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L’influence Celtique et Druidique 12 novembre, 2018

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L’influence Celtique et Druidique

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Rattacher l’Ordre du Temple, fer de lance de la chrétienté moyenâgeuse aux cultes celtiques et aux druides pourrait sembler une gageur, et bon nombre d’auteurs s’y refusent d’ailleurs.
Mais nous le savons, telle Isis la Déesse Mère, la vérité avance souvent voilée… Soulevons donc (un peu) le voile d’Isis.

Revenons donc à l’école canoniale de Châtillon sur Seine où un jeune novice (de 9 ans…) appelé Bernard de Fontaine (et oui…) se recueille dans l’église Saint – Vorles devant une image de la Vierge :
Celle-ci est représentée en majesté, en une pose aristocratique et princière, elle tient son enfant devant elle, le visage de Jésus est moins soigné comme si le plus important était la représentation de la mère… sa robe arbore le bleu, le blanc et le rouge (couleur alchimique…) mais elle est sombre, tant par l’âge que par l’art.

Il s’agit d’une Vierge Noire !

 

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Quelques écrits de l’église, authentifieraient  la légende qui dit que Bernard, s’adressant alors à la
Vierge Noire demanda : – « Monstra te esse matrem… »
La Vierge Marie pressa son sein, et 3 gouttes de lait jaillirent miraculeusement sur ses lèvres, venant nourrir le futur St Bernard !

Il s’agit là d’une allégorie alchimique*1, signifiant également que le futur Bernard de Clairvaux, nourri du lait de la Vierge Noire, s’est abreuvé aux sources même de la tradition druidique !

Lui-même donne pour ses maîtres les chênes et les hêtres, et certaines de ses paroles sont éminemment celtiques :

- « Vous trouverez plus de choses dans les forêts que dans les livres. Les arbres et les pierres, vous apprendront ce que les maîtres ne sauraient vous enseigner. Pensez-vous que vous ne puissiez sucer le miel de la pierre, l’huile du rocher le plus dur ? Est-ce que des collines ne coulent point le lait et le miel ? Est-ce que les vallées ne sont point remplies de froment ? »

Remontons maintenant l’histoire……… jusqu’à Joseph d’Arimathie !

 

Et fixons notre attention sur une petite localité du nom de «Glastonbury »

Glastonbury: (le cimetière caché des glaces ou le brillant caché lumineux), est le nom d’une localité du Somerset anglais, (autrefois au cœur du Wessex) qui deviendra plus tard siège d’une importante abbaye cistercienne (…) au Moyen-âge… Elle passe pour avoir été, auparavant, un des hauts lieux du celtisme antique avec l’Ile d’Avalon ! Résidence favorite des fées, localisation de l’Autre monde chez les Celtes.

Deux idées se dégagent de ce nom, celle de gel, de glace, de lumière (Glass) et celle d’enterrement, de cache, de cimetière (bury) et relient d’emblée ce lieu au séjour des morts et à un univers lumineux.
Avalon, elle, est l’île des pommes, le verger sacré toujours florissant, lieu de séjour des héros celtes, jardin paradisiaque de l’Autre monde. C’est là, si l’on en croit le trouvère anglo normand Robert Wace, qu’Arthur, lassé des batailles et navré mortellement se fit porter pour soigner ses blessures, les bretons attendent qu’il en revienne : « rex Arturus, rex Futurus ».
A Glastonbury, s’établit, avant la conquête saxonne, sur les traces d’un ancien sanctuaire celte, attesté par la configuration des lieux et souligné par les historiens, un monastère de chrétienté celtique dédié à la Vierge !

Et qui deviendra une Abbaye cistercienne…

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Joseph d’Aimathie tenant le Graal (vitrail église de Glastonbury)

L’histoire de l’Abbaye comme l’imaginaire qui se développe autour d’elle ne sont pas non plus sans intérêt, car sa vocation, s’affirmant au delà des âges, est celle de rendre compte d’un sens caché, véritable symbole des connexions qui existent entre la religion des celtes et le christianisme au cours du premier millénaire…

 

Parmi celles-ci, notons:

- après la mort du Christ, Joseph d’Arimathie, aurait transporté le Graal jusqu’en Occident et vint sur ces lieux avec douze compagnons pour fonder la première église d’Angleterre non sans avoir passé accord avec le druide Arvirogus, qui alla jusqu’à lui concéder un terrain, la tradition ésotérique chrétienne dont Joseph d’Arimathie était un des dépositaires s’accordant profondément avec la tradition celtique.

Le choix de Glastonbury comme lieu sacré du christianisme celtique en  » Bretagne la bleue  » n’est évidemment pas du au hasard… C’est là que les druides avaient bâti l’un de leurs centres les plus importants des îles britanniques.


Le lieu, d’une grande beauté, est constitué de trois monuments, également rattachés aux deux traditions:

- l’Abbaye elle-même, dont les fidèles revendiquent l’antériorité sur toutes les autres églises de la chrétienté, y compris celle de Rome, sise à l’emplacement où Joseph d’Arimathie planta son bâton, geste fondateur s’il en est, tombeau sacré de Joseph et du Roi Arthur et de Guenièvre.

- la Tor, (éminence qui domine Glastonbury et connut la double occupation celte et chrétienne), possède à son sommet une chapelle dédiée à Saint Michel, le tueur de dragon à l’épée flamboyante qui, en bien des endroits, est invoqué là où les celtes s’adressaient à Bélénos le Brillant, l’Apollon celte…

- le puits du calice (Chalice Well) au pied de la Tor où Joseph d’Arimathie, dit la légende, cacha le Graal. Ce lieu est très fréquenté par les pèlerins qui tentent de percevoir dans les eaux du puits le secret de leur avenir. De même, les celtes se rendaient prés des fontaines réputées comme lieux de mise en contact avec le royaume des Immortels.


Prolongeant le celtisme, le christianisme a sacralisé les lieux sacrés d’Avalon et Glastonbury, a sublimé les éléments qui en faisaient la sacralité: l’arbre (l’aubépine*2 du bâton de Joseph d’Arimathie), la source sacrée (Chalice Well), l’île (île d’Avalon), l’éminence (la Tor). Ces différents indices nous renforcent dans la conviction que l’Eglise Celte n’a pas été détruite par l’Eglise Catholique romaine, mais qu’elle s’est fondue en elle, cela participe moins d’une conquête culturelle que d’une véritable incorporation spirituelle !

Véritable Haut Lieu des celtes comme du monachisme occidental, celto chrétien d’abord, puis cistercien ensuite, l’Ile d’Avalon conserve tout son mystère que ne sauraient percer les yeux qui ne voient pas l’invisible…

De l’Angleterre à l’Irlande celtique il n’y a qu’un pas…

C’est en Irlande que naît Colomban (ou Columban, en latin Columbanus) exactement la même année qui voit mourir le père des Bénédictins, Benoît de Nursie. Son nom est classique en Irlande, et signifie colombe. Né d’une mère chrétienne, il fut confié, selon la coutume irlandaise, à un fer leighinn (homme lisant), de qui il apprit le latin. Son éducation littéraire et sa formation religieuse furent acquises au sein des monastères de Clauin Inis ( » île penchée « ) et Bangor.

Colomban est formé dans le contexte particulier d’une Irlande celtique et chrétienne (christianisme celtique), coupée de l’Église romaine, ce qui lui vaudra quelques désagréments plus tard…

Vers quarante ans, il lui parut entendre la voix de Dieu, lui proposant de prêcher l’Évangile dans les pays étrangers.

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Saint Colomban

Il quitte Bangor et part ainsi vers le continent, douze compagnons avec lui : Attala (saint), Columban le jeune, Cummain, Domgal, Eogain, Eunan, Bile (saint), Gurgano, Libran, Lua, Sigisbert et Waldoleno. Le groupe fait une halte en Grande-Bretagne, vraisemblablement sur la côte écossaise, puis arrive sur les côtes bretonnes, vers 585.

Ils débarquent sur la plage du Guesclin en Saint Coulomb près de Saint-Malo en Bretagne. Une croix en marque le souvenir.

Ensuite, ils se dirigent vers Reims en passant par Rouen et Noyon. Colomban souhaite rencontrer Childebert II, le roi d’Austrasie pour solliciter un lieu de séjour. Il obtient le droit de s’installer dans ce royaume. Le groupe repart alors vers Châlons-en-Champagne, Langres, à la recherche d’un endroit propice à leur installation.

Le groupe de prédicateurs irlandais et armoricains allait redonner un nouvel élan à la vie religieuse, par leur ardeur, leur goût de l’étude et du dépassement. Leur réputation arrive tout naturellement aux oreilles des princes, en particulier celles de Gontran, roi de Bourgogne qui lui octroie un domaine dans les solitudes des montagnes vosgiennes et c’est là, à la place de la forteresse romaine en ruine d’Annegray (sur la commune actuelle de Voivre, en Haute-Saône), que Colomban fondera son premier monastère. Puis devant l’affluence et le succès il en créera trois autres.

Pour elles, il écrivit sa propre Règle, inspiré des coutumes de Bangor et, plus encore, de la culture celtique dont il était issu.

Il met par écrit les principes sévères du monachisme irlandais à destination des monastères de la gaule. Il rédige trois documents :

- le Pénitentiel, qui est un recueil de sanctions pour les fautes commises, pour les laïcs, les clercs, et les moines.

- la Règle conventuelle qui ne contient que des peines pour les fautes commises.

- la Règle des Moines qui est une véritable règle, et insiste sur les vertus des moines.

Elle existe en deux versions :

Regula cujusdam patris ad monachos, longue de vingt-deux chapitres et destinée aux communautés d’hommes.

Regula cujusdam patris ad virgines, longue de vingt-quatre et destinée aux communautés de femmes.

Cette règle est d’abord en vigueur à l’abbaye de Luxeuil, puis à celles de Lure et de Fontaine-lès-Luxeuil.

La règle connaît un certain succès, et près de 90 monastères l’adoptent !

Mais, extrêmement sévère, parfois imprécise, elle est modifiée ou abandonnée : dès 628, la règle de saint Benoît est associée à celle de saint Colomban dans les monastères qui en relèvent. En 745, le concile des Francs, dirigé par saint Boniface, archevêque de Mayence, préconise l’adoption de la règle bénédictine pour tous les monastères du royaume.

Cependant, lors de sa réforme au Xe siècle, saint Benoît d’Aniane reprend quelques articles de la règle de saint Colomban qu’il incorpore à la règle de saint Benoît !

