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Le Mystère des Egrégores 7 mars, 2021

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Voici une planche provenant de la loge maçonnique « Stella Maris » – Grande Loge de France à l’orient de Marseille sur cette communion indescriptible  des âmes et de l’esprit… « Le Mystère des Egrégores« …

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Une planche d’un frère Georges, passé à l’orient éternel en 2009… Merci à lui pour ce magnifique moment !

« Si nous n’étions pas inscrits:, dans une tradition orale, et en train de rédiger un texte qui serait destiné à être publié, je mettrais volontiers en exergue, en haut et à droite, en petites lettres, la phrase liminaire suivante : « Ne t’empresse pas d’appeler sottise ce qui TE paraît insensé. Médites, réfléchis, et fais en ton profit, dans ton propre espace de liberté intérieure. »

Et c’est parce que nous allons parler là de notions qui touchent au plus profonde des sociétés humaines, de notions touchant à la fois à ce que l’on a pu appeler la Magie, l’Alchimie des âmes, l’Occultisme, le fonctionnement des groupements humains, à la psychologie et à la psychanalyse. Des notions qui peuvent nous troubler, car elles peuvent porter atteinte à l’une de nos fiertés, voire de nos prétentions, celle d’une prétendue totale et absolue liberté personnelle.

Bien sûr, nous sommes dans une société marquée au sceau du rationalisme. Mais pour justifier mon exergue, qui fait appel à notre sentiment d’ignorance devant certains événements, je vous demande un instant d’imaginer les réactions de l’Homme-Jésus, de Charlemagne ou de François 1er, si on leur avait parlé de rayons. X, de fission de l’atome, ou de se promener sur la lune..

On a quelquefois I’occasion de noter que l’homme peut se faire lui-même l’artisan de` son propre malheur. C’est bien mon cas ayant choisi ce thème, centré sur un mot qui nous est familier, et qui pourtant n’existe pas dans la langue française. Actuellement seul le Larousse en 15 volumes le mentionne, suivi d’un article particulièrement succinct. Littré et Robert l’ignorent. D’où l’absence quasi totale de documentation et de référence sur le sujet, sur un mot que nous, maçons, utilisons assez souvent, connaissons bien, ou croyons connaître, mais sans nous être penchés cependant sur sa signification profonde, ni sur ses origines. C’est pourquoi j’ai introduit le mot mystère dans le titre de mon propos.

Tentons, malgré tout, d’en donner une définition : un égrégore est un être collectif autonome, composé d’une multitude d’influences qui s’unissent autour d’un centre commun. II pourrait se trouver que lorsque plusieurs personnes s’unissent autour d’une idée, ou d’un principe, elles enfantent un être collectif intelligent, qui va par la suite devenir indépendant, menant une vie propre. Il serait alors la somme des énergies psychiques émises par chacun des membres ayant participé à son émergence, voire à sa multiplication. L’ensemble de ces mouvements vibratoires pourrait exercer, en retour, en vertu du principe action-réaction, une puissante influence sur les composants du groupe, qui peut être fort différente de la psyché de chacun. Le total ne serait pas la somme des membres composants….   .

Un egregore est une « forme-pensée », ou « idée force » de qualité neutre, comme une coquille vide, qui se colore et se remplit des intentions du groupe, pour le meilleur ou pour le pire. Selon la qualité vibratoire et le but de ses membres fondateurs, l’égrégore les enchaînera à leurs croyances limitatives, ou tout au contraire, pourra dynamiser leur potentiel créateur et les déliera de toutes influences extérieures, élargissant ainsi leur  espace de liberté.

Penchons-nous un instant sur l’origine de ce mot, elle aussi bien mystérieuse. Son sens originel est biblique, mais il semble être le résultat d’une suite d’erreurs de traductions. On en trouve trace dans la littérature apocalyptique hébraïque, tout particulièrement dans le Livre d’Hénoch, sous la signification de veilleur, ou éveillé, en grec egregoroî, en latine egregori, d’où le néologisme français d’égrégore. Dans la tradition hébraïque primordiale, ces veilleurs, sorte d’anges, sont des entités, intermédiaires directs et indispensables, entre Dieu et les hommes. L’essentiel de leur action aurait été la fécondation des femmes, afin que soit entretenue chez les humains la parcelle divine. Ainsi, la transmission génétique aurait été déjà connue, et le sexe des anges plus à discuter

En fait, l’utilisation actuelle de ce terme, nous la devons à Stanislas de Gaîta, qui fut le premier à l’utiliser dans son acception d’entité occulte, c’est à dire d’Être caché, d’Être non visible.

Il convient de souligner, mystère supplémentaire, que ce mot n’est utilisé qu’en français. Dans toutes les autres langues, le concept occultiste ou psychologique, quand il existe, ne porte aucun nom particulier. Enfin, c’est en France, et rien qu’en France, que ce concept et ce mot sont introduits en Franc Maçonnerie.

Partons maintenant sur les traces littéraires de ce mot, à travers la pensée de quelques auteurs.

Et revenons un instant à S: de Gaîta, `poète *et occultiste de la fin du 19eme, qui nous en parle en terme de vivante synthèse, résultat du groupement de plusieurs individualités. Quoique non maçon, il évoque aussi l’importance de la chaîne magique, ou chaîne d’union, en F.M.. Gaïta, peu avant sa mort précoce, transmet des écrits à son secrétaire, qui n’est autre que notre ami Oswald Wirth, à charge pour lui d’en poursuivre la rédaction. C’est bien Wirth qui introduit le mot en F.M., suivi par Marius Lepage, relayé par Jules Boucher.

Ce que ces auteurs ont en commun, c’est leur conception de cette notion d’égrégore: Ce n’est pas une création spirituelle, mais une forme d’énergie résultant de la sommation des fractions énergétique de même signe, issues des individus d’une collectivité humaine. Le concept n’est donc pas du tout métaphysique, on le voit, mais plutôt d’ordre physique, pourrais je dire.

René Guenon, quant à lui, nous en parle bien différemment dans ses Aperçus sur l’Initiation. Ce sont des forces d’ordre subtil, nous dit il, constitués par les efforts de tout les membres passés et présents.

Avec le mot « membres passés », il introduit là une nouvelle dimension au concept. Il ajoute que lorsqu’il s’agit d’une collectivité appartenant à une forme traditionnelle authentique et régulière, ce qui est notamment le cas des collectivités religieuses ou spiritualistes accomplissant certains rites, un autre type d’entité collective peut se former. Il peut y avoir en outre intervention d’un élément véritablement non humain, une influence spirituelle extérieure. Guenon parle là d’un type d’égrégore spiritualisé. Il dit que cette influence peut se fixer sur un support matériel, objet ou lieu, par exemple, et donner lieu à des manifestations sensibles, comme celles que raconte la Bible au sujet de l’Arche d’Alliance ou du Temple de Salomon. D’après lui, les miracles de toutes les religions résulteraient de pareilles matérialisations réalisées an des lieux de pèlerinage, ces objets ou ces lieux jouant le rôle de condensateur. Il y a là, nous dit il, une constitution du groupe comparable à celle d’un être vivant, avec un corps qui est le support dont il s’agit, une âme qui est la force collective, et un esprit qui- est naturellement l’influence spirituelle agissante extérieurement par le moyen des deux autres.

Un autre type de recherche s’est penché sur ce phénomène. Ce sont les philosophes et les sociologues. Citons principalement Gustave Le Bon, Durckheim; et Gurvitch, qui tous constatent et analysent ce phénomène, en des termes bien proches, mais bien sûr sans en envisager son éventuelle prolongation spirituelle ou métaphysique. Il y a pour eux dans la vie sociale différents paliers qui correspondent aux diverses formes de sociabilité : la masse, la communauté et la communion, en allant de la couche la plus superficielle à la plus profonde, la communion représentant le degré maximum de fusion des consciences.

Dans le monde moderne, lorsque la psychologie sociale se penche sur l’entreprise, elle crée le mot synergie, qui qualifie bien le même concept, l’union des volontés vers- une finalité commune, synergie plus ou moins puissante suivant le degré de cohésion des membres du groupe.

Enfin, sur ce sujet, comment éviter de citer une fois de plus l’incontournable Carl Gustav Jung ? Avec ses travaux sur les symboles, sur les mythes, sur l’inconscient, sur la psychologie des profondeurs, il aboutit à la notion d’un inconscient collectif. Une sorte d’héritage culturel de nos ancêtres, une sorte de résumé des expériences intérieures de l’Humain.

Nous expliquant peut-être ainsi pourquoi Guenon nous disait tout à l’heure l’influence des membres passés d’un groupe sur les caractéristiques de son propre égrégore.

Sur cette influence des membres passés d’un égrégore, je voulais dire que de ce fait, cet égrégore, entité psychique autonome, peut survivre quelque temps encore, voire fort longtemps, à la disparition du groupement humain qui l’a créé et supporté. C’est comme un nuage d’idées, qui avant que de s’éteindre et se dissoudre, parcourrait le monde à la recherche d’un nouveau groupe qui le revivifierait, comme un essaim d’abeilles à la recherche d’un nouveau gîte..

C’est pourquoi l`histoire voit en permanence resurgir quelques mouvements, qui, quoique démantelés, ont une tendance spontanée à se restructurer, à se réanimer, qu’il s’agisse de vieux démons, tel le nazisme, ou de mouvement spiritualiste se référant, par exemple, à la force psychique formidable que nous ont laissés quelques prêtres de l’Égypte antique, qui fascine encore nombre d’entre nous, au point d’influencer encore certains rituels et pratiques.

Tout comme s’il s’agissait d’un phénomène vibratoire, on peut imaginer que plus la vibration initiale : a été intense, plus la durée de vie d’un égrégore est grande. Mais comme tout mouvement vibratoire, le mouvement universel n’existant pas en l’état.: de nos connaissances, sauf à recourir au divin, vient le moment de l’entretien des forces. II ne me semble pas, personnellement, y avoir de différence fondamentale de fonctionnement entre l’ordre du physique et l’ordre du psychique. Plus il est alimenté, plus son rayonnement s’étend. En contrepartie, moins il est nourri et plus sa force s’affaiblit. C’est ainsi que les égrégores naissent, se développent, puis s’anémient et meurent, ou tout au contraire se fortifient et se pérennisent, en traversant le temps.

Nous comprenons donc maintenant que nous sommes entourés d’égrégores, multiples et multiformes. Je me garderais bien d’en vouloir dresser un catalogue. Je vous invite, tout au contraire, à les découvrir autour de vous, portant vos regards curieux à cet égard sur l’espèce, puisque rien qui soit humain ne nous est étranger. Je vous invite aussi à les ranger dans des catégories de qualité, telles que nous les, avons définies précédemment.

Celles relevant de la masse, celles dépendantes de la communauté, et enfin celles du stade de la communion.

Mais nous devons aussi distinguer, une deuxième classification qui s’y superpose. Trois types supplémentaires me semblent à décrire

Les egregores neutres, qui n’ont que peu d’influence sur la psyché humaine. Ils ne propulsent ni vers les tréfonds de la matière, ni vers les sommets de l’esprit. Ils sont peu visibles, et nécessitent une certaine vigilance pour être identifiés. Les égrégores nocifs et maléfiques, (évidemment un jugement subjectif de ma part!), à l’opposé, manipulateurs et limitatifs. D’esprit profondément matérialiste, dissimulés sous certains masques, ils aliènent, enferment, retiennent et séparent.

Ils s’efforcent, consciemment ou pas, de s’opposer au processus de l’évolution, telle que nous l’entendons nous, au sens social, matériel et spirituel.

Les egregores féconds, ou bénéfiques, qui tentent d’ouvrir à des états de conscience trans-personnels, essayant d’être des manœuvres, ou peut être prétentieusement des ouvriers, plus ou moins qualifiés,, de l’Entreprise-Evolution, telle que, peut être utopiquement, bien sûr, nous la concevons.

C’est donc un amusant et fructueux safari-egregore que je vous propose, allant de l’opinion publique, le plus bas de l’échelle, en passant par la famille et le couple, les équipes sportives, leurs clubs de supporters, le régionalisme, le nationalisme, le mondialisme, les sectes, le monde du travail et le syndicalisme, les églises, les partis politiques, bref, tout le paysage géo-psycho-politique, à passer en revue au crible de cette étrange et je le redis, mystérieuse force associative douée de mémoire et d’une vie autonome.

Il est peut être temps maintenant, à la lumière de ces quelques réflexions générales, de consacrer quelques instants à notre propre egregore maçonnique.

L’Esprit de la Franc Maçonnerie contemporaine, que l’on nomme spéculative, avait déjà un long passé avant que d’être réactivée au début du 18eme siècle. La Maçonnerie actuelle n’est jamais, soyons en bien conscient, qu’un sous-egregore, infiniment plus ancien, remontant peut être au début même de la conscience humaine, et dont le mécanisme de re-creation, je dirais de ré-incarnation, a été précédemment décrit. Le nuage d’idées, dans sa personnalité propre a retrouvé, au début du 18ème siècle, un groupement humain pour l’accueillir à nouveau. Remontons le temps les corporations,, les opératifs, les bâtisseurs de cathédrales, Salomon, Hiram, les Fondements bibliques, les Égyptiens, et tout ce qui avait tenu place -fondamentale auparavant, sans que-nous ne le sachions vraiment. Peut-être l’idée force serait la quête du Beau, au sens extra plastique et extra artistique, bien plus largement entendu au sens rituélique du terme, selon cette réplique phrase » Que la Beauté l’orne « . II me semble évident que nous sommes l’émanation d’un égrégore originel dont nous connaissons bien peu de choses, mais dont l’existence probable nous envahit.

Dans la classification que j’ai proposé, j’ai la faiblesse, la fierté et la prétention de croire que nous ressortons du domaine de la catégorie Communion. Communion qui dans sa racine latine signifie « communauté de fidèles ». Mais fidèles à quoi ? Voyons donc :… mais c’est bien sûr ! … , à l’article premier de notre Constitution, sur lequel, main dégantée et posée, nous avons tous ici souscrit et juré !

Que nous propose-t-il ? J’éviterai la répétition de sa lecture ! Rien qui ne soit conforme aux principes de l’Évolution rêvée : paix liberté, fraternité amour, force sagesse, conscience liberté, respect et tolérance.

C’est pourquoi je prends le risque de nous ranger dans les égrégores féconds.

Mais c’est là un égrégore obédientiel, celui de la Grande Loge de France, entièrement dévolue au Rite Écossais Ancien et Accepté. D’autres rites et obédiences ont certainement sur ce sujet, les mêmes valeurs et la même puissance associative immémoriale.

La GLDF étant une fédération de loges, passons donc à ses membres, et son unité de base, à savoir la Loge, lieu où j’ai ce soir le plaisir de parler quelques instants.. Voilà bien un groupement modèle réduit, fondu à la fois dans l’obédience et dans l’égrégore maçonnique en général. Comme une espèce de famille, où tout est ressenti plus intensément, sur les trois plans matériel, intellectuel, et spirituel, pour des raisons de perception plus facile, dans la proximité, selon le mot à la mode.

Mais aussi pour une autre raison. La Loge est la seule détentrice du pouvoir spirituel, qui peut sembler de ce fait issu de son propre égrégore, celui auquel nous nous rallions en priorité. Fait fondamental, elle seule, la Loge, pas le Vénérable Maître, pas l’inspecteur, pas le Conseil Fédéral, pas même le Grand Maître lui même, ne peut s’y substituer. Seule la Loge, entité spirituelle, et de ce fait son propre égrégore, ont le pouvoir de transmettre une Lumière. C’est pourquoi j’ai pris l’habitude de la qualifier de corps spirituel.

C’est aussi ce lieu unique qui nous confronte à notre ciment, à savoir le rituel, rappel permanent des principes de notre engagement, et moteur principal de la pérennité de cet égrégore.

Chaque Loge a son propre égrégore, une  base commune à toutes, et une personnalisation. Nous l’avons bien vu, il y a quelques jours, réunissant nos trois loges filles, fruit de nos essaimages..

Et c’est bien, ces variations autour d’un même thème, puisqu’elle ne nuisent pas à l’égrégore maçonnique global, cultivant ainsi une certaine diversité, un certain degré d’originalité novatrice, même si elles sollicitent quelque fois une modeste tolérance.

J’aime la forme variation en musique, je l’aime aussi en maçonnerie ! Sur la toge et son fonctionnement psycho-spirituel, une dernière interrogation, me vient, à la lecture d’une traduction anglaise des textes apocryphes des manuscrits de la mer Morte.

Fort justement, Jésus y décrit le ternaire de la personnalité humaine, sous la forme d’une image. Il y compare le corps de l’Homme à un char, son cœur à un cheval, le cocher étant son esprit. Mais le manuscrit se garde de désigner qui est cet Esprit. Le moment n’est pas ce, soir de parler de l’espace de tolérance et de liberté que représente le Rite Ecossais Ancien et Accepté, mais nous disons, nous, que c’est le Grand Architecte de l’Univers. Fiers que nous sommes de nos principes de libertés individuelles, nous nous. targuons de nos structures démocratiques rigoureuses, empêchant la survenue d’un potentat-gourou. Je souris à l’idée suivante : « et si l’égrégore, produit de vous tous et devenu de ce fait entité psychique indépendante, et si cet égrégore était ce gourou tant redouté ? Coiffé d’un chapeau melon, ce serait le cocher du char dont nous parlions, et ma foi, je me serais alors laissé, pendant tant d’années, et me laisserais volontiers conduire encore quelque temps, sans avoir le sentiment d’avoir perdu, NI le sens de l’itinéraire, NI ma liberté personnelle.

J’ai conscience d’avoir trop parlé: sur un mot qui n’existe pas, et peut être passé pour un doux- rêveur.

Mais par extension utopique, relisant le considérant premier de la déclaration des-. Droits de l’Homme de 1948, je vois cette expression : « Considérant que le respect de la dignité à tout les membres de la famille humaine, etc… » on en connaît la suite… C’est bien la première fois qu’apparaît dans un texte officiel la notion d’entité familiale humaine.

Ayant cité la famille comme un exemple d’égrégore possible, nous pouvons penser, souhaiter et rêver qu’apparaisse un jour un égrégore mondialiste et universel, n’en déplaise à quelque nouveau José Bové de l’Esprit, un égrégore à la fois fécond et communiel, selon les classifications que je vous ai proposées, et pour le plus grand bonheur de tous, au point Oméga de Teilhard de Chardin, dont vous savez qu’il m’est si cher.

Mais alors, la Franc Maçonnerie aura rempli sa part de la tâche globale, enfin achevée, et n’aura plus de raison d’être !

Compte tenu de mon espérance de vie, je pense, hélas, et heureusement par ailleurs, vous rencontrer encore longtemps, jusqu’au bout de mon chemin. »

Lien : http://www.stella-maris-gldf.com/gldf/index.php?option=com_content&view=article&id=120:egregores&catid=34:planchesarchitecturepublic&Itemid=15

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Tubalcaïn

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TUBALCAÏN

תּוּבַל-קַיִן   

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            Tubalcaïn est un personnage secondaire. Il s’inscrit dans la lignée des caïnites et n’apparaît qu’avec sa fratrie, tant dans la bible, où son nom n’apparaît qu’une fois, que dans les textes des Old Charges. C’est Gérard de Nerval qui romance sa relation avec Adoniram, ce qui justifie, quoique utilisé comme mot de passe du 2ème degré dans les rites anglo-saxons, d’évoquer sa légende aussi au 3ème degré,

I – Le personnage

D’après la Bible (Genèse IV, 22), Tubalcaïn façonna toute sorte d’instruments de cuivre et de fer. Il est présenté comme le fils de Lamek et de sa seconde épouse Çilla, il est donc le petit-fils de Caïn, né vers l’an 2975 avant J.-C.. Le nom vient de l’union de celui de Tubal avec Caïn. Tubal (8 fois : Gn 10,2; Is 66,19; Éz 27,13; 32,26; 38,2.3; 39,1; 1 Ch 1,5) serait un peuple et/ou un pays d’Asie mineure, toujours associé à Méshek. Méshek et Tubal sont deux des sept fils de Japhet selon Gn 10,2 // 1 Ch 1,5. Peuples d’Asie mineure, probablement la Phrygie et la Cilicie, ou peuples des bords de la mer Noire. Quant au nom Caïn, il y a deux étymologies possibles. Le mot hébreu qayin peut signifier « forgeron » ou encore, à l’aide de la racine qnh« j’ai acquis » (cf. Gn 4,1).

On croit que c’est de Tubal-Caïn que les romains païens ont pris l’idée de leur Vulcain ; la racine du nom Tubalcaïn serait en hébreu thu, bal, caïn, celui qui souffle le feu, nom repris en latin par Vulcanus. La désinence du nom et les travaux auxquels s’adonna Tubal-Caïn rendent cette conjecture assez probable. De même, il correspond à Héphaïstos, chez les Grecs : dieu grec du feu et de la forge ; à Vulcain chez les Romains, à Tvashtri en Inde, Ptah en Égypte, Le Grand Yu en Chine, Ogun chez les Youbas d’Afrique, Brahmanaspati en Inde. C’est aussi Gobban Saer, le Janus des Celtes, qui figure l’union entre technique et art, Gobban le forgeron, et Saer, le constructeur, habile dans tous les Arts, que l’on peut identifier avec la figure d’Hiram.

Le feu de tous ces forgerons légendaires est un feu créateur, il éclaire et ne brûle pas. Il n’est pas dissociable de la Lumière sans laquelle rien ne serait, car elle établit les formes du monde apparent.

C’est dans l’ Histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies de Gérard de Nerval (1851) au chapitre VII, Le monde souterrain.que l’on trouve la rencontre romanesque d’Hiram et de Tubalcaïn.

Le substrat de cette légende est bien différent de la légende maçonnique : on y expose qu’Adoniram est en réalité descendant de Caïn par son père Hénoch ; son ascendance prométhéenne lui est révélée ainsi que la malédiction qui pèse sur elle.

 

En résumé :

Entraîné comme dans un rêve dans les profondeurs de la Terre, Hiram apprend de la bouche même de Tubal-Caïn, qui lui révèle être son « maître » et son « patron », « l’aïeul de ceux qui travaillent et qui souffrent, l’essentiel de la tradition des Caïnites, ces forgerons maîtres du feu. Tubal-Caïn, montre à Hiram la longue suite de ses pères : D’abord Caïn qui fut conçu par Iblis avec ève (Abel par Adam). Iblis, (Satan) était un Djinn conçu par le feu tandis que les anges le furent de Lumière..

Puis Hénoch, qui apprit aux hommes à se bâtir des édifices, à se grouper en société, à tailler la pierre ; Hirad, qui jadis sut emprisonner les fontaines et conduire les eaux fécondes ; Maviël, qui enseigna l’art de travailler le cèdre et tous les bois ; Mathusaël, qui imagina les caractères de l’écriture ; Jabel, qui dressa la première des tentes et apprit aux hommes à coudre la peau des chameaux ; Jubal, qui le premier tendit les cordes du cinnor et de la harpe, et en sut tirer des sons harmonieux ; enfin, Tubal-Caïn lui-même, qui enseigna aux hommes les arts de la paix et de la guerre, la science de réduire les métaux, de marteler l’airain, d’allumer les forges et de souffler les fourneaux. Caïn enseigne alors lui-même à Hiram comment, au cours des âges, les enfants issus de lui, fils des Élohim, travailleront sans cesse à l’amélioration du sort des hommes pourchassés par un dieu injuste qui privilégia Abel.

 

II – Tubalcaïn et la F:.M:.

Dans la tradition maçonnique, la plus ancienne référence à Tubalcaïn remonte au Manuscrit Cooke aux environs de l’an 1400. On y apprend que les enfants de Lamech parmi lesquels Tubalcaïn auraient gravé sur 2 colonnes (alors que selon l’historien Josèphe, c’eut été Seth), l’une de marbre pour résister à l’eau, l’autre en brique pour résister au feu, l’ensemble de leurs connaissances scientifiques et artistiques afin qu’elles survivent au déluge, symbolisant ainsi la transmission de la Tradition.

En résumé, voilà ce que raconte le Cooke aux paragraphes 281 à 326 :

Toute la sagesse antédiluvienne fut écrite sur deux grandes colonnes par les quatre enfants de Lamech qui y relatèrent les savoirs qu’ils avaient inventés. Jabel était l’aîné et il inventa la géométrie, il possédait des troupeaux de moutons et ils eurent aux champs des agneaux, pour qui il fabriqua des abris de pierre et de bois, c’est lui qui construisit les colonnes. Son frère Jubal inventa l’art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère Tubalcaïn inventa le travail de la forge, tel que cuivre, acier et fer, et leur sœur Naama inventa l’art du tissage. Après le déluge de Noé, l’une d’elles fut découverte par Pythagore et l’autre par Hermès le Philosophe, qui se consacrèrent à enseigner les textes qui y étaient gravés. D’un côté la colonne d’Hermès, « Connaissance, symbole et amour »qui nous guide dans notre quête ésotérique de la Transcendance, et de l’autre la colonne de Pythagore « Science, raison et liberté ; refus d’abdiquer de notre cohérence intérieure » qui nous conduit à « douter des choses qu’on ne peut démontrer et qui ne sont connues que sous le nom de mystères ».

Cette histoire est reprise par de nombreux manuscrits appelés Old charges.

À noter que dans les Constitutions d’Anderson, la gravure des colonnes est attribuée à Énoch

Car, par quelques vestiges de l’Antiquité, nous savons que l’un d’eux, le pieux Enoch (qui ne mourut pas mais fut transporté vivant au Ciel), prophétisa la conflagration finale au Jour du Jugement (comme nous le dit SAINT-JUDE) et aussi le déluge général pour la punition du Monde. C’est pour cela qu’il éleva deux grands piliers (d’autres les attribuent à Seth), un de pierres et l’autre de briques sur lesquels étaient gravées les sciences libérales, etc. Et que le pilier de pierre subsista en Syrie jusqu’aux jours de l’Empereur Vespasien.

RER. Mot de passe initial  de l’apprenti. À la demande de Jean-Baptiste Willermoz, lui-même inspiré par Mme de La Vallière, ce mot fut remplacé en 1785 par Phaleg. D’après Willermoz, c’était une contradiction que donner à l’apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous les métaux qui sont les emblèmes des vices. Cette modification fut mal acceptée par beaucoup de frères appartenant à ce rite.

Au Rite Émulation, Tubalcaïn est le mot de passage donnant accès du 2ème au 3ème grade.

Rite York. Tubalcaïn est le nom de la griffe de passage de compagnon à maître, servant de mot de passe au 2ème  degré, tel que cela apparaît dans l’échange entre le 1er surveillant et le 1er expert dans  les instructions du degré : «- A-t-elle un nom? -Oui – Voulez-vous me le donner ? – Ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu et je ne le communiquerai jamais ainsi.- Comment en disposez-vous ? – En l’épelant ou par syllabe. – Donnez-le par syllabe et commencez. – Commencez vous-même. – C’est à vous de commencer.»

 

III – L’interprétation

Pour Hervé Tremblay, les généalogies des onze premiers chapitres de la Genèse entendent décrire les peuples (Gn 5) et justifier l’apparition des différents aspects de la vie humaine, comme les arts et les métiers. En Gn 4,20-22, les trois castes des éleveurs de bétail, des musiciens et des forgerons ambulants sont rattachées à trois ancêtres dont les noms font assonance et rappellent les métiers de leurs descendants : Yabal (ybl « conduire ») ; Yubal (yôbel « trompette ») ; Tubal (nom d’un peuple du nord, au pays des métaux). Tubal-Caïn serait «l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer». Cela signifie que les généalogies ne sont pas très fiables historiquement et que les noms sont plutôt des créations visant à rendre compte du monde tel qu’il est.

Tubalcaïn, le forgeron, travaille les métaux et s’inscrit spirituellement comme continuateur de la lignée caïnite. Le forgeron fait partie des bâtisseurs et apprend à être par le moyen de la création. Il a la connaissance des 4 éléments : le métal est extrait de la terre, il est transfiguré par le feu, lui même attisé par l’air puis trempé par l’eau afin de devenir l’instrument utile aux laboureurs ou aux guerriers. Il forge des épées, œuvre d’initié car elles sont parfois dotées d’un pouvoir magique, qui demande de connaître et maîtriser les forces contenues dans ces éléments. Le forgeron maîtrise le feu et grâce à lui transforme les métaux qui viennent des profondeurs de la terre. Son pouvoir est ambivalent, il peut être aussi maléfique que bénéfique car il forge des armes pour faire la guerre et comme Tubalcaïn qui , selon le témoignage de Philon et du livre apocryphe d’Énoch, cité par Tertullien, employa aussi dans ses travaux l’or, l’argent, etc., dont on fit ensuite des idoles pour les adorer.

