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… et si … 2 septembre, 2009

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L’Universalité … 

Les obédiences … 

Les Ordres …

  

… et si …

  

Etre Maçon … me semble-t-il, c’est de vivre personnellement en accord avec les comportements que j’avais bien compris … avant d’entrer en Maçonnerie, quand je percevais initialement l’adéquation avec la Maçonnerie … Ce qui, avec l’Initiation, se vérifiera d’ailleurs ultérieurement. 

(Je suis persuadé qu’on ne peut sans doutes pas être initié maçon sans avoir … depuis longtemps … depuis toujours … ressenti une subtile attraction, encore peu définie, mais conforme à ce que nous sommes). 

L’Universalité me semble devoir être recherché dans cet  à priori là, que la Maçonnerie éduquera, aidera, mais que la Maçonnerie me semble impuissante et non disposée à créer chez un individu qui viendrait chercher autre chose que le raffinement de cette exigence là. 

Alors, mes bons Frères Maçons, respectons les esprits affutés qui étudient jusqu’à des hauteurs vertigineuses, les supports de la pensée et des comportements maçonniques idéalisés … au point, je le crains, de s’isoler de la Société et de n’avoir plus le temps de passer à l’acte. 

Mais efforçons nous, pour le plus grand nombre, de prendre du temps et de faire, par la Maçonnerie, des progrès très simples dans ce qui était déjà en nous : progrès de tolérance, d’amour et de goût de l’Autre … dans notre vie globale, c’est-à-dire profane et maçonnique, indissociablement fondues en Une Vie. 

Pour le reste … je n’ai pas observé, et je ne crois pas au mot d’ordre comportemental et sociétal qui me serait imposé par la Maçonnerie, un Ordre, une obédience. 

Mais j’apprécie que mon Temple et ma Loge soient propres, bien tenus, en règle avec la Maçonnerie et la Société, grâce à une hiérarchie efficace, qui nous fait parfois sourire au sonnet de ses ors …. 

C’est l’individu, l’homo maçonicus, qui, pour moi, impacte, individuellement, la société. Il est imparfait, mais s’il veille à ne pas dénaturer nos fondamentaux … il construit et permet des progrès. 

Merci à toi mon Frère S:. 

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Oswald WIRTH 30 juillet, 2009

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Oswald WIRTH

 

 

Wirth, Oswald

 

Joseph Paul Oswald Wirth est né le 5 août 1860, vers 9 heures du matin, à Brienz, petite bourgade Suisse de 2500 habitants bordant le lac du même nom.

De trois frères, deux moururent en bas âge, et Edward, officier de zouaves, périt au champ d’honneur en 1894. Une soeur, Elise, née en 1875, fut la compagne d’Oswald de sa jeunesse jusqu’à sa mort.

Il disait humblement tout devoir à Stanislas de Guaita, rencontré pour la première fois au printemps 1887, et qui le fit son secrétaire et ami. (…) l’entrée en relation avec Stanislas de Guaita devint pour moi un événement capital. Il fit de moi son ami, son secrétaire, et son collaborateur. Sa bibliothèque fut à ma disposition, et, bénéficiant de sa conversation, j’eus en lui un professeur de Qabbale, de haute métaphysique, autant que de langue française. Guaita prit la peine de me former le style, de me dégrossir littérairement (…) je lui dois d’écrire lisiblement. (Dédicace au Tarot des imagiers du moyen âge).

Même si l’on peut aisément convenir que Guaita ait pu lui enseigner l’art de tourner heureusement ses phrases, dans notre langue que les étrangers considèrent comme si difficile – Oswald Wirth était originaire de Suisse allémanique –, il est indéniable que le disciple a par la suite égalé, sinon dépassé le maître, au moins dans le domaine du symbolisme; on lui doit en effet un certain nombre d’ouvrages qui sont devenus des classiques : Le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la Franc-Maçonnerie, Le symbolisme astrologique, et surtout Le Tarot des imagiers du moyen-âge dans lequel il reprend l’étude symbolique des lames majeures qu’il avait dessinées pour Guaita.

D’une manière générale, et contrairement à celui qu’il considérait comme son maître, il s’est davantage intéressé à la Franc-Maçonnerie qu’à la Rose-Croix. Les mystères de l’art royal, et La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes en rendent compte brillamment.

Oswald Wirth mourut le 9 mars 1943 à 11 heures. Il est enterré au cimetière de Monterre-sur-Blourde, au sud de Poitiers (86).

Remerciements à M. Hugues de Charnay, à qui je dois de nombreuses précisions sur Oswald Wirth.

 

 

 

Source : La Rose-bleue

Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui 25 juillet, 2009

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Rituel et esprit maçonnique  dans la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui

 

Après les questions relatives à la nouvelle éthique, et à la possibilité pour les sciences humaines de dire ce qu’elle pourrait être, le Grand Collège avait confié à la Commission III de « Sources » mission de traiter la question « Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui » L’exposé des motifs destiné à en préciser le sens était de suivant :

- Quelle est l’originalité de ce qu’on peut appeler l’esprit maçonnique ?

- La Franc-Maçonnerie ne saurait être enfermée dans une seule philosophie. Quelle proposition peut-elle dès lors faire pour répondre aux interrogations philosophiques et éthiques des Francs-Maçons ?

- Quel est le sens du rituel maçonnique ?

- Au fond, quelle est l’essence de la Maçonnerie ?

« Sources » propose un texte d’une ampleur et d’une importance considérables. C’est un texte essentiellement philosophique qui, à première approche, pourrait effrayer nombre de lecteurs peu habitués au langage de l’anthropologie et de la philosophie. Impression assurément trompeuse, car, au prix d’un effort d’attention un peu soutenu, tout homme de bonne culture doit pouvoir en tirer enseignement et profit. La table des matières très complète qui en expose le plan est un fil conducteur très utile.

Néanmoins, il est apparu opportun au Grand Collège qu’en soit faite une présentation qui, en en marquant les points forts, en facilite une lecture qui, seule, pourra révéler toutes ses richesses. En raison même de son importante dimension et de sa densité, il ne saurait être question d’en faire un résumé qui le suivrait d’une façon en quelque sorte linéaire. D’autant plus que le lecteur distrait ou insuffisamment attentif risquerait de considérer comme des redites ce qui est en fait une succession de reprises des mêmes idées, mais chaque fois placées sous un éclairage différent. C’est ainsi que, tout au long de ce texte, on trouvera l’exposé des conceptions du rite et de l’homme. Plusieurs fois également le lecteur trouvera des considérations sûr la méthode à employer pour mener à bien l’étude demandée.

C’est pourquoi nous avons choisi dans cette présentation de dégager les grands thèmes qui courent durant tout l’exposé, et dont la connaissance claire permettra au lecteur d’apprécier toutes les remarques incidentes qui s’y ajoutent et qui, à chaque fois, l’enrichissent de nouvelles facettes.

Nous avons cru bon de distinguer les thèmes suivants: Problèmes de méthode ; examen critique de la thèse de René Girard ; nature du rite et essence de l’homme ; rite et spiritualité maçonnique ; l’homme Franc-Maçon.

Encore ne pourrons-nous pousser trop loin l’analyse, car tous ces thèmes interfèrent les uns avec les autres. Il n’est que trop évident par exemple, que l’idée qu’on peut se faire du rite et de l’homme dépend étroitement du mode de connaissance adopté pour étudier l’un et l’autre. Inversement, on ne saurait cacher que le choix de ce mode de connaissance peut être lui-même largement influencé par l’idée préalable qu’on se fait de l’homme et de son essence.

 

Problèmes de méthode

S’interroger sur le rituel et l’esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui invite en effet la pensée à s’engager dans deux voies divergentes, mais non nécessairement opposées. Ou bien à partir d’une étude anthropologique, et qui se veut par conséquent scientifique et objective, des rites, à partir d’une typologie et d’une interprétation fonctionnelle de ceux-ci, on peut essayer de situer les rites maçonniques, d’en dégager la spécificité, et proposer une définition de ce qui fait l’originalité de l’esprit maçonnique. Ou bien, partant au contraire de l’esprit maçonnique, tel que nos pratiques rituelles et symboliques nous le font vivre et connaître, on peut essayer de dégager la métaphysique qui le sous-tend et qui l’anime, et par là même éclairer le sens de nos rites. On peut même aller plus loin. Fort de l’expérience vécue dont on peut penser qu’elle nous révèle sa vraie nature, on peut s’élever à une conception du rite en général, et, à partir de celle-ci, porter un jugement sur les diverses théories qui en proposent une interprétation. Pourquoi pas en effet ? La compréhension d’un certain type de comportement humain, en l’occurrence ici le comportement rituel, devrait-elle donc toujours et exclusivement être cherchée, ainsi que le fait l’anthropologie, dans ses origines oubliées, ou dans des structures inconscientes ? Ne seraient-ce pas plutôt ses formes les plus récentes, et peut-être de ce fait les plus accomplies, qui, soumises à une analyse phénoménologique serrée et lucide, sont susceptibles de nous en faire connaître le vrai sens ?

Il convient d’ouvrir ici une importante parenthèse. Ce n’est pas dévoiler un secret de dire que, depuis la naissance de l’Aréopage, les Frères de « Sources », en dépit des inévitables renouvellements, se partagent à peu près équitablement, lorsqu’il s’agit d’aborder les problèmes humains, entre ceux qui inclinent vers l’étude anthropologique, et ceux qui préfèrent l’approche philosophique. C’est pourquoi il importe de souligner le bel exemple d’esprit maçonnique donné par les Frères anthropologues de « Sources » qui, en présence d’un texte dont ils ne partagent peut-être pas toutes les thèses, ont reconnu l’éminent travail accompli par le Frère Rapporteur, et décidé de le présenter au nom de tous.

Assurément, le texte ne fait aucune concession à l’égard d’une approche anthropologique qui se voudrait exclusive de toute autre. On resterait alors, y est-il dit, tributaire du modèle d’une science de la matière, tel qu’H s’est constitué à partir de la Renaissance finissante, selon lequel penser scientifiquement, c’est penser par structures fermées, progressivement compliquées, et dès que possible mathématisables. Autant dire qu’on ne peut penser par structure que le mort, que ce qui se laisse traiter comme un objet technique, une matière inerte, et soumise au surplus (ce qui révèle la structure comme ne pouvant se poser comme autosuffisante dans l’être) à la loi insurmontable de la dégradation de son énergie d’inertie.

Sont donc récusées les doctrines philosophiques se réclamant du structuralisme qui, s’étant mises à l’école de l’anthropologie, ont proclamé dans le même temps et la mort de la philosophie et la mort de l’homme, et célébré la décadence de l’humanisme. « Le développement des sciences humaines, affirmait il y a vingt ans Michel Foucault, nous conduit beaucoup plutôt à une disparition de l’homme qu’à une apothéose. Elles ne nous découvrent pas l’homme dans sa vérité, dans ce qu’il peut avoir de positif. Ce qu’elles découvrent, c’est de grands systèmes de pensée, de grandes organisations formelles qui sont en quelque sorte comme le sol sur lequel les individualités historiques apparaissent. Nous voulons montrer que ce qu’il y a d’individuel, ce qu’il y a de vécu et de singulier chez l’homme, n’est qu’une sorte d’effet de surface au-dessus des grands systèmes formels sur lesquels flotte de temps en temps l’écume et l’image de l’existence propre ». (Émission télévisée « Lecture pour tous », 1966).

Il est bien évident qu’aborder l’étude des rites selon une telle perspective structuraliste ne peut qu’aboutir à faire voir en eux, ainsi que nous y invitent les dictionnaires, que des choses mortes, des pratiques dont le sens n’apparaît même plus à ceux qui en sont les acteurs, pas plus que n’apparaît au locuteur la façon dont s’organisent les phonèmes de sa parole. Son expérience vécue de Franc-Maçon, ainsi que ses convictions profondément humanistes, aux évidentes résonances existentialistes et personnalistes, commandaient impérieusement au Frère Rapporteur de s’engager dans une toute autre direction. C’est sans doute pour les mêmes raisons que les Frères de « Sources » l’ont suivi et ont voulu procéder avec lui à une herméneutique, c’est-à-dire à une recherche du sens. Recherche du sens des rites en général, et des rites maçonniques, en particulier, sans méconnaître pour autant les enseignements et les apports de l’étude anthropologique.

 

La thèse de René Girard.

Il rencontrait alors sur sa route une interprétation fonctionnaliste du rite qui eut un succès considérable, il y a une quinzaine d’années, celle que l’anthropologue René Girard a exposée dans son livre « La violence et le sacré ». Sa thèse est simple et tranchée : le rite est essentiellement archaïque ; sa fonction est d’assurer la cohésion sociale. Tous les rites en effet sont d’origine sacrificielle, et le sacrifice a pour fonction de détourner sur une victime émissaire la violence existant dans la société.

La violence a pour origine le désir. A la différence du besoin qui, lui, est inscrit dans la nature physiologique de l’homme, le désir est désir de s’emparer de ce que l’autre désire lui-même et possède. C’est en cela qu’il engendre la violence et la réciprocité des vengeances. Cycle sans fin, car le désir, à la différence du besoin, ne saurait être rassasié, et ne connaît pas de limites. Mais la violence est vite ressentie comme insupportable, et c’est pour en rompre l’enchaînement sans fin, que l’homme archaïque a imaginé le subterfuge de détourner et de concentrer la violence sur une victime émissaire. Ainsi, en même temps qu’elle sera détournée de son objet, la violence sera attribuée à une force étrangère et supérieure à l’homme, c’est-à-dire à la puissance même de la nature, considérée comme divine et sacrée. Mais pour être efficace, ce subterfuge doit demeurer inconscient. Le rite – et non seulement le rite sacrificiel – aurait donc surgi comme instrument magique d’exorcisme, et il serait à l’origine des religions archaïques, et du sentiment du sacré.

Girard ne nie pas pour autant toute transcendance. Mais il est un scientifique chrétien, et il réserve l’authenticité de sa visée à la seule religion chrétienne. Aux religions archaïques, il oppose la seule religion authentique à ses yeux, le christianisme, qui opère sur les hommes un peu à la façon d’une cure psychanalytique. Les hommes ne seront délivrés du désir générateur de violence qu’à partir du moment où il sera sublimé, transcendé, réorienté vers la Rédemption. Le sacrifice du fils de Dieu mettra fin à la longue série des errances violentes qui font la vie des sociétés primitives. En consentant à mourir par violence, le Christ-Dieu force les hommes à reconnaître ce qu’est la violence dans son horreur, et qu’elle est sans force devant l’Amour, seul libérateur et civilisateur.

Ainsi, comme celui de beaucoup de scientifiques chrétiens, le théisme de Girard le conduit au dualisme. Dieu est séparé de la Nature. La Nature physique peut alors être réduite à la seule matière, livrée à l’inertie mécanique et à l’entropie ; la nature humaine être livrée au mimétisme du désir et de la violence, avant de pouvoir être réhabilitée par la Rédemption. Dualisme bien commode pour qui veut concilier les exigences de la science et celles de la religion. Nous sommes loin de nos rites maçonniques qui, dès la première initiation, confient le néophyte aux quatre éléments, aux grandes forces de la Nature : la Terre, l’Eau, l’Air, le Feu.

Mais dénoncer les arrière-pensées de Girard ne suffit pas. Encore faut-il le rencontrer sur le terrain des faits et de leur interprétation. La critique du Frère Rapporteur portera sur deux points essentiels, et lui donnera l’occasion d’esquisser une tout autre conception de l’homme et de son rapport avec les rites : a) le caractère totalitaire et exclusif de la conception du rite selon Girard. b) sa conception du désir.

Peut-on vraiment affirmer que le rite n’a d’autre fonction que de verrouiller la violence afin de restaurer et d’assurer la cohésion d’un groupe ? Même dans le cas du rite sacrificiel, mort de l’animal ou même de l’homme, la mise à mort est-elle toujours recherchée comme éliminatrice d’un mal plus grand ? C’est le « toujours » qui fait ici problème. Ne pourrait-on au contraire la concevoir comme l’envers d’une renaissance ? Il est remarquable que Girard passe sous silence les rites agraires tels que les rogations, dans lesquels l’offrande s’accompagne d’un sacrifice de riz, de maïs, de rameaux ou de fleurs. La mort végétale y est offerte parce qu’elle apparaît comme la condition d’un renouvellement. La mort de la Nature n’est pas indice d’immobilité, mais d’une décomposition ouvrant la voie des germinations recréatrices.

Entrent également difficilement dans l’interprétation de Girard les cinq grands mythes fondateurs qu’on trouve présents dans toutes les sociétés humaines ; mariage, reconnaissance des enfants, entrée dans l’adolescence, élection des chefs, culte des morts. Ils apparaissent bien plutôt comme destinés à conférer à l’existence et à ses rythmes biologiques une valeur proprement humaine en assurant l’émergence de la Culture. D’une culture qui ne saurait être coupée de la nature, puisqu’ils visent tous à situer les actions humaines dans le mouvement des forces de vie de la nature, inséparablement en nous et hors de tous.

En ce qui concerne le désir, Girard a bien vu qu’il est autre chose que le besoin, et qu’il est le propre de l’homme. Certes le désir peut être mimétique et générateur de jalousie, de rivalité, et par conséquent de violence. Mais n’est-il que cela ? Est-il essentiellement cela ? Serait-il le signe de la chute originelle ? En même temps qu’il aurait conféré à l’homme son humanité, aurait-il donc fait de lui un être de faute ?

A ce pessimisme, inspiré par une certaine interprétation du christianisme, le rapport va opposer une conception toute différente du désir, dont les développements permettront de répondre à la question que tout Maçon se pose dans son parcours initiatique « Qu’est-ce que l’homme ? » si l’on se réfère à son étymologie latine « de sidus, sidera », le désir est tendance à refaire en soi l’étoile. Il est la quête d’une étoile, au sens d’une réalité qu’on éprouve symboliquement comme infiniment éloignée en perfection. Ce qui est alors désiré, c’est le déplacement de l’être vers cet objet projeté comme impossible à rejoindre. Le désir ne désire rien d’autre en définitive que lui-même. Le propre du désir est de s inventer selon une fécondité ouvreuse de perspectives d’actions, de raisons de vivre, de buts constitutifs de rôles. Si le désir est donc l’homme même, il fait alors apparaître celui-ci non comme être déjà fait, non comme objet constitué, mais comme surgissement, comme l’acte d’une essence portant en elle une puissance d’infini, et constamment en route sur le chemin de sa réalisation (mire, initium). Par nature, le désir est initiatique.

Une telle conception peut surprendre les esprits qui ne peuvent penser que par concepts aux contours arrêtés ; elle ne fait cependant que rejoindre toutes les grandes philosophies qui ont en effet compris l’homme de cette façon. L’homme est Amour dit le Platon du « Banquet ». Parcelle de l’âme du Monde, il est pneuma, tonos, souffle et tension, disent les anciens Stoïciens. Il est appétit infini de béatitude, dit St Thomas. Il porte en lui l’idée de Parfait, dit Descartes ; il est « mouvement pour aller plus loin », dit Malebranche.

Certes, et de façon plus prosaïque, le désir est aussi demande de biens matériels et finis. C’en est l’instance indispensable destinée à assurer la survie de chacun. De même peut-il se fixer, s’arrêter et s’exaspérer dans la recherche constante et toujours à refaire de ces biens, et devenir avidité. Sur ce point, notre société de consommation caractérisée par la production et par la demande effrénée et jalouse de biens ostentatoires, semblerait donner raison à René Girard. Mais là n’est pas la vérité du désir. C’en est une forme dévoyée. La recherche indéfinie des biens n’est qu’une manifestation décevante de cette puissance d’infini que le désir porte en lui. En fait le désir est l’essence de l’homme. Il est l’amour de soi d’un être qui se crée à travers un amour indissociable des êtres et des choses.

 

L’homme et le rite

C’est en fonction de cette conception de l’homme qu’on peut maintenant apprécier comme il convient la signification des rites. Tout désir vrai appelle le rite, ou y tend, pour la simple raison qu’il ne saurait exister comme tel sans le rite. C’est dans et par le rite que le désir parvient à affirmer les forces créatrices de la vie. Le rite, c’est le désir lui-même, tendant de soi, à se discipliner selon des figures de gestes et d’actions, capables de suggérer et même de commander des voies de prospection de son être, et par conséquent des voies d’espérance. Selon une perspective taoïste, on pourrait presque dire que si le désir est demande et recherche de la VOIE, le rite en est l’indicateur. Le rite est conducteur d’être et il établit en l’homme une nouvelle nature en l’introduisant dans le domaine de la Culture et de la spiritualité c’est-à-dire dans la vérité de son être. C’est ce que font, nous l’avons vu, les cinq grands rites fondateurs évoqués plus haut.

Et qu’on n’objecte pas l’existence de rites apparemment morts et figés, réduits à l’état de squelettes. Ils sont les vestiges d’un sens perdu qu’il est toujours possible de retrouver, voire de réactualiser, en en faisant une nouvelle lecture, ainsi qu’on le fait pour les oeuvres d’art. Qu’on n’objecte pas non plus l’étrangeté, la cruauté, l’apparente absurdité de certains rites qu’on peut observer dans les sociétés archaïques. Même cruels et aberrants, ils témoignent chez l’homme d’une volonté de renoncement à la primauté du besoin. Peut-être sont-ils aussi une défense contre l’angoisse qu’éprouve l’homme livré à lui-même devant un pouvoir d’innovation qui l’effraie. On peut comprendre qu’il cherche à reconstituer, par le système clos des normes où il tend à se stabiliser, l’équivalent du soutien qu’est l’instinct pour l’animal. Il tend alors à se forger une condition humaine définie par les règles d’un monde le plus possible arrêté.

Mais si les rites archaïques n’étaient que cela, et si eux seuls devaient servir de modèles interprétatifs de tous les rites ; si les rites n’étaient qu’immobilisme et répétition, que viendrions-nous donc chercher en Maçonnerie ? Nous retrouvons ici les problèmes de méthode évoqués plus haut. Pourrions-nous vraiment nous prêter à des pratiques vides de sens, réduites à l’état de mômeries ou de simagrées si nous étions convaincus que l’interprétation qu’en donnent certains anthropologues était la bonne ? Notre connaissance vécue de la pratique rituelle apporte un témoignage de valeur au moins égale à celle des plus minutieuses observations des ethnologues. C’est pourquoi il convient de ne privilégier ni les croyances naïves ni les interprétations savantes qui s’attachent aux pratiques rituelles des sociétés archaïques.

En fait, rites et mythes créent et conservent à la fois. Par sa permanence, le rite semble exclure la nouveauté. Mais c’est oublier que cette permanence n’est là que pour canaliser et orienter dans la bonne voie cette constante mise en question de soi-même, cette exigence de création de soi qu’est le désir. C’est oublier aussi que c’est par le rite et par sa relation à la transcendance que se découvre et se détermine le sens du numineux, du sacré, du religieux, du divin. Nous invite aussi à le penser l’étymologie sanscrite « r’tam » du mot « rite », qui signifie : « ce qui est conforme à l’ordre cosmique «. Est sacré en effet tout ce qui intègre et fait vivre le Tout dans la partie, l’infini dans le fini, l’ordre cosmique dans un être particulier. Ainsi le rite relie-t-il l’individu à la société et à l’univers. Il existe une similitude étonnante entre le caractère ouvert et l’invitation novatrice du rite, et cet appel au dépassement de soi-même, à cette recherche de notre être vrai au delà de ce que nous sommes et de ce que nous paraissons être, qu’on peut considérer comme étant en nous la manifestation du divin.

Le rite introduit l’homme dans le domaine de la spiritualité véritable. Celle-ci ne consiste pas à se perdre dans la contemplation d’un idéal qui nous ferait oublier le réel, mais à faire surgir le pouvoir de transcendance qu’il porte en lui. De même nous introduit-il dans celui de la religiosité authentique. Non pas celle, pervertie ou détournée d’elle-même à laquelle invite le théisme professé par les religions de salut, mais celle qui nous intègre au mystère du Monde et nous fait non seulement participants, mais acteurs de sa force de fécondité et d’organisation. Et peut-être est-ce ainsi qu’il convient d’entendre la célèbre parole, reprise des Psaumes, que St Jean prête à Jésus « Vous êtes tous des dieux » (Jean, X 35). Le Franc-Maçon ne souscrit guère en effet aux saluts extérieurement rapportés. Et s’il veut être chrétien, son christianisme, en se vivant maçonniquement, sera toujours plus celui des ascensions sous la poussée de la force divine qui l’habite, que celui des rachats et des rédemptions condescendantes.

