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Franc-Maçonnerie et religion 13 mars, 2022

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Franc-Maçonnerie et religion

 
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Retracer les relations entre Franc-Maçonnerie et religion signifie en très grande partie présenter les rapports conflictuels qui, depuis la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, avec la fondation de la Grande Loge de Londres, ont marqué la relation de la Franc-Maçonnerie avec les Eglises chrétiennes, l’Eglise catholique en premier lieu, mais aussi l’Eglise orthodoxe, certaines Eglises protestantes et, plus récemment, même l’Eglise anglicane. On ne traitera ici que des rapports entre Franc-Maçonnerie et Eglises catholique et anglicane, qui historiquement sont les plus importants.

La Franc-Maçonnerie opérative du Moyen Age était imprégnée de catholicisme et restait sous le contrôle de l’Eglise, la fête de Saint-Jean voyait les maçons assister ensemble à la messe du patron de leur corporation et les religieux de tous ordres étaient très présents parmi eux. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, même sur le continent, même en France, plusieurs ecclésiastiques, des évêques même, étaient membres éminents de Loges maçonniques sans que cela ne leur pose aucun problème.

Avec la fondation de la Grande Loge de Londres la donne a changé et la Franc-Maçonnerie est devenue, ou elle a été perçue comme si elle était, un agent de l’anglicanisme. Grands voyageurs, les Anglais ont ouvert des Loges partout où ils allaient, même à Rome, ville dont le pape était à l’époque le souverain temporel, en même temps qu’il était le chef spirituel de l’Eglise catholique.

Cette situation nouvelle ne pouvait pas le laisser indifférent. Ainsi le 28 avril 1738 le pape Clément XII fulmine contre la Franc-Maçonnerie la Bulle In Eminenti apostolatus specula, condamnant à l’excommunication majeure les catholiques qui adhèrent ou favorisent la Franc-Maçonnerie.

Les raisons de cette condamnation étaient les suivantes :

les Francs-Maçons sont « fortement suspects d’hérésie », en raison du secret maçonnique et du serment qu’ils prêtent sur la Bible car, je cite « si les Francs-Maçons ne faisaient pas le mal, ils n’auraient pas cette haine de la lumière ». A ce motif principal, la Bulle In Eminenti en ajoute un autre ainsi rédigé : « et pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus ». La formulation très peu explicite de ce second motif a donné lieu a plusieurs spéculations, il semblerait aujourd’hui –sur la base de recherches faites dans les archives du Vatican- qu’il s’agisse là d’un critère civil, toute association non officiellement autorisée étant considérée, selon le droit canon de l’époque, comme subversive pour l’État. Il y aurait donc une double raison à cette première condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, premièrement religieuse, secondairement civile.

Cette condamnation de la Franc-Maçonnerie fut renouvelée, avec les mêmes raisons, par le pape Benoit XIV en 1751.
L’application de ces condamnations a varié selon les États et leur religion. La première Bulle fut appliquée immédiatement, bien entendu, dans les État de l’Eglise, mais aussi à Venise, en Sardaigne, en Pologne, en Espagne et au Portugal, tous des pays catholiques. En France, pays catholique mais toujours très soucieux de préserver les droits de l’État face à l’Eglise, aucune des Bulles du XVIIIe siècle ne fut appliquée, car elles ne furent pas enregistrées par le Parlement de Paris, ce qui était nécessaire et indispensable pour qu’elles puissent être exécutées, en vertu du principe qu’une loi non promulguée n’est pas contraignante, or une loi non enregistrée par le Parlement de Paris était considérée comme non promulguée.

Ce n’est qu’après la révolution française, à la suite du concordat de 1801 entre l’Empire napoléonien et l’Eglise catholique que les Bulles pontificales devinrent automatiquement applicables aux catholiques en France, sans besoin d’être enregistrées au préalable par le pouvoir civil français.

Par ailleurs, la condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique fut confirmée en 1865 par le pape Pie IX et en 1884 le pape Léon XIII étoffa l’argumentaire théologique de ses prédécesseurs, en condamnant la tolérance dont la Franc-Maçonnerie faisait preuve en admettant dans ses Loges des principes et des personnes contraires aux dogmes de la foi catholique :

« Pour eux (les Francs-Maçons), en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux ni vérité […] De plus, en ouvrant leurs rangs à des adeptes qui viennent à eux des religions les plus diverses, ils deviennent plus capables d’accréditer la grande erreur des temps présents, laquelle consiste à reléguer au rang des choses indifférentes le souci de la religion et à mettre sur le pied de l’égalité toutes les formes religieuses, alors que la religion catholique est la seule véritable. »

On ne pouvait pas être plus clair.

Cela étant bien entendu valable là ou le catholicisme était la religion d’État, ou dominante.

En Angleterre, mettant fin aux luttes qui avaient opposé les Grandes Loges dites des Anciens et des Modernes, la Grande Loge Unie d’Angleterre venait de se constituer en 1813. Le duc de Sussex en était le Grand Maître, le prince de Galles (le futur roi Edouard VII) allait le devenir à son tour en 1875. La Franc-Maçonnerie allait ainsi devenir une institution D’État, au même titre que l’Eglise anglicane, dont le primat, l’archevêque de Canterbury, nommé par le roi, serait un jour aussi un frère.

Cette différence importante entre les îles britanniques et le continent européen explique l’évolution très différente de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche, vers un anticléricalisme de plus en plus marqué, un agnosticisme et même un athéisme affiché sur le Continent, en opposition aux excommunications successives de l’Eglise catholique ; vers un conservatisme politique et religieux en Angleterre, en symbiose avec les autorités civiles et religieuses de l’« establishment », dont la Franc-Maçonnerie était devenue un des piliers les plus solides.

Après la première guerre mondiale, le nouveau code de droit canon promulgué en 1917 par le pape Bénoît XV avait un peu nuancé la position de rejet de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, son article 2335 n’interdisant plus aux fidèles sous peine d’excommunication que l’adhésion « à une secte maçonnique ou autre se livrant à des machinations contre l’Eglise ou les pouvoirs civiles légitimes. » On pouvait en déduire, et d’aucuns l’ont fait, qu’on avait le droit d’adhérer à des Loges ne conspirant pas contre l’Eglise ou l’État, mais cette interprétation était –me semble-t-il– tirée par les cheveux. En réalité, même si la formulation avait quelque peu changé, le fonds restait le même et pour l’Eglise toute « secte maçonnique » (il faut souligner l’emploi du mot péjoratif « secte » pour désigner la Franc-Maçonnerie, courant en Italie dans les milieux catholiques intégristes) restait opposée à l’Eglise et donc sujette à l’excommunication.

En Angleterre, encore en 1935, appartenaient à la Grande Loge Unie d’Angleterre les trois fils du roi : le prince de Galles, qui était Grand Maître Provincial du Surrey, le duc de York, Grand Maître Provincial du Middlesex et le duc de Kent, Premier Grand Surveillant. En étaient aussi membres le gendre du roi le comte de Harwood, Grand Maître Provincial du West Yorkshire, son oncle le duc de Connaught, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et son fils le prince Arthur, Grand Maître Provincial du Berkshire. Il y avait aussi de nombreux Franc-Maçons parmi le clergé de l’Eglise anglicane. [1]

Cette différence entre l’Angleterre et les pays du continent européen allait continuer de marquer l’évolution de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche pendant les années suivantes et jusqu’à aujourd’hui.

Avec le Concile Vatican II il a semblé se faire une ouverture de la part de l’Eglise catholique vers ces Franc-Maçons « qui croient en Dieu », ce qui paradoxalement signifie ceux qui appartiennent à la Grande Loge Unie d’Angleterre, donc des anglicans dans leur écrasante majorité, tous les autres restant toujours sujets à l’excommunication majeure.

En 1983 le pape Jean-Paul II publiait un nouveau code de droit canon, qui ne cite plus explicitement la Franc-Maçonnerie. Il semblait donc que celle-ci tombait dès lors sous le droit commun des associations, qui prévoit d’après l’article 1374 qu’« est puni d’une juste peine celui qui adhère à une association conspirant contre l’Eglise. »

Un certain nombre de Frères éminents du Continent (appartenant pour leur grande majorité à la Grande Loge Nationale Française) en ont immédiatement déduit que l’Eglise permettait à des catholiques l’appartenance à des Loges relevant de Grandes Loges dites régulières, reconnues donc par la Grande Loge Unie d’Angleterre, dont la leur.

Mais le 26 novembre 1983 la Congrégation romaine de la doctrine de la foi (ex Saint-Office) publiait une note explicative, approuvée par le pape, disant explicitement que :
« Le jugement négatif de l’Eglise vis-à-vis de la Maçonnerie reste le même, puisque les principes de celle-ci ont toujours été jugés inconciliables avec les doctrines de l’Eglise. Les fidèles qui en font partie sont en état de péché grave et ne peuvent pas recevoir l’eucharistie. […] Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à cette déclaration. »
Encore une fois, on ne pouvait pas être plus clair et la dernière phrase citée coupait l’herbe sous les pieds à ces évêques allemands qui auraient voulu reconnaître comme compatible avec l’appartenance à l’Eglise catholique la fréquentation de Loges dites régulières et demandant explicitement à leurs membres la croyance en un GADL’U conçu comme un Dieu créateur et personnel.

Afin de clarifier sa position, dans une déclaration publique datant de 1985, la Grande Loge Unie d’Angleterre a publié ce qui suit au sujet des rapports entre Franc-Maçonnerie et religion :

1) La Franc-Maçonnerie n’est pas une religion, ni le substitut d’une religion. Elle demande à ses membres la croyance pleine et sincère en l’existence d’un Être Suprême, mais ne fournit aucune doctrine de foi qui lui soit propre.

2) La Franc-Maçonnerie est ouverte aux hommes appartenant à toutes les confessions religieuses. Pendant les réunions toute discussion de caractère théologique est interdite.

3) Il n’y a pas un dieu maçonnique : le dieu d’un Franc-Maçon est celui de la religion qu’il professe.

4) Les Franc-Maçons se réunissent dans le respect commun de l’Etre Suprême, qui reste suprême dans leurs confessions religieuses respectives.

5) La Franc-Maçonnerie n’essaie en aucune façon de fondre ensemble les religions existantes. Il n’y a donc aucun dieu maçonnique composite.

6) La Franc-Maçonnerie n’a aucun des éléments fondamentaux d’une religion, et notamment :

a) elle n’a aucune doctrine théologique et, en interdisant toute discussion religieuse pendant ses réunions, elle ne permet pas la naissance d’une doctrine théologique maçonnique.

b) elle n’offre aucun sacrement ni n’exerce aucun culte.

c) elle ne prétend pas conduire au salut par des œuvres ou des connaissances secrètes, ou par n’importe quel autre moyen. Les éléments réservés de la Franc-Maçonnerie concernent les signes de reconnaissance ainsi que les règles de l’art de la construction, transférés sur un plan symbolique, métaphorique et moral, et donc n’ayant aucun rapport avec le salut et l’eschatologie.

7) La Franc-Maçonnerie soutient la religion et ne lui est pas indifférente. Elle demande à tous ses membres de suivre chacun sa propre foi et de mettre ses devoirs envers dieu (quel que soit le nom par lequel il l’appelle) au-dessus de tous les autres. Les enseignements moraux de la Franc-Maçonnerie peuvent être acceptés par toutes les religions, elle soutient donc la religion.

Il est clair d’après ces lignes que, même si les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion », elle ne peut pas être jugée comme compatible avec le catholicisme par l’Eglise, qui par la voix de l’Osservatore Romano du 23 février 1985 publiait le commentaire suivant :

« Il n’est pas possible pour un catholique de vivre sa relation avec Dieu en la partageant en deux modalités : l’une humanitaire, qui serait supraconfessionnelle et une, personnelle et intérieure, qui serait chrétienne. […] Le climat de secret, qui règne dans les loges, comporte en outre le risque pour les inscrits de devenir les instruments d’une stratégie qu’ils ignorent. »

Les deux arguments de la Bulle In Eminenti de 1738 sont donc toujours valables : le secret et l’hérésie, présentée sous la forme plus moderne de la supraconfessionalité, inadmissible pour une Eglise qui prétend être la seule détentrice de l’unique Vérité.

Paradoxalement, au moment même où les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion et ne lui est pas indifférente », l’Eglise anglicane a rejoint les rangs de l’Eglise catholique et l’archevêque de Canterbury, le Dr. Rowan Williams, s’est ouvertement opposé à la Franc-Maçonnerie.

Dans deux articles publiés par le journal Independent du vendredi 15 novembre 2002, le nouvel archevêque a donné son opinion sur la Franc-Maçonnerie : il a soutenu qu’elle pourrait avoir une base satanique et il s’est dit opposé à la promotion à des postes de responsabilité dans l’Eglise anglicane de tout ecclésiastique qui serait en même temps Francs-Maçons.

Dans une interview radiophonique donnée le même jour, le Grand Secrétaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre a fait remarquer qu’il était regrettable que le nouvel archevêque ait fait ces déclarations infondées sans avoir essayé d’en discuter au préalable avec les autorités de la Grande Loge, il a rappelé ensuite que la Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète, ainsi qu’il a été reconnu par un jugement de la Cour européenne des Droits de l’Homme du mois de juillet 2001, il a souligné qu’il est complètement contraire à la vérité de prétendre que la Franc-Maçonnerie pourrait avoir une base satanique et que la publication dans un journal de cette affirmation infondée pourrait causer une grande détresse à plusieurs anglicans qui sont Francs-Maçons et pour leurs familles, il a pour finir fait remarquer que l’intention de l’archevêque de vouloir discriminer les ecclésiastiques qui appartiennent en même temps à la Franc-Maçonnerie est contraire aux Droits de l’Homme et à la loi, et donc illégale.

Il est intéressant de remarquer que l’Eglise anglicane vient d’admettre récemment les femmes à la prêtrise et que son archevêque a officiellement déclaré qu’il est favorable à l’ordination de personnes se déclarant ouvertement homosexuelles, il n’y a apparemment donc plus que les Francs-Maçons qui lui posent problème.
On voit que même en Angleterre, sa patrie d’origine, la compatibilité entre la Franc-Maçonnerie spéculative et la religion chrétienne est aujourd’hui remise en cause.

Fabrizio Frigerio Ve Ordre, Grade 9
Suprême Commandeur du Sublime Conseil du Grand Chapitre Général Mixte de Belgique,
Membre honoraire du Grand Chapitre des Chevaliers Rose-Croix du Portugal,
Membre de l’Académie Internationale du Ve Ordre – UMURM.

[1] L’Eglise anglicane n’a commencé à mettre en discussion l’appartenance de son clergé à la Franc-Maçonnerie qu’en 1952, cf. Neville B. Cryer, « La Franc-Maçonnerie anglaise », in : Maçonnerie, maçonneries, éd. par Jacques Marx, Bruxelles, 1990, p. 101-123.

SOURCE : https://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.com/?m=1

La laïcité 19 février, 2021

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laicite

« Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le Forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un Forum. » J. Corneloup.
La laïcité ou le  sécularisme désigne le principe de séparation de la société civile et de la religion. Elle s’oppose donc à la notion de théocratie, d’état religieux. Dans une démocratie, la loi peut être contestée car elle est l’œuvre des hommes.
Dans une théocratie, la loi est l’œuvre de Dieu, donc toute contestation devient impossible, c’est bien là le piège des pseudos « républiques islamiques » qui n’ont rien à voir avec la notion de république et qui rappelle sournoisement les notions de « républiques démocratiques socialistes » qui n’avaient elles non plus aucun rapport avec la notion de démocratie. Le mot république, abusivement employé, peut ainsi cacher une dictature, une oligarchie ou une théocratie.

La laïcité est un sujet récurent, notamment en France, où elle est mentionnée expressément dans la constitution. En quoi est-elle vraiment un rempart de la liberté de conscience et de culte contre les intégrismes ? N’est elle pas, aussi, une autre forme d’intolérance de la raison à la gloire de l’étatisation ? En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

1. La laïcité, une victoire de la raison sur la passion ?

La laïcité est un courant historique défini comme étant le principe de la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. L’antithèse de la laïcité est donc le cléricalisme, d’où cet esprit anticlérical que la laïcité a longtemps généré en France, notamment dans ce qu’on a appelé la pensée « libre » et avec laquelle elle a souvent été confondue.

Dans l’histoire de France, où régnait une monarchie de droit divin, la pensée laïque a commencée il a près de 400 ans avec la promulgation de l’Edit de Nantes qui assurait la liberté de culte. Mais ce n’est qu’en 1787 et en 1789, sous les coups de butoir des idées propagées par la révolution française, que « l’alliance du sabre et du goupillon » a réellement commencé à décliner.

Ainsi, la laïcité s’est historiquement imposée comme concept et comme opérateur d’organisation sociale face aux religions révélées. Religion entendue comme ce qui donne les « raisons » de vivre et de mourir. Le croyant devient souvent intolérant (et même meurtrier comme en témoigne l’histoire des religions) car il est toujours persuadé de détenir la seule vraie religion, adorer le seul vrai Dieu. Il a donc été juste de créer un espace de vie en commun, neutre, excluant du débat et de la manifestation ce qui avait pu faire tant de ravages. En ce sens la laïcité est effectivement source de liberté, d’ouverture, et de tolérance. Mais cette définition est elle satisfaisante ? Le principe de laïcité, doit-il aujourd’hui être limité au « non-cléricalisme » ? ne doit-il pas être réactualisé et étendu à toute autre forme de lobby, même non religieux ?

Une définition trouvée sur l’internet [1] défini la laïcité dans les termes suivants : « La laïcité exprime une éthique de société, qui ne saurait accepter les idéologies toujours en mouvement de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine. Elle est notre atout majeur dans les combats engagés contre la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes. Elle veut être cette école de l’intelligence dont Jean Rostand disait qu’elle vise à « former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force, les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité, leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance ». »

Aujourd’hui, les idéologies de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine propageant la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes ne sont plus seulement le propre des Églises. Elles sont aussi l’œuvre de groupes sociaux ou ethniques, de partis politiques et même de certains milieux économiques toujours prêt à détourner le bien commun et la liberté des peuples à leurs profits personnels. Mais à ce niveau ne fait-on pas un amalgame entre Laïcité et démocratie ? Peut-être, en ce sens, si on pense que le mot laïcité vient du grec « laos » qui désigne un peuple au sens de sa réalité communautaire, où les hommes, partie de ce tout, sont par nature égaux en ce que chacun est un élément unique, parfaitement équivalent à un autre et également fondateur de la réalité du groupe. Ce « laos » est distinct de la « polis » grecque, la cité, qui est l’ancêtre de notre État en tant qu’organisation sociale autonome et du « demos », peuple, compris comme entité politique dans « demokratia » gouvernement, souveraineté populaire. Le « laos » renvoie, lui, à ce que les latins appelaient « res publica », chose publique, dont chaque citoyen est souverain et qui a donné aujourd’hui la notion de « république ».

2. La Laïcité, religion inversée ou dictature de la raison ?

Certains « enragés » de la République n’ont-ils pas un comportement qui est proche de l’intégrisme ? Prenons par exemple l’épisode du « foulard islamique ». La polémique entourant le port du foulard islamique dans les écoles publiques a provoqué en France un important débat sur la prise en compte de la diversité culturelle et religieuse dans les institutions publiques. L’école s’est développée autour d’un certain nombre d’enjeux à la fois politique, juridiques et socioculturels parmi lesquels on peut identifier : la présence de l’Islam dans les sociétés occidentales, le statut de la femme, le phénomène de l’immigration et de l’intégration, le statut de l’école publique et laïque en France. Ce débat a pris rapidement un caractère symbolique et s’est installé dans l’opinion et les médias (avec une confusion savamment entretenue entre Islam et islamisme). Il met en évidence l’opposition de deux éléments : le caractère laïque de l’école publique et le port d’un signe religieux, face à cela deux attitudes apparaissent ; La première, s’appuyant sur la laïcité la plus stricte qui considère le « hidjab » comme une attaque de l’intégrisme islamiste contre la laïcité de l’école ; La deuxième se fondant sur une forme de neutralité qui prône « le droit à la différence », qui tout en défendant une école au-dessus de tous pluralismes respectent ceux-ci. L’exclusion de ses jeunes filles, ouvre la porte à une « laïcité intégriste ». Quelles angoisses identitaires le foulard de quelques gamines a-t-il réactivé, entraînant stigmatisation, exclusion et violence ? Serait-il le support d’un affect d’angoisse ? Angoisse face à l’étrangeté ? Angoisse face à la féminité ? En pensant se protéger par l’exclusion d’un risque « intégriste », qui relève plus du fantasme que d’une réalité, on aboutit souvent à l’effet inverse, en interdisant l’accès à l’école, on les enferme, les privant ainsi des influences extérieures, d’une ouverture sur le monde. On les transforme en « victimes », et « en offrant des victimes de l’intolérance de la société française on relativise l’intolérance intégriste », on les pousse vers un repli identitaire, communautaire. L’éducation est l’élément clé pour combattre l’ignorance et les stéréotypes. L’école doit promouvoir la démocratie et l’humanisme par l’éducation et la conviction et non par la contrainte. Ce n’est pas un combat contre la laïcité, mais la répression dans un tel cas n’est pas une solution. Bien sûr, on ne peut contester que le foulard est un symbole de l’oppression des femmes, mais doit-on faire preuve d’intolérance, de rejet face à celles qui le portent ? Par ailleurs personne ou presque ne s’est vraiment efforcé d’en comprendre vraiment la signification réelle. Pour certaines, il s’agit d’un choix, une manière d’affirmer leur liberté individuelle, « de leur droit à être française et musulmanes », « le symbole d’appartenance à un groupe » pour d’autres, il s’agit d’un compromis, « une concession faites à leurs parents, pour obtenir quelque chose en échange, comme par exemple la possibilité de continuer des études ». Il faut donc écouter avant de condamner. L’école doit et peut rester, grâce à une « laïcité vivante », c’est à dire ouvert et tolérante, le lieu social de l’apprentissage de la communauté, de formation du citoyen, et du « vivre ensemble », et c’est se tromper d’ennemi, « prendre l’ombre pour la proie » que de lapider sur la place publique quelques jeunes filles pour qui, souvent le port du voile peut être un passeport qui ouvre la voie à l’intégration.

