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Propos semi folâtres sur la mort par Léo CAMPION 21 juin, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution,Humour,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Propos semi folâtres sur la mort par Léo CAMPION



Léo Campion fut avant tout un humoriste. Un fils spirituel d’Alphonse Allais, qu’il recon­naissait comme son maître. II s’illustra en tant que poète et chansonnier, régent du Collège de Pataphysique (exégète d’Alfred Jarry) et confrère de Pierre Dac, avec qui il se produisit sur scène. Mais ce fut aussi un franc-maçon, si engagé qu’il atteignit le 33e degré. II laisse une oeuvre forte d’une trentaine de livres, dont Le Cul à travers les âges, digne des meilleurs éro­tiques du XVllle siècle. Signalons également des Contes d’apothicaire, un Dictionnaire subversif et trois livres spécifiquement maçonniques :

- D’abord son autobiographie, J’ai réussi ma vie (déconnage anarchique), préfacée par Roger Leray, Grand Maître du G.-. 0.-. D.-. F.-.

- Ensuite Sade Franc-Maçon, un ouvrage très complet sur un sujet rarissime

- Enfin Le Drapeau noir, l’équerre et le compas, réédité récemment par de jeunes maçons anarchistes.

Léo Campion, membre de la loge L’Homme libre, fut également acteur de cinéma (on se souviendra de son apparition dans « La Lectrice », le film de Michel Deville, sorti en 1988) et dessinateur de presse.

Léo Campion se situe, de plume, dans la droite ligne des Cami (qu’il aimait particulière­ment), des Mac Nab, des Jarry, des Satie. Mais, à la différence des précédents, il était nanti d’une solide joie de vivre, source d’une curiosité sans faille, ce qui en fit un polygraphe éclec­tique à l’érudition trapue mais espiègle.

Les Propos semi-folâtres sur la mort qui vont suivre sont extraits d’une planche qu’il pré­senta en 1973. On y trouve ou retrouve l’humour piquant d’un Léo Campion trop heureux pour être macabre, noir ou même drôlatique. Un exposé servi par le talent d’un écrivain à part entière. On y découvre également, maçonniquement parlant, le parcours d’un F.-. qui ne prenait pas l’initiation à la légère.

Nous devons cette édition (car il s’agit d’un inédit) au pur hasard. Cette planche a en effet été découverte dans une boîte de rangement de la bibliothèque du Grand Orient de France. Elle était classée mais personne n’avait encore songé à lui donner une vie éditoriale. Voilà chose faite.

Les Maçons y décèleront l’art d’un F.-. qui avançait vers ses cinquante ans de loge et un âge honorable (il mourra à plus de quatre-vingts ans dans les années quatre-vingt-dix). Les profanes seront plus sensibles à l’éclectisme d’un esprit libre pour qui nul sujet n’était tabou. C’est suffisamment rare pour être noté!





Alphonse Allais commençait ainsi une conférence: « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

« On m’a demandé de vous faire une conférence sur le théâtre. J’ai peur qu’elle ne vous attriste, car, comme vous le savez, malheureusement, Shakespeare est mort, Cor­neille est mort, Racine est mort, Molière est mort, Beau­marchais est mort, Régnard est mort, Marivaux est mort… et je ne me sens pas très bien moi-même. »

Depuis, Alphonse Allais est mort lui aussi.

Sans qu’il y ait lieu de s’inquiéter outre-mesure de tous ces précédents, on peut quand même légitimement se demander s’il ne nous adviendra pas d’également mourir un jour? Et si, sans être systématiquement alarmiste, on songe que s’ajoutent tant d’autres auteurs précédents aux précités, on peut quand même penser que les probabilités en sont grandes.

Très suffisamment en tout cas pour m’avoir amené à méditer sur cette éventua­lité. Et à vous exposer le fruit de mes méditations.

Dans l’attente de l’illusoire découverte d’un élixir d’immortalité qui surviendrait pendant les années qui me restent à vivre. Mais je conviens de l’optimisme un tanti­net chimérique de cet espoir.

Ce qui est désagréable, a priori, n’est pas d’être mort, mais de mourir. Éventuelle­ment. Et selon. La preuve en est que, couramment, les gens célèbrent l’anniversaire de leur naissance et jamais celui de leur mort. Pas de leur vivant en tout cas. Et ce, vraisemblablement, parce que l’homme, qui est le seul animal qui sait qu’il mourra un jour, ne sait pas quand il mourra. Ainsi j’ignorais, quand j’ai commencé cette phrase, si j’allais pouvoir l’achever. Eh bien, ça y est!

La mort est un phénomène biologique extrêmement simple. Surtout quand il s’agit de celle des autres. Les dieux et les académiciens, qui sont immortels, ne me contrediront pas.

La mort n’est autre chose, somme toute, que la privation de la vie. Et, a dit Épicure, « il n’y a rien de redoutable dans la privation de la vie ». Ce qui n’exclut pas un certain désorient qu’Alfred Jarry exprime ainsi : « Songez à la perplexité d’un homme hors du temps et de l’espace, qui a perdu sa montre, et sa règle de mesure, et son diapason. Je crois, Monsieur, que c’est bien cet état qui constitue la mort. »

La mort aussi est un prodigieux anesthésique. Ronsard, bien qu’il ignorât l’anes­thésie, l’a exprimé en deux vers :

Je te salue, heureuse et profitable Mort, Des extrêmes douleurs médecin et confort!

Ronsard, qui décidément ignorait beaucoup de choses, ignorait aussi l’euthanasie. Pratiquée par le médecin, en âme et conscience comme il se doit, elle lui aurait semblé une banne thérapeutique de l’agonie.

Dans les cas désespérés, abréger les souffrances du patient, qu’il s’agisse d’un moribond que son docteur fait passer de la douleur au sommeil et du sommeil à la mort, ou d’un animal que pique le vétérinaire, est faire oeuvre pie.

C’est pour cela sans doute que la sérénité des trépassés a quelque chose de fasci­nant. Et qu’un proverbe arabe proclame : « On est mieux assis que debout, couché qu’assis, et mort que couché. »

Belle incitation au suicide.

J’ai toujours vécu joyeusement et l’idée du suicide ne m’a jamais effleuré. Mais je comprends parfaitement que celui qui estime devoir y recourir le fasse. Le droit à la mort me semble aussi impérieux que le droit à la vie. Ton corps est à toi. Si on a plus envie de vivre, quelles qu’en soient les raisons, ou même sans raison, pourquoi continuer?

Il y a des velléitaires du suicide. J’ai connu un curieux personnage qui en parlait toujours et ne le faisait jamais. Ce qui amenait des dialogues de ce genre:

- Veux-tu dîner avec moi mardi prochain? -Impossible, répondait-il, mardi je me suicide. -Alors mercredi…

Et il est mort de sa belle mort.

Il y a des suicides affreux. Se faire hara kiri. Flamber comme un bonze. Ou se jeter sous une rame du métropolitain. Il vaut mieux se pendre haut et court, ne serait-ce que pour le plaisir d’éjaculer une dernière fois. Ou alors une bonne piqûre de mor­phine, qui endort paisiblement et définitivement. Ainsi que le fit l’anarchiste Marius­ Alexandre Jacob, cambrioleur en retraite, qui servit de modèle à Arsène Lupin.

II écrivit à l’intention de ses amis : « Je vous quitte sans désespoir, le sourire aux lèvres, la paix dans le coeur. Vous êtes trop jeunes pour pouvoir apprécier le plaisir qu’il y a à partir en bonne santé, en faisant la nique à toutes les infirmités qui guettent la vieillesse. Elles sont toutes là réunies, ces salopes, prêtes à me dévorer. Très peu pour moi. J’ai vécu. Je puis mourir. »

Par suicide ou autrement et bien que le résultat soit le même, on peut trépasser de toutes sortes de façons.

Et là nous entrons dans le vif du sujet, vif étant en l’occurrence un mot malheureux. Fastueuses étaient les morts des souverains et des nobles sous l’Ancien Régime. Passant de vie à trépas au milieu de leur cour, entourés de leur famille, de leurs féaux et de leurs serviteurs, il leur fallait tenir leur rang de façon édifiante jusqu’au bout. Dans cette cérémonie, où ils jouaient le premier rôle, la dignité de leur comporte­ment avait valeur d’exemple et ils se devaient de ne pas rater leur ultime sortie.

Cela les aidait peut-être à mourir.

Quelle leçon de cabotinage donna Mounet-Sully, disant sur son lit de mort : « Mourir, c’est difficile quand il n’y a pas de public. » !

Mourir en public peut donc aider à mourir courageusement. Voire héroïquement. Telles les morts spectaculaires et pleines de panache d’idéologues.

Danton, en 1794, dernier de la fournée, pataugeant dans le sang de ses quatorze meilleurs compagnons décapités avant lui, qui lança au bourreau: « Samson, tu mon­treras ma tête au peuple, elle en vaut la peine! »

Le docteur Baudin, en 1851, à qui on reprochait son indemnité parlementaire, et qui, montant sur une barricade, rétorqua: « – Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs. »

Ou Ravachol, en 1892, qui chantait à tue-tête en allant vers la guillotine, puis cra­chait des injures sous le couperet.

Les morts violentes sont d’une grande diversité.

Elles sont généralement provoquées par des engins redoutables dont on ne se méfiera jamais assez, comme par exemple la bombe atomique ou l’automobile, la seconde tuant moins de monde à la fois que la première mais étant d’un usage beau­coup plus fréquent.

