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Les Vers Dorés des Pythagoriciens 24 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

Les traductions des « vers d’Or » sont nombreuses, celle de Mario Meunier est à la fois élégante et fidèle, il a également traduit les commentaires d’Hieroclès.Celle que Fabre d’Olivet (1768 – 1825) publia en 1813, est moins fidèle au mot à mot, plus poétique, elle incite à la méditation.

Les travaux sur Pythagore sont nombreux et nous n’en citerons aucun : le petit livre d’Ivan Gobry « Pythagore ou la naissance de la philosophie », dans la collection Philosophes de tous les temps, chez Seghers, est un condensé très complet de la doctrines et des principales études sur Pythagore.

L’apport de pythagoriciens aux Arts Libéraux est déterminant par les rapports qu’ils établissent entre eux, tous connaissent le théorème de Pythagore qui n’est autre que la 47° proposition du Premier livre des éléments d’Euclide et sa table de multiplication. Si l’on en croit Boëce, c’est a son école que l’on doit des connaissance musicales étonnantes pour l’époque. (Il est difficile de se défaire de la tendance à croire que les anciens nous étaient inférieurs).

Sa distinction entre le chiffre et le nombre, ce dernier représentant l’harmonie de la nature, est importante, même si elle a dégénéré en superstitions idiotes.
 
 

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Traduction de Mario MEUNIER

l’Artisan du livre 1931 (1ère éd. 1925)

Editions de la Maisnie – Guy TREDIANEL – 1993
 
 
 

Honore en premier lieu les Dieux immortels dans l’ordre qui leur fut assigné par la Loi.

Respecte le Serment. Honore ensuite les Héros glorifiés.

Vénère aussi les Génies terrestres, en accomplissant tout ce qui est conforme aux lois.

Honore aussi et ton père et ta mère et tes proches parents.

Entre les autres hommes, fais ton ami de celui qui excelle en vertu.

Cède toujours aux paroles de douceur et aux activités salutaires.

N’en viens jamais, pour une faute légère, à haïr ton ami,

quand tu le peux: car le possible habite près du nécessaire.

Sache que ces choses sont ainsi, et accoutume-toi à dominer celles-ci :

la gourmandise d’abord, le sommeil, la luxure et l’emportement.

Ne commets jamais aucune action dont tu puisses avoir honte, ni avec un autre,

ni en ton particulier. Et, plus que tout, respecte toi toi-même.

Pratique ensuite la justice en actes et en paroles.

Ne t’accoutume point à te comporter dans la moindre des choses sans réfléchir.

Mais souviens-toi que tous les hommes sont destinés à mourir :

et parviens à savoir tant acquérir que perdre les biens de la fortune.

A l’égard de tous les maux qu’ont à subir les hommes de par le fait des arrêts augustes du Destin,

acceptes-les comme le sort que tu as mérité; supporte-les avec douceur et ne t’en fâche point.

Il te convient de remédier, dans la mesure que tu peux. Mais pense bien à ceci :

que la Destinée épargne aux gens de bien la plupart de ces maux

Beaucoup de discours, lâches ou généreux, tombent devant les hommes;

ne les accueille pas avec admiration, ne te permets pas de t’en écarter.

Mais si tu vois qu’on dit quelque chose de faux supporte-le avec patience et douceur.

Quant à ce que je vais te dire, observe-le en toute circonstance.

Que jamais personne, ni par ses paroles ni par ses actions, ne puisse jamais

t’induire à proférer ou à faire ce qui pour toi ne serait pas utile.

Réfléchis avant d’agir, afin de ne point faire des choses insensées,

car c’est le propre d’un être malheureux de proférer ou de faire les choses insensées.

Ne fais donc jamais rien dont tu puisses avoir à t’affliger dans la suite.

N’entreprends jamais ce que tu ne connais pas; mais apprends

tout ce qu’il faut que tu saches, et tu passeras la vie la plus heureuse.

Il ne faut pas négliger la santé de ton corps,

mais avec mesure lui accorder le boire, le manger, l’exercice,

et j’appelle mesure ce qui jamais ne saurait t’incommoder.

Habitue-toi à une existence propre, simple :;

et garde-toi de faire tout ce qui attire l’envie.

Ne fais pas de dépenses inutiles, comme ceux qui ignorent en quoi consiste le beau.

Ne sois pas avare non plus: la juste mesure est excellente en tout.

Ne prends jamais à tâche ce qui pourrait te nuira, et réfléchis avant d’agir.

Ne permets pas que le doux sommeil se glisse sous tes yeux,

avant d’avoir examiné chacune des actions de ta journée.

En quoi ai-je fauté ? Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je omis de ce qu’il me fallait faire ?

Commence par la première à toutes les parcourir. Et ensuite,

si lu trouves que tu as commis des fautes, gourmande-toi; mais, si tu as bien agi, réjouis-toi.

Travaille à mettre ces préceptes en pratique, médite-les; il faut que tu les aimes,

et ils te mettront sur les traces de la vertu divine,

j’en jure par celui qui transmit à notre âme le sacré Quaternaire,

source de la Nature dont le cours est éternel.Mais ne commence pas à prendre à tâche une oeuvre

sans demander aux Dieux de la parachever. Quand tous ces préceptes te seront familiers,

tu connaîtras la constitution des Dieux Immortels et des hommes mortels, tu sauras

jusqu’à quel point les choses se séparent, et jusqu’à quel point elles se rassemblent.

Tu connaîtras aussi, dans la mesure de la Justice, que la Nature est en tout semblable à elle-même,

de sorte que tu n’espéreras point l’inespérable, et que plus rien ne te sera caché.

Tu sauras encore que les hommes choisissent eux-mêmes et librement leurs maux,

misérables qu’ils sont; ils ne savent ni voir ni entendre les biens qui sont près d’eux.

Peu nombreux sont ceux qui ont appris à se libérer de leurs maux.

Tel est le sort qui trouble les esprits des mortels, Comme des cylindres,

ils roulent çà et là, accablés de maux infinis.

Innée en eux, en en effet, l’affligeante Discorde les accompagne et leur nuit sans qu’ils s’en aperçoivent;

il ne faut point la provoquer, mais la fuir en cédant.

O Zeus, notre père, tu délivrerais tous les hommes des maux nombreux qui les accablent,

si tu montrais à tous de quel Génie ils se servent !

Mais toi, prends courage, puisque tu sais que la race des hommes est divine,

et que la Nature sacrée leur révèle ouvertement toutes choses.

Si elle te les découvre, tu viendras à bout de tout ce que je l’ai prescrit;

ayant guéri ton âme, tu la délivreras de ces maux.

Mais abstiens-toi des aliments dont nous avons parlé, en appliquant ton jugement

à tout ce qui peut servir à purifier et à libérer ton âme. Réfléchis sur chaque e chose,

en prenant pour cocher l’excellente intelligence d’en-haut.

Et si tu parviens, après avoir abandonné ton corps, dans le libre éther,

tu seras dieu immortel, incorruptible, et à jamais affranchi de la mort.

 

 

LES VERS DORES DES PYTHAGORICIENS

Traduction de FABRE D’OLIVET (1813)

 
 
 

PRÉPARATION

 Rends aux Dieux Immortels le culte consacré;

Garde ensuite ta foi : révère la mémoire

Des Héros bienfaiteurs, des Esprits Demi – Dieux
 
 

 PURIFICATION

 Sois bon fils frère juste, époux tendre et bon père

Choisis pour ton ami l’ami de la vertu,

Cède à ses doux conseils, instruis – toi par sa vie

Et pour un tord léger ne le quitte jamais,

Si tu le peux du moins: car une loi sévère

Attache la puissance à la Nécessité.

Il t’est donné pourtant de combattre et de vaincre

Tes folles passions; apprends à les dompter,

Sois sobre, actif et chaste; évite la colère.

En public, en secret, ne te permets jamais

Rien de mal; et surtout respecte – toi toi – même.

Ne parle ni n’agis point sans avoir réfléchi,

Sois juste. Souviens – toi qu’un pouvoir invincible

Ordonne de mourir; que les biens , les honneurs

Facilement acquis sont faciles à perdre.

Et quant aux maux qu’entraîne avec soi le Destin

Juge – les ce qu’ils sont: supporte – les et tâche

Autant que tu pourras d’en adoucir les traits:

Les Dieux aux plus cruels n’ont pas livré les sages.

Comme la Vérité, l’erreur a ses amants:

Le philosophe approuve ou blâme avec prudence

Et si l’erreur triomphe, il s’éloigne, il attend.

Écoute et grave bien en ton cœur ces paroles:

Ferme l’œil et l’oreille à la prévention;

Crains l’exemple d’autrui, pense d’après toi – même

Consulte, délibère et choisis librement.

Laisse les fous agir sans but et sans cause.

Tu dois dans le présent contempler l’avenir;

Ce que tu ne sais pas, ne prétends pas le faire;

Instruits – toi: tout s’accorde à la constance, au temps.

Au corps les aliments, à l’esprit le repos.

Trop ou trop peu de soins sont à fuir car l’envie

A l’un et l’autre excès s’attache également.

Le luxe et l’avarice ont des suites semblables

Il faut choisir en tout le milieu juste et bon.
 

 

 

 

PERFECTION

 Que jamais le sommeil ne ferme ta paupière

Sans t’être demandé: Qu’ai – je omis? Qu’ai-je fait

Si c’est mal abstiens – toi, si c’est bien persévère.

Médite ces conseils, aime – les , suis – les tous:

Aux divines Vertus ils sauront te conduire.

J’en jure par celui qui grava dans nos coeurs

La Tétrade sacrée, immense et pur symbole,

Source de la Nature et modèle des Dieux.

Mais qu’avant tout ton âme , à son devoir fidèle,

Les Dieux dont les secours

Peuvent seuls achever tes oeuvres commencées.

Instruit par Eux, alors rien ne t’abusera:

Des êtres différents tu sondera l’essence,

Tu connaîtras de Tout le Principe et la fin

Tu sauras, si le Ciel le veut, que la Nature,

Semblable en toutes choses est la même en tous lieux.

En sorte qu’éclairé sur les droits véritables,

Ton coeur, de vains désirs ne se repaîtra plus.

Tu verras que les maux qui dévorent les hommes

Sont le fruit de leurs choix et que ces malheureux

Cherchent loin d’eux les maux dont ils portent la source.

Peu savent être heureux: jouets des passions,

Tour à tour ballottés par des vagues contraires.

Sur une mer sans rive, ils roulent aveuglés,

Sans pouvoir résister ni céder à l’orage.

Dieux vous les sauveriez en dessillant leurs yeux…

Mais non, c’est aux humains dont la race est divine

A discerner l’erreur, à voir la Vérité.

La Nature les sert, toi qui l’a pénétrée

Homme sage, homme heureux, respire dans le port.

Mais observe ses Lois , en t’abstenant des choses

Que ton âme doit craindre en les distinguant bien,

En laissant sur ton corps régner l’intelligence,

Afin qu’en t’élevant dans l’Ether radieux

Au sein des Immortels, tu sois un Dieu toi – même.

 

Les textes ci-dessus ont été informatisés par R. D., qu’il en soit remercié !

Ils évoquent l’adage : La simplicité est le sceau de la Vérité.

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Bacchus, Jésus et la Gnose 17 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Bacchus, Jésus et la Gnose par Tau Synesius.

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Tout mythe enferme implicitement la consécration de l’antique aphorisme : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas». Ce qui revient à dire que tout mythe est le résumé ingénieux, poétique, imagé, d’une double action conjointement accomplie sur plan hylique et sur le plan divin.

Prenons aujourd’hui pour élucider cette vérité Bacchus et son culte.

Ce mythe, résumons-le d’après le magnifique ouvrage de M. Decharme, sur la mythologie de la Grèce.

Sémélé, fille de Cadmus, est aimée de Zeus qui la féconde en descendant sur elle sous la forme d’une pluie d’or, mais cette mystique communion ne suffit pas aux passionnelles aspirations de Sémélé. Comme la Sophia gnostique, elle veut contempler le Dieu dans la splendeur de sa gloire, au milieu de sa foudre et de ses éclairs. Mais les feux divins l’éblouissent et la consument et, en mourant, elle laisse échapper son fruit que Zeus enferme dans sa cuisse jusqu’à l’époque où l’enfant sera viable. Remarquons, en passant, ainsi que le fait M. Decharme, l’analogie de la naissance de Bacchus avec celle du Soma des Védas, le Soma est, lui aussi, recueilli dans la cuisse d’Indra et son surnom est Vinas, l’aimé, comme plus tard Bacchus deviendra οἶνος, Vinum, le Vin. De Vinos, on peut aussi rapprocher le dorien φιντατοσ, Très aimée, pour φιλατοσ.

Bacchus, une fois issu de la cuisse de Zeus est confié aux Nymphes de Nysa, d’où il tire son nom grec de Dionysios. Elles l’élèvent au fond d’une grotte tapissée de vignes. Devenu grand, Bacchus goûte au fruit de ces vignes, ses nourrices l’imitent, et les voilà transportées d’une volupté nouvelle, gravissant les collines, pénétrant dans l’épaisseur des taillis, faisant éclater partout leurs cris de joie.

Le plus élémentaire évhémérisme explique le sens matériel de cette légende. Sémélé, c’est la Terre, en qui l’ondée bienfaisante symbolisée par Zeus, vient développer le germe vital de la vigne. Le cep sort du sol, s’élance vers le ciel, mais l’ardeur solaire brûle le sol ; le raisin périrait s’il ne se cachait sous le feuillage et surtout si le ciel ne se couvrait de nuages.

D’autre part, les Nymphes, les Hyades, nourrices de Bacchus, représentent les sèves vivifiantes et peut-être aussi les pluies rafraîchissantes. Quant aux courses de Bacchus à travers le monde, il n’est pas difficile d’y voir le développement successif de la culture de la vigne dans les diverses régions de l’univers.

Jusqu’ici nous n’avons pas, ce semble, quitté le plan hylique ; naissance et culture de la vigne, production d’un breuvage enivrant, etc. Et pourtant, insensiblement, nous arrivons au plan divin. Ouvrons, en effet, le catéchisme gnostique, que notre vaillant coopérateur, l’évêque Sophronius vient de livrer à l’édification des Parfaits. Il y est dit que le Christ, entre autres manifestations, se présente sur la terre sous les apparences de la boisson fermentée.  La boisson est le jus fermenté tiré soit des tiges du sarcostemma viminatie, soit des fruits de la vigne. Le sarcostemma était coupé en morceaux ; ceux-ci étaient écrasés dans un mortier au moyen d’un pilon et le jus filtré était placé dans un vase où on le laissait fermenter. Au bout de trois jours, le Soma était prêt. On sait comment se prépare le vin. Or du Soma aussi bien que du vin on tire l’eau-de-vie ou l’eau-de-feu, qui brûle avec flamme. Le vin et le Soma contiennent donc le feu, le Christ. Celui-ci a dit d’ailleurs par la bouche de léshu : « Je suis la vraie vigne » et montrant le vin : « Ceci est mon sang ».

Voici d’ailleurs que Bacchus est devenu un Dieu phallique, ainsi qu’il appert de la description que Plutarque nous donne de la Fête des Dionysies, c’est-à-dire une puissance féconde et créatrice, et aussi un Dieu de beauté, de grâce souveraine, de suggestive esthétique, ainsi qu’il résulte de la Fête des Anthestéries, ces pâques fleuries du paganisme. C’est encore un Dieu de bonté, un bienfaiteur de l’Humanité, s’opposant au farouche Arès, ce Démiurge hellénique, ainsi que l’indique S. G. Sophronius :

« Né bienfaisant et épris de gloire (de gloire pacifique, il faut entendre) Man (Bacchus) voulut faire participer les hommes aux utiles découvertes dont la cité céleste avait été dotée par les rois et enseigner au monde l’usage du blé et du vin. Il partit donc à la tête d’une armée considérable (une armée d’apôtres, il est à supposer) et visita un grand nombre de peuples, qui le reçurent comme un dieu, puisqu’il apportait partout l’abondance et la joie. »

Des influences asiatiques ne tardèrent pas à intervenir, qui transformèrent le concept initial du Dionysios grec en « un adolescent aux joues imberbes, au teint délicat, à la figure virginale, qu’encadrent les boucles flottantes d’une chevelure. À voir sa longue robe, sa molle et traînante démarche, sa grâce efféminée, on hésite à lui attribuer la nature masculine. C’est qu’en effet le génie religieux de l’Asie a marqué Dionysios de son empreinte, il en a fait un dieu à double nature, un symbole de l’Essence divine, qui embrasse tout, qui comprend tout qui se suffit à lui-même une divinité androgyne, comme Siva dans l’Inde où comme Astarté, en Syrie. » (Decharme. op. cit.).

Avec cette seconde phase, ou plutôt sous ce second aspect du mythe dionysiaque, nous voyons s’accuser de plus en plus le plan spirituel. Le dieu de Nysa devient une sorte d’incarnation delà Beauté éternelle, un vivant et merveilleux reflet des splendeurs du Plérome. Cette insexualité même, ou, pour mieux dire, cette fusion idéale des deux sexes, c’est le rêve sacré que la Gnose Valentinienne formulera dans le dogme de Bythos-Sigé, et dans celui des différentes Syzygios, qui en émanent.

Sans quitter le plan divin, où nous a amené cette épide, nous allons assister maintenant à une quasi-identification de Bacchus avec le Christ. Remarquez que cette nouvelle phase remonte, historiquement, au moins à cinq cents ans avant notre ère, mais cela soit dit, sans vouloir amoindrir les grandes choses de la foi chrétienne. Pour le divin, le temps n’est pas. Dans l’évolution historique, Bacchus a pu précéder Jésus : dans la réalité éternellement fixe de l’Au-delà, les deux ordres de faits se confondent, c’est là une vérité qu’on ne proclamera jamais assez haut, que cette inanité du temps dans le domaine divin.

Poursuivons. Comme le Fils de Miriam, Dionysios a ses souffrances, sa passion. Il a été surpris par les Titans qui, jaloux de lui, l’ont mis en pièces. Son cœur, échappé à leurs fureurs, a été recueilli par Pallas, et il est redevenu, au ciel, le centre d’une vie renaissante [1].

De là, la curieuse eucharistie pratiquée en Grèce, dès le temps de Thémistocle, sorte de banquet mystique où les Initiés mangeaient en commun la chair d’un taureau, qui était pour eux le propre corps de Bacchus. Pour comble de similitude, Iacchos qui est un des noms de Dionysios, n’est-il pas la traduction évidente du vocable hébraïque leschou ?

Bacchus fut ainsi que Jésus, l’objet d’une sorte de culte hystérique de la part des femmes. Ici, nous sortons du plan divin ou plutôt nous touchons à la ligne, ou plan di vin et plan hylique se copénètrent, à la région vague, où l’érotisme charnel se soude pour ainsi dire à la religiosité mystique dionysiaque, en vertu duquel, comme dit M. Decharme, « l’être humain affranchi de la raison, comme d’une entrave, n’obéissant qu’aux palpitations de son cœur et au délire de son cerveau, court se perdre dans l’objet inconnu de son adoration, auquel il abandonne la direction de sa vie et son âme tout entière », ce mysticisme, disons-nous, a sa frappante analogie dans les extases de Sainte-Thérèse et de Mme Guyon.

Desmarèts de Saint-Sorlin n’a-t-il pas écrit : « L’âme étant devenue un rien ne peut rien sentir ; quoi qu’elle fasse, n’ayant rien consenti, elle n’a pas péché. Par une dissolution entière de nous-mêmes, la vertu du Saint-Esprit s’écoule en nous, et nous devenons tout Dieu par une déformation admirable. »

Molinos n’a-t-il pas déclaré que les péchés sont une occasion d’humilité et une échelle pour monter au ciel ?

Enfin François de Sales lui-même n’a-t-il pas préconisé l’anéantissement de la volonté comme un idéal de perfection ?

Quant à ces fêtes orgiastiques, au cours desquelles les ménades échevelées se déchirent les seins et inondent les chemins de leur sang, n’est-ce pas une réalisation anticipée de ces tendances érotico-mystiques, qui feront surgir tour à tour les Flagellants du moyen âge, les ascètes des cloîtres et les convulsionnaires de Saint-Médard ?

Plus sur le sujet :

Bacchus, Jésus et la Gnose.

In L’Écho de l’Au-delà et d’Ici-bas, n° 4, 15 février 1900.

La revue ne cite pas son auteur, mais certains passages laissent penser qu’il est probable que ce soit Fabre des Essarts, Tau Synesius in ecclesia.

Image : Paul Véronèse / Public domain.