 

Puis ce sera le départ forcé…

D’une part, les évêques n’en peuvent plus de supporter les libertés que prenait de jour en jour l’abbé irlandais, (sans compter que sa renommée grandissante devait leur causer beaucoup de jalousie et leur faire de l’ombre), et d’autre part, Colomban ayant rencontré à Boucheresse Brunehilde, grand-mère du roi Thierry II de Bourgogne, refuse des bénir ses petits enfants qu’elle souhaite lui présenter, car pour lui, ce sont des  » bâtards « . En effet, le roi Thierry II de Bourgogne n’avait pas d’épouse et ses enfants étaient issus de plusieurs concubines.

Pour comprendre ce qui vient d’être dit des libertés prises par Colomban, il faut préciser que le monachisme irlandais ne se soucie pas beaucoup des évêques. En Irlande, les frontières entre abbaye et évêché ne sont pas claires, le concept de siège épiscopal non plus, et les limites mêmes des charges abbatiales ou épiscopales ne sont pas établies une fois pour toutes (elles se cumulent parfois).
L’abbé irlandais prend soin, par exemple, d’établir une hostellerie à côté du cloître et d’interdire l’accès de ce dernier aux personnes du siècle. Il entre d’ailleurs à ce sujet en conflit avec le roi Thierry II, mais surtout, les évêques s’irritèrent de son entêtement à conserver le calendrier pascal tel qu’on l’observait encore dans les rites celtiques, et qui diffère du rite romain…

Les deux premières lettres qu’il adressa au pontife à ce sujet ne lui furent par remis ou ne parvinrent à destination, quant à la troisième, si on la retrouve dans la correspondance de Grégoire, elle n’a jamais reçu de réponse, événement peut-être concomitant avec la mort du pontife, en 604.
Cette lettre défendait avec autant de douceur que de liberté la tradition celtique !


Nous venons de voir (sommairement) l’influence celte dans les débuts de la chrétienté, puis chez les bénédictins et les cisterciens.

Il est temps de retrouver notre Saint Bernard agenouillé devant la Vierge Noire…


Les Vierges noires ne sont pas implantées n’importent où… Les druides étaient des initiés de la Tradition Primordiale, tous les lieux possédant une authentique Vierge Noire sont tous des lieux connus comme lieux d’adoration de divinités celtiques ou païennes et les lieux de culte celtique sont disposés sur des nœuds de courant, où l’intensité des radiations du sol est très forte, ils utilisaient leur connaissance des courants telluriques et cosmiques.


Religieusement, les gaulois n’avaient que des lieux sacrés, marqués d’arbres ou de pierres non taillées tels les menhirs et des dolmens, or les moines s’installèrent sur les lieux sacrés des gaulois… reconnaissant ainsi implicitement la base du druidisme dans l’église catholique.


De plus, lorsqu’on analyse l’implantation des Commanderies et des maisons templières on remarque qu’elles sont pour la plupart bâties sur d’anciennes routes celtiques…


Alors… initié celte Bernard de Clairvaux ? Druide ?


Être affirmatif serait pour le moins présomptueux, mais on ne peut nier indéfiniment les coïncidences… surtout qu’elles ne doivent jamais rien au hasard !


Le terme « Notre Dame » par exemple, fut inventé par Bernard de Clairvaux, les historiens sont au moins d’accord là-dessus, et les Cathédrales gothiques du Moyen-Âge dédiées à Notre Dame furent construites grâce aux Templiers, elles furent de plus, implantées sur des lieux de culte celte…

Bernard de Fontaine était cistercien, l’Ordre de l’abbé Etienne Harding. (Qui l’envoya créer l’abbaye de Clairvaux)


Harding était anglais, terre de Celtes et de Druides avec l’Irlande, on lui prête la création des armoiries de Cîteaux : un chêne décapité… On peut y voir la symbolique évidente et le lien avec la culture celte.

Est-ce lui qui a initié le futur St Bernard ? On ne le sait…


Ce qui est sûr en revanche, c’est que c’est entre les bras de Bernard que viendra mourir Meal O’Morgair en 1148. Meal O’Morgair, archevêque d’Armagh en Irlande… qui fut Saint Malachie, auteur de la fameuse prophétie dite des papes ! Et qui établissait ses célèbres prophéties à partir de tables astrologiques druidiques !


Laissons la parole à Alain Degris auteur d’ouvrages remarquables sur les Templiers :

- « Le Grand Druide René Bouchet, rencontré récemment, m’a raconté que la réorganisation druidique datait de 1088 quand Pierre de Brueys (Grand Druide des Gaules) souleva la Savoie et le Languedoc en prêchant un christianisme conforme aux traditions mais « pauvre »  heurtant ainsi les intérêts des riches abbayes, des évêques et des seigneurs. Les collèges druidiques, après que le Grand Druide fut brûlé en 1147 à Saint Gilles avec son disciple Henri de Toulouse, rentrèrent dans la clandestinité et se dissimulèrent sous la robe de bure des Bénédictins.

Il me parla de Bernard de Clairvaux comme un des Grands Druide des Gaules et lorsque je cherchais à m’enquérir des raisons qui avaient pu faire que des communautés druidiques, auraient pu, selon lui, survivre au sein d’un Ordre Chrétien, il me répondit que l’adhésion du Collège Druidique à l’évangile du Christ, n’était pas de même nature que d’admettre l’autorité de Rome et de sa hiérarchie… et que souvent un Ordre initiatique se cache ainsi au milieu d’autre chose… »


J’ajouterai pour conclure :

Il est dit qu’une nuit Aleth  (Mère de Bernard de Clairvaux) eut un songe : l’enfant qu’elle portait lui apparu sous la forme d’un petit chien blanc, taché de roux qui aboyait fortement. Troublée, elle alla consulter un saint homme qui lui prédit ceci :

- « Votre enfant sera le gardien de la maison de Dieu, il fera entendre à sa porte de grands aboiements contre les ennemis de la foi… et comme un bon chien, de sa langue salutaire, il guérira en beaucoup de gens les maladies des âmes… ».

Geoffroy, secrétaire de Saint Bernard, dans le sermon pour l’anniversaire de Bernard n° 16, écrivit à ce propos :

- « Ceux qui ont éprouvés en eux la force des aboiements de Bernard, qui ont connu avec une certitude la grâce médicinale de sa langue, redisent combien il est vrai l’oracle qui prédisait l’éloquence de cet homme fidèle, et combien grande en fut l’efficacité. »


Ce qui n’est pas sans rappeler la légende celtique du chien de Culann et le geste du héros Cou’Houlainn…


Et en guise de clin d’œil…

Les premiers templiers étaient 9*3, durant 9 ans de 1119 à 1128 ils restèrent 9… 

Si l’on additionne 1+1+1+9 on obtient 12 = 1+2 = 3

Si l’on additionne 1+1+2+8 on obtient encore 12 = 1+2 = 3 et 3 X 3 = 9 !

Jacques de Molay finit ses jours le 18 Mars 1314 !

1+8 = 9  et 1+3+1+4 = …9

Ceux que la valeur des nombres intéresse, n’ont pas manqué pas de remarquer la prédominance du 9 dans l’histoire des templiers, mais savent-ils que les Triades (Textes celtes recopiés au Moyen-âge) sont au nombre de 81 ? Soit 9 X 9…

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*1 : concernant les couleurs et l’alchimie : Dans les opérations alchimiques, la matière première (materiae prima) se transforme en se colorant de diverses façons. Trois couleurs dominent… oeuvre au noir, oeuvre au blanc et oeuvre au rouge. Le bleu nuit est assimilé au noir (putréfaction), le blanc, phase suivante (purification) et le rouge (rubification, action du feu secret).

*2 : l’aubépine, je reviendrai sur elle, car son symbolisme rattache aussi la tradition celtique aux Templiers…

*3 : plus tard, quand j’aurai un peu plus de temps, je développerai plus en détail la symbolique du neuf

SOURCE : http://ordredutemple.canalblog.com/archives/2007/08/11/5866987.html?fbclid=IwAR36odhL8FAW6wq36vRaBjWKJyAGtl0ltr2dWiP_3w4i5nvyBy3_9N88BlE

Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie 10 mars, 2018

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ?

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La Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui est le fruit d’un long mûrissement qui commença au Moyen-Âge sur les chantiers des abbayes romanes et des cathédrales gothiques.

Alors, les bâtisseurs étaient de simples artisans, détenteurs d’un savoir de métier qui leur avait été pieusement transmis, qu’ils gardaient hermétiquement secret et qu’ils transmettraient un jour à ceux qui reprendront leur flambeau.

Ce savoir est leur fond de commerce : pas question de le livrer à celui qui n’appartiendrait pas au métier. Aussi, pour être sûr de ne pas commettre de bévue, les maçons reçoivent-ils, lors de leur admission dans l’ordre maçonnique, des mots, signes et attouchements qui leur permettront, toute leur vie durant, de « re-connaître » un homme comme l’un des siens, comme l’un de ses frères dans cette vaste famille universelle qui regroupe tous les constructeurs authentiques, détenteurs des secrets des outils des tailleurs de pierre et de la géométrie des architectes. Là est l’origine de ce fameux « secret maçonnique » qui a fait couler tant (trop) d’encre.

Le Franc-Maçon d’aujourd’hui est l’héritier de ceux-là.

Mais il a quitté le chantier opératif (de « operare » : travailler de ses mains) des cathédrales pour s’engager dans le chantier spéculatif (de « speculare » : travailler avec sa pensée) de l’humain.

Aujourd’hui, la seule cathédrale à construire est l’homme lui-même, mais rien ne change quant aux méthodes, aux outils. Les tours de main d’antan deviennent des tours d’esprit et de cœur, voilà tout.

Cette mutation de l’opératif au spéculatif a commencé dès les XVIIème siècle, et s’est parachevée durant le XVIIIème siècle, spécialement en Angleterre.

Mais laissons là l’histoire : elle n’est que l’apparence externe des choses.

Mieux vaut plonger dans la chair de la Franc-Maçonnerie pour voir et comprendre sa place dans le monde d’aujourd’hui.

La Franc-Maçonnerie est, à la fois, une foi, un ordre et une fraternité.

FOI

Elle est une foi …

Foi en l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers.

