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ANTIMACONNISME 20 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

ANTIMACONNISME

L’antimaçonnisme est né avec la franc-maçonnerie. La peur du secret et du mystère pousse certaines personnes à l’hostilité, concernant les loges maçonniques. Dans la plupart des cas, la méfiance du grand public à l’égard des francs-maçons alterne avec l’indifférence. Mais il existe un antimaçonnisme organisé en doctrine, il est propagé par les mouvements religieux intégristes, l’extrême-droite et tout régime totalitaire.

En France, l’antimaçonnisme a laissé des traces dans la littérature.

Maupassant avait été pressenti par l’écrivain Catulle Mendes pour devenir franc-maçon en 1876. L’auteur de Bel ami refusa car il méprisait les idéaux quels qu’ils fussent.

Il n’est donc pas étonnant de voir la franc-maçonnerie mise à mal par Maupassant dans la nouvelle « Mon oncle Sosthène ».

MON ONCLE SOSTHENE

Mon oncle Sosthène était un libre-penseur comme il en existe beaucoup, un libre-penseur par bêtise. On est souvent religieux de la même-façon. La vue d’un prêtre le jetait en des fureurs inconcevables ; il lui montrait le poing, lui faisait des cornes, et touchait du fer derrière son dos, ce qui indique déjà une croyance, la croyance du mauvais oeil. Or, quand il s’agit de croyances irraisonnées, il faut les avoir toutes ou n’en avoir pas du tout. Moi qui suis aussi libre-penseur, c’est-à-dire un révolté contre tous les dogmes que fit inventer la peur de la mort, je n’ai pas de colère contre tous les temples, qu’ils soient catholiques, apostoliques, romains, protestants, russes, grecs, bouddhistes, juifs, musulmans. et puis, moi, j’ai une façon de les considérer et de les expliquer. Un temple, c’est un hommage à l’inconnu. Plus la pensée s’élargit, plus l’inconnu diminue, plus les temples s’écroulent. Mais, au lieu d’y mettre des encensoirs, j’y placerais des télescopes et des microscopes et des machines électriques. Voilà !

Mon oncle et moi nous différions sur presque tous les points. Il était patriote, moi je ne le suis pas, parce que le patriotisme, c’est encore une religion. C’est l’oeuf des guerres.

Mon oncle était franc-maçon. Moi, je déclare les francs-maçons plus bêtes que les vieilles dévotes. C’est mon opinion et je la soutiens. Tant qu’à avoir une religion, l’ancienne me suffirait.

Ces nigauds-là ne font qu’imiter les curés. Ils ont pour symbole un triangle au lieu d’une croix. Ils ont des églises qu’ils appellent des Loges avec un tas de cultes divers : le rite Ecossais, le Rite Français, le Grand-Orient, une série de balivernes à crever de rire.

Puis, qu’est-ce qu’ils veulent ? Se secourir mutuellement en se chatouillant le fond de la main. Je n’y vois pas de mal. Ils ont mis en pratique le précepte chrétien : « Secourez-vous les uns les autres. » La seule différence consiste dans le chatouillement. Mais, est-ce la peine de faire tant de cérémonies pour prêter cent sous à un pauvre diable ? Les religieux, pour qui l’aumône et le secours sont un devoir et un métier, tracent en tête de leur épîtres trois lettres : J.M.J. Les francs-maçons posent trois points en queue de leur nom. Dos à dos, compères.

Mon oncle me répondait : « Justement nous élevons religion contre religion. Nous faisons de la libre pensée l’arme qui tuera le cléricalisme. La franc-maçonnerie est la citadelle où sont enrôlés tous les démolisseurs de divinités. »

Je ripostais : « Mais, mon bon oncle (au fonds je disais : « vieille moule »), c’est justement ce que je vous reproche. Au lieu de détruire, vous organisez la concurrence ; ça fait baisser les prix, voilà tout. Et puis encore, si vous n’admettiez parmi vous que des libres penseurs, je comprendrais ; mais vous recevez tout le monde. Vous avez des catholiques en masse, même des chefs du parti. Pie IX fut des vôtres, avant d’être pape. Si vous appelez une Société ainsi composée une citadelle contre le cléricalisme, je la trouve faible, votre citadelle. »

Alors, mon oncle, clignant de l’oeil, ajoutait : « Notre véritable action, notre action la plus formidable a lieu en politique. Nous sapons, d’une façon continue et sûre, l’esprit monarchique. »

