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Serge Hutin 7 avril, 2021

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Le Blog des Spiritualités

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Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, et toutes ces sortes de choses…

Serge Hutin. L’un de nos maîtres oubliés. Lisez le encore et toujours ! Il faut faire vivre l’œuvre de Serge Hutin.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 5 Avril 2021, 07:30am

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #FrancMaçonnerie, #GLDF, #REAA, #Hutin, #SergeHutin, #Spiritualité, #Esotérisme, #Hermétisme, #Martinisme, #Livres, #Articles

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Qui se souvient encore aujourd’hui de Serge Hutin (né le 2 avril 1929 à Paris et mort le 1er novembre 1997 à Prades, Pyrénées-Orientales) ?

Bien trop peu de monde malheureusement. Alors que pour moi il a été l’un des érudits majeurs du 20ème siècle en ce qui concerne les thèmes de l’initiation, de l’ésotérisme, de la gnose, de l’hermétisme, de l’occultisme et de la spiritualité en général.

Son érudition était phénoménale.

Il a été un écrivain prolixe et surtout – ce qui pour moi n’est en rien péjoratif bien au contraire ! -  un vulgarisateur. Un conteur extraordinaire comme me l’on rapporté ceux qui ont eu la chance de le connaître et un écrivain merveilleux, et parfois même un écrivain du merveilleux ce qui est encore mieux !

J’ai entendu prononcé pour la première fois le nom de Serge Hutin par mon ami, frère et très regretté François Rognon.

François Rognon avait en effet été initié le 3 mars 1975 au sein de la Respectable Loge N°355 « Arts et Travail » de la Grande Loge de France, et il avait la grande chance, le grand bonheur d’avoir Serge Hutin  comme second surveillant. Et François de me raconter par le menu leurs merveilleuses séances d’instructions avec lui !

Alors, depuis, comment ne pas aimer celui que François Rognon considérait comme son Maître ?!

 

C’est dans ce même atelier – « Art et travail » – que Serge Hutin avait été initié le 9 février 1966. Il sera passé compagnon le 22 mai 1967, et élevé maître le 30 septembre 1968.  Il était en également 30ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il fréquentera de très nombreux autres ateliers !

 

Serge Hutin est licencié de philosophie à la Sorbonne alors qu’il n’a que 20 ans et l’année suivante, en 1950, il est diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd.

Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens de Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Quel cursus universitaire exceptionnel !

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il le quitte rapidement. La carrière toute tracée de fonctionnaire (ou encore pire d’homme d’affaire !) ce n’est pas pour Serge !

Il ne voudra pas « faire carrière » comme nous l’entendons aujourd’hui. Il ne gagnera jamais beaucoup d’argent, c’est le moins que l’on puisse dire.

Il voulait vivre de sa plume et de ses écrits. Il en vivra extrêmement mal et sera pauvre toute sa vie. Il ne survivra, lors de ses dernière années – malade et accablé – que par la générosité de ses frères de Prades.

C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’on ne se souvient plus de Serge Hutin aujourd’hui. Peut-être cultive-t-on trop de nos jours l’entre-soi et la promotion de la réussite matérielle – et donc profane ? Y compris au sein de notre Ordre qui se veut pourtant un ordre initiatique et traditionnel fondé sur la fraternité. Peut-être Serge Hutin ne coche-t-il pas toutes les cases qu’il faut aujourd’hui ? Il n’a jamais été un notable. Ni à Paris, ni en province. Ce sont des questions que je me pose sans trouver de réelles réponses. Mais ce que je sais c’est qu’il a toujours été un cherchant, un chercheur de Lumière, un véritable initié.

Ce que je sais aussi, c’est que l’ésotériste, le symboliste et le frère Serge Hutin nous manque et que nous manquons cruellement de nouveaux Serge Hutin aujourd’hui. De frères « différents« , de frères qui « ne rentrent pas dans les bonnes cases« . Serge détonait déjà un peu de son temps. Il détonerait encore plus aujourd’hui !

«  Si « le fantôme de sa mère l’accompagne » cet être dépassé par notre civilisation matérialiste n’a que son inaltérable soif du merveilleux, sa bonté naturelle. Cet errant était en quête d’un sourire, d’une sensible amitié. A-t-on été assez réceptif à la détresse de celui qui a donné avec amour? » écrivait Jean-Pierre Bayard dans son article consacré aux écrits maçonniques de Serge Hutin.

Serge Hutin était en tout cas de ceux qui ne s’assignait aucune limite dans la recherche de la vérité et de la justice.

Esotériste, symboliste, hermétiste, gnostique, martiniste, franc-maçon, il a exploré de multiples voies de connaissance et c’est tant mieux. Car ces voies ont fait le miel de ses très nombreux ouvrages que nous pouvons lire aujourd’hui passionnément, comme il les a écrit. 

Et il a été un grand – très grand ! – vulgarisateur. Et moi c’est aussi (et surtout?) ce  Serge Hutin là que j’adore !

Voici ce qu’écrit Jacques Fabry dans son article intitulé  » La théosophie selon Serge Hutin » :   » Dans son ouvrage Théosophie, A la recherche de Dieu paru en 1977 aux Editions Dangles, Serge Hutin cite une belle formule de Paracelse que je voudrais à mon tour mettre en exergue à cette communication : « L’imagination mène la vie de l’homme. S’il pense au feu, il est en feu; s’il pense à la guerre, il fera la guerre. Tout dépend du désir de l’homme d’être soleil, c’est-à-dire d’être totalement ce qu’il veut être ».
De complexion plutôt lunaire, Serge Hutin, sans nul doute, a néanmoins été ce soleil de rêve. Je l’ai peu connu, peut-être l’ai-je rencontré tout au plus une dizaine de fois dans les années soixante, mais je garde de lui le souvenir d’un homme très bon et indulgent. Il avait même, si l’on veut bien me passer cette expression un peu insolite, « quelque chose d’un ange ». Son ouvrage sur la théosophie n’a certes pas la qualité de ses premiers travaux universitaires, mais il y a au moins deux raisons à cela. La première, c’est qu’il avait décidé d’écrire pour un large public et non pour des spécialistes. La deuxième, c’est qu’il avait un esprit si ouvert et si tolérant qu’il accueillait, dans un large sourire, du bon et du moins bon, d’où parfois un certain flou de sa pensée ou, à tout le moins, un manque de rigueur. C’est le cas de l’ouvrage que je voudrais résumer et commenter
« . Avant de conclure : « C’est pourquoi, son travail sur la théosophie, si riche d’aperçus brillants et de citations judicieusement choisies, s’apparente davantage à une toile impressionniste qu’aux contours léchés et précis d’un tableau de Philipp Otto Runge, le chantre pictural de la Naturphilosophie romantique allemande. Il n’en est pas moins précieux et cher au cœur de tous ceux qui ont connu son auteur soit personnellement, soit par le biais d’un message qui ne saurait laisser quiconque indifférent« . Fin de citation.

Qu’il nous semble loin aujourd’hui le Grand Colloque organisé par la Grande Loge de France le 6 mai 1998 en mémoire du frère Serge Hutin et de son œuvre ! Qu’ils nous semblent loin les deux numéros de Points de Vue Initiatiques (113 et 114) de 1998, pratiquement entièrement consacrés à notre frère Serge !

Serge a écrit des livres merveilleux sur les sujets qui nous passionnent : les franc-maçonnerie, l’alchimie, les rose-croix, l’initiation, les sociétés secrètes, l’ésotérisme, le symbolisme ! Ne vous privez plus de ces lectures passionnantes !

Alors, à quand un nouveau grand colloque autour de l’actualité de l’œuvre de Serge Hutin à la Grande Loge de France et de nouveaux numéros de PVI ou la réédition des anciens qui sont merveilleux (ou les deux) ?

Mes chers amis, prenez le temps de lire cet article même s’il est un peu long. Serge Hutin en vaut la peine. Vraiment. 

Et surtout, lisez encore et toujours Serge Hutin qui a écrit des livres magnifiques !

J’aurais réussi mon pari si je vous donne – avec cet article un peu trop long – envie de lire et de relire Serge Hutin !

Jean-Laurent Turbet

 

 

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Hommage à Serge Hutin

Par Jean-Pierre Bayard.

 

EDITORIAL
A notre Frère Serge Hutin

Serge Hutin est décédé le le> novembre 1997. Cet écrivain fécond, qui a publié tant d’ouvrages, s’est éteint sans ressources dans la maison de retraite de Prades (Pyrénées-Orientales). Cet homme confiant et bon enfant était dépassé par notre vie matérialiste idéaliste, adepte du mystère, il ne savait lutter contre les rigueurs de la vie.

Grâce à la fraternité des frères de la Loge « Harmonie Solidarité »  n° 1122 de la Grande Loge de France, Serge repose dignement au cimetière de Prades, dans une concession achetée par leurs soins. Un beau geste de solidarité.

Ce jeune universitaire au brillant avenir a su surmonter ses difficultés de santé dont il a conservé quelques traces discernables principalement dans sa grande écriture.

Né dans le VIème arrondissement de Paris le 2 avril 1929, il est licencié de philosophie (Sorbonne) alors qu’il n’a que 20 ans l’année suivante, en 1950, le voici diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd. Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens rrde Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), qu’il quitte rapidement, ses recherches sont bientôt éditées.

Parmi ses collaborations – dont on trouvera ci-dessous une liste peut-être encore incomplète-, notons son adaptation française du Dictionnaire des religions de E. Royster Pike, ainsi que son essai « La Franc-Maçonnerie » paru dans l’Encyclopédie de la Pléiade dirigée par Henri-Charles Puech, de l’Institut (Histoires des religions t. II p. 1382-1409, Gallimard- NRF) ses nombreux écrits de la collection « Que Sais-Je ? » sont également à citer.
 

Il vit avec sa mère, à Fontenay-aux-Roses, dans la région parisienne. A cause de sa constitution physique, écrivain indépendant, il n’a pour seule ressource que la publication de ses recherches littéraires centrées sur la pensée traditionnelle. Il est ainsi confronté à un monde fermé, où les publications sont à faible tirage, où les éditeurs de cette discipline sont eux-mêmes en nombre limité.

Puis à la mort de sa mère, paralysée durant de longues années, leur pavillon est vendu au profit de l’Assistance Publique.

Serge Hutin est seul, privé de son seul secours. Si « le fantôme de sa mère l’accompagne », il n’a plus de domicile et dépend souvent du bon vouloir de ses amis.

Il entre bientôt à la Grande Loge de France. Initié en 1966 à la loge Art et Travail, il fréquente bien d’autres ateliers, y trouvant un refuge, un lieu où il peut s’exprimer dans un climat de compréhension mutuelle.

Malgré ses abondants écrits, livres et articles, ses nombreuses conférences, il reçoit peu d’argent. Il quête un repas, une amitié et pendant un certain temps il a été un invité de la Fraternelle des Journalistes et Ecrivains.

Humblement il participe aux travaux en apportant sa riche contribution et une vaste documentation aux questions les plus complexes, mais il ne brigue pas les « honneurs » qui pour lui ne devraient pas exister en Maçonnerie, car ce sont des devoirs.

Il conserve le pouvoir de rêver… Accompagnant des amis qui lui sont dévoués, il s’installe à Prades où finalement il rejoint la maison de retraite.

Serge Hutin ne se plaint pas, sauf parfois contre quelques éditeurs qui oublient de lui régler ses droits d’auteur. Plus spécialement depuis deux ans il subit la grave crise de l’édition qui accuse une perte de 30% du chiffre d’affaire dans la catégorie de l’ésotérisme.

En juillet 1997 il s’était cassé le bras droit ; début octobre il avait été soigné d’une embolie pulmonaire à l’hôpital de Montpellier et m’écrivait le 9 octobre «j’ai bien failli passer de «l’autre côté». Cela n’eût-il pas mieux valu, la vie m’ayant si peu gâté ?».

En accord avec la revue Avec Regard de l’Institut d’Etudes et de Recherches (34700 Poujols), je lui avais demandé le 29 septembre 1997 sa collaboration pour évoquer «Le Compagnonnage », se proposant de revenir sur ce thème.  Son dernier travail…

Avant « la gentille lettre qui va droit au cœur » , Serge Flutin avait eu le grand plaisir de voir la publication de deux de ses ouvrages Sain t-Germain, Cagliostro, la princesse de Lamballe aux éditions Bélisane et la
réédition revue et corrigée de Rose-Croix d’hier et d’aujourd’hui aux éditions Louise Courteau au Canada.

C’est ce sourire d’enfant que j’évoque car cet excellent conférencianer, cet auteur souvent cité qui a voulu avec ses moyens servir la pensée spirituelle à tous les degrés, est toujours resté dans sa simplicité, excusant les erreurs des autres, bienveillant envers tous : je ne l’ai jamais entendu médire de quelqu’un, mais, sans se plaindre, très humblement, il a accepté son sort avec résignation, ne nous faisant guère connaître son déchirement intérieur.

Jean-Pierre Bayard.

 

Hommage publié dans Points de Vue Initiatiques – Les Cahiers de la Grande Loge de France, N°109. Mars/Avril/Mai 1998

 

Les premières loges de Palestine et leurs relations avec la Franc-maçonnerie égyptienne 31 janvier, 2020

