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MENHIRS ET DOLMENS UNE CONNAISSANCE ANCESTRALE, UNE SCIENCE PERDUE 29 novembre, 2021

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MENHIRS ET DOLMENS

UNE CONNAISSANCE ANCESTRALE, UNE SCIENCE PERDUE

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Chacun le sait, les Celtes ont joué un rôle considérable dans notre histoire. Ils ont été plus qu’un peuple, une civilisation, la première qu’ait connue l’Europe de l’Ouest, avant l’arrivée des Romains. Dans notre pays, la tradition celte n’a cessé d’être évoquée et réaffirmée comme partie constitutive, voire fondamentale du génie national. « Nos ancêtres les Gaulois » constituaient un rameau tardif et d’ailleurs brillant de cette civilisation issue très certainement d’un centre dont nous ignorons la situation géographique précise.

 

Albert Grenier écrit : « Quand l’histoire commence, les Celtes dominaient partout ! Ils possédaient un art original, une littérature lyrique et épique, ainsi qu’une religion et une science, celles des druides. »

Les cathédrales gothiques sont les héritières directes de la grande connaissance des anciens âges.

 

Au cœur de l’immense forêt qui recouvrait la Beauce se dressait à l’époque des mégalithes, une cathédrale de pierre, c’est à dire un grand dolmen précédé d’une allée couverte. Pour avoir une idée exacte de cet ensemble, il nous suffit de visiter le dolmen de Bagneux, dans le Maine-et-Loire. Placé au sommet d’un tertre, la cathédrale mégalithique abritait une vierge noire. Cette déesse-mère était servie par un collège de druides. Les Celtes avaient succédé aux hommes de l’âge de bronze et ces Carnutes donnèrent leur nom à cette cité sacrée : « Carnutiis ou Carnut-Is selon les étymologies.

 

L’arrivée des Romains à Chartres fut suivie de la construction d’un temple. Toujours présente, la déesse-mère, la Vierge Noire continuait de recevoir l’hommage des populations beauceronnes. Aujourd’hui encore, cette reine des cryptes occupe deux cent cinq sanctuaires en France, dont cent quatre-vingt-dix existaient déjà au XIVe siècle.

 

Au début du Vie siècle les populations locales virent apparaître un curieux personnage qui parcourait tous les villages. Vêtu d’une robe de bure et portant un bâton en forme de croix, il détenait le don du verbe. Sous son impulsion les druides furent chassés et l’antique déesse-mère changea de robe. Elle se fit chrétienne. L’homme était saint Lubin, premier évêque de Chartres.

 

Divers monuments s’élevèrent sur l’emplacement du sanctuaire originel, mais tous furent détruits par le feu du ciel ou celui des hommes. L’église de Notre-Dame de Dessous-Terre, située sous l’actuelle cathédrale que l’on désigne à tort sous le nom de crypte, nous vient de l’église de Fulbert, ravagée en 1194. De 1194 à 1220, on édifia l’église gothique, celle qui fait encore notre admiration.

 

L’ÉNERGIE TELLURIQUE

 

Toutes les initiations primitives ont imaginé l’énergie tellurique sous la forme d’un serpent : d’un dragon. L’adepte doit obligatoirement vaincre cet animal mythique en ne succombant pas à ses tentations. Eliphas Lévi désignait dans son Dogme et Rituel de la Haute Magie cet agent magique sous le nom de « lumière astrale ».

Le serpent ou la lumière astrale agit sur l’être instinctif et toutes nos passions lui sont soumises. L’adepte doit se soustraire à l’action de ces forces fatales, il ne doit jamais affronter les puissances d’en bas, ni avoir la prétention de les détruire.

 

Le célèbre docteur Encausse, mieux connu sous le nom de Papus, enseignait dans La Science des Mages :

« L’agent universel est une force vitale subordonnée à l’intelligence. Abandonné à lui-même, il dévore rapidement comme Moloch, tout ce qu’il enfante et change en vaste destruction la surabondance de vie. C’est alors le serpent infernal des mythes anciens, le Typhon des Egyptiens et le Moloch de la Phénicie ; mais si la sagesse, mère des Eloïm, lui met les pieds sur la tête, elle épuise toutes ses flammes, qu’il vomit et verse sur la terre à pleine mains une lumière vivifiante ! »

 

Le Zohar enseigne, qu’au commencement de notre période terrestre, lorsque les éléments se disputaient la surface du monde, le feu semblable à un serpent immense, avait tout enveloppé dans ses replis et allait consumer tous les êtres, lorsque la clémence divine, soulevant autour d’elle les flots de la mer comme un vêtement de nuages, mit le pied sur la tête dus serpent et le fit rentrer dans l’abîme. Energies terrifiantes, les forces magnétiques de la Terre sont figurées par deux serpents. Ce sont eux que l’on découvre sur le caducée venant boire à la coupe d’or. L’analogie étant la loi qui régit les trois mondes, nous découvrons l’archétype du caducée dans les grandes énergies terrestres, dans la Kundalini et au cœur même de l’ADN.

 

Ce sont ces deux couleuvres du berceau d’Hercule. L’enfant en prend une dans chaque main, la rouge de la main droite et la bleue de la main gauche. Elles meurent alors, et leur puissance passe dans les bras du mythique héros.

 

UN PASSE EFFACE

 

Nous avons tous rêvé sur les bancs de l’école aux sublimes secrets des druides. Face aux pierres levées, ces secrets nous hantent et nous regrettons que la « paix romaine «, celle des envahisseurs, ait effacé à jamais dans un bain de sang, le savoir et l’âme celtes. Nos ancêtres, nous l’apprenons aujourd’hui, ont fait preuve, pour déterminer l’emplacement de leurs sites sacrés, de connaissances astronomiques stupéfiantes, ils ont couvert l’étendue des terres sous leur domination d’un réseau de mégalithes matérialisant au sol une cosmogonie magique.

 

Si l’on sait que les analyses au carbone 14, pratiquées sur les débris de bois provenant du tumulus Saint-Michel de Carnac, donnèrent comme origine 3 760 avant notre ère, nous devons reconnaître que les constructeurs de menhirs détenaient dès le début de notre ère, un savoir bien étrange. D’autres lots analysés par la même méthode donnèrent respectivement 6 650 et 7 030 av-J.C.

 

Il est probable que les techniques employées pour le déplacement de ces pierres gigantesques demeureront longtemps encore une énigme. Quelques monuments ont été élevés près de leur carrière. D’autres au contraire ont dû franchir de très longues distances avant d’atteindre leur point d’érection. Dans Belle-Ile-en-Mer, on voit deux menhirs : l’un est en quartz et se nomme Jean de Runello ; et l’autre est en granit, on le nomme Jeanne de Runello. Ce dernier a été renversé et brisé, il avait à l’origine 8 mètres de haut et pesait environ 25 000 kilogrammes. Mais il n’y a pas de granit dans l’île. Il a donc été arraché à un gisement du continent. Or la presqu’île de Quiberon est à 16 kilomètres de distance.

 

Ces deux aiguilles de pierre étaient faites pour rayonner l’une sur l’autre. Le quartz et le granit jouant des rôles différents mais bien réels.

 

Le tumulus de l’île de Gavr’Innis est bien connu des archéologues pour la richesse de ses pierres sculptées et des mystérieux dessins qu’on peut y découvrir. Ce tumulus est remarquable, car quelques-uns des blocs qui le composent sont d’un grain totalement étranger au sol de l’île. Pour se procurer ces pierres énormes, il a donc fallu chercher un gisement ailleurs, au plus près sur les terrains continentaux de Baden et d’Arradon. Leur placement et leur embarquement sur des radeaux solides, tout comme leur traversée sur l’océan doivent nous donner à réfléchir.. Cette constatation est également valable pour le menhir de Derlez-en-Peumerit, dans le Finistère, qui a été élevé à 3 kilomètres de sa carrière. En passant au peigne fin les carrières proches de Stonehenge, les géologues ont conclu que les chambranles de 40 tonnes avaient dû parcourir 40 kilomètres pour rejoindre le sanctuaire sacré. C’est en effet à Malborough que les monolithes du célèbre ensemble ont été extraits.

 

En 1931, Maurice Privat rapportait dans Les Documents Secrets l’étonnant récit que voici :

« Aux environs de Cluny, dont les moines sont restés célèbres, un dolmen gaulois s’érigeait dans un champ. Un cultivateur, qu’il gênait, le fit enlever. Il gît depuis parmi les chardons.

Il était orné de sept cupules. Elles servaient, disaient quelques érudits, à recueillir le sang répandu lors des sacrifices humains. Cette explication paraissait puérile et calomnieuse à un médecin de Cluny. La religion celtique était trop belle à son avis, pour que les dolmens fussent utilisés pour des fêtes sauvages. Il chercha si le dolmen de Cluny ne jouait pas un rôle dans les fêtes du ciel et dus soleil, le druidisme comme la plupart des cultes antiques, étant fondé sur les astres. Ayant versé de l’eau dans les cupules du dolmen, il eut la joyeuse surprise de constater, une nuit solstice d’été, pour la Saint-Jean aux mille feux, que chacune des sept étoiles du Grand Chariot se reflétait dans chacune des sept cupules.

 

Ainsi ce dolmen servait aux observations astronomiques. Certes d’autres dolmens portent des cupules semblables. Groupés, ne reproduisirent-ils pas, ou la carte des vastes ciels, ou le zodiaque ?

Il serait important de l’étudier.

 

UNE REPARTITION GEOGRAPHIQUE TROUBLANTE

 

Les Hébreux guidés par les Sages d’Israël partageaient avec les peuples implantés sur notre territoire une connaissance magico-scientifique de la pierre. Les juifs ont dressé des monuments semblables à ceux dressés par les Celtes.

Ils les nommaient BET-EL : LA MAISON DE DIEU. Sans doute ce terme était-il synonyme de condensateur d’énergie, réservoir de puissance. Des menhirs ont été dressés sur la rive du Jourdain après le passage du fleuve par les armées de Josué, le Capitaine du Seigneur. Il est toujours possible d’en découvrir à Gezer, entre Jérusalem et Jaffa. Comme à Carnac, les monolithes représentent des alignements mais également des cercles.

On montre près de Rabbat, l’actuel Amman, capitale de la Jordanie, un dolmen funéraire de basalte, enfermant un fort pourcentage de fer, il est donné pour « le lit du Géant ».

 

Partout dans le monde, et même au Japon, ces pierres levées offrent aux archéologues une passionnante énigme à résoudre. Ces bornes constituaient pour les Anciens des émetteurs d’énergie, pour ne pas dire d’ondes, des répartiteurs aptes à féconder la nature et l’esprit des hommes.

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Source : le net

Guy Tarade

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Tarade

MENHIRS ET DOLMENS UNE CONNAISSANCE ANCESTRALE, UNE SCIENCE PERDUE 7 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Guy Tarade

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MENHIRS ET DOLMENS

UNE CONNAISSANCE ANCESTRALE, UNE SCIENCE PERDUE

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Chacun le sait, les Celtes ont joué un rôle considérable dans notre histoire. Ils ont été plus qu’un peuple, une civilisation, la première qu’ait connu l’Europe de l’Ouest, avant l’arrivée des Romains. Dans notre pays, la tradition celte n’a cessé d’être évoquée et réaffirmée comme partie constitutive, voire fondamentale du génie national. « Nos ancêtres les Gaulois » constituaient un rameau tardif et d’ailleurs brillant de cette civilisation issue très certainement d’un centre dont nous ignorons la situation géographique précise.

Albert Grenier écrit : « Quand l’histoire commence, les Celtes dominaient partout ! Ils possédaient un art original, une littérature lyrique et épique, ainsi qu’une religion et une science, celles des druides. »

Les cathédrales gothiques sont les héritières directes de la grande connaissance des anciens âges.

Au cœur de l’immense forêt qui recouvrait la Beauce se dressait à l’époque des mégalithes, une cathédrale de pierre, c’est à dire un grand dolmen précédé d’une allée couverte. Pour avoir une idée exacte de cet ensemble, il nous suffit de visiter le dolmen de Bagneux, dans le Maine-et-Loire. Placé au sommet d’un tertre, la cathédrale mégalithique abritait une vierge noire. Cette déesse-mère était servie par un collège de druides. Les Celtes avaient succédé aux hommes de l’âge de bronze et ces Carnutes donnèrent leur nom à cette cité sacrée : « Carnutiis ou Carnut-Is selon les étymologies.

L’arrivée des Romains à Chartres fut suivie de la construction d’un temple. Toujours présente, la déesse-mère, la Vierge Noire continuait de recevoir l’hommage des populations beauceronnes. Aujourd’hui encore, cette reine des cryptes occupe deux cent cinq sanctuaires en France, dont cent quatre-vingt-dix existaient déjà au XIVe siècle.

Au début du Vie siècle les populations locales virent apparaître un curieux personnage qui parcourait tous les villages. Vêtu d’une robe de bure et portant un bâton en forme de croix, il détenait le don du verbe. Sous son impulsion les druides furent chassés et l’antique déesse-mère changea de robe. Elle se fit chrétienne. L’homme était saint Lubin, premier évêque de Chartres.

Divers monuments s’élevèrent sur l’emplacement du sanctuaire originel, mais tous furent détruits par le feu du ciel ou celui des hommes. L’église de Notre-Dame de Dessous-Terre, située sous l’actuelle cathédrale que l’on désigne à tort sous le nom de crypte, nous vient de l’église de Fulbert, ravagée en 1194. De 1194 à 1220, on édifia l’église gothique, celle qui fait encore notre admiration.

 

L’ENERGIE TELLURIQUE

Toutes les initiations primitives ont imaginé l’énergie tellurique sous la forme d’un serpent : d’un dragon. L’adepte doit obligatoirement vaincre cet animal mythique en ne succombant pas à ses tentations. Eliphas Lévi désignait dans son Dogme et Rituel de la Haute Magie cet agent magique sous le nom de « lumière astrale ».

Le serpent ou la lumière astrale agit sur l’être instinctif et toutes nos passions lui sont soumises. L’adepte doit se soustraire à l’action de ces forces fatales, il ne doit jamais affronter les puissances d’en bas, ni avoir la prétention de les détruire.

Le célèbre docteur Encausse, mieux connu sous le nom de Papus, enseignait dans La Science des Mages :

« L’agent universel est une force vitale subordonnée à l’intelligence. Abandonné à lui-même, il dévore rapidement comme Moloch, tout ce qu’il enfante et change en vaste destruction la surabondance de vie. C’est alors le serpent infernal des mythes anciens, le Typhon des Egyptiens et le Moloch de la Phénicie ; mais si la sagesse, mère des Eloïm, lui met les pieds sur la tête, elle épuise toutes ses flammes, qu’il vomit et verse sur la terre à pleine mains une lumière vivifiante ! »

Le Zohar enseigne, qu’au commencement de notre période terrestre, lorsque les éléments se disputaient la surface du monde, le feu semblable à un serpent immense, avait tout enveloppé dans ses replis et allait consumer tous les êtres, lorsque la clémence divine, soulevant autour d’elle les flots de la mer comme un vêtement de nuages, mit le pied sur la tête dus serpent et le fit rentrer dans l’abîme. Energies terrifiantes, les forces magnétiques de la Terre sont figurées par deux serpents. Ce sont eux que l’on découvre sur le caducée venant boire à la coupe d’or.

L’analogie étant la loi qui régit les trois mondes, nous découvrons l’archétype du caducée dans les grandes énergies terrestres, dans la Kundalini et au cœur même de l’ADN.

Ce sont ces deux couleuvres du berceau d’Hercule. L’enfant en prend une dans chaque main, la rouge de la main droite et la bleue de la main gauche. Elles meurent alors, et leur puissance passe dans les bras du mythique héros.

 

UN PASSE EFFACE

Nous avons tous rêvé sur les bancs de l’école aux sublimes secrets des druides. Face aux pierres levées, ces secrets nous hantent et nous regrettons que la « paix romaine «, celle des envahisseurs, ait effacé à jamais dans un bain de sang, le savoir et l’âme celtes. Nos ancêtres, nous l’apprenons aujourd’hui, ont fait preuve, pour déterminer l’emplacement de leurs sites sacrés, de connaissances astronomiques stupéfiantes, ils ont couvert l’étendue des terres sous leur domination d’un réseau de mégalithes matérialisant au sol une cosmogonie magique.

Si l’on sait que les analyses au carbone 14, pratiquées sur les débris de bois provenant du tumulus Saint-Michel de Carnac, donnèrent comme origine 3 760 avant notre ère, nous devons reconnaître que les constructeurs de menhirs détenaient dès le début de notre ère, un savoir bien étrange. D’autres lots analysés par la même méthode donnèrent respectivement 6 650 et 7 030 av-J.C.

Il est probable que les techniques employées pour le déplacement de ces pierres gigantesques demeureront longtemps encore une énigme. Quelques monuments ont été élevés près de leur carrière. D’autres au contraire ont dû franchir de très longues distances avant d’atteindre leur point d’érection. Dans Belle-Ile-en-Mer, on voit deux menhirs : l’un est en quartz et se nomme Jean de Runello ; et l’autre est en granit, on le nomme Jeanne de Runello. Ce dernier a été renversé et brisé, il avait à l’origine 8 mètres de haut et pesait environ 25 000 kilogrammes. Mais il n’y a pas de granit dans l’île. Il a donc été arraché à un gisement du continent. Or la presqu’île de Quiberon est à 16 kilomètres de distance.

Ces deux aiguilles de pierre étaient faites pour rayonner l’une sur l’autre. Le quartz et le granit jouant des rôles différents mais bien réels.

Le tumulus de l’île de Gavr’Innis est bien connu des archéologues pour la richesse de ses pierres sculptées et des mystérieux dessins qu’on peut y découvrir. Ce tumulus est remarquable, car quelques-uns des blocs qui le composent sont d’un grain totalement étranger au sol de l’île. Pour se procurer ces pierres énormes, il a donc fallu chercher un gisement ailleurs, au plus près sur les terrains continentaux de Baden et d’Arradon. Leur placement et leur embarquement sur des radeaux solides, tout comme leur traversée sur l’océan doivent nous donner à réfléchir..

Cette constatation est également valable pour le menhir de Derlez-en-Peumerit, dans le Finistère, qui a été élevé à 3 kilomètres de sa carrière. En passant au peigne fin les carrières proches de Stonehenge, les géologues ont conclu que les chambranles de 40 tonnes avaient dû parcourir 40 kilomètres pour rejoindre le sanctuaire sacré. C’est en effet à Malborough que les monolithes du célèbre ensemble ont été extraits.

En 1931, Maurice Privat rapportait dans Les Documents Secrets l’étonnant récit que voici :

« Aux environs de Cluny, dont les moines sont restés célèbres, un dolmen gaulois s’érigeait dans un champ. Un cultivateur, qu’il gênait, le fit enlever. Il gît depuis parmi les chardons.

Il était orné de sept cupules. Elles servaient, disaient quelques érudits, à recueillir le sang répandu lors des sacrifices humains. Cette explication paraissait puérile et calomnieuse à un médecin de Cluny.

La religion celtique était trop belle à son avis, pour que les dolmens fussent utilisés pour des fêtes sauvages. Il chercha si le dolmen de Cluny ne jouait pas un rôle dans les fêtes du ciel et dus soleil, le druidisme comme la plupart des cultes antiques, étant fondé sur les astres.

Ayant versé de l’eau dans les cupules du dolmen, il eut la joyeuse surprise de constater, une nuit solstice d’été, pour la Saint-Jean aux mille feux, que chacune des sept étoiles du Grand Chariot se reflétait dans chacune des sept cupules.

Ainsi ce dolmen servait aux observations astronomiques. Certes d’autres dolmens portent des cupules semblables. Groupés, ne reproduisirent-ils pas, ou la carte des vastes ciels, ou le zodiaque ?

Il serait important de l’étudier.

 

UNE RÉPARTITION GEOGRAPHIQUE TROUBLANTE

Les Hébreux guidés par les Sages d’Israël partageaient avec les peuples implantés sur notre territoire une connaissance magico-scientifique de la pierre. Les juifs ont dressé des monuments semblables à ceux dressés par les Celtes. Ils les nommaient BET-EL : LA MAISON DE DIEU. Sans doute ce terme était-il synonyme de condensateur d’énergie, réservoir de puissance. Des menhirs ont été dressés sur la rive du Jourdain après le passage du fleuve par les armées de Josué, le Capitaine du Seigneur. Il est toujours possible d’en découvrir à Gezer, entre Jérusalem et Jaffa. Comme à Carnac, les monolithes représentent des alignements mais également des cercles.

On montre près de Rabbat, l’actuel Amman, capitale de la Jordanie, un dolmen funéraire de basalte, enfermant un fort pourcentage de fer, il est donné pour « le lit du Géant ».

Partout dans le monde, et même au Japon, ces pierres levées offrent aux archéologues une passionnante énigme à résoudre. Ces bornes constituaient pour les Anciens des émetteurs d’énergie, pour ne pas dire d’ondes, des répartiteurs aptes à féconder la nature et l’esprit des hommes

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Le Rugby et la Franc-Maçonnerie : des idéaux communs et un chemin partagé 8 avril, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Le Rugby et la Franc-Maçonnerie : des idéaux communs et un chemin partagé

Par Frédéric Bonnet

Merci aux rugbymen-Francs-Maçons qui ont bien voulu partager leur savoir et leurs connaissances au sujet du Rugby et de la Franc-Maçonnerie. En particulier Jean Jacques Berland et Gilbert Genevois, rugbymen-Francs-Maçons et troisièmes lignes respectivement des clubs d’Angoulème pour le premier et de Montchanin ou Rumilly pour le second dans les années 70-80. Mais aussi à ceux qui préfèrent rester anonymes.

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The William Webb Ellis Lodge No 9754

 

Comme le disait Sir Winston CHURCHILL (1874-1965), membre de la Studholme Lodge 1591 à de Londres, plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur.

Au regard de l’Histoire, le Rugby et la Franc-Maçonnerie partagent une naissance relativement récente, qui s’appuient cependant sur des traditions qui remontent à la nuit des temps. Notre sport, qui se veut jeu pédagogique, et la Franc-Maçonnerie suivent un chemin similaire et prônent les mêmes idéaux. D’ailleurs, à plusieurs moments clefs de sa création, le jeu de Rugby a croisé des « frères » Francs-Maçons. Tout sauf un hasard.

Les rapports de la Franc-Maçonnerie avec le sport

Comme le Rugby et le sport en général, la Franc-Maçonnerie est originaire des îles britanniques où elle va se structurer progressivement au cours du XVIIe siècle. C’est une société initiatique, une école de la perfection morale individuelle et collective, de contrôle des affects et de maîtrise de soi, dont les membres questionnent en permanence la portée philosophique et symbolique lors de rituels qu’ils pratiquent afin de progresser dans leur quête de la lumière. Au XVIIIe siècle, aucune autre forme de sociabilité volontaire ne peut soutenir la comparaison. A la veille de la révolution, on dénombre en France entre 40 000 et 50 000 « frères » Francs-Maçons répartis dans diverses loges pour moins de 30 millions d’habitants. 

A cette époque, les Francs-Maçons ne font pas que pratiquer l’Art Royal, ils se réunissent pour des parties de chasse, des bals, la pratique de musique et de théâtre. Ils sont au centre de la vie de la société et s’intéressent naturellement aux jeux d’adresse. Au XVIIIe siècle, les loges et les nobles partagent une conception chrétienne et chevaleresque de la vie. La Franc-Maçonnerie adopte donc rapidementdifférentes formes de jeux d’adresse, qui combinent à la fois apprentissage de la maîtrise du corps, contrôle de soi et une dimension sociale festive. Ainsi, les frères vont développer un goût prononcé pour le tir à l’arc et pour l’arbalète, ainsi que pour la pratique du golf.  Ils participent activement au développement de ces jeux bientôt appelés « sports » et surtout à leur règlementation et à la rédaction de leurs statuts. 

Ce bref historique met en lumière à la fois la dimension organisatrice de la Franc-Maçonnerie, mais aussi sa dimension corporelle trop souvent sous-estimée au profit de sa dimension philosophique.  Au XVIIIe siècle et encore plus au XIXe siècle, la pratique maçonnique promeut une sociabilité « amateur » au sens fort de celui du siècle des lumières : l’amateur est un homme de goût, cultivé, qui apprécie les délices de l’otium (c’est le temps durant lequel une personne profite du repos pour s’adonner à la méditation, au loisir studieux).

Le temps passant, les Francs-Maçons de l’Angleterre victorienne, vont pratiquer et diffuser via entre autres les publics schools (terme qui désigne un groupe d’environ 10 pour cent des écoles indépendantes et sont en général plus anciennes, plus coûteuses et plus exclusives, que les autres écoles anglaises) différents sports : tir, golf, polo, cricket… Les élites maçonniques auront d’ailleurs une place centrale dans l’organisation des jeux olympiques successifs.

En Angleterre, les sports sont donc régis, pratiqués et diffusés par de grandes figures de l’Establishment, tous issus des meilleures publics schools, des Universités d’Oxford ou de Cambridge. Tout homme bien né et bien éduqué fait parti d’une loge et d’un club sportif. 

A l’inverse en France et dans les loges continentales marquées par un fort anticléricalisme, le rapport au sport est différent. La Franc-Maçonnerie n’est plus le théâtre feutré de l’entre-soi et de l’excellence sociale. Au nom de l’engagement philanthropique et du combat pour le progrès social, les « frères » francs-Maçons français participent à différentes sociétés sportives qu’ils n’entendent pas abandonner aux cléricaux. Ils organisent des rencontres sportives qui vont au delà de l’appartenance ou non à la Franc-Maçonnerie (interobédience) avec un esprit de fraternité universelle. Ils contribuent largement au développement de l’éducation physique scolaire via les hussards de la République émanant de la Ligue de l’enseignement, inventée par un illustre Franc-Maçon, M. Jean Macé.

L’Angleterre et la France n’ont pas la même approche du sport, ils ne l’ont donc pas concernant le Rugby.

La Franc-Maçonnerie et le Rugby

Selon Daniel Herrero, rugbyman toulonnais puis niçois, entraineur charismatique du grand Rugby club toulonnais (RCT), puis du fameux Paris université club (PUC,) professeur d’EPS, chantre et poète des beautés du Rugby et de l’Humanité en général, le Rugby à XV se serait développé dans les îles britanniques au XIXe siècle, puis dans le Sud Ouest de la France, sous l’impulsion des Francs-Maçons. Ceux-ci, auraient vu dans ce jeu un moyen efficace d’éduquer la jeunesse aux valeurs maçonniques. 

De fait, les liens entre le Rugby et la Franc-Maçonnerie sont nombreux : une symbolique commune, des rugbymen Francs-Maçons à foison… Mieux, si l’on se penche sur l’histoire de la naissance du Rugby, on se rend compte que ce sont des Francs-Maçons qui ont créé, pensé, inventé, codifié, légiféré, pérennisé, puis diffusé le Rugby. Une histoire d’hommes et de symboles qui s’est écrite en quatre temps. Un jeu éducatif qui a été conçu et estampillé symboliquement par des « frères » Francs-Maçons au XIXe siècle. 

Un sport qu’ils n’ont pas façonné à partir du néant, mais qui est le fils de nombreux jeux de balle ovale de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle : de la phéninde des Spartiates et de la Grèce antique, à l’harpastum des Romains, à la soule (qui vient du mot Soleil) et à la barrette des Français. Tous ces jeux étaient déjà la survivance de rites initiatiques ou de cérémonies célébrant entre autre la fertilité.

Premier temps : Le geste transgressif de William Webb Ellis en 1823.