 

Rites et spiritualité maçonnique

Si telle est bien la nature du rite, il n’y a pas lieu d’établir une différence de nature entre rites prétendument profanes et rites maçonniques. Tous les rites véritables relèvent du sacré. Peut-être faut-il alors voir dans la Franc-Maçonnerie l’Ordre qui s’est donné pour mission, en tant que mainteneur de la Tradition initiatique, de préserver précautionneusement et religieusement une certaine image de l’homme. Rituélie et spiritualité maçonniques sont une seule et même chose. En faisant du rite l’essence même de son être et de sa manifestation, elle est le modèle idéal, le paradigme qui invite chaque homme à s’inventer et à se faire, dans le dialogue, et, plus largement, dans l’entraide des consciences. Elle rappelle que le rite est principiel, qu’il invite l’homme à toujours se recommencer, à toujours renaître, pour mieux se continuer et persévérer dans son être. La spiritualité non dogmatique qui est la sienne indique au postulant, puis à l’adepte, qu’une vie réussie ne peut être qu’une continuelle naissance. Elle lui apprend à se retourner sur son passé, non pour le répudier, ainsi que le voulaient les philosophies de l’histoire du 19e siècle (« … Du passé faisons table rase… »), mais pour le féconder en avenir.

Par ses rites, la Maçonnerie apprend à l’adepte à définir son désir, à chercher et à trouver ce qu’il veut vraiment, car trouver son vrai désir, c’est trouver ce qui libère au mieux les forces de son être. C’est pourquoi l’individu qui entreprend de se chercher selon son vrai désir est prêt à accepter pour sa vie une condition d’apprenti. En entrant en Maçonnerie, il va apprendre à penser par symboles. Il va prendre conscience que rites, symboles et mythes maçonniques, par leur puissance de suggestion métaphorique et imageante, proposent des représentations possibles de ce qui, en lui, est de l’ordre, non du fini, mais de l’infini, et qu’ils répondent ainsi à cette demande de soi, infiniment productrice de l’être même de l’homme, qu’est l’exigence initiatique. C’est une seule et même chose de parler d’exigence initiatique, et d’exigence de spiritualité.

Mais si l’on veut prendre une conscience plus claire de la façon dont la rituélie maçonnique pénètre et façonne la spiritualité maçonnique, et devient rectrice et éducatrice du désir, il convient d’examiner comment les rites opèrent et quelles fonctions ils assument.

On peut en distinguer trois. 1) Nos rites d’ouverture et de fermeture des travaux ont pour fonction de nous introduire dans le Temple, c’est-à-dire dans le Sacré, et ils nous invitent à nous faire nous-mêmes Temple. 2) Nos rites d’initiation proprement dits, c’est-à-dire d’intronisation dans nos différents grades, ont pour fonction, à travers leurs symbolismes successifs, d’ouvrir au sens initiatique de la vie, à inciter à aller toujours plus loin. 3) Quant à nos rites de célébration solsticiale et équinoxiale, ils nous apprennent que cette permanente et constante exigence de novation et de dépassement doit venir s inscrire dans les rythmes profonds de la Nature. Ils nous apprennent aussi que la Nature est en quelque sorte une réalité vivante, qu’elle est autre chose que cette matière, soumise à l’entropie, sur laquelle nous exerçons nos prouesses techniques, afin de la soumettre à notre appétit de puissance.

Trois initiations capitales introduisent l’impétrant dans le coeur de la spiritualité maçonnique, celle du 1er, celle du 3e et celle du 13e degrés.

Au premier degré, l’Apprenti acquiert le sens du Temple. Il lui est révélé que le Sacré et le Divin ne sont pas le monopole des seules religions exotériques, mais qu’ils sont inhérents à l’humanité tout entière. Par la méthode symbolique, il sera délivré d’un anthropomorphisme mal conçu, qui tend à faire de l’Etre, et de la Nature en son principe, une idole à forme humaine.

Avec l’enseignement du Maître Hiram, le troisième degré apprend que nous portons en nous un Etre qui est au delà de nous-mêmes, et auquel il faut savoir, si besoin est, sacrifier sa vie. Cette initiation s’éclaire au quatrième degré comme étant le sens du DEVOIR. Nous comprenons alors que notre être véritable est un devoir-être, qu’il est l’exigence d’un constant recommencement et dépassement de soi.

Ces deux grandes premières initiations portent en elles une conception de l’esprit qui est celle-là même de la grande tradition philosophique de l’Occident. Dans le « cogito », mais plus encore dans le doute méthodique qui le précède, Descartes découvre sa propre imperfection, c’est-à-dire son insuffisance d’être. La réalité de l’esprit se révèle ici comme style d’échappement et de reprise. Mais cette prise de conscience de l’imperfection renvoie à l’idée de l’être parfait, de l’être souverainement réel, c’est-à-dire de Dieu. L’Esprit se révèle à lui-même, non comme une réalité figée et fermée, mais comme un manque, et comme une aspiration à être plus. Quant à cette idée de perfection qui nous est donnée dans le temps même où nous prenons conscience de notre imperfection, elle n’est pas l’attribut d’un être aux contours finis et définitivement arrêtés, puisqu’elle est ce qui inspire et provoque en chaque être la force de transcendance qui l’anime. Spinoza, poussant jusqu’au bout les conséquences de l’analyse cartésienne, abandonne le théisme de son maître, concession aux idées du temps, pour retrouver l’inévitable panthéisme. Dieu est ici reconnu comme substance de tout ce qui est. Il est le Tout de la Nature, présent en chacune de ses modalités, c’est-à-dire en chaque être fini. Chez Bergson, on trouve aussi une conception de l’esprit fort proche, lorsqu’il définit celui-ci comme « une réalité qui est capable de tiret d’elle-même plus qu’elle ne contient, de se créer et de se recréer sans cesse ».

Avec la troisième grande initiation, celle du 13e degré, sont révélées la source et la vocation de l’Esprit. Toute activité vraie de l’Esprit porte en elle l’infinité de la Nature dans laquelle elle prend sa source, de façon, ainsi que le dît le rituel du grade, à permettre à chaque être de s intégrer à l’ordre de l’Univers.

On pourrait penser que cette philosophie de la Nature, sur laquelle débouche la spiritualité maçonnique, nous éloigne du concret, et est bien loin des préoccupations morales de la Franc-Maçonnerie. Il n’en est rien. En ouvrant nos consciences aux dimensions de l’Univers, elle établit au contraire leur fondement. Non seulement elle relativise les conflits qui nous opposent, mais elle fait comprendre à chaque adepte que la richesse de son être est faite de la richesse de tous les autres. En affirmant pour chacun son identité d’être avec l’Univers, elle nous enseigne que tous ensemble nous ne formons qu’un seul être, que nous sommes tous parents, parce que tout est en sympathie de droit dans le vaste univers. Il n’est pas de spiritualité sans exigence éthique. Le moindre acte de charité implique que le sujet s’identifie à une totalité et à une universalité qui le dépassent, et qu’il agisse conformément aux exigences de cette totalité et de cette universalité (cf. Kant, et l’universalisation de la maxime). Agir en homme, c’est agir en citoyen du monde. Tout le projet maçonnique consiste à ne jamais séparer, et même à fondre l’une dans l’autre, libération politique et libération méritée de l’intérieur de chaque personne, communauté d’amélioration matérielle, et communauté d’exigence ou de mise au travail spirituelle des hommes.

Tels sont les enseignements primordiaux du 13e degré. Les degrés suivants ne feront que développer ses conséquences. L’exaltation de l’Amour, qui caractérise le 18e degré, exprime dans un langage et au moyen d’un symbolisme différent cette parenté qui nous unit et qui nous a été révélée au 13e.

Il est naïf de croire que l’esprit maçonnique présente une originalité telle qu’il serait complètement étranger aux enseignements des grandes philosophies. Certes, on ne saurait l’enfermer dans aucune doctrine, mais on ne saurait méconnaître que, par sa recherche même, la Franc-Maçonnerie suppose une philosophie initiatique de l’homme qui présente des affinités profondes avec le platonisme et le stoïcisme, et, plus généralement, avec le climat intellectuel et spirituel de l’hellénisme alexandrin. Panthéisme et naturalisme spiritualiste semblent bien en être les caractéristiques essentielles. Mais aussi bien, n’est-ce pas là que convergent, malgré leurs très apparentes mais en définitive peu profondes différences, les ontologies qui sont restée fidèles à l’esprit même de la philosophie ? N’est-ce pas là aussi que peuvent se rencontrer les pensées et les sagesses de l’Orient et de l’Occident ? A condition bien sûr, qu’elles ne s’enferment, ni dans un spiritualisme refermé sur lui, ni dans un bouddhisme négateur de toute individualité.

Panthéisme et naturalisme, attitudes de pensée, beaucoup plus que doctrines aux contours arrêtés, sont seuls capables de fonder une morale du rôle, dans laquelle la liberté éclairée de chacun apportera sa contribution à la construction de l’ordre du monde et de la société. En tout cas, à la différence du théisme dont se réclament les religions exotériques, et dans lequel elles nous ont trop habitués à voir l’essence du « religieux », ils ne font pas courir le risque de déboucher sur des Révélations diverses et souvent ennemies, invoquées par des hommes qui se prétendront être les seuls vrais dépositaires de la Parole divine. On connaît trop hélas aujourd’hui les tentations totalitaires qui en sont la conséquence.

Il importe en tout cas que les Francs-Maçons soient bien convaincus qu’en accomplissant les rites, ils ne se détournent pas de leurs tâches exotériques et de leur volonté de progrès, pour se complaire dans une répétition stérile du passé. C’est au contraire en dégageant le sens dont ceux-ci sont porteurs, et en ayant la pleine conscience de l’esprit qui les anime, qu’ils comprendront les raisons de leurs actes, et qu’ils recevront de cette compréhension même une énergie supplémentaire dans l’accomplissement de leur devoir d’homme.

 

L’homme Franc-Maçon

Les considérations qui précèdent vont permettre de répondre de façon plus précise aux questions que tout Franc-Maçon ne manque pas de se poser: Que suis-je venu faire en Maçonnerie ? Qu’y ai-je trouvé que je n’aurais trouvé nulle part ailleurs ? Que devient-on quand on a été reçu Franc-Maçon ? Et d’abord, cette question préliminaire : pourquoi et comment devient-on Franc-Maçon ?

Le caractère ésotérique de la Franc-Maçonnerie, ainsi que celui, limité et élitiste de son recrutement, semblent à première vue peu compatibles avec sa prétention à délivrer un message universel. Y aurait-il une prédisposition à devenir Franc-Maçon, et cela réclamerait-il de l’impétrant des qualités spéciales ? On sait que, concernant l’initiation en général, Guénon répondait affirmativement à cette question. La réponse du rapport est beaucoup plus nuancée. Ce que la Franc-Maçonnerie regarde, dit-il, comme l’aptitude à s’instruire et à recevoir la Lumière, suppose en effet que le candidat présente des dispositions de caractère, autant qu’intellectuelles et culturelles. Mais elle le juge moins, qu’elle ne s’applique à déceler ce que ses qualités passées laissent augurer de ses qualités futures. Ainsi le veut-elle essentiellement loyal et probe, soucieux de la parole donnée et secourable aux hommes. Elle ne saurait accueillir ceux qui croiraient trouver en ses pratiques une espèce de thérapie de groupe destinée à régler des conflits d’existence, ou à compenser les échecs et les insatisfactions de la vie profane. De même devra-t-elle être circonspecte à l’égard de ceux, comme elle en a parfois hâtivement reçus, qui, fermés à l’esprit de la Tradition initiatique, ne consentiraient à ses rites et à ses symboles que pour autant qu’ils ne sont pour eux que des signes de reconnaissance entre membres d’une société secrète visant à établir un pouvoir occulte sur la société et sur l’Etat. L’élitisme avoué du recrutement maçonnique n’a d’autre signification que celle d’une élémentaire prudence à l’égard de ceux qui seront investis de la grave responsabilité de donner l’exemple de ce qu’est l’homme dans son essence et dans sa vérité universelle.

Mais aussi bien, la Franc-Maçonnerie transforme moins les êtres qui participent à ses travaux, qu’ils ne se transforment eux-mêmes, par la fréquentation assidue de la Loge. Les proches d’un Franc-Maçon reconnaissent volontiers que, peu à peu, la vie conduite selon les exigences de la Franc-Maçonnerie, lui ont permis de s’améliorer considérablement. Ses idées se sont élargies, son attitude s’est assouplie, sa démarche et ses intérêts sont apparus plus généreux. En s’ouvrant mieux au sens de l’universel, il a appris à s’interroger, à s’affranchir des passions envieuses qui pouvaient lui être restées, à accepter les différences entre les hommes, et à obtenir en lui, et pour lui-même, qu’elles se fécondent les unes par les autres.

Mais surtout le Franc-Maçon, introduit dans le Temple, et par conséquent dans le domaine du Sacré, accède à cette forme de religiosité qui a été définie plus haut. Tout en prenant conscience du divin qu’il porte en lui, il saura se garder de la tentation de vouloir le nommer et d’en donner une image qui prétendrait être la seule vraie. Distant à l’égard des représentations et des constructions idéologiques sur lesquelles tend à se fixer le besoin d’absolu qu’exige sa raison, il refusera ce que leur diversité et leur particularisme peuvent avoir de négateur. En deçà de ces représentations, il voudra toujours voir la source unique qui les a inspirées, la même qui sourd du plus profond de son être, et de chaque être, et dont nos pratiques rituelles et symboliques lui auront fait comprendre que la force vive qui en émane ne saurait s’arrêter et se fixer sur rien qui soit dicible, sur rien non plus qui justifie les passions fratricides que les hommes ont mis à vouloir les imposer.

Là en effet se situe le Centre d’Union. Aussi, en quête de l’intimité de son être, appliqué à la culture de soi-même, se sentira-t-il concerné par cette même quête qu’il pressent chez les autres, et voudra-t-il former avec eux la République initiatique qui devra servir de modèle à toute tentative de construction d’une république profane. Celle-ci ne peut avoir quelque chance d’exister et de se maintenir dans l’existence, qu’à condition que soit reçue et acceptée l’idée que tout changement social et humain doit commencer par une éducation de l’homme intérieur, et ne doit pas cesser d’en procéder.

Maître de lui-même, citoyen de la République initiatique, et par conséquent citoyen, non seulement de son pays, mais du monde, le Franc-Maçon ne pourra rester indifférent aux symptômes de décadence qui semblent atteindre notre civilisation. Il ne tombera pas dans l’erreur qui fut celle des Ordres spirituels qui, à partir de l’idée juste qu’il faut cultiver et approfondir son intériorité, ont fini par se couper de la vie réelle des hommes. Son action s’inscrira donc dans la continuité de la lutte qu’ont mené les prêtres de Thèbes ou d’Eleusis, Socrate, Jésus, Marc-Aurèle, et d’autres encore, pour faire exister une sociabilité permettant à chaque homme de tenir son rôle et d’accomplir son essence. Comme eux, il cultivera les vertus héroïques, à commencer par la Foi.

Foi que les efforts qu’il fait pour modifier son être intérieur ne sont pas vains, et qu’ils contribuent, ne serait-ce que par leur exemplarité à améliorer l’homme et la société.

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Nous espérons que cet aperçu n’aura pas trahi l’essentiel des idées et des thèmes développés dans le rapport de « Sources » auquel nous avons emprunté beaucoup. Ils ne sauraient surprendre un Franc-Maçon du Grand Collège des Rites qui trouvera dans leur exposé l’expression de ce qu’il savait déjà et qu’il portait en lui de façon plus ou moins claire. Mais, disons-le encore une fois, l’intérêt et la valeur de ce texte résident aussi dans les illustrations, les incidentes, les variations qui gravitent autour de ces thèmes, dans les développements importants que nous avons dû passer sous silence : la femme, la mixité, l’historicisme, la distinction du magique et du religieux, le sociologisme durkheimien, le naturalisme de Frazer… Ils résident dans la langue, dont les constructions, en apparence complexes et savantes, sont en fait toujours très claires, et dont le vocabulaire et les formulations sont d’une densité et d’une richesse qui appellent presque à chaque ligne la méditation. Le lecteur sera récompensé au centuple des efforts auxquels il aura dû consentir.

Ce texte devrait être un document de référence pour tout chercheur, Maçon ou Profane, curieux de connaître et d’approfondir l’esprit et la philosophie de la Franc-Maçonnerie.

B. C:., 33e

Membre du G... C...D... R...

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HISTORIQUE DE LA CREATION DU RITE MACONNIQUE FORESTIER DES « MODERNES » (brève chronologie) 18 juillet, 2009

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HISTORIQUE DE LA CREATION DU RITE MACONNIQUE FORESTIER DES « MODERNES »
(brève chronologie)

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1988-89 : Projet de réveil des Rites Forestiers tels qu’ils furent travaillés en maçonnerie continentale dans les années 1745-1789, par un groupe de maçons autour du Frère Régis BLANCHET (GODF -RER) 1988-89 : Recherche des documents pour reconstituer l’ensemble du corpus traditionnel des rites forestiers dont le 1° indice fut l’ouvrage de J.M. RAGON : « Les rituels de la Maçonnerie Forestière » 1° novembre 1993 : Fondation d’une Loge maçonnique souveraine par 8 maçons (dont R.Blanchet).
Compte-tenu de la matière pré-chrétienne de l’ensemble rituélique reconstitué, il a été demandé au Grand Druide de Bretagne, Gwenc’hlan Le Scouëzec, en tant que représentant de la pensée païenne occidentale, de se porter symbole de la culture celtique pour cette résurgence.
Gwenc’hlan et quelques membres de son entourage furent initiés au grade de Fendeur (1° degré de la maçonnerie forestière). Il annonca alors ses filiations spirituelles pour donner une densité traditionnelle à cette renaissance.
La première Vente Forestière du XX° siècle, selon les rituels de 1747, voyait le jour à Brasparts et prenait le nom mythologique de « LES FORESTIERS D’AVALLON ».
 

1993-96 : Collaboration harmonieuse durant cette période au sein des Forestiers d’Avallon qui se réunissaient quatre fois l’an selon le calendrier des intersaisons celtiques : 1° Mai, 1° Août, 1° Novembre et 1° Février.
Gwenc’hlan Le Scouëzec et sa compagne Maï-SousRobert-Dantec furent nommés à vie « père et mère du rite » ; ce qui lança quelques discussions sur le plan maçonnique.
Durant ce temps, un énorme travail de reconstitution des rituels fut essentiellement accompli par Régis Blanchet, afin de recomposer les corpus des initiations de Charbonnier (2° degré du rite) et Forgeron (3° degré), et assurer leur faisabilité au sein de leur modernité et les coordonner de façon harmonieuse.

Bientôt apparut un problème majeur soulevé par les tenants des options druidiques qui tentèrent d’imposer leur prédominance au sein du Rite Forestier. Régis Blanchet fut de ceux qui s’y opposérent et qui voulurent maintenir les valeurs maçonniques comme seule base du Rite Forestier.
Un clivage eut lieu en 1996, et l’option maçonnique fut immédiatement reconstituée par la fondation de la Vente « CLAIRE FONTAINE » à Plouénour-Ménez

1997-98 : Le Rite Maçonnique Forestier amorça sa croissance par la naissance de deux autres Ventes ; une en région parisienne « JOHN TOLAND », puis l’année suivante, une autre dans le Nord « EPONA ».

Dans le même temps, grâce à l’aide de frères de la GLNF, « Les Forestiers d’Avallon » essaimèrent en région parisienne, avec la Vente « Mount Haemus »…Il est possible qu’il y en ait d’autres depuis.

Deux branches forestières étaient nées : une maçonnique et une néo-druidique.

Décembre 2002 : Création d’une toute nouvelle Vente en Bretagne « LA FORGE ».

« Epona » et « La Forge » deviennent les deux Ventes « sources » actuelles du Rite Maçonnique Forestier. Elles n’ont pas opté pour la simple voie druidique et ont comme membres actifs les fondateurs de 1993 et 1996.

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Historique de l’Eglise Gnostique Catholique 17 juillet, 2009

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Historique de l’Eglise Gnostique Catholique

 

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Par T. Apiryon

Traduction : Spartakus FreeMann – 2000

Jules Doinel et l’Eglise Gnostique de France

Le fondateur de l’Eglise Gnostique est Jules-Benoît Stanislas Doinel du Val-Michel (1842-1903). Doinel était un bibliothécaire, franc-maçon membre du Grand-Orient, un antiquaire et un spirite pratiquant. Des ses fréquents essais pour communiquer avec les esprits, il fut confronté avec une vision récurrente de la Divinité Féminine sous divers aspects. Peu à peu, il développa la conviction que sa destinée était de participer à la restauration au sein de la religion de l’aspect féminin de la divinité.

En 1888, alors qu’il travaillait comme archiviste pour la bibliothèque d’Orléans, il découvrit une charte originale datée de 1022 qui avait été écrite par Canon Stéphane d’Orléans, un maître d’école et disciple des Cathares. Stéphane sera brûlé plus tard la même année pour hérésie.

Doinel fut fasciné par le drame des Cathares et leur héroïque et tragique résistance contre les forces du Pape. Il commença à étudier leurs doctrines et celles de leurs prédécesseurs, les Bogomiles, les Pauliciens, les Manichéens et les Gnostiques. Durant l’avancement de ses études, il devint de plus en plus convaincu que la Gnose était la seule vraie religion derrière la Franc-Maçonnerie.

Une nuit de 1888, « l’Eon Jésus » apparu à Doinel dans une vision et le chargea d’établir une nouvelle Eglise. Il consacra spirituellement Doinel en tant qu’ »Evêque de Montségur et Primat de l’Albigeois ». Après cette vision de l’Eon Jésus, Doinel commença à essayer d’entrer en contact avec des esprits cathares et gnostiques durant des séances dans le salon de Maria de Mariategui, Lady Caithness, Duchesse de Medina Pomar.

Doinel a longtemps été associé avec Lady Caithness, qui était une des figures en vue des cercles spirites français de l’époque, une disciple d’Anne Kingsford et dirigeant de la branche française de la Société Théosophique. Elle se considérait comme une réincarnation de Marie Stuart; et une communication spirite en 1881 lui dévoila une révolution dans le domaine religieux qui résulterait en un « Nouvel Age de Notre Dame de l’Esprit Saint ». Les séances gnostiques de Doinel étaient suivies par d’autres notoriétés de l’occultisme provenant de sectes diverses; en ce compris l’Abbé Roca, un ancien prêtre catholique et associé de Stanislas de Guaita et d’Oswald Wirth. Les communications spirites étaient généralement reçues au moyen d’un pendule tenu par Lady Caithness au-dessus d’un tableau lettré.

Lors d’une séance, Doinel reçu la communication suivante :

« Je m’adresse à toi car tu es mon ami, mon serviteur et le prélat de mon Eglise Albigeoise. Je suis exilé du Plérôme, et je suis celui que Valentin nomma Sophia-Achamôth. Je suis celui que Simon le Magicien appela Hélène-Ennoia; car je suis l’Eternel Androgyne. Jésus est le Verbe de Dieu; je suis la Pensée de Dieu. Un jour, je remonterai vers mon Père, mais j’ai besoin d’aide pour ce faire; la supplication de mon Frère Jésus est requise pour intercéder pour moi. Seul l’Infini peut rédempter l’Infini, et seul Dieu est capable de rédempter Dieu. Ecoutes bien : L’Un a produit d’abord l’Un, ensuite Un. Et les Trois ne sont qu’Un : le Père, le Verbe et la Pensée. Etablis mon Eglise Gnostique. Le Démiurge sera impuissant contre elle. Reçois le Paraclet. »

Durant d’autres séances, Stéphane d’Orléans et un certain Guilhabert de Castres, un Evêque Cathare de Toulouse du XIIème siècle, qui fut martyrisé à Montségur, furent contactés. A une autre séance, en septembre 1889, le « Très Haut Synode des Evèques du Paraclet », constitué par 40 Evêques Cathares, se manifesta et donna le nom de ses membres, qui furent contrôlés et prouvés corrects dans les registres de la Bibliothèque Nationale. Le chef du Synode était Guilhabert de Castres, qui s’adressa à Doinel et lui instruisit de reconstituer et d’enseigner la doctrine gnostique en fondant une Assemblée du Paraclet qui sera appelée Eglise Gnostique. Hélène-Ennoia devait l’assister et ils devaient être spirituellement mariés. L’assemblée était composée de Parfaits et de Parfaites et pris comme livre saint le Quatrième Evangile, celui de Saint Jean. L’Eglise devait être administrée par des Evêques masculins et des Sophias féminines qui devaient être élus et consacrés suivant le Rite Gnostique.