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Les premières loges de Palestine et leurs relations avec la Franc-maçonnerie égyptienne
24 octobre 2017
par Léon Zeldis
Dans une région frappée par la guerre et le terrorisme, profondément divisée politiquement et religieusement, les loges maçonniques constituent un oasis de paix et de tolérance, où les hommes de bonne volonté transcendent leur différences pour joindre leur mains et leur esprits, liés par leur aspiration commune de créer un monde meilleur, de s’améliorer eux-mêmes et de contribuer à la construction d’une société plus rationnelle, fondée sur les principes de liberté, d’égalité et de fraternité.
La Franc-maçonnerie en Terre Sainte, son développement et ses relations avec les pays voisins représente un exemple brillant de la puissance des valeurs maçonniques et de leur capacité à surmonter les différences notées plus haut.
La loge Egypte
L’origine et le développement original des loges maçonniques en Palestine était intimement lié à la Franc-maçonnerie égyptienne ce qui était tout à fait naturel, puisque les deux formaient une part de l’Empire Ottoman jusqu’à la fin de la première Guerre Mondiale (1919).
Cette communication tente de décrire les loges de Terre Sainte et leurs relations avec celles de l’Egypte, qui n’étaient pas forcément plus anciennes, mais plus nombreuses et mieux organisées.
Il n’existait pas de loges en Egypte quand Napoléon envahit la terre du Nil.
L’appartenance de Napoléon à la maçonnerie est une question non tranchée, bien que quelques preuves disponibles tendent à donner une réponse positive.
Ce qui est sûr, c’est que plusieurs de ses parents, de même que ses officiers d’armée, étaient maçons, y compris le Général Kléber, qui fut Gouverneur d’Egypte lorsque Napoléon retourna à Paris. A cette époque une loge Isis fut fondée à Alexandrie, avec Kléber comme Vénérable Maître. Toutefois, après son assassinat, la loge avait disparu.1
Alexandrie était alors, comme durant toute son histoire, une ville cosmopolite, polyglotte, et on peut juger de son caractère progressiste par le fait que la première projection cinématographique en Egypte (et probablement dans le Moyen-Orient tout entier) eut lieu dans cette ville en novembre 1896, à peine un an après la première mondiale présentée en France par les frères Lumière.2
Plusieurs maçons italiens d’Alexandrie créent en 1830 une loge Carbonari travaillant le Rite Ecossais.3
Quelques années plus tard, en 1838, la Loge Memphis fut établie au Caire sous patente du Grand Orient de France.4
Une autre loge établie à Alexandrie en 1845, dépendante aussi du Grand Orient de France, s’appelait La Loge des Pyramides.
L’auteur maçonnique américain Robert Morris visita cette loge en 1868 au cours de son voyage en Terre Sainte, et il signala qu’elle travaillait alternativement en français et en arabe, mais les rituels étaient imprimées en français.5
Le célèbre homme politique arabe Abd-el-Kader fut initié dans cette loge en Juin 1864.6
De nombreux ateliers furent établis au Caire, Alexandrie, Suez, Port-Said et Ismaïlia dans les années suivantes.
En 1876, sur les instances de Salvatore Zola, le Grand Orient d’Italie autorisa la création du Grand Orient de l’Egypte, pour travailler les hauts grades du Rite Ecossais Ancient et Accepté, aussi que la fondation d’une Grande Loge d’Egypte pour les grades symboliques.
Un Grand Orient d’Egypte du Rite de Memphis fut fondé en 1867 -7, dirigé par le Marquis de Beauregard ; lui succéda le Prince Halim Pasha, fils de Mehmet Ali, Vice-roi d’Egypte, considéré comme le vrai fondateur de l’Egypte moderne. Halim Pasha succéda à son père à la tête du pays.
Le 21 mars 1873 les différentes loges fonctionnant en Egypte s’unissaient à Alexandrie pour former la Grande Loge Nationale d’Egypte et le 5 mars 1878 son siège fut transféré au Caire mettant fin à l’état d’anarchie existant dans la maçonnerie égyptienne.
Tawfiq Pasha, alors Khedive (Vice-roi) fut élu Grand Maître en 1881, et un grand nombre de personnalités égyptiennes, tels que Jamal ed’din al-Afhani, le grand érudit islamique et réformateur, rejoignirent les ateliers maçonniques, qui se sont multipliés au point qu’on en comptait plus de 500, « travaillant en anglais, français, grec, hébreu et italien, en plus de l’arabe. » 8
Al-Afghani et son disciple Mohammed Abdou s’adressèrent à leurs camarades dans les cercles libéraux de l’Egypte comme “’ikhawan al saffa wa khullan al wafd” (sincères fréres et fidèles compagnons).9
Tawfik Pasha démissiona de son poste en 1890 et Idris Bey Raghib fut élu Grand Maître.
Fils d’un ancien Premier Ministre d’Egypte, Idris Bey était riche, il avait fondé le parti politique Al-Fatah (Jeune Egypte)10 (qui n’a aucun rapport avec le Fatah d’aujourd’hui). La Franc-maconnerie égyptienne fut florissante durant la période où il était Grand Maître.
On peut se rendre compte de la renommée de la Maçonnerie en ce temps-là par l’intérêt pour l’ouvrage Histoire Générale de la Franc-maçonnerie, du célèbre historien George Saidan, auteur d’une Histoire de l’Empire Ottoman réimprimée et vendu encore aujourd’hui. Saidan, maçon, publia son histoire de 256 pages chez les éditeurs « Al-Majrusa » du Caire en 1889. Le volume avait été épuisé longtemps mais il fut réédité en 2004.11
Un autre membre de la famille royale égyptienne, le Prince Muhammad Ali, en 1922 succéda à Idris Bey Raghib en tête de la Grande Loge Nationale d’Egypte, mais Idris Bey et quelques uns de ses partisans n’acceptèrent pas la décision de la Grande Loge et ils fondèrent une autre Grande Loge concurrente.
Le conflit entre les deux puissances maçonniques aboutit au retrait de leur reconnaissance par les Grandes Loges d’Angleterre et d’Ecosse.
Finalement, une solution fut trouvé sous l’égide du Grand Orient de France et une nouvelle Grande Loge Nationale d’Egypte fut fondé en 1932 avec Abdel Meguid Younis comme Grand Maître.
En dépit de ses efforts pour rétablir l’ordre dans le monde maçonnique égyptien, plusieurs loges irrégulières continuèrent à fonctionner et elles jetèrent le discrédit sur la Franc-maçonnerie par leurs actions.
En 1956, après la crise de Suez, le Président Gamal Abdel Nasser ordona la fermeture de toutes les loges maçonniques et la confiscation de leurs propriétés. La maçonnerie est encore interdite en Egypte aujourd’hui.
En Terre Sainte, la proximité de l’Egypte explique qu’une bonne part des premières loges avaient reçu leurs patentes de la Grande Loge Nationale d’Egypte, avant et après la première guerre mondiale.
Avant la guerre, la Palestine et l’Egypte appartenaient à l’Empire Ottoman, l’Egypte profitait d’un statut semi-autonome, tandis que la Palestine constituait une partie de la province Syrio-Palestinienne. Après la guerre, la Palestine fut placée sous mandat Britannique accordé par la Société des Nations.
En 1895 une loge Solomon (ou Suleiman) fut fondée à Jérusalem avec une patente de la Grande Loge Nationale d’Egypte. Malheureusement, nous n’avons aucun détail sur cette loge.
La première loge pour laquelle nous possédons des renseignements n’était pas sous juridiction égyptienne.
La loge Royal Solomon Mother Lodge N° 292 fut établie en 1873 sous la juridiction de la Grande Loge du Canada, Province d’Ontario, pour travailler à Jérusalem et dans ses environs.
Cette loge, créée grâce aux inlassables efforts de l’Américain Robert Morris,12 constituait déjà un exemple de coopération multiraciale. Cinq des six fondateurs étaient chrétiens tandis que le sixième était juif.
Le premier candidat initié dans la loge fut Moses Hornstein – un juif qui plus tard devint chrétien, probablement par l’intermédiaire du missionaire américain Dr. James Turner Barclay. Un autre maçon qui rejoignit la loge fut un Arabe chrétien d’origine libanais, Alexander Howard, de son véritable nom Iskander Awad.
Howard agissait comme l’agent local de Thomas Cook – fondateur de l’agence de tourisme anglaise – prenant en charge l’organisation des voyages au Proche Orient. Ce métier permit à Howard d’acquérir fortune et situation sociale. Il est devenu un des premiers entrepreneurs immobiliers de Jaffa au-delà du mur, bâtit un pâté de maisons dans une rue qui portait son nom.
Aujourd’hui nommée Rue Raziel, on peut y voir encore la maison de Howard avec une frise sur la porte portant la devise « Shalom al Israel », c’est-à-dire « La paix soit sur Israel ».
Les historiens n’arrivent pas à comprendre pourquoi un Arabe avait mis à l’entrée de son logement une devise en hébreu.
La maison servit de temple maçonnique et était aussi centre de réunion pour les immigrants juifs et autres qui arrivaient à la fin du XIXème siécle et au début du Xxème siècle.
Encore plus surprenant – compte tenu de l’évolution ultérieure des relations entre les deux communautés – aux environs de 1890, la maison de ce maçon arabe devint la siège du Comité Central des Hovevei Zion (Les Amants de Sion), un mouvement pionnier de Sionistes russes qui promouvait l’immigration en Palestine.
Conjointement avec Rolla Floyd, un autre maçon américain membre de la loge, Howard établit le premier service de diligence entre Jaffa et Jérusalem ; il bâtit des hôtels à Jérusalem, Jaffa et Latrun, à mi-chemin entre les deux villes. Floyd succéda à Howard comme agent de Thomas Cook. Il est mentionné Vénérable Maître de la loge en 1884.13
Un autre frère de la loge était Joseph Amzalak, membre d’une famille de riches juifs sépharades qui pendant ses pérégrinations après l’expulsion d’Espagne en 1492 avaient voyagés le long de la côte nord de l’Afrique pour arriver en Turquie. Puis, la famille s’était installée au Maroc pendant les XVI° et XVIII°siècles, revenant finalement dans la péninsule ibérique s’installer à Gibraltar.14
Joseph naquit là, mais en 1824 il résidait à Jérusalem, où il bâtit une maison dans l’enceinte de la ville près de la Porte de Jaffa, considérée à l’époque comme la plus belle de Jérusalem.15
La maison fut postérieurement transformée en l’Hôtel Mediterranean, qui existe aujourd’hui, sous un autre nom.
Le maçon Mark Twain et ses compagnons y résidèrent lorsqu’ils visitèrent Jérusalem en 1867.
La loge Royal Solomon eut une existence troublée.
Le manque d’expérience en procédure et protocole maçonniques occassionna de fréquents écarts, et les rares contacts avec la Grande Loge de Canada se sont conjugués pour que la loge soit rayée de la liste de la Grande Loge.
Certains des frères, malgré tout, voulaient travailler d’une façon régulière ; ils décidèrent d’établir une autre loge, à Jaffa, où habitaient la plupart des frères.
Ils soumirent une pétition à l’Ordre du Rite Oriental Misraim en Egypte et ils reçurent la patente en 1890 environ, pour la fondation de la Loge Le Port du Temple de Salomon.
La loge acceptait des candidats de toutes religions, elle connut une période d’essor quand plusieurs ingénieurs français, maçons, venus pour construire le chemin-de-fer de Jaffa à Jerusalem, la rejoignirent.16 Toutefois, après leur départ, elle entra en déclin et disparut pratiquement.
Un groupe de frères, se réunirent en février de 1906 et décidèrent de fonder une nouvelle loge, choisissant le nom Barkai, ou L’Aurore en francais.
Ce choix n’était pas un hasard, L’Aurore était le nom du journal français qui avait publié le fameux « J’Accuse! » d’Emile Zola, dénonçant les irrégularités et l’anti-sémitisme de l’affaire Dreyfus, toujours présente dans la mémoire des frères.17
Un des frères de la loge, l’horloger Maurice Schönberg, avait installé l’horloge à quatre cadrans dans la tour de Jaffa véritable point de répère dans la ville.
Schönberg visita souvent Paris pour ses affaires, où il prit contact avec le Grand Orient. Le 13 mars 1906 les membres de la nouvelle Loge Barkai adressèrent une pétition signée par douze frères. Le Vénérable proposé était Alexandre Fiani, un marchand chrétien né à Beyrouth, tandis que les autres étaient juifs, tels David Yudelovich journaliste et comptable, Marc Stein médecin né en Russie, et Yehuda Levy pharmacien né à Jaffa.18
La loge conduisait ses réunions à Jaffa, au numéro 1, rue Howard. La plupart des frères initiés dans la loge ne parlant pas le français, la langue des réunions et cérémonies était donc l’arabe, et seuls les rapports envoyées au Grand Orient étaient en français. Les rituels étaient des traductions en arabe, probablement imprimés en Egypte.19
Le premier maçon qui s’affilia à la loge était un Arménien chrétien, César Araktingi, marchand, drogman et Vice-Consul de Grande Bretagne, né à Jaffa et initié le 18 octobre 1891.
Son affiliation eut lieu le 13 mars 1906, c’est-à-dire, le même jour où les frères s’étaient réunis pour formuler leur pétition au Grand Orient. Araktingi remplaça bientôt Fiani comme Maître de la loge, et continua dans cette fonction jusqu’à 1929, c’est-à-dire, pendant 23 années !
Pendant les années d’avant-guerre (1914), la loge initia plus de 100 nouveaux membres.
L’analyse de leur affiliation religieuse est incertaine, seuls leurs noms et, parfois, leurs métiers permettent d’avancer une hypothèse sur leur origine ethnique. Les loges israéliennes ne demandent pas la religion des candidats. Une estimation approximative donne un total de 82 frères arabes et turcs, pour la plupart musulmans, 29 juifs, 6 chrétiens arméniens et 6 étrangers, probablement chrétiens aussi.
La loge comprenait beaucoup de personnalités, maires, gérants de banque, commandants de police, avocats, médecins, éducateurs et ingénieurs. Dans toutes les professions on trouvait des hommes de diverses religions et ethnicités.
Il est intéressant de noter la présence dans la loge de deux Consuls perses.
On sait qu’en Iran la Maçonnerie était répandue avant la chute du Shah (1979), puis l’Ayatollah Khomeini a interdit l’Ordre.
Une Grande Loge d’Iran en exil se trouve en Californie, et ses travaux se déroulent au Massachusetts.
La Grande Lodge Nationale d’Egypte établit treize loges en Palestine, ou quatorze, si on prend en compte la Loge Solomon mentionée plus haut.
La Loge Nur el Hachmat (Lumière de la Sagesse) N° 125 fut fondée en 1908 à Jérusalem. La loge travaillait en arabe ; elle avait cessé pendant la Première Guerre Mondiale, puis repris ses activités en 1924, mais elle ne rejoignit pas tout de suite la Grand Loge Nationale de Palestine quand celle-ci fut fondée en 1933. Au temps de la fondation de la Grande Loge de l’Etat d’Israël (1953) la loge n’existait pas.
La Loge Palestine N° 157 fut fondée à Jaffa en 1910. Son premier Maître était un juif, Simon Moyal, et le deuxième un arabe, Abdallah Samari.
On peut à nouveau se rendre compte des relations fraternelles existant alors entre les communautés dans le milieu de la Franc-maçonnerie.
En 1928 les frères décidèrent de transférer leur allégeance de la Grande Loge Nationale d’Egypte à une autre Grande Loge rivale qui avait de bonnes relations avec la famille royale. Ces relations donnèrent du prestige à la loge, qui changea son nom en Loge Prince, recevant le numéro 286. Néanmoins, la loge ne survécut pas longtemps, et quand la Grande Loge de Palestine fut fondée en 1933, elle n’existait déjà plus.
La Loge Jérusalem N° 262 fut établie dans la Ville Sainte en octobre 1924, et travaillait en français.
Les membres comprenaient autant de Juifs que d’Arabes. Le premier Vénérable était juif, Samuel Hashimshony, qui contribua à l’établissement de plusieurs autres loges.20
Hashimshony était l’agent local d’un grand bijoutier égyptien et ses affaires le conduisaient souvent au Caire, où il reçut tous les grades du REAA jusqu’au 33ème.
La Loge Jérusalem fut la première établie en Palestine par la Grande Loge Nationale d’Egypte après la première Guerre Mondiale. En 1936 la loge fusionna avec la Loge Pax pour finalement fermer ensemble. Parmi ses membres on doit signaler spécialement Choukry Houry, le deuxième Vénérable, et les frères Asher Koch, Mordechai Caspi et David Yellin, tous les quatre devenus Grand Maîtres.
La Loge El-Dugha (“L’Aurore” ou “L’étoile du Matin”) N° 263 fut fondée à Jaffa en 1926, pour travailler en arabe.
Certains frères de cette loge fondérent en 1928 la Logia Moriah de Tel Aviv, qui existe encore aujourd’hui, N° 3 sous la Grande Loge de l’Etat d’Israël.
La Loge Said N° 264 fut fondée aux environs de 1926, mais nous n’avons pas d’autres renseignements à propos d’elle.
La Loge Har-Zion (Mont Sion) N° 270 fut fondée à Jérusalem le 5 mars 1927.
C’était la première loge parlant hébreu à Jérusalem, alors que sa langue officielle était l’anglais. Le changement de langue de travail déplut aux autorités du Caire, provoquant un vif échange de lettres. La plupart des frères qui fondèrent la Loge Rashbi en 1933 venaient de cette loge.21
Parmi eux on peut signaler Raphaël Aboulafia, qui s’affilia à la loge dès son installation à Jérusalem. Aboulafia fut plusieurs années Vénérable de la Loge Hiram à Tel Aviv; il servit comme Grand Secrétaire de la Grande Loge Nationale de Palestine et fut aussi imprimeur éditeur du Haboneh Hahofshi, le journal officiel de la Grande Loge. En 1970 il fut élu Grand Maître de la Grande Loge de l’Etat d’Israël et tout suite après son installation donna le permis pour fonder la Loge La Fraternidad N° 62 de Tel Aviv, la première hispanophone en Israël,
La Loge Moriah N° 283 fut fondée à Tel Aviv le 20 juillet 1927, pour travailler en hébreu.
Elle avait une composition mixte Arabes et Juifs. Le premier Vénérable était le Dr. Abraham Abouchedid. Parmi ses membres on peut signaler S.A.R. le Prince Kadjar Salar ed-Dowleh de Perse, alors résident à Haifa, et Choukri Khouri de Jaffa.
La Loge Reuben N° 288 fut fondée à Haifa le 4 décembre 1927, pour travailler en hébreu.
Le premier Vénérable fut Shabtai Levy, maire de Haifa (et plus tard Grand Maître), qui donna son nom à la loge pour honorer la mémoire de son beau-frère Reuben Israeli, mort très jeune.
La Loge El Halil (Le Patriarche Abraham) N° 289 fut fondée à Jérusalem en 1928, pour travailler en arabe.
La loge ne rejoignit pas la Grande Loge de Palestine et disparut un peu plus tard.
La Loge Pax N° 291, fut fondée à Jérusalem en 1928 pour travailler en anglais.
Le premier Vénérable fut Asher Koch. Parmi ses fondateurs on trouve le premier maire juif de Jérusalem, Daniel Oster. La majorité des frères étaient professeurs, Juifs et Arabes. En 1929 ils établirent une Loge d’instruction sous le nom Pythagore. La loge déclinant, s’unit à la Loge Jérusalem, mais les conflits réligieux et politiques en Terre Sainte la perturbèrent, et elle fut contrainte d’abattre ses colonnes.
Une patente constitutive du 15 janvier 1929 autorisait la création de la Loge Mont Sinai N° 293, pour travailler à Jérusalem en anglais.
La loge fut officiellement consacrée le 25 janvier 1929. Elle était mixte, avec frères Arabes et Juifs, et en 1933 elle devint une des fondatrices de la Grande Loge Nationale de Palestine. Après un certain temps, elle passa sous la juridiction de la Grande Loge d’Ecosse, changeant son nom en Loge Mizpah (La tour de guet) N° 1383. Lors de la création de la Grande Loge de l’Etat d’Israël elle portait toujours son nom et reçut le numéro 6.
La Loge Hiram fut fondée en 1929 à Tel Aviv, et travaillait en hébreu.
Son premier Vénérable était Nathan Inbar. Un des premiers initiés dans la loge était le Juge Joseph Michael Lamm, qui fut élu en 1964-65 Grand Maître de la Grande Loge de l’Etat d’Israël, et plus tard Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté en 1971.22
La Loge Roi Salomon N° 298 fut fondée à Jaffa-Tel Aviv en 1932.
Nous n’avons pas d’information sur cette loge, qui probablement avait disparu lors de la fondation de la Grande Loge de l’Etat d’Israël.
Les relations sereines entre les diverses commnautés de Palestine sous le gouvernement turc furent bouleversées par la Grande Guerre.
Le démantèlement de l’Empire Ottoman entraîna la création de diverses nations dans le Proche-Orient, et un partage des « zones d’influence » entre les puissances victorieuses, l’Angleterre et la France.
La Palestine, à cette époque comprenait des territoires des deux côtés du Jourdain, rassemblant Israël, la Jordanie et l’Autorité Palestinienne d’aujourd’hui, placés sous contrôle de la Grande Bretagne, qui avait reçu mandat de la Société des Nations en 1922 pour gouverner le pays.
Les loges durent suspendre leurs travaux pendant la guerre, car un grand nombre de frères avaient été exilés par le Gouvernement Ottoman, qui craignait une coopération avec les forces britanniques.
Après la guerre, et aussitôt ses portes réouvertes, la loge Barkai dut les fermer à nouveau à la suite du massacre de 47 Juifs à Jaffa le 1er mai 1921. La loge reprit ses travaux en janvier 1925 dans un autre local, à Tel Aviv.
La plupart des frères arabes l’avaient quittée pour rejoindre une des loges sous la juridiction de la Grande Loge Nationale d’Egypte.
Les violentes émeutes qui continuèrent par intermittence jusqu’au début de la Deuxième Guerre Mondiale perturbèrent sans doute les relations entre les loges de différentes juridictions, sans pourtant les interrompre totalement. Il faut rappeler que les loges sous juridiction égyptienne comportaient aussi un grand nombre de juifs.
Au cours de l’année 1932, comme nous l’avons signalé, la Maçonnerie égyptienne subit une grave crise qui entraîna l’apparition de deux grandes loges concurrentes.
Les loges en Palestine sous juridiction égyptienne, opéraient alors au sein d’un organisme administratif, le Comité Permanent, dirigé par le prince perse Salar Ed Dowlah Gadjar nommé par les autorités du Caire. Le prince habitait à Haifa en attendant que son frère récupérât son trône.
Le Comité Permanent aurait du fonctionner comme une Grande Loge Provinciale, mais le prince agissait de façon arbitraire, donnant des ordres sans consulter les frères locaux, qui se sentaient humiliés et tentaient de se libérer de son pouvoir. Une série de réunions de Vénérables des loges locales eut lieu au début 1928, et, tenant compte de la situation en Egypte, ils prirent la décision de se rendre indépendants en créant une Grande Loge.
Le 12 mai 1932, sept des onze loges travaillant sous la juridiction égyptienne s’unirent, renvoyant leurs patentes et devenant de-facto la Grande Loge Nationale de Palestine.
Trois des loges égyptiennes, El Dugha N° 263 de Jaffa, Nur el Hakmah N° 125 de Jérusalem et El Halil N° 289 de Jérusalem refusèrent de rejoindre la nouvelle Grande Loge, tandis que la Loge Reuven N° 288 de Haifa décida de rejoindre la juridiction écossaise, recevant le numéro 1376.
Une pétition fut envoyée à la Grande Loge du Caire pour consacrer la nouvelle Grande Loge et cette demande fut acceptée par les autorités égyptiennes.
Bien que la majorité des frères en Palestine soient juifs, le caractère non sectaire de la maçonnerie locale est démontré par le fait qu’en tête de la délégation venue d’Egypte le 8 janvier 1933 se trouvait Fuad Bey Hussein, Grand Maître Passé de la Grande Loge d’Egypte, Procureur Général de la Cour Mixte d’Appel d’Alexandrie, accompagné par le Juif Albert Mizrahi, et Seddik Bey, Directeur Général de la Municipalité d’Alexandrie, qui servit comme Grand Chapelain Installateur.23
Hassan Shoukry Khoury, promoteur de Jaffa (1877-1932) avait été élu premier Grand Maître mais il décéda avant d’être installé, et Marc Gorodisky, un avocat de Tel Aviv, fut élu à sa place. Neanmoins, pour honorer la mémoire de Shoukry Khoury, il fut cité dans le registre de la Grande Loge comme étant le premier Grand Maître et Gorodisky le second.
La cérémonie de consécration fut conduite au siège du Young Men’s Christian Association à Jérusalem, proche du mur de la Vieille Ville, le lundi 9 janvier 1933. Quelques jours après sa fondation, la Grande Loge autorisa la création de nouvelles loges à Jérusalem, Tibériade et Jaffa.
Peu de temps après, la loge Nur el Hakmah décida elle aussi de rejoindre la Grande Loge, recevant le numéro 11, et quelques mois après la Loge El Shams N° 12 fut établie dans la ville arabe Ramallah. Moins d’un an après sa fondation, la Grande Loge Nationale de Palestine créa la Loge Kureish (Cyrus) N° 14 à Rabat Amon, aujourd’hui Amman, capitale de la Jordanie.
Les loges anglophones, fondées avec patentes d’Angleterre et d’Ecosse, refusérent de rejoindre la nouvelle Grande Loge et continuèrent de fonctionner dans les juridictions originales, tandis que les loges allemandes travaillaient dans le cadre de la Grande Loge Symbolique d’Allemagne en Exil, la maçonnerie ayant été supprimée dans l’Allemagne nazie.
En dépit des relations tendues entre les populations arabes et juives, la Grande Loge Nationale de Palestine faisait des efforts incessants pour attirer des candidats de toutes les communautés : Juifs, Arabes chrétiens, musulmans, Arméniens, Druses. Ainsi, plusieurs loges composées presque exclusivement d’Arabes furent établies.
La Loge Galilée de Nazareth mérite une mention spéciale.
Cette loge reçut le numéro 31 lors de la création de la Grande Loge de l’Etat d’Israël en 1953. Fondée en 1950, elle travaille en arabe, avec des membres musulmans et chrétiens dans toute leur diversité, reflétant l’importance de cette ville pour la Chrétienté. La loge resta en sommeil quelques années et fut ouverte à nouveau en 2002 avec Samir Farran comme Vénérable Maître.
En 1953 la maçonnerie israélienne fut réunie avec la création de la Grande Loge de l’Etat d’Israël. Des loges arabes additionelles furent établies au cours des années. La Loge Acco en Acre, forteresse des Croisades, la Loge Hidar à Kfar Yassif, ville Druse près de Haifa, et la Loge Al-Salaam (La Paix) de Jaffa-Tel Aviv. Les loges Hidar et Acco sont encore actives.
La Loge Ha-Lapid (Le Flambeau) fut fondée à Jérusalem en 1974, c’est-à-dire, juste un an après la Guerre de Yom Kippur.
Elle travaille en arabe et les membres sont musulmans, chrétiens et juifs. Le premier Maître fut David Greenberg, un Juif.
Une deuxième loge arabe fut fondée à Nazareth en 1983 : La Loge Nazareth, comprenant des membres musulmans et chrétiens.
La Loge Na’aman N° 61, loge mixte associant des arabes et des juifs, travaillant en hébreu, fut fondée à Haifa en 1958. Haifa avait toujours eu une composition ethnique mixte.
Parmi les 32 Vénérables Maîtres entre 1968 et 2003, plus de la moitié, 19, étaient arabes.
Afin de souligner le caractère non sectaire de la Franc-maçonnerie israélienne, le sceau de la Grande Loge présente au centre, entre l’équerre et le compas, la Croix chrétienne, le Croissant musulman et le Sceau de Salomon (ou Maguen David).
Sur l’autel des loges israéliennes se trouvent trois Volumes de la Loi : la Bible, le Tanakh hébreu et le Coran.
Trois Porteurs des livres sacrés avec le même grade maçonnique les portent à l’ouverture des travaux de la Grande Loge. Il y a aussi trois Grands Chapelains, un pour chaque religion monothéiste.
Les Officiers de la Grande Loge ont toujours inclus autant d’Arabes que de Juifs. Un avocat arabe de Haifa, Jamil Shalhoub, fut élu Grand Maître de la Grande Loge de l’Etat d’Israël en 1981 et en 1982 il fut élu pour une deuxième année.
J’appartiens à la loge, La Fraternidad N° 62 de Tel Aviv, première loge hispanophone d’Israël, fondée en 1970. Elle a pour tradition d’organiser chaque année un « week-end fraternel » dans un hôtel touristique, où les frères et leurs familles se réunissent pour trois jours de détente. Le programme inclut un colloque d’une matinée consacré à des sujets maçonniques et questions diverses, avec la participation active des dames. Nous visitons également les lieux touristiques voisins et, bien sùr, la bonne table n’est pas ignorée.
En 1993 nous réalisâmes le week-end fraternel à Nazareth, et pour le banquet qui marque la fin de l’événement, notre frère, le Dr. Juan Goldwaser eut une inspiration. Pourquoi ne pas inviter les frères de la loge locale, Loge Nazareth, à nous rejoindre? Aussitôt dit aussitôt fait. Une vingtaine de frères sont venus, quelques-uns avec leur femmes, portant d’énormes plateaux de gâteaux arabes. Ce fut une réussite qui inaugurait une série de nombreuses rencontres.
Le Dr. Goldwaser invita chez lui un grand nombre de frères de Nazareth avec toute la loge La Fraternidad. Les frères arabes répondirent en ouvrant les portes de leurs maisons, et suivirent réunions, pique-niques, et des amitiés personnelles se développèrent entre les frères des deux loges et cela à une époque où le pays connaissait une situation permanente de tension et de terreur.
En 1995, le Dr. Eduardo Vaccaro, Grand Maître de la Grande Loge d’Argentine, et Gabriel Jesús Marín, Souverain Grand Commandeur, décidérent de créer une Academie Maçonnique de la Paix, dans le but de récompenser par un prix les personnes et les organisations qui oeuvraient pour la cause de la paix et la tolérance. On m’avait demandé de soumettre des candidats pour ce prix, et j’ai proposé deux noms : le Dr. Juan Goldwaser, pour son action dans le rapprochement des loges La Fraternidad et Nazareth, et Joseph E. Salem, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil d’Israël, né en Iraq, qui parle l’arabe et s’efforce toujours pour renforcer les liens fraternels entre tous les maçons. Mes deux propositions furent acceptées. Goldwaser se rendit à Buenos Aires, mais pas Jospeh Salem pour raisons de santé.
La fois suivante, on me demanda à nouveau de soumettre des noms pour le Prix Maçonnique de la Paix. Cette fois je proposai deux frères arabes : Samir Victor Farran, de Nazareth, et Elias Mansour de Haifa. Farran était un des fondateurs de la Loge Nazareth et fut le Vénérable de la Loge Galilee 31. Il s’était illustré par son appui enthousiaste à des relations fraternelles entre tous, sans distinction de foi ou nationalité. Mansour, pour sa part, était un pilier de la famille maçonnique de Haifa, et toute sa vie il fut un exemple de tolérance et bienveillance. Mes propositions furent à nouveau retenues.
Malheureusement, cette merveilleuse initiative de la Maçonnerie argentine ne dura pas. Les prix de la Paix de 1997 furent les derniers.
L’an 2003, en pleine Intifada palestinienne, Juan Goldwaser et moi même fûmes reconnus par la Loge Galilee avec le titre de Vénérable Maître d’Honneur ad-Vitam de la loge, qui organisa une cérémonie spéciale à cet effet. Et cette année – 2005 – la Loge La Fraternidad honora le frère Samir Farran avec le même titre, bouclant ainsi le cercle de fraternité entre les deux loges, une arabe et l’autre juive.
Ce témoignage me paraît important et plus de nos jours qu’autrefois.
Aujourd’hui, quand des forces d’intolérance et de fanatisme menacent les fondaments même de notre civilisation libre et démocratique, il est impératif de réfléchir à nouveau aux valeurs de la maçonnerie, la tolérance et la morale, et sur la contribution que cette Franc-maçonnerie est capable d’apporter dans la construction d’une société plus tolérante, plus libre et plus humaine, et cela même dans des circonstances les plus décourageantes.
Notes
1 – André Combes, « Le rite de Memphis au XIXème siècle », in Symboles, signes, langages sacrés, pour une sémiologie de la Franc-maçonnerie, Actes de colloque franco-italien, Pise, Edizioni ETC, 1995.
2 – Sandro Manzoni, « Alexandrie, passerelle entre l’Orient et l’Occident », Los Muestros, Bruxelles, N°58, mars 2005.
3 – F.D. Stevenson, « Freemasonry in Egypt –Part 1 », Ars Quator Coronatorum, Vol.81, 1968, p.210
4 – Nahdat Fathi Safwat, Freemasonry in the Arab World, Arab Research centre, ISBN 09097233031.
5 – Robert Morris, Freemasonry in the Holy Land, Masonic Publishing Co., New York 1872, p.219.
6 – Abd-el-Kader avait lutté contre les forces françaises en Algérie mais, après avoir été envoyé en exil à Damas, il donna refuge et sauva des centaines de familles chrétiennes au cours des émeutes de Damas. Cf. Stevenson, op.cit.
7 – Stevenson fixe la date à 1876, confirmant une charte provisoire datée du 4 septembre 1864.
8 – Stevenson, ibid.
9 – Karim Wissa, article sur la Maçonnerie égyptienne, cité par Samir Raafat, « Freemasonry in Egypt is it still around ? », Insight Magazine, 1er mars 1999. www.egy.com/community/99-03-01.shml.
10 – Aucune relation avec le Fatah palestinien.
11 – Isaac Bar Moshe, article non publié daté de juin 1999.
12 – L’historique détaillé de cette loge se trouve dans mon article « The first masonic lodge in the Holy Land », Ars Quator Coronatorum, Vol. 113 pour 2000 (publié en octobre 2001), pp.185-200.
13 – Rev. Henry R. Coleman, Light from the East – Travels and Researches in Bible lands, Louisville, KY, 1884.
14 – Joseph B. Glass & Ruth Kark, Sephardic Entrepreneurs in Eretz Istrael, The Amzalak Family 1816-1918, The Magnes Press, Jerusalem 1991, p. 52.
15 – William Henry Bartlett, Walks about the City and Environs of Jerusalem, London 1884, p. 191.
16 – Quelques historiens ont affirmé à tord que la loge fut fondée par les ingénieurs français, mais un diplôme de la loge trouvé par Baruch Eldad est antérieur à leur arrivée.
17 – Dreyfus avait été condamné pour trahison en 1894. L’article de Zola dans le journal l’Aurore fut publié le 13 janvier 1898, et Dreyfus gracié en 1899. Cf. wikepedia.org/wiki/dreyfus-affair.
18 – Yudelovich était un ami et assistant de Eliezer Ben Yehuda, le principal promoteur du renouvellement de l’hébreu comme langue usuelle. Ben Yehuda, Yudelovich et David Yellin, un autre maçon, établissaient les équivalents en hébreu des termes de la vie moderne. Yudelovich était aussi éducateur et il géra la première école en hébreu à Rishon Le Zion, et ii fut l’auteur du premier ouvrage en hébreu sur la franc-maçonnerie, et du premier sur le journalisme hébreu.
19 – André Combes, op. cit., p. 34.
20 – Loge Saïd N°264, Loge Har Zion N°279, Loge Reuven N°288 et Loge Har-Sinaï N°293.
21 – Fondé à Jérusalem 16 janvier 1933 sous la Grande Loge Nationale de Palestine, pour travailler en hébreu, et recevant le N°8.
22 – Haboneh Hahofshi, septembre 1971, p. 148.
23 – Haboneh Hahofshi, N°2, février 1933, p. 6.
Léon Zeldis, « Les premières loges de Palestine et leurs relations avec la Franc-maçonnerie égyptienne », Cahiers de la Méditerranée, 72 | 2006, 307-320.
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Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 9 décembre, 2019

