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GUENON La Gnose et la Franc-Maçonnerie 24 octobre, 2021

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GUENON La Gnose et la Franc-Maçonnerie

René Guénon

Paru dans La Gnose, mars 1910 (n° 5 1909-1910), sous la signature « T Palingenius »

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« La Gnose, a dit le T∴ Ill∴ F∴ Albert Pike, est l’essence et la moelle de la Franc-maçonnerie. » Ce qu’il faut entendre ici par Gnose, c’est la Connaissance traditionnelle qui constitue le fonds commun de toutes les initiations, et dont les doctrines et les symboles se sont transmis, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, à travers toutes les Fraternités secrètes dont la longue chaîne n’a jamais été interrompue.

 

Toute doctrine ésotérique ne peut se transmettre que par une initiation, et toute initiation comprend nécessairement plusieurs phases successives, auxquelles correspondent autant de grades différents. Ces grades et ces phases peuvent toujours se ramener à trois ; on peut les considérer comme marquant les trois âges de l’initié, ou les trois époques de son éducation, et les caractériser respectivement par ces trois mots : naître, croître, produire.

Voici ce, que dit à ce sujet le F∴ Oswald Wirth : « L’initiation maçonnique a pour but d’éclairer les hommes, afin de leur apprendre à travailler utilement, en pleine conformité avec les finalités mêmes de leur existence.

Or, pour éclairer les hommes, il faut les débarrasser tout d’abord de tout ce qui peut les empêcher de voir la Lumière.

On y parvient en les soumettant à certaines purifications, destinées à éliminer les scories hétérogènes, causes de l’opacité des enveloppes qui servent d’écorces protectrices au noyau spirituel humain.

Dès que celles-ci deviennent limpides, leur transparence parfaite laisse pénétrer les rayons de la Lumière extérieure jusqu’au centre conscient de l’initié. Tout son être, alors, s’en sature progressivement, jusqu’à ce qu’il soit devenu un Illuminé, dans le sens le plus élevé du mot, autrement dit un Adepte, transformé désormais lui-même en un foyer rayonnant de Lumière.

« L’initiation maçonnique comporte ainsi trois phases distinctes, consacrées successivement à la découverte, à l’assimilation et à la propagation de la Lumière.

Ces phases sont représentées par les trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître, qui correspondent à la triple mission des Maçons, consistant à rechercher d’abord, afin de posséder ensuite, et pouvoir finalement répandre la Lumière.

« Le nombre de ces grades est absolu : il ne saurait y en avoir que trois, ni plus ni moins. L’invention des différents systèmes dits de hauts grades ne repose que sur une équivoque, qui a fait confondre les grades initiatiques, strictement limités au nombre de trois, avec les degrés de l’initiation, dont la multiplicité est nécessairement indéfinie.

« Les grades initiatiques correspondent au triple programme poursuivi par l’initiation maçonnique. Ils apportent dans leur ésotérisme une solution aux trois questions de l’énigme du Sphinx : d’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Et ils répondent par là à tout ce qui peut intéresser l’homme. Ils sont immuables dans leurs caractères fondamentaux, et forment dans leur trinité un tout complet, auquel il n’y a rien à ajouter ni à retrancher : l’Apprentissage et le Compagnonnage sont les deux piliers qui supportent la Maîtrise.

« Quant aux degrés de l’initiation, ils permettent à l’initié de pénétrer plus ou moins profondément dans l’ésotérisme de chaque grade ; il en résulte un nombre indéfini de manières différentes d’entrer en possession des trois grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.

On peut n’en posséder que la forme extérieure, la lettre incomprise ; en Maçonnerie, comme partout, il y a, sous ce rapport, beaucoup d’appelés et peu d’élus, car il n’est donné qu’aux initiés véritables de saisir l’esprit intime des grades initiatiques. Chacun n’y parvient pas, du reste, avec le même succès ; on sort à peine, le plus souvent, de l’ignorance ésotérique, sans s’avancer d’une manière décidée vers la Connaissance intégrale, vers la Gnose parfaite.

« Celle-ci, que figure en Maçonnerie la lettre G∴ de l’Étoile Flamboyante, s’applique simultanément au programme de recherches intellectuelles et d’entraînement moral des trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître.

Elle cherche, avec l’Apprentissage, à pénétrer le mystère de l’origine des choses ; avec le Compagnonnage, elle dévoile le secret de la nature de l’homme, et révèle, avec la Maitrise, les arcanes de la destinée future des êtres.

Elle enseigne, en outre, à l’Apprenti à élever jusqu’à leur plus haute puissance les forces qu’il porte en lui-même ; elle montre au Compagnon comment il peut attirer à lui les forces ambiantes, et apprend au Maître à régir en souverain la nature soumise au sceptre de son intelligence.

Il ne faut pas oublier, en cela, que l’initiation maçonnique se rapporte au Grand Art, à l’Art Sacerdotal et Royal des anciens initiés. » (L’Initiation Maçonnique, article publié dans L’Initiation, 4e année, n° 4, janvier 1891.)

L’organisation initiatique, telle qu’elle est ici indiquée dans ses traits essentiels, existait dès l’origine dans le Gnosticisme comme dans toutes les autres formes de Tradition. C’est ce qui explique les liens qui ont toujours uni le Gnosticisme et la Maçonnerie, liens que nous montrerons mieux encore en reproduisant quelques discours maçonniques (déjà publiés autrefois dans La Chaîne d’Union) du F∴ Jules Doinel (Ŧ Valentin), qui fut, en même temps que Patriarche de l’Église Gnostique, membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France.

Sans vouloir traiter ici la question si complexe des origines historiques de la Maçonnerie, nous rappellerons simplement que la Maçonnerie moderne, sous la forme que nous lui connaissons actuellement, est résultée d’une fusion partielle des Rose-Croix, qui avaient conservé la doctrine gnostique depuis le moyen-âge, avec les anciennes corporations de Maçons Constructeurs, dont les outils avaient déjà été employés d’ailleurs comme symboles par les philosophes hermétiques, ainsi qu’on le voit en particulier dans une figure de Basile Valentin. (Voir à ce sujet Le Livre de l’Apprenti, par le F∴ Oswald Wirth, pp. 24 à 29 de la nouvelle édition.)

Mais, en laissant de côté pour le moment le point de vue restreint du Gnosticisme, nous insisterons surtout sur le fait que l’initiation maçonnique, comme d’ailleurs toute initiation, a pour but l’obtention de la Connaissance intégrale, qui est la Gnose au sens véritable du mot. Nous pouvons dire que c’est cette Connaissance même qui, à proprement parler, constitue réellement le secret maçonnique, et c’est pourquoi ce secret est essentiellement incommunicable.

Pour terminer, et afin d’écarter toute équivoque, nous dirons que, pour nous, la Maçonnerie ne peut et ne doit se rattacher à aucune opinion philosophique particulière, qu’elle n’est pas plus spiritualiste que matérialiste, pas plus déiste qu’athée ou panthéiste, dans le sens que l’on donne d’ordinaire à ces diverses dénominations, parce qu’elle doit être purement et simplement la Maçonnerie.

Chacun de ses membres, en entrant dans le Temple, doit se dépouiller de sa personnalité profane, et faire abstraction de tout ce qui est étranger aux principes fondamentaux de la Maçonnerie, principes sur lesquels tous doivent s’unir pour travailler en commun au Grand Œuvre de la Construction universelle.

Source: Hiram Abiff le FM

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Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm 21 juillet, 2021

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Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm

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15 Février 2016 , Rédigé par RAPMM

La Franc-maçonnerie est une institution pluri centenaire, car les premières révélations historiques remontent au XIIIème siècle. Cette association de métier, à l’origine dite opérative…, au caractère corporatiste autant que moral et spirituel, devient, dès le Carrefour de 1723, un « centre d’union » où se retrouvent, en toute fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus… Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-maçonnerie moderne, dite spéculative.., semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des finalités bien différentes, bien qu’elle s’inscrive dans le courant judéo-chrétien. En outre, sa philosophie ne s’exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l’Esprit de chaque Ordre existant Ainsi, les différentes Obédiences françaises couvrent un large spectre, allant du social au spirituel, de l’athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi. Ce n’est que par la suite que l’empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une densité, une stabilité, une impulsion et une prégnance à nulle autre pareille. De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une nuances dans l’Art Royal entrouvre l’accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience. La Franc-maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités propres, qui font d’elle une Maçonnerie peu connue, mais d’une grande richesse à la fois rituelle et historique. Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
Son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie Initiatique.
Sa volonté de donner l’accès à la Connaissance Essentielle par l’alliance de l’intelligence du cœur à celle du mental ;
Sa représentation en tant que gardien des traditions de l’ancienne Egypte, berceau de toute initiation. Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte (comprise comme la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes, kabbalistes, templiers et rosicruciens), propre à libérer l’homme de ses chaînes matérielles, au travers de son évolution spirituel
le. Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens (qui détiennent l’héritage d’une Géométrie d’essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d’émeraude attribués à Hermès Trismégiste), les Néo-platoniciens, les Sabéens de Harrân, les Ismaéliens, les descendants d’Abraham, les Templiers et les Rose Croix. Pour une Obédience spiritualiste comme celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l’occasion d’une régénération spirituelle, d’une réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur le sentier de l’évolution intérieure. Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l’opprimé. C’est là sa grande force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu’il intrigue…

LE RITE DE MISRAÏM

Il faut ici commencer à mi-chemin entre l’histoire et la légende… Peut-être par « il était une fois »…en présentant l’énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres…en tout cas acteur occulte de la Révolution Française pour l’ensemble -, et certainement un être moralement indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n’a pas grand-chose à voir avec l’eau plate. Notre homme, très proche du Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Malte Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques…, fonde en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »… Bien que celui-ci n’ait eu que trois degrés (Apprenti, Compagnon et Maître Egyptien), le Rite de Misraïm semble lui être directement relié. On sait encore mal, aujourd’hui, où Cagliostro fut réellement initié (sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite : selon Gastone Ventura, il reçoit entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite ligne des secrets d’immortalité de l’Ancienne Egypte, afin qu’il les dépose dans un Rite maçonnique d’inspiration magique, kabbalistique et divinatoire. Ce qu’il semble avoir fait en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de Misraïm. Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets, est un écrin idéal pour le joyau qu’il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes, il attire alors de nombreux Adeptes. Il se réclame de plus d’une antique tradition égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant ou « les Egyptiens » ou « Egypte » en hébreu…et possède 90 degrés… Dans l’état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges Franco-italiennes du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu’il a subi douloureusement à la fin du siècle l’occupation autrichienne qui en interdit la pratique. Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans le Rite de Misraïm en 1803, l’introduisent en France à Paris en 1814 et 1815, à l’époque où les Ordres maçonniques sont interdits en Italie. Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot, – membre de la société secrète républicaine des Philadelphes…, ou bien encore Charles Teste, frère cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur qui utilisa la Charbonnerie pour servir la cause de son pré communisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Egaux. Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n’apprécie guère le système des Hauts Degrés, devient un vigoureux opposant au Rite de Misraïm. Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l’affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et de l’inquiétude suscitée par les Carbonari pour dénoncer aux ordres de police, l’Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux « antimonarchiques et antireligieux » prêts pour l’insurrection armée. L’essor de ce nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net. En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous les opposants au régime. Mais déjà il commence à péricliter. Vers 1890, les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes, se retrouvent bientôt dans une seule Loge, la fameuse Loge Arc-en-Ciel… Le Rite de Misraïm reviendra presqu’un siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements pris de ne jamais le ranimer. (cf. les correspondances Robert Ambelain / Gérard Klopp el)

LE RITE DE MEMPHIS

Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques-Etienne Marconis de Nègre en 1838. Pour autant, s’il reprend la mythologie égypto-alchimique du Rire, il la fortifie d’emprunts templiers et chevaleresques…les références à la légende d’Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…Robert Ambelain estime pour sa part, …mais l’information demande encore sa confirmation définitive…que ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d’origine occitane, notamment le Rite Hermétique d’Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains de Bordeaux, et un Rite Gnostique d’origine Egyptienne… Là où Misraïm est le Rite des Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs libertaires…selon ce qu’en disent les documents de police de l’époque Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force, à l’idéal chevaleresque. Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu’en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil… Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis-Philippe pour que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter… Mais c’est plutôt Outre-manche, que le Rite perdure… A partir des années 1850, des Loges anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient. Elles sont restées célèbres pour avoir été essentiellement composées d’ardents républicains ayant fui la France après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. On y retrouve Louis Blanc, Alfred Talandier, Charles Longuet le gendre de Karl Marx, et Joseph Garibaldi membre d’honneur dont nous reparlerons par la suite. En 1871, l’écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés… Ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s’éteignent en 1880, lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l’amnistie. Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en Egypte à partir de 1873, sous l’impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hièrophante… Jusqu’à l’époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les frères de Memphis sont unanimement appréciés et respectés. Le Rite de Memphis s’implante également aux Etats-Unis vers 1856-57, lors du voyage à New-York de Marconis de Nègre… Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

LE RITE DE MEMPHIS – MISRAÏM

Survient en fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes conséquences : le 28 décembre, quatre Maçons menés par Robert Wentworth Little, qui avait crée quatre ans auparavant la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana In Anglia)…invoquent une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême Conseil Général 90ème du Rite de Misraïm », Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la Charte de Pessina en 1881… Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer ses fonctions et mourût peu après en 1882… …La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains Sanctuaires des différents pays, principalement l’Egypte… Finalement, Yarker devient le Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d’Europe seulement, de 1903 à 1913, date de son trépas. La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu’en 1989…

LE RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM en France

Il nous faut maintenant parler d’une autre figure mystérieuse et étrange, agaçante pour certain, fascinante pour d’autre, et dont le profil rappellera Cagliostro : le célèbre Docteur Gérard Encausse, alias Papus. Celui qu’Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d’aventure elle se faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles. On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge Souveraine L’Arc en Ciel avant la fin du siècle, mais on n’en a aucune preuve… En tout cas, en 1901, John Yarker lui délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre I.N.R.I… Une Charte la transformera en « Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906… Ce « Temple de Perfection » ne l’autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés… En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge Symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National Espanol, Rite en sept degrés dérivé du Rite Italien de Memphi-Misraïm de Pessina et contesté par la Maçonnerie régulière. Celle-ci lui permet d’ouvrir une nouvelle Loge Symbolique Humanidad et d’y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais ».Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie», mais ce dernier n’a cependant pas le Statut de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges. Le Rite évoqué est vraisemblablement le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créé avec l’impulsion de John Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C’est donc par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l’intermédiaire de sa Loge Mère Humanidad, pour les trois premiers degrés et de son Chapitre INRI converti au Rite Ancien et Primitif des Hauts-Degrés. Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l’Ordre, en 1919, et cherche à faire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu’elle négligeait un peu pendant les années d’avant-guerre. Il enrichit les Rituels, avec malheureusement un mélange d’apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître l’efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant l’accès à son Ordre Martiniste, à l’Ordre de la Rose Croix Kabbalistique et Gnostique, et à l’Eglise Catholique Gnostique. Quand Jean Bricaud s’éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder. Hélas, la menace de l’holocauste plane bientôt sur le monde. Le Rite, alors en pleine expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie. George Delaive, qui fut l’un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance en France. Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre, meurt en déportation en février 1945. Otto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé, Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Jean Bricaud, est abattu à quelques kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
…Le Rite de Memhis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son attachement à la Liberté. Au sortir de la guerre, c’est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du Rite de Memphis-Misraïm pour la France. H-C Dupont nomme Pierre De Beauvais Grand Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci trop autoritaire, est mal perçu, il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite. Peu avant sa mort, Henri-Charles Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur… Ce dernier a reçu de 1941 à 1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm, il détient également la transmission du Suprême Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand Maître Jean Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des Etats-Unis. Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm. Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences Françaises. Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés, ni les Rites de Memphis-Misraïm d’Italie issus d’une filiation différente… Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grand Maîtrise générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra autant que possible être francophone… En outre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien Accepté » et faciliter ainsi les contacts avec les autres Obédiences. Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge de Grand Maître ad-vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu’au 32ème degré. Quelques mois plus tard, en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif…en 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain Sanctuaire prend son indépendance en 1990 ; une nouvelle fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993. Depuis 1997 est mise en place la structure mixte…

En conclusion…

Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c’est-à-dire qu’il suppose que le Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n’est d’aucun siècle mais qui les traverse tous. Résolument spiritualiste et symbolique, il estime en outre que les Arts traditionnels, Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose., sont essentiels pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de l’Humanité toute entière… En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s’est toujours attaché à défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité… Le courage n’a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu’il s’est agi de protéger l’opprimé contre le puissant…il lui en a coûté, on l’a vu, beaucoup de martyrs… Mais c’est le prix de l’intransigeance morale. Ce Rite a rayonné à chaque période de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu’il a fallu que des âmes fortes témoignent de leur attachement à l’humanisme et à la solidarité, tandis que s’étendait partout la plus sombre obscurité. Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même attachement et le même Amour de la Voûte étoilée et ses Frères humains, fidèle à l’éternelle parole d’Hermès Trismégiste : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Car c’est là, à la croisée des Chemins, entre la contemplation des Cieux et l’engagement pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se révèle et s’épanouit la Lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le cœur du maçon…

Source :

Hauts Grades

Hauts Grades

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Être Franc-Maçon : Qu’entendons-nous par là ? 23 mai, 2021

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Être Franc-Maçon : Qu’entendons-nous par là ? est un article tiré du numéro de décembre 2015 de la revue maçonnique ALPINA de la Grande Loge Suisse Alpina (GLSA)

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Le terme de « fraternité »signifie, pour nous Francs-Maçons, beaucoup. Cette fraternité peut nous enrichir, nous donner des ailes, nous libérer de nos soucis. Mais elle ne nous tombe pas toute cuite dans la bouche. On doit lui donner forme de façon consciente et l’utiliser même pour nous aider à régler des conflits. Suivent maintenant quelques-uns des aspects d’un thème fascinant.

Le peintre hollandais Vincent van Gogh (1853-1890) a écrit : « L’amitié entre frères est un appui solide dans le cours de la vie ». Son frère Théo lui est venu en aide chaque fois que cela lui a été possible, ceci par une aide financière, par des encouragements et de temps à  autre par la vente de tableaux. Sans l’aide de Théo, l’activité de Vincent n’aurait guère été possible. Le Franc-Maçon, quant à lui, vit une forme complémentaire de cette fraternité. Elle se mani­feste chez lui jusque dans le domaine spirituel.

Donner vie à l’impensable

Le ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann et son collègue français Aristide Briand signèrent le 16 octobre 1925 le Traité de Locarno. Une année plus tard, l’Allemagne fut reçue au sein de la Société des Nations. Deux évènements que plus grand des rêveurs n’auraient osé jusqu’ici imaginé. Les deux pays, ennemis acharnés au cours de la Première Guerre mondiale, concluent des contrats entre eux. L’Allemagne refusera doréna­vant toute participation à une agression. Les Anglais évacuent la Rhénanie. Les deux hommes politiques reçoivent le Prix Nobel de la Paix en décembre 1926. Et l’un comme l’autre étaient Francs-Maçons.

Liberté, Égalité, Fraternité, Tolérance et Humanité : ceux qui s’inspirent de ces idéaux sont considérés comme des Don Quichotte.

Stresemann et Briand réalisèrent là quelque chose que d’autres Frères avaient déjà réalisé avant eux: ils réalisèrent l’impensable. Il existe une abondance d’évènements semblables. C’est ainsi que certains épisodes de la Guerre Civile américaine sont devenus légendaires. Des officiers et des hommes de troupe appartenant aux deux camps ont exécuté en commun sur le champ de bataille des Travaux maçonniques. Ils étaient prévenus : si ces faits parve­naient à la connaissance du grand public, ils risquaient d’être traînés devant un tribunal mili­taire et condamnés à la peine capitale devant le peloton d’exécution pour haute trahison. Mais ils poursuivirent malgré tout leur activité condamnable. Ces Frères ignoraient là des interdits profanes – comme ils l’avaient fait au XVIII s. lorsque leurs idéaux heurtaient souvent de front les réalités sociétales.

Vivre conformément aux valeurs

Tous ces hommes mettaient au premier plan les valeurs telles que : liberté, égalité, fraternité, tolérance et humanité. Les individus se conformant à ces principes pouvaient bien sûr être raillés comme tenants des élucubrations de Don Quichotte. Notre monde est dégénéré jusqu’à considérer les relations humaines comme un objet ressortant à l’économie. On connaît avant toute chose le prix d’une chose, mais en aucune façon sa valeur. Cela oblige le franc-maçon à dilapider inutilement beaucoup d’énergie. Mais lorsqu’un homme est un Frère pour d’autres Frères, il peut retrouver cette énergie perdue.

Le Frère se mesure à l’aune des vertus maçonniques. Il se bat au nom de la liberté contre l’oppression et l’exploitation. Il se bat pour l’égalité devant la loi et s’efforce de faire dispa­raître les différences de classe. Sa tolérance se manifeste dans son ouverture à l’égard d’autres opinions que la sienne. L’humanité intègre la dignité de l’homme. Une appréciation judi­cieuse de la valeur d’une chose, d’une action, pourrait conduire à professer un comportement moral pour lequel la bonne intention compte plus que le résultat concret obtenu. Il en découle que, pour le franc-maçon, il est d’autant plus important de se forger une éthique responsable, c’est-à-dire promouvoir le résultat avant tout.

Prendre conscience des traditions

Lorsque l’on étudiait les origines de la Franc-Maçonnerie, il était dans d’usage, dans un passé plus ou moins lointain, d’aller chercher loin dans l’histoire, ainsi par exemple jusque dans l’Égypte ancienne, dans l’histoire de la Chine et dans les Mystères d’Éleusis. Aujourd’hui, comme le dit l’historien et franc-maçon autrichien Helmut Reinhalter, « de nos jours, l’historiographie maçonnique a donné une plus grande importance aux guildes, aux corporations de maçons et de tailleurs de pierre, aux architectes des cathédrales, aux compagnons du voyage, aux chevaliers templiers, aux ordres monastiques, aux académies établies de longue date ainsi qu’aux sociétés éclairées et aux Rose-Croix qui se placèrent sans difficulté au premier rang des spéculations historiques ».Ce sont toutes des communautés dans lesquelles la fraternité est plus marquée ou comprise d’une manière plus étendue.

Partager le mystère

Le Frère vit au centre de trois cercles concentriques: le plus petit, celui situé au centre des deux autres est celui des Travaux, puis celui des Travaux en salle de conférence et le plus ex­térieur celui de la vie profane quotidienne. Mais la fraternité est de rigueur dans l’ensemble des trois ; elle est le lien qui soude l’un à l’autre. La profondeur de ces relations et la discré­tion qui les entoure imposent l’usage du nom de « Frères » plutôt que celui d’«amis ».

Il n’est pas possible de se choisir des liens de parenté. Mais en ce qui concerne un Frère dans le sens maçonnique du terme, chaque individu est libre de se créer un tel lien  ou au contraire de le refuser.

On ne découvrira le noyau ésotérique de la Maçonnerie ni sur Internet ni dans les livres. Il est même douteux que l’on puisse concevoir ce noyau à l’aide de mots. Il est de toute manière protégé par la  loi du silence. Le silence augmente encore la valeur de la chose tue. On connaît ce fait par l’expérience acquise dans les écoles spirituelles des chartreux et des trappistes. Le silence conduit à l’essence des choses. Et un silence pratiqué collectivement peut constituer une expérience aussi intense qu’un échange de paroles.

Être  le protecteur de son Frère

C’est par l’intermédiaire du concept de « frère » que se définissent les membres de nom­breuses cultures ou sous-cultures. C’est ainsi que l’on parle de « frère d’armes » dans les af­faires militaires et de « frère de couleur » dans les sociétés d’étudiants. Des « frères de sang » donneraient leur vie pour secourir leur proche. On ne peut pas décider qu’un individu est son parent. Mais, en ce qui concerne au sens maçonnique du terme, chaque individu peut en déci­der librement.

L’Ancien Testament rapporte qu’après qu’il eut tué son frère Abel, le Seigneur s’adressa à Caïn en ces termes : « Où est ton frère Abel ? » ; Caïn lui répondit : « Je n’en sais rien ; suis-je le gardien de mon frère ». À cette question, le Franc-Maçon aurait répondu « Oui ». Telle aurait dû être sa réponse. Dans la fraternité maçonnique, ce sont également l’estime, l’empathie, l’engagement créés par ce lien qui sont au premier plan et ne peuvent être ignorés. Les Anciens Devoirs l’affirment : « L’Amour fraternel doit s’exercer, cette pierre de fonda­tion et de fermeture de la voûte, le ciment et la réputation de l’ancienne Fraternité ».

