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Rituel du Franc Maçon Glouton – Pastiche de l’instruction du grade 3 avril, 2011

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Rituel  du Franc Maçon Glouton – Pastiche de l’instruction du grade

 

Le franc glouton arrive sur scène vêtu d’une toque blanche d’un tablier blanc de cuistot, il porte à la boutonnière un badge formé d’un triangle la pointe en bas dans lequel sont dessinées trois grosses molaires. Il a de l’embonpoint, une trogne de bon vivant. Le Tuileur s’assure de sa qualité sur le ton de la curiosité et de l’étonnement.


Question : êtes vous franc glouton

Réponse : Mes traits me font reconnaître comme tel !!!

Q : Qu’est-ce qu’un franc glouton ???
R : c’est un homme libre et de bonne humeur, et à toute ces choses qui donnent du goût à la vie : le foot, la télé, il préfère les épices et les marrons glacés. C’est un homme vraiment sans préjugés, qui baffre avec les riches comme avec les pauvres.

Q : mais alors qu’est-ce la franc gloutonnerie ???
R : la franc gloutonnerie est une société gourmande qui veut rétablir la bonne cuisine dans l’humanité et qui veut faire régner à table la fraternité.

Q : quels sont ses principes ???
R : la tolérance de toute écuelle, le respect de sa bouffe et de celle d’autrui, la liberté absolue de bombance.

Q : quelle est sa devise ???
R : boire, manger, éructer.

Q : boire, manger, éructer… ne convient-il pas de corroborer cette devise par un quatrième terme ???
R : oui, chanter !!!

Q : quels sont les devoirs du franc glouton ???
R : indépendamment de son devoir de nourrir ses frères et sœurs de table, le franc glouton doit travailler sans relâche à améliorer les repas élaborés par ceux qui sont à la tête de l’ordre. Pour cela, il goûte tous les plats qu’on lui soumet, puis il propage autour de lui les recettes qu’il a acquises. Pour cela, il est prêt à tous sacrifice.

Q : comment peut-on reconnaître un franc glouton ???
R : a des lignes, rots et attroupements

Q : comment sont les lignes ???
R : arrondies, épaisses, voluptueuses

Q : que signifient-elles ???
R : ne me le demandez pas ! J’aimerais mieux avoir la gorge tranchée que de révéler les secrets qui m’ont été confiés.

Q : voulez-vous montrer l’attroupement au surveillant des renseignements généraux ?
(Il fait mine de chercher du regard puis désigne un groupe dans l’assistance)

R : là ! Ils sont là !!!

Q : donnez-moi le mot de passe.
R : c’est un rot (et il rote)

Q : que signifie ce rot ???
R : c’est le cri du premier homme qui selon la légende s’est mis à table.

Q : pouvez-vous me donner le rot sacré au rite hoqueté. A l’ail et au hareng fumé ???
R : (après quelques tentatives de rots avortés) je ne sais ni sortir, ni le décrire… je ne sais que le mimer. Si vous parvenez à l’éructer en premier, je pourrai peut être vous éructer un second.

Q : que signifie ce rot ???
R : satiété, à votre santé ! C’est d’après la légende adoptée, le grognement d’une des cochonnes se la tante de Salomon prés de laquelle les apprentis gloutons reniflaient le sale air. (Il renifle)

Q : les francs gloutons n’ont-ils pas d’autres rots de reconnaissance ???
R : il y a encore les rots de semestre. A l’époque de chaque solstice, le grand rotant adresse aux chefs de table, en flacons cachetés, deux rots destinés à constater la régularité des gloutons. Ces rots sont humés à table selon des règles établies, ils ne doivent être reniflés qu’a respiration basse, et sans sortir des bocaux bachiques.

Q : pour quelle raison vous êtes-vous fait recevoir franc glouton ???
R : parce que d’une façon symbolique, je mangeai dans les fast-food et que je désirais m’en mettre plein la lampe. (la société au milieu de laquelle nous vivons n’est qu’a demi civilisée : les nourritures essentielles y sont encore entourées de graisse épaisse)

Q : pourquoi vos yeux étaient ils bandés lorsque vous avez introduit à table, le jour de votre première invitation ???
R : pour marquer les sens de l’invitation qui est le passage de la bouffe sans odeur ni saveur à la bouffe odorante des connaisseurs.

Q : que vous a-t-on fait faire à table pendant que vous aviez le bandeau sur les yeux ???
R : on m’a interrogé à trois reprises et l’on m’a fait ingurgiter le contenu de trois grands verres.

Q : que contenaient ces trois verres ???
R : le premier contenait de l’eau ; le deuxième un excellent « moulin à vent » ; le troisième un rosé de « pierre feu ». Auparavant on m’avait enfermé à la cave sur un sac de pomme de terre, devant un œuf, une tête de veau et une salière !!!

Q : quelle est la signification des fourchettes dont les pointes étaient tournées vers vous quand le bandeau vous a été enlevé ???
R : (avec effroi) elles m’annonçaient que les francs gloutons n’hésiteraient pas à me dévorer si l’envie de manger venait à me passer.

Q : les fourchettes qu’ils emploient en diverses circonstances n’ont-elles pas d’une manière générale une signification symbolique ???
R : oui ! Elles en ont deux : avant 1789 elles symbolisaient l’égalité. A cette époque, en effet, les roturiers mangeaient avec les doigts, ainsi à table chaque glouton avait droit à une fourchette ; cette pratique servait à indiquer que tous les baffreurs sont égaux.

Q : pourquoi le chef de table qui vous a reçu vous a-t-il fait remettre une rose destinée à la femme que vous estimez le plus ???
R : parce que les francs gloutons –du moins ceux du GO … la gueule ouverte- n’admettent pas les femmes à leur table, mais ils ne peuvent pas s’enivrer sans penser à elles !!!

Q : quel est l’emblème de la bavette que vous portez ???
R : c’est l’emblème de la ripaille ; il rappelle au franc glouton qu’il peut s’empiffrer sans retenue. La bavette est le véritable insigne des francs gloutons qui doivent toujours en être revêtus à table.

Q : pourquoi les apprentis gloutons se tiennent-ils au nord de la table ???
R : le nord étant le côté le moins chauffé, cette place rappelle aux apprentis qu’ils n’ont qu’à bien baffrer s’ils veulent se réchauffer.

Q ; que signifie la passoire placée au dessus de la table, et le gros œil qui s’y trouve ???
R : cette passoire est l’emblème du ventre, le gros œil ouvert figure la gourmandise, il évoque cette maxime qui remonte à la plus haute antiquité : « il faut toujours avoir les yeux plus gros que le ventre »

Q : a quelle heure les francs gloutons se mettent-ils à table ???
R : a midi !!!

Q : pourquoi ???
R : midi c’est l’heure gastronomique par excellence !!!

Q : a quoi travaillent les apprentis francs gloutons ???
R : a casser la croûte.

Q : que fait-on à table ???
R : on y combat le régime et la minceur, on y glorifie l’ivresse et la gourmandise. C’est ce que les anciens formulaires bachiques traduisent par ces mots :

« On y fait venir l’appétit en mangeant »

«  On y creuse sa tombe avec les dents »

Q : (en désignant le revers de la veste de l’interrogé) quel badge avez-vous ???
R : trois dents !

Q : qu’ambitionnez-vous ???
R : j’aspire à oublier l’horreur d’avoir «été trop grassement nourri parmi les francs glouton .

Il peut se mettre a table vénérable glouton.

 

Source : http://www.gadlu.info/

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Maçonnerie de Tradition, Régulière, Libre. Patente. 30 janvier, 2010

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Maçonnerie de Tradition, Régulière, Libre. Patente.

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En ces temps où des obédiences importantes font la une des journaux pour des motifs peu louables, pour des querelles de personnes, pour une maladie très développée chez certains de nos Sœurs & Frères, j’ai dit : «La Cordonnite», essayons de nous ressaisir et de revoir nos bases.

Situons-nous aux Origines de la Maçonnerie que nous pratiquons, c’est-à-dire la Maçonnerie Spéculative*. Nous sommes à Londres en 1717, quatre Loges décident de s’unir. Ces Loges étaient préexistantes, 4 seulement décident de s’unir, il y en avait surement un plus grand nombre. Tout se passe très bien, leur nombre grandit et il faut attendre 6 ans pour fixer des règles : les Constitutions d’Anderson, dont voici un extrait :
conduite envers un Frère étranger.
Vous devez l’examiner prudemment, de la façon que la prudence vous inspirera, de sorte que vous ne vous en laissiez imposer par un faux prétendant, ignorant que vous devez repousser avec mépris et dérision, et gardez-vous de lui donner le moindre renseignement.
Mais si vous découvrez en lui un frère sincère et authentique, vous devez lui témoigner du respect en conséquence, et, s’il est dans le besoin, vous devez le secourir si vous le pouvez, ou bien lui indiquer comment il peut être secouru. Vous devez l’employer quelques jours, le recommander pour être employé ailleurs. Mais vous n’êtes pas obligé de faire au-delà de vos moyens, seulement de préférer un pauvre Frère, qui est homme de bien et sincère à toute autre personne pauvre dans les mêmes circonstances.
finalement, toutes ces obligations doivent être par vous observées et aussi celles qui vous seront communiquées par une autre voie. Cultivant l‘amour fraternel, le fondement et le chaperon, le ciment et la gloire de cette ancienne Fraternité, évitant toute dispute et querelle, toute calomnie et médisance, ne permettant pas aux autres de calomnier aucun Frère honnête, mais défendant sa réputation, et lui rendant toutes sortes de bons offices, autant qu’ils sont compatibles avec votre honneur et votre salut, et non au-delà.

Tradition   Je suis un vieux naïf ou un incurable optimiste. J’avais compris, il y a plus de deux décennies, en entrant dans notre Ordre, qu’il suffisait que j’applique le petit texte ci-dessus et la porte de toute les Loges me serait ouverte. Grosse erreur il faut être régulier.

Régulier     Depuis ses origines, la franc-maçonnerie utilise le mot « régulier » comme synonyme de « légitime », le terme français venant du mot anglais « regular » qui signifie dans ce contexte « normal », « standard », « ordinaire » ou « habituel ». C’est pourquoi toutes les obédiences maçonniques se considèrent elles-mêmes comme « régulières » dans les querelles qui les opposent sur cette question qui trouve son origine dans la nécessité, pour chacune d’entre elles, de définir à quelles conditions elle peut reconnaître les autres comme légitimes, exemptes de déviations graves et authentiquement maçonniques. Dans de nombreuses obédiences, ces conditions prennent souvent la forme de listes de « Basic Principles », de « landmarks » ou de « règles », marquant les limites au-delà desquelles la pratique maçonnique d’une autre obédience sera considérée par elles comme déviante et inauthentique.
Je me retourne vers les sources, la plus vieille divulgation complète connue à ce jour :
Samuel Prichard de 1730  «La Maçonnerie Disséquée ». Et je lis dès la 4ème question de l’apprenti:
Etes-vous Maçon ?
Je suis reconnu et accepté comme tel parmi les Frères et Compagnons.
Comment connaîtrai-je  que vous êtes Maçon ?
Par les Signes et les Attouchements et les points parfaits de mon Entrée.
Que sont les signes?
Toutes équerres, angles et perpendiculaires.
Quels sont les attouchements?
Certaines poignées de main régulières et fraternelles
Donnez-moi les Points de votre Entrée
Donnez-moi le premier et je vous donnerai le second.
Je le garde.
Je le cache.
Que cachez-vous ?
Tous secrets et mystères des Maçons et de la Maçonnerie, sauf à un Frère véritable et légitime après un examen en due forme, ou dans une Loge juste et vénérable de Frères et de Compagnons régu1ièrement assemb1és.
Où avez-vous été fait Maçon?
Dans une Loge juste et parfaite
Qu’est-ce qui fait une Loge juste et parfaite ?
Sept ou plus.
De quoi  se composent-ils ?
D’un Maître, de deux Surveillants, de deux Compagnons du Métier et de deux Apprentis Entrés.
Ce texte fait partie des textes fondateurs de notre confrérie. Je n’ai jamais vu, lu ou entendu qu’il avait été modifié ou supprimé.
A la lecture de ce que je viens de répéter je me croyais un Maçon libre. Comme je l’ai souvent entendu un Maçon Libre dans une Loge Libre.  Qu’en est-il? La moitié des Loges me sont fermées, heureusement je suis un homme, les Sœurs, oui elles existent depuis fort longtemps, ne peuvent pas visiter plus de 20% des ateliers Maçonniques, où on entend Egalité.

Libre          Oui libre de respecter les circulaires ou balustres qui interdisent aux Loges de recevoir tel race de Sœurs ou de Frères au nom de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. Je dois dire qu’en tant que Maçon je ne comprends pas. Etant tolérant je peux, avec difficultés, admettre qu’on reçoive qui on veut chez soi. Le comble ! C’est d’interdire aux Sœurs et Frères de visiter tel ou tel autre Loge, même si elle est régulière pour un grand nombre. Je trouve que c’est une atteinte à la Liberté individuelle et aux droits de L’homme auxquels nous nous référons si souvent.  Une autre atteinte à la Liberté Individuelle menée de concert par les grosses et plus petites obédiences, c’est le fichier des refusés. Pourtant nous avons déjà le scandale des fiches dans des temps pas si lointains, ou un certain nombre de Frères ont été décapités à la hache.
Un certain nombre de Sœurs et de Frères refusent ces dictâtes. Ils forment des Loges Libres et Indépendantes. Pour empêcher leurs membres de visiter ces autres Loges où on travaille souvent mieux que dans les Mammouths où un temps non négligeable est passé à faire de l’administratif et à lire les circulaires, donc ces obédiences qui voient ou plutôt ne voient pas entrer ces cotisations, pour dissuader leur membres, ont trouvé un qualificatif : Loge Sauvage. Ces systèmes ont mis au point un droit : la Patente.

Patente.      Revenons à notre premier paragraphe : 4 Loges se réunissent pour former une obédience on ne parle pas de patente.
Aujourd’hui encore trois Loges peuvent créer une obédience et parfois 2 (se souvenir de la GLNF)
Patente ou, au pluriel, patentes, lettres, commission, diplôme, accordés par le souverain, par des corps, par des universités, etc.
Contribution annuelle que paye toute personne qui fait un commerce, qui exerce une industrie imposable. Quittance de cette contribution. Prendre, payer une patente.
Ne confondons pas l’œuf et la poule, ce sont les Loges, trois au minimum, qui créent une obédience, les Maçons sont créés par la Loge juste et parfaite évidemment. Les obédiences donnent des patentes pour faire rentrer de l’argent dans les caisses et payer les frais de missions & réceptions des braves bénévoles qui se battent pour les sièges et les strapontins, c’est une maladie très maçonnique qu’on appelle «La cordonnite».
Souvent les premières patentes sont fabriquées de toutes pièces, un extrait de l’excellent livre de David Stevenson « Les Origines de la Franc-Maçonnerie : Le Siècle Ecossais, 1590-1710 ».
Le fait que la seconde Charte St Clair invoque des patentes royales antérieures accordées aux Sinclair en tant que patrons des maçons n’est pas plausible. Comme il a été souligné bien avant, si une telle concession royale avait réellement existée, pourquoi cette information capitale pour la tentative d’obtention de la ratification du roi, n’avait-t-elle pas été inclue à la première charte ?

Conclusion
C’est un mouvement d’humeur que j’assume pleinement. J’aime la Maçonnerie, les Sœurs et les Frères. Au lieu de simplement faire des acclamations, appliquons à nous-mêmes ce pour quoi nous travaillons : notre amélioration pour améliorer le monde, et les valeurs de tolérance et d’amour.

Jean-Claude Villant      

Eques a Leopardo aureo
jvillant@yahoo.fr

 

* SPÉCULER  ACADÉMIE 1762   v. a. Regarder ou observer curieusement, soit avec des lunettes, soit à la vue simple, les objets célestes ou terrestres. Il passe la nuit à spéculer les astres, ou simplement à spéculer. Il spécule sans cesse. On dit plus communément, Observer.
Il signifie aussi, Méditer attentivement sur quelque matière ; & alors il est neutre. Ce n’est pas le tout que de spéculer, il faut réduire en pratique.

Émile Littré   SPÉCULER (spé-ku-lé), v. a.  1° Observer curieusement les objets célestes ou terrestres (acception vieillie ; on dit observer). Il passe la nuit à spéculer les astres.
Absolument. Il spécule sans cesse.
2° V. n. Méditer attentivement. Spéculer sur les matières politiques.

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DANSE ET INITIATION 24 octobre, 2009

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

DANSE ET INITIATION

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LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

LES PREMIERS GESTES ET PAS LA GIRATION 

LE CHAMANISME 

DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES 

L’INDE  

LES HÉBREUX   

LA GRECE

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

LE MOYEN-AGE  

LE BAROQUE

LE SYSTEME CLASSIQUE

  RETOUR à COSMOS

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessible à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmique, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les carctères et les passions .Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante.Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

 DEBUT

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAINLa danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pasconcevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamenais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du coeur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leurlancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamètralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethonologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

 DEBUT

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pélerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.

 DEBUT

LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASEAprès avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase.Saint-Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

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LE CHAMANISME Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

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L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’oeil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix.Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

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LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense.La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Kmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomine de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

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L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le coeur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

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LES HÉBREUX Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

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LA GRECE Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarquée chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dyonisiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

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LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du choeur, etc …

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le Mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

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LE MOYEN-AGE Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

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LE BAROQUE Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferment une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

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LE SYSTEME CLASSIQUE Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parlent un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, lanNature a fourni à la danse et à l’homme lespPositions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillé de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennemen

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,

- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,

- Expression spontanée des émotions et des langages humains,

- La danse est éternelle !

 

Gilbert MAYER

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  RETOUR à COSMOS

http://cgagne.org/index.htm

un beau site à visiter, à étudier, à méditer

 

 

Danse et Initiation 1 janvier, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Danse et Initiation

 

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessibles à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmiques, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les caractères et les passions. Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»

Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante. Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

La danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pas concevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamennais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du cœur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leur lancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamétralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethnologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)

Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pèlerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.


LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASE

Après avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase. Saint Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

LE CHAMANISME

Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’œil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix. Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE

Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’Asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense. La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Khmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomime de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA

L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : Les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le cœur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

LES HÉBREUX

Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

LA GRECE

Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarqué chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dionysiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du chœur, etc….

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : Les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. Danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

LE MOYEN-AGE

Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

LE BAROQUE

Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferme une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

LE SYSTEME CLASSIQUE

Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parle un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, la Nature a fourni à la danse et à l’homme les Positions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillée de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennement

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,
- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,
- Expression spontanée des émotions et des langages humains,
- La danse est éternelle !

Gilbert MAYER

http://www.cgagne.org

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Bêtisier Maçonnique … 6008 31 décembre, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution,Humour , 6 commentaires

BETISIER MACONNIQUE

 

Un  V:. M:., qui avait été dans le profane un dirigeant d¹entreprise, à un jour fermé une Tenue d¹Apprentis en disant Je ferme cette Loge d¹Appointés.

De Pierre Dac alors 1er Surv.:. « V:. M:. le sac a provisions et le trou de la veuve sont a votre disposition »

En vrac : « F:. et S:. qui déconnez sur les colonnes » ou après une demande de parole un Surv: « Tu as la colonne mon F.°. »

Une S:. 1er Surv.:. (au DH le nom des office reste invariablement au masculin) « V.°.M.°. en tant que  première surveillante , euh pardon V:. M:., c’est mon sexe qui ressort » fou-rire, et pour se reprendre : »bon il faut que je me taise car plus je parle et plus je m’enfonce »

En droite ligne du « le tronc de la vieille entre les colonnes », entendu cette semaine en tenue.

Dans une loge féminine et tropicale : Lors d’un rituel spécial réserve a trois soeurs pour une augmentation de salaire alors que la V.°.M.°. s’inquiétait de l’organisation: « les soeurs ont-elles leurs outils ? » il lui fut répondu : « V:. M:. toutes les soeurs ont leurs règles »

Une soeur :  a paris, alors  qu’elle promenait son chien, vers la rue cadet, vers minuit, elle croise un monsieur elle lui dit « bonsoir mon frère » il rétorque « comment sait tu ma soeur que je suis un frère » elle répond « parce que tu n’as pas enlevé ton tablier , mon frère ».

Pour rester dans les mêmes idées, que penser de l’ Orateur qui demandait « qu’en toute humidité vous n’oubliez jamais votre serpent » confondant le taux d’humidité de l’humilité du serment.

 » un F.: planchait sur la solidarité. La planche durait, durait… Survient le moment ou l’orateur évoque l’une des meilleures illustrations de la solidarité maçonnique : la chaîne d’Union. Il dit alors : « C’est un moment si intense, nous sommes alors si proches, nous nous serrons à ce point qu’on peut se sentir le bout… euh, le pouls ». Difficile alors de garder son sérieux

Mes FF:. nous avons laisse nos motos a la porte du Temple…

Initiation: le M:. d C:. , lorsque le nouvel initie a été réintroduit après avoir remis de l’ordre dans ses vêtements, a prononce distinctement la phrase suivant: « V:.M:., on frappe a la porte en abruti »…

Dans la série mieux vaut l’entendre que le dire, je cite cette belle parole d’un F:. premier surveillant après une planche sur Jonathan Livingston le Goeland :  » V:. M:. les colonnes sont mouettes « 

V:. M:. le soir de son installation  » Les clients sont satisfaits …. »

Dans une loge féminine: « Sœur couveuse faites votre office.. ».

A une instance à l’Or.: « Vénérable Grand-mère… »


Lapsus du 2ème Surv
:. V:.M :., le F:. Hosp :. et la S:.  Tres.:. ont rempli leurs orifices »

Tel ce frère africain qui lors d’un vote « à boule » dit au V:. M:. « vénérable maître… j’ai deux boules noires! »… puis qui se rends compte du double sens… et qui se met a rire avec l’ensemble des frères!

Ce jeune compagnon qui remplace le couvreur alors que l’on doit recevoir un grand officier provincial. Emu il annonce le > visiteur ainsi: « vénérable maître, le GADLU demande l’entrée du temple ». et le véné sans se démonter : « mes frères, tous à genoux pour le GADLU ».

A la clôture des travaux le V:.M:. dit  » en « puisqu’il est l’heure de nous cuiter. » au lieu de «  puisqu’il est l’heure de nous quitter ».

Le temple est dûment huilé.

Lors d’une initiation dans une autre loge, le profane avait eu largement le temps de la réflexion et s’en était ouvert lors de ses impressions d’initiation. Il avouait avoir compris , le sel, la terre, le soufre, Vitriol, etc. Toutefois il se perdait encore en conjectures sur la symbolique cachée derrière le rat qui était venu puis reparti avec le pain….

Mésaventures survenues lors de cérémonies d’initiation  Lors d’une initiation l’impétrant est amené dans le cabinet de réflexion où il est laissé tandis que les travaux continuent avec force et vigueur.  La loge, située dans l’ancienne demeure de la nourrice de François 1er possède des souterrains propices à l’installation des cabinets de réflexion.

La discussion se prolongeant, l’ atelier est alerté par une fumée assez dense qui monte du sous-sol. Le Maître des Cérémonies est requis d’aller voir ce qui se passe. Il trouve les souterrains enfumés par la combustion du support de la bougie qui s’est renversée.  Le profane, pensant que cela faisait partie du rituel, restait imperturbable sur la chaise qui lui avait été assignée…

Le Secrétaire, lisant le tracé des derniers travaux, a mentionné le « tronc des hormones »?

Comme lorsque  1a surveillante a annoncé au V\M\son époux: V:. M:. le sac aux propositions et le tronc de TA veuve sont à ta disposition…

D’enfermer notre Soeur en un lieu sûr et sucré (une diabétique en manque !)

Le F.·. Orat:., communiquant l’ordre du jour de la prochaine Ten:. (Init.·. Solenn.·. au 1er Degr.·., le samedi 7 octobre à 16h): « …smoking et gland blanc… ». Les SS.·. ne sont pas admises.

Le V:. M:. officiant (non titulaire de la charge) était une célèbre présentatrice de la TV (souvenez-vous, les Belges, de l’expo 58…).
Dans les préliminaires, elle a dit: « Dans l’EMISSION que vous allez suivre… ».

Atelier, au GO, le F.°. Secrétaire avait préparé non des testaments philosophiques mais des testaments tout courts… qui existent au GO quand un F.°. souhaite léguer des trucs à l’Atelier ou à l’Obédience.
la lecture des testaments des 3 profanes initiés ce soir-là a été du genre « je lègue tous mes biens à ma belle-soeur bien-aimée, ma montre en or à mes enfants… » !!!

Loge féminine

Lors d’une cérémonie la V:. M:. avant de mettre l’atelier en récréation dit:
« Nous allons nous occuper
  des préservatifs »
à la place « en raison des préparatifs »

Lors du tuilage pour son élévation à la MM.: un F.:
psychiatre de profession, a dit : « Le point G m’est connu »

Cérémonie d’initiation. Le second S:. lis les statuts généreux !

Passage sous le Bandeau :

V:.M:. demande au profane d’arrêter de Testiculer (Gesticuler !).

La tranche placée  au lieu de planche tracée !

Loge Féminine :  Les matrones sur les colonnes !

Installation du collèges des Of :. :

Le collège des Off:. est entre les commodes

 

Merci à mon F:. JANLOU

de ce bêtisier … si vrai

pour ce 31 décembre 6008 

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Circulaire aux deux Hémisphères – REAA 21 décembre, 2008

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Circulaire aux deux Hémisphères

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Cette circulaire, qui date de 1802, a créé la structure du R.E.A.A.

 

UNIVERSI TERRARUM ORBIS ARCHITECTONIS
GLORIA AB INGENTIS

Deus Meumque Jus

ORDO AB CHAO

 

De l’Orient du Grand et Suprême Conseil des Très Puissants Souverains, Grands Inspecteurs Généraux, sous la Voûte Céleste du Zénith situé par 32 deg. 45 Min. de L.N A nos Illustres, très Vaillants et Sublimes Princes du Royal Secret, Chevaliers K.H, Illustres Princes et Chevaliers, Grands, Ineffables et Sublimes Maçons, Francs Maçons Acceptés de tous les degrés, Anciens et Modernes, répandus à la surface des deux Hémisphères. A tous ceux auxquels parviendra cette correspondance: Santé Constance et VigueurLors d’une assemblée de Souverains Grands Inspecteurs Généraux en Conseil Suprême du 33e degré, dûment et légalement réunie, tenue dans la Chambre du Grand Conseil, le 14e jour du 7e Mois appelé Tisri 5563, l’an de Vraie Lumière 5802, et 10e jour d’Octobre 1802 de l’Ère chrétienne. Union Plénitude et Sagesse

Le Grand Commandeur a informé les Inspecteurs qu’ils avaient été convoqués afin de prendre en considération l’opportunité d’adresser aux Grandes Loges Symboliques, aux Grandes Loges Sublimes et aux Grands Conseils répandus sur les deux Hémisphères, des Lettres circulaires expliquant l’origine et la nature des Degrés Sublimes de la Maçonnerie et leur institution en Caroline du Sud.

Une proposition à cet effet fut alors adoptée sur-le-champ, et une commission, composée des Illustres Frères le Dr. Frederick Dalcho, le Dr. Isaac Auld et M. Emmanuel De La Motta, Grands Inspecteurs Généraux, fut nommée pour rédiger et soumettre cette lettre au Conseil lors de sa prochaine tenue.

A l’assemblée des Souverains Grands Inspecteurs Généraux en Conseil Suprême du 33e &c. &c. &c. Ie 10e jour du 8e Mois appelé Chislev 5563, an de la V. L.. 5802, ce 4e jour de Décembre 1802 de l’Ère chrétienne.
La Commission, qui avait été saisie de ladite résolution, soumit respectueusement au Conseil le Rapport suivant:

Retracer le cours de la Maçonnerie depuis l’époque la plus lointaine et fixer avec précision les dates de la constitution de chacun des degrés, relève de la plus grande difficulté. En tant que Maçons Symboliques, nous faisons remonter notre origine à la Création du Monde, lorsque le Créateur Tout-Puissant, le Grand Architecte de l’Univers, instaura les lois immuables qui ont donné naissance aux Sciences.
Des nécessités et besoins communs poussèrent nos frères originels à rechercher assistance mutuelle. La diversité de leurs aptitudes, dons et inclinations les rendit, dans une certaine mesure, dépendants les uns des autres, et c’est ainsi que se constitua la société profane; il s’ensuivit tout naturellement que les hommes de dispositions et de caractères semblables s’associèrent plus intimement, ce qui donna naissance a des institutions se rapportant à leurs desseins et adaptées à leur esprit; ceci aboutit à l’exclusion de ceux qui, par leurs aptitudes, leur tempérament ou leur condition, étaient incapables de participer au savoir des autres, ou inutiles, voire dangereux au bien-être de l’intérêt général.

Comme la civilisation commençait à se propager de par le monde, et que l’esprit des hommes se développait de par la contemplation des Oeuvres de la nature, les hommes les plus intelligents cultivèrent les arts et les sciences. La contemplation du système Planétaire, en tant qu’Oeuvre d’un Artiste Tout-Puissant, ainsi que des attributs de leur Dieu, donna naissance à la religion et à la Science de l’Astronomie. La mesure de la terre, la division et le bornage de leur propriété donnèrent naissance à la Géométrie. Ces trois occupations, mises en commun, donnèrent naissance à l’Ordre Mystique ; et l’on institua des mots, signes et attouchements d’ordre pour désigner les membres initiés ou reconnus.

Il est probablement impossible de fixer avec précision le moment où les premiers degrés furent constitués sous la forme où ils nous sont conférés de nos jours, par suite de la perte ou de la destruction en Angleterre de la majeure partie des archives du Métier au cours des guerres contre les Danois et les Saxons . L’imaginaire se mêle grandement à l’histoire de la Maçonnerie des premiers âges et la poussière du temps la recouvre à un point tel qu’il est impossible d’en tirer des conclusions satisfaisantes; mais, à mesure que nous remontons vers l’époque actuelle, nous possédons d’authentiques archives pour notre gouverne. La façon particulière dont les trois premiers degrés, ou degrés Bleus, sont conférés, ainsi que leur contenu prouvent à l’évidence que ce sont purement et simplement des symboles des degrés supérieurs, ou degrés sublimes. Ils ont été formés pour représenter le meilleur de la conduite et des capacités des initiés avant qu’ils soient admis à la connaissance des mystères les plus importants. Au troisième degré, on nous informe que, par suite de la mort de H.A, le mot du Maître fut perdu et qu’un nouveau mot, qui n’était pas connu avant la construction du Temple, lui fut substitué. Si, selon la croyance générale, et comme l’indiquent nombre de nos anciennes archives, la Maçonnerie tire son origine de la création et s’est développée dès les premiers âges de l’humanité, les Maîtres possédaient un mot secret dont les Maçons du temps de Salomon n’avaient pas connaissance. Voici donc un changement de l’un des principes fondamentaux du métier et une suppression de l’un des anciens Landmarks; cependant, nous ne sommes pas disposés à admettre ce fait. Le Maître Bleu sait bien que le Roi Salomon et son royal visiteur possédaient le vrai mot primitif, mais qu’il doit rester dans l’ignorance, à moins d’être initié aux degrés sublimes. La preuve de l’authenticité de ce mot Mystérieux, tel que nous le connaissons et pour lequel notre vénéré Maître est mort, est établie, même à l’esprit le plus sceptique, dans les pages
sacrées des Saintes Écritures et dans l’histoire juive dès l’aube des temps.

Le Docteur Priestley, dans ses lettres aux Juifs, écrit ce remarquable passage quand il parle des miracles du Christ: « et il a été dit depuis par vos auteurs qu’il a accompli ses miracles par quelque nom Ineffable de Dieu, qu’il avait dérobé au Temple ». Bien que les Maçons Symboliques déclarent que leurs sociétés tirent leurs origines des premiers âges du monde et remontent à la création, on ne leur enseigne pourtant dans leurs degrés que des événements qui ont eu lieu à la construction du premier Temple (sur une période infime de sept ans), 2992 ans après la création. Ils ignorent l’histoire de leur ordre antérieurement à cette période et les progrès considérables et importants de l’art à la fois avant et depuis cette période.

De nombreuses Planches des degrés Sublimes contiennent un abrégé des arts et des sciences; et dans leur histoire sont consignés nombre de faits d’importance et de valeur recueillis dans les archives authentiques dont dispose notre société et qui, de la façon dont ils sont communiqués, ne pourront jamais être tronqués ou déformés. Ceci constitue un objet de première grandeur dans une société dont les principes et les pratiques devraient être invariables. Malheureusement des variantes et des irrégularités se sont insinuées en masse dans les degrés Symboliques, par suite du manque de connaissance maçonnique chez nombre de ceux qui président aux tenues bleues; et c’est particulièrement le cas chez ceux qui ne connaissent pas la langue hébraïque où tous les Mots et Mots de Passe sont donnés. Ceci est si fondamentalement nécessaire à un homme de science pour présider une Loge qu’un grand préjudice peut naître de la plus infime dérogation au cours d’une cérémonie d’initiation ou dans les Planches d’instruction on lit dans le Livre des Juges que la transposition d’un simple point sur le schîn, par suite d’un défaut de prononciation inhérent à la nation éphraïmite a trahi les Cowans et a abouti au massacre de quarante-deux mille d’entre eux. La représentation Sublime de la Divinité formée dans le degré de Compagnon ne peut être expliquée de façon correcte que par ceux qui ont quelque connaissance du Talmud. La plupart des Mots dans les degrés Sublimes sont dérivés des langues chaldéenne, hébreux et latine. Les diverses traductions d’une langue à l’autre, qu’ont fréquemment subies les degrés Symboliques depuis leur création, par des hommes ignares même dans leur langue maternelle, constituent une deuxième cause de la diversité que nous déplorons. Il en va différemment des degrés supérieurs qui se présentent dans la parure Sublime que leur ont donnée leurs auteurs et qui sont fondés sur la science et agrémentés par leur pouvoir évocateur.

