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L’apport égyptien à la Franc-maçonnerie symbolique 10 mai, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

L’apport égyptien à la Franc-maçonnerie symbolique

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Liminaire

 

Même si l’on peut remonter plus loin quant aux sources qui lui ont donné naissance, l’histoire de la Franc-maçonnerie débute véritablement en ses formes modernes au 18ème siècle, soit officiellement il y a 300 ans en cette année 2017 avec la création de la Grande Loge de Westminster.

 

Or le 18ème siècle, surtout dans sa deuxième moitié, est celui qui voit apparaître une ferveur sans précédent pour l’Egypte et ses mystères, on parle d’ailleurs d’égyptomanie pour qualifier ce phénomène historique qui atteindra son apogée après la fameuse campagne menée par le Général Bonaparte puis avec le décryptage des Hiéroglyphes quelques années plus tard par Champollion en 1822.

 

La proximité de cet engouement pour l’Egypte avec une Franc-maçonnerie qui cherche parfois à affirmer ses racines dans les âges les plus reculés, mêle fantasmes aux réalités et donne à penser que l’Egypte est le berceau de toute initiation. Cette proximité suffira à créer un lien de causalité presque naturel entre l’une et l’autre.

D’autre part, l’Egypte ayant été capable de maîtriser l’art de bâtir à un tel niveau de réalisation – que nous ne connaissons d’ailleurs toujours pas bien – les franc-maçons d’alors, qui fondent leur mythe sur la construction, ne pouvaient voir en l’Egypte des bâtisseurs que l’évidence d’une filiation toute tracée.

 

Cette idée, presque fondatrice, influencera considérablement la manière d’appréhender le message initiatique en général et celui de la Franc-maçonnerie en particulier. Outre le phénomène de mode autour de l’Egypte, nous verrons que cette idée peut avoir un sens plus profond et renvoyer à une certaine réalité, mais à condition de l’envisager autrement que sous l’angle purement historique. C’est cette réalité que le présent propos vise à vous faire toucher du doigt.

 

Influence mythique de l’Egypte

 

Pour évaluer l’influence de l’Egypte nous rencontrons principalement deux problèmes majeurs :

 

Le premier concerne ce que nous savons de l’Egypte.

 

Nous devons avoir à l’esprit que ce que nous connaissons de l’Égypte aujourd’hui, c’est l’Egypte vue et commentée par les grecs et l’Egypte vue et expliquée par les égyptologues. L’Égypte vue et expliquée par les égyptiens nous est inconnue car il n’y a pas de traces de philosophie égyptienne, d’écrits développés qui auraient pu nous rapporter véritablement leurs mystères.

Nous avons bien-sûr les hiéroglyphes qui nous renseignent sur des aspects fondamentaux de leur culture, mais c’est très insuffisant, les sources sont donc extrêmement minces comparativement à la période qu’il s’agit de couvrir.

 

Deuxième problème tout aussi important : de quelle Egypte parlons-nous ?

 

Quels pourrait être le lien, par exemple, entre l’Egypte d’il y a 5000 ans avec celle d’il y a 3000 ans ? En deux mille ans d’évolution il ne reste probablement plus rien du mode de vie précédent si bien qu’il ne s’agit plus de la même Egypte.

Si nous appliquions se raisonnement à notre propre civilisation aujourd’hui, c’est comme si nous devions nous même établir et trouver ce qu’il pourrait y avoir de commun avec ce qu’il se passait il y a deux milles ans ! Autant dire que toute connaissance à ce sujet ne peut être que fragmentaire et il nous faut donc, en la matière, rester particulièrement prudent et humble quant à nos prétentions historiques.

 

Dans ces conditions, où faut-il chercher cette influence si elle existe ?

 

Les papyri et les hiéroglyphes se sont généralisés en Egypte environ 3200 ans avant notre ère alors que la basse et la haute Egypte existent déjà depuis 800 ans à peu près. L’Égypte connaîtra au cours des siècles de nombreux bouleversements jusqu’à une période qui nous intéresse particulièrement, celle de l’influence par la civilisation grecque après qu’Alexandre Le Grand ait fondé la ville d’Alexandrie et alors que l’Egypte est gouvernée par la dynastie du général macédonien Ptolémée. 300 ans avant notre ère, la Grèce va doucement s’imprégner de la culture égyptienne, s’en inspirer, s’en émerveiller, se l’approprier et l’assimiler notamment dans certains de ses aspects religieux.

 

Le premier aspect concerne un axe majeur de la culture égyptienne, c’est le thème de la mort. Celui-ci est extrêmement prégnant dans leur culture et il soutient la plupart des textes sacrés comme le célèbre livre des morts égyptien qui est emblématique de cet intérêt.

 

Le deuxième aspect, en lien aussi avec le premier, concerne l’héritage mythologique, Osiris, Isis Sérapis etc. Par sa mort et sa résurrection celui d’Osiris influencera considérablement les rites initiatiques à venir.

 

Ces deux aspects, la mort et la mythologie égyptienne, ont considérablement marqué les grecs et contribué à façonner un nouveau rapport au religieux ainsi que la production d’une pensée singulière chez les philosophes grecs pendant plusieurs siècles. L’héritage le plus intéressant se situe donc dans cette période cruciale qui débute environ vers 350 avant JC et il ne faut donc pas chercher chez les égyptiens mais chez les grecs ce que l’Egypte nous a légué.

 

Les « Écoles de Mystères »

 

La Grèce antique, ou classique, est beaucoup mieux connue que l’Egypte, d’abord parce qu’elle est plus récente historiquement, qu’elle a largement inspiré notre civilisation et notre culture, et surtout parce qu’elle nous a laissé beaucoup de témoignages écrits sur les grecs eux-mêmes et leurs origines réelles ou mythiques, alors qu’il reste peu d’écrits des égyptiens.

Le Grec est une langue qui est encore étudiée et parlée, et chacun sait que la langue à une influence sur la structure de la pensée et donc sur notre manière d’appréhender le Réel.

Nous avons encore la même structure de langage, ce qui nous offre une proximité avec le grec que nous n’avons pas avec l’égyptien qui est une langue morte chamito-sémitique écrite à l’aide de hiéroglyphes, elle est donc totalement étrangère à notre manière de formuler le monde du vivant.

C’est là un aspect très important à prendre en compte car c’est une véritable barrière pour la compréhension. Mais ce qui nous intéresse ici chez les grecs ce n’est pas la langue, c’est ce que l’on appelle les écoles de mystères, car se sont elles qui ont recueilli principalement l’héritage égyptien d’une part et qu’elles sont, d’autre part, les ancêtres des systèmes initiatiques tels que nous les concevons aujourd’hui.

 

Le sujet n’est pas ici de présenter les divers systèmes et cultes car il y en eu de nombreux, Mithra, Apollon, Éleusis, l’Orphisme etc.

Chacun pourra se pencher sur ces sujets.

 

Mais, de quoi s’agit-il ?

 

Mystère vient du Grec mystếrion, signifiant « rites secrets », l’individu pratiquant les Mystères était qualifié d’initié ou plus exactement, de myste. Pour les grecs, ces écoles sont l’héritage de l’Egypte, Hérodote lui-même, considéré aujourd’hui comme le premier de tous les historiens, affirmera à cet égard que les Mystères seraient venus d’Inde en Egypte puis de l’Egypte à la Grèce.

Dans tous les cas, l’idée que la Grèce est héritière de l’Egypte est une perception normale et très partagée depuis cette époque.

C’est ainsi que les dieux égyptiens investissent progressivement les Temples, qu’ils façonnent certains cultes, leurs pratiques et leurs croyances.

 

En quoi est-ce que ces mystères consistaient ?

 

Pour comprendre la nature de ce qu’était ces cultes nous devons nous en rapporter à ce qu’en dit Plutarque au 1er siècle à ce propos :

« L’âme au moment de la mort, éprouve la même impression que ceux qui sont initiés aux grands mystères ».

 

Voici dévoilé, en une affirmation très simple, le cœur de l’héritage Egypto-Hellénique : permettre à l’homme de dépasser sa propre condition, de vivre l’épreuve de la mort dans un corps de chair durant cette vie même afin que, parvenu à la fin de son existence, l’âme humaine ne disparaisse pas dans l’oubli mais au contraire accède à l’éternité des Champs Élysées.

 

Il y a là quelque chose de fondamental à saisir.

 

Si on veut comprendre ce qu’est l’initiation, il est impératif de constater la place de la mort dans les systèmes initiatiques depuis la plus haute antiquité, car elle en est toujours le sujet central sous une forme ou une autre.

A cet égard, il y a ici une première influence directe sur la Franc-maçonnerie, puisqu’elle reprend également ce thème dans ses propres Rites, ce qui en fait le véhicule de traditions multiséculaires.

 

Mais la Franc-maçonnerie se distingue cependant sur la manière d’approcher cette question, car à l’époque de la Grèce antique, les mystères n’étaient pas symboliques, les serments étaient pris au pied de la lettre et quiconque trahissait le secret des rites risquait sa vie réellement.

C’est la raison pour laquelle on ne retrouve à cet égard qu’assez peu de description des mystères antiques eux-mêmes, nous n’avons en général que des commentaires comme ceux de Plutarque.

 

Pour comprendre l’influence de l’Egypte, nous devons aller un peu plus loin et nous intéresser au processus initiatique de ces écoles …

 

Les rites avaient pour vocation de placer progressivement l’initié dans des dispositions intérieures spéciales, telles que celui-ci expérimentait des états de conscience censés lui conférer une connaissance spirituelle pouvant concerner aussi bien l’âme humaine que sa place dans l’univers.

Les expériences spirituelles étaient donc concrètes, avaient un caractère de réalité, exactement comme dans la définition de Plutarque donnée plus haut. Mais avant d’en arriver à ces expériences, l’impétrant devait s’adonner à des pratiques de purifications préalables parfois très longues et difficiles, destinées à préparer son corps et sa psyché à ces expériences.

Lorsque celui-ci était prêt, on lui faisait alors vivre des situations rituelles spéciales, après lui avoir parfois fait prendre dans certains cas des substances psychotropes. La conjonction de cette ascèse préalable, avec la contextualisation rituelle réalisée par les prêtres, devaient permettre que les effets de ces substances sur le postulant soient complètements différents de ceux obtenus sans ces mises en conditions corporelles et psychiques.

 

Il existait donc véritablement une science et un art de la transmission initiatique.

 

Tout cela était l’objet d’un épais mystère et nous en savons peu sur les détails de ces pratiques.

Pour se faire une idée, on retrouve encore les vestiges ce genre de méthodes dans la plupart des traditions chamaniques actuelles (voir le film de Jean Rouch « les maîtres fous – 1955).

Ces dernières n’ont cependant pas pour vocation à transmettre l’expérience spécifique décrite par Plutarque. Seule l’approche méthodologique a été conservée, ce qui peut vous donner une idée de ce que pouvaient vivre ceux qui entraient dans les écoles de mystères.

 

Nous sommes aujourd’hui, en Franc-maçonnerie, très loin de ce genre de pratiques.

 

Néanmoins, c’est peut-être la forme objective la plus ancienne dont nous pourrions dire qu’elle a influencée la Franc-maçonnerie. Car hormis les psychotropes évidemment, la franc-maçonnerie a repris à son compte certains aspects majeurs des mystères antiques dans sa façon de mettre en scène rituellement les postulants.

 

Essayons de comparer :

 

Tout d’abord les mystères antiques sont célébrés dans des Temples et ceux qui y participent sont des initiés (premier point).

Les mystères antiques avaient pour objet une quête spirituelle dont les rites pratiqués devaient permettre d’en véhiculer les connaissances (deuxième point).

Les rites devaient favoriser des expériences qui permettaient, croyaient-on, d’avoir dans la mort une autre destinée que celle de l’homme commun (3ème point en partie égal).

Ces rites initiatiques fonctionnaient par degré, et chaque degré transmettait des expériences différentes de plus en plus approfondies (4ème point).

En règle générale (et c’est peut-être là le plus significatif pour nous) ces rites consistaient à mettre en scène des dieux mythologiques afin que l’impétrant, placé dans le rôle du dieu, puisse vivre par lui-même les épreuves de ce dernier afin d’accéder à une catégorie d’expérience symbolique lui offrant un nouveau mode de compréhension de sa propre existence (5ème point).

 

Tel était le fond de la question de l’initiation dans les écoles de mystères. La Franc-maçonnerie, sans dévoiler ses rituels, procède encore de la sorte puisque l’initié, à un certain moment de son parcours maçonnique, prendra lui aussi la place d’un personnage mythique central pour en éprouver les mêmes expériences symboliques. Inutile de dire que la mort (symbolique) y joue une place majeure.

 

D’ailleurs à cet égard, le mythe d’Osiris pourrait tout à fait s’y substituer, démontrant si besoin était, la nature du lien entre l’Egypte et la Franc-maçonnerie.

 

Le but et le caractère de réalité évoqué par Plutarque a disparu des initiations maçonniques. C’est là une différence majeure car il revient au Franc-maçon de faire vivre en lui-même et par lui-même les vertus que ses expériences initiatiques impriment en sa psyché.

C’est d’ailleurs le sens moderne le plus intéressant du secret maçonnique, puisqu’il est impossible d’expliquer l’expérience initiatique à qui ne l’a pas vécu. Il est donc impossible de le trahir.

 

En terme de parcours, la Franc-maçonnerie a gardé le thème universel de la « mort » initiatique, et comme dans les mystères antiques, met en scène les postulants dans des situations mythiques porteuses de significations, qui reprennent toutes les mêmes fondamentaux depuis des siècles, ce qui constitue selon moi une forme majeure de cette influence dont nous essayons d’esquisser les contours.

 

L’héritage des « Écoles de Mystères » et l’Hermétisme

 

Cependant les écoles de mystère ne seront pas la seule source de ce que l’on pourrait considérer comme l’héritage égyptien. En effet, il faut citer également ce que l’on appelle l’Hermétisme Greco-Égyptien.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Le mot Hermétisme a pour racine le nom du dieu Grec Hermès qui sera d’ailleurs très souvent identifié au Dieu égyptien Thot. On voit très bien dans ce lien, fait entre Thot et Hermès, le souci chez les grecs de vouloir faire des ponts entre les cultures grecques et égyptiennes.

 

L’hermétisme est constitué par un ensemble de textes très obscurs qui apparaissent dans la même période citée plus haut lorsque « la Grèce reprend le flambeau de l’Egypte », c’est à dire à partir de -350. D’ailleurs la toute jeune ville d’Alexandrie avec sa bibliothèque est considérée, aujourd’hui encore, comme la capitale spirituelle de l’hermétisme et des études qui s’y rattachent.

 

L’Hermétisme, très concrètement, correspond à des textes que l’on peut classer en deux catégories.

 

La première catégorie correspond à l’hermétisme pratique, c’est-à-dire des textes datant du 3ème siècle avant JC jusqu’au 1er siècle et se rapportant à l’étude des astres (astronomie et astrologie), de la magie (science des rituels, des talismans et écritures magiques etc.) et de l’alchimie (science de la matière), mais aussi plus largement de botanique et de sciences naturelles. (Trivium Hermeticum).

 

La deuxième catégorie de textes correspond à ce que l’on pourrait appeler l’hermétisme philosophique. Cela regroupe des textes mystico-philosophiques qui sont un syncrétisme de philosophie grecque et de croyances égypto-helléniques.

Mais c’est au 15ème siècle de notre ère qu’un recueil de 14 traités grecs fut apporté en Italie à Florence et vendu à Cosme de Médicis qui les fera traduire par Marsile Ficin. Nous y retrouvons des textes majeurs comme le Poinmandres ou l’Asceplios. Ces 14 textes forment les 14 premiers traités du Corpus Hermeticum qui sera le fondement théorique et pratique, direct ou indirect, de quasiment toutes les sociétés secrètes initiatiques depuis le 16ème siècle.

 

Bien entendu, la Franc-maçonnerie naissante, n’échappera pas à cette influence et en prendra sa part.

 

Influence de la symbolique hermétique sur la maçonnerie

 

Au 18ème siècle, soit près de trois siècles après la traduction par Marsile FICIN du Corpus Hermeticum, toutes les sciences que l’on appelle alchimie, astrologie, kabbale, magie sont à la mode dans les milieux ésotériques mondains. Ajoutons à cela la redécouverte de l’Egypte et il n’en fallait pas plus pour attiser chez les chercheurs d’absolu un attrait du mystère qui offrira une aura sans précédent à l’Egypte.

Cependant cet attrait pour l’hermétisme n’est pas seulement le fait de quelques curieux, cela va beaucoup plus loin et concerne des personnages de premier plan, que l’on songe par exemple à Isaac Newton dont nous oublions en général de dire que 70% de ses études concernaient l’alchimie, qui fut considérée comme une science jusqu’à ce que Lavoisier mette fin à la théorie des 4 éléments quelques années plus tard par sa démonstration sur la décomposition de l’air.

 

Comme je le disais, depuis la diffusion du Corpus Hermeticum, la plupart des sociétés initiatiques organiseront leurs rites et leurs approches philosophiques en fonction des principes issus de l’hermétisme.

La Franc-maçonnerie reprendra donc, à des degrés divers bien-sûr, un certain nombre de concepts et de symboles dans ses propres mythes alors qu’ils n’appartiennent pourtant pas strictement à l’art du bâtisseur. Ceux d’entre-nous qui ont connu l’initiation maçonnique ont probablement traversé les 4 éléments d’Empédocle dont nous venons de parler, peut-être ont-ils reconnu les symboles des 3 principes alchimiques au début de leur quête ou encore la formule VITRIOL.

Certains ont peut-être reconnu aussi l’équivalent du mythe osirien à travers celui d’un Maître maçon mythique bien connu et utilisé sans même le savoir des mots et du vocabulaire issus de langues sacrées.

 

La Franc-maçonnerie regorge ainsi de références en provenance de l’hermétisme considéré comme l’héritage culturel Egyptien, perpétue des initiations et des rites qui reprennent les mythes fondamentaux des écoles de mystères, elles-mêmes ayant hérité d’une part de ce que pouvait offrir l’Egypte…

 

On peut retrouver les traces plus précises encore de cette culture hermétique dans l’étude de très vieux rituels maçonniques, les constellations zodiacales décorent les temples, des symboles alchimiques investissent de nombreuses gravures maçonniques au 18ème siècle, les symboles des 7 planètes symboliques qui ont donné naissance aux sept jours de la semaine ainsi qu’à l’ordre dans lesquels ils se trouvent etc.

 

La Franc-maçonnerie moderne a donc profondément été influencée par des sources venues de très loin afin de façonner sa propre manière de transmettre l’initiation et il nous semble qu’à cet égard, l’influence « égyptienne », indirecte au moins, puisse être établie suffisamment formellement.

 

Les rites maçonniques égyptiens au 18ème siècle

 

Avant de conclure il semble intéressant d’évoquer un instant le sujet de ce que l’on appelle la Franc-maçonnerie dite Egyptienne.

 

Si l’influence de l’Egypte peut être établie en raison de la nature de certains symboles et de leur provenance, en raison des modalités de transmission des initiations maçonniques, une partie des maçons du 18ème siècle désiraient se réclamer de l’Egypte plus directement encore.

Ce fut une période véritablement égypto-maniaque et certains Maçons ont donc organisé des Rites maçonniques se référant directement à l’Egypte.

 

Le plus connu fut le Rite de Misraïm (pluriel d’égyptien), son origine est mal connue mais on considère en général qu’il est apparu en Italie entre 1750 et 1810, sans doute en plusieurs étapes (voir G.Galtier : Maçonnerie égyptienne, Rose-Croix et Néo-Chevalerie: les fils de Cagliostro).

Il sera implanté en France en 1814 par les Frères BEDARRIDE.

 

Ce rite constitue un véritable mystère quant à ses sources, car cela nous conduit à une petite Loge du Royaume de Naples appelée « la parfaite union » qui était un carrefour ésotérique au 18ème siècle et où se pratiquaient presque tous les Rites d’alors.

 

Plus ancien que le rite de Misraïm, le Rite de la Haute Maçonnerie Egyptienne fondé en 1784 à Lyon par le très célèbre Joseph Balsamo alias Cagliostro.

Ce Rite très étrange ne perdura pas, mais sa particularité fut de propager une vision très hermético-pratique.

 

Ce rite également tire ses sources de cette petite Loge Napolitaine.

 

Le rite de Memphis créé en 1838 par Jean-Etienne Marconis de Nègre et qui sera plus tard associé au rite de Misraïm en 1881 par GARIBALDI lors de la réunification de l’Italie, et qui deviendra à cette occasion le Rite de Memphis-Misraïm qui est aujourd’hui le rite égyptien le plus répandu.

 

D’autres rites plus éphémères ont vu le jour mais n’ont, la plupart du temps, pas survécu à leur auteur.

 

Si cette référence directe à l’Egypte relève évidemment de l’exagération, tandis qu’une l’influence réelle peut être reconnue comme nous venons de le voir, elle dévoile cependant quelque chose de plus fondamental dans le cœur des maçons du 18ème siècle.

 

L’apparition d’un courant maçonnique égyptien pourrait être considérée, dans l’histoire de la Franc-maçonnerie, comme la phénoménologie d’une recherche d’absolu, une sensibilité dont le marqueur principal se manifeste par une recherche permanente de la tradition primordiale si chère à René GUENON, d’une source toujours plus pure et authentique.

 

Dès lors, si l’on veut bien se départir du qualificatif d’égyptien, qui peut être trompeur, nous pourrions aisément faire entrer dans cette catégorie de vieux Rites Hermétiques comme le rite de l’étoile Flamboyante du Baron TSCHOUDY, qui lui aussi provient du milieu napolitain que j’ai mentionné puisque le Baron TSCHOUDY fut l’un des Vénérables Maîtres de la Loge « la parfaite union » ; nous pourrions citer celui des illuminés d’Avignon de Dom PERNETY, ou encore le trop peut étudié Rite Ecossais Philosophique dont les Loges portaient souvent des noms de dieux égyptiens et qui connu un développement important au 18ème siècle, et dont la nature et les contenus le rendait précisément bien plus « égyptien » et « hermétique » que les rites de Misraïm ou de Memphis qui lui empruntèrent d’ailleurs discrètement certains de ses rituels jusqu’à une période très récente.

 

Aujourd’hui encore, les rites « égyptiens » ont gardé cet attrait pour les études hermétiques et l’attachement à la perpétuation de la tradition maçonnique.

 

Conclusion

 

Au fond, se demander si l’Egypte a influencé la maçonnerie n’est peut-être pas la question la plus pertinente, la question qu’il s’agirait plutôt d’examiner serait : de quelle manière l’Egypte a influencé la Franc-maçonnerie ?

 

Pour y répondre, nous devrions peut-être revenir à l’essentiel, c’est-à-dire à ce qui fonde le parcours initiatique et à la manière de le proposer, car c’est là le cœur de l’explication de cette influence.

 

Le thème central de toute initiation est toujours, directement ou indirectement, celui de la mort et le destin posthume de l’âme humaine. L’homme a toujours cherché à répondre à la question de son existence et il y a donc ici, quelque chose d’intemporel qui nous invite, comme nos ancêtres égyptiens le furent en leur temps, à ressentir et nous questionner d’une façon strictement identique.

Face au vertige qui nous saisit à l’idée de notre propre extinction, il ne saurait y avoir de différence fondamentale entre les hommes de quelques époques ou cultures qu’ils soient.

Nous sommes face à l’indéfinitude de l’existence qui fait appel à ce qu’il y a d’antéprédicatif en nous, et il fallait donc répondre par des approches relevant elles-mêmes des fonctions archaïques du psychisme humain, pour les solliciter d’une manière telle que l’homme puisse trouver « quelque chose » en lui de différent, convoquer une aptitude à la spiritualité que les mots ne peuvent saisir, et dont les concepts ne peuvent rendre compte.

 

Cette question n’appartient donc pas à l’horizontalité de l’histoire, mais aux diverses manifestations verticales du vivant dont les hommes essaient de se saisir depuis toujours. Il était donc presque évident que parmi toutes les choses pouvant être transmises depuis l’Egypte, celles qui concernaient ce rapport à la mort et au divin avaient plus de chance de passer les épreuves du temps et de l’histoire, et c’est bien ce qui s’est passé.

 

Les Grecs ont eux-mêmes repris ce qu’ils ont pu des égyptiens, ils ont gardé dans leurs Temples quelques-uns des secrets des cérémonies sacrées destinées à mettre l’homme dans les conditions spéciales censées lui ouvrir les portes d’une compréhension nouvelle que les mots ne peuvent traduire.

 

Les vérités métaphysiques, extirpées depuis des siècles par ceux qui ont connu le difficile sentier de l’initiation, ont été rapportées parfois dans des textes obscurs comme ceux du Corpus Hermeticum, transmis par des cérémonies étranges dont les hommes ont parfois perdu les clés.

 

Ce fut le cas en Egypte, en Grèce, dans la Rome antique et la franc-maçonnerie s’inscrit, tant sur la forme que sur le fond, dans une perspective semblable à cette différence près qu’elle n’impose aucun dogme, qu’elle invite seulement l’initié à abandonner le vieil homme en lui pour renaître d’une manière différente au Réel.

 

Il existe donc bien une influence spirituelle considérable, toujours d’actualité, dont on retiendra principalement qu’elle s’est surtout transmise dans la manière de faire vivre l’initiation ainsi que dans les textes du Corpus Hermeticum dont on retrouve les concepts ou les symboles dans presque tous les rites maçonniques.

Nous y retrouvons de même le thème central de la mort initiatique avec une ambition différente de celle de nos ancêtres, celle-ci ne renvoyant plus au destin posthume de l’âme humaine, mais à l’art de mourir à soi-même ici et maintenant par l’introspection continue.

 

La franc-maçonnerie ne donne donc aucune vérité toute faite à adopter, on pourrait même dire qu’elle propose l’inverse en offrant des outils pour apprendre à désapprendre, dans notre langage maçonnique nous dirions, pour tailler une pierre un peu trop brute en une pierre par conséquent plus petite.

La franc-maçonnerie véhicule pour cela des symboles sans âge qui renvoient à l’existence même de l’homme et aux questions qui sont apparues avec lui.

 

La Franc-maçonnerie égyptienne que nous véhiculons essaie de rester au plus proche de ce désir de reconnaissance de soi, au plus près d’un héritage traditionnel antique que le temps ne saurait effacer parce que les questions restent les même pour tous.

 

Dans un monde en perte de repères, qui se cherche de plus en plus, elle est donc terriblement d’actualité.

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Source : https://www.gltmm.fr

 

Franc Maçonnerie: La Théorie Spéculative. 27 janvier, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
24 septembre 2017

Franc Maçonnerie: La Théorie Spéculative.

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 Il existe de nombreuses études relatant les origines profondes ou celles plus ou moins récentes de la Franc-Maçonnerie. En France comme en Angleterre, les documents sont accessibles, pour ne parler que des pays où les hypothèses sont vérifiables, mais toutes ces données sont diversement interprétées. Nous souhaitons apporter ici une pierre supplémentaire à cet édifice ; peut-être aussi quelques aspects nouveaux et utiles sur le sujet.

Avant-propos : il en est des théories comme des théoriciens, très peu ne résistent à l’épreuve du temps. Une théorie obsolète est abandonnée, plus rarement modifiée. Certaines théories font cependant date. Elles sont de véritables jalons dans les grandes avancées scientifiques ou celles des découvertes ayant permis l’explication simple, de causes complexes longtemps incomprises. Pour n’en citer que quelques-unes, on trouve : la Théorie de la  dérive des continents, celle de la relativité générale puis restreinte, la théorie des nombres, la théorie du Chaos, la théorie du Big-bang, les théories Quantiques…sont des événements qui nous parlent, évoquant des époques, des écoles de pensées, des noms de savants. Par exemple, Wegener pour les Continents, Einstein pour la Relativité, René Thom pour la théorie des Catastrophes, Max Planck pour la mécanique Quantique, sans oublier Charles Darwin et sa théorie de l’évolution, plus connue sous le nom de la Sélection Naturelle des Espèces. Et maintenant en voici  une sur l’Origine Spéculative de la Franc-Maçonnerie ! Une théorie de plus me direz-vous ? Une évidence ? Parlons plutôt d’un faisceau d’indices matériels, de probabilités, plus que d’une simple hypothèse argumentant une telle origine. Et puis, pourquoi ne pas spéculer sur une origine spéculative de la Franc-Maçonnerie à l’époque des Lumières ?

I/ Introduction. En premier lieu, rappelons qu’en toute chose il existe l’esprit et la lettre. A l’image de notre pavé mosaïque, ce peut être frontalement la chose et son contraire, mais ce peut être aussi la transition graduelle où tout n’est plus tout blanc et tout n’est plus tout noir, dans le passage de l’une à l’autre. Ce peut être aussi un basculement. A nous alors, d’apporter l’explication d’une progressivité transgressive ou celle d’une rupture.

L’esprit maçonnique empreint d’hermétisme et d’occultisme, se retrouve dans l’histoire du cerveau humain depuis les origines de l’homme, jusqu’à à la définition du terme de métaphysique par les premiers philosophes Grecs puis les suivants, jusqu’à nous au cours du temps. Ainsi, la Franc-maçonnerie se réfère-t-elle aux pratiques initiatiques transcendantes, héritées de la préhistoire, ou encore à celles du chamanisme égyptien, hindou, africain, aborigène… Beaucoup d’anthropologues, d’historiens, d’érudits F.M. tels René Guénon, ont décrit, recherché, dénombré, les symboles ou les postures y faisant référence. Tant en Loge, que dans les rituels codifiant un Rite donné, ces pratiques ont été diversement retranscrites au gré des époques et selon les Obédiences. Mais elles le sont toujours sur un substrat très voisin, plus souvent Déiste que Théiste, en leur signification gnostique, ésotérique, symbolisé par le Divin immanent, l’Unique Dieu G.A.D.L’U.

Nos usages maçonniques font aussi référence à deux autres thématiques, plus récentes au sens historique. La première c’est l’apport chevaleresque, à mettre en perspective avec les exploits des Templiers (les Gardiens du Temple) et avec tout ce que l’Écossisme leur doit. La seconde, beaucoup plus ancienne, qui elle a perduré, est l’apport des confréries, des corporations de bâtisseurs, apprentis, compagnons, dont l’histoire retient surtout l’aspect visible, grandiose, touchant au sacré, celui de l’édification des Cathédrales. Ce dernier aspect est constitutif des 3 premiers grades de notre rituel. Il est le symbole même de l’éternité maçonnique, puisqu’il remonte à la construction, puis reconstruction du temple de Salomon, avec Hiram-Abif puis Zorobabel. Et au-delà encore à d’autres Rites, avec l’édification des pyramides. Du tréfonds des secrets des chamans, aux principes géométriques des nombres magiques et des lettres sacrées : carré long, nombre d’Or ou transcendants, algorithme 3, 5, 7… étoile à 6 branches, lettres J. B. ou G, quadrature du cercle… tout est là pour que nous puissions nous élever parmi les autres frères. En apprenant la manière dont on taille la pierre brute avec justesse et harmonie, afin qu’elle s’assemble parfaitement aux autres pierres, non pour édifier un mur, une voûte, des contreforts ou des tours de Babel… mais pour construire ensemble, notre  Temple spirituel intérieur,  qui abritera la Sagesse commune, à l’image du Saint des Saints abritant l’Arche d’Alliance. Nul ne conteste ces apports bien établis, nul ne sous-estime la dette maçonnique que nous devons au modèle Opératif. Voilà le mot utilisé  : Opératif. Celui qui travaille, opère, effectue une tâche. Apprentis, Compagnons et surtout le Maître d’œuvre, ouvrant la carrière et mettant les ouvriers au travail, de midi à minuit. Le Maître, il n’y en a qu’un seul par chantier, comme il n’y a qu’un Capitaine commandant le Navire. Seul face au destin de tous, seul face à Dieu dit-on, et pour nous, puisqu’il s’agit d’élever, de bâtir, de créer, seul face au Grand Architecte De L’Univers. Seul, comme il n’y a qu’un seul V.M. qui préside à nos travaux, présent à l’O. dans la Loge.

On l’a dit, nul ne remet en cause les origines de l’esprit maçonnique. Le faire serait nier la Maçonnerie elle-même ou vouloir la rabaisser au rang d’une secte. Ce qu’elle n’est pas et espérons-le vivement, ne le deviendra jamais. N’en déplaise à ses farouches détracteurs, antéchrists et fascistes de tous bords, adeptes de la théorie du Complot. Théorie, d’ailleurs spécialement inventée après 1789 par un célèbre prêtre catholique, l’Abbé Barruel, voulant désigner ainsi une soi-disant conspiration judéo-maçonnique et jacobine, qui aurait servi les intérêts des bourgeois libéraux et athées, afin de faire chuter l’ordre établi. Attribuant les origines de la Révolution Française qui mit un terme à l’Ancien Régime, non plus à la révolte spontanée d’un Peuple opprimé par la famine et l’impôt, mais à un vaste complot anticatholique.

Ceci dit, le monde opératif a donné notre mot « maçon ». Mais qu’en est-il du qualificatif de Franc, Free en terminologie anglo-saxonne, désignant ces maçons ? Francs signifie affranchis, Free signifie libres. La nuance appelle réflexion. Le terme français peut laisser penser qu’à l’origine les bâtisseur-maçons n’auraient pas été libres ? Ce n’est pas faux si on considère le statut d’esclave qui fut courant dans l’Ancienne Égypte, la Grèce puis la Rome antiques et plus tardivement dans le servage de l’Europe médiévale et de la « France » des puissantes Seigneuries. L’expression est sans équivoque, liée au Serf non-affranchi. Comme l’étaient d’une certaine manière apprentis et compagnon, liés à leur Franchise de Corporation. Rappelons qu’en langue anglaise affranchis du servage se traduit par Free-slaves, et aurait dû donner : Freed-slaves-Masons. Alors que le mot Free seul, a lui une acception plus large et signifie « libre », tout autant que le fait de se libérer d’une contrainte, quelle qu’elle soit. Mais pas du tout celle de sortir d’un éventuel Servage. Car, ni la Franc-Maçonnerie anglaise, ni la Franc-Maçonnerie française n’ont songé un instant devoir apporter une réponse à la fin du servage ou de l’esclavage humain, du moins, surtout pas en recrutant en son sein, des personnes Esclaves, Serfs, dépendantes ou reprises de justice, aux fins de leur rendre dignité et liberté.  Là-dessus les Constituons d’Anderson sont claires : « Ni serfs, ni hommes immoraux ou scandaleux en Loge. Mais des hommes bons et loyaux, nés libres… ». Bien entendu, ni aucunes Femmes, ni domestiques ou serveurs d’auberge…. Le mot free, plus que celui de franc, à l’avantage de cette clarté. Free c’est donc avoir la liberté d’accomplir une tâche, de pratiquer une action libérale, un métier libéral. Le terme anglais paraît ainsi plus moderne que celui utilisé en français. A notre sens il lui est postérieur et il est significatif d’un autre contexte, nous le détaillerons plus loin. Quant au second qualifiant « Spéculatif » de spéculer, celui qui spécule, Speculator en anglais, on ne le trouve pas associé au terme Free-Masons. Et pour cause : contrairement au français ou le mot à un double sens, propre et figuré, dans la langue anglaise il existe deux mots très distincts correspondant au sens concret ou abstrait. Speculate pour la spéculation financière et Rely-on pour le sens abstrait de recherche intellectuelle. On notera que Rely-on, vient de Rely, faire confiance, compter sur… rejoignant l’idée de valeur, de condition pour les échanges, l’argent, la monnaie fiduciaire ! Et la boucle est bouclée : l’anglais n’ayant pas repris le mot français de Spéculatif, lui confère son ambiguïté terminologique toute française et pour nous ici spécifiquement matérielle, mercantile. 

I/ Le spéculatif. Où ?  Revenons à la France et au Royaume Uni. Les bâtisseurs-opératifs y sont fortement représentés durant tout le Moyen-âge et particulièrement en Angleterre avec la reconstruction de Londres après le Grand Incendie de 1666. Ces deux pays sont aussi les seuls à répondre aux critères actant le spéculatif dans l’esprit maçonnique. Côté Britannique, retenons plus exactement les villes de Glasgow et d’Édimbourg, qui représentent les foyers ancestraux d’une Franc-Maçonnerie traditionnelle, avec la réalité d’un écossisme issu des Statuts Schaw de 1599 de la Loge d’Édimbourg N°1 ou plus loin encore, celle de Kilwinning N° 0 appelée « Mother Loge » à l’O. de Kilwinning, près de Glasgow. Une Loge d’origine Templière, constituée elle, au XIIe siècle ! De l’antériorité donc outre-Manche, mais surtout des valeurs on l’a vu, chevaleresques, qui sont plus proches des milieux opératifs moyenâgeux que d’une quelconque idéologie commerçante, spéculative, à l’intérieur même de l’écosse. Le modèle christique de l’esprit de l’Ordre des Templiers, dissous pour hérésie par le Pape Clément V en 1312, est bien trop stable et trop puissant, dans une Écosse possédant peu de ressources naturelles, et de plus trop occupée à devoir résister militairement à la domination anglaise anticatholique, qui grandit et s’impose à elle. Reste donc la France. Et c’est sur une Loge-fille de Kilwinning, que se porte justement notre intérêt : la Loge Saint Jean d’Écosse à l’Orient de Marseille, signalée, malgré l’absence de preuves formelles, dès 1688.

Telle une étude de cas, on ne peut plus représentative de l’esprit maçonnique d’entreprendre des actions spéculatives, dans le but de faire du profit mais pas seulement, Saint Jean d’Écosse s’impose. L’histoire de cette Loge est incontournable dans la rupture maçonnique opérative/spéculative et bien entendu dans la destinée moderne d’une ville, à savoir Marseille ; tant le destin économique, social, politique, méditerranéen ou mondial de la cité, apparaît lié à celui des Francs-Maçons regroupés dans cette Loge, et ce, dès la fin du 17e siècle. 

Au 18e siècle, Marseille sort exsangue de plusieurs épidémies de Peste Noire, dont celle de 1720, appelée la Grande Peste. Plus de 40 000 morts sur 90 000 habitants et qui sera la dernière épidémie enregistrée dans notre pays. Le Port de Marseille sera fermé plus de deux ans et demi, les fabriques arrêtées faute d’ouvriers, le commerce local suspendu faute d’approvisionnement par méfiance de contamination. La ville est enserrée dans des constructions de murs et de contrôles de passages, dont le but est que l’épidémie ne se propage pas dans l’arrière-pays. Malgré ce, en Provence, il y aura au total 120 000 morts sur 400 000 habitants !

Les grands maux ne sont jamais isolés. Il se produit au même moment dans le pays, la faillite bancaire du système Law. John Law (on prononce Lass) fils d’un célèbre banquier d’Édimbourg est un aventurier huguenot écossais. Très doué en arithmétique et malicieux-joueur, il parvient à être autorisé à fonder la Banque royale de France, qui va imprimer les premiers billets-papiers en guise de monnaies ; cela afin de fluidifier le commerce, car d’une part le métal précieux se fait rare et d’autre part, il faut résorber la dette colossale laissée par Louis XIV. L’invention de Law engendrera la banqueroute de 1720 qui ruine la plupart des riches hommes d’affaires français. Bien qu’un tel système monétaire soit ingénieux, pratique, plus souple que la monnaie d’or ou d’argent, il fera perdurer la méfiance des actionnaires à l’égard des billets-papier. L’économie française est sinistrée, le port de Marseille est paralysé. Cette situation va durer jusqu’en 1724. Il faut attendre une décennie pour qu’à nouveau l’économie nationale et locale se porte mieux. En 1737 la loge Saint Jean d’Écosse est à la tête de la prospérité portuaire, donc de la ville. Monseigneur Belsunce Évêque de Marseille, brillant exorciste du fléau de la Grande Peste, dévoué aux malades pestiférés, signale au Préfet de police : « Je ne sais Monsieur, ce que sont les francs-Maçons, mais je sais que ces sociétés sont pernicieuses à la religion et à l’État. La majorité d’entre eux sont protestants et composent une mystérieuse organisation, influente et fermée ». Allusion et preuve de l’existence d’une Loge vouée au négoce international, d’un atelier phare, concurrençant ceux de la G.L.de F principalement présente sur Aix-en-Provence, dans l’austérité d’un temple où dominent un fort recrutement des Frères dans la Magistrature, notaires, huissiers de justice compris. Dès 1740 Saint Jean d’Écosse de Marseille devient le Temple le plus influent, comptant le plus de F.M, plus d’une centaine au total. Vraisemblablement domicilié Rue de La Loge à Marseille, derrière Hôtel de Ville et le quartier Grand’ Rue. C’est là que se trouve le centre administratif de la cité phocéenne, lieu du Palais communal et de la Loge (c’est son nom) de Commerce.

Quartier passablement détruit à la Révolution puis en 1943 lors de l’occupation allemande. Quartier où l’on peut encore admirer outre la Mairie style Louis XIV, les plus anciennes demeures aristocratiques de la ville : l’Hôtel de Cabre datant du XVe siècle, la Maison diamantée datant elle du XVIe, construite dans le plus pur style italien des Médicis, l’ancien Palais de Justice où se dressait la guillotine et les prisons en sous-sol, rénové au milieu du XVIIIe en Pavillon Daviel. Demeure de Jacques Daviel qui fut le chirurgien du Roi Louis XV. Oculiste-Ophtalmologue, le premier à réaliser une opération de la cataracte en 1745. Et l’Hôtel du Saint Esprit (futur Hôtel-Dieu) où précisément Daviel termina ses études de Chirurgien. Notons au passage que lors de sa création en 1753 l’Hôpital de l’Hôtel-Dieu de Marseille, est le seul en France où les malades sont pris en charge par des laïcs et non par des religieuses comme c’est partout le cas à cette époque. Faut-il y voir un signe de l’emprise de Loge maçonnique dans les mœurs locales ? C’est au cœur de ce quartier prestigieux que se trouve le Temple des Frères de Saint Jean d’Écosse, dont on signale volontiers qu’il est le plus richement décoré de son temps. Ses réceptions, ses fréquentations ne passent pas inaperçues, elles rehaussent le prestige de la ville. Les familles bourgeoises, les notables étrangers y élisent domicile, s’y installent en nombre. C’est aussi dans ce périmètre qu’il de bon ton, au siècle des Lumières, de faire construire son « trois fenêtres marseillais », sans ouverture au nord.  A cause du mistral où en simple rappel d’une symbolique bien connue de nous tous ? La question mérite d’être posée.