Beethoven a incorporé l’idéal d’une fraternité universelle, dépassant toute considération indi­viduelle lorsqu’il affirme dans sa 9ème Symphonie : « Tous les hommes deviendront frères ». Mozart, quant à lui, a placé la même affirmation dans sa Flûte enchantée ». Et Andreas Mi­chaël Ramsay, membre de la Royal Society, évoque en 1737 déjà, devant la Grande Loge Française, »les principes sublimes de la vertu, de la science, de la religion, principes direc­teurs de la Fraternité devant devenir ceux de l’humanité tout entière.

Développer une culture des conflits

Lorsque l’on évoque une fraternité, la prise en considération des conflits s’impose d’elle-même. Ces conflits ne sont pas fondamentalement mauvais en soi. Ils se créent par eux-mêmes et trouvent facilement leur place. Ils ne deviennent nocifs que par leur influence sur nos pensées, nos actes, nos comportements lorsque par exemple on nie ces influences ou lorsque l’on re­cherche la faute chez l’autre, au lieu de se préoccuper de ses propres travers. Les conflits sont la pierre de touche de la fraternité. Oui, ils peuvent mettre en branle la fin de toute chose.

Le philosophe Sénèque a abordé le problème lorsqu’il a déclaré : « Chaque individu doit être son propre ami »

Dans les Anciens Devoirs déjà, le problème est évoqué avec la mise en évidence du dilemme se présentant avec la mise en évidence à des Frères entrainés dans un conflit. Ceci débouche sur un enchaînement partant de la Loge, puis passant par la Réunion des Maîtres en Chaire pour aboutir à l’Assemblée Générale de la Grande Loge. Les Frères doivent dans toute la me­sure du possible éviter de faire intervenir les tribunaux civils. Un conseil fraternel peut per­mettre d’éviter une telle conclusion. Si l’on en arrive malgré tout à un procès, celui-ci doit être conduit « sans rage ni amertume ». Car il s’agit là en définitive de la reprise ou de la poursuite d’un amour fraternel et de bons rapports.

Être un Frère pour soi-même

Le philosophe Sénèque a abordé ce problème en déclarant : « Toute personne doit être son propre ami ». Dans une telle situation, le terme d’«ami » pourrait être remplacé par celui de « frère ». Toutes les exigences énumérées ci-dessus : à savoir réaliser l’impensable jusqu’à la culture du conflit. Le Grade d’Apprenti, auquel nous nous vantons d’appartenir toujours dans notre carrière maçonnique, est lui aussi une incitation à appliquer l’adage « Regarde en toi-même ». Car, en définitive, chaque Frère est responsable de sa «quête» personnelle, sur le chemin de l’individuation. Il est responsable, mais pas seul.

T.M. / Ph.V.

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Le Soufisme 6 mai, 2021

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Le Soufisme dans Recherches & Reflexions quest-religions

Le Soufisme

1 Le Soufisme, qu’est ce que c’est.

2 Soufisme, Mystique , Esotérisme.

soufisme dans Recherches & Reflexions



 

LE SOUFISME, qu’est ce que c’est ?

Le soufisme est le mysticisme de l’Islam. Comme tel, il a la particularité d’exister aussi bien dans l’Islam sunnite que dans l’Islam chiite. Décrire le soufisme est une tâche redoutable. Comme tout mysticisme, il est avant tout une recherche de Dieu et son expression peut prendre des formes très différentes. D’autre part, par ses aspects ésotériques, il présente des pratiques secrètes, des rites d’initiation, eux aussi variables selon les maîtres qui l’enseignent.

Bien que le soufisme se veuille rigoureusement musulman, l’Islam traditionnel, sunnite et chiite, considère le soufisme avec la plus grande méfiance.

En Iran, la grande majorité des mollas y est vivement opposée et dans l’Islam sunnite, la plupart des Ulema sont beaucoup plus intéressés par la lettre du Coran et ses interprétations juridiques que par les spéculations des soufis auxquelles ils trouvent une odeur de soufre. Cette opposition généralisée contribue à la discrétion du soufisme.

En outre le soufisme n’a aucune unité. Chaque maître se constitue une cohorte de disciples attirés par la réputation de son enseignement. Tout au plus, ces maîtres déclarent se rattacher à une  » confrérie « , elle même fondée par un célèbre soufi des siècles passés ; personne ne vérifie une quelconque orthodoxie de l’enseignement donné, du moment qu’il se réfère à l’Islam.

L’importance de cet Islam secret n’en est pas moins remarquable. Historiquement, il a joué un rôle de premier plan dans la naissance des déviations du chiisme que sont l’Ismaëlisme et la religion druze. En littérature, il a profondément inspiré certaines des oeuvres arabo-persanes les plus remarquables comme les Contes des Mille et Une Nuits ou le poème d’amour deLeyla et Majnoun.

C’est cependant par sa spiritualité que le soufisme est le plus original. Dans la conception soufie, l’approche de Dieu s’effectue par degrés. Il faut d’abord respecter la loi du Coran, mais ce n’est qu’un préalable qui ne permet pas de comprendre la nature du monde. Les rites sont inefficaces si l’on ignore leur sens caché. Seule une initiation permet de pénétrer derrière l’apparence des choses. L’homme, par exemple, est un microcosme, c’est-à-dire un monde en réduction, où l’on trouve l’image de l’univers, le macrocosme. Il est donc naturel qu’en approfondissant la connaissance de l’homme, on arrive à une perception du monde qui est déjà une approche de Dieu.

Selon les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel. Le monde créé n’est que le reflet du divin,  » l’univers est l’Ombre de l’Absolu « . percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme. Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu:
 » l’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu « .

Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d’amour et on accède à Lui par l’Amour :  » qui connaît Dieu, L’aime ; qui connaît le monde y renonce « .  » Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour. « 

Ce sont des accents que ne désavoueraient pas les mystiques chrétiens. Il est curieux de noter à cet égard les convergences du soufisme avec d’autres courants philosophiques ou religieux: à son origine, le soufisme a été influencé par la pensée pythagoricienne et par la religion zoroastrienne de la Perse ; l’initiation soufie, qui permet une re-naissance spirituelle, n’est pas sans rappeler le baptême chrétien et l’on pourrait même trouver quelques réminiscences bouddhistes dans la formule soufie  » l’homme est non-existant devant Dieu « .

Même diversité et même imagination dans les techniques spirituelles du soufisme : la recherche de Dieu par le symbolisme passe, chez certains soufis, par la musique ou la danse qui, disent-ils transcende la pensée ; c’est ce que pratiquait Djalal ed din Roumi, dit Mevlana, le fondateur des derviche tourneurs ; chez d’autres soufis, le symbolisme est un exercice intellectuel où l’on spécule, comme le font les Juifs de la Kabbale, sur la valeur chiffrée des lettres ; parfois aussi, c’est par la répétition indéfinie de l’invocation des noms de Dieu que le soufi recherche son union avec Lui.

Le soufisme apporte ainsi à l’Islam une dimension poétique et mystique qu’on chercherait en vain chez les exégètes pointilleux du texte coranique. C’est pourquoi ces derniers, irrités par ce débordement de ferveur, cherchent à marginaliser le soufisme. C’est pourquoi aussi les soufis tiennent tant à leurs pratiques en les faisant remonter au prophète lui-même: Mahomet aurait reçu, en même temps que le Coran, des révélations ésotériques qu’il n’aurait communiquées qu’à certains de ses compagnons. Ainsi les maîtres soufis rattachent-ils tous leur enseignement à une longue chaîne de prédécesseurs qui les authentifie.

Cette légitimité par la référence au prophète n’entraîne cependant pas d’uniformisation du mouvement soufi : les écoles foisonnent et chacune a son style et ses pratiques. Ces écoles sont généralement désignées en français sous le nom de confréries. Avant de procéder à l’étude de quelques unes d’entre elles, il faut toutefois garder à l’esprit que les confréries sont devenues, non pas une institution, mais au moins une manière de vivre l’Islam si généralement admise que toutes sortes de mouvements, mystiques ou non, se parent du titre de confrérie pour exercer leurs activités. Qu’on ne s’étonne donc pas de rencontrer parfois des confréries fort peu mystiques à la spiritualité rudimentaire, bien éloignée des spéculations élevées qui ont fait du soufisme l’une des composantes majeures de la spiritualité universelle.

Michel Malherbes, Les Religions de l’Humanité, pages 192-194 Ed. Critérion


 Pour aller plus loin…

Soufisme, Mystique et Esotérisme.

Comme l’indique Michel Malherbes dans l’article précédent , le Soufisme recouvre des réalités très différentes dans l’Islam. En quelques mots nous voudrions proposer une réflexion pour distinguer  » mystique  » et  » ésotérisme « .

La  » mystique  » au sens propre consiste à vivre le plus possible uni à Dieu. Par exemple Marie de l’incarnation, une religieuse française du XVIIeme qui avait été mariée, mère de famille et veuve , qui avait dirigé une entreprise de transport avant d’entrer chez les sœurs Ursulines, fut envoyée au Canada où elle construisit un collège pour jeunes filles françaises et indiennes. Elle était tout le temps en union à Dieu que ce soit chez le notaire pour signer les actes ou avec les entrepreneurs pour suivre la construction. Et même lorsqu’un hiver le bâtiment prit feu, et qu’on ne pouvait éteindre l’incendie parce qu’il faisait moins vingt degrés et que l’eau était gelée, Marie de l’Incarnation tomba à genoux dans la neige et loua Dieu. Cette façon de tout vivre en union avec Dieu dans la vie quotidienne, que l’on soit religieux ou laïc, c’est la vie mystique. On vit d’une certaine façon caché en Dieu, on est déjà entré dans le mystère sans fin de la vie éternelle, la vie avec Dieu. Le Roi des Belges Beaudouin s’efforçait de vivre de cette façon sa vie publique comme sa vie privée sans que rien ne parut nuire aux devoirs de sa charge ni à son amour d’époux.

Ainsi comprise, la vie mystique est ouverte à tous, il s’agit de laisser Dieu, par amour, vivre en nous. Comme dit saint Paul, ce n’est plus moi qui vit, mais c’est le Christ qui vit en moi. La mystique n’est pas une disparition de la personne qui garde son caractère, son histoire, son génie même, et tout ce qui fait qu’elle est unique et lui permet d’être aimée.

Toutes les religions proposent elles une mystique ? A l’évidence seulement celles qui ont rencontré Dieu comme personne et donateur de vie. Dans ce sens il n’est pas impossible à des Musulmans de vivre la mystique, Soufistes ou non. Il est certain que le Soufisme met l’accent sur cette union à Dieu. Mais est ce toujours dans des conditions dignes de Dieu et de l’homme ? C’est ici qu’il est nécessaire de voir la distinction radicale entre  » mystique  » et  » ésotérisme « . Car l’Esotérisme tourne véritablement le dos à la Mystique. Alors que la mystique est accueil de Dieu, de sa révélation et de son amour, l’ésotérisme prétend donner le pouvoir d’acquérir Dieu, voire de devenir Dieu en franchissant par ses propres efforts des degrés de  » connaissance  » réservés à des  » initiés  » qui se réservent ces pouvoirs.

Il n’est sans doute pas difficile de comprendre que si Dieu existe véritablement il est encore plus  » personne  » que l’Homme. Il a donc aussi une liberté. Et s’il est libre de se donner comment pourrait on mettre la main sur lui par des  » connaissances  » et des  » initiations « . Dieu ne s’atteint que s’il se donne lui même, et si on l’accueille.

L’Esotérisme c’est la volonté de puissance spirituelle par l’accession à des  » secrets  » ou des techniques . Loin de libérer l’homme ces secrets et ces techniques fabriquent un spiritualisme artificiel dans lequel le  » connaissant  » s’enferme. L’illusion de  » connaître  » empêche d’entendre Dieu qui se révèle en parlant à qui est assez humble pour désirer le connaître tel qu’il se dit. Ainsi certains s’enferment dans un théorie numérologique, d’autres dans les différents tiroirs d’une caractériologie déterministe, d’autres encore dans des rubriques d’horoscopes, d’autres dans des techniques de méditation .

Le vrai Dieu c’est celui qui rend libre et qui propose son amitié à tout homme, non à quelques initiés :  » Il s’attache à moi et moi je le rend libre , il m’appelle et moi je lui réponds « (Psaume 91,versets 14 et 15). Ce Dieu là est entré dans l’histoire des hommes par la porte des humbles, en se faisant petit enfant , à Bethléem il y a deux mille ans.

Hervé Marie Catta


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La spiritualité maçonnique ?

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La spiritualité maçonnique ?

Écrit par H.S:.

La spiritualité maçonnique ?

 

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Mes  FF :. et mes SS :.

 

De manière à vous permettre de bien contribuer à la réflexion de ce soir, je vous propose une planche-support en  deux parties.

 

La 1ère partie comprend 3 chapitres :

 

1) Définition sommaire du concept de « spiritualité ».

2) Interférences entre ceux de « spiritualité maçonnique » et d’historicité de l’homme.

3) Le franc-maçon, créateur et acteur de SA spiritualité humaniste.

 

Puis, avant la seconde partie dont je vous préciserai l’articulation plus tard, vous pourrez donc contribuer à enrichir le contenu de cette première partie… bien entendu sous l’autorité et le contrôle de notre V :.M :. .

 
 

1ère partie :

1/Définition sommaire du concept de « spiritualité ».

Ouvrons d’abord des dictionnaires  et interrogeons ensuite un philosophe, André Comte-Sponville… ce qui nous donnera, au travers de trois éclairages différents sinon complémentaires, une idée de la complexité de la question.

 - Littré  dit de la spiritualité que c’est le nom du principe, unique ou multiple, qui, dans toutes les religions est placé au-dessus de la nature.

 - Hatzfeld et Darmesteter, la décrivent comme étant de la nature de l’esprit, en rapport à l’âme, en opposition au temporel.

 - Quant à André Comte-Sponville, il évoque une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Eglise…

 … et de dire, dans son livre « L’esprit de l’athéisme », qu’un athée  « n’a pas moins d’esprit que tout un chacun, donc tout autant de raisons de s’intéresser à la vie spirituelle. . »

  … ainsi que de  préciser :

« La spiritualité, c’est la vie de l’esprit, spécialement dans son rapport à l’infini, à l’absolu, à l’éternité – étant entendu que ce rapport est lui-même nécessairement fini, relatif et temporel.

Ce rapport est-il l’objet d’une pensée conceptuelle ? C’est ce qu’on appelle la métaphysique.

Est-il l’objet d’une expérience ? C’est ce qu’on appelle alors la spiritualité.

La spiritualité et  la métaphysique ont donc le même objet, qui est l’absolu.

Mais la métaphysique est un rapport conceptuel, spéculatif à l’absolu ; la spiritualité est un rapport empirique, pratique, presque expérimental à ce même absolu.

La métaphysique est faite avec des mots qui sont des concepts ; la spiritualité, avec des silences qui sont des sensations.

Il faut donc les deux : la spiritualité sans la métaphysique ne règle aucune question ; la métaphysique sans la spiritualité est intéressante sur le plan de la  réflexion mais elle ne nourrit pas une existence ».

Fin de citation.

2/ Spiritualité et historicité de l’homme.

Existe-t-il une forme de spiritualité particulière à la franc-maçonnerie ? Et si oui, en quoi l’est-elle ?

Autrement dit, est-il possible qu’à un moment donné de son parcours initiatique, un être humain entré en maçonnerie le plus souvent par hasard, se sente porteur d’intuitions spécifiques à sa condition de maçon ?

Et ceci à partir de travaux symboliques en loge dont équerre, compas et autres outils obsolètes ainsi que références à des mythes  initiatiques irrationnels  forment la trame rituellique

Mes FF :. et mes SS :. essayons  de visiter  ensemble ce domaine d’ombres et d’émotions où chacun a à trouver sa part de vraie lumière  – c’est en tous cas ma conviction – en tant que maçons libres dans une loge libre où nous sommes le sujet de notre propre création spirituelle et humaniste

Tout d’abord, l’histoire de l’homme est-elle écrite une fois pour toutes ?  C’est-à-dire finie depuis l’aube des temps ?

Ou alors, n’est-elle que répétitions cycliques d’événements dont la crainte de l’éternel retour nourrit l’angoisse humaine quant aux changements qui pourraient venir interférer dans l’ordre établi ?
Ou bien est-elle, l’œuvre de l’homme… dans la mesure où l’homme est lui-même historique,  c’est-à-dire en capacité, lui-même, de faire l’histoire ?

Tel est donc notre triple questionnement de départ, en arrière-plan duquel figure nécessairement l’initiation maçonnique en tant que vecteur d’historicité mythique et humaniste.

En fait, mes chers FF :. et SS :., mythes et historicité de l’homme participent l’un de l’autre.

Car, rappelons-le, gros d’images fabuleuses, les mythes originels disent et mettent en scène les événements, le temps qui passe, les compagnons de route et ainsi donnent corps aux traditions et aux légendes.

La pensée chemine, interprète, commente, tente de mettre de l’ordre dans ce fatras en cherchant des corrélations et des cohérences entre les traditions religieuses et la pratique des métiers.

Alors, au confluent de la spiritualité et de la matière apparaît la démarche philosophique.

Comme l’a d’ailleurs bien remarqué Voltaire qui dira :

« Tous les arts de la main ont sans doute précédé la métaphysique »

Et puis, à son moment, jaillira des entre chocs entre métier et spiritualité, traditions et légendes, une étincelle, tout aussi mythique : celle de l’initiation maçonnique.

« Ne tentant pas d’expliquer, elle n’est pas philosophie.

Ne tentant pas d’imposer, elle n’est pas dogme »

Et son particularisme, sa praxis, sera d’être un instrument d’intégration, rituellique, de cultures et de pratiques liées au labeur et au sacré, visant à mettre l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toute autre valeur.

Les mythes d’éternel retour et de progrès, foncièrement à la source de toute historicité humaine, interpellent les francs-maçons dans leur quotidien.

En effet, s’il est un domaine où l’angoisse humaine cherche raisons ou consolations, c’est bien celui du rapport de l’homme à l’histoire et au temps. Avec comme choix celui de subir le chaos spirituel et matériel qui leur sont inhérents ou celui de tenter de les organiser.

Et c’est ce qui fonde peut-être l’essence même de la mission initiatique de la loge où, pour paraphraser Phythagore :

« Nul n’y rentre  s’il n’est philosophe mais nul n’y reste s’il n’est que philosophe »

3/ Le franc-maçon créateur et acteur de sa propre spiritualité humaniste.

Soyons concrets et non partisans : utilisons le fruit de  l’enquête d’une revue non maçonnique, le « Monde des religions » de décembre 2006.

Feuilletons le dossier qu’elle consacre à « La quête d’une spiritualité sans Dieu » dans lequel elle procède à l’interview de quelques maçons plus ou moins connus.

Je cite :

- Le F :. Antoine, non croyant, qui indique être devenu maçon pour  « se frotter avec d’autres aux grandes questions animant les hommes depuis toujours, la vie, la mort, le sens de l’existence ».

- Le F :. Pierre Mollier,  bibliothécaire du GODF qui atteste de son côté que « la demande d’un travail sur les symboles, d’une attention aux rituels, d’un questionnement philosophique voire métaphysique, s’affirme dans les loges depuis une vingtaine d’années ».

Et qui ajoute que  « chez nous le rapport au divin est complexe. Tant et si bien que certains au départ agnostiques, finissent avec les années par rencontrer l’Eternel, quand d’autres font le chemin inverse, en trouvant un cadre pour une recherche dégagée de tout lien avec une révélation »

- Le Grand Maître, Jean-Michel Quillardet qui s ‘exprimant sur la « spiritualité laïque » lors d’un colloque organisé par Suprême conseil du rite Ecossais Ancien et Accepté le 18 novembre à Lille, planche sur la « symbolique de la Lumière ».

- Le F :. Bruno Etienne, présenté comme  le leader intellectuel des « spiritualistes » du Grand Orient, qui écrit dans un essai collectif, intitulé « Pour retrouver la parole : le retour des Frères » publié sous la direction de l’ancien Grand Maître Alain Bauer :

« Face au déchaînement du matérialisme, je souhaite l’avènement d’un XXIème siècle spirituel, c’est-à-dire dominé par l’esprit. Réfléchir à cette nouvelle spiritualité est une urgente nécessité pour combler le vide laissé par le déclin des grands récits fondateurs, idéologies et utopies ; pour humaniser enfin une humanité parvenue à mettre son monde en danger de mort. C’est l’une des vocations historiques de la franc-maçonnerie ».

Et qui rappelle : « La franc-maçonnerie est avant tout un ordre initiatique traditionnel fondé sur des mythes et des rites utilisant des symboles, soit un système de signes et de messages qui condensent de fortes sensations cognitives visant la libération de l’Homme par l’initiation ».

- Le F :. Bernard Besret, ancien moine devenu franc-maçon et qui confie :

«  Dès l’adolescence, j’ai été en quête de la philosophie éternelle, ce noyau fondamental pouvant être compris et reconnu en tous lieux,  en tous temps. Pour le trouver et le vivre je suis devenu moine cistercien et même prieur de l’Abbaye de Boquen. Mais je n’ai  pu m’accommoder de certains dogmes chrétiens. Je  suis parti.

Après des années de recherche solitaire, j’ai découvert la franc-maçonnerie, ce lieu où l’on peut avancer dans la recherche de la vérité par la confrontation des points de vue, où l’on reste libre de croire en Dieu et de donner à ce mot le sens  que l’on veut.

Philosophes de leur propre vie, les maçons poursuivent une réflexion qui les mène aux questions essentielles pour toute intelligence humaine face au réel.

Ce faisant, ils jouissent d’une certaine vie intérieure, qui peut sans doute être qualifiée de spirituelle.

Peut-on résumer leur démarche commune comme une  spiritualité sans Dieu ?  Oui, si l’on entend par ce mot le Dieu des représentations religieuses classiques.

Au fond ce mot de Dieu me semble devoir être évité, comme source de trop nombreux malentendus »

Fin de citations.

Mes FF :. et mes SS :., que nous montrent  ces témoignages  si ce n’est que chacun d’entre nous est en recherche de quelque chose qui à la fois nous dépasse et nous bâtit en tant que franc-maçon ?

Au fond que cherchons-nous si ce n’est « l’or du Temps » ?

Un certain nombre d’entre vous m’ont déjà entendu solliciter cette expression à l’occasion de travaux communs.

D’ailleurs, en préparation à cette soirée de réflexion,vous ai-je fais parvenir par mail  le texte d’une chaîne d’union que j’avais composé à partir de textes maçonniques et de citations profanes émanant de philosophes ou chercheurs athées tels que Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Bologne et l’incontournable pape du surréalisme, André Breton.

C’est sur la tombe, un peu abandonnée, d’André Breton, que l’on peut voir une sculpture représentant une singulière Etoile pétrifiée à dix branches, au-dessous de laquelle figure le programme ontologique de l’homme :

Je cherche l’or du Temps

Aussi mes FF :. et mes SS :., avec la permission de notre V :. M :., je voudrais, pour conclure cette première partie de ma contribution, vous emmener faire un petit voyage…

… car, vous le savez, c’est le voyage lui-même qui est initiatique par la somme de découvertes et d ‘interrogations qu’il génère, et non l’objectif à atteindre qui n’est que mirages et frustrations au fur et à mesure que l’on avance.

Aussi, V :. M :., je sollicite le concours du F :. Maître des cérémonies pour me déplacer dans le Temple… autour du pavé mosaïque.

Mes FF :. et mes SS :., je pense qu’un tel  voyage symbolique et initiatique  nous suggère un questionnement directement en rapport avec l’esprit maçonnique de recherche qui nous anime.

En effet, trois colonnettes figurent autour de ce pavé mosaïque et non quatre. Pourquoi ?

Force, Sagesse, Beauté et quoi encore ?

Pourquoi ce quatrième pilier manquant ? Pourquoi ce vide ? Pourquoi ce RIEN plutôt que quelque chose ? Ou, autrement dit :

Pourquoi pas QUELQUE CHOSE plutôt que RIEN ?

Mes FF :. et mes SS :., chacun est libre d’interpréter le sens de l’accroche que représente ce vide et de le remplir en fonction même de la charge émotionnelle qu’on lui prête.