[1] Ce détail du mythe dionysiaque a pu par voie d’atavisme, donner naissance au culte moderne du Sacré-Cœur, si mal compris de tous, et principalement de ceux qui le pratiquent.

 

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Bacchus, Tau Synesius / Publié le : 24 mai 2020

Mis à jour le : 24 septembre 2020

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La Sagrada Familia à Barcelone, entre symboles et mystères de Gaudi 12 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Sagrada Familia à Barcelone, entre symboles et mystères de Gaudi

 
La Sagrada Familia à Barcelone, entre symboles et mystères de Gaudi dans Recherches & Reflexions

Par La Rédaction
10 juillet 2022
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Sagrada Familia à Barcelone

De notre confrère fermataspettacolo.it

La  Sagrada Família, en catalan Temple Expiatori de la Sagrada Família est une basilique catholique (mineure) commencée en 1883, toujours en voie d’achèvement, on estime que les travaux seront achevés d’ici 2026. Elle est considérée comme le chef-d’œuvre d’Antoni Gaudí.

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Sagrada Familia

La grandeur du projet et son style typiquement guadinien en ont fait l’un des principaux symboles de la ville, ainsi que l’une des étapes obligatoires du tourisme de masse ; en 2011 c’était le monument le plus visité d’Espagne, avec 3,2 millions de visiteurs devant le musée du Prado à Madrid.

Comme cela s’est produit précédemment pour les œuvres religieuses dont les œuvres sont destinées depuis plusieurs siècles (par exemple la Basilique de San Pietro ou le Duomo de Milan), l’église a été consacrée encore inachevée, le 7 novembre 2010, par Benoît XVI, qui l’a élevée au rang de basilique mineure.

Dans le temple de la Sagrada Familia, vous pouvez observer et rechercher de nombreux symboles liés au mystère.

Le carré magique

Pour commencer on peut partir de la porte de la passion riche en symboles et plus précisément du carré du Sator qui est un carré contenant un plateau 5×5 où il est écrit : SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS.

La particularité de cette phrase réside dans le fait que les lettres peuvent être lues indépendamment de gauche à droite ou inversement ou de bas en haut ou inversement et pour cette raison on l’appelle  Palindrome. Dans la Kabbale , qui est une pratique ésotérique juive qui s’est répandue à partir du XIIe siècle. Il y a une équivalence entre des chiffres, des lettres ou des mots ou des phrases. Et c’est grâce à cette équivalence, cet échange entre les mots et les nombres que nous en sommes toujours venus à donner une explication de la création ou d’un mystère lié à Dieu.

Dans les églises médiévales qui représentaient la somme de toutes les théories, les palindromes sont nombreux, ce qui confirme une étude diversifiée des différentes religions par les architectes et les ouvriers qui les ont créés.
Un très beau Sator peut également être vu à Sienne près du Duomo, sur lequel j’aimerais revenir plus tard avec un futur article.

Concernant le tableau magique sur la façade de la Passion de la Sagrada Familia, Gaudì a inséré des chiffres au lieu de lettres.
Si nous essayons d’additionner n’importe laquelle des combinaisons nous arrivons toujours à 33 qui est l’âge de la mort de Jésus et que Gaudi a certainement voulu mettre en évidence, mais qui par coïncidence représente aussi le plus haut degré de la franc-maçonnerie le 33e degré du Rite Écossais et qui souligne à quel point l’architecte était au courant des théories kabbalistiques.

Le cryptogramme de la Sagrada Familia

Dans la façade de la passion créée par Subirachs, un sculpteur catalan, quelques symboles sont insérés ; il n’est pas clair, cependant, si le sculpteur a repris l’idée originale de Gaudí. Sous la représentation de Veronica, qui se trouve à Lucques, se trouvent les symboles d’Alpha et d’Oméga, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec. Ce sont des symboles stylisés et représentent le début et la fin du symbolisme chrétien, mais si nous les superposons, ils nous ramènent au symbole de l’étoile de David placé à l’extérieur du temple du roi Salomon, un temple construit par Hiram à Jérusalem.

Une fois de plus nous sommes face à un symbole maçonnique .

Le Pélican, dans la porte de naissance, placé à la base du cyprès, symbole de la vie éternelle, représente l’Eucharistie selon la symbolique de l’ère paléochrétienne mais aussi le 18ème degré de la maçonnerie.

Aussi dans la porte de naissance on trouve l’œil de la providence divine et la pyramide. La pyramide est formée de roseaux à l’intérieur desquels se trouvent la Madone et une fontaine. Le triangle de simplification de la pyramide, est aussi un symbole maçonnique. L’œil représente Dieu.

Le pélican sur la porte de la naissance de la Sagrada Familia

La pyramide avec l’œil de Dieu est également présente sur la pièce de un dollar américain , un symbole probablement voulu par le franc-maçon Benjamin Franklin comme un souhait pour la nation naissante des États-Unis d’Amérique.

En revenant au Sacré, également sur la façade de la Naissance, une croix en Tau a été placée au sommet du cyprès. Le signe du Tau a des origines très anciennes remontant à la Bible ; il est présent dans le livre de la Genèse, dans Job et dans Ezéchiel qui dit : « Le Seigneur a dit : Traversez la ville, au milieu de Jérusalem et marquez un Tau sur le front des hommes qui soupirent et pleurent ».

Le Tau étant la dernière lettre de l’alphabet hébreu assume la même signification que l’oméga pour les chrétiens. Le Tau est un symbole très cher à Saint François d’Assise et pour cette raison il s’est beaucoup répandu au Moyen Âge. Il a été adopté par les écuyers des Templiers qui plus tard est devenu une croix au moment de l’investiture. Plus tard, il fut également utilisé par les Chevaliers qui tirent leur nom de ce symbole, le Tau, ordre des chevaliers hospitaliers .

La façade de la Passion

Le Tau était un symbole pour la famille Rosencrutz, grâce à son fondateur, Christian Rosencreutz. Pour la franc-maçonnerie, le Tau symbolise le maillet et l’équerre à double angle droit.

Le Tau et le X au-dessus de l’arbre de vie pourraient à nouveau être interprétés comme l’étoile de David. L’image du X peut être vue comme deux V, le deuxième V à l’envers. Si le V assumait l’autre sens du Tau, dans l’ancien alphabet hébreu, le Tau était formé d’un X et d’un T, ce n’est qu’après s’être transformé en T que nous aurions à nouveau une étoile de David.
Gaudí a travaillé dur pour étudier les différentes religions et en particulier les symboles qui leur sont associés.

Dans cette analyse, j’ai essayé de mettre en évidence certains des aspects infinis liés à la Sagrada Familia qui, précisément en raison de sa complexité, peuvent être comparés aux grandes cathédrales médiévales et gothiques.

Lorsque vous la visitez, votre regard se perd à la recherche d’espaces, de lieux de la vie du Christ qui sont le résultat des interprétations des œuvres d’un des plus grands architectes de tous les temps et qui a consacré une grande partie de sa vie à la création de son paradis terrestre.

Redécouvrez nos précédents articles sur ce thème :

SOURCE : https://450.fm/2022/07/10/la-sagrada-familia-a-barcelone-entre-symboles-et-mysteres-de-gaudi/

 

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Le livre du TAO et de sa vertu – LAO TSEU 10 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

LAO TSEU

 Lao-Tseu_-

LE LIVRE DU TAO ET DE SA VERTU

TAO TE KING

  

texte scanné par Roger DAMAYE, reçu le 25 janvier 1997.

Son texte d’accompagnement est reproduit ci-dessous en italiques.

L’ami Roger m’a devancé… J’avais choisi la traduction de Matgoiï (Albert de Pouvourville) avec laquelle je fis connaissance de ce texte, dont il faut bien dire qu’il est intraduisible, alors que le sens littéral est sans doute respecté par les sinologues dans la mesure du possible, avec sa mise sous forme alphabétique.

Ce qui est intraduisible : la spécificité culturelle et l’emploi constant du paradoxe, méthode, que les occidentaux n’ignorent pas tous et qui oblige à réfléchir sur la réflexion, peut être pour faire saisir que la simplicité est le sceau de la Vérité ?

Sur les termes employés, nous rencontrons souvent le « Saint-Homme », que l’on pourrait sans nul doute aussi bien traduire par homme sain. L’hébreu nous offre un exmple avec le mot « Kadosch » , traduit couramment par saint et dont le sens est sain, sans défaut avec la notion de tri, mais ….laissons le lecteur à ses propres réflexions.

G. G. le 4 mai 1997

 

 

Le TAO TE KING ( Livre de la Voie et de sa vertu) est sans contredit un des textes les plus importants de l’Humanité, au même titre que La Bible, le Coran ou les Védas. Il aurait été écrit par Lao Tseu au VIème siècle avant J.C.

Il existe un bon nombre de traductions françaises du Tao Te King. Personnellement, j’en connais au moins cinq dont celle, entre autres, du Père Léon WIEGER S.J. dans son ouvrage  » Les Pères du Système Taoïste « , une autre présentée par ETIEMBLE (en collection de poche), et deux autres dont j’ai oublié les auteurs.

Celle que je vous propose ici, publiée en 1969 aux éditions DERVY, par un auteur anonyme, qui a eu la grande humilité – cela mérite d’être remarqué – de s’effacer derrière la haute personnalité de Lao Tseu.

N’ayant personnellement pas la moindre notion de la langue chinoise, je ne suis pas apte à dire si cette traduction est la plus fidèle à l’original. Mais si je l’ai choisie c’est d’abord pour rendre hommage à la discrétion du traducteur et c’est aussi parce qu’elle s’accompagne d’une importante collection de notes et de commentaires où l’on trouve d’intéressants parallèles avec les traditions occidentales.

Donc, si vous avez aimé le texte de la traduction, précipitez vous sur le livre ( espérons qu’il n’est pas épuisé) pour lire les commentaires.

 

Ayant réalisé ce travail pour mon plaisir personnel et aussi pour faire connaître ce texte important je n’entends pas en tirer un quelconque avantage pécuniaire. Si vous l’avez aimé et désirez m’en remercier, vous pouvez faire une offrande a l’Association Druk Toupten Tcheukhor Ling.

CENTRE D’ETUDES BOUDDHIQUES

Bel Avenir

56770 – PLOURAY

 

 

QUI ETAIT LAO TSEU ?

On sait fort peu de chose de LAO TSEU.

La courte biographie. que donne de 1ui Seu Ma Tsyeng dans ses mémoires historiques, parus vers 1′an 99 avant J.-C., est le document le plus ancien qui contienne sur sa vie quelques renseignements dont rien ne permet d’ai11eurs d’affirmer la parfaite authenticité..

I1 serait né en l’an 570 avant J.-C., au village de Haï dans le royaume de Tch’en. I1 était de famille noble, celle des Lao Che, Che étant le nom de sa race. Son nom patronymique était LI, son prénom EUL.

En 581 après J.-C l’Empereur Tsing ordonna de lui rendre les mêmes honneurs qu’à BOUDDHA. On lui donna le nom de YUEN HOANG TI,»Maître souverain de l’obscurité». Mais il fut surtout connu sous le nom de LAO TSEU, c’est-à-dire»le Vieux Maître»«le Vieux Docteur»où vieux est pris dans le sens de vénérable.

LAO TSEU fut archiviste de la cour des Tchéou. Voyant que leur puissance était sur son déclin, las du désordre de l’Empire, il prit la résolution de s’éloigner pour n’être pas témoin de leur chute. Nous ignorons quand et ou il mourut.»Ayant aimé l’obscurité pardessus tout, dit SE: MA TSHYENG, cet homme effaça délibérément la trace de sa vie ». Mais qu’importe la trame de son existence ! Génie original, ne relevant que de la grande et antique tradition, LAO TSEU appartient à 1a lignée des missionnés, dont la pensée et la sagesse sont sur la terre un reflet de la lumière divine, et qui ont atteint l’immortalité

Le même mystère, qui entoure sa personne et sa vie, et pour les mêmes raisons, enveloppe son œuvre condensée dans un seul livre. La plupart de ses biographes répètent, à ce sujet, à peu près dans les mêmes termes, une anecdote suivant laquelle, en quittant la Chine et sur le point de traverser la Grande Muraille, il aurait été prie, par l’officier gardien de la passe de l’Ouest, YIN HI, d’écrire pour lui un résumé de sa doctrine. C’est dans ces conditions que le TAO TE KING aurait vu le jour.

Cette anecdote fait partie de la légende rédigée par KO HONG vers l’an 530 après J.C. et incluse dans son ouvrage intitulé»Histoire des dieux et des immortels ». Est-elle mieux fondée que les autres faits relatés dans ce récit fabuleux ? Nul ne peut le dire. Quoi qu’il en soit, la tradition affirme formellement que le TAO TE KING est de la main d LAO TSEU et, d’après le savant Père WIEGER tout porte à croire que la tradition a raison.

 

LE TEXTE

 

 

TAO TE KING

retour à cosmos

 

 

1

I – 1 Une voie qui peut être tracée, n’est pas la voie éternelle: le Tao. Le

nom qui peut être prononcé,, n’est pas le nom éternel

 

I-2 – Sans nom, il est a l’origine du ciel et de la terre. Avec un nom, il est

la Mère des dix mille êtres

 

I-3 – .Ainsi, un Non-Dèsir éternel représente, son essence, et par un Désir

éternel il manifeste une limite

 

I-4 – Ces deux états coexistent inséparables, et diffèrent seulement de nom.

Pensés ensemble: mystère! le Mystère des mystères’. C’est la Porte de toutes

les essences

 

2

 

II-1 -.Tous sous le Ciel, connaissant le beau comme le beau: voici le laid!

Tous connaissant le bien comme le bien: voici le mal! C’est ainsi que l’être

et le non-être naissent l’un de l’autre, que le difficile et le facile

s’accomplissent l’un par l’autre, que mutuellement le long et le court se

délimitent, le haut et le basse règlent, le ton et le son s’accordent, l’avant

et l’après s’enchaînent.

 

II-2 – C’est pourquoi le Saint-Homme s’en tient à la pratique du Non-agir. Il

enseigne sans parler. Tous les êtres agissent, et il ne leur refuse pas son

aide. Il produit sans s’approprier, travaille sans rien attendre, accomplit

des oeuvres méritoires sans s’ attacher, et, justement parce qu’il ne s’y

attache pas, elles subsistent.

 

3

 

III-1 Il ne faut pas glorifier les hommes de valeur, pour que le peuple ne

dispute pas; ni estimer les biens difficiles à acquérir, pour qu’il ne vole

pas; ni ,étaler ce qui excite la convoitise, pour que son coeur ne soit pas

troublé,.

 

III-2 C’est pourquoi le Saint-Homme a pour règle :faire le vide dans le

coeur, emplir le ventre, affaiblir la volonté, fortifier les os, faire

constamment en sorte que le peuple soit sans savoir et sans désirs, et que

ceux qui savent n’osent pas agir.

 

III-3 – Il pratique le Non-agir et il n’est rien alors, qui ne soit bien

dirigé, certes.

 

4

IV-1 – Le Tao est vide mais il est inépuisable. Quel abîme

 

IV-2 – Il apparaît comme l’ancêtre des dix mille êtres. il émousse son

activité, dénoue ses voiles, harmonie sa splendeur, s’unit à sa poussière; Oh!

Qu’il est pur.

 

IV-3 – Il semble subsister de toute éternité. Je ne sais de qui il pourrait

être le fils; il paraît antérieur au Souverain du Ciel;

 

5

 

 

V-1 – Le Ciel et la Terre ne sont pas humains; pour eux, tous les êtres sont

comme le chien de paille. Le Saint-Homme n’a pas de prédilection; pour lui les

Cent Familles sont comme chien de paille.

 

V-2 – Entre le Ciel et la Terre, il est semblable à un soufflet de forge vide,

mais inépuisable, dont le mouvement produit un souffle croissant.

 

V-3 – Parler beaucoup épuise sans cesse; mieux vaut garder le Milieu.

 

6

 

VI-1 – L’Esprit des profondeurs est impérissable; on l’appelle la Femelle

mystérieuse.

 

VI-2 – La porte de la femelle mystérieuse est nommée la Racine du Ciel et de

la Terre. Elle dure perpétuellement, et se dépense sans s’user.

 

7

 

VII – 1 Le Ciel et la Terre durent toujours. S’ils durent toujours c’est

parce qu’ils ne vivent pas pour eux-mêmes. Voilà ce qui leur permet de durer

indéfiniment.

 

VII-2 – C’est pourquoi se mettant à la dernière place, le Saint-Homme se

trouve à la première; oubliant sa personne il la conserve. Parce qu’il ne

poursuit pas des buts égoïstes, il réalise à la perfection ce qu’il

entreprend.

 

8

 

VIII-1 – La suprême Vertu est comme l’eau. L’eau et la Vertu sont

bienfaisantes pour les dix mille êtres et ne luttent pas. Elles occupent les

places que les hommes détestent. C’est pourquoi elles sont comparables au Tao.

 

VIII-2 – Dans toute situation, la Vertu est humilité; dans le coeur elle est

profondeur insondable; dans l’assistance elle est Amour; dans la parole

sincérité. Dans le gouvernement, elle est ordre et droiture; dans l’action

elle est capacité, et elle se meut avec opportunité.

 

VIII-3 – mais elle ne lutte pas; c’est pourquoi elle est irréprochable.

 

9

 

Tao IX-1 – Conserver plein ce qui va déborder, mieux vaut y renoncer. Un

tranchant trop aiguisé ne peut rester longtemps affilé. Une salle remplie d’or

ne peut être gardée.

 

Tao IX-2 – S’enorgueillir parce que l’on est comblé de richesse et d’honneurs,

attire sur soi l’infortune. Lorsque l’oeuvre utile est accomplie et que point

la renommée, que la personne s’efface: c’est la Voie du Ciel.

 

10

 

X-1 – Maintenir le corps et l’âme sensitive dans l’unité, pour qu’ils ne

puissent se séparer; contenir la force vitale et la rendre docile, afin de

devenir comme le nouveau-né; se purifier en s’abstenant de scruter les

mystères, pour rester sain; aimer le peuple afin de pouvoir gouverner sans

agir; que les Portes du Ciel s’ouvrent ou se ferment, pouvoir être comme la

femelle; étant inondé de lumière de tous cotés, pouvoir être ignorant; donner

la vie, l’entretenir, produire sans s’approprier; agir sans rien escompter;

diriger sans asservir. Telle est la Vertu merveilleuse.

 

11

 

 

XI-1 – Trente rayons convergents, réunis au moyeu, forment une roue; mais

c’est son vide central qui permet l’utilisation du char. Les vases sont faits

d’argile, mais c’est grâce à leur vide que l’on peut s’en servir. Une maison

est percée de portes et de fenêtres, et c’est leur vide qui les rend

habitable.

 

XI-2 – Ainsi l’être produit l’utile; mais c’est le non-être qui le rend

efficace

 

12

 

XII-1 – Les cinq couleurs rendent les yeux de l’homme aveugle, les cinq sons

rendent ses oreilles sourdes, les cinq saveur rendent sa bouche inapte à

savourer. Les courses violentes et le galop des chasses déchaînent dans son

coeur de furieuses passions. Les biens difficiles à acquérir font qu’il se

heurte à de dangereux obstacles.

 

XII-2 – C’est pourquoi le Saint-Homme s’occupe de l’intérieur et non des sens.

Il rejette ceci et adopte cela;

 

13

 

XIII-1 – Faveur et disgrâce vont avec la crainte. Honneur et tribulations vont

avec la personne. Pourquoi dit-on que faveur et disgrâce vont avec la crainte?

La faveur élève, la disgrâce abaisse. Obtient-on la faveur on est dans la

crainte; la perd-on, on est encore dans la crainte. Tel est le sens de: faveur

et disgrâce vont avec la crainte.

 

XIII-2 – Pourquoi dit-on: honneurs et tribulations vont avec la personne? Le

moi est ce par quoi on a des tribulations. C’est parce que nous avons une

individualité quelles nous frappent. Si nous n’avions pas d’individualité,

quels malheurs pourraient nous atteindre?

 

XIII-3 – C’est pourquoi celui pour qui l’Empire est aussi précieux que sa

propre personne peut l’obtenir; celui qui l’aime autant que lui-même est digne

de le diriger.

 

14

 

XIV-1 – Regardant, on ne le voit pas, on le nomme l’Invisible; écoutant, on ne

l’entend pas, on le nomme l’Inaudible. Touchant, on ne le sent pas, on le

nomme l’Impalpable. Ce que sont ces trois attributs, il est impossible de le

préciser; c’est pourquoi on les confond, car il ne font qu’un.