Les morts violentes sont plus stupides encore quand elles surviennent sans acces­soires. Comme celle, émouvante, du pauvre Jean Floux, charmant poète chatnoi­resque et bohème impécunieux, qui, héritant bien inespérément d’un riche oncle de province, avait emprunté, lui qui n’empruntait jamais, une centaine de francs pour s’habiller décemment et prendre le train, afin d’aller chercher le magot. Après quoi il se précipita tout joyeux à la gare où, ses semelles toutes neuves glissant sur le quai neigeux, il tomba à la renverse et se fractura le crâne. Jean Floux mourut heureux, mais quel accident bête! Il est vrai qu’il est peu d’accidents intelligents…

On peut, au cours des siècles, toujours dans le cadre des morts violentes, être parmi les innombrables victimes des multiples génocides : guerres, déportations, exterminations diverses. Une balle perdue, pas pour tout le monde, est si vite arrivée.

On peut être condamné à mort, c’est-à-dire assassiné au nom de la justice. On a pu, en faisant connaissance de la Gestapo, du Guépéou, ou du général Massu, mourir sous la torture. On peut être crucifié, garrotté, fusillé, décapité, écartelé, électrocuté, asphyxié, ébouillanté.

J’en passe et des pas meilleures.

Puis il y a des gens qui meurent de faim. Et il y en a qui meurent de froid.

Les gens bêtes à en mourir prennent tout leur temps. Sauf en cas de guerre, parce qu’en général ils sont patriotes de surcroît. Bertrand Russel a dit d’eux : « Ils préfèrent mourir plutôt que de réfléchir. C’est ce qu’ils font d’ailleurs. » Darien, à une époque il est vrai où la guerre épargnait encore les civils, avait écrit : « La guerre ne détruit que les imbéciles. »

Les morts imaginaires ne sont pas les moins émouvantes. Le père Dumas a pleuré en écrivant la mort de Porthos.

Il est aussi des morts bizarres.

Au temps où la chasse d’eau, dans les water-closets, se trouvait au-dessus du siège, j’ai ouï dire qu’un usager, tirant violemment la chasse, la descella si brutalement„ qu’elle chut de tout son poids sur sa tête. Il fut tué sur le coup et sa famille put juste­ment dire qu’il avait été victime d’un accident de chasse.


Mais on peut mourir gaiement.

Témoin cet écho que j’ai lu, en 1975, dans Le Quotidien de Paris: « Un Anglais est mort de rire en regardant une émission de télévision. Selon la veuve de la victime, M. Mitchell aurait ri pendant vingt minutes et en serait littéralement mort. »

Il est vrai que cette information d’un macabre désopilant est parue le premier avril. Elle me rappelle toutefois un sketch que j’ai vu, à la télévision anglaise précisé­ment. Un humoriste, ayant écrit une histoire à mourir de rire, en se relisant, était pris d’un si violent fou rire qu’une rupture d’anévrisme l’étendait raide mort. Son épouse, survenant sur ces entrefaites, découvrait le cadavre, s’emparait du texte de l’histoire à mourir de rire qu’il tenait en sa main crispée, prenant cela sans doute pour un dernier message, et, le lisant avec curiosité, éclatait de rire à son tour et en mourait tout aussitôt. Survenaient ensuite Police-Secours, médecin-légiste et autres profes­sionnels du trépas, lesquels, se repassant de main en main le texte de l’histoire à mourir de rire, tombaient comme des mouches, suffoquant et succombant, les uns après les autres, dans une cascade de rires.

Si nous étions bien gouvernés, le texte de cette histoire, traduit en plusieurs langues avant que mort ne s’ensuive pour les traducteurs, devrait être mis à disposi­tion de tous les amateurs de suicide par hilarité.

Ils se pourraient prévaloir d’un précédent historique célèbre, celui de l’Arétin, en 1556. Alors que tant de pieux personnages ont souffert le martyre pour rendre l’âme, cet auteur licencieux mourut effectivement dans un fou rire.

Comme quoi la débauche est toujours récompensée.

En témoignent plus précisément la mort galante du président Félix Faure, dont le dernier soupir fut un soupir de volupté, comme celle, évangélique, du cardinal Dia­niélou. Deux classiques du genre.

Il est aussi des morts calmes. Celles où l’on cède au trépas comme on cède au sommeil. Pour mourir paisiblement, il suffit de s’endormir le soir, comme d’habi­tude, et de se réveiller mort le lendemain matin. Aucune angoisse à la clef.

On peut succomber ivre mort, au sens littéral du terme, dans un ultime hoquet. Une cuite dont on se souviendra longtemps. Une cuite comme celle qui fit que Raoul Ponchon écrivit ces vers :

Je ne distingue plus Jésus-Christ de Bacchus, La Vierge de Vénus; Le jour de la nuit; l’une De l’autre, blonde ou brune, Et mon cul de la lune.

Il est des morts lucides.

En 1757, Bernard Le Bovier de Fontenelle, mourant centenaire, disait : « Il est temps que je m’en aille, je commence à voir les choses telles qu’elles sont. »

Ce qu’en 1805 confirmait Friedrich von Schiller, trépassant en disant: « Beaucoup de choses me deviennent plus claires. »

Il est des morts quiètes.

William Hunter, physiologue et anatomiste du XVIIIe siècle, disant : « Si j’avais une plume et si j’étais capable d’écrire, je montrerais comme il est facile et plaisant de mourir. »

Et Ernest Renan : « Il n’y a rien de plus naturel que de mourir. Acceptons la loi de l’Univers. J’ai fini ma tâche. Je meurs heureux. Les Cieux et la Terre demeurent. »

Il est des morts tranquilles.

En 1650, Claude Favre, baron de Pérouges, seigneur de Vaugelas, auteur des Remarques sur la langue française, disait sur son lit de mort: « Je m’en vais. Ou je m’en vas. L’un et l’autre se dit. Ou se disent. » Et il mourut.

En 1762, Louise de la Tour du Pin, baronne de Warens, elle aussi sur son lit de mort, constatait, optimiste : « Femme qui pète n’est point morte », et expirait. Son dernier soupir avait pris un chemin détourné.

Il est des morts plus prosaïques.

En mourant, Cambronne aurait dit « merde ». Mais c’est une légende. À moins que ce ne soit une habitude.

Il est enfin des morts facétieuses.

Ainsi un grand patron arrive à l’hôpital le matin et on lui dit: « -Monsieur le pro­fesseur, le simulateur est mort cette nuit. »

Mais, quelles qu’en soient les modalités, suicides mis à part puisque volontaires, on meurt toujours prématurément. Si nous en croyons ce bon vieil instinct de conservation. Qui fit dire à Jeanne Bécu, comtesse du Barry : « Encore une minute, Monsieur le bourreau… »

C’est pourquoi on peut se poser cette question : notre âge réel est-il ce que nous avons vécu ou n’est-il pas plutôt ce qui nous reste à vivre? Autrement dit, un homme de soixante ans qui mourra à cent ans n’est-il pas plus jeune qu’un homme de vingt ans qui mourra à trente ans? Et que dire du docteur Faustroll qui naquit à l’âge de soixante-trois ans?

Voilà un fait qui bouleverse cette notion trop répandue selon laquelle les gens nés le même jour, à la même heure, auraient le même âge. Notion d’ailleurs fausse en Maçonnerie où on a l’âge correspondant au degré symbolique que l’on a atteint.

Le docteur Julien Besançon, lui, prétendait que l’âge normal de l’homme est de cent vingt ans. Et il préconisait le bien-vivre comme méthode de longue vie. Ne pas dételer, telle était sa formule. Il mourut à quatre-vingt-douze ans, âge peut-être excessif eu égard à ceux qui meurent en bas âge, mais trépas prématuré quand on illi­mite avec tant d’épicurisme la gérontologie. Pour la beauté du geste et la justification de ses théories, il eut été souhaitable que le docteur Besançon vécut très vieux et mourut encore plus tard. Après avoir, selon sa méthode, mené une vie de bâton de chaise. Ce qui vaut infiniment mieux que de mener une vie de bâton de maréchal.

Les vivants sont des sursitaires. Ils auraient tort de ne pas en profiter. On ne vit qu’une fois. Et vivrait-on plusieurs fois que ce serait tout aussi valable.

Pour les morts, plus de sursis. Ils auraient tort eux aussi de ne pas en profiter. On ne meurt qu’une fois. Et mourrait-on plusieurs fois que ce serait tout aussi valable. C’est que mourir donne une consolante plus-value. On accorde aux morts beau­coup de qualités qu’on ne leur accordait pas de leur vivant.

C’est normal: ils ne gênent plus personne.

Même les passants anonymes se découvrent devant des morts anonymes qu’ils n’auraient pas salués vivants.

Sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile, devant la dalle du Soldat Inconnu, se sont inclinés Albert Lebrun, Adolf Hitler, Léon Blum, Philippe Pétain, Charles de Gaulle et Maurice Thorez. Pas un vivant n’a réalisé une telle unanimité.

Et quand on lit, dans un cimetière, les inscriptions élogieuses et les regrets osten­sibles que les défunts suscitent, on se demande où sont enterrés les méchants.

C’est Clémenceau, je crois, qui a dit : « Les cimetières sont remplis de gens irrem­plaçables. »

Partant de ce point de vue que les seuls morts estimables sont les morts qui ont été des vivants estimables, je ne crois pas qu’il y ait lieu d’avoir systématiquement le respect de la mort. Ou plus exactement le respect traditionnellement et abusivement dû aux morts. Sinon mon ami Boris Vian n’aurait jamais écrit J’irai cracher sur vos tombes.

Il n’y a vraiment aucune raison pour que les morts soient meilleurs ou moins bêtes que les vivants.

De même qu’en vieillissant un con ne devient pas respectable mais devient un vieux con, un con qui meurt devient un feu con.

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Propos semi folâtres sur la mort

Ce qui n’empêche en rien d’être peiné quand on perd des gens que l’on apprécie, d’avoir du chagrin quand succombe quelqu’un que l’on aime, ou de se réjouir au contraire de la disparition d’un salaud. C’est ainsi que la mort d’Hitler, ou celle de Staline, m’ont symboliquement fait plaisir, que la plupart des décès me laissent plutôt indifférent, que je déplore la mort de quelques-uns et que j’en pleure quelques autres.

