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LES ARCHIVES DE L’ORDRE 9 juillet, 2024

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LES ARCHIVES DE L’ORDRE

 

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Nous le savons, la loge maçonnique est composée de frères et structurée autour d’officiers.

Les officiers forment avec le Vénérable Maître différents axes, à même de faire fonctionner ladite loge : par exemple avec les deux surveillants un axe pédagogique ; avec l’expert et le maître des cérémonies un axe rituel ; avec l’hospitalier un axe fraternel et humaniste.

Il existe aussi un axe dont on parle moins, que l’on pourrait qualifier d’informationnel, celui constitué du Vénérable Maître, qui dirige donc les travaux, du frère secrétaire, qui trace les travaux, et du frère archiviste, qui dépose et conserve les travaux.

On peut filer la métaphore informatique, en décrivant le secrétaire comme la mémoire vive de la loge, tournée vers le mouvement et la dynamique, qui est une mémoire de transit, temporaire ; et l’archiviste comme la mémoire appelée à tort mémoire morte en informatique, mémoire non volatile qui stocke les instructions de manière permanente et contient des données qui peuvent être lues mais pas modifiées.

On peut filer une autre métaphore, hydrologique celle-là, où les archives seraient assimilables à ce qu’on appelle les nappes inertielles, de cette eau très profonde lentement mobilisable, mais également insensiblement constituée au cours du temps.

C’est vrai que l’on parle très peu de cette mémoire particulière que constitue les archives, qu’on associe péjorativement dans l’imaginaire collectif à un endroit glauque, une pièce borgne et souterraine, où opère un agent en mal de rédemption. Il s’agit là d’un biais d’attribution, par lequel les archives seraient porteuses d’une forme d’ennui, de banalité et de « sombritude », discréditées à l’heure de cette violence ordinaire que constitue le relativisme de l’immédiateté et de l’éphémère.

La franc-maçonnerie, art initiatique par excellence, devrait se sentir protégée de ce biais, elle ne l’est pourtant que partiellement, renvoyant souvent l’archive à sa condition poussiéreuse, n’accordant au mieux qu’une indifférence polie à son égard. Les archives sont pourtant fondamentales, en particulier dans l’esprit maçonnique : celui-ci est naturellement porté par l’élan spirituel, la circulation de la parole et la mise en avant d’actes très ostensibles comme l’oralité du verbe, la déambulation et la triangulation du débat.

L’art initiatique étant holistique, il convient ainsi de « contrebalancer », et de compléter l’Esprit du verbe, léger et volatil, par cette Lettre que représente l’archive, qui est par essence régulatrice, modératrice et pondératrice, car insensible à l’esprit du temps. L’archive est nécessaire, d’abord parce qu’à la façon dont le Talmud cumule à l’infini les commentaires de la Torah, il s’agit de rendre la franc-maçonnerie à son histoire.

Mais la mentalité juive est que rien ne doit se perdre ; la mentalité maçonnique, qui n’est pas une confession, ne réclame pas cette contrainte, c’est pourquoi elle passe par l’étape indispensable du tracé du secrétaire qui, au-delà d’évoquer à la loge le contenu et le climat de la tenue précédente, ne conservera que le fonds, la forme ne répondant qu’au style particulier du secrétaire : c’est pour cette raison que des modifications du tracé ne peuvent être faites que sur la forme et non sur le fond: cette exigence inscrira encore plus dans le marbre un tracé qui aura été entériné ensuite par l’assemblée présente.

Il s’agira ici, en validant le tracé, de l’enregistrer pour l’éternité.

Ainsi, si un frère est tenté de relire un jour telle ou telle archive, il ne partira pas de zéro, mais bénéficiera inconsciemment des strates de connaissance fabriquées par ses prédécesseurs.

Ces strates sont inscrites dans les archives, mais aussi de façon plus subjective et plus sélective, portées dans la mémoire des anciens. L’autre vertu de l’archivistique est de pondérer la parole, naturellement incisive, volatile, solaire, labile : ces caractéristiques ne sont pas des défauts, mais simplement les à-côtés inévitables de toute manifestation ouverte .L’archive recompose cette parole en lui appliquant un ordre nouveau, plus pérenne, somme toute très égalitaire quel que soit la teneur de ce qui y est produit : cet ordre nouveau sera foncièrement objectif , car rattaché à la provenance et à l’époque du document, et non à la personnalité du locuteur.

Ce principe de provenance, général et moins exposé aux circonstances de l’instant permettra de respecter l’intégrité matérielle et intellectuelle de chaque archive. D’ailleurs le simple fait d’entasser les tracés dans un carton leur confère d’office une importance très égalitaire, très paritaire, gommant leur éventuel caractère discriminatoire, qui porterait éventuellement à polémique.

En sédimentant les tracés comme les simples strates d’un ensemble plus global, nous ne verrons plus dans ces couches successives que les témoins transitoires d’une époque. Cet ordre général met donc sur un même plan, sans distinction d’importance supposée, l’ensemble des documents. Ainsi, quand un élément initiatique est archivé, c’est vrai qu’il perd de sa puissance initiatique du moment, mais il rejoint un fonds commun.

Car le temps de l’archive est un temps long, structuré différemment du temps court, borné et jalonné de l’exercice maçonnique que nous pratiquons en loge.

Le travail maçonnique est en effet soumis à la flèche du temps : C’est un des raisons pour lesquelles les travaux sont sacralisés, c’est-à-dire délimités dans le temps et dans l’espace.

Si les travaux maçonniques nécessitent d’être ouverts et fermés, c’est que ce qui s’y déroule est en substance volatil : on ne sait pas d’avance ce qui va en être dit et conservé.

Certains rituels maçonniques évoquent ce qu’on appelle « les archives de l’Ordre », qui seraient conservées dans un endroit mythique qu’on appelle Kilwining, région légendaire située en Ecosse.

L’incertitude concernant la localisation de ces archives légendaires contribue symboliquement à leur transcendance et à les situer en amont de toute connaissance contemporaine.

Ce caractère elliptique suffit donc à lui seul à qualifier ces archives, l’inconnu sur leur origine participant largement à leur caractère fondateur.

D’ailleurs la loge légendaire considérée comme la plus ancienne au monde porte le titre distinctif Kilwining et le numéro zéro au matricule de la Grande Loge d’Écosse : ce nombre est très signifiant, il valide l’idée d’un principe créateur transcendant à toute interprétation.

Le simple fait d’évoquer, dans un rituel « les archives de l’Ordre » témoigne de notre degré d’avancement, qui nous autorise à être capable de nous retourner sur ce qui nous a fondé. Ainsi, prendre conscience qu’il existe des archives signifie initiatiquement que nous avons suffisamment progressé pour être apte à visibiliser le passé.

Lorsqu’un document, une description d’attitude ou d’action passent de la lumière à l’archive, ils changent de statut, c’est-à-dire qu’ils sont soumis à un arrangement, un ordre différent de ce qui régit la vie en temps réel.

Le fait de citer les « archives de l’ordre » a aussi pour objet l’établissement de « ponts » entre les différents viatiques de la Connaissance, viatiques que sont la symbolique, l’égrégore, l’exemplarité, l’exposition, la circulation verbale, la construction hiérarchique, et d’une façon générale tout ce qui donne sa coloration aux planches .

Tout ce foisonnement se résoudra ensuite en un pont ultime, celui établi entre le tracé, solaire, du secrétaire, et l’archive, lunaire, de l’archiviste bibliothécaire.

La qualification de « bibliothécaire » associée à celle d’archiviste n’est pas anodine, car le but premier de l’archive est d’être possiblement exhumée afin de nourrir la réflexion des contemporains : le bibliothécaire est celui qui est apte à établir des ponts entre la contemporanéité d’une idée, et son lignage, sa généalogie possible.

En quoi l’importance des archives est-elle centrale dans l’idée maçonnique ?

Eh bien déjà, elles ne se situent pas dans l’espace sacré de la loge, ce qui d’ailleurs serait rédhibitoire : l’être humain n’est pas, en effet, un pur esprit, et a besoin, tel l’ange de l’Apocalypse, de ses 2 jambes pour exister. Ap.10 : 2 : « Dans sa main, il tenait un petit livre ouvert. Il posa son pied droit sur la mer et le gauche sur la terre. » la mer, symbolisant ici les mouvements de l’Esprit viables uniquement dans un endroit sacralisé, et la terre portant l’empreinte archivistique, donc très matérielle desdits mouvements.

Le tracé du secrétaire est donc à la fois une façon de conserver la teneur et les propos de l’ordre du jour, mais aussi d’effectuer naturellement un travail de filtre, de tamis, ne conservant que ce qui lui semble important. Car une archive se doit, pour être pérenne, d’être calibrée dans le temps et dans l’espace. Le respect des fonds impose de les classer et de les inventorier sans perdre de vue leur lien organique avec l’entité qui les a produites.

Ce critère est très important en franc-maçonnerie, car il permet de s’abstraire d’une « culture du moment », d’une « orthodoxie » fatalement temporaire, cela permet de conserver au maximum l’objectivité de ce qui est archivé, et donc de lutter contre tout fait contemporain qui tend par essence à reconsidérer le passé à l’aune du moment présent.

Les archives sont cumulatives : elles s’ajoutent et ne se remplacent pas ; elles ne cèdent donc pas à l’air du temps, et, une fois archivés, chaque valeur et document a la même importance.

C’est fondamental dans le souci que peut avoir l’initiatique de ne pas privilégier une époque ou un courant particulier.

L’archive suprême est celle de l’Orient Eternel, où les frères partis occupent une place irréfragable, déterminée souvent par la date de leur disparition ; chaque nom en vaut un autre.

Le mot archive renvoie à différentes étymologies possibles , mais fondamentalement l’arche est entendue comme une boite, un coffre, un contenant, où sont déposées des choses : c’est par exemple le dépôt comptable des animaux de l’Arche de Noé, où celui des lois mosaïques gravées sur les 2 tables de la Loi contenues dans l’Arche d’Alliance: l’Arche sous-entend l’endroit d’un dépôt, dont le contenu est nommé et énuméré, à la façon dont l’Ancien Testament nomme et énumère les faits et les personnages pour ne rien en oublier.

L’Ancien Testament procède périodiquement à l’énumération fastidieuse des lignages généalogiques de tels ou tels patriarches, avec l’objectif avoué de n’oublier personne. Ce dénombrement biblique, qu’on appelle recensement, est une sorte d’archive horizontale, comme celle qu’ordonna le Roi David à son général Joab.

Mais le recensement, qui puise dans la contemporanéité a, tout comme la tenue maçonnique, un caractère majeur et sacré, avec lequel il ne faut pas jouer. David s’en mordit les doigts, et il dut subir une punition divine, car privilégiant, du point de vue de Dieu, plus l’aspect quantitatif que qualitatif de l’humain. Le recensement ne pouvant, du point de vue de l’Ancien Testament, n’être prescrit que par Dieu.

L’archive permet donc de déposer, de conserver, et éventuellement de commémorer ce qui a été classifié : commémorer signifie « rappeler le souvenir » .

Rappeler sous-entend de ramener à la surface quelque chose qui a été enterré, mis de côté, mais en aucun cas oublié : ce qui est archivé n’est jamais perdu, mais simplement placé à un endroit d’où il peut revenir périodiquement, avant d’être de nouveau archivé.

Les archives, sont donc, au sens large, des jalons et des passages, commémorateurs car posés à travers l’histoire par des mythes fondateurs.

Commémorateurs aussi car la légende de nos grades conditionne, comme dans tout mythe, le fait que tout est présent dès le départ, et que l’initié s’ouvre à la connaissance de faits qui ne peuvent être qu’antérieurs, dans la mesure où tout, dans un mythe, est déjà inscrit dans notre patrimoine mémoriel. Lorsque les alchimistes parlent de « fixer le volatil », les archives sont de ce tonneau, elles constituent une banque de faits et gestes moins soumises que la transmission aux velléités particulières de l’être humain.

La tradition consiste donc en un savant mélange entre la transmission, qui en constitue le bras armé, l’élément mobile, et les archives, sorte de condensat intemporel inscrit dans la masse. C’est pourquoi tout évaluation a posteriori de l’art initiatique doit s’établir à partir d’un exercice mêlant archives et transmission.

Lorsqu’on évoque la Tradition, nous avons coutume de nous référer à l’étymologie, et d’y voir un flux d’informations qui a su transcender les époques, et nous apporter des valeurs « intemporelles », immuables et indémodables. En fait, il en est de la Tradition, comme du reste, c’est-à-dire que le temps fait toujours son œuvre et bâtit sa réalité du moment sur un terreau qui a subi les injures du temps.

C’est pourquoi la Tradition est quelque chose de beaucoup plus complexe qu’on ne le pense.

La Tradition peut être entendue comme un trait d’union entre passé et présent, là où l’archive représente en elle-même la continuité. L’archive conservera son caractère autonome, indépendant, là où l’élément de tradition se verra immanquablement modelé a posteriori par celui qui le reçoit.

C’est pourquoi la tradition prête souvent à discussion, car il y a finalement autant de traditions qu’il y a d’individus différents pour la recevoir et l’épouser.

Le souvenir est darwinien, il subit les affres de cette sélection naturelle qu’est l’évolution des idées et des principes de la société dans laquelle il exerce ses prérogatives. La transmission n’est donc pas suffisante pour exprimer à elle seule la teneur d’un souvenir : la transmission est une dynamique sélective qui, comme telle, emmène dans son sillage des pensées et des actions, qui ont le plus grand mal à conserver dans le temps leur intégrité, et c’est normal : la sélection impose une violence qui est à l’aune de sa nécessité : pour survivre, seuls les principes les plus ancrés demeureront accrochés à cette orthodoxie mouvante.

Avec un brin d’ironie, nous voyons bien là que la Tradition est quelque chose de trop sérieux pour être mise entre les mains exclusives de la transmission.

La transmission est émaillée des imperfections et des caractéristiques de celui qui donne, mais aussi au miroir déformant que de celui qui reçoit. C’est pourquoi la Tradition ne peut uniquement s’appuyer sur cette transmission, des archives lui sont nécessaires. L’être humain est en effet fragile, dans sa constitution, mais aussi dans ce qu’il crée, pense ou subit : les archives apportent leur pondération, à savoir qu’elles régulent la pensée traditionnelle, et en même temps, elles constituent une référence universelle.

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SOURCE  : apport anonyme – traduction automatique

Liberté, Égalité, Fraternité : de l’idéal au réel en Franc-maçonnerie ? 16 juin, 2024

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

Liberté, Égalité, Fraternité : de l’idéal au réel en Franc-maçonnerie ?

 
Solange Sudarskis

Par Solange Sudarskis
14 juillet 2023
Liberté, Égalité, Fraternité : de l’idéal au réel en Franc-maçonnerie ? dans Contribution liberte-egalite-fraternite-696x418

Liberté, égalité, Fraternité. Ces 3 mots qui représentent des valeurs humanistes fortes, partagées par plusieurs pays ou institutions qui en ont fait leur devise, ont une origine historique incertaine : maçonnique pour certains, révolutionnaire ou républicaine pour d’autres. En effet, les recherches engendrées par le Bicentenaire de la Révolution montrent que l’antériorité maçonnique de la devise Liberté, Égalité, Fraternité n’a aucun fondement concerté au sein des obédiences et des rites maçonniques de l’époque considérée.

De nombreuses anecdotes peuvent expliquer les rivalités d’attribution de l’origine de la devise. On a retrouvé à la Bibliothèque Nationale une trace de la création, par le GODF, d’une loge militaire portant le titre distinctif «Liberté, égalité, Fraternité» sise à l’orient de la Légion franche étrangère. Cette loge a été installée le 14 mars 1793 par la Respectable Loge «Amitié et Fraternité» (Orient de Dunkerque). Certes, il s’agit d’un titre distinctif, d’un nom de loge ; or, ce titre de la loge est évoqué à chaque tenue, au moins deux fois, à l’ouverture et à la fermeture des travaux comme aujourd’hui. De là à en faire une devise… la chose est d’autant plus facile qu’une loge militaire se déplace et reçoit de nombreux visiteurs.

Portées par la Renaissance, ces trois valeurs se sont retrouvées au sein de différents courants de pensée humaniste soucieux de lutter contre l’injustice et l’arbitraire. La maxime «Liberté, égalité, Fraternité» puise ses origines au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières.

La devise liberté-égalité-fraternité

En 1755, dans une ode à la gloire du gouvernement helvétique, Voltaire associe implicitement  les 3 termes : «La Liberté ! J’ai vu cette déesse altière avec égalité répandant tous ses biens…Les états sont égaux et les hommes sont frères». Mais c’est Rousseau qui, dans son Discours sur l’économie (1755), propose cette triade comme une des bases du Contrat social.

La devise n’est toutefois pas officiellement constituée en 1789 et, contrairement aux idées reçues, elle ne devient pas une création officielle de la Révolution, bien qu’elle en incarne certaines valeurs clefs. Seuls les deux premiers termes ont été associés dans la Déclaration des Droits de l’homme du 26 août 1789 : «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit.»

C’est en 1790 qu’Antoine-François Momoro, second couteau sanguinaire, révolutionnaire de la Terreur, qui finira sur l’échafaud avec son compagnon de route Jacques Hébert, propose comme devise au Club des Cordeliers, liberté, égalité, fraternité. Ce slogan, pétri de chimères, sera repris par Lamartine comme principe de la République et sera inscrit pour la première fois dans le préambule de la Constitution du 4 novembre 1848. Pour d’autres, la première triple association est attribuée à Robespierre à la 16ème proposition de décret dans son discours prononcé en décembre 1790 lors de la création des Gardes Nationales : «Elles[les gardes nationales] porteront sur leur poitrine ces mots gravés : Le Peuple français, & au-dessous : Liberté, égalité, Fraternité». Les mêmes mots seront inscrits sur leurs drapeaux, qui porteront les trois couleurs de la nation». Cette expression a accompagné l’aventure révolutionnaire de Juin 1793 jusqu’au Consulat en 1799. À partir de 1793, les Parisiens, rapidement imités par les habitants des autres villes, peignent sur la façade de leur maison les mots suivants : “unité, indivisibilité de la République ; liberté, égalité ou la mort”. Mais ils sont bientôt invités à effacer la dernière partie de la formule, trop associée à la Terreur… Comme beaucoup de symboles révolutionnaires, la devise tombe en désuétude sous l’Empire. Elle réapparaît lors de la Révolution de 1848, empreinte d’une dimension religieuse : les prêtres célèbrent le Christ-Fraternité et bénissent les arbres de la liberté qui sont alors plantés. Lorsque rédigée la Constitution de 1848, la devise ” Liberté, Égalité, Fraternité “est définie comme un ” principe” de la République. Sans avoir été devise officielle, l’expression a tout de même marqué les esprits et s’est imposée comme le symbole des acquis politiques et sociaux révolutionnaires, comme un programme politique et, à terme, comme un point de ralliement pour les républicains.

De 1790 à 1830, la devise n’est plus utilisée ; suivent des années de grande tension sociale et politique qui aboutissent à la Révolution de février 1848.

La IIe République consacre l’expression après que le gouvernement provisoire l’ait employée dans sa première déclaration le 24 Février 1848. Cette année-là voit l’apparition de la devise sur le drapeau français, Lamartine, qui n’était pas franc-maçon (mais qui adhérait à l’idéal libéral  maçonnique), proclama la IIe République et déclara : «Sur le drapeau national sont écrit ces mots : République Française, Liberté, égalité, Fraternité, mots qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines démocratiques dont le drapeau est le symbole, en même temps que ses couleurs en continuent la tradition». L’importance du mot liberté à cette époque est à comprendre comme l‘abolition de l’esclavage qui promeut tout individu au niveau d’un être humain; il ne sera plus un objet mais un sujet.

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Boudée par le Second Empire, la devise finit par s’imposer sous la IIIème République. La IIIe République coïncide avec la renaissance de l’expérience républicaine et la réactivation de la devise triptyque en 1871. C’est dans son ouvrage de 1875 intitulé  Le droit et la Loi  que Victor Hugo écrit : «Liberté, égalité, Fraternité… ce sont les trois marches du perron suprême. La liberté, c’est le droit ; l’égalité, c’est le fait ; la fraternité c’est le devoir».

Cependant, il faut attendre la révision constitutionnelle de 1879 pour que soit prise la décision de réinscrire les trois mots à tous les frontons des bâtiments officiels. On observe toutefois encore quelques résistances, y compris chez les partisans de la République : la solidarité est parfois préférée à l’égalité qui implique un nivellement social et la connotation chrétienne de la fraternité ne fait pas l’unanimité.

La devise est réinscrite sur le fronton des édifices publics à l’occasion de la célébration du 14 juillet 1880.

Le périple de la triade s’achève glorieusement puisque la Constitution du 4 octobre 1958 l’impose comme la devise constitutionnelle de la République française. Elle fait aujourd’hui partie intégrante de notre patrimoine national. On la trouve sur des objets de grande diffusion comme les pièces de monnaie ou les timbres.