Une laïcité « pure et dur » n’est elle pas une forme de dictature de l’étatisme ? Nous avons tous en mémoire l’échec des « dictatures du prolétariat ». Le Marxisme a voulu être une sorte de religion laïque faisant de l’étatisme le meilleur garant du bonheur genre humain. Son joug n’a pas été plus doux que le pire des intégrismes. Aujourd’hui, on peut mesurer l’ampleur et le désastre où peut mener ce genre d’utopie…

Que fait-on en ce sens du droit des familles à transmettre leurs propres valeurs ? Le rejet des valeurs confessionnelles peut être dangereux car il constitue une autre forme de dogmatisme qui rejetterait toute une part culturelle qui est aussi un héritage légitime auquel à droit tout être humain appartenant à une collectivité donnée. Faire le « vide » en la matière, peut-être dangereux car il semble nécessaire que chaque personne puisse avoir fait son « indigestion » de religieux, ne serait-ce que pour pouvoir savoir, en connaissance de cause, ce qu’elle aurait éventuellement à critiquer… La laïcité sans culture religieuse aucune n’est-elle pas le plus sûr moyen de livrer des individus, incultes en la matière, à l’attrait des sectes de tous poils ?

Par ailleurs, La rationalité froide, même purement scientifique, rejetant toute forme de spiritualité ne peut engendrer qu’une forme de pensé aride. Une pensée purement matérialiste empêche la voie du cœur et rend sourd à la poésie. C’est une autre forme de conditionnement. C’est oublier que la science ne répond qu’à la question « Comment ? » et que seules la philosophie et la métaphysique posent la question du « Pourquoi ? ». La pratique d’une spiritualité sereine n’est-elle pas le meilleur garant de ce genre de dérive ? Rabelais [2], en son temps, a pu dire : « Parce que, selon le sage Salomon, sapience (sagesse) n’entre point en âme malivole (de mauvaise volonté) et science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La conscience a-t-elle pu jamais avoir été découverte sous le moindre scalpel ? Cela voudrait-il dire qu’elle n’existe pas et n’est que le fruit de l’irrationnel ? La science et la raison pure sont-elles réellement les seules et uniques clés de la connaissance ? L’homme ne semble pas vivre que de pain et son esprit a aussi besoin de s’aguerrir hors des sentiers de la raison, ne serait-ce que pour se forger une identité personnelle et libre.

Croire c’est prendre une option, un pari. Ne pas croire n’est pas ne pas prendre une option, c’est prendre l’option de ne pas en prendre, c’est prendre le pari qu’il n’y a pas de pari à prendre. La laïcité militante, anticléricale, affirmée comme un espace pur de toutes traces religieuses, comme non contaminés par l’irrationnel, le subjectif etc., comme espace préservé et à préserver à tout prix des agressions du mal « religieux » (comme on veut dans les hôpitaux tuer tous les microbes, bactéries) finit par engendrer une autre forme d’intolérance. La dictature de la raison n’est pas meilleure que celle de la passion. Elle est différente, mais elle engendre des souffrances aussi grandes.

3. En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

Au « Grand Orient de France » (GODF\), certaines Loges finissent encore leurs travaux sur un vibrant « A bas la calotte ! ». Cette intransigeance anticléricale fleurant bien le XVIIIème siècle, a-t-elle aujourd’hui, encore un sens ? Pour répondre à cela, un article [3] paru dans le journal « Le Monde » du 8 septembre 2000, résume bien la situation. En s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, le GODF est devenu une sorte d’organisation profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle-ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux. On trouve au sein de cette obédience française des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides » (selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique), des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut-parleurs médiatiques. En ce sens, le GODF, qui a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et qui entend participer activement à la « construction de la société idéale » est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui une certaine Franc-Maçonnerie, en l’an 2000, à la croisée d’un cheminement. Elle doit, soit se transformer en clubs politiques ou mondains comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui lui permette de répondre réellement à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. Dans ce dessein, il faut certainement renoncer à un certain nombre de pratiques qui l’ont conduit à devenir une machinerie administrative gérée par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».

Il faut, peut-être, tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre, en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant. Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être « califes à la place du calife ». Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ».

Une autre forme de Franc-Maçonnerie existe, par ailleurs, en parallèle. Plus traditionnelle, elle a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à « la construction du Temple de l’Humanité » à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego. Ainsi, si un Frère doit intervenir dans la vie sociale, en qualité d’élu, de responsable d’association ou à quelque autre titre, il devrait pouvoir rayonner suffisamment de fraternité et de tolérance du fait de sa formation maçonnique. Mais ce n’est pas à l’ordre maçonnique en tant qu’entité, à peser sur la société dans laquelle elle vit et dont elle doit respecter toutes les règles et non pas les modifier, même si c’est dans un sens positif. Ce strict respect des « landmarks » et des constitutions d’Anderson, ne fleure-t-il pas non plus le siècle dernier et ne mérite-t-il pas d’être mis à jour ?

La Loge est composée d’hommes de tous horizons qui viennent aussi du monde profane et qui sont influencés par sa pensée du moment. Un échange permanent se fait entre la condition de maçon et celle d’homme du quotidien. Cela est une symbiose qui n’autorise pas d’absolu total et oblige à tous les compromis. La perfection est un objectif mais elle n’est pas encore de ce monde. Elle est une projection vers l’infini qui s’oppose à notre condition de simples mortels. L’Esprit de la Loge, L’Égrégore, est un terreau fertile qui permet l’éclosion de l’éthique et de l’identité maçonnique. Cette fraternité de pensée permet-elle de donner des réponses pratiques à chacune de nos questions quotidiennes ? Ce qui fait la force d’une pensée, c’est son degré d’objectivité. Une façon de penser qui ne colle pas à la réalité ne peut que reposer sur le dogme. C’est là, le grand mérite de l’esprit maçonnique que de lutter contre toutes formes d’axiome et de prôner un humanisme universel au de-là de tout esprit de chapelle, de race, de culture, de sexisme et de croyances. Le symbolisme, ce langage muet, est le meilleur moyen de communiquer pour autant qu’il ne soit pas figé dans le dogmatisme.

Si les valeurs de la laïcité sont bien présente dans l’éthique maçonnique qui, par définition, doit être inter-confessionnelle, non dogmatique et doit rejeter toute forme de totalitarisme, elle ne représente qu’une partie de cette éthique qui est aussi la recherche de la sagesse, apprendre à écouter, se méfier des passions et des préjugés, retenir l’envie d’intervenir, respecter les autres et donner sa chance à celui qui en a vraiment besoin, seule une école initiatique propose ce programme, surtout si celui-ci est associé à l’introspection, au retour sur soi-même. On remarque, dans la vie profane, l’homme qui a été à cette école.

4. Conclusion

Il semble, aujourd’hui, à la veille du troisième millénaire, qu’il soit plus important que jamais de rester « vigilant ». La franc-maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIème siècle ébloui par la « scienza nuova » [4].

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière. L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France. Comment a-t-elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a-t-elle pu survivre par-delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisé ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est-à-dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique. Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce qu’on peut appeler « l’humanitude ».

La réponse peut toujours être trouvée dans le Cabinet de Réflexion que chaque franc-maçon devrait ne jamais oublier. Le Coq annonce l’aube du jour qui doit se faire dans les esprits. Il fait allusion aussi à la mystérieuse Quintessence, qui se dérobe à toute perception sensible et que nous ne pouvons concevoir qu’à force d’approfondir. La nécessité de descendre en soi et de pénétrer jusqu’au centre d’où jaillit la lumière intérieure, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde, et dont la direction est indiquée par le fil à plomb.

Si nous savons ce qu’ont pu faire les Francs-Maçons du passé, ceux des « constitutions d’Anderson », au siècle dernier, à savoir, d’avoir pu réunir dans le même Temple, en une volonté commune, des hommes que tout séparait. Le Juif et le Chrétien, le riche et le pauvre, le blanc et le noir… Il serait intéressant de se poser la question, pour nous autres Francs-Maçons, à la veille du troisième millénaire, quels sont les vrais grands défis et valeurs qui nous restent encore à accomplir et à défendre, au-delà des vaines querelles dogmatiques et sexistes, pour avancer dans l’œuvre qu’ont commencés nos aïeuls. Pourrons-nous, par exemple, continuer éternellement, à ne pas reconnaître la réalité de l’initiation de nos sœurs et continuer à les appeler hypocritement « madame » ? La construction du « Temple de l’humanité » est bien loin d’être terminé et la « voûte étoilée » est encore le seul toit du Temple encore inachevé. Car le jour où cela sera fait, nous aurons alors la funeste prétention d’être l’égal de nos dieux ! Ce jour-là, à mon avis, l’Ordre sera vraiment perdu et le Temple ne sera plus que ruine…

Alors retroussons nos manches car le chantier réclame encore son lot quotidien de labeur. Car dans le Travail est la vraie et concrète réalité : L’initiation répudie tous les égoïsmes, même ceux qui visent à se satisfaire de se perfectionner soi-même en oubliant les autres. Le symbolisme de la « Règle » et celui de la « houppe dentelée » doivent toujours rester présent à nos esprits pour nous rappeler le principe fondateur de la « Chaîne d’Union », celui de la Fraternité Universelle et celui de la « juste mesure de toutes choses », La « Règle » que les anciens égyptiens appelaient la déesse « Maât ».


[1] http://www.respublica.fr/laicite/

[2] Rabelais (François), Pantagruel, 8. Bibliorum Larousse.

[3] Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

[4]   Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

 

SOURCE : https://www.rene-guenon.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=37:le-miroir-du-maitre-franc-macon&catid=39:poemes-maconniques&Itemid=36

L’expérience maçonnique 16 juillet, 2020

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

L’expérience maçonnique

par Jean-Charles Auque

 

Loin des « unes » à sensation et des fantasmes journalistiques, cet article témoigne de ce que signifie être franc-maçon pour ceux qui ne cherchent pas, à travers cette affiliation, à accélérer leur carrière ou à se créer un réseau. S’agit-il d’une expérience spirituelle ? De l’expression d’un besoin de rites et de rencontres ? Pourquoi y rester fidèle ?

La franc-maçonnerie est un véritable réservoir à fantasmes – et à « unes » pour un certain nombre de magazines hebdomadaires. Il ne s’agit pas ici de les alimenter, de revenir sur les « réseaux » ou le « pouvoir des franc-maçons » mais de s’intéresser à la manière dont la franc-maçonnerie est vécue de l’intérieur, par ceux qui s’y engagent non pour trouver des relations, non pour accélérer leur ascension, mais pour autre chose. Que cherchent les franc-maçons « de base » ? Au-delà des rites, souvent décrits, de l’initiation, souvent mythifiée, la franc-maçonnerie, héritière de traditions qui peuvent sembler contradictoires, continue cependant à donner à certains un cadre où s’exprimer. La fraternité, le respect, la tradition ouvrent-ils sur une dimension spirituelle ? C’est ce que cet article cherche à expliquer.

Esprit : https://esprit.presse.fr/article/jean-charles-auque/l-experience-maconnique-37468

 

Lorsqu’un tout premier dialogue s’instaure sur le thème de la franc-maçonnerie entre un « frère » et quelqu’un qui n’en est pas, il est fréquent que plane sur la conversation la suspicion entretenue régulièrement par la presse concernant le « pouvoir des franc-maçons ». Comment le non-initié n’aurait-il pas en tête une telle réserve, même s’il ne veut pas prêter l’oreille aux théories du complot, alors qu’il ne se passe pas une année sans qu’un hebdomadaire fasse sa « une » sur ce sujet rebattu ? Si, en outre, notre non-initié a repéré ici et là le parcours de tel Grand Maître qui s’est empressé, sitôt libéré de ce titre trop voyant, de le faire fructifier dans les sphères politiques ou privées, s’il a eu vent de telle ou telle sale affaire, sur la Côte d’Azur ou ailleurs, dans laquelle la confusion est patente entre le monde des loges et les pouvoirs administratifs, politiques et/ou économiques, nul doute qu’il aura une idée assez dégradée de la franc-maçonnerie. Inutile, alors, de vouloir nuancer son jugement en lui expliquant que telle obédience est particulièrement concernée depuis une quinzaine d’années et fait indûment du tort aux autres ; qu’il n’y a pas plus de vote maçonnique qu’il n’y a de vote juif ; que les politiques se leurrent presque toujours en cherchant à établir des liens avec ce qu’ils considèrent comme un groupe de pression à amadouer… Le fantasme peut être déconstruit, il n’en reste pas moins qu’il est régulièrement entretenu par quelques faits gênants.

Mieux vaut, à mon sens, aller directement à l’essentiel, et affirmer que l’essentiel se passe en loge. Sur les 150 000 franc-maçons environ que compte notre pays, quelques dizaines, quelques centaines tout au plus sont concernés par les fonctions de gouvernance. Qu’est-ce qui fait donc courir les autres, tous les autres, ceux que l’on pourrait appeler les franc-maçons « de base » ? En général, ils s’intéressent fort peu aux polémiques ou conflits de personnes sévissant parfois (parfois seulement) dans les « convents », c’est-à-dire les assemblées représentatives annuelles. Et souvent ils ne connaissent même pas le nom du Grand Maître ou de la Grande Maîtresse de leur propre obédience ! Ce qui les retient, ce qui les anime, c’est la richesse singulière de la vie de leur loge. Et que se passe-t-il donc en loge ? Difficile à résumer, car ce qu’y vivent les maçons ne relève pas des critères communs pour définir les groupements associatifs, religieux, politiques, philanthropiques, etc. Par exemple, il y a manifestement du « sacré » dans le temple maçonnique, mais ce n’est pas celui des religions ; il y a évidemment un héritage philosophique partagé, mais ici le rationalisme des Lumières côtoie étrangement une tradition initiatique et une symbolique venues du fond des âges ; il y a aussi un humanisme social et politique affirmé, mais, même au Grand Orient, où cette dimension est la plus voyante, elle ne se départit jamais d’un cheminement intérieur de l’individu à travers le partage, cheminement vers une sagesse, voire une spiritualité… y compris pour les plus laïcs.

Un « sacré » non violent

Dès lors que l’on parle de temple, d’initiation, de profanes (les non-initiés), etc., il va de soi que les rites régissant la vie maçonnique relèvent d’une dimension sacrée. Mais comment la définir, sachant que par ailleurs les maçons ont eu, dans l’histoire de notre pays (beaucoup plus d’ailleurs que dans les pays anglo-saxons) un rôle important dans le mouvement de sécularisation de la société, et dans les combats pour la laïcité ? Pour y voir un peu plus clair, il faut, je crois, se référer aux deux définitions qu’Émile Durkheim a données du sacré : dans les Formes élémentaires de la vie religieuse1, il définit tout d’abord l’espace sacré comme un lieu délimité et isolé, protégé de l’extérieur par un interdit. Mais, à côté de cette définition minimale, il en développe une autre, plus forte, plus chargée, où le sacré est compris comme le lieu de la manifestation des « puissances supérieures ». En général, ces deux définitions se rejoignent et se superposent dans les pratiques spirituelles traditionnelles, mais la franc-maçonnerie semble être, de ce point de vue, une exception.

Certes, le temple maçonnique peut être qualifié de sacré en tant qu’il est protégé des interférences avec le monde : tel est le sens symbolique de ces « métaux » que le maçon est censé avoir déposés à l’extérieur, sur le « parvis du temple », et qui représentent les fonctions sociales et autres déterminismes empêchant une expression libre et égalitaire. Tel est aussi le sens du fameux secret maçonnique, qui interdit de divulguer quoi que ce soit de ce qui a pu se passer dans une « tenue » (assemblée rituelle). Le temple est donc bien un lieu clos, qui répond à la première définition du sacré par Durkheim. Mais il n’est pas sacré au sens où il serait habité par une force irrationnelle comparable au mana des religions dites archaïques, au wakan des tribus d’Amérique du Nord, ou encore à la Présence réelle du catholicisme traditionnel. Même dans les rites de type déiste où l’on se réunit « sous les auspices du Grand Architecte de l’Univers », celui-ci relève plutôt du vocabulaire symbolique, il est comme un cousin du Grand Horloger de Voltaire, une sorte d’Origine mythique qui n’impose à l’assemblée aucune verticalité.

On pourrait même aller plus loin, jusqu’à affirmer que le temple maçonnique est sacré en un sens inverse à celui des religions. L’individu ne s’y trouve pas en présence d’une Puissance à la fois terrifiante et fascinante (le mysterium tremendum et fascinans de Rudolf Otto2) qui aurait pour effet de le réduire au silence. Emmanuel Levinas, on le sait, se méfiait de ce genre de spiritualité qui laisse l’homme sans voix face aux « puissances supérieures ». Le caractère sacré de la tenue maçonnique a au contraire pour fonction de réunir les conditions d’une parole libre et partagée de façon égalitaire : le rite invite à une lenteur et à une concentration dans l’écoute de l’autre ; l’opinion des participants est sans cesse sollicitée ; les règles de prise de parole interdisent d’interpeller un « frère » et a fortiori de lui couper la parole – on s’adresse à la fois au « vénérable » qui préside et à tous les présents, mais jamais directement au précédent intervenant… Bref, toutes les conditions se conjuguent pour que chacun se trouve libre et disponible. Libre de sa parole, qui en dehors des normes rituelles est absolument sans contrainte ; et disponible pour écouter l’autre, en partant du principe qu’il y a toujours quelque chose à apprendre de lui, même en cas de ferme contradiction. La première richesse de la franc-maçonnerie réside donc dans cet apprentissage de l’écoute et du partage. Paradoxalement, si elle relève du sacré, c’est dans une acception tellement particulière qu’elle tend à démentir l’assertion de René Girard : « Le sacré, c’est la violence. »

Personnellement, j’ai eu maintes fois l’occasion de constater l’effectivité – et la fécondité – de tels principes méthodologiques. Il m’est arrivé de porter une parole dissidente, voire dérangeante dans une assemblée dont la majorité ne partageait pas mes points de vue. Il se trouve que je suis catholique dans une loge du Grand Orient de France, mais ce n’est pas en cela qu’il pourrait y avoir friction, car on ne vient pas en loge en arborant ses convictions politiques ou religieuses. Les contradictions sont plutôt de l’ordre du heurt des sensibilités singulières, et, par exemple, j’aime bien dénoncer parfois les facilités d’un certain progressisme bien-pensant. Or, en affirmant ainsi un point de vue minoritaire, je peux dire que jamais je n’ai fait l’objet d’un quelconque procès d’intention. Non seulement j’ai été écouté jusqu’au bout, mais je me suis vu ensuite salué et même remercié par ceux qui avaient exprimé un avis contraire. Non pas qu’ils aient été forcément convaincus par mes arguments, mais ils m’étaient reconnaissants de leur avoir donné à penser par ma différence. Ils incarnaient alors la fameuse citation de Saint-Exupéry, extraite de Citadelle3 et gravée en grandes lettres au siège du Grand Orient de France : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » En de telles occasions me revenait à l’esprit la définition que donnait le philosophe Éric Weil de la violence : « Il y a violence dès lors que je ne fais pas participer l’autre à l’élaboration de mon propre discours4. » En ce sens, la franc-maçonnerie est une école de non-violence, instituant un espace où chacun accepte de se laisser pénétrer par la parole de l’autre.

