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Hiram derrière les barbelés 26 mai, 2016

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Hiram derrière les barbelés

14/07/2015

 

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Le présent article ne porte que sur les réunions maçonniques (de diverse nature)  organisées (souvent de manière précaire) dans des camps de prisonniers de guerre, par des militaires (et parfois des civils) le plus souvent anglo-saxons  [1]

Le gigantisme, la durée et la violence du second conflit mondial engendrèrent un nombre important de prisonniers. Dans un premier temps, durant les victoires de l’Axe, les pays les plus affectés étaient des nations plus ou moins maçonnisées : 1 845 000 prisonniers pour la France, 675 000 pour la Pologne, 200 000 pour la Grande-Bretagne et 130 000 pour les Etats-Unis. Ils étaient emprisonnés dans des stalags (soldats et sous-officiers) ou des oflags (officiers), les marins dans des marlags, les aviateurs dans des luftlags. Un grand nombre de prisonniers de guerre était regroupé en kommandos de travail aux conditions de vie très variées. Avec le renversement militaire du conflit à compter de 1942/43, la nationalité des prisonniers se modifia. Entre 1943/1946, 10 000 000 de militaires allemands furent internés durant un temps plus ou moins long. En 1946/48, les Etats-Unis détenaient encore 425 000 prisonniers, les Britanniques 400 000, les Français, 1 065 000 et les Soviétiques peut-être 3 000 000 ? Parmi les prisonniers notamment anglo-saxons, en Allemagne ou dans les territoires occupés par le Reich, plusieurs dizaines étaient des maçons. Autant qu’il soit possible d’être exhaustif, il semblerait que des loges anglo-saxonnes maçonnèrent dans quatorze camps dans le Grand Reich[2].

Ainsi à Mährisch Trübau, dans l’ex-Tchécoslovaquie annexée, dans l’oflag VIII-F, nouveau camp construit en juillet 1942, une quarantaine de maçons anglo-saxons, transférés d’un camp italien, à partir de 1944, tint loge, un peu à l’aveuglette d’abord, sous la direction du frère Cliff Downing, un des rares (sinon le seul) Past Master du camp. Au début, les activités consistaient à ouvrir et à fermer les travaux, par cœur. L’aumônier principal du camp, membre de l’Ordre, prêtait la chapelle anglicane à ses frères au prétexte d’assister à des causeries théologiques. Ensuite les travaux se déroulaient dans une pièce isolée d’un baraquement-annexe. Pour y accéder, on devait traverser une autre pièce affectée aux prisonniers indiens qui y préparaient leurs fêtes religieuses et leurs représentations théâtrales. Les procès-verbaux de toutes les réunions furent ramenés à Londres après la guerre, mais les conditions matérielles, la calligraphie hésitante et le manque de culture maçonnique des secrétaires rendirent difficiles leurs déchiffrements et leurs transcriptions après la guerre. En mai 1944, tout le camp fut transféré à l’Oflag 79, près de Brunswick/Braunschweig (actuel land de Basse-Saxe). Ledit camp était situé entre un aérodrome de la Luftwaffe et une usine de moteurs d’avions. En 1942, une loge s’y constitua. A des moments différents, environ 70 frères officiers britanniques, canadiens, sud-africains, australiens, néo-zélandais et nord-américains y participèrent. Les « fondateurs » s’étaient reconnus comme tels dans les caves du camp, qui servaient d’abri anti-aérien. L’atelier fabriquait des outils et du matériel miniatures pour les tenues à partir de matériaux divers récupérés et recyclés. La difficulté résidait dans la fabrication des tabliers mais chaque participant essayait, dans la mesure de ses moyens, d’avoir une tenue vestimentaire correcte. On instaura deux offices de couvreur extérieur. Pour ne pas éveiller les soupçons des gardes, ils répétaient partout dans le camp des jurons qui devaient servir d’alarme. Habitués à cette formule, les cerbères n’étaient pas étonnés de les entendre s’ils arrivaient inopinément vers le lieu de réunion. Les décors escamotés, les participants se transformaient alors en auditeur d’une conférence sur un sujet connu à l’avance par tous. Les raids aériens durant les années 1944/45 rendirent la régularité des réunions impossible. La dernière se tint le 10 Avril 1945.

L’Oflag VII-D était un offizierlager ouvert dans le château de Tittmoning (Bavière), ancienne résidence des princes-archevêques de Salzbourg, mais de février 1941 jusqu’en février 1942 il servit également de lieu d’internement pour les îliens anglo-normands. Dans la cour se trouvait une auge en marbre avec un bas-relief portant des signes maçonniques. Autour d’elle se reconnurent pour tels trois maçons lesquels cherchèrent dans l’oflag d’autres frères. Ils se retrouvèrent ensuite une vingtaine dont deux Past Masters et deux chapelains autour de Sidney Brown, lieutenant-colonel (1946) et Haut Sheriff de Leicester (1950/1) et futur grand secrétaire provincial du Leicestershire. En septembre 1942, tout le camp avait été déplacé à Eichstätt (Bavière), dans l’oflag VII B où les activités maçonniques se poursuivirent. La « loge » se réunissait d’abord dans le « cabinet » du dentiste néo-zélandais Greenslade, membre de l’Otago Lodge n° 7, sise à Dunedin. Jusqu’en 1945, le recrutement fut très actif au point que les animateurs décidèrent de créer quatre loges, deux de constitution anglaise, une écossaise et une australienne. Il y avait une réunion mensuelle, sauf les mois d’été. A compter du débarquement de juin 1944, les transferts perturbèrent totalement la vie maçonnique. Lorsque les alliés traversèrent le Rhin en mars 1945, quarante-trois frères envoyèrent une lettre au grand maître de la Grande loge Unie d’Angleterre :

« Greetings to the MW the Grand Master of the United Grand Lodge of England from the undersigned on their return from captivity in Oflag VIIB, Eichstatt, Bavaria who, while in Germany, have endeavored to make a daily advancement in masonic knowledge».

Le courrier arriva quelques mois plus tard, la guerre finie.

La vie maçonnique dans les stalags fut plus compliquée parce que le quotidien y était plus dur que dans les camps d’officiers. Ainsi dans le stalag 18A. Situé au sud de Wolfsburg, en Carinthie (actuelle Autriche), ouvert le 19 octobre 1939, d’abord réservé aux officiers polonais, puis aux prisonniers belges et français, il recevra à partir de juillet 1941 des militaires britanniques et du Commonwealth capturés lors des combats de Grèce. Au début de 1942, des frères commencèrent à se réunir informellement avec comme premier objectif de constituer un fond de cigarette destiné à soudoyer un garde qui fermerait les yeux lors de leur réunion. Ils « élirent » également un « délégué » pour l’Angleterre, l’Australie, l’Ecosse et la Nouvelle Zélande destinés à recenser et rechercher tous les maçons présents dans le camp. Un médecin canadien Past Master accepta de les recevoir dans le dispensaire médical, mais devant le risque d’être pris et de priver le camp d’un praticien, il ne renouvela pas son offre. A la fin de 1942, la majorité des prisonniers fut transférée dans le stalag 383, à Hohenfels (Bavière). Au début 1943, les frères commencèrent à se réunir dans le cellier d’une ancienne écurie, qui avait servi de local aux scouts de la ville. Comme la présence d’un couvreur extérieur était trop voyante, on se contentait de bloquer la porte avec une chaise. Curieusement, sans que personne ne puisse donner une explication probante, la Bible était toujours ouverte au livre de Ruth. Les tenues étaient principalement consacrées à la répétition du rituel au 1er degré car l’atelier ne comptait qu’un Past Master et aux réceptions. Parfois, on entendait des conférences comme celle sur la vie de Mozart présenté par un frère hongrois. Deux hospitaliers étaient chargés de récolter et de répartir les cigarettes, le thé, le sucre et le lait, notamment avec les malades. Quand cela était possible, la tenue était suivie d’« agapes » où l’on partageait du pain et où l’on buvait du thé dans un récipient que chacun emmenait avec soi. Lorsque le camp fut libéré, la loge comptait 82 membres dont 29 Ecossais, 24 Australiens et 23 Anglais, répartis entre douze obédiences. Les minutes des tenues sont présentement conservées à la bibliothèque maçonnique de Londres. Un autre frère prisonnier dans le stalag 383 rapportait qu’une autre « loge » maçonnique camouflée sous un cercle d’échecs aurait fonctionné dans le camp. Vu les précautions prises par les membres pour se dissimuler aux gardiens, il est fort probable que les deux groupes aient pu s’ignorer. A l’été 1940, à Berlin-Lichtervelde, le stalag III-D compta jusqu’à 50 000 prisonniers en partie internés dans divers sous-camps. En 1943, une éphémère loge « internationale » aurait procédé à une réception. Dans l’oflag X-D, à Fischbeck (Saxe-Anhalt), établi en mai 1941, des officiers belges dont l’avocat Jean Rey (1902-1983), futur président de la commission européenne (1967/70), fondèrent la loge L’Obstinée, intégrée officiellement au GOdB en juillet 1946 sous le n° 29 ter à la date de 1943.

