navigation

GUENON La Gnose et la Franc-Maçonnerie 24 octobre, 2021

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

GUENON La Gnose et la Franc-Maçonnerie

René Guénon

Paru dans La Gnose, mars 1910 (n° 5 1909-1910), sous la signature « T Palingenius »

 guenon gnose fm

« La Gnose, a dit le T∴ Ill∴ F∴ Albert Pike, est l’essence et la moelle de la Franc-maçonnerie. » Ce qu’il faut entendre ici par Gnose, c’est la Connaissance traditionnelle qui constitue le fonds commun de toutes les initiations, et dont les doctrines et les symboles se sont transmis, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, à travers toutes les Fraternités secrètes dont la longue chaîne n’a jamais été interrompue.

 

Toute doctrine ésotérique ne peut se transmettre que par une initiation, et toute initiation comprend nécessairement plusieurs phases successives, auxquelles correspondent autant de grades différents. Ces grades et ces phases peuvent toujours se ramener à trois ; on peut les considérer comme marquant les trois âges de l’initié, ou les trois époques de son éducation, et les caractériser respectivement par ces trois mots : naître, croître, produire.

Voici ce, que dit à ce sujet le F∴ Oswald Wirth : « L’initiation maçonnique a pour but d’éclairer les hommes, afin de leur apprendre à travailler utilement, en pleine conformité avec les finalités mêmes de leur existence.

Or, pour éclairer les hommes, il faut les débarrasser tout d’abord de tout ce qui peut les empêcher de voir la Lumière.

On y parvient en les soumettant à certaines purifications, destinées à éliminer les scories hétérogènes, causes de l’opacité des enveloppes qui servent d’écorces protectrices au noyau spirituel humain.

Dès que celles-ci deviennent limpides, leur transparence parfaite laisse pénétrer les rayons de la Lumière extérieure jusqu’au centre conscient de l’initié. Tout son être, alors, s’en sature progressivement, jusqu’à ce qu’il soit devenu un Illuminé, dans le sens le plus élevé du mot, autrement dit un Adepte, transformé désormais lui-même en un foyer rayonnant de Lumière.

« L’initiation maçonnique comporte ainsi trois phases distinctes, consacrées successivement à la découverte, à l’assimilation et à la propagation de la Lumière.

Ces phases sont représentées par les trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître, qui correspondent à la triple mission des Maçons, consistant à rechercher d’abord, afin de posséder ensuite, et pouvoir finalement répandre la Lumière.

« Le nombre de ces grades est absolu : il ne saurait y en avoir que trois, ni plus ni moins. L’invention des différents systèmes dits de hauts grades ne repose que sur une équivoque, qui a fait confondre les grades initiatiques, strictement limités au nombre de trois, avec les degrés de l’initiation, dont la multiplicité est nécessairement indéfinie.

« Les grades initiatiques correspondent au triple programme poursuivi par l’initiation maçonnique. Ils apportent dans leur ésotérisme une solution aux trois questions de l’énigme du Sphinx : d’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Et ils répondent par là à tout ce qui peut intéresser l’homme. Ils sont immuables dans leurs caractères fondamentaux, et forment dans leur trinité un tout complet, auquel il n’y a rien à ajouter ni à retrancher : l’Apprentissage et le Compagnonnage sont les deux piliers qui supportent la Maîtrise.

« Quant aux degrés de l’initiation, ils permettent à l’initié de pénétrer plus ou moins profondément dans l’ésotérisme de chaque grade ; il en résulte un nombre indéfini de manières différentes d’entrer en possession des trois grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.

On peut n’en posséder que la forme extérieure, la lettre incomprise ; en Maçonnerie, comme partout, il y a, sous ce rapport, beaucoup d’appelés et peu d’élus, car il n’est donné qu’aux initiés véritables de saisir l’esprit intime des grades initiatiques. Chacun n’y parvient pas, du reste, avec le même succès ; on sort à peine, le plus souvent, de l’ignorance ésotérique, sans s’avancer d’une manière décidée vers la Connaissance intégrale, vers la Gnose parfaite.

« Celle-ci, que figure en Maçonnerie la lettre G∴ de l’Étoile Flamboyante, s’applique simultanément au programme de recherches intellectuelles et d’entraînement moral des trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître.

Elle cherche, avec l’Apprentissage, à pénétrer le mystère de l’origine des choses ; avec le Compagnonnage, elle dévoile le secret de la nature de l’homme, et révèle, avec la Maitrise, les arcanes de la destinée future des êtres.

Elle enseigne, en outre, à l’Apprenti à élever jusqu’à leur plus haute puissance les forces qu’il porte en lui-même ; elle montre au Compagnon comment il peut attirer à lui les forces ambiantes, et apprend au Maître à régir en souverain la nature soumise au sceptre de son intelligence.

Il ne faut pas oublier, en cela, que l’initiation maçonnique se rapporte au Grand Art, à l’Art Sacerdotal et Royal des anciens initiés. » (L’Initiation Maçonnique, article publié dans L’Initiation, 4e année, n° 4, janvier 1891.)

L’organisation initiatique, telle qu’elle est ici indiquée dans ses traits essentiels, existait dès l’origine dans le Gnosticisme comme dans toutes les autres formes de Tradition. C’est ce qui explique les liens qui ont toujours uni le Gnosticisme et la Maçonnerie, liens que nous montrerons mieux encore en reproduisant quelques discours maçonniques (déjà publiés autrefois dans La Chaîne d’Union) du F∴ Jules Doinel (Ŧ Valentin), qui fut, en même temps que Patriarche de l’Église Gnostique, membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France.

Sans vouloir traiter ici la question si complexe des origines historiques de la Maçonnerie, nous rappellerons simplement que la Maçonnerie moderne, sous la forme que nous lui connaissons actuellement, est résultée d’une fusion partielle des Rose-Croix, qui avaient conservé la doctrine gnostique depuis le moyen-âge, avec les anciennes corporations de Maçons Constructeurs, dont les outils avaient déjà été employés d’ailleurs comme symboles par les philosophes hermétiques, ainsi qu’on le voit en particulier dans une figure de Basile Valentin. (Voir à ce sujet Le Livre de l’Apprenti, par le F∴ Oswald Wirth, pp. 24 à 29 de la nouvelle édition.)

Mais, en laissant de côté pour le moment le point de vue restreint du Gnosticisme, nous insisterons surtout sur le fait que l’initiation maçonnique, comme d’ailleurs toute initiation, a pour but l’obtention de la Connaissance intégrale, qui est la Gnose au sens véritable du mot. Nous pouvons dire que c’est cette Connaissance même qui, à proprement parler, constitue réellement le secret maçonnique, et c’est pourquoi ce secret est essentiellement incommunicable.

Pour terminer, et afin d’écarter toute équivoque, nous dirons que, pour nous, la Maçonnerie ne peut et ne doit se rattacher à aucune opinion philosophique particulière, qu’elle n’est pas plus spiritualiste que matérialiste, pas plus déiste qu’athée ou panthéiste, dans le sens que l’on donne d’ordinaire à ces diverses dénominations, parce qu’elle doit être purement et simplement la Maçonnerie.

Chacun de ses membres, en entrant dans le Temple, doit se dépouiller de sa personnalité profane, et faire abstraction de tout ce qui est étranger aux principes fondamentaux de la Maçonnerie, principes sur lesquels tous doivent s’unir pour travailler en commun au Grand Œuvre de la Construction universelle.

Source: Hiram Abiff le FM

th

Bref Exposé de la Doctrine Gnostique par Sophia Esclarmonde 16 décembre, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Bref Exposé de la Doctrine Gnostique par Sophia Esclarmonde

Un texte de la Sophia S. J. Esclarmonde, paru en 1913, et qui vaut par certaines lumières qu’il projette sur la doctrine et le credo gnostique.

Bref Exposé de la Doctrine Gnostique

Autel gnostique – Église Gnostique Chaote. Photographie ©Spartakus FreeMann, 2011.

Notions Préliminaires

II importe tout d’abord de bien établir la valeur de ces deux termes : « La Gnose » « Les Gnostiques » qu’on emploie trop souvent fort indifféremment et qui ont pourtant chacun une signification toute spéciale.

La Gnose (gnosis), connaissance ou science primordiale, c’est l’intelligence des choses divines, c’est l’enseignement reçu aux premiers âges du monde alors que l’Humanité terrestre était encore toute imprégnée de la Lumière créatrice ; c’est ce que la tradition a pieusement transmis et jalousement défendu dans les livres sacrés des Indes et de la Chine, dans le mystère des initiations de l’antiquité, au fond des monastères du Thibet, de l’Égypte, de la Chaldée et de la Grèce (Eleusis)…

C’est « la Voix, la liberté, la Vie » dont l’enseignement ésotérique de tous les Christs a été le Verbe ; c’est Elle que les Sages ont cherchée et pressentie ; c’est sur Elle que tous les systèmes philosophiques ou religieux ont prétendu s’appuyer, dont ils ont en effet reflété çà et là quelques rayons de pure lumière, mais qu’ils ont tous plus ou moins déformée et obscurcie par ce qu’ils n’ont pu s’empêcher d’y mettre de leurs conceptions individuelles et de leurs propres contingences. Dépouillez tous ces systèmes de ces « relativités » et vous y découvrirez – comme l’amande précieuse au cœur du noyau fruste – la Vérité éternelle, la Gnose inaltérée, inaltérable, présidant à la marche évolutive de l’âme humaine. On peut dire de la Gnose qu’elle est la subconscience de l’homme qui l’accompagne à travers les âges sans jamais s’appuyer sur d’autres lois que la Raison, sans en appeler à d’autres témoignages qu’à ceux de l’auguste Tradition, et sans avoir besoin de s’entourer d’aucun prestige surnaturel pour affirmer son incontestable autorité.

La Gnose se réclamait déjà d’une haute antiquité au temps [1] parût le plus ancien livre du monde, le Yiking, dicté par Fohi, le Mage-Empereur, 57 siècles avant l’ère chrétienne.

Lao-Tseu en tira un corps de doctrine, et Confucius un système de morale ; le Boudha [sic] y puisa ses préceptes 600 ans avant Jésus-Christ, et notre Sauveur lui-même l’a transmise tout entière à ceux de ses disciples qu’il jugea aptes à la recevoir, notamment à Jean l’Évangéliste. Mahomet en a imprégné le Coran dans son enseignement ésotérique ; et depuis – pour ne parler que de noire Occident -, on la retrouve illuminant les ténèbres du Moyen-Age, jaillissant en rapides éclairs des disputes théologiques des grands réformateurs, comme des savants écrits d’obscurs religieux. Elle a eu ses apôtres et ses martyrs dans tous les cultes. Elle n’appartient à aucune Confession religieuse. Elle est la source de toutes les religions.

Ce n’est pas une religion, c’est la Religion de l’Humanité.

Autre chose est ce qu’on entend par le gnosticisme dont l’origine ne remonte qu’aux premiers siècles de notre ère.

« En ce temps-là, – comme dit le Patriarche Synésius dans son Manuel Préparatoire – en dehors du vieux judaïsme pharisaïque qui s’acharnait à vivre et qui nettement rejetait le Christ-Sauveur, au-dessus du Judéo-Christianisme qui, s’obstinant à vouloir « enfermer le vin nouveau dans les outres anciennes », rêvait avec Pierre on ne sait quel concordat étrange entre la Thora et l’Évangile, il y avait place pour une religion toute de Raison et d’amour qui brisât sans scrupule avec l’implacable Jéhovïsme et qui fût la réalisation loyale, intégrale, complète de la doctrine du Divin Maître ».

Cette doctrine que Jésus de Nazareth prêcha en Judée, en Galilée, en Samarie, et jusque sur les confins de Tyr et de Sidon, n’était pas nouvelle, – nous venons de le démontrer – puisque ses racines plongeaient dans les profondeurs du plus lointain passé ; mais la malice des hommes, le tumulte des événements, mille causes avaient obscurci – pour la mentalité des races blanches surtout – cette très auguste Tradition, et il était devenu nécessaire de la rénover, de la réveiller de son long sommeil, de lui infuser la vigueur et la vie en l’adaptant à la compréhension des peuples à peine sortis de l’enfance, comme à la caducité des civilisations décadentes.

Telle fut la Mission de Jésus, telle fut la partie ésotérique de son enseignement, celle qu’il donna à l’élite de ses disciples, celle qui, en un mot, constitue la partie transcendante de sa doctrine.

L’autre, la partie exotérique, s’adressait à la foule des petits et des humbles : préceptes de morale, appels à la fraternité, proclamation du règne de la Charité universelle… Tous ces préceptes se trouvent clairement reproduits dans les épîtres et les Évangiles qui sont parvenus jusqu’à nous presque sans altération.

Il n’en fut pas de même de l’enseignement ésotérique dont il ne nous est possible de reconstituer les grandes lignes qu’à travers le symbolisme de ce qui nous est resté des écrits des premiers « Gnostiques » : Jean, Simon, Valentin, Basilide, Carpocrate, etc., écrits dont l’interprétation diverse aggravée par la dissidence de leurs disciples, a donné naissance aux divers rameaux de l’arbre gnostique. (Voir l’Arbre Gnostique par Fabre des Essarts).

C’est donc à partir du 11ème siècle de notre ère que date l’existence réelle de l’hérésie gnostique se séparant résolument des chrétiens orthodoxes pour fonder un culte exotérique dissident, sur des données purement ésotériques.

Or, ce qui était inévitable dans ce domaine contingent qui est le leur, arriva bientôt : la division s’accentua tant sur la forme que sur le fond même de l’enseignement, sans néanmoins en perdre de vue les dogmes les plus élevés.

Ces dogmes se retrouvent dans tous les mouvements religieux qui suivirent en vue de secouer le joug de l’Église Romaine.

La doctrine secrète des Templiers, celle des Vaudois et des Cathares, les Albigeois et les Hussistes, Abeilard et les doux philosophes de Port-Royal, tous sont de fait, sinon de nom, des Gnostiques ; et, lorsqu’en 1889 Jules Doinel, notre vénéré rénovateur, cédant à l’appel d’En-Haut, reconstitua l’Église Gnostique sur les bases actuelles, il ne fit que renouer avec nos grands ancêtres la chaîne non brisée de convictions et d’espérances communes.

Que celui qui ignore tout du « Gnosticisme » se garde bien de s’enquérir sans un guide sûr, auprès des Pères de l’Église. Sciemment ou non, ceux-ci ont le plus souvent faussé la doctrine qu’ils combattaient, et volontiers fait passer pour des articles de cette doctrine ce qui n’est qu’emblème ou allégorie.

On devra apporter la même circonspection dans la lecture des écrits consacrés à ce sujet par les savants contemporains. Ces écrits se bornent trop souvent à reproduire sans examen (soyons courtois même pour ceux qui ne le sont pas) les fantaisies, les erreurs, ou les calomnies des Pères de l’Église.

[singlepic id=280 w=320 h=240 float=center]

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Credo Gnostique

1. Je crois que tout procède d’un Principe Universel, ineffable, sans limite et sans forme, Un dans son essence, et triple dans ses manifestations: Père, Fils, Esprit.

2. Je crois que ce Principe est le suprême Propâtor, et que la Pensée, indissolublement unie a lui-même, a engendré la hiérarchie des Saints Éons qui sont ses attributs, par lesquels II se manifeste, et qui, émanés de Lui, lui sont consubstantiels.

3. Je crois que le Démiurge est le principe de la division et de l’égoïsme, qu’il a produit toutes les relativités, et qu’ainsi il est le créateur de toute forme et de toute existence individuelle; mais que le principe supérieur qui est en lui et par lequel il se rattache à l’esprit Universel, procède directement du Propâtor.

4. Je crois que l’Eon Christos, uni à l’Esprit-Saint, se manifeste à nous par les “Sauveurs”, et que le Sauveur de notre âge terrestre est Jésus à qui ils ont inspiré l’Évangile Éternel.

5. Je crois que la mission de ces Sauveurs a pour but de préparer en nous l’avènement du Paraclet qui est le Saint-Esprit et qui se manifeste à nous comme la Vierge de Lumière.

6. Je crois que tous les êtres rentreront finalement dans le sein du Plérôme, où règnent l’Harmonie, la Justice et la Grâce dans tous les Éons

Aôm! — ».

Obs.: Ce Credo est le credo des premiers grades, le credo extérieur si l’on peut s’exprimer ainsi. Le credo intérieur, celui des hauts grades ne peut se commenter.

Commentaire du Credo (Art. 1-2)

Le Principe Universel

Pour donner une idée sensible de l’Être divin, sans courir le risque de le défigurer, il faudrait s’en tenir au graphique des Jaunes inventé par Fohi. Mais cela ne satisfait pas notre entendement occidental.

Voici ce que dit à ce sujet Mme Anna Kingsford dans son beau livre La voie parfaite, page 48: « Antérieurement à toute existence, la substance (le Principe) régnait seule, non différenciée. L’Être pur emplissait l’immensité. – Or, ce qui existe avant le commencement des choses est nécessairement la potentialité des choses et est forcément homogène, c’est-à-dire Un ».

Ce que madame Kingsford aurait pu ajouter, car ce point de départ, quelque difficile qu’il apparaisse, est le seul vrai, c’est que l’Etre-non-être (car cette dualité seule nous permet d’exprimer le grand arcane de l’Univers) est représenté par le zéro et non par le Un. Le Un est le zéro manifesté, DEJA manifesté. Notre entendement ne peut comprendre Un que par son rapport avec deux; donc poser Un, c’est admettre la série des nombres.

L’Univers est l’existence, c’est-à-dire Dieu manifesté ou mieux l’Etre, le Un.

Antérieurement à cet Univers, Dieu subsistait non-manifesté, représenté par le zéro.

[Voici la série: L’Être-non-Être; Zéro,

L’Être-manifesté: Un (c’est Dieu dans l’esprit humain)

La Volonté créatrice: Deux.

L’acte de la Création: Trois.

L’Univers des choses créées : Quatre.

Cette vérité de série est Taoïste, fohiste, moïsiaque, gnostique et rosicrucienne.]

Il n’y avait ni mouvement, ni obscurité, ni espace, ni matière, ni en général aucune des conditions particularisées de l’existence dans l’un quelconque de ses degrés ou états en multiplicité indéfinie. Il n’y avait que Dieu le non créé, le Soi subsistant qui était comme une lumière invisible.

En effet, Dieu (le Principe Universel selon Claude de Saint-Martin) c’est l’Être absolu qui demeure et qui n’est cependant soumis ni à l’espace, ni au temps puisqu’il les renferme ainsi que toutes les possibilités d’existence. C’est l’Être-non-Etre et puissance d’être, ce qui est le grand ternaire métaphysique; 1° Puissance d’être en tant que renfermant toutes les possibilités; 2° Non-être en tant que ne les réalisant pas; 3° Être en tant que les réalisant. Mais il n’est pas seulement cela; il est aussi le Ternaire dénommé: Volonté, Intelligence, Amour ou Père, Fils, Esprit; et voici comment, dans notre doctrine, nous entendons ces trois Ternaires qui en réalité n’en font qu’un étant considérés successivement sur trois plans selon les différents aspects de la divinité.

Le Non-être que nos enseignements déclarent (par insuffisance d’une expression plus juste) supérieur à l’Être est en fait le Zéro, l’Abîme insondable, le grand Ineffable.

L’Etre, l’Un, c’est, dit Matgioï (Voie Métaphysique), La Perfection.

On compte deux Perfections: la Perfection active et la Perfection passive. Kien et Kouen des mages d’Extrême-Orient.

La première, active, est génératrice et réservoir potentiel de toute activité; mais elle n’agit point. Elle est et demeure en soi, sans manifestation possible. Elle est donc inintelligible à l’homme en l’état présent du composé humain.