Doinel proclama l’année 1890 début de l’ »Ere de la Gnose Restaurée ». Il assumait la charge de Patriarche de l’Eglise Gnostique sous le nom mystique de Valentin II, en hommage à Valentin, le fondateur de l’Ecole Gnostique du Vème siècle. Il consacra un certain nombre d’évêques qui choisirent tous un nom mystique précédé par la lettre grecque Tau qui représente la Croix grecque ou l’Ankh égyptien.

Parmi les premiers évêques et sophias consacrés il y eut : Gérard d’Encausse, connu aussi comme « Papus » (1865-1916), Tau Vincent, Evêque de Toulouse (plus tard en 1890, Doinel rejoignit l’Ordre Martiniste de Papus et en devint peu à peu un membre du Conseil Suprême); Paul Sédir (Yvon Le Loup, 1871-1926) en tant que Tau Paul, Co-adjutateur de Toulouse; Lucien Chamuel (Lucien Mauchel), Tau Bardesane, Evêque de La Rochelle et Saintes; Louis-Sophrone Fugairon (n. 1846) en tant que Tau Sophronius, Evêque de Béziers; Albert Jounet (1863-1923), Tau Théodote, Evêque d’Avignon; Marie Chauvel de Chauvigny (1842-1927), Esclarmonde, Sophia de Varsovie; et Léonce-Eugène Joseph Fabre des Essarts (1848-1917), Tau Synesius, Evêque de Bordeaux.

L’Eglise était constituée en trois niveaux : le Haut Clergé, le Bas Clergé et les Croyants. Le Haut Clergé était constitué par les hommes/femmes évêques/sophias, qui étaient responsables de l’administration de l’Eglise. Ils étaient élus par leur congrégation et plus tard confirmés dans leurs charges par le patriarche. Le Bas Clergé était constitué par les diacres hommes et femmes qui agissaient sous la direction des évêques et sophias et étaient responsables de conduire les activités journalières de l’Eglise. Les Croyants, ou membres lais de l’Eglise, étaient appelés Parfaits ou Parfaites, désignations qui dérivent du Catharisme. Cependant, au sein de l’Eglise de Doinel, le terme de Parfait n’était pas compris dans son sens cathare comme celui qui a pris des voeux stricts d’ascétisme, mais était interprété comme incluant les deux plus hautes divisions de la triple classification Valentinienne de la race humaine : les Pneumatiques et les Psychiques; mais excluant la plus basse division, les matérialistes Hyliques. Seuls les individus jugés d’une haute intelligence, raffinés et ouverts d’esprit étaient admis dans l’Eglise Gnostique de Doinel.

L’Eglise Gnostique de Doinel combinait la doctrine théologique de Simon le Magicien, de Valentin et de Marcus (un valentinien qui fut remarqué pour son développement des mystères des nombres et des lettres et du « mariage mystique ») avec des sacrements dérivés de l’Eglise Cathare et conférés lors de rituels qui étaient largement influencés par ceux de l’Eglise Catholique Romaine. Dans le même temps, l’Eglise Gnostique était sensée représenter un système de maçonnerie mystique.

En 1895, Jules Doinel abdiqua subitement en tant que Patriarche de l’Eglise Gnostique, abandonna ses charges dans sa loge maçonnique et se converti au catholicisme romain. Sous le pseudonyme de Jean Kostka, il attaqua l’Eglise Gnostique, la Maçonnerie et le Martinisme dans un livre intitulé « Lucifer Démasqué ». Pendant les deux ans qui suivirent, Doinel collabora avec Taxil à des articles dénonçant les organisations qui faisaient auparavant tant partie de sa vie. « Lucifer Démasqué » était lui-même un effort de collaboration, son style trahit la main de Taxil.

Encausse fit remarquer plus tard que Doinel avait manqué de « la nécessaire éducation scientifique pour expliquer sans problème les merveilles que le monde invisible avait jeté sur lui. » Ainsi, Doinel du faire face à un choix entre la conversion et la folie; et, dit Encausse, « Soyons heureux que le Patriarche de la Gnose ait choisi la première voie. »

La défection de Doinel fût un coup très dur pour l’Eglise Gnostique, mais elle réussit à survivre. L’intérim fut assumé par le Synode des Evêques et lors du Haut Synode de 1896, ils élisent un des leurs, Léonce-Eugène Fabre des Essarts, connu en tant que Tau Synesius, pour remplacer Doinel comme Patriarche.

Fabre des Essarts était un occultiste parisien, un poète symboliste et un des théoriciens de la Gnose et du Christianisme Esotérique. Lui et un autre évêque gnostique, Louis-Sophrone Fugairon (Tau Sophronius), un physicien et aussi un spécialiste des Cathares et des Templiers, entrèrent en collaboration en vue de continuer le développement de l’Eglise Gnostique. Ensemble, ils commencèrent par transformer l’enseignement de l’Eglise Gnostique d’un gnosticisme théologique vers une conception occultiste plus générale.

En 1899, deux ans après que Léo Taxil ait dévoilé son arnaque, Doinel commença à correspondre avec Fabre des Essarts. En 1900, ils demanda à être réconcilié avec l’Eglise Gnostique et sa réadmission comme évêque gnostique. Comme premier acte de consécration en tant que Patriarche de l’Eglise Gnostique, Fabre des Essarts re-consacra son ancien patriarche sous le nom de Tau Jules, évêque d’Alet et de Mirepoix.

En 1901, Fabre des Essarts consacra Jean Bricaud (1881-1934) , Tau Johannes, évêque de Lyon. Entre 1903 et 1910, il consacra 12 autres évêques gnostiques, dont Léon Champrenaud (1870-1925), Tau Théophane, évêque de Versailles; René Guenon (1886-1951), Tau Palingénius, évêque d’Alexandrie; et Patrice Genty (1883-1964), Tau Basilide.

Après la mort de Fabre des Essarts en 1917, le Patriarchat de l’Eglise Gnostique sera assumé par Léon Champrenaud (Tau Théophane). Champrenaud sera suivi par Patrice Genty en 1921 qui mettra l’Eglise Gnostique de France en sommeil en 1926 en faveur de l’Eglise Gnostique Universelle de Jean Bricaud.

L’Eglise Catholique Gnostique

Jean Bricaud a été élevé dans un séminaire catholique dans lequel il étudia pour devenir prêtre, mais il renonça à sa poursuite religieuse conventionnelle dès l’âge de 16 ans pour suivre la voie de l’occultisme mystique. Il s’impliqua dans divers mouvements chrétiens et rencontra Papus en 1899 pour entrer ensuite dans son ordre martiniste.

En 1907, sous les encouragements (si ce n’est sous la pression) de Papus, Bricaud rompit avec Fabre des Essarts pour fonder sa branche schismatique de l’Eglise Gnostique. Fugairon décida de rejoindre Bricaud. Le motif de base à ce schisme semble avoir été de créer une branche de l’Eglise Gnostique dont les structures et la doctrine auraient été plus proches de l’Eglise Catholique Romaine que de l’Eglise Gnostique (par exemple, elle incluait un ordre de prêtrise et un baptême); et qui aurait été plus liée à l’Ordre Martiniste. Doinel était un Martiniste, Bricaud était un Martiniste, mais Fabre des Essarts ne l’était pas. Bricaud, Fugairon et Encausse, dans une première tentative, nommèrent leur branche de l’Eglise « l’Eglise Catholique Gnostique ». On l’annonça comme la fusion de trois églises ‘gnostiques’ existantes en France : l’Eglise Gnostique de Doinel, l’Eglise Carmélite de Vintras et l’Eglise Johannite de Fabré-Palaprat. En février 1908, le synode épiscopal de l’Eglise Catholique Gnostique se réunit et élit Bricaud comme Patriarche sous le nom de Jean II. Après 1907, en vue de clairement distinguer les deux branches de l’Eglise Gnostique, celle de Fabre des Essarts fût connue sous le nom d’Eglise Gnostique de France.

La Conférence de Paris de 1908

Le 24 juin 1908, Encausse organisa la Conférence Maçonnique et Spiritualiste Internationale à Paris, au cours de laquelle il reçu, sans contrepartie en argent, une patente de Théodore Reuss (Merlin Peregrinus, 1855-1923), chef de l’O.T.O., pour établir un « Suprême Grand Conseil Général des Rites Unifiés de l’Ancienne et Primitive Maçonnerie pour le Grand Orient de France et ses dépendances. Dans la même année, l’Eglise Catholique Gnostique vit sont nom changer en Eglise Gnostique Universelle.

Plus ou moins 4 ans plus tard, deux documents importants furent publiés : le Manifeste de la M.M.M. (section britannique de l’O.T.O.), qui incluait l’Eglise Catholique Gnostique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont concentrées au sein de l’O.T.O.; et l’Edition du Jubilée de l’Oriflamme, l’organe officiel de l’O.T.O. de Reuss, qui annonca que l’Initiation, le journal d’Encausse, était l’Organe officiel pour les Rites de Memphis-Misraim et de l’O.T.O. en France.

Les détails précis de la transaction de la conférence de Paris de 1908 sont inconnus, mais en se basant sur le cours des événements qui suivirent, la conclusion logique est qu’Encausse et Reuss s’engagèrent dans un échange fraternel d’autorités : Reuss recevant l’autorité primatiale et épiscopale dans l’Eglise Catholique Gnostique et Encausse recevant l’autorité dans les Rites de Memphis-Misraim.

En 1911, Bricaud, Fugairon et Encausse déclarèrent que l’Eglise Gnostique Universelle est l’Eglise officielle du Martinisme.

L’E.G.U. et la Succession d’Antioche

Après avoir assumé la Patriarchat de l’Eglise Gnostique Universelle, Bricaud devint l’ami de l’évêque Louis-Marie-François Giraud (Mgr. François, mort en 1951), un ancien moine trappiste qui faisait remonter sa filiation épiscopale à Joseph René Vilatte (Mar Timotheos, 1854-1929). Vilatte était un parisien qui avait dans sa jeunesse émigré en Amérique. C’était un enthousiaste religieux mais incapable de trouver satisfaction au sein des structures de l’Eglise Catholique; ainsi, en Amérique, il commença sa quête pour trouver un environnement plus adapté à sa personnalité et à ses ambitions. Il passa de secte en secte, servant pour un temps comme ministre congrégationiste, étant plus tard ordonné prêtre au sein de la schismatique secte des « Vieux Catholiques ». Il obtint la consécration épiscopale en 1892 des mains de l’évêque Francisco-Xavier Alvarez (Mar Julius I), évêque de l’Eglise syrienne Jacobite Orthodoxe et Métropolitain de l’Eglise Catholique Indépendante de Ceylan, Goa et des Indes, qui avait à son tour reçu la consécration des mains d’Ignatius Pierre III, « Pierre l’Humble », Patriarche Jacobite Orthodoxe d’Antioche. Vilatte consacra Paolo Miraglia-Gulotti en 1900; Gulotti consacra Jules Houssaye (ou Hussay, 1844-1912), Houssaye consacra Loui-Marie-François Giraud en 1911; et Giraud consacra Jean Bricaud le 21 Juillet 1913.

Cette consécration est importante pour l’Eglise de Bricaud car elle fournit une succession apostolique et épiscopale valide et documentée, qui avait été reconnue par l’Eglise Catholique Romaine comme valide mais illicite (spirituellement efficace mais contraire à la politique de l’Eglise et non sanctionnée par elle). La succession apostolique fut largement perçue comme reflétant une transmission de l’autorité spirituelle véritable dans le courant Chrétien, remontant jusqu’à Saint Pierre; et même plus loin à Melchizedech, le mythique prêtre-roi de Salem qui servait en tant que prêtre le Patriarche hébreux Abraham. Cela fournit à Bricaud et à ses successeurs l’autorité apostolique d’administrer les sacrements chrétiens; ce qui était important car beaucoup des membres de l’Ordre Martiniste étaient de la foi catholique, mais comme membres d’une société secrète, ils étaient sujets à l’excommunication si leur affiliation martiniste venait à se savoir. L’E.G.U. offrait donc une assurance continue de salut aux chrétiens catholiques qui étaient martinistes ou désiraient devenir martinistes.

Après la mort d’Encausse en 1916, l’Ordre Martiniste et la section française des Rites de Memphis-Misraim et de l’O.T.O. furent chapeautés brièvement par Charles Henri Détré (Teder). Détré mourut en 1918 et Bricaud lui succéda.

Le 15 mai 1918, Bricaud consacra Victor Blanchard (Tau Targelius) qui avait été le secrétaire d’Encausse et Détré. Le 18 septembre 1919, Bricaud re-consacra Théodore Reuss sub conditione (ce terme se réfère à une consécration qui a pour but de remédier à quelque vice d’une consécration antérieure), lui donnant du même coup la succession d’Antioche et le nomma Légat Gnostique de l’E.G.U. pour la Suisse.

Des désaccords apparurent très vite entre Bricaud et Blanchard quant à la direction de l’Ordre Martiniste, qui tournèrent très vite en une hostilité mutuelle. Blanchard a même rompu avec Bricaud pour former son propre Ordre Martiniste schismatique qui sera connu comme « Ordre Matiniste et Synarchique ». La branche de Blanchard participa plus tard à la formation du conseil oecuménique des rites occultes connu sous les initiales de F.U.D.O.S.I., duquel l’AMORC de Spencer Lewis tira beaucoup de son autorité. A son tour, la branche de Bricaud sous la direction de son successeur, Constant Chevillon, se joignit à Swinburne Clymer, l’adversaire rosicrucien de Lewis, pour former un conseil rival appelé F.U.D.O.F.S.I.

Blanchard continua en consacrant au moins cinq autres évêques gnostiques sous sa propre autorité, dont Charles Arthur Horwath, qui re-consacra plus tard, sub conditione, Patrice Genty (Tau Basilide), le dernier patriarche de l’Eglise Gnostique de France qui avait été consacré auparavant dans la succession spirituelle de Doinel par Fabre des Essarts; et Roger Ménard (Tau Eon II), qui consacra alors Robert Ambelain (Tau Robert) en 1946. Ambelain constitua sa propre Eglise gnostique, l’Eglise Gnostique Apostolique, en 1953, l’année de la mort de Blanchard. Ambelain consacra au moins 10 évêques gnostiques au sein de son Eglise : dont Pedro Freire (Tau Pierre), Primat du Brésil, André Mauer (Tau Andreas), Primat de Franche-Comté et Roger Pmmery (Tau Jean), évêque Titulaire de Macheronte.

Bricaud mourut le 21 février 1934, et Constant Chevillon (Tau Harmonius) lui succéda en tant que patriarche de l’E.G.U. et Grand Maître de l’Ordre Martiniste. Chevillon avait été consacré par Giraud en 1936 et il consacra alors un certain nombre d’évêques lui-même, dont Clymer en 1938 et Arnold Krumm-Heller (fondateur de la Fraternitas Rosicruciana Antiqua et représentant de l’O.T.O. de Reuss pour l’Amérique du Sud) en 1939. Durant la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement fantoche de la France occupée de Vichy supprima toutes les sociétés secrètes et le 15 avril 1942, l’E.G.U. fut officiellement dissoute par le gouvernement. Le 22 mars 1944, Chevillon fut brutalement assassiné par les miliciens de Vichy.

L’E.G.U. fût ravivée après la guerre; et en 1945, Tau Renatus fut élu comme successeur du martyr Chevillon. A Renatus succédera Charles-Henry Dupont (Tau Charles-Henry) en 1948 qui l’abandonna en 1960 en faveur de Robert Ambelain (Tau Jean III) qui avait acquis une grande proéminence du fait de ses écrits. L’E.G.U. fut alors mise en sommeil par Ambelain au profit de sa propre Eglise, l’E.G.A.

En 1969, Tau Jean III aura comme successeur à la tête de l’E.G.A., André Mauer (Tau Andreas), à qui succédera Pedro Freire (Tau Pierre), primat de l’Amérique du Sud, en 1970.La même année, Freire avait été re-consacré comme Mar Petrus-Johannes XIII, patriarche de l’Eglise Gnostique Catholique Apostolique par Dom Antidio Vargas de l’Eglise Catholique Apostolique brésilienne. A sa mort en 1978, Freire aura comme successeur Edmond Fieschi (Tau Sialul I) qui abdiqua en faveur de son coadjuteur Fermin Vale-Amesti (Tau Valentius III) qui refusa de reprendre sa charge; Mettant ainsi l’Eglise Gnostique Apostolique ainsi que l’Eglise Gnostique Catholique Apostolique en repos en tant qu’organisation internationale. Une branche autocéphale nord-américaine de l’Eglise Gnostique Catholique Apostolique survit sous la direction du Primat Roger Saint-Victor Hérard (Tau Charles) qui consacra un certain nombre d’évêques mais mourut en 1989 sans se donner de successeur. Plusieurs des évêques d’Hérard sont toujours actifs aux U.S.A.

L’E.G.C.

Aleister Crowley (1875-1947) entra en 1910 dans l’O.T.O. de Reuss en tant que VII (à ce moment, n’importe quel 33 REAA pouvait entrer dans l’O.T.O. comme VII). Le 1er juin 1912, Crowley fût reçu par Reuss IX et reçu sa désignation comme Grand Maître National X pour l’Irlande, Iona et les Iles Britanniques. L’année suivante, il publia le Manifeste de la MMM qui incluait l’Eglise Gnostique Catholique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont inclues dans l’O.T.O.

Crowley a également écrit le Liber XV, Gnostic Mass, en 1913. Le Liber XV fût publié la première fois en 1918 dans l’International, et encore en 1919 dans The Equinox, Vol. III, N. 1 (The Blue Equinox), finalement en 1929/30 dans l’appendice VI de Magick en Théorie et en Pratique. Le nom latin Ecclesia Gnostica Catholica fût créé par Crowley en 1913 quand il écrivit le Liber XV.

Dans le Chapitre 73 des Confessions d’Aleister Crowley, il dit qu’il écrivit la Gnostic Mass en tant que « Rituel de l’Eglise Gnostique Catholique » qu’il prépara pour « l’utilisation par l’O.T.O., de la cérémonie centrale de célébrations publiques ou privées, correspondant à la Messe de l’Eglise Catholique Romaine. » Il est évident que Crowley voyait l’E.G.C. et l’O.T.O. comme inséparables; particulièrement par rapport au IX de l’OTO dans lequel Crowley avait été intié l’année avant qu’il n’écrive Gnostic Mass et qui est appelé « le Souverain Sanctuaire de la Gnose. »

En 1918, Reuss traduisit la Gnostic Mass de Crowley en allemand, en faisant une série de modifications éditoriales et la publia sous les auspices de l’OTO. Dans sa publication de la Gnostic Mass, Reuss donna Bricaud comme le Souverain Patriarche de l’Eglise Gnostique Universelle et lui-même comme Légat pour la Suisse pour l’EGU et Souverain Patriarche et Primat de Die Gnostische Katolische Kirche, un titre qu’il peut avoir reçu lors de la conférence de Paris de 1908.

 http://www.morgane.org/willy.htm

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Aperçus sur l’initiation féminine 25 juin, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Aperçus sur l’initiation féminine

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

 

Par Jeanine Augé

Jeanine Augé

Mes soeurs, mes frères en franc-maçonnerie, en bouddhisme ou en humanité, je voudrais d’abord faire une première remarque en préambule. Je n’ai pas été avertie que Michel Barat et Bernard Besret avaient eu la charmante idée de me laisser disposer du temps qui leur était imparti. Je m’en suis tenue, avec discipline, à ce qui avait été convenu lors des réunions préparatoires, c’est à dire 25 minutes d’intervention. Cela peut sembler léger pour aborder l’initiation féminine. Mais celle-ci a été traitée en filigrane pendant tout ce colloque, comme si elle allait de soi, alors que ce fut et reste encore une longue et dure conquête.

Ma deuxième remarque est que, passant après de talentueux orateurs, je crains que mon discours ne soit un peu terre à terre et ne détonne, avec l’excuse que je ne suis pas encore bouddhiste. Mais je vous rassure tout de suite, si mon propos démarre sur des chapeaux de roues résolument féministes, cela ne dure qu’une page et demie (rires…).

Parler de l’initiation de la femme en faisant l’impasse sur les divergences concernant son initiabilité pourrait sembler outrecuidant si mon propos ne se situait pas dans l’espace de la modernité. Celle-ci consistant, à mon sens, à faire évoluer la tradition pour l’adapter au présent sans en altérer l’essentiel. Je n’ai pas tellement développé cela parce que je pensais que Bernard Besret allait s’exprimer très brillamment là-dessus. Moi, je pars de l’idée simpliste que nous créons, aujourd’hui, la tradition de demain. Autour de l’amande, va se concrétiser la coque qui est faite des acquis, que l’on ne peut ignorer, d’une civilisation qui évolue tant sur le plan du droit que sur celui de la technologie.

Dire que la femme est initiatrice, par essence, est une échappatoire que l’on utilise assez régulièrement. Elle fait référence à une mythologie qui a longtemps confiné la femme dans une fonction de reproductrice. En outre, la sacraliser comme déesse-mère, comme déesse des moissons, comme déesse de l’amour renvoie en quelque sorte la femme à la nature passive de terre fécondable qu’on lui prête. Il y eut dans le Parnasse traditionnel trop de Déméter, trop de Junon, et pas assez, à mon avis, d’Athéna. La déification de la femme lui a été bien moins profitable que de lui permettre de retrouver le divin en elle.

C’est donc de la quête initiatique de la femme moderne, et plus particulièrement de celle que j’ai moi-même entreprise, que je voudrais parler. Je ferai toutefois un retour, plus ou moins bref, sur les difficultés que les femmes ont rencontrées sur leur route et qui perdurent pour certaines d’entre elles dans les milieux religieux et intégristes. Nous savons par nos soeurs turques que certains pays font un retour en arrière considérable. Toute l’histoire de l’humanité est marquée par la difficile reconnaissance de la complémentarité et de l’égalité qualitative de la femme par rapport à l’homme.

Si Jésus et Bouddha acceptèrent volontiers que les femmes suivent leurs enseignements, leur reconnaissant ainsi le droit à la spiritualité, à la connaissance, l’Eglise catholique porte la lourde responsabilité d’avoir mis la femme pendant très longtemps à l’écart du monde de l’esprit. Les références constantes aux origines judéo-chrétiennes de la nécessité d’un fondement religieux m’ont beaucoup gênée.

C’est contre ces conceptions que s’est, en effet, bâtie la franc-maçonnerie féminine. Le patient travail de recherche de Uta Ranka Heineman dans son livre Des Ennuques pour le royaume des cieux, en est un témoignage accablant. Depuis le célèbre verset de St Paul dans l’épître aux Corinthiens : « Que les femmes se taisent dans les assemblées », aux positions prises par les papes sur l’ordination des femmes en passant par les déclarations de St Augustin : « Combien plus agréable est la cohabitation de deux amis, comparée à celle d’un homme et d’une femme ! » -je ne sais pas si vous êtes toujours d’accord- (rires…) ou la crainte exprimée par St Thomas de la féminisation du coeur humain, la femme a été longtemps présentée comme source de troubles, une incitation au péché, parfaitement inutile, sinon nuisible à la spiritualité de l’homme. L’enseignement ne sied pas au sexe féminin, précise St Thomas d’Aquin.

Est-ce pour les mêmes raisons moyenâgeuses que le pape actuel rejoint, dans son refus du sacerdoce des femmes, le canoniste de l’église orthodoxe du XIIe siècle, Théodore de Balsamo, qui le justifiait par l’impureté du flux menstruel ! Refuser l’ordination, c’est refuser le droit de transmettre, d’initier, car qui dit initiation dit transmission du contenu d’une tradition que l’on a intégrée et revivifiée. A mon avis, ce n’est ni dans la religion catholique, ni dans les religions refusant le sacerdoce des femmes que celles-ci peuvent prétendre à une totale initiation.

