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Tubalcaïn 7 mars, 2021

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TUBALCAÏN

תּוּבַל-קַיִן   

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            Tubalcaïn est un personnage secondaire. Il s’inscrit dans la lignée des caïnites et n’apparaît qu’avec sa fratrie, tant dans la bible, où son nom n’apparaît qu’une fois, que dans les textes des Old Charges. C’est Gérard de Nerval qui romance sa relation avec Adoniram, ce qui justifie, quoique utilisé comme mot de passe du 2ème degré dans les rites anglo-saxons, d’évoquer sa légende aussi au 3ème degré,

I – Le personnage

D’après la Bible (Genèse IV, 22), Tubalcaïn façonna toute sorte d’instruments de cuivre et de fer. Il est présenté comme le fils de Lamek et de sa seconde épouse Çilla, il est donc le petit-fils de Caïn, né vers l’an 2975 avant J.-C.. Le nom vient de l’union de celui de Tubal avec Caïn. Tubal (8 fois : Gn 10,2; Is 66,19; Éz 27,13; 32,26; 38,2.3; 39,1; 1 Ch 1,5) serait un peuple et/ou un pays d’Asie mineure, toujours associé à Méshek. Méshek et Tubal sont deux des sept fils de Japhet selon Gn 10,2 // 1 Ch 1,5. Peuples d’Asie mineure, probablement la Phrygie et la Cilicie, ou peuples des bords de la mer Noire. Quant au nom Caïn, il y a deux étymologies possibles. Le mot hébreu qayin peut signifier « forgeron » ou encore, à l’aide de la racine qnh« j’ai acquis » (cf. Gn 4,1).

On croit que c’est de Tubal-Caïn que les romains païens ont pris l’idée de leur Vulcain ; la racine du nom Tubalcaïn serait en hébreu thu, bal, caïn, celui qui souffle le feu, nom repris en latin par Vulcanus. La désinence du nom et les travaux auxquels s’adonna Tubal-Caïn rendent cette conjecture assez probable. De même, il correspond à Héphaïstos, chez les Grecs : dieu grec du feu et de la forge ; à Vulcain chez les Romains, à Tvashtri en Inde, Ptah en Égypte, Le Grand Yu en Chine, Ogun chez les Youbas d’Afrique, Brahmanaspati en Inde. C’est aussi Gobban Saer, le Janus des Celtes, qui figure l’union entre technique et art, Gobban le forgeron, et Saer, le constructeur, habile dans tous les Arts, que l’on peut identifier avec la figure d’Hiram.

Le feu de tous ces forgerons légendaires est un feu créateur, il éclaire et ne brûle pas. Il n’est pas dissociable de la Lumière sans laquelle rien ne serait, car elle établit les formes du monde apparent.

C’est dans l’ Histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies de Gérard de Nerval (1851) au chapitre VII, Le monde souterrain.que l’on trouve la rencontre romanesque d’Hiram et de Tubalcaïn.

Le substrat de cette légende est bien différent de la légende maçonnique : on y expose qu’Adoniram est en réalité descendant de Caïn par son père Hénoch ; son ascendance prométhéenne lui est révélée ainsi que la malédiction qui pèse sur elle.

 

En résumé :

Entraîné comme dans un rêve dans les profondeurs de la Terre, Hiram apprend de la bouche même de Tubal-Caïn, qui lui révèle être son « maître » et son « patron », « l’aïeul de ceux qui travaillent et qui souffrent, l’essentiel de la tradition des Caïnites, ces forgerons maîtres du feu. Tubal-Caïn, montre à Hiram la longue suite de ses pères : D’abord Caïn qui fut conçu par Iblis avec ève (Abel par Adam). Iblis, (Satan) était un Djinn conçu par le feu tandis que les anges le furent de Lumière..

Puis Hénoch, qui apprit aux hommes à se bâtir des édifices, à se grouper en société, à tailler la pierre ; Hirad, qui jadis sut emprisonner les fontaines et conduire les eaux fécondes ; Maviël, qui enseigna l’art de travailler le cèdre et tous les bois ; Mathusaël, qui imagina les caractères de l’écriture ; Jabel, qui dressa la première des tentes et apprit aux hommes à coudre la peau des chameaux ; Jubal, qui le premier tendit les cordes du cinnor et de la harpe, et en sut tirer des sons harmonieux ; enfin, Tubal-Caïn lui-même, qui enseigna aux hommes les arts de la paix et de la guerre, la science de réduire les métaux, de marteler l’airain, d’allumer les forges et de souffler les fourneaux. Caïn enseigne alors lui-même à Hiram comment, au cours des âges, les enfants issus de lui, fils des Élohim, travailleront sans cesse à l’amélioration du sort des hommes pourchassés par un dieu injuste qui privilégia Abel.

 

II – Tubalcaïn et la F:.M:.

Dans la tradition maçonnique, la plus ancienne référence à Tubalcaïn remonte au Manuscrit Cooke aux environs de l’an 1400. On y apprend que les enfants de Lamech parmi lesquels Tubalcaïn auraient gravé sur 2 colonnes (alors que selon l’historien Josèphe, c’eut été Seth), l’une de marbre pour résister à l’eau, l’autre en brique pour résister au feu, l’ensemble de leurs connaissances scientifiques et artistiques afin qu’elles survivent au déluge, symbolisant ainsi la transmission de la Tradition.

En résumé, voilà ce que raconte le Cooke aux paragraphes 281 à 326 :

Toute la sagesse antédiluvienne fut écrite sur deux grandes colonnes par les quatre enfants de Lamech qui y relatèrent les savoirs qu’ils avaient inventés. Jabel était l’aîné et il inventa la géométrie, il possédait des troupeaux de moutons et ils eurent aux champs des agneaux, pour qui il fabriqua des abris de pierre et de bois, c’est lui qui construisit les colonnes. Son frère Jubal inventa l’art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère Tubalcaïn inventa le travail de la forge, tel que cuivre, acier et fer, et leur sœur Naama inventa l’art du tissage. Après le déluge de Noé, l’une d’elles fut découverte par Pythagore et l’autre par Hermès le Philosophe, qui se consacrèrent à enseigner les textes qui y étaient gravés. D’un côté la colonne d’Hermès, « Connaissance, symbole et amour »qui nous guide dans notre quête ésotérique de la Transcendance, et de l’autre la colonne de Pythagore « Science, raison et liberté ; refus d’abdiquer de notre cohérence intérieure » qui nous conduit à « douter des choses qu’on ne peut démontrer et qui ne sont connues que sous le nom de mystères ».

Cette histoire est reprise par de nombreux manuscrits appelés Old charges.

À noter que dans les Constitutions d’Anderson, la gravure des colonnes est attribuée à Énoch

Car, par quelques vestiges de l’Antiquité, nous savons que l’un d’eux, le pieux Enoch (qui ne mourut pas mais fut transporté vivant au Ciel), prophétisa la conflagration finale au Jour du Jugement (comme nous le dit SAINT-JUDE) et aussi le déluge général pour la punition du Monde. C’est pour cela qu’il éleva deux grands piliers (d’autres les attribuent à Seth), un de pierres et l’autre de briques sur lesquels étaient gravées les sciences libérales, etc. Et que le pilier de pierre subsista en Syrie jusqu’aux jours de l’Empereur Vespasien.

RER. Mot de passe initial  de l’apprenti. À la demande de Jean-Baptiste Willermoz, lui-même inspiré par Mme de La Vallière, ce mot fut remplacé en 1785 par Phaleg. D’après Willermoz, c’était une contradiction que donner à l’apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous les métaux qui sont les emblèmes des vices. Cette modification fut mal acceptée par beaucoup de frères appartenant à ce rite.

Au Rite Émulation, Tubalcaïn est le mot de passage donnant accès du 2ème au 3ème grade.

Rite York. Tubalcaïn est le nom de la griffe de passage de compagnon à maître, servant de mot de passe au 2ème  degré, tel que cela apparaît dans l’échange entre le 1er surveillant et le 1er expert dans  les instructions du degré : «- A-t-elle un nom? -Oui – Voulez-vous me le donner ? – Ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu et je ne le communiquerai jamais ainsi.- Comment en disposez-vous ? – En l’épelant ou par syllabe. – Donnez-le par syllabe et commencez. – Commencez vous-même. – C’est à vous de commencer.»

 

III – L’interprétation

Pour Hervé Tremblay, les généalogies des onze premiers chapitres de la Genèse entendent décrire les peuples (Gn 5) et justifier l’apparition des différents aspects de la vie humaine, comme les arts et les métiers. En Gn 4,20-22, les trois castes des éleveurs de bétail, des musiciens et des forgerons ambulants sont rattachées à trois ancêtres dont les noms font assonance et rappellent les métiers de leurs descendants : Yabal (ybl « conduire ») ; Yubal (yôbel « trompette ») ; Tubal (nom d’un peuple du nord, au pays des métaux). Tubal-Caïn serait «l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer». Cela signifie que les généalogies ne sont pas très fiables historiquement et que les noms sont plutôt des créations visant à rendre compte du monde tel qu’il est.

Tubalcaïn, le forgeron, travaille les métaux et s’inscrit spirituellement comme continuateur de la lignée caïnite. Le forgeron fait partie des bâtisseurs et apprend à être par le moyen de la création. Il a la connaissance des 4 éléments : le métal est extrait de la terre, il est transfiguré par le feu, lui même attisé par l’air puis trempé par l’eau afin de devenir l’instrument utile aux laboureurs ou aux guerriers. Il forge des épées, œuvre d’initié car elles sont parfois dotées d’un pouvoir magique, qui demande de connaître et maîtriser les forces contenues dans ces éléments. Le forgeron maîtrise le feu et grâce à lui transforme les métaux qui viennent des profondeurs de la terre. Son pouvoir est ambivalent, il peut être aussi maléfique que bénéfique car il forge des armes pour faire la guerre et comme Tubalcaïn qui , selon le témoignage de Philon et du livre apocryphe d’Énoch, cité par Tertullien, employa aussi dans ses travaux l’or, l’argent, etc., dont on fit ensuite des idoles pour les adorer.

Le travail de la forge signifie la constitution de l’être à partir du non-être. La forge est l’allégorie du cœur et les soufflets représentent les poumons.

Fondre le métal et le reformer correspond au « salve et coagula » de l’alchimie hermétique, travail créateur par excellence, car créer c’est recréer.

Sur un autre plan, selon Guy Barthélémy, la signification politique de la fable de Nerval est claire: ceux qui produisent les richesses de la terre, mais qui aussi ont permis aux hommes de sortir de leur animalité, car parmi ces bannis, il y a celui qui a inventé la ville, celui qui a inventé le tissage, celui qui a conçu le premier instrument de musique qui sont injustement opprimés par ce Dieu qui veut maintenir abusivement les hommes dans un état d’ignorance et par ceux qui lui servent de relais : les rois, ces ministres despotiques d’Adonaï. Le savoir et la liberté ne peuvent donc s’épanouir que dans un combat socialiste qui s’infléchit vers la mise en cause du Dieu

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SOURCE http://solange-sudarskis.over-blog.com/2017/01/tubalcain.html?fbclid=IwAR1dnTKE0WBJw6FGNCffMdEft-QWYoC95HJKPlr4l47Jl1bUYFUnvgRh9BQ

Liberté chérie … 20 décembre, 2020

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Liberté chérie (loge maçonnique)

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Liberté chérie est une loge maçonnique connue pour avoir fonctionné à l’intérieur du camp de concentration nazi d’Esterwegen pendant la Seconde Guerre mondiale.

Fondation

La loge est créée dans la seconde quinzaine de novembre 1943, après l’arrivée du maître maçon Amédée Miclotte à la « baraque 6 » du camp de concentration Emslandlager VII d’Esterwegen, le 22 novembre 1943, par sept francs-maçons belges déportés pour faits de résistance. Le nom de la loge fut choisi d’après les paroles du Chant des marais (traduction du Borgermolied) créé en 1933 à Börgermore et Esterwegen, diffusé ensuite par les prisonniers politiques allemands et retransmis à l’étranger où il a été traduit et chanté dans les organisations de jeunesse scouts et autres ainsi que par les membres des brigades internationales.

Les sept fondateurs étaient :

Il y eut aussi deux « affiliés » arrivés à Esterwegen en février et mars 1944 :

Par la suite, peu avant le départ de Luc Somerhausen le 22 février 1944, ils initièrent, puis élevèrent jusqu’au troisième degré le frère Fernand Erauw ; décédé à Ottenbourg le 8 avril 1997. Le frère Franz Bridoux, initié après-guerre, était lui aussi prisonnier dans le même baraquement du 16 novembre 1943 au 15 avril 1944. Paul Hanson fut élu vénérable.

Fonctionnement

Le dimanche matin, tandis que les catholiques se réunissaient au fond du dortoir pour la messe avec les deux prêtres déportés, les frères réunissaient la loge dans l’autre pièce du baraquement « numéro 6 », autour d’une table qui était habituellement utilisée pour le tri des cartouches. Les déportés non catholiques et non maçons assuraient le guet à l’entrée de la baraque.

Le baraquement « numéro 6 » était occupé par des prisonniers « nuit et brouillard » (Nacht und Nebel) étrangers (environ 85 % de Belges, 10 % de Français du Nord-Pas-de-Calais, etc). Les camps d’Emslandlager étaient un ensemble de camps dont l’histoire est présentée dans l’exposition permanente du centre de documentation et d’information de Papenburg. Cet ensemble de quinze camps était établi près de la frontière avec les Pays-Bas et étaient administrés depuis Papenburg.

Luc Somerhausen décrivit l’initiation d’Erauw et les autres cérémonies comme étant des plus simples. Ces cérémonies eurent lieu à l’une des tables au moyen d’un rituel extrêmement simplifié dont toutes les composantes furent expliquées au candidat afin que, par la suite, il puisse participer aux travaux de la loge. Elles furent protégées des regards des autres prisonniers et des surveillants par les quelques non-catholiques et non maçons qui étaient déportés dans le même baraquement.

Il y avait plus d’une centaine de prisonniers dans le baraquement « numéro 6 », où ils étaient enfermés pratiquement 24 heures sur 24, n’ayant le droit de sortir qu’une demi-heure par jour, sous surveillance. Pendant toute la journée les prisonniers triaient des cartouches et des pièces de radio. Les prisonniers politiques ou de droit commun allemands de l’autre moitié du camp étaient contraints de travailler dans des conditions effroyables dans les carrières de tourbe des environs. L’alimentation était si pauvre que les prisonniers perdaient en moyenne 4 kg chaque mois.

Après la première tenue d’installation de la loge, d’autres réunions thématiques furent organisées. L’une d’entre elles fut dédiée au symbole du Grand Architecte de l’Univers, une autre à l’avenir de la Belgique et une autre à la place des femmes dans la franc-maçonnerie. Somerhausen et Erauw et le docteur Degueldre survécurent à la détention et la loge cessa ses travaux au printemps 1944 au moment du transfert de tous les prisonniers Nacht und Nebel vers d’autres camps plus au centre de l’Allemagne.

La respectable loge « Liberté chérie » est immatriculée sous le numéro 29bis au Grand Orient de Belgique.

Membres de la loge

Le vénérable maître de la loge, le juge Paul Hanson, né à Liège le 25 juillet 1889, était membre de la loge « Hiram » à Liège. Participant à un service de renseignements et d’action, il est arrêté le 23 avril 1942. Il est plus tard transféré à Essen et meurt dans les ruines de sa prison, détruite par un raid allié le 26 mars 19442

Le docteur Franz Rochat, professeur d’université, pharmacien et directeur d’un important laboratoire pharmaceutique, est né le 10 mars 1908 à Saint-Gilles. Il travaille clandestinement pour le journal de la résistance La Voix des Belges, avant son arrestation le 28 février 1942. Transféré à Untermansfeld en avril 1944, il y meurt le 6 janvier 1945.

Jean Sugg est né le 8 septembre 1897 à Gand. D’origine suisse-allemande, il travaille avec Franz Rochat dans la presse de la résistance, traduisant des textes allemands et suisses, et participe à différents journaux clandestins, dont La Libre Belgique, La Légion noire, Le Petit Belge et L’Anti Boche. Il meurt à Buchenwald le 6 mai 1945.

Jean Sugg et Franz Rochat appartenaient à la loge des Amis philanthropes à Bruxelles.

Guy Hannecart, avocat, poète, romancier et dramaturge, né à Bruxelles le 20 novembre 1903, appartenait à la loge Les Amis philanthropes no 3, à Bruxelles. Membre du Directoire national du Mouvement national belge, il est arrêté le 27 avril 1942. Il meurt à Bergen-Belsen le 25 février 1945.

Joseph Degueldre, docteur en médecine, né à Grand-Rechain le 16 octobre 1904, était membre de la loge « Le Travail » à Verviers. Membre de l’Armée secrète, chef de section de S.A.R., il est arrêté le 29 mai 1943. Transféré à la prison d’Ichtershausen en avril 1945, il participe à une « marche de la mort », s’en évada et fut ensuite rapatrié par l’aviation américaine le 7 mai 1945. Il meurt le 19 avril 1981 à l’âge de 78 ans.

Amédée Miclotte, professeur, est né le 20 décembre 1902 à La Hamaide et appartenait à la loge « Les Vrais Amis de l’union et du progrès réunis ». Chef de section aux Services de renseignements et d’actions, il est arrêté le 29 décembre 1942. Il est aperçu pour la dernière fois en détention, le 8 février 1945 à Gross-Rosen.

Jean De Schrijver, colonel de l’armée belge, est né le 23 août 1893 à Alost. Il était membre de la loge « La Liberté » de Gand. Le 2 septembre 1943, il est arrêté pour espionnage et possession d’armes. Il meurt à Gross-Rosen le 9 février 1945.

Henry Story était né le 27 novembre 1897 à Gand. Il était membre de la loge « Le Septentrion » à Gand. Capitaine aux Services de renseignements et d’action, arrêté le 20 octobre 1943, il meurt le 5 décembre 1944 à Gross-Rosen.

Luc Somerhausen, journaliste, est né le 26 août 1903, à Hoeilaart. Il appartenait à la loge « Action et Solidarité no 3 » et fut grand secrétaire-adjoint du Grand Orient de Belgique. Adjudant aux Services de renseignements et d’actions, il est arrêté le 28 mai 1943 à Bruxelles. Rapatrié le 21 mai 1945, il envoie en août de la même année un rapport détaillé au grand maître du Grand Orient de Belgique dans lequel il relate l’histoire de la loge « Liberté chérie ». Il meurt le 5 avril 1982 à l’âge de 79 ans.

Fernand Erauw, greffier à la Cour des comptes de Belgique et officier de réserve dans l’infanterie, est né le 29 janvier 1914 à Wemmel. Il est arrêté le 4 août 1942 pour appartenance à l’Armée secrète, où il avait le grade de lieutenant. Il s’évada et fut repris en 1943.[réf. nécessaire] Erauw et Somerhausen se retrouvent en 1944 dans le camp de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen et restent inséparables par la suite. Au printemps 1945, ils participent à une « marche de la mort ». Rapatrié le 21 mai 1945 et hospitalisé à l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, Erauw ne pesait alors plus que 32 kg pour 1,84 m. Dernier survivant de « Liberté chérie », il meurt à l’âge de 83 ans, en 1997.

Monument

Un monument, créé par l’architecte Jean De Salle, fut élevé par les francs-maçons belges et allemands le 13 novembre 2004. Il fait désormais partie de l’ensemble du mémorial d’Esterwegen. Wim Rütten, grand maître de la Fédération belge du Droit humain, déclara dans son discours :

« Nous sommes assemblés ici aujourd’hui, dans ce cimetière d’Esterwegen, non pas pour prendre le deuil, mais pour exprimer publiquement une pensée libre : « À la mémoire de nos frères, les droits de l’homme ne seront jamais oubliés. »!

SOURCE : le net (merci Jean pour ce partage)

Liberté chérie

Taoïsme et franc-maçonnerie 20 août, 2020

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Taoïsme et franc-maçonnerie

 
Taoïsme et franc-maçonnerie dans Recherches & Reflexions

La démarche maçonnique puise sa réflexion dans toutes les traditions ; nous vous proposons une réflexion sur une application des principes taoïstes à la symbolique maçonnique.

 

Cela pourrait ressembler à une gageure de vouloir utiliser des concepts taoïstes qui sont apparus plusieurs centaines d’années avant JC pour expliquer le fonctionnement d’une loge maçonnique ; mais, si on accepte le fameux adage du « Tout est dans tout ! » , l’exercice ne devrait pas laisser indifférent. Il s’agit là bien sûr d’une première approche de vulgarisation qui pourrait être plus détaillée si la demande s’exprime.

 

Il y a plusieurs entrées possibles dans la compréhension de la philosophie taoïste ; nous vous en proposons deux :

  • A partir de l’énergétique chinoise,
  • En utilisant les cinq éléments .

L’énergétique taoïste

 

On pourrait définir l’énergie comme une « mise en mouvement » d’un dynamisme affectant le vivant que cela soit sous une forme collective ou individuelle .

 

Le principe du taoïsme pourrait, d’une manière simplifiée, être présenté ainsi :

  • L’énergie Yang totale, immatérielle, féconde l’énergie Yin totale matérielle
  • Cette fécondation initiale de l’énergie yin totale produit une succession de six formes énergétiques :
  • La petite énergie yin (Tae Yin)
  • L’énergie moyenne (Chao yin)
  • La grande énergie yin (Tsue Yin)
  • La petite énergie yang (Chao yang)
  • L’énergie yang moyenne (Yang ming)
  • La grande énergie yang (Tae Yang)
 
  • A partir de cette grande énergie yang il y a la possibilité de recréer l’énergie yang totale (cf schéma ci-joint).
 

Dans cette évolution du cycle énergétique, on peut remarquer trois moments clés :

  • La « fécondation » de l’énergie yin totale par l’énergie yang totale
  • La mutation de la grande énergie yin en petite énergie yang
  • Le passage de la grande énergie yang à l’énergie yang totale

Si on compare avec la » logique » maçonnique , on voit bien qu’il y a une similitude entre l’énergie yang totale et la Lumière et entre l’énergie yin totale et les Ténèbres.

 

Quand nous proclamons « Ordo Ab Chao » ce qui peut aussi s’énoncer comme « la Lumière transcende la Matière », la doctrine taoïste affirme que l’énergie Yang totale transforme et féconde l’énergie yin totale.

 

Cette logique des relations entre les énergies s’applique naturellement au monde vivant. Chaque organe a son énergie .

 

Il y a des énergies positives qui sont plus tôt « aidantes » et des énergies négatives ou « perverses » qui peuvent perturber le fonctionnement du système. L’énergie peut aussi être d’origine externe et affecter notre organisme ; par exemple le froid, la chaleur, les traumatismes sont des énergies mais aussi la colère, la peur, la joie.

 

Toute la subtilité de l’approche taoïste a été de décrire les changements de fonctionnement de l’organisme et donc de l’être humain en fonction des variations de toutes ces énergies et d’imaginer une logique qui explique les conséquences attendues et prévisibles de ces interactions.

 

Classiquement on décrit une énergie globale et six énergies « fonctionnelles», chacune pouvant être sous la forme yang ou sous la forme yin ; schématiquement rappelons que la forme yang se caractérise par une activation alors que la forme yin correspond à une certaine passivité. Nommer ces énergies en français est forcément réducteur car les termes chinois cumulent une grande variété de nuances mais l’objectif étant de se faire comprendre, l’enjeu prime et les spécialistes du taoïsme nous excuseront.

 

Ces six grands types d’énergies sont :

  • L’énergie de la distribution veille à une répartition et à une « alimentation » des différentes composantes du système.
  • L’énergie de l’épanouissement se manifeste dans la réalisation des processus intimes.
  • L’énergie de la préparation comporte la capacité d‘évaluation et d’anticipation préalable à l’engagement
  • L’énergie du mouvement s’impacte sur ce que l’on pourrait appeler le corps physique et en particulier son extériorisation ;
  • L’énergie de la séparation affecte tous les processus qui visent à séparer l’essentiel de ce qui ne l’est pas ;
  • L’énergie de la résistance se consacre à préserver l’essentiel, c’est-à-dire le germe du renouvellement de la vie et donc d’une certaine manière la mémoire du code.

Ces six énergies fonctionnelles, si elles fonctionnent en synergie, permettent au système de remplir son rôle, de se protéger et d’assurer leur pérennité. Dès que l’une flanche, une fragilité apparaît et l’ensemble devient vulnérable.

 

La complexité du phénomène de la vie est telle que le taoïsme fait référence à d‘autres énergies mais il est nécessaire ici d’être concis et de savoir se limiter.

 

Si on considère la loge comme un organisme vivant, il est possible d’utiliser cette modélisation d’un fonctionnement énergétique. On peut ainsi analyser à partir d’elles le fonctionnement global et celui des différents offices.

 

Globalement, on pourrait dire que la loge est une entité Yin, à qui on pourrait donner l’adjectif de féminin dans la mesure où elle correspond à une maïeutique qui donne « naissance » à des initié(e)s qui auront leurs propres existences. En plus de cette fonction d‘initiation de profanes, la loge a pour autre raison d’être celle de conforter la fraternité entre ses membres et de l’étendre à la société. Une loge qui vit des troubles internes est dans l’incapacité fonctionnelle d’assumer ces fonctions.

 
 
 dans Recherches & Reflexions
 

L’orientation générale de la loge vers le mysticisme ou vers la production de réformes sociétales, procède d’une certaine manière du même dynamisme, celui de la transformation ; en effet on pourrait dire que la loge est destiner à créer l’initié(e) et à le « façonner » vers une sanctification et vers l’exercice d’une mission en devenant un(e) « architecte » (celui ou celle qui crée).