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Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 4 décembre 2019

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1 – première partie, par Jean Bricaud. 

Étrange personnage, que les uns ont pris pour un homme de génie et les autres pour un banal escroc, traversa la fin du XVIIIe siècle, remplissant le monde du bruit de ses prodiges : Joseph Balsamo, plus connu sous le nom de comte de Cagliostro. Il s’entourait volontairement de mystère et dissimulait les premières années de sa jeunesse, médiocrement honorables.

Né à Palerme en 1743, il était entré à l’âge de treize ans dans un ordre de religieux gardes-malades, les Benfratelli, où il avait pris l’habit de novice. Son inconduite lui ayant attiré bientôt les réprimandes les plus sévères, il avait dû, à la suite de diverses aventures quitter le couvent et Palerme. Il commença à parcourir le monde, étudia la chimie, la médecine, les sciences occultes, et, grâce à son intelligence, conquit en Europe la réputation d’un homme extraordinaire. Il alla de Rome à Barcelone, à Madrid, à Londres, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, entouré d’une réputation mystérieuse. Partout la curiosité s’éveillait à son sujet : on parlait de guérisons merveilleuses, d’évocations fantastiques, de découvertes importantes, d’une puissance complète de divination.

Cette renommée le précédait lorsqu’il vint de Russie en France et arriva à Strasbourg, au commencement de 1780.

Une foule énorme s’était portée à sa rencontre, et quand il parut, une longue acclamation s’éleva ; son entrée fut un vrai triomphe.

Il guérissait toutes les maladies sans daigner accepter la moindre rétribution de ceux de ses clients qui étaient riches ; il donnait de l’argent à ceux qui étaient pauvres (Funck-Brentano, l’Affaire du Collier).

Il prétendait posséder la science des anciens prêtres de l’Égypte.

Sa conversation roulait d’ordinaire sur trois points : 1° la médecine universelle dont il connaissait les secrets ; 2° la Maçonnerie égyptienne qu’il voulait restaurer en Europe ; 3° la pierre philosophale au moyen de laquelle il transmuait tous les métaux imparfaits en or fin. Ainsi, il apportait à l’humanité par sa médecine universelle, la santé du corps ; par la Maçonnerie égyptienne santé de l’âme, et, par la pierre philosophale, des richesses infinies. C’étaient là ses grands secrets, car il en avait beaucoup d’autres, mais de moindres importances.

Sa réputation était immense, et il réussit à éclipser pour un moment toutes les célébrités contemporaines. Dans le peuple, dans la bourgeoisie, chez les grands et surtout à la Cour, l’admiration alla pour lui jusqu’au fanatisme. On ne l’appelait que le divin Cagliostro. Son portrait était partout, sur les tabatières, sur les bagues et jusque sur les éventails des femmes. On posa même sur les murailles des affiches où l’on rappelait que Louis XVI avait déclaré coupable de lèse-majesté quiconque ferait injure à Cagliostro.

Nous avons dit qu’il vint en France en 1780. Il resta trois ans à Strasbourg, où il fit la connaissance du prince cardinal de Rohan. Au milieu de 1783, il fit un voyage à Rome, Naples, Florence et Antibes. Le 1er décembre 1783, il s’installa à Bordeaux. Les guérisons qu’il fit dans cette ville passèrent pour miraculeuses. Les malades affluèrent. La police fut obligée d’organiser un service d’ordre autour de sa maison pour éviter des désordres parmi la foule qui s’y précipitait. Aux jours de consultation, 8 ou 10 soldats montaient la garde à la porte et dans l’escalier.

LIRE  Grades Symboliques de Compagnon au REAA

Après être resté dix mois à Bordeaux, il se dirigea vers Lyon où il fut reçu par les francs-maçons avec de grands honneurs.

* * *

Il arriva à Lyon le 1er novembre 1784. Il y resta six mois pendant lesquels il déclara ne pas vouloir s’occuper de médecine, mais entreprendre de réformer la franc-maçonnerie suivant le rite égyptien dont il avait, disait-il, retrouvé les éléments dans l’intérieur des Pyramides.