Comme dans toutes les belles histoires humaines amenées à perdurer dans le temps, le Rugby nait d’une légende. Celle du geste transgressif d’un certain William Webb Ellis, élève du collège de la ville de Rugby, au cours d’un match de Football en novembre 1823. Dans un acte d’improvisation et en dehors du cadre légal, cet élève décida sur un coup de tête de se saisir à pleines mains du ballon et de courir à grandes enjambées vers le but adverse. Il plonge alors derrière la ligne d’embut adverse et réclame un point pour son équipe. On raconte que le professeur-arbitre releva ce manquement à la règle manifeste en félicitant ironiquement son jeune élève en s’exclamant « good try, traduction bien essayé ». 

Le culot du jeune homme renvoie à celui qu’il faut à un Franc-Maçon dans notre monde moderne, industrialisé, rationalisé et technocratique. Il faut du courage pour affirmer que la pensée symbolique garde tout son sens au XXIe siècle. 

L’homme devint pasteur, Franc-Maçon et finit sa vie à Menton en France où il fut enterré. Il ne sut jamais que son geste initial avait été repris bien plus tard pour assoir l’histoire du Rugby. Une statue à la gloire de l’élève a été érigée au collège de Rugby. Des générations successives de joueurs sont allées en pèlerinage années après années saluer sa mémoire. Une loge maçonnique porte d’ailleurs son nom, the William Webb Ellis Lodge N0 9754.

Avec cette légende incarnée par un étudiant emblématique, le Rugby détient l’équivalent des secrets antiques, des mystères égyptiens et des templiers de la Franc-Maçonnerie des premiers maçons spéculatifs d’Ecosse, des constructeurs de cathédrales ou des aristocrates londoniens. Il s’est donc construit une mythologie propre et pleine d’espoir.

Deuxième temps : Les 37 règles des élèves du collège de Rugby de Thomas Arnold en 1845.

En réalité, l’origine du Rugby est tout autre. C’est encore une fois l’histoire d’un homme, celle de Sir Thomas Arnold, proviseur du fameux collège de la ville de Rugby de 1828 à 1845, ancien professeur d’histoire et Franc-Maçon de grand rayonnement. Il est donc à double titre un spécialiste des sciences humaines.

Sir Thomas Arnold possède aussi la particularité d’être à la fois un homme d’église érastien (les érastiens soutenaient que l’Église n’a point d’autorité quant à la discipline, qu’elle n’a aucun pouvoir de faire des lois ni des décrets, encore moins d’infliger des peines, de porter des censures) et un farouche opposant à la doctrine anglicane majoritaire.

Il arrive dans une institution affaiblie par une hiérarchie entre élèves très dure : bizutages violents, humiliation des plus jeunes, tyrannie des ainés, alcoolisme et rébellion contre les professeurs. A cette époque de l’Angleterre victorienne, de nombreux collèges anglais étaient d’ailleurs débordés par le comportement agressif de leurs élèves. La plupart des proviseurs n’espèraient qu’une chose : se débarrasser de leurs garnements les plus récalcitrants et les renvoyer à la vie civile sans éducation.

Arnold décide lui de renverser les us et coutumes de l’époque. Il s’appuie sur la Franc-Maçonnerie car elle exerce une influence humaniste de plus en plus importante au sein de la société anglaise. S’apercevant immédiatement de l’urgence de réformes, il a la clairvoyance de ne pas s’imposer comme un chef autoritaire. Au contraire, il change l’état d’esprit qui prévalait au collège en mettant au coeur de son projet éducatif les valeurs de la Franc-Maçonnerie et en responsabilisant ses élèves. C’est donc avec eux, en les considérant comme ses assistants, qu’il entreprend de codifier les jeux de balles violents et anarchiques auxquels s’adonnaient ses élèves.

Il installe une éducation ludique, basée sur l’engagement, le combat et la solidarité. Il inculque la fraternité avec ses camarades, le courage de ne pas les abandonner dans la défaite et de ne pas se comporter en voyou avec les adversaires. Grace au Rugby, il donne à cette première génération d’élèves, puis aux suivantes à travers le temps, la possibilité d’acquérir des valeurs essentielles pour fonder la cohésion d’un groupe d’hommes ou de femmes.

Arrivé dans le collège de Rugby cinq années après le geste fondateur de William Webb Ellis, Sir Thomas Arnold et ses élèves de sixième ne formaliseront les 37 premières règles du Rugby qu’en août 1845. Elles avaient pour objectif d’apporter des réponses concrètes à l’organisation du jeu et aux conflits générés par les différences d’interprétation des situations d’opposition. Ces règles sont donc la base historique du Rugby.

En mettant ses élèves-rugbymen au coeur de leur propre éducation, Sir Thomas Arnold faisait et fait encore figure de visionnaire. Ces futurs joueurs s’approprièrent naturellement les règles du Rugby, à tel point qu’après leurs études ils propagèrent sa pratique dans toute l’Angleterre et dans les lointaines contrées de l’empire britannique, par exemple en Nouvelle Zélande.

Troisième temps : Les 59 lois de la Rugby football union (RFU) en 1871.

Malgré les efforts réalisés par les élèves de Thomas Arnold pour codifier le tout jeune Rugby, les différents collèges, clubs, écoles et universités anglaises s’étaient appropriés le jeu de Rugby à leur façon en développant des variantes dans les règles. Le premier match international entre l’Ecosse et l’Angleterre en 1870 au Kennington Oval va changer la donne. L’Angleterre bat l’Ecosse par 1 but à 0, mais cette victoire semble peu régulière au yeux des écossais. Non pas par manque de flair play, mais tout simplement parce que les deux pays n’appliquaient pas les mêmes règles. 

Les fédérations n’existant pas à cette époque, il fallut la bonne volonté de deux Francs-Maçons reconnus, Edwin Ash, secrétaire du club de Richmond, et L.J Maton, président des Wimbledon Hornets, pour mettre fin à cette cacophonie et rédiger les premières lois du Rugby. Ils décidèrent avec Algernon Rutter et EC Holmes (dirigeants du club de Richmond)  de réunir 21 clubs de Rugby en juin 1871 dans un restaurant nommé Pall Mall sur Regent street à Londres.

Etaient présents ce jour-là les clubs suivants : Harlequins, Blackheath, Guy’s Hospital, Civil Service, Wellington collège, King’s collège, St Paul’s school, Gipsies, Flamingoes, Wimbledon Hornets, Mohicans, Marlborough nomads, West Kent, Law, Lausanne, Addison, Belsize park, Ravenscourt park, Chapham rovers et Queen’s House. Cette réunion aboutit à la création de la Rugby football union (RFU).

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Les résultats de leurs travaux furent communiqués en juin 1871 avec la publication des 59 lois du Rugby. Les écossais firent de même de leur coté en rédigeant un livre « vert » commun à plusieurs clubs : Edinburgh Academical, Merchistonians et High school.

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D’âpres négociations commencèrent alors entre anglais et écossais pour organiser un second match, cet fois-ci officiel, selon les règles de la RFU. Ce match eut lieu à Rayburn Place le terrain de l’Académie d’Edimbourg en mars 1871 devant 4000 personnes. Chaque équipe était composée de vingt joueurs (l’effectif moyen d’une classe de collège) avec trois arrières, trois demis et 14 avants pour les anglais (dont la moitié venait du collège de Rugby) et trois arrières, deux demis et 15 avants pour les écossais. Pour l’anedocte, les écossais gagnèrent ce match. La revanche eut lieu en février 1872 à Londres et les anglais prirent leur revanche.

Quatrième temps : L’invention des Barbarians par William Percy Carpmael

Les Barbarians sont le symbole des loges maçonniques itinérantes. Cette équipe sans « temple » ni ville fut créée par un rugbyman Franc-Maçon, M. Carpmael, en 1890 dans un pub de Bradford. 

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On y entre par cooptation et parrainage selon des critères autant sportifs qu’humains : être reconnu gentilhomme et bon camarade entre autre. Ses couleurs traditionnelles sont des symboles de la Franc-Maçonnerie : le noir et le blanc originellement orné d’une tête de mort.

 

Une équipe idéale qui n’a d’autre enjeu que la fraternité, la joie de vivre et la solidarité. En somme, l’équipe témoin qui dit et rappelle à toutes et tous la vérité de ce que doit être le Rugby.

D’autres nations ont par la suite inventé leur équipe de Barbarians, de la France à la Suisse. Désormais, le représentant de cet esprit Barbarians en France est notre icône toulousain au casque d’or MJean Pierre Rives.

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Les symboles que les Francs-Maçons ont gravé dans le jeu de Rugby.

On retrouve dans le Rugby trois notions essentielles à la Franc-Maçonnerie :

Le Rugby présente encore pour le grand public, et ce malgré ses dérives actuelles, l’image d’un sport véhiculant des valeurs de combat, de fidélité, de courage, de force physique, de solidarité, de respect des autres et de fraternité.

Toutefois, il possède également l’image d’un jeu certes intelligent (comme le disait Françoise Sagan), mais aussi compliqué et inaccessible au premier abord. Avec ses règles complexes, voire confuses, sa propension à privilégier l’esprit de la règle (et donc ses interprétations) à leur application à la lettre, son langage symbolique singulier et sa pratique codée, il nécessite d’être introduit et initié pour l’apprécier pleinement.

Les rituels du Rugby, qui peuvent, à l’instar de ceux des Francs-Maçons, paraitre dérisoires aux néophytes, ne sont rien d’autre qu’une manière de réunir les hommes dans toute leur diversité intellectuelle et physique au sein d’un collectif tourné vers un but partagé.

Les pays, territoires, régions (le Sud Ouest en France) ou Universités (de Paris à Bordeaux) où le Rugby est pratiqué ont toujours un lien avec l’histoire britannique

On pourrait faire le parallèle entre les trois piliers de la Franc-Maçonnerie (camaraderie, charité et intégrité) et les avants de notre première ligne. Le talonneur les bras en croix, se sacrifie en fonçant tête baissée dans le pack adverse. Le pilier droit et le talonneur qui engagent leurs deux épaules sont les deux pierres angulaires de l’édifice de la mêlée. Dans une mêlée, les avants peuvent stabiliser ou écrouler la construction. Ils se prennent par les épaules dans l’obscurité de la mêlée (une fois celle-ci engagée, les huit joueurs sont aveugles, les yeux tournés vers la pelouse) et l’union des forces produit une alchimie sacrée. Les deux immenses deuxièmes lignes sont d’ailleurs appelés les poutres maitresses du pack.

Le Rugby possède une structure architecturale qui emprunte beaucoup au vocabulaire maçonnique : plaquage cathédrale, construction en lignes, lignes de perspective des trois quarts, formation des trois quarts en triangle, le soutien des joueurs qui partent dans les mêlées ouvertes.

Les stades de Rugby sont des temples avec leurs loges pour l’élite des connaisseurs. Les vestiaires figurent le secret et le mystère des loges où seuls les initiés peuvent entrer et sortir à la lumière pour combattre. Les poteaux en forme de H d’un terrain de Rugby représentent les deux colonnes de Jachin et Boaz (la Force et la Stabilité) des loges maçonniques, soit l’entrée dans le temple de Salomon. 

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Le ballon est comme accouché dans les pieds du troisième ligne centre à la fin de chaque mêlée. C’est le demi de mêlée qui extraie le ballon afin de le transmettre comme un cadeau à ses camarades, comme on transmet la parole ou la connaissance dans une loge.

Le Rugby emprunte beaucoup au vocabulaire général maçonnique. La chandelle, c’est le ballon que l’on tape le plus haut possible vers le Soleil. Les joueurs les plus véloces sont des flèches, on franchit les lignes adverse comme une épée, chaque international reçoit une cape (petite casquette), comme un frère maçon reçoit un tablier.

Quand les joueurs se regroupent avant, pendant ou après un match, ils forment un cercle ou une chaine d’union en se serrant au plus près pour se motiver ou s’expliquer. Car, sur un terrain de Rugby l’erreur doit être permise. Elle fait grandir, elle fait partie du processus d’apprentissage

Au Rugby, on se rencontre plus qu’on ne se croise. Les codes s’acquièrent avec le temps, novices et initiés partagent une culture et un état d’esprit commun. Dans toute équipe de Rugby, chacun des membres participe à l’égrégore (plusieurs personnes qui se focalisent sur un même objet) avec ses différences de caractère et de gabarit. Les individus sont au service des autres dans la sueur et le sang, dans la douleur et la joie.

L’idée de fusion, de solidarité et de partage sont développés comme des stratégies : ensemble, on est plus fort. Ces idées, ces valeurs sont transmises aux jeunes initiés par leurs ainés ou leurs parrains dès l’école de Rugby. Le rugbyman ne parle jamais de lui-même, il renvoit toujours son discours à la notion d’équipe. Comme le dit Pierre Albaladéjo, c’est un jeu qui n’accepte pas le je. En France d’ailleurs, grâce aux Francs-Maçon épris de progrès social, le Rugby anglo-saxon si élitiste et aristocratique s’est transformé progressivement en jeu éducatif permettant un vaste brassage sociétal et une ascension sociale des catégories socio-professionnelles les plus défavorisées .

Enfin, les matchs se terminent toujours par une poignée de main à cet autre, l’adversaire, celui avec lequel on se mesure. Les troisièmes mi-temps particulièrement arrosées sont semblables aux agapes célébrées après les tenues maçonniques.

L’organisation mondiale du Rugby va même jusqu’à ressembler à celle de la Franc-Maçonnerie. L’International Board est situé à Londres comme la loge mère fondatrice.

Enfin, et c’est peut être le symbole le plus maçonnique du Rugby, le ballon ovale représente l’incertitude propre à toute vie humaine à l’heure de faire des choix. Il exige un pouvoir d’adaptation, d’anticipation, une précision et une habileté extrême à tout rugbyman pour s’en saisir. Le geste de la passe à l’aveugle vers l’arrière, cette transmission du savoir à ses camarades ne peut se faire que s’il y a une connection affective et intellectuelle forte entre l’ensemble des hommes qui constituent une équipe. 

Comme un symbole, c’est l’esprit fédérateur de la Franc-Maçonnerie irlandaise, elle même unifiée en une seule loge, qui créa l’unique équipe nationale de Rugby irlandaise. Une équipe qui regroupe depuis le XIXe siècle des protestants, des catholiques et des laïcs provenants des 4 provinces irlandaises.

Le rugby aristocratique des collèges et des universités anglaises « débarqua » au Havre (le HAC est le premier club de rugby français) en 1872, mais poussa rapidement jusqu’à Paris. Sa diffusion quasi exclusive vers le Midi de la France, donc vers la zone où les français jouaient à la barette, a plusieurs explications :

Comme dans la Franc-Maçonnerie, beaucoup de joueurs ont été d’abord conquis et impressionnés par le discours et la rencontre avec leur premier éducateur, qui fait figure alors d’ainé. Ces maîtres des écoles primaires, du collège ou des écoles de Rugby ont su faire percevoir à leurs jeunes pousses le chemin des mystères du Jeu de Rugby. Un jeu qui a un rôle social et psychologique qui croît chaque jour de la semaine pour se dénouer tous les dimanches (jour de match) et plus généralement tout au long de la vie des femmes et des hommes.

La passe

Message de confiance

Don d’amitié

Talent d’initié

Oeuvre éphémère

Qui vit, survit, se transforme et s’embellit

Dans les souvenirs et les dires

Trouve l’éternité

JJ Berland

Et maintenant ?

La singularité et la beauté du Rugby n’est pas le fruit du hasard. Notre jeu est né et s’est développé selon la pensée et les valeurs d’hommes cultivés et intelligents, qui avaient avant toute chose le sens du bien commun et de l’amélioration des individus au service de leur collectivité. Ce n’est donc pas un hasard si les pionniers du Rugby étaient tous Franc-Maçons et/ou professeurs d’histoire et de littérature. Le jeu de Rugby est le fruit de leur pensée humaniste. 

Chaque organisation humaine est fragile et dépendante de l’intégrité de ses élites, tout n’était donc pas rose dans le Rugby avant 1996. L’argent circulait dans des réseaux cachés et obscurs, le dopage et la violence existaient, les luttes entre baronnies du temps de M.Ferrasse étaient sanglantes et la quête de l’intérêt supérieur du Rugby pouvait paraitre parfois illusoire.

Mais, après 22 années de professionnalisme, la chute s’est accélérée. Qu’est-il advenu de cette belle idée qu’était et que devrait encore être le Rugby ?

On ne parle plus que de fusion-acquisition de clubs qui n’ont plus ni d’identité ni d’histoire, de rentabilité financière, de racisme, d’injures, de dopage, de drogue, de suspicion de viol présumé, de réforme territoriale et d’organisation de coupe du monde. Notre jeu a été volé et confisqué par quelques chefs d’entreprises pour promouvoir leur marque ou leur groupe de média. Sitôt lassés de leur joujou, ils abandonneront leur club et le Rugby pour aller s’enrichir ailleurs.

Alors, dans quel état laisseront-ils ce sport et les hommes et femmes qui en sont amateurs ? Le Rugby vit une période de décadence vertigineuse, car il n’est consubstantiellement pas adapté au professionnalisme. Le CAC 14 le dénature et le tue à petit feu. Seules quelques règles originelles, les traces de son passé maçonnique, le tiennent dans un état de coma éveillé.

N’est-ce pas le temps pour les héritiers de ces pères fondateurs de le ramener à la vie ? La Franc-Maçonnerie ne devrait-elle pas sauver son oeuvre ? N’est-elle d’ailleurs pas un de nos derniers espoirs ?

Certes, la pugnacité des « frères rugbystiques » des loges maçonniques s’est sans doute émoussée depuis 1996 et l’arrivée du professionnalisme. On peut d’ailleurs leur reprocher de ne pas avoir assez lutté contre la disparition de l’amateurisme, même marron. On peut leur en vouloir de ne pas avoir assez dénoncé les turpitudes du Rugby-Spectacle-Business. 

Mais les rugbymen Francs-Maçons sont très majoritairement restés fidèles à leurs faisceaux de valeurs. Eux qui ont été à l’origine de tant de lois progressistes, du droit de vote des femmes à la laïcité, des hussards de la République de la ligue de l’enseignement à notre célèbre maxime ‘liberté, égalité, fraternité », ne devraient-ils pas redonner au Rugby sa fonction initiale et son intérêt collectif ? Ramener le Rugby au coeur de la vie sociale d’un quartier, d’une commune, d’un département ou d’une région, comme l’avait fait Sir Thomas Arnold au XIXe siècle, ne serait-il pas un moyen efficace pour pacifier la société française ?

Car le Rugby est une utopie, un projet humaniste exigeant, une magnifique incongruité, une idée pédagogique novatrice qu’il faut sans cesse défendre et réinventer. Plus de 194 années après l’acte fondateur de William Webb Ellis, le combat continue. Peut-être devrait-on distinguer, séparer et organiser à part les deux Rugbys contemporains qui n’ont plus grand chose en commun : le Rugby des initiés et le Rugby marchand. 

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Source : http://rugby-en-melee.com/rugby-franc-maconnerie-ideaux-communs-chemin-partage/

Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie 10 mars, 2018

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ?

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La Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui est le fruit d’un long mûrissement qui commença au Moyen-Âge sur les chantiers des abbayes romanes et des cathédrales gothiques.

Alors, les bâtisseurs étaient de simples artisans, détenteurs d’un savoir de métier qui leur avait été pieusement transmis, qu’ils gardaient hermétiquement secret et qu’ils transmettraient un jour à ceux qui reprendront leur flambeau.

Ce savoir est leur fond de commerce : pas question de le livrer à celui qui n’appartiendrait pas au métier. Aussi, pour être sûr de ne pas commettre de bévue, les maçons reçoivent-ils, lors de leur admission dans l’ordre maçonnique, des mots, signes et attouchements qui leur permettront, toute leur vie durant, de « re-connaître » un homme comme l’un des siens, comme l’un de ses frères dans cette vaste famille universelle qui regroupe tous les constructeurs authentiques, détenteurs des secrets des outils des tailleurs de pierre et de la géométrie des architectes. Là est l’origine de ce fameux « secret maçonnique » qui a fait couler tant (trop) d’encre.

Le Franc-Maçon d’aujourd’hui est l’héritier de ceux-là.

Mais il a quitté le chantier opératif (de « operare » : travailler de ses mains) des cathédrales pour s’engager dans le chantier spéculatif (de « speculare » : travailler avec sa pensée) de l’humain.

Aujourd’hui, la seule cathédrale à construire est l’homme lui-même, mais rien ne change quant aux méthodes, aux outils. Les tours de main d’antan deviennent des tours d’esprit et de cœur, voilà tout.

Cette mutation de l’opératif au spéculatif a commencé dès les XVIIème siècle, et s’est parachevée durant le XVIIIème siècle, spécialement en Angleterre.

Mais laissons là l’histoire : elle n’est que l’apparence externe des choses.

Mieux vaut plonger dans la chair de la Franc-Maçonnerie pour voir et comprendre sa place dans le monde d’aujourd’hui.

La Franc-Maçonnerie est, à la fois, une foi, un ordre et une fraternité.

FOI

Elle est une foi …

Foi en l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers.

Par là, les Maçons indiquent qu’ils ne croient pas en un univers fruit du seul hasard matérialiste : l’univers est le fruit, la manifestation, l’expression de quelque chose qui le dépasse infiniment. La nature de ce « quelque chose » importe peu : elle est et restera mystère et c’est très bien ainsi. Au moins, les Maçons ne se querellent-ils pas entre eux, comme les profanes (les non-Maçons) sur le sexe des anges ou les attributs divins. C’est là probablement, la source profonde de cette « tolérance » maçonnique dont on nous rabâche parfois les oreilles. Les Maçons ne sont pas spécialement tolérants ; ils sont simplement lucides et ne disent pas savoir alors qu’ils ne savent pas mais qu’ils savent qu’ils ne sauront jamais.

En affirmant leur foi en le Grand Architecte de l’Univers, les Maçons récusent tout humanisme : l’homme n’est ni le centre, ni le sommet, ni le but de l’Univers. L’homme est un moyen, un instrument, un artisan sur le chantier du monde au service de l’Architecte suprême.

Le monde est un chantier. L’homme est un chantier. Tout reste à construire, à créer, à édifier. Mais pas n’importe comment : il existe un Architecte suprême qui indique la voie, celle de l’harmonie universelle ou, encore, de la beauté, de la sagesse et de la force créatrices … Nietzsche dirait peut-être : de la Volonté de Puissance », Bergson : « de l’Elan Vital », Teilhard de Chardin : « du point Omega ». Cette voie est un mystère … Il faut donc sortir de son état natif d’homme aveugle et aller à la rencontre de la Lumière qui éclairera le chemin à suivre.

C’est le rôle de l’initiation que d’offrir cet accès à la Lumière.

La Franc-Maçonnerie est, en effet, initiatique c’est-à-dire qu’elle s’élabore sur base d’une méthode pédagogique bien particulière, à l’exact opposé de l’exposé dogmatique ou du cours ex-cathedra …

Cette méthode initiatique passe par un rituel qui exprime, sous forme du mythe et du symbole, les clés d’une connaissance à découvrir. Ces mythes et symboles sont des graines que le rituel sème à profusion dans le terreau d’un foi naissante. Et ces  graines, si le terreau est fertile et bien arrosé de sueur méditative, germeront et pousseront jusqu’à engendrer l’arbre de la vie intérieure de chacun, chacun pour soi, en soi, par soi. La Franc-Maçonnerie, en ce sens, est une forêt où aucun arbre n’est semblable aux autres mais où la vie de l’esprit s’épanouit et s’accomplit dans la différence et l’harmonie. Cette harmonisation organique des différences s’appelle « fraternité », mais nous y reviendrons …

En somme, devenir Franc-Maçon (on n’est pas Franc-Maçon, on le devient indéfiniment …), c’est surtout avoir cette foi inébranlable en ceci que la vocation ultime de l’homme est de construire un Temple qui le dépasse infiniment, un Temple qui le transcende radicalement, en ceci que l’homme n’a de sens qu’au service de ce qui le dépasse (Nietzsche dirait que l’homme ne devient homme qu’en étant pont vers le Surhumain, c’est-à-dire vers ce qui dépasse l’homme).

La Franc-Maçonnerie offre les outils pour tracer le plan de ce Temple et pour en édifier les structures. Et cette offrande est initiatique, c’est dire qu’elle s’adresse bien plus au cerveau droit (celui de l’intuition, de l’imagination, du qualitatif, du global, de la sensibilité, de l’herméneutique, du visuel …) qu’au cerveau gauche (celui de la rationalité, du calcul, du quantitatif, de l’analytique, de la logique, du verbal, …).

En ce sens, la Franc-Maçonnerie est un anti-rationalisme, comme un pont entre Moyen-Âge et contemporanéité, par dessus de ces cinq siècles de matérialisme rationaliste et scientiste qui s’étalent de la Renaissance italienne à la Chute du mur de Berlin.

ORDRE

« Là tout n’est qu’ordre et beauté

Luxe, calme et volupté » (Baudelaire)

La Franc-Maçonnerie est un ordre. Cela signifie qu’elle est ordonnée, qu’elle est régie par une Règle (la règle est aussi un outil d’architecte …), qu’elle doit être régulière, donc.

Cette règle, cet ordre repose sur quelques principes intangibles que l’on appelle les « landmarks » (les limites du terrain, le cadre de l’épure, en quelque sorte).

Outre la foi incontournable en l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers, le nombre et le contenu des « landmarks » connaissent différents recensements.

Les principaux sont les suivants.

L’ordre initiatique se construit sur trois degrés qui sont, dans l’ordre : celui d’Apprenti où l’on n’est pas encore initié aux secrets du métier, mais où l’on est admis aux « travaux », à l’essai en quelque sorte ; celui de Compagnon où l’on apprend les outils de la Franc-Maçonnerie (le « comment ») ; et celui de Maître où l’on découvre la vocation profonde de la Franc-Maçonnerie (le « pourquoi »).

Les Francs-Maçons appartiennent tous à une Loge, c’est-à-dire à une structure de base, à une cellule du réseau. Chaque Loge porte un nom. C’est elle le lieu de la rencontre et de l’initiation des Francs-Maçons. L’ensemble des Loges d’un même Etat est fédéré au sein d’une Grande Loge (aussi appelée « obédience ») qui est une structure purement administrative ne détenant aucun pouvoir initiatique ou hiérarchique autre que d’être le garant que toutes les Loges qu’elle fédère respectent bien les « landmarks » exprimés dans sa constitution et ses règlements.

Ma Loge s’appelle « La Parfaite Fraternité », elle est située à Mons en Belgique, elle appartient à la Grande Loge Régulière de Belgique.

Depuis la fin du XIXème siècle, sous pression positiviste et scientiste, des Loges ont fait dissidence par rapport à la Règle universelle commune et ont voulu s’affranchir de certains « landmarks », spécialement ceux concernant la foi en l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers (ouvrant ainsi la porte à une tendance matérialiste, athée, humaniste et rationaliste) et concernant la pure masculinité (on parlera plus loin). Ces dissidences, présentes essentiellement en France et en Belgique, vivent leur vie de leur côté et pratiquent une Maçonnerie non spirituelle, essentiellement laïque, politique et lobbyiste, n’ayant gardé de la Franc-Maçonnerie régulière que quelques apparences rituéliques et formelles. Ces obédiences dissidentes s’appellent généralement « Grand Orient » ou « Droit Humain », etc …

Originellement, le métier de maçon étant très physique, on n’y trouvait guère de femmes. Parfois, des veuves de maçon étaient accueillies sur les chantiers afin d’y gagner leur pitance, mais elles n’étaient jamais initiées aux secrets du métier : nous sommes alors dans la société très machiste du Moyen-Âge chrétien, ne l’oublions pas. Depuis, cette règle de la pure masculinité s’est maintenue non pas tant « contre » la femme que comme aveu de faiblesse des hommes à être incapables de se concentrer sur leur travail sur soi en présence du beau sexe.