 

Pour assurer son rôle la loge dispose d’un collège d’officier(e)s ; en utilisant le modèle énergétique taoïste, on pourrait attribuer à chaque officier(e) une énergie fonctionnelle :

  • Au vénérable et au secrétaire, l’énergie du mouvement (le secrétaire pouvant être la forme yin de cette énergie et le vénérable la forme yang)
  • aux surveillant(e)s, l’énergie de la préparation
  • à l’orateur (ou oratrice) et au couvreur (ou couvreuse), l’énergie de la résistance (l’orateur occupant la forme yang et le couvreur la forme yin)
  • au(à la) maître(sse) de cérémonies, l’énergie de l’épanouissement
  • à l’expert(e), l’énergie de la séparation pour ce qui vient de l’extérieur et pour vérification de l’intérieur
  • à l’hospitalier(e) et au trésorier(e), l’énergie de la distribution (le trésorier à la forme yin et l’hospitalier la forme yang)

Lorsqu’on applique la logique taoïste au fonctionnement de la loge on met en évidence la faible intervention de l’énergie de séparation alors que c’est un dynamisme fondamental dans le monde vivant car il permet de se débarrasser de tout ce qui est impur. En loge, l’expert à qui on pourrait attribuer ce rôle, n’a pas des prérogatives aussi affirmées sauf lorsqu’il s’agit d’admettre ou non un visiteur (ou une visiteuse) ; cette quasi-absence d‘autorégulation interne pourrait d’ailleurs expliquer pas mal de problèmes !

 

L’équilibre du système est obtenu si chaque fonction joue son rôle ; à titre d’exemple :

  • si la fonction de résistance n’est plus assurée, la loge perd son « âme » en perdant son histoire et sa spécificité,
  • si l’hospitalier(e) ne joue pas son rôle de distribution en particulier de la fraternité et de la solidarité, le lien entre les membres de la loge va se dissoudre dans un formalisme aseptisé !
  • Etc.
 

Les cinq éléments taoïstes appliqués à la démarche maçonnique

 
 
 

Rappel : Dans un système global où le vivant est sous les influences conjuguées de la Terre et du Ciel, si les énergies peuvent être considérées comme une influence céleste, les cinq éléments figurent l’influence terrestre.

Ces cinq éléments symboliques nous parlent beaucoup mieux que les énergies car nous les retrouvons dans nos rituels, l’air pouvant très bien être assimilé au symbole du Bois.

Les choses se compliquent quand on comprend qu’à chacun des cinq éléments on rattache un dynamisme, un organe, une fonction, une qualité, une orientation, etc.

 

Les schémas ci-joints visualisent les relations entre les cinq éléments : relations d’engendrement et de contrôle.

 

Selon la tradition taoïste , l’harmonie de l’ensemble est la conséquence de la cohérence entre les 5 éléments ; si un élément se trouve défaillant , le système est fragilisé et peut provoquer des conséquences.

 

A titre d’exemple, si on se cantonne aux significations premières , une inondation par exemple correspond à un excès de l’élément Eau qui affectera en premier l’élément Feu en le fragilisant ; l’élément Terre qui a pour fonction de contrôler l’élément Eau se verra épuisé.

 

Cet exemple peut se retrouver pour tout le contenu de l’élément Eau.

 

Rapporté au fonctionnement de la loge , on retrouvera ces interactions entre les cinq éléments à partir des contenus qui s’en rapprochent :

  • Le bois, c’est l’élément du mouvement mais aussi celui de la spiritualité ; situé à l’Est, il correspond au vénérable
  • Le Feu, élément de la beauté, de l’imaginaire ; situé au Sud, il correspond au second surveillant au REAA
  • La terre, élément de la nourriture mais aussi du lien social et donc des soucis ; elle est située au centre ;
  • Le métal, élément du jugement ; situé à l’ouest, il correspond au couvreur (à la couvreuse)
  • L’eau, élément de la mémoire et de l’histoire ; il est situé au Nord

Les perturbations du système des cinq éléments peuvent se faire :

  • Soit par excès
  • Soit par insuffisance

Cette adaptation simplifiée de notions taoïstes à la loge maçonnique peut permettre de mieux comprendre la logique de la démarche maçonnique et les impératifs auxquels nous devons nous soumettre si on veut que tout fonctionne en harmonie :

  • L’interdépendance des fonctions et des dynamismes implique l’absolue nécessité du consensus pour faire fonctionner correctement une loge et trouver les solutions lorsqu’un problème survient ;
  • Chaque fonction a sa spécificité ; aucune ne prime sur les autres ; et cela est vrai aussi bien dans le collège des officier(e)s que pour chaque membre de la loge ; de même pour l’instruction des apprentis .

Le tao, c’est la Voie ; l’harmonie, c’est donc de rester sur la Voie ! Tout cela trouve facilement sa correspondance dans la démarche maçonnique !

 
 

Ce diaporama reprend l’essentiel de l’histoire du taoïsme, de sa logique et de ses différentes applications

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Lecture « taoïste » de la tenue (au sens de la réunion de loge) maçonnique

Sans modifier le rituel utilisé (ce qui serait possible) il est possible de faire référence en loge à certains principes taoïstes et en particulier :

 
  • le principe de la transformation de l’organisme (du sujet) en fonction du cycle de l’énergie,
  • l’humilité de l’initié(e) face aux grandes lois de la nature (du Ciel et de la Terre),
  • la protection contre les agressions des énergies perverses externes et internes !

Si on considère qu’une tenue maçonnique a pour but d’une part de permettre un « ressourcement » de l’initié(e) pour la recherche de la Vérité dans une dimension éthique et d’autre part de favoriser le renforcement des liens fraternels, ces principes taoïstes peuvent inciter les frères et les sœurs à mieux profiter du déroulement de la tenue de leurs loges.

Les Arts libéraux 25 juillet, 2020

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Les Arts libéraux

Laon-7 arts

Appelés aussi Sciences libérales (qui libèrent).

Pour les Grecs neuf muses, filles de Mnémosis, présidaient aux arts libéraux (qui rendent libres) : Histoire (Clio), Musique (Euterpe), Comédie (Thalie), Tragédie (Melpomène), Danse (Terpsichore), Elégie (Erato), Poésie lyrique (Plymnie), Astronomie (Uranie) et Eloquence (Calliope). Ce sont les muses qui ont donné le qualificatif du synthème pavé mosaïque. Pour Ilsetraut Hadot (philosophe et historienne, spécialiste de philosophie antique), lorsque Cicéron parle d’artes liberales, il ne s’agit absolument pas pour lui d’une liste de sciences en nombre déterminé : en principe, ces arts libéraux comprennent toutes les sciences qui sont dignes d’un homme libre. En fait, Cicéron fait un certain choix entre ces sciences ; ce choix ne coïncide pas du tout avec les sept arts libéraux qui nous sont connus par le Moyen Âge […]. Pour Cicéron, ce qui compte, c’est l’étude de la littérature grecque et latine, de l’histoire, de la philosophie (la dialectique comprise), de la rhétorique et du droit romain. Christofle de Savigny publie en 1587 Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, livre dans lequel il en répertorie 18 : arithmétique, géométrie, optique, musique, cosmographie, astrologie, géographie, physique, médecine, métaphysique, éthique, jurisprudence, chronologie, théologie, grammaire, rhétorique, poésie, dialectique.

Conformément à un usage remontant à l’Antiquité et tout particulièrement à un texte fondamental, Les Noces de Mercure et de la Philologie de Martianus Capella (début du Ves. de l’ère chrétienne), les Arts libéraux sont toujours personnifiés sous des traits féminins. La philosophie et les arts libéraux, planche XI du Hortus Deliciarum d’Herrad de Landsberg est peut-être l’image la plus emblématique de l’enseignement des arts libéraux. Autour de la Reine Philosophie, sous des arcs ronds séparés par des colonnes, se trouvent les sept arts libéraux. (Arte regens omnia quae sunt ego philosophia subjectas artes in septem divido partes : moi, la philosophie divine, je gouverne toutes choses avec sagesse; Je présente sept arts qui me sont subordonnés). Poursuivre avec les lumineuses gravures sur :

https://www.liberalarts.org.uk/philosophy-and-the-liberal-arts/

Au Moyen Âge, on distinguait 7 arts libéraux : Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique, Géométrie, Astronomie et Musique. Les trois premiers formaient le cercle d’études appelé Trivium, l’Intelligence, les arts de la parole. Les quatre autres, le Quadrivium, conduisent à l’approfondissement de la connaissance de la terre et du ciel. Toutes ces disciplines sont utilisées dans un seul but : aider à comprendre Dieu.

Le trivium a fourni à la Franc-Maçonnerieles mots de passe, les mots sacrés, le langage convenu, l’alphabet secret, l’usage des initiales, les verbes «lire», «épeler», «écrire» et les modalités de l’expression en loge.

On trouve, déjà énumérés dans les Old Charges (Régius, Cooke, Grand Loge, William Watson, etc) une description des sept Arts Libéraux accompagnant le récit d’Euclide. Ainsi, dans le Régius : «Grammaire est bien la racine pour qui s’instruit par la lecture ; mais le Savoir-faire est supérieur, ainsi que le fruit de l’arbre vaut plus que la racine. Rhétorique est la beauté du rythme, et la Musique un chant suave ; l’Astronomie dénombre et l’Arithmétique établit l’art des preuves ; la Géométrie est la septième science qui permet de montrer le vrai du faux. Ce sont là les sept sciences, dont l’usage conduit au ciel.» Et dans le Cooke : Vous devez savoir qu’il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L’une d’elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c’est la science de la géométrie. Les sept sciences ont les noms suivants : La première qu’on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire. La deuxième est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté. La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l’appelle communément l’art de la sophistique. La quatrième s’appelle l’arithmétique, elle enseigne l’art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses. La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes. La sixième est la musique qui enseigne l’art de chanter selon des notes par la voix, l’orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument. La septième est l’astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Les The Old Constitutions belonging to the ancient and honourable Society of free and accepted Masons de Roberts de 1722 commencent par l’évocation de 7 arts libéraux : 1- It’s Grammar that teaches a Man to speak truly, and write truly. 2- It’s Rhetorick that teaches a Man to speak fair, and in subtle terms. 3- It’s Logick that teaches a Man to discern Truth from Fashood. 4- It’s Arithmetick that teaches a Man to accompt, and reckon all manner of numbers. 5- It’s geometry that teaches Mett and Measure of any thing, and from thence cometh Masonry. 6- It’s Musick that yeachet song and voice. 7- It’s Astronomy which teacheth to know the course of sun, and other ornaments of heaven.

(https://freemasonry.bcy.ca/history/old_charges/roberts_constitutions_1722.pdf)

Les arts libéraux sont rapprochés des sept vertus de la Franc-Maçonnerie: Espérance/Musique, Prudence /Astronomie, Justice/Réthorique, Force/Géométrie, Charité/Grammaire, Foi/Arithmétique, Tempérance /Dialectique.

La Grammaire

Per me quivis discit, vox, littera, syllaba quid sit (Grâce à moi, tout le monde peut apprendre le sens des mots, des syllabes et des lettres).

«Les humbles grammairiens qui se complaisent à la seule Coque, que ne retient pas la graisse de la moelle intérieure : S’ils réclament au dehors des fragments, de la seule coquille Contents, ils ne sont pas capables de goûter la saveur du noyau.» (Alain de Lille, XIIesiècle, traduction du latin).

Les anciennes civilisations n’ont pas toutes développé une pensée grammaticale. Parmi les peuples antiques, seuls les Indiens et les Grecs semblent avoir eu une telle démarche et, si c’est aux Indiens que l’on doit la première grammaire sanskrite, c’est aux Grecs que l’on doit le nom même de «grammaire» ; le terme grammatikê tekhnê apparaissant chez Platon. La Grammaire, comme «science du langage» selon l’expression d’Augustin, était considérée comme la clé de toute connaissance positive et, pour cette raison, le premier des Arts. Guillaume de Conches, comme son maître Bernard de Chartres, souligne le fait que la grammaire est le fondement de tout savoir.

Elle est à la fois la science et l’art du langage : la science, car elle en fait connaître les éléments constitutifs et les principes généraux en s’appuyant sur les théories qu’elle emprunte entre autres à la logique ; l’art, car elle en expose les procédés et les règles.

La grammaire est dite générale quand elle s’attache aux principes communs à toutes langues, particulière quand elle se borne aux formes propres à une seule langue, comparée quand elle met en regard les analogies et les différences entre deux ou plusieurs langues. Toute grammaire traite :

~ de l’aspect matériel du langage : lettres, alphabet, syllabes, accents et signes divers ;

~ de la lexicographie, c’est-à-dire des différentes espèces de mots, de leurs modifications ou inflexions : genres, nombres, cas, personnes, voix, temps, modes ;

~ de la syntaxe, qui enseigne à unir et à combiner les mots pour exprimer nos pensées ;

~ de l’orthographe, de la prononciation.

Les rituels ont une grammaire qui constitue en grande partie le langage maçonnique.

La Rhétorique

Causarum vires per me, alme rhetor, oblige (Grâce à moi, fier orateur, vos discours vont bouger).

La rhétorique est l’art de bien dire et persuader, c’est-à-dire de convaincre, de plaire et de toucher. La rhétorique ne peut produire l’éloquence qui est un don naturel, mais elle apprend à l’orateur à user de toutes ses ressources ; elle lui sert de règle et d’auxiliaire. Dans tout discours, comme dans toute composition littéraire, il faut d’abord trouver ce qu’on doit dire, puis le disposer dans l’ordre le plus convenable, enfin l’orner de tous les agréments du style : de là trois parties dans la rhétorique, l’invention, la disposition et l’élocution.

Dans l’art rhétorique, les moyens de persuasion du discours sont le logosqui relève de la démonstration, de la raison et de l’argumentation, l’ethos qui est ce qui correspond à l’image que le locuteur donne de lui-même à travers son discours (il s’agit essentiellement pour lui d’établir sa crédibilité par la mise en scène de qualités morales comme la vertu, la bienveillance ou la magnanimité) et le pathos, une méthode de persuasion par l’appel à l’émotion du public. On différencie les opérations de la rhétorique en cinq parties : l’invention (inventio, heurisis) ; l’organisation (dispositio, taxis) ; l’élocution, ou plutôt la disposition des mots dans la phrase, l’usage des figures, la question des styles (elocutio, lexis) ; la prononciation du discours (actio, hypocrisis) et sa mise en mémoire (memoria, mnémè). Bien que vilipendée par Platon (dans Gorgias, avec son dialogue sur la rhétorique sophistique, il ne voit qu’une doctrine rejetant toute morale, un discours flattant l’auditoire et agissant sur l’âme par la séduction), cette machine rhétorique, bien organisée en ses parties, permet de construire le discours mais, dans le cas d’une pratique dite spirituelle, elle sert à élever l’adepte ou, en d’autres termes, à lui procurer en lui une augmentation de l’être. Il conviendrait d’introduire d’autres notions qui sont la prudence, la subtilité et la délicatesse.

Dans l’Antiquité, l’art de la mémoire faisait partie de la rhétorique. Cet ars memorendi permettait à l’orateur de retenir les points essentiels de longs discours, à une époque où le matériel et les supports pour prendre des notes étaient peu pratiques. L’art de la mémoire, la mnémotechnique, apportait une aide considérable à l’improvisation ; la mémoire organisée fournissait à l’intervenant les éléments dont il avait besoin.

Démosthène, Cicéron, Quintilien furent de grands rhéteurs.

L’apprentissage de la rhétorique, par un compagnon franc-maçon, est source d’une prise de parole sensible, bienfaisante et profitable à la loge.

La Logique

La dialectique, qui consiste dans l’art de discuter, fut la première forme de la logique. Argumenta sino concurrere plus canino (Comme les aboiements d’un chien, mes arguments se succèdent avec rapidité).

La Logique est la partie de la philosophie qui étudie les lois de la pensée qui, par la suite, enseigne les règles à observer dans la recherche et l’exposition de la vérité. Elle est une science parce qu’elle fonde ses théories sur la connaissance des facultés intellectuelles et qu’elle en déduit les règles auxquelles celles-ci doivent être assujetties. Elle est un art parce que ses préceptes s’appliquent à toutes les sciences et forment la justesse de l’esprit.

La logique traite deux grandes questions, celle de la certitude et celle de la méthode. Dans la première, elle explore les trois systèmes qui s’y rattachent, le dogmatisme, le probabilisme, le scepticisme, distinguant la science et l’opinion, assignant les caractères de la vérité et les causes de l’erreur.Dans la seconde, elle détermine les procédés de la méthode, soit en général, soit par rapport aux diverses sciences particulières (sciences mathématiques, physiques, naturelles, sociales) ; elle montre en même temps quel concours le langage peut prêter aux opérations de l’esprit.

La parole du compagnon, s’appuyant sur la rhétorique, se structure par la logique.

L’Arithmétique

Ex numeris consto, quorum discrimina monstro (J’ai confiance dans les chiffres et je montre comment ils sont liés les uns aux autres).

L’Arithmétique est la science des nombres, de leurs relations, de leurs propriétés. On y fait entrer aussi, habituellement, quelques applications pratiques grâce aux quatre opérations : addition, soustraction, division, multiplication. À la valeur réelle de quantité des nombres, doit s’ajouter leur considération symbolique, leur caractère secret, ésotérique que les gnoses, en particulier celles hébraïque, grecque et islamique, approfondissent pour approcher la connaissance du monde.

L’Astronomie

Ex astris nomen traho, per quae discitur présage (Je dois mon nom aux corps célestes et je prédis l’avenir).

«Remonter des ombres à la lumière qui les induit et de celle-ci à sa source unique, voilà une leçon de Platon, quand il parle de la connaissance. Il ne s’agit pas d’image poétique, mais du geste quotidien des astronomes.» Michel Serres

L’astronomie est la science qui a pour objet la connaissance des astres et des lois qui règlent leurs mouvements. Quand elle est purement descriptive, elle prend le nom d’uranographie (ciel) ou de cosmographie (monde). L’astronomie est l’une des quatre disciplines du Quadrivium, part scientifique de l’ensemble des sept Arts libéraux.

On attribue aux Chaldéens les premières notions de l’astronomie qui, à l’origine, ne se séparaient pas de l’astrologie. Leurs observations se rapportent surtout aux mouvements des constellations ainsi qu’à la marche du soleilet aux phases de la lune. On avait remarqué que le soleil, la lune et les planètes alors connues ne s’écartaient jamais dans leurs mouvements, dans un espace circonscrit ; cette observation donna l’idée de cette zone idéale, nommée Zodiaque, et de sa division en 12 signes.

Les égyptiens avaient des connaissances d’astronomie, ainsi que le prouvent l’orientation de leurs pyramides et leur zodiaque. Les Chinois se vantent de posséder dans leurs annales les observations astronomiques les plus anciennes.

L’histoire de l’astronomie ne commence, en Occident, que vers 600av. J.-C. D’après la tradition, Thalès enseigna la sphéricité de la terre, l’obliquité de l’écliptique et expliqua les causes des éclipses. Vers la même époque, Pythagore devinait la rotation de la terre sur son axe et sa révolution annuelle autour du soleil qu’il plaçait au centre du monde. Cette période de découverte se poursuit avec Pythéas qui observa la longueur du méridien au solstice d’été, à l’aide d’un gnomon comme le fait (en 230 av. notre ère) ératosthène pour calculer la circonférence de la Terre. C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie, construit vers 300 av.J-C, qui en remplit le rôle, qu’ératosthène calcule la première estimation de la circonférence terrestre. ératosthène sait qu’à Syène – aujourd’hui Assouan en égypte – le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith. L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare), la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il « suffit » à ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. On comptait alors 5000 stades et le calcul de proportionnalité avec un angle de 7 degrés et un stade de 157 mètres donne au calcul 40349 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés.

À dater de la fondation de l’école d’Alexandrie, l’astronomie prit une forme plus rigoureuse ; les observations se firent alors au moyen d’instruments ingénieux propres à mesurer les angles, et les calculs s’exécutèrent à l’aide des méthodes trigonométriques. Hipparque, en 160av. J.-C., inventa l’astrolabe, détermina la durée de l’année tropique, forma les premières tables du soleil, fixa la durée des révolutions de la lune relativement aux étoiles et à la terre, et découvrit la précession des équinoxes.

Le Ciel constitue donc bien l’archétype des archétypes, le symbole majeur où se rassemblent, s’organisent et s’expliquent tous les êtres et les choses de l’univers d’ici-bas. Il est le modèle gigantesque du nombreet de l’ordre, comme l’avait bien vu, avant Képler, les Pythagoriciens. C’est le lieu métaphysique par excellence, le réservoir de la Toute Puissance par son élévation exemplaire, le modèle de toute intelligibilité par son ordre exemplaire, le lieu de maîtrise divine sur les destinées et les évènements. Képler pensait que le nombre des planètes et leur disposition n’étaient pas arbitraires, mais une manifestation de la volonté de Dieu. Il avait encastré les planètes connues à l’époque dans les 5 solides parfaits de Pythagore (dits platoniciens). Le modèle proposé figure dans son ouvrage de 1596 Le Mystère cosmique : Terre en icosaèdre, Vénus en octaèdre, Mars en dodécaèdre, Jupiter en tétraèdre, Saturne en cube.

L’orientation du temple maçonnique, la place des officiers représentent le modèle d’une cosmographie sacrée.

La Musique

Musica sum late doctrix artis variate (Je suis la musique et j’enseigne mon art à l’aide de divers instruments).

Si les mots sont le langage de l’esprit, la musique est le langage de l’âme.

«Il faut, en maçonnerie, rendre la vertu aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable» (Ramsay).

La musique est l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille. Les éléments essentiels de la musique sont la mélodie et le rythme, auxquels il faut joindre le timbre et l’accentuation, enfin l’harmonie qui fixe la simultanéité des sons.

Aristote consacre une bonnepartie du dernier livre conservé de sa

Politique (VIII, 5-7) à l’éducation musicale. La musique, selon lui, peut avoir une influence sur le comportement, sur le développement du caractère, sur les dispositions morales, ce que les Grecs appellent l’êthos, de même qu’elle peut avoir une action sur l’âme, la psyché. (à partir de la p. 106, Exercices de mythologie par Philippe Borgeaud, éd. Labor Et fides, 2004)

Pythagore, Platon donnaient au mot musique une acception beaucoup plus étendue que celle que nous lui donnons aujourd’hui. Ils distinguaient une musique théorique ou contemplative et une musique active ou pratique. À la première ils rapportaient l’astronomie (l’harmonie du monde), l’arithmétique (l’harmonie des nombres), l’harmonique (traitant des sons, des intervalles, des systèmes), la rythmique (traitant des mouvements), et la métrique (la prosodie). La deuxième comprenait la mélopée (art de créer des mélodies), la rythmopée (art de la mesure et de la poésie). Musikê était à la fois l’approche scientifique, physique et mathématique, des sons et l’art issu des Muses. Rappelons que la première demande que fit Pythagore au Sénat de Crotone, était de bâtir un Temple aux Muses, comme symboles de l’harmonie qui devait présider à tout groupe social.

Les Hébreux cultivèrent de bonne heure la musique et le chant, témoins les cantiques de Moïse, les trompettes de Jéricho, la harpe de David, etc. La musique était intimement liée à toutes leurs cérémonies religieuses.

Les Romains ne commencèrent à s’occuper de la composition musicale que sous le règne d’Auguste.

Les premiers Chrétiens imitèrent les Juifs sous ce rapport ; de là l’origine du plain-chant créé au IVe siècle par Saint Ambroise et qui est comme un reflet de la musique des Anciens. Jusqu’au XIe siècle il n’y eut guère d’autre musique écrite que les chants d’église. À cette époque, l’invention de la gamme, ou échelle musicale, due au bénédictin Gui d’Arezzo, et celle du contrepoint donnèrent naissance à la musique moderne. C’est avec la connaissance de la musique, c’est-à-dire l’harmonie des sons et la beauté des rythmes que le compagnon règle sa conduite afin de tendre vers la véritable sagesse. «S’il y a une portée, elle doit bien porter quelque chose et s’il y a des clefs, elles doivent bien ouvrir des portes.» Parler de gamme chromatique c’est associer la musique aux couleurs.

Dans son ouvrage Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature, Michel Maïer (qui inspira Monteverdi) explique le Grand Œuvre alchimique par un ensemble de fugues musicales, de gravures et de poèmes, bref un essai d’art total comme l’opéra dont la traduction est justement le mot œuvre.

Le triton ou quarte augmentée (par exemple do, fa dièse), intervalle dissonnant de 3 tons entiers entre deux notes, a été considéré comme maléfique, le diabolus in musica, au Moyen Âge.

On a découvert que certains atomes exposés à des températures proches du zéro absolu commençaient à se comporter comme s’ils étaient un seul et unique atome, alors qu’ils sont des milliards livrés à une ronde synchronisée. Le comité du Nobel, qui décerna le prix Nobel de physique en 2001à Cornell et Wieman, Ketterle pour cette découverte, a dit que les atomes chantaient à l’unisson (découvrant ainsi un nouvel état de la matière appelé condensat de Bose-Einstein) au rythme de la musique cosmique, qui n’est pas sans rappeler le rythme de la danse créatrice de Shiva.

À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et tenues de la loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhausteurs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la loge et les sentiments animant les frères (et sœurs).

Dans certaines loges en Écosse, le rituel est chanté quasi intégralement quasi intégralement depuis des siècles.

La pratique de la musique et du chant en loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi, dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle, à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :

~ Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues, une musique de circonstance.

~ Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent parfaitement aux travaux en loge.