… Et, à laquelle, libre à nous de donner le prolongement esthétique et spirituel qui convient à la singularité de nos perceptions du monde et de ce qui l’habite et l’entoure…

Seconde partie

La spiritualité comporte l’ensemble des données culturelles ainsi que leurs aboutissements mystiques, moraux ou éthiques qui peuvent éventuellement imprégner et orienter l’activité d’un individu pendant toute sa vie.

Mais, pour la plupart des croyants, la spiritualité inclut aussi la foi en une justice divine entraînant félicité ou damnation éternelles dans la survivance d’une âme supposée immortelle et responsable après la mort biologique de l’être.

La question est de savoir si la spiritualité est nécessairement liée à la croyance en une transcendance inaccessible à l’entendement humain ou, si au contraire, indépendante de toute tutelle politique ou religieuse, elle a à s’inscrire dans le champ de la liberté de conscience et de pensée ?

Cette controverse jalonne l’histoire de l’humanité dans un cortège de bains de sang et de cruautés inouïes qui rabaissent l’humain en dessous de la bestialité et démentent toute prétention à la spiritualité.

Finalement, il n’y a qu’une seule manière de faire face sereinement à la précarité de l’existence biologique : c’est de mener sa vie de façon constructive et droite, selon la spiritualité que l’on a adoptée – religieuse ou philosophique – et de laisser les autres humains vivre librement selon leurs cultures et spiritualité diverses.

Pour cela, il, faut éviter de se laisser circonvenir par l’endoctrinement dans une spiritualité impérialiste ou totalitaire.

Ceci conduit donc chacun à s’édifier une spiritualité imprégnée de tolérance humaniste et, par conséquent, une spiritualité laïque qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toute autre valeur.

C’est ce que Protagoras avance par l’intermédiaire de sa formule célèbre :

« L’Homme est la mesure de toutes choses ».

Mes FF :. et mes SS :., pour les sociologues, les différentes formes de démarches initiatiques sont une revivification de la condition humaine au contact du sacré.

L’homme a conscience de la marge d’indétermination que comporte son statut d’être pensant et actif. C’est ce que les anthropologues appellent le numineux, lequel consiste à mettre en rapport ce qui semble contenu dans l’existence humaine avec ce qui paraît la dépasser.

A ce titre, l’utilisation rituellique de procédés (que l’on peut qualifier de freudiens et d’œdipiens) visant à mettre en rapport le monde profane et le monde sacré par l’intermédiaire d’une victime « émissaire » (la catharsis, chère à Aristote) trouve un formidable écho dans la praxis maçonnique.

Car qu’est-ce que l’initiation maçonnique si ce n’est une série d’actions orientées vers une certaine fin et dont l’indicible trouve communication par le jeu des mythes et symboles ?

Mircea Eliade fait remarquer que « le sacré est l’élément essentiel de la condition humaine : l’homme se constitue par rapport au sacré »   .

Ce que complète notre F :. Henri Tort-Nouguès par ce constat :

« Le sacré n’est pas seulement un stade de l’évolution de sa conscience de l’homme mais un élément de sa structure.

On retrouve cette structure sacrale au cœur de l’institution maçonnique à travers la pratique de ses rituels et dans son expression symbolique comme dans sa démarche initiatique.

Cette dimension sacrée de la conscience humaine est essentielle. Son affirmation est nécessaire et indispensable pour assurer la sauvegarde de l’homme lui-même car l’homme d’aujourd’hui comme celui d’hier ne peut vivre dans le désordre et la nuit, dans le chaos et les ténèbres : il a besoin d’ordre et de lumière, matériels et spirituels ».

Mes FF :. et mes SS :. j’ajouterai quant à moi que le franc-maçon est un « cherchant ».

Dès lors il n’échappe pas à la crise de conscience due à son état. Il ne se drape pas  dans une posture purement mystique qui se bornerait  à recevoir ce qui vient à lui ; voie radicalement incompatible avec la voie initiatique.

En fait, ce sont les deux idées-forces de la maçonnerie, Fiat Lux et Ordo ab Chaos  qui forgent son historicité, au sens de  transmission « hiramique »  des valeurs  d’un humanisme militant…

… oui ! humanisme militant ? Mais en tant que rencontre de l’esprit et de la raison dans toute conscience humaine ; car la Lumière ne naît pas des ténèbres mais les chassent, de même que l’ordre ne succède pas au chaos mais l’ordonne.

Il s’agit donc pour le maçon de reconquérir son existence et d’agir au dehors pour contribuer à sauver l’humanité du chaos matériel et spirituel qui l’imbibe et la désoriente à perdre raison.

Cette spiritualité maçonnique s’inscrit en fait dans une praxis où finitude et pérennité du Maître Hiram ne font qu’un.

En effet Hiram ne jouit pas de l’immortalité mythique des dieux antiques ; il n’est pas d’essence christique et par là-même ne dispose pas du véhicule de l’âme en attente de la résurrection.

Il se situe hors du temps et dans une permanence qui allie tout à la fois sa présence et celle des Maîtres maçons transcendés par son exemple, son énergie vitale et son sacrifice.

Il donne sens à la vie qui exprime au travers de lui sa pérennité par l’Amour et la Fraternité.

L’homme étant ainsi non immortel mais constant dans la cohorte des initiés, cette permanence initiatique traverse le temps en tant que Devoir de Conscience.

J’ai dit

H.S:.

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APERÇUS SUR L’ÉSOTÉRISME ISLAMIQUE (ET LE TAOÏSME) 21 mars, 2021

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Par René Guénon.

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APERÇUS SUR L’ÉSOTÉRISME ISLAMIQUE (ET LE TAOÏSME)

Influence de la civilisation islamique en Occident

 

<< La plupart des Européens n’ont pas évalué l’importance de l’apport qu’ils ont reçu de la civilisation islamique, ni compris la nature de leurs emprunts à cette civilisation dans le passé. Certains vont jusqu’à méconnaître totalement tout ce qui s’y rapporte.

Cela vient de ce que l’histoire telle qu’elle leur est enseignée travestit les faits, et a été volontairement altérée sur beaucoup de points. Cet enseignement affiche avec outrance le peu de considération que lui inspire la civilisation islamique. Il en rabaisse le mérite chaque fois que l’occasion s’en présente.

L’enseignement historique dans les Universités d’Europe ne montre pas l’influence dont il s’agit. Au contraire, les vérités qui devraient être dites à ce sujet, qu’il s’agisse de professer ou d’écrire, sont systématiquement écartées, surtout pour les événements les plus importants.

Par exemple, s’il est connu que l’Espagne est restée sous la loi islamique pendant plusieurs siècles, on ne dit jamais qu’il en fut de même d’autres pays, tels que la Sicile et la partie méridionale de la France actuelle. Certains veulent attribuer ce silence des historiens à quelques préjugés religieux.

Mais que dire des historiens actuels dont la plupart sont sans religion, sinon adversaires de toute religion, quand ils viennent confirmer ce que leurs devanciers ont dit de contraire à la vérité ?

Il faut voir là une conséquence de l’orgueil des Occidentaux, un travers qui les empêchent de reconnaître la vérité et l’importance de leurs dettes envers l’Orient.

Le plus étrange en cette occurrence c’est de voir les Européens se considérer comme les héritiers directs de la civilisation hellénistique, alors que la vérité des faits infirme cette prétention. La réalité tirée de l’histoire même établit péremptoirement que la science et la philosophie grecques ont été transmises aux Européens par des intermédiaires musulmans.

En d’autres termes, le patrimoine intellectuel des Hellènes n’est parvenu à l’Occident qu’après avoir été sérieusement étudié par le Proche-Orient, et n’étaient les savants de l’Islam et ses philosophes, les Européens seraient restés dans l’ignorance totale de ces connaissances pendant fort longtemps, si tant est qu’ils soient jamais parvenus à les connaître.

Il convient de faire remarquer que nous parlons ici de l’influence de la civilisation islamique et non spécialement arabe. Car la plupart de ceux qui ont exercé cette influence en Occident n’étaient pas de race arabe et si leur langue était l’arabe, c’était seulement une conséquence de leur adoption de la religion islamique.

Nous pouvons voir une preuve certaine de l’extension de cette même influence en Occident dans l’existence de termes d’origine et de racine arabes beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit généralement, incorporés dans presque toutes les langues européennes et dont l’emploi s’est continué jusqu’à nous, encore que beaucoup parmi les Européens qui s’en servent ignorent totalement leur véritable origine. Comme les mots ne sont autre chose que le véhicule des idées et le moyen d’extériorisation de la pensée, on conçoit qu’il soit extrêmement facile de déduire de ces faits la transmission des idées et des conceptions islamiques elles-mêmes.

En fait, l’influence de la civilisation islamique s’est étendue d’une manière sensible à tous les domaines, science, arts, philosophie, etc. L’Espagne était alors un milieu très important à cet égard et le principal centre de diffusion de cette civilisation. Notre intention n’est pas de traiter en détail chacun des aspects ni de définir l’aire d’extension de la civilisation islamique, mais seulement d’indiquer certains faits que nous considérons comme particulièrement importants, bien que peu nombreux soient à notre époque ceux qui reconnaissent cette importance.

En ce qui concerne les sciences, nous pouvons faire une distinction entre les sciences naturelles et les sciences mathématiques. Pour les premières, nous savons avec certitude que certaines d’entre elles ont été transmises par la civilisation islamique à l’Europe qui les lui emprunta d’une façon complète. La chimie, par exemple, a toujours gardé son nom arabe, nom dont l’origine remonte d’ailleurs à l’Égypte ancienne, et cela bien que le sens premier et profond de cette science soit devenu tout à fait inconnu des modernes et comme perdu pour eux.

Pour prendre un autre exemple, celui de l’astronomie, les mots techniques qui y sont employés dans toutes les langues européennes sont encore pour la plupart d’origine arabe, et les noms de beaucoup des corps célestes n’ont pas cessé d’être les noms arabes employés tels quels par les astronomes de tous les pays. Ceci est dû au fait que les travaux des astronomes grecs de l’antiquité, tels que Ptolémée d’Alexandrie, avaient été connus par des traductions arabes en même temps que ceux de leurs continuateurs musulmans. Il serait d’ailleurs facile de montrer en général que la plupart des connaissances géographiques concernant les contrées les plus éloignées d’Asie ou d’Afrique ont été acquises pendant longtemps par des explorateurs arabes qui ont visité de très nombreuses régions et on pourrait citer beaucoup d’autres faits de ce genre.

Pour ce qui a trait aux inventions qui ne sont que des applications des sciences naturelles, elles ont également suivi la même voie de transmission, c’est-à-dire l’entremise musulmane, et l’histoire de l’« horloge à eau » offerte par le Khalife Haroun-el-Rachid à l’empereur Charlemagne, n’a pas encore disparu des mémoires.

En ce qui concerne les sciences mathématiques, il convient de leur accorder une attention particulière sous ce rapport. Dans ce vaste domaine, ce n’est pas seulement la science grecque qui a été transmise à l’Occident par l’intermédiaire de la civilisation islamique, mais aussi la science hindoue. Les Grecs avaient aussi développé la géométrie, et même la science des nombres, pour eux, était toujours rattachée à la considération de figures géométriques correspondantes. Cette prédominance donnée à la géométrie apparaît clairement, par exemple dans Platon. Il existe cependant une autre partie des mathématiques appartenant à la science des nombres qui n’est pas connue, comme les autres sous une dénomination grecque dans les langues européennes, pour la raison que les anciens grecs l’ont ignorés. Cette science est l’algèbre, dont la source première a été l’Inde et dont l’appellation arabe montre assez comment elle a été transmise à l’Occident.

Un autre fait qu’il est bon de signaler ici malgré sa moindre importance, vient encore corroborer ce que nous avons dit, c’est que les chiffres employés par les Européens sont partout connus comme des chiffres arabes, quoique leur origine première soit en réalité hindoue, car les signes de numération employés originairement par les Arabes n’étaient autres que les lettres de l’alphabet elles-mêmes.

Si maintenant nous quittons l’examen des sciences pour celui des arts, nous remarquons que, en ce qui concerne la littérature et la poésie, bien des idées provenant des écrivains et des poètes musulmans, ont été utilisées dans la littérature européenne et que même certains écrivains occidentaux sont allés jusqu’à l’imitation pure et simple de leurs œuvres.

De même, on peut relever des traces de l’influence islamique en architecture, et cela d’une façon toute particulière au Moyen Âge ; ainsi, la croisée d’ogive dont le caractère s’est affirmé à ce point qu’elle a donné son nom à un style architectural, a incontestablement son origine dans l’architecture islamique, bien que de nombreuses théories fantaisistes aient été inventées pour dissimuler cette vérité.

Ces théories sont contredites par l’existence d’une tradition chez les constructeurs eux-mêmes affirmant constamment la transmission de leurs connaissances à partir du Proche-Orient.

Ces connaissances revêtaient un caractère secret, et donnaient à leur art un sens symbolique ; elles avaient des relations très étroites avec la science des nombres et leur origine première a toujours été rapportée à ceux qui bâtirent le Temple de Salomon.

Quoi qu’il en soit de l’origine lointaine de cette science, il n’est pas possible qu’elle ait été transmise à l’Europe du Moyen Âge par un intermédiaire autre que celui du monde musulman. Il convient de dire à cet égard que ces constructeurs constitués en corporations qui possédaient des rites spéciaux, se considéraient et se désignaient comme étrangers en Occident, fût-ce dans leur pays natal, et que cette dénomination a subsisté jusqu’à nos jours, bien que ces choses soient devenues obscures et ne soient plus connues que par un nombre infime de gens.

Dans ce rapide exposé, il faut mentionner spécialement un autre domaine, celui de la philosophie, où l’influence islamique atteignit au Moyen Âge une importance si considérable qu’aucun des plus acharnés adversaires de l’Orient ne saurait en méconnaître la force.

On peut dire véritablement que l’Europe, à ce moment, ne disposait d’aucun autre moyen pour arriver à la connaissance de la philosophie grecque. Les traductions latines de Platon et d’Aristote, qui étaient utilisées alors, n’avaient pas été faites directement sur les originaux grecs, mais bien sur des traductions arabes antérieures, auxquelles étaient joints des commentaires des philosophes musulmans contemporains, tels qu’Averroès, Avicenne, etc.

La philosophie d’alors, connue sous le nom de scolastique, est généralement distinguée en musulmane, juive et chrétienne. Mais c’est la musulmane qui est à la source des deux autres et plus particulièrement de la philosophie juive, qui a fleuri en Espagne et dont le véhicule était la langue arabe, comme on peut le constater par des œuvres aussi importante que celles de Moussa-ibn-Maimoun qui a inspiré la philosophie juive postérieure de plusieurs siècles jusqu’à celle de Spinoza, où certaines de ses idées sont encore très reconnaissables.

Mais il n’est pas nécessaire de continuer l’énumération de faits que tous ceux qui ont quelque notion de l’histoire de la pensée connaissent. Il est préférable d’étudier pour terminer d’autres faits d’un ordre tout différent, totalement ignorés de la plupart des modernes qui, particulièrement en Europe, n’en ont pas même la plus légère idée ; alors qu’à notre point de vue ces choses présentent un intérêt beaucoup plus considérable que toutes les connaissances extérieures de la science et de la philosophie.

Nous voulons parler de l’ésotérisme avec tout ce qui s’y rattache et en découle en fait de connaissance dérivée, constituant des sciences totalement différentes de celles qui sont connues des modernes.

En réalité, l’Europe n’a de nos jours rien qui puisse rappeler ces sciences, bien plus, l’Occident ignore tout des connaissances véritables telles que l’ésotérisme et ses analogues, alors qu’au Moyen Âge il en était tout autrement ; et, en ce domaine aussi, l’influence islamique à cette époque apparaît de la façon la plus lumineuse et la plus évidente. Il est d’ailleurs très facile d’en relever les traces dans des œuvres aux sens multiples et dont le but réel était tout autre que littéraire.

Certains Européens ont eux-mêmes commencé à découvrir quelque chose de ce genre notamment par l’étude qu’ils ont faites des poèmes de Dante, mais sans arriver toutefois à la compréhension parfaite de leur véritable nature.

Il y a quelques années, un orientaliste espagnol, Don Miguel Asin Palacios, a écrit un ouvrage sur les influences musulmanes dans l’œuvre de Dante et a démontré que bien des symboles et des expressions employées par le poète, l’avaient été avant lui par des ésotéristes musulmans et en particulier par Sidi Mohyiddin-ibn-Arabi. Malheureusement, les remarques de cet érudit n’ont pas montré l’importance des symboles mis en œuvre.

Un écrivain italien, mort récemment, Luigi Valli, a étudié un peu plus profondément l’œuvre de Dante et a conclu qu’il n’a pas été seul à employer les procédés symboliques utilisés dans la poésie ésotérique persane et arabe ; au pays de Dante et parmi ses contemporains, tous ces poètes étaient membres d’une organisation à caractère secret appelée « Fidèles d’Amour » dont Dante lui-même était l’un des chefs.

Mais lorsque Luigi Valli a essayé de pénétrer le sens de leur « langage secret », il lui a été impossible à lui aussi de reconnaître le véritable caractère de cette organisation ou des autres de même nature constituées en Europe au Moyen Âge (voir René Guénon. L’Ésotérisme de Dante).

La vérité est que certaines personnalités inconnues se trouvaient derrière ces associations et les inspiraient ; elles étaient connues sous différents noms, dont le plus important était celui de « Frères de la Rose-Croix ».

Ceux-ci ne possédaient point d’ailleurs de règles écrites et ne constituaient point une société, ils n’avaient point non plus de réunions déterminées, et tout ce qu’on peut en dire est qu’ils avaient atteint un certain état spirituel qui nous autorise à les appeler « soufis » européens, ou tout au moins muta-çawwufîn parvenus à un haut degré dans cette hiérarchie.

On dit aussi que ces « Frères de la Rose-Croix » qui se servaient comme « couverture » de ces corporations de constructeurs dont nous avons parlé, enseignaient l’alchimie et d’autres sciences identiques à celles qui étaient alors en pleine floraison dans le monde de l’Islam.

À la vérité, ils formaient un anneau de la chaîne qui reliait l’Orient à l’Occident et établissaient un contact permanent avec les soufis musulmans, contact symbolisé par les voyages attribués à leur fondateur légendaire.

Mais tous ces faits ne sont pas venus à la connaissance de l’histoire ordinaire qui ne pousse pas ses investigations plus loin que l’apparence des faits, alors que c’est là, peut-on dire, que se trouve la véritable clé qui permettrait la solution de tant d’énigmes qui autrement resteraient toujours obscures et indéchiffrables. >>

Nasreddine

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Hommage à Robert Amadou

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Hommage à Robert Amadou

Hommage à Robert Amadou dans Silhouette RA3

A Catherine, très affectueusement

Mon frère, mon ami, mon vieux maître s’est endormi, mardi 14 mars 2006, dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, commencée voilà 82 ans.  » L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre  » dit le Philosophe inconnu, que Robert Amadou, son vieil ami, a rejoint dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins.