Même si c’est un peu folklorique, je vais passer rapidement sur les jugements, pour le moins surprenants à l’époque moderne, qui dénièrent à la femme toutes les qualités requises pour être initiée. « Femme inapte et ridicule », selon Erasme, femme passive, femme coupable, qui conduisit Adam et toute l’humanité hors de l’Eden, vers la dualité et la mort. Le cher Beaudelaire y va de son interrogation : « J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans une église, quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? » (rires…). Au XIXe siècle, Julien-Joseph Vire perd tout sens du ridicule -il faut quand même que je vous le lise, même si c’est un peu long- quand il écrit dans L’Histoire naturelle du genre humain : « La force vitale développe les organes supérieurs du corps de l’homme et les organes inférieurs du corps de la femme. Il y a, dans le premier, une tendance à la supériorité et à l’élévation. Dans la seconde, on remarque une impulsion inverse. La vie s’épanouit vers la tête de l’homme. Elle se concentre vers la matrice de la femme. L’un donne. L’autre accepte. La femme est donc destinée par la nature à l’infériorité et à vivre en second ordre. »

Et Françoise Collin, de nos jours, écrit : « Lorsque les femmes ne sont pas déclarées inférieures mais différentes, c’est pourtant toujours la masculinité qui fait norme. Les femmes sont certes des êtres humains raisonnables, mais leur raison est celle du sentiment dont le règne reste confiné entre les murs du privé. Aux femmes, les méandres de la subjectivité ; aux hommes, la voie royale de l’objectivité, de l’espace public. »

Je ne peux passer sous silence le poids que l’exclusive prononcée par le Pasteur Anderson contre les femmes assimilées à des irresponsables dans ses Constitutions, fait peser sur la franc-maçonnerie féminine. Quel est ce centre de l’union qui, tout de même, exclut la moitié de l’humanité ?

Si je me suis un peu étendue, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser, sur les condamnations que les périodes successives ont prononcées contre la femme, c’est parce qu’elles touchaient au vif sa capacité à vivre une initiation spirituelle telle que nous prétendons la réaliser par exemple en franc-maçonnerie, puisque c’est de cette expérience dont je peux me prévaloir. En effet, je ne saurais aborder ici d’autres formes d’initiation, telle l’initiation tribale qui concerne surtout le passage des adolescents d’un âge à l’autre ou l’initiation magique qui est censée doter l’impétrant de pouvoirs surnaturels.

L’initiation à laquelle je consacre le meilleur de moi-même est un long chemin qui a commencé avec une mort symbolique et la prise de conscience d’une reconstruction de l’être à réaliser. Il y a la cérémonie de l’initiation qui met sur la voie. Il y a le parcours initiatique avec ses épreuves, ses méandres et, au bout l’initiation suprême, qui attend tout vivant, le terme où l’existence prend tout son sens avec les trois pas, le trépas. . .

Se faire initier, c’est accepter la quadruple purification des éléments pour mieux progresser, allégés vers la plénitude de la connaissance. Aucun dogme n’est imposé. Mais la transmission ininterrompue de l’influence spirituelle est nécessaire. La communication se fait selon le rituel des grades. On vous en a déjà amplement parlé.

L’initiation conduit l’initié à prendre conscience des possibilités latentes au plus profond de lui-même. D’étape en étape, les symboles, les rites et les mythes peuvent réveiller en chacun le souvenir d’une sagesse perdue, d’une unité occultée par l’agitation chaotique de la vie profane. La réconciliation de l’individu condamné au binaire avec l’unicité du tout, est ce que la franc-maçonnerie peut réaliser dans le silence qui s’impose au chercheur de vérité.

Pour certains, on peut dire que ce parcours restera dans le domaine du mental et de la philosophie. Pour d’autres, l’enseignement ésotérique du symbole aboutira au sacré qui relève non de la pensée discursive mais de l’expérience directe. La loge, les maîtres n’interviennent que pour aider l’initié à trouver son maître intérieur. L’enseignement oral et le silence répondent au désir d’ignorer toutes les limites qu’impose la manifestation existentielle afin d’atteindre l’infini universel du non-manifesté. Les mots sont réducteurs et l’essentiel n’est pas transmissible par leur truchement, c’est là le secret maçonnique.

On fait référence trop souvent à la facilité avec laquelle on trouve les rituels en librairie. Il y a autant de différence entre la lecture d’un rituel et une tenue qu’entre la vision d’une photographie de vacances et le goût du sel marin face à l’infini maritime ou l’indicible de la splendeur d’un soleil rougeoyant qui décline sur les cimes enneigées.

Il m’apparaît que la finalité de l’initiation est la même pour tous les êtres, homme ou femme. Les méthodes de travail en revanche, diffèrent pour s’adapter à la nature masculine ou féminine de l’initié ou de l’initiable.

Je suis convaincue que ce ne sont pas tellement les sources opératives de la franc-maçonnerie que l’on nous oppose si souvent qui posent problème. La plupart des frères francs-maçons, j’en suis sûre, seraient bien en peine d’utiliser les outils du constructeur de cathédrale dont ils se réclament ou de dresser les plans d’un édifice. Les outils sont les symboles concrets de principes et de concepts. A telle enseigne que nos soeurs africaines, qui n’ont pas les mêmes règles de construction, assimilent fort bien la symbolique des outils maçonniques comme le fil à plomb, le niveau et l’équerre . . . La différence fondamentale réside, à mon avis, dans les valeurs à la fois opposées et complémentaire du yin et du yang, à ceci près que, finalement, l’homme et la femme participent de la même nature, du moins j’ose l’espérer. J’en veux pour preuve que le sang qui véhicule l’essence de l’être n’est pas sexué. Parmi les nombreuses incompatibilités qui existent entre donneur et receveur, celle du sexe est à ce jour inconnue.

Il s’agit bien plus, pour moi, d’une proportion que le symbole du Tao To King exprime fort bien. Quand le yang domine, les valeurs solaires et masculines dominent avec leur cortège de combativité, d’éclats lumineux qui procèdent de la nature du ciel et se rapportent à l’esprit actif et à la raison. Là où le yin prédomine, c’est la référence à la terre qui donne son caractère de passivité mais aussi de potentialité, ce qui, selon Guénon est « la racine de toute existence ».

Lumière et ombre sont indissolublement liées sans y voir, comme dans le mazdéisme, un quelconque jugement de valeur entre le bien et le mal. Le yang n’est jamais sans le yin, le yin n’est jamais sans le yang puisqu’ils participent tous les deux à la fois du ciel et de la terre.

Le caractère yin, prédominant chez la femme, lui facilite la démarche évolutive qui correspond plus précisément à l’apprentissage, à l’oeuvre au noir. Dans le féminin de l’être, Annick de Souzenelle écrit : « Les nuits de l’âme sont entrailles de mutation, matrice sainte, athanor alchimique de résurrection. » La femme, par sa capacité à donner la vie, est en phase étroite avec l’univers des cycles et l’ordre du monde. Cet ordre qu’elle intègre rythme sa vie intime tous les mois comme pour rappeler son implication dans la marche cosmique. Sa condition n’est pas la passivité mais bien plutôt la complicité, l’empathie avec les lois de l’univers qui en fait sa dépositaire. D’où son intelligence avec le coeur des choses et de sa force de résistance qui lui permettent de passer outre les avanies et les secousses de la vie triviale pour aller souvent à l’essentiel.

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

Tout système vivant est à la fois fermé structurellement et ouvert énergétiquement pour expérimenter, progresser, se reproduire. La femme sensible à l’émotion peut, par l’initiation, transformer cette faiblesse en une aptitude à la compréhension, à la compassion, à la perméabilité à tout ce qui relève de l’esprit, de l’immatériel.

Le compas lié à l’équerre, que tout le monde connaît comme les deux symboles récurrents de l’initiation maçonnique, lui sont nécessaires et familiers dans ses fonctions d’éducatrice, de gardienne des valeurs familiales et de citoyenne humaniste. Particulièrement intuitive, la nature féminine vit de manière plus globalisante le triple aspect de la vie, corps, esprit, âme ou, si l’on préfere, corps, coeur, esprit .

L’initiation, c’est aussi pénétrer au-delà des apparences pour essayer d’atteindre à l’essence.

Visionnaire, la femme ? Non, sûrement pas, mais réceptive, perméable, lunaire dans le sens positif. moins emprisonnée dans le carcan de la logique et du mental. Elle aborde les manifestations de la vie avec l’optique de l’artiste, de l’esthète, du poète qui sont des initiés à leur manière.

L’initiation, c’est aussi dominer la souffrance ou, tout au moins, l’intégrer comme une épreuve nécessaire à la sublimation. Si Jéhovah fit sortir la femme de la côte de l’homme, elle a rendu la politesse à ce dernier depuis la nuit des temps, au prix de bien des souffrances tant physiques que morales. Et son sens des valeurs en a été magnifié, parce qu’elle met au monde, nourrit, éduque tout en défendant ses droits contre son compagnon, son fils, son frère, le poids de la tradition, de la politique et des religions intégristes.

La femme initiée a été avertie que son chemin est semé d’embûches, que son engagement la place dans une dynamique de construction avec tous les dangers et souffrances que cela peut comporter. Les outils blessent, le matériau résiste, la construction échappe au concepteur maladroit. Il faut faire et refaire, mais la femme connaît la patience et les aléas de la gestation. L’initiation se vit à chaque moment de l’existence, ici et maintenant. Bien des femmes suivent la voie initiatique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. C’est pour cela que je me pose, que je vous pose ces questions.

Et si l’initiation des femmes passait par leur libération économique, leur conférait l’autonomie nécessaire, la liberté de mouvement qu’offre l’indépendance monétaire ?

Et si l’initiation des femmes passait par un partage équitable de tous les pouvoirs lui permettant de se réaliser dans tous les domaines et d’aborder ainsi tous les aspects de l’implication de l’humain dans les phénomènes universels ?

En un mot, et si l’initiation de la femme passait par la conviction, confortée par les structures religieuses, sociales et politiques, qu’elle est un être humain à part entière ?

Pour qu’il y ait initiation, il faut qu’il y ait éveil et que la conscience de cet éveil replace chaque action, chaque pensée, dans une direction qui donne sens à la vie. Pour ce faire, il faut que la femme ait enfin droit de vivre pour elle-même et ne vienne pas à l’initiation seulement pour reprendre, ce que j’ai trop souvent entendu lors des auditions, lorsqu’elle est à la retraite, les enfants partis, le mari moins exigeant ou disparu. Je dois reconnaître que si, statistiquement, la moyenne d’âge de nos soeurs était très élevée, il y a encore 8 à 10 ans, elle a tendance actuellement à baisser, ce qui est très encourageant

La femme a des devoirs envers ce qu’elle incarne. Ce que nous rappelons dans le testament philosophique que l’impétrante doit rédiger dans le cabinet de réflexion. On lui demande les devoirs envers la patrie mais aussi envers elle-même et envers l’humanité. Je pense que l’évolution que connaît actuellement notre société va ouvrir la voie aux valeurs féminines qui s’avèrent de plus en plus nécessaires pour contrebalancer une mondialisation fondée sur la finance, l’économie, le pouvoir des banques et la technocratie. Parallèlement, la synthèse se fait entre les notions de matière, d’esprit et de psychisme et Schodengger va jusqu’à énoncer : « Ne nous trompons-nous pas en pensant qu’il y a autant d’esprit que de corps ; peut-être n’y a-t-il qu’un seul esprit ? »

Une nouvelle manière d’appréhender et d’agir sur le monde en découle, mettant l’accent sur l’importance donnée au monde associatif, à la communication, à la solidarité, à la croissance de l’économie de service, tous domaines que connaît bien l’activité féminine et qui, peut-être, fonde ce qui est la modernité.

Je dirai en conclusion que les femmes ont tout à gagner à préserver leur identité et les qualités qui leur sont plus particulièrement dévolues. L’initiation leur permet de les affermir, de les développer, mais qu’elles ne refusent pas ce qu’il y a de solaire, de yang en elles. Qu’elles sachent le reconnaître et le cultiver sans perdre leur spécificité car, ainsi, elles pourront tendre à l’universel.

Si l’homme initié fait de même et accepte d’être aussi lunaire, alors tous deux retrouveront sur le plan spirituel et initiatique les vertus de l’endroginat. Le retour au centre, à l’unité, est au terme de cette descente dans les profondeurs car on sait bien que les parallèles finissent quand même par se rejoindre, dans l’infini du cosmos.

Je terminerai sur cet extrait d’un poème du Tao des femmes qui est publié chez Trédaniel :

« Les hommes et les femmes sont le miroir du Tao.

L’homme n’est pas plus grand, la femme n’est pas plus belle.

Les fleuves suivent chacun leur lit uniquement pour se rencontrer dans l’océan.

La terre accueille le soleil à la fin de chaque jour.

Le soleil à l’apogée se lève ou se couche.

C’est vous qui décidez du sens ! »

Questions-réponses

Christian Bodson

 

D’abord un témoignage que j’ai plaisir à vous lire.

« J’ai toujours pensé que la maçonnerie m’avait pennis de développer cette part de féminité qui sommeille en moi. Elle a permis de libérer mon coeur, moteur de la main tendue. Même si mon obédience n’accepte pas les femmes en loge, de par ma fréquentation de la tradition celtique, je suis persuadé que la femme est soleil et l’homme, lune. Il n’y a que les hommes en mal de masculinité pour penser le contraire. »

Lama Denys

 

Cela me donne l’occasion de faire un petit rappel. En fait, nous sommes d’accord avec les Celtes sur ce point. Dans la tradition des tantras, d’un côté le féminin rouge et de l’autre le masculin blanc correspondent respectivement au soleil et à la lune. La femme est solaire et l’homme est lunaire. Il y a aussi, dans cette vision, le féminin qui est intelligence -prajna- qui est la sagesse, l’ouverture, la matrice omniprésente, toute englobante, accueillante, qui est fécondée, qui est habitée par le principe masculin… En tout cas, vacuité, sagesse, intelligence, c’est féminin. Tout ce qui est de l’action gouvernée par la compassion est masculin. Cela étant, blanc et rouge sont des principes complémentaires qui sont aussi les équivalents du yang et du yin. On retrouve cela dans nombre de traditions primordiales et pas seulement chez les Celtes. . .

Jean-Pierre Pilorge

 

Ces couleurs, blanche et rouge, on les retrouve aussi lorsque le pontife romain est vêtu selon la manière qui convient en symbolisme, de la cape rouge qui est celle du pouvoir royal, et de la robe blanche qui est celle du pouvoir sacerdotal, tel que nous l’avons évoqué hier avec l’arche royale, étant entendu que la fonction prophétique, elle, n’a pas de couleur, car elle ne peut pas s’institutionnaliser.

Un intervenant. Est-ce-que la Grande Loge Féminine de France a accès aux émissions radiotélévisées ?

Jeanine Augé

 

Oui, le dimanche matin. Est posée la question de l’obédience alors, pour te dédouaner, et comme cela le doute continuera à planer sur mon appartenance, je dirai que cette émission a lieu le dimanche matin sur France-Culture à 9 h 40. Ainsi, on ne saura pas si je suis le roi Salomon ou la reine de Saba.

Un intervenant. Entre l’homme et la femme, qu’en est-il de l’identité, de l’égalité, selon vous ?

Jeanine Augé

 

C’est une question qui est tout un monde à elle toute seule !

Identité, non, égalité, oui. Il y a évidemment une part biologique très fondamentalement identique. Quand à l’égalité, elle se conquiert tous les jours. Sur le plan des droits que nous n’avons pas, par exemple. Mais sur les plans de la culture, de l’intelligence et de la réalisation de l’être, je pense que c’est chose faite. Mais peut-être pas avec les mêmes références que les hommes.

Un intervenant. Personne ne conteste l’initiabilité des femmes. Mais pourquoi se cantonner à la pratique du rite masculin ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que le rite soit masculin. Le rite est traditionnel et les rites que nous pratiquons sont des rites de tradition avec des outils qui, je le répète, ne sont pas des outils d’hommes mais des outils principes. Je ne vois vraiment pas pourquoi nous irions mettre une machine à coudre sur l’autel des serments. Certes, cela a été suggéré même par des femmes. Mais me gène considérablement. Cela ne prouve qu’une chose, c’est que l’on a pas compris ce qu’était vraiment un outil symbolique.

Un intervenant. Pouvez-vous développer davantage votre affirmation concernant l’ouverture nécessaire vers les voies féminines de l’initiation pour compenser les effets de la mondialisation et de la technocratie ?

Jeanine Augé

 

Là, c’est tout un programme. Je pense qu’actuellement notre société est absolument féroce. Elle est bâtie sur la compétitivité, sur la technocratie. Lorsque l’on voit des fortunes s’édifier en un rien de temps par le jeu d’internet, des échanges -je ne suis pas très lancée là dedans- mais quelques coups de téléphone entre Tokyo et New York et des fortunes se font ou s’effondrent en quelques minutes. Tout cela, ce sont des valeurs qui, pour moi, représentent ce qu’il y

a de pire dans la nature masculine, c’est-à-dire un désir d’hégémonie. Je pense que les femmes, par le sort qu’on leur a fait et qu’elles ont peut-être accepté trop facilement, sont beaucoup plus tournées vers les notions de solidarité, d’effort, de lente construction.

Actuellement, l’industrialisation a gommé les différences qui existaient en la force musculaire de l’homme et de la femme. La femme, dans le monde du travail, se retrouve, dans nos sociétés industrielles, je parle en personne privilégiée, à égalité avec l’homme. Mais elle peut justement y faire ressortir une philosophie de solidarité dont elle n’a pas l’apanage mais qu’elle pratique plus facilement.

Je suis toujours gênée lorsque je parle de la femme parce que je parle en femme privilégiée et je n’oublie pas dans les discours que l’on fait ici ce qui ce passe en Afghanistan, en Algérie. Et là, je dis que c’est l’horreur et je me demande justement ce qui est fait par les hommes et par les femmes pour sortir de cette géhenne.

Un intervenant. Ma très chère soeur, j’ai apprécié ta plaidoirie en forme de réquisitoire -oh non, ce n’était pas un réquisitoire, mais un constat !- à l’encontre d’un ennemi imaginaire, l’homme. Lequel, merci pour lui, est dénué, selon toi, de toute sensibilité et de toute capacité à aimer. Ce langage, ce combat d’arrière-garde, me semble un peu dépassé, du moins chez nous.

Jeanine Augé

 

Eh bien oui ! Quand je parle de la femme, je ne parle pas uniquement de là femme tirée d’affaire. Je parle, je le répète, des valeurs féminines dans ce monde. Je crois que la maçonnerie est quelque chose qui s’ouvre, qui doit s’ouvrir et prendre en compte tous les problèmes planétaires. C’est pour cela que je suis un peu dure, mais enfin, quand on voit en plein XXe siècle, des femmes se déplacer sous un drap de lit avec juste un petit quadrillage pour respirer, on se dit quand même qu’il y a quelque chose qui ne va pas du tout.

Un intervenant. Ta présence à la tribune ainsi que celle d’Anne-Françoise Rey n’en est-elle pas la preuve ?

Jeanine Augé

 

Si, mais vous remarquez que nous sommes deux, trois, contre quantité d’hommes. (rires…) Alors, je dis qu’il ne faut pas croire que je suis une ennemie de l’homme. J’ai quatre petits-fils. J’ai deux fils dont l’un et maçon et, croyez-moi, j’apprécie les valeurs masculines. Je sais aussi que lorsqu’on éduque ses enfants, et ses fils en particulier, d’une certaine manière, on met un peu plus d’amour dans le monde. Je crois que les femmes sont souvent piégées par la propre éducation qu’elles donnent à leurs enfants.

Alain Lorand

 

Là, c’est tout un plaidoyer que je vais vous lire.

« Il existe une maçonnerie dont les quatre principes fondateurs sont l’internationalisme, l’égalité essentielle de la femme et de l’homme, la laïcité dans le respect absolu des modes de pensée à l’exclusion de ceux qui prônent le racisme et l’exclusion et, ce qui est moins important, la continuité initiatique du 1° au 33°. L’égalité essentielle des deux sexes humains y est vécu au quotidien.

Il existe des hommes, et pas seulement au Droit Humain, qui, depuis trente ans, prônent et se battent pour l’égalité des sexes comme de ce que l’on appelait les races. Alors, marchons, progressons, faisons circuler le message et je souhaite, pour ma part, que le discours en faveur de la femme perdure mais qu’il soit dirigé vers les bonnes cibles. Il y a à faire, nous avons hérité de plusieurs dizaines de siècles d’inégalité. L’avenir n’est pas dans le conflit mais dans la fraternisation universelle y compris et surtout entre les sexes. »

Jeanine Augé

 

Je vais vous lire une question à laquelle je ne répondrai pas mais qui vous prouvera que je n’ai peut-être pas tort de dire que les femmes ne sont parfois pas très bien comprises par les hommes.

« Ma sœur, explique-nous pourquoi aucune femme n’est un compositeur de musique de renommée mondiale dans l’histoire ! »

Eh bien, je ne répondrai pas ! (applaudissements…)

Une voix dans l’assistance  : « Il y a Hildegard de Bingen, que l’on redécouvre. »

Un intervenant. Jéhovah n’a pas fait sortir la femme de l’homme. Il a dit que ce n’était pas bon pour l’homme d’être seul. Il a donc créé un être différent de l’homme. Un autre coté de l’homme, un côté intériorisé. Il faut donc réaliser le côté féminin qui est en chaque être humain.

Jeanine Augé

 

C’est une façon de s’exprimer quand j’ai dit que l’on avait sorti la femme de l’homme parce que je me souviens d’avoir ouvert un colloque avec mon frère et mon ami Michel Barat en disant que ce n’était pas la côte d’Adam, c’était le côté. Il m’avait reprise en disant : « Si, si, si, Bossuet disait l’os surnuméraire ! »

Un intervenant. Que pensez-vous d’une maçonnerie féminine qui se fonderait sur un rituel et un symbolisme du tissage plutôt que sur celui de la maçonnerie opérative des constructeurs de cathédrales, comme le suggère Guénon ?

Jeanine Augé

 

Je dirai que moi, le tissage, je n’ai pas connu. En revanche, j’ai fait de la sculpture. Je crois bien qu’il y ait, à la cathédrale de Strasbourg, des oeuvres d’une femme qui a en particulier produit la statue de la foi. Alors pourquoi pas ? Ca reste à créer ! Mais, pour l’instant, je suis très bien dans mon obédience avec mes rituels.

Un intervenant. Si statistiquement, l’âge des soeurs diminue en loge, je vois là une volonté d’ouverture des loges qui, jusqu’ici,manifestaient en la matière une grande frilosité à voir trop de jeunes femmes bousculer la tradition. Les choses auraient-elles tendance à bouger ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que cela soit la frilosité des soeurs. Je pense que les femmes n’étaient pas disponibles parce qu’une des premières choses que l’on demande, lorsqu’elles se présentent, c’est d’être assidues. Or, une femme qui a des enfants en bas âge, -on le sait dans le monde du travail, c’est toujours la même chose qui se produit- est sujette à l’absentéisme. Cet absentéisme des femmes est très souvent critiqué, alors que c’est l’organisation de la société qui ne leur fournit pas les moyens de faire garder les enfants. Tout cela s’est amélioré et je pense que telle est la cause de cette prétendue frilosité.

Un intervenant. La maçonnerie accepte l’entrée à l’âge légal, à 18 ans. Je peux dire, elle n’est pas là et je ne porte pas son nom, donc je ne la trahis pas, que ma fille est entrée à 18 ans et s’en porte très bien. Elle a été très bien acceptée, comme mon fils qui est entré à 23 ans et s’en trouve aussi très bien. Non, il n’y avait pas cette peur. Je crois que les femmes n’étaient pas disponibles.

Un intervenant. Initier la femme, c’est prendre la femme comme objet et non comme actrice unique de son initiation qui, ne l’oublions pas, dure toute la vie maçonnique.

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas avoir laissé entendre qu’il y avait chez nous quelqu’un qui surveillait l’initiation. Au contraire, j’ai dit que l’on avait à trouver le maître intérieur. Mais il y a quand même la cérémonie d’initiation qui s’appelle initiation, que voulez-vous !

C’est un point de départ. Ensuite, le chemin est plus solitaire qu’ailleurs puisque nous disons en maçonnerie que le maçon s’initie lui-même. Nous refusons toute idée de gourou ou de maître à penser dans la maçonnerie actuelle. Je ne pense pas avoir dit que, dans son travail, l’on tenait quelqu’un par la main pour le traiter comme un objet. Au contraire, le but de l’initiation féminine, c’est de lui donner une indépendance. C’est la prise de conscience de sa propre valeur qui va la rendre indépendante de tout : des idées, des préjugés, et, disons, des compagnies trop dures dans son entourage…

Octobre 1997

 

Jeanine Augé


http://www.buddhaline.net/spip.php?article304


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L’anarchie : une utopie maçonnique ? 14 juin, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

L’anarchie : une utopie maçonnique ?