Progressisme et tradition

Un autre paradoxe de la franc-maçonnerie réside dans le fait qu’elle se situe au confluent de deux courants a priori antagonistes : par son histoire, qui s’enracine dans le siècle des Philosophes, elle est porteuse d’un progressisme congénital issu des Lumières – même les loges les plus « spiritualistes » s’en revendiquent ; mais dès le début, elle a assorti ce fonds philosophique de pratiques rituelles faisant appel à une mythologie ancestrale, ou prétendue telle. Ce n’est pas le lieu ici de discuter du bien-fondé de cette mythologie : peu importe que la « maçonnerie spéculative » née au début du 18eme siècle soit en continuité réelle ou seulement légendaire avec une « maçonnerie opérative » s’enracinant dans le savoir-faire des bâtisseurs de cathédrale ; peu importe que la généalogie de certains rites et symboles remonte effectivement à la nuit des temps (Égypte ancienne, Temple de Salomon, etc.) ou qu’une telle prétention relève du conte ésotérique. Ce qui est bien réel, c’est qu’aujourd’hui la franc-maçonnerie française est un étrange amalgame de modernité issue des idéaux de la Révolution, et de traditions initiatiques venues d’un autre système de pensée.

Ce qui n’est pas sans conséquences. Prenons par exemple la devise républicaine que les franc-maçons français ont faite leur à partir du milieu du 19eme siècle, « Liberté, Égalité, Fraternité », et voyons comment est décliné ce triptyque dans la vie maçonnique.

Le premier terme, Liberté, est bien incarné dans les loges, où une liberté absolue de conscience est reconnue à chaque membre. La liberté d’expression y règne aussi, certes, mais le caractère rituel de la tenue l’encadre dans des règles formelles qui peuvent paraître très contraignantes. Parce qu’elle a pour vocation une élévation de chacun, l’expression libre s’oblige ici à employer un certain vocabulaire symbolique, s’oblige aussi à une distribution de la parole très réglementée, s’oblige enfin à exclure certains contenus (proprement politiques ou religieux, par exemple) qui seraient susceptibles de déclencher les passions ou de favoriser les rapports de force. Il y a donc bien débat libre et démocratique sur les sujets abordés, mais dans une atmosphère tout autre que celle des débats publics auxquels les mêmes hommes et femmes peuvent participer dans la société.

En outre, sitôt sorti du temple, le franc-maçon est tenu de respecter sa promesse de secret. Voilà donc une autre autolimitation de sa liberté de parole, si mal perçue en général par les non-maçons, et qui n’est compréhensible que par le caractère initiatique de l’ordre maçonnique. De quoi s’agit-il en fait ? Il faut d’abord prêter peu d’attention au secret des rites, puisque, de toute façon, leur déroulement a été depuis longtemps divulgué par toute une littérature aisément disponible en librairies. Quant au secret qui concerne l’appartenance, rappelons qu’il ne concerne que les autres maçons et relève d’une simple prudence fondée sur l’expérience : chacun peut se dévoiler comme il l’entend à qui bon lui semble, mais doit respecter la volonté de discrétion de ceux de ses frères qui estiment que l’étiquette de franc-maçons pourrait leur porter préjudice. L’histoire a montré – en dehors même des terribles persécutions sous le régime de Vichy – que de telles préventions ne relèvent pas de la paranoïa, tant peut être fort le poids des préjugés. Mais le véritable secret maçonnique se situe au-delà de cette règle de précaution. Il s’explique par l’indicibilité de l’expérience initiatique. Si le franc-maçon s’oblige à ne rien en dire, c’est parce qu’il sait que toute parole trahirait l’essentiel en voulant le traduire. Ce que je fais ici en évoquant l’expérience vécue en loge ne vise qu’à dissiper quelques malentendus, non pas à « dévoiler » la vie maçonnique. Le voudrais-je que la tâche serait impossible, car on ne dévoile pas des processus de transformation intérieure, des moments inoubliables de communion, des sentiments furtifs d’élévation, des amitiés salvatrices… toutes choses qui font qu’une vie de société peut être dite initiatique. Quand j’ai promis de me taire sur le sujet, je n’aliénais pas fondamentalement ma liberté, je reconnaissais simplement que ce sujet est incommunicable.

On pourrait faire le même constat pour le principe d’Égalité que pour celui de Liberté. Les francs-maçons y sont attachés en tant qu’héritiers des Lumières, et c’est un fait qu’ils ont milité de tout temps contre l’esclavage (Victor Schœlcher), pour l’accès égalitaire à l’éducation (Jules Ferry, Jean Zay), pour le droit des femmes (Pierre Simon), etc. Comme il est vrai que le milieu franc-maçon fut le creuset privilégié de la socialisation des juifs et des protestants dans une société majoritairement catholique où ceux-ci étaient discriminés. Le tableau d’honneur de la franc-maçonnerie sur ce point n’est plus à faire, mais… que se passe-t-il en loge ? L’apprenti n’a pas droit à la parole en tenue, il doit se contenter d’écouter sauf si le « vénérable » le sollicite exceptionnellement ; les apprentis et compagnons doivent parfois sortir sur le parvis du temple lors de certaines décisions qui ne peuvent se prendre qu’entre maîtres ; les uns et les autres n’ont pas droit aux mêmes tabliers et autres « décors »… Bref, la sacro-sainte égalité est en apparence mise à mal dans le quotidien de la vie en loge. En apparence seulement, car le principe est clair : du jour de son initiation, tout franc-maçon est l’égal de ses frères, et les fonctions particulières que peuvent exercer certains d’entre eux (fonctions qui sont toutes électives et temporaires) ne leur confèrent aucune dignité supplémentaire. Cette égalité de principe est symbolisée par le tutoiement, que le tout nouvel apprenti peut pratiquer aussi bien avec les très anciens maçons qu’avec le Grand Maître de son obédience.

Mais il n’en reste pas moins que la franc-maçonnerie est une société « progressive ». Ses membres sont égaux, mais pas comme peuvent l’être les adhérents d’une association, les usagers d’une institution publique, ou les membres d’un parti. Ils se vivent comme devant suivre une progression qui va de la « naissance » que représente l’initiation jusqu’à la maturité, en passant par les trois « degrés » d’apprenti, de compagnon et de maître. Il existe donc une tension subtile entre l’égalité proclamée, et défendue historiquement dans la République par les milieux franc-maçons, et le caractère « progressif » de leurs traditions symboliques. La meilleure illustration de cette douce ambiguïté est l’adjectif anglais progressive, présent dans les premières constitutions maçonniques, et qui peut se traduire en français aussi bien par « progressif » que par « progressiste »… Parfois, les franc-maçons ont bien du mal à tenir les deux bouts de cette polysémie, comme on l’a vu, par exemple, dans les polémiques de ces dernières années sur l’initiation des femmes au Grand Orient : certains arguaient du caractère initiatique de la franc-maçonnerie pour la refuser, puisque le corps sexué est impliqué dans les « épreuves » de l’initiation – et il est vrai que les sociétés initiatiques dans toutes les cultures historiques ont toujours été sexuellement ségréguées ; d’autres considéraient (comme le pensent d’ailleurs souvent les non-maçons) qu’il était aberrant qu’une telle « inégalité » demeurât comme une tache dans cette obédience progressiste. La solution finalement adoptée (chaque loge décidera souverainement de sa pratique) sanctionnait le pluralisme constaté des sensibilités.

Qu’est-ce qu’un « frère » ?

Liberté, Égalité… qu’en est-il donc de la Fraternité au sens maçonnique ? Qu’est-ce, au fond, que la fraternité ? En général, lorsque les hommes s’appellent « frères » sans être biologiquement du même sang, c’est qu’ils se sont inventé une ascendance symbolique commune, pour légitimer, pour fonder sur le plan mythique un sentiment d’identité collective. Ainsi, les chrétiens se sont dit frères en référence au Dieu biblique qui a pris, dans la prédication de Jésus, le caractère essentiel de « père », les musulmans s’appellent frères entre eux en référence à Abraham, etc. On pourrait ainsi expliquer la fraternité des maçons par la filiation mythique qui les relie au personnage biblique d’Hiram, maître d’œuvre du temple de Salomon. Mais gloser sur ce symbolisme ne nous avancerait pas beaucoup. Pour le non-maçon, le plus souvent, ce ne sont là que des mots, de jolis noms pour désigner une sorte de contrat ambigu unissant quelques élus qui se reconnaissent par des signes déterminés et qui ont décidé, au-delà des distances et des distinctions habituelles de la société, de s’entraider et de se tenir les coudes. Et effectivement, il faut bien reconnaître qu’il y a un problème avec ce mot de fraternité. Si la simple présomption d’une communauté de pensée induit automatiquement un lien qui devrait se manifester par un devoir de solidarité, on voit bien à quelles dérives une telle vision peut aboutir. L’affairisme, l’arrivisme, le petit jeu des renvois d’ascenseur, l’esprit de clan peuvent se cacher alors derrière une prétendue parenté intellectuelle, derrière le mythe d’un humanisme partagé. Et ils n’en sont alors que plus pervers – le vice n’est jamais aussi vicieux que lorsqu’il se pare des atours de la bonne conscience.

De telles déviations ont toujours existé, dans la franc-maçonnerie comme dans d’autres types d’associations. L’élément du secret ajoute ici une dimension propre à alimenter toutes les suspicions, et l’on sait que la presse se complaît à mettre en scène régulièrement ces fantasmes de réseaux occultes et de collusions politico-économiques – fantasmes, oui, mais il faut bien admettre que, plus d’une fois, il y a eu au moins une part de vrai dans ces allégations. Même s’il sait que cette face honteuse de la fraternité demeure ultra-minoritaire, le franc-maçon « de base » en est toujours meurtri. Il a beau se répéter qu’il n’a que faire de ces quelques moutons noirs de la franc-maçonnerie, il n’en est pas moins blessé par le dévoiement de cette fraternité qui représente pour lui un idéal. Alors il se dit que, définitivement, l’essentiel se passe en loge, dans cet espace et ce temps suspendus que représente la tenue, c’est-à-dire la réunion rituelle. C’est pourquoi il voit d’un mauvais œil ce qu’on appelle les « fraternelles », ces réseaux de franc-maçons issus de diverses obédiences, et réunis par affinités socioprofessionnelles : leurs assemblées n’étant pas rituelles, elles ne méritent pas le qualificatif de maçonniques, d’autant que le principe même d’un regroupement par affinités sociales est contraire à l’universalisme maçonnique.

En vérité, dans le quotidien de l’immense majorité des franc-maçons, le lien fraternel n’est pas clanique, fondé sur l’intérêt et la complaisance mutuels, mais initiatique, c’est-à-dire fondé sur l’expérience commune d’une « mort » et d’une « renaissance ». Le maçon a vécu symboliquement ce passage le jour de son initiation, et reconnaît comme frères ceux qui ont connu la même traversée. Ce ressenti lié à l’initiation est bien réel, à tel point que ceux qui ont vécu cet événement le même jour s’appellent entre eux : « jumeaux ». Il est le ciment de la cohésion des franc-maçons par-delà les distinctions, voire les clivages de leurs obédiences. Il y a là l’affirmation d’un acquis, d’un lien noué pour la vie. Et dans le même temps le mot est porteur d’un programme, celui d’un travail continu d’approfondissement, à la fois personnel et collectif, à la fois intérieur à chacun et dialogal. Appeler un autre homme son frère, si l’on prend la chose au sérieux, c’est d’une certaine manière faire abandon de la toute-puissance de son propre désir. C’est lui signifier que l’on est prêt non seulement à l’accepter tel qu’il est (ce qui ne serait que de la simple tolérance), mais aussi à le faire participer à notre être et à notre propre progression.

La loge est précisément un lieu où chacun peut faire l’apprentissage de cette interpénétration des diversités. On y côtoie des personnes qui peuvent être très éloignées de soi sur le plan des opinions politiques, des idées philosophiques et religieuses, des savoirs et des savoir-faire, des mœurs culturelles, sexuelles, etc. Ne surestimons pas l’amplitude de ces différences – dans la réalité, il y a très peu d’ouvriers et d’employés, très peu d’Africains ou de Maghrébins dans les loges françaises. Mais le champ est tout de même relativement large, suffisamment pour que chacun côtoie des personnalités qu’il n’aurait jamais rencontrées ailleurs, ou dont il n’aurait jamais pensé qu’elles auraient pu l’intéresser. Et ce qui est le plus significatif, c’est que ces différences sociales ou autres demeurent tout à fait secondaires dans la relation de frère à frère. Il arrive même souvent (notamment dans les loges nombreuses, comme c’est le cas pour la mienne) que la fonction professionnelle de tel ou tel vous demeure assez longtemps inconnue : vous avez pourtant vécu avec lui des moments forts, voire inoubliables, au cours des tenues, mais cette relation se situe à un niveau d’humanité que l’on pourrait dire nue, dans une tentative de se débarrasser de tous les déterminismes, de tous les masques sociaux. De sorte que vous n’avez même pas eu l’idée de lui demander ce qu’il faisait dans le monde. L’occasion pourra se présenter un jour, lors des « agapes » qui suivent les tenues, ou lors d’autres réunions, mais la fraternité maçonnique peut très bien se passer de ce genre de précision – et personnellement, je dois dire que je l’éprouve alors comme particulièrement délicieuse. Elle peut tout aussi bien être l’occasion d’amitiés durables, voire quasi familiales, mais ceci est une autre histoire, non proprement maçonnique, une histoire d’affinités personnelles comme tout un chacun, maçon ou non, peut avoir la chance d’en vivre.

*

Au terme de ce survol, et puisque j’ai évoqué au détour d’une phrase mon appartenance catholique (qui est d’ailleurs assortie, je l’avoue, d’une pratique très irrégulière), que dire de celle-ci en contexte maçonnique ? D’abord qu’elle n’a jamais posé aucune sorte de problème, ni à mes « frères », comme je l’ai dit plus haut, ni à moi-même. Historiquement, la franc-maçonnerie a été créée par des chrétiens pour être le « centre de l’union », ce qui à l’époque signifiait notamment (sinon essentiellement) l’union entre protestants et catholiques par-delà les anathèmes que se jetaient mutuellement les institutions confessionnelles. Je ne me sens donc aucunement concerné par les condamnations solennelles du Vatican, édictées en un temps où la franc-maçonnerie était à la pointe du juste combat contre l’hégémonie cléricale. Je mets sereinement ces imprécations au compte des excès qui furent alors le fait des deux camps, sachant que si la condamnation ecclésiale n’a pas encore été abrogée, c’est simplement parce que mon Église a toujours mis des siècles à reconnaître ses erreurs historiques.

Ce qui importe ici est encore une fois ce qui passe en loge : pour le chrétien, la tenue maçonnique ne constitue en rien un ersatz de liturgie, car la maçonnerie n’est pas une religion de rechange. C’est d’ailleurs pourquoi elle reste compatible avec la foi chrétienne, car elle mobilise d’autres dimensions de l’être, d’autres facultés, d’autres exigences. En l’occurrence, le rituel maçonnique relève d’un sacré minimaliste, comme évoqué plus haut, d’un immanentisme, d’une horizontalité qui n’ont rien à voir avec l’aspiration verticale vers la transcendance qu’incarne la liturgie chrétienne. Horizontalité et verticalité non contradictoires, peut-être même complémentaires.

Dans le principal texte fondateur de la maçonnerie, les Constitutions d’Anderson (rédigées, soit dit en passant, par deux pasteurs), la seule exclusion expressément édictée consistait pour le franc-maçon à ne pas être un « athée stupide ». Expression ambiguë qui donna lieu à de vives polémiques, mais l’expérience de trois siècles a montré qu’il était tout à fait possible d’être un athée non stupide. Aujourd’hui, la vie partagée d’une loge maçonnique m’aide à devenir un croyant non stupide.

Démocratie et initiatique 15 juillet, 2019

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Démocratie et initiatique

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Blackbouler. Refuser un(e) candidat(e) lors d’un vote par ballot (ou ballote) avec des boules blanches et noires. Déposer une boule noire dans le compartiment blanc de la boîte à ballot signifie le refus.

L’image d’une duplication du monde profane dans nos loges n’est pas loin. La question qui se pose et de savoir si une loge peut échapper à cette étrange déliquescence « politique » qui s’invite dans l’initiatique ?

 

        Au plan historique on rappellera l’opposition des Maîtres de loge parisiens lorsque le 24 mai 1773 est acceptée par le Grand Orient de France la disposition suivante : « Le Grand Orient de France ne reconnaîtra désormais pour Vénérable de loge que le Maître élevé à cette dignité par le choix libre des membres de la Loge ».

        À l’issue de cet épisode est née la Grande Loge Nationale.

 

        Fondamentalement, la démocratie est une avancée propre à notre histoire. Il ne s’agit pas de la remettre en cause, pourtant le gouvernement des hommes trouve ses limites dans le plus petit dénominateur commun qui les unit et finit par polluer l’espace initiatique. La juste voie consiste non pas à camper au milieu des égotismes et des ambitions mal embouchées, mais au contraire à changer l’ordre des choses en changeant la formulation. Les mots ont leur magie : lorsqu’un frère souhaite postuler à la chaire de Salomon en ayant préalablement rempli les conditions, il n’est pas « candidat » à l’élection de ses frères, mais il se met à disposition de la Loge pour assumer cette charge.

        La différence sémantique à son importance, car on élimine la clanification, le jugement et le dénigrement et on restaure par le haut l’idée de « Charge » dont chacun sait qu’elle repose, sur une notion qui dépasse l’individu immergé dans ses petites coteries. La Charge consiste à une médiation, assumée par le V:.M:., entre le Debhir et le Hékal, entre le Saint des Saint et le Saint.

        Quels que soient les garde-fous que l’on peut introduire dans les statuts, règlements et autres, l’homme dit « maçon » n’en fera que ce qu’il est lui-même…

        Face au scrutin, il se sent investi d’un pouvoir, celui de décider s’il est « pour ou contre ». Il lui faut donc se situer sur un échiquier. C’est une grande conquête de l’homme que de pouvoir donner un avis, de trancher, de décider, encore faut-il avoir quelques qualifications pour le faire correctement. On soulignera que le silence de l’apprenti et son exclusion de la plupart des votes, caractérisent la tradition maçonnique, qui prend délibérément ses distances avec la démocratie à toutes les sauces. Sur les parvis tous les maçons sont égaux, mais une fois les travaux ouverts, la hiérarchie initiatique reprend ses droits. D’un bout à l’autre de sa vie maçonnique, l’initié est tenu de faire des choix

        Face à un impétrant passant sous le bandeau, qu’elle appréciation profonde peut-il porter ? N’est-il pas renvoyé aussitôt à ses propres limites dans la compréhension de l’autre, à ses propres fantasmes idéologiques et religieux ? Quel état d’esprit préside à son vote ? Est-il tributaire de son éducation ?

        Dans le cas de l’élection d’un Vénérable, pourquoi devrait-il s’abaisser à se transformer en membre d’un clan porteur d’un homme ou d’un projet ? N’est-ce pas antinomique de la pensée initiatique que de juger et de soupeser le poids maçonnique des candidats à l’aune d’une amitié relationnelle et de promesses profanes.

        Il nous semble évident que la culture électoraliste d’une loge dépend de l’exemple fourni par les Grandes loges dont elle dépend administrativement… L’actualité démontre que cet exemple est peu flatteur et abouti parfois à la scission d’une partie de la Grande Loge. Toute loge dite régulière se soumet à une règle.  Cette règle peut varier d’une loge à l’autre comme elle peut varier d’une obédience à l’autre. Quoi qu’il en soit, se soumettre à la règle c’est honorer la Tradition qui est un héritage immémorial.

        Suivant que l’on situe la « Tradition » comme l’héritage des temps ancestraux, ou qu’on la situe en droite ligne du Siècle des lumières, voir dans la continuité des acquis de la IIIe République, le problème de l’expression démocratique en loge sera traitée différemment.

        Quel que soit le modèle traditionnel qui régit nos loges, il arrive que l’application de l’exercice démocratique dans une enceinte initiatique pose problème.

        Il est certain que les modalités de vote en loge sont de nature à créer une déliquescence profane dans un univers supposé initiatique. Tout résultat peut être biaisé dans l’esprit, même s’il est parfait dans la forme.

        Les trois thèmes principaux sur lesquels s’exerce la votation sont :

 

- l’admission en loge après le passage sous le bandeau,

 

- la nomination du collège des officiers et l’élection du V:.M:.,

 

- ou plus ordinairement lors d’une simple décision en loge.

 

        La plupart des loges font un scrutin secret pour les sujets portant sur un homme. L’intention est louable et exemplaire s’il ne s’agissait pas d’une loge maçonnique, car s’agissant d’un microcosme ou chaque frère connaît son voisin, le scrutin secret loin d’apaiser le verdict, risque de renforcer une forme de lâcheté ou de faux semblant du votant. Ce dernier est sollicité sur les parvis par une coterie d’usage. 0n sollicite sa bienveillance et son appartenance à tel ou tel clan est examinée de près.

        À ce stade, chacun est susceptible de se transformer en juge de son propre frère. Disons-le clairement, sur le plan de l’égrégore et dans la sphère initiatique l’effet peut être dévastateur.