Cette fois j’éclatais. « Ah ! oui, vous êtes des malins ! Si vous me dites que la Franc-Maçonnerie est une usine à élections, je vous l’accorde ; qu’elle sert de machine à faire voter pour les candidats de toutes nuances, je ne le nierai jamais ; qu’elle n’a d’autre fonction que de berner le bon peuple, de l’enrégimenter pour le faire aller à l’urne comme on envoie au feu les soldats, je serai de votre avis ; qu’elle est utile, indispensable même à toutes les ambitions politiques parce qu’elle change chacun de ses membres en agent électoral, je vous crierai : « C’est clair comme le soleil ! » Mais si vous me prétendez qu’elle sert à saper l’esprit monarchique, je vous ris au nez.

« Considérez-moi un peu cette vaste et mystérieuse association démocratique, qui a eu pour grand-maître, en France, le prince Napoléon sous l’Empire ; qui a pour grand-maître, en Allemagne, le prince héritier ; en Russie le frère du czar ; dont font partie le roi Humbert et le prince de Galles ; et toutes les caboches couronnées du globe ! »

Cette fois mon oncle me glissait dans l’oreille : « C’est vrai, mais tous ces princes servent nos projets sans s’en douter.

- Et réciproquement, n’est-ce pas ? »

Et j’ajoutais en moi : « Tas de niais ! »

Et il fallait voir mon oncle Sosthène offrir à dîner à un franc-maçon.

Ils se rencontraient d’abord et se touchaient les mains avec un air mystérieux tout à fait drôle, on voyait qu’ils se livraient à une série de pressions secrètes. Quand je voulais mettre mon oncle en fureur je n’avais qu’à lui rappeler que les chiens aussi ont une manière tout franc-maçonnique de se reconnaître.

Puis mon oncle emmenait son ami dans les coins, comme pour lui confier des choses considérables ; puis, à table, face à face, ils avaient une façon de se considérer, de croiser leurs regards, de boire avec un coup d’oeil comme pour se répéter sans cesse : « Nous en sommes, hein ? « 

Et penser qu’ils sont ainsi des millions sur la terre qui s’amusent à ces simagrées ! J’aimerais encore mieux être jésuite.

Or, il y avait dans notre ville un vieux jésuite qui était la bête noire de mon oncle Sosthène. Chaque fois qu’il le rencontrait, ou seulement s’il l’apercevait de loin, il murmurait : « Crapule, va ! » Puis me prenant le bras, il me confiait dans l’oreille : « Tu verras que ce gredin-là me fera du mal un jour ou l’autre. Je le sens. « 

Mon oncle disait vrai. Et voici comment l’accident se produisit par ma faute.

Nous approchions de la semaine sainte. Alors, mon oncle eut l’idée d’organiser un dîner gras pour le vendredi, mais un vrai dîner, avec andouille et cervelas. Je résistai tant que je pus ; je disais : « Je ferai gras comme toujours ce jour-là, mais tout seul, chez moi. C’est idiot, votre manifestation. Pourquoi manifester ? en quoi cela vous gêne-t-il que des gens ne mangent pas de la viande ? »

Mais mon oncle tint bon. Il invita trois amis dans le premier restaurant de la ville ; et comme c’était lui qui payait, je ne refusai pas non plus de manifester.

Dès quatre heures, nous occupions une place en vue au café Pénélope, le mieux fréquenté ; et mon oncle Sosthène, d’une voix forte, racontait notre menu.

A six heures on se mit à table. A dix heures, on mangeait encore ; et nous avions bu, à cinq, dix-huit bouteilles de vin fin, plus quatre de champagne. Alors mon oncle proposa ce qu’il appelait la « tournée de l’archevêque ». On plaçait en ligne, devant soi, six petits verres qu’on remplissait avec des liqueurs différentes ; puis il les fallait vider coup sur coup pendant que des assistants comptaient jusqu’à vingt. C’était stupide ; mais oncle Sosthène trouvait cela « de circonstance ».

A onze heures, il était gris comme un chantre. Il le fallut emporter en voiture, et mettre au lit ; et déjà on pouvait prévoir que sa manifestation anticléricale allait trourner en une épouvantable indigestion.

Comme je rentrais à mon logis, gris moi-même, mais d’une ivresse gaie, une idée machiavélique, et qui satisfaisait tous mes instincts de septicisme, me traversa la tête.