 

XIV-2 – En haut, il n’est pas éclairé; en bas il n’est pas obscure. Il est

éternel. Il est sans non. Son origine est là où n’existe aucun être. On peut

dire qu’il est forme sans forme, figure sans figure; c’est l’Indéterminé.

Allant à sa rencontre on ne voit pas sa face; le suivant , on ne voit pas son

dos.

 

XIV-3 – C’est en observant l’antique Tao que l’on peut régler l’existence

actuelle. Pouvoir connaître le commencement du passé, c’est tenir le fil du

Tao.

 

15

 

XV-1 – Les sages parfaits de l’Antiquité étaient insaisissables, surnaturels,

mystérieux, pénétrants, si profonds qu’on ne pouvait les connaître. Comme on

ne pouvait les connaître on ne peut tenter de les dépeindre.

 

XV-2 – Ils étaient attentifs! comme celui qui traverse un cours d’eau en

hiver; prudents! comme celui qui craint ses voisins; réservés! comme celui qui

 

reçoit l’hospitalité; effacés! comme la glace fondante; vides! comme la

vallée; troubles! comme l’eau limoneuse.

 

XV-3 – Qui peut, par le calme, clarifier peu à peu ce qui est impur? Qui peut,

peu à peu, naître au calme et s’y maintenir toujours? Celui qui garde le Tao.

Il ne désir pas être plein, mais vide. C’est pourquoi il peut paraître

méprisable et dépourvu de perfection temporelle.

 

16

 

XVI – 1 – Atteindre le Vide parfait, c’est se fixer fermement dans le repos.

 

XVI – 2 – Les dix mille êtres paraissent ensemble et je les vois s’en

retourner. Ils prolifèrent vigoureusement, puis chacun revient son origine. Le

retour à l’origine, c’est le Repos. Le Repos, c’est le renouvellement de la

destinée. Renouveler la destinée, c’est la loi éternelle. Connaître la loi

éternelle, c’est être éclairé; l’ignorer est un aveuglement qui rend

malheureux.

 

XVI – 3 – Connaître la loi éternelle rend magnanime; celui qui est magnanime

est roi; roi, il est comme le Ciel; semblable au Ciel, il est uni au Tao, il

dure toujours. Que sa personne disparaisse, il n’y a plus de péril.

 

17

 

XVII – 1 – Les Grands Souverains de jadis, le peuple savait qu’ils existaient.

Ceux qui vinrent ensuite il les aima, les honora: puis il les craignit, et

enfin les méprisa. Quand la confiances est limitée, il n’y a pas de confiance.

 

XVII – 2 – Les premiers étaient graves, réservés dans leurs paroles. Les

oeuvres méritoires se multipliaient, les entreprises prospéraient. Dans les

Cents Familles, tous disaient: « C’est grâce à nous qu’il en est ainsi. »

 

18

 

XVIII – 1 – Quand le grand Tao fut délaissé, il y eut l’humanité, la justice.

Puis la Sagesse, la prudence parurent, et l’hypocrisie fut générale.

 

XVIII – 2 – Dans la famille, les membres se méconnurent; il y eut l’affection

des parents, la piété filiale.

 

XVIII – 3 – Les Etats souffrirent de la corruption, du désordre; il y eut des

fonctionnaires fidèles.

 

19

 

XIX – 1 – Renoncez à la sagesse, abandonnez la prudence, ce sera cent fois

plus profitable au peuple. Renoncez à l’humanité, rejetez la justice, et le

peuple reviendra à l’amour filial et à l’affection paternelle. Renoncez à

l’habileté, abandonnez le profit, et il n’y aura plus de voleurs ni de

bandits.

 

XIX – 2 – Ces qualités, étant des apparences, ne sauraient suffire. C’est

pourquoi il faut tâcher de se montrer simple, rester naturel, réduire

l’égoïsme, avoir peu de désirs.

 

20

 

XX – 1 – Renoncer à l’étude délivre de l’inquiétude. Entre acquiescer et

consentir la nuance est bien petite; mais combien diffèrent le bien et le mal

 

XX – 2 – Ce que les hommes redoutent, on ne peut pas ne pas le craindre, mais

pas au point d’en être troublé, anéanti.

 

 

XX – 3 – Tous les hommes sont pleins d’ardeur, exaltés comme pour un festin,

semblables à ceux qui font une ascension au printemps. Mois seul suis calme,

sans réactions, comme le nouveau-né qui n’a pas encore souri, errant sans

dessein, sans but!

 

XX -4 – Les autres hommes ont tous du superflu; moi seul suis un déshérité,

mon coeur est celui d’un simple d’esprit, trouble! confus! L’homme de la foule

est éclairé; moi seul suis plongé dans la pénombre. L’homme de la foule est

précis, perspicace; seul je suis replié sur moi-même, mouvant comme la mer,

flottant sans arrêt. La multitude des hommes se rend utile; moi seul suis

inapte, semblable un paria.

 

XX – 5 – Moi seul diffère des autres hommes parce que je vénère la Mère

nourricière.

 

21

 

XXI – 1 – Ce qui contient la Grande Vertu procède du Tao. Quelle est la nature

du Tao: il est confus, indiscernable. Oh! Qu’il est confus, qu’il est

indiscernable En lui il y a des formes indistinctes, indéterminées. En lui, il

y a des êtres. Quel abîme! quelle obscurité! en lui il y a une essence

spirituelle: son essence, absolue vérité! En lui est son propre témoignage.

Depuis l’antiquité jusqu’à présent, son nom n’a point passé. De lui sortent

les propriétés de tout ce qui est.

 

XXI – 2 – Comment sais – je que telle est l’origine de tout ce qui est, Par

cela.

 

22

 

XXII – 1 – L’incomplet sera complété, le courbe redressé, le creux rempli,

l’usé renouvelé, l’insuffisant augmenté, l’excès dissipé.

 

XXII – 2 – C’est pourquoi le Saint-Homme, embrassant l’Unité est le modèle du

Monde. Parce qu’il e se met pas en évidence, il brille; parce qu’il n’est pas

personnel, il s’impose; parce qu’il ne se vante pas , il a du mérite; parce

qu’il n’est pas orgueilleux, il ne cesse de croître; parce qu’il ne lutte pas,

personne au monde ne peut s’opposer à lui.

XXII – 3 – Cette sentence des anciens: ce qui est incomplet sera complété,

est-elle une parole vaine?

 

XXII – 4 – Tout retourne à la parfaite intégrité.

 

23

 

XXIII -1 – Parler peu pour rester soi.

 

XXIII – 2 – Un ouragan ne dure pas toute une matinée, ni une pluie

torrentielle tout un jour. Or, qui fait cela, le ciel et la terre. Si le Ciel

et la Terre ne peuvent faire durer ce qui est excessif, comment l’homme le

pourrait-il?

XXIII – 3 – C’est pourquoi celui qui en toutes choses suit le Tao, règle ses

principes sur le Tao, identifie sa volonté et ses actions avec la volonté et

l’action du Tao, conforme également ses non-interventions au Non-agir du Tao.

E parce qu’il aspire à l’Union Suprême, le Tao l’accueille avec joie. Aussi sa

conduite, ses projets, ses oeuvres ou ses abstentions ont-ils d’heureux

résultats.

 

XXIII – 3 – Quand la foi n’est pas totale, ce n’est pas la vraie foi.

 

24

 

 

XXIV – 1 – Celui qui se dresse sur la pointe des pieds ne peut se tenir

debout. Celui qui étend les jambes ne peut marcher. Celui qui se met en vue

reste obscur; celui qui est satisfait de lui n’est pas estimé; celui qui se

glorifie est sans mérite; celui qui est orgueilleux cesse de croître. Par

rapport au Tao, ces façons d’agir sont comme des vomissures et des tumeurs qui

répugnent aux êtres.

 

XXIV – 2 – C’est pourquoi celui qui a le Tao ne suit pas cette voie.

 

25

 

XXV -.1 – Il est un être indéterminé dans sa perfection, qui était avant le

ciel et la terre, impassible, immatériel! Il subsiste, unique, immuable,

omniprésent, impérissable. On peut le considérer comme étant la Mère de

l’Univers. Ne connaissant pas son nom, je le désigne par le mot Tao.

 

XXV – 2 – En s’efforçant de le qualifier, on pourrait dire qu’il est grand,

qu’étant grand il fuit, que fuyant il s’éloigne, qu’éloigné il revient.

 

XXV – 3 – Ainsi le Tao est grand, le ciel est grand, la terre est grande, le

roi aussi est grand. Dans le monde il y a quatre grandes choses, et le roi

n’en est-il pas une?

 

XXV – 4 – L’homme se règle sur la terre, la terre se règle sur le ciel, le

ciel se règle sur le Tao. Le Tao n’a d’autre loi que lui-même.

 

26

 

XXVI – 1 – Le lourd est la racine du léger; le repos est le maître du

mouvement. C’est pourquoi le prince sage va de l’aube au soir, sans se

départir d’une sereine gravité. Bien qu’il possède gloire et honneur, il

s’applique à s’en détacher.

 

XXVI – 2 – Pourquoi, hélas! les maîtres aux dix mille chars attachent-ils plus

d’importance à leur personne qu’à l’Empire? Insouciants, ils perdent leurs

conseillers; violents, ils perdent leur trône.

 

27

 

XXVII – 1 – Qui marche bien ne laisse pas de traces; qui parle bien ne commet

pas de fautes; qui calcule bien n’a pas besoin de boulier; qui sait bien

garder ferme sans verrou, et personne ne peut ouvrir; qui sait bien lier ne se

sert pas de liens, et personne ne peut délier.

 

XXVII – 2 – C’est pourquoi le Saint-Homme excelle constamment à secourir les

hommes, et ne repousse personne. Il aide tous les êtres et n’en délaisse

aucun.. En quoi il est doublement éclairé.

 

XXVII – 3 – Aussi l’homme vraiment vertueux est un maître pour celui qui n’est

pas vertueux; par contre le vulgaire est utile au Sage. Ne pas vénérer son

maître, ne pas aimer celui qui nous rend service, serait-on réputé, sage, est

un grand égarement.

 

XXVII – 4 – Voila une vérité essentielle et profonde.

 

28

 

XXVIII – 1 – Celui qui connaît sa force et garde sa douceur est la vallée de

l’Empire. Etant la vallée de l’empire, la vertu éternelle ne l’abandonne pas;

il redevient comme un petit enfant.

 

XXVIII – 2 – Celui qui connaît sa lumière et garde son obscurité est le modèle

de l’Empire. Etant le modèle de l’Empire, la Vertu éternelle ne vacille pas en

lui; il revient à l’Illimité.

 

XXVIII – 3 – Celui qui connaît sa gloire et reste dans son opprobre devient la

vallée du Monde. Etant la Vallée du Monde la Vertu éternelle le comble et il

revient à la Simplicité originelle. C’est cette simplicité qui, en se

divisant, a formé toutes choses.

 

XXVIII – 4 – Le Saint-Homme ne fait rien sans elle. Modèle des Maîtres, il

dirige avec noblesse et ne lèse personne.

 

29

 

XXIX – 1 – Celui qui voudrait obtenir l’Empire pour le façonner, je vois qu’il

n’y réussirait pas. L’Empire étant une réalité spirituelle , on ne peut le

modeler. Ceux qui veulent le façonner le ruinent; ceux qui veulent le saisir

le perdent.

 

XXIX – 2 – En effet, parmi les êtres, les un vont de l’avant, d’autres

suivent; certains aspirent, d’autres soufflent; certains sont vigoureux

d’autres débiles; les uns détruisent, les autres consolident.

 

XXIX – 3 – C’est pourquoi le Saint-Homme proscrit seulement les excès dans la

jouissance, l’ambition et le luxe.

 

30

 

XXX – 1 – Celui qui seconde le Souverain en suivant le Tao ne se sert pas des

armes pour subjuguer l’Empire, car quoi qu’on fasse aux hommes, ils aiment à

rendre la pareille. Là où campent les armées, poussent les ajoncs et les

 

ronces; après les grandes guerres viennent les années de disette.

 

XXX – 2 – C’est pourquoi celui qui est vertueux atteint son but sans se

permettre de rien prendre par la force. Il réussit sans faire souffrir, sans

détruire, sans s’enorgueillir, sans exploiter son succès, puis s’arrête. Il a

vaincu sans violence.

 

XXX;- 3 – Quand les êtres usent de la force ils vieillissent, car cela est

opposé au Tao, et ce qui est opposé au Tao, périt prématurément.

 

31

 

XXXI – 1 – Les armes les plus belles sont des engins de malheur; tous les

êtres les ont en horreur. Celui qui a le Tao ne s’y complaît pas

 

XXXI – 2 – En temps de paix, la place d’honneur est à la gauche du prince

sage; en temps de guerre, elle est à sa droite

 

XXXI – 3 – Les armes sont des engins de malheur, ce ne sont pas les

instruments du prince sage. Il ne peut en être dépourvu en vue d’une nécessité

éventuelle; mais il place bien au dessus le calme et la Paix.

 

XXXI – 4 – Une victoire n’est pas un bien; celui qui la considérerait comme un

bien prendrait plaisir à tuer les hommes. Or, celui qui prend plaisir à tuer

les hommes ne peut réussir à bien diriger l’Empire.

 

XXXI – 5 – Dans les événements heureux, la première place est à gauche, dans

les événements malheureux elle est à droite. La place du général en second est

à la gauche du prince, celle du général en chef est toujours à sa droite,

c’est à dire à la première place selon les rites funèbres, car celui qui fait

tuer beaucoup d’hommes doit les pleurer.

 

XXXI – 6 – Le général vainqueur se trouve ainsi placé comme s’il conduisait le

deuil de ceux dont l a causé la mort

 

32

 

XXXII – 1 – Le Tao est éternel, il n’a pas de nom. Bien que petit par sa

simplicité, l’Univers n’a aucun pouvoir sur lui.

 

XXXII – 2 – Si les souverains pouvaient s’attacher à lui, les dix mille êtres

viendraient spontanément se confier à eux; le Ciel et la terre s’uniraient

pour faire descendre une douce rosée, et, sans contrainte, les peuples se

pacifieraient d’eux-mêmes.

 

XXXII – 3 – A l’origine de la distinction, il y eut le nom; avec le nom

l’existence fut. Dès lors de même il y eut le savoir et la limite; avec le

savoir et la limite, le moyen de ne pas périr.

 

XXXII – 4 – Tout ce qui existe dans l’Univers est, par rapport au Tao, ce que

sont les ruisseaux des vallées par rapport aux fleuves et aux mers.

 

33

 

XXXIII – 1 – Celui qui connaît les hommes est averti; celui qui se connaît

lui-même est réellement éclairé.

 

XXXIII – 2 – Celui qui vainc les hommes est fort; celui qui se vainc lui-même

est réellement puissant.

 

XXXIII – 3 – Celui qui sait se suffire est riche.

 

XXXIII – 4 – Celui qui suit sa voie a de la volonté.

 

 

XXXIII – 5 – Celui qui reste à sa place dure longtemps.

 

XXXIII – 6 – Celui qui meurt sans cesser d’être a acquis l’immortalité.

 

34

 

XXXIV – 1 – Le grand Tao est partout; sa puissance s’étend en tous sens.

 

XXXIV – 2 – Les dix mille êtres comptent sur lui pour naître et vivre, et il

ne les déçoit pas. Son oeuvre étant accomplie, il ne se l’attribue pas. Il

nourrit les dix mille êtres avec amour, sans les traiter en maître.

 

XXXIV – 3 – Etant éternellement sans désir, on pourrait l’appeler petit; mais

les dix mille êtres dépendent de lui; bien qu’il ne les traite pas en maître,

on peut l’appeler grand.

 

XXXIV – 4 – Voila pourquoi le Saint-Homme, jusqu’à la fin ne se considère pas

comme grand; ainsi, il peut accomplir sa grandeur.

 

35

 

XXXV – 1 – Attachez-vous à la Grande Idée, et le monde avancera. Il avancera

sans peine, dans la paix, la sérénité et l’abondance.

 

XXXV – 2 – La musique et la bonne chère attirent le voyageur de passage et il

s’arrête. Mais ce qui vient du Tao ne flatte pas le palais, car il est sans

saveur. On le regarde, mais cela ne suffit pas pour le voir; on l’écoute, mais

cela ne suffi pas pour l’entendre.

 

XXXV – 3 – Si l’on a recours à lui, on ne peut l’épuiser.

 

36

 

XXXVI – 1 – Ce que l’on veut contracter s’était nécessairement déployé. Ce que

l’on veut affaiblir s’était nécessairement fortifié. Ce que l’on veut appauvrir

avait nécessairement prospéré. Ce que l’on veut ravir avait nécessairement été

acquis Cela s’appelle une lumière cachée.

 

XXXVI – 2 – La douceur triomphe de la dureté, la faiblesse triomphe de la

force.

 

XXXVI – 3 – Il ne faut pas que le poisson sorte des profondeurs aquatiques.

Les sources de profit du royaume ne doivent pas être révélées aux hommes.

 

37

 

XXXVII – 1 – Le Tao est éternellement sans agir; cependant tout est fait par

lui.

 

XXXVII – 2 – Si les rois et les princes pouvaient le suivre, les dix mille

êtres se transformeraient d’eux-mêmes. Transformés, s’ils voulaient agir, je

les maintiendrais dans la rectitude grâce à la Simplicité sans nom. La

simplicité sans nom les rendrait aussi sans désirs; sans désirs, ils seraient

en paix, et l’Univers se rectifierait de lui-même.

 

38

 

XXXVIII – 1 – La suprême Vertu est sans vertu; c’est pourquoi elle est la

Vertu. La vertu inférieure est attachée aux vertus, c’est pouquoi elle n’est

pas la vertu.

 

XXXVIII – 2 – La supême Vertu n’agit pas, et n’a pas de raison d’agir. La

vertu inférieure agit par elle-même; elle a des motifs pour agir. L’humanité

supérieure agit par elle-même sans mobiles. L’équité supérieure agit par

elle-même avec des raisons pour agir La civilité supérieure agit par

elle-même; et lorsqu’elle n’obtient pas la réciprocité, elle s’efforce de

s’imposer par la contrainte, mais elle est rejetée.

 

XXXVIII – 3 – C’est pourquoi lorsque le Tao fut délaissé, il y eut la vertu;

la vertu perdue, il y eut l’humanité; après la perte de l’humanité, il y eut

l’équité; après la perte de l’équité, il y eut la civilité. Or la civilité

n’étant que l’apparence de la droiture et de la sincérité, elle est cause de

désordre.

 

XXXVIII – 4 – Le savoir n’est qu’ornement du Tao et commencement de l’erreur.

C’est pourquoi le Sage s’attache au réel et rejette les apparences; il

s’intéresse au fruit plutôt qu’a la fleur; il laisse ceci et saisit cela.

 

39

 

XXXIX – 1 – Voici ce qui, depuis les origines, possède l’Unité:

 

XXXIX – 2 – Le ciel possède l’Unité par sa pureté, la terre par son repos, les

esprits par leur transcendance, les vallées parce qu’elles peuvent se remplir,

les dix mille être par leur puissance générative, les princes et les rois par

l’exercice du pouvoir. C’est par cela qu’ils possèdent l’Unité.

 

XXXIX – 3 – Si le ciel cessait d’être pur, il est probable qu’il se

dissoudrait; si la terre n’était plus en repos il est probable qu’elle se

désagrégerait; si les esprits perdaient leur transcendance, ils

s’anéantiraient; si les vallées ne se remplissaient elles deviendraient

stériles; si les dix mille être ne se reproduisaient plus ils disparaîtraient.

 

XXXIX – 4 – C’est pourquoi ce qui est précieux a pour origine ce qui a peu de

valeur, et ce qui est élevé est fondé sur ce qui est bas.

 

XXXIX – 5 – C’est pour cette raison que les pinces et les rois s’appellent

eux-mêmes orphelins, hommes de peu de valeur, sans mérite. Ne montrent-ils pas

par là que leur souche est vulgaire, et n’ont-ils pas raison?

 

XXXIX – 6 – C’est pourquoi un char en pièces séparées n’est plus un char.

 

XXXIX – 7 – Il ne faut pas désirer être surestimé comme le jade, ni foulé au

pied comme un caillou.

 

40

 

XXXX – 1 – Le retour est le mouvement du Tao; la faiblesse est le moyen dont

il se sert.

 

XXXX – 2 – Toutes choses sous le ciel naissent dans l’Etre; l’Etre naît dans

le Non-Etre.

