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Tableau de loge et lois de correspondances 10 octobre, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Tableau de loge et lois de correspondances dans Recherches & Reflexions

Tableau de Loge

Illustration des structures de l’imaginaire initiatique des bâtisseurs.

Nous de décrirons pas en détail les objets symboles figurant sur le Tableau de loge, mais plutôt les structures de l’imaginaire maçonnique associées à sa lecture. Nous ne rechercherons pas l’origine historique du Tableau sachant qu’on en publie dès les premières divulgations et que sa présence servait de support à « un regard ésotérique » dès le XVIIème Siècle[1]. Nous tenterons de démontrer que ce Tableau n’est pas seulement un résumé symbolique du grade considéré, il serait aussi la figure centrale de la loge, le point d’ancrage de la mémoire collective des maçons.

Le Tableau de loge est une image narrative composée de nombreux objets symboliques liés à l’art de bâtir ou à l’architecture. Cette collection d’objets se combine pour donner un sens opératif, symbolique et métaphorique au Tableau. Cette lecture symbolique se dédouble en construction de soi et peut-être en construction d’un monde idéal.

Le Tableau de loge et la loge illustrent un langage initiatique qui ouvre sur une spiritualité. D’ailleurs le symbole n’est-il pas l’évocation en soi de l’invisible et de l’abstrait ?

Cette spiritualité est celle des maçons bâtisseurs d’édifices sacrés, reliant depuis l’antiquité l’homme au subterrestre, au terrestre et au céleste avec l’idée d’accueillir ou d’évoquer la puissance divine venue d’en haut…

C’est à ce titre que nous rechercherons en quoi le Tableau de loge[2] serait une table de correspondance entre ce qui est en haut et ce qui est en bas, sans oublier que cette correspondance se fait aussi en nous.

Nous examinerons la participation du Tableau de loge aux mécanismes de l’imaginaire dans la transmission maçonnique (1), et comment ce Tableau permet l’accès aux lois de correspondances (2).

 

I/ Les mécanismes de l’imaginaire dans la transmission maçonnique :

 Comment s’organise la transmission autour du tableau de loge ?

 

a/ L’apprentissage d’une mémoire traditionnelle.(Devoir de mémoire communautaire)

Nous sommes dans une société traditionnelle qui repose sur la transmission. Il ne peut y avoir de transmission initiatique sans séparation, sans mémoire[3] et sans participation[4].

 Pour mémoriser et transmettre un vécu initiatique, le franc-maçon utilise différentes techniques significatives d’un langage réservé :

  • les techniques graphiques[5] de l’image symbolique, du tracé à la craie et au charbon, que l’on efface fin de tenue,  technique du dévoilementvoilement.
  • les décors signifiants et une topographie tripartite séparant par une porte l’intérieur et l’extérieur.
  • le récit, le  langage verbal et non verbal, incompréhensibles au profane
  • le  mime et la geste du grade fait à couvert.

L’ensemble combiné donne une « incorporation » du symbole : c’est donc une abstraction ou une absence qui prend « corps » par le vécu initiatique[6].

En effet, on « incorpore » cette langue et cette vision symbolique par la geste du grade, par ses pas, ses signes, postures et circulations. De plus le catéchisme récité et le tracé du Tableau ou son dévoilement,  fondent une communauté d’expérience fondée sur le contraste[7]. Les éléments graphiques du Tableau font allusion à 4 bipolarisations[8] qui font naître ou apparaître un troisième terme « ordonné » qui ne peut être que l’HOMME:

 ► la relation entre le plan terrestre et le ciel enfante la vie sous l’égide de la Lumière, les cycles cosmogoniques, lune-soleil, colonnes solsticiales dont la loge est témoin,

 ►  la relation entre la matière transformée et  l’esprit qui enfante une pierre cubique symbole de perfectionnement en opposition à l’informe au 1er degré, puis l’association des unités en entité commune au 2em degré et enfin la fin de la forme et la transmission de l’esprit au 3eme degré.

 ► la relation entre outils et instruments et l’œuvre à accomplir qui enfante l’autoréalisation (réalisation de soi autour d’un centre universel et particulier) en opposition à l’hybris décentrée et chaotique,

 ►  la séparation de l’espace sacré et ordonné (murailles du temple, porte) du monde profane désordonné qui enfante : 1/ sur le plan horizontal l’union des FF[9] (corde à nœuds, houppe dentelée, grenades) en opposition au monde profane sans filiation et  2/ dans l’axe vertical la relation au divin, transcendance, spiritualité (temple maison du divin), en opposition au monde conflictuel[10], sans foi ni loi.

Ainsi le Tableau de loge est une puissante image mémorielle, un condensé des éléments de langage[11] témoignant d’une identité[12] et d’une intention commune se résumant en un paradigme[13] : construire le Temple.

Quelle est l’influence de ce tableau sur notre vision ?

 

b/ La représentation du réel en loge – transposition de l’image

Avec le symbole l’irréel prend corps ! Robert Ambelain disait : « il n’y a pas de plus grande initiation que la réalité ». Le tableau de loge par sa mémorisation joue un rôle dans notre vision. Suivant les rites on dévoile le Tableau de loge en même temps que Sagesse Force et Beauté sont allumées. L’image est ainsi « éclairée » « révélée [14]» au FF de l’atelier par une Lumière venue de l’Orient. Le dévoilement est équivalent au tracé fait à la main, ce serait une recréation du monde, un ordonnancement de l’informe !

Tout ce que nous sentons, voyons, pensons, articulons, est issu de la perception de nos 5 sens et se traduit en une représentation mentale du réel. Le réel au grade d’apprenti est recomposé dans l’idée de la connaissance de soi par l’image d’une pierre que l’on dégrossit.

Pour l’homme il n’y a pas de réalité sans représentation de celle-ci en son for intérieur. Là , notre réalité est la transposition d’un réel objectivé en réel humain doté de sens et d’essence. Ici le for extérieur (décors et images) opère sur le for intérieur (représentation mentale)[15].

L’initiation est donc l’apprentissage d’un réel profond, ou d’un réel augmenté par l’analogie et l’imagination créatrice de l’homme. C’est précisément ce que nous offre le Tableau de loge : une imagination créatrice « orientée » et « ordonnée » par la conscience éclairée et « concrétisée » par l’acte de bâtir un temple, fut-il intérieur.

En loge s’opère la « magie[16] » de la représentation graphique de l’objet[17] et de sa transposition symbolique. Le réel dit « matériel » n’est alors plus que l’enveloppe extérieure d’une réalité tout intérieure !

 

c/ Vivre le symbole : technique d’autotransformation

L’aspect physique dans le développement du rituel est capital, c’est ce qu’on appelle la geste orthopraxique du maçon. Le Tableau de loge illustrant le grade y joue un rôle important:

1/ Par ses pas, comme dans toute société traditionnelle, le maçon marque le temps et une déférence au groupe (trois pas = trois ans, ►introduction spatiotemporelle). C’est l’intégration comportementale du maçon dans un espace spécifique de la loge. Le Tableau illustre cet espace ternaire et sacro-temporel.

2/ Par ses bras le maçon va faire naître la forme ou l’état (tailler la pierre ► intégration du maçon dans le monde des formes et donc ici dans l’univers formel des bâtisseurs du sacré : loge/temple)[18] . Le Tableau illustre la transformation.

3/ Par le crâne sera insufflé le privilège de la lumière et de la conscience individuelle et collective (►conscience éclairée= étoile ou triangle). Le Tableau illustre la lumière.

4/ Par ses mots le maçon raconte la légende commune et récite le catéchisme ce qui permet de lire symboliquement. (►langue sacrée). Le Tableau est un langage symbolique

Le Tableau de loge est une image représentant une combinatoire d’objets matériels et symboliques qui participent aux 4 points de l’incorporation physique,  transcendée par le rituel et la verbalisation légendaire du grade[19].

Ainsi l’image devient « narrative »[20]et participe d’une pensée collective[21] et d’une geste commune. D’extérieure à soi, la métaphore de la construction produit des effets en nous.

Devenir et être le symbole, c’est accepter de faire évoluer le regard que l’on porte sur la réalité et prendre conscience de son être. La lecture du rébus symbolique du Tableau de loge est une lecture de soi ainsi que le point d’entrée dans une société d’initiés[22] (incorporation tribale).

Nous conclurons par un constat : le secret maçonnique est personnel et relatif à nos capacités cognitives qu’il s’agit de développer. Notre fonction analogique augmente nos capacités.

Le Tableau de loge nous donne des clefs de lecture des symboles nous permettant d’accéder aux schèmes de la représentation mentale et nous ouvre à la spiritualité des bâtisseurs du sacré.

Ainsi trois plans sont désormais en reliance grâce au Tableau de Loge : le plan physique, le plan mental et le plan spirituel.

II/ Tableau de loge matrice des lois de correspondances.

La force du tableau est de proposer une construction reliante et structurante plutôt que rien. Ce Tableau calme l’angoisse de l’homme en proposant une méthode et une action collective et individuelle en comblement d’un manque éthique ou métaphysique. Le tableau est sous l’effet des lois de correspondances. Ces lois restent à la base de toutes approches symboliques, car elles mettent en relation différents plans[23] matériels, mentaux et spirituels. Or l’art de tailler sa pierre ou de bâtir un édifice « sacré » permet des analogies, des associations entre ce qui est matériel et ce qui est spirituel et humain. C’est une méthode d’ordonnancement des plans superposés ayant un centre traversé par un même axe paradigmatique. Par la correspondance analogique on relie que ce qui est en haut à ce qui est en bas, mais aussi le ciel et la terre , l’esprit et le corps, l’intérieur et  l’extérieur, l’inconscient et le conscient , le caché et le visible , la cause et la conséquence, la pensée et la matérialisation, l’inconnu et le connu. Voici donc notre franc-maçon en capacité de lire ce réel augmenté sans autre effort que la mise en relation des plans par son imagination créatrice et sa bibliothèque de schèmes.

 Comment le tableau de loge peut se prêter aux analogies ?

 

a/ L’art de bâtir entre le subterrestre, le plan terrestre et le céleste.

Par sa situation « géocentrée » dans la partie centrale de la loge, le Tableau est un point d’intersection parfait entre le subterrestre, le plan terrestre et le céleste. Ce réceptacle d’images, véritable lieu de la reliance, est posé au centre de la loge à la croisée[24] de l’axe de la lumière orientale, de l’axe qui relie les colonnes du Septentrion et du Midi et de l’axe reliant le Zénith au Nadir (axis mundi).

Le Tableau ou tapis de loge serait un creuset où se combinent tous les signifiés (représentations mentales) et tous les signifiants[25] (ici les objets référents). Sa lecture se fait comme un alphabet universel qui rayonne dans les six directions[26].

Les signifiants et signifiés étant relatifs aux grades nous devons en conclure ce qui suit :

La superposition des tableaux de loge et la superposition des grades, valident les effets de reliance et donc confortent les lois et tables de correspondances. De plus le Tableau de Loge par le jeu de l’incorporation symbolique et l’intention commune, établit définitivement une homologie[27] entre le Temple et l’homme.

Relativement au paradigme de la construction d’un bâtiment sacré, on remarquera que le tableau « concentre » en un seul point tout les matières, plans, outils et instruments nécessaires à la « réalisation » par la reliance.

 

b/ Un tableau réceptacle de 3 influences :

1/issu du subterrestre : via la pierre brute extraite de la carrière, ou du minerai servant à fondre les colonnes. Ces éléments subterrestres sont les puissances souterraines que l’homme se doit de maîtriser (trouver la pierre cachée). À l’évidence un parallèle doit être fait avec la sortie du cabinet de réflexion[28].

2/ issu du céleste : représentation du Soleil et de la Lune et parfois de l’Étoile.  Ils marquent la durée, le temps, les rythmes et les saisons, mais aussi toutes les analogies liées à l’ombre et la lumière que ressent le bâtisseur, ou liés au principe émetteur et au principe récepteur qui s’unissent dans un troisième terme[29], etc. Le soleil naissant fut pendant longtemps une représentation du divin[30].

3/ issu du plan terrestre, pour porter le dessin/dessein du plan et l’élévation des bâtiments sacrés. L’intention des bâtisseurs[31]est de conjoindre matière et l’esprit sur le plan solaro-terrestre[32] en faisant apparaître une dimension spirituelle dans la matière comme dans l’homme.

C’est donc en ce point « hyperdense », à la fois géocentré (Tableau physique) et égocentré (Tableau mental)  que se réalisera le travail de l’apprenti puis le chef d’œuvre du bâtisseur 

 

c/ Apport pratique du Tableau de loge :

Ce tableau ne serait-il pas un miroir de soi et un miroir du monde ? Une affaire de point de vue !

 

Le récit de la construction de soi

Se réaliser soi-même grâce à la lumière : Le Tableau de loge est un diagramme symbolique éclairé et graduel (un plan à plusieurs niveaux de lecture !), car il est posé sur le pavé mosaïque qui suscite une tension créatrice, une vibration.