Ce serait trop peu, assurément, que de dire que l’occultisme, le martinisme, la gnose, la théosophie, en un mot la Tradition de l’Occident-Orient doivent beaucoup à Robert Amadou. Au vrai,  » nous lui sommes tous redevables. Honte à qui s’en dédie ! « . Ainsi s’ouvrait, à l’endroit de Papus, la préface de Robert au livre que le Dr Philippe Encausse a consacré jadis à son père, Papus, le  » Balzac de l’occultisme « . Cette sentence, je l’adopte à mon tour, s’agissant de Robert et de son œuvre immense, fruit de plus de soixante ans d’un travail sans relâche, dont le présent hommage, aussi modeste et imparfait soit-il, s’efforcera d’abord de donner quelques lignes majeures.
L’immense tache, le premier service de Robert Amadou – et de quelques très rares compagnons de route – aura été, au sortir de la guerre, de restituer l’occulte à la culture. Les résistances – rappelait-il en 1987 – furent très vives, à commencer par les instituteurs de l’immuable Sorbonne où il traita pourtant de la Contemplation selon Aristote. Dans cette académie rabâcheuse et hostile, deux exceptions, disait-il : Marcel Jousse, à l’Ecole pratique des hautes études, et Paul Valéry, au Collège de France. Paul Valéry… Un souvenir me vient : nous sommes, Robert, Catherine et quelques intimes, en septembre 1987, quelque part au bord de la Méditerranée, dont Robert disait qu’elle était la seule mer. Au loin des voilures albâtres se distinguent des flots. Robert, les yeux fixés sur l’horizon, cite des vers de Paul Valéry…
Ce fut grâce à Paul le Cour que Robert Amadou entra dans la carrière. L’homme d’Atlantis, en qui il voyait du prophète, lui fit connaître ce « grand méconnu, l’abbé Paul Lacuria, le ‘Pythagore français’ », qui fut sous ce titre le sujet de sa première conférence, le 7 mars 1943. Le conférencier en herbe n’avait que dix-neuf ans, mais Lacuria ne l’a jamais quitté, dont il a publié bien des années plus tard la  » Défense des Harmonies de l’être « , qui compose, avec d’autres carnets inédits, Lacuria, sage de Dieu (Awac, 1981). La même année, Robert donnera à l’enseigne d’Atlantis (1981) un copieux dossier sur « L’abbé Lacuria et les harmonies de l’être ».
En 1950, Robert Amadou produit l’Occultisme, esquisse d’un monde vivant (Julliard, 1950 ; nouv. éd., Chanteloup, 1987), qui marque un coup d’essai qui n’en est pas moins un coup de maître. Salué par la critique, l’ouvrage deviendra classique, tandis que l’auteur publiait la même année, en collaboration avec Robert Kanters, une très précieuse Anthologie littéraire de l’occultisme (Julliard, 1950 ; nouv. éd., 1975). Le mouvement était lancé : les livres allaient s’enchaîner avec régularité, sur tous les fronts. Je cite pour mémoire : Eloge de la lâcheté (Julliard, 1951) ; Albert Schweitzer, éléments de biographie et de bibliographie (L’Arche, 1952) ; Recherches sur la doctrine des théosophes (Le Cercle du Livre, 1952) ; La poudre de sympathie (Gérard Nizet, 1953) ; La science et le paranormal (I.M.I, 1955) ; Les grands médiums (Denoël, 1957) ; La télépathie (Grasset, 1958)… Du lot, tirons au moins, en 1954, son essai historique et critique sur La Parapsychologie, devenu classique lui aussi, qui marquait alors le renouveau de la vieille métapsychique.
En 1955, Robert lance la revue La Tour Saint-Jacques, qui devient aussitôt incontournable. Elle a pour devise :  » rien de ce qui est étrange ne nous est étranger « , et rassemble les meilleures plumes du moment : René Alleau, Robert Ambelain, André Barbault, Armand Beyer, Eugène Canseliet, Marie-Madeleine Davy, Mircea Eliade, Philippe Encausse, Robert Kanters, Serge Hutin, Alice Joly, Louis Massignon, Pierre Mariel, René Nelli, Jean Richer, François Secret, Pierre Victor (Pierre Barrucand)… J’en oublie beaucoup. Mais comment oublierais-je le cher Jacques Bergier, « amateur d’insolite et scribe de miracles » qui y rapportait les « nouvelles de nulle part et d’ailleurs », et dont Robert m’aidait jadis à perpétuer la mémoire ? La revue La Tour Saint-Jacques se double alors d’une collection d’ouvrages. On y aborde avec rigueur, méthode et amour, les grands anciens et les recherches contemporaines, et aussi l’illuminisme, et Saint-Martin, et Huysmans, et tant d’autres ! et les sciences traditionnelles et leur histoire : magie, astrologie…
Si Robert Amadou n’a jamais pratiqué l’alchimie, il a étudié Raymond Lulle et l’alchimie (Le Cercle du Livre, 1953), s’est intéressé à  » l’Affaire Fulcanelli  » et s’entretint notamment avec Eugène Canseliet dans Le Feu du Soleil (Pauvert, 1978).
En revanche, l’astrologie fut pour lui une compagne constante. Né à Bois-Colombes, le 16 février 1924, à 2 heures du matin, sous le signe du Verseau et l’ascendant Sagittaire, Robert avait découvert l’astrologie à 14 ans, avec le petit livre de René Trintzius, Je lis dans les astres ; il commença à la pratiquer avec les éphémérides de Choisnard, offertes par sa tante, et il n’a pas cessé, pendant près de 70 ans, à toutes fins utiles, y compris, disait-il, les plus quotidiennes et les plus hautes, parce que l’astrologie touche à tout, et que l’on touche à tout par l’astrologie. L’authentique astrologie révèle Sophia et s’offre comme un moyen de connaître Dieu ; elle est, par vocation, sagesse, et Robert était un ami de Dieu et de sa Sagesse. En théorie et en pratique, il a suivi au plus juste la tradition, en particulier Plotin, Ptolémée et Paracelse, sans négliger les modernes, de Robert Ambelain à Armand et André Barbault, tout en vilipendant la prétention à une astrologie scientifique. Nombreuses ont été ses publications en l’espèce, depuis le numéro spécial de La Tour Saint-Jacques, en 1956, jusqu’au magistral Question De sur les astrologies, en 1985. Il a également remis au jour Les Monomères. Symbolisme traditionnel des degrés du zodiaque (Cariscript, 1985), a étudié La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique (Albatros, 1979) en rapport avec l’Ere du Verseau chère à Paul Le Cour. Chez les anciens, il s’est intéressé à L’astrologie de Nostradamus, qu’il a contribué à éclairer, par exemple lors d’un colloque, à Salon de Provence, en 1985, et à travers un dossier de près de 500 pages (diffusion ARCC, 1987/1992) – qui le connaît ? – ou encore aux côtés des Amis de Michel Nostradamus fondés par Michel Chomarat, en 1983.
En dehors de l’astrologie, mais au cœur de la Tradition occidentale, combien d’autres grands anciens a-t-il contribué à remettre et même à mettre en lumière ? Il a étudié Franz Anton Mesmer et son magnétisme animal (Payot, 1971). De Balsamo-Cagliostro, il a présenté au congrès international de San Leo, en juin 1991, Le rituel de la maçonnerie égyptienne (SEPP, 1996). J’entends du Joseph Balsamo du XVIIIe siècle, car il y en a un autre – à moins que … – qui manifeste les mêmes prétentions et se comporte de la même manière, dont Robert Amadou a retrouvé la trace, à Toulouse, en… 1644.
De Fabre d’Olivet, il a publié partiellement, après l’avoir retrouvé en 1978, le manuscrit inédit de La Théodoxie universelle qui prolonge La Langue hébraïque restituée du même auteur. Ce maître d’ésotérisme, que Robert vénérait à ce titre depuis l’adolescence, trouve l’aboutissement de son œuvre majeure dans les écrits de Saint-Yves d’Alveydre, dont il a exhumé à la bibliothèque de la Sorbonne le fonds que Philippe Encausse y avait déposé. La pensée de Saint-Yves trouve sa perfection dans l’œuvre du Dr Auguste-Edouard Chauvet, dont le service n’avait cessé de l’instruire parce qu’il avait été son maître et n’a jamais cessé de l’être. A Chauvet et à son Esotérisme de la Genèse, Robert Amadou a consacré des séminaires, notamment à Ergonia, en 1981, après une soirée d’études et d’hommage, au centre l’Homme et la connaissance, en 1978, où il tint à associer Chauvet à son fils spirituel, l’abbé Eugène Bertaud, dit Jean Saïridès, dont Robert fut l’ami. Sur Chauvet, sa vie, son œuvre, il avait résolu de composer un ouvrage conséquent qui n’a pas vu le jour. Mais il en tira la matière d’une plaquette De la langue hébraïque restituée à l’Esotérisme de la Genèse (Cariscript, 1987). Dans l’entourage de Chauvet s’était constituée aussi une société chrétienne d’initiation : l’Ordre du Saint Graal qu’avait formé un autre Chauvet, prénommé James, et le Dr Octave Béliard (1876-1951), et Robert a édité La Queste du Saint Graal (Cariscript, 1987).
Quant aux sociétés secrètes, qui ont fait l’objet de ses entretiens avec Pierre Barrucand (Pierre Horay, 1978), Robert en connaissait les bienfaits en même temps que les limites et les travers. Mais il aimait désigner les plus dignes du mot du bon pasteur Pierre de Joux – dont il a tiré de l’oubli Ce que c’est que la franche maçonnerie (Cariscript, 1988) – comme  » sociétés succursales  » de l’Eglise intérieure, à commencer par l’Ordre martiniste et la franc-maçonnerie.
A la franc-maçonnerie, Robert Amadou a consacré un doctorat en ethnologie, en 1984 : « Recherches sur l’histoire et réflexions sur la doctrine d’une société initiatique en Occident moderne ». Entre maintes autres études, relevons au moins sa Tradition maçonnique (Cariscript, 1986), sa collaboration au Dictionnaire [universel] de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (1974 ; nouv. éd. à paraître en 2006), et, plus récemment, sa contribution à l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie d’Eric Saunier (Librairie générale française, 2000). Sans omettre sa participation à tant de revues d’érudition, à commencer par Le Symbolisme et à finir par notre chère Renaissance traditionnelle, de « René Désaguliers, Maçon de l’universalité », de Roger Dachez et de Pierre Mollier, amis fraternels, pour laquelle il préparait encore tant d’articles attendus et même un numéro spécial sur Saint-Martin.
Mais c’est au régime écossais rectifié, avant tout, qu’allaient les élans du cœur de Robert Amadou qui en a notamment réédité les Archives secrètes de Steel et Maret (Slatkine, 1985) et mis en lumière les arcanes du saint ordre. De Jean-Baptiste Willermoz, fondateur et patriarche de ce régime sans pareil, il a inventé le fonds L. A., publié maint texte d’instruction et dressé le plus attachant des portraits : « honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste ».
J’ai cité pêle-mêle ou presque les grands anciens dont Robert Amadou vénérait la mémoire, et dont il a défendu la cause dans Illuminisme et contre-illuminisme au XVIIIe siècle (Cariscript, 1989). Deux noms au moins manquent à cette liste. Et quels noms ! Qui, ici, ne les connaît ? Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, a marqué à jamais la vie, l’œuvre, la pensée et le cœur de Robert Amadou, depuis le jour où il découvrit dans la librairie Chacornac, en 1941 ou 1942, le numéro d’Atlantis qui lui était consacré. Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme (Le Griffon d’Or, 1946) inaugura l’interminable liste des publications savantes et amoureuses – parce que la connaissance et l’amour sont les deux piliers de la gnose – qu’il a consacrées, pendant 60 ans, à son vieil ami le théosophe d’Amboise, dans l’amitié de Dieu.
A son livret de 1946 qu’il n’a jamais réédité, trois autres livrets se sont substitués, qui sont complémentaires : Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (Renaissance traditionnelle, 1978), « Martinisme » (1979, 1993) et « Sédir, levez-vous ». La théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin (Cariscript, 1991). Il faut y ajouter « Louis-Claude de Saint-Martin, le théosophe méconnu », publié ici-même de 1975 à 1981.
 
« Servi par un instinct divinatoire exceptionnel et le génie de la découverte », comme l’a fort bien écrit Eugène Susini, Robert Amadou est parti très jeune en chasse des inédits du Philosophe inconnu. Et il en a trouvé beaucoup ! Aux Cinq textes inédits qui inaugurent, en 1959, sa carrière d’inventeur sans pareil, succèdent le Portrait historique et philosophique (Julliard, 1961), la Conférence avec M. le chev. de Boufflers (1961), les Pensées mythologiques (1961), le Cahier des langues (1961), les Fragments de Grenoble (1962), les Pensées sur l’Ecriture sainte (1963-1965), les Etincelles politiques (1965-1966), le Cahier de métaphysique (1966-1968), le Carnet d’un jeune élu cohen / Le livre rouge (1968/1984), les Lettres aux Du Bourg (1977), Les nombres (1983), Mon livre vert (1991), le Traité des Formes (2001-2002), les Pensées sur les sciences naturelles… En 1978, l’invention du fonds Z lui avait offert la perle tant recherchée : les papiers personnels de Saint-Martin parmi les plus précieux, passés après la mort du Philosophe inconnu entre les mains de Joseph Gilbert. Quoi d’étonnant au fond !
Parallèlement, Robert Amadou tirait un à un de l’oubli les imprimés de Saint-Martin : Le Crocodile (Triades, 1962 ; 2e éd., 1979), l’Homme de désir (U.G.E., Bibliothèque 10/18, 1973), les Dix prières (L’Initiation, 1968, puis Cariscript, 1987), et il rééditait les « œuvres majeures », sous la marque du prestigieux éditeur allemand Georg Olms, avec des introductions qui sont de purs chefs-d’œuvre. En 1986, lors d’un colloque qui marqua à Tours la Présence de Louis-Claude de Saint-Martin (Société ligérienne de philosophie, 1986) Robert Amadou défendit « Saint-Martin, fou à délier ». Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ont fait l’objet de son doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines, soutenu à Paris X, en 1972, avec la mention « très honorable ». Soutenance que Combat qualifia à juste titre de « gnostique » !
 
Par charité, Robert Amadou avait également rassemblé à l’intention des hommes du torrent de très précieuses Maximes et pensées de Saint-Martin (André Silvaire, 1963 ; éd augm., 1978). Mais quels services ne sont-elles pas capable de rendre aussi aux hommes de désir ? Eugène Susini disait de Robert Amadou qu’il savait tout du Philosophe inconnu. Il avait raison.
Pour le bonheur de tous les martinistes, L’Initiation de Philippe Encausse eut la plus grande part de ses articles sur Saint-Martin. D’autres sont à redécouvrir dans les revues qu’il a fondées : La Tour Saint-Jacques, Les Cahiers de l’homme-esprit, le Bulletin martiniste. Ce dernier, Robert Amadou le porta aux côtés d’Antoine Abi Acar, directeur des chères Editions Cariscript, où il dirigeait tant de collections merveilleuses, à commencer par les  » Documents martinistes  » où il me fit entrer, en 1986. Dans la boutique et l’arrière-boutique de Cariscript, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, où me ramènent aujourd’hui tant de souvenirs, l’on discutait de théologie et d’ésotérisme, d’astrologie et de théurgie autour du café préparé par Antoine. Que de projets ont mûri là ! Au nombre de ceux-ci, le Bulletin martiniste devait se réincarner en Gnostica, qui n’a pas vu le jour. Mais en 1991, de l’enthousiasme de quelques apprentis gnostiques, naissait l’Esprit des choses, organe du Centre international d’études et de recherches martinistes (CIREM), dirigé par Rémi Boyer, sous la présidence de Robert – qui y donna de nombreux inédits de Saint-Martin – puis dans l’autonomie. Robert m’engageait aussi à écrire un cours de martinisme diffusé dans le cadre de l’Institut Eléazar, dont il avait accepté dès 1990 la présidence d’honneur, et où il n’a pas cessé de m’assister, dans une parfaite communion spirituelle.
Mais impossible de comprendre Saint-Martin sans avoir abordé l’œuvre de son premier maître, Martines de Pasqually, le théurge inconnu, dont Robert Amadou a détaillé ici-même, pour la première fois, la doctrine dans une « Introduction à Martines de Pasqually », texte sans précédent et sans second. Il en a aussi publié deux éditions différentes du Traité de (ou sur) la réintégration (Robert Dumas, 1974 ; Diffusion rosicrucienne, 1995) et publié et commentés maints documents, tant maçonniques que théurgiques, de l’Ordre des élus coëns. Dernier chef-d’œuvre en date, conçu en collaboration avec Catherine Amadou : Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réunissent les leçons de trois élèves du maître : Saint-Martin, Du Roy d’Hauterive, Willermoz.
 
Son dernier livre consacré à la correspondance de Saint-Martin avec Kirchberger, n’aura pas vu le jour de son vivant, mais Catherine conduira le chantier à son terme. Quant à nos entretiens annoncés chez Dervy, dont nous avions pourtant ébauché le plan, il n’a pas été possible de les réaliser. Combien d’autres ouvrages annoncés et attendus comme des trésors de science et d’érudition, sont eux-mêmes restés en plan ou en chantier ? Dieu aidant, Catherine, qui fut constante à l’œuvre à ses côtés, compétente, dévouée, efficace, poursuivra, n’en doutons pas, la tâche à laquelle Robert l’a préparée.
Robert Amadou n’a pas cessé de chercher la vérité, par exemple dans l’histoire et dans la Tradition. Lisez ou relisez son Occident, Orient. Parcours d’une tradition (Cariscript, 1987). Dès ses premières lettres, en 1982, il m’exhortait à me lever de bonne heure et me donnait la clef : érudition ! Robert avait tout lu, tout étudié de nos objets, et son œuvre témoigne d’une érudition inégalée dans la seconde moitié du XXe siècle dont il fut et restera le plus sûr et peut-être le plus grand historien de l’occultisme, ne serait-ce que par l’ampleur de son champ d’investigation.
Entre toutes, trois bibliothèques étaient particulièrement chères à son cœur : Sainte-Geneviève d’abord, où il s’était plongé dès l’adolescence dans l’astrologie et la kabbale – il m’y conduisit dès le lendemain de notre première rencontre – ; la vieille B.N. ensuite, où pendant vingt ans il avait occupé tous les jours (sauf quelques pèlerinages loin de Paris) la place 191 ; notre chère BML enfin, dont il inventoria les fonds Bricaud et Papus, qu’il exploita conjointement avec le fonds Willermoz, notamment.
Papus ! Le vulgarisateur de l’occultisme était cher au cœur du plus érudit des occultistes, et avec lui combien de ses compagnons de la hiérophanie, selon l’expression classique de Michelet, et combien de ses épigones ? De Papus comme de Jean Bricaud, il a classé les archives à notre chère Bibliothèque municipale de Lyon, dont il tira tant d’informations et de publications (que nous remémore « L’Occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon » (éd. augm. in Lyon carrefour européen de la franc-maçonnerie, 2003). Dans le cœur de Robert Amadou, impossible de dissocier Papus de son fils, le Dr Philippe Encausse, dont il a réhabilité la mémoire quand des instituteurs patentés l’ont injuriée (A deux amis de Dieu : Papus & Philippe Encausse. Hommage de réparation, CIREM, 1995). Du legs Philippe Encausse à la BML, Robert m’offrit d’ailleurs, en 1986, de publier quelques pièces remarquables.
2.
Voici pour l’inventaire, ô combien sommaire je le sais bien, d’une œuvre immense. Pour mémoire, disais-je. Mais l’homme ne se confond pas avec son œuvre et j’entends Robert me remémorer aussi la mise en garde de Freud : celui qui devient biographe, ou historien, s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, car il est impossible d’avoir la vérité biographique ou historique. Or Robert détestait le mensonge autant que l’hypocrisie, il ne se laissa jamais séduire par le mythe moderne de la conscience objective, mais il chercha et aima plus que tout la vérité, parce que la Vérité est un être, qui est la Voie comme il est la Vie. Allons à présent à l’essentiel, à la racine des choses, à la racine de Robert Amadou qui se dégage à merveille de son œuvre comme de sa vie.
 
C’est à l’âge de treize ans que les bons pères jésuites chez lesquels il fit ses études secondaires, rue de Madrid, à Paris, avaient servi la Providence en le plaçant au service du patriarche de l’Eglise syrienne catholique, lors de sa venue à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Quelques années plus tard, Robert entrait dans l’Eglise syrienne catholique, et il tint l’office de chammas à l’église parisienne Saint-Ephrem-des-Syriens. Il se liait avec Gabriel Khouri-Sarkis, qu’il aiderait ensuite à la fondation et à la direction de l’Orient syrien. Mais son cœur et son intelligence le portaient vers l’Eglise syrienne orthodoxe, héritière directe de la communauté judéo-chrétienne primitive. Le 25 janvier 1945, il fut ordonné dans la succession syrienne de saint Pierre, et sa thèse de doctorat en théologie a pour titre : « Recherches sur les Eglises de langue syriaque et les Eglises dérivées ».
Parenthèse : en 1944, Henri Meslin lui avait imposé les mains pour la consécration d’évêque gnostique, dans la lignée de Jules Doinel,  » fol amant de Sophie « , dont il a publié la biographie et réédité et commenté Lucifer démasqué (Slatkine, 1983). Puis, en 1945, Victor Blanchard le consacra évêque gnostique, dans la succession apostolique que celui-ci avait reçue, le 5 mai 1918, du patriarche Jean II Bricaud, lequel la tenait de Mgr Louis-François Giraud, successeur de l’abbé Julio. Sans avoir jamais appartenu formellement à aucune église gnostique, c’est à ce titre que Robert accordait pourtant à Alain Pédron un  » entretien avec T Jacques « , publié dans l’Initiation, en 1978, sous le titre  » Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?  » (compléments, CIREM, 1996).
Robert Amadou n’a pas pour autant négligé la kabbale et le soufisme. Il a été admis dans une confrérie soufie et disserta sur Le soufisme même (Caractères, 1991). Judaïsme, christianisme et islam sont les trois piliers de la sagesse abrahamique.
Prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Robert officiait, notamment pour des martinistes ; il donnait les sacrements, à commencer par le baptême (comment oublierais-je que Robert voulut que notre première rencontre se fit à l’occasion du baptême d’une petite fille dont Philippe Encausse était le parrain ?), il visitait les malades – tant à leur domicile que dans les hôpitaux – et les prisonniers ; il priait, célébrait et exorcisait. Ses études sur Satan et le mal sont du plus grand intérêt. Qui les connaît ? Tel fut aussi le sens de notre réflexion commune sur le Sida face à la Tradition, thème d’un petit colloque que nous organisions à Paris, en 1988. Las, un volume projeté – un de plus ! – n’a pas vu le jour.
Sans appartenir à beaucoup et tout en se méfiant des formes associatives, Robert n’a pas négligé les bienfaits des écoles succursales où il a accompli sa part de services. La lumière maçonnique lui avait été donnée, le 6 juin 1943, dans Paris occupée, au sein de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte placée sous le vénéralat de Robert Ambelain, dans l’ombre duquel se tenait Georges Lagrèze. Sa préface à mon histoire de La franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm rappelle ces circonstances héroïques.
Puis le Grand Architecte de l’Univers le guida vers le régime écossais rectifié, dont la doctrine lui était déjà si familière. Maître écossais de Saint-André, le 23 mars 1966, au sein de la Grande Loge nationale française – Opéra, il fut armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, le 7 mai 1966, avec pour nom d’ordre Robertus ab AEgypto, et pour devise In domum Domini ibimus, « nous irons à la maison du Seigneur ». Sa maison, Robert l’a trouva ici-bas au Grand Prieuré d’Helvétie et dans l’obédience de la Grande Loge suisse Alpina où l’accueillit en 1978 la loge In Labore Virtus, à l’orient de Zurich. Le 18 mai 1969, un ultime collège, à Genève, l’avait admis au cœur du saint ordre, avant de lui confier le mandat de publier dans Le symbolisme une mise au point sans pareille, qui fit grand bruit « A propos de la grande profession », sous la signature pseudonyme de Maharba, anagramme d’Abraham. Puis, mission accomplie, Maharba entra dans le silence. Lors des obsèques, trois roses entrelacées, symbole de force, de sagesse et de beauté, ont marqué à jamais l’amitié des frères suisses pour Robert et Catherine.
 
 
A la franc-maçonnerie, comment ne pas associer ici le martinisme ? Après avoir découvert Saint-Martin, Robert avait reçu d’Aurifer, son premier maître, l’initiation martiniste, le 6 juin 1942, au grade d’associé, puis aux grades d’initié et de supérieur inconnu, avec les fonctions d’initiateur, le 1er septembre de la même année, dans la clandestinité initiatique. Par analogie avec son patronyme et avec la pente de son caractère, il avait alors choisi pour nomen Ignifer, le porteur de feu. Jamais symbole n’aura été plus pertinent, plus efficace ! De même, Robert trouva sur le champ le nomen de Catherine, Pacifera, en 1965. Comment oublierai-je que Robert me fit à mon tour bénéficier de ce dépôt insigne, en 1994 ?
Dans l’Ordre martiniste, Robert Amadou seconda son vieil ami Philippe Encausse qui l’avait réveillé en 1952, et dont le fils de Papus l’avait voulu grand orateur. Il allait aussi inlassablement porter la bonne parole dans les cercles formels ou informels où l’on cultivait notamment l’amitié fraternelle du Philosophe inconnu, voire celle de Martines de Pasqually et de Papus. Robert savait, à l’instar de Saint-Martin, y distribuer la béquée, quitte à être récupéré et à servir parfois de caution indue. Mais en l’espère sa charité était exemplaire, comme était exemplaire sa lucidité. Un souvenir l’illustrera : nous sortons d’une réunion où des hommes de désir, jeunes pour la plupart, ont beaucoup parlé de l’initiation, de sciences occultes. Robert a corrigé parfois, conseillé un peu, écouté beaucoup. Qu’en penses-tu ? lui dis-je d’un air désabusé, une fois seuls, dans la rue. Robert lève les yeux au ciel, secoue la tête et me répond, terrible : « Bergson disait : on ne peut pas penser le néant ! ».
En des temps plus graves, avec des martinistes clandestins rassemblés par Robert Ambelain dont il était le bras droit, Robert Amadou reconstituait dans le Paris de l’Occupation les opérations théurgiques de Martines de Pasqually et de ses émules. Le 24 septembre 1942, la Chose répondit pour quelques-uns, dont il était – quel signe ! – à l’appel de l’homme de désir. S’en suivit la résurgence de 1943, après que Robert Ambelain eut été ordonné réau-croix par Georges Lagrèze, le 3 septembre de cette année. A son tour Ambelain lui conféra les premiers grades coëns le même mois et, à l’équinoxe d’automne 1944, il l’ordonna réau-croix. Si Robert prit ses distances avec la théurgie coën, il n’a jamais cessé de l’étudier et d’attester qu’elle surpasse la magie naturelle et la magie céleste et peut ouvrir une voie spirituelle à quelques-uns, à condition – mais condition ô combien indispensable ! – de ne pas la détacher de la foi et des exercices religieux prescrits. Mais à l’instar du Philosophe inconnu, coën de cœur, et même d’action, Robert resta jusqu’au bout, pour le bénéfice de quelques-uns. Ses « carnets d’un élu coën » (2001-2002) en témoignent.
De même, Robert avait été admis par Robert Ambelain, en 1944, dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
Pour mémoire et presque en marge, la fondation, le 11 septembre 1945, avec Paul Laugénie et Edouard Gesta, des Amis de Saint-Martin, tombés en sommeil, puis réveillés en 1972, sous la présidence de Léon Cellier et la présidence d’honneur de Robert Amadou. Las, les Amis passèrent ensuite du côté des instituteurs dont Robert n’avait de cesse, à l’instar de Saint-Martin, de condamner l’approche mortifiante et mortifère.
3.
Restituer l’occulte à la culture fut le premier combat, le premier service de Robert Amadou. Avec quelques-uns de sa race, il a combattu avec succès contre les récupérations mercantiles et universitaires de l’occultisme. Puis il a restitué aux occultistes, à toutes les femmes, à tous les hommes de désir, beaucoup de leur patrimoine oublié.
Lors d’un de nos derniers entretiens, je convainquis Robert qu’un troisième combat nous était désormais imposé. Car voici que des voyous cherchent à leur tour à s’emparer de l’occultisme. Ceux-là ne l’auront pas épargné pendant les dernières années de sa vie terrestre ; ils n’épargneront pas plus sa mémoire, je le sais, dans les années qui viennent. Mais de nouveaux combattants se sont dressés sur le champ de bataille.
 
Contre tant d’occultistes du dimanche, Robert Amadou vivait l’occultisme – synonyme pour lui d’ésotérisme – au quotidien, parce que son quotidien était au service de Dieu et des choses de Dieu, le sacré, nos « objets » aimait-il à dire, en écho de Saint-Martin. Ainsi, Robert ne quittait jamais la soutane qui signifiait son engagement religieux et initiatique, quitte à scandaliser les bourgeois pour qui n’existe, en matière vestimentaire comme ailleurs, qu’un modèle, unique et profane.
Robert Amadou refusait de tricher, il détestait l’hypocrisie, ne cédait à aucun terrorisme, ne supportait pas l’injustice et ne fit jamais la moindre concession qui puisse, de quelque façon, aliéner sa liberté. En quête de la perfection, qui est, disait-il, la seule fin de l’homme qui doit devenir Dieu, il ne supportait guère davantage la médiocrité. Sa plume, à titre privée, mais aussi parfois publiquement, lorsqu’il s’agissait de réparer quelque outrage, prenait parfois la forme de l’épée. Il brandissait alors la parole de l’abbé de Rancé, dont il avait fait sa devise : « ceux qui vivent dans la confusion ne peuvent s’empêcher de faire des injustices », et ses mots tranchaient vif. Cela lui valut des amitiés pour l’éternité, quelques inimitiés passagères et bien des désagréments.
Pour Robert et Catherine, la Grèce fut pendant quelques années un paradis. Alors qu’elle menaçait de se transformer en enfer, ce fut le retour à Paris, qui fut un purgatoire. Les deux dernières années de sa vie terrestre ont été pour Robert, privé de ses livres et souffrant d’une fibrose pulmonaire d’origine inconnue, une épreuve permanente, tant morale que physique. Et pourtant, la fatigue de plus en plus pesante ne l’empêchait pas, au prix d’efforts quotidiens, de se mettre chaque jour à sa table de travail, sauf pendant l’hiver 2006, et même de se rendre encore en bibliothèque, notamment à la BNF où il se rendit encore deux jours seulement avant son arrêt cardiaque, accompagné, soutenu par Catherine, qui a été un modèle de courage et de dévouement.
En 2003, Robert avait concélébré une messe pour le bi-centenaire de la mort du Philosophe inconnu, en l’église Saint-Roch, à Paris, et cette « sale maladie », comme il disait lui-même, ne l’a pas empêché non plus de participer à la célébration d’une messe annuelle pour Saint-Martin, à Honfleur en 2004, puis à Saint-Roch en 2005. Depuis 1985, une autre liturgie annuelle célébrée par Robert en mémoire de Philippe Encausse, le 22 juillet, rassemblait les proches de Philippe que Jacqueline a rejoint à son tour, en février dernier.
 