 

41

 

XXXXI – 1 – Quand un lettré d’une grande élévation entend parler du Tao, il

s’applique à le suivre avec zèle. Quand un lettré moyen entend parler du Tao,

tantôt il le suit, tantôt il le délaisse. Quand un lettré inférieur entend

parler du Tao, il le tourne en dérision; même s’il n’en rit pas cela ne

signifie pas qu’il le suive.

 

XXXXI – 2 – C’est pourquoi il est une tradition qui dit: pour le Tao, le

lumineux est comme obscure; avancer comme reculer; étranger est comme

familier. Pour la suprême vertu, élévation est comme abaissement, candeur

comme honte, générosité comme parcimonie, vertu bien établie comme perversité,

probité comme malhonnêteté, véracité simple comme duplicité.

 

XXXXI – 3 – Grand carré sans angle, grand vase inachevé, grande mélodie

silencieuse, grande image sans contours: le Tao est caché et n’a pas de nom,

cependant sa vertu soutient et accomplit tout.

 

42

 

XXXXII – 1 – Le Tao a produit Un, Un a produit deux, deux a produit trois,

trois a produit les dix mille êtres.

 

XXXXII – 2 – Les dix mille êtres fuient le repos et l’obscurité; ils vont vers

le mouvement et l’éclat; un souffle immatériel forme l’Harmonie.

 

XXXXII – 3 – Ce que les hommes détestent, c’est d’être seuls, délaissés,

incapables; cependant c’est ainsi que les princes et les rois se qualifient

eux-mêmes.

 

XXXXII – 4 – C’est pourquoi, parmi les êtres, les uns se diminuent en

s’augmentant et les autres s’augmentent en diminuant.

 

XXXXII – 5 – Ce que j’enseigne est la Doctrine traditionnelle: poutre

faîtière que la mort n’atteint pas. Je m’applique à agi selon les ères de la

Tradition.

 

43

 

XXXXIII – 1 – Ici-bas, ce qui est le plus malléable l’emporte sur ce qui est

dur.

 

XXXXIII – 2 – Le Non-Etre pénètre l’impénétrable; c’est par cela que je

connais la suprême efficacité du Non-agir.

 

XXXXIII – 3 – La maîtrise par le silence, la vertu surabondante par le

Non-agir; rare; dans le monde, sont ceux qui les atteignent.

 

44

 

XXXXIV – 1 – Du renom ou de la personne, à quoi tient-on le plus: De la

personne ou des richesse qu’est-ce qui importe le plus. Du gain ou del a

perte, lequel est affligeant;

 

XXXXIV – 2 – De fortes affections exigent de grands sacrifices;

l’accumulation des biens entraîne de lourdes pertes.

 

XXXXIV – 3 – Savoir se suffire exempte de revers; savoir s’arrêter

préserve du danger, et permet de durer longtemps.

 

45

 

XXXXV – 1 – La perfection accomplie semble incomplête, mais elle sert sans

s’user.

La grande plénitude paraît vide, mais elle donne sans s’épuiser.

La grande droiture semble courbe, la grande habileté paraît maladroite, la

grande éloquence

semble bégayer.

 

XXXXV – 2 – La vivacité triomphe du froid, le calme triomphe de l’ardeur.

 

Sous l’influence du calme pur, le monde se rectifie.

 

46

 

XXXXVI – 1 – Quand le monde a le Tao, on renvoie les chevaux aux champs.

Quand le monde n’a plus le Tao, les chevaux de combat se multiplient dans les

faubourgs.

 

XXXXVI – 2 Il – n’est pas de plus grande erreur que vouloir satisfaire

ses désirs ; il n’est pas de plus grande misère que de ne pas savoir se

suffire

Il n’est pas de pire calamité que le désir de posséder.

 

TAO XXXXVI – 3 – C’est pourquoi celui qui sait se contenter de peu est

toujours satisfait

 

47

 

XXXXVII – 1 – Sans franchir sa porte, on connaît l’Univers ; sans regarder par

sa fenêtre, on voit le Tao duCiel.

 

XXXXVII – 2 – Plus on sort et s’éloigne de soi, moins on acquiert la

connaissance de soi.

 

XXXXVII – 3 – C’est pourquoi le Saint-homme arrive sans se mouvoir, nomme

sans regarder, et accomplit sans agir.

 

 

48

 

XXXXVIII – 1 – En s’adonnant à l’étude, on augmente chaque jour; en se

consacrant au TAO, on diminue chaque jour; on ne cesse de diminuer,

jusqu’à ce qu’on atteigne le non-agir. Par le non-agir il n’est rien que l’on

ne puisse faire, certes !

 

XXXXVIII – 2 – Pour recevoir l’Empire, l’unique moyen est de ne rien faire

pour cela. Tant que l’on agit pour y parvenir, on ne peut gagner l’Empire.

 

49

 

XXXXIX – 1 – Le Saint-Homme n’a pas un coeur immuable, parce qu’il est le

coeur des coeurs des Cent familles.

 

XXXXIX – 2 – Je suis bon pour qui est bon et je suis bon avec qui ne l’est

pas.

C’est la bonté de la Vertu, certes! Je suis sincère avec celui qui est sincère

et sincère avec celui qui ne l’est pas.C’est la véracité de la Vertu, certes

!

 

XXXXIX – 3 – Le Saint-Homme vivant dans le monde est craintif 1 craintif !

parce que son coeur est celui du monde entier : dans les Cent familles tous

le regardent et l’écoutent

Tous sont ses enfants.

 

50

 

L – 1 – Sortir dans la vie, c’est entrer dans la mort.

 

L – 2 – Trois sur dix sont les compagnons de la vie; trois sur dix sont les

compagnons de la mort;

trois sur dix enfin, dans la vie de l’homme, mettent en mouvement la terre de

la mort.

Pourquoi cela ? Parce qu’ils vivent leur existence avec trop d’intensité.

 

L – 3 – En effet, j’ai appris que celui qui excelle harmoniser sa vie peut

cheminer sans se garer

du rhinocéros ou du tigre, entrer dans la bataille sans cuirasse et sans

armes, car rien, en lui, n’est vulnérable à la corne, à la griffe ou au

glaive. Pourquoi cela ? Parce qu’il n’appartient plus à la terre de la mort.

 

51

 

LI – 1 – Le Tao donne la vie aux êtres, sa Vertu les nourrit. Ainsi, les êtres

revêtent un corps, et, par une impulsion naturelle, rendent parfait leur

développement.

 

LI – 2 – C’est pourquoi, parmi les dix mille êtres, il n’en est aucun qui ne

révère le TAo et n’honore sa Vertu. Cette vénération pour le Tao, ce respect

pour la Vertu ne sont pas ordonnés, mais toujours spontanés. Car le Tao

produit, nourrit, fait croître, protège, parfait, mûrit, entretient, soutient

tous les êtres.

 

LI – 3 – Il les fait naître sans se les approprier; ils agissent, et. il

n’attend rien d’eux; ils croissent,

et il les laisse libres.

 

LI – 4 – C’est ce qu’on appelle la Vertu mystérieuse,

 

52

 

 

LII – 1 – L’Univers a commencé, grâce à la Mère de l’Univers. Si l’on

obtient la

Mère, on a le moyen de connaître ses enfants. Lorsque l’on connaît les

enfants, et que l’on reste uni à la Mère, la mort est sans péril.

 

LII – 2 – Qui clôt sa bouche et ferme ses portes, ne sera point ébranlé

jusqu’à la fin

de ses jours. Qui ouvre sa bouche, et se passionne pour ses affaires arrive

au terme de sa vie sans être délivré.

 

LII – 3 – Qui perçoit ce qui est infime est éclairé. Qui garde sa faiblesse

est fort.

Qui use de sa simplicité, rentre dans sa lumière, et n’attire pas sur sa

personne de fatales épreuves.

 

LII – 4 – Cela s’appelle hériter de l’éternel.

 

53

 

LIII – 1 – Si l’on me confiait une fonction gouvernementale, voici ce

que j’enseignerais : « Marchez vers le Grand Tao; craignez seulement de vous

mettre en vue ». La Grande Voie est toute simple, mais le peuple préfère les

sentiers.

 

LIII – 2 – Quand les palais sont trop bien entretenus, les terres sont

incultes, les greniers vides. Porter des habits somptueux, des épées

tranchantes, se gaver de nourriture et de boissons, accumuler des riehesses,

c’est glorifier le vol. Ce n’est pas le Tao, certes !

 

54

 

LIV – 1 – Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui qui

s’attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé, ses fils et ses petits-fils

lui feront des offrandes perpétuellement.

 

LIV – 2 – Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée; cultivée

dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province, elle

s’étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante; cultivée dans

l’Empire, elle deviendra universelle.

 

LIV – 3 – C’est ainsi que, par l’individu, on connaît les individus, par la

famille on connaît les familles, par la province on connaît les provinces,

par le royaume on connaît les royaumes, par l’Empire on connaît l’Univers.

 

LIV – 4 – Comment sais-je qu’il en est ainsi de l’Univers? Grâce à cela.

 

LIV – 1 – Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui qui

s’attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé, ses fils et ses petits-fils

lui feront des offrandes perpétuellement.

 

LIV – 2 – Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée; cultivée

dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province, elle

s’étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante; cultivée dans

l’Empire, elle deviendra universelle.

 

LIV – 3 – C’est ainsi que, par l’individu, on connaît les individus, par la

famille on connaît les familles, par la province on connaît les provinces,

par le royaume on connaît les royaumes, par l’Empire on connaît l’Univers.

 

LIV – 4 – Comment sais-je qu’il en est ainsi de l’Univers? Grâce à cela.

 

55

 

 

LV – 1 – Celui qui recèle en lui la grandeur de la Vertu ressemble au

nouveau-né que les bêtes venimeuses ne piquent pas, que les fauves ne

déchirent pas, que les oiseaux de proie n’enlèvent pas.

 

LV – 2 – Ses os sont faibles, ses tendons mous; cependant il saisit avec

force. Bien qu’il ignore l’union des sexes, il manifeste un orgasme viril,

tant est parfaite l’âme vitale. Il crie tout le jour sans être enroué, tant

est parfaite l’harmonie.

 

LV – 3 – Connaître l’Harmonie, c’est connaître l’éternel; connaître l’éternel,

c’est être illuminé.

 

LV – 4 – Vivre intensément ne rend pas heureux. L’action du coeur sur l’âme

vitale rend fort; mais les êtres forts vieillissent. C’est l’opposé du Tao, et

ce qui est opposé au Tao dépérit.

 

56

 

LVI – 1 – Celui qui sait ne parle pas; celui qui parle ne sait pas.

 

LVI – 2 – Clore sa bouche, fermer ses portes, tempérer son ardeur, se dégager

de ses liens, harmoniser sa lumière, s’assimiler à son milieu, cela s’appelle

la mystérieuse union.

 

LVI – 3 – On ne peut l’obtenir et avoir des affections; on ne peut l’obtenir

et faire

 

des différences; on ne peut l’obtenir et réaliser des profits; on ne peut

l’obtenir et léser autrui; on ne peut l’obtenir et apprécier ceci, déprécier

cela.

 

LVI – 4 – C’est pourquoi elle est ce qu’il y a de plus précieux au monde.

 

57

 

LVII – 1 – Avec la droiture on gouverne un royaume; avec du génie on fait la

guerre; mais l’Empire, on le gagne grâce au Non-agir. Comment sais-je qu’il en

est ainsi pour l’Empire ? Par cela : plus il y a de règlements et de

prohibitions dans l’Empire, plus le peuple s’appauvrit; plus le peuple a de

moyens de s’enrichir, plus la vie familiale se trouble dans la nation ; plus

le peuple est habile et ingénieux, plus on voit surgir des inventions inutiles;

plus le flot des règlements et des lois monte, plus il y a de malfaiteurs et

de bandits.

 

LVII – 2 – C’est pourquoi le Saint-Homme dit: « Je pratique le Non-agir et le

peuple se transforme de lui-même, j’observe le calme pur et le peuple se

rectifie delui-même, je n’agis pas pour le lucre et le peuple s’enrichit de

lui-même, jesuis sans désirs et le peuple revient à la simplicité primitive.

 

58

 

LVIII – 1 – Lorsque le gouvernement est simple et indulgent, le peuple est

riche et

généreux; lorsque le gouvernement est formaliste et tracassier, le peuple est

besogneux et mesquin.

 

LVIII – 2 – Le bonheur repose sur le malheur; le malheur couve sous le

bonheur. Qui connaît leur apogée respective ?

 

LVIII – 3 – Si le gouvernement est sans droiture, la droiture devient erreur,

et le bien devient pervertit,. Les hommes sont égarés et cela dure depuis

longtemps.

 

 

LVIII – 4 – C’est pourquoi le Saint-Homme prescrit sans blesser, exhorte sans

vexer, rectifie sans contraindre, éclaire sans ,éblouir.

59

 

LIX – 1 – Pour gouverner les hommes en serrant le Ciel, rien ne vaut la

modération.

 

LIX – 2 – La modération doit être le premier soin de l’homme; quand elle est

devenue son premier soin, on peut dire que la Vertu augmente sans cesse en

lui. Par cet accroissement continu de la Vertu, il n’est rien dont il ne

soit capable. Lorsqu’il n’y a rien dont il ne soit capable, on ne peut

connaître ses limites. Lorsqu’il est impossible de connaître ses

limites, il peut posséder le royaume.

 

LIX – 3 – Qui posséde la Mère du royaume dure sans fin. C’est la racine

profonde, le tronc inébranlable, la voie de la vie amplifiée et de la

connaissance durable.

 

60

 

LX – 1 – On gouverne un grand Etat comme on fait frire un petit poisson. Si

l’Empire est gouverné selon le Tao, ses entités invisibles ne montrent pas

leurs force. Non pas que ces entités soient impuissantes mais elles ne

nuisent pas aux hommes. Non pas qu’elles ne puissent nuire aux hommes, mais

parce que le Saint-Homme, lui non plus, ne nuit pas aux hommes. Ni le

Saint-Homme, ni ces entités ne les blessent, ni ne se blessent

réciproquement.

 

LX – 2 – N’est-ce pas parce que la Vertu les unit dans un accord mutuel ?

 

61

 

LXI – 1 – Un grand pays doit être le lieu bas vers quoi tout s’écoule, un

centre d’union pour l’Univers, la femelle du Monde.

LXI – 2 – La femelle triomphe toujours du mâle par sa passivité. Passive, elle

agit en s’abaissant.

LXI – 3 – C’est pourquoi un grand pays qui se penche vers un plus petit

l’attire à lui; de même le petit pays, en s’inclinant devant le grand, gagne

sa protection. Ainsi l’un accueille en s’abaissant, l’autre est accueilli en

s’inclinant.

 

LXI – 4 – Un grand pays n’a pas de plus grand désir que de rassembler et faire

vivre les peuples; une petite nation n’a pas de plus grand d,sir que de

s’allier aux autres pour servir les hommes.

 

LXI – 5 – Or, pour qu’ils obtiennent ce qu’ils souhaitent, il faut que le

grand pays s’abaisse.

 

62

 

LXII – 1 – Le Tao est l’asile mystérieux des dix mille êtres, le trésor de

l’homme de bien, le salut du pervers.

 

LXII – 2 – On peut rechercher les bonnes paroles, admirer les actes généreux

qui ennoblissent l’homme mais pourquoi rejetterait-on ce qui vient du méchant

?

 

LXII – 3 – C’est ainsi que fut établi un empereur pour gouverner avec trois

ministres. Bien qu’il ait les bijoux de jade pour le salut rituel avec les

deux mains, et des quadriges de chevaux pour les cortèges solennels, cela ne

vaut pas progresser dans le Tao en restant assis.

 

 

LXII – 4 – Qu’est-ce qui motivait la haute estime des Anciens pour le Tao?

C’est qu’aussitôt qu’on le cherche on le trouve en soi-même, et qu’il délivre

du mal. C’est pourquoi il est ce qu’il y a de plus précieux au monde.

 

63

 

LXIII – 1 – Pratiquer le Non-agir, c’est oeuvrer dans l’inaction, goûter ce

qui est sans saveur, grandir le petit, augmenter le peu, répondre aux offenses

par la Vertu, ,laborer le difficile dans le facile, faire de grandes choses

avec ce qui est ténu.

 

LXIII – 2 – Dans l’Univers, les oeuvres difficiles doivent se faire par le

facile, les grandes choses doivent s’accomplir par l’imperceptible.

 

LXXX – 3 – Aussi, le Saint-Homme, jusqu’à la fin, n’entreprend rien de grand;

c’est pourquoi il peut accomplir sa grandeur.

 

LXIII – 4 – Qui promet à la légère mérite certainement peu de confiance; qui

trouve tout facile éprouve nécessairement beaucoup de difficultés.

 

LXIII – 5 – Pour le Saint-Homme, tout est également difficile, c’est pourquoi

il achève tout sans difficulté.

 

64

 

LXIV – 1 – Ce qui est en repos est facile à maintenir ce qui n’est pas

esquissé est facile à projeter ce qui est frêle est facile à briser, ce qui

est menu est facile à disperser.

 

LXIV – 2 – Empêchez le mal avant qu’il ne soit, mettez de l’ordre avant que

n’éclate le désordre.

 

LXIV – 3 – Un arbre énorme est né d’une racine aussi fine qu’un cheveu; une

tour de neuf étages s’est édifiée sur un tas de terre; un voyage de mille

lieues a commencé par un pas.

 

LXIV – 4 – Celui qui agit échoue, celui qui prend perd.

 

LXIV – 5 – C’est pourquoi le Saint-Homme n’agit pas et il n’échoue pas. Il ne

prend pas et il ne perd rien

 

LXIV – 6 Lorsque le vulgaire entreprend une affaire. il échoue, d’ordinaire,

lorsqu’il est sur le point de réussir. Soyez attentifs à la fin comme vous

l’êtes au commencement.

 

LXIV – 7 – Voilà pourquoi le Saint-Homme n’a d’autre désir que d’être sans

désirs. Il fait son étude de ne pas étudier. Il remédie aux excès des hommes

en aidant les dix mille êtres à être eux-mêmes, mais sans se permettre d’agir.

 

65

 

LXV – 1 – Dans l’Antiquité, ceux qui pratiquaient le Tao ne s’en servaient pas

pour ,clairer le peuple, mais pour le rendre simple de coeur. Le peuple est

difficile à gouverner lorsqu’il sait trop.

 

LXV – 2 – C’est pourquoi gouverner un Etat avec la sagesse humaine cause sa

ruine; le gouverner sans recourir à la sagesse humaine, c’est faire son

bonheur.

 

LXV – 3 – Celui qui connaît ces deux choses connaît aussi le Modèle des

modèles. La connaissance éternelle du Modèle des modèles s’appelle Vertu

mystérieuse. La Vertu mystérieuse est profonde, illimitée, certes ! Aider

les êtres à y retourner, c’est coopérer a la Grande harmonie.

 

 

66

 

LXVI – 1 – Ce qui fait que les fleuves et les mers peuvent être les rois des

Cent vallée, c’est qu’ils se placent bénévolement au-dessous d’elles. Voilà

pourquoi ils peuvent être les rois des Cent vallées.

 

XVI – 2 – De même, si le Saint-Homme désire être au-dessus du peuple, il faut

qu’en parlant il se place au-dessous de lui ; s’il désire le guider, il faut

qu’il se mette au dernier rang. Ainsi peut-il occuper un poste élevé sans

opprimer les homrries, et être le premier sans que nul n’ait à en souffrir.

 

LXVI – 3 – Cela étant, l’Empire est tout à la joie de son activité exubérante

et ne s’en lasse pas. Comme le Saint-Homme n’entre en lutte avec personne,

nul, dans l’Empire, ne peut lutter contre lui.

 

67

 

LXVII – 1 – Tout le monde dit que je suis grand, mais que je ressemhle à un

déshérité. Or, c’est précisément parce que l’on est grand que l’on est

déshérité. Pour ce qui est de la noblesse héréditaire, sa valeur s’est

amenuisée depuis longtemps, certes !

 

LXVII -2 – Pour moi, il y a trois choses précieuses aux-quelles je suis

attaché et que je tiens en haute estime : la première est la Charité; la

seconde est l’économie; la troisième est l’humilité, qui fait qu’on n’ose se

mettre en avant pour agir dans le Monde.

 

LXVII – 3 – Grâce à la Charité, on peut être audacieux; grâce à l’économie, on

peut être généreux; grâce à l’humilité, on peut accomplir de grandes choses.