Depuis plusieurs années, il s’était fait, en effet, le propagandiste zélé d’une maçonnerie nouvelle, dite Maçonnerie égyptienne, dont avait trouvé l’organisation et les détails non pas dans les Pyramides, comme il le disait, mais à Londres, dans les manuscrits d’un nommé Georges Couston, que le hasard lui avait mis entre les mains. Ces manuscrits exposaient un système maçonnique mêlé de magie et de superstition. Cagliostro résolut de créer sur le plan de ce Manuscrit un nouveau rite, en écartant, disait-il, tout ce qu’il jugeait impie ou superstitieux dans la doctrine qu’ils contenaient.

Déjà il avait établi une première loge à Strasbourg, en 1780. Son but était, expliquait-il, de conduire ses disciples à la perfection par une double régénération physique et morale. Il obtenait la première, grâce à la découverte d’une matière donnant la santé et l’éternelle jeunesse ; la seconde, par l’application du pentagone ou feuille vierge « sur laquelle les anges ont gravé leurs chiffres et leurs sceaux », et qui restituait à l’homme l’innocence primitive perdue par le péché originel.

Aucune religion n’était exclue. Les seules conditions imposées aux adeptes étaient de croire en Dieu, à l’immortalité de l’âme et (pour les hommes) d’avoir été admis dans la Maçonnerie ordinaire.

Les pratiques de son rite étaient un mélange de cérémonies religieuses, de réunions mondaines, d’opérations cabalistiques et d’évocations par lesquelles il correspondait avec les esprits et les anges.

La hiérarchie comprenait trois grades : apprenti, compagnon et maître égyptien. Les maîtres égyptiens prenaient les noms des anciens prophètes et les femmes — car elles étaient admises — ceux des sibylles. Cagliostro était lui-même le Grand Maître du Rite et s’appelait le Grand Kophte, mais le duc de Luxembourg-Montmorency avait le titre de grand maître protecteur de la Maçonnerie égyptienne.

Nous avons dit que le principal but du voyage de Cagliostro à Lyon était de chercher à y implanter son Rite égyptien. Dans ce but il visita d’abord la loge du Parfait-Silence, mais n’y obtint qu’un succès de curiosité. Il en fut autrement à la loge la Sagesse, du rite de la Haute Observance, dans laquelle il fut reçu avec de grands honneurs, sous la voûte d’acier. Il monta sur le trône du Vénérable, et ayant invoqué l’assistance divine, il prononça un long discours sur l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et le respect dû aux souverains. Plusieurs membres de la Sagesse témoignèrent le désir de connaître sa doctrine d’une façon plus approfondie. À cet effet, Cagliostro leur enjoignit de préparer la loge selon son cérémonial, pour le lendemain, de choisir douze maîtres et une petite fille qu’il appelait une colombe.

LIRE  La Stricte Observance Templière

Le lendemain, il inaugura la séance par un discours dans lequel il démontra que tout homme doit être un Apôtre de Dieu, prêcher le bien et fuir le mal, et que, comme les apôtres avaient toujours pratiqué cette maxime, de même, étant douze comme eux, ils devaient tenir la même conduite, être ses douze apôtres et promettre avec serment de se conformer à tout ce qu’il leur imposerait.

Il leur fit alors prêter le serment prescrit par son rite. Ensuite, « je leur prédis (ce sont ses propres paroles extraites de la Procédure) que, de même que parmi les douze Apôtres, il y en avait eu un qui avait trahi Jésus-Christ, il s’en trouverait un aussi parmi eux qui trahirait la Société : ils déclarèrent que cela ne pouvait pas arriver ; mais je leur répétai deux fois la même prédiction, ajoutant que ce traître serait puni par la main de Dieu ». Il passa ensuite aux « travaux » de la colombe, qui s’exécutèrent soit à l’aide d’une carafe dans laquelle l’enfant apercevait des anges et des scènes prophétiques, soit derrière un paravent d’où elle répondait aux questions qui lui étaient posées, questions connues de celui seul qui l’interrogeait.

Ces expériences eurent le plus grand succès ; les anges descendirent et apparurent, en témoignage de l’assistance que Dieu prêtait à au Grand Kophte. On juge de l’étonnement des maçons lyonnais à la vue de tels phénomènes ; mais leur surprise augmenta encore lorsque, le lendemain, ils constatèrent la désertion d’un des membres de la loge.

Cet homme, affirma plus tard Cagliostro, au cours de son interrogatoire, fut bientôt puni par la main de Dieu, car, quelques mois après, on lui vola tout ce qu’il possédait, et de riche qu’il était, il devint misérable.

Ceux qui étaient restés fidèles prièrent Cagliostro de fonder à Lyon une Loge Mère du Rite égyptien : « J’instituai donc, dit-il, et je fondai dans ce lieu une loge du Rite égyptien, sous le nom de Loge Mère ; elle fut appelée ainsi, parce qu’elle devait avoir la primauté sur toutes les autres loges dont elle devait être la mère et la maîtresse. » (Procédure contre Joseph Balsamo, instruite à Rome en 1790).

La Loge Mère du Rite égyptien fut appelée la Sagesse Triomphante. Elle fut installée très luxueusement, avec un local distinct pour chacun des trois grades, d’apprenti, de compagnon et de maître.

Cagliostro l’inaugura lui-même avec un pompeux cérémonial. Il délégua ensuite ses pouvoirs de grand maître à deux vénérables à laissa l’original de son Rituel de la Maçonnerie égyptienne muni, au commencement et à la fin, de son sceau représentant un serpent percé d’une flèche.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1

Ces délégués reçurent également de lui la patente d’institution suivante que nous reproduisons in extenso :

« GLOIRE, UNION, SAGESSE, BIENFAISANCE, PROSPÉRITÉ.

Nous, Grand Kophte, fondateur et grand maître de la Haute Maçonnerie égyptienne dans toutes les parties orientales et occidentales du globe, faisons savoir à tous ceux qui verront ces présentes que, dans le séjour que nous avons fait à Lyon, beaucoup de membres de cet Orient, suivant le rite ordinaire et qui porte le titre de SAGESSE, nous ayant manifesté l’ardent désir qu’ils avaient de se soumettre à notre Gouvernement et de recevoir de nous les lumières et les pouvoirs nécessaires pour connaître et propager la maçonnerie dans sa vraie forme et dans sa primitive pureté, nous nous sommes rendu à leurs vœux, persuadés qu’en leur donnant des signes de notre bienveillance, nous aurons la douce satisfaction d’avoir travaillé pour la gloire de l’Éternel et pour le bien de l’humanité.

Sur ces motifs, après avoir suffisamment établi et vérifié auprès du Vénérable et de beaucoup de membres de ladite loge le pouvoir et l’autorité que nous avons à cet effet, avec le secours de ces mêmes frères, nous fondons et créons, à perpétuité, à l’Orient de Lyon, la présente loge égyptienne, et nous la constituons Loge Mère par tout l’Orient et l’Occident, lui attribuant pour toujours le titre distinctif de SAGESSE TRIOMPHANTE et nommant pour ses officiers perpétuels et inamovibles :

  1. N. vénérable et N. pour son substitut.
  2. N. orateur et N. pour son substitut.
  3. N. garde des sceaux, archiviste et trésorier et N. pour son substitut.
  4. N. grand inspecteur et maître des cérémonies et N. pour son substitut.

Nous accordons, une fois pour toutes, à ces officiers le droit et le pouvoir de tenir loge égyptienne avec les frères soumis à leur direction, de faire toutes les réceptions d’apprentis, de compagnons et maîtres maçons égyptiens, d’expédier les attestations, de tenir des relations et des correspondances avec tous les maçons de notre rite et avec les loges dont ceux-ci sont membres, en quelque lieu de la terre qu’elles soient situées, et d’adopter, après l’examen et avec les formalités prescrites par nous, les loges du rite ordinaire, qui désireront embrasser notre institution ; en un mot, d’exercer généralement tous les droits qui peuvent appartenir et appartiennent à une loge égyptienne juste et parfaite, qui a le titre, les prérogatives et l’autorité de maîtresse loge.

Nous ordonnons au vénérable, aux maîtres, aux officiers membres de la loge, d’avoir un soin continuel et une attention scrupuleuse pour les travaux de la loge, afin que les réceptions et généralement toutes les autres fonctions se fassent conformément aux règlements et aux statuts que nous avons expédiés séparément et munis de notre signature et du sceau de nos armes.

Nous ordonnons encore à chacun des frères de marcher constamment dans le sentier étroit de la vertu et de montrer, par la régularité de sa conduite, qu’il aime et connaît les principes et le but de notre ordre.

Pour donner de l’authenticité aux présentes, nous les avons signées de notre main, et nous avons appliqué le grand sceau que nous avons accordé à cette Loge Mère, de même que notre sceau maçonnique et notre cachet profane :

Donné à l’Orient de Lyon. »

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise – première partie, par Jean Bricaud. 

Revue d’histoire de Lyon, 1910.

Illustration : Fondo Antiguo de la Biblioteca de la Universidad de Sevilla from Sevilla, España [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2 – seconde partie, par Jean Bricaud.

En l’absence de Cagliostro, les deux vénérables devaient présider la loge et y faire des travaux avec les pupilles (jeunes garçons) et les colombes (jeunes filles). À cet effet, il leur communiqua son pouvoir qu’il avait, disait-il, reçu de Dieu, et sans lequel ils n’auraient pu réussir.

Le premier vénérable de la Sagesse Triomphante était le banquier Saint-Costard qui, déjà, à plusieurs reprises, avait été vénérable de la loge la Sagesse.

Avant son départ de Lyon, Cagliostro reçut des membres de la Sagesse Triomphante, pour lui et pour sa femme, des tabliers et autres symboles de la maçonnerie, tous richement brodés et ornés d’argent, d’or et de pierreries.

La consécration de la loge, dont le principal ornement était une statue du maître, eut lieu quelque temps après le départ de Cagliostro. Elle fut célébrée aussi solennellement que la consécration d’une église. Cagliostro envoya de Paris deux députés chargés de présider à sa place et de donner toutes les instructions nécessaires pour la cérémonie.

Elle fut très longue. Les adeptes, vêtus de blanc, un voile noir sur la tête, devaient rester en adoration, en se reposant une heure sur sept, jusqu’à ce que la colombe, enfermée dans un tabernacle, eût vu, dans une carafe, Moïse ou le Grand Kophte apparaître au milieu d’un nuage bleu et déclarer que le ciel était satisfait. À ce moment seulement, l’assistance pouvait rejeter les voiles de deuil et séparer.

L’adoration dura cinquante-quatre heures.

Voici d’ailleurs la lettre qu’un des adeptes écrivit à Cagliostro, qui se trouvait alors à Paris, pour lui donner quelques détails sur la consécration du nouveau local :

« Monsieur et Maître, rien ne peut égaler vos bienfaits, si ce n’est la félicité qu’ils nous procurent. Vos représentants se sont servis des clefs que vous leur avez confiées ; ils ont ouvert les Portes du grand temple, et nous ont donné la force nécessaire pour faire briller votre grande puissance.

L’Europe n’a jamais vu une cérémonie plus auguste et plus sainte ; mais nous osons le dire, Monsieur, elle ne pouvait avoir de témoins plus pénétrés de la grandeur du dieu des dieux, plus reconnaissants de vos sublimes bontés.  

Vos maîtres ont développé leur zèle ordinaire, et ce respect religieux qu’ils portent toutes les semaines aux travaux intérieurs de notre loge. Nos compagnons ont montré une ferveur, une piété noble et soutenue, et ont fait l’édification des deux frères qui ont eu l’honneur de vous représenter. L’adoration et les travaux ont duré trois jours et, par un concours remarquable de circonstances, nous étions réunis au nombre de 27, dans le temple ; sa bénédiction a été achevée le 27, et il y a eu cinquante-quatre heures d’adoration.

Aujourd’hui notre désir est de mettre à vos pieds la trop faible expression de notre reconnaissance. Nous n’entreprendrons pas de vous faire le récit de la cérémonie divine dont vous avez daigné nous rendre l’instrument ; nous avons l’espérance de vous faire parvenir bientôt ce détail par un de nos frères, qui vous le présentera lui-même. Nous vous dirons cependant qu’au moment où nous avons demandé à l’Éternel un signe qui nous fît connaître que nos vœux et notre temple lui étaient agréables, tandis que notre maître était au milieu de l’air, a paru sans être appelé le premier Philosophe du Nouveau Testament. Il nous a bénis après s’être prosterné devant la nuée bleue dont nous avons obtenu l’apparition, élevé sur cette nuée dont notre jeune colombe n’a pu soutenir la splendeur, dès l’instant qu’elle est descendue sur la terre.

Les deux grands prophètes et le législateur d’Israël nous ont donné des signes sensibles de leur bonté et de leur obéissance à vos ordres : tout a concouru à rendre l’opération complète et parfaite autant qu’en peut juger notre faiblesse.

Vos fils seront heureux, si vous daignez les protéger toujours et les couvrir de vos ailes ; ils sont encore pénétrés des paroles que vous avez adressées du haut de l’air à la colombe qui vous implorait pour elle et pour nous : dis-leur que je les aime et les aimerai toujours.

Ils vous jurent eux-mêmes un respect, un amour, une reconnaissance éternels, et s’unissent à nous pour vous demander votre bénédiction ; qu’elle couronne les vœux de vos très soumis, très respectueux fils et disciples.

Le frère aîné : ALEXANDRE TER… »

LIRE  Le Catéchisme de l’Eglise Gnostique 2

Nous ne possédons pas le texte de la réponse que fit Cagliostro aux membres de la loge de Lyon ; nous savons seulement qu’il leur affirma que, s’ils l’avaient vu en cette occasion dans les nuages, après sa mort, ils le verraient de même un jour dans sa gloire.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2

Il nous reste maintenant à examiner le rôle joué dans la maçonnerie française par le Rite égyptien et principalement par sa Mère-Loge, la Sagesse Triomphante.

Disons d’abord que le Rite égyptien ne fut pas reconnu par tous les autres Rites pratiqués en France. C’est ainsi que, quelques mois après la fondation de la Sagesse Triomphante, la Mère-Loge du Rite écossais philosophique ou Mère-Loge écossaise de France sous le nom de de Saint-Alexandre-d’Ecosse et du Contrat-Social réunis, arrêta qu’elle ne reconnaissait pas le Rite égyptien et qu’il serait adressé une circulaire aux loges et aux chapitres du régime philosophique pour les inviter à se défier des novateurs en maçonnerie, « lesquels sont d’autant plus dangereux qu’ils éloignent les véritables maçons du but auquel doivent tendre les frères de l’Ordre ». Et comme l’un de ses membres, le frère Devismes, devrait se rendre à Paris pour rendre compte de sa conduite.

Il en fut tout autrement du rite des Elus-Coëns (rite de Martinez Pascalis) ainsi que du régime des Philalètes ou chercheurs de la vérité, nouveau rite fondé par Savalette de Langes, qui avait installé à Paris la loge des Amis réunis dans le but de grouper les hauts maçons et illuminés, disciples de Swedenborg, de Pascalis, de Saint-Martin et de Weishaupt.

Le 24 août 1784, les Philalètes avaient décidé la réunion d’un Convent fraternel où se rencontreraient des représentants de tous les rites maçonniques, et qui aurait pour but principal d’étudier l’origine et la nature de la science maçonnique, ses rapports avec les sciences connues sous le nom de Sciences occultes ou secrètes enfin, de décider lequel était des régimes actuels le meilleurs à suivre, non comme coordination générale, mais pour faire faire aux disciples de prompts et utiles progrès dans la vraie science maçonnique.

Le Convent devait avoir lieu en janvier 1786. Mais, dans la suite, le Comité d’organisation décréta qu’il serait avancé d’une année, parce que le fameux Cagliostro étant en France, on en profiterait pour lui demander de venir exposer le système de son Rite égyptien.

On le voit, les Philalètes attachaient au Rite égyptien une très grande importance, et voyaient dans Cagliostro une des plus hautes personnalités de la Franc-Maçonnerie.

La proposition de convoquer Cagliostro avait été adoptée par le Comité organisateur, le 10 février 1785. Ce fut l’élu-coën Dessales, qui fut chargé de se rendre à Lyon, afin de savoir par Saint-Costard, vénérable de la Sagesse Triomphante, les intentions de Cagliostro. Il en rapporta la promesse que Cagliostro se rendrait au Convent s’il y était invité.

Le Convent fut ouvert le 19 février 1785, et le 10 mars le Comité organisateur écrivit officiellement à Cagliostro, par l’intermédiaire de Beyerlé, pour l’inviter à venir développer sa doctrine. Mais en dépit des promesses de Saint-Costard, Cagliostro ne se rendit pas à cette convocation. Il se contenta d’envoyer un manifeste emphatique qui, daté du 1er de l’an 5555, fut expédié le 6 avril par la Sagesse Triomphante. Ce manifeste était ainsi conçu :

LIRE  Aleister Crowley & la Franc-Maçonnerie

« Le Grand Maître inconnu de la maçonnerie véritable a jeté les yeux sur les Philalètes.

Touché de leur piété, ému par l’aveu sincère de leurs besoins, il daigne étendre la main sur eux et consent à porter un rayon de lumière dans les ténèbres de leur temple.

Ce sera par des actes et des faits, ce sera par le témoignage des sens qu’ils connaîtront Dieu, l’homme et les intermédiaires spirituels créés entre l’un et l’autre, connaissance dont la vraie maçonnerie offre les symboles et indique la route. Que les philalètes donc embrassent les dogmes de cette maçonnerie véritable, qu’ils se soumettent au régime de son chef suprême, qu’ils en adoptent les constitutions. Mais avant tout, le sanctuaire doit être purifié ; les Philalètes doivent apprendre que la lumière peut descendre dans le temple de la foi, et non dans celui de l’incertitude. Qu’ils vouent aux flammes ce vain amas de leurs archives ! Ce n’est que sur les ruines de la tour de confusion que s’élèvera le temple de la Vérité. »

Ce manifeste fut suivi d’une lettre de la Sagesse Triomphante, insistant pour que le Convent se pliât aux exigences de Cagliostro : « Ah ! bénissez, heureux Philalètes, le jour où vous attirâtes sur vous les regards de notre Maître, où il vous adressa les paroles de joie et de consolation contenues dans l’écrit ci-joint que nous vous envoyons de sa part. »

Un peu surpris par le ton du manifeste et par le lyrisme de la lettre, le Convent écrivit sans retard (le 12 avril) aux frères de Lyon pour leur demander une réponse plus précise et plus claire.