~ Œuvres originales d’inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik (Musique funèbre maçonnique) de Mozart.

La troisième partie des Constitutions d’Andersonest consacrée à 4 chants maçonniques (le Chant du Maître ou l’Histoire de la Maçonnerie ; le Chant du Surveillant ou une autre Histoire de la Maçonnerie ; le Chant des Compagnons ; le Chant de l’Apprenti). L’édition suivante, en 1738, reprend (pour certains, dans une version abrégée) les quatre chants de l’édition de 1723, mais y ajoute sept chants supplémentaires : Chant du Député Grand Maître ; Chant du Grand Surveillant ; Chant du Trésorier ; Chant du Secrétaire ; Chant du Porte-épée ; Ode aux Francs-maçons ; Ode à la Maçonnerie. Les éditions suivantes des Constitutions, celles de 1746, 1756, 1767 et 1784continueront à ajouter et à soustraire des chansons.

Dans les Constitutions de Dermott, Ahiman Rezon, on trouve (1-4) les quatre chansons originales des Constitutions d’Anderson de 1723(on notera que le Chant du Maître, déjà ramené de 244 à 52 vers en 1738, n’en contient cette fois plus que 12) ; (5-8) les quatre premières des sept ajoutées dans l’édition de 1738 ; (9-68) 60 autres chansons ; divers prologues et épilogues ; l’oratorio Solomon’s Temple.

À lire, ce texte de Christian Tourn très documenté sur :

http://taosophie.free.fr/recueil/la_musique_maconnique.pdf

 

liberalarts.org.uk

Philosophy and the Liberal Arts | Essays | Liberal Arts

Philosophy and the Liberal Arts is perhaps the most famous image of liberal arts education. Here the focus is on the seven liberal arts.

Liberal-Arts

Par Solange Sudarskis

extrait d’un de ses livres :

« Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique »

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GADLU, il lave plus blanc que blanc 21 juin, 2020

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
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Comme le rappelle à juste titre notre Frère José Perez [1] du Grand Orient de Belgique, de nombreux Francs-maçons sont à l’origine d’innovations technologiques ou d’avancées sociales : Le basket, le pneu, le cognac, La Marseillaise, la montgolfière, la pénicilline, Bambi ou Corto… et enfin, n’oublions surtout pas le contrôle des naissances et de la contraception. La liste pourrait être encore très longue. Doit-on en déduire pour autant que la Franc-maçonnerie est un incontournable pour rejoindre le cénacle très fermé des puissants de ce monde ? Nous allons voir qu’il n’en est rien !!

Si on se penche dans l’univers profane, de très nombreux entrepreneurs à succès sont aussi des champions de golf. Cette activité serait-elle donc le tremplin pour devenir le roi des affaires ? En d’autres termes, est-ce que l’appartenance au Golf Club de Saint-Nom-la-Bretèche permet de contrôler le monde ?

Cette question est à l’image de l’œuf et de la poule. Nous pouvons aussi prendre comme métaphore le célèbre Coq Chantecler d’Edmond Rostand. Pour mémoire : « Sur une basse-cour règne un coq, Chantecler, tellement convaincu de son importance qu’il s’imagine, par son chant, faire se lever le soleil. Mais l’arrivée d’une poule faisane bouleverse sa vie, lui révélant l’amour, de telle sorte qu’il en oublie de chanter. L’astre du jour étant cependant apparu, Chantecler devient la risée de tous les animaux domestiques et sauvages, et surtout des hiboux, créatures de la nuit qui le détestent, et le contraignent à accepter un combat public avec un autre coq. Le combat se déroule dans le salon littéraire de la Pintade. »

Pour conclure avec ce sujet de l’influence de la FM sur le monde, prenez une simple feuille de papier et un crayon.  Ca y est, vous êtes prêts ?

  • Notez sur la colonne de gauche la liste des Sœurs et Frères qui comme le Dalaï-lama ou à l’image de Platon ont atteint selon votre observation la sagesse qui sert de modèle à nos jeunes apprentis.
  • Ensuite, reportez sur la colonne de droite la liste des réalisations concrètes de la Franc-maçonnerie. Je ne vous parle pas de créations individuelles, émanant de Francs-maçons devenus célèbres, mais bien de la Franc-maçonnerie, c’est à dire une action qu’une Obédience seule ou associée aurait pu réaliser.

Je dois vous avouer que j’ai participé avec une dizaine de membres à cette expérience et les feuilles sont toutes revenues vierges. La raison est assez simple, aux dernières nouvelles, la FM n’est pas une voie d’éveil ou d’extase. Il est donc assez rare d’y croiser des êtres humains qui grâce à 4 heures de pratique mensuelle atteignent le nirvana ou tutoient les Dieux. Comme je l’ai écrit récemment, si le maçon doit être comparé avec le bouddha c’est uniquement par son apparence physique, mais certainement pas par son esprit. Je ne parle que de ceux qui abusent des agapes bien arrosées, évidement.

Pour ce qui est de la colonne de droite de notre feuille, chacun aura bien noté que les Obédiences ne reçoivent aucun mandat de leurs membres pour entreprendre des actions sociales ou économiques. Il est demandé au Grand Maître et à son grand collège d’administrer la structure durant 3 ans afin que les Loges (souveraines) puissent prospérer durablement. Nous n’avons pas encore vu d’Obédience dont les membres auraient confié la mission au GM de transformer la maison mère maçonnique en société d’investissement ou en parti politique avec un programme d’action sociale.

Par conséquent, à quoi sert la Franc-maçonnerie en 2020 ?

C’est justement la question que se posent tous les postulants, les profanes curieux… mais aussi, de très nombreux Francs-maçons démissionnaires car déçus d’être rentrés pour de mauvaises raisons.

Je vais donc tenter de donner une réponse qui sera la bonne, puisque c’est la mienne.

Avant de parler de pratique maçonnique, il serait utile d’en donner une définition incontestable. Sans trop prendre de risque, nous pouvons affirmer que la maçonnerie est : « Une pratique initiatique qui a pour but la connaissance de soi grâce au langage symbolique et à la géométrie sacrée. » En effet, qu’on soit membre de n’importe quelle Obédience, l’entrée en Loge s’effectue par une Initiation. Par ailleurs, chaque Loge, quel que soit le Rite, cultive le « Connais-toi toi-même ». Ensuite, tous les maçons travaillent sur des mythes, des légendes et des symboles. Et enfin, l’équerre et le compas sont bien des éléments de traçage dans le domaine de la construction sacrée. Lorsque je dis sacrée, il ne s’agit nullement d’une référence déiste, mais du lien qui existe entre nos Rites et les lois immuables de notre Univers (Lumière, gravité, dualité…). Par conséquent, nous pouvons considérer que notre Art permet à ses pratiquants de sortir du monde matériel afin d’élever leur conscience pour eux-mêmes, pour et avec les autres. D’où le sacro-saint principe de Fraternité, car reconnaissons que la maçonnerie ne se pratique jamais seul.

Si tous les maçons de l’hexagone prenaient subitement conscience de cette définition, nous verrions probablement des démissions  en cascade. Car tous ceux qui sont entrés pour de mauvaises raisons demanderaient immédiatement le remboursement de leur capitation. J’ai nommé :

  • Ceux qui viennent pour y chercher un illusoire pouvoir
  • Ceux qui veulent changer le monde extérieur et surtout… transformer les autres
  • Ceux qui viennent en Loge saisir une deuxième chance en devenant des êtres importants et hautement gradés, après avoir bien souvent échoué dans le monde professionnel.
  • Ceux qui veulent cultiver l’entre-soi en se protégeant de l’extérieur. J’ai nommé les spécialistes de la discrimination qui pensent ainsi se couper de leurs ennemis (hommes, femmes, profanes et autres étrangers qui viennent leur rappeler qu’on est toujours l’étranger de quelqu’un d’autre)

Une fois la cérémonie des adieux passée avec ceux qui se sont trompés de voie, les maçons qui restent pourraient continuer paisiblement leur travail sans repos.

Arrive enfin la question de l’influence sur les événements actuels. En quoi les maçons pourraient-ils jouer un rôle ?

Si on place cette question sur le registre de l’influence politique ou sur celui du pouvoir financier, force est de reconnaître que nous ne pesons pas très lourd dans la balance sociale ou économique. Si on aborde maintenant, le registre des idées, je crains fort que le résultat soit le même. De nos jours, tout le monde a des idées. Il vous suffit d’entrer dans un bistro ou de consulter votre mur Facebook pour constater qu’ils regorgent de très grands spécialistes politiques, financiers et médicaux qui s’expriment sur tout et surtout sur rien. Pour parler maintenant de nos Loges, pour être très honnête, combien de fois vous est-il arrivé de tomber à la renverse en écoutant une planche ou lors d’une conférence ? Tout cela pour confirmer que la Loge n’est certainement plus le lieu de culture que nos ancêtres du 18è siècle ont connu. Il faut dire qu’à cette époque les 2/3 de la population vivaient de l’agriculture. Ça laisse peut de temps pour aller en Tenue le lundi soir.

En revanche, si on considère qu’un maçon sérieux et consciencieux a étudié et compris le symbolisme, qu’il a du faire un profond travail d’introspection qui lui permet d’être aligné comme le fil à plomb de son surveillant de l’époque. Ensuite, qu’il à du apprivoiser les Art Libéraux et manier la relation Fraternelle grâce à son pas de côté. On peut en conclure que cela l’a ancré dans le monde matériel avec une sagesse qui lui donne le recul sur les événements. Et enfin, l’union de l’esprit du premier degré et de la matière du second, ont du lui permettre d’appréhender son élévation à la maîtrise. C’est ainsi, qu’affranchi d’instructeur, il a pu devenir enfin Maître de ses passions et de lui-même afin d’ériger des Temples à la vertu.

Accordons-nous un instant à rêver, oublions cet orgueil du temps passé de la troisième république où les maçons donnaient des ordres au pouvoir législatif, et reconnectons-nous à notre époque actuelle. Imaginons un instant que tous ensemble, j’ai nommé les Francs-maçons, les martinistes, les bouddhistes, les rosicruciens, les pratiquants de la méditation de pleine conscience… si tous les cultivateurs de la VRAIE Sagesse se donnaient tous la main afin de redonner de la plénitude à notre monde devenu fou et malade. Songez un instant, si nous abandonnions un instant notre orgueil spirituel et notre compétition au GADLU qui lave plus blanc que blanc, afin de tous nous unir en fraternité. Alors là en effet, les maçons pourraient marquer une nouvelle page d’histoire dont les Sœurs et Frères des générations futures pourraient être fiers !

Il ne tient qu’à nous pour que cela change. Nous avons le pouvoir, il nous manque uniquement le vouloir et la sagesse.

Lorsqu’on a demandé à Mère Theresa lors de la remise du Nobel comment elle avait fait pour aider tous ces gens, sa réponse fut très courte et très simple. Elle répondit : « un par un ».

A nous de commencer en étant le premier à initier ce changement.

Bon courage mes Sœur et mes Frères.

Franck Fouqueray

[1] « Inventeurs et créateurs Francs-maçons » Ils ont contribué au progrès de l’humanité (José Perez) EME éditions – Collection : Explorations maçonniques

SOURCE : https://blog.onvarentrer.fr/index.php/2020/06/17/la-competition-au-gadlu-qui-lave-plus-blanc-que-blanc/?fbclid=IwAR3pivHvqAj3yiIRIBiiCX8pfyOuSTOKStdoPJReJJ6xJ9LidXkNBwcrws0

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Introduction aux éléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique 31 janvier, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Introduction aux éléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique

Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui cause les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière.

Max Plank

La Cathédrale va plus loin. Elle s’élève dans l’air. Elle recueille la lumière, l’absorbe, et la transforme de terre, d’eau, d’air et de feu ! Quel athanor a jamais été plus complet pour réaliser la plus belle des alchimies humaines ? Car il s’agit bien d’alchimie. Il s’agit bien de transmutation, non de métal, mais d’homme ; d’homme que l’on veut conduire vers un stade supérieur d’humanité.

Louis Charpentier

Si tu ne peux le calculer montre-le

Socrate

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L’univers est le créateur du modèle de la réalité, il utilise la géométrie comme technique logique de création, donc comme technologie pour harmoniser la réalité ; les lois de la géométrie sont les lois de la vérité. Le compas est l’instrument du temps et de l’espace, le cercle fige le temps pour décrire le contenu de son espace, et comme tout tourne constamment dans l’univers, il ne pourrait en être autrement.

 

Vous avez dit géométrie ?

 

Rien n’est plus facile à apprendre que la géométrie

pour peu qu’on en ait besoin. 

Sacha Guitry

 

Vous n’aimez pas les mathématiques ? Vous pensez que cet opus n’est pas pour vous ? Détrompez-vous. Munissez-vous d’un compas, d’une règle, d’un crayon bien taillé, de feuilles de papier blanches, d’une gomme pour vous rassurer et je vous promets que vous allez vous divertir à faire apparaître, à l’intérieur du cercle, les formes de base de la construction avec lesquelles vous pourriez dessiner le plan de la plus palpitante des constructions, faite de matière et de lumière. Il suffira de suivre les indications données dont la simplicité n’a d’égale que la beauté de ce qui en surgira. Pas de démonstration, juste le plaisir de rendre visible les formes de l’harmonie.

« Depuis la nuit des temps, les hommes ont cherché un langage à la fois universel et synthétique et leurs recherches les ont amenés à découvrir des symboles qui expriment en réduisant à l’essentiel les réalités les plus riches et les plus complexes », (O.Mikhael Aïvanhov, Le langage des figures géométriques).

L’une des expressions de ce besoin a été la création de la science géométrique. Les figures géométriques évoquent dans leur essence des relations spirituelles qui ne sont ni mesurables, ni exprimables de façon totalement adéquate. Cependant, pour être complètement intégrée, cette géométrie a besoin de l’expression artistique qui, seule, peut toucher tous les niveaux de l’être. L’agencement de différents symboles sous une forme artistique peut véhiculer l’expression profonde de multiples niveaux de conscience.

Au-delà des mathématiques, la géométrie préfigure l’architecture, objet spécial des études du compagnon, lui qui doit construire son temple intérieur avec l’aide de ses voyages, ses quêtes, ses travaux, muni de la règle et surtout du compas. L’éloge particulier de la Géométrie qui, dès l’époque médiévale, apparaît synonyme de Maçonnerie, trouve sa justification dans le fait que l’homme travaille toujours par mesure. La Géométrie est citée en cinquième place après la grammaire, la rhétorique, la dialectique et l’arithmétique dans les arts libéraux. Elle est, selon le terme scolastique la quintessence (quinta essentia), la science la plus noble de toutes, celle qui ouvre sur toutes les autres. On trouve dans le Cooke, manuscrit du début du XV: « Vous devez savoir qu’il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L’une d’elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c’est la science de la géométrie ».

Pour le franc-maçon, la relation entre géométrie, art royal de l’architecture et édification spirituelle est incontestable, inspirée de la maxime platonicienne « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre », inscrite au-dessus de la porte de l’école de Pythagore.

Et Platon de rajouter : « la géométrie est une méthode pour diriger l’âme vers l’être éternel, une école préparatoire pour un esprit scientifique, capable de tourner les activités de l’âme vers les choses surhumaines… ». Être géomètre, c’est être capable de démontrer les choses par soi-même. La compréhension du réel ne peut être intégrale. Elle suppose un cheminement de la pensée d’un point de départ à un point d’arrivée, une façon d’épeler les mots et non de leur donner une lecture globale.

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Sur le frontispice des Constitutions d’Anderson on retrouve le théorème de Pythagore concernant les triangles rectangles, le reconnaissant sans doute comme le père de la géométrie mais insistant, aussi, sur le nécessaire savoir qu’apporte la géométrie à un esprit éclairé.

Vers le 6ème siècle avant J.-C., en Égypte ancienne, les nombres ne codaient encore que les impôts, le commerce, les salaires. L’évaluation, par les harpédonaptes (fonctionnaires royaux, arpenteurs géomètres), de la surface des champs cultivables dont la crue du Nil a effacé les bornes de délimitation, ne géométrise pas encore parce que ne cherchant qu’à clore les contentieux entre voisins par la force de l’État. Avec le droit de propriété, voici du droit civil et privé. Mais aussi, en délimitant les bornes, le cadastre royal fixe l’assiette de l’impôt. Voilà du droit public et fiscal. Les nombres ne disent, ainsi, à cette époque, que les relations humaines. Alors que la géométrie était au cœur de la construction des pyramides que l’on peut considérer comme des observatoires de la terre. Y auraient été mémorisées ses mesures par des paramètres scientifiques que l’on retrouve, d’ailleurs, coordonnées autour d’un cercle terrestre dans d’autres constructions sacrées. (on peut consulter ces informations sur ce document passionnant : http://www.youtube.com/watch?v=VLps5Ml6inI).

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Et puis un jour…: de la gigantesque masse de pierres, du mausolée du pharaon Khéops va naître la géométrie sur le sable ensoleillé maquillé par son ombre. En rapportant l’ombre du tombeau à celle d’un poteau de référence, ou à la mesure de son corps, selon la légende, Thalès énonce l’invariance d’une forme malgré la variation de sa taille. En effet, son théorème montre la progression ou la régression infinies de la dimension, dans la conservation d’un même rapport, du colossal, la pyramide, au plus médiocre bâton planté dans le sol. Quel effacement de toute hiérarchie dans le semblable, puisque chaque stade, du plus grand au plus petit, conserve le même rapport.

Thalès se serait servi de sa propre taille comme unité de mesure. Il obtint un résultat de 276,25 coudées pour la hauteur de la pyramide. Nous savons aujourd’hui que la hauteur de la pyramide de Khéops est de 280 coudées.  Impressionnés par ce calcul, les prêtres lui donnèrent accès à la bibliothèque où il put consulter de nombreux ouvrages d’astronomie.

Thalès nous fait découvrir ainsi un monde hors des sociétés où les choses sont en rapport avec elles-mêmes. La proportion parle, sans bouche humaine, montre un ordre qui ne connaît pas la loi sociale, qui échappe à la toute puissance.

Une liberté, une égalité sans pareilles ! Comme le raconte Michel Serres, « Pharaon meurt une seconde fois quand Thalès, en mesurant la pyramide, la réduit à un simple polyèdre dans l’homothétie de son ombre de géomètre ». 

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La proportion analogique, voici la grande conceptualisation grecque, pas celle du rapport simple a/b, mais celle qui intéresse en tant que médiété, celle qui va d’un rapport à un autre en conservant le même rapport tel a/b = c/d et, par substitution, peut passer de celui-ci à un troisième rapport et ainsi de suite (a/b= c/d=e/f=x/y …). Il ne s’agit point de couper quelque chose en part, donc de partager ou de prélever, ce que chacun, généreux ou léonin, sait faire depuis les commencements, mais de construire, pas à pas, une chaîne, donc de trouver ce qui, sous-jacent, stable et glissant, transite le long de son enchaînement. Les Grecs appelleront ce rapport d’analogie « logos ». Comme Platon et Aristote, les Stoïciens penseront que le logos pur est parole, intelligence, qu’il est un accès direct et véritable aux choses, ce que les nombres et leurs rapports peuvent enfin faire.

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Un exemple de cette façon de comprendre le monde est celui du calcul de la circonférence de la terre. C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av. J-C qui en remplit le rôle, qu’Ératosthène, vers 230 avant notre ère, en calcule sa première estimation en se servant de la différence de hauteur du Soleil, le jour du solstice d’été. Ératosthène sait qu’à Syène – aujourd’hui Assouan en Égypte – le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith. L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare) la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il « suffit » à Ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. Un cercle fait 360°, on comptait alors 5000 stades, le calcul  de proportionnalité avec un angle de 7 degrés est donc de  (7 / 360 = 5000 / Circonférence >>>     Circonférence = (360 x 5000) / 7), avec un stade de 157 mètres cela donne 40371 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés.

Le compas, Le mot compas vient du verbe latin « compassare » qui veut dire : mesurer avec le pas. C’est en observant la mâchoire d’un serpent que Talos, neveu et apprenti de Dédale, aurait inventé le compas (et la scie).

est un instrument qui sert à prendre une mesure pour la reporter à l’identique, traçant subséquemment un cercle dont l’ensemble des points se situent à égale distance d’un point appelé centre. Ainsi, le compas délimite le monde mais, aussi, définit ce qu’il contient. C’est ainsi que Dante, dans Le Paradis  (XIX, 40-42), désigne le dieu créateur comme : celui qui de son compas marqua les limites du monde et régla au-dedans tout ce qui se voit et tout ce qui est caché. Le compas est donc symbole de création du monde.

Si le cercle est, dès la plus haute antiquité, associé à la création et/ou à un dieu créateur, le compas en Occident, dès le Moyen Âge, se substitue au cercle : il est l’outil par excellence du créateur.

L’utilisation du compas implique une rotation, donc un mouvement, c’est pourquoi il est perçu comme l’activité dynamique de la pensée et de l’esprit. Il matérialise également ces vertus fondées sur la mesure que sont la prudence, la justice, la tempérance et la sagesse.

Le compas est au ciel ce que l’équerre est à la terre. En effet chacun de ces deux outils est muni de deux branches, celles du compas sont mobiles concrétisant l’universalité du macrocosme, ainsi capables d’exprimer l’ouverture d’esprit, alors que celles de l’équerre, fixes, sont là pour appeler à la rectitude.

Dans la Confession d’un maçon (1727) le compas est lié au serment de l’initié qui le tient alors piqué sur sa poitrine ouvert à 90° (qui est la mesure de l’équerre). Dans le régime rectifié le Vénérable Maître dit à l’initié : « prenez ce compas ouvert en équerre et posez en la pointe avec la main gauche sur votre cœur à découvert… le compas sur le cœur est l’emblème de la vigilance avec laquelle vous devez réprimer vos passions et réguler vos désirs ». Lié au serment de l’initié, alors  ouvert, piqué sur sa poitrine, servant de mise en mémoire par un affect d’un contenu signifiant l’ouverture de conscience, le compas, après avoir été dominé par la matière, devient au cours du chemin initiatique  dominant à son tour ; il a les pointes découvertes et n’est plus protégé. Selon une tradition du compagnonnage, attestée depuis Perdiguier, le compagnon est celui qui sait manier le compas, qui à donc dépassé le stade de l’équerre et acquis la maîtrise du trait. Le mouvement de l’équerre au compas est en fait la traduction du passage symbolico-cosmique de la terre au ciel ou, dit de manière plus maçonnique par le système Émulation, d’une surface horizontale à une vivante perpendiculaire. Notons également que l’équerre, instrument du Maître de la loge, suggère l’espace, la rationalité et l’immanence, tandis que le compas, outil du Grand Architecte, évoque le temps, la spiritualité et la transcendance. Dans la franc-maçonnerie dite « régulière », au premier degré le compas est toujours associé à l’équerre et à la Bible ouverte (volume de la Loi Sacrée), formant ensemble les « trois grandes lumières de la franc-maçonnerie » et dont la présence sur l’autel ou sur le plateau d’Orient est une condition expresse de la régularité des loges (un landmark).

Placé sur l’autel du travail, le compas, parce que de métal, focalise les énergies de la loge vers le Vénérable qui les reçoit et les renvoie chargées de son énergie de sagesse.

Les artistes disposent d’un compas spécial, instrument composé de deux branches fixées entre elles vers le milieu, chacune possédant une pointe à chaque extrémité. L’astuce est que les deux branches sont fixées de manière à ce que le point de fixage se trouve sur les points de proportion d’or des branches. Ainsi, par une simple utilisation du théorème de Thalès, si on écarte deux des pointes sur un segment, les deux autres pointes correspondront au segment considéré, multiplié ou divisé par le nombre d’or.

Au deuxième degré le compas marque, symboliquement et tout particulièrement, l’élargissement des cercles de pensée exprimant un franchissement progressif dans les degrés de la connaissance (dans certaines loges il est ouvert à 30° au premier grade, à 45° au deuxième, à 90° au troisième).

La règle est un instrument rectiligne qui sert à diriger la main pour tracer des lignes droites, c’est aussi ce qui peut conduire, diriger les actions et les pensées des hommes par un jugement droit. La droiture donne la rectitude, la ligne dont il ne faut pas dévier et la loi morale dans ce qu’elle a de rigoureux. L’importance de son enseignement au 2ème  degré est manifeste, la règle est portée durant 3 voyages soulignant l’exigence de ce devoir impératif et de sa constance dans le temps.

Souvent sectionnée en 24 divisions horaires, en bois, la règle est le symbole de la loi commune qui régit les phénomènes du monde réel et du monde spirituel. La répartition de ces divisions se voulait indication de règle de vie pour le franc-maçon comme indiqué dans les Divulgations de Martin Harvey : 6h pour le travail, 6h pour la prière, 6h pour la communauté, 6h pour le repos. La franc-maçonnerie anglo-saxonne la découpe toutefois en 8h pour le travail au chantier, 8h pour la prière et les exercices spirituels, 8h pour le repos et la vie familiale.

La règle, le règlement, est le principe qui dirige un groupe et qui s’impose à lui. Une association d’individus peut se considérer comme constituant un Ordre quand elle présume une Règle ou un Rite à travers lesquels on obtient une déterminante infinie. Un Ordre est initiatique quand la Règle ou le Rite sont tels qu’ils complètent la signification de la parole elle-même. La franc-maçonnerie se définit comme ordre initiatique.