Le travail de la forge signifie la constitution de l’être à partir du non-être. La forge est l’allégorie du cœur et les soufflets représentent les poumons.

Fondre le métal et le reformer correspond au « salve et coagula » de l’alchimie hermétique, travail créateur par excellence, car créer c’est recréer.

Sur un autre plan, selon Guy Barthélémy, la signification politique de la fable de Nerval est claire: ceux qui produisent les richesses de la terre, mais qui aussi ont permis aux hommes de sortir de leur animalité, car parmi ces bannis, il y a celui qui a inventé la ville, celui qui a inventé le tissage, celui qui a conçu le premier instrument de musique qui sont injustement opprimés par ce Dieu qui veut maintenir abusivement les hommes dans un état d’ignorance et par ceux qui lui servent de relais : les rois, ces ministres despotiques d’Adonaï. Le savoir et la liberté ne peuvent donc s’épanouir que dans un combat socialiste qui s’infléchit vers la mise en cause du Dieu

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SOURCE http://solange-sudarskis.over-blog.com/2017/01/tubalcain.html?fbclid=IwAR1dnTKE0WBJw6FGNCffMdEft-QWYoC95HJKPlr4l47Jl1bUYFUnvgRh9BQ

Le Zodiac est né en Mésopotamie il y a 3.000 ans 19 février, 2021

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Le Zodiac est né en Mésopotamie il y a 3.000 ans – dans des empires successifs qui duraient des milliers d’années – à leur origine, servait de référence astronomique pour mesurer le temps. Une ressource pratique qui permet de diviser le ciel en parties et d’être utilisé pour définir des temps d’action sociale : période des sacrifices, période de récolte, période de collecte, etc., bien qu’il ait été accaparé par la suite par l’astrologie.

Le zodiaque est un outil pour mesurer le temps

Le zodiac a représenté un outil intelligent pour les premières civilisations. Et cela parce que même si nous ne voyons pas les étoiles le jour, nous pouvons étudier votre position avec un peu d’attention puisque les premières étoiles apparaissent à l’ouest à la même heure chaque jour après le coucher du soleil. Le système n’est pas très précis, mais même rudimentaire permet de comprendre comment le soleil se déplace dans le ciel et décrit un cercle tout au long de l’année. Cercle que l’on appelle écliptique (l’écliptique est la ligne courbe par où le soleil se passe autour de la terre) et les 12 constellations qui servent de fond à ce périple solaire, nous les connaissons sous le nom de zodiaque.

Mais rappelons-nous que bien que basé sur ces constellations, les signes zodiacaux couvrent des zones de la sphère céleste quelque peu différentes, même s’ils possèdent le même nom. Il s’agit d’un phénomène (connu sous le nom de précession des équinoxes) que l’astrologie ne contemple pas.

Le zodiaque est une construction mentale

Les premiers astronomes ont divisé le ciel en 12 parts égales couvrant chacune 30 e d’arc, mais en définitive le zodiac est une construction mentale basée sur un événement qui se produit quotidiennement partout dans le monde : le mouvement du soleil .

Le soleil apparaît chaque jour à l’est et se couche à l’ouest comme les autres astres. Circonstance due au mouvement de rotation de la terre qui, en étant inconnu dans l’ancienneté, offrait l’apparence que tout autour de la terre tournait, tandis que celle-ci restait immobile.

Donc les humains ont réalisé une prodigieuse construction mentale à partir de l’apparente écoulée du soleil entre le ciel de jour et la nuit.

Les constellations du zodiaque

En ce qui concerne les constellations qui forment le zodiaque, des tableaux mésopotamiques très anciens, avec plus de 3.000 ans, nous montrent que beaucoup des constellations du zodiaque étaient déjà établies dans ces villages comme Tauro, Leo, Capricorne, Scorpion ou Bélier avec d’autres noms.

Les connaissances de ces peuples apporteraient un patrimoine immatériel qui a touché plusieurs cultures anciennes et qui se sont formés au fil des siècles, ainsi quelques constellations, les plus proches de l’elliptique, auraient une origine mésopotamique, tandis que les villages navigants de la Méditerranée , comme les minoïques, en ont apporté d’autres.

Le zodiaque astrologique a été inventé par les Grecs

Les Grecs ont rassemblé cet amalgame de connaissances du paradis (des peuples de la mer, d’Égypte ou de Mésopotamie) et l’ont formé dans les constellations zodiacales (et bien d’autres) telles que nous les connaissons aujourd’hui. Mais c’est arrivé entre les années 540 et 370 a. C., et c’est sur elles que l’astrologie personnelle que nous subissons aujourd’hui, et pas plus tôt que l’affirment beaucoup de leurs fans.

ARIES : Le bélier avec lequel Frixio et Hele ont voyagé quand ils sont sortis de leur pays natal pour arriver à la Colquide. C ‘ était ultérieurement la toison d’or.

TAURO : Deux versions existent :

Le Taureau de Crète, une bête mythique qui habitait dans cette région.

La manière dont Zeus a pris quand il a enlevé l’Europe.

GÉMINIS : Les jumeaux Castor et Pollux. Pollux était immortel, pas comme ça son frère Castor. Quand Castor est mort, Pollux a offert son immortalité pour sauver son frère.

CANCER : Le crabe qui a envoyé Héra aider l’Hydre de Lerne, quand elle combattait Hercule.

LÉO : Le Lion de Némée, mort aux mains d’Hercule, qui l’a étranglé, car sa peau était impénétrable. Le héros l’a écorché avec ses propres griffes (la seule chose qui pouvait le blesser) et il est resté la peau comme son symbole.

VIRGO : Le mythe est celui d’Astrea, fille de Zeus et de Temis. Aidé son père en tant que porteuse des rayons pendant la guerre avec les titans. En récompense sa loyauté, Zeus l’a montée dans le ciel et a placé parmi les étoiles, donnant naissance à cette constellation et fin à la présence parmi les humains du dernier immortel de l’Age d’Or.

LIBRE : Mythe attribué à Dice, la déesse de la Justice, ainsi que dans d’anciennes représentations romaines, on illustrait Jules César portant une balance, comme symbole de sa puissance et de sa justice. Plus tard, le gouverneur romain serait supprimé et la figure de la balance serait maintenue.

SCORPIO : Scorpion que la déesse Artémisa a envoyé contre le géant chasseur Orion. Orion a marché dessus et le scorpion lui a cloué son aiguillon. Les deux sont morts et Zeus a mis chacun devant l’autre pour ne pas se battre.

SAGITAIRE : Le centaure Quirón, médecin des médecins, fatigué de son statut d’immortel, a décidé de l’échanger contre le salut de Prométhée. Quand le marché a été officialisé, Prométhée lui a demandé : ′′ Pourquoi l’as-tu fait ? Maintenant que tu es mort, même si fatigué, tu ne vas pas pouvoir le changer… »

CAPRICORNIUM : Représentation de la chèvre Amaltea, celle qui allaite Zeus lorsque sa mère Rea l’a caché de la vue de son père Cronos.

AQUARIO : Le jeune Ganymède, le scanner des dieux dans l’Olympe. Un jeune homme d’une extrême beauté qui a obtenu l’amour du dieu Zeus.

PISCIS : Lorsque les dieux ont fui le Titan Typhon, beaucoup ont pris des formes animales. Eros et Aphrodite l’ont fait sous forme de poissons et ont été pêchés par un pêcheur. D ‘ autres sources disent que ce sont les foutus Cadmo et Harmonia qui ont été pêchés.

Fuentes : alpanol / wikipedia / cndlsc

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La laïcité

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

laicite

« Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le Forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un Forum. » J. Corneloup.
La laïcité ou le  sécularisme désigne le principe de séparation de la société civile et de la religion. Elle s’oppose donc à la notion de théocratie, d’état religieux. Dans une démocratie, la loi peut être contestée car elle est l’œuvre des hommes.
Dans une théocratie, la loi est l’œuvre de Dieu, donc toute contestation devient impossible, c’est bien là le piège des pseudos « républiques islamiques » qui n’ont rien à voir avec la notion de république et qui rappelle sournoisement les notions de « républiques démocratiques socialistes » qui n’avaient elles non plus aucun rapport avec la notion de démocratie. Le mot république, abusivement employé, peut ainsi cacher une dictature, une oligarchie ou une théocratie.

La laïcité est un sujet récurent, notamment en France, où elle est mentionnée expressément dans la constitution. En quoi est-elle vraiment un rempart de la liberté de conscience et de culte contre les intégrismes ? N’est elle pas, aussi, une autre forme d’intolérance de la raison à la gloire de l’étatisation ? En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

1. La laïcité, une victoire de la raison sur la passion ?

La laïcité est un courant historique défini comme étant le principe de la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. L’antithèse de la laïcité est donc le cléricalisme, d’où cet esprit anticlérical que la laïcité a longtemps généré en France, notamment dans ce qu’on a appelé la pensée « libre » et avec laquelle elle a souvent été confondue.

Dans l’histoire de France, où régnait une monarchie de droit divin, la pensée laïque a commencée il a près de 400 ans avec la promulgation de l’Edit de Nantes qui assurait la liberté de culte. Mais ce n’est qu’en 1787 et en 1789, sous les coups de butoir des idées propagées par la révolution française, que « l’alliance du sabre et du goupillon » a réellement commencé à décliner.

Ainsi, la laïcité s’est historiquement imposée comme concept et comme opérateur d’organisation sociale face aux religions révélées. Religion entendue comme ce qui donne les « raisons » de vivre et de mourir. Le croyant devient souvent intolérant (et même meurtrier comme en témoigne l’histoire des religions) car il est toujours persuadé de détenir la seule vraie religion, adorer le seul vrai Dieu. Il a donc été juste de créer un espace de vie en commun, neutre, excluant du débat et de la manifestation ce qui avait pu faire tant de ravages. En ce sens la laïcité est effectivement source de liberté, d’ouverture, et de tolérance. Mais cette définition est elle satisfaisante ? Le principe de laïcité, doit-il aujourd’hui être limité au « non-cléricalisme » ? ne doit-il pas être réactualisé et étendu à toute autre forme de lobby, même non religieux ?

Une définition trouvée sur l’internet [1] défini la laïcité dans les termes suivants : « La laïcité exprime une éthique de société, qui ne saurait accepter les idéologies toujours en mouvement de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine. Elle est notre atout majeur dans les combats engagés contre la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes. Elle veut être cette école de l’intelligence dont Jean Rostand disait qu’elle vise à « former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force, les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité, leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance ». »

Aujourd’hui, les idéologies de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine propageant la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes ne sont plus seulement le propre des Églises. Elles sont aussi l’œuvre de groupes sociaux ou ethniques, de partis politiques et même de certains milieux économiques toujours prêt à détourner le bien commun et la liberté des peuples à leurs profits personnels. Mais à ce niveau ne fait-on pas un amalgame entre Laïcité et démocratie ? Peut-être, en ce sens, si on pense que le mot laïcité vient du grec « laos » qui désigne un peuple au sens de sa réalité communautaire, où les hommes, partie de ce tout, sont par nature égaux en ce que chacun est un élément unique, parfaitement équivalent à un autre et également fondateur de la réalité du groupe. Ce « laos » est distinct de la « polis » grecque, la cité, qui est l’ancêtre de notre État en tant qu’organisation sociale autonome et du « demos », peuple, compris comme entité politique dans « demokratia » gouvernement, souveraineté populaire. Le « laos » renvoie, lui, à ce que les latins appelaient « res publica », chose publique, dont chaque citoyen est souverain et qui a donné aujourd’hui la notion de « république ».

2. La Laïcité, religion inversée ou dictature de la raison ?

Certains « enragés » de la République n’ont-ils pas un comportement qui est proche de l’intégrisme ? Prenons par exemple l’épisode du « foulard islamique ». La polémique entourant le port du foulard islamique dans les écoles publiques a provoqué en France un important débat sur la prise en compte de la diversité culturelle et religieuse dans les institutions publiques. L’école s’est développée autour d’un certain nombre d’enjeux à la fois politique, juridiques et socioculturels parmi lesquels on peut identifier : la présence de l’Islam dans les sociétés occidentales, le statut de la femme, le phénomène de l’immigration et de l’intégration, le statut de l’école publique et laïque en France. Ce débat a pris rapidement un caractère symbolique et s’est installé dans l’opinion et les médias (avec une confusion savamment entretenue entre Islam et islamisme). Il met en évidence l’opposition de deux éléments : le caractère laïque de l’école publique et le port d’un signe religieux, face à cela deux attitudes apparaissent ; La première, s’appuyant sur la laïcité la plus stricte qui considère le « hidjab » comme une attaque de l’intégrisme islamiste contre la laïcité de l’école ; La deuxième se fondant sur une forme de neutralité qui prône « le droit à la différence », qui tout en défendant une école au-dessus de tous pluralismes respectent ceux-ci. L’exclusion de ses jeunes filles, ouvre la porte à une « laïcité intégriste ». Quelles angoisses identitaires le foulard de quelques gamines a-t-il réactivé, entraînant stigmatisation, exclusion et violence ? Serait-il le support d’un affect d’angoisse ? Angoisse face à l’étrangeté ? Angoisse face à la féminité ? En pensant se protéger par l’exclusion d’un risque « intégriste », qui relève plus du fantasme que d’une réalité, on aboutit souvent à l’effet inverse, en interdisant l’accès à l’école, on les enferme, les privant ainsi des influences extérieures, d’une ouverture sur le monde. On les transforme en « victimes », et « en offrant des victimes de l’intolérance de la société française on relativise l’intolérance intégriste », on les pousse vers un repli identitaire, communautaire. L’éducation est l’élément clé pour combattre l’ignorance et les stéréotypes. L’école doit promouvoir la démocratie et l’humanisme par l’éducation et la conviction et non par la contrainte. Ce n’est pas un combat contre la laïcité, mais la répression dans un tel cas n’est pas une solution. Bien sûr, on ne peut contester que le foulard est un symbole de l’oppression des femmes, mais doit-on faire preuve d’intolérance, de rejet face à celles qui le portent ? Par ailleurs personne ou presque ne s’est vraiment efforcé d’en comprendre vraiment la signification réelle. Pour certaines, il s’agit d’un choix, une manière d’affirmer leur liberté individuelle, « de leur droit à être française et musulmanes », « le symbole d’appartenance à un groupe » pour d’autres, il s’agit d’un compromis, « une concession faites à leurs parents, pour obtenir quelque chose en échange, comme par exemple la possibilité de continuer des études ». Il faut donc écouter avant de condamner. L’école doit et peut rester, grâce à une « laïcité vivante », c’est à dire ouvert et tolérante, le lieu social de l’apprentissage de la communauté, de formation du citoyen, et du « vivre ensemble », et c’est se tromper d’ennemi, « prendre l’ombre pour la proie » que de lapider sur la place publique quelques jeunes filles pour qui, souvent le port du voile peut être un passeport qui ouvre la voie à l’intégration.

Une laïcité « pure et dur » n’est elle pas une forme de dictature de l’étatisme ? Nous avons tous en mémoire l’échec des « dictatures du prolétariat ». Le Marxisme a voulu être une sorte de religion laïque faisant de l’étatisme le meilleur garant du bonheur genre humain. Son joug n’a pas été plus doux que le pire des intégrismes. Aujourd’hui, on peut mesurer l’ampleur et le désastre où peut mener ce genre d’utopie…

Que fait-on en ce sens du droit des familles à transmettre leurs propres valeurs ? Le rejet des valeurs confessionnelles peut être dangereux car il constitue une autre forme de dogmatisme qui rejetterait toute une part culturelle qui est aussi un héritage légitime auquel à droit tout être humain appartenant à une collectivité donnée. Faire le « vide » en la matière, peut-être dangereux car il semble nécessaire que chaque personne puisse avoir fait son « indigestion » de religieux, ne serait-ce que pour pouvoir savoir, en connaissance de cause, ce qu’elle aurait éventuellement à critiquer… La laïcité sans culture religieuse aucune n’est-elle pas le plus sûr moyen de livrer des individus, incultes en la matière, à l’attrait des sectes de tous poils ?

Par ailleurs, La rationalité froide, même purement scientifique, rejetant toute forme de spiritualité ne peut engendrer qu’une forme de pensé aride. Une pensée purement matérialiste empêche la voie du cœur et rend sourd à la poésie. C’est une autre forme de conditionnement. C’est oublier que la science ne répond qu’à la question « Comment ? » et que seules la philosophie et la métaphysique posent la question du « Pourquoi ? ». La pratique d’une spiritualité sereine n’est-elle pas le meilleur garant de ce genre de dérive ? Rabelais [2], en son temps, a pu dire : « Parce que, selon le sage Salomon, sapience (sagesse) n’entre point en âme malivole (de mauvaise volonté) et science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La conscience a-t-elle pu jamais avoir été découverte sous le moindre scalpel ? Cela voudrait-il dire qu’elle n’existe pas et n’est que le fruit de l’irrationnel ? La science et la raison pure sont-elles réellement les seules et uniques clés de la connaissance ? L’homme ne semble pas vivre que de pain et son esprit a aussi besoin de s’aguerrir hors des sentiers de la raison, ne serait-ce que pour se forger une identité personnelle et libre.

Croire c’est prendre une option, un pari. Ne pas croire n’est pas ne pas prendre une option, c’est prendre l’option de ne pas en prendre, c’est prendre le pari qu’il n’y a pas de pari à prendre. La laïcité militante, anticléricale, affirmée comme un espace pur de toutes traces religieuses, comme non contaminés par l’irrationnel, le subjectif etc., comme espace préservé et à préserver à tout prix des agressions du mal « religieux » (comme on veut dans les hôpitaux tuer tous les microbes, bactéries) finit par engendrer une autre forme d’intolérance. La dictature de la raison n’est pas meilleure que celle de la passion. Elle est différente, mais elle engendre des souffrances aussi grandes.

3. En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

Au « Grand Orient de France » (GODF\), certaines Loges finissent encore leurs travaux sur un vibrant « A bas la calotte ! ». Cette intransigeance anticléricale fleurant bien le XVIIIème siècle, a-t-elle aujourd’hui, encore un sens ? Pour répondre à cela, un article [3] paru dans le journal « Le Monde » du 8 septembre 2000, résume bien la situation. En s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, le GODF est devenu une sorte d’organisation profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle-ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux. On trouve au sein de cette obédience française des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides » (selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique), des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut-parleurs médiatiques. En ce sens, le GODF, qui a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et qui entend participer activement à la « construction de la société idéale » est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui une certaine Franc-Maçonnerie, en l’an 2000, à la croisée d’un cheminement. Elle doit, soit se transformer en clubs politiques ou mondains comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui lui permette de répondre réellement à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. Dans ce dessein, il faut certainement renoncer à un certain nombre de pratiques qui l’ont conduit à devenir une machinerie administrative gérée par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».

Il faut, peut-être, tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre, en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant. Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être « califes à la place du calife ». Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ».

Une autre forme de Franc-Maçonnerie existe, par ailleurs, en parallèle. Plus traditionnelle, elle a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à « la construction du Temple de l’Humanité » à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego. Ainsi, si un Frère doit intervenir dans la vie sociale, en qualité d’élu, de responsable d’association ou à quelque autre titre, il devrait pouvoir rayonner suffisamment de fraternité et de tolérance du fait de sa formation maçonnique. Mais ce n’est pas à l’ordre maçonnique en tant qu’entité, à peser sur la société dans laquelle elle vit et dont elle doit respecter toutes les règles et non pas les modifier, même si c’est dans un sens positif. Ce strict respect des « landmarks » et des constitutions d’Anderson, ne fleure-t-il pas non plus le siècle dernier et ne mérite-t-il pas d’être mis à jour ?

La Loge est composée d’hommes de tous horizons qui viennent aussi du monde profane et qui sont influencés par sa pensée du moment. Un échange permanent se fait entre la condition de maçon et celle d’homme du quotidien. Cela est une symbiose qui n’autorise pas d’absolu total et oblige à tous les compromis. La perfection est un objectif mais elle n’est pas encore de ce monde. Elle est une projection vers l’infini qui s’oppose à notre condition de simples mortels. L’Esprit de la Loge, L’Égrégore, est un terreau fertile qui permet l’éclosion de l’éthique et de l’identité maçonnique. Cette fraternité de pensée permet-elle de donner des réponses pratiques à chacune de nos questions quotidiennes ? Ce qui fait la force d’une pensée, c’est son degré d’objectivité. Une façon de penser qui ne colle pas à la réalité ne peut que reposer sur le dogme. C’est là, le grand mérite de l’esprit maçonnique que de lutter contre toutes formes d’axiome et de prôner un humanisme universel au de-là de tout esprit de chapelle, de race, de culture, de sexisme et de croyances. Le symbolisme, ce langage muet, est le meilleur moyen de communiquer pour autant qu’il ne soit pas figé dans le dogmatisme.

Si les valeurs de la laïcité sont bien présente dans l’éthique maçonnique qui, par définition, doit être inter-confessionnelle, non dogmatique et doit rejeter toute forme de totalitarisme, elle ne représente qu’une partie de cette éthique qui est aussi la recherche de la sagesse, apprendre à écouter, se méfier des passions et des préjugés, retenir l’envie d’intervenir, respecter les autres et donner sa chance à celui qui en a vraiment besoin, seule une école initiatique propose ce programme, surtout si celui-ci est associé à l’introspection, au retour sur soi-même. On remarque, dans la vie profane, l’homme qui a été à cette école.

4. Conclusion

Il semble, aujourd’hui, à la veille du troisième millénaire, qu’il soit plus important que jamais de rester « vigilant ». La franc-maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIème siècle ébloui par la « scienza nuova » [4].

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière. L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France. Comment a-t-elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a-t-elle pu survivre par-delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisé ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est-à-dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique. Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce qu’on peut appeler « l’humanitude ».

La réponse peut toujours être trouvée dans le Cabinet de Réflexion que chaque franc-maçon devrait ne jamais oublier. Le Coq annonce l’aube du jour qui doit se faire dans les esprits. Il fait allusion aussi à la mystérieuse Quintessence, qui se dérobe à toute perception sensible et que nous ne pouvons concevoir qu’à force d’approfondir. La nécessité de descendre en soi et de pénétrer jusqu’au centre d’où jaillit la lumière intérieure, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde, et dont la direction est indiquée par le fil à plomb.

Si nous savons ce qu’ont pu faire les Francs-Maçons du passé, ceux des « constitutions d’Anderson », au siècle dernier, à savoir, d’avoir pu réunir dans le même Temple, en une volonté commune, des hommes que tout séparait. Le Juif et le Chrétien, le riche et le pauvre, le blanc et le noir… Il serait intéressant de se poser la question, pour nous autres Francs-Maçons, à la veille du troisième millénaire, quels sont les vrais grands défis et valeurs qui nous restent encore à accomplir et à défendre, au-delà des vaines querelles dogmatiques et sexistes, pour avancer dans l’œuvre qu’ont commencés nos aïeuls. Pourrons-nous, par exemple, continuer éternellement, à ne pas reconnaître la réalité de l’initiation de nos sœurs et continuer à les appeler hypocritement « madame » ? La construction du « Temple de l’humanité » est bien loin d’être terminé et la « voûte étoilée » est encore le seul toit du Temple encore inachevé. Car le jour où cela sera fait, nous aurons alors la funeste prétention d’être l’égal de nos dieux ! Ce jour-là, à mon avis, l’Ordre sera vraiment perdu et le Temple ne sera plus que ruine…

Alors retroussons nos manches car le chantier réclame encore son lot quotidien de labeur. Car dans le Travail est la vraie et concrète réalité : L’initiation répudie tous les égoïsmes, même ceux qui visent à se satisfaire de se perfectionner soi-même en oubliant les autres. Le symbolisme de la « Règle » et celui de la « houppe dentelée » doivent toujours rester présent à nos esprits pour nous rappeler le principe fondateur de la « Chaîne d’Union », celui de la Fraternité Universelle et celui de la « juste mesure de toutes choses », La « Règle » que les anciens égyptiens appelaient la déesse « Maât ».


[1] http://www.respublica.fr/laicite/

[2] Rabelais (François), Pantagruel, 8. Bibliorum Larousse.

[3] Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

[4]   Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

 

SOURCE : https://www.rene-guenon.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=37:le-miroir-du-maitre-franc-macon&catid=39:poemes-maconniques&Itemid=36

Symbolisme du baiser maçonnique sur le front 13 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

Symbolisme du baiser maçonnique sur le front

Par

Alain Breant

28 mars 2019

 
Symbolisme du baiser maçonnique sur le front dans Contribution baiser-sur-le-front

Les maçonnes et les maçons ont coutume de se témoigner physiquement leur affection fraternelle. Pour cela ils utilisent plusieurs gestes :

  • Le baiser sur les joues
  • L’accolade
  • Le baiser sur le front.

Le baiser sur les joues n’est maçonnique que parce qu’il se fait généralement par trois : le premier sur la joue droite, le second sur la joue gauche et le troisième à nouveau sur la joue droite. Mais des baisers régionaux se font aussi par trois.  A noter que ce baiser est de moins en moins pratiqué.

Bien que cela soit un geste universel, on pourrait trouver l’origine de l’utilisation du baiser entre francs-maçon-ne-s dans la célèbre injonction de Paul :

« Salutate invicem in osculo sancto » (Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser)(2ème épître aux Corinthiens)

ou dans « Saluez tous les frères par un saint baiser » (I Thessaloniciens 5 :26).

L’accolade est la forme habituelle de la salutation fraternelle : elle consiste à s’effleurer les joues (ou les tempes comme en Afrique) trois fois et de se frapper l’épaule droite également trois fois. L’accolade a une d’origine chevaleresque (la frappe sur l’épaule était effectuée avec le plat de l’épée). Si aujourd’hui, sur les parvis ou dans le monde profane, c’est plutôt une forme de salut, en loge, à la fin de l’initiation, on retrouve la relation avec l’adoubement originel des chevaliers.

Mais, concentrons-nous sur le baiser sur le front.

Quelles significations donner à ce baiser sur le front ?

On retrouve le baiser sur le front en loge dans plusieurs circonstances :

  • dans certains rites, au moment de la réception du nouvel initié le VM le pratique à la place du troisième baiser sur la joue droite ;
  • on le voit aussi pratiquer dans les rituels des hauts grades.

Dans le monde profane, le baiser sur le front n’est généralement pas précédé par un ou des baisers sur les joues. Il symbolise une affection particulière avec une forte connotation de protection.

Si les études concernant le baiser sur la bouche sont nombreuses, le baiser sur le front suscite beaucoup moins de littérature. L’utilisation de cette pratique au cours de l’histoire entre le plus souvent dans les relations entre vassal et seigneur, ou dans les premiers temps de l’Eglise chrétienne.

La majeure partie des références aux baisers au front concernent des relations entre sujets engagés dans un rapport de filiation ou de protection. Car il faut noter que celui-qui donne le baiser n’est pas le même que celui qui le reçoit, contrairement au baiser sur la joue, ou sur les lèvres ; « Les pères et les mères doivent baiser leurs enfants au front. » énonce le Dictionnaire de Furetière en 1690.

Fin XIXe-début XXe siècle, on retrouve ce conseil dans les « bons usages » :

«La comtesse de Gencé conseille aux jeunes filles qui se respectent de rester « sobres d’embrassades ».

On s’embrasse entre amies d’enfance ou entre parents, sur la joue si la différence d’âge n’est pas grande, sinon sur le front. C’est toujours le plus âgé qui prend l’initiative, et aucun baiser ne peut être échangé dans la rue ou dans un endroit public. »  (référence : Le Baiser : premières leçons d’amour )

En Franc-Maçonnerie, on retrouve une référence au baiser sur le front au rite pratiqué par la Mère-Loge écossaise de Marseille (1750), ou Rite philosophique en 18 degrés, dans le rituel du double grade Général des Argonautes et Chevalier de la Toison d’Or (10ème et 11ème grade) où dans le cadre de l’instruction du récipiendaire il est dit :

 « L’accolade est de baiser au front celui qui vous reconnaît et qu’il doit rendre de la même façon.»

On voit bien dans ce texte la filiation entre la colade chevaleresque, l’accolade et le baiser sur le front. On pourrait dire que celui-ci n’a plus vraiment le même contenu de protection que dans le sens profane mais celui de reconnaissance et d’admission.

Il en est aussi fait mention dans le livre de William Morgan « Mysteries of Freemasonry » (1826) dans une réception d’un grade de perfection :

« Some Knights, in addition to this, kiss the forehead of the brother saying « Alpha » to which he answers « Omega ». »

Dans ce cas il n’entre pas dans le cadre du triple baiser.