 

 

« La liberté comme base, l’égalité comme moyen, la fraternité comme but« .

Ricardo Mella in « El idéal anarquista »

V... M...,

 

Avant de commencer, V... M..., permettez-moi un avertissement (pré)liminaire : mécréant en raison, mais pas en cœur, je n’ai aucun respect pour les idées, pas même les miennes ! Mon propos, ce midi, à certains égards, pourra être « jugé » outrancier, provocateur… et il est vrai qu’il se veut… perturbateur et, sinon pertinent, du moins… impertinent, non pour démontrer mais pour… montrer que l’on peut voir autrement de soi-disant évidences et que l’on peut aussi voir des… non-évidences !

 

*

* *

 

Notre très illustre F... Léo Campion avait coutume de dire que : « Si les Maçons anarchistes sont une infime minorité, la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable (…) elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n’adhère à rien ».

Les Maçons anarchistes… une infime minorité ? rien de surprenant car nous savons tous que les anarchistes ne sont pas un sur cent, ce qui ne les empêche pas… d’exister. Mais, au fait, est-ce que les maçon(ne)s sont plus qu’un sur cent ? et n’existent-ils-elles pas pour autant ?

Je ne reviendrai pas sur ce point historique curieux, bien mis en évidence par notre F... Léo Campion dans son excellent ouvrage « Le drapeau noir, l’équerre et le compas », à savoir que TOU(TE)S les grands noms de l’anarchisme ont été… maçons alors que, au XIXème siècle, aucun d’entre eux-elles n’a été membre de la Charbonnerie quand tant de maçons s’étaient faits charbonniers.

Cette présence constante, et toujours d’actualité, d’anarchistes sur les colonnes des LL... pourrait laisser à penser que la véritable question, la question autant impertinente que pertinente, n’est pas de savoir comment peut-on être maçon(ne) ET anarchiste – à moins que cela ne soit anarchiste ET maçon(ne) – que : comment peut-on ne pas être maçon(ne) ET anarchiste – ou, là encore, anarchiste ET maçon(ne) -.

A une telle question, pour faire dans le « politically correct », de nombreux-euses maçon(ne)s, n’hésitent pas à parler d’une honteuse infiltration de la maçonnerie, à son corps défendant, par de vilains et méchants anarchistes, ce qui, au passage, n’est pas flatteur quant à l’intelligence des maçons infiltrés et fort peu « gentil » à l’égard du Tuileur, du Couvreur et autre F\ terrible.

Ainsi, la F... M... ne serait qu’une sorte de maison de tolérance à l’égard de ces squatters que sont les anarchistes. Une maison, sorte de club de débats, d’échanges – ou d’ébats… échangistes ? – qui, justement parce qu’elle est tolérante, se refuserait à faire appel à la force publique – alors qu’elle compte bon nombre de ses représentants sur ses colonnes ! -, pour chasser de son sein ces « vipères lubriques » que sont les anarchistes. A moins que, dans la tradition libertine du XVIIIème siècle, elle soit un lieu d’amoralité où les élites bien pensantes se plairaient à s’encanailler avec ces « voyous » que sont les anarchistes !…

Et s’il en était autrement ?

 

*

* *

 

V... M...,, avant de nous interroger sur l’éventuelle similitude entre le projet des maçon(ne)s et celui des anarchistes, rappelons brièvement comment les maçon(ne)s s’organisent pour réaliser leur projet.

Sur le frontispice du portail de la F...M... belge on peut lire que le maçon est un homme (ou une femme) qui a la tête dans les nuages, l’amour dans le cœur, mais les pieds bien sur terre. Je reviendrai sur cette « définition » pour rappeler d’abord que, selon l’acception reprise dans les Constitutions d’Anderson, un maçon est un homme (au sens générique d’être humain) libre dans une loge libre. Il en résulte qu’une obédience (ou « ordre »)est une fédération de loges libres et que la F... M... universelle est une « république » universelle de loges et de maçon(ne)s libres.

Association, associationnisme, fédération et fédéralisme… ne sont-ce point là, si l’on s’en réfère aux FF... Michel Bakounine, Pierre Kropotkine et Pierre-Joseph Proudhon des modes relationnels et organisationnels… anarchiques ?

Les maçon(ne)s élisent des… officiers qui ne sont pas des « gouvernants », des « mandataires », des « représentants » mais des pairs qui, conformément au mandat impératif, révocable et « tournant » qui les a désignés et dont ils doivent rendre… compte, ont la… charge de tenir certains offices, d’exécuter certaines « missions » dans l’intérêt de cette communauté maçonnique qu’est la L....

Ces Officiers, s’ils sont détenteurs d’autorité (au sens d’aptitude à attirer le respect, l’estime, la confiance en raison des connaissances acquises et de la « sagesse » retirée) n’ont point pour autant de… pouvoir sur leurs pairs. Ne peut-on voir en ces Officiers les délégué(e)s de l’Internationale libertaire « jurassienne », les « élu(e)s » des Communard(e)s ou, de nos jours, de la C.N.T. ?

Les maçons sont les amant(e)s passionné(e)s de la liberté de conscience au motif que c’est d’une conscience libre que naît l’humanité qu’ils-elles revendiquent ; ce faisant, ils ne professent d’autre interdiction que celle d’interdire ou d’œuvrer à interdire. En refusant autant l’intolérant que l’intolérable les maçons, comme ces étudiants qui, en 1968, décoraient la Sorbonne du drapeau noir de leur révolte, ne découvrent-ils pas la mer sous le pavé mosaïque que d’autre jettent dans la marre pour condamner au trouble de l’aveuglement la clarté d’une conscience libre.

Libres de conscience, les maçon(ne)s sont adogmatiques [du moins celles et ceux qui assument leur liberté dans… l'irrégularité !] : qui pourrait dire que l’anarchisme est dogmatique quand c’est au nom du dogme d’une nouvelle religion – le marxisme – que les communistes libertaires ont été… excommuniés de l’Association Internationale des travailleurs ? Et y a-t-il courants de pensée plus traversé de discussions, de débats, de controverses que l’anarchisme mais, également, la F... M... ?

Les anarchistes, on le sait, n’ont pas leur langue dans la poche : leurs écrits et chansons en attestent. Mais y a-t-il beaucoup de lieux où, à l’instar du temple maçonnique, la liberté d’expression soit non seulement la règle mais aussi la pratique dès lors qu’elle est respectueuse de le personne (et non des idées) ?

Nous avons vu que les anarchistes comme les maçon(ne)s votent, notamment aux fins d’élection. Dans les LL..., comme dans la plupart des Obéd..., les votes se font à la majorité. Parce qu’ils-elles sont très attaché(e)s au respect de l’Autre, les maçon(ne)s, outre qu’ils-elles reconnaissent le « droit de retrait », de ce que je sais et j’ai pu vivre, n’ont jamais à cœur d’écraser une minorité d’un vote majoritaire surtout si cette minorité, même réduite à UN(E) seul(e) individu, fait preuve d’une opposition… véhémente, irréductible et s’efforcent toujours, comme les anarchistes, de rechercher et de trouver sinon l’unanimité, du moins le consensus.

En effet, les maçon(ne)s, comme les anarchistes, ne professent aucun dogme. Dès lors, débarrassé(e)s qu’ils-elles sont de leurs métaux, ils-elles ne détiennent aucune vérité et, humbles, modestes, « laborieux » considèrent que l’on peut et doit d’autant plus douter de tout, à commencer par un point de vue… majoritaire, que, minoritaires, ils-elles ont toujours eu à se battre pour se défendre contre l’oppression… majoritaire mais aussi pour faire avancer leurs idées de progrès contre une réaction, une inertie… majoritaires.

Société initiatique, la F...M... « recrute » par cooptation après enquêtes et passage sous le bandeau (que l’on peut qualifier sinon d’interrogatoire, du moins d’ »entretien d’embauche »), possède des signes, mots et attouchements de (re)connaissance, pratique le symbolisme, notamment des signes et des mots, détourne le vocabulaire usuel, crypte ses écrits… Certes, par souci… initiatique mais, pour certaines pratiques, par souci de… sécurité afin de se préserver de l’inquisition, voire de la répression dont elle a fait et continue de faire l’objet. N’est-ce point là un autre point commun avec ces sociétés secrètes qu’ont constitué et que constituent les anarchistes ?

A titre anecdotique pour ne pas dire humoristique, je rappellerai que les maçon(ne)s professent et revendiquent l’universalisme de leurs idées, de leurs principes, de leurs valeurs, de leur action… Et, pourtant, la F... M... n’est pas UNE mais… multiple, pour ne pas dire… divisée, voire même opposée. A l’instar de l’anarchisme dont les mauvaises langues disent qu’ils se divisent dès lors qu’il réunit trois individus pour pouvoir tenir ses réunions dans… une cabine téléphonique et, ainsi, faire l’économie d’une… L [Ô pardon, ma langue a fourché, d'un… local]. Questions de sensibilité, de sentiment, d’appréciation, de cheminement… Mais, comme il existe une véritable frontière entre le communisme libertaire et le communisme marxiste (avec tous ces avatars : stalinien, maoïste…), il existe une frontière entre la F\ M\ libertaire (Ô pardon, libéral) et la F... M... « régulière » (ou… « orthodoxe » !!!): celle de la Liberté, une Liberté qui se trace fraternellement dans l’égalité des gens.

Dans les deux cas, à l’origine, il y a nécessairement un choix, le choix de s’engager. Les engagements anarchique et maçonnique sont scellés par la liberté : la liberté du choix de l’individu d’abord qui, un jour, décide d’entrer en anarchisme ou en Franc-Maçonnerie – voire, en l’un ET en l’autre – ; la Liberté ensuite, avec un grand « L », constitutive à la fois de l’humaine condition : l’humanité par différenciation d’avec le non-humain, le pré-humain, l’a-humain, l’in-humain, du projet anarchique et maçonnique : la libération des individus et de la Société humaine et, enfin, de la fin anarchiste et maçonnique : l’achèvement de l’humanité, c’est-à-dire l’avènement d’une Société véritablement humaine.

Ayant la même devise – Liberté – Égalité – Fraternité -, Anarchisme et Franc-Maçonnerie n’ont d’autre culte que la Liberté. L’un comme l’autre sont donc sinon anti-dogmatiques, du moins a-dogmatiques. Et pourtant, des anarchistes et des Francs-Maçons, amants déchirés par l’illusion que l’un(e) trompe l’autre (?), font régulièrement dans le dogmatisme et, usant d’ukases, de lettres de cachets, de fatwas, de bulles…, condamnent et… excommunient l’autre sans se rendre compte que, ainsi, ils déchirent, trahissent, renient… leur engagement et, ainsi, piétinent, bafouent, molestent, violentent,… et même… assassinent la Liberté dont ils se réclament : leur liberté mais, aussi et surtout, celle de l’Autre, celle de l’humaine condition.

Je cite un illustre anarchiste et franc-maçon, Léo Campion :

« Aussi est-il regrettable que des anarchistes sectaires excommunient la Franc-Maçonnerie au nom d’un pseudo-dogme de l’Anarchie (comme si l’Anarchie était anti-tout alors quelles est à-tout) et que les Maçons sous-évolués excommunient l’Anarchie au nom d’un pseudo-dogme de la Maçonnerie (comme si la Maçonnerie n’était que tradition, alors qu’elle est tradition, dialogue et progrès). Ces attitudes sont d’autant moins admissibles qu’au contraire l’Anarchie comme la Franc-Maçonnerie, anti-dogmatiques par essence, sont l’une comme l’autre tout le contraire d’un dogme. Elles qui ont en commun le culte de la Liberté et le sens de la Fraternité, avec comme but l’émancipation de l’Homme ».

En fait, s’ils s’entendent sur le point de départ et sur la destination du chemin, Anarchistes et Francs-Maçons, en revanche, ne font pas nécessairement le même choix d’itinéraire, certains des premiers admettant le recours à l’action illégale, certains des seconds n’acceptant que l’action légale. Et cette différence, si elle est bien une ligne de partage de méthodes, n’est pas véritablement une fracture de valeurs, de principes, de philosophie, d’éthique et, in fine, un schisme de l’humanisme.

En effet, la légalité et l’illégalité sont des concepts et des réalités juridiques . Elles sont donc tributaires du Droit en vigueur et, en définitive, de l’Autorité en place qui a le pouvoir d’imposer SON Droit et donc SA conception de ce qui est licite et de ce qui est illicite, notions, elles, éthiques, philosophiques, politiques, voire idéologiques. En la matière, la relativité est donc… la règle : le « ici » et le « maintenant » ne peuvent appeler à aucun… dogmatisme quand on se donne tant soit peu la peine de lire – et comprendre – l’Histoire et, plus simplement, d’être attentif à l’actualité, être curieux des us et coutumes et que, de surcroît, on se revendique anar ou maçon !

Comment un anar ne pourrait pas se sentir chez lui dans une Loge où, par définition, le maçon y est un homme libre ? Et comment, un maçon, parce que, justement, homme libre dans sa loge, pourrait ne pas accepter un anar qui vient librement à sa loge ?

Pourtant, les arguments avancés par certain(e)s FF... et SS... pour considérer que les anarchistes n’ont pas leur place au sein de leurs loges . Je n’en citerai que deux :

ü      les anarchistes sont, par nature et dans leurs actes, des… illégalistes alors que, comme le recommandent les Constitutions d’Anderson, un(e) maçon(ne), homme libre mais aussi… de bonnes mœurs, de respecter la Loi ; outre que l’accusation d’illégalisme couvre, en fait, une imposture intellectuelle qui consiste, à l’instar de la C.I.A. et d’Europol, à assimiler anarchisme et terrorisme, je rappellerai que, c’est au nom même de leur engagement maçonnique, que des maçon(ne)s parfois, et plus souvent qu’on ne le pense, considérant qu’au-dessus des contingences politiques, économiques, sociales… des lois il y a des lois universelles, comme celles des Droits des humains, désobéissent à la Loi. Je donnerai trois exemple de désobéissance maçonnique : un ancien, les lois racistes et fascistes de Vichy ; un plus récent, l’objection de conscience, en particulier lors de la guerre d’Algérie et un d’actualité, l’entêtement à faire œuvre de fraternité en portant assistance aux demandeurs d’asile et, plus généralement, aux sans papiers alors que, désormais, l’acte de solidarité peut être constitutif d’un délit et passible de prison.

ü      l’apprenti(e) jure d’être dévoué(e) à sa patrie alors que, c’est bien connu, les anarchistes n’ont pas… de patrie puisqu’ils – elles se disent internationalistes. Là encore, il s’agit d’une grossière erreur, délibérée ou involontaire, par ignorance : les anarchistes ne sont pas des internationalistes mais des… anationalistes et leur patrie est… l’humanité. L’humanité, une et indivisible, sans considération de nationalité et, bien entendu, de race, de sexe, de métier…, dont le dévouement envers laquelle relève d’un patriotisme bien particulier… la fraternité !

Différence de méthode ai-je dit ; une différence d’action dans et sur le monde profane. Mais cette différence disparaît, s’évanouit au franchissement de la porte du temple puisque, ensemble, FF... et SS..., anarchistes ou non, travaillent ensemble en toute liberté, en pleine égalité, en véritable fraternité.

Les chroniques de l’Histoire comme les archives des Obédiences, du moins pour celles qui ne revendiquent pas une… régularité dont, soit dit en passant, on peut s’interroger sur sa conformité avec le principe de Liberté constitutif de la F... M... , du maçon comme celle de l’humain, attestent de ce que, de la seconde moitié du XIXème siècle à la fin de la première moitié du XXème, quasiment TOUS les grands noms de l’Anarchisme et de l’Anarcho-syndicalisme, sont ceux de FF... et de SS.... [J'ai à votre disposition une liste d'autant plus impressionnante qu'elle est loin d'être exhaustive].

A la différence des marxistes-léninistes, des trotskistes, des maoïstes…, les anarchistes n’ont jamais fait dans l’entrisme. Il ne viendra donc à l’idée de personnes que les anarchistes qui sont entrés en maçonnerie l’ont fait par entrisme, pour la phagocyter. Considérant que la F... M... n’est ni un lobby – politique, économique, social…, pour ne pas dire affairiste, voire maffieux -, ni le tremplin d’aspirations personnelles de pouvoir, de renommée, de prestige, d’avantages divers et variés…, personne ne considérera non plus que l’engagement maçonnique des anarchistes obéissait à un intérêt… intéressé. De telles idées seraient d’ailleurs d’autant plus fallacieuses que, souvent, l’engagement anarchiste est la résultante – la conséquence logique, l’achèvement – de l’engagement maçonnique.

Entre eux-elles, les maçon(ne)s s’appellent frères et sœurs ; cela ne gêne aucunement un anarchiste maçon d’appeler ainsi celui-celle qui, dans le monde profane, est juge, policier, patron… car, outre que, se refusant à considérer que la carte fait le territoire et que, à cet instar, l’institution, la fonction, le titre, la classe…et, en somme…. le hasard de la naissance, font – ou défont – l’individu, l’anarchiste, comme le maçon, voit en tout individu ce qui échappe à l’aveuglement ou l’ignorance de certain(e)s : l’humain, c’est-à-dire à la fois l’humanité qu’il partage, malgré leurs différences, même si celles-ci sont, parfois, oppositionnelles, et l’être humain en lequel il se reconnaît fraternellement, en dépit d’éventuelles dissemblances du paraître, et même si cet autre n’est pas véritablement libre, à raison, par exemple, de son aliénation.

Entre eux, et notamment dans leurs actes et propos publics, les anarchistes s’appellent compagnons et compagnonnes. Pour deux raisons essentielles : d’abord, parce que ce terme renvoie au compagnonnage des métiers, manière de s’ancrer dans la tradition ouvrière et d’affirmer son statut de… prolétaire et, ensuite, parce que ce terme, du latin populaire « companio » et du latin classique « cum » et « panis », signifie celui-celle avec le-la-quel-le on partage le pain, c’est-à-dire… la vie. S’agissant de ce second motif, quel plus beau symbole de la fraternité que celui du partage du pain ? quel(le) maçon(ne) ne se retrouve pas dans cette symbolique ? ne peut-on considérer que, d’une certaine manière, pour ne pas dire d’une manière certaine, le terme de compagnon(ne) est la version… profane de celui de frère-sœur, même si, en dehors de la scène publique, les anarchistes n’hésite pas à se donner du frère et de la sœur.

Le partage de la vie… Les anarchistes sont des amant(e)s passionné(e)s de la vie. La vie qu’ils-elles aiment à en mourir quand c’est là le prix à payer pour rester debout, autrement dit libre et donc… humain ou bien encore pour la liberté d’un(e) autre. Les anarchistes aiment la vie avec passion et pourtant leur drapeau est… noir car :

[…] Pourquoi ce drapeau teint en noir ?
Est-ce une religion suprême ?
L’homme libre ne doit avoir
Pour penser nul besoin d’emblème !
- L’anarchiste n’accorde pas
A ce drapeau valeur d’idole,
Tout au plus n’est-ce qu’un symbole,
Mais en lui-même il porte son trépas
Car annonçant la fin des oripeaux
Il périra comme tous les drapeaux.
En Anarchie où régnera la Science,
Pour tout drapeau, l’homme aura sa conscience.

[Extrait du Chant du drapeau noir, Chanson de Louis Loréal (1922)]

ou bien encore :

[…] Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l’Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l’Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu’y’ en a pas un sur cent et qu’ pourtant ils existent
Et qu’ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout
Les anarchistes
(Extrait de Les Anarchistes, paroles et musique de Léo Ferré, 1966]

Au fait, avez vous remarqué que le fond des bannières maçonniques, malgré la lumière, voire les dorures de leurs décors est quasiment toujours… noir ?

Les médias ont fait des gorges chaudes sur les affaires qui ont impliqué des maçon(ne)s, sachant que les errements de quelques individus n’ont pas manqué d’être utilisés pour armer le bras de la croisade anti-maçonnique, née, comme de bien entendu, avec la F... M... elle-même. Il a existé, il existe et il existera de mauvais(es) maçon(ne)s donc, mais quelle société humaine, quel groupement d’individus peut se targuer d’être exempt de faux-frères et fausses-sœurs ; le mouvement anarchiste, dans sa dimension organisationnelle ou sa forme individualiste, compte aussi de faux compagnons et de fausses compagnonnes ? Cette similitude qui existe en matière d’hiatus entre la déclaration de principe – la revendication de l’identité maçonnique ou anarchique – et les propos tenus et, surtout, les actes posés, n’est-elle pas une passerelle de rapprochement entre les tenant(e)s de l’opposition irréductible entre Anarchisme et F... M... ? Un rapprochement, non de compromis – et encore moins de compromission -, pas même une paix des braves, non, juste le partage d’un questionnement : Pourquoi, depuis l’aube des temps, les plus beaux idéaux et, notamment, ceux s’inscrivant dans la tradition et le mouvement humanistes, invariablement, finissent toujours par être salis par certain(e)s d’entre ceux et celles qui s’en revendiquent ?

Je pourrai continuer longtemps encore cette litanie de ressemblances, frappantes, entre maçon(e)s et anarchistes avant d’aborder le projet maçonnique proprement dit. Le temps nous étant compté, je vais l’arrêter avec une ultime similitude pour pointer, malgré tout, une différence entre l’anarchiste et le-la maçon(ne).

Il existe en effet une différence importante entre l’anarchisme et la Franc-Maçonnerie : un(e) anarchiste peut militer, être anarchiste de façon isolée, sans adhérer à quelque structure que ce soit. Il-elle sera reconnu(e) comme tel(le) dès lors qu’ils professent les valeurs anarchiques essentielles et que son comportement comme son action sont conformes à son engagement et à ses valeurs. En revanche, un(e) maçon(ne) ne peut être véritablement maçon(ne) que pour autant qu’il-elle est membre d’une L... car c’est en ce lieu « sacré », plus que dans le monde profane, qu’il-elle est reconnu(e) comme tel(le) par ses pairs. Serait-ce parce que les anarchistes sont un peu plus individualistes que les maçon(ne)s et/ou que les maçon(ne)s sont un peu plus communistes que les anarchistes ?

 

*

* *

 

Venons-en à présent, V... M... , au projet maçonnique, c’est-à-dire au but que les maçon(ne)s se donnent ou bien encore à l’ »utopie » que la F... M... se propose de réaliser.

Dans le préambule de sa Constitution le G... O... D... B... stipule que : « A l’extérieur du temple, dans la volonté d’assurer la libre expression de la pensée humaine, l’Assemblée du Grand Orient pose comme ultime devoir à l’Obédience l’honneur de sauvegarder toujours, en dépit de toutes les menaces ou contraintes, les aspirations des hommes à la liberté, à l’égalité et à la fraternité » tandis que dans l’article 1er de sa Constitution le G... O... D... F... précise que : « La F M, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité« .

Se référant à la triptyque révolutionnaire de 1789, la F...M..., que les Anglais « orthodoxes » et gardiens de l’ordre… établi – celui de la société bourgeoise, dont ils sont les enfants, autrement dit du… capitalisme – considèrent comme… irrégulières, la F... M... donc appelle ses « adeptes » à travailler, dans le temple et hors du temple, pour l’avènement d’une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Il ne me semble pas que le caractère révolutionnaire d’un projet de changement ou d’un changement résulte du recours à la violence physique (insurrection, coup d’état, lutte armée…) mais, au contraire, de la… radicalité du changement. Ainsi, dans le domaine des connaissances et de la Science, Galilée, Copernic, Einstein, Freud… ont bien causé des révolutions sans pour autant recourir à la force. En politique, l’extension du suffrage universel aux femmes, l’abolition de la peine de mort pour ne prendre que ces exemples peuvent être considérés comme de véritables révolutions qui n’ont pas forcément été accouchées par la violence.

La radicalité d’un changement sociétal, comme, autre exemple, la reconnaissance des Droits de l’Enfant, peut donc résulter du seul fait du… progrès des mœurs, des pensées, des idées, des lois… Une telle voie de changement est usuellement qualifiée de réformisme pour l’opposer à une autre radicalité de changement qui, violente celle-ci, est qualifiée, du moins en politique, de… révolution.