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L’usage maçonnique de la devise

En franc-maçonnerie, la devise va progressivement devenir l’acclamation (dans certains rites seulement)

Un des  plus anciens documents où l’égalité et la liberté sont formellement présentées comme points principaux de la doctrine maçonnique est un ouvrage (cependant antimaçonnique écrit par l’Abbé Larudan) de 1747, Les francs-maçons écrasés où on peut lire p.299 : « le portier l’ouvre et demande à l’aspirant : s’il a vocation à la liberté, à l’égalité, … ? Il « répond que oui, on l’introduit ». Plus loin p. 313  « le soir de sa réception, on ne lui dit autre chose, sinon que la liberté& l’égalité sont l’unique but de la Société».

L’égalité et la liberté sont également invoquées avec insistance comme principes régulateurs, dans la première circulaire du Grand Orient. Celle de 1775 les présente comme «l’apanage précieux des francs-maçons». 

Dans sa circulaire de 1791, la Mère Loge du Rite Écossais Philosophique, St Jean du Contrat Social on peut lire :« Bien des siècles avant que Rousseau, Mably, Raynal, eussent écrit sur les droits de l’Homme et eussent jeté dans l’Europe la masse des Lumières qui caractérisent leurs ouvrages, nous pratiquions dans nos Loges tous les principes d’une véritable sociabilité. L’égalité, la liberté, la fraternité, étaient pour nous des devoirs d’autant plus faciles à remplir que nous écartions soigneusement loin de nous les erreurs et les préjugés qui, depuis si longtemps, ont fait le malheur des nations. »

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Le premier Compte rendu lors de la reprise des travaux de la GLDF le 24 juin 1795 commence par cette devise.

En 1877, le pasteur Frédéric Desmons propose la formulation suivante qui va être adoptée «La Franc-maçonnerie est une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, elle a pour objet la recherche de la vérité, l’étude la morale universelle, des sciences et des arts et l’exercice de la bienfaisance. Elle a pour principe la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n’exclue personne pour ses croyances. Elle a pour devise Liberté, égalité, Fraternité».

 «Que la Liberté soit l’assise du Temple, Que l’Égalité en soit la Clé de Voûte, Que la Fraternité soit le Ciment du Temple» comme il est dit au Rite Français Philosophique, 2017.

La liberté comme base, l’égalité comme moyen, la fraternité comme but.

En 1849 : au niveau du GODF, l’acclamation devient Liberté, égalité, Fraternité en lieu et place de vivat, vivat, semper vivat.

En ces temps, Adolphe Crémieux, franc-maçon et membre du Gouvernement Provisoire, reçut une délégation des Loges maçonniques et prononça au nom du Gouvernement, la phrase suivante : «Dans tous les temps, dans toutes les circonstances, sous l’oppression de la pensée comme sous la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : Liberté égalité, Fraternité !» Jules Barbier de la délégation maçonnique a ajouté : «Nous saluons des acclamations les plus vives le Gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celles de la Franc-maçonnerie: Liberté, égalité, Fraternité».

Pour le Rite écossais, Adolphe Crémieux, devenu Souverain Grand Commandeur du Rite écossais ancien et accepté en 1869, entreprit de refondre les Règlements Généraux du Rite qui dataient de 1846. Entre autres propositions, il souhaitait inclure à la fin de l’article II, la phrase : «l’Ordre Maçonnique a pour devise Liberté, égalité, Fraternité…» Sur ce point  précis, point d’opposition ; le blocage portait sur l’invocation au GADLU. Ce blocage suivi de la guerre franco-allemande, de la surveillance des loges par la police (1874), du début des actions anticléricales ont détourné les préoccupations des francs-maçons du Rite écossais. Finalement, la devise maçonnique fut affirmée dans un décret datant du 2 décembre 1873 avec effet le 1er mai 1874. Le GODF explicite que cette triple devise est la transformation logique, naturelle et progressiste des devises anciennes : foi, espérance, charité (Cahier des grades capitulaires (du 4e au 18e degré) : Rituel des Chev[aliers] Rose-Croix, 1890).

Au REAA, après les batteries, on retrouve les acclamations Houzza Houzzé Houzzé, ou bien Liberté Égalité, Fraternité. Au RER, Vivat–vivat–semper vivat. Au ROPM : Vie ! Force ! Santé ! L’acclamation est doublée avec le ternaire Liberté, Égalité, Fraternité. Au Rite MM, l’acclamation Liberté, égalité, Fraternité est souvent suivie ou «couverte», en France, par une seconde acclamation « Unité, Continuité, Stabilité » en hommage à l’Ordre. Spécifiquement au Rite de Misraïm, l’acclamation qui remplace ou couvre Liberté est « Adonaï, Adonaï, Adonaï », du nom d’un des aspects de la divinité dans la tradition israélite. Il est des obédiences, telle le OITAR, qui ont remplacé la devise, lorsque cela se présente, par « Liberté Équité Amitié » ou par «énergie, émulation, altruisme ».

Il est à l’honneur de la Franc-maçonnerie française, et latine en général, d’avoir nourri cette devise, d’en avoir perçu le caractère fondateur et d’en avoir favorisé la synthèse dans le temple et dans le monde profane. Pour le franc-maçon, cette devise possède une force symbolique intrinsèque dont il prend la mesure lorsqu’il la prononce en loge après l’acclamation écossaise.

Cette devise est le «principe de la véritable sociabilité maçonnique». Alors comme le dit notre TCF Christian Roblin : devisons gaiment

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LA FRANC-MAÇONNERIE EST UNE SPIRITUALITÉ DE LA LIBERTÉ

«Nous sommes des Maçons libres, c’est-à-dire, pour qui sait l’entendre, des artisans de notre propre bonheur, qui sans porter de rebelles atteintes aux lois civiles et religieuses, travaillons sur des plans tracés par la nature et compassez par la Raison, à reconstruire un édifice moral dont le modèle exécuté dans les premiers âges du monde, nous est conservé par l’idée universelle de l’Ordre» (l’Almanach des Cocus ou amusemens pour le beau Sexe pour l’année MDCCXLII auquel on a joint un recueil de Pièces sur les Francs-Maçons, 1742, comportant, outre la Réception d’un Frey-Maçon du chevalier Hérault, une suite de discours prononcés en loge à l’occasion de rencontres entre Ateliers ou pour servir à l’instruction des Apprentis).

L’expression « libre et accepté » est adoptée dans la deuxième édition du Livre des Constitutions dites d’Anderson, en 1738, dont le titre devient  Le Nouveau Livre des Constitutions de l’Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Libres et Acceptés. Dans la première édition de 1723 le titre était, Les Constitutions des francs-maçons. Le titre plus récent continue à être utilisé par la Grande Loge d’Angleterre, suivi par celles de l’Écosse et l’Irlande ; une majorité des Grands Loges aux États-Unis ont adopté le même style et se disent Grand Loges de Maçons libres et acceptés. Mackey dans son Encyclopédie de la Franc-maçonnerie explique les termes, libre et accepté, à partir des anciens textes utilisés en Angleterre qui donnent le récit suivant de leur origine : Les maçons qui furent choisis pour construire le Temple de Salomon furent simplement déclarés libres et furent exemptés, avec leurs descendants, des droits et des impôts. Ils avaient aussi le privilège de porter des armes. Au cours de leur déportation à Babylone, Cyrus leur donna la permission d’élever un second Temple, les ayant mis en liberté à cette fin. C’est de cette époque que nous portons le nom de Maçons Libres et Acceptés [sic].

La déclaration du Convent de Lausanne en  septembre 1875 (qui réunit les Suprêmes Conseils de onze pays) proclame la liberté comme le bien le plus précieux : «la liberté, patrimoine de l’humanité tout entière, rayon d’en haut qu’aucun pouvoir n’a le droit d’éteindre ni d’amortir et qui est la source des sentiments d’honneur et de dignité.»

La liberté n’est pas de refuser des obligations auxquelles le franc-maçon consent (la Franc-maçonnerie est un Ordre, ses membres s’engagent, par serment, à observer scrupuleusement les prescriptions de la Constitution internationale, les statuts, les Règlements généraux et à défendre l’Ordre) mais de mesurer avec sa liberté de conscience s’il peut continuer à s’obliger, à adhérer, face aux contraintes de l’autorité de tutelle. Il ne peut  renverser sa dépendance en liberté pour se rendre à son tour maître de sa situation qu’à la condition de reconnaître en conscience la pleine valeur de cette liberté et de se tenir pour responsable de ce qu’il met en œuvre pour la conquérir.

Dans l’étude lexicographique des rituels, c’est à partir de 1840 que l’on voit l’utilisation du concept de liberté prendre de l’importance .

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Certaines personnes se battent concrètement pour leur liberté, leur choix et leurs engagements, défiant les obstacles, les dangers et les lourdeurs de l’habitude. Elles accomplissent de nouveaux horizons pour se transformer et transformer aussi le monde qui les entourent.

La démission de tout membre de la Franc-maçonnerie, son retrait demeure sa liberté absolue.

La liberté juridique ou civile consiste dans le droit de faire tout ce qui n’est pas défendu par la loi. Elle se présente comme une prérogative ouvrant à son bénéficiaire, lorsqu’il le désire, un libre accès aux situations juridiques qui se situent dans le cadre de cette liberté. Une liberté est en principe non définie ni causée (susceptible non pas d’abus, mais d’excès) ; elle est également, en principe, inconditionnée (ainsi se marier ou non, contracter ou non, acquérir ou aliéner, tester, faire concurrence à d’autres commerçants…). Cette liberté personnelle est cependant à compléter par la reconnaissance de celle de l’autre: ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux (Luc;6,31). Alors ma liberté commence là où commence celle de l’autre .«Car pour être libre, il ne suffit pas de se libérer de ses chaînes, il faut vivre en respectant et en augmentant la liberté des autres.» (Nelson Mandela).

Le franc-maçon transforme sa liberté en autonomie et responsabilité.

La liberté de conscience est irréductible en Franc-maçonnerie

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On peut en trouver l’expression dans l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.» Cette Déclaration consacre l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 : «La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.».

Toutefois cette déclaration n’était qu’une résolution de principe non obligatoire.

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À l’opposé, la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, communément appelée Convention européenne des droits de l’Homme, signée à Rome le 4 novembre 1950 a un caractère obligatoire à travers les sanctions et le fonctionnement de la Cour européenne des droits de l’Homme. Dans son article 9, cette Convention précise de façon explicite la liberté de conscience :

  • Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.
  • La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.

Encore faudrait-il définir la conscience !

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Cette liberté s’étend aux convictions morales et philosophiques qui découlent des choix faits, à la liberté d’opinion, en particulier politique. Toutefois, l’Administration, qui ne peut pas écarter les convictions politiques, peut éventuellement prendre en compte l’extériorisation de ces convictions.

Les clauses de conscience sont de plus en plus nombreuses à la lumière de la diversité sociale (par exemple, des dispenses peuvent aussi être accordées pour que des personnes ne travaillent pas un jour religieux).

Le rite permet à tous les francs-maçons de concilier liberté de conscience et Art royal ; la liberté de conscience a pour corollaire la Tolérance sans laquelle la Franc-maçonnerie adogmatique ne pourrait se revendiquer en tant que Centre de l’Union. La liberté de conscience ouvre la possibilité d’adhérer ou non selon son libre arbitre à telle ou telle religion. La liberté de conscience, au sens strict du terme, s’inscrit donc dans la sphère de la question de la liberté religieuse. La liberté de penser, plus large encore, confère à l’homme la possibilité d’user de sa raison pour pousser sa recherche du vrai jusqu’où il le peut sans rencontrer aucune entrave, fût-elle religieuse. Ainsi du XVIIe siècle au XVIIIe siècle où les défenseurs de la liberté de conscience comme Bayle et ceux de la liberté de penser comme Spinoza s’inspirent soit de références bibliques soit de la critique scripturaire naissante pour affirmer non seulement le droit à la liberté de conscience et de penser mais encore la nécessité de cette liberté pour le progrès de l’homme. L’originalité de la maçonnerie spéculative consiste précisément à affirmer cette double nécessité mais dans le cadre d’une quête spirituelle. Ce n’est qu’au convent du GODF de 1877 que sera abandonnée la référence au Gadlu. L’après-Convent de 1877 conduit à des retouches plus hardies. En 1879, le Grand Collège des Rites, chargé par le Conseil de l’Ordre du Grand Orient, fait disparaître des rituels les formules trop ouvertement religieuses, comme la référence au Grand Architecte de l’Univers, les devoirs envers Dieu au 1°, l’explication métaphysique de la lettre G au 2° et l’invocation à Dieu du signe d’horreur au grade de maître. En 1886, une commission de 12 membres, présidée par l’avocat Louis Amiable (1837-1897), procède à une nouvelle révision adoptée en Conseil de l’Ordre les 15-16 avril. Le nouveau rituel français, qui prendra le nom de son principal rédacteur, est accompagné d’un Rapport sur les nouveaux rituels pour les loges rédigé par Amiable lui-même. Ce codicille explique que le nouveau texte, en partie inspiré des rituels du Grand Orient de Belgique, se réfère grandement au positivisme. Sa philosophie générale est la “neutralité entre les diverses croyances” et le fait que  les données certaines fournies par l’état actuel de la science devaient être par nous mises à profit».

La Franc-maçonnerie offre une voie spirituelle qui est une voie spécifique en dehors de tout dogme et de toute doctrine, qui permet à chaque homme de poursuivre son chemin vers la Connaissance. La Franc-maçonnerie propose un idéal de liberté, de tolérance et de fraternité dans le respect des opinions de chacun, laissant à l’homme une liberté de travail qui lui permet de poser son propre rythme et de reculer constamment ses limites sur le chemin de l’élévation spirituelle et morale n’acceptant aucune entrave dans sa recherche.

La liberté de conscience est le fondement de la laïcité. S’il était besoin de le démontrer, écoutez notre TCF Christian Roblin dans le podcast de France Culture enregistré le 18 avril 2021, Liberté de conscience et laïcité

On ne confondra la liberté de conscience avec la libre pensée. «La libre pensée est un courant de pensée diffus qui refuse tout dogme et milite en faveur d’une pensée libre où aucune idée révélée, décrétée, ou présentée comme une certitude, ne fait autorité, en particulier dans les questions religieuses. La réflexion est guidée par la raison et les religions révélées sont vues comme des obstacles à l’émancipation de la pensée. Par extension, le terme est utilisé lorsqu’on s’affranchit de toute croyance religieuse.»

Un franc-maçon ne saurait être seulement libre, il doit, aussi, être de bonnes mœurs

En effet, ce sont les deux qualités nécessaires à tout profane qui souhaite entrer en Franc-maçonnerie.

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Au début du XVIIIe  siècle, l’instruction, le pouvoir, la représentativité étaient uniquement masculins et l’on doutait encore à cette époque qu’une femme puisse avoir une âme ; en fait, elle était considérée comme légalement mineure, donc non libre de l’autorité de leur père ou du mari. Alors comment imaginer une femme en Franc-maçonnerie? On comprend mieux pourquoi, dans les Constitutions fondatrices, la Franc-maçonnerie lui était interdite. La Franc-maçonnerie était le reflet de la société de l’époque. À remarquer qu’en ce temps, il n’y avait naturellement pas de Juifs en Maçonnerie, puisque ceux-ci, comme les femmes, étaient privés de droits civiques avant la Révolution Française. Aucun règlement maçonnique n’avait besoin de préciser ce qui allait alors de soi.

Dans le contexte du Royaume d’Angleterre, au début du XVIIIe siècle,  «être libre» était en fait très précis et lié :

  • aux Liberties des Cités face à la Couronne, notamment de la Cité de Londres, écrite dès 16 juin1215 dans la Magna Carta,
  • aux privilèges des guildes (Liveries aujourd’hui, et toujours en usage) d’affranchir des hommes pour en faire des freemen dans les Cités et Bourgs.
  • aux Charges attribués aux Freemen élevés au statut de Liverymen, chargés de réglementer les affaires de la Cité ou du Bourg (édicter de nouvelles lois et taxes locales, régler des actes de Justice).

Pour être un freeman, deux possibilités principales étaient offertes :

  • obtenir rédemption par achat et après 7 années d’apprentissage minimum obligatoire auprès d’un Freeman,
  • obtenir rédemption par achat (mais plus cher bien sûr).

Être Freeman permettait de monter une affaire et d’être autorisé à travailler dans la Cité ou le Bourg, plus une zone d’exclusivité et réglementée de quelques miles autour (de 1 à 8 miles selon la Guilde/Livery). Il s’agissait d’une règle de Corporations dont ils se portaient également garant de la qualité des produits et services (surveiller par les Maîtres et Surveillants des Liveries). Il y avait un aspect protectionniste des marchés économiques et des savoir-faire, puisqu’il était interdit dans les Liveries d’embaucher des apprentis qui n’étaient pas fils de freeman (pas d’étrangers, pas d’esclaves). Dans le plus ancien texte connu des Devoirs anglais, le Manuscrit Regius (ou Halliwell), daté de la fin du XIVe siècle, il y est clairement spécifié que «le maître doit bien veiller à ne pas prendre de serf comme apprenti, ni à en engager un par obstination, car le seigneur à qui le serf est lié peut venir le chercher où qu’il se trouve». Il y est encore dit que «l’apprenti doit être bien né, de naissance légitime». Ainsi, ces constitutions laissaient clairement entendre qu’il fallait être fils de freeman. James Anderson l’était d’ailleurs, puisque fils d’un Maître verrier d’une Loge de la Cité d’Aberdeen (il fut d’ailleurs Maître de Loge et a reconstitué le Livre des Marques des membres de la loge).

Les  tout premiers textes de la maçonnerie opérative il était écrit : «né libre et de bonnes humeurs» qui devient «libre et de bon renom» ensuite, et pour insister sur les valeurs morales, est devenu «libre et de bonnes mœurs». Les deux notions fréquemment accolées de mœurs et de coutumes perdurent de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Si la première regarde les manières d’être comme implicitement structurées par des systèmes de valeurs, la seconde désigne des habitudes, et donc des systèmes de pratiques.

À  la première fête solsticiale d’hiver qui suivit la fondation du Grand Orient, le 27 décembre 1773, un discours sur le caractère et le rôle de la Franc-maçonnerie fut prononcé par le F. Henrion de Pensey. On remarquera  ce qu’il dit des «bonnes mœurs» : «Les [bonnes] mœurs, aussi bien que les lois, sont les colonnes sur lesquelles repose la prospérité des empires. Avec des mœurs on se passerait de lois. Sans les mœurs, les plus sages règlements sont inefficaces.»

Aux exigences des bonnes mœurs citoyennes, la Franc-maçonnerie ajoute des exigences qui lui sont propres parmi lesquelles l’esprit du lien fraternel. À la morale coutumière, la Franc-maçonnerie associe une morale transcendantale, un idéal moral développé dans les catéchismes devenus mémentos et dans les rituels à travers questions et réponses. Ainsi viendront, suivant les grades, des propositions d’élévation morale.

C’est avec un regard malicieux que notre TCF Fouqueray nous demande si l’application de la devise par les frères et sœurs est bien réelle !

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Les trois fêtes de pèlerinage à Jérusalem, prescrites par la Torah sont pour la Liberté (Pessa’h), pour l’Égalité (Souccot) et pour la Fraternité (Chavouot).

SOURCE  :  https://450.fm/2023/07/14/liberte-egalite-fraternite-de-lideal-au-reel-en-franc-maconnerie/

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La Poésie en Franc-Maçonnerie 16 mars, 2023

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Poésie en Franc-Maçonnerie

cercle-silence

La rencontre d’un mot ou d’une idée est toujours essentielle dans un poème ou une planche. Ils sortent soudain de l’anonymat du langage « courant » pour embraser le vocabulaire et donnent à vivre au poète ou au Maçon l’expérience saisissante de « marcher à son pas » dans le temps subtil de l’inspiration, loin du temps linéaire des discours sans relief du quotidien.

On entre ainsi en Poésie comme en Maçonnerie par des mots d’esprit qui jaillissent en nous de sources profondes, gonflent le flot d’autres mots et idées jusqu’aux grands Deltas des Loges. Je vis personnellement comme des rencontres ces inspirations, jusqu’à me souvenir souvent des moments où elles surgissent dans mon imaginaire, tel « Etre Ici et Maintenant » traduisant l’état d’esprit de ceux et celles qui travaillent sur eux-mêmes pour sortir de la douce errance de la pensée et s’ancrer dans le présent, les sens et le mental grands ouverts à ce qu’ils perçoivent dans l’immédiat.

Avec ce poème, je découvrais la légèreté des vers octosyllabiques et les compositions par multiples de quatre vers, particulièrement adaptés aux poèmes-chansons et à l’écriture symbolique. Le nombre « quatre » symbolisant la stabilité matérielle, et le « huit » la totalité et la cohérence de la création en mouvement, les compositions artistiques qui portent leur marque gagnent en équilibre et en régularité, et peuvent illustrer pour des êtres en quête de sens un projet de vie intérieure, concentrant en quelques verbes :

être, rechercher, voir, savoir, une spiritualité en devenir et en action. « Se voir voyant sans être sage » s’inspire aussi des célèbres mots d’Anderson « Ni athée stupide, ni libertin irreligieux », extraits de la Constitution de 1723, charte de la Franc-Maçonnerie moderne, pratiquant la « double dénégation », ou l’art de conjuguer des formules contradictoires.