Au Rite Ecossais Rectifié, c’est au troisième degré qu’après l’élévation, le rituel enjoint le VM :

« Il l’embrasse en lui donnant le baiser fraternel sur les deux joues et au front. »

 

En conclusion, si on admet que les êtres humains ont besoin de se toucher pour exprimer l’affection qu’ils se portent, la gestuelle du baiser n’est pas uni-modale ; on pourrait dire que l’affection a des degrés, elle aussi :

  • l’affection basique, un peu fadasse, s’exprime par une accolade « banale » ; lorsque l’affection est un peu plus importante, cela peut se concrétiser par une adaptation de la gestuelle :  généralement par une frappe « appuyée » sur l’épaule !
  • L’affection sincère et fraternelle utilise le baiser sur les joues.
  • L’affection protectrice du « maître à l’élève » s’exprimera plutôt par le baiser sur le front.

SOURCE : https://blog.onvarentrer.fr/

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Tradition et religion en franc-maçonnerie

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Tradition et religion en franc-maçonnerie

Religare et tradere pour le franc-maçon spéculant.

Peut on parler d’une complémentarité entre ce qui constitue la Tradition et ce qui fonde les religions? Dans les deux termes nous retrouvons la notion d’origine, de thesaurus et de transmission et donc de genèse, de lien et de dévolution. Il nous semble devoir traiter religare et tradere sous l’angle étymologique appliqué au divin révélé et à la connaissance initiatique. (1ere partie extrait)

(…)Augustin, lorsqu’il écrit que religion vient de « relier » (religare), fait valoir que la religion devrait être « ce qui relie à Dieu et à lui seul ». Mais on retient généralement pour religare la notion de lien et de relecture. Ceci supposerait un lien « direct », mais ce lien semble en réalité capté par l’institution religieuse de type ecclésiale qui se charge de relier le pratiquant plus à l’institution qu’au divin. C’est l’institution qui fait elle-même la relecture interprétée des textes sacrés (dogme) tout en s’interposant entre l’homme et Dieu. Or l’héritage maçonnique ancien est à la fois fondé sur la tradition et la religion, avec toutefois une évolution remarquable. Les Anciens devoirs gothiques catholiques (Regius 1390 et Ms Cook 1410) célébraient cette relation ecclésiale par l’œuvre accomplie et passée de décoration et de représentation plastique figurant le divin au fronton des cathédrales, alors que le rite du Mot de maçon calviniste depuis 1637 veut revenir au lien direct entre l’homme et Dieu par la « sola scriptura » (la lecture directe de la Bible sans decorum) tout en préservant le devoir de mémoire imposé par les Statuts Schaw de 1598 . Les deux rites maçonniques entretiennent un devoir de mémoire ou art de mémoire, soit sous la forme d’un récit assorti d’images plastiques (Anciens devoirs) soit sous la forme d’un catéchisme mnémotechnique favorisant la représentation mentale (Mot de maçon). La particularité des rites maçonniques est d’emporter dans leur mise en œuvre un répertoire d’images mentales découlant de représentation imagée (tableau de loge) ou d’échange verbaux évocatoires. Ces images mentales ont vocation à être transmises (tradere) depuis des temps immémoriaux et assurent ainsi le cheminement d’un lien mental avec l’origine ou la cause première (religare).

C’est en ce sens que nous pouvons avancer que ces représentations mentales sont des clefs (symboliques et hermétiques) qui ouvre la relation à l’ontologie et aux mystères de la, vie et de la création.

En examinant de prés le processus religieux et son empreinte sociologique, on voit un lien incontestable avec la notion de tradition qui est ici récupérée. En effet, la tradition fait aussi le lien avec ce point originel et se charge de versifier dans l’oralité une transmission d’images et de récits qui vont constituer le fonds commun des archétypes, le dogme viendra puiser dans cette bibliothèque les représentations qu’il entendra imposer et figer et interpréter. Ainsi le symbole et sa représentation peuvent faire l’objet d’une explication dogmatique.

Généralement le religare et le tradere vont s’appuyer sur les livres de Sagesse tels que la Bible. L’herméneutique qui consiste en son interprétation sera libre ou orientée suivant qu’elle s’attache à la cohérence d’un dogme ou qu’elle réserve son choix à une vision autre et traditionnelle c’est-à-dire dans la continuité de la pensée, de la volonté ou de l’action ayant un lien démontré et cohérent avec la notion d’origine contenue dans le texte étudié.

La définition du terme du mot tradition vient du latin traditio, dérive du verbe tradere qui signifiait « continuer »,  » transmettre ».

Religare et tradere postulent à relier l’homme à son origine, il semblerait que ces deux notions soient de toutes façons indispensables au devoir de mémoire du franc-maçon. Mais les deux notions ne sont pas obligatoirement « religieuses » au sens commun de la croyance.

Le propre du franc maçon est de se situer dans une des grandes transmissions initiatiques qui reposent moins sur le dogme( orthodoxie) que sur le vécu et l’expérience (orthopraxis). Cette expérience initiatique découle à la fois du voir discursif et symbolique, du ressenti intuitif, et souvent de la raison.

L’objet, l’image ou le concept sont représentés en images mentales qui réveillent et éveillent l’esprit et restent intégrées dans notre bibliothèque des signifiants-signifiés. Cette bibliothèque préexiste probablement en nous et c’est l’initiation qui met en action les analogies et correspondances cachées qui ont toutes une relation finale dans le symbolisme dit cosmique (macrocosme-microcosme). C’est ici que l’initiation dans son sommet peut aboutir à la notion de révélation « graduelle ».

  • La filiation

On comprend alors que le tradere et le religare font le lien entre l’homme et son origine.

Se situer dans la ligne de transmission permet tout à la fois de bénéficier à titre personnel de l’accès aux « mystères de la franc-maçonnerie » mais aussi d’apporter à la collectivité la sensibilité et la vision inhérente à ce grand mouvement ancestral.

L’initiatique individuel du franc-maçon se pratique en groupe de bouche à oreille. C’est une oralité, une mise en situation assortie d’une gestuelle parfois dramatique qui donne à la transmission la profondeur du vécu et de l’expérience. La transmission suppose une parole prononcée par celui qui a la connaissance, dans oreille de celui qui sait entendre. Il s’agit de mettre en partage et en phase l’ensemble des vues et visions archétypales qui fondent l’homme bâtisseur. Ainsi on refait le baptême (la renaissance « élémentaire » d’un homme devenu franc-maçon par la vision de la lumière), et on revit la cène par l’agape en nourriture de l’esprit (partage du pain et du vin et amour fraternel). Il s’agissait de situer l’initiatique dans la lignée des bâtisseurs qui donnait forme à la matière grâce à l’ombre et la lumière et qui édifiaient des temples au divin (religare) en consolidant l’éthique de l’homme (tradere). Mais il fallait aussi suivre les rituels de la tradition qui fondent l’amour et le partage dans le réel et valorisent des préceptes sociétaux communs et ancestraux reconnus par tous (bonne morale dont la pratique est héritée des anciens et de la tradition: orthopraxis).

La démarche ne reposait donc pas sur l’invention ex abrupto d’une fausse filiation, mais sur la recherche de la transmission de l’authentique et du vrai. Ainsi nous pouvons dire que le franc-maçon spéculatif veut se situer dans la chaîne de transmission de la voie initiatique artisanale, dont l’objet surplombant est le Temple de Salomon et dont le but reste l’édification en soi dudit Temple de Salomon et qui derrière l’antique savoir-faire (tour de main) induit l’antique savoir-être (La Sagesse)!. Les deux savoirs sont les prérequis de la connaissance.

Ce souhait, ce désir d’intégration dans la chaîne d’union à la fois horizontale avec les FF présents dans toutes les loges et avec les FF du passé qui ont franchi la porte de l’Orient Éternel, démontre que l’initiatique se rattache par nécessité et par goût à un point originel situé dans les profondeurs de la mémoire présente et historique.

On voit l’avantage que l’on peut tirer de cette situation : il s’agit pour l’initié d’envisager l’origine de la transmission de la parole, de sa déformation dans le temps et de sa déclinaison dans des ordres et des mondes successifs. Cette relation ontologique va créer dans nos rituels suivants les grades et les degrés, une succession logique explicative de la dévolution de la parole, de l’image, du geste, et de l’acte. L’objectif restera de recouvrer la parole la plus proche du Logos, celle qui est la pensée précédant la volonté et l’action. Il s’agit de remonter le fleuve de la manifestation génésique pour atteindre le seuil qui précède la création.

Pour conclure sur le chapitre de la filiation, nous dirons que la voie initiatique de la franc maçonnerie spéculative est autonome est ne dépend d’aucune reconnaissance autre que celle quelle tient de sa propre lecture du livre sacrée qui est la Bible depuis 1637 et de sa connaissance de la symbolique des outils et du Temple de Salomon. Dans cette lecture directe du texte sans intermédiaire, la franc-maçonnerie a su intégrer une herméneutique « symbolique » et donc philosophique, plutôt que « littérale » de la scolastique cléricale. C’est le résultat des l’influences luthériennes et calvinistes écossaises mais aussi du mouvement Rose-croix dont l’idée est de déchiffrer les symboles secrets dans le grand livre de la nature. C’est sur cette base novatrice que la « spéculation » s’est associée au métier et à la voie initiatique dite artisanale et donnera aux cherchants, respectant a minima une orthopraxis morale, un authentique plan de réalisation et d’expression devant aboutir à une vision. C’est cette vision qui outrepasse les apparences (don de « seconde vue » relaté par Adamson en dans « The Muses threenodie » en 1638) et remonte jusqu’à l’origine qui constitue l’authentique pratique du religare et c’est cette technique de mise en œuvre qui est rituellement traditionnellement transmise (tradere) par induction dans l’imitation des maitres. Cette capacité à voir repose sur l’image évoquée par le catéchisme et la rituelie, projetée sur un plan mental. La représentation intérieure qui en découle est due à la capacité ancestrale qu’a l’homme à conscientiser le divin, développant ainsi un « point de vue » véritablement gnostique.

  • La spéculation

L’ontologisation philosophique de la franc-maçonnerie va de pair avec sa dimension universaliste. C’est ce qui apparaît nettement dans les Constitutions de Anderson, Désaguilier et Georges Paine en 1723.

On sort désormais du métier pour ouvrir à la spéculation et à l’élargissement des domaines d’investigation ; cette ouverture favorisera par la suite l’intégration des influences initiatiques et ésotériques diverses qui se retrouvent bientôt protégées, transmises et travaillées à l’intérieur d’une cadre initiatique alliant le religare et le tradere.

La franc-maçonnerie allait être à la suite des mouvements universalistes et , sous l’influence d’élites et de mouvements ésotériques et encyclopédiques , un grand conservatoire pour la pensée symbolique et permet de revoir l’homme dans son attachement aux différents états de l’Être et la définition de l’Esprit , sous-tendant la notion d’éternité (ne devrait-on pas dire plutôt la notion d’intemporalité ?).

Ainsi la tradition conçue comme un conservatoire du sens et de la parole en regard du Logos nous relie à l’instant premier dans la qualité et l’état actuel de « frère ». Le temps fait écran a la notion de reliance.

Être relié à l’instant premier qui est pour certains l’origine de la vie sur terre, pour d’autres l’origine de la création, et pour d’autres encore ce qui précédait la naissance de la lumière, implique de saisir le sens du mot religare.

On définit souvent religare par son vocable exotérique « religion » . Cette relation impliquant la foi était bien celle de l’Église des premiers siècles qui, en dehors du dogme rendu nécessaire pour occuper par le pouvoir l’espace et le temps, se nourrissait d’un message plus « essentiel » que la pratique des églises contemporaines. La religion expansive et conquérante des territoires et des âmes, avec un Pape voulant être Roi, a simplifié son discours pour le mettre au service d’un dogme facile d’accès. Elle le rendit le plus universel possible dans sa compréhension et syncrétique dans le recyclage des usages anciens et traditionnels en vue d’asseoir son autorité temporelle. L’aspect temporel dogmé domina l’aspect spirituel, les connexions et luttes avec le pouvoir royal accentueront le mouvement d’abandon du message ésotérique au profit de l’exotérisme plus immédiat et efficace au plan politique.

Dans ce message ésotérique se situait l’explication symbolique du lien ascendant et descendant reliant l’homme au divin, mais aussi les secrets (la tradition) du pouvoir royal et sacerdotal qui sont liés aux facultés de représentation transcendante de l’homme. Cette explication donnait un sens particulier à la notion d’origine des temps et de dévolution de l’esprit dans la matière. Il s’agissait donc de transmettre à nouveau le lien premier qui fait de l’homme une image matérialisée d’une volonté divine, ou une image accidentellement chutée d’un homme premier. Le religare nous reliait donc à l’instant premier, en donnant une explication qui pouvait être vécue en expérience initiatique avec les rituels fondamentaux de l’Église des premiers temps. Simplement cet aspect plus difficile d’accès se heurta à la nécessité du temps, à la raison et à la controverse des interprétations. Ainsi sont nés les mouvements dissidents, les schismes, les « hérésies » et réformes, etc, finalement plus occupées à leur survie qu’à défendre le religare et le tradere…

On mit donc sous le boisseau la dimension ésotérique de la religion pour ne conserver que l’aspect efficace et concret qui maintient la foule dans un cadrage comportemental et dogmé. Le Roi, étant de pouvoir divin (et donc « relié » à l’origine), on reporta toute la dimension du religare vers le Pouvoir matériel sur les consciences et sur les sociétés. La nécessité et la contingence ont vaincu la dimension ésotérique et essentielle du religare.

Le religare ne pouvait se passer du tradere dans une classe dite sacerdotale, car le rite illustrant la parole, interprétée au plan exotérique comme ésotérique est une transmission, une tradition en soi. La mise en œuvre du rite est traditionnelle par nature, sauf à être déformé par une mise en en œuvre erronée.

  • Que fait le maçon en loge ?

Par la voie dite initiatique, il redécouvre comme une expérience personnelle et collective, la transmission des anciennes traditions. Il est vrai qu’aux XVIIème et XVIIIème Siècles, les loges devinrent les réceptacles des différentes traditions initiatiques, et se retrouvèrent face à l’autorité spirituelle des Églises. Cette transmission des traditions et recherches vont accentuer automatiquement le désir de connaître le point de départ du logos, du verbe, de la lumière.

Tout dans les différents rituels tend vers cette recherche lumineuse (c’est-à-dire connaissance de l’Être, de la lumière-vérité et de l’esprit. Dans son parcours il pourra dire qu’il a été « relié » par le désir de connaître l’origine, en jonction avec l’ontologie. Pour être relié il en faut le désir persistant en s’appuyant sur une méthode, ou plus simplement bénéficier d’une forme de Grâce tombée du ciel ou trouvée en soi.

Tradere et religare sont donc les deux lices d’une échelle qui relie l’homme à la lumière « illuminatrice ». Les barreaux de l’échelle seront les plans successifs ou grades et degré de la franc-maçonnerie qui lui permettront d’accéder à l’ origine.

Pour les Anciens devoirs il s’agissait de gravir l’échelle des arts libéraux comme une échelle initiatique qui permettait de connaître soi et le monde, la vie dans le réel, puis arrivé au sommet de ses arts voir le visage de Dieu (la connaissance) puis redescendre pour transmettre a ses FF. En complément à cette échelle « libérale » une autre s’imposait: celle des vertus cardinales et théologales qui en toutes hypothèses offre un retour sur soi et les autres. La caverne socratique nous dépeint le même tableau partant du sub-terrestre pour voir la vraie lumière plutôt que son ombre, puis revenir et transmettre. Ceci est une démarche typiquement prométhéenne qui caractérise parfaitement la démarche initiatique.

Donc se dire relier à l’origine par le désir de transcendance et de connaissance implique le transfert à l’autre de la parole de l’image et du geste. Nous pouvons dire que la connaissance qui nous relie à l’origine n’a d’intérêt que si elle est transmise. Religare seul n’a de sens que par Tradere et inversement (du moins en matière initiatique, le cas de la démarche mystique de « l’état d’être » ou de la « grâce » diffère dans sa méthode et peut être sans schéma directeur ou méthodologique, et n’impose pas le tradere). L’association du tradere au religare est aussi vrai pour le voie initiatique que religieuse tant que cette dernière conserve son versant ésotérique et sa voie sacerdotale.

C’est donc les rituels qui ouvrent et ferment les espaces symboliques superposés (qui sont des mondes en soi ou des points de vue toujours plus élevés) qui formeront les barreaux de l’échelle.

  • Il existe cependant une différence notable entre le tradere et le religare.

La différence est dans le mouvement scientifique hermétique et constructif pour tradere, car il faut expliquer ce que l’on a vu, ou relaté par le rituel ce que l’on a ressenti au-delà des mots, ici l’initiation est liée à la vie. Pour religare la démarche est autre car, sans être passif, il faut se mettre en état de recevoir comme un miroir ce qui est en haut et l’intégrer de manière intuitive en soi suivant un conditionnement dogmé ou pas.

Il y a donc d’un coté une démarche volontaire, active et vitale d’un initié qui va apprendre à franchir la porte et les obstacles pour voir enfin la lumière, et l’autre démarche moins active que réceptive qui va accueillir l’empreinte de l’esprit originel en soi. L’herméneutique et l’anagogique vont donc se compléter successivement pour dépasser les difficultés du sens et de l’essence dans un cas, et pour recevoir et ressentir intuitivement une proximité ou une présence du divin dans l’autre cas.

La démarche initiatique du tradere vient compléter la démarche mystique du religare.

Nous évoquions une échelle dotée de deux lices, nous pouvons désormais dire que cette échelle est dotée d’une lice volontairement montante par l’initiation de l’homme recherchant l’origine de la transmission et d’une lice descendante qui fait descendre la lumière en tout homme relié. Jacob a vu les deux sens s’animer dans un songe.

  • Le rituel est indispensable

Sans doute que Tradere et Religare ne peuvent être mis en œuvre efficacement que par des rituels. La religion dite naturelle (morale pratique du bon comportement individuel et sociétal) qui préexiste au dogme d’une quelconque Église, ne s’en réfère pas moins aux usages surplombants et ritualisés de la bonne moralité et de l’art de vivre ensemble. La religion naturelle consistant en une orthopraxis immémoriale serait donc une tradition universelle qui précèderait l’orthodoxie religieuse plus récente?.

C’est par une autorité surplombante que l’homme réussit à faire naître et justifier la bonne morale. La bonne morale peut être noachite suivant les Constitution de 1738 (en regard des percepts de Noé), ou fondée sur les tables de la Loi et commandements, ou sur les vertus cardinales (puis théologales). Elle est donnée par un prophète ou par un messager divin dans le cadre d’une théophanie et s’accompagne d’un cadre rituelique.

Il s’agit donc de confier au nuage surplombant la foudre liée au non-respect des rituels de vie communautaire (préceptes de vie). Ces rituels vont « sacraliser » la vie humaine dans l’institution comme le rituel maçonnique va sacraliser la loge ou le temple qui est aussi une image de l’homme des origines. Celui qui intègre ces préceptes en art de vie serait alors sur la voie de la sanctification.

Dans ces conditions, les rituels fondés sur des préceptes surplombants sont facilement « reliables » à la pensée originelle, à la volonté originelle et à l’acte originel. Ces rituels favorisent soit la prise de conscience « lumineuse » résultant d’un travail (Labora) pour tisser et entretenir et transmettre le lien « tradere », soit la mise en l’état de réceptivité Graalique pour recevoir le lien « religare » par la prière notamment (Ora). Ce sont les deux exercices auquels nous invite le rite maçonnique fut-il œcuménique et fondé sur la religion naturelle comme le rite de la Grande loge d’Angleterre et ses constitutions de 1723, ou délibérément théosophique comme le RER depuis 1778. Notons que la Grande Loge d’Angleterre depuis sa réunification des Anciens et des Modernes en 1813 et ses principes de base de 1929, substitue à la religion naturelle Desaguilienne et à la foi maçonnique, la notion de croyance au GADLU et une vérité révélée. On contingenta par ce Landmark l’espace initiatique à la longueur du rayon de l’Architecte, avec pour perspective, peut être, la notion de mise en œuvre et d’ordonnancement, mais probablement pas celui de la création.

On s’adresse dans les deux systèmes, religare et tradere, à la même échelle, mais on suit plus ou moins l’une ou l’autre lice suivant que l’on dit religion ou initiation.

Pouvons-nous dire que dans une démarche initiatique (prométhéenne par nature et reposant sur la connaissance acquise par l’expérience) c’est l’homme qui part à l’assaut des trois enceintes pour atteindre le sommet ou le Centre, alors que dans une démarche chrétienne d’un religare dogmé (croyance et grâce) ce serait le divin qui descendrait au coeur-centre de l’homme pour sa rédemption ?

Les éléments initiatiques et mystiques sont quasiment identiques, mais leurs dynamiques sont celles de l’exhaussement par l’effort d’une recherche « essentielle » dans un cas et d’une discipline de l’intériorisation et de l’induction « cardiaque » dans l’autre cas. Ainsi les fonctions discursives seront mises de côté au profit des fonctions intuitives reposant sur la vision analogique ou la perception anagogique. (On retrouvera ces deux dynamiques associées aux notions de transcendance et d’immanence.)

On comprend pourquoi la voie artisanale du fait de sa nature volontaire et constructive, est plus adaptée à l’accueil d’une représentation de l’origine qui repose moins sur le dogme du croire, que sur l’expérience initiatique ritualisée du voir et du vécu associé à l’évocation (récit mythique ancestral sur l’origine et la fin) et à l’invocation (sollicitation de l’autorité surplombante). Cette voie modelante par la vision du Temple de Salomon et des deux colonnes est accessible en terme de représentation et puissante des symboles qui relie le maçon au divin. Il n’y a pas de révélations imposées en dehors de la bonne lecture du rituel est d’une interprétation personnelle, qui pourront aboutir au minimum à une foi maçonnique relative à l’éthique conforme à la morale, et peut-être à une vision métaphysique pouvant aboutir au « croire » ou à ses illustrations. (…)

E.°.R.°.

Cet article vient en complément de l’article: http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-spiritualite-maconnique-99413011.html

Pour élargir le sujet au plan historique:

on conseille la lecture de Patrick Negrier « Art Royal et Regularité » éd Ivoire-Clair, David Stevenson, « Les origines de la franc-maçonnerie » le siècle écossais 1510-1710 éd Telèthes et « Les premiers francs-maçons » éd Ivoire-Clair-

Au plan symbolique: René Guenon : « introduction générale à l’étude des doctrines hindoue »Tradition et Religions » mais aussi « Aperçus sur l’Initiation » et « Initiation et Réalisation Spirituelle » éd Traditionnelles-

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/12/tradition-et-religion-en-franc-maconnerie.html

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L’initiation maçonnique entre tradition et modernité 7 février, 2021

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Conférence : L’initiation maçonnique entre tradition et modernité :

Version filmé : http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_conferences_2016/a.c_160528_samedi_savoirs.html

Version écrite : https://yveshivertmesseca.wordpress.com/2016/06/16/linitiation-maconnique-entre-tradition-et-modernite-2/

L’initiation maçonnique entre tradition et modernité

Parler d’initiation maçonnique présuppose que la franc-maçonnerie initiationau18mescopiesoit une société initiatique. La chose ne va pas de soi ni dans le temps, ni dans l’espace. A sa naissance en 1717, la franc-maçonnerie dite spéculative était d’abord une friendly society (mutual society) progressivement intellectualisée par l’arrivée de fellows de la Royal Society et de gentlemen. Ainsi la définition avancée par la franc-maçonnerie anglaise d’aujourd’hui est toujours éthique et civique puisqu’elle se présente comme « a system of morality veiled in allegory and illustrated by symbols», même si de nombreux acteurs sociaux d’Outre-Manche (et d’Outre-Atlantique) vivent la pratique maçonnique comme un processus de construction spirituelle individualisée. Plus affirmée, la faction clubiste de la franc-maçonnerie latino-francophone refuse toute vision initiatique ou alors sous une forme abâtardie ou dévoyée.

initiation2Pourtant la référence aux secrets professionnels du Craft (Mestier) laissait déjà sous-entendre un enseignement caché à découvrir. C’est donc progressivement et plus ou moins rapidement et complètement que la franc-maçonnerie devint l’Art Royal par une plus ou moins grande assimilation/imitation des doctrines, récits et usages de mystères antiques, de certains cultes gréco-asiatiques, de l’ésotérisme médiéval, du corpus salomonien, de la kabbale chrétienne et juive, de l’alchimie, de l’architecture et de la géométrie, lues à la fois comme science et pensée ésotérique, du rosicrucisme, de l’illuminisme, de l’égyptomanie du XVIIIe siècle, de l’occultisme du XIXe, de la psychologie des profondeurs, de la psychanalyse, des apports de l’anthropologie et du spiritual revival post 1945. En passant sur le continent, des éléments nouveaux s’y amalgamèrent dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle : épreuves physiques, voyages les yeux bandés, emprunts chevaleresques, référence à trois ou quatre éléments (terre, air, eau, feu), cérémonie du sang, calice d’amertume ou menaces grandiloquentes en cas de parjure.

Ce processus se retrouve dans la taxinomie maçonnique. Dans les Constitutions d’Anderson, comme dans la Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), première divulgation du rite des Modernes, dans Ahiman Rezon (1756), de Laurence Dermott, premier dévoilement du rite des Anciens ou encore dans les usages anglo-saxons actuels, l’expression la plus usitée est « to make a mason », ou « to enter » ou « to admit »t (avec le double sens de recevoir ou d’affilier). Une situation assez voisine se retrouvait en France. Durant tout le XVIIIe siècle, on appelle le plus souvent l’admission d’un néophyte au grade d’apprenti « réception ». Pourtant dans les textes anglais et français, « initier », « initiation », « in initiating » (sens d’admission en maçonnerie) font une apparition discrète mais constante. Dans le manuscrit du rite Moderne dit Français (1786), le terme apparaît quatre fois dans le rituel du grade d’apprenti. Au demeurant, la carence de nomination ne signifie pas l’absence du fait initiatique. Au-delà de cette querelle d’Allemand (si on peut dire), la question est de savoir si la réception et le cheminement dans la franc-maçonnerie s’inscrit dans la grande famille des rites de passage.

 

Présentement, il est donc largement admis que la franc-maçonnerie est une société initiatique bien qu’elle soit bien d’autres choses en tant que fait social et culturel. L’initiation maçonnique s’inscrit dans rsz_mummersun phénomène quasi universel, polyphonique et polysémique, y compris dans son sens trivial. L’emploi du terme s’est généralisée aujourd’hui pour signifier le simple fait de mettre au courant un individu aussi bien d’une technique, d’un fonctionnement d’un objet, d’approches scientifiques que des modalités d’une profession alors qu’il désigne stricto sensu l’ensemble des cérémonies par lesquelles sont admis obligatoirement ou volontairement des néophytes à la connaissance de certains « mystères », secrets ou pratiques ou à des réceptions par âge, par classe, par sexe. Elle s’exprime dans un processus destiné à réaliser socialement, culturellement, psychologiquement, voire psychanalytiquement, un passage d’un état réputé inférieur à un état réputé supérieur. L’initiation, au sens ethnologique, fut, est et demeure un des mécanismes de socialisation qui permet de faire passer l’individu à une nouvelle identité. Elle est donc à la fois une admission et une accession : admission à une communauté constituée comme inclusive de ses membres et exclusive du reste de la société dans laquelle le groupe recrute ; accession à un stade nouveau de connaissance et/ou de statut.

Classiquement, on distingue trois types d’initiation décrite par l’ethnologue et folkloriste Arnold van Gennep (1873-1857)[1] :

TURMI, OMO VALLEY, ETHIOPIA - DECEMBER 30, 2013: Portrait of unidentified mature Hamar woman at bull jumping ceremony. Jumping of the bull is a rite of passage into manhood in some Omo Valley tribes.

*** « tribale », clanique, obligatoire, collective, par groupe d’âge et par sexe[2], elle a pour but d’intégrer l’individu dans la société à une place assignée ;

*** « religieuse », volontaire, le plus souvent 250px-NAMA_Mystères_d'Eleusismonosexuée[3], elle ouvre l’accès à des sociétés secrètes et/ou à secrets, à des groupes fermés et/ou discrets ou à des confréries fermées ;

initiation-aux-rituels-et-chants-chamaniques-mongols-main*** « magique », chamanique, individuelle, le plus souvent, elle vise à compléter ou bien à provoquer une personnalité « aberrante » à s’échapper à la condition humaine, pour obtenir des pouvoirs surnaturels, le groupe profane constatant l’efficience de ladite initiation.