Outre qu’elle ne repose que sur une différence de moyens, c’est-à-dire d’action ou, pour reprendre un terme maçonnique, de… travail et non de finalité, cette distinction occulte le fait qu’un changement radical, même s’il est recherché et obtenu pacifiquement, légalement, légitimement dans l’intérêt général tel qu’il peut s’incarner dans l’ »écrasante majorité » d’une population donnée, est toujours… forcément imposé à des intérêts particuliers – individus, groupements, communautés, classe… – qui ne se retrouvent pas dans le changement radical en question. Pour ces intérêts particuliers, le changement radical n’est pas une réforme mais une révolution, une révolution illégitime, expropriatrice, usurpatrice…

Permettez-moi une citation V... M... : « Le constat face aux injustices sociales, celles que l’on subit personnellement ou celles faites à autrui, provoque notre révolte et l’on se dit qu’on ne peut pas rester sans rien faire devant une telle situation… Mais le seul sentiment de révolte ne veut pas dire grand chose: il est tout relatif. Ce qui vous semblera inacceptable ne le sera pas forcément aux yeux d’un autre. Par soumission, par inconscience ou par idéologie, certains ne voient hélas rien d’abject dans le racisme; ou estiment “normal” d’être soumis aux ordres d’un chef ! En fait, tout dépend de notre vécu, de notre réflexion, de notre éthique, de ce que nous considérons comme possible. Pour notre part, si nous contestons radicalement la société actuelle, c’est parce que nous sommes convaincus qu’une société de liberté, d’égalité et de fraternité est réalisable ».

Cette citation pourrait être extraite du projet de création d’une L. ou d’une planche ou revue maçonnique. En fait, elle est tirée du programme de… l’Union Régionale Rhône-Alpes de la Fédération Anarchiste

D’aucuns, V... M..., ne manqueront pas de dire que le propos de ce texte est trop… ouvert, marqué et pas assez mesuré pour que le-la maçon(ne) lambda puisse s’y retrouver et que, surtout, il fait implicitement appel à la violence comme facteur de changement radical.

Examinons donc un autre texte, celui de la page d’accueil de la F...M... belge, « œuvre » collective du Grand Orient de Belgique (G.O.B.), de la Grande Loge Féminine de Belgique G.L.F.B.), de la Grande Loge de Belgique (G.L.B.) et de la Fédération belge du Droit Humain (D.H.), portail, est-il nécessaire de le souligner, est ouvert au public profane :

 

« Ces quatre Obédiences,

ont décidé d’ouvrir ce site Web afin d’informer le monde profane que la Franc-Maçonnerie adogmatique belge s’inspire des principes suivants :

Ce même texte précise que :

Propos… anodins. Aucunement révolutionnaires. Encore moins anarchistes. Et pourtant !

En effet, est-ce que le projet maçonnique de travailler à l’avènement d’une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité est… réformiste ? que nenni. Bien au contraire, ce projet est… révolutionnaire car n’est-ce pas vouloir faire la Révolution, au sens d’introduire un changement radical, que de vouloir instaurer la Liberté, l’Égalité et la Fraternité dans une société qui, en raison même de sa structuration économique et donc politique n’est ni libre, ni égale, ni fraternelle ? une société qui favorise l’accumulation des richesses de quelques un(e)s aux dépens de la misère d’une majorité sans cesse croissante ? le gain immédiat au prix de la (sur)vie de la planète et donc de l’humanité ? une société, disé-je, qui se construit sur et se nourrit de l’absence de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

En travaillant à l’évènement d’une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité les maçon(ne)s font œuvre d’… utopisme au sens où ils aspirent à la réalisation de leur idéal dans un contexte économique, politique, social, culturel, éthique… qui est l’antithèse de cet idéal.

Ce travail les maçon(ne)s le font dans le secret – que d’aucuns préfèrent qualifier de « simple discrétion » – de leurs loges. Au sens strict de « rassemblement de personnes ayant le projet, concerté et secret, de changer, transformer radicalement un ordre établi », c’est-à-dire une « société policée », les maçon(ne)s sont donc des… comploteurs – euses, terme qui, quelque peu désuet et désormais réservé aux seuls militaires, peut se traduire par… terroristes !

[Au passage, un bref rappel historique : Originellement (1794), le terme de terroriste a un sens particulier : celui d'une personne appliquant la politique de la Terreur pendant la Révolution française, ladite Terreur étant l'"ensemble des mesures d'exception prises par le gouvernement révolutionnaire depuis la chute des Girondins (juin 1793) jusqu'à celle de Robespierre (27 juillet 1794, 9 Thermidor de l'An II) ou, selon le mot de Robespierre "la justice prompte, sévère, inflexible". A l'origine donc, le terrorisme, sous la forme précise de "Terreur" fut sinon légitime, du moins… légal, cela est souvent oublié pour cause, sans doute, d'Alzheimer historique !].

Tout le monde s’accordera à dire que, de nos jours, peu de maçon(ne)s, à la différence de ceux qui, nombreux, au XIXème siècle firent le choix de la Charbonnerie en France, en Belgique, en Italie…, fomentent un complot qualifiable de terroriste pour arriver à leur fin : le changement radical de la société et que la plupart travaillent à ce changement en planchant sur l’étude et la critique de la société mais également en exerçant des… pressions, pas toujours amicales et fraternelles, sur et auprès des parlementaires, des gouvernants, des chefs d’entreprise…

Il existe un autre « art royal » de ce travail maçonnique : la… « propagande par l’exemple, la parole et les écrits » qui, dans le vocabulaire anarchiste peut se traduire par… « l’action directe » ou bien encore par… la propagande par le fait.

La société idéale dont « rêvent » les maçon(ne)s est une utopie comme l’est l’anarchie que les anarchistes attendent au lendemain du « Grand soir ». Ce rêve partagé est souvent payé au prix fort, celui de la répression. Pourtant, il continue d’être fait. Par entêtement ? Non, je ne le pense pas. Ce rêve continue d’être fait, parce que, voyez-vous, V... M... , le choix d’être anarchiste et/ou maçon, n’est pas… anodin : il est celui que font des individus qui, ayant fait le choix de naître à leur humanité, tout simplement, dans leur action quotidienne – leur travail en somme -, leurs faits, leurs propos et leurs gestes s’efforcent de rester humains pour eux-elles mêmes et pour les autres. On ne naît pas maçon ou anarchiste. On le devient par choix. Dans l’un et l’autre cas, ce choix, pour la plupart du temps, est la conséquence d’une… révolte, celle du refus de l’injustice, c’est-à-dire de l’aliénation, l’inégalité, de la bestialité.

[24], vénèreraient comme d’autres vénèrent des… reliques, histoire de s’assurer qu’ils restent bien dans la châsse du passé et que, surtout, ils ne viennent pas perturber le sommeil pantouflant des vivants

Non, « Liberté – Égalité – Fraternité » constituent bel et bien la quintessence d’un programme, celui du projet maçonnique d’une société (enfin) véritablement… humaine.

Ces trois mots peuvent être mis en musique sous un air de phrase et, ainsi, donner :

« La liberté comme base, l’égalité comme moyen, la fraternité comme but« .

Dans ce libellé, quel(le) maçon(ne) ne se reconnaît(ra) pas ? Son auteur n’est portant pas maçon mais… anarchiste. Il s’agit de Ricardo Mella qui, dans « El idéal anarquista », résuma le projet de société de la C.N.T. pour lequel des dizaines de milliers d’anarchistes moururent et sous la bannière duquel se rangèrent de nombreux maçon(ne)s contre la machine de guerre autant franquiste que stalinienne.

Des FF... ne manqueront pas de dire que les maçons, conformément au serment prononcé lors de leur initiation, sont respectueux de la Loi quand les anarchistes ne le sont pas. Mais, V... M..., à ces FF..., je pose la question suivante : de quelle Loi parlez-vous ? quelle Loi respectez-vous ? celle, par exemple, qui issue d’un suffrage démocratiquement majoritaire, instaure l’apartheid, l’état d’exception privatif de libertés individuelles et irrespectueux des droits fondamentaux, le délit de vagabondage pour un sans abri, un sans papier… ou bien celle de votre engagement maçonnique qui vous exhorte à lutter contre l’injustice, soutenir le faible, protéger la victime…, bref vous reconnaître en l’Autre, fût-il hors-la-loi de l’État, et le respecter autant que vous vous respectez ?

Face à un tel dilemme, de quel côté penche le cœur et l’action du maçon: celui, par exemple, de Thiers, boucher des Communard(e)s au nom du maintien de l’ordre et du respect de la Loi ou du F... communard et, peut-être anarchisant, même si cela importe peu de savoir qu’il le fût ou non, Félix Pyat qui proclama :

« Frères, citoyens de la grande partie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Égalité, Fraternité, et plus logique que la Ligue des Droits de Paris, vous, Francs-Maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle ».

Dans les différents forums, colloques, manifestations… organisés un peu partout, les anarchistes martèlent leur aspiration à une triple émancipation :

Ainsi, les anarchistes refusent le modèle sociétal, oppresseur et exploiteur, qui est la négation de l’individu et de ses aspirations. Ils cherchent par tous les moyens à montrer qu’il est possible et souhaitable de vivre dans une société libre, égalitaire (et donc égale) et fraternelle, gérée directement et librement par ses diverses composantes : individus, groupements sociaux, économiques, culturels, et ce dans le cadre due l’associationnisme et du fédéralisme libertaires.

Pour arriver à leurs fins, les anarchistes s’interdisent d’user de certains moyens car, comme le disait Errico Malatesta :  » ces moyens ne sont pas arbitraires, ils dérivent nécessairement des fins que l’on se propose et des circonstances dans lesquelles on lutte. En se trompant sur le choix des moyens, on n’atteint pas le but envisagé, mais on s’en éloigne, vers des réalités souvent opposées et qui sont la conséquence naturelle et nécessaire des méthodes que l’on emploie ».

Ne retrouve-t-on pas dans tout cela, même si dit autrement, le projet maçonnique ?

Les maçon(ne)s travaillent à l’avènement d’une société de Liberté, d’Égalité, de Fraternité qu’ils-elles ne… nomment point sauf à la qualifier de (véritablement) humaine et, parfois, d’…utopie, au sens d’idéal, de société idéale à bâtir. Pourtant, V... M... , une société de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, si elle est bien (véritablement) humaine, a, d’un point de vue historique, politique, philosophique et éthique, un nom : l’Anarchie.

En effet, sans multiplier à l’infini les définitions de l’Anarchie, j’en prendrai trois tirées de la toile :

Et une dernière de Pierre Kropotkine qui, lors de son procès à Lyon, le 1er janvier 1883, déclara :

Les anarchistes, messieurs, sont des citoyens qui, dans un siècle où l’on prêche partout la liberté des opinions, ont cru de leur devoir de se recommander de la liberté illimitée.(..) Nous voulons la liberté, c’est-à-dire que nous réclamons pour tout être humain le droit et le moyen de faire tout ce qui lui plaît, et de ne faire que ce qui lui plaît; de satisfaire intégralement tous ses besoins, sans autre limite que les impossibilités naturelles et les besoins de ses voisins également respectables.

Nous voulons la liberté et nous croyons son existence incompatible avec l’existence d’un pouvoir quelconque, quelles que soient son origine et sa forme, qu’il soit élu ou imposé, monarchiste ou républicain (…)

Le mal, en d’autres termes, aux yeux des anarchistes, ne réside pas dans telle forme de gouvernement plutôt que dans telle autre. Il est dans l’idée gouvernementale elle-même, il est dans le principe d’autorité.

La substitution, en un mot, dans les rapports humains, du libre contrat, perpétuellement révisable et résoluble, à la tutelle administrative et légale, à la discipline imposée, tel est notre idéal. Les anarchistes se proposent donc d’apprendre au peuple à se passer de gouvernement comme il commence à apprendre à se passer de Dieu.

Il apprendra également à se passer de propriétaires. Le pire des tyrans, en effet, n’est pas celui qui vous embastille, c’est celui qui vous affame. (..)

Pas de liberté sans égalité ! Pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé par les mains d’une minorité qui va se réduisant tous les jours et où rien n’est également réparti, pas même l’éducation publique, payée par les deniers de tous.

Nous croyons, nous, que le capital, patrimoine commun de l’humanité puisqu’il est le fruit de la collaboration des générations passées (…) doit être à la disposition de tous (…)

Nous voulons. en un mot, l’égalité : l’égalité de fait, comme corollaire ou plutôt comme condition primordiale de la liberté de chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins,- voilà ce que nous voulons sincèrement ».

Toutes ces définitions de l’anarchie, V... M... , ne sont-elles pas la traduction… politique du projet philosophique et éthique de la société idéale des maçon(ne)s ? Autrement dit, l’anarchie ne serait-elle pas le décryptage profane du symbolisme maçonnique de la triptyque, révolutionnaire en 1789, rappelons-le, de « Liberté – Égalité – Fraternité ».

En somme, V... M..., n’y a-t-il pas meilleure définition de l’anarchisme et de la F... M... que celle d’une utopie d’action et en action qui travaille à la construction d’un temple que d’aucuns se (com)plaisent à démolir sans cesse, le temple de l’humanité, parce que les anarchistes comme les maçon(ne)s ont pour précepte : « La liberté comme base, l’égalité comme moyen et la fraternité comme but ».

Ordo ab chaos – transformer le chaos en ordre, extraire l’ordre du chaos-, est-ce que cette devise maçonnique n’est pas la réplique (« sismique » ?) de ce mot de notre F\ Élisée Reclus « l’anarchie est la plus haute idée de l’ordre », mot que je me plais, en souvenir de notre S... Louise Michel, de compléter par « car elle est l’ordre sans le pouvoir » ?

 

*

* *

 

Comme je l’ai dit en préalable, V... M... , mon propos de ce midi n’aura pas été de démontrer quoi que ce soit et, encore moins, d’asséner quelque vérité que ce soit. Bien qu’impertinent et, pour certains, irrévérencieux, provocateur, voire même choquant, offusquant, outrageant, il aura été, plus humblement, de montrer que l’indéniable relation historique qu’il y a entre la F... M... et l’anarchisme et la non moins indéniable histoire d’amour passionné qui unit ces deux voies de l’humanisme peuvent être examinés en toute liberté de conscience et, ce faisant, qu’un chantier de travail, autant maçonnique qu’anarchique, peut et même doit être ouvert.

Et, pour étayer ma modeste invite, permettez-moi, V... M... , de faire appel à notre très illustre et non moins anarchiste F... Léo Campion :

« Aussi est-il regrettable que des anarchistes sectaires excommunient la Franc-Maçonnerie au nom d’un pseudo-dogme de l’Anarchie (comme si l’Anarchie était anti-tout alors quelles est à-tout) et que les Maçons sous-évolués excommunient l’Anarchie au nom d’un pseudo-dogme de la Maçonnerie (comme si la Maçonnerie n’était que tradition, alors qu’elle est tradition, dialogue et progrès). Ces attitudes sont d’autant moins admissibles qu’au contraire l’Anarchie comme la Franc-Maçonnerie, anti-dogmatiques par essence, sont l’une comme l’autre tout le contraire d’un dogme. Elles qui ont en commun le culte de la Liberté et le sens de la Fraternité, avec comme but l’émancipation de l’Homme ».

J’ai dit V... M...

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Additif

Petites réflexions personnelles sur une lecture comparée

des Constitutions du G...O...D...F... et du G...O...D...B...

 

 

Je note que, dans l’article 1er de sa constitution, le G...O...D...B... se dit Obéd...… masculine, ce qui justifie non l’exclusion des femmes mais la « réservation exclusive » de l’Obéd... aux hommes. Ce n’est pas seulement une nuance. C’est une disposition qui, d’un point de vue juridique, ne tombe pas sous le coup de la Loi et, notamment, de celle sanctionnant la ségrégation à raison du sexe.

En effet, les diverses dispositions législatives et réglementaires qui instituent le délit de « ségrégation » sous toutes ses formes (racisme, sexisme, sexualisme…) condamnent l’exclusion d’un individu à raison de sa « particularité » mais n’interdisent pas la constitution d’une association (d’une « communauté ») à raison d’une… particularité.

Jésuitisme peut-on penser. Certes. Mais cette différence met le G...O...D...B... dans une position plus facile que le G...O...D...F... à l’égard des femmes dans la mesure où ce dernier, ne se revendiquant pas Obéd...… masculine n’a aucun motif statutaire à opposer à l’initiation de femmes et tombe donc sous le coup de la ségrégation à raison du sexe !

Par ailleurs, le G...O...D...B..., dans l’article 1er de sa Constitution, se qualifie d’initiatique et progressive ET de cosmopolite et progressiste.

Le G...O...D...F..., dans l’article 1er de sa Constitution, se qualifie d’institution philanthropique, philosophique et progressive.

Le lien que le G...O...D...B... fait entre les caractères initiatique et progressif est cohérent en ce que ces deux « traits » caractérisent bien une institution initiatique qui ne se contente pas d’initier (d’accueillir) des profanes mais qui, l’initiation effectuée, offre un parcours, un chemin, un… perfectionnement. Dans ce cas, le terme « progressif » (du latin « progressus », 1372) est pris dans son acception propre « qui porte à avancer, à mouvoir » (exemple : une faculté progressive), qui s’accroît, se développe, progresse, qui suit une progression, un mouvement par degrés, qui s’effectue d’une manière régulière, constante et graduelle et, accessoirement, qui participe du progrès.

Au rit français, lors de l’ouverture des travaux le F... Orat..., en commentant l’article 1er de la Constitution du G... O... D... F..., indique que ce terme de (institution) « progressive est pris dans son sens propre de « qui ne se confine pas dans le passé ». Cette acception, si elle est correcte, selon notre F... Littré, ne prend en compte que la notion de mouvement, d’avancement (et d’avancée) mais pas nécessairement de… progression, de graduation.

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Anarchisme et Franc-Maçonnerie 12 mai, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Anarchisme et Franc-Maçonnerie

A Roger, mon frère, qui est anarchiste parce que, tout simplement, il s’efforce d’être humain.

V... M...,

Avant de donner lecture de mon travail, permettez-moi, de faire une dédicace et quelques citations :

La dédicace d’abord : je dédie mon travail aux :

« imbéciles, qui, ne sachant rien de la Franc-Maçonnerie,

se permettent d’en parler ».

Ainsi que :

« Aux imbéciles- souvent les mêmes que les précédent(e)s – qui s’imaginent être anarchistes,

parce qu’ils-elles se disent tel(le)s et, ne sachant en définitive pas ce qu’est l’Anarchisme,

s’autorisent à dire qu’il est incompatible avec le Maçonnisme ».

 

Les citations à présent :

Du F... anarchiste Léo Campion :

« Si les Maçons anarchistes sont une infime minorité, la vocation libertaire de la Maçonnerie est indéniable (…) elle est la seule association à laquelle puisse adhérer celui qui n’adhère à rien ».

Du F... Oscar Wirth ensuite :

« Franc-Maçonnerie, suprême École de la liberté« .

Puis, du F... communard et, peut-être anarchisant, même si cela importe peu de savoir qu’il le fût ou non, Félix Pyat.

« Frères, citoyens de la grande partie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Égalité, Fraternité, et plus logique que la Ligue des Droits de Paris, vous, Francs-Maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle ».

Du F... anarchiste René Valfort encore :

« Un milieu comme la Franc-Maçonnerie, dont les principes fondamentaux sont : la tolérance, la fraternité, la liberté de pensée, le respect de la personne humaine, dont l’objet principal est l’éducation des individus et la formation d’une élite, ne peut pas être inutile au progrès de l’Humanité. Et de cela les anarchistes, moins que quiconque, ne doivent douter, vu l’importance qu’ils attachent à l’éducation ».

Et, enfin, un très bref extrait du Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie :

« L’Anarchisme est la passion de la Liberté mise en théories. Et aussi en pratique lorsque faire se peut ».

 

*****

 

Il n’est pas dans mon propos de disserter en raison, c’est-à-dire d’un point de vue philosophique, historique, psychologique sociologique, politique…, sur la compatibilité ou l’incompatibilité de l’Anarchisme et de la Franc-Maçonnerie, d’autres plus compétents que moi, illustres Anarchistes, FF... et/ou… FF... anarchistes l’ayant déjà fait à maintes reprises.

Mon propos est plus modeste, plus humble. Il s’agit seulement d’évoquer les grandes pages de cet histoire d’amour, passionné, passionnel et passionnant , entre l’Anarchisme et la Franc-Maçonnerie, histoire nourrie du vécu de grand acteurs de ces deux mouvements mais, aussi et sans doute surtout, d’individus dont l’anonymat est la marque de leur honnêteté, ce terme étant pris dans son acception du XVIIème siècle.

Anarchisme et Franc-Maçonnerie sont deux courants de pensée et deux mouvements d’action qui s’inscrivent dans l’humanisme, lequel est né avec la premier humain ayant pris conscience de ce qu’il-elle pouvait naître à son humanité s’il-elle en faisait librement le choix.

Dans les deux cas, à l’origine, il y a nécessairement un choix, le choix de s’engager. Les engagements anarchique et maçonnique sont scellés par la liberté : la liberté du choix de l’individu d’abord qui, un jour, décide d’entrer en anarchisme ou en Franc-Maçonnerie – voire, en l’un ET en l’autre – ; la Liberté ensuite, avec un grand « L », constitutive à la fois de l’humaine condition : l’humanité par différenciation d’avec le non-humain, le pré-humain, l’a-humain, l’in-humain, du projet anarchique et maçonnique : la libération des individus et de la Société humaine et, enfin, de la fin anarchiste et maçonnique : l’achèvement de l’humanité, c’est-à-dire l’avènement d’une Société véritablement humaine.

Ayant la même devise – Liberté – Égalité – Fraternité -, Anarchisme et Franc-Maçonnerie n’ont d’autre culte que la Liberté. L’un comme l’autre sont donc sinon anti-dogmatiques, du moins a-dogmatiques. Et pourtant, des anarchistes et des Francs-Maçons, amants déchirés par l’illusion que l’un(e) trompe l’autre (?), font régulièrement dans le dogmatisme et, usant d’ukases, de lettres de cachets, de fatwas, de bulles…, condamnent et… excommunient l’autre sans se rendre compte que, ainsi, ils déchirent, trahissent, renient… leur engagement et, ainsi, piétinent, bafouent, molestent, violentent,… et même… assassinent la Liberté dont ils se réclament : leur liberté mais, aussi et surtout, celle de l’Autre, celle de l’humaine condition.

Je cite un illustre anarchiste et franc-maçon, Léo Campion :

« Aussi est-il regrettable que des anarchistes sectaires excommunient la Franc-Maçonnerie au nom d’un pseudo-dogme de l’Anarchie (comme si l’Anarchie était anti-tout alors quelles est à-tout) et que les Maçons sous-évolués excommunient l’Anarchie au nom d’un pseudo-dogme de la Maçonnerie (comme si la Maçonnerie n’était que tradition, alors qu’elle est tradition, dialogue et progrès). Ces attitudes sont d’autant moins admissibles qu’au contraire l’Anarchie comme la Franc-Maçonnerie, anti-dogmatiques par essence, sont l’une comme l’autre tout le contraire d’un dogme. Elles qui ont en commun le culte de la Liberté et le sens de la Fraternité, avec comme but l’émancipation de l’Homme ».

En fait, s’ils s’entendent sur le point de départ et sur la destination du chemin, Anarchistes et Francs-Maçons, en revanche, ne font pas nécessairement le même choix d’itinéraire, certains des premiers admettant le recours à l’action illégale, certains des seconds n’acceptant que l’action légale. Et cette différence, si elle est bien une ligne de partage de méthodes, n’est pas véritablement une fracture de valeurs, de principes, de philosophie, d’éthique et, in fine, un schisme de l’humanisme.

En effet, la légalité et l’illégalité sont des concepts et des réalités juridiques . Elles sont donc tributaires du Droit en vigueur et, en définitive, de l’Autorité en place qui a le pouvoir d’imposer SON Droit et donc SA conception de ce qui est licite et de ce qui est illicite, notions, elles, éthiques, philosophiques, politiques, voire idéologiques. En la matière, la relativité est donc… la règle : le « ici » et le « maintenant » ne peuvent appeler à aucun… dogmatisme quand on se donne tant soit peu la peine de lire – et comprendre – l’Histoire et, plus simplement, d’être attentif à l’actualité, être curieux des us et coutumes et que, de surcroît, on se revendique anar ou maçon !

