelle et un sens.

Mais la lumière ne s’acquiert pas si facilement qu’Il suffise de traverser le cabinet de réflexion pour en jouir.
La clef est difficile à manier. Aussi, la Maçonnerie donne-t-elle une méthode et les règles de l’art royal.
Méthode et règles sont contenues, sous un voile transparent au lecteur attentif, dans les rituels et les enseignements des maîtres ; il est inutile et inopportun d’en exposer les détails, mais elles sont basées sur un principe liminaire sana lequel leur inefficacité est certaine : la discipline.
La Maçonnerie impose à tous ses membres une discipline dont la rigidité n’exclut pas la souplesse ; même à l’homme de l’élite enrôlé comme apprenti, elle ne craint pas de dire : « Ecoute, obéis et tais-toi ».
Et c’est pourquoi le signe guttural est placé au seuil du temple pour rappeler perpétuellement à tous : la stricte loi du silence, le respect des serments et la domination sur tous les réflexes de l’être physique et intellectuel.

Certes, elle ne méprise pas les connaissances acquises, ni l’éducation profane dont les incidences sont non seulement utiles, mais souvent nécessaires ; elle reconnaît la science ésotérique de certains engagés dont elle facilitera l’ascension plus rapide, mais à tous elle prêche la circonspection.
La vérité des masses et la vérité des élites doivent être contrôlées et passées au crible de la conscience maçonnique. Elle crie : « Prenez garde, la lumière est immaculée, seul, le doute cartésien peut l’accueillir en sa pureté originelle ».

Pendant les premiers mois de ses travaux dans le temple, l’apprenti maçon, arrivé à un certain degré d’intellectualité et surtout d’ésotérisme, peut parfois se laisser emporter par une impression singulière. Il se croit enfermé dans un circuit primaire et sans issue où l’on s’efforce de l’astreindre à un enseignement largement familier et dérisoire.
Les gestes, les paroles, les doctrines, tout lui semble connu ; il a la sensation bien nette de perdre son temps.
Son tort est grand et il prouve ainsi, de manière péremptoire, la superficialité de ses vues.
Sans aucun doute, il connaît la technique des termes et peut-être des symboles, mais il ignore la prodigieuse différence entre l’étude d’un isolé et la méditation en commun, entre le bois sacré ouvert à tout venant et la Cella du temple. Il ignore les vertus de la hiérurgie et les horizons nouveaux et insoupçonnés qu’elle évoque, avec une rapidité souvent fulgurante, dans l’esprit du myste, sous le couvert d’un mot ou d’un signe dont la fécondité semble à jamais épuisée.

Apprentis nouvellement engagés, si grande soit votre science, si haut votre entendement, différez votre sentence et ne haussez pas les épaules.
La Maçonnerie sous l’apparente simplicité de ses prolégomènes vous présente une doctrine austère, profonde et toute hérissée de problèmes inattendus. Vous mettrez des années à l’épuiser dans vos méditations et, plus encore, à la traduire en vos comportements internes et externes.
Ne croyez pas à la facilité, c’est un arbre stérile, inconnu dans le sanctuaire ; ne croyez pas à l’indigence de certaines idées, leur plénitude vous deviendra tangible par l’effort continu.
Et c’est en vue de cet effort, créateur d’hommes, de chefs et d’apôtres, que la Maçonnerie vous réclame la circonspection et la discipline, seules capables de conduire vers la maîtrise. Votre enrôlement vous a fait maçon de droit ; par la bonne volonté et le coeur, vous le deviendrez de fait lorsque, soumis à toutes les règles de l’art royal, pénétrés de sa méthode, vous aurez compris les doctrines philosophiques et les opérations hiérurgiques, dont l’existence, à tous les degrés de la hiérarchie, malgré la dissimulation voulue, dont elles sont l’objet, est incontestable.

Alors seulement vous commencerez votre ascension dans la lumière, dans cet idéal constitué par la maîtrise de soi, le calme équilibre des facultés, des passions et des instincts, par la prépondérance de l’esprit sur la matière et la pondération des jugements.
Alors vous aurez enfin trouvé la seule paix susceptible de s’étendre de proche en proche dans les diverses couches de la nation et de se répandre dans toute l’humanité par dessus les frontières.
Vous comprendrez pourquoi la paix universelle est une utopie si la paix intérieure ne règne pas en chacun de nous et vous sentirez comment celle-ci est la résultante de la lumière maçonnique dont le phare puissant décèle l’unique vérité.
Toute vérité qui n’est pas apaisante en elle-même est, en effet, un tissu d’erreurs déguisées et de préjugés ténébreux, elle déchire les individus dans leurs propres entrailles et les dresse les uns contre les autres pour assurer l’hégémonie d’une idée particulière ou pour justifier des attitudes et des actes inspirés par l’égoïsme, ce poison subtil, destructeur de la fraternité.