Dans le milieu du 18e siècle, Marseille est un grand Port cosmopolite, avec des Négociants locaux et nombre d’affairistes Genevois, Allemands, Danois, Hollandais, Italiens, bien installés. Ils y ont leurs pratiques journalières, dans la grande tradition des Armateurs, Banquiers-prêteurs, Négociants, Conseillers-interprètes, Assureurs… celle précisément dont Jacques Cœur a incarné l’ascension dans la France du XVe siècle. Avec cependant davantage d’autonomie, loin du pouvoir central et davantage tournés vers les horizons lointains, plus que vers l’intérieur du pays ou Paris. Le but de Marseille est de concurrencer Gênes, de ne plus se limiter au bassin méditerranéen, de faire de nouveaux profits grâce au commerce mondial, notamment celui des Îles, avec le sucre, le café, le cacao, les épices, les agrumes, les étoffes et les métaux précieux… Tout en demeurant en dehors du commerce triangulaire, celui de la traite des esclaves, largement pratiqués à Nantes, Bordeaux ou ailleurs. Marseille se veut pionnière, salutaire au grand négoce maritime, pour elle-même, plus que pour son arrière-pays ou son Roi. Les notables recherchent la réussite commerciale tout autant que l’ascension sociale pour eux et leur famille. Allant jusqu’à envisager l’achat très coûteux de titres de noblesse en acquérant des charges royales, quasi inaccessibles. De ce fait : quelle que soit leur nationalité, leur culture, leur religion, leurs origines, devenus riches, ils sont convaincus que seule, la Franc-Maçonnerie pourra légitimer leur rang. La loge Saint Jean d’Écosse constitue donc pour eux, l’unique moyen d’accéder à cette notoriété locale et par là-même, reconnue au-delà des frontières du Royaume.

La France de l’Ancien Régime est organisée en trois Ordres : Noblesse, Clergé, Tiers-État. Elle n’a jamais permis l’ascension par le mérite personnel. L’école publique gratuite et obligatoire n’existe pas. Seul le Clergé et les Précepteurs privés sont autorisés à délivrer un enseignement payant, dont la majorité des gens, artisans, commerçants, ruraux ou paysans, qui représentent 90% du peuple, sont exclus. Et d’abord les filles, conditionnées à leur état de futures femmes, vouées aux tâches ménagères ou agricoles, jouissant de l’unique considération à produire et élever des enfants. Autant dire que la condition féminine est alors matériellement soumise à sa dépendance aux hommes ou aux institutions religieuses. Ces façons d’être constituent un servage féminin. Les Constitutions d’Anderson de 1723, l’expriment clairement : « Ni femmes, ni Serfs… ». Règlements impératifs auxquels les femmes sont assimilées sans ambiguïté, aux individus dépendants et soumis. Rares sont aussi les non-Nobles ou non-Aristocrates à être instruits, c’est à dire à cette époque savoir lire-écrire et compter, et encore plus rares ceux qui prétendent avoir fait leurs Humanités, principalement le Latin et le Grec de notre baccalauréat. Plus exceptionnel encore, avoir fréquenté l’Université, essentiellement médecine ou droit. Côté connaissances et transmissions des mathématiques on peut dire que l’aspect géométrique incombe à aux architectes-bâtisseurs, les Opératifs dont a parlé plus haut, tandis que la seule arithmétique est dévolue aux banquiers et aux commerçants, longtemps juifs, secondairement hollandais, arabes ou hindous. Un tel système perdurera jusqu’à la Révolution française.

A Marseille la situation est différente. Cette ville portuaire, éloignée du pouvoir royal, épargnée par les conflits religieux, tourne délibérément le dos au pays. Autant par sa situation privilégiée et stratégique en bordure de la Méditerranée, que par sa ferme volonté d’obéir à un Ordre nouveau. Novateur économiquement et socialement. C’est sur ce postulat, que la Loge de Saint-Jean d’Écosse installe sa Révolution silencieuse. Un siècle avant 1789 un groupe maçonnique émet le projet de constituer une classe Bourgeoise spéculative, franc-maçonne, sans titre de noblesse, ni instruction officielle. Les grades maçonniques feront pour elle, offices de charges laïques eu lieu et place de celles demeurées trop longtemps inaccessibles et très coûteuses. La fraternité initiatique délivrera l’apprentissage des compétences nécessaires qui font défaut. La Maîtrise et les grades supérieurs apporteront ensuite l’accès aux domaines artistiques, de l’Art, des belles Lettres et de la Musique.

Faute de documents fiables et pouvant être recoupés, les historiens ont abandonné l’idée d’une Loge Marseillaise patentée dès 1688, crée par des Jacobites, sous couvert de la R.L. D’Édimbourg, dans les archives de laquelle on ne trouve d’ailleurs rien allant dans ce sens. Cependant, de là à parler de « légende » nous avons du mal à le croire. L’exil écossais de 1688 est une réalité historique, la présence d’Officiers, de bas-officiers dans les grands ports français, au service de l’armée et de la marine marchande est un fait. On imagine aisément qu’ils y apportent leurs pratiques maçonniques.  L’hypothèse d’un Atelier propre à la marine écossaise et de quelques aristocrates en exil, s’ouvrant aux gradés de marine en transit, puis progressivement aux notables négociants marseillais locaux, demeure plausible. Avec ou sans patente, à cause d’un isolement géographique et administratif. Cela de 1688 au moment où la Loge est signalée, jusque vers 1730-37 moments pour lesquels des documents formels existent. Pour ce qui est d’envisager une création plus tardive en 1751 par un aristocrate écossais du nom de George Wallnon ou Duvalmon, muni d’un pouvoir émanant d’Édimbourg (?) les faits sont contradictoires.  Dès avant cette date, en 1749 des documents attestent que des maçons jacobites venant de Marseille visitent en nombre, la Loge d’Avignon. C’est bien la preuve que Saint Jean d’Écosse existe déjà. C’est d’ailleurs elle, qui créa sa Loge-fille d’Avignon. Rien ne contredit une existence fin XVIIe. Le pouvoir de Wallnon daté du 17 juin 1751, ainsi que la passation de chaire, Wallnon-Routier en date de 1762 ne sont que des épisodes transitoires, d’une existence réelle et déjà connue auparavant. Une cinquantaine d’années d’un fonctionnement informel ou sporadique, dû aux événements catastrophiques locaux, paraît vraisemblable, d’autant qu’un courrier du 30 messidor AN II (18 juillet 1794) entre les Frères de Saint Jean d’Écosse et le G.O. mentionne : « Un titre en original a existé, il a disparu pendant les temps malheureux qui ont suspendus nombres d’années les réunions maçonniques. » Allusion à la période de la Grande Peste, car il est bien trop tôt à cette date pour que ce soit celle de La Terreur et de la mise en sommeil de la Loge, consécutive à ces événements, période allant de 1794 à 1801 ! De toutes manières, Saint Jean d’Écosse à l’O. De Marseille, fonctionne conformément aux Règlements Généraux d’Édimbourg rappelés à partir d’un document du 11 juillet 5742 (1742) antérieur à toutes ces dates et qui lui est destiné :

« Toutes Loges établies dans l’étranger par la Respectable Métropole Loge d’Édimbourg, directement, seront regardées comme Mères-Loges et en cette qualité auront le droit de pouvoir constituer des Loges écossaises, mais elles n’auront point celui de transmettre ce pouvoir. »

N’en déplaise aux Obédiences françaises et autres historiens, à notre sens cette création dans la seconde moitié du 17e siècle, tient plus d’une probabilité que d’une légende ! Et on peut aussi voir dans Saint Jean d’Écosse de Marseille, comme chez les Jacobites de Saint-Germain-en-Laye, dans leur filiation avec la Loge de Kilwinning N°0 près de Glasgow, un juste retour sur notre sol, de l’esprit de l’Ordre des Templiers.

III/ Le Spéculatif. Quand ? Les textes historiques rapportent que l’époque des bâtisseurs de cathédrales, correspond au plein essor des corporations qui s’érigent en guildes, jurandes, confréries de divers métiers, qui souhaitent préserver leur cadre légal, pour affermir et spécifier leur rôle. Ainsi refermées sur elles-mêmes et jugées restrictives, sinon suspectes, au fil des siècles ces organisations vont être en France la cible des religieux dogmatiques ainsi que de l’absolutisme royal, qui cherchent par tous les moyens à les contrôler. Fin 18e siècle, Turgot, Allard, puis Le Chapelier et sa Loi du 14 Juin 1791 supprimeront définitivement de telles pratiques.  Est-ce à dire qu’à partir de ce moment précis prennent naissance, les sociétés secrètes qui préfigurent notre Franc-Maçonnerie spéculative ? Rien n’est moins sûr. A la question quelle filiation y-a-t-il, peut-il y avoir, entre les pratiques opératives des compagnons-maçons-bâtisseurs et les pratiques spéculatives des Francs-Maçons, la réponse des chercheurs est unanime : aucune. Aucune au sens de l’histoire, où l’une aurait permis et conditionné, l’existence de l’autre. Rien de probant sur une telle transition. On ne peut l’envisager que comme une rupture puisqu’il n’y a aucune preuve de l’existence d’un chaînon manquant. C’est à dire de présence de Loges hybrides, qui auraient pu constituer une maçonnerie opérative, au début majoritairement composée de bâtisseurs et, se peuplant par la suite de maçons-lettrés, de francs-maçons, d’intellectuels.  Bien entendu au sens de l’Histoire prise à la lettre et non au sens de l’esprit Opératif traditionnel, revendiqué depuis leur création par les Rituels mis en pratique. On peut imaginer que des ateliers Corporatifs et des Loges maçonniques aient pu coexister dans certaines grandes villes. Mais sans liens institutionnels, ni mixages de ces structures entre elles, tels que le sont de nos jours, Compagnonnage et Loges maçonniques. N’y aurait-il alors in fine de Maçonnerie moderne que spéculative, comme il est coutume de dire qu’il ne peut y avoir de Républiques que Laïques ? On est en droit de le penser. C’est une maçonnerie spécifique, nouvelle dans son but, traditionnelle dans sa pratique, qui apparaît donc à l’époque des Lumières.

Petit rappel instructif : on appelle les Lumières, une période démarrant en 1688 en Angleterre avec La glorieuse Révolution calviniste chassant le Roi catholique Jacques II Stuart et on retient en France la date de 1715, avec la mort de Louis XIV, pour vraiment voir débuter cette période, se finissant à la Révolution Française.  Au-delà du nom, cher aux F.M que nous sommes, « Les Lumières », représente un important mouvement, européen, déiste. Il est capital pour nous, puisqu’ il marque l’avènement des connaissances philosophiques, des intellectuels, de la science, face à l’obscurantisme des superstitions, l’intolérance, les abus de l’Église et de l’État. On peut dire que la fin des Lumières correspondant à la fin de l’Ancien Régime et citer Napoléon : « Il n’est que deux seules puissances dans le monde, l’épée et l’esprit, mais à la longue l’esprit l’emportera sur l’épée. »

Pour le caractère purement spirituel de la F.M., on n’a donc pas de date précise, seulement une période. Il convient désormais de rechercher une cause légitime, dans la naissance de ce nouvel Ordre spéculatif, constitutif d’une organisation maçonnique purement intellectuelle et non (plus) manuelle ou d’allégeance proprement opérative. Cherchons en Europe donc, et notamment dans les deux pays possédant la clef, les Lumières, de cette histoire. Les dates de création de La Grande Loge de France puis du Grand Orient étant connues, respectivement 1738 et 1773, il ne restait pour la Grande Loge Unie d’Angleterre qu’à être positionnée avant elles. Connaissant en tout le chauvinisme Anglais (nous disons bien Anglais, et pas Écossais, ni Irlandais, ni Gallois), la date de 1717 fut retenue et confirmée, pour la consécration de la Grande Loge anglaise, issue de la fusion de 4 Loges, domiciliées dans les Tavernes où elles se réunissaient. Outre ce fait, singulier par la petitesse des lieux et la négation de ce qui se passe ailleurs en Écosse ou en France, cette hypothèse de « Loge-mère » sera vite battue en brèche au sein même de La Grande-Bretagne.

Penchons-nous un instant sur la possibilité d’une Maçonnerie moderne et spéculative, née en Grande Bretagne. Possibilité ou plutôt impossibilité ! Quatre Loges : L’Oie et le Grill, Le Pommier, La Couronne, Le Gobelet et les Raisins, se fédèrent donc et constituent la Grande Loge de Londres et de Westminster devenant peu de temps après, la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il faut plus y voir là, à notre sens, un désir de tourner la page et d’en finir avec la maçonnerie Stuartiste. Maçonnerie foncièrement militaire, trop Catholique et Christique, telle qu’elle apparaît encore dans La Constitution Payne, codifiant une pratique qui n’est plus du tout dans l’air du temps, depuis l’exil des Jacobites. Ainsi prennent naissance à partir de 1721 les Nouvelles Constitutions, dites d’Anderson, les « anciennes » fraîchement édictées par Payne en 1720, étant jugées « fautives et dévoyées ». Si le premier G.M. de la G.L. Unie d’Angleterre est en 1717 un modeste opératif savetier, les suivants actent la volonté d’un profond changement politique et religieux. On y retrouve bien entendu Anderson, un pasteur presbytérien ; Désaguliers, un savant, mais surtout un prêtre anglican fils d’un pasteur Huguenot chassé de France. Le Duc de Montaigu, l’homme le plus riche d’Angleterre à cette époque. Le Duc de Wharton, un noble ruiné, surendetté, alcoolique.

Comment voir là-dedans, dans cet aéropage hétéroclite, et à leur suite, la naissance d’une Maçonnerie moderne ? D’autant que l’article IV de ces Nouvelles Constitutions d’Anderson, stipule clairement : « nul ne peut être G.M. s’il n’est, noble de naissance ou gentilhomme, ou savant, éminent architecte, homme de l’Art d’honnête ascendance » ! Certes les principes opératifs et chevaleresques de base sont conservés, avec en plus, quelques compléments postérieurs, notamment sur les lois Noachides (relatives au Déluge et à Noé) et bien entendu, pour ne plus faire obstacle à la pensée calviniste, on y rajoute l’immanquable ouverture religieuse, plus déiste que théiste d’ailleurs. La personne athée étant elle, toujours perçue comme quelqu’un atteint de stupidité. On est bien loin, il est bien fini, le temps de la doctrine apostolique OBLIGATOIRE, de la pensée unique, pour être admis en maçonnerie, telle que le mentionnait la Constitution dite Stuardiste de George Payne.  Mais rien ne signale cependant, en ce début des Lumières outre-Manche, un vaste mouvement philosophique et/ou scientifique, porté ou relayé par la Franc-Maçonnerie. Il n’y a aucune remise en cause sérieuse de l’existence du Dieu de la religion catholique, aucun refus des dogmes, ni aucun laïcisme. Il convient désormais plus que jamais, de croire au Glorieux Architecte du Ciel et de la Terre, afin d’éviter de paraître stupide. Malgré le renforcement de cette adaptation spirituelle, rien ne change vraiment et tout au plus peut-on considérer qu’une Loge calviniste s’impose. Il s’agit de celle dénommée : Le Gobelet et les Raisins. C’est une Loge forte de ses 24 Nobles, Chevaliers de Hauts rangs, Activistes et Pasteurs anglicans, Scientifiques notoires membres de la Royal Society d’Isaac Newton. Anderson et Désaguliers à la tête de cet Atelier de 24 frères, prennent le pouvoir maçonnique. La nature a horreur du vide… Le pouvoir est aisément, glorieusement, confisqué aux Loges militaires des Régiments écossais et irlandais demeurées fidèles à la royauté catholique déchue, exilée et installée par Louis XIV à Saint-Germain-en-Laye. Contrairement à ce qui se passe en France au même moment, principalement à Marseille, on peut dire qu’il n’y a rien de Moderne, ni de Spéculatif, dans ce revirement maçonnique anglo-saxon. Ce n’est pas parce que le mode Maçonnique-Opératif s’éteint en Grande Bretagne, ou parce l’écossisme-stuartiste est bouté hors du Pays, que le Spéculatif s’y installe automatiquement. Les Loges militaires écossaises avaient anticipé un tel changement, en initiant des non-opératifs ou des non-militaires, mais indépendamment du désir de créer un quelconque modèle véritablement spéculatif. Seulement dans le but de renforcer une présence, peu ou prou menacée par l’Anglicanisme, en s’ouvrant à la société civile et en répondant à l’évolution des mœurs de son époque.

C’est en cela que notre théorie éclaire et nuance, les étapes d’une évolution factuelle de la Franc-Maçonnerie jacobine vers la Franc-Maçonnerie anglicane, hors d’un quelconque souci spéculatif. Sans pour autant y voir une filiation mécanique et logique entre les périodes ou les Rites. Le fait de vouloir « soucher » à tous prix tel mouvement nouveau sur tel autre, paraît moins adapté que la simple prise en compte des circonstances historiques réelles. Toute rupture supposée est le fait d’un événement majeur, qui oblige à s’adapter, ou à disparaitre. La fonction franc-maçonnerie, obéit à cette règle dans lequel l’ensemble étudié est différent de zéro. « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » selon la célèbre formule de Martin Heidegger, car répétons-le : « la nature a horreur du vide ».  

On pose ainsi le diagramme :

1/ En ordonnée, la viable d’ajustement de 0 à 100. Portant l’axe de la Spiritualité.

0 = Athéisme, 50 = Déisme-Théisme, 100 = Idolâtrie.

2/ En abscisse, la constante Temps, portant l’axe des Pratiques : Ancestrales : Chamanes, Opératives, Templières. Anciennes : Militaires, Aristocratiques (Art Royal). Modernes (Laïques) : Spéculatives, Philosophiques, Sociétales.

Disons ceci : la Franc-Maçonnerie répond à l’équation scientifique : à chacun sa spiritualité, à chaque groupe ses pratiques rituelles. L’effet additionnel cumulatif des pratiques ésotériques, hermétiques ou bibliques, y apparaît nettement. En qualité d’apports potentiels et non de filiation directe. Un tel diagramme place la Franc-Maçonnerie à l’opposé des Sectes (100%idolâtres) et des Religions (100%pratiquantes) qui elles, ne peuvent répondre de la sorte à une analyse cartésienne. Soyons en sûr : la Franc-Maçonnerie anglaise, Stuartiste-militaire ou Hanovrienne-aristocratique, n’offre ni aspect moderne et ni aspect laïc, dans le vrai sens du terme, donc celui du respect de TOUTES les religions. Le dessein de la Grande Loge Unie d’Angleterre fut seulement d’intégrer le principe presbytérien comme facteur de Régularité et d’Appartenance, afin d’imposer à ses Loges patentées, l’uniformisation de leurs pratiques, en signe de cette appartenance. Certains verront là, un juste prolongement de la Querelle des Anciens et des Modernes, version maçonnerie-anglicane !

Voilà notre humble avis, face au puissant esprit de clocher anglais. Mais nous n’entrerons pas davantage dans ces querelles intestines et dirons simplement, qu’à trop vouloir tirer la couverture à soi, on finit par la déchirer. De là à passer au plan juridique ou défendre de telles causes armes à la main, serait encore plus ridicule.

Nous laisserons volontairement de côté et à d’autres, cette question de savoir QUAND, à quelle date, s’est effectué précisément l’apparition du mode spéculatif dans la Franc-Maçonnerie française ou anglo-saxonne. Certainement pas à une date précise, les choses étant le plus souvent dans la progressivité au gré des circonstances, elles-mêmes multiples et étalées dans le temps. En revanche, confirmant le fait qu’elle soit née à Marseille, comme d’autres courants maçonniques ont pu naître ailleurs, au gré d’autres circonstances, d’autres époques. Notre diagramme en schématise certains aspects. Tentons cependant une typologie de ce que nous nommerons les différents courants maçonniques, pour les plus connus au cours du temps. Sans classement réel, ni a priori, concrètement existants, au sens des inspirations (souches) revendiquées, des Rites et des Obédiences le plus pratiqué.

F.M. Symbolique, Hermétique, Esotérique, bien évidemment toutes les Loges y souscrivent

F.M. Judéo-Chrétienne

F.M. Ecossaise Stuartiste militaire, puis Presbytérienne

F.M. Egyptienne

F.M. Républicaine, Laïque

F.M. Féminine, Mixte, Masculine, Universelle

F.M. Spéculative, Politico-Affairiste, Philosophique, Sociétale…

Laissons à chacun d’entre nous le loisir d’y repérer telles ou telles autres Organisations Obédientielles …

Ces 7 grands courants sont représentatifs de « l’adaptabilité » de la Franc-Maçonnerie et de sa perpétuelle remise en cause, selon les époques de son Histoire. Le tout sur un « fonds-de-commerce » solide, tout autant symbolique que spirituel.

Remarque importante en a parte. Malgré un apport Hermétique (alchimique et scientiste) certain, on notera qu’à ce jour la F.M. n’a pas, du moins pas encore, de véritable courant scientifique. Pas pseudo-scientifique ou comme nous aimons à le préciser péjorativement : un courant de « Maçonnologues » c’est-à-dire, d’inspiration pseudo-scientifique ou par certains côtés, Nostradamussien. Non, un vrai mouvement maçonnique des Sciences, en association avec les Grandes Ecoles, l’Université, les Universités nouvelles du temps libre, les chercheurs et pourquoi pas l’Institut, l’Académie des Sciences. L’explication tient plus au fait des incompatibilités majeures entre Les Sciences exactes et Le Sacré, qu’à celui d’une absence de Chercheurs, Docteurs, Savants, en postes ou émérites, d’intellectuels, d’érudits-Francs-Maçons très qualifiés, dans nos rangs ! Regrettons-le, car la nostalgie d’une Maçonnerie des Lumières, spéculative au sens des idées novatrices, demeurera toujours en nous.

Nombreux sont les Scientifiques qui étudient depuis longtemps la Maçonnerie sous toutes ses coutures, parfois avec des préjugés hostiles, mais bien rares sont les Frères reconnus et respectés par eux, pour leurs publications, leurs planches ou leurs travaux synthèses. Ne parlons pas des théories maçonniques, elles ne franchissent que très rarement les portes de nos Temples… ni elles y rentrent, ni elles n’en sortent !  Mais il nous appartient de réfléchir et de nous dire : Quand faire le premier pas vers les Sciences, comme d’aucuns et ils sont pléthoriques, l’ont fait vers la Politique ? A notre sens, plus que toutes autres organisations, notre Grande Loge Symbolique, mono-rituelle, Filiation Robert Ambelain, pratiquant le rite Écossais Primitif, est tout à fait apte à revendiquer de tels accords avec la Communauté scientifique globale. Par sa Revue, ses travaux de grande qualité, son appartenance au CLIPSAS, à l’Alliance Européenne et plus récemment à l’Observatoire de la Dignité Humaine (ODH-HDO) de l’appel de Rotterdam du 29 mai 2016, la GLS-REP est prête pour assumer une telle jonction. De nos jours, la Franc-Maçonnerie accueille dans ses rangs, ceux et celles qui « accidentés » de la vie sociale, économique, voire religieuse, viennent chercher un appui moral, spirituel, tout autant que des réponses plausibles à la question fondamentale de leur existence. C’est parce que les sociétés modernes ont échoué dans cette mission que nous leur devons un effort de vérité. D’explications simples et accessibles, dans l’état des avancées scientifiques et des connaissances actuelles, sans a priori, ni division, ni conflit idéologique. C’est pour cette raison que le rapprochement vers les Sciences, La Science, s’avère fondamental pour notre devenir de Francs-Maçons responsables, à l’orée du XXIe siècle. 

Cet a parte dit, il importe maintenant d’établir, le Comment et le Combien, puis le Pourquoi, d’un tel changement spéculatif dans l’histoire de la Franc-Maçonnerie.

IV/ Le spéculatif.

Comment ? Pour des Francs-Maçons spéculatifs la vision du futur est essentielle. Le passé n’apparaissant qu’en référence d’une légitimité relative. Voire d’antériorité, d’aspect religieux ou pas, offrant une position voulue dominante. Situation difficile, d’autant que nos origines sont d’un abord complexe dans l’historique de cette mutation, entre opératifs et spéculatifs. S’il est hasardeux de savoir quand s’est fait ce changement, il est intéressant de se poser la question : à quoi peut servir une telle évolution ? Pour nous Francs-Maçons, spéculer signifie actuellement réfléchir, imaginer, cela dans un sens noble qui n’a rien à voir avec l’espoir d’un profit ou d’une prise de risque pour gagner plus d’argent.  La pensée spéculative est celle qui observe, au sens du mot latin. Speculator : c’est l’observateur. Mais c’est aussi celui qui éclaire par sa vision, sa recherche, son travail intellectuel. Par son analyse et sa synthèse, il tente d’éclaircir toute perspective future. Pour ce faire, il se pose sans cesse la question : « que se passerait-il si… ? ».

Et en l’occurrence, que se passerait-il si la Franc-Maçonnerie-spéculative, dans le plus pur esprit corporatiste, n’avait été qu’un outil issu des Lumières, au service de l’avènement de la libre entreprise ? « Free » pour pouvoir déroger au Culte et à la Royauté, ligués ensemble contre elle ? « Franche » au sens d’un espace non assujettis aux lois fiscales en vigueur ? Une zone grise, ni blanche, ni noire, mais avant-gardiste, composée de spéculateurs, d’habiles négociateurs, comme l’avaient été en leur temps les Templiers. L’Ordre du Temple, fidèle aux Papes et aux Rois… mais pas trop ! Les Templiers, enrichis et puissants au point de prêter main forte et argent, aux souverains… mais pas trop ! Un Ordre incontournable, au point de représenter un État dans l’État, ce que ni un Pape, ni un Roi, ne pouvaient accepter. La suite on la connaît. Les Francs-Maçons eux aussi avaient en mémoire cette histoire. Ils en tirèrent profits du 16e au 18e siècle et encore aujourd’hui. Un groupe (sans parler des individus qui le composent, mais bien de ce qu’ils sont ensemble) ; un groupe fédère ses ambitions qui ne sont, ni confessionnelles, ni politisées, ni socialement typées, mais volontairement restreintes à leur activité commune. Il s’auto-reproduit dans une cooptation rigoureuse, exclusivement masculine, à forte ambition spéculative et expansionniste… Ce groupe s’organise dans une époques troublée, incertaine, sans avenir, dans un royaume endetté par le luxe et les guerres, peuplé d’un clergé puissant et corrompu. Si les Lumières et la Maçonnerie c’est ça, on est bien loin alors, d’un angélisme maçonnique universel ! Au risque de voir ressurgir les vieux démons du capitalisme libéral, disons que cette F.M. d’obédience affairiste, plutôt d’inspiration protestante, mais pas que, n’a aucun complexe avec l’argent et l’enrichissement personnel. Pour elle, gravir les étapes maçonniques, c’est aussi manifester son ascension dans l’échelle sociale.

Comptables, commis, financiers, commerçants, négociants, artisans, officiers de marines, simples marins, marseillais, écossais… Apprentis, Compagnons, Maîtres en la matière… Toutes ces personnes, complètement étrangères aux métiers de bâtisseurs de cathédrales, se réunissent en Loge à Marseille et se répartissent des fonctions économiques. Il leur faut des cordons de Maîtrise et des grades supérieurs, tant les progressions sont rapides. Les Rituels du 18e siècle codifieront cela à merveille, avec la concurrence des Obédiences qui se constituent. On puise encore plus avant dans la Tradition, la Bible, les textes anciens, on modifie, construit, reconstruit. Et surtout on codifie l’oralité. Ainsi progresse-t-on rapidement.

Pour ces Francs-Maçons la route est tracée. Il leur faut vaincre les obstacles de leurs profondes différences, ainsi que ceux de leurs opposants institutionnels et religieux. Il leur faut anticiper, spéculer sur l’avenir du Port de Commerce Marseillais. Aplanir, supprimer les barrières autant morales que physiques contraires à leurs projets. Deux écueils dont l’évitement sera décisif dans leur visée spéculative :

1°/ Résoudre le problème de la sécurité en mer, afin d’assurer la prospérité de Marseille.

2°/ Vaincre celui de la concurrence commerciale, principalement Juive aux 17e et 18e siècles.

Le premier écueil se chiffre en centaines de navires perdus, par naufrages, actes de Piraterie ou prises par l’ennemi. Les archives n’en distinguent pas la cause mais les pertes sont consignées, année après année. De 1704 à 1714 la Chambre de Commerce de la Cité Phocéenne, en dénombre 1866 en 10 ans, soit 186 navires perdus par an. De 1715 à 1745 il y en a 820 soit sur 30 années, 27 navires perdus par an. De 1745 à 1757 il y en a 961 soit sur 12 années 80 navires perdus par an. De 1757 à 1770 il y a 937 perdus, soit sur 13 années 72 navires perdus par an. Pour les 25 ans suivants, la Chambre donne la moyenne de 24 navires perdus chaque année, les mers sont plus sûres ! Mais, plus de 5000 navires au total sont perdus entre 1704 et 1795 ! Le mauvais temps n’explique pas tout. L’arraisonnement, le vol des cargaisons, les rançons pour la restitution des prises humaines, les navires eux-mêmes, offrent des ressources faciles et disponibles en nombre. Pour la Chambre marseillaise, c’est beaucoup plus qu’un problème. C’est un grave fléau. A maintes reprises elle doit rehausser ses taxes portuaires, pour combler les manques à gagner. Mais ce n’est pas tout. Pour la sécurité en Méditerranée, la Chambre arme et fait construire ses propres navires escorteurs, dépêche des frégates, constitue des équipages. Sollicite à prix d’or la marine royale bien mieux pourvue en galères et soldats expérimentés, d’autant que l’exil massif d’écossais, d’irlandais, complète utilement ses effectifs. Tout marin étranger ayant été plus de dix ans au de service de Sa majesté se verra d’ailleurs proposer la Nationalité française. Pour toutes ces raisons, cette alliance de la Chambre traduit de fait en une relation crypto-maçonnique entre Marseille et le Roi. Chacun y trouvant un intérêt majeur dans le secret qui s’impose, afin de ne pas éveiller les soupçons catholiques et ceux de l’Inquisition. La Loge spécule, imagine un avenir encore plus florissant, tel celui des Vénitiens du XVe siècle et de leurs 6000 galères. Les Francs-Maçons de Saint-Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, œuvrent en secret pour obtenir du Roi Louis XIV leur sécurité maritime, tandis que celui-ci se sert d’eux pour financer les tentatives destinées à la restauration des Stuart chez eux et régler par la même occasion, l’état de ses finances en grands périls. Le coût exorbitant des guerres, la construction de Versailles, les dépenses somptuaires de la Cour, de la Noblesse, ayant ruiné le royaume… Et au passage, le pouvoir royal règle aussi ses conflits avec les Anglais. Mais pas seulement.

La question Juive fut sous l’Ancien Régime une question récurrente de l’intolérance catholique et des royautés successives.  Après 1501 sous Louis XII, les juifs n’ont plus droit de cité dans le Royaume de France. Un bon nombre s’est converti au catholicisme, mais la plupart se sont exilés à l’étranger. En 1650 c’est le Parlement de Provence qui applique une interdiction de séjour pour les Juifs. En 1682 c’est le Roi Louis XIV et Colbert en personne, qui ordonnent et signent l’expulsion des Juifs de France. Le problème ressurgit en 1750. A croire que les lois et les contrôles n’avaient que peu d’effet à cette époque. Cette fois c’est la Chambre de Commerce de Marseille elle-même qui se manifeste, se plaignant de la présence juive dans les comptoirs français et accusant les juifs de complicité et de recel de cargaisons piratées. En 1758 un arrêt du Parlement de Provence, interdit aux Juifs tout achat et revente de marchandises à Marseille et ramène leur autorisation de séjour de 8 à 3 jours. A notre sens, il faut voir en tout cela un acharnement catholique anti-juifs constant, plus qu’un problème spécifique posée à la Chambre de Commerce. Via la Chambre, c’est la Loge contrainte, qui avec habileté s’est fait l’écho de vagues prétextes commerciaux antisémites, afin d’obtenir du monarque la sécurité maritime dont elle a le plus grandement besoin.

Il est intéressant de noter qu’en 1743 la G.L. de F. signale voir dans le Rite écossais (pas le RER puisqu’il n’existe pas encore, mais bien celui, tel que pratiqué à Saint Jean d’Écosse à cette époque) la G.L. signale voir « une trahison assimilée à une nouveauté ». Comprenons-le ainsi : le Rite écossais Jacobite existe concrètement et la nouveauté c’est qu’il s’impose de plus en plus, sans crainte d’afficher son sens spéculatif, notamment dans l’accès des hauts-grades. Ce que dénonce avec véhémence la G.L. tant le mot de trahison est fort.  Car c’est au détriment de son Rite à elle, que s’effectue la progression du Rite Primitif de Saint Jean d’Écosse, tel que nous le connaissons, réveillé par notre G.M. Robert Ambelain. Un Rite mieux codifié, plus symbolique et plus rigoureux, ce qui constitue au 18e siècle, la condition essentielle pour permettre à la Loge marseillaise un très large essaimage géographique, tout en conservant une pratique unique, uniforme, voulue indéfectible et universelle.  Tandis qu’à l’opposé la G.L. de F. utilise à cette même époque des rituels dont les variantes sont nombreuses, accessoirement orales ; l’essentiel reposant sur une base anglaise plus ou moins fixe, qui est agrémentée de diverses adaptations locales (ce qui aboutira plus tard, grâce à l’initiative du G.O. au Régulateur du Maçon de 1801 et à la codification d’une pratique plus stable, avec le Rite français).

A partir de Marseille, le Rite écossais primitif « à la manière des Anciens » s’exporte aux quatre coins du monde. Dans le même temps, les Temples s’ornent de nombreux symboles, matérialisés et enrichis. La lumière se doit d’être donnée avec brio aux « pro-phanes » reçus maçons. Prophane : de pro avant et de phaneros phare, fanal : lumière. Donc avant d’avoir vu la lumière, qui est bien mieux et plus vrai, plus respectueux, que le mot profane avec un f, trop proche de profanation au sens de souiller. L’impétrant est alors admis avec faste et cérémonie. L’initiation-rituelle, pratiquée dans le tréfonds des tavernes écossaises ou  londoniennes est ici révolue. L’opulence maçonnique est née à Marseille et avec elle se forge l’esprit spéculateur. Cette lecture au premier degré peut choquer, mais elle va tout à fait dans le sens de l’opportunisme maçonnique : être de toutes les époques, de tous les partis, de toutes les confessions, de toutes les couches sociales. Ce qui se traduit par : un seul Maître, fût-il, Dieu le Grand Architecte du Ciel et de la Terre, ni dogme de Foi, ni Chapelle, et plus tardivement en France, ni Roi… C’est un opportunisme de sauvegarde, assujetti aux lois, aux magistrats de son temps, tels que le stipulent dans l’article II les Constitutions d’Anderson de 1723. Sa qualité étant de demeurer loin des folies meurtrières, loin de l’assujettissement de l’homme par l’homme, loin des extrêmes. Car tout Maçon doit demeurer un esprit libre, bien-pensant, pratiquant sagesse, force et beauté. La Loge marseillaise est ainsi une communauté fraternelle harmonieuse d’entraide, défendant un intérêt majeur et spéculatif, hors des excès répréhensibles, dans le strict respect ses membres, de ses amis, et encore celui des Arts et des Lettres. Mais défendant par là aussi, sa vision d’un monde apaisé source de création de richesses, reposant sur les échanges commerciaux lucratifs. Le rapprochement avec nos « fraternelles » est une image juste, cependant dès le 17e siècle cette organisation affiche à Marseille des objectifs beaucoup plus vastes, géographiquement parlant. L’idéal maçonnique devient le carreau blanc du pavé mosaïque, la spéculation son carreau noir. La Franc-Maçonnerie spéculative est née, dans la continuité formelle de la Tradition. La filiation maçonnique écossaise de la Loge marseillaise est indubitable, y compris dans son double aspect, chevaleresque et opératif. Mais n’ayons pas peur des mots, la rupture s’opère avec la valorisation d’un atout majeur : financier. Un savoir-faire qui caractérise parfaitement l’Écosse des Lumières, tout autant que l’une des vertus templières bien connue. L’Écosse des 17-18e siècles est une patrie catholique, sans tabou spéculatif. La riche Écosse des Templiers a conservé longtemps ce rôle de Banque moderne des États qui souhaitaient entreprendre de grands desseins. Le personnage de John Law en est l’image malheureuse, mais Ô combien géniale pour son temps. L’exil massif des Jacobites a permis la suite de cette aventure. Dans quelles conditions exactes ? Nous avons des réponses à proposer. Voyons les chiffres disponibles.

Combien ? Au 18e siècle Marseille compte 340 négociants.  Seulement 200 sont éligibles au vu de leurs activités ou de leurs garanties maritimes. Il existe à la chambre de Commerce de la ville 156 postes répartis entre : échevins, juges-consuls, conseillers, députés, intendants des bureaux d’abondance pour le vin, la santé, les hôpitaux… 150 à 200 frères, c’est par ailleurs la taille de la Loge Marseillaise et seuls les notables Marseillais protestants ou non, mais avant toute chose, membres de la Loge Saint Jean d’Écosse, accèdent à ces fonctions consulaires. Quelques étrangers triés sur le volet et souvent de la seconde génération, participent eux-aussi à la gestion du négoce international. On y voit des Nobles Vénitiens, Napolitains, quelques Allemands et Hollandais. A n’en pas douter, la liste des archives de la Loge de 1784-86 n’est que le décalque des postes occupés à la Chambre de Commerce de Marseille.

La Chambre Consulaire de Marseille fut la toute première créée en France en 1599, sous Henri IV. Le penchant protestant de ce Roi pourtant baptisé catholique et que Marseille n’accepta comme Roi, qu’après l’abjuration par celui-ci du protestantisme, facilita grandement les activités de commerce maritimes. Le Port de Marseille fut le premier au monde à se doter d’une Chambre de Commerce. Initialement des négociants se réunissaient dans une chambre de l’Hôtel de Ville, d’où le nom de Chambre de Commerce. Ce n’est qu’après 1750 que ladite Chambre consulaire établira le projet de construire un bâtiment distinct afin de « sortir de l’incommodité de leur situation ». L’édifice abritant aussi le Tribunal de Commerce. Les archives mentionnent la construction d’une Bourse ou Loge, les deux termes étant synonymes à cette époque (!), nous verrons pourquoi. (Le Palais actuel de la Bourse, abritant de nos jours la CCIMP ne date lui que de 1860. Il fut inauguré en présence de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie). On notera aussi avec beaucoup de similitudes maçonniques, la composition statutaire de la Chambre aux 17 et 18e siècles. Telle que décrite dans les archives consulaires on y trouve : 3 Consuls, 4 Députés, 8 Conseillers, élus pour deux ans, le tout composé en 7 points de réglementation. Ce n’est pas du 3 ,5, 7… mais presque. Par ailleurs, sachons que tous les documents importants, registres, documents de commerce, patentes, sont enfermés dans une armoire à deux clés ; l’une détenue par le secrétaire aussi archiviste, l’autre par le Député le plus ancien.

En 1760, Naples et la Sicile représentent la première place des navires accostant à Marseille. Tandis que Malte devient la tête de pont en direction de l’Afrique du Nord, de la Barbarie, comme on disait à l’époque, en souvenir des pirates Barbaresques qui faisaient du XIIIe au XVIe siècles, le commerce des blancs capturés en mer ou le long de nos côtes méditerranéennes. La suprématie maritime Anglaise, Hollandaise, Portugaise, Française… permet désormais une plus grande sécurité en mer et la conquête de nouvelles destinations.

Une Loge marseillaise qui rivalise avec les intérêts Anglais et Hollandais, même la République de Venise à son apogée n’eût de telles ambitions ! Dès 1769 les contacts entre Marseille vers les Échelles du Levant (les escales – du mot échelle – du Moyen-Orient) et les Indes Orientales sont à l’initiative des Négociants Francs-Maçons de la Loge Saint Jean d’Écosse, qui dirigent désormais l’expansion commerciale et maçonnique dans l’intérêt de leurs propres Compagnies maritimes. D’autant plus facilement, que Colbert avait accordé à Marseille le statut de Port Franc. Donc moins d’impôts, moins de contrôles douaniers. Rajoutez à cela le contexte Écossais-Calviniste-Protestant de la Loge, n’interdisant ni les activités bancaires, ni commerciales… par ailleurs toujours freinées en France par le Catholicisme et la Royauté de l’Ancien Régime. Et surtout détestées par la Noblesse de Cour, oisive, vivant des prébendes royales ou princières, hostile à tout travail, hormis celui des nobles charges militaires. Face à cela, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés, Saint Jean d’Écosse de Marseille crée des Loges-Filles au gré de son hégémonie maritime, tissant une toile maçonnique inégalée au sens d’une synergie commerciale, qui n’a rien à envier à nos multinationales actuelles !

Dans les années 1780 un notable négociant marseillais : Jacques Seymandi, dirigeant la Chambre de Commerce de la Cité phocéenne est aussi V.M. de la Loge Saint Jean d’Écosse. Il est associé à deux amis, eux-aussi négociants et frères maçons : Tarteiron et Samatan qui à leur tour seront V.M. de Saint Jean d’Écosse. En 1787 à eux trois, ils fondent la Compagnie du Golfe Persique. Cette période est capitale dans l’histoire de la Loge et de Marseille dont les destins sont désormais identiques. En 1784 les archives permettent de dénombrer un peu moins d’un millier de frères-maçons au total sur la ville, toutes Loges comprises. Saint Jean d’Écosse compte alors 207 membres initiés ou affiliés et 11 frères-servants. Ce qui en fait la plus grande Loge locale et l’une des plus importante en France. Ce seul nombre de 11 F. Servants dont nous connaissons les attributions, nous renseigne sur le prestige et l’opulence de l’Atelier, rappelons-le, le plus somptueusement décoré de son époque. On y reçoit Princes étrangers, Sultans, Hauts dignitaires, Diplomates, Nobles, Grands Officiers de Marine… (Cette grandissime époque marseillaise ne manquera pas d’inspirer à Marcel Pagnol quelques scènes imaginaires très « pagnolesques » de la magnificence de l’activité portuaire passée).

Plus sérieusement, la Loge Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, met la fraternité maçonnique au service de la chambre de Commerce marseillaise et de la diplomatie européenne, et même mondiale. En récoltant au passage les fruits commerciaux de ces ententes, ainsi que les meilleures pierres brutes pour ses affiliations en Loge, sans compter les éventuelles liaisons familiales rendues possibles par des mariages d’enfants, filles ou garçons afin d’assurer la prospérité future, tant des familles marseillaises que de la Loge écossaise. Notons que dans l’actuelle CCIMP, Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille-Provence, 80% de ses membres étaient F.M. dans les années 80, ce chiffre est maintenant estimé à 50%. Preuve que les Traditions ont la vie dure.