Certaines obédiences, dans le cas de quelques grandes loges dites « régulières », se définissent comme un Ordre initiatique qui, tout en transcendant les spécificités individuelles, regroupe des personnes qui acceptent par serment, de vivre sous certaines règles que l’on appelle « Anciens Devoirs ». Les fondements de la Régularité Maçonnique s’appuient sur le respect d’un ensemble de règles consignées dans les composantes de base que sont les Landmarks, la Règle en douze points de la franc-maçonnerie, la Constitution de la GLNF du 14 novembre 1915 qui inclut le règlement général et les principes de base propres à toute grande Loge régulière : – 1er Surveillant : Frère Second Surveillant, où sont tracées les règles de nos devoirs ? – 2nd  Surveillant : Elles sont empreintes dans nos cœurs ; la raison nous en instruit, la religion les perfectionne, et la tempérance nous aide à les remplir.

Chaque point reporté par le compas représente une connaissance nouvelle ; prendre la pleine mesure du segment tracé, c’est acquérir les savoirs correspondant en les mesurant avec la règle. Règle et compas enseignent à concilier l’absolu de l’infini de la ligne et le relatif limité par l’écartement des branches du compas (le rayon).

Le tracé régulateur est le plan réalisé en premier à l’aide de la règle et du compas. C’est une trame sur laquelle le bâti se fonde. Il est le support de la construction, l’interface entre elle et le lieu qui la porte. Les bâtisseurs se sont évertués à lier la trinité du bâti, du lieu et du sacré, cherchant une harmonie et créant une dynamique entre l’homme, le construit et l’environnement. Par la conscience présente dans la construction est respecté l’endroit et ce qu’il a à offrir, le vivant. Les charpentiers et les tailleurs de pierre se partagent cette science (ou cet art) du trait. Pour les tailleurs de pierre, cela s’appelle la stéréotomie

La corde à nœuds

On dit aussi « corde nouée ». Elle sert à la fois de règle et de compas.

La corde à nœuds  est directement tirée de la maçonnerie opérative où elle était un outil de mesure pour les apprentis qui ne savaient ni lire, ni écrire. Tous les apprentis disposant d’une telle corde pouvaient tracer et mesurer au moyen du même étalon de base. Dès qu’il est question d’établir les plans d’un édifice sacré, on retrouve son utilisation. En fait, la corde est le premier outil dont on se sert sur le terrain, au moment où l’on trace la délimitation des fondations. C’est donc un symbole initiateur.

Dans les opérations d’arpentage, les mesures sont prises au moyen d’une corde nouée qui fournit des dimensions en même temps que des rapports de proportion, par exemple,  la corde celtique comportait 14 nœuds pour 13 intervalles.

L’association de cet outil à la géométrie permettait de construire un angle droit en remplacement de l’équerre et ainsi de tracer le triangle rectangle, nous ramenant au fameux théorème de Pythagore selon lequel la somme  des côtés de l’angle droit est égale au carré de l’hypoténuse. Ce lien entre un fait géométrique, l’angle droit, et une relation de mesure des côtés du triangle, était déjà bien connu des Babyloniens, 2 000 ans av. J.-C., idem chez les égyptiens qui se servaient d’une corde à 13 nœuds (12 intervalles) pour tracer des angles droits. Ainsi munis de cette bonne équerre, les harpédonaptes (les arpenteurs) pouvaient reconstituer chaque année les limites des champs rectangulaires que les crues du Nil avaient fait disparaître en apportant le limon fertile.

Les Égyptiens étaient de grands fabricants de cordes auxquelles ils attribuaient une grande valeur. Un rouleau de corde soigneusement tressé fut l’un des trésors trouvés dans la tombe de Toutankhamon.

On retrouve également l’usage de cordes à nœuds dans les civilisations anciennes. Les Incas, par exemple, utilisaient des assemblages de cordes à nœuds, appelés kippus, pour coder et conserver toute sorte de connaissances, des simples comptes aux rituels et repérages astrologiques.

A l’époque des compagnons constructeurs qui ne savaient ni lire ni écrire, qui ne disposaient pas de rapporteur pour mesurer les angles, il leur était indispensable de connaître des tracés, pouvant être faits avec la corde à nœuds, qui faisaient apparaître les relations entre les mesures et la valeur des angles qui en résultaient.

Dans un certain sens, la corde à nœuds était la représentation d’une structure,

d’un principe supérieur,

qui lie le monde physique au monde spirituel.

La tradition du tracé dans la charpente française a été inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2009.

Les formes ont-elles un symbolisme universel ?

La droite horizontale. Elle représente notre plan terrestre, « plat » par son horizon et sa stabilité apparente. C’est une structure d’accueil de notre matière dont elle est le symbole.

La droite verticale. Elle représente l’Esprit Divin. Elle est une descente de ce « qui est en haut » en reliant le supérieur et l’inférieur. Ce qui est debout, à l’image de l’humain, est ce qui est doué d’esprit, d’intelligence, étant le lien entre le monde divin et les mondes inférieurs.

La diagonale. Elle désigne un mouvement, qui est une progression ou une ascension selon le sens du tracé. Ce mouvement peut être un mouvement temporel ou une capacité d’action, de faire.

La demi-sphère ou demi-cercle : matrice. Elle est le symbole du ciel et la présence de l’esprit divin dans sa projection sur la terre, le visible et l’invisible. De façon plus réduite, la féminité en attente de fécondation.

Le demi-carré ou carré. À l’inverse du cercle ou demi-cercle, il symbolise la terre et l’Homme dans son imperfection. Dans le cas du demi-carré, c’est la complémentarité du visible et de l’invisible. Le carré en position verticale, proche du losange, indique la dynamique du carré, le mouvement c’est-à-dire principe de la vie.

Le double carré permet de montrer le dualisme du bien et du mal.

Le cercle. Il représente le tout fini et infini, l’unité et le multiple, le plein et la perfection ; pour les croyants  il figure le Créateur de l’Univers.

 

SOURCE : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

Franc Maçonnerie: La Théorie Spéculative. 27 janvier, 2020

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24 septembre 2017

Franc Maçonnerie: La Théorie Spéculative.

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 Il existe de nombreuses études relatant les origines profondes ou celles plus ou moins récentes de la Franc-Maçonnerie. En France comme en Angleterre, les documents sont accessibles, pour ne parler que des pays où les hypothèses sont vérifiables, mais toutes ces données sont diversement interprétées. Nous souhaitons apporter ici une pierre supplémentaire à cet édifice ; peut-être aussi quelques aspects nouveaux et utiles sur le sujet.

Avant-propos : il en est des théories comme des théoriciens, très peu ne résistent à l’épreuve du temps. Une théorie obsolète est abandonnée, plus rarement modifiée. Certaines théories font cependant date. Elles sont de véritables jalons dans les grandes avancées scientifiques ou celles des découvertes ayant permis l’explication simple, de causes complexes longtemps incomprises. Pour n’en citer que quelques-unes, on trouve : la Théorie de la  dérive des continents, celle de la relativité générale puis restreinte, la théorie des nombres, la théorie du Chaos, la théorie du Big-bang, les théories Quantiques…sont des événements qui nous parlent, évoquant des époques, des écoles de pensées, des noms de savants. Par exemple, Wegener pour les Continents, Einstein pour la Relativité, René Thom pour la théorie des Catastrophes, Max Planck pour la mécanique Quantique, sans oublier Charles Darwin et sa théorie de l’évolution, plus connue sous le nom de la Sélection Naturelle des Espèces. Et maintenant en voici  une sur l’Origine Spéculative de la Franc-Maçonnerie ! Une théorie de plus me direz-vous ? Une évidence ? Parlons plutôt d’un faisceau d’indices matériels, de probabilités, plus que d’une simple hypothèse argumentant une telle origine. Et puis, pourquoi ne pas spéculer sur une origine spéculative de la Franc-Maçonnerie à l’époque des Lumières ?

I/ Introduction. En premier lieu, rappelons qu’en toute chose il existe l’esprit et la lettre. A l’image de notre pavé mosaïque, ce peut être frontalement la chose et son contraire, mais ce peut être aussi la transition graduelle où tout n’est plus tout blanc et tout n’est plus tout noir, dans le passage de l’une à l’autre. Ce peut être aussi un basculement. A nous alors, d’apporter l’explication d’une progressivité transgressive ou celle d’une rupture.

L’esprit maçonnique empreint d’hermétisme et d’occultisme, se retrouve dans l’histoire du cerveau humain depuis les origines de l’homme, jusqu’à à la définition du terme de métaphysique par les premiers philosophes Grecs puis les suivants, jusqu’à nous au cours du temps. Ainsi, la Franc-maçonnerie se réfère-t-elle aux pratiques initiatiques transcendantes, héritées de la préhistoire, ou encore à celles du chamanisme égyptien, hindou, africain, aborigène… Beaucoup d’anthropologues, d’historiens, d’érudits F.M. tels René Guénon, ont décrit, recherché, dénombré, les symboles ou les postures y faisant référence. Tant en Loge, que dans les rituels codifiant un Rite donné, ces pratiques ont été diversement retranscrites au gré des époques et selon les Obédiences. Mais elles le sont toujours sur un substrat très voisin, plus souvent Déiste que Théiste, en leur signification gnostique, ésotérique, symbolisé par le Divin immanent, l’Unique Dieu G.A.D.L’U.

Nos usages maçonniques font aussi référence à deux autres thématiques, plus récentes au sens historique. La première c’est l’apport chevaleresque, à mettre en perspective avec les exploits des Templiers (les Gardiens du Temple) et avec tout ce que l’Écossisme leur doit. La seconde, beaucoup plus ancienne, qui elle a perduré, est l’apport des confréries, des corporations de bâtisseurs, apprentis, compagnons, dont l’histoire retient surtout l’aspect visible, grandiose, touchant au sacré, celui de l’édification des Cathédrales. Ce dernier aspect est constitutif des 3 premiers grades de notre rituel. Il est le symbole même de l’éternité maçonnique, puisqu’il remonte à la construction, puis reconstruction du temple de Salomon, avec Hiram-Abif puis Zorobabel. Et au-delà encore à d’autres Rites, avec l’édification des pyramides. Du tréfonds des secrets des chamans, aux principes géométriques des nombres magiques et des lettres sacrées : carré long, nombre d’Or ou transcendants, algorithme 3, 5, 7… étoile à 6 branches, lettres J. B. ou G, quadrature du cercle… tout est là pour que nous puissions nous élever parmi les autres frères. En apprenant la manière dont on taille la pierre brute avec justesse et harmonie, afin qu’elle s’assemble parfaitement aux autres pierres, non pour édifier un mur, une voûte, des contreforts ou des tours de Babel… mais pour construire ensemble, notre  Temple spirituel intérieur,  qui abritera la Sagesse commune, à l’image du Saint des Saints abritant l’Arche d’Alliance. Nul ne conteste ces apports bien établis, nul ne sous-estime la dette maçonnique que nous devons au modèle Opératif. Voilà le mot utilisé  : Opératif. Celui qui travaille, opère, effectue une tâche. Apprentis, Compagnons et surtout le Maître d’œuvre, ouvrant la carrière et mettant les ouvriers au travail, de midi à minuit. Le Maître, il n’y en a qu’un seul par chantier, comme il n’y a qu’un Capitaine commandant le Navire. Seul face au destin de tous, seul face à Dieu dit-on, et pour nous, puisqu’il s’agit d’élever, de bâtir, de créer, seul face au Grand Architecte De L’Univers. Seul, comme il n’y a qu’un seul V.M. qui préside à nos travaux, présent à l’O. dans la Loge.

On l’a dit, nul ne remet en cause les origines de l’esprit maçonnique. Le faire serait nier la Maçonnerie elle-même ou vouloir la rabaisser au rang d’une secte. Ce qu’elle n’est pas et espérons-le vivement, ne le deviendra jamais. N’en déplaise à ses farouches détracteurs, antéchrists et fascistes de tous bords, adeptes de la théorie du Complot. Théorie, d’ailleurs spécialement inventée après 1789 par un célèbre prêtre catholique, l’Abbé Barruel, voulant désigner ainsi une soi-disant conspiration judéo-maçonnique et jacobine, qui aurait servi les intérêts des bourgeois libéraux et athées, afin de faire chuter l’ordre établi. Attribuant les origines de la Révolution Française qui mit un terme à l’Ancien Régime, non plus à la révolte spontanée d’un Peuple opprimé par la famine et l’impôt, mais à un vaste complot anticatholique.

Ceci dit, le monde opératif a donné notre mot « maçon ». Mais qu’en est-il du qualificatif de Franc, Free en terminologie anglo-saxonne, désignant ces maçons ? Francs signifie affranchis, Free signifie libres. La nuance appelle réflexion. Le terme français peut laisser penser qu’à l’origine les bâtisseur-maçons n’auraient pas été libres ? Ce n’est pas faux si on considère le statut d’esclave qui fut courant dans l’Ancienne Égypte, la Grèce puis la Rome antiques et plus tardivement dans le servage de l’Europe médiévale et de la « France » des puissantes Seigneuries. L’expression est sans équivoque, liée au Serf non-affranchi. Comme l’étaient d’une certaine manière apprentis et compagnon, liés à leur Franchise de Corporation. Rappelons qu’en langue anglaise affranchis du servage se traduit par Free-slaves, et aurait dû donner : Freed-slaves-Masons. Alors que le mot Free seul, a lui une acception plus large et signifie « libre », tout autant que le fait de se libérer d’une contrainte, quelle qu’elle soit. Mais pas du tout celle de sortir d’un éventuel Servage. Car, ni la Franc-Maçonnerie anglaise, ni la Franc-Maçonnerie française n’ont songé un instant devoir apporter une réponse à la fin du servage ou de l’esclavage humain, du moins, surtout pas en recrutant en son sein, des personnes Esclaves, Serfs, dépendantes ou reprises de justice, aux fins de leur rendre dignité et liberté.  Là-dessus les Constituons d’Anderson sont claires : « Ni serfs, ni hommes immoraux ou scandaleux en Loge. Mais des hommes bons et loyaux, nés libres… ». Bien entendu, ni aucunes Femmes, ni domestiques ou serveurs d’auberge…. Le mot free, plus que celui de franc, à l’avantage de cette clarté. Free c’est donc avoir la liberté d’accomplir une tâche, de pratiquer une action libérale, un métier libéral. Le terme anglais paraît ainsi plus moderne que celui utilisé en français. A notre sens il lui est postérieur et il est significatif d’un autre contexte, nous le détaillerons plus loin. Quant au second qualifiant « Spéculatif » de spéculer, celui qui spécule, Speculator en anglais, on ne le trouve pas associé au terme Free-Masons. Et pour cause : contrairement au français ou le mot à un double sens, propre et figuré, dans la langue anglaise il existe deux mots très distincts correspondant au sens concret ou abstrait. Speculate pour la spéculation financière et Rely-on pour le sens abstrait de recherche intellectuelle. On notera que Rely-on, vient de Rely, faire confiance, compter sur… rejoignant l’idée de valeur, de condition pour les échanges, l’argent, la monnaie fiduciaire ! Et la boucle est bouclée : l’anglais n’ayant pas repris le mot français de Spéculatif, lui confère son ambiguïté terminologique toute française et pour nous ici spécifiquement matérielle, mercantile. 

I/ Le spéculatif. Où ?  Revenons à la France et au Royaume Uni. Les bâtisseurs-opératifs y sont fortement représentés durant tout le Moyen-âge et particulièrement en Angleterre avec la reconstruction de Londres après le Grand Incendie de 1666. Ces deux pays sont aussi les seuls à répondre aux critères actant le spéculatif dans l’esprit maçonnique. Côté Britannique, retenons plus exactement les villes de Glasgow et d’Édimbourg, qui représentent les foyers ancestraux d’une Franc-Maçonnerie traditionnelle, avec la réalité d’un écossisme issu des Statuts Schaw de 1599 de la Loge d’Édimbourg N°1 ou plus loin encore, celle de Kilwinning N° 0 appelée « Mother Loge » à l’O. de Kilwinning, près de Glasgow. Une Loge d’origine Templière, constituée elle, au XIIe siècle ! De l’antériorité donc outre-Manche, mais surtout des valeurs on l’a vu, chevaleresques, qui sont plus proches des milieux opératifs moyenâgeux que d’une quelconque idéologie commerçante, spéculative, à l’intérieur même de l’écosse. Le modèle christique de l’esprit de l’Ordre des Templiers, dissous pour hérésie par le Pape Clément V en 1312, est bien trop stable et trop puissant, dans une Écosse possédant peu de ressources naturelles, et de plus trop occupée à devoir résister militairement à la domination anglaise anticatholique, qui grandit et s’impose à elle. Reste donc la France. Et c’est sur une Loge-fille de Kilwinning, que se porte justement notre intérêt : la Loge Saint Jean d’Écosse à l’Orient de Marseille, signalée, malgré l’absence de preuves formelles, dès 1688.

Telle une étude de cas, on ne peut plus représentative de l’esprit maçonnique d’entreprendre des actions spéculatives, dans le but de faire du profit mais pas seulement, Saint Jean d’Écosse s’impose. L’histoire de cette Loge est incontournable dans la rupture maçonnique opérative/spéculative et bien entendu dans la destinée moderne d’une ville, à savoir Marseille ; tant le destin économique, social, politique, méditerranéen ou mondial de la cité, apparaît lié à celui des Francs-Maçons regroupés dans cette Loge, et ce, dès la fin du 17e siècle. 

Au 18e siècle, Marseille sort exsangue de plusieurs épidémies de Peste Noire, dont celle de 1720, appelée la Grande Peste. Plus de 40 000 morts sur 90 000 habitants et qui sera la dernière épidémie enregistrée dans notre pays. Le Port de Marseille sera fermé plus de deux ans et demi, les fabriques arrêtées faute d’ouvriers, le commerce local suspendu faute d’approvisionnement par méfiance de contamination. La ville est enserrée dans des constructions de murs et de contrôles de passages, dont le but est que l’épidémie ne se propage pas dans l’arrière-pays. Malgré ce, en Provence, il y aura au total 120 000 morts sur 400 000 habitants !

Les grands maux ne sont jamais isolés. Il se produit au même moment dans le pays, la faillite bancaire du système Law. John Law (on prononce Lass) fils d’un célèbre banquier d’Édimbourg est un aventurier huguenot écossais. Très doué en arithmétique et malicieux-joueur, il parvient à être autorisé à fonder la Banque royale de France, qui va imprimer les premiers billets-papiers en guise de monnaies ; cela afin de fluidifier le commerce, car d’une part le métal précieux se fait rare et d’autre part, il faut résorber la dette colossale laissée par Louis XIV. L’invention de Law engendrera la banqueroute de 1720 qui ruine la plupart des riches hommes d’affaires français. Bien qu’un tel système monétaire soit ingénieux, pratique, plus souple que la monnaie d’or ou d’argent, il fera perdurer la méfiance des actionnaires à l’égard des billets-papier. L’économie française est sinistrée, le port de Marseille est paralysé. Cette situation va durer jusqu’en 1724. Il faut attendre une décennie pour qu’à nouveau l’économie nationale et locale se porte mieux. En 1737 la loge Saint Jean d’Écosse est à la tête de la prospérité portuaire, donc de la ville. Monseigneur Belsunce Évêque de Marseille, brillant exorciste du fléau de la Grande Peste, dévoué aux malades pestiférés, signale au Préfet de police : « Je ne sais Monsieur, ce que sont les francs-Maçons, mais je sais que ces sociétés sont pernicieuses à la religion et à l’État. La majorité d’entre eux sont protestants et composent une mystérieuse organisation, influente et fermée ». Allusion et preuve de l’existence d’une Loge vouée au négoce international, d’un atelier phare, concurrençant ceux de la G.L.de F principalement présente sur Aix-en-Provence, dans l’austérité d’un temple où dominent un fort recrutement des Frères dans la Magistrature, notaires, huissiers de justice compris. Dès 1740 Saint Jean d’Écosse de Marseille devient le Temple le plus influent, comptant le plus de F.M, plus d’une centaine au total. Vraisemblablement domicilié Rue de La Loge à Marseille, derrière Hôtel de Ville et le quartier Grand’ Rue. C’est là que se trouve le centre administratif de la cité phocéenne, lieu du Palais communal et de la Loge (c’est son nom) de Commerce.

Quartier passablement détruit à la Révolution puis en 1943 lors de l’occupation allemande. Quartier où l’on peut encore admirer outre la Mairie style Louis XIV, les plus anciennes demeures aristocratiques de la ville : l’Hôtel de Cabre datant du XVe siècle, la Maison diamantée datant elle du XVIe, construite dans le plus pur style italien des Médicis, l’ancien Palais de Justice où se dressait la guillotine et les prisons en sous-sol, rénové au milieu du XVIIIe en Pavillon Daviel. Demeure de Jacques Daviel qui fut le chirurgien du Roi Louis XV. Oculiste-Ophtalmologue, le premier à réaliser une opération de la cataracte en 1745. Et l’Hôtel du Saint Esprit (futur Hôtel-Dieu) où précisément Daviel termina ses études de Chirurgien. Notons au passage que lors de sa création en 1753 l’Hôpital de l’Hôtel-Dieu de Marseille, est le seul en France où les malades sont pris en charge par des laïcs et non par des religieuses comme c’est partout le cas à cette époque. Faut-il y voir un signe de l’emprise de Loge maçonnique dans les mœurs locales ? C’est au cœur de ce quartier prestigieux que se trouve le Temple des Frères de Saint Jean d’Écosse, dont on signale volontiers qu’il est le plus richement décoré de son temps. Ses réceptions, ses fréquentations ne passent pas inaperçues, elles rehaussent le prestige de la ville. Les familles bourgeoises, les notables étrangers y élisent domicile, s’y installent en nombre. C’est aussi dans ce périmètre qu’il de bon ton, au siècle des Lumières, de faire construire son « trois fenêtres marseillais », sans ouverture au nord.  A cause du mistral où en simple rappel d’une symbolique bien connue de nous tous ? La question mérite d’être posée.

Dans le milieu du 18e siècle, Marseille est un grand Port cosmopolite, avec des Négociants locaux et nombre d’affairistes Genevois, Allemands, Danois, Hollandais, Italiens, bien installés. Ils y ont leurs pratiques journalières, dans la grande tradition des Armateurs, Banquiers-prêteurs, Négociants, Conseillers-interprètes, Assureurs… celle précisément dont Jacques Cœur a incarné l’ascension dans la France du XVe siècle. Avec cependant davantage d’autonomie, loin du pouvoir central et davantage tournés vers les horizons lointains, plus que vers l’intérieur du pays ou Paris. Le but de Marseille est de concurrencer Gênes, de ne plus se limiter au bassin méditerranéen, de faire de nouveaux profits grâce au commerce mondial, notamment celui des Îles, avec le sucre, le café, le cacao, les épices, les agrumes, les étoffes et les métaux précieux… Tout en demeurant en dehors du commerce triangulaire, celui de la traite des esclaves, largement pratiqués à Nantes, Bordeaux ou ailleurs. Marseille se veut pionnière, salutaire au grand négoce maritime, pour elle-même, plus que pour son arrière-pays ou son Roi. Les notables recherchent la réussite commerciale tout autant que l’ascension sociale pour eux et leur famille. Allant jusqu’à envisager l’achat très coûteux de titres de noblesse en acquérant des charges royales, quasi inaccessibles. De ce fait : quelle que soit leur nationalité, leur culture, leur religion, leurs origines, devenus riches, ils sont convaincus que seule, la Franc-Maçonnerie pourra légitimer leur rang. La loge Saint Jean d’Écosse constitue donc pour eux, l’unique moyen d’accéder à cette notoriété locale et par là-même, reconnue au-delà des frontières du Royaume.

La France de l’Ancien Régime est organisée en trois Ordres : Noblesse, Clergé, Tiers-État. Elle n’a jamais permis l’ascension par le mérite personnel. L’école publique gratuite et obligatoire n’existe pas. Seul le Clergé et les Précepteurs privés sont autorisés à délivrer un enseignement payant, dont la majorité des gens, artisans, commerçants, ruraux ou paysans, qui représentent 90% du peuple, sont exclus. Et d’abord les filles, conditionnées à leur état de futures femmes, vouées aux tâches ménagères ou agricoles, jouissant de l’unique considération à produire et élever des enfants. Autant dire que la condition féminine est alors matériellement soumise à sa dépendance aux hommes ou aux institutions religieuses. Ces façons d’être constituent un servage féminin. Les Constitutions d’Anderson de 1723, l’expriment clairement : « Ni femmes, ni Serfs… ». Règlements impératifs auxquels les femmes sont assimilées sans ambiguïté, aux individus dépendants et soumis. Rares sont aussi les non-Nobles ou non-Aristocrates à être instruits, c’est à dire à cette époque savoir lire-écrire et compter, et encore plus rares ceux qui prétendent avoir fait leurs Humanités, principalement le Latin et le Grec de notre baccalauréat. Plus exceptionnel encore, avoir fréquenté l’Université, essentiellement médecine ou droit. Côté connaissances et transmissions des mathématiques on peut dire que l’aspect géométrique incombe à aux architectes-bâtisseurs, les Opératifs dont a parlé plus haut, tandis que la seule arithmétique est dévolue aux banquiers et aux commerçants, longtemps juifs, secondairement hollandais, arabes ou hindous. Un tel système perdurera jusqu’à la Révolution française.

A Marseille la situation est différente. Cette ville portuaire, éloignée du pouvoir royal, épargnée par les conflits religieux, tourne délibérément le dos au pays. Autant par sa situation privilégiée et stratégique en bordure de la Méditerranée, que par sa ferme volonté d’obéir à un Ordre nouveau. Novateur économiquement et socialement. C’est sur ce postulat, que la Loge de Saint-Jean d’Écosse installe sa Révolution silencieuse. Un siècle avant 1789 un groupe maçonnique émet le projet de constituer une classe Bourgeoise spéculative, franc-maçonne, sans titre de noblesse, ni instruction officielle. Les grades maçonniques feront pour elle, offices de charges laïques eu lieu et place de celles demeurées trop longtemps inaccessibles et très coûteuses. La fraternité initiatique délivrera l’apprentissage des compétences nécessaires qui font défaut. La Maîtrise et les grades supérieurs apporteront ensuite l’accès aux domaines artistiques, de l’Art, des belles Lettres et de la Musique.