Par là, les Maçons indiquent qu’ils ne croient pas en un univers fruit du seul hasard matérialiste : l’univers est le fruit, la manifestation, l’expression de quelque chose qui le dépasse infiniment. La nature de ce « quelque chose » importe peu : elle est et restera mystère et c’est très bien ainsi. Au moins, les Maçons ne se querellent-ils pas entre eux, comme les profanes (les non-Maçons) sur le sexe des anges ou les attributs divins. C’est là probablement, la source profonde de cette « tolérance » maçonnique dont on nous rabâche parfois les oreilles. Les Maçons ne sont pas spécialement tolérants ; ils sont simplement lucides et ne disent pas savoir alors qu’ils ne savent pas mais qu’ils savent qu’ils ne sauront jamais.

En affirmant leur foi en le Grand Architecte de l’Univers, les Maçons récusent tout humanisme : l’homme n’est ni le centre, ni le sommet, ni le but de l’Univers. L’homme est un moyen, un instrument, un artisan sur le chantier du monde au service de l’Architecte suprême.

Le monde est un chantier. L’homme est un chantier. Tout reste à construire, à créer, à édifier. Mais pas n’importe comment : il existe un Architecte suprême qui indique la voie, celle de l’harmonie universelle ou, encore, de la beauté, de la sagesse et de la force créatrices … Nietzsche dirait peut-être : de la Volonté de Puissance », Bergson : « de l’Elan Vital », Teilhard de Chardin : « du point Omega ». Cette voie est un mystère … Il faut donc sortir de son état natif d’homme aveugle et aller à la rencontre de la Lumière qui éclairera le chemin à suivre.

C’est le rôle de l’initiation que d’offrir cet accès à la Lumière.

La Franc-Maçonnerie est, en effet, initiatique c’est-à-dire qu’elle s’élabore sur base d’une méthode pédagogique bien particulière, à l’exact opposé de l’exposé dogmatique ou du cours ex-cathedra …

Cette méthode initiatique passe par un rituel qui exprime, sous forme du mythe et du symbole, les clés d’une connaissance à découvrir. Ces mythes et symboles sont des graines que le rituel sème à profusion dans le terreau d’un foi naissante. Et ces  graines, si le terreau est fertile et bien arrosé de sueur méditative, germeront et pousseront jusqu’à engendrer l’arbre de la vie intérieure de chacun, chacun pour soi, en soi, par soi. La Franc-Maçonnerie, en ce sens, est une forêt où aucun arbre n’est semblable aux autres mais où la vie de l’esprit s’épanouit et s’accomplit dans la différence et l’harmonie. Cette harmonisation organique des différences s’appelle « fraternité », mais nous y reviendrons …

En somme, devenir Franc-Maçon (on n’est pas Franc-Maçon, on le devient indéfiniment …), c’est surtout avoir cette foi inébranlable en ceci que la vocation ultime de l’homme est de construire un Temple qui le dépasse infiniment, un Temple qui le transcende radicalement, en ceci que l’homme n’a de sens qu’au service de ce qui le dépasse (Nietzsche dirait que l’homme ne devient homme qu’en étant pont vers le Surhumain, c’est-à-dire vers ce qui dépasse l’homme).

La Franc-Maçonnerie offre les outils pour tracer le plan de ce Temple et pour en édifier les structures. Et cette offrande est initiatique, c’est dire qu’elle s’adresse bien plus au cerveau droit (celui de l’intuition, de l’imagination, du qualitatif, du global, de la sensibilité, de l’herméneutique, du visuel …) qu’au cerveau gauche (celui de la rationalité, du calcul, du quantitatif, de l’analytique, de la logique, du verbal, …).

En ce sens, la Franc-Maçonnerie est un anti-rationalisme, comme un pont entre Moyen-Âge et contemporanéité, par dessus de ces cinq siècles de matérialisme rationaliste et scientiste qui s’étalent de la Renaissance italienne à la Chute du mur de Berlin.

ORDRE

« Là tout n’est qu’ordre et beauté

Luxe, calme et volupté » (Baudelaire)

La Franc-Maçonnerie est un ordre. Cela signifie qu’elle est ordonnée, qu’elle est régie par une Règle (la règle est aussi un outil d’architecte …), qu’elle doit être régulière, donc.

Cette règle, cet ordre repose sur quelques principes intangibles que l’on appelle les « landmarks » (les limites du terrain, le cadre de l’épure, en quelque sorte).

Outre la foi incontournable en l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers, le nombre et le contenu des « landmarks » connaissent différents recensements.

Les principaux sont les suivants.

L’ordre initiatique se construit sur trois degrés qui sont, dans l’ordre : celui d’Apprenti où l’on n’est pas encore initié aux secrets du métier, mais où l’on est admis aux « travaux », à l’essai en quelque sorte ; celui de Compagnon où l’on apprend les outils de la Franc-Maçonnerie (le « comment ») ; et celui de Maître où l’on découvre la vocation profonde de la Franc-Maçonnerie (le « pourquoi »).

Les Francs-Maçons appartiennent tous à une Loge, c’est-à-dire à une structure de base, à une cellule du réseau. Chaque Loge porte un nom. C’est elle le lieu de la rencontre et de l’initiation des Francs-Maçons. L’ensemble des Loges d’un même Etat est fédéré au sein d’une Grande Loge (aussi appelée « obédience ») qui est une structure purement administrative ne détenant aucun pouvoir initiatique ou hiérarchique autre que d’être le garant que toutes les Loges qu’elle fédère respectent bien les « landmarks » exprimés dans sa constitution et ses règlements.

Ma Loge s’appelle « La Parfaite Fraternité », elle est située à Mons en Belgique, elle appartient à la Grande Loge Régulière de Belgique.

Depuis la fin du XIXème siècle, sous pression positiviste et scientiste, des Loges ont fait dissidence par rapport à la Règle universelle commune et ont voulu s’affranchir de certains « landmarks », spécialement ceux concernant la foi en l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers (ouvrant ainsi la porte à une tendance matérialiste, athée, humaniste et rationaliste) et concernant la pure masculinité (on parlera plus loin). Ces dissidences, présentes essentiellement en France et en Belgique, vivent leur vie de leur côté et pratiquent une Maçonnerie non spirituelle, essentiellement laïque, politique et lobbyiste, n’ayant gardé de la Franc-Maçonnerie régulière que quelques apparences rituéliques et formelles. Ces obédiences dissidentes s’appellent généralement « Grand Orient » ou « Droit Humain », etc …

Originellement, le métier de maçon étant très physique, on n’y trouvait guère de femmes. Parfois, des veuves de maçon étaient accueillies sur les chantiers afin d’y gagner leur pitance, mais elles n’étaient jamais initiées aux secrets du métier : nous sommes alors dans la société très machiste du Moyen-Âge chrétien, ne l’oublions pas. Depuis, cette règle de la pure masculinité s’est maintenue non pas tant « contre » la femme que comme aveu de faiblesse des hommes à être incapables de se concentrer sur leur travail sur soi en présence du beau sexe.

Cela dit, les Loges régulières, purement masculines, ont suscité des structures maçonniques parallèles destinées à accueillir les femmes, en Europe comme aux USA. Les Grandes Loges Féminines, descendantes des Loges d’Adoption souchées au XVIIIème siècle sur des Loges masculines régulières, sont de celles-là.

Chaque Loge est dirigée par un Vénérable Maître élu par l’ensemble des Maîtres.

Ce Vénérable fait office de président de séance. Il dirige les rituels et détient l’autorité sur les Frères présents. Il faut ici ne jamais confondre : faire autorité n’est pas détenir un pouvoir !

Un Vénérable fait autorité : il est respecté et écouté parce qu’il est le plus apte à diriger les travaux en vertu de sa Connaissance du métier et de ses talents sur le chantier.

Dans sa tâche, le Vénérable est entouré d’Officiers dignitaires ayant chacun leur rôle précis. Il y a un Premier Surveillant qui s’occupe des Compagnons, un Second Surveillant qui s’occupe des Apprentis, un Secrétaire qui est la Mémoire de la Loge, un Orateur qui est le garant de l’orthodoxie, un Maître des Cérémonies qui règle tous les mouvements en Loge, un Couvreur qui empêche quiconque de pénétrer dans la Loge sans en avoir reçu la permission expresse, etc …

Les « travaux » de la Loge consistent essentiellement à préparer ou à exécuter les rituels initiatiques qui jalonnent la vie intérieure de chaque Maçon.

Il s’agit d’entendre les « planches » de « demande d’augmentation de salaire » de Frères Apprentis ou Compagnons qui demandent à être reçu au grade supérieur au leur ; il s’agit d’exécuter les rituels de ces réceptions ; il s’agit de recevoir un Frère conférencier qui parlera d’un sujet exclusivement maçonnique, d’une méditation, d’une herméneutique personnelles qu’il souhaite partager ; il s’agira de « tenue administrative » d’élection du nouveau Vénérable ; etc …

Mais jamais il ne faut jamais oublier que le travail du Maçon, de chaque Maçon, ne se fait pas en Loge, mais en lui-même, à tout moment.

La Loge n’est pas le Chantier.

La Loge n’est qu’un lieu de transmission et de ressourcement. Le travail est ailleurs. Le travail maçonnique est dans l’accomplissement de soi, au service du Grand Architecte de l’Univers, sur le chantier du monde.

La Loge nourrit ce processus et ce travail, mais elle ne s’identifie jamais à lui.

FRATERNITE

La Franc-Maçonnerie, enfin, est une Fraternité : tous les Maçons réguliers du monde sont des Frères, fils de la même Veuve (la mère de l’architecte Hiram qui construisit le Temple de Jérusalem pour le Roi Salomon en Israël).

Cette Fraternité est bien plus que du copinage ou de l’amitié : « on choisit ses amis, pas ses frères ! ».

La Fraternité maçonnique répond parfaitement à Saint-Exupéry : l’amour, ce n’est pas se regarder dans les yeux, c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Et cette direction unique, c’est précisément le service du Grand Architecte sur le chantier de l’Univers et de l’homme dans le monde.

Ce qui unit les Franc-Maçons, bien au-delà des sympathies et amitiés interpersonnelles, c’est le processus d’accomplissement que chacun expérimente à chaque heure de sa vie d’homme en quête de perfectionnement et de création de soi.

Cette Fraternité n’est pas une fraternité de comptoir ; elle est une Fraternité de combat. Combat contre soi, contre sa paresse, contre la bêtise et la barbarie, contre l’orgueil et la suffisance.