Cela dit, les Loges régulières, purement masculines, ont suscité des structures maçonniques parallèles destinées à accueillir les femmes, en Europe comme aux USA. Les Grandes Loges Féminines, descendantes des Loges d’Adoption souchées au XVIIIème siècle sur des Loges masculines régulières, sont de celles-là.

Chaque Loge est dirigée par un Vénérable Maître élu par l’ensemble des Maîtres.

Ce Vénérable fait office de président de séance. Il dirige les rituels et détient l’autorité sur les Frères présents. Il faut ici ne jamais confondre : faire autorité n’est pas détenir un pouvoir !

Un Vénérable fait autorité : il est respecté et écouté parce qu’il est le plus apte à diriger les travaux en vertu de sa Connaissance du métier et de ses talents sur le chantier.

Dans sa tâche, le Vénérable est entouré d’Officiers dignitaires ayant chacun leur rôle précis. Il y a un Premier Surveillant qui s’occupe des Compagnons, un Second Surveillant qui s’occupe des Apprentis, un Secrétaire qui est la Mémoire de la Loge, un Orateur qui est le garant de l’orthodoxie, un Maître des Cérémonies qui règle tous les mouvements en Loge, un Couvreur qui empêche quiconque de pénétrer dans la Loge sans en avoir reçu la permission expresse, etc …

Les « travaux » de la Loge consistent essentiellement à préparer ou à exécuter les rituels initiatiques qui jalonnent la vie intérieure de chaque Maçon.

Il s’agit d’entendre les « planches » de « demande d’augmentation de salaire » de Frères Apprentis ou Compagnons qui demandent à être reçu au grade supérieur au leur ; il s’agit d’exécuter les rituels de ces réceptions ; il s’agit de recevoir un Frère conférencier qui parlera d’un sujet exclusivement maçonnique, d’une méditation, d’une herméneutique personnelles qu’il souhaite partager ; il s’agira de « tenue administrative » d’élection du nouveau Vénérable ; etc …

Mais jamais il ne faut jamais oublier que le travail du Maçon, de chaque Maçon, ne se fait pas en Loge, mais en lui-même, à tout moment.

La Loge n’est pas le Chantier.

La Loge n’est qu’un lieu de transmission et de ressourcement. Le travail est ailleurs. Le travail maçonnique est dans l’accomplissement de soi, au service du Grand Architecte de l’Univers, sur le chantier du monde.

La Loge nourrit ce processus et ce travail, mais elle ne s’identifie jamais à lui.

FRATERNITE

La Franc-Maçonnerie, enfin, est une Fraternité : tous les Maçons réguliers du monde sont des Frères, fils de la même Veuve (la mère de l’architecte Hiram qui construisit le Temple de Jérusalem pour le Roi Salomon en Israël).

Cette Fraternité est bien plus que du copinage ou de l’amitié : « on choisit ses amis, pas ses frères ! ».

La Fraternité maçonnique répond parfaitement à Saint-Exupéry : l’amour, ce n’est pas se regarder dans les yeux, c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Et cette direction unique, c’est précisément le service du Grand Architecte sur le chantier de l’Univers et de l’homme dans le monde.

Ce qui unit les Franc-Maçons, bien au-delà des sympathies et amitiés interpersonnelles, c’est le processus d’accomplissement que chacun expérimente à chaque heure de sa vie d’homme en quête de perfectionnement et de création de soi.

Cette Fraternité n’est pas une fraternité de comptoir ; elle est une Fraternité de combat. Combat contre soi, contre sa paresse, contre la bêtise et la barbarie, contre l’orgueil et la suffisance.

Cette Fraternité nourrit une vraie solidarité entre Maçons.

Mais cette solidarité n’est jamais copinage, affairisme, complicité malsaine, collusion, sous peine de sanctions et d’exclusion.

L’histoire des obédiences dissidentes qui ont sombré dans la politique et dans le politique, a démontré à suffisance, surtout en France, combien la Fraternité se prostitue et s’avilit dès lors qu’elle se met à servir des intérêts humains, même si parfois ils furent louables.

La Fraternité maçonnique appelle chaque Maçon a vivre sa vie en étroite connivence avec ses Frères comme l’on vit en famille sans plus ni moins.

Elle convie à sortir des schémas mercantiles du donné et du rendu, de la comptabilité des plaisirs et des douleurs : « il faut laisser ses métaux à la porte de la Loge » dit-on en Maçonnerie, ce qui signifie que le Maçon doit s’efforcer de fonctionner avec ses Frères en communauté d’esprit et en rabotant son ego.

Au « Connais-toi toi-même » socratique, répond un « Oublie-toi toi-même » maçonnique.

Seule l’œuvre importe.

Seul le chantier et le travail qui s’y fait importent, et les individualités qui y évoluent s’effacent devant le Temple qui s’érige peu à peu.

Le travail est anonyme !

 

Merci à toi mon F:. Jean-Claude de cette communication

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Le Cercle Du Franc Maçon 7 avril, 2013

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Le Cercle Du Franc Maçon


Le Cercle Du Franc Maçon dans Recherches & Reflexions Le+Cercle1
 Un Mémorial Maçonnique à Eilat, en Israël
Au temps de la Maçonnerie opérative, celle des constructeurs de cathédrales, le cercle tenait une place essentielle que les maçons modernes dits spéculatifs ont remplacé par l’équerre.
Dans le symbolisme des formes géométriques, le cercle occupe la première place puisqu’en lui réside le principe de l’expansion du point, en tant que principe ou réalité absolue de Ce Qui Est, ce qui s’exprime par le Grand Architecte de l’Univers, Centre Des Centres Et Arbre Du Monde.
Depuis les temps les plus reculés, le cercle fait intervenir la notion de mouvement cyclique, de transformation, d’accélérateur du devenir.
Il représente en l’un de ses aspects un intervalle de temps, celui qui correspond à la vie « incorporisée », une existence en ce monde, ce parcours que nous accomplissons ici-bas dans ce corps qui est le nôtre. 
Mais ce temps qui se caractérise comme une fragmentation de l’éternité n’a rien à voir avec le temps chronologique dévolu au carré.
Se rapportant à l’Être, il n’a pas de mesure préétablie, définie, ou immuable, car toute existence peut se voir prolongée ou écourtée. 
À un palier supérieur, le cercle exprime la perfection du monde céleste, celle de l’infinitude divine et l’espérance de sa Réintégration au principe originel.
Il symbolise l’unité fondamentale du Créateur dans sa multiplicité des formes quand le carré, emblème du domaine terrestre, apparaît comme la figure privilégiée dévolue à la manifestation.
Le maçon s’inscrit malgré lui dans ces deux figures circulaire et carrée.
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Ainsi « La figure circulaire adjointe à la figure carrée est spontanément interprétée par le psychisme humain comme l’image dynamique d’une dialectique entre le céleste transcendant auquel l’homme aspire naturellement, et le terrestre où il se situe actuellement, où il s’appréhende comme sujet d’un passage à réaliser dès maintenant grâce au concours des signes.(1)
De là découle l’inscription de l’homme dans le carré et celle du carré dans le cercle, manifestant de la sorte l’infériorité de l’humain par rapport au carré lui-même dépendant du cercle qui comporte la notion de perfection, le souffle de la divinité sans commencement ni fin.
Les Anciens attribuaient le cercle au Soleil ou à la Lune selon qu’il s’agissait de représenter les mondes du visible ou de l’invisible réservés aux seuls initiés.
De ces plans proviennent les cercles d’or ou d’argent, disposés par trois, en tant que symboles de la lumière visible que retiennent les profanes ou les hommes de peu de foi,
Ceux sous l’emprise de la Maya ou illusion, et ceux de l’illumination invisible, lumière des lumières, celle de la Connaissance absolue, Une et ineffable, celle des initiés par excellence.
C’est pour cela que l’Apprenti travaille au septentrion royaume lunaire, celui du feu invisible qu’il doit découvrir grâce à la perpendiculaire par un travail perpétuel de « montée et descente », comme il lui faut procéder à l’ébranlement de son Être par le maillet.
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Cette aventure initiatique reste essentielle, car celui qui ne s’est pas encore « révélé à Soi » ne peut rien accomplir et cet aveuglement l’occultera impitoyablement lorsqu’il lui faudra passer à l’action sur le niveau ou plan d’évolution terrestre. 
Le cercle a revêtu différentes figures selon les temps et traditions, telle celle de l’Ouroboros ce serpent roulé sur lui-même, se mordant la queue.
Il convient ici de préciser que ce terme de « mordre » apparaît impropre, il semble préférable de lui substituer celui d’avaler. En effet, le serpent maintient sa vie physique par l’avalement des proies. 
Ainsi cet « avalement de Soi » exprime une évolution considérable, non refermée sur elle-même comme on pourrait le croire, mais en mouvement perpétuel donc en expansion constante. 
Ceci reste conforme à l’évolution initiatique qui tend à procéder de l’extérieur vers l’intérieur, d’où la spirale finissant ou aboutissant au terme de son évolution dans le temps et l’espace au point d’infinitude.
Les Fidèles d’Amours, les anciens Rose+Croix, le manifestaient par la formule du VITRIOL : « Visita Interiorem Terrae Rectificando invenies Operae Lapidem » ou « Le retour de l’être au noyau ce qui revient à dire « Descends au plus profond de toi-même et trouve le noyau insécable où tu pourras bâtir une autre personnalité, un homme nouveau. » 
Les alchimistes, et certaines confréries opératives et templières utilisaient un VITRIOL légèrement différent : « Visita Interiora Terrae Rectificando invenies Occultum Lapidem » ou « Explore l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu découvriras la Pierre cachée », tâche éminemment dévolue à l’Apprenti qui doit « oeuvrer » Sur et Dans la pierre avec le maillet au symbolisme circulaire et spatial. 
En Maçonnerie, le circulaire revêt une importance capitale, car il intervient aux  moments clés de la vie rituelle.
Lors de la cérémonie d’initiation, le candidat passe au Rite Écossais Rectifié, par le cercle du nord au début du premier voyage, le cercle du Midi au départ du second voyage, et termine son périple à  l’issue du troisième voyage par le cercle d’Occident.
Dans le travail courant, le cercle devient actif par la réalisation de la Chaîne d’Union à la clôture des travaux de la plupart des rites. 
(1) Charbonneau-Lassay : l’ésotérisme de quelques symboles chrétiens.
Base Documentaire : Christian Guigue — La Formation Maçonnique.
Aron O’Raney
Source : http://oraney.blogspot.fr
god

Aperçus sur l’initiation féminine 25 juin, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Aperçus sur l’initiation féminine

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

 

Par Jeanine Augé

Jeanine Augé

Mes soeurs, mes frères en franc-maçonnerie, en bouddhisme ou en humanité, je voudrais d’abord faire une première remarque en préambule. Je n’ai pas été avertie que Michel Barat et Bernard Besret avaient eu la charmante idée de me laisser disposer du temps qui leur était imparti. Je m’en suis tenue, avec discipline, à ce qui avait été convenu lors des réunions préparatoires, c’est à dire 25 minutes d’intervention. Cela peut sembler léger pour aborder l’initiation féminine. Mais celle-ci a été traitée en filigrane pendant tout ce colloque, comme si elle allait de soi, alors que ce fut et reste encore une longue et dure conquête.

Ma deuxième remarque est que, passant après de talentueux orateurs, je crains que mon discours ne soit un peu terre à terre et ne détonne, avec l’excuse que je ne suis pas encore bouddhiste. Mais je vous rassure tout de suite, si mon propos démarre sur des chapeaux de roues résolument féministes, cela ne dure qu’une page et demie (rires…).

Parler de l’initiation de la femme en faisant l’impasse sur les divergences concernant son initiabilité pourrait sembler outrecuidant si mon propos ne se situait pas dans l’espace de la modernité. Celle-ci consistant, à mon sens, à faire évoluer la tradition pour l’adapter au présent sans en altérer l’essentiel. Je n’ai pas tellement développé cela parce que je pensais que Bernard Besret allait s’exprimer très brillamment là-dessus. Moi, je pars de l’idée simpliste que nous créons, aujourd’hui, la tradition de demain. Autour de l’amande, va se concrétiser la coque qui est faite des acquis, que l’on ne peut ignorer, d’une civilisation qui évolue tant sur le plan du droit que sur celui de la technologie.

Dire que la femme est initiatrice, par essence, est une échappatoire que l’on utilise assez régulièrement. Elle fait référence à une mythologie qui a longtemps confiné la femme dans une fonction de reproductrice. En outre, la sacraliser comme déesse-mère, comme déesse des moissons, comme déesse de l’amour renvoie en quelque sorte la femme à la nature passive de terre fécondable qu’on lui prête. Il y eut dans le Parnasse traditionnel trop de Déméter, trop de Junon, et pas assez, à mon avis, d’Athéna. La déification de la femme lui a été bien moins profitable que de lui permettre de retrouver le divin en elle.

C’est donc de la quête initiatique de la femme moderne, et plus particulièrement de celle que j’ai moi-même entreprise, que je voudrais parler. Je ferai toutefois un retour, plus ou moins bref, sur les difficultés que les femmes ont rencontrées sur leur route et qui perdurent pour certaines d’entre elles dans les milieux religieux et intégristes. Nous savons par nos soeurs turques que certains pays font un retour en arrière considérable. Toute l’histoire de l’humanité est marquée par la difficile reconnaissance de la complémentarité et de l’égalité qualitative de la femme par rapport à l’homme.

Si Jésus et Bouddha acceptèrent volontiers que les femmes suivent leurs enseignements, leur reconnaissant ainsi le droit à la spiritualité, à la connaissance, l’Eglise catholique porte la lourde responsabilité d’avoir mis la femme pendant très longtemps à l’écart du monde de l’esprit. Les références constantes aux origines judéo-chrétiennes de la nécessité d’un fondement religieux m’ont beaucoup gênée.

C’est contre ces conceptions que s’est, en effet, bâtie la franc-maçonnerie féminine. Le patient travail de recherche de Uta Ranka Heineman dans son livre Des Ennuques pour le royaume des cieux, en est un témoignage accablant. Depuis le célèbre verset de St Paul dans l’épître aux Corinthiens : « Que les femmes se taisent dans les assemblées », aux positions prises par les papes sur l’ordination des femmes en passant par les déclarations de St Augustin : « Combien plus agréable est la cohabitation de deux amis, comparée à celle d’un homme et d’une femme ! » -je ne sais pas si vous êtes toujours d’accord- (rires…) ou la crainte exprimée par St Thomas de la féminisation du coeur humain, la femme a été longtemps présentée comme source de troubles, une incitation au péché, parfaitement inutile, sinon nuisible à la spiritualité de l’homme. L’enseignement ne sied pas au sexe féminin, précise St Thomas d’Aquin.

Est-ce pour les mêmes raisons moyenâgeuses que le pape actuel rejoint, dans son refus du sacerdoce des femmes, le canoniste de l’église orthodoxe du XIIe siècle, Théodore de Balsamo, qui le justifiait par l’impureté du flux menstruel ! Refuser l’ordination, c’est refuser le droit de transmettre, d’initier, car qui dit initiation dit transmission du contenu d’une tradition que l’on a intégrée et revivifiée. A mon avis, ce n’est ni dans la religion catholique, ni dans les religions refusant le sacerdoce des femmes que celles-ci peuvent prétendre à une totale initiation.

Même si c’est un peu folklorique, je vais passer rapidement sur les jugements, pour le moins surprenants à l’époque moderne, qui dénièrent à la femme toutes les qualités requises pour être initiée. « Femme inapte et ridicule », selon Erasme, femme passive, femme coupable, qui conduisit Adam et toute l’humanité hors de l’Eden, vers la dualité et la mort. Le cher Beaudelaire y va de son interrogation : « J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans une église, quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? » (rires…). Au XIXe siècle, Julien-Joseph Vire perd tout sens du ridicule -il faut quand même que je vous le lise, même si c’est un peu long- quand il écrit dans L’Histoire naturelle du genre humain : « La force vitale développe les organes supérieurs du corps de l’homme et les organes inférieurs du corps de la femme. Il y a, dans le premier, une tendance à la supériorité et à l’élévation. Dans la seconde, on remarque une impulsion inverse. La vie s’épanouit vers la tête de l’homme. Elle se concentre vers la matrice de la femme. L’un donne. L’autre accepte. La femme est donc destinée par la nature à l’infériorité et à vivre en second ordre. »

Et Françoise Collin, de nos jours, écrit : « Lorsque les femmes ne sont pas déclarées inférieures mais différentes, c’est pourtant toujours la masculinité qui fait norme. Les femmes sont certes des êtres humains raisonnables, mais leur raison est celle du sentiment dont le règne reste confiné entre les murs du privé. Aux femmes, les méandres de la subjectivité ; aux hommes, la voie royale de l’objectivité, de l’espace public. »

Je ne peux passer sous silence le poids que l’exclusive prononcée par le Pasteur Anderson contre les femmes assimilées à des irresponsables dans ses Constitutions, fait peser sur la franc-maçonnerie féminine. Quel est ce centre de l’union qui, tout de même, exclut la moitié de l’humanité ?

Si je me suis un peu étendue, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser, sur les condamnations que les périodes successives ont prononcées contre la femme, c’est parce qu’elles touchaient au vif sa capacité à vivre une initiation spirituelle telle que nous prétendons la réaliser par exemple en franc-maçonnerie, puisque c’est de cette expérience dont je peux me prévaloir. En effet, je ne saurais aborder ici d’autres formes d’initiation, telle l’initiation tribale qui concerne surtout le passage des adolescents d’un âge à l’autre ou l’initiation magique qui est censée doter l’impétrant de pouvoirs surnaturels.

L’initiation à laquelle je consacre le meilleur de moi-même est un long chemin qui a commencé avec une mort symbolique et la prise de conscience d’une reconstruction de l’être à réaliser. Il y a la cérémonie de l’initiation qui met sur la voie. Il y a le parcours initiatique avec ses épreuves, ses méandres et, au bout l’initiation suprême, qui attend tout vivant, le terme où l’existence prend tout son sens avec les trois pas, le trépas. . .

Se faire initier, c’est accepter la quadruple purification des éléments pour mieux progresser, allégés vers la plénitude de la connaissance. Aucun dogme n’est imposé. Mais la transmission ininterrompue de l’influence spirituelle est nécessaire. La communication se fait selon le rituel des grades. On vous en a déjà amplement parlé.

L’initiation conduit l’initié à prendre conscience des possibilités latentes au plus profond de lui-même. D’étape en étape, les symboles, les rites et les mythes peuvent réveiller en chacun le souvenir d’une sagesse perdue, d’une unité occultée par l’agitation chaotique de la vie profane. La réconciliation de l’individu condamné au binaire avec l’unicité du tout, est ce que la franc-maçonnerie peut réaliser dans le silence qui s’impose au chercheur de vérité.

Pour certains, on peut dire que ce parcours restera dans le domaine du mental et de la philosophie. Pour d’autres, l’enseignement ésotérique du symbole aboutira au sacré qui relève non de la pensée discursive mais de l’expérience directe. La loge, les maîtres n’interviennent que pour aider l’initié à trouver son maître intérieur. L’enseignement oral et le silence répondent au désir d’ignorer toutes les limites qu’impose la manifestation existentielle afin d’atteindre l’infini universel du non-manifesté. Les mots sont réducteurs et l’essentiel n’est pas transmissible par leur truchement, c’est là le secret maçonnique.

On fait référence trop souvent à la facilité avec laquelle on trouve les rituels en librairie. Il y a autant de différence entre la lecture d’un rituel et une tenue qu’entre la vision d’une photographie de vacances et le goût du sel marin face à l’infini maritime ou l’indicible de la splendeur d’un soleil rougeoyant qui décline sur les cimes enneigées.

Il m’apparaît que la finalité de l’initiation est la même pour tous les êtres, homme ou femme. Les méthodes de travail en revanche, diffèrent pour s’adapter à la nature masculine ou féminine de l’initié ou de l’initiable.

Je suis convaincue que ce ne sont pas tellement les sources opératives de la franc-maçonnerie que l’on nous oppose si souvent qui posent problème. La plupart des frères francs-maçons, j’en suis sûre, seraient bien en peine d’utiliser les outils du constructeur de cathédrale dont ils se réclament ou de dresser les plans d’un édifice. Les outils sont les symboles concrets de principes et de concepts. A telle enseigne que nos soeurs africaines, qui n’ont pas les mêmes règles de construction, assimilent fort bien la symbolique des outils maçonniques comme le fil à plomb, le niveau et l’équerre . . . La différence fondamentale réside, à mon avis, dans les valeurs à la fois opposées et complémentaire du yin et du yang, à ceci près que, finalement, l’homme et la femme participent de la même nature, du moins j’ose l’espérer. J’en veux pour preuve que le sang qui véhicule l’essence de l’être n’est pas sexué. Parmi les nombreuses incompatibilités qui existent entre donneur et receveur, celle du sexe est à ce jour inconnue.

Il s’agit bien plus, pour moi, d’une proportion que le symbole du Tao To King exprime fort bien. Quand le yang domine, les valeurs solaires et masculines dominent avec leur cortège de combativité, d’éclats lumineux qui procèdent de la nature du ciel et se rapportent à l’esprit actif et à la raison. Là où le yin prédomine, c’est la référence à la terre qui donne son caractère de passivité mais aussi de potentialité, ce qui, selon Guénon est « la racine de toute existence ».

Lumière et ombre sont indissolublement liées sans y voir, comme dans le mazdéisme, un quelconque jugement de valeur entre le bien et le mal. Le yang n’est jamais sans le yin, le yin n’est jamais sans le yang puisqu’ils participent tous les deux à la fois du ciel et de la terre.

Le caractère yin, prédominant chez la femme, lui facilite la démarche évolutive qui correspond plus précisément à l’apprentissage, à l’oeuvre au noir. Dans le féminin de l’être, Annick de Souzenelle écrit : « Les nuits de l’âme sont entrailles de mutation, matrice sainte, athanor alchimique de résurrection. » La femme, par sa capacité à donner la vie, est en phase étroite avec l’univers des cycles et l’ordre du monde. Cet ordre qu’elle intègre rythme sa vie intime tous les mois comme pour rappeler son implication dans la marche cosmique. Sa condition n’est pas la passivité mais bien plutôt la complicité, l’empathie avec les lois de l’univers qui en fait sa dépositaire. D’où son intelligence avec le coeur des choses et de sa force de résistance qui lui permettent de passer outre les avanies et les secousses de la vie triviale pour aller souvent à l’essentiel.

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

Tout système vivant est à la fois fermé structurellement et ouvert énergétiquement pour expérimenter, progresser, se reproduire. La femme sensible à l’émotion peut, par l’initiation, transformer cette faiblesse en une aptitude à la compréhension, à la compassion, à la perméabilité à tout ce qui relève de l’esprit, de l’immatériel.

Le compas lié à l’équerre, que tout le monde connaît comme les deux symboles récurrents de l’initiation maçonnique, lui sont nécessaires et familiers dans ses fonctions d’éducatrice, de gardienne des valeurs familiales et de citoyenne humaniste. Particulièrement intuitive, la nature féminine vit de manière plus globalisante le triple aspect de la vie, corps, esprit, âme ou, si l’on préfere, corps, coeur, esprit .

L’initiation, c’est aussi pénétrer au-delà des apparences pour essayer d’atteindre à l’essence.

Visionnaire, la femme ? Non, sûrement pas, mais réceptive, perméable, lunaire dans le sens positif. moins emprisonnée dans le carcan de la logique et du mental. Elle aborde les manifestations de la vie avec l’optique de l’artiste, de l’esthète, du poète qui sont des initiés à leur manière.

L’initiation, c’est aussi dominer la souffrance ou, tout au moins, l’intégrer comme une épreuve nécessaire à la sublimation. Si Jéhovah fit sortir la femme de la côte de l’homme, elle a rendu la politesse à ce dernier depuis la nuit des temps, au prix de bien des souffrances tant physiques que morales. Et son sens des valeurs en a été magnifié, parce qu’elle met au monde, nourrit, éduque tout en défendant ses droits contre son compagnon, son fils, son frère, le poids de la tradition, de la politique et des religions intégristes.

La femme initiée a été avertie que son chemin est semé d’embûches, que son engagement la place dans une dynamique de construction avec tous les dangers et souffrances que cela peut comporter. Les outils blessent, le matériau résiste, la construction échappe au concepteur maladroit. Il faut faire et refaire, mais la femme connaît la patience et les aléas de la gestation. L’initiation se vit à chaque moment de l’existence, ici et maintenant. Bien des femmes suivent la voie initiatique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. C’est pour cela que je me pose, que je vous pose ces questions.

Et si l’initiation des femmes passait par leur libération économique, leur conférait l’autonomie nécessaire, la liberté de mouvement qu’offre l’indépendance monétaire ?

Et si l’initiation des femmes passait par un partage équitable de tous les pouvoirs lui permettant de se réaliser dans tous les domaines et d’aborder ainsi tous les aspects de l’implication de l’humain dans les phénomènes universels ?

En un mot, et si l’initiation de la femme passait par la conviction, confortée par les structures religieuses, sociales et politiques, qu’elle est un être humain à part entière ?

Pour qu’il y ait initiation, il faut qu’il y ait éveil et que la conscience de cet éveil replace chaque action, chaque pensée, dans une direction qui donne sens à la vie. Pour ce faire, il faut que la femme ait enfin droit de vivre pour elle-même et ne vienne pas à l’initiation seulement pour reprendre, ce que j’ai trop souvent entendu lors des auditions, lorsqu’elle est à la retraite, les enfants partis, le mari moins exigeant ou disparu. Je dois reconnaître que si, statistiquement, la moyenne d’âge de nos soeurs était très élevée, il y a encore 8 à 10 ans, elle a tendance actuellement à baisser, ce qui est très encourageant

La femme a des devoirs envers ce qu’elle incarne. Ce que nous rappelons dans le testament philosophique que l’impétrante doit rédiger dans le cabinet de réflexion. On lui demande les devoirs envers la patrie mais aussi envers elle-même et envers l’humanité. Je pense que l’évolution que connaît actuellement notre société va ouvrir la voie aux valeurs féminines qui s’avèrent de plus en plus nécessaires pour contrebalancer une mondialisation fondée sur la finance, l’économie, le pouvoir des banques et la technocratie. Parallèlement, la synthèse se fait entre les notions de matière, d’esprit et de psychisme et Schodengger va jusqu’à énoncer : « Ne nous trompons-nous pas en pensant qu’il y a autant d’esprit que de corps ; peut-être n’y a-t-il qu’un seul esprit ? »

Une nouvelle manière d’appréhender et d’agir sur le monde en découle, mettant l’accent sur l’importance donnée au monde associatif, à la communication, à la solidarité, à la croissance de l’économie de service, tous domaines que connaît bien l’activité féminine et qui, peut-être, fonde ce qui est la modernité.

Je dirai en conclusion que les femmes ont tout à gagner à préserver leur identité et les qualités qui leur sont plus particulièrement dévolues. L’initiation leur permet de les affermir, de les développer, mais qu’elles ne refusent pas ce qu’il y a de solaire, de yang en elles. Qu’elles sachent le reconnaître et le cultiver sans perdre leur spécificité car, ainsi, elles pourront tendre à l’universel.

Si l’homme initié fait de même et accepte d’être aussi lunaire, alors tous deux retrouveront sur le plan spirituel et initiatique les vertus de l’endroginat. Le retour au centre, à l’unité, est au terme de cette descente dans les profondeurs car on sait bien que les parallèles finissent quand même par se rejoindre, dans l’infini du cosmos.