Or des travaux en sciences cognitives tendent à démontrer qu’ils formulent un modèle de pensée et de la cognition centré sur la fuite du déplaisir, renouvelant les racines émotionnelles premières de l’acte de connaissance, au fondement de l’initiation maçonnique.

La poésie en Maçonnerie embrasse un champ très large d’expressions, exaltant souvent la chaleur des échanges fraternels et de la vie en Loge, et donnant surtout à penser « en liberté », et comme le soleil et la lune à l’Orient des Loges, à rayonner et « réfléchir » les mots et les idées éclairant les consciences et les cœurs.

Chacun peut se projeter sur les quelques mots mis en forme dans un poème, s’y « réfléchir » sans effort et dans ce cadre où tout est mesure se remettre soi-même « en forme ». Dans une société où l’apparence et le paraître sont reine et roi, un poème partagé en fraternité touche autant l’être que le paraître, autant l’esprit que le corps, et les sourires qui fleurissent ici ou là dans l’assemblée disent en silence combien les cœurs s’en réjouissent.

Le poète Maçon est aux premières « loges » de la pratique du symbolisme et de l’analogie entre une idée abstraite et l’image chargée de l’exprimer, et s’inspire de la démarche des poètes symbolistes pour qui le monde ne saurait se limiter à une apparence concrète réductible à la connaissance rationnelle. Il est un mystère à déchiffrer dans les correspondances qui frappent d’inanité le cloisonnement des sens, car les sons, les couleurs, les visions participent d’une même intuition qui fait du poète une sorte de mage.

Le poète symboliste oscille ainsi entre des formes capables à la fois d’évoquer une réalité supérieure et d’inviter son lecteur à un véritable déchiffrement, mettant en œuvre par l’écriture la transcription du sens et la transmission, au fondement de l’initiation maçonnique.

L’écriture elle-même est initiatique, le poète semblant répondre « régulièrement » à la question d’un Frère : « Allez-vous plus loin ? » pour construire son poème, tout en apprenant de lui-même à savoir par lui-même « jusqu’où ne pas aller trop loin ».

La Maçonnerie traduit pareillement ces deux voies complémentaires d’accès à la connaissance et à la conscience par la structure en degrés des Rites, en particulier du Rite Ecossais Ancien et Accepté, où les trois premiers degrés sont dédiés aux Loges dites « symboliques », et les degrés ultérieurs à des Loges dites de Perfection, où montent en charge les Frères et les Sœurs prêts à élargir par eux-mêmes, dans un esprit de responsabilité, le cercle intérieur de leur accomplissement spirituel. Baudelaire, initiateur de l’école symboliste, a illustré magistralement ces deux cheminements par deux sonnets : « Correspondances » et « La Vie Antérieure ».

En méditant sur la Nature dans « Correspondances », écrit en 1857, Baudelaire ouvre une nouvelle voie de connaissance combinant la théorie et la pratique tout en utilisant habilement la structure du sonnet, poème composé de deux quatrains et de deux tercets, le temps de la méditation théorique des quatrains précédant le temps pratique de l’expérimentation des tercets.

Le premier quatrain est bâti sur la métaphore du temple et de la forêt, où alternent l’ombre et la lumière comme dans les temples maçonniques où la sensibilité aux mystères des Apprentis s’éveille peu à peu sous le regard bienveillant de Frères et Sœurs plus « éveillés ».

Dans le second quatrain, le poète établit des correspondances entre la vue, l’odorat et l’ouïe, comme pourrait le faire le Compagnon, pour non seulement écouter mais entendre les « confuses paroles » évoquées dans la première strophe, dont le mystère se laisse seulement approcher et non contempler.

Dans les deux tercets s’établissent des analogies de sens et des équivalences entre la mesure sensible et l’ordre psychologique ou moral, le Maître en fixant les limites tout en risquant la démesure.

Dans « La Vie Antérieure », écrit en 1857 et extrait aussi du recueil « Les Fleurs du Mal », un exotisme exacerbé amplifie le sentiment de perfection liée à l’agencement symétrique des éléments du décor.

Mais pour tendre vers l’ordre et l’harmonie, le poète et le Maçon doivent passer par l’état d’âme chaotique du « spleen », mot d’origine anglaise désignant un état mélancolique sans cause définie. Le secret préservé de la vie des Loges au travail se convertit dans les degrés dits de Perfection en un secret qui « fait languir ».

On entre dans le « vif du sujet », dans l’espace et le temps de l’Artiste et du Maçon à l’œuvre, et le poète dit « je », « j’ai longtemps habité », « j’ai vécu », s’impliquant entièrement dans l’aventure intérieure de sa propre re-connaissance.

La concorde parfaite des éléments de leur re-création n’est possible que s’ils respectent un bon équilibre entre la clarté et l’obscurité, les phases de lumière et d’ombre, de félicité et de doute qui, bien que foncièrement différentes, se complètent.

La parité « régulière » en noir et blanc fait place à des contrastes saisissants de couleurs et le travail prend une autre dimension dans l’accomplissement d’une œuvre.

Le plus ancien manuscrit maçonnique connu, le poème Régius daté de 1390, compte 794 vers octosyllabes et découle sans doute de la transmission orale d’une réglementation coutumière de Métier, assurant ainsi à la fois la transcription et la transmission des « Old Charges », les Anciens Devoirs. Ces « Old Charges », opératives et anglaises, servaient une fois par an lors de l’assemblée annuelle pour recevoir les nouveaux Apprentis et Compagnons.

Destiné aux bâtisseurs opératifs du Moyen-âge, le Régius présente une histoire, ou plutôt une légende de l’art de la construction émanant du Métier lui-même. Sans être réellement de la poésie au sens romantique du terme, le texte du Régius est assez cadencé pour être retenu en mémoire, et être ensuite récité facilement, la cadence, l’assonance et l’allitération, c’est à dire le rythme dans la répétition des sons de voyelles et de consonnes, facilitant cet apprentissage.

Comme les textes destinés à être retenus et transmis, il utilise des phrases sans verbe et de nombreuses répétitions, une construction dite « archaïque » renvoyant à un passé indéterminé et confirmant l’autorité et la sagesse des temps anciens par un « éloge des sept arts « libéraux ».

Les sept arts libéraux désignent les disciplines intellectuelles fondamentales dont la connaissance depuis l’Antiquité hellénistique et romaine était réputée indispensable à l’acquisition de la haute culture. Ils se divisent en deux degrés : le Trivium qui concerne le « pouvoir de la langue » et se divise en Grammaire, Dialectique et Rhétorique, et le Quadrivium qui se rapporte au « pouvoir des nombres » et se compose de l’Arithmétique, de la Musique, de la Géométrie et de l’Astronomie. Loin d’être obsolètes, les arts libéraux restent actuels et indispensables à la progression initiatique et ne peuvent être remplacés par aucune modernité ni virtualité numérique. Ils font partie du corpus que doit connaître le Compagnon, dont le cinquième art, la Géométrie, est aussi le premier dans le Métier.

La Géométrie crée le lien entre opératif et spéculatif, entre la matière et l’esprit. Première porte d’accès à la métaphysique pour un bâtisseur du moyen-âge, la Géométrie exhale et libère le cœur de la matière. 

La Rhétorique contribue à préparer cette libération qui s’accomplit dans les proportions harmonieuses du Temple. L’harmonie des formes fait écho aux harmonies musicales et à la sonorité du lieu sacré.

« Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens » (Paul Valery, 1871-1945) darde « à fleuret moucheté » toutes les attentions, tous ces reflets du cœur et de l’âme qui se couvrent de mots pour mieux refléter l’Autre. Dédiés d’abord à nos muses, ils ne s’offrent qu’une fois et ne vivent que « ce que vivent les roses, l’espace d’un matin » (François de Malherbe, XVIème siècle), lorsqu’ils se découvrent et « se » disent.

L’écriture perpétue leur mémoire avec plus ou moins de bonheur, dévoilant aux yeux de tous ce qui ne se destinait qu’à une seule, mais délivrant de la cage dorée du poème des mots volant déjà de leurs propres ailes dans l’esprit libre du poète et de ses semblables. Ainsi l’acrostiche du prénom d’une Maçonne, Françoise, peut-il refléter ses Sœurs tout en restant fidèle au secret qui les relie toutes.

Le poète peut aussi aspirer à dire l’indicible, l’inspiration première soufflant à son oreille l’idée et ses mots clés, ses « mots de passe » et ses « mots sacrés », car « Les œuvres de l’esprit, poèmes ou autres, ne se rapportent qu’à « ce qui fait naître ce qui les fit naître elles-mêmes », et absolument à rien d’autre.

Sans doute, des divergences peuvent se manifester entre les interprétations poéti­ques d’un poème, entre les impressions et les significations ou plutôt entre les résonances que provoquent, chez l’un ou chez l’autre, l’action de l’ouvrage. » (Paul Valery) Mais ces résonances qui se démultiplient dans le flot des idées masquent leur source empreinte de mystère et de silence. Aussi le poète croise-t-il « régulièrement » ceux qui n’ayant fait qu’une partie du chemin, restent enfermés dans le silence de l’autisme, jusqu’à s’engager auprès de ceux qui accompagnent les autistes, symboles vivants d’une société en souffrance.

L’écriture d’un poème est une expérience enivrante éveillant « continuellement en nous une soif et une source. En récompense de ce que nous lui cédons de notre liberté, elle nous donne l’amour de la captivité qu’elle nous impose et le sentiment d’une sorte délicieuse de connaissance immédiate, (de sorte) que la sensation de l’effort se fait elle-même enivrante, et que nous nous sentons possesseurs pour être magnifiquement possédés. Alors plus nous donnons, plus voulons-nous donner, tout en croyant de recevoir.

L’illusion d’agir, d’exprimer, de découvrir, de comprendre, de résou­dre, de vaincre, nous anime. » (Paul Valery) Le cœur du poète est le captif consentant des règles de ses mots d’esprit, et comme le Maçon au Travail, semble d’autant plus inspiré qu’il accepte et intègre les règles du poème, rimes et autres, conférant une « tenue » à son œuvre.

Dans le poème, la musique du vers qui dépend de l’harmonie entre les sonorités et le sens, est soulignée par la rime, l’identité entre deux ou plusieurs mots, situés en principe en fin de vers, de leur voyelle finale accentuée.

La rime a un rôle de structuration aussi bien du vers que du poème entier. Elle souligne la structure sémantique du poème par des répétitions fondées sur des signifiants, les mots, rapprochant des signifiés, les idées, qui autrement seraient restés étrangers l’un à l’autre. Ce rôle de la rime rappelle celui des règles fondatrices de la Franc-Maçonnerie défini par Anderson dans la Constitution de 1722 : « … Ces règles traditionnelles sont notre ciment et notre lien…

Elles permettent à la Franc-Maçonnerie de constituer ce vrai centre d’union où se rencontrent fraternellement des hommes qui, sans elles, seraient demeurés perpétuellement étrangers les uns aux autres. » Les idées des poètes circulent et se fixent dans les mots et les silences des poèmes comme la parole circule en Loge entre les colonnes, ordonnancée par le rituel et le respect du règlement des travaux.

Mais la rime ne saurait se contenter de sonorités banales passant inaperçues, sans trahir sa mission qui est de se faire entendre, de ponctuer le vers soit en frappant, soit en charmant l’oreille. Lors de la composition de son poème, la rime a l’immense mérite de contraindre le poète à penser par séries associatives sonores. Chercher une rime, c’est faire passer dans son esprit tout un cortège de sonorités sœurs, de sorte qu’il s’établit dans la pensée des familles de mots unies par une magie musicale. Très tôt s’est posée la question des rimes dites féminines et masculines, l’« e » atone final, fréquent dans les mots féminins, ne constituant pas un appel phonique suffisant, et l’alternance des rimes masculine et féminine s’est imposé dans les poésies lyriques provençales et françaises.

Mais il s’agit d’un mélange dont le dosage est laissé au goût du poète. Et pour grossir ce trait d’esprit jusqu’à la caricature, je prends un malin plaisir à glisser des acrostiches de prénoms féminins alternant les rimes masculines et féminines, tel « Françoise », dans des planches destinées à des auditoires mixtes.

Cet acrostiche comme tout poème active aussi de manière plaisante les ressorts de la langue, les phonèmes imprimant leurs sons et couleurs et se reliant dans les mots aux autres syllabes pour composer des bouquets harmonieux de vers. Car le poète joue d’abord avec les sons pour accompagner et soutenir le sens de son propos. Quand on parle de sens en poésie, il s’agit plutôt de sentiments, d’impressions, d’expérience à partager. Les sons aident souvent à créer ce climat particulier à chaque poète, à évoquer l’implicite ou l’indicible, cette « sorcellerie évocatoire » appelée de tous ses vœux par Baudelaire, « cette musique avant toute chose » réclamée par Verlaine.

L’harmonie résulte donc du choix et de la combinaison des syllabes pour obtenir les sonorités désirées.

Aussi le choix des mots est-il le premier souci du poète. Selon les traditions poétiques françaises, certains sons correspondent à des effets précis.

L’impression laissée par une syllabe dépend de sa longueur et de sa sonorité. Les syllabes brèves conviennent pour exprimer l’extériorité et la rapidité, les syllabes longues évoquant plutôt l’intériorité et la profondeur. Dans l’acrostiche « Françoise », seuls deux sons, « anche » et « eur », se reproduisent alternativement du premier au dernier vers. « anche » composé de la voyelle nasale « an », à l’effet voilé, atténué et lent, de la consonne « ch », dite « sourde » et « continue », au son prolongé, atténuant encore l’effet de la voyelle précédente, et d’un « e » muet final apportant une longueur et une touche supplémentaire de douceur, se renouvelle dans l’autre rime en « eur », composée de la voyelle nasale « eu » et de la consonne coulante et « ronronnante » « r ».

La rime doit tout à la fois satisfaire l’œil, l’oreille et l’esprit. Scandant la fin des vers, elle crée une accoutumance et une attente chez le lecteur/auditeur, jouant le rôle d’une balise dans les énoncés de mots successifs. Elle constitue donc un endroit privilégié pour le sens car le mot placé à la fin du vers est le mieux mémorisé. Et le sens des rimes ne dépend pas seulement de la forme, mais du sens des mots. Dans le cas présent, « blanche, s’épanche, branches, avalanches, hanches », élargit par le mouvement et l’élan du cœur le champ lexical affectif des mots « intérieur, valeurs, chaleur, Sœurs ».

Avant même l’écriture de la première lettre du poème, l’inspiration du poète passe par le prisme des règles poétiques qu’il s’assigne, les matrices convenant le mieux à l’expression de ses idées et de ses sentiments, et plus globalement à sa personnalité et à ses modèles d’écriture en cours. S’il a potentiellement le choix entre un grand nombre de modèles pour organiser horizontalement ses vers par une structure interne : mètre, césure, coupes, récurrences phoniques, et dérouler son poème selon un rythme vertical par une structure externe : rimes, strophes …, ou s’affranchir des règles précédentes dans le vers libre, le poète sait qu’il n’échappe pas à ses propres règles, et qu’il choisit celles auxquelles il s’attache, auxquelles il s’est déjà lié.

C’est dans le même état d’esprit que les Maçons s’attachent au rite et aux règles de leur Loge et Obédience pour tendre vers l’expression régulée de leurs idées, chacun trouvant son identité dans le modèle commun en apprenant à la fois à écouter et parler aux Frères et Sœurs de la Loge, tendre à « se dire » et « s’écouter » soi-même pour à la fois « s’entendre » avec les autres et « s’entendre » soi-même intérieurement.

C’est dès l’instant de sa conception que le poème « se dit » et « s’écoute », l’auteur et l’auditeur se découvrant autour du poème pour « s’entendre », et réaliser en quelques mots l’expérience de plus en plus intime de l’écoute de l’autre. Roland Barthes distingue ainsi trois niveaux d’audition : une « première écoute alerte » tendue vers la « capture d’un indice » qui, chez l’homme et l’animal, a une fonction « défensive et prédatrice », une « seconde écoute », exclusivement humaine, qui est un « déchiffrement » voué à la lecture des « signes », tendu non plus vers « la proie », mais comme en Franc-Maçonnerie vers « le secret », le « dessous du sens », et « le sacré », l’« écoute religieuse » à vocation de liaison entre le sujet écouteur et le « monde caché des dieux », et une « troisième écoute », redevable à l’écoute psychanalytique s’exerçant « d’inconscient à inconscient », tendant vers « les origines », à qui on demande non d’être « appliquée » mais de « laisser surgir », dans la lignée de « l’écoute panique » des Grecs. Accéder à une « meilleure » écoute, pour le lecteur de poésie, c’est alors intérioriser chacune des strates de l’audition jusqu’à parvenir au point ultime où « l’écoute parle ».

Enfin, pour Roland Barthes, être « meilleur auditeur » de poésie, c’est surtout substituer à une écoute passive et ensorcelée, fondée sur l’identification, une participation active à l’expérience unique de la genèse de l’œuvre.

Ces trois « niveaux » d’écoute rappellent les degrés d’Apprenti, Compagnon et Maître, ternaire structurant l’initiation maçonnique et la quête de sens qui la sous-tend. Comme tous les symboles, ces degrés qui se succèdent dans une suite progressive et linéaire peuvent aussi constituer un triangle, chacun de ses points étant relié aux deux autres. Et si chaque point est essentiel pour équilibrer le triangle commun, lui-même est un symbole rattaché au symbolisme du nombre« 3 ». Les points se relient ainsi par groupes de deux, trois, quatre, cinq, six, sept points et plus, traçant autant de figures symboliques que de grilles de lectures, vecteurs de sens. Si l’inspiration du poète et du Maçon ne diffèrent en rien à la source, ces grilles peuvent « orienter » la pensée par des séries régulées d’analogies et d’associations d’idées.

Par sa symbolique du mouvement, l’étoile à cinq branches reliant la matérialité du carré à la spiritualité du triangle, illustre la circulation des idées au sein de la Loge au travail entre les cinq Officiers qui l’éclairent, sans respecter leur ordre hiérarchique (Vénérable Maître, Premier puis Second Surveillant, Orateur, Secrétaire), mais en suivant le tracé de l’Etoile Flamboyante qui les relie (Vénérable Maître, Second Surveillant, Secrétaire, Orateur, Premier Surveillant, et à nouveau Vénérable Maître, …).

L’ordonnancement de la Loge incite les Maçons à cheminer en pensée en prenant des « chemins de traverse », à transformer intérieurement leur réflexion tout en respectant dans la Loge la fonction symbolique des Officiers qui l’encadrent. Ils peuvent « à loisir » pratiquer l’hermétisme, c’est-à-dire dé-couvrir un uni-vers sous-jacent aux apparences, et s’inspirer de la poésie symboliste de Stéphane Mallarmé et Paul Valéry, qui ne se veut pas descriptive, mais plutôt suggestive et musicale pour atteindre, au-delà des apparences, le mystère des choses.

Les poètes Maçons convertissent pareillement leurs symboles, et notamment l’étoile flamboyante, en clés d’accès à ces mystères.

La tension établie « dans les règles » entre les pointes de cette étoile à cinq branches, comme entre les strophes, les vers et les mots d’un poème, ouvre au centre de l’étoile un espace dégagé au sein duquel rien n’obstrue le cheminement des Maçons en quête de centre, inversant par la même les phases de tracé du cercle dans cette géométrie de l’esprit, la périphérie précédant le centre.

En outre, les branches de l’étoile se croisent en constituant deux segments dont le rapport des longueurs donne le nombre d’or « 1,618 », nombre de l’harmonie vénéré par Pythagore. Ce nombre omniprésent dans la Nature, l’Art et l’architecture sacrée, devient aussi le nombre de l’homme quand il ouvre les bras et s’inscrit lui-même comme ses créations dans cette étoile flamboyante. Léonard de Vinci le représente bras et jambes écartés, générant en lui-même et par lui-même cette harmonie éclairant le cheminement intérieur des êtres en quête de Sagesse, de Force et de Beauté.

Les « Vers dorés de Pythagore », texte grec de soixante et onze vers attribués par les anciens à Pythagore, publiés en 1813, traduits et commentés par Antoine Fabre d’Olivet, philologue et occultiste français, rappellent les principes guidant les Maçons dès leurs premiers pas d’initiés.

« Les anciens avaient l’habitude de comparer à l’or tout ce qu’ils trouvaient sans défaut et beau par excellence : ainsi, par l’« Age d’or » ils entendaient l’âge des vertus et du bonheur ; et par les « Vers dorés », les vers où la doctrine la plus pure étaient renfermée.

Après la mort de Pythagore, et la terrible persécution qui coûta la vie à un si grand nombre de Pythagoriciens, écrasés sous les débris de leur école incendiée, ou contraints de mourir de faim dans le temple des Muses, Lysis, le disciple transcripteur de ces vers, voulant répandre la secte de Pythagore dont on s’attachait à calomnier les principes, crut nécessaire de dresser une sorte de formulaire qui contînt les bases de la morale et les principales règles de conduite données par cet homme célèbre. » 

« Ce vers renfermait adroitement un double sens. Par le premier, il recommandait la tolérance et la réserve aux Pythagoriciens, et à l’exemple des prêtres d’Egypte, établissait deux doctrines, l’une ostensible et vulgaire, conforme à la loi (du pays où ils vivaient) ; l’autre mystérieuse et secrète, analogue à la foi. Il rassurait ainsi les peuples ombrageux de la Grèce, qui, d’après les calomnies qui courraient, auraient pu craindre que les Pythagoriciens n’eussent voulu porter atteinte à la sainteté de leurs Dieux.