Nombre de degrés Sublimes sont fondés sur les arts savants et dévoilent aux Maçons une masse de connaissances de prime importance. Bien que nombre de degrés Sublimes soient, en fait, le prolongement des degrés Bleus, il n’y a pas pour autant ingérence entre les deux institutions. D’un bout à l’autre du continent européen et aux Antilles, où ils sont universellement connus, ces degrés sont reconnus et leur essor favorisé. Les Maçons Sublimes ne procèdent jamais à des initiations aux degrés Bleus sans autorisation de droit accordée dans ce but par une Grande Loge Symbolique; excepté lorsqu’ils communiquent les secrets de la présidence d’un Atelier aux postulants qui n’y ont pas encore été admis, préalablement à leur initiation dans une Loge Sublime, mais dans ce cas les postulants sont informés que cela ne leur confère pas le rang de Passé Maître dans la Grande Loge.

La Grande Loge Sublime, parfois appelée Loge Ineffable ou Loge de Perfection, va du 4e au 14e degré inclus, dont le dernier est celui de Perfection. Le 16e degré constitue le Grand Conseil des Princes de Jérusalem qui exerce sa juridiction sur le 15e degré appelé Chevalier de l’Orient et également sur la Grande Loge Sublime; ce Grand Conseil est par rapport à elle ce qu’est une Grande Loge Symbolique par rapport à ses Loges subordonnées. Sans charte et sans Constitution délivrées par les Grands Conseils ou par un Conseil plus élevé ou par un Inspecteur, ces loges sont jugées irrégulières et sanctionnées en conséquence. Tous les degrés supérieurs au 16e sont placés sous la juridiction du Suprême Conseil des Grands Inspecteurs Généraux qui sont Souverains de la Maçonnerie. Quand il est nécessaire de constituer les degrés Sublimes dans un pays où ils sont inconnus, un Frère du 29′ degré, appelé K.H., est désigné comme Inspecteur Général Délégué pour ce territoire. Il sélectionne parmi les Frères du Métier ceux qu’il estime faire honneur à la société et confère les degrés Sublimes au nombre de Frères nécessaire à la première organisation de la Loge; celle-ci élit alors ses propres officiers et se gouverne au moyen de la Constitution et de la charte qui lui a été fournie. La juridiction d’une Loge de Perfection s’étend sur vingt-cinq lieues .

Il est notoire qu’environ 27.000 Maçons accompagnèrent les Princes chrétiens aux Croisades, pour reprendre la Terre Sainte aux Infidèles. Pendant leur séjour en Palestine, ils découvrirent chez les descendants des anciens Juifs plusieurs manuscrits Maçonniques importants qui sont venus enrichir nos Archives d’authentiques actes, et sur lesquels sont fondés certains de nos degrés.
Certaines découvertes extraordinaires furent faites et certains événements extraordinaires se produisirent au cours des années 5304 et 5311, et ceci donne à l’Histoire Maçonnique de cette période une importance extrême. Cette période est chère au coeur du Maçon plein d’ardeur pour la cause de son Ordre, de son Pays et de son Dieu.
Une autre découverte d’importance fut faite en l’an 5553: il s’agit d’un registre en caractères syriaques concernant la plus haute antiquité, d’après lequel il semblerait que le monde soit plus vieux de plusieurs milliers d’années que ne l’indique le récit mosaïque; c’est un avis que partagent nombre d’érudits. Seuls quelques passages ont été traduits avant le règne de notre Illustre et très Éclairé Frère Frédéric II Roi de Prusse, dont l’ardeur bien connue pour le métier fut la cause de grand avancement de la société qu’il daigna présider.
A mesure que progressait la société et que d’anciens documents étaient découverts, le nombre de nos degrés augmenta jusqu’au moment où, avec le temps, le système fut achevé.
D’après celles de nos archives qui sont authentiques, nous sommes informés de la constitution des degrés Sublimes et Ineffables de la Maçonnerie en Écosse, en France et en Prusse sitôt après les Croisades.

Mais à la suite de circonstances de nous inconnues, après l’an 4658 (18), ils tombèrent dans l’oubli jusqu’en l’an 5744, lorsqu’un gentilhomme d’Écosse vint visiter la France et rétablit la Loge de Perfection de Bordeaux .
En 5761, les Loges et conseils des degrés supérieurs s’étant étendus sur l’ensemble du continent européen, Sa Majesté le Roi de Prusse, en qualité de Grand Commandeur de l’ordre de Prince du Royal Secret, fut reconnu par la totalité des membres du Métier comme chef des degrés Sublimes et Ineffables de la Maçonnerie sur l’ensemble des deux Hémisphères. Son Altesse Royale Charles, Prince Héréditaire des Suédois, des Goths et des Vandales, Duc de Sudermanie, Héritier de Norvège, &c. &c. &c. fut et est toujours le Grand Commandeur et protecteur des Maçons Sublimes de Suède; et son Altesse Royale Louis de Bourbon, Prince du sang, Duc de Chartres, &c. &c. &c., et le Cardinal, Prince et Évêque de Rouen, furent à la tête de ces degrés en France.

Le 25 Octobre 5762, les Grandes Constitutions Maçonniques furent définitivement ratifiées à Berlin et proclamées pour le gouvernement de toutes les Loges de Maçons Sublimes et Parfaits, Chapitres, Conseils, Collèges et Consistoires de l’Art Royal et Militaire de la Franc Maçonnerie sur la surface des deux Hémisphères. Il y a des Constitutions secrètes, existant de temps immémorial, auxquelles il est fait allusion dans ces documents.

La même année, ces Constitutions furent transmises à notre Illustre Frère Stephen Morin qui, le 27 Août 5761, avait été nommé Inspecteur Général de toutes les Loges, &c. &c. &c. du nouveau monde par le Grand Consistoire des Princes du Royal Secret réuni à Paris et que présidait le délégué du Roi de Prusse, Chaillon de Jonville, suppléant Général de l’Ordre, Très Vénérable Maître de la première Loge de France, appelée de Saint-Antoine, Chef des degrés Éminents, Commandeur et Sublime Prince du Royal Secret, &c. &c. &c.

Étaient également présents les Illustres Frères suivants:
Le Frère Prince de Rouen, Maître de la Grande Loge l’Entendement, et Souverain Prince de la Maçonnerie, &c.
La Corne, suppléant du Grand Maître, Très Vénérable Maître de la Loge la Trinité, Grand Élu, Parfait Chevalier et Prince des Maçons, &c. Maximilien de St. Simon, Premier Grand Surveillant Grand Élu, Parfait Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Savalette de Buchelay, Grand Garde des Sceaux, Grand, Élu, Parfait Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Ie Duc de Choiseul, Très Vénérable Maître de la Loge les Enfants de la Gloire, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Topin, Grand Ambassadeur de son Altesse Sérénissime Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Boucher de Lenoncour, Très Vénérable Maître de la Loge la Vertu, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Brest de la Chaussée, Très Vénérable Maître de la Loge l’Exactitude, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Les Sceaux de l’Ordre furent apposés et la Patente contresignée par Daubertain, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, Très Vénérable Maître de la Loge St. Alphonso, Grand Secrétaire de la Grande Loge et du Conseil Sublime des Princes Maçons, &c.

Quand le Frère Morin arriva à St. Domingue, conformément à sa Patente, il nomma un Inspecteur Général Délégué pour l’Amérique du Nord. Ce grand honneur fut conféré au Frère M.M. Hayes, avec pouvoir de nommer d’autres Inspecteurs Généraux en cas de besoin. Le Frère Morin nomma également le Frère Frankin Inspecteur Général Délégué pour la Jamaïque et les Iles Britanniques sous le Vent, et le Frère Colonel Provost pour les Iles au Vent et l’Armée britannique.

Le Frère Hayes nomma Inspecteur Général Délégué pour l’état de Caroline du Sud le Frère Isaac Da Costa lequel, en l’an 5783, établit la Sublime Grande Loge de Perfection à Charleston. Après la mort du Frère Da Costa, le Frère Joseph Myers fut nommé Inspecteur Général Délégué pour cet état par le Frère Hayes qui avait au préalable également nommé le Frère Colonel Solomon Bush Inspecteur Général Délégué pour l’état de Pennsylvanie et le Frère Barend M. Spitzer au même titre pour la Géorgie; ces décisions furent ratifiées lors d’une réunion d’inspecteurs quand ils furent assemblés à Philadelphie le 15 Juin 5781.

Le 1er Mai 5786, la Grande Constitution du 33e degré appelé, le Conseil Suprême des Souverains Grands Inspecteurs Généraux fut définitivement ratifiée par Sa Majesté le Roi de Prusse qui, en sa qualité de Grand Commandeur de l’ordre de Prince du Royal Secret, détenait le pouvoir Maçonnique Suprême sur l’ensemble du Métier. Dans la nouvelle Constitution, ces hauts Pouvoirs furent conférés dans chaque Nation à un Suprême Conseil de neuf Frères qui détiennent dans leur propre territoire toutes les prérogatives Maçonniques que Sa Majesté détenait à titre individuel; et ce sont les Souverains de la Maçonnerie.

Le 20 Février 5788, fut ouvert dans cette Ville le Grand Conseil des Princes de Jérusalem auquel étaient présents le Frère J. Myers, I.G.D. pour la Caroline du Sud, le Frère B.M. Spitzer, I.G.D. pour la Géorgie, et le Frère A. Forst, I.G.D. pour la Virginie. Peu après l’ouverture du Conseil, une lettre fut adressée à Son Altesse Royale le Duc d’Orléans à ce propos sollicitant l’envoi de certains actes des archives de la société française; dans sa réponse par l’entremise du Colonel Shee, son Secrétaire, il promit très aimablement de les transmettre; mais malheureusement, les prémices de la révolution française empêchèrent cet envoi.

Le 2 Août 5795, le Frère Colonel John Mitchell, ci-devant Sous-Intendant Général des Armées des États-Unis, fut fait Inspecteur Général Délégué pour cet état par le Frère Spitzer par suite du départ de ce pays du Frère Myers.
L’action du Frère Mitchell fut limitée jusqu’après la mort du Frère Spitzer qui survint l année suivante.
De nombreux Frères de degrés éminents étant arrivés de l’étranger, des Consistoires de Princes du Royal Secret se tinrent de temps à autre pour des initiations et pour d’autres propos.

Le 31 Mai 5801, le Suprême Conseil du 33e degré pour les États-Unis fut inauguré avec toutes les hautes personnalités de la Maçonnerie par les Frères John Mitchell et Frederick Dalcho, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, et, dans le courant de la présente année, le nombre total de Grands Inspecteurs Généraux fut complété, conformément aux Grandes Constitutions.

Le 21 Janvier 5802, une charte de Constitution accorda le sceau du Grand Conseil des Princes de Jérusalem pour l’établissement d’une Loge de Maîtres Maçons de la Marque dans cette Ville .

Le 21 Février 5802 notre Illustre Frère le Comte Alexandre François Auguste De Grasse, Inspecteur Général Délégué fut nommé par le Suprême Conseil Grand Inspecteur Général et Grand Commandeur des Antilles françaises; et notre Illustre Frère Jean-Baptiste Marie De La Hogue, Inspecteur Général Délégué, fut également reçu Grand Inspecteur Général et nommé Lieutenant Grand Commandeur des mêmes Iles.

Le 4 Décembre 5802, une charte de Constitution accorda le sceau du Grand Conseil des Princes de Jérusalem pour l’établissement d’une Grande Loge Sublime à Savannah, Géorgie.

Les Dénominations des Degrés Maçonniques sont comme suit, à savoir:
le Degré Apprenti Admis
2e Compagnon
3e Maître Maçon, conférés par la Loge Symbolique
4e Maître Secret
5e Maître Parfait
6e Secrétaire Intime
7e Prévôt et Juge
8e Intendant des Bâtiments
9e Maître Élu des Neuf, conférés par la G. Loge Sublime
10e Illustre Élu des Quinze
11e le Sublime Chevalier Élu
12e Grand Maître Architecte
13e Royal-Arche
14e Perfection
15e Chevalier d’Orient,conférés par les Princes de Jérusalem, qui forment un Conseil Souverain
16e Prince de Jérusalem
17e Chevalier d’Orient et d’Occident
18e Souverain Prince de Rose-Croix d’Hérodom
19e Grand Pontife
20e Grand Maître de toutes les Loges Symboliques
21e Patriarche Noachite ou Chevalier Prussien
22e Prince du Liban
23e Chef du Tabernacle,
24e Prince du Tabernacle, conférés par le Conseil des Grands Inspecteurs qui sont Souverains de la Maçonnerie.
25e Prince de Merci,
26e Chevalier du Serpent d’Airain
27e Commandeur du Temple
28e Chevalier du Soleil
29e K H
30 31 32e Prince du Royal Secret, Prince des Maçons, conférés par le Conseil des Grands Inspecteurs qui sont Souverains de la Maçonnerie
33e Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Officiers nommés à vie.

Outre ces degrés, qui se succèdent régulièrement, la plupart des Inspecteurs possèdent un certain nombre de degrés séparés, conférés dans diverses parties du monde et qu’ils communiquent en général, sans frais, aux Frères qui ont l’élévation suffisante pour les comprendre. Ainsi les Maçons Choisis des 27 et le Royal-Arche, conférés sous l’égide de la Constitution de Dublin. Six degrés de la Maçonnerie D’Adoption, Compagnon Écossais, Le Maître Écossais & Le Grand Maître Écossais, &c., faisant en tout 52 degrés.

La Commission soumet respectueusement à la réflexion du Conseil le rapport ci-dessus sur les principes et l’établissement des degrés Sublimes en Caroline du Sud, extraits des archives de la Société. Elle ne saurait, toutefois, conclure sans exprimer ses voeux ardents de prospérité et de dignité aux Institutions que préside ce Suprême Conseil; et elle se flatte que, si des Frères des degrés Bleus ont pu avoir des impressions défavorables par méconnaissance des principes et pratiques de la Maçonnerie Sublime, cela sera aboli, et que l’harmonie et l’affection seront l’heureux ciment de la société universelle des Francs Maçons Acceptés. Que, de même que tous aspirent à l’amélioration de la condition générale de l’humanité par la pratique de la vertu et l’exercice de la liberté, de même la Commission souhaite sincèrement qu’il soit mis fin aux petits différends qui ont pu naître, à l’occasion de formalités insignifiantes entre Anciens et Modernes, pour faire place aux principes originels de l’ordre qui sont les nobles remparts de la société: l’universelle bonté et l’amour fraternel; et que la vaste confrérie des Francs Maçons sur l’ensemble des deux Hémisphères ne forme qu’un seul lien de Fraternité. « Voyez comme il est bon et agréable pour des Frères de cohabiter dans l’unité. »

La Commission salue respectueusement votre Suprême Conseil par les Nombres Sacrés .
Charleston, Caroline du Sud, ce 10e jour du 8e Mois appelé Chisleu 55v3′ année de VL. 5802, le 4e jour de Décembre 1802 de l’Ère chrétienne.
FREDERICK DALCHO, K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e et Lieutenant Grand Commandeur des États-Unis d’Amérique.
ISAAC AULD, K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e.
E. DE LA MOTTA, K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e et Illustre Trésorier du S. Empire.

Le rapport ci-dessus a été pris en considération et le Conseil exprimé sa satisfaction en lui accordant sa totale approbation. Après quoi, le Conseil a décidé que ledit rapport soit imprimé et transmis à toutes les Grandes Loges Sublimes et à toutes les Grandes Loges Symboliques répandues sur les deux Hémisphères.
Signé JOHN MITCHELL K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e et Grand Commandeur des États-Unis d’Amérique.

Extrait fidèle des délibérations du Conseil.
Signé Ab. ALEXANDER K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e, Grand Inspecteur Général du 33e et Illustre Secrétaire du Saint-Empire.

DEUS MEUMQUE JUS

 

 

http://www.leotaxil.com/Hemispheres%20.htm


© Léo Taxil & Cie, 04/27/2002

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TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE 6 septembre, 2008

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TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE

Dans l’ancien manuscrit maçonnique Cooke (circa 1400) de la Bibliothèque Britannique, l’on peut lire aux paragraphes 281-326 que toute la sagesse antédiluvienne était écrite sur deux grandes colonnes. Après le déluge de Noé, l’une d’elles fut découverte par Pythagore et l’autre par Hermès le Philosophe, qui se consacrèrent à enseigner les textes qui y étaient gravés. Le manuscrit concorde parfaitement avec ce dont témoigne une légende égyptienne, déjà rapportée par Manéthon, et que le Cooke lui-même rattache aussi à Hermès.

Il est évident que ces colonnes, ou ces obélisques, assimilées aux piliers J. et B., sont celles qui soutiennent le temple maçonnique tout en permettant d’y accéder, et qu’elles constituent les deux grands affluents sapientiels qui nourriront l’Ordre : l’hermétisme qui assurera la protection du dieu à travers la Philosophie, c’est-à-dire la Connaissance, et le pythagorisme qui donnera les éléments arithmétiques et géométriques nécessaires, réclamés par le symbolisme constructif ; il faut considérer que ces deux courants sont, directement ou indirectement, d’origine égyptienne. Notons également que ces deux colonnes sont les jambes de la Loge Mère, entre lesquelles naît le Néophyte, c’est-à-dire par la sagesse d’Hermès, le grand Initiateur, et par Pythagore, l’instructeur gnostique.

En fait, dans la plus ancienne Constitution Maçonnique éditée, celle de Roberts, publiée en Angleterre en 1722 (et donc antérieure à celle d’Anderson), mais qui n’est que la codification d’anciens us et coutumes opératifs qui viennent du Moyen Âge, et qui seront développés par la suite dans la Maçonnerie spéculative, il est spécifiquement fait mention d’Hermès, dans la partie intitulée « Histoire des Francs-maçons ». En effet, il apparaît là dans la généalogie maçonnique sous ce nom, ainsi que sous celui de Grand Hermarines, fils de Sem et petit-fils de Noé, qui trouva après le déluge les colonnes de pierre déjà citées où se trouvait inscrite la sagesse antédiluvienne (atlantique) et lut (déchiffra) sur l’une d’elles ce qu’il enseignerait plus tard aux hommes. L’autre pilier fut, comme nous l’avons dit, interprété par Pythagore en tant que père de l’Arithmétique et de la Géométrie, éléments essentiels dans la structure de la loge, et par conséquent ces deux personnages constituent l’alma mater de l’Ordre, en particulier dans son aspect opératif, lié aux Arts Libéraux.

Dans le manuscrit Grand Lodge nº1 (1583), seule subsiste la colonne d’Hermès, retrouvée par « le Grand Hermarines » (qui est fait descendant de Sem) « qui fut plus tard appelé Hermès, le père de la sagesse ». Notons que Pythagore ne figure plus en tant qu’interprète de l’autre colonne. Dans le manuscrit Dumfries nº 4 (1710) il apparaît également, comme « le grand Hermorian », « qui fut appelé ‘le père de la sagesse’ », mais dans ce cas, l’on a rectifié son origine d’après le texte biblique qui le fait descendre de Cham et non de Sem, par l’intermédiaire de Cusch ; comme le dit J,-F. Var dans TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE dans Chaine d'union anota La Franc-Maçonnerie : Documents Fondateurs, éditions de L’Herne, p. 207, n.33 : « Or, dans la Genèse (10, 6-8), Cusch est le fils de Cham et non celui de Sem. Le rédacteur du Dumfries a rectifié la filiation en conséquence. Dans le même temps, cette filiation résulte être celle que l’Écriture donne à Nemrod. De là l’assimilation de Hermès à Nemrod, contrairement à d’autres versions qui en font deux personnages bien distincts. » (traduit du castillan).

C’est également ce que met en avant le manuscrit qui a été nommé Regius, découvert par Haliwell au Musée Britannique en 1840 et que reproduit J. G. Findel dans l’Histoire Générale de la Franc-Maçonnerie (1861), dans son ample première partie qui traite des origines jusqu’en 1717, bien que ce n’y soit pas Pythagore l’herméneute qui, avec Hermès, déchiffre les mystères dont hériteront les maçons, sinon Euclide, qui est fait fils d’Abraham ; à ce sujet, rappelons que le théorème du triangle rectangle de Pythagore fut énoncé dans la quarante-septième proposition d’Euclide.

Findel lui-même, se référant à la quantité d’éléments gnostiques et opératifs qui constituent la Maçonnerie, et s’occupant concrètement des carriers allemands, affirme : « Si la conformité qui résulte entre l’organisme social, les usages et les enseignements de la Franc-Maçonnerie et ceux des compagnies de maçons du Moyen Âge indique déjà l’existence de relations historiques entres ces diverses institutions, les résultats des investigations menées dans les arcanes de l’histoire et le concours d’une multitude de circonstances irrécusables établissent de façon positive que la Société des Francs-maçons descend, directement et immédiatement, de ces compagnies de maçons du Moyen Âge. » Et il ajoute : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie et de la Société des Maçons est ainsi intimement liée à celle des corporations de maçons et à l’histoire de l’art de construire au Moyen Âge ; il est donc indispensable de jeter un bref coup d’œil à cette histoire pour arriver à celle qui nous occupe. »

Ce qui est intéressant dans ces références venues d’Allemagne, c’est que son Histoire Générale est considérée comme la première histoire (au sens moderne du terme) de la Maçonnerie, et dès le commencement l’auteur établit que : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie, de même que l’histoire du monde, est fondée sur la tradition ».1 Il apparaît donc comme évident que les Anciens Us et Coutumes, les symboles et les rites et les secrets du métier, se sont transmis sans solution de continuité depuis des temps reculés et, bien sûr, dans les corporations médiévales, et le passage d’opératif à spéculatif n’a été que l’adaptation de vérités transcendantales à de nouvelles circonstances cycliques, en observant que le terme opératif ne se réfère pas seulement au travail physique ou de construction, de projection ou de programmation matériel et professionnel des travaux, mais aussi à la possibilité donnée à la Maçonnerie d’opérer la Connaissance chez l’initié, au moyen des outils que donne la Science Sacrée, ses symboles et ses rites. C’est précisément là ce qu’offre la Maçonnerie en tant qu’Organisation Initiatique, et se trouve confirmé par la continuité du passage traditionnel qui permet que l’on puisse trouver également dans la Maçonnerie spéculative, de manière réflexe, la vertu opérative et la communication avec la Loge Céleste, c’est-à-dire la réception de ses effluves qui sont les garants de toute véritable initiation, à plus forte raison lorsque les enseignements émanent du dieu Hermès et du sage Pythagore.2 De toutes façons, aussi bien l’une que l’autre sont des branches d’un tronc commun qui prend les Old Charges (Les Anciens Devoirs) comme modèle ; de ces derniers, ont été trouvés de très nombreux fragments et manuscrits sous forme de rouleaux, depuis le XIVe siècle, dans diverses bibliothèques.3

Quant à Hermès, non mentionné dans les constitutions d’Anderson, en particulier l’Hermès Trismégiste grec (le Thot égyptien), c’est une figure aussi familière à la Maçonnerie des plus divers rites et obédiences qu’elle pourrait l’être pour les alchimistes, forgerons de l’immense littérature placée sous leur égide. Non seulement l’Hermétisme est le thème d’abondantes planches et livres maçonniques, et d’innombrables loges s’appellent Hermès, sinon qu’il existe des rites et des grades qui portent son nom. Il y a ainsi un Rite appelé Les Disciples d’Hermès ; un autre le Rite Hermétique de la loge Mère Écossaise d’Avignon (qui n’est pas celle de Dom Pernety), Philosophe d’Hermès est le titre d’un Grade dont le catéchisme se trouve dans les archives de la « loge des amis réunis de Saint Louis », Hermès Trismégiste est un autre grade archaïque que nous rapporte Ragon, Chevalier Hermétique est un niveau hiérarchique contenu dans un manuscrit attribué au frère Peuvret dans lequel l’on parle aussi d’un autre appelé Trésor Hermétique, qui correspond au grade 148 de la nomenclature dite de l’Université, où il en existe d’autres comme Philosophe Apprenti Hermétique, Interprète Hermétique, Grand Chancelier Hermétique, Grand Théosophe Hermétique (correspondant au grade 140), Le Grand Hermès, etc. Dans le Rite de Memphis également, le grade 40 de la série Philosophique s’appelle Sublime Philosophe Hermétique, et le grade 77 (9ème série) du Chapitre Métropolitain est nommé Maçon Hermétique.

Dans l’actualité, les revues et dictionnaires maçonniques ne manquent pas non plus de références directes à la Philosophie Hermétique et au Corpus Hermeticum,4 auquel celle-ci se trouve liée, mais se retrouvent également des analogies avec la terminologie alchimique ; en voici un seul exemple, extrait du Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie de D. Ligou (p. 571) : « Nous citerons une interprétation hermétique de quelques termes utilisés dans le vocabulaire maçonnique : Soufre (Vénérable), Mercure (1er Surveillant), Sel (2ème Surveillant), Feu (Orateur), Air (Secrétaire), Eau (Hospitalier), Terre (Trésorier). L’on trouve ici les trois principes et les quatre éléments des alchimistes. »

Ce qui fait qu’Hermès et l’Hermétisme sont une référence habituelle dans la Maçonnerie, comme l’est aussi Pythagore et la géométrie. D’autre part, ces deux courants historiques de pensée viennent, à travers la Grèce, Rome et Alexandrie, de l’Égypte la plus lointaine, et par son intermédiaire, de l’Atlantide et de l’Hyperborée, comme c’est en fin de compte le cas de toute Organisation Initiatique, capable de relier l’homme à son Origine. Et il va de soi que cette impressionnante généalogie qui compte les dieux, les sages (les prêtres) et les rois (aussi bien de Tyr et d’Israël que d’Écosse : la royauté ne dédaignait pas la construction et le roi était un maître opérateur de plus) constitue un domaine sacré, un espace intérieur construit de silence, lieu où deviennent effectives toutes les virtualités, et où l’Être Universel peut ainsi se refléter de façon spéculative. La loge maçonnique, comme on le sait, est une image visible de la loge Invisible, tout comme le Logos est le déploiement de la Tri-unité des Principes.

L’influence du dieu Hermès et les idées du sage Pythagore n’ont pas totalement disparu de ce monde crépusculaire que nous habitons, elles sont en fait tout ce qu’il en reste y n’oublions pas que les alchimistes assimilent Jésus au Mercure Solaire, au moins en Occident. D’autre part, sans elles le monde ne pourrait pas même exister, aussi bien dans le domaine des énergies perpétuellement régénératrices attribuées à Hermès et à sa Philosophie, que dans celui des idées-force pythagoriciennes, dont l’ordre numérique (et géométrique) est aujourd’hui indispensable à la plus simple des opérations.

La déité est immanente en tout être, et les Enfants de la Veuve, les fils de la lumière, la reconnaissent au sein de leur propre loge, faite à l’image du Cosmos. La racine H. R. M. est commune aux noms Hermès et Hiram, ce dernier formant avec Salomon un parèdre où se conjuguent la sagesse et la possibilité (la doctrine et la méthode), la Tradition (Kabbale) hébraïque, qui vît naître Jésus, se signalant comme le vecteur de cette révélation sapientielle, royale et artistique (artisanale) que constitue la Science Sacrée, apprise et enseignée dans la loge par les symboles et les rites, « livre » codé que les Maîtres déchiffrent aujourd’hui, ainsi que le firent leurs ancêtres dans les temps mythiques, puisque la Maçonnerie n’octroie pas la Connaissance en soi sinon qu’elle montre les symboles et indique les voies pour y accéder, avec la bénédiction des rites ancestraux, qui agissent comme les transmetteurs médiatiques de cette Connaissance.5

Autrement dit que l’actualisation de la possibilité, c’est-à-dire l’Être, l’assurance que tout est vivant, que le Présent est éternel, la simultanéité du Temps, la notion de Tri-unité du Seul et Unique, constituent une Connaissance que les francs-maçons atteignent par l’expérience que procure un apprentissage graduel et hiérarchisé.

Le Maître Constructeur emporte partout sa loge intérieure, c’est ce qu’il est lui-même, un Cosmos en miniature, conçu par le Grand Architecte de l’Univers. Mais l’œuvre est inachevée, sa pierre brute doit encore être polie (par la Science et l’Art) de même que le Créateur a ciselé son Œuvre. Les nombres et les figures géométriques symbolisent des concepts métaphysiques et ontologiques qui représentent également des réalités humaines concrètes et immédiates, aussi nécessaires que les activités physiologiques, et à partir de là toutes les autres. Le nombre établit la notion d’échelle, de proportion et de rapport, ainsi que de rythme, de mesure et d’harmonie, car ce sont les canaux percés par l’Unité vers l’indéfinité numérique, vers les quatre points de l’horizon mathématique et la multiplicité. Il est évident que Pythagore et Thalès de Milet n’ont rien « inventé », mais qu’ils ont reconnu, dans la série décimale qui retourne à son Origine (10 = 1 + 0 = 1), une échelle naturelle, une ascèse qui permettrait à l’être humain de compléter l’Œuvre et d’opérer ainsi la transmutation en Homme Véritable, paradigme de tout Initié, situé dans la Chambre du Milieu, entre l’équerre et le compas.6 Il n’y a pas eu de Tradition qui n’ait développé un système numéral qui lui serve de méthode de connaissance, en parfait accord avec les règles de la création. Rappelons que le toit de la loge est décoré par les astres, les Régents, qui gouvernent les sphères célestes et établissent les intervalles et les mesures de l’Harmonie Universelle.

Les maçons n’ont cependant jamais cessé de reconnaître la phrase évangélique : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Saint Jean 14, 2), car s’ils savent que devant eux s’ouvre un sentier qui les conduira à leur Père, il ne rejettent pas d’autres chemins ni s’opposent à aucune voie, car ils croient que les structures invisibles sont les mêmes, prototypes valables pour tout temps et tout lieu, malgré la constante adaptation de formes distinctes aptes à différentes individualités, la plupart du temps déterminées par les cycles temporels dont tout être vivant pourrait donner l’exemple, comme l’être humain et ses modifications et adaptations au cours des années, cycles auxquels la Maçonnerie n’échappe pas non plus, comme cela peut se vérifier dans sa lente transformation qui se concrétise finalement au XVIIIe siècle. Et c’est par la même compréhension de ses possibilités métaphysiques et initiatiques que la Franc-Maçonnerie reconnaît d’autres Traditions, et laisse également la porte ouverte à la pratique de n’importe quelle croyance religieuse, ou pseudo religieuse, à ses membres, beaucoup desquels concilient leur processus de Connaissance ­lire Initiation­ avec la pratique de préceptes et cérémonies religieuses exotériques et légales qu’ils croient pouvoir enrichir leur passage et celui des autres dans ce monde. Il n’y a donc pas de conflit entre Maçonnerie et Religion, à condition de ne pas tenter d’en mêler les concepts ni de prétendre, comme cela est déjà arrivé, que certains fondamentalistes (religieux ou non) essaient d’accaparer les loges à leur profit personnel. De fait, de nombreux hermétistes, pythagoriciens et maçons ont été, et sont, des chrétiens accomplis, ou bien de grands kabbalistes, et tous ont considéré les symboles comme leurs maîtres. L’Église Catholique n’a jamais condamné l’Hermétisme ni Euclide, héritier de la science géométrique pythagoricienne et maître des francs-maçons, mais elle a en revanche eu des problèmes avec la Maçonnerie depuis le XVIIIe siècle, au point de la condamner et d’excommunier ses membres. Il s’est produit néanmoins ces derniers temps un rapprochement progressif entre les deux institutions, éclaboussé ici et là d’incompréhensions et d’interférences, souvent intéressées. Selon José A. Ferrer Benimelli, S.J., la revue La Civilittà Cattolica de Rome, publiée dès 1852 et qui a suivi le thème de la Franc-Maçonnerie jusqu’à nos jours, révèle dans sa propre évolution ce processus de rapprochement, ou au moins de respect mutuel. En effet, les premiers articles sont violents et condamnatoires, suit une période de transition, et ceux des dernières années sont assez conciliatoires et ouverts au dialogue.7

Nombreux sont les maçons catholiques, beaucoup d’entre eux français, qui ont tenté depuis des années de concilier les deux institutions et de lever l’excommunication ; il y a cependant bien d’autres auteurs maçonniques qui intègrent complètement la Tradition Hermétique dans leur Ordre sans avoir besoin d’exotérisme religieux. Tel est le cas d’Oswald Wirth, directeur pendant de nombreuses années de la revue Le Symbolisme et maçon reconnu, qui a écrit sur les Symboles de la Tradition Hermétique et les symboles maçonniques : anota dans Recherches & Reflexions Le Symbolisme Hermétique par rapport à l’Alchimie et la Maçonnerie, montrant de nombreux aspects de leur Origine identique ; quant aux maçons qui ont publié ces dernières années, aussi bien sur les différents grades que sur les Nombres, nous voudrions citer tout d’abord Raoul Berteaux, parmi un groupe notable qui a amplement traité de l’Arithmosophie, pythagoricienne à la base.8

Hermès, à qui est attribué l’enseignement de toutes les sciences, a joui d’un grand prestige au cours de diverses périodes de l’histoire de la culture d’occident. Cela a été le cas parmi les alchimistes et lesdits philosophes hermétiques, et les mêmes notions se sont manifestées dans l’Ordre des Frères Rose-croix, influences toutes recueillies par la Maçonnerie à tel point que l’on peut la considérer comme le dépôt de la sagesse pythagoricienne et responsable de sa transmission au cours des derniers siècles, ainsi que comme la réceptrice des Principes Alchimiques, tout comme des idées Rosicruciennes,9 ce qui est une évidence lorsque l’on peut vérifier facilement que l’un des plus hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté, le 18, s’appelle précisément Prince Rosecroix. Des analogies et des connexions avec les Ordres de Chevalerie sont également réclamées par certains maçons, concrètement avec l’Ordre du Temple. Il existe de nombreux indices historiques qui prouveraient ces germes, ainsi que des rites et des traditions, en particulier l’un des mots de passage au grade 33, mais qui s’affaiblissent assez lorsque l’on se souvient que les templiers étaient à la fois moines et soldats (quoique grands constructeurs médiévaux), ce qui n’a aucun rapport apparent avec la Maçonnerie, dans laquelle l’on observe par ailleurs une très nette influence hébraïque que nous avons déjà signalée au sujet de Salomon et de la Construction du Temple, et qui se voit confirmée en vérifiant simplement que presque tous les mots de passage et de grade, secrets sacrés, sont prononcés en hébreu.10

Dans le Dictionnaire Encyclopédique de la Maçonnerie (Ed. del Valle de México, Mexico D.F.), qui est peut-être le plus connu en langue espagnole, nous trouvons sous le titre « Hermès » l’entrée correspondante, dans laquelle l’on peut observer l’importance attribuée au Corpus Hermeticum qui, dans certaines loges sud-américaines, occupe la place de la Bible en tant que livre sacré. Le rapport entre Hermès et le silence est bien connu, et l’on qualifie d’hermétique se qui se trouve parfaitement clos, ou scellé. Le silence est également une caractéristique de la Franc-Maçonnerie ainsi que des pythagoriciens qui passaient cinq ans à le cultiver.