La lumière maçonnique forme les hommes en dehors de toute contingence. Ces hommes sont des pacifiques et des pacificateurs, car, par le « Connais-toi », ils ont appris à se dominer, à tempérer la justice par la tolérance et la miséricorde, à aimer ceux dont le stade évolutif n’a pas encore transgressé les lois instinctives, à les aimer avec assez d’ardeur pour leur tendre la main et les attirer à eux, dans cette paix lumineuse devant laquelle l’ombre de la haine, de l’envie et de la colère s’évanouit sans retour.

LA LOI DU SILENCE

Les prêtres Egyptiens avaient personnifié le silence sous le symbole du dieu Harpocrate. Il était tout yeux et tout oreilles, mais sa bouche était close.
Cette attitude est évocatrice : il faut voir, écouter, comprendre, mais, parmi les vérités ainsi découvertes, aucune ne doit être divulguée inconsidérément.
Plus tard, Apulée écrira dans l’Ane d’or : « Nul danger ne pourra jamais me contraindre à dévoiler aux profanes les choses qui m’ont été confiées sous le sceau du secret ».
Il en fut ainsi pour l’enseignement ésotérique de tous les mystères anciens, pour ceux d’Isis et des Pyramides, pour ceux d’Eleusis où l’on célébrait le culte de Déméter, de Perséphone et du divin Iacchos, pour ceux des Cabires et de Mythra ; il en fut ainsi, même pour les mystères de la foi des premiers siècles, distribués aux fidèles dans le silence des cryptes et des catacombes.
La loi du silence est à l’origine de toutes les initiations véritables, elle se perd dans la nuit de la préhistoire, sans contestation possible.

Pourquoi, dès lors, s’en servir comme d’une machine de guerre contre les sociétés initiatiques et en particulier contre la maçonnerie ?
La raison en est simple, on a perdu le sens de cette loi. Les profanes et les ennemis de cette institution la considèrent, ou tout au moins feignent de la considérer, comme un aveu, mêlé d’hypocrisie, du but subversif et des mystères honteux atténués par son ombre propice. L’ignorance et la mauvaise foi expliquent cette conception.
Tous les maçons vraiment dignes de ce nom le savent, la loi du silence ne recouvre rien de redoutable, d’immoral ou de subversif ; elle est le prolongement légitime, et combien nécessaire, des injonctions données aux antiques adeptes, l’écho de la parole évangélique : « Ne jetez pas les perles aux pourceaux ».

Mais si la loi du silence est légitime, si elle a été recommandée en termes précis par les maîtres de la pensée ésotérique, comment faut-il l’interpréter ? Beaucoup l’ignorent, même parmi ses observateurs bénévoles, a fortiori parmi ses détracteurs.
Trop souvent, ces derniers regardent le serment maçonnique comme un goût enfantin de l’arcane, comme un Besoin, propre à tout esprit superficiel, de se donner à ses propres yeux, une importance capitale pour voiler son néant. Ils ne connaissent rien de la doctrine maçonnique.
C’est là leur seule excuse , mais leur ignorance devrait les inciter à sonder les raison., profondes d’un interdit imposé au récipiendaire, avant son admission dans le vestibule du temple.

Examinons donc le problème dans toute son étendue, sans nous laisser accaparer par des raisons étrangères au sujet.
La moindre réflexion, en effet, les mettrait sur la voie.

