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Le Savoir n’est pas la Connaissance, par Jean-Pierre Bayard. PVI N°16 12 décembre, 2021

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Le Savoir n’est pas la Connaissance, par Jean-Pierre Bayard. PVI N°16

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 19 Juillet 2020, 23:14pm

Catégories : #FrancMaçonnerie, #GLDF, #PVI, #Revue, #Savoir, #Connaissance

Jean-Pierre Bayard, célèbre écrivain et membre de la Grande Loge de France est interrogé dans le N° 16 de Points de Vue Initiatiques de novembre 1974.

Voici le texte de son interview : 

La Grande Loge de France vous parle… 

LE SAVOIR N’EST PAS LA CONNAISSANCE

 

Le Savoir n'est pas la Connaissance, par Jean-Pierre Bayard. PVI N°16 dans Recherches & Reflexions
Jean-Pierre Bayard

Jean-Pierre BAYARD, nous sommes heureux de vous accueillir, car nous vous  considérons  comme  un  écrivain   spiritualiste,  recherchant   le   symbolisme et illustrant par-là la pensée maçonnique. Nous voudrions ainsi parler de votre recherche ; avez-vous écrit de nombreux ouvrages ?

 

 

JPB : – J’en ai publié une quinzaine, sans compter ceux en chantier.

- Y a-t-il longtemps que vous  écrivez  et  votre  pensée  s’est-elle  trans­formée ?

JPB : – Vers l’âge de 14 ou  15  ans  j’ai  voulu  écrire  ;  j’ai  alors  fréquenté Pierre Mac ORLAN et des artistes-peintres.  Cependant  j’ai  dû  faire  mes  études tournées vers les mathématiques,  vers  les  sciences  appliquées  ; malgré  la  discipline  des  intégrales  et  du  calcul  différentiel  j’ai  collaboré   à de nombreuses revues littéraires, poétiques, artistiques ; j’ai  eu  la  joie  de publier mes premiers articles aux Nouvelles Littéraires, d’assurer  des  posts dans divers grands journaux ou revues littéraires, de côtoyer  ainsi  de  nom­breux écrivains et artistes qui m’ont éduqué.

- Étiez-vous attiré par le symbolisme ?

JPB : – Sans doute, mais sans que Je le  sache  exactement.  J’ai  retrouvé  des notes  écrites  en  1940,  à  l’âge   de  20  ans,  sur   la  Franc-Maçonnerie  et   déjà  j’y  conservais  ce  qui  me   paraissait   essentiel,   c’est-à-dire   l’esprit   initiatique, les  rituels.  Puis  j’ai  été  attiré  vers  les  légendes,   le   folklore,   le   comporte­ ment de la pensée humaine.  Je  suis  venu  ainsi  à  la  profonde  recherche spirituelle  de  l’homme  et  petit  à   petit   j’ai   découvert   cet   esprit   initiatique. C’est sans doute en  écrivant  )’Histoire  des  Légendes  que  j’ai  mieux  perçu grâce à René Guénon cette chaîne initiatique ,  principalement  à  partir  de  la  queste du Graal. J’ai également étudié les contes  de  Perrault  en  fonction  d’un rituel d’initiation, tout en rattachant l’ensemble à la culture celtique.

- Vous vous êtes aussi Intéressé aux éléments, et vous avez écrit une véritable somme sur le Feu, sur son symbolisme.

JPB : – Effectivement j’ai cherché la signification et le rôle  du Feu  en prenant mes exemples dans toutes les civilisations , dans les traditions  religieuses  et dans les diverses formes de  la Sagesse. Le  Feu  anime,  vivifie, spiritualise  et en ce sens il reste le thème initiatique par excellence, puisque la Lumière spirituelle est – l’émanation du Feu. Mais j’ai aussi proposé  aux  lecteurs  la chaleur magique, les différentes eaux de feu, la combustion dans notre corps  avec son énergie génératrice ; au XII’ paragraphe j’ai étudié le feu  des Kabbalistes après avoir évoqué l’esprit des alchimistes.

- Votre livre est fort complet, et l’on a parlé d’une grande érudition.

JPB : – Pour étayer mes thèses j’ai dû effectivement confronter  des  textes, choisir parmi les exemples et donner des références  à ce que  j’avançais. Mais en réalité toute cette analyse minutieuse  ne  sert  qu’à  une  synthèse  par laquelle je veux faire ressortir les grands  thèmes  initiatiques,  retrouver  la pensée créatrice ; le mythe du Phénix, les thèmes de rajeunissement et de résurrection, l’analyse  des voyages  en enfer  -  un enfer  où le  feu  brûle  mais ne consume pas, n’anéantit pas -, tous ces  thèmes  prouvent  que  pour  être initié Il faut pouvoir passer par le Feu.

- Vous avez fait  rééditer  votre  autre  ouvrage,  sorte  lui  aussi  de  clas­sique, sur les épreuves de la Terre, que vous avez nommé La Symbolique du Monde Souterrain.

JPB : – Oui là aussi à travers les Thèmes de la mythologie et des récits légendaires du sous-sol j’ai voulu interroger ces bouches  de  l’enfer, examiner ces grottes sacrées, ces labyrinthes où séjournent les Vierges Noires. Ces étranges Vierges, venues du druidisme, ont un reflet alchimique. Aussi nous abordons le thème de la descente de l’esprit dans  la matière, mais  également des rites de sépultures. J’ai évoqué  l’eau  rédemptrice,  les  puits,  les  racines, les  pierres,  allant  du  simple  caillou  aux  gemmes  étincelantes,  ces   rosées du ciel coagulées au sein de la Terre.

- Y avez-vous décrit des thèmes initiatiques ?

JPB : – Oui  ce  sont  les  couloirs  initiatiques,  les   chambres   secrètes   enterrées et  l’on  y  rencontre  aussi  bien  Thésée  tuant  le  Minotaure  dans   un  baptême   de sang, que le cabinet de réflexion de la Franc-Maçonnerie. J’ai dégagé le symbolisme du Tombeau de la Chrétienne, cet étonnant monument  situé  près d’Alger  et  sur  lequel  je  voudrais  consacrer  un   ouvrage.   Mais   j’ai   surtout voulu  montrer  la  puissance  de  toutes  ces  énergies  mystérieuses  et   aboutir ainsi à la compréhension de la réalisation spirituelle de notre être.

- Tous vos ouvrages, au style aisé, avec leurs tables,  leurs  bibliographies, leurs  index  sont  de  précieux  instruments  de  travail  qui  s’adressent non seulement aux  spécialistes  mais  aussi  à  tous  ceux  qui  s’intéressent  à  la recherche de la spiritualité. Avez-vous en vue d’autres  ouvrages  de  ce  genre car vous n’avez pas terminé le cycle des éléments ?

JPB : - Effectivement ce cycle n’est pas complet. Mais  j’ai  terminé  un impor­tant ouvrage sur Le Symbolisme Maçonnique. Cet ouvrage qui comporte deux gros volumes cherche à faire le point sur le symbolisme rencontré aux divers grades maçonniques. Mon étude reste basée sur les  33  degrés  du  Rite Écossais Ancien et Accepté mais j’ai donné des variantes concernant d’autres rites maçonniques.

- Vous vous êtes aussi intéressé au symbolisme d’autres cérémonies.

JPB : – Effectivement j’ai étudié le Symbolisme  du  sacre  des  Rois,  et  en dehors de la recherche historique, j’ai voulu montrer la signification du fait liturgique, découvrir l’origine magique de la royauté, la relation de l’homme avec le cosmos, la valeur de cette institution qui vise à restaurer le premier citoyen du monde dans son unité primordiale.

Dans le même esprit, mais me basant sur une recherche historique  plus poussée j’ai fait paraître un ouvrage intitulé Les  Frans-Juges  de  la  Sainte­ Vehme. J’ai cherché à rétablir la vérité sur  ce  tribunal  médiéval,  né  en Westphalie, sur lequel il fut écrit tant de drames romantiques.

J’ai eu à me pencher sur !’Ordre des Chevaliers Teutoniques et  des mouvements terroristes avant le Nazisme. En réalité ce livre  cerne  une  longue quête humaine, à la poursuite du Sacré et de l’indéfinissable.

- Parmi  les  organisations  qui  ont  précédé   la   Franc-Maçonnerie   vous avez aussi évoqué la Rose-Croix. Voulez-vous en parler ?

JPB : – Ce mouvement né en Allemagne  vers 1614  doit beaucoup  à  la  Réforme ; la rose sur la Croix, emblème de Luther, était  le  signe  de  la  rébellion  contre l’Eglise de Rome. Après l’évocation des premiers  manifestes  et  de  la  figure centrale d’Andreae j’ai commenté les autres mouvements nés au siècle  des Lumières.

- Faites-vous  un  rapprochement  entre  la  Fraternité   de  la  Rose-Croix   et la Franc-Maçonnerie ?

JPB : – Il est indéniable que dans ces deux Ordres nous trouvons des pensées communes. Les Rose-Croix peuvent apparaître comme  des  surhommes,  des grands initiés. Pour d’autres les Rose-Croix ne  sont  que  des  mystiques hallu­cinés et même parfois des charlatans qui profitent de la crédulité de  leurs semblables.  Nous  côtoyons  le  délire  dans  l’imaginaire,  ou  le  scepticisme   le plus navrant

- Le Rose-Croix a-t-il  réellement  existé  et  n’avons-nous  pas  uniquement une projection sublimée?

- En dehors des quelques hommes du XVIème siècle qui ont cherché l’illumination  afin  de  venir  à  une  vie  meilleure,  le  vocable   Rose-Croix   couvre un  ensemble  de  sociétés  secrètes  se  disant  héritières  d’une  antique  sagesse  et  formant  une  fraternité  secrète.  On  y  trouve  ainsi  l’influence  de   l’hermé­tisme égyptien, du gnosticisme, de la Kabbale, de l’alchimie,  de  l’ésotérisme chrétien,  tout  un  monde  gravitant   autour   de   l’illumination   et   communiquant par le symbolisme.

Toutes ces sociétés sont  l’émanation  de  la  vie  d’un  groupe  ;  ce  sont  des œuvres collectives et !’Esprit s’est ainsi  propagé,  marquant  d’autres sociétés et d’autres individus. Ce ferment spirituel se renouvelle à  chaque  époque et marque des êtres qui visent une perfectibilité.

Les Sociétés des Rose-Croix et  de  la  Franc-Maçonnerie  ont  puisé  aux mêmes sources car eux-mêmes sont d’essence spirituelle.

Grâce  à  cette  pensée  millénaire  on  authentifie  mieux  la  valeur   initiatique de la Franc-Maçonnerie.

- Pensez-vous que l’on ne puisse trouver l’amour fraternel, la charité, ou même la recherche d’une médecine universelle que dans  ces  confréries secrètes et bien mystérieuses ?

JPB : – Sans doute non, mais la Franc-Maçonnerie,  grâce  à  son  organisation rigide, à  ses  rituels  bien  établis,  a  le  mieux  conservé  cette  pensée  spirituelle qui marque une époque.

Pour ma part je pense que l’étude des sociétés secrètes devient une nécessité si l’on veut avoir une compréhension tant des faits  anciens  que de ceux des temps modernes, car une fraternité de pensée a toujours une répercussion sur le milieu  qui  l’environne.  L’acte  politique  n’est  sans  doute pas commandé par un initié, mais il est  motivé  par une  atmosphère  générale qui se ressent de l’influence de penseurs, de chercheurs,  d’humanismes. On  peut dire que les encyclopédistes ont été le levain de la  révolution  française, sans pour autant agir directement sur les événements politiques.

Tous les adhérents de  ces  sociétés  parviennent  ainsi  à  leur  vérité,  une vérité qu’ils se sont forgée, difficilement  explicable  aux  autres,  à  moins  que ceux-ci  reprennent  le  même  processus,  un  très  long  chemin  qui  après  bien  des détours les mettra alors dans la même compréhension.

L’inexprimable n’est pas l’incompréhensible ; la recherche de sa  signifi­cation permet à l’adepte de passer  d’un état  extérieur  à  un  état intérieur  qui  est le propre de l’initiation. La société secrète fait appel aux symboles qui suggèrent par une correspondance analogique. Mais ce qu’il faut  bien  sou­  ligner c’est que ces symboles se retrouvent partout,  aussi  bien  dans  les sociétés archaïques, que chez les  Mayas,  dans  la  société  égyptienne,  dans les mystères de Mithra ou d’Éleusis. Dans les Sociétés initiatiques du monde occidental, à notre  époque,  la Franc-Maçonnerie et  le Compagnonnage  grâce à leur cadre précis savent faire revivre ces légendes qu’ils insèrent dans leurs rituels. Je travaille actuellement sur un livre concernant le Compagnonnage.

Ce  que  je  tente  d’établir  c’est  une  liaison  entre   ce  Monde   de   l’extérieur et  celui  de  ces  sociétés,  où  les  membres  sont  imprégnés  même  à  leur  insu par un même symbolisme, par un même rituel.

- Mais être initié ne veut-il  pas  dire  qu’il  faut  assimiler  une  doctrine  ? Ne faut-il pas pratiquer des cérémonies, connaître un catéchisme,  savoir répondre à des questions?

JPB : – Sans  doute  mais  tout  cela  n’est   valable   que   si   l’on   enregistre   un réel effort intérieur,  un  travail  de  décantation. «  Nul  n’est  initié  que  par  lui­-même »  dit Villiers de l’Isle Adam dans son roman Axël.

- Si je vous comprends bien l’homme  doit  rechercher  en  lui-même  et pour bien sentir une chose l’homme doit déjà posséder  un  germe  de  cette chose ; ce que l’on comprend doit se développer en soi-même. Ainsi l’effort intellectuel ne nous intègre pas obligatoirement dans  la  Connaissance  ;  le Savoir n’est pas la Connaissance.

- Exactement.  li  faut  ressentir  profondément  ce  que  nous   cherchons   et ce que nous  portons  en  nous,  même  peut-être  obscurément.  La  pensée  reste un  miroir  psychique,  une  valeur  extérieure.  La  raison  laisse   apparaître   un fossé  entre  le  miroir  et  l’objet,  entre  le  sujet  et  l’objet   ;   l’association   des idées nous fait souvent peur car  nous  craignons  encore  notre  reflet.  L’intelligence  ne  fait   rien   ;   seul   l’esprit  permet   d’unir   l’ensemble   au   Tout.  Seule la Beauté,  moteur  de  l’Amour,  nous  met  sur  la  voie  directe.  Mais  la  Sagesse ne s’enseigne pas, la vérité ne se commente pas.

PVI N°16, 4ème trimestre 1974

Pour tout contact :  pvi.fb@gldf.org

 

 dans Recherches & Reflexions

 

Jean-Pierre Bayard est un docteur ès lettres, ingénieur et écrivain français, né le 7 février 1920 à Asnières et mort le 5 mars 2008 à Angers.

Dès ses 14 ans, il fréquente Pierre Mac Orlan et rencontre par la suite Georges Duhamel, des poètes comme Francis Carco ou Philippe Chabaneix. À partir de 1959, il préside le Cercle Scarron qui remettait un prix littéraire de l’humour, le Prix Scarron.

Il soutient une thèse en 1977 à l’université de Rennes sur le compagnonnage en France, dont il tire un ouvrage. L’historien François Icher, mentionne que malgré quelques réserves de Compagnons du Devoir du fait d’interprétations plus maçonniques que compagnonniques, cet ouvrage est devenu « un classique de la littérature compagnonnique ».

Il est l’auteur d’ouvrages sur l’ésotérisme, le rosicrucianisme, les sociétés secrètes, des symbolismes divers, l’esprit du compagnonnage et de l’aspect spirituel de la franc-maçonnerie.

Il est également directeur de collections d’ouvrages ésotériques (Dangles).

Initié à la Grande Loge de France en 1954, il est reçu 33ème (Rite écossais ancien et accepté) en 1980 et devient membre actif du Suprême Conseil de France. Il a entretenu de solides relations avec les principaux dirigeants de divers groupes maçonniques tels Jean Tourniac, Marius Lepage, Johannis Corneloup, Jean Baylot, Alec Mellor, Robert Ambelain, Paul Naudon, Philippe Encausse (fils de Papus). Il rencontre également souvent Mircea Eliade, Raymond Abellio ou Louis Pauwels.

Martiniste, il est initié par Robert Ambelain et Philippe Encausse.

 

Œuvres

Histoire des légendes, (PUF, Que sais-je, 1955, 3e éd. 1970)

Le feu, la symbolique (Flammarion, Coll. Symboles, 1958)

Le monde souterrain (Flammarion, Coll. Symboles, 1961)

Le sacre des rois (Édition de la Colombe, 1964)

Le symbolisme du caducée (Guy Trédaniel, Éditions de la Maisnie, 1964, 4e éd. 1990)

Les Francs-Juges de la Sainte-Vehme (Albin Michel, 1971 ; réédition : Dualpha, 2004)

La symbolique du feu (Payot, 1973 ; réédition : Trédaniel, 1990, Véga (16 mars 2009) (ISBN 978-2858295210))

La symbolique du monde souterrain et de la caverne (Payot, 1973, Véga (12 janvier 2009) (ISBN 978-2858295395))

Le symbolisme maçonnique traditionnel. Thesaurus Latomorum (Éditions du Prisme, 1974)

La symbolique de la Rose-Croix (Payot, 1975)

Les talismans (Tchou, 1976, Dangles, 1976, 1983, 1987, 1990…, 2011)

Le compagnonnage en France (Payot, 1977 – réédité en 1988, 1997)

Les pactes sataniques (Vernoy, 1980, Rééd. Dervy, 1994, 2002)

Le symbolisme maçonnique traditionnel (2 tomes) (Edimaf, 1981-1982, 1987)

Le diable dans l’art roman (Guy Trédaniel, 1982, 1996)

Les rites magiques de la royauté (avec Patrice de la Perrière) (Friant, 1982, Rééd. Bélisane, 1998)

L’occultisme (Éditions du Borrego, 1984)

Sacres et couronnements royaux (Guy Trédaniel, 1984)

La symbolique du cabinet de réflexion ou la lumière dans les ténèbres (Edimaf, 1984, Rééd. 1995, 2012)

La franc-maçonnerie (MA Éditions, 1986)

Les rose-croix (MA Éditions, 1986)

Guide des sociétés secrètes et des sectes (Philippe Lebaud, 1989, Rééd. Oxus, 2004)

La symbolique du monde souterrain et de la caverne (Trédaniel, 1990)

La spiritualité de la Rose-Croix. Histoire, traditions et valeur initiatique (Dangles, 1990 ; réédition : Dualpha, 2003)

La légende de saint Brendan, découvreur de l’Amérique. Légende du ixe siècle (Trédaniel, 1990)

Les origines compagnonniques de la franc-maçonnerie (avec Henri Gray) (Trédaniel, 1990)

Tradition et sciences secrètes (Soleil Natal, 1998, rééd. Dualpha, 2008)

Précis de franc-maçonnerie (Dervy, 1999)

La tradition cachée des cathédrales (Dangles, 1999, rééd. J’ai lu, Aventure Secrète, 2014)

L’Esprit du compagnonnage. Histoire, tradition, éthique et valeurs morales, actualités… (Dangles, 1994)

Plaidoyer pour Gilles de Rais, Maréchal de France, 1404-1440 (Soleil Natal, 1995 ; réédition : Dualpha, 2007)

La spiritualité de la Franc-Maçonnerie (Dangles, 1999)

La pratique du tarot. Symbolisme, tirages et interprétations (Dangles, 1999)

La grande encyclopédie maçonnique des symboles (Éditions Maçonniques de France, 2000)

Déesses mères et vierges noires (Éditions du Rocher, 2001)

La symbolique du Temple (Edimaf, 2001)

Symbolique du labyrinthe sur le thème de l’errance (Huitième jour, 2003)

Trente-trois – Histoire des degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté en France (Ivoire-Clair, 2004)

Papus : occultiste, ésotériste ou mage ? (Ediru, 2005)

Le Compagnonnage aujourd’hui (Dangles, 2005)

Credo Maçonnique (Dangles Collection : Horizons ésotériques, 2006 (ISBN 978-2703306412))

Le sens caché des rites mortuaires (Dangles, 2007)

Les regrets du peintre Faust (roman) (Dualpha, 2007)

G comme Géométrie (2 tomes) (Edimaf, 2012)

 

° Mélanges offerts à Jean-Pierre Bayard, préface de Michel Barat, études de A. Buisine, J. Fabry, J.-J. Gabut, C. Gilquin, J.-Y. Goéau-Brissonnière, C. Guérillot, C. Lochon, P. Négrier, H. Rochais, F. Rognon, réunies par Patrick Négrier, Paris, Grande loge de France 2001, 138 p.

Le baiser maçonnique 13 septembre, 2021

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Symbolisme du baiser

 

Le baiser maçonnique

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Les maçonnes et les maçons ont coutume de se témoigner physiquement leur affection fraternelle ; ils le font généralement soit en se donnant l’accolade soit en s’embrassant ; peut-être peut-on trouver l’origine de ce baiser dans la célèbre injonction de Paul « Salutate invicem in osculo sancto » (2ème épître aux Corinthiens) ou dans « Saluez tous les frères par un saint baiser » (I Thessaloniciens 5 :26).

A propos de l’accolade, il y a parfois une confusion avec la colade qui est d’origine chevaleresque (que l’on retrouve aussi en franc-maçonnerie de nos jours avec la triple frappe sur l’épaule gauche) .

Le baiser maçonnique lui se fait généralement par trois : le premier sur la joue droite, le second sur la joue gauche et le troisième à nouveau sur la joue droite ; il faut noter que dans les loges africaines on ne pratique généralement pas ce baiser mais un fraternel et triple affrontement des fronts.On retrouve le baiser sur le front dans les rituels des hauts grades et on voit aussi parfois des vénérables maîtres dans certains rites faire ce troisième baiser sur le front au moment de la réception du nouvel initié à la place du troisième baiser sur la joue droite.

Quelles significations donner à ce baiser sur le front ?

Dans le monde profane, le baiser sur le front n’est généralement pas précédé par un ou des baisers sur les joues. Il symbolise une affection particulière avec une forte connotation de protection.

Si les études concernant le baiser sur la bouche sont nombreuses, le baiser sur le front suscite beaucoup moins de littérature. L’utilisation de cette pratique au cours de l’histoire entre le plus souvent dans les relations entre vassal et seigneur, ou dans les premiers temps de l’Église chrétienne.

La majeure partie des références aux baisers au front concernent des relations entre sujets engagés dans un rapport de filiation ou de protection. Car il faut noter que celui-qui donne le baiser n’est pas le même que celui qui le reçoit, contrairement au baiser sur la joue, ou sur les lèvres ; « Les pères et les mères doivent baiser leurs enfants au front. » énonce le Dictionnaire de Furetière en 1690.

in XIXe-début XXe siècle, on retrouve ce conseil dans les « bons usages » :

«La comtesse de Gencé conseille aux jeunes filles qui se respectent de rester « sobres d’embrassades ».

On s’embrasse entre amies d’enfance ou entre parents, sur la joue si la différence d’âge n’est pas grande, sinon sur le front. C’est toujours le plus âgé qui prend l’initiative, et aucun baiser ne peut être échangé dans la rue ou dans un endroit public. » (référence : Le Baiser : premières leçons d’amour )

En Franc-Maçonnerie, on retrouve une référence au baiser sur le front au rite pratiqué par la Mère-Loge écossaise de Marseille (1750), ou Rite philosophique en 18 degrés, dans le rituel du double grade Général des Argonautes et Chevalier de la Toison d’Or (10ème et 11ème grade) où dans le cadre de l’instruction du récipiendaire il est dit :

« L’accolade est de baiser au front celui qui vous reconnaît et qu’il doit rendre de la même façon.»

On voit bien dans ce texte la filiation entre la colade chevaleresque, l’accolade et le baiser sur le front. On pourrait dire que celui-ci n’a plus vraiment le même contenu de protection que dans le sens profane mais celui de reconnaissance et d’admission.

Il en est aussi fait mention dans le livre de William Morgan « Mysteries of Freemasonry » (1826) dans une réception d’un grade de perfection « Some Knights, in addition to this, kiss the forehead of the brother saying « Alpha » to which he answers « Omega ». » Dans ce cas il n’entre pas dans le cadre du triple baiser.

Au Rite Ecossais Rectifié, c’est au troisième degré qu’après l’élévation, le rituel enjoint le V:. M:. :
« Il l’embrasse en lui donnant le baiser fraternel sur les deux joues et au front. »

On pourrait se poser la question de la place du baiser sur le front dans le rituel maçonnique ; geste symbolique qui se place dans la reconnaissance, la protection ou la fraternité , ne mériterait-il pas d’être plus pratiqué ?

 

source : https://www.idealmaconnique.com

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le nombre Neuf – 9 14 avril, 2021

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Symbolisme et chiffre : le nombre Neuf – 9

neuf

Dans les écrits homériques, le nombre neuf à une valeur rituelle. Déméter parcourt le monde pendant neuf jours à la recherche de sa fille Perséphone ; Letô souffre pendant neuf jours et neuf nuits les douleurs de l’enfantement ; les neuf Muses sont nées de Zeus, lors de neuf nuits d’amour. Neuf semble être la mesure des gestations, des recherches fructueuses et symbolise le couronnement des efforts, l’achèvement d’une création.

Clio-Thalie-Erato-Euterpe-Polhymnie-Calliope-Terpsichore-Uranie-Melpomène

Les Anges, selon le Pseudo- Denys l’Aéropagite, sont hiérarchisés en neuf chœurs, ou trois triade : la perfection de la perfection, l’ordre dans l’ordre, l’unité dans l’unité.

Chaque monde st symbolisé par un triangle, un chiffre ternaire : le ciel, la terre, les enfers. Neuf est la totalité des trois mondes.

Neuf est un des nombres de la sphère céleste. Il est encore, symétriquement, celui des cercles infernaux. C’est la raison des neuf nœuds du bambou taoïste, des neuf (ou des sept) encoches du bouleau axial sibérien. C’est la raison aussi des neuf degré du trône impérial chinois, et des neufs portes qui le séparent du monde extérieur, car le microcosme est à l’image du Ciel. Aux neuf Cieux s’opposent les neuf Sources, qui sont le séjour des morts.

Les cieux bouddhiques sont neuf également, mais, selon Houai-nan tseu, le ciel chinois a neuf plaines et 9999 coins.

Le nombre neuf est à la base de la plupart des cérémonies taoïstes du temps des Han.

Neuf est le nombre de la plénitude : 9 est le nombre du yang. C’est pourquoi les chaudrons de Yu sont neuf et- pourquoi le cinabre alchimique ne devient potable qu’à la neuvième transmutation.

Neuf est aussi la mesure de l’espace chinois : nombre carré du lo-cho, nombre des régions dont les neufs pasteurs apportèrent le métal pour la fonte des neufs chaudrons. Ultérieurement la Chine comptait 18 provinces, soit deux fois neuf ; mais selon Sseuma ts’ien , elle occupait 1/81 du monde. Dans le mythe de Houang-ti, Tch’eyeou n’est pas un, mais 81 (ou 72), ce qui exprime la totalité d’une confrérie. Et ce n’est pas par hasard si le Tao-te king compte 81 chapitres (9×9).

Si neuf est chez Dante comme partout ailleurs le nombre du Ciel, il est aussi celui de Béatrice, laquelle est elle-même un symbole de l’Amour. (Marcel Granet, la pensée chinoise, Paris, 1934 – René Guénon, l’ésotérisme de Dante, Paris, 1925).