Lorsque cette Perfection s’est manifestée, elle a, sans cesser d’être elle-même, subi la modification qui la rend intelligible à l’esprit humain, et elle se dénomme alors la Perfection passive, (Kouen).

Ici, comme partout ailleurs, le grand Principe est l’Un, et c’est Lui, sous son aspect manifesté et reflété dans la conscience humaine, que le Sage propose à notre contemplation et à notre étude (Matgioï, Voie Métaphysique).

La Volonté d’être de cet Un se manifeste extérieurement par l’émanation, et, de même que la lumière blanche, rencontrant un prisme, détermine des faisceaux de couleurs diverses, l’émanation émise par l’Un dans le Kénôme ou Vide détermine des créations sensibles de valeurs différentes, ou plutôt d’aspects différents, car la valeur – peut-on dire intrinsèque ? – reste la même.

Le gnosticisme n’impose point à ses fidèles la croyance en un inacceptable tri-théisme. Il ne leur annonce pas non plus un Dieu en trois personnes distinctes, tri-unes, égales en puissance, et pourtant hiérarchisées par la procession.

Non! Il s’agit simplement, comme nous le disons plus haut, de trois aspects de la divinité, de trois hypostases, distincts sans doute, mais inséparables; de trois personnes si l’on veut, mais en attachant au mot personne son vrai sens étymologique, c’est-à-dire rôle, jonction, attribut.

Le Démiurge ou la Création (Art. 3-4)

Nous avons vu au chapitre précédent que le gnostique croit en un seul Dieu Éternel.

Ce Dieu étant la Perfection même, rien d’imparfait ne peut émaner de lui. D’où il suit logiquement que l’Univers, le Cosmos, le monde matériel et formel avec les humanités physiques, s’ils sont imparfaits (et dans la mesure où il les sont) ne peuvent pas être Son œuvre.

Nous enseignons que la Création, chose sublime mais limitée, amalgame prodigieux de lumière et de ténèbres, de bien et de mal, comme de tout ce qui est relatif, n’a pas eu pour créateur l’Etre Suprême, mais est le résultat des forces actives de la matière et des autres possibilités analogues, destiné à périr avec elles – quand elles seront devenues inutiles – ou à se transformer encore après la Réintégration finale.

“Le Démiurge” des vieux gnostiques n’est pas l’effort de ces forces créatrices, comme d’aucuns l’ont cru; c’est au contraire le symbole de la Limite qui doit disparaître en même temps qu’elle. Le démiurge se suicide par et dans la Réintégration.

On appelle aussi le Démiurge: Prince de ce monde, Limite ou grande Illusion; il n’est pas le courant des formes, car celui-ci est bénéfique : c’est la voie, en ce qu’elle a d’humain; mais il est la source des formes dans lesquelles les êtres s’écoulent et dont l’Humanité, avant sa naissance et aussi après sa mort terrestre – est une des formes, comme l’humanité terrestre est une des modifications de cette forme.

La Perfection est bien la génératrice de ce courant formel – c’est son aspect passif – et l’humanité qui en émane, sortie de l’Infini, doit y rentrer (sans cependant qu’elle en soit jamais sortie au sens propre du mot) comme y rentreront toutes les formes visibles et invisibles de l’Univers, toutes divines dans leur essence, et ne se distinguant de leur Principe que par la nature et la qualité qui, par succession des modifications, précisent la forme, c’est-à-dire la limite rendue sensible.

Entre Dieu et nous, il y a la Limite, et il n’y a pas autre chose que la Limite, puisque, si elle est supprimée, toute création disparaît, il ne demeure que l’Unité Universelle.

Dans la marche évolutive de l’Univers, – de tous les êtres – de l’homme collectif qui en est une forme et de l’humanité terrestre qui est une forme de l’Homme collectif. – c’est le libre arbitre de l’espèce qui, de cet homme collectif, fait des individus –  dans cette marche évolutive, l’Univers tend à remonter le courant formel, à se dégager de la Limite, à libérer le “Rayon divin” qui l’a généré et qui y reste emprisonné à tous le degrés.

Le passage des êtres à travers les modifications de l’Univers est donc une ascension régulière continue, harmonique et bienfaisante, à laquelle La Perfection dont nous sommes, nous, d’infinitésimales parcelles et les émanations continues, ne pourrait pas faire que nous ne participions pas sans cesser elle-même d’être la Perfection.

Pour l’homme individuel terrestre, la loi des renaissances – admise par presque tous les systèmes religieux et philosophiques -, cette loi, si réelle et si logique avec toutes les conséquences heureuses qui en découlent pour nous tant au point de vue de notre fin, qu’au point de vue de notre personnalité, n’est que l’effort continu de la personnalité, dégagée de l’individu, dans le mouvement ascensionnel général et libérateur qui l’emporte. L’individu s’agite sur le plan formel : la personnalité, poussée par le mouvement de la Voie, gravit une spirale ascensionnelle, dont chaque point est déterminatif d’un plan d’existence individuelle pouvant se modifier indéfiniment.

Mais ce qu’il est important de bien préciser ici, c’est que la loi des « renaissances » n’a rien de commun avec la forme réincarnationniste que nous n’admettons point, en vertu de cette même Loi d’évolution et d’harmonie qui s’oppose au passage répété ou renouvelé de l’individu sur un même plan.

Un dernier mot sur le « Démiurge » : on peut dire que c’est encore l’effort involutif par lequel la matière s’oppose à l’effort ascensionnel du “Rayon céleste”.

Quelques mots sur les trois « Adams » sont ici nécessaires.

1° L’Adam-Kadmon, c’est-à-dire l’Humanité ou Homme Collectif, émané directement de la Pensée de Dieu, « fait à son image et à sa ressemblance », n’existant qu’à l’état abstrait, et qui ne se réalisera en mode positif que lorsque tous les êtres humains parcellaires seront enfin réunis dans un tout unique.

2° L’Adam-Planétaire ou astral représentant la somme des individus évolués sur une planète déterminée.

3° L’Adam-humain ou terrestre, lequel n’est autre que la première manifestation limitée, c’est-à-dire individualisée de l’Adam-Kadmon sur notre planète.

Car c’est une erreur profonde de croire que « la vie » telle que les humains l’entendent (ce mot pris dans un sens tout à fait général) se concentre toute entière sur notre globe terrestre.

Non seulement toutes les planètes de notre système solaire, mais celles de tous les autres systèmes visibles ou invisibles (et peut être même la sphère interne des étoiles et des soleils) possèdent des êtres analogues à nous par les côtés essentiels et divins, différents par les conditions de milieu, c’est-à-dire par l’enveloppe matérielle, par tout le reste des attributs, et même par la « vie », mais n’étant pas moins appelés comme nous à rentrer un jour dans la constitution définitive de l’Adam-Kadmon.

D’où il suit que ce qu’on appelle « Mort » n’existe pas ; la mort n’est que le passage d’une modification dans une autre, une renaissance, la libération de parties étrangères à notre « Soi », un pas de plus fait vers le but commun de toute existence.

Rédemption (Art. 5-6-7)

L’enseignement gnostique professe que c’est la Pensée de Dieu, l’Esprit-Saint, qui, à des époques déterminées, a suscité les Prophètes, les Précurseurs, les Médiateurs, les Rédempteurs, les Messies… dont l’humanité terrestre, de plus en plus enlisée dans la matière, avait besoin pour se relever et se maintenir en relation avec son Principe.

C’est ce que notre Maître, Claude de Saint-Martin, appelle les « agents » ou « grands instructeurs ».

– Jésus de Nazareth a été la dernière manifestation de cette Pensée divine dans notre monde occidental – comme plus tard Mahomet devait l’être pour l’Orient.

Pensée divine, Esprit-Saint, Vierge de lumière ! c’est d’Elle qu’il a reçu sa mission. C’est Elle qui a revêtu son verbe de chair dans le corps immaculé de la Vierge de Nazareth; c’est Elle qui a quitté cette enveloppe matérielle au jardin de Gethsémani quand, son œuvre terrestre achevée, Jésus-Christ s’est écrié : « Mon Père! mon Père ! pourquoi m’avez-vous abandonné ? ». – Car l’humanité seule du Sauveur a été crucifiée sur le Golgotha; sa personne divine l’avait déjà quitté, et ce n’est plus que sous une forme illusoire, c’est-à-dire sans autre réalité que celle en rapport avec les besoins de la manifestation, qu’il continua à s’entretenir avec ses apôtres et quelques disciples pour leur donner son enseignement ésotérique.

Résumé

En dehors de ces grandes lignes que nous venons rapidement d’esquisser, l’Église Gnostique n’impose aucun dogme et ne se met non plus en contradiction avec aucun puisqu’elle ne se place pas au même point de vue que les religions exotériques avec lesquelles elle ne peut conséquemment pas entrer en lutte ni en concurrence.

Elle n’admet pas plus le péché originel que la damnation éternelle ou la résurrection de la chair; mais elle professe avec la doctrine Hindoue, que tous les êtres seront sauvés, c’est-à-dire réintégrés, au moment où l’Univers disparaîtra dans la “Nuit de Brahma”; car il est inadmissible qu’un seul de ces rayons divins répartis dans la création ne remonte pas vers son Principe.

— C’est dire que nous croyons à l’Éternité de l’Esprit qui est en nous, à sa conscience et omni-conscience ; au travers de ses modifications formelles et autres dont il bénéficie.

— L’Église Gnostique confère le triple baptême, le Sacrement de Purification — sans imposer la confession auriculaire, ni le jeûne, ni les macérations.

— Elle distribue la Sainte Eucharistie sous les deux espèces, en représentation du corps et du sang mystiques de N. S. Jésus-Christ.

L’Église gnostique admet, avec toute l’antiquité, les droits de la femme aux fonctions sacerdotales; elle n’impose pas le célibat à ses prêtres, tout en considérant la continence comme un état supérieur et le plus puissant moyen d’ascèse.

Sa morale est éminemment saine et pure.

Sa liturgie est comme sa morale ; les principaux éléments en sont les mêmes que ceux des Églises chrétiennes dont elle redit – tantôt en grec, tantôt en latin ou en français – les plus sublimes invocations, et dont elle reproduit les hauts symboles ou les rites théurgiques sacrés, aujourd’hui délaissés ou incompris par ceux-là mêmes qui en avaient été constitués les gardiens.

Elle a les mêmes glorieux mystères, dont elle a su, en se prosternant, soulever un coin de voile.

Elle s’adresse, non pas à une croyance aveugle, mais à la Foi éclairée par la Raison et pose en principe que tout peut s’expliquer naturellement à la lueur de ce flambeau.

Envers Dieu, elle n’impose que le désir de le connaître et un élan d’amour,

Envers nos frères – y compris ces “frères inférieurs” dans tous les règnes de la création – elle prêche la Charité qui, envisagée dans l’universalité, est identique à l’amour divin.

SOURCE :https://www.esoblogs.net/

EzoOccultlogo105

Bref Exposé de la Doctrine Gnostique, Sophia Esclarmonde, S. I., Paris, 26 février 1913.

Variation sur un itinéraire : moine zen et franc-maçon 8 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Variation sur un itinéraire : moine zen & franc-maçon

 66048974_2275716632549688_4893775708037316608_n

D’aussi loin que je me souvienne, s’est posée pour moi la question du sens, de l’étonnement d’être là – vivant ? – et du questionnement sur la souffrance.

………

I.    PROLÉGOMÈNES

Quelque part, il me semble que quelque chose a toujours été là ; qu’au fur et à mesure des stratifications de la somme des expériences enregistrées par l’agrégat de ma conscience, comme une propension de moi, d’identité, aidait à faire apparaître.

Qu’est-ce qu’une vie d’homme réalisée ?

La vie a-t-elle du sens, un sens ?

Puis-je donner du sens à ma vie ?

Enfant, les éléments religieux, catholiques, de notre occident chrétien français, furent de bonne foi ingérés, et crus.

Il est un âge où l’on ne discute pas les affirmations des parents et des enseignants.

Enfant de chœur, scout, prières du soir, les histoires merveilleuses de la Bible à la Cecil B. Demille, l’assurance d’un monde meilleur, la récompense des bonnes actions, la vilenie des péchés, furent à l’ordre du jour.

J’étais un bon élève.

Et patatras ! vent de révolte.

L’adolescence libidineuse, la dépression de ma mère et sa disparition à mes 15 ans, le mutisme de mon père font s’effondrer ce bel édifice théorique qui ne résiste pas à l’épreuve des faits et à l’expérimentation du toucher.

Il n’est d’adolescent que révolté.

Mes séjours à l’Eglise m’ennuient. Je n’y comprends rien. Les propos me semblent vides, la gestuelle surannée, le message souvent abscons. Les mots sonnent creux et le rituel est vide de sens : « Mangez mon corps et buvez mon sang » me semble étrangement cannibale. Je ne comprends pas comment le corps de Jésus est du pain rompu, réduit à une hostie plâtreuse et comment le vin blanc que se tape le curé avec cérémonie, terminée par une méticuleuse vaisselle trop longue pourraient être le sang de Jésus.

A vrai dire, je ne le comprends toujours pas (même si je puis esquisser maintenant une tentative d’explication mais qui ne m’a jamais, paradoxalement, été fournie par ses auteurs).

La mort de proches m’est difficilement supportable et me rend l’incompréhension encore plus aiguë. Est-on condamné à être séparé de ceux qu’on aime et souffrir ? N’y a-t-il pas une issue autre que le mutisme (de mon père), la fuite, le rejet de ce monde cruel auquel je ne peux rien ?

La découverte post soixante-huitarde des émois affectifs et du corps de l’autre me taraude l’esprit et m’entraîne vers comme une solution. Mais là, nouveau paradoxe, je m’aperçois vite que ce qui est présenté comme du domaine du péché est délicieusement bon, que cela entraîne vers des rivages de douceur et parfois de plénitude.

L’âge de la philosophie arrive enfin. De nombreuses réponses fusent, souvent justes, immersion dans le monde des idées, merveilleux voyage qui me laisse une saveur sans nom, pour le silence des bibliothèques, l’odeur des librairies, merveilleux et paisible temps de l’exploration des sagesses des hommes.

Le temps de gagner sa vie arrive un peu trop vite, rongeur de l’insouciance et de la vie rêvée des idées.

A cette époque, l’idée de Dieu est loin. Le monde de la spiritualité ne sert pas à payer le loyer. C’est le temps de l’immersion dans le travail mercenaire, acharné, gage de réussite et d’obtention condition nécessaire, semble-t-il, du bonheur.

Ce mercenariat me conduira à gagner ma vie des querelles d’autrui, à chercher des stratégies habiles de jeux d’échecs, à vaincre un adversaire, à damer le pion à l’autre, à asseoir une reconnaissance, donc une puissance, une emprise ; je fais toujours à fond ce que je dois faire.

Comme ce métier est aussi un ascenseur social, je m’y investis totalement, découvrant le monde parfois ouaté des requins de la finance ou de l’assurance, l’âpreté de l’entreprise, le sort désespérant de la misère morale et intellectuelle se mariant souvent avec celui de la pauvreté tout court.

Je cours de la prison au palais, de mon bureau à mon appartement, sillonnant la ville sur un vieux solex. En fait, j’explore à l’époque le monde des trois poisons : l’avidité, la haine et l’ignorance.

II.    BALISES

J’ai 27 ans lorsqu’un médecin d’origine arménienne croise mon chemin. Il est victime d’une dénonciation calomnieuse et a besoin d’aide.

Je le prends en charge et partage son tourment. Je trouve cela normal. Fraternité, dira-t-on.

Sa sympathie tendre et son angoisse m’appellent à lui venir en aide. Il sera mon premier parrain en maçonnerie.

Je ne connais rien de cette institution. Il va m’en parler avec secret et connivence, comme d’un lieu mystérieux, d’hommes nobles et puissants qui agissent dans l’ombre.

Je vis la proposition comme un honneur.

Je reçois la visite de trois enquêteurs qui doivent sonder qui je suis. Les questions sont variées et je vis des échanges profonds avec des hommes passionnants.

Le premier est dans l’obtention : « il faut entrer en maçonnerie ». Il est volontaire et constructeur. Je suis séduit par son goût de l’effort, de vouloir bâtir, de l’intention dirigée vers un but, un idéal.

Il me dit : « l’utopie d’aujourd’hui doit être la réalité de demain ».

Le second me parle de Kant et de Saint Exupéry. C’est un esprit distingué, il est officier d’aviation à la retraite, enseignant à l’Institut des hautes études de la Défense Nationale.

Lui me dira : « si je t’aime mon frère, c’est justement parce que tu es différent de moi ».

Le troisième m’interrogera précisément sur mes opinions métaphysiques. Je répondrai, ce qui était le cas à l’époque, que je ne pouvais être qu’agnostique, mon cerveau n’ayant pas les moyens de dire si Dieu existait ou s’il n’existait pas, que ce qui était important était l’homme et que ce qui était de l’homme ne m’était pas indifférent.

La cérémonie de l’initiation eut lieu le 23 Mai 1980 où je fus reçu apprenti à la Loge lyonnaise les Chevaliers du Temple et le Parfait Silence Réunis.

Il ne m’appartient pas de décrire ici ce que chaque maçon peut vivre de cette alchimie où ce qui est fait, montré, symbolisé relève de ce que je cherchais depuis toujours : la quête du sens.

Néanmoins, parmi l’ensemble des moments tous inoubliables, l’un d’entre eux émerge avec une évidence constante qui m’ est  toujours resté cheville à l’âme.

L’officiant doit faire prêter un serment à l’impétrant. Le respect des valeurs de l’article premier de la constitution, «  institution philanthropique, philosophique et progressive, la Franc-Maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique ; elle a pour devise : liberté, égalité, fraternité. »

Donc, il s’agissait pour moi d’affirmer solennellement l’engagement de respecter ces valeurs essentielles. Leur portée universelle m’apparaissaient évidentes.

L’officiant me dit : « Agenouillez-vous Monsieur, pour prêter votre obligation ». En ces moments-là, on ne discute guère alors je me suis agenouillé, un seul genou en terre.

Après avoir prêté mon obligation, l’officiant me dit –et tout ceci demeure gravé en moi : « Relevez-vous Monsieur et que ce soit la dernière fois que vous mettez un genou en terre ».

Cet appel clairvoyant à la liberté essentielle de l’homme résonne à mes oreilles encore aujourd’hui.

Les premières années furent assidues et intenses. J’y croyais. L’idéal nous fait avancer.

Arrive toujours un moment où la bêtise humaine, même si elle émane de frères animés des meilleures intentions, ressurgit et assène ses coups. Quelques déceptions ajoutées, il est vrai, à une affirmation d’un idéal du moi qui voulait exister aux yeux des autres et peut-être même des miens, réussir, parsemèrent la suite.

La Loge était laïque, voire laïcarde. Je fus élevé au biberon de la rationalité scientifique, frisant l’anticléricalisme, ce qui faisait qu’au nom de la liberté de conscience, la laïcité devenait dogmatique ; qu’au nom du respect de la tolérance, il fallait devenir des Saint Just du combat républicain. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté.

Une quinzaine d’années passèrent, des tempêtes affectives et d’autres morts, conjugués avec une vie professionnelle chargée où il s’agissait toujours de grimper sur d’éternels sommets pour toucher l’inaccessible étoile marquèrent cette époque.

Atteindre l’inaccessible étoile apparaissait comme le seul moyen d’être heureux, de changer le monde.

Je m’engageais en politique, chez les écolos (c’est d’ailleurs une planche d’un frère qui me montra cette évidence).

Et je dévorais Théodore Monod, René Dumont, Jean-Marie Pelt, Pierre Rahbi.

Le monde de la compétition, de la domestication de la nature, des nouvelles colonisations m’apparaissait absurde et inconscient, fou.