Ce qui n’implique pas que les pleurer soit rationnel. Peut-être, inconsciemment, est-ce sur moi que je pleure? Parce que déchiré par une séparation sans recours. Réa­lisant brutalement qu’il me faut parler des disparus au passé. Que je ne les verrai plus. Qu’il ne me reste que leur souvenir. Aussi essentiel et peu négligeable qu’il soit.

Pourtant, il est des pays où la camarde est célébrée joyeusement. Au Mexique, en Louisiane, au Brésil, notamment. Mêmement le rituel minutieux des cérémonies funé­raires africaines, unissant les morts aux vivants, les ancêtres au futur, est d’un symbo­lisme réconfortant. Les Noirs ne sont pas désemparés devant la mort comme le sont les Blancs. Heureuses peuplades pour qui la mort est une fête. Les obsèques n’y ont pas ce côté ennuyeux et triste qu’elles ont dans les pays de civilisation judéo-chrétienne.

Même corrigées par un gueuleton copieux. Ou par des libations nombreuses. Comme l’implique, par exemple, cette très jolie coutume de marins qui veut que le cortège funèbre fasse halte à chaque estaminet rencontré sur le parcours compris entre la maison mortuaire et le cimetière, pour y consommer une tournée générale. Chacun boit et on laisse empli le verre du mort.

Cet aimable procédé permet d’indiquer sur le faire-part de décès, à côté d’avis plus classiques, comme « Ni fleurs ni couronnes » ou « Le deuil ne sera pas porté », la formule « Ébriété conseillée ».

C’est ainsi qu’à la mémoire d’un ami défunt, qui fut un valeureux ivrogne et n’était par conséquent pas à un verre près, j’avais dédié ces quelques vers supplémentaires:

Avant d’être cadavre Ce mort était un bon vivant Et nos larmes le navrent S’il les perçoit dans le néant. Afin d’arroser ma mémoire, Dirait-il, s’il pouvait parler, Amis, il vaut mieux boire Que pleurer!

Nos aïeux n’avaient cure de ce que devenaient leurs restes et, à l’exception de grands seigneurs, de dames nobles ou de hauts prélats, qui avaient le droit d’être enterrés dans les églises, leurs dalles funéraires s’ornant de gisants ou d’orants, les morts étaient entassés pêle-mêle dans des charniers.

Depuis, le cérémonial s’est démocratisé et chacun maintenant a droit, quel que soit son rang, à une sépulture.

Pas partout néanmoins.

Dans certaines régions de l’Inde et du Pakistan, les cadavres sont abandonnés aux vautours.

En Asie, hindous et bouddhistes flambent les corps en plein air, dans une violente odeur de chairs grillées et une pétarade de graisses éclatant brusquement.

Chez les Tartares, autrefois, les chefs étaient brûlés avec leur plus belle femme, l’échanson, le cuisinier, le palefrenier et les chevaux, pendant qu’on étranglait des esclaves pour les enterrer auprès d’eux.

L’anthropophagie, qui a connu une certaine vogue en Afrique Noire au cours des siècles, est en très nette régression. Pourtant le procédé, outre son intérêt gastrono­mique, évitait les frais de funérailles et de sépulture.

Même économie si l’on meurt en mer. Immergée au cours d’une brève cérémo­nie, la dépouille sert de pâture aux poissons.

Même économie encore en léguant son corps à l’Institut médico-légal. Outre que la peau de vos testicules, judicieusement utilisée, fera la joie des fumeurs, car, comme l’affirme la chanson:

Y a qu’la peau d’couille pour conserver l’tabac.

De même qu’on empaille des serins, on embaume des chefs d’État. C’est ainsi qu’ont été embaumés des personnages aussi divers que Tout Ankh Amon et Lénine. La crémation est de mise au japon.

Quant aux chrétiens et aux musulmans, ils enterrent leurs morts, les premiers dans des cercueils, les seconds à même la terre.

Maurice Boukay, sur une musique de Marcel Legay, a écrit « Tu t’en iras les pieds devant! », chanson dédiée à jean Jaurès. En voici un extrait:

Tu t’en iras les pieds devant, Roi, guerrier, juge, aristocrate, Et toi qui voulais, démocrate, Bâtir la maison de Socrate, Tu t’en iras les pieds devant. Duchesse aux titres authentiques, Catin qui cherche les pratiques, Orpheline aux navrants cantiques, Tu t’en iras les pieds devant. Grave docteur qui me dissèque, Prêtre qui chante mes obsèques, Bourgeois, prince des hypothèques, Riche ou pauvre, ignorant, savant, Nous aurons tous six pieds de terre. Vers la Justice égalitaire

Tu t’en iras les pieds devant.

Qu’égalitairement la mort fauche magnats et parias, François de Malherbe l’a dit en vers:

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Propos semi folâtres sur la mort

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre, Est sujet à ses lois;

Et le garde qui veille aux barrières du Louvre N’en défend point nos rois.

Mais là cesse la justice égalitaire.

Car ne messied point aux funérailles une certaine pompe (une pompe funèbre évidemment), et elle se paye.

En Occident, dans une société basée sur le profit, les tarifs des messes varient. Saint-Honoré d’Eylau coûte plus cher qu’une église de banlieue, il y a des enterre­ments de première classe et le corbillard des pauvres. En Amérique, c’est pis encore. On connaît le slogan publicitaire de l’industrie mortuaire d’outre-Atlantique : « Mourrez, nous ferons le reste. » Tout y est spectaculaire et onéreux. Tandis que de douces musiques déversent des flots d’harmonie, des hôtesses funéraires très sexy accueillent les chalands. L’embaumement préalable des cadavres, avant leur exposi­tion, est de mise. Le cher disparu est transfiguré. S’il a la gueule de travers, on la lui redresse. Un rictus de souffrance devient un sourire heureux. On farde le mort, on le bichonne, on soigne son expression, on rectifie la pose. Cercueils, sarcophages ou urnes ont toutes les formes, sont de toutes les matières. Plus c’est cher, mieux c’est. Le luxueux cérémonial du service de première classe prévoit même, en apothéose, l’envol d’une colombe, au-dessus du cimetière ou du crématoire, qui est censée représenter l’âme du défunt.

Mais en Amérique, comme plus modestement en Europe, chacun, aussi moyens que soient ses moyens, doit savoir qu’au cours des obsèques toujours la solennité est de mise et le sérieux de rigueur.

François Chevais l’a fort bien observé dans une chanson commençant ainsi:

Les gens qui suivent les enterrements Ont l’air de suivre les mariages; Les gens qui suivent les mariages Ont l’air de suivre les enterrements.

Mais le mariage n’est-il pas un enterrement? Celui du célibat.

De même que les enterrements, comme les mariages d’ailleurs, sont tarifés, il y a des nécropoles hors de prix et des nécropoles bon marché. Une tombe au cimetière de Passy vaut le double d’une tombe au cimetière Montparnasse. Le prix varie aussi selon l’emplacement. Un caveau coûte plus cher au bord d’une avenue que perdu à l’intérieur d’une division. Les indigents, eux, sont entassés côte à côte dans la fosse commune, un petit trou pas cher. Les suppliciés ont droit au carré des fusillés ou à celui des guillotinés.

Il est, dans les cimetières, certains interdits.

Les voitures ne sont tolérées que dans des cas précis.

Prises de vues et photographies sont proscrites. On ne peut pénétrer dans un cimetière avec des bagages.

Les animaux n’y ont pas leurs entrées. Ce qui est heureux pour les chiens car, curieusement, ils y perdent leur flair. Pourtant, les chats sauvages, ignorants du règle­ment, sont nombreux dans les champs de repos (entre trois et quatre cents au Père ­Lachaise, par exemple). Et les arbres et la verdure attirent beaucoup d’oiseaux gazouillant à l’entour des tombes.

Les grands cimetières sont aussi lieux de rencontre pour couples romantiques, amants clandestins, potaches, éphèbes, satyres ou sentimentales esseulées en quête d’aventures. Les monuments funéraires abritent parfois de coupables et furtives amours. Les graffitis pornographiques et les dessins obscènes ne manquent d’ailleurs point sur les murs internes des chapelles funéraires.

En ce domaine, les Orientaux sont plus francs. Dans leurs cimetières, parmi les roses, se bécotent les amoureux. C’est le cher Omar Khâyyam qui, dans un de ses robaiyat, écrit : « Une telle sérénité entourera ma tombe que les amants ne pourront s’en éloigner. »

On ne peut pas inscrire sur une tombe tout ce que l’on veut. Il faut respecter les bonnes moeurs et l’austérité du lieu.

Si le nom du défunt peut être suivi du titre « Préfet honoraire », ou de la mention « Chevalier de la Légion d’honneur », fut interdite, en 1871, l’inscription « Membre de la Commune ».

Il en est de même pour les épitaphes. Celle d’Alexis Piron :

Ci-gît Piron qui ne fut rien Même pas académicien

ne serait plus admise.

Ne serait pas davantage agréé:

Ci-gît Léo Campion Poil au croupion.

C’est sans doute pour cela que l’épitaphe de jean de La Fontaine ne figure pas sur sa tombe, au Père Lachaise :

Jean s’en alla comme il était venu, Mangeant son fonds avec son revenu, Tint les trésors chose peu nécessaire; Quant à son temps, bien sut le dispenser, Deux parts en fit, dont il voulait passer L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

Un sieur d’Ecouis avait épousé une fille qu’il avait eue de sa propre mère. Sur leur sépulcre, qui disparut quand on transporta les cimetières hors Paris (le Paris d’alors n’avait que douze arrondissements), on lisait cette épitaphe devinette :

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Propos semi folâtres sur la mort

Ci-gît le père. Ci-gît la fille. Ci-gît la soeur. Ci-gît le frère. Ci-gît l’époux. Ci-gît la femme. Deux corps seuls gisent ici.