Élias Ashmole est aussi un digne point de confluence entre l’Hermétisme et la Maçonnerie. Cet extraordinaire personnage, né à Lichfield, Angleterre, en 1617, semble avoir joué un rôle important dans la transition entre l’ancienne Maçonnerie, antérieure à Anderson-Désaguliers, et son ultérieure projection historique, en voie de récupérer la majeure partie du message spirituel-intellectuel, c’est-à-dire gnostique (au sens étymologique du terme), des authentiques organisations initiatiques, parmi lesquelles la Franc-Maçonnerie et l’Ordre de la Jarretière. Il fut reçu dans la loge de Warrington le 16 octobre 1646 bien que, d’après son journal, il n’assista que plusieurs années plus tard à sa seconde tenue. Il ne faut cependant pas s’étonné de ce comportement chez une personnalité comme la sienne, produit de l’ambiance de l’époque, où le culte du secret et du mystère était habituel pour des raisons évidentes de sécurité et de prudence. En 1650, il publia son Fasciculus Chemicus sous le nom anagrammatique de James Hasolle ; il s’agit de la traduction de textes d’Alchimie en latin (dont certains de Jean d’Espagnet) avec sa préface. En 1652, il édita le Theatrum Chemicum Britannicum, une collection de textes alchimiques anglais en vers, qui réunit beaucoup des pièces les plus importantes de celles produites dans ce pays, et, six ans plus tard, The Way to Bliss, tout en travaillant à des recherches documentaires littéraires en tant qu’historien et développant son activité d’antiquaire en réunissant dans un musée toute sorte de « curiosités » et « raretés » se rapportant à l’archéologie et l’ethnologie, ainsi que des collections d’Histoire Naturelle, comprenant des espèces minérales, botaniques et zoologiques en tout genre. En réalité, ce fut là l’objectif scientifique du musée (où l’on a même réalisé les premières expériences scientifiques d’Angleterre), dont l’on visite aujourd’hui les magnifiques installations d’Oxford davantage comme musée artistique que comme institution précurseur de la science et auxiliaire de l’Université. La vie d’Ashmole a été très liée à celle d’Oxford, et les fonds de ses donations d’objets et de manuscrits à l’institution qui porte son nom (où se trouvent également les volumes de son journal, rédigés dans un système chiffré et qui contiennent de nombreuses notes sur la Maçonnerie)11 ont été d’une immense importance pour cette ville en raison de son prestige universitaire. Ashmole joua un rôle considérable à Oxford ainsi qu’à Londres : produit de son époque, il s’est consacré à la science naturelle et expérimentale comme une forme de magie des transmutations, tout comme de nombreux philosophes hermétiques. Il a ainsi été en rapport avec des Astrologues, des Alchimistes, des Mathématiciens et toute sorte de savants et de dignitaires de l’époque, avec lesquels il formera la Royal Society de Londres et la Philosophical Society d’Oxford. Ses nombreux amis et compagnons de toute une vie portent des noms illustres, beaucoup desquels étaient liés à la Maçonnerie aux plus hauts grades, comme Christopher Wren, ou aux recherches et exercices sur les Arts Libéraux et la Science Sacrée, et constituaient un ensemble de personnalités qui jouèrent un rôle fondamental en leur temps, en particulier en ce qui concerne la diffusion et la pratique de la Tradition Hermétique et ses liens avec la Franc-Maçonnerie. Ainsi que le disait René Guénon au sujet du rôle d’Ashmole : « Nous pensons même que l’on chercha au XVIIe siècle à reconstituer à ce sujet une tradition qui s’était en grande partie perdue ». Le nom de E. Ashmole brille sur cet extraordinaire travail à deux aspects : comme l’un des reconstructeurs de la Maçonnerie quant à son rapport avec les ordres de Chevalerie et les corporations de constructeurs, ainsi que comme confluent avec la Tradition Hermétique. Ashmole se donnait lui-même le nom de fils de Mercure (Mercuriophilus Anglicus), et son œuvre la plus importante, que nous avons déjà citée, The Way to Bliss, 1658, recueille ses travaux sur la Philosophie Hermétique, ainsi qu’il l’indique lui-même au lecteur dans son introduction.

Il faut également signaler que certains auteurs s’interrogent au sujet du catholicisme et du protestantisme dans le processus de passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative. Le propos est généralement simplifié en déclarant que les corporations opératives étaient catholiques et les spéculatives qui suivirent, protestantes. Il est évident que du point de vue historique, ces faits peuvent s’avérer plus ou moins « réels » puisque l’Ordre, comme toute institution, est sujet à certains va-et-vient cycliques qui se manifestent dans les sphères sociales, politiques, économiques, etc. Mais du point de vue de la Franc-Maçonnerie en tant qu’organisation initiatique, elle n’est pas assujettie au devenir, raison pour laquelle elle subsistera jusqu’à la fin du cycle.12 En réalité, la Tradition Hermétique (et Hermès lui-même) a subi d’innombrables adaptations au cours du temps, bien que n’ayant jamais cessé de s’exprimer, et il est évident que cette Tradition, tout comme les fondements de la Maçonnerie, elle-même identifiée comme la Science de Construire, est antérieure au Christianisme tout en ayant coexisté avec durant vingt siècles et que l’on ait même vu des hermétistes chrétiens et des chrétiens hermétiques (parmi lesquels de très hauts dignitaires, y compris des papes), ce qui n’empêche pas cette Tradition d’avoir des antécédents nettement païens, liés aux écoles de mystères ou, comme on les appelle aujourd’hui, les religions mystériques ; l’on pourrait donc affirmer que l’hermétisme possède un versant païen et un autre chrétien. Il faut à ce sujet préciser que le mot païen prend à nos oreilles, accoutumées aux aspects les plus superficiels des religions abrahamiques, la connotation de maudit, illégal, bâtard, ou au minimum de péché nébuleux. Ou encore d’ignorance attribuée au retard de peuples méconnus et qui n’intéressent même pas. L’on conçoit généralement le paganisme comme antagonique d’une opinion civilisée, souverainement primitif ou allant à l’encontre du christianisme ou de la religion, et par conséquent étranger à toute sorte d’ordre. Le paganisme est en somme éliminé d’avance par une censure intérieure, comme quelque chose d’un peu répugnant, avant que nous ne nous rendions compte qu’en réalité il ne s’agit que de la sagesse d’innombrables peuples traditionnels ayant habité ce monde avant et pendant les seulement vingt siècles qui caractérisent ce que l’on nomme la Civilisation contemporaine.13

Nous supposons que de ce dernier point de vue, presque officiellement œcuménique, il n’y a pas d’injure à partager la pensée païenne, ainsi que l’ont vu des Pères de l’Église et de nombreux sages, prêtres et pasteurs contemporains.14

En réalité, pour l’Hermétisme, historiquement antérieur au Christianisme, il existe une Cosmogonie Pérenne, qui se manifeste par sa philosophie et ses écrits de la même façon que pour le maçon, religieux ou non, elle le fait par ses symboles et ses rites.

Quant à la relation entre les Francs-maçons et les corporations de constructeurs et artisans, il existe trois grands témoignages souvent cités en tant que sources documentaires sur la pratique de la construction au Moyen Âge.15 Nicholas Coldstream les recueille dans son livre sur la pratique de la construction au Moyen Âge,16 où il rejette la notion de filiation « fantomatique » de la Franc-Maçonnerie avec les constructeurs et les artisans médiévaux, (sa thèse, simple, est que les maçons étaient des ouvriers et non pas des hommes de cabinet) malgré que, paradoxalement, son étude le confirme de plusieurs manières ; ainsi, il nous dit à ce sujet : « Il s’agit du document, rédigé par l’abbé Suger, qui relate la construction du nouveau chœur de l’abbaye de Saint-Denis ; du manuscrit daté circa 1200, du moine Gervais de Canterbury, sur l’incendie et la réparation de la cathédrale de Canterbury, et de l’Album de Villard de Honnecourt, ensemble de dessins et de plans d’édifices, de moulures et de tours élévateurs. Des trois, le texte de Suger nous renseigne davantage sur l’homme et la décoration de son église que sur l’édifice, bien qu’il y ait, au passage, quelques précieuses allusions à sa construction. L’examen attentif de l’Album de Villard de Honnecourt nous permet de douter sérieusement que celui-ci ait construit quelque fois des églises et qu’il ait eu quelque connaissance en matière d’architecture ; quant à ses dessins, s’ils sont intéressants, ce ne serait cependant pas ceux d’un architecte ou d’un atelier de maçon. Le texte de Gervais, au contraire, est l’unique document médiéval qui décrive une équipe de maçons au travail ; il fournit de nombreuses informations sur la pratique des maçons et sur quelques méthodes de construction. »

La référence à l’Album de Villard de Honnecourt nous intéresse tout spécialement. En effet, ce n’est pas la première fois que l’on signale certaines caractéristiques quant au fait que ce cahier n’est pas un manuel de technologie appliquée, sinon tout à fait autre chose, beaucoup plus en rapport avec les notions de la Philosophie Hermétique notées à l’usage des maîtres d’œuvre.17 Et le fait qu’il existe un document de ce type (document de cabinet plus qu’autre chose) est une preuve que la spéculation sur le symbolisme et le langage hermétique dans sa version chrétienne avait déjà des adeptes au début du XIIIe siècle, qui vit naître, entre autres, les cathédrales de Chartres et de Reims.

L’on a beaucoup écrit sur ce thème et le débat demeure ouvert ; l’investigateur en tirera ses propres conclusions, mais ne pourra ignorer la Tradition Orale et sa filiation universelle avec le Symbolisme Constructif, qui peut se manifester aussi bien en Extrême-Orient qu’en Égypte ou en Méso-Amérique ; dans les « collegia fabrorum » romains, ou chez les corporations médiévales, que l’on considère généralement, faisant abstraction de toute référence initiatique ou ayant un rapport avec les Francs-maçons, comme fermées et en même temps dépositaires de connaissances relatives à « l’office », qui se transmettaient par le biais des symboles et des termes d’un langage chiffré.

Il faut néanmoins tenir compte du fait que l’influence de la Philosophie Hermétique, d’une part, et celle des corporations de constructeurs chrétiens d’autre part (ainsi que d’autres déjà mentionnées, comme l’Ordre du Temple), n’est pas la même dans les différents Rites où, sur une base commune, l’on peut observer quelques filiations penchant vers l’un ou l’autre de ces aspects. Nous ne pouvons traiter ici le sujet vaste et complexe de la diversité des Rites maçonniques, mais nous pouvons en revanche signaler leur existence, ainsi que celle de différents aspects de la Science Sacrée qui inspirent à certains plus ou moins de sympathie. Puisque la Maçonnerie est une et seule, comme est une et seule la Construction Cosmique, et donc le Symbolisme Constructif, les interpénétrations d’influences diverses, leurs oppositions et conjonctions, forment part de l’ensemble de déséquilibres et d’adaptations auxquels doit faire face l’héritage maçonnique, véhiculé par la civilisation judéo-chrétienne. Cela a déjà eu lieu par le passé et explique le passage de la Maçonnerie opérative à la spéculative comme nous l’avons déjà dit, franchissement graduel qui fit que certaines loges « opératives » (antérieures à 1717) possédaient des éléments « spéculatifs » et que de nombreuses loges « spéculatives » (actuelles) sont en fait opératives. Il existe même des documents témoignant de la coexistence de toutes deux, thème que divers auteurs ont appelé Maçonnerie de transition.18 En effet, après la publication des Constitutions d’Anderson, un groupe de nombreux maçons écossais, irlandais et d’autres lieux d’Angleterre décident de se séparer de la Grande Loge fondée à Londres (et qui débuta avec quatre loges seulement), leurs différences portant en partie sur certaines altérations de signification, voire rituelles, auxquelles ne sont pas étrangères les distinctions religieuses, et créent même une espèce de Fédération de l’Ancienne Maçonnerie qui ne renouerait ses relations avec les Anglais qu’après plusieurs dizaines d’années, mais en conservant ses points de vue traditionnels plus en rapport avec le mode opératif ou initiatique qu’avec le spéculatif ou allégorique ; il faut ajouter à cela les problèmes de succession au trône d’Angleterre auquel prétendait Jacques, écossais et catholique, qui avait de nombreux partisans, non seulement dans les îles mais aussi sur tout le continent.19

Quoiqu’il en soit, cette situation de diversité de Rites se retrouve dans les différents degrés, qui varient en nombre, appellation et condition, selon les différentes formes maçonniques. Ce sujet est intéressant mais il nous semble prioritaire de rappeler que ces grades (qu’ils soient au nombre de trois, sept, neuf ou davantage) représentent des étapes dans le Processus de Connaissance, ou d’Initiation, et que ces passages ou états sont synthétisés et désignés dans la Franc-Maçonnerie par les noms d’Apprenti, Compagnon et Maître, correspondant aux trois mondes : physique, psychique et spirituel. Ces trois grands degrés contiennent en synthèse tous les autres grades, dont la plupart n’en sont parfois que des spécifications ou des prolongations. Mais il est clair que la division est hiérarchique et qu’elle s’effectue au sein d’un ordre rituel qui correspond symboliquement à ces étapes de l’Initiation ou Voie de la Connaissance. Mais il n’y a pas non plus de pouvoir central regroupant toute la Maçonnerie, bien qu’il existe des Grandes Loges extrêmement puissantes avec tout un passé traditionnel, et les différentes Obédiences et Rites conservent une attitude de respect mutuel, puisque tous descendent d’un tronc commun.

Cette espèce d’indépendance, si l’on peut la nommer ainsi, est également très nette au sein de chaque loge, où les symboles sont ou non opératifs, où les rites prescrits sont ou non pratiqués. L’Unité maçonnique se produit fondamentalement dans l’Atelier, projection du Cosmos, quelle que soit l’Obédience à laquelle il appartient.

Il nous reste à mentionner que ces trois degrés constituent ce que l’on appelle la Maçonnerie Bleue ou Symbolique. Au-dessus se trouvent les Hauts Grades, système de hiérarchies qui n’est pas pris en considération dans certaines Obédiences ni accepté par certains Rites. Il faut également savoir que le passage d’un grade à l’autre signifie que l’on commence à s’initier au grade obtenu ; ainsi, si un Compagnon reçoit le grade de Maître, c’est qu’il débute son initiation à ce degré. De même, les grades sont permanents et l’on ne perd jamais ceux que l’on a acquis au cours d’une carrière maçonnique normale.

Nous devons à présent mentionner un peu plus l’Alchimie en tant qu’influence présente dans l’Ordre Maçonnique. Nous avons déjà signalé que Soufre, Mercure et Sel, les principes alchimiques, se trouve directement incorporés dès les premiers degrés.

L’Alchimie a en commun avec la Maçonnerie le développement intérieur, tendant vers la Perfection, que les alchimistes considéraient comme l’objet de leurs efforts (puisque la Nature n’avait pas achevé son Œuvre, que l’Artiste ou Adepte devait compléter), tout comme les Maçons les buts ultimes de la Franc-Maçonnerie, qui comprennent la mort et sa conséquence régénération à un autre niveau ou état de conscience.

D’un autre côté, les amis de la Philosophie Hermético-Alchimique ont l’habitude de dire entre eux que le dernier grand Alchimiste (et écrivain en la matière) fut Irénée Philalèthe, au XVIIe siècle. Cela est assez vrai dans un sens, sauf que l’on n’observe pas très clairement que, dès lors et jusqu’à présent, cette Tradition ne s’interrompt pas, sinon qu’elle se transforme, et énormément de ses enseignements et symboles passent à la Maçonnerie à titre de transmetteur de l’Art Réel et de la Science Sacrée, aussi bien dans les trois degrés de base que dans la hiérarchie des hauts grades. D’après René Guénon, ces hauts grades sont une prolongation de l’étude et de la méditation sur les symboles et rituels (certains d’entre eux sont appelés philosophiques)20, nés de l’intérêt de nombreux maçons à développer et rendre effectives les possibilités qu’offre l’Initiation ; pour cette raison, l’utilité pratique de ces grades est indubitable et ils constituent la hiérarchie couronnant le processus de la Connaissance, toujours en fonction du caractère initiatique de l’organisation, comme nous le fait observer l’auteur, qui nous met aussi en garde contre le danger existant que ces grades se consacrent à des problèmes sociaux ou politiques, mutables par nature et donc distants des fondations du Temple maçonnique, construit en pierre. (Voir « René Guénon » : article anota« Les Hauts Grades »).

Tout comme dans le symbolisme Alchimique, le soleil et la lune jouent dans le symbolisme maçonnique un rôle fondamental et on les retrouve en des endroits aussi essentiels que les tableaux et la décoration des loges (placés à l’Orient). Il s’agit bien sûr des principes actif et passif correspondant également aux colonnes Jakin et Boaz, qui signalent ainsi l’opposition de ces énergies en même temps que leur conjonction en un axe invisible d’où est tendu le fil à plomb du Grand Architecte de l’Univers. Sans laisser de côté la primauté de cette signification générale, il faut aussi tenir compte de la réalité de ces astres, car il existe un calendrier maçonnique dont les deux extrêmes représentent, comme presque toutes les Traditions, les solstices d’été et d’hiver, fêtes des deux Saint Jean, qui marquent les limites du parcours du soleil, signalant aussi les points intermédiaires correspondant aux équinoxes sur la roue du temps, et nous introduisent dans la doctrine des rythmes et des cycles. Il existe par ailleurs une prééminence entre ces deux luminaires, puisque la lune brille grâce à la lumière du soleil, notion qui n’est pas étrangère à la Tradition Hermétique et à la Kabbale, tous deux étant utilisés d’une façon générale pour désigner des degrés de Connaissance, ou des étapes du parcours initiatique. Jean Tourniac, dans le prologue du célèbre Tuileur de Vuillaume21 note, en faisant référence aux cycles, l’assimilation du parèdre lune-soleil à celui des symbolismes solaire et polaire. Cette association, qui possède d’infinies voies de développement, pourrait également se rapporter à deux aspects de la maçonnerie incarnés dans les figures mythiques de Salomon (solaire) et de Pythagore (polaire), lesquels auraient à leur tour, et cela Tourniac ne le dit pas, une certaine analogie avec les grades symboliques (Maçonnerie Bleue) et les Hauts Grades, ou c’est en tout cas ce que fut prétendu par ceux qui instaurèrent ces derniers.

La littérature sur la Maçonnerie ou les investigations historiques portant sur l’Ordre comprennent généralement les auteurs, les milieux et les écrits antimaçonniques, le panorama au sujet de ses origines et ses buts étant si confus qu’il s’est créé une suite de « légendes » parallèles, faisant que certains investigateurs aient du mal à traverser une espèce de frontière « maudite » et invisible qui répond aux « légendes obscures » au sujet de la Franc-Maçonnerie, comme celles divulguées en France par Léo Taxil, beaucoup ayant leur origine dans le catholicisme. Un autre genre de critiques, ne se référant pas à son contenu spirituel, est fondé sur les agissements politiques et économiques de certaines loges qui, utilisant la structure maçonnique et s’abritant derrière l’indépendance des Ateliers, ont ainsi profité de l’Ordre et du public, projetant une image déformée de la Maçonnerie. Il faut bien reconnaître que cela a été le cas à plusieurs occasions, bien qu’en même temps cela arrive depuis des années à toutes les institutions, dont la décomposition est évidente. Dans quelques sociétés, l’Ordre jouit encore du prestige qu’il avait par le passé et, dans certains pays, sa force spirituelle, gestionnaire de grandes entreprises, a laissé des traces visibles qui sont suivies aujourd’hui. Il y a parfois des maçons qui ne connaissent pas encore la Maçonnerie, ou qui croient qu’il s’agit d’autre chose, de plus concret et plus matériel, mais tous assument leur devise : Liberté, Égalité, Fraternité, et accomplissent leur Rite en accord avec leurs Anciens Us et Coutumes. Si ce n’est pour la cohérence et le contenu spirituel-intellectuel que les symboles et les rites manifestent, la Maçonnerie serait une absurdité de plus, et ne serait en tout cas pas parvenue jusqu’à nos jours.

Une autre chose qu’il faudrait remarquer, c’est la curiosité de savoir quel est le grade réel de Connaissance que possède tel ou tel maçon ou, plus généralement, tel ou tel Initié ; mais qui cela intéresse-t-il ? Cela a-t-il de l’importance et à qui cela importe-t-il ?

Logiquement, cette question n’entre pas dans les limites d’une investigation basée sur la documentation et il est donc très difficile d’établir des origines claires et des séquences logiques sur un sujet qui ne l’est pas, en dépit des efforts pour le faire. L’un de ces investigateurs, que nous avons déjà cité, J. A. Ferrer Benimelli, qui a publié plus de vingt ouvrages d’intérêt sur la Maçonnerie et ignore systématiquement Hermès, nous informe : « Bernardin, dans son ouvrage Notes pour Servir à l’Histoire de la Franc-Maçonnerie à Nancy jusqu’en 1805, après avoir compulsé deux cent six œuvres portant sur les origines de la Maçonnerie, trouva trente-neuf opinions diverses, certaines aussi originales que celles qui font descendre la Maçonnerie des premiers chrétiens voire de Jésus Christ lui-même, de Zoroastre, des Rois Mages ou des Jésuites, pour ne pas citer les théories plus connues dites « classiques », qui font remonter la Franc-Maçonnerie aux Templiers, aux Rose-Croix ou aux juifs » et il ajoute en note : « De ces trente-neuf auteurs, vingt-huit ont attribué les origines de la F.-M. aux maçons constructeurs de la période gothique ; vingt auteurs se perdent dans la plus lointaine antiquité ; dix-huit les situent en Égypte ; quinze remontent à la Création, mentionnant l’existence d’une loge maçonnique au Paradis Terrestre ; douze, aux Templiers ; onze, à l’Angleterre ; dix, aux premiers chrétiens ou à Jésus Christ lui-même ; neuf, à la Rome antique ; sept, aux Rose-Croix primitifs ; six, à l’Écosse ; six autres, aux juifs, ou à l’Inde ; cinq, aux partisans des Stuart ; cinq autres, aux jésuites ; quatre, aux druides ; trois, à la France ; le même nombre les attribuent : aux scandinaves, aux constructeurs du temple de Salomon, et aux survivants du déluge ; deux, à la société « Nouvelle Atlantide », de Bacon et à la prétendue Tour de Wilwinning [Kilwinning]. Finalement, à la Suède, à la Chine, au Japon, à Vienne, à Venise, aux Rois Mages, à la Chaldée, à l’ordre des Esséniens, aux Manichéens, à ceux qui travaillèrent à la Tour de Babel et, pour finir, un qui affirme que la F.-M. existait avant la création du monde. »22

kilwinn  

Armes du Chapitre des Rose-Croix d’Heredom de Kilwinning, Paris 1776

Une confusion des origines analogue échoit à la Tradition Hermétique, avec le mythe d’Hermès et Hermès Trismégiste, avec tout mythe et origine et, bien sûr, avec le Corpus Hermeticum, livres qui, comme nous l’avons vu auparavant,23 condensent et rappellent le savoir de cette Tradition. En effet, Jean-Pierre Mahé, spécialiste qui, avec P.-J.-A. Festugière, a consacré sa vie à l’étude de ces textes, croit que les fragments en arménien de cette littérature viennent du premier siècle avant notre ère, et que les versions postérieures ayant été conservées, en grec, latin et copte, dérivent de ceux-ci, de par leur contenu nettement païen, dégagé des influences gnostiques et chrétiennes qui lui ont été attribuées avec une certaine liberté. Il est intéressant d’observer de quelle façon ce spécialiste, au cours de son plus important travail à ce sujet, Hermès en Haute-Égypte24, où il confronte différentes versions du Corpus entre elles, à d’autres manuscrits trouvés à Nag-Hammadi et avec des auteurs antiques, etc., arrive à la conclusion qu’ils sont tous apparentés, qu’ils émanent d’une source unique, et qu’ils ont même un ton, un air, un esprit commun qui se manifeste aussi dans leur style, opinion que nous partageons. Mais ce savoir, propre au Corpus,25 que Mahé juge solennel, répétitif, contradictoire et sentencieux, comme de la mauvaise littérature, en somme (qu’est-ce qu’une bonne littérature et qui est capacité pour la définir, et par rapport à quoi ?), nous semble difficile à appréhender avec des paramètres logiques, quel que soit l’effort et le travail employés et malgré l’inappréciable contribution que représente l’établissement de ces textes, leur traduction et les commentaires, même vus de façon réitérée dans une perspective totalement étrangère à celle qu’ils possèdent. D’où le danger d’aborder les choses d’un ordre déterminé avec des moyens qui ne sont par nature pas ceux qui conviennent, puisqu’ils sont eux-mêmes constitués de séries de conditionnements appartenant au monde profane, que même une éblouissante érudition ne peut dissimuler, car ils apparaissent ici et là dans la littéralité des propos, l’infantilisme des conceptions, la disproportion vertigineuse entre le sens sapientiel-émotionnel du texte et la lecture « universitaire », c’est-à-dire profane, que l’on en fait.26 Il ne faut pas traiter une société initiatique exclusivement d’après ses actions humanitaires ou altruistes, car l’on court le risque de dénaturer son authentique raison d’exister.

Un autre thème plus ou moins utilisé à titre de critique, aussi bien de la Maçonnerie que de l’Hermétisme, est leur caractère prétendument syncrétique. En premier lieu, l’abus de ce mot, qui équivaut pour certains à une disqualification, nous semble condamnable. Le Christianisme, l’Islam, le Bouddhisme, l’Antiquité Gréco-romaine, d’innombrables Traditions archaïques, et même la Civilisation Égyptienne et la Chinoise, pourraient aujourd’hui être jugées « syncrétiques » à la lumière des documents les plus anciens et sans mentionner la notion de Tradition Unanime, au-delà de telle ou telle forme. En effet, le terme était en vogue à une époque où l’investigation anthropologique et l’Histoire des Religions en étaient à leurs balbutiements, et l’on croyait à la « pureté », atout de certaines cultures et concept extrêmement dangereux, pouvant de plus dériver sur l’erreur de prendre les races comme des religions. Le terme est malheureusement resté en usage, et certains l’utilisent comme une arme brandie pour condamner ce qu’ils croient ne pas leur convenir, ou qui échappe à leurs simplifications élémentaires. L’Histoire de l’Église est encore bien proche avec ses Conciles, la formation de ses Dogmes, sa Théologie, l’Histoire de ses Papes, etc., pour que la Chrétienté puisse reprocher à la Tradition Hermétique et à la Franc-Maçonnerie une chose allant dans ce sens, et cela pourrait être étendu à d’autres religions ou influences spirituelles qui composent la Culture d’occident. D’innombrables courants ont formé cette Civilisation, la plupart desquels coexistent avec nous d’une façon ou d’une autre, et nous devons rendre grâces à Dieu, au nom de notre culture, car ces interrelations naturelles qui se déversent avec les migrations humaines d’un peuple, et sa langue, à un autre, ont existé depuis toujours, en dépit de l’acide accusation de syncrétisme émanant de soi-disant autorités se basant sur des structures imaginaires et caduques.

En définitive, les diverses composantes de la Franc-Maçonnerie ne sont pas un obstacle pour que cette adaptation de la Science Sacrée et de la Philosophie Pérenne soit totalement Traditionnelle, sinon qu’elles démontrent le contraire dès lors que l’on en considère les doctrines, c’est-à-dire, en soi.

 

Frédérico Gonzalez


NOTES
1

C’est Findel, dans l’Annexe de son Histoire, qui a publié le premier document dont nous disposons, daté de 1419, sur les carriers allemands.

2

« Il nous paraît incontestable que les deux aspects opératif et spéculatif ont toujours été réunis dans les corporations du Moyen Âge, qui employaient d’ailleurs des expressions aussi nettement hermétiques que celle de « Grand Œuvre », avec des applications diverses, mais toujours analogiquement correspondantes entre elles. » R. Guénon, Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome II, chapitre anota « À propos des signes corporatifs et de leur sens originel ». Éditions Traditionnelles, Paris 1986.

3

Encyclopédie Britannique. Article « Freemasonry », édition 1947

4

Voir Claude Tannery, « le Corpus Hermeticum (Introduction, pour des développements ultérieurs, à l’hermétisme et la maçonnerie) » ; revue Villard de Honnecourt nº 12, Paris 1986. Les références à Hermès et à la Tradition hermético-alchimique dans la littérature maçonnique sont extrêmement abondantes, comme nous l’avons déjà signalé ; pour ne pas parler de Pythagore, sujet traité dans une autre étude du même numéro de Villard de Honnecourt : Thomas Efthymiou, « Pythagore et sa présence dans la Franc-Maçonnerie ».

5

Voir E. Mazet, « Éléments de mystique juive et chrétienne dans la Franc-Maçonnerie de transition (VIe-VIIe s.) » ; également de la revue Travaux de la loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, nº 16, 2de série. L’auteur a publié dans cette revue, qui édite les travaux de la loge d’études du même nom, affiliée à la Grande Loge Nationale Française, d’autres collaborations tout aussi intéressantes sur des aspects documentaires de la Maçonnerie. Cette revue est réellement, avec la Ars Quatuor Coronatorum, également organe diffuseur d’une loge d’études homonyme (Quatuor Coronati lodge) qui a publié plus de 80 volumes en Angleterre depuis 1886, l’une des meilleures sources que l’on puisse trouver pour l’étude intégrale de la Maçonnerie.

6

L’importance de la Tetraktys pythagoricienne dans n’importe quel type de connaissance métaphysique et cosmogonique est bien connue. D’autre part, le rapport des harmonies musicales avec les nombres, en particulier avec l’échelle des sept premiers, est également un thème pythagoricien que la Maçonnerie et le Corpus Hermeticum reprennent sous forme de degrés et touches de reconnaissance liés aux sphères planétaires et aux Régents qui les gouvernent. Il faudrait y ajouter les différents théorèmes pythagoriciens, sachant l’importance que l’art et la science de construire ont pour la Maçonnerie ; parmi eux, il suffirait de signaler celui du triangle rectangle, ultérieurement énoncé par Euclides, un autre ancêtre maçonnique, comme nous l’avons déjà mentionné. En 1570, John Dee, célèbre magicien élisabéthain et remarquable mathématicien, qui jouera un rôle si important dans l’Hermétisme anglais et dans l’européen, publia un fameux prologue aux Éléments de Géométrie d’Euclides. Comme on le sait, les enseignements de Dee furent repris par Robert Fludd, qui édita en 1619 son Utriusque Cosmi Historia, et à travers lui, par voie de conséquence, les futurs intégrants de la maçonnerie spéculative.

7

J. A Ferrer Benimelli, Bibliografía de la Masonería. Fundación Universitaria Española. Madrid 1978, page 112. Ce prêtre jésuite, qui a donné une telle impulsion aux études maçonniques en langue castillane que certains auteurs sur la Maçonnerie, comme J. A. Vaca de Osma (La Masonería y el Poder), en sont venus à se demander s’il n’était pas réellement membre de l’Ordre, n’en a cependant qu’une idée assez sommaire, la prenant pour une société philanthropique et spiritualiste et ne lui accordant aucune catégorie initiatique, terme qu’il n’utilise jamais et dont il semble même ignorer la véritable dimension.

8

La Symbolique au Grade d’Apprenti, La Symbolique au Grade de Compagnon, La Symbolique au grade de Maître, Edimaf, Paris 1986, id., et 1990 ; La Symbolique des Nombres, id. 1984. Nous voulons aussi remarquer ici les livres, amplement connus en espagnol, signés par Magister (Aldo Lavagnini) ; Manuel de l’Apprenti, du Compagnon, du Maître, du Grand Élu, etc. De fait, tous les manuels maçonniques possèdent des mentions arithmético-géométriques.

9

Thomas de Quincey soulignait depuis 1824, dans un journal londonien, la conjonction de la Maçonnerie avec la Rose-Croix comme étant un sujet connu.

10

La généalogie maçonnique est aussi biblique, bien qu’elle se combine également avec l’Égyptienne. Rappelons les relations d’Israël avec l’Égypte à l’époque de Moïse, voire même le symbolisme de l’Égypte dans les évangiles chrétiens. D’après le livre I des Rois, 3-1, il existe une filiation directe entre le Roi Salomon et l’Égypte, puisqu’il était gendre de Pharaon, son voisin.