La réponse ne se fit point attendre. Elle est datée du 13e jour du 2e mois de l’an 5555 et porte au bas la signature hiéroglyphe de Cagliostro, ainsi que les signatures véritables de Montmorency, prince de Luxembourg, grand maître protecteur ; Laborde, grand inspecteur ; Saint-James, grand chancelier ; Devismes, grand secrétaire.

Les signataires de cette lettre déclaraient :

« Nous vous avons offert la vérité. Vous l’avez dédaignée. Nous donnons et vous avez voulu nous prescrire comment et à qui nous devons donner ; vous avez voulu gouverner notre marche dans une carrière où vous n’avez pas encore fait le premier pas.

Nous retirons donc nos offres, et ainsi tombent tous les scrupules et toutes les incertitudes que vous inspiraient vos formes… »

Après avoir donné lecture de cette lettre au Convent, Savalette de Langes expliqua que Cagliostro avait demandé que le Convent adhérât à son rite et formât une loge de la Maçonnerie égyptienne. Cette demande avait été transmise à la loge des Amis réunis, centre du régime des Philalètes qui, seule, pouvait y faire droit, et la Sagesse Triomphante avait été invitée à nommer des délégués pour donner tous les éclaircissements compatibles avec ses devoirs.

Cagliostro avait alors répondu par la lettre dont Savalette de Langes venait de donner lecture, déclarant que puisque l’Assemblée cherchait à établir une distinction entre le Convent et le régime des Philalètes pour arriver par une voie détournée à sauver des archives, dont la destruction lui était demandée, toute relation devait cesser entre elle et lui.

Le Convent résolut de déléguer auprès de Cagliostro le baron de Gleichen, dans le but de lui faire observer que, formé pour un temps limité et pour une besogne spéciale de maçons de divers rites, de pays différents, le Convent ne pouvait s’ériger en loge permanente et que, d’autre part, il serait désirable que ceux qui voudraient être initiés n’eussent pas besoin, pour obtenir leurs grades de faire le voyage de Lyon.

LIRE  Le Crata Repoa 2

Cagliostro répondit qu’il daignait permettre aux Phialètes de conserver leurs archives, mais qu’il était indispensable qu’une délégation de trois frères allât prendre à Lyon « les constitutions avec pouvoir et puissance ».

Trois délégués du Convent partirent pour Lyon : les frères Marnezia, Raimond et de Paul. Plusieurs entrevues eurent lieu, au cours desquelles le Grand Maître du Rite égyptien exposa sa doctrine et son rite.

Dans un rapport adressé au Convent, à la suite de leur seconde entrevue, les trois délégués se déclarèrent enchantés de Cagliostro.

« Sa doctrine, dirent-ils, doit être regardée comme sublime et pure et, sans avoir parfaitement l’usage de notre langue, il l’emploie comme les prophètes s’en servaient autrefois. » Après une troisième entrevue, les délégués écrivirent de nouveau au Convent une lettre enthousiaste. Ils annoncèrent qu’ils avaient fait les premiers pas dans la carrière égyptienne, que Cagliostro leur avait communiqué, sous le sceau de la parole d’honneur, les enseignements du Rite égyptien et qu’ils avaient entrevu dans cette communication une interprétation sublime de la Maçonnerie.

Les choses semblaient donc aller pour le mieux, lorsque, convaincus sans doute qu’ils n’avaient qu’à ordonner pour être obéis, Cagliostro et la loge la Sagesse Triomphante crurent de nouveau devoir exiger la destruction des archives des Philalètes et l’adhésion du Convent au Rite égyptien.

Les mêmes objections se reproduisirent. Irrité, Cagliostro envoya, le 30 avril, au Convent cette lettre qui est une véritable excommunication :

« À la gloire du Grand Dieu,

Pourquoi le mensonge est-il toujours sur les lèvres de vos députés, tandis que le doute est constamment dans vos cœurs ? Ne vous excusez point, car, je vous l’ai déjà écrit, vous ne m’avez point offensé. Dieu seul peul décider entre vous et moi.

Tous dites que vous cherchez la vérité ; je vous la présentai et vous l’avez méprisée. Puisque vous préférez un amas de livres et d’écrits puérils au bonheur que je vous destinais et que vous deviez partager avec les élus ; puisque vous êtes sans foi dans les promesses du Grand Dieu ou de son ministre sur la terre, je vous abandonne à vous-mêmes et, je vous le dis en vérité, ma mission n’est plus de vous instruire. Malheureux Philalètes, vous semez en vain, vous ne recueillerez que de l’ivraie. »

Après lecture de cette lettre, le Convent, se jugeant suffisamment éclairé sur les véritables intentions de Cagliostro, rompit toute négociation.

Le Convent clôtura ses séances le 26 mai 1785.

Cagliostro quitta Lyon le mois suivant. Il se rendit à Paris où devait éclater, quelques mois plus tard, la fameuse affaire du Collier, affaire qui fit le plus grand tort à sa réputation et, par là même, au Rite égyptien.

Peu à peu, ses fidèles l’abandonnèrent, ses loges disparurent. En 1789, la Sagesse Triomphante était la seule loge du Rite égyptien qui existât encore. En effet, lorsque vers la fin du mois de mai de l’année 1789, Cagliostro se rendait à Rome, où il devait être arrêté par ordre de l’Inquisition, il fit en route la connaissance de jeunes Romains qui lui demandèrent de les initier dans le Rite égyptien. Il leur réclama cinquante écus pour la patente, qui devait être expédiée de Lyon.

Peu après l’arrestation de Cagliostro, son internement au château Saint-Ange et sa mort mystérieuse portèrent le dernier coup au Rite égyptien déjà bien compromis. La Sagesse Triomphante disparut. Ses membres se rallièrent aux autres rites et il ne resta plus rien de l’œuvre maçonnique de Cagliostro.

J.-B. BRICAUD.

Retour à la première partie.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2 – seconde partie, par Jean Bricaud. Revue d’histoire de Lyon, 1910.

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie 18 juin, 2019

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Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie

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Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 7 avril 2019

 

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie par Jean Mallinger

1. Les légendes

De même que l’on attribue à l’Ordre Maçonnique en général des origines légendaires — soit le Temple du roi Salomon, soit l’Ordre des Templiers, soit les collèges romains d’artisans —, chacun des rejetons de l’arbre maçonnique tente de se rattacher à une source aussi antique que possible.

Les rites dits « égyptiens » de la Maçonnerie n’échappent pas à cette règle ; ils tiennent, au surplus, dans la grande famille triangulaire une place particulière : leur échelle d’instruction comporte 90 degrés — sans compter les grades administratifs, qui se terminent au 98e, depuis la réforme de 1934.

Interrogeons l’abondante documentation que ces rites originaux soumettent au jugement de l’histoire.

Une première version nous est présentée par le grand propagandiste du rite de Misraïm en France, Marc Bédarride — né en 1776 à Cavaillon, dans le Comtat venaissin — dans son ouvrage sur cette Obédience (1).

Selon cet auteur, dépourvu de tout sens critique, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Bédarride s’en réfère à l’Ancien Testament ; selon lui, c’est Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l’humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l’établit en Égypte, sous le nom de « Mitzraim » : c’est-à-dire les Égyptiens. C’est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l’ésotérisme. C’est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cécrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc-Aurèle, Maïmonide, etc., tous les instructeurs de l’antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

Le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est le propre père de l’auteur, le pieux Gad Bédarride, maçon d’un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d’un mystérieux Initiateur égyptien, de passage en son Orient et dont l’on ne connaît que le « Nomen mysticum » : le Sage Ananiah (2). Cet envoyé le reçut à la Maçonnerie égyptienne.

Signalons ici que ce n’est pas là la première allusion historique au passage d’un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en a donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l’ouvrage de Bédarride : c’est l’initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signale, lui aussi, le passage du missionnaire Ananiah dans le Midi de la France, en l’année 1782 (3).

Une seconde version, bien différente de la première, sur l’origine de la maçonnerie égyptienne nous est contée par le polygraphe français Jean-Étienne Marconis de Nègre, fils du créateur du Rite de Memphis.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l’apôtre St Marc, l’évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre « séraphique » nommé Ormus, habitant d’Alexandrie. Il s’agit évidemment d’une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s’appliquer qu’à une catégorie d’anges bien connue des dictionnaires théologiques ; remplaçons-le ici par celui de « prêtre du culte de Sérapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Égypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l’Essénisme palestinien, dont les descendants auraient à leur tour communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Palestine, qui les auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé à Upsal, à cette époque et introduits par après en Écosse, un Ordre de maçons orientaux (4). Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

Le nom même du vulgarisateur varie d’ailleurs avec les années. D’Ormus, il devient Ormésius dans un autre ouvrage de Marconis (5).

Divers auteurs font allusion à cette version (6). Soulignons, dès à présent, que ces deux versions parallèles — aussi fantaisistes l’une que l’autre — prouvent toutes deux la profonde ignorance de leurs propagateurs.

L’Égypte est, dans l’histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien.

Sans doute, au moment où Napoléon fait sa campagne d’Égypte, l’on sait encore très peu sur la religion, l’écriture, le symbolisme de l’ancienne Égypte : Champollion n’avait pas encore découvert la clé des hiéroglyphes : il ne devait faire sa première et sensationnelle communication sur l’alphabet égyptien qu’à la date du 17 décembre 1822.

Que connaissait-on de l’Égypte à cette époque ?

De véritables fables couraient sur elle ; ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable ; deux Allemands, pleins d’imagination, von Koppen et von Hymmen avaient lancé depuis 1770 un rite théâtral, appelé : Crata Repoa, qu’ils traduisaient fort faussement par : Silence des Dieux, où l’initiation antique qui se donnait dans la Grande Pyramide était « fidèlement reproduite » par une réception symbolique à sept degrés successifs (Pastophore ; Néocore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.) d’une lamentable fantaisie. Deux Français, Bailleul et Desétangs devaient en diffuser une version française en 1821. De son côté, l’abbé Terrasson avait déjà montré la voie, dans son roman initiatique : Sethos (7).

La « mode » des initiations « à l’égyptienne » avait d’ailleurs conquis Paris et devait provoquer l’inquiétude, puis la réaction sévère des autorités maçonniques de l’époque (8).

II. L’histoire

Interrogeons des contemporains et demandons-leur ce qu’ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France.

Levesque qui rédigea en 1821 un « Aperçu général historique » des   sectes maçonniques de son temps parle en ces termes du nouveau venu : le rite de Misraïm, « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s’établir à Paris. Il venait du Midi de l’Italie et jouissait de quelque considération dans les Îles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Égypte (9). »

Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Thory (1759-1817), qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur (10).

Il précise : « Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille. »

Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n’en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué (11). »

Nous verrons plus loin l’extrême importance de cette observation.

Abordons maintenant Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bédarride, devint leur implacable adversaire.

Il nous apprend — il est ici un témoin oculaire — que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les FF. Joly, Gabboria et Garcia leur avaient été conférés à Naples en 1813. Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne (12) et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés de ce Rite, le célèbre « auteur sacré de la maçonnerie », spécifie : « Nous reproduisons les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les ff. Joly, Gabboria et Garcia. Tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu’énoncent les FF. Bédarride. » Et il ajoute ailleurs en note : « Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui forment tout le système philosophique du vrai rite de Misraïm, satisfait l’esprit de tout maçon instruit… (13) »

LIRE  Rituel d’Apprenti de la Stricte Observance Templière

Le 1er août 1818 paraît à Bruxelles une défense du rite de Misraïm, signalant un ouvrage paru à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d’in-quarto (14).

Nous avons d’autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez Remy, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778.

De ces éléments, nous pouvons déduire : 1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ; 2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bédarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum : Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l’historien Thory, dont on craignait les divulgations.

On comprend aussi l’avis de Ragon : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés philosophiques de Naples (15). » Le fait que Bédarride signale que son mystérieux Ananiah ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l’Italie (16) prouve qu’au moins ce point de son histoire du rite n’est pas dépourvu de vraisemblance historique. C’est donc avec raison que l’historien Waite repousse comme très douteuse l’hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent « l’invention » de ce rite à un nommé Lechangeur, à Milan, en 1805 ! (17) »

Voici maintenant un nouvel élément, digne d’intérêt : le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d’Isis 18. Or, Isis est le mot sacré d’un des degrés de Naples.

L’on peut se demander si Bédarride a connu Cagliostro. Il faut répondre par l’affirmative ; il ne conteste ni la réalité de son initiation en Égypte ni celle de ses pouvoirs, il se borne à lui reprocher d’avoir, en France, fait un rite égyptien personnel.

3. La philosophie du Misraïmisme

Si la maçonnerie est, en général, l’héritière et la propagandiste inlassable d’une morale sociale, qui vise, avant toute autre chose, à nous apprendre à nous transformer, par une discipline progressive, en « pierre taillée », en « pierre cubique », au lieu de demeurer une « pierre brute », inutilisable au bonheur de tous ; si elle impose à ses adeptes le respect le plus absolu des idées d’autrui, la plus parfaite égalité, une tolérance permanente et une fraternité réelle, si elle leur demande de chercher en toute chose la vérité et de pratiquer la justice, il va de soi que ces impératifs éthiques n’ont, ni de près ni de loin, aucun rapport avec l’initiation, dans le sens le plus élevé de ce mot.

Si par ce vocable nous entendons : « la communication de certains secrets d’ordre cosmique à un petit nombre d’élus, susceptibles d’en faire un bon usage », la maçonnerie actuelle n’est pas une école initiatique : elle ne donne aucun enseignement dogmatique ; elle respecte obligatoirement l’opinion de tous et celle de chacun ; elle n’est pas une université d’occultisme ; elle n’est pas dirigée par une hiérarchie de didascalies, qui enseignent des néophytes et leur transmettent secrets ésotériques et pouvoirs initiatiques ; ses dirigeants sont en certains pays des athées convaincus, que seul le progrès matériel et social intéresse directement ; sans doute, elle donne la plupart de ses instructions par le canal traditionnel du symbolisme ; mais ce dernier n’est pas religieux ; n’a pas de tendance mystique et repousse au contraire nettement toute intrusion d’un élément irrationnel dans la formation qu’elle donne à ses élèves (19) ».

Toute différente était la maçonnerie du 18e siècle ! Elle ne groupait, en la plupart des rites, que d’ardents spiritualistes. Loin de se limiter à la recherche du bonheur humain, à l’émancipation des esprits, à l’éducation du cœur, elle mettait sa préoccupation essentielle dans la conquête de la Vérité, dans l’effraction des mille secrets de la Nature, dans les expérimentations les plus hardies dans le domaine spirituel. De là, cette extraordinaire floraison des rites les plus variés, des obédiences les plus singulières, des hauts grades les plus mystiques et les plus hermétiques : pour nous en convaincre, il faut et il suffit de lire simplement la nomenclature des degrés qui constituent la maçonnerie égyptienne. Les religions, l’alchimie, l’hermétisme, la kabbale s’y rencontrent et s’y mélangent ; l’arbre de Misraïm est une école de secrets de toute espèce et ses quatre derniers degrés du régime napolitain, nous apportent les secrets les plus considérables de la tradition spiritualiste la plus vénérable.

L’on conçoit dès lors facilement le dédain, l’antipathie marquée, l’hostilité dont la maçonnerie égyptienne a toujours été, au cours de son histoire, la victime permanente de la part des autres rites.

Le Grand Orient de France battit, en ce domaine pénible, tous les records de la méchanceté, allant jusqu’à dénoncer le rite de Misraïm au pouvoir politique, à provoquer des perquisitions et des poursuites contre le rite de Misraïm, afin de rendre à ce dernier toute existence impossible (20).

Aussi certains dignitaires misraïmites parisiens eurent-ils la faiblesse de renoncer à certains de leurs grades supérieurs et tentèrent de se mettre au pas volontairement, en donnant aux matérialistes qui les critiquaient des gages de conformisme athée véritablement déplorables (21) — à ce prix, ils se firent facilement reconnaître.

 Mais ce n’est là que l’exception.

Les hauts grades du Rite n’ont jamais approuvé : ni la réduction de l’échelle égyptienne aux trente-trois degrés de l’écossisme, ordonnée par l’Hiérophante Pessina et mise en pratique en certains pays (notamment l’Argentine) ; ni la suppression de ses liturgies spiritualistes.

De tout temps, les « Arcanes » des quatre derniers degrés se sont transmis de façon régulière.

Peut-on dans une revue de vulgarisation destinée au monde profane, esquisser en ses grandes lignes un bref résumé de ce qui pourrait s’appeler : la philosophie de ce Rite ?

C’est là une œuvre nécessaire, car précisément Misraïm se distingue des autres Ordres maçonniques par la richesse de son enseignement ésotérique.

Un simple coup d’œil sur son organisation et sur son symbolisme suffit à définir son caractère.

1) Ses statuts authentiques — ceux de 1818 — montrent que cet Ordre est basé, non sur le nombre, mais sur la sélection ; non sur le vote de la masse, mais sur l’autorité de ses instructeurs. Le Grand-Maître, Souverain Grand Conservateur Général du Rite, Puissance Suprême, a tout pouvoir dogmatique et administratif au sein de l’Ordre. Il est son régent, ad vitam. Tout membre du 90e degré peut initier individuellement et sous sa propre responsabilité à tous les degrés successifs de l’Échelle du Rite. Au premier degré, un vote est exigé de l’atelier sur toute candidature de profane qui lui serait soumise, la majorité étant requise pour qu’une admission soit agréée.

Cette organisation est conforme aux traditions initiatiques. L’Hiérophante est le Père et l’instructeur de ses enfants spirituels. Il ne dépend pas d’eux, ce ne sont pas les enfants qui élisent leurs parents.