Les Pythagoriciens voyaient ainsi (sans en parler) dans les Dieux des nations les attributs de l’Etre ineffable qu’il ne leur était pas permis de nommer, leur rendant le culte consacré par la loi, et les ramenaient tous en secret à l’Unité qui était l’objet de leur foi. »

« Pythagore considérait l’Univers comme un Tout animé dont les Intelligences divines, rangées chacune selon ses perfections dans sa sphère propre, étaient les membres. Ce fut lui qui désigna le premier ce Tout par le mot grec « Kosmos », pour exprimer la beauté, l’ordre et la régularité qui y règnent. C’est de l’Unité considérée comme principe du monde que dérive le nom d’Univers que nous lui donnons.

Pythagore posait l’Unité comme principe de toutes choses, et disait que de cette Unité était sortie une « Duité » infinie. L’essence de cette Unité et la manière dont cette Duité qui en émanait y était enfin ramenée, étaient les mystères les plus profonds de sa doctrine, les objets sacrés de la foi de ses disciples, les points fondamentaux qu’il leur était défendu de révéler. Jamais on n’en confiait l’explication à l’écriture : on se contentait de les enseigner oralement à ceux qui paraissaient dignes de les apprendre. Lorsqu’on était forcé par l’enchaînement des idées d’en faire mention dans les livres, on se servait de symboles et de chiffres, on employait la langue des Nombres ; et ces livres, tout obscurs qu’ils étaient, on les cachait encore avec le plus grand soin ; on évitait par toutes sortes de moyens qu’ils ne tombassent dans les mains de profanes. »

« Le premier précepte que Pythagore donnait à ses disciples entrant dans la route de la perfection, tendait à les replier en eux-mêmes, à les porter à s’interroger sur leurs actions, sur leurs pensées, sur leurs discours, à s’en demander les motifs, enfin à réfléchir sur leurs mouvements extérieurs et intérieurs, et à chercher ainsi à se connaître. La connaissance de soi-même était la première de toutes les connaissances, celle qui devait les conduire à toutes les autres. La morale de Socrate et la philosophie de Platon n’en étaient que le développement, et une inscription dans le premier temple de la Grèce, dans celui de Delphes, la recommandait après celle du juste milieu, comme l’enseignement même du Dieu qu’on y venait adorer : « Rien de trop » et « Connais-toi toi-même » renfermaient en quelques mots la doctrine des sages, et présentaient à leur méditation les principes sur lesquels reposent la vertu, et la sagesse qui en est la suite. »

« L’homme est un composé d’esprit, d’âme et de corps, (dont les modifications) se manifestent par la sensation, le sentiment et l’assentiment, développant les facultés principales de l’instinct, de l’entendement et de l’intelligence. L’instinct est le siège du sens commun ; l’entendement, celui de la raison ; et l’intelligence, celui de la sagacité, ou de la sagesse. L’homme ne peut jamais acquérir aucune science, aucune connaissance véritables, si, à la faveur de l’intelligence qui élit le principe et le pose avec sagacité, l’assentiment ne se détermine ; car on ne sait, on ne connaît jamais véritablement que ce que l’intelligence a consenti. »

« Les préceptes de Pythagore étaient symboliques, c’est-à-dire renfermaient, au figuré, un sens très différent de celui qu’ils paraissaient offrir au sens propre. C’était l’usage des prêtres égyptiens, chez lesquels il les avait puisés, de cacher leur doctrine sous l’écorce des paraboles et des allégories. Le Monde était à leurs yeux une grande énigme, dont les mystères, revêtus d’un style également énigmatique, ne devaient jamais être ouvertement divulgués.

Ces prêtres avaient trois sortes de caractères, et trois manières d’exprimer et de peindre leurs pensées.

La première manière d’écrire et de parler, était claire et simple ; la seconde, figurée ; et la troisième, symbolique.

Ils se servaient, dans la première, de caractères usités par tout le monde, et prenaient les mots dans leur sens propre ; dans la seconde, ils employaient des caractères hiéroglyphiques, et prenaient les mots dans un sens détourné et métaphorique ; enfin ils faisaient usage, dans la dernière, de phrases à double sens, de fables historiques, astronomiques, ou de simples allégories.

Le chef d’œuvre de l’art sacerdotal était de réunir ces trois manières, et de renfermer, sous l’apparence d’un style simple et clair, le sens vulgaire, le figuré et le symbolique. »

Les idées des préceptes comprises rationnellement par les initiés, constituant autant de points de connaissances, doivent encore être reliées entre elles et constituer des réseaux où elles peuvent entrer en rapports harmonieux les unes avec les autres, leurs champs d’influence rappelant les deux segments des branches de l’étoile à cinq branches, dont le rapport des longueurs donne le « nombre d’or » irrationnel, 1,618. Les nombres irrationnels, dont le symbolisme complète celui des nombres entiers dans l’initiation maçonnique, possèdent un nombre infini de chiffres décimaux, et dans cette suite infinie, aucune périodicité ne peut être trouvée permettant d’imaginer les chiffres qui viendront à partir de l’analyse des chiffres qui sont déjà venus.

Mais les nombres irrationnels étant « incommensurables », leur découverte implique celle d’une dimension supra humaine ouvrant l’esprit au sacré, ce que soulignent encore les proportions dites « d’extrême et de moyenne raison » des branches de l’étoile, c’est-à-dire l’identité de proportion entre, d’une part, ses deux parties, et, d’autre part, sa grande partie et le tout. Autrement dit dès que l’harmonie règne entre les parties du microcosme de l’homme, elle couronne pareillement ses relations avec le macrocosme.

Remontons plus avant, aux premiers âges de la Grèce, quand « la Poésie, consacrée au service des autels, ne sortait de l’enceinte des temples que pour l’instruction des peuples : elle était comme une langue sacrée dans laquelle les prêtres, chargés de présider aux mystères de la religion, traduisaient les volontés des Dieux. Les oracles, les dogmes, les préceptes moraux, les lois religieuses et civiles, les enseignements de toutes sortes sur les travaux du corps, sur les opérations de l’esprit, tout enfin ce qu’on regardait comme une émanation, un ordre ou un bienfait de la Divinité, tout était écrit en vers. On donnait à cette langue sacrée le nom de « Poésie », c’est-à-dire « Langue des Dieux » ; nom symbolique qui lui convenait parfaitement, puisqu’il exprimait à la fois son origine et son usage. On disait qu’elle était venue de « Thrace », et on appelait « Olen » celui qui, l’ayant inventée, en avait fait entendre les premiers accents.

Or ce sont encore deux noms symboliques, parfaitement adaptés à l’idée qu’on avait de cette science divine : elle était descendue de Thrace, c’est-à-dire de l’Espace éthéré ; c’est Olen qui l’avait inventée, c’est-à-dire l’Etre universel…

« Un homme né au sein de la Thrace, mais porté dès son enfance en Egypte par le désir de s’instruire, repassa dans sa patrie avec l’une des colonies égyptiennes, pour y propager de nouvelles lumières. Il était initié dans tous les mystères de la religion et de la science : il surpassait tous ceux qui l’avaient précédé, par la beauté de ses vers, la sublimité de ses chants, la profondeur de ses connaissances dans l’art de guérir les maladies et d’apaiser les Dieux.

C’était Orphée : il prit ce nom de celui de sa doctrine qui tendait à guérir, à sauver par les lumières. La tradition mythologique a consacré dans une brillante allégorie, les efforts qu’il fit pour rendre aux hommes la vérité qu’ils avaient perdue. Son amour pour Eurydice, tant chanté par les poètes, n’est que le symbole de l’amour dont il brûlait pour la science divine. Le nom de cette épouse mystérieuse, qu’il voulut en vain rendre à la lumière, ne signifie que la doctrine de la vraie science, l’enseignement de ce qui est beau et véritable, dont il essaya d’enrichir la terre. Mais l’homme ne peut point envisager la vérité, avant d’être parvenu à la lumière intellectuelle, sans la perdre ; s’il ose la contempler dans les ténèbres de sa raison, elle s’évanouit.

Voilà ce que signifie la fable que chacun connaît, d’Eurydice retrouvée et perdue…

« Orphée qui sentit, par sa propre expérience peut-être, le grand inconvénient qu’il y avait de présenter la vérité aux hommes avant qu’ils fussent en état de la recevoir, institua les mystères divins ; école admirable où l’initié, conduit de degré en degré, lentement étudié et éprouvé, recevait la dose de lumière proportionnelle à la force de son intelligence, et doucement éclairé sans risquer d’être ébloui, parvenait à la vertu, à la sagesse, à la vérité…

Les degrés principaux de l’initiation étaient au nombre de trois, comme sont encore aujourd’hui les grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître dans la Franc-Maçonnerie. On ajoutait quelquefois trois degrés secondaires aux trois principaux, et on les terminait par une révélation extraordinaire, qui, en élevant l’initié au rang d’« Epopte », ou de voyant par excellence, lui donnait la véritable signification des degrés qu’il avait déjà parcourus, lui montrait la nature sans voile, et l’admettait à la contemplation des lumières divines.

C’était pour l’Epopte seul que tombait le dernier voile, et qu’on écartait le vêtement sacré qui couvrait la statue de la Déesse. Cette manifestation, appelée « Epiphanie », faisait succéder l’éclat le plus brillant aux ténèbres qui, jusqu’alors, avaient entouré l’Initié. Le grade d’Elu a remplacé, parmi les Francs-Maçons, celui d’Epopte. »

Les chants d’Orphée comme les vers de Pythagore, au fondement de l’initiation aux Mystères, vibrent encore à chaque étape de l’initiation maçonnique, tendent à rendre synchrones les règles morales et la conscience mentale de leurs adeptes, et constituent en eux-mêmes un couple équilibré de forces destiné à relier harmonieusement sur l’axe vertical de la Perpendiculaire de l’Apprenti, les « niveaux » de la connaissance temporelle et de la conscience spirituelle.

L’inspiration de l’idée ou du mot juste espéré par le poète s’appuie sur l’équilibre ou le déséquilibre de ces forces, et « il semble qu’il y ait dans cet ordre des choses mentales, quelques relations très mystérieuses entre le désir et l’événement. Je ne veux pas dire que le désir de l’esprit crée une sorte de champ, bien plus complexe qu’un champ magné­tique, et qui eût le pouvoir d’appeler ce qui nous convient (le mot ou l’idée). Mais, quelles que soient la netteté, l’évidence, la force, la beauté de l’événement spirituel (les mots-idées des points de l’étoile) qui termine notre attente, qui achève notre pensée ou lève notre doute, rien n’est encore irrévocable.

Ici, l’instant suivant a pouvoir absolu sur le produit de l’instant précédent.

C’est que l’esprit réduit à sa seule substance ne dispose pas du fini, et qu’il ne peut absolument pas se lier lui-même. » (Paul Valery) Cet instant de l’inspiration qui semble « régulièrement » suspendu et résorbé lors de la clôture des travaux, semble se réactiver dans les mailles de l’étoile de la Loge au travail, où les Frères et les Sœurs participant à sa dynamique depuis les colonnes, tendent à se transformer eux aussi en poètes inspirés. Car le poète, la poétesse, géomètre de l’âme, demeure pour exercer son Art entre l’écriture et la géométrie, cette zone médiane où le Verbe s’agrège aux mots d’esprit pour ensemencer l’écriture de structures géométriques foisonnant d’idées et de traits d’esprit, exaltant autant les tracés, les plans de l’architecte que le Travail du Compagnon qui les met en œuvre.

« La Muse, dit Platon dans ses Dialogues, inspire immédiatement les poètes, et ceux-ci communiquant à d’autres leur enthousiasme, il s’en forme une chaîne d’hommes inspirés. C’est par le moyen de cette chaîne que la Divinité attire l’âme des hommes, et l’émeut à son gré, en faisant passer sa vertu de chaînon en chaînon, depuis le premier Poète inspiré jusqu’au dernier de ses lecteurs ou de ses rapsodes. »

Car une chaîne humaine vaut plus, ou mieux, que l’addition de ses maillons. Les Maçons peuvent ressentir le delta de cette différence dans la chaîne qui les relie tous, physiquement, mentalement et spirituellement, lors de la clôture des travaux de Loge, et sur les ailes de ce delta, se laisser porter vers un autre Delta à l’Orient, laissant « en plan » l’horizon immanent des contingences, et dans la chaleur fraternelle, aspirer à la dimension transcendante de l’Etre.

Cet esprit inspire les poètes Maçons européens de langue germanique depuis la naissance de la Franc-Maçonnerie moderne, tels Goethe et Schiller, au XVIIIème siècle. « Le franc-maçon est cet homme qui a le courage de croire en la lumière au plus profond de la nuit  » dit Goethe (1749-1832). Son poème « Loge de Maçon » illustre les convulsions de l’âme du Maçon en devenir, et la vie qu’il se forge par ses choix. Le Maçon embrasse sa destinée quand il ose tendre vers sa « fin », et renaître à lui-même par les mots « Meurs et Deviens » de son poème « Nostalgie bienheureuse » Ses derniers mots furent « Plus de lumière ! ».

Schiller (1759-1805), le « poète de la liberté », ami de Goethe, incarne l’idéal humaniste de l’homme. Beethoven, leur contemporain, a composé sa neuvième symphonie inspiré par le poème de Schiller « Ode à la joie ». « Elevez-vous, dit-il, d’une aile hardie, au-dessus du cours de votre temps. Que déjà, dans votre miroir, commence à poindre le siècle futur. » Dans sa « Lettre sur l’éducation esthétique de l’homme », en son siècle plus préoccupé par les besoins pratiques et l’utilité que par l’art, Schiller choisit la beauté car il estime que c’est par l’esthétique que le problème politique sera résolu. C’est par la beauté que l’homme sera conduit à la liberté. Dans ce monde gouverné par les idées, l’homme ne serait plus un « loup pour l’homme », mais le maillon heureux d’une chaîne universelle, capable de contribuer à l’élévation et à l’ennoblissement de l’espèce humaine. Il clame « Honorez les femmes ! »

Dans les pays de langue anglaise les poètes Maçons sont prolifiques, leurs poèmes exaltant particulièrement la fraternité, l’entraide et l’émulation des chaînes d’union dans des pays où les Temples sont souvent imposants, à l’instar de leurs nombreuses actions caritatives.

Leurs nombreux poètes sont aujourd’hui référencés sur des sites internet de poésie maçonnique, tel « Masonic Poets Society » où figurent sous forme bilingue quelques uns de mes poèmes. « Si » écrit par Rudyard Kipling en 1910, est un des poèmes maçonniques les plus connus dans le monde. Sa traduction habituelle en français, où le fond sacrifie l’essentiel à une forme convenue, s’écartant sensiblement de la version anglaise, le revoici fidèle au texte d’origine, modèle d’une transmission d’homme à homme. 

Les poètes Maçons pensent-ils en musique ? On serait tenté de le croire, tant depuis la lyre d’Orphée l’inspiration musicale accompagne l’écriture pour illustrer le cheminement initiatique. Comme le musicien, le poète compose et reçoit son inspiration en un lieu subtil en lui, à l’articulation entre le son et le sens, en ces moments où les sons des mots mettent en musique le silence de la pensée. L’inspiration silencieuse de l’idée s’exprime dans chacun des phonèmes du mot, jusqu’à s’agréger par ensembles limités de mots et de phrases.

A peine émise, l’idée limite son expression, cherche et trouve son « terme », son dernier son en fin de mot, son dernier mot en fin de phrase et dans le poème en fin de vers. Le poème est cette suite de limites régulièrement dépassées et renouvelées, cette succession d’aspirations aux idées et d’expirations de mots résonnant les uns par les autres, cette respiration inspirée de la parole composant des mélodies de sens.

Mais alors ce lieu subtil où se croisent et se fécondent le mot et le sens, rappelant l’Equerre et le Compas croisés sur l’Autel des Serments et régulés par la Règle ou le Livre de la Loi sacrée, n’est-il pas un passage, un pont jeté par le poète au faîte de son inspiration entre la matière et l’esprit ?

Il évoque ce « pontife » résidant sur une montagne sacrée, chargé dans la Grèce antique de l’entretien d’un pont reliant le monde des hommes au monde des dieux. Du haut de cette montagne se répandaient les oracles divins, les lois et les enseignements que les pontifes composaient en vers.

Et dès l’origine une sorte de schisme se produisit entre deux cultes, celui des Thraces consacré à Dionysos l’esprit divin et Déméter la terre-mère, et celui des Grecs proprement dits, consacré au soleil et à la lune, rendu sur le mont Parnasse et à Delphes à Apollon et à Diane. Les Rites maçonniques, et en particulier le Rite Ecossais Ancien et Accepté, garde et même entretient la marque de cette séparation par une différence de sens entre les degrés symboliques et les degrés dits de Perfection.

En Franc-Maçonnerie, dans les Loges et l’esprit des Maçons, les Thraces et les Grecs, Dionysos et Apollon, Déméter et Diane, ont vocation à se rencontrer. « C’est en liant Dionysos et Apollon que la religion grecque a atteint sa hauteur la plus sublime. Cela ne saurait être un simple hasard qu’ils soient venus l’un à l’autre. Ils se sont attirés et cherchés, parce que leurs règnes, malgré le contraste le plus brutal, sont malgré tout, sur le fond, rattachés par un lien éternel.

La lumière et l’esprit d’en haut doivent toujours avoir connu au-dessous de soi le nocturne et la profondeur maternelle, sur lesquels tout être est fondé. A la religion olympienne, qui ne devait pas être une religion de la soumission et du cœur indigent, mais celle de l’esprit clairvoyant, il fut réservé, là où d’autres séparent et maudissent, de reconnaître et d’honorer l’union des contraires, celle que montre l’arc et la lyre. » ( Walter F. Otto, L’esprit de la religion grecque ancienne : Theophania) Dans la Loge Victor Hugo deux fois née comme Dionysos, d’abord au Grand Orient de France, puis il y a onze ans à la Grande Loge de France, l’arc et la flèche du sens tendu entre les mots d’un poète a fécondé la lyre d’un musicien, Gérard Berliner, engendrant « Le Flambeau ».

L’amour fraternel qui sublime ce lien établi dans les Loges maçonniques entre le son et le sens, la lyre et la flèche, rappelle Cupidon, le dieu romain de l’Amour, portant avec son arc une torche allumée. Le feu de l’amour réchauffe le lien entre le son et le sens, et en retour ce lien éclaire l’amour, chaleur et lumière touchant au cœur les Sœurs et les Frères du foyer qu’est la Loge. Il se concentre symboliquement dans la flamme de l’étoile allumée sur le plateau du Vénérable, et se transmet aux deux colonnes lors de l’ouverture de ses travaux. « Que la lumière nous éclaire ! » dit le Vénérable. « Et que l’amour nous allume ! » rajouterait volontiers le poète.

Suspendu à l’inspiration, le poète Maçon se balance entre l’espérance collective de ses Frères et Sœurs et ses propres aspirations. Entre « Espérons ! » et « J’aspire ! » s’écrivent les vers de ses poèmes, s’entendent les sons et les sens, les mots et les idées, et les mélopées silencieuses de leurs chants secrets. Il ouvre la grande ronde des poètes à ceux et celles qui goûtent leur langue, savourent son esprit, ses accents, et quand d’autres disent « Je vous écoute », disent en souriant « Je t’entends », couvrent leurs Muses de présents, de paroles aimantant le temps, et pour étirer le présent, s’invitent au Banquet de Platon et partagent des agapes fraternelles.

Patrick Carré

Hyères, 12 octobre 2013

SOURCE  : http://www.patrick-carre-poesie.net/spip.php?rubrique2

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ETRE FRANC MACON OU NE PLUS L’ETRE…. 15 décembre, 2022

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

ETRE FRANC MACON OU NE PLUS L’ETRE….

 

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J’ai longtemps hésité à écrire cet article fleuve !
Je m’y résous dans le mesure où toute expérience est bonne à partager, pour autant qu’elle soit le reflet d’un vécu, exposé de manière sincère, réfléchie et non malveillante vis à vis de personnes qui pensent différemment.

Oui, j’ai été Franc Maçon.

De la manière la plus simple qu’il soit, je vous raconte comment c’est arrivé.

Un jour, une connaissance avec lequel j’avais lié d’amitié m’interpelle, se révélant comme étant lui-même Franc Maçon.
Appelons le « Jean » : il me dit en résumé : « J’apprécie beaucoup ton regard sur le monde qui t’entoure : je pense que tu es un Franc Maçon qui s’ignore »

J’écoutai ce qu’il avait à me dire…ou me proposer.

De mon côté, il est vrai, j’avais (et ai toujours) une soif de dialogue ouvert sur toutes les questions qui concernent notre existence et nos relations aux autres.
J’écoutai ce qu’il avait à me dire, sans aucun à priori, ni pour, ni contre.