11

« The few notes on his conexion with Freemasonry which Ashmole has left are landmarks in the sparsely documented history of the craft in the seventeenth century ». C. H. Josten, Elias Ashmole. Ashmolean Museum and Museum of The History of Sciences, Oxford 1985. Ces journaux ont été publiés sous le titre : Elias Ashmole, His Autobiographical and Historical Notes, his Correspondence and other Contemporary Sources relating to his life and Work. Introd. C. H. Josten, 5 vol. Deny, 1967.

12

En accord avec les changements que demandent les cycles et les rythmes, auxquels ne peut être soustraite aucune Tradition ou Organisation, toute Initiatique qu’elle soit, et qui marque les phases et les formes distinctes d’expression de la Cosmogonie Pérenne, et signalent donc également les adaptations historiques à celle-ci.

13

Selon Joffrey de Monmouth, dans l’Histoire des Rois de Bretagne (1135-39), l’une des premières chroniques écrites sur l’histoire d’Angleterre, les insulaires viennent des Troyens qui arrivèrent sur leurs côtes, en passant par la France et en provenance de Grèce, où demeurent les descendants de ceux qui réchappèrent de la célèbre guerre.

14

Quelque chose d’analogue quant à soupçons d’hérésie, de défaut, de fausseté, arrive avec les systèmes ou les religions d’orient. Sauf que ces derniers jouissent en général dans les milieux occidentaux d’un plus grand prestige, même s’ils n’évitent pas toujours le mépris ou la phobie du fait d’être polythéistes, encore un terme qui semblerait une insulte dans la bouche de certains.

15

La croissance de la Maçonnerie est évidente avec la naissance des bourgeois et la culture de la ville, qui a toujours eu besoin de constructeurs pour être effective, ce qui fait qu’il ne soit pas difficile d’en déduire que toute ville plus ou moins importante d’Europe, ainsi que la construction de châteaux, fortifications, couvents et palais, furent réalisées par architectes, maîtres d’œuvre et ouvriers maçons, sans compter menuisiers et ébénistes, vitriers, sculpteurs et peintres, tous initiés aux secrets de leur office. Cela peut aussi être clairement observé à l’époque moderne (et a aussi quelque chose à voir avec le passage du mode opératif au mode spéculatif), en ce qui concerne l’incendie qui détruisit la ville de Londres y compris la Cathédrale Saint Paul, qui dut être complètement reconstruite par des spécialistes dirigés par l’architecte Christopher Wren, maçon haut placé dans la hiérarchie de l’Ordre et de réputation reconnue, qui dut effectuer ce labeur gigantesque dans le moins de temps possible. L’incendie de Londres est un thème fondamental dans l’histoire d’Angleterre et dans la Maçonnerie en général. Sa reconstruction, menée à bien par des maçons, est un symbole cyclique lié à la pérennité de la Science Sacrée qui, se manifestant en tout lieu, s’est exprimée dans une ville aussi magique que l’est la capital anglaise.

16

Medieval Craftsmen, Masons and Sculptors. British Museum, 1991.

17

Cf. Villard de Honnecourt, Cahier, XIIIe siècle. Présenté et commenté par Alain Erlande-Brandenburg, Régine Pernoud, Jean Gimpel, Roland Bechman. Ed. Akal, Madrid 1991.

18

Il est important de faire constater, dès les commencements, la présence de militaires dans toutes les loges. Cela est arrivé à être si vrai que certaines de ces loges étaient exclusivement militaires, aussi bien celles qui s’organisèrent dans les bases que celle qui fonctionnaient sur les navires, que ce soit en haute mer ou dans les ports.

19

Comme on le sait, un courant nombreux de maçons se relie plus spécialement à l’Origine Templière, Écossaise et Jacobite de l’Ordre, ce pour quoi ils exhibent de nombreux témoignages et faits, par ailleurs probables. Cela ne lui fait pas renier l’héritage Pythagoricien, Hermétique et Platonicien, pas plus que celui des corporations de constructeurs, les rosicruciens et l’influence juive représentée par le mythe d’Hiram et la construction du Temple de Salomon. Michael Baigent et Richard Leigh, dans leur ouvrage The Temple and the Lodge (Londres 1989), soutiennent la validité de cette origine qu’ils développent dans leur livre du Moyen Âge au XVIIIe siècle et affirment, page 187 : « Elle [la Maçonnerie] avait ses racines dans des familles et des associations liées par l’ancien serment de fidélité aux Stuart et à la monarchie Stuart. […] Jacques I, un roi écossais qui était maçon lui-même. » Dans l’œuvre de Robert Kirk, The Secret CommonWealth, (La Comunidad Secreta, Siruela, Madrid 1993) écrite en 1692 au sujet de « Les coutumes les plus notables du Peuple d’Écosse », cette érudit historien du plus ancien « folklore » écossais et de la culture celte, note dans le paragraphe « Singularités de l’Écosse » et comme caractéristique de ce royaume : « Le mot maçonnique, dont, bien qu’il y en ait certains qui en fasse mystère, je ne cèlerai pas le peu que je sait. C’est comme une tradition rabbinique, en guise de commentaire au sujet de Jakin et Boaz, les deux colonnes érigées du Temple de Salomon, à laquelle vient s’ajouter quelque signe secret, qui passe de main en main, grâce auquel ils se reconnaissent et se familiarisent entre eux. »

20

Les autres se considèrent, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté : « de perfection », « capitulaires », et « administratifs ».

21

Vuillaume, anota Le Tuileur, Édition du Rocher, Monaco 1990, réimpression de celui de 1830. Manuel maçonnique qui contient les Rites suivants, pratiqués en France : Écossais Ancien et Accepté, Français, de la Maçonnerie d’Adoption, et Égyptien ou de Misraïm.

22

José A. Ferrer Benimelli, la Masonería Española en el siglo XVIII. Siglo XXI de España Editores, Madrid 1986.

23

« Los Libros Herméticos ». SYMBOLOS Nº 11-12, 1996. (anota).

24

Les Presses de l’Université Laval, Québec 1978-1982. 2 vol.

25

Et qui est commun au reste de la littérature hermétique, y compris l’Alchimie.

26

Le discours du Corpus est effectivement réitératif et certains axiomes et maximes se répètent sur un ton qui comporte certaine solennité, un « style » pour être identifié parmi d’autres styles, et aussi pour la cadence musicale qu’on lui imprime qui, tout en fixant la mémoire, est un agent « invocateur ».

 

 

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Musique Maçonnique au sein de la Vie de la Loge 27 avril, 2008

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LA MUSIQUE MAÇONNIQUE DANS LA VIE DE LA LOGE
Harald Strebel

Introduction

La notion de musique maçonnique ne saurait se laisser définir de façon simple. Pratiquement tous les compositeurs de musique dite maçonnique étaient membres de l’Ordre. Vers la fin du XVIIIe siècle, plusieurs compositeurs s’identifièrent au mouvement spiritualiste cherchant à libérer l’individu de sa culpabilisante immaturité (Kant), ainsi qu’aux postulats du siècle des Lumières exprimés en termes de tolérance et de philanthropie. Tous n’étaient pas des adeptes de l’Art Royal. A titre d’exemple, nous citerons l’hymne Freude schöner Götterfunken [La joie des belles étincelles divines] extrait de la 9ème symphonie de Ludwig van Beethoven (1770-1827). Les paroles de cet hymne, sont reprises d’une ode de Friederich Schiller, qui avait fortement impressionné Beethoven dès sa parution en 1792, au point qu’en 1823 le compositeur habillait musicalement ce texte exprimant avec emphase l’espérance d’une fraternité humaine universelle. Ces grandes idées humanistes sont également présentes dans les paroles de l’opéra opus 72 Fidelio (1805) ainsi que dans la musique scénique opus 84 (1810) de l’Egmont de Goethe.

De nombreux prétendus chants maçonniques (en allemand Freymaurerlieder, attention à l’orthographe), mentionnés dans plusieurs anthologies des XVIIIème et XIXème siècles, ne sont que des « parodies » de mélodies populaires connues, dues à des compositeurs Maçons et aussi profanes, auxquels on aurait confié des textes maçonniques à mettre en musique. En principe, on fait une distinction entre œuvres maçonniques  » originales « , composées par d’authentiques Maçons, et œuvres maçonniques  » adaptées « , dues à la plume de profanes. Au sujet des œuvres dites originales, relevons qu’il s’agit de pièces musicales spécifiquement composées pour des Travaux en Loge (Rituels, festivités, etc.) parfois même de caractère symbolique ; quant à celles dites adaptées, leur essence particulièrement sérieuse fait qu’elles se prêtent aussi bien aux Tenues au Temple qu’à des circonstances de nature moins ésotérique, telles les Loges de table, voire de mondanités.

Origines historiques

Dès l’origine, la musique a joué un rôle important dans la vie et les réunions maçonniques. En 1725 déjà, peu après la fondation de la grande Loge d’Angleterre, il se constitue une société intitulée Philo-Musicae et architecturae Societas Apollinis, présidée par le F\ Francesco Saverio Geminiani (1679-1762), compositeur renommé à l’époque, auquel on attribua le titre de « Dictator et Director of all Musical Performances ». En 1731, on assista à la création à Londres d’une sorte d’opéra maçonnique « The generous Freemason », dû au F… Rufus William Chetwood († 1766). En France, on compte parmi les premiers compositeurs de musique maçonnique, le F\ Jacques Christophe Naudot († 1762) flûtiste et auteur de  » Chansons notées de la très vénérable confrérie des francs-maçons (…)  » et à qui l’on doit encore deux marches (Marche des Francs-Maçons et Marche de la Grande Loge de la Maçonnerie). En 1743, le F\ Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749) compose une cantate intitulée Les Francmaçons. En 1779, l’institution Les concerts de la Loge Olympique voit le jour ; elle organise différents concerts présentant des œuvres d’auteurs maçonniques (entre autres les six symphonies No 82-87 de Joseph Haydn et la cantate Amphion de Luigi Cherubini), mais également des œuvres dues à des non-Maçons. Ces concerts n’étaient toutefois accessibles qu’à des Maçons initiés. Le plus ancien recueil de chants maçonniques d’Allemagne est celui portant le titre de « Freymaurer=Lieder(n) » et dû au F… Ludwig Friedrich Lenz (1717-1780) paru en 1746 à Altenburg. Quant à la pratique musicale des Loges autrichiennes, elle n’est mentionnée – et encore modérément – qu’à partir de 1782, quand bien même la Loge viennoise « Aux trois Canons » avait été fondée en 1742 déjà. En effet, c’est en novembre 1782 que le F\ Joseph Holzmeister (1751-1817), membre de la célèbre Loge « Zur Wahren Eintracht » [La Vraie Concorde], fit à ses Frères une proposition selon laquelle hormis les Apprentis,… tous les Frères doués musicalement ou ceux auxquels la nature a implanté la musique dans la gorge, déclarent que la musique vocale reste la plus belle, la plus naturelle et pénètre le plus intensément les cœurs. Cette initiative rencontre un terrain favorable dans ladite Loge et, en 1783, un F\ visiteur relève : J’étais dans une Loge bornienne1 où, pour favoriser le recueillement, les chants maçonniques étaient accompagnés à l’orgue. Dans les années qui suivirent, la pratique de la musique devint florissante dans les Ateliers viennois et l’entrée en Maçonnerie de Wolfgang Amadé Mozart ainsi que d’autres éminents musiciens n’y fut pas étrangère.

Finalité et Importance de la Musique Maçonnique

À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et Tenues de la Loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhaustifs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la Loge et les sentiments animant les Frères. En 1746 déjà, le F\ L.-F. Lenz relève, entre autres, dans la préface de son recueil de  » Freymaurer=Lieder « , l’importance majeure (du chant) qui permet de diffuser l’esprit d’union des grands rassemblements. La pratique de la musique et du chant en Loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi – dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle – à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :

1 – Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, Loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues. Nous l’appellerons musique de circonstance.
2 – Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent adéquatement aux travaux en Loge.
3 – Œuvres originales » d’une haute inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik [Musique funèbre maçonnique] de Mozart, KV2 479a=477

La Musique en Loge et les « Colonnes d’Harmonie »

On fera appel à la musique lors des travaux en Loge et au cours du déroulement du rituel, c’est-à-dire lors de l’entrée et de la sortie des Frères du Temple, durant les brèves poses prévues par le rituel ainsi que pour accompagner certaines déambulations (p. ex. durant les voyages symboliques au passage des trois grades). À l’époque de Mozart, dans les Loges viennoises et pragoises, les Frères entonnaient des chants à l’ouverture et à la clôture des travaux, parmi lesquels ceux rehaussant la Chaîne d’Union connaissaient une vogue particulière. L’accompagnement instrumental des Chœurs et soli utilisait le piano ou l’orgue dans les Loges germaniques et anglo-saxonnes et cela dès la seconde moitié du XVIIIe siècle ; en France, on avait souvent recours à l’harmonium.

En ce qui concerne la musique instrumentale, on ne saurait parler d’instruments ou d’ensembles « typiquement maçonniques ». Bien que l’on ait tenté de tout temps de justifier la colonne « Beauté » par un apport musical de niveau élevé, certaines Loges ne pouvaient guère compter sur des  » Frères musiciens « , voire d’amateurs éclairés, alors que d’autres n’en manquaient pas. Si aujourd’hui le cor de Basset (de la famille des clarinettes) garde toujours et encore une prédilection comme « instrument typique des Loges », cela ne vaut que pour celles de Vienne où cet instrument a joué un rôle prépondérant dans l’œuvre de Mozart ; d’un autre côté, certains interprètes du cor de basset, très en faveur à l’époque, étaient également membres des Loges. On peut faire le même constat dans les Loges françaises où les « colonnes d’harmonie » tenaient lieu d’institutions pratiquement incontournables. Celles-ci qui avaient compté des effectifs importants dans les Loges militaires se composaient de quelques clarinettes, cors et bassons, dont seules de rares Loges parisiennes, parmi lesquelles les célèbres « Les Neuf Sœurs » et « Les Amis Réunis », pouvaient se prévaloir du fait de la présence parmi leurs membres de Frères mélomanes. Cependant, à partir du milieu du XIXe siècle, ces formations disparurent pratiquement des Temples. La raison qu’aujourd’hui, il ne se publie pratiquement plus d’œuvres maçonniques pour ensembles instrumentaux, s’explique par le fait que rares sont les Loges comptant dans leurs rangs d’authentiques interprètes, condition sine qua non pour une création d’une certaine envergure. Les Loges viennoises du temps de Mozart restent une exception en ce sens que de nombreux musiciens étaient entrés en Maçonnerie pour ainsi dire dans le sillage du maître réputé ; cela n’était pas seulement dû à l’originalité des compositions maçonniques de Mozart, mais surtout à la présence de nombreux interprètes de plusieurs instruments dans un cénacle relativement restreint.

Essence et Symbolisme de la Musique Maçonnique

Il est pratiquement impossible de définir les caractéristiques essentielles d’une musique appropriée aux activités de la Loge, exception faite de ce qu’elle doit impérativement être à même d’engendrer chez les adeptes un comportement digne durant les Tenues et une gaîté sereine lors des Loges de table. Les quelques compositions originales connues (des chants dans la plupart des cas) sont généralement des mélodies d’une facture sans apprêt, aisément accessibles afin de faciliter l’intégration de tous les Frères dans la  » chorale « . Quelques compositions laissent entrevoir une tentative d’intégrer certaines dispositions spirituelles ou encore une certaine symbolique dans le phrasé musical en jouant sur ces paramètres que sont rythme, harmonie, symbolique des nombres, ou mélodie ; ces tentatives, toutefois, ne sauraient être spécifiquement perçues dans les œuvres antérieures à celles de Mozart.

Ce n’est qu’avec une extrême prudence à l’égard de toute recherche d’interprétation herméneutique que l’on pourrait supputer une intention symbolique dans l’ouvrage datant de 1782, « Vierzig Freymäurerlieder » [Quarante chants maçonniques], dû au maître de chapelle de la cour de Dresde, le F\ Johann Gottlieb Naumann, ouvrage sous-titré Zum Gebrauch der teutschen auch fr(an)z (ösischen) Tafellogen [A l’usage des Loges de table tudesques et également fr(an)ç(aises)].

Dans le chant Beym Eintritt in die Loge [Entrée en Loge], première transcription ci-après, on reconnaît le rythme de l’anapeste propre à la batterie de l’Apprenti (qui, à l’époque dans les loges germanophones, était identique aux 1er et 2ème Degrés3) ainsi qu’aux coups de maillet du M… en Chaire et des deux Surveillants.

Dans son chant Die Kette [La Chaîne d’Union], Naumann semble avoir voulu mettre en évidence l’aspect sémantique de la poignée de main fraternelle :

Vouloir attribuer au nombre « Trois » si important en Maçonnerie une présence ou même une référence dans une oeuvre musicale maçonnique reste très problématique ; en effet, ce nombre fait partie du patrimoine général de la musique : tonalités à trois signes d’altération, triolets, tierces, rythmes à trois temps, thèmes ternaires, phrasés musicaux sur trois notes, etc. On peut présumer avec davantage de vraisemblance d’une intention d’expression symbolique dans certaines œuvres de Mozart, bien que toute interprétation dans ce sens reste du domaine de la conjecture. Une systématique et une typologie des symboles maçonniques, communiquées à l’aide de figures musicales et rhétoriques, ne saurait être scientifiquement démontrée, surtout en l’absence d’un texte lié à la dite musique

Œuvre et Compositions Maçonniques

Bien qu’un grand nombre de musiciens aient été Maçons, très peu d’entre eux – Mozart excepté – ont écrit des œuvres plus ou moins importantes pour la Loge. À titre d’exemple citons-en quelques-unes, tombées dans l’oubli, voire perdues définitivement, dues à des compositeurs Francs-Maçons : Johann Holzer (Im Namen der Armen [Au nom des pauvres], Gesellenreise [Voyage des Compagnons], Vienne, 1784) ; Leopold Kozeluch (Chant : Hört Maurer, auf der Weisheit Lehren [Ecoutez, Maçons les enseignements de la Sagesse], Vienne, vers 1782) ; Johann Gottlieb Naumann (Vierzig Freymäurer-Lieder [Quarante chants maçonniques], Berlin, 1782, ainsi qu’un opéra d’inspiration maçonnique Osiris, Dresde, 1781) ; Paul Wranitzky (divers chants maçonniques, entre autres Bei der Almosensammlung [Lors de la collecte des offrandes], Vienne, 1785) dont on a perdu toute trace ; François Giroust (Le Déluge, Paris, 1784) ; Anton Liste (Cantate : Singt mit frohen Feyertönen, Brüder diesen Weihgesang [Frères, entonnez d’une voix joyeuse les notes de ce cantique solennel], opus 5, Zurich, 1811, 12 Maurergesänge [12 chants maçonniques] opus 9, Zurich, même année) ; Louis Spohr (Chant maçonnique : An die geliebten besuchenden Brüder [A nos bien-aimés Frères Visiteurs], Francfort, 1818) ; Albert Lortzing (Cantate pour le centenaire de la Loge « Minerva zu den drei Palmen » [Minerve aux trois Palmiers], Leipzig, 1841, ainsi que divers chants de Loge) ; Henry-Joseph Taskin, auteur de nombreuses compositions pour toutes les solennités maçonniques, telles que Chants pour l’Initiation, cantates, marches solennelles, œuvres funèbres, dont un Cantique maçonnique composé pour la fête de la St-Jean, pour chœur harpe et piano (Paris, 1817), Deuxième Pompe funèbre à la mémoire de FF … (1834). Marche funèbre et Marche religieuse (1814) ; Henry Casadesus (Pièces initiatiques, Paris, vers 1820) ; Armin Schibler (Aufnahmegesang [Chant pour une Initiation], Zurich, 1958 et Gesang für eine Gesellenfeier [Chant pour une festivité compagnonnique], Zurich, 1961). Les musiques rituelles les plus importantes du XXème siècle nous ont été léguées par le Finlandais Jean Sibelius avec une œuvre achevée en 1927 ayant pour titre Musique religieuse, opus 113, devenue célèbre sous l’appellation Masonic Ritual Music, ainsi que par les compositeurs hollandais Willem Pijper, auteur de Six Adagios, parus en 1940 à Rotterdam, et Adolf Beeneken (1894-1975) qui signa en 1970, sous le pseudonyme Marc Rolland, la Pyrmonter Ritualmusik, œuvre musicale qui – comme chez Sibelius – couvre l’ensemble des rituels maçonniques. Le fait qu’il n’existe que peu d’œuvres originales dues à la plume de compositeurs Francs-Maçons serait imputable au fait que de nombreuses pièces instrumentales  » profanes  » (essentiellement pour piano et orgue) se prêtaient fort bien aux cérémonies solennelles dans le Temple ; d’un autre côté, il était rare que chaque Loge disposât occasionnellement ou temporairement d’une formation instrumentale  » cohérente  » pour laquelle il eût été loisible de composer une œuvre spécifique.

Les Œuvres Maçonniques dues à Wolfgang Amadé Mozart

Wolfgang Amadé Mozart fut initié à la Loge « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance] le 14 décembre 1784, date postérieure à celle où l’empereur Joseph II promulgua l’Edit de stricte limitation des « patentes de Loges ». En janvier 1786, devenu membre d’une fusion de Loges qui prit le titre distinctif de « Zur Neugekrönten Hoffnung » [La Nouvelle Espérance Couronnée], il composa les plus importantes œuvres maçonniques des genres les plus divers : œuvres purement instrumentales, chants, cantates. Celles-ci se subdivisent en compositions dites rituelles ou destinées aux Tenues, pièces musicales pour solennités ainsi que des morceaux que l’on peut qualifier de traditionnels ou de circonstance. Le style de la musique maçonnique de Mozart a été de tout temps défini comme « humaniste » ; c’est un style qui s’exprime par une vibrante mélodie de forme cyclique généralement diatonique marquée, çà et là, de vastes lignes au rythme uniforme souvent retardé. Si ce mode d’écriture, qui se présente déjà dans l’œuvre König Thamos, KV 336a=345 (qui passe pour être pré-maçonnique), ainsi que dans plusieurs œuvres profanes antérieures à la Flûte enchantée et que l’on retrouve également jusque dans le Kaiserhymne de Haydn et même dans l’Hymne à la joie de Beethoven, il devient plus patent dans les compositions maçonniques de Mozart.

Œuvres destinées aux Travaux Rituels

La série des œuvres « rituelles » de Mozart débute par le chant pour voix masculine et piano « Die Gesellenreise », KV 468 [Le voyage des Compagnons], œuvre achevée le 26 mars 1785 et composée pour l’accession au deuxième grade de son père, le 16 avril suivant. Relevons que cette cérémonie ne se déroula pas dans la Loge de Leopold, « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance], mais dans une Loge-sœur  » Zur Wahren Eintracht  » [La Vraie Concorde]. Les paroles, dues à la plume du F\ Joseph Franz Ratschky (1757-1810), engagent les Compagnons à cheminer fermement sur le chemin de la Sagesse.

L’œuvre maçonnique la plus importante de Mozart reste la Maurerische Trauermusik [Musique funèbre maçonnique] KV 479a=477, composée vers le 10 novembre 1785 à Vienne bey dem Todfalle der BrBr [à l’occasion du décès des FF\] (Georg August Herzog [Duc] von) Mecklenburg (-Streilitz k.k. Generalmayor) und (Franz) Estherazy (de Galantha, chancelier à la Cour de Hongrie-Transylvanie), ainsi que Mozart l’a noté dans le propre catalogue de ses œuvres. Les premières exécutions de cette œuvre eurent lieu les 17 novembre et 7 décembre 1785, lors des Tenues funèbres4 (au 3ème Degré) des Loges « Zur gekrönten Hoffnung » [L’espérance Couronnée] et « Zu den drei Adlern »[Les trois Aigles]. On peut relever une certaine parenté de style musical avec certains passages de « La Flûte enchantée », évoqué en particulier dans le « Cantus firmus », au moment de l’interlude choral parlé de la scène « harnachée », où il est fait état « des Todes Schrecken » [la terreur de la mort] et que l’on retrouve dans la Maurerische Trauermusik, plus particulièrement dans le choral grégorien Incipit Lamentatio Jeremia. Les tonalités partent du do-mineur (particularité du thème de la mort chez Mozart), passent par mi-bémol majeur pour aboutir à l’accord en do-majeur, tonalité propre à symboliser le passage des ténèbres à la lumière. La concrétisation musicale des lamentations funèbres comporte chez Mozart une unité dialectale de la mort et de la consolation perceptible sans aucune équivoque.

Les deux autres œuvres, sans prétention symbolique excessive, que sont les chants pour ténor soliste, chœur masculin avec accompagnement au piano ou à l’orgue Zerfliesst heut’, geliebte Brüder [Confluez (fusionnez) en ce jour, bien-aimés Frères], KV 483, et Ihr unsre neuen Leiter [Vous, nos nouveaux guides], KV 484, furent écrites par Mozart fin 1785/début 1786 comme première contribution dans la nouvelle Loge (fusionnée)  » Zur Neugekrönten Hoffnung  » [La Nouvelle Espérance couronnée]. Le premier chant comporte une allusion à cette fusion de Loges, imputable au décret impérial de Joseph II ordonnant une limitation du nombre des patentes de Loges.

En effet, le premier chant fait allusion à la susdite nouvelle Loge résultant de la fusion des trois Ateliers, « Zur gekrönten Hoffnun », « Zur Wohltätigkeit » [La Bienfaisance] et  » Zu den drei Feuern  » [Aux trois Feux], dans le passage …Josephs Wohltätigkeit hat uns, in deren Brust ein dreifach Feuer brennt, hat unsre Hoffnung neu gekrönt. [Grâce à la bienfaisance de Joseph, nous, hommes dans la poitrine desquels brûle un triple feu, percevons comme une espérance nouvellement couronnée].

Quant au second chant (KV 484), il était prévu pour la clôture des travaux, où le texte Ihr unsre neuen Leiter fait allusion à l’installation des nouveaux Officiers de la Loge. Ces deux oeuvres ont adopté une forme de refrain autonome, d’une ligne mélodique dénuée d’artifices, de façon que tous les Frères puissent facilement l’entonner et l’interpréter.

Au moins deux autres chants, composés par Mozart pour les travaux rituels au 3ème degré, passent pour avoir été perdus. Sur les deux pages doubles d’une collection de chants de l’Ecole de chorale masculine de Klosterneuburg près de Vienne, on peut lire l’annotation suivante : Von einem Br(uder) der L(oge), in Musik gesetzt von Br(uder) M…t [Par un Fr(ère) de la L(oge), mis en musique par le F(rère) M…t]. Pour ce qui est du parolier, il doit s’agir indubitablement de Gottlieb Leon (1757-1830) dont Mozart avait cosigné les poèmes. La date de parution de ces chants sous les titres Zur Eröffnung der Meisterloge, (Des Todes Werk) et Zum Schluss der Meisterarbeit (Vollbracht ist die Arbeit der Meister) [Pour l’ouverture de la Loge des Maîtres (L’œuvre de la Mort) et Pour clore les travaux des Maîtres (L’œuvre des Maîtres est achevée) ] n’est pas connue et, au demeurant, ces œuvres ne figurent pas dans la nomenclature KV (Köchelverzeichnis).

L’écriture du premier des chants pour Loge de Mozart O heiliges Band der Freundschaft treuer Brüder, KV 125h=148, [ Ô! lien sacré de l’amitié entre des Frères fidèles] sur un texte de Ludwig Friedrich Lenz, pour solo et chœur à une seule voix avec accompagnement au piano, devrait, en l’état actuel de nos connaissances, se situer à Salzburg vers 1774//76, donc avant l’entrée de Mozart en Maçonnerie. Toutefois ni le lieu ni la circonstance n’en sont connus, quand bien même l’on présume que la Loge munichoise « Zur Behutsamkeit » [La Prudence] en ait été la commanditaire.

Quelques autres œuvres de Mozart devraient avoir été composées pour des travaux rituels, encore qu’elles ne portent aucune mention explicite permettant de leur attribuer cette finalité. L’appartenance à des Loges viennoises – ou la présence occasionnelle – de Maçons maîtrisant un instrument comme la clarinette, le cor de basset ou le basson auront inspiré à Mozart ses mouvements solennels pour instruments à vent tout à fait adéquats pour accompagner une entrée au Temple ou quelque phase du déroulement des Tenues. La plus importante des œuvres musicales, dont on suppose qu’elles aient été composées à des fins rituelles, reste le magnifique Adagio en si bémol majeur, KV 484a=411, pour deux clarinettes et trois cors de basset, parue vers la fin de 1785 et qui dispense une atmosphère particulièrement solennelle. Tandis que le bref Adagio canonique en si bémol majeur, KV 484d=410, pour deux cors de basset et basson est également achevé, Mozart nous délivre encore deux autres morceaux pour instruments à vent destinés aux travaux en Loge. Il s’agit en fait, pour chacun, de fragments pour une clarinette et trois cors de basset, l’Adagio en fa-majeur de six mesures seulement, KV 484c =Anh. 93, ainsi que l’Adagio en ut-majeur, KV580a=Anh.93, dont les harmonieux accords évoquent immanquablement ceux de l’Ave Verum Corpus (KV 618).

Œuvres destinées aux Solennités & Loges de Table

L’œuvre majeure explicitement écrite à l’intention des Frères reste la cantate Die Maurerfreude (KV 471) – La joie des Frères Maçons – pour ténor, chœur d’hommes et petit orchestre, sur un texte du F… Franz Petran. Cette dernière était destinée à honorer le Maître en Chaire de la Loge « Zur wahren Eintracht » [La Vraie Concorde], le F… Ignaz von Born, et fut créée au cours d’une Loge de table au « Freimaurer-Casino » de la Praterstrasse, en date du 24 avril 1785 ; l’ensemble instrumental ainsi que les chanteurs avaient été recrutés parmi les Frères des Loges viennoises réunies. Cette cantate, qui revêt la forme d’un hymne, fut ultérieurement publiée par l’éditeur F… Pasquale Artaria « pour le bien des démunis ». Si l’on recherche dans cette œuvre des références au nombre « trois », il suffira de considérer la tonalité en mi-bémol majeur (avec signes d’altération 3 « B’s »), puis sur le chœur d’hommes à trois voix et la répétition à plusieurs reprises du rythme ternaire et pointée de tierces et sixtes en parallèle ainsi que des basses triolets.

L’œuvre destinée aux solennités de la Loge, connue sous le titre Eine kleine Freymaurer-Kantate [Petite cantate maçonnique], KV 623, fut à proprement parler le chant du cygne de Mozart. Cette ultime composition menée à terme fut exécutée le 17 (et non pas le 18 !) novembre 1791, sous la direction du compositeur, lors de l’inauguration du nouveau Temple de la Loge « Zur (neu) gekrönten Hoffnung » [La (Nouvelle) Espérance Couronnée] ; cette cérémonie marqua la dernière apparition en public de Mozart. En effet, le 5 décembre 1791, un des plus grands esprits que l’on ait connus devait regagner l’Orient éternel. Et les plus enthousiastes accents d’allégresse que nous délivre la cantate pour chœur Laut verkünde unsre Freude [Proclamons haut et fort notre joie] éveillent en maints passages des réminiscences de la « Flûte enchantée ».

Œuvres avec Références Maçonniques

Font partie de cette catégorie de compositions, la cantate fragmentaire Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’univers], KV 468a = 429, la Kleine deutsche Kantate (Die ihr des unermesslichen Weltalls Schöpfer ehrt) [Petite cantate allemande (A toi, en qui vous honorez le créateur de l’incommensurable univers)], KV 619, et la musique de scène pour Thamos, König in Aegypten [Thamos, roi en Egypte], KV 336a =345, ainsi que le Cantique des cantiques » de la Franc-Maçonnerie, Die Zauberflöte [La Flûte enchantée] (KV 620).

La cantate fragmentaire Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’univers] sur un texte du Franc-Maçon Leopold Haschka (1749-1827) ne devrait pas, selon les recherches les plus récentes, dater des années 1784/85, mais plutôt de l’année de la mort de Mozart (1791) ; elle avait fait l’objet d’une première version en vue d’une fête de la Loge puis son parachèvement remis à des jours meilleurs au profit du Requiem KV 626. Les paroles de ladite cantate font référence à la symbolique maçonnique ainsi qu’au culte solaire de l’Egypte ancienne, tandis que sa facture musicale présente de nombreux parallèles et échos de la « Flûte enchantée »

Tout en travaillant à l’écriture de la Flûte enchantée, Mozart composa en juillet 1791 la cantate pour une voix et piano Eine kleine deutsche Kantate, KV 619, dont il est fait mention plus avant, et qui lui avait été commandée par un Frère de Regensburg dénommé Heinrich Ziegenhagen (1753-1806), pour son livre Lehre vom richtigen Verhältnisse zu den Schöpfungswerken [Préceptes pour un comportement correct à l’encontre des œuvres de la Création]. Ce texte est nettement influencé par la pensée maçonnique, bien qu’aujourd’hui certains le voient marqué d’une  » exaltation rationaliste déconcertante  » (Paul Nettl). Les vers Körperkraft und Schönheit sey Eure Zier, Verstandeshelle Euer Adel [Que la Force corporelle et la Beauté soient votre ornement, que la Sagesse de la raison, notre noble ambition] ne sont pas sans évoquer « Les trois petites Lumières » (colonnes) de la Maçonnerie « Sagesse, Force et Beauté ». Dans cet ouvrage, Mozart, une fois encore, adopte des intonations particulières qui restent une caractéristique de ses compositions maçonniques, mais que  » l’on ne sait exprimer qu’avec difficulté  » (Paul Nettl). Les nombreuses références mélodiques et autres échos propres à d’autres œuvres destinées aux Loges ou s’inspirant de la Maçonnerie y sont frappantes ; en particulier très significatifs sont les  » chaînes d’accords en sixte  » (symbole musical de la Chaîne d’Union ?) auxquels Mozart recourt avec une dilection marquée dans ses œuvres destinées au travaux en Loge, entre autres dans la Marche des Prêtres de la « Flûte enchantée ».