Dans ce tableau, l’initiation apparait comme un rite de passage particulier[4]. Même si l’ouvrage de van Gennep demeure un classique, des travaux plus récents ont apporté des nuances, des précisions, des ouvertures & des relectures[5]. Ainsi Mary Douglas (1921-2007) affirma que le terme de rite est souvent synonyme de symbole. Il n’y a pas de rapports sociaux sans symbolisation. Elle ouvrait ainsi le champ du rite, en y assimilant les actes dits symboliques, conceptualisant qu’il existe des rites en dehors de la sphère religieuse stricto sensu[6]. Max Gluckman (1911-1975) mit en évidence une considération fonctionnelle négligée par van Gennep : les rites en général, et les rites de passage en particulier, ont vocation, entre autres, à résoudre des conflits, ou du moins à apaiser des tensions inhérentes à toute organisation sociale[7]. Un de ses élèves, Victor Turner (1920-1983), insistera sur le fait que dans divers rites, la phase centrale ou liminaire est caractérisée paraborigine_double_roasting_initiation l’humiliation des futurs bénéficiaires de l’initiation. Il propose d’associer cette situation au concept de communitas (communauté homogène, égalitaire et fondée sur des liens interpersonnels, par opposition à la société ordinaire, différencié et inégalitaire). Les vexations durant l’admission dans la communitas sont des rites d’inversion qui donnent à voir le caractère construit et relatif des hiérarchies sociales. L’ethnologue et sociologue française Martine Segalen a mis en évidence la capacité du rite de passage à s’adapter au changement social, à avoir plusieurs sens, à s’infléchir, évoluer et se métamorphoser avec le temps[8]. Plus critique envers van Gennep, Pierre Bourdieu (1930-2002) lui reproche d’avoir ignoré la fonction sociale du rite de passage : il souligne qu’une de ses fonctions n’est pas de de séparer ceux qui l’ont subi de ceux qui ne l’ont pas subi, mais de ceux qui ne le subiront jamais[9]. Enrichi de significations nouvelles, le rite de passage perdit un peu de sa spécificité : il n’apparaît plus comme un dispositif symbolique sui generis, mais comme une des formes parmi d’autres que peut prendre l’expression des tensions fondamentales des sociétés humaines. Ainsi aujourd’hui, la notion de rite de passage n’est plus guère employée qu’à titre descriptif pour désigner les initiations stricto sensu, voire même les seules initiations « tribales ».

Quoi qu’il en soit pour que l’on puisse parler de rite (de passage ou non), il faut :

*** une conduite spécifique et particulière, individuelle et/ou collective ;

*** un support corporel (verbal, gestuel, postural, etc°) ;

*** des règles codifiées, même si une marge d’improvisation est admise ;

*** un caractère plus ou moins répétitif d’une conduite exprimant quelque chose de plus qu’elle et destinée à être répétée ;

*** une forte charge symbolique sur les acteurs, voire pour les témoins ;Escalier-en-spirale-copie-1

***  une adhésion mentale, éventuellement non conscientisée, de l’ordre du croire et un certain rapport au sacré ;

*** une efficacité attendue ne relevant pas, aux yeux des acteurs sociaux, d’une seule logique.

Peut-on reconnaître dans les diverses caractéristiques de l’initiation énoncées ci-avant des traits communs à l’initiation maçonnique ? Rite de passage incontestable, l’initiation maçonnique s’inscrit dans la famille des initiations dites « religieuses ». Elle relève donc de la reliance telle que l’on définit Roger Clausse[10], Edgar Morin[11], Michel Maffesoli[12] et Marcel Bolle de Bal[13].

ritconf_logoDepuis le XVIIIe siècle, les maçons ont beaucoup glosé sur l’origine, l’évolution, le sens et la portée de l’initiation que la grande majorité des acteurs sociaux proclame pourtant inexprimable ou intransmissible (il est vrai lorsqu’elle parle de son vécu brut). Néanmoins toutes les versions rituelles de réception et les discours doctrinaux sur l’initiation présentent des structures communes. La franc-maçonnerie y est définie comme une institution traditionnelle initiatique fondée sur des mythes et qui pratique des rites en utilisant des symboles, et destinée à la mise sur la voie d’un individu volontaire dans le but de se réaliser spirituellement. Elle se veut donc un Ordre séculier dont la finalité première est la libération intérieure du cherchant par un cheminement en résonance avec d’une part, l’acronyme à prétention alchimique et hermétiste V.I.T. R.I.O.L. et d’autre part, la sentence delphienne[14] reprise par Socrate[15] Γνῶθι σεαυτόν (Gnỗthi seautόn) : Connais-toi, toi-même

Le premier signifie Visita Interiora Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem soit Visite l’intérieur (explore le tréfonds) de la terre et VITRIOL1en (la) rectifiant (purifiant) tu trouveras la pierre cachée (occulte). Le vitriol [les sulfates] est le solve alchimique qui contribue à « dissoudre » le profane lors de l’initiation. C’est sur cette pierre cachée, rectifiée, purifiée que l’adepte est invité à bâtir son temple intérieur pour se mettre à l’abri des « intempéries ». Mais il doit par un travail de décantation et de purification qui lui permettra de « séparer le subtil de l’épais » trouver cette pierre cachée dite philosophale, au plus profond de lui-même.

gnothi-seautonLe second même s’il ne correspond pas parfaitement à la maïeutique socratique invite à la connaissance de soi c’est-à-dire au savoir qu’une personne acquiert sur elle par la rectitude de la pensée, l’esprit critique et l’acceptation du regard extérieur nécessitant introspection, lucidité, libre arbitre, congruence et maîtrise de soi.

L’initiation maçonnique est donc à la fois un commencement (initio,  initium) et un but (teletè, telos). En latin, initium, d’ineo (aller dans) signifie commencement, début, naissance. Au pluriel, le mot désigne plutôt la naissance, la cause première, les fondements. Initus équivaut également à entrée, commencement, pénétration sexuelle. Initiare veut dire instruire ou commencer, initiatio, l’initiation, initiatur, l’initiateur. En Grec ancien, télos (τελός) signifie la fin, la complétion, l’aboutissement, la perfection. Les rites initiatiques se disent telea, initier, telein, l’initiation, teletè et les initiés, teloumenoi. Initium et télété représentent les deux aspects de la démarche initiatique maçonnique. L’un est la mise en chemin, l’autre, le chemin et le but. L’initiation maçonnique est un moment/passage (ou plusieurs) et un processus dans la durée (très variable, voire sans fin sur la terre) qui font sens, à la fois comme signification et direction.

Depuis longtemps, le mot initiation désigne le plus souvent, et parfois exclusivement, la cérémonie de réception du profane en maçonnerie et par extension les admissions aux grades suivants, y compris les post-magistraux même si elles sont nommées sous d’autres appellations : avancement, élévation, exaltation, adoubement. Il s’agit d’une succession de rites de passage tels que les définit van Gennep. La réception en loge et l’exaltation à la maîtrise s’apparentent aux rites cycliques, certaines cérémonies post-magistrales relèvent de la tradition chevaleresque alors que l’avancement au compagnonnage ou la réception comme Maître Maçon de la Marque ont conservé un aspect grandement corporatif. Mais progressivement, l’initiation maçonnique s’est trouvée investie d’un deuxième sens, à savoir un long, lent et permanent processus de transformation du cherchant depuis sa réception comme apprenti jusqu’au passage à l’Orient Eternel. Entrée dans l’Ordre, réceptions successives, présence en loge, pratiques rituéliques conduisent à une socialisation maçonnique, à l’apprentissage du vivre ensemble en loge, à l’intériorisation des normes et des valeurs maçonniques et à la construction de la nouvelle identité psycho-sociale du maçon, bref à un véritable habitus plus au sens « maussien »[16] ou « éliasien »[17] que bourdien[18]. Cette socialisation est-elle compatible/complémentaire avec la connaissance de soi, revendiquée par de nombreux acteurs sociaux. autre-soi-memeSi l’initiation est perçue comme une méthode de la connaissance de soi, il est loisible de se demander si la connaissance de soi est possible ? En effet comme l’écrit Nietzche, « l’intellect, en tant que moyen de conservation de l’individu, déploie ses principales forces de travestissement »[19]. La conscience de soi n’est pas spontanément une connaissance de soi. Elle ne peut être une connaissance de type « scientifique » car un sujet ne peut être objectivé. Elle ne peut être non plus une analyse/pratique psycho-pathologique. Pour qu’un individu puisse faire l’expérience de son être, il y faut une médiation, voire plusieurs. L’ Art royal peut-il être un de ces outils ? Est-ce alors une initiation ? Une anthropologie clinique entre dévoilement d’une essence ontologique et quête d’une aventure spirituelle ?

 

L’initiation maçonnique présente quelques traits communs à toute initiation avec des spécificités et des variantes propres liées le plus souvent aux perspectives métaphysique, spirituelle, culturelle, philosophique et/ou psycho-sociale: dans lesquelles le cherchant situe sa quête, les choix individuels des acteurs sociaux étant parfois contradictoires.

Quoi qu’il en soit d’abord, le parcours se fait toujours d’un statut réputé inférieur à un statut réputé supérieur, de l’extérieur (monde profane, environnement exotérique, conscient, « anciennes connaissances ») vers l’intérieur (monde sacré, ésotérisme, psyche2drose0profondeur de la psyché, nouveaux enseignements), symboliquement de la mort vers la vie, le parcours inverse étant impossible. Aussi si les obédiences peuvent s’extérioriser si elles le jugent utiles, et si le maçon comme citoyen (et seulement comme tel) croit pouvoir « répandre à l’extérieur » des « vérités apprises » dans la loge, il est très difficile à l’initié de rendre compte de sa propre initiation. Ce qui se passe durant une initiation maçonnique est à la fois étonnant, tangible et difficilement partageable[20]. L’initiation ne demande pas de dispositions particulières, sauf d’ « être libre et de bonnes mœurs » (« juste, droit, libre, majeur, de jugement sain et de mœurs strictes »)[21]. Elle est donc théoriquement accessible au plus grand nombre, mais elle n’est pas faite pour tout le monde dans la mesure où elle exige un certain rapport à la parole, au silence, à la gestuelle codifiée, aux usages du groupe, à la vérité et au sacré. Le cheminot doit pouvoir supporter les effets de sa quête, ce qui n’est pas donné à tout le monde d’où des rejets provisoires ou définitifs, des abandons mais aussi des refus de certains maçons d’accepter le fait initiatique ou alors du bout du tablier. L’appartenance à une obédience ne vaut pas brevet d’initiation.

Ensuite, la séquence centrale de l’initiation est une époptie, c’est-à-dire une représentation théâtrale du mythe principal et de l’enseignement du secret propres au groupe maçonnique en général, et aux degrés (ou groupe de degrés) en particulier, à partir de jeux scéniques. Comme la plupart des autres initiations, la maçonnique est à la fois un mimodrame et un théâtre parlé dans lesquelles le récit, les gestes, les mimes, les bruits mais également la musique, voire les sensations (stimulations des sens), la mise en scène jouent un rôle central et complémentaire.

Trois thématiques y dominent : l’une est structurée autour du monde de la construction. Ce concept est omniprésente dans la franc-maçonnerie (Pyramides, Tour de Babel, Temples de Jérusalem, Cathédrales). Certes le modèle est le temple dit de Salomon tel queTemple-de-Salomon-1784 le décrit la Bible (1er Livre des Rois, 6-8 ; 2e Livre des Rois, 3-5) mais l’édifice va bien au-delà. Il donne le cadre spatio-temporel dans lequel s’exprime l’imaginaire et l’initiatique maçonniques, entre midi et minuit, de l’orient à l’occident. Un peu comme la scène du théâtre et ses décors, ce cadre est également le vrai/faux lieu de l’activité maçonnique où sont mis en action les rites de passage et le plaisir pour les maçons d’être inclus ensemble. Mais le mythe de la construction en maçonnerie s’active et se féconde dans un mouvement plus ample que l’on peut nommer sans jeu de mots (encore que !) le constructivisme maçonnique, c’est-à-dire la construction/déconstruction/reconstruction à la fois d’un humain debout, d’un édifice spirituel et d’un monde meilleur. Ce processus double comme mise en chemin et comme complétion préempte, engendre, porte la transformation de la vision et du comportement du maçon. Dans cette perspective constructiviste, il y a initiation lorsque le cherchant développe, construit et adapte continuellement sa pratique, sa pensée et sa psyché avec les autres membres de la confrérie, avec les outils, les techniques et le corpus du métier et avec lui-même. Ainsi, il y a analogie entre la construction du Templum Dei (ou sa version sécularisée dite du temple  de l’humanité) et celle du temple intérieur de chaque maçon, entre l’espérance de la cité idéale et la résilience du cherchant après chaque étape initiatique. Ciselant le tout, la franc-maçonnerie a intégré dans son corpus initiatique le mythe de la chevalerie médiévale avec ses valeurs de loyauté, dePenthesilea_as_one_of_the_Nine_Female_Worthie solidarité envers les faibles et de vertu/virtù, récits qui structurent une grande partie des grades post-magistraux.

Mais la plus importante des thématiques initiatiques maçonniques est la nécessité d’une nouvelle naissance, après destruction de l’ancienne personnalité dans le but de faire ressusciter le cherchant à une vie nouvelle. Celui qui est né doit mourir pour renaître. L’initiation maçonnique a des correspondances évidentes avec les mythes thanatologiques[22], les conduites du deuil et les eschatologies (discours sur les fins dernières). La « résistance » à la mort (qui n’est pas le refus d’accepter la finitude psychocorporelle terrestre) est une constance anthropologique. La mort/renaissance est une des attitudes/réponses. La franc-maçonnerie postule une ontologie de la survie[23] que l’on pourrait qualifier de manière oxymorique comme une « eschatologie agnostique » puisqu’elle ne tranche pas l’après[24], entre simple survie dans la mémoire des confrères, possible « amortalité » technico-scientifique, après-vie, réincarnation, métempsychose, métensomatose, palingénésie, résurrection. Le parricide/fratricide d’Hiram, mythe fondateur,
légitimateur et didactique, demeure au cœur de l’initiation maçonnique. Il se perpétue dans le temple de Salomon, lieu saint par excellence, alors que la renaissance du « découvreur » se fait dans un ailleurs indéfini simplement signalé par l’acacia[25]. Par ce mythodrame[26], le cherchant fait l’expérience de la mort à travers l’assassinat de l’architecte et la recherche de son corps. La putréfaction/décomposition atteint les os qui se séparent de la chair picturec’est-à-dire qu’on atteint le primordial. Comme dans de nombreux rites, le cadavre, ici en biodégradation, reste le point d’appui de l’initiation maçonnique car le rituel qui met en scène cette thanatologie n’a qu’un seul destinataire : le postulant et indirectement ceux qui l’accompagnent. La cérémonie n’a qu’un but principal, celui de la métamorphose/renaissance du cherchant. Ce rite de mort est en définitive un rite de vie/renaissance.

Ensuite encore l’initiation maçonnique se déploie dans et par un corpus symbolique[27]. La symbolique[28] maçonnique n’est pas une simple analogie, une allégorie bonasse ou une correspondance commode dans laquelle le niveau signifierait l’égalité, l’équerre, la droiture et le compas, la mesure encore qu’il faut bien commencer l’apprentissage par l’alphabet. Elle est la version maçonnique de la fonction symbolique anthropologique qui en œuvrant produit de l’ordre lequel organise symboliquement et réellement (les deux en dialectique) le monde, les groupes humains et les individus et fonde la culture et les structures, ici le corpus, le culturel et le cultuel maçonniques. Cette fonction structurante de l’esprit humain fait du lien. C’est le cas dans la loge et chez le maçon. Cette structuration fondamentale (consubstantielle à l’espèce homo) sert de médiation entre les individus et constitue ce qui fait groupe et société. Condition universelle, à travers le temps et l’espace, de la vie mentale individuelle et collective, le symbolique se présente comme un médiateur pour chacun, la communauté et le monde. « Ordres » apparemment séparés selon Levi-Straus[29], le réel, l’imaginaire et le symbolique seraient en relation et en correspondance[30]. En maçonnerie comme ailleurs, les rites, les mythes et le symbolique ne témoignent-ils pas de la réalité et ne tutoient-ils pas la vérité ?

Ainsi le symbolique maçonnique permet aux maçons de signifier ce qu’ils pensent et ce qu’ils font. Le symbolique maçonnique est donc la représentation collective codifiée des maçons. Ainsi, l’initiation maçonnique se déploie dans une culture spécifique définie comme un système symbolique structuré autour et par le langage (mots, formules, récits, gestuelles, sensations, discours, chants, concepts, mythes, etc…) dans lequel chaque symbole/signe prend sens selon une logique d’opposition/trie/réaction/complétude réductible le plus souvent (mais pas toujours) au binaire (masculin/féminin, noir/blanc, bien/mal, Soleil/lune, deux colonnes B. et J.) ou ternaire (triangle/triangulation, vescica piscis/mandorle, fingersvesicafirewater360soleil/lune/vénérable). Le fait de plonger les mains du récipiendaire dans l’eau, par trois fois, pourrait être interprété comme un acte hygiénique (encore que !) alors qu’il renvoie à une purification spirituelle (ablution)[31]. Cette fonction symbolique est donc pour l’initié en devenir une référence/outil pour ses pratiques et sa pensée si l’on veut bien admettre qu’il ne s’agit pas d’un processus cognitif primitif et archaïque, opposée à la « noble » démarche rationnelle moderne occidentale, mais d’une pensée d’ordonnancement (organisation immanente aux choses) propre à l’homo sapiens faber demens religiosus qui fonde son humanité en général et dans le processus initiatique, sa sociabilité maçonnique en particulier.

Enfin l’initiation maçonnique s’exprime également dans la moelle du symbolique, savoir le mythe comme récit fondateur. Le mythe est tenu pour vrai et remplit une fonction socio-culturelle et « reliante » dans la mesure où il se présente comme le ciment du groupe. Le mythe raconte une histoire dite sacrée. Il a un rôle d’explication du monde mais sur un mode souvent énigmatique, toujours symbolique et paradoxalement normatif et cognitif. Il exprime une vérité profonde par le détour d’une fiction ouvertement équivoque. C’est donc un récit atemporel qui transcende l’histoire. Le mythe peut ainsi être défini comme un objet signifiant, une parabole conceptuelle (qui se dévoilerait avec lenteur en suscitant un subtil frisson lié à ce lent dévoilement), une métaphore nomade, une analyse en labyrinthe, un discursus non « littérarisé » selon l’expression d’André Siganos[32] ou un mutus liber[33] cher aux 220px-Mutus_Liber_coveralchimistes pouvant faire entendre des « voix » silencieuses comme le suggère Gilbert Durand[34]. Quel rôle joue-t-il dans l’initiation maçonnique ? Comme leurs homologues, les mythes maçonniques et/ou les mythes en maçonnerie sont des éléments fondamentaux de la composition idéelle (relative au monde des idées) et émotive de la communauté maçonnique. Ils sont donc en résonnance intime, profonde, consubstantielle avec l’initiation maçonnique. Ils contribuent à son climat, à son parfum, à son expression. Ils assurent le continuum dans le processus initiatique entre le cultuel (le rite et les usages) et le culturel (le symbolique, le corpus d’idées). Mais dans le corpus initiatique, l’important n’est pas les éléments du récit mais la manière dont lesdits éléments sont combinés entre eux. Le mythe est simultanément dans le récit et au-delà de lui, un peu comme le silence qui suit la musique de Mozart et qui serait encore du Mozart. Il est in et out, un peu comme les linguistes distinguent la langue qui relève du temps réversible et synchronique (histoire de la langue et ses évolutions)  et la parole du temps irréversible et diachronique (langue à un moment précis). Il se développe toujours dans des faits advenus, mais sa force provient de ce que ces événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente. Dans l’initiation, le mythe se rapporte ainsi concomitamment au passé, au présent et au futur. De plus, il n’est pas un produit fini. Il faut donc autant comprendre sa genèse qu’analyser le récit dans ses variantes successives. La maçonnisation du standard du héros injustement frappé est bien plus parlante, pertinente, explicative pour l’initié que les débats byzantins infra-maçonniques sur les objets qui tuent Hiram, la manière dont il est atteint et comment il tombe, tartines pour Diafoirus petits docteurs es maçonnologique. En effet, le mythe maçonnique se présente comme un festin de mots[35]. L’opération mythique se fait avec des mots, matériau polysémique, capable de mettre bout à bout et en ordre des éléments discursifs qui construisent le sens du récit. On ajoutera qu’il est nécessaire de prendre en compte la totalité des variantes d’un mythe. Ainsi il n’existe pas une version « vraie » (encore moins officielle, sauf pour les «pseudo-gardiens » de la doxa maçonnique qui confondent allégrement l’esprit et la lettre) du 220px-St_John's_Church,_Chester_-_Hiram-Fenster_2mythe salomonico-hiramique (ou hiramico-salomonien). Il faut retenir à la fois les récits archaïques plus ou moins oubliés, ceux qui ont donné naissance à des divers grades post-magistraux ou à des side degrees, les récits nés en marge de la franc-maçonnerie comme celui de Gérard de Nerval[36], ou ceux plus burlesques qui expliquent l’histoire par la lutte des classes. Toutes les versions appartiennent au mythe. Et le mythe nous dit que la richesse du sens réside dans l’infinitude de son possible. Enfin, dans la mythologie maçonnique, il faut se méfier comme de la peste de la nomination. Le même nom ou adjectif ne renvoie pas obligatoirement à la même famille. Beaucoup de mythèmes (unités fondamentales que partagent les mythes) proches sont nommés différemment. D’autres ont des significations multiples, encastrées, en contrepoint, inversées, dérivées ou bien d’autres. Pourtant les mythes maçonniques sont fondamentalement les contes initiatiques de la franc-maçonnerie.

Comme sa grande famille anthropologique, l’initiation maçonnique est une accession à un stade nouveau « supérieur », s’opérant par des cérémonies particulières, par étape, de manière progressive, en référence à un discours, avec un double but, la socialisation et la symbolisation. L’initiation maçonnique est donc à la fois une pratique, un développement & un corpus, qui passe (plusieurs fois et plus ou moins) par trois situations successives:

*** La phase préliminaire ou la séparation, (« avant le seuil » = pro-fanum, pour la réception, les quatre appartements pour la cérémonie de Rose-Croix, 18e degré) avec une réclusion « prophylactique » dans un lieu clos (cabinet de réflexion, chambre de préparation) et un dépouillement physique et/ou vestimentaire (par exemple le pied déchaussé d’où le boitement/boiterie comme Jacob ou Œdipe, ou le corps « ni nu ni vêtu, mais dans un état décent »);

*** la phase liminaire ou la liminarité ou liminalité, l’entre-deux, entre le vieux et le neuf, qui se manifeste sous des formes rituéliques souvent fort différentes selon les grades;

*** la phase post-liminaire ou l’agrégation/réincorporation conférant au récipiendaire un nouveau statut.

289740_143647059056057_100002322900628_258823_4624022_oSymboliquement, ces trois moments figurent mort, gestation et renaissance du récipiendaire ou psychanalytiquement, crise, rupture et dépassement pour reprendre le titre d’un ouvrage collectif[37].

Peu ou prou, dans la réception dans l’Art royal, puis dans les diverses progressions/promotions par degré, on trouve tout ou partie des éléments suivants, d’abord dans les deux premières phases (parfois dans la troisième) :

* Un mythodrame, en général un principal par grade (le meurtre d’Hiram et la recherche de son cadavre au grade de maître et de ses assassins, dans les grades post-magistraux);

* une (ou plusieurs) époptie(s) dévoilée(s) par la « contemplation » de symboles, en liaison avec la représentation « théâtrale » du mythe et de l’enseignement du grade ;

* La présence de un à quatre éléments (terre, eau, feu, air) dans des rituels de purification ;

* Un ou plusieurs voyages unidirectionnels, une déambulation ritualisée et orientée, des marches codifiées, des départs d’un pied déterminé ;

* Une guidance, car le récipiendaire est toujours « accompagné » même de loin ;

* Une ou plusieurs chute(s)/élévation(s) suivie(s) d’une montée/passage/élévation et des obstacles à la progression (marches ou escaliers, bruits, descente au sein de la terre (caverne, grotte, cave, voute), ordalies) ;

* Des contraintes physiques (bandeaux, voilettes, entraves, encordement, breuvage, clôture des lèvres, cérémonie du sang);

* Une eurythmie, c’est-à-dire une harmonie résultant d’un agencement heureux et équilibré de gestes, de sons et de la gestion du temps (« de Midi à Minuit ») ;

* un espace/temps délimité, couvert, fermé, séparé donc sacré (« lieu très saint et très éclairé connu des seuls vrais maçons ») ;

* la présence plus ou moins marquée d’anxiété provoquée par l’attente et l’incertitude et/ou de la confiance d’un récipiendaire alors sujet actif/passif.

La phase d’agrégation, quant à elle, se structure autour de rites de dévoilement/intégration (don de la lumière, relèvement du maître par les cinq points de la maîtrise, adoubement) et de protection/incorporation (épées « protectrices »). Elle compte toujours un serment solennel. Elle s’accompagne de la présentation/narration d’une partie du corpus maçonnique, avec un ou plusieurs discours/récits reprenant tout ou partie du mythe fondateur, un ou plusieurs épisodes spécifiques du grade, l’annonce explicite ou implicite d’une eschatologie, c’est-à-dire à la fois un but et une fin et d’une uchronie, c’est-à-dire la description d’un « meilleur des mondes » situé dans l’ailleurs spatio-temporel (le voyage initiatique relève de la quête d’un monde meilleur) et un questionnement de la fin/finitude/but/dessein de l’individu.

Le tout se termine par des embrassades, des libations, un repas et parfois des chansons que l’on retrouve également sous forme autonome (banquet d’Ordre) comme medium de lien social.

Inscrite dans un Ordre traditionnel, l’initiation a-t-elle à voir avec la modernité ? Le mot tradition vient du latin traditio = acte de transmettre, du verbe tradere = faire passer, livrer, remettre. La transmission est consubstantielle du fait initiatique. La tradition est la transmission continue plus ou moins ritualisée d’un contenu culturel à travers l’histoire depuis un événement fondateur (réel ou mythique) ou de temps immémorial, lequel constitue un facteur d’identité, de cohésion et de légitimation d’un groupe. L’initiation maçonnique est donc par essence traditionnelle. Néanmoins les concepts de tradition primordiale[38], de Sophia perennis, connaissance universelle d’origine non humaine théorisée entre autres par René Guénon (1866-1951) ou de traditionalisme religieux se légitimant dans une tradition révélée relèvent de choix « idéologiques » de certains acteurs sociaux, même si divers courants maçonniques s’y référent explicitement.

Grâce à sa nature traditionnelle et d’une certaine manière invariante, l’initiation maçonnique semble constituer un laboratoire extrêmement efficace et efficients pour la socialité[39] postmoderne ou hypermoderne. Le monde moderne occidental désenchanté serait en voie de saturation matérialiste et en cours de réenchantement[40] (maintien, appétence & renouveau de diverses formes initiatiques et de l’ordre symbolique, retour des rituels, sens de la communauté, imaginaire, haptonomie dans divers groupes sociaux, diverses associations et manifestations, dans la culture, la publicité ou dans des formes nouvelles du politique et de l’économique). L’initiation maçonnique, par ses mythes, ses rites et son symbolisme c’est-à-dire par ses structures traditionnelles apparaît alors d’une étrange modernité. Face aux angoisses que fvcvghv-hjboujhn-bvc4b1kpeuvent provoquer la mondialisation d’une part et l’hyper-individualisation d’autre part, dans un monde d’immédiateté, de zapping, d’éphémère et de superficiel, les structures anthropologiques de l’initiation maçonnique fondées sur la naissance, la vie, l’amour et la mort, apportent une réponse apaisante et pérenne donc moderne. Néanmoins l’initiation, dans le temps et l’espace, n’est pas immuable dans sa forme. Même si elle est associée à l’idée de tradition, et donc à une certaine immuabilité, elle est plastique. Elle est le produit de temporalités spécifiques historiques et/ou géo-culturelles qui voient se transformer (les serments), disparaître (épreuves physiques), naître (épreuves de l’air et de la terre, à la fin du XVIIIe siècle et du miroir, aujourd’hui) ou ressurgir certains de ces éléments[41]. Elle est donc aussi d’une certaine manière de la modernité.