Faute de documents fiables et pouvant être recoupés, les historiens ont abandonné l’idée d’une Loge Marseillaise patentée dès 1688, crée par des Jacobites, sous couvert de la R.L. D’Édimbourg, dans les archives de laquelle on ne trouve d’ailleurs rien allant dans ce sens. Cependant, de là à parler de « légende » nous avons du mal à le croire. L’exil écossais de 1688 est une réalité historique, la présence d’Officiers, de bas-officiers dans les grands ports français, au service de l’armée et de la marine marchande est un fait. On imagine aisément qu’ils y apportent leurs pratiques maçonniques.  L’hypothèse d’un Atelier propre à la marine écossaise et de quelques aristocrates en exil, s’ouvrant aux gradés de marine en transit, puis progressivement aux notables négociants marseillais locaux, demeure plausible. Avec ou sans patente, à cause d’un isolement géographique et administratif. Cela de 1688 au moment où la Loge est signalée, jusque vers 1730-37 moments pour lesquels des documents formels existent. Pour ce qui est d’envisager une création plus tardive en 1751 par un aristocrate écossais du nom de George Wallnon ou Duvalmon, muni d’un pouvoir émanant d’Édimbourg (?) les faits sont contradictoires.  Dès avant cette date, en 1749 des documents attestent que des maçons jacobites venant de Marseille visitent en nombre, la Loge d’Avignon. C’est bien la preuve que Saint Jean d’Écosse existe déjà. C’est d’ailleurs elle, qui créa sa Loge-fille d’Avignon. Rien ne contredit une existence fin XVIIe. Le pouvoir de Wallnon daté du 17 juin 1751, ainsi que la passation de chaire, Wallnon-Routier en date de 1762 ne sont que des épisodes transitoires, d’une existence réelle et déjà connue auparavant. Une cinquantaine d’années d’un fonctionnement informel ou sporadique, dû aux événements catastrophiques locaux, paraît vraisemblable, d’autant qu’un courrier du 30 messidor AN II (18 juillet 1794) entre les Frères de Saint Jean d’Écosse et le G.O. mentionne : « Un titre en original a existé, il a disparu pendant les temps malheureux qui ont suspendus nombres d’années les réunions maçonniques. » Allusion à la période de la Grande Peste, car il est bien trop tôt à cette date pour que ce soit celle de La Terreur et de la mise en sommeil de la Loge, consécutive à ces événements, période allant de 1794 à 1801 ! De toutes manières, Saint Jean d’Écosse à l’O. De Marseille, fonctionne conformément aux Règlements Généraux d’Édimbourg rappelés à partir d’un document du 11 juillet 5742 (1742) antérieur à toutes ces dates et qui lui est destiné :

« Toutes Loges établies dans l’étranger par la Respectable Métropole Loge d’Édimbourg, directement, seront regardées comme Mères-Loges et en cette qualité auront le droit de pouvoir constituer des Loges écossaises, mais elles n’auront point celui de transmettre ce pouvoir. »

N’en déplaise aux Obédiences françaises et autres historiens, à notre sens cette création dans la seconde moitié du 17e siècle, tient plus d’une probabilité que d’une légende ! Et on peut aussi voir dans Saint Jean d’Écosse de Marseille, comme chez les Jacobites de Saint-Germain-en-Laye, dans leur filiation avec la Loge de Kilwinning N°0 près de Glasgow, un juste retour sur notre sol, de l’esprit de l’Ordre des Templiers.

III/ Le Spéculatif. Quand ? Les textes historiques rapportent que l’époque des bâtisseurs de cathédrales, correspond au plein essor des corporations qui s’érigent en guildes, jurandes, confréries de divers métiers, qui souhaitent préserver leur cadre légal, pour affermir et spécifier leur rôle. Ainsi refermées sur elles-mêmes et jugées restrictives, sinon suspectes, au fil des siècles ces organisations vont être en France la cible des religieux dogmatiques ainsi que de l’absolutisme royal, qui cherchent par tous les moyens à les contrôler. Fin 18e siècle, Turgot, Allard, puis Le Chapelier et sa Loi du 14 Juin 1791 supprimeront définitivement de telles pratiques.  Est-ce à dire qu’à partir de ce moment précis prennent naissance, les sociétés secrètes qui préfigurent notre Franc-Maçonnerie spéculative ? Rien n’est moins sûr. A la question quelle filiation y-a-t-il, peut-il y avoir, entre les pratiques opératives des compagnons-maçons-bâtisseurs et les pratiques spéculatives des Francs-Maçons, la réponse des chercheurs est unanime : aucune. Aucune au sens de l’histoire, où l’une aurait permis et conditionné, l’existence de l’autre. Rien de probant sur une telle transition. On ne peut l’envisager que comme une rupture puisqu’il n’y a aucune preuve de l’existence d’un chaînon manquant. C’est à dire de présence de Loges hybrides, qui auraient pu constituer une maçonnerie opérative, au début majoritairement composée de bâtisseurs et, se peuplant par la suite de maçons-lettrés, de francs-maçons, d’intellectuels.  Bien entendu au sens de l’Histoire prise à la lettre et non au sens de l’esprit Opératif traditionnel, revendiqué depuis leur création par les Rituels mis en pratique. On peut imaginer que des ateliers Corporatifs et des Loges maçonniques aient pu coexister dans certaines grandes villes. Mais sans liens institutionnels, ni mixages de ces structures entre elles, tels que le sont de nos jours, Compagnonnage et Loges maçonniques. N’y aurait-il alors in fine de Maçonnerie moderne que spéculative, comme il est coutume de dire qu’il ne peut y avoir de Républiques que Laïques ? On est en droit de le penser. C’est une maçonnerie spécifique, nouvelle dans son but, traditionnelle dans sa pratique, qui apparaît donc à l’époque des Lumières.

Petit rappel instructif : on appelle les Lumières, une période démarrant en 1688 en Angleterre avec La glorieuse Révolution calviniste chassant le Roi catholique Jacques II Stuart et on retient en France la date de 1715, avec la mort de Louis XIV, pour vraiment voir débuter cette période, se finissant à la Révolution Française.  Au-delà du nom, cher aux F.M que nous sommes, « Les Lumières », représente un important mouvement, européen, déiste. Il est capital pour nous, puisqu’ il marque l’avènement des connaissances philosophiques, des intellectuels, de la science, face à l’obscurantisme des superstitions, l’intolérance, les abus de l’Église et de l’État. On peut dire que la fin des Lumières correspondant à la fin de l’Ancien Régime et citer Napoléon : « Il n’est que deux seules puissances dans le monde, l’épée et l’esprit, mais à la longue l’esprit l’emportera sur l’épée. »

Pour le caractère purement spirituel de la F.M., on n’a donc pas de date précise, seulement une période. Il convient désormais de rechercher une cause légitime, dans la naissance de ce nouvel Ordre spéculatif, constitutif d’une organisation maçonnique purement intellectuelle et non (plus) manuelle ou d’allégeance proprement opérative. Cherchons en Europe donc, et notamment dans les deux pays possédant la clef, les Lumières, de cette histoire. Les dates de création de La Grande Loge de France puis du Grand Orient étant connues, respectivement 1738 et 1773, il ne restait pour la Grande Loge Unie d’Angleterre qu’à être positionnée avant elles. Connaissant en tout le chauvinisme Anglais (nous disons bien Anglais, et pas Écossais, ni Irlandais, ni Gallois), la date de 1717 fut retenue et confirmée, pour la consécration de la Grande Loge anglaise, issue de la fusion de 4 Loges, domiciliées dans les Tavernes où elles se réunissaient. Outre ce fait, singulier par la petitesse des lieux et la négation de ce qui se passe ailleurs en Écosse ou en France, cette hypothèse de « Loge-mère » sera vite battue en brèche au sein même de La Grande-Bretagne.

Penchons-nous un instant sur la possibilité d’une Maçonnerie moderne et spéculative, née en Grande Bretagne. Possibilité ou plutôt impossibilité ! Quatre Loges : L’Oie et le Grill, Le Pommier, La Couronne, Le Gobelet et les Raisins, se fédèrent donc et constituent la Grande Loge de Londres et de Westminster devenant peu de temps après, la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il faut plus y voir là, à notre sens, un désir de tourner la page et d’en finir avec la maçonnerie Stuartiste. Maçonnerie foncièrement militaire, trop Catholique et Christique, telle qu’elle apparaît encore dans La Constitution Payne, codifiant une pratique qui n’est plus du tout dans l’air du temps, depuis l’exil des Jacobites. Ainsi prennent naissance à partir de 1721 les Nouvelles Constitutions, dites d’Anderson, les « anciennes » fraîchement édictées par Payne en 1720, étant jugées « fautives et dévoyées ». Si le premier G.M. de la G.L. Unie d’Angleterre est en 1717 un modeste opératif savetier, les suivants actent la volonté d’un profond changement politique et religieux. On y retrouve bien entendu Anderson, un pasteur presbytérien ; Désaguliers, un savant, mais surtout un prêtre anglican fils d’un pasteur Huguenot chassé de France. Le Duc de Montaigu, l’homme le plus riche d’Angleterre à cette époque. Le Duc de Wharton, un noble ruiné, surendetté, alcoolique.

Comment voir là-dedans, dans cet aéropage hétéroclite, et à leur suite, la naissance d’une Maçonnerie moderne ? D’autant que l’article IV de ces Nouvelles Constitutions d’Anderson, stipule clairement : « nul ne peut être G.M. s’il n’est, noble de naissance ou gentilhomme, ou savant, éminent architecte, homme de l’Art d’honnête ascendance » ! Certes les principes opératifs et chevaleresques de base sont conservés, avec en plus, quelques compléments postérieurs, notamment sur les lois Noachides (relatives au Déluge et à Noé) et bien entendu, pour ne plus faire obstacle à la pensée calviniste, on y rajoute l’immanquable ouverture religieuse, plus déiste que théiste d’ailleurs. La personne athée étant elle, toujours perçue comme quelqu’un atteint de stupidité. On est bien loin, il est bien fini, le temps de la doctrine apostolique OBLIGATOIRE, de la pensée unique, pour être admis en maçonnerie, telle que le mentionnait la Constitution dite Stuardiste de George Payne.  Mais rien ne signale cependant, en ce début des Lumières outre-Manche, un vaste mouvement philosophique et/ou scientifique, porté ou relayé par la Franc-Maçonnerie. Il n’y a aucune remise en cause sérieuse de l’existence du Dieu de la religion catholique, aucun refus des dogmes, ni aucun laïcisme. Il convient désormais plus que jamais, de croire au Glorieux Architecte du Ciel et de la Terre, afin d’éviter de paraître stupide. Malgré le renforcement de cette adaptation spirituelle, rien ne change vraiment et tout au plus peut-on considérer qu’une Loge calviniste s’impose. Il s’agit de celle dénommée : Le Gobelet et les Raisins. C’est une Loge forte de ses 24 Nobles, Chevaliers de Hauts rangs, Activistes et Pasteurs anglicans, Scientifiques notoires membres de la Royal Society d’Isaac Newton. Anderson et Désaguliers à la tête de cet Atelier de 24 frères, prennent le pouvoir maçonnique. La nature a horreur du vide… Le pouvoir est aisément, glorieusement, confisqué aux Loges militaires des Régiments écossais et irlandais demeurées fidèles à la royauté catholique déchue, exilée et installée par Louis XIV à Saint-Germain-en-Laye. Contrairement à ce qui se passe en France au même moment, principalement à Marseille, on peut dire qu’il n’y a rien de Moderne, ni de Spéculatif, dans ce revirement maçonnique anglo-saxon. Ce n’est pas parce que le mode Maçonnique-Opératif s’éteint en Grande Bretagne, ou parce l’écossisme-stuartiste est bouté hors du Pays, que le Spéculatif s’y installe automatiquement. Les Loges militaires écossaises avaient anticipé un tel changement, en initiant des non-opératifs ou des non-militaires, mais indépendamment du désir de créer un quelconque modèle véritablement spéculatif. Seulement dans le but de renforcer une présence, peu ou prou menacée par l’Anglicanisme, en s’ouvrant à la société civile et en répondant à l’évolution des mœurs de son époque.

C’est en cela que notre théorie éclaire et nuance, les étapes d’une évolution factuelle de la Franc-Maçonnerie jacobine vers la Franc-Maçonnerie anglicane, hors d’un quelconque souci spéculatif. Sans pour autant y voir une filiation mécanique et logique entre les périodes ou les Rites. Le fait de vouloir « soucher » à tous prix tel mouvement nouveau sur tel autre, paraît moins adapté que la simple prise en compte des circonstances historiques réelles. Toute rupture supposée est le fait d’un événement majeur, qui oblige à s’adapter, ou à disparaitre. La fonction franc-maçonnerie, obéit à cette règle dans lequel l’ensemble étudié est différent de zéro. « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » selon la célèbre formule de Martin Heidegger, car répétons-le : « la nature a horreur du vide ».  

On pose ainsi le diagramme :

1/ En ordonnée, la viable d’ajustement de 0 à 100. Portant l’axe de la Spiritualité.

0 = Athéisme, 50 = Déisme-Théisme, 100 = Idolâtrie.

2/ En abscisse, la constante Temps, portant l’axe des Pratiques : Ancestrales : Chamanes, Opératives, Templières. Anciennes : Militaires, Aristocratiques (Art Royal). Modernes (Laïques) : Spéculatives, Philosophiques, Sociétales.

Disons ceci : la Franc-Maçonnerie répond à l’équation scientifique : à chacun sa spiritualité, à chaque groupe ses pratiques rituelles. L’effet additionnel cumulatif des pratiques ésotériques, hermétiques ou bibliques, y apparaît nettement. En qualité d’apports potentiels et non de filiation directe. Un tel diagramme place la Franc-Maçonnerie à l’opposé des Sectes (100%idolâtres) et des Religions (100%pratiquantes) qui elles, ne peuvent répondre de la sorte à une analyse cartésienne. Soyons en sûr : la Franc-Maçonnerie anglaise, Stuartiste-militaire ou Hanovrienne-aristocratique, n’offre ni aspect moderne et ni aspect laïc, dans le vrai sens du terme, donc celui du respect de TOUTES les religions. Le dessein de la Grande Loge Unie d’Angleterre fut seulement d’intégrer le principe presbytérien comme facteur de Régularité et d’Appartenance, afin d’imposer à ses Loges patentées, l’uniformisation de leurs pratiques, en signe de cette appartenance. Certains verront là, un juste prolongement de la Querelle des Anciens et des Modernes, version maçonnerie-anglicane !

Voilà notre humble avis, face au puissant esprit de clocher anglais. Mais nous n’entrerons pas davantage dans ces querelles intestines et dirons simplement, qu’à trop vouloir tirer la couverture à soi, on finit par la déchirer. De là à passer au plan juridique ou défendre de telles causes armes à la main, serait encore plus ridicule.

Nous laisserons volontairement de côté et à d’autres, cette question de savoir QUAND, à quelle date, s’est effectué précisément l’apparition du mode spéculatif dans la Franc-Maçonnerie française ou anglo-saxonne. Certainement pas à une date précise, les choses étant le plus souvent dans la progressivité au gré des circonstances, elles-mêmes multiples et étalées dans le temps. En revanche, confirmant le fait qu’elle soit née à Marseille, comme d’autres courants maçonniques ont pu naître ailleurs, au gré d’autres circonstances, d’autres époques. Notre diagramme en schématise certains aspects. Tentons cependant une typologie de ce que nous nommerons les différents courants maçonniques, pour les plus connus au cours du temps. Sans classement réel, ni a priori, concrètement existants, au sens des inspirations (souches) revendiquées, des Rites et des Obédiences le plus pratiqué.

F.M. Symbolique, Hermétique, Esotérique, bien évidemment toutes les Loges y souscrivent

F.M. Judéo-Chrétienne

F.M. Ecossaise Stuartiste militaire, puis Presbytérienne

F.M. Egyptienne

F.M. Républicaine, Laïque

F.M. Féminine, Mixte, Masculine, Universelle

F.M. Spéculative, Politico-Affairiste, Philosophique, Sociétale…

Laissons à chacun d’entre nous le loisir d’y repérer telles ou telles autres Organisations Obédientielles …

Ces 7 grands courants sont représentatifs de « l’adaptabilité » de la Franc-Maçonnerie et de sa perpétuelle remise en cause, selon les époques de son Histoire. Le tout sur un « fonds-de-commerce » solide, tout autant symbolique que spirituel.

Remarque importante en a parte. Malgré un apport Hermétique (alchimique et scientiste) certain, on notera qu’à ce jour la F.M. n’a pas, du moins pas encore, de véritable courant scientifique. Pas pseudo-scientifique ou comme nous aimons à le préciser péjorativement : un courant de « Maçonnologues » c’est-à-dire, d’inspiration pseudo-scientifique ou par certains côtés, Nostradamussien. Non, un vrai mouvement maçonnique des Sciences, en association avec les Grandes Ecoles, l’Université, les Universités nouvelles du temps libre, les chercheurs et pourquoi pas l’Institut, l’Académie des Sciences. L’explication tient plus au fait des incompatibilités majeures entre Les Sciences exactes et Le Sacré, qu’à celui d’une absence de Chercheurs, Docteurs, Savants, en postes ou émérites, d’intellectuels, d’érudits-Francs-Maçons très qualifiés, dans nos rangs ! Regrettons-le, car la nostalgie d’une Maçonnerie des Lumières, spéculative au sens des idées novatrices, demeurera toujours en nous.

Nombreux sont les Scientifiques qui étudient depuis longtemps la Maçonnerie sous toutes ses coutures, parfois avec des préjugés hostiles, mais bien rares sont les Frères reconnus et respectés par eux, pour leurs publications, leurs planches ou leurs travaux synthèses. Ne parlons pas des théories maçonniques, elles ne franchissent que très rarement les portes de nos Temples… ni elles y rentrent, ni elles n’en sortent !  Mais il nous appartient de réfléchir et de nous dire : Quand faire le premier pas vers les Sciences, comme d’aucuns et ils sont pléthoriques, l’ont fait vers la Politique ? A notre sens, plus que toutes autres organisations, notre Grande Loge Symbolique, mono-rituelle, Filiation Robert Ambelain, pratiquant le rite Écossais Primitif, est tout à fait apte à revendiquer de tels accords avec la Communauté scientifique globale. Par sa Revue, ses travaux de grande qualité, son appartenance au CLIPSAS, à l’Alliance Européenne et plus récemment à l’Observatoire de la Dignité Humaine (ODH-HDO) de l’appel de Rotterdam du 29 mai 2016, la GLS-REP est prête pour assumer une telle jonction. De nos jours, la Franc-Maçonnerie accueille dans ses rangs, ceux et celles qui « accidentés » de la vie sociale, économique, voire religieuse, viennent chercher un appui moral, spirituel, tout autant que des réponses plausibles à la question fondamentale de leur existence. C’est parce que les sociétés modernes ont échoué dans cette mission que nous leur devons un effort de vérité. D’explications simples et accessibles, dans l’état des avancées scientifiques et des connaissances actuelles, sans a priori, ni division, ni conflit idéologique. C’est pour cette raison que le rapprochement vers les Sciences, La Science, s’avère fondamental pour notre devenir de Francs-Maçons responsables, à l’orée du XXIe siècle. 

Cet a parte dit, il importe maintenant d’établir, le Comment et le Combien, puis le Pourquoi, d’un tel changement spéculatif dans l’histoire de la Franc-Maçonnerie.

IV/ Le spéculatif.

Comment ? Pour des Francs-Maçons spéculatifs la vision du futur est essentielle. Le passé n’apparaissant qu’en référence d’une légitimité relative. Voire d’antériorité, d’aspect religieux ou pas, offrant une position voulue dominante. Situation difficile, d’autant que nos origines sont d’un abord complexe dans l’historique de cette mutation, entre opératifs et spéculatifs. S’il est hasardeux de savoir quand s’est fait ce changement, il est intéressant de se poser la question : à quoi peut servir une telle évolution ? Pour nous Francs-Maçons, spéculer signifie actuellement réfléchir, imaginer, cela dans un sens noble qui n’a rien à voir avec l’espoir d’un profit ou d’une prise de risque pour gagner plus d’argent.  La pensée spéculative est celle qui observe, au sens du mot latin. Speculator : c’est l’observateur. Mais c’est aussi celui qui éclaire par sa vision, sa recherche, son travail intellectuel. Par son analyse et sa synthèse, il tente d’éclaircir toute perspective future. Pour ce faire, il se pose sans cesse la question : « que se passerait-il si… ? ».

Et en l’occurrence, que se passerait-il si la Franc-Maçonnerie-spéculative, dans le plus pur esprit corporatiste, n’avait été qu’un outil issu des Lumières, au service de l’avènement de la libre entreprise ? « Free » pour pouvoir déroger au Culte et à la Royauté, ligués ensemble contre elle ? « Franche » au sens d’un espace non assujettis aux lois fiscales en vigueur ? Une zone grise, ni blanche, ni noire, mais avant-gardiste, composée de spéculateurs, d’habiles négociateurs, comme l’avaient été en leur temps les Templiers. L’Ordre du Temple, fidèle aux Papes et aux Rois… mais pas trop ! Les Templiers, enrichis et puissants au point de prêter main forte et argent, aux souverains… mais pas trop ! Un Ordre incontournable, au point de représenter un État dans l’État, ce que ni un Pape, ni un Roi, ne pouvaient accepter. La suite on la connaît. Les Francs-Maçons eux aussi avaient en mémoire cette histoire. Ils en tirèrent profits du 16e au 18e siècle et encore aujourd’hui. Un groupe (sans parler des individus qui le composent, mais bien de ce qu’ils sont ensemble) ; un groupe fédère ses ambitions qui ne sont, ni confessionnelles, ni politisées, ni socialement typées, mais volontairement restreintes à leur activité commune. Il s’auto-reproduit dans une cooptation rigoureuse, exclusivement masculine, à forte ambition spéculative et expansionniste… Ce groupe s’organise dans une époques troublée, incertaine, sans avenir, dans un royaume endetté par le luxe et les guerres, peuplé d’un clergé puissant et corrompu. Si les Lumières et la Maçonnerie c’est ça, on est bien loin alors, d’un angélisme maçonnique universel ! Au risque de voir ressurgir les vieux démons du capitalisme libéral, disons que cette F.M. d’obédience affairiste, plutôt d’inspiration protestante, mais pas que, n’a aucun complexe avec l’argent et l’enrichissement personnel. Pour elle, gravir les étapes maçonniques, c’est aussi manifester son ascension dans l’échelle sociale.

Comptables, commis, financiers, commerçants, négociants, artisans, officiers de marines, simples marins, marseillais, écossais… Apprentis, Compagnons, Maîtres en la matière… Toutes ces personnes, complètement étrangères aux métiers de bâtisseurs de cathédrales, se réunissent en Loge à Marseille et se répartissent des fonctions économiques. Il leur faut des cordons de Maîtrise et des grades supérieurs, tant les progressions sont rapides. Les Rituels du 18e siècle codifieront cela à merveille, avec la concurrence des Obédiences qui se constituent. On puise encore plus avant dans la Tradition, la Bible, les textes anciens, on modifie, construit, reconstruit. Et surtout on codifie l’oralité. Ainsi progresse-t-on rapidement.

Pour ces Francs-Maçons la route est tracée. Il leur faut vaincre les obstacles de leurs profondes différences, ainsi que ceux de leurs opposants institutionnels et religieux. Il leur faut anticiper, spéculer sur l’avenir du Port de Commerce Marseillais. Aplanir, supprimer les barrières autant morales que physiques contraires à leurs projets. Deux écueils dont l’évitement sera décisif dans leur visée spéculative :

1°/ Résoudre le problème de la sécurité en mer, afin d’assurer la prospérité de Marseille.

2°/ Vaincre celui de la concurrence commerciale, principalement Juive aux 17e et 18e siècles.

Le premier écueil se chiffre en centaines de navires perdus, par naufrages, actes de Piraterie ou prises par l’ennemi. Les archives n’en distinguent pas la cause mais les pertes sont consignées, année après année. De 1704 à 1714 la Chambre de Commerce de la Cité Phocéenne, en dénombre 1866 en 10 ans, soit 186 navires perdus par an. De 1715 à 1745 il y en a 820 soit sur 30 années, 27 navires perdus par an. De 1745 à 1757 il y en a 961 soit sur 12 années 80 navires perdus par an. De 1757 à 1770 il y a 937 perdus, soit sur 13 années 72 navires perdus par an. Pour les 25 ans suivants, la Chambre donne la moyenne de 24 navires perdus chaque année, les mers sont plus sûres ! Mais, plus de 5000 navires au total sont perdus entre 1704 et 1795 ! Le mauvais temps n’explique pas tout. L’arraisonnement, le vol des cargaisons, les rançons pour la restitution des prises humaines, les navires eux-mêmes, offrent des ressources faciles et disponibles en nombre. Pour la Chambre marseillaise, c’est beaucoup plus qu’un problème. C’est un grave fléau. A maintes reprises elle doit rehausser ses taxes portuaires, pour combler les manques à gagner. Mais ce n’est pas tout. Pour la sécurité en Méditerranée, la Chambre arme et fait construire ses propres navires escorteurs, dépêche des frégates, constitue des équipages. Sollicite à prix d’or la marine royale bien mieux pourvue en galères et soldats expérimentés, d’autant que l’exil massif d’écossais, d’irlandais, complète utilement ses effectifs. Tout marin étranger ayant été plus de dix ans au de service de Sa majesté se verra d’ailleurs proposer la Nationalité française. Pour toutes ces raisons, cette alliance de la Chambre traduit de fait en une relation crypto-maçonnique entre Marseille et le Roi. Chacun y trouvant un intérêt majeur dans le secret qui s’impose, afin de ne pas éveiller les soupçons catholiques et ceux de l’Inquisition. La Loge spécule, imagine un avenir encore plus florissant, tel celui des Vénitiens du XVe siècle et de leurs 6000 galères. Les Francs-Maçons de Saint-Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, œuvrent en secret pour obtenir du Roi Louis XIV leur sécurité maritime, tandis que celui-ci se sert d’eux pour financer les tentatives destinées à la restauration des Stuart chez eux et régler par la même occasion, l’état de ses finances en grands périls. Le coût exorbitant des guerres, la construction de Versailles, les dépenses somptuaires de la Cour, de la Noblesse, ayant ruiné le royaume… Et au passage, le pouvoir royal règle aussi ses conflits avec les Anglais. Mais pas seulement.