Dans la version écrite en 1773 – donc avant son entrée en Maçonnerie – et revue en 1779 de la musique de scène, KV 336a=345, du drame héroïque Thamos, König in Aegypten [Thamos, roi en Egypte], écrit par le F… Tobias Philipp, seigneur de Gebler (1726-1786), les références maçonniques ne sauraient passer inaperçues : la structure hiératique de la musique mozartienne pour les scènes des prêtres de la « Flûte enchantée » en reste un exemple frappant. Thamos et également la cantate Dir, Seele des Weltalls [A toi, âme de l’Univers] sont manifestement l’expression du culte solaire égyptien.

Le chant maçonnique que l’on peut considérer comme « l’Hymne national » des Francs-Maçons, Zum Schluss der Loge [Pour la clôture des Travaux], KV 623a, Lasst uns mit geschlungnen Händen [Que nos mains enlacées], mieux connu dans une rédaction ultérieure du texte Brüder, reicht die Hand zum Bunde [Mes frères, tendez la main vers l’Union (la chaîne d’)], fut déclaré en 1946 hymne national autrichien. La paternité de Mozart dans le Chant de la Chaîne d’Union n’est pas authentiquement certifiée. À part Mozart, on cite souvent Johann Holzer et Paul Wranitzky comme compositeurs possibles.

Il n’y a pas lieu ici de débattre longuement sur la « Flûte Enchantée », tant ont pu être relevées ailleurs les références maçonniques de cette œuvre qui reste le plus impérissable des chefs d’œuvre du XVIIIe siècle. Qu’on l’examine sous les éclairages les plus divers, comme une transposition d’un conte ou d’un mystère, comme une comédie faubourienne viennoise, comme un magistral opéra maçonnique, comme l’illustration d’un conflit entre matriarcat et patriarcat, comme une allusion jacobito-révolutionnaire ou encore éthique-humaniste, il en ressort un incontournable constat : les résonances du langage musical de ce teutschen Singspiels [Opérette tudesque] (Mozart dixit) nous étreignent immédiatement le cœur, nous rendent heureux par leur très profond symbolisme, quelle que soit l’approche du texte et de son sens caché que l’on adopte. Au-delà de ces concepts, l’homme initié à l’Art Royal trouvera au pays de Zarastro toute la symbolique et toute la transcendance cosmique de la Loge.

Compositeurs Francs-Maçons

La littérature musicale ne cessera jamais de colporter des noms de compositeurs présumés Francs-Maçons, comme entre autres : Carl Philipp Emanuel Bach, Ludwig van Beethoven, Christoph Willibald Gluck, Antonio Salieri, Carl Maria von Weber. Jusqu’à ce jour, la preuve formelle de l’appartenance à l’Ordre d’aucun des compositeurs précités n’a pu être apportée. La liste qui suit ne comporte que des personnalités dont la qualité de Francs-Maçons est attestée, soit par des listes de membres ou des procès-verbaux de Loges, des lettres, etc. Les noms marqués d’un astérisque (*) sont ceux de Suisses.

Abel Carl Friedrich (1723-1787)
Abt Franz (1819-1885)
André Johann Anton (1775-1842)
Attenhofer Carl * (1837-1914)
Attwood Thomas (1765-1838)
Bach Johann Christian (1735-1782)
Bach, Wilhelm Friedrich Ernst (1759-1845)
Baermann Heinrich Joseph (1784-1847)
Benda Georg (1722-1795)
Berlin Irwing (1888-1990)
Blavet Michel (1700-1768)
Blumenthal Casimir, von (1787-1849)
Boieldieu François Adrien (1775-1834)
Boito Arrigo (1842-1918)
Boyce William (1711-1779)
Casadesus François Louis (1870-1954)
Casadesus Henri (1879-1947)
Cherubini Luigi (1760-1842)
Clerambault Louis Nicolas (1676-1749)
Damrosch Leopold (1832-1885)
David Ferdinand (1810-1873)
Devienne François (1759-1803)
Duvernoy Fréderic (1767-1838)
Eck Johann Friedrich (1764-1810)
Ellington Duke (1899-1974)
Engel Carl Immanuel (1764-1795)
Elsner Josef (1769-1854)
Fall Léo (1873-1925)
Fürstenau Caspar (1772-1819)
Geminiani Francesco Saverio (1679-1762)
Gebauer François René (1763-1845)
Gershwin George (1898-1937)
Giroust François (1738-1799)
Gossec François Joseph (1734-1829)
Grétry André Ernest Modeste (1742-1813)
Haydn Franz Joseph (1732-1809)
Hoffmeister Franz Anton (1754-1812)
Holzer Johann (1752-1818)
Hummel Johann Nepomuk (1778-1837)
Kayser Philipp Christoph (1755-1823)
Koussewitzky Sergey Alex (1874-1951)
Kozeluch Leopold Anton (1747-1818)
Kreutzer Rodolphe (1766-1831)
Krumpholtz Jean Baptiste (1745-1790)
Lindtpaintner Peter Joseph (1791-1856)
Liste Anton (1774-1832)
Liszt Franz (1811-1886)
Litolff Henry Charles (1818-1891)
Loewe Karl (1796-1869)
Lortzing Albert (1801-1851)
Méhul Etienne Nicolas (1763-1817)
Meyerbeer Gioacomo (1791-1864)
Mozart Leopold (1719-1787)
Mozart Wolfgang Amadé (1756-1791)
Mozart Franz Xaver Wolfgang (1791-1844)
Müller Alexander (1808-1863)
Naumann Johann Gottlieb (1741-1801)
Naudot Jacques Christophe († 1762)
Nedbal Oskar (1874-1930)
Neefe Christian Gottlieb (1748-1798)
d’Ordoñez Carlos d’ (1734-1786)
Pfister Hugo * (1914-1969)
Philidor François André (1726-1795)
Piccini Nicola (1728-1800)
Pijper Willem Frederik (1894-1953)
Pleyel Ignaz (1757-1831)
Puccini Gioacomo (1858-1924)
Reissiger Karl Gottfried (1798-1859)
Romberg Andreas (1767-1821)
Sarti Giuseppe (1729-1802)
Satie Erik (1866-1925) [fut Rosicrucien, donc pas Franc-Maçon à proprement parler]
Schibler Armin *(1920-1986)
Schnyder von Wartensee Xaver * (1786-1868)
Schubert Franz Anton (1768-1827) [rien à voir avec Franz Schubert de l’Inachevée]
Schultz Johann Abraham (1747-1800)
Sibelius Jean (1865-1957)
Sousa John Philip (1854-1932)
Speyer Wilhelm (1790-1878)
Spohr Louis (1784-1859)
Spontini Gasparo (1774-1851)
Stadler Anton (1753-1812)
Sullivan (Sir) Arthur (1842-1900)
Taskin Henry Joseph (1779-1852)
Vieuxtemps Henry (1820-1881)
Viotti Giovanni Battista (1753-1824)
Weigl Joseph (1766-1846)
Wesley Samuel (1766-1837)
Whiteman Paul (1890-1967)
Wranitzky Paul (1756-1808)

Notes

1) Ignaz von Born (1742-1791) célèbre minéralogiste et M… en Chaire de la Loge « Zur Wahren Eintracht », ami de Mozart qui – selon plusieurs historiens – lui aurait inspiré le personnage de Zarastro de la « Flûte enchantée ».

2) KV: Chevalier Ludwig von Köchel, Chronologisch-thematisches Verzeichnis sämtlicher Tonwerke Wolfgang Amadé Mozarts, Salzburg 1862, 6ème et 7ème édition non modifiée, 1965.

3) Cette précision devrait servir à souligner l’importance qu’il y a de connaître les sources contemporaines (Rituels des Loges) si l’on veut éviter de tirer des conclusions hâtives. Aujourd’hui, les batteries diffèrent entre Loges d’Apprenti et de Compagnon et nombre de musicologues tirent des conclusions erronées quant aux rythmes musicaux à partir de prémisses inexactes.

4) Au XVIIIème siècle, dans les Loges autrichiennes, il n’y avait pas de Tenue funèbre à proprement parler ; la mémoire des Frères défunts était honorée lors d’une Tenue d’élévation au 3ème grade.

Bibliographie

Autexier Philippe : Les oeuvres témoins de Mozart, Paris, 1982 ; La colonne d’harmonie – Histoire – Théorie – Pratique, Paris, 1995.
Basso Alberto: L’invenzione della gioia. Musica e massoneria nell’ età dei Lumi, Milano, 1994.
Cotte Roger: La musique maçonnique et ses musiciens, Baucens1974 ; Le courant maçonnique, in: Précis de musicologie. Paris, 1984.
Deutsch Otto Erich: Mozart und die Wiener Logen, Wien, 1932.
Die Musik in Geschichte und Gegenwart (MGG), Artikel: Freimaurermusik, Kassel, 1955.
Irmen Hans-Josef: Mozart – Mitglied geheimer Gesellschaften, Zülpich, 1991.
Klein Rudolf: Mozarts Freimaurer-Kompositionen, in: Bruder Wolfgang Amadeus Mozart, Wien, 1990.
Nettl Paul: Musik und Freimaurerei. Mozart und die königliche Kunst, Esslingen, 1956.
Schuler Heinz: Mozart und die Freimaurerei, Wilhelmshaven, 1992.
Siegmund-Schultze: Mozarts Freimaurermusiken, in: La Musique et le Rite Sacré et profane, Vol. I, Strasbourg, 1982.
Strebel Harald: Der Freimaurer Wolfgang Amadé Mozart, Stäfa, 1991 ; Freimaurerische Symbolik in Mozarts Musiksprache – Spekulation und Realität, in: Atti della Accademia Roveretana, K. H. Bock, Bad Honeff, 2001 ; Zur Echtheitsfrage des Maurergesangs « Laßt uns mit geschlungnen Händen » KV 623a, in: Mozart-Jahrbuch 1989/90, Kassel.

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Hommage à E. F. CHABANNE 25 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union , 3 commentaires

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PLANCHE pour CHABY

 

 

 

Évoquer en quelques minutes l’homme et quel homme, le F:.M:. et quel F:.M:., notre F:. et quel F:. est une gageure. Il faudrait en effet que ceux qui ont été ses collaborateurs, ses compagnons, ses amis, sa famille soient là et que nous les écoutions pendant de longues soirées pour commencer à percevoir la force, la sensibilité, et la pensée de ce constructeur, tant dans la vie profane que dans la F:.M:. universelle.

 

L’homme et le F:.M:. dont nous allons parler ce soir s’appelle Ernest Ferdinand Chabanne mais le titre donné à ce travail par notre V:.M:. est Chaby, car pour tous ceux qui l’ont connu, c’est à dire ceux qui sont nés avec lui à nos rencontres de l’esprit et du cœur, il est Chaby.

Pour essayer, s’il en était besoin, de rappeler sa personnalité hors du commun à ceux qui ont siégé sur ces colonnes avec lui, et surtout, pour essayer de la faire percevoir à ceux qui lui succèdent dans ce Temple, j’ai fait appel à la planche de notre V:.M:. d’honneur Georges Fontalba pour les cinquante ans de maçonnerie de notre Frère Chaby et à celle de l’Orateur pour ses quarante ans. Mais j’ai aussi relu ses allocutions de Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, et nous vous présenterons des extraits de sa substantifique pensée . Il n’aurait pas aimé que je qualifie ainsi sa pensée.

Je me souviens qu’un jour où je lui demandais pourquoi il n’écrivait pas et ne livrait pas sa pensée à notre réflexion, il me répondit: « Avec Jean Mourgues, nous nous sommes partagé les tâches ». Cela voulait dire : lui il écrit il le fait bien et le Grand Commandeur administre l’Obédience. Et je rajoute ce soir : et il l’a fait bien, comme j’ai rajouté ce soir là : c’est dommage que tu ne veuilles pas écrire. Je pense qu’à la fin de cette soirée vous partagerez ce sentiment et ce regret.

 

L’Homme

 

Ernest Ferdinand CHABANNE est né le 16 mai 1917 à Saint Dié dans les VOSGES, dans cette Lorraine, carrefour des civilisations occidentales. Et pour mieux affirmer sa multiculture c’est en Belgique qu’il fera ses études, au sein de l’Université Libre de Bruxelles et plus particulièrement à l’Académie Royale des Beaux-arts, dont il sortira nanti d’un Premier Prix d’Architecture. Il n’est pas inutile de préciser que l’Université Libre de Bruxelles est une réalisation, parmi d’autres, de la Franc-maçonnerie Belge et que l’un des Grands Maîtres du Grand Orient de Belgique fut le Très Illustre Frère ENGEL, beau-frère de Chaby et son père adoptif.

Mais la 2ème guerre mondiale est là. C’est l’Ecole du Génie qui l’accueille pour un temps. Après la débâcle il se retrouve dans les Chantiers de Jeunesse. L’instauration le 04 septembre 1942 du S.T.O., puis le débarquement en Afrique du Nord et enfin l’invasion de la Zone Libre le 11 novembre 1942 vont tout naturellement conduire Chaby à se fondre dans une semi clandestinité. C’est dans les Cévennes Viganaises qu’il trouvera refuge, après un bref séjour à Ganges Un accident de moto va être l’occasion d’une rencontre qui marquera à jamais l’existence de ce fougueux jeune homme. C’est en effet dans une salle d’hôpital à Montpellier qu’il fait la connaissance de Christiane Périvier qu’il épousera quelques mois plus tard.

Employé par l’entreprise Ferrières du Vigan, c’est dans cette ville que le couple s’installe. Deux enfants sont nés de cette union, deux filles, l’aînée Marie-Joëlle, dite Lalou, épouse de notre ancien V:.M:. Claude F:. et Frédérique, la cadette qui réside à Toulouse. Dès la fin du conflit EF CHABANNE devient l’architecte Municipal du Vigan puis de St Gilles, villes dans lesquelles il réalisera ses premières opérations de bâtisseur.

Il s’installera à Nîmes vers 1953 où le Cabinet d’architecte qu’il ouvre Rue de St Gilles devient en peu de temps le plus important de tout le Sud.

Mais l’homme a bien d’autres cordes à son arc. Et si la politique l’a un instant interpellé, comme on dit aujourd’hui, ce ne fut que pour servir un idéal, celui d’un homme de Gauche. Lui le bourgeois a toujours manifesté sa sympathie pour les humbles plutôt que pour les superbes, comme se plaisait à le dire notre regretté Frère Jean MOURGUES.

 

Après l’Homme voici

 

 

 

 

L’Architecte

 

L’œuvre de notre B:.A:. F:. est, dans ce domaine, à la mesure de l’homme.

Cette soirée ne saurait suffire à vous énumérer tout ce qui était né de son esprit et qui était devenu matière, tout ce qu’il a fait sortir du sol pour répondre aux besoins des hommes. Cela va des réalisations Viganaises en 1950 à la construction des complexes scientifiques de Rangueil à Toulouse, au complexe technique d’ Aix en Provence en passant par les bâtiments scolaires de Nîmes, de ceux de la Sécurité Sociale qui nous font face de l’Hôtel du Département, de ceux de l’I.N.R A. à Bellegarde de l’Hôpital Carémeau. Sans oublier les H.L.M. de la Z.U.P. au Chemin bas d’Avignon, la réalisation de l’E.D.F. , l’Aéroport de Garons, des Banques, des Grands Magasins et j’en passe ! La patte de l’Architecte se retrouve un peu partout, dans le Midi comme ailleurs en France et même à l’Etranger. On la retrouve aussi dans cet immeuble, qui est notre patrimoine. Grâce à lui, à sa volonté, à ses connaissances et ses efforts, nous avons pu après les jours sombres de la guerre, non seulement retrouver ce lieu mais restaurer aussi ce Temple.

Sans qu’on le sache toujours, il y a donc autour de nous des lieux de résidence, d’études, de travail, qui sont le fruit l’imagination et du savoir de notre Frère CHABANNE.

Ils seront la trace visible laissée par l’Architecte.

 

Après l’Homme, après l’Architecte voici le

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franc-maçon, notre F:. CHABY

 

Le 13 mars 1946, au lendemain d’un conflit qui avait laissé beaucoup de traces dans l’esprit des Frères, la Loge avait à son ordre du jour l’initiation d’un jeune architecte tout à fait inconnu ou presque. Soixante et un ans après, qu’est-il advenu de ce jeune Apprenti ? qu’a-t-il reçu et surtout qu’a-t-il apporté ?

Compagnon le 22 janvier 1947, il sera élevé à la Maîtrise le 28 octobre 1947. Et la première fonction que la Loge lui confiera sera celle d’Orateur, fonction qu’il occupera de septembre 1948 à septembre 1950. Il sera Grand Expert de 1951 à 1953 puis Maître des Cérémonies en 1953 et 1°Surveillant en 1955 pour être à nouveau Maître des Cérémonies en 1960.

En 1957 la Loge a Cent ans et pour fêter cet anniversaire, le Congrès Régional tient ses assises à Nîmes. Vous dire qui en fut l’organisateur ne me paraît pas être de nature à vous surprendre, aussi me contenterai-je de souligner que les travaux se sont déroulés ici dans ce Temple, visiteurs compris ! Mais il n’y avait pas encore plus de cent cinquante Loges, même pas cinquante.

C’est en 1960 que pour la première fois notre Frère CHABANNE accède au Conseil de l’Ordre qui en fera son Grand Orateur avant d’en faire son Grand Maître Adjoint.

Ce premier mandat prend fin en septembre 1963. La Loge en profite pour lui confier à son tour la charge de Vénérable, fonction qu’il exerce pendant un an.

En 1964 il est élu Orateur du Convent en même temps que lui sera confié un deuxième mandat de Conseiller de l’Ordre, au cours duquel il sera appelé à nouveau aux fonctions de Grand Maître Adjoint. C’est au cours de ce mandat que furent entrepris les travaux de rénovation de l’Hôtel du Grand Orient de France, rue Cadet et notre Frère y prit sa part.

En septembre 1969 la Loge lui confie une fois encore la charge de Vénérable. Ce mandat va être interrompu par une affaire qui a marqué les esprits et les cœurs. Lettres anonymes, propos diffamatoires, délation rien n’a manqué pour tenter de détruire celui qui depuis plus d’un quart de siècle avait servi la Maçonnerie. La Loge prit fait et cause pour son Vénérable et malgré ce, le Conseil prit un décret de suspension à l’encontre du Frère CHABANNE. Tout fut mis en œuvre pour retarder au maximum la réunion du Jury Fraternel Régional saisi du dossier, qui, néanmoins, tint ses assises la veille du Congrès Régional. Non seulement le Frère CHABANNE fut blanchi de toutes les accusations portées contre lui, mais le Congrès lui confiait un troisième mandat de Conseiller de l’Ordre et il fut une nouvelle fois Grand Maître Adjoint.

 

A ce stade de son propos, Georges citait Corneille dans « Nicodème »:

 

 » La Gloire est plus solide après la Calomnie

Et brille d’autant mieux qu’elle s’en est vue ternie »

 

Cette citation pourrait s’appliquer à notre Loge qui allait presque trente ans plus tard traverser quelques turbulences, fermons la parenthèse.

Ainsi s’achève la première période, celle que l’on peut qualifier de phase bleue. A mi-chemin, après vingt cinq ans passés au service de sa Loge et du Grand Orient, nous allons aborder la deuxième période, celle que l’on peut appeler la période blanche, celle du Grand Collège, au cours de laquelle notre Frère Chabanne va donner la pleine mesure de ses qualités.

Élevé au 18° Grade le 04 juillet 1954, il obtient le 30° Degré le 25 octobre 1958. Puis il fut reçu au 31° Degré le 01 avril 1962, pour enfin parvenir au 33° et dernier Degré le 03 septembre 1965.

C’est le 03 septembre 1971 qu’il est coopté par ses pairs au sein de la direction du Grand Collège des Rites que l’on nomme Suprême Conseil. Il en sera le 1° Lieutenant Commandeur (ce qui correspond à notre 1er Surveillant en Loge bleue) le 07 septembre 1973, pour en devenir le Souverain Grand Commandeur le 08 septembre 1976.

Cette fonction est la plus élevée de la hiérarchie initiatique. C’est sur sa demande, que le 07 septembre 1988, il quittera ses fonctions. Douze ans au cours desquels il a, non seulement marqué de son empreinte le Grand Collège, mais aussi les rapports entre les Suprêmes Conseil d’Europe. Il recevra le titre de Grand Commandeur ad vitam.

 

Voilà brossés les éléments apparents de la vie de notre Frère Ernest Ferdinand Chabanne, mais ils ne peuvent traduire ce qui est au plus profond de la vie de notre Loge: la relation de fraternité qui nous re-lie dans l’espace et dans le temps à notre F:. Chaby.

Et je voudrais m’adresser à toi mon F:. Chaby comme ce jeune orateur initié depuis quatre ans s’adressait à toi, le 13 mars 1986 pour fêter tes quarante ans de Maçonnerie, conscient du poids de la charge mais aussi du privilège de pouvoir, au nom de tous, communier avec toi.

J’étais parti de cette phrase que tu avais prononcée en 1985 :«Ce n’est tant ce que l’on fait qui compte, que ce que l’on est », pour nous poser la question: qui es-tu mon F:. Chabanne ?

C’est vrai que tu posais problème à certains d’entre-nous. Ta stature, ta voix, ton regard, la puissance de ta pensée avaient de quoi nous figer, mais pourtant quelle sensibilité, quel besoin de connaître les frères pour mieux vivre ta Loge, notre Loge.

Ta place était à l’ombre, sur la colonne du Nord, en haut en entrant dans le Temple. De là tu pouvais embrasser tout l’Atelier, le sentir. Car si tu ne venais pas assez souvent à ton gré, dès que tu étais dans la salle humide, paupières mi-closes, tu distillais ton regard pour percevoir chacun de nous, et les relations qui se nouaient, car tu étais très attentif à la vie de ton Atelier et donc aux Frères qui le composaient, et en particulier aux nouveaux initiés. Et si tu ne doutais pas de ce que la F:.M:. pouvait apporter à un profane, tu ne manquais pas de poser la question « Mais lui, qu’apportera-t-il à la Maçonnerie? »

Certains se demandaient si tu te mettais là pour surveiller ou diriger au nom d’autres puissances maçonniques, mais non !, respectueux de la liberté de tous et de chacun, ce n’était que pour nous inciter à user de notre liberté de réfléchir et de dire. Et si quand tu fermais les yeux quelques uns, pensant que tu dormais, en avaient profité pour dire n’importe quoi, d’un coup de patte affectueux quand même, en deux phrases, tu les remettais au cœur du sujet, sur le chemin de leur travail. Ils comprenaient qu’il n’y avait personne de plus efficace qu’un Cha… banne qui dort, car c’est un lion qui veille.

Je crois aussi que notre F:. Chaby se mettait à cette place par modestie naturelle, et pour montrer l’humilité de sa recherche. Rares étaient ses interventions , sa sensibilité, sa passion et sa pensée étaient toujours canalisées. Mais quelle force dans la concision pour nous inciter, dans le respect des fondamentaux de la Maçonnerie à devenir les acteurs de notre progression et de la vie de notre Loge, de l’Obédience et de l’Ordre.

Mais je ne pouvais m’empêcher de t’adresser une requête ce soir là « Viens plus souvent si tu peux, nous avons besoin d’entraînement pour escalader la montagne ». Quand tu n’étais pas là, tu étais quand même là et notre F:. Fanfan te gardait la place. Nous vivions la présence – absence.

Notre F:. Chaby a beaucoup donné à la Maçonnerie et à sa Loge. Son activité est indissociable de la protection, la gestion et l’amélioration du patrimoine. Il a été président de l’Acacia et il y a vingt et un ans c’est dans un Temple rénové que nous fêtions ses quarante ans. C’était le début d’une série de travaux qui nous ont permis de faire face à une catastrophe colombophile et de maintenir et embellir notre Atelier. Le souvenir de voir arriver Chaby vers la fin de nos travaux matériels toujours porteur de bonnes bouteilles et heureux de voir le résultat de notre action et se renforcer les liens qui nous unissaient, est profondément ancré en nous..

Chaby a su nous transmettre cette volonté et cet engagement de faire de nos locaux un Temple et une salle humide propices à une fraternité plus vive et à un travail spirituel plus fort et plus vigoureux. A nous maintenant d’en transmettre l’esprit et la forme en l’améliorant si c’est possible.

Nîmes passe parfois pour être le pays des Reboussié, c’est à dire de ceux qui prennent le contre-pied de l’ordre établi. Pour ma part je pense qu’il n’en est rien et que ce qui caractérise ce pays et cette Loge, ce sont leur attachement à la résistance, l’indépendance, la tolérance, en un mot la liberté. C’est peut-être ce qui a séduit notre futur F:. Chaby lorsqu’il s’est installé dans nos Cévennes. De l’Université libre à une Loge libre par un pays libre voilà le parcours de notre F:.. D’autres suivront le même chemin, n’est-ce pas Jean-Pierre et Marc?

L’Echo du G:.O:. symbolise bien cette liberté à laquelle nous sommes profondément attachés. En disant cela je pense en particulier à nos FF:. espagnols qui se sont souvent réunis dans ce Temple où ils trouvaient la sûreté et la fraternité qui doivent relier tous les FF:.MM:. et qui étaient présents le 12 mars 1986.

Et je leur disais « Ustedes, también, hermanos espanoles conocen nuestro pais. Ustedes también quieren esta Logia y sus hermanos, simbolos de libertad. Me acuerdo, Hermano Alonso cuando hablabas del sitio de este hermano asentado en la columna del norte pero nos decias: he olvidado su apellido » Mais personne ne croyait notre F:. Alonso qui accompagnait le T:.I:.F:. Rafael VILAPLANA, tant notre F:. Chabanne était connu des deux côtés des Pyrénées.

Et je rajoutais: si je pouvais, je dirais que son nom est Chaby Chabanne, Chaby pour les anciens, Chabanne pour les nouveaux, Chaby Chabanne pour chacun, ce 12 mars 5986.

Mais notre F:. Chaby était aussi connu et reconnu de l’autre côté des Alpes et le T:.I:.F:. Ghinazzi était là, accompagné de trois T:.I:.F:. « E la vostre prezensa fratelos itilianos testimonia de l’afeto que voi li portate, dal altra parte delle Alpi er noi vi ringradsiamo di essere quoui con noi, cuesta serra. »

Au cours de cette soirée où le Temple était beaucoup trop petit pour accueillir le S:.G:.M:. et tous les FF:. visiteurs, nous avons pu prendre conscience de l’estime, l’affection et la reconnaissance que lui portaient nos FF:. aux plans régional, national et européen, tant l’action de notre F:. Chaby dans la F:.M:. a été appréciée dans les Loges bleues comme au sein du G:.C:.D:.R:. et de la F:.M:. européenne.

A chacun de nous, notre F:. Chaby a ouvert les voies qui conduisent à la Connaissance et à la liberté de l’esprit. Dans ses allocutions de G:.C:., ses planches, dont la dernière dans notre Loge s’intitulait : Franc Maçonnerie et politique, en 1989, comme dans ses interventions, il a développé les enseignements fondamentaux de la F:.M:. et a toujours cherché à consolider les piliers sans lesquels il ne peut y avoir d’édifice solide, afin que chacun de nous s’engage dans la recherche de la Vérité.

Mais notre F:. Chaby pouvait nous dérouter parfois. Qui ne l’a pas entendu paraître traiter le symbolisme comme secondaire. Mais je peux témoigner qu’un des symboles qui lui était cher et sur lequel il méditait souvent était Janus. Notre F:. Chaby était très attaché à la pratique rigoureuse du rituel et je l’entends demander à Jean Mourgues s’il avait apprécié notre Tenue et le respect du rituel. Notre F:. Chaby avait aussi la capacité de détruire d’un trait l’édifice qu’il venait de construire brillamment. Il rappelait ainsi à chacun, et à lui-même, la relativité de la forme que prend l’expression de la pensée.

Constructeur infatigable, Chaby, malgré sa grande pudeur pouvait se mettre à nu et livrer sa pensée et ses interrogations. Je me souviens de ce repas avec Georges et Jean Mourgues où il me demandait si le G:.C:.D:.R:. répondait aux attentes de nos FF:..

Son attachement à sa Loge, à notre Loge était primordial. Nous nous souviendrons du dernier banquet du solstice d’hiver où malgré sa santé très déclinante, il avait tenu à participer et nous l’avions raccompagné chez lui.

Chaby devait passer à l’Orient éternel le 11 juillet 2002.

Ce soir nous nous relions encore plus fortement à Toi, mon F:. Chaby, ceux qui t’ont connu et ceux qui te découvrent un peu à travers ce propos. Et pour que tu sois plus près de nous, de nos esprits et de nos cœurs, nous allons écouter des FF:. nous lire des extraits de ta pensée.

Colonne d’harmonie :

Extraits de la sonate « Arpeggione » de Franz Schubert

 

La 1ère mission d’un Atelier est d’initier, sous la conduite de son V:.M:.. Notre V:.M:. Bernard AIG:. va nous lire ce qu’écrivait notre F:. Chaby au sujet de l’initiation:

 

« Il faut bien se dire que beaucoup de ceux qui ont franchi les portes de nos temples ne perçoivent pas immédiatement le caractère véritable de notre institution.

Il s’agit en effet, de donner à chacun de nous:

-le moyen de conquérir une vertu bien connue: la maîtrise de soi

-une attitude souhaitée par tous: la lucidité tolérante

-une mission généreuse: apporter le témoignage de notre volonté à ceux qui oeuvrent pour libérer les hommes de leurs chaînes.

Je pense que nous n’insisterons jamais assez sur le fait qu’il importe peu de considérer d’où nous partons, pourvu que dans notre vie, nous nous soyons élevés un peu plus haut.

Élévation qu’il faut comprendre dans le sens d’une libération, d’un affranchissement, d’une équité dans le jugement et d’une générosité dans la relation fraternelle. Cette élévation est toute intérieure, intime et personnelle.

Et nous n’avons pas à nous en prévaloir individuellement.

(septembre 5986)

Notre voie est claire: l’esprit critique, la conquête de soi par l’exercice du jugement, par l’affrontement des problèmes personnels et collectifs, par l’intelligence des situations, voilà ce qui justifie nos travaux…..

La véritable leçon maçonnique, ce n’est pas l’alternance du Bien et du Mal, c’est le dépassement de la dualité par un troisième terme ouvrant les voies d’un accomplissement qui résout les oppositions.

Nous avons tout à apprendre: les rites nous enseignent les voies, la discipline nous conduit sur celle que nous avons choisie et la fraternité nous protège du désespoir.

La communauté fraternelle est celle des hommes assez forts pour vivre hors du temps sans être absents des luttes quotidiennes, assez lucides pour voir dans l’échec et la douleur l’annonce d’un renouveau, assez grands pour être de plain-pied avec les humbles.

(mai 5980)

La tradition initiatique nous rappelle que c’est dans la nuit que se préparent les aurores. Sachons selon un symbolisme qui nous est consubstantiel, être les veilleurs qui annoncent les temps de la résurrection.

Nous avons des rites. Leur diversité, leur richesse nous échappent et la plupart du temps nous sommes hors d’état d’en percevoir les implications parce que nous les considérons avec légèreté, et quelque mépris complaisant; est-ce suffisant pour en recevoir une profonde influence sur nos conceptions?

Pratiquer un rite c’est le comprendre ou alors c’est se livrer à une pantomime dérisoire.

Nous avons en Loge un ordre et une discipline. Mais combien ne comprennent pas leur nécessité, et que c’est cette contrainte librement acceptée qui libère l’esprit et fortifie le caractère…

Nous avons l’instrument de la perfection individuelle qui fait que chacun de nous devient un peu meilleur, et que nous nous confortons de notre détermination commune. »

(avril 5979)

 

 

 

 

 

 

 

Mon F:.Léo RAM:. , que disait notre F:.Chaby à propos de la Franc-Maçonnerie ?

 

 » Je crois en effet que la Franc-Maçonnerie est une grande chose, qui, comme l’expression dernière de la religiosité profonde de l’humanité, n’est pas encore arrivé à sa formulation, ni à son expression, pas plus qu’à la hauteur désirable pour qu’elle soit appréciée à sa juste valeur.

 

Les constitutions mettent avec précision l’accent sur l’essentiel: l’institution est philosophique, c’est à dire qu’elle se situe dans l’ordre de la relativité généralisée de toutes les valeurs, tout autant qu’il ne s’agit pas de la vie profane(elle se situe au niveau spéculatif)

 

L’institution est philanthropique, c’est à dire qu’elle vise à améliorer la condition humaine( ce qui ne préjuge en rien la nécessité selon les circonstances, de considérer telle ou telle solution comme préférable aux besoins de l’homme)

 

Enfin elle est progressive, c’est à dire qu’elle admet qu’il faille à tous les individus une expérience, ainsi qu’une réflexion durables, continues et approfondies pour parvenir à l’intelligence des relations humaines…..

 

Nous demandons à chacun de travailler à former son propre jugement.

Pour former ce jugement, la pratique de la solidarité et l’étude- l’étude et non l’élaboration de la morale- sont considérées par la tradition maçonnique comme la voie la plus sûre.

La réflexion et l’action s’ordonnent en fonction de la compréhension de la condition humaine. « 

(septembre 5987)

 

L’action est une préoccupation, voire une impatience ou une frustration, et pourtant…Qu’en disait Chaby, mon F:. Pierre RIB:. ?