Selon l’ésotérisme islamique, descendre neuf marches sans chute signifie avoir dompté les neuf sens. C’est également le nombre qui, correspondant aux neuf ouvertures de l’homme, symbolise pour lui les voies de communication avec le monde.

Chez les Aztèques, le roi Tecoco, Nezahualcoyotl, construisit un temple de neuf étages, comme les neuf cieux, ou les neuf étapes que devait parcourir l’âme pour gagner le repos éternel. Il était dédié au Dieu inconnu et créateur de toutes choses, celui du voisinage immédiat, celui par qui nous vivons. (Mythologies des Montagnes, des Forêts et des Iles, (p.187) sous la direction de P. Grimal, Paris, 1963).

Dans la mythologie mezo-américaine, le chiffre neuf symbolise les neuf cieux, sur lesquels gravite le soleil. D’autre part, neuf est également le chiffre sacré de la déesse lune : dans la glyptique maya, Bolon Tiku, Déesse Neuf, est la déesse de la pleine lune. (Raphaël Girard, Le Popol-Vuh, Histoire culturelle des Maya-Quiché, (p.309) Paris, 1954).

Neuf, pour les aztèques, est spécifiquement le chiffre symbolique des choses terrestres et nocturnes ; l’enfer est fait de neuf plaines et le panthéon aztèque compte neuf divinités nocturnes, gouvernées par le dieu des enfers, qui se situe, dans leur liste, au cinquième rang, donc au milieu des huit autres.. Dans la plupart des cosmogonies indiennes, il existe également neuf mondes souterrains. Chez les Mayas, le nombre neuf, considéré au contraire comme faste, est particulièrement important en magie et en médecine (Eric S. Thompson J., Maya Hieroglyphic writing, University of Oklahoma, nouvelle édition, 1960).

La divinité du 9° jour est le serpent, qui commande aussi le treizième jour. Mais dans la croyance populaire aztèque, neuf, étant lié aux divinités de la nuit, de l’enfer et de la mort, est un nombre redouté.

Le nombre neuf joue un rôle éminent, tant dans la mythologie que dans les rites chamaniques des peuples turco-mongols. A la division du ciel en neuf couches s’associe souvent la croyance aux neuf fils ou serviteurs de Dieu qui, selon Gonzarov correspondraient à neuf étoiles adorées par les Mongols, les Tchouvaches de la Volga, qui classent leurs dieux par groupes de neuf, observant des rites sacrificiels, comprenant souvent neuf sacrificateurs, neuf victimes, neuf coupes, etc. Les Tchérémisses païens offrent au Dieu du Ciel neuf pains et neuf coupes d’hydromel. Les Yakoutes placent également neuf coupes sur leurs autels de sacrifice ; à titre de comparaisons mentionnons que, selon Masmoudi, les Sabéens Syriens organisèrent leur clergé d’après les neuf cercles célestes (Uno Harva, Les représentations religieuses des peuples altaïques, traduit de l’allemand par Jean-Louis Perret, (p.117-118) Paris, 1959).

Selon René Allendy (Dr.René Allendy, Le Symbolisme des Nombres, (p.256, s.) Paris, 1948) le nombre neuf apparaît comme le nombre complet de l’analyse totale. Il est le symbole de la multiplicité faisant retour à l’unité et, par extension, celui de la solidarité cosmique et de la rédemption.

Tout nombre, quel qu’il soit, dit Avicenne, n’est autre que le nombre neuf ou son multiple, plus un excédent, car les signes des nombres n’ont que neuf caractères et valeurs avec le zéro.

Les Egyptiens nommaient le nombre neuf la Montagne du Soleil : la grande neuvaine était faite de l’évolution dans les trois mondes, divin, naturel et intellectuel, de l’archétype trinitaire Osiris-Isis-Horus, représentant l’Essence, la Substance et la Vie.

Pour les platoniciens d’Alexandrie, la Trinité divine primordiale se subdivisait également par trois, formant les neuf principes. C’est volontairement, ajoute Allendy, que l’architecture chrétienne a cherché à exprimer le nombre neuf : ainsi le sanctuaire de Paray-le-Monial est-il éclairé par neuf fenêtres.

On retrouve neuf principes universels dans les enseignements de la plus ancienne secte philosophique de l’Inde, les Vaïses-hica.

L’initiation orphique aurait de même admis trois ternaires de principes, le premier comprenait la Nuit, le Ciel, le Temps ; le second, l’Ether, la Lumière, les Astres ; le troisième, le Soleil, la Lune, la Nature ; ces principes constituaient les neuf aspects symboliques de l’Univers. Le nombre neuf, dit Parménide, concerne les choses absolues.

Les neuf muses représentent, par les sciences et les arts, la somme des connaissances humaines.

Liturgiquement, la neuvaine représente l’achèvement, le temps complet. Elle existait dans le culte mazdéen, on le retrouve dans le Zend-Advesta, où de nombreux rites purificatoires sont formés d’une triple répétition ternaire : ainsi les vêtements d’un mort doivent être lavés neuf fois dont trois fois avec de l’urine, trois fois avec de la terre et trois fois avec de l’eau. Cette triple répétition ternaire se retrouve dans de nombreux rites de magie et de sorcellerie.

Trois étant le nombre novateur, son carré représente l’universalité. Il est significatif que tant de contes, de toute origine, expriment l’infini, le surnombre, par la répétition du neuf, tels les 999.999 Fravashis des anciens Iraniens : ils gardaient la semence de Zoroastre, dont devaient naître tous les prophètes.

L’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, image du retour du multiple à l’Un, et donc de l’Unicité primordiale et finale, est graphiquement apparenté à la reproduction du nombre neuf

Dans de multiples alphabets : tibétain, persan, hiératique, arménien, égyptien, etc.

Mystiquement cette acception du neuf l’apparente au Hak des Soufis, suprême étape de la Voie, béatitude conduisant au fana : l’annihilation de l’individu dans la totalité retrouvée ; ou, comme dit Allendy, la perte de la personnalité dans l’amour universel.

La tradition indienne précise cette acception rédemptrice du symbole Neuf, avec les neuf incarnations successives de Vishnu, qui, chaque fois, se sacrifie au salut des hommes. De même, selon les Evangiles, Jésus crucifié à la troisième heure, commence son agonie à la sixième heure (crépuscule) et expire à la neuvième.

Louis-Claude de Saint-Martin voyait dans le neuf, l’anéantissement de tout corps et de la vertu de tout corps

Les Francs-Maçons, conclue Allendy, en ont fait le nombre éternel de l’immortalité humaine et neuf maître retrouvèrent le corps et le tombeau d’Hiram. Suivant la symbolique maçonnique le nombre 9 représente aussi, dans son graphisme, une germination vers le bas, donc matérielle ; tandis que le chiffre 6 représente au contraire une germination vers le haut, donc spirituelle. Ces deux nombres sont le début d’une spirale. Dans l’ordre humain, le nombre neuf est (en effet) celui des mots nécessaires à l’achèvement du fœtus, qui est néanmoins complètement formé dès le septième mois. (On peut observer aussi que le nombre 6 est celui de l’achèvement de la création, qui culmine le sixième jour avec l’apparition de l’homme). (Jules Boucher, La symbolique maçonnique, 2ème édition, (p.227), Paris 1953).

Le nombre neuf intervient fréquemment dans l’image du monde décrite dans la Théogonie d’Hésiode. Neuf jours et neuf nuits sont la mesure du temps qui sépare le ciel de la terre et celle-ci de l’enfer : une enclume d’airain tomberait du ciel durant neuf jours et neufs nuits, avant d’atteindre le dixième jour, à la terre ; et, de même, une enclume d’airain tomberait de la terre durant neuf jours et neuf nuits, avant d’atteindre, le dixième jour, au Tartare (Hésiode, Théogonie, les Travaux et les Jours, le Bouclier, traduit par Paul. Mazon, (v.720-725), Paris, 1928). De même la punition des dieux parjures consiste-t-elle à demeurer neuf années pleines loin de l’Olympe, où siège le conseil et se tient le banquet des divinités (ibid.60-61).

Neuf, étant le dernier de la série des chiffres, annonce à la fois une fin et un recommencement, c’est-à-dire une transposition sur un nouveau plan. On retrouverait ici l’idée de nouvelle naissance et de germination, en même temps que celle de mort ; idées dont a été signalée l’existence dans plusieurs cultures à propos des valeurs symboliques se ce nombre. Dernier des nombres de l’univers manifesté. Il ouvre la phase des transmutations. Il exprime la fin d’un cycle, l’achèvement d’une course, la fermeture de la boucle.

C’est en ce sens que l’on peut interpréter le titre et la répartition de l’œuvre de Plotin, tels qu’ils furent transmis par ses disciples, et notamment par Porphyre, sous une influence pythagoricienne : Ennéades (ensemble de neuf). C’est un ensemble de 54 petits traités, assez arbitrairement découpés, mais correspondant au produit de 6×9 ; deux nombres qui sont chacun multiples de trois et renforcent la symbolique du trois. Porphyre s’en émerveille : j’eus la joie de trouver le produit du nombre parfait six par le nombre neuf. Cette structure numérologique tend à symboliser la vision totale, cosmique, humaine, théologique, depuis l’origine jusqu’à l’eschatologie du monde, que représente l’enseignement du maître. Après l’émanation de l’Un et le retour à l’Un, la boucle de l’univers s’achève. Les Ennéades constituent par leur seul titre, le manifeste global d’une école et d’une vision du monde.

*

En plus des Sources multiples citées, il convient de noter :

Dictionnaire des Symboles – Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres. – Par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, édité chez Robert Laffont / Jupiter dans la collection Bouquins

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Réflexions sur le Prologue de Jean 28 mars, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

31 octobre 2020

Réflexions sur le Prologue de Jean.

jean

En loge, la Bible est placée sur le plateau du Vénérable, ouverte à la page du Prologue de Jean. L’équerre et le compas la recouvrent. Elle est le symbole d’une tradition immémoriale qui dicta nos règles de vie et notre morale collective.

La présence de la Bible est confirmée par les rituels les plus anciens. L’évangile de Jean est un livre capital de la spiritualité chrétienne. Le caractère ésotérique de ses écrits le distingue des évangiles dits synoptiques. Très tôt au sein de la première diaspora,  les adeptes de Jean se voulaient les gardiens de la part cachée de la tradition par opposition aux tenants de l’Eglise de Pierre exotérique et dogmatique.

Si un certain nombre de loges maçonniques s’intitulent « Loges de St Jean », la raison est peut-être due à cette particularité. La F.M. se plaça sous le patronage des deux St Jean. Le baptiste est considéré comme le précurseur et l’initiateur, Jean l’évangéliste, lui, nous appelle à nous ouvrir aux mystères de la vie de l’Esprit.

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Pour ma part, je remercie la franc-maçonnerie qui me l’a fait redécouvrir, car depuis de nombreuses années, Jean l’évangéliste est devenu mon « Maître ». Je prends donc le parti d’exprimer mon ressenti de franc-maçon-chrétien. Comme un viatique, ce prologue qui lui est attribué traduit l’essentiel de ma démarche maçonnique. 

Par contre c’est une tâche délicate que d’aborder ces sujets devant des Sœurs et Frères de sensibilités hétérogènes.

         Le Prologue – 1/18 – « Pro-logos » (avant le discours) ; c’est avant tout un hymne au LOGOS qui condense la pensée de Jean. Il emploie un langage poétique car il n’y a pas de mot qui sache exprimer de façon adéquate sa pensée. C’est un langage allusif qui indique quelques directions, quelques indices orientés pour qui a le désir de s’y aventurer. « La poésie n’est pas un jeu mais un moyen de haute connaissance » disait Henri Bosco.

Le cadre historique

En quelques versets (1/18), Jean nous plonge dans un espace-temps qui se contracte pour nous projeter dans la fulgurance d’une rencontre qui va changer le monde : nous sommes dans ces temps instables et anxiogènes où la culture vétérotestamentaire était battue en brèche par les occupations grecques puis romaines et les nombreuses invasions qui l’ont précédée.

De ce fait, au sein de ce peuple qui souffre et s’interroge, la résurgence de l’idée d’un sauveur que l’on pourrait dire « miraculeux », un Messie roi, « fils de David » qui viendrait libérer Israël du joug de l’occupant se fait de plus en plus prégnante.   Mais le profil de cet envoyé de Dieu reste flou; en effet de qui parle-t-on ? D’un messie prêtre ? D’un messie chef des armées ?

L’évangile de Jean vient interrompre ce temps d’incertitude : il fallut l’apparition de Jésus/Yeshoua sur les bords du Jourdain pour que le rideau se lève dévoilant un paysage inattendu. En effet, comme le décrit Jean, il est au-delà des schémas habituels : ce n’est pas un messie davidique au sens où on l’entend, il fuit ceux qui veulent le faire roi et proclame devant Pilate que sa royauté est d’en haut… C’est évidemment incompréhensible pour qui l’entend.

Tel que je le perçois, Jean prend le prétexte de la rencontre de Jean Baptiste et de Jésus-Yeshoua qu’il décrit comme capitale, comme un basculement : nous sommes à la croisée des chemins, au point de jonction de la Première Alliance abrahamique, l’ancien monde et l’Avènement d’une Nouvelle Alliance qui porte en elle le concept d’Amour et de Vie éternelle et cette Nouvelle alliance, Jean va clairement  l’identifier à une personne : Yeshoua,  l’Unique de Dieu.  Le Logos divin préexistant qui se manifeste au sein du monde.

Pour Jean, le message de Yechoua/Jésus, commence véritablement ce jour-là, au bord du Jourdain. Cette histoire s’inscrit dans l’histoire universelle… comme l’image d’un grouillement improbable et une Présence, une présence « discrète et irradiante ». Jean nous convie à nous approcher de ces textes avec audace, à les scruter, à nous ouvrir à l’appréhension des mystères, il nous fait entrer, en présence d’une « Altérité que ni l’intellect ni le cœur ne peut contenir ». Ces écrits sont, pour moi, comme une épiphanie…

Ceci traduit ma quête essentielle, et tout ce vers quoi je tends. Jean  me donne à entrevoir tout un contenu qui n’est pas explicitement signifié. Il m’apprend à voir « au-delà » et avec une plus juste mesure…  C’est, pour moi, la mise en état de regard avec cette Présence qui rencontre mon désir de sens et m’invite à une aventure… comme Yeshoua le dit simplement à Jean et son ami André qui lui demandaient : « Où demeures-tu », ils voulaient dire « Dis-nous ta vraie nature ». Il répond simplement : « Venez et voyez… ». 

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Avant d’étudier ce message transmis par Jean:

Qui était-il ce Jean, ce « disciple bien-aimé » auteur du quatrième évangile ?

Un personnage historique : Johannes – homme savant du clan Cohen ?  ou Jean, fils de Zébédée, l’Apôtre, frère de Jacques ? Ou une figure symbolique, l’archétype du disciple idéal ?

A-t-il été écrit en grec ou en araméen ? Les conjectures abondent et qu’importe de ne pas savoir exactement  qui  il était,  cela nous montre d’ailleurs  le degré d’humilité et de retrait qui l’habitait.

Innombrables sont les figures de Jean. L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination.  L’évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste « Il faut que lui grandisse et que je décroisse ». Elles croisent ces belles paroles de François Cheng : « Vraie Lumière, celle qui jaillit de la Nuit » … « Vraie Nuit, celle d’où jaillit la Lumière ».

Ces fêtes sont restées présentes dans l’univers de la franc-maçonnerie, comme lente et sage respiration que rythment nos banquets d’ordre, notre fête solsticiale et les rites de notre année maçonnique. J’aime la figure sur les tableaux des loges des deux tangentes de part et d’autre du cercle avec son point de centre : le dernier des prophètes de l’ancienne alliance et le premier des témoins de la nouvelle alliance qui touchent au plus près la « figure » du Logos.   

Pour de nombreux francs-maçons (je cite Hubert Greven Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France), je cite « Jean fut un prodigieux médium, son évangile est essentiellement ésotérique… L’ésotérisme des écrits de Jean fait comprendre au mieux, en le faisant murir, le fond commun et traditionnel de toutes les religions… C’est un bâtisseur du Temple dont il présente les dimensions à l’échelle universelle, participant au Cosmos. L’Homme est comme un dieu en devenir.  Son message a pour but de dégager l’homme de son état strictement humain, de rendre effective la capacité qu’il possède d’accéder aux états supérieurs. » Jean est le patron des francs-maçons et des Templiers. 

Il poursuit : « Peut-on considérer que  l’évangile de Jean n’est que réflexions analogiques, intuition et actions symboliques, attribuées à des personnes… on peut considérer que ces personnes ont existé, nier leur réalité historique ou les regarder comme des archétypes comportementaux, selon son intime conviction personnelle, et selon l’adage : « tout est symbole ? L’important est de s’attacher au cheminement initiatique évoqué par les textes »

Quant à René Guénon il suggère : « L’idée principale… est que l’Être a de multiples états dont l’espèce humaine ne fait qu’en occuper un, mais que de l’un à l’autre de ces états on peut s’élever par des actes volontaires de son esprit, par son activité psychique et intellectuelle jusqu’à parvenir sur ce plan à l’identité suprême… Pour cela  il faut une initiation et des rites initiatiques.  Dans les états mystiques au contraire, il est enseigné depuis Abraham, que l’on ne peut obtenir une certaine élévation que par la grâce de Dieu qui répond à un désir… ce qu’il appelle le mysticisme passif… ».

Mais pour un grand nombre d’exégètes, Jean était avant tout un théologien sublime à la fois gnostique et mystique. Toute son intelligence et son amour disent la manifestation de l’Être ; il s’est élevé très haut dans la contemplation de cette manifestation… son emblème est l’aigle qui, seul, s’élève, porté par le vent de l’esprit jusqu’au zénith.

La lecture que nous pouvons faire de ce prologue sera donc polysémique, elle peut être vue sous un angle ésotérique, théologique ou mystique. « Notre cerveau est un « organe de tâtonnements, ce serait lui faire injure que de lui imposer des certitudes ».

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Et « Jean le Baptiste » : Qui était Iohanân ?

Il a été dit que Jean Baptiste avait été un adepte des communautés esséniennes. C’est une hypothèse plausible. Cette secte juive de stricte observance prêchait l’ascétisme et la repentance,  l’immersion quotidienne et même le célibat.

Leur théologie était une gnose-dualiste et eschatologique,  elle attendait et se préparait pour la fin des temps lors d’événements apocalyptiques décrits comme un gigantesque combat opposant les Fils de Lumière aux Fils de Ténèbres. 

Deux Figures eschatologiques étaient donc attendues intensément par cette communauté : un Prophète qui devait annoncer la venue d’un Messie, et ce Messie à la fois sacerdotal et royal. « Mashia’h » en araméen, c’est celui qui a reçu l’onction (Samuel a consacré David). Mais en élargissant cette fonction à l’image du « Parakletos grec », c’est celui qui intercède, vient en aide ou console.

Jean le Baptiste semble s’inscrire dans cette mouvance. Il va se retirer dans le désert. Il prophétise et baptise. Il prêche le renoncement et la conversion, la redécouverte des fondamentaux de la religion… et devient Jean le Précurseur, une « figure » dans la vie religieuse et politique de ce pays, et les gens viennent à lui en grand nombre.  Il est la voie qui crie : « Dans le désert déblayez, frayez les chemins du Seigneur ».

Appelé par Yeshoua « le plus grand parmi les fils de la femme », Fils de ce terreau qu’est notre humanité, il clôt le cycle des prophètes de la première Alliance. Il prêche la Téchouva… le retournement. Il est, pour nous francs-maçons,  un initiateur. Cette figure est essentielle, elle nous incite au grand déblaiement de notre « moi », avant tout choix de vie pour cheminer vers la Lumière, car il s’agit bien là de traversée du désert, de dépouillement, d’abandon, de dé-sécurisation.

A ce vide nécessaire, comme la « table d’attente » en héraldique,  répond, le « lâché prise », la vacuité totale d’esprit, d’âme et de corps qui nous est nécessaire pour  accueillir l’Infini/ la conscience du « Soi »,  l’Axe de notre condition humaine.

En une longue suite de mutations Mort/résurrection/ Mort/résurrection,  nous devons petit à petit nous détacher, mourir à nos attachements, accepter parfois de ne plus rien comprendre, comme notre père Abraham, mort à lui-même, devant son fils Isaac qu’il croyait devoir immoler.  Longue et périlleuse est la route qui nous conduit à notre verticalisation.

Jean le baptiste est le Précurseur, témoin de la Lumière. Notre mission d’initiés est d’être nous-même des témoins de la Lumière. 

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Alors entrons dans le texte : nous avons parlé de Jean l’évangéliste, et nous avons évoqué sa rencontre avec Jésus / Yeschoua.

 Verset 1 : Ce premier verset, on peut l’énoncer de différentes façons, issues de traducteurs, tous théologiens : « Au commencement était le verbe » , « Au commencement, le Logos, Le Logos est vers Dieu/Le Logos est Dieu », «Entête lui le Logos/ et le logos, lui pour Elohîms / et le logos, lui, Elohîms »,  « D’abord il y avait le Langage… », « Dans le principe, le verbe… »   Enfin, « Au commencement était la Parole, la Parole était en compagnie de la Lumière, la Parole était la Lumière », cette dernière traduction de Hubert Greven pour qui « ces écrits sont essentiellement un message ésotérique qu’il faut décrypter ».

Nous pouvons en effet l’interpréter selon ce point de vue car « tout est symbole » et Jean, le poète, l’ami fidèle de Yeshoua, nous y invite, son évangile et particulièrement le prologue est, pour moi, un rougeoiement qui attend notre désir mêlé au souffle divin pour nous illuminer. Sa lecture nous demande de rester ouverts … « le vent, on ne sait d’où il vient, ni où il va… » comme une parole lancée, on ne sait pas où elle va aboutir.

Ce n’est donc pas à proprement parler de la « lecture comparée », mais plutôt une approche collégiale. C’est mon choix, mon interprétation en est une parmi d’autres.  Il n’y a pas d’interprétation unique. Nous verrons que plus on approche et plus le sens se révèle infini en tant qu’il est inépuisable.

Ainsi Verset 1) : La première question qu’on ne peut éviter : « Au commencement… »  Jean Yves Leloup (philosophe et théologien) nous invite à poser cette question fondamentale : « Au commencement de quoi ? et quel commencement ?  Le commencement du monde, de cet espace-temps.  Mais avant ce commencement ?…  De rien, rien ne peut sortir ».

 On se souvient du premier mot de la Genèse : Bereshit.  André Chouraqui en bon exégète bibliste nous fait signe : avant le « beth » il y a « l’aleph », ce mystère qui est et qui nous dit qu’il y a quelque chose plutôt que rien.

Jean-Yves Leloup précise : « Il faut garder cette question ouverte car elle est fondamentale dans notre démarche de maçon : Connaître son origine, c’est connaître sa fin… ce pourquoi nous sommes faits.  Elle me force à m’identifier : quel est le lieu d’où je viens ?… Car le commencement n’est pas à chercher hier, autrefois, mais ici et maintenant ».  Qu’y a-t-il à l’origine de mes actes, à la source de mes pensées, de mes émotions, de mes sentiments ? A la source d’une pulsion, d’un cri, d’une angoisse ? ».

On rejoint la question de Jean et André : « Maître, d’où est-tu ?». On rejoint aussi, nous le verrons plus loin, l’analyse d’Annick de Souzenelle.

Si nous revenons au texte, en tout premier lieu, Jean nous invite à une réflexion : pour le premier verset, nous avons plusieurs traductions possibles.                                      

Mais avant tout, première digression :

On parle là de Dieu, ou plutôt des noms des dieux, tous improbables …car comme le dit Sylvie Germain : « On a tous une certaine conception de Dieu, et selon le nom qu’on lui octroie, cela peut déterminer le sens d’une croyance ou d’un comportement ».

Il faut rappeler que, pour les croyants « Dieu n’existe pas, il n’est rien de ce qui existe, Il est Incréé… il n’appartient pas au règne des Etants… il n’est pas du monde. Il est « l’Incréé » d’où vient toute créature ».

Et les francs-maçons précisent que « Dieu n’a rien à voir avec les religieux, dieu est un nom qui s’applique à aucune chose en particulier, bien qu’il les concerne toutes singulièrement. Du fond de leur réalité finie, exprime leur commune appartenance à une totalité infinie. »

C’est ainsi que dans beaucoup d’ateliers il est nommé « Grand Architecte De L’Univers », (pour moi, c’est un vocable « technique ») c’est la « Sagesse divine ».  

Au REP nous disons « Dieu » et parfois le « GADLU », les Juifs ne le prononcent pas, il est יהוה, ils l’appellent « Chaddaï » ou « Adonaï » ou « Eloïms ».

D’autres le nomment « l’Être », «la Lumière », « le Soi », « la Conscience ».

Les chrétiens disent « Yahvé » (c’est à mon avis une traduction hasardeuse), ou « Abbah /Père » comme l’appelle le Fils.  D’autres enfin ne veulent pas nommer ce qu’ils rejettent comme irrecevable.

Quelques précisions : Quand Jean parle du « Père », c’est l’origine, le fondement…

Pour Hubert Greven, c’est le père spirituel, l’initiateur, le Maître.

Le Fils : « Être fils », c’est entretenir une relation d’intimité avec ce qui sans cesse nous fonde et nous « origine ». Pour Hubert Greven : « fils » c’est le disciple privilégié, l’Initié, le fils spirituel.

Et « l’Esprit » est la relation (pneuma / souffle) spirituelle.  Relation de Présence-à-présence, présence du souffle humain au Souffle qui anime « tout ce qui vit et respire ».

Nous le voyons, autant de lectures et de sensibilités intéressantes. C’est la pluralité des lectures et leurs interprétations qui nous ouvrent à la connaissance de ce texte. Quant au LOGOS, j’ai retenu en premier lieu ce vocable pour la richesse d’interprétations qu’il offre :

 « Logos », selon un helléniste italien, le professeur Morani, est un mot clé qui pourrait résumer à lui tout seul l’expérience culturelle des grecs anciens : « LOGOS signifie parole, pensée, rationalité, capacité de l’être humain de relier et développer ses propres pensées ». Il note que la signification originelle de Logos est le fait de parler, d’être en capacité de communiquer quelque chose de rationnel. Logos n’est pas simplement la parole, mais un mot qui exprime l’intelligibilité (intelligence, parole, verbe, information créatrice…).

Ainsi nous parlons du Logos qui est « Parole créatrice ». Pour les sémites, parole et évènement sont liés ; c’est la Parole (Dabar en hébreu) de Dieu qui crée. C’est le concept d’information : pour qu’une chose existe, elle a besoin d’être informée.

« Au commencement, à l’origine, » il y a donc cette Intelligence, cette « Parole créatrice » qui informe toutes choses, elle est « agir et réalisation ».  Plus généralement  la parole est « créatrice » au sens où elle donne du sens et crée de la relation.