On a du mal, aujourd’hui encore, à imaginer cette débauche d’apparat somptuaire lors des initiations, des affiliations, ou des « simples » visites protocolaires en plein 18e siècle… Le Maître mot de la Loge marseillaise était célèbre : « Non vulgum pecus » c’est-à-dire : pas de recrutements laxistes, au sens de n’accepter aucun aventurier, qu’il soit noble ou simple négociant. Pas de mélanges pernicieux, tels – on peut le supposer – que le pratiquaient les autres Obédiences. Autant de faste et de rigueur sélective, n’a pu qu’opposer frontalement la Loge avec la G.L. puis le puissant G.O. avec lequel elle refuse toute assimilation et accords. Pas étonnant donc que ces Grandes Obédiences invoquent au fil du temps l’irrégularité maçonnique écossaise de la Loge Saint Jean d’Écosse de Marseille, faute de patente originale. De nombreux documents émanant du G.O. l’attestent en 1750, 1783, 1784. Puis en 1785, année de l’organisation du Convent des Philalèthes (Les amis, chercheurs de la Vérité) à Paris, dans lequel des frères de Saint Jean d’Écosse de Marseille sont invités es qualité… alors que le G.O. en est écarté.  La volonté du Grand Orient de France étant de mettre la main sur toutes les nominations des hauts-grades maçonniques, tant en France qu’à l’étranger, afin de contre carrer l’hégémonie de Saint d’Écosse. Stratégie vite déjouée, qui n’aboutira jamais et qui sera jugée par beaucoup de frères réguliers comme une politique antimaçonnique.

V/ Le spéculatif. Pourquoi ? Forte de sa notoriété, la Loge Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille affirme ouvertement son indépendance totale à l’égard des autres Obédiences maçonniques et surtout du G.O. A l’instar des grands ports, comme Bordeaux, La Rochelle, Nantes, St-Malo, Le Havre… Marseille tire grands profits des échanges commerciaux. Avec la spécificité on l’a dit, de ne pas participer au commerce triangulaire de la traite des esclaves noirs, dite du « bois d’ébène ». Les armateurs marseillais, pour la plupart Francs-Maçons de la Loge Saint Jean d’Écosse, sont vraisemblablement à l’origine de ce choix de na pas armer des navires négriers. Très peu de ces navires accosteront à Marseille, conformément au sens des valeurs morales fraternelles et de la dignité humaine, qu’en leur qualité de Francs-Maçons, ils s’imposent à eux-mêmes comme à leurs associés. Alors qu’en France le catholicisme chrétien et les affairistes de tous bords en ignorent bien volontiers les principes de base et s’enrichissent vite des produits de l’esclavage. Il est utile de noter que le port de breton de Brest ne participe pas non plus à la traite des noirs, et qu’il est aussi un foyer initial de l’installation de la maçonnerie écossaise en France, au vu de sa proximité avec les échanges Anglo-saxons. C’est donc bien un choix maçonnique délibéré, et seulement celui de la Maçonnerie écossaise, de ne point déroger sur la vertu humaine, humaniste, dirait-on de nos jours.

C’est sur ces bases, que la Loge Saint Jean d’Écosse tisse son influent réseau à partir de Marseille. A l’image de l’Abbaye de Saint-Victor qui déploie ses nombres abbayes annexes du Haut Moyen-âge, Saint Jean d’Écosse se démultiplie en Loges-filles. On en compte une dizaine dans le dernier quart du 18e siècle. Leur dénomination est sans équivoque :

Orient de Gênes : « Les vrais amis réunis »

O. de Smyrne : « St Jean d’Écosse des Nations Unis »

O. de Constantinople : « St Jean d’Écosse de la Parfaite Union »

O. de Malte : « St Jean d’Écosse du Secret et de la Parfaite harmonie »

O. de Palerme : « Marie au Temple de la Concorde »

O. de St Pierre de la Martinique : « St Jean d’Écosse de la Parfaite Union »

O. de Salonique : « St Jean d’Écosse de l’Amitié »

O. du Cap français : « St Jean d’Écosse des 7 frères réunis »

O. d’Avignon : « St Jean de la Vertu Persécutée » Loge contestée par le G.O. en 1783

O. d’Île de France : « St Jean d’Écosse »

On notera l’absence de Loge-fille à Naples qui est pourtant avec Palerme et Malte est une des plaques tournantes majeures de ce réseau commercial. Il ne faut pas s’en étonner, car en 1751 la Pape Benoît XIV a promulgué un édit interdisant les Loges Maçonniques dans le Royaume de Naples, alors sous la domination des très catholiques Bourbons d’Espagne. On y décèle la stratégie raisonnée et non provocatrice de la Loge marseillaise. On sait cependant que de prestigieux négociants et aristocrates napolitains, fréquentent régulièrement la Loge Saint Jean d’Écosse à Marseille.

En 1780 la liste des F. de Saint Jean d’Écosse, s’établit ainsi. Seymandi dont a parlé plus haut, Vénérable M. de la Loge, Patron de la Chambre de Commerce, 2e fortune locale de Marseille, (à cette époque de l’Ancien Régime on se devait d’être noble pour occuper la place de la première fortune). Tarteiron 1er Surveillant, sur le cas duquel nous reviendrons, Samatan Orateur, tous deux négociants de leur état. Les M.M. Hugues, Audibert, autres négociants.  Puis : Malouet intendant de justice, Salze Lieutenant Général de Police, philanthrope, collectionneur, membre du Muséum de Paris. Grosson Notaire, chevalier de l’Orient, Guis secrétaire du Roi, M. écossais membre de l’Académie de peinture de Rome, Hornbach académie de Musique, Kick collectionneur de tableaux, Liénau négociant hambourgeois, Sibié ex-contrôleur général des finances de Provence, Lavabre Consul du Roi de Pologne chevalier de l’Orient, sur lequel nous reviendrons aussi, Lassen Consul du Roi du Danemark, apprenti, Chaillan, ex-consul de France au Levant Chevalier de l’Orient. De Sicard consul de Syrie. Versluyds député de la Compagnie des Indes Orientales Maître Maçon, Righiny consul du roi de Sardaigne, Maître Parfait. Isnard archiviste de la Chambre de Commerce et son neveu « prophane récemment initié » louveteau-maçon. On y trouve peu des Nobles. Seulement quelques-uns, issus des grandes familles de la Noblesse française, installées à Marseille : le Comte de Noailles, le Marquis d’Argenson.

Parmi tous ces Francs-Maçons, certains viennent d’autres Loges et d’autres Obédiences, principalement de la G.L. puisqu’elle est la seule à exister, bien avant le G.O. à cette époque. Ainsi le dénommé Louis Tarteiron est connu pour être un ex-vénérable de la Grande Loge de France, détenteur dit-on de patentes écossaises. Tout laisse à penser qu’il s’agit du RER et que sa venue chez les écossais de Saint Jean ne lui pose aucun problème de légitimité. Quant au Sieur Lavabre Consul de la Chambre en 1780, une séance du 12 mai 1735 fait état de son « rétablissement après faillite et précise qu’il peut désormais réintégrer librement la salle de la Loge pour la commodité des affaires de son commerce ». Ses titres et son appartenance à la F.M. quelques décennies plus tard, sont la preuve d’un réel redressement personnel, avec l’assurance d’une belle réussite. Le rétablissement, la libre réintégration, sont tout à la fois le signe et le respect par la Loge, des éventuels jugements entravant à cette époque la liberté individuelle et commerciale.  Le rapprochement entre les sources maçonniques disponibles concernant Saint Jean d’Écosse et « l’Inventaire des Archives Historiques de la Chambre de Commerce de Marseille » d’Octave Teissier, publié en 1878, est plein d’enseignements, quant aux faits et aux activités croisées entre Maçons et négociants, dans le respect le plus total des actes de la vie civile et de la justice du pays.

Encore une preuve s’il en fallait, du caractère « spéculatif et raisonné » dans l’existence de Saint Jean d’Écosse. Certes, la Loge exerce aussi une attirance en affichant sa notoriété et pour cette raison, certaines autres Loges ne sont en fait que des sas d’accès, des marches-pieds utiles, afin de pouvoir accéder à la Loge phare. Ce qui bien sûr n’est pas du goût de tout le monde et assure rivalités ou jalousie. Mais ce n’est qu’après la Révolution, en 1792 qu’un notable local, Martin Étienne qui siège à la toute jeune Assemblée Nationale se permet de solliciter des informations au sujet des rémunérations des permanents de la Chambre. Sans doute quelques bruits de couloirs délateurs, avaient-ils attirés son attention sur quelques fortunes amassées. Un état des postes, âges, fonctions, ancienneté, rentes annuelles, lui est communiqué. Ainsi voit-on, le Député consulaire Rostan, 19 ans de service, avoir un traitement de 16 000 livres. Isnard 71 ans archiviste, 53 ans de service, 6000 livres. Isnard (son neveu) 36 ans, secrétaire, 19 ans de service, 4000 livres. Ferrari 37 ans, trésorier, 3 ans de service, 6000 livres. Siau 37 ans, commis comptable, 45 ans de service, 1900 livres. James 56 ans, valet aux archives, 12 ans de service, 540 livres. Boyer 52 ans, concierge à la Bourse, 16 ans de service 360 livre. Il est difficile d’apprécier de tels revenus, sauf à dire qu’un député Consulaire gagne 30 fois plus qu’un Valet aux archives. Notons cependant au-delà de ces différences de traitement, l’esprit familial dans les fonctions sensibles, la longévité des attributions, et à n’en pas douter, leur appartenance maçonnique. Le vieil archiviste Isnard et son neveu par exemple, tous deux membres de Saint Jean d’Écosse, sont une garantie de fiabilité des documents comptables, dans le secteur très aléatoire et mouvant du commerce maritime.

Autant de pouvoirs concentrés dans une Loge-Mère, démultipliés par un vaste réseau de Loges-filles, qui elles-mêmes sont en liaison entre elles et on est en droit de le penser, par une certaine porosité, en liaison avec des Loges d’autres Obédiences… attirent à leur époque convoitises et suspicion. Aujourd’hui pour nous, force est de constater qu’ils imposent encore une certaine admiration ! Une telle recherche d’efficacité, un tel assemblage, est comparable à nos médias internationaux de communication : Google, Facebook, bien avant l’heure. On a la trace écrite d’un courrier de la G.L. de Genève adressé aux Frères de Constantinople, qui a transité par les correspondants de Saint Jean d’Écosse de Marseille. Si on peut parler de hiérarchie dans l’Écossisme de cette période, la Loge Saint Jean d’Écosse de Marseille est le fleuron, le vaisseau-amiral de cette organisation maçonnique. Même si par moment, les intérêts profanes ont pu supplanter la pratique des rituels, son idéal humaniste demeure le ciment qui permet cet entre-soi, certes fermé, mais si divers et très fonctionnel. Quel autre choix que celui-ci existait-il à cette époque, pour faire face à l’absolutisme politique et religieux, sinon à l’Inquisition d’État, rappelons-le, encore bien présente en cette fin de 18e siècle ? Dans leur grande Bonté royale, les souverains Louis XIV et Louis XV considèreront toujours bienséant le particularisme marseillais. Le Roi lui-même, de 1729 à 1732 fera l’acquisition de manuscrits turcs, très rares et très coûteux, en passant par la Chambre de Commerce de Marseille, sachant pertinemment que ce service émane des Francs-Maçons lettrés et au faite de telles connaissances très particulières, de ladite Chambre.  On peut toujours critiquer de collusion et d’affairisme un Jacques Seymandi, seconde fortune marseillaise, Vénérable Maître de la Loge écossaise, patron de la Chambre Consulaire et tout à la fois de la Compagnie du Golfe Persique ! Sauf qu’à cette époque le conflit d’intérêt n’est pas un délit et que ce serait vite oublier ses choix économiques et politiques judicieux. Sans oublier son implication totale dans le développement rapide et humaniste de la Cité phocéenne, au sortir de la Grande Peste. Et il faut savoir qu’il fut le précurseur d’une idée « toute marseillaise » de créer un canal de 200 km, allant du Nil à la mer Rouge, afin d’éviter à ses navires le long périple maritime par le Cap en contournant l’Afrique. Ce que Seymandi avait imaginé, cent ans plus tard, Ferdinand de Lesseps le fera, en perçant le canal de Suez.

VI/ En guise de synthèse : des valeurs maçonniques spéculatives novatrices et très tôt codifiées

A Marseille un groupe restreint de chrétiens, d’écossais catholiques et calvinistes, de notables étrangers, que tout oppose, affirme son appartenance à des valeurs maçonniques communes ; il en marque profondément et durablement la vie locale. Ce faisant, en dépassant leurs différences, ce groupe improbable, développe un réel désir d’expansion économique. Désir porté par la puissance maritime du Port qui s’affiche ostensiblement et par le secret des transactions sous le sceau des principes et des codes maçonniques. L’hermétisme est propre à ce jeu d’ambivalence, de transmutations d’idées novatrices au sein d’un creuset socioculturel et religieux hors normes.  La stricte organisation opérative conforme à la Tradition maçonnique et la grande habileté spéculative ont fait le reste. Dès lors on comprend mieux pourquoi, une Franc-Maçonnerie spéculative s’installe et prospère si vite ? Et surtout : pour quoi faire, sinon pour développer un nouvel Humanisme. Bien entendu basé sur le profit, car il faut développer, nourrir, entretenir, construire, instruire les peuples ici à Marseille ou ailleurs, et savoir que sans argent on ne fait rien.

Aucun pouvoir, aucune structure jusqu’alors étatique et encore moins privée, n’a pu mener à bien un tel projet, d’une telle envergure. Aucune, hormis la Franc-Maçonnerie, car elle est la seule à pouvoir se soumettre à des impératifs autant complexes que contradictoires. Ainsi, à Marseille, la Loge Saint Jean d’Écosse devient pour une poignée de Francs-Maçons, leur façon de voir et de faire le monde. Les Frères vont s’en donner les moyens et rapidement modifier la géographie économique et politique de leur temps. Ils vont faire entrer Marseille et l’espace dans lequel rayonne leur Loge-mère dans l’ère de la modernité. Les anciennes frontières culturelles judéo-chrétienne, musulmane, orientale, hindoue, comme les distances, sont abolies. C’est autant une collecte de matières premières et produits nécessaires, vitaux, qu’un transfert de compétences et de socialisation. A Marseille, la Loge c’est aussi la Bourse, celles des valeurs boursières des marchandises où se négocient les effets de commerces, lettres de changes, escomptes, billets à ordre, titres d’actions… C’est l’ancêtre de notre Corbeille, bien avant Paris et sa fureur boursière sous Louis XVI. Contrairement à ses aînées : à Venise, Bruges, Anvers, Amsterdam, Londres ou à Genève, sous monopoles Aristocratique ou Juif, à Marseille on boursicote entre simples négociants-initiés aux valeurs franc-maçonnes communes. Pas étonnant que les réglementations modernes très postérieures, aient interdit ce côté peu démocratique des échanges commerciaux, et en aient fait un délit portant d’ailleurs le même nom : « délit d’initiés » …

C’est en implantant des Loges-filles clé en mains, rituels, tabliers, symboles et procédures fournis, en nommant des Consuls représentants de la Chambre de Commerce Phocéenne à travers le monde, que l’activité maçonnique fonctionne, fédère et rassemble ce qui épars. Spéculation ou noble tâche de création de richesses ? Les deux à la fois ! Car c’est en spéculant et en accomplissant ses actes commerciaux dans la grandeur de l’esprit maçonnique que la Loge marseillaise agit ainsi, dignement. Sa pratique de l’Art-Royal demeure empreinte de noblesse, surtout lorsqu’ on a de gros besoins financiers et qu’on s’interdit, malgré ce de participer, comme on le fait partout ailleurs, au commerce juteux des esclaves noirs.

S’implanter, promouvoir, être accueilli, s’intégrer, être reconnu, secouru, s’associer, arbitrer les éventuels différends, créer des codes, des synergies… favorisent l’expansion des commanditaires, mais à long terme favorisent aussi les économies locales, le développement des échanges mondiaux. Dans le secret de ses tenues, la Loge Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille et ses Loges-filles, mettent en pratique des idées avant-gardistes-spéculatives, au vu et su de tous sur le marché mondial. Une telle implication Humaniste, au sens de son emprise économique, n’a jamais été opérée à une si grande échelle. Elle s’apparente, bien avant l’heure, aux principes des Sciences économiques avec calculs, rigueurs, efficacité, tant en théorie qu’en pratique.  Peut-on alors vraiment se poser à ce stade, la question de la légitimité de cette Loge ? Celle des origines de sa patente jamais produite ? Une chose est sûre, la Grande Loge d’Édimbourg n’a jamais souhaité entraver, ni solliciter une quelconque régularisation, d’un tel fonctionnement. Au plus a-t-elle, face à quelques pressions compréhensibles, simplement rappelé la règle de non-transmission d’essaimage à partir des Loges-filles créées. C’est pour nous Francs-Maçons, une preuve essentielle dans la légitimité de Saint Jean d’Écosse « Who says nothing agrees » ou bien « Silent is consent » … Qui ne dis mot, consent. Pour la Loge d’Édimbourg c’est une nouvelle ère maçonnique qui s’ouvre avec l’Atelier marseillais.

C’est à Marseille, sans complexe et avec beaucoup d’intelligence humaine, que la Franc-Maçonnerie-Spéculative a réalisé sa rupture d’avec le mode opératif-templier, porté par la Tradition écossaise et ses Loges militaires. C’est du moins ici, que cet aspect est le plus représentatif. Instructif autant qu’incontestable. Et qui plus est, signe une belle réussite autant maçonnique que commerciale. Contrairement à la faillite de l’autre grande tentative écossaise de la même période, qui fut de coloniser l’Isthme de Panama de 1698 à 1700. Projet d’envergure où périrent 2000 colons écossais, venus contrarier les puissants intérêts espagnols dans cette zone d’échanges internationaux. Défaite militaire et économique, qui ruina encore plus profondément la mère Patrie écossaise, garante des fonds colossaux par actions, engloutis dans cette tragique aventure panaméenne. Ce qui nous fait revisiter un tant soit peu le « mythe stuartiste ». Par son succès jacobite, Marseille apparaît à elle seule comme une voie nouvelle de la Franc-Maçonnerie. Sans choisir pour autant, de reproduire les schémas sclérosés d’une quelconque Aristocratie marchande on l’a dit, Vénitienne, Palatine ou Anversoise. Et encore moins d’utiliser les attributs d’une Noblesse locale oisive et contre-productive. Noblesse que le seul aspect spéculatif à fait s’écarter à jamais de la Franc-Maçonnerie en général et française en particulier. La plupart des Nobles, à quelques exceptions près, sont demeurés aux portes des Temples. En opposition à la maçonnerie d’Anderson en Angleterre ou de celle dite « de Saint-Germain » en France, le cas marseillais est significatif. Trop d’historiens ou de Maçons l’ignorent ou minorent ce fait.

Dans un mode maçonnique opératif-templier, devenir apprenti puis compagnon, ne fut guère séduisant pour les nobles sujets ! Toutefois un peu partout certains franchirent le pas, attirés par le lustre chevaleresque, les épées, les blasons, les armoiries et les tabliers rutilants. Ce, principalement dans les Loges à dominante militaire. Mais dans le monde nouveau des francs-maçons spéculatifs, c’est plus compliqué encore, et y appartenir eût été pour ces valeureux Nobles, devenir roturiers. Très peu d’entre eux s’y risquèrent et 1789 accentua ce fait. Ce en quoi la Franc-Maçonnerie gagna beaucoup en valeurs égalitaires et démocratiques et fut un rempart efficace, édifié par l’active bourgeoisie naissante, à l’encontre de l’Aristocratie et d’une Noblesse arrogantes, autant déconsidérées que désargentées. C’est cette classe de Hauts dignitaires d’un autre temps, poudrés et perruqués, qui se presse dans les cercles de pensées poétiques ou scientifiques, de toute l’Europe des Lumières, en Allemagne, en France, en Angleterre. Ce sont aussi les mêmes qui s’empressent de fréquenter les clubs aristocratiques, les soirées musicales, les nuits costumées souvent débridées, les salons mondains des belles Marquises, envoûtées par les déclamations des élites célèbres et des grands penseurs du siècle. Assemblées de caste, dans lesquelles la Franc-Maçonnerie n’a que faire. Pour autant, loin de ces raffinements précieux puis littéraires, les Francs-Maçons-spéculatifs de Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, n’en demeurèrent pas moins des Humanistes respectables, amis des Arts, diplomates et ingénieux. D’autres courants s’inspireront plus tard de leur rôle majeur, en spéculant non plus dans l’économie, mais dans la Politique au sein des pouvoirs, en France comme à l’étranger. Le Marquis de La Fayette, noble Franc-Maçon d’exception, est souvent cité en exemple dans le destin d’une Amérique libre. Le G.O. fera de même un peu plus tard, en Spéculant sur le poids de sa présence massive au sein de la IIIe République (un tiers des élus du Sénat et de l’Assemblée étaient Francs-Maçons), cela après un rôle quelque peu ambigu durant la Révolution français.

Le colossal Empire colonial britannique du XIXe siècle, le futur Commonwealth, traduisons : « la santé, le bien-être commun », est une Communauté monarchique de 52 Nations. Ce vaste Empire commercial sur lequel le soleil ne se couche jamais, doit beaucoup à ses précurseurs Francs-Maçons-Marseillais. Il le doit à ces visionnaires spéculatifs, inventeurs du libre-échange, de l’Union des comptoirs commerciaux pour commercer, pour se parler, se rassembler, échanger dans la diversité respectée des cultures. Rajoutons : sans mixité des peuples, sans domination ni syncrétisme, imposés, mais dans le respect de tous. Sans triomphalisme colonial, puisque non-esclavagistes, les Francs-Maçons-Marseillais sont les concepteurs d’un maillage économique moderne. Bien plus qu’un réseau de Comptoirs commerciaux, il initie un chaînage de Loges-filles en Union fraternelle étroite et fidèle, avec leur Loge-Mère à Marseille, en respectant leur Rite à la lettre. Le Très Respectable à l’Orient, notre chaîne d’Union, ne s’organise-t-elle pas ainsi de la sorte ? Nous la formons et la rompons, avec l’obligation de penser et de croire au vers poétique de Paul Fort : « et si tous les gens du monde voulaient se donner la main… ». Qu’il en soit ainsi. Amen ! Spéculons mes F.&S. Spéculons sur cela !  Non par l’attrait d’une quelconque mode, mais bien, comme le firent les Frères de Saint d’Écosse à Marseille, par la nécessité du moment.

Épilogue.

L’un des derniers feux possibles de cette Loge de Marseille, serait dans ses liaisons avec les Loges écossaises de Strasbourg et notamment de R.L. Les Frères Discrets à l’O. de Charleville. Car c’est dans cette dernière que fut initié un certain Lieutenant du Génie, nommé Rouget de l’Isle. Comment comprendre autrement la transmission rapide du chant de Guerre de l’armée du Rhin, notre « Marseillaise » au bataillon de fédérés marseillais qui marchent sur Paris et compte des Francs-Maçons dans ses rangs. Des Frères peut être initiés à Saint Jean d’Écosse de Marseille. C’est eux qui entonneront le 10 août 1792 lors de l’assaut des Tuileries, le chant du rassemblement, de l’unité retrouvée, le chant de la Victoire.

Puis arriva le triste épisode de la Convention de 1792 à 1795 et de la Terreur à Marseille, avec son Comité de Salut Public, dirigé par les Révolutionnaires Paul Barras et Louis-Marie-Stanislas Fréron. Tous deux dénommés les « missionnaires de la Terreur », investis des pleins pouvoirs afin de débusquer les contre-révolutionnaires, les jacobins et les catholiques récalcitrants. Détruisant les édifices publics et religieux, confisquant les biens personnels. Marseille devient pour quelques temps une « Ville-sans-Nom » l’ordre est donné de détruire les repaires contre-révolutionnaires dans la Section XVIII, correspondant au riche quartier de l’Hôtel de Ville : église St Laurent, Accoules, Minimes, Oratoire, Bon pasteur et Bourse ou Loge…  A Marseille, le comité de Salut public prit alors le nom de Commission Brutus composée de 3 juges, sans Jury, ni recours. L’échafaud fut dressé à demeure Place de la Liberté, ex Place Royale, au bas de la Canebière. Dans cette période 123 condamnés furent guillotinés.  La seule journée du 23 janvier 1794 (4 Pluviôse An II), une charrette de 14 condamnés était conduite à l’échafaud. Parmi eux : Samatan, négociant arrêté le 8 décembre 1793, Jean Payan de la Tour, armateur, Hugues l’aîné, négociant, 84 ans, sourd et presque aveugle, Giraud 51 ans, négociant, Pierre Bonamour, 51 ans, agioteur. Tous les cinq, Francs-Maçons de la Loge Saint d’Écosse, furent guillotinés. « Marseille méritait une punition » ! C’est en fait un quartier, une activité secrète, un groupe de personnes qui étaient visés, dans le but de s’emparer de leurs biens et de mettre fin à leurs activités lucratives et occultes, qui donnaient tant de forces, d’argent et de pouvoirs.

A partir de 1794 la Loge fut en sommeil et ne reprit ses travaux qu’en 1801. Après la Convention, sous le Directoire, Marseille et les Marseillais, qui jouèrent un rôle majeur lors de la Prise des Tuileries, furent réhabilités. En 1811, Saint d’Écosse comptait encore de nombreux membres dans son Atelier (Banquiers, commerçants, négociants…). Mais, le blocus Anglais des Ports étrangers de 1802, l’industrialisation locale naissante, la marine à vapeur, les progrès, la fin de l’omnipotence des négociants portuaires, puis les nouvelles influences maçonniques républicaines, notamment celles du G.O., ont eu raison de l’activité tentaculaire et fastueuse de la Loge Saint Jean d’Écosse de Marseille. Ralliée un temps à l’Empire, son influence s’éteint définitivement, du moins le pensait-on, le 11 avril 1814, avec le choix symbolique de la date du traité de Fontainebleau, seulement quelques jours après l’abdication de Napoléon Ier et de son exil à l’île d’Elbe.

Mais le rôle économique, fédérateur, précurseur et exemplaire de cette Loge, son implication dans les Arts et les Lettres, les Sciences, demeurent inscrits pour l’éternité dans le destin de la Métropole marseillaise, comme dans l’Histoire de la Franc-Maçonnerie Universelle. Dans son exercice du spéculatif concret, Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, est un jalon de notre histoire. Celui qui a mis un point final aux pratiques antérieures et permis le passage vers le mode purement intellectuel, tel celui que nous le pratiquons aujourd’hui. Ne l’oublions jamais.

En Conclusion.

Nous dédions ce travail aux frères de la Respectable Loge : Les Écossais de Kilwinning à l’O. de Marseille et à son Vénérable Maître Fr.°. Ron.°., dont les travaux au Rite Écossais Primitif redonnent vie à la Respectable Loge Saint Jean d’Écosse ainsi qu’à la filiation de Kilwinning. Qu’il en soit ainsi, dans le droit fil de la Tradition : « de se conformer aux décrets et constitutions maçonniques de la noble Maison d’Hérédom de Kilwinning en Écosse, dont nous reconnaissons la pleine et entière autorité », pour qu’après plus de deux siècles de sommeil, les feux écossais propres à notre Rite Primitif, y brillent de nouveau, ici à l’O. de Marseille.

Da.°. Nap.°. « Les Écossais de la Sainte Baume » à l’O. de Saint-Maximin.

Nos sources principales : l’excellent article : « Une puissance maçonnique méditerranéenne aux ambitions Européennes » de Pierre-Yves Beaurepaire, Professeur d’Histoire Moderne à l’Université de Nice Sophia Antipolis, citant les multiples sources disponibles, dans les Cahiers de la Méditerranée. Juin 2007. Cet Agrégé d’Histoire est un chercheur, spécialiste de l’époque des Lumières et de la Franc-Maçonnerie.

Inventaires des Archives historiques de la chambre de Commerce de Marseille. Octave Teissier. 1878.

Histoire partielle du Rite écossais primitif. Éric Romand in Blog-Les écossais de saint Jean. 2012.

Divers articles dans Wikipédia. Diverses recherches et spéculations personnelles.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2017/09/franc-maconnerie-la-theorie-speculative.html

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Un paysage Maçonnique, Un ordre, Un rêve, un appel ? Chez les « Egyptiens » Français 17 octobre, 2019

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Un paysage Maçonnique, Un ordre, Un rêve, un appel ?

Publié le 13 juin 2018

Rites … Obédiences … Ordres …

Chez les « Egyptiens »  Français

Avant-propos : Un dicton populaire nous dit « il n’y a pas qu’un âne qui s’appelle Martin !!! » ainsi les noms qui sont « burinés sur cette planche à tracer de pierre » ne désignent que des personnes ayant pu exister (ou pas) ou ayant rejoint d’autre Orient comme il est évoqué dans nos cénacle (ou pas) … si d’aventure certains noms pouvaient poser problème(s), ceux-ci auront été transformés, transposés voire cryptés de telle façon que « toute ressemblance avec une personne réelle ne serait que le fruit du hasard ». Sont évidemment conservés corrects les noms qui par leurs fonctions sont tracés dans des actes consultables par tous moyens habituels (ex Président d’association ou déclaration sur des sites d’information Web.  Cela dit, je peux poursuivre ma méditation. L’important ce sont les événements et les contextes !!!!

Sans faire œuvre d’historien précisons simplement qu’en France un nouveau paysage maçonnique se construisit dans la période 1998-2000. En ce temps-là  trois structures Un paysage Maçonnique, Un ordre, Un rêve, un appel ?   Chez les « Egyptiens »  Français dans Chaine d'union rites-300x301-299x300obédientielles : pour l’une, elle émergeait tout simplement et pour les autres, elles ré-émergeaient à la suite d’une crise dure et profonde. Pour la première, il s’agissait de la GLMMM (la Grande Loge Mixte de Memphis-Misraïm) ; pour les autres évoquons la GLMFMM (la Grande Loge Masculine Française de Memphis Misraïm) et la partie Féminine (Les fameuses Robes Jaunes). Ces dernières étaient alors sous la coupe d’une gérance internationale  (OIRAPMM : Ordre International du Rite Ancien & Primitif de Memphis Misraïm) dont le Grand Maître Mondial (et Grand Hiérophante) était le Frère Chekna Sylla. Il venait de succéder à Gérard Kloppel (lequel succédait, lui-même, à l’Illustre et Sublime frère Robert Ambelain. Une quatrième puissance maçonnique était déjà installée : la Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm (le GLFMM, les Robes Blanches) dont la gouvernance était sous la responsabilité de notre Sœur Julienne Bleyer.

Avant de poursuivre : un petit « flash-bak » : Tout observateur attentif de notre espace Maçonnique sera convaincu que les « Rites Égyptiens » ne viennent pas de nulle part … et, pour n’écrire que sur les nôtres, rendons hommage à nos fondateurs officiels « mondiaux » d’abord (Grands Maîtres Généraux et parfois Grand Hiérophante) et « Français », ensuite, (Grands Maitres de France) qui étaient tous, rappelons-le, Ad-Vitam.

Année Grands Maîtres Mondiaux Grands Maîtres de France
1838 Jean Etienne Marconis de Nègre (F)  
1869 Marquis de Beauregard (Egypt)  
1874 Salvatore A.Zola (Egypt)  
1881 Joseph Garibaldi (I)  
1900 Ferdinand Delli Odi (I)  
1902 John Yarker (UK)  
1908   Gérard Encausse dit Papus
1919   Jean Bricaud
1934   Constant Chevillon
1936 Guerino Trolio (Argentine)  
1944   Charles-Henri Dupont
1946 Georges Bogé de la Grèze (F)  
1960   Robert Ambelain
1965 Robert Ambelain (F)  
1985 Gérard Kloppel (F) Gérard Kloppel
1998 Georges Claude Vieilledent (F)(Contestation)  
1998 Chekna Sylla (CI)  
1998   Michel Kieffer
1998   Guy Renaudin

Donc, en 1998, comme toujours cet Ordre (l’OIRAPMM) garantissait la cohérence et la coordination des travaux maçonniques via un Souverain Sanctuaire International dans lequel étaient rassemblés tous les Grands Maîtres Nationaux … le TSF Guy Renaudin était, comme il est précisé dans le Tableau, en ce Temps-là le Grand Maître de France, ad-Vitam.

Les fondements de notre Rite impliquaient :

  • Des fonctions … à vie.
  • Une Grande Hiérophanie (c’est-à-dire un « humain plénipotentiaire » (mieux que Thot qui lui n’était que trois fois grand !!! … un peu d’humour ne nuit point pour qui reste modeste et humble)
  • Une échelle du premier degré au 95ième degré avec un GM (Grand Maitre Chargé des loges Bleues), un SLGC (Souverain Lieutenant Grand Commandeur) pour les degrés de 04 à 33 et un SGC (Souverain Grand Commandeur) pour les autres degrés
  • Un refus, au nom de la tradition, de la mixité … un refus qui venait d’être levé lors d’un fameux Convent exceptionnel … celui de l’an 2000. On ne peut se battre, manifestement longtemps, contre l’évolution des consciences et surtout contre un « apartheid » incompréhensible au crépuscule du 20ième siècle …  et à l’aube d’un siècle dont il est dit que celui-ci sera spirituel ou ne sera point !!! 

Lors de la formation de la « Mixité » au sein de notre Rite, à partir du questionnement des fonctions ad-vitam, mais, aussi, de l’acceptation d’une fonction suprême : « La grande Hiérophanie », apparurent les puissances maçonniques suivantes :

  • La Grande Loge Masculine Française de Memphis Misraïm (Masculine … Créée en 1960 par Robert Ambelain qui fut, quelques jours, sous l’administration provisoire de Gérard Tavol (en 1998) avant d’être sous la gouvernance du frère Guy Renaudin, GM de France Ad-Vitam,
  • La Grande Loge Mixte de Memphis Misraïm, dont le premier grand Maître fut Pierre Topilif
  • La Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm (Création en 1987 et devenue indépendante en 1990 sous Julienne Bleyer)
  • La Grande Loge Symbolique de France (Création par Georges Claude Vieilledent en 1998 à la suite d’un différend conséquent avec Gérard Kloppel d’où une scission rapidement diligentée … )
  • La Grande Loge Traditionnelle des Rites Egyptiens. La GLTRE fut créée par Claude Liew & Gérard Baudou-Platon en 2001 sous patente de Guy Renaudin (Claude Liew fut désigné selon un processus « symarchique » le premier Grand Maître).

Le Frère Guy Renaudin mit fin à la patente qu’il avait accordée au Frère Claude Liew le 07/03/2004 et poursuivit la construction de sa voie maçonnique avec Gérard Baudou-Platon au sein non plus d’une grande loge mais d’un Ordre « l’OIAPMM » où Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (officiellement conçu en 2003 pour compléter l’institution Maçonnique prévue au service d’une échelle à 01 à 97°) …

La mise en activité de l’OIAPMM fut, donc, la conséquence directe des disfonctionnements patents au sein de la Grande Loge Française de Memphis Misraïm et de la recomposition du paysage maçonnique Egyptien à l’Orée du 21ième Siècle.

Au sein de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, il y eut :

  • D’abord une voie unique (Celle de Robert Ambelain),
  • Puis trois voies ont été expérimentées : Voie Théurgique avec le Frère Guy Renaudin, Voie Alchimique avec le Frère Claude Andréotto, Voie Orientale avec le Frère Gérard Baudou-Platon)
  • Puis est venue une voie complémentaire : la voie Celtique grâce à une patente donnée par une Druidesse au nom d’un héritage Celte et de son parcours personnel, de ses pratiques et études.
  • Aujourd’hui, après 16 ans d’expérimentation, Il peut être étudié quatre voies :

A : la voie dite de Robert Ambelain travaillant au Rite en 95 degrés (avec des degrés transmis obligatoirement par voie de transmission rituelique : 1,2,3,4,9,13-14,18,28,30,33 … 90,95 … (Sous la Houlette de notre Frère Guy Duval).

B : la voie dite Orientale mis en cohérence par Gérard Baudou-Platon travaillant toujours selon de Rite en 95 degrés et transmet 33 « étapes de l’échelle » sous forme rituellique (les autres sont « communiqués »)  au lieu de 14 degrés (le 66ième étant un degré à part).   Quant aux Arcana et l’Arcana-Arcanorum, cette voie effectue un réel travail sur le 87,88,89 et 90ième degré. Cette voie intègre la voie Celtique.

C : La voie Misraïmite Ancienne basée sur les prescriptions du Très Sublime Frère Robert Ambelain. Cf. « La Franc-Maçonnerie Oubliée » (Edit Robert Laffont)  et « la Franc-Maçonnerie d’Autrefois » (Edit Robert Laffont) … à confirmer

D : L’universalité du chemin impliquait un  « éventail initiatique ». Ainsi l’OIAPMM a « adopté » un Rit historique : Le Rite Primitif d’Écosse.

Ajoutons ici, qu’il serait opportun que renaisse, le Rite de Memphis (perdu corps et biens, enfin presque), sachant que l’essence du Régime Écossais Rectifié nous est offert par le Grand Prieuré Souverain de France et que l’essence du Rit Écossais Ancien et Accepté nous est rendu sensible par notre promiscuité avec des Frères et de Sœurs travaillant au sein de puissance maçonnique ad-hoc …

Appel est fait à nos frères et sœurs du Rite de Memphis s’ils jugent pertinent le fait de se rassembler au sein d’une entité dont la seule ambition serait de capitaliser nos savoirs et de tonifier notre connaissance

Quelles sont les règles de base associées à notre Rite et à nos Voies (dans le cadre de l’OIAPMM).

Nos Voies que nous qualifions « d’Éveil » sont assises sur Six concepts :

1 : L’existence de Trois degrés (et pas un de plus) … Apprenti – Compagnon & Maître avec les particularités suivantes :

  • Le degré d’apprenti dont la fonction est la « re-connaissance » de soi et l’observation du monde selon « le mythe de la caverne » de Platon …
  • Le degré de Compagnon dont l’utilité est d’acquérir les outils nécessaire à tout maçon désireux d’être un chercheur authentique, mu par son unique conscience … Ce point met en valeur la nature de notre ordre qui n’est pas rattaché à un égrégore collectif mais qui est rattaché à une source : celle que distille notre Rite. Cela exige l’acquisition d’un minimum de maitrise. La première « boite à outils : les « 7 Arts Royaux » et des philosophes « déclencheurs » d’intérêts … Tels Lycurgue, Pythagore, Socrate, Platon, Thalès, … et autres « lanceurs d’Alertes » spirituelles s’entend …
  • Les Maîtres, nouvellement exaltés, comprendront que notre Rite implique, après le voyage intérieur de l’Apprenti, puis les voyages « découvertes » des mondes du compagnon, un autre voyage beaucoup plus long à travers l’histoire symbolique, philosophique, métaphysique et ésotérique de toutes les IA-1-300x225 dans Contributioncivilisations que notre planète ait portée car les peuples passés ont construit peu à peu ce que nous sommes . Cela fait, ayant pénétré cette conscience universelle la voie de la Haute Maitrise permettra, au Maître, ainsi, réalisé, aguerri et informé de cheminer vers l’ultime initiation … être exhaustif … et « épuiser » sa vie afin que nous la rendions en ayant extirpé la substantifique moelle voilà le statut du Maître !!! … tant que cela n’est pas accompli nul repos ne les tente.

2 : La conviction que notre Rite et nos voies étaient, aujourd’hui, les plus à même de relier « Science et Spiritualité ».

3 : L’échelle de notre Rite resterait « une échelle en 95 degrés » en respect avec les transmissions que nous avons reçues. Cette échelle bien que nous ayant été transmise par le TSF Robert Ambelain (sur le plan historique) a été beaucoup enrichie grâce à des apports en provenance des USA, du Canada, de la Belgique et en moindre importance d’Allemagne. Le parcours des Maîtres s’organisant autour d’une progression logique pour servir la notion d’éveil dont nous avons parlé plus haut. Il sera pour nous aisé de faire savoir que ces 95° suppose un grand investissement personnel afin de pénétrer notre véritable nature et comprendre notre réelle destinée.

En résumé … Ancienne Égypte, Tradition primordiale, Judaïsme, Rayonnement Christique, Celtisme, Mithraïsme, retour aux apports des rites anciens, Védisme, Hindouisme, Bouddhisme, Shivaïsme, Soufisme … seront le lot des études poursuivies par le Maître l’obligeant à la souplesse de vue et à se sentir à l’aise dans un état de « conscience augmenté » et propre à concevoir une véritable  universalité.

4 : la Franc-Maçonnerie, avec sa teinture « voie orientale » devient une école opérative formant des  hommes et des femmes dont le métier est de construire en soi et hors de soi harmonie et futur pour le bien de l’humanité toute entière. Cette école opérative qui n’exclut en aucun cas les croyances individuelles qui peuvent émerger de la méditation Maçonnique  et qui permet même à chacun de vivre des voies « extra-maçonniques » qui répondent plus profondément à son aspiration (Martinisme, Église Gnostique, Réaux-Croix, Élus Coens, Rose+Croix d’Orient, Ordre Kabbalistique, … que sais-je encore).

5 : l’OIAPMM est une Organisation sans structure administrative hiérarchique puisque chaque atelier est  « libre », « indépendant » et « souverain » selon les modes d’organisation ayant cours au 18ième Siècle. Siècle des lumières dit-on avec justesse. Chaque atelier a, dès lors, l’obligation d’être en règle avec les lois du pays dans lequel il travaille. Cependant, pour asseoir leur autorité initiatique et pour garantir la qualité de leur transmission chaque atelier souscrit une Charte qui le lie au Souverain Sanctuaire Khorshed. Ce Souverain Sanctuaire a pour mission de rassembler les dépôts initiatiques nécessaires à la vie et à l’enrichissement du rite qui lui sert de voie initiatique.