        Pour éviter que la science secrète des votes ne domine les esprits, s’agissant de l’admission en loge il y a trois scrutins :

        Le premier consiste en la prise en compte de la demande du profane d’intégrer l’ordre, le vote à main levée serait salvateur dans la mesure ou celui qui s’oppose doit s’expliquer et que l’on à l’habitude de faire confiance au parrainage, du moins au Rite Ecossais Primitif. Dans la plupart des obédiences, ce vote se fait à l’aide des boules noires et blanches et à la majorité simple. (L’unanimité étant requise à main levée à certains rites)

        La seconde consiste, après le passage sous le bandeau du profane en un vote sur sa future initiation, à main levée ou à l’aide des boules suivant les rites. Le candidat est recalé s’il y a un quart de boules noires, alors que l’unanimité devrait être la règle, preuve que ce système confine à l’irresponsabilité et la cristallise la notion d’opposition sans motivation.

        Enfin, pour son intégration dans la tenue de réception, il est procédé à un vote à main levée dans certains rites, ce qui n’est qu’une formalité.

        Sur des sujets subalternes où les frères doivent prendre position, il est nécessaire que l’Orateur donne, avec l’accord préalable du V:.M:., un sens constructif au vote par l’énoncé directif de ses conclusions, évitant à la votation de n’être le reflet que de l’incompréhension des intérêts supérieurs de la loge. Son rôle est insuffisamment valorisé par le Vénérable, car dans une optique de scrutin, l’unanimité devrait être recherchée en créant une adhésion plutôt qu’une interrogation dans l’esprit des votants. C’est à ce niveau d’engagement que l’Orateur, en appui du Vénérable, va contribuer à défaire l’effet néfaste du jugement aléatoire du votant, au profit d’un mouvement plus enveloppant et charismatique, venant de l’Orient et susceptible de participer à l’égrégore de la loge.

        Il faut toujours rechercher l’accord partagé plutôt que l’avis personnel.

C’est le partage du pain qui fait l’agape et non pas la satisfaction de son propre appétit.

        Dans certains rites, la conscience supérieure de la charge devrait suffire pour que chacun, au moment du vote, ne se transforme pas en « bouliste du dimanche électoral ». Le vote noir ou blanc n’est pas fait pour choisir un candidat à une élection, mais pour renforcer la fonction ou la charge. Dans les faits il y a vote, certes, mais dans l’esprit on renforce le pouvoir médiateur de la charge. Il s’agit plus encore, d’un état d’esprit, d’un dimensionnement de la conscience qui, une fois explicité, doit responsabiliser les votants en leur évitant de tomber dans des combinaisons florentines et burlesques.

        L’élection du Vénérable est une nécessité dans la plupart des rites. À la majorité absolue en deux tours, puis, si nécessaire au troisième tour à la majorité relative. Il est élu face à son ou ses concurrents.  Ce point de vue est dommageable pour l’esprit de la charge à assumer au point de transformer et de dégrader la charge en fonction. La démocratie dans son système majoritaire est parfois destructrice de la cohérence de l’ensemble du groupe (c’est un paradoxe) ; cohérence indispensable dans le cheminement initiatique.

        Le point de convergence entre l’initiatique et la démocratie consiste en une pratique rigoureuse de l’unanimité. L’acclamation qui est mode d’expression plus ancien que la votation, porte en elle l’expression de la cohérence, obligeant la mise en œuvre des principes et des comportements, liés à la sagesse de la réflexion. Ici s’exprime la force et l’harmonie de la loge et le maçon n’est qu’un maillon de cette chaîne d’union.

        Le votant doit donc s’interroger sur l’importance de son point de vue face à la nécessaire cohérence de la loge. Dois-je m’opposer pour exprimer ma différence au risque d’amoindrir l’égrégore ? Mon opposition est elle à la hauteur de mon engagement maçonnique ? Quelle position prendrait un Sage dans cette situation ?

        Ce constat remet en cause « le parti pris » qui s’oppose ou qui tente de s’imposer dans une violence feutrée qui n’a rien à faire en loge.

        S’agissant des officiers, le scrutin peut être uninominal à la majorité absolue au premier tour et à la majorité relative au second. On peut aussi l’organiser sur la base d’un scrutin de liste à la majorité absolue. On objectera que le Vénérable élu peut ainsi se retrouver adjoint un officier par exemple un Orateur, en la personne de son opposant. Cet exemple vécu laisser imaginer l’égrégore des tenues.

        Dans d’autres rites, nous l’avons vu, les votes se font à mains levées, ce qui oblige chacun à prendre ses responsabilités, face à ses frères. La transparence du vote à main levée contribue à la pérennité et à la cohérence de la loge sans nier le libre arbitre. Le gouvernement des hommes en loge ne devrait pas s’accommoder de la médiocrité liée à l’absence d’unanimité. C’est le Vénérable, en premier, qui est victime du système majoritaire. De porteur et transmetteur de lumière suivant les principes initiatiques, il est ravalé au rang de pivot fonctionnel, déshabillé de toute influence spirituelle, fagoté en rouage quasi administratif de la loge. Quelque part c’est le Hékal qui dicte au Débhir ce qui est un contresens initiatique grave.

        La méconnaissance de la nature initiatique de la charge de Maître de Loge et le besoin d’exercice partagé d’un pouvoir exotérique, fondé sur la partition politique des francs-maçons est peut-être une faute grave, entachant la marche initiatique des loges.

        Désormais proches de la contrainte et de la loi du nombre, ces loges ne peuvent œuvrer que dans la sphère où elles excellent, à savoir la marche de la cité puisqu’elles ne font qu’en reproduire un système en miniature. Leurs contributions sont immenses mais reposent sur une contradiction essentielle. Les sujets d’actualité à caractère sociaux seront dans leurs cordes, mais leur goût pour la spéculation initiatique s’effondre naturellement par la dégradation fonctionnelle. Cette dégradation s’appuie sur le plus petit dénominateur commun appelé aussi majorité absolue et relative, si indispensable à notre démocratie. À ces conditions, l’initiatique peut-il être relatif ? ou absolu avec une opposition latente ?

        L’initiatique relève de la totalité par sa nature, telle serait la réponse d’un certaine tradition qui fait le distinguo entre « charge » et simple « fonction ».

        Bref, dans les systèmes électoraux qui sont greffés dans les sphères initiatiques il y a bien souvent des pratiques profanes. Notons que ces comportements déplacés de notre point de vue, sont adossés et justifiés par le système électoral à la boule qu’il faut accepter car conforme aux Grandes Constitutions.

        Enfin dans certains rites « historiques » voir « archaïques », ce problème ne pouvait se poser. La raison tient à l’histoire même de ces rites qui ont su conserver leur sens initiatique primitif et intact. Rappelons qu’au début de la Franc-Maçonnerie en France, il n’était pas question d’élection au poste de Vénérable car ce dernier était nommé Ad Vitam . On rejoint ainsi la notion de charge et non de fonction. Certaines loges anciennes s’étaient réunies pour s’opposer au principe électif prôné par le G:.O:. de l’époque, formant ainsi à leur tour une Grande loge. De plus la nomination du Vénérable dépendait de l’acquisition préalable de certains grades supérieurs, assortis d’un grade fonctionnel et d’une cérémonie dite secrète, cette pratique étant liée aux principes de base de l’écossisme.

        Le Rite Ecossais Primitif en est l’un des derniers exemples. Ce Rite est à 7 degrés, dont un grade fonctionnel. En effet le V:.M:. n’est pas élu au sens politique du terme. Il est nommé puis élu.

Il doit être nommé Maître de loge appelé aussi Maître de Saint-Jean qui est un grade fonctionnel et doit donc être au minimum Maître Ecossais – Chevalier de Saint André (equi. 18e).

Cette disposition à bien des égards, sélectionne naturellement quelques studieux volontaires qui désirent supporter ladite « charge » de Maître de Loge.

        On est donc, en tant que Maître de Saint-Jean, Vénérable en puissance. Il ne reste plus qu’à créer sa charge, en créant un triangle par essaimage, puis une loge, qui une fois juste et parfaite donnera un exercice plein et entier à ce sacerdoce qu’on doit assumer « ad vitam ». De nos jours, descendu de charge à l’issue des trois ans, il reste en puissance Vénérable avec le titre de « Passé Vénérable ».

        Il s’agit ici des mêmes modalités d’exercice que la Franc-Maçonnerie connaissait avant la réforme Andersonienne. Donc, point de vote départageant d’éventuels candidats, le V:.M:. en place veillant à préparer et former son successeur. Pas de fièvre électorale et obligation pour le V:.M:. en chaire d’être à la hauteur de sa charge ; à défaut la loge se délitera et disparaîtra.

        Outre le choix qui est fait d’un successeur, ce dernier doit à nouveau faire la preuve de ses qualités tant profanes que maçonniques. C’est à ce niveau que s’établit le deuxième filtre confirmatif des conditions objectives de la recevabilité à la fonction. La recevabilité est identique à celle du maçon de base, il doit être « libre et de bonnes mœurs », c’est-à-dire non « soumis » à condamnation infamante, sur son casier judiciaire ou concerné par une action judiciaire en cours.

        Il doit se rendre disponible pour l’exercice de transmission initiatique, c’est-à-dire non « soumis » dans une démarche politique ou économique de premier plan qui ferait de la maçonnerie une tribune d’opportunité.

        C’est ici l’ancien système qui est décrit et qui pour des raisons évidentes liées à l’épisode Andersonien, à la révolution de 1789 et aux acquis du Siècle des lumières, fut amendé pour faire la place à la loi du nombre. Comment renoncer à un tel héritage de sagesse initiatique et pourquoi renoncer aux progrès humain généré par la démocratie? Le maçon est pris dans une contradiction.

        Pour éviter les phénomènes claniques qui peuvent se réveiller à d’autres moments que l’élection et qui sont toujours motivés par une fausse modestie, doublée d’un orgueil incommensurable (dictature de l’ego), une règle simple consiste à limiter à 24 de nombre de FF:. inscrits sur les registres de la L:..

        Magique est ce chiffre (il correspond aux 24 graduations de la règle du tableau de loge), car il permet à chacun de travailler à préparer ses planches, en évitant une oisiveté dilettante propre à faire redescendre le niveau d’éclairement. De la même façon, il est démontré qu’au-delà de 24, les FF:. ne se reconnaissent plus, au point de plonger dans l’anonymat d’une masse aveugle et impersonnelle.     N’oublions pas que la règle, au sens symbolique, n’a de valeur que pour les 24 unités qui la composent. Nous pouvons affirmer qu’au plan symbolique au-delà de 24 FF:. il n’y a plus de règles communes qui soit reconnues comme telles, il y a par contre autant d’interprétation que de frères excédants ce chiffre. Est-il besoin de souligner que la Loge est un « être » organique et matriciel, une entité humaine initiatique et collective qui a vocation à dépasser le pré carré du frère, qui n’est rien d’autre qu’un élément du tout.

        Pour finir, j’aborde les problèmes liés à la Grande Maîtrise d’un Rite Ecossais qui se dit Primitif et entend conserver son âme sans céder à l’exercice profane de la modernité saisonnière. Traditionnellement l’élection est l’exception, elle correspond à une nécessité pour les seuls cas ou le Grand Maître en place ne peut nommer son successeur.

        Normalement dans les plus anciens rites, il s’agit moins d’exercice démocratique que de transmission de l’influence spirituelle. Celui qui la détient doit la transmettre, comme on transmet la flamme olympique.

        La transmission se fait au moyen de la parole ritualisée (le rituel), assortie de la qualification du transmetteur, attestée par le grade ou la patente. En l’espèce, s’agissant de la transmission de l’influence spirituelle, je ne vois pour l’élection qu’un rôle confirmatif.

        Ainsi le Grand Maître et le V:.M:. reçoivent l’influence spirituelle de celui qui les précède, et ceci dans une généalogie sans fin, une chaîne ininterrompue d’initiés. C’est ainsi que la transmission doit se faire et on comprend que la votation dans ce cas ne peut être que supplétive. Pour admettre le suffrage en tant qu’élément structurant et basique d’un groupe initiatique, il devrait s’exprimer que de manière confirmative sous forme d’acclamation, au même titre que l’acclamation écossaise.

        À défaut de transmission de l’influence spirituelle, il ne reste plus à la Grande Maîtrise qu’un rôle purement administratif. C’est ici que la pratique distingue la Grande Maitrise du rite porteur de l’initiatique pur, et la Grande Maitrise des loges, porteuse de l’administratif pur. L’administration des hommes et des loges justifie fort bien l’élection.

        Les Constitutions de Payne et suivantes, sont reconnues par le REP comme mode d’organisation général, mais ne peuvent prendre le dessus sur la transmission spirituelle.

            Celui qui descend de charge veillera donc à convaincre par son action que son choix d’un successeur pour le futur répond tout à la fois au principe de la transmission spirituelle, tout en s’accordant une unanimité approbatrice de son assemblée. En d’autres termes, l’initiatique doit dominer le suffrage et non pas l’inverse. A chaque fois que ce rapport hiérarchique est inversé, le lignage est rompu au profit de l’aléa démocratique assorti d’une instabilité.

Cette histoire se répète trop souvent pour que chacun d’entre nous oublie son esprit de suffragette, en se souvenant des principes rappelés plus haut, concernant la bonne dévolution successorale et les conditions d’admissibilités.

        Le caractère obligatoire du vote existe lors de la création de loge : après la pose du pavé mosaïque et l’allumage des lumières d’ordre, le V:.M:. est nommé par le G:.M:. (transmission initiatique) et approuvé par la main levée des autres frères composant cette nouvelle loge. Ainsi on peut dire que la transmission se fait toujours de celui qui sait prononcer la parole vers celui qui sait écouter et que rien de ce qui se passe en loge ne peut être de nature profane. On notera enfin qu’en matière initiatique, l’élection est associée à l’ « exemplarité » et à « la charge ».

        L’initiatique n’a rien de commun avec « la candidature » et « la fonction » qui appartiennent au niveau inférieur et profane. Le V:.M:. utilisera donc la consultation démocratique comme un moyen de gouvernance. Il est de sa responsabilité de rechercher l’adhésion et de suspendre la division par le respect qu’il provoque chez tous. En aucun cas il ne doit s’engager dans la dévalorisation de sa charge. À défaut d’exceller dans cette lourde tâche ou de représenter une autorité morale du fait de son passé, de ses actes et de son comportement, il doit s’interroger sur la finalité de sa mission.

        Enfin, s’agissant de l’élection du V:.M:., il nous semble que l’ensemble des remarques qui précèdent sont sous-tendues par la considération suivante : À quel titre un maçon ne disposant pas du pouvoir sacerdotal, est il habilité à juger et apprécier un frère qui prétend exercer une fonction et une charge, dont ni le votant ni le voté, ne connaissent les arcanes ???

 

        C’est une vraie question qui devrait être mise au programme dans l’intérêt des LL:.

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http://www.ecossaisdesaintjean.org/

 

Les Francs-maçons sont-ils des philosophes ? 7 février, 2015

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

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La Franc-Maçonnerie que nous vivons est née d’un projet philosophique, mais quid des Francs-maçons ? La réponse vous l’avez.Le philosophe a toujours été un penseur.

Philosopher aujourd’hui, c’est réfléchir aux êtres, aux causes, aux valeurs, aux principes. Le philosophe pense et tente d’expliquer par un discours l’homme, la nature, la société et l’univers, d’où nous venons, ce que nous sommes et où nous allons.

La philosophie se caractérise dès lors par sa manifestation extérieure : le discours.

La Maçonnerie est une invitation permanente à philosopher.

Hervé Hasquin écrivait d’ailleurs que « la Franc-Maçonnerie est un laboratoire de pensée ».Il est vrai que la philosophie, et donc les philosophes, créent de l’intelligibilité et tentent de donner un sens aux êtres, à la pensée, à la vie.Cela ne métamorphose pas pour autant automatiquement les Maçons, fussent-ils de zélés laborantins, en philosophes au sens académique.

Il n’y a pas de discours maçonnique, pas plus que les Francs-Maçons auraient vocation à répandre un point de vue particulier conférant tel sens à l’existence ou à l’essence.

Pour ne citer qu’eux, Platon et Pythagore furent d’exceptionnels penseurs ; Bacon au Moyen-Âge et Machiavel à la Renaissance ont posé le problème de la place de l’homme dans la cité ; Copernic et Descartes ont distingué la philosophie de la science ; Kant, Leibniz et Spinoza ont posé les questions de la morale et de la liberté ; Hegel a imaginé une approche phénoménologique originale de l’histoire ; Nietzsche a planché à sa façon sur l’échappatoire aux servitudes de l’esprit, mais, sauf exception, les Francs-maçons n’ont rien inventé en cette qualité expresse au nom de la Franc-Maçonnerie.

Ils n’ont pas revendiqué la paternité d’une pensée particulière, d’un système original ou analyse de l’univers qui révolutionnerait ou bouleverserait l’humanité, même si certains l’auraient aimé, et même si leur influence ne peut être niée dans l’avancée des valeurs humaines de la société, que ce soit sous l’angle législatif ou associatif.

Les Francs-maçons réfléchissent. La pensée maçonnique est riche d’enseignement, profonde de sens, porteuse d’un état d’esprit et empreinte de perfectibilité humaine dans la fraternité.

Si la sagesse, à laquelle se réfère la Franc-Maçonnerie, est la « sophia » des Grecs, c’est à dire, l’exercice d’un art complexe et difficile à maîtriser, à un tel point que Platon préféra parler, non pas des sages mais des amis de la sagesse, alors, il n’est pas exclu que les F\M\ soient les amis de cette sagesse.

Comme on le sait, « philos » c’est l’ami, et « sophia », c’est la sagesse. L’ami de la sagesse est dès lors, étymologiquement en tous cas, « philosophe ».

Quel est le contenu de cette notion de sagesse que nous aimons ?

S’y plonger, même succinctement, convoque un voyage dans l’Histoire et la Tradition.

La notion de sagesse est fort ancienne. Dans sa traçabilité connue, elle remonte à l’Egypte, sans exclure une antériorité plus lointaine encore.

La philosophie comme nous l’entendons est née en Grèce antique, patrie de naissance de la philosophie naturelle qui céda le pas à la philosophie morale. Du « mythos » au « logos », de Thalès de Milet à Socrate, le discours sur la nature a évolué vers le discours donnant des raisons, des explications. Il n’empêche qu’entre entre les philosophes naturels ou moraux, toute maîtrise, même technique, était considérée comme une sagesse. Le médecin, le poète, le menuisier, le tailleur de pierre, le charpentier ou le musicien possédant leur science étaient des sages.

Dans ce cadre, entendez ces quelques mots éloquents de Platon au sujet de la musique :

« La musique donne une âme à l’univers, des ailes à l’esprit, l’envol à l’imagination, un charme à la tristesse, gaieté et vie à toutes choses. Elle suscite le Logos et participe à tout ce qui est beau, juste et bon. La musique est une philosophie. ».

Quelque chose a changé en Grèce. Il ne suffisait plus de posséder un art pour être sage, il fallait aussi être capable d’entendre le Logos, le Verbe dont il sera question dans l’Ancien Testament, le Verbe de l’Evangile de Jean, d’y conformer sa conduite et de parler selon la Vérité.

Sagesse, Vérité, Verbe, ce sont des mots connus des Francs-maçons.

Le sens de la sagesse est passé, notamment avec Platon, de l’exercice d’un art, à un tentative d’être conforme à la notion de divin, à une recherche de cette Connaissance attribuée à la divinité. L’idée d’une sagesse parfaite transcendante était née. Encore fallait-il distinguer le savoir de la connaissance. La sagesse ne se conçoit pas sans la connaissance, et cette connaissance, c’est plus que le simple savoir qui n’en est que le tremplin.

Pour d’aucuns, l’idée que la Connaissance est un attribut divin, est restée bien ancrée dans les esprits. Elle postule l’entendement du sacré et sa pénétration, alors que le savoir, aussi noble soit-il, est réducteur. Il n’implique que l’accumulation d’informations livresques ou autres de nature à accroître la bibliothèque de notre encéphale.

Le savoir permet de cheminer vers la connaissance, et la connaissance est divine. Pour le percevoir, il suffit de se remémorer la petite histoire du péché originel. La pomme croquée à la grande colère de l’Eternel, qui prononça de lourdes condamnations, fut volée sur un arbre dont les fruits lui étaient strictement réservés.
Il ne s’agissait pas de n’importe quel arbre, mais de l’arbre du Savoir, arbre produisant ces fruits susceptibles de placer l’humain sur le chemin de la Connaissance qui en quelque sorte le rapprocherait de l’Eternel.

Expurgée de toute connotation religieuse polluante, cette parabole plante le décor qui n’était pas neuf.

Pour Platon déjà, avant l’Ancien Testament, le philosophe qui souhaite conquérir un tel bien, dont l’atteinte est rare et difficile, bref, le philosophe qui souhaite devenir sage, se crée une parenté avec le divin.

L’idée d’une sagesse transcendantale recelait la notion d’élévation de l’esprit humain, mais manquait de concret.