Osons aller au-delà, « la Parole » engendre « l’écoute, le lien », elle donne vie à « la relation ».  Dire (en 1) : « Au commencement : le Logos / Le logos est vers Dieu », c’est admettre et dire que ce qui est premier est de l’ordre de la « Relation » et qu’il y a « mouvement et orientation ».  Et Jean ajoute que ce « Logos est Dieu », en nous disant cela, il nous informe que ce Logos contient tout Dieu. Et comme nous le dit Jean Grosjean : « Il contient la totalité de sa source.  Il ne fait qu’un avec la lumière qu’il donne à contempler ». Il évoque là, en particulier « le mystère divin personnifié ». Je le cite : « Le Logos et le Théos sont distincts. Ils ne sont pas séparés. Ils ne sont pas confondus ou mélangés : ils sont Un… Entre l’aleph, l’inconnaissable et la création, il y a ce Logos ce « dialogue », qui pose la dualité et dans le même mouvement appelle et rend possible l’Unité… non l’unité indifférenciée ou fusionnelle, mais l’unité de relation. L’Unité n’est pas détruite par l’Altérité, l’Altérité n’est pas anéantie par l’Unité ».

Avec Jean, le regard plonge donc dans l’intime de l’Être. Nous  entrons  dans le mystère trinitaire.

Hubert Greven, lui parle de fusion : « La Parole était en compagnie de la Lumière, la Parole était la Lumière » Ceci revient à dire que la parole existe depuis l’origine du monde créé et accompagnait la Lumière. Tout a donc été fait par la Parole et par la Lumière… « la fusion de ces deux concepts implique un seul principe créateur qui est à la fois Parole et Lumière. »  Ailleurs, il dit : La parole est dans la Lumière, et la Lumière se manifeste par la Parole, celle de la sagesse suprême, envoyée sur la terre pour y révéler les secrets de la volonté divine et c’est ce postulat, cette espérance qui fonde la quête du F.M. »

Annick de Souzenelle a une vision toute différente et passionnante que je tente de résumer : elle rejette le terme « au commencement » pour « Dans le Principe, le Verbe ». Cette traduction nous projette dans ce qu’Annick de Souzenelle appelle « le temps ontologique », qui n’est plus « le temps historique » composé du passé, présent et futur, c’est au contraire « l’instant » Hic et Nunc, qui nous relie au divin, c’est le « non temps » de l’éternité.

Dans le Principe est le Verbe qui nous habite, ici et maintenant : c’est le temps et le lieu de l’accompli et du non-accompli. Cet inaccompli qui verra son accomplissement au fur et à mesure des dimensions de conscience successives qui nous habitent et nous habiteront. C’est une réflexion fondamentale qui nous met, non pas au pied du mur, mais aux pieds de l’échelle de Jacob et des nombreux paliers qui nous attendent. 

Puis Jean précise, il répète, et c’est un indice (en 2) : « Il est au commencement avec Dieu ».  C’est la révélation que Jean nous livre : le dévoilement de l’Uni /Trinité de l’Être. Quand j’ai pris conscience de cela, ce fut, pour moi, libérateur, car cette unité n’a rien de statique. Tout est Mouvement / Relation et Vie...        

Si l’on adopte cette révélation, il n’est plus question d’un Être solitaire et Omnipotent, mais d’une relation d’Amour. Pour Jean, l’Amour est avant tout le cœur et l’ADN de chaque chose. Il le dit plus loin (en 4) : « de tout être il est la vie… ». Lorsque rien n’existait à part l’Uni /Trinité de l’Être, il y avait donc l’Amour. Tout est contenu dans ce mot : mouvement/relation /vie

Fidèle de Jean, j’ai donc cette intuition toute personnelle, que ma vie, ici et maintenant, est pétrie de cet Eternel qui me fait…. Il me constitue, il me structure. Il est « L’AMOUR qui tient toutes choses ensemble. Inouï et Irreprésentable ». Le Logos n’est plus un « objet de connaissance », « quelque chose à comprendre », mais le dévoilement d’une Présence qui s’offre à mon intuition, à ma liberté et m’introduit dans son mouvement « vers l’Infini / l’Altérité absolue et l’Inconnu d’où nous venons ».

(En verset 3) – « Tout existe par Lui – Sans Lui : rien ». Traduction au plus près : « Le tout, en Lui, sa genèse et rien n’a de genèse en dehors de lui ». Pour Jean-Yves Leloup : « Il importe de s’éprouver sans cesse en genèse, en voie de création. Nous ne sommes pas faits une fois pour toute. Le Logos est sans cesse à l’œuvre pour nous tenir hors du Néant ».

Et pour Jean Grosjean, je cite : « L’univers est tramé, tout le temps, par le mouvement même de la parole. Et comme on ne sait jamais où va aboutir une phrase, on ne sait pas non plus où va l’histoire du monde… » question !!

(En verset 4) – « De tout être, Il est la vie. La vie est la lumière des hommes. »

(En verset 5) - « La lumière luit dans les ténèbres, les ténèbres ne peuvent l’atteindre ».

Jean proclame que Logos est la vie de nos vies. Il contient l’univers et tous les univers possibles… tout être vivant est « demeure de l’infini/Réel ». 

La lumière est par elle-même invisible, invisible au cœur même de tout ce qu’elle donne à voir ; cette Lumière incréée qui habite dans les profondeurs de l’être n’est pas accessible à l’esprit « sec », elle est d’une autre nature.  

Cette gnose, ce Souffle, nous donne à voir le Logos dans tous les êtres. C’est faire l’expérience de la Transfiguration, c’est le symbole du mont Thabor. Nous devons donc tenter de percevoir le Logos qui anime toutes choses : si nous l’oublions, le monde devient profane à nos yeux, « profané », vidé de la présence qui l’habite, vidé de sa Lumière.

Pour Hubert Greven : « De même que le soleil illumine la route, de même la lumière (c’est-à-dire illumination) est ce qui éclaire le chemin divin : c’est le principe même de l’initiation. La lumière est symbole de vie aux ténèbres de la captivité (le profane prisonnier de ses passions) s’opposant à la lumière de la libération et du savoir. »

« La vie de l’Esprit fait sortir l’homme des ténèbres.  La lumière de l’Esprit va lui permettre de s’ouvrir pour avoir la vision d’une autre réalité. C’est la source et le fondement de la Connaissance qui est symbole de ce qui éclaire la vie intérieure, de ce qui oriente. La véritable Lumière, c’est la Parole, l’ultime réalité qui est en « tout homme venant dans ce monde ». C’est un message qui demeure éternellement en accomplissement. »

(En verset 6) – « Paraît un homme, envoyé de Dieu – Iohanan est son nom ».

(En verset 7) « Il vient comme Témoin pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous y adhèrent »

(En verset 8) – « Il n’est pas la Lumière mais témoin de la lumière ».

Jean le Baptiseur est l’archétype de l’envoyé, l’apôtre, « l’Ad Verbum ».  Il porte la Lumière et sa présence est pure capacité de l’Autre.

Jean le baptiste est nommé, il est l’envoyé de Dieu : être appelé par notre nom, est fondamental, au sens strict du terme. Quand Socrate nous dit : « Connais-toi toi-même », il nous invite à une introspection, soit, mais se « connaître soi-même », c’est se connaître comme individu, quand le soi est pris comme objet de connaissance ou d’investigation, on s’aperçoit qu’en vérité, on ne sait rien de soi, l’essentiel nous échappe. Mais si cette connaissance est vécue en une lente maturation, en toute humilité, par une attention toute intérieure à chacune de nos pensées, de nos silences, comme notre initiation doit être vécue et continue de l’être, on devient de plus en plus conscient de son souffle, de son axe et de ce qui nous entoure, conscient du Soi qui nous crée et constitue à chaque instant.

Car notre nom usuel n’est que nom substitué ; cette exigence d’identité demeure notre démarche fondamentale : rejoindre le tréfonds de nous-même pour nous placer dans l’axe du Très-Haut.

Exigence constante, comme l’est l’exigence de la transmission qui rejaillit à chaque étape de notre existence de Maître Maçon. A l’instar de Jean le Baptiste, notre mission d’initiés n’est-elle pas d’être nous-même des témoins de la Lumière pour que nos Frères humains soient eux-mêmes illuminés.

 (En verset 9) – « Le Logos est Lumière véritable qui éclaire tout homme. »

 (En verset 10)« Il est dans le monde, le monde existe par lui, le monde ne le connaît pas. »

 (En verset 11) – « Il vient chez les siens, les siens ne le reçoivent pas. »

Traduction de Hubert Greven : « La Parole était lumière, la vraie, celle à laquelle il appartient d’éclairer tout homme ; elle fit à ce moment son entrée dans le monde. »

Toute parole de vérité, quelle que soit son origine, est inspirée de l’Esprit.

Jean le baptiseur disait : « Il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ».

Le monde est l’histoire des hommes, c’est ce que l’homme fait de l’Univers pour le meilleur et pour le pire, en harmonie avec le Logos qui l’anime ou au contraire contre Lui. Et Jean comprend qu’il n’y a pas de place pour l’Éternel dans notre temps, pas de place pour l’infini dans notre finitude.

Annick de Souzenelle nous le dit : « Le monde est comme dans un état « d’ignorance » (de non vision) qui n’est pas manque de savoir, mais oubli de l’Être, l’ignorance du Soi, à côté de ce qu’on est et de ce pour quoi on est fait vraiment, histoire purement horizontale, oublieuse de notre verticalité, de notre ouverture à la transcendance ». « Le monde extérieur est fait de compensations.  Nous sommes dans  l’archaïsme.  Nous pratiquons un humanisme à l’horizontal avec les valeurs de l’exil. Adam se croit devenir Dieu, il se croit accompli. Il a perdu conscience de son être intérieur. Nous n’avons que notre identité biologique. » Il s’agit alors de retrouver notre dimension ontologique : « Être dans le monde, sans être du monde ».

Le LOGOS s’incarne toujours aussi difficilement. L’homme n’est jamais « forcé » de croire ou d’accepter l’amour qui le constitue et qui lui offre une absolue liberté… C’est certainement un concept des plus difficiles à accepter, difficile à y adhérer.

 (En verset 12) – « A tous ceux qui le reçoivent, à ceux qui croient en son Nom, Il donne d’être Enfants de Dieu ».

(En verset 13) – « Engendrés ni du sang, ni de la chair, ni d’un vouloir d’homme mais de Dieu ».

De verset en verset, Jean nous conduits à nous ouvrir à cet exhaussement, ceux qui se font « capacité », le Logos les investit « Shema Israël… ». L’Ecoute conduit à la « fiance ». Croire en son Nom, c’est adhérer au dynamisme de vie, d’intelligence et d’Amour qu’il signifie, c’est devenir « enfant de Dieu » et ceux-là entrent dans une nouvelle dimension. Ils sont « d’ailleurs », ils sont « nés d’en haut, ainsi nait l’homme nouveau ! ».

Et comme le suggère Hubert Greven : « Lorsqu’il reçoit la lumière, l’Apprenti, mort aux séductions du monde phénoménal et des « demeures » profanes, entre dans la demeure initiatique, dans la voie de la Connaissance. De profane (hors de Temple), il devient initié (celui qui commence). Pénétrant dans le sanctuaire, il voit se dévoiler les mystères sacrés, s’ouvrir les seuils jadis interdits, éblouissants de lumière ». Nous sommes à la recherche de la Parole perdue, c’est une aventure (intérieure) spirituelle initiatique. La quête de perfectionnement ».

 (En verset 14) – « Le Logos a pris chair. Il a fait sa demeure parmi nous ». Le logos a fait sa genèse dans la chair (humanité corps et âme). « Et nous avons contemplé sa gloire, la gloire de l’Unique du Père, plein de grâce et de vérité. »

Le Logos nous a rejoints dans notre « histoire » en venant nous dire Dieu dans une « vie humaine ». L’Eternel est entré dans le temps. La matière est ici sanctifiée comme demeure du Logos/ Dieu.

Ce corps humain fragile abrite la Présence Divine et l’information qu’elle contient. Comme le dit Jean Grosjean, le poète : « Il a dressé sa tente de nomade parmi nous. Il campe, il est de passage, le temps de dire et de manifester aux hommes l’Amour dont ils sont aimés dès l’Origine. Depuis Abraham l’installation n’est pas notre nature, nous sommes des passants, nous sommes tissés de temps, notre vie est un mouvement imprévisible, le mouvement même du langage qui est venu en personne partager nos déplacements incertains ».

(En verset 15) – « Iohanan lui rend témoignage. Il crie : Voici celui dont j’ai dit : lui qui vient derrière moi est passé devant moi, parce qu’avant moi, Il était ».

Nous connaissons bien cet appel en Franc-Maçonnerie : « Il faut que je décroisse pour que lui grandisse ».  Qui a des oreilles, entende !

(En verset 16) – « De sa Plénitude, nous avons tout reçu, et grâce sur grâce ».

(En verset 17) « La Thora nous a été donnée par Moshé. La Grâce et la Vérité nous sont venues par Ieschoua, le Messie. »

On peut avancer cette explication : la grâce de la création en genèse, puis la grâce de la Thora par Moïse, enfin la grâce de la filiation. 

Jésus incarne la Thora, l’éclaire du dedans en la vivant comme une expression de l’Amour.  Il nous révèle que nos actes n’ont de valeur que par la liberté et l’amour qu’on y introduit. C’est ce qui leur donne leur « poids » de gloire.

Leloup : (En verset 18) – « Nul n’a jamais vu Dieu. Le Fils unique qui demeure au sein du Père, Lui, nous le fait connaître ». On ne connaît Dieu que par son Logos.  Personne n’a jamais vu Dieu. Le propre de Dieu est d’être inconnaissable. Le Logos est son Unique, ce Fils est le seul à connaître sa source. Cet Unique est entièrement dans le secret du Père puisqu’il en est l’expression parfaite.

Ieshoua ne dit pas : « J’ai la vérité », mais « Je suis la vérité ». Par-là, Jean affirme que Jésus est Vérité de Dieu et Vérité de l’homme, sans confusion, sans séparation. Il nous invite à changer de regard, à voir toutes choses enveloppées d’Invisible. Il nous montre que la moindre virgule d’humanité contient en secret le Nom Divin, fait à la fois d’intériorité et d’extériorité. Il nous oriente avec Lui sur le chemin de l’existence vers « le Père ».

Voilà, avec Jean, je vous ai dit mon angle de lecture.  Je suis sur le chemin… un chemin initiatique que je découvre à chaque instant.  Tout l’évangile de Jean dira que l’œuvre  du Logos dans le monde sera de rendre à l’homme Son Esprit (pneuma), son BON sens, tourné vers le Père/Origine et le restituer dans sa dimension de Fils. Ce sera en soi une invitation au retour dans cette intimité, qui est participation à la vie Trinitaire, à la vie intérieure de Dieu.

« Présence de l’infini dans les corps et le souffle fragile que nous sommes ».

« Que demandez-vous, mon frère ? La Lumière ! »

M.°.L.°.  -  R.°.L.°. « Le Chardon Ecossais » à l’O.°. de Besançon.

Auteurs cités :

Hubert GREVEN – Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France.

ORDO AB CHAO : Réflexions dur l’enseignement de St Jean.

Allocations faites en qualité de Ministre d’Etat, Grand Orateur du Suprême Conseil de France à l’occasion de la St Jean d’hiver de décembre 1989.

Jean-Yves LELOUP : Ecrivain, psychologue et philosophe, théologien orthodoxe. Fondateur de l’Institut pour la rencontre et l’étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes. Il a donné des traductions et des interprétations innovantes de l’évangile, des Épitres et de l’apocalypse de Jean, ainsi que des évangiles considérés comme apocryphes (Philippe, Marie, Thomas).

André CHOURAQUI : (1917 en Algérie /+ 2007 à Jérusalem) Ecrivain, penseur, homme politique, traducteur et commentateur de la Bible, (hébraïque et évangiles).

Jean GROJEAN (1912 / +2006) Ecrivain, poète,  philosophe et exégète . Traducteur et commentateur de la Bible,  de l’évangile et de l’Apocalypse de Jean et du Coran.

Ami de Malraux,  Jean Grosjean participa à l’aventure NRF (éditions et revue) en tant que lecteur et éditeur, aux côtés de Claude Gallimard, Raymond Queneau et J.M.G. Le Clézio notamment.

Annick de SOUZENELLE :  née le 4 Novembre 1922. Infirmière anesthésiste pendant 15 ans, elle a suivi une formation Jungienne de psychothérapeute puis fait des études de théologie chrétienne orthodoxe et d’Hébreu biblique. Depuis 40 ans elle est écrivain et conférencière.  Elle est l’auteur de nombreux ouvrages de spiritualité. Sa recherche s’inspire de la spiritualité cabaliste. Citons « Le symbolisme du corps humain ».

 

SOURCE  : https://ecossaisdesaintjean.over-blog.com/

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Marie madeleine Portrait … 21 mars, 2021

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Marie madeleine

Portrait

 

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Une initiée ?

Une des idées les plus communes de la gnose consiste à dire que l’annonce des Évangiles telle qu’elle figure dans les écritures canoniques, n’est qu’une adaptation grossière de la vérité destinée au peuple. Par derrière se cache un enseignement secret, plus sophistiqué et plus véridique, réservé à l’usage des initiés, ceux-là seuls qui ont accès à la connaissance des mystères sacrés.

Un tel intérêt de la gnose pour Marie-Madeleine s’explique de la façon suivante : Le principe de la gnose est de doubler la doctrine officielle de l’Eglise par une doctrine ésotérique, cette dernière étant supposée provenir du Christ lui-même et avoir été transmise d’initié à initié. Qui donc est mieux placé que Marie-Madeleine, qui « s’étant assise au pied du Seigneur, écoutait sa parole » (Lc 10, 39), pour avoir bénéficié de révélations particulières pour être le vecteur privilégié de ces doctrines occultes ?

Le texte ci-dessous redéfinit la gnose, puis évoque la « Pistis Sophia », le Saint Graal, la sexualité dans la gnose… Si Marie-Madeleine fut une grande initiée, de par les contacts privilégiés qu’elle eut avec le Christ, rien ne permet de croire que ce fut à une autre doctrine que celle des apôtres et encore moins à un enseignement valorisant la transgression des normes communes. S’il y a un secret de Marie, il se trouve tout entier dans les Écritures !

Devant le tombeau vide de Jésus, Marie-Madeleine reçoit la première la plus haute connaissance jamais transmise. Jésus est vraiment ressuscité. Il a vaincu la haine et la mort. Il est vivant pour toujours. Mort pour les péchés, il est ressuscité pour donner la Vie éternelle en abondance. Voilà le secret que Marie-Madeleine annonce haut et fort.

a) Rappel de l’origine de la gnose :Selon la légende, ce serait Simon le magicien présenté dans les Actes des Apôtres (Ac 8, 9) qui serait à l’origine du mouvement gnostique. Mais plus probablement, il s’agirait de Basilide d’Alexandrie vers 130. L’apparition de la gnose donne naissance à la première grande crise doctrinale. Cette crise fut l’occasion de la première affirmation d’une orthodoxie désignée du terme « la Grande Eglise ». Le principal avocat de celle-ci fut saint Irénée de Lyon (vers 180), instruit par saint Polycarpe, lui-même disciple de l’apôtre Jean.

La gnose se préoccupe du salut de l’homme et du monde. Elle place la figure de Jésus-Christ en son centre. Mais elle s’en distingue d’abord par la place qu’elle fait à la connaissance (« gnosis » en grec). L’homme se sauve en étant instruit des secrets de l’univers et non par sa conduite ou par l’amour. Une des idées les plus communes de la gnose consiste à dire que l’annonce des Évangiles telle qu’elle figure dans les écritures canoniques, n’est qu’une adaptation grossière de la vérité destinée au peuple. Par derrière se cache un enseignement secret, plus sophistiqué et plus véridique, réservé à l’usage des initiés (qui se qualifient eux-mêmes de « vrais » chrétiens), ceux-là seuls qui ont accès à la connaissance des mystères sacrés. De la valorisation de la connaissance résulte également l’image d’un Christ qui est d’abord un enseignant, un révélateur des mystères sacrés, à la fois grand initié et initiateur.

L’autre grand trait de la gnose est le dualisme, repris au 3ème siècle par Mani, fondateur de la doctrine « manichéenne ». Valorisant la science et donc l’esprit, la gnose dévalorise la matière. Pour eux, il y aurait non pas un, mais deux dieux en lutte perpétuelle, le Dieu bon, créateur de l’esprit, et le Dieu mauvais, le démiurge, créateur de la matière. Les hommes seraient des purs esprits aujourd’hui prisonniers de la matière, mais dont la destinée, au terme de l’initiation, est d’être intégrés un jour dans le monde purement spirituel. La tentation gnostique constitue une constante de l’histoire du christianisme. Le mouvement cathare, aux 12 et 13ème siècles, est fondé sur l’opposition perpétuelle du Dieu bon, créateur de l’esprit et du principe masculin, du Dieu mauvais, créateur de la matière et du principe féminin. Il dévalorise le corps et l’amour conjugal. Une littérature gnostique à base de secrets initiatiques, d’orientalisme et d’occultisme continue de prospérer. Certaines loges maçonniques ou associations théosophiques s’en nourrissent.

b) La position de l’orthodoxie : S’opposant à la gnose qu’il tient pour une hérésie, l’enseignement de l’Eglise (catholique, orthodoxe ou protestante) refuse que le message chrétien soit réservé à des initiés. L’Eglise n’a pas de secret. La connaissance des mystères n’est pas une affaire d’intellect mais de cœur ; la véritable hiérarchie n’est pas celle de la connaissance mais celle de l’amour et de la sainteté. Cela ne valorise pas l’ignorance : bien au contraire, pour le christianisme, la pauvreté (simplicité) du cœur donne seule l’ouverture requise pour mieux pénétrer les mystères, et c’est l’orgueil qui rend aveugle.

c) Marie-Madeleine et les gnostiques : Elle fut une référence des gnostiques. Selon l’évangile de Marie, Marie-Madeleine aurait eu des révélations spéciales au cours de ses entretiens avec Jésus-Christ. « Pierre dit à Marie : ‘Sœur, nous avons que le maître t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu’il t’a dites dont tu te souviens et dont nous n’avons pas la connaissance’… Marie leur dit : ‘Ce qui ne vous a pas été donné d’entendre, je vais vous l’annoncer…’ » Les révélations apportées ensuite sont plutôt obscures comme par exemple « L’attachement à la matière crée une passion dans tout le corps ; c’est pourquoi je vous le dis ‘soyez en harmonie’ »…

d) La « Psitis Sophia » : Ce célèbre ouvrage gnostique du 3ème siècle met Marie-Madeleine au plus haut, ainsi qu’en témoignent les paroles suivantes prêtées au Christ : « Courage, Marie, tu es heureuse entre toutes les femmes, puisque c’est toi qui seras le Plérome de tous les Pléromes et la perfection de toutes les perfections… C’est pourquoi, là où je serai y seront aussi mes douze Dianes, mais Marie la Madeleine et Jean le vierge sont supérieurs à tous les disciples… » On reconnaît là la rhétorique emphatique propre aux textes gnostiques. Le mot « plérôme » utilisé dans cette série d’écrits, signifie la plénitude qui adviendra à la fin des Temps quand les âmes qui s’étaient égarées dans la matière retrouveraient leur sphère céleste d’origine. Toutefois la gnose fait souvent de la femme une créature du diable ; Marie-Madeleine ne s’en sort qu’en devenant « un homme ». Ainsi dans l’Evangile selon Thomas, « Jésus dit : ‘voici, moi, je l’attirerai pour que je la rende mâle afin qu’elle aussi devienne un esprit vraiment pareil à vous, mâles ! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le royaume des cieux’ ». Une telle misogynie est typiquement gnostique, est sans équivalent dans l’orthodoxie.

e) Le Saint Graal : Marie-Madeleine fut aussi associée à la légende du Saint Graal, légende chevaleresque apparue aux 11 et 12ème siècle. Le Saint Graal évoque des évènements supposés datés du 5ème siècle. Autour du roi Arthur, des hommes d’élite se sont réunis en quête du Saint Graal, vase mystérieux supposé contenir le sang du Christ. Ceux qui le retrouveront seront sauvés et sauveront le monde. Comme Marie-Madeleine se trouve présente au pied de la Croix, elle devient partie prenante au mystère. Quoique le cycle d’Arthur et la gnose soient deux choses différentes, on y trouve des éléments communs qui font les délices des occultistes : l’élitisme, l’idée du secret (ou d’un objet caché), transmis d’âge en âge…

Un tel intérêt de la gnose pour Marie-Madeleine s’explique de la façon suivante : Le principe de la gnose est de doubler la doctrine officielle de l’Eglise par une doctrine ésotérique, cette dernière étant supposée provenir du Christ lui-même et avoir été transmise d’initié à initié. Qui donc est mieux placé que Marie-Madeleine, qui « s’étant assise au pied du Seigneur, écoutait sa parole » (Lc 10, 39), pour avoir bénéficié de révélations particulières pour être le vecteur privilégié de ces doctrines occultes ?

f) Gnose et sexualité : L’ambiguïté de Marie-Madeleine en matière de sexualité est une raison de l’intérêt particulier qu’elle focalise. La gnose considère que la matière n’est qu’apparence, elle n’est que peu destinée pour la sexualité. Elle propose aux âmes d’élite une abstinence totale. Mais on peut comprendre autrement cette doctrine : la sexualité n’ayant aucune importance, qu’importe le dévergondage. Cette ambiguïté de la gnose permet de comprendre l’usage qu’elle a pu faire du personnage de Marie-Madeleine. Au contraire de la gnose, la tradition chrétienne authentique valorise tellement la chair qu’elle en réglemente soigneusement l’usage.

Ainsi, si Marie-Madeleine fut une grande initiée, de par les contacts privilégiés qu’elle eut avec le Christ, rien ne permet de croire que ce fut à une autre doctrine que celle des apôtres et encore moins à un enseignement valorisant la transgression des normes communes. S’il y a un secret de Marie, il se trouve tout entier dans les Écritures !

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Hommage à Robert Amadou

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Hommage à Robert Amadou

Hommage à Robert Amadou dans Silhouette RA3

A Catherine, très affectueusement

Mon frère, mon ami, mon vieux maître s’est endormi, mardi 14 mars 2006, dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, commencée voilà 82 ans.  » L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre  » dit le Philosophe inconnu, que Robert Amadou, son vieil ami, a rejoint dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins.