Transposé en soi (la conscience de l’être), le Plan-Tableau (ou grille de lecture) devient une pensée qui se transforme en volonté graphique « éclairée » c’est-à-dire douée d’une intention qui « élève » l’être vers une spiritualité, et il ne reste plus qu’a « réaliser » le modèle dessiné sur le Tableau de notre projection mentale. Cette dernière phase sera l’action sur nous même et dans le monde. Pensée, Volonté, Action ici « imagées » sont les trois phases de la réalisation de soi induites par le Tableau : ainsi la taille de la pierre devient connaissance de soi[33] par la connaissance de nos limites (limites d’exercice du tableau) et l’introspection (centre hyperdense du tableau)!

L’autre aspect de cette intériorisation de la grille de lecture est de réveiller en soi les vieux schèmes et archétypes[34] qui fondent l’inconscient collectif[35]. Par ce biais c’est toute l’évolution de la conscience humaine qui est mise à contribution. Ainsi tenter de tailler sa pierre ou de construire le Temple revient à tenter de se construire et perfectionner avec une conscience éclairée.

 

 Faire descendre le ciel sur terre et en l’homme.

La descente du ciel sur terre est un vieux schéma universel qui s’associe avec la conscience du Tout et l’idée du Divin. L’idée est séduisante pour l’homme qui se voudrait universel ! ici nous tentons l’Unité ontologique. Il s’agit d’une esthétique liée à la fonction verticalisante du bâti sacré.

La plupart des temples et édifices sacrés sont construits à la croisée des chemins telluriques (failles, réseaux d’eau souterraine et cryptes), solaires (decumanus,  processus du cardo et l’ombre portée[36], avec l’aspect solsticial)  et célestes (processus du Templum), etc. Ici se rencontre la synthèse d’une totalité symbolique[37] . Le Tableau de loge nous donne le mode d’emploi, les moyens et le plan sur lequel nous devons bâtir progressivement une reliance au Tout : c’est ainsi que le Tableau de loge incite à la métamorphose du regard et donne accès aux états supérieurs de l’Être[38] ! 

Nous retiendrons que la pierre taillée de l’apprenti annonce l’image archétypale de l’Imago Templi qui porte la construction physique mentale et spirituelle des francs-maçons, authentiques pierres vivantes de cet édifice sacré. Cette image dépasse l’apparence et s’inscrit dans une dimension polaire donnant au « perspecteur » une « transfiguration » de la forme.

 

Par le Tableau de loge, et par la taille de sa pierre, le franc-maçon affirme son intention de s’unir à la totalité en reproduisant pour lui-même (dimension éthique) et pour le monde visible et invisible (dimension métaphysique) une analogie symbolique.

Ce Tableau architecturé, centré, « éclairé » et ordonné est un réceptacle qui permet d’appréhender une méthodologie, un paradigme et les fameuses lois de correspondances si chères aux maçons-symbolistes, aux hermétistes et aux métaphysiciens. Il suggère une « spiritualité construite[39] »agissante, car la fonction de la loge est d’éveiller sur les trois plans, physique mental et spirituel, des maçons qui tailleront leur pierre et bâtiront un Temple pour la Lumière[40] !                                                       

Er.°. Rom.°. 01/07/6018

[1] Pierre Mollier avant propos de l’ouvrage de Dominique Jardin « Voyage dans les Tableaux de Loge ed Jean Cyrille Godefroy 2011 P11/12

[2] Le Tableau de Loge n’est pas la seule table de correspondance, dans la loge il en existe trois autres : la majeure est celle de l’autel du Vénérable qui reçoit en direct la lumière venue de l’orient alors que dans le Hékal elle n’est qu’indirecte (hypostase). Les deux autres sont les abaques situés au sommet des colonnes J et B et qui supportent les grenades résumant les phases des générations successives des Maçons, et enfin au plan individuel nous notons que chaque tablier est une table de correspondance avec ses éléments de langages à un grade donné.

[3] Voir dans ce sens Frances Yates : L’Art de la mémoire (1966), Paris, Gallimard, 1987, L’auteure démontre qu’à partir de Giordano  Bruno l’image mémorielle pouvait porter une valeur mystique ou hermétique. Voir aussi les Statuts de Schaw 1599 qui ont conforté le devoir de mémoire dans les loges écossaises. On remarquera que pour les Anciens Devoirs l’art de mémoire, la géométrie et les arts libéraux étaient la base de la transmission.

[4] Nous reprenons les propos d’Alain Touraine sur l’observation participante en anthropologie, il s’agit de « la compréhension de l’autre dans le partage d’une condition commune »,( Street corner society, la structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », 1995). L’expression nous semble adaptée au contexte initiatique où l’apprenti observe en silence tout en étant présent et acteur influent sur le milieu.

[5] L’épure tracée sur une aire en plâtre de la chambre des traits par pincement de cordeaux tendus, préfigure le soubassement du tableau de loge : le Pavé mosaïque. Le placement d’une échelle est un préalable à l’apparition de l’image.

[6] Le vécu initiatique est une orthopraxie de la reliance de l’individu au groupe, du groupe à l’intemporel, de l’Homme au tout. Sur la reliance appliquée à la franc-maçonnerie voir notre article : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2015/02/le-secret-initiatique-de-la-divulgation-a-la-revelation-notion-de-reliance.html

[7] Le contraste est ici un contraste d’état générant une tension. Cela n’a rien d’étonnant dès lors que le Tableau de loge est posé sur un pavé mosaïque ! Cette tension va tendre vers un but qui est dessiné sur le tableau : c’est ici la définition de l’intention commune, au premier degré il s’agit de tailler sa pierre.

[8] Notons que ces 4 bipolarisations se dédoublent en lecture éthique (petits mystères) et métaphysique (grands mystères). http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/10/petits-et-grands-mysteres-apercu.html

[9] La concentration des regards vers le centre de la loge revêt une fonction agrégative que l’on retrouve dans la chaîne d’union qui scelle une proxémie appelée « fraternité ». Le tableau de loge devient le support de « l’être-ensemble ». Sur cette notion : Michel Maffesoli « Le temps des tribus » la table ronde octobre 2000, p 75

[10] Rappelons que la maçonnerie spéculative s’est formée dans un contexte de conflit religieux menant à l’exil des Stuarts en 1688 à Saint-Germain-en-Laye.

[11] Les éléments de langages présents sur le tableau de loge se combinent de multiples façons les uns aux autres. On peut ainsi mémoriser le chemin narratif du grade en lisant dans un certain ordre les images posées sur le plan. Il faut noter que ce vocabulaire symbolique issu des images est le langage commun des maçons de la loge. L’appartenance traditionnelle à un clan, une tribu, une loge d’artisans se détermine par les éléments de langage, leurs prononciations et la manière de les agencer.

[12] L’identité commune s’exprimera par l’âge symbolique, les mots de passe et mots sacrés ou les signes qui tous ensemble contribuent à une hiérarchisation du métier par l’accès progressif à la connaissance (savoir-faire/savoir-être.)

[13] Le paradigme se définirait comme l’ensemble d’expériences, de croyances et de valeurs qui influencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation du bâti sacré lui permet de définir une méthode graduelle avec ses sources, son histoire et son actualité. Ce système part des fondations jusqu’à la clef de voûte et reste doté un langage spécifique et de moyen d’actions universels (outils et instruments).

[14] Le terme « révélation » s’entend : rendre l’invisible visible, faire apparaître l’image, ce qui est le propre du symbole mis en scène. Cette révélation venue de l’Orient n’est rien d’autre qu’une hypostase de la puissance divine « invisible » dont on sait qu’elle passe par la porte orientale. Le Tableau représente alors l’autorité surplombante qui se manifeste à nos yeux. Ici on exprime par le visible l’invisible. L’image du Tableau de loge est donc une dégradation lisible de la puissance manifestée avec l’avantage de ne pas anthropomorphiser l’image du divin. Seule l’intention de tailler sa pierre ou de bâtir le temple dans le monde et en soi transparaît dans Tableau de loge.

[15] Précisément la spiritualité du franc-maçon est construite au sens propre comme au sens figuré. La méthode d’approche du réel est donc influencée par les images mémorielles qui influencent la vision du maçon. En sa qualité d’image mémorielle « commune » ou « tribale » le tableau de loge est identitaire.

[16] Le terme « magie » doit être compris dans son sens initiatique : faire naître et apparaître l’image en soi.

[17] Cette représentation porte bien plus loin que sa fonction profane. En effet, le signifié symbolique de l’objet raisonne avec le sens du récit légendaire « agissant » : sortir de la caverne, se connaître soi-même, tailler sa pierre, bâtir un temple à la vertu…

[18] Voir Leroi-Gourhan, « Les gestes et la parole 2 La mémoire et les rythmes », Albin Michel, février 1965 P 136.

[19] L’image issue de la scolastique, fut privilégiée par les rituels issus des Anciens Devoirs catholiques qui reconnaissant les Saints et leurs attributs et qui donnait à comprendre l’eschatologie par l’image (voir les tympans des cathédrales). Le texte et donc la lecture directe (sola scriptura) furent privilégiés par les rituels calvinistes ou presbytériens du « mot de maçon –Masson Word ».

[20] Autre image narrative bien connue : le blason en chevalerie et les armes parlantes.

[21] Cette pensée collective est plus que l’addition des pensées individuelles… Une grande part de notre cerveau est dédié à une participation collective. Il y aurait un cerveau tribal qui serait la mise en phase des cerveaux individuels.

[22] Cette incorporation au groupe et la troisième phase décrite par Arnold Van Gennep (Les Rites de Passage, 1909). La lecture du tableau de loge par l’apprenti correspond à la phase rituelle « agrégative » au groupe et à sa renaissance symbolique sous couvert d’une langue spécifique et d’une intention commune. Cette phase postliminaire dite de renaissance fait suite à la 1ere dite préliminaire qui a pour objet « la mort symbolique » suivie de la 2ème qui à trait à la « désagrégation ».

 

[23] Le Tableau de loge est un plan qui se superpose à d’autres. Il est le lieu de « la transe » et donc de la concentration des possibles soit une photographie de l’un des états de la manifestation. Les termes trans/formation, trans/position, trans/fert, trans/mutation, trans/figuration, etc. ; naissent en ce point de rencontre entre la forme, le sens et l’essence.

[24] « La croisée » est le terme qui reprend l’image symbolique de la structure universelle de la croix tridimensionnelle, utilisée comme chrisme ou comme structure absolue (voir Abellio Raymond : «La Structure absolue. Essai de phénoménologie génétique. Collection Bibliothèque des idées, Gallimard Parution : 20-10-1965 ) (voir « Le symbolisme de la croix » René Guénon)

[25] Voir Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1972, p. 97 et suivantes

[26] Notons l’ajout d’une dimension supplémentaire sur le tableau de loge c’est la dimension temporelle qui donne le carré long.

[27] Sur l’homologie « structurale » dite de la construction on retiendra la tripartion du temple Ouham, Hékal, Debhir et la tripartition de l’homme corps, âme, esprit. Sur l’analogie « fonctionnelle » dite de l’incarnation on retiendra l’interdépendance vitale du ternaire avec la descente de l’esprit en soi que l’on retrouve dans l’intention de bâtir le temple avec la descente du divin sur terre et au milieu des hommes.

[28] Le testament philosophique, l’abandon des métaux et l’entrée ni nu ni vêtu, illustrent la maîtrise des  apparences trompeuses.

[29] La franc-maçonnerie organise une triangulation mettant en scène deux fractions opposées devenues complémentaires en présence de l’observateur participant. La substitution de l’observateur participant par l’objet se fait à l’aide de la lumière, du soleil,  de l’étoile ou de la conscience « éclairée ». Notons qu’au plan géométrique « l’observateur » génère « le point de vue » et donc la perspective et la stéréométrie (voir dans ce sens Jean Michel Mathonière, sur la notion d’ombre « observée/projetée » P52, et sur la notion de « perspecteur » p 55 « Les interférences entre spéculatifs et opératifs Français aux XVIIIème et XIXème Siècles » ed SFERE n° XIV 26 nov 2016.

[30] Les systèmes polythéistes personnifient le dieu lumière : «  (ou ) est un dieu solaire dans la mythologie égyptienne, créateur de l’univers. Il peut apparaître sous plusieurs autres formes (3 comme les trois fenêtres de la loge !), celle de Khépri, le scarabée : symbolisant la naissance ou la renaissance ou encore Atoum, l’être achevé (le clergé égyptien expliquait que l’astre solaire pouvait revêtir des formes différentes lors de sa course dans le ciel : Khépri était le soleil levant tandis que Rê était le soleil à son zénith et Atoum, le soleil couchant) »(wp ). Les Grecs vont aussi tenter de personnifier le soleil avec Hélios conducteur du Soleil, etc.

La renaissance journalière du soleil est un miracle de recomposition des cycles de vie mettant l’angoisse de la mort et l’angoisse de la disparition du monde au centre des préoccupations psychiques de nos grands ancêtres.

Les systèmes monothéistes tentent d’échapper à la personnification en rendant la puissance divine innommable, et ceci jusqu’au christianisme qui « incarne » le divin en l’homme.