6 : Le respect que l’on doit à tout être libre dans son cœur et dans son âme, chevalier dans sa fonction et dans l’humilité de son statut au regard d’un cosmos source de toute vie nous oblige :

  • à refuser toute labellisation sachant que la recherche de la vérité n’admet aucune entrave[i],
  • à refuser le statut de la Grande Hiérophanie[ii],
  • à marginaliser au maximum les contraintes profanes afin de parcourir son chemin spirituel avec le plus grand bénéfice personnel et pour autrui

Restons en-là sur les fondements de notre Rite

Nous devons maintenant aborder le mode de fonctionnement des ateliers de l’OIAPMM (Triangle – Loge juste – loge juste et parfaite – Collège – Chapitre – Sénat – aréopage – et autres consistoires – Cité Mystique – Souverain Sanctuaire …) …

La voie Égyptienne tout comme les philosophies orientales et Africaines nous enseignent que :

  • le Temps n’existe point … car il est sacré … et qu’entre deux parenthèses seul l’esprit circule !!
  • ce que nous faisons, ici et maintenant, doit rassembler toute notre attention, nos forces de méditation, d’inspiration et … notre authenticité …
  • et c’est pour cela qu’elle nous suggèrent que la recherche de la Vérité est notre seule et unique ambition, aucune irruption étrangère ni injonction du monde profane ne pouvant être tolérée. Le lieu de nos travaux étant, assurément, secret mais, aussi, sacré.
  • Nos assemblés rythmés par l’ouverture et la fermeture de nos travaux puis la présentation des « morceaux d’architecture » doivent s’inscrire dans ces deux parenthèses entre lesquelles tout espace-temps devient inconditionnel

Pour la voie dite « orientale » il sera ajouté un autre précepte :

Ne pensons point obtenir notre réalisation personnelle ni notre « réintégration dans notre statut d’origine » comme nous le suggère certains de nos rituels si nous refusions de faire comme les moines taoïstes le chemin tortueux de l’esprit de vie … re-connaitre d’où l’on vient, prendre conscience du « lieu » où nous sommes et se libérer pour accomplir sa destinée … et, chemin faisant, pratiquer la compassion et l’aide … voilà le devoir des Maçons Francs du 21ième siècle …     

Qu’écrire de plus sur le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm – Voie d’Eveil (Voie Orientale,  Voie Robert Ambelain et voie Misraïmite Ancienne)

Le « souverain Sanctuaire Khorshed[iii] » a rassemblé et réexaminé l’ensemble des dépôts initiatiques afin de rendre les rituels conformes aux principes que je viens de d’exposer. OIAPMM-SSKhorshed-Blanc-300x300 dans Recherches & ReflexionsNous devons juste nous convaincre de l’idée suivante :

« Une tradition (héritage culturel voire cultuel) qui ne s’actualise pas est une tradition qui meurt » … « Une tradition qui s’actualise nourrit et fortifie le passé – le Présent – et l’avenir, garantissant ainsi le respect de nos anciens (Maîtres passés :: « ancêtres ») et notre capacité à enfanter l’avenir par une belle transmission murie par le soleil de l’amour fraternel »

Malgré ce qui en est parfois dit, nos Rituels « ne sont pas longs » … ils agissent le temps nécessaires pour que notre être oppressé par des tensions profanes prenne le temps de retrouver une véritable écoute et le lien qui n’aurait jamais dû être coupé entre l’homme et son être profond …

Notre Ordre et le paysage Maçonnique actuel

Tout pourra être dit … Tout … et même son contraire sur ce sujet !!!! … Mais pour paraphraser une stance de nos rituels je dirais que « nous maçons d’Egypte nous ne prendrons jamais des vessies pour des lanternes » et que si nous dressons notre âme pour voguer dans des espaces plus subtils nous savons être rationnels et nous savons juger par nous-mêmes … Nul ne peut se présenter et déclarer être notre recteur de conscience.

Nous savons aussi que nous sommes tous des Chevaliers (Samouraïs) ou des chevaliers en devenir car nous sommes des Francs-maçons constructeurs d’harmonies exécrant l’irrespect, l’exclusion, et toutes les attitudes sectaires d’où qu’elles viennent !!!

Dès lors nous avons à imposer un comportement qui honore la Franc-maçonnerie avec toutes ses magnifiques valeurs … (Droit à la conscience individuelle, liberté d’expression, droit de l’homme et plus généralement droit du vivant, protection de l’environnement, …)

A : Le paysage Maçonnique

Voici en 2018 une première classification des sensibilités Égyptiennes selon leur adhésion à la « Grande Hiérophanie » et à la nomination Ad-Vitam des  représentants du Rite.

  • Les puissances maçonniques acceptant la gouvernance selon les principes de la Grande Hiérophanie :
  • L’OIRAPMM (Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm) :: GMG Willy Reamaker et Bernard Teuqnirt …
  • L’ORUMM (Ordre des Rites Unis de Memphis Misraïm) qui comprend, aussi, les Rites Confédérés :: Joseph Castelli … en son sein nous trouvons : La Grande Loge Egyptienne de France (ex Gérard Harel) :: La Grande Loge Orientale Régulière de France (Richard Ytram) :: …
  • Le GOSRE (Le Grand Ordre Souverain des Rites Egyptiens) dont le Grand Hiérophante est Michel Goudard de Soulages. En son sein résident : la Grande Loge Symbolique Burgonde (François Clouzet) :: la Grande Loge Internationale régulière de Memphis Misraïm :: l’Ordre maçonnique Oriental de Memphis Misraïm (jean Pascal Tollip)
  • Les puissances maçonniques intégrant des modes de gouvernance proches du monde électoral :
  • Le GOE le Grand Ordre Égyptien du GODF (Philippe Foussier)
  • La GLMFMM puis FedMM :: Fédération de Memphis Misraïm … Bernard Champigneux
  • La Grande loge Féminine de Memphis Misraïm :: Éléonore Lecoq
  • La Grande Loge Mixte de Memphis Misraïm :: Olivier Sartoux
  • La Grande Loge Traditionnelle de Memphis Misraïm Battini Jean Simon
  • L’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm:: Patrick Theron
  • La Grande Loge Symbolique de France (& Grande Loge Traditionnelle Internationale) :: Jacques Lavilette.
  • La Grand Loge Unis de Memphis Misraïm :: François Evreux
  • La Grande Loge Mixte de France :: Édouard Habrant …
  • Et dans des parties de « sensibilité Egyptienne » inclus dans des Obédiences Multi-Rites (GLISRU : Grande Loge Indépendante et Souverain des Rites Unis, GLMN : Grande Loge Mixte Nationale, GLMF : Grande Loge Mixte de France, …)

Combien sommes-nous de frères ou de Sœurs Egyptiens en France ? Disons 4200 sur 182.400 FM[iv] (répartis en 7200 loges) environ  … la France représente 5,99% de la FM Mondiale (soit 3.051.000 FM) … pour une fois les Francs-maçons Français éternels nombrilistes pourront faire acte d’humilité !!!

Le nombre d’Egyptiens (4200 :: nombre statistique selon déclarations spontanées) en France est réparti en au moins 45 Ordres ou Obédiences … Nous nous rappellerons juste que :

  • La Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm en comptait il y encore peu de temps 1300 … (les sœurs ont récemment vécu des scissions du fait des exigences de reconnaissance du Grand Orient de France)
  • La Grande Loge mixte de Memphis Misraïm en comptait, il y a peu environ 300
  • La Grande Loge Française de Memphis Misraïm (aujourd’hui Fédération de Memphis Misraïm) en comptait, quant à elle entre 250 …
  • Le Grand Ordre Egyptien du GODF (Date Naissance : 19/09/2001) … 400 …
  • La Grande Loge Mixte de France … un peu moins de 200 ? …
  • Aujourd’hui le groupe ci-dessus ne représente plus que 2450 Frères et Sœurs !!! Il sera dès lors aisé de constater, alors, que 1750 autres frères et sœurs Egyptiens se sont répartis en 40 Obédiences !!! ….  Je n’ai pas compté la dernière naissance … il y a m’a-t-on dit, un an : l’Ordre Maçonnique Egyptien Mixte International (OMEMI, un nouveau système issu de « l’Océan Indien »  ….  Donc 41 !!!

Cela nous laisse rêveur. La consistance numérique de chacune d’entre-elle, sachant que certaines ont plus particulièrement résistée et « jaugent » à plus de 150 membres !!! (Nous faisons partie de celles-là) … reste bien légère, c’est-à-dire « poids plume » …

Avant d’aller plus avant nous pouvons nous convaincre de ceci, car nous sommes bien en France et il existe dans notre pays des principes de liberté inaliénables : Les hommes et les femmes peuvent se rassembler sans avoir de « tuteur » au travers de structures de type associative (Association de la loi de 1901 et de 1905)  de ce fait :

  • Il n’existe, donc aucune obligation pour des Maçons libres dans une loge libre d’adhérer à une fédération ou une confédération …
  • Les liens entre associations relèvent de la volonté pleine et entière des signataires et des puissances qui les formalisent. Il n’appartient dès lors à aucune autres autorités de les contester sur la base de principes qui dérogeraient à la liberté de conscience, à la liberté d’expression, au droit de s’unir pour des raisons qui les concernent.

Dans le cas contraire : la recherche de « tutorat » ou tout simplement la volonté de construire entre plusieurs associations (loges) des liens de dépendance ou de contrôle hiérarchique peuvent amener certaines d’entre-elles à rechercher une adhésion à une Fédération ou une confédération … ce que nous maçons appelons  « Grande Loge » ou « Confédération Maçonnique ».  Modèle de gouvernance largement inspiré des propositions du « Pasteur Anderson ».

Ce mode de gestion est devenu quasiment la règle depuis le 20ième Siècle … L’idée étant bien acquise par la « Grande Loge Unie d’Angleterre » (GLUA) (laquelle inventa, alors, l’abaque de la « régularité »  puis pour ne pas être « en reste » par rapport à nos frères anglo-saxons, cette idée fut reprise par le Grand Orient de France (lequel nous inventa la « reconnaissance »).  Sans polémique, aucune, nous dirons, alors, que chacun peut inventer ce qu’il veut mais il sera important pour nous maçon de savoir, de connaitre puis d’accepter (ou de ne point accepter) les affres qui sont les conséquences naturelles de toutes sectarisations et/ou de tout asservissement !!!!.

Il existe pourtant une formule « le Traité d’Amitié » efficace et chargée de sens,  dont la valeur reste inestimable puisqu’elle relie, normalement, des puissances maçonniques désireuses de partager et de travailler ensemble. Mais là encore quel gâchis !!!

En voyageant sur le Web et en nous arrêtant sur le site des diverses Grandes Loges ou Ordres l’on peut constater la publication d’une ou plusieurs pages listant les traités d’amitié et de reconnaissance. Il suffira de suivre trois Grandes Loges sur leur site Internet : GL3M, GLMN, FedMM où chacune d’entre-elle a entre 10 et 22 liens d’amitié. Est-il possible pour un frère et une sœur de faire vivre : une famille, un métier, une loge, une grande loge avec, si ce frère ou cette sœur, pratique les cénacles de perfection, un atelier spécifique, sa fédération associée et enfin ses propres recherches !!!! C’est assurément le grand écart et de douloureuses lombalgies éprouvantes … quand peut-on alors parler ésotérisme ? …  Comment peut-on penser au moindre échange initiatique de fond dans ces conditions ? !!!! Ces seuls liens résident, souvent et assurément, dans des participations protocolaires lors de tenues spécifiques que les maçons désignent par le terme de « Convent ».

Pour faire bon poids et être complet : même en en notre siècle, il semble qu’au titre de la « tradition » une grande partie de l’humanité est exclue (sur le plan du principe !!!) … sans pour cela ne soulever aucune indignation.

Prenons pour critère le « sexe » une grande majorité sera masculine, … prenons celui du substrat ésotérique la presque totalité sera … judéo-chrétienne !!!

Lorsque les loges et ateliers ont choisi de s’affilier à une Grande loge. L’on doit savoir cela :

Une puissance Maçonnique dite « régulière » ou « reconnue » dans la plupart  des cas (98%) est formée de deux parties :

  • Un ensemble de loges dites « Symboliques » ou « Allégoriques » qui sont sous le contrôle administratif d’une « Grande Loge » (C’est sur celle-ci que repose le qualificatif de « régulière » si elle répond aux « Landmark » de la GLUA ou de « reconnue » si elle répond aux exigences (à géométrie variable … nous en avons pour preuve la reconnaissance discutée, actuellement, avec la GL-AMF !!! ), par le GODF
  • Un deuxième ensemble les « Ateliers Supérieurs » ou de « Perfection » qui pratiquent leur Rite sous l’autorité d’un « Suprême Conseil », d’un « collège des Rites » ou autres désignations … ce deuxième ensemble ne souffre généralement pas de « reconnaissance » ni de « régularité » … dans le cas contraire il s’agirait là d’une forfaiture. Tout le monde sait que les échelles des hauts-grades sont d’une extrême variété et personne sur le plan historique ne peut déterminer ce qui serait opportun de designer comme « juste et parfait »

Voilà donc, quelques définitions posées.

Nous pouvons … continuer … en nous focalisant sur le groupe de maçons que constituent « les Egyptiens » (Terme générique, évidemment) … Précisons tout de même ce que cela signifie :

  • Au 19ième Siècle disons qu’il existait le Rite de Misraïm (dit Rite Egyptien), le Rite de Memphis (dit Oriental … Attention pas le nôtre) et le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm
  • Au 20ième Siècle nous y trouvons le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm et l’Antique Primitif Rite Oriental de Memphis Misraïm
  • Au 21ième siècle nous retrouvons le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (dans lequel s’ajoute notre Voie Orientale – Voie d’Eveil), le Rite de Misraïm, l’Antique Primitif Rite Oriental de Memphis Misraïm mais aussi, un réémergence du Rite de Misraïm, et enfin, le Rite du Grand Ordre Egyptien (Cf. Note de fin)

Selon ces critères, nous somme 4200 Frères et Sœurs « egyptianisants »  (cf. supra). Ils se répartissent en deux catégories selon la notion de « reconnaissance du GODF » (la « Régularité » est à exclure de fait, naturellment ):

  • Les structures « reconnues » par le GODF[v],

Je reprends, ici, que celles qui pratiquent les « Rites Égyptiens » : Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm, La Grande Loge Française de Memphis Misraïm (qui est devenue aujourd’hui la Fédération Memphis Misraïm … Traité signé le 29/11/2017 à Paris), Grande Loge Mixte de Memphis Misraïm (Traité signé le 29/05/2004), Grande Loge Mixte de France, la Grande Loge Symbolique des Rites Unis …

  • Les structures « non reconnues » par le GODF 

Dans Celles qui sont reconnues comme puissances maçonniques selon les principes de la convention de Strasbourg de 1961 et qui sont « Amies » d’une puissance maçonnique reconnue (par le GODF):

     A : OIAPMM[vi] (Ordre Initiatique Ancien & Primitif de Memphis Misraïm), la Grande Loge Symbolique de France,  Grande Loge Française de Misraïm (Celle d’André Jacques, manifestement), …

B : La Grande Loge Unis de Memphis Misraïm,

C : La Grande Loge Symbolique de France,

Ici, notre attention doit être requise : « les Amis de mes Amis pourraient à priori être mes Amis ». Assertion que l’on retrouve souvent dans le monde profane, qui relève du bon sens et qui fonctionne souvent sauf cas particuliers !!!.

De façon coutumière & objective, cet aphorisme est faux au sein de la franc-Maçonnerie Française dite « reconnue » c’est dire au sein des obédiences qui ont jugé utile se mettre sous la coupe d’un « Grand Ordre » … même si celui-ci s’auto-désigne comme « Égyptien » :

là: « Les amis de mes amis sont inexistants, non advenus ».

  • Enfin Les autres… au sein des quelles l’on trouve:

Les structures dites « sauvages » …  dont certaines appartiennent au Portail des loges libres et indépendantes. Disons le franchement: il y a des loges dites sauvages qui transmettent un enseignement de première importance et … il y a des loges dites reconnues qui pourraient les envier !!!

Remarques importantes: Toutes les loges inscrites au portail ne sont pas « sauvages » !!!. J’en pour preuve que 70% d’entre-elle font partie de structures parfaitement organisées :

> La Fédération des loges libres et Souveraines (FLLS),

> L’Alliance Maçonnique Universelle (ALMA),

> Mais aussi, d’un certain point de vue, L’OIAPMM (Eh oui nous faisons partie du portail … puisque tous nos ateliers sont libres et indépendants sur le plan administratif mais par contre ils sont reliés exclusivement par une Charte Initiatique. C’est notre particularité absolue. Cette particularité nous exclut statutairement de toute « reconnaissance » du GODF puisque la « reconnaissance » est attribuée dans le seul but d’évaluer les modes de gouvernances (« fourches caudines » administrative) et d’imposer, sur le plan initiatique, l’abandon du Rite d’origine par l’adoption d’un Rite reconconstruit en 2000 sur la base de l’Echelle de Yarker en 33 degrés  (Cf. Marcos // Biasi)

  • Les structures rattachées à la grande Hiérophanie donc irrémédiablement non reconnues

> OIRAPMM (Ordre International du Rite Ancien et Primitif de Memphis (dont le dernier Grand Hiérophante présumé … le 12ième … est Willy Reamaker) ;

> ORUMM (Ordre des Rites Unis de Memphis Misraïm) sous la gouvernance du Grand Hiérophante, présumé … le 12ième aussi : Joseph Castelli grand timonier de ce que l’on appelle « les Rites Confédérés » … espace dans lequel un grand nombre de sensibilités spirituelles sont rassemblées.

> GOSRE (Grand Ordre Souverain des Rites Egyptiens) dont le premier Grand Hiérophante se dit être (encore un) en fait le 12ième Grand hiérophante : Michel Goudard de Soulages !!!  …

  • Rajoutons aujourd’hui un phénomène nouveau : le réveil des courants qui avaient été mis sous le boisseau par le TSF Robert Ambelain … ce sont des sensibilités ésotériques allemandes et Italiennes (Naples, Venise, ..). réapparaissent, aussi, des filiations Jean Prévost, Jean Bernadac, Gian Carlo Seri, … Tous ces mouvements maçonniques n’ont pas été quantifié mais ne nous trompons point, ils sont loin d’être négligeables … et surtout nous ne savons pas encore sur quelles bases philosophiques ils sont réellement posés (Discrétion ? Secret ? )…  La position des autorités Italiennes laisse penser que la France pourrait, bien, être une Terre d’accueil. Situation intéressante quand l’on sait que la Franc-maçonnerie française (« reconnue » et la plus nombreuse) est incapable d’hospitalité sur son propre territoire.

(Je n’ai pas pu chiffrer ces deux dernières catégories … je compléterai mon analyse ultérieurement)

B : Paysage Maçonnique et Rites Egyptiens

  • Le Rite de Misraïm (Dit Egyptien),

C’est avec le Rite de Memphis Misraïm, les deux systèmes hermétiques importants. Dans le Rite de Misraïm se développèrent et se multiplièrent des degrés (hauts grades), il faut bien le dire de façon un peu anarchique. Il fut raillé par son nombre important de degrés. Railleries facile lorsque l’on est ignorant des contenus et de la valeur opérative de ses modes de fonctionnement. Le terme de   « Misraïm » se retrouve pour la première fois lors de la présentation des secondes Constitutions d’Anderson du Frère de la Tierce en 1742. « Misraïm »  désigne « l’Egypte » en Hébreux. A ce moment pourtant rien à voir avec l’inspiration de l’ancienne Egypte. La base initiatique est parfaitement Hébraïque. Une connotation Egyptienne apparait en 1767. En effet les frères de la Stricte Observance Templière et les maçons Ecossais en lien avec Fréderic de Prusse évoquent l’idée d’inclure dans le parcours initiatiques des frères un enchainement authentique sur le sentier de l’initiation : cela concerne, évidemment, l’ancienne Egypte. Le Rite Krata Repoa sera un support-soutien manifestement peu compris pour promouvoir un nouvel hermétisme. Rites païen et Rite Chrétien semblent faire bon ménage à tel point que les Frères des Rites Rectifiés s’en accommodent. Des Sources Inspiratrices

A : 1759 Les amis de Delphes « Rites des Philadelphes » travaillés dans une loge Narbonnaise (Théurgie). La fondation du rite est attribuée au Vicomte de Chefdebien d’Aigrefeuille

B : 1750-1760 des principes et des pratiques Rose+Croix ….

C : 1773, fondation à Lyon du Rite des Philalèthes dont les influences de Willermoz et de Cagliostro sont patentes. Jean solis expliquera que « Le système s’articule en trois séries : Symbolique à Ecossais, Chevaleresque avec une Rose+Croix et un Chevalier du Temple, sur trame alchimique, théosophique et Théurgique à connotation sacerdotale proche des Elus Cohen ».

D : Cagliostro et bien sûr le Rite de l’Etoile Flamboyante du Baron de Tschoudy.

Deux personnages se feront concurrence : Cagliostro et le Comte de St Martin !!! Cagliostro est un Mystique, Théurge, Thérapeute et alchimiste des voies internes et externes (escroc pour d’autres !!!) … il récolte des degrés particuliers à Malte (Fonseca) et à Naples. Il se forme au mysticisme chevaleresque de Willermoz. Toutes ces aptitudes le mènent à la création en 1784 du Rite Primitif qui porte son nom. Il en devient son patriarche !!! Là réside, peut-être, la source de l’Arcana Arcanorum …

L’ensemble fut recueilli par le patriarche Gad Bédarride dans des conditions … étranges … Marc-Badarrides-01-248x300mais c’est à ce moment que furent construits les 90 degrés du Rite de Misraïm …

L’histoire nous dit que les hauts degrés furent perdus et seuls les 77 premiers degrés restèrent entre les mains des fils Bédarrides. … les degrés manquant furent réinventés par eux, naturellement dénaturés … Où sont les véritables hauts degrés ? … personne ne peut, objectivement s’en prévaloir.

  • Le Rite de Memphis (Qui est dénommé à tort  « Oriental »),

Selon la tradition de notre voie maçonnique il est écrit : « La plupart des membres de la mission d’Egypte qui accompagnèrent Bonaparte était Maçons de très anciens Rites Marconis-De-Negre-01initiatiques : Philalethes, Frères Africains, Rite Hermétique, Philadelphes, Rite Primitif, sans omettre des frères issus du Grand Orient de France. C’est la découverte, au Caire d’une survivance gnostico-hermétique qui va, alors conduire ces frères à renoncer à la filiation reçue, jadis, par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Ainsi sous la direction de Samuel Honis et de Marconis de Nègre, nait à Montauban en 1815, un nouveau courant maçonnique ne devant rien à l’Angleterre : le Rite de Memphis. Si ce Rite rassemble rapidement les Jacobins nostalgiques de la République avec les Carbonari, c’est bien au sein de Memphis que se regroupe les demi-solde de l’ex-grande armée et les bonapartistes demeurés fidèles à l’Aigle.

Les personnages emblématiques :

1 : Gabriel Mathieu Marconis (33° du REAA et les plus hauts degrés du Rite Primitif … et les hauts lieux kabbalistiques en Europe)

2 : Jacques Etienne Marconis de Nègre, son fils, Hauts degrés du Rite de Misraïm, Hermétisme Ecossais et Krata Repoa Germaniques et ésotérisme Egyptien grâce à l’épisode de l’épopée Napoléonienne.

En 1816 les deux Rites Misraïm et Memphis ont le même grand Maitre général … prémices d’une prompte réunion ?  … mais après quelques vissicitudes le Rite reprendra ses travaux le 23/03/1838. Le 30/04/1838 verra la constitution de la Grande Loge d’Osiris et les statuts du Rite déposés le 11 Janvier 1939.

Le Rite sera reconnu par le GODF en 1862 …

L’on notera que selon certains « témoins » Bonaparte aurait été initié Franc-Maçon dans Bonaparte-Arcole-02la loge « ISIS » au Caire. Le Vénérable Maître en aurait été « le Général Kleber ». Salvatore Avventore Zola écrit : qu’exactement en Aout 1798, Napoléon reçut les transmissions des antiques sages de l’Egypte. Cette initiation aurait été faite dans la pyramide Chéops. Ainsi naquit, sans doute le premier foyer « Memphis » en Egypte. En 1815, le 30 Avril à Montauban fut fondée la première loge en France sous la désignation « des Disciples de Memphis » par Sanuel Honis, Gabriel Mateo Marconis de Nègre, la Baron Dumas, le Marquis De Laroque et Hyppolite Labrunie.

  • L’Antique Primitif Rite Oriental de Memphis Misraïm,

Ce rite est essentiellement pratiqué en Italie au sein du GSA (Grand Sanctuaire Grand-Sanctuaire-Adriatique-03-300x281Adriatique) il est masculin mais admet des « loges d’adoption » féminines (pour lesquels la présence d’un « homme », patriarche de surcroît est requis !!! son fondement : La Grande Hiérophanie et l’accès à l’Arcana Arcanorum. Ce dernier est, selon cette puissance maçonnique, défini par Jean Pierre Judicelli de Cressac Bachelerie dans son livre « de la Rose Rouge à la Rose d’Or » (Cet enseignement concerne la Théurgie, c’est-à-dire une mise en relation avec des Eons-Guides qui doivent prendre le relais afin de faire comprendre un processus mais, aussi, une voie Alchimique très fermée qui est un « nei-tan » (voie Interne)). Cette version de rite égyptien est naturellement très intriquée avec les autres essences « Memphis Misraïm » mais s’inspire, aussi, de sources très anciennes (Venise). La maitrise est basée sur le thème du « Mythe Osirien » et les autres degrés détermineront l’aptitude de chacun à progresser sur un plan opérationnel et non intellectuel. L’astrologie et la Kabbale seront nécessaires pour l’accès aux arcanas (le retour à l’Unité). Leur grande Hiérophanie souscrit à une transmission de noblesse spirituelle. Dans ce cadre leur  « in Memoriam » souligne l’autorité des : marc Bédarride, Marconis de Nègre, Marco Edigio Allegri, Ottavio Ulderico Zasio, Gastone Ventura, Sébastiano Caracciolo …

  • Le rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm (Historique),

Le Rite ancien (REAA) et Primitif (Narbonne : hermétique et opératoire) de Memphis Misraïm résulte de la fusion effectuée, en 1881, entre le Rite de Memphis et celui de Misraïm sous la gouvernance de Giuseppe Garibaldi, Franc-maçon, général de l’Armée Italienne qui fit l’Unité Italienne. « Italia fara da se »  …

Ce rapprochement sera, évidemment, violemment rejeté par le Grand Orient d’Egypte (fondation 1856)

Rapidement brossé les deux premiers degrés ont une connotation égyptienne, le 3ième fait référence au Mythe de Salomon, puis du 4ième au 33ième le rite suit celui du Re2a dans les « stations » mais pas totalement dans les messages initiatiques, du 34ième au 68ième il développe la philosophie maçonnique et restitue les Mythes Anciens et enfin les suivants qui seront d’essence Théurgiques et Alchimiques.

Le 66ième degré consacre « une Eglise Intérieure » en relation avec le Gnosticisme assis sur une gnose de type Judéo-païenne  (Ordres Mineurs, Ordres Majeurs, Prêtrise, Episcopat) sensé s’inspiré du « Temps du Christianisme Primitif » … Ce degré donne assurément à ce Rite une « Régularité Sacerdotale »

Concernant les fameux « arcanas », couronnés de « l’Arcana Arcanorum », l’Arcane des arcanes ils donnent titre de Sublime Maître du Grand Œuvre. Il signifie, à priori, pour le titulaire sa réintégration dans l’Unité et sa capacité à avoir construit son « corps de Gloire ».

C’est pour ce faire que ces arcanas décernent « les secrets oraux de Naples » au « cherchant » et sans doute pour l’occasion « au souffrant » !!!

Les Adeptes « Egyptiens » progressent ainsi selon un cheminement individuel guidé par un déambulatoire le plus complet possible sur le plan initiatique. 4 caractéristiques peuvent, aujourd’hui, être recensées :

  • Les Rites judéo-chrétien de Robert Ambelain
  • Les Rites Orientaux … Il y en a quelques-uns … mais à ma connaissance seul l’OIAPMM est en lien avec des « pratiques » d’inspiration extrême orientale …

A : l’OMOMM (Ordre Maçonnique Oriental de Memphis-Misraïm). Leur filiation est celle de Bricaud – Constant Chevillon – Ambelain & Bricaud – Constant Chevillon – Chambellan.

B : ROM (Rite Oriental de Misraïm) : Cette puissance Maçonnique puise dans les Antiques Traditions du bassin méditerranéen … Pythagoriciens, Auteurs Hermétiques Alexandrins, Néoplatoniciens, Sabéen de Harrân, Ismaéliens … en 1792 des sources de Misraïm de l’Ile de Zante …

C : l’OMORAPMM (Ordre Maçonnique Oriental du Rite Ancien & Primitif de Memphis Misraïm en France … Voici une nouvelle résurgence de lignées Italiennes … ce que l’on peut dire c’est que cet Ordre reçut patente le 09/02/1988 des mains de Giancarlo Seri

D : Au sein de l’OIAPMM:

Cette puissance Maçonnique fait bien partie de la famille que nous décrivons mais il nous faut souligner leurs spécificités. Il n’y a que 3 degrés (Cela répond au critère de tous les systèmes maçonniques) : Apprenti, Compagnon et Maître.   Le degré de Compagnon est réservé à l’apprentissage des 7 Arts Royaux (et libéraux) ainsi qu’au contact avec certains philosophes emblématiques au regard de l’évolution des sociétés et civilisations. Le degré de Maitre est transmis selon la référence au mythe Osirien (pour la voie Orientale), la voie Robert Ambelain conserve la référence du Mythe d’Hiram..

Les autres « degrés » sont en fait des « Stations initiatiques » que les Maîtres rencontrent lors de leur cheminement dans le Rite. Et pour certaines d’entre-elles, il est réveillé (en complément des degrés classiques) de nombreuses sensibilités Egyptiennes, extrême-Orientales tel que le Chevalier de Mercy (Siddhârta Gautama), … , Patriarche des Védas Sacrés, …  

  • Les Rites Anciens,

Cf Supra (Rite Ecossais Ancien et Accepté, Régime Ecossais Primitif, Stricte Observance, Gnosticisme, Celtisme, Rose+Croix, … ) … au sein desquels, à ma connaissance, des Ordres font références: l’OMRA (Ordre Maçonnique des Rites Anciens), des Grands Prieurés (GPDG, GPIDF, GPERRO, GPSDF, GPITDG, …).

  • La grande Hiérophanie

C’est un système de gouvernance qui implique qu’un Grand Maitre Général ou un Grand Maitre National est nommé Ad-Vitam et qu’il possède l’autorité absolu pour désigner son successeur … à priori la statut minimum, pour un Grand Maître Général (Mondial, donc), est de posséder la connaissance au plus degré d’au moins trois voies Initiatiques. En général un Rite Egyptien, un Episcopat Gnostique, une voie Martiniste ou un Ordre Rose+Croix ou Kabbalistique …

Au sein de cette spécificité l’on trouvera le GSA, l’OIRAPMM, le GOSRE, l’ORUMM, ….

L’OIAPMM, comme le GOE, la FedMM, la GLMMM, …, ne sont donc pas concernés

  • Le Grand Ordre Egyptien[vii] (GOE) … il fut fondé la même année que notre voie initiatique !!!

Il est une juridiction de « hauts-grades » maçonniques travaillant au « Rite Ancien et Sceau-revu-BDMIPrimitif de Memphis-Misraïm » pratiqué selon une échelle en 33 degrés établie par Jacques-Etienne Marconis de nègre[viii], fondateur du Rite de Memphis, lorsqu’il entra dès 1862 au Grand Orient de France avec son rite. Celle-ci fut analysée et travaillée avec  l’aide de son Premier Grand Maître Adjoint, Ludovic Marcos, sans oublier la haute inspiration du frère Jean-Louis Biasi …

Le plan ésotérique prévu par le GOE institue un parcours conçu comme suit : « Les rituels et les travaux plongent le cherchant véritable dans l’Egypte alexandrine creuset des cultures, philosophies et religions de l’Egypte Ancienne, de la Grèce Antique, de la Mésopotamie et de l’Asie Mineure. Les Travaux de l’Académie Platon ou des Médicis sont aussi réactivés. Cette quête conduit nombre de participants vers la fameuse inscription qui ornait le temple d’Apollon à Delphes « connais-toi, toi-même, et tu connaitras l’Univers et les Dieux ». Pour cela, le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 33 degrés n’emprunte rien aux autres rites. Contrairement à l’échelle en 95 degrés du même rite, celle en 33 degrés n’utilise pas les grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Les rituels n’ont aucun lien avec la légende d’Hiram ou toute autre connotation judéo-chrétienne puisque ses fondamentaux sont préchrétiens ».

En 2018 … nous sommes contraints de constater une règle absolue imposée par le GODF … « toute puissance maçonnique qui souhaite être « reconnue » doit mettre en œuvre à court terme les rituelies prévue par le GOE[ix] ».

Ceci signe la disparition d’une grande partie du Rite Ancien & Primitif de Memphis Misraïm historique (Celui issu de Robert Ambelain, Gérard Kloppel … et si l’on sait compter : 2200 « reconnus » … implique 2000 « non reconnus » …

C : enfin : Organisation de l’OIAPMM (Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm)  pour y voir plus Clair

  • Il appartient au portail des loges libres et indépendantes (130) qui regroupe :

La Fédération des loges Libres et souveraines (FLLS) … Multi-Rites, L’alliance Maçonnique Universelle (ALMA) … Multi-Rites, Nous-mêmes (OIAPMM) … Mono-Rite, et enfin une quarantaine de loges résolument indépendantes. Lesquelles pour l’essentiel ne sont pas égyptiennes.

Dans ce portail une loge de recherche de première importance éditrice « d’une parole circule » la Respectable Loge Sud-Rosa à Genève, montre la qualité du travail accompli.

  • Nous respectons les lois de nos pays de rattachement et chaque loge ou atelier a signé la charte des loges libres et indépendantes du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm. Charte qui est sous le contrôle du  « Souverain Sanctuaire Khorshed ».
  •  Dans le cadre de sa partie initiatique notre système est conçu comme un « Ordre » et non comme une Obédience.  Son Assise est définie par trois degrés : « Apprentis », « Compagnons » et « Maîtres ».

> Apprentis ou la prise de conscience de Soi …

> Compagnons ou l’Apprentissage des 7 Arts Royaux, l’approche de la philosophie et la maîtrise de « ses sens ».

> Maîtres … le compagnonnage dans les sources philosophiques, Métaphysiques, Mythologiques et ésotériques (terme générique, évidemment) … avec en fin de parcours les travaux très individuels sur ce que l’on désigne sous le terme « Arcana Arcanorum». Ce parcours s’effectue sans notion de hiérarchie en 27 Stations réelles abordées par la « voie de l’initiation » …

  • Nous respectons les termes et l’esprit de la « Convention de Strasbourg du 22/01/clipsas011961 ». Nous somme en liens avec des structures qui elles-mêmes sont garantes de cet esprit :

> L’ex GLFrMM (Grande Loge Française de Memphis Misraïm) devenue Fed MM (Fédération Memphis Misraïm) (sur le plan National),

> La GLNC (Grande Loge Nationale du Canada (sur le plan International),

Nous avons, également, voulu rendre hommage à l’immense travail fourni par notre TSF Robert Ambelain en y ajoutant, dans nos relations, des courants qui ont constitué  les soubassements de notre Rite. Ainsi nous comptons parmi nos traités d’amitiés :

> L’Ordre Illustre de la Strict Observance Templière,

> L’Union Maçonnique Européenne,

> L’Ordre des Rites Anciens

  • Pour cette raison, nous avons choisi d’être clair dans notre mode de gouvernance :

> Une Charte qualité qui règle les modes de transmissions selon notre échelle à 3 degrés (AA ::CC ::MM) et 27 Stations (pour les Maîtres) de Transmission Rituellique et 3 de directions plus des dossiers d’instruction complémentaire. (Là il s’agit bien de degré transmis rituelliquement dans une Échelle en 95-96-97 degrés)

> Une « grammaire maçonnique » basée sur une rituelie non abrégée pour permettre l’examen en profondeur des suggestions proposées par le Rite

> Un mode de travail qui respecte la sensibilité de chacun … faisant, ainsi, de la loge un lieu sacré où partages et confrontations trouvent un espace serein d’expression (Non-jugement et respect des formes d’expression – être Franc-maçon c’est savoir écouter et accepter la diversité des « savoir-être ».

> Un système de recrutement appuyé sur les us et coutumes de toutes les maçonneries traditionnelles (Enquêtes, Passages sous le bandeau pour notre Rite et Publications)

> Des Loges et Ateliers construits, sacralisés et protégés des indiscrétions profanes selon les pratiques traditionnelles qui nous ont été transmises.

Conclusions Temporaires, évidemment …

Au travers cet exposé nous l’aurons compris : rien n’est simple. Mais l’on peut en tirer une leçon.

L’essentiel de la franc-maçonnerie est anglo-saxonne (avec une qualité recherchée la Régularité) … un ilot est Française (avec un statut désiré: la reconnaissance) … cette maçonnerie est à 99% Judéo-Chrétienne c’est-à-dire référent à une culture assise sur l’inspiration hébraïque et Christique. Elle est occidentale et se dit « Universelle ». Pourtant n’importe quel philosophe (je dis bien « philosophe ») sincère et sérieux ne pourrait affirmer que cette « désignation-jugement » soit conforme à la réalité.

Cette maçonnerie se rassemble (toujours pour l’essentiel)  au sein de Rites : le Régime Ecossais Rectifié (1778), le Rite Ecossais Ancien et Accepté (1801), le Rite d’York, le Rite Emulation (1823), le Rite Français 1783) … gérés par un nombre d’ordres et d’obédiences limité…

Notons encore le Rite Standard d’Écosse (Historique) de la famille du Rite Émulation, le Rite Suédois (1759), le Rote Primitif d’Écosse (1598), Le Rite Opératif de Salomon (1974), le Rite Écossais Primitif (Ambelain 1985)

Une infime partie de la maçonnerie est dite « Egyptienne » (Terme générique évidemment). Elle est gérée par un nombre « incalculable » d’officines Maçonniques. Elle pratique de nombreux Rites issus de courants ésotériques très divers.

En son temps (il y a un demi-siècle) le TSF Robert Ambelain avait réussi à rassembler « presque » tout cela (après la guerre de 1939-1945) en une seule structure !!! … après 40 ans d’excellents travaux de fondation il n’a pas fallu 10 ans pour qu’une tour de Babel s’érige en lieu et place de cette fondation dite » moderne.

Notre Rite le RAPMM est assurément universel puisque son contenu l’est !!! Il aurait pu être servi par des frères puis des sœurs qui auraient pu prendre cette caractéristique pour en faire un Rite référent pour notre 20ième et 21ième Siècle … relier, rallier  « l’Orient & l’Occident » … mettre toutes les cultures du monde dans un même creuset !!! Quelle magnifique perspective !!! … il ne nous faut pas être nombreux … il nous faut être des penseurs accompagnant l’émergence d’une nouvelle forme de travail maçonnique au service de nos civilisations

Après ce travail, trop rapide, en effet, il faut « remercier » le GODF  !!! et « apprécier » son choix Rituélique recadrant des sources de savoir et de connaissance (notamment le Grand Ordre Égyptien) … Il réalise ce que nos dirigeants d’aujourd’hui n’ont pas su conserver … Il accueille, dès lors en leur sein et dans le sein des officines qu’il reconnaît, des frères et des sœurs qui ne sont plus en mesure de valoriser les dépôts maçonniques transmis par nos anciens. C’est tant mieux s’il existe une telle possibilité pour celles et ceux qui cherchent un chemin tout tracé au sein d’une pensée quelque peu « prêt-à-porter », il est vrai …

Comprenons que la moitié de « l’infime partie » que nous venons d’évoquer reste fidèle aux transmissions que nous avons reçues et plus encore en ce qui nous concerne. Comme un excellent compagnon nous avons fait un pas de côté pour revenir dans l’axe de notre trajectoire. L’OIAPMM voie Orientale (Voie d’Eveil), Voie Robert Ambelain et d’une Voie d’étude sur la sensibilité Misraïmite s’est, alors, assigné une lourde tâche … Celle d’être des continuateurs de la richesse du passé, de faire vivre une réelle universalité grâce à un compagnonnage judicieusement organisé et enfin celle de faire respecter notre droit à la différence … (nous exécrons l’inhospitalité, l’exclusion et toutes formes de ségrégation ou de sectarisme revoyant toutes celles et tous ceux qui les pratiquent à leur enfermement doré).

Rappelons-vous : aucune loi n’oblige quelqu’un à recevoir chez elle quiconque …  cela est valable pour toute organisation !!! même associative … même maçonnique …

Par contre la chaleur d’un partage quand il est voulu et désiré est le véritable signe d’une fraternité assurément maçonnique car au-delà du plaisir d’être ensemble il y a cette magnifique générosité de transmettre ce que nous avons appris, vu et vécu.

Nous entendons bien le discours de nos frères et de nos sœurs qui par des incantations constantes voudraient défendre notre modèle de société (occidentale) basée sur « la Liberté, Égalité et la Fraternité » mais qui en même temps ferment les portent de leurs temples où laissent d’autres frères et nos sœurs dans l’ombre ou sur le bord du sentier de peur que ……..  au titre, bien sûr, d’un ségrégation d’un autre temps. Frilosité ? Servilité ? Peur d’une différence qu’ils portent pourtant haut et fort en burinant dans leurs travaux la stance  remarque d’Antoine De Saint-Ex « Si tu es différent de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis » (Citadelle 1948 … j’avais 3 ans … )

Nous Maçons de la Terre Égypte nous construisons la truelle à la main et l’épée de l’autre …  Nous serons aimés si nous sommes porteurs de futur dans le cas contraire nous resterons à tout jamais dans l’amalgame et prisonniers d’un passé qui n’est plus audible dans notre siècle.

Dès lors l’Ordre Initiatique Ancien & Primitif de Memphis Misraïm est fondé sur des principes très clairs :

1: Liberté de Conscience

2: Liberté d’investigation totale

3: l’accès à la connaissance n’admet aucune entrave

4: Universalité de notre recherche et confrontation avec « la science » (terme désignant toutes les sciences)

5: Aucun ancrage National obligatoire

6: Respect des filières initiatiques que la tradition nous a transmises

7: Respect inconditionnel à la convention de Strasbourg de 1961 …. Convention qui a aujourd’hui plus d’un demi-siècle !!! Sans oublier notre contribution incessante au respect des droits de l’homme et notre action pour la protection de notre planète.

8: Respect des modes de gestions profanes en fonction du pays uniquement sur les plans juridiques et Fiscales

Un constat simple : en dehors de toute autre argument l’idée de « reconnaissance » est, dès lors, pour nous exclut compte tenu des contraintes associées à ce qualificatif

Un désir, voir un Appel

J’ose rêver, dans un premier temps, à une École des mystères Universelle et Libre d’Égypte assise sur des Rites référencés comme « Égyptiens » (c’est-à-dire dont la portée couvre l’Orient et l’Occident ainsi que la totalité des durées de vie des diverses civilisations ayant enrichi notre héritage philosophique et spirituel) … représentés par des Emule-Logo-02-400-1-300x300Organisations Maçonniques respectant les termes d’une Charte (telle que la nôtre, par exemple). Organisations qui permettraient un partage et un échange harmonieux dans le respect de la diversité pédagogique de transmission des savoirs et de la connaissance mis en place patiemment par chacune d’entre-elle. Une telle École des Mystères Universelle et Libre (EMULE) dont la seule mission serait la garantie de la qualité des dépôts initiatiques et la régularité des transmissions. La Franc-Maçonnerie de demain ne peut être basée que sur ces valeurs et l’autonomie responsable de ses animateurs quel que soit les modes de gouvernance profanes. La Maçonnerie de demain est une Maçonnerie d’éveil individuel et de compassion pour tout ce qui touche la création.