Ce serait trop peu, assurément, que de dire que l’occultisme, le martinisme, la gnose, la théosophie, en un mot la Tradition de l’Occident-Orient doivent beaucoup à Robert Amadou. Au vrai,  » nous lui sommes tous redevables. Honte à qui s’en dédie ! « . Ainsi s’ouvrait, à l’endroit de Papus, la préface de Robert au livre que le Dr Philippe Encausse a consacré jadis à son père, Papus, le  » Balzac de l’occultisme « . Cette sentence, je l’adopte à mon tour, s’agissant de Robert et de son œuvre immense, fruit de plus de soixante ans d’un travail sans relâche, dont le présent hommage, aussi modeste et imparfait soit-il, s’efforcera d’abord de donner quelques lignes majeures.
L’immense tache, le premier service de Robert Amadou – et de quelques très rares compagnons de route – aura été, au sortir de la guerre, de restituer l’occulte à la culture. Les résistances – rappelait-il en 1987 – furent très vives, à commencer par les instituteurs de l’immuable Sorbonne où il traita pourtant de la Contemplation selon Aristote. Dans cette académie rabâcheuse et hostile, deux exceptions, disait-il : Marcel Jousse, à l’Ecole pratique des hautes études, et Paul Valéry, au Collège de France. Paul Valéry… Un souvenir me vient : nous sommes, Robert, Catherine et quelques intimes, en septembre 1987, quelque part au bord de la Méditerranée, dont Robert disait qu’elle était la seule mer. Au loin des voilures albâtres se distinguent des flots. Robert, les yeux fixés sur l’horizon, cite des vers de Paul Valéry…
Ce fut grâce à Paul le Cour que Robert Amadou entra dans la carrière. L’homme d’Atlantis, en qui il voyait du prophète, lui fit connaître ce « grand méconnu, l’abbé Paul Lacuria, le ‘Pythagore français’ », qui fut sous ce titre le sujet de sa première conférence, le 7 mars 1943. Le conférencier en herbe n’avait que dix-neuf ans, mais Lacuria ne l’a jamais quitté, dont il a publié bien des années plus tard la  » Défense des Harmonies de l’être « , qui compose, avec d’autres carnets inédits, Lacuria, sage de Dieu (Awac, 1981). La même année, Robert donnera à l’enseigne d’Atlantis (1981) un copieux dossier sur « L’abbé Lacuria et les harmonies de l’être ».
En 1950, Robert Amadou produit l’Occultisme, esquisse d’un monde vivant (Julliard, 1950 ; nouv. éd., Chanteloup, 1987), qui marque un coup d’essai qui n’en est pas moins un coup de maître. Salué par la critique, l’ouvrage deviendra classique, tandis que l’auteur publiait la même année, en collaboration avec Robert Kanters, une très précieuse Anthologie littéraire de l’occultisme (Julliard, 1950 ; nouv. éd., 1975). Le mouvement était lancé : les livres allaient s’enchaîner avec régularité, sur tous les fronts. Je cite pour mémoire : Eloge de la lâcheté (Julliard, 1951) ; Albert Schweitzer, éléments de biographie et de bibliographie (L’Arche, 1952) ; Recherches sur la doctrine des théosophes (Le Cercle du Livre, 1952) ; La poudre de sympathie (Gérard Nizet, 1953) ; La science et le paranormal (I.M.I, 1955) ; Les grands médiums (Denoël, 1957) ; La télépathie (Grasset, 1958)… Du lot, tirons au moins, en 1954, son essai historique et critique sur La Parapsychologie, devenu classique lui aussi, qui marquait alors le renouveau de la vieille métapsychique.
En 1955, Robert lance la revue La Tour Saint-Jacques, qui devient aussitôt incontournable. Elle a pour devise :  » rien de ce qui est étrange ne nous est étranger « , et rassemble les meilleures plumes du moment : René Alleau, Robert Ambelain, André Barbault, Armand Beyer, Eugène Canseliet, Marie-Madeleine Davy, Mircea Eliade, Philippe Encausse, Robert Kanters, Serge Hutin, Alice Joly, Louis Massignon, Pierre Mariel, René Nelli, Jean Richer, François Secret, Pierre Victor (Pierre Barrucand)… J’en oublie beaucoup. Mais comment oublierais-je le cher Jacques Bergier, « amateur d’insolite et scribe de miracles » qui y rapportait les « nouvelles de nulle part et d’ailleurs », et dont Robert m’aidait jadis à perpétuer la mémoire ? La revue La Tour Saint-Jacques se double alors d’une collection d’ouvrages. On y aborde avec rigueur, méthode et amour, les grands anciens et les recherches contemporaines, et aussi l’illuminisme, et Saint-Martin, et Huysmans, et tant d’autres ! et les sciences traditionnelles et leur histoire : magie, astrologie…
Si Robert Amadou n’a jamais pratiqué l’alchimie, il a étudié Raymond Lulle et l’alchimie (Le Cercle du Livre, 1953), s’est intéressé à  » l’Affaire Fulcanelli  » et s’entretint notamment avec Eugène Canseliet dans Le Feu du Soleil (Pauvert, 1978).
En revanche, l’astrologie fut pour lui une compagne constante. Né à Bois-Colombes, le 16 février 1924, à 2 heures du matin, sous le signe du Verseau et l’ascendant Sagittaire, Robert avait découvert l’astrologie à 14 ans, avec le petit livre de René Trintzius, Je lis dans les astres ; il commença à la pratiquer avec les éphémérides de Choisnard, offertes par sa tante, et il n’a pas cessé, pendant près de 70 ans, à toutes fins utiles, y compris, disait-il, les plus quotidiennes et les plus hautes, parce que l’astrologie touche à tout, et que l’on touche à tout par l’astrologie. L’authentique astrologie révèle Sophia et s’offre comme un moyen de connaître Dieu ; elle est, par vocation, sagesse, et Robert était un ami de Dieu et de sa Sagesse. En théorie et en pratique, il a suivi au plus juste la tradition, en particulier Plotin, Ptolémée et Paracelse, sans négliger les modernes, de Robert Ambelain à Armand et André Barbault, tout en vilipendant la prétention à une astrologie scientifique. Nombreuses ont été ses publications en l’espèce, depuis le numéro spécial de La Tour Saint-Jacques, en 1956, jusqu’au magistral Question De sur les astrologies, en 1985. Il a également remis au jour Les Monomères. Symbolisme traditionnel des degrés du zodiaque (Cariscript, 1985), a étudié La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique (Albatros, 1979) en rapport avec l’Ere du Verseau chère à Paul Le Cour. Chez les anciens, il s’est intéressé à L’astrologie de Nostradamus, qu’il a contribué à éclairer, par exemple lors d’un colloque, à Salon de Provence, en 1985, et à travers un dossier de près de 500 pages (diffusion ARCC, 1987/1992) – qui le connaît ? – ou encore aux côtés des Amis de Michel Nostradamus fondés par Michel Chomarat, en 1983.
En dehors de l’astrologie, mais au cœur de la Tradition occidentale, combien d’autres grands anciens a-t-il contribué à remettre et même à mettre en lumière ? Il a étudié Franz Anton Mesmer et son magnétisme animal (Payot, 1971). De Balsamo-Cagliostro, il a présenté au congrès international de San Leo, en juin 1991, Le rituel de la maçonnerie égyptienne (SEPP, 1996). J’entends du Joseph Balsamo du XVIIIe siècle, car il y en a un autre – à moins que … – qui manifeste les mêmes prétentions et se comporte de la même manière, dont Robert Amadou a retrouvé la trace, à Toulouse, en… 1644.
De Fabre d’Olivet, il a publié partiellement, après l’avoir retrouvé en 1978, le manuscrit inédit de La Théodoxie universelle qui prolonge La Langue hébraïque restituée du même auteur. Ce maître d’ésotérisme, que Robert vénérait à ce titre depuis l’adolescence, trouve l’aboutissement de son œuvre majeure dans les écrits de Saint-Yves d’Alveydre, dont il a exhumé à la bibliothèque de la Sorbonne le fonds que Philippe Encausse y avait déposé. La pensée de Saint-Yves trouve sa perfection dans l’œuvre du Dr Auguste-Edouard Chauvet, dont le service n’avait cessé de l’instruire parce qu’il avait été son maître et n’a jamais cessé de l’être. A Chauvet et à son Esotérisme de la Genèse, Robert Amadou a consacré des séminaires, notamment à Ergonia, en 1981, après une soirée d’études et d’hommage, au centre l’Homme et la connaissance, en 1978, où il tint à associer Chauvet à son fils spirituel, l’abbé Eugène Bertaud, dit Jean Saïridès, dont Robert fut l’ami. Sur Chauvet, sa vie, son œuvre, il avait résolu de composer un ouvrage conséquent qui n’a pas vu le jour. Mais il en tira la matière d’une plaquette De la langue hébraïque restituée à l’Esotérisme de la Genèse (Cariscript, 1987). Dans l’entourage de Chauvet s’était constituée aussi une société chrétienne d’initiation : l’Ordre du Saint Graal qu’avait formé un autre Chauvet, prénommé James, et le Dr Octave Béliard (1876-1951), et Robert a édité La Queste du Saint Graal (Cariscript, 1987).
Quant aux sociétés secrètes, qui ont fait l’objet de ses entretiens avec Pierre Barrucand (Pierre Horay, 1978), Robert en connaissait les bienfaits en même temps que les limites et les travers. Mais il aimait désigner les plus dignes du mot du bon pasteur Pierre de Joux – dont il a tiré de l’oubli Ce que c’est que la franche maçonnerie (Cariscript, 1988) – comme  » sociétés succursales  » de l’Eglise intérieure, à commencer par l’Ordre martiniste et la franc-maçonnerie.
A la franc-maçonnerie, Robert Amadou a consacré un doctorat en ethnologie, en 1984 : « Recherches sur l’histoire et réflexions sur la doctrine d’une société initiatique en Occident moderne ». Entre maintes autres études, relevons au moins sa Tradition maçonnique (Cariscript, 1986), sa collaboration au Dictionnaire [universel] de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (1974 ; nouv. éd. à paraître en 2006), et, plus récemment, sa contribution à l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie d’Eric Saunier (Librairie générale française, 2000). Sans omettre sa participation à tant de revues d’érudition, à commencer par Le Symbolisme et à finir par notre chère Renaissance traditionnelle, de « René Désaguliers, Maçon de l’universalité », de Roger Dachez et de Pierre Mollier, amis fraternels, pour laquelle il préparait encore tant d’articles attendus et même un numéro spécial sur Saint-Martin.
Mais c’est au régime écossais rectifié, avant tout, qu’allaient les élans du cœur de Robert Amadou qui en a notamment réédité les Archives secrètes de Steel et Maret (Slatkine, 1985) et mis en lumière les arcanes du saint ordre. De Jean-Baptiste Willermoz, fondateur et patriarche de ce régime sans pareil, il a inventé le fonds L. A., publié maint texte d’instruction et dressé le plus attachant des portraits : « honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste ».
J’ai cité pêle-mêle ou presque les grands anciens dont Robert Amadou vénérait la mémoire, et dont il a défendu la cause dans Illuminisme et contre-illuminisme au XVIIIe siècle (Cariscript, 1989). Deux noms au moins manquent à cette liste. Et quels noms ! Qui, ici, ne les connaît ? Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, a marqué à jamais la vie, l’œuvre, la pensée et le cœur de Robert Amadou, depuis le jour où il découvrit dans la librairie Chacornac, en 1941 ou 1942, le numéro d’Atlantis qui lui était consacré. Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme (Le Griffon d’Or, 1946) inaugura l’interminable liste des publications savantes et amoureuses – parce que la connaissance et l’amour sont les deux piliers de la gnose – qu’il a consacrées, pendant 60 ans, à son vieil ami le théosophe d’Amboise, dans l’amitié de Dieu.
A son livret de 1946 qu’il n’a jamais réédité, trois autres livrets se sont substitués, qui sont complémentaires : Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (Renaissance traditionnelle, 1978), « Martinisme » (1979, 1993) et « Sédir, levez-vous ». La théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin (Cariscript, 1991). Il faut y ajouter « Louis-Claude de Saint-Martin, le théosophe méconnu », publié ici-même de 1975 à 1981.
 
« Servi par un instinct divinatoire exceptionnel et le génie de la découverte », comme l’a fort bien écrit Eugène Susini, Robert Amadou est parti très jeune en chasse des inédits du Philosophe inconnu. Et il en a trouvé beaucoup ! Aux Cinq textes inédits qui inaugurent, en 1959, sa carrière d’inventeur sans pareil, succèdent le Portrait historique et philosophique (Julliard, 1961), la Conférence avec M. le chev. de Boufflers (1961), les Pensées mythologiques (1961), le Cahier des langues (1961), les Fragments de Grenoble (1962), les Pensées sur l’Ecriture sainte (1963-1965), les Etincelles politiques (1965-1966), le Cahier de métaphysique (1966-1968), le Carnet d’un jeune élu cohen / Le livre rouge (1968/1984), les Lettres aux Du Bourg (1977), Les nombres (1983), Mon livre vert (1991), le Traité des Formes (2001-2002), les Pensées sur les sciences naturelles… En 1978, l’invention du fonds Z lui avait offert la perle tant recherchée : les papiers personnels de Saint-Martin parmi les plus précieux, passés après la mort du Philosophe inconnu entre les mains de Joseph Gilbert. Quoi d’étonnant au fond !
Parallèlement, Robert Amadou tirait un à un de l’oubli les imprimés de Saint-Martin : Le Crocodile (Triades, 1962 ; 2e éd., 1979), l’Homme de désir (U.G.E., Bibliothèque 10/18, 1973), les Dix prières (L’Initiation, 1968, puis Cariscript, 1987), et il rééditait les « œuvres majeures », sous la marque du prestigieux éditeur allemand Georg Olms, avec des introductions qui sont de purs chefs-d’œuvre. En 1986, lors d’un colloque qui marqua à Tours la Présence de Louis-Claude de Saint-Martin (Société ligérienne de philosophie, 1986) Robert Amadou défendit « Saint-Martin, fou à délier ». Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ont fait l’objet de son doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines, soutenu à Paris X, en 1972, avec la mention « très honorable ». Soutenance que Combat qualifia à juste titre de « gnostique » !
 
Par charité, Robert Amadou avait également rassemblé à l’intention des hommes du torrent de très précieuses Maximes et pensées de Saint-Martin (André Silvaire, 1963 ; éd augm., 1978). Mais quels services ne sont-elles pas capable de rendre aussi aux hommes de désir ? Eugène Susini disait de Robert Amadou qu’il savait tout du Philosophe inconnu. Il avait raison.
Pour le bonheur de tous les martinistes, L’Initiation de Philippe Encausse eut la plus grande part de ses articles sur Saint-Martin. D’autres sont à redécouvrir dans les revues qu’il a fondées : La Tour Saint-Jacques, Les Cahiers de l’homme-esprit, le Bulletin martiniste. Ce dernier, Robert Amadou le porta aux côtés d’Antoine Abi Acar, directeur des chères Editions Cariscript, où il dirigeait tant de collections merveilleuses, à commencer par les  » Documents martinistes  » où il me fit entrer, en 1986. Dans la boutique et l’arrière-boutique de Cariscript, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, où me ramènent aujourd’hui tant de souvenirs, l’on discutait de théologie et d’ésotérisme, d’astrologie et de théurgie autour du café préparé par Antoine. Que de projets ont mûri là ! Au nombre de ceux-ci, le Bulletin martiniste devait se réincarner en Gnostica, qui n’a pas vu le jour. Mais en 1991, de l’enthousiasme de quelques apprentis gnostiques, naissait l’Esprit des choses, organe du Centre international d’études et de recherches martinistes (CIREM), dirigé par Rémi Boyer, sous la présidence de Robert – qui y donna de nombreux inédits de Saint-Martin – puis dans l’autonomie. Robert m’engageait aussi à écrire un cours de martinisme diffusé dans le cadre de l’Institut Eléazar, dont il avait accepté dès 1990 la présidence d’honneur, et où il n’a pas cessé de m’assister, dans une parfaite communion spirituelle.
Mais impossible de comprendre Saint-Martin sans avoir abordé l’œuvre de son premier maître, Martines de Pasqually, le théurge inconnu, dont Robert Amadou a détaillé ici-même, pour la première fois, la doctrine dans une « Introduction à Martines de Pasqually », texte sans précédent et sans second. Il en a aussi publié deux éditions différentes du Traité de (ou sur) la réintégration (Robert Dumas, 1974 ; Diffusion rosicrucienne, 1995) et publié et commentés maints documents, tant maçonniques que théurgiques, de l’Ordre des élus coëns. Dernier chef-d’œuvre en date, conçu en collaboration avec Catherine Amadou : Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réunissent les leçons de trois élèves du maître : Saint-Martin, Du Roy d’Hauterive, Willermoz.
 
Son dernier livre consacré à la correspondance de Saint-Martin avec Kirchberger, n’aura pas vu le jour de son vivant, mais Catherine conduira le chantier à son terme. Quant à nos entretiens annoncés chez Dervy, dont nous avions pourtant ébauché le plan, il n’a pas été possible de les réaliser. Combien d’autres ouvrages annoncés et attendus comme des trésors de science et d’érudition, sont eux-mêmes restés en plan ou en chantier ? Dieu aidant, Catherine, qui fut constante à l’œuvre à ses côtés, compétente, dévouée, efficace, poursuivra, n’en doutons pas, la tâche à laquelle Robert l’a préparée.
Robert Amadou n’a pas cessé de chercher la vérité, par exemple dans l’histoire et dans la Tradition. Lisez ou relisez son Occident, Orient. Parcours d’une tradition (Cariscript, 1987). Dès ses premières lettres, en 1982, il m’exhortait à me lever de bonne heure et me donnait la clef : érudition ! Robert avait tout lu, tout étudié de nos objets, et son œuvre témoigne d’une érudition inégalée dans la seconde moitié du XXe siècle dont il fut et restera le plus sûr et peut-être le plus grand historien de l’occultisme, ne serait-ce que par l’ampleur de son champ d’investigation.
Entre toutes, trois bibliothèques étaient particulièrement chères à son cœur : Sainte-Geneviève d’abord, où il s’était plongé dès l’adolescence dans l’astrologie et la kabbale – il m’y conduisit dès le lendemain de notre première rencontre – ; la vieille B.N. ensuite, où pendant vingt ans il avait occupé tous les jours (sauf quelques pèlerinages loin de Paris) la place 191 ; notre chère BML enfin, dont il inventoria les fonds Bricaud et Papus, qu’il exploita conjointement avec le fonds Willermoz, notamment.
Papus ! Le vulgarisateur de l’occultisme était cher au cœur du plus érudit des occultistes, et avec lui combien de ses compagnons de la hiérophanie, selon l’expression classique de Michelet, et combien de ses épigones ? De Papus comme de Jean Bricaud, il a classé les archives à notre chère Bibliothèque municipale de Lyon, dont il tira tant d’informations et de publications (que nous remémore « L’Occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon » (éd. augm. in Lyon carrefour européen de la franc-maçonnerie, 2003). Dans le cœur de Robert Amadou, impossible de dissocier Papus de son fils, le Dr Philippe Encausse, dont il a réhabilité la mémoire quand des instituteurs patentés l’ont injuriée (A deux amis de Dieu : Papus & Philippe Encausse. Hommage de réparation, CIREM, 1995). Du legs Philippe Encausse à la BML, Robert m’offrit d’ailleurs, en 1986, de publier quelques pièces remarquables.
2.
Voici pour l’inventaire, ô combien sommaire je le sais bien, d’une œuvre immense. Pour mémoire, disais-je. Mais l’homme ne se confond pas avec son œuvre et j’entends Robert me remémorer aussi la mise en garde de Freud : celui qui devient biographe, ou historien, s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, car il est impossible d’avoir la vérité biographique ou historique. Or Robert détestait le mensonge autant que l’hypocrisie, il ne se laissa jamais séduire par le mythe moderne de la conscience objective, mais il chercha et aima plus que tout la vérité, parce que la Vérité est un être, qui est la Voie comme il est la Vie. Allons à présent à l’essentiel, à la racine des choses, à la racine de Robert Amadou qui se dégage à merveille de son œuvre comme de sa vie.
 
C’est à l’âge de treize ans que les bons pères jésuites chez lesquels il fit ses études secondaires, rue de Madrid, à Paris, avaient servi la Providence en le plaçant au service du patriarche de l’Eglise syrienne catholique, lors de sa venue à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Quelques années plus tard, Robert entrait dans l’Eglise syrienne catholique, et il tint l’office de chammas à l’église parisienne Saint-Ephrem-des-Syriens. Il se liait avec Gabriel Khouri-Sarkis, qu’il aiderait ensuite à la fondation et à la direction de l’Orient syrien. Mais son cœur et son intelligence le portaient vers l’Eglise syrienne orthodoxe, héritière directe de la communauté judéo-chrétienne primitive. Le 25 janvier 1945, il fut ordonné dans la succession syrienne de saint Pierre, et sa thèse de doctorat en théologie a pour titre : « Recherches sur les Eglises de langue syriaque et les Eglises dérivées ».
Parenthèse : en 1944, Henri Meslin lui avait imposé les mains pour la consécration d’évêque gnostique, dans la lignée de Jules Doinel,  » fol amant de Sophie « , dont il a publié la biographie et réédité et commenté Lucifer démasqué (Slatkine, 1983). Puis, en 1945, Victor Blanchard le consacra évêque gnostique, dans la succession apostolique que celui-ci avait reçue, le 5 mai 1918, du patriarche Jean II Bricaud, lequel la tenait de Mgr Louis-François Giraud, successeur de l’abbé Julio. Sans avoir jamais appartenu formellement à aucune église gnostique, c’est à ce titre que Robert accordait pourtant à Alain Pédron un  » entretien avec T Jacques « , publié dans l’Initiation, en 1978, sous le titre  » Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?  » (compléments, CIREM, 1996).
Robert Amadou n’a pas pour autant négligé la kabbale et le soufisme. Il a été admis dans une confrérie soufie et disserta sur Le soufisme même (Caractères, 1991). Judaïsme, christianisme et islam sont les trois piliers de la sagesse abrahamique.
Prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Robert officiait, notamment pour des martinistes ; il donnait les sacrements, à commencer par le baptême (comment oublierais-je que Robert voulut que notre première rencontre se fit à l’occasion du baptême d’une petite fille dont Philippe Encausse était le parrain ?), il visitait les malades – tant à leur domicile que dans les hôpitaux – et les prisonniers ; il priait, célébrait et exorcisait. Ses études sur Satan et le mal sont du plus grand intérêt. Qui les connaît ? Tel fut aussi le sens de notre réflexion commune sur le Sida face à la Tradition, thème d’un petit colloque que nous organisions à Paris, en 1988. Las, un volume projeté – un de plus ! – n’a pas vu le jour.
Sans appartenir à beaucoup et tout en se méfiant des formes associatives, Robert n’a pas négligé les bienfaits des écoles succursales où il a accompli sa part de services. La lumière maçonnique lui avait été donnée, le 6 juin 1943, dans Paris occupée, au sein de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte placée sous le vénéralat de Robert Ambelain, dans l’ombre duquel se tenait Georges Lagrèze. Sa préface à mon histoire de La franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm rappelle ces circonstances héroïques.
Puis le Grand Architecte de l’Univers le guida vers le régime écossais rectifié, dont la doctrine lui était déjà si familière. Maître écossais de Saint-André, le 23 mars 1966, au sein de la Grande Loge nationale française – Opéra, il fut armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, le 7 mai 1966, avec pour nom d’ordre Robertus ab AEgypto, et pour devise In domum Domini ibimus, « nous irons à la maison du Seigneur ». Sa maison, Robert l’a trouva ici-bas au Grand Prieuré d’Helvétie et dans l’obédience de la Grande Loge suisse Alpina où l’accueillit en 1978 la loge In Labore Virtus, à l’orient de Zurich. Le 18 mai 1969, un ultime collège, à Genève, l’avait admis au cœur du saint ordre, avant de lui confier le mandat de publier dans Le symbolisme une mise au point sans pareille, qui fit grand bruit « A propos de la grande profession », sous la signature pseudonyme de Maharba, anagramme d’Abraham. Puis, mission accomplie, Maharba entra dans le silence. Lors des obsèques, trois roses entrelacées, symbole de force, de sagesse et de beauté, ont marqué à jamais l’amitié des frères suisses pour Robert et Catherine.
 
 
A la franc-maçonnerie, comment ne pas associer ici le martinisme ? Après avoir découvert Saint-Martin, Robert avait reçu d’Aurifer, son premier maître, l’initiation martiniste, le 6 juin 1942, au grade d’associé, puis aux grades d’initié et de supérieur inconnu, avec les fonctions d’initiateur, le 1er septembre de la même année, dans la clandestinité initiatique. Par analogie avec son patronyme et avec la pente de son caractère, il avait alors choisi pour nomen Ignifer, le porteur de feu. Jamais symbole n’aura été plus pertinent, plus efficace ! De même, Robert trouva sur le champ le nomen de Catherine, Pacifera, en 1965. Comment oublierai-je que Robert me fit à mon tour bénéficier de ce dépôt insigne, en 1994 ?
Dans l’Ordre martiniste, Robert Amadou seconda son vieil ami Philippe Encausse qui l’avait réveillé en 1952, et dont le fils de Papus l’avait voulu grand orateur. Il allait aussi inlassablement porter la bonne parole dans les cercles formels ou informels où l’on cultivait notamment l’amitié fraternelle du Philosophe inconnu, voire celle de Martines de Pasqually et de Papus. Robert savait, à l’instar de Saint-Martin, y distribuer la béquée, quitte à être récupéré et à servir parfois de caution indue. Mais en l’espère sa charité était exemplaire, comme était exemplaire sa lucidité. Un souvenir l’illustrera : nous sortons d’une réunion où des hommes de désir, jeunes pour la plupart, ont beaucoup parlé de l’initiation, de sciences occultes. Robert a corrigé parfois, conseillé un peu, écouté beaucoup. Qu’en penses-tu ? lui dis-je d’un air désabusé, une fois seuls, dans la rue. Robert lève les yeux au ciel, secoue la tête et me répond, terrible : « Bergson disait : on ne peut pas penser le néant ! ».
En des temps plus graves, avec des martinistes clandestins rassemblés par Robert Ambelain dont il était le bras droit, Robert Amadou reconstituait dans le Paris de l’Occupation les opérations théurgiques de Martines de Pasqually et de ses émules. Le 24 septembre 1942, la Chose répondit pour quelques-uns, dont il était – quel signe ! – à l’appel de l’homme de désir. S’en suivit la résurgence de 1943, après que Robert Ambelain eut été ordonné réau-croix par Georges Lagrèze, le 3 septembre de cette année. A son tour Ambelain lui conféra les premiers grades coëns le même mois et, à l’équinoxe d’automne 1944, il l’ordonna réau-croix. Si Robert prit ses distances avec la théurgie coën, il n’a jamais cessé de l’étudier et d’attester qu’elle surpasse la magie naturelle et la magie céleste et peut ouvrir une voie spirituelle à quelques-uns, à condition – mais condition ô combien indispensable ! – de ne pas la détacher de la foi et des exercices religieux prescrits. Mais à l’instar du Philosophe inconnu, coën de cœur, et même d’action, Robert resta jusqu’au bout, pour le bénéfice de quelques-uns. Ses « carnets d’un élu coën » (2001-2002) en témoignent.
De même, Robert avait été admis par Robert Ambelain, en 1944, dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
Pour mémoire et presque en marge, la fondation, le 11 septembre 1945, avec Paul Laugénie et Edouard Gesta, des Amis de Saint-Martin, tombés en sommeil, puis réveillés en 1972, sous la présidence de Léon Cellier et la présidence d’honneur de Robert Amadou. Las, les Amis passèrent ensuite du côté des instituteurs dont Robert n’avait de cesse, à l’instar de Saint-Martin, de condamner l’approche mortifiante et mortifère.
3.
Restituer l’occulte à la culture fut le premier combat, le premier service de Robert Amadou. Avec quelques-uns de sa race, il a combattu avec succès contre les récupérations mercantiles et universitaires de l’occultisme. Puis il a restitué aux occultistes, à toutes les femmes, à tous les hommes de désir, beaucoup de leur patrimoine oublié.
Lors d’un de nos derniers entretiens, je convainquis Robert qu’un troisième combat nous était désormais imposé. Car voici que des voyous cherchent à leur tour à s’emparer de l’occultisme. Ceux-là ne l’auront pas épargné pendant les dernières années de sa vie terrestre ; ils n’épargneront pas plus sa mémoire, je le sais, dans les années qui viennent. Mais de nouveaux combattants se sont dressés sur le champ de bataille.
 