Je terminerai sur cet extrait d’un poème du Tao des femmes qui est publié chez Trédaniel :

« Les hommes et les femmes sont le miroir du Tao.

L’homme n’est pas plus grand, la femme n’est pas plus belle.

Les fleuves suivent chacun leur lit uniquement pour se rencontrer dans l’océan.

La terre accueille le soleil à la fin de chaque jour.

Le soleil à l’apogée se lève ou se couche.

C’est vous qui décidez du sens ! »

Questions-réponses

Christian Bodson

 

D’abord un témoignage que j’ai plaisir à vous lire.

« J’ai toujours pensé que la maçonnerie m’avait pennis de développer cette part de féminité qui sommeille en moi. Elle a permis de libérer mon coeur, moteur de la main tendue. Même si mon obédience n’accepte pas les femmes en loge, de par ma fréquentation de la tradition celtique, je suis persuadé que la femme est soleil et l’homme, lune. Il n’y a que les hommes en mal de masculinité pour penser le contraire. »

Lama Denys

 

Cela me donne l’occasion de faire un petit rappel. En fait, nous sommes d’accord avec les Celtes sur ce point. Dans la tradition des tantras, d’un côté le féminin rouge et de l’autre le masculin blanc correspondent respectivement au soleil et à la lune. La femme est solaire et l’homme est lunaire. Il y a aussi, dans cette vision, le féminin qui est intelligence -prajna- qui est la sagesse, l’ouverture, la matrice omniprésente, toute englobante, accueillante, qui est fécondée, qui est habitée par le principe masculin… En tout cas, vacuité, sagesse, intelligence, c’est féminin. Tout ce qui est de l’action gouvernée par la compassion est masculin. Cela étant, blanc et rouge sont des principes complémentaires qui sont aussi les équivalents du yang et du yin. On retrouve cela dans nombre de traditions primordiales et pas seulement chez les Celtes. . .

Jean-Pierre Pilorge

 

Ces couleurs, blanche et rouge, on les retrouve aussi lorsque le pontife romain est vêtu selon la manière qui convient en symbolisme, de la cape rouge qui est celle du pouvoir royal, et de la robe blanche qui est celle du pouvoir sacerdotal, tel que nous l’avons évoqué hier avec l’arche royale, étant entendu que la fonction prophétique, elle, n’a pas de couleur, car elle ne peut pas s’institutionnaliser.

Un intervenant. Est-ce-que la Grande Loge Féminine de France a accès aux émissions radiotélévisées ?

Jeanine Augé

 

Oui, le dimanche matin. Est posée la question de l’obédience alors, pour te dédouaner, et comme cela le doute continuera à planer sur mon appartenance, je dirai que cette émission a lieu le dimanche matin sur France-Culture à 9 h 40. Ainsi, on ne saura pas si je suis le roi Salomon ou la reine de Saba.

Un intervenant. Entre l’homme et la femme, qu’en est-il de l’identité, de l’égalité, selon vous ?

Jeanine Augé

 

C’est une question qui est tout un monde à elle toute seule !

Identité, non, égalité, oui. Il y a évidemment une part biologique très fondamentalement identique. Quand à l’égalité, elle se conquiert tous les jours. Sur le plan des droits que nous n’avons pas, par exemple. Mais sur les plans de la culture, de l’intelligence et de la réalisation de l’être, je pense que c’est chose faite. Mais peut-être pas avec les mêmes références que les hommes.

Un intervenant. Personne ne conteste l’initiabilité des femmes. Mais pourquoi se cantonner à la pratique du rite masculin ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que le rite soit masculin. Le rite est traditionnel et les rites que nous pratiquons sont des rites de tradition avec des outils qui, je le répète, ne sont pas des outils d’hommes mais des outils principes. Je ne vois vraiment pas pourquoi nous irions mettre une machine à coudre sur l’autel des serments. Certes, cela a été suggéré même par des femmes. Mais me gène considérablement. Cela ne prouve qu’une chose, c’est que l’on a pas compris ce qu’était vraiment un outil symbolique.

Un intervenant. Pouvez-vous développer davantage votre affirmation concernant l’ouverture nécessaire vers les voies féminines de l’initiation pour compenser les effets de la mondialisation et de la technocratie ?

Jeanine Augé

 

Là, c’est tout un programme. Je pense qu’actuellement notre société est absolument féroce. Elle est bâtie sur la compétitivité, sur la technocratie. Lorsque l’on voit des fortunes s’édifier en un rien de temps par le jeu d’internet, des échanges -je ne suis pas très lancée là dedans- mais quelques coups de téléphone entre Tokyo et New York et des fortunes se font ou s’effondrent en quelques minutes. Tout cela, ce sont des valeurs qui, pour moi, représentent ce qu’il y

a de pire dans la nature masculine, c’est-à-dire un désir d’hégémonie. Je pense que les femmes, par le sort qu’on leur a fait et qu’elles ont peut-être accepté trop facilement, sont beaucoup plus tournées vers les notions de solidarité, d’effort, de lente construction.

Actuellement, l’industrialisation a gommé les différences qui existaient en la force musculaire de l’homme et de la femme. La femme, dans le monde du travail, se retrouve, dans nos sociétés industrielles, je parle en personne privilégiée, à égalité avec l’homme. Mais elle peut justement y faire ressortir une philosophie de solidarité dont elle n’a pas l’apanage mais qu’elle pratique plus facilement.

Je suis toujours gênée lorsque je parle de la femme parce que je parle en femme privilégiée et je n’oublie pas dans les discours que l’on fait ici ce qui ce passe en Afghanistan, en Algérie. Et là, je dis que c’est l’horreur et je me demande justement ce qui est fait par les hommes et par les femmes pour sortir de cette géhenne.

Un intervenant. Ma très chère soeur, j’ai apprécié ta plaidoirie en forme de réquisitoire -oh non, ce n’était pas un réquisitoire, mais un constat !- à l’encontre d’un ennemi imaginaire, l’homme. Lequel, merci pour lui, est dénué, selon toi, de toute sensibilité et de toute capacité à aimer. Ce langage, ce combat d’arrière-garde, me semble un peu dépassé, du moins chez nous.

Jeanine Augé

 

Eh bien oui ! Quand je parle de la femme, je ne parle pas uniquement de là femme tirée d’affaire. Je parle, je le répète, des valeurs féminines dans ce monde. Je crois que la maçonnerie est quelque chose qui s’ouvre, qui doit s’ouvrir et prendre en compte tous les problèmes planétaires. C’est pour cela que je suis un peu dure, mais enfin, quand on voit en plein XXe siècle, des femmes se déplacer sous un drap de lit avec juste un petit quadrillage pour respirer, on se dit quand même qu’il y a quelque chose qui ne va pas du tout.

Un intervenant. Ta présence à la tribune ainsi que celle d’Anne-Françoise Rey n’en est-elle pas la preuve ?

Jeanine Augé

 

Si, mais vous remarquez que nous sommes deux, trois, contre quantité d’hommes. (rires…) Alors, je dis qu’il ne faut pas croire que je suis une ennemie de l’homme. J’ai quatre petits-fils. J’ai deux fils dont l’un et maçon et, croyez-moi, j’apprécie les valeurs masculines. Je sais aussi que lorsqu’on éduque ses enfants, et ses fils en particulier, d’une certaine manière, on met un peu plus d’amour dans le monde. Je crois que les femmes sont souvent piégées par la propre éducation qu’elles donnent à leurs enfants.

Alain Lorand

 

Là, c’est tout un plaidoyer que je vais vous lire.

« Il existe une maçonnerie dont les quatre principes fondateurs sont l’internationalisme, l’égalité essentielle de la femme et de l’homme, la laïcité dans le respect absolu des modes de pensée à l’exclusion de ceux qui prônent le racisme et l’exclusion et, ce qui est moins important, la continuité initiatique du 1° au 33°. L’égalité essentielle des deux sexes humains y est vécu au quotidien.

Il existe des hommes, et pas seulement au Droit Humain, qui, depuis trente ans, prônent et se battent pour l’égalité des sexes comme de ce que l’on appelait les races. Alors, marchons, progressons, faisons circuler le message et je souhaite, pour ma part, que le discours en faveur de la femme perdure mais qu’il soit dirigé vers les bonnes cibles. Il y a à faire, nous avons hérité de plusieurs dizaines de siècles d’inégalité. L’avenir n’est pas dans le conflit mais dans la fraternisation universelle y compris et surtout entre les sexes. »

Jeanine Augé

 

Je vais vous lire une question à laquelle je ne répondrai pas mais qui vous prouvera que je n’ai peut-être pas tort de dire que les femmes ne sont parfois pas très bien comprises par les hommes.

« Ma sœur, explique-nous pourquoi aucune femme n’est un compositeur de musique de renommée mondiale dans l’histoire ! »

Eh bien, je ne répondrai pas ! (applaudissements…)

Une voix dans l’assistance  : « Il y a Hildegard de Bingen, que l’on redécouvre. »

Un intervenant. Jéhovah n’a pas fait sortir la femme de l’homme. Il a dit que ce n’était pas bon pour l’homme d’être seul. Il a donc créé un être différent de l’homme. Un autre coté de l’homme, un côté intériorisé. Il faut donc réaliser le côté féminin qui est en chaque être humain.

Jeanine Augé

 

C’est une façon de s’exprimer quand j’ai dit que l’on avait sorti la femme de l’homme parce que je me souviens d’avoir ouvert un colloque avec mon frère et mon ami Michel Barat en disant que ce n’était pas la côte d’Adam, c’était le côté. Il m’avait reprise en disant : « Si, si, si, Bossuet disait l’os surnuméraire ! »

Un intervenant. Que pensez-vous d’une maçonnerie féminine qui se fonderait sur un rituel et un symbolisme du tissage plutôt que sur celui de la maçonnerie opérative des constructeurs de cathédrales, comme le suggère Guénon ?

Jeanine Augé

 

Je dirai que moi, le tissage, je n’ai pas connu. En revanche, j’ai fait de la sculpture. Je crois bien qu’il y ait, à la cathédrale de Strasbourg, des oeuvres d’une femme qui a en particulier produit la statue de la foi. Alors pourquoi pas ? Ca reste à créer ! Mais, pour l’instant, je suis très bien dans mon obédience avec mes rituels.

Un intervenant. Si statistiquement, l’âge des soeurs diminue en loge, je vois là une volonté d’ouverture des loges qui, jusqu’ici,manifestaient en la matière une grande frilosité à voir trop de jeunes femmes bousculer la tradition. Les choses auraient-elles tendance à bouger ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que cela soit la frilosité des soeurs. Je pense que les femmes n’étaient pas disponibles parce qu’une des premières choses que l’on demande, lorsqu’elles se présentent, c’est d’être assidues. Or, une femme qui a des enfants en bas âge, -on le sait dans le monde du travail, c’est toujours la même chose qui se produit- est sujette à l’absentéisme. Cet absentéisme des femmes est très souvent critiqué, alors que c’est l’organisation de la société qui ne leur fournit pas les moyens de faire garder les enfants. Tout cela s’est amélioré et je pense que telle est la cause de cette prétendue frilosité.

Un intervenant. La maçonnerie accepte l’entrée à l’âge légal, à 18 ans. Je peux dire, elle n’est pas là et je ne porte pas son nom, donc je ne la trahis pas, que ma fille est entrée à 18 ans et s’en porte très bien. Elle a été très bien acceptée, comme mon fils qui est entré à 23 ans et s’en trouve aussi très bien. Non, il n’y avait pas cette peur. Je crois que les femmes n’étaient pas disponibles.

Un intervenant. Initier la femme, c’est prendre la femme comme objet et non comme actrice unique de son initiation qui, ne l’oublions pas, dure toute la vie maçonnique.

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas avoir laissé entendre qu’il y avait chez nous quelqu’un qui surveillait l’initiation. Au contraire, j’ai dit que l’on avait à trouver le maître intérieur. Mais il y a quand même la cérémonie d’initiation qui s’appelle initiation, que voulez-vous !

C’est un point de départ. Ensuite, le chemin est plus solitaire qu’ailleurs puisque nous disons en maçonnerie que le maçon s’initie lui-même. Nous refusons toute idée de gourou ou de maître à penser dans la maçonnerie actuelle. Je ne pense pas avoir dit que, dans son travail, l’on tenait quelqu’un par la main pour le traiter comme un objet. Au contraire, le but de l’initiation féminine, c’est de lui donner une indépendance. C’est la prise de conscience de sa propre valeur qui va la rendre indépendante de tout : des idées, des préjugés, et, disons, des compagnies trop dures dans son entourage…

Octobre 1997

 

Jeanine Augé


http://www.buddhaline.net/spip.php?article304


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TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE 6 septembre, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE

Dans l’ancien manuscrit maçonnique Cooke (circa 1400) de la Bibliothèque Britannique, l’on peut lire aux paragraphes 281-326 que toute la sagesse antédiluvienne était écrite sur deux grandes colonnes. Après le déluge de Noé, l’une d’elles fut découverte par Pythagore et l’autre par Hermès le Philosophe, qui se consacrèrent à enseigner les textes qui y étaient gravés. Le manuscrit concorde parfaitement avec ce dont témoigne une légende égyptienne, déjà rapportée par Manéthon, et que le Cooke lui-même rattache aussi à Hermès.

Il est évident que ces colonnes, ou ces obélisques, assimilées aux piliers J. et B., sont celles qui soutiennent le temple maçonnique tout en permettant d’y accéder, et qu’elles constituent les deux grands affluents sapientiels qui nourriront l’Ordre : l’hermétisme qui assurera la protection du dieu à travers la Philosophie, c’est-à-dire la Connaissance, et le pythagorisme qui donnera les éléments arithmétiques et géométriques nécessaires, réclamés par le symbolisme constructif ; il faut considérer que ces deux courants sont, directement ou indirectement, d’origine égyptienne. Notons également que ces deux colonnes sont les jambes de la Loge Mère, entre lesquelles naît le Néophyte, c’est-à-dire par la sagesse d’Hermès, le grand Initiateur, et par Pythagore, l’instructeur gnostique.

En fait, dans la plus ancienne Constitution Maçonnique éditée, celle de Roberts, publiée en Angleterre en 1722 (et donc antérieure à celle d’Anderson), mais qui n’est que la codification d’anciens us et coutumes opératifs qui viennent du Moyen Âge, et qui seront développés par la suite dans la Maçonnerie spéculative, il est spécifiquement fait mention d’Hermès, dans la partie intitulée « Histoire des Francs-maçons ». En effet, il apparaît là dans la généalogie maçonnique sous ce nom, ainsi que sous celui de Grand Hermarines, fils de Sem et petit-fils de Noé, qui trouva après le déluge les colonnes de pierre déjà citées où se trouvait inscrite la sagesse antédiluvienne (atlantique) et lut (déchiffra) sur l’une d’elles ce qu’il enseignerait plus tard aux hommes. L’autre pilier fut, comme nous l’avons dit, interprété par Pythagore en tant que père de l’Arithmétique et de la Géométrie, éléments essentiels dans la structure de la loge, et par conséquent ces deux personnages constituent l’alma mater de l’Ordre, en particulier dans son aspect opératif, lié aux Arts Libéraux.

Dans le manuscrit Grand Lodge nº1 (1583), seule subsiste la colonne d’Hermès, retrouvée par « le Grand Hermarines » (qui est fait descendant de Sem) « qui fut plus tard appelé Hermès, le père de la sagesse ». Notons que Pythagore ne figure plus en tant qu’interprète de l’autre colonne. Dans le manuscrit Dumfries nº 4 (1710) il apparaît également, comme « le grand Hermorian », « qui fut appelé ‘le père de la sagesse’ », mais dans ce cas, l’on a rectifié son origine d’après le texte biblique qui le fait descendre de Cham et non de Sem, par l’intermédiaire de Cusch ; comme le dit J,-F. Var dans TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE dans Chaine d'union anota La Franc-Maçonnerie : Documents Fondateurs, éditions de L’Herne, p. 207, n.33 : « Or, dans la Genèse (10, 6-8), Cusch est le fils de Cham et non celui de Sem. Le rédacteur du Dumfries a rectifié la filiation en conséquence. Dans le même temps, cette filiation résulte être celle que l’Écriture donne à Nemrod. De là l’assimilation de Hermès à Nemrod, contrairement à d’autres versions qui en font deux personnages bien distincts. » (traduit du castillan).

C’est également ce que met en avant le manuscrit qui a été nommé Regius, découvert par Haliwell au Musée Britannique en 1840 et que reproduit J. G. Findel dans l’Histoire Générale de la Franc-Maçonnerie (1861), dans son ample première partie qui traite des origines jusqu’en 1717, bien que ce n’y soit pas Pythagore l’herméneute qui, avec Hermès, déchiffre les mystères dont hériteront les maçons, sinon Euclide, qui est fait fils d’Abraham ; à ce sujet, rappelons que le théorème du triangle rectangle de Pythagore fut énoncé dans la quarante-septième proposition d’Euclide.

Findel lui-même, se référant à la quantité d’éléments gnostiques et opératifs qui constituent la Maçonnerie, et s’occupant concrètement des carriers allemands, affirme : « Si la conformité qui résulte entre l’organisme social, les usages et les enseignements de la Franc-Maçonnerie et ceux des compagnies de maçons du Moyen Âge indique déjà l’existence de relations historiques entres ces diverses institutions, les résultats des investigations menées dans les arcanes de l’histoire et le concours d’une multitude de circonstances irrécusables établissent de façon positive que la Société des Francs-maçons descend, directement et immédiatement, de ces compagnies de maçons du Moyen Âge. » Et il ajoute : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie et de la Société des Maçons est ainsi intimement liée à celle des corporations de maçons et à l’histoire de l’art de construire au Moyen Âge ; il est donc indispensable de jeter un bref coup d’œil à cette histoire pour arriver à celle qui nous occupe. »

Ce qui est intéressant dans ces références venues d’Allemagne, c’est que son Histoire Générale est considérée comme la première histoire (au sens moderne du terme) de la Maçonnerie, et dès le commencement l’auteur établit que : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie, de même que l’histoire du monde, est fondée sur la tradition ».1 Il apparaît donc comme évident que les Anciens Us et Coutumes, les symboles et les rites et les secrets du métier, se sont transmis sans solution de continuité depuis des temps reculés et, bien sûr, dans les corporations médiévales, et le passage d’opératif à spéculatif n’a été que l’adaptation de vérités transcendantales à de nouvelles circonstances cycliques, en observant que le terme opératif ne se réfère pas seulement au travail physique ou de construction, de projection ou de programmation matériel et professionnel des travaux, mais aussi à la possibilité donnée à la Maçonnerie d’opérer la Connaissance chez l’initié, au moyen des outils que donne la Science Sacrée, ses symboles et ses rites. C’est précisément là ce qu’offre la Maçonnerie en tant qu’Organisation Initiatique, et se trouve confirmé par la continuité du passage traditionnel qui permet que l’on puisse trouver également dans la Maçonnerie spéculative, de manière réflexe, la vertu opérative et la communication avec la Loge Céleste, c’est-à-dire la réception de ses effluves qui sont les garants de toute véritable initiation, à plus forte raison lorsque les enseignements émanent du dieu Hermès et du sage Pythagore.2 De toutes façons, aussi bien l’une que l’autre sont des branches d’un tronc commun qui prend les Old Charges (Les Anciens Devoirs) comme modèle ; de ces derniers, ont été trouvés de très nombreux fragments et manuscrits sous forme de rouleaux, depuis le XIVe siècle, dans diverses bibliothèques.3

Quant à Hermès, non mentionné dans les constitutions d’Anderson, en particulier l’Hermès Trismégiste grec (le Thot égyptien), c’est une figure aussi familière à la Maçonnerie des plus divers rites et obédiences qu’elle pourrait l’être pour les alchimistes, forgerons de l’immense littérature placée sous leur égide. Non seulement l’Hermétisme est le thème d’abondantes planches et livres maçonniques, et d’innombrables loges s’appellent Hermès, sinon qu’il existe des rites et des grades qui portent son nom. Il y a ainsi un Rite appelé Les Disciples d’Hermès ; un autre le Rite Hermétique de la loge Mère Écossaise d’Avignon (qui n’est pas celle de Dom Pernety), Philosophe d’Hermès est le titre d’un Grade dont le catéchisme se trouve dans les archives de la « loge des amis réunis de Saint Louis », Hermès Trismégiste est un autre grade archaïque que nous rapporte Ragon, Chevalier Hermétique est un niveau hiérarchique contenu dans un manuscrit attribué au frère Peuvret dans lequel l’on parle aussi d’un autre appelé Trésor Hermétique, qui correspond au grade 148 de la nomenclature dite de l’Université, où il en existe d’autres comme Philosophe Apprenti Hermétique, Interprète Hermétique, Grand Chancelier Hermétique, Grand Théosophe Hermétique (correspondant au grade 140), Le Grand Hermès, etc. Dans le Rite de Memphis également, le grade 40 de la série Philosophique s’appelle Sublime Philosophe Hermétique, et le grade 77 (9ème série) du Chapitre Métropolitain est nommé Maçon Hermétique.

Dans l’actualité, les revues et dictionnaires maçonniques ne manquent pas non plus de références directes à la Philosophie Hermétique et au Corpus Hermeticum,4 auquel celle-ci se trouve liée, mais se retrouvent également des analogies avec la terminologie alchimique ; en voici un seul exemple, extrait du Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie de D. Ligou (p. 571) : « Nous citerons une interprétation hermétique de quelques termes utilisés dans le vocabulaire maçonnique : Soufre (Vénérable), Mercure (1er Surveillant), Sel (2ème Surveillant), Feu (Orateur), Air (Secrétaire), Eau (Hospitalier), Terre (Trésorier). L’on trouve ici les trois principes et les quatre éléments des alchimistes. »

Ce qui fait qu’Hermès et l’Hermétisme sont une référence habituelle dans la Maçonnerie, comme l’est aussi Pythagore et la géométrie. D’autre part, ces deux courants historiques de pensée viennent, à travers la Grèce, Rome et Alexandrie, de l’Égypte la plus lointaine, et par son intermédiaire, de l’Atlantide et de l’Hyperborée, comme c’est en fin de compte le cas de toute Organisation Initiatique, capable de relier l’homme à son Origine. Et il va de soi que cette impressionnante généalogie qui compte les dieux, les sages (les prêtres) et les rois (aussi bien de Tyr et d’Israël que d’Écosse : la royauté ne dédaignait pas la construction et le roi était un maître opérateur de plus) constitue un domaine sacré, un espace intérieur construit de silence, lieu où deviennent effectives toutes les virtualités, et où l’Être Universel peut ainsi se refléter de façon spéculative. La loge maçonnique, comme on le sait, est une image visible de la loge Invisible, tout comme le Logos est le déploiement de la Tri-unité des Principes.

L’influence du dieu Hermès et les idées du sage Pythagore n’ont pas totalement disparu de ce monde crépusculaire que nous habitons, elles sont en fait tout ce qu’il en reste y n’oublions pas que les alchimistes assimilent Jésus au Mercure Solaire, au moins en Occident. D’autre part, sans elles le monde ne pourrait pas même exister, aussi bien dans le domaine des énergies perpétuellement régénératrices attribuées à Hermès et à sa Philosophie, que dans celui des idées-force pythagoriciennes, dont l’ordre numérique (et géométrique) est aujourd’hui indispensable à la plus simple des opérations.

La déité est immanente en tout être, et les Enfants de la Veuve, les fils de la lumière, la reconnaissent au sein de leur propre loge, faite à l’image du Cosmos. La racine H. R. M. est commune aux noms Hermès et Hiram, ce dernier formant avec Salomon un parèdre où se conjuguent la sagesse et la possibilité (la doctrine et la méthode), la Tradition (Kabbale) hébraïque, qui vît naître Jésus, se signalant comme le vecteur de cette révélation sapientielle, royale et artistique (artisanale) que constitue la Science Sacrée, apprise et enseignée dans la loge par les symboles et les rites, « livre » codé que les Maîtres déchiffrent aujourd’hui, ainsi que le firent leurs ancêtres dans les temps mythiques, puisque la Maçonnerie n’octroie pas la Connaissance en soi sinon qu’elle montre les symboles et indique les voies pour y accéder, avec la bénédiction des rites ancestraux, qui agissent comme les transmetteurs médiatiques de cette Connaissance.5

Autrement dit que l’actualisation de la possibilité, c’est-à-dire l’Être, l’assurance que tout est vivant, que le Présent est éternel, la simultanéité du Temps, la notion de Tri-unité du Seul et Unique, constituent une Connaissance que les francs-maçons atteignent par l’expérience que procure un apprentissage graduel et hiérarchisé.

Le Maître Constructeur emporte partout sa loge intérieure, c’est ce qu’il est lui-même, un Cosmos en miniature, conçu par le Grand Architecte de l’Univers. Mais l’œuvre est inachevée, sa pierre brute doit encore être polie (par la Science et l’Art) de même que le Créateur a ciselé son Œuvre. Les nombres et les figures géométriques symbolisent des concepts métaphysiques et ontologiques qui représentent également des réalités humaines concrètes et immédiates, aussi nécessaires que les activités physiologiques, et à partir de là toutes les autres. Le nombre établit la notion d’échelle, de proportion et de rapport, ainsi que de rythme, de mesure et d’harmonie, car ce sont les canaux percés par l’Unité vers l’indéfinité numérique, vers les quatre points de l’horizon mathématique et la multiplicité. Il est évident que Pythagore et Thalès de Milet n’ont rien « inventé », mais qu’ils ont reconnu, dans la série décimale qui retourne à son Origine (10 = 1 + 0 = 1), une échelle naturelle, une ascèse qui permettrait à l’être humain de compléter l’Œuvre et d’opérer ainsi la transmutation en Homme Véritable, paradigme de tout Initié, situé dans la Chambre du Milieu, entre l’équerre et le compas.6 Il n’y a pas eu de Tradition qui n’ait développé un système numéral qui lui serve de méthode de connaissance, en parfait accord avec les règles de la création. Rappelons que le toit de la loge est décoré par les astres, les Régents, qui gouvernent les sphères célestes et établissent les intervalles et les mesures de l’Harmonie Universelle.