 

 » L’action est non pas l’effet de la contrainte, mais naît en chacun de nous de l’intime conviction, c’est à dire du jugement éclairé. La Maçonnerie conduit l’impétrant de la pratique des instruments de la connaissance, à la définition des valeurs, pour l’engager sur la voie de la connaissance effective.

 

 

Et c’est de l’intérieur de chacun que doit surgir la volonté de s’accorder à la communauté, comme à l’univers sans frontière qui est le nôtre.

(septembre 5987)

 

Ceux qui ont vocation de chercher la Lumière peuvent apporter aux activistes et aux conservateurs les solutions qui permettent le progrès.

(septembre 5986)

 

L’acte véritable est le rayonnement.

Ce qui est au centre doit être immobile, rayonnant et partout à la fois.

Ce n’est pas tant ce que l’on fait qui compte que ce que l’on est. « 

(septembre 5985)

 

Le Devoir, sa connaissance et sa pratique, sont une constante de notre travail maçonnique. Voici ce qu’en a dit notre F:.Chaby par la voix de notre F:. Christian JOFF:. :

 

 » Il n’y a pas de devoir plus immédiat que celui qui consiste à faire de notre comportement à l’égard des autres une source de paix.

(septembre 5976)

Moins que jamais il ne nous paraît souhaitable d’abandonner le devoir de sérénité, de lucidité et de fraternité qui est le nôtre.

Je dis le Devoir, parce qu’il n’est d’autre obligation formelle à notre engagement maçonnique, que celle d’agir selon le sentiment de notre libre conscience éclairée par l’étude et soutenue par l’amour de l’humanité.

Mais je dis de sérénité, parce qu’il n’est pas d’heures, il n’est pas de minutes, où la tentation de l’indignation, du désespoir, ou de la colère, ne nous sollicite au spectacle des abus de confiance, des détournements de sens, des récupérations dont les meilleurs sont les victimes en tout lieu de la planète….

Je dis aussi que notre conscience doit être éclairée par l’étude et je me demande si ce n’est pas là une des exigences les plus mal comprises de notre temps.

Non! Les compétences techniques, les connaissances professionnelles, les subtilités juridiques, si hautement appréciées qu’elles méritent d’être, ne suffisent pas à régler les problèmes humains.

Sans la connaissance de l’homme, de ses traditions, de ses faiblesses comme de ses hantises, de ses douleurs comme de ses haines, sans la connaissance de l’homme dans la diversité et la confusion inévitable des rapports qu’il entretient avec ses semblables, il n’est aucune réponse possible ou admissible aux conflits plus ou moins spontanés qui se multiplient depuis toujours entre eux.

J’ai dit encore que le devoir devait être soutenu par l’amour de l’humanité, et cela est sans doute l’exigence la plus redoutable, car c’est celle où les bonnes volontés se manifestent avec le plus de spontanéité et le plus d’ambiguïté. « 

(septembre 5984)

 

Il ne peut y avoir de Maçonnerie sans amour ni fraternité. Notre F:. Chaby le savait et notre F:. Philippe INF:. va nous le dire :

 

 » Il est probable que l’humanité marche vers l’uniformisation de plus en plus grande de ses pratiques, de ses comportements et de ses connaissances techniques.

Mais cette uniformisation n’éloigne ni les menaces de fanatisme, ni la volonté de domination des groupes d’intérêt qui se partagent la planète.

Notre place n’est ni dans l’un, ni dans l’autre camp. Notre souci est autre.

Peut-être moins grandiose, peut-être moins impressionnant: l’Amour tel que nous le concevons remonte à l’inspiration directe que le mot Charité véhiculait au Moyen -Age. Notre souci est celui qui consiste à comprendre, dans sa singularité, à préserver dans son identité, et à cultiver, dans son originalité, l’aspiration de chaque peuple, de chaque culture, de chaque tradition.

(septembre 5984)

 

Nul compromis ne peut intervenir au gré des complaisances partisanes. La fraternité des hommes libres n’a rien de commun avec un groupe de pression, avec un syndicat, ou avec un parti. Tout comportement sélectif en fonction d’une idéologie partisane ou d’une faction, voire d’une doctrine de l’action, est attentatoire à l’esprit maçonnique de fraternité et d’égalité…

En réalité si la solidarité doit jouer contre les injustices dont sont victimes les hommes- tous les hommes- les passe droits, les protections, les sollicitations diverses doivent être des pratiques absolument proscrites car elles sont dégradantes pour tous

(septembre 5987)

 

C’est une sottise que de prétendre que la Maçonnerie a d’abord pour mission de traiter des questions profanes. Elle a en réalité pour mission de traiter en tout lieu et tout temps de la Fraternité. « 

(septembre 5976)

 

Notre F:. Rabaut Saint Etienne disait « Ce que je réclame ce n ‘est pas la Tolérance, c’est la liberté. », mais c’était dans un autre contexte. Et si la Tolérance était une des formes de la Liberté. Mon F:. Jean Pierre V:. W:., qu’en disait notre F :. Chaby ?

 

 » Il faut bien admettre , et ce ne sera jamais assez répété, que nous sommes tous astreints au respect des autres, et que nul n’a le droit de s’y soustraire.

 

Quels que soient la position que l’on occupe, les grades universitaires obtenus, rien, absolument rien, n’autorise les analyses subjectives, provoquant des prises de positions partisanes, dogmatiques, empreintes d’ostracisme, et qui font plus songer au temps de l’Inquisition qu’au temps des Lumières.

 

En matière d’opinion la liberté est notre loi.

 

La tolérance n’implique pas l’idée de l’abandon, ni celle de la lâcheté.

Elle nécessite impérativement le respect de la pensée des autres et le courage d’analyser les situations avec sévérité, patience et honnêteté intellectuelle….

Ce n’est pas en Maçonnerie que peut renaître le dualisme manichéen. Nous sommes sous le signe du triangle. Et bien au-delà des nombres que nous connaissons.

 

La tolérance nécessite l’accueil et l’humilité. Elle ne peut fleurir que lorsqu’elle se trouve inspirée par la fraternité…..

Nous ne pourrons tous ensemble construire notre Temple individuel ou poursuivre notre idéal collectif, qu’en veillant scrupuleusement au respect, sous toutes ses formes, de la tolérance.

 

Il ne nous appartient pas de multiplier nous-mêmes les épines de la rose;et si la rose doit comporter des épines, qu’au moins nous sachions éviter leurs blessures. N’est-ce pas au fond, notre vocation la plus haute dans l’ordre social? »

 

 

 

 

Dans ce Temple, trois Ateliers du Suprême Conseil du R:.E:.A:.A:. du G:.C:.D:.R:., réunissant des FF:. d’Alès Beaucaire et Nîmes, travaillent sous la coordination de notre F:. Alain Cast:.. Mon F:. Alain que disait notre F:. Chaby à propos de la tâche du G:.C:.D:.R:. ?

 

« Cette tâche, elle est celle que le Grand Collège a toujours considérée comme la plus haute: préserver, conserver et transmettre la tradition initiatique, qui est comme le dit lui-même Corneloup, « l’antidote spécifique de tous les totalitarismes, de tous les étatismes, de toutes les technocraties qui nous menacent « 

Elle est la voie de libération de l’homme…..et, si par le fait de circonstances historiques, le Grand Orient a dû anticiper sur l’évolution des esprits et assumer la mission de témoigner pour la liberté de conscience, loin d’avoir à nous renier, nous avons bien au contraire le devoir de veiller à conserver précieusement la pureté de cette flamme.

A vouloir prétendre à des rôles qui ne sont pas les nôtres, nous risquons de ruiner nos justifications les plus essentielles.

Si nous tournons résolument le dos aux tentations du rôle politique que l’évolution des relations internationales nous offre de jouer dans un ordre qui n’est pas le nôtre alors nous pourrons servir notre mission humaniste.

Demeurons entre les branches du compas…

Si nous savons maintenir la discipline initiatique et le travail de réflexion au niveau de désintéressement qui convient; si nous savons former des hommes de jugement et de caractère, alors notre mission n’est pas achevée.

Nous demeurons une référence. Nous inspirerons la considération et le respect. Nous attirerons les esprits généreux et nous fournirons l’exemple d ‘hommes aussi proches de la sagesse qu’il est possible, d’hommes fidèles à la tradition, non seulement à la tradition spéculative trop ouverte aux intellectuels, mais à la tradition opérative, sans laquelle il n’est pas de construction solide, et nous aurons l’expérience indispensable à la poursuite de notre tâche: l’élaboration d’un ordre humain et fraternel.

(avril 5979)

 

Nos Ateliers, certes sont des lieux de travail, et nos prétentions ne sont nullement de constituer une sorte de Maçonnerie supérieure. Ceux qui cultiveraient des illusions à ce sujet seraient bien peu ouverts aux exigences de l’Art Royal….

Ne nous méprenons pas sur la relation entre les divers Ateliers : elles sont de complémentarité, non de hiérarchie.

 

C’est pourquoi je demande à ceux qui ont la charge de recevoir les candidats aux Ateliers de Perfection, de ne recevoir que ceux qui ont révélé leur intérêt pour les démarches abstraites de la pensée, et pour la méditation des pratiques rituelles ».

(septembre 5986)

 

Pour conclure, voilà ce que disait notre F Chaby à propos du Franc-Maçon :

 

« Chaque maçon porte en lui la source même de la Justice dans la rigueur de son jugement informé, et de la lucidité rationnelle. S’il oublie qu’il n’est pas de combat qui n’abaisse les adversaires au même rang, qui n’avilisse en raison des moyens utilisés, qui ne durcisse par les efforts nécessaires, il n’aura plus la possibilité de retrouver la vision sereine de l’homme qui sait discerner le bien du mal, le juste dans le malheur et le vrai dans la confusion, comme l’ordre dans le chaos.

Il y a des jeux du monde où se perd la vertu du sage. Cela ne veut pas dire que l’homme ne doit pas y jouer sa partie, cela signifie seulement que tout engagement dans ce sens limite et détermine la caractère de la vocation maçonnique.

En fait, il faut choisir: la domination ou la lumière, asservir ou libérer, contraindre ou éclairer. »

(septembre 5987)

 

Notre F:. Chaby avait choisi.

J’ai dit.

 

Colonne d’harmonie :

Extraits de « La Flûte enchantée », n°9-marche et n°10-air avec cœur Wolfang Amadeus Mozart

 

Guy S:.-Guil:.

O:. de Nîmes

28 Mars 6007

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Le vrai visage de la franc-maçonnerie – Constant Chevillon 19 avril, 2008

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Le Vrai Visage de la Franc-Maçonnerie
Frère Constant Chevillon
1880 – 1944

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C’est avec une émotion profonde que nous publions ce texte majeur.
Nous devons, en effet, rappeler quelle fut la mort tragique de notre Frère.
Il fut arraché de son domicile par le M.N.A.T. de Doriot, le 25 mars 1944 au soir, pour un soi-disant interrogatoire ; son corps fut retrouvé dans la nuit, percé de balles, à St-Fons montée des Clochettes, dans la banlieue lyonnaise, en un lieu où plusieurs crimes du même genre furent perpétrés.
Plus de soixante ans après avoir été tracé, ce morceau d’architecture est toujours d’une troublante actualité !

LE VRAI VISAGE DE LA FRANC-MAÇONNERIE

PROLEGOMENES

De nos jours, et plus qu’elle ne le fut jamais, la Maçonnerie est attaquée. Comme jadis le bouc émissaire des Juifs, on la charge de tous les péchés du peuple, de toutes les fautes des gouvernements, de tous les crimes perpétrés contre la concorde et la paix.
Bien plus, ses adversaires l’accusent des plus noirs desseins.
Ils la présentent aux foules comme une ennemie irréductible de la civilisation chrétienne, comme un agent démoralisateur chargé, par des chefs occultes, de répandre la décomposition dans le corps social et moral de l’humanité.
Mieux encore, ils la considèrent, sans rire, comme une collectivité satanique dont l’objectif plus ou moins immédiat vise à l’hégémonie du mal.
De ce chef, sans répit, tombent sur elle les haines, les persécutions, les lettres de cachet, les excommunications mineures ou majeures de la foule ignorante et de certaines élites trop bien renseignées sur la valeur intrinsèque de l’institution.Examinons brièvement les causes profondes de cet ostracisme universel. Pourquoi la Maçonnerie est-elle attaquée, pourquoi est-elle persécutée et le sera jusqu’à la consommation des siècles ?
Pour deux raisons essentielles :Elle est d’abord l’antithèse de tous les racismes et de toutes les dictatures de la force, car elle est le symbole vivant de la fraternité universelle.
Elle est une condamnation permanente de toutes les politiques de partis et de toutes les politiques nationales égoïstes.
Elle se dresse en face d’une conscience dictatoriale, comme une accusation perpétuelle et tangible.
Sans prononcer une parole, sans faire un geste, par le seul fait de son existence, elle semble dire aux prévaricateurs : qu’avez-vous fait de la liberté, de la justice et de l’équité ?
Ils veulent donc l’enchaîner et, mieux, l’anéantir pour supprimer jusqu’aux fantômes du remords.
En second lieu, elle ne concède à personne le monopole de l’universalité, elle ne veut pas qu’un clan, qu’un parti, voire une Eglise, règle l’usage des universaux dans le moule trop souvent étriqué de ses conceptions.
Elle veut un seul idéal pour le genre humain tout entier, mais elle prêche l’unité dans la diversité des individus, des cités, des nations et des races. C’est pourquoi elle est toujours la cible des attaques venues de tous les côtés de l’horizon ; les profiteurs, les autoritaires, les idéologues, tous les partisans des intérêts particuliers, de la lutte des classes, des révolutions à sens unique, se liguent contre elle.
De droite et de gauche, par devant et par derrière, elle reçoit des coups. Est-ce juste ou injuste ?
Ne le discutons pas, c’est humain ; l’explication est suffisante.Mais aux persécutions dont la Maçonnerie est l’objet, il y a une autre cause, celle-ci née dans son propre sein.
Elle a parfois et délibérément, par ignorance, veulerie ou calcul, car elle est aussi constituée par des hommes faillibles, prêté le flanc à la critique.
Elle a oublié sa raison d’être, oublié sa catholicité, c’est-à-dire son universalité.
Elle est descendue dans l’arène des partis, elle a manqué à sa mission salvatrice ; au lieu de se cantonner dans la sphère de l’autorité et de la sagesse, elle a voulu participer, en tant que Maçonnerie, au pouvoir et à la politique.
Elle a renié son oecuménisme pour devenir le mesquin symbole d’un clocher paroissial.
Concile général de l’humanité, elle s’est ravalée au rôle de chapelle clandestine des intérêts privés, elle a fait sa cour aux puissants du jour, pour avoir sa place parmi eux, sans penser à la fragilité des colosses aux pieds d’argile ; lorsqu’ils sont tombés, elle a été écrasée par leurs ruines et ses outils, employés à une besogne servile, utilitaire et rémunérée, sont devenus inefficaces entre ses mains débiles.La Maçonnerie, dans les hommes qui composent son corps visible, porte donc une large part de responsabilité dans les attaques auxquelles elle est en butte.
Cependant, maçons dans la voie droite, ne soyez pas abattus ; souvenez-vous d’Israël exilé sur les bords de l’Euphrate et livrez-vous à l’espérance.
Les oppresseurs pensent avoir déjà tué la Maçonnerie ! les maçons peuvent être dispersés ou mourir ! la Maçonnerie ne meurt pas ; couchée aujourd’hui sous la pierre du sépulcre, elle renaîtra demain plus grande et plus forte, car la Maçonnerie c’est l’âme humaine elle-même ivre de liberté, de paix et d’amour.
Oui, tous les espoirs sont légitimes, mais pour les concrétiser et les faire s’épanouir, il faut se frapper la poitrine. Le passé comporte de multiples erreurs, le présent semble les consolider ; envisageons donc l’avenir sous un autre angle.
La Maçonnerie paye ses fautes accumulées, l’auréole du martyre nimbe son corps européen disloqué de toutes parts ; il lui faut revenir à sa tradition originelle et véritable.
Certes, les persécuteurs ne s’embarrassent pas de distinctions subtiles, leur haine est et sera toujours identique. Mais si tous les maçons poursuivent dans le réel esprit de leur institution leur oeuvre de libération nécessaire, ils forceront, malgré tout, le respect des pires adversaires.En garde donc contre la facilité, contre la paresse intellectuelle et spirituelle, contre les gestes mécaniques, contre le psittacisme des paroles inutiles et vaines.
L’immense majorité des maçons des Obédiences françaises et étrangères est actuellement occupée à construire une façade derrière laquelle il ne se passe rien ; une façade destinée à dissimuler, aux yeux des ignorants, la condition profane des adeptes ; à se donner à elle-même l’illusion d’oeuvrer dans le temple de Salomon.
Arrière cette attitude et cette illusion, arrière les Pharisiens adorateurs de la lettre et contempteurs de l’esprit.

Pour infuser une vie nouvelle, une vie expansive, dans le corps anémié de la maçonnerie, il ne suffit pas de procéder par des exhortations qui seraient, selon le texte de l’Ecriture : « Vox clamantis in deserto », la voix dans le désert.
Il faut descendre dans l’arène, montrer à tous, les gestes précis de la lutte, les gestes de la victoire.
I1 faut restituer les assises et les coordonnées de la voie triomphale des réalisations, dont le début s’annonce dans la voie douloureuse de l’ascèse individuelle ; car personne ne peut connaître les gloires de l’ascension sans avoir gravi, d’abord, le Golgotha.

ASCESE

Lorsque le profane se présente à la porte du temple, pour réclamer humblement la lumière, le gardien du seuil l’arrête rudement par l’épaule en disant : « Qui va là ? ».
Et le psychopompe répond, pour le récipiendaire : « C’est un homme libre et de bonnes moeurs ».

Tout est là ; la Maçonnerie, en deux mots, met ses adeptes en présence de la plus complète et de la plus haute de toutes les vérités.
La lumière, en effet, ne se donne pas aux esclaves, ils en feraient mauvais usage ; elle ne s’épanouit pas dans la dissonance passionnelle sous peine d’être immédiatement déformée et réduite en ténèbres ; elle se révèle, dans sa pureté, au sein de l’harmonie consécutive à la sérénité des rapports humains.
Combien de maçons, de nos jours, réfléchissent sur ces deux simples paroles ? Peu ou pas du tout.
Ouvrons donc notre esprit aux accents de la Maçonnerie et méditons-les pour notre compte personnel.

Le temple est ouvert seulement aux hommes libres et de bonnes moeurs ; les deux membres de cette affirmation sont une seule et même chose ; les concepts s’interpénètrent et s’étayent mutuellement
La liberté est une puissance, les moeurs sont une attitude, un réflexe de la puissance. Les bonnes moeurs ne seraient rien, si elles n’étaient l’attitude de la vraie liberté. Celle-ci, en effet, consiste à commander à tout ce qui n’est pas la conséquence inéluctable des lois universelles du Cosmos.
Etre libre, c’est réglementer l’incidence des besoins, policer les instincts, canaliser les passions, juguler l’erreur et réaliser le bien dans la vertu, en détruisant le mal avec le vice.
Or, de ceci, résulte une chose, à première vue étonnante, au moins pour le commun des mortels : un homme ostensiblement voué au pire des esclavages, au travail forcé sous la férule d’une garde-chiourme, à l’oppression systématique des tyrans, aux affres de la misère, de la maladie et de la mort, aux vexations et à l’ostracisme des foules aveugles, peut être immensément et superbement libre. Il n’adopte pas, en effet, l’attitude des esclaves, qui est la résignation, mais il accepte la nécessité du moment, il méprise les contingences, et il bande ses efforts pour s’en délivrer, sinon dans le temps, du moins dans la réalité éternelle.
Au contraire, l’homme vêtu de la pourpre, devant lequel s’inclinent toutes les têtes, le législateur omnipotent, le magnat de l’industrie, l’arriviste sans scrupules, sûr de son prestige, de sa souplesse ou de sa force, peuvent être parmi les plus vils esclaves, s’ils se courbent au souffle de l’appétition matérielle, au souffle de leurs passions, de leurs désirs, sans autre loi que le succès.
Regardez bien chacune de ces catégories d’hommes et distinguez-les par les moeurs.
Vous ne trouverez pas le bien parmi les esclaves et le mal parmi les hommes libres, car les moeurs ne sont pas seulement cette concession aux convenances sociales, qui jette sur les pires abus, le voile d’un certain décorum ; les moeurs, dans leur essence dernière, sont un rayonnement de l’âme, de l’intelligence et de l’esprit, qui rend la vie belle, noble et humaine à travers des gestes parfois inélégants ou incompréhensibles.
C’est pourquoi liberté et bonnes moeurs sont une seule et même chose.

Voyons maintenant comment le vrai maçon doit conquérir sa liberté pour informer sa conduite sous l’angle universel de l’humain.

II la conquiert en deux temps :

En une période d’émondation ou de purification qui le conduit à la liberté négative, à la maîtrise de soi-même, à la résorption des entraves matérielles et passionnelles, propres aux esclaves.
En une période d’ascèse active, génératrice de la liberté positive, c’est-à-dire de la liberté de réalisation. Cette dernière seule est la véritable liberté, on le comprend sans peine. La période d’émondation, tous les maçons la connaissent, et le contraire serait inadmissible, car elle constitue le thème essentiel de la maçonnerie symbolique ; c’est la nouvelle naissance préconisée par les Ecritures, naissance à la lumière spirituelle. Elle consiste à rompre la gangue des besoins, des instincts, des passions ; à briser la chrysalide intellectuelle des préjugés et des erreurs dont l’âme de la foule est trop souvent prisonnière et, ainsi, entravée dans son essor vers le soleil de la vérité.

Comment s’arracher à cette emprise catastrophique ? Par l’assimilation judicieuse et l’utilisation rationnelle de l’enseignement maçonnique traditionnel.
L’entrée dans le temple provoque un choc, le choc de la lumière brusquement révélée à la chute du bandeau.
Ce choc c’est l’éveil sur un plan nouveau.
Les fantasmes de la nuit s’évanouissent comme un brouillard inconsistant, les choses se précisent, apparaissent sous leur forme véritable ; toute la gamme matérielle se revêt de sa tonalité spéciale.
Le sens strict du monde extérieur se révèle ; sous l’influx de la lumière c’est un simple point d’appui susceptible de parer à une marche incertaine et dangereuse à travers les marécages de l’animalité pure et un point de départ vers l’harmonie supérieure des entités spirituelles.
Ce choc contribue donc à nous dépouiller du vieil homme, du manteau humanimal transmis par la génération sexuelle, mais c’est insuffisant. Il faut prévoir les possibles cataboles, éloigner les embûches ; une liberté sans armes, toujours et partout, est une liberté morte.
Et le maçon passe à la période active, cuirasse sa liberté pour la rendre invulnérable, pour lui laisser les coudées franches, en vue de l’action éventuelle.

Ici encore, l’enseignement s’efforce de mettre entre les mains de tous la clef de la solution.
Non seulement il indique la direction générale de la liberté, mais il indique les routes les plus sûres et les plus directes pour y parvenir, il pousse même la sollicitude jusqu’à établir l’idéal itinéraire à emprunter. Insister sur ce sujet, ce n’est point éclairer une fatale ignorance, c’est attirer l’attention sur les difficultés et la transcendance de l’oeuvre maçonnique, pour en fixer dans l’esprit les plus subtiles particularités.
Il ne faut pas, en effet, mésestimer les obstacles semés sous les pas de l’initiable.
Malgré les précisions doctrinales et les points de repère, ils sont durs à surmonter. Tout à l’heure, la bonne volonté suffisait : tenir les yeux grands ouverts à la lumière, comparer, apprécier et dire oui, est une besogne relativement facile.
Pour l’action, il faut faire appel à la volonté. Tailler dans le vif ; retrancher les branches inutiles, les bourgeons bâtards ou purulents, comporte une souffrance pour l’arbre confié aux soins du jardinier. Il en est ainsi pour le maçon, et d’autant qu’il est à la fois, l’arbre, le sécateur et l’ouvrier.
Sa volonté doit être indéfectible, sinon il reculera devant la souffrance, sinon la facilité et la paresse l’emporteront sur l’effort et l’ardeur, et nous nous trouverons en présence de cet axiome de la morale latine : « Corruptio optimi pessima », la corruption du meilleur est la pire de toutes.

En cette période d’ascèse active, le but du maçon est triple, puisque l’homme est construit sur un triple plan. Il doit façonner et cuirasser son âme, son intelligence et son esprit.
Nous ne parlons pas du corps, car le corps a été purifié et comme régénéré par le procédé d’émondation, il est donc en parfait état de santé et d’équilibre.

L’âme humaine est ce milieu d’une matérialité subtile, qui, par l’un de ses pôles, touche à l’esprit et par l’autre à la matière ; elle est le moyen terme du composé humain, le médiateur plastique, si souvent condamné par les philosophes et les théologiens soi-disant orthodoxes.
Elle est le milieu vital commun à l’homme et aux animaux, l’informatrice du corps ; elle renferme la sensibilité. Passons sous silence la sensibilité corporelle, lieu de décantation et d’élaboration des données expérimentales ; cet aspect relève de la psychophysiologie.
Nous envisageons seulement la sensibilité, réceptacle des passions et des sentiments, cette sensibilité qui rend l’homme matériel spécifiquement humain.
Dans ce milieu naissent et se développent sous l’influx intellectuel les sept vices capitaux dont l’humanité est la proie : l’orgueil, l’envie, la paresse et les autres. Mais elle est aussi, sous la poussée volitive, la matrice de l’amour.

Si nous réfléchissons, d’un seul coup d’oeil, nous verrons quel est le travail du maçon sur le plan sensitif.
Les vices capitaux sont greffés sur l’égoïsme, il en résulte : la haine, la cruauté, l’injustice à tous ses degrés, les mesquineries ridicules dont la foule des timorés, des faibles et des ignorants est l’éternelle victime.
L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin.
De l’amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée.

Or, comment nomme-t-on dans le monde l’homme exempt d’égoïsme, bon, miséricordieux et charitable ?
On dit de lui : c’est un homme de coeur. La formation du coeur sur le plan sensitif sera donc la préoccupation première du maçon.
Le maçon sera l’homme au grand coeur, toujours prêt à tendre la main de l’amitié aux faibles, aux déshérités, à prodiguer son amour à tous les êtres frappés par l’infortune ou l’injustice, à relever les blessés sur les champs de bataille de la vie, à soutenir ceux qui sont sur le point de tomber.
Et cette qualité très noble n’est pas synonyme de faiblesse ;par son ascèse sentimentale, le maçon sait qu’il ne doit pas y avoir de compromission avec le mal, avec le vice, il sera dur pour les fauteurs d’oppression, pour les égoïstes et les méchants ; mais dans la lutte il laissera toujours la porte ouverte à la rédemption, car l’amour ne veut pas la mort du pécheur, mais son retour vers la bonté.

Passons maintenant à l’ascèse intellectuelle.
Tout maçon doit être un homme de science. Ne vous effrayez pas devant ce mot, vous qui, dès l’âge le plus tendre, avez été obligés de peiner pour arracher votre pain quotidien à la nature marâtre ; la science maçonnique n’est pas la science officielle de nos facultés et de nos académies. Il n’est pas, ici, nécessaire, pour être savant, de se pencher sur des équations mathématiques vertigineuses, ou sur les cartes du ciel, de percer le mystère des sciences positives.
Il faut simplement faire de son intelligence, de son entendement et de sa raison, un outil de précision, incapable d’errer dans les limites de nos potentialités humaines.
Qu’est-ce que la science ?
C’est une codification ordonnée et logique des séries phénoménales. Nul au monde ne peut se vanter de la posséder tout entière. Les hommes les plus instruits en possèdent une bribe d’un côté, une bribe de l’autre, et, précisément en raison de cette dispersion, s’ils n’ont l’esprit supérieur qui relie les sciences entre elles et toutes ensemble à l’uni-que vérité, ils sont et resteront des primaires.
La science maçonnique est l’esprit informateur des sciences, elle est la Gnose, au sens propre du terme ; elle ne s’arrête pas aux phénomènes, elle va jusqu’aux essences ; des attributs et qualités, elle infère la nature propre des êtres et des choses.

Suivre une série phénoménale de A jusqu’à Z, en déduire les lois et principes de sa constitution et de son évolution, c’est très bien. Connaître le pourquoi de tout cela est encore mieux.
Eh bien ! la science maçonnique ne conduit pas à un autre but, elle est la science des causes et plus spécialement celle de la grande cause, elle tend à pénétrer le secret du grand Oeuvre. Quelles en sont les bases ?
Dans leur simplicité et leur clarté, elles sont à la portée de tous, elles constituent une méthode trop souvent négligée par le commun des hommes. Le premier stade, le voici : écouter, observer, comparer et filtrer, dans le silence et la méditation. Partant, repousser les opinions toutes faites, les notions sans support, les idées faciles répétées par les perroquets de nos chaires scientifiques ou de nos tribunes politiques, pour piper la foule.
Eviter la précipitation dans le jugement et, sur le jugement sain, apprendre à raisonner.
Au deuxième stade : passer du connu phénoménal à l’inconnu causal ou nouménal, soit par l’induction ou la déduction légitimes, soit par l’analogie, cette clef maîtresse de la Gnose ou science ésotérique, et s’asseoir ainsi dans une certitude, sans aucune limite que la capacité elle-même de nos facultés représentatives humaines.
Ainsi, pour arriver à la science maçonnique, point n’est besoin de s’attacher à des problèmes abscons, réservés aux professionnels de nos instituts officiels ; toutes les questions même les plus humbles, entrent dans le cadre des cogitations maçonniques et peuvent donner lieu à une solution scientifique dont le primaire est exclu.
Cette solution, en effet, est engendrée par la vie elle-même et repose sur une raison correcte, sur une possibilité d’erreur rendue infinitésimale par l’émondation intellectuelle.
La vérité, toujours, est serrée au plus près, avec la rigueur nécessaire à l’élaboration de toutes les évidences.
Voilà la véritable science maçonnique, elle réside dans une vision directe des choses et des êtres, étrangère à la science officielle exotérique. Or, par la connaissance vraie des causes et des effets, il est possible de discriminer l’apparence de la réalité.
Le maçon saisit donc, avec précision, l’opportunité d’établir le juste rapport « existentiel » entre la première et la seconde, et ce rapport est une lumière, il est la lumière. Transporté de l’entendement à la volonté, c’est-à-dire de la pensée à l’action, il permet de procéder à l’assujettissement rationnel des besoins, des instincts et des passions, à l’extirpation des vices capitaux, à l’épanouissement des vertus, dans la mesure nécessaire à l’équilibre parfait de la personnalité spirituelle, partie dominante, substance même du moi humain.
Nous entrons ainsi de plain-pied dans le troisième stade de l’effort individuel et de l’ascèse corrélative.

Non content de façonner sa sensibilité et son intelligence, son âme et sa raison, le maçon doit illuminer sa volonté.
Il ne s’agit plus ici d’instaurer les bases de l’amour sensible et la vérité relative des rapports scientifiques, il faut monter plus haut, s’installer dans le monde des idées pures. Il ne s’agit plus des reflets du vrai, du beau et du bien, à travers les manifestations cosmiques, mais des concepts universels informateurs de la pensée, des principes suprêmes qui conditionnent la vie, en règlent l’évolution normale, et en constituent la fin.
En d’autres termes, il s’agit d’opérer l’autocréation de la conscience véritable et d’en harmoniser l’épanouissement avec les lois de l’être.
Nous disons : conscience véritable, c’est-à-dire conscience essentielle, conscience de la personnalité.
Notre individualité, en effet, a pris possession d’elle-même dans notre sensibilité, en se discriminant du monde extérieur, et dans notre intelligence par l’assimilation des rapports abstraits qui résultent de nos réactions vis-à-vis de l’action phénoménale.
Cette conscience, la conscience première, nous est commune, compte tenu des incidences scientifiques, avec tout le règne animal.

Mais la conscience personnelle ou seconde, dont le support momentané se trouve dans la première, est non seulement la prise de possession de notre moi intime, elle est encore le principe d’unicité de l’indéfinie divisibilité sensorielle et intellective ; elle est encore le lieu où notre propre entité se conjugue avec le monde supérieur des idées.
Elle est une puissance dynamique et statique, dynamique par l’unité qu’elle infuse dans le moi, statique par sa résistance à la dispersion. Elle est le sceau de l’être ; une fois mise en éveil, elle est incoercible, donc immortelle.
Comment l’homme en voie d’ascèse peut-il éveiller sa conscience, la rendre immortelle et lui donner, avec la spontanéité, son caractère spécifique ?
En l’illuminant par ses deux pôles : d’un côté par la lumière des rapports vrais recueillis par les sens, élaborés par l’intellect et synthétisés par la raison, de l’autre, en résorbant tous les voiles tissés par l’involution dans la matière, voiles qui empêchent l’esprit de communiquer intuitivement avec la source divine dont il est une émanation.
Par ce procédé, la conscience devient lumière, elle n’est plus un reflet, une lumière déformée par la réfraction, mais une lumière vivante hypostasiée, un foyer radiant.
Elle est l’imagination créatrice et la mémoire spirituelle au sein desquelles les idées se sont, en quelque sorte, incarnées dans une forme concrète et humaine pour ne plus s’effacer jamais.
Alors la conscience dirige le faisceau de sa lumière vers la volonté pour lui rendre l’action facile, l’action dans l’axe général du vrai, du beau et du bien éternels, dans la vraie liberté qui ne consiste pas seulement à faire ou à ne pas faire, mais à faire ce qu’il faut et pas autre chose.