Le Moyen-Âge vit naître l’idée que la quête de la sagesse postulait un modèle, qui eut pu être Dieu, mais qui en ce cas eût été inatteignable par nature, de sorte que l’on dû trouver une personne de référence, un intermédiaire plus accessible aux amis de la sagesse, et ce fut tout naturellement que le choix se porta sur… un courtier en assurance paradisiaque, à savoir le Christ, alias Jésus. Certes critiquable sous d’autres aspects, Jésus présentait un profil riche par le don qu’il fit de lui à l’humanité. Il incarnait cette sagesse, et pas n’importe laquelle, la Sagesse du Père. Cela n’alla pas sans poser aux théologiens quelques menues difficultés puisque dans le christianisme médiéval, cette même Sagesse était incarnée par Marie, Mère de la Sagesse. Tel était le casse-tête dont il fallait s’affranchir. L’on s’ingénia donc à résoudre l’épineux souci en admettant que la « sophia » était l’élément féminin présent dans le Principe divin, beaucoup plus vaste.

Selon les écrits bibliques ( Proverbes 8-22 ; 8-23), la Sagesse, partie intégrante de la matrice, préexistait d’ailleurs à la création. Le concept était limpide, résolvait la contradiction et plongeait ses racines dans un passé presque immémorial. Dans le même ordre d’idées, les Francs-maçons savent que c’est à la Sagesse que s’unit le Grand Architecte de l’Univers pour réaliser ce qui est ; elle en est l’épouse.

Le concept est égyptien ; pour les anciens égyptiens, la Sagesse était une partie du Principe divin lorsqu’il créa le monde. Cette sagesse féminine n’a dès lors rien de neuf. Isis l’incarnait par rapport à Osiris, et Balkis, la reine de Saba ( Livre des Rois, X, 1-13 & 10-9 / Coran, sourate XXVIII, 15-45), l’incarnait par rapport à ses amants, le Roi Salomon et un certain Hiram de Tyr. Il apparaît donc qu’à travers le temps, la Sagesse a bien une relation étroite avec la perfection, ou plutôt, le perfectionnement, et, de façon plus profonde, avec l’Univers, à travers le savoir et la Création.

Savoir, perfectionner sa connaissance, et par-là, s’approcher du Divin, de l’Absolu universel, du Grand Architecte de l’Univers, voilà un mouvement qui ne paraît pas étranger à la démarche maçonnique, aux objectifs des Francs-maçons sur le chemin initiatique.

Le « Livre de la Sagesse », attribué au Roi Salomon, bien connu des Francs-maçons ( voir Ancien Testament – 6/12 – 15), énonce à propos de cette sagesse :

« le commencement de la sagesse, c’est le désir d’être instruit par elle. Vouloir être instruit, c’est l’aimer. L’aimer, c’est garder ses lois. Observer ses lois c’est être assuré de l’incorruptibilité, et l’incorruptibilité rend proche de Dieu. Ainsi le désir de la Sagesse élève jusqu’à la royauté » ( 6/16-20 ).

Il s’agirait donc de s’élever vers la royauté, un Art Royal qu’est invité à pratiquer tout Franc-maçon !

Ce cheminement vers la Sagesse, les hommes l’ont toujours vu comme une élévation.

Le Principe Divin auquel elle appartiendrait serait donc céleste, ce qui est fort fâcheux car nul n’ignore que les hommes ne peuvent atteindre les cieux ; ils ne sont pas des oiseaux et il faudrait donc qu’ils le deviennent.

Serait-ce l’une des raisons pour lesquelles l’oiseau n’est pas absent des Hauts grades Maçonniques ? C’est un autre sujet.

Dans le « Livre d’Hénoch », il est dit que :

« la Sagesse est sortie pour habiter parmi les enfants des hommes, et elle n’a pas trouvé d’habitation ; la Sagesse est donc revenue de son séjour et s’est fixée parmi les Anges ».

La signification de ce texte serait-elle que la vraie sagesse n’est pas du monde des hommes ici-bas ?

Au XVIII ième siècle, sous la houlette d’un certain Isaac Newton, scientifique mais aussi passionné de sorcellerie, la Royal Society de Londres a ciselé une économie du cosmos ne brisant pas la notion ancienne de sagesse.

L’ordre divin fut remplacé par la providence divine dans la liberté de conscience, et la sagesse demeura un objectif d’élévation de l’homme.

Cela étant, si la sagesse est l’un des piliers de la Franc-Maçonnerie, les Francs-maçons modernes en chemin embrassent la sagesse pour elle-même et jamais nullement par souci de devenir divins.

Si l’homme est le centre de l’univers, la connaissance de ce dernier lui est intérieure, et c’est donc en l’homme que se trouve la divinité.

La Franc-Maçonnerie porte en elle le questionnement, pas les réponses.

Elle relie les personnes de bonne volonté soucieuses de développer leur pensée dans la fraternité à travers des rites indicibles de passage.

Le Franc-Maçon se remet en question, tente de s’améliorer et d’être contagieux, de rayonner dans la société profane les valeurs véhiculées par la Loge, mais s’il est invité à mieux se connaître, sa vie de Maçon ne nécessite pas son élévation dans le savoir ou la connaissance, et il en va de même de son cheminement, lequel ne donne que des clés. Encore faut-il ouvrir les portes, et pas enfoncer des portes ouvertes, inutiles et sclérosantes.

S’il veut cheminer vers la Sagesse, tout Franc-maçon ne sera pas nécessairement philosophe, peut-être un homme de discours, mais en tous cas un homme désireux de connaître l’Universel dans sa diversité, d’approcher de la Perfection, et un éternel cherchant qui n’a pas de théorie à dispenser, pas de dogme à imposer.

Si les Francs-maçons ne sont pas des philosophes, ils devraient néanmoins être reconnus comme comptant parmi les meilleurs amis de la Sagesse.

 

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Source : Loge Parfaite Union 2011

Merci mon F:. Louis de cette transmission …

Condamnation des francs-maçons 2 novembre, 2013

Posté par hiram3330 dans : Contribution , 1 commentaire

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Le diable et le satanisme expliqués aux Francs-Maçons 14 juillet, 2013

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
Lundi 17 juin 2013
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Le 1er principe de la règle en douze points de la Franc Maçonnerie régulière stipule que le premier devoir du Franc Maçon est la croyance en Dieu, un Dieu révélé par les Saintes Ecritures. Or l’adage populaire dit :  » Qui croit en Dieu croit au diable « , et les Saintes Ecritures regorgent aussi d’allusions à celui qu’on appelle couramment Satan comme ennemi de Dieu ou des hommes, les conceptions varient selon les religions.

Nous, Francs Maçons, nous nous voulons croyants en un Dieu bon et généreux d’une part et hommes de vertu d’autre part, mais sommes-nous pour autant des pourfendeurs de vices, des Torquémada en tablier ? Les Frères, eux, ont pour but l’amélioration personnelle en éradiquant le vice dans le but de pouvoir ensuite transpirer cette amélioration pour tenter d’améliorer un peu – Un tout petit peu – l’humanité, si tant est que ce soit possible… Mais la question de l’origine des vices n’est pas posée.

La définition de la vertu dans le rituel d’initiation selon le Guide des Maçon, notre rituel, est  » Une disposition qui porte à faire le bien « . Or parmi les 7 vertus principales de la religions judéo-chrétienne on trouve 3 vertus théologales, c.a.d qui ont Dieu pour objet. Pour mémoire : La foi, l’espérance et la charité. Donc, par conséquent, si on considère, comme le dit le même rituel d’initiation, que le vice est  » l’opposé de la vertu « , alors faut-il en déduire que certains vices auraient pour objet l’opposé de Dieu : le diable ?

Mais alors qui est ce diable, ce Satan, à qui les chrétiens attribuent tous les malheurs du monde ? Qu’est-ce que le satanisme ? En quoi cela consiste-t-il ? Quelle est sont origine ?


L’apparition de Satan tel que nous le connaissons aujourd’hui date du nouveau testament dans lequel il est pour le moins omniprésent. Ainsi St Marc dans son évangile raconte que les pharisiens et Jésus s’accusent mutuellement d’être les agents du Diable :  » C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons  » disent les scribes à qui Jésus rétorque  » Comment Satan peut-il chasser Satan ?  » (Marc 3 – 22 & 23). Dans la même optique, Luc et Matthieu font de la tentation dans le désert l’épisode clef de la vie du christ :  » Alors Jésus fut conduit par l’esprit au désert pour être tenté par le Diable  » (Matthieu 4-1).

Soit, mais le problème est que ce  » Satan « , ce diable, ne nous a jamais été présenté. L’ancien Testament nous avait laissé l’image d’un Satan plutôt discret, accusateur certes,  » empêcheur de tourner en rond  » pourrait-on dire, mais nullement puissance du mal. Le peuple hébraïque ignore d’ailleurs le diable qui est totalement absent de l’ancien testament.

Pourquoi ? Parce que Yahvhé, Dieu unique, est loin d’incarner le bien absolu. Il ressemble en cela à ces prédécesseurs car ambivalent, il peut faire beaucoup de bien comme beaucoup de mal : Il lutte sans raison apparente contre Jacob, il tente même d’assassiner Moïse (Exode 4 – 24 & 25). Ce n’est que vers le 7e siècle avant notre ère que les prophètes font des tentatives pour dissocier le mal de Dieu. La solution adoptée est celle d’êtres spirituels bras droit de Dieu à qui ce dernier confierait les tâches ingrates, ces mêmes serviteurs ayant parfois une tendance à faire du zèle, au grand dam de l’Eternel qui, tout parfait qu’il soit, semble avoir du mal à contrôler les ardeurs de ses subordonnés. Ces serviteurs sont appelés des satans, de la racine hébraïque  » stn  » qui signifie  » adversaire  » ou  » celui qui met obstacle « . Signalons d’ailleurs que le mot diable vient du grec  » diabolos  » ou du latin  » diabolus « , c.a.d  » Calomniateur « . Entre l’accusation et la calomnie, la frontière est ténue et elle est vite franchie… Le satan est donc un employé de Dieu qui n’agit qu’avec la permission de celui-ci pour accomplir les basses œuvres et jouer le rôle d’accusateur voire de procureur. C’est donc un satan qui met Job à l’épreuve en lui envoyant des calamités (Job, 1 – 6 à 12, 2 – 4 à 7). Et c’est encore un satan qui, dans le vision de Zacharie (Zacharie 3 – 1), tient de procureur dans le procès de Josué. Dans ce tribunal le satan est d’ailleurs assis à la droite de Dieu.

L’exemple le plus criant de cette dissociation de Dieu et de ses second couteaux est consigné dans le livre de Samuel (24 – 75 & 76) où il est écrit :  » Le seigneur envoya donc la peste en Israël depuis ce matin là jusqu’au temps fixé, et il mourut parmi le peuple, de Dan à Beer-Sheva, 70 000 hommes. L’ange étendit son bras vers Jérusalem pour la détruire mais le seigneur renonça à sévir et dit à l’ange qui exterminait le peuple :  » Assez maintenant, relâche ton bras « .  »

Peu à peu, insensiblement, le satan de l’ancien testament devient autonome par rapport à Dieu. A ce point que, lorsque l’église catholique arrive au pouvoir vers le 4e siècle, celle-ci cherche à laver Dieu de toute intention maligne. Le mal est alors reporté sur Satan qui devient indépendant et à qui on peut désormais mettre une majuscule…

Un exemple de ce basculement nous est fournie par l’affaire du recensement d’Israël, pratique interdite par le loi mosaïque. Dans Samuel (24 – 1) c’est Yahvhé qui pousse David à le faire avant de le sanctionner. Quelques siècle plus tard, dans le 1er livre des chroniques (21 – 1) il est écrit  » Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël « .

Voilà, l’ennemi est désigné. Et sans le savoir, l’Eglise catholique se rapproche des conceptions païennes qu’elle va combattre avec véhémence. En effet le Satan chrétien n’est pas sans rappeler les anciens Dieux Perses. Dans les mythes perses il existe un dieu suprême, Ahura Mazda, alias Ormuz, et deux esprits jumeaux : Spenta Mayu, le bon, et Ahra Mayu, surnommé Ahriman, le mauvais. D’après les écrits zoroastristes, Ahriman convoitait la lumière, mais pour lui barrer la route, Ahura Mazda, créé le monde, foncièrement bon. Ahriman, en réaction, créé les êtres malfaisants et commence ainsi une lutte incessante entre le bien et le mal. On pourrait voir dans cette légende une ébauche du prologue de St Jean (1-4) :  » La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’on point reçue « .

Il se trouve en plus que dans la mythologie Zoroastriste, Ahriman est représenté par un serpent, tout comme le tentateur de la genèse (chap 3 – 1 et suiv), celui qui pousse Eve à faire manger à Adam du fruit de l’arbre de la connaissance. On pourrait plancher longuement sur le symbolisme attaché au serpent mais cela dévierait du sujet… Ahriman est également secondé par 7 archidémons qui figurent des maux physiques et moraux. La liste de ces maux rappelle tantôt les 7 pêchés capitaux, tantôt les 7 plaies d’Egypte. Ces 7 archidémons sont : L’erreur, l’hérésie, l’anarchie, la discorde, la présomption, la faim et la soif.

Dans l’armée d’Ahriman enfin, on trouve enfin des personnages qui feront partie des légions de Satan selon la Bible: Azazel, Lilith, Léviathan…

Ainsi, dans le nouveau testament, le diable est omniprésent. Il est cité 188 fois sous les noms de Satan, démons, diable, bêtes, ou dragon. Son nombre est donné : 666, chiffre issu de la transcription du nom du 6e empereur de Rome,  » César-Néron « , selon l’alphabet hébraïque, ou  » César-Dieu  » si on utilise l’alphabet grecques. On dira également que 666 était le chiffre de Napoléon Bonaparte. Ce chiffre serait celui de l’imperfection par rapport au 7 divin. Le diable se serait vue attribuer ce chiffre parce, selon certains, 600 serait le chiffre de la fausse religion, 60 celui du commerce avide, et 6 celui de la conduite du monde. On se demande qui a bien pu avancer cette explication mais, en tout cas, quel bon argument pour les antimondialistes aujourd’hui !

L’ennemi est désigné mais l’Eglise, en conférant à Satan le rôle de propagation du mal dans le monde va commettre une terrible erreur : Elle va donner tellement d’autonomie à Satan qu’elle va en faire un égal de Dieu, ce dernier ne pouvant rien contre son action. Un dualisme qui suivra toujours l’église catholique. Un dualisme qui a d’ailleurs servi de fondement à différentes doctrines rassemblées sous le vocable  » gnosticisme « . Ces doctrines veulent que le monde soit tellement mauvais et répugnant qu’il n’ait pu être engendré par un Dieu bon et tout puissant. Le véritable salut ne vient alors pas de l’adoration de ce Dieu céleste mais de la connaissance interne, la gnose, qui révèle le véritable Dieu, bon et généreux. Pour mieux installer définitivement le dualisme le concile de Constantinople, en 533, condamnera la doctrine de l’apocatastase voulant qu’à la fin des temps, le diable serait pardonné. Même Dieu ne peut racheter le diable, n’est-ce pas la preuve de l’égalité de ce diable et de Dieu…

Un fait surprenant tendrais à prouver la bien fondé de cette dualité. La racine hébraïque de Satan est  » stn « . En kabbale,  » stn  » (Sin, Tet, Noun) à pour valeur numérique 359. Or 359 est le 72e nombre premier. Et le Grand Nom de Dieu dans la tradition hébraïque a 72 lettres… Cette dualité serait-elle donc inscrite dans les textes sacrées ?

Pour Corriger le tir l’église catholique se lance dans une vaste opération de terreur. Elle s’ingénie à décrire le diable comme un être physiquement horrible. Le concile de Trente le montre comme un hybride d’homme et de bête : Un corps d’homme, un abdomen de bouc des pieds fourchus, une longue queue, une barde rousse, une peau noirâtre, des cornes et il exhale une odeur de souffre. Encore un rapprochement avec les conceptions païennes puisque ce diable ressemble étrangement au dieu Pan dans la mythologie grecques. Il s’agit quoi qu’il en soit d’un symbolisme bien maladroit : L’aspect physique de Satan traduit la noirceur de son âme et la noirceur de l’âme de son serviteur. D’aucun pourrait parler de délit de sale gueule… Mais il s’agissait avant tout de contrecarrer l’action des artistes du 5e siècle qui représentent le diable comme un beau jeune homme richement vêtu et aux manières gracieuses. Une image qui pourrait plus séduire les fidèles qu’un Dieu tout puissant que personne n’a jamais vu…

C’est aussi à cette époque que fleurissent les manuels de démonologie. On citera pour mémoire le  » Malleus malifacrum  » ( » Le marteau des soricères « ) des inquisiteurs allemands Jacques Sprenger et Henri Institori, peudonyme de Henrich Kramer (1486), ou le  » De la démonomanie des sorciers  » du jurisconsulte français Jean Bodin (1508). C’est enfin l’époque des exorcismes et de la chasse aux sorcières et des soi disant  » pacte avec le diable « . On vois alors le diable partout : Dans les cultes païens, dans la médecine, dans les catastrophes naturelles, dans ce que le clergé appelle  » l’art noir  » et qui n’est autre que l’alchimie, dans les plaisirs en général et en particulier le 1er d’entre eux, la grande peur des religions occidentales : le plaisir sexuel…

Enfin, les légions des ténèbres sont dénombrées. Au XVIe siècle on parle de plus de 44 millions de démons répartis en 6666 légions commandées par 66 princes de l’enfer parmi lesquels Abaddon, Mammon, Belphégor, Alastor, Léviathan, Astaroth… Et j’en passe. Certes tout cela ne représente, paraît-il, qu’ 1/3 des armées divines mais on ne peut s’empêcher de crier au délire face à de tels chiffres sur lesquels les théologiens ergotent à l’époque…

Tout cela est tel que la chasse au diable aboutira au résultat inverse. Au XVIIIeme siècle et surtout au XIXe, le statut de Satan se renverse : Il devient avec la révolution française puis la révolution industrielle un symbole de la lutte contre le pouvoir et l’oppression, un symbole d’affranchissement. En 1877, Calvinhac, un des chefs de la libre pensée française déclare dans une réunion publique :  » Dieu, c’est le mal. Satan, c’est le progrès, la science, et si l’humanité était mise en demeure de reconnaître et d’adorer l’un de ces deux entêtés, elle ne devrait pas hésiter un seul instant… « . Voilà comment le diable devient l’ami de l’homme.

La littérature s’en fait l’écho avec des gens comme lord Byron qui loue Lucifer d’avoir soutenu Caïn contre la tyrannie divine. Percy Shelley qui dans un  » Essai sur le diable et sur les démons  » démontre que les chrétiens ont tout fait pour retirer à Dieu la responsabilité du mal et voit dans le diable le symbole de la prise de conscience de cette vérité. Georges Sand enfin qui dans  » Consuelo  » fait dire à Satan :  » je ne suis pas le démon (…) je suis le dieu du pauvre, du faible et de l’opprimé.  »

Et ce n’est pas fini : Avec les Frères Lumière, Satan passera au cinéma : Depuis  » Le manoir du diable  » en 1896 jusqu’à  » L’associé du diable  » avec Al Pacino en 1997, en passant par  » La beauté du diable  » (1949),  » Rosemary’s baby  » (1968),  » L’exorciste  » (1973),  » Angel heart  » (1985)  » Les sorcières d’eastweek  » (1987) et surtout la trilogie  » Damien – La malédiction  » débutée en 1976. Aujourd’hui l’image du diable est plutôt brandie par les groupes de musique rock et ce depuis les années 60 à 70. Les Rolling Stones chanteront  » sympathy for the devil  » avant que, dans les années 70, le groupe Black Sabbath ou le chanteur Screaming Lord Sutch ne défraient la chronique. Aujourd’hui l’étendard satanique est surtout brandi par les groupes black métal comme Dark Funeral, Dimmu Borgir, Gorgoroth, Mystic Circle, Dark Throne, etc…

Mais il faut avouer que le cinéma, et plus encore le black métal, donne souvent de Satan et du satanisme moderne une image extrêmement faussée, image dans laquelle satanisme, violence et apocalypse forme un mic-mac plutôt indigeste pour les profanes.

Quant à l’idée du culte satanique et des rites sataniques, elle n’est pas récente. Les historiens se déchirent sur la réalité des sabbats, ces rites qu’on appelle parfois  » messes noires « . Le manuel de démonologie de Bodin ou le  » Malleus maléficarum  » affirment haut et fort l’existence des sabbats et donnent des descriptions plus atroces les unes que les autres de sacrifices humains, d’orgies sexuelles à grandes échelles. Et ce n’est pas l’Ordre du temple d’orient fondé en 1912 par l’anglais Aleister Crowley, transfuge de la Golden Dawn, qui le démentira, loin de là… A titre anecdotique, les lieux de cultes sataniques ont même été situés dans les temples maçonniques par le sieur Gabriel Jorgan-Pages, alias Léo Taxil, de triste mémoire. Aujourd’hui, la situation est plus claire…

Le fondateur du satanisme moderne est l’américain Anton Szandor Lavey, un F:. d’ailleurs, qui fonde en 1966 l’Eglise de Satan qui demeure aujourd’hui la principale organisation sataniste, celle qui chapeaute toutes les autres. 1966 est proclamée première année de l’ère satanique. Si les F:. M:. sont en l’an 6002, les satanistes sont en l’an 36.