 

LXVII – 4 – Aujourd’hui, on manque de Charité et par suite de courage; on

manque d’économie et par suite de générosité ; on refuse la dernière place et

l’on perd ainsi la première. C’est la voie de la mort, certes ! Mais si l’on

a pour arme la Charité, on est sûrement victorieux. Celui qui pratique cela

est invincihle, le Ciel le secourt et il est protégé, par sa miséricorde

 

68

 

LXVIII – 1 – La perfection pour celui qui commande, c’est d’être pacifique;

pour celui qui combat, c’est d’être sans colère; pour celui qui veut vaincre,

c’est de ne pas lutter; pour celui qui se sert des hommes, c’est de se mettre

au-dessous d’eux.

 

LXVIII – 2 – Cela s’appelle la vertu du Non-lutter, l’art de se servir des

forces humaines en coopérant avec le Ciel, suprême sagesse des Anciens.

 

69

 

LXIX – 1 Dans l’art militaire, il y a ce dicton :  » J’évite de provoquer,

j’attends le défi; je ne me permets pas d’avancer d’un pouce, mais je recule

d’un pas « .

LXIX -2 – Cela s’appelle avancer sans bouger, repousser sans lever le bras,

faire comme s’il n’y avait pas d’ennemi, prendre sans armes.

 

LXIX – 3 – Il n’y a de pire malheur que de se faire un ennemi a la légère;

c’est presque perdre notre trésor.

 

LXIX – 4 C’est pourquoi, lorsque deux adversaires s’affrontent, il s’ajoute

ceci : celui qui est compatissant remporte certainement la victoite.

 

70

 

 

LXX – 1 – Mes préceptes sont très faciles à comprendre, très faciles à suivre,

mais le monde ne peut les comprendre ni les suivre.

 

LXX- 2 – Ces enseignements sont fondés sur la Tradition, ces actes sur un

principe; cependant ils ne sont pas compris. C’est pour cela qu’on m’ignore.

Ceux qui me comprennent sont rares,

c’est la mesure de ma valeur, certes !

 

LXX – 3 -C’est ainsi que le Saint-Homme, sous des vêtements grossiers, garde un

joyau dans son sein.

 

71

 

LXXI – 1 Connaître le Non-savoir est élévation. Ignorer cette Connaissance est

une maladie. Cependant souffrir de cette maladie c’est par là même n’être’plus

malade.

 

LXXI – 2 – Le Saint-Homme n’a pas cette maladie, car il en souffre. Cela ,tant

il n’est plus malade.

 

72

 

LXXII – 1 – Si le peuple n’a pas une crainte respectueuse pour les grandeurs,

la majesté suprême l’atteindra.

 

LXXII – 2 – Ne vous trouvez pas à l’étroit dans votre demeure, ne prenez pas

en dégoût ce qui est votre existence. Il suffit de ne pas mépriser sa

condition pour ne pas s’en lasser.

 

LXXII – 3 – Le Saint-Homme se connaît sans s’observer; il s’aime sans se

priser.

 

LXXII – 4 – C’est pourquoi il rejette ceci et adopte cela.

 

73

 

LXXIII – 1 – Le courage qui ose cause la mort ; avoir le courage de ne pas

oser donne la vie. Des deux l’un est profitable, l’autre funeste.

 

LXXIII – 2 – Si le Ciel éprouve quelqu’un, qui en connaît la raison ? C’est

pourquoi le Saint-Homme ne se décide qu’avec difficulté.

 

LXXIII – 3 – Voici le Tao du Ciel : exceller à vaincre sans lutter, exceller

à convaincre sans parler, faire venir spontanément sans appeler, réaliser

parfaitement dans une apparente inertie.

 

LXXIII – 4 – Le filet du Ciel est infini ; ses mailles sont larges, mais nul

n’en échappe.

 

74

 

LIIIV – 1 – Si le peuple ne craint plus la mort, quelle efficacité peut avoir

la menace de la peine de mort ?

 

LXXIV – 2 – Si on parvenait à lui inspirer la crainte constante de la mort,

et que je doive faire arrêter un criminel pour le faire excuter, qui

oserait ?

 

LXXIV – 3 – Celui qui éternellement a le pouvoir d’enlever la vie fait mourir.

Vouloir se substituer à lui serait agir comme quelqu’un qui veut équarrir du

bois à la place du maître-charpentier; il est bien rare, certes ! qu’il ne se

blesse pas la main.

 

 

75

 

LXXV – - Le peuple a faim lorsque ses maîtres dévorent le produit de lourds

impôts; voilà la cause de la disette. Le peuple est difficile à gouverner

lorsque ses maîtres sont agissants; voilà d’où vient la difficulté de

gouverner. Le peuple envisage la mort avec légèreté, parce qu’il peine trop

pour vivre; voilà pourquoi il attache peu d’importance à a mort. Car, seul

celui qui n’est pas exclusivement accaparé par la lutte pour l’existence, peut

sagement apprécier la vie.

 

76

 

LXXVI – 1 – Nouveau-né, l’homme est souple et frêle; mort, il est rigide et

dur. A leur naissance, les plantes et les arbres sont tendres et flexibles

morts, ils sont rigides et durs.

 

LXXVI – 2 – Solidité et rigidité sont les compagnes de 1a mort; souplesse et

faiblesse sont les compagne de la vie.

 

LVXXVI 2 – C’est pourquoi une armée devenue forte ne vaincra pas, un arbre

devenu grand sera abattu

 

LXXVI Ce qui est fort et grand est dans une position inférieure; ce qui est

souple et faible est dans une position élevée.

 

77

 

LXXVII – 1 – La Voie du Ciel ne peut-elle être comparée à celui qui fait un

arc ? Il abaisse ce qui est en haut, il élève ce qui est en bas, il enlève ce

qui est en trop, il ajoute ce qui manque.

 

LXXVII – 2 – La Voie du Ciel réduit ce qui est excessif, complète ce qui est

insuffisant. La voie de l’homme est bien différente : il enlève à celui qui

n’a pas assez, pour le donner celui qui

a trop.

 

LXXVII – 3 – Qui est capable, ayant du superflu, de le donner au monde ?

Celui-là seul qui a le Tao.

 

LXXVII – 4 – C’est pourquoi le Saint-Homme agit sans rien attendre en retour;

son oeuvre méritoire mène à bien il ne s’y complaît pas et ne désire pas

faire montre de sagesse.

 

78

 

LXXVIII 1 – Il n’est rien au monde de plus Inconsistant et de plus fîible que

l’eau; cependant, elle corrode ce qui est dur et fort; rien ne peut lui

résister ni la remplacer.

 

LXXVIII – 2 – La faiblesse a raison de la force; la souplesse,de la dureté.

Tout le monde le sait, mais personne n’y conforme sa conduite.

 

LXXVIII – 3 – C’est pourquoi le Saint-Homme dit:  » Prendre sur soi les

souillures du royaume, c’est être le maître du génie des moissons; prendre

sur soi les malheurs de la nation, c’est être le roi du monde.  » Paroles

profondément vraie, sous une apparence paradoxale,

 

79

 

LXXIX – 1 – Même après la réconciliation, un grave désaccord laisse toujours

subsister quelque ressentiment. Que peut-on faire, alors, pour agir selon le

Bien ? Comme le Saint-Homme, qui garde la part la plus désavantageuse dans les

contrats sans rien exiger des hommes.

 

 

LXXIX – 2 – Qui possède la Vertu est l’artisan de la concorde; qui n’a pas la

Vertu est l’artisan de La discorde.

 

LXXIX – 3 – Le Tao du Ciel est sans affections; il coopère toujours avec

l’homme de bien.

 

80

 

LXXX – 1 – Si j’avais un petit royaume. d’une faible population et comptant

une dizaine ou une centaine d’homme habiles, je m’abstiendrais de les

employer. Je veillerais à ce que le peuple comprît la gravité de la mort et

n’émigrât pas au loin. Bien qu’ayant des barques et des chars,il n’en userait

pas; possédant des armes et des cuirasses, il ne s’en servirait pas.

 

LXXX – 2 – Je ferais en sorte qu’il revienne à l’usage des cordelettes nouées.

Il trouverait sa nourriture savoureuse, beaux ses vêtements, paisibles

ses demeures, pleines de charme ses coutumes.

 

LXXX – 3 – Quand bien même les habitants d’un hameau frontalier et ceux du

pays voisin pourraient se voir, entendre les chants de leurs coqs et les

aboiements de leurs chiens, ils atteindraient la vieillesse, puis la mort,

sans qu’ils n’ait eu de visites réciproques.

 

81

 

LXXXI – 1 – Les paroles sincères ne sont pas recherchées, les paroles

recherchées ne sont pas sincères. L’homme de bien ne discute pa, celui qui

discute n’est pas bon. Celui qui sait n’est pas

érudit, celui qui est érudit ne sait pas.

 

LXXXI – 2 – Le Saint-Homme ne thésaurise rien; tout ce qu’il a, il s’en sert

pour aider les autres. Ayant tout épuisé il reçoit davantage et donne tout.

Quand il a tout donné, il possède encore plus.

 

LXXXI – 3 – Le Tao du Ciel est aigu, mais ne blesse pas; la voie du

Saint-Homme est d’agir sans lutter.

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Le miroir du Maître Maçon 3 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Le miroir du Maître Maçon dans Chaine d'union Accacia

« À la porte du midi,
furieux coup d’équerre,
il est trahi.
À la porte de l’occident,
le blessé chancelle,
tout se désunit.

Définitivement éteint, plus la moindre étincelle.
Au Neuvième jour, région nord.
Truelles qui creusent, encore.
Enfoncé, en une terre fraîchement remuée.
Rameau de bon augure, empreinte
de justice et bonté, gage de pérennité.

Branche verte de l’espoir surgissant du tombeau.
Légende, emblème de charité.
Image de l’âme dévouée.
Un visage disparaît sous le tablier.
Appel force extérieure.

Chaire quitte le corps, geste d’horreur.
L’honneur de la victime,
est de ne pas être l’assassin.
Jusqu’à 77 fois tu pardonneras à ton frère.
Légende, emblème de charité.
Image de l’âme dévouée.

À la porte de l’orient,
présente toi devant l’assemblée.
Travaille et tu seras récompensé.
Marche zodiacal, Souffle nouveau.
Domaine subtil de la pensée.
Fils de la putréfaction.
Trouver la vie pour s’élever.

Tout n’est que vibration.
Age pénible, cherche sa voie.
Escalade le ciel.
Puits où la vérité se cache,
tombe bordée de margelle.
Hauteur de l’enthousiasme
précipité dans l’abîme.
Sept ans et plus.

La folie reprend meurtri de sa chute,
l’esprit s’élève
sur les ailes du rêve.
Retomber douloureuse, réalité brutale.
Alternances des extrêmes.
Jugement en déroute.

Agitation prend fin, pleine angoisse.
Clarté directrice,
lumière guide des égarés.
Songe étrange, plus accablé.
Combat lumière et ombre
dans un ciel nuageux.
Envahi par les blancheurs de l’aube.

Le maître quitte le tombeau.
Calme, il avance de trois pas.
Porte la vue au ciel.
Instant de splendeur dorée.
Désormais il comprend.
L’épais rideau s’écarte à l’orient.
Discernement des apparences,
anime le vitrail de l’occident.
Chacun communique librement.
Ponctuel, intelligent, plein de zèle.

Chambre du milieu,
caverne où se trame l’éternel.
Portes des Dieux,
Portes des Hommes.
Le paradis est derrière cette porte.
Ai-je égaré la clé ?

Frappez et l’on vous ouvrira la porte.
« J » recevoir l’instruction,
juste récompense de leur peine.
« B » appelé au premier rang,
dans un langage universel.
Frère, compagnon, image de l’humain.
Esprit, âme, corps.

Travaillant dans les sphères
Or, Argent, airain.
Volonté de l’imagination.

Pélican oiseau blanc de charité, brûle de cet amour.
Alimente tes enfants de ton propre sang.
Puissance magique, sceau de Salomon.
Je suis tout juste compagnon. »

 

SOURCE :  http://www.rene-guenon.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=37:le-miroir-du-maitre-franc-macon&catid=39:poemes-maconniques&Itemid=36

Tout sur le « Solstice d’été » 25 juin, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

 Tout sur le « Solstice d’été »

 
 Tout sur le

Par Yonnel Ghernaouti
21 juin 2022
Lever de soleil le jour du solstice d'été à Stonehenge
Lever de soleil le jour du solstice d’été à Stonehenge

Le jour du solstice d’été, la Terre présente son pôle Nord au Soleil et cache son pôle Sud. L’astre du jour monte au plus haut dans le ciel de l’hémisphère nord et au plus bas dans l’hémisphère sud.

Le solstice d’été, le jour le plus long dans l’hémisphère nord

C’est ainsi que dans l’hémisphère nord, le solstice d’été correspond au jour le plus le long de l’année (21 ou 22 juin), et le plus court pour l’hémisphère sud (21 ou 22 décembre, les saisons étant inversées). Inversement pour le solstice d’hiver.

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Les jours de solstice, le Soleil passe à la verticale de l’un des deux tropiques. Il arrive ainsi parfois que le soleil se couche dans l’axe de l’Arc de Triomphe, l’occasion de réaliser de belles photos pour les amateurs d’événements astronomiques. Sur le tropique nord, dit du Cancer, le Soleil atteint même le zénith.

L’étymologie du mot solstice

C’est un nom formé à partir de deux éléments latins « sol » qui signifie « soleil » et « stare » qui signifie « s’arrêter ». D’après son étymologie, ce mot signifie donc « l’arrêt du soleil ».  Il est apparu en Français au XIIIe siècle. Le solstice fait référence à l’azimut du Soleil à son lever et à son coucher semble rester stationnaire pendant quelques jours à ces périodes de l’année, avant de se rapprocher à nouveau de l’Est au lever et de l’Ouest au coucher.

Le terme latin « solstitium » est employé à la fin de la République romaine au Ier siècle av. J.-C. Pline l’Ancien l’emploie plusieurs fois dans son « Histoire naturelle » dans le même sens qu’actuellement.

Le solstice d’été a été au centre des fêtes ancestrales chez les druides ; l’un des visages du Janus romain est devenu saint Jean-Baptiste, le Christ chronocrator est devenu le maître du temps.

Le solstice d’été à travers le temps et le monde

Que ce soit en Amérique du Nord, en Europe et même en Asie, la tradition des célébrations du solstice d’été est ancienne et se décline différemment selon les périodes. Expérience souvent déroutante, aux origines païennes, elle a été intégrée en Europe aux fêtes chrétiennes. Petit tour d’horizon des différentes manifestations proposées.

Le solstice d’été, célébré depuis l’Antiquité et porteur de symboles

Feu réalisé à l’occasion du solstice d’été. Le solstice d’été était célébré chez les Romains à l’occasion des fêtes en l’honneur de Saturne, les Saturnales, et marquait l’entrée dans la nouvelle année dans l’Égypte des pharaons.

Le solstice d’été chez les Druides

cercle-de-pierres
Cromlec’h, Drombeg, Irlande

Nommée aussi Eruina Alba, le 21 juin est le jour le plus long de l’année. Il marque l’apogée de la Lumière, la période la plus prospère de l’année et le début de l’été. Mais s’il porte la Lumière en son plus haut point, c’est aussi le jour où cette dernière commence à décliner.

Druides-Gorsedd-Bretagne
La Gorsedd de Bretagne, Goursez Vreizh en breton

Dans la tradition druidique, les cercle de pierres marquaient ce jours dans leur positionnement jouant ainsi un rôle de « calendrier » (et pas seulement des solstices) c’est en leur sein que se pratiquaient les Cérémonies de Rites de l’Aubes pour célébrer la venue du jour le plus long.

Druide

C’est une fête de justice, de bonté et de vérité, d’illumination, de sagesse, de transcendance spirituelle très intime. C’est un jour aussi de bannissement du négatif.

C’est la Triple Illumination de l’Awen, le principe divin supérieur, manifesté dans les Trois rayons du Triban qui dominent cette journée. D’autres cérémonies enfin sont célébrées au Zénith, au paroxysme de l’ascension du Soleil. C’est une fête de Feu sous sa forme la plus pure qu’est la Lumière.

Cette journée marque donc aussi le jour le plus élevé, énergétiquement parlant. C’est une période d’expansion maximale pour chacun et chaque chose en la Nature. On est arrivé au point le plus haut de notre renouveau, de ce cycle précis et annuel d’évolution.

L’enfant de la Lumière est maintenant Roi. Il est à l’apogée de sa vitalité, le Roi de la lumière nourrit la Terre, les récoltes et il nourrit tout ce qui est vivant. Le Soleil est au Zénith de sa puissance. L’individu est à l’apogée de sa carrière et de sa vie. C’est le guerrier au zénith de sa profession et de sa force physique et intellectuelle.

Le solstice d’été dans la Gaule antique

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Épona

Si, aujourd’hui, le solstice d’été n’est plus une fête aussi importante dans notre pays, il n’en a pas toujours été ainsi. Dans la Gaulle antique, le solstice d’été était une date particulièrement importante du calendrier, nommée fête d’Épona. Épona, déesse jument et protectrice des chevaux était également connue comme la déesse de la fertilité. Et c’est donc la fertilité que les Gaulois célébraient le jour du solstice. Cette idée de célébrer la fertilité se retrouve dans la plupart des rituels autour du solstice en Europe.

Le solstice d’été dans la Chine ancienne

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Yin (fond noir) et Yang (fond blanc)

En revanche, en Chine ancienne, les cérémonies autour de cette journée portaient sur des thèmes opposés à ceux du solstice d’hiver. Les cérémonies tournaient en effet autour de la féminité, de la terre et des forces du yin. Alors que pour le solstice d’hiver, les Chinois fêtaient la masculinité, les cieux et les forces du yang.

Le solstice d’été sur les autres continents

Autre continent, autres rituels : en Amérique du Nord, les Indiens honoraient le soleil le jour du solstice d’été à travers des danses rituelles et des cérémonies impressionnantes. Souvent, un arbre était coupé à cette occasion, celui-ci était considéré comme le lien entre les cieux et la terre.

Fêter le solstice aujourd’hui : entre traditions paganiques et festivals musicaux

Célébration du solstice d’été à Stonehenge

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Stonehenge

Aujourd’hui, les célébrations pour le solstice d’été ont beaucoup évolué à travers le monde, excepté à Stonehenge ou dans des tribus New Age (néo druides, wicca, etc.), où l’on vient observer le lever du soleil. Les célébrations dans la nuit du 20 au 21 juin incluent des pique-niques et de la musique. L’expérience est déroutante, et aujourd’hui, il n’y a plus d’affrontements avec la police comme ils ont pu exister dans les années 1980. En Alaska, où il fait jour plus de 19h, beaucoup d’événements spéciaux sont organisés, en particulier des carnavals et des actions caritatives. A Anchorage, la capitale de l’Etat, un grand festival de musique (le Summer Solstice Festival) est organisé par l’AWAIC, association d’aide aux femmes battues.

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Le plus grand bûcher du monde, ville d’Ålesund, Norvège

En Scandinavie, le solstice d’été est l’une des fêtes les plus importantes de l’année et marque en Suède le début des vacances. Dans ce pays, les célébrations varient selon le folklore régional. Le Midsommar est un jour férié, où l’on se retrouve en famille. Les maisons sont décorées à l’aide de couronnes de fleurs, des feux sont également mis en place et on érige un bâton dans les différentes villes. Si à la base, ces célébrations étaient associées à la fertilité et à la nature et étaient réalisées pour la bonne tenue de la moisson d’automne, elles ont été intégrées au christianisme avec l’évangélisation du pays.

Fête du solstice d’été en Europe du Nord

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Feu de joie de Midsummar, en Finlande

On cherche également à prédire l’avenir ce jour-là, et notamment à déterminer les futures épouses des jeunes hommes présents. En Norvège et au Danemark, on retrouve les feux rituels, mais aussi des processions. Dans ce dernier pays, l’époque du solstice est aussi marquée par une autre fête importante, la Saint-Hans le 23 juin, où les Danois chantent leur hymne et brûlent des sorcières de paille en mémoire de ce qui se passait au XVIe siècle.

Sources : http://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/univers-solstice-ete-5114/http://enorus.unblog.fr/les-fetes-celtiques/http://www.buddhachannel.tv/portail/spip.php?article5777

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Boadicée, la reine celte qui a défié Rome 21 mai, 2022

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
Histoire

Boadicée, la reine celte qui a défié Rome

En 60 après J.-C., cette reine rebelle défia Rome, qui occupait depuis peu la Bretagne. Elle mena des milliers d’hommes et de femmes contre l’oppresseur romain, n’hésitant pas à tout brûler sur son passage.