Je rajustai ma cravate, je pris un air désepéré, et j’allai sonner comme un furieux à la porte du vieux jésuite. Il était sourd ; il me fit attendre. Mais comme j’ébranlais toute la maison à coups de pieds, il parut enfin, en bonnet de coton, à sa fenêtre, et demanda : « Qu’est-ce qu’on me veut ? « 

Je criai : « Vite, vite, mon révérend Père, ouvrez-moi, c’est un malade désespéré qui réclame votre saint ministère ! »

Le pauvre bonhomme passa tout de suite un pantalon et descendit sans soutane. Je lui racontai d’une voix haletante, que mon oncle libre penseur, saisi soudain d’un malaise terrible qui faisait prévoir une très grave maladie, avait été pris d’une grande peur de la mort, et qu’il désirait le voir, causer avec lui, écouter ses conseils, connaître mieux les croyances, se rapprocher de l’Eglise, et, sans doute, se confesser, puis communier, pour franchir, en paix avec lui-même, le redoutable pas.

Et j’ajoutai d’un ton frondeur : « Il le désire, enfin. Si cela ne lui fait pas de bien cela ne lui fera pas de mal. »

Le vieux jésuite, effaré, ravi, tout tremblant, me dit : « Attendez-moi une minute, mon enfant, je viens. » Mais j’ajoutai : « Pardon, mon révérend Père, je ne vous accompagnerai pas, mes convictions ne me le permettent point. J’ai même refusé de venir vous chercher ; aussi je vous prierai de ne pas avouer que vous m’avez vu, mais de vous dire prévenu de la maladie de mon oncle par une espèce de révélation. »

Le bonhomme y consentit et s’en alla, d’un pas rapide, sonner à la porte de mon oncle Sosthène. La servante qui soignait le malade ouvrit bientôt ; et je vis la soutane noire disparaître dans cette forteresse de la libre pensée.

Je me cachai sous une porte voisine pour attendre l’événement. Bien portant, mon oncle eût assomé le jésuite, mais je le savais incapable de remuer un bras, et je me demandais avec une joie délirante quelle invraisemblable scène allait se jouer entre ces deux antagonistes ? Quelle lutte ? quelle explication ? quelle stupéfaction ? quel brouillamini ? et quel dénouement à cette situation sans issue, que l’indignation de mon oncle rendrait plus tragique encore !

Je riais tout seul à me tenir les côtes ; je me répétais à mi-voix : « Ah ! la bonne farce, la bonne farce ! »

Cependant il faisait froid, et je m’aperçus que le jésuite restait bien longtemps. Je me disais : « Ils s’expliquent . »

Une heure passa, puis deux, puis trois. Le révérend Père ne sortait point. Qu’était-il arrivé ? Mon oncle était-il mort de saisissement en le voyant ? Ou bien avait-il tué l’homme en soutane ? Ou bien s’étaient-ils entremangés ? Cette dernière supposition me sembla peu vraisemblable, mon oncle me paraissant en ce moment incapable d’absorber un gramme de nourriture de plus. Le jour se leva.

Inquiet, et n’osant pas entrer à mon tour, je me rappelai qu’un de mes amis demeurait juste en face. J’allai chez lui ; je lui dis la chose, qui l’étonna et le fit rire, et je m’embusquai à sa fenêtre.

A neuf heures, il prit ma place, et je dormis un peu. A deux heures, je le remplaçai à mon tour. Nous étions démesurement troublés.

A six heures, le jésuite sortit d’un air pacifique et satisfait, et nous le vîmes s’éloigner d’un pas tranquille.

Alors honteux et timide, je sonnai à mon tour à la porte de mon oncle. La servante parut. Je n’osai l’interroger, et je montai, sans rien dire.

Mon oncle Sosthène, pâle, défait, abattu, l’oeil morne, les bras inertes, gisait dans son lit. Une petite image de piété était piquée au rideau avec une épingle.

On sentait fortement l’indigestion dans la chambre.

Je dis : « Eh bien, mon oncle, vous êtes couché ? Ca ne vas donc pas ? »

Il répondit d’une voix accablée : « Oh ! mon pauvre enfant, j’ai été bien malade, j’ai failli mourir.

- Comment ça, mon oncle ?