Les maçons n’ont cependant jamais cessé de reconnaître la phrase évangélique : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Saint Jean 14, 2), car s’ils savent que devant eux s’ouvre un sentier qui les conduira à leur Père, il ne rejettent pas d’autres chemins ni s’opposent à aucune voie, car ils croient que les structures invisibles sont les mêmes, prototypes valables pour tout temps et tout lieu, malgré la constante adaptation de formes distinctes aptes à différentes individualités, la plupart du temps déterminées par les cycles temporels dont tout être vivant pourrait donner l’exemple, comme l’être humain et ses modifications et adaptations au cours des années, cycles auxquels la Maçonnerie n’échappe pas non plus, comme cela peut se vérifier dans sa lente transformation qui se concrétise finalement au XVIIIe siècle. Et c’est par la même compréhension de ses possibilités métaphysiques et initiatiques que la Franc-Maçonnerie reconnaît d’autres Traditions, et laisse également la porte ouverte à la pratique de n’importe quelle croyance religieuse, ou pseudo religieuse, à ses membres, beaucoup desquels concilient leur processus de Connaissance ­lire Initiation­ avec la pratique de préceptes et cérémonies religieuses exotériques et légales qu’ils croient pouvoir enrichir leur passage et celui des autres dans ce monde. Il n’y a donc pas de conflit entre Maçonnerie et Religion, à condition de ne pas tenter d’en mêler les concepts ni de prétendre, comme cela est déjà arrivé, que certains fondamentalistes (religieux ou non) essaient d’accaparer les loges à leur profit personnel. De fait, de nombreux hermétistes, pythagoriciens et maçons ont été, et sont, des chrétiens accomplis, ou bien de grands kabbalistes, et tous ont considéré les symboles comme leurs maîtres. L’Église Catholique n’a jamais condamné l’Hermétisme ni Euclide, héritier de la science géométrique pythagoricienne et maître des francs-maçons, mais elle a en revanche eu des problèmes avec la Maçonnerie depuis le XVIIIe siècle, au point de la condamner et d’excommunier ses membres. Il s’est produit néanmoins ces derniers temps un rapprochement progressif entre les deux institutions, éclaboussé ici et là d’incompréhensions et d’interférences, souvent intéressées. Selon José A. Ferrer Benimelli, S.J., la revue La Civilittà Cattolica de Rome, publiée dès 1852 et qui a suivi le thème de la Franc-Maçonnerie jusqu’à nos jours, révèle dans sa propre évolution ce processus de rapprochement, ou au moins de respect mutuel. En effet, les premiers articles sont violents et condamnatoires, suit une période de transition, et ceux des dernières années sont assez conciliatoires et ouverts au dialogue.7

Nombreux sont les maçons catholiques, beaucoup d’entre eux français, qui ont tenté depuis des années de concilier les deux institutions et de lever l’excommunication ; il y a cependant bien d’autres auteurs maçonniques qui intègrent complètement la Tradition Hermétique dans leur Ordre sans avoir besoin d’exotérisme religieux. Tel est le cas d’Oswald Wirth, directeur pendant de nombreuses années de la revue Le Symbolisme et maçon reconnu, qui a écrit sur les Symboles de la Tradition Hermétique et les symboles maçonniques : anota dans Recherches & Reflexions Le Symbolisme Hermétique par rapport à l’Alchimie et la Maçonnerie, montrant de nombreux aspects de leur Origine identique ; quant aux maçons qui ont publié ces dernières années, aussi bien sur les différents grades que sur les Nombres, nous voudrions citer tout d’abord Raoul Berteaux, parmi un groupe notable qui a amplement traité de l’Arithmosophie, pythagoricienne à la base.8

Hermès, à qui est attribué l’enseignement de toutes les sciences, a joui d’un grand prestige au cours de diverses périodes de l’histoire de la culture d’occident. Cela a été le cas parmi les alchimistes et lesdits philosophes hermétiques, et les mêmes notions se sont manifestées dans l’Ordre des Frères Rose-croix, influences toutes recueillies par la Maçonnerie à tel point que l’on peut la considérer comme le dépôt de la sagesse pythagoricienne et responsable de sa transmission au cours des derniers siècles, ainsi que comme la réceptrice des Principes Alchimiques, tout comme des idées Rosicruciennes,9 ce qui est une évidence lorsque l’on peut vérifier facilement que l’un des plus hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté, le 18, s’appelle précisément Prince Rosecroix. Des analogies et des connexions avec les Ordres de Chevalerie sont également réclamées par certains maçons, concrètement avec l’Ordre du Temple. Il existe de nombreux indices historiques qui prouveraient ces germes, ainsi que des rites et des traditions, en particulier l’un des mots de passage au grade 33, mais qui s’affaiblissent assez lorsque l’on se souvient que les templiers étaient à la fois moines et soldats (quoique grands constructeurs médiévaux), ce qui n’a aucun rapport apparent avec la Maçonnerie, dans laquelle l’on observe par ailleurs une très nette influence hébraïque que nous avons déjà signalée au sujet de Salomon et de la Construction du Temple, et qui se voit confirmée en vérifiant simplement que presque tous les mots de passage et de grade, secrets sacrés, sont prononcés en hébreu.10

Dans le Dictionnaire Encyclopédique de la Maçonnerie (Ed. del Valle de México, Mexico D.F.), qui est peut-être le plus connu en langue espagnole, nous trouvons sous le titre « Hermès » l’entrée correspondante, dans laquelle l’on peut observer l’importance attribuée au Corpus Hermeticum qui, dans certaines loges sud-américaines, occupe la place de la Bible en tant que livre sacré. Le rapport entre Hermès et le silence est bien connu, et l’on qualifie d’hermétique se qui se trouve parfaitement clos, ou scellé. Le silence est également une caractéristique de la Franc-Maçonnerie ainsi que des pythagoriciens qui passaient cinq ans à le cultiver.

Élias Ashmole est aussi un digne point de confluence entre l’Hermétisme et la Maçonnerie. Cet extraordinaire personnage, né à Lichfield, Angleterre, en 1617, semble avoir joué un rôle important dans la transition entre l’ancienne Maçonnerie, antérieure à Anderson-Désaguliers, et son ultérieure projection historique, en voie de récupérer la majeure partie du message spirituel-intellectuel, c’est-à-dire gnostique (au sens étymologique du terme), des authentiques organisations initiatiques, parmi lesquelles la Franc-Maçonnerie et l’Ordre de la Jarretière. Il fut reçu dans la loge de Warrington le 16 octobre 1646 bien que, d’après son journal, il n’assista que plusieurs années plus tard à sa seconde tenue. Il ne faut cependant pas s’étonné de ce comportement chez une personnalité comme la sienne, produit de l’ambiance de l’époque, où le culte du secret et du mystère était habituel pour des raisons évidentes de sécurité et de prudence. En 1650, il publia son Fasciculus Chemicus sous le nom anagrammatique de James Hasolle ; il s’agit de la traduction de textes d’Alchimie en latin (dont certains de Jean d’Espagnet) avec sa préface. En 1652, il édita le Theatrum Chemicum Britannicum, une collection de textes alchimiques anglais en vers, qui réunit beaucoup des pièces les plus importantes de celles produites dans ce pays, et, six ans plus tard, The Way to Bliss, tout en travaillant à des recherches documentaires littéraires en tant qu’historien et développant son activité d’antiquaire en réunissant dans un musée toute sorte de « curiosités » et « raretés » se rapportant à l’archéologie et l’ethnologie, ainsi que des collections d’Histoire Naturelle, comprenant des espèces minérales, botaniques et zoologiques en tout genre. En réalité, ce fut là l’objectif scientifique du musée (où l’on a même réalisé les premières expériences scientifiques d’Angleterre), dont l’on visite aujourd’hui les magnifiques installations d’Oxford davantage comme musée artistique que comme institution précurseur de la science et auxiliaire de l’Université. La vie d’Ashmole a été très liée à celle d’Oxford, et les fonds de ses donations d’objets et de manuscrits à l’institution qui porte son nom (où se trouvent également les volumes de son journal, rédigés dans un système chiffré et qui contiennent de nombreuses notes sur la Maçonnerie)11 ont été d’une immense importance pour cette ville en raison de son prestige universitaire. Ashmole joua un rôle considérable à Oxford ainsi qu’à Londres : produit de son époque, il s’est consacré à la science naturelle et expérimentale comme une forme de magie des transmutations, tout comme de nombreux philosophes hermétiques. Il a ainsi été en rapport avec des Astrologues, des Alchimistes, des Mathématiciens et toute sorte de savants et de dignitaires de l’époque, avec lesquels il formera la Royal Society de Londres et la Philosophical Society d’Oxford. Ses nombreux amis et compagnons de toute une vie portent des noms illustres, beaucoup desquels étaient liés à la Maçonnerie aux plus hauts grades, comme Christopher Wren, ou aux recherches et exercices sur les Arts Libéraux et la Science Sacrée, et constituaient un ensemble de personnalités qui jouèrent un rôle fondamental en leur temps, en particulier en ce qui concerne la diffusion et la pratique de la Tradition Hermétique et ses liens avec la Franc-Maçonnerie. Ainsi que le disait René Guénon au sujet du rôle d’Ashmole : « Nous pensons même que l’on chercha au XVIIe siècle à reconstituer à ce sujet une tradition qui s’était en grande partie perdue ». Le nom de E. Ashmole brille sur cet extraordinaire travail à deux aspects : comme l’un des reconstructeurs de la Maçonnerie quant à son rapport avec les ordres de Chevalerie et les corporations de constructeurs, ainsi que comme confluent avec la Tradition Hermétique. Ashmole se donnait lui-même le nom de fils de Mercure (Mercuriophilus Anglicus), et son œuvre la plus importante, que nous avons déjà citée, The Way to Bliss, 1658, recueille ses travaux sur la Philosophie Hermétique, ainsi qu’il l’indique lui-même au lecteur dans son introduction.

Il faut également signaler que certains auteurs s’interrogent au sujet du catholicisme et du protestantisme dans le processus de passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative. Le propos est généralement simplifié en déclarant que les corporations opératives étaient catholiques et les spéculatives qui suivirent, protestantes. Il est évident que du point de vue historique, ces faits peuvent s’avérer plus ou moins « réels » puisque l’Ordre, comme toute institution, est sujet à certains va-et-vient cycliques qui se manifestent dans les sphères sociales, politiques, économiques, etc. Mais du point de vue de la Franc-Maçonnerie en tant qu’organisation initiatique, elle n’est pas assujettie au devenir, raison pour laquelle elle subsistera jusqu’à la fin du cycle.12 En réalité, la Tradition Hermétique (et Hermès lui-même) a subi d’innombrables adaptations au cours du temps, bien que n’ayant jamais cessé de s’exprimer, et il est évident que cette Tradition, tout comme les fondements de la Maçonnerie, elle-même identifiée comme la Science de Construire, est antérieure au Christianisme tout en ayant coexisté avec durant vingt siècles et que l’on ait même vu des hermétistes chrétiens et des chrétiens hermétiques (parmi lesquels de très hauts dignitaires, y compris des papes), ce qui n’empêche pas cette Tradition d’avoir des antécédents nettement païens, liés aux écoles de mystères ou, comme on les appelle aujourd’hui, les religions mystériques ; l’on pourrait donc affirmer que l’hermétisme possède un versant païen et un autre chrétien. Il faut à ce sujet préciser que le mot païen prend à nos oreilles, accoutumées aux aspects les plus superficiels des religions abrahamiques, la connotation de maudit, illégal, bâtard, ou au minimum de péché nébuleux. Ou encore d’ignorance attribuée au retard de peuples méconnus et qui n’intéressent même pas. L’on conçoit généralement le paganisme comme antagonique d’une opinion civilisée, souverainement primitif ou allant à l’encontre du christianisme ou de la religion, et par conséquent étranger à toute sorte d’ordre. Le paganisme est en somme éliminé d’avance par une censure intérieure, comme quelque chose d’un peu répugnant, avant que nous ne nous rendions compte qu’en réalité il ne s’agit que de la sagesse d’innombrables peuples traditionnels ayant habité ce monde avant et pendant les seulement vingt siècles qui caractérisent ce que l’on nomme la Civilisation contemporaine.13

Nous supposons que de ce dernier point de vue, presque officiellement œcuménique, il n’y a pas d’injure à partager la pensée païenne, ainsi que l’ont vu des Pères de l’Église et de nombreux sages, prêtres et pasteurs contemporains.14

En réalité, pour l’Hermétisme, historiquement antérieur au Christianisme, il existe une Cosmogonie Pérenne, qui se manifeste par sa philosophie et ses écrits de la même façon que pour le maçon, religieux ou non, elle le fait par ses symboles et ses rites.

Quant à la relation entre les Francs-maçons et les corporations de constructeurs et artisans, il existe trois grands témoignages souvent cités en tant que sources documentaires sur la pratique de la construction au Moyen Âge.15 Nicholas Coldstream les recueille dans son livre sur la pratique de la construction au Moyen Âge,16 où il rejette la notion de filiation « fantomatique » de la Franc-Maçonnerie avec les constructeurs et les artisans médiévaux, (sa thèse, simple, est que les maçons étaient des ouvriers et non pas des hommes de cabinet) malgré que, paradoxalement, son étude le confirme de plusieurs manières ; ainsi, il nous dit à ce sujet : « Il s’agit du document, rédigé par l’abbé Suger, qui relate la construction du nouveau chœur de l’abbaye de Saint-Denis ; du manuscrit daté circa 1200, du moine Gervais de Canterbury, sur l’incendie et la réparation de la cathédrale de Canterbury, et de l’Album de Villard de Honnecourt, ensemble de dessins et de plans d’édifices, de moulures et de tours élévateurs. Des trois, le texte de Suger nous renseigne davantage sur l’homme et la décoration de son église que sur l’édifice, bien qu’il y ait, au passage, quelques précieuses allusions à sa construction. L’examen attentif de l’Album de Villard de Honnecourt nous permet de douter sérieusement que celui-ci ait construit quelque fois des églises et qu’il ait eu quelque connaissance en matière d’architecture ; quant à ses dessins, s’ils sont intéressants, ce ne serait cependant pas ceux d’un architecte ou d’un atelier de maçon. Le texte de Gervais, au contraire, est l’unique document médiéval qui décrive une équipe de maçons au travail ; il fournit de nombreuses informations sur la pratique des maçons et sur quelques méthodes de construction. »

La référence à l’Album de Villard de Honnecourt nous intéresse tout spécialement. En effet, ce n’est pas la première fois que l’on signale certaines caractéristiques quant au fait que ce cahier n’est pas un manuel de technologie appliquée, sinon tout à fait autre chose, beaucoup plus en rapport avec les notions de la Philosophie Hermétique notées à l’usage des maîtres d’œuvre.17 Et le fait qu’il existe un document de ce type (document de cabinet plus qu’autre chose) est une preuve que la spéculation sur le symbolisme et le langage hermétique dans sa version chrétienne avait déjà des adeptes au début du XIIIe siècle, qui vit naître, entre autres, les cathédrales de Chartres et de Reims.

L’on a beaucoup écrit sur ce thème et le débat demeure ouvert ; l’investigateur en tirera ses propres conclusions, mais ne pourra ignorer la Tradition Orale et sa filiation universelle avec le Symbolisme Constructif, qui peut se manifester aussi bien en Extrême-Orient qu’en Égypte ou en Méso-Amérique ; dans les « collegia fabrorum » romains, ou chez les corporations médiévales, que l’on considère généralement, faisant abstraction de toute référence initiatique ou ayant un rapport avec les Francs-maçons, comme fermées et en même temps dépositaires de connaissances relatives à « l’office », qui se transmettaient par le biais des symboles et des termes d’un langage chiffré.

Il faut néanmoins tenir compte du fait que l’influence de la Philosophie Hermétique, d’une part, et celle des corporations de constructeurs chrétiens d’autre part (ainsi que d’autres déjà mentionnées, comme l’Ordre du Temple), n’est pas la même dans les différents Rites où, sur une base commune, l’on peut observer quelques filiations penchant vers l’un ou l’autre de ces aspects. Nous ne pouvons traiter ici le sujet vaste et complexe de la diversité des Rites maçonniques, mais nous pouvons en revanche signaler leur existence, ainsi que celle de différents aspects de la Science Sacrée qui inspirent à certains plus ou moins de sympathie. Puisque la Maçonnerie est une et seule, comme est une et seule la Construction Cosmique, et donc le Symbolisme Constructif, les interpénétrations d’influences diverses, leurs oppositions et conjonctions, forment part de l’ensemble de déséquilibres et d’adaptations auxquels doit faire face l’héritage maçonnique, véhiculé par la civilisation judéo-chrétienne. Cela a déjà eu lieu par le passé et explique le passage de la Maçonnerie opérative à la spéculative comme nous l’avons déjà dit, franchissement graduel qui fit que certaines loges « opératives » (antérieures à 1717) possédaient des éléments « spéculatifs » et que de nombreuses loges « spéculatives » (actuelles) sont en fait opératives. Il existe même des documents témoignant de la coexistence de toutes deux, thème que divers auteurs ont appelé Maçonnerie de transition.18 En effet, après la publication des Constitutions d’Anderson, un groupe de nombreux maçons écossais, irlandais et d’autres lieux d’Angleterre décident de se séparer de la Grande Loge fondée à Londres (et qui débuta avec quatre loges seulement), leurs différences portant en partie sur certaines altérations de signification, voire rituelles, auxquelles ne sont pas étrangères les distinctions religieuses, et créent même une espèce de Fédération de l’Ancienne Maçonnerie qui ne renouerait ses relations avec les Anglais qu’après plusieurs dizaines d’années, mais en conservant ses points de vue traditionnels plus en rapport avec le mode opératif ou initiatique qu’avec le spéculatif ou allégorique ; il faut ajouter à cela les problèmes de succession au trône d’Angleterre auquel prétendait Jacques, écossais et catholique, qui avait de nombreux partisans, non seulement dans les îles mais aussi sur tout le continent.19

Quoiqu’il en soit, cette situation de diversité de Rites se retrouve dans les différents degrés, qui varient en nombre, appellation et condition, selon les différentes formes maçonniques. Ce sujet est intéressant mais il nous semble prioritaire de rappeler que ces grades (qu’ils soient au nombre de trois, sept, neuf ou davantage) représentent des étapes dans le Processus de Connaissance, ou d’Initiation, et que ces passages ou états sont synthétisés et désignés dans la Franc-Maçonnerie par les noms d’Apprenti, Compagnon et Maître, correspondant aux trois mondes : physique, psychique et spirituel. Ces trois grands degrés contiennent en synthèse tous les autres grades, dont la plupart n’en sont parfois que des spécifications ou des prolongations. Mais il est clair que la division est hiérarchique et qu’elle s’effectue au sein d’un ordre rituel qui correspond symboliquement à ces étapes de l’Initiation ou Voie de la Connaissance. Mais il n’y a pas non plus de pouvoir central regroupant toute la Maçonnerie, bien qu’il existe des Grandes Loges extrêmement puissantes avec tout un passé traditionnel, et les différentes Obédiences et Rites conservent une attitude de respect mutuel, puisque tous descendent d’un tronc commun.

Cette espèce d’indépendance, si l’on peut la nommer ainsi, est également très nette au sein de chaque loge, où les symboles sont ou non opératifs, où les rites prescrits sont ou non pratiqués. L’Unité maçonnique se produit fondamentalement dans l’Atelier, projection du Cosmos, quelle que soit l’Obédience à laquelle il appartient.

Il nous reste à mentionner que ces trois degrés constituent ce que l’on appelle la Maçonnerie Bleue ou Symbolique. Au-dessus se trouvent les Hauts Grades, système de hiérarchies qui n’est pas pris en considération dans certaines Obédiences ni accepté par certains Rites. Il faut également savoir que le passage d’un grade à l’autre signifie que l’on commence à s’initier au grade obtenu ; ainsi, si un Compagnon reçoit le grade de Maître, c’est qu’il débute son initiation à ce degré. De même, les grades sont permanents et l’on ne perd jamais ceux que l’on a acquis au cours d’une carrière maçonnique normale.

Nous devons à présent mentionner un peu plus l’Alchimie en tant qu’influence présente dans l’Ordre Maçonnique. Nous avons déjà signalé que Soufre, Mercure et Sel, les principes alchimiques, se trouve directement incorporés dès les premiers degrés.

L’Alchimie a en commun avec la Maçonnerie le développement intérieur, tendant vers la Perfection, que les alchimistes considéraient comme l’objet de leurs efforts (puisque la Nature n’avait pas achevé son Œuvre, que l’Artiste ou Adepte devait compléter), tout comme les Maçons les buts ultimes de la Franc-Maçonnerie, qui comprennent la mort et sa conséquence régénération à un autre niveau ou état de conscience.

D’un autre côté, les amis de la Philosophie Hermético-Alchimique ont l’habitude de dire entre eux que le dernier grand Alchimiste (et écrivain en la matière) fut Irénée Philalèthe, au XVIIe siècle. Cela est assez vrai dans un sens, sauf que l’on n’observe pas très clairement que, dès lors et jusqu’à présent, cette Tradition ne s’interrompt pas, sinon qu’elle se transforme, et énormément de ses enseignements et symboles passent à la Maçonnerie à titre de transmetteur de l’Art Réel et de la Science Sacrée, aussi bien dans les trois degrés de base que dans la hiérarchie des hauts grades. D’après René Guénon, ces hauts grades sont une prolongation de l’étude et de la méditation sur les symboles et rituels (certains d’entre eux sont appelés philosophiques)20, nés de l’intérêt de nombreux maçons à développer et rendre effectives les possibilités qu’offre l’Initiation ; pour cette raison, l’utilité pratique de ces grades est indubitable et ils constituent la hiérarchie couronnant le processus de la Connaissance, toujours en fonction du caractère initiatique de l’organisation, comme nous le fait observer l’auteur, qui nous met aussi en garde contre le danger existant que ces grades se consacrent à des problèmes sociaux ou politiques, mutables par nature et donc distants des fondations du Temple maçonnique, construit en pierre. (Voir « René Guénon » : article anota« Les Hauts Grades »).

Tout comme dans le symbolisme Alchimique, le soleil et la lune jouent dans le symbolisme maçonnique un rôle fondamental et on les retrouve en des endroits aussi essentiels que les tableaux et la décoration des loges (placés à l’Orient). Il s’agit bien sûr des principes actif et passif correspondant également aux colonnes Jakin et Boaz, qui signalent ainsi l’opposition de ces énergies en même temps que leur conjonction en un axe invisible d’où est tendu le fil à plomb du Grand Architecte de l’Univers. Sans laisser de côté la primauté de cette signification générale, il faut aussi tenir compte de la réalité de ces astres, car il existe un calendrier maçonnique dont les deux extrêmes représentent, comme presque toutes les Traditions, les solstices d’été et d’hiver, fêtes des deux Saint Jean, qui marquent les limites du parcours du soleil, signalant aussi les points intermédiaires correspondant aux équinoxes sur la roue du temps, et nous introduisent dans la doctrine des rythmes et des cycles. Il existe par ailleurs une prééminence entre ces deux luminaires, puisque la lune brille grâce à la lumière du soleil, notion qui n’est pas étrangère à la Tradition Hermétique et à la Kabbale, tous deux étant utilisés d’une façon générale pour désigner des degrés de Connaissance, ou des étapes du parcours initiatique. Jean Tourniac, dans le prologue du célèbre Tuileur de Vuillaume21 note, en faisant référence aux cycles, l’assimilation du parèdre lune-soleil à celui des symbolismes solaire et polaire. Cette association, qui possède d’infinies voies de développement, pourrait également se rapporter à deux aspects de la maçonnerie incarnés dans les figures mythiques de Salomon (solaire) et de Pythagore (polaire), lesquels auraient à leur tour, et cela Tourniac ne le dit pas, une certaine analogie avec les grades symboliques (Maçonnerie Bleue) et les Hauts Grades, ou c’est en tout cas ce que fut prétendu par ceux qui instaurèrent ces derniers.

La littérature sur la Maçonnerie ou les investigations historiques portant sur l’Ordre comprennent généralement les auteurs, les milieux et les écrits antimaçonniques, le panorama au sujet de ses origines et ses buts étant si confus qu’il s’est créé une suite de « légendes » parallèles, faisant que certains investigateurs aient du mal à traverser une espèce de frontière « maudite » et invisible qui répond aux « légendes obscures » au sujet de la Franc-Maçonnerie, comme celles divulguées en France par Léo Taxil, beaucoup ayant leur origine dans le catholicisme. Un autre genre de critiques, ne se référant pas à son contenu spirituel, est fondé sur les agissements politiques et économiques de certaines loges qui, utilisant la structure maçonnique et s’abritant derrière l’indépendance des Ateliers, ont ainsi profité de l’Ordre et du public, projetant une image déformée de la Maçonnerie. Il faut bien reconnaître que cela a été le cas à plusieurs occasions, bien qu’en même temps cela arrive depuis des années à toutes les institutions, dont la décomposition est évidente. Dans quelques sociétés, l’Ordre jouit encore du prestige qu’il avait par le passé et, dans certains pays, sa force spirituelle, gestionnaire de grandes entreprises, a laissé des traces visibles qui sont suivies aujourd’hui. Il y a parfois des maçons qui ne connaissent pas encore la Maçonnerie, ou qui croient qu’il s’agit d’autre chose, de plus concret et plus matériel, mais tous assument leur devise : Liberté, Égalité, Fraternité, et accomplissent leur Rite en accord avec leurs Anciens Us et Coutumes. Si ce n’est pour la cohérence et le contenu spirituel-intellectuel que les symboles et les rites manifestent, la Maçonnerie serait une absurdité de plus, et ne serait en tout cas pas parvenue jusqu’à nos jours.

Une autre chose qu’il faudrait remarquer, c’est la curiosité de savoir quel est le grade réel de Connaissance que possède tel ou tel maçon ou, plus généralement, tel ou tel Initié ; mais qui cela intéresse-t-il ? Cela a-t-il de l’importance et à qui cela importe-t-il ?

Logiquement, cette question n’entre pas dans les limites d’une investigation basée sur la documentation et il est donc très difficile d’établir des origines claires et des séquences logiques sur un sujet qui ne l’est pas, en dépit des efforts pour le faire. L’un de ces investigateurs, que nous avons déjà cité, J. A. Ferrer Benimelli, qui a publié plus de vingt ouvrages d’intérêt sur la Maçonnerie et ignore systématiquement Hermès, nous informe : « Bernardin, dans son ouvrage Notes pour Servir à l’Histoire de la Franc-Maçonnerie à Nancy jusqu’en 1805, après avoir compulsé deux cent six œuvres portant sur les origines de la Maçonnerie, trouva trente-neuf opinions diverses, certaines aussi originales que celles qui font descendre la Maçonnerie des premiers chrétiens voire de Jésus Christ lui-même, de Zoroastre, des Rois Mages ou des Jésuites, pour ne pas citer les théories plus connues dites « classiques », qui font remonter la Franc-Maçonnerie aux Templiers, aux Rose-Croix ou aux juifs » et il ajoute en note : « De ces trente-neuf auteurs, vingt-huit ont attribué les origines de la F.-M. aux maçons constructeurs de la période gothique ; vingt auteurs se perdent dans la plus lointaine antiquité ; dix-huit les situent en Égypte ; quinze remontent à la Création, mentionnant l’existence d’une loge maçonnique au Paradis Terrestre ; douze, aux Templiers ; onze, à l’Angleterre ; dix, aux premiers chrétiens ou à Jésus Christ lui-même ; neuf, à la Rome antique ; sept, aux Rose-Croix primitifs ; six, à l’Écosse ; six autres, aux juifs, ou à l’Inde ; cinq, aux partisans des Stuart ; cinq autres, aux jésuites ; quatre, aux druides ; trois, à la France ; le même nombre les attribuent : aux scandinaves, aux constructeurs du temple de Salomon, et aux survivants du déluge ; deux, à la société « Nouvelle Atlantide », de Bacon et à la prétendue Tour de Wilwinning [Kilwinning]. Finalement, à la Suède, à la Chine, au Japon, à Vienne, à Venise, aux Rois Mages, à la Chaldée, à l’ordre des Esséniens, aux Manichéens, à ceux qui travaillèrent à la Tour de Babel et, pour finir, un qui affirme que la F.-M. existait avant la création du monde. »22

kilwinn  

Armes du Chapitre des Rose-Croix d’Heredom de Kilwinning, Paris 1776

Une confusion des origines analogue échoit à la Tradition Hermétique, avec le mythe d’Hermès et Hermès Trismégiste, avec tout mythe et origine et, bien sûr, avec le Corpus Hermeticum, livres qui, comme nous l’avons vu auparavant,23 condensent et rappellent le savoir de cette Tradition. En effet, Jean-Pierre Mahé, spécialiste qui, avec P.-J.-A. Festugière, a consacré sa vie à l’étude de ces textes, croit que les fragments en arménien de cette littérature viennent du premier siècle avant notre ère, et que les versions postérieures ayant été conservées, en grec, latin et copte, dérivent de ceux-ci, de par leur contenu nettement païen, dégagé des influences gnostiques et chrétiennes qui lui ont été attribuées avec une certaine liberté. Il est intéressant d’observer de quelle façon ce spécialiste, au cours de son plus important travail à ce sujet, Hermès en Haute-Égypte24, où il confronte différentes versions du Corpus entre elles, à d’autres manuscrits trouvés à Nag-Hammadi et avec des auteurs antiques, etc., arrive à la conclusion qu’ils sont tous apparentés, qu’ils émanent d’une source unique, et qu’ils ont même un ton, un air, un esprit commun qui se manifeste aussi dans leur style, opinion que nous partageons. Mais ce savoir, propre au Corpus,25 que Mahé juge solennel, répétitif, contradictoire et sentencieux, comme de la mauvaise littérature, en somme (qu’est-ce qu’une bonne littérature et qui est capacité pour la définir, et par rapport à quoi ?), nous semble difficile à appréhender avec des paramètres logiques, quel que soit l’effort et le travail employés et malgré l’inappréciable contribution que représente l’établissement de ces textes, leur traduction et les commentaires, même vus de façon réitérée dans une perspective totalement étrangère à celle qu’ils possèdent. D’où le danger d’aborder les choses d’un ordre déterminé avec des moyens qui ne sont par nature pas ceux qui conviennent, puisqu’ils sont eux-mêmes constitués de séries de conditionnements appartenant au monde profane, que même une éblouissante érudition ne peut dissimuler, car ils apparaissent ici et là dans la littéralité des propos, l’infantilisme des conceptions, la disproportion vertigineuse entre le sens sapientiel-émotionnel du texte et la lecture « universitaire », c’est-à-dire profane, que l’on en fait.26 Il ne faut pas traiter une société initiatique exclusivement d’après ses actions humanitaires ou altruistes, car l’on court le risque de dénaturer son authentique raison d’exister.