Cette Fraternité nourrit une vraie solidarité entre Maçons.

Mais cette solidarité n’est jamais copinage, affairisme, complicité malsaine, collusion, sous peine de sanctions et d’exclusion.

L’histoire des obédiences dissidentes qui ont sombré dans la politique et dans le politique, a démontré à suffisance, surtout en France, combien la Fraternité se prostitue et s’avilit dès lors qu’elle se met à servir des intérêts humains, même si parfois ils furent louables.

La Fraternité maçonnique appelle chaque Maçon a vivre sa vie en étroite connivence avec ses Frères comme l’on vit en famille sans plus ni moins.

Elle convie à sortir des schémas mercantiles du donné et du rendu, de la comptabilité des plaisirs et des douleurs : « il faut laisser ses métaux à la porte de la Loge » dit-on en Maçonnerie, ce qui signifie que le Maçon doit s’efforcer de fonctionner avec ses Frères en communauté d’esprit et en rabotant son ego.

Au « Connais-toi toi-même » socratique, répond un « Oublie-toi toi-même » maçonnique.

Seule l’œuvre importe.

Seul le chantier et le travail qui s’y fait importent, et les individualités qui y évoluent s’effacent devant le Temple qui s’érige peu à peu.

Le travail est anonyme !

 

Merci à toi mon F:. Jean-Claude de cette communication

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Voyage à travers la sybolique de CHARTRES 16 février, 2009

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VOYAGE A TRAVERS LA SYMBOLIQUE DE CHARTRES

 

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« Qu’est-ce que Dieu ?
Il est Longueur, Largeur, Hauteur, Profondeur… »
St. Paul. Epître aux Ephésiens.


Déjà, le Christianisme primitif préparait à la traduction en symboles des principes de la Foi.
Ainsi, CHARTRES, Cathédrale Temple de Dieu, a bien ces proportions : elle est longueur, largeur, hauteur et profondeur ; elle est basée sur des figures géométriques simples : cercles, triangles, carrés, carrés longs ; obtenus à partir d’instruments employés facilement sur le chantier : règle, compas, équerre.

Le but de cette planche est de chercher l’esprit dans lequel ont été construites ces Cathédrales et d’essayer de déterminer le rapport harmonique qui lie toutes les parties à l’ensemble de l’édifice.
3 parties principales constituent l’ossature de cette planche : l’aspect technique, la Lumière et la symbolique du labyrinthe. Il est bien évident que, dans un temps de parole aussi réduit, face à l’immensité de CHARTRES, je ne peux que malheureusement survoler cette merveille qui devrait faire l’objet de plusieurs travaux pour découvrir ce livre de pierres qui exalte la foi, l’harmonie et la beauté.

Notre positionnement dans l’Histoire : nous sommes à la fin du XIIème siècle, exactement en 1194.
Le XIIème siècle est le siècle Roman qui est né aux alentours de l’An Mil ; c’est un siècle riche en transformations économiques et sociales, les hérésies fomentent, les Croisades mettent en contact la chrétienté et l’Orient.
Ce siècle est voué à la philosophie, à la théologie, à la poésie, à la mystique ; mais aussi à la technique : développement de l’énergie hydraulique, la force du vent est accaparée et l’on voit tourner les premiers moulins à vent. Nous assistons à la naissance de la boussole, de l’horloge mécanique et du gouvernail.
La pensée de l’homme de ce siècle est intimement liée à la Bible, il y puise le goût des images et des symboles ; il aime Dieu, il admire la création dans laquelle l’homme est une réplique de l’Univers ; mais comment parler de Dieu ?
La fonction du symbole trouve sa place : relier le haut et le bas, permettre une communication entre le divin et l’humain.
Au concile de 1050, l’Eglise décrète que sa mission est d’instruire et de moraliser, au travers du motif symbolique.
Puis, le synode d’ARRAS en 1205, entérine cet objectif : ce que les gens simples ne sont pas aptes à saisir par le biais de l’écriture doit leur être enseigné par le biais des figurations.
L’art roman est un enseignement qui s’adresse à tout le monde ; pauvre, humble, savant, pèlerin…et le symbole, dans cette universalité, est un langage et une synthèse.

Ils entendent la voix de Dieu !

Mais, depuis 1130 est apparu l’art gothique ! dont la première manifestation est l’église abbatiale de St. DENIS (Cathédrale depuis 1966), dont l’abbé SUGER est le Maître d’œuvres.

A CHARTRES, la nuit du 10 juin 1194 est terrible !
Un terrible incendie se déclare.
Les trois quart de la ville sont détruits et la Cathédrale est très sévèrement endommagée ; ce qui est une véritable catastrophe pour tout le monde.
Car, en 876, Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne, fit don à CHARTRES d’une relique sacrée connue sous le nom de « SANCTA CAMISIA » – la Sainte Tunique – dont la légende affirmait que la Vierge l’avait portée au moment de donner naissance à Jésus-Christ. D’où l’importance de CHARTRES comme lieu de pèlerinages et, pour les citoyens, source considérable de revenus.
Cet incendie du 10 juin 1194 provoque un grand désespoir pour le peuple.
Mais, trois jours après le désastre, une procession apparut, avec la tunique miraculeusement préservée…
Ainsi, ce signe miraculeux est-il perçu comme un ordre divin de rebâtir une Cathédrale encore plus merveilleuse, encore plus grandiose et, immédiatement, un immense enthousiasme s’empare de la population.

L’essor des Cathédrales, à partir du XIIème siècle, est lié au renforcement du pouvoir des Evêques, à l’enrichissement des villes et des campagnes, à la démographie galopante du moment et aussi aux grands progrès scientifiques évoqués plus haut.
Nous sommes au seuil d’une époque riche d’inventions et durant les 400 ans de ce phénomène (à compter de l’an Mil), les bâtisseurs de Cathédrales ont remué des millions de tonnes de matériaux pour édifier : 80 Cathédrales, 500 grandes Eglises et quelques dizaines de milliers d’Eglise paroissiales.
La masse de pierres ainsi mise en œuvre est supérieure à celle de l’ensemble de TOUTES les Pyramides ( pour l’anecdote, la Grande Pyramide avait un volume de 2 500 000 m3…) ; mais, n’oublions pas que les travaux d’Egypte se sont étalés sur plus de mille ans…

Au moment de cette fameuse nuit du 10 juin 1194, l’heure est au Gothique.

La Cathédrale romane est devenue trop étroite et l’Evêque de CHARTRES saisit l’opportunité de l’incendie, du miracle de la préservation de la « SANCTA CAMISIA » et de l’émotion populaire pour se lancer dans la construction d’une nouvelle Cathédrale particulièrement représentative de sa fonction et de son pouvoir.

L’heure est au gothique !

L’Art de la Lumière est né dans le Bassin Parisien, avec l’abbé SUGER évoqué tout à l’heure.

Nous sommes à CHARTRES.

L’Evêque et son chapitre ont la volonté d’accueillir un peuple de fidèles nombreux et, se présente alors le problème du financement de cet ambitieux projet.
Sous la conduite d’un Maître d’œuvre, les équipes sont nombreuses : artisans spécialisés, carriers, charretiers, charpentiers, maçons, sculpteurs, verriers… et tous réclament salaire…
Chacun des chantiers qui s’ouvre dévore beaucoup d’argent ; et beaucoup plus, toutes proportions gardées, qu’en cette fin du XX ème siècle à PARIS, avec le grand Louvres, l’Arche de la Défense et la Bibliothèque François MITTERAND réunis…

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LA TECHNIQUE

Notre Maître d’œuvre recruté, les équipes formées, le projet présenté et accepté, les plans et les esquisses tracés et épures réalisées ; notre Maître d’œuvre, homme de savoir et de pouvoir commence son travail.

L’ancien tailleur de pierres qu’il est, arrivé au titre de Maître d’œuvre en raison de ses talents unanimement reconnus, n’hésite pas à mettre la main à l’ouvrage.
La question qui se pose est : quelle sorte d’homme est-il, lui qui a su imposer son image à travers tant de siècles ? Comment a-t-il conçu un tel chef-d’œuvre ?

Avec un cordeau, une règle, une équerre à angle droit et un compas !

Et cela lui permet de commencer à bâtir la Cathédrale, 1er Maître parmi les 6 anonymes dont les travaux s’étalent de 1194 à 1260.
(Pour l’anecdote, l’un d’entre eux, le 2ème, a laissé sa marque par sa façon de travailler. Nous le trouvons à LAON vers 1190, à LAGNY et à BRAISNE au sud de SOISSONS vers 1198, à CHARTRES vers 1200, à REIMS vers 1210…)

Avec un premier mystère : l’orientation de la Cathédrale. En effet, contrairement aux Eglises chrétiennes, cette cathédrale n’est pas orientée vers l’Est mais vers le Nord-Est.
En réalité, il n’y a pas de mystère particulier car, la Cathédrale actuelle a été bâtie sur de « l’existant », dont les fondations d’origine remontent au temps des Druides.
Il s’en rajoute un second : le chantier a été immédiatement ouvert et voilà notre Maître d’œuvre parti pour bâtir la plus large voûte gothique connue et l’une des plus hautes avec ce que cela comporte comme forces d’expansion latérales ; notion de poids, de résistances aux poussées ; mise en place des arcs-boutants et des contreforts…
Et tout ceci, bien sûr, pensé d’avance ; car, comment commencer à bâtir sans avoir pensé et planifié le futur de la Cathédrale ?
Avec un chœur de 37 mètres de long et 14,90 de large…
Avec une nef de 74 mètres de long et 14,90 de large…
Avec une voûte de 37 mètres de haut ?…
Et d’où vient tout ce savoir ?
Il existe beaucoup de fantasmes sur ce thème : tradition cachée, hermétisme des Cathédrales, héritiers des bâtisseurs de pyramides… Arrêtons là les histoires bâties sur un ésotérisme bien éloigné de la réalité.
Ce siècle est un siècle de voyages et notre Maître d’œuvre, pour acquérir tout son savoir a beaucoup voyagé pour découvrir, s’instruire et progresser en rencontrant sur d’autres chantiers des techniques, des méthodes et des hommes différents. D’ailleurs, de nos jours, les Compagnons du Tour de France font exactement la même chose…
Ces chantiers sont de véritables carrefours entre métiers et gens de pays différents ; car les Cathédrales se bâtissent partout en Europe.