Tout d’abord, une affirmation s’impose : toute loi implique une contrainte, une obligation nette de se soumettre à sa teneur. Mais, ici, une distinction est à faire.
Les lois civiles : politiques, économiques ou sociales sont l’expression d’une nécessité, momentanée ou durable, constatée par le législateur et, le plus souvent, s’appliquant à la société sans consultation préalable des assujettis. I1 y a donc contrainte réelle, absolue, et cette contrainte comporte la soumission à la lettre des textes, plus qu’à leur esprit, jusqu’au jour où la loi sera résorbée par la force des choses ou par la réaction de la foule excédée. La loi maçonnique du silence n’offre rien de semblable à nos méditations.
En premier lieu, comme nous allons le voir tout à l’heure, elle est imposée par la raison et non pas par la volonté d’un homme ou d’une collectivité.
Ensuite elle est présentée à chaque adepte avant son admission dans l’Ordre et librement acceptée. Le récipiendaire se soumet de plein gré, en toute connaissance de cause aux incidences de la loi ; bien plus, il scelle son acceptation par un serment et se retire ainsi, consciemment, toute possibilité ultérieure de rupture ou de dérogation.
La contrainte est donc bien effective, mais elle est d’une autre essence, elle est transcendante aux individus et repose sur la personne de l’initié.
Les constitutions civiles régissent les peuples, en dehors de leur volonté et de leurs désirs, ils sont, « perinde ac cadaver », entre les mains de l’Etat et du pouvoir judiciaire chargé d’appliquer la loi.
En Maçonnerie il y a, au contraire, la volonté et la joie de se discipliner et le serment de persister « sine die » dans cette discipline librement consentie. Ainsi la contrainte du silence n’engendre pas un état de servitude vis-à-vis de la loi, c’est une adhésion dont la nécessité, basée sur la raison, n’enlève rien à la spontanéité.
C’est une norme initiatique sans laquelle aucune ascèse n’est possible ; nous allons essayer de le démontrer.
La loi du silence, avons-nous dit, procède de la raison. La raison est une faculté spécifiquement humaine, elle coordonne les données expérimentales ou intuitives, élaborées par l’entendement, sous forme de notions, de concepts ou d’idées, et les transpose en jugements pour en fixer les répercussions sur notre vie.
Or, en face de la raison, la Maçonnerie est l’art de poursuivre, la méthode pour découvrir, la science pour intégrer, dans la spéculation et la, pratique, les lois des rapports essentiels établis entre la vérité et l’intelligence humaine. Où est la vérité ? Elle n’est pas dans les expressions fuyantes du langage, écorce périssable sans cesse modifiée par les vicissitudes du temps et des lieux. Elle réside dans les choses elles. même, dans les êtres, dans la vie.
Ce n’est pas dans le tumulte des discussions, des vaines et pompeuses paroles que l’on pénètre la substance voilée par les concepts.
La voix subtile des essences nous parvient seulement dans le silence de l’esprit, dans le recueillement de la méditation ; elle est interceptée par le fracas du monde profane, constitué, trop souvent, par des sonorités inconsistantes et sans valeur.
Ainsi, la loi du silence, loin d’être une obligation arbitraire, est une contrainte rationnelle par laquelle notre corps et notre âme se mettent à la disposition de notre esprit, pour lui permettre d’écouter en toute quiétude la voix des êtres, émanation et sous-multiple de la grande voix universelle.
Plus nos méditations seront prolongées, plus complet notre silence intérieur, mieux nous parviendrons a percevoir cette harmonie sublime.
Voilà les raisons profondes du silence maçonnique ; nous verrons plus loin comment il faut l’organiser.
Retenons-en dès maintenant le principe directeur : L’Enseignement initiatique se donne et se reçoit dans le silence de tout l’être, il jette ses assises dans la méditation et il porte ses fruits dans les replis les plus secrets de l’esprit apaisé.

La loi du silence a encore un autre aspect, aspect tout extérieur et plus généralement considéré par les membres de l’institution et surtout par ses ennemis.
Lorsque le Vénérable clôture les travaux de l’atelier, il dit : « Retirez-vous en paix, mes frères sous la loi du silence ». Cette phrase du rituel a deux sens, celui plus haut étudié et un sens exotérique, applicable aux profanes.
Or, si le symbole du dieu Harpocrate concerne le premier, la parole évangélique et le texte d’Apulée, cités au début de ces lignes, s’appliquent incontestablement au second et, ici encore, la raison dicte la loi.
En effet, toute idée, divulguée sans discernement, est sans profit pour la foule aveugle, inapte à la recevoir. Pour elle, c’est une proie toute indiquée, une proie à dépecer. Elle s’en empare avec toute son ignorance et son irrespect, elle la triture, la torture par des interprétations et des applications fantaisistes pour en faire un monstre sans forme et inesthétique, selon le mot du poète latin : « Monstrum horrendum informe, ingens, cui lumen ademptum », Monstre horrible, informe, immense à qui la lumière est enlevée.
Oui, la parole maçonnique jetée en pâture à la masse devient, en passant dans les cellules cérébrales d’individus sans culture adéquate, un monstre illogique, un amalgame de concepts rebelles à la fécondation de la vivante lumière. Le danger de certaines divulgations intempestives apparaît donc redoutable.
Par elles, la Maçonnerie, de tout temps, a été considérée comme une entreprise de mort, comme une assemblée de destructeurs ou d’hommes tarés.
Le contraire, pourtant, seul est vrai, car elle s’efforce, dans sa tradition authentique, de guider les individus et l’humanité tout entière vers les hautes sphères de la Sagesse et de la Spiritualité.
D’où la nécessité morale absolue de celer à la multitude les symboles et idées maçonniques inaccessibles à son intelligence, non seulement pour en éviter la profanation, mais encore pour empêcher la transformation d’un outil de vie en arme de mort, de la lumière en ténèbres, de la vérité en erreur.