Le 22 mars, à dix heures trente, à Montfermeil, en l’Eglise Sainte Marie Mère de Dieu, la liturgie des défunts selon le rite syrien orthodoxe a été concélébrée, en araméen et en français, par le père Yakup Aydin, de l’Eglise syrienne, assisté du père Antoine Abi Acar, de l’Eglise maronite, et du père Jean-François Var, de l’Eglise catholique orthodoxe de France. Ce dernier avait, le matin, célébré un petit office, à l’hôpital Cochin, en présence de Catherine et de quelques intimes, réunis autour du corps de Robert. D’autres amis, parfois venus de loin, se sont retrouvés ensuite au Père Lachaise, sous une pluie battante, pour un dernier adieu. Au bras de Catherine, Jacqueline Corcellet, l’amie de toujours, et une autre Jacqueline, venue de Grèce.
Celui qu’Albert-Marie Schmidt, en 1950, promouvait jeune maître, sans jamais se prendre ni se donner pour tel, mais revendiquant le statut d’un vieil étudiant, n’a pas cessé, pendant des décennies, de s’instruire et de nous instruire. Robert Amadou m’en voudra-t-il de reprendre à mon compte la formule immortelle par laquelle Joseph de Maistre qualifiait Saint-Martin et par laquelle je souhaite l’honorer à mon tour ? Robert était le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.
« Quiconque a trouvé son flambeau n’a plus rien à chercher ; mais il lui reste toujours à le conserver, ce qui est incomparablement plus difficile » dit le Philosophe inconnu. Serviteur du Seigneur et de son Eglise, ami de Saint-Martin et avec lui de tous les Amis de Dieu, combattant du bon combat, Robert Amadou fut pour moi, comme pour d’autres, un flambeau de la lumière du Seigneur. Dieu voulant, Dieu aidant, nous tâcherons de conserver cette lumière. Quant à Robert, il bénéficie désormais, dans une plus grande lumière et dans l’attente de la pleine lumière, de la compagnie de Sophia, Sagesse divine et parèdre du Christ. A ses côtés, il poursuit, je le crois comme il le croyait lui-même, sa tâche dans le sein d’Abraham.
Adieu le théosophe, le rose-croix de l’ethnocide ! Adieu mon vieux maître, mon frère et mon ami !
Serge Caillet
sergecaillet@gmail.com
 
Cet hommage a été publié dans la revue
l’Initiation, n° 2, avril-mai-juin 2006, pp. 88-100.
Publié il y a 4th May 2007 par
Libellés: Robert Amadou

La laïcité 19 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

laicite

« Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le Forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un Forum. » J. Corneloup.
La laïcité ou le  sécularisme désigne le principe de séparation de la société civile et de la religion. Elle s’oppose donc à la notion de théocratie, d’état religieux. Dans une démocratie, la loi peut être contestée car elle est l’œuvre des hommes.
Dans une théocratie, la loi est l’œuvre de Dieu, donc toute contestation devient impossible, c’est bien là le piège des pseudos « républiques islamiques » qui n’ont rien à voir avec la notion de république et qui rappelle sournoisement les notions de « républiques démocratiques socialistes » qui n’avaient elles non plus aucun rapport avec la notion de démocratie. Le mot république, abusivement employé, peut ainsi cacher une dictature, une oligarchie ou une théocratie.

La laïcité est un sujet récurent, notamment en France, où elle est mentionnée expressément dans la constitution. En quoi est-elle vraiment un rempart de la liberté de conscience et de culte contre les intégrismes ? N’est elle pas, aussi, une autre forme d’intolérance de la raison à la gloire de l’étatisation ? En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

1. La laïcité, une victoire de la raison sur la passion ?

La laïcité est un courant historique défini comme étant le principe de la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. L’antithèse de la laïcité est donc le cléricalisme, d’où cet esprit anticlérical que la laïcité a longtemps généré en France, notamment dans ce qu’on a appelé la pensée « libre » et avec laquelle elle a souvent été confondue.

Dans l’histoire de France, où régnait une monarchie de droit divin, la pensée laïque a commencée il a près de 400 ans avec la promulgation de l’Edit de Nantes qui assurait la liberté de culte. Mais ce n’est qu’en 1787 et en 1789, sous les coups de butoir des idées propagées par la révolution française, que « l’alliance du sabre et du goupillon » a réellement commencé à décliner.

Ainsi, la laïcité s’est historiquement imposée comme concept et comme opérateur d’organisation sociale face aux religions révélées. Religion entendue comme ce qui donne les « raisons » de vivre et de mourir. Le croyant devient souvent intolérant (et même meurtrier comme en témoigne l’histoire des religions) car il est toujours persuadé de détenir la seule vraie religion, adorer le seul vrai Dieu. Il a donc été juste de créer un espace de vie en commun, neutre, excluant du débat et de la manifestation ce qui avait pu faire tant de ravages. En ce sens la laïcité est effectivement source de liberté, d’ouverture, et de tolérance. Mais cette définition est elle satisfaisante ? Le principe de laïcité, doit-il aujourd’hui être limité au « non-cléricalisme » ? ne doit-il pas être réactualisé et étendu à toute autre forme de lobby, même non religieux ?

Une définition trouvée sur l’internet [1] défini la laïcité dans les termes suivants : « La laïcité exprime une éthique de société, qui ne saurait accepter les idéologies toujours en mouvement de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine. Elle est notre atout majeur dans les combats engagés contre la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes. Elle veut être cette école de l’intelligence dont Jean Rostand disait qu’elle vise à « former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force, les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité, leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance ». »

Aujourd’hui, les idéologies de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine propageant la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes ne sont plus seulement le propre des Églises. Elles sont aussi l’œuvre de groupes sociaux ou ethniques, de partis politiques et même de certains milieux économiques toujours prêt à détourner le bien commun et la liberté des peuples à leurs profits personnels. Mais à ce niveau ne fait-on pas un amalgame entre Laïcité et démocratie ? Peut-être, en ce sens, si on pense que le mot laïcité vient du grec « laos » qui désigne un peuple au sens de sa réalité communautaire, où les hommes, partie de ce tout, sont par nature égaux en ce que chacun est un élément unique, parfaitement équivalent à un autre et également fondateur de la réalité du groupe. Ce « laos » est distinct de la « polis » grecque, la cité, qui est l’ancêtre de notre État en tant qu’organisation sociale autonome et du « demos », peuple, compris comme entité politique dans « demokratia » gouvernement, souveraineté populaire. Le « laos » renvoie, lui, à ce que les latins appelaient « res publica », chose publique, dont chaque citoyen est souverain et qui a donné aujourd’hui la notion de « république ».

2. La Laïcité, religion inversée ou dictature de la raison ?

Certains « enragés » de la République n’ont-ils pas un comportement qui est proche de l’intégrisme ? Prenons par exemple l’épisode du « foulard islamique ». La polémique entourant le port du foulard islamique dans les écoles publiques a provoqué en France un important débat sur la prise en compte de la diversité culturelle et religieuse dans les institutions publiques. L’école s’est développée autour d’un certain nombre d’enjeux à la fois politique, juridiques et socioculturels parmi lesquels on peut identifier : la présence de l’Islam dans les sociétés occidentales, le statut de la femme, le phénomène de l’immigration et de l’intégration, le statut de l’école publique et laïque en France. Ce débat a pris rapidement un caractère symbolique et s’est installé dans l’opinion et les médias (avec une confusion savamment entretenue entre Islam et islamisme). Il met en évidence l’opposition de deux éléments : le caractère laïque de l’école publique et le port d’un signe religieux, face à cela deux attitudes apparaissent ; La première, s’appuyant sur la laïcité la plus stricte qui considère le « hidjab » comme une attaque de l’intégrisme islamiste contre la laïcité de l’école ; La deuxième se fondant sur une forme de neutralité qui prône « le droit à la différence », qui tout en défendant une école au-dessus de tous pluralismes respectent ceux-ci. L’exclusion de ses jeunes filles, ouvre la porte à une « laïcité intégriste ». Quelles angoisses identitaires le foulard de quelques gamines a-t-il réactivé, entraînant stigmatisation, exclusion et violence ? Serait-il le support d’un affect d’angoisse ? Angoisse face à l’étrangeté ? Angoisse face à la féminité ? En pensant se protéger par l’exclusion d’un risque « intégriste », qui relève plus du fantasme que d’une réalité, on aboutit souvent à l’effet inverse, en interdisant l’accès à l’école, on les enferme, les privant ainsi des influences extérieures, d’une ouverture sur le monde. On les transforme en « victimes », et « en offrant des victimes de l’intolérance de la société française on relativise l’intolérance intégriste », on les pousse vers un repli identitaire, communautaire. L’éducation est l’élément clé pour combattre l’ignorance et les stéréotypes. L’école doit promouvoir la démocratie et l’humanisme par l’éducation et la conviction et non par la contrainte. Ce n’est pas un combat contre la laïcité, mais la répression dans un tel cas n’est pas une solution. Bien sûr, on ne peut contester que le foulard est un symbole de l’oppression des femmes, mais doit-on faire preuve d’intolérance, de rejet face à celles qui le portent ? Par ailleurs personne ou presque ne s’est vraiment efforcé d’en comprendre vraiment la signification réelle. Pour certaines, il s’agit d’un choix, une manière d’affirmer leur liberté individuelle, « de leur droit à être française et musulmanes », « le symbole d’appartenance à un groupe » pour d’autres, il s’agit d’un compromis, « une concession faites à leurs parents, pour obtenir quelque chose en échange, comme par exemple la possibilité de continuer des études ». Il faut donc écouter avant de condamner. L’école doit et peut rester, grâce à une « laïcité vivante », c’est à dire ouvert et tolérante, le lieu social de l’apprentissage de la communauté, de formation du citoyen, et du « vivre ensemble », et c’est se tromper d’ennemi, « prendre l’ombre pour la proie » que de lapider sur la place publique quelques jeunes filles pour qui, souvent le port du voile peut être un passeport qui ouvre la voie à l’intégration.

Une laïcité « pure et dur » n’est elle pas une forme de dictature de l’étatisme ? Nous avons tous en mémoire l’échec des « dictatures du prolétariat ». Le Marxisme a voulu être une sorte de religion laïque faisant de l’étatisme le meilleur garant du bonheur genre humain. Son joug n’a pas été plus doux que le pire des intégrismes. Aujourd’hui, on peut mesurer l’ampleur et le désastre où peut mener ce genre d’utopie…

Que fait-on en ce sens du droit des familles à transmettre leurs propres valeurs ? Le rejet des valeurs confessionnelles peut être dangereux car il constitue une autre forme de dogmatisme qui rejetterait toute une part culturelle qui est aussi un héritage légitime auquel à droit tout être humain appartenant à une collectivité donnée. Faire le « vide » en la matière, peut-être dangereux car il semble nécessaire que chaque personne puisse avoir fait son « indigestion » de religieux, ne serait-ce que pour pouvoir savoir, en connaissance de cause, ce qu’elle aurait éventuellement à critiquer… La laïcité sans culture religieuse aucune n’est-elle pas le plus sûr moyen de livrer des individus, incultes en la matière, à l’attrait des sectes de tous poils ?

Par ailleurs, La rationalité froide, même purement scientifique, rejetant toute forme de spiritualité ne peut engendrer qu’une forme de pensé aride. Une pensée purement matérialiste empêche la voie du cœur et rend sourd à la poésie. C’est une autre forme de conditionnement. C’est oublier que la science ne répond qu’à la question « Comment ? » et que seules la philosophie et la métaphysique posent la question du « Pourquoi ? ». La pratique d’une spiritualité sereine n’est-elle pas le meilleur garant de ce genre de dérive ? Rabelais [2], en son temps, a pu dire : « Parce que, selon le sage Salomon, sapience (sagesse) n’entre point en âme malivole (de mauvaise volonté) et science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La conscience a-t-elle pu jamais avoir été découverte sous le moindre scalpel ? Cela voudrait-il dire qu’elle n’existe pas et n’est que le fruit de l’irrationnel ? La science et la raison pure sont-elles réellement les seules et uniques clés de la connaissance ? L’homme ne semble pas vivre que de pain et son esprit a aussi besoin de s’aguerrir hors des sentiers de la raison, ne serait-ce que pour se forger une identité personnelle et libre.

Croire c’est prendre une option, un pari. Ne pas croire n’est pas ne pas prendre une option, c’est prendre l’option de ne pas en prendre, c’est prendre le pari qu’il n’y a pas de pari à prendre. La laïcité militante, anticléricale, affirmée comme un espace pur de toutes traces religieuses, comme non contaminés par l’irrationnel, le subjectif etc., comme espace préservé et à préserver à tout prix des agressions du mal « religieux » (comme on veut dans les hôpitaux tuer tous les microbes, bactéries) finit par engendrer une autre forme d’intolérance. La dictature de la raison n’est pas meilleure que celle de la passion. Elle est différente, mais elle engendre des souffrances aussi grandes.

3. En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

Au « Grand Orient de France » (GODF\), certaines Loges finissent encore leurs travaux sur un vibrant « A bas la calotte ! ». Cette intransigeance anticléricale fleurant bien le XVIIIème siècle, a-t-elle aujourd’hui, encore un sens ? Pour répondre à cela, un article [3] paru dans le journal « Le Monde » du 8 septembre 2000, résume bien la situation. En s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, le GODF est devenu une sorte d’organisation profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle-ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux. On trouve au sein de cette obédience française des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides » (selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique), des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut-parleurs médiatiques. En ce sens, le GODF, qui a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et qui entend participer activement à la « construction de la société idéale » est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui une certaine Franc-Maçonnerie, en l’an 2000, à la croisée d’un cheminement. Elle doit, soit se transformer en clubs politiques ou mondains comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui lui permette de répondre réellement à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. Dans ce dessein, il faut certainement renoncer à un certain nombre de pratiques qui l’ont conduit à devenir une machinerie administrative gérée par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».

Il faut, peut-être, tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre, en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant. Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être « califes à la place du calife ». Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ».

Une autre forme de Franc-Maçonnerie existe, par ailleurs, en parallèle. Plus traditionnelle, elle a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à « la construction du Temple de l’Humanité » à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego. Ainsi, si un Frère doit intervenir dans la vie sociale, en qualité d’élu, de responsable d’association ou à quelque autre titre, il devrait pouvoir rayonner suffisamment de fraternité et de tolérance du fait de sa formation maçonnique. Mais ce n’est pas à l’ordre maçonnique en tant qu’entité, à peser sur la société dans laquelle elle vit et dont elle doit respecter toutes les règles et non pas les modifier, même si c’est dans un sens positif. Ce strict respect des « landmarks » et des constitutions d’Anderson, ne fleure-t-il pas non plus le siècle dernier et ne mérite-t-il pas d’être mis à jour ?

La Loge est composée d’hommes de tous horizons qui viennent aussi du monde profane et qui sont influencés par sa pensée du moment. Un échange permanent se fait entre la condition de maçon et celle d’homme du quotidien. Cela est une symbiose qui n’autorise pas d’absolu total et oblige à tous les compromis. La perfection est un objectif mais elle n’est pas encore de ce monde. Elle est une projection vers l’infini qui s’oppose à notre condition de simples mortels. L’Esprit de la Loge, L’Égrégore, est un terreau fertile qui permet l’éclosion de l’éthique et de l’identité maçonnique. Cette fraternité de pensée permet-elle de donner des réponses pratiques à chacune de nos questions quotidiennes ? Ce qui fait la force d’une pensée, c’est son degré d’objectivité. Une façon de penser qui ne colle pas à la réalité ne peut que reposer sur le dogme. C’est là, le grand mérite de l’esprit maçonnique que de lutter contre toutes formes d’axiome et de prôner un humanisme universel au de-là de tout esprit de chapelle, de race, de culture, de sexisme et de croyances. Le symbolisme, ce langage muet, est le meilleur moyen de communiquer pour autant qu’il ne soit pas figé dans le dogmatisme.

Si les valeurs de la laïcité sont bien présente dans l’éthique maçonnique qui, par définition, doit être inter-confessionnelle, non dogmatique et doit rejeter toute forme de totalitarisme, elle ne représente qu’une partie de cette éthique qui est aussi la recherche de la sagesse, apprendre à écouter, se méfier des passions et des préjugés, retenir l’envie d’intervenir, respecter les autres et donner sa chance à celui qui en a vraiment besoin, seule une école initiatique propose ce programme, surtout si celui-ci est associé à l’introspection, au retour sur soi-même. On remarque, dans la vie profane, l’homme qui a été à cette école.

4. Conclusion

Il semble, aujourd’hui, à la veille du troisième millénaire, qu’il soit plus important que jamais de rester « vigilant ». La franc-maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIème siècle ébloui par la « scienza nuova » [4].

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière. L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France. Comment a-t-elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a-t-elle pu survivre par-delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisé ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est-à-dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique. Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce qu’on peut appeler « l’humanitude ».

La réponse peut toujours être trouvée dans le Cabinet de Réflexion que chaque franc-maçon devrait ne jamais oublier. Le Coq annonce l’aube du jour qui doit se faire dans les esprits. Il fait allusion aussi à la mystérieuse Quintessence, qui se dérobe à toute perception sensible et que nous ne pouvons concevoir qu’à force d’approfondir. La nécessité de descendre en soi et de pénétrer jusqu’au centre d’où jaillit la lumière intérieure, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde, et dont la direction est indiquée par le fil à plomb.

Si nous savons ce qu’ont pu faire les Francs-Maçons du passé, ceux des « constitutions d’Anderson », au siècle dernier, à savoir, d’avoir pu réunir dans le même Temple, en une volonté commune, des hommes que tout séparait. Le Juif et le Chrétien, le riche et le pauvre, le blanc et le noir… Il serait intéressant de se poser la question, pour nous autres Francs-Maçons, à la veille du troisième millénaire, quels sont les vrais grands défis et valeurs qui nous restent encore à accomplir et à défendre, au-delà des vaines querelles dogmatiques et sexistes, pour avancer dans l’œuvre qu’ont commencés nos aïeuls. Pourrons-nous, par exemple, continuer éternellement, à ne pas reconnaître la réalité de l’initiation de nos sœurs et continuer à les appeler hypocritement « madame » ? La construction du « Temple de l’humanité » est bien loin d’être terminé et la « voûte étoilée » est encore le seul toit du Temple encore inachevé. Car le jour où cela sera fait, nous aurons alors la funeste prétention d’être l’égal de nos dieux ! Ce jour-là, à mon avis, l’Ordre sera vraiment perdu et le Temple ne sera plus que ruine…

Alors retroussons nos manches car le chantier réclame encore son lot quotidien de labeur. Car dans le Travail est la vraie et concrète réalité : L’initiation répudie tous les égoïsmes, même ceux qui visent à se satisfaire de se perfectionner soi-même en oubliant les autres. Le symbolisme de la « Règle » et celui de la « houppe dentelée » doivent toujours rester présent à nos esprits pour nous rappeler le principe fondateur de la « Chaîne d’Union », celui de la Fraternité Universelle et celui de la « juste mesure de toutes choses », La « Règle » que les anciens égyptiens appelaient la déesse « Maât ».


[1] http://www.respublica.fr/laicite/

[2] Rabelais (François), Pantagruel, 8. Bibliorum Larousse.

[3] Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

[4]   Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

 

SOURCE : https://www.rene-guenon.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=37:le-miroir-du-maitre-franc-macon&catid=39:poemes-maconniques&Itemid=36

Tradition et religion en franc-maçonnerie 13 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Tradition et religion en franc-maçonnerie

Religare et tradere pour le franc-maçon spéculant.

Peut on parler d’une complémentarité entre ce qui constitue la Tradition et ce qui fonde les religions? Dans les deux termes nous retrouvons la notion d’origine, de thesaurus et de transmission et donc de genèse, de lien et de dévolution. Il nous semble devoir traiter religare et tradere sous l’angle étymologique appliqué au divin révélé et à la connaissance initiatique. (1ere partie extrait)

(…)Augustin, lorsqu’il écrit que religion vient de « relier » (religare), fait valoir que la religion devrait être « ce qui relie à Dieu et à lui seul ». Mais on retient généralement pour religare la notion de lien et de relecture. Ceci supposerait un lien « direct », mais ce lien semble en réalité capté par l’institution religieuse de type ecclésiale qui se charge de relier le pratiquant plus à l’institution qu’au divin. C’est l’institution qui fait elle-même la relecture interprétée des textes sacrés (dogme) tout en s’interposant entre l’homme et Dieu. Or l’héritage maçonnique ancien est à la fois fondé sur la tradition et la religion, avec toutefois une évolution remarquable. Les Anciens devoirs gothiques catholiques (Regius 1390 et Ms Cook 1410) célébraient cette relation ecclésiale par l’œuvre accomplie et passée de décoration et de représentation plastique figurant le divin au fronton des cathédrales, alors que le rite du Mot de maçon calviniste depuis 1637 veut revenir au lien direct entre l’homme et Dieu par la « sola scriptura » (la lecture directe de la Bible sans decorum) tout en préservant le devoir de mémoire imposé par les Statuts Schaw de 1598 . Les deux rites maçonniques entretiennent un devoir de mémoire ou art de mémoire, soit sous la forme d’un récit assorti d’images plastiques (Anciens devoirs) soit sous la forme d’un catéchisme mnémotechnique favorisant la représentation mentale (Mot de maçon). La particularité des rites maçonniques est d’emporter dans leur mise en œuvre un répertoire d’images mentales découlant de représentation imagée (tableau de loge) ou d’échange verbaux évocatoires. Ces images mentales ont vocation à être transmises (tradere) depuis des temps immémoriaux et assurent ainsi le cheminement d’un lien mental avec l’origine ou la cause première (religare).

C’est en ce sens que nous pouvons avancer que ces représentations mentales sont des clefs (symboliques et hermétiques) qui ouvre la relation à l’ontologie et aux mystères de la, vie et de la création.

En examinant de prés le processus religieux et son empreinte sociologique, on voit un lien incontestable avec la notion de tradition qui est ici récupérée. En effet, la tradition fait aussi le lien avec ce point originel et se charge de versifier dans l’oralité une transmission d’images et de récits qui vont constituer le fonds commun des archétypes, le dogme viendra puiser dans cette bibliothèque les représentations qu’il entendra imposer et figer et interpréter. Ainsi le symbole et sa représentation peuvent faire l’objet d’une explication dogmatique.

Généralement le religare et le tradere vont s’appuyer sur les livres de Sagesse tels que la Bible. L’herméneutique qui consiste en son interprétation sera libre ou orientée suivant qu’elle s’attache à la cohérence d’un dogme ou qu’elle réserve son choix à une vision autre et traditionnelle c’est-à-dire dans la continuité de la pensée, de la volonté ou de l’action ayant un lien démontré et cohérent avec la notion d’origine contenue dans le texte étudié.

La définition du terme du mot tradition vient du latin traditio, dérive du verbe tradere qui signifiait « continuer »,  » transmettre ».

Religare et tradere postulent à relier l’homme à son origine, il semblerait que ces deux notions soient de toutes façons indispensables au devoir de mémoire du franc-maçon. Mais les deux notions ne sont pas obligatoirement « religieuses » au sens commun de la croyance.

Le propre du franc maçon est de se situer dans une des grandes transmissions initiatiques qui reposent moins sur le dogme( orthodoxie) que sur le vécu et l’expérience (orthopraxis). Cette expérience initiatique découle à la fois du voir discursif et symbolique, du ressenti intuitif, et souvent de la raison.