Un autre thème plus ou moins utilisé à titre de critique, aussi bien de la Maçonnerie que de l’Hermétisme, est leur caractère prétendument syncrétique. En premier lieu, l’abus de ce mot, qui équivaut pour certains à une disqualification, nous semble condamnable. Le Christianisme, l’Islam, le Bouddhisme, l’Antiquité Gréco-romaine, d’innombrables Traditions archaïques, et même la Civilisation Égyptienne et la Chinoise, pourraient aujourd’hui être jugées « syncrétiques » à la lumière des documents les plus anciens et sans mentionner la notion de Tradition Unanime, au-delà de telle ou telle forme. En effet, le terme était en vogue à une époque où l’investigation anthropologique et l’Histoire des Religions en étaient à leurs balbutiements, et l’on croyait à la « pureté », atout de certaines cultures et concept extrêmement dangereux, pouvant de plus dériver sur l’erreur de prendre les races comme des religions. Le terme est malheureusement resté en usage, et certains l’utilisent comme une arme brandie pour condamner ce qu’ils croient ne pas leur convenir, ou qui échappe à leurs simplifications élémentaires. L’Histoire de l’Église est encore bien proche avec ses Conciles, la formation de ses Dogmes, sa Théologie, l’Histoire de ses Papes, etc., pour que la Chrétienté puisse reprocher à la Tradition Hermétique et à la Franc-Maçonnerie une chose allant dans ce sens, et cela pourrait être étendu à d’autres religions ou influences spirituelles qui composent la Culture d’occident. D’innombrables courants ont formé cette Civilisation, la plupart desquels coexistent avec nous d’une façon ou d’une autre, et nous devons rendre grâces à Dieu, au nom de notre culture, car ces interrelations naturelles qui se déversent avec les migrations humaines d’un peuple, et sa langue, à un autre, ont existé depuis toujours, en dépit de l’acide accusation de syncrétisme émanant de soi-disant autorités se basant sur des structures imaginaires et caduques.

En définitive, les diverses composantes de la Franc-Maçonnerie ne sont pas un obstacle pour que cette adaptation de la Science Sacrée et de la Philosophie Pérenne soit totalement Traditionnelle, sinon qu’elles démontrent le contraire dès lors que l’on en considère les doctrines, c’est-à-dire, en soi.

 

Frédérico Gonzalez


NOTES
1

C’est Findel, dans l’Annexe de son Histoire, qui a publié le premier document dont nous disposons, daté de 1419, sur les carriers allemands.

2

« Il nous paraît incontestable que les deux aspects opératif et spéculatif ont toujours été réunis dans les corporations du Moyen Âge, qui employaient d’ailleurs des expressions aussi nettement hermétiques que celle de « Grand Œuvre », avec des applications diverses, mais toujours analogiquement correspondantes entre elles. » R. Guénon, Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome II, chapitre anota « À propos des signes corporatifs et de leur sens originel ». Éditions Traditionnelles, Paris 1986.

3

Encyclopédie Britannique. Article « Freemasonry », édition 1947

4

Voir Claude Tannery, « le Corpus Hermeticum (Introduction, pour des développements ultérieurs, à l’hermétisme et la maçonnerie) » ; revue Villard de Honnecourt nº 12, Paris 1986. Les références à Hermès et à la Tradition hermético-alchimique dans la littérature maçonnique sont extrêmement abondantes, comme nous l’avons déjà signalé ; pour ne pas parler de Pythagore, sujet traité dans une autre étude du même numéro de Villard de Honnecourt : Thomas Efthymiou, « Pythagore et sa présence dans la Franc-Maçonnerie ».

5

Voir E. Mazet, « Éléments de mystique juive et chrétienne dans la Franc-Maçonnerie de transition (VIe-VIIe s.) » ; également de la revue Travaux de la loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, nº 16, 2de série. L’auteur a publié dans cette revue, qui édite les travaux de la loge d’études du même nom, affiliée à la Grande Loge Nationale Française, d’autres collaborations tout aussi intéressantes sur des aspects documentaires de la Maçonnerie. Cette revue est réellement, avec la Ars Quatuor Coronatorum, également organe diffuseur d’une loge d’études homonyme (Quatuor Coronati lodge) qui a publié plus de 80 volumes en Angleterre depuis 1886, l’une des meilleures sources que l’on puisse trouver pour l’étude intégrale de la Maçonnerie.

6

L’importance de la Tetraktys pythagoricienne dans n’importe quel type de connaissance métaphysique et cosmogonique est bien connue. D’autre part, le rapport des harmonies musicales avec les nombres, en particulier avec l’échelle des sept premiers, est également un thème pythagoricien que la Maçonnerie et le Corpus Hermeticum reprennent sous forme de degrés et touches de reconnaissance liés aux sphères planétaires et aux Régents qui les gouvernent. Il faudrait y ajouter les différents théorèmes pythagoriciens, sachant l’importance que l’art et la science de construire ont pour la Maçonnerie ; parmi eux, il suffirait de signaler celui du triangle rectangle, ultérieurement énoncé par Euclides, un autre ancêtre maçonnique, comme nous l’avons déjà mentionné. En 1570, John Dee, célèbre magicien élisabéthain et remarquable mathématicien, qui jouera un rôle si important dans l’Hermétisme anglais et dans l’européen, publia un fameux prologue aux Éléments de Géométrie d’Euclides. Comme on le sait, les enseignements de Dee furent repris par Robert Fludd, qui édita en 1619 son Utriusque Cosmi Historia, et à travers lui, par voie de conséquence, les futurs intégrants de la maçonnerie spéculative.

7

J. A Ferrer Benimelli, Bibliografía de la Masonería. Fundación Universitaria Española. Madrid 1978, page 112. Ce prêtre jésuite, qui a donné une telle impulsion aux études maçonniques en langue castillane que certains auteurs sur la Maçonnerie, comme J. A. Vaca de Osma (La Masonería y el Poder), en sont venus à se demander s’il n’était pas réellement membre de l’Ordre, n’en a cependant qu’une idée assez sommaire, la prenant pour une société philanthropique et spiritualiste et ne lui accordant aucune catégorie initiatique, terme qu’il n’utilise jamais et dont il semble même ignorer la véritable dimension.

8

La Symbolique au Grade d’Apprenti, La Symbolique au Grade de Compagnon, La Symbolique au grade de Maître, Edimaf, Paris 1986, id., et 1990 ; La Symbolique des Nombres, id. 1984. Nous voulons aussi remarquer ici les livres, amplement connus en espagnol, signés par Magister (Aldo Lavagnini) ; Manuel de l’Apprenti, du Compagnon, du Maître, du Grand Élu, etc. De fait, tous les manuels maçonniques possèdent des mentions arithmético-géométriques.

9

Thomas de Quincey soulignait depuis 1824, dans un journal londonien, la conjonction de la Maçonnerie avec la Rose-Croix comme étant un sujet connu.

10

La généalogie maçonnique est aussi biblique, bien qu’elle se combine également avec l’Égyptienne. Rappelons les relations d’Israël avec l’Égypte à l’époque de Moïse, voire même le symbolisme de l’Égypte dans les évangiles chrétiens. D’après le livre I des Rois, 3-1, il existe une filiation directe entre le Roi Salomon et l’Égypte, puisqu’il était gendre de Pharaon, son voisin.

11

« The few notes on his conexion with Freemasonry which Ashmole has left are landmarks in the sparsely documented history of the craft in the seventeenth century ». C. H. Josten, Elias Ashmole. Ashmolean Museum and Museum of The History of Sciences, Oxford 1985. Ces journaux ont été publiés sous le titre : Elias Ashmole, His Autobiographical and Historical Notes, his Correspondence and other Contemporary Sources relating to his life and Work. Introd. C. H. Josten, 5 vol. Deny, 1967.

12

En accord avec les changements que demandent les cycles et les rythmes, auxquels ne peut être soustraite aucune Tradition ou Organisation, toute Initiatique qu’elle soit, et qui marque les phases et les formes distinctes d’expression de la Cosmogonie Pérenne, et signalent donc également les adaptations historiques à celle-ci.

13

Selon Joffrey de Monmouth, dans l’Histoire des Rois de Bretagne (1135-39), l’une des premières chroniques écrites sur l’histoire d’Angleterre, les insulaires viennent des Troyens qui arrivèrent sur leurs côtes, en passant par la France et en provenance de Grèce, où demeurent les descendants de ceux qui réchappèrent de la célèbre guerre.

14

Quelque chose d’analogue quant à soupçons d’hérésie, de défaut, de fausseté, arrive avec les systèmes ou les religions d’orient. Sauf que ces derniers jouissent en général dans les milieux occidentaux d’un plus grand prestige, même s’ils n’évitent pas toujours le mépris ou la phobie du fait d’être polythéistes, encore un terme qui semblerait une insulte dans la bouche de certains.

15

La croissance de la Maçonnerie est évidente avec la naissance des bourgeois et la culture de la ville, qui a toujours eu besoin de constructeurs pour être effective, ce qui fait qu’il ne soit pas difficile d’en déduire que toute ville plus ou moins importante d’Europe, ainsi que la construction de châteaux, fortifications, couvents et palais, furent réalisées par architectes, maîtres d’œuvre et ouvriers maçons, sans compter menuisiers et ébénistes, vitriers, sculpteurs et peintres, tous initiés aux secrets de leur office. Cela peut aussi être clairement observé à l’époque moderne (et a aussi quelque chose à voir avec le passage du mode opératif au mode spéculatif), en ce qui concerne l’incendie qui détruisit la ville de Londres y compris la Cathédrale Saint Paul, qui dut être complètement reconstruite par des spécialistes dirigés par l’architecte Christopher Wren, maçon haut placé dans la hiérarchie de l’Ordre et de réputation reconnue, qui dut effectuer ce labeur gigantesque dans le moins de temps possible. L’incendie de Londres est un thème fondamental dans l’histoire d’Angleterre et dans la Maçonnerie en général. Sa reconstruction, menée à bien par des maçons, est un symbole cyclique lié à la pérennité de la Science Sacrée qui, se manifestant en tout lieu, s’est exprimée dans une ville aussi magique que l’est la capital anglaise.

16

Medieval Craftsmen, Masons and Sculptors. British Museum, 1991.

17

Cf. Villard de Honnecourt, Cahier, XIIIe siècle. Présenté et commenté par Alain Erlande-Brandenburg, Régine Pernoud, Jean Gimpel, Roland Bechman. Ed. Akal, Madrid 1991.

18

Il est important de faire constater, dès les commencements, la présence de militaires dans toutes les loges. Cela est arrivé à être si vrai que certaines de ces loges étaient exclusivement militaires, aussi bien celles qui s’organisèrent dans les bases que celle qui fonctionnaient sur les navires, que ce soit en haute mer ou dans les ports.

19

Comme on le sait, un courant nombreux de maçons se relie plus spécialement à l’Origine Templière, Écossaise et Jacobite de l’Ordre, ce pour quoi ils exhibent de nombreux témoignages et faits, par ailleurs probables. Cela ne lui fait pas renier l’héritage Pythagoricien, Hermétique et Platonicien, pas plus que celui des corporations de constructeurs, les rosicruciens et l’influence juive représentée par le mythe d’Hiram et la construction du Temple de Salomon. Michael Baigent et Richard Leigh, dans leur ouvrage The Temple and the Lodge (Londres 1989), soutiennent la validité de cette origine qu’ils développent dans leur livre du Moyen Âge au XVIIIe siècle et affirment, page 187 : « Elle [la Maçonnerie] avait ses racines dans des familles et des associations liées par l’ancien serment de fidélité aux Stuart et à la monarchie Stuart. […] Jacques I, un roi écossais qui était maçon lui-même. » Dans l’œuvre de Robert Kirk, The Secret CommonWealth, (La Comunidad Secreta, Siruela, Madrid 1993) écrite en 1692 au sujet de « Les coutumes les plus notables du Peuple d’Écosse », cette érudit historien du plus ancien « folklore » écossais et de la culture celte, note dans le paragraphe « Singularités de l’Écosse » et comme caractéristique de ce royaume : « Le mot maçonnique, dont, bien qu’il y en ait certains qui en fasse mystère, je ne cèlerai pas le peu que je sait. C’est comme une tradition rabbinique, en guise de commentaire au sujet de Jakin et Boaz, les deux colonnes érigées du Temple de Salomon, à laquelle vient s’ajouter quelque signe secret, qui passe de main en main, grâce auquel ils se reconnaissent et se familiarisent entre eux. »

20

Les autres se considèrent, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté : « de perfection », « capitulaires », et « administratifs ».

21

Vuillaume, anota Le Tuileur, Édition du Rocher, Monaco 1990, réimpression de celui de 1830. Manuel maçonnique qui contient les Rites suivants, pratiqués en France : Écossais Ancien et Accepté, Français, de la Maçonnerie d’Adoption, et Égyptien ou de Misraïm.

22

José A. Ferrer Benimelli, la Masonería Española en el siglo XVIII. Siglo XXI de España Editores, Madrid 1986.

23

« Los Libros Herméticos ». SYMBOLOS Nº 11-12, 1996. (anota).

24

Les Presses de l’Université Laval, Québec 1978-1982. 2 vol.

25

Et qui est commun au reste de la littérature hermétique, y compris l’Alchimie.

26

Le discours du Corpus est effectivement réitératif et certains axiomes et maximes se répètent sur un ton qui comporte certaine solennité, un « style » pour être identifié parmi d’autres styles, et aussi pour la cadence musicale qu’on lui imprime qui, tout en fixant la mémoire, est un agent « invocateur ».

 

 

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Le symbolisme des cathédrales gothiques 22 juin, 2008

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Le symbolisme des cathédrales gothiques


A la suite des invasions barbares surgies en Occident du Ve au lXe siècles, les derniers constructeurs qui appartenaient aux Collé­giales romaines et détenaient tous les secrets de métiers, durent s’intégrer aux congrégations monastiques, car, après l’effondrement de l’Empire romain, il n’existait plus de statut légal leur permettant d’exister.

A partir du VIe siècle, au droit romain avaient succédé les coutumes féodales qui définissaient les protections garanties aux diverses catégories de la société du bas Moyen Âge.

Tout d’abord, il y avait les gens de la terre, divisés en :

- vilains, qui avaient conservé leurs propriétés gallo-romaines ou à qui, en tant que population germanique nouvellement implantée, l’on avait donné les terres des anciens propriétaires romains. (Le nom de vilain correspondant à l’ancienne désignation romaine de villa, qui signifiait domaine agricole.) Ces vilains avaient droit à la protection moyennant paiement de la taille et de la dîme ;

- serfs, ouvriers agricoles qui cultivaient les terres appartenant au seigneur féodal.

C’était ensuite les gens de métiers, dénommés – francs « , non parce qu’ils appartenaient à la race franque, mais parce que, au VIe siècle, cette appellation désignait les hommes libres d’aucune attache avec la terre. Groupés dans les cités, les gens de métiers étaient exploités par chacune des communautés gallo-romaines ou germa­niques – La cité ayant droit à la protection à condition d’exécuter des travaux gratuits de taille ou de fournir des gens d’armes, au service du seigneur.

Les congrégations monastiques créèrent les couvents, sociétés communalistes de propriétés collectives à but altruiste de bonnes oeuvres, de pénitences, de prières et d’évangélisation. Ces couvents, sous le bénéfice des droits de l’Église catholique au temporel reconnus par les continués féodales, avaient rang de seigneur avec droit de haute et basse justice.

Sous l’impulsion de Grégoire 1er le Grand, pape de 590 à 6114, qui avait enrichi l’évêché de Rome par l’exploitation des domaines agricoles, les couvents allaient devenir autant d’exploitations indus­trielles ou agricoles.

Les lois et usages concernant la production et les échanges, codifiés par le droit romain, avaient totalement disparu au VIe siècle, les coutumes germaniques à l’échelon de la peuplade les ayant insuffisamment remplacés. Cette forme nouvelle de société communautaire fit créer, dans l’intérieur même des couvents, les premières coopératives de production dans toutes les branches indispensables à la vie collective et communautaire. Les gens de métiers ayant perdu leur riche clientèle romaine, trouvèrent dans les couvents leur principale clientèle. Ce fut notamment le cas des personnes pratiquant l’art de construire : il fallait des couvents, des églises et même des ouvrages d’art militaire pour se protéger contre les invasions permanentes.

Les couvents qui dérivaient du principe de saint Augustin de la Cité de Dieu, intégrée à la Société des Hommes, avaient, comme toute l’Eglise, conservé les principes d’organisation romaine et de droit romain. Aussi, tant pour s’assurer à bon marché une main-d’oeuvre qualifiée devenue très rare que pour assurer la formation professionnelle des nouvelles générations, de nombreuses congrégations monastiques fondèrent des Tiers-Ordres essentiellement laïques.

Le principal Ordre qui ait regroupé les Collégiales romaines des constructeurs est celui des Bénédictins, fondé à la fin du Ve siècle, par saint Benoît de Murcie, au Mont-Cassin. La règle bénédictine donne la priorité aux travaux manuels. C’est à cet Ordre que l’on doit la création et le développement de l’architecture gothique.

Nous, distinguons dans le gothique trois périodes : le roman ou gothique ancien, le gothique ogival et le gothique ogival frisé, appelé communément « Xve frise » ou  » flamboyant « .

LE ROMAN

L’architecture romane date d’un peu avant l’an mille, époque de la Grande Peur, qui marque aussi le début de l’ère médiévale. L’Occident, qui vivait alors dans un certain obscurantisme, fut soudain illuminé par la transmission de la philosophie antique par la voie de l’Espagne musulmane.

Les Bénédictins venaient de s’installer à Cluny, depuis 910 ; l’un d’entre eux, Gerbert, savant architecte, se rendit à Cordoue puis à Grenade, en 980. II en ramena l’A.B.A.C.U.M. ou Ars Subtila Arithmeticae, qui contenait, outre l’algèbre et la géométrie euclidienne, le livre du jeu d’échecs, le traité des poids et mesures, la philosophie platonicienne, la métaphysique d’Aristote et le symbolisme pythagoricien.

Gerbert – par la suite fait pape par Otton lll – régna de 995 à 1003, introduisit les mathématiques et la géométrie dans l’art de construire sous forme de l’Art du Trait, qu’il codifia en une sorte de satigraphie (dont on trouve des traces dans les manuscrits du Mont-Saint-Michel). Encore à l’heure actuelle, les résultats en sont surprenants : témoins l’Abbaye aux Hommes et l’Abbaye aux Dames de Caen, la cathédrale de Bayeux et celle de Vézelay, qui en est le plus bel exemple. Les traces de la métaphysique d’Aristote persistent à Vérelay où l’allégorisme primitif des églises mérovingiennes et carolingiennes s’épanouit.

Puis, vient l’ère des croisades. La première, prêchée par Urbain II, dura de 1096 à 1099. Elle créa l’Empire latin d’Orient qui couvrait pratiquement toute la côte est de la Méditerranée, depuis l’Egypte du Sud jusqu’à l’Empire byzantin, au Nord.

Entre la première croisade et la seconde, prêchée à Vézelay par saint Bernard, en 1147, et dirigée par Louis VII le Jeune, cinquante années s’écoulent. Pendant cette période, les troupes laïques et religieuses qui assuraient l’occupation de l’Empire latin d’Orient, pour regagner leur pays d’origine – le comté d’Edesse, la principauté d’Antioche, le comté de Tripoli ou le royaume de Jérusalem – devaient obligatoirement passer par la Grèce et les possessions de Byzance.

Or, parmi ces occupants, se trouvaient les moines bénédictins et les moines soldats, Templiers, Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et Chevaliers Teutoniques ; les membres qui faisaient partie du Tiers-Ordre laïque étaient les ouvriers opératifs de ces nouvelles congrégations. Ces constructeurs ramenèrent de Byzance les traditions des collégiales romaines qui, n’ayant pas souffert des invasions barbares, avaient conservé tous les anciens secrets de métiers connus depuis la plus haute antiquité et que l’Occident avait presque totalement perdus. Leurs connaissances s’étaient épanouies voire enrichies sous l’influence de la tradition grecque et aussi grâce aux contacts avec la civilisation arabe arrivée a l’apogée de son évolution.

L’OGIVAL

Cette deuxième période nous intéresse le plus, car c’est elle qui apporte tout le symbolisme en architecture. Elle doit tout aux Templiers.

Ce type d’architecture remonte en Europe à 1125. On commençait alors à voir les premiers arcs outre-passés, notamment à Cîteaux qui venait d’être fondé, puis à l’abbaye de Fontevrault, en 1150. C’est le début du style gothique que l’on dénomme  » gothique Plantagenet  » (du patronyme de Henri II, duc d’Anjou qui allait devenir roi d’Angleterre).

L’Ordre des Templiers fut fondé à Jérusalem, en 1116, par neuf chevaliers auxquels, dix ans plus tard, s’adjoindra Hugues, comte de Champagne, donateur de Clairvaux. C’est sous le patronage du Bénédictin cistercien Bernard que l’Ordre reçut sa Constitution au concile de Troyes, en 1128, Honorius III étant pape. Dès I’origine, pour les besoins de la construction, des moines bénédictins habiles dan; l’art de construire y furent introduits; Les Templiers fondèrent en France leur premier établissement sous Louis VI le Gros qui, à la demande de saint Bernard, leur donna, en 1130, une maison à Paris à proximité de l’église Saint-Gervais, au début de la petite rue à gauche. (Cette maison existe encore. Elle est actuellement occupée par une société compagnonnique). A quelques jours de là, le roi leur fit don du domaine du Colombier, avec droit de haute et de basse justice. Ce

domaine longeait l’actuelle rue de Rivoli, depuis la rue des Blancs-Manteaux jusqu’à la rue Saint-Martin incluse ; en largeur, il était limité par le square du Temple et l’église Saint-Martin (à proximité du Conservatoire des Arts et Métiers). L’ensemble était marécageux. Les Templiers I’assainirent.

Dans la toute proche église Saint-Gervais, on voit encore. dans le, stalles du choeur, de nombreuses figures ésotériques ainsi qu’un maçon initié genou découvert, suivant l’ancienne tradition. Par l’équerre et le compas placés à côté, on se rend compte que le maçon étudie l’oeuvre

On retrouve le même symbolisme à Gisors ; en outre, dans la chapelle Sainte-Claire, un gisant dénommé le Maître Parfait – fait penser au symbolisme du troisième grade.

L’OEUVRE DES TEMPLIERS

Les Templiers couvrirent l’europe d’églises remarquables de châteaux forts, tel le « château Gaillard pour le compte de Richard Coeur de Lion « , dans le but de s’opposer à Philippe Auguste, roi de France. Ils bâtirent de véritables villes fortifiées — comme Coucy-le-château, construit par Enguerrand de Coucy – pour résister à saint Louis, qui voulait refréner son droit féodal. Les Allemands, en 1914, employèrent dix tonnes de dynamite pour faire sauter la tour ventrale bâtie en 1240.

Les Templiers édifièrent leurs couvents qui, rappelant leur vocation de moines-soldats, se dénommaient  » Commanderies  » . Chacune d’elles était reliée à une autre suivant la hiérarchie du grade du chevalier qui la dirigeait. Les commanderies de base avaient pour commandeur un maître charpentier qui assurait l’instruction perma­nente des ouvriers maçons, tant religieux que laïques.

En Orient, les Templiers remplirent le rôle de constructeur pour le compte des Croisés ; ils formaient aussi le corps de génie militaire. Dès 1123, ils bâtirent avec les Hospitaliers les lieux nouvellement conquis des églises et des forteresses (1).

En Occident comme en Orient, les Templiers, qui étaient des religieux. avaient recours pour l’exécution de leurs travaux de bâtiment, à la main-d’oeuvre locale.

En France,en Angleterre, en Allemagne et dans toute l’europe le Tiers-Ordre du VIe siècle, qui formait des associations d’ouvriers du bâtiment vivant dans la dépendance conventuelle, cessa d’exister au début du XII e siècle. jusqu’à cette époque, le couvent avait été le seul centre de la science, les arts pouvant s’y développer en sécurité. Mais, avec l’extension des libertés municipales, les grandes cités médiévales devinrent de grands ventres – Paris, Chartres, Amiens, Londres, Oxford. Laon, Noyon, Reims, Soissons, Strasbourg, Cologne – où, aux Tiers-Ordres monastiques succédaient les Francs-Métiers : ceux-ci, sous le nom de Jurantes ou de Guildes, rassemblaient les ouvriers de métiers en fraternité laïques.

FRATERNITES DE CONSTRUCTEURS

Les membres du chaque corps de métier étaient groupés en une association professionnelle chrétienne placée sous la protection d’un saint ou d’une sainte. Pour y être admis, il fallait se soumettre à des épreuves symboliques particulières à chaque profession. Les épreuves des fraternités de constructeurs étaient celles que nous connaissons encore aujourd’hui dans la Maçonnerie spéculative, héritière , en cette matière, de la tradition de la plus haute antiquité.

Ce genre de confrérie paraît avoir pris naissance à Chartres, lors de la construction de la cathédrale, aux alentours de 1125. C’est de cette époque que date la franc-maçonnerie opérative, entièrement composée de laïcs et n’allant qu’au troisième grade. Si ses membres devaient tous leurs enseignements aux Templiers, on ne doit pas néanmoins les confondre avec ces religieux fort savants ni avec les Moines-Chevaliers, très bons architectes et déjà  » maçons spécu­latifs « .

L’existence légale de ces confréries laïques professionnelles était régie par extension des droits des anciens Tiers-Ordres transférés aux fraternités laïques de la franchise. Les Francs-Maçons obtenaient ces franchises des congrégations de Bénédictins, des Templiers et des Hospitaliers qui exigeaient des redevances peu importantes. Pour d’autres francs-métiers, soumis à la protection seigneuriale ou royale les redevances étaient très lourdes. Cette différence fit que la dépendance aux congrégations religieuses subsistait. De plus, en vertu des conventions féodales conclues entre les suzerains, les franchises religieuses donnaient droit de  » cité  » aussi bien sur les territoires ecclésiastiques que seigneuriaux ou royaux. Par ailleurs, la formation professionnelle des constructeurs s’est poursuivie dans les couvents jusqu’au début du XIVe siècle.