Il y a de multiple solutions pour donner réalité à cette idée … reste à le vouloir

Pour ce qui est des valeurs statistiques, je confesse la difficulté de pointer sur un « état des lieu » vrai … il est de l’intérêt de tout maçon désireux de faire rayonner son rite et son Obédience/Ordre de connaître son environnent. Petit il aura à cœur de faire savoir son existence et sa spécificité, Important il prendra conscience de la diversité de la « Canopée » Initiatique et Franc-maçonnique. Je remercie par avance celles et ceux qui m’informeront sur platon-gerard@vorap2m.com … leur Obédience, leur(s) Rite(s) et plus particulièrement Égyptien, nombre de membres, nombre de loges, nombre ateliers de perfection (terme générique pour toutes formes d’ateliers spécifiques). Dès lors, je pourrai fournir un ou deux tableaux de lecture … pour information seulement, évidemment !!! … Qu’en est-il pour 2017 ..

Gérard Baudou-Platon,

Président du Souverain Sanctuaire Khorshed


[i]… Sans nous insinuer dans les « questionnements » d’autrui je peux reproduire partie d’une publication sur Hiram.be (en voici le lien pour une étude complète : http://www.gadlu.info/gldf-scdf-peripetie-au-reaa.html …)

La Grande Loge de France (GLDF) remet en cause son autonomie, son indépendance et sa souveraineté par rapport au suprême conseil de France (SCDF) !

La bombe est lâchée : le Grand Maître Philippe Charruel, qui va descendre de charge dans un mois, vient de signer en catastrophe un décret destiné à interdire aux membres de la GLDF de poursuivre leur parcours dans le REAA en dehors du SCDF. Du moins c’est ce qu’il faut comprendre dans le préambule du décret, car le texte du décret lui-même est incompréhensible, jésuite, et rédigé dans des termes abscons.

DECRET – CF DU 18 05 2018

Le Grand Orateur de la GLDF demande aux loges de la GLDF d’intenter une action en justice maçonnique contre leurs membres qui auraient rejoint le Suprême Conseil d’Aquitaine du REAA.
En effet, nous avons appris que depuis 2017 plusieurs membres de la GLDF et d’autres obédiences ont décidé de poursuivre leur parcours du REAA en dehors du SCDF, en créant une alternative à
cette noble institution. Cette alternative s’appelle le Suprême Conseil d’Aquitaine du REAA. Or, cela déplaît profondément aux hiérarques du SCDF (comme on l’a déjà lu sur gadlu.info.). Ils font donc pression sur le Grand Maître de la GLDF pour mettre immédiatement fin à la participation des FF à ce nouveau suprême conseil.

Evidemment une telle situation ne doit pas pouvoir exister sauf à bafouer les plus élémentaires droits individuels … la maçonnerie dite « officielle » marche sur la tête !!!


[ii] Rappelons ici que, selon la règle posée par notre TSF Gérard Kloppel, pour être Grand Hiérophante il était convenu que l’impétrant devait être titulaire du plus haut degré dans 3 voies différentes. Notre TSF Robert Ambelain était au moins dépositaire des hauts degrés de Memphis Misraïm, de l’Eglise Gnostique (EGA), Réaux-Croix … ajoutons OKCR, Martinisme, …


[iii] Son président est :

  • Maître Maçon issu de GODF ayant travaillé au RFM durant 14 ans
  • Grand Patriarche grand conservateur du Rite soit un 95ième du RAPMM
  • Grand Patriarche grand consécrateur du Rite soit un 66ième du RAPMM
  • Grand Profess du Régime Ecossais Rectifie Eques a Vitus Fidéïs
  • Evêque de l’Eglise Gnostique : Tau Synésios de Cyrène n° 146 dans la filiation apostolique de Pierre
  • Membre de l’Ordre de la Rose Croix d’Orient.
  • Hermite dans les philosophies extrêmes orientales (Bouddhisme Tibétain et Taoïsme)

 


 

[iv] Franc-maçonnerie en France … Quelques chiffres statistiques datés 2014 par Hiram.be

Puissance Maçonnique Membres % Sœurs
GODF 50.000 2,60
GLDF 33.000 0,00
GLNF 25.000 0,00
FFDH 17.000 67,00
GLAMF 14.700 0,00
GLFF 14.000 100,00
GLMF 4.900 45,00
GLTSO 4.700 0,00
GLEFU 2,400 22,50
GLMU 1.400 52,00
GLFMM 1.300 100,00
OITAR 1.200 50,00
GLTF 1.100 0,00
GPDG 1.000 0,00
GLCS 550 47,00
GLFMM 500 25,00
GLIF 300 0,00
GLISRU 280 45,00
GOTM 140 33,00
GLNIRF 100  
     
LNFU (LNF+LNMF) 194  
OIAPMM 150 30,00
…. 27.986  
Total France 182.000  

[v]  Avant toute chose … Quelle légitimité à le GODF dans cette fonction de distribuer les « reconnaissances » … laissons les frères et sœurs juger eux-mêmes l’article premier de leur Grande Constitution :

« ARTICLE PREMIER

La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle attache une importance fondamentale à la Laïcité. Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité … »

L’on pourra immédiatement faire un lien avec l’objet de nos Grandes Constitutions qui stipule que nous sommes une institution essentiellement Symbolique, Philosophique et ésotérique et …  que nous sommes indifférents à tout mode de gouvernance des peuples ou tout mode d’organisation sociale à conditions que celui-ci respecte la libre conscience, la libre expression, les droits de l’homme et de toute forme de vie !!!!

Pourtant voici un extrait de la Circulaire n°1-2013-2014 du 16 Octobre 2013 émise par le GODF

Cette circulaire précise que 97 Obédiences sont reconnues par le GODF …

Dont 14 Françaises (avec la date de leur dernière validation …

1965 : GLTSO :: 1972 GLDF :: 1973 LNF :: 1975 FFDH :: 1982 GLFF :: 1993 :: GLFMM(*) (les Robes Blanches – Historique Robert Ambelain) :: 1993 GLMU :: 1993 GLMF(*) :: 2002 GLNF(**) :: 2003 GLISRU(*) :: 2003 OITAR :: 2003 GPG :: 2003 GLfrMM(*) (Elle est devenue Aujourd’hui Fédération Memphis Misraïm) et enfin 2010 GL3M(*)

Aujourd’hui (en 2018) suite à une récente « OPA » du GODF facilité par l’errance de nos Frères et Sœurs de nos Rites nous devons préciser que :

– le changement de nom de GLfrMM en Fédération Memphis Misraïm nécessite la publication officielle d’un nouveau protocole (lequel est en cours)

– le GODF pour renouveler ses accords de reconnaissance exige pour les rites égyptiens la pratique du Grand Ordre Egyptien. La conséquence directe est l’abandon du RAPMM Historique. Démarche accepté par :

/ La FedMM ::

/ La GLFMM (Robes Blanches … d’où une implosion qui a eu de lourdes conséquences notamment scission d’une partie de ses membres … elles étaient 1300 .. nous n’avons pas encore d’informations sur les nouvelles répartitions … 3 loges ont déjà rejoint le FedMM …)

/ La Création de la GLMN (Multi-Rite) qui possède un couple de loge travaillant aux Rites Egyptiens … la GLMF

(*) Au sein de ces puissances maçonniques sont pratiqués les Rites Egyptiens

La « reconnaissance » implique alors l’adoption de l’échelle Yarker en 33 degrés (Biasi) … de ce fait chaque obédience reconnue a reçu patente du GOE du GODF. Elle se doit de ce fait de créer, en son sein,  un Grand Ordre Egyptien à la tête duquel est nommé un « premier Grand Patriarche Grand Conservateur » de la dite échelle …

Ce GOE au sein de l’obédience est composé d’une Chambre d’Administration dont la mission est de gérer administrativement la progression initiatique … cette Chambre est composée de 33ième de l’Ordre … Elle ne semble pas statuer sur les degrés transmis par le Suprême Conseil (04-30) mais seulement sur les degrés 31 à 34 …

Trois structures sont créées pour coordonner tout cela : Les Souverains Collèges Egyptiens, l’Académie Egyptienne, le Souverain grand Conseil …

Le premier patriarche est chargé de l’exécution de ces dispositions.

(**) Cette puissance maçonnique est titulaire de la Régularité c’est-à-dire qu’elle respecte scrupuleusement les « Landmark » imposée par la GLUA (Grande Loge Unie d’Angleterre grande inspiratrice des « Constitutions d’Anderson » !!! comme quoi la conscience et la rigueur du GODF est à grande Géométrie Variable !!)

Ci-dessous les 12 points qui constituent ces « landmarks »

  1. La franc-maçonnerie est une fraternité initiatique qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, Grand Architecte de l’univers.
  2. La franc-maçonnerie se réfère aux sources de la fraternité, notamment quant à l’absolu respect des traditions spécifiques de l’Ordre, essentielles à la régularité de la juridiction.
  3. La franc-maçonnerie est un Ordre, auquel ne peuvent appartenir que les hommes libres et respectables, qui s’engagent à mettre en pratique un idéal de paix, d’amour et de fraternité.
  4. La franc-maçonnerie vise ainsi, par le perfectionnement moral de ses membres, à celui de l’humanité tout entière;
  5. La franc-maçonnerie impose à tous ses membres la pratique exacte et rigoureuse des rituels et du symbolisme, moyens d’accès à la connaissance par les voies spirituelles et initiatiques qui lui sont propres.
  6. La franc-maçonnerie impose à tous ses membres le respect des opinions et des croyances de chacun. Elle leur interdit en son sein toute discussion ou controverse, politique ou religieuse. Elle est ainsi un centre permanent d’union fraternelle où règnent une compréhension tolérante et une fructueuse harmonie entre des hommes qui, sans elle, seraient restés étrangers les uns aux autres.
  7. Les Francs-maçons prennent leurs obligations sur un Volume de la Loi Sacrée, afin de donner au serment prêté sur lui le caractère solennel et sacré indispensable à sa pérennité.
  8. Les Francs-maçons s’assemblent, hors du monde profane, dans des loges où sont toujours exposées les trois grandes lumières de l’Ordre’: un volume de la Loi sacrée, une équerre et un compas, pour y travailler selon le rite, avec zèle et assiduité, et conformément aux principes et règles prescrits par la Constitution et les Règlements généraux de l’obédience.
  9. Les Francs-maçons ne doivent admettre dans leurs loges que les hommes majeurs, de réputation parfaite, gens d’honneur, loyaux et discrets, dignes en tous points d’être leurs frères et aptes à reconnaître les bornes du domaine de l’homme et l’infinie puissance de l’Éternel.;
  10. Les Francs-maçons cultivent dans leurs loges l’amour de la patrie, la soumission aux lois et le respect des autorités constituées. Ils considèrent le travail comme le devoir primordial de l’être humain et l’honorent sous toutes ses formes.
  11. Les Francs-maçons contribuent, par l’exemple actif de leur comportement sage, viril et digne, au rayonnement de l’Ordre dans le respect du secret maçonnique.
  12. Les Francs-maçons se doivent mutuellement, dans l’honneur, aide et protection fraternelle, même au péril de leur vie. Ils pratiquent l’art de conserver en toute circonstance le calme et l’équilibre indispensable à une parfaite maîtrise de soi.

[vi] Quand même une petite parenthèse … le Président du Souverain  de l’OIAPMM est un Maître du GODF … un Maitre de la GLMFMM historique donc reconnu par le GODF et de surcroit ancien fonctionnaire de l’Etat et donc sait, connait, et défend la liberté de penser, de conscience et prône l’amour entre toutes formes de vie … ce qui ne semble, tout de même, pas le cas nombreuses structures maçonniques dites « reconnues » qui sèment exclusions et souffrances à celles et ceux qui leur ont fait confiance …


[vii] L’un des points notables est de délivrer l’enseignement hermétiste dans son expression maçonnique dans le cadre d’une échelle de 33 grades :

  1. Maître Discret
  2. Maître Sublime-Maître des Angles
  3. Chevalier de l’Arche Sacrée
  4. Chevalier de la Voûte Secrète
  5. Chevalier de l’Epée
  6. Chevalier de Jérusalem
  7. Chevalier d’Orient
  8. Chevalier Rose-Croix
  9. Chevalier de l’Aigle Rouge
  10. Chevalier du Temple
  11. Chevalier du Tabernacle
  12. Chevalier du Serpent
  13. Sage de la Vérité
  14. Chevalier Kadosh
  15. Chevalier du Royale Mystère
  16. Grand Inspecteur
  17. Philosophe Hermétique
  18. Patriarche Grand Installateur
  19. Patriarche Grand Consécrateur
  20. Patriarche Grand Eulogiste
  21. Patriarche de la Vérité
  22. Patriarche des Planisphères
  23. Patriarche des Védas Sacrés
  24. Maître Egyptien Patriarche d’Isis
  25. Patriarche de Memphis
  26. Patriarche de la Cité Mystique
  27. Sublime Maître du Grand Œuvre
  28. Grand Défenseur du Rite, Chevalier de l’Aurore et de la Palestine
  29. Prince de Memphis
  30. Patriarche Grand Conservateur (Arcana Arcanorum)

Les degrés en vert sont transmis de façon rituelique les autres sont travaillés sur « document »


[viii] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Étienne_Marconis_de_Nègre


[ix] Après les trois premiers degrés … les fondateurs du GOE expliquent :

« Les Collèges Egyptiens administrent les grades du 4° au 30°. Les Académies Egyptiennes rassemblent les grades du 28° au 32°. Le Conseil réunit les Frères du 33° grade.

Dans cette échelle, les grades pratiqués rituellement qui servent d’axe à la progression sont : dans le cadre des Collèges Egyptiens, le 12° Chevalier de l’Aigle Rouge, 17° Philosophe Hermétique, 27° Maître Egyptien Patriarche d’Isis et dans l’Académie celui de 30° Sublime Maître du Grand Œuvre. Contrairement à beaucoup de systèmes de Hauts-Grades, le 33° grade de Patriarche Grand Conservateur fait l’objet d’une cérémonie rituelle en pleine et due forme et ne peut être conféré que dans le cadre du Conseil. Les grades intermédiaires sont en général conférés par communication (avec des cahiers d’études) mais font aussi dans certains cas l’objet de rituels spécifiques. »


[x] Selon les Statut du GODF voici la définition qui serait recevable … « La Franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle attache une importance fondamentale à la laïcité » … Il y a, naturellement loin de la coupe aux lèvres !!

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A propos Gérard Baudou-Platon

Gérard Baudou-Platon Président du Souverain Sanctuaire Khorshed de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm. Mes Formations philosophiques: Mathématiques, Physiques, Sciences de la vie, Bouddhisme, Taoïsme, Gnosticisme et Rose-Croix … Président du Centre d’étude sur les Civilisations Anciennes et Traditionnelles Sur le plan Profane: Ancien fonctionnaire de l’Administration des Postes, Télécommunications et de l’Espace (Administration Centrale) Ancien Chef de Service au GIE Caisse des Dépôts et Consignations et de la Caisse d’épargne de l’écureuil Ex Président de l’Association l’Albatros (Service aux personnes handicapées) Mes axes de compétences: Les Systèmes d’Information, l’Organisation des Entreprises , le Télétravail

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SOURCE : http://gerardplaton.neowordpress.fr/2018/06/13/un-paysage-maconnique-un-ordre-un-reve-un-appel/

L’HERMÉTISME 10 mars, 2016

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

L’HERMÉTISME

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L’HERMÉTISME  Est une doctrine issue d’Égypte qui connut un certain succès dans le monde antique et au Moyen Age. On retrouve à son origine de nombreux ouvrages attribués à Hermès (cf. ce mot). Ils avaient été publiés, traduits en grec, en latin et en copte. Cette doctrine, connue dès les premiers temps de l’Égypte ancienne, était aussi désignée sous les noms d’art hermétique, d’art sacré.

L’hermétisme essaya d’adapter les moyens d’expression de la philosophie à la pensée traditionnelle.

Un ouvrage, le Corpus hermeticus, contient des textes d’inspiration authentiquement égyptienne : notamment, une définition du langage tel que l’Égypte l’a conçu, le portrait d’un pharaon idéal, élu des dieux et, sans doute, la plus exacte définition et interprétation du rôle d’un temple égyptien.

La décadence des mystères de la haute Antiquité, déjà sensible au IVème siècle avant Jésus-Christ, l’influence de la civilisation grecque qui avait pénétré toute la région orientale du Bassin méditerranéen, contribuèrent pour une large part à la réalisation de la synthèse sacerdotale gréco-égyptienne, dont un des effets les plus importants et les plus durables fut la formation du mythe d’Hermès Trismégiste, support désormais définitif et capital de l’hermétisme.

Durant cinq siècles, du IIème avant J.-C. jusqu’au IIIème après, l’hermétisme subit l’influence de toutes les doctrines ayant cours en Égypte et dans toute cette région. Ces apports extérieurs, s’ils influencèrent l’hermétisme, eurent cependant un avantage : en vertu de sa flexibilité et de sa facilité d’accueil, la doctrine traditionnelle sut s’adapter remarquablement aux milieux divers où elle fut transportée. Elle bénéficiait en effet du précieux privilège d’être en parfait accord avec la philosophie dominante.

La doctrine.  Le premier principe de l’enseignement hermétique est l’unité. On en trouve la preuve et l’énoncé dans la Table d’Émeraude (cf. ce mot)

« Toutes les choses sont et proviennent d’Un, par la médiation d’Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique… » Son symbole est le cercle u qui s’achève en soi-même » ou le serpent qui se mord la queue (ourobouros). Ce symbole exprime l’univers à Un le Tout ».

L’immanence, la présence dans l’homme de toute possibilité est un autre principe fondamental de l’hermétisme : « Tu es Tout… Tout est en toi. » Ce principe trouve sa correspondance dans les premières phrases de la Table d’Émeraude : à Ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. » Tout ce que possède le macrocosme, l’homme le possède aussi.

Autour de ces principes fondamentaux, on se trouve en présence d’un ensemble de notions si diverses, si hétéroclites, qu’il est extrêmement difficile d’y retrouver une cohérence de conceptions. Sa diffusion, extrêmement étendue et rayonnante, donnera à la doctrine initiale, une empreinte différente.

L’expansion de l’hermétisme. En Grèce, l’hermétisme devint très rapidement synonyme d’alchimie. L’alchimie grecque, en effet, pouvait se permettre, étant donné ses origines fort anciennes, de se réclamer d’Hermès, maître de toute science.

Des travaux récents permettent d’envisager sa naissance dans l’île de Samothrace. Cette île était célèbre dans l’Antiquité par le culte des Cabires, culte à mystères, peut-être d’origine phénicienne, sûrement préhellénique, que l’on y pratiquait en 4500-4000 avant notre ère.

C’était une île sacrée. Les Cabires de Samothrace, avec les Dactyles de l’Ida (ceux qui savaient se servir de leurs doigts), les Telchines de Rhodes, les Curètes de Crète, étaient considérés comme des magiciens et des artistes car ils étaient les inventeurs du travail du fer (Tubalcain le forgeron).

Ils fabriquèrent les premiers outils. Lorsque l’on sait que toute activité sociale dépendait presque exclusivement de leur fabrication, que, sans l’outil, la main de l’homme est dépourvue d’efficacité, on comprend que ceux qui disposaient de cet outil commandaient à toute civilisation.

C’étaient des guides, des chefs. Leurs dieux constituèrent la première triade : Héphaistos (Vulcain, dieu des Forgerons), Hélios (le Soleil), Hermès (Logos). Dans le Cratyle, Platon identifiait le Logos à Hermès. Ce furent ces peuples qui apportèrent aux premiers groupements humains voués à une vie pastorale, l’écriture, le métal, l’outil, les techniques de la construction (habitations fixes, sur terre et bateaux) et de la navigation.

On sait à cet égard le rôle initiatique et complexe du forgeron africain, redouté et méprisé, admiré et haï.

La religion des Cabires se répandit dans tout le Bassin méditerranéen d’abord, et dans tout l’Occident ensuite. Elle arriva aux Arabes sous forme de tradition métallurgique… et elle n’était alors ni secrète ni cachée. Bien plus tard, cette religion fut celle d’associations à type corporatif qui usaient d’un jargon technique destiné à préserver la valeur marchande de leur fabrication : en somme, une sorte d’argot de métier.

Mais sous cette couverture artisanale, se dissimulèrent des sociétés secrètes, réellement hermétiques, celles-là. Certainement, il y avait des « opératifs » dans ces nouveaux groupements, qui travaillaient encore le métal. Ils étaient rares. Vraisemblablement les techniques opératives n’étaient plus qu’un apprentissage, une préparation du néophyte à la compréhension des vérités initiatiques.

Ces vérités ne pouvaient être communiquées sans d’extrêmes précautions.

A Rome, les habitudes syncrétistes de l’Égypte s’adaptèrent au milieu et à ses tendances. On y avait d’ailleurs adopté depuis longtemps la théogonie égyptienne et on y admettait fort bien que les dieux pussent posséder des personnalités diverses, lesquelles se retrouvaient dans le dieu unique adoré par les Romains.

Les Sabbéens faisaient aussi figurer Hermès dans leur plus lointaine ascendance. Pour les Manichéens, Hermès était l’un des cinq grands prophètes ayant précédé Mani. Des Manichéens, l’hermétisme passa en Islam. De nombreux ouvrages figurent dans sa tradition hermétique. Hermès convenait parfaitement à sa doctrine. Hermès, Platon et Zoroastre dominaient leur philosophie : d’une part, la sagesse hermétique et d’autre part la conjonction Zoroastre-Platon qui inspira, à l’aube de la Renaissance, la philosophie médiévale.

L’hermétisme, comme on s’en aperçoit, fut le résultat d’un long effort pour concilier les traditions égyptiennes avec l’astrologie chaldéenne d’abord, puis avec la civilisation grecque par la suite. C’était une doctrine strictement philosophique et littéraire. On n’y trouve trace ni d’un clergé ni d’une religion. Et cette doctrine aura servi d’étiquette à d’autres doctrines fort diverses, hétéroclites, comme on l’a dit plus haut, qui avaient un caractère cependant commun : l’ésotérisme. L’alchimie et la gnose paraissent avoir été les points forts de cette diversité.

Et nous retrouverons ces deux « points forts » au cours des siècles suivants créant, non une filiation bien difficile à prouver, mais une « ambiance initiatique » dans laquelle se développera un symbolisme fondamental conduisant à des rituels correspondants et souvent identiques.

La Gnose (cf. ce mot) fut un mouvement religieux non chrétien à ses débuts, puisque vraisemblablement préchrétien, qui emprunta beaucoup aux cultes à mystères et à l’hermétisme, avant de devenir chrétienne ou manichéenne et cathare. Une des formes modernes de la gnose chrétienne se manifeste dans la doctrine des Fraternités de Rose-Croix.

Ce sont des sociétés secrètes initiatiques qui exercèrent une grande influence sur la Franc-Maçonnerie. On a attribué à Valentin Andraee et un cercle d’initiés qui l’entouraient, l’origine de ces fraternités. En réalité la doctrine rosicrucienne ne sortit pas toute prête de son cerveau. Le mouvement bénéficia de toute la tradition alchimique et de la terminologie hermétique.

Valentin Andraee publia, en 1616, trois ouvrages, Confessio, Fama et Noces chymiques qui exposaient la doctrine et inventaient surtout le mythe de Christian Rosenkreutz.

Les premières associations se créèrent en Allemagne, puis essaimèrent en Europe. En France, on commença à en parler en 1622. En Angleterre R. Fludd répandit et développa la doctrine. Deux adeptes célèbres, Ashmole et T. Waughan, continuèrent son ceuvre.

Ashmole joua un rôle prépondérant dans la transformation de la Maçonnerie dite opérative en Maçonnerie spéculative.L’influence rosicrucienne est manifeste dans la Franc-Maçonnerie des trois premiers grades et l’on trouve dans les rituels d’initiation de nombreuses traces de cette influence qui relève de l’alchimie et de l’hermétisme.

Le mot V.I.T.R.I.O.L. inscrit sur les parois du Cabinet de Réflexion est formé par les initiales d’une formule hermétique. Le dépouillement des métaux (cf. ce mot) relève de la plus pure technique de a transmutation alchimique.

La fameuse lettre G, enfin, que l’on voit au centre de l’étoile flamboyante -et qui orne tous les temples maçonniques peut être l’initiale du mot gnose. Cette étoile s’inscrit dans le pentagramme régulier construit par Pythagore, or Pythagore avait eu connaissance de nombreux mystères égyptiens, lors de son séjour dans les temples initiatiques de la vallée du Nil, séjour qui dura vingt-deux ans.

Nous citerons pour terminer une interprétation hermétique de certains termes utilisés dans le vocabulaire maçonnique : Soufre (Vénérable), Mercure (1″ Surveillant), Sel (2′ Surveillant), Feu (Orateur), Air (Secrétaire), Eau (Hospitalier), Terre (Trésorier).

On a là les trois principes et les quatre éléments des alchimistes.

Le feu est sec et chaud; l’air est chaud et humide; l’eau est humide et froide; la terre est froide et sèche.

Source : l’excellent blog http://anck131.over-blog.com/

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DANSE ET INITIATION 24 octobre, 2009

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DANSE ET INITIATION

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LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

LES PREMIERS GESTES ET PAS LA GIRATION 

LE CHAMANISME 

DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES 

L’INDE  

LES HÉBREUX   

LA GRECE

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

LE MOYEN-AGE  

LE BAROQUE

LE SYSTEME CLASSIQUE

  RETOUR à COSMOS

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessible à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmique, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les carctères et les passions .Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante.Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

 DEBUT

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAINLa danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pasconcevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamenais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du coeur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leurlancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamètralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethonologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

 DEBUT

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pélerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.

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LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASEAprès avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase.Saint-Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

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LE CHAMANISME Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

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L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’oeil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix.Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

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LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense.La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Kmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomine de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

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L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le coeur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

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LES HÉBREUX Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

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LA GRECE Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarquée chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dyonisiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

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LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du choeur, etc …

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le Mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

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LE MOYEN-AGE Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

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LE BAROQUE Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferment une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

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LE SYSTEME CLASSIQUE Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parlent un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, lanNature a fourni à la danse et à l’homme lespPositions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillé de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennemen

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,

- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,

- Expression spontanée des émotions et des langages humains,

- La danse est éternelle !

 

Gilbert MAYER

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  RETOUR à COSMOS

http://cgagne.org/index.htm

un beau site à visiter, à étudier, à méditer

 

 

Danse et Initiation 1 janvier, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Danse et Initiation

 

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessibles à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmiques, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les caractères et les passions. Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»

Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante. Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

La danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pas concevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamennais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du cœur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leur lancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamétralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethnologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)

Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pèlerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.


LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASE

Après avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase. Saint Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

LE CHAMANISME

Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’œil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix. Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE

Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’Asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense. La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Khmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomime de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA

L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : Les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le cœur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

LES HÉBREUX

Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

LA GRECE

Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarqué chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dionysiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du chœur, etc….

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : Les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. Danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

LE MOYEN-AGE

Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

LE BAROQUE

Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferme une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

LE SYSTEME CLASSIQUE

Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parle un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, la Nature a fourni à la danse et à l’homme les Positions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillée de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennement

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,
- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,
- Expression spontanée des émotions et des langages humains,
- La danse est éternelle !

Gilbert MAYER

http://www.cgagne.org

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RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHlS ET MISRAïM SOUVERAIN SANCTUAIRE ITALIEN 19 novembre, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 5 commentaires

 

RITE ANCIEN ET PRIMITIF

DE MEMPHlS ET MISRAïM

SOUVERAIN SANCTUAIRE ITALIEN

 

Rite Primitif des Philadelphes (Narbonne 1779)

Rite de Misraïm (Venice 1788)

Rite de Memphis (Montauban 1815)

Rites Unis de Memphis et Misraïm (1881)

 

FRANC MACONNERIE UNIVERSELLE

GRAND ORIENT D’ITALIE

 

 

NOTES HISTORIQUES

ET ACTIVITES EN ITALIE

Giancarlo Seri

 

INDEX

 

Présentation

Avant propos: La maçonnerie Opérative dans l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm

Notes Historiques sur l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm

Origine du Rite de Misraïm ou Egyptien (jusqu’à l’unification avec le Rite Oriental de Memphis en 1881)

Origine du Rite de Memphis ou Oriental (jusqu’à l’unification avec le Rite de Misraïm en 1881)

Fusion des deux Rites

Les grades dits « Administratifs »

Docétîque initiatique de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm

Structure Opérative actuelle de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm

Titres usuels dans l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm.

Calendrier Sacré

Réouverture des Travaux de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm au sein de la Communion Maçonnique du Grand Orient d’italie . Actes et Successions

Conclusions  

 

PRESENTATION

Nous avons élaboré ce fascicule dans le but de présenter et éclairer les objectifs, les activités et le développement ( en perspective ) de l’Ancien Rite Primitif de Memphis et Misraïm, au sein de la Communion Maçonnique laquelle, à compter du 14 Avril 1879, a assumé le nom historique de Grand Orient d’Italie.

Par ce travail, nous chercherons, pour autant que possible, de fournir des indications utiles aux Frères Maîtres, soit pour un premier contact avec les thématiques développées dans les Chambres Rituelles qui constituent l’Echelle Philosophique que propose notre Vénérable Rite, soit pour montrer – dans les grandes lignes – les points de référence nécessaires à ceux qui veulent approfondir la recherches sous l’aspect hîstorio-graphique.

Durant ces quinze dernière années, le Rite Ancien et Primitif de Memphis et Misraïm, a été indiscutablement un phénomène de grand intérêt dans le panorama maçonnique. En effet si d’une part il a suscité de grands enthousiasmes parmi les Frères Maîtres, il a par ailleurs, nous devons, hélas, le souligner, soulevé des réactions incentestablement peu fraternelles.

Cependant, nous souhaitons que la lecture de cet opuscule, permette aux Frères Maîtres de comprendre quels sont les éléments traditionnels essentiels qui distinguent le Rite Ancien et Primitif de Memphis et Misraïm des autres Corps Rituels Maçonniques confrères, soit dans la forme que dans la substance. Nous allons tenter de définir, en synthèse, quelles propositions, quels instruments et quelles activités Opératives notre vénérable Rite compte présenter aux Frères Maîtres, afin de développer et accroître – avec toujours plus de vigueur – toutes les qualités et vertus spirituelles nécessaires à chaque Maître Maçon pour réaliser – en lui-même et par lui-meme – le véritable et authentique  » status intereriore  » de l’Adepte.

Nous sommes conscients que le » CHEMIN « est difficile et hérissé d’obstacles, mais avec l’aide du Très Haut, de la Charité et de la Solidarité fraternelle, il sera possible de distinguer et comprendre quelles sont les  » colonnes portantes  » du PROJET MACONNIQUE UNIVERSEL. A ce stade il est nécessaire de souligner que « spéculation  » et » operativité » maçonnique basent leur enseignement sur l’observation attentive et profonde de la NATURE. Mère et Maîtresse, ELLE nous montre depuis toujours, la Voie qui conduit à la découverte et a la compréhension du Secret des Secrets, inné et casché dans la mystérieuse pulsation de la vie que la tradition alchimico-hermétique nous indique, avec une simplicité lapidaire, au travers de la devise:

SOLVE ET COAGULA

Observons comment naît une fleur et comment l’arbre génère un fruit, réfléchissons sur la perpétuelle alternance des saisons alors petit à petit, dans l’esprit de celui qui cherche la vérité avec une âme honnête, sincère et humble, se fera jour, de façon toujours plus concrète, la connaissance et la participation au  » noumène  » qui gouverne le  » phénomène naturel « . L’objectif de l’Adepte est donc la possession et la connaissance des dynamiques occultes de la LOI UNIVERSELLE et ETERNELLE de CAUSE à EFFET. Que dire de plus à ceux qui s’approchent de Notre Vénérable Rite?

Il ne nous reste quâ leur souhaiter que la Lumière de la Force, de la Beauté et de la Sagesse devienne substance de la propre substance et que la Couronne d’Osiris se pose sur leur tête.

 

Le Souverain Grand Maître

Grand Commandeur

Grand Hiérophante Général

Giancarlo Seri 33:. 90:. 97:.

 

AVANT PROPOS

 

L’OPERATIVITE’ MACONNIQUE

DANS LE RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS ET MISRAÏM

 

Il est nécassaire d’éclaircir un malentendu historique, selon nous typiquement italien, sur la signification correcte de l’expression  » operativité maçonnique « .

Selon nos expériences et en l’observance des enseignements reçus, nous sommes d’un avis diffèrent par rapport aux opinions courantes dans la Communauté Maçonnique Italienne sur la signification du terme  » operativité « .

D’après les entendements de certains,  » opérer  » signifie intervenir indu ment et improprement au nom de l’Institution Maçonnique, dans les structures sociales profanes, dans les partis politiques et dans les Instituitions.

Nous au contraire, nous définissons ce comportement comme la  » grande tentation « , ou, mieux encore, la  » force déviante  » du comportement correct maçonnique. Personne ne peut nier que ces  » déviations  » ont depuis toujours, provoqué, avec une cadence périodique constante, des dommages incalculables à la saine diffusion de Ja véritable Tradition Maçonnique.

Dans un passé assez récent nous avons eu les désastreuses sanctions des lois fascistes envers des FF.-. en particulier et contre l’institution Maçonnique en général. Plus récomment, l’affaire – bien trop connue – de l’irrégulière et anti~nitiatique loge  » Propaganda 2  » ( mieux connue sous le sigle  » P2  » ), a mis la F.-. M.-. dans une situation certes pas du tout confortable aux yeux du monde profane. Il n’est pas difficile de comprendre, en réfléchissant sur la signification du titre distinctif de cet atelier, que les fondateurs et les animateurs de ce groupe pseudo – maçonnique, étaient inspirés.par des idéaux qui, toujours à notre avis, n’ont rien de maçonnique et encore moins d’initiatique. En effet la Tradition n’enseigne pas a ses adeptes des théories anticonformistes, des délires exaltant l’ordre social et moral (de quelle morale?) ou des préceptes de nature nettement cléricale et puritaine.

Donc, en revenant a notre concept d’operativité, nous disons que l’ceuvre Maçonnique est de nature essentiellement intérieure et spirituelle. Elle s’exprime seulement au travers de dynamiques qui tendent à la découverte et â l’étude de ce  » profond  » qui existe au cantre de la conscience de chaque être intelligent, c’est à dire de cet univers composite et complexe qui attend de se révéler àl’observateur attentif et discret.

Seulement au travers d’une observation attentive et silencieuse, on peut réintégrer son propre être dans l’Harmonie Eternelle et Universelle. Le Maître Maçon Libre, par un travail de rectification constant et équilibré, met sa propre individualité au service de I’ évolution humaine et universelle. Il passe ainsi d’un travail essentiellement personnel, à un travail trans-personnel, d’un petit et égocentrique  » moi  » à un  » SOIT  » vibrant et resplendissant dans le glorieux et éternel travail de Ammon-Ra, source de vie, Père de toutes choses.

Ce que nous venons d’exposer peut sembler difficile et hors d’atteinte, mais aux FF.-. Maîtres nous disons: il suffit de commencer, le reste vient après.

 

NOTES HISTORIQUES

SUR L’ANCIEN ET PRIMITIF RITE DE MEMPHIS ET MISRAÏM

 

Le Rite Ancien et Primitif de Memphis et Misraïm est un double système maçonnique -illuministique qui renferme en soit le grand système initiatique occidental. Il part de la base ell~même, la maçonnerie  » bleue « , pour atteindre les cimes rosicruciennes de la Gnose, y compris les systêmes hermétiques, philosophiques et ésotériques des anciens Hiérophantes égyptiens et des prêtres de Mitra.

Notre Vénérable Rite, à cause de sa référence à Misraïm (ce mot dérive de  » mizr  » qui dans l’ancienne langue hébraïque faisait allusion à l’Egypte) est appelé aussi Rite Egyptien, ce qui génère une confusion erronée avec le Rite Egyptien – ou Maçonnerie Egyptienne de Cagliostro – lequel, tout en se reliant à I’A.R. P.M.M. dans l’étude des pratiques mystiques et théurgiques, – est profondément différent.

Les deux Rites unis, de Memphis et de Misraïm, forment dans leur complexe un authentique Ordre et non pas un simple Rite, dans le sens que l’on attribue généralement à ce mot. Ils furent conçus dans le but de rassembler en un organisme unique, qui mette en commun dans ses grades toute la sagesse, la connaissance et le désir de croissance intérieure des initiés épars dans les innombrables Corps Rituels Maçonniques supérieurs et dans les Ordres Illuministiques et chevaleresques, qui opéraient au débuts du 18ème siècle.

Donc l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm assuma la caractéristique d’un Ordre Universel dont la mission, rédimensionnée dans le temps, fut ceIle d’assumer la direction suprême de tous ces Ordres et Rites de véritable et traditionnel caractère initiatique, en réunissant dans une collaboration fraternelle, sous un seul corps, les Maçonneries et les Ordres Illuministiques du monde entier. Il y eut ainsi une prodigieuse synthèse des écoles orientales et occidentales.

A partir de 1881, par la volonté du Souverain Grand Maître, Grand Commandeur, Grand Hiérophante Général F.~. Giuseppe Garibaldi, fut opérée la fusion des deux Rites de Memphis et de Misraïm, dans un climat d’intime et harmonieuse intégration. Pour les besoins de la présentation, même Si très schématisée, de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm, nous mentionnons ci-dessous une brève description de chacun des Rites.

 

ORIGINE DU RITE DE MISRAÏM ou EGYPTIEN

(jusqu’à l’unification avec le Rite Oriental de Memphis en 1881)

Plusieurs auteurs sont d’accord sur ses origines, sur sa diffusion à Venise et dans l’Italie du Sud.

Tory précise.:

 » – - – en 1815 il était très répandus à Venise et dans les îles Ioniques avant même la révolution française de 1789. On trouvait beaucoup de Chapitres dans les Abbruzzes et dans le Pouilles. « 

Levesque en 1821 dit que:

 » . – - depuis cinq ou six ans ce Rite s’est établis à Paris. provient du Sud et il jouit d’une certaine considération dans les îles Ioniques et sur les bords de l’Adriatique. Il est né en Egypte. « 

Il est clair, a ce point, que ce Rite eut ses origines en Italie, vu les affirmations de ces auteurs et d’autres encore.

Donc, en partant des obscurités « des débuts, il est possible d’affirmer, selon les théories les plus acceptables et dignes de foi, que le Rite de Misraïm naquit à Naples et, quand la Maçonnerie abandonna ses contenus ésotériques pour s’ouvrir au courant révolutionnaire, plusieurs FF.-. émigrèrent de Naples vers leurs propriétés dans l’Adriatique en emmenant avec eux leurs certitudes historiques de là partit sa diffusion.

Selon les affirmations de Gastone Ventura, ce fut le  » Filalete  » Abraham en 1801 qui reconstruit àVenise la L.-. du Rite de Misraïm mise en sommeil après l’occupation Autrichienne; cette L.-. aurait existé depuis 1796. Le F.-. Abraham ne serait autre que le Baron Tassoni de Modene. Au contraire, selon d’autres savants, comme Robert Ambelain et Robert Cools, ce fut Cagliostro qui porta le Misraïm à Venise.

De toute façon en résumant, brièvement et succinctement, la succession des événements historiques qui favorisèrent l’apparition de ce Rite, il nous paraît utile de mentionner que, fondamentalement, les historiens nôus reportent à deux différentes versions sur la naissance de ce Rite.

Pour ce qui nous concerne, l’examen attentif des différentes versions qui nous sont fournies par l’historiographie contemporaine, et forts de l’expérience initiatique proposée par Notre Vénérable Rite, nous avons la ferme conviction que, en y apportant les corrections qui s’imposent, les deux hypothèses sur les origines du Rite de Misraïm puissent êtres considérées véridiques.

 

1ère Version

 

Le Rite aurait été introduit dans la République vénitienne aux débuts du XVIII0 siècle puis, àtravers différentes vicissitudes, depuis les îles ioniques et très précisément de la L.~. égyptienne Zante (de la quelle faisait partie Ugo Foscolo) aboutit en 1782 à Venise. Immédiatement après, un groupe de FF.-. maçons (appartenant à la communauté protestante anti – trinitaire de Socino), membres de la susdite L:. égyptienne, reçurent de Cagliostro ( qui à cette époque séjournait à Trento ) une autre initiation maçonnique.

Peu après soit Gad Bedarride soit son fils Marc reçurent, justement par ces LL:. égyptiennes, les relatives initiations qu’ils intégrèrent dans la même période avec d’autres filiations, toujours originaires de l’ancienne terre d’Egypte.

 

2ème Version

 

Elle nous est fournie directement par Marc Bedarride dans son livre  » LOrdre Maçonnique de Misraïm  » publié à Paris en 1845 par Bernard et Comp. , dans lequel est détaillée toute la généalogie, laquelle, à rebours, remonte jusque à Adam

De la confrontation entre ces différentes sources et versions il apparaît sommairement:

1747, d’Egypte et de Malte, au travers de l’ceuvre initiatique d’illustres personnages – parmi lesquels émerge l’ceuvre du Prince de San Severo, Raimondo de Sangro – conflue à Naples une intense activité de recherche et d’étude de la Science Maçonnique de tradition égyptienne.

1782, de puis la L:.. égyptienne de Zante, se propage à Venise et dans les régions limitrophes un système initiatique maçonnique ayant de très évidentes caractéristiques rituelles égyptiennes. Au cours de cette même année, Marc Bedarride, affirme que son père Gad eut la visite d’un Initié égyptien qui se nommait Ananiah le Sage, duquel il eut la filiation et les pouvoirs de transmission d’une Tradition maçonnique de provenance égyptienne.

1788/1801 naissance à Venise, grâce aux synergies des très actives LL .-. maçonniques égyptiennes, en partie promues par Cagliostro et en partie par Ananiah le Sage et par Abraham (le Baron Tassoni de Modena), de l’ORDRE EGYPTIEN DE MISRAÏM.

1804/1805, le Rite Ancien et Primitif Egyptien de Misraïm commence, depuis Venise, à se diffuser en Lombardie. En 1805 le F.: Le Changeur fonde à Milan le Suprême Conseil du Rite ayant iuridiction sur les 90 grades.

1810/1813, selon les hypothèses les plus dignes de foi, en 1813, les FF~. Bedarride, JoIy, Gaborria et Garcia reçoivent à Naples le pouvoir de diffuser le Rite de Misraïm.

1856, le Rite de Misraïm, directement gouverné par Marc Bedarride, après de nombreuses vicissitudes, est définitivement absorbé par le Rite de Memphis. Entre 1856 et 1870 restent, toujours actives, certaines obédiences nationales de ce rite (voir la filiation de Mallinger en Belgique) lesquelles constituent le dépôt initiatique dénommé  » ARCANA ARCANORUM  » Une grande partie de ces obèdiences, toujours actives, vinrent ensuite unifiées en un Rite unique par Giuseppe Garibaldi.