Contre tant d’occultistes du dimanche, Robert Amadou vivait l’occultisme – synonyme pour lui d’ésotérisme – au quotidien, parce que son quotidien était au service de Dieu et des choses de Dieu, le sacré, nos « objets » aimait-il à dire, en écho de Saint-Martin. Ainsi, Robert ne quittait jamais la soutane qui signifiait son engagement religieux et initiatique, quitte à scandaliser les bourgeois pour qui n’existe, en matière vestimentaire comme ailleurs, qu’un modèle, unique et profane.
Robert Amadou refusait de tricher, il détestait l’hypocrisie, ne cédait à aucun terrorisme, ne supportait pas l’injustice et ne fit jamais la moindre concession qui puisse, de quelque façon, aliéner sa liberté. En quête de la perfection, qui est, disait-il, la seule fin de l’homme qui doit devenir Dieu, il ne supportait guère davantage la médiocrité. Sa plume, à titre privée, mais aussi parfois publiquement, lorsqu’il s’agissait de réparer quelque outrage, prenait parfois la forme de l’épée. Il brandissait alors la parole de l’abbé de Rancé, dont il avait fait sa devise : « ceux qui vivent dans la confusion ne peuvent s’empêcher de faire des injustices », et ses mots tranchaient vif. Cela lui valut des amitiés pour l’éternité, quelques inimitiés passagères et bien des désagréments.
Pour Robert et Catherine, la Grèce fut pendant quelques années un paradis. Alors qu’elle menaçait de se transformer en enfer, ce fut le retour à Paris, qui fut un purgatoire. Les deux dernières années de sa vie terrestre ont été pour Robert, privé de ses livres et souffrant d’une fibrose pulmonaire d’origine inconnue, une épreuve permanente, tant morale que physique. Et pourtant, la fatigue de plus en plus pesante ne l’empêchait pas, au prix d’efforts quotidiens, de se mettre chaque jour à sa table de travail, sauf pendant l’hiver 2006, et même de se rendre encore en bibliothèque, notamment à la BNF où il se rendit encore deux jours seulement avant son arrêt cardiaque, accompagné, soutenu par Catherine, qui a été un modèle de courage et de dévouement.
En 2003, Robert avait concélébré une messe pour le bi-centenaire de la mort du Philosophe inconnu, en l’église Saint-Roch, à Paris, et cette « sale maladie », comme il disait lui-même, ne l’a pas empêché non plus de participer à la célébration d’une messe annuelle pour Saint-Martin, à Honfleur en 2004, puis à Saint-Roch en 2005. Depuis 1985, une autre liturgie annuelle célébrée par Robert en mémoire de Philippe Encausse, le 22 juillet, rassemblait les proches de Philippe que Jacqueline a rejoint à son tour, en février dernier.
 
Le 22 mars, à dix heures trente, à Montfermeil, en l’Eglise Sainte Marie Mère de Dieu, la liturgie des défunts selon le rite syrien orthodoxe a été concélébrée, en araméen et en français, par le père Yakup Aydin, de l’Eglise syrienne, assisté du père Antoine Abi Acar, de l’Eglise maronite, et du père Jean-François Var, de l’Eglise catholique orthodoxe de France. Ce dernier avait, le matin, célébré un petit office, à l’hôpital Cochin, en présence de Catherine et de quelques intimes, réunis autour du corps de Robert. D’autres amis, parfois venus de loin, se sont retrouvés ensuite au Père Lachaise, sous une pluie battante, pour un dernier adieu. Au bras de Catherine, Jacqueline Corcellet, l’amie de toujours, et une autre Jacqueline, venue de Grèce.
Celui qu’Albert-Marie Schmidt, en 1950, promouvait jeune maître, sans jamais se prendre ni se donner pour tel, mais revendiquant le statut d’un vieil étudiant, n’a pas cessé, pendant des décennies, de s’instruire et de nous instruire. Robert Amadou m’en voudra-t-il de reprendre à mon compte la formule immortelle par laquelle Joseph de Maistre qualifiait Saint-Martin et par laquelle je souhaite l’honorer à mon tour ? Robert était le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.
« Quiconque a trouvé son flambeau n’a plus rien à chercher ; mais il lui reste toujours à le conserver, ce qui est incomparablement plus difficile » dit le Philosophe inconnu. Serviteur du Seigneur et de son Eglise, ami de Saint-Martin et avec lui de tous les Amis de Dieu, combattant du bon combat, Robert Amadou fut pour moi, comme pour d’autres, un flambeau de la lumière du Seigneur. Dieu voulant, Dieu aidant, nous tâcherons de conserver cette lumière. Quant à Robert, il bénéficie désormais, dans une plus grande lumière et dans l’attente de la pleine lumière, de la compagnie de Sophia, Sagesse divine et parèdre du Christ. A ses côtés, il poursuit, je le crois comme il le croyait lui-même, sa tâche dans le sein d’Abraham.
Adieu le théosophe, le rose-croix de l’ethnocide ! Adieu mon vieux maître, mon frère et mon ami !
Serge Caillet
sergecaillet@gmail.com
 
Cet hommage a été publié dans la revue
l’Initiation, n° 2, avril-mai-juin 2006, pp. 88-100.
Publié il y a 4th May 2007 par
Libellés: Robert Amadou

Symbolisme du baiser maçonnique sur le front 13 février, 2021

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Symbolisme du baiser maçonnique sur le front

Par

Alain Breant

28 mars 2019

 
Symbolisme du baiser maçonnique sur le front dans Contribution baiser-sur-le-front

Les maçonnes et les maçons ont coutume de se témoigner physiquement leur affection fraternelle. Pour cela ils utilisent plusieurs gestes :

  • Le baiser sur les joues
  • L’accolade
  • Le baiser sur le front.

Le baiser sur les joues n’est maçonnique que parce qu’il se fait généralement par trois : le premier sur la joue droite, le second sur la joue gauche et le troisième à nouveau sur la joue droite. Mais des baisers régionaux se font aussi par trois.  A noter que ce baiser est de moins en moins pratiqué.

Bien que cela soit un geste universel, on pourrait trouver l’origine de l’utilisation du baiser entre francs-maçon-ne-s dans la célèbre injonction de Paul :

« Salutate invicem in osculo sancto » (Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser)(2ème épître aux Corinthiens)

ou dans « Saluez tous les frères par un saint baiser » (I Thessaloniciens 5 :26).

L’accolade est la forme habituelle de la salutation fraternelle : elle consiste à s’effleurer les joues (ou les tempes comme en Afrique) trois fois et de se frapper l’épaule droite également trois fois. L’accolade a une d’origine chevaleresque (la frappe sur l’épaule était effectuée avec le plat de l’épée). Si aujourd’hui, sur les parvis ou dans le monde profane, c’est plutôt une forme de salut, en loge, à la fin de l’initiation, on retrouve la relation avec l’adoubement originel des chevaliers.

Mais, concentrons-nous sur le baiser sur le front.

Quelles significations donner à ce baiser sur le front ?

On retrouve le baiser sur le front en loge dans plusieurs circonstances :

  • dans certains rites, au moment de la réception du nouvel initié le VM le pratique à la place du troisième baiser sur la joue droite ;
  • on le voit aussi pratiquer dans les rituels des hauts grades.

Dans le monde profane, le baiser sur le front n’est généralement pas précédé par un ou des baisers sur les joues. Il symbolise une affection particulière avec une forte connotation de protection.

Si les études concernant le baiser sur la bouche sont nombreuses, le baiser sur le front suscite beaucoup moins de littérature. L’utilisation de cette pratique au cours de l’histoire entre le plus souvent dans les relations entre vassal et seigneur, ou dans les premiers temps de l’Eglise chrétienne.

La majeure partie des références aux baisers au front concernent des relations entre sujets engagés dans un rapport de filiation ou de protection. Car il faut noter que celui-qui donne le baiser n’est pas le même que celui qui le reçoit, contrairement au baiser sur la joue, ou sur les lèvres ; « Les pères et les mères doivent baiser leurs enfants au front. » énonce le Dictionnaire de Furetière en 1690.

Fin XIXe-début XXe siècle, on retrouve ce conseil dans les « bons usages » :

«La comtesse de Gencé conseille aux jeunes filles qui se respectent de rester « sobres d’embrassades ».

On s’embrasse entre amies d’enfance ou entre parents, sur la joue si la différence d’âge n’est pas grande, sinon sur le front. C’est toujours le plus âgé qui prend l’initiative, et aucun baiser ne peut être échangé dans la rue ou dans un endroit public. »  (référence : Le Baiser : premières leçons d’amour )

En Franc-Maçonnerie, on retrouve une référence au baiser sur le front au rite pratiqué par la Mère-Loge écossaise de Marseille (1750), ou Rite philosophique en 18 degrés, dans le rituel du double grade Général des Argonautes et Chevalier de la Toison d’Or (10ème et 11ème grade) où dans le cadre de l’instruction du récipiendaire il est dit :

 « L’accolade est de baiser au front celui qui vous reconnaît et qu’il doit rendre de la même façon.»

On voit bien dans ce texte la filiation entre la colade chevaleresque, l’accolade et le baiser sur le front. On pourrait dire que celui-ci n’a plus vraiment le même contenu de protection que dans le sens profane mais celui de reconnaissance et d’admission.

Il en est aussi fait mention dans le livre de William Morgan « Mysteries of Freemasonry » (1826) dans une réception d’un grade de perfection :

« Some Knights, in addition to this, kiss the forehead of the brother saying « Alpha » to which he answers « Omega ». »

Dans ce cas il n’entre pas dans le cadre du triple baiser.

Au Rite Ecossais Rectifié, c’est au troisième degré qu’après l’élévation, le rituel enjoint le VM :

« Il l’embrasse en lui donnant le baiser fraternel sur les deux joues et au front. »

 

En conclusion, si on admet que les êtres humains ont besoin de se toucher pour exprimer l’affection qu’ils se portent, la gestuelle du baiser n’est pas uni-modale ; on pourrait dire que l’affection a des degrés, elle aussi :

  • l’affection basique, un peu fadasse, s’exprime par une accolade « banale » ; lorsque l’affection est un peu plus importante, cela peut se concrétiser par une adaptation de la gestuelle :  généralement par une frappe « appuyée » sur l’épaule !
  • L’affection sincère et fraternelle utilise le baiser sur les joues.
  • L’affection protectrice du « maître à l’élève » s’exprimera plutôt par le baiser sur le front.

SOURCE : https://blog.onvarentrer.fr/

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Tradition et religion en franc-maçonnerie

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Tradition et religion en franc-maçonnerie

Religare et tradere pour le franc-maçon spéculant.

Peut on parler d’une complémentarité entre ce qui constitue la Tradition et ce qui fonde les religions? Dans les deux termes nous retrouvons la notion d’origine, de thesaurus et de transmission et donc de genèse, de lien et de dévolution. Il nous semble devoir traiter religare et tradere sous l’angle étymologique appliqué au divin révélé et à la connaissance initiatique. (1ere partie extrait)

(…)Augustin, lorsqu’il écrit que religion vient de « relier » (religare), fait valoir que la religion devrait être « ce qui relie à Dieu et à lui seul ». Mais on retient généralement pour religare la notion de lien et de relecture. Ceci supposerait un lien « direct », mais ce lien semble en réalité capté par l’institution religieuse de type ecclésiale qui se charge de relier le pratiquant plus à l’institution qu’au divin. C’est l’institution qui fait elle-même la relecture interprétée des textes sacrés (dogme) tout en s’interposant entre l’homme et Dieu. Or l’héritage maçonnique ancien est à la fois fondé sur la tradition et la religion, avec toutefois une évolution remarquable. Les Anciens devoirs gothiques catholiques (Regius 1390 et Ms Cook 1410) célébraient cette relation ecclésiale par l’œuvre accomplie et passée de décoration et de représentation plastique figurant le divin au fronton des cathédrales, alors que le rite du Mot de maçon calviniste depuis 1637 veut revenir au lien direct entre l’homme et Dieu par la « sola scriptura » (la lecture directe de la Bible sans decorum) tout en préservant le devoir de mémoire imposé par les Statuts Schaw de 1598 . Les deux rites maçonniques entretiennent un devoir de mémoire ou art de mémoire, soit sous la forme d’un récit assorti d’images plastiques (Anciens devoirs) soit sous la forme d’un catéchisme mnémotechnique favorisant la représentation mentale (Mot de maçon). La particularité des rites maçonniques est d’emporter dans leur mise en œuvre un répertoire d’images mentales découlant de représentation imagée (tableau de loge) ou d’échange verbaux évocatoires. Ces images mentales ont vocation à être transmises (tradere) depuis des temps immémoriaux et assurent ainsi le cheminement d’un lien mental avec l’origine ou la cause première (religare).

C’est en ce sens que nous pouvons avancer que ces représentations mentales sont des clefs (symboliques et hermétiques) qui ouvre la relation à l’ontologie et aux mystères de la, vie et de la création.

En examinant de prés le processus religieux et son empreinte sociologique, on voit un lien incontestable avec la notion de tradition qui est ici récupérée. En effet, la tradition fait aussi le lien avec ce point originel et se charge de versifier dans l’oralité une transmission d’images et de récits qui vont constituer le fonds commun des archétypes, le dogme viendra puiser dans cette bibliothèque les représentations qu’il entendra imposer et figer et interpréter. Ainsi le symbole et sa représentation peuvent faire l’objet d’une explication dogmatique.

Généralement le religare et le tradere vont s’appuyer sur les livres de Sagesse tels que la Bible. L’herméneutique qui consiste en son interprétation sera libre ou orientée suivant qu’elle s’attache à la cohérence d’un dogme ou qu’elle réserve son choix à une vision autre et traditionnelle c’est-à-dire dans la continuité de la pensée, de la volonté ou de l’action ayant un lien démontré et cohérent avec la notion d’origine contenue dans le texte étudié.

La définition du terme du mot tradition vient du latin traditio, dérive du verbe tradere qui signifiait « continuer »,  » transmettre ».

Religare et tradere postulent à relier l’homme à son origine, il semblerait que ces deux notions soient de toutes façons indispensables au devoir de mémoire du franc-maçon. Mais les deux notions ne sont pas obligatoirement « religieuses » au sens commun de la croyance.

Le propre du franc maçon est de se situer dans une des grandes transmissions initiatiques qui reposent moins sur le dogme( orthodoxie) que sur le vécu et l’expérience (orthopraxis). Cette expérience initiatique découle à la fois du voir discursif et symbolique, du ressenti intuitif, et souvent de la raison.

L’objet, l’image ou le concept sont représentés en images mentales qui réveillent et éveillent l’esprit et restent intégrées dans notre bibliothèque des signifiants-signifiés. Cette bibliothèque préexiste probablement en nous et c’est l’initiation qui met en action les analogies et correspondances cachées qui ont toutes une relation finale dans le symbolisme dit cosmique (macrocosme-microcosme). C’est ici que l’initiation dans son sommet peut aboutir à la notion de révélation « graduelle ».

  • La filiation

On comprend alors que le tradere et le religare font le lien entre l’homme et son origine.

Se situer dans la ligne de transmission permet tout à la fois de bénéficier à titre personnel de l’accès aux « mystères de la franc-maçonnerie » mais aussi d’apporter à la collectivité la sensibilité et la vision inhérente à ce grand mouvement ancestral.

L’initiatique individuel du franc-maçon se pratique en groupe de bouche à oreille. C’est une oralité, une mise en situation assortie d’une gestuelle parfois dramatique qui donne à la transmission la profondeur du vécu et de l’expérience. La transmission suppose une parole prononcée par celui qui a la connaissance, dans oreille de celui qui sait entendre. Il s’agit de mettre en partage et en phase l’ensemble des vues et visions archétypales qui fondent l’homme bâtisseur. Ainsi on refait le baptême (la renaissance « élémentaire » d’un homme devenu franc-maçon par la vision de la lumière), et on revit la cène par l’agape en nourriture de l’esprit (partage du pain et du vin et amour fraternel). Il s’agissait de situer l’initiatique dans la lignée des bâtisseurs qui donnait forme à la matière grâce à l’ombre et la lumière et qui édifiaient des temples au divin (religare) en consolidant l’éthique de l’homme (tradere). Mais il fallait aussi suivre les rituels de la tradition qui fondent l’amour et le partage dans le réel et valorisent des préceptes sociétaux communs et ancestraux reconnus par tous (bonne morale dont la pratique est héritée des anciens et de la tradition: orthopraxis).

La démarche ne reposait donc pas sur l’invention ex abrupto d’une fausse filiation, mais sur la recherche de la transmission de l’authentique et du vrai. Ainsi nous pouvons dire que le franc-maçon spéculatif veut se situer dans la chaîne de transmission de la voie initiatique artisanale, dont l’objet surplombant est le Temple de Salomon et dont le but reste l’édification en soi dudit Temple de Salomon et qui derrière l’antique savoir-faire (tour de main) induit l’antique savoir-être (La Sagesse)!. Les deux savoirs sont les prérequis de la connaissance.

Ce souhait, ce désir d’intégration dans la chaîne d’union à la fois horizontale avec les FF présents dans toutes les loges et avec les FF du passé qui ont franchi la porte de l’Orient Éternel, démontre que l’initiatique se rattache par nécessité et par goût à un point originel situé dans les profondeurs de la mémoire présente et historique.

On voit l’avantage que l’on peut tirer de cette situation : il s’agit pour l’initié d’envisager l’origine de la transmission de la parole, de sa déformation dans le temps et de sa déclinaison dans des ordres et des mondes successifs. Cette relation ontologique va créer dans nos rituels suivants les grades et les degrés, une succession logique explicative de la dévolution de la parole, de l’image, du geste, et de l’acte. L’objectif restera de recouvrer la parole la plus proche du Logos, celle qui est la pensée précédant la volonté et l’action. Il s’agit de remonter le fleuve de la manifestation génésique pour atteindre le seuil qui précède la création.

Pour conclure sur le chapitre de la filiation, nous dirons que la voie initiatique de la franc maçonnerie spéculative est autonome est ne dépend d’aucune reconnaissance autre que celle quelle tient de sa propre lecture du livre sacrée qui est la Bible depuis 1637 et de sa connaissance de la symbolique des outils et du Temple de Salomon. Dans cette lecture directe du texte sans intermédiaire, la franc-maçonnerie a su intégrer une herméneutique « symbolique » et donc philosophique, plutôt que « littérale » de la scolastique cléricale. C’est le résultat des l’influences luthériennes et calvinistes écossaises mais aussi du mouvement Rose-croix dont l’idée est de déchiffrer les symboles secrets dans le grand livre de la nature. C’est sur cette base novatrice que la « spéculation » s’est associée au métier et à la voie initiatique dite artisanale et donnera aux cherchants, respectant a minima une orthopraxis morale, un authentique plan de réalisation et d’expression devant aboutir à une vision. C’est cette vision qui outrepasse les apparences (don de « seconde vue » relaté par Adamson en dans « The Muses threenodie » en 1638) et remonte jusqu’à l’origine qui constitue l’authentique pratique du religare et c’est cette technique de mise en œuvre qui est rituellement traditionnellement transmise (tradere) par induction dans l’imitation des maitres. Cette capacité à voir repose sur l’image évoquée par le catéchisme et la rituelie, projetée sur un plan mental. La représentation intérieure qui en découle est due à la capacité ancestrale qu’a l’homme à conscientiser le divin, développant ainsi un « point de vue » véritablement gnostique.

  • La spéculation

L’ontologisation philosophique de la franc-maçonnerie va de pair avec sa dimension universaliste. C’est ce qui apparaît nettement dans les Constitutions de Anderson, Désaguilier et Georges Paine en 1723.

On sort désormais du métier pour ouvrir à la spéculation et à l’élargissement des domaines d’investigation ; cette ouverture favorisera par la suite l’intégration des influences initiatiques et ésotériques diverses qui se retrouvent bientôt protégées, transmises et travaillées à l’intérieur d’une cadre initiatique alliant le religare et le tradere.

La franc-maçonnerie allait être à la suite des mouvements universalistes et , sous l’influence d’élites et de mouvements ésotériques et encyclopédiques , un grand conservatoire pour la pensée symbolique et permet de revoir l’homme dans son attachement aux différents états de l’Être et la définition de l’Esprit , sous-tendant la notion d’éternité (ne devrait-on pas dire plutôt la notion d’intemporalité ?).

Ainsi la tradition conçue comme un conservatoire du sens et de la parole en regard du Logos nous relie à l’instant premier dans la qualité et l’état actuel de « frère ». Le temps fait écran a la notion de reliance.

Être relié à l’instant premier qui est pour certains l’origine de la vie sur terre, pour d’autres l’origine de la création, et pour d’autres encore ce qui précédait la naissance de la lumière, implique de saisir le sens du mot religare.

On définit souvent religare par son vocable exotérique « religion » . Cette relation impliquant la foi était bien celle de l’Église des premiers siècles qui, en dehors du dogme rendu nécessaire pour occuper par le pouvoir l’espace et le temps, se nourrissait d’un message plus « essentiel » que la pratique des églises contemporaines. La religion expansive et conquérante des territoires et des âmes, avec un Pape voulant être Roi, a simplifié son discours pour le mettre au service d’un dogme facile d’accès. Elle le rendit le plus universel possible dans sa compréhension et syncrétique dans le recyclage des usages anciens et traditionnels en vue d’asseoir son autorité temporelle. L’aspect temporel dogmé domina l’aspect spirituel, les connexions et luttes avec le pouvoir royal accentueront le mouvement d’abandon du message ésotérique au profit de l’exotérisme plus immédiat et efficace au plan politique.

Dans ce message ésotérique se situait l’explication symbolique du lien ascendant et descendant reliant l’homme au divin, mais aussi les secrets (la tradition) du pouvoir royal et sacerdotal qui sont liés aux facultés de représentation transcendante de l’homme. Cette explication donnait un sens particulier à la notion d’origine des temps et de dévolution de l’esprit dans la matière. Il s’agissait donc de transmettre à nouveau le lien premier qui fait de l’homme une image matérialisée d’une volonté divine, ou une image accidentellement chutée d’un homme premier. Le religare nous reliait donc à l’instant premier, en donnant une explication qui pouvait être vécue en expérience initiatique avec les rituels fondamentaux de l’Église des premiers temps. Simplement cet aspect plus difficile d’accès se heurta à la nécessité du temps, à la raison et à la controverse des interprétations. Ainsi sont nés les mouvements dissidents, les schismes, les « hérésies » et réformes, etc, finalement plus occupées à leur survie qu’à défendre le religare et le tradere…

On mit donc sous le boisseau la dimension ésotérique de la religion pour ne conserver que l’aspect efficace et concret qui maintient la foule dans un cadrage comportemental et dogmé. Le Roi, étant de pouvoir divin (et donc « relié » à l’origine), on reporta toute la dimension du religare vers le Pouvoir matériel sur les consciences et sur les sociétés. La nécessité et la contingence ont vaincu la dimension ésotérique et essentielle du religare.

Le religare ne pouvait se passer du tradere dans une classe dite sacerdotale, car le rite illustrant la parole, interprétée au plan exotérique comme ésotérique est une transmission, une tradition en soi. La mise en œuvre du rite est traditionnelle par nature, sauf à être déformé par une mise en en œuvre erronée.

  • Que fait le maçon en loge ?

Par la voie dite initiatique, il redécouvre comme une expérience personnelle et collective, la transmission des anciennes traditions. Il est vrai qu’aux XVIIème et XVIIIème Siècles, les loges devinrent les réceptacles des différentes traditions initiatiques, et se retrouvèrent face à l’autorité spirituelle des Églises. Cette transmission des traditions et recherches vont accentuer automatiquement le désir de connaître le point de départ du logos, du verbe, de la lumière.

Tout dans les différents rituels tend vers cette recherche lumineuse (c’est-à-dire connaissance de l’Être, de la lumière-vérité et de l’esprit. Dans son parcours il pourra dire qu’il a été « relié » par le désir de connaître l’origine, en jonction avec l’ontologie. Pour être relié il en faut le désir persistant en s’appuyant sur une méthode, ou plus simplement bénéficier d’une forme de Grâce tombée du ciel ou trouvée en soi.

Tradere et religare sont donc les deux lices d’une échelle qui relie l’homme à la lumière « illuminatrice ». Les barreaux de l’échelle seront les plans successifs ou grades et degré de la franc-maçonnerie qui lui permettront d’accéder à l’ origine.

Pour les Anciens devoirs il s’agissait de gravir l’échelle des arts libéraux comme une échelle initiatique qui permettait de connaître soi et le monde, la vie dans le réel, puis arrivé au sommet de ses arts voir le visage de Dieu (la connaissance) puis redescendre pour transmettre a ses FF. En complément à cette échelle « libérale » une autre s’imposait: celle des vertus cardinales et théologales qui en toutes hypothèses offre un retour sur soi et les autres. La caverne socratique nous dépeint le même tableau partant du sub-terrestre pour voir la vraie lumière plutôt que son ombre, puis revenir et transmettre. Ceci est une démarche typiquement prométhéenne qui caractérise parfaitement la démarche initiatique.

Donc se dire relier à l’origine par le désir de transcendance et de connaissance implique le transfert à l’autre de la parole de l’image et du geste. Nous pouvons dire que la connaissance qui nous relie à l’origine n’a d’intérêt que si elle est transmise. Religare seul n’a de sens que par Tradere et inversement (du moins en matière initiatique, le cas de la démarche mystique de « l’état d’être » ou de la « grâce » diffère dans sa méthode et peut être sans schéma directeur ou méthodologique, et n’impose pas le tradere). L’association du tradere au religare est aussi vrai pour le voie initiatique que religieuse tant que cette dernière conserve son versant ésotérique et sa voie sacerdotale.

C’est donc les rituels qui ouvrent et ferment les espaces symboliques superposés (qui sont des mondes en soi ou des points de vue toujours plus élevés) qui formeront les barreaux de l’échelle.

  • Il existe cependant une différence notable entre le tradere et le religare.

La différence est dans le mouvement scientifique hermétique et constructif pour tradere, car il faut expliquer ce que l’on a vu, ou relaté par le rituel ce que l’on a ressenti au-delà des mots, ici l’initiation est liée à la vie. Pour religare la démarche est autre car, sans être passif, il faut se mettre en état de recevoir comme un miroir ce qui est en haut et l’intégrer de manière intuitive en soi suivant un conditionnement dogmé ou pas.

Il y a donc d’un coté une démarche volontaire, active et vitale d’un initié qui va apprendre à franchir la porte et les obstacles pour voir enfin la lumière, et l’autre démarche moins active que réceptive qui va accueillir l’empreinte de l’esprit originel en soi. L’herméneutique et l’anagogique vont donc se compléter successivement pour dépasser les difficultés du sens et de l’essence dans un cas, et pour recevoir et ressentir intuitivement une proximité ou une présence du divin dans l’autre cas.

La démarche initiatique du tradere vient compléter la démarche mystique du religare.

Nous évoquions une échelle dotée de deux lices, nous pouvons désormais dire que cette échelle est dotée d’une lice volontairement montante par l’initiation de l’homme recherchant l’origine de la transmission et d’une lice descendante qui fait descendre la lumière en tout homme relié. Jacob a vu les deux sens s’animer dans un songe.

  • Le rituel est indispensable

Sans doute que Tradere et Religare ne peuvent être mis en œuvre efficacement que par des rituels. La religion dite naturelle (morale pratique du bon comportement individuel et sociétal) qui préexiste au dogme d’une quelconque Église, ne s’en réfère pas moins aux usages surplombants et ritualisés de la bonne moralité et de l’art de vivre ensemble. La religion naturelle consistant en une orthopraxis immémoriale serait donc une tradition universelle qui précèderait l’orthodoxie religieuse plus récente?.