Le satanisme moderne n’a rien à voir avec les digressions du maléficarum, ni les invectives des curés. Pas question de sacrifices d’enfants ou même d’animaux, pas de sabbats champêtres nocturnes où l’on se rend à califourchon sur un balai et qui se termine par un obsculum obsenum…

Certes le satanisme moderne a repris le coté contestataire du diable tel qu’inspiré des saintes écritures et n’importe quel Franc Maçons serait pour le moins septique à l’écoute de cette doctrine satanique. Ainsi le satanisme moderne affirme haut et fort la non existence de Dieu, création purement humaine. Idem pour le paradis et l’enfer qui ne sont que des moyens de dominer les fidèles au même titre que le pêché originel et son corollaire : Le meilleur outil de contrôle des personnes et des masses : La Culpabilité. Le satanisme moderne se veut seulement une spiritualité athée et d’origine païenne, sans aucune vénération d’un quelconque être supérieur. Satan n’est plus qu’un concept et le satanisme se veut une spiritualité basée non pas sur la vénération d’un Dieu unique qui vous rachètera dans l’autre monde si vous avez beaucoup souffert sur Terre, mais sur l’épanouissement de la personne, l’augmentation de l’intelligence et sur l’accomplissement individuelle. Un démarche certes très initiatique voire, pourquoi pas, Nietzchéenne.

Cette étrange mélange de contestation et d’initiation se retrouve dans les 11 règles sataniques. C’est 11 commandement reflètent plutôt, eux le coté contestataire. De plus il y a 10 commandements dans les religions du livre, il y en a 11 dans le satanisme, encore une forme de contestation… Qu’elle sont-ils ? Citon-en quelques uns :  » Ne donnez pas votre opinion à moins qu’on vous la demande « ,  » Si vous allez dans le repaire de quelqu’un montrez lui du respect, sinon n’y aller pas « ,  » Ne vous plaignez de rien qui vous concerne pas personnellement « ,  » Ne tuez pas d’animaux sauf pour vous défendre ou pour vous nourrir  »  » Quand vous sortez, n’ennuyez personne. Si on quelqu’un vous ennuie, dites lui d’arrêter. S’il continue (…) faites en sorte qu’il ne puisse plus vous contrarier « .

Faisons aussi un détour par la symbolique des nombres. 11, c’est la plénitude du 10 qui symbolise un cycle complet auquel s’ajoute le 1 qui fait du nombre 11 celui de la démesure, du dépassement, de l’outrance dans la symbolique chrétienne. St Augustin dira  » le nombre 11 est l’armoirie du péché. « . Mais si le 11 est supérieur au 10 qui représente le cycle accompli, il faut aussi comprendre que 11, c’est quelque chose de nouveau qui commence. Le Dr René Allendy, dans on ouvrage  » La symbolique des nombres  » publié en 1948, écrit :  » 11 est le nombre de l’initiative individuelle mais pas forcement dans le sens de l’harmonie cosmique, car 11 est aussi 1 + 1 donc 2. Or le 2 est le chiffre de la lutte intérieure, de la transgression. « .

L’initiative individuelle, la lutte intérieure, la transgression … Dans le monde profane tout cela est synonyme de péchés, de marginalité, d’un mal être qui peut vous conduire sur le divan du 1er psychanalyste venu… Dans le monde initiatique, nous parlons de tout cela en terme de parcours initiatique…

Cette volonté d’épanouissement et d’initiation qui caractérise le satanisme, on les retrouve aussi dans les 9 péchés sataniques qui, eux, reflètent plutôt le coté développement personnel :

1 – La stupidité.
2 – La prétention.
3 – Le nombrilisme, un sataniste ne donne jamais son avis, il écoute.
4 – Se couvrir de ridicule, sauf pour s’amuser.
5 – Le conformisme.
6 – Le manque de perspective, toujours restituer un événement dans l’histoire.
7 – L’oubli du passé, comprenez  » accepter ce qui est nouveau sans se poser de question.  »
8 – La satisfaction béate.
9 – Le manque d’esthétisme.

Signalons tout de suite que ces péchés ne sont en aucun cas mortels ou véniels, étant donné que les satanistes sont avant tout athées, il n’y a pas de condamnation venant d’une autorité supérieure si l’un de ces péchés a été commis… Ils s’apparentent alors plutôt à de simples conseils…

Pourquoi 9 ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce nombre 9 est des plus intéressants et des plus opportun en la matière. 9, toujours selon René Allendy, c’est le nombre complet de l’analyse totale. Car 9 est un des nombres des sphères célestes et c’est le nombre des cercles de l’enfer, Beaucoup de traditions symboliques voient dans le nombre 9 la synthèse de la terre, du ciel et de l’enfer. Enfin, 9 représente l’ouverture du cercle vers le bas, donc sur le monde matériel, contrairement au 6 qui représente l’ouverture sur le monde spirituel, le cercle du chiffre s’ouvrant vers le haut. 9, c’est enfin 6 + 6 + 6 = 18, 1 + 8 = 9.

Alors certes on peut ne pas être d’accord avec cette doctrine, ces péchés et ces commandements, mais le satanisme doit être traité comme n’importe quelle religion ou spiritualité : il faut en prendre est en laisser…

Revenons un instant sur les croyances d’autrefois. Les manuels de démonologies palabrent à grand renfort de détails scabreux sur des sacrifices d’animaux, sinon humains, des festins de chair humaine sans boisson, et des orgies sexuelles auxquelles nos amis les bêtes sont éventuellement conviées à des fins que la morale réprouve…

Il existe certes des rituels dans le satanisme et la pudeur n’y a pas forcement sa place. Ainsi lors des célébrations sataniques les participants sont vêtus de robes noires mais les jeunes femmes peuvent être plus légèrement vêtus… Mais il faut d’entrée noter que dans les célébrations satanistes, les participants sont en robe noire, donc en deuil, tout comme en maçonnerie. L’attrait de la robe noire dans ces cérémonies est la même que dans la justice judiciaire et le même que le tablier et le costume sombre en maçonnerie : Elle a le mérite de mettre tout le monde sur un pied d’égalité, il n’y a plus de riche, de pauvre, de laid, de beau, il n’y a que des gens égaux, qui ont les mêmes aspirations, en quête de quelque chose à partager par delà les différences. Certes le noir symbolise la mort dans la civilisation occidentale mais dans la tradition initiatique le noir est toujours le préalable au blanc. Ce noir est alors temporaire, et synonyme de préalable à un passage à une lumière d’un grande blancheur, une lumière synonyme de vie. C’est le même processus que dans les danses initiatique des derviches tourneurs qui sont revêtus d’un manteau noir qu’il enlèvent pour apparaître en robe blanche et se mettre à danser. C’est le même processus que lors de l’initiation maçonnique durant laquelle le candidat est plongé dans le noir du cabinet de réflexion préalablement à la réception de la lumière. Et on signalera enfin, dans cette optique, qu’un des nombreux noms du diable est  » Lucifer  » ce qui veut dire  » Le porteur de lumière « , Lucifer qui était aussi le nom du christ jusqu’au IIIe siècle…

On comprend mieux cette vêture et cette aspiration à la lumière à la lueur d’autres symboles présent lors d’une célébration satanique :

– Les 2 bougies qui entourent l’autel : L’une d’elle est blanche, l’autre est noire. Elle représente la passage des ténèbres à la lumière. On ne peut s’empêcher de penser au pavé mosaïque.

– Le calice qui est le réceptacle de tous les bienfaits dans différentes traditions symboliques. Analogue au Graal, il contient l’immortalité et donc la vie. La cérémonie satanique serait donc une célébration de la vie. Fait du hasard ? : Le hiéroglyphe égyptien pour le cœur est un calice… Enfin, ce calice doit contenir un liquide agréable au palais

– Enfin et surtout le symbole du Baphomet. Le Baphomet est une tête de bouc insérée dans un pentagrame dont la pointe est tournée vers le bas. On a tout dit sur ce pentagrame inversé, cette étoile à cinq branches dont la pointe est tournée vers le bas, et sur ce bouc qui attaque le ciel avec ses cornes. Encore une pique à l’église… Il faut dire, pour comprendre tout cela, que le Lévitique (chap 16, verset 15 à 16) parle du sacrifice d’un bouc pour expier les pêchés d’Israël. Le monde judéo-chrétien a donc rapidement fait du bouc un symbole de luxure et de perversion alors que cette interprétation est elle-même une perversion d’autres traditions symboliques.
Le symbolisme attaché au bouc est en effet plutôt positif : Autour de la Méditerranée il est perçu comme un capteur de tout le mal qui peut s’abattre sur une communauté. A ce titre jamais personne n’ennuie les boucs dans les villages. Il est souvent aussi symbole de virilité et de fertilité, donc, par extension, symbole de vie. Dans le même ordre d’idée, en Inde, le bouc est assimilé au feu, plus exactement au dieu védique Agni, dieu du feu. Le bouc apparaît alors comme le symbole du feu d’où naît la vie et la mort.

Il y a d’autres accessoires symboliques utilisées dans les cérémonies sataniques : La cloche, l’épée comme symbole du verbe, le gong… Mais pas question de faire un listing de symboles dont vous avez pu voir qu’ils convergent tous vers la même interprétation.

Ces explications serviront-elles à éloigner la peur du diable ? On peut en doute tant elle est encore présente. Ainsi de nos jours on s’effraie encore lorsqu’on découvre, dans l’actualité, des images de profanations de sépultures dans des cimetières dans lesquels les croix sont renversées, les cadavres exhumés, des slogans peints, de pauvres animaux égorgés. Et lorsque les fauteurs de troubles sont attrapés on se rend compte que tout cela a été perpétré par des adolescents aux cheveux longs, tout de noir vêtus et fan de black métal. Point là de satanisme mais un simple délire de jeunes perturbés, probablement par une famille indigne…Certes pour beaucoup le satanisme est le prétexte de gens mal intentionnés qui répandent la destruction et l’affliction autour d’eux par plaisir sadique. Mais on pourrait dire de même des croisades, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, perpétrées par les grandes religions pour lesquelles la lutte contre le diable a longtemps été un prétexte. Cette peur du diable est revenu en force il y a quelque temps, avec la fin du XXe siècle. La tempête du 26 décembre 1999 y a été pour quelque chose dans l’esprit des gens cultivés. On alors longuement reparlé de l’apocalypse selon St Jean et de la venue de l’antéchrist. L’antéchrist qui n’est d’ailleurs pas le diable lui-même mais un démon incarné selon certains, le fils d’un démon et d’une femme selon St Jérôme.

On a, de plus, du mal a priori à comprendre cette peur du diable issue de l’apocalypse puisque, selon St Jean comme dans toutes les traditions apocalyptiques, le diable perd le combat ultime et du champ de bataille naît un monde meilleur, la terre redevenant alors un paradis, du moins selon St Jean. Mais, toujours selon St Jean, ce paradis sur terre ne s’installe qu’après un jugement dernier dans lequel seuls les bons seront récompensés. Il n’est pas interdit de penser, dés lors, que cette peur du diable serait, quelque part, la peur de soi-même. Plus exactement du mal intérieur, de celui que tout homme peut commettre. Ce mal barrant l’entrée du paradis…

On a prêté longtemps aux prétendus satanistes, aux païens, aux idolâtres les pires vices. Cette idée survie encore de nos jours. Mais, d’un autre coté, au nom de Dieu, qui n’en demandait sûrement pas autant, des hommes soi-disant très pieux ont massacrés de soi-disant infidèles, pillés, torturés, violés, détruits… On se demande alors de quel coté est le vice…

Le satanisme est un sujet bien inhabituel pour une loge de maçons francs et réguliers, qui affirment donc leur croyance en un Dieu révélé, qui prêtent serment sur la bible, le Coran ou la Torah. L’athéïsme des satanistes leur interdit l’accès des loges régulières, d’une part, et les Francs maçons réguliers ne peuvent, d’autre part, se reconnaître totalement dans cette doctrine. Un sujet inhabituel certes, charge à vous mes FF:. d’en tirer l’enseignement que vous voudrez : Simple savoir, connaissance de l’ennemi, ou réflexion plus profonde. Charge à vous donc de réunir ce qui est épars…

[Avant de rendre la parole par la formule rituelle, je souhaiterais remercier le F:. Sam Eched, 33e degré au REAA et membre du Suprême Conseil de Belgique pour sa contribution de kabbaliste sur la racine stn.]

J’ai dit, V:. M:.

Sources : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/1/satan/satan.htm

et l’excellent blog : http://hautsgrades.over-blog.com

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Le scoutisme, école initiatique inventée par un général franc-maçon ? 25 août, 2010

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Le scoutisme, école initiatique inventée par un général franc-maçon ?

 

 

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Article paru dans le numéro 7 de mai 2001 du trimestriel « Histoire du Christianisme Magazine »

jeudi 11 mars 2004 , par Jean-Jacques Gauthé

 

Lord Baden Powell of Gilwell ? Un homme dangereux. Motif : il a inventé le scoutisme ! Une institution inutile et dangereuse, voire « pire que les soviets », pour ses plus ardents détracteurs. Au début du XXe siècle, échaudés par les luttes qui les opposent à l’Etat, beaucoup de catholiques français ne voient dans le scoutisme qu’une invention protestante et franc-maçonnne. Bref, une école initiatique pour les enfants et les adolescents.

 

 

 

  Sommaire  

« Nous supplions nos amis de repousser énergiquement cette société, [les Éclaireurs de France] qui n’est qu’une franc-maçonnerie déguisée pour enfants. (…) Nous adjurons nos amis qui seraient invités à souvenir cette œuvre de la combattre énergiquement (…) Leur but [celui des fondateurs du scoutisme] est d’enlever l’adolescence à l’Église catholique et de préparer des générations de futurs francs-maçons. » C’est en ces termes inquiets que la revue catholique L’Idéal présente le scoutisme dans son numéro d’octobre 1912.

Cet article n’est que l’un de la multitude de ceux qui vont être publiés sur ce sujet entre 1911 et 1914, dans pratiquement toute la presse catholique. Dans la dénonciation du scoutisme, les Semaines religieuses, hebdomadaires publiés par les évêques, seront souvent à l’avant-garde du combat. C’est l’une d’entre elles, la Semaine religieuse de Cambrai, dirigée par Mgr Henri Delassus, infatigable dénonciateur de la conjuration antichrétienne, qui le 21 octobre 1911, publie le premier article dénonçant le scoutisme. La Semaine religieuse ne cache pas l’origine de ses informations sur le scoutisme : il s’agit d’articles publiés par la Correspondance de Rome. Ce bulletin est l’organe de la Sapinière [1], actif réseau intégriste, qui depuis Rome combat par tous les moyens les ennemis de l’Eglise ou ceux qu’il juge tels. Jusqu’à sa disparition, fin 1912, la Correspondance de Rome ne mentionnera pas moins de dix-sept fois des articles hostiles au scoutisme publiés dans la presse en France, en Belgique, en Allemagne, au Canada, aux Etats-Unis. L’Agence internationale Roma qui succèdera à ce bulletin continuera à publier jusqu’en 1914 de nombreuses dépêches de dénonciation du scoutisme dans le monde entier, des Philippines à l’Uruguay. La presse catholique va abondamment reprendre ces informations. Plusieurs évêques prennent officiellement position contre le scoutisme.

Ainsi, Mgr Gieure, évêque de Bayonne, publie, le 10 mai 1914, dans son bulletin diocésain, une circulaire de seize pages A l’occasion des boy-scouts qu’il qualifie « d’institution suspecte, dangereuse, inutile, réprouvée par l’Eglise ». Mgr de Cormont, évêque d’Aire-et-Dax consacre tout un développement condamnant le scoutisme dans son mandement de Carême 1913. Plus d’une trentaine d’autres Semaines religieuses publieront ou reproduiront des textes hostiles au scoutisme. Les congrès diocésains des œuvres de jeunesse vont aussi le dénoncer vigoureusement.

 Le dieu de Baden Powell

La principale critique faite au scoutisme par les catholiques est sa neutralité religieuse. Baden-Powell (1857-1941), général anglais inventeur de cette méthode éducative en 1907 est, circonstance aggravante pour eux, protestant. Certes, l’un des buts du scoutisme est la découverte de Dieu. Mais le dieu de Baden Powell est plus une divinité supérieure que celui d’une religion déterminée. D’autre part, les membres des Unions chrétiennes de jeunes gens [2] sont des promoteurs actifs du scoutisme en France. Et dès fin 1911, une association de scoutisme protestant, les Éclaireurs unionistes, a été fondée. Ne s’agit-il pas d’une tentative de prise de contrôle de la jeunesse catholique par les protestants ?

Parallèlement aux Éclaireurs unionistes, deux autres associations ont été fondées à la même époque, la Ligue d’éducation nationale et les Éclaireurs de France. Celles-ci sont neutres au plan religieux, par volonté d’union nationale. Elles se veulent ouvertes à tous les jeunes français, quelle que soit leur religion. Et elles les encouragent à la pratiquer. Un certain nombre de catholiques font de plus partie du comité directeur des Éclaireurs de France aux côtés de personnalités d’autres sensibilités. Mais pour les catholiques d’avant 1914, neutralité religieuse signifie opposition au catholicisme. Dans le passage de son mandement sur le scoutisme, Mgr de Cormont n’hésite pas, à propos de la neutralité, à citer l’Évangile : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. »

Certains aspects étranges du scoutisme choquent également les catholiques : « Afin de se reconnaître entre eux et de distinguer les grades, les patrouilles, il existe tout un code de signes secrets, d’habillements divers, d’insignes, de cris d’animaux qui semblent bien puérils (…) et ont un vague relent de franc-maçonnerie « , affirme la Correspondance de Rome. L’uniforme scout, inspiré de celui du corps de police créé par Baden Powell en Afrique du Sud en 1900, apparaît d’une grande étrangeté ainsi que les cris de reconnaissance « des patrouilles » (unité de base de la troupe scoute). Et les trois grades du scoutisme (aspirant à la promesse, scout de 2e classe, de 1re classe) qui permettent à l’enfant de mesurer sa progression personnelle ne sont-ils pas un démarquage des trois grades maçonniques d’apprenti, compagnon et maître ?

 Apprenti franc-maçon

La promesse scoute, engagement de l’adolescent à suivre la loi scoute, code moral en dix articles, apparaît tout aussi suspecte. Qu’est-ce que ce serment qui n’évoque pas Dieu, au moins chez les Éclaireurs de France et à la Ligue d’éducation nationale ? Ce serment n’est-il pas celui d’une obéissance passive envers les chefs scouts ? N’y a-t-il pas un parallèle avec le serment fait par l’apprenti franc-maçon ?

Enfin, la place que le scoutisme accorde à la nature semble bien suspecte aux catholiques. N’est-ce pas tout simplement du naturalisme, courant philosophique s’opposant à l’existence de Dieu 7 Pour nombre de catholiques, ces éléments signifient clairement que le scoutisme est contre les catholiques puisque créé à côté d’eux. De plus, ceux-ci rappellent que le pape Léon XIII dans son encyclique du 20 avril 1884 Humanum genus a condamné la franc-maçonnerie et les sociétés secrètes. Or, celles-ci sont celles où il y a la loi du secret et le serment de ne rien révéler. Donc, on retrouve dans le scoutisme une partie des éléments qui caractérisent les sociétés secrètes condamnées par l’Eglise.

La situation des catholiques dans la société française d’avant 1914 explique largement ces prises de position. Depuis les lois contre les congrégations et surtout la loi de séparation des Églises et de l’État de décembre 1905, l’Église catholique a le sentiment d’être attaquée sur tous les fronts. Et c’est un fait que les anticléricaux et les francs-maçons ne lui font aucun cadeau. Les associations anti-maçonniques, souvent liées au monde catholique, sont d’autant plus actives que le pape a officiellement condamné la franc-maçonnerie.

L’Église réagit donc avec une mentalité de forteresse assiégée. Dans le combat qu’elle mène contre les forces du mal, la jeunesse représente un enjeu important. Si un général anglais a créé une nouvelle structure un peu étrange pour la jeunesse, religieusement neutre, encouragée par les protestants, c’est bien qu’il s’agit de faire contre-poids à la puissante fédération des patronages catholiques, la Fédération gymnique et sportive des patronages de France (FGSPF) crée en 1898 qui regroupe trois cent mille jeunes.