De Richard Hingley
Warrior Queen

Lorsqu’ils représentent des personnages du passé, les artistes se tournent souvent vers des documents historiques et archéologiques à la recherche

de détails sur leurs caractéristiques, leurs vêtements et leurs biens. Pour créer un portrait de Boadicée pour la couverture de National Geographic Histoire,

l’artiste s’est tourné vers les anciens récits d’historiens romains (en particulier Dion Cassius) et des preuves archéologiques pour créer cette représentation de la reine Iceni.

PHOTOGRAPHIE DE Illustration de Almudena Cuesta

Rebelle, reine, guerrière, veuve, mère, femme : Boadicée endossa de nombreux rôles tout au long de sa vie… et pourtant, elle n’est citée que dans deux sources historiques, toutes deux écrites par des historiens romains. En 60 après J.-C., elle aurait pris la tête d’un soulèvement qui lui a non seulement assuré une place de choix dans l’Histoire, mais a aussi révélé les complexes relations des Romains envahisseurs avec le peuple breton (Britannia en latin), habitants de la province romaine qui, du 1er au 5e siècle, couvrait une partie de l’île de Grande-Bretagne.

L’œuvre de l’historien romain Tacite (début du 2e siècle) est l’une des deux seules sources écrites connues sur Boadicée. L’autre est l’œuvre de l’historien Dion Cassius (3e siècle). Chacun fournit des détails sur le soulèvement breton : les causes, les personnages principaux, les victoires et les défaites. Ces événements sont traditionnellement datés de 60 à 61 après J.-C. Des recherches récentes suggèrent cependant que la révolte a peut-être pris fin à la fin de l’an 60, car les informations contenues dans les tablettes romaines récemment mises au jour indiquent que Londinium (Londres moderne) était à nouveau un carrefour commercial florissant.

A Queen Commands Her People

Boadicée exhorte les Bretons à défendre leur pays contre les envahisseurs romains.

William Sharp, à partir d’une gravure de Thomas Stothard, National Portrait Gallery, Londres

PHOTOGRAPHIE DE NATIONAL PORTRAIT GALLERY, LONDRES / SCALA, FLORENCE COULEUR: SANTI PÉREZ

Les deux auteurs offrent à leurs lecteurs des perspectives bien différentes sur cette révolte. Tacite présente les deux côtés de l’histoire en décrivant les provocations endurées par les Bretons. Bien que lui-même membre de l’élite romaine, Tacite n’était pas un fervent défenseur de la dictature et la rébellion lui servit de prétexte pour remettre en question la manière dont la province était gérée.

Mais seul Dion Cassius a brossé un portrait de Boadicée :

Buduica [sic], une femme bretonne de la famille royale qui possédait une plus grande intelligence qu’il n’est souvent donné de voir chez une femme. [...] Grande, terrible à voir et dotée d’une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu’aux genoux, et elle portait un torque d’or, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d’une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l’apercevaient. 

Trouble Ahead

La tête de Claude a été séparée de sa statue par les rebelles à Camulodunum. En 1907, elle a été découverte dans une rivière. British Museum, Londres

PHOTOGRAPHIE DE British Museum, Scala, Florence

Dans son récit, l’auteur romain recrée le moment où la reine guerrière parla avec force à son contingent de 120 000 personnes. Debout sur une plate-forme, saisissant une lance, ses cheveux retombant en cascade sur ses hanches, elle exhorta son peuple de s’ériger contre Rome. Un torque en or – symbole de statut élevé dans la société bretonne de l’âge du fer – encerclait son cou au moment où elle prononçait ces mots.

Les écrits de Dion Cassius sont la seule description détaillée connue à ce jour d’un ou une Breton(ne) de l’époque romaine, mais les détails qui la composent doivent être considérés avec prudence. Les sources de Dion sont inconnues : il peut s’agir en grande partie d’un récit d’invention. Dion dépeint le comportement et l’apparence de Boadicée – sa façon de mener ses soldats, son goût du combat et sa stature – comme autant de sources d’indignation et de scandale pour les Romains, dès lors que ces attributs sont ceux d’une femme. La lance qu’elle brandissait fièrement était un autre aspect martial jugé incompatible avec les normes en vigueur pour les femmes de l’empire romain. 

La représentation de Dion Cassius de cette grande femme aux cheveux lâches enveloppée dans des vêtements colorés était censée choquer le public contemporain. Mais quelques siècles plus tard, les écrivains, les artistes et les poètes se sont inspirés de Boadicée, symbole de liberté, de révolte, de courage et de force.

 

LA BRETAGNE DE BOADICÉE

Du vivant de Boadicée, la Bretagne était une jeune province romaine. L’armée romaine y faisait campagne depuis le débarquement d’une force militaire substantielle dans le Kent en 43 après notre ère. Rome remporta alors une victoire majeure qui aboutit à la reddition de onze rois britanniques à Colchester dans l’Essex. Ce nouveau territoire était si important que l’empereur Claude lui-même fit le voyage depuis Rome pour assister à la victoire, accompagné d’importants membres du Sénat romain.

Au 1er siècle de notre ère, la Bretagne antique était occupée par un grand nombre de tribus et peuples indépendants. L’époux de Boadicée, Prasutagos, était le roi des Icéni. Les historiens rapportent que le couple royal avait deux filles et que Prasutagos n’était pas hostile à Rome. Certains historiens formulent l’hypothèse que les Romains aient pu désigner Prasutagos comme représentant de l’Empire en terres icéniennes après l’invasion de 43. Si tel était le cas, il est probable que lui et sa famille auraient été considérés comme des alliés de Rome.

À la mort de Prasutagos, les autorités romaines furent contrariées d’apprendre qu’il n’avait pas légué ses biens à Rome. Au lieu de cela, il laissa la moitié de sa richesse et de son territoire à ses filles et l’autre moitié à l’empereur Néron. Les administrateurs romains, indignés, ignorèrent ses dernières volontés. Ils saisirent tous ses biens sans exception. Ils battirent publiquement Boadicée, désormais veuve, et violèrent leurs filles. Ces outrages contre les Iceni et leur reine ne firent que nourrir la colère populaire. Tacite décrit comment une tribu bretonne voisine, les Trinovantes, rejoignit les Iceni. Beaucoup d’autres se rallièrent à leur cause peu après.

Dans le discours que lui attribua Dion Cassius, Boadicée rallia ses forces, les préparant à la guerre. Elle exposa ainsi, selon l’auteur, les causes du soulèvement :

Bien que certains d’entre vous aient pu auparavant, par ignorance, être trompés par les promesses séduisantes des Romains… vous avez appris à quel point c’était une erreur de préférer un despotisme étranger à votre mode de vie ancestral, et vous en êtes venus à réaliser à quel point la pauvreté sans maître est meilleure que la richesse en esclavage.

Elle dénonça l’avarice romaine et les lourdes taxes prélevées dans les territoires conquis. Boadicée appela alors à l’unité du peuple dans ce combat contre la tyrannie :

Mes compatriotes, amis et parents – car je vous considère tous comme des parents, compte tenu que nous habitons une seule île et que nous sommes appelés par un nom commun – faisons notre devoir tout en nous rappelant encore quelle liberté nous souhaitons laisser à nos enfants, pas seulement son appellation mais sa réalité. Car, si nous oublions complètement l’état de bonheur dans lequel nous sommes nés et avons été élevés, que feront-ils, eux qui seront élevés en esclaves ?

Unis derrière leur reine, les Bretons se soulevèrent et mirent à sac plusieurs campements romains. 

 

PREMIÈRES VICTOIRES

Trouvé dans la Tamise en 1857, un bouclier en cuivre daté de 350 à 50 avant ...

Trouvé dans la Tamise en 1857, un bouclier en cuivre daté de 350 à 50 avant J.-C. Ce savoir-faire artisanal renvoie à la complexité culturelle des tribus bretonnes. British Museum, Londres

PHOTOGRAPHIE DE Werner Forman, Gtres

L’armée de Boadicée, qui comprenait peut-être des guerrières, attaqua d’abord Camulodunum, la colonie romaine de Colchester dans l’est de l’Angleterre. Cette colonie était le principal symbole culturel de la puissance romaine en Bretagne ; c’est là que l’empereur Claude avait accepté la reddition des rois britanniques en 43 après J.-C. Camulodunum resta la principale base militaire romaine jusqu’en 50 après J.-C., quand le campement fut remplacé par une colonie romaine – une cité avec des maisons, des bâtiments publics, des prémices d’industrie.

Le temple en pierres, massif et imposant, avait été construit dans le style romain classique et consacré au culte de Claude, à Camulodunum, pour commémorer la campagne de Bretagne. L’armée de Boadicée brûla cet édifice, ne laissant aucune pierre derrière elle. La statue en bronze de l’empereur Claude, qui se trouvait probablement dans un espace public tel que le forum de Camulodunum, fut sauvagement décapitée par les insurgés. En 1907, la tête a été mise au jour dans la rivière Alde dans le Suffolk, à près de 65 kilomètres de Colchester, et est maintenant exposée au British Museum.

Après avoir tendu une embuscade et vaincu une unité de la 9e Légion romaine envoyée pour protéger la colonie, les Bretons se déplacèrent vers Londinium, au sud-ouest. Rapidement établie sur les rives de la Tamise après 43 après J.-C., la future capitale britannique était le deuxième centre urbain le plus important de la province impériale. Avec une population d’environ 9 000 personnes, le port de la ville était le principal port de commerce pour les personnes et les marchandises arrivant et partant de Bretagne. Le gouverneur romain, Gaius Suetonius Paulinus, marcha vers Londinium mais décida de ne pas engager le combat contre les Bretons. De nombreux habitants purent fuir avant que la colonie ne soit férocement dévastée.

Tacite décrit comment Verulamium tomba ensuite elle aussi sous la colère des troupes de Boadicée. Cette ville romaine près de l’actuel St. Albans dans le Hertfordshir, différait de Camulodunum, qui était une colonie de citoyens romains et de Londinium, principal port de la province avec une population comprenant de nombreux commerçants d’outre-mer ; Verulamium était une ville de « natifs ». Dans cette colonie, des Bretons alliés des Romains jouissaient d’un nouveau développement urbain sur le modèle romain.

Rising From the Ashes

La construction du théâtre du 2e siècle à Verulamium a eu lieu lorsque la ville a été reconstruite après l’attaque dévastatrice des rebelles.

PHOTOGRAPHIE DE Verulamium Museum, Bridgeman, ACI

À Londres, Colchester et St. Albans, les archéologues ont découvert des traces d’incendie datées à 60 après J.-C. environ, comme autant de témoignages de la fureur bretonne face à la domination romaine. 

 

ÉCRASER LA RÉVOLTE

Suetonius Paulinus, gouverneur de Bretagne, était un membre éminent de l’élite romaine. Né à Rome et ayant servi dans d’autres provinces avant d’être nommé gouverneur de Bretagne vers 58 après J.-C., il était comme les autres gouverneurs provinciaux de l’Empire romain, responsable de la gestion du territoire et du contrôle militaire.

Peu de temps avant la révolte menée par Boadicée, Suetonius Paulinus avait été appelé à Mona, un bastion druide sur la grande île d’Anglesey au large de la côte nord-ouest du Pays de Galles. Tacite décrit comment les Romains ont été « accueillis » par des femmes vêtues de noir sur la rive opposée, qui maudissaient les soldats romains alors qu’ils tentaient de traverser. Cette attaque contre l’île sacrée des druides a vraisemblablement intensifié la colère des Bretons. Quand le gouverneur eut vent de la révolte de Boadicée dans le sud de la Bretagne, il fut contraint de se retirer et de se diriger vers le sud-est.

Après avoir décidé de ne pas combattre les rebelles à Londinium, Suetonius Paulinus se prépara à affronter Boadicée sur un autre site. Il choisit de déployer une armée d’environ 10 000 hommes issus des 14e et 20e légions, auxquels s’ajoutaient des soldats auxiliaires, dans une vallée adossée à des bois. Les Romains étaient plus nombreux que les Bretons, qui étaient si confiants en leurs chances de victoire qu’ils avaient dit à leurs familles de venir assister à la batailler en amont.

Fast Fighting

Au moment de l’invasion en 55-54 avant J.-C., Jules César a rapporté l’utilisation par les Bretons de chars, comme le montre ce denier romain, frappé vers 48 avant J.-C., montrant un guerrier celtique sur un char. Musée Ashmolean, Oxford

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

Le lieu exact de la bataille finale fait l’objet de spéculations. Il est probable que l’affrontement a eu lieu dans les Midlands de l’Angleterre moderne, quelques temps après le sac de Verulamium et alors que les Bretons se déplaçaient vers le nord-ouest le long de la route romaine connue sous le nom de Watling Street. Tacite écrit que Boadicée et ses filles ont fait le tour du champ de bataille dans un char en criant à l’armée rebelle :

Voyez la fierté des esprits guerriers, et considérez les motifs pour lesquels nous tirons l’épée vengeresse. À cet endroit, nous devons vaincre ou mourir avec gloire. Il n’y a pas d’alternative. Bien que femme, ma résolution est entière : les hommes, s’ils le souhaitent, peuvent survivre dans l’infamie et vivre dans la servitude.

La bataille qui suivit, comme le décrit Dion Cassius, fut des plus passionnées : « Ils se disputèrent longtemps, les deux partis étant animés du même zèle et de la même audace. Mais finalement, tard dans la journée, les Romains prévalurent. » Le récit plus détaillé de Tacite donne l’impression que les légions passionnées de Boadicée ont été effectivement vaincues par la discipline romaine :

Les Bretons formèrent sur le terrain une multitude incroyable. Ils ne formaient aucune ligne de bataille régulière. Les partis détachés et les bataillons dispersés ont affiché leur nombre, bondissant d’exultation, et si sûrs de leur victoire, qu’ils avaient placé leurs femmes dans des chariots à l’extrémité de la plaine, où elles pouvaient observer l’action en cours, et admirer la valeur bretonne.

On estime que 80 000 Bretons, y compris des femmes, furent tués, tandis que les victimes romaines s’élevaient à environ 400 morts et quelques blessés. Après leur victoire, les militaires romains jetèrent probablement les corps dans de grandes fosses ou les brûlèrent. La seule trace de cette bataille pourrait être de grandes fosses remplies de squelettes démembrés ou d’armes cassées. Peut-être cet endroit sera-t-il un jour découvert.

 

LE DESTIN DE BOADICÉE

Qu’est-il ensuite arrivé à Boadicée ? Nul ne le sait. Tacite écrit qu’elle s’est empoisonnée. Le récit de Dion Cassius diffère sur ce point-là aussi. Il écrit que Boadicée est tombée malade et est morte, et a enfin eu le droit à un ensevelissement élaboré. 

Du 16e au 19e siècles, des générations d’archéologues ont cherché le lieu de sépulture de la reine guerrière, avec en tête des sites comme Stonehenge ou même la gare de Charing Cross, à Londres. Il y a cependant peu d’informations disponibles sur les rituels funéraires iceni. Certaines tribus de la Bretagne de l’âge du fer plaçaient leurs morts dans des endroits spécifiques, les confiant aux éléments ; si les Iceni suivaient cette pratique, il ne resterait plus rien de leur célèbre reine.

Les représailles romaines contre la révolte bretonne furent sévères et Tacite décrit comment les colonies furent ravagées par le feu. Bien que les preuves archéologiques des actions romaines après la défaite de Boadicée aient été difficiles à trouver, des fouilles récentes à Londres ont permis de localiser un fort dans le quartier financier de la ville. Il a été construit pour servir de base aux troupes amenées d’Allemagne pour aider Suetonius Paulinus dans sa campagne pour rétablir l’ordre dans la province.

Londinium s’est rapidement rétabli. Une lettre de 62 après J.-C., faisant référence à un envoi de marchandises à transporter de Verulamium à Londres, indique que le marché de Londinium a été rapidement reconstruit après sa destruction par les rebelles. Dans la foulée, l’empereur Néron a peut-être envisagé de retirer complètement Rome de la Bretagne, bien qu’il ait manifestement changé d’avis. 

L’influence immédiate de la rébellion est incertaine : aucune trace écrite de ces événements n’a survécu en dehors de celles laissées par Tacite et Dion Cassius. Les Romains reprirent leur conquête de la Bretagne et, en 84 après J.-C., le gouverneur Gnaeus Julius Agricola avait sous sa responsabilité une grande partie des territoires du nord. Les Romains ne réussirent cependant pas à conquérir les Highlands écossais.

"Boadicée et ses filles", création du XIXe siècle conçue par Thomas Thornycroft, à proximité du Parlement ...

« Boadicée et ses filles », création du XIXe siècle conçue par Thomas Thornycroft, à proximité du Parlement de Londres

PHOTOGRAPHIE DE Anthony Hatley, Alamy, ACI

L’histoire de Boadicée serait sans doute tombée dans l’oubli sans la redécouverte des écrits de Tacite au 16e siècle, à la Renaissance. 

Plutôt qu’une sauvage, Boadicée était considérée comme un parallèle à la reine d’Angleterre Elizabeth Ire. Les Victoriens ont plus tard réinventé Boadicée comme une vaillante défenseuse de la nation britannique. Son interprétation la plus célèbre de cette période était la statue « Boadicée et ses filles », conçue par Thomas Thorneycroft, installée sur pont de Westminster à Londres, comme symbole durable de l’esprit et de la force britanniques.

SOURCE : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/09/boadicee-la-reine-celte-qui-a-defie-rome?utm_source=Facebook&utm_medium=Social&utm_campaign=JARVIS&fbclid=IwAR3z7vJPJcI-WzdfucAqSc-e-S_tbv6kVRTP4Yr2pjRbqN1rqRIt-nq9140

SENS DU CORBEAU 30 avril, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
SENS DU CORBEAU
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Le corbeau est un symbole de l’esprit, de la pensée et de la sagesse selon la légende nordique, comme son dieu Odin a été accompagné par deux corbeaux.
L’un des corbeaux était Hugin, qui représentait le pouvoir de la pensée et de la recherche active d’informations et un autre corbeau, Mugin, représentant l’esprit, et sa capacité à l’intuition. Odin envoie ces deux corbeaux voler chaque jour à travers les terres. À la fin de la journée, les corbeaux retournent à Odin et lui parlent de tout ce qu’ils ont vu et appris leurs voyages.
Odin était aussi connu comme le Dieu Corbeau. Odin avait de nombreuses filles connues sous le nom de Valkyries qui avaient le pouvoir de se transformer en corbeaux, avec cette apparence, elles ramassaient les âmes des guerriers nordiques tombés dans la bataille et les aidaient à atteindre leur paradis paradis, le Valhalla, où d’escanseraient en paix
Les Grecs et Romains antiques, malgré leur plumage sombre, sont associés au soleil, et en Grèce et à Rome, le corbeau a été associé à Athéna et Apollon, symboles de lumière solaire et de sagesse.
Carl Jung associa au corbeau le symbolisme de l’ombre elle-même, ou le côté obscur de la psyché. Ce qui est positif, c’est qu’en reconnaissant ce côté obscur, qui peut communiquer efficacement avec les deux moitiés de nous-mêmes. Cela offre un équilibre libérateur, et nous permet d’accéder à une grande sagesse, qui est le véritable symbolisme du corbeau.
Lorsque nous contemplons l’énergie corbeau, nous pouvons profiter du courage de célébrer tout de nous-mêmes dans la conscience.
L’ombre contient l’énergie dont nous avons besoin pour grandir, changer, briser à travers la mesquinerie de l’ego et l’inquiétude dans l’être complet, rayonnant que chacun de nous est déjà devenu.
Certaines légendes gréco-romaines racontent qu’il fut un temps tous les corbeaux étaient blancs, et c’est parce que le corbeau ne pouvait garder aucun secret, qu’Apollon a puni le corbeau en tournant ses plumes brillantes, noir, blanc. Il y a aussi une version qui disait que le hibou a été remplacé par le corbeau par Athéna comme associé de sagesse parce que le corbeau n’arrêtait pas de jacasser, puisque sa sagesse lui permettait de parler.
Aussi dans la Bible, le corbeau subit des conséquences éternelles. Apparemment Noé a envoyé le corbeau en voyant qu’il n’avait pas plu depuis des jours et soupçonné que le déluge était peut-être en train de se terminer. Comme le corbeau n’est pas revenu, il a fini par envoyer la colombe, et quand il est arrivé plus tard, il a été puni en changeant la couleur blanche qu’il avait au noir qu’il a depuis.
Parmi les Amérindiens, le corbeau a une signification de métamorphose et symbolise les changements et la transformation. Souvent, le corbeau est honoré parmi les hommes et la médecine sacrée des tribus en raison de ses qualités qui changent de forme, le Corbeau est appelé dans les rituels chamaniques parce qu’il clarifie beaucoup les visions du chaman. Le corbeau totémique aide le chaman en cas de doute de vision, et lui apporte de la clarté.
Avant tout, le corbeau est un symbole de magie parmi les Amérindiens et un oracle aussi des messages du cosmos. Les messages qui sont au-delà de l’espace et du temps se trouvent sur les ailes de minuit du Corbeau et ne viennent qu’à ceux de la tribu qui sont dignes de la science.
Le corbeau est également appelé dans le rituel indigène à des fins de guérison. Plus précisément, le corbeau est pensé pour fournir la guérison à distance.
Le corbeau est aussi un gardien des secrets, et il peut nous aider à déterminer les réponses en faisant allusion à notre sagesse cachée.
Les corbeaux sont humanitaires dans les légendes des Amérindiens, selon les légendes, le corbeau était un héros pour de nombreuses tribus. Les Inuits, par exemple, croient que le corbeau a trompé un monstre marin géant et l’a vaincu, et jusqu’à aujourd’hui son corps a formé la partie continentale de l’Alaska.
D’autres tribus américaines ont vu le corbeau comme le porteur de la lumière. En effet, les tribus du sud-ouest (Hopi, Navajo, Zuni) disent que le corbeau s’est envolé du ventre sombre du cosmos, et avec lui a apporté la lumière du soleil (qui symbolise l’aube de la compréhension). En conséquence, pour ces tribus, le corbeau est considéré comme un oiseau vénéré de la création, car sans le corbeau, les êtres humains vivraient éternellement dans les ténèbres.
Le corbeau est la sagesse, l’intelligence, la connexion intérieure avec notre conscience la plus profonde pour chercher une réponse à tout.
Le totem corbeau est aussi un oracle, capable de donner des messages de clairvoyance par des rêves, affinant l’intuition de celui qui le porte comme totem.
Le corbeau est un totem important parmi les tribus américaines et aussi dans la culture celtique européenne.
Peut-être que le corbeau semble négatif pour beaucoup, sans doute cette négativité associée au corbeau vient de son apparition sur les champs de bataille de tant de guerres dans l’ancienne Europe.
Le corbeau évoque dans cette image un cauchemar ancestral. La mort.
Le corbeau dans l’Europe celtique était associé à la déesse celtique Morrigan, déesse celtique de la guerre, de la mort et de la destruction et qui était un grand prophète qui utilisait le corbeau comme oracle.
Cependant, l’intelligence du corbeau est probablement sa meilleure caractéristique. En fait, ces oiseaux peuvent être dressés à parler. Cette capacité de parler conduit à la légende des corbeaux utilisés comme oracle suprême.
En fait, le corbeau est souvent entendu caqueter des phrases qui ressemblent à « cras, cras ». Le cras comme mot signifie « demain » en Amérique, de sorte qu’en Amérique aussi le corbeau est un oiseau qui prédit l’avenir et révèle des présages et des signes.
SOURCE : le net, avec traduction