C’est par une autorité surplombante que l’homme réussit à faire naître et justifier la bonne morale. La bonne morale peut être noachite suivant les Constitution de 1738 (en regard des percepts de Noé), ou fondée sur les tables de la Loi et commandements, ou sur les vertus cardinales (puis théologales). Elle est donnée par un prophète ou par un messager divin dans le cadre d’une théophanie et s’accompagne d’un cadre rituelique.

Il s’agit donc de confier au nuage surplombant la foudre liée au non-respect des rituels de vie communautaire (préceptes de vie). Ces rituels vont « sacraliser » la vie humaine dans l’institution comme le rituel maçonnique va sacraliser la loge ou le temple qui est aussi une image de l’homme des origines. Celui qui intègre ces préceptes en art de vie serait alors sur la voie de la sanctification.

Dans ces conditions, les rituels fondés sur des préceptes surplombants sont facilement « reliables » à la pensée originelle, à la volonté originelle et à l’acte originel. Ces rituels favorisent soit la prise de conscience « lumineuse » résultant d’un travail (Labora) pour tisser et entretenir et transmettre le lien « tradere », soit la mise en l’état de réceptivité Graalique pour recevoir le lien « religare » par la prière notamment (Ora). Ce sont les deux exercices auquels nous invite le rite maçonnique fut-il œcuménique et fondé sur la religion naturelle comme le rite de la Grande loge d’Angleterre et ses constitutions de 1723, ou délibérément théosophique comme le RER depuis 1778. Notons que la Grande Loge d’Angleterre depuis sa réunification des Anciens et des Modernes en 1813 et ses principes de base de 1929, substitue à la religion naturelle Desaguilienne et à la foi maçonnique, la notion de croyance au GADLU et une vérité révélée. On contingenta par ce Landmark l’espace initiatique à la longueur du rayon de l’Architecte, avec pour perspective, peut être, la notion de mise en œuvre et d’ordonnancement, mais probablement pas celui de la création.

On s’adresse dans les deux systèmes, religare et tradere, à la même échelle, mais on suit plus ou moins l’une ou l’autre lice suivant que l’on dit religion ou initiation.

Pouvons-nous dire que dans une démarche initiatique (prométhéenne par nature et reposant sur la connaissance acquise par l’expérience) c’est l’homme qui part à l’assaut des trois enceintes pour atteindre le sommet ou le Centre, alors que dans une démarche chrétienne d’un religare dogmé (croyance et grâce) ce serait le divin qui descendrait au coeur-centre de l’homme pour sa rédemption ?

Les éléments initiatiques et mystiques sont quasiment identiques, mais leurs dynamiques sont celles de l’exhaussement par l’effort d’une recherche « essentielle » dans un cas et d’une discipline de l’intériorisation et de l’induction « cardiaque » dans l’autre cas. Ainsi les fonctions discursives seront mises de côté au profit des fonctions intuitives reposant sur la vision analogique ou la perception anagogique. (On retrouvera ces deux dynamiques associées aux notions de transcendance et d’immanence.)

On comprend pourquoi la voie artisanale du fait de sa nature volontaire et constructive, est plus adaptée à l’accueil d’une représentation de l’origine qui repose moins sur le dogme du croire, que sur l’expérience initiatique ritualisée du voir et du vécu associé à l’évocation (récit mythique ancestral sur l’origine et la fin) et à l’invocation (sollicitation de l’autorité surplombante). Cette voie modelante par la vision du Temple de Salomon et des deux colonnes est accessible en terme de représentation et puissante des symboles qui relie le maçon au divin. Il n’y a pas de révélations imposées en dehors de la bonne lecture du rituel est d’une interprétation personnelle, qui pourront aboutir au minimum à une foi maçonnique relative à l’éthique conforme à la morale, et peut-être à une vision métaphysique pouvant aboutir au « croire » ou à ses illustrations. (…)

E.°.R.°.

Cet article vient en complément de l’article: http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-spiritualite-maconnique-99413011.html

Pour élargir le sujet au plan historique:

on conseille la lecture de Patrick Negrier « Art Royal et Regularité » éd Ivoire-Clair, David Stevenson, « Les origines de la franc-maçonnerie » le siècle écossais 1510-1710 éd Telèthes et « Les premiers francs-maçons » éd Ivoire-Clair-

Au plan symbolique: René Guenon : « introduction générale à l’étude des doctrines hindoue »Tradition et Religions » mais aussi « Aperçus sur l’Initiation » et « Initiation et Réalisation Spirituelle » éd Traditionnelles-

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/12/tradition-et-religion-en-franc-maconnerie.html

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Charbonnerie et Franc-Maçonnerie 31 janvier, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Charbonnerie et Franc-Maçonnerie

 carbon

Pour beaucoup, la Charbonnerie est une société secrète de comploteurs – certains diraient « terroristes » de nos jours – plus ou moins liée avec la F...M.... Qu’en est-il exactement ?

Les historiens s’accordent à dire que la Charbonnerie, qui est restée Européenne et, plus précisément continentale et ouest-européenne, est née en Italie comme une sorte de résurgence des carbonari du XIIIème siècle, c’est-à-dire de ces conspirateurs guelfes –favorables au pouvoir pontifical – qui se réunissaient dans des cabanes de charbonniers et qui conspiraient-luttaient contre l’Empire dont les partisans étaient appelés les Gibelins.

Ces conspirateurs, pour pouvoir conspirer à l’abri des yeux et des oreilles de la police, se réunissaient donc dans des huttes de charbonniers aménagées au cœur de forêts. Depuis plusieurs siècles, des charbonniers vivaient à l’écart des villes et même des villages pour produire du charbon de bois. Mais qui étaient donc ces charbonniers dont les conspirateurs guelfes ont sollicité l’hospitalité ?

 La charbonnerie comme industrie :

La charbonnerie, comme activité de production de charbon de bois, n’était pas la seule activité pratiquée en forêt. Depuis des temps forts anciens, en effet, les forêts étaient le cadre de nombreuses activités : coupe des arbres (bûcheronnage), confection de fagots, préparation des échalas de châtaignier ou de chêne pour les vignes, travail du bois pour la fabrication d’objets usuels… La plupart de ces activités étaient saisonnières puisque liées aux conditions climatiques et au rythme de la végétation. Pendant les périodes d’inactivité, ces hôtes des bois n’en continuaient pas moins d’habiter dans les forêts, ce qui ne manquait pas de faire courir à leur sujet de nombreuses légendes mais aussi de nombreux préjugés. Ces rumeurs, pour la plupart, tournaient autour de la sorcellerie, de la magie, de diableries diverses et variées…, ce qui ne manquait pas de frapper d’ostracisme celles et ceux qui se livraient à ses activités. Ostracisme né de la peur sans aucun doute mais une peur teintée de jalousie car, en pleine époque féodale par exemple, les forestiers étaient des gens libres, c’est-à-dire dégagés de toute servitude.

Sans doute pour préserver leur liberté, les forestiers, de leur côté, ne faisaient rien pour briser la peur qu’ils inspiraient et, pour ce faire, les charbonniers prenaient grand soin à ne pas se défaire de leur noirceur, laquelle, comme on peut s’en douter, était la preuve du pacte qu’ils avaient passé avec certaines puissances et, en même temps, de la puissance qu’ils tiraient personnellement de la maîtrise du feu. Il est à noter, et c’est là deux points importants, que, même situées sur des terres féodales propriété d’un suzerain ou de l’Église, les forêts, à cause de la peur qu’elles inspiraient, étaient des espaces de liberté pour celles et ceux qui s’y réfugiaient (proscrits, serfs en fuite, lépreux…) d’une part et que, d’autre part, et en particulier dans les régions celtes, les forêts avaient été le cœur – voire même le temple et/ou le lieu de culte – de nombreuses religions primitives (le druidisme en particulier). Ainsi, parce qu’elles étaient justement des espaces de liberté, les forêts permettaient la survivance de pratiques religieuses pré-chrétiennes et pouvaient, au besoin, servir d’abri, à des sectes, c’est-à-dire aux hérésies ponctuant régulièrement le développement de la religion dominante.

Pour certains gros travaux comme le bûcheronnage et le débardage, les charbonniers recouraient souvent à des manouvriers, c’est-à-dire à des paysans qui, rémunérés en nature (bois de chauffe, charbon, ustensiles de bois…) ou en monnaie, n’entraient pas pour autant, à la différence, par exemple, d’un apprenti, dans l’ordre des métiers auxquels ils louaient leur concours. Ces manouvriers n’étaient donc pas… initiés aux arts des forestiers et, en particulier, des charbonniers.

La charbonnerie… une F...M... de… bois ?

Initiation… Le mot est lâché. Mais est-ce que cette initiation était seulement professionnelle (le droit d’entrer dans un métier et d’engager ensuite le long processus d’apprentissage des savoir-faire et des connaissances nécessaires à la maîtrise dudit métier) ; s’agit-il d’une initiation au sens d’admission aux mystères, d’affiliation, d’admission à un ordre dans son acception ésotérique ? ou bien, enfin, des deux à la fois ? Et, au-delà, y aurait-il eu une sorte de F...M... du bois à l’image de la F...M... de la pierre ?

En 1747, Charles François Radet de Beauchesne, affirmant détenir ses pouvoirs de Maître de Courval, grand maître des Eaux et Forêts du comté d’Eu, seigneur de Courval, est le promoteur d’un rite maçonnique forestier spéculatif. Selon Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781 – 1866), ce rite aurait tenu sa première assemblée – le « Chantier du Globe et de la Gloire » -, à Paris, dans un parc du quartier de La Nouvelle France (actuellement Faubourg Poissonnière) le 17 août 1747. Pour cet auteur, le rituel, qui n’avait pas de caractère judéo-chrétien mais païen, provenait des forêts du Bourbonnais où des nobles proscrits avaient trouvé refuge, puis avaient été initiés par des bûcherons, pendant les troubles qui marquèrent les règnes de Charles VI et Charles VII. D’aucuns estiment que l’initiative de Beauchesne fut prise suite à la création à Londres, le 22 septembre 1717, par John Toland, de l’Ancient Druid Order ou de la diffusion en 1720 de son ouvrage Pantheisticon mais ils n’en apportent pas vraiment de preuves convaincantes.

Jacques Brengues, quant à lui, dans  » La Franc-Maçonnerie du bois  » Editions du Prisme 1973, accrédite la thèse d’une F...M...  du bois qui, d’opérative, serait devenue spéculative en raison de l’initiation de non-forestiers et, singulièrement, de nobles. Il cite ainsi plusieurs rituels forestiers en leur reconnaissant un caractère chrétien :

 §         Rituel compagnonnique de l’Ordre des Fendeurs (début du XVIIIème),

Pour plusieurs auteurs, la F...M...  du bois, en raison à la fois du développement de la F...M... de la pierre avec, en particulier, le G...O...D...F... mais aussi du déclin des activités des industries forestières et, en particulier, charbonnières, serait tombée en désuétude. Pour eux, et malgré l’orthodoxisme andersonien, elle perdura et perdure toutefois dans certains rites, notamment au niveau des hauts grades : Chevalier Royal Hache ou Prince du Liban du 23ème degré du Rite de Memphis ainsi que du 22ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté et du Rite de Perfection. Toujours selon ces auteurs, des tentatives d’union de ces deux F...M...  eurent même lieu avec, par exemple, le Devoir des Fendeurs, corpus de Tours tandis que, plus ou moins sporadiquement, des résurgences d’une F...M... du bois ont pu être relevées, comme par exemple, Les Ventes de Roland en 1833, les Brothers fendeurs en Angleterre, le Grand Chantier Général de France régulièrement constitué en 1983 au centre des Forêts, sous les auspices de la Nature, …

En France, peu après la seconde guerre mondiale, on a assisté à un essai de restauration de l’antique initiation forestière avec la création du « Chantier de la Grande Forêt des Gaules » dont les symboles majeurs étaient l’arbre, la cognée, le coin et la hache et dont l’initiation était réservée aux maîtres des degrés de la « Holy Royal Arch of Jerusalem ». Cette initiative ne connut pas véritablement le succès mais, plus tard, en 1976, elle aurait présidé à la création de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (Humanitas).

Plus près de nous, en 1993, le druide de la Gorsedd de Bretagne, Gwenc’hlan Le Scouëzec tenta d’instaurer un rite forestier au sein de la F...M...  de pierre.

En 1999, A. R. Königstein dans « Les Braises sous la Cendre », Montpeyroux, Les Gouttelettes de Rosée, prône le retour d’un carbonarisme initiatique et insurrectionnel et propose un rituel de Charbonnerie opérant un transfert vers un paganisme et se détachant de la maçonnerie traditionnelle mais refusant le recours à la violence et au terrorisme

Même si cette dernière initiative prétend renouer avec la tradition initiatique et insurrectionnelle des carbonari, il me semble que la Charbonnerie, qui a beaucoup fait parler d’elle en Europe au XIXème siècle, n’a pas de filiation avec une quelconque F...M... du bois car elle avait d’autres sujets de préoccupation que le paganisme, un ésotérisme plus ou moins druidique, la philosophie, le symbolisme… pour se consacrer à des sujets plus…explosifs ! De mon point de vue, la référence à la F...M...  du bois que fit la Charbonnerie ne fut qu’un alibi, conceptuel, méthodologique, organisationnel…, pour, sous cette couverture légale, conduire des projets essentiellement politiques, même si, à l’évidence, par ailleurs, ils étaient portés par des valeurs humanistes, comme celle des Lumières et des Révolutionnaires du XVIIIème siècle. J’ajoute que, mais ce n’est là qu’un point de vue personnel, le souci apporté à mettre en évidence une autre tradition maçonnique que celle de la pierre, telle qu’elle était alors incarnée par les Obédiences établies, avait sa raison d’être dans le refus de la complaisance dont celles-ci pouvaient faire preuve à l’égard des autorités politiques (monarchies et empires, autrement dit… la Réaction) et religieuses (vaticanes essentiellement) quand, tout simplement, elles n’acceptaient pas d’être instrumentées par elles.

 Comme je l’ai dit précédemment, les historiens considèrent que la Charbonnerie est née en Italie. Dirigeons donc nos pas vers ce pays.

 La Carboneria italienne :

Sous la houlette de l’empire austro-hongrois, le Congrès de Vienne de 1815 s’est attaché à faire en sorte que le poison révolutionnaire particulièrement virulent en Italie ne contamine pas l’Europe et mette en danger, voire à bas les trônes en place. Pour ce faire, les diplomates ont appliqué deux adages bien connus : « Diviser, pour régner » et « Une main de fer dans un gant de velours ».

C’est ainsi, que tournant le dos au principe des nationalités né de la Révolution française et répandu en Europe par les Armées napoléoniennes, l’Italie a été découpée en fonction des enjeux et des intérêts des seules monarchies, sans la moindre attention aux populations ainsi… partagées ! L’Empire autrichien possède le Trentin et l’Istrie et occupe la Lombardie et la Vénétie tandis que le reste de l’Italie est sous son hégémonie en raison de nombreux et étroits liens militaires et dynastiques : le duché de Parme et Plaisance est donné à Marie-Louise, fille de François 1er d’Autriche et épouse de Napoléon; le duché de Modène et Reggio à François IV de Habsbourg-Este; le Grand-Duché de Toscane au frère de l’empereur d’Autriche… De leur côté, le Royaume de Naples, sous la dynastie des Bourbons, et l’Etat pontifical ont conclu des traités d’alliance militaire avec Vienne. Ainsi, la Restauration italienne a provoqué l’arrêt du processus de développement civil et d’unification territoriale qui avait débuté avec l’invasion napoléonienne.

Pourtant, même si elle fut courte et mouvementée, l’épopée napoléonienne a permis la formation d’une génération de militaires, d’administrateurs du bien public et une nouvelle classe dirigeante qui, toutes deux, n’ont pas eu l’heur de plaire aux tenants de la… réaction monarchique et qui ont rapidement été muselées avec l’interdiction qui leur a été faite de manifester, légalement et, notamment, par la voie électorale, leur opposition à ce partage dynastique et leur aspiration contraire à l’unité de la nation italienne. C’est pourquoi, l’opposition ayant dû entrer dans la clandestinité, on assista alors au pullulement de sectes et de sociétés secrètes qui se proposaient toutes de propager les idéaux libéraux et participaient donc du Risorgimento.

Au passage, on ne manquera pas de noter ce pied de nez que les carbonari firent au pouvoir pontifical et, plus largement, aux autorités catholiques, en reprenant ce nom de carbonari qui, au XIIIème siècle, était celui qu’avaient pris les Guelfes dans leurs conspirations contre le pouvoir impérial et pour le pouvoir papal, dés lors que ces nouveaux carbonari luttaient aussi contre le Vatican qui était un obstacle majeur à l’unification italienne ! On relèvera également que, au XIIIème siècle, s’il y avait bien des carbonari, il n’y avait pas pour autant de Carboneria même si, comme nous l’avons vu précédemment, il pouvait exister une F...M... du bois et donc un rituel, une organisation, une initiation… charbonniques.

Un carbonaro est, au sens propre, un fabricant de charbon de bois. Au début du XIXème siècle, les carbonari sont encore nombreux dans les montagnes forestières de l’Italie du Sud. Pendant l’occupation française du royaume de Naples, de1806 à 1815, de nombreux irréguliers, mi-bandits mi-soldats, les ont rejoint pour y être plus en sécurité et pouvoir ainsi mener leur combat contre la domination étrangère ; tout naturellement, ils ont pris le nom de carbonari, étant précisé que, eux, étaient en odeur de sainteté auprès des monarchistes, des autorités religieuses et de l’Empire autrichien puisqu’ils luttaient contre l’envahisseur. Toutefois, avec la restauration des Bourbons sur le trône de Naples, la Carbonaria devient une société secrète, car, désormais, son but est d’abattre l’absolutisme monarchique et de conquérir des libertés politiques par le biais d’une constitution.

En fait, la Carboneria politique, en tant qu’organisation, est née en 1806 avec l’installation de la première vente par Buonarroti, sur lequel je reviendrai plus loin. Elle rassembla de grands noms, à commencer par Giuseppe Garibaldi, le père de la nation italienne. Si elle a un rituel similaire à celui de la maçonnerie, elle n’est pas, contrairement à l’affirmation de certains historiens maçons, un essaimage de la F...M..., sachant que cette thèse sera reprise par les autorités, politiques et religieuses, pour condamner et combattre et l’une et l’autre.

Dans un ouvrage publié en 1950, l’historien A.Saita décrit la Carboneria comme « une société secrète aux buts éminemment démocratiques, qui ne séparait pas l’égalité des fortunes de la liberté politique » mais dont la structure était fortement hiérarchisée et cloisonnée du fait de son caractère nécessairement clandestin.. Parce que conspiratrice, la Carboneria procédait par voie occulte et donc secrète avec un goût marqué pour les formes symboliques. En effet, pour Buonarroti : « les hommes ont besoin, pour former une association politique efficace et permanente, d’être liés entre eux par des signes et des mystères qui flattent leur amour propre et donnent à la société dont ils font partie un air d’importance et de consistance que toute la moralité et l’estime réciproques des individus ne sauraient obtenir »[2].

La Carboneria comportait 9 grades et la direction était composée d’un petit nombre d’initiés qui dirigeaient tous les autres tout en prenant soin, pour des raisons de sécurité, de leur demeurer inconnus, d’où l’usage courant de pseudonymes[3]. Elle tirait ses symboles et ses rituels des charbonniers et donc des métiers du bois et non de la pierre : c’est ainsi qu’elle était organisée en ventes qui se regroupaient en ventes mères. Comme pour le compagnonnage, la F...M...  et, plus généralement, toutes les sociétés secrètes, elle utilisait des mots et des signes secrets de reconnaissance et, sous prétexte de symbolisme, voire d’ésotérisme, une écriture cryptée pour les correspondances entre les ventes, les messages et plans confiés à des émissaires… L’organisation verticale et fortement cloisonnée faisait correspondre les différents degrés d’initiation à autant de niveaux différents de projets politiques. Entre eux, les carbonari s’appelaient « Bons Cousins » ou « Bons Amis ».

Une couverture fréquente de la Carboneria était la F...M...  ce qui a amené certains auteurs à dire que la seconde était la vitrine légale de la première. Ainsi, pour J.Kuypers :  » On pourrait dire que la Charbonnerie était une maçonnerie particulière, organisée au sein de la maçonnerie traditionnelle à l’insu des dirigeants de celle-ci. Peut-être serait il plus exact de dire qu’il s’agissait d’un groupement militant, constitué selon des affinités particulières au sein d’une maçonnerie officielle qui évitait soigneusement de se mêler aux choses de la rue; dont les membres poursuivaient leurs fins égalitaires tout en remplissant normalement leurs devoirs maçonniques ». Cette couverture était pratiquée de deux manières : soit, au sein d’une Loge, des carbonari, à l’insu des FF..., s’organisaient parallèlement en une vente occulte, soit une Loge entière, en fait, était une vente.

La Carboneria se développa principalement dans le Mezzogiorno, où elle fut la première tentative significative d’organisation politique rassemblant des intellectuels, des étudiants, la bourgeoisie du commerce et des professions libérales et, surtout, des militaires et dont le but était l’unification et l’indépendance de la nation italienne.

Les carbonari, du moins au début, participaient d’un libéralisme modéré, c’est-à-dire constitutionnaliste et légaliste. Toutefois, les militaires, sous-officiers et officiers formés pendant la période napoléonienne, exercèrent rapidement une influence dominante dans la mesure où ils étaient mieux organisés et plus disciplinés que les autres libéraux. Etant militaires, ce sont eux qui très rapidement transformèrent la Carboneria en ce que, pour eux, le recours à la violence, aux armes, aux coups de force… était une voie naturelle d’action.

Ainsi, durant l’été 1820, à Naples, encouragés par la révolution qui avait éclaté en Espagne, les carbonari, sous la conduite du général Pepe, se soulevèrent pour réclamer une constitution que le roi Ferdinand 1er finit par leur accorder. Toutefois, ce dernier, dès mars 1821, sollicite et obtient le concours des armées autrichiennes pour rétablir l’absolutisme. Cette première révolte carbonique ne se transforma pas en une véritable… révolution et se solda, in fine, par un échec du fait que, sous l’influence vaticane, la Sicile se rebella contre le gouvernement napolitain ainsi mis en place, que les révolutionnaires s’entredéchirent entre démocrates (les ultras) et modérés (les monarchistes constitutionnalistes) et que les troupes révolutionnaires ne firent pas le poids devant les troupes régulières de l’Empire autrichien.

Toutefois, cette date de 1820 est importante car c’est à partir d’elle que la Carboneria s’étendit à toute l’Italie.

En Lombardie-Vénétie, la découverte en octobre 1820 d’un magasin carbonaro entraîne l’arrestation de Silvio Pellico[4] et une répression féroce des milieux libéraux, carbonari et Fédérés[5], alors même qu’il n’est pas établi qu’il y avait véritablement un projet d’insurrection.

Dans le Piémont, la révolte éclata en mars 1821 avec la rébellion de la garnison militaire d’Alessandria dont le commandement était entre les mains des carbonari. Pour ne pas accorder la constitution promise par le régent Carlo Alberto, Victor Emmanuel 1er préféra abdiquer. Aussitôt, les armées fidèles au nouveau roi, Carlo Felice, avec le concours des troupes autrichiennes, affrontèrent les troupes constitutionnalistes qui, par manque d’organisation et, en particulier, de liaisons coordonnées entre les différentes unités, mais également et surtout, en raison de l’absence de tout lien avec les masses populaires, furent rapidement défaites. Là aussi il s’ensuivit une répression féroce.

En 1831, l’échec de l’insurrection de Bologne menée par des carbonari sonna le glas de la Carboneria qui disparut alors au profit de nouvelles organisations révolutionnaires aux structures moins lourdes aux idées politiques et sociales plus avancées, et, surtout, au recrutement plus populaire.

La Charbonnerie française :

Historiquement, en France, les germes du carbonarisme furent semés par Benjamin Buchez, fondateur de la Société Diablement Philosophique qui, en 1818, se transforma en loge maçonnique, Les Amis de la Vérité.

Mais l’existence de la Charbonnerie n’est avérée qu’à partir de 1821. Son apparition est, pour une large part, imputable à Joseph Briot, ancien député aux Cinq-Cents, qui, envoyé en mission au Royaume de Naples en 1810, avait découvert la Carboneria, y avait été initié et avait contribué à la propagation de la Carboneria sur l’ensemble du territoire italien à partir du Mezzogiorno. En effet, il semble bien que, de retour en France, il se servit du réseau de sa compagnie d’assurance, Le Phénix, pour propager la Charbonnerie en implantant des ventes dans son département et qu’il fut d’autant plus aidé dans son prosélytisme que, ancien Bon Cousin Charbonnier et adepte du Rite Égyptien de Misraïm, il put associer nombre de ses symboles et de ses formes d’organisation à la tradition locale des Bons Cousins Charbonniers, à savoir les travailleurs forestiers de Franche-Comté regroupés dans une association de secours mutuel structurée en plusieurs sections ou ventes et qui s’inscrivait dans la tradition de la F...M... du bois évoquée précédemment.

Nous sommes alors sous un régime monarchique censitaire auquel s’oppose un courant libéral fortement présent dans la F...M... Très rapidement, soucieux d’aller plus loin que le simple travail de réflexion, de recherche…, de nombreux FF... voient alors dans la Charbonnerie l’opportunité de réaliser leur projet politique d’émancipation de la société française des différents absolutismes qui la dominent – monarchie, religion… – ; c’est pourquoi, ils furent nombreux à la rejoindre[6]. En outre, il convient de ne pas oublier que, à cette époque, toute opposition politique était interdite et que la Restauration – la réaction -, de ce fait, suscita, en France mais aussi en Europe, la floraison entre 1815 et 1830 de sociétés secrètes à vocation explicitement politique préparant dans la clandestinité le renversement de la tyrannie. Précédée par les Illuminés de Bavière (1776-1785), par les Bons Cousins Charbonniers de Franche-Comté à la fin du XVIIIème siècle, par les carbonari italiens à partir de 1810, par l’Union de Joseph Rey à partir de 1816, enfin par la loge maçonnique des Amis de la liberté créée en 1820, la Charbonnerie s’inscrivit donc dans un mouvement général de libéralisme assez disparate en définitive puisqu’il comprenait à la fois des monarchistes constitutionnalistes, des républicains et des révolutionnaires.

Parmi les loges maçonniques les plus impliquées dans la constitution de la Charbonnerie française, il faut citer Les Amis de /’Armorique et, surtout, Les Amis de la Vérité dont étaient membres Dugied et Joubert qui, pour échapper à la police, suite à la tentative du coup de force de Vincennes de la nuit du 19 au 20 août 1820, s’étaient un moment réfugiés à Naples où ils avaient été initiés à la Carboneria et dont le Collège d’Officiers se rapprocha des députés et des notables libéraux familiers de La Fayette[7] pour les aider dans la réalisation de leur projet.

Comme beaucoup d’autres, ces Loges attestaient d’une pratique subversive à l’égard de l’ordre – le Grand orient de France – qui consistait à prendre de nettes distances à l’égard des directives obédientielles et à pratiquer une maçonnerie plus politique que… philosophique.