- Je ne sais pas ; c’est bien étonnant. Mais ce qu’il y a de plus étrange, c’est que le père jésuite qui sort d’ici, tu sais, ce brave homme que je ne pouvais souffrir, eh bien, il a eu une révélation de mon état, et il est venu me trouver. »

Je fus pris d’un effroyable besoin de rire. « Ah ! vraiment ?

- Oui, il est venu. Il a entendu une voix qui lui disait de se lever et de venir parce que j’allai mourir. C’est une révélation. »

Je fis semblant d’éternuer pour ne pas éclater. J’avais envie de rouler par terre.

Au bout d’une minute, je repris d’un ton indigné, malgré les fusées de gaieté : « Et vous l’avez reçu, mon oncle, vous ? un libre penseur ? un franc-maçon ? Vous ne l’avez pas jeté dehors ? »

Il parut confus, et balbutia : « Ecoute donc, c’était si étonnant, si étonnant, si providentiel ! Et puis il m’a parlé de mon père. Il a connu mon père autrefois.

- Votre père, mon oncle ?

- Oui, il paraît qu’il a connu mon père.

- Mais ce n’est pas une raison pour recevoir un jésuite.

- Je le sais bien, mais j’étais malade, si malade ! Et il m’a soigné avec un grand dévouement toute la nuit. Mais vous m’avez dit tout de suite qu’il sortait seulement d’ici.

- Oui, c’est vrai. Comme il s’était montré excellent à mon égard, je l’ai gardé à déjeuner. Il a mangé là auprès de mon lit, sur une petite table, pendant que je prenais une tasse de thé.

- Et… il a fait gras ? »

Mon oncle eut un mouvement froissé, comme si je venais de commettre une grosse inconvenance ; et il ajouta :

« Ne plaisante pas, Gaston, il y a des railleries déplacées. Cet homme m’a été en cette occasion plus dévoué qu’aucun parent ; j’entends qu’on respecte ses convictions. »

Cette fois, j’étais atteré ; je répondis néanmoins : « Très bien, mon oncle. Et après le déjeuner, qu’avez-vous fait ?

- Nous avons joué une partie de bésigue, puis il a dit son bréviaire, pendant que je lisais un petit livre qu’il avait sur lui, et qui n’est pas mal écrit du tout.

- Un livre pieux, mon oncle ?

- Oui et non, ou plutôt non, c’est l’histoire de leur missions dans l’ Afrique centrale. C’est plutôt un livre de voyages et d’aventures. C’est très beau ce qu’ils ont fait là, ces hommes. »

Je commençais à trouver que ça tournait mal. Je me levai : « Allons, adieu, mon oncle, je vois que vous quittez la franc-maçonnerie pour la religion. Vous êtes un renégat. »

Il fut encore un peu confus et murmura : « Mais la religion est une espèce de franc-maçonnerie. »

Je demandai : « Quand revient-il, votre jésuite ? « Mon oncle balbutia : « Je… je ne sais pas, peut-être demain… ce n’est pas sûr. »

Et je sortis, absolument abasourdi.

Elle a mal tourné, ma farce ! Mon oncle est converti radicalement. Jusque-là, peu m’importait. Clérical ou franc-maçon, pour moi, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ; mais le pis, c’est qu’il vient de tester, oui, de tester et de me déshériter, monsieur, en faveur du père Jésuite. »

LES DOCUMENTS MACONNIQUES

En juin 1998, dans un but historique relevant d’un nécessaire devoir de mémoire, les Editions du Dragon ont réédité en fac-similé les « 33 numéros des Documents Maçonniques », parus d’octobre 1941 à juin 1944, qui représentent un millier de pages à travers 200 articles rédigés par la fine fleur de l’antimaçonnisme et de l’antisémitisme : Robert Vallery-Radot, Bernard Faÿ (administrateur de la Bibliothèque Nationale sous l’Occupation), Jean Marquès-Rivière (auteur du film antimaçonnique « Forces Occultes « ) et l’irréductible Henry Coston.

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Cet ensemble est précédé d’un remarquable avertissement rédigé par Bernard Prou et William Piccione.