Je me contentai ensuite de lui témoigner mon intérêt, sous réserve que

J’écoutai Jean pendant un très long moment, qui se termina par sa proposition d’être mon « parrain » si je décidais de franchir le pas de ma candidature à envoyer, par son intermédiaire, au « Président » de sa Loge, faisant elle-même partie du GODF
(Grand orient de France)

Je pris longuement le temps de la réflexion, avant de lui répondre de manière positive.
Je revis Jean pour lui remettre ma lettre de candidature.
Il précisa que je serais contacté par différents « enquêteurs » pour trois rendez vous distincts en mon domicile…( pourquoi pas ?)

Quelque deux mois plus tard, je reçu la visite de 3 personnes, qui ne déclinèrent pas leur identité (par discrétion, disaient t’ils…) et qui m’interrogèrent, de manière fort courtoise sur :

Au bout de quelques mois encore, Jean m’informa que j’étais attendu tel jour, telle heure, à tel endroit…

Que de mystères !
Arrivé sur place, en bordure de ville, bâtisse aussi sombre que son quartier, je fus introduit dans une grande salle où l’on me pria d’attendre…

J’eus tout le temps de découvrir les lieux : grandes tables, chaises, bar/cuisine, tableaux, écriteaux divers…

Des bruits me parvenaient, laissant supposer qu’une réunion se passait aux étages supérieurs, auxquels on accédait par un grand escalier en marbre.

Après un certain temps, une personne, fort courtoise, m’invita à le suivre.
En haut des escaliers, il me mis un bandeau sur les yeux, et me pria à nouveau d’attendre : les brouhahas entendu précédemment avaient plus ou moins cessé.

N’y voyant rien, je fus introduit et guidé dans une salle, au centre de laquelle m’attendait un siège sans accoudoirs.

Différentes questions me furent posées, par différents intervenants, questions auxquelles je répondis franchement, et sans complaisance.

A la fin de cette curieuse audition, je fus congédié, et la même personne qui m’avait accueilli me ramena au rez de chaussée, dans cette salle qui, je l’apprendrai bien plus tard, s’appelle : « La Salle Humide ».

Durant mon trajet de retour, je me sentais perplexe, pris en tenaille entre ma curiosité d’en savoir plus, et tout ce mystérieux cérémonial qui n’était pas, je l’avoue, ma tasse de thé…

Quelques semaines plus tard, Jean me re-contacta, m’annonçant que ma candidature avait été retenue et que je serais « initié » à telle date.

Le terme « initiation » me rebutait à ce point que j’ai failli tout arrêter.

Initié à quoi ? pour apprendre quoi en dehors du monde dit « profane » ?

Mais bon, comme on dit en Languedoc-Roussillon, le vin était tiré, et il n’y avait plus …qu’à le boire …

 

Le jour J, retour à la même adresse, accueil par la même personne, qui me conduisit dans un « cabinet de réflexion » d’à peine plus de 1m x 1m, peint tout en noir, avec une bougie, un crâne humain, du sel, et que sais je encore.
Qu’étais je venu faire en cette galère !?

Au bout d’une demi heure, la même personne revint m’apporter un formulaire, destiné à écrire mon « testament de vie » : patienter à nouveau !
Enfin, eu lieu mon Initiation (toujours les yeux bandés) selon tout un cérémonial centré sur différents « voyages » symbolisant le Feu, l’Eau, La Terre et l’Air ( références bien connues dans les différents signes du Zodiaque…)

Le but de l’Initiation était de me faire passer du statut de Profane au stade de Franc Maçon, par le cérémonial qui m’apporterait « La Lumière ».

Je vous passe les détails du cérémonial, qui, en fin de course, aboutit à ce que l’on enlève le bandeau, vous permettant de découvrir…vos Frères.

Vous dire que je n’y ai ressenti aucune émotion, serait un gros mensonge….

 

Mais devenir Franc Maçon commence par être Apprenti.

En fin d’initiation, je reçus un petit tablier blanc, une paire de gants, blancs, et une rose, destinée à ma compagne de cœur.

Je découvris que le « Temple » était organisé selon les quatre points cardinaux Orient (Est) , Occident (Ouest) , Nord et Sud.

L’accès au Temple se fait par l’Occident (La porte, symbolisée par des colonnes)

A l’Orient officient le Vénérable Maître (le chef élu) le Secrétaire et l’Orateur, sur une estrade.

Au Nord siègent les Apprentis et le Second Surveillant (chargé de leur formation)
Au Sud siègent les Compagnons et le Premier Surveillant (chargé de leur formation)

Les Maîtres, eux, s’installent au Nord ou Sud, comme ils le souhaitent et selon les places disponibles.

En son milieu, côté Oriental, un ensemble de carrelages noir et blanc rappelant le jeu de dames, et  constituant le « Pavé Mosaïque »

Lorsqu’il y a une Tenue (réunion) , les Frères sont introduits dans le temple, par le Maître de Cérémonie, et selon l’ordre croissant de leur grade :

D’abord les Apprentis, puis les Compagnons, puis les Maîtres, puis le Collège des Officiers, suivi par le Vénérable Maître et d’éventuels  invités de Haut Rang Maçonnique.
Quel qu’ils soient, les Frères circulent dans le sens des aiguilles d’une montre, en ayant soin de ne jamais fouler le « Pavé Mosaïque »
Être apprenti suppose que

Durant les quelque 16 mois de mon statut d’apprenti réduit au silence, j’observai avec grande acuité, les modes de fonctionnement de notre Atelier (Loge).
A l’ouverture des Travaux, l’Orateur rappelle les principes constitutifs de notre Ordre, repris dans l’article 1 de la Constitution du GODF, rappelant que, je cite :

« La Franc Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité, elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle a pour devise Liberté-Egalité-Fraternité »

A force de l’entendre tous les 15 jours, je connaissais cet article par cœur, et il n’éveillait en soi, rien de négatif à mes yeux, étant donné qu’il s’agissait que de grands principes auxquels j’adhérais dans leur ensemble.

 

Par la suite, j’eus droit à des « augmentations de salaire », comprenez par là l’élévation au grade de Compagnon d’abord, et de Maître, ensuite.
Tout ou presque, en Franc Maçonnerie est symboles et rituels :

Les trois grades de base font référence aux bâtisseurs du moyen âge, appelée « La Maçonnerie Opérative » alors que la Franc Maçonnerie est dite « Spéculative ».

 

L’Apprenti apprend à tailler la pierre brute à l’aide du ciseau et du maillet.

Il est pour cela revêtu d’un tablier dont la bavette est relevée, de sorte de le protéger contre les éclats supposés de la pierre, et de gants blancs.
Le Compagnon a pour tâche de polir la pierre brute et de veiller à sa rectitude : il utilise pour cela, essentiellement la règle et l’équerre.
Comme il ne risque plus la projection d’éclats, la bavette de son tablier est rabattue,
mais dispose toujours de gants.
Le Maître veille à ce que les pierres ainsi créées s’inscrivent parfaitement dans la Construction, utilisant pour cela divers instruments tels le niveau et le compas.
Ses « décors » sont constitués d’un tablier plus sophistiqué et d’un cordon transversal rappelant celui des Maires.

Chemin faisant, je m’aperçus que les Tenues auxquelles je participais s’appelait
« La loge Bleue » à laquelle se superposait d’autres Loges appelées « Ateliers Supérieurs ou de Perfectionnement » dont faisaient partie la plupart des membres du
« Collège des Officiers »
Le temps de m’y retrouver dans ce lexique opaque, je m’aperçus au fil du temps que ces mêmes Ateliers Supérieurs, constituaient un véritable organe de pouvoir au sein de la Loge,  uns sorte d’État dans l’État des Loges Maçonnique.

Une sorte de microcosme qui oriente ou prend ses décisions, sans jamais en rendre compte de manière limpide à la modeste « Loge Bleue ».

Chaque année, en Juin, ont lieu les élections du nouveau Collège des Officiers, pour l’année Maçonnique suivante, sachant que les « usages » veulent qu’aucun Officier ne peut rester à son poste plus de trois ans, mais doit être réélu chaque année intermédiaire…
Le Collège des Officiers est constitué de :

Ces élections, sensées être démocratiques, ne le sont pas tant que cela, car déjà toute préparées par le Collège des Officiers sortant (où les principaux d’entre eux dans l’ordre hiérarchique)

J’eus sans doute l’impertinence de relever certains dysfonctionnements, manipulations ou mensonges,  preuves à l’appui… : cela fit un grand « plouf » dans la Loge Bleue au sein de laquelle je l’exprimai.

En « Salle Humide » après la tenue, l’un ou l’autre Frère me disait : « j’ai apprécié ton intervention » : c’est gentil mais cela ne change rien au fait que de manière habituelle, une majorité de Frères font figures de …figurants, ou en tout cas ne se « mouillent pas » dès qu’il s’agit de relever de quelconques contradictions entre les grands principes et leur application sur le terrain.

Je n’ai jamais recherché aucune forme de pouvoir : quel pouvoir ? par rapport à qui ? pour quelle motivation ?
Par contre, j’ai toujours été rebelle à toutes formes de manipulations des pouvoirs en place, quels qu’ils soient.

Cela on le connaît déjà par trop, dans « la vie Profane ».

Si l’on retrouve la même chose en Franc Maçonnerie…
Si l’on y retrouve les mêmes nébuleuses hiérarchiques souterraines,
Si l’on y cultive les mêmes principes du non dit, du silence et des clans intérieurs,

A quoi bon ?

 

Il faut également savoir que la notion d’argent n’est pas étrangère au fonctionnement des Obédiences, en effet.

La « Capitation » autrement dit la cotisation annuelle obligatoire pour tous les Frères était en 2010 de 235€ dont 80% retourne à l’Obédience (Paris) et le solde étant consacré à de divers frais de fonctionnement de la Loge locale.
Le GODF gère via de quelconques sociétés connexes, un parc immobilier de bâtiments la plupart du temps conçus à usage de « Temple » et mis à disposition moyennant redevance, à diverses loges appartenant au Grand Orient de France, ou autres Obédiences sœurs voir concurrentes.

Mais bon, rien d’exceptionnel en cela.
Il n’empêche que toutes les Loges, quelles qu’elles soient ont intérêts à garder un nombre suffisant d’adhérents pour faire face à leurs charges.

C’est ainsi par exemple que tout Frère désirant « prendre du recul » quelles qu’en soient les raisons, peut demander d’être mis « en sommeil » , c’est-à-dire qu’il ne participe provisoirement plus aux Tenues, mais continue à payer ses Capitations.

Tel ne fut pas mon choix.

J’ai donc décidé de tirer ma révérence, pour l’unique raison que je ne retrouvais plus les raisons philosophiques et morales essentielles pour lesquelles j’y étais entré.


Mes réflexions, mes doutes, mes questions…

 

  Les conclusions de cet article :

Que la Franc Maçonnerie soit une organisation « secrète » est une évidence, même si certains la considèrent comme uniquement « discrète ».

C’est jouer sur les mots, au vu de son opacité, qui demeure même lorsque l’on en fait partie.

 

Liens

Si vous le souhaitez, vous trouverez sur Internet, des centaines de liens allant de l’éloge, passant par la critique jusqu’à l’abject….

Je vous en propose un seul ayant trait au vocabulaire Maçonnique : pour l’approcher, voir même pour comprendre certains passage de mon article, cliquez ici

 

Il y a sur Internet de nombreux sites ou blogs traitant de ce sujet à des titres divers.
Il est très rare que vous puissiez laisser librement un commentaire…
Ce n’est pas le cas ici : dites ce que vous pensez ou posez vos questions.

La démocratie, c’est aussi et surtout pouvoir s’exprimer librement…
de sorte que… « la parole circule »….

4 décembre 2010

 

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SOURCE  : http://veillecitoyennelibre.over-blog.com/article-etre-franc-macon-ou-ne-plus-l-etre-62323975.html

VEILLE CITOYENNE LIBRE  – BLOG D’EDDY DELHAYE

 

TRANSMETTRE 18 août, 2022

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Robert Mingam

 

TRANSMETTRE

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Quoi, comment, à qui… et pourquoi !

D’aussi loin que remonte l’histoire de l’humanité, des vestiges nous parviennent, attestant d’une évidente volonté de transmission du savoir et des connaissances acquises par l’homme, plus particulièrement au cours des millénaires qui nous ont précédés.

L’Homme a toujours cherché à améliorer ses connaissances, afin de maîtriser son avenir. Cependant, la seule expérience de son propre vécu ne pouvant lui suffire, sa durée de vie étant bien trop limitée pour cela, l’homme a exploré les moyens d’acquérir et de transmettre le savoir de ses aînés. Que ce soit par des représentations graphiques peintes sur les parois de ses habitations ou directement de façon orale, il s’est appliqué à pérenniser ses connaissances pour les générations à venir. L’exemple le plus connu est sans aucun doute l’Ancien Testament, (ou tout du moins les cinq livres constituant le Pentateuque), qui furent transmis oralement pendant des générations de père en fils.

La naissance de l’écriture, puis de l’imprimerie par Gutenberg, marque un tournant décisif dans la transmission du savoir. Aujourd’hui, chacun peut immédiatement trouver ce qu’il cherche sur internet. Cependant, pouvoir profiter de la quasi-totalité des acquis des générations précédentes ne comporte pas que des avantages car certains documents peuvent être faux, corrompus, voir mal compris. D’autant que la science ayant ses limites, ses interprétations peuvent être multiples. C’est pourquoi la vérité n’appartient qu’à ceux qui inlassablement la cherchent.

Si la science peut être accessible à tous, la spiritualité, quant à elle, est individuelle, et ses moyens d’accès sont nombreux. Qu’elle soit guidée par la foi ou par une recherche personnelle, elle permet d’élever sa conscience en différents niveaux. Pour ce faire, toute spiritualité ayant son point d’ancrage, elle fait généralement référence à un évènement fondateur, parfois historique, parfois mythique et le plus souvent sur les deux.

Les évènements auxquels se réfèrent nombre de sociétés réputées ésotériques peuvent être appréhendés de plusieurs façons. Soit sur un plan strictement scientifique, c’est à dire par le constat de faits liés à des preuves matérielles ; Soit sur un plan symbolique, liant les faits à des valeurs propres à définir un corpus doctrinal. Si l’histoire peut apporter la preuve des évènements sur lesquels se fondent les traditions, ce sont les mythes qui transcendent la vérité des faits et véhiculent des valeurs spirituelles pouvant s’y rapporter.

Ces valeurs peuvent être d’ordre moral, spirituel, prophétique ou pratique selon qu’elles s’adressent à tel ou tel type d’individu, et sont généralement transmises par initiations successives. L’originalité de cette méthode est de garantir l’authenticité de ses filiations.

La franc-maçonnerie quant à elle, est réputée initiatique. C’est-à-dire qu’elle véhicule de façon ininterrompue, un certain nombre de traditions dont elle se considère dépositaire, soit par filiation historique soit par filiation spirituelle. Dans ce dernier cas, la transmission se fait lors de cérémonies d’ordination de type sacerdotal où les utilisateurs doivent s’engager à respecter rigoureusement l’esprit et la lettre des Rites qu’ils entendent utiliser, sous réserve de perdre leur légitimité en cas de manquement.

Ainsi, depuis que le Grand Orient de France a fait scission d’avec la Grande Loge d’Angleterre, deux courants de pensée sont apparus et ont divisé l’Ordre maçonnique, bien que revendiquant de part et d’autre leur légitimité à représenter l’idéal maçonnique dans sa pureté. Pour les uns qui considèrent que la tradition requiert une transmission sacralisée, c’est la préexistence d’une règle basée sur les Anciens Devoirs et l’Ancien Testament qui fait force de loi. Pour les autres, la tradition est un support ésotérique, sur lequel la qualité du Maçon s’inscrit pour son évolution spirituelle au sein de l’Ordre.

Ces sortes de divisions internes, s’exacerbent d’autant plus que d’importants bouleversements ébranlent la société. On parle alors de Maçonnerie régulière, c’est-à-dire attachée à une règle initiatique, et faisant référence au Grand Architecte de l’Univers, et de maçonnerie séculière travaillant au progrès de l’humanité. Pourtant ces différences sont compatibles entre elles, pour preuve les invocations et évocations que tous formulent au sein de leurs ateliers, à l’ouverture et à la fermeture de nos travaux.

Ceci, d’ailleurs, n’est nullement particulier aux rites initiatiques, mais s’applique tout aussi bien aux rites d’ordre exotérique ou religieux, qui ont pareillement leur efficacité propre. Nous retrouvons ce même schéma au sein du catholicisme où l’église séculière de Rome ne s’oppose pas à celle des monastiques qui suivent la Règle de Saint Benoît !

Cependant, pour que ces rites soient efficients, il convient qu’ils soient accomplis selon des règles parfaitement établies, et par qui, en a reçu le pouvoir temporel ou spirituel, voir les deux. C’est là que la Franc-maçonnerie se divise vraiment. Les uns considèrent que le pouvoir spirituel ne peut se transmette que lors de cérémonies à caractère ésotérique, tandis que les autres se contentent du pouvoir temporel et limité, que leur octroie leur administration.

Mais quelle que soit l’option choisie, le rôle de celui qui confère l’initiation à un autre est bien véritablement un rôle de « transmetteur », au sens le plus exact de ce mot ; il n’agit pas en tant qu’individu mais en tant que support d’une influence qui n’appartient pas à l’ordre individuel ; il est uniquement un anneau de la « chaîne » dont le point de départ est en dehors et au-delà de sa propre humanité (d’où l’invocation au Grand Architecte de l’Univers). C’est pourquoi il ne peut agir en son propre nom, mais au nom de l’organisation à laquelle il est rattaché et dont il tient ses pouvoirs, ou, plus exactement encore, au nom du principe que cette organisation représente visiblement.

Encore faut-il que cette organisation ne soit pas manipulée par des idéologies préjudiciables à l’esprit d’indépendance et de liberté de conscience de ses membres. Réputée a dogmatique et apolitique, la Franc-maçonnerie ne peut, et ne doit pas souffrir de la vindicte populaire, sous le prétexte fallacieux d’être soumise, contre son gré, à l’autorité politique de ses dirigeants.

Les questions proposées à l’étude des Loges, qu’elles soient sociales ou sociétales, pour lesquelles les maçons sont annuellement sollicités, démontrent à quel point la diversité de leurs points de vue ne peut converger vers un consensus, voir sur une conscience politique. En conséquence, la franc-maçonnerie ne devrait transmettre que des valeurs morales susceptibles de s’épanouir au sein des diverses couches de la société. Mais, ce bel idéal de fraternité initiatique a son côté sombre, celui de ses réseaux d’influences qui polluent et desservent l’image de l’Ordre, encouragés par qui en tire un substantiel avantage. Bien que nul ne peut s’autoriser à parler au nom de la Franc-maçonnerie, sans immanquablement la trahir, certaines autorités au pouvoir régalien ne s’en privent pas. La réflexion philosophique, passée au crible d’une censure sélective est alors mise au service de l’action politique, ce qui est très éloigné de l’esprit de transmission initiatique de ses rituels.

L’ésotérisme, en Franc-maçonnerie, nous amène à considérer toutes les traditions comme étant les éléments constitutifs d’un archétype pour l’évolution de l’humain. Dépositaire d’aucun secret, la Franc-maçonnerie ne véhicule aucun dogme. Elle perpétue une technique dite initiatique, où chacun peut acquérir et transmettre ce qu’il reçoit en partage. La fraternité y joue un rôle prédominant, surtout dans ses premiers degrés, mais par le choix ciblé des symboles qu’elle propose, elle suscite un travail en profondeur qui permet d’élever la conscience spirituelle de ses membres.

Transmettre comment !

La Franc-maçonnerie est donc initiatique. C’est-à-dire qu’elle transmet ses valeurs au cours de travaux comparables à un éveil progressif de la conscience. Elle n’enseigne rien, elle suggère seulement des voies à explorer. Elle ne change pas les personnes qu’elle initie, elle leur permet simplement d’évoluer. Pour cela, elle utilise des Rites et des Rituels qui, en faisant vivre des traditions ancestrales sont porteurs d’un langage qui met en relation avec le sacré. C’est pourquoi il convient de transmettre fidèlement et sans trahir ce que l’on a reçu, en s’interdisant toute modification, toute invention, ce qui exige de grands efforts de compréhension, d’humilité et de respect. Aussi, pour transmettre ces valeurs sur lesquelles nous nous reconnaissons tous, encore faut-il les avoir acquises, bien comprises, et intégrées. Ce qui n’est pas toujours le cas chez certains Maîtres inexpérimentés, qui toutefois se proposent à des postes de responsabilité, sans toujours avoir la pleine conscience du devoir des charges qu’ils devront assumer. La maturité maçonnique n’est pas systématiquement proportionnelle au temps passé sur les colonnes. Aussi est-il utile, voir raisonnable, de s’assurer auparavant du bien-fondé de la motivation des postulants, et du sérieux de leurs engagements, avant de leur confier un office, car c’est par l’exemplarité de leur fonction qu’ils seront à même de faire vivre le rituel et de nourrir l’égrégore de leur loge.