L’oflag VI-A, situé à Soest, en Westphalie, reçut jusqu’à 2000 officiers français dont une quarantaine de prêtres (aumôniers). Certains d’entre eux créèrent et décorèrent une chapelle catholique qui existe toujours. En 1943, une « exposition » de quinze modèles réduits de train réalisés « avec les moyens du bord » fut présentée dans la caserne Adam. Selon deux témoignages[3], il se tint loge dans le camp (sous quelle forme ? Quand ? ). Dans le vaste camp militaire d’Allentsteig, autour d’Edelbach (Autriche), fut créé, à l’été 1940, l’oflag XVV-A. Il reçut principalement des officiers français (6 000 environ). Il était gardé par des vétérans autrichiens. Cette détention moins draconienne explique sans doute que le camp détient le record de tentative d’évasion collective (132 évadés, 125 repris, 2 tués). La forte présence d’intellectuels, d’enseignants et de professions libérales permit la formation d’une « Université Oflag XVII-A » organisant des cours et des conférences sur des sujets divers et variés. Le camp comptait également au moins six troupes de théâtre d’amateurs. Dans la baraque 9 fut installée une chapelle catholique. Le camp possédait un journal (n °1, 18 janvier 1941) bimensuel, puis mensuel, faute de papier. A partir du printemps 1943, les conditions de vie se détériorèrent de plus en plus. A l’initiative de René Bourgeois (Liberté par le travail, sise Mantes), quelques « réunions » (rencontres ?) maçonniques auxquelles participèrent au total une trentaine de frères se tinrent dans le camp.

Une « structure maçonnique » dite Loge lieutenant-Colonel Machet fonctionna dans divers camps au gré des déplacements des prisonniers[4]. Le groupe se forma dans l’oflag X-B, à Nienburg-sur-Weser (actuel land de Basse-Saxe) où furent internés 3000 officiers français. L’homme-orchestre en fut le lieutenant-colonel Machet qui organisa à la fois des « soirées culturelles » et un réseau d’évasion. Il regroupa divers maçons dont l’ancien député (1936) Max Lejeune (1909-1995), futur ministre (1958/9) et l’avocat belfortain Jacques Lorach. Au printemps 1941, pour casser les activités diverses de résistance dans le camp, plusieurs officiers furent déplacés dans l’oflag IV-C, dans le château de Colditz (Saxe). A cette date, la forteresse comptait entre autres 250 français, 200 Polonais, 68 Néerlandais, 50 britanniques, deux dizaines de Belges et 2 Yougoslaves. La présence de « personnalités » (Robert Blum (1902-1975), fils de Léon, le dominicain Yves Congar (1904-1995), futur cardinal (1994), le comte belge Raoul de Liedekerke (1882-1982) ou le baron Elie de Rothschild (1917-2007) rendait la vie moins difficile. D’avril 1941 à octobre 1942, une trentaine d’officiers réussit à s’évader mais la tentative d’évasion de masse par tunnel échoua. Dans ce contexte général, le groupe Machet reprit ses activités avec la participation de frères belges comme Jean Rey déjà cité ou Maurice Destenay (1900-1973), futur bourgmestre de Liège (1963-73). En mai 1942, une centaine d’officiers dudit camp fut déportée à l’oflag X-C de Lübeck (Schleswig-Holstein) où étaient regroupés les Deutsch Feindlich Gesinnte Offiziere (officiers supposés hostiles au Reich) et des officiers français juifs. Le groupe Machet y tint loge, malgré le départ vers l’Orient éternel de son héros éponyme. L’hiver 1944/45 fut très difficile. Le camp fut libéré le 2 mai 1945 par la 2e armée britannique. 4000 officiers environ furent délivrés. Alors que les barbelés étaient abattus, 28 frères belges et français formèrent une ultime chaîne d’union. En 1946, la GLdF régularisa la loge Lieutenant-colonel Machet mais à cause de la dispersion de ses membres, elle ne fut jamais installée. Deux « loges » (ou des rencontres maçonniques) d’officiers britanniques se tinrent également en Italie, dans les campi PG 21, de Chieti (Abruzzes) (les frères se retrouveront dans l’oflag VIII-F cité ci-dessus) et PG 29, de Viano (Emilie-Romagne).

L’Extrême-Orient envahi par les Japonais connut également quelques loges de maçons prisonniers. L’occupation par les armées impériales japonaises de la concession internationale de Shanghai (8 décembre 1941) et de la colonie britannique de Hong Kong (25 décembre après 18 jours de combat) provoqua la création de divers camps de prisonniers civils ou militaires en Chine continentale sous occupation japonaise. Dans l’île de Hong Kong furent établis le Stanley internment Camp (pour les civils) et le camp pour militaires dans la caserne Sham Shuipo. Dans le premier, il se tint une « loge d’instruction » (une seule réunion ?), au premier semestre 1942. Dans le second, quatre tenues furent organisées, les 1er décembre 1942 (28 présents), 7 décembre 1943, au printemps 1944, en plein air et le 5 décembre suivant (cinq présents). Successivement, en décembre 1941/janvier 1942, le protectorat britannique de Malaisie, et en février 1942, la colonie de la Couronne, Singapour, furent occupés par les troupes nippones. 50 000 militaires anglo-saxons furent internés dans les Selarang Barracks, immense caserne sise à Changi, à l’est de l’île de Singapour. A côté, la prison administrative de Changi Gaol fut transformée en camp d’internement pour 3000 civils britanniques. Baldwyn Lowick, Deputy District Grand Master de l’Eastern Archipelago (Grande loge Unie d’Angleterre) tenta d’y maintenir une vie maçonnique conforme. Il délivra à 42 reprises des dispenses de nature diverse (absence de décors et de matériel principalement) pour permettre aux réunions de se tenir. Seul un atelier la Lodge St George n° 1152, sise à Singapour, put se réunir assez régulièrement en utilisant quatre groupes de six « tuileurs » qui « tournaient » autour du dispensaire retenu comme lieu de réunion pour détecter toute arrivée des geôliers japonais. Les tenues cessèrent lorsque la Kenpeita, police militaire surnommée la Gestapo japonaise, prit en charge le camp. Les prisonniers furent transférés à Sime Road, ancien quartier général de l’armée britannique transformé en camp d’internement. Le nombre d’internés (5000), la disposition du camp divisé en petits baraquements et la surveillance tatillonne japonaise rendirent difficile les rassemblements. Néanmoins, une loge d’instruction se tint chaque mardi. Des réunions de groupes d’études et quelques tenues furent organisées. Des certificats furent délivrés. Même dans ce contexte de méfiance, une « Grande Loge de district » chargée de déterminer la politique maçonnique put se tenir.