Ce qui surprenait le passant quand il ignorait le parce que du pourquoi.

Cette inscription tumulaire, elle aussi, même en notre époque de libération sexuelle, serait maintenant interdite.

Passé un certain délai, une sépulture laissée à l’abandon, même s’il s’agit d’une concession à perpétuité, est détruite, le cercueil ouvert, et les restes qu’il contient jetés dans un ossuaire après exhumation.

Il faut bien faire de la place pour les suivants. Et les ossuaires débordent. « – Que d’os! que d’os! », comme disait Mac Mahon.

À moins que ce ne soit Hamlet.

Les vieux Parisiens se souviennent du Gaumont Palace, rasé en 1973, qui était la plus grande salle de cinéma d’Europe et où se produisaient des attractions de music­hall. J’ai eu l’occasion d’y sévir à plusieurs reprises, soit dans mon numéro de chan­sonnier, soit dans un sketch avec mon ami Pierre Dac. Le Gaumont Palace jouxtait le cimetière Montmartre, à l’entrée du Pont Caulaincourt, et la sortie des coulisses faisait face à un petit café fréquenté par les musiciens et les artistes du Gaumont et par les fossoyeurs du cimetière. J’ai puisé là, auprès de ces derniers, une solide érudi­tion sur les agréments de l’exhumation et les charmes de la décomposition.

Lorsqu’on exhume un cadavre enterré depuis un siècle, seuls quelques débris de squelette subsistent. S’il avait pour écrin un cercueil de plomb, il advient que d’aspect le défunt n’ait pas bougé. En apparence seulement, car il s’effrite, comme par enchante­ment, dès qu’on le touche. Mais déterrer un cadavre après seulement cinq ans, c’est une autre paire de manches. Empoigner un corps en décomposition, boursouflé, visqueux, croupissant dans une eau putride, dévoré par les asticots et les insectes nécrophages, dans une écoeurante puanteur, est une opération peu appétissante. C’est l’odeur surtout, l’odeur brutale et généreuse de la putréfaction, qui est, paraît-il, insupportable.

C’est dire que, pour un fossoyeur, comparée à l’exhumation, l’inhumation c’est de la rigolade. Si on peut dire.

Il est évidemment plus hygiénique d’incinérer les cadavres.

« Igne Natura Renovatur Intégra », proclame le mot sacré des Chevaliers Rose­Croix, considéré comme la parole perdue et retrouvée.

Et puis il arrive que cela ne manque pas d’humour.

Michel Dansel, historiographe du Père-Lachaise, a découvert, au colombarium, un incinéré qui se nommait Malcuit.

Je l’ai mal cru.

Un fossoyeur m’a proposé, quand je me produisais au Gaumont-Palace, d’assister à une exhumation. Je me suis défilé.

Heureusement pour les fossoyeurs, la déformation professionnelle atténue, dans sa quotidienneté, l’horreur de la chose.

L’habitude crée une accoutumance.

J’ai eu une maîtresse qui était infirmière, et quand, d’un oeil avide, elle me contemplait, étendu nu, avec l’admiration que vous subodorez, elle me disait : « – Toi, tu feras un beau cadavre… »

Appréciation compétente sans doute, mais aussi perception confuse de la dualité de l’amour et de la mort.

Voilà qui fait penser à l’ultime hommage que lui rendit Madame de Fontaine­ Martel, amie de Voltaire, qui, expirant à deux heures du matin, dit: « – Ma consola­tion est qu’à cette heure je suis sûre que quelque part on fait l’amour… »

Indiquons toutefois en passant qu’une femme qui dit à un homme qu’elle en meurt d’envie n’est pas en danger de mort.

Mac Nab a bien senti que l’amour et la mort sont les deux mamelles de l’inspira­tion poétique, lui qui termine sa « Ballade des derrières froids » par cet envoi:

ô princesse sans coeur, dont pendant une année, je n’ai pu réchauffer le royal périnée,

Jetez au feu ces vers qui flamberont bien fort Pour chasser un moment, de votre chair damnée, La froideur du derrière, image de la mort!

Mais les obsèques, si convenables soient-elles, ne sont qu’un épisode mortuaire, une occasion posthume de faire parler de soi.

Tiraillé entre la peur de l’inconnu et le désir d’au-delà, l’homme se pose alors la question: « – Et après? » Vaste point d’interrogation exprimé par Tristan Bernard en ce quatrain:

Quitter ce monde-ci? Mais pour quel avenir? Cette existence de l’au-delà, quelle est-elle?

Je voudrais m’en aller… Mais serait-ce en finir? Mon emmerdeuse d’âme est peut-être immortelle…

Il n’y a pas, quoi qu’il en soit, ou quoi qu’il n’en soit pas, de raison de se tracasser. Omar Khâyyam l’exprime en ce robaï : « Pourquoi t’affliges-tu, Khâyyam, d’avoir commis tant de fautes ? Ta tristesse est inutile. Après la mort, il y a le néant ou la miséricorde. »

De deux choses l’une. À moins que ce ne soit de deux choses l’autre. Ou bien l’es­prit, l’âme, l’intelligence, sont la résultante du fonctionnement d’un organe qui est le cerveau, et disparaissent avec lui. Ou bien ils sont indépendants du corps organique et s’en séparent quand il meurt, libérés de leur enveloppe charnelle.

Dans le premier cas, l’au-delà est, après, dans la situation de l’en-deçà, avant. C’est-à-dire nulle part.

C’est l’anéantissement de l’ego.

« La Terre Promise, a écrit Zo d’Axa, sera celle où nous pourrirons. »

Dans le second cas, nous pataugeons en pleine métaphysique, cette ‘pataphysique du pauvre.

Revue trimestrielle d’études symboliques et maçonniques du Grand Orient de France

Propos semi-folâtres sur la mort

Tout ce que nous savons, c’est que nous ne savons rien.

Refusons-nous, avec Jean Rostand, à « ajouter à la démence du réel la niaiserie d’une explication. »

J’aime beaucoup, d’Émile Littré, cette déclaration: « Quiconque déclare avec fermeté qu’il n’est ni déiste ni athée fait aveu de son ignorance sur l’origine des choses et sur leur fin et, en même temps, il humilie toute superbe. »

Chacun, certes, a le droit d’adhérer au culte de son choix, s’il ne l’impose pas à autrui, mais, pour ma part, j’écarte d’emblée toutes vérités révélées, spéculations sans preuves sur l’inconnu.

La plupart des religions, et spécialement la religion catholique, ont fait beaucoup de tort à la mort.

Après avoir empoisonné la vie des croyants avec la notion de péché, le catholi­cisme a empoisonné leur mort avec la crainte du châtiment.

La terreur du jugement Dernier suscite des appréhensions aberrantes. Le futur mort, même s’il n’a rien à se reprocher, quand il s’agit d’un verdict qui engage son avenir pour l’éternité, a, comme on dit dans le grand monde, le trouillomètre à zéro. Nous voilà loin de l’alexandrin de Baudelaire :

Voyez venir à vous un mort libre et joyeux.

L’occultisme offre des hypothèses de survie plus amusantes, plus morales, plus poétiques et plus séduisantes que celles des différents cultes.

Les dieux, si peu probables qu’ils soient, sont, hormis de rares exceptions comme Bacchus, Aphrodite ou Priape, trop sérieux, inconséquents, souvent méchants, ou pour le moins indifférents.

Je leur préfère les thaumaturges, les pythonisses, les fées, les enchanteurs.

Dans le surnaturel, le paranormal, l’étrange, le rêve, l’impondérable, la fiction, les sciences occultes offrent des hypothèses plus aimables et pas plus invraisemblables que celles que nous proposent la plupart des religions.

Mais ce ne sont que des hypothèses.

Et, en ces domaines combien mystérieux, un rigoureux agnosticisme me semble d’élémentaire prudence.

C’est Alexandre Dumas qui, à propos d’apparitions, de spectres, de revenants, de fantômes, parle d’un « monde invisible qui nous entoure, qui échappe à notre vue, qui fuit notre toucher, qui trompe nos sens. »

Mais le père Dumas ne manquait pas d’imagination. On ne peut ni affirmer ni nier l’inconnaissable.

Tout au plus peut-on constater, sans être pour cela capable d’expliquer.

Dans l’hypothèse d’une survie éventuelle, Omar Khâyyam a dit : « je vous répon­drai là-dessus quand j’aurai été renseigné par quelqu’un revenant de chez les morts. »

Or ceux qui sont revenus de chez les morts, c’est-à-dire ceux qui ont ressuscité, le Phénix, renaissant de ses cendres, Hiram Abi, bâtisseur du Temple, Lazare, premier évêque de Marseille, Jésus de Nazareth, roi des juifs, ou Bosse de Nage, cynocéphale papion, se sont bien gardés de nous renseigner.

C’est d’autant plus regrettable que les résurrections se font de plus en plus rares, il faut bien le constater.

Aussi les spirites ont-ils estimé plus positif d’entrer en communication directe­ment avec les défunts, seuls habilités à nous documenter sur l’au-delà. Car, comme l’a pertinemment écrit Chaval : « Pourquoi les morts ne vivraient-ils pas? Les vivants meurent bien. »

Puis, s’il y a des réincarnations successives, si le corps astral est l’occupant provi­soire de corps organiques successifs, la vie étant alors une entre-deux-morts et la mort une entre-deux-vies, il doit y avoir, compte tenu de l’augmentation insensée de la population mondiale, pénurie d’âmes au prorata de l’augmentation du nombre de corps. Ce qui pose un problème ardu de démographie posthume. Outre que nous n’avons pas la mémoire de nos existences passées. Lors peu me chaut d’avoir été quelqu’un d’autre, si je l’ignore. Si point ne m’en reste la moindre remembrance.