Il était possible par une prise de conscience politique de le changer. La Franc-Maçonnerie m’y invitait.

Construire un monde meilleur, être acteur, travailler au changement, au perfectionnement humain m’apparaissait indispensable.

En outre, les valeurs véhiculées alors par l’écologie, réponses « au assez rouler, on réfléchit » ou bien « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous empruntons celles de nos enfants », permettait une levée de la tête du guidon qui se voulait aussi une réponse au surmenage professionnel et personnel qui m’acidifiait l’intérieur.

Je perdais pied quant au sens. Je versais dans la dépression sans toujours m’en rendre compte. Ne pas atteindre, obtenir, régenter le monde et les autres me laissait gagner par des colères dévastatrices où si je ne plantais pas mon piolet en haut de l’Himalaya, je versais dans la fosse marine, dépression de moins de 8.807 mètres de profondeur.

Malgré tous mes efforts, je me sentais comme en exil.

La Franc-Maçonnerie ne m’apportait pas les réponses à ce mal de vivre, cette désillusion et ces colères.

J’essayais de mettre en œuvre ce qu’elle préconisait, les valeurs indiscutables et réelles qu’elle portait. Ca ne marchait pas, il manquait toujours quelque chose.

L’APPARITION DE LA GNOSE PETITE LUMIERE

Qu’est-ce que ce monde où je me sentais comme en exil ? Un ami de bien, un frère, un vrai, qui se reconnaîtra, me donna le bonheur d’aborder les rivages du rite écossais rectifié. La recherche de la vérité par un chemin spirituel devenait éclairante. Je participais ainsi, en restant au Grand Orient de France avec ses valeurs, à la Fondation de la Loge Abraxas, au Rite Ecossais Rectifié, dont le cœur est la Gnose. Qu’est-ce que la Gnose ? C’est la connaissance possible de Dieu.

A l’opposé de la croyance, la Gnose est connaissance.

Il s’agit de comprendre le mystère.

Valentin, penseur gnostique du IIème siècle à Alexandrie nous dit : « Ce qui est libérateur, c’est la gnose. Qui étions-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où avons-nous été jetés ? Qu’est-ce que la génération et la régénération ? Qu’est-ce que ce monde matériel où je me sens comme en exil ? Qu’est-ce que ce rêve de perfection me poursuit ? ».

Le rite écossais rectifié, riche de traditions chevaleresques et templières, fut l’ouverture sur ce chemin vers l’évidence de ma pratique actuelle.

Ce fut la petite lumière annonciatrice du rituel d’amour, son esprit de fraternité vécue, son approfondissement du cérémonial, sa quête spirituelle incessante.

J’avais trouvé ma voie maçonnique, cherchant, souffrant, persévérant. Ces trois étapes vécues pleinement et avec entêtement allaient bientôt être dépassées sans que je n’y prenne garde.

III.    GRANDE LUMIERE

Le mot Zen me parlait au cœur. Je ne savais pas pourquoi. Comme une intuition.

En septembre 2000, le hasard conduit mes pas au dojo Zen de LYON.

A l’époque j’étais comme une mouche qui voit la lumière derrière la vitre mais qui se fracasse la tête à vouloir la traverser pour aller vers la lumière, sans comprendre pourquoi elle se fracasse la tête.

J’allais ouvrir la fenêtre.

J’ai expérimenté, incrédule, la voie. La voie du Zen passe par l’expérimentation du corps car il n’y a pas de différence entre corps et esprit. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit donc de s’asseoir dans l’introspection verticale (comme celle de l’apprenti) et dans le silence, comme celui de l’apprenti.

Sauf que le corps est confronté au réel, à l’éventuel inconfort voire à la douleur et à la non-fuite et là, on rencontre ce que nous désignons sous le vocable « esprit ».

Que faire d’autre, ainsi, sans bouger, que d’observer son esprit ?

La première fois que je fis cette expérience, j’attendais quelque chose. S’il faut s’asseoir sans bouger, c’est qu’il y a un effet attendu à cette pratique, la pratique a un but et un intérêt à le faire.

Là non, rien de tout cela.

Je constatais qu’il n’y avait rien d’autre que moi face à moi. Et d’abord, moi, qui c’est ? qui pense ? qui est là ? quoi est là ? quoi pense ? quoi souffre ?

Il y avait dans cette assise néanmoins comme une étrange familiarité, une énorme surprise. Rien à trouver. Seulement renverser la dualité.

Les débuts furent ceux de la découverte du Bouddha, histoire jusqu’alors inconnue et mythifiée.

Je fréquentais le dojo une fois par semaine, puis deux fois. Puis vint le temps d’une retraite ou sesshin qui veut dire « rencontre avec l’esprit ».

Expérience inoubliable bien que physiquement éprouvante. J’expérimentais comme un essentiel, un dépouillement, un examen de l’esprit.

Je revenais de cette sesshin bouleversé, pleurant de joie, j’avais trouvé ce que je cherchais depuis toujours, ce dont je n’avais en fait jamais été séparé.

Je trouvais d’étranges consonances entre la chevalerie gnostique templière et la voie du samouraï. Je fis un travail sur la question, constatais nombre de convergences.

Au fur et à mesure de la pratique, de l’expérimentation, la voie devenait tous les jours plus évidente. C’était comme si devenu aveugle, j’avais perdu la vue et que je la recouvrai progressivement.

Il était comme naturel que j’approfondisse, le sens de ma vie apparaissait enfin retrouvé : moine Zen. Tout me parlait, était comme familier.

Le retour sur soi, cette attention portée sur chaque geste, l’imprégnation de l’instant présent, l’unité corps et esprit. C’était comme rentrer chez moi ou tout au moins, je savais où se trouvait désormais ma maison.

De quelques convergences

« La sagesse n’est pas une culture, elle n’est pas l’intelligence. Elle vient d’un état, d’une ouverture si complète à la vie qu’elle en devient expression pure. Elle exprime la vie dans sa pureté cristalline avec ses attributs d’amour, de conscience, de liberté, de justice. » Alain Chevillat de Terre du Ciel

Franc-Maçonnerie et philosophie Zen ou bouddhiste convergent sur de nombreux points : tolérance, adogmatisme, écoute de l’autre qu’on appelle cela fraternité ou compassion, travail sur soi, voie de perfectionnement, intériorité, introspection, verticalité, silence de l’apprenti.

Chacun de ces termes mérite à lui seul un chapitre.

Convergence entre principe de laïcité et bouddhisme qui serait une religion laïque, une religion sans Dieu.

La liberté me semble être la convergence la plus essentielle.

Liberté absolue de conscience, dit la Franc-Maçonnerie. C’est le premier principe du triptyque « liberté égalité fraternité ».

C’est l’idéal de rompre ses chaînes, toutes ses chaînes. C’est ne plus dépendre que de sa conscience pure, de sa vérité intérieure, forgée dans le doute, voire dans la raillerie ou le rejet, dans l’insoumission du gnostique, la révolte des esclaves.

Victor SCHOELCHER était franc-maçon.

Il est dit dans l’Ecclésiaste « Le saint le sage ne discute plus, ne dispute plus et comme l’or est éprouvé dans le feu, il est éprouvé dans la fournaise de l’humiliation ».

La lucidité non complaisante avec l’ordre établi, la capacité incessante de se tenir debout après avoir trébuché.

Se relever contre l’injustice, la bêtise, la prétention.

Cette valeur du courage de l’entêtement, de la capacité à douter, ces deux voies de sagesse : élévation initiatique, chemin d’éveil, je les ai vécues par étapes et la voie du Zen m’apparaît comme un prolongement de la voie de la Maçonnerie.

Et si j’ai aperçu de singulières coïncidences (par exemple, la valeur du travail qui est la rédemption de l’homme  dans la Franc-Maçonnerie; là où le Zen dit « un jour sans travail, un jour sans manger »)  singulière coïncidence  mais qui est encore insuffisante.

Car la Franc-Maçonnerie  ne m’apparaît que comme un préliminaire esquissé qui devient insuffisant lorsque justement elle se complait dans le suffisant.

DIVERGENCES ET COMPLEMENTARITES DE QUELQUES PROPOS VOLONTAIREMENT ICONOCLASTES

Le lieu unique, superposable de ces deux traditions, me semble être le « Etudie-toi toi-même » de Socrate, inscrit au fronton du temple de Delphes, et ce n’est que la première marche de l’escalier alors que selon Dogen, il y en a cinq.

1. Etudie-toi toi-même 2. Oublie-toi toi-même 3. Lorsque tu t’es étudié et oublié, tu peux vivre l’harmonie (il dit être certifié par tous les êtres et le cosmos) 4. Alors s’expérimente que corps et esprit sont laissés tomber, que l’on n’en dépend plus, existant ou non-existant. 5. Que s’expérimente alors un éveil sans trace d’éveil.

Et je pense que la Maçonnerie reste au stade 1.

Il ne me semble pas qu’elle soit toujours le lieu de l’oubli de soi, de l’humilité, de l’amour vécu, d’une forme de dépouillement nécessaire.

Ce serait plutôt le lieu projeté du parler, de la verbalisation.

Bien sûr, il est essentiel de réfléchir sur le monde et son devenir, sur toutes les possibilités d’en modifier l’absurde et la Franc-Maçonnerie a beaucoup œuvré et continuera sans doute à le faire pour améliorer le sort de l’humanité pour construire sans relâche un monde meilleur, mais elle demeure trop souvent au niveau du citoyen consommateur, réfléchissant d’éthiques et de lois.

Elle n’évite pas notre monde d’enfants gâtés occidentaux, insatisfaits et névrosés. Parfois, elle se complaît et vit du système. Elle croit au bonheur par la possession et la satisfaction des désirs.

Si elle veut améliorer ou changer le monde, elle entretient le narcissisme de ses acteurs.

A vrai dire, ce n’est guère étonnant car la Maçonnerie ne connaît que peu la dimension du corps. Elle se définit elle-même comme un laboratoire de pensée. Elle a perdu sa dimension opérative au sens très physique du mot, elle vit dans le monde des idées, de l’idéal, d’un monde rêvé, imaginé, différent de l’actuel, sans doute lumière pour construire un monde meilleur et ne voyant pas l’essentiel de d’ici et du maintenant ; différent parce que voulant, entretenant ainsi la dualité, source de souffrance.

Elle désire un autre monde, le construit en projet dans une cité idéale à atteindre, rêvée et espérée mais refusée comme n’étant pas de ce monde, cultivant de nouveau l’idée judéo-chrétienne d’un monde meilleur après la mort ou après la science mais jamais ici et maintenant.

Et si, si elle est nécessaire, elle n’est manifestement pas suffisante à qui veut réellement changer le monde.

Et je veux au contraire témoigner que changer le monde est possible d’abord et surtout par notre changement intérieur, de passant de sa vie, être passeur.

La pratique du Zen est d’abord une expérience, aussi simple que difficile à décrire avec des mots et du coup, il n’est pas si sûr que cela qu’au début était le verbe. On peut demander : au début de quoi ?

Au début de notre mental ? de notre volonté de discrimination et de domestication du monde sans doute, au début de notre raison, certainement, au début de notre capacité d’identité.

La pratique du Zen aboutit à nous montrer, à nous apprendre, à cesser d’être le jouet de notre mental, d’en être l’instrument, d’en être dépendant, esclave ou soumis.

Il enseigne la véritable liberté, la libération de cette emprise du mental qui ne devrait être qu’un instrument, sans doute merveilleux comme permettant la pleine conscience mais non et surtout pas la preuve ni la marque d’une identité substantielle d’un moi, l’inaltérable et l’immortel apparaissent lorsque le moi s’efface, se dissout quasi-proportionnellement à cet effacement.

L’éveil ne peut être à mon avis que graduel. La dissolution n’est jamais instantanée ou bien au dernier moment de la désintégration.

Et c’est pourquoi la question qui est posée à tout candidat à l’état de moine Zen est : Qu’abandonnes-tu ?

Cette question qui engage au dépouillement, à l’essentiel lâcher prise, à la frugalité, à la vision de l’inutile qui nous charge, aux valises trop lourdes à déposer (qui nous oblige à les porter ?), renoncement permettant d’entrevoir le chemin de la liberté, celui où nous devenons libres de nos attachements, non pas qu’ils n’existent pas, est le vrai sens de la vacuité, libre de nos  adhésivités, où nous cessons de perdre ou de gagner, de combattre ou de fuir, où les choses sont enfin prises pour ce qu’elles sont, ineffables parce que réelles.

Au-delà des mots du langage, de nos concepts, de nos idées, là où il n’existe pas de séparation, de peur, de démon intérieur, de début ou de fin.

Extrait du  SHODOKA :

« J’ai traversé montagnes et vallées, j’ai rencontré de nombreux maîtres et j’ai pratiqué le Zen. Depuis que je pratique la voie, vie et mort ne me concernent plus ».

Ayant touché ma véritable nature, que peut-il m’arriver ?

Ainsi, le Zen nous ramène à notre condition normale, d’être dans l’unité, dans l’instant présent qui est la même chose que l’éternité selon Einstein et Dogen, l’immersion dans le réel, le véritable esprit est l’esprit qui ne demeure sur rien, dit un Maître chinois du Vème siècle.

Ainsi, alors que par Zazen, j’expérimente la percée de la non-séparation, la démarche du zen étant d’inclure, d’englober, de ne plus discriminer, de ne plus rejeter qui est l’autre, pas un autre moi-même, l’autre c’est moi dans l’interdépendance, l’air que je respire, l’eau que je bois, le minéral qui me constitue sont les mêmes éléments que ceux des arbres, des forêts et des animaux de la terre.

Même au Rite Ecossais Rectifié, il existe une certaine mise à l’écart du  non initié, du profane à qui il ne faut pas montrer la lumière qui a éclairé nos travaux. Je ne peux pas être d’accord avec cette fermeture élitiste.

Le travail d’être humain éclairé solidaire est de ne pas garder pour soi plus ou moins jalousement les trésors qui nous ont été provisoirement remis. Transmettre est un impératif catégorique à tous, sans distinction.

Personne n’est vraiment incapable ou définitivement rayé de la carte.

Cela étant, la liberté de la Maçonnerie m’ a aussi enseigné ce bien précieux du refus d’obéir à ce qui est injuste, fut-ce à son Maître.

La Maçonnerie m’a mis sur la voie, elle m’a montré dans la voie à ne pas faillir ni transiger sur l’essentiel. Moine zen parce que Franc-maçon.

Qu’il existe une saine désobéissance, qu’il n’existe pas de relation de maître à esclave et que le véritable maître est l’égal de son esclave.

« Le sable se disperse et le mouvant demeure, Tout ce que nous croyons établi pour toujours, Un jour ou l’autre finit en morceaux. Ce n’est pas l’eau qui passe qui demeure, C’est le fait même de changer qui est permanent. »

Notre état normal que je touche en méditation est d’être en harmonie avec l’éparpillement des quatre éléments qui nous composent : eau, air, terre, feu, qui nous constituent pour un temps, avec ce miracle de la pleine conscience, que nous restituons en retournant à l’Essentiel qui est sans début ni fin, le Cosmos, l’Univers, le Grand Architecte de l’Univers, Dieu, si on veut.

Jean-Marc BAZY est Moine Zen. Il exerce la profession d’avocat. Il a reçu le Certificat de la Transmission de Maître Japonais Gudo Wafu NISHIJIMA  ( traducteur du SHOBOGENZO de DOGEN). Il est président de L’association DOGEN SANGHA.

SOURCE :

Variation sur un itinéraire : moine zen et franc-maçon dans Recherches & Reflexions

Bienvenue sur le site de l’association zen Dogen Sangha à Lyon-Villeurbanne, centre de pratique de la méditation assise. Les séances de méditation ont lieu au temple Gudo-Ji 156 ter Cours Tolstoï 69100 Villeurbanne

http://dogensangha.fr/index/le-zen/ecrits/variation-sur-un-itineraire-moine-zen-franc-macon/?fbclid=IwAR08lF6iVYcvETfbgPxmATlxaTt6sf8jrRyl9jWI_lfV4ytOGNZktElrLPo

 

La dimension mystique de la femme dans la Gnose 4 mars, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

 

La dimension mystique de la femme dans la Gnose

29 septembre 2005
La dimension mystique de la femme dans la Gnose EzoOccult

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 3 décembre 2017

Par Volute

Le Féminin occupe une place très importante dans les textes mystiques et, en particulier, dans les écrits gnostiques. Ces doctrines accordent un rôle crucial au Principe Féminin dans la cosmogonie, lors de la Chute suivie de la Libération, puis, plus tard, avec l’apparition de figures féminines jouant des rôles prophétiques ou s’illustrant comme initiées.

Les mouvements gnostiques nous sont principalement connus à travers trois types de sources. Tout d’abord, les chercheurs ont longtemps dû « se contenter » des écrits des hérésiologues chez les Pères de l’Eglise, par exemple Origène ou Clément d’Alexandrie. Puis, des textes furent retrouvés en Egypte aux XVIIIème et XIXème siècles, dont le fameux Codex de Berlin, jusqu’à ce qu’enfin, en 1947, une découverte incroyable enrichisse considérablement notre connaissance des gnostiques : plus d’une quarantaine d’écrits furent retrouvés d’un coup dans la région de Nag-Hammadi, ensevelis tout simplement dans des jarres.

 Les gnostiques ne semblent pas considérer la femme comme intrinsèquement inférieure à l’homme, bien que le versant féminin de la bipolarité reste très contrasté. Par exemple, on lit parfois que le retour de l’élément féminin à sa contrepartie masculine reste une condition indispensable à l’accès à la perfection céleste. Par ailleurs, la Sophia est responsable de la chute vers la Matière…

 Ainsi l’Initiée, véritable héritière des traditions sémitiques les plus anciennes, est un personnage complexe, au sein duquel se côtoient pureté et décadence. Pour saisir la dimension du féminin dans les écrits gnostiques, il faut nous attacher aux figures très similaires de Myriam de Madgala et d’Hélène, la compagne de Simon le magicien, qui toutes deux présentent le triple visage de la déchue, de l’initiée et de la rédemptrice. Nous verrons ensuite de quelle manière elles se rattachent à la Sophia des cosmogonies gnostiques.

 I. Marie

 L’Evangile de Marie, texte incomplet rédigé en copte vraisemblablement vers les années 150 de notre ère, est le premier traité du Codex de Berlin acquis par l’Allemagne en 1896.

 Cet Evangile est attribué à Myriam de Magdala, plus communément dénommée Marie-Madeleine. Premier témoin de la Résurrection, elle peut à ce titre être considérée comme la fondatrice du christianisme. Cette place privilégiée de premier témoin peut aussi être le signe d’une initiation plus avancée. Elle serait ainsi l’apôtre des apôtres, l’Initiée, la Sagesse (Sophia) épouse du Logos. Ces aspects sont assez peu développés dans les Evangiles classiques, alors que les Evangiles dits « apocryphes » de Thomas, Philippe et bien sûr Marie y attachent plus d’importance.

 L’Evangile de Marie nous présente Jésus comme un humain à part entière, accompli dans sa vie d’homme (il a un métier, il aime sa compagne Marie) ainsi que dans son esprit. De même, Marie est un personnage entier, sa chair n’est pas séparée de son esprit. Il ne s’agit donc pas de nier le corps ou la matière, mais par un détachement du Monde, de le sanctifier, de le transfigurer pour redevenir l’Anthropos, l’Humain pleinement entier en qui coïncident les contraires classiques du plan matériel : Esprit et Corps, Masculin et Féminin.