Dans le camp d’internement pour militaires de Changi, un premier rassemblement présidé par H.W. Wylie, Past Grand Deacon de la Grande Loge Unie d’Angleterre, réunit 45 maçons. Le groupe sollicita l’accord du commandant britannique du camp, le lieutenant général Arthur Ernest Perceval (1887-1966), pour se réunir. Sans réponse des autorités japonaises, il prit sur lui de donner son accord. Des réunions assez régulières animées en autres par des frères militaires de la Lodge St George n° 1152, se tinrent dans la chapelle anglicane jusqu’au départ d’une grande partie des prisonniers sur le chantier de la ligne Siam/Birmanie surnommée la Voie ferrée de la mort. A compter de décembre 1942, une War Masonic Association prit le relai. Elle fut formée à l’initiative de maçons australiens et britanniques. Ses réunions se commuèrent en tenue. Aussi ladite association se transforma en loge, sous les auspices de l’United Grand Lodge of Victoria (Australie). La première tenue rassembla 47 frères de onze obédiences différentes. La loge tint 21 réunions. Ses effectifs atteignirent 149/169 membres, puis déclinèrent. A partir de 1944, la vie devint très difficile dans le camp. La loge se réunit pour la dernière fois le 4 mai 1944. Le process-verbal précise: « There being no further business, the closing Prayer was given and the Lodge closed. The brethren departing in Harmony at 6pm-being sorrowful at the thought that they had, perhaps, attended the last Regular Meeting of the Association; yet mindful of the blessing of the Grand Architect of the Universe Who had allowed us to have, during this period of stress, strain and anxiety, so many happy evenings together, reviving the Spirit of the Craft, and sharing mutually in the benefits and joys of its message”. Dans le camp, il semblerait qu’il y eut diverses “tenues sauvages” en marge des deux associations suscitées.

Dans le River Valley Road Camp, un club de 25 frères (14 Anglais, 5 Australiens, 5 Irlandais et 1 Ecossais) tint des réunions dans ce double centre de prisonniers de guerre, où les conditions de vie étaient moins dures qu’à Changi. Malheureusement, la majorité des membres périra plus tard dans la construction du chemin de fer Birmanie/Siam. Sur ledit chantier des rencontres informelles se déroulèrent entre frères qui s’étaient reconnus comme tels. A Ban Tamung, le jour de l’an 1945, il était une soixantaine pour partager des gâteaux de riz et du café et porter un toast à l’Ordre. Le 22 août, une semaine après l’annonce de la capitulation du Japon par l’empereur, à Nekom Chai, une tenue regroupa une cinquantaine de frères, en haillons et guenilles, le procès-verbal précisant que seul le « Volume de la Loi Sacrée » était in good standing. L’île de Sumatra (Indes néerlandaises) fut prise par les Japonais en février-mars 1942. Au large, à Muntok, dans l’île de Bangka, 2000 civils furent internés dans le camp NEI-101 « double » femmes et hommes. Dans ce dernier, des maçons se reconnurent pour tels. Une liste de 57 frères fut établie, mais vu les conditions d’internement, aucune réunion ne se tint si ce ne fut quelques rencontres informelles d’échanges. A l’arrivée des troupes alliées, à l’automne 1945, seuls 16 des 57 « inscrits » étaient encore en vie[5].

Cette vie carcérale déjà difficile, aléatoire, voire dangereuse fut encore bien plus pire dans les prisons pour politiques et déportés et dans les camps de concentration ou d’extermination…

[1] De très nombreux renseignements in Grant Hamilton Charles, Freemasonry, A prisoner of War, in the New Age Magazine, organe officiel du Supreme Conseil de la Juridiction Sud, Washington, de novembre 1948 à octobre 1949, article en douze parties (Espagne I, Pays-Bas II, Belgique III, Norvège IV, France V, Tchécoslovaquie VI, Danemark VII, Pologne VIII, Autriche IX, Italie X, Allemagne XI & XII).

[2] Cf. Hewitt A. R., Masonic activities of prisoners of war craftsmen in captivity, Londres, Ars Quatuor Coronatum, vol. LXXVII, 1964, pp. 79-105.

http://www.waterloodistrictmasons.com/2011/04/27/wwii-stalag-masons/

[3] D’après Faucher Jean-Claude, Histoire de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes dans le département de la Vienne, Poitiers, Brissaud, 1982.

[4] Cf. Combes André, La franc-maçonnerie sous l’occupation,  Paris/monaco, Edition du Rocher, 2001, p. 327-8, d’après les notes André Lévy-Lecornué, BGL, Paris.

[5] Cf. Hasselhuhn J.E.T., Notes on Brethren interned in Sumatra, The Pentagram, The Official Gazette of the. District Grand Lodge of the Eastern Archipelago, Singapour, 1958, vol. 43, pp. 88:89.

 

Source : le Blog de  YVES HIVERT MESSECA                                                      

https://yveshivertmesseca.wordpress.com/presentation/version-francaise/

Hommage à Gérard Kloppel 15 mai, 2013

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Hommage à Gérard Kloppel

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Gérard Kloppel est né un 5 mars 1940 à Puteaux, près de Paris, sous le signe du « poisson », dans l’année du « dragon », il est décédé le 5 octobre 2008 à Chateaurenard (Bouches du Rhône).

On connait très peu de détails sur ses origines sociales : il a fait des études d’ingénieur pour ensuite se tourner vers la psychanalyse.

Gérard, tout comme moi, a découvert le monde merveilleux de l’ésotérisme durant son enfance.
A 14 ans il lisait déjà tout ce qu’il pouvait trouver sur le sujet, tout comme moi, et grand admirateur de Robert Ambelain il eu la chance de le rencontrer très jeune.
Ambelain aimait le côté sérieux, studieux et réservé de Gérard, néanmoins ce dernier sera initié à la Grande Loge de France (GLDF), au REAA, dans les années soixante et il y demeurera jusqu’au grade de Compagnon, pour aller ensuite rejoindre l’obédience d’Ambelain.

Ce fut le début d’une « carrière » maçonnique des plus mouvementée et complexe, parsemée d’embûches de toutes sortes.

(Notez bien : je tiens à préciser que je n’écrirai pas au sujet de toutes les mésaventures auxquelles Gérard a du faire face, pour la simple et bonne raison que je ne possède pas de preuve, que je n’étais pas présente au moment des faits, et que tout ce qui a trait aux rumeurs, potins et querelles me laisse indifférente).

Ceci dit, c’est l’être humain qui m’intéresse. Que l’on apprécie ou non l’œuvre de Gérard, il n’en reste pas moins un frère, un être humain, un franc-maçon.
Voici ici une petite mise en situation, prenons l’exemple ici d’une mère dont le fils a mal tourné et fini par se retrouver en prison ; peut-on blâmer la mère ?, a-t-elle tous les tords, toutes les responsabilités ? Bonne question ??? C’est la même chose pour un Grand Maître d’obédience.

Connaissant un peu Gérard pour avoir communiqué avec lui par mail à l’époque où il dirigeait son site web, je peux confirmer qu’il était un être assez timide, mais aussi très facile d’approche, peut être trop.

Le but de cet article est d’honorer la mémoire d’un frère qui a été mal compris et mal aimé par ses pairs, dans cette société impitoyable où l’individu est réduit à un numéro, un matricule, où l’être humain est considéré comme une machine à produire et où les erreurs et les faiblesses ne sont plus tolérées ; cette société où tout va très vite et où on a plus le temps d’observer les gens, de les écouter et de les aider ; cette société où le pardon et la charité n’existent presque plus … oui, j’ai pensé bon d’honorer Gérard Kloppel et de lui donner ce dont il a droit, un minimum de respect et de dignité.

Mort il n’y a pas même cinq ans, sa tombe abandonnée est un véritable dépotoir, sale, jonchée de détritus de toutes sortes, d’objets qui en principe ne devraient même pas se retrouver sur une tombe : c’est tout simplement incroyable !!!
Selon un frère qui s’est rendu à Chateaurenard déposer des fleurs en mon nom, la tombe de Gérard est la pire du cimetière, elle fait tâche et c’est carrément honteux.
J’entends déjà ceux qui me diront que Gérard avait des ennemis, et bien … des ennemis, tout le monde en a, c’est la vie, mais c’est pas tout le monde qui fini enterré dans un trou comme un chien, qui lui, malgré tout, avait tout donné à la FM et au gens (Gérard était psychanalyste, une carrière où aider et écouter les gens sont les clés de voûte, pour être psychologue on doit aimer son prochain).