Des clés pour relire Blanche-Neige 10 avril, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Le conte a une valeur initiatique fondamentale. Au fil des aventures imagées qu’il propose, c’est tout un symbolisme de l’aventure humaine qui est décrit. Souvent le conte fait peur, on y passe du mal absolu au bien absolu. Cela est nécessaire pour impressionner l’imagination, nourrir la réflexion, investir la mémoire. Dans ce texte, publié une première fois en 1988 , Michel Watier déplie une grille de lecture exploitant la méthode et la culture maçonniques et offre un accès privilégié aux mystères de Blanche-Neige.

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1[1][1]Publié dans le numéro 9 de la Chaîne d’Union, paru au printemps…Les contes de fées. Voilà un genre littéraire qui ne jouit plus d’une grande considération de nos jours. On en garde quelques-uns, par tradition, dans des livres pour enfants destinés à favoriser le sommeil. Si l’enfant est trop petit pour lire et que le papa se voit réclamer une histoire, le livre de contes de fées sera le bienvenu pour suppléer une imagination défaillante. Mais, dès ses huit ans, l’enfant s’intéressera moins aux contes de fées ou aux contes et légendes de type mythologique, pour préférer épanouir son rêve du côté de la science-fiction.

2Le conte, donc, genre aujourd’hui dévalué, a pourtant connu un regain de vogue grâce au dessin animé dans les longs métrages de Walt Disney. (Finalement, nous adorons qu’on nous raconte des histoires.)

3Il y a 300 ans, Perrault et plus tard Grimm et Andersen mirent en forme toute une littérature orale traditionnelle. Orale, car le conte, c’est évidemment ce que l’on raconte, et non ce qu’on lit.

4Le conte, c’est la veillée devant la cheminée, avec le jeu des flammes et des ombres, et les bruits de la nuit au-dehors. Le conte, c’est avant tout un conteur, dont la voix change avec les personnages, qui module ses effets, qui crée une atmosphère et un rêve collectif, alors que le livre ne crée qu’un rêve individuel.

5Le conte avait une valeur initiatique fondamentale, car à travers les aventures imagées c’était tout un symbolisme de l’aventure humaine qui était décrit. Et si le conte faisait souvent peur, c’était pour laisser une marque, pour impressionner les imaginations, motiver les réflexions, pénétrer les mémoires.

Du mal absolu au bien absolu

6Il faut noter la forme dialectique du contenu, les oppositions, les violences extrêmes. On voit froidement le loup dévorer la grand-mère, l’ogre mettre les enfants au saloir jusqu’à ce que Saint-Nicolas vienne miraculeusement leur rendre leur intégrité physique et la vie. On passe du mal absolu au bien absolu par un coup de baguette magique qui établit l’exemplarité du conte, sa distance vis-à-vis du réel, et nous ramène à cette logique enfantine qui est celle des grandes profondeurs psychiques. Comme disent les enfants : « On dirait que c’est vrai… On dirait que je suis le prince… On dirait que je monte sur les oiseaux pour survoler le monde… »

7En fait, les prémisses totalement convenues sont une certaine appropriation du réel, et le déroulement est exemplaire. La leçon, prise au second puis au troisième degré, se développera au cours du temps, avec la vie de l’individu, jusqu’au moment où, à son tour, il racontera à ses enfants puis à ses petits-enfants les histoires traditionnelles. Et, parce qu’elles sont traditionnelles, parce qu’elles font partie de la petite enfance avant de faire partie de l’âge adulte, elles nous rattachent à nos racines profondes, à notre moi intime, à ce qui nous remue, nous émeut, nous justifie.

Trois degrés d’interprétation

8Un premier degré d’interprétation des contes de fées est celui de Carl Gustav Jung, aidé de son assistante Marie-Louise von Franz. (Plus tard, Bruno Bettelheim suivra la même interprétation.) Pour Jung, toute l’aventure relatée par le conte reflète la lutte que mène l’inconscient pour accéder à la conscience. Le conte utilise les voies de l’émotivité, du vécu et de l’instinct pour conduire de grandes pulsions et de grands enseignements jusqu’à la prise de conscience, par un chemin non rationnel.

9Marie-Louise von Franz rapporte un mythe des Indiens Ojibwa d’Amérique du Nord. Quand le Grand Dieu voulut transmettre aux hommes la connaissance de la « médecine secrète », il ne put se faire comprendre d’eux. Alors, il instruisit une loutre qui, à son tour, enseigna les humains. Le dieu est donc passé par un animal (c’est-à-dire par un instinct) pour se faire comprendre. Marie-Louise von Franz conclut : « Dès que la conscience humaine adopte une forme de conviction absolue, un dogmatisme, face au mystère du monde qui l’entoure et de la psyché, le pôle spirituel est fermé. J’ai souvent constaté qu’en pareil cas, l’archétype qui veut se manifester à la conscience doit emprunter la voie de la loutre. »

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10Un second niveau d’interprétation, celui que je propose ci-après, exploite totalement la méthode et la culture maçonniques : c’est la voie symbolique.

11Un troisième niveau se relie aux mythes spiritualistes les plus élaborés des traditions ésotériques et mystiques (Hindous, Juifs, Chrétiens). Ce niveau dépend de chaque interprétation personnelle, en fonction de la culture et des goûts de chacun.

12Mais, avant d’en arriver là, il faut tout d’abord passer par la lecture symbolique. Prenons l’exemple de Blanche-Neige (je m’inspire ici d’un article paru il y a quelque quarante ans dans Renaissance Traditionnelle et qui était dû à Jean Duprat).

13Pour que la référence soit plus aisée au souvenir de chacun, je me fonderai sur le déroulement du film de Walt Disney, qui suit exactement le conte. En parlant de films, d’ailleurs, n’est-il pas intéressant qu’un conte fantastique moderne comme La Guerre des étoiles éprouve le besoin de faire appel à une notion de chevalerie, d’initiation, d’apprentissage dans la maîtrise de soi et de recours à une force supérieure ?

Les Nains comme le Miroir sont les figures de facultés humaines

14Laissons se dérouler le fil de l’histoire en admettant comme clé d’interprétation que presque tous les personnages, la Reine, Blanche-Neige, le Miroir, les Nains, sont les figures de différents aspects ou de différentes facultés d’une même personne humaine dont l’itinéraire spirituel nous est conté. N’oublions pas que ce conte, issu d’une tradition ancienne, a mûri dans un contexte à l’époque obligatoirement religieux, qui évoquait l’intervention divine, mais que nous pouvons aujourd’hui, à notre choix, interpréter dans le contexte spirituel qui conviendra à chacun.

15Au départ, c’est la rencontre de deux personnages : Blanche-Neige (l’âme) et le Prince Charmant (qui représente l’état supérieur de la conscience, apparaissant ici comme vecteur de l’amour divin dans une interprétation théiste, ou en général comme la faculté de dépassement vers un état supérieur de l’être).

16Le conte débute dans un château. Une femme belle, hiératique et dure, interroge le Miroir magique. Pour la première fois, celui-ci lui répond qu’elle n’est pas la plus belle, mais que « Blanche-Neige est plus belle que toi ». Quelque part dans le château, Blanche-Neige, une toute jeune fille vêtue en souillon, accomplit des travaux serviles.

17La Reine (la femme qui interroge le Miroir) est l’âme mondaine, attachée aux apparences, dans son égoïsme satisfait. Le Miroir, c’est la conscience que cette âme peut avoir d’elle-même. Dans toute la littérature d’imagination symbolique, le miroir représente la prise de conscience de soi. Quand Alice au pays des Merveilles passe de l’autre côté du miroir, elle va explorer d’autres aspects de sa personnalité. Blanche-Neige, elle, figure l’âme spirituelle, qui était complètement écrasée par la mondanité dominatrice que représente la Reine.

18Aucune des virtualités que Blanche-Neige porte en elle n’avait pu se développer jusqu’à ce moment précis où, devant un auditoire représenté par des oiseaux, elle chante son désir de rencontrer le Prince Charmant. L’âme spirituelle a pris conscience d’elle-même et de sa vocation. Nous l’avons déjà constaté dans le fait que sa beauté, jusqu’ici voilée, devient apparente, ce que reconnaît le Miroir magique.

19Une seconde conséquence va se produire aussitôt. Le premier mouvement de l’âme vers sa transfiguration reçoit sa réponse : un cavalier s’approche de Blanche-Neige. Celle-ci ne l’aperçoit d’abord que par sa réflexion dans l’eau du puits sur lequel elle est penchée. Effarouchée, la jeune fille s’enfuit à l’intérieur du château puis, confuse de sa tenue, elle a un geste de coquetterie avant de se montrer à la fenêtre. Elle échange avec le Prince un baiser symbolique dont une colombe est le messager.

20Observons soigneusement la succession des événements :

  • un désir humain de dépassement et de rencontre spirituelle ;
  • la contemplation imparfaite et par réflexion du messager ;
  • enfin, un regard face à face, lorsque Blanche-Neige a pris conscience d’elle-même.

 

21L’aspect supérieur, d’ordre divin, de l’être humain, était auparavant voilé par les conséquences d’une « chute » ou d’une « déchéance ». Il y a nombre de contes, comme dans Cendrillon ou Peau-d’Âne, où une jeune fille de bonne naissance se trouve réduite en servitude.

Le Prince Charmant c’est la faculté de dépassement vers un état supérieur de l’être

22Alors, une intervention d’ordre supérieur est nécessaire pour opérer le rachat et faire sortir l’âme de sa léthargie. Cette intervention n’est pas autre chose que la transmission d’une influence spirituelle représentée par le regard échangé. Cette rencontre de l’humain et du divin se produit dans le rite initiatique.

23Le geste de coquetterie de Blanche-Neige consiste à passer la main dans ses cheveux pour en arranger l’ordonnance. Cela indique qu’elle prend conscience à la fois de sa beauté naturelle et de l’état d’effacement dans lequel cette beauté se trouve voilée.

24La Reine, elle, l’âme humaine, restait belle, selon sa nature, malgré sa déchéance et sa mondanité, jusqu’à l’arrivée du Prince. Mais toute cette beauté s’effondre devant « l’âme de l’âme » dès que celle-ci est illuminée par la perspective supérieure.

25Soulignons le symbolisme du regard qui « projette » sa lumière. Bien sûr, le symbole est à l’inverse des règles de l’optique physique, mais ne dit-on pas couramment « jeter un regard » ? Ce regard illuminateur et re-créateur est donc un symbole adéquat de l’influence profonde que transmet l’initiation.

26Nous voici parvenus au premier nœud dramatique. Devant la franchise du Miroir Magique, la Reine se rebelle. On peut avoir conscience d’un fait, mais c’est autre chose que de l’accepter. Aussi la Reine convoque-t-elle un garde auquel elle donne l’ordre d’emmener Blanche-Neige dans la forêt et là, de la tuer. L’âme égoïste et mondaine sent le danger que représente pour elle la spiritualité. Son instinct de conservation lui fait rejeter une aventure spirituelle qui serait sa propre destruction.

27Le meurtre ne sera en fait que symbolique. On apprendra qu’à Blanche-Neige épargnée sera substituée une biche dont le cœur sera présenté à la Reine. Nous avons ici un thème analogue à celui du sacrifice d’Isaac : la biche est l’équivalent féminin et forestier du bélier.

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28Le meurtre simulé de Blanche-Neige correspond à la première mort initiatique. Il s’agit pour l’âme de mourir à un état d’esclavage pour renaître dans un état de liberté.

29La spiritualité de l’âme reprend sa place privilégiée grâce à cette mort initiatique et il est intéressant de citer ici un passage du Coran – ce qui nous permet pour une fois d’élargir nos traditionnelles références judéo-chrétiennes. Il est écrit, dans la sourate dite « des Aumailles » : « Certes Dieu est le fendeur du grain et du noyau. Il fait sortir le vivant du mort et il est celui qui tire le mort du vivant. »

La fuite de Blanche-Neige est comme une descente aux Enfers

30Ayant échappé au couteau, Blanche-Neige, éperdue, s’enfuit. Dans sa peur panique, la forêt lui apparaît affreusement hostile. Un monde ténébreux se manifeste à elle. Les arbres deviennent des monstres grimaçants qui l’agrippent de leurs griffes au passage. Elle court, trébuche, s’enfuit, jusqu’au moment où, à bout de forces, elle s’effondre en sanglotant dans une clairière, puis s’endort.

31On pense évidemment à une descente aux Enfers, qui accompagne la première mort initiatique. Cet aspect infernal est particulièrement marqué dans le film de Walt Disney par la chute verticale de Blanche-Neige, au cours de sa fuite, dans un marécage où les troncs flottants deviennent des crocodiles.

32Pendant le sommeil de Blanche-Neige, la forêt est devenue un lieu paradisiaque éclairé par une lumière de printemps. Les animaux convergent vers la clairière où la jeune fille est étendue. Celle-ci s’éveillera dans un monde d’âge d’or, ou de Paradis terrestre (nous rejoignons ici l’idée d’effacement de la chute et d’une éventuelle faute originelle). Aucune hostilité n’existe entre les bêtes, et toutes paraissent attirées par Blanche-Neige. Cette dernière s’est éveillée pour une seconde naissance. La lumière est donnée, il reste à l’actualiser.

33Blanche-Neige est conduite jusqu’à une maison dont les occupants sont absents. Ces derniers, sept nains, sont en train de travailler dans une mine creusée dans la montagne, d’où ils extraient des diamants. Le thème des nains gardiens d’un trésor est fréquent (voir les Niebelungen). Ils apparaissent souvent aussi au terme d’un voyage qu’accomplit le héros.

34Il convient de remarquer qu’ici le voyage est intérieur : les sept nains représentent les sept puissances de l’âme. Les noms qu’ils portent désignent des qualités du psychisme. Ils travaillent dans la montagne, lieu privilégié du symbolisme hermétique, et plus précisément dans la mine ou la caverne, qui figure le cœur.

35Ainsi, pendant que se déroulait la renaissance de l’âme spirituelle en dépit de sa partie profane, les fonctions naturelles de l’être, figurées par les nains, recherchent la lumière sous sa forme cristallisée : le diamant.

36La maison des nains est mal tenue. Aidée par les animaux de la forêt, Blanche-Neige entreprend de nettoyer et de mettre de l’ordre. Pour ce faire, elle « rassemble des objets qui sont épars ». Ayant achevé son travail, fatiguée, elle s’étend en travers des lits. Les lits des nains sont petits : elle prend possession de plusieurs d’entre eux, marquant ainsi la domination de l’âme spirituelle sur les facultés psychiques. Du même coup est signifiée l’unité fondamentale de l’être humain.

37Et Blanche-Neige s’endort.

La Reine est l’âme individuelle pervertie

38Il nous est possible maintenant de mieux situer les uns par rapport aux autres les différents aspects de l’être évoqués par les principaux personnages.

  • La Reine est l’âme individuelle pervertie, c’est-à-dire faisant porter son unique intérêt sur un « moi » dont le centre de gravité est en décalage par rapport au véritable centre de l’humain. Par rapport à la théorie chrétienne, elle a les caractéristiques de Lucifer, le plus beau et le plus indépendant des anges.
  • Les Nains représentent les diverses facultés qui, par nature, ne sauraient être perverties. Ils échappent un peu au raisonnement moral, aux notions de bon et de mauvais, bien que la visite illuminante de Blanche-Neige les amène à faire leur toilette. Ils expriment quelque chose de relativement innocent dans l’âme humaine. Cette innocence est celle d’une égale incapacité de tomber ou de s’élever. Ils peuvent conquérir la vérité sous la forme condensée du cristal, comme un germe dont les virtualités ne se sont pas développées.
  • Blanche-Neige est, dans l’âme, la possibilité de pure spiritualité. Elle a suivi le processus initiatique dans ses phases essentielles : mort, descente aux Enfers, résurrection, travail.

 

Sept nains, sept cascades, sept collines

39Poursuivons le récit. Quand les Nains rentrent du travail, leur première réaction sera l’effroi : quelque chose a changé dans la demeure. Une fois qu’ils auront compris que Blanche-Neige a réalisé l’unité de l’être, et qu’elle a en quelque sorte rencontré ce dernier, la fête succédera au trouble. Blanche-Neige danse avec les Nains. Ainsi la danse fait pendant à la fuite dans la forêt. L’une étant la descente aux enfers dans le pessimisme, l’autre est l’exaltation de l’optimisme.

40À cette étape du récit, l’initié a réalisé en lui l’état primordial. Sa démarche fut jusqu’ici horizontale, de la périphérie au centre. C’est l’achèvement de ce qu’on a appelé les Petits Mystères.

41Que se passe-t-il alors ? La Reine apprend par le Miroir que Blanche-Neige « qui est plus belle que toi » est toujours en vie et réside chez les sept Nains, par-delà les sept cascades, au pied des sept collines. La Reine a alors recours à deux pratiques magiques : elle se transforme en une horrible sorcière pour ne pas être reconnue, et élabore une pomme empoisonnée. Elle rejoint Blanche-Neige au domicile des sept Nains et, en l’absence de ces derniers, l’empoisonne. Blanche-Neige s’effondre, apparemment morte. Les Nains arrivent trop tard. Ils poursuivent la sorcière à travers les rochers d’une montagne dénudée. Elle tombe dans un ravin et se tue à son tour.

42Nous sommes évidemment en présence d’un récit destiné à évoquer le début d’une seconde phase initiatique. Blanche-Neige est soumise à la seconde mort, celle qui ouvre le chemin des Grands Mystères. Cette seconde mort est la dissolution des facteurs individuels ou des résidus psychiques qui leur servent de support. Et voilà pourquoi Blanche-Neige apparaît morte aux yeux des Nains, qui ne peuvent pas voir au-delà de leur propre monde.