La Loge est présente sur la totalité des chantiers. Adossée à la Cathédrale, elle joue un rôle matériel (rangement et dépôt des outils, lieu de travail où se donnent les consignes), elle joue un rôle social (elle devient un centre de formation à la mauvaise saison, où les Maîtres et les Compagnons transmettent leur savoir aux Apprentis), elle joue enfin un rôle symbolique, dans la mesure où la transmission du savoir ne peut se faire au vu et au su de tous, elle devient donc un lieu protégé et va accéder à un caractère sacré.

Avançons dans la construction de l’édifice. Notre Maître d’œuvre a réalisé l’exploit d’élever sur une base romane et sur celle de la Cathédrale incendiée qu’ils n’avaient pas conçues, les ogives de l’art gothique naissant et, grâce à cette technique toute nouvelle, de faire monter la construction plus haut vers le ciel qu’aucun édifice antérieur.
Autre caractéristique technique importante pour l’époque, notre Maître d’œuvre a fait passer les poussées colossales au travers des murs, en les conduisant dehors vers les arcs-boutants. Ces arcs-boutants sont formés de deux éléments concentriques réunis par une arcature dont les colonnettes, au lieu d’être verticales, sont obliques comme les rayons d’une roue, ce qui est frappant ! Et unique ; c’est une création de CHARTRES que l’on ne retrouve pas ailleurs. Les concepts d’épaisseur et de solidité maintenant dépassés, les Cathédrales sont bâties toutes en vitraux (1/2 hectare pour CHARTRES) où l’équilibre est obtenu par chaque partie qui en contrebalance une autre.

C’est la technique qui a permis de construire CHARTRES.

C’est la technique basée sur l’équilibre des masses.

Notre Maître d’œuvre a le sens de l’espace, du nombre et de la pesanteur et la pesanteur est vaincue !
Quelques réalisations techniques de l’époque :
- la surface de la Cathédrale d’AMIENS = 7 700 m2 permettait à toute la population, soit 10 000 habitants d’assister aux cérémonies ;
- Le chœur de la Cathédrale de BEAUVAIS peut contenir un immeuble de 14 étages (la voûte est à 48 mètres su sol) ;
- Pour atteindre la hauteur de la flèche de la Cathédrale de STRASBOURG, il faudrait bâtir un immeuble de 40 étages…
- Cathédrale de CHARTRES : 7 000 m2 – 8 000 personnes debout !

On bâtit pour Dieu ! ! !…

A CHARTRES, règnent équilibre, grandeur, force et beauté…

L’aspect symbolique qui m’a le plus frappé et qui a retenu mon attention après avoir demandé des explications, est le portail royal (la baie de droite) et, notamment, les sculptures des voussures du tympan, celles qui surmontent la représentation majestueuse de la Vierge.
Ces sculptures représentent les sept arts libéraux représentés par des femmes. Ce sont la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique. A l’époque, il ne faut pas l’oublier, cela représentait ce que l’intellectuel devait savoir, pour atteindre le chemin menant à la Sagesse.
Mais, la particularité de ce tympan ne s’arrête pas là. En effet, chacune des femmes mentionnées est accompagnée par l’homme qui a la réputation d’avoir le mieux représenté les disciplines des arts libéraux.

Sont représentés : DONAT (ou PRISCIEN) – grammairien latin du IV ème siècle – CICERON lié à la rhétorique ; ARISTOTE à la dialectique ; BOECE à l’arithmétique ; EUCLIDE à la géométrie ; PTOLEMEE à l’astronomie et PYTHAGORE à la musique ; soit cinq grands phares le l’Antiquité classique et deux chrétiens…
Cela est frappant, car nulle part je n’ai retrouvé dans mes travaux de recherche la représentation des 7 arts libéraux représentés sur une façade de Cathédrale.

LA LUMIERE

De tous temps, toutes les religions, tous les mystères, toutes les initiations recherchent la Lumière ; car la Lumière symbolise la nature même de la divinité.
Cette Lumière, nous la retrouvons partout depuis l’autel de l’Eglise ou de la Cathédrale où elle symbolise la présence de Dieu, avec Bouddha qui est dénommé le « Roi des Cent Lumières » et les francs-maçons qui sont les « Fils de la Lumière ».
CHARTRES représente un changement profond, après ST. DENIS, dans ce renouveau architectural évoqué plus haut.
Avant, les constructions étaient massives et épaisses.
Avec CHARTRES, apparaissent des lignes immatérielles, dénuées de poids et d’épaisseur ce qui permet une Cathédrales couverte de vitraux. C’est un véritable élan vers la Lumière, vers Dieu.

Le Gothique exalte la Lumière !

L’art du vitrail a eu son apogée au XIIème siècle à ST. DENIS, puis au XIIIème siècle à CHARTRES.
Le vitrail enseigne aux fidèles ! Il montre au croyant ce qu’il doit croire.

Ci-dessus, nous avons évoqué le portail royal.
Trois superbes lancettes le surmontent. Elles sont considérées comme les plus anciennes et les plus lumineuses de l’époque médiévale. Elles sont datées de 1150 ! Celle de droite représente « l’arbre de JESSE » le plus beau vitrail aux dires de certains. On retrouve ce même type de vitrail à St. Denis et à York.
Notre vitrail de CHARTRES est unique en sa perfection et dans sa conservation.
Il rappelle la vision d’Isaïe (XI, 1) : « Un rameau sortira de la souche de Jessé ; un rejeton issu de ses racines fructifiera. »
Le tronc de l’arbre de vie symbolique qui sort de JESSE (le père de David) endormi, a des branches qui supportent quatre rois de Juda vêtus de rouge et de vert, de jaune et de mauve, se détachant sur un fond de bleu intense. Il s’agit sans doute de : David, Salomon, Roboam et Abiah, les premiers de la longue lignée des 28 rois de Juda nommés par Matthieu, ancêtres royaux du Christ. Au dessus se trouve la Vierge et, au sommet, le Christ, fleur et fruit de l’arbre. Sur les côtés du vitrail, les ancêtres spirituels du Christ sont représentés par 14 prophètes de l’annonce messianique faisant face aux rois.
L’arbre est le symbole de la vie.
C’est avec le bois de « l’arbre de la connaissance » du paradis qu’aurait été construite la croix du Christ ; et, la croix elle-même, devint l’arbre de la vie. Elle est souvent représentée avec des branches et des feuilles et considérée comme l’arbre de Jessé, décrit par St. Matthieu.
Une autre interprétation peut être donnée à ce vitrail ; ne s’agit-il pas là d’une glorification de Philippe Auguste à travers la royauté du Christ ? Car, l’arbre revêt la forme d’une immense fleur de lis, dont les capétiens ont fait l’emblème royal. D’où, une certaine ambiguïté de cette composition qui lie la mystique d’une exégèse séculaire à l’exaltation du pouvoir royal…
Un autre vitrail « marquant » est celui dénommé « Notre-Dame de la Belle Verrière » ou encore dénommé : « la Vierge bleue ». Ce vitrail, situé dans le déambulatoire Sud, nous montre la Mère de Dieu représentée en majesté, comme sur le portail royal évoqué plus haut.
Les bleus lumineux, couleur myosotis, sont mystiques, accompagnés des ors et des rouges.
MALRAUX a évoqué ce vitrail en disant qu’il était le sommet de la peinture occidentale.

Et les roses, dont les diamètres varient entre 8 et 14 mètres et des surfaces allant jusqu’à 400 m2, accompagnées de leurs lancettes rayonnantes.
Il faut admirer la rose de la façade ouest, représentant le Jugement dernier. Les couleurs y sont plus soutenues, surtout le bleu.
Il faut arrêter là, car comment en si peu de temps, évoquer plus de 5 000 m2 de vitraux qui donnent toute la vie à la Cathédrale ?

LE LABYRINTHE

Le plus ancien labyrinthe connu dans un édifice chrétien fut découvert à EL ASNAM (ex ORLEANSVILLE en Algérie) ; il est daté de 324.
Il faut attendre le VI ème siècle pour en trouver un à RAVENNE ; puis, cinq siècles plus tard, on en trouve deux dans le nord de l’Italie, dont l’un à St. Michel de Pavie présente deux caractéristiques uniques : il est mural et le combat de Thésée et du Minotaure y figure.
Puis, c’est l’explosion ! Dès le XII ème et le XIII ème, on en trouve partout et notamment, dans les Cathédrales gothiques : Poitiers, Amiens, Arras, Auxerre, Reims, Bayeux, Chartres, Mirepoix, St. Omer, St. Quentin, Toulouse ; où on trouve des labyrinthes de différentes formes : carrés, circulaires, octogonaux ; positionnés dans la nef, sur le mur (Poitiers), ou immenses comme à Chartres.

Tout dessin a un sens !

Y a-t-il, à CHARTRES, un lien entre le labyrinthe de la Cathédrale et celui du mythe grec ? Sans doute ! Mais, le mythe grec symbolisait une prison dont on ne pouvait s’échapper, ce n’est sûrement pas le cas de celui de CHARTRES.
C’est plutôt là, la représentation du chemin de Jérusalem ; car sa dénomination, à l’époque, est « la lieu de Jérusalem ».
Une légende évoque, à un moment donné, la difficulté de se rendre à Jérusalem.
Le pèlerinage aurait été remplacé symboliquement par le cheminement à genoux de ce tracé complexe.
On peut tout interpréter mais, ne s’agit-il pas plutôt du chemin du paradis, de la Jérusalem céleste citée par l’Ecriture.
Le labyrinthe de CHARTRES est un chemin unique, mais compliqué. Il traduit bien l’idée d’un but à atteindre, après un parcours laborieux.
On peut dire (ou imaginer) que ce chemin est celui de la vie, de la naissance à la mort, d’où – peut-être – la christianisation du labyrinthe, signifiant que le labyrinthe est l’entrée dans la Jérusalem céleste et que l’Eglise en détient le fil d’Ariane permettant d’y accéder…
Le labyrinthe symbolise la trajectoire de la vie ; il est le voyage initiatique qui conduit de l’éphémère à l’éternel, du profane au sacré.
Il peut aussi symboliser un vrai pèlerinage, le vrai voyage au centre, qui est un voyage intérieur, à la recherche du Soi… Vous avez dit VITRIOL ? ? ?…
Vous remarquerez, au cours de votre visite à CHARTRES, la très nette apparition de la croix dans le labyrinthe… Y a-t-il une connotation de chemin de croix ?
En tout cas, une charmante guide m’a informé qu’il était composé de 272 pierres (sans les dents) et, que son développement mesure environ 261 mètres.