L’objet, l’image ou le concept sont représentés en images mentales qui réveillent et éveillent l’esprit et restent intégrées dans notre bibliothèque des signifiants-signifiés. Cette bibliothèque préexiste probablement en nous et c’est l’initiation qui met en action les analogies et correspondances cachées qui ont toutes une relation finale dans le symbolisme dit cosmique (macrocosme-microcosme). C’est ici que l’initiation dans son sommet peut aboutir à la notion de révélation « graduelle ».

  • La filiation

On comprend alors que le tradere et le religare font le lien entre l’homme et son origine.

Se situer dans la ligne de transmission permet tout à la fois de bénéficier à titre personnel de l’accès aux « mystères de la franc-maçonnerie » mais aussi d’apporter à la collectivité la sensibilité et la vision inhérente à ce grand mouvement ancestral.

L’initiatique individuel du franc-maçon se pratique en groupe de bouche à oreille. C’est une oralité, une mise en situation assortie d’une gestuelle parfois dramatique qui donne à la transmission la profondeur du vécu et de l’expérience. La transmission suppose une parole prononcée par celui qui a la connaissance, dans oreille de celui qui sait entendre. Il s’agit de mettre en partage et en phase l’ensemble des vues et visions archétypales qui fondent l’homme bâtisseur. Ainsi on refait le baptême (la renaissance « élémentaire » d’un homme devenu franc-maçon par la vision de la lumière), et on revit la cène par l’agape en nourriture de l’esprit (partage du pain et du vin et amour fraternel). Il s’agissait de situer l’initiatique dans la lignée des bâtisseurs qui donnait forme à la matière grâce à l’ombre et la lumière et qui édifiaient des temples au divin (religare) en consolidant l’éthique de l’homme (tradere). Mais il fallait aussi suivre les rituels de la tradition qui fondent l’amour et le partage dans le réel et valorisent des préceptes sociétaux communs et ancestraux reconnus par tous (bonne morale dont la pratique est héritée des anciens et de la tradition: orthopraxis).

La démarche ne reposait donc pas sur l’invention ex abrupto d’une fausse filiation, mais sur la recherche de la transmission de l’authentique et du vrai. Ainsi nous pouvons dire que le franc-maçon spéculatif veut se situer dans la chaîne de transmission de la voie initiatique artisanale, dont l’objet surplombant est le Temple de Salomon et dont le but reste l’édification en soi dudit Temple de Salomon et qui derrière l’antique savoir-faire (tour de main) induit l’antique savoir-être (La Sagesse)!. Les deux savoirs sont les prérequis de la connaissance.

Ce souhait, ce désir d’intégration dans la chaîne d’union à la fois horizontale avec les FF présents dans toutes les loges et avec les FF du passé qui ont franchi la porte de l’Orient Éternel, démontre que l’initiatique se rattache par nécessité et par goût à un point originel situé dans les profondeurs de la mémoire présente et historique.

On voit l’avantage que l’on peut tirer de cette situation : il s’agit pour l’initié d’envisager l’origine de la transmission de la parole, de sa déformation dans le temps et de sa déclinaison dans des ordres et des mondes successifs. Cette relation ontologique va créer dans nos rituels suivants les grades et les degrés, une succession logique explicative de la dévolution de la parole, de l’image, du geste, et de l’acte. L’objectif restera de recouvrer la parole la plus proche du Logos, celle qui est la pensée précédant la volonté et l’action. Il s’agit de remonter le fleuve de la manifestation génésique pour atteindre le seuil qui précède la création.

Pour conclure sur le chapitre de la filiation, nous dirons que la voie initiatique de la franc maçonnerie spéculative est autonome est ne dépend d’aucune reconnaissance autre que celle quelle tient de sa propre lecture du livre sacrée qui est la Bible depuis 1637 et de sa connaissance de la symbolique des outils et du Temple de Salomon. Dans cette lecture directe du texte sans intermédiaire, la franc-maçonnerie a su intégrer une herméneutique « symbolique » et donc philosophique, plutôt que « littérale » de la scolastique cléricale. C’est le résultat des l’influences luthériennes et calvinistes écossaises mais aussi du mouvement Rose-croix dont l’idée est de déchiffrer les symboles secrets dans le grand livre de la nature. C’est sur cette base novatrice que la « spéculation » s’est associée au métier et à la voie initiatique dite artisanale et donnera aux cherchants, respectant a minima une orthopraxis morale, un authentique plan de réalisation et d’expression devant aboutir à une vision. C’est cette vision qui outrepasse les apparences (don de « seconde vue » relaté par Adamson en dans « The Muses threenodie » en 1638) et remonte jusqu’à l’origine qui constitue l’authentique pratique du religare et c’est cette technique de mise en œuvre qui est rituellement traditionnellement transmise (tradere) par induction dans l’imitation des maitres. Cette capacité à voir repose sur l’image évoquée par le catéchisme et la rituelie, projetée sur un plan mental. La représentation intérieure qui en découle est due à la capacité ancestrale qu’a l’homme à conscientiser le divin, développant ainsi un « point de vue » véritablement gnostique.

  • La spéculation

L’ontologisation philosophique de la franc-maçonnerie va de pair avec sa dimension universaliste. C’est ce qui apparaît nettement dans les Constitutions de Anderson, Désaguilier et Georges Paine en 1723.

On sort désormais du métier pour ouvrir à la spéculation et à l’élargissement des domaines d’investigation ; cette ouverture favorisera par la suite l’intégration des influences initiatiques et ésotériques diverses qui se retrouvent bientôt protégées, transmises et travaillées à l’intérieur d’une cadre initiatique alliant le religare et le tradere.

La franc-maçonnerie allait être à la suite des mouvements universalistes et , sous l’influence d’élites et de mouvements ésotériques et encyclopédiques , un grand conservatoire pour la pensée symbolique et permet de revoir l’homme dans son attachement aux différents états de l’Être et la définition de l’Esprit , sous-tendant la notion d’éternité (ne devrait-on pas dire plutôt la notion d’intemporalité ?).

Ainsi la tradition conçue comme un conservatoire du sens et de la parole en regard du Logos nous relie à l’instant premier dans la qualité et l’état actuel de « frère ». Le temps fait écran a la notion de reliance.

Être relié à l’instant premier qui est pour certains l’origine de la vie sur terre, pour d’autres l’origine de la création, et pour d’autres encore ce qui précédait la naissance de la lumière, implique de saisir le sens du mot religare.

On définit souvent religare par son vocable exotérique « religion » . Cette relation impliquant la foi était bien celle de l’Église des premiers siècles qui, en dehors du dogme rendu nécessaire pour occuper par le pouvoir l’espace et le temps, se nourrissait d’un message plus « essentiel » que la pratique des églises contemporaines. La religion expansive et conquérante des territoires et des âmes, avec un Pape voulant être Roi, a simplifié son discours pour le mettre au service d’un dogme facile d’accès. Elle le rendit le plus universel possible dans sa compréhension et syncrétique dans le recyclage des usages anciens et traditionnels en vue d’asseoir son autorité temporelle. L’aspect temporel dogmé domina l’aspect spirituel, les connexions et luttes avec le pouvoir royal accentueront le mouvement d’abandon du message ésotérique au profit de l’exotérisme plus immédiat et efficace au plan politique.

Dans ce message ésotérique se situait l’explication symbolique du lien ascendant et descendant reliant l’homme au divin, mais aussi les secrets (la tradition) du pouvoir royal et sacerdotal qui sont liés aux facultés de représentation transcendante de l’homme. Cette explication donnait un sens particulier à la notion d’origine des temps et de dévolution de l’esprit dans la matière. Il s’agissait donc de transmettre à nouveau le lien premier qui fait de l’homme une image matérialisée d’une volonté divine, ou une image accidentellement chutée d’un homme premier. Le religare nous reliait donc à l’instant premier, en donnant une explication qui pouvait être vécue en expérience initiatique avec les rituels fondamentaux de l’Église des premiers temps. Simplement cet aspect plus difficile d’accès se heurta à la nécessité du temps, à la raison et à la controverse des interprétations. Ainsi sont nés les mouvements dissidents, les schismes, les « hérésies » et réformes, etc, finalement plus occupées à leur survie qu’à défendre le religare et le tradere…

On mit donc sous le boisseau la dimension ésotérique de la religion pour ne conserver que l’aspect efficace et concret qui maintient la foule dans un cadrage comportemental et dogmé. Le Roi, étant de pouvoir divin (et donc « relié » à l’origine), on reporta toute la dimension du religare vers le Pouvoir matériel sur les consciences et sur les sociétés. La nécessité et la contingence ont vaincu la dimension ésotérique et essentielle du religare.

Le religare ne pouvait se passer du tradere dans une classe dite sacerdotale, car le rite illustrant la parole, interprétée au plan exotérique comme ésotérique est une transmission, une tradition en soi. La mise en œuvre du rite est traditionnelle par nature, sauf à être déformé par une mise en en œuvre erronée.

  • Que fait le maçon en loge ?

Par la voie dite initiatique, il redécouvre comme une expérience personnelle et collective, la transmission des anciennes traditions. Il est vrai qu’aux XVIIème et XVIIIème Siècles, les loges devinrent les réceptacles des différentes traditions initiatiques, et se retrouvèrent face à l’autorité spirituelle des Églises. Cette transmission des traditions et recherches vont accentuer automatiquement le désir de connaître le point de départ du logos, du verbe, de la lumière.

Tout dans les différents rituels tend vers cette recherche lumineuse (c’est-à-dire connaissance de l’Être, de la lumière-vérité et de l’esprit. Dans son parcours il pourra dire qu’il a été « relié » par le désir de connaître l’origine, en jonction avec l’ontologie. Pour être relié il en faut le désir persistant en s’appuyant sur une méthode, ou plus simplement bénéficier d’une forme de Grâce tombée du ciel ou trouvée en soi.

Tradere et religare sont donc les deux lices d’une échelle qui relie l’homme à la lumière « illuminatrice ». Les barreaux de l’échelle seront les plans successifs ou grades et degré de la franc-maçonnerie qui lui permettront d’accéder à l’ origine.

Pour les Anciens devoirs il s’agissait de gravir l’échelle des arts libéraux comme une échelle initiatique qui permettait de connaître soi et le monde, la vie dans le réel, puis arrivé au sommet de ses arts voir le visage de Dieu (la connaissance) puis redescendre pour transmettre a ses FF. En complément à cette échelle « libérale » une autre s’imposait: celle des vertus cardinales et théologales qui en toutes hypothèses offre un retour sur soi et les autres. La caverne socratique nous dépeint le même tableau partant du sub-terrestre pour voir la vraie lumière plutôt que son ombre, puis revenir et transmettre. Ceci est une démarche typiquement prométhéenne qui caractérise parfaitement la démarche initiatique.

Donc se dire relier à l’origine par le désir de transcendance et de connaissance implique le transfert à l’autre de la parole de l’image et du geste. Nous pouvons dire que la connaissance qui nous relie à l’origine n’a d’intérêt que si elle est transmise. Religare seul n’a de sens que par Tradere et inversement (du moins en matière initiatique, le cas de la démarche mystique de « l’état d’être » ou de la « grâce » diffère dans sa méthode et peut être sans schéma directeur ou méthodologique, et n’impose pas le tradere). L’association du tradere au religare est aussi vrai pour le voie initiatique que religieuse tant que cette dernière conserve son versant ésotérique et sa voie sacerdotale.

C’est donc les rituels qui ouvrent et ferment les espaces symboliques superposés (qui sont des mondes en soi ou des points de vue toujours plus élevés) qui formeront les barreaux de l’échelle.

  • Il existe cependant une différence notable entre le tradere et le religare.

La différence est dans le mouvement scientifique hermétique et constructif pour tradere, car il faut expliquer ce que l’on a vu, ou relaté par le rituel ce que l’on a ressenti au-delà des mots, ici l’initiation est liée à la vie. Pour religare la démarche est autre car, sans être passif, il faut se mettre en état de recevoir comme un miroir ce qui est en haut et l’intégrer de manière intuitive en soi suivant un conditionnement dogmé ou pas.

Il y a donc d’un coté une démarche volontaire, active et vitale d’un initié qui va apprendre à franchir la porte et les obstacles pour voir enfin la lumière, et l’autre démarche moins active que réceptive qui va accueillir l’empreinte de l’esprit originel en soi. L’herméneutique et l’anagogique vont donc se compléter successivement pour dépasser les difficultés du sens et de l’essence dans un cas, et pour recevoir et ressentir intuitivement une proximité ou une présence du divin dans l’autre cas.

La démarche initiatique du tradere vient compléter la démarche mystique du religare.

Nous évoquions une échelle dotée de deux lices, nous pouvons désormais dire que cette échelle est dotée d’une lice volontairement montante par l’initiation de l’homme recherchant l’origine de la transmission et d’une lice descendante qui fait descendre la lumière en tout homme relié. Jacob a vu les deux sens s’animer dans un songe.

  • Le rituel est indispensable

Sans doute que Tradere et Religare ne peuvent être mis en œuvre efficacement que par des rituels. La religion dite naturelle (morale pratique du bon comportement individuel et sociétal) qui préexiste au dogme d’une quelconque Église, ne s’en réfère pas moins aux usages surplombants et ritualisés de la bonne moralité et de l’art de vivre ensemble. La religion naturelle consistant en une orthopraxis immémoriale serait donc une tradition universelle qui précèderait l’orthodoxie religieuse plus récente?.

C’est par une autorité surplombante que l’homme réussit à faire naître et justifier la bonne morale. La bonne morale peut être noachite suivant les Constitution de 1738 (en regard des percepts de Noé), ou fondée sur les tables de la Loi et commandements, ou sur les vertus cardinales (puis théologales). Elle est donnée par un prophète ou par un messager divin dans le cadre d’une théophanie et s’accompagne d’un cadre rituelique.

Il s’agit donc de confier au nuage surplombant la foudre liée au non-respect des rituels de vie communautaire (préceptes de vie). Ces rituels vont « sacraliser » la vie humaine dans l’institution comme le rituel maçonnique va sacraliser la loge ou le temple qui est aussi une image de l’homme des origines. Celui qui intègre ces préceptes en art de vie serait alors sur la voie de la sanctification.

Dans ces conditions, les rituels fondés sur des préceptes surplombants sont facilement « reliables » à la pensée originelle, à la volonté originelle et à l’acte originel. Ces rituels favorisent soit la prise de conscience « lumineuse » résultant d’un travail (Labora) pour tisser et entretenir et transmettre le lien « tradere », soit la mise en l’état de réceptivité Graalique pour recevoir le lien « religare » par la prière notamment (Ora). Ce sont les deux exercices auquels nous invite le rite maçonnique fut-il œcuménique et fondé sur la religion naturelle comme le rite de la Grande loge d’Angleterre et ses constitutions de 1723, ou délibérément théosophique comme le RER depuis 1778. Notons que la Grande Loge d’Angleterre depuis sa réunification des Anciens et des Modernes en 1813 et ses principes de base de 1929, substitue à la religion naturelle Desaguilienne et à la foi maçonnique, la notion de croyance au GADLU et une vérité révélée. On contingenta par ce Landmark l’espace initiatique à la longueur du rayon de l’Architecte, avec pour perspective, peut être, la notion de mise en œuvre et d’ordonnancement, mais probablement pas celui de la création.

On s’adresse dans les deux systèmes, religare et tradere, à la même échelle, mais on suit plus ou moins l’une ou l’autre lice suivant que l’on dit religion ou initiation.

Pouvons-nous dire que dans une démarche initiatique (prométhéenne par nature et reposant sur la connaissance acquise par l’expérience) c’est l’homme qui part à l’assaut des trois enceintes pour atteindre le sommet ou le Centre, alors que dans une démarche chrétienne d’un religare dogmé (croyance et grâce) ce serait le divin qui descendrait au coeur-centre de l’homme pour sa rédemption ?

Les éléments initiatiques et mystiques sont quasiment identiques, mais leurs dynamiques sont celles de l’exhaussement par l’effort d’une recherche « essentielle » dans un cas et d’une discipline de l’intériorisation et de l’induction « cardiaque » dans l’autre cas. Ainsi les fonctions discursives seront mises de côté au profit des fonctions intuitives reposant sur la vision analogique ou la perception anagogique. (On retrouvera ces deux dynamiques associées aux notions de transcendance et d’immanence.)

On comprend pourquoi la voie artisanale du fait de sa nature volontaire et constructive, est plus adaptée à l’accueil d’une représentation de l’origine qui repose moins sur le dogme du croire, que sur l’expérience initiatique ritualisée du voir et du vécu associé à l’évocation (récit mythique ancestral sur l’origine et la fin) et à l’invocation (sollicitation de l’autorité surplombante). Cette voie modelante par la vision du Temple de Salomon et des deux colonnes est accessible en terme de représentation et puissante des symboles qui relie le maçon au divin. Il n’y a pas de révélations imposées en dehors de la bonne lecture du rituel est d’une interprétation personnelle, qui pourront aboutir au minimum à une foi maçonnique relative à l’éthique conforme à la morale, et peut-être à une vision métaphysique pouvant aboutir au « croire » ou à ses illustrations. (…)

E.°.R.°.

Cet article vient en complément de l’article: http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-spiritualite-maconnique-99413011.html

Pour élargir le sujet au plan historique:

on conseille la lecture de Patrick Negrier « Art Royal et Regularité » éd Ivoire-Clair, David Stevenson, « Les origines de la franc-maçonnerie » le siècle écossais 1510-1710 éd Telèthes et « Les premiers francs-maçons » éd Ivoire-Clair-

Au plan symbolique: René Guenon : « introduction générale à l’étude des doctrines hindoue »Tradition et Religions » mais aussi « Aperçus sur l’Initiation » et « Initiation et Réalisation Spirituelle » éd Traditionnelles-

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2014/12/tradition-et-religion-en-franc-maconnerie.html

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Charbonnerie et Franc-Maçonnerie 31 janvier, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Charbonnerie et Franc-Maçonnerie

 carbon

Pour beaucoup, la Charbonnerie est une société secrète de comploteurs – certains diraient « terroristes » de nos jours – plus ou moins liée avec la F...M.... Qu’en est-il exactement ?

Les historiens s’accordent à dire que la Charbonnerie, qui est restée Européenne et, plus précisément continentale et ouest-européenne, est née en Italie comme une sorte de résurgence des carbonari du XIIIème siècle, c’est-à-dire de ces conspirateurs guelfes –favorables au pouvoir pontifical – qui se réunissaient dans des cabanes de charbonniers et qui conspiraient-luttaient contre l’Empire dont les partisans étaient appelés les Gibelins.

Ces conspirateurs, pour pouvoir conspirer à l’abri des yeux et des oreilles de la police, se réunissaient donc dans des huttes de charbonniers aménagées au cœur de forêts. Depuis plusieurs siècles, des charbonniers vivaient à l’écart des villes et même des villages pour produire du charbon de bois. Mais qui étaient donc ces charbonniers dont les conspirateurs guelfes ont sollicité l’hospitalité ?

 La charbonnerie comme industrie :

La charbonnerie, comme activité de production de charbon de bois, n’était pas la seule activité pratiquée en forêt. Depuis des temps forts anciens, en effet, les forêts étaient le cadre de nombreuses activités : coupe des arbres (bûcheronnage), confection de fagots, préparation des échalas de châtaignier ou de chêne pour les vignes, travail du bois pour la fabrication d’objets usuels… La plupart de ces activités étaient saisonnières puisque liées aux conditions climatiques et au rythme de la végétation. Pendant les périodes d’inactivité, ces hôtes des bois n’en continuaient pas moins d’habiter dans les forêts, ce qui ne manquait pas de faire courir à leur sujet de nombreuses légendes mais aussi de nombreux préjugés. Ces rumeurs, pour la plupart, tournaient autour de la sorcellerie, de la magie, de diableries diverses et variées…, ce qui ne manquait pas de frapper d’ostracisme celles et ceux qui se livraient à ses activités. Ostracisme né de la peur sans aucun doute mais une peur teintée de jalousie car, en pleine époque féodale par exemple, les forestiers étaient des gens libres, c’est-à-dire dégagés de toute servitude.

Sans doute pour préserver leur liberté, les forestiers, de leur côté, ne faisaient rien pour briser la peur qu’ils inspiraient et, pour ce faire, les charbonniers prenaient grand soin à ne pas se défaire de leur noirceur, laquelle, comme on peut s’en douter, était la preuve du pacte qu’ils avaient passé avec certaines puissances et, en même temps, de la puissance qu’ils tiraient personnellement de la maîtrise du feu. Il est à noter, et c’est là deux points importants, que, même situées sur des terres féodales propriété d’un suzerain ou de l’Église, les forêts, à cause de la peur qu’elles inspiraient, étaient des espaces de liberté pour celles et ceux qui s’y réfugiaient (proscrits, serfs en fuite, lépreux…) d’une part et que, d’autre part, et en particulier dans les régions celtes, les forêts avaient été le cœur – voire même le temple et/ou le lieu de culte – de nombreuses religions primitives (le druidisme en particulier). Ainsi, parce qu’elles étaient justement des espaces de liberté, les forêts permettaient la survivance de pratiques religieuses pré-chrétiennes et pouvaient, au besoin, servir d’abri, à des sectes, c’est-à-dire aux hérésies ponctuant régulièrement le développement de la religion dominante.

Pour certains gros travaux comme le bûcheronnage et le débardage, les charbonniers recouraient souvent à des manouvriers, c’est-à-dire à des paysans qui, rémunérés en nature (bois de chauffe, charbon, ustensiles de bois…) ou en monnaie, n’entraient pas pour autant, à la différence, par exemple, d’un apprenti, dans l’ordre des métiers auxquels ils louaient leur concours. Ces manouvriers n’étaient donc pas… initiés aux arts des forestiers et, en particulier, des charbonniers.

La charbonnerie… une F...M... de… bois ?

Initiation… Le mot est lâché. Mais est-ce que cette initiation était seulement professionnelle (le droit d’entrer dans un métier et d’engager ensuite le long processus d’apprentissage des savoir-faire et des connaissances nécessaires à la maîtrise dudit métier) ; s’agit-il d’une initiation au sens d’admission aux mystères, d’affiliation, d’admission à un ordre dans son acception ésotérique ? ou bien, enfin, des deux à la fois ? Et, au-delà, y aurait-il eu une sorte de F...M... du bois à l’image de la F...M... de la pierre ?

En 1747, Charles François Radet de Beauchesne, affirmant détenir ses pouvoirs de Maître de Courval, grand maître des Eaux et Forêts du comté d’Eu, seigneur de Courval, est le promoteur d’un rite maçonnique forestier spéculatif. Selon Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781 – 1866), ce rite aurait tenu sa première assemblée – le « Chantier du Globe et de la Gloire » -, à Paris, dans un parc du quartier de La Nouvelle France (actuellement Faubourg Poissonnière) le 17 août 1747. Pour cet auteur, le rituel, qui n’avait pas de caractère judéo-chrétien mais païen, provenait des forêts du Bourbonnais où des nobles proscrits avaient trouvé refuge, puis avaient été initiés par des bûcherons, pendant les troubles qui marquèrent les règnes de Charles VI et Charles VII. D’aucuns estiment que l’initiative de Beauchesne fut prise suite à la création à Londres, le 22 septembre 1717, par John Toland, de l’Ancient Druid Order ou de la diffusion en 1720 de son ouvrage Pantheisticon mais ils n’en apportent pas vraiment de preuves convaincantes.

Jacques Brengues, quant à lui, dans  » La Franc-Maçonnerie du bois  » Editions du Prisme 1973, accrédite la thèse d’une F...M...  du bois qui, d’opérative, serait devenue spéculative en raison de l’initiation de non-forestiers et, singulièrement, de nobles. Il cite ainsi plusieurs rituels forestiers en leur reconnaissant un caractère chrétien :

 §         Rituel compagnonnique de l’Ordre des Fendeurs (début du XVIIIème),

Pour plusieurs auteurs, la F...M...  du bois, en raison à la fois du développement de la F...M... de la pierre avec, en particulier, le G...O...D...F... mais aussi du déclin des activités des industries forestières et, en particulier, charbonnières, serait tombée en désuétude. Pour eux, et malgré l’orthodoxisme andersonien, elle perdura et perdure toutefois dans certains rites, notamment au niveau des hauts grades : Chevalier Royal Hache ou Prince du Liban du 23ème degré du Rite de Memphis ainsi que du 22ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté et du Rite de Perfection. Toujours selon ces auteurs, des tentatives d’union de ces deux F...M...  eurent même lieu avec, par exemple, le Devoir des Fendeurs, corpus de Tours tandis que, plus ou moins sporadiquement, des résurgences d’une F...M... du bois ont pu être relevées, comme par exemple, Les Ventes de Roland en 1833, les Brothers fendeurs en Angleterre, le Grand Chantier Général de France régulièrement constitué en 1983 au centre des Forêts, sous les auspices de la Nature, …

En France, peu après la seconde guerre mondiale, on a assisté à un essai de restauration de l’antique initiation forestière avec la création du « Chantier de la Grande Forêt des Gaules » dont les symboles majeurs étaient l’arbre, la cognée, le coin et la hache et dont l’initiation était réservée aux maîtres des degrés de la « Holy Royal Arch of Jerusalem ». Cette initiative ne connut pas véritablement le succès mais, plus tard, en 1976, elle aurait présidé à la création de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (Humanitas).