Ainsi l’initiation maçonnique (comme les autres types d’initiation au demeurant) a une triple fonction pour le cherchant : l’hominiser, l’individualiser et le socialiser. Elle est la substantifique moelle de l’universel maçonnique car elle relève de la naissance, de l’élan vital, abramovic_perfod’Eros et de Thanatos. C’est par elle que la franc-maçonnerie est véritablement universelle plus que par ses valeurs qui, somme toute, sont celles de tout humanisme de bon aloi. Elle est donc à la fois découverte d’une expérience de caractère intime, perspective de développement, expérience physico-psychologique, éveil de la conscience, intelligence du réel ou du caché, introduction aux mystères de la vie et de la mort, découverte de soi et des autres, cheminement sur la voie, quête d’identité et de sens. Elle alterne temps forts et lent processus, recul et avancée, refus et acceptation, doute et foi. Elle n’est donc ni un acte religieux stricto sensu, ni un métarécit politique, ni une psychanalyse. Le processus initiatique se développe sur le plan individuel, social, intellectuel, moral, psychologique et spirituel. Se pose cependant la question de savoir comment l’initiation (dans les deux sens ci-dessus définis) est reçue, vécue et intégrée. Les maçons sont-ils tous des pratiquants croyants initiatiques ? L’initiation n’a de valeur que si le rite est conforme aux normes du groupe qui agrègent les récipiendaires (Quel sens, fait la formule « je préférerais avoir la gorge tranchée plutôt que de faillir à ce serment » pour la plupart des postulants). L’initiation n’aurait pas de pouvoir sui generis (intrinsèquement liée à sa nature) si elle ne se ressent, s’éprouve, s’intériorise encore que la répétition automatique de dizaines de gestes et d’actions et la réception de perceptions de tous ordres, conscientes ou inconscientes, n’est pas sans conséquence sur le cerveau humain[42]. Si le cherchant n’y voit qu’une coquille vide, un jeu puéril, un théâtre d’ombre, un cérémonial désuet, il est peu probable que ladite initiation ait un sens (fasses sens) et soit efficiente. L’initiation maçonnique ne peut être qu’une pensée/intelligence/spiritualité/métaphysique vécue : المدخل (الدخول الى الحمام ليس خروج, Dkhoul l’hamman machi b’al Khroujou[43].image collée 640 x 428

 

 

  1. Dire que ce texte doit aux lectures de et aux discussions avec Bruno Etienne est un doux euphémisme mais comme il aimait à dire et à écrire avec Sören Kierkegaard et Moheïddine Ibn’Arabi : « la forme du serviteur est l’incognito. Car plus bas est l’initiateur, plus haute est l’initiation».

 

[1] Paris, Nourry, 1909.

[2] Encore qu’il existe quelques exceptions comme l’initiation sikoaanga en Pays Moaaga (Burkina Faso). Cf. Vinel Virginie, Etre et devenir Sikoomse, in Cahiers d’Etudes Africaines, 158, 2000, p. 257-280.

[3] L’exception notable est les mystères d’Eleusis. Dans plusieurs cultes, on trouve une prêtrise mixte, notamment pour le culte civique (Dionysos à Millet) mais l’initiation stricto sensu semble alors le plus souvent de la seule responsabilité des femmes.

[4] Goguel d’Allondans Thierry, Rites de Passage, rites d’initiation : Lecture d’Arnold Van Gennep, Québec, éd. Presses universitaires de Laval, 2002.

[5] Cf. entre autres Douglas Mary, Purity and danger : an analysis of concepts of pollution and taboo, Londres, Routledge & K. Paul / New York, Praeger, 1966 ou Turner Victor W., The ritual process : structure and anti-structure, Chicago, Aldine Publishing, 1969.

[6] Natural Symbols : Explorations in Cosmology, Londres, Barrie & Rockliff the Cresset Press, 1970.

[7] Order and Rebellion in Tribal Africa. New York, The Free Press of Glencoe (Macmillan), 1963.

[8] Rites et rituels contemporains, Paris, Nathan, coll. 128, 1998.

[9] Les rites comme actes d'institution, in Actes de la recherche en sciences sociales, 1982, 43, p. 58-63.

[10] Néologisme devenu un concept sociologique in Les Nouvelles, Bruxelles, Ed. de l’institut de sociologie, 1963.

[11] La Méthode, VI, « Ethique », Paris, Le seuil, p. 113/120.

[12] Le réenchantement du monde. Une éthique pour notre temps, Paris, La Table Ronde, 2007.

[13] La tentation communautaire. Les paradoxes de la reliance et de la contre-culture, Bruxelles, Ed. de l’Université de Bruxelles, 1986 & éd. de Voyages au cœur des sciences humaines. De la reliance, Paris, L’Harmatttan, 1996, 2 tomes.

[14] Selon Pausanias (c.115/180), diverses sentences se trouvaient dans le pronaos du temple delphien d’Apollon. En recoupant avec les références de Platon et de Plutarque, on peut émettre qu’elles figuraient sur des colonnes ou sur des cippes (stèles de pierre).

[15] Cette formule se trouve dans divers dialogues de Platon (Charmide [Sur la Sagesse], Philibé [Sur le Plaisir], Premier Alcibiade [Sur la Nature de l’Homme] : «Allons, mon bienheureux Alcibiade, suis mes conseils et crois-en l’inscription de Delphes : Connais-toi toi-même, et sache que nos rivaux sont ceux-là et non ceux que tu penses et que, pour les surpasser, nous n’avons pas d’autre moyen que l’application et le savoir.»

« … et tu connaîtras l’univers et les dieux » est un ajout moderne.

[16] Mauss Marcel, Les Techniques du corps, in Journal de Psychologie, Paris, vol. XXXII, n° 3-4, 15 mars-15 avril 1935.

[17] Elias Norbert, Die Gesellschaft der Individuen, Stockholm, Stockholms Universitet [Idehistoriska uppsatset, no. 5.], 1983; trad. française, La Société des individus, Paris, Fayard, 1991, avant-propos de Roger Chartier.

[18] Bourdieu Pierre, La distinction : critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979 & Le Sens pratique, Paris, Minuit, 1980.

[19] Über Wahrheit und Lüge im außermoralischen Sinn [Vérité et mensonge au sens extra-moral], 1873, 1896.

[20] Paradoxe ! De nombreux maçons n’ont de cesse de vouloir formaliser et intellectualiser leur parcours initiatique afin de le partager avec des autres membres de la communauté, voire d’en faire profiter (au moins en partie) des profanes alors que la plupart affirme le caractère inexprimable et intransmissible de ladite initiation.

[21] Formules traditionnelles loin d’être univoques…

[22] Ni la thanatocratie, ni les systèmes mortifères, mais le regroupement de tous les savoirs qui parlent de la mort comme le définit Louis-Vincent Thomas.

[23] Thomas Louis-Vincent, L’eschatologie : permanence et mutation in Thomas Louis-Vincent et alii., Réincarnation, immortalité, résurrection, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 1988, p. 17 et suivantes.

[24] Encore que diverses obédiences et/ou familles maçonniques avaient et/ou ont affirmé l’immortalité de l’âme.

[25] Même si pour des raisons pratiques, la scène se joue dans le temple/bâtiment.

[26] Le but du mythodrame est de contribuer à ce que l’initié se mette en lien avec son processus d’individualisation.

[27] A cause de son ambiguïté, Umberto Eco, par prudence épistémologique, invite à utiliser le mot symbole avec « parcimonie » in Sulla letteratura, Milan, Bompiani, 2002.

[28] Le symbolique est le domaine du symbole. Il est selon l’approche lacanienne un des trois « registres essentiels » du champ de la psychanalyse avec l’imaginaire et le réel (Cf. J. Lacan, Le symbolique, l’imaginaire et le réel, in Bulletin interne de de l’Association française de psychanalyse, 1953; Ecrits, Paris, seuil, 1966). La symbolique est l’ensemble des relations et des interprétations afférant à un symbole particulier et/ou l’ensemble des symboles caractéristiques d’une culture (symbologie). Quand on parle de l’art d’interpréter les symboles, on préférera utiliser le terme d’herméneutique (Cf. Ricoeur Paul, De l’interprétation. Essai sur Freud, Paris, Éditions Le Seuil, Collection L’Ordre philosophique, 1965 ; item, Le conflit des interprétations, Paris, Éditions Le Seuil, Collection Esprit, 1969).

24 Anthropologie structurale, Paris, Plon,1958 ; Anthropologie structurale deux, , Paris, Plon, 1973

[30] Godelier Maurice, L’imaginé, l’imaginaire et le symbolique, Paris, CNRS éditions, 2015.

[31] Hidiroglou Patricia, L’eau divine et sa symbolique. Essais d’anthropologie religieuse, Paris, A. Michel, 1994.

[32] In Le Minotaure et ses mythes, Éditions PUF, 1993. Cf. également Mythe et écriture, Paris, PUF, 1999 et en collaboration avec Chauvin Danièle & Walter Philippe, Questions de mythographie. Dictionnaire, Paris, Imago, 2005.

[33] Un « livre muet » où les images seraient des mythes.

[34] Les Structures anthropologiques de l’Imaginaire, introduction à l’archétypologie générale, Paris, PUF, 1960.

[35] Cf. Scheid John & Svenbro Jesper, La tortue et la Lyre. Dans l’atelier du mythe antique, Paris, CNRS Editions, 2015.

[36] Nerval, Gérard de, Histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies, in Le Voyage en Orient, Paris, Gervais Charpentier, 1851.

[37] Kaës René, Missenard André, Anzieu Didier, Guillaumin Jean, Kaspi Raymond, Bleger et al., Crise, rupture et dépassement : analyse transitionnelle en psychanalyse individuelle et groupale, Paris, Dunod, 1979.

[38] François Stéphane, L’Ésotérisme, la « tradition » et l’initiation. Essai de définition, Tours, Grammata, 2011.

[39] Socialité : mode de vie et d‘être déterminée par la sociabilité définie comme une tendance à vivre en société.

[40] Maffesoli Michel, Le réenchantement du monde. Une éthique pour notre temps, Paris, La Table ronde, 2007.

[41] Cf. Segalen Martine, Rites et rituels contemporains, Paris, Nathan université, 1998.

[42] Naccache Lionel & Riveline Claude, Les étranges pouvoirs du rite sur le cerveau in Le Journal de l’Ecole de Paris, 2014/4, n° 84, p. 7/13.

[43] L’entrée au hammam n’est pas comme sa sortie, ou si l’on préfère : on ne ressort pas du bain comme on y est entré.

SOURCE : https://yveshivertmesseca.wordpress.com/tag/mysteres-deleusis/?fbclid=IwAR0qgOsJeG1jZVS5vsvCQ_ETa4UqRoXpvrE8I9mPl2TY4_UKTbl2SJlt5hA

Le Temps …

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Le Temps

Publié le 3 décembre 2016 par Gérard Baudou-Platon

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Le temps

La Déesse Neith ….

(Inscription au fronton du temple de Saïs)

«  Je suis ce qui est, ce qui a été, ce qui sera,

Nul n’a jamais soulevé mon triple voile noir.

Le fruit que j’ai en engendré est le « Soleil » »

Le compagnon de Neith est Oupouaout, l’ouvreur des chemins … Avec Neith nous sommes dans la sphère des « Shemsou-Hor » et dans la mouvance des Grands anciens …

L’apprentie, Noen, dans le Temple du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, Voie Orientale, de sa colonne du septentrion doit tendre l’oreille, ouvrir les yeux, à chercher à comprendre par le cœur, par l’esprit … par la raison … Elle contemple cet espace considéré comme « sacré » … Son chemin parcouru depuis son statut de profane vers une « initiée ayant reçu la lumière » l’a conduit à se confronter à un ensemble de symboles. Chacun d’entre-eux  parle à son cœur et à son âme et éveille en elle une connaissance particulière.

Il est à propos de dire « connaissance » car la « Franc-maçonnerie n’étant pas un système de transmission dogmatique », elle n’érige rien, à partir des messages qu’elle suggère, comme une vérité absolue ou devant être reçu comme telle » … son rôle : la révélation de soi …  le « Connais-toi, toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux » … ainsi la vérité exprimée par chaque Franc-maçon sera la vérité qu’il conçoit en son âme et conscience … Vérité qu’il apportera dans l’Athanor de la loge( ou de l’atelier) afin qu’elle se confronte aux miroirs de ses alter-égaux

L’Apprenti (Terme générique), après un parcours particulier « Profanum », aura été attiré par le « Naos », par la « circulation de la lumière » puis il aura côtoyé une démarche très instructive grâce à l’examen d’un « Compagnonnage particulier : celui de Platon » … un voyage, d’abord intérieur, s’il en est, au sein d’une  ancienne Égypte qui reste, aujourd’hui d’une richesse absolue en ce qui concerne l’accès au « savoir » et à la « connaissance ». Quels autres éléments symboliques lui sont-ils suggérés dans le Temple qu’il côtoie, maintenant ?

Une juste apposition de la lune et du soleil, une Houppe dentelée suggérant 12 fenêtres dans la voute céleste, chacune d’entre-elles évoquant un symbole que tout profane associera à la représentation de l’infini … mais aussi, d’un événement Cosmique qui fut à l’origine de tout …

Voici, donc, deux éléments qui interpellent profondément l’apprenti. Sans doute a-t ‘il raison  car voilà deux symboles qui lui parlent en profondeur et qui désignent, enfin, quelque chose de « vivant » … en un mot le « mouvement » …

L’un apporte la lumière et réchauffe la Terre et son absence détermine la nuit … l’autre rarement  visible le jour trône la nuit … soulignant des phases que le psychisme humain identifie à diverses situations réglant sa vie de façon quasi intime …  L’un rythmant jour-nuit et ensoleillement de toute la nature selon une judicieuse dilution orchestrée par les saisons … l’autre présidant à la germination … Oui, le couple  « Soleil – Lune » nous parlent de Vie et de Cycle … de Cycle de vie … et d’alternance.

Noen sent que la nature est « palpitante », qu’elle pulse, qu’elle construit inéluctablement, qu’elle conduit une création suivant un ordonnancement, manifestement, sans faille …

Voici … qu’apparaît ce qui se succède, ce qui est simultané, ce qui est occurrent, ce qui disparait puis revient. Voici, alors, des séquencements d’événements de toutes natures d’où émerge l’idée d’une  Horloge … le Calendrier et leurs phénomènes récurrents … Les Marées … le pouls humain … le souffle dont on dit qu’il peut être Cardiaque ou Mental …  le rythme social … économique … politique … tout semble alternance …

Tout est mouvement et transformation   quelle en est la cause ? Ou les causes ? …

… Le Temps …

Nécessaire ou inutile …. Présent ou Absent … Réel ou conceptions opportunes …

Le mouvement … Un concept claviculaire pour comprendre la Vie conduit à cette notion partageable par tous les chercheurs du Monde entier qu’ils soient scientifiques ou ésotéristes convaincus … car, en effet lorsque l’on évoque un mouvement il est difficile de ne pas le relier à un rapport « Espace / temps » voilà, un mouvement uniforme puis … un nouveau rapport entre le précédent rapport avec de nouveau le temps … né, par conséquent, l’accélération ou le mouvement uniformément varié sous l’action de forces, de gravitation (concept à l’œuvre dans tous les univers)… ainsi nous vient à l’esprit une nouvelle notion : « l’espace-Temps » … terme définissant les caractéristiques vivantes d’un lieu, partie du monde manifesté qui nous entoure.

Qu’est-ce que le temps ? Si d’aventure il est, assez, simple de définir « l’espace » (ce qui reste à démontrer) parler de la notion de « temps » est d’une grande complexité. Pour l’heure l’apprenti  sentira naturellement qu’il faille, à son stade, faire appel à l’intuition.

La logique humaine nous fait concevoir que la cause d’un phénomène est, forcément, antérieure au phénomène, lui-même. Lorsqu’il se produit il est impossible de revenir en arrière … la flèche du temps a une origine et une seule direction !!! … peut-être, peut-être ?

Pourtant il y a le « temps objectif », le « temps subjectif » … derrière le terme « Temps » émerge une complexité de notions toutes aussi vraies et toutes aussi essentielles … qu’est-ce que : la simultanéité, la succession, la durée, le changement, l’évolution, la répétition, la « synchronicité » chère à notre frère Young … le devenir

Le temps crée, use, détruit, sans jamais reconstruire ce qu’il détruit … il élimine mais il construit … jamais la même chose … enrichit-il ?  Adapte-t’il ? rend t-il adéquat ?

Le temps séquence les phénomènes (actions, réactions, rétroactions, évaluations, adaptations, …), la pensée, l’humanité … quel était le temps des civilisations disparues (le temps de l’Atlantide, le temps de la Mésopotamie, celui de l’Egypte ancienne, d’Alexandre le Grand),  le temps de la chrétienté … celui de Saint Augustin, pas celui des Arabes ni celui des Chinois, le temps du moyen-âge. Il n’est pas le temps du Siècle des Lumières, ni celui du 20ième siècle … celui des ténèbres mais aussi des révolutions industrielles, le temps du 21ième siècle qui n’est pas le temps de la construction des pyramides ni celui des cathédrales … c’est celui du temps raccourci, de la communication, de l’inter-connectivité … celui des réseaux sociaux, de l’événement médiatique immédiat, des technologies mobiles, celui la prolifération mathématique et des espaces multidimensionnels …

Mais alors ce temps, que signifie-t-il ?, y a-t-il un temps absolu ? Un temps relatif ? Existe-t-il, seulement ? Ou est-il tout simplement multiple et associé juste à une configuration … locale ?

Aristote nous explique cela : « Puisque le passé n’est plus, puisque l’avenir n’est pas, encore. Puisque le présent n’existe déjà plus dès qu’il a commencé d’exister comment pourrait-il être … un « être temps » … Bergson, lui fera la distinction entre temps objectif et temps subjectif et dira «  le temps est celui qui est vécu er ressenti par chaque être humain » …

Descartes, Kant professent l’idée que « le temps n’existe que selon l’esprit de l’homme ». Une manière de saisir l’ensemble des événements reposant sur la conscience humaine … l’homme non conscient serait-il, alors, hors temps ?

Mais revenons à Galilée qui nous confirme que « le temps est une valeur quantifiable susceptible de mesurer le mouvement » examinant la chute des corps il comprend, alors que la vitesse acquise est proportionnelle au temps de chute !!!! (Belle démonstration pour dire que le temps appliqué à lui-même nous projette dans un autre monde celui des forces d’attraction ou de gravitation et sa conséquence première : l’accélération des masses)

Newton mais aussi Stephen Hawkins évoquerons la théorie du temps absolu « avec une bonne horloge le temps devient le même pour tous »

Mais il existe un temps objectif … celui des objets célestes (-5000 Chine), celui des Clepsydres (horloge à eau) (-2500 Mésopotamie), celui des sabliers (1300), celui de l’horloge de Huygens qui utilisa le pendule (1656) … puis celui du balancier à spirale (1675) …  l’invention du Chronomètre marine par John Harrison (1761) … les premiers chronographes au 10ième de seconde en 1821 … l’horloge Astronomique, horloge Atomique  … Le temps de cosmologistes … qui détermineront l’origine de toutes existences (13,7 Milliard d’années pour notre univers … 4.5 Milliard d’année pour notre espace solaire et notre planète Terre, 3,5 million d’années pour voir apparaitre un bipède …

Avec Albert Einstein … le temps absolu n’existe pas … il est relatif et se définit dans une notion connue sous ne nom « Espace-Temps » (au moins trois dimensions + une pour simplifier). Il sera, alors, important de signaler le paradoxe des frères jumeaux de Paul Langevin. Pour ce dernier le temps n’est pas le même, lorsqu’il est évalué dans deux espace-temps en mouvement l’un par rapport à l’autre. Une horloge placée dans l’un et l’autre de ces deux espace-temps montrerait que l’une et l’autre se « désynchroniserait » … ce qui implique la valeur du temps dans l’un et dans l’autre des espaces-temps n’est plus la même !!!! (Phénomène parfaitement vérifié pour les satellites dont l’horloge embarquée détermine les résultats du système GPS). Il est, dès lors nécessaire des systèmes permettant la parfaite synchronisation avec notre planète Terre.

Enfin toute la famille des physiciens quantiques, pour les désigner … Planck, Einstein pour une part, De Broglie, Bohr puis Pauli, Heisenberg, Jordan, Dirac … et enfin Schrödinger, Born … tous ayant concouru à  modéliser un monde subtil grâce à la description de « fables » permettant de décrire des réalités physiques expérimentées et évaluées selon des probabilités crédibles et  de dire que le vide interstellaire et atomique est en fait un « plein » (nos ésotéristes nous l’avaient suggéré) un plein d’in-formation circulant à des vitesses qui sont de l’ordre de 20.000 fois la vitesse de la lumière ce qui démontre l’interrelation entre tous les éléments de l’univers, l’intrication de toutes formes de réalité, le principe de non localité, la croyance en la présence de multi-univers mais aussi d’un méta-univers produisant in-formation et processus de création ordonné … allant même à penser que la présence d’un champ A (Champs Akashique ?) pourrait être la référence de tout système d’où peut émerger vie et conscience … Qu’elle lien entre cet Akasha et les sources de l’âme ?  … quel lien entre ce que l’on vient d’écrire et notre capacité à changer le vieil homme que nous sommes ?

physicquanta-ingres

Cette photo, particulièrement symbolique du lien entre l’homme et le cosmos, a été tirée du blog dont je mets, ci-dessous, le lien …

https://allevents.in/neuchatel/physique-quantique-et-loi-de-l’attraction/1134548449936857

Ainsi pour l’apprenti … lorsque le moment est venu … lorsqu’il se trouve sur les parvis … il accomplit le passage d’un monde profane vers un monde sacré … l’un semble mettre en œuvre de multiple façons d’évaluer les dimensions temporelles qui y sont attachées. Dans le temple d’autres dimensions temporelles se font, dès lors, jour … elles ont trait aux dimensions profondes qui construisent toute vie, toute création, au travers d’un souffle qu’il faudra sans doute découvrir. Dans tous les cas, son corps, son esprit, du fait de l’incarnation qu’il expérimente, ici et maintenant, devra prendre en compte ces deux espaces … son temple intérieur & son temple extérieur.

Le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, Voie Orientale notamment, est un Rite dont la vocation est, dès le degré d’Apprenti, d’apprendre à intégrer de nombreux champs ou plans de réflexion … Symbolisme, Philosophie surement mais aussi Physique, Mathématique, Métaphysique, Hermétique … ainsi l’apprenti souhaitera devenir Compagnon car l’apprentissage des Arts Royaux lui sera d’un grand secours pour … entrer en lui-même … et intégrer tous les temps qui structurent sa propre vie.

Faire mourir le vieil homme qui est en nous pour se régénérer en Homme réalisé c’est-à-dire devenir un être conforme et incarnant en tout point l’harmonie universelle des forces primordiales

Noen, a appris que l’espace est remplit de l’Energie, de Matière … mais le Temps. Si la vie est Mouvement alors l’espace a besoin de Temps ……. le « Temps » … est-il discontinu ?, est-il linéaire ?, est-il cyclique ? Est-il relatif ? Est-il uniforme ?…

Notre Sœur Noen se rappelle de ses premiers cours de physique … lorsque relation était faite entre Espace et Temps

Dès lors le facteur « temps » est de la plus haute importance à la fois sur le plan des différentes sciences dites objectives mais aussi sur le plan de l’organisation des sociétés (lorsque le temps des changements technologiques, des systèmies organisationnelles et même de l’évolution des savoirs ne sont plus en symbiose avec le temps individuel, intérieur du monde vivant et notamment de l’homme)

Que nous disent les anciens ?

Qu’Il existe des enseignements issus des Egyptiens et datant du 1ier siècle, connu sous le nom de « Corpus Herméticum » … il exprime le fondement d’un système de croyances qui voyait une connexion entre le cycle des étoiles, celui des hommes et des choses terrestres …  « Dieu organisa le Zodiaque en accord avec le cycle de la nature  …. Et conçut une machine secrète (le Système Stellaire)  associé au destin infaillible et inévitable auquel tout, dans la vie des hommes, de leur naissance à leur destruction finale, sera nécessairement soumis … et tout autre chose, sur Terre, dépendra également du fonctionnement de cette machine »

L’égyptologue Richard Wilkinson explique que jusqu’à des temps forts reculés trois grands thèmes : la structure cosmique originelle, la fonction cosmique dans le présent et la régénération cosmique … pouvaient être considérés comme récurrents  dans le symbolisme des Temples Egyptiens ….

Rundle Clark précise que tous les rituels et les fêtes pharaonique de l’Ancienne Egypte étaient « la répétition d’un évènement ayant eu lieu au commencement des Temps »  ….. « Les principes fondamentaux de la vie, de la nature et la société avaient été déterminés par des Dieux depuis longtemps, avant l’établissement de la Royauté … cette période, appelée Zep-Tepi « les premiers Temps » dura du moment où « le grand Dieu » fit son premier mouvement dans les eaux primitives jusqu’à l’intronisation d’Horus et la Rédemption d’Osiris … tous les mythes authentiques relatent des évènements de cette époque » …  (Jubilée Heb-Sed …. Le Zep-Tepi Heb-Sed ou le Hed-Sed des premiers temps  … Zep-Tepi Wahen Hed-Sed ou la répétition du Hed-Sed des premiers temps)

Ces fêtes Hed-Sed consacraient « Pharaon » apte à faire corrélation entre Ciel & Terre afin d’assurer Fertilité, Santé et Richesse

Ces fêtes étaient en relation avec ce que l’on appelle le « Cycle Sothiaque »  …. Pharaon suivait, alors, le trajet du Dieu Soleil Rê-Horakhty (Horus de l’Horizon)

Le cyclique sothiaque correspond au temps qu’il faut pour  que le temps présent  revienne à l’identique lorsque l’on compte la longueur d’une année en 365 jours … alors que manifestement la révolution solaire telle qu’elle est calculée est de 365 jour 2422

En effet si l’on considère que le Soleil fait une révolution en 365 jours ¼ (soit 0,25 jour en plus)  … l’on constatera, si nous ne prenons en  compte que 365 jours, qu’il nous faudra 365/0,25 soit 1460 ans pour « resynchroniser » les deux calendriers … année civile & année Sothiaque ##

Le Cycle Sothiaque concerne le lever héliaque de Sirius à l’Horizon … si cet évènement fût constaté en l’an 139 ap JC … alors le Zep-Tepi devrait avoir eu lieu (139 -1460) 1321 Av JC …. Ou 2781 av JC …. Ou 4241 av JC … 5701 av JC …. … … 11541 av Jc

Ainsi une fois tous les 1460 des super Jubilé étaient célébré « le retour du Phénix »   … les premiers temps » pourraient bien être à cet âge d’0r ou pour la première fois l’homme aurait vu Sirius pointer à l’Horizon … dans le livre « le Code Secret des Pyramides » (Robert Bauval) un chercheur utilisa le calculateur Starrynight qui utilisait un logiciel astronomique ultra performant dans la  reconstruction du ciel cosmique en fonction d’une date donnée) et proposa que cet évènement aurait eu lieu en 11.541 avant JC !!!