Et tout cela, construit avec une règle, une équerre et un compas !
Méditons, mes FF:., méditons !…
Avant de te repasser la parole, V:. M:., je voudrai dire tout l’immense plaisir que j’ai eu à travailler cette planche et les connaissances importantes acquises à tous les niveaux, pour effectuer ce travail.
J’ai passé plus de 5 mois intenses de visites, de recherches, de lectures et de réflexions que je regrette beaucoup de voir terminés pour l’instant.

J’ai dit, V:. M:.…

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Le symbolisme des cathédrales gothiques 22 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 6 commentaires

Le symbolisme des cathédrales gothiques


A la suite des invasions barbares surgies en Occident du Ve au lXe siècles, les derniers constructeurs qui appartenaient aux Collé­giales romaines et détenaient tous les secrets de métiers, durent s’intégrer aux congrégations monastiques, car, après l’effondrement de l’Empire romain, il n’existait plus de statut légal leur permettant d’exister.

A partir du VIe siècle, au droit romain avaient succédé les coutumes féodales qui définissaient les protections garanties aux diverses catégories de la société du bas Moyen Âge.

Tout d’abord, il y avait les gens de la terre, divisés en :

- vilains, qui avaient conservé leurs propriétés gallo-romaines ou à qui, en tant que population germanique nouvellement implantée, l’on avait donné les terres des anciens propriétaires romains. (Le nom de vilain correspondant à l’ancienne désignation romaine de villa, qui signifiait domaine agricole.) Ces vilains avaient droit à la protection moyennant paiement de la taille et de la dîme ;

- serfs, ouvriers agricoles qui cultivaient les terres appartenant au seigneur féodal.

C’était ensuite les gens de métiers, dénommés – francs « , non parce qu’ils appartenaient à la race franque, mais parce que, au VIe siècle, cette appellation désignait les hommes libres d’aucune attache avec la terre. Groupés dans les cités, les gens de métiers étaient exploités par chacune des communautés gallo-romaines ou germa­niques – La cité ayant droit à la protection à condition d’exécuter des travaux gratuits de taille ou de fournir des gens d’armes, au service du seigneur.

Les congrégations monastiques créèrent les couvents, sociétés communalistes de propriétés collectives à but altruiste de bonnes oeuvres, de pénitences, de prières et d’évangélisation. Ces couvents, sous le bénéfice des droits de l’Église catholique au temporel reconnus par les continués féodales, avaient rang de seigneur avec droit de haute et basse justice.

Sous l’impulsion de Grégoire 1er le Grand, pape de 590 à 6114, qui avait enrichi l’évêché de Rome par l’exploitation des domaines agricoles, les couvents allaient devenir autant d’exploitations indus­trielles ou agricoles.

Les lois et usages concernant la production et les échanges, codifiés par le droit romain, avaient totalement disparu au VIe siècle, les coutumes germaniques à l’échelon de la peuplade les ayant insuffisamment remplacés. Cette forme nouvelle de société communautaire fit créer, dans l’intérieur même des couvents, les premières coopératives de production dans toutes les branches indispensables à la vie collective et communautaire. Les gens de métiers ayant perdu leur riche clientèle romaine, trouvèrent dans les couvents leur principale clientèle. Ce fut notamment le cas des personnes pratiquant l’art de construire : il fallait des couvents, des églises et même des ouvrages d’art militaire pour se protéger contre les invasions permanentes.

Les couvents qui dérivaient du principe de saint Augustin de la Cité de Dieu, intégrée à la Société des Hommes, avaient, comme toute l’Eglise, conservé les principes d’organisation romaine et de droit romain. Aussi, tant pour s’assurer à bon marché une main-d’oeuvre qualifiée devenue très rare que pour assurer la formation professionnelle des nouvelles générations, de nombreuses congrégations monastiques fondèrent des Tiers-Ordres essentiellement laïques.

Le principal Ordre qui ait regroupé les Collégiales romaines des constructeurs est celui des Bénédictins, fondé à la fin du Ve siècle, par saint Benoît de Murcie, au Mont-Cassin. La règle bénédictine donne la priorité aux travaux manuels. C’est à cet Ordre que l’on doit la création et le développement de l’architecture gothique.

Nous, distinguons dans le gothique trois périodes : le roman ou gothique ancien, le gothique ogival et le gothique ogival frisé, appelé communément « Xve frise » ou  » flamboyant « .

LE ROMAN

L’architecture romane date d’un peu avant l’an mille, époque de la Grande Peur, qui marque aussi le début de l’ère médiévale. L’Occident, qui vivait alors dans un certain obscurantisme, fut soudain illuminé par la transmission de la philosophie antique par la voie de l’Espagne musulmane.

Les Bénédictins venaient de s’installer à Cluny, depuis 910 ; l’un d’entre eux, Gerbert, savant architecte, se rendit à Cordoue puis à Grenade, en 980. II en ramena l’A.B.A.C.U.M. ou Ars Subtila Arithmeticae, qui contenait, outre l’algèbre et la géométrie euclidienne, le livre du jeu d’échecs, le traité des poids et mesures, la philosophie platonicienne, la métaphysique d’Aristote et le symbolisme pythagoricien.

Gerbert – par la suite fait pape par Otton lll – régna de 995 à 1003, introduisit les mathématiques et la géométrie dans l’art de construire sous forme de l’Art du Trait, qu’il codifia en une sorte de satigraphie (dont on trouve des traces dans les manuscrits du Mont-Saint-Michel). Encore à l’heure actuelle, les résultats en sont surprenants : témoins l’Abbaye aux Hommes et l’Abbaye aux Dames de Caen, la cathédrale de Bayeux et celle de Vézelay, qui en est le plus bel exemple. Les traces de la métaphysique d’Aristote persistent à Vérelay où l’allégorisme primitif des églises mérovingiennes et carolingiennes s’épanouit.

Puis, vient l’ère des croisades. La première, prêchée par Urbain II, dura de 1096 à 1099. Elle créa l’Empire latin d’Orient qui couvrait pratiquement toute la côte est de la Méditerranée, depuis l’Egypte du Sud jusqu’à l’Empire byzantin, au Nord.

Entre la première croisade et la seconde, prêchée à Vézelay par saint Bernard, en 1147, et dirigée par Louis VII le Jeune, cinquante années s’écoulent. Pendant cette période, les troupes laïques et religieuses qui assuraient l’occupation de l’Empire latin d’Orient, pour regagner leur pays d’origine – le comté d’Edesse, la principauté d’Antioche, le comté de Tripoli ou le royaume de Jérusalem – devaient obligatoirement passer par la Grèce et les possessions de Byzance.

Or, parmi ces occupants, se trouvaient les moines bénédictins et les moines soldats, Templiers, Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et Chevaliers Teutoniques ; les membres qui faisaient partie du Tiers-Ordre laïque étaient les ouvriers opératifs de ces nouvelles congrégations. Ces constructeurs ramenèrent de Byzance les traditions des collégiales romaines qui, n’ayant pas souffert des invasions barbares, avaient conservé tous les anciens secrets de métiers connus depuis la plus haute antiquité et que l’Occident avait presque totalement perdus. Leurs connaissances s’étaient épanouies voire enrichies sous l’influence de la tradition grecque et aussi grâce aux contacts avec la civilisation arabe arrivée a l’apogée de son évolution.

L’OGIVAL

Cette deuxième période nous intéresse le plus, car c’est elle qui apporte tout le symbolisme en architecture. Elle doit tout aux Templiers.

Ce type d’architecture remonte en Europe à 1125. On commençait alors à voir les premiers arcs outre-passés, notamment à Cîteaux qui venait d’être fondé, puis à l’abbaye de Fontevrault, en 1150. C’est le début du style gothique que l’on dénomme  » gothique Plantagenet  » (du patronyme de Henri II, duc d’Anjou qui allait devenir roi d’Angleterre).

L’Ordre des Templiers fut fondé à Jérusalem, en 1116, par neuf chevaliers auxquels, dix ans plus tard, s’adjoindra Hugues, comte de Champagne, donateur de Clairvaux. C’est sous le patronage du Bénédictin cistercien Bernard que l’Ordre reçut sa Constitution au concile de Troyes, en 1128, Honorius III étant pape. Dès I’origine, pour les besoins de la construction, des moines bénédictins habiles dan; l’art de construire y furent introduits; Les Templiers fondèrent en France leur premier établissement sous Louis VI le Gros qui, à la demande de saint Bernard, leur donna, en 1130, une maison à Paris à proximité de l’église Saint-Gervais, au début de la petite rue à gauche. (Cette maison existe encore. Elle est actuellement occupée par une société compagnonnique). A quelques jours de là, le roi leur fit don du domaine du Colombier, avec droit de haute et de basse justice. Ce

domaine longeait l’actuelle rue de Rivoli, depuis la rue des Blancs-Manteaux jusqu’à la rue Saint-Martin incluse ; en largeur, il était limité par le square du Temple et l’église Saint-Martin (à proximité du Conservatoire des Arts et Métiers). L’ensemble était marécageux. Les Templiers I’assainirent.

Dans la toute proche église Saint-Gervais, on voit encore. dans le, stalles du choeur, de nombreuses figures ésotériques ainsi qu’un maçon initié genou découvert, suivant l’ancienne tradition. Par l’équerre et le compas placés à côté, on se rend compte que le maçon étudie l’oeuvre

On retrouve le même symbolisme à Gisors ; en outre, dans la chapelle Sainte-Claire, un gisant dénommé le Maître Parfait – fait penser au symbolisme du troisième grade.

L’OEUVRE DES TEMPLIERS

Les Templiers couvrirent l’europe d’églises remarquables de châteaux forts, tel le « château Gaillard pour le compte de Richard Coeur de Lion « , dans le but de s’opposer à Philippe Auguste, roi de France. Ils bâtirent de véritables villes fortifiées — comme Coucy-le-château, construit par Enguerrand de Coucy – pour résister à saint Louis, qui voulait refréner son droit féodal. Les Allemands, en 1914, employèrent dix tonnes de dynamite pour faire sauter la tour ventrale bâtie en 1240.