1881, le F.. Giuseppe Garibaldi déjà Grand Maître du Rite de Misraïm en 1860, élus Grand Hiérophante Général en 1881, en vertu de ses pouvoirs souverains unifie les deux Rites de Misraïm et Memphis lesquels, sur le plan formel, étaient restés séparés jusqu’à cette date.

Ici se termine notre très brève et succincte description des faits sur l’histoire de ce Rite. Ceux qui voudraient apprfondir ce type de recherche peuvent demander les cahiers que le Grand Secrétariat de l’A.P.R.M.M. pourras fournir à ceux qui lui en formulerons la demande.

Pour ce qui, au contraire, concerne l’organisation de l’Echelle Philosophique que le Rite de Misraïm en contemple 90, distribués en 4 series

Série SYMBOLIQUE du 1° au 33° grade

Série PHILOSOPHIQUE du 34° au 66° grade

Série MYSTIQUE du 67° au 77° grade

Série CABALISTIQUE du 78° au 90° grade

 

ORIGINES DU RITE DE MEMPHIS OU ORIENTAL

(Jusqu’à l’unification avec le Rite de Misraïm en 1881)

De nombreuses légendes existent sur les origines de ce Rite qui se perdent dans la nuit des temps. Son propre fondateur, Jean Etienne Marconis, raconte que son père, Gabriel, officier italien de l’armée napoléonienne, fut initié pendant la campagne d’Egypte à la L.-. égyptienne  » Isis  » et que, à son retour en Italie en 1798, il fonda avec ses compagnons d’armes et FF.-., une L.-. avec de très fortes caractéristiques rituelles égyptiennes, dont le titre distinctif était:

 » Les Disciples de Memphis « . Sur cette L.-. affluèrent et s’intégrèrent très tôt des FF.-. lesquels, dans les années précédant 1798, ceuvraient déjà en France avec des Rituels toujours d’origine égyptienne.

Successivement J.E. Marnons, en se basant sur les dires de son père Gabriel et des FF.-. de sa L.-. reconstruit le profil, la substance et l’histoire (peut-ètre légendaire) d’un Rite qui devait réunir en un « corps » rituel, les nombreux rituels, de la tradItion initiatique égyptienne, présents dans la multiplicité des Rites qui étaient utilisés à cette époque.

Pour donner tout de suite une idée du message initiatique que le Rite de Memphis devait offrir aux Fran~Maçons de tous les temps, nous emploierons les mêmes mots que Marconis utilisa, dans son livre « Le Sanctuaire de Memphis  » ( Paris 1849, aux éditions Bruyer ), pour tracer les principes fondamentaux qui devaient constituer la structure docétique du Rite de Memphis. « Le Rite maçonnique de Memphis est l’héritier des Mystères de l’antiquité « .

Donc Etienne Marconis, en utilisant d’autres enseignements et filiations initiatiques d’origine égyptienne, élabora en 1839 un ultérieur système Maçonnique dénommé  » Rite de Memphis ou Oriental « . En un premier temps il s’articulait en 90 grades qui furent ensuite portés, pour les besoins du travail initiatique, à 95. Ce Rite eut un très vif succès à Milan et en France.

Les 95 grades furent divisés en trois séries:

 

1° série: du ler au 35ème grade

Elle englobait, à son tour, trois classes: LOGES, CHAPITRES, AREOPAGES où l’on enseignait la morale, la signification des symboles, des emblèmes et la première partie de l’histoire de I’ Ordre, outre l’exercice de la philanthropie.

2° série: du 36ème au 68ème grade

Elle comprenait deux classes: SENATS et CONSISTOIRES, où l’on apprenait les sciences naturelles et la deuxième partie de l’histoire de l’Ordre. Etaient fournis aux  » étudiants  » les matériaux d’étude sur l’organisation et sur la doctrine de tous les Rites pratiqués dans la Maçonnerie Universelle. On y étudiait en outre le sens occulte de la mythologie poétique.

3° série: du 69ème au 95ème grade

Elle comportait une seule classe: le CONSEIL. Dans cas chambres Rituelles on prenait connaissance du complément de l’histoire de l’Ordre, on y développait la partie mystique et transcendantale de la Maçonnerie Universelle, on y cultivait les spéculations théosophiques les plus hardies et les plus sublimes. On étudiait de façon particulière la philosophie des religions de toutes les disciplines qui, dans leur ensemble, constituaient la SCIENCE SECRETE mieux définies comme ART ROYAL.

Les dates les plus significatives de I’ histoire de I’ Ancien Rite Oriental de Memphis sont:

1773 le Fr.. Savalette de Lange, avec de nombreux autres FF.~. Maîtres Maçons, après avoir créée à Paris, le 23 Avril 177, la L.~.  » Les Amis Réunis  » fonde I’ Ordre Maçonnique des  » FILALETES « .

1779 en prenant modèle et en s’inspirant de l’Ordre des  » Filalêtes « , le RITE des « FILALETES  » voit le jour à Narbonne.

1789 le F:. Samuel Honis devient Grand Maître de la Grande L… des Filalètes.

1798 de nombreux officiers de l’armée napoléonienne, appartenant déjà au Rite des Philadelphes, entrent en contact, pendant la campagne d’Egypte, avec des FF… de la Grande L… d’Egypte ( descendant de R+C de la période constantinienne ) qui est organisée en 70 grades rituels. De récentes découvertes, comme nous l’avons déjà dit, confirment qu’en cette même période Napoléon a été initié dans la L…  » ISIS « , présidée par le Général Kleber.

1814 de retour en France, plusieurs officiers, rescapés de la campagne napoléonienne d’ Egypte, fondent à Montauban la L…  » Les Disciples de Memphis  » laquelle, immédiatement après deviendra la L.-. Mère de l’Ancien Rite Oriental de Memphis. Parmi les membres fondateurs de cet extraordinaire Atelier, on trouve l’Officier d’origine Italienne, Gabriel Mathieu Marconis de Negre (son fils deviendra ensuite l’héritier de la Tradition Maçonnique que le Rite de Mémphîs avait ramené d’Egypte).

25 Mai 1815 de l’intense et productive activité maçonnique développée par la L…  » Les Disciples de Memphis », est issu l’Ancien et Primitif Rite Oriental de Memphis. Le F… Samuel Honis est proclamé Grand Maître de la Grande L.-. de ce Rite.

21 Janvier 1816 au F:. Honis, succède, en qualité de Grand Maître, le F:. Gabriel M. Marconis de Negre grâce auquel le Rite acquiert un échelle rituelle de 95 grades.

1816/1837 durant cette période le Rite, en passant par phases alternées, qui vont d’une intense activité maçonnique à des moment de profonde stagnation, réussit malgré tout à survivre.

23 Mars 1838 Jean Etienne Marconis de Negre, ayant hérité de son père Gabriel, la succession de la Grande Maîtrise du Rite de Memphis, réveille et réactive ca Rite en France et en Belgique.

DE 1838 A 1863:

1849 le Rite ouvre ses travaux en Roumanie.

1851 16 Juillet, le Rite ouvre ses travaux en Angleterre où le F.-. Beryeau est nommé Grand Maître. les travaux du Rite de Memphis sont ouverts en Australie. La même année est constitué à Alexandrie d’Egypte un Sublime Conseil du Rite de Memphis dont le Grand Maître sera Giuseppe Beauregard. Le 19 Novembre est fondé à New York un Souverain Conseil du 94ème grade dont le Grand Maître sera le F.-. Donald Mac Lellan.

1856 les travaux du Rite de Memphis sont ouverts en Australie. La mème année est constitué à Alexandrie d’Egypte un Sublime Conseil du Rite de Memphis dont le Grand Maître sera Giuseppe Beauregard. Le 19 Novembre est fondé à New York un Souverain Conseil du 94ème Grade dont le Grand Maître sera le F.-. Donald Mac Lellan.

1860 Giuseppe Garibaldi et certains de ses officiers sont initiés, à Palerme, dans une L:. du Rite de Memphis.

1862 le F:. Harry Seymur est nommé Grand Maître du Souverain Conseil pour les U.S.A.

1863 le Grand Hiérophante J.E. Marconis de Negre 97°Grade, délivre la Patente N° 2005 pour l’institution à Alexandrie d’Egypte d’un Temple Mystique et du Suprême Grand Conseil des Princes Patriarches Grand Conservateurs, 95° et demier grade du Rite. La patente a été libellée au nom du F:. L. Reginald de la Grèce, Marquis de Beauregard et lui défère le titre de Grand Maître.

26 Août 1865 le F… Guseppe Garibaldi et le F… Francesco de Luca, grand Maître du Grand Orient d’italie, sont élus membres honoraires du Suprême Conseil d’Alexandrie.

21 Novembre 1868 le Grand Hiérophante J.E. Marconis de Negre passe à l’Orient Eternel.

21 Mars 1873 le F… Salvatore A. Zola est nommé Grand Maître effectif du Grand Orient NationaI d’Egypte et du Souverain Sanctuaire du Rite de Memphis.

19 Mai 1875 le F:. Giuseppe Garibaldi est proclamé Grand Maître Honoraire ad vitam du Grand Sanctuaire du Rite de Memphis et reçois les 95° et 96° Grades.

11 Janvier 1876 le F… Salvatore A. Zola est élu Grand Hiérophante 97° Grade du Rite de Memphis.

1881 le F:. Giuseppe Garibaldi, devenu Grand Hiérophante, unifie les deux Rites de Memphis et Misraïm, en un seul et unique Corps Rituel.

 

FUSION DES DEUX RITES

 

En une réelaboration définitive, les deux Rites furent groupées en un seul organisme sous la dénomination de: ORDRE MACONNIQUE ORIENTAL DU RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS ET MISRAÏM ( par la volonté du F.~. Giuseppe Garibaldi ) et, aux 95 Grades déjà existants, en furent ajoutés deux autres de caractère administratif: le 96° et le 97°. Le premier réservé aux Grands Maîtres Nationaux et le deuxième au Souverain Grand Maître, Grand Commandeur, Grand Hiérophante Général, Sublime Maître de la Lumière.

Plusieurs savants de la Franc Maçonnerie Supérieure ont essayé d’établir une comparaison des Grades de l’A.P.R.M.M. à ceux des autres Corps Rituels Maçonniques. Bien entendu, faire des comparaisons est toujours très difficile, surtout dans ce domaine. Cependant nous essayerons de donner certaines indications pour une orientation plus aisée de l’étude de ce problème. En résumant par points, nous pouvons dire:

 

  1. La docétique de l’A.P.R.M.M. commence déjà au premier grade de la Maçonnerie Bleue, alors que les Corps Rituels Maçonniques, généralement, commencant leur docétique seulement après le 3ème grade.
  2. On ne peut pas dire, par exemple, que le 95ème grade de l’A.P.R.M.M. puisse correspondre au 33ème grade du Rite Ecossais Ancien et .Accepté, même Si dans certaines réalités maçonniques dans d’autres pays, pour des raisons qui ne nous regardent pas, ces correspondances on étés, et peut-être sont-elles encore, adoptées de façon erronée. Pour ce qui nous concerne il n’existe pas d’équivalences possible entre notre Vénérable Rite et le R.E.A.A. et, par conséquence, il ne pourra jamais exister une reconnaissance réciproque et, encore moins, des correspondances entre les grades.
  3. L’A.P.R.M.M. est un Corps Rituel Maçonnique chevaleresque et illuministique à caractère fortement rosicrucien et hermétique, avec des fonctions cabalistiques particulières qui ne peut, dans ses hauts grades, avoir de correspondance avec les grades pratiqués dans les autres Corps Rituels Maçonniques.

Toutefois, Si certains FF.~. voulaient faire des vérifications et des comparaisons utiles, il leur est fortement conseillé la pratique et l’expérimentation soit de la Rituelle de notre Vénérable Rite, soit de celIe relative à d’autres Corps Rituels opérant dans Notre Communion.

 

LES GRADES DIT  » ADMINISTRATIFS « 

Le 96ème grade appartient aux Souverains Grands Maîtres, Grands Commandeurs des Obédiences Nationales. La charge est décerné  » ad vitam  » elle est transmise à un successeur, par droit d’investiture.

Le 97ème grade appartient au Souverain Grand Maître, Grand Commandeur, Grand Hiérophante Général, Sublime Maître de la Lumière. Il s’agit d’une prérogative indélébile du Grand Magistère Sacerdotal Egyptien et d’une investiture  » ad vitam « . Elle est transmise à un successeur toujours par droit d’investiture.

 

DOCETIQUE INITIATIQUE

DE L’ANCIEN ET PRIMITIF RITE DE MEMPHIS ET MISRAÏM

 

Les 95 grades de notre Vénérable Rite, doivent être considérés comme un déambulatoire, ou mieux, comme un projet de voyage dans les profondeurs de son propre être, lequel, prévoyant d’innombrables possibilités de parcours, conduit toujours et de toute façon, à une seule approche: l’accomplissement du Grand Oeuvre.

Le Corpus rituel de l’A.P.R.M.M. doit être considéré, dans sa complexe unité structurale, comme un dépôt des grades maçonniques qui, par suite d’événements singuliers, ne sont plus pratiqués. Se serait se fourvoyer que de vouloir attribuer une échelle de valeurs aux divers grades. Une telle attitude mentale occasionnerait à l’initié une perte d’orientation, ou, pour le moins, la perte d’une précieuse et considérable partie de son temps. Même Si l’homme est, parmi les êtres vivants, un de ceux à la durée de vie la plus longue, il n’est certainement pas utile pour son évolution de se perdre derrière des buts éphémères et illusoires.

Pour se maintenir sur le plan de la sincérité, comme nous l’avons toujours fait, et comme nous le ferons aussi dans le futur, il est opportun de préciser que la rituelle de l’A.P.R.M.M. est seulement une précieuse opportunité d’étude et d’approfondissement de tous les courants d’orientation spirituelle qui ont transité à l’intérieur de la Maçonnerie Universelle, depuis sa naissance à nos jours. Simultanément, pour ceux qui réussissent à écouter la voix de leur propre  » essence intérieure », elle représente aussi une extraordinaire et concrète possibilité de comprendre3 de réaliser et posséder la science du SECRET ROYAL.

Autre caractéristique fondamentale de Notre Vénérable Rite: son intime nature fermement déiste et spiritualiste. Il s’agit, en fait, de l’acceptation du principe fondamental de l’éternité de l’esprit et de l’immortalité de l’âme ou d’une survîvance certaine de cette dernière après la mort du corps. Ici s’arrête le dogmatisme de l’A.P.R.M.M. – En effet il n’est pas lié et ne dépend d’aucune religion particulière et laisse à chacun de ses membres la pleine et totale liberté d’opinion et de pensée.

Aux FF:.qui auraient l’intention de travailler et de perfectionner leur maîtrise de nos Chambres rituelles, nous signalons, ultérieurement, qu’un des objectif de I’A.P.R.M.M. est de fournir les éléments nécessaires à la compréhension pour ce qui concerne la TRADITION GNOSTIQUE CLASSIQUE, étant donné que de tels enseignements sont peu diffusés et traités superficiellement pendant les travaux qui se déroulent au sein des rituels de la Maçonnerie Bleue Universelle.

Pour être plus clairs, précisons que lorsque nous parlons de GNOSE CLASSIQUE nous entendons:

L’étude des ces arcanes, qui suivent les trois premiers grades de la Maçonnerie Bleue, sera traité par d’opportuns rituels contenant symboles et éléments provenant d’ancienne disciplines traditionnelles ( comme, par exemple, la Gnose Alexandrine et la Kabbale hébraïque ) et caractérises par une gestuelle (signes, marches, mots de passe) que l’on peut rattacher aux anciennes traditions orientales ( comme le taoïsme et le bouddhisme tibétain ). Nous ne nous attardons pas sur les nombreuses références du symbolisme, utilisé dans les Chambres rituelles, relatif aux sciencas appelées  » occultes  » telles que l’Alchimie, l’Astrologie et la Théurgie.

 

STRUCTURE OPERATIVE ACTUELLE

DE L’ANCIEN ET PRIMITIF RITE DE MEMPHIS ET MISRAÏM

 

La structure rituelle opérative que Notre Vénérable Rite pratique actuellement, se développe en 4 sections: Section Symbolique, Section Philosophique, Section Gnostic~Hermétique, Section Hermétique.

A son tour, chaques section, outre le fait d’avoir une caractéristique bien précise et une fonction bien particulière, est composée par un ou plusieurs Corps Rituels qui sont en partie pratiqués rituellement et en partie étudiés et conférés par communication.

SECTION SYMBOLIQUE

 

Elle est composée des Corps Rituels dénommés Loges. Le but de cette section est l’étude et la pratique des trois premiers grades de la Maçonnerie Universelle: Apprenti, Compagnon et Maître. Actuellement notre Rite pratique la section symbolique, à la suite d’un protocole d’entente, au sein de la Communion Maçonnique du Grand Orient d’italie.

 

SECTION PHILOSOPHICO-CABALISTIQUE

 

Cette section est composée de 30 Chambres Rituelles desquelles 7 sont rituellement pratiquées, alors que les autres grades viennent conférés par communication ( sur l’épée ). Les 7 Chambres pratiquées sont:

4èmeGrade: Collège des MAîTRES DISCRETS

7ème Grade: Chapitre des MAîTRES SUBLIMES, GRANDS ELUS, CHEVALIER DE LA VOUTE DE PERFECTION.

11ème Grade: Sénat de CHEVALIERS DE L’AIGLE ET DU PELICAN, PRINCES ROSE + CROIX.

16ème Grade: Sénat des CHEVALIERS DU SOLEIL, SAGES DE LA VERITE’, PRINCES. ADEPTES.

21ème Grade: Sénat des SUPREMES COMMANDEURS DES ASTRES.

30ème Grade: Sénat des CHEVALIERS DE L’AIGLE BLANC ET NOIR CHEVALIERS KADOSH.

33ème Grade: Suprême Conseil des SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS.

 

SECTION GNOSTICO – HERMETIQUE

 

Elle est composée de 38 Chambres Rituelles. De cette section, seul le 66ème grade est pratiqué, celui des Patriarches Grands Consacrateur. Sa docétique fonde son étude et sa recherche sur la GNOSE CLASSIQUE et sur ces dérivations.

66ème Grade: Grand Consistoire des PATRIARCHES GRANDS CONSACRATEURS.

 

SECTION HERMETIQUE

 

La section hermétique représente la conclusion de l’iter initiatique que les FF.~. Maîtres ont accomplis – en tant qu’ouvriers de l’Art Royal – dans les déambulatoires traditionnels, dépôt immémorial et mystérieux, que l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Mîsraïm possède depuis toujours. Dans cette section, composée de 24 Grades Rituels, on pratique rituellement:

90ème Grade: Grands Conseils des SOUVERAINS PRINCIPES, SUBLIMES PATRIARCHES, MAîTRES DU GRAND OEUVRE.

91ème Grade: Grand Tribunal des SOUVERAINS PRINCIPES, GRANDS DEFENSEURS DE L’ORDRE ET DU RITE.

94ème Grade: Grand Temple Mystique des SUBLIME PATRIARCHES PRINCES DE MEMPHIS.

95ème Grade: Souverain Sanctuaire des SUBLIMES PATRIARCHES GRANDS CONSERVATEURS DE L’ORDRE.

 

GRANDE MAîTRISE DU SOUVERAIN SANCTUAIRE ITALIEN

97ème Grade: SOUVERAIN GRAND MAÎTRE, GRAND COMMANDEUR, GRAND HIEROPHANTE GENERAL DE L’ANCIEN ET PRIMITIF RITE DE MEMPHIS ET MISRAÏM.

 

TITRES USUELS

DANS L’ANCIEN ET PRIMITIF RlTÈ DE MEMPHIS ET MISRAÏM

 

Il nous paraît utile de donner certaines indications quant à l’usage des titres qui traditionnellement reviennent aux FF:.. Maîtres, et que la traditions leur reconnaît. Un examen très attentif nous montre de façon évidente que ces titres ne sont point destinés à satisfaire la vanité humaine mais à souligner et à rappeler les  » facultés occultes  » que les grades correspondants confèrent réellement – à travers de l’initiation – à qui est en mesure de les vivres.

Il faut se souvenir, en outre, que le SECRET ROYAL , ou pour mieux nous comprendre, le SECRET MACONNIQUE, (le vrai), est lié à l’action posthume de qui le détient véritablement. C’est àdire que les Maîtres qui le possèdent sont obligés, depuis leurs DHARMA, de continuer leur  » action occulte » en faveur des finalités ultimes de la FRANC MACONNERIE UNIVERSELLE, même lorsqu’ils seront passés au delà du seuil de leur existence terrienne et humaine, c’est à dire à L’ORIENT ETERNEL.

Ces FF:. constituent la chaîne invisible des vrais Philosophes Inconnus qui soutient et protège l’éternel devenir humain, au travers de leur continuelle, vigilante et constante  » action mystérieuse « . En vertu de ce que nous venons d’exposer, nous pouvons affirmer que les titres qui sont reconnus, aux différents grades, aux FF:. Maîtres, sont des attributs sacrés qui ne doivent pas êtres considérés comme les coquilles vides d’éphémères et impuissantes vanités humaines.

Les titres en question sont: Respectable, Vénérable, Puissant, Illustre, Parfait, Sublime et Sérénissime, auxquels traditionnellement nous attribuons les significations suivantes:

 

RESPECTABLE

Celui qui assume ce titre est conscient que le  » respect  » (du latin  » respectus  » qui définit tout regard jeté en arrière ) est la reconnaissance de sa propre dignité et de calle des autres. Il en découle que chaque parole et action de celui qui est  » respectable  » est basée sur cette reconnaissance. Démocrite fonda le principe de l’éthique, justement sur le respect en soutenant:

 » Tu ne dois pas avoir de respect pour les autres hommes plus que pour toimême, ni agir mal sans que personne ne le sache, plus que quand tous lesavent; mais tu dois avoir pour toi même le maximum de respect et imposerà ton âme cette loi: NE PAS FAIRE CE QUI NE DOIT PAS ETRE FAIT. »

Alors que dans le discours avec lequel Protagore expose, dans le dialogue homonyme de Platon, l’origine de la société humaine il est dit que:

 » Zeus, craignant que la totalité de notre lignée ne s’éteigne, envoya Hermès apporter parmi les hommes le respect réciproque et la justice afin qu’ils fussent ordonnateurs des cités et qu’ils créassent entre les citoyens des liens de bienveillance « .

Donc le Maître qui devient  » respectable  » comprend bien, en le mettant en pratique, que le respect réciproque et la justice, sont les deux ingrédients fondamentaux de I’ ART POLITIQUE, c’est à dire l’Art de vivre ensemble.

VENERABLE

Personne ou chose digne de vénération, parce que symbole de « . valeur  » incontestablement et universellement acceptable comme modèle idéal de vie ou de pensée. VENERABLE est le titre qui est assumé par le Maître Maçon qui préside l’Atelier maçonnique, en ce sens qu’il représente la Lumière de la Sagesse que la Tradition maçonnique lui confère dans I’exercice de ses fonctions.

PUISSANT

Celui qui possède la force et la capacité d’accomplir une transformation quelconque en soi même et par soi même.

ILLUSTRE

Du latin  » illustri « , signifie que la personne ou la chose illustre porte avec soi la lumière et la irradie, en illuminant à son tour, les autres corps encore plongés dans l’obscurité.

PARFAIT

Du latin  » perfectus « , signifie terminé, accompli.

SUBLIME

Sublimation est un terme qui a aussi une valeur scientifique signifiant le passage de l’état solide directement à l’état gazeux sans passer par la phase intermédiaire, le liquide. Par conséquent, par sublime, on entend indiquer celui qui possède la faculté de passer, sans traumatisme, du plan humain et quatemaire de l’existence, au plan divin et spirituel, et vice versa.

SERENISSIME

Du latin  » serenus « , ou mieux,  » serum « , qui a pour lointaine racine  » serenum « , signifiant  » sec « , exempt d’humidité. Il indique le statut mental de l’initié qui, devenu Adepte, parcourt, dans son devenir, la Voie sèche, la Voie du sentier de gauche, la Voie rapide mais extrêmement néfaste à ceux qui sont insuffisamment préparés. C’est la Voie de I’Audace.

De ce qui a été dit, même sommairement, nous souhaitons que les FF:. Maîtres puissent comprendre que l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm s’adresse seulement à ces initiés qui, en suivant patiemment les multiples occasions de méditation inspirée, réussissent à découvrir les canaux de force qui permettent de se mettre en parfaite résonance avec les plans d’existence supérieure et avec la transmutation personnelle de l’être.

La fonction de Notre Vénérable Rite est de constituer un fil invisible, mais réellement présent, qui lie le bas avec le haut. Il offre la clef des arcanes à tous les hommes de bonne volonté, afin que ces mêmes arcanes puissent être révélés et pratiqués.

Ils nous semble opportun souligner ce que nous venons d’exposer par la citation des affirmations reportées dans l’introduction des Statuts et Réglements Généraux de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm:

HOMME TU AS DEUX OREILLES POUR ENTENDRE LE MEME SON, DEUX YEUX POUR PERCEVOIR LE MEME OBJET DEUX MAINS POUR EXECUTER LE MEME ACTE.DE MEME LA SCIENCE MACONNIQUE,

SCIENCE PAR EXCELLENCE,EST ESOTERIQUE ET EXOTERIQUE.L’ESOTERISME CONSTITUE LA PENSEE, L’EXOTERISME L’ACTE.L’EXOTERISME S’APPREND, S’ENSEIGNE, SE DONNE;L’ESOTERISME NE S’APPREND PAS, NE S’ENSEIGNE PAS, NE SE DONNE PAS,

IL VIENT D’EN HAUT

 

CALENDRIER SACRE’

 

La tradition Maçonnique classique fait partir sa chronologie sacrée de la Création du Monde qui, selon la Genèse et les supputations judéo-chrétiennes, remonte à 4000 ans précédents ceux de notre ère. Par exemple pour dater l’année 1987, selon l’usage courant dans le système maçonnique contemporain, il existe deux systèmes de datation:

1èr système

on fait suivre 1987 des lettres » E:. V:.  » qui signifient  » Ere Vulgaire  » (du latin ‘vulgaris’ ou’ vulgo’ qui signifie  » public » – « commun à tout le monde » -, c’est à dire aux initiés et aux profanes ).

 

2ème système

on ajoute au chiffre 1987 le nombre 4000 (qui indique les années précédant notre ère) en rejoignant ainsi le total de 5987, indiquant le temps écoulé » depuis la création du monde ».

La tradition maçonnique de l’A.P.R.M.M., désireuse de montrer, si non l’éternité de l’Univers, au moins l’Eternité de l’activité divine, dans le courant de laquelle les univers se succèdent aux univers et les Créations aux créations, utilise elle aussi deux systèmes de datation:

 

1er système

 

à la date du temps profane on antépose I ‘inscription  » en l’Année 000.000.000. de la vraie lumière et 1° Janvier 1987 E:.V:. « , les neuf zéro précédant la date ordinaire, sont le symbole, mathématiquement représenté, de la LUMIERE ETERNELLE, puisque le zéro est le symbole qui permet à tous les nombres de se multiplier à l’infini.

2ème système

 

Actuellement la documentation officielle de l’A.P.R.M.M. respecte sa propre tradition en faisant débuter sa chronologie de l’an 1292 avant Jésus Christ, date de l’avènement au trône de Ramses lI~, premier grand Roi de la vingtième dynastie et dernier des grands Pharaons, créateur des fameux Temples d’ Abu Simbel. Par exemple pour dater 1° Janvier 1987 on procède de la façon suivante: on ajoute à 1987 le nombre sacré 1292 et l’année 1987 devient l’an Sacré 3279, alors que le jour et le mois deviennent, selon le Calendrier Egyptien: le sixième jour du mois de Tybi.

Pour calculer le jour et le mois correspondants au calendrier égyptien, il faut tenir compte du tableau des saisons ci-dessous qui était en vigueur dans l’Ancien Egypte:

 

SAISON DE SCHA’ : l’Automne

 

Premier mois: débute le 29 Août – calendrier égyptien: THOT

Deuxième mois: débute le 29 Septembre – calendrier égyptien: PAOPHI

Troisième mois: débute le 28 Octobre – calendrier égyptien: ATHYR

Quatrième mois: débute le 27 Novembre – calendrier égyptien: KHAOIAK

 

SAISON DE PRE’: L’Hiver

 

Cinquième mois: débute le 27 Décembre – calendrier égyptien: TYBI

Sixième mois: débute le 26 Janvier – calendrier égyptien: MEKHEIN

Septième mois: débute le 25 Février – calendrier égyptien: PHAMENOTH

Huitième mois: débute le 27 Mars – calendrier égyptien: PHARMOUTHI

 

SAISON DE SCHEMON : le Printemps

 

Neuvième mois: débute le 26 Avril – calendrier égyptien : PAKHOUS

Dixième mois: débute le 26 Mai – calendrier égyptien : PSYRIE

Onzième mois: débute le 25 Juin – calendrier égyptien : EPIPHI

Douzième mois: débute le 25 Juillet – calendrier égyptien : MESORI

 

LES JOURS EPAGOMENES

 

Dans le calendrier égyptien existent les JOURS EPAGOMENES. Ils célèbrent le temps sacré dans lesquels naissent les Divinités Egyptiennes, qui coïncident avec le premier jour de notre zodiaque de la Vierge céleste. Ces jours sont à considérer en dehors du temps chronologique et réservés à de très particulières et profondes méditations sur la création du monde. Durant cette période aucun travail rituel n’est effectué.

Ces jours sont les suivants:

24 Août – Premier jour épagomène : Naissance d’OSIRIS

25 Août – Deuxième jour épagomène : Naissance d’HORUS

26 Août – Troisième jour épagomène : Naissance de SETH

27 Août – Quatrième jour épagomène : Naissance de NEFITIS

 

 

REOUVERTURE DES TRAVAUX

DE L’ANCIEN ET PRIMITIF RITE DE MEMPHIS ET MISRAïM

AU SEIN DE LA COMMUNION MACONNIQUE

DU GRAND ORIENT D’ITALIE

 

ACTES ET SUCCESSIONS

 

Nous n’avons pas la certitude absolue que la tabulation chronologique des actes et des successions, réportée ci-dessous, soit parfaitement répondante aux exigences rigides d’une complète recherche historique. Toutefois Si l’on considère la rareté des documents qui nous sont parvenus, directement ou indirectement, il nous semble déjà important de pouvoir compter sur la quantité, même limitée, des données qu’il a été possible d’en récupérer.

En effet, le poids que les deux derniers conflits mondiaux et les vingt années de clandestinité (de 1925 à 1945 sous le régime fasciste) ont eu non seulement au sein même de l’institution mais au regard de toute la documentation qui a été dispersée et, hélas, en grande partie détruite, n’est pas du tout négligeable.

Il est évident, donc, qu’une ultérieure documentation, qu’à ce jour nous ne possédons pas, aurait témoigné avec beaucoup plus de validité l’exactitude et la véridicité de ces événements qui aujourd’hui apparaissent, à tort, comme de fumeuses légendes.

Pour corroborer çe que nous avons précisé dans le tableau récapitulatif sur la genèse de l’A.P.R.M.M., nous détaillerons, ci dessous, la tabulation chronologique des événements et des actes les plus significatifs qui ont amené notre Vénérable Rite à l’actuelle configuration structurelle.

14 Novembre 1973: le F:. F. Brunelli est investi des pouvoirs Souverains par le F.. Robert Ambelain, héritier de la filiation française de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et.

22 Novembre 1973: Les FF:. de la Respectable Loge  » Les Fils d’Horus  » N° 742 à l’Orient de Perugia et à l’Obédience du Grand Orient d’Italie, par décision unanime, adoptent officiellement le Rituel de l’A.P.R.M.M. aux trois premiers grades.

 

15 Dècembre 1973 Le F:.. F. Brunelli, en vertu des pouvoirs magistraux reçus et en sa qualité de Grand Maître pour l’Italie, ranime au sein du Grand Orient d’italie, l’A.P.R.M.M en conférant les premiers grades à 15 FF.-. Maîtres, tous appartenant régulièrement au G.O.l.

1973/1978: L’activité du Rite en cette période est très limitée, mais malgré tout suffisante pour représenter significativement, dans la réalité maçonnique italienne, un incisif et réel témoignage de la tradition maçonnique d’origine italique et méditerranéenne.

29 Septembre 1979: Un traité d’amitié est stipulé entre le Rite Symbolique Italien et l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm. Il est souscrit, pour R.S.I., par les FF.-. Stefano Lombardi, Grand Maître et Antonio de Stefano Grand Secrétaire, et pour l’A:.P:.R:.M:.M:. par les FF:. Francesco Brunelli Souverain Grand Maître et Giancarlo Seri Grand Secrétaire Chancelier.

1° Février 1982 Le Grand Maître du Grand Orient d’Italie le F:. Ennio Battelli, confirme, (par un document écrit ) l’autorisation accordée à I’A:.P:.R:.M:.M:., depuis le début de son mandat magistral, la possibilité d’utiliser le Rituel de notre Vénérable Rite aux trois premiers grades de la maçonnerie bleue et, toujours dans le même document, il réitère:

« dans les réunions à l’occasion de visites à caractère officiel, les Loges doivent travailler selon le Rituel en usage dans la Communauté « 

28 Mars 1982: Le F:. Francesco Brunelli désigne le F:. Giancarlo Seri comme son propre successeur et le l’installe rituellement en qualité de Substitut Grand Maître.

2 Avril 1982: Le F:. Francesco Brunelli, à cause de très graves problèmes de santé, transfère ses pouvoirs et les insignes de la Souveraineté Magistrale de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm, au F:. Giancarlo Seri.

19 Août 1982-.Assisté par les FF:., le très cher et regretté F:. Francesco Brunelli, passe à l’Orient Etemel.

14 Novembre 1982: A Paris en présence des autres Grands Maîtres des obédiences nationales européennes, le F.-. Robert Ambelain, Souverain Grand Maître de la filiation française de I’A:.P:.R:.M:.M:. reconnaît, la légitimité et la régularité initiatique de la succession du F:. Francesco Brunelli par le F:. Giancarlo Seri

26 Septembre 1983: L’A.P.R.M.M., après de longs pourparlers avec le G.O.l. ( presque 10 ans ), réaffirme et confirme (comme déjà l’avait fait en 1973 le F:. Francesco Brunelli, lorsqu’il rouvrit les travaux de Notre Vénérable Rite au sein du G.O.I. ) de ne pas pratiquer de façon autonome les trois premiers grades de la Maçonnerie Bleue, mais d’accepter intégralement la Constitution et les Règlements du G.O.l., au travers de la seule pratique des grades relatifs à l’Echelle Philosophique que l’A.P.R.M.M. propose, àpartir du 4ème grade, et de les conférer exclusivement au Maîtres Maçons, actifs et cotisants, appartenant au G.O.I.

La Commission du G.O.I. , en la personne du Grand Maître, le F:. Armando Corona, en prenant acte de la volonté, déjà éprouvée par le Souverain Sanduaire Italien de l’A.P.R.M.M., publie la  » Balaustra  » N° 5/AC, 26 Septembre 1983, où il est dit:

…Le Grand Orient d’Italie entretient des rapports de courtoisie et de réciproque collaboration avec les Corps Rituels Suivants

- Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté Souverain Grand Commandeur le très estimé F.-. Manlio Virgilio Gaito.

- Rite de York composé des Corps Rituels ci dessous:

a) Grand Concile des Maçons de l’Arc Royal en Italie, -Prêtre Suprême l’Ecc.mo F.-. Franco Raffaele Rizzi.

b) Grand Concile des Maçons Cryptique d’italie – Grand Maître l’Ecc.mo F.-. Franco Raffaele Rizzi.

c) Commanderie des Chevaliers Templiers;

- Souverain Sanctuaire Italien de l’Ancien et Primitif Rite de Memphis et Misraïm – Grand Hiérophante et Très Puissant F.-.Giancarlo Seri.

Les FF.-. peuvent adhérer aux Corps Rituels sus mentionnés et fréquenter leurs réunions.

30 Mars 1985: Le F:. Giancarlo Seri est reçu, pour la première fois, en qualité de Souverain Grand Maîtré de l’A:.P:.R:.M:.M:. aux travaux de la Grande Loge du G.O.I.

14 Février 1986: Un Protocole d’Entente est stipulé entre le G.O.l et l’A.P.R.M.M.

06 Février 1988: Un deuxième Protocole d’Entente est stipulé entre le G.O.I. et l’A.P.R.M.M.

02 Juin 1988: Le Protocole d’Entente entre le G.O.I. et l’A.P.R.M.M. souscrit par chacune des parties le 06 Février 1988, nous est restitué contresigné et accepté par le G.O.I. le 02 Juin 1988.

 

CONCLUSIONS

Nous n’avons pas la certitude que, en quelques pages, nous ayons réussi à expliquer clairement et définitivement l’histoires et les entrelace des ces événements qui, dans leur ensemble, constituent la mémoire et les racines de notre Vénérable Rite. Cependant, nous sommes convaincus d’avoir fourni aux FF.-. Maîtres qui bénévolement nous suivent et nous estiment, des instruments de connaissance valables, qui leurs seront certainement utiles pour avoir une idée d’ensemble sur le rôle et l’activité de l’A. P.R.M.M. dans l’actuelle réalité maçonnique.

Notre ceuvre de divulgation et de recherche ne fini pas, évidemment, avec la publication de cet opuscule, mais ouvre la voie à toute une série de recherches et publications qui seront mises à la disposition de ceux qui veulent approfondir ce genre de connaissances.

A tous ceux qui recherchent le bien, la justice et la vérité. nous souhaitons Santé, Prospérité et Fraternité.

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Le vrai visage de la franc-maçonnerie – Constant Chevillon 19 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Le Vrai Visage de la Franc-Maçonnerie
Frère Constant Chevillon
1880 – 1944

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C’est avec une émotion profonde que nous publions ce texte majeur.
Nous devons, en effet, rappeler quelle fut la mort tragique de notre Frère.
Il fut arraché de son domicile par le M.N.A.T. de Doriot, le 25 mars 1944 au soir, pour un soi-disant interrogatoire ; son corps fut retrouvé dans la nuit, percé de balles, à St-Fons montée des Clochettes, dans la banlieue lyonnaise, en un lieu où plusieurs crimes du même genre furent perpétrés.
Plus de soixante ans après avoir été tracé, ce morceau d’architecture est toujours d’une troublante actualité !

LE VRAI VISAGE DE LA FRANC-MAÇONNERIE

PROLEGOMENES

De nos jours, et plus qu’elle ne le fut jamais, la Maçonnerie est attaquée. Comme jadis le bouc émissaire des Juifs, on la charge de tous les péchés du peuple, de toutes les fautes des gouvernements, de tous les crimes perpétrés contre la concorde et la paix.
Bien plus, ses adversaires l’accusent des plus noirs desseins.
Ils la présentent aux foules comme une ennemie irréductible de la civilisation chrétienne, comme un agent démoralisateur chargé, par des chefs occultes, de répandre la décomposition dans le corps social et moral de l’humanité.
Mieux encore, ils la considèrent, sans rire, comme une collectivité satanique dont l’objectif plus ou moins immédiat vise à l’hégémonie du mal.
De ce chef, sans répit, tombent sur elle les haines, les persécutions, les lettres de cachet, les excommunications mineures ou majeures de la foule ignorante et de certaines élites trop bien renseignées sur la valeur intrinsèque de l’institution.Examinons brièvement les causes profondes de cet ostracisme universel. Pourquoi la Maçonnerie est-elle attaquée, pourquoi est-elle persécutée et le sera jusqu’à la consommation des siècles ?
Pour deux raisons essentielles :Elle est d’abord l’antithèse de tous les racismes et de toutes les dictatures de la force, car elle est le symbole vivant de la fraternité universelle.
Elle est une condamnation permanente de toutes les politiques de partis et de toutes les politiques nationales égoïstes.
Elle se dresse en face d’une conscience dictatoriale, comme une accusation perpétuelle et tangible.
Sans prononcer une parole, sans faire un geste, par le seul fait de son existence, elle semble dire aux prévaricateurs : qu’avez-vous fait de la liberté, de la justice et de l’équité ?
Ils veulent donc l’enchaîner et, mieux, l’anéantir pour supprimer jusqu’aux fantômes du remords.
En second lieu, elle ne concède à personne le monopole de l’universalité, elle ne veut pas qu’un clan, qu’un parti, voire une Eglise, règle l’usage des universaux dans le moule trop souvent étriqué de ses conceptions.
Elle veut un seul idéal pour le genre humain tout entier, mais elle prêche l’unité dans la diversité des individus, des cités, des nations et des races. C’est pourquoi elle est toujours la cible des attaques venues de tous les côtés de l’horizon ; les profiteurs, les autoritaires, les idéologues, tous les partisans des intérêts particuliers, de la lutte des classes, des révolutions à sens unique, se liguent contre elle.
De droite et de gauche, par devant et par derrière, elle reçoit des coups. Est-ce juste ou injuste ?
Ne le discutons pas, c’est humain ; l’explication est suffisante.Mais aux persécutions dont la Maçonnerie est l’objet, il y a une autre cause, celle-ci née dans son propre sein.
Elle a parfois et délibérément, par ignorance, veulerie ou calcul, car elle est aussi constituée par des hommes faillibles, prêté le flanc à la critique.
Elle a oublié sa raison d’être, oublié sa catholicité, c’est-à-dire son universalité.
Elle est descendue dans l’arène des partis, elle a manqué à sa mission salvatrice ; au lieu de se cantonner dans la sphère de l’autorité et de la sagesse, elle a voulu participer, en tant que Maçonnerie, au pouvoir et à la politique.
Elle a renié son oecuménisme pour devenir le mesquin symbole d’un clocher paroissial.
Concile général de l’humanité, elle s’est ravalée au rôle de chapelle clandestine des intérêts privés, elle a fait sa cour aux puissants du jour, pour avoir sa place parmi eux, sans penser à la fragilité des colosses aux pieds d’argile ; lorsqu’ils sont tombés, elle a été écrasée par leurs ruines et ses outils, employés à une besogne servile, utilitaire et rémunérée, sont devenus inefficaces entre ses mains débiles.La Maçonnerie, dans les hommes qui composent son corps visible, porte donc une large part de responsabilité dans les attaques auxquelles elle est en butte.
Cependant, maçons dans la voie droite, ne soyez pas abattus ; souvenez-vous d’Israël exilé sur les bords de l’Euphrate et livrez-vous à l’espérance.
Les oppresseurs pensent avoir déjà tué la Maçonnerie ! les maçons peuvent être dispersés ou mourir ! la Maçonnerie ne meurt pas ; couchée aujourd’hui sous la pierre du sépulcre, elle renaîtra demain plus grande et plus forte, car la Maçonnerie c’est l’âme humaine elle-même ivre de liberté, de paix et d’amour.
Oui, tous les espoirs sont légitimes, mais pour les concrétiser et les faire s’épanouir, il faut se frapper la poitrine. Le passé comporte de multiples erreurs, le présent semble les consolider ; envisageons donc l’avenir sous un autre angle.
La Maçonnerie paye ses fautes accumulées, l’auréole du martyre nimbe son corps européen disloqué de toutes parts ; il lui faut revenir à sa tradition originelle et véritable.
Certes, les persécuteurs ne s’embarrassent pas de distinctions subtiles, leur haine est et sera toujours identique. Mais si tous les maçons poursuivent dans le réel esprit de leur institution leur oeuvre de libération nécessaire, ils forceront, malgré tout, le respect des pires adversaires.En garde donc contre la facilité, contre la paresse intellectuelle et spirituelle, contre les gestes mécaniques, contre le psittacisme des paroles inutiles et vaines.
L’immense majorité des maçons des Obédiences françaises et étrangères est actuellement occupée à construire une façade derrière laquelle il ne se passe rien ; une façade destinée à dissimuler, aux yeux des ignorants, la condition profane des adeptes ; à se donner à elle-même l’illusion d’oeuvrer dans le temple de Salomon.
Arrière cette attitude et cette illusion, arrière les Pharisiens adorateurs de la lettre et contempteurs de l’esprit.