Ses collaborateurs directs, titulaires du dernier degré, ont le pouvoir d’initiation individuelle, en dehors de tout temple et de toute organisation. C’est là le précieux principe de l’Initiation Libre, qui a permis tant de diffusion à d’autres Fraternités initiatiques, telles que le Pythagorisme et le Martinisme.

LIRE  Rituel au Grade d’Apprenti selon le REAA

2) Ses symboles particuliers ne manquent pas d’intérêt : on y retrouve : d’une part le Triangle rayonnant, d’autre part, Le secret des Pythagoriciens, ainsi que le double Carré — Matière-Esprit — tout emboîté les uns dans les autres.

Les trois mondes sont symbolisés par trois cercles concentriques. La Kabbale y est représentée par l’Échelle de Jacob et les tables de la Loi, le courant égypto-hellénique, par le dieu Bélier Amon et l’Olivier sacré.

3) Ses enseignements ne sont pas seulement un compendium traditionnel des Vérités de l’ésotérisme. Ils confèrent de véritables secrets et assurent un Lien vivant avec l’Invisible.

Le parallélisme entre certains passages des Arcana et les traditions du rituel de Cagliostro est étonnant : par exemple : « le 89e degré de Naples donne, dit Ragon, une explication détaillée des rapports de l’homme avec la Divinité, par la médiation des esprits célestes ». Et il ajoute : « Ce grade, le plus étonnant et le plus sublime de tous, exige la plus grande force d’esprit, la plus grande pureté de mœurs, et la foi la plus absolue (22). »

Écoutons maintenant Cagliostro : « Redoublez vos efforts pour vous purifier, non par des austérités, des privations ou des pénitences extérieures ; car ce n’est pas le corps qu’il s’agit de mortifier et de faire souffrir ; mais ce sont l’âme et le cœur qu’il faut rendre bons et purs, en chassant de votre intérieur tous les vices et en vous embrasant de la vertu.

II n’y a qu’un seul Être Suprême, un seul Dieu éternel. Il est l’Un, qu’il faut aimer et qu’il faut servir. Tous les êtres, soit spirituels soit immortels qui ont existé sont ses créatures, ses sujets, ses serviteurs, ses inférieurs.

Être Suprême et Souverain, nous vous supplions du plus profond de notre cœur, en vertu du pouvoir qu’il vous a plus d’accorder à notre initiateur, de nous permettre de faire usage et de jouir de la portion de grâce qu’il nous a transmise, en invoquant les sept anges qui sont aux pieds de votre trône et de les faire opérer sans enfreindre vos volontés et sans blesser notre innocence (23). »

Ces rituels tendent tous au même but : purifier les assistants ; les plonger dans une vivifiante ambiance spirituelle ; les mettre en relation et en résonance sur les plans supérieurs à la débilité humaine ; les charger des grâces d’En-Haut.

C’est là, au fond, reprendre tout ce que le vieux courant égypto-grec avait enseigné à ses prêtres : Apollon descendait à Delphes et inspirait la Pythie ; Amon-Ra descendait à Thèbes et animait son image ; l’Invisible touche le visible, dans une osmose ineffable.

Tel n’est-il pas le seul, l’immense, l’indicible effet de l’Initiation véritable ? Donner à la vie un sens. Mener l’initié à la communion avec le Cosmos. Le ramener à sa Patrie céleste. Et si les rites modernes n’ont pas la puissance et le rayonnement des liturgies antiques, ils ont cependant cet avantage précieux de nous mettre sur le chemin de la Vérité et de nous donner une joyeuse confiance en nos destins…

Jean Mallinger, Avocat à la Cour d’Appel de Bruxelles.

Les plus belles prières des Rites égyptiens

I. Invocation pour l’ouverture des travaux au premier degré

« Puissance Souveraine qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seule, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous te saluons !

Reçois, ô mon Dieu, l’hommage de notre amour, de notre admiration et de notre culte !

Nous nous prosternons devant les Lois éternelles de Ta Sagesse. Daigne diriger nos Travaux ; éclaire-les de Tes lumières ; dissipe les ténèbres qui voilent la Vérité et laisse-nous entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, dont Tu gouvernes le monde, afin que, devenus de plus en plus dignes de Toi, nous puissions célébrer en des hymnes sans fin l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. »

Extrait de : Le Sanctuaire de Memphis, par le F. E.-J. MARCONIS DE NEGRE, pages 62-63, Paris, Bruyer, 1849.

II. Prière de clôture des travaux au premier degré

« Dieu Souverain, qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seul, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous Te saluons !

Pleins de reconnaissance pour Ta Bonté infinie, nous Te rendons mille actions de grâces, et au moment de suspendre nos travaux, qui n’ont d’autre but que la gloire de Ton Nom et le bien de l’humanité, nous Te supplions de veiller sans cesse sur Tes enfants.

Écarte de leurs yeux le voile fatal de l’inexpérience ; éclaire leur âme ; laisse-leur entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, avec laquelle Tu gouvernes le monde, afin que, dignes de Toi, nous puissions chanter avec des hymnes sans fin Tes ouvrages merveilleux et célébrer, en un chœur éternel, l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. » Gloire à Toi, Seigneur, gloire à Ton Nom, gloire à Tes Œuvres ! »

Id. : page 102.

III. Prière d’ouverture du Souverain Chapitre

« Seigneur, Père de Lumière et de Vérité, nos pensées et nos cœurs s’élèvent jusqu’au pied de Ton trône céleste, pour rendre hommage à Ta Majesté Suprême.

Nous Te remercions d’avoir rendu à nos vœux ardents Ta Parole vivifiante et régénératrice : Gloire à Toi !

Elle a fait luire la Lumière au milieu des ténèbres de notre intelligence : Gloire à Toi !

Accumule encore Tes dons sur nous et que, par la science et par l’amour, nous devenions aux yeux de l’univers, Tes parfaites images ! »

Id. : page 135

IV. Prière de clôture du Souverain Chapitre

« Dieu Souverain, Ta bonté paternelle nous appelle au repos. Reçois l’hommage de notre reconnaissance et de notre amour. Et pendant que le sommeil fermera nos paupières, que l’œil de l’âme, éclairé de Tes splendeurs, plonge de plus en plus dans les profondeurs de Tes divins Mystères ! »

Id. : page 137.

V. Prière sur un initié

« Mon Dieu, créez un cœur pur en lui et renouvelez l’esprit de Justice en ses entrailles ! Ne le rejetez point de devant Votre face ! Rendez-lui la joie de Votre assistance salutaire. Et fortifiez-le par un esprit, qui le fasse volontairement agir. Il apprendra Votre voie aux injustes ; et les impies se retourneront vers Vous… »

CAGLIOSTRO : « Rituel du 3e degré », page 65 (Éditions des Cahiers astrologiques, Nice 1948).

VI. Prière finale

« Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, Ame de l’Univers, que Tu remplis de Ta gloire et de Tes bienfaits, nous adorons Ta Majesté Suprême ; nous nous inclinons devant Ta Sagesse Infinie, qui créa et qui conserve toutes choses.

Daigne, Etre des êtres, recevoir nos prières et l’hommage de notre amour ! Bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi !

Éclaire-les de Ta Lumière Divine. Qu’ils n’aient d’autre but que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l’Ordre et le bien de l’humanité.

Veuille unir les humains, que l’intérêt et les préjugés séparent les uns des autres ; écarte le bandeau de l’erreur, qui recouvre leurs yeux. Et que, ramené à la Vérité par la Philosophie, le genre humain ne présente plus devant Toi qu’un peuple de frères, qui T’offre de toutes parts un encens pur et digne de Toi ! »

Extrait de : Marc Bédarride : De l’Ordre Maçonnique de Misraïm, tome II, page 419, Paris, Bénard, 1845.

Notes :

1 Marc BEDARRIDE : « De l’Ordre Maçonnique de MISRAÏM, de son antiquité, de ses luttes et de ses progrès », Paris — Bénard, 1845 — en deux tomes.

LIRE  Aleister Crowley & la Franc-Maçonnerie

2 Id. : Tome II, page 125.  Histoire répétée, par John YARKER dans son livre « The Arcane Schools », page 488, Ed. William Tait, Belfast, 1909.

3 VERNHES : « Défense de Misraïm et quelques aperçus sur les divers rites maçonniques en France », page 21, Paris, Imprimerie Constant-Champie, 1822.

4 J.-E. MARCONIS et E.-N. MOUTTET : « L’Hiérophante », page 6, Paris, 1839, chez Morel. E.-J. MARCONIS DE NEGRE : « Le Sanctuaire de Memphis », page 11, Paris, Bruyer, 1849. MARCONIS : « Le Soleil mystique », page 193, Paris, A. Goubaud, 1853.

5 « Le Temple mystique », page 7, Paris, octobre 1854.

6 Notamment : Reg. Gambier MAC BEAN : « Notes on the A. and P. Oriental Rite of Memphis », page 3, Palerme, 1927. Arthur WAITE : « A new encyclopaedia of Freemasonry », tome 2, p. 241, London, Rider, 1921.

7 cf. une version française des Crata Repoa dans la revue HIRAM, dirigée par le Dr PAPUS, fascicules 4 à 7 du 1er avril 1909 au  1er juillet 1909, Paris ; un résumé détaillé dans WAITE : « Encyclopaedia of Freemasonry », tome I, pages 218 à 225 ; et une réédition récente : « Freemasonry of the ancient Egyptians », par Manly HALL, The Philosophers Press, Los-Angelès, 1937. Une gravure sensationnelle, montrant l’initié passant par l’eau et par le feu à l’intérieur de la Grande Pyramide, avait d’autre part été publiée par Alexandre LENOIR (1761-1839) dans son livre : « La Franche Maçonnerie rendue à sa véritable origine », Paris, 1814. cf. cette gravure dans : Manly HALL, op. cit., page 81. Elle a paru dans l’ouvrage : « Histoire générale et particulière des religions et du culte de tous les peuples du monde », par le célèbre érudit Fr. H. DE LAULNAYE, tome I, Paris, Fournier, 1791 — il la reproduit d’après SETHOS dont la première édition date de 1728 (dessin de J.-M. MOREAU le jeune).

8 cf. dans Jean-Marie RAGON, Tuileur Général, Paris, Collignon, 1861, pages 250-252 : Compte rendu des tenues égyptiennes des 15 mai et 12 juin 1817. « Cette représentation fit fureur ; elle fit pâlir le symbolisme ordinaire, mais sa renommée fut par trop retentissante, tant l’admiration fut grande. »

9 LEVESQUE : Aperçu général et historique des   sectes maçonniques, page 105, Paris, 1821.

10 THORY : « Acta Latomorum », en deux tomes, pages 327-328, Paris, 1815.

11. Ibid.

12 RAGON : op. cit., pages 247 et 307, note I.

14 BRETEL, aîné : « Réponse à un libelle », page 7, publiée en août 1818.

15 RAGON : Tuileur 1856, page 307, note 1.

16 BEDARRIDE : « Histoire de Misraïm », tome 2, page 125.

17 WAITE : « Encyclopaedia of the Freemasonry », tome 2, page 75.

18 Sur CAGLIOSTRO, cf. « Vie de Joseph Balsamo, extraite de la procédure instruite contre lui à Rome en 1790 », Paris, éd.   Treuttel, 1791 ;   et : Dr Marc HAVEN : « Le Maître Inconnu, Cagliosto », Paris, Dorbon aîné, 1913 ; cf. aussi : « Rituel de la Maçonnerie Égyptienne », Nice, Ed. des Cahiers Astrologiques, 1947.

19 Oswald WIRTH l’a d’ailleurs précisé en 1931 de façon très claire : « Le penseur se fait lui-même : il est le fils de ses œuvres. La F. M. le sait, aussi évite-t-elle d’inculquer des dogmes. Contrairement à toutes les églises, elle ne se prétend point en possession de la Vérité. En Maçonnerie, on se borne à mettre en garde contre l’erreur, puis on exhorte chacun à chercher le Vrai, le Juste et le Beau » (« Le Livre de l’Apprenti », page 8, éd. Dorbon aîné)… Elle veut obliger ses adeptes à penser et ne propose, en conséquence son enseignement que voilé sous des allégories et des symboles… » (Id.)

Edmond GLOTON est tout aussi formel : « La F. M. est formée des éléments les plus disparates, tant au point de vue professions, confessions ou idéologies politiques ; les idées les plus contraires s’y affrontent, se confrontent, s’affirment, mais est-il possible de faire une synthèse de ces éléments disparates et de déterminer une moyenne ? Non, ce serait aller contre la Maçonnerie que de vouloir lui assigner une doctrine ; ce serait limiter son champ d’action. La F. M. ne mettant pas de limite à la recherche de la Vérité, ne peut avoir de doctrine. » (« Instr. Mac. du 1er degré », pages 96-97, 1934.

Le Dr Raymond CORBIN est plus affirmatif encore : « Nous avons vu que le symbole maçonnique n’est jamais, lui, figé dans une interprétation définitive et qu’il est au contraire toujours vivant, toujours nouveau et toujours rajeuni, renaissant peut-on dire, chaque fois qu’il est étudié et interprété par un nouvel initié. Il ne saurait donc être question entre la Maçonnerie et ses symboles des mêmes rapports que ceux que nous venons d’apercevoir entre les religions et leurs rites » (« Symboles initiatiques et mystères chrétiens », pages 111-112, 1929).

Et Edouard PLANTAGENET de conclure : « Nous l’avons dit, le maître maçon n’a pas plus à être un occultiste savant qu’un exégète subtil des mystères cosmogoniques. L’Initiation ne doit l’amener qu’à la pratique d’une vie supérieure, imprégnée de réel, de beauté, d’harmonie » (« Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu », page 41, Paris, 1931).

20 Cf. THORY : « Acta Latomorum », tome 2 ; cf. années 1818, 1819, 1821, 1822, 1836, où des exclusives, dénonciations, saisies eurent lieu en France et aux Pays-Bas. cf. l’intéressante étude parue en avril-mai 1935 dans le « Bulletin Mensuel des Ateliers Supérieurs du Suprême Conseil de France » — 8, rue Puteaux, Paris — numéros 4 et 5, sous la plume du F. Fernand CHAPUIS, sur l’histoire et les tribulations de la loge misraïmite de Besançon, en 1822. Il signale qu’en 1822, le rite avait en tout en France 73 ateliers de grades divers, notamment à Paris 7 loges et 15 Conseils.

21 cf. Rite Oriental de Misraïm ou d’Égypte — Fête d’ordre du 4 août 1889 — Paris — discours du F. Dr CHAILLOUX, Grand Secrétaire : « Mais vient l’instant où il lui est permis enfin de disposer de ses forces vives pour les mettre au service des idées de progrès ; cette institution est amenée par la force des choses à se transformer, à évoluer dans un sens progressif. Chez nous, la réorganisation a commencé par la refonte des rituels. Ces rituels ont été mis en harmonie, non seulement avec les principes maçonniques et démocratiques, mais avec les données scientifiques les plus modernes (pages 10-11). En supprimant complètement tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler le caractère si religieux de ce grade à son origine, la maçonnerie n’ayant et ne devant avoir rien de commun avec la religion… etc. (p. 12). Si on peut lire en notre Déclaration de principes imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable : l’existence de l’Être Suprême : l’immortalité de l’âme ; l’amour du prochain, on peut lire dans notre Constitution réformée : autonomie de la personne humaine, justice, altruisme (p. 13).

22 RAGON : Tuileur universel, page 307, 1856.

23 cf.   «Rituel de CAGLIOSTRO»,   pages 54,  55,   61,  62. L’enseignements de ce dernier est totalement étranger aux doctrines du Régime de Naples ; c’est celui inséré au 3e degré d’adoption de Cagliostro où il donne (cf. pages 140-142) les détails pratiques d’une opération, devant durer quarante jours et provoquer un rajeunissement complet de tous les organes physiques de l’adepte !   C’est là, évidemment, un symbole, que les gens crédules ont cru bon de prendre à la lettre : non seulement aucun d’eux n’a pu réussir cette cure « d’élixir de longue vie », mais Cagliostro lui-même a avoué un jour n’avoir jamais expérimenté ni réussi la méthode, dont il se faisait le propagandiste ! (cf.  Vie de Balsamo, page 206, 1791.)

SOURCE : https://www.esoblogs.net/6783/les-rites-dits-egyptiens-de-la-maconnerie/?fbclid=IwAR0zyeI2NQFYy93WHET9ZVLV4m1p6CnE1xFYS6caASneXQl6wDemCLoJgoc

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Le blason au GOE 24 septembre, 2015

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

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Le blason a commencé en France c’est-à-dire que c’est bien les Français qui ont les premiers mis en règle les armoiries et qui en ont fait un art.

Le principe du blason a son origine comme celui de l’œuf et de la poule car en effet on a retrouvé des proto-blasons sur des stèles et statues de type menhirs aux environs de 2300 av JC, à l’âge du cuivre en Europe jusqu’à l’âge de fer chez les gaulois puis dans la chevalerie Celto Chrétienne dans notre moyen âge traditionnel.

Mais parce que le blason est avant tout une langue figurée et une alchimie des formes, il convient de dire quelques mots des apparences avant d’essayer à en pénétrer les significations. Le coté exotérique de la cavalerie et la loi universelle de l’équitation a permis de laisser entrevoir puis développer son côté ésotérique … celui de la Chevalerie dans un comportement lié au Principe et à un code d’honneur.

Les Croisades, lieu de rencontre entre la religion et la classe militaire, représentent l’accomplissement et la Réalisation du parfait Chevalier, empreint des hautes valeurs spirituelles.

Rappelons aussi que l’équipement militaire de l’époque empêchait toute reconnaissance pendant le combat des camps en présence et que les chevaliers prirent l’habitude de peindre sur leurs boucliers et leurs heaumes des figures servant de signe de reconnaissance dans les batailles. Encore faut-il ne pas confondre Armoirie que l’on portait sur le bouclier ou la cotte de maille et le blason qui en est le déchiffrement et la description.