Les Templiers édifièrent leurs couvents qui, rappelant leur vocation de moines-soldats, se dénommaient  » Commanderies  » . Chacune d’elles était reliée à une autre suivant la hiérarchie du grade du chevalier qui la dirigeait. Les commanderies de base avaient pour commandeur un maître charpentier qui assurait l’instruction perma­nente des ouvriers maçons, tant religieux que laïques.

En Orient, les Templiers remplirent le rôle de constructeur pour le compte des Croisés ; ils formaient aussi le corps de génie militaire. Dès 1123, ils bâtirent avec les Hospitaliers les lieux nouvellement conquis des églises et des forteresses (1).

En Occident comme en Orient, les Templiers, qui étaient des religieux. avaient recours pour l’exécution de leurs travaux de bâtiment, à la main-d’oeuvre locale.

En France,en Angleterre, en Allemagne et dans toute l’europe le Tiers-Ordre du VIe siècle, qui formait des associations d’ouvriers du bâtiment vivant dans la dépendance conventuelle, cessa d’exister au début du XII e siècle. jusqu’à cette époque, le couvent avait été le seul centre de la science, les arts pouvant s’y développer en sécurité. Mais, avec l’extension des libertés municipales, les grandes cités médiévales devinrent de grands ventres – Paris, Chartres, Amiens, Londres, Oxford. Laon, Noyon, Reims, Soissons, Strasbourg, Cologne – où, aux Tiers-Ordres monastiques succédaient les Francs-Métiers : ceux-ci, sous le nom de Jurantes ou de Guildes, rassemblaient les ouvriers de métiers en fraternité laïques.

FRATERNITES DE CONSTRUCTEURS

Les membres du chaque corps de métier étaient groupés en une association professionnelle chrétienne placée sous la protection d’un saint ou d’une sainte. Pour y être admis, il fallait se soumettre à des épreuves symboliques particulières à chaque profession. Les épreuves des fraternités de constructeurs étaient celles que nous connaissons encore aujourd’hui dans la Maçonnerie spéculative, héritière , en cette matière, de la tradition de la plus haute antiquité.

Ce genre de confrérie paraît avoir pris naissance à Chartres, lors de la construction de la cathédrale, aux alentours de 1125. C’est de cette époque que date la franc-maçonnerie opérative, entièrement composée de laïcs et n’allant qu’au troisième grade. Si ses membres devaient tous leurs enseignements aux Templiers, on ne doit pas néanmoins les confondre avec ces religieux fort savants ni avec les Moines-Chevaliers, très bons architectes et déjà  » maçons spécu­latifs « .

L’existence légale de ces confréries laïques professionnelles était régie par extension des droits des anciens Tiers-Ordres transférés aux fraternités laïques de la franchise. Les Francs-Maçons obtenaient ces franchises des congrégations de Bénédictins, des Templiers et des Hospitaliers qui exigeaient des redevances peu importantes. Pour d’autres francs-métiers, soumis à la protection seigneuriale ou royale les redevances étaient très lourdes. Cette différence fit que la dépendance aux congrégations religieuses subsistait. De plus, en vertu des conventions féodales conclues entre les suzerains, les franchises religieuses donnaient droit de  » cité  » aussi bien sur les territoires ecclésiastiques que seigneuriaux ou royaux. Par ailleurs, la formation professionnelle des constructeurs s’est poursuivie dans les couvents jusqu’au début du XIVe siècle.

Les maîtres d’oeuvres laïques, tels Jean d’Orbais, Villard de Honnecourt et Pierre de Corbie, oeuvrèrent à Chartres ; Pierre de Montreuil, à la cathédrale de Paris et à la Sainte-Chapelle. Mais ne devenait pas maître d’oeuvre qui voulait.

En premier lieu, tout compagnon accompli, cinq à sept ans au minimum après avoir été reçu comme tel parmi les maîtres, devait encore travailler pendant un certain temps et acquérir les connaissances de ceux-ci. Ensuite, il était consacré maître d’oeuvre si le chef d’oeuvre qu’il avait exécuté était jugé satisfaisant.

Mais ce n’était point tout. Débordant du cadre professionnel, une enquête municipale faite auprès du candidat concernait sa moralité, sa piété et les possibilités financières qui lui permettaient de payer les matériaux et le salaire de ses ouvriers.

Tout maître d’oeuvre devait être capable d’assurer la conception de l’oeuvre, d’organiser le chantier, de recruter les ouvriers et d’en régler les dépenses. Ces trois conditions étaient impératives. Le maître d’oeuvre, lorsqu’il était religieux, prenait le titre de vénérable maître. A l’époque de la construction des grandes cathédrales gothiques, à Reims, Laon, Paris, Chartres, Cologne, Amiens, les Templiers – en contact en Orient avec les ordres religieux des Ismaéliens karmates et ascasines, sectes schismatiques musulmanes – adoptèrent à la fois leurs secrets de métiers ainsi que les rites et les formes d’architecture orientale. C’est d’Orient qu’ils ramenèrent le secret de la construction de l’arc brisé qui existait déjà dans des constructions orientales, ainsi que la voûte de croisée de transept s’équilibrant en son milieu par la masse formée par son pendentif. C’est en Orient aussi que les Croisés apprirent des Byzantins, qui le tenaient eux-mêmes de Babylone, à fortifier les châteaux.

Les Templiers, en adoptant ces formes d’architecture, ont emprunté les symboles de celles-ci, et aussi l’art de penser : la dialectique, qui permettait de philosopher sur les sens cachés, a donné la rhétorique. Le symbolisme des nombres et des dimensions que nous trouvons dans les églises date de cette époque. Ce sont eux aussi qui répandirent en Europe la pensée gnostique platonicienne et aristotélicienne, déjà propagée en Espagne par Averroès et Maïmonidès, ainsi que par les Cathares albigeois dans le Midi de la France, particulièrement dans tout le comté de Raymond de Toulouse. Ils ramenèrent d’Orient, non seulement l’art de construire, mais aussi l’algèbre, l’alchimie, aïeule de notre chimie moderne, ainsi que l’alchimie intellectuelle qui tendait à rendre l’homme meilleur.

Sur le plan purement spirituel, les Templiers s’imprégnèrent de l’esprit gnostique des Ismaeliens qui considéraient l’univers comme une émanation de la divinité. La gnose était enseignée sur un mode initiatique: C’était une catéchèse appropriée à toutes les confessions, toutes les races, toutes les castes fondées sur la raison, la tolérance et l’égalité. Ces théories attireront plus tard, tant Raymond Lulle que Pic de La Mirandole.

L’esprit de Platon et d’Aristote régnait à Chartres, lors de la première construction, entre 1124 et 1154 ; des réalisations comme ces cathédrales démontraient – et elles démontrent encore – les parfaites connaissances de leurs bâtisseurs.

En même temps, l’évolution et la philosophie aristotélicienne allaient permettre à l’homme de se délivrer des contraintes dogmatiques religieuses et de reprendre l’autonomie de ses investigations. Ainsi, de la moitié du XIIe siècle jusqu’au milieu du XIVe se construisit-il, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie – avec les méthodes particulières que l’on admire encore aujourd’hui -, les merveilleuses cathédrales ogivales que nous connaissons. Elles se ressemblent toutes, avec un air de famille certain.

II est intéressant de retrouver dans la tradition du grand-oeuvre qu’est une cathédrale les origines du symbolisme de la Franc­Maçonnerie spéculative.

LES SYMBOLES

Signalons d’emblée deux grands principes philosophiques qui constituaient le programme directeur : les cathédrales, de même que les temples antiques, et plus particulièrement le temple de Salomon, sont construites à la fois en plan à la forme et dans les proportions humaines.

Le plan de celle de Chartres le met en évidence : à la croisée du transept se trouve le coeur, la tête étant au sanctuaire ou saint des saints. A l’endroit où se trouve l’autel, il y avait, dans le Temple de Salomon, des Tables de la Loi. Les proportions sont rigoureusement celles du corps humain, le sanctuaire était le septième du reste.

Ces cathédrales sont toutes vouées à Notre-Dame. Non à la mère du Christ, mais à la Vierge-Mère, qu’elle s’appelle Gaea, Rhéa, Cybèle, Déméter, Isis, la Bonne Déesse, la Terre Mère. Dans la célèbre cathédrale de Chartres notamment, la Vierge qui trône est noire avec un puits qui descend aux entrailles de la Terre. C’est donc bien la Natura Naturans.

Les connaissances que devaient avoir les constructeurs des cathédrales se rapprochaient de celles des alchimistes dont ils employaient les symboles ; leur initiation comprenait l’étude du cercle, ainsi que l’indique le Mystérieux Quatrain des Tailleurs de Pierre :

Un point dans le cercle

Et qui se place dans le carré et dans le triangle

Connais-tu le point – tout est bien

Tu ne le connais point – tout est vain.

Arrivant dans une ville étrangère, un compagnon ou un maître devait justifier dans son milieu qu’il pouvait retrouver le cercle directeur et le pôle de symétrie. En dehors des deux principes philosophiques, des règles symboliques déterminaient l’orientation, les proportions et l’ordonnancement extérieur. La première pierre d’une cathédrale était placée à l’angle nord-est où avait été reçu le dernier apprenti. La cathédrale, tout comme la Loge maçonnique, est orientée à l’Orient. Son Sanctum Sanctorum est à l’est, d’où vient la lumière du soleil levant. L’entrée du sanctuaire, placée à l’occident, est constituée par trois portes ; celle du milieu, la plus importante, ne sert que dans les circonstances exceptionnelles, tandis que celle de gauche demeure ouverte.

Le sens circumcirculatoire y est nécessairement de l’ouest vers l’est par le nord, puis, au retour, de l’est à l’ouest par le midi. C’est le mouvement apparent du soleil, du couchant au levant, ensuite du levant au couchant ; c’est encore celui que l’on doit suivre dans une Loge maçonnique.

La façade de la cathédrale gothique est presque toujours flanquée de deux clochers latéraux symbolisant le binaire, comme les deux colonnes du temple maçonnique. En outre, ils sont, comme dans le Temple de Salomon, placés à l’extérieur. Le plus souvent, le clocher de gauche domine celui de droite : ainsi à Strasbourg, à Troyes, à Bourges, à Amiens, à Cologne. La cathédrale de Chartres l’explicite clairement : la flèche de gauche porte le Soleil, la flèche de droite la Lune. Invariablement, entre les deux, il y a le triangle, symbole du ternaire.