Le travail minutieux de réédition et de présentation de cette pièce historique a pour but d’éveiller les consciences et de les avertir que la « peste brune » est toujours aux aguets. Pour preuve, Henry Coston, le vieillard antisémite et antimaçon a tenté d’empêcher la diffusion des « Documents maçonniques ». Le vieux haineux était impliqué dans ces revues, il avait déversé toute sa bile dans huit articles qui pouvaient le condamner à la vindicte publique (s’il en était encore besoin). Fort heureusement, ses prétentions extravagantes ont été déboutées. Mais les Editions du Dragon ont dû batailler et il serait bon que leur travail soit connu comme il le mérite. Nous vous recommandons donc vivement de souscrire un abonnement aux « Documents Maçonniques » disponibles à l’adresse suivante :

Les Editions du Dragon – Médiadem S.A.4, avenue Prince Héréditaire Albert –

B.P. 484 – MC 98012 MONACO

Le prix du coffret est de 990 francs (payable en trois fois sans frais), il comprend les 33 revues, un numéro de « document du temps présent » consacré à la franc-maçonnerie, le symbole de l’équerre et du compas en métal doré, un feuillet de six pages regroupant les principaux articles de presse concernant la répression antimaçonnique sous le gouvernement de Vichy et un remarquable cahier d’avertissement de lecture aux 33 « Documents Maçonniques » composé par des historiens avertis.

FORCES OCCULTES (1943)

Le film antimaçonnique « Forces occultes » fut créé par Jean Marquès-Rivière, un ex-frère tombé dans l’antimaçonnisme dans les années trente. Le film est habilement réalisé grâce à des moyens importants. L’Allemagne nazie a largement contribué à la production de « Forces occultes ». Les scènes principales ont été tournées au palais Bourbon et dans une loge reconstituée avec le matériel confisqué aux francs-maçons par la police de Vichy.

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Le scénario est fondé sur l’antiparlementarisme, une scène du film montre la manifestation partiellement fasciste du 6 février 1934 au cours de laquelle la police républicaine avait dû intervenir violemment. Les fascistes des années trente sont donc considérés comme les martyrs du régime parlementariste de la IIIè République.

L’antisémitisme et l’antimaçonnisme sont, évidemment, les ingrédients principaux de la trame filmique.

L’idéal vichyste est incarné par le député nationaliste Avenel. « Naïf », il accepte de se faire initier au Grand-Orient. Le réalisateur tente de montrer aux spectateurs que le député se rend vite compte de son erreur et que les francs-maçons sont des infames comploteurs et des affairistes.

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La dernière scène est d’un pathétisme risible, si on l’analyse au second degré. En effet, on voit la Terre exploser sous l’emprise du complot judéo-maçonnique. Manifèstement, les pétainistes ne reculaient devant aucune image d’Epinal et prenaient les Français pour des imbéciles aisément manipulables.

Extraits du scénario de « Forces Occultes »

Générique et première séquence

Sur une carte du monde se dessinent les trois zones d’influences. Seuls sont en blanc les pays suivants : Allemagne, Italie, Espagne-Ortugal, Chine et Japon.

Un volet en forme de compas s’ouvre sur l’ensemble du planisphère à l’exception des pays qui demeurent en blanc : c’est la zone d’influence judéo-maçonnique, (en surimpression) tandis que des petits médaillons représentant l’étoile de David ou l’équerre et le compas apparaissent et disparaissent.

Fondu au noir. Puis carton :

C’est l’intérieur même de la Chambre des Députés qu’ont été tournées les séquences du début du film.

Bruits de foule. Cris. Interjections. Sonnette.

Pierre Avenel : De droite à gauche, ce parlement ne représente que la corruption.

Tapage.

Vous, capitalistes, vous n’avez cessé de pousser la classe ouvrière à la misère… Et vous communistes, vous n’avez cessé d’exploiter cette misère, voulue par les capitalistes…

Tapage : Cris d’animaux.

Le président de la Chambre, agitant sa clochette : Messieurs un peu de silence !

Avenel : Et vous tous, parlementaires désuets et périmés… (le pays saura se passer/coupure) de vos services).

Le Président de la Chambre : Messieurs… Silence… Messieurs je vais lever la séance.

Continuez Monsieur Avenel

Avenel : Messieurs, (silence) je n’ai plus rien à dire

Les députés (avec soulagement) : Aaah !

Avenel : J’ai eu conscience de vous dire quelques vérités, peut-être désagréables mais utiles. (tapage) Non ce ne sont pas quelques interruptions qui m’arrêteront, la communauté française ne se bâtira pas sur le conflit du communisme et de la vieille bourgeoisie. C’est pourquoi je ne voterai pas ce projet qui donne satisfaction au capitalisme international et serait le beau prétexte pour les communistes à accentuer nos divisions. (Cris)…

Dans les bancs de l’Assemblée nationale

Député Guédon : il a du courage ce petit Avenel

Le député Dubois : Ces petits nationaux trop puritains nous font perdre du temps… il faudrait l’éduquer un peu… de quelle loge est-il ?