« A ce moment Sirius émergeait au Sud de l’Egypte …. Un observateur tourné vers  l’Est aurait vu, simultanément,  le lever d’une autre légendaire constellation  …  l’astronome Nancy Hathaway décrit ce moment avec lyrisme « la constellation du Lyon ressemble à un animal dont elle porte le nom … un triangle d’étoiles trace le contour de la patte arrière …. L’avant de la constellation comme un point d’interrogation géant retourné, profile la tête, la crinière et les pattes avant … au pied du point d’interrogation de se trouve « Regulus », le cœur du lion » »

Sur le plateau de Guizeh  il existe un Lion tourné vers l’Est que l’on nomme le Grand Sphinx …. Entre ses pattes se tient une grosse pierre couverte d’inscription dont celle-ci «  ceci est le lieu Splendide du Premier Temps » …. (Message ésotérique du Sphinx selon Etienne Guillé : Savoir, Vouloir, Oser, se taire)

En 11541 ans avant JC  … la voie lactée se trouvait, alors, dans l’axe du Nil …. « Ainsi les eaux d’en haut (la voie Lactée) fécondait les eaux d’en bas (le Nil) » …. Et notre rituel ajoute « en la même mystérieuse saison » … en ce temps, Sirius, le Phenix-Bennu s’était sphynx-04posé et avais mis en marche le « Temps »

Les Egyptiens de 2781 avant JC  (date du Retour de Sirius …  la réapparition du Phénix) fut le départ de la construction du complexe pyramidal de Guizèh et de l’implantation des Temples  … cette disposition représentait dans son intégralité la cosmologie, le renouveau cosmique et l’autorité cosmique qui affectait les Egyptiens … les prêtres d’Héliopolis se mirent à mettre en œuvre l’aménagement de la région de Memphis et d’Héliopolis

Mais une autre forme de Temps peut être pointée par la raison : c’est le grand cycle Solaire … comme le cycle Sothiaque il est déterminé par le fait que une révolution solaire se fait en 365 jours et 0,2422 ou pour simplifier 0,243 jours … ainsi basée sur une année de 365 jours  … le dit Cycle se régénère tous les 365/0,243 soit 1506 ans  … ce sera le retour du jour de l’an au Solstice d’été …  ce Cycle se nomme « le Grand Cycle Solaire »

Enfin le « symbole solaire » de notre Temple (et le luminaire du tous les mondes vivants) nous invite, toujours, en relation avec notre planète « Gaia » (Note Terre-mère) à prendre en compte une autre notion …. La « précession des équinoxes »  qui fut bien comprise par les Egyptiens …. En témoigne la construction de temples de Satis bâtis en Eléphantine, les temples d’Horus construit sur la colline de Thot … les Temples d’Isis à Dendérath … ce cycle est de 25.960 ans … ce cycle sera nommé « la grande Année »

Précisons un peu :

S’agissant de la Grande Année … pour simplifier nous dirons que la précession des équinoxes fait croiser la route du soleil avec l’équateur de la Terre (« point vernal »)  … terre_axe04avec un recul de 1° tous les 72 ans dans le champ Zodiacal …. Ainsi faudrait-il  (72 ans * 30 soit 2160 ans) pour reculer d’un signe …. Pour l’exemple, selon les données astronomiques,  l’Ere du poisson aurait débutée  en -130 Av JC … et verrait sa fin en 2030 Ap JC  …. Là commencerai l’ère du verseau !!!  ….

Il conviendra de noter que l’Ere du Poisson, nommée « ère de César » …. A vue épopée Christique se développer  sous le symbole même du Poisson : l’évangéliste Luc en sera témoin et porteur du symbole  …

Pour parcourir l’écliptique dans sa totalité, c’est à dire les douze constellations, le temps serait de 2160 * 12 soit 25920 ans

Profitons d’en être à ce point pour compléter une définition naturelle du découpage temporel de notre espace Terre. De façon classique que cela soit dans l’hémisphère Sud comme au Nord au niveau du +- 45° parallèle lorsque le Soleil passe au point Vernal, il déterminera un point « Zéro » pour nos saisons … entre le 19 et le 21 Mars ce sera, pour l’hémisphère Nord le « Printemps » (en 2016 le 30/03/ à très exactement 5H30’11’’) … puis l’Eté … Puis l’Automne … enfin l’Hiver … (et l’inverse pour l‘hémisphère Sud) Il n’y a pas lieu de préciser plus mais il nous sera facile de comprendre que les énergies et la lumière associées à ces saisons orchestreront la magnificence de la création sur notre Planète Terre

De même rappelons qu’un autre effet et non des moindres !!! sera mis en œuvre par un autre Symbole : « La Lune » … avec son cycle de 28 jours en moyenne … au moment de l’équinoxe de printemps 2016 … la pleine lune était le 23/03 …

Sur le plan astronomique :

Là, encore, inutile de préciser, ici, toutes les conséquences tant elles sont nombreuses sur notre environnement et même en médecine !!!

Voilà la magie des Cycle … mais revenons, quelques instants, à l’ancienne Egypte … lors de l’écoulement d’une année le fait important  sera la crue du Nil …  de cet événement s’amorcera le début de la nouvelle année ….   Moment de la fécondation  du Nil par les eaux d’en haut …. et sa conséquence bienfaisante … la crue du Nil charriant les limons nécessaires pour la nourriture des hommes et des animaux

La montée des eaux commençait fin juin (21 Juin) … et se terminait fin Septembre..

… en l’an 2781 av JC  qui était un nouveau début du Cycle Sothiaque soit une image des « premier temps » Sirius avait disparu 70 jours avant … le 21 Juin, jour du Solstice d’été  … il réapparait, juste avant le lever du Soleil  … les astronomes égyptiens n’ont pas pu s’empêcher de remarquer une triple coïncidence : Levé héliaque de  Sirius dans la constellation du Lion, Solstice d’été, le début de la saison de la crue du Nil  …. Ainsi les Egyptiens voyaient dans les mystérieux 70 jours qui précédaient la renaissance du Nil une période de transformation magique du « Douat souterrain » menant de la mort à la renaissance  ….

Ainsi s’établissait la première saison : « Akhet »  (Inondation)  … Comprenant 4 mois  (Thot, Phaopi, Athyr, Choiak) … puis la saison « Peret » (émergence) comprenant 4 mois aussi (Tybi, Méchir, Phamenoth, Pharmaouti) …. Enfin la saison « Shemou » de 4 mois également (Pachons, Payni, Epiphi, Mesori)

Suivaient … les jours épagomènes ….  – le jour d’Osiris  – d’Horus, – de Seth,  – d’Isis, – de Nephtys, …  la crue du Nil … le jour suivant ce sera le premier  jour du mois de Thot … en ce temps-là cela devait être le 19 juillet

Dès maintenant l’Apprenti notera que toutes ces « intuitions » sur la notion de temps seront présentes partout, dans toutes les civilisations, dans toutes les religions, dans toutes les sensibilités initiatiques, mais aussi dans tous les calendriers profanes !!!!

Concernant notre Ordre, l’OIAPMM, notre Calendrier a retenu le décodage scientifique du symbole …. crue du Nil le 19 juillet …. Adombrement de Terres de Memphis après la gestation du Nil  – 29 Aout (+ 40 jours) …. Retrait des eaux le 30 Septembre

Dans ce cas : Les jours épagomènes que nous avons retenus ….  – 24 Aout :: Osiris  – 25 Aout :: Horus, – 26 Aout :: Seth, – 27 Aout Isis, – 28 Aout Nephthys, … puis Le 29 Aout la Maturation/Accouchement du Nil  … le 29 Aout, ce sera le premier  jour du mois de Thot …

Les deux Calendriers sont, pourtant, éminemment intéressants sur le plan symbolique … :

Les Anciens égyptiens ne semblaient pas vouloir établir une chronologie de référence et laissaient de côté la chasse au temps qui nous préoccupe tant, aujourd’hui.  Seuls les cycles les intéressaient puisqu’ils rythmaient à ceux-ci leurs vies et leur richesse …. L’alpha et l’Omega du temps leur étaient indifférents … Tout était au temps de l’an 000.000.000 de la Véritable Lumière  … c’est-à-dire un temps de l’indéfinissable « origine du temps »

Une convocation à une tenue du 22 Octobre 2016, par exemple, se traduira au sein de notre rite par le texte suivant :

« J’ai le grand plaisir de vous informer que le 25 du mois de Paophi de la Saison Sha de l’an 000.000.000 de la V...L... soit l’an13.557 du « Zep Tepi » Vous êtes cordialement invités à venir partager nos Travaux Fraternels, en Tenue de Loge dans un lieu empli de Mystères, très éclairé par la Lumière d’Egypte ». Sachant que le Zep-Tepi fut évalué à l’an -11541 … et la nouvelle année commençant le 1ier Jour de Thot soit le 29 Aout dans notre Calendrier.

D’autres sensibilités utilisant notre Rite utiliseront d’autres dates … le choix des « origines » et dès lors significatifs sur le plan initiatique, philosophique, politique ou sociologique … le temps ne « compte » pas seulement, il situe un peuple dans sa référence historique

Au sein de l’année égyptienne, encore des Rythmes (cf. Supra).

Comme nous l’avons déjà évoqué, notre Rite avec ses 90 degrés initiatiques traditionnels doit nous mener vers une condition propice à l’éveil … ainsi dans la recherche d’une définition « du temps » nous avons pu appréhender le fait que rythme cosmique, Rythme terrestre et Rythme du vivant pourraient bien être lié de façon intime. La Médecine Traditionnelle Chinoise en est un exemple. C’est une médecine basée sur la maitrise des énergies, de la matière … et du Chi qui garantit les bons équilibres et les transformations nécessaires à l’entretien de cette vie si fragile dont la durée dépend de notre capacité individuelle à « s’adapter ». Elle nous enseignera que l’année Terrestre verra le siège, pour la biologie humaine, d’un cycle très précis qui conditionnera notre état de santé. En voici le découpage :

Le printemps : du 07/02 au 05/05 … 46 jours avant et 47 jours après notre Équinoxe du 21/03 … en ce temps-là ce sera le règne du « Air » (le Vent)

L’été : du 06/05 au 06/08 … 50 jours avant et 47 jours après notre Solstice d’été (environ 21 juin) … en ce temps-là ce sera le règne du « Feu »  (la Chaleur)

L’Automne : du 07/08 au 06/11 … 47 jours avant et 46 jours après notre Équinoxe du 21/09 … en ce temps-là ce sera le règne du « Eau » (l’Humidité)

L’Hiver : du 07/11 au 06/02 … 47 jours avant et 42 jours après notre Solstice d’été (environ 21 Décembre)… en ce temps-là ce sera le règne du « Terre » (la sècheresse)

En « MTC, Médecine Traditionnelle Chinoise » Santé, source de maladie et traitement seront évalués en référence à ces différents cycles

Maintenant, tenter de placer la création dans une histoire cosmique nous amènera, encore pour l’exemple, à méditer sur le déroulement de l’œuvre cosmique selon les années divines svastika-001-gris(hindou) … selon une source …  un jour de Brahma (le Kalpa) comprend 14 manvantaras  …. Un Manvantara (nous sommes dans la 7ième) est composé de 64.800 ans  … Ces 64800 ans ordonnées selon la relation mythique  4,3,2,1  ….

4/10 de 64.800 * 4 …. 25.900 ans c’est le Krita – Yuga ou « Sattwas » … l’âge D’or

3/10 de 64.800 * 3 …. 19.440 ans c’est le Treta –Yuga ou « Rajas » … l’âge d’Argent

2/10 de 64.800 * 2 …. 12.960 ans c’est le dwapara-Yuga ou « Tamas » … l’âge d’Airain

12.960 ans ce sera la grande Année selon des Grecs et les Perses

1/10 de 64.800 …. 6480 ans c’est Kali-Yuga ou « Tamas » …. L’âge de Fer  …

Il sera aisé de constater que un Manvantara contient 5 Grandes années Grecques et Perses  (12.960 * 5 = 64.800) … dans ce cas, si la fin du cycle est en 2030 …

Du point de chronologique, il y concordance quasi parfaite avec les récits de « Platon » figurant dans le « Timée et de Critias » …

La fin de l’ère du Kali-Yuga (âge de fer prévu en 2030 (une différence de 40 ans avec ce qui est écrit supra)) où il était prévu par les anciens un temps chaotique et de grandes catastrophes …

Qu’en pensons-nous ?  

Voilà sans doute une belle démonstration de synchronisation des évènements sur notre planète … d’autres synchronisations sont proposées par l’histoire, plus conforme à des textes de grands initiés …

Tout d’abord « Samain » le 01 Novembre : « Cette heure n’est pas une période de l’année car il n’y plus d’année. La vieille année celtique s’achève, la nouvelle année commence. A Samain le Temps n’existe plus »

Ensuite « Alban Arthan » le 21 Décembre qui correspond au Solstice d’Hiver … « Par les Noms Sacrés de Lugh et de Koridwenn, Emanations Supérieures de l’Incréé, en vertu des liens existant entre vos Intelligences et le Tribann, nous nous inclinons respectueusement devant vous. Nous sommes au Solstice d’Hiver de l’Année des Humains. Nous sommes rassemblés Ici et Maintenant… afin de célébrer la Renaissance des Forces vives de la Terre – qui vient à nouveau de s’éveiller sous le Feu du Jeune Soleil. »

Puis, « Imbolc » le premier février … « Il est vrai que depuis la Nuit-Heureuse de la Fête du Gui qui marque le Solstice d’Hiver, tandis que les semences pointent leurs germes dans le sein de la tiède glèbe ; que la sève reprend avec lenteur son ascension dans le tronc des arbres et les tiges des plantes…le Jour grignotant la Nuit, a préparé la solennité de IMBOLC que nous célébrons ce soir. Et de cette Nuit-Heureuse jusqu’à celle triomphale de Lughnasad, le Char de Belen conduit par Berc’Hed va illuminer de plus en plus durablement le Ciel et la Terre… »

Suit, « AlBan Eiler » le 21 Mars soit vers l’équinoxe de printemps … « L’œuf d’Or est Equilibre entre les Forces Solaires et les Forces Lunaires ; équilibre entre la Vie et la Mort par le Souffle de Vie du dragon, le Grand Serpent-Vert. Cette Harmonie jaillit de GWENVED en cette saison des Semailles … »

Suit, encore, « Beltaine » le premier Mai … « Nous venons d’assister à la Danse de l’Arbre de Mai effectuée sur la Musique des Druides : le «Jabadao».  Danse et Musique sacrées qui nous mettent en relation avec le Cosmos, et se faisaient à l’origine dans une clairière dès la minuit passée, face au ciel étoilé. Les Anciens d’Hyperborée rendaient ainsi grâce aux Etoiles qui tournoyaient autour de l’Axe du Monde Celtique = la POLAIRE, faisant partie des deux OURSES, la Petite et la Grande. C’est pourquoi également le Roi Mythique s’appelait  ARTUS (l’OURS). Ce puissant Symbolisme est toujours vivace de nos jours, et nous nous devons de le connaître au mieux.… »

Vient, « Alban Efin » le 21 Juin … près du Solstice d’été … « Nous sommes au Solstice  d’Eté,  Fête du Feu Nouveau, du Feu Purificateur. Nous sommes assemblés ici pour célébrer la Renaissance de la Nature, de notre Terre-Mère, en ce Jour le plus long, en cette Nuit la plus courte.… »

Puis « Lughnasad » le premier Aout … « Voici venu le Temps de la première Moisson. Les fruits mûrs tombent, les blés dorés seront fauchés et battus, le foin sera étalé pour sécher. C’est le moment où Gwion Bach fut avalé sous forme de graine ; c’est le moment où il est entré dans le noir de la Matrice du Monde. »

Enfin, « Alban Elfed » le 21 Septembre ou près de l’Equinoxe d’Automne … « Enfants de la Terre, les Portes de la Nuit sont ouvertes. Effectuons nos provisions de nourriture pour nos survies ; effectuons nos provisions d’énergie pour nos esprits ; effectuons nos provisions d’amour pour nos cœurs. Attendons dans la Paix, le Printemps »

Qui fut imposé par la Convention, le 5 Octobre 1793. Ce calendrier part du 22 Septembre 1792. Il est structuré de la façon suivante. 12 Mois de 30 Jours (soit 360 jours) … et 5 Jours calendrier-revolutionnaire-allegorieparticuliers, «  les sans-culottides » correspondant à des valeurs Républicaines foncières : « Vertu », « Génie », « Travail », « Opinions », « Récompenses » …. Et enfin 1 journée supplémentaire tous les 4 ans … ce sera la « fête de la révolution ». Ainsi le Printemps sera composé du mois de Germinal (Germinations), de Floréal (Fleurs), Prairial (Prairies) … l’Eté du mois de Messidor (Moissons), Thermidor (Chaleur), Fructidor (Fruits) … l’Automne avec les mois de Vendémiaire (Vendanges), Brumaire (Brouillards), Frimaire (Frimas) … et enfin l’Hiver et ses mois de Nivôse (Neiges), Pluviôse (Pluies), Ventôse (Vents)

cyclesvie-humain-001En haut le monde cosmique et ses influences planétaires … au centre des pulsations cardiaques … mystère des mystères où la matière s’anime et déclenche rythme et souffle … en dessous des biorythmes qui symbolisent un rythme interne qui semble contrôler les divers processus de toute biologie …

 

Selon les Grecs la vie de l’homme serait liée au nombre 7 et chaque « septénaire » fait l’objet d’un bilan « de pertes et d’acquisitions » … citons « Solon »

« Sept. L’enfant perd ses dents et d’autres les remplacent, et son esprit s’accroit

Sept, encore se passent et son corps florissant se prépare à l’amour.

Trois fois Sept, sa vigueur va grandissant, toujours, et sur sa fraiche joue un blond duvet se lève,

Sept, encore, il est mur pour les travaux du glaive. Son esprit et son corps sont tous deux accomplis.

Cinq fois Sept, il est temps que vers de justes lits, il tourne sa pensée et choisisse une femme.

Six fois Sept : il a su, enrichissant son âme, vivre, penser, combattre, obtenir, s’efforcer, et s’il le fallait, sans deuil il pourrait renoncer aux biens trop éloignés, au but peu accessible, content, dorénavant, de jouir du possible.

Sept fois Sept et huit fois Sept : il se connait soi-même,

Neuf fois sept : tout en lui a gardé sa fierté, mais sa voix au Conseil est désormais moins sûre. Il sent diminuer sa vieille autorité …

Dix fois Sept : de la vie il a pris sa mesure … il va pouvoir dormir avec sérénité »

Bien sûr nous laisserons Solon à sa limite de 70 ans … l’auteur de cette planche l’ayant franchi … Il peut, encore, certifier qu’en bon maçon il n’aspire point au repos !!!!

Pamela Levin, décrit, elle, les « cycles de l’identité » qui s’expriment par Six étapes de croissance et de développement  jusque à l’âge de 19 ans. De la naissance à 6 mois : exister … de 5 à 18 mois : Faire … de 18 mois à 3 ans : Penser … de 3 à 6 ans : découvrir son identité … de 6 à 12 ans : Acquisition des compétences, pouvoir de réussir, se structurer … de 13 à 19 ans environ : donner une unité à sa personnalité, se socialiser ….

Conclusion … provisoire … provisoire !!!

Dès lors, pour l’apprenti un nouveau monde apparait, multiple, diverse, kaléidoscopique, multiforme et sans cesse en transformation sous l’injonction de multiple cycles de vie … des mondes dans des mondes, les espaces-temps encapsulés, interpénétrés … et lui abritant cette multitude ….

Il devra comprendre cela … et même vivre cela … car de cela est-il fait … « Compagnon » il devra pénétrer ces lieux car c’est, sans doute là que se situe … la réalité de son être …

J’ai buriné avec passion

Gérard Baudou-Platon

 

Clin d’Oeil

Le temps et le labyrinthe :

Tiré de Mr René Lachaud …

Il existait dans le Fayoun, au pied de la Pyramide d’Hawara, un gigantesque Temple funéraire à étages  … les voyageurs de l’antiquité disaient que celui qui pénétrait dans ce hawaraTemple ne pouvait en sortir que grâce à l’aide des Prêtres … d’où son qualificatif de labyrinthe … Aujourd’hui ce temple est devenu invisible « à l’épreuve du temps » qui passe inexorablement … pourtant il est présent dans la mémoire … il est donc vivant au-delà de tout matérialité … il niche dans le cerveau au mille circonvolutions labyrinthiques … voyager en Egypte et en explorer les arcanes c’est accomplir une formidable exploration de la mémoire de l’humanité …. Et par conséquent l’histoire de notre propre mémoire …  en progressant dans ce pays on a l’impression très nette de se déplacer dans un espace-temps qui échapperait  à toutes les limitations … et mieux cerner « l’éternité » …

Le livre des morts Egyptiens :

« Je suis l’enfant d’hier qui marche sur le chemin de demain » ….

Mémoire vivace de « Kemet » … plongeant ses racines dans le terreau de notre devenir ….

Et de continuer en écrivant : « Le royaume d’Egypte … échappe aux conditionnements humains … agit comme un révélateur de ce que nous sommes réellement …

Isis retrouve Osiris,

Thot devient Frère avec Seth

Horus affronte encore ses limitations ..

Il existe en soi, un royaume blasonné par le Lys, le Papyrus, le vautour et le Cobra, le roseau et l’Abeille …

« Celui qui n’a pas expérimenté sais peu,

Celui qui a expérimenté a cru en sagesse,

Laisse le voyageur s’instruire encore » »

Charbonnerie et Franc-Maçonnerie 31 janvier, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Charbonnerie et Franc-Maçonnerie

 carbon

Pour beaucoup, la Charbonnerie est une société secrète de comploteurs – certains diraient « terroristes » de nos jours – plus ou moins liée avec la F...M.... Qu’en est-il exactement ?

Les historiens s’accordent à dire que la Charbonnerie, qui est restée Européenne et, plus précisément continentale et ouest-européenne, est née en Italie comme une sorte de résurgence des carbonari du XIIIème siècle, c’est-à-dire de ces conspirateurs guelfes –favorables au pouvoir pontifical – qui se réunissaient dans des cabanes de charbonniers et qui conspiraient-luttaient contre l’Empire dont les partisans étaient appelés les Gibelins.

Ces conspirateurs, pour pouvoir conspirer à l’abri des yeux et des oreilles de la police, se réunissaient donc dans des huttes de charbonniers aménagées au cœur de forêts. Depuis plusieurs siècles, des charbonniers vivaient à l’écart des villes et même des villages pour produire du charbon de bois. Mais qui étaient donc ces charbonniers dont les conspirateurs guelfes ont sollicité l’hospitalité ?

 La charbonnerie comme industrie :

La charbonnerie, comme activité de production de charbon de bois, n’était pas la seule activité pratiquée en forêt. Depuis des temps forts anciens, en effet, les forêts étaient le cadre de nombreuses activités : coupe des arbres (bûcheronnage), confection de fagots, préparation des échalas de châtaignier ou de chêne pour les vignes, travail du bois pour la fabrication d’objets usuels… La plupart de ces activités étaient saisonnières puisque liées aux conditions climatiques et au rythme de la végétation. Pendant les périodes d’inactivité, ces hôtes des bois n’en continuaient pas moins d’habiter dans les forêts, ce qui ne manquait pas de faire courir à leur sujet de nombreuses légendes mais aussi de nombreux préjugés. Ces rumeurs, pour la plupart, tournaient autour de la sorcellerie, de la magie, de diableries diverses et variées…, ce qui ne manquait pas de frapper d’ostracisme celles et ceux qui se livraient à ses activités. Ostracisme né de la peur sans aucun doute mais une peur teintée de jalousie car, en pleine époque féodale par exemple, les forestiers étaient des gens libres, c’est-à-dire dégagés de toute servitude.

Sans doute pour préserver leur liberté, les forestiers, de leur côté, ne faisaient rien pour briser la peur qu’ils inspiraient et, pour ce faire, les charbonniers prenaient grand soin à ne pas se défaire de leur noirceur, laquelle, comme on peut s’en douter, était la preuve du pacte qu’ils avaient passé avec certaines puissances et, en même temps, de la puissance qu’ils tiraient personnellement de la maîtrise du feu. Il est à noter, et c’est là deux points importants, que, même situées sur des terres féodales propriété d’un suzerain ou de l’Église, les forêts, à cause de la peur qu’elles inspiraient, étaient des espaces de liberté pour celles et ceux qui s’y réfugiaient (proscrits, serfs en fuite, lépreux…) d’une part et que, d’autre part, et en particulier dans les régions celtes, les forêts avaient été le cœur – voire même le temple et/ou le lieu de culte – de nombreuses religions primitives (le druidisme en particulier). Ainsi, parce qu’elles étaient justement des espaces de liberté, les forêts permettaient la survivance de pratiques religieuses pré-chrétiennes et pouvaient, au besoin, servir d’abri, à des sectes, c’est-à-dire aux hérésies ponctuant régulièrement le développement de la religion dominante.

Pour certains gros travaux comme le bûcheronnage et le débardage, les charbonniers recouraient souvent à des manouvriers, c’est-à-dire à des paysans qui, rémunérés en nature (bois de chauffe, charbon, ustensiles de bois…) ou en monnaie, n’entraient pas pour autant, à la différence, par exemple, d’un apprenti, dans l’ordre des métiers auxquels ils louaient leur concours. Ces manouvriers n’étaient donc pas… initiés aux arts des forestiers et, en particulier, des charbonniers.

La charbonnerie… une F...M... de… bois ?

Initiation… Le mot est lâché. Mais est-ce que cette initiation était seulement professionnelle (le droit d’entrer dans un métier et d’engager ensuite le long processus d’apprentissage des savoir-faire et des connaissances nécessaires à la maîtrise dudit métier) ; s’agit-il d’une initiation au sens d’admission aux mystères, d’affiliation, d’admission à un ordre dans son acception ésotérique ? ou bien, enfin, des deux à la fois ? Et, au-delà, y aurait-il eu une sorte de F...M... du bois à l’image de la F...M... de la pierre ?

En 1747, Charles François Radet de Beauchesne, affirmant détenir ses pouvoirs de Maître de Courval, grand maître des Eaux et Forêts du comté d’Eu, seigneur de Courval, est le promoteur d’un rite maçonnique forestier spéculatif. Selon Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781 – 1866), ce rite aurait tenu sa première assemblée – le « Chantier du Globe et de la Gloire » -, à Paris, dans un parc du quartier de La Nouvelle France (actuellement Faubourg Poissonnière) le 17 août 1747. Pour cet auteur, le rituel, qui n’avait pas de caractère judéo-chrétien mais païen, provenait des forêts du Bourbonnais où des nobles proscrits avaient trouvé refuge, puis avaient été initiés par des bûcherons, pendant les troubles qui marquèrent les règnes de Charles VI et Charles VII. D’aucuns estiment que l’initiative de Beauchesne fut prise suite à la création à Londres, le 22 septembre 1717, par John Toland, de l’Ancient Druid Order ou de la diffusion en 1720 de son ouvrage Pantheisticon mais ils n’en apportent pas vraiment de preuves convaincantes.

Jacques Brengues, quant à lui, dans  » La Franc-Maçonnerie du bois  » Editions du Prisme 1973, accrédite la thèse d’une F...M...  du bois qui, d’opérative, serait devenue spéculative en raison de l’initiation de non-forestiers et, singulièrement, de nobles. Il cite ainsi plusieurs rituels forestiers en leur reconnaissant un caractère chrétien :

 §         Rituel compagnonnique de l’Ordre des Fendeurs (début du XVIIIème),

Pour plusieurs auteurs, la F...M...  du bois, en raison à la fois du développement de la F...M... de la pierre avec, en particulier, le G...O...D...F... mais aussi du déclin des activités des industries forestières et, en particulier, charbonnières, serait tombée en désuétude. Pour eux, et malgré l’orthodoxisme andersonien, elle perdura et perdure toutefois dans certains rites, notamment au niveau des hauts grades : Chevalier Royal Hache ou Prince du Liban du 23ème degré du Rite de Memphis ainsi que du 22ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté et du Rite de Perfection. Toujours selon ces auteurs, des tentatives d’union de ces deux F...M...  eurent même lieu avec, par exemple, le Devoir des Fendeurs, corpus de Tours tandis que, plus ou moins sporadiquement, des résurgences d’une F...M... du bois ont pu être relevées, comme par exemple, Les Ventes de Roland en 1833, les Brothers fendeurs en Angleterre, le Grand Chantier Général de France régulièrement constitué en 1983 au centre des Forêts, sous les auspices de la Nature, …

En France, peu après la seconde guerre mondiale, on a assisté à un essai de restauration de l’antique initiation forestière avec la création du « Chantier de la Grande Forêt des Gaules » dont les symboles majeurs étaient l’arbre, la cognée, le coin et la hache et dont l’initiation était réservée aux maîtres des degrés de la « Holy Royal Arch of Jerusalem ». Cette initiative ne connut pas véritablement le succès mais, plus tard, en 1976, elle aurait présidé à la création de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (Humanitas).

Plus près de nous, en 1993, le druide de la Gorsedd de Bretagne, Gwenc’hlan Le Scouëzec tenta d’instaurer un rite forestier au sein de la F...M...  de pierre.