 Le personnage de Marie est ambivalent, contrasté : elle est, d’une part, la pécheresse dont nous parle les évangiles canoniques, et d’autre part la compagne intime de Jésus, l’initiée qui transmet Ses enseignements les plus subtils. Il faut rappeler qu’à cette époque, les femmes n’avaient pas le droit d’étudier la Thora : elles n’avaient pas accès à la « connaissance ». La simple initiation de Marie constitue donc déjà un pêché, qui prendra ultérieurement une dimension plus charnelle.

 La tradition fera de Marie un archétype du Féminin présent dans tout être humain, et dont les évolutions sont susceptibles d’éclairer le chemin de tous. Parmi ces visages, on retrouve l’amante au désir perturbé qui est sa figure la plus connue. Mais c’est un aspect réducteur, car il fait ajouter d’autres figures : la contemplative, à l’écoute du Seigneur, la compatissante, la « sage-femme », assistant l’humain dans tous ses passages, dont la mort.

 01 ‘L’attachement à la matière

 02 engendre une passion contre nature.

03 Le trouble naît alors dans tout le corps ;

 04 c’est pourquoi je vous dis :

 05 « Soyez en harmonie… »

06 Si vous êtes déréglés,

 07 inspirez-vous des représentations

 08 de votre vraie nature.

 09 Que celui qui a des oreilles

 10 pour entendre entende.”

 12 Alors, Marie se leva,

 13 elle les embrassa tous et dit à ses frères :

 14 “Ne soyez pas dans la peine et le doute,

 15 car Sa grâce vous accompagnera et vous protègera :

 16 louons plutôt Sa grandeur,

 17 car Il nous a préparés.

 18 Il nous appelle à devenir pleinement Humains [Anthropos].”

 19 Par ces paroles, Marie tourna leurs coeurs vers le Bien ;

 20 Ils s’éclairèrent aux paroles de l’Enseigneur.’

 (L’Evangile de Marie)

La cène, Juan de Juanes, XVIe siècle. Museo del Prado, Madrid.

La cène, Juan de Juanes, XVIe siècle. Museo del Prado, Madrid.

II. Hélène

 Dès les Actes des Apôtres (Actes VIII, 5-11), Simon le Magicien est présenté comme thaumaturge, prophète, mystagogue. Des textes ultérieurs de Justin, Irénée, Hyppolite et Clément de Rome donnent des versions légèrement divergentes du personnage, dont on peut cependant retracer le parcours. Simon étudia à Alexandrie, capitale intellectuelle de la Diaspora juive. En Samarie, il reprit en main une secte fondée par Dosithée. Simon fut baptisé et faisait baptiser ses disciples : ils se voulaient et étaient chrétiens.

 Simon est accompagné d’Hélène, qui est à la fois son inspiratrice et l’associée de la double apothéose qu’il va formuler en un corps de doctrine. Celle-ci expose qu’au dessus de tout, il y a un Dieu des dieux, un Dieu inconcevable et inconnu, dont l’essence est Bonté. Le Démiurge de l’Ancien testament n’est pas un dieu de Bonté, mais un dieu de Justice : c’est un dieu méchant. L’imperfection de ce créateur ressort de son œuvre. Les âmes sont issues du Dieu supérieur, emmenées en captivité dans ce monde.

 Simon est alors l’incarnation de la puissance de Dieu, Hélène celle de la Hokhma juive, c’est-à-dire la Sagesse divine. On retrouve là le très classique couple divin Dieu Père – Déesse Mère, cette dernière étant associée à la Sagesse.

 Chez Justin, Hélène est présentée comme une femme ayant d’abord vécu dans un lieu de prostitution, et passant pour être devenue la Première Pensée (Ennoia) de Simon.

 Irénée, dans son Adversus haereses rédigé vers les années 180, parle d’Hélène comme un avatar de la Sagesse déchue, qui passait de corps en corps. Sa chute et son adoration rappellent le souvenir des déesses cananéennes et syro-mésopotamiennes, les Prostituées Sacrées.

 « C’est par elle qu’au commencement Dieu décida de créer les anges et les archanges.

 Et sa volonté jaillit hors de lui, connaissant la volonté de son Père ;

 Elle descendit dans les régions inférieures.

 Elle engendra les anges et les dominations par lesquels ce monde a été fait.

 Mais quand elle les eut engendrés elle fut retenue captive par eux.

 Par jalousie.

 Parce qu’ils ne voulaient par qu’on pensât d’eux qu’ils fissent engendrés.

 Car le Père lui-même leur était totalement inconnu. Mais sa pensée était retenue captive par eux.

 Les puissances émises par elle et les anges,

 Et d’eux elle souffrit toute espèce d’outrages,

 Tellement qu’elle ne pouvait remonter vers son Père,

 Mais demeurait emprisonnée dans un corps humain,

 Et à travers les âges, comme de vase en vase,

 Elle se réincarnait en corps féminins successifs.

 … Elle passait donc de corps en corps,

 Subissant des tourments toujours nouveaux

 Et pour finir elle devint une prostituée.

 Et c’est elle la brebis perdue,

 C’est pour elle qu’Il est venu,

 Pour la rendre libre,

 Et pour offrir aux hommes le salut

 En se faisant connaître d’eux… »

 Irénée, Adversus haereses (éd. W. Harvey, Cambridge 1857, p 162)

 III. Sophia

 Au tout début de notre ère, nous sommes au point de croisement des courants juif hétérodoxe, judéo-chrétien, chrétien orthodoxe et gnostique. Les sectes gnostiques forment un ensemble disparate d’églises qui ont commencé à se répandre un peu avant notre ère. Bien que la gnose ne soit pas exclusivement chrétienne, ces sectes furent combattues par l’Eglise, jusqu’à leur disparition vers le Vème siècle de notre ère.

 Bien que le terme gnose signifie « connaissance parfaite », ce qui caractérise le mieux les mouvements gnostiques n’est pas cette prétendue connaissance, que finalement d’autres traditions affirment aussi posséder, mais plutôt un dualisme Matière – Divin qui s’accompagne d’un rejet du monde Matériel. Ainsi Plotin définissait les gnostiques comme étant « ceux qui disent que le Démiurge de ce monde est mauvais et que le Cosmos est mauvais ».

 Le but principal du gnostique est la délivrance de la parcelle divine qu’il porte en lui-même. Il veut libérer cette parcelle du monde matériel corrompu qui l’aliène, et remonter vers les sphères célestes. Cette délivrance passe par la Gnose, la connaissance parfaite de la nature de l’esprit, des structures de l’univers et de son histoire passée et future.

 Un premier aspect de la gnose porte sur les origines du monde matériel et de l’homme, le mal s’expliquant par la chute accidentelle d’éléments supérieurs dans un cosmos matériel, temporel, sexué, au fond duquel ils se sont disjoints, dispersés et emprisonnés (sans pour autant perdre leur pureté). Le Principe Féminin, d’une façon ou d’une autre, joue très souvent un rôle clef dans cette chute.

 Un second aspect de la gnose vise la destinée de l’humanité et du cosmos, aboutissant à la dissolution finale de la Matière, la libération de l’Esprit, et au retour à l‘Unité Parfaite intemporelle dont les élus, ici-bas, gardent le souvenir.

 La cosmogonie de Valentin, qui fut un des plus importants maîtres gnostiques, s’articule autour de la Sophia corrompue. Valentin naquit en Egypte et fut éduqué à Alexandrie, puis enseigna à Rome entre 135 et 160. L’Evangile de Vérité, ainsi que d’autres textes découverts à Nag Hammadi, se rattachent à son école. La Matière a une origine spirituelle, c’est un état de l’Etre Absolu, mais l’ignorance (l’aveuglement de Sophia) est la cause première de l’existence du Monde et du Mal.

 Les autres traditions gnostiques ont des cosmogonies très similaires dans l’esprit à la version valentinienne, mais cette dernière illustre à merveille le rôle du Féminin.

 Le Père, Premier principe absolu et transcendant, est invisible et incompréhensible. Il s’unit à sa compagne, la Pensée (Ennoia), et engendre les 15 couples des Eons, formant le Plérôme. Prise d’un désir du monde supérieur, l’élément féminin du dernier couple d’éons, Sophia, lève les yeux vers la lumière des hauteurs et provoque ainsi une crise qui entraîne l’apparition du mal et des passions. Sophia et ses créations sont rejetées et produisent une sagesse inférieure.

 En haut, un nouveau couple est créé : le Christ et son partenaire féminin, le Saint-Esprit. Le Plérôme, de nouveau pur, engendre le Sauveur Jésus. En descendant dans les régions inférieures, le Sauveur mélange la matière, provenant de la sagesse inférieure, avec les éléments psychiques, ce qui engendra le Démiurge, le dieu de la Genèse, qui se croit seul Dieu.

 Le Démiurge crée le monde qu’il peuple de deux catégories d’hommes, les hyliques et les psychiques. Mais des éléments venant de la Sophia supérieure s’introduisent dans le souffle du Démiurge, donnant naissance aux pneumatiques, catégorie d’hommes supérieurs qui seuls pourront retourner au sein du Divin.

 Le Christ descend alors sur Terre pour révéler la connaissance libératrice. Les pneumatiques, réveillés par la gnose, remonteront petit à petit vers le Père. La rédemption du dernier pneumatique sera accompagnée par l’anéantissement du Monde, de la Matière.

 L’Elenchos d’Hippolyte nous apprend que, selon la tradition des sectes naassénienne et ophite, l’initiatrice de la doctrine secrète aurait été une femme, en qui il faut probablement voir le personnage de Marie-Madeleine.

 La grande Puissance, l’Esprit du Tout, est mâle et gouverne tout. La grande Pensée vient d’en bas, elle est femelle et enfante toutes choses.

 « Il est, parmi tous les Eons, deux rejetons n’ayant ni commencement, ni fin, issus d’une seule et même Racine, qui est Puissance, Silence, Invisible, Incompréhensible ; l’un d’eux vient d’en haut, c’est la grande Puissance, l’Esprit du Tout qui gouverne Tout, il est mâle ; l’autre rejeton vient d’en bas, c’est la grande Pensée, elle est femelle et enfante toutes choses. Par suite, ces deux rejetons symétriques s’accouplent et font apparaître leur espace intermédiaire, l’Air insaisissable qui n’a ni commencement ni fin. Dans cet intervalle est le Père, qui porte dans ses mains et nourrit tout ce qui a commencement et fin. Celui qui se tient debout, se tenait debout, se tiendra debout ; il est une puissance mâle et femelle, qui n’a ni commencement ni fin et existe isolée, car c’est de lui qu’est sortie la Pensée qui existait isolée pour devenir deux… De même donc que le Père s’est fait sortir lui-même de lui-même, se manifestant à lui-même sa propre pensée, de même la Pensée, une fois manifestée, ne créa pas, mais elle vit le Père et cacha en elle-même le Père, c’est-à-dire la Puissance ; et il y eut une Puissance mâle-femelle et sa Pensée ; dès lors, ils se répondent symétriquement – la Puissance ne diffère en rien de la Pensée – et sont un seul être ; la Puissance dans les régions supérieures, la Pensée en bas… Ainsi, l’Esprit est dans la Pensée ; ils sont inséparables l’un de l’autre et, tout en étant un, ils se trouvent être deux. » D’après H. Leisegang, La Gnose, Paris 1951.

 La Puissance infinie est assimilée au feu, l’extase est alors obtenue par un envahissement de ce feu libérateur, par un enthousiasme orgiastique. Après un rejet des conventions et de la morale, l’union sexuelle est spiritualisée par le biais de l’analogie, les adeptes participant ainsi à la commémoration de la grande parade primordiale. Cette sacralisation de l’union sexuelle rappelle le tantrisme indien.

 IV. Conclusion

 La découverte et la diffusion de l’agriculture avaient révolutionné le paysage religieux, faisant des Déesse-Mères des personnifications des forces de Vie et de Mort de la Nature. Les Prostituées Sacrées, telle que la déesse babylonienne de l’amour et de la guerre Ishtar, conjuguent tous les aspects de la fertilité bipolaire : reproduction, naissance, croissance, mais aussi violence et mort, avant une nouvelle naissance.

 La vision de la Femme, à travers les divers mouvements gnostiques, prolonge les conceptions de ces religions antiques. Les gnostiques conservent un Féminin lié à la Nature, héritier pas si lointain du Féminin archaïque qui prenait place, juste un peu en retrait, à côté du Masculin, dans l’association de la Terre et du Ciel.

 La Femme gnostique est donc liée au Monde matériel, en tant qu’hypostase de la Terre. Elle démontre un caractère et une activité sexuelle prononcés, caractéristiques de la Fertilité. Enfin, de par sa nature divine, la femme gnostique est l’Initiée. Ces trois éléments se mélangent pour lui donner le triple visage de la Déchue, de l’Initiée et de la Rédemptrice.

V. Bibliographie

 Mircea Eliade, Histoire des religions, 3 tomes, bibliothèque historique Payot.

 Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, bibliothèque historique Payot.

 Jean-Yves Leloup, L’Evangile de Thomas, Spiritualité vivantes, Albin Michel.

 Jean-Yves Leloup, L’Evangile de Marie, Spiritualité vivantes, Albin Michel.

 Robert Statlender : article « Gnose et hermétisme » dans l’Encyclopédie des mystiques, tome I, Petite Bibliothèque Payot.

 Jean Doresse, article « La Gnose » dans Histoire des religions II, Folio essai.

 Jean Doresse, Les livres secrets de l’Egypte, Petite Bibliothèque Payot.

 H.C. Puech, En quête de la Gnose, tome I : La Gnose et le Temps, bibliothèque des sciences humaines, Gallimard.

 H.C. Puech, En quête de la Gnose, tome II : Sur l’évangile selon Thomas, bibliothèque des sciences humaines, Gallimard.

Volute, voir le site Syster of Night.

SOURCE :

EzoOccult

Le webzine d’Hermès

La dimension mystique de la femme dans la Gnose dans Recherches & Reflexions Logo_ezotheque

EzoOccult
EzoOccult, le Webzine d’Hermès

Histoire de l’Eglise Gnostique (2) 30 novembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 6 janvier 2016

Par Spartakus FreeMann

L’Église Catholique Gnostique, plus catholique que le pape

Jean Bricaud, né le 11 février 1881 à Neuville sur Ain, a été élevé dans un séminaire catholique où il étudia pour devenir prêtre, mais il renonça à sa poursuite religieuse conventionnelle dès l’âge de 16 ans pour suivre la voie de l’occultisme mystique. Il s’impliqua dans divers mouvements chrétiens et rencontra Papus en 1899 pour entrer ensuite dans son Ordre Martiniste.

En 1907, sous les encouragements (si ce n’est sous la pression) de Papus, Bricaud rompit avec Fabre des Essarts (Synesius) pour fonder sa branche schismatique de l’Église Gnostique. Fugairon décida de rejoindre Bricaud.

Bricaud publie cette année même son « Cathéchisme gnostique » à l’usage des fidèles de l’Église Catholique Gnostique, exposant la doctrine secrète du Christ, et très vite fonde sa revue Le Réveil Gnostique, organe du catholicisme gnostique dont le numéro 1 verra le jour en mars 1907. Le motif de base à ce schisme semble avoir été de créer une branche de l’Église Gnostique dont les structures et la doctrine auraient été plus proches de l’Église Catholique Romaine que de l’Église Gnostique (par exemple, elle comprenait un ordre de prêtrise et un baptême); et qui aurait été plus liée à l’Ordre Martiniste. Doinel était un Martiniste, Bricaud était un Martiniste, mais Fabre des Essarts ne l’était pas. Bricaud, Fugairon et Encausse, dans une première tentative, nommèrent leur branche de l’Église « l’Église Catholique Gnostique ». On l’annonça comme la fusion de trois églises « gnostiques » existantes en France : l’Église Gnostique de Doinel, l’Église Carmélite de Vintras et l’Église Johannite de Fabré-Palaprat.

En février 1908, le synode épiscopal de l’Église Catholique Gnostique se réunit et élit Bricaud comme Patriarche sous le nom de Jean II. Après 1907, afin de clairement distinguer les deux branches de l’Église Gnostique, celle de Fabre des Essarts fût connue sous le nom d’Église Gnostique de France.

Joanny Bricaud

Image extraite du blog Interjected.

La Conférence de Paris de 1908 :

Le 24 juin 1908, Encausse organisa la Conférence Maçonnique et Spiritualiste Internationale à Paris, au cours de laquelle il reçut, sans contrepartie en argent, une patente de Théodore Reuss (Merlin Peregrinus, 1855-1923), chef de l’Ordo Templi Orientis, pour établir un Suprême Grand Conseil Général des Rites Unifiés de l’Ancienne et Primitive Maçonnerie pour le Grand Orient de France et ses dépendances. Dans la même année, l’Église Catholique Gnostique voit son nom changer en Église Gnostique Universelle.

« L’Église Gnostique a pour but essentiel de restituer à l’humanité son unité religieuse primitive, c’est-à-dire, en lui faisant rejeter les erreurs d’où sont sorties les différentesreligions, d’établir et de répandre une Religion conforme à la tradition universelle et par là véritablement catholique.

L’Église Gnostique prétend ne s’imposer aux consciences, ni par la force du pouvoir civil ou militaire, ni par de vaines menaces de châtiments d’outre-tombe, ni par de fallacieuses promesses de récompensés futures. Basée, d’une part, sur la tradition universelle (de tous les peuples civilisés) et non pas seulement sur la tradition hébraïque de la bible, et, d’autre part sur la philosophie et la science moderne, ses vérités ne se présentent pas comme objets (le foi, mais comme objets de démonstration philosophique et scientifique ; elle ne s’adresse qu’à la raison qui est la même chez tous les hommes.

L’Église Gnostique est large et tolérante. Elle respecte les coutumes et les lois de tous les peuples, ce qui lui permet d’admettre tous les hommes, de toutes nationalités, de toutes langues, de toutes races, nés et élevés dans n’importe quelle religion.

Elle recommande à ses adeptes que dans toutes les circonstances de la vie, ils se prêtent un mutuel appui et se traitent en frères.

L’Église Gnostique est divisée en deux sections la section exotérique et la section ésotérique.

Cette dernière a pour but de donner aux membres de la section exotérique l’Initiation gnostique.

Seuls les membres de la section exotérique peuvent y être reçus et à certaines conditions.

ADMISSION

Pour être reçu membre de l’Église Gnostique (section exotérique) il suffit d’en faire la demande à la direction du RÉVEIL GNOSTIQUE, 8, rue Bugeaud, à LYON.

Le droit d’entrée dans l’Église est de 5 francs. La cotisation annuelle est de 6 francs et donne droit à recevoir gratuitement le Réveil Gnostique, organe de l’Église Gnostique Universelle. »

Joanny Bricaud

Le « Réveil gnostique » paraissait tous les deux mois. C’est dans sa revue qu’il donne une version assez étonnante quant à l’originalité de son Église : « Nous devons dire aussi que nous ne sommes en aucune façon le successeur de S.G. Doinel qui sous le nom mystique de Valentin II tenta de rénover une Église gnostique Néo-valentinienne. Nous n’avons jamais connu le patriarche Valentin II. Sa tentative de rénovation Valentinienne ne donna pas de résultat pratique et fut en grande partie désorganisée par suite de sa conversion à l’Église romaine… Quant à l’Église Gnostique Universelle (catholique gnostique), qui date de trois ans à peine, elle n’a par conséquent jamais eu aucun rapport avec l’ancienne Église Néo-Valentinienne ».

Voilà donc, prenons acte, l’Église de Bricaud est originale et se démarque ainsi de Doinel et de sa filiation spirite.

Le but essentiel de l’Église Gnostique Universelle vise à restituer, selon Bricaud, à l’humanité son unité religieuse primitive en lui faisant rejeter les erreurs dont sont issues les diverses religions.