[31] L’intention des bâtisseurs est résumée dans le feuilleton schizomorphe (séparatiste) suivant :

1/ l’épisode de Bethel la pierre relevée par Jacob suite au « songe » et l’ascension et la descente des anges sur l’échelle, suivi de son combat avec l’ange du ciel et de son boitillement,

2/l’épisode de la tour de Babel et de la volonté transgressive de la flèche du Roi Nemrod en regard de la puissance du ciel,

3/par le livre des Rois qui narre l’histoire de la construction du Temple de Salomon mettant en œuvre les trois puissances initiatiques d’origine terrestre, et l’incapacité des hommes à suivre la Loi descendue du ciel. Etc.  Nous empruntons le terme schizomorphe à Gilbert Durand « Les structures anthropologiques de l’imaginaire »12ème édition 2016  Dunod , p185.

 

[32] Nous définissons le plan solaro-terrestre dans la lignée de Gilbert Durand Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod 12em ed 2016. Pour nous il s’agit du plan ou table ou plateau d’exercice du grade considéré. A chaque grade supérieur un plan d’exercice plus élevé ce qui suggère une anabase (souvent précédée d’une catabase).

[33] La quête de la Connaissance dépasse la connaissance de soi qui est le premier stade puis l’approche de la mort avec la conscience de sa propre fin (fin des petits mystères) et pour finir l’idée d’atteindre une totalité principielle (grands mystères), avec pour toile de fond l’amour du prochain et de la vie.

[34] Sur la notion d’archétype et de schème, C. G. Jung, L’Homme et ses symboles,  Robert Laffont, 1964, p. 67 : « on croit souvent que le terme « archétype » désigne des images ou des motifs mythologiques définis ; mais ceux-ci ne sont rien autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puissent être transmises en héritage. L’archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental ».

[35] C. G. Jung, L’Énergétique psychique, Genève, Georg, 1973, p. 99 :  « les instincts et les archétypes constituent l’ensemble de l’inconscient collectif. Je l’appelle « collectif » parce que, au contraire de l’inconscient personnel, il n’est pas fait de contenus individuels plus ou moins uniques ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement »

[36] Cette ombre « portée » sur le plan terrestre était l’expression de la volonté du ciel, en d’autres termes le bâtisseur du sacré tenait compte de la lumière du ciel pour tracer le plan du temple sur la base de la transformation du carré du ciel en carré terrestre ou carré long qui associe le temps (étirement de l’ombre portée) aux trois dimensions de l’univers. Voir rituel de la Saint Jean d’Hiver REP.

[37] L’homme a toujours cherché à s’unir à la terre en se l’appropriant (Remus et Romulus, Urbi et orbi, le Mundus), au ciel en escaladant l’Olympe pour s’emparer du « feu-lumière »(Prométhée) du mont Sinaï pour y chercher les Tables de la Loi (Moïse)  et aux entrailles de la Terre y puisant ses richesses régénérantes ou réinitiantes… (Déméter, Héphaïstos).

[38] Sur les états supérieurs de l’Être voir René Guenon Les États multiples de l’être, Paris, Édition Guy Tredaniel, édition Véga, coll. « L’anneau d’or »,

[39] …Et donc fondée sur un PLAN !. Cette « conception du Plan par la lumière de l’esprit» devient « chef d’œuvre » et se concrétise par un Temple pour le divin. Ceci corresponds à une nécessité pour l’homme de matérialiser, toucher voir et concevoir la dimension lumineuse ou divine « in concreto »dans un lieu « séparé ». L’image visible devint nécessaire à la croyance, car l’homme ne peut se contenter d’abstraction. Le temple est donc un biais « architecturé » qui, associé à une Verticalisation du langage, permet l’accueil de l’Invisible se substituant au culte des idoles (veau d’or). L’image du GADLU est un biais « architecturé » compensant par l’Ars de bâtir l’abstraction d’une pensée créatrice pure (fiat lux). Ce biais « formel » abouti à la devise « ordo ab chaos ».

[40] Nous conseillons vivement la relecture d’Henri Corbin « Temple et contemplation » ed Médicis- Entrelacs 2006 , où l’auteur fait le rapprochement entre la tradition chevaleresque occidentale et orientale du Temple « . On comprendra mieux pourquoi la Lumière vient de l’Orient et pourquoi la contemplation de l’image iconique du tableau de Loge est toujours éclairée par Sagesse Force et Beauté, donc une hypostase du fiat lux ! « C’est le pouvoir contemplatif qui construit le Temple en soi. Il s’agit donc d’une vision intégrative du sacré propre au chevalier comme au maçon. Elle peut être mystique et ésotérique. Alors le Temple dressé dans l’Imaginaire par la représentation mentale devient ainsi Porte du Ciel. C’est ainsi que la transcendance se manifeste en nous. C’est notre temple intérieur qui « prends corps » » E.°.R.°.

Le blog de ecossaisdesaintjean

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-loge-maconnique-ou-temple-maconique-3em-partie-121712268.html

LA MACONNERIE DISSEQUEE 24 février, 2016

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

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Union Maçonnique Universel du Rite Moderne

 

LA MACONNERIE DISSEQUEE

Samuel Prichard 1730

                       

Eques a Leopardo aureo

Liberaliter agere

 

Ce texte est un des textes fondateurs, en particulier pour ceux qui pratiquent les rites basés sur les principes des Moderne.  C’est la première divulgation complète avec le grade de Maître. Je pense donc qu’il est de mon devoir de Franc-Maçon, dans la recherche de la vérité, de le mettre gracieusement à la disposition des Sœurs et des Frères. Que le traducteur et les frères qui m’ont aidé soient remerciés.

J’ai inclus le tableau de la Grand Loge de Londres fait par Picart en 1735. On le trouve dans Illustrations de Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde.   Source : Bibliothèque nationale de France.

Ce document est particulièrement intéressant : il montre bien la forme en équerre de la table autour de laquelle les Frères se réunissaient et l’emplacement des trois chandeliers.

Je vous joins en introduction un petit texte de l’érudit de notre Ordre en ce début du 3ème millénaire: Alain Bernheim.

Jean-Claude Villant                        jvillant@yahoo.fr

Membre de l’académie Internationale du Vème Ordre U.M.U.R.M.

 

Que nous apprennent les plus anciens documents maçonniques écrits en anglais?

Tout ce que nous savons des anciennes cérémonies maçonniques en Grande-Bretagne se trouve réuni dans un livre intitulé The Early Masonic Catechisms, publié en 1943 par Douglas Knoop, G. P. Jones et Douglas Hamer. Une seconde édition de cet ouvrage, revue et complétée, fut publiée en 1963, avec une Préface de Harry Carr. Elle comprend notamment la transcription de dix manuscrits (catechisms) et de dix divulgations imprimées.

Les trois plus anciens manuscrits transcrits dans ce livre proviennent d’Écosse et furent écrits dans les années 1700, c’est-à-dire avant qu’aucune Grande Loge au monde n’ait été fondée. Ils sont divisés en deux parties distinctes: l’une comprend les questions et les réponses que l’on posait à un Maçon qui affirmait être en possession du « Mot de Maçon » avant de le reconnaître (comme tel). Ces questions et réponses deviendront ce que nous appelons aujourd’hui instructions ou mémentos (les Anglais les appellent catechisms ou lectures) et donneront naissance au milieu du 18è siècle à l’ouverture et à la clôture rituelle des travaux d’une loge. L’autre partie décrit notamment une cérémonie se rapportant à la communication du « Mot de Maçon » à un Apprenti. Cette cérémonie est l’ancêtre de ce que nous appelons aujourd’hui initiation, passage et élévation, c’est-à-dire la manière de recevoir un profane dans la Franc-Maçonnerie (l’initier comme Apprenti), puis de lui conférer deux autres grades, ceux de Compagnon et de Maître.

La première divulgation imprimée fut publiée à Londres en avril 1723. La dernière divulgation de cette première période, Masonry Dissected de Samuel Prichard, date d’octobre 1730. Ce texte célèbre est particulièrement intéressant pour deux raisons: il est le premier à reproduire en trois parties séparées les questions et les réponses concernant les grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître; il est également le premier à narrer les circonstances dans lesquelles l’architecte Hiram fut assassiné. Comme la mention de ce meurtre ne se trouve ni dans la Bible ni dans les Old Charges (les anciens manuscrits des maçons opératifs), on peut en conclure que son récit a dû être inventé aux environs de 1730.

Aucun de ces vingt textes ne constitue un « rituel » au sens contemporain du mot, c’est-à-dire le dialogue et la description des actions accomplies pour ouvrir et fermer les travaux d’une loge, ou pour conférer un grade. Mais presque tous comprennent différentes versions du serment que prêtait, comme aujourd’hui, un nouveau Maçon, serment par lequel il s’engageait, sous peine de châtiments graves, à ne révéler d’aucune manière les secrets qui lui avaient été transmis. Les précédentes générations d’historiens maçonniques en tirèrent la conclusion apparemment logique qu’on ne saurait accorder d’authenticité aux textes de ces divulgations puisqu’ils ne pouvaient avoir été écrits que par des parjures… Jusqu’au jour où le hasard fit qu’on s’aperçut que quelques lignes écrites en 1702 dans le Livre d’Architecture d’une loge d’Écosse se retrouvaient presque identiquement dans les anciens manuscrits des années 1700 (cf. Harry Carr, AQC 63, 1950, pp. 259-263). Les historiens anglais comprirent alors qu’il convenait de ne pas confondre les documents manuscrits qui avaient sans doute servi d’aide-mémoire, avec certains textes imprimés, publiés dans le but de ridiculiser la Franc-Maçonnerie ou de lui porter tort. Ils en conclurent que plusieurs de ces textes étaient très vraisemblablement authentiques.

Ils estiment d’autre part qu’aucune autre divulgation de caractère authentique ne fut publiée en  anglais pendant la période comprise entre octobre 1730 et avril 1760.

Alain Bernheim  33ème

 

La maçonnerie disséquée

(1730)

Samuel Prichard

Commentaire et traduction nouvelle par Gilles Pasquier

 

Description générale et véridique de toutes ces parties depuis l’origine jusqu’au moment présent. Telle qu’elle est donnée dans les Loges régulières constituées tant en ville qu’à la campagne, selon les différents grades d’admission. Donnant un récit impartial de leur procédure régulière lors de l’initiation de leurs nouveaux membres à l’ensemble des trois grades de la Maçonnerie, c’est-à-dire 

I. Apprenti Entré.  II Compagnon du Métier.  III Maître.

A cela est ajoutée sa propre défense par 1’auteur.

 

Troisième édition par Samuel PRICHARD  ancien membre d’une Loge constituée.

LONDRES: Imprimé pour J. Wilford aux Trois Fleurs de Lys* derrière la maison du chapitre près de Saint -Paul

1730

Prix : 6 pence

(SERMENT)

Samuel Prichard a fait le serment que le texte ci-annexé est un texte authentique et véridique dans tous les détails.

(A juré le 13e jour d’octobre 1730 Aérant moi R. Hopkins)

                                  SAM. PRICHARD

(Dédicace)

A la Très Vénérable et Honorable Fraternité des Maçons France et Acceptés.

Frères et compagnons,

Si les feuillets qui suivent, écrits avec impartialité, obtiennent l’approbation unanime d’une si illustre Société, je ne doute pas que leur caractère général ne soit diffusé et estimé parmi le reste de l’humanité cultivée, ce qui, je l’espère, donnera, entière satisfaction à tous les amis de la vérité, et je resterai, avec une très humble soumission, le plus obéissant et le plus humble serviteur de la Fraternité.

Ce « catéchisme » est assurément un grand classique du corpus des textes anciens de la maçonnerie, puisqu’on en connaît plus de trente éditions sans tenir compte des éditions pirates. La première parution est du 20 octobre 1730 et ce fut sans doute un succès de librairie, car un second tirage intervint le 23 octobre suivant et un troisième le 31 octobre. C’est sur cette troisième édition, dont un exemplaire est conservé au British Muséum et dont le texte est reproduit dans Tue Early Masonic Catechisms de Knoop, Joncs et Hamer que nous avons travaillé.

On disposait jusqu’à présent d’une traduction française de Masonry Dissected datée de 1743 (reproduite en 1976 par les éditions du Baucens). Cette dernière traduction était précieuse mais incomplète, voire erronée sur quelques points; il convenait donc d’en présenter une nouvelle aux curieux de la tradition maçonnique.

Les faux frères ou imposteurs

On se posera bien sûr la question de savoir si l’auteur était maçon. D’après Harry Carr (AQC, n° 94, p. 107) Samuel Prichard était en 1728 visiteur de la loge « Le Cygne et la Coupe» et membre de la loge « La Tête d’Henry VIII ».

Samuel Prichard se présente lui-même comme un ancien maçon, mais aussi comme un adversaire résolu de la maçonnerie. C’est du moins ce qui apparaît dans la justification qui suit le texte du catéchisme proprement dit. Pour S. Prichard, la maçonnerie est une escroquerie à laquelle il ne faut pas se laisser prendre. C’est d’ailleurs pour lever ce leurre et le rendre inopérant que S. Prichard dévoile du mieux qu’il peut les « secrets » de la maçonnerie.