Le rôle de la transmission dans un ordre initiatique est de permettre à chacun de naître et de renaître par étapes successives, de croître et de produire, trois fonctions correspondant aux degrés d’apprentissage, de compagnonnage, et de maîtrise, nécessaires pour agir au mieux dans la société. Aussi, rien ne se transmet dans l’anarchie, mais selon un processus organisé, fruit d’une tradition, et avec tout le cérémonial nécessaire.

L’initiation imposée au profane lors de sa première entrée dans le sanctuaire du temple est censée marquer une rupture avec son passé. Cependant l’initiation avec un grand I n’est jamais complètement acquise. C’est un combat permanent pour respecter les engagements contractés sur l’Autel des Serments. Honnêteté, probité, tolérance, fraternité etc, toutes ces valeurs qui font reconnaître un véritable franc-maçon. Ce combat nécessite un soutien, comme celui des Sœurs et des Frères associés à notre quête et témoins de nos efforts. C’est pourquoi il est souhaitable, voir nécessaire, de revenir souvent se ressourcer et partager les bienfaits d’une chaîne solide au sein d’un atelier où règne l’harmonie.

Transmettre à qui !

Parler de transmission initiatique à un profane n’a aucun sens: la transmission initiatique ne peut s’adresser qu’à des individus parfaitement préparés.

Dans un monde où règnent l’égoïsme et la course au pouvoir, très peu d’individus prennent conscience de leurs devoirs vis-à-vis de leurs semblables, et seraient prêts à s’engager bénévolement au progrès de l’humanité. C’est pourquoi la Franc-maçonnerie sélectionne par cooptation ses membres parmi des hommes et des femmes de bonne volonté, disponibles et susceptibles de pérenniser l’altruisme de ses valeurs.

La transmission est avant tout un acte de communication et d’échange entre les êtres ; c’est aussi un acte d’Amour. On transmet la vie, on transmet un savoir, on transmet l’Amour d’un Art, on transmet une tradition…C’est perpétuer et organiser la continuité dans l’échange. Elle nécessite un choix et une responsabilité personnelle, voir collective dans la transmission de l’identité initiatique. Le sens de notre quête montre que notre vie de Maçon est liée à l’action.

C’est pourquoi il est de notre devoir à tous, de guider ceux ou celles que nous avons reconnus aptes à nous rejoindre, et de les accompagner sur le chemin de l’initiation. Pas seulement les officiers en charge d’enseigner par l’exemplarité de leur fonction, le processus initiatique du rituel ! Pas seulement les Surveillants qui accompagnent les Apprentis et les Compagnons durant les premières années de leur parcours maçonnique. Non, nous tous, qui par notre écoute, nos conseils et nos encouragements, les soutiendrons dans ce long cheminement qui les conduiront peut être un jour, à prendre des responsabilités et transmettre à leur tour ce que nous leur aurions possiblement apporté.

Car le maçon ayant ouvert sa conscience et son entendement par le cheminement initiatique, se doit de rentrer dans une dynamique de transmission de ses connaissances, de ses valeurs, de son éthique et de son expérience, pour remplir sa mission de rayonnement sur son entourage, et participer plus ou moins activement au progrès de l’humanité. Passeur de lumière, il est de son devoir de partager ses acquis avec toutes personnes susceptibles de les recevoir, et plus tard les transmettre. Ce n’est pas la moindre de ses responsabilités car le choix lui incombe la prudence et le discernement, lorsqu’il s’agit de sélectionner de nouveaux adeptes. Il existe un risque bien réel dans ce domaine, et l’on peut s’interroger sur les précautions ou attitudes à prendre et à observer.

C’est pourquoi, outre les différentes rencontres et enquêtes des profanes en instance, la Franc-maçonnerie a prévu trois degrés de transmission, trois niveaux d’intégration où le nouvel initié va se parfaire pour mériter la confiance de ses pairs.

Transmettre pourquoi !

Comme je l’ai dit précédemment, La Franc-maçonnerie ne transmet pas de secrets, mais une technique permettant progressivement d’acquérir des connaissances théoriques propres à créer l’harmonie universelle, ainsi qu’une certaine maîtrise permettant de les mettre en œuvre. Elle encourage ses membres à s’investir pour le progrès de l’humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser, à sa convenance, le sens de ces mots.

La Franc-maçonnerie possède un patrimoine qu’elle se doit de préserver, celui du travail de ses pairs, ces premiers maçons spéculatifs qui nous ont légué cet esprit d’indépendance, de liberté, de tolérance et de fraternité qui nous anime aujourd’hui. C’est cette tradition initiatique, cette quête personnelle, ce désir de progresser et de comprendre pour agir, au-delà des opinions partisanes et des carcans sociaux, de la pensée unique, des clichés réducteurs et stériles, c’est cette tradition initiatique dis-je, qui nous permet de tendre vers l’idéal que nous nous sommes tous librement imposé : le perfectionnement spirituel, moral et matériel de l’humanité.

Par ses valeurs humanistes, ses traditions certes d’un autre âge, et son approche symbolique des mystères, le franc-maçon est parfois considéré comme un marginal un peu fêlé. Mais, comme l’écrivait si justement notre Frère Michel Audiard, « il faut bien être un peu fêlé pour laisser passer la lumière ».

J’ai dit

Robert MINGAM

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SOURCE  : https://www.francmaconneriemisraimite-mingam.fr/

Les banquets maçonniques 10 avril, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
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Le banquet symbolique tient une large place dans les rituels de la franc-maçonnerie.

En Angleterre et aux États-Unis, le banquet maçonnique a acquis graduellement une importance telle, qu’il est devenu la raison d’être presque exclusive de l’Ordre lui-même. En France, le rôle des agapes emblématiques est fort modeste. Il en est de même en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Espagne. L’origine du banquet maçonnique échappe aux investigations des historiens. La grande Encyclopédie maçonnique espagnole estime, d’après le savant écrivain maçonnique anglais Hugues, que les premières réunions des enfants d’Hiram ont eu lieu dans des cénacles. La maçonnerie aurait en des débuts analogues à ceux du christianisme. Des agapes réunissaient les adeptes qui cimentaient leurs serments en vidant des coupes emblématiques. Dans les cultes anciens, les banquets avaient une haute signification et figuraient parmi les cérémonies essentielles. La maçonnerie, qu’on assimile, non sans raison, aux mystères, a perpétué l’usage des agapes. Elle y a introduit graduellement des formes symboliques en harmonie avec les changements du rite maçonnique. Aujourd’hui, les banquets en usage dans la maçonnerie sont soumis à un rituel lui varie suivant les grades et les rites. Néanmoins, les dispositions fondamentales sont les mêmes partout. Voici d’abord les usages de table communs à tous les rites. 

Le principe de fraternité qui régit l’Ordre maçonnique veut que les banquets se tiennent au grade d’apprenti, afin que tous les maçons puissent y être admis. Les banquets, tenus aux grades supérieurs, sont fort rares. Au grade d’apprenti, le banquet ne comporte qu’une seule table, disposée en fer-à-cheval. Les frères prennent place dans le pourtour extérieur du fer-à-cheval. Le pourtour intérieur reste libre. Dans le rite écossais, le maître des cérémonies et les diacres se placent dans l’intérieur du fer-à-cheval, en face du vénérable. Toutefois, cette règle n’est pas absolue. Quand les frères sont nombreux et que l’exiguïté du local en fait une loi, l’intérieur se trouve rempli. Les places sont distribuées comme en loge. Le vénérable occupe le milieu extérieur de la table; aux deux extrémités se placent le premier et le second surveillant. Le vénérable conduit les travaux. Les surveillants et le maître des cérémonies reçoivent ses ordres et les transmettent aux convives. Les santés sont commandées et ordonnées par le vénérable, qui peut cependant déléguer le commandement des armes, dans les santés, à quelques-uns des officiers, en même à de simples apprentis. Sur la table, la vaisselle, les verres, les couteaux, etc., doivent être rangés en lignes parallèles. Dans quelques loges, on dessine sur la nappe des cordons de couleur pour mieux observer les alignements. La première ligne, partant de l’intérieur, est pour les plats; la deuxième est pour les bouteilles et les carafes; la troisième est celle des verres et la quatrième celle des assiettes.

Les ustensiles de table ont des noms symboliques qui varient avec les degrés et les rites. Voici la nomenclature la plus généralement adoptée. La table se nomme Plateforme; la nappe, Voile; la serviette, Drapeau; le plat, Plateau; l’assiette, Tuile; la cuillère, Truelle; la fourchette, Pioche; le couteau, Glaive; la bouteille ou carafe, Barrique; le verre, Canon; les lumières, Étoiles; les mouchettes, Pinces; les chaises, Stalles; les mets en général; Matériaux; le pain, Pierre brute; le vin, Poudre forte, rouge ou blanche; l’eau, Poudre faible; le cidre ou la bière, Poudre jaune; les liqueurs, Poudre fulminante; le sel, Sable; le poivre, Ciment ou sable jaune. Manger, c’est Mastiquer; boire, c’est Tirer une canonnée; découper, c’est Dégrossir.

Cette terminologie offre de nombreuses variantes, notamment dans la maçonnerie d’adoption (régime français). Ici, la table se nomme Atelier; la serviette, Tablier; les assiettes, Patères; les plats, Auges; la cuillère, Truelle; la fourchette, Pince; le couteau, Glaive; la bouteille, Jane; la carafe, Cruche; le verre, Lampe; boire, c’est souffler une lampe; le pain s’appelle Manne ou Pierre blanche; le vin, Huile rouge ou blanche; l’eau, Huile faible; le vin de liqueur, Huile forte; la liqueur, Huile fulminante; le sel, Eau sèche.
Les santés réglementaires sont au nombre de sept. Ce chiffre a été réduit à cinq par divers rites peu soucieux de l’antique symbolisme. Il y a d’abord la santé du chef de l’État, qui est suivie des santés que voici : celle du grand-maître ou de la puissance suprême de l’ordre; celle du vénérable de la loge; celle des deux surveillants; celle des visiteurs; celle des officiers de la loge : on y joint celles des nouveaux initiés ou affiliés, lorsqu’il y en a; enfin, celle de tous les maçons répandus sur la surface du globe. Entre la sixième et la septième, on intercale toutes les santés que l’on juge à propos d’ajouter. Les trois premières santés, ainsi que la dernière, se tirent debout; à celle-ci, les frères servants sont appelés pour former, avec tous les frères, la Chaîne d’union.

Le chiffre de sept, fixé pour les toasts maçonniques, a une raison d’être symbolique. Il rappelle les sept libations que faisaient les initiés perses, égyptiens et grecs, en l’honneur des sept planètes dont les jours de la semaine portent les noms. La première, libation était offerte, au Soleil, flambeau du monde, qui symbolise le chef de l’Etat. La deuxième était offerte à la Lune, astre des nuits et des mystères, quia pour correspondant dans l’ordre le grand-maître. La troisième était consacrée à Mars qui présidait également aux conseils et aux combats, et qui figure le vénérable. La quatrième était celle de Mercure (Anubis chez les Egyptiens), la personnification de la surveillance. La cinquième était offerte à Jupiter, dieu de l’hospitalité; elle est consacrée aux visiteurs. La sixième était celle de Vénus, déesse de la génération; elle est celle des nouveaux initiés, récemment engendrés dans l’ordre. Enfin, la septième libation était offerte à Saturne, dieu des temps, image de l’immensité. Elle est portée à l’universalité des maçons. Les convives forment un cercle. Les servants viennent s’y mêler, en souvenir des saturnales, où les esclaves partageaient les plaisirs de leurs maîtres.

Les santés se tirent de la manière suivante :

1° Le vénérable ordonne de charger les canons (remplir les verres) et de tout aligner. 2° Il prévient que l’on portera la santé debout ou assis. 

3° Quand tout est disposé, un coup de maillet fait lever tous les frères; ils mettent le drapeau sous le bras gauche et se tiennent à l’ordre. 

4° Le vénérable annonce la santé que l’on va tirer, et, s’il ne commande pas lui-même les mouvements, il désigne le frère qui en .sera chargé. 

3° Il commande l’exercice comme il suit : La main droite au glaive! – Haut le glaive! – Salut du glaive ! – Passons le glaive à la main gauche ! – La main droite aux armes! – Haut les armes! – En joue! – Feu! (On boit en trois temps; celui-ci est le premier) – Bon feu! (second temps) – Le plus fin de tous les feux ! (troisième temps) – L’arme au repos – En avant les armes! – Signalons nos armes! – Une, deux, trois ! (Trois fois). 

A ces mots, tous les frères décrivent par trois fois, avec le verre, un triangle, dont la base est sur la poitrine et le sommet en avant. Au commandement de : Un, deux, trois! on descend graduellement le verre, et au mot trois, on le pose sur la table avec ensemble, de manière à ne faire entendre qu’un seul coup. Ensuite, on fait avec les mains la batterie d’acclamation. Lorsqu’il y a lieu, le maître des cérémonies, faisant fonction d’ambassadeur, répond à la santé. Le vénérable suspend ensuite les travaux de table, et l’on reprend les occupations du banquet. Il est d’usage de mettre l’atelier en récréation pendant l’intervalle des santés et de laisser aux frères la liberté de parler; mais au premier coup de maillet, tous doivent faire le plus grand silence, se mettre à l’ordre de table et prêter attention à ce qui va être dit ou ordonné. 

L’Ordre de table consiste à tenir la main droite à l’ordre d’apprenti, poser la gauche à plat sur la table, les doigts réunis, le pouce écarté longeant le bord de la table pour former l’équerre. Détail important. Lorsqu’un frère commet une faute, il est condamné par le vénérable à tirer une canonnée de poudre faible (à boire un verre d’eau), et l’instrument du supplice lui est présenté, entre les deux colonnes, par le maître des cérémonies. Le symbolisme maçonnique établit un parallèle entre cet usage et un trait bien connu de la mythologie grecque. Les dieux qui se parjuraient, après avoir juré par le Styx, étaient condamnés à boire une coupe de cette eau empoisonnée.
Il est d’usage de chanter des hymnes symboliques dans les banquets de la maçonnerie. Les plus connus d’entre ces cantiques sont la Chanson d’union, qui couronne les agapes symboliques en Angleterre. On en trouve une traduction fidèle dans la Lyre maçonnique. Le chant de l’hymne symbolique est le signal de la fin du banquet. Un baiser fraternel clôt les agapes.

Parmi les variantes les plus remarquables du rite symbolique, il importe de signaler les suivantes. Dans les grades chapitraux, il y a le banquet des élus, correspondant à la même cérémonie de l’Élu des quinze, du rite écossais (10e degré). Ici, les verres sont nommés urnes et les couteaux, poignards. Le commandement des santés se distingue par cet ordre : « Plongeons le poignard dans l’urne! » Ce mouvement s’exécute par trois fois au cri de Nekam, terme hébraïque qui n’a pas de signification bien déterminée., Dans le banquet des grands élus écossais, les verres sont nommés coupes. La coupe, aux divers commandements, est manœuvrée de manière à former la croix de Saint-André, X.

Le banquet des chevaliers d’Orient se distingue par un apparat militaire qui lui est propre. Les chevaliers d’Orient travaillent d’une main et combattent de l’autre. C’est dire qu’ils ne se séparent pas du couteau. Les particularités du banquet des souverains princes, rose-croix, sont intéressantes à rappeler. Ici, l’on donne à la table la forme d’une croix grecque. L’ensemble des usages rappelle les réfectoires mystiques. Les verres sont nommés calices; la table est un autel. Je citerai, enfin, le banquet des chevaliers d’Orient et d’Occident. La fin des toasts est marquée par un battement général du pied sur le parquet. La salle offre un aspect emblématique spécial. On y remarque le chandelier à sept branches sous un dais d’azur rond; de chaque côté, la lune et le soleil ; sous le chandelier, la couronné boréale; dessous, un homme nu, les bras ouverts, les pieds sur l’intérieur d’un croissant. Les banquets maçonniques ont acquis en Amérique une importance telle qu’ils ont fini par effacer les tenues de loge. L’abus a provoqué, de vives critiques. On est allé si loin dans la réaction que plusieurs obédiences ont interdit l’usage des boissons alcooliques dans les agapes de l’Ordre. (Félix Vertan, 1900).

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SOURCE :  https://www.cosmovisions.com/$BanquetMaconnique.htm?fbclid=IwAR0bplkZ9l4LmLKzAvQo-GByoRjn6W2rO-1RKw__KSSdgIWKyC75_im3aWw

Franc-Maçonnerie et religion 13 mars, 2022

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Franc-Maçonnerie et religion

 
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Retracer les relations entre Franc-Maçonnerie et religion signifie en très grande partie présenter les rapports conflictuels qui, depuis la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, avec la fondation de la Grande Loge de Londres, ont marqué la relation de la Franc-Maçonnerie avec les Eglises chrétiennes, l’Eglise catholique en premier lieu, mais aussi l’Eglise orthodoxe, certaines Eglises protestantes et, plus récemment, même l’Eglise anglicane. On ne traitera ici que des rapports entre Franc-Maçonnerie et Eglises catholique et anglicane, qui historiquement sont les plus importants.

La Franc-Maçonnerie opérative du Moyen Age était imprégnée de catholicisme et restait sous le contrôle de l’Eglise, la fête de Saint-Jean voyait les maçons assister ensemble à la messe du patron de leur corporation et les religieux de tous ordres étaient très présents parmi eux. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, même sur le continent, même en France, plusieurs ecclésiastiques, des évêques même, étaient membres éminents de Loges maçonniques sans que cela ne leur pose aucun problème.

Avec la fondation de la Grande Loge de Londres la donne a changé et la Franc-Maçonnerie est devenue, ou elle a été perçue comme si elle était, un agent de l’anglicanisme. Grands voyageurs, les Anglais ont ouvert des Loges partout où ils allaient, même à Rome, ville dont le pape était à l’époque le souverain temporel, en même temps qu’il était le chef spirituel de l’Eglise catholique.

Cette situation nouvelle ne pouvait pas le laisser indifférent. Ainsi le 28 avril 1738 le pape Clément XII fulmine contre la Franc-Maçonnerie la Bulle In Eminenti apostolatus specula, condamnant à l’excommunication majeure les catholiques qui adhèrent ou favorisent la Franc-Maçonnerie.

Les raisons de cette condamnation étaient les suivantes :

les Francs-Maçons sont « fortement suspects d’hérésie », en raison du secret maçonnique et du serment qu’ils prêtent sur la Bible car, je cite « si les Francs-Maçons ne faisaient pas le mal, ils n’auraient pas cette haine de la lumière ». A ce motif principal, la Bulle In Eminenti en ajoute un autre ainsi rédigé : « et pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus ». La formulation très peu explicite de ce second motif a donné lieu a plusieurs spéculations, il semblerait aujourd’hui –sur la base de recherches faites dans les archives du Vatican- qu’il s’agisse là d’un critère civil, toute association non officiellement autorisée étant considérée, selon le droit canon de l’époque, comme subversive pour l’État. Il y aurait donc une double raison à cette première condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, premièrement religieuse, secondairement civile.

Cette condamnation de la Franc-Maçonnerie fut renouvelée, avec les mêmes raisons, par le pape Benoit XIV en 1751.
L’application de ces condamnations a varié selon les États et leur religion. La première Bulle fut appliquée immédiatement, bien entendu, dans les État de l’Eglise, mais aussi à Venise, en Sardaigne, en Pologne, en Espagne et au Portugal, tous des pays catholiques. En France, pays catholique mais toujours très soucieux de préserver les droits de l’État face à l’Eglise, aucune des Bulles du XVIIIe siècle ne fut appliquée, car elles ne furent pas enregistrées par le Parlement de Paris, ce qui était nécessaire et indispensable pour qu’elles puissent être exécutées, en vertu du principe qu’une loi non promulguée n’est pas contraignante, or une loi non enregistrée par le Parlement de Paris était considérée comme non promulguée.

Ce n’est qu’après la révolution française, à la suite du concordat de 1801 entre l’Empire napoléonien et l’Eglise catholique que les Bulles pontificales devinrent automatiquement applicables aux catholiques en France, sans besoin d’être enregistrées au préalable par le pouvoir civil français.

Par ailleurs, la condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique fut confirmée en 1865 par le pape Pie IX et en 1884 le pape Léon XIII étoffa l’argumentaire théologique de ses prédécesseurs, en condamnant la tolérance dont la Franc-Maçonnerie faisait preuve en admettant dans ses Loges des principes et des personnes contraires aux dogmes de la foi catholique :

« Pour eux (les Francs-Maçons), en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux ni vérité […] De plus, en ouvrant leurs rangs à des adeptes qui viennent à eux des religions les plus diverses, ils deviennent plus capables d’accréditer la grande erreur des temps présents, laquelle consiste à reléguer au rang des choses indifférentes le souci de la religion et à mettre sur le pied de l’égalité toutes les formes religieuses, alors que la religion catholique est la seule véritable. »

On ne pouvait pas être plus clair.

Cela étant bien entendu valable là ou le catholicisme était la religion d’État, ou dominante.

En Angleterre, mettant fin aux luttes qui avaient opposé les Grandes Loges dites des Anciens et des Modernes, la Grande Loge Unie d’Angleterre venait de se constituer en 1813. Le duc de Sussex en était le Grand Maître, le prince de Galles (le futur roi Edouard VII) allait le devenir à son tour en 1875. La Franc-Maçonnerie allait ainsi devenir une institution D’État, au même titre que l’Eglise anglicane, dont le primat, l’archevêque de Canterbury, nommé par le roi, serait un jour aussi un frère.