Pour infuser une vie nouvelle, une vie expansive, dans le corps anémié de la maçonnerie, il ne suffit pas de procéder par des exhortations qui seraient, selon le texte de l’Ecriture : « Vox clamantis in deserto », la voix dans le désert.
Il faut descendre dans l’arène, montrer à tous, les gestes précis de la lutte, les gestes de la victoire.
I1 faut restituer les assises et les coordonnées de la voie triomphale des réalisations, dont le début s’annonce dans la voie douloureuse de l’ascèse individuelle ; car personne ne peut connaître les gloires de l’ascension sans avoir gravi, d’abord, le Golgotha.

ASCESE

Lorsque le profane se présente à la porte du temple, pour réclamer humblement la lumière, le gardien du seuil l’arrête rudement par l’épaule en disant : « Qui va là ? ».
Et le psychopompe répond, pour le récipiendaire : « C’est un homme libre et de bonnes moeurs ».

Tout est là ; la Maçonnerie, en deux mots, met ses adeptes en présence de la plus complète et de la plus haute de toutes les vérités.
La lumière, en effet, ne se donne pas aux esclaves, ils en feraient mauvais usage ; elle ne s’épanouit pas dans la dissonance passionnelle sous peine d’être immédiatement déformée et réduite en ténèbres ; elle se révèle, dans sa pureté, au sein de l’harmonie consécutive à la sérénité des rapports humains.
Combien de maçons, de nos jours, réfléchissent sur ces deux simples paroles ? Peu ou pas du tout.
Ouvrons donc notre esprit aux accents de la Maçonnerie et méditons-les pour notre compte personnel.

Le temple est ouvert seulement aux hommes libres et de bonnes moeurs ; les deux membres de cette affirmation sont une seule et même chose ; les concepts s’interpénètrent et s’étayent mutuellement
La liberté est une puissance, les moeurs sont une attitude, un réflexe de la puissance. Les bonnes moeurs ne seraient rien, si elles n’étaient l’attitude de la vraie liberté. Celle-ci, en effet, consiste à commander à tout ce qui n’est pas la conséquence inéluctable des lois universelles du Cosmos.
Etre libre, c’est réglementer l’incidence des besoins, policer les instincts, canaliser les passions, juguler l’erreur et réaliser le bien dans la vertu, en détruisant le mal avec le vice.
Or, de ceci, résulte une chose, à première vue étonnante, au moins pour le commun des mortels : un homme ostensiblement voué au pire des esclavages, au travail forcé sous la férule d’une garde-chiourme, à l’oppression systématique des tyrans, aux affres de la misère, de la maladie et de la mort, aux vexations et à l’ostracisme des foules aveugles, peut être immensément et superbement libre. Il n’adopte pas, en effet, l’attitude des esclaves, qui est la résignation, mais il accepte la nécessité du moment, il méprise les contingences, et il bande ses efforts pour s’en délivrer, sinon dans le temps, du moins dans la réalité éternelle.
Au contraire, l’homme vêtu de la pourpre, devant lequel s’inclinent toutes les têtes, le législateur omnipotent, le magnat de l’industrie, l’arriviste sans scrupules, sûr de son prestige, de sa souplesse ou de sa force, peuvent être parmi les plus vils esclaves, s’ils se courbent au souffle de l’appétition matérielle, au souffle de leurs passions, de leurs désirs, sans autre loi que le succès.
Regardez bien chacune de ces catégories d’hommes et distinguez-les par les moeurs.
Vous ne trouverez pas le bien parmi les esclaves et le mal parmi les hommes libres, car les moeurs ne sont pas seulement cette concession aux convenances sociales, qui jette sur les pires abus, le voile d’un certain décorum ; les moeurs, dans leur essence dernière, sont un rayonnement de l’âme, de l’intelligence et de l’esprit, qui rend la vie belle, noble et humaine à travers des gestes parfois inélégants ou incompréhensibles.
C’est pourquoi liberté et bonnes moeurs sont une seule et même chose.

Voyons maintenant comment le vrai maçon doit conquérir sa liberté pour informer sa conduite sous l’angle universel de l’humain.

II la conquiert en deux temps :

En une période d’émondation ou de purification qui le conduit à la liberté négative, à la maîtrise de soi-même, à la résorption des entraves matérielles et passionnelles, propres aux esclaves.
En une période d’ascèse active, génératrice de la liberté positive, c’est-à-dire de la liberté de réalisation. Cette dernière seule est la véritable liberté, on le comprend sans peine. La période d’émondation, tous les maçons la connaissent, et le contraire serait inadmissible, car elle constitue le thème essentiel de la maçonnerie symbolique ; c’est la nouvelle naissance préconisée par les Ecritures, naissance à la lumière spirituelle. Elle consiste à rompre la gangue des besoins, des instincts, des passions ; à briser la chrysalide intellectuelle des préjugés et des erreurs dont l’âme de la foule est trop souvent prisonnière et, ainsi, entravée dans son essor vers le soleil de la vérité.

Comment s’arracher à cette emprise catastrophique ? Par l’assimilation judicieuse et l’utilisation rationnelle de l’enseignement maçonnique traditionnel.
L’entrée dans le temple provoque un choc, le choc de la lumière brusquement révélée à la chute du bandeau.
Ce choc c’est l’éveil sur un plan nouveau.
Les fantasmes de la nuit s’évanouissent comme un brouillard inconsistant, les choses se précisent, apparaissent sous leur forme véritable ; toute la gamme matérielle se revêt de sa tonalité spéciale.
Le sens strict du monde extérieur se révèle ; sous l’influx de la lumière c’est un simple point d’appui susceptible de parer à une marche incertaine et dangereuse à travers les marécages de l’animalité pure et un point de départ vers l’harmonie supérieure des entités spirituelles.
Ce choc contribue donc à nous dépouiller du vieil homme, du manteau humanimal transmis par la génération sexuelle, mais c’est insuffisant. Il faut prévoir les possibles cataboles, éloigner les embûches ; une liberté sans armes, toujours et partout, est une liberté morte.
Et le maçon passe à la période active, cuirasse sa liberté pour la rendre invulnérable, pour lui laisser les coudées franches, en vue de l’action éventuelle.

Ici encore, l’enseignement s’efforce de mettre entre les mains de tous la clef de la solution.
Non seulement il indique la direction générale de la liberté, mais il indique les routes les plus sûres et les plus directes pour y parvenir, il pousse même la sollicitude jusqu’à établir l’idéal itinéraire à emprunter. Insister sur ce sujet, ce n’est point éclairer une fatale ignorance, c’est attirer l’attention sur les difficultés et la transcendance de l’oeuvre maçonnique, pour en fixer dans l’esprit les plus subtiles particularités.
Il ne faut pas, en effet, mésestimer les obstacles semés sous les pas de l’initiable.
Malgré les précisions doctrinales et les points de repère, ils sont durs à surmonter. Tout à l’heure, la bonne volonté suffisait : tenir les yeux grands ouverts à la lumière, comparer, apprécier et dire oui, est une besogne relativement facile.
Pour l’action, il faut faire appel à la volonté. Tailler dans le vif ; retrancher les branches inutiles, les bourgeons bâtards ou purulents, comporte une souffrance pour l’arbre confié aux soins du jardinier. Il en est ainsi pour le maçon, et d’autant qu’il est à la fois, l’arbre, le sécateur et l’ouvrier.
Sa volonté doit être indéfectible, sinon il reculera devant la souffrance, sinon la facilité et la paresse l’emporteront sur l’effort et l’ardeur, et nous nous trouverons en présence de cet axiome de la morale latine : « Corruptio optimi pessima », la corruption du meilleur est la pire de toutes.

En cette période d’ascèse active, le but du maçon est triple, puisque l’homme est construit sur un triple plan. Il doit façonner et cuirasser son âme, son intelligence et son esprit.
Nous ne parlons pas du corps, car le corps a été purifié et comme régénéré par le procédé d’émondation, il est donc en parfait état de santé et d’équilibre.

L’âme humaine est ce milieu d’une matérialité subtile, qui, par l’un de ses pôles, touche à l’esprit et par l’autre à la matière ; elle est le moyen terme du composé humain, le médiateur plastique, si souvent condamné par les philosophes et les théologiens soi-disant orthodoxes.
Elle est le milieu vital commun à l’homme et aux animaux, l’informatrice du corps ; elle renferme la sensibilité. Passons sous silence la sensibilité corporelle, lieu de décantation et d’élaboration des données expérimentales ; cet aspect relève de la psychophysiologie.
Nous envisageons seulement la sensibilité, réceptacle des passions et des sentiments, cette sensibilité qui rend l’homme matériel spécifiquement humain.
Dans ce milieu naissent et se développent sous l’influx intellectuel les sept vices capitaux dont l’humanité est la proie : l’orgueil, l’envie, la paresse et les autres. Mais elle est aussi, sous la poussée volitive, la matrice de l’amour.

Si nous réfléchissons, d’un seul coup d’oeil, nous verrons quel est le travail du maçon sur le plan sensitif.
Les vices capitaux sont greffés sur l’égoïsme, il en résulte : la haine, la cruauté, l’injustice à tous ses degrés, les mesquineries ridicules dont la foule des timorés, des faibles et des ignorants est l’éternelle victime.
L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin.
De l’amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée.

Or, comment nomme-t-on dans le monde l’homme exempt d’égoïsme, bon, miséricordieux et charitable ?
On dit de lui : c’est un homme de coeur. La formation du coeur sur le plan sensitif sera donc la préoccupation première du maçon.
Le maçon sera l’homme au grand coeur, toujours prêt à tendre la main de l’amitié aux faibles, aux déshérités, à prodiguer son amour à tous les êtres frappés par l’infortune ou l’injustice, à relever les blessés sur les champs de bataille de la vie, à soutenir ceux qui sont sur le point de tomber.
Et cette qualité très noble n’est pas synonyme de faiblesse ;par son ascèse sentimentale, le maçon sait qu’il ne doit pas y avoir de compromission avec le mal, avec le vice, il sera dur pour les fauteurs d’oppression, pour les égoïstes et les méchants ; mais dans la lutte il laissera toujours la porte ouverte à la rédemption, car l’amour ne veut pas la mort du pécheur, mais son retour vers la bonté.

Passons maintenant à l’ascèse intellectuelle.
Tout maçon doit être un homme de science. Ne vous effrayez pas devant ce mot, vous qui, dès l’âge le plus tendre, avez été obligés de peiner pour arracher votre pain quotidien à la nature marâtre ; la science maçonnique n’est pas la science officielle de nos facultés et de nos académies. Il n’est pas, ici, nécessaire, pour être savant, de se pencher sur des équations mathématiques vertigineuses, ou sur les cartes du ciel, de percer le mystère des sciences positives.
Il faut simplement faire de son intelligence, de son entendement et de sa raison, un outil de précision, incapable d’errer dans les limites de nos potentialités humaines.
Qu’est-ce que la science ?
C’est une codification ordonnée et logique des séries phénoménales. Nul au monde ne peut se vanter de la posséder tout entière. Les hommes les plus instruits en possèdent une bribe d’un côté, une bribe de l’autre, et, précisément en raison de cette dispersion, s’ils n’ont l’esprit supérieur qui relie les sciences entre elles et toutes ensemble à l’uni-que vérité, ils sont et resteront des primaires.
La science maçonnique est l’esprit informateur des sciences, elle est la Gnose, au sens propre du terme ; elle ne s’arrête pas aux phénomènes, elle va jusqu’aux essences ; des attributs et qualités, elle infère la nature propre des êtres et des choses.

Suivre une série phénoménale de A jusqu’à Z, en déduire les lois et principes de sa constitution et de son évolution, c’est très bien. Connaître le pourquoi de tout cela est encore mieux.
Eh bien ! la science maçonnique ne conduit pas à un autre but, elle est la science des causes et plus spécialement celle de la grande cause, elle tend à pénétrer le secret du grand Oeuvre. Quelles en sont les bases ?
Dans leur simplicité et leur clarté, elles sont à la portée de tous, elles constituent une méthode trop souvent négligée par le commun des hommes. Le premier stade, le voici : écouter, observer, comparer et filtrer, dans le silence et la méditation. Partant, repousser les opinions toutes faites, les notions sans support, les idées faciles répétées par les perroquets de nos chaires scientifiques ou de nos tribunes politiques, pour piper la foule.
Eviter la précipitation dans le jugement et, sur le jugement sain, apprendre à raisonner.
Au deuxième stade : passer du connu phénoménal à l’inconnu causal ou nouménal, soit par l’induction ou la déduction légitimes, soit par l’analogie, cette clef maîtresse de la Gnose ou science ésotérique, et s’asseoir ainsi dans une certitude, sans aucune limite que la capacité elle-même de nos facultés représentatives humaines.
Ainsi, pour arriver à la science maçonnique, point n’est besoin de s’attacher à des problèmes abscons, réservés aux professionnels de nos instituts officiels ; toutes les questions même les plus humbles, entrent dans le cadre des cogitations maçonniques et peuvent donner lieu à une solution scientifique dont le primaire est exclu.
Cette solution, en effet, est engendrée par la vie elle-même et repose sur une raison correcte, sur une possibilité d’erreur rendue infinitésimale par l’émondation intellectuelle.
La vérité, toujours, est serrée au plus près, avec la rigueur nécessaire à l’élaboration de toutes les évidences.
Voilà la véritable science maçonnique, elle réside dans une vision directe des choses et des êtres, étrangère à la science officielle exotérique. Or, par la connaissance vraie des causes et des effets, il est possible de discriminer l’apparence de la réalité.
Le maçon saisit donc, avec précision, l’opportunité d’établir le juste rapport « existentiel » entre la première et la seconde, et ce rapport est une lumière, il est la lumière. Transporté de l’entendement à la volonté, c’est-à-dire de la pensée à l’action, il permet de procéder à l’assujettissement rationnel des besoins, des instincts et des passions, à l’extirpation des vices capitaux, à l’épanouissement des vertus, dans la mesure nécessaire à l’équilibre parfait de la personnalité spirituelle, partie dominante, substance même du moi humain.
Nous entrons ainsi de plain-pied dans le troisième stade de l’effort individuel et de l’ascèse corrélative.

Non content de façonner sa sensibilité et son intelligence, son âme et sa raison, le maçon doit illuminer sa volonté.
Il ne s’agit plus ici d’instaurer les bases de l’amour sensible et la vérité relative des rapports scientifiques, il faut monter plus haut, s’installer dans le monde des idées pures. Il ne s’agit plus des reflets du vrai, du beau et du bien, à travers les manifestations cosmiques, mais des concepts universels informateurs de la pensée, des principes suprêmes qui conditionnent la vie, en règlent l’évolution normale, et en constituent la fin.
En d’autres termes, il s’agit d’opérer l’autocréation de la conscience véritable et d’en harmoniser l’épanouissement avec les lois de l’être.
Nous disons : conscience véritable, c’est-à-dire conscience essentielle, conscience de la personnalité.
Notre individualité, en effet, a pris possession d’elle-même dans notre sensibilité, en se discriminant du monde extérieur, et dans notre intelligence par l’assimilation des rapports abstraits qui résultent de nos réactions vis-à-vis de l’action phénoménale.
Cette conscience, la conscience première, nous est commune, compte tenu des incidences scientifiques, avec tout le règne animal.

Mais la conscience personnelle ou seconde, dont le support momentané se trouve dans la première, est non seulement la prise de possession de notre moi intime, elle est encore le principe d’unicité de l’indéfinie divisibilité sensorielle et intellective ; elle est encore le lieu où notre propre entité se conjugue avec le monde supérieur des idées.
Elle est une puissance dynamique et statique, dynamique par l’unité qu’elle infuse dans le moi, statique par sa résistance à la dispersion. Elle est le sceau de l’être ; une fois mise en éveil, elle est incoercible, donc immortelle.
Comment l’homme en voie d’ascèse peut-il éveiller sa conscience, la rendre immortelle et lui donner, avec la spontanéité, son caractère spécifique ?
En l’illuminant par ses deux pôles : d’un côté par la lumière des rapports vrais recueillis par les sens, élaborés par l’intellect et synthétisés par la raison, de l’autre, en résorbant tous les voiles tissés par l’involution dans la matière, voiles qui empêchent l’esprit de communiquer intuitivement avec la source divine dont il est une émanation.
Par ce procédé, la conscience devient lumière, elle n’est plus un reflet, une lumière déformée par la réfraction, mais une lumière vivante hypostasiée, un foyer radiant.
Elle est l’imagination créatrice et la mémoire spirituelle au sein desquelles les idées se sont, en quelque sorte, incarnées dans une forme concrète et humaine pour ne plus s’effacer jamais.
Alors la conscience dirige le faisceau de sa lumière vers la volonté pour lui rendre l’action facile, l’action dans l’axe général du vrai, du beau et du bien éternels, dans la vraie liberté qui ne consiste pas seulement à faire ou à ne pas faire, mais à faire ce qu’il faut et pas autre chose.

Certes, pour réaliser cet ultime effort qui fait les génies, les héros et les saints, les difficultés sont innombrables.
La matière est là, visible et palpable, attractive aussi et tyrannique ; la douleur est inévitable à celui qui veut la dompter, la conduire en des voies étrangères à ses réactions normales. Ne nous décourageons pas, adressons-nous à la méthode maçonnique.
Elle nous dit : Cherchez, sondez, méditez dans le silence. Ne repoussez aucune idée, aucun concept, aucune notion, ne vous détournez d’aucun problème, d’aucune hypothèse, tout renferme une parcelle de la vérité, un rayon de la lumière, un atome de la réalité. Mais comparez, jugez et pesez avec la balance de l’équité.
Or, dans cette « queste » du divin Graal, deux choses sont essentielles : la bonne volonté et le désir du bien, la subtilité intellectuelle et la persévérance viennent ensuite, car le désir engendre la persévérance et la bonne volonté est la matrice de l’acuité dans l’effort.
Tout homme incapable de poursuivre jusqu’au bout cette ascèse personnelle ne gravira jamais complètement l’échelle de Jacob de la Maçonnerie universelle.
Mais s’il peut l’accomplir, à quel résultat prestigieux ne peut-il parvenir ?
Le maçon ainsi évolué n’est plus un homme de la foule, « l’homo » soi-disant « sapiens » des anthropologistes, il est l’homme idéal, l’homme en soi, le « vir » de notre langue ancestrale, le latin ; le mâle capable d’agir, de réaliser, d’aimer et de se sacrifier à un idéal de justice et de fraternité.
Il peut s’écrier comme le poète : « Nil humanum a me alienum Auto », rien d’humain ne m’est étranger.

APOSTOLAT

Voilà le travail personnel auquel le maçon s’est engagé, peut-être sans prévoir toute l’ampleur de sa promesse. Certes, ce travail est important, douloureux et magnifique.
Mais est-ce bien là tout le travail de notre institution ? Il est important, pour nous qui en supportons le poids, mais il n’est rien ou pas grand chose par rapport à l’espèce humaine.
La Maçonnerie, en effet, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens. Pour cela il lui faut des apôtres, et elle veut créer des apôtres.
C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative elle conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité. Qu’est-ce qu’un apôtre ? C’est un homme d’action, un homme revêtu d’une mission sacrée, pour laquelle il est prêt à tout sacrifier : ses commodités personnelles, ses désirs les plus chers, son temps et sa vie s’il le faut.
Un apôtre doit posséder les trois vertus primordiales que nous connaissons bien ou que nous connaîtrons lorsque nous aurons franchi d’autres échelons de la hiérarchie : la foi, l’espérance et la charité.
Ces trois vertus sont si hautes qu’on les a appelées vertus théologales, non seulement pour rappeler qu’elles s’appliquent à Dieu, mais pour montrer que leur possesseur peut être assimilé à un dieu.

Ici, ouvrons une parenthèse nécessaire pour éloigner de nous toute idée préconçue, incompatible avec la vérité.
De tout temps les hommes, et spécialement les maçons, depuis bientôt un siècle, ont eu peur des mots, parce qu’ils les ont revêtus d’un masque modelé sur leur phobie du moment.
Tout à l’heure, nous parlions d’illumination. Ce mot, dans notre langue, est synonyme de folie ou de chimère, c’est absurde ; un illuminé est un flambeau. Inutile d’insister.
Quant aux vertus théologales, c’est autre chose.
La foi maçonnique n’est pas cette croyance étroite par laquelle l’ignorant s’incline devant un dogme indéfinissable, c’est la transfiguration de la pensée, la sublimation de l’entendement ; ce n’est pas le credo héroïque ou paresseux du charbonnier, c’est le credo plein de lumière de la science discursive et intuitive : je sens, je vois, je sais, donc je crois.
L’espérance ce n’est pas cette aspiration béate vers une aide problématique et imméritée, vers une récompense gratuite, inadéquate à l’effort déployé pour la conquérir ; c’est l’essor de tout l’être vers les sommets de la beauté et de la justice.
La charité, ce n’est pas l’amour égoïste d’un bien conçu comme un bien-être dont on veut jouir, c’est l’amour désintéressé d’un suprême idéal de bonté, de miséricorde et de paix, non pas pour un seul être, mais pour l’universalité des êtres.
Et ces trois vertus sont une seule et même chose, considérée sous trois aspects différents par suite de la triplicité humaine.
C’est la volonté purifiée de tout alliage bâtard, la raison magnifiée et rendue subtile comme une lame d’épée, c’est le coeur élargi jusqu’au sacrifice, par la conscience illuminée.

Mais, revenons à l’apostolat maçonnique, et voyons comment il peut être conçu. Ne nous leurrons pas, n’enfourchons pas les coursiers d’Apollon, ne montons pas au Sinaï, le grand oeuvre de la régénération humaine est moins glorieux et beaucoup plus difficile.
Il ne s’agit pas de multiplier les actions d’éclat, les gestes valeureux, d’échafauder des plans constitutionnels inédits et transcendants, il faut oeuvrer dans la simplicité du coeur et de l’intelligence, avec une volonté infrangible ; il faut agir avec l’opiniâtreté de la goutte d’eau dont la chute répétée perfore le granit le plus dur.
Il faut agir d’abord par le prosélytisme de la conviction : par paroles souvent, par écrit quelquefois, par l’exemple toujours ; semer dans la foule les idées de saine liberté, d’égalité véritable et d’universelle fraternité, les imposer à l’attention des individus sous leur angle réel ; implanter dans les âmes la notion du vrai, du beau et du bien, et, par conséquent, dissoudre dans son ambiance immédiate le brouillard mortel des préjugés, de l’ignorance et de l’erreur, éliminer les superstitions, qui sont des liens d’esclavage pour l’intelligence et la volonté.
Puis, il faut réaliser, c’est-à-dire employer toutes ses forces, toutes ses ressources disponibles, toute sa vie à la transformation de l’idéal en oeuvres adéquates.
En un mot, il faut concrétiser sa foi, la réduire en acte, car la foi spéculative est inutile et sans sincérité. Il n’est pas nécessaire de se précipiter vers le martyre, mais il faut savoir y marcher le cas échéant, d’un pas délibéré et la tête haute, car le maçon est un homme sacrificiel.
Sa foi personnelle n’est pas égoïste, elle est rayonnante, il veut la communiquer aux autres. Il n’espère rien pour lui-même car il a tout en lui, et les contingences matérielles ont pour lui une importance relative, mais il espère pour la foule, pour les humbles et les faibles. Il espère la science pour les ignorants et ceux qui sont dans l’erreur. Il espère la liberté pour les esclaves, la justice pour les opprimés et l’équité pour tous.
Son amour s’étend sur tous les êtres de sa race, sur la masse comme sur l’élite, il aime tous ses frères en vue de la fin commune de l’humanité, fin dernière où chacun doit être à sa place, dans la hiérarchie des valeurs spirituelles.
Le travail du maçon est donc totalement désintéressé, il est accompli sous l’angle du devoir. Le maçon, en effet, ne revendique pas ses digits personnels d’homme libre et conscient, sinon pour accomplir son devoir, car il sait que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans borne.
Aussi le maçon apôtre est un chef missionne parmi les élites, car c’est un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et d’action.

EXAMEN DE CONSCIENCE

Après avoir examiné successivement l’ascèse individuelle et l’action collective et sociale auxquelles le ’maçon est appelé par l’institution, nous pouvons nous rendre compte du travail énorme et difficile de cet entraînement progressif.
Et ceci explique pourquoi tant d’adeptes croupissent dans les bas-fonds de la médiocrité, au sein des obédiences les plus actives et les plus réputées. La plupart, malgré certains caractères et une discipline librement acceptée, sont de simples profanes.
Sont-ils effrayés par le labeur ou incompréhensifs ? L’une et l’autre de ces suppositions doivent être sans doute retenues ; mais la Maçonnerie elle-même ne peut être accusée, car ce sont les hommes qui restent sourds à l’appel ou impuissants à réaliser, par veulerie ou mauvaise volonté.
Et pourtant la Maçonnerie est sage, elle n’impose à personne un effort au-dessus de ses facultés, elle s’essaye, au contraire, à magnifier et à développer les facultés pour les rendre aptes à l’effort.
Elle n’impose pas à l’apprenti et au compagnon le travail du maître ; elle série les difficultés, les dévoile successivement et, en présence de chacune d’elles, donne les directives nécessaires pour les surmonter.
La progression peut être lente ou rapide, mais aucun ouvrier ne passe à une nouvelle branche avant d’avoir atteint la perfection dans le stade inférieur. Il avance vers la maîtrise par une marche régulière et précise.
Lorsqu’il l’atteint, il peut entreprendre un travail efficace, car il sait tailler dans la matière première, en vue de la solidité de la construction. Mais ce n’est pas tout, la maçonnerie est l’art royal par excellence ; à la stabilité de l’oeuvre elle veut adjoindre la beauté, c’est pourquoi elle sélectionne les maîtres ouvriers du temple.
Par une série ininterrompue d’épreuves et d’enseignements, elle leur découvre les lois architecturales susceptibles de concourir à la magnificence de l’édifice.
Bien plus, elle conduit les plus aptes, les plus courageux et persévérants vers les ultimes sommets, leur transmet les règles de l’art, les principes de la science, et ceux-ci, à leur tour, pourront former les futurs ouvriers de la cité céleste, les diriger et les élever jusqu’à eux pour permettre à l’oeuvre maçonnique d’être éternelle comme la race humaine.

En présence de ces constatations, un sérieux examen de conscience apparaît opportun.
Descendons en nous-mêmes, sondons nos coeurs et nos reins.
La question à nous poser est double. Sommes-nous dans la voie, c’est-à-dire, dans l’esprit maçonnique ? Avons-nous la volonté de la suivre jusqu’au bout ? Eh bien ! j’en ai peur, la réponse de notre conscience ne sera peut-être pas, pour beaucoup d’entre nous, entièrement affirmative ; notre faiblesse congénitale, notre égoïsme, notre amour-propre, l’attrait puissant des passions et des instincts physiques, sont de terribles pierres d’achoppement et ont, plus d’une fois sans doute, eu raison de notre volonté.

Nous avons mis bien souvent, certes, la main sur le maillet et le ciseau pour tailler notre pierre : combien de fois les avons-nous jetés pour nous renfermer dans la paresse ou le dédain ?
Nous avons mis les mains à la charrue : n’avons-nous pas, maintes fois, par lassitude, contemplé l’orée du sillon au lieu de terminer la tâche.
S’il en est ainsi, frappons-nous la poitrine, car nous avons commis un crime, non seulement contre nous-mêmes et contre la maçonnerie, mais contre l’humanité qui attend en vain la consommation de l’oeuvre rédemptrice.
Si nous avons fauté, ne soyons pas lâches, ne jetons pas nos outils dans le chantier déserté.
La maçonnerie ne renonce jamais à sa tâche, elle abandonne au néant les ébauches mal venues et transporte ailleurs les matériaux, pour recommencer inlassablement le travail défectueux.
Faisons comme elle, ne nous décourageons pas, reprenons nos outils et la besogne où nous l’avons laissée.

Mais, ici, arrêtons-nous à une ferme attitude, prenons l’engagement sacré de ne plus regarder en arrière, affermissons-nous dans une volonté irréductible de poursuivre notre ascèse personnelle pour pouvoir oeuvrer, en un jour très prochain, dans l’arène des luttes collectives, d’où sortira une humanité meilleure, une humanité régénérée, consciente de ses devoirs et de ses droits, en possession de la vraie liberté par l’égalité principielle et la fraternité.
Par cet examen de conscience, par cet acte de ferme propos, les responsabilités maçonniques sont déterminées avec la plus extrême rigueur et dans la certitude.
Pénétrons-nous bien, maintenant, des vérités ainsi énoncées.
Il ne suffit pas d’avoir été reçu apprenti, compagnon ou maître, pour être un vrai maçon. Dans le monde profane un manoeuvre ne devient pas un ouvrier compétent par le seul fait de son engagement sur un chantier. Il en est de même dans les ateliers du Temple.
C’est pourquoi lorsque le Vénérable demande au premier surveillant s’il est maçon, celui-ci ne répond pas : « Je le suis », mais : « Mes Frères me reconnaissent pour tel ».
Il indique ainsi, sans ambiguïté possible, la nécessité d’un travail personnel et acharné pour arriver à l’adeptat.
Quiconque est oublieux de cela, pour n’avoir pas à orienter ses efforts vers ce but précis, ne sera jamais un vrai fils de la Veuve et les grades, les distinctions, les offices dont il sera revêtu par l’amitié de ses frères ou de ses maîtres seront une vaine manifestation de l’esprit profane, des oripeaux destinés à couvrir son inesthétique nudité.

Maçons courageux et de bonne volonté, travaillez donc à votre ascèse comme l’ont fait vos ancêtres ; recherchez la lumière, aimez la vérité envers et contre tous, même contre les vôtres, contre vos amis les plus chers : la vérité est trop haute pour souffrir les compromissions.
Soyez durs à vous-mêmes, mais bons, compatissants, tolérants pour les autres, dans la mesure de la justice.
En toutes vos pensées, réflexes ou actes, n’ayez qu’un seul but, une seule fin : le bien général de l’humanité dont les individus ne sont que des sous-multiples.
Si vous êtes dans cet esprit, combien pèseront à vos yeux les mesquineries profanes, les attaques sournoises ou directes, les opinions péjoratives, les entraves jetées sur votre route ?
Rien ne pourra vous détourner de vos investigations désintéressées, rien ne pourra ralentir votre travail, rien ne viendra amoindrir votre liberté essentielle, ni votre foi dans les destinées humaines, ni votre espérance de l’ère nouvelle, ni votre amour de vos frères conscients ou égarés.
Les choses mauvaises seront pour vous une conséquence de l’erreur où se trouvent plongés les hommes ; les choses bonnes vous apparaîtront comme une illustration magnifique de l’évolution des âmes, une incitation à poursuivre la lutte pour le vrai, le beau et le bien.
Vous serez confirmé dans l’optimisme de l’athlète, digne de votre titre et du passé humain de la maçonnerie universelle.

Mais si vous rencontrez des obstacles insurmontables, si votre effort se heurte à des masses trop lourde. pour vos épaules, frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous recevrez.
N’hésitez pas, car la Maçonnerie attend les demandes et les pèse à leur juste valeur pour ne pas avoir à transmettre une vérité au-dessus des forces de l’impétrant. Car, non seulement, elle donne la science, crée, affermit et développe toutes nos facultés, mais, par une éducation adéquate, s’efforce d’en rendre l’usage facile et spontané, dans un rythme de beauté et d’harmonie.

CULTURE

La Maçonnerie prescrit la recherche de la vérité, mais cette recherche n’aurait aucun sens si la vérité n’avait un contenu.

Or, trop de maçons, même ceux qualifiés de grands, lorsqu’ils profèrent l’axiome à jamais célèbre, gloire de l’institution : « La Maçonnerie n’impose aucune limite à la recherche de la vérité », se contentent de faire miroiter aux yeux de leurs frères moins avancés un lointain idéal, intangible et irréel, porte ouverte à toutes les hypothèses issues de l’imagination humaine, celles invraisemblables comme les autres.
Ils consacrent, en quelque sorte, une vérité problématique, erreur éventuelle pour tous, sauf pour son détenteur momentané ; une vérité dont la couleur et la forme peuvent changer du jour au lendemain ; une vérité dont le point de départ et le point d’arrivée sont en équilibre parfaitement instable.
Pour leur justification ils invoquent la base expérimentale et la méthode rationnelle ; ils prétendent ainsi rester dans la science positive. Ils voient juste, sans doute, s’ils veulent simplement élucider les lois physiques du monde extérieur et sonder le contenu objectif de la matière.
Et cependant, même sur ce point exotérique de la science royale, ils restreignent les envolées intellectuelles et nient l’utilité de la Maçonnerie, celle-ci, par les moyens dont elle dispose, étant inférieure aux Académies et aux Facultés.
Mais, s’ils veulent, par ce moyen maintenir la mission maçonnique et s’élever sur les hauteurs de l’esprit, ils font fausse route, car l’expérience a besoin d’un phare pour sortir des séries phénoménales qui, toutes, nous conduisent à une impasse sur laquelle s’amorcent les avenues du mystère.
Ce phare c’est le contenu de la vérité. la vérité en soi. Elle est évidemment inaccessible dans sa totalité, dans sa substance vivante, sans cesse en mouvement.
Cependant, chacun peut en saisir une parcelle, si infime soit-elle, un lambeau susceptible de lui donner une certitude.

Pourquoi la généralité des maçons s’obstinent-ils à prêcher la recherche de la vérité sans jamais faire allusion à son contenu ? Ils se plaisent à 1a brutalité de la lettre et du mot, ils se projettent vers une évidence fantôme, sans se soucier du corps sacré des idées dont il est la projection intellectuelle, comme si l’évidence par elle-même était une fin, un repos adéquat à l’effort du penseur.
L’évidence en soi n’est rien, sinon la lumière engendrée par le choc des rapports du réel au réel. S’acharner à rechercher l’évidence pour l’évidence est un leurre, il faut lui donner un support.
Mais le maçon ordinaire, même savant, croit se trouver en présence de la vérité lorsqu’il se loge, pour un temps plus ou moins long, dans la caverne platonicienne ; il confond ainsi le reflet et la réalité, il poursuit l’ombre de la lumière.

L’évidence est un critérium nécessaire pour établir la légitimité d’un rapport, c’est l’harmonie des notions, des concepts, des jugements ou plus spécifiquement une vêture dont on recouvre la pensée.
La vérité substantielle est une idée qui ne renferme aucune contradiction dans son énoncé, elle doit donc cadrer exactement d’un côté avec l’apparence phénoménale, avec les manifestations de la vie, de l’autre avec l’essence même des choses ou des êtres dont elle est la représentation harmonique.
En d’autres termes, la vérité c’est le réel, rendu intelligible, soit par le procédé discursif du raisonnement et de l’analogie, soit par l’intuition dont l’imagination créatrice est l’instrument.
Si nous partons de ces données reconnues exactes, et il serait difficile de les nier de bonne foi, la culture maçonnique basée sur la recherche de la vérité va nous apparaître dans sa complexe unité. Accoler les deux mots : complexe et unité, semble une hérésie ; en mathématique peut-être, dans le réel, non. L’homme est un dans son essence véritable, il est deux dans ses manifestations intérieures et extérieures, il est trois dans l’actualisation de ses potentialités.

La culture maçonnique comprendra donc trois phases ; dans chaque phase, nous distinguerons deux stades, et tous les points de vue divers se synthétiseront sous l’influx de la fin poursuivie.

La première phase comporte l’éducation de la sensibilité ; la deuxième, l’éducation de l’entendement ; la troisième, l’éducation de la conscience, c’est-à-dire de l’esprit, unificateur du composé humain.
Dans la première, il faut éduquer les instincts et les passions, puis les sentiments.
Dans la deuxième, former la raison et éclairer la volonté de manière à la guider légitimement dans le libre choix dont elle est l’origine.
Dans la troisième, il faut éveiller la conscience, d’un côté dans la diversité, de l’autre dans l’unité.
Mais du haut en bas de l’échelle l’unité se manifeste et devient effective au fur et à mesure de l’ascèse, car le maçon, tout en agissant selon les lois et principes régulateurs de ses divers plans constitutifs, concentre son activité dans l’axe universel et unique du vrai, du beau et du bien.
Tous les catéchismes religieux, toutes les éthiques et toutes les philosophies nous donnent les règles de cette triple éducation sous le couvert de la morale profane.
La Maçonnerie suit cette voie, empruntée de la tradition universelle de l’humanité, mais en lui donnant une portée bien supérieure. Comme certaines religions, elle n’invoque pas la récompense ou la peine, comme les éthiques et les philosophies elle ne s’inspire pas seulement d’une certaine hygiène animique et intellectuelle.
Elle n’est pas, en effet, la religion de la foule ignorante, ou la philosophie d’une élite composée de primaires.
La Maçonnerie est l’apanage de l’élite des élites et, comme telle, se place à un point de vue surhumain. Elle veut le vrai essentiel, le beau en soi et le bien suprême, sans se préoccuper des contingences engendrées par l’égoïsme des individus, des nations et des races, compte tenu de la progressivité nécessaire à la stabilité du cosmos.
Elle accepte donc les compromis et les chemins de traverse axés vers le but final, mais jamais les compromissions et les routes régressives.
Elle accepte l’opinion du moment pour autant qu’elle contienne une parcelle de la vérité, mais combat l’erreur et l’ignorance, elle accepte un moindre bien pour marcher vers le mieux.
Elle est compatissante aux chutes, jamais à la lâcheté. L’éducation de la sphère humaine purement sensitive, c’est-à-dire instinctive et passionnelle, se conjugue avec l’éducation de l’intelligence, car les facultés correspondantes sont intimement liées entre elles, la sensibilité fournissant à l’intellect l’aliment basique de ses cogitations.
La Maçonnerie ordonne à ses adeptes de se libérer des instincts et passions ; non pas de les annihiler, mais de les clarifier et de les maintenir dans leur rôle strict.
Ceux-ci ne doivent pas être des fins susceptibles d’accaparer et de conditionner l’activité générale de l’être, mais des moyens, des outils par lesquels l’homme peut agir sur la nature physique et la dompter, la réduire à l’état du serviteur qui parle lorsque son maître l’autorise. Ceci est peut-être difficile, mais parfaitement intelligible.
L’homme doit être maître de lui-même, or, comme la sensibilité constitue la partie inférieure du composé humain, il faut la soumettre à la partie la plus noble, à l’esprit ; elle ne peut saisir les leviers de l’action, sans être sous l’emprise spirituelle immédiate. Il n’est pas nécessaire d’insister sur ce point, tous les hommes de bon sens en sont convaincus. Il n’est pas davantage besoin de nous attarder longuement sur l’éducation intellectuelle.
Les lois de la logique, la pratique des sciences positives. nous ont mis sur la voie depuis longtemps.
On a, trop souvent, présenté l’intelligence comme la faculté du vrai, c’est exact en surface seulement. Le vrai est absolu et l’intelligence ne peut rien saisir en dehors de la véracité des rapports « existentiels n entre cet absolu et ses manifestations phénoménales, véracité qui constitue l’évidence ou la certitude scientifique. Elle est donc relative dans toutes les incidences de son activité.
Le thème maçonnique de l’éducation intellectuelle consiste précisément à empêcher les adeptes de se fourvoyer en des rapports faussement véridiques, suscités par l’erreur congénitale attachée à nos sens ou par le rapprochement illégitime de notions et concepts, semblables en apparence, mais en réalité étrangers les uns aux autres.
C’est pourquoi la Maçonnerie recommande la circonspection dans l’analyse, le discernement dans l’élaboration des concepts, la tempérance dans le jugement.

Ce n’est pas tout encore. Par cette première étape, elle permet à l’intelligence de recevoir une lumière suffisamment clarifiée, authentique expression du donné sensoriel.
La science véritable, la gnose, possède un autre pôle, le pôle positif de la connaissance ésotérique. Ce pôle, ce sont les idées émanations du monde des essences. Les idées sont l’élément informateur de la connaissance ; elles sont, comme telles, absolues en elles-mêmes et leur relativité est fonction de nos facultés représentatives.
L’éducation intellectuelle maçonnique nous permet de pénétrer dans ce monde transcendantal, car elle ne se contente pas de former l’intelligence, elle influence l’entendement, racine radicale et support de la première.

L’intelligence réalise l’abstrait contenu dans le concret phénoménal sensible, mais se trouve toujours dans la diversité. L’entendement, au contraire, impose à la diversité abstraite l’action unificatrice des idées et engendre l’adéquatio rei et intellectus dans laquelle tous les platoniciens, après leur maître, plaçaient et placent encore la vérité.
Pour être dans le vrai, il faut réaliser l’équilibre entre le sujet et l’objet ; entre la chose connue et l’entendement qui connaît.
C’est là l’oeuvre maçonnique par excellence dans le domaine intellectuel, c’est la première étape du grand oeuvre.