La profession de foi des membres du Haut Synode de l’Église Gnostique Universelle s’exprime ainsi:

1 – Nous croyons au divin Proarché et Propator éternel, être infini et tout puissant, passé de la puissance à l’acte en un être parfait, Dieu un et triple ;

2 – En un premier tridyname le Père, suscitateur et attracteur de tous les êtres visibles et invisibles ;

3 – En un second tridyname le Fils, logos divin manifesté par Christos, lumière intellectuelle et physique, vrai Dieu comme le Père et consubstantiel à lui, sans qui aucune chose n ‘a été faite ;

4 – Qui s’est concentré sur la terre dans la personne de Jésus, esprit supérieur descendu ici-bas pour nous, où il s’est uni à une âme et un corps semblables aux nôtres, dans le sein de Marie ;

5 – Qui s’est manifesté en Jésus depuis le moment de son baptême jusqu’au moment de sa passion ;

6 – Qui nous a parlé par sa bouche et nous a enseigné la gnose et la vie sainte, afin de nous délivrer de l’esclavage du Démiurge et de son Archon terrestre, et ainsi de permettre notre retour au monde pneumatique notre patrie, comme lui même y est retourné après sa mort.

7 – Nous croyons en un troisième tridyname l’Amour qui procède du Père parallèlement au Fils et se manifeste par pneuma-agion (l’Esprit-Saint) ;

8 – Qui donne l’amour avec la vie, qui nous met sur la voie de la vérité et de la sainteté, qui unifie tous les êtres, et qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils ;

9 – Nous croyons en un univers pneumatique, Église immense des esprits, aussi ancienne que Dieu lui-même et antérieure à l’univers hylique, mais dont une colonie est venue habiter la périsphère de notre globe et d’où sont descendus les hommes en tant qu’esprits ;

10 – Nous confessons les deux baptêmes et les trois autres mystères pour la purification et la transmutation de l’homme ;

11 – Nous attendons sur terre l’établissement du royaume du ciel et le rétablissement de l’homme dans son état primitif ;

12 – Et, à la fin, la réapparition des morts avec Jésus, chef de l’Église terrestre ; l’ascension et la réintégration de cette assemblée dans le ciel ; la de la sainteté, qui unifie tous les êtres, et qui es dissolution des esprits réfractaires à toute conversion, en même temps que la dissolution de l’univers hylique, œuvre du Démiurge.

Plus ou moins 4 ans plus tard, deux documents importants furent publiés : le Manifeste de la M.M.M. (section britannique de l’O.T.O.), qui incluait l’Église Catholique Gnostique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont concentrées au sein de l’O.T.O.; et l’Édition du Jubilée de l’Oriflamme, l’organe officiel de l’O.T.O. de Reuss, qui annonça que l’Initiation, le journal d’Encausse, était à présent l’organe officiel pour les Rites de Memphis-Misraïm et de l’O.T.O. en France.

Les détails précis de la transaction de la conférence de Paris de 1908 sont inconnus, mais en se basant sur le cours des événements qui suivirent, la conclusion logique est qu’Encausse et Reuss s’engagèrent dans un échange fraternel d’autorités : Reuss recevant l’autorité primatiale et épiscopale dans l’Église Catholique Gnostique et Encausse recevant l’autorité dans les Rites de Memphis-Misraïm.

En 1911, Bricaud, Fugairon et Encausse déclarèrent que l’Église Gnostique Universelle est l’Église officielle du Martinisme. Cette même année, Bricaud était initié au Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, et était signé entre le suprême Conseil de l’Ordre Martiniste de Papus et le Suprême Conseil du Haut Synode de l’Église Gnostique Universelle un traité d’alliance entre les deux puissances.

Après la mort de Fabre des Essarts en 1917, le Patriarcat de l’Église Gnostique sera assumé par Léon Champrenaud (Tau Théophane). Champrenaud sera suivi par Patrice Genty en 1921 qui mettra l’Église Gnostique de France en sommeil en 1926 en faveur de l’Église Gnostique Universelle de Jean Bricaud.

Quand Bricaud meurt, le 21 février 1934, Constant Chevillon (1880-1944) prit sa succession au sein des organisations suivantes:

1 S.O.I. Ou Société Occulte Internationale (Collège d’Occultisme)

2 L’ÉGLISE GNOSTIQUE UNIVERSELLE

3 ORDER DES CHEVALIERS MACONS ELUS COHEN DE L’UNIVERS

4 RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS MISRAIM

5 ORDRE DU SAINT GRAAL

6 ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE CROIX GNOSTIQUE

7 ORDO TEMPLI ORIENTIS pour la France.

Constant Chevillon devint le patriarche de l’E.G.U. sous le nom de « Tau Harmonius » («Patriarche néo-gnostique Tau Harmonius»). Chevillon sera assassiné par la milice en 1944.

Ligne de la succession de l’E.G.U. :

• 1907-1916, Jean Bricaud (Tau Jean II)

• 1934-1944, Constant Chevillon ( 1870-1944, Tau Harmonius)

Antoine Fayolle, consécrateur de Dupont – 15 avril 1948.

• 1944? 1948?-1960, Charles-Henri Dupont (1877-1961, Tau Charles-Henri)

• 1960, Robert Ambelain (1907-1997, Tau Jean III) ; Ambelain change alors le

nom d’«Église Gnostique Universelle» en «Église Gnostique Apostolique».

HOMÉLIE

DE

S.G. + JOAHNNÈS BRICAUD

(JEAN II)

1908

BUREAUX DU RÉVEIL GNOSTIQUE

8, Rue Bugeaud, 8

LYON

Très chers Coopérateurs,

Très chers Frères,

Et très chères Soeurs,

Par vos désirs et par le vouloir du très Saint Plérôme, me voici élevé au rang suprême de la hiérarchie gnostique. Je viens de gravir les marches du siège patriarcal de la Sainte Église du Paraclet.

C’est, j’aime à le croire, davantage à mon zèle religieux qu’à mon expérience de la vie que je dois d’avoir été désigné par vos suffrages.

Bien lourde est la tâche qui m’incombe!

Je l’accepte cependant avec d’autant plus d’allégresse que j’ai l’inébranlable conviction que l’œuvre de Dieu s’accomplit en dépit de toutes les faiblesses humaines.

Vous m’aiderez, très chers coopérateurs, en vous groupant fraternellement autour de votre Patriarche et en multipliant les oeuvres d’apostolique propagande.

Tous ceux qui voient clair dans la situation religieuse des peuples européens ont pu se persuader que le catholicisme tel qu’il est compris et enseigné aujourd’hui ne répond plus aux besoins de la société moderne. Il leur apparaît comme une force oppressive qui retient le peuple dans l’ignorance pour le dominer. Aussi, répudient-ils l’héritage religieux de leurs pères, et l’on peut prévoir le moment où l’orthodoxie catholique sera morte parce que désertée par tous les esprits religieux qui osent penser, quelles que soient d’ailleurs les quelques exceptions qu’on puisse citer. Et si les penseurs religieux, si les hommes de science abandonnent l’orthodoxie catholique, celle-ci doit infailliblement tomber, car c’est d’eux que relève le mouvement des esprits.

Qu’est d’ailleurs, une confession religieuse qui s’attire le mépris de tout ce qu’il y a d’intelligence dans la société moderne ?

L’évolution religieuse à laquelle nous assistons nous montre qu’il faut une religion nouvelle.

Le gnosticisme s’offre comme la religion désirée. La Gnose est la synthèse complète et définitive (le toutes les croyances et de toutes les idées dont l’humanité a besoin pour se rendre compte de son origine, de son passé, de sa fin, de sa nature, de son avenir, des contradictions de l’existence et des problèmes de la vie.

Savoir cela, c’est savour les seules choses nécessaires.

La Gnose est la perle de l’Évangile pour laquelle l’Homme vraiment digne de ce nom doit vendre et donner tout ce qu’il a.

«Mon âme, d’où viens-ti ? Disait Saint-Basile. Qui t’a chargée de porter un cadavre ? Si tu es quelque chose de céleste, ô mon âme ! apprends-le-moi.»

Et la Gnose répond : «En contemplant le Plérôme, tu connaîtras toutes choses.»

« La Gnose, a dit Éphrem le Syrien, tresse une couronne à ceux qui l’aiment et elle les fait asseoir sur un trône de Roi. »

Les docteurs et les évêques de cette Gnose ont reçu en dépôt le sens ésotérique du christianisme.

C’est à nous, pontifes selon l’ordre de Melchisedech, que les anges ont confié le pectoral où flamboient l’Urim et le Thumin.

C’est nous qui lisons dans le livre de la vraie loi. C’est de nous qu’il est écrit:

«Ceux qui sont revêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où sont-ils venus? Ce sont ceux qui ont souffert de la Grande Tribulation et qui ont lavé leurs tuniques dans le sang spirituel de l’Agneau, et qui sont vierges des superstitions et des souillures du monde Hylique!»

La Gnose est l’essence même du Christianisme. Voilà, nos bien aimés, la plus juste définition du Gnosticisme.

Mais, par Christianisme, nous n’entendons pas seulement la doctrine enseignée depuis la venue du divin Sauveur, mais encore celle enseignée avant la venue de Jésus, dans les temples anciens, la doctrine de la Vérité Éternelle!

Notre Église est l’antinomie de celle de Rome. Le nom de celle-ci est Force; le nom de la nôtre est Charité.

Notre Souverain Patriarche n’est pas Pierre, l’impulsif, qui renia trois fois son maître et usa de l’épée, mais Jean, l’ami du Sauveur, l’apôtre qui reposa sur son cœur et en connut le mieux le sentiment immortel, l’oracle de la lumière, l’auteur de l’Évangile Éternel, qui n’usa que de la Parole et de l’Amour.

Notre Église est la Cité Céleste sur terre et dans les cieux, ce royaume de la Justice dont il est parlé dans le livre de la Révélation.

Elle est aussi l’Église du Paraclet dont elle a les vertus. Elle est pure et pacificatrice, sainte et sanctifiante, consolante et consolée dans l’exil du monde.

Avec votre concours, très chers Coopérateurs et Frères, notre Sainte Église s’épanouira et développera ses branches, comme le grain de sénevé dont parle l’Évangile, et deviendra un arbre immense sur lequel les oiseaux du ciel viendront se reposer.

Mais pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse, il faut que nous restions unis dans l’amour de la Gnose, comme les Saints Eons sont unis dans la volonté du Père. Il faut que dispersés à travers le monde, nous ne laissions fuir aucune occasion de faire éclater la vérité, de détourner nos frères égarés du chemin des ténèbres, d’affirmer qui nous sommes, ce que nous voulons et où nous allons.

Les temps sont difficiles, nous le savons ; les forces occultes sont liguées contre nous, nous ne l’ignorons pas. Mais il ne se peut que l’idée pour laquelle tant de martyrs sont morts demeure improductive. Aussi, mes très chers Frères, levez vos yeux vers les hauteurs, tournez vos regards du côté de la vraie Lumière, enivrez-vous des ineffables délices du Plérôme spirituel, et vous acquerrez la force de parachever l’œuvre sainte, l’œuvre véritable, l’œuvre divine.

Ah, mes Frères, à travers toutes les tempêtes et tous les orages qui sont déchaînés sur notre monde hylique, alors que les fausses doctrines essaient de perdre les âmes, ne perdez pas de vue les hautes cimes, et si vous touchez terre, que ce ne soit comme la colombe de l’Arche que pour y rester un instant et y cueillir le pacifique rameau d’olivier!

Á vous, mes très chères Soeurs, j’adresse un appel plus particulier. Je sais combien est précieux votre concours en matière d’apostolat et je sais combien notre monde féminin cache dans ses salons et ses retraites mystiques de nobles et courageuses émules des Maximille et des Ésclarmonde de Foix.

Mieux que nous, vous savez trouver le chemin des âmes! Nous ne sommes, nous autres, que le verbe qui convainc ; vous êtes, vous, le cœur qui persuade.

Unissez-vous à nos frères pour rétablir sur de fortes et profondes assises la communauté, l’Église visible des Pneumatiques que les manifestations d’En-Haut nous annoncent et nous promettent.

Et maintenant, Très Chers Coopérateurs, Bénédiction sur vous! Bénédiction sur vous, Très Chers Frères et Très Chères Soeurs! Bénédiction sur tous ceux qui travaillent avec nous dans les champs du Seigneur! Bénédiction sur tous ceux que dévore le zèle de la maison de Dieux! Et Bénédiction aussi sur nos ennemis, afin que la lumière d’en haut les éclaire et qu’ils sachent qui nous sommes, et que par ainsi ils se prennent à nous aimer, comme nous les aimons. Amen.

+ JEAN II,

Évêque Primat en France, Patriarche de l’Église Gnostique Universelle.

Les Statuts publiés dans La Gnose, Organe officiel de l’Église Gnostique Universelle, fondé et dirigé par René Guénon (1909-1912): l’Église de Fabre des Essarts / Synésius. Après une rupture cette Église devint l’Église officielle des Martinistes.

ÉGLISE GNOSTIQUE UNIVERSELLE

STATUTS

I – Le gnosticisme est une doctrine philosophique et traditionnelle. Il a pour but de restituer l’unité primitive religieuse.

II – Le gnosticisme ne s’impose aux consciences ni par la violence ni par la menace de châtiments après la mort.

III – Il professe, conformément à son titre, que la religion véritable est la Science Intégrale; de ce fait, son enseignement comporte le doctrine évolutive, qui s’ouvre toujours aux progrès successifs et définis de l’intelligence humaine.

IV – Il est accessible à tous les hommes, sans distinction de nationalité, de langues ou de races.

V – On est admis à la plénitude de la connaissance des vérités gnostiques par des grades successifs qui ne sont conférés qu’au mérite et à la valeur intellectuelle des aspirants.

VI – Les cérémonies gnostiques, les dogmes, les rites sont expressément respectueux des lois de la République.

VII – L’Église gnostique de France est sous la haute direction d’un patriarche, qui a Paris pour résidence épiscopale et qui s’intitule évêque de Montségur, en souvenir du massacre des derniers Albigeois. Mais ces titres ne confèrent au chef de l’Église aucune suprématie dogmatique. Il est simplement primus interpares et il ne peut prendre aucune décision importante sans l’approbation du Saint-Synode.

VIII – Le Saint-Synode est composé de tous les évêques gnostiques.

IX – La caractéristique de l’Église gnostique est de représenter de restituer l’ancienne Église chrétienne, démocratique et égalitaire.

Spartakus FreeMann 2008.

SOURCE : https://www.esoblogs.net/

Histoire de l’Eglise Gnostique (2) dans Recherches & Reflexions EzoOccultlogo105

L’Église Gnostique albigeoise ou filiation apostolique spirite (1) 29 novembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 22 janvier 2016

Par Spartakus FreeMann

A Melmothia, en souvenir des 9 fois 12 degrés échangés ces trois jours…

Histoire de l'Eglise Gnostique

L’Église Gnostique albigeoise ou filiation apostolique spirite

Le fondateur de l’Église Gnostique est Jules-Benoît Stanislas Doinel du Val-Michel (1842-1903). Doinel était un bibliothécaire, franc-maçon membre du Grand-Orient, un antiquaire et un spirite pratiquant. Lors de ses fréquents essais pour communiquer avec les esprits, il fut confronté à une vision récurrente de la Divinité féminine sous divers aspects. Peu à peu, il développa la conviction que sa destinée était de participer à la restauration au sein de la religion de l’aspect féminin de la divinité.

En 1888, alors qu’il travaillait comme archiviste pour la bibliothèque d’Orléans, il découvrit une charte originale datée de 1022 qui avait été écrite par Canon Stéphane d’Orléans, un maître d’école et disciple des cathares. Stéphane sera brûlé plus tard la même année pour hérésie.

Doinel fut fasciné par le drame des cathares et leur héroïque et tragique résistance contre les forces du Pape. Il commença à étudier leurs doctrines et celles de leurs prédécesseurs, les Bogomiles, les Pauliciens, les Manichéens et les Gnostiques. Durant l’avancement de ses études, il devint de plus en plus convaincu que la Gnose était la seule vraie religion derrière la Franc-Maçonnerie.

Une nuit de 1888, « l’Éon Jésus » apparut à Doinel dans une vision et le chargea d’établir une nouvelle Église. Il consacra spirituellement Doinel en tant qu’« Évêque de Montségur et Primat de l’Albigeois ». Après cette vision de l’Éon Jésus, Doinel tentera d’entrer en contact avec des esprits cathares et gnostiques durant des séances dans le salon de Maria de Mariategui, Lady Caithness, Duchesse de Medina Pomar.

Doinel a longtemps été associé avec Lady Caithness, qui était une des figures en vue des cercles spirites français de l’époque, une disciple d’Anne Kingsford et une dirigeante de la branche française de la Société Théosophique. Elle se considérait comme une réincarnation de Marie Stuart; et une communication spirite en 1881 lui dévoila une révolution dans le domaine religieux qui résulterait en un « Nouvel Age de Notre Dame de l’Esprit Saint ». Les séances gnostiques de Doinel étaient suivies par d’autres notoriétés de l’occultisme provenant de sectes diverses; en ce compris l’Abbé Roca, un ancien prêtre catholique et associé de Stanislas de Guaita et d’Oswald Wirth. Les communications spirites étaient généralement reçues au moyen d’un pendule tenu par Lady Caithness au-dessus d’un tableau lettré.

Lors d’une séance, Doinel reçut la communication suivante :

« Je m’adresse à toi, car tu es mon ami, mon serviteur et le prélat de mon Église albigeoise. Je suis exilé du Plérôme, et je suis celui que Valentin nomma Sophia-Achamôth. Je suis celui que Simon le Magicien appela Hélène-Ennoia; car je suis l’Éternel Androgyne. Jésus est le Verbe de Dieu; je suis la Pensée de Dieu. Un jour, je remonterai vers mon Père, mais j’ai besoin d’aide pour ce faire; la supplication de mon Frère Jésus est requise pour intercéder pour moi. Seul l’Infini peut sauver l’Infini, et seul Dieu est capable de sauver Dieu. Écoute bien : L’Un a produit d’abord l’Un, ensuite Un. Et les Trois ne sont qu’Un : le Père, le Verbe et la Pensée. Établis mon Église Gnostique. Le Démiurge sera impuissant contre elle. Reçois le Paraclet ».

Durant d’autres séances, Stéphane d’Orléans et un certain Guilhabert de Castres, un Évêque cathare de Toulouse du XIIe siècle, qui fut martyrisé à Montségur, furent contactés. À une autre séance, en septembre 1889, le « Très Haut Synode des Évêques du Paraclet », constitué par 40 Évêques cathares, se manifesta et donna le nom de ses membres, qui furent contrôlés et prouvés corrects dans les registres de la Bibliothèque Nationale. Le chef du Synode était Guilhabert de Castres, qui s’adressa à Doinel et lui instruits de reconstituer et d’enseigner la doctrine gnostique en fondant une Assemblée du Paraclet qui sera appelée Église Gnostique. Hélène-Ennoia devait l’assister et ils devaient être spirituellement mariés. L’assemblée était composée de Parfaits et de Parfaites et prit comme livre saint le Quatrième Évangile, celui de Saint Jean. L’Église devait être administrée par des Évêques masculins et des Sophias féminines qui devaient être élus et consacrés suivant le Rite gnostique.

Doinel proclama l’année 1890 comme début de l’« Ère de la Gnose Restaurée ». Il assumait la charge de Patriarche de l’Église Gnostique sous le nom mystique de Valentin II, en hommage à Valentin, le fondateur de l’École Gnostique du Ve siècle. Il consacra un certain nombre d’évêques qui choisirent tous un nom mystique précédé par la lettre grecque Tau qui représente la Croix grecque ou l’Ankh égyptien.