La question Juive fut sous l’Ancien Régime une question récurrente de l’intolérance catholique et des royautés successives.  Après 1501 sous Louis XII, les juifs n’ont plus droit de cité dans le Royaume de France. Un bon nombre s’est converti au catholicisme, mais la plupart se sont exilés à l’étranger. En 1650 c’est le Parlement de Provence qui applique une interdiction de séjour pour les Juifs. En 1682 c’est le Roi Louis XIV et Colbert en personne, qui ordonnent et signent l’expulsion des Juifs de France. Le problème ressurgit en 1750. A croire que les lois et les contrôles n’avaient que peu d’effet à cette époque. Cette fois c’est la Chambre de Commerce de Marseille elle-même qui se manifeste, se plaignant de la présence juive dans les comptoirs français et accusant les juifs de complicité et de recel de cargaisons piratées. En 1758 un arrêt du Parlement de Provence, interdit aux Juifs tout achat et revente de marchandises à Marseille et ramène leur autorisation de séjour de 8 à 3 jours. A notre sens, il faut voir en tout cela un acharnement catholique anti-juifs constant, plus qu’un problème spécifique posée à la Chambre de Commerce. Via la Chambre, c’est la Loge contrainte, qui avec habileté s’est fait l’écho de vagues prétextes commerciaux antisémites, afin d’obtenir du monarque la sécurité maritime dont elle a le plus grandement besoin.

Il est intéressant de noter qu’en 1743 la G.L. de F. signale voir dans le Rite écossais (pas le RER puisqu’il n’existe pas encore, mais bien celui, tel que pratiqué à Saint Jean d’Écosse à cette époque) la G.L. signale voir « une trahison assimilée à une nouveauté ». Comprenons-le ainsi : le Rite écossais Jacobite existe concrètement et la nouveauté c’est qu’il s’impose de plus en plus, sans crainte d’afficher son sens spéculatif, notamment dans l’accès des hauts-grades. Ce que dénonce avec véhémence la G.L. tant le mot de trahison est fort.  Car c’est au détriment de son Rite à elle, que s’effectue la progression du Rite Primitif de Saint Jean d’Écosse, tel que nous le connaissons, réveillé par notre G.M. Robert Ambelain. Un Rite mieux codifié, plus symbolique et plus rigoureux, ce qui constitue au 18e siècle, la condition essentielle pour permettre à la Loge marseillaise un très large essaimage géographique, tout en conservant une pratique unique, uniforme, voulue indéfectible et universelle.  Tandis qu’à l’opposé la G.L. de F. utilise à cette même époque des rituels dont les variantes sont nombreuses, accessoirement orales ; l’essentiel reposant sur une base anglaise plus ou moins fixe, qui est agrémentée de diverses adaptations locales (ce qui aboutira plus tard, grâce à l’initiative du G.O. au Régulateur du Maçon de 1801 et à la codification d’une pratique plus stable, avec le Rite français).

A partir de Marseille, le Rite écossais primitif « à la manière des Anciens » s’exporte aux quatre coins du monde. Dans le même temps, les Temples s’ornent de nombreux symboles, matérialisés et enrichis. La lumière se doit d’être donnée avec brio aux « pro-phanes » reçus maçons. Prophane : de pro avant et de phaneros phare, fanal : lumière. Donc avant d’avoir vu la lumière, qui est bien mieux et plus vrai, plus respectueux, que le mot profane avec un f, trop proche de profanation au sens de souiller. L’impétrant est alors admis avec faste et cérémonie. L’initiation-rituelle, pratiquée dans le tréfonds des tavernes écossaises ou  londoniennes est ici révolue. L’opulence maçonnique est née à Marseille et avec elle se forge l’esprit spéculateur. Cette lecture au premier degré peut choquer, mais elle va tout à fait dans le sens de l’opportunisme maçonnique : être de toutes les époques, de tous les partis, de toutes les confessions, de toutes les couches sociales. Ce qui se traduit par : un seul Maître, fût-il, Dieu le Grand Architecte du Ciel et de la Terre, ni dogme de Foi, ni Chapelle, et plus tardivement en France, ni Roi… C’est un opportunisme de sauvegarde, assujetti aux lois, aux magistrats de son temps, tels que le stipulent dans l’article II les Constitutions d’Anderson de 1723. Sa qualité étant de demeurer loin des folies meurtrières, loin de l’assujettissement de l’homme par l’homme, loin des extrêmes. Car tout Maçon doit demeurer un esprit libre, bien-pensant, pratiquant sagesse, force et beauté. La Loge marseillaise est ainsi une communauté fraternelle harmonieuse d’entraide, défendant un intérêt majeur et spéculatif, hors des excès répréhensibles, dans le strict respect ses membres, de ses amis, et encore celui des Arts et des Lettres. Mais défendant par là aussi, sa vision d’un monde apaisé source de création de richesses, reposant sur les échanges commerciaux lucratifs. Le rapprochement avec nos « fraternelles » est une image juste, cependant dès le 17e siècle cette organisation affiche à Marseille des objectifs beaucoup plus vastes, géographiquement parlant. L’idéal maçonnique devient le carreau blanc du pavé mosaïque, la spéculation son carreau noir. La Franc-Maçonnerie spéculative est née, dans la continuité formelle de la Tradition. La filiation maçonnique écossaise de la Loge marseillaise est indubitable, y compris dans son double aspect, chevaleresque et opératif. Mais n’ayons pas peur des mots, la rupture s’opère avec la valorisation d’un atout majeur : financier. Un savoir-faire qui caractérise parfaitement l’Écosse des Lumières, tout autant que l’une des vertus templières bien connue. L’Écosse des 17-18e siècles est une patrie catholique, sans tabou spéculatif. La riche Écosse des Templiers a conservé longtemps ce rôle de Banque moderne des États qui souhaitaient entreprendre de grands desseins. Le personnage de John Law en est l’image malheureuse, mais Ô combien géniale pour son temps. L’exil massif des Jacobites a permis la suite de cette aventure. Dans quelles conditions exactes ? Nous avons des réponses à proposer. Voyons les chiffres disponibles.

Combien ? Au 18e siècle Marseille compte 340 négociants.  Seulement 200 sont éligibles au vu de leurs activités ou de leurs garanties maritimes. Il existe à la chambre de Commerce de la ville 156 postes répartis entre : échevins, juges-consuls, conseillers, députés, intendants des bureaux d’abondance pour le vin, la santé, les hôpitaux… 150 à 200 frères, c’est par ailleurs la taille de la Loge Marseillaise et seuls les notables Marseillais protestants ou non, mais avant toute chose, membres de la Loge Saint Jean d’Écosse, accèdent à ces fonctions consulaires. Quelques étrangers triés sur le volet et souvent de la seconde génération, participent eux-aussi à la gestion du négoce international. On y voit des Nobles Vénitiens, Napolitains, quelques Allemands et Hollandais. A n’en pas douter, la liste des archives de la Loge de 1784-86 n’est que le décalque des postes occupés à la Chambre de Commerce de Marseille.

La Chambre Consulaire de Marseille fut la toute première créée en France en 1599, sous Henri IV. Le penchant protestant de ce Roi pourtant baptisé catholique et que Marseille n’accepta comme Roi, qu’après l’abjuration par celui-ci du protestantisme, facilita grandement les activités de commerce maritimes. Le Port de Marseille fut le premier au monde à se doter d’une Chambre de Commerce. Initialement des négociants se réunissaient dans une chambre de l’Hôtel de Ville, d’où le nom de Chambre de Commerce. Ce n’est qu’après 1750 que ladite Chambre consulaire établira le projet de construire un bâtiment distinct afin de « sortir de l’incommodité de leur situation ». L’édifice abritant aussi le Tribunal de Commerce. Les archives mentionnent la construction d’une Bourse ou Loge, les deux termes étant synonymes à cette époque (!), nous verrons pourquoi. (Le Palais actuel de la Bourse, abritant de nos jours la CCIMP ne date lui que de 1860. Il fut inauguré en présence de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie). On notera aussi avec beaucoup de similitudes maçonniques, la composition statutaire de la Chambre aux 17 et 18e siècles. Telle que décrite dans les archives consulaires on y trouve : 3 Consuls, 4 Députés, 8 Conseillers, élus pour deux ans, le tout composé en 7 points de réglementation. Ce n’est pas du 3 ,5, 7… mais presque. Par ailleurs, sachons que tous les documents importants, registres, documents de commerce, patentes, sont enfermés dans une armoire à deux clés ; l’une détenue par le secrétaire aussi archiviste, l’autre par le Député le plus ancien.

En 1760, Naples et la Sicile représentent la première place des navires accostant à Marseille. Tandis que Malte devient la tête de pont en direction de l’Afrique du Nord, de la Barbarie, comme on disait à l’époque, en souvenir des pirates Barbaresques qui faisaient du XIIIe au XVIe siècles, le commerce des blancs capturés en mer ou le long de nos côtes méditerranéennes. La suprématie maritime Anglaise, Hollandaise, Portugaise, Française… permet désormais une plus grande sécurité en mer et la conquête de nouvelles destinations.

Une Loge marseillaise qui rivalise avec les intérêts Anglais et Hollandais, même la République de Venise à son apogée n’eût de telles ambitions ! Dès 1769 les contacts entre Marseille vers les Échelles du Levant (les escales – du mot échelle – du Moyen-Orient) et les Indes Orientales sont à l’initiative des Négociants Francs-Maçons de la Loge Saint Jean d’Écosse, qui dirigent désormais l’expansion commerciale et maçonnique dans l’intérêt de leurs propres Compagnies maritimes. D’autant plus facilement, que Colbert avait accordé à Marseille le statut de Port Franc. Donc moins d’impôts, moins de contrôles douaniers. Rajoutez à cela le contexte Écossais-Calviniste-Protestant de la Loge, n’interdisant ni les activités bancaires, ni commerciales… par ailleurs toujours freinées en France par le Catholicisme et la Royauté de l’Ancien Régime. Et surtout détestées par la Noblesse de Cour, oisive, vivant des prébendes royales ou princières, hostile à tout travail, hormis celui des nobles charges militaires. Face à cela, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés, Saint Jean d’Écosse de Marseille crée des Loges-Filles au gré de son hégémonie maritime, tissant une toile maçonnique inégalée au sens d’une synergie commerciale, qui n’a rien à envier à nos multinationales actuelles !

Dans les années 1780 un notable négociant marseillais : Jacques Seymandi, dirigeant la Chambre de Commerce de la Cité phocéenne est aussi V.M. de la Loge Saint Jean d’Écosse. Il est associé à deux amis, eux-aussi négociants et frères maçons : Tarteiron et Samatan qui à leur tour seront V.M. de Saint Jean d’Écosse. En 1787 à eux trois, ils fondent la Compagnie du Golfe Persique. Cette période est capitale dans l’histoire de la Loge et de Marseille dont les destins sont désormais identiques. En 1784 les archives permettent de dénombrer un peu moins d’un millier de frères-maçons au total sur la ville, toutes Loges comprises. Saint Jean d’Écosse compte alors 207 membres initiés ou affiliés et 11 frères-servants. Ce qui en fait la plus grande Loge locale et l’une des plus importante en France. Ce seul nombre de 11 F. Servants dont nous connaissons les attributions, nous renseigne sur le prestige et l’opulence de l’Atelier, rappelons-le, le plus somptueusement décoré de son époque. On y reçoit Princes étrangers, Sultans, Hauts dignitaires, Diplomates, Nobles, Grands Officiers de Marine… (Cette grandissime époque marseillaise ne manquera pas d’inspirer à Marcel Pagnol quelques scènes imaginaires très « pagnolesques » de la magnificence de l’activité portuaire passée).

Plus sérieusement, la Loge Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, met la fraternité maçonnique au service de la chambre de Commerce marseillaise et de la diplomatie européenne, et même mondiale. En récoltant au passage les fruits commerciaux de ces ententes, ainsi que les meilleures pierres brutes pour ses affiliations en Loge, sans compter les éventuelles liaisons familiales rendues possibles par des mariages d’enfants, filles ou garçons afin d’assurer la prospérité future, tant des familles marseillaises que de la Loge écossaise. Notons que dans l’actuelle CCIMP, Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille-Provence, 80% de ses membres étaient F.M. dans les années 80, ce chiffre est maintenant estimé à 50%. Preuve que les Traditions ont la vie dure.

On a du mal, aujourd’hui encore, à imaginer cette débauche d’apparat somptuaire lors des initiations, des affiliations, ou des « simples » visites protocolaires en plein 18e siècle… Le Maître mot de la Loge marseillaise était célèbre : « Non vulgum pecus » c’est-à-dire : pas de recrutements laxistes, au sens de n’accepter aucun aventurier, qu’il soit noble ou simple négociant. Pas de mélanges pernicieux, tels – on peut le supposer – que le pratiquaient les autres Obédiences. Autant de faste et de rigueur sélective, n’a pu qu’opposer frontalement la Loge avec la G.L. puis le puissant G.O. avec lequel elle refuse toute assimilation et accords. Pas étonnant donc que ces Grandes Obédiences invoquent au fil du temps l’irrégularité maçonnique écossaise de la Loge Saint Jean d’Écosse de Marseille, faute de patente originale. De nombreux documents émanant du G.O. l’attestent en 1750, 1783, 1784. Puis en 1785, année de l’organisation du Convent des Philalèthes (Les amis, chercheurs de la Vérité) à Paris, dans lequel des frères de Saint Jean d’Écosse de Marseille sont invités es qualité… alors que le G.O. en est écarté.  La volonté du Grand Orient de France étant de mettre la main sur toutes les nominations des hauts-grades maçonniques, tant en France qu’à l’étranger, afin de contre carrer l’hégémonie de Saint d’Écosse. Stratégie vite déjouée, qui n’aboutira jamais et qui sera jugée par beaucoup de frères réguliers comme une politique antimaçonnique.

V/ Le spéculatif. Pourquoi ? Forte de sa notoriété, la Loge Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille affirme ouvertement son indépendance totale à l’égard des autres Obédiences maçonniques et surtout du G.O. A l’instar des grands ports, comme Bordeaux, La Rochelle, Nantes, St-Malo, Le Havre… Marseille tire grands profits des échanges commerciaux. Avec la spécificité on l’a dit, de ne pas participer au commerce triangulaire de la traite des esclaves noirs, dite du « bois d’ébène ». Les armateurs marseillais, pour la plupart Francs-Maçons de la Loge Saint Jean d’Écosse, sont vraisemblablement à l’origine de ce choix de na pas armer des navires négriers. Très peu de ces navires accosteront à Marseille, conformément au sens des valeurs morales fraternelles et de la dignité humaine, qu’en leur qualité de Francs-Maçons, ils s’imposent à eux-mêmes comme à leurs associés. Alors qu’en France le catholicisme chrétien et les affairistes de tous bords en ignorent bien volontiers les principes de base et s’enrichissent vite des produits de l’esclavage. Il est utile de noter que le port de breton de Brest ne participe pas non plus à la traite des noirs, et qu’il est aussi un foyer initial de l’installation de la maçonnerie écossaise en France, au vu de sa proximité avec les échanges Anglo-saxons. C’est donc bien un choix maçonnique délibéré, et seulement celui de la Maçonnerie écossaise, de ne point déroger sur la vertu humaine, humaniste, dirait-on de nos jours.

C’est sur ces bases, que la Loge Saint Jean d’Écosse tisse son influent réseau à partir de Marseille. A l’image de l’Abbaye de Saint-Victor qui déploie ses nombres abbayes annexes du Haut Moyen-âge, Saint Jean d’Écosse se démultiplie en Loges-filles. On en compte une dizaine dans le dernier quart du 18e siècle. Leur dénomination est sans équivoque :

Orient de Gênes : « Les vrais amis réunis »

O. de Smyrne : « St Jean d’Écosse des Nations Unis »

O. de Constantinople : « St Jean d’Écosse de la Parfaite Union »

O. de Malte : « St Jean d’Écosse du Secret et de la Parfaite harmonie »

O. de Palerme : « Marie au Temple de la Concorde »

O. de St Pierre de la Martinique : « St Jean d’Écosse de la Parfaite Union »

O. de Salonique : « St Jean d’Écosse de l’Amitié »

O. du Cap français : « St Jean d’Écosse des 7 frères réunis »

O. d’Avignon : « St Jean de la Vertu Persécutée » Loge contestée par le G.O. en 1783

O. d’Île de France : « St Jean d’Écosse »

On notera l’absence de Loge-fille à Naples qui est pourtant avec Palerme et Malte est une des plaques tournantes majeures de ce réseau commercial. Il ne faut pas s’en étonner, car en 1751 la Pape Benoît XIV a promulgué un édit interdisant les Loges Maçonniques dans le Royaume de Naples, alors sous la domination des très catholiques Bourbons d’Espagne. On y décèle la stratégie raisonnée et non provocatrice de la Loge marseillaise. On sait cependant que de prestigieux négociants et aristocrates napolitains, fréquentent régulièrement la Loge Saint Jean d’Écosse à Marseille.

En 1780 la liste des F. de Saint Jean d’Écosse, s’établit ainsi. Seymandi dont a parlé plus haut, Vénérable M. de la Loge, Patron de la Chambre de Commerce, 2e fortune locale de Marseille, (à cette époque de l’Ancien Régime on se devait d’être noble pour occuper la place de la première fortune). Tarteiron 1er Surveillant, sur le cas duquel nous reviendrons, Samatan Orateur, tous deux négociants de leur état. Les M.M. Hugues, Audibert, autres négociants.  Puis : Malouet intendant de justice, Salze Lieutenant Général de Police, philanthrope, collectionneur, membre du Muséum de Paris. Grosson Notaire, chevalier de l’Orient, Guis secrétaire du Roi, M. écossais membre de l’Académie de peinture de Rome, Hornbach académie de Musique, Kick collectionneur de tableaux, Liénau négociant hambourgeois, Sibié ex-contrôleur général des finances de Provence, Lavabre Consul du Roi de Pologne chevalier de l’Orient, sur lequel nous reviendrons aussi, Lassen Consul du Roi du Danemark, apprenti, Chaillan, ex-consul de France au Levant Chevalier de l’Orient. De Sicard consul de Syrie. Versluyds député de la Compagnie des Indes Orientales Maître Maçon, Righiny consul du roi de Sardaigne, Maître Parfait. Isnard archiviste de la Chambre de Commerce et son neveu « prophane récemment initié » louveteau-maçon. On y trouve peu des Nobles. Seulement quelques-uns, issus des grandes familles de la Noblesse française, installées à Marseille : le Comte de Noailles, le Marquis d’Argenson.

Parmi tous ces Francs-Maçons, certains viennent d’autres Loges et d’autres Obédiences, principalement de la G.L. puisqu’elle est la seule à exister, bien avant le G.O. à cette époque. Ainsi le dénommé Louis Tarteiron est connu pour être un ex-vénérable de la Grande Loge de France, détenteur dit-on de patentes écossaises. Tout laisse à penser qu’il s’agit du RER et que sa venue chez les écossais de Saint Jean ne lui pose aucun problème de légitimité. Quant au Sieur Lavabre Consul de la Chambre en 1780, une séance du 12 mai 1735 fait état de son « rétablissement après faillite et précise qu’il peut désormais réintégrer librement la salle de la Loge pour la commodité des affaires de son commerce ». Ses titres et son appartenance à la F.M. quelques décennies plus tard, sont la preuve d’un réel redressement personnel, avec l’assurance d’une belle réussite. Le rétablissement, la libre réintégration, sont tout à la fois le signe et le respect par la Loge, des éventuels jugements entravant à cette époque la liberté individuelle et commerciale.  Le rapprochement entre les sources maçonniques disponibles concernant Saint Jean d’Écosse et « l’Inventaire des Archives Historiques de la Chambre de Commerce de Marseille » d’Octave Teissier, publié en 1878, est plein d’enseignements, quant aux faits et aux activités croisées entre Maçons et négociants, dans le respect le plus total des actes de la vie civile et de la justice du pays.

Encore une preuve s’il en fallait, du caractère « spéculatif et raisonné » dans l’existence de Saint Jean d’Écosse. Certes, la Loge exerce aussi une attirance en affichant sa notoriété et pour cette raison, certaines autres Loges ne sont en fait que des sas d’accès, des marches-pieds utiles, afin de pouvoir accéder à la Loge phare. Ce qui bien sûr n’est pas du goût de tout le monde et assure rivalités ou jalousie. Mais ce n’est qu’après la Révolution, en 1792 qu’un notable local, Martin Étienne qui siège à la toute jeune Assemblée Nationale se permet de solliciter des informations au sujet des rémunérations des permanents de la Chambre. Sans doute quelques bruits de couloirs délateurs, avaient-ils attirés son attention sur quelques fortunes amassées. Un état des postes, âges, fonctions, ancienneté, rentes annuelles, lui est communiqué. Ainsi voit-on, le Député consulaire Rostan, 19 ans de service, avoir un traitement de 16 000 livres. Isnard 71 ans archiviste, 53 ans de service, 6000 livres. Isnard (son neveu) 36 ans, secrétaire, 19 ans de service, 4000 livres. Ferrari 37 ans, trésorier, 3 ans de service, 6000 livres. Siau 37 ans, commis comptable, 45 ans de service, 1900 livres. James 56 ans, valet aux archives, 12 ans de service, 540 livres. Boyer 52 ans, concierge à la Bourse, 16 ans de service 360 livre. Il est difficile d’apprécier de tels revenus, sauf à dire qu’un député Consulaire gagne 30 fois plus qu’un Valet aux archives. Notons cependant au-delà de ces différences de traitement, l’esprit familial dans les fonctions sensibles, la longévité des attributions, et à n’en pas douter, leur appartenance maçonnique. Le vieil archiviste Isnard et son neveu par exemple, tous deux membres de Saint Jean d’Écosse, sont une garantie de fiabilité des documents comptables, dans le secteur très aléatoire et mouvant du commerce maritime.

Autant de pouvoirs concentrés dans une Loge-Mère, démultipliés par un vaste réseau de Loges-filles, qui elles-mêmes sont en liaison entre elles et on est en droit de le penser, par une certaine porosité, en liaison avec des Loges d’autres Obédiences… attirent à leur époque convoitises et suspicion. Aujourd’hui pour nous, force est de constater qu’ils imposent encore une certaine admiration ! Une telle recherche d’efficacité, un tel assemblage, est comparable à nos médias internationaux de communication : Google, Facebook, bien avant l’heure. On a la trace écrite d’un courrier de la G.L. de Genève adressé aux Frères de Constantinople, qui a transité par les correspondants de Saint Jean d’Écosse de Marseille. Si on peut parler de hiérarchie dans l’Écossisme de cette période, la Loge Saint Jean d’Écosse de Marseille est le fleuron, le vaisseau-amiral de cette organisation maçonnique. Même si par moment, les intérêts profanes ont pu supplanter la pratique des rituels, son idéal humaniste demeure le ciment qui permet cet entre-soi, certes fermé, mais si divers et très fonctionnel. Quel autre choix que celui-ci existait-il à cette époque, pour faire face à l’absolutisme politique et religieux, sinon à l’Inquisition d’État, rappelons-le, encore bien présente en cette fin de 18e siècle ? Dans leur grande Bonté royale, les souverains Louis XIV et Louis XV considèreront toujours bienséant le particularisme marseillais. Le Roi lui-même, de 1729 à 1732 fera l’acquisition de manuscrits turcs, très rares et très coûteux, en passant par la Chambre de Commerce de Marseille, sachant pertinemment que ce service émane des Francs-Maçons lettrés et au faite de telles connaissances très particulières, de ladite Chambre.  On peut toujours critiquer de collusion et d’affairisme un Jacques Seymandi, seconde fortune marseillaise, Vénérable Maître de la Loge écossaise, patron de la Chambre Consulaire et tout à la fois de la Compagnie du Golfe Persique ! Sauf qu’à cette époque le conflit d’intérêt n’est pas un délit et que ce serait vite oublier ses choix économiques et politiques judicieux. Sans oublier son implication totale dans le développement rapide et humaniste de la Cité phocéenne, au sortir de la Grande Peste. Et il faut savoir qu’il fut le précurseur d’une idée « toute marseillaise » de créer un canal de 200 km, allant du Nil à la mer Rouge, afin d’éviter à ses navires le long périple maritime par le Cap en contournant l’Afrique. Ce que Seymandi avait imaginé, cent ans plus tard, Ferdinand de Lesseps le fera, en perçant le canal de Suez.