Il a fait son possible et il n’était pas Dieu, même 99° degré, il serait bien naïf et stupide d’adorer et de prendre pour Dieu un frère qui possède juste plus de cordons que d’autres ….

Je suis maçonne et martiniste (premier degré), je suis très spiritualiste et je crois au GADLU.

Pour moi, la chaîne d’union, l’égrégore et le respect des maîtres passés sont des choses à prendre au sérieux. Je ne recherche ni honneur, ni gloire, ni même remerciement.
Cette page c’est pour la fraternité, c’est pour la paix de ma conscience et pour soulager une âme qui a peut être besoin de prière et d’amour …

Cette vie est courte et éphémère, nous sommes hélas pas éternel et la grande faucheuse peut venir plus vite que nous le croyons, à nous de préparer ce « futur ». Cette vie terrestre est ni plus ni moins qu’une école, une école où on doit tailler sa pierre, apprendre à se connaître et a faire le bien autour de soi.

Cultiver la haine, la rancune et la violence est tout simplement indigne d’un franc-maçon qui, plus que tout autre individu, doit s’efforcer de donner l’exemple aux profanes, doit s’appliquer à honorer l’ordre auquel il appartient par des comportements droits et sains, en aucun cas un franc-maçon ne doit ternir l’image de la fraternité.

Je tiens avant de terminer à vous rappeler que nous sommes toujours des apprentis et même Gérard Kloppel était toujours apprenti aussi, peu importe son cordon, qui au fait … ne veut pas dire grand-chose …

Intéressons nous aux FF:. et SS:. pour ce qu’ils sont, et non pour leur titre ronflant ou joli cordons.

J’ai dit.

http://masonicgirl33.over-blog.com/

Merci à toi ma S:. Annie MATSUNAMI pour ces mots sincères


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Musique Maçonnique au sein de la Vie de la Loge 27 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , 7 commentaires
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Téléphone (41) 21 323 55 66 – Fax (41) 21 323 67 77 – courriel : gra@freemasonry.ch

 

LA MUSIQUE MAÇONNIQUE DANS LA VIE DE LA LOGE
Harald Strebel

Introduction

La notion de musique maçonnique ne saurait se laisser définir de façon simple. Pratiquement tous les compositeurs de musique dite maçonnique étaient membres de l’Ordre. Vers la fin du XVIIIe siècle, plusieurs compositeurs s’identifièrent au mouvement spiritualiste cherchant à libérer l’individu de sa culpabilisante immaturité (Kant), ainsi qu’aux postulats du siècle des Lumières exprimés en termes de tolérance et de philanthropie. Tous n’étaient pas des adeptes de l’Art Royal. A titre d’exemple, nous citerons l’hymne Freude schöner Götterfunken [La joie des belles étincelles divines] extrait de la 9ème symphonie de Ludwig van Beethoven (1770-1827). Les paroles de cet hymne, sont reprises d’une ode de Friederich Schiller, qui avait fortement impressionné Beethoven dès sa parution en 1792, au point qu’en 1823 le compositeur habillait musicalement ce texte exprimant avec emphase l’espérance d’une fraternité humaine universelle. Ces grandes idées humanistes sont également présentes dans les paroles de l’opéra opus 72 Fidelio (1805) ainsi que dans la musique scénique opus 84 (1810) de l’Egmont de Goethe.

De nombreux prétendus chants maçonniques (en allemand Freymaurerlieder, attention à l’orthographe), mentionnés dans plusieurs anthologies des XVIIIème et XIXème siècles, ne sont que des « parodies » de mélodies populaires connues, dues à des compositeurs Maçons et aussi profanes, auxquels on aurait confié des textes maçonniques à mettre en musique. En principe, on fait une distinction entre œuvres maçonniques  » originales « , composées par d’authentiques Maçons, et œuvres maçonniques  » adaptées « , dues à la plume de profanes. Au sujet des œuvres dites originales, relevons qu’il s’agit de pièces musicales spécifiquement composées pour des Travaux en Loge (Rituels, festivités, etc.) parfois même de caractère symbolique ; quant à celles dites adaptées, leur essence particulièrement sérieuse fait qu’elles se prêtent aussi bien aux Tenues au Temple qu’à des circonstances de nature moins ésotérique, telles les Loges de table, voire de mondanités.

Origines historiques

Dès l’origine, la musique a joué un rôle important dans la vie et les réunions maçonniques. En 1725 déjà, peu après la fondation de la grande Loge d’Angleterre, il se constitue une société intitulée Philo-Musicae et architecturae Societas Apollinis, présidée par le F\ Francesco Saverio Geminiani (1679-1762), compositeur renommé à l’époque, auquel on attribua le titre de « Dictator et Director of all Musical Performances ». En 1731, on assista à la création à Londres d’une sorte d’opéra maçonnique « The generous Freemason », dû au F… Rufus William Chetwood († 1766). En France, on compte parmi les premiers compositeurs de musique maçonnique, le F\ Jacques Christophe Naudot († 1762) flûtiste et auteur de  » Chansons notées de la très vénérable confrérie des francs-maçons (…)  » et à qui l’on doit encore deux marches (Marche des Francs-Maçons et Marche de la Grande Loge de la Maçonnerie). En 1743, le F\ Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749) compose une cantate intitulée Les Francmaçons. En 1779, l’institution Les concerts de la Loge Olympique voit le jour ; elle organise différents concerts présentant des œuvres d’auteurs maçonniques (entre autres les six symphonies No 82-87 de Joseph Haydn et la cantate Amphion de Luigi Cherubini), mais également des œuvres dues à des non-Maçons. Ces concerts n’étaient toutefois accessibles qu’à des Maçons initiés. Le plus ancien recueil de chants maçonniques d’Allemagne est celui portant le titre de « Freymaurer=Lieder(n) » et dû au F… Ludwig Friedrich Lenz (1717-1780) paru en 1746 à Altenburg. Quant à la pratique musicale des Loges autrichiennes, elle n’est mentionnée – et encore modérément – qu’à partir de 1782, quand bien même la Loge viennoise « Aux trois Canons » avait été fondée en 1742 déjà. En effet, c’est en novembre 1782 que le F\ Joseph Holzmeister (1751-1817), membre de la célèbre Loge « Zur Wahren Eintracht » [La Vraie Concorde], fit à ses Frères une proposition selon laquelle hormis les Apprentis,… tous les Frères doués musicalement ou ceux auxquels la nature a implanté la musique dans la gorge, déclarent que la musique vocale reste la plus belle, la plus naturelle et pénètre le plus intensément les cœurs. Cette initiative rencontre un terrain favorable dans ladite Loge et, en 1783, un F\ visiteur relève : J’étais dans une Loge bornienne1 où, pour favoriser le recueillement, les chants maçonniques étaient accompagnés à l’orgue. Dans les années qui suivirent, la pratique de la musique devint florissante dans les Ateliers viennois et l’entrée en Maçonnerie de Wolfgang Amadé Mozart ainsi que d’autres éminents musiciens n’y fut pas étrangère.

Finalité et Importance de la Musique Maçonnique

À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et Tenues de la Loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhaustifs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la Loge et les sentiments animant les Frères. En 1746 déjà, le F\ L.-F. Lenz relève, entre autres, dans la préface de son recueil de  » Freymaurer=Lieder « , l’importance majeure (du chant) qui permet de diffuser l’esprit d’union des grands rassemblements. La pratique de la musique et du chant en Loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi – dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle – à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :

1 – Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, Loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues. Nous l’appellerons musique de circonstance.
2 – Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent adéquatement aux travaux en Loge.
3 – Œuvres originales » d’une haute inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik [Musique funèbre maçonnique] de Mozart, KV2 479a=477

La Musique en Loge et les « Colonnes d’Harmonie »

On fera appel à la musique lors des travaux en Loge et au cours du déroulement du rituel, c’est-à-dire lors de l’entrée et de la sortie des Frères du Temple, durant les brèves poses prévues par le rituel ainsi que pour accompagner certaines déambulations (p. ex. durant les voyages symboliques au passage des trois grades). À l’époque de Mozart, dans les Loges viennoises et pragoises, les Frères entonnaient des chants à l’ouverture et à la clôture des travaux, parmi lesquels ceux rehaussant la Chaîne d’Union connaissaient une vogue particulière. L’accompagnement instrumental des Chœurs et soli utilisait le piano ou l’orgue dans les Loges germaniques et anglo-saxonnes et cela dès la seconde moitié du XVIIIe siècle ; en France, on avait souvent recours à l’harmonium.