Cette différence importante entre les îles britanniques et le continent européen explique l’évolution très différente de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche, vers un anticléricalisme de plus en plus marqué, un agnosticisme et même un athéisme affiché sur le Continent, en opposition aux excommunications successives de l’Eglise catholique ; vers un conservatisme politique et religieux en Angleterre, en symbiose avec les autorités civiles et religieuses de l’« establishment », dont la Franc-Maçonnerie était devenue un des piliers les plus solides.

Après la première guerre mondiale, le nouveau code de droit canon promulgué en 1917 par le pape Bénoît XV avait un peu nuancé la position de rejet de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, son article 2335 n’interdisant plus aux fidèles sous peine d’excommunication que l’adhésion « à une secte maçonnique ou autre se livrant à des machinations contre l’Eglise ou les pouvoirs civiles légitimes. » On pouvait en déduire, et d’aucuns l’ont fait, qu’on avait le droit d’adhérer à des Loges ne conspirant pas contre l’Eglise ou l’État, mais cette interprétation était –me semble-t-il– tirée par les cheveux. En réalité, même si la formulation avait quelque peu changé, le fonds restait le même et pour l’Eglise toute « secte maçonnique » (il faut souligner l’emploi du mot péjoratif « secte » pour désigner la Franc-Maçonnerie, courant en Italie dans les milieux catholiques intégristes) restait opposée à l’Eglise et donc sujette à l’excommunication.

En Angleterre, encore en 1935, appartenaient à la Grande Loge Unie d’Angleterre les trois fils du roi : le prince de Galles, qui était Grand Maître Provincial du Surrey, le duc de York, Grand Maître Provincial du Middlesex et le duc de Kent, Premier Grand Surveillant. En étaient aussi membres le gendre du roi le comte de Harwood, Grand Maître Provincial du West Yorkshire, son oncle le duc de Connaught, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et son fils le prince Arthur, Grand Maître Provincial du Berkshire. Il y avait aussi de nombreux Franc-Maçons parmi le clergé de l’Eglise anglicane. [1]

Cette différence entre l’Angleterre et les pays du continent européen allait continuer de marquer l’évolution de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche pendant les années suivantes et jusqu’à aujourd’hui.

Avec le Concile Vatican II il a semblé se faire une ouverture de la part de l’Eglise catholique vers ces Franc-Maçons « qui croient en Dieu », ce qui paradoxalement signifie ceux qui appartiennent à la Grande Loge Unie d’Angleterre, donc des anglicans dans leur écrasante majorité, tous les autres restant toujours sujets à l’excommunication majeure.

En 1983 le pape Jean-Paul II publiait un nouveau code de droit canon, qui ne cite plus explicitement la Franc-Maçonnerie. Il semblait donc que celle-ci tombait dès lors sous le droit commun des associations, qui prévoit d’après l’article 1374 qu’« est puni d’une juste peine celui qui adhère à une association conspirant contre l’Eglise. »

Un certain nombre de Frères éminents du Continent (appartenant pour leur grande majorité à la Grande Loge Nationale Française) en ont immédiatement déduit que l’Eglise permettait à des catholiques l’appartenance à des Loges relevant de Grandes Loges dites régulières, reconnues donc par la Grande Loge Unie d’Angleterre, dont la leur.

Mais le 26 novembre 1983 la Congrégation romaine de la doctrine de la foi (ex Saint-Office) publiait une note explicative, approuvée par le pape, disant explicitement que :
« Le jugement négatif de l’Eglise vis-à-vis de la Maçonnerie reste le même, puisque les principes de celle-ci ont toujours été jugés inconciliables avec les doctrines de l’Eglise. Les fidèles qui en font partie sont en état de péché grave et ne peuvent pas recevoir l’eucharistie. […] Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à cette déclaration. »
Encore une fois, on ne pouvait pas être plus clair et la dernière phrase citée coupait l’herbe sous les pieds à ces évêques allemands qui auraient voulu reconnaître comme compatible avec l’appartenance à l’Eglise catholique la fréquentation de Loges dites régulières et demandant explicitement à leurs membres la croyance en un GADL’U conçu comme un Dieu créateur et personnel.

Afin de clarifier sa position, dans une déclaration publique datant de 1985, la Grande Loge Unie d’Angleterre a publié ce qui suit au sujet des rapports entre Franc-Maçonnerie et religion :

1) La Franc-Maçonnerie n’est pas une religion, ni le substitut d’une religion. Elle demande à ses membres la croyance pleine et sincère en l’existence d’un Être Suprême, mais ne fournit aucune doctrine de foi qui lui soit propre.

2) La Franc-Maçonnerie est ouverte aux hommes appartenant à toutes les confessions religieuses. Pendant les réunions toute discussion de caractère théologique est interdite.

3) Il n’y a pas un dieu maçonnique : le dieu d’un Franc-Maçon est celui de la religion qu’il professe.

4) Les Franc-Maçons se réunissent dans le respect commun de l’Etre Suprême, qui reste suprême dans leurs confessions religieuses respectives.

5) La Franc-Maçonnerie n’essaie en aucune façon de fondre ensemble les religions existantes. Il n’y a donc aucun dieu maçonnique composite.

6) La Franc-Maçonnerie n’a aucun des éléments fondamentaux d’une religion, et notamment :

a) elle n’a aucune doctrine théologique et, en interdisant toute discussion religieuse pendant ses réunions, elle ne permet pas la naissance d’une doctrine théologique maçonnique.

b) elle n’offre aucun sacrement ni n’exerce aucun culte.

c) elle ne prétend pas conduire au salut par des œuvres ou des connaissances secrètes, ou par n’importe quel autre moyen. Les éléments réservés de la Franc-Maçonnerie concernent les signes de reconnaissance ainsi que les règles de l’art de la construction, transférés sur un plan symbolique, métaphorique et moral, et donc n’ayant aucun rapport avec le salut et l’eschatologie.

7) La Franc-Maçonnerie soutient la religion et ne lui est pas indifférente. Elle demande à tous ses membres de suivre chacun sa propre foi et de mettre ses devoirs envers dieu (quel que soit le nom par lequel il l’appelle) au-dessus de tous les autres. Les enseignements moraux de la Franc-Maçonnerie peuvent être acceptés par toutes les religions, elle soutient donc la religion.

Il est clair d’après ces lignes que, même si les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion », elle ne peut pas être jugée comme compatible avec le catholicisme par l’Eglise, qui par la voix de l’Osservatore Romano du 23 février 1985 publiait le commentaire suivant :

« Il n’est pas possible pour un catholique de vivre sa relation avec Dieu en la partageant en deux modalités : l’une humanitaire, qui serait supraconfessionnelle et une, personnelle et intérieure, qui serait chrétienne. […] Le climat de secret, qui règne dans les loges, comporte en outre le risque pour les inscrits de devenir les instruments d’une stratégie qu’ils ignorent. »

Les deux arguments de la Bulle In Eminenti de 1738 sont donc toujours valables : le secret et l’hérésie, présentée sous la forme plus moderne de la supraconfessionalité, inadmissible pour une Eglise qui prétend être la seule détentrice de l’unique Vérité.

Paradoxalement, au moment même où les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion et ne lui est pas indifférente », l’Eglise anglicane a rejoint les rangs de l’Eglise catholique et l’archevêque de Canterbury, le Dr. Rowan Williams, s’est ouvertement opposé à la Franc-Maçonnerie.

Dans deux articles publiés par le journal Independent du vendredi 15 novembre 2002, le nouvel archevêque a donné son opinion sur la Franc-Maçonnerie : il a soutenu qu’elle pourrait avoir une base satanique et il s’est dit opposé à la promotion à des postes de responsabilité dans l’Eglise anglicane de tout ecclésiastique qui serait en même temps Francs-Maçons.

Dans une interview radiophonique donnée le même jour, le Grand Secrétaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre a fait remarquer qu’il était regrettable que le nouvel archevêque ait fait ces déclarations infondées sans avoir essayé d’en discuter au préalable avec les autorités de la Grande Loge, il a rappelé ensuite que la Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète, ainsi qu’il a été reconnu par un jugement de la Cour européenne des Droits de l’Homme du mois de juillet 2001, il a souligné qu’il est complètement contraire à la vérité de prétendre que la Franc-Maçonnerie pourrait avoir une base satanique et que la publication dans un journal de cette affirmation infondée pourrait causer une grande détresse à plusieurs anglicans qui sont Francs-Maçons et pour leurs familles, il a pour finir fait remarquer que l’intention de l’archevêque de vouloir discriminer les ecclésiastiques qui appartiennent en même temps à la Franc-Maçonnerie est contraire aux Droits de l’Homme et à la loi, et donc illégale.

Il est intéressant de remarquer que l’Eglise anglicane vient d’admettre récemment les femmes à la prêtrise et que son archevêque a officiellement déclaré qu’il est favorable à l’ordination de personnes se déclarant ouvertement homosexuelles, il n’y a apparemment donc plus que les Francs-Maçons qui lui posent problème.
On voit que même en Angleterre, sa patrie d’origine, la compatibilité entre la Franc-Maçonnerie spéculative et la religion chrétienne est aujourd’hui remise en cause.

Fabrizio Frigerio Ve Ordre, Grade 9
Suprême Commandeur du Sublime Conseil du Grand Chapitre Général Mixte de Belgique,
Membre honoraire du Grand Chapitre des Chevaliers Rose-Croix du Portugal,
Membre de l’Académie Internationale du Ve Ordre – UMURM.

[1] L’Eglise anglicane n’a commencé à mettre en discussion l’appartenance de son clergé à la Franc-Maçonnerie qu’en 1952, cf. Neville B. Cryer, « La Franc-Maçonnerie anglaise », in : Maçonnerie, maçonneries, éd. par Jacques Marx, Bruxelles, 1990, p. 101-123.

SOURCE : https://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.com/?m=1

cloche bouddhique 30 janvier, 2022

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cloche bouddhique

cloche bouddhique dans Recherches & Reflexions

Par La Rédaction
6 janvier 2022

 

La cloche dans la pagode aux iles Spartleys (Trường Sa) Vietnam
La cloche dans la pagode aux iles Spartleys (Trường Sa) Vietnam

Par Trần Thu Dung

Dans les loges maçonniques, le fil à plomb est suspendu au plafond du temple, appelé « la voûte céleste » ou « la voûte étoilée » par les maçons et qui représente l’Univers. Le Fil à plomb est donc un outil symbolique qui relie la terre et le ciel, le connu et l’inconnu, la réalité et la transcendance.  Il est situé au centre de la loge et s’impose à tous les regards en permanence.

On utilise le fil à plomb pour mesurer la profondeur des puits. Certaines pratiques attribuent à ce pendule la capacité de déceler les radiations du sous-sol. Son équivalent maçonnique, le fil à plomb ou la perpendiculaire symbolise la recherche de la profondeur de la connaissance de soi-même et sa rectitude que l’on appelle introspection en psychanalyse. La perpendiculaire est l’attribut du Second Surveillant qui veille sur les Apprentis. Le fil à plomb est brodé sur le sautoir du Second Surveillant. La perpendiculaire oblige l’esprit à monter et à descendre : c’est ainsi que l’apprenti franc-maçon découvre ses erreurs, ses défauts et qu’il peut travailler à les corriger.

Le fil à plomb de la loge maçonnique nous intrigue et ressemble au battant de la cloche dans les pagodes asiatiques. Quand la boule de plomb est immobile, elle indique la perpendiculaire. Lorsque le fil à plomb est mis en mouvement, il oscille et devient alors le battant d’une cloche ou le balancier d’une horloge, qui sert à mesurer le temps. La cloche est un symbole quasiment universel que l’on trouve partout et dans toutes les cultures, dans la vie religieuse comme dans la vie profane.

La cloche est par ailleurs une des représentations de la « sagesse ». Faire sonner la cloche est une méthode permettant d’évoquer la Sagesse et la compassion. On la trouve suspendue dans les temples, les grottes, les pagodes et les sanctuaires. Les cloches et les gongs sont également les symboles de l’autorité spirituelle des divinités pacifiques.

En Asie on associe le son de la cloche au bruit du tonnerre et au battement du tambour. Le son de la cloche y est une musique princière qui symbolise l’harmonie universelle. Les clochettes suspendues en haut des pagodes sont chargées de répandre la sagesse de la loi bouddhique. Elles ont un pouvoir universel d’exorcisme et de purification : Elles éloignent les influences mauvaises ou avertissent de leur approche par la perception du son. Elles symbolisent l’ouïe et ce qu’elle perçoit, c’est-à-dire le son, reflet de la vibration primordiale.

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La cloche de la pagode Trúc Lâm à Villebon sur Yvette (France)

La sonnerie de la cloche est un signal d’éveil. Quand le battant se stabilise puis s’immobilise, le bruit s’éteint, tout redevient silencieux. La méditation commence. L’individu se livre à la réflexion sur lui-même, se concentre méditer car le silence appelle à la méditation. Comme l’horloge sonne le réveil, la sonnerie de la cloche est elle aussi un réveil qui ressemble aux trois coups des maillets maçonniques. La méditation ou le travail alternent.

La sonnerie de la cloche appelle les esprits à la prière. Les cloches, comme les autres instruments à percussions tels que les gongs, les carillons symbolisent la chance et la spiritualité dans toute l’Asie. Les sons produits par ces instruments ont la capacité de transformer tout ce qui est, et ouvrent des perspectives lumineuses. Partout, dans les pagodes et les temples, tintent des cloches qui sont censées attirer les esprits pacifiques tout en les protégeant contre les forces du mal. Les bouddhistes servent toujours les cloches et les gongs dans leurs rituels et pratiques sacrées.

Les sons produits par les cloches ont le pouvoir de dissiper les illusions qui éveillent des désirs et des attentes irréalistes qui causent des souffrances dans la vie. C’est pourquoi, avant la méditation, le bonze (ou la bonzesse) agite la clochette avant de procéder à la lecture des prières. La répétition des prières comme lors du début d’une tenue maçonnique, les premières paroles du Vénérable Maître, celles de l’Orateur et des surveillants symbolise l’ouverture d’une autre étape qui est le travail en franc-maçonnerie, ou la méditation dans le bouddhisme. Pour le franc-maçon, le travail est aussi une sorte de méditation. La présentation des planches, par les frères et les sœurs, complète les connaissances, aide à mieux comprendre le monde ainsi que le font les bonzes dans la pratique de leur foi.

Le fil à plomb en franc-maçonnerie est donc un instrument symbolique tout comme la cloche dans la spiritualité orientale.

C’est l’outil d’une technique de travail et d’analyse, un enseignement du respect de l’autre et de ses différences, la pratique d’une recherche permanente sur soi-même et sur les autres. La méditation nous invite à comprendre et à vivre dans un monde en perpétuel devenir où connaître le lendemain est illusoire, où rien n’est jamais acquis, pas même l’amour, pas même la connaissance. Donc zen, méditation, se rejoignent comme en franc -maçonnerie. L’idéal de perfection, l’effort sur soi, ou l’envie de s’élever, sont symbolisés par le Zen en Asie dans la mesure où l’on cherche à réfléchir afin de se perfectionner même lorsque la cloche redevient silencieuse. On mesure ainsi en soi-même la profondeur de son âme. La lecture des prières et la méditation silencieuse bouddhique aident à l’apprentissage de la patience et à l’amélioration du savoir et du comportement de chacun vis-à-vis des autres. La recherche du perfectionnement de soi est semblable aussi bien dans la franc -maçonnerie que dans le bouddhisme. Tous deux ont le même but, à savoir les bienfaits résultant de la fraternité et de l’harmonie universelle.

Tout cela me rappelle mes lectures de jeunesse. Pour intituler son célèbre roman « Pour qui sonne le glas », Ernest Hemingway s’est inspiré d’une pensée de John Donne « Nul homme n’est une île complète en soi-même ; chaque homme est un morceau de continent, une partie du Tout… La mort d’un homme me diminue moi aussi, parce que je suis lié à l’espèce humaine. Et par conséquent n’envoie pas demander pour qui sonne le glas. Il sonne pour toi. »

Le fil à plomb maçonnique et la cloche bouddhiste nous a fait également penser au personnage d’Andersen. « Le stoïque soldat de plomb » qui n’a pas peur, malgré les menaces de l’intégriste et qui reste toujours debout, même s’il n’a qu’une jambe, et qui regarde la belle danseuse qu’il aime et adore. La belle danseuse est un symbole de la beauté et de perfection. Ce conte a fasciné le monde enfantin. Les bouddhistes et les francs-maçons sont des enfants qui se trouvent au milieu de la nature immense.

Les enfants découvrent sans cesse la beauté de la nature par l’observation, par l’amour de l’univers en méditation et par la patience et le réveil. Aimer l’univers, le construire ensemble sont les devoirs de chaque être humain. Donc lorsque l’on voit le fil à plomb maçonnique et la cloche de la pagode on a pense à ce soldat courageux, amoureux de la beauté et du perfectionnement. L’homme est peut-être imparfait comme le soldat de plomb.

On ne peut pas choisir son lieu de naissance ni ses parents. Tout le monde veut que les bébés soient parfaits. Selon le bouddhisme, il faut se perfectionner sans cesse, accepter ce que l’on en a, et faire des efforts pour surmonter les difficultés. Ce sont des épreuves, des étapes différentes sur le chemin de la perfection.  On a besoin d’un réveil. La sonnerie de cloche est un réveil. « Le stoïque soldat de plomb » est à l’image d’un vrai militaire qui avec sa belle idéologie lutte sans cesse pour défendre la merveille du monde comme le devoir des Franc- maçons et ceux des bouddhistes. Le fil à plomb dans le temple maçonnique et la sonnerie de la cloche dans la pagode rappellent qu’il faut toujours réfléchir sur soi-même pour se perfectionner et atteindre les trois principes :

la vérité, la beauté, le parfait.

Trần Thu Dung

SOURCE : https://450.fm/2022/01/06/le-fil-a-plomb-en-maconnerie-et-la-cloche-bouddhique/

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Cordonite et Initiation, entre anti-initiatiques et vrais francs-maçons 27 juin, 2021

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Cordonite et Initiation, entre anti-initiatiques et vrais francs-maçons

Cordonite et Initiation, entre anti-initiatiques et vrais francs-maçons dans Recherches & Reflexions

Par La Rédaction
25 juin 2021
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De notre confrère italien www.expartibus.it

Ces dernières années, même dans les obédiences traditionnelles, on assiste de plus en plus à un antagonisme entre deux visions opposées, deux manières de vivre la franc-maçonnerie. Ces deux visions de la Franc-maçonnerie différentes surgissent aussi bien au niveau collectif qu’individuel.

Dans le domaine général, une première distinction, même si elle peut devenir trompeuse, est celle entre franc-maçonnerie régulière et non régulière.

La franc-maçonnerie moderne a pour date de naissance le 24 juin 1717, qui correspond au jour de la fondation de la Grande Loge de Londres. Depuis lors, les Britanniques ont donné aux diverses grandes loges nationales la «patente de régularité », basée sur ce que doit être le respect effectif des Constitutions d’Anderson, des Anciens devoirs, des Landmarks .

L’actuelle UGLE, Grande Loge Unie d’Angleterre, évolution de la Loge originelle de Londres, accorde la reconnaissance (régularité) à une seule Grande Loge par pays.

La Grande Loge Régulière d’Italie, née en 1993 de la scission engendrée par le Grand Maître d’alors du Grand Orient d’Italie, Giuliano Di Bernardo, est la seule à être reconnue.

Depuis, donc, le Grand Orient d’Italie lui-même est exclu, alors qu’il a eu la régularité en réciprocité avec les Britanniques jusqu’en 1993.

Pourquoi d’autres obédiences, anciennes et prestigieuses, dont la rigueur rituelle ne peut être mise en doute, sont-elles exclues.

C’est précisément en vertu de ce raisonnement que certains préfèrent parler de franc-maçonnerie régulière et non régulière, par régulière nous entendons surtout ces loges qui ont des relations avec d’autres grandes loges étrangères, elles même reconnues par l’UGLE.

Prenant toujours l’exemple du GOI, il existe une reconnaissance mutuelle avec environ 200 Obédiences étrangères, comme on peut le lire sur lson site institutionnel .

En ce qui concerne ce système, il y a une différence à souligner.

Certaines grandes loges étrangères entretiennent des liens plusieurs obédiences par nation, brisant ainsi la règle de l’unicité.

Paradoxalement, un Frère sénégalais, ou péruvien, ou turc, et autres, s’il vient en Italie peut choisir, par exemple, de rencontrer une Loge GOI ou GLRI, ou les deux.

Inversement, un Frère GLRI ne peut pas travailler avec une Loge ALAM ou toute autre Loge d’Obéissance Italienne.

Vive l’universalité !

A coté des loges et obédiences traditionnelles, la naissance de nouvelles loges est très fréquente.

Regroupant des personnes mécontentes, mais aussi des personnages sans scrupules qui en font une source de revenus.

Car, il n’est pas rare de voir de véritables associations criminelles qui se proclament Franc-Maçonnerie.

A l’heure où chacun pense savoir tout connaitre, il est facile de s’improviser Grand Maître.