 Écho dans l’Église

A partir de ces éléments, les associations de lutte contre la franc-maçonnerie vont rivaliser dans la polémique contre le scoutisme. Leur discours va trouver un écho dans l’Église avant 1914 et se prolongera jusqu’à la fin des années 30. Les révélations les plus étonnantes se succèdent : c’est le convent maçonnique [3] de septembre 1909 qui a décidé de la création des Éclaireurs de France. Ce qui n’est pas étonnant puisque Baden Powell est un franc-maçon de haut grade. De plus, parmi les membres du bureau de la Ligue d’éducation nationale, se trouvent « un juif, trois francs-maçons dont l’affiliation maçonnique est certaine et deux membres éminemment suspects d’affiliation maçonnique ». Des polémistes incisifs, tels Paul Copin-Albancelli, Joseph Santo, avant 1914, Mgr Ernest Jouin ou l’abbé Paul Boulin, après 1920 vont multiplier brochures et articles.

En 1921, Mgr Jouin découvre ainsi que le scoutisme est l’un des éléments du complot juif contre la chrétienté. En 1924, l’abbé Boulin signale gravement : « Les Soviets font peur. Un danger plus pressant parce que plus subtil, c’est le boy-scoutisme dont personne ne s’alarme. » En 1924, un religieux lié à la Sapinière prépare un dossier très argument en vue d’aboutir à la condamnation du scoutisme par Rome. Il tente de démontrer comment le scoutisme n’est qu’une création de la Société théosophique, organisation ésotérique empruntant au bouddhisme et à la franc-maçonnerie. La tentative échouera mais inquiétera vivement les scouts catholiques.

 Action française

La méfiance de l’Église vis-à-vis du scoutisme explique qu’il faut attendre 1920 pour qu’un mouvement de scoutisme catholique, les Scouts de France, puisse se créer. Les changements d’évêques qu’induiront le renouvellement des générations et la condamnation de l’Action française en 1926 permettront de rattraper le retard initial et un développement rapide du scoutisme catholique en France.

Deux exceptions notables doivent toutefois être notées : celle du Sillon et celle du diocèse de Nice. Marc Sangnier, fondateur du Sillonboy-scouts. Pourquoi n’y aurait-il pas des boy-scouts catholiques ? », écrit-il dans un éditorial de son quotidien La Démocratie le 28 avril 1912 intitulé Boy-scouts catholiques. Ce journal présente avec sympathie le scoutisme et l’engagement des catholiques en son sein. C’est ainsi qu’il détaille longuement la création à Nice d’un groupe de scouts catholiques au sein d’un patronage catholique animé par des prêtres proches du Sillon. En juillet 1913, ce groupe se constitue en association sous le nom d’Éclaireurs des Alpes. Dès janvier 1914, il regroupe cent cinquante jeunes à Nice et s’organise dans tout le diocèse, appuyé par l’évêque, Mgr Chapon, évêque proche du Sillon. La Semaine religieuse de Nice rend compte également avec sympathie de leurs activités. Enfin, dans un certain nombre de villes (Montélimar, Avignon, Sète, Paris, Mâcon…), des initiatives locales de jeunes catholiques ou de prêtres, souvent liés au Sillon, sans coordination entre eux, tendent à créer des scouts catholiques dès avant 1914. Ce n’est qu’après 1920 que leurs efforts seront couronnés de succès. C’est donc dans les milieux catholiques les plus avancés que l’idée d’un scoutisme catholique chemine d0s avant la Première Guerre mondiale. prend en effet très tôt nettement position en faveur de la création de scouts catholiques. « Il me semble que les catholiques auraient mieux à faire que de critiquer et de rejeter en bloc l’institution des

 Vénérable de la loge

L’idée du scoutisme constituant une franc-maçonnerie pour enfants a donc semblé relever du fantasme… jusqu’au jour où un scout franc-ma¿on publie des textes allant dans ce sens. En effet, en 1938, la revue maçonnique La Chaîne d’union publie un texte de Pierre Deschamps, commissaire Éclaireurs de France, vénérable de la loge Les Amis du Travail du Grand Orient de France, analysant précisément les points communs entre scoutisme et franc-maçonnerie. En 1952, il revient sur le sujet, toujours dans le même sens, en publiant dans cette revue un autre texte sous le pseudonyme maçonnique de Ben-Hiram. « Quand un franc-maçon s’intéresse au scoutisme, il ne fait que veiller sur la croissance d’un enfant dont les liens de parenté avec la franc-maçonnerie sont certains et que les adversaires de notre Ordre voudrait lui ravir », écrit-il. Il remarque de nombreuses analogies entre la franc-maçonnerie et le scoutisme et définit celui-ci comme une société préinitiatique. Les deux méthodes emploient des gestes rituels et des symboles communs, telle la chaîne d’union [4]. Mais surtout, la méthode de formation du caractère du scoutisme s’apparente à la méthode ésotérique de la franc-maçonnerie : nul ne s’initie réellement que par lui-même. La promesse scoute est considérée comme le début d’une initiation. Quant à la place de Dieu dans le scoutisme, elle est très comparable à celle qu’elle a dans la franc-maçonnerie britannique : Dieu est indispensable mais chacun adore le sien. D’autre part, le scoutisme et la franc-maçonnerie se définissent tous deux comme des fraternités mondiales animées du désir de servir. Et Deschamps revendique la qualité de franc-maçon de Baden Powell.

Il pourrait être tentant de voir dans ces textes un phénomène marginal aujourd’hui dépassé. Or, dans les pays anglo-saxons, des loges de francs-maçons scouts existent très officiellement. C’est le cas notamment en Grande-Bretagne, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, au Canada.

 Compas et fleur de lys

Rassemblant des cadres ou des anciens du scoutisme et des maçons s’intéressant à la jeunesse, ces loges combinent dans leur emblème l’équerre et le compas maçonniques avec la fleur de lys du scoutisme. Leurs noms font généralement référence à des éléments du scoutisme : la boussole, la fleur de lys, le foulard, voire à Baden Powell lui-même. Celui-ci, toutefois, n’était pas franc-maçon quoiqu’il ait pu être dit ou écrit. C’est pourquoi aucune loge scoute anglaise ne porte son nom. Cet usage n’est toutefois pas suivi dans les autres pays. La première loge scoute a été créée le 29 septembre 1930 en Australie, à Victoria. Elle prit le nom du fondateur du scoutisme et fût baptisée Baden Powell Lodge 488. Baden-Powell lui a rendu visite le 12 mai 1931 et a dédicacé le volume de la Loi sacrée de la loge en y notant : « Avec les meilleurs vœux pour le succès de la loge dans son bon travail, Baden Powell of Gilwell. » Son petit-fils David Michael Baden-Powell est membre de cette loge. En juillet 1944, la première loge de ce type a été créée en Grande-Bretagne. Les activités de ces loges scoutes peuvent facilement être suivies sur Internet.

Le scoutisme, une franc-maçonnerie pour enfants et adolescents ? Le débat ne présente plus aujourd’hui qu’un intérêt limité. Mais avec le recul, il est manifeste qu’un certain aspect ésotérique existe dans le scoutisme. Des francs-maçons y ont (ont cru ?) retrouver une partie de leur spiritualité. Mais, bien évidemment, le scoutisme n’a pas été créé par la franc-maçonnerie pour combattre l’Église catholique ou protestantiser la jeunesse. Dans les deux cas, des jeunes ou des adultes se sont rassemblés pour, à la fois, venir en aide aux autres et pour se développer sur le plan personnel. Il n’est donc pas étonnant que malgré leurs différences, leurs routes comportent un tronçon commun.

 

Notes

[1]Fondé en 1907 par un prélat de la curie romaine, Mgr Benigni, ce réseau secret international antimoderniste a beaucoup frappé les imaginations. Regroupant une centaine de membres en Europe, il lutte contre tous les adversaires de l’Église et constitue le noyau de l’intégrisme catholique jus-qu’à sa disparition en 1921. Utilisant une correspondance codée, diffusant La Correspondance de Rome jusqu’en 1912, puis les dépêches de l’Agence internationale Roma et Les Cahiers Romains, la Sapinière est soutenue par le pape Pie X.
Elle entretient des polémiques impitoyables avec ses adversaires, notamment les catholiques libéraux. A partir de 1911, elle mène un combat incessant contre le scoutisme naissant. « Quant au bar anglais (le scoutisme dans le langage rodé de la Sapinière), il faut lui faire une guerre sans pitié (…) mais avec beaucoup d’adresse », affirme une correspondance de Mgr Benigni du 3 février 1913, Cette campagne aura de nombreuses retombées dans les milieux catholiques.

[2]Les Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG) sont un grand mouvement international de jeunesse protestant créé en 1855.

[3]Assemblée générale de francs-maçons.

[4]Les bras croisés devant lui, chaque scout (ou franc-maçon !) donne la main à ses voisins au moment de la fin d’un rassemblement, ce cérémonial s’accompagnant en général du chant des adieux. Elle symbolise l’union fraternelle autour du monde.

 

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Source : http://www.scoutunjour.org/spip.php?rubrique43

La Franc‐maçonnerie 9 octobre, 2009

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La Franc‐maçonnerie
selon Bruno ÉTIENNE
© Le Monde daté du samedi 9 septembre 2000

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La franc‐maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIe siècle ébloui par la « scienza nuova ».

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière.

L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France (GODF).

Comment a‐t‐elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a‐t‐elle pu survivre par‐delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisée ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est‐à‐dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique.

Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce que Jacquart appelle « l’humanitude ».

En France, elle a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, depuis trois siècles mais qui semblent sur le point d’éclater aujourd’hui. La première a pour slogan « liberté, égalité, fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l’Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego.

L’une est extravertie, progressiste, mondaine ; l’autre est tournée vers l’intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances. Aujourd’hui, cela ne me paraît plus possible au Grand Orient de France.
En effet, celui‐ci, en s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, est devenu un profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle‐ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux.

On trouve donc au sein du GODF des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides », selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique, des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut‐parleurs médiatiques.

En ce sens, le GODF est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve la société française. Il est donc lui aussi à la croisée d’un cheminement et doit prendre des résolutions drastiques. Soit devenir un club politique comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place si j’en juge par la médiocrité insigne de ses productions publiques. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui permette à la franc‐maçonnerie de répondre à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. L’importance des travaux de recherche des loges, surtout provinciales, qui ne viennent jamais à la surface, me convainc de cette possibilité. Dans ce dessein, il faut renoncer à un certain nombre de pratiques qui ont conduit les obédiences maçonniques à devenir des machineries administratives gérées par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».
Mais comment gérer neuf cents loges autrement ? Ce ne sont pas des conventions annuelles, manipulées par des professionnels, qui peuvent prendre des décisions aussi difficiles. Il nous faut donc nous retirer du système.

Tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre (le GODF est une fédération de loges et des rites, pas une institution magistérielle centralisée), en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant.

Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être califes à la place du calife. Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ». Les temps sont venus parce que, dans le cadre européen, nous ne pourrons plus garder des obédiences nationales. Il faut donc imaginer et constituer d’autres ensembles, par le bas, par affinité, par localisation, par choix réfléchi.

Il faut commencer par dissocier la gestion du Grand Orient de France comme association de la loi de 1901 et celle de la progression initiatique. En ces temps de Jubilé où l’on met tout à plat, le GODF pourrait distribuer un patrimoine immobilier excessif aux démunis et permettre ainsi aux frères de revenir à plus de discrétion : nous n’avons pas à nous étaler sur la voie publique, ni à avoir pignon sur rue.

Mais les temps sont venus, surtout, de relire notre rituel sur la mort du maître Hiram. Le GODF a atteint ce degré de putréfaction où « la chair quitte les os » et donc pour que « l’acacia refleurisse » et que l’Ordre maçonnique survive, il nous faut renoncer aux structures des obédiences centralisées. Il nous faut renoncer à agir à tout prix pourvu qu’on agisse. Il nous faut renoncer aux déclarations publiques, intempestives, sans effet réel. Il nous faut renoncer à suivre la démagogie profane et audimatiste. Il nous faut reprendre le chemin de notre propre initiation, car seul le progrès individuel de chacun d’entre nous peut contribuer à l’amélioration de la société qui nous héberge.

Autrement dit, il nous faut remettre la charrue derrière les boeufs et nous remettre au travail par ascèse et herméneutique.

Vivat ! Vivat ! Semper vivat.

Bruno Etienne, franc‐maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France.

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Aperçus sur l’initiation féminine 25 juin, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Aperçus sur l’initiation féminine

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

 

Par Jeanine Augé

Jeanine Augé

Mes soeurs, mes frères en franc-maçonnerie, en bouddhisme ou en humanité, je voudrais d’abord faire une première remarque en préambule. Je n’ai pas été avertie que Michel Barat et Bernard Besret avaient eu la charmante idée de me laisser disposer du temps qui leur était imparti. Je m’en suis tenue, avec discipline, à ce qui avait été convenu lors des réunions préparatoires, c’est à dire 25 minutes d’intervention. Cela peut sembler léger pour aborder l’initiation féminine. Mais celle-ci a été traitée en filigrane pendant tout ce colloque, comme si elle allait de soi, alors que ce fut et reste encore une longue et dure conquête.

Ma deuxième remarque est que, passant après de talentueux orateurs, je crains que mon discours ne soit un peu terre à terre et ne détonne, avec l’excuse que je ne suis pas encore bouddhiste. Mais je vous rassure tout de suite, si mon propos démarre sur des chapeaux de roues résolument féministes, cela ne dure qu’une page et demie (rires…).

Parler de l’initiation de la femme en faisant l’impasse sur les divergences concernant son initiabilité pourrait sembler outrecuidant si mon propos ne se situait pas dans l’espace de la modernité. Celle-ci consistant, à mon sens, à faire évoluer la tradition pour l’adapter au présent sans en altérer l’essentiel. Je n’ai pas tellement développé cela parce que je pensais que Bernard Besret allait s’exprimer très brillamment là-dessus. Moi, je pars de l’idée simpliste que nous créons, aujourd’hui, la tradition de demain. Autour de l’amande, va se concrétiser la coque qui est faite des acquis, que l’on ne peut ignorer, d’une civilisation qui évolue tant sur le plan du droit que sur celui de la technologie.

Dire que la femme est initiatrice, par essence, est une échappatoire que l’on utilise assez régulièrement. Elle fait référence à une mythologie qui a longtemps confiné la femme dans une fonction de reproductrice. En outre, la sacraliser comme déesse-mère, comme déesse des moissons, comme déesse de l’amour renvoie en quelque sorte la femme à la nature passive de terre fécondable qu’on lui prête. Il y eut dans le Parnasse traditionnel trop de Déméter, trop de Junon, et pas assez, à mon avis, d’Athéna. La déification de la femme lui a été bien moins profitable que de lui permettre de retrouver le divin en elle.

C’est donc de la quête initiatique de la femme moderne, et plus particulièrement de celle que j’ai moi-même entreprise, que je voudrais parler. Je ferai toutefois un retour, plus ou moins bref, sur les difficultés que les femmes ont rencontrées sur leur route et qui perdurent pour certaines d’entre elles dans les milieux religieux et intégristes. Nous savons par nos soeurs turques que certains pays font un retour en arrière considérable. Toute l’histoire de l’humanité est marquée par la difficile reconnaissance de la complémentarité et de l’égalité qualitative de la femme par rapport à l’homme.

Si Jésus et Bouddha acceptèrent volontiers que les femmes suivent leurs enseignements, leur reconnaissant ainsi le droit à la spiritualité, à la connaissance, l’Eglise catholique porte la lourde responsabilité d’avoir mis la femme pendant très longtemps à l’écart du monde de l’esprit. Les références constantes aux origines judéo-chrétiennes de la nécessité d’un fondement religieux m’ont beaucoup gênée.

C’est contre ces conceptions que s’est, en effet, bâtie la franc-maçonnerie féminine. Le patient travail de recherche de Uta Ranka Heineman dans son livre Des Ennuques pour le royaume des cieux, en est un témoignage accablant. Depuis le célèbre verset de St Paul dans l’épître aux Corinthiens : « Que les femmes se taisent dans les assemblées », aux positions prises par les papes sur l’ordination des femmes en passant par les déclarations de St Augustin : « Combien plus agréable est la cohabitation de deux amis, comparée à celle d’un homme et d’une femme ! » -je ne sais pas si vous êtes toujours d’accord- (rires…) ou la crainte exprimée par St Thomas de la féminisation du coeur humain, la femme a été longtemps présentée comme source de troubles, une incitation au péché, parfaitement inutile, sinon nuisible à la spiritualité de l’homme. L’enseignement ne sied pas au sexe féminin, précise St Thomas d’Aquin.

Est-ce pour les mêmes raisons moyenâgeuses que le pape actuel rejoint, dans son refus du sacerdoce des femmes, le canoniste de l’église orthodoxe du XIIe siècle, Théodore de Balsamo, qui le justifiait par l’impureté du flux menstruel ! Refuser l’ordination, c’est refuser le droit de transmettre, d’initier, car qui dit initiation dit transmission du contenu d’une tradition que l’on a intégrée et revivifiée. A mon avis, ce n’est ni dans la religion catholique, ni dans les religions refusant le sacerdoce des femmes que celles-ci peuvent prétendre à une totale initiation.

Même si c’est un peu folklorique, je vais passer rapidement sur les jugements, pour le moins surprenants à l’époque moderne, qui dénièrent à la femme toutes les qualités requises pour être initiée. « Femme inapte et ridicule », selon Erasme, femme passive, femme coupable, qui conduisit Adam et toute l’humanité hors de l’Eden, vers la dualité et la mort. Le cher Beaudelaire y va de son interrogation : « J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans une église, quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? » (rires…). Au XIXe siècle, Julien-Joseph Vire perd tout sens du ridicule -il faut quand même que je vous le lise, même si c’est un peu long- quand il écrit dans L’Histoire naturelle du genre humain : « La force vitale développe les organes supérieurs du corps de l’homme et les organes inférieurs du corps de la femme. Il y a, dans le premier, une tendance à la supériorité et à l’élévation. Dans la seconde, on remarque une impulsion inverse. La vie s’épanouit vers la tête de l’homme. Elle se concentre vers la matrice de la femme. L’un donne. L’autre accepte. La femme est donc destinée par la nature à l’infériorité et à vivre en second ordre. »

Et Françoise Collin, de nos jours, écrit : « Lorsque les femmes ne sont pas déclarées inférieures mais différentes, c’est pourtant toujours la masculinité qui fait norme. Les femmes sont certes des êtres humains raisonnables, mais leur raison est celle du sentiment dont le règne reste confiné entre les murs du privé. Aux femmes, les méandres de la subjectivité ; aux hommes, la voie royale de l’objectivité, de l’espace public. »

Je ne peux passer sous silence le poids que l’exclusive prononcée par le Pasteur Anderson contre les femmes assimilées à des irresponsables dans ses Constitutions, fait peser sur la franc-maçonnerie féminine. Quel est ce centre de l’union qui, tout de même, exclut la moitié de l’humanité ?

Si je me suis un peu étendue, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser, sur les condamnations que les périodes successives ont prononcées contre la femme, c’est parce qu’elles touchaient au vif sa capacité à vivre une initiation spirituelle telle que nous prétendons la réaliser par exemple en franc-maçonnerie, puisque c’est de cette expérience dont je peux me prévaloir. En effet, je ne saurais aborder ici d’autres formes d’initiation, telle l’initiation tribale qui concerne surtout le passage des adolescents d’un âge à l’autre ou l’initiation magique qui est censée doter l’impétrant de pouvoirs surnaturels.

L’initiation à laquelle je consacre le meilleur de moi-même est un long chemin qui a commencé avec une mort symbolique et la prise de conscience d’une reconstruction de l’être à réaliser. Il y a la cérémonie de l’initiation qui met sur la voie. Il y a le parcours initiatique avec ses épreuves, ses méandres et, au bout l’initiation suprême, qui attend tout vivant, le terme où l’existence prend tout son sens avec les trois pas, le trépas. . .

Se faire initier, c’est accepter la quadruple purification des éléments pour mieux progresser, allégés vers la plénitude de la connaissance. Aucun dogme n’est imposé. Mais la transmission ininterrompue de l’influence spirituelle est nécessaire. La communication se fait selon le rituel des grades. On vous en a déjà amplement parlé.

L’initiation conduit l’initié à prendre conscience des possibilités latentes au plus profond de lui-même. D’étape en étape, les symboles, les rites et les mythes peuvent réveiller en chacun le souvenir d’une sagesse perdue, d’une unité occultée par l’agitation chaotique de la vie profane. La réconciliation de l’individu condamné au binaire avec l’unicité du tout, est ce que la franc-maçonnerie peut réaliser dans le silence qui s’impose au chercheur de vérité.

Pour certains, on peut dire que ce parcours restera dans le domaine du mental et de la philosophie. Pour d’autres, l’enseignement ésotérique du symbole aboutira au sacré qui relève non de la pensée discursive mais de l’expérience directe. La loge, les maîtres n’interviennent que pour aider l’initié à trouver son maître intérieur. L’enseignement oral et le silence répondent au désir d’ignorer toutes les limites qu’impose la manifestation existentielle afin d’atteindre l’infini universel du non-manifesté. Les mots sont réducteurs et l’essentiel n’est pas transmissible par leur truchement, c’est là le secret maçonnique.