En ce qui concerne la musique instrumentale, on ne saurait parler d’instruments ou d’ensembles « typiquement maçonniques ». Bien que l’on ait tenté de tout temps de justifier la colonne « Beauté » par un apport musical de niveau élevé, certaines Loges ne pouvaient guère compter sur des  » Frères musiciens « , voire d’amateurs éclairés, alors que d’autres n’en manquaient pas. Si aujourd’hui le cor de Basset (de la famille des clarinettes) garde toujours et encore une prédilection comme « instrument typique des Loges », cela ne vaut que pour celles de Vienne où cet instrument a joué un rôle prépondérant dans l’œuvre de Mozart ; d’un autre côté, certains interprètes du cor de basset, très en faveur à l’époque, étaient également membres des Loges. On peut faire le même constat dans les Loges françaises où les « colonnes d’harmonie » tenaient lieu d’institutions pratiquement incontournables. Celles-ci qui avaient compté des effectifs importants dans les Loges militaires se composaient de quelques clarinettes, cors et bassons, dont seules de rares Loges parisiennes, parmi lesquelles les célèbres « Les Neuf Sœurs » et « Les Amis Réunis », pouvaient se prévaloir du fait de la présence parmi leurs membres de Frères mélomanes. Cependant, à partir du milieu du XIXe siècle, ces formations disparurent pratiquement des Temples. La raison qu’aujourd’hui, il ne se publie pratiquement plus d’œuvres maçonniques pour ensembles instrumentaux, s’explique par le fait que rares sont les Loges comptant dans leurs rangs d’authentiques interprètes, condition sine qua non pour une création d’une certaine envergure. Les Loges viennoises du temps de Mozart restent une exception en ce sens que de nombreux musiciens étaient entrés en Maçonnerie pour ainsi dire dans le sillage du maître réputé ; cela n’était pas seulement dû à l’originalité des compositions maçonniques de Mozart, mais surtout à la présence de nombreux interprètes de plusieurs instruments dans un cénacle relativement restreint.

Essence et Symbolisme de la Musique Maçonnique

Il est pratiquement impossible de définir les caractéristiques essentielles d’une musique appropriée aux activités de la Loge, exception faite de ce qu’elle doit impérativement être à même d’engendrer chez les adeptes un comportement digne durant les Tenues et une gaîté sereine lors des Loges de table. Les quelques compositions originales connues (des chants dans la plupart des cas) sont généralement des mélodies d’une facture sans apprêt, aisément accessibles afin de faciliter l’intégration de tous les Frères dans la  » chorale « . Quelques compositions laissent entrevoir une tentative d’intégrer certaines dispositions spirituelles ou encore une certaine symbolique dans le phrasé musical en jouant sur ces paramètres que sont rythme, harmonie, symbolique des nombres, ou mélodie ; ces tentatives, toutefois, ne sauraient être spécifiquement perçues dans les œuvres antérieures à celles de Mozart.

Ce n’est qu’avec une extrême prudence à l’égard de toute recherche d’interprétation herméneutique que l’on pourrait supputer une intention symbolique dans l’ouvrage datant de 1782, « Vierzig Freymäurerlieder » [Quarante chants maçonniques], dû au maître de chapelle de la cour de Dresde, le F\ Johann Gottlieb Naumann, ouvrage sous-titré Zum Gebrauch der teutschen auch fr(an)z (ösischen) Tafellogen [A l’usage des Loges de table tudesques et également fr(an)ç(aises)].

Dans le chant Beym Eintritt in die Loge [Entrée en Loge], première transcription ci-après, on reconnaît le rythme de l’anapeste propre à la batterie de l’Apprenti (qui, à l’époque dans les loges germanophones, était identique aux 1er et 2ème Degrés3) ainsi qu’aux coups de maillet du M… en Chaire et des deux Surveillants.

Dans son chant Die Kette [La Chaîne d’Union], Naumann semble avoir voulu mettre en évidence l’aspect sémantique de la poignée de main fraternelle :

Vouloir attribuer au nombre « Trois » si important en Maçonnerie une présence ou même une référence dans une oeuvre musicale maçonnique reste très problématique ; en effet, ce nombre fait partie du patrimoine général de la musique : tonalités à trois signes d’altération, triolets, tierces, rythmes à trois temps, thèmes ternaires, phrasés musicaux sur trois notes, etc. On peut présumer avec davantage de vraisemblance d’une intention d’expression symbolique dans certaines œuvres de Mozart, bien que toute interprétation dans ce sens reste du domaine de la conjecture. Une systématique et une typologie des symboles maçonniques, communiquées à l’aide de figures musicales et rhétoriques, ne saurait être scientifiquement démontrée, surtout en l’absence d’un texte lié à la dite musique

Œuvre et Compositions Maçonniques

Bien qu’un grand nombre de musiciens aient été Maçons, très peu d’entre eux – Mozart excepté – ont écrit des œuvres plus ou moins importantes pour la Loge. À titre d’exemple citons-en quelques-unes, tombées dans l’oubli, voire perdues définitivement, dues à des compositeurs Francs-Maçons : Johann Holzer (Im Namen der Armen [Au nom des pauvres], Gesellenreise [Voyage des Compagnons], Vienne, 1784) ; Leopold Kozeluch (Chant : Hört Maurer, auf der Weisheit Lehren [Ecoutez, Maçons les enseignements de la Sagesse], Vienne, vers 1782) ; Johann Gottlieb Naumann (Vierzig Freymäurer-Lieder [Quarante chants maçonniques], Berlin, 1782, ainsi qu’un opéra d’inspiration maçonnique Osiris, Dresde, 1781) ; Paul Wranitzky (divers chants maçonniques, entre autres Bei der Almosensammlung [Lors de la collecte des offrandes], Vienne, 1785) dont on a perdu toute trace ; François Giroust (Le Déluge, Paris, 1784) ; Anton Liste (Cantate : Singt mit frohen Feyertönen, Brüder diesen Weihgesang [Frères, entonnez d’une voix joyeuse les notes de ce cantique solennel], opus 5, Zurich, 1811, 12 Maurergesänge [12 chants maçonniques] opus 9, Zurich, même année) ; Louis Spohr (Chant maçonnique : An die geliebten besuchenden Brüder [A nos bien-aimés Frères Visiteurs], Francfort, 1818) ; Albert Lortzing (Cantate pour le centenaire de la Loge « Minerva zu den drei Palmen » [Minerve aux trois Palmiers], Leipzig, 1841, ainsi que divers chants de Loge) ; Henry-Joseph Taskin, auteur de nombreuses compositions pour toutes les solennités maçonniques, telles que Chants pour l’Initiation, cantates, marches solennelles, œuvres funèbres, dont un Cantique maçonnique composé pour la fête de la St-Jean, pour chœur harpe et piano (Paris, 1817), Deuxième Pompe funèbre à la mémoire de FF … (1834). Marche funèbre et Marche religieuse (1814) ; Henry Casadesus (Pièces initiatiques, Paris, vers 1820) ; Armin Schibler (Aufnahmegesang [Chant pour une Initiation], Zurich, 1958 et Gesang für eine Gesellenfeier [Chant pour une festivité compagnonnique], Zurich, 1961). Les musiques rituelles les plus importantes du XXème siècle nous ont été léguées par le Finlandais Jean Sibelius avec une œuvre achevée en 1927 ayant pour titre Musique religieuse, opus 113, devenue célèbre sous l’appellation Masonic Ritual Music, ainsi que par les compositeurs hollandais Willem Pijper, auteur de Six Adagios, parus en 1940 à Rotterdam, et Adolf Beeneken (1894-1975) qui signa en 1970, sous le pseudonyme Marc Rolland, la Pyrmonter Ritualmusik, œuvre musicale qui – comme chez Sibelius – couvre l’ensemble des rituels maçonniques. Le fait qu’il n’existe que peu d’œuvres originales dues à la plume de compositeurs Francs-Maçons serait imputable au fait que de nombreuses pièces instrumentales  » profanes  » (essentiellement pour piano et orgue) se prêtaient fort bien aux cérémonies solennelles dans le Temple ; d’un autre côté, il était rare que chaque Loge disposât occasionnellement ou temporairement d’une formation instrumentale  » cohérente  » pour laquelle il eût été loisible de composer une œuvre spécifique.