Député Guédon : Il n’est pas de chez nous, mon frère Dubois…

Dubois : Tout s’explique !… Voilà un garçon intelligent, qui a besoin d’une méthode et de conseils… Présentez le donc !…

Guédon : Il est sensible, il faudra procéder avec précaution…

Dubois : Envoyez-lui Larrivière, il saura le persuader… (ricanement)

Guédon : J’y vais

Guédon : Mon cher Vénérable nous avons un service à vous demander…

Larrivière : Mon frère Guédon, je vous sui tout dévoué.

Guédon : Le jeune Avenel qui vient de parler assez brillamment devrait subir les épreuves de l’initiation. La maçonnerie lui apporterait beaucoup et le (temps) disciplinerait… ne croyez-vous pas ?

Larrivière : J’y pensais déjà, nous allons nous en occuper… activement.

Discussion entre Avenel et Larrivière

Avenel : hum ! La maçonnerie est difficile sur le choix de ses candidats.

Larrivière : Pas assez, mon cher, pas assez ! Je dois même vous avertir que lorsque vous serez en loge, vous serez déçus. Le milieu maçonnique est épouvantablement médiocre. Vous verrez que vous lui apporterez plus que vous n’en recevrez.

Avenel : Mais ces rites dont vous m’avez parlé, ces initiations mystérieuses ?

Larrivière : Ha ! ha ! Des bêtises ! Il y en a qui y attachent un certain sens symbolique. La plupart des maçons rient eux-mêmes de ces vieilles pratiques désuettes. Seulement, le jour de votre initiation, tenez-vous bien ! les épreuves de la cérémonie ne sont pas commodes.

En salle humide, après l’initiation

Le vénérable : Mon très cher frère, qu’est-ce que vous pensez de cette soirée ?

Avenel : Eh bien c’est curieux… cette cérémonie est très impressionnante.

Frère Lévy-Stein : Mon cher Frère… pourrai-je vous laisser ma carte ? Au cas où vous auriez besoin de mes services… Je vends de tout, de la bonneterie, et des chaussures, et du savon à des prix invraisemblables…

Le vénérable : Tu permets mon cher Lévy-Stein…

F. Lévy-Stein : Je t’en prie…

Le vénérable : Mon frère Avenel, nous allons bientôt vous mettre à contribution… Oui,… un de nos amis de notre Loge voudrait un bureau de tabac… Le Grand-Orient est submergé de demandes en ce moment. Avec vous, ça ira peut-être un peu plus vite…

Avenel : Volontiers…

Le vénérable : Je vous remercie… Ah, dans quelques temps je vous parlerai aussi d’une autre affaire… depuis plusieurs années, j’ai droit à la Légion d’Honneur… Je ne m’en suis jamais occupé… Je n’ai pas voulu déranger nos amis pour ça, on leur demande déjà tellement de choses, n’est-ce pas ?… vous m’aiderez ?

Séquence Larrivière Avenel

Larrivière : Vous avez l’air d’avoir été déçu par la Maçonnerie…

Avenel : Oh !… Pire !… Choqué !…

Larrivière : Pourquoi ? Mais confessez-vous… Vous ne serez pas le premier maçon à m’avoir ouvert son coeur… Qu’est-ce qu’on vous a fait ?

Avenel : Mais à moi personnellement, rien !… mais je trouve ce milieu maçonnique pourri d’arrivistes écoeurant…

Larrivière : Je vous l’accorde…

Avenel : Je ne vous le fait pas dire…

Larrivière : Oh, croyez vous que je sois dupe ?…

Avenel : Alors je ne comprends pas… Tant de vertus affichées sur le programme sur la porte, tant de mystères à l’intérieur pour ne cacher que ces petites combines, ces appétits de commitards, je m’attendais à trouver des hommes dévoués sinon supérieurs… Au lieu de ça, je n’ai rencontré que des quémandeurs de bureaux de tabac ou de décorations… ou alors des fripouilles qui cherchaient à m’utiliser pour échapper à des condamnations… En dehors d’eux, des phraseurs, des sectaires, ignorant tout… ne connaissant rien de l’histoire de leur pays… rien de l’histoire du monde, rien de la politique, rien de la philosophie, rien…

Larrivière : Quel grade avez-vous maintenant ?