Pourtant un réincarné m’a affirmé s’être recueilli sur sa tombe, c’est-à-dire sur la tombe abritant la dépouille de l’être qu’il prétendait avoir été au cours d’une vie précédente.

Mais c’est peu courant.

« Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses », a écrit Paul Éluard. Et c’est dommage.

Je trouverais cocasse qu’un Sorcier Impérial ou un Grand Dragon du Ku Klux Klan soit réincarné en nègre du plus beau noir, Erostrate en capitaine de sapeurs­pompiers, et un homme de peine en fille de joie. Et, si vous avez l’esprit de famille, il peut être piquant pour vous de besogner une jeune et belle femme qui a été votre vieux satyre de grand-père incestueux, dans une vie antérieure, quand vous étiez vous-même une fillette aussi vicieuse qu’innocente. Ces hypothèses sont plus drôles que celles d’un dieu croquemitaine.

Hélas ou heureusement, notre lot est l’incertitude. L’incertitude qu’a chantée Léon-Paul Fargue :

Incertitude Ô mes délices

Vous et moi nous nous en allons Comme s’en vont

Les écrevisses À reculons À reculons

Ce qui ne nous avance guère.

Ne croire à rien n’est pas croire qu’il n’y a rien mais que, s’il y a quelque chose, on n’en sait rien.

Nul ne peut expliquer l’inexplicable. N’interprétons pas ce qui nous dépasse. Avouons notre ignorance. Gardons-nous de niaises arguties. Laissons cela aux reli­gions de tous acabits.

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Propos semi folâtres sur la mort

Zo d’Axa l’a proclamé : « La seule certitude c’est de vivre et sans attendre. Vivons donc: action, parole ou silence. Question d’heure, cas individuel. Et le moins sottement possible. » Affirmation précieusement nuancée par Oscar Wilde : « Vivre est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des gens existent, voilà tout. »

Et remémorons-nous, au moment de mourir, cette phrase de Talleyrand : « La situation est désespérée, mais pas sérieuse. »

Pour conclure avec Maurice Henry: « II va aussi bien que possible: il est mort. » L’important, quand on meurt, est d’avoir réussi sa vie. D’avoir joui pleinement du droit qu’a tout homme de vivre à sa guise, si différente soit-elle de celle de ses frères. Comptent l’image, le souvenir que l’on laissera.

Je vous souhaite heureuse vie, et, s’il vous advenait d’avoir la curiosité de mourir, trépas serein.

Il faut dédramatiser la mort.

Ne nous lamentons pas devant l’inéluctable. Espérons, espérons, espérons. Et ne gémissons point. La mort est peut-être une initiation.

Heureuse transition pour conclure par les propos d’un initié. Antonio Cohen, né à Paris en 1885, initié franc-maçon en 1909, 33e en 1948, Grand Maître de la Grande Loge de France en 1955, décédé en 1956. Atteint d’un mal incurable et sachant sa fin prochaine, il rédigea, la veille de sa mort, un ultime message dont il fut donné lecture en tenue funèbre. Le voici en sa sérénité:

« Mes très chers frères,

« II n’est pas d’usage qu’un frère passé à l’Orient Éternel s’adresse à ses frères le jour d’une tenue funèbre destinée à célébrer sa mémoire. Je regrette qu’un tel usage maçonnique ne soit pas instauré, puisque l’on écoute généralement mieux les morts que les vivants.

« Ce que je tiens à vous dire, c’est que la vie maçonnique, quand elle est poursuivie dans l’amour et l’effort, confère au franc-maçon un équilibre majeur.

« L’au-delà ne saurait inquiéter un assidu de nos temples et de nos disciplines : pas plus que vous ne sauriez vous affliger d’un fait aussi banal que la disparition d’un vieux maçon. École de vie, école de mort, la Franc-Maçonnerie nous a enseigné la certitude des séparations matérielles.

« Chacun de nous apporte moins que ce qu’il eut pu et dû apporter; mais chacun de nous aura apporté quelque chose avant de disparaître. Si sa vie tout entière ne représente qu’un atome du ciment qui lie et liera nos pierres, cet atome demeure intégré à l’édifice.

« Je sais que nos rites exigent une batterie de deuil – et, respectueux des symboles, je pense qu’il vous faut la tirer. Mais avant qu’elle ne soit couverte, éloignez de vous toute douleur opprimante. Il faut vivre et vivre hautement, la joie au cœur, le maillet à la main, toujours mécontents de l’insuffisance de notre oeuvre, mais toujours plus passion­nés de la reprendre et de l’accomplir.

« Au travail, mes frères. »

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ANTIMACONNISME 20 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

ANTIMACONNISME

L’antimaçonnisme est né avec la franc-maçonnerie. La peur du secret et du mystère pousse certaines personnes à l’hostilité, concernant les loges maçonniques. Dans la plupart des cas, la méfiance du grand public à l’égard des francs-maçons alterne avec l’indifférence. Mais il existe un antimaçonnisme organisé en doctrine, il est propagé par les mouvements religieux intégristes, l’extrême-droite et tout régime totalitaire.

En France, l’antimaçonnisme a laissé des traces dans la littérature.

Maupassant avait été pressenti par l’écrivain Catulle Mendes pour devenir franc-maçon en 1876. L’auteur de Bel ami refusa car il méprisait les idéaux quels qu’ils fussent.

Il n’est donc pas étonnant de voir la franc-maçonnerie mise à mal par Maupassant dans la nouvelle « Mon oncle Sosthène ».

MON ONCLE SOSTHENE

Mon oncle Sosthène était un libre-penseur comme il en existe beaucoup, un libre-penseur par bêtise. On est souvent religieux de la même-façon. La vue d’un prêtre le jetait en des fureurs inconcevables ; il lui montrait le poing, lui faisait des cornes, et touchait du fer derrière son dos, ce qui indique déjà une croyance, la croyance du mauvais oeil. Or, quand il s’agit de croyances irraisonnées, il faut les avoir toutes ou n’en avoir pas du tout. Moi qui suis aussi libre-penseur, c’est-à-dire un révolté contre tous les dogmes que fit inventer la peur de la mort, je n’ai pas de colère contre tous les temples, qu’ils soient catholiques, apostoliques, romains, protestants, russes, grecs, bouddhistes, juifs, musulmans. et puis, moi, j’ai une façon de les considérer et de les expliquer. Un temple, c’est un hommage à l’inconnu. Plus la pensée s’élargit, plus l’inconnu diminue, plus les temples s’écroulent. Mais, au lieu d’y mettre des encensoirs, j’y placerais des télescopes et des microscopes et des machines électriques. Voilà !

Mon oncle et moi nous différions sur presque tous les points. Il était patriote, moi je ne le suis pas, parce que le patriotisme, c’est encore une religion. C’est l’oeuf des guerres.

Mon oncle était franc-maçon. Moi, je déclare les francs-maçons plus bêtes que les vieilles dévotes. C’est mon opinion et je la soutiens. Tant qu’à avoir une religion, l’ancienne me suffirait.

Ces nigauds-là ne font qu’imiter les curés. Ils ont pour symbole un triangle au lieu d’une croix. Ils ont des églises qu’ils appellent des Loges avec un tas de cultes divers : le rite Ecossais, le Rite Français, le Grand-Orient, une série de balivernes à crever de rire.

Puis, qu’est-ce qu’ils veulent ? Se secourir mutuellement en se chatouillant le fond de la main. Je n’y vois pas de mal. Ils ont mis en pratique le précepte chrétien : « Secourez-vous les uns les autres. » La seule différence consiste dans le chatouillement. Mais, est-ce la peine de faire tant de cérémonies pour prêter cent sous à un pauvre diable ? Les religieux, pour qui l’aumône et le secours sont un devoir et un métier, tracent en tête de leur épîtres trois lettres : J.M.J. Les francs-maçons posent trois points en queue de leur nom. Dos à dos, compères.

Mon oncle me répondait : « Justement nous élevons religion contre religion. Nous faisons de la libre pensée l’arme qui tuera le cléricalisme. La franc-maçonnerie est la citadelle où sont enrôlés tous les démolisseurs de divinités. »

Je ripostais : « Mais, mon bon oncle (au fonds je disais : « vieille moule »), c’est justement ce que je vous reproche. Au lieu de détruire, vous organisez la concurrence ; ça fait baisser les prix, voilà tout. Et puis encore, si vous n’admettiez parmi vous que des libres penseurs, je comprendrais ; mais vous recevez tout le monde. Vous avez des catholiques en masse, même des chefs du parti. Pie IX fut des vôtres, avant d’être pape. Si vous appelez une Société ainsi composée une citadelle contre le cléricalisme, je la trouve faible, votre citadelle. »

Alors, mon oncle, clignant de l’oeil, ajoutait : « Notre véritable action, notre action la plus formidable a lieu en politique. Nous sapons, d’une façon continue et sûre, l’esprit monarchique. »

Cette fois j’éclatais. « Ah ! oui, vous êtes des malins ! Si vous me dites que la Franc-Maçonnerie est une usine à élections, je vous l’accorde ; qu’elle sert de machine à faire voter pour les candidats de toutes nuances, je ne le nierai jamais ; qu’elle n’a d’autre fonction que de berner le bon peuple, de l’enrégimenter pour le faire aller à l’urne comme on envoie au feu les soldats, je serai de votre avis ; qu’elle est utile, indispensable même à toutes les ambitions politiques parce qu’elle change chacun de ses membres en agent électoral, je vous crierai : « C’est clair comme le soleil ! » Mais si vous me prétendez qu’elle sert à saper l’esprit monarchique, je vous ris au nez.