Les Œuvres Maçonniques dues à Wolfgang Amadé Mozart

Wolfgang Amadé Mozart fut initié à la Loge « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance] le 14 décembre 1784, date postérieure à celle où l’empereur Joseph II promulgua l’Edit de stricte limitation des « patentes de Loges ». En janvier 1786, devenu membre d’une fusion de Loges qui prit le titre distinctif de « Zur Neugekrönten Hoffnung » [La Nouvelle Espérance Couronnée], il composa les plus importantes œuvres maçonniques des genres les plus divers : œuvres purement instrumentales, chants, cantates. Celles-ci se subdivisent en compositions dites rituelles ou destinées aux Tenues, pièces musicales pour solennités ainsi que des morceaux que l’on peut qualifier de traditionnels ou de circonstance. Le style de la musique maçonnique de Mozart a été de tout temps défini comme « humaniste » ; c’est un style qui s’exprime par une vibrante mélodie de forme cyclique généralement diatonique marquée, çà et là, de vastes lignes au rythme uniforme souvent retardé. Si ce mode d’écriture, qui se présente déjà dans l’œuvre König Thamos, KV 336a=345 (qui passe pour être pré-maçonnique), ainsi que dans plusieurs œuvres profanes antérieures à la Flûte enchantée et que l’on retrouve également jusque dans le Kaiserhymne de Haydn et même dans l’Hymne à la joie de Beethoven, il devient plus patent dans les compositions maçonniques de Mozart.

Œuvres destinées aux Travaux Rituels

La série des œuvres « rituelles » de Mozart débute par le chant pour voix masculine et piano « Die Gesellenreise », KV 468 [Le voyage des Compagnons], œuvre achevée le 26 mars 1785 et composée pour l’accession au deuxième grade de son père, le 16 avril suivant. Relevons que cette cérémonie ne se déroula pas dans la Loge de Leopold, « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance], mais dans une Loge-sœur  » Zur Wahren Eintracht  » [La Vraie Concorde]. Les paroles, dues à la plume du F\ Joseph Franz Ratschky (1757-1810), engagent les Compagnons à cheminer fermement sur le chemin de la Sagesse.

L’œuvre maçonnique la plus importante de Mozart reste la Maurerische Trauermusik [Musique funèbre maçonnique] KV 479a=477, composée vers le 10 novembre 1785 à Vienne bey dem Todfalle der BrBr [à l’occasion du décès des FF\] (Georg August Herzog [Duc] von) Mecklenburg (-Streilitz k.k. Generalmayor) und (Franz) Estherazy (de Galantha, chancelier à la Cour de Hongrie-Transylvanie), ainsi que Mozart l’a noté dans le propre catalogue de ses œuvres. Les premières exécutions de cette œuvre eurent lieu les 17 novembre et 7 décembre 1785, lors des Tenues funèbres4 (au 3ème Degré) des Loges « Zur gekrönten Hoffnung » [L’espérance Couronnée] et « Zu den drei Adlern »[Les trois Aigles]. On peut relever une certaine parenté de style musical avec certains passages de « La Flûte enchantée », évoqué en particulier dans le « Cantus firmus », au moment de l’interlude choral parlé de la scène « harnachée », où il est fait état « des Todes Schrecken » [la terreur de la mort] et que l’on retrouve dans la Maurerische Trauermusik, plus particulièrement dans le choral grégorien Incipit Lamentatio Jeremia. Les tonalités partent du do-mineur (particularité du thème de la mort chez Mozart), passent par mi-bémol majeur pour aboutir à l’accord en do-majeur, tonalité propre à symboliser le passage des ténèbres à la lumière. La concrétisation musicale des lamentations funèbres comporte chez Mozart une unité dialectale de la mort et de la consolation perceptible sans aucune équivoque.

Les deux autres œuvres, sans prétention symbolique excessive, que sont les chants pour ténor soliste, chœur masculin avec accompagnement au piano ou à l’orgue Zerfliesst heut’, geliebte Brüder [Confluez (fusionnez) en ce jour, bien-aimés Frères], KV 483, et Ihr unsre neuen Leiter [Vous, nos nouveaux guides], KV 484, furent écrites par Mozart fin 1785/début 1786 comme première contribution dans la nouvelle Loge (fusionnée)  » Zur Neugekrönten Hoffnung  » [La Nouvelle Espérance couronnée]. Le premier chant comporte une allusion à cette fusion de Loges, imputable au décret impérial de Joseph II ordonnant une limitation du nombre des patentes de Loges.

En effet, le premier chant fait allusion à la susdite nouvelle Loge résultant de la fusion des trois Ateliers, « Zur gekrönten Hoffnun », « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance] et  » Zu den drei Feuern  » [Aux trois Feux], dans le passage …Josephs Wohltätigkeit hat uns, in deren Brust ein dreifach Feuer brennt, hat unsre Hoffnung neu gekrönt. [Grâce à la bienfaisance de Joseph, nous, hommes dans la poitrine desquels brûle un triple feu, percevons comme une espérance nouvellement couronnée].

Quant au second chant (KV 484), il était prévu pour la clôture des travaux, où le texte Ihr unsre neuen Leiter fait allusion à l’installation des nouveaux Officiers de la Loge. Ces deux oeuvres ont adopté une forme de refrain autonome, d’une ligne mélodique dénuée d’artifices, de façon que tous les Frères puissent facilement l’entonner et l’interpréter.

Au moins deux autres chants, composés par Mozart pour les travaux rituels au 3ème degré, passent pour avoir été perdus. Sur les deux pages doubles d’une collection de chants de l’Ecole de chorale masculine de Klosterneuburg près de Vienne, on peut lire l’annotation suivante : Von einem Br(uder) der L(oge), in Musik gesetzt von Br(uder) M…t [Par un Fr(ère) de la L(oge), mis en musique par le F(rère) M…t]. Pour ce qui est du parolier, il doit s’agir indubitablement de Gottlieb Leon (1757-1830) dont Mozart avait cosigné les poèmes. La date de parution de ces chants sous les titres Zur Eröffnung der Meisterloge, (Des Todes Werk) et Zum Schluss der Meisterarbeit (Vollbracht ist die Arbeit der Meister) [Pour l’ouverture de la Loge des Maîtres (L’œuvre de la Mort) et Pour clore les travaux des Maîtres (L’œuvre des Maîtres est achevée) ] n’est pas connue et, au demeurant, ces œuvres ne figurent pas dans la nomenclature KV (Köchelverzeichnis).

L’écriture du premier des chants pour Loge de Mozart O heiliges Band der Freundschaft treuer Brüder, KV 125h=148, [ Ô! lien sacré de l’amitié entre des Frères fidèles] sur un texte de Ludwig Friedrich Lenz, pour solo et chœur à une seule voix avec accompagnement au piano, devrait, en l’état actuel de nos connaissances, se situer à Salzburg vers 1774//76, donc avant l’entrée de Mozart en Maçonnerie. Toutefois ni le lieu ni la circonstance n’en sont connus, quand bien même l’on présume que la Loge munichoise « Zur Behutsamkeit » [La Prudence] en ait été la commanditaire.