Comment un anar ne pourrait pas se sentir chez lui dans une Loge où, par définition, le maçon y est un homme libre ? Et comment, un maçon, parce que, justement, homme libre dans sa loge, pourrait ne pas accepter un anar qui vient librement à sa loge ?

Pourtant, les arguments avancés par certain(e)s FF... et SS... pour considérer que les anarchistes n’ont pas leur place au sein de leurs loges . Je n’en citerai que deux :

ü      les anarchistes sont, par nature et dans leurs actes, des… illégalistes alors que, comme le recommandent les Constitutions d’Anderson, un(e) maçon(ne), homme libre mais aussi… de bonnes moeurs, de respecter la Loi ; outre que l’accusation d’illégalisme couvre, en fait, une imposture intellectuelle qui consiste, à l’instar de la C.I.A. et d’Europol, à assimiler anarchisme et terrorisme, je rappellerai que, c’est au nom même de leur engagement maonnique, que des maçon(ne)s parfois, et plus souvent qu’on ne le pense, considérant qu’au-dessus des contingences politiques, économiques, sociales… des lois il y a des lois universelles, comme celles des Droits des humains,désobéissent à la Loi. Je donnerai trois exemple de désobéissance maçonnique : un ancien, les lois racistes et fascistes de Vichy ; un plus récent, l’objection de conscience, en particulier lors de la guerre d’Algérie et un d’actualité, l’entêtement à faire œuvre de fraternité en portant assistance aux demandeurs d’asile et, plus généralement, aux sans papiers alors que, désormais, l’acte de solidarité peut être constitutif d’un délit et passible de prison.

ü      l’apprenti(e) jure d’être dévoué(e) à sa patrie alors que, c’est bien connu, les anarchistes n’ont pas… de patrie puisqu’ils-elles se disent internationalistes. Là encore, il s’agit d’une grossière erreur, délibérée ou involontaire, par ignorance : les anarchistes ne sont pas des internationalistes mais des… anationalistes et leur patrie est… l’humanité. L’humanité, une et indivisible, sans considération de nationalité et, bien entendu, de race, de sexe, de métier…, dont le dévouement envers laquelle relève d’un patriotisme bien particulier… la fraternité !

Différence de méthode ai-je dit ; une différence d’action dans et sur le monde profane. Mais cette différence disparaît, s’évanouit au franchissement de la porte du temple puisque, ensemble, FF... et SS..., anarchistes ou non, travaillent ensemble en toute liberté, en pleine égalité, en véritable fraternité.

Les chroniques de l’Histoire comme les archives des Obédiences, du moins pour celles qui ne revendiquent pas une… régularité dont, soit dit en passant, on peut s’interroger sur sa conformité avec le principe de Liberté constitutif de la F... M... , du maçon comme celle de l’humain, attestent de ce que, de la seconde moitié du XIXème siècle à la fin de la première moitié du XXème, quasiment TOUS les grands noms de l’Anarchisme et de l’Anarcho-syndicalisme, sont ceux de FF... et de SS.... [J'ai à votre disposition une liste d'autant plus impressionnante qu'elle est loin d'être exhaustive].

A la différence des marxistes-léninistes, des trotskystes, des maoïstes…, les anarchistes n’ont jamais fait dans l’entrisme. Il ne viendra donc à l’idée de personnes que les anarchistes qui sont entrés en maçonnerie l’ont fait par entrisme, pour la phagocyter. Considérant que la F... M...lobby – politique, économique, social…, pour ne pas dire affairiste, voire maffieux -, ni le tremplin d’aspirations personnelles de pouvoir, de renommée, de prestige, d’avantages divers et variés…, personne ne considérera non plus que l’engagement maçonnique des anarchistes obéissait à un intérêt… intéressé. De telles idées seraient d’ailleurs d’autant plus fallacieuses que, souvent, l’engagement anarchiste est la résultante – la conséquence logique, l’achèvement – de l’engagement maçonnique. n’est ni un

Inversement, quand on connaît le prix à payer de l’engagement anarchiste, personne ne supposera que les maçons qui sont entrés enintéressé ! anarchisme l’ont fait par intérêt…

A ce sujet, j’ouvre une parenthèse pour poser une question : aucun anarchiste n’a adhéré à la Charbonnerie alors que de nombreux FF... (à cette époque, il n’y avait pas de SS...) l’ont fait et ce, bien que la Charbonnerie fût constituée pour… renverser la Loi par des méthodes… illégales. D’où ma simple question : pourquoi ?

Est-ce à dire que, depuis la seconde moitié du XXème siècle, sinon l’absence, du moins la rareté de grands noms de l’Anarchisme au sein de la F... M... signifieraient que les anarchistes, délibérément ou non, aient décidé de ne plus entrer en F... M... ou même de la déserter ? Non, cette présence anarchiste au sein de la F... M... est toujours bien vivante, réelle mais elle est plus… discrète pour plusieurs raisons :

§         d’abord parce que, tout simplement, de nos jours, il y a moins de grands noms anarchistes qu’auparavant, non pas parce qu’il n’y a plus de grands anarchistes mais parce que le mouvement anarchiste n’est plus géo-centré mais réparti sur l’ensemble du globe et que, au local (dans tel ou tel pays, voire dans telle ou telle région), les anarchistes fortement investi(e)s dans leur action, nécessairement locale, n’ont plus le temps de rayonner au plan international (ou même national) ;

§         ensuite parce que bon nombre de grands noms de l’anarchisme sont ceux d’auteur(e)s (comme, par exemple, Noam Chomsky) et/ou de militant(e)s qui vivent dans des pays où les obédiences irrégulières sont elles-mêmes inexistantes ou marginales quand les obédiences régulières, comme cela été le cas au XIXème siècle refusent d’accueillir les anarchistes parce ce qu’ils-elles ne sont pas de bonnes mœurs mais, au contraire, d’un athéisme fort… mécréant ;

§         mais également parce, davantage tirés vers l’action que la réflexion – le corpus de la théorie anarchiste étant fort riche – beaucoup d’anarchistes préfèrent, désormais s’investir, dans des O.N.G. (L.D.H., M.R.A.P., Amnesty International, Green Peace…), des associations de proximité (Centres sociaux, Maisons de Quartier, Comité de Quartier, M.J.C…), des actions-expérimentations (squats en particulier)… ;

§         enfin, parce que, sauf circonstances exceptionnelles, l’engagement maçonnique d’un individu lambda n’emporte pas nécessairement la révélation et/ou la promotion de son engagement anarchiste (en ajoutant, naturellement, et… réciproquement !).

Entre eux-elles, les mçon(ne)s s’appellent frères et sœurs ; cela ne gêne aucunement un anarchiste maçon d’appeler ainsi celui-celle qui, dans le monde profane, est juge, policier, patron… car, outre que, se refusant à considérer que la carte fait le territoire et que, à cet instar, l’institution, la fonction, le titre, la classe…et, en somme…. le hasard de la naissance, font – ou défont – l’individu, l’anarchiste, comme le maçon, voit en tout individu ce qui échappe à l’aveuglement ou l’ignorance de certain(e)s : l’humain, c’est-à-dire à la fois l’humanité qu’il partage, malgré leurs différences, même si celles-ci sont, parfois, oppositionnelles, et l’être humain en lequel il se reconnaît fraternellement, en dépit d’éventuelles dissemblances du paraître, et même si cet autre n’est pas véritablement libre, à raison, par exemple, de son aliénation.

Entre eux, et notamment dans leurs actes et propos publics, les anarchistes s’appellent compagnons et compagnonnes. Pour deux raisons essentielles : d’abord, parce que ce terme renvoie au compagnonnage des métiers, manière de s’ancrer dans la tradition ouvrière et d’affirmer son statut de… prolétaire et, ensuite, parce que ce terme, du latin populaire « companio » et du latin classique « cum » et « panis », signifie celui-celle avec le-la-quel-le on partage le pain, c’est-à-dire… la vie. S’agissant de ce second motif, quel plus beau symbole de la fraternité que celui du partage du pain ? quel(le) maçon(ne) ne se retrouve pas dans cette symbolique ? ne peut-on considérer que, d’une certaine manière, pour ne pas dire d’une manière certaine, le terme de compagnon(ne) est la version… profane de celui de frère-sœur, même si, en dehors de la scène publique, les anarchistes n’hésite pas à se donner du frère et de la sœur.

Le partage de la vie… Les anarchistes sont des amant(e)s passionné(e)s de la vie. La vie qu’ils-elles aiment à en mourir quand c’est là le prix à payer pour rester debout, autrement dit libre et donc… humain ou bien encore pour la liberté d’un(e) autre. Les anarchistes aiment la vie avec passion et pourtant leur drapeau est… noir car :

[…] Pourquoi ce drapeau teint en noir ?
Est-ce une religion suprême ?
L’homme libre ne doit avoir
Pour penser nul besoin d’emblème !
- L’anarchiste n’accorde pas
A ce drapeau valeur d’idole,
Tout au plus n’est-ce qu’un symbole,
Mais en lui-même il porte son trépas
Car annonçant la fin des oripeaux
Il périra comme tous les drapeaux.
En Anarchie où régnera la Science,
Pour tout drapeau, l’homme aura sa conscience.

[Extrait du Chant du drapeau noir, Chanson de Louis Loréal (1922)]

ou bien encore :

[…] Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l’Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l’Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu’y'en a pas un sur cent et qu’ pourtant ils existent
Et qu’ils se tiennent bien bras dessus bras dessous
Joyeux et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout
Les anarchistes
(Extrait de Les Anarchistes, paroles et musique de Léo Ferré, 1966]

Au fait, avez vous remarqué que le fond des bannières maçonniques, malgré la lumière, voire les dorures de leurs décors est quasiment toujours… noir ?

Les médias ont fait des gorges chaudes sur les affaires qui ont impliqué des maçon(ne)s, sachant que les errements de quelques individus n’ont pas manqué d’être utilisés pour armer le bras de la croisade anti-maçonnique, née, comme de bien entendu, avec la F.....elle-même. Il a existé, il existe et il existera de mauvais(es) maçon(ne)s donc, mais quelle société humaine, quel groupement d’individus peut se targuer d’être exempt de faux-frères et fausses-sœurs ; le mouvement anarchiste, dans sa dimension organisationnelle ou sa forme individualiste, compte aussi de faux compagnons et de fausses compagnonnes ? Cette similitude qui existe en matière d’hiatus entre la déclaration de principe – la revendication de l’identité maçonnique ou anarchique – et les propos tenus et, surtout, les actes posés, n’est-elle pas une passerelle de rapprochement entre les tenant(e)s de l’opposition irréductible entre Anarchisme et F... M... ? Un rapprochement, non de compromis – et encore moins de compromission -, pas même une paix des braves, non, juste le partage d’un questionnement : M

Pourquoi, depuis l’aube des temps, les plus beaux idéaux et, notamment, ceux s’inscrivant dans la tradition et le mouvement humanistes, invariablement, finissent toujours par être salis par certain(e)s d’entre ceux et celles qui s’en revendiquent ?

J’ai dit, V... M...

Anarchisme et Franc-Maçonnerie

ANNEXE

Remarque préliminaire

Il ne s’agit pas de développer ici un argumentaire, historique, philosophique, politique…, sur la compatibilité, voire la longue « histoire d’amour », entre Anarchisme et Franc-Maçonnerie, anarchiste et maçons mais de donner quelques points de repères, quasi exclusivement tirés de « Le drapeau noir, l’équerre et le compas » de Léo Campion.

I – Citations

Symbolisme théologique                            Symbolisme maçonnique

Divinité                                                       Humanité

Révélation                                                   Raison

Privilège                                                      Egalité

Charité                                                        Solidarité

Grâce                                                         Justice

Sujétion                                                      Liberté

Léo Campion d’après Michel Bakounine.

 

Quelques Francs(ches)-Maçon(ne)s anarchistes

(ou inversement ou, encore, réciproquement)

Liste aucunement exhaustive donnée à titre indicatif

Agostino Bertani

Albert Laisant (fils de Charles-Ange Laisant)

André Prévotel

Andrée Prévotel

Aristide Bruant

Auguste Blanqui

Augustin Hamon

Avelinon Gonzalès Mallada

Benoît Malon

Bernard Salmon

Charles Albert

Charles d’Avray

Charles Malato

Charles-Ange Laisant

 

extrait de : hiram online.com

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Grande Loge Liberale de Turquie Declaration Universelle 21 février, 2009

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Grande Loge Liberale de Turquie
Declaration Universelle

 

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Nous, la Grande Loge Libérale de Turquie, préconisons une conception moderne,humaniste, libérale, évolutive et universelle de la franc-maçonnerie.

Nous refusons toute discrimination entre les entités, organisations, obédiences et rites maçonniques tant que ceux-ci oeuvrent dans le respect des objectifs universellement connus de la franc-maçonnerie.

Quels que soient leur mode de création, leur système d’organisation et de direction, le rite ou le système maçonnique adopté, nous prônons l’Idéal humaniste de la franc-maçonnerie qui préconise pour l’humanité entière le bonheur et la paix, et qui se propose de former la Chaîne d’Union entre toute obédience, juridiction, fédération ou loge, tout conseil, chapitre ou atelier maçonnique existant sur terre.

Nous jugeons qu’il est impératif pour les entités maçonniques d’œuvrer ensemble, et avec leurs membres, pour concrétiser cet Idéal Universel, constituant notre objectif commun à atteindre. Nous reconnaissons comme régulière toute obédience faisant partie de la maçonnerie universelle et qui poursuit ses travaux en ayant comme objectif la réalisation de notre Idéal. Nous tenons ouverts nos cœurs et les portes de nos temples à tous les frères et sœurs qui travaillent dans le respect de ce principe maçonnique.

Nous, La Grande Loge Libérale de Turquie, travaillons dans les trois grades symboliques du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Cependant, nous respectons avec autant de considération tout autre rite et grade.

Nous estimons que les obédiences maçonniques ont le libre choix des principes et méthodes de travail et que la diversité de ces principes et méthodes constitue un enrichissement de la franc-maçonnerie sur le plan universel. Aussi, nous refusons de nous ranger auprès des considérations imposant leurs principes et méthodes maçonniques comme étant invariables et les seules valables.

Nous refusons de faire des discriminations entre les différentes loges et obédiences. Nous sommes par ailleurs convaincus que les différences existant entre les nations relevant de la politique, de l’économie, de la culture et de l’histoire ne doivent pas constituer une raison discriminatoire entre les obédiences.

Pour devenir franc-maçon, nous estimons qu’il est nécessaire et suffisant d’être en âge adulte, capable de raisonner librement, loyal, honnête, sincère, ayant reçu un enseignement suffisantpour lui permettre de comprendre les principes et les propositions de la franc-maçonnerie, faisant preuve d’une personnalité ouverte à son propre développement. Nous laissons à l’appréciation de chaque obédience le fait d’exiger d’autres qualités de leurs candidats.

Nous, La Grande Loge Libérale de Turquie, estimons que recourir aux discriminations entre les êtres humains concernant leur nation, race, langue, religion, sexe, niveau économique, culturel et autres est contraire aux principes universels de la franc-maçonnerie.

Notre obédience travaille avec le respect de trois principes qui constituent un tout pour guider ses travaux et qui n’engagent aucunement les autres obédiences: LIBERTE, EGALITE et FRATERNITE

Nous pensons que le chemin qui aboutit à l’Idéal universel de l’être humain, se proposant de concrétiser la paix, le bonheur et la fraternité sur terre, ne peut se réaliser sans la perfection de soi, le respect de la tolérance, le concours de l’amour entre les hommes et loin de toute discrimination. Nous espérons apercevoir les reflets de cette amélioration dans chacune des actions entreprises pour le bien de l’humanité.

Nous, La Grande Loge Libérale de Turquie, n’initions que des frères. Cependant, dans nos tenues, nous recevons nos sœurs avec autant d’enthousiasme. Homme ou femme, nous estimons que tout être humain, dans le respect des droits et des devoirs de l’homme, doit naturellement et impérativement avoir les mêmes chances pour être reçu franc-maçon. Au nom de la dignité humaine, nous souhaitons la modification des approches existant à l’encontre de ce propos.

Nous préconisons ne pas intervenir dans la religion, croyance ou manque de croyance, et dans les considérations personnelles des êtres humains. A ce sujet, nous estimons que les approches dépourvues de tolérance ne font qu’aggraver les luttes, animosités et disputes entre les hommes.

C’est la raison pour laquelle, lors de nos tenues, le Livre qui est posé sur l’Autel des Serments est composé de pages blanches.

Dans nos loges, nous préconisons la discussion sans parti pris, avec une démarche scientifique et rationnelle, de tout sujet relatif aux religions, croyances, coutumes, régimes ou doctrines économiques ou politiques. Nous estimons que cette façon d’aborder les sujets concourt au développement de nos savoirs et de nos capacités intellectuelles, ainsi qu’à l’élargissement de notre horizon culturel. Cependant, nous nous abstenons de traiter les sujets qui sont contraires à la raison, à la science positive, et qui ne favorisent pas le progrès universel de l’homme.

Quelque soit le sujet discuté, nous trouvons contraire à l’esprit de la franc-maçonnerie toute prise de position ou point de vue qui serait imposé aux individus et aux communautés d’hommes. Nous estimons que les conclusions se rapportant aux sujets de réflexions traités dans les loges n’engagent ni la loge en question, ni notre obédience, ni non plus la franc-maçonnerie en général. Nous refusons de considérer nos prises de position et nos réflexions comme définitives et ultimes.

Nous, La Grande Loge Libérale de Turquie, sommes conscients que la franc-maçonnerie a réussi à franchir les siècles de son existence grâce au respect de ses principes et de ses traditions. Cependant, nous sommes convaincus également que la franc-maçonnerie ne peut être un pôle d’attraction permanent que si elle réussit à mener son existence en accord avec les exigences de son temps.

La tradition première de la franc-maçonnerie qui lui a permis d’exister hier comme aujourd’hui, et qui lui permettra d’atteindre les lendemains, est sa capacité de s’adapter au temps présent. Nous estimons que toutes les autres traditions de la franc-maçonnerie doivent être interprétées à la lumière de cette tradition première.

Pour remplacer nos méthodes et nos traditions devenues obsolètes, nous préconisons de développer des approches progressistes et avant-gardistes, en accord avec nos objectifs et nos principes. Nous sommes convaincus que la mise à l’essai de ces nouvelles approches et l’adoption de celles qui conviennent à notre méthode de travail constituent la preuve de la capacité de la franc-maçonnerie à oeuvrer en harmonie avec les exigences de son temps. Nous laissons au temps et aux lois de l’évolution le soin de transformer nos principes et traditions dépassés en un souvenir faisant partie de l’histoire maçonnique.

Nous, la Grande Loge Libérale de Turquie, considérons que devenir franc-maçon implique le fait de s’interroger, de s’améliorer, de progresser pour son propre perfectionnement, de devenir un homme respectueux de sa famille, de sa nation et au service de l’humanité. Nous émettons ainsi le souhait de voir les autres obédiences maçonniques sur terre partager notre approche maçonnique ainsi définie.

http://www.mason-mahfili.org.tr/main/index.asp

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Propos de celui qui aurait voulu être sage 1 février, 2009

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  Propos

  de celui qui

  aurait voulu être sage

 

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Les jours s’en vont, sans que je puisse mieux que quiconque savoir où, et le sens de la vie m’échappe comme à tout le monde! l’immensité du ciel où brillent les étoiles pèse comme une énigme sur la lumière de la vie. Et nous allons sans savoir où, jouets de nous-même et des autres, avec la fragile boussole de nos illusions et de nos espoirs.


Quelles colossales hécatombes ont nourri l’humanité et ses chimères sans que jamais soit percée cette immensité vide de sens! Pourquoi attendons-nous une réponse ? Quel orgueil nous pousse à croire que pour nous un coin du voile sera soulevé, et que nous percevrons la raison de nos destinées ?

Cette histoire que l’on nous raconte, de la filiation qui remonte des cellules primaires de la bactérie et de l’amibe, que nous apporte-t-elle, comme assurance d’une assomption? Et cependant, comment ne pas croire que cela va quelque part ?

Si l’on y réfléchit – et qui n’y a pas réfléchi – comment justifier que quelque chose soit ? Et qu’est-ce que justifier sinon chercher une réponse à la présence à partir d’une autre présence.

Mais quelle dérision de croire que cette présence avant la présence est celle d’un Dieu à notre image, comme si cet univers tournait autour de nous ?

Il me semble que la sagesse consiste à ne pas chercher au-delà de nous-même une réponse à notre propre vie. Et quelle réponse nous peut être donnée qui ne soit pas un artifice, une convention, dont nous arrêtons les termes comme une sorte de contrat avec l’inconnu ?

Goethe, qui savait fermement réduire les recherches humaines aux données positives n’en a pas moins affronté le grand mystère avec Faust, et sa quête ne l’a mené nulle part, si ce n’est aux honneurs dérisoires d’une petite cour de province.

Que notre cerveau soit capable d’embrasser le monde, ou qu’il réduise ses capacités au travail quotidien et aux besoins de l’heure, la vie ne s’en écoule pas moins au delà de nous comme un grand fleuve dont nous ne pouvons explorer toutes les rives, ni connaître l’embouchure. Ou plus exactement, nous poursuivons du regard dans la nuit l’imense flux des forces vivantes, sans pouvoir. imaginer qu’un jour elles  combleront ce vide où des soleils se perdent à jamais.

Savoir borner ses regards aux choses immédiates, c’est une leçon que l’on ne donne plus nulle part. Et cependant; quelle leçon serait plus utiles aux hommes et aux enfants, de nos jours.

L’orgueil du savoir est-il à ce point une sauvegarde que nous ayons à nous féliciter d’en entretenir les vertus ?

La force de borner son regard aux choses immédiates est sans doute la vertu la plus haute .de celui qui cherche le vrai savoir. Mais c’est sans doute contrairement à nos illusions prétentieuses, la souveraine capacité du sage. S’abstenir de répondre à la tentation du vide et continuer son métier d’homme, y a-t-il en définitive d’autre solution ?

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Le philosophe jadis, devait tout connaître des sciences de son temps. Il devait même, d’une façon traditionnelle, en assumer la synthèse, et dégager les grandes lois de l’être, à travers les données des aventures de l’esprit, et des observations sensibles.

Dégager les constantes déterminant la condition humaine c’est, d’une certaine façon ce que les sciences dites dures (celles qui s’attachent à la connaissance de ce que l’on désigne sous le nom de matière) tentent de faire en dégageant de l’observation, et selon une formulation mathématique, les constantes des rapports entre les choses que l’on nomme lois.

Ce que les sciences dites dures fournissent à la connaissance, en fait, ce sont des invariants, et comme couronnement de la connaissance scientifique, une évidence s’est faite jour: la constance de l’instable.

Ce n’est pas une découverte récente, Parménide en avait fait le pivot de sa philosophie. Mais quand les chercheurs d’absolu se sont trouvés devant cette contradiction fondamentale: l’évidence de l’être en fonction de son évolution, et la constance de la manifestation, conditionnée par le changement, une sorte de blocage s’est produit qui a provoqué un retournement des ambitions, et, les sciences dures se sont interrogées sur l’opportunité de retourner aux formulations anciennes pour définir les lois de l’être. Elles ont, en quelque sorte, après l’avoir historiquement occultée, fait un retour à la philosophie.

Mais l’évolution, la constante du changement n’ont pas pour autant résolu les difficultés de la connaissance, dans la mesure où le changement, comme l’évolution impliquent un sens. Et c’est par là que, dans le cadre de la recherche, ont fait irruption toutes les hypothèses de la théologie, et toutes les propositions de la métaphysique.

Devait-on s’attendre à ce retournement, ou n’est-il qu’un signe de la défaillance momentanée de la démarche cognitive ? Le fait est que la science est apparue un temps comme un succédané de la religion, et même, a été proposée comme possible fondement de l’éthique. Indiscutablement, les règles scientifiques offrent une rigueur qui justifie leur ‘prise eri considération dans le cadre des rapports humains. Mais cette rigueur, parce qu’elle n’est justifiée par aucune pratique viable, parce qu’elle exclut l’inaccessibilité des apparences dernière et la profonde connaissance des réalités ultimes, ne permet pas de définir une conduite susceptible de développements humanitaires.

L’expérience prouve que toutes les organisations humaines étroitement inspirées par une rationalité méthodique (considérer les technologies systématisées) se sont déchirées et ont débouché sur la ruine et le désordre.