« Considérez-moi un peu cette vaste et mystérieuse association démocratique, qui a eu pour grand-maître, en France, le prince Napoléon sous l’Empire ; qui a pour grand-maître, en Allemagne, le prince héritier ; en Russie le frère du czar ; dont font partie le roi Humbert et le prince de Galles ; et toutes les caboches couronnées du globe ! »

Cette fois mon oncle me glissait dans l’oreille : « C’est vrai, mais tous ces princes servent nos projets sans s’en douter.

- Et réciproquement, n’est-ce pas ? »

Et j’ajoutais en moi : « Tas de niais ! »

Et il fallait voir mon oncle Sosthène offrir à dîner à un franc-maçon.

Ils se rencontraient d’abord et se touchaient les mains avec un air mystérieux tout à fait drôle, on voyait qu’ils se livraient à une série de pressions secrètes. Quand je voulais mettre mon oncle en fureur je n’avais qu’à lui rappeler que les chiens aussi ont une manière tout franc-maçonnique de se reconnaître.

Puis mon oncle emmenait son ami dans les coins, comme pour lui confier des choses considérables ; puis, à table, face à face, ils avaient une façon de se considérer, de croiser leurs regards, de boire avec un coup d’oeil comme pour se répéter sans cesse : « Nous en sommes, hein ? « 

Et penser qu’ils sont ainsi des millions sur la terre qui s’amusent à ces simagrées ! J’aimerais encore mieux être jésuite.

Or, il y avait dans notre ville un vieux jésuite qui était la bête noire de mon oncle Sosthène. Chaque fois qu’il le rencontrait, ou seulement s’il l’apercevait de loin, il murmurait : « Crapule, va ! » Puis me prenant le bras, il me confiait dans l’oreille : « Tu verras que ce gredin-là me fera du mal un jour ou l’autre. Je le sens. « 

Mon oncle disait vrai. Et voici comment l’accident se produisit par ma faute.

Nous approchions de la semaine sainte. Alors, mon oncle eut l’idée d’organiser un dîner gras pour le vendredi, mais un vrai dîner, avec andouille et cervelas. Je résistai tant que je pus ; je disais : « Je ferai gras comme toujours ce jour-là, mais tout seul, chez moi. C’est idiot, votre manifestation. Pourquoi manifester ? en quoi cela vous gêne-t-il que des gens ne mangent pas de la viande ? »

Mais mon oncle tint bon. Il invita trois amis dans le premier restaurant de la ville ; et comme c’était lui qui payait, je ne refusai pas non plus de manifester.

Dès quatre heures, nous occupions une place en vue au café Pénélope, le mieux fréquenté ; et mon oncle Sosthène, d’une voix forte, racontait notre menu.

A six heures on se mit à table. A dix heures, on mangeait encore ; et nous avions bu, à cinq, dix-huit bouteilles de vin fin, plus quatre de champagne. Alors mon oncle proposa ce qu’il appelait la « tournée de l’archevêque ». On plaçait en ligne, devant soi, six petits verres qu’on remplissait avec des liqueurs différentes ; puis il les fallait vider coup sur coup pendant que des assistants comptaient jusqu’à vingt. C’était stupide ; mais oncle Sosthène trouvait cela « de circonstance ».

A onze heures, il était gris comme un chantre. Il le fallut emporter en voiture, et mettre au lit ; et déjà on pouvait prévoir que sa manifestation anticléricale allait trourner en une épouvantable indigestion.

Comme je rentrais à mon logis, gris moi-même, mais d’une ivresse gaie, une idée machiavélique, et qui satisfaisait tous mes instincts de septicisme, me traversa la tête.

Je rajustai ma cravate, je pris un air désepéré, et j’allai sonner comme un furieux à la porte du vieux jésuite. Il était sourd ; il me fit attendre. Mais comme j’ébranlais toute la maison à coups de pieds, il parut enfin, en bonnet de coton, à sa fenêtre, et demanda : « Qu’est-ce qu’on me veut ? « 

Je criai : « Vite, vite, mon révérend Père, ouvrez-moi, c’est un malade désespéré qui réclame votre saint ministère ! »

Le pauvre bonhomme passa tout de suite un pantalon et descendit sans soutane. Je lui racontai d’une voix haletante, que mon oncle libre penseur, saisi soudain d’un malaise terrible qui faisait prévoir une très grave maladie, avait été pris d’une grande peur de la mort, et qu’il désirait le voir, causer avec lui, écouter ses conseils, connaître mieux les croyances, se rapprocher de l’Eglise, et, sans doute, se confesser, puis communier, pour franchir, en paix avec lui-même, le redoutable pas.

Et j’ajoutai d’un ton frondeur : « Il le désire, enfin. Si cela ne lui fait pas de bien cela ne lui fera pas de mal. »

Le vieux jésuite, effaré, ravi, tout tremblant, me dit : « Attendez-moi une minute, mon enfant, je viens. » Mais j’ajoutai : « Pardon, mon révérend Père, je ne vous accompagnerai pas, mes convictions ne me le permettent point. J’ai même refusé de venir vous chercher ; aussi je vous prierai de ne pas avouer que vous m’avez vu, mais de vous dire prévenu de la maladie de mon oncle par une espèce de révélation. »

Le bonhomme y consentit et s’en alla, d’un pas rapide, sonner à la porte de mon oncle Sosthène. La servante qui soignait le malade ouvrit bientôt ; et je vis la soutane noire disparaître dans cette forteresse de la libre pensée.

Je me cachai sous une porte voisine pour attendre l’événement. Bien portant, mon oncle eût assomé le jésuite, mais je le savais incapable de remuer un bras, et je me demandais avec une joie délirante quelle invraisemblable scène allait se jouer entre ces deux antagonistes ? Quelle lutte ? quelle explication ? quelle stupéfaction ? quel brouillamini ? et quel dénouement à cette situation sans issue, que l’indignation de mon oncle rendrait plus tragique encore !

Je riais tout seul à me tenir les côtes ; je me répétais à mi-voix : « Ah ! la bonne farce, la bonne farce ! »

Cependant il faisait froid, et je m’aperçus que le jésuite restait bien longtemps. Je me disais : « Ils s’expliquent . »

Une heure passa, puis deux, puis trois. Le révérend Père ne sortait point. Qu’était-il arrivé ? Mon oncle était-il mort de saisissement en le voyant ? Ou bien avait-il tué l’homme en soutane ? Ou bien s’étaient-ils entremangés ? Cette dernière supposition me sembla peu vraisemblable, mon oncle me paraissant en ce moment incapable d’absorber un gramme de nourriture de plus. Le jour se leva.

Inquiet, et n’osant pas entrer à mon tour, je me rappelai qu’un de mes amis demeurait juste en face. J’allai chez lui ; je lui dis la chose, qui l’étonna et le fit rire, et je m’embusquai à sa fenêtre.

A neuf heures, il prit ma place, et je dormis un peu. A deux heures, je le remplaçai à mon tour. Nous étions démesurement troublés.

A six heures, le jésuite sortit d’un air pacifique et satisfait, et nous le vîmes s’éloigner d’un pas tranquille.

Alors honteux et timide, je sonnai à mon tour à la porte de mon oncle. La servante parut. Je n’osai l’interroger, et je montai, sans rien dire.

Mon oncle Sosthène, pâle, défait, abattu, l’oeil morne, les bras inertes, gisait dans son lit. Une petite image de piété était piquée au rideau avec une épingle.

On sentait fortement l’indigestion dans la chambre.

Je dis : « Eh bien, mon oncle, vous êtes couché ? Ca ne vas donc pas ? »

Il répondit d’une voix accablée : « Oh ! mon pauvre enfant, j’ai été bien malade, j’ai failli mourir.

- Comment ça, mon oncle ?

- Je ne sais pas ; c’est bien étonnant. Mais ce qu’il y a de plus étrange, c’est que le père jésuite qui sort d’ici, tu sais, ce brave homme que je ne pouvais souffrir, eh bien, il a eu une révélation de mon état, et il est venu me trouver. »

Je fus pris d’un effroyable besoin de rire. « Ah ! vraiment ?

- Oui, il est venu. Il a entendu une voix qui lui disait de se lever et de venir parce que j’allai mourir. C’est une révélation. »

Je fis semblant d’éternuer pour ne pas éclater. J’avais envie de rouler par terre.

Au bout d’une minute, je repris d’un ton indigné, malgré les fusées de gaieté : « Et vous l’avez reçu, mon oncle, vous ? un libre penseur ? un franc-maçon ? Vous ne l’avez pas jeté dehors ? »

Il parut confus, et balbutia : « Ecoute donc, c’était si étonnant, si étonnant, si providentiel ! Et puis il m’a parlé de mon père. Il a connu mon père autrefois.

- Votre père, mon oncle ?

- Oui, il paraît qu’il a connu mon père.

- Mais ce n’est pas une raison pour recevoir un jésuite.

- Je le sais bien, mais j’étais malade, si malade ! Et il m’a soigné avec un grand dévouement toute la nuit. Mais vous m’avez dit tout de suite qu’il sortait seulement d’ici.

- Oui, c’est vrai. Comme il s’était montré excellent à mon égard, je l’ai gardé à déjeuner. Il a mangé là auprès de mon lit, sur une petite table, pendant que je prenais une tasse de thé.

- Et… il a fait gras ? »

Mon oncle eut un mouvement froissé, comme si je venais de commettre une grosse inconvenance ; et il ajouta :

« Ne plaisante pas, Gaston, il y a des railleries déplacées. Cet homme m’a été en cette occasion plus dévoué qu’aucun parent ; j’entends qu’on respecte ses convictions. »

Cette fois, j’étais atteré ; je répondis néanmoins : « Très bien, mon oncle. Et après le déjeuner, qu’avez-vous fait ?