Quelques autres œuvres de Mozart devraient avoir été composées pour des travaux rituels, encore qu’elles ne portent aucune mention explicite permettant de leur attribuer cette finalité. L’appartenance à des Loges viennoises – ou la présence occasionnelle – de Maçons maîtrisant un instrument comme la clarinette, le cor de basset ou le basson auront inspiré à Mozart ses mouvements solennels pour instruments à vent tout à fait adéquats pour accompagner une entrée au Temple ou quelque phase du déroulement des Tenues. La plus importante des œuvres musicales, dont on suppose qu’elles aient été composées à des fins rituelles, reste le magnifique Adagio en si bémol majeur, KV 484a=411, pour deux clarinettes et trois cors de basset, parue vers la fin de 1785 et qui dispense une atmosphère particulièrement solennelle. Tandis que le bref Adagio canonique en si bémol majeur, KV 484d=410, pour deux cors de basset et basson est également achevé, Mozart nous délivre encore deux autres morceaux pour instruments à vent destinés aux travaux en Loge. Il s’agit en fait, pour chacun, de fragments pour une clarinette et trois cors de basset, l’Adagio en fa-majeur de six mesures seulement, KV 484c =Anh. 93, ainsi que l’Adagio en ut-majeur, KV580a=Anh.93, dont les harmonieux accords évoquent immanquablement ceux de l’Ave Verum Corpus (KV 618).

Œuvres destinées aux Solennités & Loges de Table

L’œuvre majeure explicitement écrite à l’intention des Frères reste la cantate Die Maurerfreude (KV 471) – La joie des Frères Maçons – pour ténor, chœur d’hommes et petit orchestre, sur un texte du F… Franz Petran. Cette dernière était destinée à honorer le Maître en Chaire de la Loge « Zur wahren Eintracht » [La Vraie Concorde], le F… Ignaz von Born, et fut créée au cours d’une Loge de table au « Freimaurer-Casino » de la Praterstrasse, en date du 24 avril 1785 ; l’ensemble instrumental ainsi que les chanteurs avaient été recrutés parmi les Frères des Loges viennoises réunies. Cette cantate, qui revêt la forme d’un hymne, fut ultérieurement publiée par l’éditeur F… Pasquale Artaria « pour le bien des démunis ». Si l’on recherche dans cette œuvre des références au nombre « trois », il suffira de considérer la tonalité en mi-bémol majeur (avec signes d’altération 3 « B’s »), puis sur le chœur d’hommes à trois voix et la répétition à plusieurs reprises du rythme ternaire et pointée de tierces et sixtes en parallèle ainsi que des basses triolets.

L’œuvre destinée aux solennités de la Loge, connue sous le titre Eine kleine Freymaurer-Kantate [Petite cantate maçonnique], KV 623, fut à proprement parler le chant du cygne de Mozart. Cette ultime composition menée à terme fut exécutée le 17 (et non pas le 18 !) novembre 1791, sous la direction du compositeur, lors de l’inauguration du nouveau Temple de la Loge « Zur (neu) gekrönten Hoffnung » [La (Nouvelle) Espérance Couronnée] ; cette cérémonie marqua la dernière apparition en public de Mozart. En effet, le 5 décembre 1791, un des plus grands esprits que l’on ait connus devait regagner l’Orient éternel. Et les plus enthousiastes accents d’allégresse que nous délivre la cantate pour chœur Laut verkünde unsre Freude [Proclamons haut et fort notre joie] éveillent en maints passages des réminiscences de la « Flûte enchantée ».

Œuvres avec Références Maçonniques

Font partie de cette catégorie de compositions, la cantate fragmentaire Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’univers], KV 468a = 429, la Kleine deutsche Kantate (Die ihr des unermesslichen Weltalls Schöpfer ehrt) [Petite cantate allemande (A toi, en qui vous honorez le créateur de l’incommensurable univers)], KV 619, et la musique de scène pour Thamos, König in Aegypten [Thamos, roi en Egypte], KV 336a =345, ainsi que le Cantique des cantiques » de la Franc-Maçonnerie, Die Zauberflöte [La Flûte enchantée] (KV 620).

La cantate fragmentaire Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’univers] sur un texte du Franc-Maçon Leopold Haschka (1749-1827) ne devrait pas, selon les recherches les plus récentes, dater des années 1784/85, mais plutôt de l’année de la mort de Mozart (1791) ; elle avait fait l’objet d’une première version en vue d’une fête de la Loge puis son parachèvement remis à des jours meilleurs au profit du Requiem KV 626. Les paroles de ladite cantate font référence à la symbolique maçonnique ainsi qu’au culte solaire de l’Egypte ancienne, tandis que sa facture musicale présente de nombreux parallèles et échos de la « Flûte enchantée »

Tout en travaillant à l’écriture de la Flûte enchantée, Mozart composa en juillet 1791 la cantate pour une voix et piano Eine kleine deutsche Kantate, KV 619, dont il est fait mention plus avant, et qui lui avait été commandée par un Frère de Regensburg dénommé Heinrich Ziegenhagen (1753-1806), pour son livre Lehre vom richtigen Verhältnisse zu den Schöpfungswerken [Préceptes pour un comportement correct à l’encontre des œuvres de la Création]. Ce texte est nettement influencé par la pensée maçonnique, bien qu’aujourd’hui certains le voient marqué d’une  » exaltation rationaliste déconcertante  » (Paul Nettl). Les vers Körperkraft und Schönheit sey Eure Zier, Verstandeshelle Euer Adel [Que la Force corporelle et la Beauté soient votre ornement, que la Sagesse de la raison, notre noble ambition] ne sont pas sans évoquer « Les trois petites Lumières » (colonnes) de la Maçonnerie « Sagesse, Force et Beauté ». Dans cet ouvrage, Mozart, une fois encore, adopte des intonations particulières qui restent une caractéristique de ses compositions maçonniques, mais que  » l’on ne sait exprimer qu’avec difficulté  » (Paul Nettl). Les nombreuses références mélodiques et autres échos propres à d’autres œuvres destinées aux Loges ou s’inspirant de la Maçonnerie y sont frappantes ; en particulier très significatifs sont les  » chaînes d’accords en sixte  » (symbole musical de la Chaîne d’Union ?) auxquels Mozart recourt avec une dilection marquée dans ses œuvres destinées au travaux en Loge, entre autres dans la Marche des Prêtres de la « Flûte enchantée ».

Dans la version écrite en 1773 – donc avant son entrée en Maçonnerie – et revue en 1779 de la musique de scène, KV 336a=345, du drame héroïque Thamos, König in Aegypten [Thamos, roi en Egypte], écrit par le F… Tobias Philipp, seigneur de Gebler (1726-1786), les références maçonniques ne sauraient passer inaperçues : la structure hiératique de la musique mozartienne pour les scènes des prêtres de la « Flûte enchantée » en reste un exemple frappant. Thamos et également la cantate Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’Univers] sont manifestement l’expression du culte solaire égyptien.

Le chant maçonnique que l’on peut considérer comme « l’Hymne national » des Francs-Maçons, Zum Schluss der Loge [Pour la clôture des Travaux], KV 623a, Lasst uns mit geschlungnen Händen [Que nos mains enlacées], mieux connu dans une rédaction ultérieure du texte Brüder, reicht die Hand zum Bunde [Mes frères, tendez la main vers l’Union (la chaîne d’)], fut déclaré en 1946 hymne national autrichien. La paternité de Mozart dans le Chant de la Chaîne d’Union n’est pas authentiquement certifiée. À part Mozart, on cite souvent Johann Holzer et Paul Wranitzky comme compositeurs possibles.

Il n’y a pas lieu ici de débattre longuement sur la « Flûte Enchantée », tant ont pu être relevées ailleurs les références maçonniques de cette œuvre qui reste le plus impérissable des chefs d’œuvre du XVIIIe siècle. Qu’on l’examine sous les éclairages les plus divers, comme une transposition d’un conte ou d’un mystère, comme une comédie faubourienne viennoise, comme un magistral opéra maçonnique, comme l’illustration d’un conflit entre matriarcat et patriarcat, comme une allusion jacobito-révolutionnaire ou encore éthique-humaniste, il en ressort un incontournable constat : les résonances du langage musical de ce teutschen Singspiels [Opérette tudesque] (Mozart dixit) nous étreignent immédiatement le cœur, nous rendent heureux par leur très profond symbolisme, quelle que soit l’approche du texte et de son sens caché que l’on adopte. Au-delà de ces concepts, l’homme initié à l’Art Royal trouvera au pays de Zarastro toute la symbolique et toute la transcendance cosmique de la Loge.