On fait référence trop souvent à la facilité avec laquelle on trouve les rituels en librairie. Il y a autant de différence entre la lecture d’un rituel et une tenue qu’entre la vision d’une photographie de vacances et le goût du sel marin face à l’infini maritime ou l’indicible de la splendeur d’un soleil rougeoyant qui décline sur les cimes enneigées.

Il m’apparaît que la finalité de l’initiation est la même pour tous les êtres, homme ou femme. Les méthodes de travail en revanche, diffèrent pour s’adapter à la nature masculine ou féminine de l’initié ou de l’initiable.

Je suis convaincue que ce ne sont pas tellement les sources opératives de la franc-maçonnerie que l’on nous oppose si souvent qui posent problème. La plupart des frères francs-maçons, j’en suis sûre, seraient bien en peine d’utiliser les outils du constructeur de cathédrale dont ils se réclament ou de dresser les plans d’un édifice. Les outils sont les symboles concrets de principes et de concepts. A telle enseigne que nos soeurs africaines, qui n’ont pas les mêmes règles de construction, assimilent fort bien la symbolique des outils maçonniques comme le fil à plomb, le niveau et l’équerre . . . La différence fondamentale réside, à mon avis, dans les valeurs à la fois opposées et complémentaire du yin et du yang, à ceci près que, finalement, l’homme et la femme participent de la même nature, du moins j’ose l’espérer. J’en veux pour preuve que le sang qui véhicule l’essence de l’être n’est pas sexué. Parmi les nombreuses incompatibilités qui existent entre donneur et receveur, celle du sexe est à ce jour inconnue.

Il s’agit bien plus, pour moi, d’une proportion que le symbole du Tao To King exprime fort bien. Quand le yang domine, les valeurs solaires et masculines dominent avec leur cortège de combativité, d’éclats lumineux qui procèdent de la nature du ciel et se rapportent à l’esprit actif et à la raison. Là où le yin prédomine, c’est la référence à la terre qui donne son caractère de passivité mais aussi de potentialité, ce qui, selon Guénon est « la racine de toute existence ».

Lumière et ombre sont indissolublement liées sans y voir, comme dans le mazdéisme, un quelconque jugement de valeur entre le bien et le mal. Le yang n’est jamais sans le yin, le yin n’est jamais sans le yang puisqu’ils participent tous les deux à la fois du ciel et de la terre.

Le caractère yin, prédominant chez la femme, lui facilite la démarche évolutive qui correspond plus précisément à l’apprentissage, à l’oeuvre au noir. Dans le féminin de l’être, Annick de Souzenelle écrit : « Les nuits de l’âme sont entrailles de mutation, matrice sainte, athanor alchimique de résurrection. » La femme, par sa capacité à donner la vie, est en phase étroite avec l’univers des cycles et l’ordre du monde. Cet ordre qu’elle intègre rythme sa vie intime tous les mois comme pour rappeler son implication dans la marche cosmique. Sa condition n’est pas la passivité mais bien plutôt la complicité, l’empathie avec les lois de l’univers qui en fait sa dépositaire. D’où son intelligence avec le coeur des choses et de sa force de résistance qui lui permettent de passer outre les avanies et les secousses de la vie triviale pour aller souvent à l’essentiel.

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

Tout système vivant est à la fois fermé structurellement et ouvert énergétiquement pour expérimenter, progresser, se reproduire. La femme sensible à l’émotion peut, par l’initiation, transformer cette faiblesse en une aptitude à la compréhension, à la compassion, à la perméabilité à tout ce qui relève de l’esprit, de l’immatériel.

Le compas lié à l’équerre, que tout le monde connaît comme les deux symboles récurrents de l’initiation maçonnique, lui sont nécessaires et familiers dans ses fonctions d’éducatrice, de gardienne des valeurs familiales et de citoyenne humaniste. Particulièrement intuitive, la nature féminine vit de manière plus globalisante le triple aspect de la vie, corps, esprit, âme ou, si l’on préfere, corps, coeur, esprit .

L’initiation, c’est aussi pénétrer au-delà des apparences pour essayer d’atteindre à l’essence.

Visionnaire, la femme ? Non, sûrement pas, mais réceptive, perméable, lunaire dans le sens positif. moins emprisonnée dans le carcan de la logique et du mental. Elle aborde les manifestations de la vie avec l’optique de l’artiste, de l’esthète, du poète qui sont des initiés à leur manière.

L’initiation, c’est aussi dominer la souffrance ou, tout au moins, l’intégrer comme une épreuve nécessaire à la sublimation. Si Jéhovah fit sortir la femme de la côte de l’homme, elle a rendu la politesse à ce dernier depuis la nuit des temps, au prix de bien des souffrances tant physiques que morales. Et son sens des valeurs en a été magnifié, parce qu’elle met au monde, nourrit, éduque tout en défendant ses droits contre son compagnon, son fils, son frère, le poids de la tradition, de la politique et des religions intégristes.

La femme initiée a été avertie que son chemin est semé d’embûches, que son engagement la place dans une dynamique de construction avec tous les dangers et souffrances que cela peut comporter. Les outils blessent, le matériau résiste, la construction échappe au concepteur maladroit. Il faut faire et refaire, mais la femme connaît la patience et les aléas de la gestation. L’initiation se vit à chaque moment de l’existence, ici et maintenant. Bien des femmes suivent la voie initiatique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. C’est pour cela que je me pose, que je vous pose ces questions.

Et si l’initiation des femmes passait par leur libération économique, leur conférait l’autonomie nécessaire, la liberté de mouvement qu’offre l’indépendance monétaire ?

Et si l’initiation des femmes passait par un partage équitable de tous les pouvoirs lui permettant de se réaliser dans tous les domaines et d’aborder ainsi tous les aspects de l’implication de l’humain dans les phénomènes universels ?

En un mot, et si l’initiation de la femme passait par la conviction, confortée par les structures religieuses, sociales et politiques, qu’elle est un être humain à part entière ?

Pour qu’il y ait initiation, il faut qu’il y ait éveil et que la conscience de cet éveil replace chaque action, chaque pensée, dans une direction qui donne sens à la vie. Pour ce faire, il faut que la femme ait enfin droit de vivre pour elle-même et ne vienne pas à l’initiation seulement pour reprendre, ce que j’ai trop souvent entendu lors des auditions, lorsqu’elle est à la retraite, les enfants partis, le mari moins exigeant ou disparu. Je dois reconnaître que si, statistiquement, la moyenne d’âge de nos soeurs était très élevée, il y a encore 8 à 10 ans, elle a tendance actuellement à baisser, ce qui est très encourageant

La femme a des devoirs envers ce qu’elle incarne. Ce que nous rappelons dans le testament philosophique que l’impétrante doit rédiger dans le cabinet de réflexion. On lui demande les devoirs envers la patrie mais aussi envers elle-même et envers l’humanité. Je pense que l’évolution que connaît actuellement notre société va ouvrir la voie aux valeurs féminines qui s’avèrent de plus en plus nécessaires pour contrebalancer une mondialisation fondée sur la finance, l’économie, le pouvoir des banques et la technocratie. Parallèlement, la synthèse se fait entre les notions de matière, d’esprit et de psychisme et Schodengger va jusqu’à énoncer : « Ne nous trompons-nous pas en pensant qu’il y a autant d’esprit que de corps ; peut-être n’y a-t-il qu’un seul esprit ? »

Une nouvelle manière d’appréhender et d’agir sur le monde en découle, mettant l’accent sur l’importance donnée au monde associatif, à la communication, à la solidarité, à la croissance de l’économie de service, tous domaines que connaît bien l’activité féminine et qui, peut-être, fonde ce qui est la modernité.

Je dirai en conclusion que les femmes ont tout à gagner à préserver leur identité et les qualités qui leur sont plus particulièrement dévolues. L’initiation leur permet de les affermir, de les développer, mais qu’elles ne refusent pas ce qu’il y a de solaire, de yang en elles. Qu’elles sachent le reconnaître et le cultiver sans perdre leur spécificité car, ainsi, elles pourront tendre à l’universel.

Si l’homme initié fait de même et accepte d’être aussi lunaire, alors tous deux retrouveront sur le plan spirituel et initiatique les vertus de l’endroginat. Le retour au centre, à l’unité, est au terme de cette descente dans les profondeurs car on sait bien que les parallèles finissent quand même par se rejoindre, dans l’infini du cosmos.

Je terminerai sur cet extrait d’un poème du Tao des femmes qui est publié chez Trédaniel :

« Les hommes et les femmes sont le miroir du Tao.

L’homme n’est pas plus grand, la femme n’est pas plus belle.

Les fleuves suivent chacun leur lit uniquement pour se rencontrer dans l’océan.

La terre accueille le soleil à la fin de chaque jour.

Le soleil à l’apogée se lève ou se couche.

C’est vous qui décidez du sens ! »

Questions-réponses

Christian Bodson

 

D’abord un témoignage que j’ai plaisir à vous lire.

« J’ai toujours pensé que la maçonnerie m’avait pennis de développer cette part de féminité qui sommeille en moi. Elle a permis de libérer mon coeur, moteur de la main tendue. Même si mon obédience n’accepte pas les femmes en loge, de par ma fréquentation de la tradition celtique, je suis persuadé que la femme est soleil et l’homme, lune. Il n’y a que les hommes en mal de masculinité pour penser le contraire. »

Lama Denys

 

Cela me donne l’occasion de faire un petit rappel. En fait, nous sommes d’accord avec les Celtes sur ce point. Dans la tradition des tantras, d’un côté le féminin rouge et de l’autre le masculin blanc correspondent respectivement au soleil et à la lune. La femme est solaire et l’homme est lunaire. Il y a aussi, dans cette vision, le féminin qui est intelligence -prajna- qui est la sagesse, l’ouverture, la matrice omniprésente, toute englobante, accueillante, qui est fécondée, qui est habitée par le principe masculin… En tout cas, vacuité, sagesse, intelligence, c’est féminin. Tout ce qui est de l’action gouvernée par la compassion est masculin. Cela étant, blanc et rouge sont des principes complémentaires qui sont aussi les équivalents du yang et du yin. On retrouve cela dans nombre de traditions primordiales et pas seulement chez les Celtes. . .

Jean-Pierre Pilorge

 

Ces couleurs, blanche et rouge, on les retrouve aussi lorsque le pontife romain est vêtu selon la manière qui convient en symbolisme, de la cape rouge qui est celle du pouvoir royal, et de la robe blanche qui est celle du pouvoir sacerdotal, tel que nous l’avons évoqué hier avec l’arche royale, étant entendu que la fonction prophétique, elle, n’a pas de couleur, car elle ne peut pas s’institutionnaliser.

Un intervenant. Est-ce-que la Grande Loge Féminine de France a accès aux émissions radiotélévisées ?

Jeanine Augé

 

Oui, le dimanche matin. Est posée la question de l’obédience alors, pour te dédouaner, et comme cela le doute continuera à planer sur mon appartenance, je dirai que cette émission a lieu le dimanche matin sur France-Culture à 9 h 40. Ainsi, on ne saura pas si je suis le roi Salomon ou la reine de Saba.

Un intervenant. Entre l’homme et la femme, qu’en est-il de l’identité, de l’égalité, selon vous ?

Jeanine Augé

 

C’est une question qui est tout un monde à elle toute seule !

Identité, non, égalité, oui. Il y a évidemment une part biologique très fondamentalement identique. Quand à l’égalité, elle se conquiert tous les jours. Sur le plan des droits que nous n’avons pas, par exemple. Mais sur les plans de la culture, de l’intelligence et de la réalisation de l’être, je pense que c’est chose faite. Mais peut-être pas avec les mêmes références que les hommes.

Un intervenant. Personne ne conteste l’initiabilité des femmes. Mais pourquoi se cantonner à la pratique du rite masculin ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que le rite soit masculin. Le rite est traditionnel et les rites que nous pratiquons sont des rites de tradition avec des outils qui, je le répète, ne sont pas des outils d’hommes mais des outils principes. Je ne vois vraiment pas pourquoi nous irions mettre une machine à coudre sur l’autel des serments. Certes, cela a été suggéré même par des femmes. Mais me gène considérablement. Cela ne prouve qu’une chose, c’est que l’on a pas compris ce qu’était vraiment un outil symbolique.

Un intervenant. Pouvez-vous développer davantage votre affirmation concernant l’ouverture nécessaire vers les voies féminines de l’initiation pour compenser les effets de la mondialisation et de la technocratie ?

Jeanine Augé

 

Là, c’est tout un programme. Je pense qu’actuellement notre société est absolument féroce. Elle est bâtie sur la compétitivité, sur la technocratie. Lorsque l’on voit des fortunes s’édifier en un rien de temps par le jeu d’internet, des échanges -je ne suis pas très lancée là dedans- mais quelques coups de téléphone entre Tokyo et New York et des fortunes se font ou s’effondrent en quelques minutes. Tout cela, ce sont des valeurs qui, pour moi, représentent ce qu’il y

a de pire dans la nature masculine, c’est-à-dire un désir d’hégémonie. Je pense que les femmes, par le sort qu’on leur a fait et qu’elles ont peut-être accepté trop facilement, sont beaucoup plus tournées vers les notions de solidarité, d’effort, de lente construction.

Actuellement, l’industrialisation a gommé les différences qui existaient en la force musculaire de l’homme et de la femme. La femme, dans le monde du travail, se retrouve, dans nos sociétés industrielles, je parle en personne privilégiée, à égalité avec l’homme. Mais elle peut justement y faire ressortir une philosophie de solidarité dont elle n’a pas l’apanage mais qu’elle pratique plus facilement.

Je suis toujours gênée lorsque je parle de la femme parce que je parle en femme privilégiée et je n’oublie pas dans les discours que l’on fait ici ce qui ce passe en Afghanistan, en Algérie. Et là, je dis que c’est l’horreur et je me demande justement ce qui est fait par les hommes et par les femmes pour sortir de cette géhenne.

Un intervenant. Ma très chère soeur, j’ai apprécié ta plaidoirie en forme de réquisitoire -oh non, ce n’était pas un réquisitoire, mais un constat !- à l’encontre d’un ennemi imaginaire, l’homme. Lequel, merci pour lui, est dénué, selon toi, de toute sensibilité et de toute capacité à aimer. Ce langage, ce combat d’arrière-garde, me semble un peu dépassé, du moins chez nous.

Jeanine Augé

 

Eh bien oui ! Quand je parle de la femme, je ne parle pas uniquement de là femme tirée d’affaire. Je parle, je le répète, des valeurs féminines dans ce monde. Je crois que la maçonnerie est quelque chose qui s’ouvre, qui doit s’ouvrir et prendre en compte tous les problèmes planétaires. C’est pour cela que je suis un peu dure, mais enfin, quand on voit en plein XXe siècle, des femmes se déplacer sous un drap de lit avec juste un petit quadrillage pour respirer, on se dit quand même qu’il y a quelque chose qui ne va pas du tout.

Un intervenant. Ta présence à la tribune ainsi que celle d’Anne-Françoise Rey n’en est-elle pas la preuve ?

Jeanine Augé

 

Si, mais vous remarquez que nous sommes deux, trois, contre quantité d’hommes. (rires…) Alors, je dis qu’il ne faut pas croire que je suis une ennemie de l’homme. J’ai quatre petits-fils. J’ai deux fils dont l’un et maçon et, croyez-moi, j’apprécie les valeurs masculines. Je sais aussi que lorsqu’on éduque ses enfants, et ses fils en particulier, d’une certaine manière, on met un peu plus d’amour dans le monde. Je crois que les femmes sont souvent piégées par la propre éducation qu’elles donnent à leurs enfants.

Alain Lorand

 

Là, c’est tout un plaidoyer que je vais vous lire.

« Il existe une maçonnerie dont les quatre principes fondateurs sont l’internationalisme, l’égalité essentielle de la femme et de l’homme, la laïcité dans le respect absolu des modes de pensée à l’exclusion de ceux qui prônent le racisme et l’exclusion et, ce qui est moins important, la continuité initiatique du 1° au 33°. L’égalité essentielle des deux sexes humains y est vécu au quotidien.

Il existe des hommes, et pas seulement au Droit Humain, qui, depuis trente ans, prônent et se battent pour l’égalité des sexes comme de ce que l’on appelait les races. Alors, marchons, progressons, faisons circuler le message et je souhaite, pour ma part, que le discours en faveur de la femme perdure mais qu’il soit dirigé vers les bonnes cibles. Il y a à faire, nous avons hérité de plusieurs dizaines de siècles d’inégalité. L’avenir n’est pas dans le conflit mais dans la fraternisation universelle y compris et surtout entre les sexes. »

Jeanine Augé

 

Je vais vous lire une question à laquelle je ne répondrai pas mais qui vous prouvera que je n’ai peut-être pas tort de dire que les femmes ne sont parfois pas très bien comprises par les hommes.

« Ma sœur, explique-nous pourquoi aucune femme n’est un compositeur de musique de renommée mondiale dans l’histoire ! »

Eh bien, je ne répondrai pas ! (applaudissements…)

Une voix dans l’assistance  : « Il y a Hildegard de Bingen, que l’on redécouvre. »

Un intervenant. Jéhovah n’a pas fait sortir la femme de l’homme. Il a dit que ce n’était pas bon pour l’homme d’être seul. Il a donc créé un être différent de l’homme. Un autre coté de l’homme, un côté intériorisé. Il faut donc réaliser le côté féminin qui est en chaque être humain.

Jeanine Augé

 

C’est une façon de s’exprimer quand j’ai dit que l’on avait sorti la femme de l’homme parce que je me souviens d’avoir ouvert un colloque avec mon frère et mon ami Michel Barat en disant que ce n’était pas la côte d’Adam, c’était le côté. Il m’avait reprise en disant : « Si, si, si, Bossuet disait l’os surnuméraire ! »

Un intervenant. Que pensez-vous d’une maçonnerie féminine qui se fonderait sur un rituel et un symbolisme du tissage plutôt que sur celui de la maçonnerie opérative des constructeurs de cathédrales, comme le suggère Guénon ?

Jeanine Augé

 

Je dirai que moi, le tissage, je n’ai pas connu. En revanche, j’ai fait de la sculpture. Je crois bien qu’il y ait, à la cathédrale de Strasbourg, des oeuvres d’une femme qui a en particulier produit la statue de la foi. Alors pourquoi pas ? Ca reste à créer ! Mais, pour l’instant, je suis très bien dans mon obédience avec mes rituels.

Un intervenant. Si statistiquement, l’âge des soeurs diminue en loge, je vois là une volonté d’ouverture des loges qui, jusqu’ici,manifestaient en la matière une grande frilosité à voir trop de jeunes femmes bousculer la tradition. Les choses auraient-elles tendance à bouger ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que cela soit la frilosité des soeurs. Je pense que les femmes n’étaient pas disponibles parce qu’une des premières choses que l’on demande, lorsqu’elles se présentent, c’est d’être assidues. Or, une femme qui a des enfants en bas âge, -on le sait dans le monde du travail, c’est toujours la même chose qui se produit- est sujette à l’absentéisme. Cet absentéisme des femmes est très souvent critiqué, alors que c’est l’organisation de la société qui ne leur fournit pas les moyens de faire garder les enfants. Tout cela s’est amélioré et je pense que telle est la cause de cette prétendue frilosité.

Un intervenant. La maçonnerie accepte l’entrée à l’âge légal, à 18 ans. Je peux dire, elle n’est pas là et je ne porte pas son nom, donc je ne la trahis pas, que ma fille est entrée à 18 ans et s’en porte très bien. Elle a été très bien acceptée, comme mon fils qui est entré à 23 ans et s’en trouve aussi très bien. Non, il n’y avait pas cette peur. Je crois que les femmes n’étaient pas disponibles.

Un intervenant. Initier la femme, c’est prendre la femme comme objet et non comme actrice unique de son initiation qui, ne l’oublions pas, dure toute la vie maçonnique.

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas avoir laissé entendre qu’il y avait chez nous quelqu’un qui surveillait l’initiation. Au contraire, j’ai dit que l’on avait à trouver le maître intérieur. Mais il y a quand même la cérémonie d’initiation qui s’appelle initiation, que voulez-vous !

C’est un point de départ. Ensuite, le chemin est plus solitaire qu’ailleurs puisque nous disons en maçonnerie que le maçon s’initie lui-même. Nous refusons toute idée de gourou ou de maître à penser dans la maçonnerie actuelle. Je ne pense pas avoir dit que, dans son travail, l’on tenait quelqu’un par la main pour le traiter comme un objet. Au contraire, le but de l’initiation féminine, c’est de lui donner une indépendance. C’est la prise de conscience de sa propre valeur qui va la rendre indépendante de tout : des idées, des préjugés, et, disons, des compagnies trop dures dans son entourage…

Octobre 1997

 

Jeanine Augé


http://www.buddhaline.net/spip.php?article304


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