Briot, Dugied, Joubert et d’autres maçons font officiellement œuvre de propagande en faveur d’un rituel allégé – c’est-à-dire débarrassé de toute sa poussière traditionaliste, voire rigoriste, pour ne pas dire intégriste et dogmatique – et, surtout, laïcisé. En fait, leur projet est soit d’instaurer une nouvelle maçonnerie, la Charbonnerie, sous le couvert de la maçonnerie traditionnelle du G...O...D...F..., soit de transformer celle-ci, de l’intérieur, en une Charbonnerie. Dans les deux cas, les intentions sont claires : la constitution d’une organisation politique permanente nouvelle comme support d’une action conspiratrice et, sinon révolutionnaire, du moins insurrectionnelle.

Compte tenu du contexte national d’alors, leur projet se développe facilement et une véritable Charbonnerie française est organisée sous la forme d’une structure cloisonnée, occulte ou secrète, hiérarchisée en trois niveaux[8]. L’héritage maçonnique est toutefois assumé dans ce qui peut être utile au projet politique et aux mesures de sécurité à prendre : mots d’ordre qui font office de mots de passe, saluts et de signes de reconnaissance, procédure d’admission dans une vente par cooptation, initiation[9], grades, observation du serment et du secret jusqu’à la mort[10]

La structure de base de la Charbonnerie est la vente particulière qui comprend, au plus, 20 personnes, pour échapper aux dispositions de l’article 294 du Code pénal de 1810 qui interdit les groupements d’un effectif supérieur. Au deuxième niveau se situe la vente centrale à la tête de laquelle se trouve un député qui est le seul à avoir des relations avec le Comité directeur qui, sous l’appellation de haute vente, est le troisième niveau de la Charbonnerie.

Les lieux de réunion s’appelaient baraques et le vocabulaire était emprunté aux termes techniques du métier de charbonnier.

Au-delà de ses similitudes de forme, il y avait des différences profondes entre la F...M... officielle et la Charbonnerie. C’est ainsi que la sociologie de la Charbonnerie était beaucoup plus disparate : si les militaires y sont prédominants (40% des effectifs)[11], d’autres milieux socioprofessionnels sont présents : boutiquiers, artisans, enseignants et, dans une moindre mesure, ouvriers, c’est-à-dire les… républicains qui; grosso modo, se ralliaient autour de la Constitution de l’An III. Autres différences notoires : l’initié jurait d’obéir aveuglément aux ordres venus d’en haut et… conservai chez lui les armes et munitions qui lui étaient confiées à son admission et les ventes ne produisaient aucun… écrit.

La prédominance militaire est assurément à l’origine de l’action insurrectionnelle privilégiée par la Charbonnerie : le complot débouchant non sur l’émeute, la grève ou même… la révolution mais sur la rébellion d’unités militaires[12]. Toutefois, cette prédominance n’empêcha pas que bien des complots furent montés avec un piètre amateurisme et que, faute de coordination et, surtout, d’enracinement populaire, ils se soldèrent tous par de cuisants échecs comme ceux qui eurent lieu de décembre 1821 à juillet 1822. Ainsi, à la fin de 1821, l’échec du soulèvement militaire prévu à Belfort mais ajourné entraîna l’arrestation de nombre de conspirateurs qui, pour la plupart étaient également maçons. Parmi huit des accusés traduits devant les tribunaux, il y avait  deux FF... des Amis de la Vérité, Bûchez et Brunel. À Saumur, une tentative d’insurrection, elle aussi avortée, fut menée par le lieutenant Delon, vénérable de L’Union Fraternelle, atelier, qui, composé d’une cinquantaine de militaires, était une véritable officine de recrutement de la Charbonnerie. Le complot prévu à la fin de l’année 1821 fut hâtivement différé à la dernière minute. Le deuxième essai, dirigé par le général Berton, échoua, et ce dernier, impliqué dans la prise de Thouars le 24 février 1822, fut arrêté puis guillotiné en octobre 1822[13]. En février 1822, se déroula le complot le plus retentissant, celui de La Rochelle, plus connu sous le nom de « complot des 4 Sergents de La Rochelle »[14] : Bories[15], Goubin, Pommier et Raoulx.

En Provence, la Charbonnerie échoua aussi dans sa tentative de soulèvement de Toulon qui, pourtant, était une ville réputée pour être républicaine. Armand Vallé, ancien capitaine des Armées napoléoniennes, dénoncé fut arrêté et exécuté le 10 juin 1822. Les ultimes tentatives de ces complots manqués eurent lieu dans l’Est, à Strasbourg (avril 1822) et à Colmar (juillet 1822).

La constance de ces échecs entraîna une crise de conscience chez les Charbonniers et contraignit leurs dirigeants à l’autocritique dont la conclusion fut que, à l’évidence, l’abolition de l’absolutisme monarchique et l’instauration de la République ne passaient pas par le complot militaire. Mais, cette analyse intervint trop tardivement : à partir de 1823, les divergences politiques, exacerbées par la férocité de la répression et de nombreuses délations, éclatèrent au sein de la Charbonnerie et, après le raz de marée électoral des ultras en février-mars 1824, le mouvement vit ses membres s’éparpiller, un nombre non négligeable ralliant les saint-simoniens[16]. Après 1830, d’anciens charbonniers se retrouvèrent dans les orientations libérales de la monarchie de Juillet[17] et un des derniers avatars de la Charbonnerie fut la création en 1833, sous l’impulsion de Philippe Buonarroti et du libraire Charles Teste, de la Charbonnerie Démocratique Universelle qui n’avait plus qu’un rapport lointain avec les conspirations militaires de la Restauration.

Selon de nombreuses sources convergentes, la Charbonnerie française compta jusqu’à 40 000 affiliés dont de nombreuses célébrités : La Fayette[18], Manuel, Dupont de L’Eure, Buchez… mais aussi des savants illustres comme Edgar Quinet, Augustin Thierry ou Victor Cousin…[19], le peintre Horace Vernet, le banquier et homme politique Jacques Lafitte, Bazard, propagateur du saint-simonisme[20]

D’emblée, la Charbonnerie se donna pour objectif l’élection d’une Assemblée Constituante destinée à restaurer la souveraineté populaire ; toutefois, et sans doute sous l’influence dominante des militaires mais aussi d’une conception caporaliste – pré-léniniste, en somme -, c’est-à-dire élitiste de la conduite du changement social et politique, elle opta pour la voie du complot et de l’insurrection militaires et non de la révolution. Se faisant, elle se coupa du peuple, sans lequel il ne pouvait pas y avoir de changement… révolutionnaire. Par ce choix, elle était vouée à l’échec ou au… retournement de veste !

La Charbonnerie n’aboutit pas dans son projet insurrectionnel. Il n’en demeure pas moins qu’elle constitua l’un des rares pôles de résistance à la tentative de Restauration de l’absolutisme monarchique, même si, selon Pierre Leroux elle ne fut jamais qu’une « grande conjuration du Libéralisme adolescent », et qu’elle s’inscrivit dans une « nébuleuse culturelle et politique » qui, pour une large part, fut le creuset de la renaissance – le Risorgimento – d’une F...M... qui, sans s’interroger davantage sur sa nature de pierre ou de bois, renoua (enfin) avec un projet humaniste universel.

J’ai indiqué les liens étroits entre la Charbonnerie et la F...M..., celle-ci, le plus souvent, n’étant que la couverture de celle-la. Mais, la Charbonnerie eut d’autres avatars ou couvertures :

En premier lieu, il faut citer les réseaux de conspirateurs connus sous les noms de Philadelpes[21], eux-mêmes issus d’une résurgence des Illuminés de Bavière et d’Adelphes[22] dont les programmes étaient, à peu de choses près, celui des Égaux de Gracchus Babeuf et qui étaient coiffés par une autre société secrète, le Grand Firmament, lequel se subdivisait en Eglises, Synodes et Académies.

On doit également mentionner la société des Familles où chaque famille était composée de 5 initiés dirigés par un Chef de Famille et qui se divisa par la suite pour donner la Société des Saisons et les Phalanges Démocratiques. La société des Saisons était organisée en Semaines regroupant chacune 6 hommes et un chef, quatre Semaines formant un Mois (comptant 28 initiés et un chef), trois Mois, une Saison et quatre Saisons, une Année. On trouve trace d’au moins trois Années dirigées par Blanqui, Barbes et Martin Bernard, dont on sait qu’ils étaient Charbonniers par ailleurs. Les Phalanges Démocratiques, quant à elles, étaient dirigées par Mathieu D’Epinal, Pornin et Vilcocq et avaient pour programme l’abolition de la propriété et de la famille, la communauté des femmes, l’éducation gratuite, la destruction des objets de luxe, la dictature populaire…

Je citerai enfin Félix Delhasse, Charbonnier belge, dont nom secret était Gracchus Babeuf, qui écrivit en 1857, dans « Ecrivains et hommes politiques en Belgique »- « Peut-être un jour raconterons-nous cette aspiration mystérieuse [La Charbonnerie] qui réunissait dans l’ombre les adeptes de la vérité, comme autrefois les réformés dans leurs conciliabules nocturnes en plein champ, loin des villes et des autorités constituées, comme les chrétiens dans les catacombes. Il est bien permis au peuple d’avoir son action secrète, comme la diplomatie a la sienne, comme le clergé a la sienne, avec cette différence que ce n’est pas la faute du peuple s’il n’agit pas toujours à ciel ouvert. Ces épisodes peu connus, où la jeunesse se risque à l’aventure dans les chemins inexplorés, où le peuple s’essaye à la vie collective, cette histoire intime qui se retrouve en tout temps et en tout pays, n’est pas la moins curieuse et la moins expressive: c’est elle qui donnerait la mesure véritable des tendances, du caractère, du génie incompressible de chaque peuple, et qui s’impose dans les faits officiels et finit par passer du souterrain au grand jour. »

Avant d’aborder le point suivant de ce travail, et comme il y a des FF... corses, permettez-moi de faire une petite digression vers l’Île de Beauté en espérant qu’il ne me sera pas tenu rigueur de mon accent qui, je le sais, ne saura pas rendre la musicalité de la langue.

Petite digressions corse :

En Corse, alors sous forte influence italienne, notamment culturelle et linguistique, les sociétés secrètes et, parmi elles, la Carboneria se localisent essentiellement sur l’actuel canton du Campuloro-Moriani.

 D’une présence attestée depuis 1818, les carbonari portaient le nom de « I pinnuti » sans doute parce qu’ils évoluaient la nuit comme les chauves-souris, c’est-à-dire « i topi marini » ou « topi pinnuti« . Les carbonari corses sortent ouvertement de l’ombre en 1847 lorsque, en Italie, commence la Révolution de 1847 dite de 1848 car ils souhaitent alors porter secours aux patriotes italiens qu’ils reconnaissent pour… frères.

Mais la Carboneria corse se distingua de ses consœurs italienne et française en ce qu’elle était composée à la fois de républicains et de bonapartistes qui, comme Sampieru Gavini, aspiraient au rétablissement de l’Empire même si, par ailleurs, elle était en osmose étroite avec la F...M... locale.

Reprenons le cours du travail :

J’ai indiqué que la Carboneria fut fondée en Italie, en 1806, par Philippe Buonarroti. Il me semble nécessaire de s’arrêter quelque peu sur ce personnage, quasi de légende en ce qu’il fut le premier révolutionnaire… de métier, pour encore mieux comprendre l’origine et le projet de la Charbonnerie.

Né à Pise d’une noble famille toscane, Philippe Buonarroti fervent admirateur de Rousseau, commence sa carrière publique par la publication d’un journal, la Gazetta universale, ce qui lui vaut, dés lors, d’être sous une surveillance policière constante ! F...M... initié jeune, il s’affilie aux Illuminés de Bavière[23]. Enthousiaste, il va à Paris pour y soutenir la Révolution ; de là, il se rend en Corse pour y propager l’esprit  révolutionnaire ; en étant rapidement expulsé, il rejoint la Toscane qui l’accueille pendant quel temps dans ses geôles ; libéré, il retourne en Corse puis, en 1793, après la victoire des paolistes, gagne Paris. Il fréquente alors Robespierre, qui l’apprécie et même l’estime, l’admet parmi ses familiers et le charge de former des agitateurs révolutionnaires pour l’Italie, ce qu’il fait en créant  une véritable d’école de cadres révolutionnaires à la frontière de Nice, école dont les diplômés s’illustreront dans tous les coups, révolutionnaires des années à venir et qui, plus tard, fourniront une partie des cadres des troupes garibaldiennes.

Après le 9-Thermidor, il est arrêté à Menton comme robespierriste et transféré à Paris, Buonarroti, qui croit toujours en l’Être Suprême et voue une admiration sans faille à l’Incorruptible, se lie en prison avec Babeuf qui, antirobespierriste de longue date, applaudit à la chute du tyran et fait profession d’athéisme. Bien qu’ainsi politiquement et philosophiquement opposés, les deux hommes deviennent inséparables ; ensemble ils seront l’âme de cette conspiration des Égaux, c’est-à-dire du communisme égalitaire, que Buonarroti, vers la fin de sa vie, retraça dans son Histoire de la Conspiration de l’égalité (1828).

Arrêté avec Babeuf par la police de Carnot ; Buonarroti est condamné à la déportation, mais voit sa peine commuée en de nombreuses années de détention puis de résidence surveillée. En 1806, Fouché, protecteur discret mais efficace des babouvistes, obtient sa grâce en contrepartie de son exil à Genève. Sur place, Buonarroti retrouve le jeune frère de Marat et commence une nouvelle activité clandestine de révolutionnaire.

Durant les tes trente dernières années de sa vie, toujours poussé par l’idéal babouviste du communisme égalitaire[24], sous le couvert de la F...M... et la fondation de la loge les Sublimes Maîtres Parfaits, il contribue activement à l’instauration de la Charbonnerie française et organise des réseaux de sociétés secrètes à travers la France, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie…

C’est ainsi que, en 1833, à Bruxelles, il créa la Charbonnerie Démocratique Universelle, dont la vocation internationaliste sans conteste préfigura la future Association Internationale des Travailleurs et qui était en correspondance étroite avec la Societa Dei veri Italiani, d’inspiration et de finalité babouvistes. La Charbonnerie Démocratique Universelle étaient organisée non plus en ventes mais en phalanges et placée sous la direction occulte des loges de Misraïm. Son plus haut degré connu était celui de Frère de la Racine. Elle reprit le but des Illuminés mais dans un vocabulaire et selon un programme moins ésotérique, philosophique, moral, quasi-religieux… et plus révolutionnaire, pragmatique, stratégique et tactique…

De même, lorsque, en 1835, Blanqui, aidé de son ami Barbès, fonda, sur le modèle de la Charbonnerie, la société secrète la Société des familles, c’est l’ombre de Buonarroti qui plane, même si, pas une seule fois, son nom n’est avancé. Même chose avec la Société secrète des Saisons. Et ainsi de suite…

Durant toute sa vie, Buonarroti a orchestré la majeure partie des sociétés secrètes européennes et, partant, les complots, insurrections, rébellions, révoltes, révolutions… non du pupitre qui est sous le feu de l’éclairage des musiciens, du public, des critiques et… de la police, mais du trou invisible du souffleur anonyme.

F...M..., Buonarroti fut donc le maillon actif de plusieurs chaînes d’union entre l’Italie et la France, la révolution démocratique de Robespierre et la révolution sociale de Babeuf, l’ancienne maçonnerie des Lumières et le carbonarisme, la révolution de 1789 et celles du XIXème (en particulier de 1830 et 1848, mais également la Commune de Paris)… Si par choix autant que par nécessité, il resta la plupart du temps dans l’obscurité, changeant fréquemment de domicile et de pays, Buonarroti, de comploteur né, devint révolutionnaire professionnel, le premier de l’Histoire[25].

Ce professionnalisme de la révolution, il l’enseigna dans les cours qu’il donna à Nice, les initiations auxquelles il intervenait, les conférences qu’il donnait, les consignes et recommandations qu’il prodiguait… mais, surtout, il le pratiqua et le fit pratiquer[26]. Pour lui, être révolutionnaire, c’était :

 ·        pousser le pouvoir à des répressions iniques afin de révéler la véritable nature du pouvoir et amener le peuple à se soulever ;

A l’évidence, Buonarroti eut une influence prépondérante sur et dans la Charbonnerie européenne, même si, parce qu’elle était discrète, occulte, bon nombre, pour ne pas dire la plupart des charbonniers, même ceux de premier plan, n’en avaient pas conscience. Cette influence fut de deux ordres : son esprit d’abord qui était celui du communisme égalitaire et, ensuite, sa méthode organisationnelle qui était celle du secret, du cloisonnement, de la sécurité…, bref de l’organisation révolutionnaire secrète.

Toutefois, en raison de la prépondérance des militaires et du libéralisme limité de la plupart des recrues, le projet révolutionnaire de Buonarroti, conçu à l’échelle européenne, ne put aboutir : la Charbonnerie, à l’image de la plupart des autres sociétés secrètes se contenta de tenter, vainement d’ailleurs, par la voie du complot et de l’insurrection militaires, d’abattre l’absolutisme monarchique pour instaurer, non la Révolution, mais une monarchie constitutionnelle ou, à la rigueur, une république modérée que d’aucuns qualifient, à juste titre, de mon point de vue, de république monarchique[28].

Une autre évidence est que la méthode prônée par Buonarroti, parce qu’elle reléguait le travail d’éducation après la révolution et qu’elle faisait donc du peuple, non un acteur mais un enjeu et, au besoin, un instrument, portait en elle le germe de la dérive de l’autocratie révolutionnaire, celle de la tyrannie de la masse par une élite !

S’agissant de la F...M..., l’influence de Buonarroti, à travers, en particulier, la Charbonnerie fut tout aussi importante et, à mon sens, salutaire puisqu’elle la contraignit, du moins pour celle ne s’attachant pas à faire dans la… régularité, à prendre conscience de ce que son projet humaniste de travailler à l’amélioration matérielle et morale ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité est nécessairement politique tant il est vrai que la Loge est dans la Cité et non hors d’elle sur le nuage de l’apolitisme !

 


[1] En 1999, il a été publié, chez Montpeyroux, Les Goutelettres de Rosée, un fac-similé de l’édition de 1813 des « Constitutions de la Vente Charbonnière ».

[2] A. Saita: « Filippo Buonarroti. Contributi alla Storia della sua Vita e del suo Pensiero ».

[3] Nom secret ou nomen mysticum. Félix Delhasse , charbonnier belge, se faisait ainsi appeler Gracchus Babeuf.

[4] Écrivain et patriote piémontais, Silvio Pellico fit partie des cercles libéraux et romantiques milanais et travailla pour le journal Conciliatore. Condamné à mort en 1820 comme carbonaro, avec son ami Piero Maroncelli, il vit sa peine commuée en vingt années de prison. Incarcéré dans la forteresse autrichienne du Spielberg, à Brno, Pellico sera gracié à la moitié de sa peine, en 1830.

[5] Les Fédérés, menés par le comte Confalonieri, réclamaient l’union de la Lombardie et du Piémont.

[6] L’adhésion, plus ou moins simultanée, à la FM et à une ou plusieurs autres sociétés secrètes étaient alors choses courantes. C’est ainsi que, par exemple, de nombreux FF... adhérèrent à la très libérale société « Aide-toi, le Ciel t’aidera », présidée par Guizot.

Pour mémoire :

Guizot, François Pierre Guillaume (1787-1874), homme politique et historien français. Né à Nîmes, de parents protestants, François Guizot émigre en Suisse avec sa famille pour fuir la Terreur sous laquelle son père a été exécuté. En 1805, il quitte Genève pour Paris où il entreprend de brillantes études. Reconnu pour son érudition et sa capacité de travail, il devient professeur d’histoire moderne à la Sorbonne dès 1812. Lors de la Restauration, il rallie le parti du « juste milieu » (favorable au libéralisme et à la monarchie constitutionnelle), et s’oppose alors aux « ultras » désireux d’un retour à l’Ancien Régime et dirigés par le frère de Louis XVIII (le futur Charles X). Les convictions de Guizot le rapprochent du roi qui cherche à concilier les intérêts de la bourgeoisie libérale et des royalistes. Laissant de côté ses activités d’enseignant, il occupe de 1816 à 1820 le secrétariat général du ministère de l’Enseignement, puis de la Justice, avant d’entrer au Conseil d’État. Revenu à l’histoire après la chute du cabinet Decazes (février 1820), il retrouve pour un temps la Sorbonne. En effet, avec l’avènement de Charles X, Guizot passe dans l’opposition et ses attaques contre le ministère Villèle lui valent une suspension de 1822 à 1828. Il profite de cette retraite forcée pour publier ses critiques dans le Globe, prônant la doctrine libérale et le credo « Aide-toi, le ciel t’aidera ». En 1830, François Guizot participe au renversement de Charles X — notamment en signant l’ »adresse des 221″ —, avant d’être élu député de Lisieux. Le parti de la Résistance, dont il est le fondateur, est hostile à toutes les concessions démocratiques et défend une monarchie bourgeoise garantissant l’État contre les républicains ; c’est dans cet état d’esprit que Guizot entre au gouvernement. Après avoir occupé l’Intérieur (1830), il obtient le portefeuille de l’Instruction publique (1832-1837) et réorganise l’enseignement primaire : loi de juin 1833, complétée par celle de 1841 restreignant le travail des enfants. En charge des Affaires étrangères (1840-1847) — après une ambassade à Londres —, Guizot poursuit une politique de rapprochement avec la Grande-Bretagne. Quoique sous l’autorité nominale du président du Conseil Soult, il est de fait, dès 1840, le véritable chef du gouvernement et, depuis le retrait de Thiers, l’unique chef de file de la « Résistance ». Soutenu par la France des notables et de la bourgeoisie d’affaire, il concourt à l’essor de l’industrie, du commerce, du crédit et lance la révolution du chemin de fer ; son maître mot, révélateur de son option capitaliste est sa célèbre formule, prononcée en 1843 lors d’un banquet en province : « Enrichissez-vous par le travail, par l’épargne et la probité ». Ayant délaissé la condition ouvrière et refusant toute réforme électorale (sur la baisse du cens), Guizot doit affronter la critique conjuguée des ultras et des républicains. Son gouvernement devient de plus en plus autoritaire, et vire vers un ultraconservatisme que la crise économique de 1846 rend difficilement supportable à l’opposition, que ce soit celle de la petite bourgeoisie ou du prolétariat urbain. Ses élans d’autoritarisme scellent son destin : lorsqu’au début de l’année 1848, Guizot interdit de nouveau les réunions publiques de l’opposition, il déclenche un mouvement révolutionnaire que sa démission ne peut enrayer et qui aboutit à la fin du règne de Louis-Philippe (voir campagne des Banquets). Exilé en Belgique puis en Grande-Bretagne, Guizot revient en France en 1849. Il choisit alors de vivre à l’écart du pouvoir, se consacrant à la rédaction de ses mémoires (Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps) et reprend ses recherches historiques. En 1820, il a déjà rédigé un manifeste monarchiste et parlementariste, Du gouvernement de la France, tout en publiant plusieurs études sur l’histoire de France et de l’Angleterre (notamment des Essais sur l’histoire de France). Professeur de formation et pédagogue, il rédige, à la fin de sa vie, une Histoire de France racontée à mes petits enfants. Membre de l’Académie française à partir de 1836, Guizot, qui n’a jamais cessé d’être homme de lettres, reste l’un des principaux historiens du XIXe siècle et participe à la grande tradition contemporaine des hommes politiques, tels Thiers, Blanc ou Quinet, versés dans la science historique. L’ensemble de l’œuvre historique de Guizot reste marqué par l’empreinte de son engagement politique, ce qui a plus tard incité l’historien Gabriel Monod à dire de lui que, en dépit de son pragmatisme et de ses contributions scientifiques, Guizot a été une « personnalité » plus qu’un « savant ».

[7] D’aucuns estiment que, dans le plus strict secret, La Fayette fut, en fait, le grand maître, tactique, de la Charbonnerie française.

[8] La hiérarchisation en trois niveaux de la Charbonnerie est également similaire à d’autres sociétés, comme celle des Illuminés.

[9] Lors de l’initiation, le postulant est introduit, les yeux bandés, dans une pièce obscure et, au terme de la cérémonie, avant qu’on lui enlève le bandeau, prête solennellement le serment de garder le silence absolu sur la Charbonnerie.

[10] A titre d’exemple de ce respect absolu du secret et du serment : les 12-13 mai 1839 eut lieu la tentative insurrectionnelle d’Armand Barbès, Martin Bernard, Auguste Blanqui et de la Société des Saisons. Le premier, blessé, est arrêté ; les deux autres parvinrent provisoirement à échapper à la police, respectivement jusqu’aux 21 juin et 14 octobre. 692 interpellations intervinrent en suivant et des procès furent engagé contre plus de 750 inculpés. Lors du procès de 19 inculpés, du 11 juin au 12 juillet 1839, Armand Barbès et Martin Bernard, fidèles à leur serment de charbonniers, refusèrent de se défendre ; le premier fut condamné à mort et le second à la déportation. A son insu, et malgré ses protestations, Barbès, sur intervention de sa sœur auprès du roi, vit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité, puis en déportation.

[11] Malgré la présence de quelques haut gradés en poste comme les généraux Berton et Dermoncourt, il s’agit essentiellement d’anciens cadres des armées napoléoniennes qui ont été évincés par la Restauration.

[12] C’est sans doute l’exclusivité donnée à cette forme d’insurrection, constitutive d’un éventuel coup d’état, qui est à l’origine de l’adhésion de ce comploteur professionnel que fut Louis Napoléon Badinguet Bonaparte !

[13] Avant d’être exécuté il cria : »Vive la Liberté ! ».

[14] Prévoyant le soulèvement du 45e régiment de ligne transféré de Paris à La Rochelle, des soldats ont dénoncé leurs camarades qui sont jugés devant la cour d’assises de Paris. Fidèles à leur serment, quatre sergents choisissent de se sacrifier lors du procès en refusant de révéler à la justice bourbonienne les secrets de la conspiration carbonariste. Ils sont guillotinés le 21 septembre 1822, à Paris, Place de grève. Les quatre « martyrs de la Liberté » comptaient trois membres des Amis de la Vérité. Les traces de leur passage dans la Tour de La Rochelle sont encore visibles et leur geôle donne lieu à de véritables pèlerinages. Il existe une importante iconographie à leur sujet et de nombreuses chansons dites populaires leur ont été consacrées.

[15] Selon certains auteurs, les quatre sergents furent arrêtés et le complot déjoué parce que Bories avait été trop bavard dans une diligence, dont l’un des passagers était un indic de la police.

[16] La dernière action officielle de la Charbonnerie fut de tenter de gagner le corps expéditionnaire français en Espagne. Ce nouvel échec conduisit, de fait, à la liquidation de la Charbonnerie.

[17] Si la Charbonnerie instrumentalisa beaucoup, à commencer par la FM, elle fut elle-même souvent instrumentalisée. L’exemple le plus significatif est celui de Louis-Napoléon Bonaparte, qui fut membre de la Carboneria mais non de la Charbonnerie. Le ralliement d’un nombre conséquent de charbonniers à la monarchie orléanaise m’amène personnellement à considérer que cette dernière l’instrumentalisa également dans son opposition aux Bourbons aux fins de récupération du trône de France !

[18] Voir note ci-dessus.