Compositeurs Francs-Maçons

La littérature musicale ne cessera jamais de colporter des noms de compositeurs présumés Francs-Maçons, comme entre autres : Carl Philipp Emanuel Bach, Ludwig van Beethoven, Christoph Willibald Gluck, Antonio Salieri, Carl Maria von Weber. Jusqu’à ce jour, la preuve formelle de l’appartenance à l’Ordre d’aucun des compositeurs précités n’a pu être apportée. La liste qui suit ne comporte que des personnalités dont la qualité de Francs-Maçons est attestée, soit par des listes de membres ou des procès-verbaux de Loges, des lettres, etc. Les noms marqués d’un astérisque (*) sont ceux de Suisses.

Abel Carl Friedrich (1723-1787)
Abt Franz (1819-1885)
André Johann Anton (1775-1842)
Attenhofer Carl * (1837-1914)
Attwood Thomas (1765-1838)
Bach Johann Christian (1735-1782)
Bach, Wilhelm Friedrich Ernst (1759-1845)
Baermann Heinrich Joseph (1784-1847)
Benda Georg (1722-1795)
Berlin Irwing (1888-1990)
Blavet Michel (1700-1768)
Blumenthal Casimir, von (1787-1849)
Boieldieu François Adrien (1775-1834)
Boito Arrigo (1842-1918)
Boyce William (1711-1779)
Casadesus François Louis (1870-1954)
Casadesus Henri (1879-1947)
Cherubini Luigi (1760-1842)
Clerambault Louis Nicolas (1676-1749)
Damrosch Leopold (1832-1885)
David Ferdinand (1810-1873)
Devienne François (1759-1803)
Duvernoy Fréderic (1767-1838)
Eck Johann Friedrich (1764-1810)
Ellington Duke (1899-1974)
Engel Carl Immanuel (1764-1795)
Elsner Josef (1769-1854)
Fall Léo (1873-1925)
Fürstenau Caspar (1772-1819)
Geminiani Francesco Saverio (1679-1762)
Gebauer François René (1763-1845)
Gershwin George (1898-1937)
Giroust François (1738-1799)
Gossec François Joseph (1734-1829)
Grétry André Ernest Modeste (1742-1813)
Haydn Franz Joseph (1732-1809)
Hoffmeister Franz Anton (1754-1812)
Holzer Johann (1752-1818)
Hummel Johann Nepomuk (1778-1837)
Kayser Philipp Christoph (1755-1823)
Koussewitzky Sergey Alex (1874-1951)
Kozeluch Leopold Anton (1747-1818)
Kreutzer Rodolphe (1766-1831)
Krumpholtz Jean Baptiste (1745-1790)
Lindtpaintner Peter Joseph (1791-1856)
Liste Anton (1774-1832)
Liszt Franz (1811-1886)
Litolff Henry Charles (1818-1891)
Loewe Karl (1796-1869)
Lortzing Albert (1801-1851)
Méhul Etienne Nicolas (1763-1817)
Meyerbeer Gioacomo (1791-1864)
Mozart Leopold (1719-1787)
Mozart Wolfgang Amadé (1756-1791)
Mozart Franz Xaver Wolfgang (1791-1844)
Müller Alexander (1808-1863)
Naumann Johann Gottlieb (1741-1801)
Naudot Jacques Christophe († 1762)
Nedbal Oskar (1874-1930)
Neefe Christian Gottlieb (1748-1798)
d’Ordoñez Carlos d’ (1734-1786)
Pfister Hugo * (1914-1969)
Philidor François André (1726-1795)
Piccini Nicola (1728-1800)
Pijper Willem Frederik (1894-1953)
Pleyel Ignaz (1757-1831)
Puccini Gioacomo (1858-1924)
Reissiger Karl Gottfried (1798-1859)
Romberg Andreas (1767-1821)
Sarti Giuseppe (1729-1802)
Satie Erik (1866-1925) [fut Rosicrucien, donc pas Franc-Maçon à proprement parler]
Schibler Armin *(1920-1986)
Schnyder von Wartensee Xaver * (1786-1868)
Schubert Franz Anton (1768-1827) [rien à voir avec Franz Schubert de l’Inachevée]
Schultz Johann Abraham (1747-1800)
Sibelius Jean (1865-1957)
Sousa John Philip (1854-1932)
Speyer Wilhelm (1790-1878)
Spohr Louis (1784-1859)
Spontini Gasparo (1774-1851)
Stadler Anton (1753-1812)
Sullivan (Sir) Arthur (1842-1900)
Taskin Henry Joseph (1779-1852)
Vieuxtemps Henry (1820-1881)
Viotti Giovanni Battista (1753-1824)
Weigl Joseph (1766-1846)
Wesley Samuel (1766-1837)
Whiteman Paul (1890-1967)
Wranitzky Paul (1756-1808)

Notes

1) Ignaz von Born (1742-1791) célèbre minéralogiste et M… en Chaire de la Loge « Zur Wahren Eintracht », ami de Mozart qui – selon plusieurs historiens – lui aurait inspiré le personnage de Zarastro de la « Flûte enchantée ».

2) KV: Chevalier Ludwig von Köchel, Chronologisch-thematisches Verzeichnis sämtlicher Tonwerke Wolfgang Amadé Mozarts, Salzburg 1862, 6ème et 7ème édition non modifiée, 1965.

3) Cette précision devrait servir à souligner l’importance qu’il y a de connaître les sources contemporaines (Rituels des Loges) si l’on veut éviter de tirer des conclusions hâtives. Aujourd’hui, les batteries diffèrent entre Loges d’Apprenti et de Compagnon et nombre de musicologues tirent des conclusions erronées quant aux rythmes musicaux à partir de prémisses inexactes.

4) Au XVIIIème siècle, dans les Loges autrichiennes, il n’y avait pas de Tenue funèbre à proprement parler ; la mémoire des Frères défunts était honorée lors d’une Tenue d’élévation au 3ème grade.

Bibliographie

Autexier Philippe : Les oeuvres témoins de Mozart, Paris, 1982 ; La colonne d’harmonie – Histoire – Théorie – Pratique, Paris, 1995.
Basso Alberto: L’invenzione della gioia. Musica e massoneria nell’ età dei Lumi, Milano, 1994.
Cotte Roger: La musique maçonnique et ses musiciens, Baucens1974 ; Le courant maçonnique, in: Précis de musicologie. Paris, 1984.
Deutsch Otto Erich: Mozart und die Wiener Logen, Wien, 1932.
Die Musik in Geschichte und Gegenwart (MGG), Artikel: Freimaurermusik, Kassel, 1955.
Irmen Hans-Josef: Mozart – Mitglied geheimer Gesellschaften, Zülpich, 1991.
Klein Rudolf: Mozarts Freimaurer-Kompositionen, in: Bruder Wolfgang Amadeus Mozart, Wien, 1990.
Nettl Paul: Musik und Freimaurerei. Mozart und die königliche Kunst, Esslingen, 1956.
Schuler Heinz: Mozart und die Freimaurerei, Wilhelmshaven, 1992.
Siegmund-Schultze: Mozarts Freimaurermusiken, in: La Musique et le Rite Sacré et profane, Vol. I, Strasbourg, 1982.
Strebel Harald: Der Freimaurer Wolfgang Amadé Mozart, Stäfa, 1991 ; Freimaurerische Symbolik in Mozarts Musiksprache – Spekulation und Realität, in: Atti della Accademia Roveretana, K. H. Bock, Bad Honeff, 2001 ; Zur Echtheitsfrage des Maurergesangs « Laßt uns mit geschlungnen Händen » KV 623a, in: Mozart-Jahrbuch 1989/90, Kassel.

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