Les rituels des trois degrés peuvent être téléchargés sans problème sur Internet, ainsi que sur des boutiques en ligne, où il est possible d’acheter des tabliers, des sautoirs et autres objets maçonniques.

Franc maçonnerie bricolée:

Qu’est-ce qui devrait vraiment faire la différence ?

La continuité de la chaîne initiatique, la rigueur de la ritualité, bien sûr.

En ce qui concerne la continuité, il faut rappeler que la franc-maçonnerie est un ordre initiatique. Le rappeler devrait être superflu, mais il faut une clarification, car le méconnaitre est risquer de ne pas être vraiment franc-maçon..

L’initiation est reçue de ceux qui l’ont non seulement déjà été initié mais surtout de ceux qui ont été investis du pouvoir d’initier, pouvoir donner à ceux qui détiennent l’office de Vénérable Maître et conservé même après la fin de leur mandat.

Je ne peux pas commencer tout seul. Je ne peux pas commencer à moins d’avoir été initié..

L’autre élément indispensable est la rigueur rituelle.

Les travaux sont toujours et exclusivement rituels. Le reste, c’est de la bureaucratie.

A l’ouverture le Temple est carré, défini, sacré ; on recrée cette harmonie avec le Tout qui prédispose à l’élévation spirituelle.

Comment éviter cette partie ?

Chaque pas, chaque mot, chaque symbole : tout a une fonction, rien n’est aléatoire.

Si vous n’êtes pas pleinement conscient et absolument imprégné du rituel, vous participez à une parodie.

Ce n’est pas de la franc-maçonnerie !

Les Obédiences qui n’oeuvrent pas pour construire des temples à la vertu, pour creuser des prisons sombres et profondes pour le vice, pour travailler pour le bien et le progrès de l’Humanité ne sont pas de la Franc-Maçonnerie !

Si leurs buts sont profanes et en opposition avec ces principes et valeurs de la Franc-maçonnerie, alors ces institutions présumée sont anti-initiatique.

Mais les faux-maçons peuvent aussi être des individus, pas seulement des groupes, et ils peuvent aussi être des contre-initiés dans un contexte initiatiquement sain.

Bien que la distinction entre l’initiation effective et l’initiation virtuelle puisse déjà être suffisamment comprise à l’aide des considérations qui précèdent, elle est assez importante pour que nous essayions de la préciser encore un peu plus ; et, à cet égard, nous ferons tout d’abord remarquer que, parmi les conditions de l’initiation que nous avons énoncées au début, le rattachement à une organisation traditionnelle régulière (présupposant naturellement la qualification) suffit pour l’initiation virtuelle, tandis que le travail intérieur qui vient ensuite concerne proprement l’initiation effective, qui est en somme, à tous ses degrés, le développement « en acte » des possibilités auxquelles l’initiation virtuelle donne accès.
René Guénon - Considérations sur l'initiation

Guénon est très clair. On peut recevoir l’initiation dans une organisation traditionnelle régulière sans que celle-ci se concrétise.

Et c’est une initiation virtuelle.

Elle ne devient effective que si on accomplit le travail intérieur qui en développe les possibilités.

La seconde ne suit pas nécessairement la première.

Le tout pourrait se résumer en ces quelques mots : entrer dans la voie est une initiation virtuelle ; suivre la voie est l'initiation proprement dite.
René Guénon - Considérations sur l'initiation

Par conséquent, tous ceux qui reçoivent l’initiation ne deviennent pas automatiquement initiés.

Dans un autre article, nous avons longuement parlé de pseudo-initiation et de contre-initiation.

Comme nous l’avons dit, les deux attitudes sont répandues.

L’un est pseudo-initié lorsque l’initiation reste essentiellement virtuelle.

Quand on ne travaille pas sur soi, on n’abandonne pas les attitudes de profane.

Quand la pierre reste brute.

Ceux qui sont des pseudo-initiés, cependant, ne font pas de mal, sinon à eux-mêmes, gaspillant l’immense possibilité qui leur a été accordée.

Nous ne pouvons que répéter cette citation de Steiner, déjà reprise dans un précédent article dans lequel nous parlions de la Franc-maçonnerie et du Pouvoir.

Les connaissances et le pouvoir qui sont conférés à l'homme par l'initiation ne pourraient, sans elle, être acquis par lui que dans un avenir très lointain - après de nombreuses incarnations - par une tout autre voie, et même sous une toute autre forme.
Rudolf Steiner

Nous renvoyons également au même article pour la discussion sur le pouvoir, que nous n’approfondissons pas dans le présent article.

La pseudo-initiation peut être identifiée très facilement, par certaines attitudes, comme la concession à l’envie, la vanité, l’arrogance.

L’initiation virtuelle est « tuée » par l’ ignorance, le fanatisme et l’ambition .

Lorsque ces comportements, en revanche, nuisent à l’Institution ou à d’autres frères, de la pseudo-initiation on passe à la contre-initiation.

A titre purement illustratif, nous pouvons identifier deux catégories fonctionnelles à notre discours, la cordonite et l’Initié.

La cordonite , accessoirement, est une grave dégénérescence de la Magliettite , une maladie qui afflige de nombreux faux maçons.

De l’attachement mortifère aux sautoirs, symbole du fonctionnement de l’Atelier, portés par le Vénérable, le premier et le second surveillant, on passe à la recherche obsessionnelle de tabliers pouvant paraître prestigieux, poursuivie aussi par le recours à des attitudes arrogantes, de chantage, ne dédaignant pas l’usage de menaces réelles.

Il s’agit bien souvent de personnes qui n’ont que très peu réussi dans la vie profane, qui dans l’Institution laissent libre cours à leurs frustrations, animés de sentiments de rivalité, sinon de vengeance.

Malheureusement, dans leurs défauts profanes, ils sont souvent encouragés par les vrais Initiés, qui plus ils sont éloignés de la matérialité, plus ils comprennent et occupent des fonctions pour un sens élevé du service ; ils ne les fuient pas, ne craignent pas leurs responsabilités, mais ils refusent de se battre avec eux pour obtenir des sautoirs et se rabaisser à leur niveau.

L’Initié sait que ce qui compte, c’est l’Intuition exprimée par les mots, non le sautoir ou la couleur du tablier qu’on porte ; il chérissait, lorsqu’il était Apprenti, l’immense don du Silence , qu’il ne viole que lorsqu’il pense avoir quelque chose à dire qui pourrait être utile à son atelier.

Le cordoniste , quant à lui, recherche le plus beau et haut sautoir presque convaincu qu’il peut lui permettre de devenir un Super dignitaire à qui tout est permis et tout doit être pardonné, même fouler aux pieds un rituel jamais compris ; justement parce qu’il a des charges qui lui donnent du pouvoir, il passe souvent du statut de pseudo-initié au statut de contre-initié.

Si je me trompe, les étapes d’entrée rituelle dans le temple sont pseudo-initiées.

Cela signifie que je ne suis pas conscient de ce que je fais. Je répète sans réfléchir des gestes que je n’ai jamais compris.

Pour moi, une Tenue n’est pas différente d’une soirée costumée.

Si ces pas erronés sont pris en modèle par d’autres Frères ou, pire, je prétends les enseigner, alors je fais quelque chose d’anti-initiatique.

Nous avons vu précédemment, que les attaques contre-initiatiques peuvent être constatées aussi bien au niveau collectif qu’individuel.

Il s’agit évidemment de deux aspects étroitement liés.

Une obédience anti-initiatique aura une forte probabilité de créer des cherges et offices, plutôt que des initiés.

D’un autre côté, un nombre toujours croissant de contre-initiés dans une obédience traditionnelle régulière comporte le risque que sa nature elle-même change.

Si on ne parvient pas à développer des anticorps contre la cordonite et la course aux degrés , alors la loge ou l’obédience est gravement atteinte dans l’Essence même de ce qui fait la Franc-maçonnerie

Elle devient elle-même anti-initiatique.

Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas

Lire l’article sur le site de notre confrère

SOURCE :  https://450.fm/2021/06/25/franc-maconnerie-tabliers-et-inities-entre-poussees-anti-initiatiques-et-vrais-francs-macons/?fbclid=IwAR3XvOqfBp5Us8ZJLO_omiE5i6zeJam7NkSlJ1EfhBiszb45wtAcPLUa5rc

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Serge Hutin 7 avril, 2021

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Le Blog des Spiritualités

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Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, et toutes ces sortes de choses…

Serge Hutin. L’un de nos maîtres oubliés. Lisez le encore et toujours ! Il faut faire vivre l’œuvre de Serge Hutin.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 5 Avril 2021, 07:30am

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #FrancMaçonnerie, #GLDF, #REAA, #Hutin, #SergeHutin, #Spiritualité, #Esotérisme, #Hermétisme, #Martinisme, #Livres, #Articles

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Qui se souvient encore aujourd’hui de Serge Hutin (né le 2 avril 1929 à Paris et mort le 1er novembre 1997 à Prades, Pyrénées-Orientales) ?

Bien trop peu de monde malheureusement. Alors que pour moi il a été l’un des érudits majeurs du 20ème siècle en ce qui concerne les thèmes de l’initiation, de l’ésotérisme, de la gnose, de l’hermétisme, de l’occultisme et de la spiritualité en général.

Son érudition était phénoménale.

Il a été un écrivain prolixe et surtout – ce qui pour moi n’est en rien péjoratif bien au contraire ! -  un vulgarisateur. Un conteur extraordinaire comme me l’on rapporté ceux qui ont eu la chance de le connaître et un écrivain merveilleux, et parfois même un écrivain du merveilleux ce qui est encore mieux !

J’ai entendu prononcé pour la première fois le nom de Serge Hutin par mon ami, frère et très regretté François Rognon.

François Rognon avait en effet été initié le 3 mars 1975 au sein de la Respectable Loge N°355 « Arts et Travail » de la Grande Loge de France, et il avait la grande chance, le grand bonheur d’avoir Serge Hutin  comme second surveillant. Et François de me raconter par le menu leurs merveilleuses séances d’instructions avec lui !

Alors, depuis, comment ne pas aimer celui que François Rognon considérait comme son Maître ?!

 

C’est dans ce même atelier – « Art et travail » – que Serge Hutin avait été initié le 9 février 1966. Il sera passé compagnon le 22 mai 1967, et élevé maître le 30 septembre 1968.  Il était en également 30ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il fréquentera de très nombreux autres ateliers !

 

Serge Hutin est licencié de philosophie à la Sorbonne alors qu’il n’a que 20 ans et l’année suivante, en 1950, il est diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd.

Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens de Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Quel cursus universitaire exceptionnel !

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il le quitte rapidement. La carrière toute tracée de fonctionnaire (ou encore pire d’homme d’affaire !) ce n’est pas pour Serge !

Il ne voudra pas « faire carrière » comme nous l’entendons aujourd’hui. Il ne gagnera jamais beaucoup d’argent, c’est le moins que l’on puisse dire.

Il voulait vivre de sa plume et de ses écrits. Il en vivra extrêmement mal et sera pauvre toute sa vie. Il ne survivra, lors de ses dernière années – malade et accablé – que par la générosité de ses frères de Prades.

C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’on ne se souvient plus de Serge Hutin aujourd’hui. Peut-être cultive-t-on trop de nos jours l’entre-soi et la promotion de la réussite matérielle – et donc profane ? Y compris au sein de notre Ordre qui se veut pourtant un ordre initiatique et traditionnel fondé sur la fraternité. Peut-être Serge Hutin ne coche-t-il pas toutes les cases qu’il faut aujourd’hui ? Il n’a jamais été un notable. Ni à Paris, ni en province. Ce sont des questions que je me pose sans trouver de réelles réponses. Mais ce que je sais c’est qu’il a toujours été un cherchant, un chercheur de Lumière, un véritable initié.

Ce que je sais aussi, c’est que l’ésotériste, le symboliste et le frère Serge Hutin nous manque et que nous manquons cruellement de nouveaux Serge Hutin aujourd’hui. De frères « différents« , de frères qui « ne rentrent pas dans les bonnes cases« . Serge détonait déjà un peu de son temps. Il détonerait encore plus aujourd’hui !

«  Si « le fantôme de sa mère l’accompagne » cet être dépassé par notre civilisation matérialiste n’a que son inaltérable soif du merveilleux, sa bonté naturelle. Cet errant était en quête d’un sourire, d’une sensible amitié. A-t-on été assez réceptif à la détresse de celui qui a donné avec amour? » écrivait Jean-Pierre Bayard dans son article consacré aux écrits maçonniques de Serge Hutin.

Serge Hutin était en tout cas de ceux qui ne s’assignait aucune limite dans la recherche de la vérité et de la justice.

Esotériste, symboliste, hermétiste, gnostique, martiniste, franc-maçon, il a exploré de multiples voies de connaissance et c’est tant mieux. Car ces voies ont fait le miel de ses très nombreux ouvrages que nous pouvons lire aujourd’hui passionnément, comme il les a écrit. 

Et il a été un grand – très grand ! – vulgarisateur. Et moi c’est aussi (et surtout?) ce  Serge Hutin là que j’adore !

Voici ce qu’écrit Jacques Fabry dans son article intitulé  » La théosophie selon Serge Hutin » :   » Dans son ouvrage Théosophie, A la recherche de Dieu paru en 1977 aux Editions Dangles, Serge Hutin cite une belle formule de Paracelse que je voudrais à mon tour mettre en exergue à cette communication : « L’imagination mène la vie de l’homme. S’il pense au feu, il est en feu; s’il pense à la guerre, il fera la guerre. Tout dépend du désir de l’homme d’être soleil, c’est-à-dire d’être totalement ce qu’il veut être ».
De complexion plutôt lunaire, Serge Hutin, sans nul doute, a néanmoins été ce soleil de rêve. Je l’ai peu connu, peut-être l’ai-je rencontré tout au plus une dizaine de fois dans les années soixante, mais je garde de lui le souvenir d’un homme très bon et indulgent. Il avait même, si l’on veut bien me passer cette expression un peu insolite, « quelque chose d’un ange ». Son ouvrage sur la théosophie n’a certes pas la qualité de ses premiers travaux universitaires, mais il y a au moins deux raisons à cela. La première, c’est qu’il avait décidé d’écrire pour un large public et non pour des spécialistes. La deuxième, c’est qu’il avait un esprit si ouvert et si tolérant qu’il accueillait, dans un large sourire, du bon et du moins bon, d’où parfois un certain flou de sa pensée ou, à tout le moins, un manque de rigueur. C’est le cas de l’ouvrage que je voudrais résumer et commenter
« . Avant de conclure : « C’est pourquoi, son travail sur la théosophie, si riche d’aperçus brillants et de citations judicieusement choisies, s’apparente davantage à une toile impressionniste qu’aux contours léchés et précis d’un tableau de Philipp Otto Runge, le chantre pictural de la Naturphilosophie romantique allemande. Il n’en est pas moins précieux et cher au cœur de tous ceux qui ont connu son auteur soit personnellement, soit par le biais d’un message qui ne saurait laisser quiconque indifférent« . Fin de citation.

Qu’il nous semble loin aujourd’hui le Grand Colloque organisé par la Grande Loge de France le 6 mai 1998 en mémoire du frère Serge Hutin et de son œuvre ! Qu’ils nous semblent loin les deux numéros de Points de Vue Initiatiques (113 et 114) de 1998, pratiquement entièrement consacrés à notre frère Serge !

Serge a écrit des livres merveilleux sur les sujets qui nous passionnent : les franc-maçonnerie, l’alchimie, les rose-croix, l’initiation, les sociétés secrètes, l’ésotérisme, le symbolisme ! Ne vous privez plus de ces lectures passionnantes !

Alors, à quand un nouveau grand colloque autour de l’actualité de l’œuvre de Serge Hutin à la Grande Loge de France et de nouveaux numéros de PVI ou la réédition des anciens qui sont merveilleux (ou les deux) ?

Mes chers amis, prenez le temps de lire cet article même s’il est un peu long. Serge Hutin en vaut la peine. Vraiment. 

Et surtout, lisez encore et toujours Serge Hutin qui a écrit des livres magnifiques !

J’aurais réussi mon pari si je vous donne – avec cet article un peu trop long – envie de lire et de relire Serge Hutin !

Jean-Laurent Turbet

 

 

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Hommage à Serge Hutin

Par Jean-Pierre Bayard.

 

EDITORIAL
A notre Frère Serge Hutin

Serge Hutin est décédé le le> novembre 1997. Cet écrivain fécond, qui a publié tant d’ouvrages, s’est éteint sans ressources dans la maison de retraite de Prades (Pyrénées-Orientales). Cet homme confiant et bon enfant était dépassé par notre vie matérialiste idéaliste, adepte du mystère, il ne savait lutter contre les rigueurs de la vie.

Grâce à la fraternité des frères de la Loge « Harmonie Solidarité »  n° 1122 de la Grande Loge de France, Serge repose dignement au cimetière de Prades, dans une concession achetée par leurs soins. Un beau geste de solidarité.

Ce jeune universitaire au brillant avenir a su surmonter ses difficultés de santé dont il a conservé quelques traces discernables principalement dans sa grande écriture.

Né dans le VIème arrondissement de Paris le 2 avril 1929, il est licencié de philosophie (Sorbonne) alors qu’il n’a que 20 ans l’année suivante, en 1950, le voici diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd. Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens rrde Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), qu’il quitte rapidement, ses recherches sont bientôt éditées.

Parmi ses collaborations – dont on trouvera ci-dessous une liste peut-être encore incomplète-, notons son adaptation française du Dictionnaire des religions de E. Royster Pike, ainsi que son essai « La Franc-Maçonnerie » paru dans l’Encyclopédie de la Pléiade dirigée par Henri-Charles Puech, de l’Institut (Histoires des religions t. II p. 1382-1409, Gallimard- NRF) ses nombreux écrits de la collection « Que Sais-Je ? » sont également à citer.
 

Il vit avec sa mère, à Fontenay-aux-Roses, dans la région parisienne. A cause de sa constitution physique, écrivain indépendant, il n’a pour seule ressource que la publication de ses recherches littéraires centrées sur la pensée traditionnelle. Il est ainsi confronté à un monde fermé, où les publications sont à faible tirage, où les éditeurs de cette discipline sont eux-mêmes en nombre limité.

Puis à la mort de sa mère, paralysée durant de longues années, leur pavillon est vendu au profit de l’Assistance Publique.

Serge Hutin est seul, privé de son seul secours. Si « le fantôme de sa mère l’accompagne », il n’a plus de domicile et dépend souvent du bon vouloir de ses amis.

Il entre bientôt à la Grande Loge de France. Initié en 1966 à la loge Art et Travail, il fréquente bien d’autres ateliers, y trouvant un refuge, un lieu où il peut s’exprimer dans un climat de compréhension mutuelle.

Malgré ses abondants écrits, livres et articles, ses nombreuses conférences, il reçoit peu d’argent. Il quête un repas, une amitié et pendant un certain temps il a été un invité de la Fraternelle des Journalistes et Ecrivains.

Humblement il participe aux travaux en apportant sa riche contribution et une vaste documentation aux questions les plus complexes, mais il ne brigue pas les « honneurs » qui pour lui ne devraient pas exister en Maçonnerie, car ce sont des devoirs.

Il conserve le pouvoir de rêver… Accompagnant des amis qui lui sont dévoués, il s’installe à Prades où finalement il rejoint la maison de retraite.

Serge Hutin ne se plaint pas, sauf parfois contre quelques éditeurs qui oublient de lui régler ses droits d’auteur. Plus spécialement depuis deux ans il subit la grave crise de l’édition qui accuse une perte de 30% du chiffre d’affaire dans la catégorie de l’ésotérisme.

En juillet 1997 il s’était cassé le bras droit ; début octobre il avait été soigné d’une embolie pulmonaire à l’hôpital de Montpellier et m’écrivait le 9 octobre «j’ai bien failli passer de «l’autre côté». Cela n’eût-il pas mieux valu, la vie m’ayant si peu gâté ?».

En accord avec la revue Avec Regard de l’Institut d’Etudes et de Recherches (34700 Poujols), je lui avais demandé le 29 septembre 1997 sa collaboration pour évoquer «Le Compagnonnage », se proposant de revenir sur ce thème.  Son dernier travail…

Avant « la gentille lettre qui va droit au cœur » , Serge Flutin avait eu le grand plaisir de voir la publication de deux de ses ouvrages Sain t-Germain, Cagliostro, la princesse de Lamballe aux éditions Bélisane et la
réédition revue et corrigée de Rose-Croix d’hier et d’aujourd’hui aux éditions Louise Courteau au Canada.

C’est ce sourire d’enfant que j’évoque car cet excellent conférencianer, cet auteur souvent cité qui a voulu avec ses moyens servir la pensée spirituelle à tous les degrés, est toujours resté dans sa simplicité, excusant les erreurs des autres, bienveillant envers tous : je ne l’ai jamais entendu médire de quelqu’un, mais, sans se plaindre, très humblement, il a accepté son sort avec résignation, ne nous faisant guère connaître son déchirement intérieur.

Jean-Pierre Bayard.

 

Hommage publié dans Points de Vue Initiatiques – Les Cahiers de la Grande Loge de France, N°109. Mars/Avril/Mai 1998

 

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