Du mieux qu’il peut et c’est déjà très bien: cet adversaire de la maçonnerie est très informé sur le sujet, le contenu du pamphlet en fait foi. C’est justement au vu de cette richesse documentaire que la réaction de S. Prichard à l’égard de la maçonnerie nous étonne. La raison de cet étonnement, c’est que l’on sait qu’une position initiatique implique, pour être soutenue, certaines conditions, nécessaires mais non suffisantes il est vrai. Ces conditions font l’objet de la plus grande attention de la part des maçons du XXè siècle où règne la quantité: pureté des rituels et mise en pratique effective. Nous n’avons pas à dire ici quels effets portent les rituels qui remplissent ces conditions. Seulement, nous devons remarquer qu’en 1730 lesdites conditions étaient indubitablement respectées: le rituel était alors dans sa pureté d’origine et Masonry Dissected nous donne le reflet d’un rituel déjà très complet. Quant à la pratique, elle n’était à coup sûr pas remplacée par une simple lecture. Or, il semble que S. Prichard – s’il a été comme il l’affirme, maçon et donc impétrant dans un rite maçonnique – n’ait rien vécu: il ne lui est rien arrivé. Pour lui les secrets de la maçonnerie se réduisent aux mots, signes et attouchements qu’il dévoile et il a tout à fait l’air d’un profane avec tablier (alors que nous connaissons des maçons sans tablier).

Entrait-on facilement dans une loge en 1730 ? C’était sans doute difficile, mais faisable: les tavernes où se réunissaient les loges étaient des lieux publics. Dans la mesure où l’information sur les individus circulait plus lentement que de nos jours, un « voyageur » pouvait se faire passer pour « visiteur » après avoir prêté l’oreille au bon moment, ou même après avoir lu A Mason’s  Examination. Tout cet arrière-plan donne au maçon S. Prichard une responsabilité qui dut peser lourd dans la décision du député grand maître de proposer dès le 15 décembre 1730 (E.M.C., p. 17), que désormais l’entrée en loge ne soit plus accordée qu’à des visiteurs dont les membres de la loge pourraient se porter garants. Les minutes de la Grande Loge précisent bien que cette proposition faisait suite à la parution de Masonry Dissected. On comprend dès lors l’opinion défendue par B.E. Jones dans Freemason’s  Guide and Compendium, selon laquelle I interversion des mots de reconnaissance avait été rendue nécessaire par les publications de A Mason’s Examination et de Masonry Dissected. Il est vrai que, pas plus dans Masonry Dissected que dans A Mason’s  Examination, on ne discerne entre J. et B. quel mot est spécifique du premier ou du second grade: les deux textes attribuent à la fois J. et B. à l’apprenti. Mais outre qu’ils exposent des détails propres à chacun des deux grades, ces pamphlets permettaient à un patron de taverne de faire ce que l’on vit à l’époque: créer de faux maçons pour quelques shillings. L’interversion des mots allait s’ajouter à la précaution, déjà mentionnée, voulue par le député grand maître et contribuer à protéger les loges des « faux frères ou imposteurs »., selon son expression.

Les cowans

Les imposteurs ont leurs pendants opératifs, les cowans, à propos desquels le catéchisme de 1730 se montre très sévère dès le grade d’apprenti: si un cowan était surpris pendant les tenues on le condamnait à rester sous la gouttière de la loge par temps de pluie! Le malheureux devait y être contraint, sauf bien sûr si cette peine était fictive comme celle de l’obligation. Mais le fait que le rôle de couvreur, chargé de tenir les cowans à l’écart, soit dévolu au plus jeune apprenti est significatif: même le débutant de la loge était supérieur aux cowans, qu’il apprenait très tôt à traiter en ennemis.

Qui étaient donc ces cowans?

En nous référant au regretté Harry Carr (The Free-Mason at Work, p. 86) et à Knoop et Jones (The Genesis of Freemasonry, p. 28) nous pouvons dresser le portrait de ces ouvriers. C’étaient des bâtisseurs non maçons qui, à l’origine, n’avaient le droit de construire que des murs en pierres sèches. En 1636, à Canongate, on autorise les cowans à utiliser de la glaise comme mortier, mais pas du mortier à la chaux. En 1623 à Glasgow, on autorise un cowan, un certain John Shedden, à construire des murs avec un mortier de glaise, mais sans chaux ni sable, et jusqu’à une hauteur d’une aune seulement. Dans ce dernier cas, le cowan était dûment enregistré dans la liste des ouvriers du chantier, mais il s’agit là d’une exception dans tous les autres cas il était interdit à un maçon de donner du travail à un cowan. Les Statuts Schaw de 1598 comportent cette interdiction. Il existe même un document de la célèbre loge « Mary’s Chapel » d’Édimbourg, document daté de 1599, qui rapporte qu’un maçon avait dû reconnaître et confesser avoir offensé le surveillant et les maîtres en donnant du travail à un cowan. Ce maçon dut faire une « humble soumission » et promettre de ne pas recommencer.

Harry Carr remarque encore qu’à Kilwinning, les maçons qui acceptaient des cowans étaient condamnés par la loge à des amendes assez lourdes. Et, à Edimbourg, les cowans n’étaient admis au chantier du château que les semaines où aucun maçon n’y travaillait. C’est l’occasion pour notre historien de constater que le terme de cowan est d’origine écossaise. 11 faut souligner à ce propos que les sources de l’Oxford English Dictionary, à l’article cowan, sont toutes écossaises; et que le Chambers Scots Dictionary, qui est un dictionnaire de langue écossais-anglais, comporte bien un article cowan. La présence de ce mot dans Masonry Dissected serait un signe certain de l’influence de l’Ecosse sur la maçonnerie anglaise.

Le rituel de la Première Grande Loge

On ne possède pas le rituel de la Grande Loge de Londres ou Première Grande Loge, fondée en 1717, mais c’est à ce rituel que se réfère Masonry Dissected comme on va le voir. Il va de soi que nous ne considérons pas que la Première Grande Loge avait unifié le rituel de ses loges en 1730. On sait qu’avant 1717 existaient des différences d’une loge à l’autre puisque les «catéchismes», dont notre revue publie les traductions, ne sont pas semblables les uns aux autres. Cela continua sans doute au sein de la Première Grande Loge. C’est d’ailleurs ce qu’explique B.E. Jones dans son récit sur la querelle des Anciens et des Modernes. Les grades mêmes n’étaient pas unifiés: en 1738 certaines loges de la Première Loge sont signalées comme ayant « aussi » un grade de maître (Constitutions d’Anderson, p. 184-190). Cela prouve au moins qu’en 1738 le système à trois grades n’était pas pratiqué par toutes les loges de l’obédience.

Néanmoins, on peut se faire une idée approximative de ce qu’était, en 1730, le rituel de la Première Grande Loge en lisant Masonry Dissected car c’est bien de cette maçonnerie-là que S. Prichard nous parle.

Les preuves de ce que nous avançons là sont dans le pamphlet même: il s’agit de la liste de loges qui fait suite à la justification de l’auteur. Cette liste est apparue dans la troisième édition de Masonry Dissected, édition faite par Prichard lui-même et non par un éditeur pirate. C’est la liste des loges « constituées » et il faut savoir que ce qu’on appelait « loges constituées » en Angleterre en 1730, c’étaient celles de la Grande Loge et non d’autres. On trouve ce terme de constituted dès 1723 dans les Constitutions d’Anderson (p. 71) où il est dit que les loges doivent être solen­nellement constituées par le grand maître ». L’usage de ce mot est d’ailleurs resté de nos jours pour désigner cette cérémonie spéciale au cours de laquelle le grand maître constitue une loge.

C’est donc bien la liste de loges de la Grande Loge de Londres, année 1730, que S. Prichard donne à la fin de son pamphlet. Au reste, si l’on avait quelque doute, il suffirait de comparer cette liste au tableau publié par Erich Lindner dans L’Art royal illustré (p. 257). Ce tableau donne une série de petites images. Ce sont les enseignes des tavernes où se réunissaient les loges de la Première Grande Loge en 1735, soit cinq ans seulement après la publication de S. Prichard. Les enseignes sont numérotées et accompagnées des noms des rues, des quartiers ou des villes où sont situées les tavernes. Les loges prenaient tout simplement, comme titre distinctif, le nom de la taverne où elles se réunissaient. Par exemple, l’enseigne numéro 23 nous montre un croissant de lune accompagné de la mention « Cheapside ». Cela veut dire qu’en 1735, la loge n°23 se réunissait dans la taverne de la Demi-Lune située dans le quartier lon­donien de Cheapside. Or, que trouvons-nous dans la liste donnée par S. Prichard? Qu’en 1730 une loge portant le numéro 23 s’appelait La Demi-Lune et se réunissait dans Cheapside les premier et troisième mar­dis de chaque mois.

Autre exemple: dans la liste de 1730 nous trouvons, au numéro 11, la loge de « la Tête de Reine » qui se réunissait dans Knaves-acre les premier et troisième mercredis de chaque mois. Et dans le tableau de 1735 on voit, au numéro 11, une enseigne constituée par un portrait de femme couronnée, accompagnée de cette mention de lieu: Knaves-acre ».

On retrouve en tout trente-cinq loges de la liste de 1730 dans le tableau de 1735. Certaines ont entre-temps changé de numéro, mais pas de nom ni de lieu de tenue, comme la loge du « Cerf blanc » qui se réunissait à Bishopsgate et portait les numéros 44 en 1730 et 45 en 1735. Cela ferait vraiment trop de coïncidences: c’est bien de la maçonnerie de la Première Grande Loge dont nous parle S. Prichard. Il faut d’ailleurs noter au passage qu’il y a, en plus des similitudes, des différences entre les deux listes. En 1730 la liste comporte soixante-sept loges alors que le tableau de 1735 en donne cent vingt-neuf, dont plusieurs d’ateliers supérieurs au grade de maître. Par ailleurs, sur les soixante-sept loges de 1730, trente-deux ont disparu (ou changé de nom?) en 1735. Tout cela donne l’impression d’un formidable bouillonnement et l’impression est encore plus forte si l’on continue les comparaisons en utilisant la liste publiée à la fin de l’édition de 1738 des Constitutions d’Anderson.

Hiram enfin

Avec le manuscrit Graham (1726) on assistait au premier redressement d’un corps, mais ce n’était pas encore du cadavre d’Hiram qu’il s’agissait. Depuis quand était-il question de cet assassinat dans la franc-maçonnerie? Dans Early masonic Pamphlets (p. 193), Knoop et Jones nous rapportent un texte qui constitue une sorte de prospectus destiné à un public de maçons; « La Maçonnerie antédiluvienne ». Ce document fait allusion au « fils d’une veuve, tué d’un coup de masse». En 1723, le pasteur Anderson mentionnait Hiram dans la première édition des Constitutions, mais ne soufflait mot de la destinée du maître et de sa position de référent dans le rituel d’élévation (11-12, note). Il est vrai qu’en 1723, la Première Grande Loge ne fonctionnait encore qu’avec un système à deux grades, ainsi qu’en témoigne l’article IV des Constitutions de 1723.

Comment la mise au point, ou pour mieux dire la mise en rite, de la légende d’Hiram avait-elle pu s’opérer? Nous devons bien admettre que le processus est encore très mal connu et nous espérons que des documents anciens restent à découvrir qui nous apprendront la vérité sur tout cela. Toutefois il est possible de résumer la situation de la maçonnerie en 1730 de la façon suivante:

La Grande Loge de Londres, ou Première Grande Loge, fondée en 1717, avait débuté avec un système à deux grades: l’apprenti et le compagnon ou maître; le maître en titre étant le maître de la loge, celui qui préside.

Par ailleurs, il existait un système à trois grades. Témoignent de l’existence de ce système les manuscrits Trinity College (1711) et Graham (1726). En témoigne également un document de la loge de Dumbarton Kilwinning, daté de 1726 et que nous rapporte Harry Carr (The Free Mason at Work, p. 274): ce texte dit que le compagnon Gabraël Portefield a été reçu maître « après avoir renouvelé son serment et payé son droit d’entrée».

Si l’on admet que le grade de maître est apparu au terme d’une évolution, on peut considérer que le manuscrit Graham (1726) nous donne un état primitif du grade: pas encore de meurtre, Noé tient la place d’Hiram, mais on relève bien un corps. Dans cette perspective et compte tenu du fait que les deux textes peuvent appartenir à deux «courants »différents, Masonry Dissected donne un état du rite très avancé dans l’évolution du grade. Très avancé, mais pas encore achevé: les trois grades ont encore entre eux des adhérences et la distinction de chaque grade par rapport aux autres n’est pas tout à fait réalisée. Par exemple, l’apprenti reçoit deux mots alors que, quelques années plus tard, un de ces deux mots sera attribué à l’apprenti, l’autre au compagnon. Autre exemple:

Harry Carr (The Free-Masons at Work, p. 104) souligne que d’après S. Prichard, c’est dans la Chambre du Milieu que se trouve la lettre G et que le compagnon reçoit son salaire. Enfin, on verra en lisant Masonry Dissected que les cinq points par lesquels on relève le maître, sont encore les cinq points du « compagnonnage».

Ces quelques réflexions nous rendent évident le fait que les maçons spéculatifs ont intérêt à savoir ce qu’est la maçonnerie opérative, la franc-maçonnerie ayant connu une mutation en passant de l’état opératif à l’état spéculatif. Ce changement de nature qui a pris en tout et pour tout une vingtaine d’années semble s’être accompagné de l’avènement du mythe d’Hiram dans le rituel du troisième grade.