Avenel : J’ai été initié à la maîtrise, il y a peu de temps..

Larrivière : Eh bien si vous avez le courage de vivre quelques années dans la médiocrité des ateliers, vous passerez ensuite aux Ateliers supérieurs…

Avenel : C’est mieux ?

Larrivière : C’est autre chose…

Avenel : Voyons… vous êtes 33ème… C’est le grade le plus haut dans la Maçonnerie ?…

Larrivière : Mon petit Avenel, je vais vous révéler, quoique je ne doive pas… ces fameux secrets maçonniques dont on fait tant de mystères… En Maçonnerie on cache tout aux petites gens… en bas vous ne savez rien… En haut vous commencez à voir un peu plus clair dans le jeu mondial… Moi même je ne suis pas totalement éclairé sur les intentions des dirigeants de notre Odre, mais quand je dis « dirigeants » je me trompe… Y a pas de chefs, chez nous… Il n’y a que des exécutants… je ne suis qu’un pion sur un échiquier… j’accomplis une fonction… je reçois des messages… j’obéis… je transmets… J’agis…

Avenel : Mais qui dirige ?

Larrivière : Personne !… Qu’est-ce que la Maçonnerie ?… des groupes d’hommes qui se sont réunis aux quatre coins de l’univers pour enserrer le monde dans un réseau aux mailles infranchissables… Nous sommes 50 000 en France… 500 000 en Angleterre… 3 000 000 en Amérique… C’est peu… Mais c’est énorme… parce que nous formons un bloc uni, d’une seule volonté…, 300 parlementaires sont Francs-Maçons…

En Angleterre, le Roi fait partie de notre Ordre… Aux Etats-Unis le président est 32ème… Il n’y a pas un pays où nous n’ayons nos hommes, Je ne vous montre ici de la Maçonnerie que la puissance physique… Il y a peut-être autre chose…

Avenel : Mais quoi ?

Larrivière : Une doctrine supérieure… Une antique expérience des forces du Monde… Qui nous permets de pousser les peuples tantôt vers la mort… Quand il le faut…

Avenel : La mort ?… Je croyais la Maçonnerie attachée à la Paix ?

Larrivière : A une certaine paix !…

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On voit à quel point la carricature est effroyable de bêtise et d’ignorance ! Les auteurs du film tentent de faire croire au Français que la franc-maçonnerie est un Ordre international uni alors que depuis la fin du XIXè siècle la maçonnerie s’est scindée en de multiples branches philosophiques et métaphysiques. Le pire tient au soupçon de « doctrine supérieur ». On sent derrière cette phrase une rémanence de la mystification taxilienne, laquelle avait laissé croire aux Français que le diable était le grand-maître de la franc-maçonnerie internationale !



La loge P2

En mai 1981, le gouvernement italien démissionne suite à la divulgation d’une liste : celle des membres de la loge P2 dans laquelle figurent de nombreuses personnalités politiques issues du parti au pouvoir (les démocrates chrétiens).

Les activités de la loge P2 étaient donc d’ordre délictueux pour provoquer la destitution d’un gouvernement mais était-elle réellement une loge maçonnique ?

La loge P2 tire son nom d’une loge maçonnique créée en 1877 : la Loge Propaganda Massonica . Cette loge n’avait rien de secret car des personnages éminents en faisaient partie comme Zanardelli, ministre de la Justice ou le poète Carducci. La « propagande » de cette loge consistait à diffuser les valeurs maçonniques (progrès, laïcité et liberté) à travers les institutions politiques et citoyennes.

Quand Mussolini interdit la franc-maçonnerie en 1925, les francs-maçons s’exilèrent en France. La loge Propaganda Massonica fut le pilier de la principale obédience italienne : le Grand Orient d’Italie. La loge « PM » fut donc un des symboles de la République italienne en exil. A la Libération, la loge « PM » initia des hommes qui, officiellement, représentaient l’opposition à la franc-maçonnerie : des communistes, des catholiques et des démocrates chrétiens. Ces hommes étaient attirés par le prestige historique de la franc-maçonnerie mais devaient entrer secrètement dans une loge pour ne pas risquer d’être rejetés par leur hierarchie.