« Sancta sanctis » dit l’Ecriture ; il faut réserver les mystères aux mystes, tout en essayant d’accroître le nombre de ceux-ci pour élever progressivement toutes les élites à la hauteur de la science sacrée.
La Maçonnerie n’a pas été parée en vain du nom de science royale, elle l’est par essence et, comme telle, elle est l’apanage des intelligentes subtiles greffées sur une volonté d’airain et consolidées par un grand coeur. Jamais la foule, en l’état actuel de l’évolution humaine ne pourra assimiler les arcanes, les aporreta de notre institution ; ils constitueraient, pour elle, un philtre de folie, un soleil trop lumineux pour un regard habitué à la pénombre de la forêt des préjugés.
Revenons maintenant sur nos pas et voyons comment il faut organiser le silence prescrit par la loi maçonnique. Se taire vis-à-vis de l’étranger, lui voiler sa pensée si nous le jugeons indigne ou indifférent, paraît chose relativement facile.
Le serment du silence malgré des violations répétées veut, du reste, être dans ce cas, un obstacle suffisant à toute indiscrétion. Mais il est des circonstances où la difficulté est plus grande.
Tous nous avons une famille, des amis chers, des camarades auxquels nous avons accordé notre confiance ; l’amour ou l’amitié, la sympathie peuvent nous inciter à des révélations peut-être dangereuses pour la tranquillité de nos proches et surtout préjudiciables, en raison de l’incompréhension que nos paroles peuvent rencontrer, d’un côté à nos affections, de l’autre aux Frères auxquels nous sommes liés par un serment solennel ; c’est pourquoi la loi du silence extérieur est absolue, le maçon doit savoir se taire, il doit respecter son serment sans aucune défaillance.
Il doit se taire, lorsqu’il n’est pas dans le temple ou en présence de ses pairs. Remarquez bien ces paroles : « Nous disons, ses pairs et non pas ses Frères »
Tous les maçons en effet, sont Frères, entre eux la solidarité, la fraternité et l’amour jouent sans distinction d’âge, ils forment une chaîne d’union, unique et indissoluble, du plus jeune au plus ancien, mais ils ne sont pas tous égaux sur le plan de la vérité, ils ne la voient pas tous sous le même angle, ils ne sont pas tous également aptes à réaliser un travail déterminé dans le grand oeuvre des constructeurs.
Aussi, comme il serait inopportun et même dangereux de confier la sculpture d’un chapiteau à un apprenti tout juste habitué à dégrossir un moellon, il faut éviter de lui divulguer prématurément les secrets des ateliers supérieurs et les vérités auxquelles ils servent de voile ; sa science rudimentaire ne lui permettrait pas de les assimiler entièrement. II ne saurait les utiliser selon la norme, et devant l’inutilité de ses efforts pour comprendre et oeuvrer, le découragement et le dégoût envahiraient son esprit.
Le maçon ne parle donc que devant ses pairs, devant les ouvriers capables de réaliser son propre travail. C’est du reste la raison pour laquelle la maçonnerie est une institution progressive ; à ses adeptes elle donne la vérité par étapes et non pas d’un seul bloc.
Voilà les arguments qui étayent la loi du silence, à l’extérieur et à l’intérieur de l’institution.
Voilà la façon de la comprendre et de la pratiquer ; mais la question est plus vaste encore, ce sont là des prolégomènes tout à fait superficiels, c’est la lettre de l’obligation. II nous reste en effet à examiner l’organisation du silence au sein même de la conscience d’un maçon.
Nous le disions tout à l’heure, la vérité n’est pas située dans les paroles dont nous entourons nos concepts et nos idées, elle réside dans l’essence des choses et des êtres.
Le silence seul peut nous permettre d’entendre la voix subtile des essences. Comment donc réaliser en nous la loi du silence et pénétrer dans l’esprit de notre serment ? Examinons l’histoire des sages et des philosophes.

Pythagore, avant de créer son école de Crotone, passe des années dans le silence absolu. Devenu chef d’école, il impose le silence à ses élèves.
Ceux-ci étaient à l’origine des « Akoustikoi », des écouteurs ; ils devaient écouter et se taire, ils ne questionnaient jamais, ils suivaient les leçons du maître et les méditaient dans le secret de leur intelligence.