Le judéo-christianisme de la maçonnerie

On verra dans Masonry Dissected que le livre sur lequel se prête l’obligation du maçon est la Bible. La Bible est d’ailleurs la source de plusieurs éléments du catéchisme concernant le Temple de Salomon, sa construction et certaines de ses parties. Le passage de la Bible, dans lequel se trouvent les mots, est cité dès le grade d’apprenti et, bien sûr, le roi Salomon est cité dans le grade de maître. On trouve également au grade d’apprenti la précision suivante: la loge est située dans la vallée de Josaphat, et si elle est orientée c’est parce que toutes les églises et chapelles le sont. Au grade de compagnon la description des colonnes est empruntée à la Bible et accompagnée de la référence biblique. Enfin, toujours au grade de compagnon, il est expliqué que si les loges s’appellent loges de Saint Jean, c’est que celui-ci fut le prédécesseur du Sauveur et qu’il traça la première ligne parallèle à l’Evangile.

Tout cela donne à Masonry Dissected un caractère nettement judéo-chrétien. Cela ne doit pas surprendre les maçons du XXè siècle, même s’ils ont acquis la conviction du contraire. Il nous semble  utile de faire ici la distinction entre ce qui est de l’ordre de la conviction ou de l’opinion, et ce qui est  de l’ordre de l’information. L’étude des textes anciens de la maçonnerie et des versions d’origine des différents rites encore pratiqués à notre époque montre à l’évidence que la franc-maçonnerie est une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne, indépendamment des différentes convictions  et opinions qui ont pu se former à ce sujet et dont chacun est libre.

Dans les rituels de langue française cela est vrai même pour le plus récent des rites encore actifs de nos jours, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, dont la plus ancienne version connue remonte au plus tôt à 1804.

Dans ce rite, c’est sur la Bible qu’est prêtée l’obligation d’apprenti (Guide, p. 22 et 31) de même que celles de compagnon et de maître (p. 62 et 89). L’hypothèse selon laquelle on pourrait remplacer la Bible, non plus pour un impétrant mais en permanence, par divers livres tels que le Coran ou le Zend Avesta est certes intéressante, mais ce serait sortir de son cadre propre le livre qui doit s’y trouver pour y insérer des livres appartenant à d’autres traditions. Bien sûr, il existe une initiation chinoise Ming dans laquelle l’impétrant pose le genou nu sur une équerre, mais cela ne prouve qu’une chose: que l’acte de construire prête partout à sacralisation. Le premier homme qui construisit, fût-ce une cabane, fit sortir l’humanité des cavernes. En cessant de vivre sous terre et dans les abris naturels, en accédant à la surface de l’ordre naturel et en le modifiant par des constructions l’homme savait, comme les alchimistes, qu’il aidait la nature et que la nature l’aidait. Construire c’était toucher à l’Œuvre de Dieu, mais aussi participer à celle-ci. Il est bien normal qu’il ait été saisi de crainte et d’adoration tout à la fois, d’une part, et que ce comportement fondamental n’ait pas été propre  au monde occidental ni à la maçonnerie, d’autre part.

Les maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté des origines n’utilisaient d’ailleurs pas la Bible sans savoir ce qu’ils faisaient. Des signes de cette conscience apparaissent dans le corps du rituel dès le grade d’apprenti: — Pourquoi votre loge est-elle située est et ouest?

— Parce que tous les temples le sont ainsi.

— Pourquoi cela?

— Parce que l’Evangile fut d’abord prêché dans l’est et s’étendit ensuite dans l’ouest. (Guide, p. 33.)

Il en va ainsi jusqu’au grade de maître. On demande au maître:

— Pourquoi étiez-vous sans souliers?

Et le maître de répondre

— Parce que le lieu où je fus reçu était une terre sainte, sur laquelle Dieu dit à Moïse: « Ote tes souliers, car le lieu où tu marches est une terre sainte. »

Ce n’est donc pas â l’étourdie que le Rite Écossais Ancien et Accepté avait un caractère judéo-chrétien: c’était témoigner de ses sources mêmes. C’est également évident pour le Rite Français et encore plus pour le Rite Ecossais Rectifié.

Ce ne sont pas là des remarques ponctuelles. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté plonge ses racines dans la maçonnerie des « Anciens » et c’est même là ce qui lui valut son titre d’Ancien. Cette maçonnerie des « Anciens »a été elle aussi victime d’une divulgation: en 1760 un ouvrage intitulé Trois Coups distincts donnait une description complète de ce qu’était le rite des Anciens.

Cela nous permet de vérifier qu’en 1760, aux trois grades, on prêtait les obligations sur la Bible(Three Distinct Knocks, p. 19, 40 et 54) et que dès le grade d’apprenti, il était fait référence au roi Salomon et â la construction du Temple (ibid., p. 30). Entre autres preuves de l’ancrage judéo-chrétien de ce rite des «Anciens », on trouve, toujours au grade d’Apprenti, ces questions et réponses (p. 32):

— Pourquoi, mon frère, onze font-ils une loge?

—Parce qu’il y avait onze patriarches quand Joseph fut vendu en Egypte et qu’on le crut perdu.

— Quelle est la seconde raison mon frère?

— il n’y avait plus que onze apôtres après que Judas eût trahi le Christ.

Là encore si la maçonnerie décrite dans Trois Coups distincts ne doit rien au hasard quant à ses sources, c’est bien que la maçonnerie britannique de 1760 descendait de celle de 1730 que Prichard nous montre émerger dans un système à trois grades.

Ce qui n’était pas nouveau pour la maçonnerie de 1760 ne l’était pas davantage pour celle d’avant 1730. Il n’est pour le vérifier que de lire les textes anciens publiés en traduction dans ce cahier.

Il est clairement question de Noé, de Salomon et du Christ dans le manuscrit Graham de 1726. Cela n’est d’ailleurs pas spécifique des textes anglais. Dans le manuscrit Dumfries (1710), peut-être d’origine écossaise, les données extraites de l’Ancien et du Nouveau Testament abondent. Nous n’en rappellerons que trois tirées des questions et réponses de ce caté­chisme:

1)                David prescrivait que les fondations du Temple fussent posées sur une « aire à blé, comme vous pouvez le lire dans la Sainte Bible, où elle dénomma l’aire d’Oman le Jébuséen ».

2)- Combien d’échelons y avait-il dans l’échelle de Jacob?

—     Trois.

—      Lesquels?

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

3) Le Christ est le marbre blanc sans tache, la pierre que les bâtisseurs ont rejetée, mais que Dieu a choisie d’entre les autres pour que le Temple puisse être construit.

Il n’est pas jusqu’aux textes écossais de 1696 et 1700 qui ne précisent que c’est sur la Bible que l’on prête l’obligation du maçon. Ces deux manuscrits, Edimbourg (1696) et Chetwode Crawley (1700), donnent même, en dépit de leur brièveté et de leur dépouillement, deux références bibliques pour les mots J et B: I Rois, 7-21, et II Chroniques 3, dernier verset.

Nous ne citons même pas ici tous les textes anciens. Qu’on y aille voir: le manuscrit Sloane (1700) et le manuscrit du Trinity College (1710) n’infirment pas notre thèse, bien au contraire. A Mason’s  Confession (1727) ou le manuscrit Wilkinson (1727). Une telle constance de la part des maçons, de 1696 à 1804, n’a d’autre explication que celle que nous avancions au début de notre propos: la maçonnerie est une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne.

Ceci nous amène à une double réflexion.

Bien des maçons pensent que puisqu’il est interdit par les Constitutions d’Anderson (1723) d’être un athée stupide, il suffit d’être un athée intelligent pour faire un maçon régulier. Nous n’avons pas la prétention d’être nous-mêmes un très fort angliciste mais enfin, il faut être vraiment très faible en langue anglaise pour donner dans le panneau. Relisons Anderson: « … If lie rightly understands the Art, lie will never be a stupid Atheist, nor an irreligious Libertine. »Si d’après cette phrase il est possible, selon certains traducteurs d’Anderson, d’être un athée intelligent, il sera tout autant possible d’être un libertin religieux. Voilà ce qu’on gagne à philosopher prématurément: la position de l’adjectif devant le substantif ne doit pas faire illusion, en anglais c’est la règle – ça s’appelle de la syntaxe – et pour le pasteur Anderson et ses lecteurs anglophones, un athée est stupide tout comme un libertin est irréligieux. Par suite, ni l’un ni l’autre ne pouvaient être maçons en 1723. La seconde réflexion découle de la première. Il n’entre aucune part d’interprétation dans notre traduction de la phrase d’Anderson citée plus haut, en voici la preuve. On s’est beaucoup servi de cette phrase pour le plus grand profit des athées intelligents, mais aussi pour promouvoir une sorte de « religion maçonnique »: la religion naturelle ou déisme. Cette religion naturelle serait sans révélation, une religion d’avant les opinions particulières que sont par exemple le judaïsme et le christianisme. Ce dernier point est exact, et c’est bien à la religion de Noé que pensait Anderson; il le dit nettement dans ses Constitutions de 1738. Mais il faut être aussi ignorant de la Bible que les athées intelligents le sont de la syntaxe anglaise pour croire que le pasteur Anderson proposait une religion naturelle en 1723 et 1738 aux maçons de la Première Grande Loge. Il eût été étonnant en effet qu’un pasteur ne connaisse pas la Bible et en l’occurrence les passages desquels il ressort que Noé, tout au long de son histoire, a bénéficié de nombreuses révélations sur lesquelles il réglait ses actes. Noé ne marchait dans les voies du Seigneur que parce que celles-ci lui étaient tracées d’en haut. Voici trois citations parmi bien d’autres qui confirment ce que nous disons:

1)   Alors Dieu dit à Noé: la fin de toute chair est arrêtée par-devers moi; car ils ont rempli la terre de violence; voici, je vais les détruire avec la terre. Fais-toi une arche de bois de gopher; tu disposeras cette arche en cellules, et tu l’enduiras de poix en dedans et en dehors (Genèse, 6-13, 14).       2)      L’Eternel dit à Noé: entre dans l’arche, toi et toute ta maison; car je t’ai vu juste, devant moi parmi cette génération (Genèse, 7-1).

3)     Dieu parla encore à Noé et à ses fils avec lui, en disant: voici, j’établis mon alliance avec vous et avec votre postérité après vous (Genèse, 9-8, 9).   Ainsi Noé, après avoir été sauvé grâce à l’avertissement de Dieu, devint l’ouvrier de Dieu en servant à la création selon Ses directives. Si l’on admet que le pasteur Anderson avait lu la Bible, on admettra aussi que la religion noachide dont il parlait en 1738 n’était pas le déisme. Cela méritait d’être précisé avant que le lecteur n’entre, par la lecture de Samuel Prichard, dans les secrets et mystères de la Maçonnerie du pasteur Anderson.

Traduction

INTRODUCTION

L’institution primitive de la Maçonnerie repose sur le fondement des sciences et Arts Libéraux, mais plus spécialement sur le cinquième, C’est-à-dire la Géométrie. Car c’est lors de la construction de la Tour de Babel  que l’Art et le Mystère de la Maçonnerie furent en premier introduits, et de là transmis par Euclide, digne et excellent mathématicien des Egyptiens, et il les communiqua à Hiram, le Maître-Maçon qui s’occupa de la construction du Temple de Salomon à Jérusalem, où il y eut un excellent et singulier Maçon qui commandait sous les ordres de leur Grand-Maître Hiram; son nom était Xannon Grecus, il enseigna I’ Art de la Maçonnerie à un certain Carolos Marcil en France, qui fut élu plus tard Roi de France. Et de là ensuite il fut introduit en Angleterre à l’époque du Roi Athelstone, qui ordonna qu’une assemblée fût tenue une fois chaque année à York, ce qui fut sa première introduction en Angleterre. Et les Maçons étaient faits de la manière suivante.

“Tune unus ex Senioribus teneat Librum, ut illi vel ille ponant vel ponat Manus supra Librum ; tum Praecepta debeant legi”. C’est-à-dire:  Tandis que l’un des Anciens tient le Livre, qu’il (ou ils) mette(nt) leurs mains sur le Livre pendant que le Maître devra lire les Lois ou Devoirs,

Lesquels Devoirs étaient: qu’ils soient sincères les uns envers les autres sans exception, et s’engagent à secourir les Frères et les Compagnons dans la nécessité, ou bien leur donnent du travail et les rétribuent en conséquence,

Mais durant ces derniers temps, la Maçonnerie n’est plus composée d’artisans, comme elle l’était dans son état primitif, lorsqu’un petit nombre de questions par demandes et réponses était suffisant pour déclarer un homme suffisamment qualifié comme Maçon opératif.

Les termes de Maçonnerie Franche et Acceptée n’ont pas été entendus (tels qu’ils le sont maintenant), jusqu’à ces dernières années. Il n’a été question d’aucune Loge Constituée ni de communications trimestrielles jusqu’en 1691 lorsque des Lords et des Ducs, des Hommes de Loi et des Commerçants, et autres négociants plus modestes; les portiers, n’étant pas exceptés, furent admis dans ce Mystère ou dans cette absence de Mystère. La première catégorie fut reçue en versant une très grosse somme, la seconde à un taux moyen, la dernière pour la somme de six ou sept shillings, en échange de quoi ils reçurent l’insigne honneur qui est (comme ils disent) plus ancien et plus honorable que l’Etoile et la Jarretière ; son ancienneté repose d’après les Règles de la Maçonnerie, sur le fait qu’il aurait été transmis par leur tradition sans interruption depuis Adam, ce que je laisse au lecteur Impartial le soin d’examiner

Des Maçons Acceptés proviennent les Vrais Maçons et des deux proviennent les Gorgomons, dont le Grand-Maître, le Volgl, tire son origine des Chinois, dont les écrits, si on peut les croire, soutiennent l’hypothèse des Pré-Adamites, et par conséquent doivent être plus anciens que la Maçonnerie.