- Nous avons joué une partie de bésigue, puis il a dit son bréviaire, pendant que je lisais un petit livre qu’il avait sur lui, et qui n’est pas mal écrit du tout.

- Un livre pieux, mon oncle ?

- Oui et non, ou plutôt non, c’est l’histoire de leur missions dans l’ Afrique centrale. C’est plutôt un livre de voyages et d’aventures. C’est très beau ce qu’ils ont fait là, ces hommes. »

Je commençais à trouver que ça tournait mal. Je me levai : « Allons, adieu, mon oncle, je vois que vous quittez la franc-maçonnerie pour la religion. Vous êtes un renégat. »

Il fut encore un peu confus et murmura : « Mais la religion est une espèce de franc-maçonnerie. »

Je demandai : « Quand revient-il, votre jésuite ? « Mon oncle balbutia : « Je… je ne sais pas, peut-être demain… ce n’est pas sûr. »

Et je sortis, absolument abasourdi.

Elle a mal tourné, ma farce ! Mon oncle est converti radicalement. Jusque-là, peu m’importait. Clérical ou franc-maçon, pour moi, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ; mais le pis, c’est qu’il vient de tester, oui, de tester et de me déshériter, monsieur, en faveur du père Jésuite. »

LES DOCUMENTS MACONNIQUES

En juin 1998, dans un but historique relevant d’un nécessaire devoir de mémoire, les Editions du Dragon ont réédité en fac-similé les « 33 numéros des Documents Maçonniques », parus d’octobre 1941 à juin 1944, qui représentent un millier de pages à travers 200 articles rédigés par la fine fleur de l’antimaçonnisme et de l’antisémitisme : Robert Vallery-Radot, Bernard Faÿ (administrateur de la Bibliothèque Nationale sous l’Occupation), Jean Marquès-Rivière (auteur du film antimaçonnique « Forces Occultes « ) et l’irréductible Henry Coston.

ANTIMACONNISME dans Chaine d'union 28

Cet ensemble est précédé d’un remarquable avertissement rédigé par Bernard Prou et William Piccione.

Le travail minutieux de réédition et de présentation de cette pièce historique a pour but d’éveiller les consciences et de les avertir que la « peste brune » est toujours aux aguets. Pour preuve, Henry Coston, le vieillard antisémite et antimaçon a tenté d’empêcher la diffusion des « Documents maçonniques ». Le vieux haineux était impliqué dans ces revues, il avait déversé toute sa bile dans huit articles qui pouvaient le condamner à la vindicte publique (s’il en était encore besoin). Fort heureusement, ses prétentions extravagantes ont été déboutées. Mais les Editions du Dragon ont dû batailler et il serait bon que leur travail soit connu comme il le mérite. Nous vous recommandons donc vivement de souscrire un abonnement aux « Documents Maçonniques » disponibles à l’adresse suivante :

Les Editions du Dragon – Médiadem S.A.4, avenue Prince Héréditaire Albert –

B.P. 484 – MC 98012 MONACO

Le prix du coffret est de 990 francs (payable en trois fois sans frais), il comprend les 33 revues, un numéro de « document du temps présent » consacré à la franc-maçonnerie, le symbole de l’équerre et du compas en métal doré, un feuillet de six pages regroupant les principaux articles de presse concernant la répression antimaçonnique sous le gouvernement de Vichy et un remarquable cahier d’avertissement de lecture aux 33 « Documents Maçonniques » composé par des historiens avertis.

FORCES OCCULTES (1943)

Le film antimaçonnique « Forces occultes » fut créé par Jean Marquès-Rivière, un ex-frère tombé dans l’antimaçonnisme dans les années trente. Le film est habilement réalisé grâce à des moyens importants. L’Allemagne nazie a largement contribué à la production de « Forces occultes ». Les scènes principales ont été tournées au palais Bourbon et dans une loge reconstituée avec le matériel confisqué aux francs-maçons par la police de Vichy.

29 dans Recherches & Reflexions

Le scénario est fondé sur l’antiparlementarisme, une scène du film montre la manifestation partiellement fasciste du 6 février 1934 au cours de laquelle la police républicaine avait dû intervenir violemment. Les fascistes des années trente sont donc considérés comme les martyrs du régime parlementariste de la IIIè République.

L’antisémitisme et l’antimaçonnisme sont, évidemment, les ingrédients principaux de la trame filmique.

L’idéal vichyste est incarné par le député nationaliste Avenel. « Naïf », il accepte de se faire initier au Grand-Orient. Le réalisateur tente de montrer aux spectateurs que le député se rend vite compte de son erreur et que les francs-maçons sont des infames comploteurs et des affairistes.

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La dernière scène est d’un pathétisme risible, si on l’analyse au second degré. En effet, on voit la Terre exploser sous l’emprise du complot judéo-maçonnique. Manifèstement, les pétainistes ne reculaient devant aucune image d’Epinal et prenaient les Français pour des imbéciles aisément manipulables.

Extraits du scénario de « Forces Occultes »

Générique et première séquence

Sur une carte du monde se dessinent les trois zones d’influences. Seuls sont en blanc les pays suivants : Allemagne, Italie, Espagne-Ortugal, Chine et Japon.

Un volet en forme de compas s’ouvre sur l’ensemble du planisphère à l’exception des pays qui demeurent en blanc : c’est la zone d’influence judéo-maçonnique, (en surimpression) tandis que des petits médaillons représentant l’étoile de David ou l’équerre et le compas apparaissent et disparaissent.

Fondu au noir. Puis carton :

C’est l’intérieur même de la Chambre des Députés qu’ont été tournées les séquences du début du film.

Bruits de foule. Cris. Interjections. Sonnette.

Pierre Avenel : De droite à gauche, ce parlement ne représente que la corruption.

Tapage.

Vous, capitalistes, vous n’avez cessé de pousser la classe ouvrière à la misère… Et vous communistes, vous n’avez cessé d’exploiter cette misère, voulue par les capitalistes…

Tapage : Cris d’animaux.

Le président de la Chambre, agitant sa clochette : Messieurs un peu de silence !

Avenel : Et vous tous, parlementaires désuets et périmés… (le pays saura se passer/coupure) de vos services).

Le Président de la Chambre : Messieurs… Silence… Messieurs je vais lever la séance.

Continuez Monsieur Avenel

Avenel : Messieurs, (silence) je n’ai plus rien à dire

Les députés (avec soulagement) : Aaah !

Avenel : J’ai eu conscience de vous dire quelques vérités, peut-être désagréables mais utiles. (tapage) Non ce ne sont pas quelques interruptions qui m’arrêteront, la communauté française ne se bâtira pas sur le conflit du communisme et de la vieille bourgeoisie. C’est pourquoi je ne voterai pas ce projet qui donne satisfaction au capitalisme international et serait le beau prétexte pour les communistes à accentuer nos divisions. (Cris)…

Dans les bancs de l’Assemblée nationale

Député Guédon : il a du courage ce petit Avenel

Le député Dubois : Ces petits nationaux trop puritains nous font perdre du temps… il faudrait l’éduquer un peu… de quelle loge est-il ?

Député Guédon : Il n’est pas de chez nous, mon frère Dubois…

Dubois : Tout s’explique !… Voilà un garçon intelligent, qui a besoin d’une méthode et de conseils… Présentez le donc !…

Guédon : Il est sensible, il faudra procéder avec précaution…

Dubois : Envoyez-lui Larrivière, il saura le persuader… (ricanement)

Guédon : J’y vais

Guédon : Mon cher Vénérable nous avons un service à vous demander…

Larrivière : Mon frère Guédon, je vous sui tout dévoué.

Guédon : Le jeune Avenel qui vient de parler assez brillamment devrait subir les épreuves de l’initiation. La maçonnerie lui apporterait beaucoup et le (temps) disciplinerait… ne croyez-vous pas ?

Larrivière : J’y pensais déjà, nous allons nous en occuper… activement.

Discussion entre Avenel et Larrivière

Avenel : hum ! La maçonnerie est difficile sur le choix de ses candidats.

Larrivière : Pas assez, mon cher, pas assez ! Je dois même vous avertir que lorsque vous serez en loge, vous serez déçus. Le milieu maçonnique est épouvantablement médiocre. Vous verrez que vous lui apporterez plus que vous n’en recevrez.

Avenel : Mais ces rites dont vous m’avez parlé, ces initiations mystérieuses ?

Larrivière : Ha ! ha ! Des bêtises ! Il y en a qui y attachent un certain sens symbolique. La plupart des maçons rient eux-mêmes de ces vieilles pratiques désuettes. Seulement, le jour de votre initiation, tenez-vous bien ! les épreuves de la cérémonie ne sont pas commodes.

En salle humide, après l’initiation

Le vénérable : Mon très cher frère, qu’est-ce que vous pensez de cette soirée ?

Avenel : Eh bien c’est curieux… cette cérémonie est très impressionnante.

Frère Lévy-Stein : Mon cher Frère… pourrai-je vous laisser ma carte ? Au cas où vous auriez besoin de mes services… Je vends de tout, de la bonneterie, et des chaussures, et du savon à des prix invraisemblables…

Le vénérable : Tu permets mon cher Lévy-Stein…

F. Lévy-Stein : Je t’en prie…

Le vénérable : Mon frère Avenel, nous allons bientôt vous mettre à contribution… Oui,… un de nos amis de notre Loge voudrait un bureau de tabac… Le Grand-Orient est submergé de demandes en ce moment. Avec vous, ça ira peut-être un peu plus vite…

Avenel : Volontiers…

Le vénérable : Je vous remercie… Ah, dans quelques temps je vous parlerai aussi d’une autre affaire… depuis plusieurs années, j’ai droit à la Légion d’Honneur… Je ne m’en suis jamais occupé… Je n’ai pas voulu déranger nos amis pour ça, on leur demande déjà tellement de choses, n’est-ce pas ?… vous m’aiderez ?