En 1999, A. R. Königstein dans « Les Braises sous la Cendre », Montpeyroux, Les Gouttelettes de Rosée, prône le retour d’un carbonarisme initiatique et insurrectionnel et propose un rituel de Charbonnerie opérant un transfert vers un paganisme et se détachant de la maçonnerie traditionnelle mais refusant le recours à la violence et au terrorisme

Même si cette dernière initiative prétend renouer avec la tradition initiatique et insurrectionnelle des carbonari, il me semble que la Charbonnerie, qui a beaucoup fait parler d’elle en Europe au XIXème siècle, n’a pas de filiation avec une quelconque F...M... du bois car elle avait d’autres sujets de préoccupation que le paganisme, un ésotérisme plus ou moins druidique, la philosophie, le symbolisme… pour se consacrer à des sujets plus…explosifs ! De mon point de vue, la référence à la F...M...  du bois que fit la Charbonnerie ne fut qu’un alibi, conceptuel, méthodologique, organisationnel…, pour, sous cette couverture légale, conduire des projets essentiellement politiques, même si, à l’évidence, par ailleurs, ils étaient portés par des valeurs humanistes, comme celle des Lumières et des Révolutionnaires du XVIIIème siècle. J’ajoute que, mais ce n’est là qu’un point de vue personnel, le souci apporté à mettre en évidence une autre tradition maçonnique que celle de la pierre, telle qu’elle était alors incarnée par les Obédiences établies, avait sa raison d’être dans le refus de la complaisance dont celles-ci pouvaient faire preuve à l’égard des autorités politiques (monarchies et empires, autrement dit… la Réaction) et religieuses (vaticanes essentiellement) quand, tout simplement, elles n’acceptaient pas d’être instrumentées par elles.

 Comme je l’ai dit précédemment, les historiens considèrent que la Charbonnerie est née en Italie. Dirigeons donc nos pas vers ce pays.

 La Carboneria italienne :

Sous la houlette de l’empire austro-hongrois, le Congrès de Vienne de 1815 s’est attaché à faire en sorte que le poison révolutionnaire particulièrement virulent en Italie ne contamine pas l’Europe et mette en danger, voire à bas les trônes en place. Pour ce faire, les diplomates ont appliqué deux adages bien connus : « Diviser, pour régner » et « Une main de fer dans un gant de velours ».

C’est ainsi, que tournant le dos au principe des nationalités né de la Révolution française et répandu en Europe par les Armées napoléoniennes, l’Italie a été découpée en fonction des enjeux et des intérêts des seules monarchies, sans la moindre attention aux populations ainsi… partagées ! L’Empire autrichien possède le Trentin et l’Istrie et occupe la Lombardie et la Vénétie tandis que le reste de l’Italie est sous son hégémonie en raison de nombreux et étroits liens militaires et dynastiques : le duché de Parme et Plaisance est donné à Marie-Louise, fille de François 1er d’Autriche et épouse de Napoléon; le duché de Modène et Reggio à François IV de Habsbourg-Este; le Grand-Duché de Toscane au frère de l’empereur d’Autriche… De leur côté, le Royaume de Naples, sous la dynastie des Bourbons, et l’Etat pontifical ont conclu des traités d’alliance militaire avec Vienne. Ainsi, la Restauration italienne a provoqué l’arrêt du processus de développement civil et d’unification territoriale qui avait débuté avec l’invasion napoléonienne.

Pourtant, même si elle fut courte et mouvementée, l’épopée napoléonienne a permis la formation d’une génération de militaires, d’administrateurs du bien public et une nouvelle classe dirigeante qui, toutes deux, n’ont pas eu l’heur de plaire aux tenants de la… réaction monarchique et qui ont rapidement été muselées avec l’interdiction qui leur a été faite de manifester, légalement et, notamment, par la voie électorale, leur opposition à ce partage dynastique et leur aspiration contraire à l’unité de la nation italienne. C’est pourquoi, l’opposition ayant dû entrer dans la clandestinité, on assista alors au pullulement de sectes et de sociétés secrètes qui se proposaient toutes de propager les idéaux libéraux et participaient donc du Risorgimento.

Au passage, on ne manquera pas de noter ce pied de nez que les carbonari firent au pouvoir pontifical et, plus largement, aux autorités catholiques, en reprenant ce nom de carbonari qui, au XIIIème siècle, était celui qu’avaient pris les Guelfes dans leurs conspirations contre le pouvoir impérial et pour le pouvoir papal, dés lors que ces nouveaux carbonari luttaient aussi contre le Vatican qui était un obstacle majeur à l’unification italienne ! On relèvera également que, au XIIIème siècle, s’il y avait bien des carbonari, il n’y avait pas pour autant de Carboneria même si, comme nous l’avons vu précédemment, il pouvait exister une F...M... du bois et donc un rituel, une organisation, une initiation… charbonniques.

Un carbonaro est, au sens propre, un fabricant de charbon de bois. Au début du XIXème siècle, les carbonari sont encore nombreux dans les montagnes forestières de l’Italie du Sud. Pendant l’occupation française du royaume de Naples, de1806 à 1815, de nombreux irréguliers, mi-bandits mi-soldats, les ont rejoint pour y être plus en sécurité et pouvoir ainsi mener leur combat contre la domination étrangère ; tout naturellement, ils ont pris le nom de carbonari, étant précisé que, eux, étaient en odeur de sainteté auprès des monarchistes, des autorités religieuses et de l’Empire autrichien puisqu’ils luttaient contre l’envahisseur. Toutefois, avec la restauration des Bourbons sur le trône de Naples, la Carbonaria devient une société secrète, car, désormais, son but est d’abattre l’absolutisme monarchique et de conquérir des libertés politiques par le biais d’une constitution.

En fait, la Carboneria politique, en tant qu’organisation, est née en 1806 avec l’installation de la première vente par Buonarroti, sur lequel je reviendrai plus loin. Elle rassembla de grands noms, à commencer par Giuseppe Garibaldi, le père de la nation italienne. Si elle a un rituel similaire à celui de la maçonnerie, elle n’est pas, contrairement à l’affirmation de certains historiens maçons, un essaimage de la F...M..., sachant que cette thèse sera reprise par les autorités, politiques et religieuses, pour condamner et combattre et l’une et l’autre.

Dans un ouvrage publié en 1950, l’historien A.Saita décrit la Carboneria comme « une société secrète aux buts éminemment démocratiques, qui ne séparait pas l’égalité des fortunes de la liberté politique » mais dont la structure était fortement hiérarchisée et cloisonnée du fait de son caractère nécessairement clandestin.. Parce que conspiratrice, la Carboneria procédait par voie occulte et donc secrète avec un goût marqué pour les formes symboliques. En effet, pour Buonarroti : « les hommes ont besoin, pour former une association politique efficace et permanente, d’être liés entre eux par des signes et des mystères qui flattent leur amour propre et donnent à la société dont ils font partie un air d’importance et de consistance que toute la moralité et l’estime réciproques des individus ne sauraient obtenir »[2].

La Carboneria comportait 9 grades et la direction était composée d’un petit nombre d’initiés qui dirigeaient tous les autres tout en prenant soin, pour des raisons de sécurité, de leur demeurer inconnus, d’où l’usage courant de pseudonymes[3]. Elle tirait ses symboles et ses rituels des charbonniers et donc des métiers du bois et non de la pierre : c’est ainsi qu’elle était organisée en ventes qui se regroupaient en ventes mères. Comme pour le compagnonnage, la F...M...  et, plus généralement, toutes les sociétés secrètes, elle utilisait des mots et des signes secrets de reconnaissance et, sous prétexte de symbolisme, voire d’ésotérisme, une écriture cryptée pour les correspondances entre les ventes, les messages et plans confiés à des émissaires… L’organisation verticale et fortement cloisonnée faisait correspondre les différents degrés d’initiation à autant de niveaux différents de projets politiques. Entre eux, les carbonari s’appelaient « Bons Cousins » ou « Bons Amis ».

Une couverture fréquente de la Carboneria était la F...M...  ce qui a amené certains auteurs à dire que la seconde était la vitrine légale de la première. Ainsi, pour J.Kuypers :  » On pourrait dire que la Charbonnerie était une maçonnerie particulière, organisée au sein de la maçonnerie traditionnelle à l’insu des dirigeants de celle-ci. Peut-être serait il plus exact de dire qu’il s’agissait d’un groupement militant, constitué selon des affinités particulières au sein d’une maçonnerie officielle qui évitait soigneusement de se mêler aux choses de la rue; dont les membres poursuivaient leurs fins égalitaires tout en remplissant normalement leurs devoirs maçonniques ». Cette couverture était pratiquée de deux manières : soit, au sein d’une Loge, des carbonari, à l’insu des FF..., s’organisaient parallèlement en une vente occulte, soit une Loge entière, en fait, était une vente.

La Carboneria se développa principalement dans le Mezzogiorno, où elle fut la première tentative significative d’organisation politique rassemblant des intellectuels, des étudiants, la bourgeoisie du commerce et des professions libérales et, surtout, des militaires et dont le but était l’unification et l’indépendance de la nation italienne.

Les carbonari, du moins au début, participaient d’un libéralisme modéré, c’est-à-dire constitutionnaliste et légaliste. Toutefois, les militaires, sous-officiers et officiers formés pendant la période napoléonienne, exercèrent rapidement une influence dominante dans la mesure où ils étaient mieux organisés et plus disciplinés que les autres libéraux. Etant militaires, ce sont eux qui très rapidement transformèrent la Carboneria en ce que, pour eux, le recours à la violence, aux armes, aux coups de force… était une voie naturelle d’action.

Ainsi, durant l’été 1820, à Naples, encouragés par la révolution qui avait éclaté en Espagne, les carbonari, sous la conduite du général Pepe, se soulevèrent pour réclamer une constitution que le roi Ferdinand 1er finit par leur accorder. Toutefois, ce dernier, dès mars 1821, sollicite et obtient le concours des armées autrichiennes pour rétablir l’absolutisme. Cette première révolte carbonique ne se transforma pas en une véritable… révolution et se solda, in fine, par un échec du fait que, sous l’influence vaticane, la Sicile se rebella contre le gouvernement napolitain ainsi mis en place, que les révolutionnaires s’entredéchirent entre démocrates (les ultras) et modérés (les monarchistes constitutionnalistes) et que les troupes révolutionnaires ne firent pas le poids devant les troupes régulières de l’Empire autrichien.

Toutefois, cette date de 1820 est importante car c’est à partir d’elle que la Carboneria s’étendit à toute l’Italie.

En Lombardie-Vénétie, la découverte en octobre 1820 d’un magasin carbonaro entraîne l’arrestation de Silvio Pellico[4] et une répression féroce des milieux libéraux, carbonari et Fédérés[5], alors même qu’il n’est pas établi qu’il y avait véritablement un projet d’insurrection.

Dans le Piémont, la révolte éclata en mars 1821 avec la rébellion de la garnison militaire d’Alessandria dont le commandement était entre les mains des carbonari. Pour ne pas accorder la constitution promise par le régent Carlo Alberto, Victor Emmanuel 1er préféra abdiquer. Aussitôt, les armées fidèles au nouveau roi, Carlo Felice, avec le concours des troupes autrichiennes, affrontèrent les troupes constitutionnalistes qui, par manque d’organisation et, en particulier, de liaisons coordonnées entre les différentes unités, mais également et surtout, en raison de l’absence de tout lien avec les masses populaires, furent rapidement défaites. Là aussi il s’ensuivit une répression féroce.

En 1831, l’échec de l’insurrection de Bologne menée par des carbonari sonna le glas de la Carboneria qui disparut alors au profit de nouvelles organisations révolutionnaires aux structures moins lourdes aux idées politiques et sociales plus avancées, et, surtout, au recrutement plus populaire.

La Charbonnerie française :

Historiquement, en France, les germes du carbonarisme furent semés par Benjamin Buchez, fondateur de la Société Diablement Philosophique qui, en 1818, se transforma en loge maçonnique, Les Amis de la Vérité.

Mais l’existence de la Charbonnerie n’est avérée qu’à partir de 1821. Son apparition est, pour une large part, imputable à Joseph Briot, ancien député aux Cinq-Cents, qui, envoyé en mission au Royaume de Naples en 1810, avait découvert la Carboneria, y avait été initié et avait contribué à la propagation de la Carboneria sur l’ensemble du territoire italien à partir du Mezzogiorno. En effet, il semble bien que, de retour en France, il se servit du réseau de sa compagnie d’assurance, Le Phénix, pour propager la Charbonnerie en implantant des ventes dans son département et qu’il fut d’autant plus aidé dans son prosélytisme que, ancien Bon Cousin Charbonnier et adepte du Rite Égyptien de Misraïm, il put associer nombre de ses symboles et de ses formes d’organisation à la tradition locale des Bons Cousins Charbonniers, à savoir les travailleurs forestiers de Franche-Comté regroupés dans une association de secours mutuel structurée en plusieurs sections ou ventes et qui s’inscrivait dans la tradition de la F...M... du bois évoquée précédemment.

Nous sommes alors sous un régime monarchique censitaire auquel s’oppose un courant libéral fortement présent dans la F...M... Très rapidement, soucieux d’aller plus loin que le simple travail de réflexion, de recherche…, de nombreux FF... voient alors dans la Charbonnerie l’opportunité de réaliser leur projet politique d’émancipation de la société française des différents absolutismes qui la dominent – monarchie, religion… – ; c’est pourquoi, ils furent nombreux à la rejoindre[6]. En outre, il convient de ne pas oublier que, à cette époque, toute opposition politique était interdite et que la Restauration – la réaction -, de ce fait, suscita, en France mais aussi en Europe, la floraison entre 1815 et 1830 de sociétés secrètes à vocation explicitement politique préparant dans la clandestinité le renversement de la tyrannie. Précédée par les Illuminés de Bavière (1776-1785), par les Bons Cousins Charbonniers de Franche-Comté à la fin du XVIIIème siècle, par les carbonari italiens à partir de 1810, par l’Union de Joseph Rey à partir de 1816, enfin par la loge maçonnique des Amis de la liberté créée en 1820, la Charbonnerie s’inscrivit donc dans un mouvement général de libéralisme assez disparate en définitive puisqu’il comprenait à la fois des monarchistes constitutionnalistes, des républicains et des révolutionnaires.

Parmi les loges maçonniques les plus impliquées dans la constitution de la Charbonnerie française, il faut citer Les Amis de /’Armorique et, surtout, Les Amis de la Vérité dont étaient membres Dugied et Joubert qui, pour échapper à la police, suite à la tentative du coup de force de Vincennes de la nuit du 19 au 20 août 1820, s’étaient un moment réfugiés à Naples où ils avaient été initiés à la Carboneria et dont le Collège d’Officiers se rapprocha des députés et des notables libéraux familiers de La Fayette[7] pour les aider dans la réalisation de leur projet.

Comme beaucoup d’autres, ces Loges attestaient d’une pratique subversive à l’égard de l’ordre – le Grand orient de France – qui consistait à prendre de nettes distances à l’égard des directives obédientielles et à pratiquer une maçonnerie plus politique que… philosophique.

Briot, Dugied, Joubert et d’autres maçons font officiellement œuvre de propagande en faveur d’un rituel allégé – c’est-à-dire débarrassé de toute sa poussière traditionaliste, voire rigoriste, pour ne pas dire intégriste et dogmatique – et, surtout, laïcisé. En fait, leur projet est soit d’instaurer une nouvelle maçonnerie, la Charbonnerie, sous le couvert de la maçonnerie traditionnelle du G...O...D...F..., soit de transformer celle-ci, de l’intérieur, en une Charbonnerie. Dans les deux cas, les intentions sont claires : la constitution d’une organisation politique permanente nouvelle comme support d’une action conspiratrice et, sinon révolutionnaire, du moins insurrectionnelle.

Compte tenu du contexte national d’alors, leur projet se développe facilement et une véritable Charbonnerie française est organisée sous la forme d’une structure cloisonnée, occulte ou secrète, hiérarchisée en trois niveaux[8]. L’héritage maçonnique est toutefois assumé dans ce qui peut être utile au projet politique et aux mesures de sécurité à prendre : mots d’ordre qui font office de mots de passe, saluts et de signes de reconnaissance, procédure d’admission dans une vente par cooptation, initiation[9], grades, observation du serment et du secret jusqu’à la mort[10]

La structure de base de la Charbonnerie est la vente particulière qui comprend, au plus, 20 personnes, pour échapper aux dispositions de l’article 294 du Code pénal de 1810 qui interdit les groupements d’un effectif supérieur. Au deuxième niveau se situe la vente centrale à la tête de laquelle se trouve un député qui est le seul à avoir des relations avec le Comité directeur qui, sous l’appellation de haute vente, est le troisième niveau de la Charbonnerie.

Les lieux de réunion s’appelaient baraques et le vocabulaire était emprunté aux termes techniques du métier de charbonnier.

Au-delà de ses similitudes de forme, il y avait des différences profondes entre la F...M... officielle et la Charbonnerie. C’est ainsi que la sociologie de la Charbonnerie était beaucoup plus disparate : si les militaires y sont prédominants (40% des effectifs)[11], d’autres milieux socioprofessionnels sont présents : boutiquiers, artisans, enseignants et, dans une moindre mesure, ouvriers, c’est-à-dire les… républicains qui; grosso modo, se ralliaient autour de la Constitution de l’An III. Autres différences notoires : l’initié jurait d’obéir aveuglément aux ordres venus d’en haut et… conservai chez lui les armes et munitions qui lui étaient confiées à son admission et les ventes ne produisaient aucun… écrit.

La prédominance militaire est assurément à l’origine de l’action insurrectionnelle privilégiée par la Charbonnerie : le complot débouchant non sur l’émeute, la grève ou même… la révolution mais sur la rébellion d’unités militaires[12]. Toutefois, cette prédominance n’empêcha pas que bien des complots furent montés avec un piètre amateurisme et que, faute de coordination et, surtout, d’enracinement populaire, ils se soldèrent tous par de cuisants échecs comme ceux qui eurent lieu de décembre 1821 à juillet 1822. Ainsi, à la fin de 1821, l’échec du soulèvement militaire prévu à Belfort mais ajourné entraîna l’arrestation de nombre de conspirateurs qui, pour la plupart étaient également maçons. Parmi huit des accusés traduits devant les tribunaux, il y avait  deux FF... des Amis de la Vérité, Bûchez et Brunel. À Saumur, une tentative d’insurrection, elle aussi avortée, fut menée par le lieutenant Delon, vénérable de L’Union Fraternelle, atelier, qui, composé d’une cinquantaine de militaires, était une véritable officine de recrutement de la Charbonnerie. Le complot prévu à la fin de l’année 1821 fut hâtivement différé à la dernière minute. Le deuxième essai, dirigé par le général Berton, échoua, et ce dernier, impliqué dans la prise de Thouars le 24 février 1822, fut arrêté puis guillotiné en octobre 1822[13]. En février 1822, se déroula le complot le plus retentissant, celui de La Rochelle, plus connu sous le nom de « complot des 4 Sergents de La Rochelle »[14] : Bories[15], Goubin, Pommier et Raoulx.

En Provence, la Charbonnerie échoua aussi dans sa tentative de soulèvement de Toulon qui, pourtant, était une ville réputée pour être républicaine. Armand Vallé, ancien capitaine des Armées napoléoniennes, dénoncé fut arrêté et exécuté le 10 juin 1822. Les ultimes tentatives de ces complots manqués eurent lieu dans l’Est, à Strasbourg (avril 1822) et à Colmar (juillet 1822).

La constance de ces échecs entraîna une crise de conscience chez les Charbonniers et contraignit leurs dirigeants à l’autocritique dont la conclusion fut que, à l’évidence, l’abolition de l’absolutisme monarchique et l’instauration de la République ne passaient pas par le complot militaire. Mais, cette analyse intervint trop tardivement : à partir de 1823, les divergences politiques, exacerbées par la férocité de la répression et de nombreuses délations, éclatèrent au sein de la Charbonnerie et, après le raz de marée électoral des ultras en février-mars 1824, le mouvement vit ses membres s’éparpiller, un nombre non négligeable ralliant les saint-simoniens[16]. Après 1830, d’anciens charbonniers se retrouvèrent dans les orientations libérales de la monarchie de Juillet[17] et un des derniers avatars de la Charbonnerie fut la création en 1833, sous l’impulsion de Philippe Buonarroti et du libraire Charles Teste, de la Charbonnerie Démocratique Universelle qui n’avait plus qu’un rapport lointain avec les conspirations militaires de la Restauration.

Selon de nombreuses sources convergentes, la Charbonnerie française compta jusqu’à 40 000 affiliés dont de nombreuses célébrités : La Fayette[18], Manuel, Dupont de L’Eure, Buchez… mais aussi des savants illustres comme Edgar Quinet, Augustin Thierry ou Victor Cousin…[19], le peintre Horace Vernet, le banquier et homme politique Jacques Lafitte, Bazard, propagateur du saint-simonisme[20]

D’emblée, la Charbonnerie se donna pour objectif l’élection d’une Assemblée Constituante destinée à restaurer la souveraineté populaire ; toutefois, et sans doute sous l’influence dominante des militaires mais aussi d’une conception caporaliste – pré-léniniste, en somme -, c’est-à-dire élitiste de la conduite du changement social et politique, elle opta pour la voie du complot et de l’insurrection militaires et non de la révolution. Se faisant, elle se coupa du peuple, sans lequel il ne pouvait pas y avoir de changement… révolutionnaire. Par ce choix, elle était vouée à l’échec ou au… retournement de veste !

La Charbonnerie n’aboutit pas dans son projet insurrectionnel. Il n’en demeure pas moins qu’elle constitua l’un des rares pôles de résistance à la tentative de Restauration de l’absolutisme monarchique, même si, selon Pierre Leroux elle ne fut jamais qu’une « grande conjuration du Libéralisme adolescent », et qu’elle s’inscrivit dans une « nébuleuse culturelle et politique » qui, pour une large part, fut le creuset de la renaissance – le Risorgimento – d’une F...M... qui, sans s’interroger davantage sur sa nature de pierre ou de bois, renoua (enfin) avec un projet humaniste universel.

J’ai indiqué les liens étroits entre la Charbonnerie et la F...M..., celle-ci, le plus souvent, n’étant que la couverture de celle-la. Mais, la Charbonnerie eut d’autres avatars ou couvertures :

En premier lieu, il faut citer les réseaux de conspirateurs connus sous les noms de Philadelpes[21], eux-mêmes issus d’une résurgence des Illuminés de Bavière et d’Adelphes[22] dont les programmes étaient, à peu de choses près, celui des Égaux de Gracchus Babeuf et qui étaient coiffés par une autre société secrète, le Grand Firmament, lequel se subdivisait en Eglises, Synodes et Académies.

On doit également mentionner la société des Familles où chaque famille était composée de 5 initiés dirigés par un Chef de Famille et qui se divisa par la suite pour donner la Société des Saisons et les Phalanges Démocratiques. La société des Saisons était organisée en Semaines regroupant chacune 6 hommes et un chef, quatre Semaines formant un Mois (comptant 28 initiés et un chef), trois Mois, une Saison et quatre Saisons, une Année. On trouve trace d’au moins trois Années dirigées par Blanqui, Barbes et Martin Bernard, dont on sait qu’ils étaient Charbonniers par ailleurs. Les Phalanges Démocratiques, quant à elles, étaient dirigées par Mathieu D’Epinal, Pornin et Vilcocq et avaient pour programme l’abolition de la propriété et de la famille, la communauté des femmes, l’éducation gratuite, la destruction des objets de luxe, la dictature populaire…

Je citerai enfin Félix Delhasse, Charbonnier belge, dont nom secret était Gracchus Babeuf, qui écrivit en 1857, dans « Ecrivains et hommes politiques en Belgique »- « Peut-être un jour raconterons-nous cette aspiration mystérieuse [La Charbonnerie] qui réunissait dans l’ombre les adeptes de la vérité, comme autrefois les réformés dans leurs conciliabules nocturnes en plein champ, loin des villes et des autorités constituées, comme les chrétiens dans les catacombes. Il est bien permis au peuple d’avoir son action secrète, comme la diplomatie a la sienne, comme le clergé a la sienne, avec cette différence que ce n’est pas la faute du peuple s’il n’agit pas toujours à ciel ouvert. Ces épisodes peu connus, où la jeunesse se risque à l’aventure dans les chemins inexplorés, où le peuple s’essaye à la vie collective, cette histoire intime qui se retrouve en tout temps et en tout pays, n’est pas la moins curieuse et la moins expressive: c’est elle qui donnerait la mesure véritable des tendances, du caractère, du génie incompressible de chaque peuple, et qui s’impose dans les faits officiels et finit par passer du souterrain au grand jour. »

Avant d’aborder le point suivant de ce travail, et comme il y a des FF... corses, permettez-moi de faire une petite digression vers l’Île de Beauté en espérant qu’il ne me sera pas tenu rigueur de mon accent qui, je le sais, ne saura pas rendre la musicalité de la langue.

Petite digressions corse :

En Corse, alors sous forte influence italienne, notamment culturelle et linguistique, les sociétés secrètes et, parmi elles, la Carboneria se localisent essentiellement sur l’actuel canton du Campuloro-Moriani.

 D’une présence attestée depuis 1818, les carbonari portaient le nom de « I pinnuti » sans doute parce qu’ils évoluaient la nuit comme les chauves-souris, c’est-à-dire « i topi marini » ou « topi pinnuti« . Les carbonari corses sortent ouvertement de l’ombre en 1847 lorsque, en Italie, commence la Révolution de 1847 dite de 1848 car ils souhaitent alors porter secours aux patriotes italiens qu’ils reconnaissent pour… frères.

Mais la Carboneria corse se distingua de ses consœurs italienne et française en ce qu’elle était composée à la fois de républicains et de bonapartistes qui, comme Sampieru Gavini, aspiraient au rétablissement de l’Empire même si, par ailleurs, elle était en osmose étroite avec la F...M... locale.

Reprenons le cours du travail :

J’ai indiqué que la Carboneria fut fondée en Italie, en 1806, par Philippe Buonarroti. Il me semble nécessaire de s’arrêter quelque peu sur ce personnage, quasi de légende en ce qu’il fut le premier révolutionnaire… de métier, pour encore mieux comprendre l’origine et le projet de la Charbonnerie.

Né à Pise d’une noble famille toscane, Philippe Buonarroti fervent admirateur de Rousseau, commence sa carrière publique par la publication d’un journal, la Gazetta universale, ce qui lui vaut, dés lors, d’être sous une surveillance policière constante ! F...M... initié jeune, il s’affilie aux Illuminés de Bavière[23]. Enthousiaste, il va à Paris pour y soutenir la Révolution ; de là, il se rend en Corse pour y propager l’esprit  révolutionnaire ; en étant rapidement expulsé, il rejoint la Toscane qui l’accueille pendant quel temps dans ses geôles ; libéré, il retourne en Corse puis, en 1793, après la victoire des paolistes, gagne Paris. Il fréquente alors Robespierre, qui l’apprécie et même l’estime, l’admet parmi ses familiers et le charge de former des agitateurs révolutionnaires pour l’Italie, ce qu’il fait en créant  une véritable d’école de cadres révolutionnaires à la frontière de Nice, école dont les diplômés s’illustreront dans tous les coups, révolutionnaires des années à venir et qui, plus tard, fourniront une partie des cadres des troupes garibaldiennes.

Après le 9-Thermidor, il est arrêté à Menton comme robespierriste et transféré à Paris, Buonarroti, qui croit toujours en l’Être Suprême et voue une admiration sans faille à l’Incorruptible, se lie en prison avec Babeuf qui, antirobespierriste de longue date, applaudit à la chute du tyran et fait profession d’athéisme. Bien qu’ainsi politiquement et philosophiquement opposés, les deux hommes deviennent inséparables ; ensemble ils seront l’âme de cette conspiration des Égaux, c’est-à-dire du communisme égalitaire, que Buonarroti, vers la fin de sa vie, retraça dans son Histoire de la Conspiration de l’égalité (1828).

Arrêté avec Babeuf par la police de Carnot ; Buonarroti est condamné à la déportation, mais voit sa peine commuée en de nombreuses années de détention puis de résidence surveillée. En 1806, Fouché, protecteur discret mais efficace des babouvistes, obtient sa grâce en contrepartie de son exil à Genève. Sur place, Buonarroti retrouve le jeune frère de Marat et commence une nouvelle activité clandestine de révolutionnaire.

Durant les tes trente dernières années de sa vie, toujours poussé par l’idéal babouviste du communisme égalitaire[24], sous le couvert de la F...M... et la fondation de la loge les Sublimes Maîtres Parfaits, il contribue activement à l’instauration de la Charbonnerie française et organise des réseaux de sociétés secrètes à travers la France, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie…

C’est ainsi que, en 1833, à Bruxelles, il créa la Charbonnerie Démocratique Universelle, dont la vocation internationaliste sans conteste préfigura la future Association Internationale des Travailleurs et qui était en correspondance étroite avec la Societa Dei veri Italiani, d’inspiration et de finalité babouvistes. La Charbonnerie Démocratique Universelle étaient organisée non plus en ventes mais en phalanges et placée sous la direction occulte des loges de Misraïm. Son plus haut degré connu était celui de Frère de la Racine. Elle reprit le but des Illuminés mais dans un vocabulaire et selon un programme moins ésotérique, philosophique, moral, quasi-religieux… et plus révolutionnaire, pragmatique, stratégique et tactique…

De même, lorsque, en 1835, Blanqui, aidé de son ami Barbès, fonda, sur le modèle de la Charbonnerie, la société secrète la Société des familles, c’est l’ombre de Buonarroti qui plane, même si, pas une seule fois, son nom n’est avancé. Même chose avec la Société secrète des Saisons. Et ainsi de suite…

Durant toute sa vie, Buonarroti a orchestré la majeure partie des sociétés secrètes européennes et, partant, les complots, insurrections, rébellions, révoltes, révolutions… non du pupitre qui est sous le feu de l’éclairage des musiciens, du public, des critiques et… de la police, mais du trou invisible du souffleur anonyme.