Plus près de nous, en 1993, le druide de la Gorsedd de Bretagne, Gwenc’hlan Le Scouëzec tenta d’instaurer un rite forestier au sein de la F...M...  de pierre.

En 1999, A. R. Königstein dans « Les Braises sous la Cendre », Montpeyroux, Les Gouttelettes de Rosée, prône le retour d’un carbonarisme initiatique et insurrectionnel et propose un rituel de Charbonnerie opérant un transfert vers un paganisme et se détachant de la maçonnerie traditionnelle mais refusant le recours à la violence et au terrorisme

Même si cette dernière initiative prétend renouer avec la tradition initiatique et insurrectionnelle des carbonari, il me semble que la Charbonnerie, qui a beaucoup fait parler d’elle en Europe au XIXème siècle, n’a pas de filiation avec une quelconque F...M... du bois car elle avait d’autres sujets de préoccupation que le paganisme, un ésotérisme plus ou moins druidique, la philosophie, le symbolisme… pour se consacrer à des sujets plus…explosifs ! De mon point de vue, la référence à la F...M...  du bois que fit la Charbonnerie ne fut qu’un alibi, conceptuel, méthodologique, organisationnel…, pour, sous cette couverture légale, conduire des projets essentiellement politiques, même si, à l’évidence, par ailleurs, ils étaient portés par des valeurs humanistes, comme celle des Lumières et des Révolutionnaires du XVIIIème siècle. J’ajoute que, mais ce n’est là qu’un point de vue personnel, le souci apporté à mettre en évidence une autre tradition maçonnique que celle de la pierre, telle qu’elle était alors incarnée par les Obédiences établies, avait sa raison d’être dans le refus de la complaisance dont celles-ci pouvaient faire preuve à l’égard des autorités politiques (monarchies et empires, autrement dit… la Réaction) et religieuses (vaticanes essentiellement) quand, tout simplement, elles n’acceptaient pas d’être instrumentées par elles.

 Comme je l’ai dit précédemment, les historiens considèrent que la Charbonnerie est née en Italie. Dirigeons donc nos pas vers ce pays.

 La Carboneria italienne :

Sous la houlette de l’empire austro-hongrois, le Congrès de Vienne de 1815 s’est attaché à faire en sorte que le poison révolutionnaire particulièrement virulent en Italie ne contamine pas l’Europe et mette en danger, voire à bas les trônes en place. Pour ce faire, les diplomates ont appliqué deux adages bien connus : « Diviser, pour régner » et « Une main de fer dans un gant de velours ».

C’est ainsi, que tournant le dos au principe des nationalités né de la Révolution française et répandu en Europe par les Armées napoléoniennes, l’Italie a été découpée en fonction des enjeux et des intérêts des seules monarchies, sans la moindre attention aux populations ainsi… partagées ! L’Empire autrichien possède le Trentin et l’Istrie et occupe la Lombardie et la Vénétie tandis que le reste de l’Italie est sous son hégémonie en raison de nombreux et étroits liens militaires et dynastiques : le duché de Parme et Plaisance est donné à Marie-Louise, fille de François 1er d’Autriche et épouse de Napoléon; le duché de Modène et Reggio à François IV de Habsbourg-Este; le Grand-Duché de Toscane au frère de l’empereur d’Autriche… De leur côté, le Royaume de Naples, sous la dynastie des Bourbons, et l’Etat pontifical ont conclu des traités d’alliance militaire avec Vienne. Ainsi, la Restauration italienne a provoqué l’arrêt du processus de développement civil et d’unification territoriale qui avait débuté avec l’invasion napoléonienne.

Pourtant, même si elle fut courte et mouvementée, l’épopée napoléonienne a permis la formation d’une génération de militaires, d’administrateurs du bien public et une nouvelle classe dirigeante qui, toutes deux, n’ont pas eu l’heur de plaire aux tenants de la… réaction monarchique et qui ont rapidement été muselées avec l’interdiction qui leur a été faite de manifester, légalement et, notamment, par la voie électorale, leur opposition à ce partage dynastique et leur aspiration contraire à l’unité de la nation italienne. C’est pourquoi, l’opposition ayant dû entrer dans la clandestinité, on assista alors au pullulement de sectes et de sociétés secrètes qui se proposaient toutes de propager les idéaux libéraux et participaient donc du Risorgimento.

Au passage, on ne manquera pas de noter ce pied de nez que les carbonari firent au pouvoir pontifical et, plus largement, aux autorités catholiques, en reprenant ce nom de carbonari qui, au XIIIème siècle, était celui qu’avaient pris les Guelfes dans leurs conspirations contre le pouvoir impérial et pour le pouvoir papal, dés lors que ces nouveaux carbonari luttaient aussi contre le Vatican qui était un obstacle majeur à l’unification italienne ! On relèvera également que, au XIIIème siècle, s’il y avait bien des carbonari, il n’y avait pas pour autant de Carboneria même si, comme nous l’avons vu précédemment, il pouvait exister une F...M... du bois et donc un rituel, une organisation, une initiation… charbonniques.

Un carbonaro est, au sens propre, un fabricant de charbon de bois. Au début du XIXème siècle, les carbonari sont encore nombreux dans les montagnes forestières de l’Italie du Sud. Pendant l’occupation française du royaume de Naples, de1806 à 1815, de nombreux irréguliers, mi-bandits mi-soldats, les ont rejoint pour y être plus en sécurité et pouvoir ainsi mener leur combat contre la domination étrangère ; tout naturellement, ils ont pris le nom de carbonari, étant précisé que, eux, étaient en odeur de sainteté auprès des monarchistes, des autorités religieuses et de l’Empire autrichien puisqu’ils luttaient contre l’envahisseur. Toutefois, avec la restauration des Bourbons sur le trône de Naples, la Carbonaria devient une société secrète, car, désormais, son but est d’abattre l’absolutisme monarchique et de conquérir des libertés politiques par le biais d’une constitution.

En fait, la Carboneria politique, en tant qu’organisation, est née en 1806 avec l’installation de la première vente par Buonarroti, sur lequel je reviendrai plus loin. Elle rassembla de grands noms, à commencer par Giuseppe Garibaldi, le père de la nation italienne. Si elle a un rituel similaire à celui de la maçonnerie, elle n’est pas, contrairement à l’affirmation de certains historiens maçons, un essaimage de la F...M..., sachant que cette thèse sera reprise par les autorités, politiques et religieuses, pour condamner et combattre et l’une et l’autre.

Dans un ouvrage publié en 1950, l’historien A.Saita décrit la Carboneria comme « une société secrète aux buts éminemment démocratiques, qui ne séparait pas l’égalité des fortunes de la liberté politique » mais dont la structure était fortement hiérarchisée et cloisonnée du fait de son caractère nécessairement clandestin.. Parce que conspiratrice, la Carboneria procédait par voie occulte et donc secrète avec un goût marqué pour les formes symboliques. En effet, pour Buonarroti : « les hommes ont besoin, pour former une association politique efficace et permanente, d’être liés entre eux par des signes et des mystères qui flattent leur amour propre et donnent à la société dont ils font partie un air d’importance et de consistance que toute la moralité et l’estime réciproques des individus ne sauraient obtenir »[2].

La Carboneria comportait 9 grades et la direction était composée d’un petit nombre d’initiés qui dirigeaient tous les autres tout en prenant soin, pour des raisons de sécurité, de leur demeurer inconnus, d’où l’usage courant de pseudonymes[3]. Elle tirait ses symboles et ses rituels des charbonniers et donc des métiers du bois et non de la pierre : c’est ainsi qu’elle était organisée en ventes qui se regroupaient en ventes mères. Comme pour le compagnonnage, la F...M...  et, plus généralement, toutes les sociétés secrètes, elle utilisait des mots et des signes secrets de reconnaissance et, sous prétexte de symbolisme, voire d’ésotérisme, une écriture cryptée pour les correspondances entre les ventes, les messages et plans confiés à des émissaires… L’organisation verticale et fortement cloisonnée faisait correspondre les différents degrés d’initiation à autant de niveaux différents de projets politiques. Entre eux, les carbonari s’appelaient « Bons Cousins » ou « Bons Amis ».

Une couverture fréquente de la Carboneria était la F...M...  ce qui a amené certains auteurs à dire que la seconde était la vitrine légale de la première. Ainsi, pour J.Kuypers :  » On pourrait dire que la Charbonnerie était une maçonnerie particulière, organisée au sein de la maçonnerie traditionnelle à l’insu des dirigeants de celle-ci. Peut-être serait il plus exact de dire qu’il s’agissait d’un groupement militant, constitué selon des affinités particulières au sein d’une maçonnerie officielle qui évitait soigneusement de se mêler aux choses de la rue; dont les membres poursuivaient leurs fins égalitaires tout en remplissant normalement leurs devoirs maçonniques ». Cette couverture était pratiquée de deux manières : soit, au sein d’une Loge, des carbonari, à l’insu des FF..., s’organisaient parallèlement en une vente occulte, soit une Loge entière, en fait, était une vente.

La Carboneria se développa principalement dans le Mezzogiorno, où elle fut la première tentative significative d’organisation politique rassemblant des intellectuels, des étudiants, la bourgeoisie du commerce et des professions libérales et, surtout, des militaires et dont le but était l’unification et l’indépendance de la nation italienne.

Les carbonari, du moins au début, participaient d’un libéralisme modéré, c’est-à-dire constitutionnaliste et légaliste. Toutefois, les militaires, sous-officiers et officiers formés pendant la période napoléonienne, exercèrent rapidement une influence dominante dans la mesure où ils étaient mieux organisés et plus disciplinés que les autres libéraux. Etant militaires, ce sont eux qui très rapidement transformèrent la Carboneria en ce que, pour eux, le recours à la violence, aux armes, aux coups de force… était une voie naturelle d’action.

Ainsi, durant l’été 1820, à Naples, encouragés par la révolution qui avait éclaté en Espagne, les carbonari, sous la conduite du général Pepe, se soulevèrent pour réclamer une constitution que le roi Ferdinand 1er finit par leur accorder. Toutefois, ce dernier, dès mars 1821, sollicite et obtient le concours des armées autrichiennes pour rétablir l’absolutisme. Cette première révolte carbonique ne se transforma pas en une véritable… révolution et se solda, in fine, par un échec du fait que, sous l’influence vaticane, la Sicile se rebella contre le gouvernement napolitain ainsi mis en place, que les révolutionnaires s’entredéchirent entre démocrates (les ultras) et modérés (les monarchistes constitutionnalistes) et que les troupes révolutionnaires ne firent pas le poids devant les troupes régulières de l’Empire autrichien.

Toutefois, cette date de 1820 est importante car c’est à partir d’elle que la Carboneria s’étendit à toute l’Italie.

En Lombardie-Vénétie, la découverte en octobre 1820 d’un magasin carbonaro entraîne l’arrestation de Silvio Pellico[4] et une répression féroce des milieux libéraux, carbonari et Fédérés[5], alors même qu’il n’est pas établi qu’il y avait véritablement un projet d’insurrection.

Dans le Piémont, la révolte éclata en mars 1821 avec la rébellion de la garnison militaire d’Alessandria dont le commandement était entre les mains des carbonari. Pour ne pas accorder la constitution promise par le régent Carlo Alberto, Victor Emmanuel 1er préféra abdiquer. Aussitôt, les armées fidèles au nouveau roi, Carlo Felice, avec le concours des troupes autrichiennes, affrontèrent les troupes constitutionnalistes qui, par manque d’organisation et, en particulier, de liaisons coordonnées entre les différentes unités, mais également et surtout, en raison de l’absence de tout lien avec les masses populaires, furent rapidement défaites. Là aussi il s’ensuivit une répression féroce.

En 1831, l’échec de l’insurrection de Bologne menée par des carbonari sonna le glas de la Carboneria qui disparut alors au profit de nouvelles organisations révolutionnaires aux structures moins lourdes aux idées politiques et sociales plus avancées, et, surtout, au recrutement plus populaire.

La Charbonnerie française :

Historiquement, en France, les germes du carbonarisme furent semés par Benjamin Buchez, fondateur de la Société Diablement Philosophique qui, en 1818, se transforma en loge maçonnique, Les Amis de la Vérité.

Mais l’existence de la Charbonnerie n’est avérée qu’à partir de 1821. Son apparition est, pour une large part, imputable à Joseph Briot, ancien député aux Cinq-Cents, qui, envoyé en mission au Royaume de Naples en 1810, avait découvert la Carboneria, y avait été initié et avait contribué à la propagation de la Carboneria sur l’ensemble du territoire italien à partir du Mezzogiorno. En effet, il semble bien que, de retour en France, il se servit du réseau de sa compagnie d’assurance, Le Phénix, pour propager la Charbonnerie en implantant des ventes dans son département et qu’il fut d’autant plus aidé dans son prosélytisme que, ancien Bon Cousin Charbonnier et adepte du Rite Égyptien de Misraïm, il put associer nombre de ses symboles et de ses formes d’organisation à la tradition locale des Bons Cousins Charbonniers, à savoir les travailleurs forestiers de Franche-Comté regroupés dans une association de secours mutuel structurée en plusieurs sections ou ventes et qui s’inscrivait dans la tradition de la F...M... du bois évoquée précédemment.

Nous sommes alors sous un régime monarchique censitaire auquel s’oppose un courant libéral fortement présent dans la F...M... Très rapidement, soucieux d’aller plus loin que le simple travail de réflexion, de recherche…, de nombreux FF... voient alors dans la Charbonnerie l’opportunité de réaliser leur projet politique d’émancipation de la société française des différents absolutismes qui la dominent – monarchie, religion… – ; c’est pourquoi, ils furent nombreux à la rejoindre[6]. En outre, il convient de ne pas oublier que, à cette époque, toute opposition politique était interdite et que la Restauration – la réaction -, de ce fait, suscita, en France mais aussi en Europe, la floraison entre 1815 et 1830 de sociétés secrètes à vocation explicitement politique préparant dans la clandestinité le renversement de la tyrannie. Précédée par les Illuminés de Bavière (1776-1785), par les Bons Cousins Charbonniers de Franche-Comté à la fin du XVIIIème siècle, par les carbonari italiens à partir de 1810, par l’Union de Joseph Rey à partir de 1816, enfin par la loge maçonnique des Amis de la liberté créée en 1820, la Charbonnerie s’inscrivit donc dans un mouvement général de libéralisme assez disparate en définitive puisqu’il comprenait à la fois des monarchistes constitutionnalistes, des républicains et des révolutionnaires.

Parmi les loges maçonniques les plus impliquées dans la constitution de la Charbonnerie française, il faut citer Les Amis de /’Armorique et, surtout, Les Amis de la Vérité dont étaient membres Dugied et Joubert qui, pour échapper à la police, suite à la tentative du coup de force de Vincennes de la nuit du 19 au 20 août 1820, s’étaient un moment réfugiés à Naples où ils avaient été initiés à la Carboneria et dont le Collège d’Officiers se rapprocha des députés et des notables libéraux familiers de La Fayette[7] pour les aider dans la réalisation de leur projet.

Comme beaucoup d’autres, ces Loges attestaient d’une pratique subversive à l’égard de l’ordre – le Grand orient de France – qui consistait à prendre de nettes distances à l’égard des directives obédientielles et à pratiquer une maçonnerie plus politique que… philosophique.

Briot, Dugied, Joubert et d’autres maçons font officiellement œuvre de propagande en faveur d’un rituel allégé – c’est-à-dire débarrassé de toute sa poussière traditionaliste, voire rigoriste, pour ne pas dire intégriste et dogmatique – et, surtout, laïcisé. En fait, leur projet est soit d’instaurer une nouvelle maçonnerie, la Charbonnerie, sous le couvert de la maçonnerie traditionnelle du G...O...D...F..., soit de transformer celle-ci, de l’intérieur, en une Charbonnerie. Dans les deux cas, les intentions sont claires : la constitution d’une organisation politique permanente nouvelle comme support d’une action conspiratrice et, sinon révolutionnaire, du moins insurrectionnelle.

Compte tenu du contexte national d’alors, leur projet se développe facilement et une véritable Charbonnerie française est organisée sous la forme d’une structure cloisonnée, occulte ou secrète, hiérarchisée en trois niveaux[8]. L’héritage maçonnique est toutefois assumé dans ce qui peut être utile au projet politique et aux mesures de sécurité à prendre : mots d’ordre qui font office de mots de passe, saluts et de signes de reconnaissance, procédure d’admission dans une vente par cooptation, initiation[9], grades, observation du serment et du secret jusqu’à la mort[10]

La structure de base de la Charbonnerie est la vente particulière qui comprend, au plus, 20 personnes, pour échapper aux dispositions de l’article 294 du Code pénal de 1810 qui interdit les groupements d’un effectif supérieur. Au deuxième niveau se situe la vente centrale à la tête de laquelle se trouve un député qui est le seul à avoir des relations avec le Comité directeur qui, sous l’appellation de haute vente, est le troisième niveau de la Charbonnerie.

Les lieux de réunion s’appelaient baraques et le vocabulaire était emprunté aux termes techniques du métier de charbonnier.

Au-delà de ses similitudes de forme, il y avait des différences profondes entre la F...M... officielle et la Charbonnerie. C’est ainsi que la sociologie de la Charbonnerie était beaucoup plus disparate : si les militaires y sont prédominants (40% des effectifs)[11], d’autres milieux socioprofessionnels sont présents : boutiquiers, artisans, enseignants et, dans une moindre mesure, ouvriers, c’est-à-dire les… républicains qui; grosso modo, se ralliaient autour de la Constitution de l’An III. Autres différences notoires : l’initié jurait d’obéir aveuglément aux ordres venus d’en haut et… conservai chez lui les armes et munitions qui lui étaient confiées à son admission et les ventes ne produisaient aucun… écrit.

La prédominance militaire est assurément à l’origine de l’action insurrectionnelle privilégiée par la Charbonnerie : le complot débouchant non sur l’émeute, la grève ou même… la révolution mais sur la rébellion d’unités militaires[12]. Toutefois, cette prédominance n’empêcha pas que bien des complots furent montés avec un piètre amateurisme et que, faute de coordination et, surtout, d’enracinement populaire, ils se soldèrent tous par de cuisants échecs comme ceux qui eurent lieu de décembre 1821 à juillet 1822. Ainsi, à la fin de 1821, l’échec du soulèvement militaire prévu à Belfort mais ajourné entraîna l’arrestation de nombre de conspirateurs qui, pour la plupart étaient également maçons. Parmi huit des accusés traduits devant les tribunaux, il y avait  deux FF... des Amis de la Vérité, Bûchez et Brunel. À Saumur, une tentative d’insurrection, elle aussi avortée, fut menée par le lieutenant Delon, vénérable de L’Union Fraternelle, atelier, qui, composé d’une cinquantaine de militaires, était une véritable officine de recrutement de la Charbonnerie. Le complot prévu à la fin de l’année 1821 fut hâtivement différé à la dernière minute. Le deuxième essai, dirigé par le général Berton, échoua, et ce dernier, impliqué dans la prise de Thouars le 24 février 1822, fut arrêté puis guillotiné en octobre 1822[13]. En février 1822, se déroula le complot le plus retentissant, celui de La Rochelle, plus connu sous le nom de « complot des 4 Sergents de La Rochelle »[14] : Bories[15], Goubin, Pommier et Raoulx.

En Provence, la Charbonnerie échoua aussi dans sa tentative de soulèvement de Toulon qui, pourtant, était une ville réputée pour être républicaine. Armand Vallé, ancien capitaine des Armées napoléoniennes, dénoncé fut arrêté et exécuté le 10 juin 1822. Les ultimes tentatives de ces complots manqués eurent lieu dans l’Est, à Strasbourg (avril 1822) et à Colmar (juillet 1822).

La constance de ces échecs entraîna une crise de conscience chez les Charbonniers et contraignit leurs dirigeants à l’autocritique dont la conclusion fut que, à l’évidence, l’abolition de l’absolutisme monarchique et l’instauration de la République ne passaient pas par le complot militaire. Mais, cette analyse intervint trop tardivement : à partir de 1823, les divergences politiques, exacerbées par la férocité de la répression et de nombreuses délations, éclatèrent au sein de la Charbonnerie et, après le raz de marée électoral des ultras en février-mars 1824, le mouvement vit ses membres s’éparpiller, un nombre non négligeable ralliant les saint-simoniens[16]. Après 1830, d’anciens charbonniers se retrouvèrent dans les orientations libérales de la monarchie de Juillet[17] et un des derniers avatars de la Charbonnerie fut la création en 1833, sous l’impulsion de Philippe Buonarroti et du libraire Charles Teste, de la Charbonnerie Démocratique Universelle qui n’avait plus qu’un rapport lointain avec les conspirations militaires de la Restauration.

Selon de nombreuses sources convergentes, la Charbonnerie française compta jusqu’à 40 000 affiliés dont de nombreuses célébrités : La Fayette[18], Manuel, Dupont de L’Eure, Buchez… mais aussi des savants illustres comme Edgar Quinet, Augustin Thierry ou Victor Cousin…[19], le peintre Horace Vernet, le banquier et homme politique Jacques Lafitte, Bazard, propagateur du saint-simonisme[20]

D’emblée, la Charbonnerie se donna pour objectif l’élection d’une Assemblée Constituante destinée à restaurer la souveraineté populaire ; toutefois, et sans doute sous l’influence dominante des militaires mais aussi d’une conception caporaliste – pré-léniniste, en somme -, c’est-à-dire élitiste de la conduite du changement social et politique, elle opta pour la voie du complot et de l’insurrection militaires et non de la révolution. Se faisant, elle se coupa du peuple, sans lequel il ne pouvait pas y avoir de changement… révolutionnaire. Par ce choix, elle était vouée à l’échec ou au… retournement de veste !

La Charbonnerie n’aboutit pas dans son projet insurrectionnel. Il n’en demeure pas moins qu’elle constitua l’un des rares pôles de résistance à la tentative de Restauration de l’absolutisme monarchique, même si, selon Pierre Leroux elle ne fut jamais qu’une « grande conjuration du Libéralisme adolescent », et qu’elle s’inscrivit dans une « nébuleuse culturelle et politique » qui, pour une large part, fut le creuset de la renaissance – le Risorgimento – d’une F...M... qui, sans s’interroger davantage sur sa nature de pierre ou de bois, renoua (enfin) avec un projet humaniste universel.

J’ai indiqué les liens étroits entre la Charbonnerie et la F...M..., celle-ci, le plus souvent, n’étant que la couverture de celle-la. Mais, la Charbonnerie eut d’autres avatars ou couvertures :

En premier lieu, il faut citer les réseaux de conspirateurs connus sous les noms de Philadelpes[21], eux-mêmes issus d’une résurgence des Illuminés de Bavière et d’Adelphes[22] dont les programmes étaient, à peu de choses près, celui des Égaux de Gracchus Babeuf et qui étaient coiffés par une autre société secrète, le Grand Firmament, lequel se subdivisait en Eglises, Synodes et Académies.