Séquence Larrivière Avenel

Larrivière : Vous avez l’air d’avoir été déçu par la Maçonnerie…

Avenel : Oh !… Pire !… Choqué !…

Larrivière : Pourquoi ? Mais confessez-vous… Vous ne serez pas le premier maçon à m’avoir ouvert son coeur… Qu’est-ce qu’on vous a fait ?

Avenel : Mais à moi personnellement, rien !… mais je trouve ce milieu maçonnique pourri d’arrivistes écoeurant…

Larrivière : Je vous l’accorde…

Avenel : Je ne vous le fait pas dire…

Larrivière : Oh, croyez vous que je sois dupe ?…

Avenel : Alors je ne comprends pas… Tant de vertus affichées sur le programme sur la porte, tant de mystères à l’intérieur pour ne cacher que ces petites combines, ces appétits de commitards, je m’attendais à trouver des hommes dévoués sinon supérieurs… Au lieu de ça, je n’ai rencontré que des quémandeurs de bureaux de tabac ou de décorations… ou alors des fripouilles qui cherchaient à m’utiliser pour échapper à des condamnations… En dehors d’eux, des phraseurs, des sectaires, ignorant tout… ne connaissant rien de l’histoire de leur pays… rien de l’histoire du monde, rien de la politique, rien de la philosophie, rien…

Larrivière : Quel grade avez-vous maintenant ?

Avenel : J’ai été initié à la maîtrise, il y a peu de temps..

Larrivière : Eh bien si vous avez le courage de vivre quelques années dans la médiocrité des ateliers, vous passerez ensuite aux Ateliers supérieurs…

Avenel : C’est mieux ?

Larrivière : C’est autre chose…

Avenel : Voyons… vous êtes 33ème… C’est le grade le plus haut dans la Maçonnerie ?…

Larrivière : Mon petit Avenel, je vais vous révéler, quoique je ne doive pas… ces fameux secrets maçonniques dont on fait tant de mystères… En Maçonnerie on cache tout aux petites gens… en bas vous ne savez rien… En haut vous commencez à voir un peu plus clair dans le jeu mondial… Moi même je ne suis pas totalement éclairé sur les intentions des dirigeants de notre Odre, mais quand je dis « dirigeants » je me trompe… Y a pas de chefs, chez nous… Il n’y a que des exécutants… je ne suis qu’un pion sur un échiquier… j’accomplis une fonction… je reçois des messages… j’obéis… je transmets… J’agis…

Avenel : Mais qui dirige ?

Larrivière : Personne !… Qu’est-ce que la Maçonnerie ?… des groupes d’hommes qui se sont réunis aux quatre coins de l’univers pour enserrer le monde dans un réseau aux mailles infranchissables… Nous sommes 50 000 en France… 500 000 en Angleterre… 3 000 000 en Amérique… C’est peu… Mais c’est énorme… parce que nous formons un bloc uni, d’une seule volonté…, 300 parlementaires sont Francs-Maçons…

En Angleterre, le Roi fait partie de notre Ordre… Aux Etats-Unis le président est 32ème… Il n’y a pas un pays où nous n’ayons nos hommes, Je ne vous montre ici de la Maçonnerie que la puissance physique… Il y a peut-être autre chose…

Avenel : Mais quoi ?

Larrivière : Une doctrine supérieure… Une antique expérience des forces du Monde… Qui nous permets de pousser les peuples tantôt vers la mort… Quand il le faut…

Avenel : La mort ?… Je croyais la Maçonnerie attachée à la Paix ?

Larrivière : A une certaine paix !…

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On voit à quel point la carricature est effroyable de bêtise et d’ignorance ! Les auteurs du film tentent de faire croire au Français que la franc-maçonnerie est un Ordre international uni alors que depuis la fin du XIXè siècle la maçonnerie s’est scindée en de multiples branches philosophiques et métaphysiques. Le pire tient au soupçon de « doctrine supérieur ». On sent derrière cette phrase une rémanence de la mystification taxilienne, laquelle avait laissé croire aux Français que le diable était le grand-maître de la franc-maçonnerie internationale !



La loge P2

En mai 1981, le gouvernement italien démissionne suite à la divulgation d’une liste : celle des membres de la loge P2 dans laquelle figurent de nombreuses personnalités politiques issues du parti au pouvoir (les démocrates chrétiens).

Les activités de la loge P2 étaient donc d’ordre délictueux pour provoquer la destitution d’un gouvernement mais était-elle réellement une loge maçonnique ?

La loge P2 tire son nom d’une loge maçonnique créée en 1877 : la Loge Propaganda Massonica . Cette loge n’avait rien de secret car des personnages éminents en faisaient partie comme Zanardelli, ministre de la Justice ou le poète Carducci. La « propagande » de cette loge consistait à diffuser les valeurs maçonniques (progrès, laïcité et liberté) à travers les institutions politiques et citoyennes.

Quand Mussolini interdit la franc-maçonnerie en 1925, les francs-maçons s’exilèrent en France. La loge Propaganda Massonica fut le pilier de la principale obédience italienne : le Grand Orient d’Italie. La loge « PM » fut donc un des symboles de la République italienne en exil. A la Libération, la loge « PM » initia des hommes qui, officiellement, représentaient l’opposition à la franc-maçonnerie : des communistes, des catholiques et des démocrates chrétiens. Ces hommes étaient attirés par le prestige historique de la franc-maçonnerie mais devaient entrer secrètement dans une loge pour ne pas risquer d’être rejetés par leur hierarchie.

La loge « PM » trouvait un intérêt dans l’accueil des catholiques et des communistes car elle pouvait ainsi atténuer les rivalités sociales. En effet, elle réunissait autour de l’idéal maçonnique des hommes qui, sans la Maçonnerie, ne se seraient jamais entendus.

La loge « PM » commença à dévier de l’idéal maçonnique avec l’arrivée d’un certain Licio Gelli, qui en devint le secrétaire. Gelli servit le régime fasciste pendant la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui encore, il est difficile d’expliquer ce qui a poussé la Maçonnerie italienne à accepter un tel homme. C’est donc en 1964 que Gelli fut initié, il entra à la loge « PM » quelques années plus tard. En 1975, Licio Gelli devint « vénérable » (c’est-à-dire président) de la loge « PM ». A partir de cette période, la loge fut rebaptisée Propaganda Massonica n°2 ou « P2″. De 1971 à 1979, le parti communiste italien fut à son apogée en participant à la majorité gouvernementale. Gelli ne pouvait supporter cette situation et milita pour un retour à l’autorité avec des mesures comme le rétablissement de la peine de mort et la limitation du droit de grêve dans la fonction publique. Il s’agissait du programme d’un seul homme et non celui du Grand Orient d’Italie. Les nombreux militaires, capitaines d’entreprises, politiciens et journalistes qui demandèrent à rejoindre la loge de Gelli comprirent que la « P2″ ne proposait plus un programme maçonnique humaniste mais une philosophie ultra-conservatrice.

Le 5 octobre 1980, le Corriere della Serra publia une interview dans laquelle Gelli exposa les idées de son programme et tenta de le présenter comme un projet de la franc-maçonnerie. Il venait de commettre une erreur car le Grand Orient d’Italie détenait, avec cette interview, la preuve que Gelli avait trahi l’idéal maçonnique. Gelli fut donc exclu du Grand Orient en 1981.

Après enquête, il apparut que la loge P2 avait participé à une série d’affaires (exécutions de magistrats, attenta de la gare de Bologne en 1980, assassinat d’un journaliste). En réalité, la loge P2 n’était pas une loge maçonnique. En effet, pour qu’une loge puisse pratiquer les valeurs qui sont celles de la franc-maçonnerie depuis le 18è siècle (solidarité, tolérance, égalité), il est nécessaire qu’elle limite ses membres à une cinquantaine de frères ou de soeurs. Hors la P2 enregistra plus de deux mille membres. De plus, pour que la fraternité lie les membres d’une loge, il faut que ceux-ci se côtoient régulièrement. Ce n’était pas le cas à la loge P2 dont les affiliés ne se connaissaient même pas ! (voir cédérom du Monde qui regroupe plusieurs articles à ce sujet au moteur de recherche « titre = loge P2″).

Enfin, la franc-maçonnerie étant une société initiatique, il est essentiel que chaque frère puisse recevoir l’initiation et l’instruction maçonnique. Tel ne fut pas le cas à la « P2″ puisque ses membres ne se réunissaient pas et qu’ils étaient « créés maçons » non dans un temple mais dans le bureau de Gelli.

Licio Gelli en s’autoproclamant « Grand-Maître de la loge P2 s’était, de fait, détaché du Grand Orient d’Italie tandis que sa loge était déclarée clandestine par les hautes instances maçonniques.

Malgré cela le grand public confondit loge P2 et franc-maçonnerie. Pertini, le Président de la République déclara qu’il licencierait tout employé du « Quirinal » s’il était maçon.

Aujourd’hui encore, la Maçonnerie italienne est considérée comme une « mafia » par un grand nombre d’Italiens. La mégalomanie d’un seul homme aura suffi à porter préjudice sur toute une communauté.

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L’antimaçonnisme s’est exprimé par l’image à toutes les époques. Cependant, les instruments de propagande que sont les affiches, les films et les tracts furent principalement utilisés contre la franc-maçonnerie aux plus sombres moments de l’histoire.

31

Affiche de propagande antisémite et antimaçonnique, vichy (1941)

32

Satire antimaçonnique, Grande-Bretagne (18è siècle)

33

La célèbre « pieuvre maçonnique »

34

Les francs-maçons caricaturés par les catholiques (fin XIXè siècle)

35

caricature d’une tenue maçonnique quelque peu « animalière » (Grande-Bretagne 18è)

 

 

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