La vie cachée du Christ dure 30 ans, pendant lesquels l’histoire ne révèle aucun fait, geste ou parole susceptible de nous mettre sur la trace de sa formation intellectuelle et spirituelle.
Avant de se lancer dans la vie publique, il se retire pendant 40 jours dans le désert, afin de concentrer sa pensée et de la mûrir dans le silence absolu des solitudes transjordaniques.
Vers cette même époque, Apollonius de Tyane s’interdisait toute parole pendant cinq années consécutives, et il avait 20 ans à peine.
Ces maîtres avaient compris la valeur et la vertu quasi surnaturelle du silence physique. Intelligences géniales, ils dépassent la foule comme des chênes centenaires écrasent le modeste taillis de la forêt.
C’est pourquoi nous pouvons les voir et de loin les imiter.
De leur exemple tirons ce premier principe :

Le maçon parle au moment opportun et surveille ses paroles, il énonce seulement sa pensée essentielle.
Tout le reste est parole vaine, bruits sans consistance, la ritournelle d’un perroquet à laquelle s’essayent avec tant de succès les tribuns de nos assemblées politiques, ou de nos cénacles littéraires.
Voilà comment il faut comprendre et réglementer le silence physique, qualité primordiale du maçon. Il y a trop, de par le monde, d’orateurs et pas assez de penseurs, trop d’idéologues et pas assez de réalisateurs, car l’homme livré à sa nature animale s’extériorise constamment par des paroles et par des gestes vains au lieu de s’enfermer dans le silence de la méditation,seule source des grandes pensées et des grandes actions.
Mais ce n’est pas tout, il faut encore organiser en soi-même le silence psychique, le silence de l’âme. Il faut imposer à la ruée des instincts et des passions le contrôle de la raison et de la volonté ; les contraindre à s’exprimer seulement dans les circonstances où les juguler serait une erreur manifeste, et une cause de déperdition des forces vitales, un appauvrissement injustifié de l’instinct de conservation.
Il faut donc ici, comme s’il s’agissait des paroles, surveiller les instincts et les passions, discerner leurs mouvements et ne donner libre cours qu’aux seules manifestations compatibles avec les lois naturelles de l’évolution humaine.
Cette restriction, ce silence psychique est la base même de la vertu de tempérance, opposée au brutal élan de toutes les incontinences animales.

Sur ce palier de l’organisation du silence, le maçon, déjà, se révèle largement outillé, pour la lutte contre la facilité profane. Nous pouvons apercevoir enfin toute l’ampleur de l’ascèse ultérieure à envisager pour atteindre la perfection relative de la conscience.
Il faut, en effet, dans une ultime étape réaliser le silence intérieur, le silence de l’esprit, pour mieux entendre la parole des choses et le Verbe de Dieu.

Cette opération, difficile entre toutes, réclame une très longue habitude, elle emprunte deux attitudes différentes : élimination et purification.

Comme la loi du silence nous incitait, tout à l’heure, à surveiller nos paroles oiseuses et le débordement passionnel, elle nous invite maintenant à surveiller nos pensées, à éliminer les dissonances capables d’obscurcir le Vrai, le Beau et le Bien, dans le champ de notre conscience.
Puis non content de cette opération négative, il faut passer à l’attitude positive. car la purification, c’est l’affinement de la pensée.
Or cet affinement s’opère par le contact de notre esprit avec l’essence des choses.
Le silence est le creuset dans lequel notre raison et notre volonté sont soumises au feu vivant de la nature et de son sublime émanateur.
Par ce feu nous susciterons en nous des pensées de justice, de miséricorde et de charité, des pensées susceptibles de nous conduire jusqu’aux confins du monde spirituel.
Enfin, de ces attitudes diverses, il faudra en dernier ressort, réaliser une synthèse et obtenir le silence de tout notre être personnel. Nos passions et nos instincts réduits à l’état d’instruments dociles seront utilisés en vue du bien individuel et du bien général.
Nous arriverons ainsi progressivement à canaliser tous nos sentiments, toutes nos notions, concepts et idées dans la voie de la sérénité.
Notre vie apparaîtra alors comme une vibration synchronisée dans l’harmonie universelle du cosmos, et cela par la Vertu de la loi du Silence, joyeusement acceptée, et respectée, douloureusement certes, mais sans défaillance.

Et ainsi nous nous installerons définitivement dans cet ultime état, aboutissement obligatoire de toute vraie Maçonnerie : l’Illumination.

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