La société la plus libre et la plus ouverte est celle du Grand Kaihebar, qui consiste en une compagnie choisie de gens compétents, dont le principal, sujet de conversation concerne le Commerce et les Affaires, et développe une amitié mutuelle sans contrainte ni restriction.

Mais si, après son admission dans les secrets de la Maçonnerie, quelque nouveau frère n’aime pas leurs façons et se met à réfléchir en voyant qu’on lui a soutiré aussi aisément son argent, se retire de la fraternité ou  bien se tient éloigné à cause des dépenses trimestrielles de la. Loge et des Communications trimestrielles, bien qu’il ait été légitimement admis dans une Loge Régulière et Constituée, il lui sera refusé le Privilège (en tant quo Frère Visiteur) de connaître le Mystère pour lequel il a déjà payé, ce qui est en contradiction manifeste avec l’Institution do la Maçonnerie elle-même, ainsi qu’il apparaîtra de toute évidence dans le  traité qui suit.

 

 

     Gravure de Bernard Picart Grande Loge de Londres 1735

Gravure de Bernard   Picart Grande Loge de Londres 1735

    

Illustrations de   Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde

Source : Bibliothèque   nationale de France

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Le Grade de l’Apprenti Entré

 

1   D. D’où   venez-vous?
    R. De la    Sainte Loge de Saint Jean
       
2   D. Quelles   recommandations en avez-vous apportées ?
    R. Les   recommandations que j’ai apportées des Très vénérables Frères et Compagnons   de la Très Vénérable   et Sainte Loge de Saint Jean d’où je viens, et vous salue trois fois de tout   cœur.
       
3   D. Que   venez-vous faire ici ?
    R. Non   pas faire ma propre volonté.

Mais   soumettre mes passions: prendre en mains les Règles de la Maçonnerie. Et   ainsi  faire des progrès quotidiens.    4 D.Etes-vous Maçon ?  R.Je suis   reconnu et accepté comme tel parmi les Frères et Compagnons.    5 D.Comment   connaîtrai-je  que vous êtes Maçon ?  R.Par les   Signes et les Attouchements et les points parfaits de mon Entrée.    6 D.Que   sont les signes?  R.Toutes   équerres, angles et perpendiculaires    7 D.Quels sont   les attouchements?  R.Certaines poignées de main régulières et fraternelles    8 Examinateur:Donnez-moi   les Points de votre Entrée.  Répondant:Donnez-moi le premier et je vous donnerai le second.    9 Examinateur:Je le garde.  Répondant:Je le cache.    10 Examinateur:Que   cachez-vous ?  Répondant:Tous secrets   et mystères des Maçons et de la    Maçonnerie, sauf à un Frère véritable et légitime après un   examen en due forme, ou dans une Loge juste et vénérable de Frères et de   Compagnons régu1ièrement assemb1és.    11 D.Où avez-vous   été fait Maçon?  R.Dans une Loge juste et parfaite.    12 D.Qu’est-ce   qui fait une Loge juste et parfaite ?  R.Sept ou plus.    13 D.De quoi se   composent-ils ?  R.D’un Maître,   de deux Surveillants, de deux Compagnons du Métier et de deux Apprentis   Entrés.    14 D.Qu’est-ce   qui fait une Loge ?  R.Cinq    15 D.De quoi se   compose-t-ils ?  R.D’un Maître,   de deux survei1lants, d’un Compagnon du Métier, d’un Apprenti Entré.

16 D.Qui vous a   amené en Loge ?  R.Un Apprenti Entré.17 D.Comment vous   y a-t-il amené ?  R.Ni nu ni   vêtu, ni pied nu ni chaussé,   dépouillé de tous métaux et avançant dans une attitude droite.    18 D.Comment   avez-vous été admis ?  R.Par trois grands coups.    19 D.Qui vous a reçu ?  R.Un Deuxième   Surveillant.    20 D.Qu’a-t–il   fait de vous ?  R.Il. m’a   conduit à la partie Nord-Est de la    Loge et m’a ramené ensuite à l’ouest  et m’a remis entre les mains du Premier   Surveillant.    21 D.Qu’a fait de   vous le Premier Surveillant?  R.Il m’a présenté et m’a montré comment marcher (par trois   pas) vers le Maître.    22 D.Qu’a fait de   vous le Maître ?  R.Il m’a fait   Maçon.    23 D.Comment vous   a-t-il fait Magon ?  R.Avec le   genou nu fléchi et le corps dans l’Equerre, le Compas ouvert sur le sein   gauche nu, la main droite nue sur la Sainte Bible. Dans cette posture, j’ai prêté   l’Obligation (ou serment) du Maçon.    24 D.Pouvez-vous   répéter cette Obligation?  R.Je vais m’y efforcer,

(Ce qui est comme suit).

25     Moi, par ceci, solennellement   je fais vœu et jure en Présence de Dieu Tout-Puissant et de cette Très   Vénérable Assemblée, que je garderai et cacherai et jamais ne révélerai les   Secrets ou Mystères des Maçons ou de la Maçonnerie qui me seront révélés, sauf à un   Frère véritable et légitime, après un examen en due forme, ou dans une Loge   juste et vénérable de Frères et de Compagnons régulièrement assemblés.

Je promets et fais vœu en outre que je nie les écrirai, ni   ne les imprimerai, ni ne les marquerai, ni ne les taillerai ni ne les   graverai, ou les ferai écrire, imprimer, marquer, tailler ou graver sur le   bois ou la pierre, en sorte que le caractère ou l’impression visible d’une   lettre puisse apparaître, par quoi on pourrait l’obtenir illicitement.

Tout ceci   sous un châtiment qui ne saurait être moindre que d’avoir la gorge coupée, la   langue ôtée du palais(1) de la bouche le cœur arraché la bouche, le cœur   arraché d’en dessous le sein gauche, et qu’ils soient enterrés dans les   sables do la mer, à une encablure du rivage, là où la marée monte et descend   deux fois en 24 heures, mon corps étant réduit en cendres, mes cendres   dispersées sur la surface de la terre en sorte qu’il ne subsiste plus aucun   souvenir de moi parmi les Maçons.

Ainsi que Dieu me soit en aide.

1 Le texte anglais porte roof, mais il faut vraisemblablement lire   root.

26 D.Quelle est la forme de la loge?  R.Une équerre.    27 D.Quelle   longueur?  R.De l’Est à   l’Ouest.28 D.Quelle   largeur?  R.Du Nord au   Sud.    29 D.Quelle   hauteur?  R.Des pouces,   des pieds et des toises innombrables, aussi haut que les cieux.    30 D.Quelle   profondeur?  R.Jusqu’au   centre de la terre.    31 D.Où se tient la Loge ?  R.Sur une   terre sainte, ou sur la plus haute colline ou la plus profonde vallée, ou   dans la vallée de Josaphat, ou en tout autre lieu secret.    32 D.Comment   est-elle située ?  R.Plein Est et Ouest.    33 D.Pourquoi   ainsi?  R.Parce   que toutes Eglises et Chapelles le sont ou devraient l’être ainsi.    34 D.Qu’est-ce   qui soutient une Loge ?  R.Trois   grandes colonnes.    35 D.Comment les   nomme-t-on?  R.Sagesse, Force et Beauté.    36 D.Pourquoi   ainsi?  R.Sagesse pour   créer, Force pour soutenir et Beauté pour orner.    37 D.De quoi   votre Loge est-elle couverte?  R.D’un dais   nuageux de couleurs variées (ou des nuages).    38 D.Avez-vous   des meubles dans votre Loge ?  R.Oui.    39 D.Quels   sont-ils ?  R.Le pavé   mosaïque, l’étoile flamboyante et la houppe dentelée. Quel est leur usage?    40 D.Quel est   leur usage?  R.Le pavé   mosaïque est le sol de la Loge,   l’Etoile Flamboyante, le Centre, et La houppe dentelée la bordure tout   autour.    41 D.Quels sont   les autres meubles d’une loge ?  R.La Bible, le Compas et   1’Equerre.    42 D.A qui   appartiennent-ils en propre?  R.La Bible à Dieu, le Compas an   Maître et 1’Equerre au Compagnon du Métier.    43 D.Avez-vous   des bijoux dans votre Loge ?  R.Oui.    44 D.Combien ?  R.Six. Trois   Mobiles et trois immobiles.    45 D.Quels sont   les bijoux mobiles ?  R.L’équerre,   le niveau et la perpendiculaire.    46 D.Quel est   leur usage ?  R.L’équerre   sert à tracer des lignes exactement à angle droit, le niveau à vérifier   toutes les horizontales et la perpendiculaire à vérifier toutes les   verticales.    47 D.Quels sont   les bijoux immobiles ?  R.La planche à tracer, la pierre brute et la pierre ouvrée.    48 D.Quel est   leur usage ?  R.La planche à   tracer sert au Maître pour y dessiner ses projets, la pierre brute sert aux   compagnons du Métier pour y essayer leurs bijoux et la pierre ouvrée à   l’Apprenti Entré pour y apprendre à travailler.    49 D.Avez-vous   des Lumières dans votre Loge?  R.Oui, trois.    50 D.Que   représentent-elles?  R.Le Soleil, la Lune et le Maître Maçon.

Ces lumières sont trios grandes chandelles placées   sur de hauts chandeliers.

  51 D.Pourquoi   cela ?  R.Le Soleil pour gouverner le Jour, La Lune, la Nuit et le Maître Maçon sa   Loge.    52 D.Avez-vous   des lumières fixes dans votre Loge ?  R.Oui.    53 D.Combien?  R.Trois.    N.B. Ces   lumières fixes sont trois fenêtres, Qu’on suppose (mais ce n’est pas   le toujours le cas) se trouver dans toute salle où une Loge est tenue, mais   plus exactement les quatre points cardinaux conformément aux antiques règles   de la Maçonnerie.     54 D.Comment   sont-elles disposées ?  R.L’Est, au Sud et à l’Ouest.    55 D.Quel est   leur usage ?  R.Eclairer les   hommes lorsqu’ils vont au travail, lorsqu’ils y sont, et lorsqu’ils en   reviennent.    56 D.Pourquoi n’y   a-t-il pas de lumière au Nord?  R.Parce   que le Soleil n’envoie aucun rayon à partir de cette région.    57 D.Où se tient   votre Maître ?  R.A l’Est.    58 D.Pourquoi   cela?  R.Comme le   Soleil se lève à l’est pour ouvrir le jour, de même le Maître se tient à   l’Est (avec la main droite sur le sein gauche, ce qui est un signe et   l’équerre au cou) pour ouvrir la    Loge et mettre ses hommes au travail.    59 D.Où se   tiennent vos Surveil1ants ?  R.A l’Ouest.    60 D.Quel est   leur devoir?  R.Comme le   soleil se couche à l’ouest pour fermer le jour, de même les Surveillants se   tiennent à l’ouest (avec la main droite sur le sein gauche, ce qui est un   signe et le niveau et l’équerre au cou) pour fermier la Loge et renvoyer les hommes   du travail en leur payant leur salaire.    61 D.Où se tient   le plus ancien Apprenti Entré?  R.Au Sud.    62 D.Quel est son   office?  R.Entendre et   recevoir les instructions et accueillir les Frères étrangers.    63 D.Où se tient   le dernier Apprenti entré ?  R.Au Nord.    64 D.Quel est son   devoir?  R.Ecarter les   manœuvres et les indiscrets.    65 D.Si un   manœuvre (ou un écouteur aux portes) est attrapé, comment doit-on le punir?  R.En le   plaçant sous les gouttières des Maisons (lorsqu’il pleut) jusqu’à’ à ce que 1’ eau lui entrant par les   épaules ressorte par les souliers    66 D.Quels sont les secrets d’un Maçon?  R.Des signes,   des attouchements et de nombreux mots.    67 D.Où   conservez-vous ces secrets ?  R.Sous mon   sein gauche.    68 D.Avez-vous   une clé pour ces secrets ?  R.Oui.    69 D.Où la   gardez-vous ?  R.Dans une   boîte en os qui ne peut être ouverte ou fermée qu’avec des clés d’ivoire.    70 D.Pend-elle ou   gît-elle ?  R.Elle pend.    71 D.A quoi   pend-elle ?  R.A un câble   de 9 pouces   ou un empan.    72 D.De quel   métal est-elle ?  R.D’aucun   métal ; mais c’est une langue du bon renom aussi bonne dans le dos d’un Frère   qu’en face de lui.

N.B. La clé est la langue, la boîte en os les dents, le   câble la racine de la bouche(1).

 (1)Le texte   anglais porte également ici roof. II faut vraisemblablement lire encore root.