Parallèlement se développe chez les non combattants un mouvement d’émergence de signes d’identités (armoiries, sceaux, patronymes, couleurs, vêtements..) qui devinrent l’emblème de castres, de ville ou de régions existants toujours de nos jours. Les armoiries sont des emblèmes en couleurs, propres à une famille, à une communauté ou à une personne soumises dans leur forme et disposition aux règles spécifiques du blason. Le blason est l’ensemble qui compose l’Ecu Armorial dans sa vision externe, mais qui dans la vision interne apporte la connaissance qui permet la description héraldique de tout ce qui se rapporte aux armoiries.

« Blasonner » c’est expliquer le sens des symboles, de l’émail et des figures du blason. L’Héraldique est la Science du blason et exception faite des motifs géométriques qui varient peu, les animaux, végétaux et autres meubles figurés se signalent par une certaine abstraction lyrique et épique … les chevaux sont gais, les lévriers ont le mutisme et l’immobilité des serviteurs fidèles, les cerfs bondissent comme le désir comme l’âme assoiffée vers la source de vie, les lions rampants sont dressés comme des flammes, les têtes des loups triangulaires regardent fixement la Lumière ( il nous faut rappeler ainsi que lukos en grec a la même racine que luké qui signifie lumière). Ces quelques exemples montrent que chaque animal est dessiné dans son exactitude la plus caractéristique de ce qu’il représente même si elle est peu naturelle.

Ceux sont les archétypes qui transparaissent derrière chacune de ces figures et qui les transforment en réalités qui ne sont plus celles de la nature mais du monde imaginal. Il en est de même pour les végétaux et toutes autres figures. Il nous serait alors facile de montrer que la rose et le lys héraldiques sont présentés sous un angle particulier afin de laisser ressortir et entrevoir les nombres qui les animent, comme dans les châteaux de l’âme figurés dans le blason, les tours ont toujours 3 étages et 3 ouvertures … en somme, le blason est une écriture de « hiéroglyphes »

Ajoutons l’astronome Laplace à qui on a jugé bon d’octroyer toute une constellation minutieusement calibré et qu’on a évidemment du mal à décrire en termes héraldiques « d’azur à deux planètes Jupiter et Saturne avec leurs satellites et anneau en ordre naturel, le tout d’argent, posés en face vers le bas de l’écu et surmontées à dextre d’un soleil d’or et à senestre d’une fleur à cinq branches du même, au franc quartier des comtes sénateurs. » pour mémoire Laplace a étudié en autre la stabilité du système solaire…

Alors une question se pose lorsque l’on aborde l’Héraldique … qui porte ou portait un blason et pourquoi ? et peut-être entrevoir le pourquoi du blason du chevalier de l’aigle rouge ….

Primo, il faut se rappeler que le port des armoiries accompagne depuis l’origine de cet art la possession de l’état noble, insigne d’un pouvoir et d’une fonction sociale particulière

Secundo, cette fonction sociale est confiée à ceux chargés d’exercer le métier des armes, l’administration et la justice qui n’est pas sans rappeler la hiérarchie de la conception médiévale analogues à celles du corps humain …

au 1er rang le clergé ( la tête chez l’homme) puis les « bellatores » cad la noblesse assimilés au cœur et aux membres supérieurs et enfin les « mercatores » cad le tiers état assimilé à l’estomac et au système nutritif propres à alimenter la production fournie par les « laboratores » cad les cerfs et autres serviteurs assimilés aux membres inférieurs

Cette quadripartition ou tripartition sociale fondamentale résulte non d’une stratification par classes mais plutôt d’un ordre au sens des qualifications et importances des services rendus à la société.

Notons aussi que cela n’était pas une règle absolue et que l’on pouvait changer d’état et d’ordre lorsque le récipiendaire apportait la preuve manifeste d’une capacité effective d’en remplir les obligations. « la tonsure » cad l’intégration dans la classe des clercs était d’ailleurs un des moyens de promotion sociale à l’époque. Dans une société traditionnelle, où l’ordre terrestre est le reflet des hiérarchies célestes et où les lois naturelles s’harmonisent avec la Révélation divine, l’ensemble de la vie sociale est pénétrée d’une unité spirituelle dont la blason en est l’emblème royal… un ordre sacré et je cite le rituel d’adoubement des Cheval :.

« O dieu qui après la chute a constitué dans la nature entière trois degrés parmi les hommes … »conception qui met en rapport ces 3 degrés avec la hiérarchie cosmique des 3 mondes, terrestre – lunaire – solaire comme avec celle des degrés métaphysiques (Dieu est la Nature, la Substance unique et infinie.

Seule la substance a et aussi «est » la puissance d’exister et d’agir par elle-même. Tout ce qui est fini, en revanche, existe en et par autre chose, par quoi il est également conçu). Dès lors, tout ce qui détient une parcelle de la puissance publique, est admis à porter des armoiries, de là souligner le fait que les armoiries ont toujours été liées à une dignité et/ou à une puissance sociale et qu’elles caractérisent l’état de Liberté

En effet le droit au port du blason est réservé aux personnes et communautés libres de servitudes et se gouvernant elles-mêmes, liberté à la fois juridique et spirituelle à l’identique du Chev:. de l’aigle Rouge. Par sa seule forme d’ailleurs, le blason est la figure emblématique du cœur de la personne cad du lieu même où se nouent sa conscience spirituelle et sa liberté Le dessin triangulaire ancien de l’écu exprime la tri-unité humaine – corps – âme – esprit – dont le centre se trouve plus précisément dans le cœur, moteur de la vie, siège de la Volonté et des actions extérieures …

Reproduction extérieure de la nature intérieure essentielle du récipiendaire qui en est revêtu. L’écu héraldique traduit donc une disposition de l’être proprement royale, centrée sur le cœur comme le chev :. de l’aigle rouge voire comme tout mac :. dévoué à la construction de son corps de Gloire, à sa marche sur la voie royale afin d’atteindre la Jérusalem céleste. Ne sauraient donc porter légitimement un blason que des personnes libres (et de bonnes mœurs) qui ont atteint une certaine Maitrise intérieure sur le destin, les énergies physiques et psychiques par un exercice continu de la Volonté Rectificatrice …

en fait un homme vertueux dans son sens étymologique et bien sur la Liberté dont nous parlons correspond à l’éveil de la personne spirituelle dans l’individu, au sacrifice de l’ego et à un engagement au service des réalités supérieures symbolisées par les dames, le roi, la veuve et l’orphelin….

Acquérir la maitrise de soi même c’est la LIBERTÉ et cette fidélité découle directement de la Foi au Verbe, Parole du Créateur … du GADLU

Le chevalier domine, soumet et chevauche les forces aveugles du monde il en est le veilleur puis le transmetteur sa conscience domine le temps et l’espace et au-delà du temps et des générations incarne la Justice, l’identification à la règle et à l’Ordre « l’auctoritas » dérivée du Tout Puissant …

et je cite C Jacq : « dans les traités, les sermons, les lettres, les textes symboliques, nous découvrons la langue des mystiques qui choisissaient la forme écrite pour transmettre leur expérience spirituelle, dans l’architecture et la sculpture nous trouvons la langue des bâtisseurs qui incarnaient dans la pierre et dans le bois les vérités de l’Esprit et de la main, dans les blasons nous sommes en présence de la langue sacrée des chevaliers qui traduisaient par les figures héraldiques leurs conceptions des valeurs humaines les plus créatrices …. ».

Enfin comment ne pas faire une comparaison entre les armes ou insignes du chevalier, les vertus et les facultés de l’âme …

Lance charité intuition et intellect

Casque ou haubert espérance raison et jugement

Ecu ou anneau foi fidélité imagination conscience

Cuirasse gants justice maitrise discernement

Epée force volonté Eperons tempérance désir

Ceinture baudrier prudence mémoire

Armement reçu des mains de sa dame lors de sa cérémonie d’adoubement ou plutôt d’une marraine celle qui préside à une nouvelle naissance que procure l’initiation chevaleresque comme l’initiation mac :.

Elle incarne les idéaux dont la quête permettra d’acquérir la maitrise de son soi et par la même la domination du monde extérieur … elle est l’image de l’Ame pure, incarne tout à la fois la Force la sagesse et la Beauté elle enseigne les secrets de la nature et de la vie de l’Univers et soutient son chevalier pour que ses actions soient toujours dans la voie droite représentée par l’épée. Enfin elle est souvent représenté par une fleur de lys à trois pétales signifiant Foi – Sapience et Chevalerie …

Cette conception se rapproche bien évidemment des deux figures du Christ et de la sainte Vierge comme des doctrines antiques relatives à l’androgynie primordiale De fait le blason se doit d’être composé selon les règles de l’Art Royal et conféré par une autorité apte à reconnaitre la qualité véritable de son porteur …

C’est pourquoi le chev :. de l’aigle rouge doit créer et réaliser son blason hermétique Il doit y faire figurer les symboles qu’il considère comme les plus appropriés à ce qu’il a envie de montrer ou le message qu’il a envie de faire passer.

Il sera dans la majorité des cas une création individuelle doublée d’un acte collectif – Individuelle car reproductrice de l’état de son porteur, de son avancement spirituel, d’un idéal à atteindre – Collectif car reprenant l’esprit de famille transmis par les anciens et les victoires de celle-ci Etre capable de réaliser son blason, c’est afficher à tous le reflet de son soi, de son équilibre intérieur en regard des autres et de la nature, le tout en respectant les règles de l’Héraldique cad dans la forme de l’écu : – Les choix des émaux (notamment les couleurs) – Les traits de séparation – Le remplissage des formes – Les pièces et les meubles

Il est bon de se rappeler que chez les Celtes l’or (solaire) associé au blanc lunaire (argent) était sacerdotal et le blanc seul Royal ou Chevaleresque. C’est exactement le sens que donne l’héraldique médiévale illustré par le blason de la papauté où se trouvaient associés les grands et les petits mystères représentés respectivement par la clé d’or et la clé d’argent, la clé d’or brochée bien évidemment dans la clé d’argent.

J’aimerais aussi souligner que les couleurs sont au nombre de 7, les 5 émaux – sable – gueules – azur – sinople – pourpre – avec les 2 métaux – argent et or auquel il faut ajouter 2 fourrures – l’hermine et le vair. Et j’en fais la similitude avec les 7 barreaux de l’échelle d’initiation hermétique, échelle de la connaissance du Chev de l’aigle blanc et noir – 30 deg du REAA – échelle qui met en résonance les 9 maximes de l’Univers et les vertus notamment et dont le sommet énonce l’Ordo ab chaos.

Pour mémoire, l’argent est le symbole de la 1ere renaissance, de la pureté de l’âme retrouvée, – la Prudence Le sable symbole de mort et de passage, mort du vieil homme – la tempérance Le Gueules est l’émail de la guerre que mène le chev contre les ennemis de la Foi qui conduit à sacrifier me moi au besoin en versant son sang – La Force L’Azur est la couleur du firmament et symbolise par-là l’accession à la maitrise cosmique c’est la couleur de la connaissance parfaite qui est l’Or – c’est le propre des 3 vertus théologales Foi – espérance – Charité

L’Or marque le centre la vie spirituelle, l’état où l’Etre abolit définitivement le moi corruptible – La Foi Le sinople représente la couleur de la vie nouvelle, celle de la vivification – l’Espérance Le Pourpre est à la fois un émail et un métal, c’est l’achèvement et la synthèse des couleurs héraldiques, le point central où elles s’unissent c’est la couleur de la pierre philosophale la Charité qui est en chacun de nous .

Enfin l’hermine et le vair représente respectivement l’horizontalité et la verticalité Même si le terme de blason vient du verbe allemand « blasen » qui signifie souffler, il implique la présence d’une inspiration spirituelle. Du reste en vieux français, il signifiait « beau langage » éloge voire franc-parler et les armoiries étaient sur les champs de bataille non seulement un moyen de reconnaissance mais surtout un moyen de connaissance tant pour celui qui le portait que celui qui le voyait.

Car le langage héraldique révèle non seulement une réalité mais aussi permet de connaitre d’une certaine manière l’Âme de celui qui le porte, son idéal, voire aussi tout simplement son état d’esprit. Les armoiries que l’on prend ou que l’on reçoit seraient donc soufflés par un Architecte Créateur ; sans le souffle décrivant les meubles et les couleurs, la table d’attente de l’Écu serait vierge et aussi vide que l’océan des origines, de même que les Écritures nous énoncent que le monde fut créé par le verbe proférant le « fia t lux » primordial et qu’Adam ayant dans la genèse le pouvoir de nommer toutes choses. Le nom et le langage plus généralement comporte donc une puissance, une vertu créatrice qui dérive de sa nature fondamentalement symbolique …

Nommer c’est donc ÉTABLIR un rapport entre la réalité décrite et celle qui la décrit … UNIFIER LE VERBE ET L’ÊTRE c’est donc le devoir du chevalier. Le charme du langage héraldique ne résulte donc pas seulement de son aspect décoratif mais plus profondément de son caractère sacré et hermétique intermédiaire entre le visible et l’invisible et comme illustration de cette fonction poétique je vous citerais le début de l’ode d’Horace qui caractérise si bien un des aspect de l’Art Royal surtout quand on sait le rôle symbolique que jouent la veuve et l’orphelin, le nb 9 et le Verbe justicier :

« odi profanum volgus et arceo je hais le profane et le vulgaire et m’en écarte

Favete linguis, carmina non prius faites taire vos langues pour les vierges et les enfants

Audita musarum sacerdos moi pretre des muses je vais chanter

Virginibus puesrique canto des vers qui jamais avant ne furent entendus

Regum timendorum in propios greges le pouvoir que les rois terribles ont sur

Reges in ipsos impérium est jovis leur peuple, cet empire, Jupiter l’exerce

Omne capax movet urna nomen » sur ces rois eux-mêmes

C’est la puissance d’une urne pleine qui met en mouvement tout nom …. L’héraldique est à l’origine un enseignement oral avant de se muer en enseignement écrit. Cette écriture s’inscrit dans le cadre de l’Écu qui la délimite et la forme de celui-ci a donc une importance capitale puisqu’elle délimite un espace sacré sur lequel apparaissent des arcanes à déchiffrer…

c’est la table d’attente (la surface vierge d l’Écu) , le plan de la MANIFESTATION sur laquelle planait l’Esprit au commencement du Monde. De fait l’Écu se présente comme un carré légèrement allongé et terminé en pointe par une accolade arrondie et de ce point de vue il apparait comme le carré des possibilités, l’image du plan terrestre, support premier de toute GÉOMÉTRIE ; car l’Art Héraldique sert à mesurer la Terre et le Cosmos en extrayant ses propositions numériques et ses figures cardinales …

et permettez-moi de citer V Hugo dans Hernani qui dit : « l’empereur est pareil à l’aigle sa compagne, A la place du cœur, il n’a qu’un écusson. »

Mon propos ne serait pas complet si je ne vous expliquais sur quelle base géométrique se trace un Écu de blason et enfin quel sera mon blason ; L’Écu se dessine en traçant d’abord un carré, symbole de la terre, puis un cercle, symbole du ciel et en y joignant la partie carrée et la partie circulaire par le pentagramme.

L’Homme microcosme (et le chevalier) se trouve donc dans la partie circulaire et la partie carrée dessinées par l’équerre et le compas, entre ciel et terre, au centre du macrocosme et de l’univers. Par cela l’Écu symbolise l’homme adamique et primordial, maitre et roi de la création, fait à l’image du Créateur et porteur de l’étoile à branches appelé au moyen âge le sceau du st Esprit ; Vous avez donc certainement compris maintenant que le blason et celui à qui il est attribué sont une seule et même chose ; c’est pourquoi on découvre le nombre d’or à la fois dans le découpage du carré, qui symbolise le départ, la quête en ce monde et aussi dans l’Écu qui représente la voute renversée, ouverte comme un vase ou plutôt comme un cœur.

L’Écu du chevalier, comme son bouclier, protège le corps de l’impétrant et les symboles qui y sont figurés protègent son Âme parce qu’ils sont donnés par l’Esprit Saint.

Les pointes du pentagramme sont à l’intersection du carré du monde et de la pointe de l’Écu, substitut du Cercle, le pentagramme et plus spécifiquement l’architecture du blason symbolisant l’impétrant en position d’ascension spirituelle.

J’espère que cette petite entrée en matière vous aura un peu plus éclairé sur le sujet et vous permettra de commencer l’Œuvre avec la ferme intention de la finaliser.

Le blason au GOE dans Chaine d'union ob_409bd7_2

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Albrecht Dürer Oules trois voies de la réalisation initiatique 1 novembre, 2014

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Albrecht Dürer oules trois voies de la réalisation initiatique

16 juin 2012, 16:50

Albrecht Dürer oules trois voies de la réalisation initiatique

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Jacques Trescases

Réalisées en une année, les  » Meisterstische « , chefs d’œuvre du Maître de Nuremberg, sont trois gravures sur cuivre qui révèlent la maîtrise de leur auteur et la pleine maturité de sa pensée :  » Le Chevalier, le diable et la mort « , exécutée en 1513,  » Saint-Jérôme dans sa cellule « , et  » Mélancolie « , gravées en 1514, apparaissent a priori fort différentes, par leur facture autant que par leur sujet. Pourtant, ces œuvres ont toujours été considérées comme faisant partie d’un même ensemble, comme un triptyque destiné à transmettre un message unique.

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Certains ont vu dans ces trois gravures l’illustration des trois sortes de vertus, selon la classification scolastique : morales, théologales et intellectuelles . Le Chevalier représenterait ainsi la vie du chrétien dans le monde. Luthérien convaincu, Dürer pouvait effectivement imaginer le  » soldat du Christ  » armé et casqué pour affronter un monde plein de tentations et de fausses pistes, d’autant que cette image était classique et avait été maintes fois utilisée dans l’iconographie religieuse. Saint-Jérôme figurerait la voie mystique, tandis que la Mélancolie illustrerait la recherche intellectuelle, accompagnée de tristesse et de découragement. Cette interprétation paraît juste, mais il convient de la préciser en tenant compte du fait qu’Albert Dürer, initié, se devait de transmettre un message initiatique. Les trois gravures apparaissent dès lors comme l’expression des trois voies :

*La voie chevaleresque ;*La voie monastique ;*L’Art Royal.