Les maîtres d’oeuvres laïques, tels Jean d’Orbais, Villard de Honnecourt et Pierre de Corbie, oeuvrèrent à Chartres ; Pierre de Montreuil, à la cathédrale de Paris et à la Sainte-Chapelle. Mais ne devenait pas maître d’oeuvre qui voulait.

En premier lieu, tout compagnon accompli, cinq à sept ans au minimum après avoir été reçu comme tel parmi les maîtres, devait encore travailler pendant un certain temps et acquérir les connaissances de ceux-ci. Ensuite, il était consacré maître d’oeuvre si le chef d’oeuvre qu’il avait exécuté était jugé satisfaisant.

Mais ce n’était point tout. Débordant du cadre professionnel, une enquête municipale faite auprès du candidat concernait sa moralité, sa piété et les possibilités financières qui lui permettaient de payer les matériaux et le salaire de ses ouvriers.

Tout maître d’oeuvre devait être capable d’assurer la conception de l’oeuvre, d’organiser le chantier, de recruter les ouvriers et d’en régler les dépenses. Ces trois conditions étaient impératives. Le maître d’oeuvre, lorsqu’il était religieux, prenait le titre de vénérable maître. A l’époque de la construction des grandes cathédrales gothiques, à Reims, Laon, Paris, Chartres, Cologne, Amiens, les Templiers – en contact en Orient avec les ordres religieux des Ismaéliens karmates et ascasines, sectes schismatiques musulmanes – adoptèrent à la fois leurs secrets de métiers ainsi que les rites et les formes d’architecture orientale. C’est d’Orient qu’ils ramenèrent le secret de la construction de l’arc brisé qui existait déjà dans des constructions orientales, ainsi que la voûte de croisée de transept s’équilibrant en son milieu par la masse formée par son pendentif. C’est en Orient aussi que les Croisés apprirent des Byzantins, qui le tenaient eux-mêmes de Babylone, à fortifier les châteaux.

Les Templiers, en adoptant ces formes d’architecture, ont emprunté les symboles de celles-ci, et aussi l’art de penser : la dialectique, qui permettait de philosopher sur les sens cachés, a donné la rhétorique. Le symbolisme des nombres et des dimensions que nous trouvons dans les églises date de cette époque. Ce sont eux aussi qui répandirent en Europe la pensée gnostique platonicienne et aristotélicienne, déjà propagée en Espagne par Averroès et Maïmonidès, ainsi que par les Cathares albigeois dans le Midi de la France, particulièrement dans tout le comté de Raymond de Toulouse. Ils ramenèrent d’Orient, non seulement l’art de construire, mais aussi l’algèbre, l’alchimie, aïeule de notre chimie moderne, ainsi que l’alchimie intellectuelle qui tendait à rendre l’homme meilleur.

Sur le plan purement spirituel, les Templiers s’imprégnèrent de l’esprit gnostique des Ismaeliens qui considéraient l’univers comme une émanation de la divinité. La gnose était enseignée sur un mode initiatique: C’était une catéchèse appropriée à toutes les confessions, toutes les races, toutes les castes fondées sur la raison, la tolérance et l’égalité. Ces théories attireront plus tard, tant Raymond Lulle que Pic de La Mirandole.

L’esprit de Platon et d’Aristote régnait à Chartres, lors de la première construction, entre 1124 et 1154 ; des réalisations comme ces cathédrales démontraient – et elles démontrent encore – les parfaites connaissances de leurs bâtisseurs.

En même temps, l’évolution et la philosophie aristotélicienne allaient permettre à l’homme de se délivrer des contraintes dogmatiques religieuses et de reprendre l’autonomie de ses investigations. Ainsi, de la moitié du XIIe siècle jusqu’au milieu du XIVe se construisit-il, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie – avec les méthodes particulières que l’on admire encore aujourd’hui -, les merveilleuses cathédrales ogivales que nous connaissons. Elles se ressemblent toutes, avec un air de famille certain.

II est intéressant de retrouver dans la tradition du grand-oeuvre qu’est une cathédrale les origines du symbolisme de la Franc­Maçonnerie spéculative.

LES SYMBOLES

Signalons d’emblée deux grands principes philosophiques qui constituaient le programme directeur : les cathédrales, de même que les temples antiques, et plus particulièrement le temple de Salomon, sont construites à la fois en plan à la forme et dans les proportions humaines.

Le plan de celle de Chartres le met en évidence : à la croisée du transept se trouve le coeur, la tête étant au sanctuaire ou saint des saints. A l’endroit où se trouve l’autel, il y avait, dans le Temple de Salomon, des Tables de la Loi. Les proportions sont rigoureusement celles du corps humain, le sanctuaire était le septième du reste.

Ces cathédrales sont toutes vouées à Notre-Dame. Non à la mère du Christ, mais à la Vierge-Mère, qu’elle s’appelle Gaea, Rhéa, Cybèle, Déméter, Isis, la Bonne Déesse, la Terre Mère. Dans la célèbre cathédrale de Chartres notamment, la Vierge qui trône est noire avec un puits qui descend aux entrailles de la Terre. C’est donc bien la Natura Naturans.

Les connaissances que devaient avoir les constructeurs des cathédrales se rapprochaient de celles des alchimistes dont ils employaient les symboles ; leur initiation comprenait l’étude du cercle, ainsi que l’indique le Mystérieux Quatrain des Tailleurs de Pierre :

Un point dans le cercle

Et qui se place dans le carré et dans le triangle

Connais-tu le point – tout est bien

Tu ne le connais point – tout est vain.

Arrivant dans une ville étrangère, un compagnon ou un maître devait justifier dans son milieu qu’il pouvait retrouver le cercle directeur et le pôle de symétrie. En dehors des deux principes philosophiques, des règles symboliques déterminaient l’orientation, les proportions et l’ordonnancement extérieur. La première pierre d’une cathédrale était placée à l’angle nord-est où avait été reçu le dernier apprenti. La cathédrale, tout comme la Loge maçonnique, est orientée à l’Orient. Son Sanctum Sanctorum est à l’est, d’où vient la lumière du soleil levant. L’entrée du sanctuaire, placée à l’occident, est constituée par trois portes ; celle du milieu, la plus importante, ne sert que dans les circonstances exceptionnelles, tandis que celle de gauche demeure ouverte.

Le sens circumcirculatoire y est nécessairement de l’ouest vers l’est par le nord, puis, au retour, de l’est à l’ouest par le midi. C’est le mouvement apparent du soleil, du couchant au levant, ensuite du levant au couchant ; c’est encore celui que l’on doit suivre dans une Loge maçonnique.

La façade de la cathédrale gothique est presque toujours flanquée de deux clochers latéraux symbolisant le binaire, comme les deux colonnes du temple maçonnique. En outre, ils sont, comme dans le Temple de Salomon, placés à l’extérieur. Le plus souvent, le clocher de gauche domine celui de droite : ainsi à Strasbourg, à Troyes, à Bourges, à Amiens, à Cologne. La cathédrale de Chartres l’explicite clairement : la flèche de gauche porte le Soleil, la flèche de droite la Lune. Invariablement, entre les deux, il y a le triangle, symbole du ternaire.

La cathédrale, de même que la Loge maçonnique, représente le cosmos. A l’intérieur, la nef et le transept sont divisés dans le sens de la hauteur en deux parties d’inégales hauteurs :

- la partie basse formant le soubassement est toujours aveugle, comme une Loge maçonnique, sauf pour les portes, cette partie de l’édifice représentant l’homme dans l’univers, proportion 3/15 de haut limitée de la partie supérieure d’où part l’éclairage par une frise dénommée en architecture  » chien courant  » (du fait que, parfois, des animaux sont mélangés au feuillage) ;

- la partie supérieure représente la divinité 12/5 répartie en une partie verticale signifiant la perfection des proportions : 7/15 et une partie voûtée symbolisant la connaissance : 5/15 (le pentagone a été, dans toutes les religions, le symbole de la science).

Le nombre, directeur est généralement exprimé par le polygone, par les arêtes des voûtes faisant leur jonction avec la croisée du transept ou de la grande rosace qui constitue un lieu d’équilibre de

l’action et de la réaction des charges bien plus qu’un moyen d’éclairage et de beauté.

Quand on retrouve d’anciens tracés, on est frappé par l’absence de mesures indiquées : c’est qu’il n’y en avait pas.

Tout résidait dans les proportions de l’oeuvre en fonction du cercle directeur.

Sans connaître le grand secret, on peut aisément constater que l’unité de base se trouve à la croisée du transept, lequel est toujours construit sur plan carré ; que la largeur du transept est égale à la largeur de la nef ; que la travée courante constitue un rectangle dont le petit côté représente la moitié du grand, soit la moitié du carré du transept ; que chacun des bas-côtés est construit sur un plan carré égal au petit côté du rectangle de la travée ; enfin, la largeur des baies latérales est égale à la moitié du côté du carré des bas-côtés. soit le quart du côté du carré du transept.

Les rapports des baies en hauteur étaient proportionnés par des procédés analogues. La grande rosace était de dimensions semblables au cercle inscrit dans la croisée du transept. Le reste était stéréotomie et art du trait. II est aisé de voir que, à partir de la croisée du transept, l’édifice se bâtissait en tenant compte des proportions reportées à partir du cercle directeur du transept qui commandait tout.

Quant aux murs extérieurs, une règle générale en déterminait l’ordonnancement qui est vraiment symbolique :

- au nord : les scènes bibliques de l’Ancien Testament ; – au sud, brille la loi nouvelle donnée par l’Evangile ; – l’occident regarde le Jugement dernier ;

- à l’orient : les faits relatifs à l’époque.

Les costumes des métiers de l’époque que nous trouvons à Chartres constituent une importante documentation historique.

Quant aux imageries extérieures, qui étaient le livre du pauvre, elles représentent une partie de la pensée médiévale. Elles découlaient de l’allégorie édifiante et pédagogique employée par les Grecs et les Romains.

A Notre-Dame de Paris, le porche d’entrée est surtout décoré de symboles alchimistes. Sur le trumeau central qui partage les deux baies, une série de vingt-huit figures représente les sciences médiévales, dont l’alchimie avec ses deux livres : l’un fermé= l’ésotérisme, lautre ouvert l’hermétisme ; maintenue contre ce dernier, une échelle de neuf échelons symbolise les opérations alchimiques successives et la patience. Au portail Nord, celui  » de la Vierge « , on est d’abord surpris de voir Marie tenir dans ses mains un symbole rosicrucien ; puis, sur le tympan, une vie du Christ avec un sarcophage qui porte les symboles alchimiques des métaux planétaires, le Soleil étant placé juste au milieu, ce qui tend déjà à prouver les connaissances héliocentriques.

Certaines églises abbatiales, notamment celle de Fontevrault, construites à cette époque, l’ont été sur les mêmes principes que les cathédrales.

Les procédés de construction gothique ont permis de vastes dimensions. La cathédrale de Reims : 6.650 mètres de superficie ; celle de Bourges : 6.200 mètres ; celle de Paris : 5.500 mètres. Chacune d’elles pouvait contenir quinze à vingt mille personnes. C’est que, lors des grands pèlerinages du Moyen Age, la cathédrale était à la fois l’hôtel où l’on dormait et le sanctuaire. Elle était également le refuge hospitalier de toutes les infortunes, et les médecins y donnaient leurs consultations. L’Université, pour être indépendante, vint y tenir ses assises et y resta jusqu’en 1454. Les alchimistes se rencontraient régulièrement au jour de Saturne, à Notre-Dame de Paris, au portail Saint-Marcel.

Les cathédrales furent aussi des symboles de liberté municipale : c’est là que se retrouvaient les confréries des gens de métiers et que prirent naissance Guildes et Jurantes.

Après les persécutions des Templiers par Philippe le Bel, la dissolution de l’Ordre par Clément V et les derniers autodafés ordonnés en France en 1314, nombre de Francs-Maçons, privés de la formation professionnelle templière, créèrent leurs propres écoles où professait Maître Charpentier, ancien commandeur du Temple. Dès lors, les arts libéraux, l’astronomie, la philosophie, la rhétorique et la dialectique et l’administration furent enseignés par des Templiers qui, sans être constructeurs, étaient formés dans l’art d’enseigner les pensées. Ainsi naquirent les premiers Francs-Maçons acceptés, anciens Chevaliers du Temple (2).

Cette nouvelle formation professionnelle aboutit à ce que l’on appelle le XVe frisé. Un des modèles du genre est l’église Saint-Merri à Paris (rue de la Verrerie, à l’angle dé la rue Saint-Martin), commencée en 1520 sous François Ier , terminée en 1612 sous Louis XIII. Il est curieux d’y retrouver – deux siècles après la disparition de l’Ordre – les règles templières et cabalistiques. On est frappé de voir sur le porche des statues de saints représentés par des principes destinés à mettre en évidence des allégories ésotériques, bases des principes gnostiques du XIIe siècle, de retrouver aussi bien: les quatre éléments, la Cabale et les nombres 3, 4, 5.

Saint-Merri est une des dernières églises du type des cathédrales. Ici, toute la science hermétique, dissimulée au XIIe siècle, franchissant le voile de l’ésotérisme, a la transparence du symbolisme élémentaire.

En effet, à la porte sortant de la clé de voûte ogivale centrale, l’Androgyne, élément mâle et femelle, à seins de femme, au menton barbu et portant les cornes au front, reproduisant l’image de la quinzième lame des tarots, fait l’inverse du signe de l’ésotérisme qui signifie la priorité de la matière sur l’esprit. C’est le baphomet des Templiers et des gnostiques ismaéliens. Lors de la fameuse condamna­tion, l’Inquisition prétendit que les Templiers adoraient une idole et que cette appellation était une déformation du nom de Mahomet.

En réalité, les Templiers, kabalistes comme les Ismaéliens, avaient exprimé sous les trois consonnes hébraïques : beth – alef – mem – signifiant : science – volonté – transformation de l’homme – accompagnées des suffixes qualitatifs : phe (espérance) et heth (équilibre universel), le sens gnostique du Dieu Noir des Manichéens, Maître des lois naturelles terrestres. Ce sens suivant la valeur ésotérique des lettres hébraïques définies ci-dessus, était le suivant : La science au service de la volonté fait espérer une transformation harmonieuse de l’homme étendue à l’univers.

En fait, à l’église Saint-Merri, ces lois naturelles sont ce que l’on pourrait appeler l’esprit de la matière qui correspond à l’élément de terre.

Dans le vitrail éclairant le transept de gauche, domination du jaune, du bleu et du bleu verdâtre, dont la vitrauphanie correspond au signe d’eau.

- Dans le vitrail éclairant le transept de droite, domination du jaune et du rouge, correspondant au signe de feu.

- Dans le Saint des Saints, un Christ portant au-dessus de la tête un cercle avec un triangle inscrit ; à l’intérieur, le tétragramme représentant le signe d’air.

- Quant à la voûte de la croisée du transept, elle dessine un octogone ; le pendentif avec ses deux renflements fait apparaître les nombres 9 et 10.

Ce cercle kabaliste avec l’arbre  » séphirotique  » est d’ailleurs reporté sur les modénatures en pierre (découpes de pierre formant des corniches ou colonnettes) portant les vitraux de la grande rosace ainsi que sur celles qui portent les vitraux du transept droit et gauche.

Dans les chapelles rayonnantes arrière, celle du centre est réservée à Marie. Au fond, un vitrail met en exergue la lettre romaine M (treizième lettre de l’alphabet) et la lettre hébraïque meme (également la treizième de l’alphabet) qui est l’attribut de la transformation engendrée par la Mère Nature.

Dans une chapelle de gauche, l’annonce faite à Marie ‘représente Dieu le Père dans un triangle, Dieu le Fils, le Christ, dans un carré, Dieu Esprit universel, Saint-Esprit, dans un pentagone.

L’ensemble symbolise et affirme le principe du ternaire des catholiques et des gnostiques.

D’une façon générale, toutes ces dispositions concernent les églises gothiques ogivales ou flamboyantes.

L’élément de terre, défini par le baphomet, a été souvent remplacé par d’autres figures. La disposition des éléments de terre se trouvait à l’extérieur. Les éléments d’eau étaient placés dans le transept de gauche, ceux du feu dans le transept de droite. L’élément d’air a été presque toujours précisé par le tétragramme soit en clef de voûte du Sanctum Sanctorum, soit au milieu d’une voûte bleue étoilée.

Il est également à rappeler que les couleurs de base employées pour chacun des éléments font partie du symbolisme chromatique qui remonte à la nuit des temps. Ces couleurs furent codifiées par Grégoire le Grand, qui avait été moine bénédictin avant de devenir pape.

Il est intéressant de constater que l’emploi du nombre directeur, abandonné pendant les grandes invasions des Ve au VIII’ siècles, a été , repris dans les cathédrales gothiques sous l’influence des Templiers qui le ramenèrent d’Orient.

Cet emploi du nombre en architecture remonterait, d’après Viollet-le-Duc, aux Egyptiens, à la période du roi Chéops (vers 2600 av. J.-C.) ; cela plus particulièrement en ce qui concerne le triangle équilatéral et les nombres 3, 4 et 5.

(1) Les Hospitaliers ne reçurent leur charte qu’en 1137.

(2) Tous les francs-métiers, y compris la maçonnerie opérative, furent dissous par Louis XIV, en 1690, peu de temps après la révocation de l’Edit de Nantes. C’est à cette époque que le compagnonnage succéda à la franc-­maçonnerie opérative.

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Bouddhisme et franc-maçonnerie 9 mai, 2008

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Bouddhisme et franc-maçonnerie

Présentation et historique de deux traditions et de leur mode de transmission

 

Par Lama Denys

Lama Denys

Le terme bouddhisme est apparu vers 1825. C’est ce que nous apprend Roger-Paul Doit dans un de ses derniers livres. Bouddhisme est un néologisme qui n’est pas très heureux pour rendre justice à la tradition du Bouddha.

Donc, nous parlerons plutôt de Dharma ou de tradition du Bouddha, entendu qu’il n’est pas plus juste, de notre point de vue, de parler de bouddhisme qu’il ne le serait de parler de franc-maçonnisme avec tout ce que « bouddhisme » implique de théories, de doctrines.

La voie du Bouddha

Il faut s’imaginer, à son origine, le Bouddha, vingt-cinq siècles auparavant, au centre de l’Inde à Bodhgaya, sous l’arbre de la Bodhi. Il enseigna à partir d’une expérience -l’éveil-, un important canon qui se diffusa vers le Sud, jusqu’à l’océan, Ceylan, Sumatra, Bornéo, et vers le Nord, au Tibet, puis par la route de la soie en Chine, au Japon, en Corée et vers l’Ouest jusqu’aux confins du monde grec.

L’enseignement du Bouddha, le Dharma, est, d’une certaine façon, le fond commun de la vision traditionnelle de l’Orient. En tout cas il est largement son dénominateur commun.

Le thème de notre rencontre est tradition/transmission.

Depuis le Bouddha, depuis vingt-cinq siècles, une filiation s’est perpétuée. Elle nous a transmis… Que nous a -t-elle transmis ? Tout d’abord, au centre du Dharma, il y a une expérience : l’expérience de l’éveil. En termes de transmission, l’accent est mis sur l’expérience. C’est le vécu qui est ici très important.

Il ne s’agit pas d’une philosophie, ni d’une métaphysique, encore moins d’une théologie, ni d’une vérité écrite, inscrite de façon définitive, même s’il y a un corpus énorme de textes d’enseignements.

Le coeur de la transmission du Bouddha est une expérience : l’expérience de l’éveil, l’expérience du Bouddha, l’expérience de la nature de Bouddha. Elle peut se nommer aussi expérience de l’intelligence en soi, expérience de la claire lumlière, expérience immédiate, directe, de l’état de présence.

C’est cet état de présence direct, immédiat, non dualiste, qui a inspiré l’enseignement du Bouddha, le Dharma comme moyen offert – pour ceux qui le souhaitent – de découvrir cet état, cette expérience fondamentale et la réintégrer. Car elle est notre nature la plus profonde, la plus intime.

Cette expérience se nomme en sanscrit. « bouddhayana », l’intelligence immédiate d’un Bouddha.

Il y a donc dans la transmission un aspect central, fondamental, qui est de l’ordre du vécu, puis un enseignement qui rend compte de ce vécu et sert de tremplin, d’accès, à la réalisation de celui-ci.

On présente traditionnellement le Dharma en trois points : sa vision, son ou ses points de vue, ensuite la méditation ou la qualité d’expérience dans la vie, puis, la discipline.

La vision du Bouddha est d’abord celle du non-soi. La découverte que ce que nous sommes et que ce que nous vivons n’est pas une expérience solide, monolithique, statique, ou une réalité en soi, inhérente, comme nous avons tendance à le percevoir.

Cette vision du non-soi se traduit aussi comme la vision de l’interdépendance, dans la mesure où il n’est rien qui n’existe en soi et par soi. Toute chose, tout ce que nous vivons, tout ce que nous sommes, tout ce que nous expérimentons, existe et n’existe qu’en tant qu’événements interdépendants.

Tout ce qui est inter-est n’est (naît) que dans l’inter-être, dans l’inter-relation, dans l’interdépendance. C’est cette vision qui est connue comme celle de la vacuité. Vacuité et interdépendance sont à entendre comme synonymes. Cette vision débouche aussi sur cette expérience que nous avons appelée « état de présence ».

Lorsque la conscience habituelle se dégage de ses illusions, de ses fixations, elle s’ouvre à une expérience de clarté, de lucidité qui se comprend, s’expérimente en elle-même et c’est cette lucidité autoconnaissante en soi, cette intelligence en soi qui est nommée expérience d’éveil, nature de Bouddha, ou plénitude de l’expérience de vacuité. Voici, très schématiquement, quelques aspects de la vision du Dharma.

Sa pratique est, extérieurement, une discipline d’action fondée sur la compassion et, intérieurement, une qualité d’expérience que l’on nomme habituellement méditation.

Le terme de méditation est assez impropre au sens où ce dont il s’agit est une expérience d’ouverture, de lucidité, une expérience de présence, de vigilance, d’attention : une présence attentive, vigile dans une qualité d’expérience ouverte, dégagée, claire.

Il est différentes façons de découvrir et de cultiver cette expérience. La méditation assise le permet dans les maintes formes des différentes traditions selon leurs aspects, leurs lignées. Puis, il s’agit surtout d’intégrer cette qualité de présence, d’ouverture vigile et lucide, dans les faits et gestes de la vie quotidienne.

Il est ensuite une relation entre cette qualité d’expérience et l’action : c’est ce que l’on entend par discipline.

Extérieurement, l’éthique du Dharma, ou discipline, est fondée sur la compassion entendue comme un état de non-agression, de non-violence.

Nous entendons par compassion cette attitude ouverte, cette intelligence du coeur qui est à la fois réceptivité, disponibilité au-delà des blocages. C’est cette qualité de compassion, de non-violence, qui est le fondement, le coeur de l’éthique du Dharma.

Cette éthique peut être dite universelle. Elle recoupe très largement une éthique que l’on pourrait dire monothéiste, chrétienne, à cette différence près qu’il y a dans la perspective bouddhiste une vision beaucoup plus médicale, fondée sur l’harmonie et sur la compassion plutôt qu’une perspective plus juridique fondée sur les commandements et des arguments d’autorité.

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Présentation de la franc-maçonnerie

Alain Lorand

A la différence de Lama Denys, qui est un maître dans le bouddhisme, je n’ai de leçon de franc-maçonnerie à donner à personne. Ma présentation de la franc-maçonnerie sera la plus large, la plus exhaustive possible, et, bien sûr, reflétera la façon, qu’à titre personnel, je vois la franc-maçonnerie. Cette présentation est à l’attention des non-maçons. Les maçons n’apprendront certainement rien de nouveau.

Comme nous sommes dans le thème tradition et transmission, je tiens à vous faire part de ma petite transmission à moi. Je voudrais rappeler trois frères qui sont passés à l’Orient éternel et qui ont été mes maîtres, en quelque sorte : les frères Gaston Chazette, Francis Viaud et N’Guyen Tanh Khiet. C’est ma petite lignée personnelle, à laquelle je tenais à rendre hommage parce que, si ces frères n’avaient pas été là, je ne serais pas là non plus en train de vous parler de la franc-maçonnerie ! Il y a un rattachement qui ne remonte pas à vingt-cinq siècles mais qui est néanmoins existant car eux-mêmes se rattachaient à …, qui se rattachaient à…, etc.

Donc, très respectable Lama Denys, frères et soeurs de la congrégation, frères et soeurs en vos grades et qualités, chers amis, pour cette présentation de la franc-maçonnerie, je ne vais pas reprendre le travail fourni par le frère Jean-Pierre Schnetzler lors du premier colloque et qui figure in extenso dans le livre que l’on vous a présenté. Je vais décrire l’historique, la genèse, de la franc-maçonnerie moderne. J’insisterai sur ce qui l’anime, sur l’esprit maçonnique et ce qui fait son originalité.

Pour définir la franc-maçonnerie, je vais reprendre les termes du programme du colloque. La franc-maçonnerie est un ordre initiatique, traditionnel, d’origine artisanale, fondée sur le symbolisme de la construction et ayant son origine dans les initiations antiques des constructeurs développées en milieu judéo-chrétien. Sa vocation est universelle. La franc-maçonnerie a pour objet de construire le temple intérieur afm de réaliser le temple extérieur, c’est-à-dire une société fraternelle.

En 1723, en Angleterre, le pasteur Désaguliers dédicace au duc de Montaigu la Constitution comprenant l’histoire, lois, obligations, ordonnances, règlements et usages de la respectable confrérie des francs-maçons. C’est de ce document fondamental que naît la franc-maçonnerie d’origine anglaise, chrétienne et protestante.

Tout phénomène ayant une cause, que se passait-il donc, à cette époque et en ce lieu ?

En 1710, Georges 1er de Hanovre, donc allemand, monte sur le trône d’Angleterre et s’adresse à ses sujets lors de son discours inaugural, en latin et en français, car il ne connaissait pas l’Anglais. Traumatisés par les luttes entre les stuartistes, les papistes, les Hanovriens, et j’en passe, une élite à dominante protestante cherche à se rassembler, à réunir ce qui est épars, en trouvant un dénominateur commun, un élément de croyances minimales sur lequel s’entendraient les hommes d’honneur.

En 1723, en Angleterre, l’individu qui se proclamait athée ne pouvait être qu’un stupide complet ou un libertin notoirement corrompu par oubli ou, plus, par mépris des lois de son Créateur.

Tout porte à croire que les fondateurs, en 1723, n’avaient aucunement l’intention de fonder une nouvelle religion ou une secte. Ils avaient le désir de rassembler le plus grand nombre possible de gentlemen en laissant les querelles religieuses au vestiaire et en déposant les métaux, comme l’on dit, à la porte du temple. Leur but était de se rassembler, autour d’un idéal spirituel, d’un besoin de solidarité et de fraternité, dans le secret et la liberté de la loge, hors des Eglises et des corps constitués. Cet idéal est resté le même aujourd’hui.