VI/ En guise de synthèse : des valeurs maçonniques spéculatives novatrices et très tôt codifiées

A Marseille un groupe restreint de chrétiens, d’écossais catholiques et calvinistes, de notables étrangers, que tout oppose, affirme son appartenance à des valeurs maçonniques communes ; il en marque profondément et durablement la vie locale. Ce faisant, en dépassant leurs différences, ce groupe improbable, développe un réel désir d’expansion économique. Désir porté par la puissance maritime du Port qui s’affiche ostensiblement et par le secret des transactions sous le sceau des principes et des codes maçonniques. L’hermétisme est propre à ce jeu d’ambivalence, de transmutations d’idées novatrices au sein d’un creuset socioculturel et religieux hors normes.  La stricte organisation opérative conforme à la Tradition maçonnique et la grande habileté spéculative ont fait le reste. Dès lors on comprend mieux pourquoi, une Franc-Maçonnerie spéculative s’installe et prospère si vite ? Et surtout : pour quoi faire, sinon pour développer un nouvel Humanisme. Bien entendu basé sur le profit, car il faut développer, nourrir, entretenir, construire, instruire les peuples ici à Marseille ou ailleurs, et savoir que sans argent on ne fait rien.

Aucun pouvoir, aucune structure jusqu’alors étatique et encore moins privée, n’a pu mener à bien un tel projet, d’une telle envergure. Aucune, hormis la Franc-Maçonnerie, car elle est la seule à pouvoir se soumettre à des impératifs autant complexes que contradictoires. Ainsi, à Marseille, la Loge Saint Jean d’Écosse devient pour une poignée de Francs-Maçons, leur façon de voir et de faire le monde. Les Frères vont s’en donner les moyens et rapidement modifier la géographie économique et politique de leur temps. Ils vont faire entrer Marseille et l’espace dans lequel rayonne leur Loge-mère dans l’ère de la modernité. Les anciennes frontières culturelles judéo-chrétienne, musulmane, orientale, hindoue, comme les distances, sont abolies. C’est autant une collecte de matières premières et produits nécessaires, vitaux, qu’un transfert de compétences et de socialisation. A Marseille, la Loge c’est aussi la Bourse, celles des valeurs boursières des marchandises où se négocient les effets de commerces, lettres de changes, escomptes, billets à ordre, titres d’actions… C’est l’ancêtre de notre Corbeille, bien avant Paris et sa fureur boursière sous Louis XVI. Contrairement à ses aînées : à Venise, Bruges, Anvers, Amsterdam, Londres ou à Genève, sous monopoles Aristocratique ou Juif, à Marseille on boursicote entre simples négociants-initiés aux valeurs franc-maçonnes communes. Pas étonnant que les réglementations modernes très postérieures, aient interdit ce côté peu démocratique des échanges commerciaux, et en aient fait un délit portant d’ailleurs le même nom : « délit d’initiés » …

C’est en implantant des Loges-filles clé en mains, rituels, tabliers, symboles et procédures fournis, en nommant des Consuls représentants de la Chambre de Commerce Phocéenne à travers le monde, que l’activité maçonnique fonctionne, fédère et rassemble ce qui épars. Spéculation ou noble tâche de création de richesses ? Les deux à la fois ! Car c’est en spéculant et en accomplissant ses actes commerciaux dans la grandeur de l’esprit maçonnique que la Loge marseillaise agit ainsi, dignement. Sa pratique de l’Art-Royal demeure empreinte de noblesse, surtout lorsqu’ on a de gros besoins financiers et qu’on s’interdit, malgré ce de participer, comme on le fait partout ailleurs, au commerce juteux des esclaves noirs.

S’implanter, promouvoir, être accueilli, s’intégrer, être reconnu, secouru, s’associer, arbitrer les éventuels différends, créer des codes, des synergies… favorisent l’expansion des commanditaires, mais à long terme favorisent aussi les économies locales, le développement des échanges mondiaux. Dans le secret de ses tenues, la Loge Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille et ses Loges-filles, mettent en pratique des idées avant-gardistes-spéculatives, au vu et su de tous sur le marché mondial. Une telle implication Humaniste, au sens de son emprise économique, n’a jamais été opérée à une si grande échelle. Elle s’apparente, bien avant l’heure, aux principes des Sciences économiques avec calculs, rigueurs, efficacité, tant en théorie qu’en pratique.  Peut-on alors vraiment se poser à ce stade, la question de la légitimité de cette Loge ? Celle des origines de sa patente jamais produite ? Une chose est sûre, la Grande Loge d’Édimbourg n’a jamais souhaité entraver, ni solliciter une quelconque régularisation, d’un tel fonctionnement. Au plus a-t-elle, face à quelques pressions compréhensibles, simplement rappelé la règle de non-transmission d’essaimage à partir des Loges-filles créées. C’est pour nous Francs-Maçons, une preuve essentielle dans la légitimité de Saint Jean d’Écosse « Who says nothing agrees » ou bien « Silent is consent » … Qui ne dis mot, consent. Pour la Loge d’Édimbourg c’est une nouvelle ère maçonnique qui s’ouvre avec l’Atelier marseillais.

C’est à Marseille, sans complexe et avec beaucoup d’intelligence humaine, que la Franc-Maçonnerie-Spéculative a réalisé sa rupture d’avec le mode opératif-templier, porté par la Tradition écossaise et ses Loges militaires. C’est du moins ici, que cet aspect est le plus représentatif. Instructif autant qu’incontestable. Et qui plus est, signe une belle réussite autant maçonnique que commerciale. Contrairement à la faillite de l’autre grande tentative écossaise de la même période, qui fut de coloniser l’Isthme de Panama de 1698 à 1700. Projet d’envergure où périrent 2000 colons écossais, venus contrarier les puissants intérêts espagnols dans cette zone d’échanges internationaux. Défaite militaire et économique, qui ruina encore plus profondément la mère Patrie écossaise, garante des fonds colossaux par actions, engloutis dans cette tragique aventure panaméenne. Ce qui nous fait revisiter un tant soit peu le « mythe stuartiste ». Par son succès jacobite, Marseille apparaît à elle seule comme une voie nouvelle de la Franc-Maçonnerie. Sans choisir pour autant, de reproduire les schémas sclérosés d’une quelconque Aristocratie marchande on l’a dit, Vénitienne, Palatine ou Anversoise. Et encore moins d’utiliser les attributs d’une Noblesse locale oisive et contre-productive. Noblesse que le seul aspect spéculatif à fait s’écarter à jamais de la Franc-Maçonnerie en général et française en particulier. La plupart des Nobles, à quelques exceptions près, sont demeurés aux portes des Temples. En opposition à la maçonnerie d’Anderson en Angleterre ou de celle dite « de Saint-Germain » en France, le cas marseillais est significatif. Trop d’historiens ou de Maçons l’ignorent ou minorent ce fait.

Dans un mode maçonnique opératif-templier, devenir apprenti puis compagnon, ne fut guère séduisant pour les nobles sujets ! Toutefois un peu partout certains franchirent le pas, attirés par le lustre chevaleresque, les épées, les blasons, les armoiries et les tabliers rutilants. Ce, principalement dans les Loges à dominante militaire. Mais dans le monde nouveau des francs-maçons spéculatifs, c’est plus compliqué encore, et y appartenir eût été pour ces valeureux Nobles, devenir roturiers. Très peu d’entre eux s’y risquèrent et 1789 accentua ce fait. Ce en quoi la Franc-Maçonnerie gagna beaucoup en valeurs égalitaires et démocratiques et fut un rempart efficace, édifié par l’active bourgeoisie naissante, à l’encontre de l’Aristocratie et d’une Noblesse arrogantes, autant déconsidérées que désargentées. C’est cette classe de Hauts dignitaires d’un autre temps, poudrés et perruqués, qui se presse dans les cercles de pensées poétiques ou scientifiques, de toute l’Europe des Lumières, en Allemagne, en France, en Angleterre. Ce sont aussi les mêmes qui s’empressent de fréquenter les clubs aristocratiques, les soirées musicales, les nuits costumées souvent débridées, les salons mondains des belles Marquises, envoûtées par les déclamations des élites célèbres et des grands penseurs du siècle. Assemblées de caste, dans lesquelles la Franc-Maçonnerie n’a que faire. Pour autant, loin de ces raffinements précieux puis littéraires, les Francs-Maçons-spéculatifs de Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, n’en demeurèrent pas moins des Humanistes respectables, amis des Arts, diplomates et ingénieux. D’autres courants s’inspireront plus tard de leur rôle majeur, en spéculant non plus dans l’économie, mais dans la Politique au sein des pouvoirs, en France comme à l’étranger. Le Marquis de La Fayette, noble Franc-Maçon d’exception, est souvent cité en exemple dans le destin d’une Amérique libre. Le G.O. fera de même un peu plus tard, en Spéculant sur le poids de sa présence massive au sein de la IIIe République (un tiers des élus du Sénat et de l’Assemblée étaient Francs-Maçons), cela après un rôle quelque peu ambigu durant la Révolution français.

Le colossal Empire colonial britannique du XIXe siècle, le futur Commonwealth, traduisons : « la santé, le bien-être commun », est une Communauté monarchique de 52 Nations. Ce vaste Empire commercial sur lequel le soleil ne se couche jamais, doit beaucoup à ses précurseurs Francs-Maçons-Marseillais. Il le doit à ces visionnaires spéculatifs, inventeurs du libre-échange, de l’Union des comptoirs commerciaux pour commercer, pour se parler, se rassembler, échanger dans la diversité respectée des cultures. Rajoutons : sans mixité des peuples, sans domination ni syncrétisme, imposés, mais dans le respect de tous. Sans triomphalisme colonial, puisque non-esclavagistes, les Francs-Maçons-Marseillais sont les concepteurs d’un maillage économique moderne. Bien plus qu’un réseau de Comptoirs commerciaux, il initie un chaînage de Loges-filles en Union fraternelle étroite et fidèle, avec leur Loge-Mère à Marseille, en respectant leur Rite à la lettre. Le Très Respectable à l’Orient, notre chaîne d’Union, ne s’organise-t-elle pas ainsi de la sorte ? Nous la formons et la rompons, avec l’obligation de penser et de croire au vers poétique de Paul Fort : « et si tous les gens du monde voulaient se donner la main… ». Qu’il en soit ainsi. Amen ! Spéculons mes F.&S. Spéculons sur cela !  Non par l’attrait d’une quelconque mode, mais bien, comme le firent les Frères de Saint d’Écosse à Marseille, par la nécessité du moment.

Épilogue.

L’un des derniers feux possibles de cette Loge de Marseille, serait dans ses liaisons avec les Loges écossaises de Strasbourg et notamment de R.L. Les Frères Discrets à l’O. de Charleville. Car c’est dans cette dernière que fut initié un certain Lieutenant du Génie, nommé Rouget de l’Isle. Comment comprendre autrement la transmission rapide du chant de Guerre de l’armée du Rhin, notre « Marseillaise » au bataillon de fédérés marseillais qui marchent sur Paris et compte des Francs-Maçons dans ses rangs. Des Frères peut être initiés à Saint Jean d’Écosse de Marseille. C’est eux qui entonneront le 10 août 1792 lors de l’assaut des Tuileries, le chant du rassemblement, de l’unité retrouvée, le chant de la Victoire.

Puis arriva le triste épisode de la Convention de 1792 à 1795 et de la Terreur à Marseille, avec son Comité de Salut Public, dirigé par les Révolutionnaires Paul Barras et Louis-Marie-Stanislas Fréron. Tous deux dénommés les « missionnaires de la Terreur », investis des pleins pouvoirs afin de débusquer les contre-révolutionnaires, les jacobins et les catholiques récalcitrants. Détruisant les édifices publics et religieux, confisquant les biens personnels. Marseille devient pour quelques temps une « Ville-sans-Nom » l’ordre est donné de détruire les repaires contre-révolutionnaires dans la Section XVIII, correspondant au riche quartier de l’Hôtel de Ville : église St Laurent, Accoules, Minimes, Oratoire, Bon pasteur et Bourse ou Loge…  A Marseille, le comité de Salut public prit alors le nom de Commission Brutus composée de 3 juges, sans Jury, ni recours. L’échafaud fut dressé à demeure Place de la Liberté, ex Place Royale, au bas de la Canebière. Dans cette période 123 condamnés furent guillotinés.  La seule journée du 23 janvier 1794 (4 Pluviôse An II), une charrette de 14 condamnés était conduite à l’échafaud. Parmi eux : Samatan, négociant arrêté le 8 décembre 1793, Jean Payan de la Tour, armateur, Hugues l’aîné, négociant, 84 ans, sourd et presque aveugle, Giraud 51 ans, négociant, Pierre Bonamour, 51 ans, agioteur. Tous les cinq, Francs-Maçons de la Loge Saint d’Écosse, furent guillotinés. « Marseille méritait une punition » ! C’est en fait un quartier, une activité secrète, un groupe de personnes qui étaient visés, dans le but de s’emparer de leurs biens et de mettre fin à leurs activités lucratives et occultes, qui donnaient tant de forces, d’argent et de pouvoirs.

A partir de 1794 la Loge fut en sommeil et ne reprit ses travaux qu’en 1801. Après la Convention, sous le Directoire, Marseille et les Marseillais, qui jouèrent un rôle majeur lors de la Prise des Tuileries, furent réhabilités. En 1811, Saint d’Écosse comptait encore de nombreux membres dans son Atelier (Banquiers, commerçants, négociants…). Mais, le blocus Anglais des Ports étrangers de 1802, l’industrialisation locale naissante, la marine à vapeur, les progrès, la fin de l’omnipotence des négociants portuaires, puis les nouvelles influences maçonniques républicaines, notamment celles du G.O., ont eu raison de l’activité tentaculaire et fastueuse de la Loge Saint Jean d’Écosse de Marseille. Ralliée un temps à l’Empire, son influence s’éteint définitivement, du moins le pensait-on, le 11 avril 1814, avec le choix symbolique de la date du traité de Fontainebleau, seulement quelques jours après l’abdication de Napoléon Ier et de son exil à l’île d’Elbe.

Mais le rôle économique, fédérateur, précurseur et exemplaire de cette Loge, son implication dans les Arts et les Lettres, les Sciences, demeurent inscrits pour l’éternité dans le destin de la Métropole marseillaise, comme dans l’Histoire de la Franc-Maçonnerie Universelle. Dans son exercice du spéculatif concret, Saint Jean d’Écosse à l’O. de Marseille, est un jalon de notre histoire. Celui qui a mis un point final aux pratiques antérieures et permis le passage vers le mode purement intellectuel, tel celui que nous le pratiquons aujourd’hui. Ne l’oublions jamais.

En Conclusion.

Nous dédions ce travail aux frères de la Respectable Loge : Les Écossais de Kilwinning à l’O. de Marseille et à son Vénérable Maître Fr.°. Ron.°., dont les travaux au Rite Écossais Primitif redonnent vie à la Respectable Loge Saint Jean d’Écosse ainsi qu’à la filiation de Kilwinning. Qu’il en soit ainsi, dans le droit fil de la Tradition : « de se conformer aux décrets et constitutions maçonniques de la noble Maison d’Hérédom de Kilwinning en Écosse, dont nous reconnaissons la pleine et entière autorité », pour qu’après plus de deux siècles de sommeil, les feux écossais propres à notre Rite Primitif, y brillent de nouveau, ici à l’O. de Marseille.

Da.°. Nap.°. « Les Écossais de la Sainte Baume » à l’O. de Saint-Maximin.

Nos sources principales : l’excellent article : « Une puissance maçonnique méditerranéenne aux ambitions Européennes » de Pierre-Yves Beaurepaire, Professeur d’Histoire Moderne à l’Université de Nice Sophia Antipolis, citant les multiples sources disponibles, dans les Cahiers de la Méditerranée. Juin 2007. Cet Agrégé d’Histoire est un chercheur, spécialiste de l’époque des Lumières et de la Franc-Maçonnerie.

Inventaires des Archives historiques de la chambre de Commerce de Marseille. Octave Teissier. 1878.

Histoire partielle du Rite écossais primitif. Éric Romand in Blog-Les écossais de saint Jean. 2012.

Divers articles dans Wikipédia. Diverses recherches et spéculations personnelles.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2017/09/franc-maconnerie-la-theorie-speculative.html

st jean d ecosse-

Circulation de la Lumière … 27 octobre, 2019

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Circulation de la Lumière

Publié le 26 septembre 2016 par Gérard Baudou-Platon

Circulation de la Lumière en Loge

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Toute maçonnerie trouve sa justification dans la construction d’un monde harmonique …. Un monde qui respecterait des lois que l’on qualifierait d’universelles … un monde où les idées et les actes seraient conformes aux règles posées selon des voies qui ne nous sont pas connus et qui, pourtant, orchestrent tout …

Toni Ceron[v] formulera d’une autre manière ce désarroi de tout être face à la justification de sa propre destinée  … « notre absolue impuissance devant la Gnose est la seule Porte qui peut nous ouvrir aux processus vitaux de la grande Pyramide, à la mortification, à la genèse du Grand Œuvre … Seul ce sacrifice, ce broyage intérieur conscient et responsable du moi septuple, du moi entier … l’intérieur et le supérieur … cette impuissance fondamentale … cette innocence des premiers jours est acceptée par la Lumière des lumières, la Gnose  … il s’agit, alors d’être élève d’un apprentissage qui confesse intérieurement son propre état, qui accepte, maintenant ce qu’il est sans duplicité !!!! … les 33 vertèbres de sa forme animale s’apaisent, alors, sans forcer … une nouvelle colonne va pouvoir s’ériger … le vieux serpent de feu, la vieille colonne de mercure se posent afin de laisser l’intelligence, la lumière du nouveau matin circuler dans ce vieux corps moribond » …

Homme connais-toi, toi-même !!!!

Notre Rituel nous invite à nous souvenir … de notre source  !!!!

«  ….. Il est une Force qui ne cesse de pénétrer tout ce qui vit, et par laquelle toute Lumière trouve l’aliment qui lui est propre. »

Les éléments de notre réflexion étant posés ….

distrilum-00Le frère ou la sœur dans l’état d’esprit décrit ci-dessus ayant choisi son véhicule d’accès à la connaissance … la franc-maçonnerie et notamment la nôtre …. s’avancera sur le parvis du temple … puis pénétrant dans celui-ci … son espace sera empli de symboles vivants lesquels animés selon leurs rôles et fonctions par une rituélie appropriée  amènera à sa conscience une substantifique information … cette information … il devra l’ingérer … en comprendre sa raison dans le cheminement de sa vie  … et surtout elle facilitera le déploiement de champs successifs de conscience  ….

Ainsi la rituélie l’enveloppera d’un égrégore approprié au voyage initiatique … il sera invité à se mettre dans un état méditatif le plus parfait ….

1 : Nous appellerons ce stade … celui du Plan de Conscience Primordiale
distrilum-01aNous sommes, alors, dans des plans non manifestés mais bien présent … structurellement actif … dans le subtil et dans un espace encore occulte (ce sera le plan Monadique des Orientaux)  … Ce stade est représenté par le Naos … Seule la lumière éternelle est présente au centre du triangle …

Jusqu’à maintenant ce plan était le domaine réservé des occultistes.

Voilà posé le problème de nos origines, de l’origine de toute chose, les principes et les ressorts de la création du monde manifesté et notamment de la vie …

«  ….. Il est une Force qui ne cesse de pénétrer tout ce qui vit, et par laquelle toute Lumière trouve l’aliment qui lui est propre. »

Voilà qu’apparait la lumière primordiale unique … blanche enfermant en elle les 7 couleurs
de l’arc en ciel et pourtant son existence rassemble toutes les forces pénétrantes et agissantes … et à partir d’elles … tout devient possible

Le 21ième Siècle sera spirituel ou ne sera point (André Malraux dixit) … indiquent, en cela, que rationalisme et métaphysique doivent se rencontrer. Des avancées considérables en matière de physique et notamment avec la formation de nouvelles sciences associées à la « Physique Quantique » la relation entre « Science et spiritualité » émergent curieusement et rendent évident ce lien. De quoi réconcilier Scientifiques et Hermétistes ? … rien n’est moins sûr, encore et pourtant les deux rives de la connaissance … se rejoignent en une « Terre » ou l’unité fait loi

Ervin Laszlo, Philosophe & Scientifique, dans son livre « Science et Champ Akashique » nous rappelle ceci :

« Bien que l’on ait encore beaucoup à découvrir sur le vide quantique, il est, déjà, clair qu’il s’agit d’un médium cosmique super-dense qui transporte la lumière et toutes les forces universelles de la nature. Les ondes de pression peuvent s’y propager et ainsi traverser l’univers d’un bout à l’autre. C’est du moins ce qu’avance le physicien mathématicien Hartmut Muller, selon qui la dimension observée de tout objet, des atomes aux galaxies, est déterminée par l’interaction des ondes de pression qui se propagent dans le vide …. Étant donné que l’univers est fini, une fois rendues au « point dimensionnel critique les ondes se superposent et créent des ondes statiques durables. Ces ondes déterminent les interactions physiques en établissant la valeur des forces gravitationnelles et électromagnétiques, ainsi que des forces nucléaires fortes ou faible. Par résonance, ces ondes amplifient certaines vibrations et en restreignent d’autres. Elles sont donc responsables de la distribution de la matière partout dans le cosmos. Tous les processus ont un rythme interne propre qui dépend de leur résonance avec les ondes statiques du vide. Muller conclut que le vide est un arrière-plan cosmique ultrafaible qui agit tel un « champ morphogénétique » …

Alors, de récentes découvertes viennent confirmer la présence d’ondes de pression dans le vide. Les astronomes de l’observatoire Chandra-X-Ray de la NASA ont décelé une telle onde engendrée par le « trou-noir » supermassif se trouvant dans la constellation de Persée à quelques 250 millions d’années-lumière de la Terre. Cette onde de pression provenant du vide se traduit musicalement par un Si bémol[i]. IL s’agit d’une vraie note qui se déplace dans le vide depuis 2,5 milliards d’années et que notre système auditif ne peut entendre vu que sa fréquence se situe 57 octaves sous le Do central d’un piano …

Un champ qui transporte la lumière (ou des ondes de photons) et des ondes de pression dense, et qui, par ailleurs, remplace l’énergie perdue par les atomes et les systèmes solaires n’est pas du tout une entité théorique et abstraite … »

Erwin Laszlo ajoute « Ainsi le vide quantique transporte lumière, énergie, pression et son. Se pourrait-il aussi qu’il soit doté d’une autre propriété lui permettant de mettre en corrélation des évènements distants et séparés ? Qu’il crée les corrélations assurant l’incroyable cohérence des quanta, de l’organisme, de la conscience et de l’univers tout entier ? »

Le doute que le mystérieux champ mettant en en jeux des corrélations de transcendance spatio-temporelle dans le cosmos et la conscience  soit un champ d’in-formation situé au cœur même du cosmos est confirmé : « le champ du point zéro » du vide quantique est non seulement un champ énergétique « super-dense » mais il est un champ d’’in-formation « super-riche » … il est la mémoire holographique de l’univers …

En une phrase simple: Il (le vide quantique) contient de l’Information (ou de l’in-formation) c’est-à-dire des règles et des données nécessaires à la formation de l’univers dans son unité et dans ses parties !!!!

Ainsi la lumière éternelle (Lumière centrale) est-elle posée opportunément sur le triangle du Naos. Elle seule représente la nature réelle et subtile de toute chose dans état existant avant apparition de toute manifestation

2 : Dès lors, notre rituelie annonce un deuxième plan qui va naître de la propagation de la lumière universelle  … Le maître de cérémonie va recueillir les éléments nécessaires à la poursuite de l’ouverture de canaux de communication avec les énergies fondatrices  … Cela se traduit par la distrilum-02figuration d’un lien lumineux entre la flamme éternelle et une des étoiles du flambeau du Vénérable …

Le Maitre des Cérémonies tel l’Hermès  apporte la lumière au Vénérable Maître … ainsi le plan primordial … permet une première manifestation  … celle de mettre en jeu les premières fonctions nécessaires à la production de toutes manifestations … (nous sommes là sur le plan de la manifestation dans le sous plan trinitaire des déclinaisons fonctionnelles du Naos)

  • Le Vénérable Maître allume, alors, une étoile et pas n’importe la quelle avec un boutefeu allumé à la flamme éternelle … celle qui a la position centrale de son candélabre car elle est bien la réplication, à ce stade de la flamme primordiale …  mais déjà transposée dans un espace qui va se manifester du fait de la mise en œuvre des 3 premiers attributs

(Triangle équilatéral dont la symbolique rappelle les trois plans devant être présents avant toutes choses et avec toutes choses :  le plan Atmique[ii] où Volonté, le plan Bouddhique[iii] ou Amour-Sagesse et enfin le plan Manasique[iv] ou Intelligence-Action )

…. Dès lors apparait le mouvement … nécessaire à tout acte opératif  (effet miroir entre les mondes)

  • Mise en lumière des 3 premiers attributs à la position centrale du candélabre du Vénérable Maître

distrilum-03A : le premier surveillant allume son flambeau à la position centrale du candélabre du Vénérable Maître … dans le silence (ce qui va être actif de façon opérationnelle se nourrit ou se met en résonance vibratoirement avec la lumière primordiale)  … puis rejoint sa place

B : le second surveillant allume son flambeau à la position centrale du candélabre du VM … dans le silence (ce qui se prépare en vue d’être actif de façon opérationnelle se nourrit ou se met en résonance vibratoirement avec la lumière primordiale))  … puis rejoint sa place

C : le Scribe allume son flambeau à la flamme centrale … dans le silence (l’ensemble y compris la mémoire et la conscience s’éveille et se met en résonance vibratoirement avec la lumière primordiale … le lien avec l’Akasha doit être constitué et opérationnel))  … puis rejoint sa place

Ainsi, la flamme centrale, vient adombrer la loge de ses principes moteurs et opère un transfert équationnel ….