Certes, pour réaliser cet ultime effort qui fait les génies, les héros et les saints, les difficultés sont innombrables.
La matière est là, visible et palpable, attractive aussi et tyrannique ; la douleur est inévitable à celui qui veut la dompter, la conduire en des voies étrangères à ses réactions normales. Ne nous décourageons pas, adressons-nous à la méthode maçonnique.
Elle nous dit : Cherchez, sondez, méditez dans le silence. Ne repoussez aucune idée, aucun concept, aucune notion, ne vous détournez d’aucun problème, d’aucune hypothèse, tout renferme une parcelle de la vérité, un rayon de la lumière, un atome de la réalité. Mais comparez, jugez et pesez avec la balance de l’équité.
Or, dans cette « queste » du divin Graal, deux choses sont essentielles : la bonne volonté et le désir du bien, la subtilité intellectuelle et la persévérance viennent ensuite, car le désir engendre la persévérance et la bonne volonté est la matrice de l’acuité dans l’effort.
Tout homme incapable de poursuivre jusqu’au bout cette ascèse personnelle ne gravira jamais complètement l’échelle de Jacob de la Maçonnerie universelle.
Mais s’il peut l’accomplir, à quel résultat prestigieux ne peut-il parvenir ?
Le maçon ainsi évolué n’est plus un homme de la foule, « l’homo » soi-disant « sapiens » des anthropologistes, il est l’homme idéal, l’homme en soi, le « vir » de notre langue ancestrale, le latin ; le mâle capable d’agir, de réaliser, d’aimer et de se sacrifier à un idéal de justice et de fraternité.
Il peut s’écrier comme le poète : « Nil humanum a me alienum Auto », rien d’humain ne m’est étranger.

APOSTOLAT

Voilà le travail personnel auquel le maçon s’est engagé, peut-être sans prévoir toute l’ampleur de sa promesse. Certes, ce travail est important, douloureux et magnifique.
Mais est-ce bien là tout le travail de notre institution ? Il est important, pour nous qui en supportons le poids, mais il n’est rien ou pas grand chose par rapport à l’espèce humaine.
La Maçonnerie, en effet, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens. Pour cela il lui faut des apôtres, et elle veut créer des apôtres.
C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative elle conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité. Qu’est-ce qu’un apôtre ? C’est un homme d’action, un homme revêtu d’une mission sacrée, pour laquelle il est prêt à tout sacrifier : ses commodités personnelles, ses désirs les plus chers, son temps et sa vie s’il le faut.
Un apôtre doit posséder les trois vertus primordiales que nous connaissons bien ou que nous connaîtrons lorsque nous aurons franchi d’autres échelons de la hiérarchie : la foi, l’espérance et la charité.
Ces trois vertus sont si hautes qu’on les a appelées vertus théologales, non seulement pour rappeler qu’elles s’appliquent à Dieu, mais pour montrer que leur possesseur peut être assimilé à un dieu.

Ici, ouvrons une parenthèse nécessaire pour éloigner de nous toute idée préconçue, incompatible avec la vérité.
De tout temps les hommes, et spécialement les maçons, depuis bientôt un siècle, ont eu peur des mots, parce qu’ils les ont revêtus d’un masque modelé sur leur phobie du moment.
Tout à l’heure, nous parlions d’illumination. Ce mot, dans notre langue, est synonyme de folie ou de chimère, c’est absurde ; un illuminé est un flambeau. Inutile d’insister.
Quant aux vertus théologales, c’est autre chose.
La foi maçonnique n’est pas cette croyance étroite par laquelle l’ignorant s’incline devant un dogme indéfinissable, c’est la transfiguration de la pensée, la sublimation de l’entendement ; ce n’est pas le credo héroïque ou paresseux du charbonnier, c’est le credo plein de lumière de la science discursive et intuitive : je sens, je vois, je sais, donc je crois.
L’espérance ce n’est pas cette aspiration béate vers une aide problématique et imméritée, vers une récompense gratuite, inadéquate à l’effort déployé pour la conquérir ; c’est l’essor de tout l’être vers les sommets de la beauté et de la justice.
La charité, ce n’est pas l’amour égoïste d’un bien conçu comme un bien-être dont on veut jouir, c’est l’amour désintéressé d’un suprême idéal de bonté, de miséricorde et de paix, non pas pour un seul être, mais pour l’universalité des êtres.
Et ces trois vertus sont une seule et même chose, considérée sous trois aspects différents par suite de la triplicité humaine.
C’est la volonté purifiée de tout alliage bâtard, la raison magnifiée et rendue subtile comme une lame d’épée, c’est le coeur élargi jusqu’au sacrifice, par la conscience illuminée.

Mais, revenons à l’apostolat maçonnique, et voyons comment il peut être conçu. Ne nous leurrons pas, n’enfourchons pas les coursiers d’Apollon, ne montons pas au Sinaï, le grand oeuvre de la régénération humaine est moins glorieux et beaucoup plus difficile.
Il ne s’agit pas de multiplier les actions d’éclat, les gestes valeureux, d’échafauder des plans constitutionnels inédits et transcendants, il faut oeuvrer dans la simplicité du coeur et de l’intelligence, avec une volonté infrangible ; il faut agir avec l’opiniâtreté de la goutte d’eau dont la chute répétée perfore le granit le plus dur.
Il faut agir d’abord par le prosélytisme de la conviction : par paroles souvent, par écrit quelquefois, par l’exemple toujours ; semer dans la foule les idées de saine liberté, d’égalité véritable et d’universelle fraternité, les imposer à l’attention des individus sous leur angle réel ; implanter dans les âmes la notion du vrai, du beau et du bien, et, par conséquent, dissoudre dans son ambiance immédiate le brouillard mortel des préjugés, de l’ignorance et de l’erreur, éliminer les superstitions, qui sont des liens d’esclavage pour l’intelligence et la volonté.
Puis, il faut réaliser, c’est-à-dire employer toutes ses forces, toutes ses ressources disponibles, toute sa vie à la transformation de l’idéal en oeuvres adéquates.
En un mot, il faut concrétiser sa foi, la réduire en acte, car la foi spéculative est inutile et sans sincérité. Il n’est pas nécessaire de se précipiter vers le martyre, mais il faut savoir y marcher le cas échéant, d’un pas délibéré et la tête haute, car le maçon est un homme sacrificiel.
Sa foi personnelle n’est pas égoïste, elle est rayonnante, il veut la communiquer aux autres. Il n’espère rien pour lui-même car il a tout en lui, et les contingences matérielles ont pour lui une importance relative, mais il espère pour la foule, pour les humbles et les faibles. Il espère la science pour les ignorants et ceux qui sont dans l’erreur. Il espère la liberté pour les esclaves, la justice pour les opprimés et l’équité pour tous.
Son amour s’étend sur tous les êtres de sa race, sur la masse comme sur l’élite, il aime tous ses frères en vue de la fin commune de l’humanité, fin dernière où chacun doit être à sa place, dans la hiérarchie des valeurs spirituelles.
Le travail du maçon est donc totalement désintéressé, il est accompli sous l’angle du devoir. Le maçon, en effet, ne revendique pas ses digits personnels d’homme libre et conscient, sinon pour accomplir son devoir, car il sait que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans borne.
Aussi le maçon apôtre est un chef missionne parmi les élites, car c’est un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et d’action.

EXAMEN DE CONSCIENCE

Après avoir examiné successivement l’ascèse individuelle et l’action collective et sociale auxquelles le ’maçon est appelé par l’institution, nous pouvons nous rendre compte du travail énorme et difficile de cet entraînement progressif.
Et ceci explique pourquoi tant d’adeptes croupissent dans les bas-fonds de la médiocrité, au sein des obédiences les plus actives et les plus réputées. La plupart, malgré certains caractères et une discipline librement acceptée, sont de simples profanes.
Sont-ils effrayés par le labeur ou incompréhensifs ? L’une et l’autre de ces suppositions doivent être sans doute retenues ; mais la Maçonnerie elle-même ne peut être accusée, car ce sont les hommes qui restent sourds à l’appel ou impuissants à réaliser, par veulerie ou mauvaise volonté.
Et pourtant la Maçonnerie est sage, elle n’impose à personne un effort au-dessus de ses facultés, elle s’essaye, au contraire, à magnifier et à développer les facultés pour les rendre aptes à l’effort.
Elle n’impose pas à l’apprenti et au compagnon le travail du maître ; elle série les difficultés, les dévoile successivement et, en présence de chacune d’elles, donne les directives nécessaires pour les surmonter.
La progression peut être lente ou rapide, mais aucun ouvrier ne passe à une nouvelle branche avant d’avoir atteint la perfection dans le stade inférieur. Il avance vers la maîtrise par une marche régulière et précise.
Lorsqu’il l’atteint, il peut entreprendre un travail efficace, car il sait tailler dans la matière première, en vue de la solidité de la construction. Mais ce n’est pas tout, la maçonnerie est l’art royal par excellence ; à la stabilité de l’oeuvre elle veut adjoindre la beauté, c’est pourquoi elle sélectionne les maîtres ouvriers du temple.
Par une série ininterrompue d’épreuves et d’enseignements, elle leur découvre les lois architecturales susceptibles de concourir à la magnificence de l’édifice.
Bien plus, elle conduit les plus aptes, les plus courageux et persévérants vers les ultimes sommets, leur transmet les règles de l’art, les principes de la science, et ceux-ci, à leur tour, pourront former les futurs ouvriers de la cité céleste, les diriger et les élever jusqu’à eux pour permettre à l’oeuvre maçonnique d’être éternelle comme la race humaine.

En présence de ces constatations, un sérieux examen de conscience apparaît opportun.
Descendons en nous-mêmes, sondons nos coeurs et nos reins.
La question à nous poser est double. Sommes-nous dans la voie, c’est-à-dire, dans l’esprit maçonnique ? Avons-nous la volonté de la suivre jusqu’au bout ? Eh bien ! j’en ai peur, la réponse de notre conscience ne sera peut-être pas, pour beaucoup d’entre nous, entièrement affirmative ; notre faiblesse congénitale, notre égoïsme, notre amour-propre, l’attrait puissant des passions et des instincts physiques, sont de terribles pierres d’achoppement et ont, plus d’une fois sans doute, eu raison de notre volonté.

Nous avons mis bien souvent, certes, la main sur le maillet et le ciseau pour tailler notre pierre : combien de fois les avons-nous jetés pour nous renfermer dans la paresse ou le dédain ?
Nous avons mis les mains à la charrue : n’avons-nous pas, maintes fois, par lassitude, contemplé l’orée du sillon au lieu de terminer la tâche.
S’il en est ainsi, frappons-nous la poitrine, car nous avons commis un crime, non seulement contre nous-mêmes et contre la maçonnerie, mais contre l’humanité qui attend en vain la consommation de l’oeuvre rédemptrice.
Si nous avons fauté, ne soyons pas lâches, ne jetons pas nos outils dans le chantier déserté.
La maçonnerie ne renonce jamais à sa tâche, elle abandonne au néant les ébauches mal venues et transporte ailleurs les matériaux, pour recommencer inlassablement le travail défectueux.
Faisons comme elle, ne nous décourageons pas, reprenons nos outils et la besogne où nous l’avons laissée.

Mais, ici, arrêtons-nous à une ferme attitude, prenons l’engagement sacré de ne plus regarder en arrière, affermissons-nous dans une volonté irréductible de poursuivre notre ascèse personnelle pour pouvoir oeuvrer, en un jour très prochain, dans l’arène des luttes collectives, d’où sortira une humanité meilleure, une humanité régénérée, consciente de ses devoirs et de ses droits, en possession de la vraie liberté par l’égalité principielle et la fraternité.
Par cet examen de conscience, par cet acte de ferme propos, les responsabilités maçonniques sont déterminées avec la plus extrême rigueur et dans la certitude.
Pénétrons-nous bien, maintenant, des vérités ainsi énoncées.
Il ne suffit pas d’avoir été reçu apprenti, compagnon ou maître, pour être un vrai maçon. Dans le monde profane un manoeuvre ne devient pas un ouvrier compétent par le seul fait de son engagement sur un chantier. Il en est de même dans les ateliers du Temple.
C’est pourquoi lorsque le Vénérable demande au premier surveillant s’il est maçon, celui-ci ne répond pas : « Je le suis », mais : « Mes Frères me reconnaissent pour tel ».
Il indique ainsi, sans ambiguïté possible, la nécessité d’un travail personnel et acharné pour arriver à l’adeptat.
Quiconque est oublieux de cela, pour n’avoir pas à orienter ses efforts vers ce but précis, ne sera jamais un vrai fils de la Veuve et les grades, les distinctions, les offices dont il sera revêtu par l’amitié de ses frères ou de ses maîtres seront une vaine manifestation de l’esprit profane, des oripeaux destinés à couvrir son inesthétique nudité.

Maçons courageux et de bonne volonté, travaillez donc à votre ascèse comme l’ont fait vos ancêtres ; recherchez la lumière, aimez la vérité envers et contre tous, même contre les vôtres, contre vos amis les plus chers : la vérité est trop haute pour souffrir les compromissions.
Soyez durs à vous-mêmes, mais bons, compatissants, tolérants pour les autres, dans la mesure de la justice.
En toutes vos pensées, réflexes ou actes, n’ayez qu’un seul but, une seule fin : le bien général de l’humanité dont les individus ne sont que des sous-multiples.
Si vous êtes dans cet esprit, combien pèseront à vos yeux les mesquineries profanes, les attaques sournoises ou directes, les opinions péjoratives, les entraves jetées sur votre route ?
Rien ne pourra vous détourner de vos investigations désintéressées, rien ne pourra ralentir votre travail, rien ne viendra amoindrir votre liberté essentielle, ni votre foi dans les destinées humaines, ni votre espérance de l’ère nouvelle, ni votre amour de vos frères conscients ou égarés.
Les choses mauvaises seront pour vous une conséquence de l’erreur où se trouvent plongés les hommes ; les choses bonnes vous apparaîtront comme une illustration magnifique de l’évolution des âmes, une incitation à poursuivre la lutte pour le vrai, le beau et le bien.
Vous serez confirmé dans l’optimisme de l’athlète, digne de votre titre et du passé humain de la maçonnerie universelle.

Mais si vous rencontrez des obstacles insurmontables, si votre effort se heurte à des masses trop lourde. pour vos épaules, frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous recevrez.
N’hésitez pas, car la Maçonnerie attend les demandes et les pèse à leur juste valeur pour ne pas avoir à transmettre une vérité au-dessus des forces de l’impétrant. Car, non seulement, elle donne la science, crée, affermit et développe toutes nos facultés, mais, par une éducation adéquate, s’efforce d’en rendre l’usage facile et spontané, dans un rythme de beauté et d’harmonie.

CULTURE

La Maçonnerie prescrit la recherche de la vérité, mais cette recherche n’aurait aucun sens si la vérité n’avait un contenu.

Or, trop de maçons, même ceux qualifiés de grands, lorsqu’ils profèrent l’axiome à jamais célèbre, gloire de l’institution : « La Maçonnerie n’impose aucune limite à la recherche de la vérité », se contentent de faire miroiter aux yeux de leurs frères moins avancés un lointain idéal, intangible et irréel, porte ouverte à toutes les hypothèses issues de l’imagination humaine, celles invraisemblables comme les autres.
Ils consacrent, en quelque sorte, une vérité problématique, erreur éventuelle pour tous, sauf pour son détenteur momentané ; une vérité dont la couleur et la forme peuvent changer du jour au lendemain ; une vérité dont le point de départ et le point d’arrivée sont en équilibre parfaitement instable.
Pour leur justification ils invoquent la base expérimentale et la méthode rationnelle ; ils prétendent ainsi rester dans la science positive. Ils voient juste, sans doute, s’ils veulent simplement élucider les lois physiques du monde extérieur et sonder le contenu objectif de la matière.
Et cependant, même sur ce point exotérique de la science royale, ils restreignent les envolées intellectuelles et nient l’utilité de la Maçonnerie, celle-ci, par les moyens dont elle dispose, étant inférieure aux Académies et aux Facultés.
Mais, s’ils veulent, par ce moyen maintenir la mission maçonnique et s’élever sur les hauteurs de l’esprit, ils font fausse route, car l’expérience a besoin d’un phare pour sortir des séries phénoménales qui, toutes, nous conduisent à une impasse sur laquelle s’amorcent les avenues du mystère.
Ce phare c’est le contenu de la vérité. la vérité en soi. Elle est évidemment inaccessible dans sa totalité, dans sa substance vivante, sans cesse en mouvement.
Cependant, chacun peut en saisir une parcelle, si infime soit-elle, un lambeau susceptible de lui donner une certitude.

Pourquoi la généralité des maçons s’obstinent-ils à prêcher la recherche de la vérité sans jamais faire allusion à son contenu ? Ils se plaisent à 1a brutalité de la lettre et du mot, ils se projettent vers une évidence fantôme, sans se soucier du corps sacré des idées dont il est la projection intellectuelle, comme si l’évidence par elle-même était une fin, un repos adéquat à l’effort du penseur.
L’évidence en soi n’est rien, sinon la lumière engendrée par le choc des rapports du réel au réel. S’acharner à rechercher l’évidence pour l’évidence est un leurre, il faut lui donner un support.
Mais le maçon ordinaire, même savant, croit se trouver en présence de la vérité lorsqu’il se loge, pour un temps plus ou moins long, dans la caverne platonicienne ; il confond ainsi le reflet et la réalité, il poursuit l’ombre de la lumière.

L’évidence est un critérium nécessaire pour établir la légitimité d’un rapport, c’est l’harmonie des notions, des concepts, des jugements ou plus spécifiquement une vêture dont on recouvre la pensée.
La vérité substantielle est une idée qui ne renferme aucune contradiction dans son énoncé, elle doit donc cadrer exactement d’un côté avec l’apparence phénoménale, avec les manifestations de la vie, de l’autre avec l’essence même des choses ou des êtres dont elle est la représentation harmonique.
En d’autres termes, la vérité c’est le réel, rendu intelligible, soit par le procédé discursif du raisonnement et de l’analogie, soit par l’intuition dont l’imagination créatrice est l’instrument.
Si nous partons de ces données reconnues exactes, et il serait difficile de les nier de bonne foi, la culture maçonnique basée sur la recherche de la vérité va nous apparaître dans sa complexe unité. Accoler les deux mots : complexe et unité, semble une hérésie ; en mathématique peut-être, dans le réel, non. L’homme est un dans son essence véritable, il est deux dans ses manifestations intérieures et extérieures, il est trois dans l’actualisation de ses potentialités.

La culture maçonnique comprendra donc trois phases ; dans chaque phase, nous distinguerons deux stades, et tous les points de vue divers se synthétiseront sous l’influx de la fin poursuivie.

La première phase comporte l’éducation de la sensibilité ; la deuxième, l’éducation de l’entendement ; la troisième, l’éducation de la conscience, c’est-à-dire de l’esprit, unificateur du composé humain.
Dans la première, il faut éduquer les instincts et les passions, puis les sentiments.
Dans la deuxième, former la raison et éclairer la volonté de manière à la guider légitimement dans le libre choix dont elle est l’origine.
Dans la troisième, il faut éveiller la conscience, d’un côté dans la diversité, de l’autre dans l’unité.
Mais du haut en bas de l’échelle l’unité se manifeste et devient effective au fur et à mesure de l’ascèse, car le maçon, tout en agissant selon les lois et principes régulateurs de ses divers plans constitutifs, concentre son activité dans l’axe universel et unique du vrai, du beau et du bien.
Tous les catéchismes religieux, toutes les éthiques et toutes les philosophies nous donnent les règles de cette triple éducation sous le couvert de la morale profane.
La Maçonnerie suit cette voie, empruntée de la tradition universelle de l’humanité, mais en lui donnant une portée bien supérieure. Comme certaines religions, elle n’invoque pas la récompense ou la peine, comme les éthiques et les philosophies elle ne s’inspire pas seulement d’une certaine hygiène animique et intellectuelle.
Elle n’est pas, en effet, la religion de la foule ignorante, ou la philosophie d’une élite composée de primaires.
La Maçonnerie est l’apanage de l’élite des élites et, comme telle, se place à un point de vue surhumain. Elle veut le vrai essentiel, le beau en soi et le bien suprême, sans se préoccuper des contingences engendrées par l’égoïsme des individus, des nations et des races, compte tenu de la progressivité nécessaire à la stabilité du cosmos.
Elle accepte donc les compromis et les chemins de traverse axés vers le but final, mais jamais les compromissions et les routes régressives.
Elle accepte l’opinion du moment pour autant qu’elle contienne une parcelle de la vérité, mais combat l’erreur et l’ignorance, elle accepte un moindre bien pour marcher vers le mieux.
Elle est compatissante aux chutes, jamais à la lâcheté. L’éducation de la sphère humaine purement sensitive, c’est-à-dire instinctive et passionnelle, se conjugue avec l’éducation de l’intelligence, car les facultés correspondantes sont intimement liées entre elles, la sensibilité fournissant à l’intellect l’aliment basique de ses cogitations.
La Maçonnerie ordonne à ses adeptes de se libérer des instincts et passions ; non pas de les annihiler, mais de les clarifier et de les maintenir dans leur rôle strict.
Ceux-ci ne doivent pas être des fins susceptibles d’accaparer et de conditionner l’activité générale de l’être, mais des moyens, des outils par lesquels l’homme peut agir sur la nature physique et la dompter, la réduire à l’état du serviteur qui parle lorsque son maître l’autorise. Ceci est peut-être difficile, mais parfaitement intelligible.
L’homme doit être maître de lui-même, or, comme la sensibilité constitue la partie inférieure du composé humain, il faut la soumettre à la partie la plus noble, à l’esprit ; elle ne peut saisir les leviers de l’action, sans être sous l’emprise spirituelle immédiate. Il n’est pas nécessaire d’insister sur ce point, tous les hommes de bon sens en sont convaincus. Il n’est pas davantage besoin de nous attarder longuement sur l’éducation intellectuelle.
Les lois de la logique, la pratique des sciences positives. nous ont mis sur la voie depuis longtemps.
On a, trop souvent, présenté l’intelligence comme la faculté du vrai, c’est exact en surface seulement. Le vrai est absolu et l’intelligence ne peut rien saisir en dehors de la véracité des rapports « existentiels n entre cet absolu et ses manifestations phénoménales, véracité qui constitue l’évidence ou la certitude scientifique. Elle est donc relative dans toutes les incidences de son activité.
Le thème maçonnique de l’éducation intellectuelle consiste précisément à empêcher les adeptes de se fourvoyer en des rapports faussement véridiques, suscités par l’erreur congénitale attachée à nos sens ou par le rapprochement illégitime de notions et concepts, semblables en apparence, mais en réalité étrangers les uns aux autres.
C’est pourquoi la Maçonnerie recommande la circonspection dans l’analyse, le discernement dans l’élaboration des concepts, la tempérance dans le jugement.

Ce n’est pas tout encore. Par cette première étape, elle permet à l’intelligence de recevoir une lumière suffisamment clarifiée, authentique expression du donné sensoriel.
La science véritable, la gnose, possède un autre pôle, le pôle positif de la connaissance ésotérique. Ce pôle, ce sont les idées émanations du monde des essences. Les idées sont l’élément informateur de la connaissance ; elles sont, comme telles, absolues en elles-mêmes et leur relativité est fonction de nos facultés représentatives.
L’éducation intellectuelle maçonnique nous permet de pénétrer dans ce monde transcendantal, car elle ne se contente pas de former l’intelligence, elle influence l’entendement, racine radicale et support de la première.

L’intelligence réalise l’abstrait contenu dans le concret phénoménal sensible, mais se trouve toujours dans la diversité. L’entendement, au contraire, impose à la diversité abstraite l’action unificatrice des idées et engendre l’adéquatio rei et intellectus dans laquelle tous les platoniciens, après leur maître, plaçaient et placent encore la vérité.
Pour être dans le vrai, il faut réaliser l’équilibre entre le sujet et l’objet ; entre la chose connue et l’entendement qui connaît.
C’est là l’oeuvre maçonnique par excellence dans le domaine intellectuel, c’est la première étape du grand oeuvre.

Mais ici il faut beaucoup de subtilité pour suivre l’ascèse et c’est pourquoi nombre de maçons s’arrêtent en route, et n’outrepassent jamais la diversité intellectuelle.
Leur volonté, du reste, uniquement éclairée par la lumière réfractée à travers le prisme matériel n’est pas illuminée par le reflet des essences et maintient son activité dans le monde physique, dans le monde extérieur ; le monde intérieur leur est clos.
Or celui-ci peut se présenter à notre sens intime comme un livre ouvert, si nous savons éduquer notre entendement, si nous savons accroître sa réceptivité et opérer le dosage adéquat du réel et de l’apparence.
Il faut, en effet, pour conserver à la vérité sa puissance dynamique de réalisation, marier les idées et l’expérience dans une juste mesure. Il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition de concepts venant des deux points opposés de l’horizon intellectuel ; il faut effectuer, non un alliage, mais une synthèse vivante au sein de la pensée.
Il faut que la materia prima fournie par les sens, élaborée par le dyptique sensibilité – intelligence et la forme substantielle reçue par l’entendement donnent naissance, grâce au jeu de la volonté et de l’imagination créatrice, à un être nouveau, image parfaite de la réalité ; il faut, en un mot, constituer le verbe humain.
Et ce verbe n’est pas seulement la science, la parole spéculative et théorique, il doit s’actualiser dans les manifestations de notre activité intérieure et extérieure ; il est créateur ou complètement inutile.
A l’intérieur de notre être il constitue la conscience, à l’extérieur, la civilisation.

Négligeons, en cette brève étude, ce dernier point de vue ; les méditations maçonniques consolidées par les faits quotidiens en révèlent suffisamment les arcanes.
Quant à la conscience, il importe de nous y arrêter un instant, car elle est à la base de toutes nos réalisations extérieures, par conséquent l’assise même de la civilisation. Notre conscience pousse ses racines, d’un côté au sein de l’expérience, résultat de l’activité incessante et discontinue du monde extérieur, de l’autre dans l’unicité de notre être, et, par cet intermédiaire,dans l’unité cosmique dont l’origine repose sur le monde des idées informatrices, c’est-à-dire dans la manifestation du monde spirituel. Elle n’est pas seulement le sens de la justice, de la morale sociale et de l’amour-propre individuel dont les variations sont indéfinies.
S’arrêter à cette conception, c’est prendre l’effet pour la cause. Dans son épanouissement total, la conscience est d’abord et surtout le sceau, le signe vivant de notre réalité, car elle perdure parmi les phénomènes passagers, elle est l’éternité dans le temps.
Mais en raison de son pôle négatif appuyé sur la diversité phénoménale elle est aussi le sens de notre interdépendance vis-à-vis de l’universalité des êtres, donc un lien entre le moi et le non-moi.
Par l’éducation, par la culture intensive, ces deux attributs répondent à une hypostase greffée sur l’arbre de la création et la conscience devient une cellule autonome de l’espèce humaine, solidaire de toutes les autres, mais complète en elle-même, dans le sein de Dieu.
Elle est donc le support de l’amour véritable, de l’amour absolu et sans limite dont l’étreinte puissante embrasse toutes les créatures, à travers le Créateur. Et voilà pourquoi la conscience est aussi un tribunal devant lequel aucune parole, aucun geste, aucun acte ne trouvent d’excuse s’ils ne sont revêtus du manteau de la Foi, de l’Espérance et de la Charité.
Voilà pourquoi elle est une source inépuisable de civilisation, car celle-ci ne peut s’établir sans la foi en l’unité, sans l’espérance en l’unité, sans l’amour de l’unité, dont la conscience est la plus haute expression.

Ainsi, l’éducation individuelle maçonnique rejoint l’apostolat collectif fixé comme but final à l’institution.
Pourquoi tant de maçons s’arrêtent-ils, comme nous le disions tout à l’heure, à la période purement intellectuelle, sans souci de mettre un point final à leur ascèse ?
La science est nécessaire, un ignorant ne peut briguer l’honneur et la responsabilité d’être un apôtre. Mais l’ascèse ne consiste pas tant à s’instruire qu’à tirer profit de la science pour organiser la vie spirituelle. Il faut s’élever au-dessus de la connaissance, simple hase sur laquelle se construit l’édifice de la conscience.
La connaissance est relative et humaine, mais par elle doit s’affirmer quelque chose de surhumain dont l’existence est conditionnée par la prise de possession d’une intime réalité : la personne. Contre cette réalité, rien des contingences intellectuelles ne doit prévaloir. C’est une autocréation analogue de tout point à la discrimination des personnalités hypostatiques divines.
Sur le support vital, en effet, le logos intellectuel se greffe, qui s’épanouit dans le triple amour de la volonté.
Par la vie, par l’être, nous sommes un dans le tout ; par le verbe nous distinguons notre moi des autres moi et nous devenons une individualité particulière susceptible de se manifester dans la diversité du monde extérieur ; par l’amour nous restituons notre unité dans l’unité transcendantale, nous affirmons notre conscience intégrale ; en un mot, nous situons notre personnalité au carrefour de l’infini et du fini, de l’absolu et du contingent, dont nous devenons participants dans une mesure identique.
L’amour ainsi donne un sens à la lumière intellectuelle et transpose la vie sur le plan de l’universel.

Comment conclure ! de manière aussi simple que, peut-être, inattendue.
Le maçon doit acquérir le sens de l’éternel.
S’il travaille dans le temps, c’est sous l’angle de l’éternité, c’est-à-dire de la réalité. Pour l’homme, c’est dans le temps que germe l’éternité, il faut, donc en commencer la conquête dans le temps.
Or, chaque individu est engagé dans le milieu social ; travailler à la perfection de ce milieu, c’est fournir à l’individu un moyen efficace pour se hausser dans l’éternité.
Si le maçon a coulé sa personnalité dans le moule de l’éternité, s’il est un avec elle, il pourra essayer d’entraîner la société humaine à sa suite ; s’il est resté dans le temps, ses efforts seront vains et ses spéculations comme ses actes voués à la stérilité.

Tel est le vrai visage de la Maçonnerie universelle. Nous avons voulu dépeindre ce visage en une esquisse rapide et fidèle, non pas d’après les hommes enrôlés sous sa bannière, mais d’après la tradition dont elle doit se prévaloir.
Cette tradition s’est altérée au cours des âges, c’était à peu près ; inévitable, par suite des réactions humaines normales.

Les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, charte inamovible des individus et des peuples à laquelle la maçonnerie est attachée jusqu’à la mort, ont été trop méconnus, piétinés même, par tous les gouvernements et les partis.
Les intérêts particuliers et ceux des castes, champignons vénéneux engendrés par l’indéracinable égoïsme, ont été trop longtemps favorisés par les pouvoirs publics, au détriment de l’intérêt général.
La vraie Maçonnerie s’est élevée contre l’injustice et l’intolérance, elle a voulu, partout et toujours, rétablir l’équilibre rompu. Parce qu’ils étaient humains, les moyens employés par elle ont, peut-être. dépassé la limite de la sagesse. Pour lutter contre la détresse matérielle, elle est descendue sur le plan strictement physique, elle a ainsi perdu de vue son rôle spirituel et son office de médiateur.
Dans certains cas, elle s’est aussi prêtée aux réalisations partisanes. Mais son action était légitime dans son essence, sinon dans ses modalités.
Les hommes qui, dans son sein, ont dirigé la lutte étaient, pour la plupart, pleins de foi et de bonne volonté, ils avaient un seul objectif : le bien ; il faut les absoudre.
Même si leur oeuvre est condamnable, la maçonnerie est innocente, elle ne préconise pas l’erreur, mais la vérité.

Contrairement aux affirmations de ses détracteurs, elle n’est pas, en effet, une entreprise de démolition, un organisme gangrené dont l’activité néfaste propage la maladie dont il est atteint.
Nombre de maçons peuvent errer et le contraire serait étonnant ; beaucoup d’entre eux peuvent agir en vue d’intérêts personnels plus ou moins avouables.
Il est inadmissible de jeter l’interdit sur l’ordre tout entier par le fait des brebis galeuses, fussent-elles la majorité, qui s’abritent dans ses temples.

C’est pourquoi nous nous sommes efforcés de faire revivre, dans sa pureté idéale, la doctrine véritable de la maçonnerie initiatique ; de montrer l’ascèse individuelle et collective dont elle est le support ; d’élever les adeptes jusqu’à la notion d’apostolat et, par ce moyen, de les conduire à des réalisations extérieures d’où les errements seront exclus.
Nous avons écrit sans révéler aucun des « aporreta » de l’ordre, dans l’unique but d’être utile à la vérité et de détruire, dans la mesure où l’on nous entendra, les rumeurs de haine soulevées contre lui.
Ceux qui, éventuellement, liront cette étude y puiseront peut-être : soit une plus juste compréhension et un peu de respect pour une haute doctrine venue des tréfonds de l’histoire, soit le désir de mettre leurs pensées et leurs actes au diapason de son enseignement traditionnel.

Pour ces derniers, disons-le à nouveau, ils entreprendront une oeuvre ardue, et, à certains moments, douloureuse.
Mais sa réalisation n’affecte aucun caractère d’impossibilité.
Certains l’ont accomplie, malgré les contraintes matérielles et la lutte pour l’existence : c’est déchoir de ne pas les imiter.
Elle est, en ces pages, présentée dans son aridité métaphysique, non pas pour effrayer, mais pour donner le courage nécessaire à la poursuite de ce noble idéal. Il est toujours bon, en effet, avant d’entreprendre une tâche, d’en mesurer l’étendue.