Mais d’où vient le terme franc-maçon ? Les francs-maçons sont des constructeurs, donc des maçons. Au moyen-âge, l’apprenti, le compagnon et le maître d’une corporation médiévale donnaient à leur labeur un caractère sacré. La cité humaine était une ébauche de la cité divine. Le travail fait avec amour devenait une prière. Il avait un caractère sacré s’il était exécuté avec un état d’esprit se référant à la tradition. Au moyen-âge, maçon signifiait tout à la fois ouvrier, conducteur de travaux et architecte. On distinguait les maçons ordinaires ou rough-masons et les maçons instruits ou free-masons. Ces free-masons étaient groupés en corporations puissantes dans toute la chrétienté. Nous leur devons les chefs-d’oeuvre du roman et de l’ogival. Ils circulaient librement d’un royaume à l’autre, au gré des chantiers. Ils jouissaient de privilèges matériels et d’une certaine liberté de pensée.

Fiers d’être une élite, ils se protégeaient par des barrières de secrets traditionnels et se recrutaient par cooptation. Ils se réunissaient dans un lieu clos, à l’écart des autres, dans un local nommé loge. Ils formaient des apprentis cooptés à une discipline sévère en veillant à leur instruction technique et sur leur valeur morale. En effet, une grande oeuvre n’est réalisée que si l’on garde le coeur pur.

Pour se distinguer des rough-masons et autres manoeuvres, les free-masons échangeaient entre eux des signes, mots et gestes qui leur servaient de passeport et de reconnaissance dans leurs déplacements. Eux seuls savaient manier certains outils, appliquaient des règles de mécanique, de projection, de trigonométrie leur permettant de tracer les plans et de dégrossir une pierre brute jusqu’à ce qu’elle devienne une clef de voûte. Il n’y avait pas de livre imprimés, donc beaucoup d’analphabètes dans leurs rangs. L’enseignement se transmettait oralement, dans le secret des loges, en utilisant largement les symboles.

Lorsque l’âge des cathédrales déclina, on cessa d’utiliser les maillets et les ciseaux pour construire. Vint alors, l’ère des outils symboliques pour tailler les esprits et bâtir les cathédrales spirituelles : les temples intérieurs. Telle fut la naissance de la franc-maçonnerie moderne dite spéculative (du latin speculare qui signifie qui observe) qui a pour objet l’étude des faits de conscience.

Il est remarquable de constater que les sociétés recrutant par cooptation et se protégeant par des secrets fonctionnent sur un modèle standard. Ce type de sociétés date de l’aube de la civilisation. Elles s’imposent pour mission essentielle d’être gardiennes d’une forme élaborée de la vérité qui serait inassimilable voire dangereuse pour le tout-venant et d’initier leurs membres par transmission directe, les chaînons se prolongeant d’un côté vers le lointain passé et l’autre vers l’avenir selon ce que les hermétistes appelaient la chaîne d’or d’Homère. A l’origine de chaque société, est une proclamation du ou des fondateurs qui, en quelque sorte, s’auto-initient. Le fait de résister à l’usure du temps et de perdurer sanctifie toute institution qui tend à faire reculer le plus loin possible son origine en perdant celle-ci dans le passé le plus lointain. Ce qui en augmente considérablement le mystère.

L’initiation en général et maçonnique en particulier se confère par des rituels obéissant à la thématique suivante, commune à toutes les sociétés qui fonctionnent par cooptation et initiation :

1. choix et consécration d’un lieu sacré, templum, temporaire ou définitif ;

2. éloignement des profanes, ou de ceux qui n’ont pas atteint le degré où s’ouvre la cérémonie ;

3. ouverture des travaux par un personnage qualifié qui consacre l’espace et le temps ;

4. introduction, mort et résurrection symbolique du candidat ;

5. épreuves sous formes de voyages et purification, le plus souvent, par les quatre éléments alchimiques, terre, feu, air et eau ;

6. psychodrame évoquant la vie d’un personnage archétypique, à l’origine de la société ;

7. prestation par le néophyte d’un serment solennel qui le lie ad vitam à l’association et à ses frères ;

8. marques d’une personnalité nouvelle, nom mystique, âge symbolique ; vêture particulière, tablier du franc-maçon, épée et éperon du chevalier, canne du compagnon ;

9. transmission des moyens de reconnaissance, signes, mots, gestes, attouchements, marches ;

l0. il lui est dévoilé, directement ou allusivement, les idéaux de la société ;

11. retour au monde devenu profane (du latin pro, en avant et fanum, temple), marqué par une libation, un repas cérémoniel, voire une orgie (Est-ce au programme ? Lama Denys confirme. Rires).

Ces rites de retour ne font pas perdre les qualités d’initié qui sont gardées pour l’éternité.

La rituélie met en oeuvre des symboles s’adressant aux cinq sens car seule la forme permet d’accéder à la non-forme, à l’informel. Tout ce squelette, cette carrosserie symbolique, fonctionne remarquablement. Mais tout va dépendre de ce qui l’anime et du pilote qui orientera vers le bien ou le mal, le noir ou le blanc, le bien des êtres ou leur asservissement. Les forces de la contre-initiation dont parle René Guénon sont aussi à l’oeuvre. Très proches de nous, les nazis ont largement utilisé ces procédés jusqu’à l’emploi de la croix gammée, notamment. Donc, il faut se méfier.

Qu’est-ce donc qui anime l’ordre maçonnique ? Quels sont les buts qu’il se propose d’atteindre ? Quels moyens met-i1 à disposition ? En entrant en franc-maçonnerie, il n’y a pas à adhérer à un programme prédéfini, à croire les enseignements d’un fondateur éclairé. On devient franc-maçon petit à petit, au fil du temps, par imprégnation, par osmose. Par le travail en loge. C’est en maçonnant que l’on devient franc-maçon. Pour gravir les échelons, il est une sorte une vérification

des connaissances.

Ce qui sous-tend le tout, c’est une foi, une foi dans le sens de confiance, une foi inaltérable dans l’individu et sa perfectibilité incessante. Le franc-maçon, femme ou homme, se veut libre autant que faire ce peut et désir améliorer, élever les hommes, ses frères, et améliorer la société humaine en la rendant fraternelle.

La micro-société de la loge doit servir de modèle, de maquette à la société en générale. Ce qui se traduit « par répandre en dehors du temple les vérités qu’il y aura acquises ». C’est par le dialogue, la non-violence, en ayant laissé les certitudes politiques religieuses ou autres, dans un esprit d’ouverture et de tolérance, que le franc-maçon souhaite contribuer à l’apaisement des conflits jusqu’à ce qu’enfin la lumière chasse les ténèbres et que l’ordre se substitue au chaos.

Comment procéder pour que des hommes et des femmes venant d’horizons très différents finissent par se reconnaître comme frères et soeurs, par développer une réelle fraternité où le sens de l’entraide naîtra spontanément ?

C’est toujours et uniquement par la pratique, la pratique du travail en loge, dans un cadre rituel, avec l’aide de symboles, que l’on finit par se sentir franc-maçon et que l’on est reconnu comme tel par la communauté fraternelle.

Juste avant de procéder à l’initiation du profane, celui-ci descend dans une cave éclairée d’une bougie, rappel de la graine que l’on enfouit en terre et qui doit mourir pour devenir épi. Au mur, une inscription reprenant les premières lettres d’une formule alchimique V.I.T.R.I.O.L., signifiant : « visite l’intérieur de la terre et tu y trouveras la pierre cachée ».

C’est donc, avant même le départ, une invitation pressante à cultiver le regard intérieur, à se connaître soi-même. C’est une invitation au « connais-toi toi-même », au « gnôthi seauton » maxime écrite au fronton du temple de Delphes et adoptée par Socrate. N’est-ce pas là une injonction à la méditation, à calmer et à voir le fond de l’esprit ? Cette recommandation n’est, hélas, complétée par aucune instruction technique sur le comment faire, ni par aucune disposition pour en réaliser le suivi.

C’est là le point fondamental qui, à mon sens manque, et où l’enseignement du Bouddha peut apporte une aide inestimable.

Néanmoins au fil des ans, en loge, par la pratique de l’écoute fraternelle et compatissante, le franc-maçon viendra à penser par lui-même, à construire ses propres vérités, à être son propre flambeau.

Cette qualité de pensée libre lui attirera les foudres de tous les totalitarismes, politiques et autres, de tout dogmatisme sans exception. S’il est difficile de cerner avec précision les contenus de l’esprit maçonnique, il est en revanche facile d’en définir les adversaires. Ce sont les mêmes qui ont détruit les universités bouddhistes en Inde, qui ont incendié la bibliothèque d’Alexandrie, les synagogues, allumé les bûchers de l’Inquisition, exterminé les cathares et, en islam, exterminés les babis, édifié les camps de la mort etc., le catalogue serait sans fin.

Les trois mauvais compagnons : l’ignorance, le fanatisme et le mensonge, rôdent toujours. Ils sont actifs et réveillent sans cesse les forces obscures tapies au fond de nos esprits.

A la veille du XXIe siècle, dans deux ans, les forces de lumière et de tolérance doivent contribuer à prendre conscience, à faire prendre conscience à l’humanité, que seule la paix intérieure permettra de réaliser la paix extérieure.

J’ai un peu étudié l’enseignement du Bouddha. Deux points, en tant que franc-maçon, m’ont interpellé. Le premier est : « Ne croyez pas ce que je dis, mais en pratiquant mon enseignement, voyez et observez les résultats. Le second est : « Ne jetez pas le trouble dans les croyances d’autrui, toutes les spiritualités sont respectables. »

En conclusion, qui mieux que la poésie pourrait tenter de cerner la subtilité, le parfum, l’essence de l’esprit maçonnique. Voici quelques extraits d’un poème écrit en 1896 par le frère Rudyard Kipling de retour en Angleterre après un séjour en Inde.

Il s’intitule La Loge mère.

« II y avait Rundle, le chef de station,

Beazeley, des voies et travaux,

Ackmam, de l’intendance,

Dankin, de la prison,

Et Blacke, le sergent instructeur,

Qui fut deux fois notre Vénérable,

Et aussi le vieux Franjee Eduljee

Qui tenait le magasin « Aux denrées européennes ».

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : « Mon Frère », et c’était très bien ainsi.

Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.

Moi, j’étais second diacre dans ma loge-mère, là-bas.

Comme nous nous en revenions à cheval,

Mahomet, Dieu et Shiva

Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Combien je voudrais les revoir tous

Ceux de ma loge-mère, là-bas !

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.

Comme je voudrais les revoir,

Mes frères noirs et bruns,

Et me retrouver parfait maçon,

Une fois encore, dans ma loge d’autrefois. »

Que l’esprit de tolérance, d’amour et de fraternité éclaire et dirige les travaux de ce deuxième colloque franc—maçonnerie et bouddhisme.

J’ai dit.

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Questions-réponses

Le fondement du bouddhisme est la compassion. Je crois que l’on pourrait dire que la fraternité est le fondement de la franc-maçonnerie. Pourriez-vous développer les similitudes et les différences entre fraternité et compassion ?

Lama Denys. Je vais essayer très brièvement de définir la compassion qui est, dans son ouverture, un moment d’accueil, de réceptivité, de partage. Compatir est partager. Il y a dans la compassion une empathie, une communion entre l’amant et l’aimé, le compatissant et son sujet. Réceptivité aussi dans la compassion où il y a cette sensibilité qui est le fait d’être disponible, sans retenue, sans blocage, dans la situation telle qu’elle est. C’est cette sensibilité qui permet, dans l’harmonie, que la réponse juste, non violente et adaptée – la réponse bonne de toute bonté – agisse. La compassion entendue dans ce sens peut aussi être synonyme d’amour. Mais ce terme, très connoté, prête à confusion.

Compassion et vacuité ont le même dénominateur commun. Tout à l’heure, en quelques mots, j’ai suggéré que la vacuité soit comprise comme l’intelligence dans l’interdépendance, dans une attitude de non-ego, dans une attitude non égocentrée, non égoïste.

L’interdépendance est au plan humain, relationnel, social, économique, cette capacité à interagir, à interdépendre les uns des autres d’une façon non égocentrée, non égoïste. Il y a, dans l’interdépendance et la compassion, la notion de solidarité. Nous sommes solidaires : ne fais pas à

l’autre ce que l’on ne voudrait pas que l’on te fit. J’essaye juste de suggérer la continuité qu’il y a entre interdépendance, compassion, non-violence et solidarité. Je crois que, de la solidarité à la fraternité, la transition est assez évidente.

Jean-Pierre Schnetzler. Fraternité et compassion sont certainement des vertus essentielles aussi bien en franc-maçonnerie qu’en bouddhisme. Mais, comme vient de le suggérer Lama Denys, eIles sont complétées par d’autres vertus. En franc-maçonnerie, on se réfère souvent au ternaire : sagesse, force et beauté. Dans le bouddhisme, la sagesse et la compassion sont dites devoir être cultivées de façon égale. Il y a donc là deux principes complémentaires. Il est très intéressant de noter que trois bodhisattvas sont fréquemment invoqués dans le bouddhisme tantrique : Manjoushri, Vajrasattva, Avalokitechvara, la sagesse, la force et la bonté ou la beauté. On retrouve donc un ternaire équivalent dans les deux cas. Relevons enfin un dernier parallèle symbolique. Dans le bouddhisme, la compassion suppose un sens très aigu de notre appartenance à la totalité de l’univers. Or, les dimensions du temple maçonnique vont du nadir au zénith, du septentrion au midi, de l’orient à l’occident.

On devient maçon en maçonnant, que devient le maître sans tablier ?

Alain Lorand. Il y a des gens qui ont toutes les qualités d’un franc-maçon, mais les circonstances de la vie ont fait qu’ils ne se sont pas fait initier, qu’ils n’en ont pas eu l’occasion ni le désir, peut-être. Cela n’enlève rien à leurs qualités. Le travail en loge permet une facilité. Par la fraternité, par le groupe et par l’étude des symboles, on avance davantage. Il y a des profanes tout à fait honorables qui sont des maçons sans tablier. D’ailleurs, on les cite souvent.

Les participants sont présentés comme francs-maçons et bouddhistes, ou inversement. Est-ce l’ancienneté dans l’une ou l’autre tradition, et si oui, qu’est-ce qui a mené le bouddhiste vers la franc-maçonnerie ?

On a été ainsi présenté effectivement. En ce qui me concerne, j’ai été présenté comme bouddhiste et franc-maçon. Or, il se trouve que je suis devenu simultanément l’un et l’autre. Le frère qui m’a enquêté m’a parlé du bouddhisme et c’est pratiquement en même temps que je suis devenu l’un et l’autre.

Alors, me direz-vous, pourquoi me présenté-je comme bouddhiste et comme franc-maçon ? Ce n’est pas une question de hiérarchie. Je pense simplement que, dans l’ordre du transcendantal, je mettrais le bouddhisme avant la franc-maçonnerie.

Si je devais abandonner l’un ou l’autre, j’abandonnerais peut-être la maçonnerie. Voilà pourquoi je me présente d’abord comme bouddhiste. Il est évident aussi que, dans certains cas et je crois que c’est le cas de certains des intervenants, il s’agit simplement d’une question chronologique.

Jean-Pierre Pilorge. Je voudrais enchaîner sur cette présentation que vous vous proposez de faire de nous-mêmes. Il faut toujours connaître l’heure qu’il est à la montre de l’autre. C’est ce que l’un de mes amis et directeur spirituel m’a enseigné aux cours des exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

Moi, qui suis désigné sous la terminologie de franc-maçon et de chrétien, je suis né catholique romain. J’ai été dans le mouvement scout et dans toutes les formes de responsabilité de ce mouvement à vocation catholique. Puis, je me suis éloigné du catholicisme au début de ma vie d’homme.

En grande recherche, j’ai eu un certain nombre de pratiques dans des domaines orientaux, soit zen, soit soufi, ou encore dans les lettres hébraïques, avant d’entrer en franc-maçonnerie. Au bout de quelques années de pratique maçonnique, j’ai été renvoyé par la maçonnerie comme à travers la vision d’un miroir à ma religion d’origine qui était le catholicisme romain. Je suis redevenu pratiquant depuis une quinzaine d’année dans la religion catholique romaine en essayant, sans jamais faire de confusion, aucun amalgame, de rechercher dans ma pratique religieuse, catholique romaine, s’il y avait une voie initiatique parallèle aux exigences que je trouvais en franc-maçonnerie. J’ai trouvé, par maçonne interposée, les exercices spirituels de St Ignace de Loyola que j’ai pratiqués de nombreuses fois. Là, je suis entré, aussi, dans une démarche catholique, chrétienne, qui a les mêmes exigences que la maçonnerie, la même universalité de vue à travers une pratique. Je dois dire que, depuis ce temps-là, j’ai trouvé parfaitement ma stabilité et mon équilibre.

Et j’insiste beaucoup, l’un enrichissant l’autre par les mêmes exigences et ne devant faire l’objet d’aucun syncrétisme, car le syncrétisme est contraire à la tradition, chacun restant dans ses différences de vocabulaire et de mise en mouvement.

Lama Denys. Je répondrai très brièvement parce que nous aurons le temps de revenir sur ces thèmes ; mais auparavant nous nous étions entendus pour que les personnes qui posent des questions se déclarent afin que nous sachions à qui nous nous adressons.

Le premier Bouddha et les autres Eveillés ont vécu une expérience verticale. Quand ils transmettent, ils sont sur l’horizontale avec leur éducation, leur environnement différents. Leurs enseignements s’en ressentent. Il y a, verticalement, l’immédiateté, qui est une expérience primordiale, fondamentale, aconceptuelle, universelle. Cette expérience a été celle de tous les bouddhas. Le Bouddha Sakyamouni est le quatrième de mille bouddhas d’un kalpa dans une perspective cyclique où les kalpas – cycles cosmiques – se succèdent.

Il n’a fait qu’ouvrir une voie ancienne, universelle, atemporelle. C’est cette expérience, dans ce qu’elle a d’universel, d’atemporel, qui, ensuite, s’inscrit horizontalement dans les différents milieux socioculturels, les différentes matrices sociolinguistiques, et qui se transmet aussi avec différents véhicules langagiers, différentes expressions, avec les spécificités et les différentes façons d’exprimer, de pointer vers cette expérience. Etant entendu, pour être bref, qu’il ne faut pas confondre le doigt et la lune, selon l’adage.

Le bouddhisme évoque et fonde son enseignement sur la non-dualité. En revanche, dans la franc-maçonnerie, nous serions dans l’univers de la multiplicité, donc de la dualité. Où se situe le point de convergence entre bouddhisme et franc-maçonnerie ? C’est une question qui est au centre de notre rencontre, et que je laisse pour plus tard, si vous le voulez bien.

Merci de préciser, au sujet de l’amour, la notion d’amour inconditionnel qui donne à l’amour une toute autre dimension. Il en est une autre que je traiterai en même temps et qui lui est apparentée : la compassion dans son rapport à la non-violence.

Bouddha ne s’est-il jamais mis en colère ? Alors compassion égale non-violence ? Oui, mais la non-violence ne signifie pas la compassion de grand-mère, molle, complaisante, qui satisfait n’importe quel caprice de façon idiote. Il est une compassion qui doit savoir trancher, dire non, qui, lorsqu’une tumeur est maligne, doit savoir en faire l’ablation. En certaines circonstances, le Bouddha savait trancher et c’est là un acte de compassion.

Amour et compassion peuvent être relationnels et immédiats : un relationnel inconditionnel. L’amour et la compassion commencent dans la relation, dans la participation que nous évoquons et ils trouvent leur forme la plus profonde dans ce que l’on pourrait nommer une communion en laquelle l’amant et l’aimé, le sujet et l’objet, ne se vivent plus comme deux séparés. C’est ce que l’on nomme traditionnellement amour-compassion non dualiste, inconditionnel, qui est sans pourquoi.

Y a-t-il plusieurs degrés de lucidité ou un seul ?

Lama Denys. Il y a beaucoup de degrés de lucidité, de vigilance ou de clarté. Toute la pratique de la méditation est une voie d’entrée dans la lumière. On entend ici par lumière aussi bien la clarté que la lucidité. Il y a une toute petite lucidité qui est au départ de la vigilance attentive, une lucidité qui s’éclaire et qui devient de plus en plus claire jusqu’à la lucidité éveillée, la lucidité d’un Bouddha qui est l’intelligence qui se comprend en elle-même ou la lucidité qui se vit en soi dans l’expérience immédiate non dualiste. Il y a une infinité de degrés de lucidité.

Octobre 1997

fondecrandragonfinleyingetleyangblue.jpg

Lama Denys

Institut Karma Ling
Hameau de St Hugon
F-73110 ARVILLARD
TEL. : 04.79.25.78.00 – FAX : 04.79.25.78.08

http://www.karmaling.org/

Extrait de : http://www.buddhaline.net

Enquêtes … 24 mars, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Humour , ajouter un commentaire

(1) Enquête style cliche:

« J’ai rencontré le profane X a son domicile mardi dernier et il m’a

aussitôt fait une très bonne impression. Son épouse est très

sympathique, ses enfants bien élevés et son intérieur soigné. Nous

avons discute très agréablement pendant environ deux heures. M. X est

une personne très cultive dans de nombreux domaines et je pense qu’il

pourra apporter beaucoup a notre atelier. En plus, c’est une personne

qui cherche. Juste avant mon départ, M. X m’a pose la question de

savoir s’il y avait des places de parking aux alentours de l’endroit

ou nous nous réunissons. J’ai trouve cette question très intéressante,

elle démontre l’esprit pratique de ce candidat et son sens des

réalités. Je mettrai une boule blanche lors du vote concernant

l’admission de ce profane.

Un maître de la Loge

l’Enquêteur a signé.

(2) Enquêteur de mauvaise foi

J’ai rencontre le profane X a son domicile mardi dernier et il m’a

aussitôt fait une assez mauvaise impression. Son épouse était trop

sympathique pour être sincère, ses enfants sont dresses comme de

petits singes, et son intérieur sans un ordre tout a fait artificiel.

Nous avons discute assez péniblement pendant environ deux heures.M X

est un espèce de Monsieur-je-sais-tout qui n’arrête pas de faire son

important en faisant étalage de ses connaissances. Il cherche

d’accord, mais si on cherche, c’est bien parce qu’on a perdu quelque

chose, ce qui est un signe de désordre intérieur. Juste avant mon

départ, M. X m’a pose la question de savoir s’il y avait des places de

parking aux alentours de l’endroit ou nous réunissons. J’ai trouve

cette question d’un très mauvais goût, cela montre les intérêts

essentiellement matériels de ce profane. Je mettrai une boule noire

lors du vote pour l’admission de ce profane.

Un maître de la Loge

l’Enquêteur a signé.

(3) Enquête sincère

J’ai rencontre le profane X a son domicile mardi dernier et il m’a

aussitôt fait une forte impression. Il a une épouse charmante alors

que lui n’a pas un physique tellement formidable. Enfin, je ne dis pas

qu’il soit vraiment moche, mais ce n’est pas une beauté classique. Il

a une très bonne situation, et 3 beaux enfants, en bonne santé, et

m’a-t-il dit, très brillants a l’école, il y a des gens qui ont de la

chance, quand même. Nous avons discute pendant plus de deux heures, il n’a pas arrêté de me poser des questions parfois embarrassantes,

enfin auxquelles j’avais de la peine a répondre. Bon il cherche, mais moi

aussi je cherche. Zut. Juste avant mon départ, M. X m’a pose la

question de savoir s’il y avait des places de parking aux alentours de

l’endroit ou nous nous réunissons. Je n’ai pas été vraiment étonné

qu’il s’exprime déjà de manière symbolique, mais ça m’énerve de voir

des profanes utiliser un langage symbolique qui devrait n’être réservé

qu’aux seuls inities. Je crois que, s’il entre chez nous, ce type va

me casser les pieds, c’est pourquoi je serai tente de mettre une boule

noire, mais, par contre, je me dis que peut être il va casser les

pieds a d’autres gens qui me casent les pieds et qu’alors ils

n’auront plus le temps de me les casser a moi, et ça me pousserait

plutôt a mettre une boule blanche. Bon, j’en mettrai une de chaque.

Un Maître de la Loge

l’Enquêteur a signé.

(4) L’arroseur arrose

Je me suis rendu au domicile de M. X mardi dernier. A peine étais-je

entre que M. X m’a mis un bandeau sur les yeux pour, m’a-t-il dit, que

je me sente plus proche de moi-même. Il m’a installé sur une chaise

dans une pièce ou se trouvaient plusieurs personnes qui m’ont posé

toutes sortes de questions auxquelles j’ai répondu le plus diligemment

possible pendant environ deux heures, puis, il m’a prie de patienter

dans la pièce a cote, car il devait, m’a-t-il dit, délibérer sur mon

cas avec ses amis. Ces délibérations ont dure environ une heure que

j’ai passé, toujours avec le bandeau, sur un tabouret dans le

cuisine-laboratoire. M. X est revenu et m’a fait savoir qu’il était

désolé pour moi, mais qu’ils venaient de voter a l’unanimité contre

son entrée en Maçonnerie.’. et ce, bien qu’il soit possible de trouver

parfois une place de parking dans les environs de l’endroit ou nous

nous réunissons.

Un Maître de la Loge

l’Enquêteur a signé

(5) L’enquêteur mégalo

J’ai rencontre le profane X a son domicile mardi dernier et je crois

que je lui ai fait une forte impression. Je suis arrive chez lui vers

11 heures du matin. Notre entretien a dure une dizaine d’heures et je

dois dire que c’était très passionnant. Je lui ai raconté toute

l’histoire de la Maçonnerie.’. depuis ses origines égyptiennes, et je crois

que j’ai été assez brillant. Je me suis tout de suite dit que cela ne

lui poserait p as de problème de devoir faire silence pendant son

apprentissage. Vers 12h30, nous nous sommes mis a table et, comme je

lui avais suggéré lorsque nous avons pris rendez-vous, il m’a d’abord

servi du saumon fume. Les oignons n’étaient pas coupes assez fins, je

le lui ai fait remarquer mais je lui au dit aussi que ça n’avait pas

d’importance. Après, il y a eu un boeuf en daube, mais il ne l’avait

pas assaisonne comme je le lui avait conseille, ce qui fait qu’il

était beaucoup moins bon que prévu. Le beaujolais doit être servi plus

frais. Mais je lui ai dit que cela ne faisait rien. Apres le dessert

des meringues a la crème, la crème était trop battue, je lui ai fait

remarquer mais lui a dit que cela ne faisait rien et le café – il

ferait mieux de prendre de l’arabica – nous avons poursuivi

l’entretien. Vers 16 heures, comme je n’en étais encore qu’aux

constructeurs de cathédrales et que j’avais un petit creux, tout en

continuant a m’écouter, il m’a servi une charlotte aux fraises que je

lui avais recommandé. Elle était un peu ratée, elle coulait, mais je

lui ai dit que ça ne faisait rien. Tout cela pour dire que tout

était très bien passe, et puis, tout d’un coup, vers 19 heures,

alors que nous venions de nous mettre a table, j’en arrivais aux

constitutions d’Anderson -tout d’un coup donc, il est devenu tout

blanc, puis tout rouge, puis il a pousse un grand cri de karatéka. Sa

femme et ses enfants sont accourus de la cuisine ou je les avais prie

de rester pendant l’entretien pour des raisons évidentes de

discrétion, et ils se sont précipités sur moi avec des balais, des

brosses et m’ont flanque dehors. Vraiment, je ne sais pas ce qu’il

leur a pris. En roulant dans l’escalier, j’ai tout de même eu le temps

de lui crier qu’il n’y avait pas de place de parking devant chez nous.

Je crois que ce candidat est trop nerveux et qu’il ne fera pas un bon

maillon. Je mettrai une boule noire lors du vote pour son admission.

Un Maître de la Loge

l’Enquêteur a signé.

Paul HOCHONS

Loge « les Babas Cool »

Orient de Saint-Émlion

G.L.O.U.B.

Grande Loge Occitane Unie du Bordelais…..

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