Mais ici il faut beaucoup de subtilité pour suivre l’ascèse et c’est pourquoi nombre de maçons s’arrêtent en route, et n’outrepassent jamais la diversité intellectuelle.
Leur volonté, du reste, uniquement éclairée par la lumière réfractée à travers le prisme matériel n’est pas illuminée par le reflet des essences et maintient son activité dans le monde physique, dans le monde extérieur ; le monde intérieur leur est clos.
Or celui-ci peut se présenter à notre sens intime comme un livre ouvert, si nous savons éduquer notre entendement, si nous savons accroître sa réceptivité et opérer le dosage adéquat du réel et de l’apparence.
Il faut, en effet, pour conserver à la vérité sa puissance dynamique de réalisation, marier les idées et l’expérience dans une juste mesure. Il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition de concepts venant des deux points opposés de l’horizon intellectuel ; il faut effectuer, non un alliage, mais une synthèse vivante au sein de la pensée.
Il faut que la materia prima fournie par les sens, élaborée par le dyptique sensibilité – intelligence et la forme substantielle reçue par l’entendement donnent naissance, grâce au jeu de la volonté et de l’imagination créatrice, à un être nouveau, image parfaite de la réalité ; il faut, en un mot, constituer le verbe humain.
Et ce verbe n’est pas seulement la science, la parole spéculative et théorique, il doit s’actualiser dans les manifestations de notre activité intérieure et extérieure ; il est créateur ou complètement inutile.
A l’intérieur de notre être il constitue la conscience, à l’extérieur, la civilisation.

Négligeons, en cette brève étude, ce dernier point de vue ; les méditations maçonniques consolidées par les faits quotidiens en révèlent suffisamment les arcanes.
Quant à la conscience, il importe de nous y arrêter un instant, car elle est à la base de toutes nos réalisations extérieures, par conséquent l’assise même de la civilisation. Notre conscience pousse ses racines, d’un côté au sein de l’expérience, résultat de l’activité incessante et discontinue du monde extérieur, de l’autre dans l’unicité de notre être, et, par cet intermédiaire,dans l’unité cosmique dont l’origine repose sur le monde des idées informatrices, c’est-à-dire dans la manifestation du monde spirituel. Elle n’est pas seulement le sens de la justice, de la morale sociale et de l’amour-propre individuel dont les variations sont indéfinies.
S’arrêter à cette conception, c’est prendre l’effet pour la cause. Dans son épanouissement total, la conscience est d’abord et surtout le sceau, le signe vivant de notre réalité, car elle perdure parmi les phénomènes passagers, elle est l’éternité dans le temps.
Mais en raison de son pôle négatif appuyé sur la diversité phénoménale elle est aussi le sens de notre interdépendance vis-à-vis de l’universalité des êtres, donc un lien entre le moi et le non-moi.
Par l’éducation, par la culture intensive, ces deux attributs répondent à une hypostase greffée sur l’arbre de la création et la conscience devient une cellule autonome de l’espèce humaine, solidaire de toutes les autres, mais complète en elle-même, dans le sein de Dieu.
Elle est donc le support de l’amour véritable, de l’amour absolu et sans limite dont l’étreinte puissante embrasse toutes les créatures, à travers le Créateur. Et voilà pourquoi la conscience est aussi un tribunal devant lequel aucune parole, aucun geste, aucun acte ne trouvent d’excuse s’ils ne sont revêtus du manteau de la Foi, de l’Espérance et de la Charité.
Voilà pourquoi elle est une source inépuisable de civilisation, car celle-ci ne peut s’établir sans la foi en l’unité, sans l’espérance en l’unité, sans l’amour de l’unité, dont la conscience est la plus haute expression.

Ainsi, l’éducation individuelle maçonnique rejoint l’apostolat collectif fixé comme but final à l’institution.
Pourquoi tant de maçons s’arrêtent-ils, comme nous le disions tout à l’heure, à la période purement intellectuelle, sans souci de mettre un point final à leur ascèse ?
La science est nécessaire, un ignorant ne peut briguer l’honneur et la responsabilité d’être un apôtre. Mais l’ascèse ne consiste pas tant à s’instruire qu’à tirer profit de la science pour organiser la vie spirituelle. Il faut s’élever au-dessus de la connaissance, simple hase sur laquelle se construit l’édifice de la conscience.
La connaissance est relative et humaine, mais par elle doit s’affirmer quelque chose de surhumain dont l’existence est conditionnée par la prise de possession d’une intime réalité : la personne. Contre cette réalité, rien des contingences intellectuelles ne doit prévaloir. C’est une autocréation analogue de tout point à la discrimination des personnalités hypostatiques divines.
Sur le support vital, en effet, le logos intellectuel se greffe, qui s’épanouit dans le triple amour de la volonté.
Par la vie, par l’être, nous sommes un dans le tout ; par le verbe nous distinguons notre moi des autres moi et nous devenons une individualité particulière susceptible de se manifester dans la diversité du monde extérieur ; par l’amour nous restituons notre unité dans l’unité transcendantale, nous affirmons notre conscience intégrale ; en un mot, nous situons notre personnalité au carrefour de l’infini et du fini, de l’absolu et du contingent, dont nous devenons participants dans une mesure identique.
L’amour ainsi donne un sens à la lumière intellectuelle et transpose la vie sur le plan de l’universel.

Comment conclure ! de manière aussi simple que, peut-être, inattendue.
Le maçon doit acquérir le sens de l’éternel.
S’il travaille dans le temps, c’est sous l’angle de l’éternité, c’est-à-dire de la réalité. Pour l’homme, c’est dans le temps que germe l’éternité, il faut, donc en commencer la conquête dans le temps.
Or, chaque individu est engagé dans le milieu social ; travailler à la perfection de ce milieu, c’est fournir à l’individu un moyen efficace pour se hausser dans l’éternité.
Si le maçon a coulé sa personnalité dans le moule de l’éternité, s’il est un avec elle, il pourra essayer d’entraîner la société humaine à sa suite ; s’il est resté dans le temps, ses efforts seront vains et ses spéculations comme ses actes voués à la stérilité.

Tel est le vrai visage de la Maçonnerie universelle. Nous avons voulu dépeindre ce visage en une esquisse rapide et fidèle, non pas d’après les hommes enrôlés sous sa bannière, mais d’après la tradition dont elle doit se prévaloir.
Cette tradition s’est altérée au cours des âges, c’était à peu près ; inévitable, par suite des réactions humaines normales.

Les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, charte inamovible des individus et des peuples à laquelle la maçonnerie est attachée jusqu’à la mort, ont été trop méconnus, piétinés même, par tous les gouvernements et les partis.
Les intérêts particuliers et ceux des castes, champignons vénéneux engendrés par l’indéracinable égoïsme, ont été trop longtemps favorisés par les pouvoirs publics, au détriment de l’intérêt général.
La vraie Maçonnerie s’est élevée contre l’injustice et l’intolérance, elle a voulu, partout et toujours, rétablir l’équilibre rompu. Parce qu’ils étaient humains, les moyens employés par elle ont, peut-être. dépassé la limite de la sagesse. Pour lutter contre la détresse matérielle, elle est descendue sur le plan strictement physique, elle a ainsi perdu de vue son rôle spirituel et son office de médiateur.
Dans certains cas, elle s’est aussi prêtée aux réalisations partisanes. Mais son action était légitime dans son essence, sinon dans ses modalités.
Les hommes qui, dans son sein, ont dirigé la lutte étaient, pour la plupart, pleins de foi et de bonne volonté, ils avaient un seul objectif : le bien ; il faut les absoudre.
Même si leur oeuvre est condamnable, la maçonnerie est innocente, elle ne préconise pas l’erreur, mais la vérité.

Contrairement aux affirmations de ses détracteurs, elle n’est pas, en effet, une entreprise de démolition, un organisme gangrené dont l’activité néfaste propage la maladie dont il est atteint.
Nombre de maçons peuvent errer et le contraire serait étonnant ; beaucoup d’entre eux peuvent agir en vue d’intérêts personnels plus ou moins avouables.
Il est inadmissible de jeter l’interdit sur l’ordre tout entier par le fait des brebis galeuses, fussent-elles la majorité, qui s’abritent dans ses temples.

C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de faire revivre, dans sa pureté idéale, la doctrine véritable de la maçonnerie initiatique ; de montrer l’ascèse individuelle et collective dont elle est le support ; d’élever les adeptes jusqu’à la notion d’apostolat et, par ce moyen, de les conduire à des réalisations extérieures d’où les errements seront exclus.
Nous avons écrit sans révéler aucun des « aporreta » de l’ordre, dans l’unique but d’être utile à la vérité et de détruire, dans la mesure où l’on nous entendra, les rumeurs de haine soulevées contre lui.
Ceux qui, éventuellement, liront cette étude y puiseront peut-être : soit une plus juste compréhension et un peu de respect pour une haute doctrine venue des tréfonds de l’histoire, soit le désir de mettre leurs pensées et leurs actes au diapason de son enseignement traditionnel.

Pour ces derniers, disons-le à nouveau, ils entreprendront une oeuvre ardue, et, à certains moments, douloureuse.
Mais sa réalisation n’affecte aucun caractère d’impossibilité.
Certains l’ont accomplie, malgré les contraintes matérielles et la lutte pour l’existence : c’est déchoir de ne pas les imiter.
Elle est, en ces pages, présentée dans son aridité métaphysique, non pas pour effrayer, mais pour donner le courage nécessaire à la poursuite de ce noble idéal. Il est toujours bon, en effet, avant d’entreprendre une tâche, d’en mesurer l’étendue.

Regardons autour de nous, l’effort est partout, c’est une loi vitale à laquelle aucun être ne peut se soustraire.
La vie humaine surtout est le prototype de la lutte perpétuelle. II faut combattre pour la place au soleil et le pain de chaque jour, combattre pour la vérité contre l’erreur, pour la paix contre la guerre, pour le bien contre le mal.
Nul homme, digne de ce nom, ne peut nier l’opportunité de l’effort dont la tension, du reste, est béatifique aux grandes âmes, puisqu’il apporte avec lui l’espérance de la victoire et la joie anticipée du triomphe.
Les difficultés, dès l’abord, apparaissent insurmontables, mais s’avèrent bientôt, et presque toujours, comme un adjuvant de la volonté.

Lorsqu’un alpiniste se trouve au pied d’une muraille rocheuse presque verticale, son premier mouvement est de retourner sur ses pas. Il n’hésite pas cependant, il l’attaque avec la volonté de la vaincre.
Au fur et à mesure de l’ascension, il trouve des fissures, des cheminées, des rampes plus douces et des terrasses invisibles d’en bas.
Malgré la fatigue et le danger mortel, il arrive enfin sur la crête et respire longuement l’air des sommets, il se sent le maître des forces naturelles, car il a vaincu l’épouvante et terrassé la matière.
Ainsi fait le vrai maçon, chevalier sans peur et sans reproche, il conquiert la spiritualité contre tous les obstacles.

APPENDICE AVANT-PROPOS

Parmi les profanes et même parmi les maçons qui se sont attardés à lire les pages précédentes, beaucoup, peut-être, ont été déçus.
Ils espéraient y rencontrer, non seulement un visage inconnu de la foule, mais encore un thème précis capable de résorber tout effort intellectuel, un dogme auquel il suffit de se confier pour être irrésistiblement entraîné dans le sillage de la lumière.

A force d’entendre dire : la Maçonnerie dispense la vérité à ses adeptes, les maçons peuvent croire à l’instantanéité d’une révélation miraculeuse et, comme l’amour-propre humain les guide encore à leurs premiers pas dans le temple, ils souffrent, sans doute, de ne point en être éblouis.
Quant aux profanes, ils pensent : point n’est besoin d’entrer dans la Maçonnerie pour arriver à ce résultat : les sciences, les philosophies et les religions sont des mentors aussi sûrs.
Cette fraternité n’innove rien, n’apprend rien ; elle s’arroge un droit hypothétique et se sert d’un pur symbole pour convaincre les hommes de son utilité.
Ouvrons une quelconque éthique, voire un simple catéchisme, et nous trouverons, sous une forme moins présomptueuse. les mêmes enseignements et les mêmes préceptes.

Les maçons auraient tort de réclamer une révélation là où se trouve seulement la continuité d’une tradition millénaire ; les profanes, de méconnaître les bienfaits d’une méthode et d’une discipline dont l’efficacité se conçoit par les contraintes, ailleurs appliquées sous le couvert des lois punitives ; les uns et les autres, d’imaginer une prétention injustifiée.
C’est pourquoi nous voulons aborder ici la question de la lumière maçonnique, dans la limite imposée par l’obligation du secret, pour montrer à tous, et surtout aux initiables, ses caractéristiques, son rôle et la manière dont il faut la comprendre et la conquérir, en dehors de toute illusion incompatible avec la positivité de la doctrine.

Alors apparaîtra aux yeux de la bonne foi, par un nouvel examen et une méditation plus approfondie et corrélative de notre premier regard, combien la Maçonnerie est inconnue de la généralité des hommes et quelle est la valeur de son témoignage dans l’appréciation de la vérité humaine, témoignage d’une importance unique, puisque tout entier dans la conscience du myste.

Nous allons revenir, en quelque sorte, sur nos pas, pour mieux en mesurer la portée et la direction ; nous allons rencontrer les mêmes concepts et les mêmes idées, mais dans un cycle plus restreint, car nous assisterons, dans une certaine mesure, à la naissance d’un fils de la Veuve.

LA LUMIERE MAÇONNIQUE

Nouveaux venus à la porte du temple, cherchez-vous bien la lumière ?
Rien n’est moins certain.
En votre for intérieur, en effet, vous croyez la détenir en fonction de vos connaissances.
Vous avez tout un passé derrière vous ; vous avez travaillé, pensé, agi ; votre compréhension englobe certaines lois et principes et vous pouvez prétendre, sinon à la vérité totale, du moins à une approximation d’une large envergure. Votre conscience éclairée par votre intelligence peut ainsi vous conduire vers un jugement d’une apparente rectitude. Vous ne venez donc pas chercher la lumière, mais, à défaut d’une vérité nouvelle qui vous paraît improbable, un peu plus de clarté et de précision.
De ce chef, du reste, personne ne doit vous condamner, car la plupart des maçons, tous peut-être, ont pensé comme vous, jusqu’au jour où ils ont aperçu leur erreur.

Attendez un peu comme d’autres l’ont vu, vous le verrez bientôt, la lumière profane dont vous êtes plus ou moins saturés, est un reflet trop souvent déformé par le prisme phénoménal.
Lorsque vous approcherez la vraie lumière, la lumière maçonnique, engendrée par le soleil idéal du monde spirituel, vous saisirez la signification de ces mots : « Recevoir la Lumière » et « Donner la Lumière », car vous ne serez plus de simples écrans réflecteurs, mais des foyers radiants.
Et ce moment est proche ou lointain selon la détermination de votre propre volonté.

Vous avez demandé la lumière sans être bien convaincus de la recevoir.
Comment vous l’a-t-on présentée ? Sous le voile de multiples symboles.
Sans aucun doute, vous les connaissiez déjà et vous avez été étonnés, au premier contact, de n’en trouver parfois qu’une simple esquisse au lieu d’un modelage complet.
Arrêtez-vous sur cette première anomalie, dont la raison vous échappe et souvenez-vous d’une chose : la figure ou la lettre sont des supports, l’idée et l’esprit seuls sont essentiels. Ne tombez donc point en des généralisations hâtives ou des jugements irréformables.
Les raisonnements a priori ne valent rien dans les sciences exactes, ils sont encore moins de mise dans la Maçonnerie universelle. Malgré ses études antérieures, malgré ses connaissances acquises, le récipiendaire ne sait rien encore sous l’angle particulier de la Maçonnerie ; il erre dans le labyrinthe passionnel, il hésite aux carrefours de tous les préjugés et, s’il appartient à l’élite profane, il s’incline devant le sacro-saint mirage de l’intellectualisme rationnel.
Or il ne s’agit point ici des rapports communément admis par les docteurs exotériques ; il faut, au contraire, établir de nouvelles relations entre le signe et les idées, ou, plutôt, les saisir à travers la plasticité des symboles.
La Maçonnerie, dit-on, est un art et une science ; ne nous autorisons pas de notre intelligence de la science et des arts pour juger péjorativement une institution dont la formule et le but, proclamés identiques, semblent emprunter une voie divergente ; essayons de découvrir la réalité cachée sous l’écorce.

Depuis des milliers d’années, depuis les temps historiques, il y a des mystes, initiés et adeptes, à côté et au-dessus des hommes de la foule ; des écoles ésotériques en marge des académies officielles.
Bien plus, à côté des savants, naturellement adonnés à l’élucidation des mystères dont nous sommes entourés, il y a toujours eu des cénacles fermés, des temples secrets, des fraternités hermétiques où les hommes de désir seuls étaient introduits, avec un cérémonial compliqué, propre à éliminer les curiosités malsaines et les volontés chancelantes.
Ce deuxième aspect du problème mérite encore attention. Pourquoi tout cet apparat. pourquoi cette sélection ? Parce que la vérité porte un sceau et qu’il faut le recevoir pour être admis en sa présence.
Ce sceau est un geste sacramentel, un baptême purificateur, il pénètre toutes les facultés, les émonde et les modifie, selon la réceptivité de chacun. Avant d’ouvrir à ses élus les portes de la Vérité, la Maçonnerie imprime donc sur leur front le sceau des citoyens de la lumière, par des épreuves adéquates, tirées des quatre éléments primordiaux, successivement traversés et vaincus.

Mais si le sceau rend la lumière accessible, il n’est pas la lumière ; ainsi dans une religion quelconque, le baptême n’est pas le salut.

Lorsque le bandeau est tombé de vos yeux, vous avez cru, sans aucun doute, à une restitution pure et simple de la lumière physique dont vous étiez privés et vous n’avez pas été autrement émus, car le symbole ne révèle pas, de prime abord, son intime subtilité.
Vous avez pourtant ressenti un choc semblable au choc de l’aube sur la nature lorsqu’elle émerge à l’horizon sous la poussée du soleil.
Ce choc symbolique est, en même temps, la matière sacramentelle et la conséquence du sceau initiatique.

Avez-vous, de ce fait, reçu et contemplé la lumière dont la Maçonnerie se flatte d’opérer la transmission ?
Non, et vous pourriez avec une légitimité relative affirmer l’absence totale de rupture dans le champ ordinaire de votre visibilité.
Méfiez-vous, toutefois, de cette logique d’apparence irréfutable. Si la lumière ne vous a pas été brusquement révélée, si vous n’avez aucune connaissance nouvelle immédiate, vous avez néanmoins reçu la clef des portes de l’orient spirituel d’où vient la lumière véritable.

Quelle est donc cette clef d’or ? Vous la possédez depuis l’éveil de votre entendement, tout le monde la possède, mais personne ne veut plus s’en servir, sinon pour un culte idolâtre et purement spéculatif.
C’est le « Connais-toi » découvert par Socrate dans la doctrine traditionnelle des antiques mystères dont il fut l’écho révélateur. Elle vous a été restituée dans le cabinet de réflexion et on vous en a montré l’usage au cours de vos voyages de probation.
Elle vous a permis, avec l’aide de vos initiateurs, d’assurer vos pas incertains, d’être maître de vous-mêmes et de dominer les éléments, non pas au gré de votre fantaisie, – les lois naturelles suivent une route immuable, – ni pour satisfaire vos caprices, – l’initié n’en a pas, – mais en les acceptant librement lorsqu’ils sont contraires, en méprisant leurs contingences lorsqu’il sont favorables.
Et ceci, c’est la lumière, et la lumière est contenue tout entière en ces paroles, à peu près inconnues en dehors de nos temples : l’homme fort est la mesure du monde.
L’homme fort, en effet, ne spécule plus sur la devise socratique, il ne la porte point à sa boutonnière comme une décoration, il la transforme en motif d’action et de réaction, il la porte dans l’intimité de sa substance, elle est devenue l’oeil de sa volonté.

Toute l’infinie distance entre la lumière initiatique et la lumière profane est contenue dans ces mots « Connais-toi ».
Par eux, la Maçonnerie met le récipiendaire en présence de lui-même, en présence de sa pensée et de sa conscience toute frémissante du contact de Dieu, de ce Dieu interne manifesté seulement par les essences.
Sans négliger le voile du monde phénoménal, elle le réduit à la juste valeur d’une gamme sonore dont les vibrations, dans l’économie du Cosmos, sont destinées à proclamer la gloire et la puissance de l’intériorité.
La science profane, au contraire, met l’homme en présence du monde extérieur. Elle lui dit : regarde, analyse, compare, extrais le suc phénoménal pour remonter aux lois et aux principes ; mais elle se tient dans la dispersion et la divisibilité externes.
Ainsi, la Maçonnerie intériorise et la science extériorise. Celle-ci communique le reflet de la lumière incréée, celle-là crée une lumière dans la conscience même de l’homme et illumine le monde visible pour le situer à sa place véritable.
C’est pourquoi le profane, aux prises avec les luttes quotidiennes de l’existence, est enclin à se laisser dominer par les forces extérieures et se trouve désemparé lorsque le reflet, son guide habituel, l’abandonne dans les ténèbres intérieures.
C’est pourquoi le maçon n’est jamais seul avec lui-même ; il est co-participant de la vraie lumière ; il est une source de lumière et le ,monde extérieur, malgré ses révoltes momentanées, lui est soumis, car ce monde n’est rien sans une conscience capable de l’absorber au sein de sa propre lumière, de lui donner une vie réelle et un sens.

Mais la lumière ne s’acquiert pas si facilement qu’Il suffise de traverser le cabinet de réflexion pour en jouir.
La clef est difficile à manier. Aussi, la Maçonnerie donne-t-elle une méthode et les règles de l’art royal.
Méthode et règles sont contenues, sous un voile transparent au lecteur attentif, dans les rituels et les enseignements des maîtres ; il est inutile et inopportun d’en exposer les détails, mais elles sont basées sur un principe liminaire sana lequel leur inefficacité est certaine : la discipline.
La Maçonnerie impose à tous ses membres une discipline dont la rigidité n’exclut pas la souplesse ; même à l’homme de l’élite enrôlé comme apprenti, elle ne craint pas de dire : « Ecoute, obéis et tais-toi ».
Et c’est pourquoi le signe guttural est placé au seuil du temple pour rappeler perpétuellement à tous : la stricte loi du silence, le respect des serments et la domination sur tous les réflexes de l’être physique et intellectuel.

Certes, elle ne méprise pas les connaissances acquises, ni l’éducation profane dont les incidences sont non seulement utiles, mais souvent nécessaires ; elle reconnaît la science ésotérique de certains engagés dont elle facilitera l’ascension plus rapide, mais à tous elle prêche la circonspection.
La vérité des masses et la vérité des élites doivent être contrôlées et passées au crible de la conscience maçonnique. Elle crie : « Prenez garde, la lumière est immaculée, seul, le doute cartésien peut l’accueillir en sa pureté originelle ».

Pendant les premiers mois de ses travaux dans le temple, l’apprenti maçon, arrivé à un certain degré d’intellectualité et surtout d’ésotérisme, peut parfois se laisser emporter par une impression singulière. Il se croit enfermé dans un circuit primaire et sans issue où l’on s’efforce de l’astreindre à un enseignement largement familier et dérisoire.
Les gestes, les paroles, les doctrines, tout lui semble connu ; il a la sensation bien nette de perdre son temps.
Son tort est grand et il prouve ainsi, de manière péremptoire, la superficialité de ses vues.
Sans aucun doute, il connaît la technique des termes et peut-être des symboles, mais il ignore la prodigieuse différence entre l’étude d’un isolé et la méditation en commun, entre le bois sacré ouvert à tout venant et la Cella du temple. Il ignore les vertus de la hiérurgie et les horizons nouveaux et insoupçonnés qu’elle évoque, avec une rapidité souvent fulgurante, dans l’esprit du myste, sous le couvert d’un mot ou d’un signe dont la fécondité semble à jamais épuisée.

Apprentis nouvellement engagés, si grande soit votre science, si haut votre entendement, différez votre sentence et ne haussez pas les épaules.
La Maçonnerie sous l’apparente simplicité de ses prolégomènes vous présente une doctrine austère, profonde et toute hérissée de problèmes inattendus. Vous mettrez des années à l’épuiser dans vos méditations et, plus encore, à la traduire en vos comportements internes et externes.
Ne croyez pas à la facilité, c’est un arbre stérile, inconnu dans le sanctuaire ; ne croyez pas à l’indigence de certaines idées, leur plénitude vous deviendra tangible par l’effort continu.
Et c’est en vue de cet effort, créateur d’hommes, de chefs et d’apôtres, que la Maçonnerie vous réclame la circonspection et la discipline, seules capables de conduire vers la maîtrise. Votre enrôlement vous a fait maçon de droit ; par la bonne volonté et le coeur, vous le deviendrez de fait lorsque, soumis à toutes les règles de l’art royal, pénétrés de sa méthode, vous aurez compris les doctrines philosophiques et les opérations hiérurgiques, dont l’existence, à tous les degrés de la hiérarchie, malgré la dissimulation voulue, dont elles sont l’objet, est incontestable.

Alors seulement vous commencerez votre ascension dans la lumière, dans cet idéal constitué par la maîtrise de soi, le calme équilibre des facultés, des passions et des instincts, par la prépondérance de l’esprit sur la matière et la pondération des jugements.
Alors vous aurez enfin trouvé la seule paix susceptible de s’étendre de proche en proche dans les diverses couches de la nation et de se répandre dans toute l’humanité par dessus les frontières.
Vous comprendrez pourquoi la paix universelle est une utopie si la paix intérieure ne règne pas en chacun de nous et vous sentirez comment celle-ci est la résultante de la lumière maçonnique dont le phare puissant décèle l’unique vérité.
Toute vérité qui n’est pas apaisante en elle-même est, en effet, un tissu d’erreurs déguisées et de préjugés ténébreux, elle déchire les individus dans leurs propres entrailles et les dresse les uns contre les autres pour assurer l’hégémonie d’une idée particulière ou pour justifier des attitudes et des actes inspirés par l’égoïsme, ce poison subtil, destructeur de la fraternité.

La lumière maçonnique forme les hommes en dehors de toute contingence. Ces hommes sont des pacifiques et des pacificateurs, car, par le « Connais-toi », ils ont appris à se dominer, à tempérer la justice par la tolérance et la miséricorde, à aimer ceux dont le stade évolutif n’a pas encore transgressé les lois instinctives, à les aimer avec assez d’ardeur pour leur tendre la main et les attirer à eux, dans cette paix lumineuse devant laquelle l’ombre de la haine, de l’envie et de la colère s’évanouit sans retour.

LA LOI DU SILENCE

Les prêtres Egyptiens avaient personnifié le silence sous le symbole du dieu Harpocrate. Il était tout yeux et tout oreilles, mais sa bouche était close.
Cette attitude est évocatrice : il faut voir, écouter, comprendre, mais, parmi les vérités ainsi découvertes, aucune ne doit être divulguée inconsidérément.
Plus tard, Apulée écrira dans l’Ane d’or : « Nul danger ne pourra jamais me contraindre à dévoiler aux profanes les choses qui m’ont été confiées sous le sceau du secret ».
Il en fut ainsi pour l’enseignement ésotérique de tous les mystères anciens, pour ceux d’Isis et des Pyramides, pour ceux d’Eleusis où l’on célébrait le culte de Déméter, de Perséphone et du divin Iacchos, pour ceux des Cabires et de Mythra ; il en fut ainsi, même pour les mystères de la foi des premiers siècles, distribués aux fidèles dans le silence des cryptes et des catacombes.
La loi du silence est à l’origine de toutes les initiations véritables, elle se perd dans la nuit de la préhistoire, sans contestation possible.

Pourquoi, dès lors, s’en servir comme d’une machine de guerre contre les sociétés initiatiques et en particulier contre la maçonnerie ?
La raison en est simple, on a perdu le sens de cette loi. Les profanes et les ennemis de cette institution la considèrent, ou tout au moins feignent de la considérer, comme un aveu, mêlé d’hypocrisie, du but subversif et des mystères honteux atténués par son ombre propice. L’ignorance et la mauvaise foi expliquent cette conception.
Tous les maçons vraiment dignes de ce nom le savent, la loi du silence ne recouvre rien de redoutable, d’immoral ou de subversif ; elle est le prolongement légitime, et combien nécessaire, des injonctions données aux antiques adeptes, l’écho de la parole évangélique : « Ne jetez pas les perles aux pourceaux ».

Mais si la loi du silence est légitime, si elle a été recommandée en termes précis par les maîtres de la pensée ésotérique, comment faut-il l’interpréter ? Beaucoup l’ignorent, même parmi ses observateurs bénévoles, a fortiori parmi ses détracteurs.
Trop souvent, ces derniers regardent le serment maçonnique comme un goût enfantin de l’arcane, comme un Besoin, propre à tout esprit superficiel, de se donner à ses propres yeux, une importance capitale pour voiler son néant. Ils ne connaissent rien de la doctrine maçonnique.
C’est là leur seule excuse , mais leur ignorance devrait les inciter à sonder les raison., profondes d’un interdit imposé au récipiendaire, avant son admission dans le vestibule du temple.

Examinons donc le problème dans toute son étendue, sans nous laisser accaparer par des raisons étrangères au sujet.
La moindre réflexion, en effet, les mettrait sur la voie.

Tout d’abord, une affirmation s’impose : toute loi implique une contrainte, une obligation nette de se soumettre à sa teneur. Mais, ici, une distinction est à faire.
Les lois civiles : politiques, économiques ou sociales sont l’expression d’une nécessité, momentanée ou durable, constatée par le législateur et, le plus souvent, s’appliquant à la société sans consultation préalable des assujettis. I1 y a donc contrainte réelle, absolue, et cette contrainte comporte la soumission à la lettre des textes, plus qu’à leur esprit, jusqu’au jour où la loi sera résorbée par la force des choses ou par la réaction de la foule excédée. La loi maçonnique du silence n’offre rien de semblable à nos méditations.
En premier lieu, comme nous allons le voir tout à l’heure, elle est imposée par la raison et non pas par la volonté d’un homme ou d’une collectivité.
Ensuite elle est présentée à chaque adepte avant son admission dans l’Ordre et librement acceptée. Le récipiendaire se soumet de plein gré, en toute connaissance de cause aux incidences de la loi ; bien plus, il scelle son acceptation par un serment et se retire ainsi, consciemment, toute possibilité ultérieure de rupture ou de dérogation.
La contrainte est donc bien effective, mais elle est d’une autre essence, elle est transcendante aux individus et repose sur la personne de l’initié.
Les constitutions civiles régissent les peuples, en dehors de leur volonté et de leurs désirs, ils sont, « perinde ac cadaver », entre les mains de l’Etat et du pouvoir judiciaire chargé d’appliquer la loi.
En Maçonnerie il y a, au contraire, la volonté et la joie de se discipliner et le serment de persister « sine die » dans cette discipline librement consentie. Ainsi la contrainte du silence n’engendre pas un état de servitude vis-à-vis de la loi, c’est une adhésion dont la nécessité, basée sur la raison, n’enlève rien à la spontanéité.
C’est une norme initiatique sans laquelle aucune ascèse n’est possible ; nous allons essayer de le démontrer.
La loi du silence, avons-nous dit, procède de la raison. La raison est une faculté spécifiquement humaine, elle coordonne les données expérimentales ou intuitives, élaborées par l’entendement, sous forme de notions, de concepts ou d’idées, et les transpose en jugements pour en fixer les répercussions sur notre vie.
Or, en face de la raison, la Maçonnerie est l’art de poursuivre, la méthode pour découvrir, la science pour intégrer, dans la spéculation et la, pratique, les lois des rapports essentiels établis entre la vérité et l’intelligence humaine. Où est la vérité ? Elle n’est pas dans les expressions fuyantes du langage, écorce périssable sans cesse modifiée par les vicissitudes du temps et des lieux. Elle réside dans les choses elles. même, dans les êtres, dans la vie.
Ce n’est pas dans le tumulte des discussions, des vaines et pompeuses paroles que l’on pénètre la substance voilée par les concepts.
La voix subtile des essences nous parvient seulement dans le silence de l’esprit, dans le recueillement de la méditation ; elle est interceptée par le fracas du monde profane, constitué, trop souvent, par des sonorités inconsistantes et sans valeur.
Ainsi, la loi du silence, loin d’être une obligation arbitraire, est une contrainte rationnelle par laquelle notre corps et notre âme se mettent à la disposition de notre esprit, pour lui permettre d’écouter en toute quiétude la voix des êtres, émanation et sous-multiple de la grande voix universelle.
Plus nos méditations seront prolongées, plus complet notre silence intérieur, mieux nous parviendrons a percevoir cette harmonie sublime.
Voilà les raisons profondes du silence maçonnique ; nous verrons plus loin comment il faut l’organiser.
Retenons-en dès maintenant le principe directeur : L’Enseignement initiatique se donne et se reçoit dans le silence de tout l’être, il jette ses assises dans la méditation et il porte ses fruits dans les replis les plus secrets de l’esprit apaisé.

La loi du silence a encore un autre aspect, aspect tout extérieur et plus généralement considéré par les membres de l’institution et surtout par ses ennemis.
Lorsque le Vénérable clôture les travaux de l’atelier, il dit : « Retirez-vous en paix, mes frères sous la loi du silence ». Cette phrase du rituel a deux sens, celui plus haut étudié et un sens exotérique, applicable aux profanes.
Or, si le symbole du dieu Harpocrate concerne le premier, la parole évangélique et le texte d’Apulée, cités au début de ces lignes, s’appliquent incontestablement au second et, ici encore, la raison dicte la loi.
En effet, toute idée, divulguée sans discernement, est sans profit pour la foule aveugle, inapte à la recevoir. Pour elle, c’est une proie toute indiquée, une proie à dépecer. Elle s’en empare avec toute son ignorance et son irrespect, elle la triture, la torture par des interprétations et des applications fantaisistes pour en faire un monstre sans forme et inesthétique, selon le mot du poète latin : « Monstrum horrendum informe, ingens, cui lumen ademptum », Monstre horrible, informe, immense à qui la lumière est enlevée.
Oui, la parole maçonnique jetée en pâture à la masse devient, en passant dans les cellules cérébrales d’individus sans culture adéquate, un monstre illogique, un amalgame de concepts rebelles à la fécondation de la vivante lumière. Le danger de certaines divulgations intempestives apparaît donc redoutable.
Par elles, la Maçonnerie, de tout temps, a été considérée comme une entreprise de mort, comme une assemblée de destructeurs ou d’hommes tarés.
Le contraire, pourtant, seul est vrai, car elle s’efforce, dans sa tradition authentique, de guider les individus et l’humanité tout entière vers les hautes sphères de la Sagesse et de la Spiritualité.
D’où la nécessité morale absolue de celer à la multitude les symboles et idées maçonniques inaccessibles à son intelligence, non seulement pour en éviter la profanation, mais encore pour empêcher la transformation d’un outil de vie en arme de mort, de la lumière en ténèbres, de la vérité en erreur.

« Sancta sanctis » dit l’Ecriture ; il faut réserver les mystères aux mystes, tout en essayant d’accroître le nombre de ceux-ci pour élever progressivement toutes les élites à la hauteur de la science sacrée.
La Maçonnerie n’a pas été parée en vain du nom de science royale, elle l’est par essence et, comme telle, elle est l’apanage des intelligentes subtiles greffées sur une volonté d’airain et consolidées par un grand coeur. Jamais la foule, en l’état actuel de l’évolution humaine ne pourra assimiler les arcanes, les aporreta de notre institution ; ils constitueraient, pour elle, un philtre de folie, un soleil trop lumineux pour un regard habitué à la pénombre de la forêt des préjugés.
Revenons maintenant sur nos pas et voyons comment il faut organiser le silence prescrit par la loi maçonnique. Se taire vis-à-vis de l’étranger, lui voiler sa pensée si nous le jugeons indigne ou indifférent, paraît chose relativement facile.
Le serment du silence malgré des violations répétées veut, du reste, être dans ce cas, un obstacle suffisant à toute indiscrétion. Mais il est des circonstances où la difficulté est plus grande.
Tous nous avons une famille, des amis chers, des camarades auxquels nous avons accordé notre confiance ; l’amour ou l’amitié, la sympathie peuvent nous inciter à des révélations peut-être dangereuses pour la tranquillité de nos proches et surtout préjudiciables, en raison de l’incompréhension que nos paroles peuvent rencontrer, d’un côté à nos affections, de l’autre aux Frères auxquels nous sommes liés par un serment solennel ; c’est pourquoi la loi du silence extérieur est absolue, le maçon doit savoir se taire, il doit respecter son serment sans aucune défaillance.
Il doit se taire, lorsqu’il n’est pas dans le temple ou en présence de ses pairs. Remarquez bien ces paroles : « Nous disons, ses pairs et non pas ses Frères »
Tous les maçons en effet, sont Frères, entre eux la solidarité, la fraternité et l’amour jouent sans distinction d’âge, ils forment une chaîne d’union, unique et indissoluble, du plus jeune au plus ancien, mais ils ne sont pas tous égaux sur le plan de la vérité, ils ne la voient pas tous sous le même angle, ils ne sont pas tous également aptes à réaliser un travail déterminé dans le grand oeuvre des constructeurs.
Aussi, comme il serait inopportun et même dangereux de confier la sculpture d’un chapiteau à un apprenti tout juste habitué à dégrossir un moellon, il faut éviter de lui divulguer prématurément les secrets des ateliers supérieurs et les vérités auxquelles ils servent de voile ; sa science rudimentaire ne lui permettrait pas de les assimiler entièrement. II ne saurait les utiliser selon la norme, et devant l’inutilité de ses efforts pour comprendre et oeuvrer, le découragement et le dégoût envahiraient son esprit.
Le maçon ne parle donc que devant ses pairs, devant les ouvriers capables de réaliser son propre travail. C’est du reste la raison pour laquelle la maçonnerie est une institution progressive ; à ses adeptes elle donne la vérité par étapes et non pas d’un seul bloc.
Voilà les arguments qui étayent la loi du silence, à l’extérieur et à l’intérieur de l’institution.
Voilà la façon de la comprendre et de la pratiquer ; mais la question est plus vaste encore, ce sont là des prolégomènes tout à fait superficiels, c’est la lettre de l’obligation. II nous reste en effet à examiner l’organisation du silence au sein même de la conscience d’un maçon.
Nous le disions tout à l’heure, la vérité n’est pas située dans les paroles dont nous entourons nos concepts et nos idées, elle réside dans l’essence des choses et des êtres.
Le silence seul peut nous permettre d’entendre la voix subtile des essences. Comment donc réaliser en nous la loi du silence et pénétrer dans l’esprit de notre serment ? Examinons l’histoire des sages et des philosophes.

Pythagore, avant de créer son école de Crotone, passe des années dans le silence absolu. Devenu chef d’école, il impose le silence à ses élèves.
Ceux-ci étaient à l’origine des « Akoustikoi », des écouteurs ; ils devaient écouter et se taire, ils ne questionnaient jamais, ils suivaient les leçons du maître et les méditaient dans le secret de leur intelligence.

La vie cachée du Christ dure 30 ans, pendant lesquels l’histoire ne révèle aucun fait, geste ou parole susceptible de nous mettre sur la trace de sa formation intellectuelle et spirituelle.
Avant de se lancer dans la vie publique, il se retire pendant 40 jours dans le désert, afin de concentrer sa pensée et de la mûrir dans le silence absolu des solitudes transjordaniques.
Vers cette même époque, Apollonius de Tyane s’interdisait toute parole pendant cinq années consécutives, et il avait 20 ans à peine.
Ces maîtres avaient compris la valeur et la vertu quasi surnaturelle du silence physique. Intelligences géniales, ils dépassent la foule comme des chênes centenaires écrasent le modeste taillis de la forêt.
C’est pourquoi nous pouvons les voir et de loin les imiter.
De leur exemple tirons ce premier principe :

Le maçon parle au moment opportun et surveille ses paroles, il énonce seulement sa pensée essentielle.
Tout le reste est parole vaine, bruits sans consistance, la ritournelle d’un perroquet à laquelle s’essayent avec tant de succès les tribuns de nos assemblées politiques, ou de nos cénacles littéraires.
Voilà comment il faut comprendre et réglementer le silence physique, qualité primordiale du maçon. Il y a trop, de par le monde, d’orateurs et pas assez de penseurs, trop d’idéologues et pas assez de réalisateurs, car l’homme livré à sa nature animale s’extériorise constamment par des paroles et par des gestes vains au lieu de s’enfermer dans le silence de la méditation,seule source des grandes pensées et des grandes actions.
Mais ce n’est pas tout, il faut encore organiser en soi-même le silence psychique, le silence de l’âme. Il faut imposer à la ruée des instincts et des passions le contrôle de la raison et de la volonté ; les contraindre à s’exprimer seulement dans les circonstances où les juguler serait une erreur manifeste, et une cause de déperdition des forces vitales, un appauvrissement injustifié de l’instinct de conservation.
Il faut donc ici, comme s’il s’agissait des paroles, surveiller les instincts et les passions, discerner leurs mouvements et ne donner libre cours qu’aux seules manifestations compatibles avec les lois naturelles de l’évolution humaine.
Cette restriction, ce silence psychique est la base même de la vertu de tempérance, opposée au brutal élan de toutes les incontinences animales.

Sur ce palier de l’organisation du silence, le maçon, déjà, se révèle largement outillé, pour la lutte contre la facilité profane. Nous pouvons apercevoir enfin toute l’ampleur de l’ascèse ultérieure à envisager pour atteindre la perfection relative de la conscience.
Il faut, en effet, dans une ultime étape réaliser le silence intérieur, le silence de l’esprit, pour mieux entendre la parole des choses et le Verbe de Dieu.

Cette opération, difficile entre toutes, réclame une très longue habitude, elle emprunte deux attitudes différentes : élimination et purification.

Comme la loi du silence nous incitait, tout à l’heure, à surveiller nos paroles oiseuses et le débordement passionnel, elle nous invite maintenant à surveiller nos pensées, à éliminer les dissonances capables d’obscurcir le Vrai, le Beau et le Bien, dans le champ de notre conscience.
Puis non content de cette opération négative, il faut passer à l’attitude positive. car la purification, c’est l’affinement de la pensée.
Or cet affinement s’opère par le contact de notre esprit avec l’essence des choses.
Le silence est le creuset dans lequel notre raison et notre volonté sont soumises au feu vivant de la nature et de son sublime émanateur.
Par ce feu nous susciterons en nous des pensées de justice, de miséricorde et de charité, des pensées susceptibles de nous conduire jusqu’aux confins du monde spirituel.
Enfin, de ces attitudes diverses, il faudra en dernier ressort, réaliser une synthèse et obtenir le silence de tout notre être personnel. Nos passions et nos instincts réduits à l’état d’instruments dociles seront utilisés en vue du bien individuel et du bien général.
Nous arriverons ainsi progressivement à canaliser tous nos sentiments, toutes nos notions, concepts et idées dans la voie de la sérénité.
Notre vie apparaîtra alors comme une vibration synchronisée dans l’harmonie universelle du cosmos, et cela par la Vertu de la loi du Silence, joyeusement acceptée, et respectée, douloureusement certes, mais sans défaillance.

Et ainsi nous nous installerons définitivement dans cet ultime état, aboutissement obligatoire de toute vraie Maçonnerie : l’Illumination.

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