Parmi les premiers évêques et sophias consacrés il y eut : Gérard d’Encausse, connu aussi comme « Papus » (1865-1916), Tau Vincent, Évêque de Toulouse (plus tard en 1890, Doinel rejoignit l’Ordre martiniste de Papus et en devint peu à peu un membre du Conseil Suprême) ; Paul Sédir (Yvon Le Loup, 1871-1926) en tant que Tau Paul, coadjutateur de Toulouse ; Lucien Chamuel (Lucien Mauchel), Tau Bardesane, Évêque de La Rochelle et Saintes ; Louis-Sophrone Fugairon (n. 1846) en tant que Tau Sophronius, Évêque de Béziers ; Albert Jounet (1863-1923), Tau Théodote, Évêque d’Avignon ; Marie Chauvel de Chauvigny (1842-1927), Esclarmonde, Sophia de Varsovie ; et Léonce-Eugène Joseph Fabre des Essarts (1848-1917), Tau Synesius, Évêque de Bordeaux.

L’Église était constituée en trois niveaux : le Haut Clergé, le Bas Clergé et les Croyants. Le Haut Clergé était constitué par les hommes/femmes évêques / sophias, qui étaient responsables de l’administration de l’Église. Ils étaient élus par leur congrégation et plus tard confirmés dans leurs charges par le patriarche. Le Bas Clergé était constitué par les diacres hommes et femmes qui agissaient sous la direction des évêques et sophias et étaient responsables de conduire les activités journalières de l’Église. Les Croyants, ou membres lais de l’Église étaient appelés Parfaits ou Parfaites, désignations qui dérivent du catharisme. Cependant, au sein de l’Église de Doinel, le terme de Parfait n’était pas compris dans son sens cathare comme celui qui a pris des vœux stricts d’ascétisme, mais était interprété comme incluant les deux plus hautes divisions de la triple classification Valentinienne de la race humaine : les Pneumatiques et les Psychiques; mais excluant la plus basse division, les matérialistes Hyliques. Seuls les individus jugés d’une haute intelligence, raffinés et ouverts d’esprit étaient admis dans l’Église Gnostique de Doinel.

Jules Doinel

Jules-Benoît Stanislas Doinel

Image extraite du site The Hermetic Library.

L’Église Gnostique de Doinel combinait la doctrine théologique de Simon le Magicien, de Valentin et de Marcus (un valentinien qui fut remarqué pour son développement des mystères des nombres et des lettres et du « mariage mystique ») avec des sacrements dérivés de l’Église cathare et conférés lors de rituels qui étaient largement influencés par ceux de l’Église Catholique Romaine. Dans le même temps, l’Église Gnostique était sensée représenter un système de maçonnerie mystique.

L’Église était gouvernée par le Très Haut Synode qui consistait en un rassemblement de tous les évêques et sophias de l’Église. Le Très Haut Synode élisait le Patriarche en tant que président à vie et chef temporel du clergé et de l’église. Le chef spirituel de l’Église étant la Sophia céleste elle-même.

Le Patriarche était considéré comme « successeur de l’apôtre Jean » et avait tout pouvoir pour promulguer des décisions selon son seul accord, de suspendre ou de déposer les évêques, d’approuver ou d’annuler leurs élections, d’excommunier et de réconcilier les membres de l’Église, de créer des diocèses. Il signait du double Tau avant son nom mystique.

Chaque évêque était élu par un collège de fidèles et de diacres. Il choisissait son nom mystique auquel il ajoutait le Tau et le titre d’Electus Episcopus. L’évêque ne possédait l’entièreté de ses pouvoirs qu’après la consécration par le Patriarche qui avait lieu après que son élection ait été confirmée par le Haut Synode et le Patriarche lui-même. Un évêque et une sophia étaient, en couple, chargés de la direction d’un diocèse réunissant les différentes paroisses du lieu.

L’évêque ou la sophia ordonnait un diacre qui était en charge d’une congrégation de fidèles.

Les principales cérémonies de l’Église étaient : le Consolamentum, l’Appareilamentum et la Fraction du Pain.

Le Consolamentum était le Baptême de l’Esprit, une initiation rituelle par laquelle les aspirants entraient en communion avec le Paraclet Gnostique. Il était basé sur une cérémonie cathare originale.

L’Appareilamentum était le sacrement de confession et d’absolution conféré sur demande d’un pénitent qui avait reçu préalablement le Consolamentum. Cette cérémonie avait pour but d’entrer en communion plus étroite encore avec le Plérôme et était basée sur la cérémonie cathare de confession publique.

La Fraction du Pain était la cérémonie régulière et l’office commun du culte de l’Église Gnostique.

En 1895, Jules Doinel abdiqua subitement en tant que Patriarche de l’Église Gnostique, abandonna ses charges dans sa loge maçonnique et se convertit au catholicisme romain. Sous le pseudonyme de Jean Kostka, il attaqua l’Église Gnostique, la maçonnerie et le martinisme dans un livre intitulé Lucifer Démasqué. Pendant les deux ans qui suivirent, Doinel collabora avec Taxil à des articles dénonçant les organisations qui faisaient auparavant tant partie de sa vie. Lucifer Démasqué était lui-même un effort de collaboration, son style trahit la main de Taxil.

Encausse fit remarquer plus tard que Doinel avait manqué de « la nécessaire éducation scientifique pour expliquer sans problème les merveilles que le monde invisible avait jetées sur lui. » Ainsi, Doinel eut à faire face à un choix entre la conversion et la folie  et, dit Encausse, « Soyons heureux que le Patriarche de la Gnose ait choisi la première voie ».

La défection de Doinel fut un coup très dur pour l’Église Gnostique, mais elle réussit à survivre malgré tout. L’intérim fut assumé par le Synode des Évêques et lors du Haut Synode de 1896, les évêques élisent l’un des leurs, Léonce-Eugène Fabre des Essarts, connus en tant que Tau Synesius, pour remplacer Doinel comme Patriarche.

Fabre des Essarts était un occultiste parisien, un poète symboliste et un des théoriciens de la Gnose et du Christianisme ésotérique. Lui et un autre évêque gnostique, Louis-Sophrone Fugairon (Tau Sophronius), un physicien et aussi un spécialiste des cathares et des templiers, entrèrent en collaboration en vue de continuer le développement de l’Église Gnostique. Ensemble, ils commencèrent par transformer l’enseignement de l’Église Gnostique d’un gnosticisme théologique vers une conception occultiste plus générale.

En 1899, deux ans après que Léo Taxil ait dévoilé son arnaque, Doinel commença à correspondre avec Fabre des Essarts. En 1900, il demanda à être réconcilié au sein de l’Église Gnostique et sa réadmission comme évêque gnostique. Comme premier acte de consécration en tant que Patriarche de l’Église Gnostique, Fabre des Essarts re-consacra son ancien patriarche sous le nom de Tau Jules, évêque d’Alet et de Mirepoix.

En 1901, Fabre des Essarts consacra Jean Bricaud (1881-1934), Tau Johannes, évêque de Lyon. Entre 1903 et 1910, il consacra 12 autres évêques gnostiques, dont Léon Champrenaud (1870-1925), Tau Théophane, évêque de Versailles; René Guenon (1886-1951), Tau Palingénius, évêque d’Alexandrie ; et Patrice Genty (1883-1964), Tau Basilide.

Après la mort de Fabre des Essarts en 1917, le Patriarcat de l’Église Gnostique sera assumé par Léon Champrenaud (Tau Théophane). Champrenaud sera suivi par Patrice Genty en 1921 qui mettra l’Église Gnostique de France en sommeil en 1926 en faveur de l’Église Gnostique Universelle de Jean Bricaud.

Pour conclure, je citerai J.P. Bonnerot (Cahiers d’Études Cathares) : « Il n’y a pas d’évêque avancé pour justifier une chirotonie, il n’y a seulement… qu’une table tournante (…) On ne peut envisager ni licéité conditionnelle à la validité (position de l’Orient Chrétien), ni validité ne nécessitant pas de licéité (position de l’Église de Rome) : il n’y a pas en outre seulement même l’intention de faire ce que fait l’Église puisque la séance de spiritisme relatée au commencement de cette étude n’est pas l’une des formes liturgiques que la Tradition d’Orient ou d’Occident reconnaît pour faire, constituer et créer, en fait, sacrer un évêque ». Autant dire, si l’on se réfère au droit canonique que l’Église de Doinel mérite bien son nom de filiation spirite…

Succession Gnostique Albigeoise jusqu’à nos jours :

Jules Doinel – Fabre des Essarts & Gérard Encausse – Jean Bricaud – Victor Blanchard – Roger Menard – Robert Ambelain – Roger Deschamps – Armand Toussaint – Marcel Jirousek – Tau IAcObus – Tau Héliogabale.

Spartakus Freemann 2008

SOURCE : https://www.esoblogs.net/

L’Église Gnostique albigeoise ou filiation apostolique spirite (1) dans Recherches & Reflexions EzoOccultlogo105

La Gnose ancienne et moderne 29 août, 2017

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Gnose ancienne et moderne

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 3 janvier 2016

Par Johannes (Joanny Bricaud).

Bricaud

Il existe une différence entre la Gnose telle qu’elle était enseignée aux premiers siècles de l’ère chrétienne et la Gnose moderne ; aussi, c’est une erreur que nous tenons à bien signaler que de considérer les gnostiques contemporains comme les disciples de Simon le Mage, de Valentin, de Basilides, etc.

Afin de bien établir cette différence, nous devons d’abord définir ce qu’est la gnose :

La Gnose est une doctrine religieuse traditionnelle qui fut confiée oralement à l’Église, et jusqu’au cinquième siècle de l’ère chrétienne, resta secrète, en sorte qu’elle n’était enseignée oralement qu’à certaines personnes choisies.

Cependant, une partie de cette doctrine traditionnelle fut écrite par portions et à des époques successives.

Vingt-cinq ans environ après la mort de Jésus, l’apôtre Mathieu, le seul qui sût écrire, mit par écrit ses souvenirs sur les principaux discours publics et les préceptes de Jésus. D’un autre côté, Marc, secrétaire de l’apôtre Pierre, mit en notes ce que son maître racontait des principaux faits de la vie de Jésus. Ces écrits des deux apôtres furent réunis en un seul, et ont formé l’Évangile selon saint Marc.

Plus tard, Mathieu, à la suite des discussions qui surgirent entre les Israélites et les disciples de Jésus, sentit le besoin de mettre sous les yeux des Israélites un écrit leur démontrant que Jésus, ayant accompli les prophéties messianiques, était bien le Messie attendu par eux. Tel fut l’origine de l’Évangile selon saint Mathieu.

Peu après, un certain Lucas, médecin, utilisant les deux évangiles précédents et d’autres traditions, relatives à la vie de Jésus, écrivit un troisième évangile, connu sous le nom d’Évangile selon saint Luc.

Voilà la base des Évangiles.

Ont-ils rapporté tous les faits de la vie publique du Maître et surtout toute sa doctrine ? Non.

Les Évangiles apocryphes, les Actes des apôtres, les Épîtres, montrent que tout n’avait pas été écrit puisque Saint Paul fait connaître aux fidèles des points de doctrine que l’on ne trouve pas dans les trois évangiles précédents. Nous savons aujourd’hui, qu’outre sa prédication populaire relative à la préparation et à la venue du royaume du ciel, consignée dans les évangiles, Jésus, dans ses entretiens particuliers avec ses disciples préférés : Pierre, Jacques et Jean, leur enseignait sa doctrine sur le royaume du ciel, sur sa venue, sur le chef qui l’établissait, etc.

Cette doctrine, que l’on trouve toute entière exposée dans le Zend-Avesta, était connue des prophètes juifs depuis la captivité de Babylone, mais, ils l’avaient adaptée à la mentalité juive et à ses espérances.

La doctrine de Jésus était donc celle du Zend Avesta ; ses premiers disciples le savaient et transmirent cela à leurs successeurs.

Or, depuis la fondation du royaume grec d’Égypte, les livres scientifiques et philosophiques de tous les pays s’accumulaient à Alexandrie, où des philosophes cherchaient à faire la synthèse des connaissances contenues dans ces livres.

Parmi les successeurs des premiers disciples de Jésus, les intellectuels, entraînés par ce courant éclectique, tentèrent, à l’aide de la philosophie grecque, de développer, d’expliquer la doctrine perse que leur avait enseignée Jésus.

Il s’établit alors un double courant composé :

1° de ceux qui ne voulaient trouver les antécédents de la doctrine chrétienne que dans la Bible hébraïque ; c’est-à-dire dans les traditions du peuple hébreu ;

2° de ceux qui reconnaissaient les antécédents du christianisme dans les traditions des divers peuples.

Dans la suite, les premiers abandonnèrent la dénomination de gnostiques pour se désigner uniquement sous le nom de chrétiens, et donnèrent à leur doctrine le nom de théologie.

Les seconds, qui conservèrent le nom de gnostiques, firent prédominer, dans la doctrine chrétienne, tantôt certaines idées philosophiques particulières aux Égyptiens, tantôt des idées d’origine perse. Ils avaient adopté le christianisme, mais comme complément de la Gnose, c’est-à-dire de la tradition universelle. Ils ne voulaient pas l’isoler des doctrines anciennes. Enfants du sanctuaire, ils avaient la conviction que la morale évangélique pouvait parfaitement s’accorder avec les doctrines théosophiques et philosophiques du temple, et c’est cette opinion qu’ils professaient publiquement.

Les Gnostiques avaient des écoles publiques et des temples. Dans les unes on enseignait les sciences profanes, dans les autres on s’occupait de choses religieuses.

Travailleurs acharnés et infatigables, ils n’établirent aucune théorie universitaire, mais, ils s’emparèrent de tous les systèmes de philosophie et de tout ce que la Chine, l’Inde, la Perse, l’Égypte et la Grèce avaient acquis de science. Cet amas de connaissances venues de pays différents fit qu’ils se divisèrent bientôt en une infinité de sectes, dont les deux principales ont été les sectes Valentiniennes et Manichéennes.

Toutes ces sectes furent désignées et confondues sous la même appellation de gnosticisme.

On sait comment le courant chrétien triompha du courant gnostique. Les gnostiques furent obligés de cesser leur enseignement public ; les écoles qu’ils avaient ouvertes en Syrie, en Italie et en Grèce furent fermées, et ils furent obligés de disparaître ou de se cacher.

Aujourd’hui, grâce aux travaux des savants du siècle passé, nous connaissons mieux l’antiquité orientale qu’on ne la connaissait jusqu’alors ; les livres sacrés des peuples de l’Orient ont été retrouvés, et la critique religieuse a remis au rang très modeste qu’elle doit occuper la Bible des Hébreux.

Nous revenons à la Gnose, telle qu’elle était entendue aux premiers jours du christianisme ; mais, armés de plus, des magnifiques découvertes de la science moderne, nous pouvons reprendre avec beaucoup plus de chance de succès le travail qu’avaient entrepris les anciens gnostiques.

Nous pouvons, à l’aide de la tradition véritable, des sciences d’observation et de la critique moderne, reconstituer la doctrine chrétienne intégrale, en l’expliquant et la développant, mieux que n’ont pu le faire les anciens gnostiques.

Ainsi entendue, la Gnose ne peut plus être confondue avec les systèmes gnostiques des premiers siècles de l’ère chrétienne.

De plus, les gnostiques d’aujourd’hui ne sont pas les disciples de Valentin, de Basilide ou de Manès, et ce serait une erreur de croire qu’ils veulent rajeunir les doctrines des anciens docteurs gnostiques en les adaptant aux idées modernes.

Johannes (Joanny Bricaud).

La Voie, mai – novembre 1904.

 

Source :

 https://www.esoblogs.net/wp-content/uploads/2012/09/EzoOccultlogo105.png

L’HERMÉTISME 10 mars, 2016

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

L’HERMÉTISME

382460_473452402666293_224203573_n

L’HERMÉTISME  Est une doctrine issue d’Égypte qui connut un certain succès dans le monde antique et au Moyen Age. On retrouve à son origine de nombreux ouvrages attribués à Hermès (cf. ce mot). Ils avaient été publiés, traduits en grec, en latin et en copte. Cette doctrine, connue dès les premiers temps de l’Égypte ancienne, était aussi désignée sous les noms d’art hermétique, d’art sacré.

L’hermétisme essaya d’adapter les moyens d’expression de la philosophie à la pensée traditionnelle.

Un ouvrage, le Corpus hermeticus, contient des textes d’inspiration authentiquement égyptienne : notamment, une définition du langage tel que l’Égypte l’a conçu, le portrait d’un pharaon idéal, élu des dieux et, sans doute, la plus exacte définition et interprétation du rôle d’un temple égyptien.

La décadence des mystères de la haute Antiquité, déjà sensible au IVème siècle avant Jésus-Christ, l’influence de la civilisation grecque qui avait pénétré toute la région orientale du Bassin méditerranéen, contribuèrent pour une large part à la réalisation de la synthèse sacerdotale gréco-égyptienne, dont un des effets les plus importants et les plus durables fut la formation du mythe d’Hermès Trismégiste, support désormais définitif et capital de l’hermétisme.

Durant cinq siècles, du IIème avant J.-C. jusqu’au IIIème après, l’hermétisme subit l’influence de toutes les doctrines ayant cours en Égypte et dans toute cette région. Ces apports extérieurs, s’ils influencèrent l’hermétisme, eurent cependant un avantage : en vertu de sa flexibilité et de sa facilité d’accueil, la doctrine traditionnelle sut s’adapter remarquablement aux milieux divers où elle fut transportée. Elle bénéficiait en effet du précieux privilège d’être en parfait accord avec la philosophie dominante.

La doctrine.  Le premier principe de l’enseignement hermétique est l’unité. On en trouve la preuve et l’énoncé dans la Table d’Émeraude (cf. ce mot)

« Toutes les choses sont et proviennent d’Un, par la médiation d’Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique… » Son symbole est le cercle u qui s’achève en soi-même » ou le serpent qui se mord la queue (ourobouros). Ce symbole exprime l’univers à Un le Tout ».

L’immanence, la présence dans l’homme de toute possibilité est un autre principe fondamental de l’hermétisme : « Tu es Tout… Tout est en toi. » Ce principe trouve sa correspondance dans les premières phrases de la Table d’Émeraude : à Ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. » Tout ce que possède le macrocosme, l’homme le possède aussi.

Autour de ces principes fondamentaux, on se trouve en présence d’un ensemble de notions si diverses, si hétéroclites, qu’il est extrêmement difficile d’y retrouver une cohérence de conceptions. Sa diffusion, extrêmement étendue et rayonnante, donnera à la doctrine initiale, une empreinte différente.

L’expansion de l’hermétisme. En Grèce, l’hermétisme devint très rapidement synonyme d’alchimie. L’alchimie grecque, en effet, pouvait se permettre, étant donné ses origines fort anciennes, de se réclamer d’Hermès, maître de toute science.

Des travaux récents permettent d’envisager sa naissance dans l’île de Samothrace. Cette île était célèbre dans l’Antiquité par le culte des Cabires, culte à mystères, peut-être d’origine phénicienne, sûrement préhellénique, que l’on y pratiquait en 4500-4000 avant notre ère.

C’était une île sacrée. Les Cabires de Samothrace, avec les Dactyles de l’Ida (ceux qui savaient se servir de leurs doigts), les Telchines de Rhodes, les Curètes de Crète, étaient considérés comme des magiciens et des artistes car ils étaient les inventeurs du travail du fer (Tubalcain le forgeron).

Ils fabriquèrent les premiers outils. Lorsque l’on sait que toute activité sociale dépendait presque exclusivement de leur fabrication, que, sans l’outil, la main de l’homme est dépourvue d’efficacité, on comprend que ceux qui disposaient de cet outil commandaient à toute civilisation.