La loge « PM » trouvait un intérêt dans l’accueil des catholiques et des communistes car elle pouvait ainsi atténuer les rivalités sociales. En effet, elle réunissait autour de l’idéal maçonnique des hommes qui, sans la Maçonnerie, ne se seraient jamais entendus.

La loge « PM » commença à dévier de l’idéal maçonnique avec l’arrivée d’un certain Licio Gelli, qui en devint le secrétaire. Gelli servit le régime fasciste pendant la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui encore, il est difficile d’expliquer ce qui a poussé la Maçonnerie italienne à accepter un tel homme. C’est donc en 1964 que Gelli fut initié, il entra à la loge « PM » quelques années plus tard. En 1975, Licio Gelli devint « vénérable » (c’est-à-dire président) de la loge « PM ». A partir de cette période, la loge fut rebaptisée Propaganda Massonica n°2 ou « P2″. De 1971 à 1979, le parti communiste italien fut à son apogée en participant à la majorité gouvernementale. Gelli ne pouvait supporter cette situation et milita pour un retour à l’autorité avec des mesures comme le rétablissement de la peine de mort et la limitation du droit de grêve dans la fonction publique. Il s’agissait du programme d’un seul homme et non celui du Grand Orient d’Italie. Les nombreux militaires, capitaines d’entreprises, politiciens et journalistes qui demandèrent à rejoindre la loge de Gelli comprirent que la « P2″ ne proposait plus un programme maçonnique humaniste mais une philosophie ultra-conservatrice.

Le 5 octobre 1980, le Corriere della Serra publia une interview dans laquelle Gelli exposa les idées de son programme et tenta de le présenter comme un projet de la franc-maçonnerie. Il venait de commettre une erreur car le Grand Orient d’Italie détenait, avec cette interview, la preuve que Gelli avait trahi l’idéal maçonnique. Gelli fut donc exclu du Grand Orient en 1981.

Après enquête, il apparut que la loge P2 avait participé à une série d’affaires (exécutions de magistrats, attenta de la gare de Bologne en 1980, assassinat d’un journaliste). En réalité, la loge P2 n’était pas une loge maçonnique. En effet, pour qu’une loge puisse pratiquer les valeurs qui sont celles de la franc-maçonnerie depuis le 18è siècle (solidarité, tolérance, égalité), il est nécessaire qu’elle limite ses membres à une cinquantaine de frères ou de soeurs. Hors la P2 enregistra plus de deux mille membres. De plus, pour que la fraternité lie les membres d’une loge, il faut que ceux-ci se côtoient régulièrement. Ce n’était pas le cas à la loge P2 dont les affiliés ne se connaissaient même pas ! (voir cédérom du Monde qui regroupe plusieurs articles à ce sujet au moteur de recherche « titre = loge P2″).

Enfin, la franc-maçonnerie étant une société initiatique, il est essentiel que chaque frère puisse recevoir l’initiation et l’instruction maçonnique. Tel ne fut pas le cas à la « P2″ puisque ses membres ne se réunissaient pas et qu’ils étaient « créés maçons » non dans un temple mais dans le bureau de Gelli.

Licio Gelli en s’autoproclamant « Grand-Maître de la loge P2 s’était, de fait, détaché du Grand Orient d’Italie tandis que sa loge était déclarée clandestine par les hautes instances maçonniques.

Malgré cela le grand public confondit loge P2 et franc-maçonnerie. Pertini, le Président de la République déclara qu’il licencierait tout employé du « Quirinal » s’il était maçon.

Aujourd’hui encore, la Maçonnerie italienne est considérée comme une « mafia » par un grand nombre d’Italiens. La mégalomanie d’un seul homme aura suffi à porter préjudice sur toute une communauté.

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L’antimaçonnisme s’est exprimé par l’image à toutes les époques. Cependant, les instruments de propagande que sont les affiches, les films et les tracts furent principalement utilisés contre la franc-maçonnerie aux plus sombres moments de l’histoire.

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Affiche de propagande antisémite et antimaçonnique, vichy (1941)

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Satire antimaçonnique, Grande-Bretagne (18è siècle)

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La célèbre « pieuvre maçonnique »

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Les francs-maçons caricaturés par les catholiques (fin XIXè siècle)

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caricature d’une tenue maçonnique quelque peu « animalière » (Grande-Bretagne 18è)

 

 

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