D’où le recours à une philosophie qui n’est plus comme celle de jadis une synthèse des connaissances, mais une sagesse, c’est-à-dire, un empirisme. Empirisme qui se trouve, par suite des habitudes de pensées, cohabiter avec une sorte de domaine particulier de la: philosophie: les sciences dites humaines, sciences que l’on pourrait caractériser par une conjonction des instruments mathématiques de la science dure, et une prise en compte des données empiriquement, quoi que systématiquement ou statistiquement rassemblées, sur le comportement humain.

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Mais il serait dangereux de négliger le fait que les sciences humaines tout comme les sciences dites dures, participent de la stratégie du pou- voir, dont la philosophie est la médiocre antithèse. Il semble qu’en effet, les sciences, qui n’ont à priori aucune vocation normative, mais se nourrissent d’observations et de formulations descriptives, il semble que les sciences suscitent, dès les premiers moments de leurs réussites, des ambitions dominatrices.

Il est vrai que la connaissance des ordres naturels peut développer les tentations éternelles de l’homme: le désir de maîtriser, de dominer, de prévoir et de déterminer l’avenir. Mais les constats soit, factuels, soit légaux qui sont le fait de l’observation scientifique ne peuvent, sinon par un abus dans les termes, permettre une régulation normative, et, sont hors d’état d’établir une régularisation définitive.

Le constat le plus clair, établi par la science contemporaine c’est le caractère irréductible de la liberté, qui se manifeste par l’indétermination même si cette indétermination est corrigée par les grandes lois statistiques de la probabilité.

La philosophie ne peut sans doute pas se passer des faits. Et si les sciences humaines ont pris une telle extension, c’est que l’humanité consciente s’est étendue à toutes les régions de la planète et exige des planifications. Il n’est plus possible à l’heure actuelle de prendre une vue du paysage humain sans l’aide des moyens mathématiques et statistiques. La connaissance que nous avons de l’homme est fonction effectivement des informations les plus étendues, et les modifications qui surviennent dans les rapports humains, du fait des grands nombres, jouent un rôle indétournable dans l’élaboration d’un donné sur l’espèce.

Reste, et c’est là le point d’ancrage de la philosophie que l’individu se trouve toujours confronté, en tant que tel, aux évidences de la vie de l’espèce, et n’a pour les surmonter quand elles font obstacles à son équilibre moral, que le secours de la raison, ou de la prière.

Faut-il désormais situer la prière comme un facteur dérisoire dans la conjuration des assauts permanents de la vie ? Certains le pensent, qui n’ont jamais éprouvé le besoin de s’humilier. Et le fait est que la prière est un appel à soi qui désarme les plus audacieux. Mais la raison nous arme, elle, contre les attentats commis sur notre persaMe par les tenants des certitudes imaginaires de la techno- science. Et le temps de la philosophie, qui fut un temps de doute, est à l’heure actuelle revenu, non pas comme une compensation dans l’ordre de la connaissance, comme elle le prétendait jadis, mais comme une approche de la sagesse, nécessaire pour dépasser les orgueilleuses pré- tentions des scientistes, désarmés par leurs propres trouvailles.
Sans doute la philosophie n’ apparaîtra-t-elle plus comme l’unique régulatrice et l’universelle langue, mais peut-être jouera-t-elle encore un rôle dans la quête de sens qui est notre lot commun!

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Le propos du philosophe n’est plus celui de donner à la connaissance le caractère absolu qui justifierait son autorité. Et cette mutation, à l’évidence, per1met de comprendre à la fois les deux orientations de l’attitude philosophique. L’une de ces orientations, par l’épistémologie, par l’heuristique, par la critique scientifique. Elle apporte à la quête savante des garanties éthiques, et ses références méthodologiques.

Mais il y a une autre philosophie, la philosophie banale, et celle de tous, qui, pour n’être pas aussi technique dans ses expressions, ni aussi précise dans ses méthodes, n’en constitue pas moins une constante du patrimoine humain.

Cette philosophie, c’est celle qui est une quête de sagesse, c’est-à-dire la réflexion sur les conditions possibles d’une existence dont rien d’autre ne justifie le sens, ni la valeur absolue, mais qui prend sens et valeur en fonction des nécessités profondes de l’équilibre spirituel dont chacun éprouve la nécessité.

La vie de tous les jours peut sans doute apporter, par la succession des obligations qui en découlent, une paix intérieure suffisante pour écarter les troubles et les angoisses devant les grands problèmes qui s’affichent au bout du regard, et dans le cours de toute existence: je veux parler du mystère de l’infini et de celui de la mort.

Si limité que soit le regard des hommes, ils ne peuvent manquer de se trouver face aux mystères irrésolus. A cette confrontation, la plupart répondent par une fin de non recevoir, par une attitude de réserve et en fait, par un refus d’examen. L’attitude philosophique, implique, non pas le refus d’examen, mais assurément une méditation sur les conditions de la vie, et de la coexistence collective.

La réponse traditionnelle, qui fut longtemps affaire collective, et organisation rituelle confrontée à la diversité des formulations, semble devoir être régénérée, par le fait précisément de l’étendue des rapports humains, qui ont cessé d’être locaux, pour couvrir l’étendue de la: planète. Les religions, toutes marquées du sceau de leur origine, et aussi bien par le climat que par la faune et la flore, les religions subissent une crise d’adaptation,. et doivent s’élargir pour prendre en compte la diversité des créatures. C’est à ce travail d’élaboration que la philosophie doit s’attacher, compte tenu des apports des sciences humaines, qui peuvent déterminer les relations entre les idées et les conditions matérielles de la vie, et justifier les hypothèses particulières répondant aux interrogations banales et quotidiennes des humains. Nous avons le sentiment que, de ce point de vue, la raison, les rituels, les figurations symboliques, et la discipline des corps, doivent pouvoir contribuer à dépasser le formalisme religieux, pour susciter une démarche humanitaire fondée sur la relativité des données particulières et sur l’identité des conditions intimes de l’aventure vitale. C’est à ce prix que l’humanité pourra trouver sa cohérence transcendantale.

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Quand commence la philosophie pour un individu moyen? Voilà une question que l’on se pose rarement, et qui cependant permet de comprendre un certain’ nombre d’attitudes qui ne sont nullement aberrantes, mais qui peuvent, pour les esprits non philosophiques, précisément, susciter l’étonnement.

Un esprit fin a formulé à ce propos une boutade non dépourvue d’intérêt. Il a dit: la philosophie commence quand on se pose des questions sur ce qui n’en appelle pas.

 

Il situe la philosophie du côté de l’étonnement, mais de l’étonnement systématique, de principe. Il tente de suggérer l’idée que philosopher c’est aller au delà des choses telles qu’elle sont. Et c’est là, me semble-t-il que nous pouvons trouver matière à réflexion. Car il s’agit de concilier les sens: et de se souvenir que «philosophe» signifie à la fois, ami de la sagesse et chercheur de vérité. Or, la conciliation de ces deux orientations de l’attitude philosophique s’opère si l’on établit clairement l’origine du propos philosophique.


Le commencement de la démarche philosophique est lié à l’étonnement produit par cette découverte banale: l’apparence est trompeuse. L’apparence est un masque derrière lequel se cachent des aspects tenus pour plus fiables de la réalité. Ainsi donc, la philosophie commence par un refus de croire aux donnée sensibles, un refus de tenir les choses pour ce qu’elles sont au premier regard. Et le philosophe se situe au moment où devant l’évidence d’un double visage de l’être, se pose la question de la valeur de l’un et de l’autre de ces visages.


Toutefois, toute quête conduit à la découverte d’une autre condition de l’être: sous tous les visages l’on trouve un visage plus profond, et qui donne sens aux visages antérieurs. Comme si d’apparence en apparence se dévoilait un paysage d’abord sensible, puis figuré, traduisant les profondeurs de l’être des choses manifestées. Et l’esprit philosophique, après avoir commencé par une réflexion sur l’apparence, et le doute quant aux données sensibles, l’esprit philosophique pose la succession des apparences comme constante de la manifestation du réel.


Après avoir posé la nécessité du doute concernant l’apparence sensible, il étend alors la nécessité de ce doute à toutes les manifestations de l’Être. Et cette systématisation conduirait à l’agnosticisme et même à une conception beaucoup plus décevante, si l’esprit logique n’épaulait l’esprit’ philosophique.

Si le monde n’est qu’une succession d’apparences, la réalité est inaccessible, et plus exactement, n’est jamais qu’une apparence, un aspect provisoire et éphémère de l’Être. Seule demeure la constante fonctionnelle de l’esprit, le jugement.
A cette attitude s’oppose celle du croyant qui reçoit le discours comme témoignage du vrai. Et qui adhère au discours, même s’il tâche de comprendre comment il s’accorde avec la manifestation sensible, par une rectification verbale continue.

Le croyant refuse l’apparence par référence au discours, assuré que l’apparence est en effet trompeuse, mais que la réalité profonde lui est révélée par le verbe, dont le caractère sacré lui est reconnu par l’adhésion affective. Ainsi donc, le philosophe se trouve-t-il désarmé face au croyant dans la mesure où ce dernier sait ce que dissimule l’apparence, et possède la clé de la vérité. Mais la possède-t-il vraiment ?

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J’imagine volontiers qu’une des ruptures culturelle les plus éprouvantes, pour les chercheurs et les philosophes, fut celle qui s’opéra à la suite de la découverte de la notion d’infini.

Il est certain que ce n’est pas là une notion aisément conciliable non plus avec le concept sécurisant d’un Dieu créateur des choses de la terre, et veillant sur l’humanité comme sur un troupeau nourricier.

La notion d’infini, qui prend en charge aussi bien l’espace que le temps est liée à la reproductivité des opérations. C’est également une ouverture sur l’imaginaire, qui balaie tout ce que la construction patiente peut figurer. L’infini s’impose à nous aussi bien rationnellement que par les voies intuitives et, comme le néant peut-être, qui lui aussi défie l’imagination, l’infini repousse toute prise en compte de l’esprit humain comme objet.

Et nous nous retrouvons devant une ambiguïté décisive.

Je note que cette idée de l’infini fut liée à celle de la divinité. et sans doute fut-ce là le passage de l’anthropomorphisme au déisme et à une conception spiritualiste de la connaissance du monde.

Mais l’ambiguïté de la notion d’infini subsiste, et sous la figure de Janus, s’ouvre aussi bien sur le passé que sur l’avenir, et s’identifie à la vie, éternelle dynamique de l’être.

Peut-on se refuser à penser l’infini ?

Il me semble que dès que l’idée d’Un plus Un est formée, rien ne peut plus arrêter la machine, et ce qui offre précisément l’ouverture paradoxale c’est le fait que l’indétermination est fondée par l’opération la plus immédiate et la mieux définie.

Toutefois, nous remarquerons que l’opération qui consiste à associer un et un est une opération dont le caractère spirituel. pour n’être pas généralement souligné, est cependant essentiel. Ce sont les opérations de l’esprit qui donnent sens aux opérations concrètes. Le rapprochement de l’Un et de l’Un implique une ascèse de la pensée et une vision des rapports qui ne sont pas spontanées, mais qui établissent un sens sinon volontairement défini, du moins nécessairement intégré dans l’ordre des choses.

Qu’est-ce qui nous impose l’addition de Un et de Un ? En quoi avons-nous besoin de cette réduction constructive ? Il faut prendre en compte cette interrogation pour découvrir ce qu’il y a d’insolite dans l’addition. La soustraction est plus facilement justifiée, par l’absence et le manque. Mais la soustraction ne débouche pas sur la notion d’infini, sauf par artifice. Elle a des limites objectives.

Penser l’infini, est-ce penser ou trahir la pensée ? C’est la question qui s’impose quand on tente de comprendre comment nous affrontons l’existence, et nous percevons là le passage des rapports entre la morale et la philosophie.

On sait que certains affirment qu’il n’y a pas de morale sans Dieu. C’est une vision sociologique des choses. Mais je suggère de méditer le fait d’une morale fondée sur la nécessité, et d’une morale ordonnée en tenant compte de la notion d’infini. L’éternité et l’universalité. On me dira: nécessité plus infini égale Dieu ? Je peux comprendre cette définition. Mais ce dont je pense pouvoir m’assurer également, c’est qu’il n’y a pas de réponse au besoin de sens, sinon celle qui s’inspire de l’addition, et qui repousse la soustraction, c’est-à-dire le néant et la mort. C’est la vie qui donne sens à la vie. Et vivre, c’est construire et donc, donner un sens.

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Le devoir humain consiste à se persuader que la vie a un sens, sous peine de laisser les jours et le temps s’écouler sans perspective. Mais de là à se persuader que le sens que nous lui attribuons est le sens absolu, il y a toute la distance qui sépare la foi de la sagesse.

Toutefois, on ne peut avancer sans introduire ici une autre observation : la vie porte elle même le monde. Je veux dire que ce monde existe par nous, en nous, en tant que nous sommes fils du monde. Fils de ce monde qui nous a fait ce que nous sommes et que nous portons à travers le temps et l’espace.

Ainsi, connaître, c’est une certaine autre façon de dire: vivre. En toute rigueur, vivre c’est connaître. Seulement, nous voulons objectiver la connaissance, c’est-à-dire, nous séparer d’elle, et c’est nous séparer du monde; cette opération implique un refus de l’instant présent, impose une fixation des données, et une formalisation de la turbulence des choses.
D’où la relativité de toute connaissance objective, ce qui est, il faut l’admettre, le paradoxe moderne, puisque la connaissance dans l’instant, récuse toute notion de détermination, et que l’objectivité, qui est le critère de la connaissance humaine se trouve récusée par l’évidence.

La science traditionnelle, avec ses suites causales peut apparaître de ce point de vue, comme un catalogue de vérités mortes, en fait, comme une histoire. L’invention est au cœur du temps, et tout arrêt du temps est un artifice qui occulte la réalité.

Toutefois, l’on se trouve à nouveau devant une question, et une question double. La première c’est: comment se fait-il que la science réussisse à prévoir. Et la seconde: comment se fait-il que la connaissance vécue n’apporte pas de point d’appui sur lequel nous pourrions construire autre chose ?

D’une autre façon, c’est dire: je peux construire le monde avec du savoir approximatif, et je ne peux rien sur le monde quand je le prends en charge par ma vie même ?

La loi des choses me donne prise, c’est vrai, sur le monde, mais la notion d’effet pervers, connue dès longtemps déjà, et celle de catastrophe, qui s’impose, nous avertissent. Avertissement superflu pour ceux qui dès les temps premiers avaient fait leur part au déluge, ou au feux .de Sodome et Gomorrhe, au diable, si l’on préfère (non celui de la tentation) (et encore) mais à celui de la perversion, le « déjoueur » de projets, et l’initiateur des holocaustes.

Ce monde est double, comme depuis longtemps les manichéens l’avaient reconnu. Reste à savoir si les deux faces de cette dualité ‘offrent à l’examen, des modalités de « fonctionnement » identiques. Et c’est là où les recherches scientifiques ont buté. Les phénomènes microscopiques ne fonctionnent pas comme les phénomènes macroscopiques. L’indétermination se retrouve au cœur de l’être. Et cette indétermination débouche sur la régularité, sur la loi, sur le formalisme du macrocosme.

C’est ce passage qui est difficile à conceptualiser. Les notions d’origine et de fins, perdent toute signification dans l’ordre de la connais- sance scientifique. En auront-elles encore une dans l’ordre des relations humaines?

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Je crois cependant que nous ne sommes pas sans ressources si nous savons puiser dans le patrimoine les enseignements que le pragmatisme des anciens avaient su constituer.

Il se peut que nous nous fassions une idée fausse du Moyen Age, mais je retire de mes lectures l’impression que c’était d’une culture couvrant l’ensemble des relations humaines et cosmiques qu’il s’agissait, culture qui déterminait les comportements, et présidait aux rapports politiques, juridiques et moraux.

Une pyramide hiérarchique disposait les humains sur des plans différents, mais également respectés, depuis les manouvriers, les « vaguants », qui servaient occasionnellement les laboureurs, jusqu’aux clercs qui servaient les princes et Je Roi. consacré par l’onction divine, c’est-à-dire, en fait par une légitimité collectivement assumée.

L’ordre établi recevait des croyances admises la justification indispensable. Mais encore fallait-il que cet ordre apparaisse comme tel et les prêches ne suffirent pas à en assurer la durée.

Les expéditions en Moyen Orient, pour les croisades ébranlèrent la foi. Les conflits entre le pouvoir religieux et le pouvoir impérial déchirèrent l’unité spirituelle. Le doute se fit et la Quête commença d’une autre vérité unificatrice. La trouverait-on dans les textes anciens réactivés, et dans les enseignements de la tradition des premiers âges du christianisme (néoplatonicien) ? La trouverait-on dans la découverte des techniques modernes, l’exploration de l’espace et la connaissance de la nature ? Cette double interrogation, nous devons le constater, est toujours actuelle, et de fait l’unité spirituelle n’est pas réalisée. L’unité du paysage culturel n’a jamais pratiquement été reconstituée depuis la fin du Moyen Age, si tant est que cette unité n’ait pas été le fait d’une illusion rétrospective.

Ce qui apparaît à l’évidence, c’est que les deux quêtes entreprises, pour découvrir une référence justificatrice s’avèrent décevantes: la science ne nous a pas donné la connaissance susceptible de réguler, ni de fonder nos comportements sociaux et moraux. Les guerres fratricides ont démontré que la raison ne présidait pas aux rapports entre les hommes. Le capitalisme n’était pas seul en cause, on l’a compris aujourd’hui mais plus sûrement les constantes dans le comportement humain.

Or, d’autre part, le recours à la tradition qui a pris1e caractère d’un retour aux sources laisse encore bien des insatisfaits, dans la mesure où ce recours est occulté par des emprises partisanes.
La tentation d’aller chercher en Orient des leçons de conduite est grande. Tout ce qui vient de loin est en effet gratifié d’un préjugé favorable. Et le fait est que ce détour permet de mettre l’accent sur un certain nombre de principes qui semblent bien constituer l’essentiel de ce qui est nécessaire à une bonne administration de la vie personnelle et collective.

D’abord, la conviction que la maîtrise des équilibres organiques, la discipline du corps par l’activité mesurée est un facteur déterminant de la santé spirituelle, et de l’harmonie des rapports.

Ensuite, la nécessité, pour assurer le développement individuel d’une confrontation entre les esprits et la rencontre entre les autres individualités, pour permettre à chacun d’évaluer la relativité de ses engagements. Enfin, l’évidence, liée à la condition humaine qui ne trouve jamais de borne à son développement, et s’ouvre sur l’infini, dans une démarche progressive vers la lumière et la liberté par le dépouillement.

Ces exigences qui conditionnent notre comportement ne se rapportent nullement à une conception métaphysique et comme telles, peuvent être adoptées par tous, sans considération d’à priori fidéiste. C’est seulement un constat qui prend en compte l’expérience humaine telle qu’on peut la reconnaître à travers les témoignages laissés par les sages de tous les temps et de tous les payS. Et c’est pourquoi, il importe de constituer, autant que faire se peut, des groupes de réflexions, ouverts tant aux apports du passé qu’aux promesses de l’avenir, en assurant à chacun des membres de ces groupes une sécurité affective permettant de cultiver le sentiment de la liberté absolue de conscience.

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Il semble bien que cette perspective ait été, sans qu’ils en aient rigoureusement conscience, ouverte par la tentative de dépassement religieux opérée par les initiateurs de l’institution maçonnique.


Sans revenir sur les aléas déterminés par les influences historiques on peut considérer que l’époque actuelle découvre une vocation qui n’est pas’ apparue dès l’abord avec toute sa singularité, quoi que les tentatives pour absorber l’expérience humaine dans le cadre des rites et des enseignements développés aient de tous temps été nombreuses. Rappelons seulement pour mémoire, les références mythiques à l’Égypte, et les ressourcements gnostiques.

Ce qui est clair aujourd’hui, c;est que le courant qui définit la quête maçonnique par rapport à la sagesse traditionnelle, courant qui fut celui qui inspira les esprits les plus pénétrants dans le cours des deux derniers siècles, et qui s’est enrichi des tentatives plus ou moins positives de restituer les cheminements initiatiques de l’antiquité, est actuellement pris en compte par un certain nombre de maçons.

Sont-ils minoritaires, majoritaires ? La question ne se pose pas en ces termes. La question est seulement de savoir.:. s’ils sont susceptibles d’apporter une réponsf et satisfaire à une attente.

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De ce point de vue, je crois personnellement que s’impose une réflexion sur les rapports entre le Grand Collège des Rites et les institutions maçonniques constituant les loges dites bleues, rapports qui ont de tous temps fait l’objet d’une attention mêlée d’incompréhension de la part des maçons qui dépendent, pour leur équilibre moral d’une certaine conception plus ou moins imaginaire, et qui ordonnent leurs préoccupations à propos des pouvoirs dans la société.

A la limite d’ailleurs, les ambitions sont vides de contenu et cela seul importe aux yeux de certains, qui est la considération accordée à des personnages investis à tort ou à raison d’une certaine auréole, parmi lesquels ils aspirent à se compter un jour.

Ajoutons que naturellement, étant donné la nature humaine, des réactions négatives se manifestent, qui ne sont pas mieux justifiées tant que la nature même du propos maçonnique n’est pas acceptée dans sa clarté libératrice.


Certes, connaître une autorité installée confère prestige, et justifie un engagement, mais c’est le jeu des pouvoirs et des masques, et c’est un jeu. Et beaucoup d’hommes n’ont pas assez de toute une vie pour comprendre en quoi il est pure vanité.

Le prestige des rangs, outre qu’il inspire de la considération parfois injustifiée devrait impliquer une certaine capacité à donner une ouverture, et à offrir une perspective enrichissante et salutaire.

La part de vanité qui entre dans les relations sociales les plus banales est certes considérable, mais le véritable propos, quand on pèse les réalités de la vie, c’est la capacité acquise de justifier la mission que l’on assume.

Et c’est pourquoi il importe de comprendre le rôle qui incombe à chacun de ceux qui sont en situation de prévoir, de pressentir et d’ins- pirer les moyens de répondre aux appels entendus.

La plupart des hommes occupant des postes de responsabilité sont l’objet de sollicitations qui les engagent souvent au delà du possible, par la griserie de l’importance. Et c’est contre cette dégradation des fonctions que le sage doit se prémunir. Le choix des hommes est certainement la tâche la plus redoutable qui échoit à un homme en place. La plupart du temps, il ne put choisir que parmi ceux qui l’entourent, et ceux là sont rarement des individus solides, et détachés des contingences de l’autorité.
Il faut faire te départ entre tes hommes qui vivent par eux-mêmes, de ceux qui ne tiennent que grâce à l’appareil et à l’institution.

La vieille sagesse savait parfaitement distinguer l’homme sous les habits. Et d’une façon générale, celui qui dépend d’une institution est sans doute armé pour faire aussi bien le mal que le bien, mais rarement pour apporter le secours moral dont les individus ont besoin dans les circonstances les plus déterminantes de leur cheminement intellectuel et moral.

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Aussi, convient-il de travailler à ce que le Grand Collège des Rites assure non seulement les formules exposant les principes, mais par le choix de ses membres le désintéressement et l’écoute attentive des hommes de notre temps.

Et pour ce faire, que le choix soit opéré parmi les frères qui ont renoncé à la course aux places, dont la régulation des comportements est évidente, et qui sont capables de vivre une aventure égalitaire dans le sens le plus profond du terme: celui qui reconnaît à chaque individu sa valeur singulière et exceptionnelle.

Platon évoque un Jugement des morts: le jugement des morts est le jugement auquel chacun de nous doit se soumettre en toute occasion. Ce n’est que dans la mesure où nous n’avons pas besoin, pour être en paix avec nous-même, d’une consécration extérieure, que nous approcherons de la vertu suprême, et que nous pourrons témoigner.

L’humilité, ingénue, celle que l’évangile prête aux enfants, est assurément le signe de la plus haute vertu. Que sommes nous au regard de l’infini et de l’éternel ?

Mais nous attendons des souverains terrestres une éternité et un pouvoir qu’ils ne peuvent pas nous conférer. C’est pourquoi nous devons puiser dans la tradition ancienne les enseignements d’une sagesse qui de nos jours est la condition de la survie de l’humanité fraternelle.

Et de ces enseignements, non seulement nous en possédons le trésor mais nous en avons la clé.

Jean  MOURGUES

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