(Sur le plan symbolique apparait les premiers éléments d’un Carré long (Occident, Septentrion, diagonale NE-SO)

distrilum-04aCela fait le Vénérable Maître allume les deux autres étoiles de son candélabre (le Vénérable Maître devient alors la clef de voute … de ce qui va se mettre en place

… à ce moment, et à ce moment là seulement apparait le premier triangle opératif dans le monde manifesté

Nous parlons ici du Triangle (72-36-72): Second Surveillant – VM – Premier distrilum-05surveillant …. (Lequel aura son « répondant » Orateur – Couvreur – Scribe (nous remarquerons que dans ce deuxième triangle seul le Scribe est porteur de lumière) …. Et cela est logique car la lumière adombre tous les espaces … Eclairé par elle, l’Orateur représente bien, maintenant, celui qui fait respecter la loi et les processus d’organisation et d’Harmonie. Le Couvreur est bien, aussi, celui qui est dépositaire du passé et de l’histoire de la loge dans sa dimension « la plus inspirée » tant il est vrai que bien que surgi du Passé … il régule le présent dans ses flux et participe de l’avenir par sa sagesse 

…. Le monde, que nous venons de décrire, n’est pas encore tout à fait maçonnique (car en effet ce que nous venons de dire n’est pas vu comme cela seulement en Maçonnerie … on le trouve dans bien des décodages extrême orientaux notamment) … Le Monde Maçonnique est en cours de gestation (il sera, en effet, maçonnique seulement lorsque les joyaux de la loge seront en place.)

3 : Ce mouvement qui commence à se manifester dans la création, sur le plan opératif, ne peut être mis en œuvre que si l’esprit domine la volonté d’action distrilum-06et celle-ci doit être éclairée/illuminée par les trois piliers du temple (ou Petites lumières) … c’est le 3ième plan nécessaire afin que tout acte soit juste, harmonique et conforme à la loi de Maat

Notre temple et ceux qui s’y rassemblent seront sous l’influence de la « Sagesse », de la « Force » et de la « Beauté »

Le Vénérable Maître en Chaire descend de l’Orient. L’expert vient se placer à l’orient pour en garder fermement l’entrée …

Le Vénérable Maitre en Chaire allume son boutefeu à la lumière éternelle puis se dirige vers la colonne « Sagesse » l’autre

  • Sagesse,

Le VÉNÉRABLE MAITRE

« Mes sœurs et mes frères, les fondations de notre Temple sont posées, ce Lieu est saint, et notre œuvre séculaire peut reprendre son cours ….

….. Selon l’antique prophétie d’Hermès, voici que l’Égypte est devenue veuve et d’hommes et de Dieux. Mais nous, Vrais & Anciens Maçons de la Terre d’Égypte, nous conservons précieusement et maintenons le dépôt de la terre de Memphis.

C’est pourquoi, Seigneur de vérité, que tous les hommes connaissent sous tant de nom divers, …

  • Toi qui es pour nous l’Architecte Suprême de tous les Mondes …..
  • Toi qui as dit « J’ai créé toutes les formes avec ma Parole, alors qu’il n’y avait encore ni Ciel ni Terre »

… reçois en cet instant nos hommages. Éclaire nos travaux et dissipe les Ténèbres qui voilent Ta Vérité, afin que se révèlent à nous les Plans Parfaits de Ta Sagesse Éternelle gouvernant tous les Mondes »

Le PREMIER SURVEILLANT

« Toi qui a dit: « Je suis la source des existences et de tous les Êtres, je suis hier & je connais demain ……  » Salut à toi !! »

Le SECOND SURVEILLANT

« Toi qui a dit « Je suis l’Éternité, le Monde, le Temps, le Devenir, j’ai pour essence le Bien, le Beau, le Bon, le Véridique ….  » salut à Toi !!!! »

  • Force,

Le VÉNÉRABLE MAITRE

« Salut à Toi, Seigneur de l’Éternité, dont les Noms sont multiples et les formes mystérieuses ! Soutiens ce Temple par Ta FORCE, connue des seuls enfants de la Lumière » …..

Le PREMIER SURVEILLANT

.. « OSIRIS à la robe de Lumière, couleur du Principe éternellement pur, nous célébrons Ton Harmonie suprême, à laquelle nous espérons participer dans l’AMENTI. »

  • Beauté,

Le VÉNÉRABLE MAITRE

« ISIS qui sait rassembler la Parole Sacrée, la maintenir en son ordre et la communiquer aux Initiés, Toi qui les habitues à persister dans les Saintes Pratiques, dont la fin est d’obtenir la Connaissance de l’Être Premier et Souverain, accessible à la seule intelligence, les enfants de l’Art Royal saluent ici Ta BEAUTÉ Ineffable » …

Le SECOND SURVEILLANT

« ISIS, Divine Mère, au Voile teint des Couleurs innombrables du Monde, nous communions tous en la compréhension du Mystère que Tu as révélé aux Hommes » …

Lors de l’allumage des chacune des colonnes le Maître des Cérémonie devance le Vénérable Maître, se met à l’ordre de sa fonction et  frappe de façon énergique le sol avec son bâton lorsque l’étoile est allumée.

Cette frappe énergique ancre opérativement les forces de production du monde manifesté ….  sur le plan symbolique apparaissent les éléments suivants d’un Carré long (Sud-midi, Occident, diagonale NW-SE) … l’ensemble formant un réceptacle de la lumière d’Orient….

Pour mémoire, La Colonne corinthienne (H=10D) est celle de la Sagesse, la Colonne dorique (H=8D) est celle de la Force et la Colonne ionique (H=9D) est celle de la Beauté. La somme des trois nombres donne vingt-sept : Nombre de l’Univers.

 Il sera aisé de constater que les deux diagonales des deux « carrés long » se coupent très exactement à la position du Naos …. Exactement comme les diagonales du Carré long formées par la pose des phylactères lors de la sacralisation d’un temple qui permettent la pose de la Pierre Cubique à pointe !!!

4 : la sacralisation de tout action se confirmera par la cérémonie des parfums par le Vénérable Maître.

distrilum-07Celui-ci se place entre les colonnes « Force » et « Beauté » … avance vers le Naos. Il est dos à l’Occident  puis …..

(met l’encens dans le brûle parfum) « Que ce parfum de suave odeur apaise nos âmes, (met l’encens dans le brûle parfum) atténue nos passions, (met l’encens dans le brûle parfum) et qu’il nous rende fraternel les uns pour les autres en élevant nos esprits et nos cœurs. »

Le brule parfum est placé à la pointe Occidentale du Naos … il repend sa subtile essence issue du monde divin modestement déjà décrit … il en imprègne tout espace de toute vie avant que ne se précise l’espace-temps opératif choisi par nos frères et sœurs pour œuvrer dans la matière

5 : La franc-maçonnerie est un sous-ensemble de l’humanité au service de cette harmonie universelle … elle vient jouer son rôle selon des règles et des principes distrilum-08qui lui sont propres au travers des outils de la manifestation que nous avons tous acceptés …. Et que nous nommons « Les trois grandes lumières » de la maçonnerie c’est-à-dire Equerre, Compas et la règle … lesquelles sont enlacés selon une symbolique particulière attaché au grade travaillé et propre à notre Rite …. Ces lumières ne sont pas d’ordre physique mais elles pointent sur une référence absolue en matière de pratique opérative !! (D’où leur empreint à la franc-maçonnerie de métier)

Nous noterons, que c’est à partir de ce moment qu’une loge devient clairement maçonnique et investie d’une mission pour le moins humaniste et, pour le mieux, dispensatrice de connaissance  … avec la totalité de ses « moyens » visibles ou invisibles …

Au moment où tous les joyaux de la loge sont enlacés le Delta Lumineux (36°108°36°) delta3610836as’éclaire …. 108° correspondront aux 108 rayons qui adombrent nos trois mondes à partir du plan Divin …  Dans nos Rites nous trouverons au centre « l’œil d’Horus » … 108 un clin d’œil sans doute aux 108 grains du « malla » dont la maitrise totale signifie « Eveil »

Dans d’autres le Nom ineffable « Iod He Vav He » … dans d’autre, encore, « un Point » …   Les travaux sont, alors, sous les meilleurs auspices

6 : Pour être complet dans le champ maçonnique … un autre élément important doit figurer :

naosextraitTout ce qui a été dit est peut-être d’un intellectualisme contestable mais souvenons-nous, nous sommes à ce stade des constructeurs !!!! … il nous manque les plans de l’architecture que nous construisons grâce au « formatage » que nous avons reçu en héritage par la structure linguistique de note ADN et les états de conscience transmis ….   Ces plans qui doivent guider les apprentis, Compagnons et Maître … doivent être mis dans une crypte … sous le pavé mosaïque …. Car ils ne peuventkeops-plan-001 pas être lu par le monde profane mais aussi par les frères et sœurs qui n’auraient pas, eux, fait l’effort de les découvrir, tel des spéléologues de la conscience intérieure …

Dans notre Rite : Nous ferons figurer un dessin d’architecte représentant une pyramide ….  Symbole s’il en est du lien fort et puissance entre Science et ésotérisme

Seule sera mise et à ce stade, en apparence la patente de Loge

Clôture des travaux 

… la fermeture des travaux se fera par le processus inverse ….

La loge ayant opéré son travail … le frère ou la sœur œuvrera dans le monde profane selon les connaissances nouvelles acquises … ainsi, transforme t’il le monde selon son état de conscience …

Dernière remarque

S’agissant des étoiles du temple nous retrouverons l’ennéade qui caractérise le temple symbolique …. Car nous avons réalisé l’équation 1 + 9 … le Un étant symbole de l’origine de tout monde manifesté (lumière éternelle) …  et le nombre 9  (3 pour le VM, 3 Scribe, Second Surv, Premier Surv, 3 Sagesse, Force, Beauté) … ainsi l’ennéade procède bien de l’Unité

Ennéade … qui comme le savent les frères et sœurs maçons du monde entier guide nos pas tout le long de nos échelles maçonniques …

Gérard Baudou-Platon

 

 

[i] L’on retrouvera sur ce thème de la musique des sphères de nombreux auteurs en particulier :

Aristote & Aristoxène qui établiront une première correspondance entre les planètes et des notes de musique

(Lune : « Ré », Mercure : « Do », Vénus : « Si bémol », Soleil : « La », Mars : « Sol », Jupiter : « Fa », Saturne : « Mi »)

  • Dans la famille des Pythagoriciens … Philolaos de Crotone, Platon, Ptolémée … auront leurs correspondances
  • De même au moyen âge avec les Néo-Platonicien (Plotin, Boèce …) & Copernic
  • Ensuite Kepler
  • Enfin, les temps modernes avec les Radiosources

[ii] Considération sur le plan Atmique … à rapprocher du Sanscrit « Âtma » … selon le dictionnaire de la Sagesse Orientale (Robert Laffont) … l’ÂtmaBoddha, littéralement « Connaissance de Soi » … le court mais important traité de l’Advaïta-Védenta, attribué à Shankara et régulièrement cité dans la littérature de cette philosophie, les 68 Sloka (vers) de l’œuvre traitent des principaux sujets important de l’indouïsme : Âtman, Brahman, l’effacement de da Brahman derrière les formes du monde sensible, ainsi que les méthodes qui mèment à la connaissance de Soi et à la délivrance

Âtman : Terme désignant, selon la conception hindouiste, le soi véritable et immortel de l’homme, ce que l’Occident appelle « l’âme » … spectateur impartial du « Jîva » .. il se situe, au-delà, du corps et de la pensée … conscience absolue …. Le Bouddhisme nie en revanche l’existence d’Atman …

JÎva :   « Vivre » … être vivant incarné … Le Soi incarné s’identifie à un corps, une pensée  … devenu égo, il se crée l’illusion d’une individualité et d’une causalité et s’enchaine ainsi au cycle de la naissance et de la mort …

 

[iii] Plan Bouddhique … à rapprocher de : le Bouddha considère que la vie est éphémère (Anitya), impersonnelle (Anâtman, Skandha) et donc douloureuse (Duhkha). La prise de conscience de ces Trois caractéristiques de l’existence (Trilakshana) marque le début du cheminement Bouddhique. La souffrance est le résultat du désir (Trishna) dont la disparition entraine la délivrance du Samsarâ …. Le Bouddhisme explique cet enchainement des êtres aux cycles des renaissances par la chaîne de production conditionnée (Pratîtya_Samutpada) …. La fin de ce cycle correspond à la réalisation du Nirvâna. Le Chemin pour y parvenir conformément aux quatre nobles vérités est le sentier Octuple qui enseigne la moralité (Shîla), la méditation (Samadhi, Dhyana), la sagesse et la connaissance (Prajnâ) ….

 

[iv] Plan Manasique …. Vient de Manas terme sanscrit ….

Pour les Hindous = Capacité de réflexion partie de l’Antahkarana, l’organe interne. Grace à Manas, nous recevons les impressions du monde extérieur qui dont soumise à la buddhi … manas nous incite au doute, nous aide à prendre des décisions et à changer nos désirs en actes …

Buddhi : composante de l’Antahkarana permettant de classifier les impressions sensibles grâce à sa capacité de discrimination …. Instrument inanimé qui, avec l’aide de l’intelligence et la connaissance de l’Âtman, développe toutes les facultés de l’homme jusqu’à l’intuition

Pour le bouddhisme : Esprit, intelligence. Manas désigne au sens le plus large l’ensemble des facultés et des activités intellectuelles, le fonctionnement intellectuel de la conscience.

Dernière des 6 bases (L’œil, l’Oreille, le Nez, la Langue, le Corps et l’Esprit), Manas en est là 6ième base et constitue le fondement de toutes activités psychiques  …. En tant que facultés de pensée, manas est considérée comme un sens supplémentaire adapté aux objets rationnels comme l’œil l’est aux objets visuels

Manas constitue le 7ième des 8 variétés de conscience

[v] Toni Ceron … Sphinx – Grande Pyramide – Alchimie Intérieure – Éditions du Col du Feu  –

Circulation de la Lumière ... dans Chaine d'union

A propos Gérard Baudou-Platon

Gérard Baudou-Platon Président du Souverain Sanctuaire Khorshed de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm. Mes Formations philosophiques: Mathématiques, Physiques, Sciences de la vie, Bouddhisme, Taoïsme, Gnosticisme et Rose-Croix … Président du Centre d’étude sur les Civilisations Anciennes et Traditionnelles Sur le plan Profane: Ancien fonctionnaire de l’Administration des Postes, Télécommunications et de l’Espace (Administration Centrale) Ancien Chef de Service au GIE Caisse des Dépôts et Consignations et de la Caisse d’épargne de l’écureuil Ex Président de l’Association l’Albatros (Service aux personnes handicapées) Mes axes de compétences: Les Systèmes d’Information, l’Organisation des Entreprises , le Télétravail

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Le grand secret de la Franc-maçonnerie 3 mars, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
Le grand secret de la Franc-maçonnerie dans Recherches & Reflexions FranckFouqueray

L’histoire que je vais vous raconter, se déroula il y a très longtemps. On venait de créer la première loge maçonnique. Il convenait maintenant de trouver une cachette sûre pour dissimuler durablement le grand secret de la franc-maçonnerie. Les officiers s’étaient donc réunis dans la loge pour décider du lieu.

Le premier à demander la parole fut le  Secrétaire. Il dit : « Je suis la lune, le reflet du soleil, je symbolise le côté féminin, la mémoire, l’écoute. Vous pouvez me le confier, j’en serai digne. »

Le deuxième à demander la parole fut le Maître des Cérémonies. Il dit : « Je suis Mercure, symbole du mouvement, de la communication et du savoir. Vous pouvez me le confier, j’en serai digne. »

Le troisième à demander la parole fut l’Expert. Il dit : « Je suis Saturne, symbole de la connaissance, du travail et des Anciens. Vous pouvez me le confier, j’en serai digne. »

Le quatrième à demander la parole fut le Second Surveillant. Il dit : « Je suis Vénus, symbole de l’harmonie, des relations et de l’équilibre. Vous pouvez me le confier, j’en serai digne. »

Le cinquième à demander la parole fut le Premier Surveillant. Il dit : « Je suis Mars, symbole de la force mais aussi de l’action et de l’engagement. Vous pouvez me le confier, j’en serai digne. »

Le sixième à demander la parole fut l’Orateur. Il dit : « Je suis le Soleil, symbole de l’esprit, du rayonnement, de la force vitale, de l’énergie. Vous pouvez me le confier, j’en serai digne. »

Le septième et dernier à prendre la parole fut le Vénérable Maitre. Plein de sagesse et d’humilité, il dit « Bien que je sois associé à Jupiter, la plus grosse planète du système solaire, symbole de la prospérité, je ne suis pas certain d’être le meilleur refuge pour notre secret. Je reviendrai dans 3 jours, pour vous dire où se trouve la meilleur cachette »

Les travaux furent suspendus, le Vénérable Maitre s’enferma durant 3 jours et 3 nuits dans ce cabinet de réflexion qui l’avait vu naitre. Il en ressortit éclairé et serein. Les travaux purent alors reprendre.

Tous les officiers de la loge étaient suspendus aux lèvres du Vénérable Maitre. Ce dernier, regardant avec amour et bienveillance chacun de ses frères et chacune de ses sœurs déclara : « J’ai puisé dans la sagesse du Grand Architecte De l’Univers la réponse à notre question. Je propose de cacher ce secret au fond du cœur de chaque profane qui frappera à la porte de notre temple. Ce sera sans aucun doute le dernier endroit qu’ils iront explorer ». Cette proposition fut admise à l’unanimité.

Cette tradition semble s’être perpétuée depuis des siècles. Malheureusement, tous les maçons n’ont pas été informés et certains continuent à chercher au dehors.

Auteur : Franck Fouqueray

 

SOURCE : AVEC LA TOUJOURS FRATERNELLE AUTORISATION DE L’AUTEUR …

https://blog.onvarentrer.fr/index.php/2019/03/02/le-grand-secret-de-la-franc-maconnerie/?fbclid=IwAR1FQghDRxqvPPxch8kp6gBl1JEsjXHvDtyUfSAUPCxTyVTLuJnvTYh_KsY

Rituel du Franc Maçon Glouton – Pastiche de l’instruction du grade 17 janvier, 2019

Posté par hiram3330 dans : Humour , ajouter un commentaire

Rituel  du Franc Maçon Glouton

Pastiche de l’instruction du grade

(Le franc glouton arrive sur scène vêtu d’une toque blanche d’un tablier blanc de cuistot, il porte à la boutonnière un badge formé d’un triangle la pointe en bas dans lequel sont dessinées trois grosses molaires. Il a de l’embonpoint, une trogne de bon vivant. Le Tuileur s’assure de sa qualité sur le ton de la curiosité et de l’étonnement.)

glouton

Question : êtes vous franc glouton ? Réponse : Mes traits me font reconnaître comme tel !!!

Q : Qu’est-ce qu’un franc glouton ???

R : c’est un homme libre et de bonne humeur, et à toute ces choses qui donnent du goût à la vie : le foot, la télé, il préfère les épices et les marrons glacés. C’est un homme vraiment sans préjugés, qui baffre avec les riches comme avec les pauvres.

Q : mais alors qu’est-ce la franc gloutonnerie ???

R : la franc gloutonnerie est une société gourmande qui veut rétablir la bonne cuisine dans l’humanité et qui veut faire régner à table la fraternité.

Q : quels sont ses principes ???

R : la tolérance de toute écuelle, le respect de sa bouffe et de celle d’autrui, la liberté absolue de bombance.

Q : quelle est sa devise ???

R : boire, manger, éructer.

Q : boire, manger, éructer… ne convient-il pas de corroborer cette devise par un quatrième terme ???

R : oui, chanter !!!

Q : quels sont les devoirs du franc glouton ???

R : indépendamment de son devoir de nourrir ses frères et sœurs de table, le franc glouton doit travailler sans relâche à améliorer les repas élaborés par ceux qui sont à la tête de l’ordre. Pour cela, il goûte tous les plats qu’on lui soumet, puis il propage autour de lui les recettes qu’il a acquises. Pour cela, il est prêt à tous sacrifice.

Q : comment peut-on reconnaître un franc glouton ???

R : a des lignes, rots et attroupements

Q : comment sont les lignes ???

R : arrondies, épaisses, voluptueuses

Q : que signifient-elles ???

R : ne me le demandez pas ! J’aimerais mieux avoir la gorge tranchée que de révéler les secrets qui m’ont été confiés.

Q : voulez-vous montrer l’attroupement au surveillant des renseignements généraux ? (Il fait mine de chercher du regard puis désigne un groupe dans l’assistance)

R : là ! Ils sont là !!!

Q : donnez-moi le mot de passe.

R : c’est un rot (et il rote)

Q : que signifie ce rot ???

R : c’est le cri du premier homme qui selon la légende s’est mis à table.

Q : pouvez-vous me donner le rot sacré au rite hoqueté. A l’ail et au hareng fumé ???

R : (après quelques tentatives de rots avortés) je ne sais ni sortir, ni le décrire… je ne sais que le mimer. Si vous parvenez à l’éructer en premier, je pourrai peut être vous éructer un second.

Q : que signifie ce rot ???

R : satiété, à votre santé ! C’est d’après la légende adoptée, le grognement d’une des cochonnes se la tante de Salomon prés de laquelle les apprentis gloutons reniflaient le sale air. (Il renifle)

Q : les francs gloutons n’ont-ils pas d’autres rots de reconnaissance ???

R : il y a encore les rots de semestre. A l’époque de chaque solstice, le grand rotant adresse aux chefs de table, en flacons cachetés, deux rots destinés à constater la régularité des gloutons. Ces rots sont humés à table selon des règles établies, ils ne doivent être reniflés qu’a respiration basse, et sans sortir des bocaux bachiques.

Q : pour quelle raison vous êtes-vous fait recevoir franc glouton ???

R : parce que d’une façon symbolique, je mangeai dans les fast-food et que je désirais m’en mettre plein la lampe. (la société au milieu de laquelle nous vivons n’est qu’a demi civilisée : les nourritures essentielles y sont encore entourées de graisse épaisse)

Q : pourquoi vos yeux étaient ils bandés lorsque vous avez introduit à table, le jour de votre première invitation ???

R : pour marquer les sens de l’invitation qui est le passage de la bouffe sans odeur ni saveur à la bouffe odorante des connaisseurs.

Q : que vous a-t-on fait faire à table pendant que vous aviez le bandeau sur les yeux ???

R : on m’a interrogé à trois reprises et l’on m’a fait ingurgiter le contenu de trois grands verres.

Q : que contenaient ces trois verres ???

R : le premier contenait de l’eau ; le deuxième un excellent « moulin à vent » ; le troisième un rosé de « pierre feu ». Auparavant on m’avait enfermé à la cave sur un sac de pomme de terre, devant un œuf, une tête de veau et une salière !!!

Q : quelle est la signification des fourchettes dont les pointes étaient tournées vers vous quand le bandeau vous a été enlevé ???

R : (avec effroi) elles m’annonçaient que les francs gloutons n’hésiteraient pas à me dévorer si l’envie de manger venait à me passer.

Q : les fourchettes qu’ils emploient en diverses circonstances n’ont-elles pas d’une manière générale une signification symbolique ???

R : oui ! Elles en ont deux : avant 1789 elles symbolisaient l’égalité. A cette époque, en effet, les roturiers mangeaient avec les doigts, ainsi à table chaque glouton avait droit à une fourchette ; cette pratique servait à indiquer que tous les baffreurs sont égaux.

Q : pourquoi le chef de table qui vous a reçu vous a-t-il fait remettre une rose destinée à la femme que vous estimez le plus ???

R : parce que les francs gloutons – du moins ceux du GO … la gueule ouverte- n’admettent pas les femmes à leur table, mais ils ne peuvent pas s’enivrer sans penser à elles !!!

Q : quel est l’emblème de la bavette que vous portez ???

R : c’est l’emblème de la ripaille ; il rappelle au franc glouton qu’il peut s’empiffrer sans retenue. La bavette est le véritable insigne des francs gloutons qui doivent toujours en être revêtus à table.

Q : pourquoi les apprentis gloutons se tiennent-ils au nord de la table ???

R : le nord étant le côté le moins chauffé, cette place rappelle aux apprentis qu’ils n’ont qu’à bien baffrer s’ils veulent se réchauffer.

Q ; que signifie la passoire placée au dessus de la table, et le gros œil qui s’y trouve ???

R : cette passoire est l’emblème du ventre, le gros œil ouvert figure la gourmandise, il évoque cette maxime qui remonte à la plus haute antiquité : « il faut toujours avoir les yeux plus gros que le ventre »

Q : a quelle heure les francs gloutons se mettent-ils à table ???

R : a midi !!!

Q : pourquoi ???

R : midi c’est l’heure gastronomique par excellence !!!

Q : a quoi travaillent les apprentis francs gloutons ???

R : a casser la croûte.

Q : que fait-on à table ???

R : on y combat le régime et la minceur, on y glorifie l’ivresse et la gourmandise. C’est ce que les anciens formulaires bachiques traduisent par ces mots : « On y fait venir l’appétit en mangeant » «  On y creuse sa tombe avec les dents »

Q : (en désignant le revers de la veste de l’interrogé) quel badge avez-vous ???

R : trois dents !

Q : qu’ambitionnez-vous ???

R : j’aspire à oublier l’horreur d’avoir «été trop grassement nourri parmi les francs glouton .

Il peut se mettre a table vénérable glouton.

Merci mon F:. Jérôme pour ce partage …

 - https://www.hiram.be/ -

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