43Soulignons que l’expression « seconde mort » se trouve dans l’Apocalypse de Saint Jean, dans le passage suivant : « L’enfer et la mort furent jetés dans l’étang de feu, c’est-à-dire la seconde mort. »

44Pour l’individualité, il s’agit de l’annihilation pure et simple, donc de l’éventualité la plus angoissante. C’est bien ce qui va se produire pour la Reine-sorcière. Elle incarne les possibilités « infernales » de l’être humain qui sont alors destinées à disparaître totalement. Cette disparition sera la chute dans le ravin, fin du caractère illusoire de ces possibilités. Nous avons dit que la Reine avait un aspect luciférien (le plus beau et le plus indépendant des anges). Maintenant la nature satanique remplace l’aspect luciférien : elle apparaît comme une sorcière très laide et très dangereuse, jusqu’à sa disparition.

45Blanche-Neige avait cheminé jusqu’ici de façon horizontale, jusqu’au centre de son être. Maintenant qu’elle l’a trouvé, son chemin va être vertical. Il s’agira d’une transformation au sens étymologique, c’est à dire d’un passage au-delà de la forme, qui est, avec le temps, une caractéristique de la manifestation matérielle. Blanche-Neige est morte à l’individualité.

46La première étape initiatique était une sortie de l’état profane. Mort symbolique, puisqu’il y avait substitution par la biche. L’individualité n’est pas détruite : elle doit au contraire prendre possession de toutes ses possibilités.

47La seconde mort marque un décrochement d’un autre ordre : Blanche-Neige, en tant qu’individu, n’existe plus.

48La première mort se faisait par blessure, et le cœur était symboliquement arraché : l’amande devait être ôtée de la coque, le germe mis à nu. La seconde mort passe par la consommation d’un fruit empoisonné, fruit qui, comme par hasard, est une pomme ! Nous revoilà dans l’ésotérisme chrétien, dans le fruit de la connaissance… Vous savez que quand on coupe une pomme en deux horizontalement, on voit apparaître au centre une étoile à cinq branches.

Le départ du Prince Charmant et de Blanche-Neige dans un flamboiement de soleil correspond aux Grands Mystères

49Blanche-Neige, donc, meurt aux apparences. Les Nains l’ont allongée dans une châsse de verre, jusqu’au moment où le cavalier transcendant du début de l’histoire apparaît et réveille Blanche-Neige d’un baiser. Il l’emmène sur son cheval, dans un flamboiement de soleil. Ce départ vers un avenir radieux, mais non explicité, cette ellipse de la fin, correspond bien aux Grands Mystères. Au niveau des Petits Mystères, le travail était montré (Blanche-Neige mettait de l’ordre dans la maison des Nains) et le résultat acquis était fêté par la danse. Mais maintenant plus rien n’est accessible de l’extérieur. On peut se demander quel est le niveau de réalisation spirituelle suggéré par la fin de l’histoire. S’agit-il de l’identité suprême, de l’ascension au niveau supérieur de l’esprit ? Le fait que l’homme et la femme, unis, s’envolent à travers les airs vers un château céleste flamboyant de lumière peut le laisser supposer.

Notes

  • [1]
    Publié dans le numéro 9 de la Chaîne d’Union, paru au printemps 1988
Mis en ligne sur Cairn.info le 28/05/2021
https://doi.org/10.3917/cdu.074.0058

Rituels de l’eau en Ukraine et dans les pays slaves – Olga Porytskaya 27 mars, 2022

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1  L’eau, dans les rituels de presque tous les peuples, est investie d’un sens particulier, ne serait-ce que parce qu’elle est nécessaire à la vie. L’homme a besoin de l’eau pour étancher sa soif, préparer sa nourriture, faire ses ablutions, abreuver les animaux, arroser le potager, les champs, etc. Mais, comme on le sait, l’eau est aussi associée aux pluies torrentielles qui détruisent les récoltes, aux inondations qui réduisent à néant les exploitations et emportent des vies humaines. En outre, pour nos ancêtres, l’eau était un élément capable de l’emporter sur un autre, non moins puissant, le feu. Ce qui, dans la vie quotidienne, était somme toute banal, prenait parfois dans la vie spirituelle une dimension symbolique et formait un système particulier de signes sur lequel se fondaient les représentations populaires de la nature. Ce n’est donc pas un hasard si l’eau occupe une telle place dans les coutumes des peuples anciens, et si ont survécu, jusqu’à nos jours, sous des formes résiduelles, d’anciennes croyances et pratiques rituelles.

Pratiques et rites divinatoires

2  En Ukraine, les traditions les mieux conservées s’observent chez les ethnies de la région du Polessié, zone forestière située au nord de l’Ukraine.

3  L’une des formes de divination par l’eau les plus usitées consistait à abandonner des couronnes au fil de l’eau, pratique que l’on peut également observer chez les Russes. En ce qui concerne les Biélorusses, ce type de divination était surtout connu dans les régions proches des territoires ethniques ukrainiens, à savoir la région du Polessié. Cette pratique divinatoire se retrouvait aussi chez les Tchèques et les Polonais, plus rarement chez les Bulgares ; mais, par rapport aux Slaves du Nord, son importance y était moindre. Si, dans la tradition russe, ce rituel coïncidait avec la Pentecôte (et les fêtes dites « vertes », marquant le retour du printemps), c’est à la Saint-Jean qu’il coïncidait chez les Biélorusses et les Ukrainiens. L’une des conditions essentielles à son déroulement était que la couronne jetée au fil de l’eau ait auparavant ceint la tête de la personne, en soit « imprégnée », et puisse ainsi la « représenter ». Ce type de divination existait sous une forme plus élaborée en Ukraine et en Pologne, où, sur les couronnes de paille tressée, parfois décorées de fleurs, on fixait des bougies. On jetait alors ces couronnes à l’eau, et les jeunes filles, comme les jeunes gens, observaient leur évolution (dans certaines contrées les garçons les repêchaient au hasard, cherchant à deviner qui serait leur future épouse). En Pologne, au lieu de la paille tressée, ce sont des cerceaux de bois ployés (« obroutchi ») qui servent à la fabrication des couronnes. Notons que, pour ces pratiques divinatoires (se déroulant le dimanche des Rameaux), les Bulgares substituaient aux couronnes flottées des anneaux, extraits d’un récipient rempli d’eau, auxquels pouvaient être accrochés des « simples » (herbes médicinales), parfois bénis. Le trait commun aux coutumes évoquées est qu’elles réunissent les mêmes attributs : couronnes ou anneaux personnalisés, herbes et eau. Mais la divination par l’eau était aussi pratiquée à d’autres époques de l’année, comme à l’Épiphanie, les jeunes filles tentant de deviner leur avenir. L’observation du calendrier permet d’observer la coïncidence de ces pratiques avec les traditionnels jours des morts. Ainsi s’établissait, par le biais de l’eau, le contact entre vivants et morts ; car ce sont précisément les âmes des morts qui, d’après les croyances populaires, sont censées pouvoir révéler le destin et prédire l’avenir.

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Eau « bénéfique », eau « maléfique »

4  Selon les croyances cosmogoniques ukrainiennes, l’eau a un pouvoir mystique de purification. Il suffit d’un contact avec elle pour bénéficier de son pouvoir. Largement éprouvé par la conscience humaine, l’état de pureté-propreté est généralement associé à la santé (tout comme celui d’impureté-saleté l’est au mal et à la maladie). Dans ce système symbolique, l’eau est en « correspondance » avec la santé. Comparons cette formule de vœux ukrainienne avec celles d’autres peuples slaves, par exemple dans le chant traditionnel lié au printemps (« vesnianka »), accompagné de coups frappés avec des rameaux bénis :

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« C’est le rameau qui frappe, ce n’est pas moi,
Pour Pâques, le Grand Jour,
Sois saine comme l’eau,
Sois riche comme la Terre ».

 

6  [Kolessa, 1938 : 33]

7  Il existait aussi de nombreuses conjurations par l’eau, destinées à protéger les hommes des forces maléfiques et mystérieuses. L’une d’elles, recueillie auprès de vieux-croyants (cf., dans ce même numéro, l’article d’Olexandre Prygarine) de la région de Jitomir, est particulièrement significative :

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« Bonjour, eau-fontaine
Eau surgissante, qui aides le Christ.
De l’eau, je ne viens pas en prendre,
Je viens baigner le serviteur de Dieu…
Tu as baigné les pierres grises, les racines blanches.
Baigne maintenant le serviteur de Dieu…
[et protège-le] des vieillards, des vieilles femmes,
Des belles filles, des jeunettes,
Des enfants, des nourrissons,
De l’œil bleu, noir, blanc, rouge,
Amer, envieux, qui pense à mal et maléfice,
Maintenant et toujours dans les siècles des siècles
Amen ».
[Sinel’nikov, 1995 : 80]

 

Cependant, ce premier aspect est indissociable de son contraire. L’eau, dans ces pratiques, n’a pas uniquement un pouvoir de purification : elle s’utilise aussi comme véhicule pour envoyer des maladies, la peste, pour jeter des sorts aux gens et au bétail. On peut pour cela utiliser du savon, dans lequel on pique des épingles et que l’on jette dans l’eau ou que l’on enterre ; on jette à l’abreuvoir où l’on mène les bêtes un os d’animal mort d’une quelconque maladie pour que ce mal se transmette au bétail de son ennemi [Kouzelia, 1907 : 123].

10  L’eau a, par ailleurs, un sens particulier dans les pratiques divinatoires des jeunes filles. On sait que l’eau nécessaire à la préparation des petits pains de divination doit impérativement provenir de trois, voire de sept puits différents ; ou bien, il faut prendre de l’eau du puits dans sa bouche. On se livre aussi à des rites de divination à l’aide d’un miroir placé auprès d’un puits, dans l’espoir d’apercevoir son promis.

L’eau entre deux mondes

11  K. Mochinski considérait que les diverses pratiques de divination par l’eau se développaient à partir d’un fonds commun : la mise en contact, par le biais de l’eau, avec le monde des défunts et des ancêtres (voir les pratiques décrites plus avant, liées à l’Épiphanie) [Moszyn’ski, 1967 : 369]. V. Propp, dans ses recherches sur les origines des contes merveilleux sur le thème de l’arbre magique prenant racine sur une tombe [Afanassiev, 1988-1992], notait que l’on arrosait quotidiennement les tombes. Cela se faisait, soit avec de l’eau à la « demande », sinon l’« ordre », d’un animal ; soit d’une manière plus imagée, avec des larmes, comme dans le célèbre conte « Zolouchka » (« Cendrillon », NdT). Dans les deux cas, l’animal enterré (le plus souvent une vache) ou bien la mère défunte devient l’« auxiliaire » de l’autre monde. Il s’agit d’une coutume tendant à préserver l’existence du défunt, à le protéger de la mort [Propp, 1934 : 133] (les représentations populaires étaient semblables en ce qui concerne la dépendance des sirènes à l’eau : leurs cheveux devaient toujours rester mouillés [Poritskaya, 1999 : 87-98]).

12  On peut y voir également un moyen d’entretenir un lien entre les deux mondes. Ainsi la coutume d’arrosage rituel avait-elle pour but, d’après Propp, le maintien en vie du défunt dans son « nouveau monde » ; et, comme l’on supposait cet au-delà semblable à l’univers des vivants, les substances nécessaires à la vie (eau et nourriture) étaient fournies au défunt après sa mort.

13  Cette coutume s’est perpétuée dans la culture ukrainienne. Elle trouve en particulier son expression dans les lamentations traditionnelles lors des funérailles. Chez les anciens « Rus » (Vikings de Kiev), selon les notes des marchands ambulants, lorsqu’un des conjoints (notamment l’époux) mourait, on immolait l’autre (au cours d’un banquet orgiaque), puis on les déposait ensemble, avec une petite réserve de nourriture, de l’argent et des armes, dans une barque qu’on laissait aller au fil de l’eau [Lege, 1908 : 17-25]. Ainsi voyait-on dans ce « fil », un chemin menant au monde des morts, unissant par là « ce » monde-ci et « l’autre » en un rituel unique. Il arrivait que l’on brûle la barque. De cette façon, l’eau, ou tout autre endroit humide, devenait lieu de passage potentiel. Les Biélorusses ont gardé jusqu’au début du xxe siècle une coutume funéraire fort significative : on ne plaçait pas de croix sur les tombes des femmes (« Vitevchtchina ») : on construisait en leur mémoire de petits ponts faits d’une planche ou d’un rondin, sur lesquels on gravait une croix, des chaussures ou une faucille, parfois même la date du décès [Zelenin, 1991 : 351]. Ces petits ponts avaient pour fonction d’aider les défuntes à déjouer les obstacles rencontrés en ces lieux. Dans les Carpates, du côté ukrainien, les Houtsouls des montagnes, en préparant les morts au voyage vers l’au-delà, glissaient de l’argent dans les poches de leurs gilets de fourrure, ou à tout autre endroit, pour qu’ils aient de quoi payer le passage [Gnatiouk, 1912 : 263]. Cette tradition trouve un écho en Ukraine, dans des lamentations adressées à un père : « Père, ô mon cher père, mon oiseau, où t’envoles-tu ? Vers quoi vogues-tu ? » (recueilli dans la province de Tchernigov) [Zventsytski, 1912 : 107]. Les contes merveilleux font souvent appel à ce même motif du passeur, lien entre le monde d’ici-bas et l’au-delà.

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14  Dans la poésie populaire, on retrouve fréquemment des vers où le malheur est comparé à une rivière, ultime épreuve sur la route du héros, revenant du monde des morts vers celui des vivants. Mais la rivière peut aussi devenir l’obstacle ultime que rencontre le personnage maléfique (généralement un être fabuleux) poursuivant le héros qui, à cet endroit, trouve la mort. Ainsi l’eau sépare-t-elle les vivants des morts.

15  Mais l’imaginaire populaire va plus loin encore dans le développement de la symbolique de l’eau, car elle devient capable de redonner la vie : c’est l’eau de la vie. Ce motif se retrouve dans des textes de lamentations ukrainiennes : « Allez donc, mon Père, par les chemins que nous empruntons, là où, après vos pas, nous tracerons des chemins de larmes en suivant les vôtres [Kolessa, 1970 : 296]. Allez donc par les steppes et par les chemins battus que j’ai balayés de bleuets et arrosés de mes larmes » (province de Poltava) [Zventsytski, op. cit. : 110]. On le rencontre également dans les rituels d’arrosage des tombes par les larmes.

16  C’est dans les contes de fée et dans la symbolique issue de la tradition antique que s’est le mieux maintenu ce mythe de l’eau de la vie et de la mort, en y ajoutant toutefois la notion de temps : on ne doit pas pleurer les morts au-delà du « temps des larmes » imparti. Car les larmes des proches empêchent le défunt d’atteindre au repos éternel et, le rappelant sans cesse, elles le consument. Cette croyance est à rapprocher des légendes qui perdurent dans les Carpates, décrivant les personnages mythiques des « Sylvains » (lesniï, lisna) « agrippés » aux morts dont les proches ont pleuré trop longtemps la disparition. Il est très compliqué de s’en débarrasser. On n’y parvient qu’en accomplissant un certain rituel accompagné de formules magiques [Porytskaya, 2000 : 79-91].

L’aide des morts

17  Les croyances en l’aide que les parents défunts ont le pouvoir d’apporter s’illustrent dans les coutumes de la Toussaint. Après le déroulement du repas funéraire dans le cimetière, les proches se jettent sur les tombes, racontent en chuchotant joies et peines, succès et espoirs, demandent conseil et soutien moral (Volyn’). Les lamentations d’une jeune fille adressées à sa mère, recueillies dans la région du Polessié (en Ukraine), mettent bien en lumière l’aide que les vivants attendent des disparus : « Quand nous rendras-tu visite, maman ? Là-bas nous attendrons notre mère et elle viendra nous aider » [Gritsy, 1995].

18  Les Slaves du Sud avaient coutume de laisser flotter dans le courant d’une rivière des bougies fixées à des copeaux de bois ou des planchettes, pour communiquer avec les âmes des ancêtres. Les Serbes observaient ce même rituel, au second repas funéraire (le premier ayant lieu le jour de l’enterrement), à savoir, le samedi suivant (les repas des samedis : « soubotno podouchie » ; la table du samedi : « soubotna sofra ») [Tolstoï, 1987 : 61]. Un rituel similaire avait lieu en Ukraine. Au moment de Pâques, on recueillait les coques de « krachanka » (coquilles d’œufs colorés pour Pâques) et on les jetait à la rivière qui les emportait au loin, au-delà des mers, là où sont les « Rakhman », ce qui permettait d’annoncer à ces derniers la fête de la Résurrection divine (région de Poltava) [Voropaï, 1991 : 48]. On fixait parfois des bougies à ces coquilles. D’après les légendes des montagnards des Carpates, qui se conforment à ces usages, les « Rakhman » sont des moines qui n’ont pas renoncé à leur croyance. Ils vivent quelque part à l’est, où ils mènent une vie faite de prières pour le rachat de nos âmes [Choukhevitch, 1905 : 243]. Dans les croyances populaires d’Ukraine orientale, la représentation directe de l’autre monde où habitent les « Rakhamny », et l’autre représentation (cette fois au sud-ouest de l’Ukraine) de « moines » qui vivraient au loin et rachèteraient les péchés des autres, ont en commun l’eau comme élément rituel.

19  La perception de l’eau, du cours d’eau comme un élément s’étendant à la frontière de deux mondes, explique cette croyance qu’ont gardée les Ukrainiens et les autres peuples slaves, que l’eau est le siège des démons et que, de même, chaque source et chaque rivière possède ses propres esprits. Il convient donc, avant de la boire, de saluer une eau que l’on ne connaît pas ; de ne pas se baigner dans les rivières et cours d’eau à certaines heures de la journée et à certaines périodes de l’année ; de se signer devant une rivière dans laquelle on s’apprête à se baigner ; ou de prononcer certaines formules de conjuration. Parmi les esprits qui hantent les rivières, les marais et les lacs, ce sont les sirènes (« roussavki », « liousony ») que l’on retrouve le plus fréquemment : âmes d’enfants mort-nés, non baptisés ou étouffés par leur mère durant le sommeil ; ou encore âmes de jeunes filles mortes noyées les nuits de pleine lune, ou s’étant suicidées à la suite d’un chagrin d’amour, la nuit de la Trinité ; enfin, victimes de mort violente.

20  Il y avait, chez les êtres de l’autre monde, des figures semblables à ces « roussavki », tels que les « bereguini », esprits des berges, auxquels on sacrifiait (comme il est rapporté par d’anciens manuscrits russes) [Famintsyn, 1884 : 36], ou encore les « vidiany », génies des eaux. À ce sujet, D. Chepping a noté dans ses recherches sur la mythologie slave, que les représentations du « Vodianoï » « peuvent témoigner de la grande importance de l’eau dans la spiritualité quotidienne, au temps de notre paganisme » [Chepping, 1849 : 110]. C’est ce qu’atteste aussi la grande variété de figures mythologiques liées à l’eau. Certains sacrifices de haute Antiquité en son honneur se perpétuent en partie dans les rites traditionnels d’invocation de la pluie, notamment dans le Polessié, en Bulgarie et en Serbie. C’est l’eau encore qui servait en Ukraine, mais aussi chez d’autres peuples d’Europe, à déterminer la pureté ou l’impureté d’une âme. En Galicie (Ukraine occidentale), par exemple, lorsqu’on voulait confondre une sorcière, on la jetait à l’eau, puis on observait la partie de son corps qui allait remonter la première : était sorcière celle dont les hanches émergeaient en premier) [Gnatiouk, 1912 : 6].

21  Ainsi peut-on dire que l’eau et sa représentation animiste occupaient une place symbolique importante dans les croyances et rituels des Ukrainiens, mais aussi, plus largement, des Slaves. Cependant, d’un point de vue sémantique, la symbolique traditionnelle de l’eau est antinomique, utilisée tantôt à des fins de purification rituelle ou de bonne santé, tantôt, d’envoûtement. Enfin, l’eau joue le rôle majeur de lien entre les vivants et les morts. Ses multiples fonctions, les représentations des lieux où elle s’écoule comme refuges peuplés d’êtres issus d’autres mondes, prouvent l’ancienneté des cultes qu’on lui voue et de la symbolique qui lui est propre, depuis, très probablement, l’époque préchrétienne. ?

22  Traduction de Thaïs Nercessiàn.

SOURCE  : https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2004-2-page-267.htm?fbclid=IwAR14Hy0YNfcyWGQkAjCucx493KKEHv1Uzb_ecYpJv4yrPOStgoVmPuL1Sng
Mis en ligne sur Cairn.info le 03/10/2007
https://doi.org/10.3917/ethn.042.0267
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