La cathédrale, de même que la Loge maçonnique, représente le cosmos. A l’intérieur, la nef et le transept sont divisés dans le sens de la hauteur en deux parties d’inégales hauteurs :

- la partie basse formant le soubassement est toujours aveugle, comme une Loge maçonnique, sauf pour les portes, cette partie de l’édifice représentant l’homme dans l’univers, proportion 3/15 de haut limitée de la partie supérieure d’où part l’éclairage par une frise dénommée en architecture  » chien courant  » (du fait que, parfois, des animaux sont mélangés au feuillage) ;

- la partie supérieure représente la divinité 12/5 répartie en une partie verticale signifiant la perfection des proportions : 7/15 et une partie voûtée symbolisant la connaissance : 5/15 (le pentagone a été, dans toutes les religions, le symbole de la science).

Le nombre, directeur est généralement exprimé par le polygone, par les arêtes des voûtes faisant leur jonction avec la croisée du transept ou de la grande rosace qui constitue un lieu d’équilibre de

l’action et de la réaction des charges bien plus qu’un moyen d’éclairage et de beauté.

Quand on retrouve d’anciens tracés, on est frappé par l’absence de mesures indiquées : c’est qu’il n’y en avait pas.

Tout résidait dans les proportions de l’oeuvre en fonction du cercle directeur.

Sans connaître le grand secret, on peut aisément constater que l’unité de base se trouve à la croisée du transept, lequel est toujours construit sur plan carré ; que la largeur du transept est égale à la largeur de la nef ; que la travée courante constitue un rectangle dont le petit côté représente la moitié du grand, soit la moitié du carré du transept ; que chacun des bas-côtés est construit sur un plan carré égal au petit côté du rectangle de la travée ; enfin, la largeur des baies latérales est égale à la moitié du côté du carré des bas-côtés. soit le quart du côté du carré du transept.

Les rapports des baies en hauteur étaient proportionnés par des procédés analogues. La grande rosace était de dimensions semblables au cercle inscrit dans la croisée du transept. Le reste était stéréotomie et art du trait. II est aisé de voir que, à partir de la croisée du transept, l’édifice se bâtissait en tenant compte des proportions reportées à partir du cercle directeur du transept qui commandait tout.

Quant aux murs extérieurs, une règle générale en déterminait l’ordonnancement qui est vraiment symbolique :

- au nord : les scènes bibliques de l’Ancien Testament ; – au sud, brille la loi nouvelle donnée par l’Evangile ; – l’occident regarde le Jugement dernier ;

- à l’orient : les faits relatifs à l’époque.

Les costumes des métiers de l’époque que nous trouvons à Chartres constituent une importante documentation historique.

Quant aux imageries extérieures, qui étaient le livre du pauvre, elles représentent une partie de la pensée médiévale. Elles découlaient de l’allégorie édifiante et pédagogique employée par les Grecs et les Romains.

A Notre-Dame de Paris, le porche d’entrée est surtout décoré de symboles alchimistes. Sur le trumeau central qui partage les deux baies, une série de vingt-huit figures représente les sciences médiévales, dont l’alchimie avec ses deux livres : l’un fermé= l’ésotérisme, lautre ouvert l’hermétisme ; maintenue contre ce dernier, une échelle de neuf échelons symbolise les opérations alchimiques successives et la patience. Au portail Nord, celui  » de la Vierge « , on est d’abord surpris de voir Marie tenir dans ses mains un symbole rosicrucien ; puis, sur le tympan, une vie du Christ avec un sarcophage qui porte les symboles alchimiques des métaux planétaires, le Soleil étant placé juste au milieu, ce qui tend déjà à prouver les connaissances héliocentriques.

Certaines églises abbatiales, notamment celle de Fontevrault, construites à cette époque, l’ont été sur les mêmes principes que les cathédrales.

Les procédés de construction gothique ont permis de vastes dimensions. La cathédrale de Reims : 6.650 mètres de superficie ; celle de Bourges : 6.200 mètres ; celle de Paris : 5.500 mètres. Chacune d’elles pouvait contenir quinze à vingt mille personnes. C’est que, lors des grands pèlerinages du Moyen Age, la cathédrale était à la fois l’hôtel où l’on dormait et le sanctuaire. Elle était également le refuge hospitalier de toutes les infortunes, et les médecins y donnaient leurs consultations. L’Université, pour être indépendante, vint y tenir ses assises et y resta jusqu’en 1454. Les alchimistes se rencontraient régulièrement au jour de Saturne, à Notre-Dame de Paris, au portail Saint-Marcel.

Les cathédrales furent aussi des symboles de liberté municipale : c’est là que se retrouvaient les confréries des gens de métiers et que prirent naissance Guildes et Jurantes.

Après les persécutions des Templiers par Philippe le Bel, la dissolution de l’Ordre par Clément V et les derniers autodafés ordonnés en France en 1314, nombre de Francs-Maçons, privés de la formation professionnelle templière, créèrent leurs propres écoles où professait Maître Charpentier, ancien commandeur du Temple. Dès lors, les arts libéraux, l’astronomie, la philosophie, la rhétorique et la dialectique et l’administration furent enseignés par des Templiers qui, sans être constructeurs, étaient formés dans l’art d’enseigner les pensées. Ainsi naquirent les premiers Francs-Maçons acceptés, anciens Chevaliers du Temple (2).

Cette nouvelle formation professionnelle aboutit à ce que l’on appelle le XVe frisé. Un des modèles du genre est l’église Saint-Merri à Paris (rue de la Verrerie, à l’angle dé la rue Saint-Martin), commencée en 1520 sous François Ier , terminée en 1612 sous Louis XIII. Il est curieux d’y retrouver – deux siècles après la disparition de l’Ordre – les règles templières et cabalistiques. On est frappé de voir sur le porche des statues de saints représentés par des principes destinés à mettre en évidence des allégories ésotériques, bases des principes gnostiques du XIIe siècle, de retrouver aussi bien: les quatre éléments, la Cabale et les nombres 3, 4, 5.

Saint-Merri est une des dernières églises du type des cathédrales. Ici, toute la science hermétique, dissimulée au XIIe siècle, franchissant le voile de l’ésotérisme, a la transparence du symbolisme élémentaire.

En effet, à la porte sortant de la clé de voûte ogivale centrale, l’Androgyne, élément mâle et femelle, à seins de femme, au menton barbu et portant les cornes au front, reproduisant l’image de la quinzième lame des tarots, fait l’inverse du signe de l’ésotérisme qui signifie la priorité de la matière sur l’esprit. C’est le baphomet des Templiers et des gnostiques ismaéliens. Lors de la fameuse condamna­tion, l’Inquisition prétendit que les Templiers adoraient une idole et que cette appellation était une déformation du nom de Mahomet.

En réalité, les Templiers, kabalistes comme les Ismaéliens, avaient exprimé sous les trois consonnes hébraïques : beth – alef – mem – signifiant : science – volonté – transformation de l’homme – accompagnées des suffixes qualitatifs : phe (espérance) et heth (équilibre universel), le sens gnostique du Dieu Noir des Manichéens, Maître des lois naturelles terrestres. Ce sens suivant la valeur ésotérique des lettres hébraïques définies ci-dessus, était le suivant : La science au service de la volonté fait espérer une transformation harmonieuse de l’homme étendue à l’univers.

En fait, à l’église Saint-Merri, ces lois naturelles sont ce que l’on pourrait appeler l’esprit de la matière qui correspond à l’élément de terre.

Dans le vitrail éclairant le transept de gauche, domination du jaune, du bleu et du bleu verdâtre, dont la vitrauphanie correspond au signe d’eau.

- Dans le vitrail éclairant le transept de droite, domination du jaune et du rouge, correspondant au signe de feu.

- Dans le Saint des Saints, un Christ portant au-dessus de la tête un cercle avec un triangle inscrit ; à l’intérieur, le tétragramme représentant le signe d’air.

- Quant à la voûte de la croisée du transept, elle dessine un octogone ; le pendentif avec ses deux renflements fait apparaître les nombres 9 et 10.

Ce cercle kabaliste avec l’arbre  » séphirotique  » est d’ailleurs reporté sur les modénatures en pierre (découpes de pierre formant des corniches ou colonnettes) portant les vitraux de la grande rosace ainsi que sur celles qui portent les vitraux du transept droit et gauche.

Dans les chapelles rayonnantes arrière, celle du centre est réservée à Marie. Au fond, un vitrail met en exergue la lettre romaine M (treizième lettre de l’alphabet) et la lettre hébraïque meme (également la treizième de l’alphabet) qui est l’attribut de la transformation engendrée par la Mère Nature.

Dans une chapelle de gauche, l’annonce faite à Marie ‘représente Dieu le Père dans un triangle, Dieu le Fils, le Christ, dans un carré, Dieu Esprit universel, Saint-Esprit, dans un pentagone.

L’ensemble symbolise et affirme le principe du ternaire des catholiques et des gnostiques.

D’une façon générale, toutes ces dispositions concernent les églises gothiques ogivales ou flamboyantes.

L’élément de terre, défini par le baphomet, a été souvent remplacé par d’autres figures. La disposition des éléments de terre se trouvait à l’extérieur. Les éléments d’eau étaient placés dans le transept de gauche, ceux du feu dans le transept de droite. L’élément d’air a été presque toujours précisé par le tétragramme soit en clef de voûte du Sanctum Sanctorum, soit au milieu d’une voûte bleue étoilée.

Il est également à rappeler que les couleurs de base employées pour chacun des éléments font partie du symbolisme chromatique qui remonte à la nuit des temps. Ces couleurs furent codifiées par Grégoire le Grand, qui avait été moine bénédictin avant de devenir pape.

Il est intéressant de constater que l’emploi du nombre directeur, abandonné pendant les grandes invasions des Ve au VIII’ siècles, a été , repris dans les cathédrales gothiques sous l’influence des Templiers qui le ramenèrent d’Orient.

Cet emploi du nombre en architecture remonterait, d’après Viollet-le-Duc, aux Egyptiens, à la période du roi Chéops (vers 2600 av. J.-C.) ; cela plus particulièrement en ce qui concerne le triangle équilatéral et les nombres 3, 4 et 5.

(1) Les Hospitaliers ne reçurent leur charte qu’en 1137.

(2) Tous les francs-métiers, y compris la maçonnerie opérative, furent dissous par Louis XIV, en 1690, peu de temps après la révocation de l’Edit de Nantes. C’est à cette époque que le compagnonnage succéda à la franc-­maçonnerie opérative.

 

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