On doit également mentionner la société des Familles où chaque famille était composée de 5 initiés dirigés par un Chef de Famille et qui se divisa par la suite pour donner la Société des Saisons et les Phalanges Démocratiques. La société des Saisons était organisée en Semaines regroupant chacune 6 hommes et un chef, quatre Semaines formant un Mois (comptant 28 initiés et un chef), trois Mois, une Saison et quatre Saisons, une Année. On trouve trace d’au moins trois Années dirigées par Blanqui, Barbes et Martin Bernard, dont on sait qu’ils étaient Charbonniers par ailleurs. Les Phalanges Démocratiques, quant à elles, étaient dirigées par Mathieu D’Epinal, Pornin et Vilcocq et avaient pour programme l’abolition de la propriété et de la famille, la communauté des femmes, l’éducation gratuite, la destruction des objets de luxe, la dictature populaire…

Je citerai enfin Félix Delhasse, Charbonnier belge, dont nom secret était Gracchus Babeuf, qui écrivit en 1857, dans « Ecrivains et hommes politiques en Belgique »- « Peut-être un jour raconterons-nous cette aspiration mystérieuse [La Charbonnerie] qui réunissait dans l’ombre les adeptes de la vérité, comme autrefois les réformés dans leurs conciliabules nocturnes en plein champ, loin des villes et des autorités constituées, comme les chrétiens dans les catacombes. Il est bien permis au peuple d’avoir son action secrète, comme la diplomatie a la sienne, comme le clergé a la sienne, avec cette différence que ce n’est pas la faute du peuple s’il n’agit pas toujours à ciel ouvert. Ces épisodes peu connus, où la jeunesse se risque à l’aventure dans les chemins inexplorés, où le peuple s’essaye à la vie collective, cette histoire intime qui se retrouve en tout temps et en tout pays, n’est pas la moins curieuse et la moins expressive: c’est elle qui donnerait la mesure véritable des tendances, du caractère, du génie incompressible de chaque peuple, et qui s’impose dans les faits officiels et finit par passer du souterrain au grand jour. »

Avant d’aborder le point suivant de ce travail, et comme il y a des FF... corses, permettez-moi de faire une petite digression vers l’Île de Beauté en espérant qu’il ne me sera pas tenu rigueur de mon accent qui, je le sais, ne saura pas rendre la musicalité de la langue.

Petite digressions corse :

En Corse, alors sous forte influence italienne, notamment culturelle et linguistique, les sociétés secrètes et, parmi elles, la Carboneria se localisent essentiellement sur l’actuel canton du Campuloro-Moriani.

 D’une présence attestée depuis 1818, les carbonari portaient le nom de « I pinnuti » sans doute parce qu’ils évoluaient la nuit comme les chauves-souris, c’est-à-dire « i topi marini » ou « topi pinnuti« . Les carbonari corses sortent ouvertement de l’ombre en 1847 lorsque, en Italie, commence la Révolution de 1847 dite de 1848 car ils souhaitent alors porter secours aux patriotes italiens qu’ils reconnaissent pour… frères.

Mais la Carboneria corse se distingua de ses consœurs italienne et française en ce qu’elle était composée à la fois de républicains et de bonapartistes qui, comme Sampieru Gavini, aspiraient au rétablissement de l’Empire même si, par ailleurs, elle était en osmose étroite avec la F...M... locale.

Reprenons le cours du travail :

J’ai indiqué que la Carboneria fut fondée en Italie, en 1806, par Philippe Buonarroti. Il me semble nécessaire de s’arrêter quelque peu sur ce personnage, quasi de légende en ce qu’il fut le premier révolutionnaire… de métier, pour encore mieux comprendre l’origine et le projet de la Charbonnerie.

Né à Pise d’une noble famille toscane, Philippe Buonarroti fervent admirateur de Rousseau, commence sa carrière publique par la publication d’un journal, la Gazetta universale, ce qui lui vaut, dés lors, d’être sous une surveillance policière constante ! F...M... initié jeune, il s’affilie aux Illuminés de Bavière[23]. Enthousiaste, il va à Paris pour y soutenir la Révolution ; de là, il se rend en Corse pour y propager l’esprit  révolutionnaire ; en étant rapidement expulsé, il rejoint la Toscane qui l’accueille pendant quel temps dans ses geôles ; libéré, il retourne en Corse puis, en 1793, après la victoire des paolistes, gagne Paris. Il fréquente alors Robespierre, qui l’apprécie et même l’estime, l’admet parmi ses familiers et le charge de former des agitateurs révolutionnaires pour l’Italie, ce qu’il fait en créant  une véritable d’école de cadres révolutionnaires à la frontière de Nice, école dont les diplômés s’illustreront dans tous les coups, révolutionnaires des années à venir et qui, plus tard, fourniront une partie des cadres des troupes garibaldiennes.

Après le 9-Thermidor, il est arrêté à Menton comme robespierriste et transféré à Paris, Buonarroti, qui croit toujours en l’Être Suprême et voue une admiration sans faille à l’Incorruptible, se lie en prison avec Babeuf qui, antirobespierriste de longue date, applaudit à la chute du tyran et fait profession d’athéisme. Bien qu’ainsi politiquement et philosophiquement opposés, les deux hommes deviennent inséparables ; ensemble ils seront l’âme de cette conspiration des Égaux, c’est-à-dire du communisme égalitaire, que Buonarroti, vers la fin de sa vie, retraça dans son Histoire de la Conspiration de l’égalité (1828).

Arrêté avec Babeuf par la police de Carnot ; Buonarroti est condamné à la déportation, mais voit sa peine commuée en de nombreuses années de détention puis de résidence surveillée. En 1806, Fouché, protecteur discret mais efficace des babouvistes, obtient sa grâce en contrepartie de son exil à Genève. Sur place, Buonarroti retrouve le jeune frère de Marat et commence une nouvelle activité clandestine de révolutionnaire.

Durant les tes trente dernières années de sa vie, toujours poussé par l’idéal babouviste du communisme égalitaire[24], sous le couvert de la F...M... et la fondation de la loge les Sublimes Maîtres Parfaits, il contribue activement à l’instauration de la Charbonnerie française et organise des réseaux de sociétés secrètes à travers la France, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche, la Russie…

C’est ainsi que, en 1833, à Bruxelles, il créa la Charbonnerie Démocratique Universelle, dont la vocation internationaliste sans conteste préfigura la future Association Internationale des Travailleurs et qui était en correspondance étroite avec la Societa Dei veri Italiani, d’inspiration et de finalité babouvistes. La Charbonnerie Démocratique Universelle étaient organisée non plus en ventes mais en phalanges et placée sous la direction occulte des loges de Misraïm. Son plus haut degré connu était celui de Frère de la Racine. Elle reprit le but des Illuminés mais dans un vocabulaire et selon un programme moins ésotérique, philosophique, moral, quasi-religieux… et plus révolutionnaire, pragmatique, stratégique et tactique…

De même, lorsque, en 1835, Blanqui, aidé de son ami Barbès, fonda, sur le modèle de la Charbonnerie, la société secrète la Société des familles, c’est l’ombre de Buonarroti qui plane, même si, pas une seule fois, son nom n’est avancé. Même chose avec la Société secrète des Saisons. Et ainsi de suite…

Durant toute sa vie, Buonarroti a orchestré la majeure partie des sociétés secrètes européennes et, partant, les complots, insurrections, rébellions, révoltes, révolutions… non du pupitre qui est sous le feu de l’éclairage des musiciens, du public, des critiques et… de la police, mais du trou invisible du souffleur anonyme.

F...M..., Buonarroti fut donc le maillon actif de plusieurs chaînes d’union entre l’Italie et la France, la révolution démocratique de Robespierre et la révolution sociale de Babeuf, l’ancienne maçonnerie des Lumières et le carbonarisme, la révolution de 1789 et celles du XIXème (en particulier de 1830 et 1848, mais également la Commune de Paris)… Si par choix autant que par nécessité, il resta la plupart du temps dans l’obscurité, changeant fréquemment de domicile et de pays, Buonarroti, de comploteur né, devint révolutionnaire professionnel, le premier de l’Histoire[25].

Ce professionnalisme de la révolution, il l’enseigna dans les cours qu’il donna à Nice, les initiations auxquelles il intervenait, les conférences qu’il donnait, les consignes et recommandations qu’il prodiguait… mais, surtout, il le pratiqua et le fit pratiquer[26]. Pour lui, être révolutionnaire, c’était :

 ·        pousser le pouvoir à des répressions iniques afin de révéler la véritable nature du pouvoir et amener le peuple à se soulever ;

A l’évidence, Buonarroti eut une influence prépondérante sur et dans la Charbonnerie européenne, même si, parce qu’elle était discrète, occulte, bon nombre, pour ne pas dire la plupart des charbonniers, même ceux de premier plan, n’en avaient pas conscience. Cette influence fut de deux ordres : son esprit d’abord qui était celui du communisme égalitaire et, ensuite, sa méthode organisationnelle qui était celle du secret, du cloisonnement, de la sécurité…, bref de l’organisation révolutionnaire secrète.

Toutefois, en raison de la prépondérance des militaires et du libéralisme limité de la plupart des recrues, le projet révolutionnaire de Buonarroti, conçu à l’échelle européenne, ne put aboutir : la Charbonnerie, à l’image de la plupart des autres sociétés secrètes se contenta de tenter, vainement d’ailleurs, par la voie du complot et de l’insurrection militaires, d’abattre l’absolutisme monarchique pour instaurer, non la Révolution, mais une monarchie constitutionnelle ou, à la rigueur, une république modérée que d’aucuns qualifient, à juste titre, de mon point de vue, de république monarchique[28].

Une autre évidence est que la méthode prônée par Buonarroti, parce qu’elle reléguait le travail d’éducation après la révolution et qu’elle faisait donc du peuple, non un acteur mais un enjeu et, au besoin, un instrument, portait en elle le germe de la dérive de l’autocratie révolutionnaire, celle de la tyrannie de la masse par une élite !

S’agissant de la F...M..., l’influence de Buonarroti, à travers, en particulier, la Charbonnerie fut tout aussi importante et, à mon sens, salutaire puisqu’elle la contraignit, du moins pour celle ne s’attachant pas à faire dans la… régularité, à prendre conscience de ce que son projet humaniste de travailler à l’amélioration matérielle et morale ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité est nécessairement politique tant il est vrai que la Loge est dans la Cité et non hors d’elle sur le nuage de l’apolitisme !

 


[1] En 1999, il a été publié, chez Montpeyroux, Les Goutelettres de Rosée, un fac-similé de l’édition de 1813 des « Constitutions de la Vente Charbonnière ».

[2] A. Saita: « Filippo Buonarroti. Contributi alla Storia della sua Vita e del suo Pensiero ».

[3] Nom secret ou nomen mysticum. Félix Delhasse , charbonnier belge, se faisait ainsi appeler Gracchus Babeuf.

[4] Écrivain et patriote piémontais, Silvio Pellico fit partie des cercles libéraux et romantiques milanais et travailla pour le journal Conciliatore. Condamné à mort en 1820 comme carbonaro, avec son ami Piero Maroncelli, il vit sa peine commuée en vingt années de prison. Incarcéré dans la forteresse autrichienne du Spielberg, à Brno, Pellico sera gracié à la moitié de sa peine, en 1830.

[5] Les Fédérés, menés par le comte Confalonieri, réclamaient l’union de la Lombardie et du Piémont.

[6] L’adhésion, plus ou moins simultanée, à la FM et à une ou plusieurs autres sociétés secrètes étaient alors choses courantes. C’est ainsi que, par exemple, de nombreux FF... adhérèrent à la très libérale société « Aide-toi, le Ciel t’aidera », présidée par Guizot.

Pour mémoire :

Guizot, François Pierre Guillaume (1787-1874), homme politique et historien français. Né à Nîmes, de parents protestants, François Guizot émigre en Suisse avec sa famille pour fuir la Terreur sous laquelle son père a été exécuté. En 1805, il quitte Genève pour Paris où il entreprend de brillantes études. Reconnu pour son érudition et sa capacité de travail, il devient professeur d’histoire moderne à la Sorbonne dès 1812. Lors de la Restauration, il rallie le parti du « juste milieu » (favorable au libéralisme et à la monarchie constitutionnelle), et s’oppose alors aux « ultras » désireux d’un retour à l’Ancien Régime et dirigés par le frère de Louis XVIII (le futur Charles X). Les convictions de Guizot le rapprochent du roi qui cherche à concilier les intérêts de la bourgeoisie libérale et des royalistes. Laissant de côté ses activités d’enseignant, il occupe de 1816 à 1820 le secrétariat général du ministère de l’Enseignement, puis de la Justice, avant d’entrer au Conseil d’État. Revenu à l’histoire après la chute du cabinet Decazes (février 1820), il retrouve pour un temps la Sorbonne. En effet, avec l’avènement de Charles X, Guizot passe dans l’opposition et ses attaques contre le ministère Villèle lui valent une suspension de 1822 à 1828. Il profite de cette retraite forcée pour publier ses critiques dans le Globe, prônant la doctrine libérale et le credo « Aide-toi, le ciel t’aidera ». En 1830, François Guizot participe au renversement de Charles X — notamment en signant l’ »adresse des 221″ —, avant d’être élu député de Lisieux. Le parti de la Résistance, dont il est le fondateur, est hostile à toutes les concessions démocratiques et défend une monarchie bourgeoise garantissant l’État contre les républicains ; c’est dans cet état d’esprit que Guizot entre au gouvernement. Après avoir occupé l’Intérieur (1830), il obtient le portefeuille de l’Instruction publique (1832-1837) et réorganise l’enseignement primaire : loi de juin 1833, complétée par celle de 1841 restreignant le travail des enfants. En charge des Affaires étrangères (1840-1847) — après une ambassade à Londres —, Guizot poursuit une politique de rapprochement avec la Grande-Bretagne. Quoique sous l’autorité nominale du président du Conseil Soult, il est de fait, dès 1840, le véritable chef du gouvernement et, depuis le retrait de Thiers, l’unique chef de file de la « Résistance ». Soutenu par la France des notables et de la bourgeoisie d’affaire, il concourt à l’essor de l’industrie, du commerce, du crédit et lance la révolution du chemin de fer ; son maître mot, révélateur de son option capitaliste est sa célèbre formule, prononcée en 1843 lors d’un banquet en province : « Enrichissez-vous par le travail, par l’épargne et la probité ». Ayant délaissé la condition ouvrière et refusant toute réforme électorale (sur la baisse du cens), Guizot doit affronter la critique conjuguée des ultras et des républicains. Son gouvernement devient de plus en plus autoritaire, et vire vers un ultraconservatisme que la crise économique de 1846 rend difficilement supportable à l’opposition, que ce soit celle de la petite bourgeoisie ou du prolétariat urbain. Ses élans d’autoritarisme scellent son destin : lorsqu’au début de l’année 1848, Guizot interdit de nouveau les réunions publiques de l’opposition, il déclenche un mouvement révolutionnaire que sa démission ne peut enrayer et qui aboutit à la fin du règne de Louis-Philippe (voir campagne des Banquets). Exilé en Belgique puis en Grande-Bretagne, Guizot revient en France en 1849. Il choisit alors de vivre à l’écart du pouvoir, se consacrant à la rédaction de ses mémoires (Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps) et reprend ses recherches historiques. En 1820, il a déjà rédigé un manifeste monarchiste et parlementariste, Du gouvernement de la France, tout en publiant plusieurs études sur l’histoire de France et de l’Angleterre (notamment des Essais sur l’histoire de France). Professeur de formation et pédagogue, il rédige, à la fin de sa vie, une Histoire de France racontée à mes petits enfants. Membre de l’Académie française à partir de 1836, Guizot, qui n’a jamais cessé d’être homme de lettres, reste l’un des principaux historiens du XIXe siècle et participe à la grande tradition contemporaine des hommes politiques, tels Thiers, Blanc ou Quinet, versés dans la science historique. L’ensemble de l’œuvre historique de Guizot reste marqué par l’empreinte de son engagement politique, ce qui a plus tard incité l’historien Gabriel Monod à dire de lui que, en dépit de son pragmatisme et de ses contributions scientifiques, Guizot a été une « personnalité » plus qu’un « savant ».

[7] D’aucuns estiment que, dans le plus strict secret, La Fayette fut, en fait, le grand maître, tactique, de la Charbonnerie française.

[8] La hiérarchisation en trois niveaux de la Charbonnerie est également similaire à d’autres sociétés, comme celle des Illuminés.

[9] Lors de l’initiation, le postulant est introduit, les yeux bandés, dans une pièce obscure et, au terme de la cérémonie, avant qu’on lui enlève le bandeau, prête solennellement le serment de garder le silence absolu sur la Charbonnerie.

[10] A titre d’exemple de ce respect absolu du secret et du serment : les 12-13 mai 1839 eut lieu la tentative insurrectionnelle d’Armand Barbès, Martin Bernard, Auguste Blanqui et de la Société des Saisons. Le premier, blessé, est arrêté ; les deux autres parvinrent provisoirement à échapper à la police, respectivement jusqu’aux 21 juin et 14 octobre. 692 interpellations intervinrent en suivant et des procès furent engagé contre plus de 750 inculpés. Lors du procès de 19 inculpés, du 11 juin au 12 juillet 1839, Armand Barbès et Martin Bernard, fidèles à leur serment de charbonniers, refusèrent de se défendre ; le premier fut condamné à mort et le second à la déportation. A son insu, et malgré ses protestations, Barbès, sur intervention de sa sœur auprès du roi, vit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité, puis en déportation.

[11] Malgré la présence de quelques haut gradés en poste comme les généraux Berton et Dermoncourt, il s’agit essentiellement d’anciens cadres des armées napoléoniennes qui ont été évincés par la Restauration.

[12] C’est sans doute l’exclusivité donnée à cette forme d’insurrection, constitutive d’un éventuel coup d’état, qui est à l’origine de l’adhésion de ce comploteur professionnel que fut Louis Napoléon Badinguet Bonaparte !

[13] Avant d’être exécuté il cria : »Vive la Liberté ! ».

[14] Prévoyant le soulèvement du 45e régiment de ligne transféré de Paris à La Rochelle, des soldats ont dénoncé leurs camarades qui sont jugés devant la cour d’assises de Paris. Fidèles à leur serment, quatre sergents choisissent de se sacrifier lors du procès en refusant de révéler à la justice bourbonienne les secrets de la conspiration carbonariste. Ils sont guillotinés le 21 septembre 1822, à Paris, Place de grève. Les quatre « martyrs de la Liberté » comptaient trois membres des Amis de la Vérité. Les traces de leur passage dans la Tour de La Rochelle sont encore visibles et leur geôle donne lieu à de véritables pèlerinages. Il existe une importante iconographie à leur sujet et de nombreuses chansons dites populaires leur ont été consacrées.

[15] Selon certains auteurs, les quatre sergents furent arrêtés et le complot déjoué parce que Bories avait été trop bavard dans une diligence, dont l’un des passagers était un indic de la police.

[16] La dernière action officielle de la Charbonnerie fut de tenter de gagner le corps expéditionnaire français en Espagne. Ce nouvel échec conduisit, de fait, à la liquidation de la Charbonnerie.

[17] Si la Charbonnerie instrumentalisa beaucoup, à commencer par la FM, elle fut elle-même souvent instrumentalisée. L’exemple le plus significatif est celui de Louis-Napoléon Bonaparte, qui fut membre de la Carboneria mais non de la Charbonnerie. Le ralliement d’un nombre conséquent de charbonniers à la monarchie orléanaise m’amène personnellement à considérer que cette dernière l’instrumentalisa également dans son opposition aux Bourbons aux fins de récupération du trône de France !

[18] Voir note ci-dessus.

[19] Cette présence de savants est, sans doute, à l’origine du choix que firent certains charbonniers de rallier le saint-simonisme lorsque la Charbonnerie disparut.

[20] Dont on dit qu’il était l’âme de la Charbonnerie dont la tête était La Fayette.

[21] Essentiellement implantés en milieu militaire. Cf. de Charles Nodier « les Philadelphes. Histoire des sociétés secrètes de l’armée », 1815[21]

[22] C’est-à-dire les « Frères ».

[23] Les Illuminés de Bavière :

Adam Weishaupt naît à Ingolsadt en 1748. A 20 ans, il occupe la chaire de droit canon à l’université d’Ingolstadt. Désireux de régénérer la société allemande, et en s’inspirant des constitutions et de l’organisation maçonniques, il fonde, avec le baron de Knigge, une société secrète : l’Ordre Secret des Illuminés Germaniques. Il partage l’ordre en 13 grades répartis en 2 classes :

Edifice inférieur : novice, minerval, illuminé mineur, illuminé majeur

Edifice supérieur : apprenti, compagnon, maître, écuyer écossais, chevalier écossais, epopte, prince, mage-philosophe et homme-roi.

A côté des grades connus, Weishaupt institue les Insinuants dont le rôle était d’espionner les profanes et… les membres de l’Ordre.

Chaque affilié portait un nomen mysticum, ainsi Weishaupt s’était attribué celui de Spartakus. Weishaupt initia Goethe, Herder, Schard, von Fritsch, Metternich.

Le but ultime des Illuminés était de renverser les monarques et d’éradiquer l’Eglise. On peut lire dans les notes de Weishaupt une des phrases les plus connues de Bakounine : « Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible ». Et c’est parce que ce but était en définitive universel que les Illuminés rayonnèrent sur de nombreux pays européens en y exerçant une influence, directe ou indirecte, importante.

Weishaupt influença la pensée de personnages tels que Babeuf, Buonarroti, Elisée Reclus, Bakounine, Kropotkine,…

[24] Dans toutes les sociétés et organisations où il est intervenu, Buonarroti avait à cœur, d’introduire Le chant des égaux, chant de ralliement au Club du Panthéon sous le Directoire :

 PREMIER COUPLET

 Un code infâme a trop longtemps

Asservi les hommes aux hommes.

Tombe le règne des brigands !

 REFRAIN

 Réveillez-vous à notre voix

Et sortez de la nuit profonde.

Peuple ! Ressaisissez vos droits :

Le soleil luit pour tout le monde !

 DEUXIEME COUPLET

 Tu nous créas pour être égaux,

Nature, ô bienfaisante mère !

Pourquoi des biens et des travaux

L’inégalité meurtrière ?

 TROISIEME COUPLET

 Pourquoi mille esclaves rampant

Autour de quatre ou cinq despotes ?

Pourquoi des petits et des grands ?

Levez-vous, braves sans-culottes !

 [25] Même si, pour certains orthodoxes (intégristes ?), ces révolutionnaires oeuvraient pour une pseudo-révolution, voire même la contre-révolution, la… révolution bourgeoise. Cf. L. Netter in Introduction à La Gazette Rhénane de Karl Marx et Friedrich Engels : « Conquérant peu à peu la suprématie économique, la bourgeoisie accentue son effort pour s’emparer du pouvoir politique. Le libéralisme et le mouvement révolutionnaire gagnent du terrain : la Maçonnerie et ses sectes se multiplient, la Charbonnerie dispose en Italie et en France d’un réseau de « ventes » fortement hiérarchisé; en Allemagne, les libéraux intensifient leur activité et le mouvement révolutionnaire tente de s’organiser (développement de la « Burschenschaft », activité de la Jeune Allemagne, premiers pas du mouvement ouvrier, publication de la Gazette rhénane avec la collaboration de Marx en 1842-1843) ».

[26] C’est ainsi, par exemple, que Blanqui le reconnut comme son mentor en disant qu’il n’aurait jamais été ce qu’il devint s’il n’avait pas rencontré et fréquenté assidûment Buonarroti.

[27] En 1946, Husson, sous le nomen mysticum de Geoffroy de Charnay, s’inspirant de la biographie de Buonarroti et de son Histoire de la Conspiration de l’égalité publia la Synarchie politique dans laquelle il distinguait 3 catégories de sociétés secrètes :

  1. « Les sociétés secrètes « inférieures » : ce sont les sociétés publiques telles la FM bleue, la Société Théosophique, les groupuscules extrémistes politiques…On retrouve dans ces sociétés les militants de base, souvent sincères et désintéressés. Ce sont des viviers dans lesquels on puisera les « gros poissons » pour les mener vers d’autres cercles plus élevés. Ces sociétés représentent un paravent et, si besoin est, un bouclier pour les vrais initiés.
  2. Les sociétés de cadres ou intermédiaires : ce sont des sociétés authentiquement secrètes car elles ne sont connues que par un cercle restreint de personnes. Les membres en sont cooptés et doivent se soumettre entièrement à l’autorité de la société. On peut citer le Martinisme et les Illuminés de Bavière. Ces sociétés contrôlent, ou tentent de contrôler les rouages de l’État. De plus, elles jouent un rôle de gestion et d’exécution.
  3. Les sociétés secrètes « supérieures » : elles sont totalement secrètes, ignorées des sociétés inférieures et contrôlent les sociétés intermédiaires. Leurs buts sont la domination du monde et la réalisation d’objectifs qui nous sont inconnus ».

[28] Ce fut donc par d’autres voies et, notamment celles des Révolutions, bourgeoises pour la plupart, que l’absolutisme monarchique fut abattu, même si le concours des masses populaires fut sollicité et obtenu, sachant que, ces Révolutions faites et le pouvoir bourgeois instauré ou restauré, la réaction s’abattit toujours avec la plus grande férocité sur les peuples pour que ceux-ci ne fassent pas… leur révolution !

Source : http://jccabanel.free.fr/index.htm

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