Regardons autour de nous, l’effort est partout, c’est une loi vitale à laquelle aucun être ne peut se soustraire.
La vie humaine surtout est le prototype de la lutte perpétuelle. II faut combattre pour la place au soleil et le pain de chaque jour, combattre pour la vérité contre l’erreur, pour la paix contre la guerre, pour le bien contre le mal.
Nul homme, digne de ce nom, ne peut nier l’opportunité de l’effort dont la tension, du reste, est béatifique aux grandes âmes, puisqu’il apporte avec lui l’espérance de la victoire et la joie anticipée du triomphe.
Les difficultés, dès l’abord, apparaissent insurmontables, mais s’avèrent bientôt, et presque toujours, comme un adjuvant de la volonté.

Lorsqu’un alpiniste se trouve au pied d’une muraille rocheuse presque verticale, son premier mouvement est de retourner sur ses pas. Il n’hésite pas cependant, il l’attaque avec la volonté de la vaincre.
Au fur et à mesure de l’ascension, il trouve des fissures, des cheminées, des rampes plus douces et des terrasses invisibles d’en bas.
Malgré la fatigue et le danger mortel, il arrive enfin sur la crête et respire longuement l’air des sommets, il se sent le maître des forces naturelles, car il a vaincu l’épouvante et terrassé la matière.
Ainsi fait le vrai maçon, chevalier sans peur et sans reproche, il conquiert la spiritualité contre tous les obstacles.

APPENDICE AVANT-PROPOS

Parmi les profanes et même parmi les maçons qui se sont attardés à lire les pages précédentes, beaucoup, peut-être, ont été déçus.
Ils espéraient y rencontrer, non seulement un visage inconnu de la foule, mais encore un thème précis capable de résorber tout effort intellectuel, un dogme auquel il suffit de se confier pour être irrésistiblement entraîné dans le sillage de la lumière.

A force d’entendre dire : la Maçonnerie dispense la vérité à ses adeptes, les maçons peuvent croire à l’instantanéité d’une révélation miraculeuse et, comme l’amour-propre humain les guide encore à leurs premiers pas dans le temple, ils souffrent, sans doute, de ne point en être éblouis.
Quant aux profanes, ils pensent : point n’est besoin d’entrer dans la Maçonnerie pour arriver à ce résultat : les sciences, les philosophies et les religions sont des mentors aussi sûrs.
Cette fraternité n’innove rien, n’apprend rien ; elle s’arroge un droit hypothétique et se sert d’un pur symbole pour convaincre les hommes de son utilité.
Ouvrons une quelconque éthique, voire un simple catéchisme, et nous trouverons, sous une forme moins présomptueuse. les mêmes enseignements et les mêmes préceptes.

Les maçons auraient tort de réclamer une révélation là où se trouve seulement la continuité d’une tradition millénaire ; les profanes, de méconnaître les bienfaits d’une méthode et d’une discipline dont l’efficacité se conçoit par les contraintes, ailleurs appliquées sous le couvert des lois punitives ; les uns et les autres, d’imaginer une prétention injustifiée.
C’est pourquoi nous voulons aborder ici la question de la lumière maçonnique, dans la limite imposée par l’obligation du secret, pour montrer à tous, et surtout aux initiables, ses caractéristiques, son rôle et la manière dont il faut la comprendre et la conquérir, en dehors de toute illusion incompatible avec la positivité de la doctrine.

Alors apparaîtra aux yeux de la bonne foi, par un nouvel examen et une méditation plus approfondie et corrélative de notre premier regard, combien la Maçonnerie est inconnue de la généralité des hommes et quelle est la valeur de son témoignage dans l’appréciation de la vérité humaine, témoignage d’une importance unique, puisque tout entier dans la conscience du myste.

Nous allons revenir, en quelque sorte, sur nos pas, pour mieux en mesurer la portée et la direction ; nous allons rencontrer les mêmes concepts et les mêmes idées, mais dans un cycle plus restreint, car nous assisterons, dans une certaine mesure, à la naissance d’un fils de la Veuve.

LA LUMIERE MAÇONNIQUE

Nouveaux venus à la porte du temple, cherchez-vous bien la lumière ?
Rien n’est moins certain.
En votre for intérieur, en effet, vous croyez la détenir en fonction de vos connaissances.
Vous avez tout un passé derrière vous ; vous avez travaillé, pensé, agi ; votre compréhension englobe certaines lois et principes et vous pouvez prétendre, sinon à la vérité totale, du moins à une approximation d’une large envergure. Votre conscience éclairée par votre intelligence peut ainsi vous conduire vers un jugement d’une apparente rectitude. Vous ne venez donc pas chercher la lumière, mais, à défaut d’une vérité nouvelle qui vous paraît improbable, un peu plus de clarté et de précision.
De ce chef, du reste, personne ne doit vous condamner, car la plupart des maçons, tous peut-être, ont pensé comme vous, jusqu’au jour où ils ont aperçu leur erreur.

Attendez un peu comme d’autres l’ont vu, vous le verrez bientôt, la lumière profane dont vous êtes plus ou moins saturés, est un reflet trop souvent déformé par le prisme phénoménal.
Lorsque vous approcherez la vraie lumière, la lumière maçonnique, engendrée par le soleil idéal du monde spirituel, vous saisirez la signification de ces mots : « Recevoir la Lumière » et « Donner la Lumière », car vous ne serez plus de simples écrans réflecteurs, mais des foyers radiants.
Et ce moment est proche ou lointain selon la détermination de votre propre volonté.

Vous avez demandé la lumière sans être bien convaincus de la recevoir.
Comment vous l’a-t-on présentée ? Sous le voile de multiples symboles.
Sans aucun doute, vous les connaissiez déjà et vous avez été étonnés, au premier contact, de n’en trouver parfois qu’une simple esquisse au lieu d’un modelage complet.
Arrêtez-vous sur cette première anomalie, dont la raison vous échappe et souvenez-vous d’une chose : la figure ou la lettre sont des supports, l’idée et l’esprit seuls sont essentiels. Ne tombez donc point en des généralisations hâtives ou des jugements irréformables.
Les raisonnements a priori ne valent rien dans les sciences exactes, ils sont encore moins de mise dans la Maçonnerie universelle. Malgré ses études antérieures, malgré ses connaissances acquises, le récipiendaire ne sait rien encore sous l’angle particulier de la Maçonnerie ; il erre dans le labyrinthe passionnel, il hésite aux carrefours de tous les préjugés et, s’il appartient à l’élite profane, il s’incline devant le sacro-saint mirage de l’intellectualisme rationnel.
Or il ne s’agit point ici des rapports communément admis par les docteurs exotériques ; il faut, au contraire, établir de nouvelles relations entre le signe et les idées, ou, plutôt, les saisir à travers la plasticité des symboles.
La Maçonnerie, dit-on, est un art et une science ; ne nous autorisons pas de notre intelligence de la science et des arts pour juger péjorativement une institution dont la formule et le but, proclamés identiques, semblent emprunter une voie divergente ; essayons de découvrir la réalité cachée sous l’écorce.

Depuis des milliers d’années, depuis les temps historiques, il y a des mystes, initiés et adeptes, à côté et au-dessus des hommes de la foule ; des écoles ésotériques en marge des académies officielles.
Bien plus, à côté des savants, naturellement adonnés à l’élucidation des mystères dont nous sommes entourés, il y a toujours eu des cénacles fermés, des temples secrets, des fraternités hermétiques où les hommes de désir seuls étaient introduits, avec un cérémonial compliqué, propre à éliminer les curiosités malsaines et les volontés chancelantes.
Ce deuxième aspect du problème mérite encore attention. Pourquoi tout cet apparat. pourquoi cette sélection ? Parce que la vérité porte un sceau et qu’il faut le recevoir pour être admis en sa présence.
Ce sceau est un geste sacramentel, un baptême purificateur, il pénètre toutes les facultés, les émonde et les modifie, selon la réceptivité de chacun. Avant d’ouvrir à ses élus les portes de la Vérité, la Maçonnerie imprime donc sur leur front le sceau des citoyens de la lumière, par des épreuves adéquates, tirées des quatre éléments primordiaux, successivement traversés et vaincus.

Mais si le sceau rend la lumière accessible, il n’est pas la lumière ; ainsi dans une religion quelconque, le baptême n’est pas le salut.

Lorsque le bandeau est tombé de vos yeux, vous avez cru, sans aucun doute, à une restitution pure et simple de la lumière physique dont vous étiez privés et vous n’avez pas été autrement émus, car le symbole ne révèle pas, de prime abord, son intime subtilité.
Vous avez pourtant ressenti un choc semblable au choc de l’aube sur la nature lorsqu’elle émerge à l’horizon sous la poussée du soleil.
Ce choc symbolique est, en même temps, la matière sacramentelle et la conséquence du sceau initiatique.

Avez-vous, de ce fait, reçu et contemplé la lumière dont la Maçonnerie se flatte d’opérer la transmission ?
Non, et vous pourriez avec une légitimité relative affirmer l’absence totale de rupture dans le champ ordinaire de votre visibilité.
Méfiez-vous, toutefois, de cette logique d’apparence irréfutable. Si la lumière ne vous a pas été brusquement révélée, si vous n’avez aucune connaissance nouvelle immédiate, vous avez néanmoins reçu la clef des portes de l’orient spirituel d’où vient la lumière véritable.

Quelle est donc cette clef d’or ? Vous la possédez depuis l’éveil de votre entendement, tout le monde la possède, mais personne ne veut plus s’en servir, sinon pour un culte idolâtre et purement spéculatif.
C’est le « Connais-toi » découvert par Socrate dans la doctrine traditionnelle des antiques mystères dont il fut l’écho révélateur. Elle vous a été restituée dans le cabinet de réflexion et on vous en a montré l’usage au cours de vos voyages de probation.
Elle vous a permis, avec l’aide de vos initiateurs, d’assurer vos pas incertains, d’être maître de vous-mêmes et de dominer les éléments, non pas au gré de votre fantaisie, – les lois naturelles suivent une route immuable, – ni pour satisfaire vos caprices, – l’initié n’en a pas, – mais en les acceptant librement lorsqu’ils sont contraires, en méprisant leurs contingences lorsqu’il sont favorables.
Et ceci, c’est la lumière, et la lumière est contenue tout entière en ces paroles, à peu près inconnues en dehors de nos temples : l’homme fort est la mesure du monde.
L’homme fort, en effet, ne spécule plus sur la devise socratique, il ne la porte point à sa boutonnière comme une décoration, il la transforme en motif d’action et de réaction, il la porte dans l’intimité de sa substance, elle est devenue l’oeil de sa volonté.

Toute l’infinie distance entre la lumière initiatique et la lumière profane est contenue dans ces mots « Connais-toi ».
Par eux, la Maçonnerie met le récipiendaire en présence de lui-même, en présence de sa pensée et de sa conscience toute frémissante du contact de Dieu, de ce Dieu interne manifesté seulement par les essences.
Sans négliger le voile du monde phénoménal, elle le réduit à la juste valeur d’une gamme sonore dont les vibrations, dans l’économie du Cosmos, sont destinées à proclamer la gloire et la puissance de l’intériorité.
La science profane, au contraire, met l’homme en présence du monde extérieur. Elle lui dit : regarde, analyse, compare, extrais le suc phénoménal pour remonter aux lois et aux principes ; mais elle se tient dans la dispersion et la divisibilité externes.
Ainsi, la Maçonnerie intériorise et la science extériorise. Celle-ci communique le reflet de la lumière incréée, celle-là crée une lumière dans la conscience même de l’homme et illumine le monde visible pour le situer à sa place véritable.
C’est pourquoi le profane, aux prises avec les luttes quotidiennes de l’existence, est enclin à se laisser dominer par les forces extérieures et se trouve désemparé lorsque le reflet, son guide habituel, l’abandonne dans les ténèbres intérieures.
C’est pourquoi le maçon n’est jamais seul avec lui-même ; il est co-participant de la vraie lumière ; il est une source de lumière et le ,monde extérieur, malgré ses révoltes momentanées, lui est soumis, car ce monde n’est rien sans une conscience capable de l’absorber au sein de sa propre lumière, de lui donner une vie réelle et un sens.

Mais la lumière ne s’acquiert pas si facilement qu’Il suffise de traverser le cabinet de réflexion pour en jouir.
La clef est difficile à manier. Aussi, la Maçonnerie donne-t-elle une méthode et les règles de l’art royal.
Méthode et règles sont contenues, sous un voile transparent au lecteur attentif, dans les rituels et les enseignements des maîtres ; il est inutile et inopportun d’en exposer les détails, mais elles sont basées sur un principe liminaire sana lequel leur inefficacité est certaine : la discipline.
La Maçonnerie impose à tous ses membres une discipline dont la rigidité n’exclut pas la souplesse ; même à l’homme de l’élite enrôlé comme apprenti, elle ne craint pas de dire : « Ecoute, obéis et tais-toi ».
Et c’est pourquoi le signe guttural est placé au seuil du temple pour rappeler perpétuellement à tous : la stricte loi du silence, le respect des serments et la domination sur tous les réflexes de l’être physique et intellectuel.

Certes, elle ne méprise pas les connaissances acquises, ni l’éducation profane dont les incidences sont non seulement utiles, mais souvent nécessaires ; elle reconnaît la science ésotérique de certains engagés dont elle facilitera l’ascension plus rapide, mais à tous elle prêche la circonspection.
La vérité des masses et la vérité des élites doivent être contrôlées et passées au crible de la conscience maçonnique. Elle crie : « Prenez garde, la lumière est immaculée, seul, le doute cartésien peut l’accueillir en sa pureté originelle ».

Pendant les premiers mois de ses travaux dans le temple, l’apprenti maçon, arrivé à un certain degré d’intellectualité et surtout d’ésotérisme, peut parfois se laisser emporter par une impression singulière. Il se croit enfermé dans un circuit primaire et sans issue où l’on s’efforce de l’astreindre à un enseignement largement familier et dérisoire.
Les gestes, les paroles, les doctrines, tout lui semble connu ; il a la sensation bien nette de perdre son temps.
Son tort est grand et il prouve ainsi, de manière péremptoire, la superficialité de ses vues.
Sans aucun doute, il connaît la technique des termes et peut-être des symboles, mais il ignore la prodigieuse différence entre l’étude d’un isolé et la méditation en commun, entre le bois sacré ouvert à tout venant et la Cella du temple. Il ignore les vertus de la hiérurgie et les horizons nouveaux et insoupçonnés qu’elle évoque, avec une rapidité souvent fulgurante, dans l’esprit du myste, sous le couvert d’un mot ou d’un signe dont la fécondité semble à jamais épuisée.

Apprentis nouvellement engagés, si grande soit votre science, si haut votre entendement, différez votre sentence et ne haussez pas les épaules.
La Maçonnerie sous l’apparente simplicité de ses prolégomènes vous présente une doctrine austère, profonde et toute hérissée de problèmes inattendus. Vous mettrez des années à l’épuiser dans vos méditations et, plus encore, à la traduire en vos comportements internes et externes.
Ne croyez pas à la facilité, c’est un arbre stérile, inconnu dans le sanctuaire ; ne croyez pas à l’indigence de certaines idées, leur plénitude vous deviendra tangible par l’effort continu.
Et c’est en vue de cet effort, créateur d’hommes, de chefs et d’apôtres, que la Maçonnerie vous réclame la circonspection et la discipline, seules capables de conduire vers la maîtrise. Votre enrôlement vous a fait maçon de droit ; par la bonne volonté et le coeur, vous le deviendrez de fait lorsque, soumis à toutes les règles de l’art royal, pénétrés de sa méthode, vous aurez compris les doctrines philosophiques et les opérations hiérurgiques, dont l’existence, à tous les degrés de la hiérarchie, malgré la dissimulation voulue, dont elles sont l’objet, est incontestable.

Alors seulement vous commencerez votre ascension dans la lumière, dans cet idéal constitué par la maîtrise de soi, le calme équilibre des facultés, des passions et des instincts, par la prépondérance de l’esprit sur la matière et la pondération des jugements.
Alors vous aurez enfin trouvé la seule paix susceptible de s’étendre de proche en proche dans les diverses couches de la nation et de se répandre dans toute l’humanité par dessus les frontières.
Vous comprendrez pourquoi la paix universelle est une utopie si la paix intérieure ne règne pas en chacun de nous et vous sentirez comment celle-ci est la résultante de la lumière maçonnique dont le phare puissant décèle l’unique vérité.
Toute vérité qui n’est pas apaisante en elle-même est, en effet, un tissu d’erreurs déguisées et de préjugés ténébreux, elle déchire les individus dans leurs propres entrailles et les dresse les uns contre les autres pour assurer l’hégémonie d’une idée particulière ou pour justifier des attitudes et des actes inspirés par l’égoïsme, ce poison subtil, destructeur de la fraternité.

La lumière maçonnique forme les hommes en dehors de toute contingence. Ces hommes sont des pacifiques et des pacificateurs, car, par le « Connais-toi », ils ont appris à se dominer, à tempérer la justice par la tolérance et la miséricorde, à aimer ceux dont le stade évolutif n’a pas encore transgressé les lois instinctives, à les aimer avec assez d’ardeur pour leur tendre la main et les attirer à eux, dans cette paix lumineuse devant laquelle l’ombre de la haine, de l’envie et de la colère s’évanouit sans retour.

LA LOI DU SILENCE

Les prêtres Egyptiens avaient personnifié le silence sous le symbole du dieu Harpocrate. Il était tout yeux et tout oreilles, mais sa bouche était close.
Cette attitude est évocatrice : il faut voir, écouter, comprendre, mais, parmi les vérités ainsi découvertes, aucune ne doit être divulguée inconsidérément.
Plus tard, Apulée écrira dans l’Ane d’or : « Nul danger ne pourra jamais me contraindre à dévoiler aux profanes les choses qui m’ont été confiées sous le sceau du secret ».
Il en fut ainsi pour l’enseignement ésotérique de tous les mystères anciens, pour ceux d’Isis et des Pyramides, pour ceux d’Eleusis où l’on célébrait le culte de Déméter, de Perséphone et du divin Iacchos, pour ceux des Cabires et de Mythra ; il en fut ainsi, même pour les mystères de la foi des premiers siècles, distribués aux fidèles dans le silence des cryptes et des catacombes.
La loi du silence est à l’origine de toutes les initiations véritables, elle se perd dans la nuit de la préhistoire, sans contestation possible.

Pourquoi, dès lors, s’en servir comme d’une machine de guerre contre les sociétés initiatiques et en particulier contre la maçonnerie ?
La raison en est simple, on a perdu le sens de cette loi. Les profanes et les ennemis de cette institution la considèrent, ou tout au moins feignent de la considérer, comme un aveu, mêlé d’hypocrisie, du but subversif et des mystères honteux atténués par son ombre propice. L’ignorance et la mauvaise foi expliquent cette conception.
Tous les maçons vraiment dignes de ce nom le savent, la loi du silence ne recouvre rien de redoutable, d’immoral ou de subversif ; elle est le prolongement légitime, et combien nécessaire, des injonctions données aux antiques adeptes, l’écho de la parole évangélique : « Ne jetez pas les perles aux pourceaux ».

Mais si la loi du silence est légitime, si elle a été recommandée en termes précis par les maîtres de la pensée ésotérique, comment faut-il l’interpréter ? Beaucoup l’ignorent, même parmi ses observateurs bénévoles, a fortiori parmi ses détracteurs.
Trop souvent, ces derniers regardent le serment maçonnique comme un goût enfantin de l’arcane, comme un Besoin, propre à tout esprit superficiel, de se donner à ses propres yeux, une importance capitale pour voiler son néant. Ils ne connaissent rien de la doctrine maçonnique.
C’est là leur seule excuse , mais leur ignorance devrait les inciter à sonder les raison., profondes d’un interdit imposé au récipiendaire, avant son admission dans le vestibule du temple.

Examinons donc le problème dans toute son étendue, sans nous laisser accaparer par des raisons étrangères au sujet.
La moindre réflexion, en effet, les mettrait sur la voie.

Tout d’abord, une affirmation s’impose : toute loi implique une contrainte, une obligation nette de se soumettre à sa teneur. Mais, ici, une distinction est à faire.
Les lois civiles : politiques, économiques ou sociales sont l’expression d’une nécessité, momentanée ou durable, constatée par le législateur et, le plus souvent, s’appliquant à la société sans consultation préalable des assujettis. I1 y a donc contrainte réelle, absolue, et cette contrainte comporte la soumission à la lettre des textes, plus qu’à leur esprit, jusqu’au jour où la loi sera résorbée par la force des choses ou par la réaction de la foule excédée. La loi maçonnique du silence n’offre rien de semblable à nos méditations.
En premier lieu, comme nous allons le voir tout à l’heure, elle est imposée par la raison et non pas par la volonté d’un homme ou d’une collectivité.
Ensuite elle est présentée à chaque adepte avant son admission dans l’Ordre et librement acceptée. Le récipiendaire se soumet de plein gré, en toute connaissance de cause aux incidences de la loi ; bien plus, il scelle son acceptation par un serment et se retire ainsi, consciemment, toute possibilité ultérieure de rupture ou de dérogation.
La contrainte est donc bien effective, mais elle est d’une autre essence, elle est transcendante aux individus et repose sur la personne de l’initié.
Les constitutions civiles régissent les peuples, en dehors de leur volonté et de leurs désirs, ils sont, « perinde ac cadaver », entre les mains de l’Etat et du pouvoir judiciaire chargé d’appliquer la loi.
En Maçonnerie il y a, au contraire, la volonté et la joie de se discipliner et le serment de persister « sine die » dans cette discipline librement consentie. Ainsi la contrainte du silence n’engendre pas un état de servitude vis-à-vis de la loi, c’est une adhésion dont la nécessité, basée sur la raison, n’enlève rien à la spontanéité.
C’est une norme initiatique sans laquelle aucune ascèse n’est possible ; nous allons essayer de le démontrer.
La loi du silence, avons-nous dit, procède de la raison. La raison est une faculté spécifiquement humaine, elle coordonne les données expérimentales ou intuitives, élaborées par l’entendement, sous forme de notions, de concepts ou d’idées, et les transpose en jugements pour en fixer les répercussions sur notre vie.
Or, en face de la raison, la Maçonnerie est l’art de poursuivre, la méthode pour découvrir, la science pour intégrer, dans la spéculation et la, pratique, les lois des rapports essentiels établis entre la vérité et l’intelligence humaine. Où est la vérité ? Elle n’est pas dans les expressions fuyantes du langage, écorce périssable sans cesse modifiée par les vicissitudes du temps et des lieux. Elle réside dans les choses elles. même, dans les êtres, dans la vie.
Ce n’est pas dans le tumulte des discussions, des vaines et pompeuses paroles que l’on pénètre la substance voilée par les concepts.
La voix subtile des essences nous parvient seulement dans le silence de l’esprit, dans le recueillement de la méditation ; elle est interceptée par le fracas du monde profane, constitué, trop souvent, par des sonorités inconsistantes et sans valeur.
Ainsi, la loi du silence, loin d’être une obligation arbitraire, est une contrainte rationnelle par laquelle notre corps et notre âme se mettent à la disposition de notre esprit, pour lui permettre d’écouter en toute quiétude la voix des êtres, émanation et sous-multiple de la grande voix universelle.
Plus nos méditations seront prolongées, plus complet notre silence intérieur, mieux nous parviendrons a percevoir cette harmonie sublime.
Voilà les raisons profondes du silence maçonnique ; nous verrons plus loin comment il faut l’organiser.
Retenons-en dès maintenant le principe directeur : L’Enseignement initiatique se donne et se reçoit dans le silence de tout l’être, il jette ses assises dans la méditation et il porte ses fruits dans les replis les plus secrets de l’esprit apaisé.

La loi du silence a encore un autre aspect, aspect tout extérieur et plus généralement considéré par les membres de l’institution et surtout par ses ennemis.
Lorsque le Vénérable clôture les travaux de l’atelier, il dit : « Retirez-vous en paix, mes frères sous la loi du silence ». Cette phrase du rituel a deux sens, celui plus haut étudié et un sens exotérique, applicable aux profanes.
Or, si le symbole du dieu Harpocrate concerne le premier, la parole évangélique et le texte d’Apulée, cités au début de ces lignes, s’appliquent incontestablement au second et, ici encore, la raison dicte la loi.
En effet, toute idée, divulguée sans discernement, est sans profit pour la foule aveugle, inapte à la recevoir. Pour elle, c’est une proie toute indiquée, une proie à dépecer. Elle s’en empare avec toute son ignorance et son irrespect, elle la triture, la torture par des interprétations et des applications fantaisistes pour en faire un monstre sans forme et inesthétique, selon le mot du poète latin : « Monstrum horrendum informe, ingens, cui lumen ademptum », Monstre horrible, informe, immense à qui la lumière est enlevée.
Oui, la parole maçonnique jetée en pâture à la masse devient, en passant dans les cellules cérébrales d’individus sans culture adéquate, un monstre illogique, un amalgame de concepts rebelles à la fécondation de la vivante lumière. Le danger de certaines divulgations intempestives apparaît donc redoutable.
Par elles, la Maçonnerie, de tout temps, a été considérée comme une entreprise de mort, comme une assemblée de destructeurs ou d’hommes tarés.
Le contraire, pourtant, seul est vrai, car elle s’efforce, dans sa tradition authentique, de guider les individus et l’humanité tout entière vers les hautes sphères de la Sagesse et de la Spiritualité.
D’où la nécessité morale absolue de celer à la multitude les symboles et idées maçonniques inaccessibles à son intelligence, non seulement pour en éviter la profanation, mais encore pour empêcher la transformation d’un outil de vie en arme de mort, de la lumière en ténèbres, de la vérité en erreur.

« Sancta sanctis » dit l’Ecriture ; il faut réserver les mystères aux mystes, tout en essayant d’accroître le nombre de ceux-ci pour élever progressivement toutes les élites à la hauteur de la science sacrée.
La Maçonnerie n’a pas été parée en vain du nom de science royale, elle l’est par essence et, comme telle, elle est l’apanage des intelligentes subtiles greffées sur une volonté d’airain et consolidées par un grand coeur. Jamais la foule, en l’état actuel de l’évolution humaine ne pourra assimiler les arcanes, les aporreta de notre institution ; ils constitueraient, pour elle, un philtre de folie, un soleil trop lumineux pour un regard habitué à la pénombre de la forêt des préjugés.
Revenons maintenant sur nos pas et voyons comment il faut organiser le silence prescrit par la loi maçonnique. Se taire vis-à-vis de l’étranger, lui voiler sa pensée si nous le jugeons indigne ou indifférent, paraît chose relativement facile.
Le serment du silence malgré des violations répétées veut, du reste, être dans ce cas, un obstacle suffisant à toute indiscrétion. Mais il est des circonstances où la difficulté est plus grande.
Tous nous avons une famille, des amis chers, des camarades auxquels nous avons accordé notre confiance ; l’amour ou l’amitié, la sympathie peuvent nous inciter à des révélations peut-être dangereuses pour la tranquillité de nos proches et surtout préjudiciables, en raison de l’incompréhension que nos paroles peuvent rencontrer, d’un côté à nos affections, de l’autre aux Frères auxquels nous sommes liés par un serment solennel ; c’est pourquoi la loi du silence extérieur est absolue, le maçon doit savoir se taire, il doit respecter son serment sans aucune défaillance.
Il doit se taire, lorsqu’il n’est pas dans le temple ou en présence de ses pairs. Remarquez bien ces paroles : « Nous disons, ses pairs et non pas ses Frères »
Tous les maçons en effet, sont Frères, entre eux la solidarité, la fraternité et l’amour jouent sans distinction d’âge, ils forment une chaîne d’union, unique et indissoluble, du plus jeune au plus ancien, mais ils ne sont pas tous égaux sur le plan de la vérité, ils ne la voient pas tous sous le même angle, ils ne sont pas tous également aptes à réaliser un travail déterminé dans le grand oeuvre des constructeurs.
Aussi, comme il serait inopportun et même dangereux de confier la sculpture d’un chapiteau à un apprenti tout juste habitué à dégrossir un moellon, il faut éviter de lui divulguer prématurément les secrets des ateliers supérieurs et les vérités auxquelles ils servent de voile ; sa science rudimentaire ne lui permettrait pas de les assimiler entièrement. II ne saurait les utiliser selon la norme, et devant l’inutilité de ses efforts pour comprendre et oeuvrer, le découragement et le dégoût envahiraient son esprit.
Le maçon ne parle donc que devant ses pairs, devant les ouvriers capables de réaliser son propre travail. C’est du reste la raison pour laquelle la maçonnerie est une institution progressive ; à ses adeptes elle donne la vérité par étapes et non pas d’un seul bloc.
Voilà les arguments qui étayent la loi du silence, à l’extérieur et à l’intérieur de l’institution.
Voilà la façon de la comprendre et de la pratiquer ; mais la question est plus vaste encore, ce sont là des prolégomènes tout à fait superficiels, c’est la lettre de l’obligation. II nous reste en effet à examiner l’organisation du silence au sein même de la conscience d’un maçon.
Nous le disions tout à l’heure, la vérité n’est pas située dans les paroles dont nous entourons nos concepts et nos idées, elle réside dans l’essence des choses et des êtres.
Le silence seul peut nous permettre d’entendre la voix subtile des essences. Comment donc réaliser en nous la loi du silence et pénétrer dans l’esprit de notre serment ? Examinons l’histoire des sages et des philosophes.

Pythagore, avant de créer son école de Crotone, passe des années dans le silence absolu. Devenu chef d’école, il impose le silence à ses élèves.
Ceux-ci étaient à l’origine des « Akoustikoi », des écouteurs ; ils devaient écouter et se taire, ils ne questionnaient jamais, ils suivaient les leçons du maître et les méditaient dans le secret de leur intelligence.

La vie cachée du Christ dure 30 ans, pendant lesquels l’histoire ne révèle aucun fait, geste ou parole susceptible de nous mettre sur la trace de sa formation intellectuelle et spirituelle.
Avant de se lancer dans la vie publique, il se retire pendant 40 jours dans le désert, afin de concentrer sa pensée et de la mûrir dans le silence absolu des solitudes transjordaniques.
Vers cette même époque, Apollonius de Tyane s’interdisait toute parole pendant cinq années consécutives, et il avait 20 ans à peine.
Ces maîtres avaient compris la valeur et la vertu quasi surnaturelle du silence physique. Intelligences géniales, ils dépassent la foule comme des chênes centenaires écrasent le modeste taillis de la forêt.
C’est pourquoi nous pouvons les voir et de loin les imiter.
De leur exemple tirons ce premier principe :

Le maçon parle au moment opportun et surveille ses paroles, il énonce seulement sa pensée essentielle.
Tout le reste est parole vaine, bruits sans consistance, la ritournelle d’un perroquet à laquelle s’essayent avec tant de succès les tribuns de nos assemblées politiques, ou de nos cénacles littéraires.
Voilà comment il faut comprendre et réglementer le silence physique, qualité primordiale du maçon. Il y a trop, de par le monde, d’orateurs et pas assez de penseurs, trop d’idéologues et pas assez de réalisateurs, car l’homme livré à sa nature animale s’extériorise constamment par des paroles et par des gestes vains au lieu de s’enfermer dans le silence de la méditation,seule source des grandes pensées et des grandes actions.
Mais ce n’est pas tout, il faut encore organiser en soi-même le silence psychique, le silence de l’âme. Il faut imposer à la ruée des instincts et des passions le contrôle de la raison et de la volonté ; les contraindre à s’exprimer seulement dans les circonstances où les juguler serait une erreur manifeste, et une cause de déperdition des forces vitales, un appauvrissement injustifié de l’instinct de conservation.
Il faut donc ici, comme s’il s’agissait des paroles, surveiller les instincts et les passions, discerner leurs mouvements et ne donner libre cours qu’aux seules manifestations compatibles avec les lois naturelles de l’évolution humaine.
Cette restriction, ce silence psychique est la base même de la vertu de tempérance, opposée au brutal élan de toutes les incontinences animales.

Sur ce palier de l’organisation du silence, le maçon, déjà, se révèle largement outillé, pour la lutte contre la facilité profane. Nous pouvons apercevoir enfin toute l’ampleur de l’ascèse ultérieure à envisager pour atteindre la perfection relative de la conscience.
Il faut, en effet, dans une ultime étape réaliser le silence intérieur, le silence de l’esprit, pour mieux entendre la parole des choses et le Verbe de Dieu.

Cette opération, difficile entre toutes, réclame une très longue habitude, elle emprunte deux attitudes différentes : élimination et purification.

Comme la loi du silence nous incitait, tout à l’heure, à surveiller nos paroles oiseuses et le débordement passionnel, elle nous invite maintenant à surveiller nos pensées, à éliminer les dissonances capables d’obscurcir le Vrai, le Beau et le Bien, dans le champ de notre conscience.
Puis non content de cette opération négative, il faut passer à l’attitude positive. car la purification, c’est l’affinement de la pensée.
Or cet affinement s’opère par le contact de notre esprit avec l’essence des choses.
Le silence est le creuset dans lequel notre raison et notre volonté sont soumises au feu vivant de la nature et de son sublime émanateur.
Par ce feu nous susciterons en nous des pensées de justice, de miséricorde et de charité, des pensées susceptibles de nous conduire jusqu’aux confins du monde spirituel.
Enfin, de ces attitudes diverses, il faudra en dernier ressort, réaliser une synthèse et obtenir le silence de tout notre être personnel. Nos passions et nos instincts réduits à l’état d’instruments dociles seront utilisés en vue du bien individuel et du bien général.
Nous arriverons ainsi progressivement à canaliser tous nos sentiments, toutes nos notions, concepts et idées dans la voie de la sérénité.
Notre vie apparaîtra alors comme une vibration synchronisée dans l’harmonie universelle du cosmos, et cela par la Vertu de la loi du Silence, joyeusement acceptée, et respectée, douloureusement certes, mais sans défaillance.

Et ainsi nous nous installerons définitivement dans cet ultime état, aboutissement obligatoire de toute vraie Maçonnerie : l’Illumination.

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