 73 D.Combien y   a-t-il de principes en Maçonnerie?  R.Quatre.    74 D.Quels   sont-ils?  R.Le point, la   ligne, la surface et le volume.    75 D.Expliquez-les.  R.Le point est   le centre  (à partir duquel le   Maître ne peut s’égarer) la ligne est la longueur sans largeur, la   surface la longueur et la largeur, le volume englobe le tout.    76 D.Combien de   signes principaux ?  R.Quatre.    77 D.Quels   sont-ils?  R.Le Guttural,   le pectoral, le manuel et le pédestre.    78 D.Expliquez-les.  R.Le Guttural,   la gorge; le pectoral, la poitrine; le manuel, la main; le pédestre, le pied.    79 D.Qu’apprenez-vous   comme gentilhomme Maçon?  R.La discrétion, la moralité et la bonne amitié.    80 D.Qu’apprenez-vous   comme Maçon opératif ?  R.A tailler, à   équarrir, à façonner la pierre, à poser un niveau et à dresser une   perpendiculaire.    81 D.Avez-vous vu   votre Maître aujourd’hui ?  R.Oui.    82 D.Comment   était-il vêtu ?  R.D’une veste   jaune et d’une culotte bleue.

N.B. La veste jaune est le compas et la culotte bleue   les pointes d’acier.

 83 D.Pendant   combien de temps servez-vous votre Maître ?  R.Du lundi   matin au samedi soir.    84 D.Comment le   servez-vous ?  R.Avec la   craie, le charbon de bois et la   terrine.    85 D.Que   désignent-i1 ?  R.Liberté, Ferveur et Zèle.    86 Examinateur :D ormez-moi   le signe d‘Apprenti Entré  Répondant:Etendre les   quatre de la main droite et les retirer en travers de la gorge, o’ est le   signe, et il demande l’attouchement,

N.B. L’attouchement se fait en pressant l’extrémité   du pouce de_1a main droite sur la première articulation de1’index de   1a main droite du Frère. Il demande un mot.

 87 D.Donnez-moi   le mot,  R.Je l’épellerai avec vous.    88 Examinateur:BOAZ  R.(N, B.    L’Examinateur dit B, le Répondant   O, l’Ex. A, le Rép. Z, c’est-à-dire BOAZ).    89 D.Donnez-moi   un autre.  R.JACHIN

(N.B. Boaz et Jachin étaient deux colonnes dans le   porche de Salomon.    I Rois chap.   VII, vers. 21)

90 D.Quel âge   avez-vous ?  R.Moins de sept (signifiant qu’il n’est  passé-Maître).    91 D.A quoi sert   le jour?  R.A voir.    92 D.A quoi sert   la nuit ?  R.A entendre.    93 D.Comment   souffle le vent?  R.Plein est et   ouest.    94 D.Quelle heure   est-il?  R.Midi plein

Fin de la partie de   l’Apprenti Entré

                              

 

Le   Grade du Compagnon du Métier.

 

 95 D.Etes-vous   Compagnon du Métier ?   R.Je le suis.      96 D.Pourquoi   avez-vous été fait Compagnon du Métier ?   R.Pour   connaître la lettre G.      97 D.Que signifie   ce G?   R.Géométrie,   ou la cinquième science.      98 D.Avez-vous   jamais voyagé?   R.Oui. A l’est   et à l’ouest.      99 D.Avez-vous   jamais travaillé ?   R.Oui, à la   construction du Temple.      100D.Où avez-vous   reçu votre salaire ?   R.Dans la chambre du milieu.      101D.Comment   êtes-vous parvenu  dans la chambre du   milieu ?   R.Par le   porche.      102D.Lorsque voua êtes passé par le porche, qu’avez-vous vu?   R.Deux grandes   colonnes.      103D.Comment les appelle-t-on?   R.J. B., c’est-à-dire   Jachin et Boaz.      104 D.Quelle est leur hauteur?   R.Dix-huit coudées.      105D.Quelle est   leur circonférence ?   R.Douze   coudées.      106D.De quoi   étaient-elles ornées ?   R.De deux   chapiteaux.      107D.Quelle était   le, hauteur des chapiteaux ?   R.Cinq   coudées.      108D.De quoi   sont-ils ornés ?   R.D’un réseau   et de grenades.      109D.Comment   êtes-vous parvenu dans la chambre du milieu?   R.Par un   escalier double en forme de vis.      110D.De combien ?   R.Sept ou   plus.      111D.Pourquoi   sept ou plus ?   R.Parce que   sept ou plus font une Loge Juste et parfaite.      112D.Lorsque vous   êtes parvenu à la porte de la chambra du milieu, qui avez-vous vu ?   R.Un   surveillant. 113D.Que vous   a-t-il demandé ?   R.Trois   choses,      114D.Lesquelles ?   R.Un signe, un   attouchement et un mot.      

N.B. Le signe se fait en plaçant la main droite sur   le sein gauche, l’attouchement se fait en joignant votre main droite à celle   de la Personne   qui le demande, et en pressant avec 1’extrémité du pouce sur la première   articulation du médium, et  le mot est   Jachin.

 115D.Quelle   hauteur avait la porte de la chambre du milieu?   R.Elle était si grande qu’un manœuvre ne pouvait l’atteindre pour y   piquer une épingle. (gros clou, cheville, broche, axe d’une clé)      116D.Lorsque vous   êtes arrivé dans la chambre du milieu, qu’avez-vous vu?   R.La   ressemblance de la lettre G.      117D.Que signifie   ce G?   R.Quelqu’un   qui est plus grand que vous.      118D.Qui est plus grand que moi, qui suis un Maçon Franc et accepté, le   Maître d’une Loge?   R.Le Grand Architecte et Créateur de l’univers, ou Celui qui fut porté   sur le sommet du pinacle du saint Temple.      119D.Pouvez-vous   répéter la  lettre G?   R.Je vais m’y   efforcer      

            La répétition de la lettre   G.

   Répondant:Au milieu du   Temple de Salomon il y a un G,

 

Lettre pour   tous belle à lire et à voir.

Mais seul un   petit nombre comprend

Ce que   signifie cette lettre G.        Examinateur:Mon ami, ai vous prétendez être

De cette Fraternité

Vous pouvez   dire exactement et sur-le-champ

Ce que   signifie cette lettre G.   Répondant :P ar les   sciences sont amenés à la lumière

Des corps de   diverses sortes,

Qui apparaissent parfaitement à la vue ?

Mais   personne sinon des mâles ne connaîtra ma pensée.        Examinateur:Le Très le   fera.   Répondant:Si   Vénérable.        Examinateur:A la fois   Très et Vénérable je suis De vous saluer j’ai ordre,

Afin que   voue me fassiez savoir sur-le-champ, comment  je puis vous comprendre.      

Répondant :P ar Lettres   quatre et Science cinq

Ce G se tient exactement

En juste art et proportion,

Voua avez votre réponse, Ami.      

N.B. Les quatre lettres sont BOAZ. La cinquième   Science Géométrie

 Examinateur:Mon Ami, vous   répondez bien,

Si les droits et libres principes vous découvrez

Je changerai votre nom d’Ami

Et désormais   tous appelleront frère.   Répondant:Les sciences   sont bien composées

De vers d’une noble venue,

Un point, une ligne et un extérieur ;

Mais un   solide est le dernier.        Examinateur:Que le bon   salut de Dieu soit dans notre heureuse rencontre.   Répondant:Et tous les   Très Vénérables Frères et Compagnons.        Examinateur :D e la Très Vénérable et   Sainte Loge de St Jean.   Répondant :D ’où je   viens.        Examinateur:Vous   saluent, vous saluent, vous saluent trois fois, de tout cœur, vous priant de   faire connaître votre nom.   Répondant:Timothy   Ridicule.        Examinateur:Bienvenue,   Frère, par la Grâce   de Dieu. N.B. La   raison pour laquelle ils se disent de la Saintes Loge de   Saint Jean est qu’il fut le précurseur de Notre Sauveur, et qu’il trace la   première ligne parallèle à l’Evangile (d’autres assurent que notre Sauveur   lui même fut accepté Franc-Maçon lors de son incarnation) mais combien cela   semble ridicule et profane. Je le laisse à la réflexion du lecteur sensé.

 Fin de la partie de   Compagnon du Métier.

      

Le Grade de Maître

 

D.Etes-vous   Maître Maçon?   R.Je le suis ;   examinez-moi, éprouvez-moi, désapprouvez-moi si vous pouvez.       D.Où avez-vous   été passé Maître ?   R.Dans une   Loge parfaite de Maître.        D.Qu’est-ce   qui fait une Loge parfaite de Maîtres ?   R.Trois.        D.Comment   êtes-vous parvenu à être passé Maître ?   R.Avec le secours   de Dieu, l’Equerre et mon propre travail.        D.Comment   avez-vous été passé Maître?   R.De l’Equerre   au Compas.        D.Je présume   que vous avez été Apprenti Entré ?   R.Jachin   et Boaz j’ai vu; Un très bon Maître-Maçon j’ai été fait, Avec le   losange, la Pierre   taillée et l’Equerre.       D.Si un Maître-Maçon vous voulez être    Vous devez comprendre parfaitement la Règle de Trois. Et M.B. (Machbenah) vous rendra   libre : Et ce que vous désirez en Maçonnerie Te sera montré dans cette Loge.  R.Je comprends   la bonne Maçonnerie Les clés de toutes les Loges sont à ma disposition.       D.Vous êtes un   Compagnon héroïque ; d’où venez-vous ?   R.De l’Est.        D.Où   allez-vous ?   R.A l’Ouest.        Examinateur: Qu’allez-vous   faire dans cette direction ?   R.Chercher ce   qui a été perdu et est maintenant retrouvé.        Examinateur Qu’est-ce   qui a été perdu et est maintenant retrouvé ?   R.Le mot de   Maître-Maçon.        Examinateur: Comment   a-t-il été perdu?   R.Par Trois   Grands Coups, ou la Mort   de notre Maître Hiram.        Examinateur: Comment   trouva-t-il la mort?   R.Il était   Maître Maçon lors de la construction du temple de Salomon, et à 12 heures de midi plein, tandis que les hommes étaient partis   se reposer, il vint inspecter les travaux comme il en avait l’habitude.   Lorsqu’il fut entré dans le Temple, trois scélérats, supposés être trois   Compagnons du Métier, se postèrent aux trois entrées du Temple. Lorsqu’il   sortit, l’un lui demanda le Mot de Maître ; et il lui répondit qu’il ne   l’avait pas reçu de cette manière mais que le temps et un peu de patience le   lui ferait obtenir. Mécontent de cette réponse, le scélérat lui porta un coup   qui le fit chanceler. Il alla à l’autre porte où, accosté de la même manière   et donnant la même réponse, il reçut un coup plus fort, et au troisième son coup   de grâce.       Examinateur Avec quoi   les scélérats la tuèrent-ils?   R.Un maillet,   un levier et une masse.        Examinateur Comment se   débarrassèrent-ils de son corps?   R.Ils le   transportèrent hors du Temple par la porte Ouest et le cachèrent sous des   décombres jusqu’à 12 heures   pleines à nouveau.      

Examinateur

Quelle heure   était-ce ?   R.12 heures pleines de la nuit,   tandis que les hommes étaient au repos.        Examinateur Comment se   débarrassèrent-ils de son corps ensuite?   R.Ils le   transportèrent jusqu’en haut d’une colline où ils firent une tombe décente et   l’ensevelirent.       Examinateur Quand   s’aperçut-on de son absence?   R.Le même   jour.        Examinateur Quand fut-il   retrouvé?   R.Quinze jours   plus tard.        Examinateur Qui le   retrouva?   R.Quinze   Frères dévoués, sur l’ordre du Roi Salomon, sortirent par la porte   ouest du Temple et se dispersèrent de droite à gauche, à portée de voix l’un   de l’autre. Ils convinrent que, s’ils ne trouvaient pas le Mot sur lui ou   près de lui, le premier Mot serait le Mot de Maître. Un des Frères, plus las   que les autres, s’assit pour se reposer et, saisissant un arbuste, qui céda   aussitôt, et s’apercevant que le sol avait été défoncé, il appela ses Frères.   En poursuivant leurs recherches, ils le trouvèrent décemment enseveli dans   une belle tombe de 6 pieds   à l’est, 6 pieds   à l’ouest et 6 pieds   perpendiculaires; elle était couverte de mousse et de gazon verts, ce qui les   surprit. Sur quoi, ils s’écrièrent : Nuscus Domus Dei Gratia, ce qui,   selon La Maçonnerie,   veut dire Rendons grâce à dieu, notre Maître a une maison moussue,   Aussi la recouvrirent-ils avec soins, et, comme autre ornement, placèrent une   branche de Cassia à la tête de sa tombe. Puis ils revinrent avertir le   Roi Salomon.       Examinateur Que dit le   Roi Salomon de tout cela ?   R.Il ordonne   de le relever et de l’ensevelir décemment et que 15 compagnons du métier en   gants et tabliers blancs assistent à ses obsèques ( qui doivent être   célébrées parmi les Maçons jusqu’à ce jour ).      Examinateur Comment Hiram   fut-il élevé ?   R.Comme le   sont tous les autres Maçons, lorsqu’ils reçoivent le Mot de Maître.       Examinateur Comment cela   ?   R.Par les cinq   points du Compagnonnage.        Examinateur Quels   sont-ils?   R.Main à Main,   Pied à Pied, Joue à Joue, Genou à Genou, Main dans le dos.      N.B.  Lorsque Hiram fut relevé, ils le prirent   par les index et la peau se détacha, ce qu’on appelle le glissement. Étendre   la main droite et placer le médium sur le poignet, en serrant l’index et   l’annulaire sur les côtés du poignet, cela s’appelle la poignée de main. Le   signe se fait en plaçant le pouce de la main droite sur le sein gauche et en   étendant les doigts.   Examinateu rQuel est le   nom d’un Maître Maçon ?   R.Cassia   est son nom, et je viens d’une Loge juste et parfaite.        Examinateur Hiram   fut-il enterré ?   R.Dans le sanotum   Sanatorum. (1) 

(1) Le Saint des Saints.