C’étaient des guides, des chefs. Leurs dieux constituèrent la première triade : Héphaistos (Vulcain, dieu des Forgerons), Hélios (le Soleil), Hermès (Logos). Dans le Cratyle, Platon identifiait le Logos à Hermès. Ce furent ces peuples qui apportèrent aux premiers groupements humains voués à une vie pastorale, l’écriture, le métal, l’outil, les techniques de la construction (habitations fixes, sur terre et bateaux) et de la navigation.

On sait à cet égard le rôle initiatique et complexe du forgeron africain, redouté et méprisé, admiré et haï.

La religion des Cabires se répandit dans tout le Bassin méditerranéen d’abord, et dans tout l’Occident ensuite. Elle arriva aux Arabes sous forme de tradition métallurgique… et elle n’était alors ni secrète ni cachée. Bien plus tard, cette religion fut celle d’associations à type corporatif qui usaient d’un jargon technique destiné à préserver la valeur marchande de leur fabrication : en somme, une sorte d’argot de métier.

Mais sous cette couverture artisanale, se dissimulèrent des sociétés secrètes, réellement hermétiques, celles-là. Certainement, il y avait des « opératifs » dans ces nouveaux groupements, qui travaillaient encore le métal. Ils étaient rares. Vraisemblablement les techniques opératives n’étaient plus qu’un apprentissage, une préparation du néophyte à la compréhension des vérités initiatiques.

Ces vérités ne pouvaient être communiquées sans d’extrêmes précautions.

A Rome, les habitudes syncrétistes de l’Égypte s’adaptèrent au milieu et à ses tendances. On y avait d’ailleurs adopté depuis longtemps la théogonie égyptienne et on y admettait fort bien que les dieux pussent posséder des personnalités diverses, lesquelles se retrouvaient dans le dieu unique adoré par les Romains.

Les Sabbéens faisaient aussi figurer Hermès dans leur plus lointaine ascendance. Pour les Manichéens, Hermès était l’un des cinq grands prophètes ayant précédé Mani. Des Manichéens, l’hermétisme passa en Islam. De nombreux ouvrages figurent dans sa tradition hermétique. Hermès convenait parfaitement à sa doctrine. Hermès, Platon et Zoroastre dominaient leur philosophie : d’une part, la sagesse hermétique et d’autre part la conjonction Zoroastre-Platon qui inspira, à l’aube de la Renaissance, la philosophie médiévale.

L’hermétisme, comme on s’en aperçoit, fut le résultat d’un long effort pour concilier les traditions égyptiennes avec l’astrologie chaldéenne d’abord, puis avec la civilisation grecque par la suite. C’était une doctrine strictement philosophique et littéraire. On n’y trouve trace ni d’un clergé ni d’une religion. Et cette doctrine aura servi d’étiquette à d’autres doctrines fort diverses, hétéroclites, comme on l’a dit plus haut, qui avaient un caractère cependant commun : l’ésotérisme. L’alchimie et la gnose paraissent avoir été les points forts de cette diversité.

Et nous retrouverons ces deux « points forts » au cours des siècles suivants créant, non une filiation bien difficile à prouver, mais une « ambiance initiatique » dans laquelle se développera un symbolisme fondamental conduisant à des rituels correspondants et souvent identiques.

La Gnose (cf. ce mot) fut un mouvement religieux non chrétien à ses débuts, puisque vraisemblablement préchrétien, qui emprunta beaucoup aux cultes à mystères et à l’hermétisme, avant de devenir chrétienne ou manichéenne et cathare. Une des formes modernes de la gnose chrétienne se manifeste dans la doctrine des Fraternités de Rose-Croix.

Ce sont des sociétés secrètes initiatiques qui exercèrent une grande influence sur la Franc-Maçonnerie. On a attribué à Valentin Andraee et un cercle d’initiés qui l’entouraient, l’origine de ces fraternités. En réalité la doctrine rosicrucienne ne sortit pas toute prête de son cerveau. Le mouvement bénéficia de toute la tradition alchimique et de la terminologie hermétique.

Valentin Andraee publia, en 1616, trois ouvrages, Confessio, Fama et Noces chymiques qui exposaient la doctrine et inventaient surtout le mythe de Christian Rosenkreutz.

Les premières associations se créèrent en Allemagne, puis essaimèrent en Europe. En France, on commença à en parler en 1622. En Angleterre R. Fludd répandit et développa la doctrine. Deux adeptes célèbres, Ashmole et T. Waughan, continuèrent son ceuvre.

Ashmole joua un rôle prépondérant dans la transformation de la Maçonnerie dite opérative en Maçonnerie spéculative.L’influence rosicrucienne est manifeste dans la Franc-Maçonnerie des trois premiers grades et l’on trouve dans les rituels d’initiation de nombreuses traces de cette influence qui relève de l’alchimie et de l’hermétisme.

Le mot V.I.T.R.I.O.L. inscrit sur les parois du Cabinet de Réflexion est formé par les initiales d’une formule hermétique. Le dépouillement des métaux (cf. ce mot) relève de la plus pure technique de a transmutation alchimique.

La fameuse lettre G, enfin, que l’on voit au centre de l’étoile flamboyante -et qui orne tous les temples maçonniques peut être l’initiale du mot gnose. Cette étoile s’inscrit dans le pentagramme régulier construit par Pythagore, or Pythagore avait eu connaissance de nombreux mystères égyptiens, lors de son séjour dans les temples initiatiques de la vallée du Nil, séjour qui dura vingt-deux ans.

Nous citerons pour terminer une interprétation hermétique de certains termes utilisés dans le vocabulaire maçonnique : Soufre (Vénérable), Mercure (1″ Surveillant), Sel (2′ Surveillant), Feu (Orateur), Air (Secrétaire), Eau (Hospitalier), Terre (Trésorier).

On a là les trois principes et les quatre éléments des alchimistes.

Le feu est sec et chaud; l’air est chaud et humide; l’eau est humide et froide; la terre est froide et sèche.

Source : l’excellent blog http://anck131.over-blog.com/

936077_471992696246650_135110143_n

L’Ésotérisme Occidental 28 novembre, 2015

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

L’Ésotérisme Occidental

10023 ob_5eb96d_lewis-the-wisdom-of-the-sages

EzoOccult > Occultisme > Occultisme Général > L’Ésotérisme Occidental

Article publié le 25 mars 2010

Par Christine Berger

Certes, l’ésotérisme peut apparaître aujourd’hui comme un objet « indiscipliné ». De fait, en librairie comme dans les discours médiatiques, se trouvent convoqués sous ce vocable des éléments hétérogènes qu’un goût douteux pour le «mystérieux » cultive dans le désordre. En réalité, le mot recouvre plusieurs sens. Entendu comme « histoire des courants ésotériques occidentaux », il fait depuis une quarantaine d’années l’objet d’une spécialité académique à part entière, de plus en plus représentée au sein de cette discipline qu’est l’histoire des religions, comme en témoignent diverses créations de chaires universitaires en France, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, etc. C’est sous cet aspect que nous l’abordons ici, en le distinguant de notions voisines (ainsi, « occultisme ») et en situant lesdits courant dans leurs contextes culturels (au sein desquels ils ne représentent pas, contrairement à des vues trop répandues, une « contre-culture »).

Une relecture des spiritualités ancienne

Si l’adjectif « ésotérique » apparaît au XVIIIe s., c’est en 1828 que Jacques Matter crée le néologisme « ésotérisme » dans son Histoire critique du gnosticisme et de son influence. Comme le note J.-P. Laurant, « le terme répond au besoin de donner une légitimité scientiftique nouvelle à un ensemble de notions et à un mode de spéculations remontant aux débuts des temps modernes, voir au-delà ». Déjà, au début de la Renaissance, certains érudits se penchent sur les philosophies gnostiques et hermétiques, teintées de religiosité. Deux philosophes italiens marquent cette période : Marsile Ficin et Pic de la Mirandole. Ficin traduit les dialogues de Platon, des œuvres de Plotin et surtout le Corpus hermeticum en latin. Sous ce titre est regroupé un ensemble de textes écrits en grec aux IIe et IIIe s. dans la région d’Alexandrie, ensemble représentant une partie des écrits attribués au légendaire Hermès Trismégiste. Ils traitent de théosophie, d’astrologie, de techniques spirituelles. Les nombreuses rééditions de cette traduction jusqu’au XVIIe s. témoignent de l’intérêt suscité par ces textes, que la plupart des commentateurs de la Renaissance supposent appartenir à une « tradition » ancienne remontant à Moise, un « un enseignement qui serait comme la synthèse d’une philosophia perennis, ou philosophie éternelle, dont Hermès aurait été l’un des maillons d’une chaîne aux noms prestigieux » (A. Faivre). Pic de la Mirandole, qui lit l’arabe, l’hébreu et l’araméen, découvre auprès de Ficin, les textes de Platon, de Plotin et les livres du Corpus hermeticum. Avec son esprit d’analogie, il cherche à établir des liens entre les différentes religions et tente une approche cabalistique de la Bible. Les travaux de ces deux philosophes témoignent-ils d’un affranchissement envers la théologie chrétienne du Moyen Age ? Comme le souligne A. Faivre, les théologiens férus d’Aristote et soucieux des causes premières avaient eux-mêmes abandonné une partie de leur champ, celui des causes secondes, des entités intermédiaires, de la Nature, des anges, et c’est ce monde oublié qui fut alors interrogé selon des angles nouveaux. L’hermétisme alexandrin et le pythagorisme, l’astrologie, l’achimie, la magie, la cabale firent désormais partie de l’horizon spéculatif au sein duquel furent progressivement engendrés les divers courants ésotériques en Occident.

Gnostiques et théosophes

Le mode de spéculation qui répond au qualificatif d’ésotérique se caractérise par l’idée de « correspondances » existant entre tous les niveaux de l’univers, par la conception d’une Nature vivante dont l’évolution est liée à l’ homme et au divin, par le rôle des médiateurs (esprits , anges, mais également symboles et rituels) qui permettent à l’homme d’avoir accès aux connaissances en éclairant sa faculté d’imagination créatrice, ainsi que par l’idée d’une nécessité pour l’homme de transmuter sa nature afin que, par cette « seconde naissance», il soit réellement achevé selon les desseins de Dieu.

Déjà, avec le philosophe Platon, connaître n’est pas détaché d’une relation au monde mythique. L’âme, imprégnée des Idées qu’elle a contemplées avant de venir s’incarner, ne cesse d’en rechercher l’image dans le monde terrestre. L’idée d’une connaissance d’origine divine laisse longtemps son sceau dans la culture et, chez l’un des premiers auteurs chrétiens, Clément d’Alexandrie (v. 150-215), le theosophos est celui est mû par une science divine. Ceux qui resteront fidèles à l’idée que la connaissance est une gnose, au sein de laquelle la connaissance de l’homme et du monde ne peut être séparée de la connaissance de Dieu, participeront à la formation des principaux courants ésotériques.

Les gnoses païennes (orphisme, pythagorisme, hermétisme) témoignent de riches échanges entre l’Occident et l’Orient. Lors du premier christianisme, les frontières restaient d’ailleurs ouvertes, comme nous le voyons dans les écrits du théologien gnostique Valentin. Sa conception de la Sophia, sagesse émanée de la grâce de Dieu, met en scène les tribulations de cette puissance démiurgique qui a désiré engendrer le monde matériel. Le Christ son époux, Fils du Dieu transcendantal, la sauvera et provoquera son retour dans le monde immatériel, le repentir de Sophia se transformant alors en gnose. Le gnosticisme, qui se développe au IIe s., vise un mode de connaissance intérieure, non seulement par transmission de savoirs, mais par expérience personnelle. L’illumination et le salut sont au bout de cette voie qui s’aventure vers les mystères. La conception de l’esprit humain suppose, bien entendu, les forces naturelles de la raison, essentielles pour la conduite de l’intelligence, mais celles-ci doivent encore s’ouvrir sur l’imagination, considérée comme une faculté supérieure permettant à l’homme d’aborder les mystères. Les gnostiques restent fidèles à la conception qui prévaut dans le Corpus hermeticum : l’homme en son esprit détient une parcelle de la divinité. La vérité de la connaissance ne peut donc être seulement (comme l’affirmera Descartes) une « adéquation entre la chose et l’intellect », elle va plus loin que le monde des représentations. Si elle est une « gnose », cela signifie que l’esprit devient le lieu de l’union entre l’homme et son créateur. L’image d’un sens caché des choses et d’un travail herméneutique est essentielle à la voie ésotérique. L’idée d’un esprit fécondé par son lien Intime avec la divinité restera prégnant dans ces courants jusque dans la formation de l’illuminisme, en Europe, à la fin du XVIIIe s.

Une pensée analogique, la quête des liens

La notion de médiation est essentielle au mode de spéculation ésotérique. L’homme est lui-même un être intermédiaire, et il ne doit son salut que par une métamorphose intérieure : dans ce thème se retrouvent les principes de l’alchimie et de la théosophie. L’idée de « seconde naissance », avec le théosophe allemand Jacob Boehme, se prolonge dans celle d’un homme « régénéré », avec les francs-maçons groupés autour du Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz. Car le salut des hommes doit passer par le travail de quelques élus, dont l’Intelligence herméneutique opère par voie d’analogie : Dieu parle aux hommes à travers la Nature qui est comme son miroir, le microcosme reflète le macrocosme. Ainsi la vérité n’est pas révélée une fois pour toutes, mais la révélation se poursuit au sein de l’Histoire, formant le contenu d’une histoire secrète dont les éléments se transmettent par l’intermédiaire des hommes de bonne volonté.

Théosophes, alchimistes, cabalistes forment les réseaux de l’ésotérisme moderne et cherchent à penser les liens entre les divers niveaux de la réalité. À la cosmologie correspond la lecture d’une théophanie, car Dieu s’accomplit à travers le monde qu’il engendre, il exprime son intelligence et sa bonté dans l’univers naturel. Avec le médecin et alchimiste suisse Paracelse, la philosophie de la Nature s‘ouvre sur la conception du « médecin intérieur », d’une aulne de sagesse présente en chacun. L’Histoire est conduite au sein d’une eschatologie, le sens de l’existence humaine ne saurait être séparé de celui de l’existence du monde. L’univers résonne de correspondances dont il faut apprendre à distinguer les harmonies subtiles. La relecture des spiritualités anciennes tâche donc d’unir avec méthode les niveaux de savoir.

Magie et enchantement du monde

À l’Image de la magie naturelle, qui désigne l’art d’user des vertus « occultes » des plantes, la connaissance ésotérique cherche la nature de la communication intime des êtres les uns avec les autres. Si Dieu parle à l’homme par l’intermédiaire des êtres naturels, il peut lui envoyer des messagers invisibles. Il ne tient qu’à l’homme de découvrir le langage grâce auquel il peut entrer en contact avec eux. Pour illustrer cette vision du monde, donnons pour exemple le mage élisabéthain John Dee, dont la bibliothèque, la plus grande de toute l’Angleterre, était fréquentée par de célèbres humanistes, historiens, mathématiciens et navigateurs. Il était en opposition avec le monde académique d’Oxford et de Cambridge où, lors des réformes édouardiennes de 1550, les commissaires royaux avaient détruit de nombreux manuscrits touchant à la théologie et aux sciences. De tels documents furent recueillis par John Dee. Ce dernier était connu pour ses conversations avec les anges, dont il a laissé des comptes rendus détaillés. L’ouvrage dans lequel il présente sa Monade, (1564) s’ouvre sur une façade de temple qui symbolise la structure de la Nature. Au centre du temple trône le signe monadique, dont Dee annonce qu’il va l’expliquer « mathématiquement, magiquement, cabalistiquement et analogiquement ». Au théorème XXIII, Dee déclare n’être « que la plume de l’Esprit de Jésus-Christ », et il présente son ouvrage comme une révélation de l’Esprit Saint. La monade, un talisman destiné à Catherine de Médicis, semble être un mixte élaboré selon la méthode que développe le médecin et alchimiste allemand Cornelius Agrippa dans son De occulta philosophia. Il s’agit de faire confluer l’influence de certains astres dans un point de la matière, en y imprimant son symbole. Le travail de Dee est à la fois celui d’un mage opératoire de la Renaissance et celui d’un cabaliste pratique. Mais il recherche une cabale universelle et emploie le langage des « signes conçus par Dieu » ceux par lesquels il crée le monde : le point, la droite, le cercle. Par le langage de cette cabale géométrique, Dee met en figures le nom de Dieu. Sa monade symbolise la structure du monde dans l’esprit divin tel qu’il y est inscrit de toute éternité, avant même l’acte de création.

Quelle était la fonction de la monade ? Elle devait avoir la puissance de concentrer les influx divins. La vertu de l’âme du monde ainsi invoquée exigeait, pour s’accomplir, la pureté de son opérateur. La saturation symbolique demande une lecture érudite, car les signes alchimiques et les symboles chrétiens s’interpénètrent, faisant de la Monade un condensé historique. Il ne s’agit pas de représentations, mais d’actions engendrées par ce que Dee nomme sa « figure talismanique ». De ces actions, l’opérateur est le médium, car seul Dieu possède la puissance de les accomplir. Un objet d’une telle puissance potentielle se devait d’être enveloppé de figures textuelles destinées à enrober le sens pour que seuls des initiés le comprennent. Il témoigne d’une vision du monde dans laquelle l’initié peut se hisser au seuil des puissances créatives. En tant que tel, il devient un objet d’intérêt historique, pour connaître la vision du monde que partageaient ceux qui se retrouvaient dans la bibliothèque John Dee.

Esotérisme et occultisme

Le rapprochement courant de ces deux termes porte souvent la confusion dans esprits. Le terme d’« occultisme » est noté dès 1840 par Richard de Radonvilliers dans son Dictionnaire des mots nouveaux, avant qu’Alphonse Louis Constant (alias Eliphas Lévi) le pérennise en 1856 dans son Dogme et Rituel de la haute magie. Le terme ne désigne pas alors les sciences occultes telles qu’elles furent pratiquées à la Renaissance. Lorsque, en 1533, Agrippa nomme philosophia occulta l’ensemble des recherches et pratiques portant sur les « sciences » marginalisées à l’époque par le christianisme, il désigne la magie, l’astrologie, l’alchimie, la cabale. Qu’en est-il de ces savoirs « cachés », de ces pratiques « secrètes » ? Les connaissances ne sont pas recherchées dans un but contemplatif. C’est là où l’ésotérisme diffère du mysticisme. Ici, l’homme est appelé par son Dieu à continuer la création. Il doit pouvoir œuvrer, réparer, maîtriser, deviner, prévoir. Les connaissances parmi lesquelles il chemine ne l’engagent pas à se rendre « comme maître et possesseur de la nature », selon l’adage cartésien. Elles engagent son destin dans l’accomplissement historique de l’œuvre divine. Ainsi, une bonne part des pratiques ouvertes par ces savoirs est-elle en apparence d’ordre mantique. L’astrologie, qui est la science des rapports entre les hommes et les astres, est une herméneutique et participe à la création dans la mesure où l’homme déchiffre le sens de sa destinée et l’accompagne avec sa volonté. L’alchimiste plonge au cœur de la matière, et c’est comme plonger dans le coeur de Dieu. Son œuvre à lui est de transmuter le plomb en or, c-à-d. de purifier ses passions et de se rendre plus subtil, de rehausser en lui l’étincelle divine. Sa transmutation, toutefois, n’est point son œuvre à lui, mais celle de Dieu.