F...M..., Buonarroti fut donc le maillon actif de plusieurs chaînes d’union entre l’Italie et la France, la révolution démocratique de Robespierre et la révolution sociale de Babeuf, l’ancienne maçonnerie des Lumières et le carbonarisme, la révolution de 1789 et celles du XIXème (en particulier de 1830 et 1848, mais également la Commune de Paris)… Si par choix autant que par nécessité, il resta la plupart du temps dans l’obscurité, changeant fréquemment de domicile et de pays, Buonarroti, de comploteur né, devint révolutionnaire professionnel, le premier de l’Histoire[25].

Ce professionnalisme de la révolution, il l’enseigna dans les cours qu’il donna à Nice, les initiations auxquelles il intervenait, les conférences qu’il donnait, les consignes et recommandations qu’il prodiguait… mais, surtout, il le pratiqua et le fit pratiquer[26]. Pour lui, être révolutionnaire, c’était :

 ·        pousser le pouvoir à des répressions iniques afin de révéler la véritable nature du pouvoir et amener le peuple à se soulever ;

A l’évidence, Buonarroti eut une influence prépondérante sur et dans la Charbonnerie européenne, même si, parce qu’elle était discrète, occulte, bon nombre, pour ne pas dire la plupart des charbonniers, même ceux de premier plan, n’en avaient pas conscience. Cette influence fut de deux ordres : son esprit d’abord qui était celui du communisme égalitaire et, ensuite, sa méthode organisationnelle qui était celle du secret, du cloisonnement, de la sécurité…, bref de l’organisation révolutionnaire secrète.

Toutefois, en raison de la prépondérance des militaires et du libéralisme limité de la plupart des recrues, le projet révolutionnaire de Buonarroti, conçu à l’échelle européenne, ne put aboutir : la Charbonnerie, à l’image de la plupart des autres sociétés secrètes se contenta de tenter, vainement d’ailleurs, par la voie du complot et de l’insurrection militaires, d’abattre l’absolutisme monarchique pour instaurer, non la Révolution, mais une monarchie constitutionnelle ou, à la rigueur, une république modérée que d’aucuns qualifient, à juste titre, de mon point de vue, de république monarchique[28].

Une autre évidence est que la méthode prônée par Buonarroti, parce qu’elle reléguait le travail d’éducation après la révolution et qu’elle faisait donc du peuple, non un acteur mais un enjeu et, au besoin, un instrument, portait en elle le germe de la dérive de l’autocratie révolutionnaire, celle de la tyrannie de la masse par une élite !

S’agissant de la F...M..., l’influence de Buonarroti, à travers, en particulier, la Charbonnerie fut tout aussi importante et, à mon sens, salutaire puisqu’elle la contraignit, du moins pour celle ne s’attachant pas à faire dans la… régularité, à prendre conscience de ce que son projet humaniste de travailler à l’amélioration matérielle et morale ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité est nécessairement politique tant il est vrai que la Loge est dans la Cité et non hors d’elle sur le nuage de l’apolitisme !

 


[1] En 1999, il a été publié, chez Montpeyroux, Les Goutelettres de Rosée, un fac-similé de l’édition de 1813 des « Constitutions de la Vente Charbonnière ».

[2] A. Saita: « Filippo Buonarroti. Contributi alla Storia della sua Vita e del suo Pensiero ».

[3] Nom secret ou nomen mysticum. Félix Delhasse , charbonnier belge, se faisait ainsi appeler Gracchus Babeuf.

[4] Écrivain et patriote piémontais, Silvio Pellico fit partie des cercles libéraux et romantiques milanais et travailla pour le journal Conciliatore. Condamné à mort en 1820 comme carbonaro, avec son ami Piero Maroncelli, il vit sa peine commuée en vingt années de prison. Incarcéré dans la forteresse autrichienne du Spielberg, à Brno, Pellico sera gracié à la moitié de sa peine, en 1830.

[5] Les Fédérés, menés par le comte Confalonieri, réclamaient l’union de la Lombardie et du Piémont.

[6] L’adhésion, plus ou moins simultanée, à la FM et à une ou plusieurs autres sociétés secrètes étaient alors choses courantes. C’est ainsi que, par exemple, de nombreux FF... adhérèrent à la très libérale société « Aide-toi, le Ciel t’aidera », présidée par Guizot.

Pour mémoire :

Guizot, François Pierre Guillaume (1787-1874), homme politique et historien français. Né à Nîmes, de parents protestants, François Guizot émigre en Suisse avec sa famille pour fuir la Terreur sous laquelle son père a été exécuté. En 1805, il quitte Genève pour Paris où il entreprend de brillantes études. Reconnu pour son érudition et sa capacité de travail, il devient professeur d’histoire moderne à la Sorbonne dès 1812. Lors de la Restauration, il rallie le parti du « juste milieu » (favorable au libéralisme et à la monarchie constitutionnelle), et s’oppose alors aux « ultras » désireux d’un retour à l’Ancien Régime et dirigés par le frère de Louis XVIII (le futur Charles X). Les convictions de Guizot le rapprochent du roi qui cherche à concilier les intérêts de la bourgeoisie libérale et des royalistes. Laissant de côté ses activités d’enseignant, il occupe de 1816 à 1820 le secrétariat général du ministère de l’Enseignement, puis de la Justice, avant d’entrer au Conseil d’État. Revenu à l’histoire après la chute du cabinet Decazes (février 1820), il retrouve pour un temps la Sorbonne. En effet, avec l’avènement de Charles X, Guizot passe dans l’opposition et ses attaques contre le ministère Villèle lui valent une suspension de 1822 à 1828. Il profite de cette retraite forcée pour publier ses critiques dans le Globe, prônant la doctrine libérale et le credo « Aide-toi, le ciel t’aidera ». En 1830, François Guizot participe au renversement de Charles X — notamment en signant l’ »adresse des 221″ —, avant d’être élu député de Lisieux. Le parti de la Résistance, dont il est le fondateur, est hostile à toutes les concessions démocratiques et défend une monarchie bourgeoise garantissant l’État contre les républicains ; c’est dans cet état d’esprit que Guizot entre au gouvernement. Après avoir occupé l’Intérieur (1830), il obtient le portefeuille de l’Instruction publique (1832-1837) et réorganise l’enseignement primaire : loi de juin 1833, complétée par celle de 1841 restreignant le travail des enfants. En charge des Affaires étrangères (1840-1847) — après une ambassade à Londres —, Guizot poursuit une politique de rapprochement avec la Grande-Bretagne. Quoique sous l’autorité nominale du président du Conseil Soult, il est de fait, dès 1840, le véritable chef du gouvernement et, depuis le retrait de Thiers, l’unique chef de file de la « Résistance ». Soutenu par la France des notables et de la bourgeoisie d’affaire, il concourt à l’essor de l’industrie, du commerce, du crédit et lance la révolution du chemin de fer ; son maître mot, révélateur de son option capitaliste est sa célèbre formule, prononcée en 1843 lors d’un banquet en province : « Enrichissez-vous par le travail, par l’épargne et la probité ». Ayant délaissé la condition ouvrière et refusant toute réforme électorale (sur la baisse du cens), Guizot doit affronter la critique conjuguée des ultras et des républicains. Son gouvernement devient de plus en plus autoritaire, et vire vers un ultraconservatisme que la crise économique de 1846 rend difficilement supportable à l’opposition, que ce soit celle de la petite bourgeoisie ou du prolétariat urbain. Ses élans d’autoritarisme scellent son destin : lorsqu’au début de l’année 1848, Guizot interdit de nouveau les réunions publiques de l’opposition, il déclenche un mouvement révolutionnaire que sa démission ne peut enrayer et qui aboutit à la fin du règne de Louis-Philippe (voir campagne des Banquets). Exilé en Belgique puis en Grande-Bretagne, Guizot revient en France en 1849. Il choisit alors de vivre à l’écart du pouvoir, se consacrant à la rédaction de ses mémoires (Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps) et reprend ses recherches historiques. En 1820, il a déjà rédigé un manifeste monarchiste et parlementariste, Du gouvernement de la France, tout en publiant plusieurs études sur l’histoire de France et de l’Angleterre (notamment des Essais sur l’histoire de France). Professeur de formation et pédagogue, il rédige, à la fin de sa vie, une Histoire de France racontée à mes petits enfants. Membre de l’Académie française à partir de 1836, Guizot, qui n’a jamais cessé d’être homme de lettres, reste l’un des principaux historiens du XIXe siècle et participe à la grande tradition contemporaine des hommes politiques, tels Thiers, Blanc ou Quinet, versés dans la science historique. L’ensemble de l’œuvre historique de Guizot reste marqué par l’empreinte de son engagement politique, ce qui a plus tard incité l’historien Gabriel Monod à dire de lui que, en dépit de son pragmatisme et de ses contributions scientifiques, Guizot a été une « personnalité » plus qu’un « savant ».

[7] D’aucuns estiment que, dans le plus strict secret, La Fayette fut, en fait, le grand maître, tactique, de la Charbonnerie française.

[8] La hiérarchisation en trois niveaux de la Charbonnerie est également similaire à d’autres sociétés, comme celle des Illuminés.

[9] Lors de l’initiation, le postulant est introduit, les yeux bandés, dans une pièce obscure et, au terme de la cérémonie, avant qu’on lui enlève le bandeau, prête solennellement le serment de garder le silence absolu sur la Charbonnerie.

[10] A titre d’exemple de ce respect absolu du secret et du serment : les 12-13 mai 1839 eut lieu la tentative insurrectionnelle d’Armand Barbès, Martin Bernard, Auguste Blanqui et de la Société des Saisons. Le premier, blessé, est arrêté ; les deux autres parvinrent provisoirement à échapper à la police, respectivement jusqu’aux 21 juin et 14 octobre. 692 interpellations intervinrent en suivant et des procès furent engagé contre plus de 750 inculpés. Lors du procès de 19 inculpés, du 11 juin au 12 juillet 1839, Armand Barbès et Martin Bernard, fidèles à leur serment de charbonniers, refusèrent de se défendre ; le premier fut condamné à mort et le second à la déportation. A son insu, et malgré ses protestations, Barbès, sur intervention de sa sœur auprès du roi, vit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité, puis en déportation.

[11] Malgré la présence de quelques haut gradés en poste comme les généraux Berton et Dermoncourt, il s’agit essentiellement d’anciens cadres des armées napoléoniennes qui ont été évincés par la Restauration.

[12] C’est sans doute l’exclusivité donnée à cette forme d’insurrection, constitutive d’un éventuel coup d’état, qui est à l’origine de l’adhésion de ce comploteur professionnel que fut Louis Napoléon Badinguet Bonaparte !

[13] Avant d’être exécuté il cria : »Vive la Liberté ! ».

[14] Prévoyant le soulèvement du 45e régiment de ligne transféré de Paris à La Rochelle, des soldats ont dénoncé leurs camarades qui sont jugés devant la cour d’assises de Paris. Fidèles à leur serment, quatre sergents choisissent de se sacrifier lors du procès en refusant de révéler à la justice bourbonienne les secrets de la conspiration carbonariste. Ils sont guillotinés le 21 septembre 1822, à Paris, Place de grève. Les quatre « martyrs de la Liberté » comptaient trois membres des Amis de la Vérité. Les traces de leur passage dans la Tour de La Rochelle sont encore visibles et leur geôle donne lieu à de véritables pèlerinages. Il existe une importante iconographie à leur sujet et de nombreuses chansons dites populaires leur ont été consacrées.

[15] Selon certains auteurs, les quatre sergents furent arrêtés et le complot déjoué parce que Bories avait été trop bavard dans une diligence, dont l’un des passagers était un indic de la police.

[16] La dernière action officielle de la Charbonnerie fut de tenter de gagner le corps expéditionnaire français en Espagne. Ce nouvel échec conduisit, de fait, à la liquidation de la Charbonnerie.

[17] Si la Charbonnerie instrumentalisa beaucoup, à commencer par la FM, elle fut elle-même souvent instrumentalisée. L’exemple le plus significatif est celui de Louis-Napoléon Bonaparte, qui fut membre de la Carboneria mais non de la Charbonnerie. Le ralliement d’un nombre conséquent de charbonniers à la monarchie orléanaise m’amène personnellement à considérer que cette dernière l’instrumentalisa également dans son opposition aux Bourbons aux fins de récupération du trône de France !

[18] Voir note ci-dessus.

[19] Cette présence de savants est, sans doute, à l’origine du choix que firent certains charbonniers de rallier le saint-simonisme lorsque la Charbonnerie disparut.

[20] Dont on dit qu’il était l’âme de la Charbonnerie dont la tête était La Fayette.

[21] Essentiellement implantés en milieu militaire. Cf. de Charles Nodier « les Philadelphes. Histoire des sociétés secrètes de l’armée », 1815[21]

[22] C’est-à-dire les « Frères ».

[23] Les Illuminés de Bavière :

Adam Weishaupt naît à Ingolsadt en 1748. A 20 ans, il occupe la chaire de droit canon à l’université d’Ingolstadt. Désireux de régénérer la société allemande, et en s’inspirant des constitutions et de l’organisation maçonniques, il fonde, avec le baron de Knigge, une société secrète : l’Ordre Secret des Illuminés Germaniques. Il partage l’ordre en 13 grades répartis en 2 classes :

Edifice inférieur : novice, minerval, illuminé mineur, illuminé majeur

Edifice supérieur : apprenti, compagnon, maître, écuyer écossais, chevalier écossais, epopte, prince, mage-philosophe et homme-roi.

A côté des grades connus, Weishaupt institue les Insinuants dont le rôle était d’espionner les profanes et… les membres de l’Ordre.

Chaque affilié portait un nomen mysticum, ainsi Weishaupt s’était attribué celui de Spartakus. Weishaupt initia Goethe, Herder, Schard, von Fritsch, Metternich.

Le but ultime des Illuminés était de renverser les monarques et d’éradiquer l’Eglise. On peut lire dans les notes de Weishaupt une des phrases les plus connues de Bakounine : « Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible ». Et c’est parce que ce but était en définitive universel que les Illuminés rayonnèrent sur de nombreux pays européens en y exerçant une influence, directe ou indirecte, importante.

Weishaupt influença la pensée de personnages tels que Babeuf, Buonarroti, Elisée Reclus, Bakounine, Kropotkine,…

[24] Dans toutes les sociétés et organisations où il est intervenu, Buonarroti avait à cœur, d’introduire Le chant des égaux, chant de ralliement au Club du Panthéon sous le Directoire :

 PREMIER COUPLET

 Un code infâme a trop longtemps

Asservi les hommes aux hommes.

Tombe le règne des brigands !

 REFRAIN

 Réveillez-vous à notre voix

Et sortez de la nuit profonde.

Peuple ! Ressaisissez vos droits :

Le soleil luit pour tout le monde !

 DEUXIEME COUPLET

 Tu nous créas pour être égaux,

Nature, ô bienfaisante mère !

Pourquoi des biens et des travaux

L’inégalité meurtrière ?

 TROISIEME COUPLET

 Pourquoi mille esclaves rampant

Autour de quatre ou cinq despotes ?

Pourquoi des petits et des grands ?

Levez-vous, braves sans-culottes !

 [25] Même si, pour certains orthodoxes (intégristes ?), ces révolutionnaires oeuvraient pour une pseudo-révolution, voire même la contre-révolution, la… révolution bourgeoise. Cf. L. Netter in Introduction à La Gazette Rhénane de Karl Marx et Friedrich Engels : « Conquérant peu à peu la suprématie économique, la bourgeoisie accentue son effort pour s’emparer du pouvoir politique. Le libéralisme et le mouvement révolutionnaire gagnent du terrain : la Maçonnerie et ses sectes se multiplient, la Charbonnerie dispose en Italie et en France d’un réseau de « ventes » fortement hiérarchisé; en Allemagne, les libéraux intensifient leur activité et le mouvement révolutionnaire tente de s’organiser (développement de la « Burschenschaft », activité de la Jeune Allemagne, premiers pas du mouvement ouvrier, publication de la Gazette rhénane avec la collaboration de Marx en 1842-1843) ».

[26] C’est ainsi, par exemple, que Blanqui le reconnut comme son mentor en disant qu’il n’aurait jamais été ce qu’il devint s’il n’avait pas rencontré et fréquenté assidûment Buonarroti.

[27] En 1946, Husson, sous le nomen mysticum de Geoffroy de Charnay, s’inspirant de la biographie de Buonarroti et de son Histoire de la Conspiration de l’égalité publia la Synarchie politique dans laquelle il distinguait 3 catégories de sociétés secrètes :

  1. « Les sociétés secrètes « inférieures » : ce sont les sociétés publiques telles la FM bleue, la Société Théosophique, les groupuscules extrémistes politiques…On retrouve dans ces sociétés les militants de base, souvent sincères et désintéressés. Ce sont des viviers dans lesquels on puisera les « gros poissons » pour les mener vers d’autres cercles plus élevés. Ces sociétés représentent un paravent et, si besoin est, un bouclier pour les vrais initiés.
  2. Les sociétés de cadres ou intermédiaires : ce sont des sociétés authentiquement secrètes car elles ne sont connues que par un cercle restreint de personnes. Les membres en sont cooptés et doivent se soumettre entièrement à l’autorité de la société. On peut citer le Martinisme et les Illuminés de Bavière. Ces sociétés contrôlent, ou tentent de contrôler les rouages de l’État. De plus, elles jouent un rôle de gestion et d’exécution.
  3. Les sociétés secrètes « supérieures » : elles sont totalement secrètes, ignorées des sociétés inférieures et contrôlent les sociétés intermédiaires. Leurs buts sont la domination du monde et la réalisation d’objectifs qui nous sont inconnus ».

[28] Ce fut donc par d’autres voies et, notamment celles des Révolutions, bourgeoises pour la plupart, que l’absolutisme monarchique fut abattu, même si le concours des masses populaires fut sollicité et obtenu, sachant que, ces Révolutions faites et le pouvoir bourgeois instauré ou restauré, la réaction s’abattit toujours avec la plus grande férocité sur les peuples pour que ceux-ci ne fassent pas… leur révolution !

Source : http://jccabanel.free.fr/index.htm

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Symbole Vivant… le puits des âmes

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Symbole Vivant… le puits des âmes

27 Mars 2016 , Rédigé par Lurker

Symbole Vivant... le puit des âmes

«  Le symbole enseigne avant tout la modération nécessaire à celui qui s’y confronte ; il n’y comprend que ce qu’il est capable de réaliser dans une lente ascension au plus profond du sommet intérieur. « 

Marie-Louise AUCHER1

 

L’étude et la tentative de compréhension des symboles reposent sur beaucoup d’ambiguïtés. La première et la plus importante restant d’être convaincu d’œuvrer pour le Bien alors que cette notion n’existe que par l’affirmation individuelle et seulement individuelle de sa nature intrinsèque. Nous le savons tous. Le Bien est ce qui est bon pour moi et si ma conscience de l’autre me conduit à faire ce qui est bien pour lui, c’est surtout mon empathie qui m’y conduit afin que j’en tire le bénéfice d’une conscience en repos. Le bien pour l’autre reste le bien pour moi. Alors, la nature du Bien n’est-elle pas uniquement consubstantielle à l’œuvre plus qu’à une possible singularité morale et sociale ? Et puis, aujourd’hui, le mal a toujours un nom, un visage… une forme inquiétante qui nous permet de nous comparer, de nous dire que nous en sommes très éloigné… Mais, ce visage, Hitler, Mao, Staline… nous rassure et nous guide… ce n’est jamais Roosevelt ou Kennedy… notre environnement reste ce qui nous forge et notre environnement nous donne la voie de la bonne pensée en oubliant qu’un journal n’est pas uniquement composé de sa Une, en oubliant que les prophètes donne la Voie et gomment la réalité. Le swastika, spirale circumambulatoire, reste, avant tout, un symbole bénéfique de bonheur et de paix alors… y a-t-il eu détournement ou appropriation d’un fétiche qui devait conduire sur la voie de la Connaissance ? Ou est-ce le symbole qui s’est approprié leur conscience

La seconde ambigüité portée par les symboles reste de se convaincre, si ce n’est pas déjà fait, que les signes qui nous entourent n’ont pas de véritable sens intrinsèque et qu’ils peuvent s’abreuver de la valeur sémantique que chacun viendra leur offrir, que seule la dimension que l’on peut leur donner leur confère une signification. En fait, c’est l’inverse qui se produit.

Ce sont, avant tout, ces éléments, porteurs d’une mémoire collective, souvent oubliée, qui parlent à ceux qui les partagent et donnent l’illusion de dispenser une même conception spirituelle emprunte d’une illusoire sagesse bénéfique, qui permettrait d’éveiller une idée, une forme progressive d’humanité. Le symbole permet de percer l’essence des choses, de retrouver des jalons sur la voie initiatique. Il n’a rien d’humain. Chacun peut y puiser selon sa conception du moment, selon son propre degré de réalisation spirituelle. Cette forme de raisonnement reste incomprise pour beaucoup car le symbole est un véhicule particulièrement jaloux et possessif de la pensée, la survivance d’une conscience qui s’est approprié l’Homme bien avant qu’il naisse à la cognition. Il en a, alors, fait une science sacrée.

La signification incluse derrière le symbole contient à la fois le passé et l’avenir en gestation. Le présent reste alors éphémère, disparait le temps de le dire. Il occupe tout l’espace de l’immédiat. Il est, selon nos concepts, le Mal absolu qui donne l’illusion de maitriser le monde et d’accepter l’inéluctable. Nous n’avons, dans le présent, aucun autre choix que de le voir fuir sans jamais tenir ses promesses.

l est ainsi plusieurs possibilités de définitions suivant le degré de l’homme et le divin. Cette affirmation n’est que le commencement. Elle connaissance de qui l’interprète. Le symbole peut être est le lien entre les sens et entraine la soumission à l’idée que rien ne puisse être atteint. Le symbole, le Symbolus, « signe de reconnaissance », du grec sumbolon, qui désigne un morceau d’objet partagé entre deux personnes pour servir entre elles de signe de reconnaissance. « Mes Frères et mes sœurs me reconnaissent pour tel Vénérable Maître » diton dans les rites continentaux…

Tous ces signes forment un vocabulaire, une fonction communicante adaptée à l’homme et à son environnement. L’Homme crée l’écriture pour véhiculer sa pensée. La Nature, la Création… voire, on ne sait trop quoi… créent les symboles pour communiquer avec l’Homme mais ces signes sont aussi inscrits en lui depuis l’origine, dans la mesure où la Nature préexistait au concept même de temporalité… comme le Chat de Schrödinger, le symbole n’existe que si on le constate… autrement, il reste en stase.

Il faut du temps pour l’intégrer car c’est un signe énigmatique, le symbole est ce qui se cache sous notre lit, ce qui nous observe dans l’ombre, une expression mystérieuse débarrassée de toute humanité. Le symbole est le véhicule d’un langage universel, il n’impose rien mais suggère, il montre du doigt le fatum. Le chemin de chacun, ses tortures, se regrets, ses hontes, ses remords. Toute son expression reste rigoureusement personnelle et siège sur notre ventre durant le sommeil … Il est difficile d’en parler, car il est la profondeur même du gouffre. Son sens reste incommunicable car sa signification se situe à la racine même de l’universel, il ne peut que suggérer et l’on ne peut que le traduire, c’est à dire « mettre sur le chemin, l’illusion, de l’éveil ». Ses sens sont multiples et apparaissent sous divers aspects, cependant finalement ils n’ont qu’une seule interprétation, profonde et éternelle : le visage de la Mort.

Il est inutile d’essayer de « sentir »», de « s’ouvrir » à la Connaissance, car cette énergie n’existe nulle part ailleurs qu’en chacun de nous, elle participe du Soi et le seul moyen de l’atteindre est le silence intérieur, cette certitude que ce silence que nous observons nous observe lui-même et nous maîtrise.

Il est important de comprendre que l’étude de l’ombre sémiotique qui nous manipule, pour être efficace, doit permettre de répondre à deux questions fondamentales : qui tenait la plume aux origines de l’écriture, aux origines de l’infiltration des signes au cœur de nos consciences et ensuite… ensuite seulement, mais aussi, avant toute chose à quoi ME servent les symboles. A quoi me servent-ils « à moi », moi qui aie pour ambition d’en maitriser le sens… ??? Et puis, il y a Dieu… soit, mais, comme le disait Cyrano : « c’est un peu court, jeune homme… ». Qu’est-ce qui nous empêche de parler à Dieu pour lui demander des réponses ? La démarche est très Ashkenase… allongezvous là et racontez moi tout… si je parle à Dieu, ma foi, tout est permis, mais s’il répond, le monde replonge dans la schizophrénie. Comme je ne suis pas schizophrène, je peux vous rassurer de suite : nous allons tous bien.

De plus, ce genre de réponse en cul de sac signifie la fin de la quête… en effet, pourquoi se fatiguer à découvrir les desseins de Dieu qui, par essence, sont impénétrables ?

Il y a là toute sorte d’excuses allant du déni de responsabilité au constat d’une impossible évolution. En effet, si ce qui est écrit l’a été par Dieu, il est inutile de chercher un sens, un message, car, par définition, Dieu ne peut être approché et l’affirmation péremptoire du dualisme donne à constater qu’il est impossible à l’Homme d’atteindre la sagesse qui préside à l’écriture et encore moins aux Ecritures ! Mais le Bien y réside-t-il ?

La réponse « Dieu » est, en fait, une injonction à la soumission, à accepter la « vérité » telle qu’elle est donnée. Cela est incompatible avec la recherche du Bien puisque cela impliquerait son intemporalité, son immanence, son impossibilité à se mouvoir, à évoluer, à se transformer… le Bien est immuable, ce qui se transforme et change de visage et de sens, c’est le Mal, ce qui nous détourne du droit chemin de l’immobilisme c’est le Mal…

La seconde interrogation est la suite de la première. En effet, si l’on se convainc qu’il est possible de remettre en cause, de comprendre et de s’expliquer les termes des rituels, des textes sacrés et des symboles, il est naturel de se demander à quoi ils peuvent être utile aujourd’hui. C’est une question à laquelle il est difficile de répondre et cette difficulté amène certains à revendiquer la nécessité de « moderniser » les symboles. L’argument est évident : si l’on ne peut pas accorder les symboles à nos besoins aujourd’hui c’est tout simplement parce qu’ils sont obsolètes diront certains… les mêmes ne se pencheront jamais sur la présence ponérologique, c’est-à-dire porteuse de la nature du mal à des fins politiques, d’une continuité mouvante. Il est bien évident que cela ne vient à l’idée de personne de se dire « je n’ai rien compris ». D’abord parce que je suis Maître Maçon et que je comprends tout et, ensuite, je me propose à moderniser le symbolisme donc, cela prouve que j’ai tout compris.

Dès lors que le tableau prend forme, avec l’éloignement, on distingue l’immense écart entre l’ego et le Soi. L’immense fossé entre la maîtrise de notre conscience et la Possession.

C’est en quelque sorte un tableau à exorciser qui amène, à la suite de Nicolas Grimaldi, à penser que « souhaiter vivre dans l’absolu, c’est comme vouloir habiter l’horizon. L’horizon, on y va, mais on n’y parvient jamais« . User des outils qui se trouvent à nos pieds permet de mieux avancer… n’est-il pas ? Sur des cases de quelle couleur ?

Alors, nous n’existons que dans une salle vide et l’étoffe de nos vies, pour paraphraser Shakespeare, n’est que la guenille dont sont faits nos rêves. J’ai bien peur qu’une telle démarche ne justifie pleinement l’idée qu’une cérémonie ne suffit pas à faire un initié.

SOURCE : http://truthlurker.over-blog.com/2016/03/symbole-vivant-le-puit-des-ames.html?fbclid=IwAR3hB5sQMYYOKaGKxp_Fv5aCrWZ7IljZNWA4sbvRf7BAH9BuzUx74mXDI40

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Étude sur le symbolisme de la franc-maçonnerie

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