[19] Cette présence de savants est, sans doute, à l’origine du choix que firent certains charbonniers de rallier le saint-simonisme lorsque la Charbonnerie disparut.

[20] Dont on dit qu’il était l’âme de la Charbonnerie dont la tête était La Fayette.

[21] Essentiellement implantés en milieu militaire. Cf. de Charles Nodier « les Philadelphes. Histoire des sociétés secrètes de l’armée », 1815[21]

[22] C’est-à-dire les « Frères ».

[23] Les Illuminés de Bavière :

Adam Weishaupt naît à Ingolsadt en 1748. A 20 ans, il occupe la chaire de droit canon à l’université d’Ingolstadt. Désireux de régénérer la société allemande, et en s’inspirant des constitutions et de l’organisation maçonniques, il fonde, avec le baron de Knigge, une société secrète : l’Ordre Secret des Illuminés Germaniques. Il partage l’ordre en 13 grades répartis en 2 classes :

Edifice inférieur : novice, minerval, illuminé mineur, illuminé majeur

Edifice supérieur : apprenti, compagnon, maître, écuyer écossais, chevalier écossais, epopte, prince, mage-philosophe et homme-roi.

A côté des grades connus, Weishaupt institue les Insinuants dont le rôle était d’espionner les profanes et… les membres de l’Ordre.

Chaque affilié portait un nomen mysticum, ainsi Weishaupt s’était attribué celui de Spartakus. Weishaupt initia Goethe, Herder, Schard, von Fritsch, Metternich.

Le but ultime des Illuminés était de renverser les monarques et d’éradiquer l’Eglise. On peut lire dans les notes de Weishaupt une des phrases les plus connues de Bakounine : « Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible ». Et c’est parce que ce but était en définitive universel que les Illuminés rayonnèrent sur de nombreux pays européens en y exerçant une influence, directe ou indirecte, importante.

Weishaupt influença la pensée de personnages tels que Babeuf, Buonarroti, Elisée Reclus, Bakounine, Kropotkine,…

[24] Dans toutes les sociétés et organisations où il est intervenu, Buonarroti avait à cœur, d’introduire Le chant des égaux, chant de ralliement au Club du Panthéon sous le Directoire :

 PREMIER COUPLET

 Un code infâme a trop longtemps

Asservi les hommes aux hommes.

Tombe le règne des brigands !

 REFRAIN

 Réveillez-vous à notre voix

Et sortez de la nuit profonde.

Peuple ! Ressaisissez vos droits :

Le soleil luit pour tout le monde !

 DEUXIEME COUPLET

 Tu nous créas pour être égaux,

Nature, ô bienfaisante mère !

Pourquoi des biens et des travaux

L’inégalité meurtrière ?

 TROISIEME COUPLET

 Pourquoi mille esclaves rampant

Autour de quatre ou cinq despotes ?

Pourquoi des petits et des grands ?

Levez-vous, braves sans-culottes !

 [25] Même si, pour certains orthodoxes (intégristes ?), ces révolutionnaires oeuvraient pour une pseudo-révolution, voire même la contre-révolution, la… révolution bourgeoise. Cf. L. Netter in Introduction à La Gazette Rhénane de Karl Marx et Friedrich Engels : « Conquérant peu à peu la suprématie économique, la bourgeoisie accentue son effort pour s’emparer du pouvoir politique. Le libéralisme et le mouvement révolutionnaire gagnent du terrain : la Maçonnerie et ses sectes se multiplient, la Charbonnerie dispose en Italie et en France d’un réseau de « ventes » fortement hiérarchisé; en Allemagne, les libéraux intensifient leur activité et le mouvement révolutionnaire tente de s’organiser (développement de la « Burschenschaft », activité de la Jeune Allemagne, premiers pas du mouvement ouvrier, publication de la Gazette rhénane avec la collaboration de Marx en 1842-1843) ».

[26] C’est ainsi, par exemple, que Blanqui le reconnut comme son mentor en disant qu’il n’aurait jamais été ce qu’il devint s’il n’avait pas rencontré et fréquenté assidûment Buonarroti.

[27] En 1946, Husson, sous le nomen mysticum de Geoffroy de Charnay, s’inspirant de la biographie de Buonarroti et de son Histoire de la Conspiration de l’égalité publia la Synarchie politique dans laquelle il distinguait 3 catégories de sociétés secrètes :

  1. « Les sociétés secrètes « inférieures » : ce sont les sociétés publiques telles la FM bleue, la Société Théosophique, les groupuscules extrémistes politiques…On retrouve dans ces sociétés les militants de base, souvent sincères et désintéressés. Ce sont des viviers dans lesquels on puisera les « gros poissons » pour les mener vers d’autres cercles plus élevés. Ces sociétés représentent un paravent et, si besoin est, un bouclier pour les vrais initiés.
  2. Les sociétés de cadres ou intermédiaires : ce sont des sociétés authentiquement secrètes car elles ne sont connues que par un cercle restreint de personnes. Les membres en sont cooptés et doivent se soumettre entièrement à l’autorité de la société. On peut citer le Martinisme et les Illuminés de Bavière. Ces sociétés contrôlent, ou tentent de contrôler les rouages de l’État. De plus, elles jouent un rôle de gestion et d’exécution.
  3. Les sociétés secrètes « supérieures » : elles sont totalement secrètes, ignorées des sociétés inférieures et contrôlent les sociétés intermédiaires. Leurs buts sont la domination du monde et la réalisation d’objectifs qui nous sont inconnus ».

[28] Ce fut donc par d’autres voies et, notamment celles des Révolutions, bourgeoises pour la plupart, que l’absolutisme monarchique fut abattu, même si le concours des masses populaires fut sollicité et obtenu, sachant que, ces Révolutions faites et le pouvoir bourgeois instauré ou restauré, la réaction s’abattit toujours avec la plus grande férocité sur les peuples pour que ceux-ci ne fassent pas… leur révolution !

Source : http://jccabanel.free.fr/index.htm

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Les Arts libéraux 25 juillet, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Les Arts libéraux

Laon-7 arts

Appelés aussi Sciences libérales (qui libèrent).

Pour les Grecs neuf muses, filles de Mnémosis, présidaient aux arts libéraux (qui rendent libres) : Histoire (Clio), Musique (Euterpe), Comédie (Thalie), Tragédie (Melpomène), Danse (Terpsichore), Elégie (Erato), Poésie lyrique (Plymnie), Astronomie (Uranie) et Eloquence (Calliope). Ce sont les muses qui ont donné le qualificatif du synthème pavé mosaïque. Pour Ilsetraut Hadot (philosophe et historienne, spécialiste de philosophie antique), lorsque Cicéron parle d’artes liberales, il ne s’agit absolument pas pour lui d’une liste de sciences en nombre déterminé : en principe, ces arts libéraux comprennent toutes les sciences qui sont dignes d’un homme libre. En fait, Cicéron fait un certain choix entre ces sciences ; ce choix ne coïncide pas du tout avec les sept arts libéraux qui nous sont connus par le Moyen Âge […]. Pour Cicéron, ce qui compte, c’est l’étude de la littérature grecque et latine, de l’histoire, de la philosophie (la dialectique comprise), de la rhétorique et du droit romain. Christofle de Savigny publie en 1587 Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, livre dans lequel il en répertorie 18 : arithmétique, géométrie, optique, musique, cosmographie, astrologie, géographie, physique, médecine, métaphysique, éthique, jurisprudence, chronologie, théologie, grammaire, rhétorique, poésie, dialectique.

Conformément à un usage remontant à l’Antiquité et tout particulièrement à un texte fondamental, Les Noces de Mercure et de la Philologie de Martianus Capella (début du Ves. de l’ère chrétienne), les Arts libéraux sont toujours personnifiés sous des traits féminins. La philosophie et les arts libéraux, planche XI du Hortus Deliciarum d’Herrad de Landsberg est peut-être l’image la plus emblématique de l’enseignement des arts libéraux. Autour de la Reine Philosophie, sous des arcs ronds séparés par des colonnes, se trouvent les sept arts libéraux. (Arte regens omnia quae sunt ego philosophia subjectas artes in septem divido partes : moi, la philosophie divine, je gouverne toutes choses avec sagesse; Je présente sept arts qui me sont subordonnés). Poursuivre avec les lumineuses gravures sur :

https://www.liberalarts.org.uk/philosophy-and-the-liberal-arts/

Au Moyen Âge, on distinguait 7 arts libéraux : Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique, Géométrie, Astronomie et Musique. Les trois premiers formaient le cercle d’études appelé Trivium, l’Intelligence, les arts de la parole. Les quatre autres, le Quadrivium, conduisent à l’approfondissement de la connaissance de la terre et du ciel. Toutes ces disciplines sont utilisées dans un seul but : aider à comprendre Dieu.

Le trivium a fourni à la Franc-Maçonnerieles mots de passe, les mots sacrés, le langage convenu, l’alphabet secret, l’usage des initiales, les verbes «lire», «épeler», «écrire» et les modalités de l’expression en loge.

On trouve, déjà énumérés dans les Old Charges (Régius, Cooke, Grand Loge, William Watson, etc) une description des sept Arts Libéraux accompagnant le récit d’Euclide. Ainsi, dans le Régius : «Grammaire est bien la racine pour qui s’instruit par la lecture ; mais le Savoir-faire est supérieur, ainsi que le fruit de l’arbre vaut plus que la racine. Rhétorique est la beauté du rythme, et la Musique un chant suave ; l’Astronomie dénombre et l’Arithmétique établit l’art des preuves ; la Géométrie est la septième science qui permet de montrer le vrai du faux. Ce sont là les sept sciences, dont l’usage conduit au ciel.» Et dans le Cooke : Vous devez savoir qu’il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L’une d’elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c’est la science de la géométrie. Les sept sciences ont les noms suivants : La première qu’on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire. La deuxième est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté. La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l’appelle communément l’art de la sophistique. La quatrième s’appelle l’arithmétique, elle enseigne l’art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses. La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes. La sixième est la musique qui enseigne l’art de chanter selon des notes par la voix, l’orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument. La septième est l’astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Les The Old Constitutions belonging to the ancient and honourable Society of free and accepted Masons de Roberts de 1722 commencent par l’évocation de 7 arts libéraux : 1- It’s Grammar that teaches a Man to speak truly, and write truly. 2- It’s Rhetorick that teaches a Man to speak fair, and in subtle terms. 3- It’s Logick that teaches a Man to discern Truth from Fashood. 4- It’s Arithmetick that teaches a Man to accompt, and reckon all manner of numbers. 5- It’s geometry that teaches Mett and Measure of any thing, and from thence cometh Masonry. 6- It’s Musick that yeachet song and voice. 7- It’s Astronomy which teacheth to know the course of sun, and other ornaments of heaven.

(https://freemasonry.bcy.ca/history/old_charges/roberts_constitutions_1722.pdf)

Les arts libéraux sont rapprochés des sept vertus de la Franc-Maçonnerie: Espérance/Musique, Prudence /Astronomie, Justice/Réthorique, Force/Géométrie, Charité/Grammaire, Foi/Arithmétique, Tempérance /Dialectique.

La Grammaire

Per me quivis discit, vox, littera, syllaba quid sit (Grâce à moi, tout le monde peut apprendre le sens des mots, des syllabes et des lettres).

«Les humbles grammairiens qui se complaisent à la seule Coque, que ne retient pas la graisse de la moelle intérieure : S’ils réclament au dehors des fragments, de la seule coquille Contents, ils ne sont pas capables de goûter la saveur du noyau.» (Alain de Lille, XIIesiècle, traduction du latin).

Les anciennes civilisations n’ont pas toutes développé une pensée grammaticale. Parmi les peuples antiques, seuls les Indiens et les Grecs semblent avoir eu une telle démarche et, si c’est aux Indiens que l’on doit la première grammaire sanskrite, c’est aux Grecs que l’on doit le nom même de «grammaire» ; le terme grammatikê tekhnê apparaissant chez Platon. La Grammaire, comme «science du langage» selon l’expression d’Augustin, était considérée comme la clé de toute connaissance positive et, pour cette raison, le premier des Arts. Guillaume de Conches, comme son maître Bernard de Chartres, souligne le fait que la grammaire est le fondement de tout savoir.

Elle est à la fois la science et l’art du langage : la science, car elle en fait connaître les éléments constitutifs et les principes généraux en s’appuyant sur les théories qu’elle emprunte entre autres à la logique ; l’art, car elle en expose les procédés et les règles.

La grammaire est dite générale quand elle s’attache aux principes communs à toutes langues, particulière quand elle se borne aux formes propres à une seule langue, comparée quand elle met en regard les analogies et les différences entre deux ou plusieurs langues. Toute grammaire traite :

~ de l’aspect matériel du langage : lettres, alphabet, syllabes, accents et signes divers ;

~ de la lexicographie, c’est-à-dire des différentes espèces de mots, de leurs modifications ou inflexions : genres, nombres, cas, personnes, voix, temps, modes ;

~ de la syntaxe, qui enseigne à unir et à combiner les mots pour exprimer nos pensées ;

~ de l’orthographe, de la prononciation.

Les rituels ont une grammaire qui constitue en grande partie le langage maçonnique.

La Rhétorique

Causarum vires per me, alme rhetor, oblige (Grâce à moi, fier orateur, vos discours vont bouger).

La rhétorique est l’art de bien dire et persuader, c’est-à-dire de convaincre, de plaire et de toucher. La rhétorique ne peut produire l’éloquence qui est un don naturel, mais elle apprend à l’orateur à user de toutes ses ressources ; elle lui sert de règle et d’auxiliaire. Dans tout discours, comme dans toute composition littéraire, il faut d’abord trouver ce qu’on doit dire, puis le disposer dans l’ordre le plus convenable, enfin l’orner de tous les agréments du style : de là trois parties dans la rhétorique, l’invention, la disposition et l’élocution.

Dans l’art rhétorique, les moyens de persuasion du discours sont le logosqui relève de la démonstration, de la raison et de l’argumentation, l’ethos qui est ce qui correspond à l’image que le locuteur donne de lui-même à travers son discours (il s’agit essentiellement pour lui d’établir sa crédibilité par la mise en scène de qualités morales comme la vertu, la bienveillance ou la magnanimité) et le pathos, une méthode de persuasion par l’appel à l’émotion du public. On différencie les opérations de la rhétorique en cinq parties : l’invention (inventio, heurisis) ; l’organisation (dispositio, taxis) ; l’élocution, ou plutôt la disposition des mots dans la phrase, l’usage des figures, la question des styles (elocutio, lexis) ; la prononciation du discours (actio, hypocrisis) et sa mise en mémoire (memoria, mnémè). Bien que vilipendée par Platon (dans Gorgias, avec son dialogue sur la rhétorique sophistique, il ne voit qu’une doctrine rejetant toute morale, un discours flattant l’auditoire et agissant sur l’âme par la séduction), cette machine rhétorique, bien organisée en ses parties, permet de construire le discours mais, dans le cas d’une pratique dite spirituelle, elle sert à élever l’adepte ou, en d’autres termes, à lui procurer en lui une augmentation de l’être. Il conviendrait d’introduire d’autres notions qui sont la prudence, la subtilité et la délicatesse.

Dans l’Antiquité, l’art de la mémoire faisait partie de la rhétorique. Cet ars memorendi permettait à l’orateur de retenir les points essentiels de longs discours, à une époque où le matériel et les supports pour prendre des notes étaient peu pratiques. L’art de la mémoire, la mnémotechnique, apportait une aide considérable à l’improvisation ; la mémoire organisée fournissait à l’intervenant les éléments dont il avait besoin.

Démosthène, Cicéron, Quintilien furent de grands rhéteurs.

L’apprentissage de la rhétorique, par un compagnon franc-maçon, est source d’une prise de parole sensible, bienfaisante et profitable à la loge.

La Logique

La dialectique, qui consiste dans l’art de discuter, fut la première forme de la logique. Argumenta sino concurrere plus canino (Comme les aboiements d’un chien, mes arguments se succèdent avec rapidité).

La Logique est la partie de la philosophie qui étudie les lois de la pensée qui, par la suite, enseigne les règles à observer dans la recherche et l’exposition de la vérité. Elle est une science parce qu’elle fonde ses théories sur la connaissance des facultés intellectuelles et qu’elle en déduit les règles auxquelles celles-ci doivent être assujetties. Elle est un art parce que ses préceptes s’appliquent à toutes les sciences et forment la justesse de l’esprit.

La logique traite deux grandes questions, celle de la certitude et celle de la méthode. Dans la première, elle explore les trois systèmes qui s’y rattachent, le dogmatisme, le probabilisme, le scepticisme, distinguant la science et l’opinion, assignant les caractères de la vérité et les causes de l’erreur.Dans la seconde, elle détermine les procédés de la méthode, soit en général, soit par rapport aux diverses sciences particulières (sciences mathématiques, physiques, naturelles, sociales) ; elle montre en même temps quel concours le langage peut prêter aux opérations de l’esprit.

La parole du compagnon, s’appuyant sur la rhétorique, se structure par la logique.

L’Arithmétique

Ex numeris consto, quorum discrimina monstro (J’ai confiance dans les chiffres et je montre comment ils sont liés les uns aux autres).

L’Arithmétique est la science des nombres, de leurs relations, de leurs propriétés. On y fait entrer aussi, habituellement, quelques applications pratiques grâce aux quatre opérations : addition, soustraction, division, multiplication. À la valeur réelle de quantité des nombres, doit s’ajouter leur considération symbolique, leur caractère secret, ésotérique que les gnoses, en particulier celles hébraïque, grecque et islamique, approfondissent pour approcher la connaissance du monde.

L’Astronomie

Ex astris nomen traho, per quae discitur présage (Je dois mon nom aux corps célestes et je prédis l’avenir).

«Remonter des ombres à la lumière qui les induit et de celle-ci à sa source unique, voilà une leçon de Platon, quand il parle de la connaissance. Il ne s’agit pas d’image poétique, mais du geste quotidien des astronomes.» Michel Serres

L’astronomie est la science qui a pour objet la connaissance des astres et des lois qui règlent leurs mouvements. Quand elle est purement descriptive, elle prend le nom d’uranographie (ciel) ou de cosmographie (monde). L’astronomie est l’une des quatre disciplines du Quadrivium, part scientifique de l’ensemble des sept Arts libéraux.

On attribue aux Chaldéens les premières notions de l’astronomie qui, à l’origine, ne se séparaient pas de l’astrologie. Leurs observations se rapportent surtout aux mouvements des constellations ainsi qu’à la marche du soleilet aux phases de la lune. On avait remarqué que le soleil, la lune et les planètes alors connues ne s’écartaient jamais dans leurs mouvements, dans un espace circonscrit ; cette observation donna l’idée de cette zone idéale, nommée Zodiaque, et de sa division en 12 signes.

Les égyptiens avaient des connaissances d’astronomie, ainsi que le prouvent l’orientation de leurs pyramides et leur zodiaque. Les Chinois se vantent de posséder dans leurs annales les observations astronomiques les plus anciennes.

L’histoire de l’astronomie ne commence, en Occident, que vers 600av. J.-C. D’après la tradition, Thalès enseigna la sphéricité de la terre, l’obliquité de l’écliptique et expliqua les causes des éclipses. Vers la même époque, Pythagore devinait la rotation de la terre sur son axe et sa révolution annuelle autour du soleil qu’il plaçait au centre du monde. Cette période de découverte se poursuit avec Pythéas qui observa la longueur du méridien au solstice d’été, à l’aide d’un gnomon comme le fait (en 230 av. notre ère) ératosthène pour calculer la circonférence de la Terre. C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie, construit vers 300 av.J-C, qui en remplit le rôle, qu’ératosthène calcule la première estimation de la circonférence terrestre. ératosthène sait qu’à Syène – aujourd’hui Assouan en égypte – le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith. L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare), la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il « suffit » à ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. On comptait alors 5000 stades et le calcul de proportionnalité avec un angle de 7 degrés et un stade de 157 mètres donne au calcul 40349 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés.

À dater de la fondation de l’école d’Alexandrie, l’astronomie prit une forme plus rigoureuse ; les observations se firent alors au moyen d’instruments ingénieux propres à mesurer les angles, et les calculs s’exécutèrent à l’aide des méthodes trigonométriques. Hipparque, en 160av. J.-C., inventa l’astrolabe, détermina la durée de l’année tropique, forma les premières tables du soleil, fixa la durée des révolutions de la lune relativement aux étoiles et à la terre, et découvrit la précession des équinoxes.

Le Ciel constitue donc bien l’archétype des archétypes, le symbole majeur où se rassemblent, s’organisent et s’expliquent tous les êtres et les choses de l’univers d’ici-bas. Il est le modèle gigantesque du nombreet de l’ordre, comme l’avait bien vu, avant Képler, les Pythagoriciens. C’est le lieu métaphysique par excellence, le réservoir de la Toute Puissance par son élévation exemplaire, le modèle de toute intelligibilité par son ordre exemplaire, le lieu de maîtrise divine sur les destinées et les évènements. Képler pensait que le nombre des planètes et leur disposition n’étaient pas arbitraires, mais une manifestation de la volonté de Dieu. Il avait encastré les planètes connues à l’époque dans les 5 solides parfaits de Pythagore (dits platoniciens). Le modèle proposé figure dans son ouvrage de 1596 Le Mystère cosmique : Terre en icosaèdre, Vénus en octaèdre, Mars en dodécaèdre, Jupiter en tétraèdre, Saturne en cube.

L’orientation du temple maçonnique, la place des officiers représentent le modèle d’une cosmographie sacrée.

La Musique

Musica sum late doctrix artis variate (Je suis la musique et j’enseigne mon art à l’aide de divers instruments).

Si les mots sont le langage de l’esprit, la musique est le langage de l’âme.

«Il faut, en maçonnerie, rendre la vertu aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable» (Ramsay).

La musique est l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille. Les éléments essentiels de la musique sont la mélodie et le rythme, auxquels il faut joindre le timbre et l’accentuation, enfin l’harmonie qui fixe la simultanéité des sons.

Aristote consacre une bonnepartie du dernier livre conservé de sa

Politique (VIII, 5-7) à l’éducation musicale. La musique, selon lui, peut avoir une influence sur le comportement, sur le développement du caractère, sur les dispositions morales, ce que les Grecs appellent l’êthos, de même qu’elle peut avoir une action sur l’âme, la psyché. (à partir de la p. 106, Exercices de mythologie par Philippe Borgeaud, éd. Labor Et fides, 2004)

Pythagore, Platon donnaient au mot musique une acception beaucoup plus étendue que celle que nous lui donnons aujourd’hui. Ils distinguaient une musique théorique ou contemplative et une musique active ou pratique. À la première ils rapportaient l’astronomie (l’harmonie du monde), l’arithmétique (l’harmonie des nombres), l’harmonique (traitant des sons, des intervalles, des systèmes), la rythmique (traitant des mouvements), et la métrique (la prosodie). La deuxième comprenait la mélopée (art de créer des mélodies), la rythmopée (art de la mesure et de la poésie). Musikê était à la fois l’approche scientifique, physique et mathématique, des sons et l’art issu des Muses. Rappelons que la première demande que fit Pythagore au Sénat de Crotone, était de bâtir un Temple aux Muses, comme symboles de l’harmonie qui devait présider à tout groupe social.

Les Hébreux cultivèrent de bonne heure la musique et le chant, témoins les cantiques de Moïse, les trompettes de Jéricho, la harpe de David, etc. La musique était intimement liée à toutes leurs cérémonies religieuses.

Les Romains ne commencèrent à s’occuper de la composition musicale que sous le règne d’Auguste.

Les premiers Chrétiens imitèrent les Juifs sous ce rapport ; de là l’origine du plain-chant créé au IVe siècle par Saint Ambroise et qui est comme un reflet de la musique des Anciens. Jusqu’au XIe siècle il n’y eut guère d’autre musique écrite que les chants d’église. À cette époque, l’invention de la gamme, ou échelle musicale, due au bénédictin Gui d’Arezzo, et celle du contrepoint donnèrent naissance à la musique moderne. C’est avec la connaissance de la musique, c’est-à-dire l’harmonie des sons et la beauté des rythmes que le compagnon règle sa conduite afin de tendre vers la véritable sagesse. «S’il y a une portée, elle doit bien porter quelque chose et s’il y a des clefs, elles doivent bien ouvrir des portes.» Parler de gamme chromatique c’est associer la musique aux couleurs.

Dans son ouvrage Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature, Michel Maïer (qui inspira Monteverdi) explique le Grand Œuvre alchimique par un ensemble de fugues musicales, de gravures et de poèmes, bref un essai d’art total comme l’opéra dont la traduction est justement le mot œuvre.

Le triton ou quarte augmentée (par exemple do, fa dièse), intervalle dissonnant de 3 tons entiers entre deux notes, a été considéré comme maléfique, le diabolus in musica, au Moyen Âge.

On a découvert que certains atomes exposés à des températures proches du zéro absolu commençaient à se comporter comme s’ils étaient un seul et unique atome, alors qu’ils sont des milliards livrés à une ronde synchronisée. Le comité du Nobel, qui décerna le prix Nobel de physique en 2001à Cornell et Wieman, Ketterle pour cette découverte, a dit que les atomes chantaient à l’unisson (découvrant ainsi un nouvel état de la matière appelé condensat de Bose-Einstein) au rythme de la musique cosmique, qui n’est pas sans rappeler le rythme de la danse créatrice de Shiva.

À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et tenues de la loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhausteurs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la loge et les sentiments animant les frères (et sœurs).

Dans certaines loges en Écosse, le rituel est chanté quasi intégralement quasi intégralement depuis des siècles.

La pratique de la musique et du chant en loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi, dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle, à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :

~ Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues, une musique de circonstance.

~ Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent parfaitement aux travaux en loge.

~ Œuvres originales d’inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik (Musique funèbre maçonnique) de Mozart.

La troisième partie des Constitutions d’Andersonest consacrée à 4 chants maçonniques (le Chant du Maître ou l’Histoire de la Maçonnerie ; le Chant du Surveillant ou une autre Histoire de la Maçonnerie ; le Chant des Compagnons ; le Chant de l’Apprenti). L’édition suivante, en 1738, reprend (pour certains, dans une version abrégée) les quatre chants de l’édition de 1723, mais y ajoute sept chants supplémentaires : Chant du Député Grand Maître ; Chant du Grand Surveillant ; Chant du Trésorier ; Chant du Secrétaire ; Chant du Porte-épée ; Ode aux Francs-maçons ; Ode à la Maçonnerie. Les éditions suivantes des Constitutions, celles de 1746, 1756, 1767 et 1784continueront à ajouter et à soustraire des chansons.

Dans les Constitutions de Dermott, Ahiman Rezon, on trouve (1-4) les quatre chansons originales des Constitutions d’Anderson de 1723(on notera que le Chant du Maître, déjà ramené de 244 à 52 vers en 1738, n’en contient cette fois plus que 12) ; (5-8) les quatre premières des sept ajoutées dans l’édition de 1738 ; (9-68) 60 autres chansons ; divers prologues et épilogues ; l’oratorio Solomon’s Temple.

À lire, ce texte de Christian Tourn très documenté sur :

http://taosophie.free.fr/recueil/la_musique_maconnique.pdf

 

liberalarts.org.uk

Philosophy and the Liberal Arts | Essays | Liberal Arts

Philosophy and the Liberal Arts is perhaps the most famous image of liberal arts education. Here the focus is on the seven liberal arts.

Liberal-Arts

Par Solange Sudarskis

extrait d’un de ses livres :

« Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique »

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