Ce genre d’action offre à l’imaginaire de la foule le visage d’un thaumaturge dont la puissance permettrait d’approcher les sphères divines. L’évocation de puissance, parce qu’elle a quelque chose de ténébreux et outrepasse la modestie de la condition humaine, ouvre à la notion de l’occulte : c’est le parfum du fruit défendu, comme le sont les appels aux anges et aux esprits, les commandements aux pouvoirs des mondes intermédiaires. Magie blanche et noire, nécromancie et spiritisme sont parfois confondus, le désir de se concilier les forces qui président au destin du monde engendre des pratiques que certains ont jugées diaboliques. Elles furent interdites par les autorités chrétiennes et condamnées par l’opinion publique. Si le premier sens du terme « occultisme » désigne donc globalement les pratiques étayées sur le discours ésotérique, le second désigne l’un des courants ésotériques occidentaux modernes, qui apparaît vers le milieu du XIXe s. avec Eliphas Lévi et se prolonge Jusque dans la première moitié du XXe s., notamment avec A. Crowley (1875 – 1947) . Lévi pensait trouver dans les doctrines secrètes des Hébreux, des Chaldéens et des Égyptiens la clé du retour à l’unité de la science et de la religion. Le goût de l’expérimentation, l’intérêt pour les phénomènes et pour les sciences nouvelles engagent les occultistes dans une réflexion sur la philosophie de la Nature. Dans un contexte de sécularisation croissante, ils tentent de rester fidèles à l’héritage des sciences cachées de la Renaissance tout en s’aventurant dans le domaine des « sciences psychiques ».

Esotérisme et sécularisation

Le dialogue entre christianisme et ésotérisme au cours de l’histoire de l’Occident montre bien comment ce dernier reste un agent d’intégration culturelle. C. Agrippa opéra la fusion de la cabale chrétienne, de l’hermétisme, de la magie arabe et du néo-platonisme, développa tout un monde d’anges protecteurs présidant aux douze signes du zodiaque, alliant chiromancie et géomancie. Les éléments de ces « mancies » ne sont-ils pas, aujourd’hui encore, l’objet de multiples passions ? Les courants ésotériques de la fin du XVIIIe s. veulent régénérer le christianisme. Karl von Eckartshausen (1752 – 1803), théosophe chrétien passionné d’alchimie, est un philosophe de la Nature. Il cherche la voie d’une régénération de l’humanité par le biais d’un principe actif : « le sang du Christ », véritable huile d’onction que l’homme peut apprendre à extraire de la terre naturelle. Les textes de Louis-Claude de Saint-Martin sont ceux d’un théosophe chrétien, qui n’hésite pas à s’intéresser au magnétisme animal et au somnambulisme. Au XIXe s. l’essor des sciences s’accompagne d’un intense travail ésotérique pour relier les divers niveaux de la réalité, surtout avec les philosophes de la Nature comme Franz von Baader, L’héritage de l’ésotérisme baroque se joint aux méditations d’un Fabre d’Olivet (1768-1825), érudit lisant le grec, le latin, l’arabe et l’hébreu comme ses prédécesseurs, J,-F, Le Boys des Guays ( 1794-1864) traduit en langue française l’œuvre de Swedenborg, Pierre Leroux (1797-1871) se penche sur Pythagore, la transmigration des âmes et les initiations secrètes. C’est le siècle de l’effervescence ésotérique. Avec Éliphas Lévi, la « magie » et les « grands mystères » fascinent toujours les occultistes. La notion de science occulte devient populaire à la suite des ouvrages de Gérard Encausse (alias Papus, 1865-1915), et Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909) invente son Archéomètre, clé des correspondances universelles. Avec la rencontre de l’Orient, l’idée d’une philosophia perennis s’étend à toutes les traditions du monde. En 1875, la fondation de la Société théosophique par Héléna Blavastky (18311891) ouvre tout un pan de l’ésotérisme du XXe s.

En plein essor de technicité, la culture qui s’élance vers le futur ne cesse d’interroger les « valeurs » insensibles au mouvement du temps. Au XXe s. la vivacité des engouements pour l’ésotérisme, pour désordonnée qu’elle soit, montre bien que les héritages continuent d’être transmis, les textes d’être lus. Certains de leurs représentants comme le cabaliste Raymond Abellio (1907-1986) ou le théosophe allemand Léopold Ziegler (1881-1958), ont encore quelque chose de la stature des grandes figures d’autrefois. La multiplication des sociétés initiatiques, naissant parfois au sein de mouvements bien plus indifférenciés comme celui du Nouvel Âge et des « nouveaux mouvements religieux », ne doit cependant pas décourager le chercheur qui tente de démêler les appartenances et les fidélités historiques.

Ch. B. Article « Ésotérisme Occidental » extrait de Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, sous la direction de Jean-Michel Sallmann, Livre de Poche, 2006. Disponible sur Amazon.fr.

Source : sur l’excellent site : http://www.esoblogs.net/

EzoOccultlogo105

Kupka_Frank-The_Beginning_of_Life

Le principe de la vie, Frantisek Kupka, 1900-1903

La Gnose et l’Église Gnostique Moderne 16 novembre, 2015

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

bricaud0

Il est une vérité que les antichrétiens et la plupart des chrétiens ignorent, c’est qu’il n’y a sur la terre qu’une seule religion : la religion universelle ou catholique qui existe non pas depuis la venue de Jésus-Christ, mais depuis l’origine de l’humanité.

Saint-Augustin nous l’apprend : « Ce qu’on appelle aujourd’hui la religion chrétienne, écrit-il, existait depuis l’origine du genre humain, jusqu’à ce que le Christ lui-même étant venu, on a commencé d’appeler chrétienne la vraie religion qui existait déjà auparavant. »

Les premiers hommes jouissant de l’intégrité de toutes leurs facultés intellectuelles, élevées au plus haut degré, possédaient la vraie religion conforme à la pure vérité. Mais, à mesure que les hommes s’éloignèrent de leur berceau, ils dégénérèrent intellectuellement de degré en degré jusqu’à l’abrutissement de quelques races sauvages, et la religion s’altéra dans les mêmes proportions. L’influence des milieux apporte encore un nouvel élément de différenciation ; de là ce qu’on nomme à tort les religions.

Voilà du moins ce que nous enseigne la science des religions comparées.

Nous n’ignorons pas que les déductions de la science des mythologies comparées sont autres. La mythologie comparée enseigne que l’origine des religions les plus transcendantes est l’ignorance des peuples primitifs. Cette idée est en faveur aujourd’hui, en France surtout. Mais nous objectons que si l’on examine d’une façon générale et sans opinion préconçue les formes religieuses, qui ont apparu dans l’humanité à travers les âges, on reste frappé du fait de la réapparition constante, dans toutes ces formes diverses, d’une doctrine identique quant au fond et que l’on désigne sous les noms d’ésotérisme, de doctrine secrète, de Gnose.

La science des religions comparées nous enseigne encore que cette doctrine secrète, cette gnose, ne serait autre que la vraie Religion, qui a été défigurée par les religions. À mesure de la réascension de l’esprit humain, des sages, des prophètes, des initiés se sont élevés chez différents peuples, et ont restauré d’une manière imparfaite la Religion primitive. Jésus est le dernier de ces restaurateurs antiques ; il est venu rappeler et compléter la religion primitive.

Ainsi la Gnose constitue la doctrine ésotérique de toutes les religions anciennes. Elle n’est pas un produit spécifiquement chrétien, comme on le croit généralement ; ses fils conduisent bien loin en arrière dans l’antiquité jusqu’aux cultes des mystères égyptiens, babyloniens, persans, védiques (le mot Veda veut dire connaissance, Gnose).

Notre but, dans cet article, n’étant pas de montrer l’existence de la Gnose dans les religions anciennes, nous ne nous étendrons pas plus longuement sur ce sujet, et nous en arriverons de suite au christianisme.

L’enseignement de Jésus comme d’ailleurs celui de tous les grands sages et prophètes de l’antiquité était divisé en deux parties : l’une exotérique, comprenant les préceptes moraux qu’il enseignait aux foules sous forme de paraboles et qui constituait la foi élémentaire ; l’autre ésotérique, réservée aux apôtres et qui constituait la science profonde ou Gnose.

Nous savons ; en effet, qu’en outre de sa prédication populaire relative à la préparation et à la venue du royaume du ciel, consignée dans les Évangiles, Jésus, dans ses entretiens avec ses disciples, leur enseignait sa doctrine sur le royaume du ciel, sur le chef qui l’établissait, etc.

Ainsi, l’enseignement de Jésus a été un enseignement purement oral (car il n’a rien écrit), réservé dans ses parties les plus importantes à ses seuls apôtres, dont l’assemblée a constitué la première Église.

Cette doctrine qu’il enseigna secrètement à ses apôtres fut tenue cachée par eux et transmise à voix basse à leurs disciples.

L’évangéliste Marc nous apprend, en effet, que « lorsque jésus était en particulier, ceux qui étaient autour de lui avec ses douze apôtres, l’interrogeaient louchant le sens de ses paraboles. Et il leur dit : il vous est donné, à vous, de connaître le mystère du royaume de Dieu, mais pour ceux qui sont dehors, tout se traite par des paraboles. » Et plus loin : « Il leur annonçait ainsi la parole par plusieurs similitudes de cette sorte, selon qu’ils étaient capables de l’entendre. Et il ne leur parlait point sans similitudes ; mais lorsqu’il était en particulier, il expliquait tout à ses disciples. »

Dans ces entretiens secrets avec ses apôtres, Jésus leur enseignait ce que depuis on a appelé le dogmatique en leur faisant cette recommandation : « Ce que je vous dis dans le secret, vous le crierez du haut des toits ; mais prenez garde de ne pas jeter les perles devant les pourceaux. »

Même secrètement, Jésus n’a pas enseigné à ses disciples toute la doctrine : « J’aurais encore, dit-il, beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pourriez pas les comprendre maintenant. Lorsque l’esprit de vérité aura envahi le monde, il vous enseignera toutes ces choses. » Cependant, une partie de cette tradition fut écrite par portions et à des époques successives, à mesure que les circonstances permirent de les révéler sans péril.

Ce furent les trois premiers Évangiles. Saint-Paul dans ses Épîtres fit connaître aux fidèles des points de doctrine qui ne se trouvaient pas dans les Evangiles précédents.

Vers le commencement du 11e siècle apparut l’Évangile selon Saint-Jean, qui divulguait une très grande partie des enseignements de Jésus à ses disciples, dans l’intimité. Aussi, le langage de Saint Jean est-il bien différent de celui des trois premiers Évangiles ou Évangiles synoptiques.

Mais, malgré tous ces écrits, il y avait toujours des points de doctrine tenus secrets et qui étaient l’apanage de quelques initiés : les gnostiques. Saint Basile dit, en effet : « Nous recevons les dogmes qui nous ont été transmis par écrit et ceux qui nous sont venus des apôtres sous le voile et le mystère d’une tradition orale. Ce qu’il est défendu aux non-initiés de contempler, comment conviendrait-il de le répandre dans le public ?… C’est pour cela que plusieurs choses ont été transmises sans écritures… »

Saint Clément Alexandrie, dans un ouvrage intitulé Stromata, ouvrage qu’il a défini lui-même comme une « réunion de notes gnostiques à la vraie philosophie », dit : « Le Seigneur nous a permis de communiquer ces mystères divins et cette sainte lumière à ceux capables de les recevoir. Il n’a certes pas révélé à la masse ce qui n’appartenait pas à la masse ; mais il a révélé les mystères à une minorité à laquelle il savait qu’ils appartenaient, minorité capable de les recevoir et de s’y conformer. Les choses secrètes se confient oralement et non par écrit, et Dieu fait de même. Et si l’on vient me dire : il n’y a rien de secret qui ne doive être dévoilé, je répondrai, moi, qu’à celui qui écoute en secret, les choses secrètes elles-mêmes seront manifestées. Voilà ce que prédisait cet oracle. A l’homme capable d’observer secrètement ce qui lui est confié, ce qui est voilé sera montré comme vérité ; ce qui est caché à la masse sera manifesté à la minorité… Les mystères sont divulgués sous une forme mystique, afin que la transmission orale soit possible… »

Parlant des symboles, et après avoir fait remarquer que les personnes ignorantes et sans instruction sont incapables d’en saisir le sens, il ajoute : « Mais le gnostique comprend. Il ne convient donc pas que tout soit indistinctement montré à tous ni que les bienfaits de la sagesse soient accordés à des hommes dont l’âme n’a jamais, même en rêve, été purifiée ; les mystères de la parole ne doivent pas davantage être expliqués aux profanes. »

Plus loin, Saint Clément déclare que la Gnose « communiquée et révélée par le Fils de Dieu est la Sagesse ; or, la Gnose elle-même est un dépôt qui est parvenu par transmission à quelques hommes ; elle avait été communiquée oralement par les apôtres. »

Origène, disciple de Clément d’Alexandrie, vient à son tour nous apporter son témoignage : Celse ayant allégué que le christianisme était un système secret, Origène déclara que si certaines doctrines étaient secrètes, bien d’autres étaient publiques et que ce système d’enseignement exotérique et ésotérique, adopté par les chrétiens, était répandu de même parmi les philosophes. Il ajoute que l’Église conserve les enseignements secrets de Jésus ; il invoque, en termes précis, les explications données par Jésus à ses disciples dans ses paraboles : « Je n’ai pas encore parlé de l’observance de tout ce qui est écrit dans les Evangiles, car chacun d’eux contient de nombreuses doctrines difficiles à comprendre, non seulement pour la masse, mais aussi pour certains esprits plus intelligents ; par exemple une explication très profonde des paraboles adressées par Jésus à ceux du dehors, paraboles dont il réservait l’interprétation complète aux hommes qui avaient dépassé le stage de l’enseignement exotérique et qui venaient vers lui en particulier dans la maison. »

On le voit, il est impossible de mieux dire que si le christianisme est ouvert aux ignorants, il ne leur est pas entièrement réservé ; pour les esprits « cultivés et plus capables », il y a des enseignements plus profonds.

Ces enseignements profonds, on l’a vu, étaient désignés par plusieurs Pères de l’Église sous le nom de Gnose. Ceux qui étaient en possession de la gnose étaient nommés gnostiques ; en sorte que les premiers chrétiens initiés étaient des gnostiques.

Depuis la fondation du royaume grec d’Égypte, s’accumulaient à Alexandrie tous les livres scientifiques et philosophiques de l’Orient et de l’Occident ; et les intellectuels de l’époque, animés d’un large esprit éclectique, cherchaient à faire la synthèse de toutes les connaissances contenues dans ces livres.

Plusieurs chrétiens, et non des moins illustres, essayèrent d’expliquer et de développer la doctrine chrétienne, ou la gnose à l’aide de ces connaissances.

Il s’établit alors un double courant composé : de ceux qui ne voulaient trouver les antécédents de la doctrine chrétienne que dans la Bible hébraïque, c’est-à-dire dans la tradition du peuple hébreu ; 2° de ceux qui reconnaissaient les antécédents du christianisme dans les traditions des divers peuples.

Dans la suite, les premiers abandonnèrent la dénomination de gnostiques pour se désigner uniquement sous le nom de chrétiens ou judéo-chrétiens. Leur doctrine expliquée et développée à l’aide de la philosophie grecque a pris, dans la suite, le nom de théologie. Grâce à une forte discipline, ils ont réussi à maintenir parmi eux l’unité de doctrine. Ils forment aujourd’hui ce que l’on appelle les catholiques grecs et romains.

Les seconds conservèrent le nom de gnostiques, mais en faisant prédominer dans la doctrine chrétienne, tantôt certaines idées particulières à l’Égypte, tantôt certaines idées d’origine perse. Ils divisèrent de bonne heure la Gnose en deux grands rameaux :

1° celui dont Valentin est le plus illustre représentant ;

2° celui qui est connu dans l’histoire sous le nom de Manichéisme.

Mais plus tard, par suite du dévergondage d’imagination d’un grand nombre de sectaires sans valeur intellectuelle et morale, il surgit une foule de doctrines absurdes qui prétendaient se rattacher à la Gnose, et ces doctrines ont été et sont encore confondues avec la Gnose sous une même appellation, celle de gnosticisme.

On sait comment le courant judéo-chrétien finit par triompher du courant gnostique. Ce ne fut point au nom de la raison, mais par la force. Alliés au prince de ce monde, représenté par l’empereur romain, les judéo-chrétiens obtinrent par son ordre la fermeture, des écoles gnostiques. Les gnostiques furent considérés comme de dangereux hérétiques ; et par le mensonge, la calomnie et la force, les judéo-chrétiens les forcèrent à disparaître et à se cacher. Une à une s’éteignirent les lumineuses clartés qu’avait projetées le gnosticisme. Ce fut la longue nuit du moyen âge.

La gnose ne disparut cependant pas pour cela. Les gnostiques se réunirent en secret jusqu’en 1208, époque à laquelle le patriarche gnostique Guilhabert de Castres, réunit les évêques gnostiques cathares en un concile à Montségur, où furent fixés les détails de la liturgie et les principaux points de la doctrine gnostique albigeoise.

L’Église romaine s’émut. Elle envoya des missionnaires dans le but de ramener à elle ceux qu’elle appelait des hérétiques. Mais ses efforts furent vains. Alors elle déchaîna l’Inquisition.

Lutte longue, épouvantable, acharnée, atroce, dans laquelle les Albigeois furent dispersés, traqués, pendus, brûlés.

On croyait qu’il ne restait plus rien du gnosticisme. Erreur ! Les Templiers en avaient fait leur religion. Au commencement du quinzième siècle, l’Église romaine anéantissait les Templiers en même temps que le Concile de Vienne condamnait leur doctrine.

La Gnose fut néanmoins conservée par la Société des Rosicruciens ainsi que par quelques Templiers qui avaient réussi à échapper au bûcher, et dont les descendants s’allièrent avec la Franc-Maçonnerie. Ainsi la Franc-Maçonnerie est d’origine gnostique ; mais le gnosticisme qui s’abrita derrière les symboles des ouvriers maçons ne fut pas un gnosticisme très pur. Il n’y a, d’ailleurs, rien d’extraordinaire à ce qu’avec le temps il se soit corrompu.

C’est pourquoi aujourd’hui des maçons instruits et des spiritualistes initiés, armés des magnifiques découvertes de la science moderne, se sont donné pour tâche de recommencer avec plus d’espoir de succès, le travail entrepris par les premiers gnostiques chrétiens.

Au lieu de se servir de la philosophie et de la science moderne pour démolir la doctrine chrétienne, ils veulent au contraire s’en servir pour rajeunir et développer cette doctrine vénérable entre toutes et par sa haute antiquité et par les services qu’elle a rendus à la société aussi bien avant le Christ-Jésus qu’après lui, et pour le trésor des vérités qu’elle contient.

Ils veulent reconstituer la doctrine chrétienne intégrale, c’est-à-dire une religion appuyée aussi bien sur la science contemporaine que sur la tradition constante de l’humanité civilisée.

Cette religion qui existe déjà depuis quelques années et dont les adhérents sont restés jusqu’à ce jour sans liens, dispersés çà et là, en France et en Europe, arrive maintenant à la phase de son histoire où elle doit les associer et les rassembler autour de son centre épigénésique qui se trouve à Lyon. Elle doit former une vaste association ou Église, qui a déjà pris le nom d’Église gnostique universelle et réuni des anciens gnostiques johannites, valentiniens, carmeléens, et chrétiens modernes.

Son but essentiel, outre la reconstitution de la doctrine et du culte gnostique, est de faire :

1° L’unité par les moyens de la raison et de la science moderne entre toutes les églises chrétiennes et entre les divers systèmes philosophiques ;

2° L’unité du christianisme depuis Jésus-Christ et du christianisme d’avant Jésus-Christ et mériter par là d’être vraiment catholique ou universelle.

J. BRICAUD

Patriarche de l’Église gnostique universelle

source : http://www.heliogabale.org/

12

Atelier Ecrire Ensemble c&#... |
Au fil des mots. |
Spiralée |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Attala Blog
| jepensedoncjesuis13
| Les chroniques d'Astéria