  Examinateur Par Où   fut-il amené?   R.Par la porte   ouest du Temple.        Examinateur Quels sont   les bijoux du Maître ?   R.L’arcade, le   dormant et le pavé d’équerre        D.Expliquez-les.   R.L’Arcade est   l’entrée du sanctum sanctorum, le dormant les fenêtres ou les lumières   à l’intérieur, le pavé d’équerre le sol.       Examinateur Donnez-moi   le Mot de Maître.   R.Il le   murmure à l’oreille, et, dans la posture des Cinq Points du Compagnonnage   ci-dessus indiqués, dit Machbenah, ce qui signifie L’Architecte   est  frappé.    N.B. Si   des Maçons sont au travail sur un chantier, et si vous désirez reconnaître   les Maçons Acceptés des autres, prenez un morceau de pierre, et demandez-lui   ce qu’il sent : il répondra immédiatement: ni le cuivre, ni le fer, ni   l’acier, mais le Maçon. Ensuite, si vous lui demandez son  âge, il répondra «au-dessus de sept», ce   qui signifie qu’il est passé Maître.     

Fin de la Partie de   Maître

 

L’AUTEUR SE JUSTIFIE LUI-MÊME EN RAISON DES PRÉJUGES D’UNE PARTIE DE L’HUMANITÉ.

De tous les abus qui sont apparus dans l’humanité, aucun n’est aussi ridicule que le Mystère de la Maçonnerie, qui a diverti le monde et suscité diverses interprétations. Ces soi-disant secrets, (qui sont) sans valeur, ont été, quoique incomplètement, révélés, et l’Article essentiel, c’est-à-dire l’Obligation, a été plusieurs fois imprimée dans les journaux publics, mais il est entièrement authentique dans le Daily  Journal du Samedi 22 août 1730 qui s‘accorde par sa véracité avec ce qui est donné dans cet opuscule. En conséquences, lorsque l’obligation du secret est abrogée, le susdit Secret devient sans effet et doit être entièrement aboli. Car quelques Maçons Opératifs (mais selon la manière polie de s’exprimer, des Maçons Acceptés) rendirent visite, venant de la première et  plus ancienne Loge constituée (selon le Livre des Loges de Londres), dans une Loge réputée de cette ville, où l’entrée leur fut refusée sous le motif que leur vieille Loge s’était transférée dans une autre maison, ce qui, bien qu’en contradiction avec ce grand Mystère, exige une autre constitution, à un prix qui n’est pas inférieur à douze guinées, avec un divertissement élégant, sous le prétexte de servir à des fins charitables, ce qui, si c’est exact, mériterait de grands éloges à une si digne entreprise. Mais on peut en douter et il est plus raisonnable de penser que cela sera dépensé en vue de constituer un autre système de Maçonnerie, l’ancienne structure étant si délabrée que, à moins d’être renforcée par quelque Mystère occulte, elle sera bientôt réduite à néant.

J’ai été amené à publier ce puissant Secret pour le Bien public, à la demande de plusieurs Maçons,  et cela donnera, j’espère, entière satisfaction, et cela aura son effet souhaité en empêchant un si grand nombre de personnes crédules d’être attirées dans une Société aussi pernicieuse.

 

FINIS

LISTE DES LOGES RÉGULIÈRES

PAR ORDRE D’ANCIENNETÉ ET DE CONSTITUTION

 

1.         Les Armes du Roi, dans Saint Paul’s Church Yard. 1er et 3e lundis de chaque mois. Constituée en 1691.

2.         La Rose et le Taureau, contre l’auberge Furnival, Holborn. 1er mercredi. 1712.

3.         La Taverne de la Corne, à Westminster. 3e vendredi.

4.         Le Cygne, Hampstead. 1er et 3e samedis. 17 janv. 1722.

5.         Les Trois Cygnes, dans Poultry. 2ème vendredi. 11 juillet 1721.

6.         Le Café de Tom, dans Clare Street près Clare Market. 2e et 4e mardis. 19 janv. 1722.

7.         La Coupe, dans Queen Street, Cheapside. 2e et 4e jeudis. 28 janv. 1722.

8.         La Taverne du Diable, à Temple Bar. 2e mardi. 25 avril 1722.

9.         Le Tonneau, dans Noble Street. 1er et 3e mercredis. Mai 1722.

10.       Le Lion et le Bouclier, dans Brewer Street. Dernier jeudi. 25 nov. 1722.

11.       La Tête de Reine, dans Knaves Acre. 1er et 3e mercredis. 27 février 1722-3.

12.       Les Trois Tonneaux, dans Swithin’s Alley. Vè mardi. 27 mars 1723.

13.       L’Ancre, dans Dutchy Lane. 2e vendredi et dernier lundi. 28 mars 1723.

14.       La Tête de Reine, dans Great Queenstreet. 1er et 3e lundis. 30 mars 1723.

16.       Le Lion Rouge, dans Tottenham Court Road. 3e lundi. 3 avril 1723.

17.       Le Taureau et la Jarretière, dans Bloomsbury. ler et 3e jeudis. 1723.

18.       La Couronne et le Coussin, à Ludgate Hill. ler mercredi. 5 mai 1723.

19.       Le Dragon vert, à Snow Hill. let et 3e lundis. 1723.

20.       Le Dauphin, dans Tower Street. 3e mercredi. 12juin 1723.

21.       La Tête de Baudet, dans Prince’s Street, Drury Lane. 2e et dernier jeudis.

22.       Le Navire, à Fish Street Hill. 1er vendredi. 11 septembre 1724.

23.       La Demi-Lune, dans Cheapside.1er et 3e mardis. 11 septembre 1723.

24.       La Couronne, hors les murs à Cripplegate. 2e et 4e vendredis.

25.       La Mitre, à Greenwich. Dernier samedi. 24 décembre 1723.

26.       Les Armes du Roi, dans le Strand. 4e mardi. 25 mars 1724.

27.       La Couronne et le Sceptre, dans St Martin’s Lane. 2e et dernier lundis. 27 mars 1734.

28.       La Tête de Reine, dans la ville de Bath. Dernier jeudi.

29.       La Tête de Reine, dans la ville de Norwich.

30.       Le Cygne, dans la ville de Chichester. 3e vendredi.

31.       Le Taureau Fie, dans Northgate Street, Ville de Chester.

32.       Le Château et le Faucon, dans Watergate Street, ville de Chester,

33.       La Tête de Baudet, dans Carmarthen, Galles du Sud.

34.   Les Armes de l’East India, à Gosport dans le Hampshire. 2e jeudi à 3 heures.

35.       L’Ange, à Congleton dans le Cheshire.

36.       Les Trois Tonneaux, dans Wood Street. 1er et 3e jeudis. Juillet 1724.

37.       Le Cygne, à Tottenham High Cross. 2e et 4e samedis. 22janvier 1725.

38.       Le Cygne et la Coupe, dans Finch Lane. 2e et dernier mercredis. Février 1725.

39.       La Tête de St-Paul, dans Ludgate Street. 2e et 4e lundis. Avril 1725.

40.   Le Sarment de Vigne, dans Flolborn. W lundi. 10 mai 1725.

41.   La Têté d’Henry VIII, dans St Andrew Street, près des sept cadrans. 4è lundi.

42.   La Rose, à Mary-la-Bone. W lundi l’hiver et 3e lundi l’été. 25 mai 1725.

43.       Le Cygne, dans Grafton Street, Ste Anne, Soho. W et dernier mercredis. Septembre 1725.

44.       Le Cerf Blanc, hors les murs à Bishopsgate. 1~ mardi. 19janvier 1726.

45.   Le Café Mount, dans Grosvenor Street, près de Hanover Square. 1er mercredi. 12janvier 1727.

46.       Les Trois Couronnes, à Stoke Newington. 1er samedi. 9 août 1727.

47.       La Tête de Roi, à Salford, près de Manchester. 1er lundi.

48.       Le Château, dans Holborn. 2e et dernier mercredis. 31 janvier 1727-8.

49.       Les Trois Fleurs de Lys, dans St Bernard Street, à Marid. ler dimanche.

50.       Le Sac de Coton, dans Warwick. 1er et 3e vendredis. 22 avril 1728.

51.       Le Café de Bishopsgate. 1er et 3e mercredis. 1728.

52.       La Rose et la Couronne, dans Greek Street, à Soho. 1er et 3e vendredis. 1728.

53.       Le Lion Blanc, à Richmond. 1er et 3e samedis à midi.

54.       La Couronne et l’Ancre, dans Shorts Gardens.

55.       La Tête de la Reine Elizabeth, dans Pittfield Street à Hoxton. W 1er et 3è lundis.

56.       La Couronne, dans la Halle aux blés, à Oxford. Chaque jeudi. 8 août 1729.

57.       Les Trois Tonneaux, à Scarsborough. 1er mercredi. 7 août 1729.

58.       Les Trois Tonneaux, à Billingsgate. 2e et 4e jeudis. 22janvier 1730.

59.   Les Armes du Roi, dans Cateton Street. 1er et 3e vendredis. 24janvier 1730.

60.   Ceorge, à Northampton. W samedi. 16janvier 1730.

61.   Prince William, à Charing Cross. 2e et 4e lundis. 26 février 1730.

62.   L’Ours, dans Butcher Row. W et 3e vendredis. 6 mars 1730.

63.   La Colline St Roch, près de Chichester dans le Sussex. Une fois l’an, c’est-à-dire le mardi de la semaine de Pâques. Sous le règne de Jules César.

64.       Le Lion Rouge, dans la ville de Canterbury. 1er et 3e mardis. 3 avril 1730.

65.       Le Café de Dick, dans Gravel Street à Hatton garden. Dernier jeudi. 16 avril 1730.

66.       Les Clous Dorés, à Hamstead. 2e et 4e samedis, 28 avril 1730.

67.       La Tête de Roi, dans Fleet Street. 2e et 4e vendredis. 22 mai 1730.

 

NOTES

 

1.  Catechetical: de catéchèse. Nous nous sommes risqué à traduire par catéchisme car les problèmes de catéchèse sont le fait de clercs, alors que les questions que l’on peut poser ~ un candidat maçon ne peuvent être de catéchèse, mais de catéchisme.

2.         On comprendra que le terme furnitures ne pouvait mieux se traduire que par s meubles ». Étant donné ce que sont ici les meubles, il n’était pas sans intérêt de noua en tenir à ce terme qui possède, entre autres, un sens héraldique.

3.         Rough ashler. Ashler désigne une pierre taillée utilisée pour la face extérieure du mur, ou pierre cubique. (Early Masonic Catechisms p. 241.) Le terme rough suggère qu’il s’agit d’une pierre dure, propre à l’appareil du mur.

4.         Broach’d thurnel. C’est une corruption de broached ornel: une pierre assez tendre travaillée au ciseau ou à la laie (E.M.C., p. 241). Le travail à la laie ne donne pas une pierre polie, c’est pourquoi nous traduisons par le terme de pierre dégrossie

5.         On remarquera les nombreuses erreurs que comportent le signe, l’attouchement et les mots.

6.         Notre traduction est de nature à ne pas dérouter les maçons de langue française. Il convient toutefois de noter qu’en anglais la phrase est: « For the sake of the letter  G. . Cela pourrait se traduire par: Pour l’amour de la lettre G.»  C’est là une traduction extrême mais le caractère polémique de sake devait laisser ce sens présent à l’esprit du maçon de 1730.

7.         Combien? Juste après la question des escaliers, constituait un coq-à-l’âne incompréhensible. C’est pourquoi nous avons ajouté entre crochets un complément explicatif autorisé par la suite du texte.

8.         Where was you pass’d Master? dit le texte anglais. Il ne s’agit pas pour autant de devenir passé maître » mais simplement d’être reçu maître. L’expression est cependant ~ retenir car les ~‘ passed masters » apparaîtront quelques années plus tard dans la Franc-Maçonnerie.

9.         Nous soumettons bien volontiers cette réplique à la discussion des anglicistes: « A Setting Maul, Setting Tool and Setting Beadle.» Beadle est sans doute une altération de beetle (masse). Quant à setting tool, « outil de pose », nous avons cru pouvoir le traduire par « niveau ». On pourrait aussi le traduire par « levier », dans la mesure où le verbe to set signifie « poser» mais aussi « mettre en place».

SOURCE :

Numérisation jvillant@yahoo.fr   http://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.com http://www.lespertuis.fr  

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