Profondément enraciné dans son siècle et son terroir germanique, A. Dürer s’affirma rapidement comme l’un des plus grands peintres, dessinateurs et graveurs de tous les temps tandis que son génie était reconnu comme universel. Se définissant lui-même comme Maître artisan, il fut non seulement un artiste de grand talent, mais un créateur et un théoricien de l’art et des sciences, ami des humanistes les plus prestigieux et de scientifiques les plus renommés dans les domaines les plus variés (géographie, astronomie, naturalisme, mathématiques)Nombre d’indices permettent d’affirmer qu’il était initié :

* Il reçut probablement son initiation de son propre père, maître orfèvre, auprès de qui il fit son premier apprentissage. À l’époque, chaque corps de métier avait vraisemblablement sa propre initiation, transmettant à la fois les secrets de l’art et l’enseignement ésotérique. Parmi tous les métiers, celui d’orfèvre était sans doute l’un des plus nobles, et l’un des plus proches de celui de constructeur, par le soubassement géométrique qu’il impliquait, la technique du trait et l’art architectural.* Encore jeune homme, il entreprit ses  » voyages de compagnon  » auprès des plus grands maîtres d’alors, ce qui le conduisit notamment à Colmar, Strasbourg et Bâle, villes réputées pour leur tradition initiatique.* Où qu’il aille, où qu’il se trouve, il entre immédiatement en contact avec les meilleurs esprits de toutes les disciplines. À peine arrive-t-il à Venise, par exemple, qu’il se voit confié la confection du retable de San Bartolomo, église de la colonie allemande. * « La fête du rosaire », sujet de ce retable, semble avoir été commanditée par une  » confrérie du rosaire « , ordre initiatique dont Stabius aurait pu être une personnalité influente, peut-être même le Grand Maître.Dürer éprouvait une véritable vénération pour cet homme, qu’il a représenté plusieurs fois, notamment sous les traits de Saint-Coloman pèlerin, dont les armes comportent un aigle à deux têtes.

Les écrits de Dürer expriment des points de vue qu’aucun initié ne saurait renier : auteur d’un  » Traité des proportions « , il y révèle, au delà des techniques de son art, ses convictions intimes :  » L’art est dans la nature « , expose-t-il,  » tout ce qui est opposé à la nature est mauvais « . Mais la nature entière a été elle-même conçue sur des bases géométriques :  » Les éléments primordiaux de toute connaissance sont le triangle, le carré et le cercle « . Nul doute que, dans son esprit, la nature ne soit l’œuvre d’un artisan-géomètre, un Grand Architecte de l’Univers : La Beauté est pour lui témoignage de la Vérité, expression de la Divinité. Si l’art est le fait de l’artisan, honnête ouvrier intégré dans son équipe, il est inspiré par Dieu.  » Toute inspiration vient d’en Haut « . L’origine de l’art est divine et les plus grandes œuvres ne sauraient relever que de l’Art sacré. Dürer éprouva une prédilection pour les thèmes à portée ésotérique : le tarot, l’astrologie, la mort, l’Apocalypse de Saint-Jean, (dont il fut le plus prodigieux illustrateur). Même les sujets religieux, auxquels il consacra une grande part de son talent, s’offrent à une interprétation ésotérique, comme en témoigne cette ravissante  » Vierge à l’enfant  » : Sise sur un croissant de lune, elle patronne ainsi toutes les initiations ; inscrite dans un triangle, lui-même inscrit dans un cercle au centre d’un carré, elle tient sur son sein l’enfant Jésus, centre du tableau et centre du monde, ce qui est une manière, compte tenu de ses convictions, de montrer le parfait ordonnancement du Cosmos. Aimant faire son autoportrait, il se représente une fois sous les traits du Christ, ce qui ne saurait être interprété comme une folie paranoïaque, mais comme l’idéal d’un homme naturellement humble, qui doit s’efforcer de ressembler à l’image du Fils. Une autre fois, il se peint exhibant un chardon. Peut-être est-ce une référence à un ordre initiatique : Robert Bruce n’avait-il pas institué un Ordre de Saint-André du Chardon ?Albert Dürer, initié, se veut naturellement porteur d’une Parole :Les trois  » Meisterstiche  » constituent évidemment le meilleur support de l’enseignement ésotérique que le Maître génial de Nuremberg voulait inscrire dans son œuvre :

Melancolia IOu la quête de la Connaissance

Pour un non initié, cette gravure doit paraître bien déconcertante : une jeune fille ailée est montrée accablée et pensive au milieu d’objets insolites et hétéroclites. Elle n’est émouvante et signifiante que parce que son sujet, apparemment banal, a fait l’objet, de la part de l’artiste, d’une triple transmutation.

De l’humeur chagrine à la quête spirituelle

Dürer connaissait, pour l’avoir lui-même illustrée, la théorie des humeurs prévalant chez les médecins de l’époque : l’humeur prédominante caractérisait les individus susceptibles, dès lors, d’être classés en quatre catégories : les sanguins, les colériques, les lymphatiques, les mélancoliques. L’excès de bile noire ne donnait pas à ces derniers des caractéristiques très sympathiques : De complexion pessimiste, à l’aspect triste et au teint olivâtre, les mélancoliques étaient réputés malchanceux, déplaisants, maladroits, avares et avides, lâches, rancuniers et méchants. Fuyant leurs semblables et méprisant le sexe opposé, ils avaient une inclination pour l’étude solitaire.

Toutefois, à la suite de la publication en Allemagne des  » Lettres  » de Marsile Ficin et de ses  » livres de vie « , le concept de mélancolie s’était modifié et était devenu à la mode. Personnalité dominante de l’académie néoplatonicienne de Florence, – point de passage privilégié de la Renaissance de l’humanisme antique, dont Durer était friand, – Marsile Ficin était lui-même de constitution délicate et de disposition mélancolique. Il s’était consolé en découvrant chez Aristote une théorie réhabilitant les mélancoliques, dont il s’était fait le propagateur. Selon cette analyse psychophysiologique, le mélancolique se caractériserait par une sensibilité particulière, lui permettant d’atteindre, dans tous les domaines de la spéculation, des sommets inaccessibles au commun des mortels. Le mélancolique, réceptif à la  » furor divinis  » chère à Platon, pourrait connaître ces extases mystérieuses, qui lui donnent accès aux plus sublimes vérités. Les meilleurs peintres, poètes ou philosophes seraient des mélancoliques.

Cette nouvelle célébration de l’humeur mélancolique s’accompagne de la réhabilitation et de l’ennoblissement de Saturne et de sa planète, qui relève de la même complexion (froide et sèche). Les néoplatoniciens de Florence avaient découvert que Plotin et ses disciples avaient de Saturne une aussi bonne opinion qu’Aristote de la mélancolie :ayant engendré Jupiter, Saturne lui serait antérieur et supérieur. Il symboliserait l’Esprit du Monde alors que Jupiter n’en serait que l’âme. Saturne inspirerait notamment ceux  » dont l’esprit est enclin à la contemplation et à la recherche des choses les plus élevées et les plus secrètes « . Pourtant, vieux, sec et froid, lié à la Terre et même au monde souterrain, Saturne conserve des aspects néfastes dont il importe de se préserver : un Carré magique, figurant sur la gravure étudiée, permettait à cette fin de  » changer le mal en bien « 

Le caractère saturnien de cette gravure est en effet souligné par la présence du chien et de la chauve souris, attributs traditionnels de Saturne. Celui-ci était également associé, par une sorte de conséquence logique, à la géométrie, loi cachée du Cosmos et de la vie. À ce titre, Saturne avait déjà été représenté comme le grand Géomètre de la Terre. La Mélancolie saturnienne de Dürer est donc naturellement entourée des outils du géomètre (un géomètre architecte) et des produits de son art, la sphère et l’hexaèdre, dont la forme, insolite, est en fait significative.

Ainsi, à partir de figures connues, transposées par son génie, Dürer parvient-il à exprimer le caractère sublime et quasi désespéré de la quête de la connaissance, l’impuissance à savoir manier les outils dispersés et à utiliser la clef, dont le personnage central est muni, mais dont il ne sait apparemment pas se servir.

De la conception philosophique à la confession de l’artiste

Cette gravure nous touche parce qu’au delà de l’exposé d’une vision théorique, elle nous apparaît comme un aveu. La mélancolie de Dürer n’est en rien l’état naturel résultant d’un déséquilibre humoral ! C’est celle de l’artiste, parvenu au sommet de son art, qui a entrevu des vérités sublimes, qu’il se voit incapable d’exprimer.La maîtrise consommée résulte, selon ses propres écrits, de la parfaite coordination de deux acquis, le savoir théorique et, en particulier, une connaissance approfondie de la géométrie, ( » die Kunst) et l’habileté de l’art (« der Brauch « ).  » Les deux doivent aller de pair car l’un ne va pas sans l’autre « . Cette conception explique la torpeur du personnage central, (féminin), qui sait ce qu’il pense, mais ne peut agir, et, en contrepoint, la fébrilité activiste de l’angelot (masculin), qui griffonne sur son ardoise des graffitis dépourvus de sens. De la désunion de la théorie et de la pratique, ne peuvent résulter qu’impuissance et tristesse.

Exprimant ainsi son désespoir de ne pouvoir, malgré son talent, exprimer par son art les vérités sublimes qu’il perçoit dans le firmament, il rejoint l’aveu désabusé du Docteur Faust :

 » J’ai étudié toute la philosophie,Tout le Droit, toute la médecine,Et suis aussi ignorant qu’au premier jour « 

Le souci de perfectionnement est à la base de la Franc-maçonnerie des trois premiers degrés.  » J’ai à me perfectionner  » constate aussi le Grand Elu de la Voûte Sacrée du REAA, à l’issue du long périple de la Loge de Perfection.

De l’expérience de l’artiste à l’essence de l’Art Royal

Dürer nous offre dans ce tableau une double leçon d’ésotérisme, il démontre sa virtuosité dans la maîtrise de l’Art Royal. Le fourneau et le creuset sont des références alchimiques explicites ; mais les allusions invitent à approfondir la recherche dans cette direction ; ainsi, par exemple, nous savons que l’alchimie est représentée dans le médaillon central de la façade de Notre Dame de Paris par un visage de femme devant une échelle. La composition de Dürer représente également une jeune femme ailée devant une échelle, composée de sept barreaux, quatre visibles, trois invisibles, qui relie la Terre au Ciel, et dont, précisément, la jeune femme semble avoir perdu le secret.

L’artiste a glissé dans sa composition quelques rébus, dont la solution est à trouver dans l’ésotérisme : ainsi, par exemple, l’objet de la quête ésotérique consiste symboliquement à rechercher la  » quadrature du cercle » ; la juxtaposition du carré magique, du sablier et du compas, peut se lire , en allemand  » Quadra  » « Ur  » der  » Zirkel « . Un autre rébus propose une balance, l’échelle et la planète, qui peuvent se lire  » Waage –Leiter-Project « , décrivant ainsi trois phases du processus alchimique. Loin d’être un jeu puéril, le rébus est pour Dürer, comme pour les humanistes, le moyen de montrer que, derrière l’apparence du dessin, il convient de rechercher le sens caché.

Cette intention apparaît dans toute sa splendeur avec la présence du carré magique qui, au delà de la virtuosité arithmétique, porte un message initiatique d’un intérêt majeur :

16 3 2 13 5 10 11 8 9 6 7 12 4 15 14 1

La somme des nombres inscrits dans chaque case est toujours égale à 34, quel que soit le sens dans lequel l’addition est faite : horizontal, vertical, ou en diagonale. Ce carré se divise en quatre carrés de quatre cases : le total des nombres de chaque carré fait encore 34. Au total, on trouve 22 fois le nombre 34, lequel peut se lire 3 + 4. Le nombre 7 est celui de la maîtrise, celui où la Terre s’ouvre à la lumière du Ciel (raison pour laquelle l’échelle a sept barreaux). Le nombre 7 est bien le nombre clef : le carré magique comprend 16 cases : 6+1.22 : 7 = 3,14116 = Pi, nombre permettant de passer du carré au cercle, soit, pour nous, de l’équerre au compas, le chiffre qui résout le problème de la quadrature du cercle. Les deux volumes qui figurent au centre de la composition sont précisément l’hexaèdre et la sphère. L’hexaèdre est un polyèdre à six faces en forme de pentagone : il contient le secret du passage du cube à la sphère. On notera sans surprise que 6+1 correspond à la batterie du Maître Secret. Ce rapprochement n’a rien d’artificiel, car, en fait, c’est tout le cycle de la quête de la Connaissance que peut figurer cette gravure. Quête bien décevante, car l’adepte est incapable de définir la lumière qu’il a perçue, qui ne brille que faiblement au cœur de l’arc-en-ciel. Cette lumière n’éclaire plus l’héroïne du tableau, dont les ailes semblent indiquer que c’est un ange non pas crânement déchu, comme Lucifer, mais simplement égaré, par ce qu’il a perdu le secret du sens ; la Parole est Perdue et tout semble promis à la désespérance.

Il a perdu  » la droite voie  » dont parle Dante au seuil de la Divine Comédie, qui le plonge dans le même état d’accablement. Mais cet abattement n’est que provisoire : tout invite à le dépasser ; d’ailleurs notre héroïne porte sur elle la Clef, comme le Maître Secret, qui ne sait quoi en faire. C’est le sens du I qui figure à côté du titre  » Melancolia « , mot latin qui se traduit par  » Sehnsucht  » en allemand, la  » nostalgie « , la nostalgie de ce qui a été perdu, qui nous apportait le bonheur de vivre. La Parole Perdue invite donc l’adepte à changer de voie, à en explorer une autre pour la retrouver.

La voie mystique Ou L’éclosion de l’ Amour sublime

Saint-Jérôme dans sa cellule. Cette gravure donne l’impression exactement inverse de celle produite par la précédente : tout est calme, serein, ordonné. Même si le tableau comporte nombre d’éléments, ces derniers sont délibérément secondaires, subordonnés au sujet central, focalisé par le jeu subtil de la perspective et de la lumière. Au delà de la prouesse technique, le message est clair : le don total de soi apporte Paix et Joie.

Depuis son plus jeune âge, Dürer avait été fasciné par Saint-Jérôme. Il l’a représenté au moins dans cinq circonstances différentes : près d’un saule, battant sa coulpe, près d’un crâne, dans une grotte, et, à deux reprises, dans sa cellule. La forte personnalité de ce saint permet de comprendre cette fascination : docteur et  » père  » de l’Eglise, Saint-Jérôme, ou HIERONYMUS, avait été un savant et un érudit. Féru de culture classique, il connaissait le grec, le latin, l’hébreu et l’arménien. Il avait été successivement, prêtre, moine, anachorète, cardinal. Dürer admirait surtout en lui le lettré qui avait su faire le pont entre sa culture classique et sa foi chrétienne, donc un précurseur des humanistes dans lesquels l’artiste se reconnaissait.

Le personnage que Dürer représente dans cette gravure n’est pas l’érudit, mais le saint, même s’il reste penché sur son écritoire. Il a surmonté l’appréhension de la mort, dont la présence lui reste familière (crâne posé devant lui, sablier qui lui compte son temps), apaisé ses pulsions terrestres (chien endormi) et domestiqué sa vanité (lion assagi). Triplement illuminé par le soleil, qui filtre à travers les vitres, la Croix du Christ, offerte à sa contemplation et sa propre lumière intérieure, il peut, en toute humilité, se consacrer à son œuvre au service de l’humanité entière. En effet, il apporte au Monde  » la Parole « , en traduisant la Bible, porteuse pour l’humanité entière, de foi, d’espérance et de charité.

Cette œuvre, qu’il ne suspend que lorsque ses forces doivent être renouvelées, correspond au but d’un Rose-Croix, un grade charnière du REAA :  » Combattre l’orgueil, (son chapeau de cardinal est négligemment accroché à un piton), l’égoïsme et l’ambition, afin de faire régner à leur place le dévouement et la charité  » . Comme celui-ci, il ne découvre sa vocation qu’après avoir traversé le désert, l’impasse que constituait l’acquisition de la connaissance, si l’on ne la partage pas dans un acte d’amour totalement gratuit. Il n’est porteur de Parole que par ce qu’il se veut  » le plus humble de tous « , parce qu’il est  » le plus éclairé  » et qu’il sait  » que toute inspiration vient d’en Haut « 

Le CHEVALIER , LE DIABLE ET LA MORT. ou L’action de l’Initié dans le Monde.

Comme pour la gravure précédente, le double jeu des ombres et de la lumière fait montre d’une virtuosité stupéfiante. Ainsi, ou remarque moins, au premier abord, que la composition s’inscrit élégamment dans un pentagramme étoilé, symbole d’harmonie parfaite. Nous connaissons suffisamment Dürer pour savoir que cette composition n’est ni fortuite ni gratuite. La détermination sereine du cavalier dominant sa monture, qui chemine d’un pas mesuré, est encore rendue plus manifeste par le contrepoint du DIABLE, bouc et pourceau, plus répugnant que jamais, et de la MORT, cadavre en décomposition, horrible et ricanante pour se faire plus effrayante.

Moine-soldat et pèlerin :Tandis que Saint-Jérôme figurait la vie du saint dans le monde spirituel, isolé des bruits et violences du monde, le Chevalier représente le chrétien en action, dans sa vie quotidienne, confronté à son hostilité, à ses tentations, à ses illusions. Comme pour les deux gravures déjà étudiées, Dürer trouve le modèle de son personnage central dans l’iconographie populaire que son génie propre métamorphose et transfigure. Le thème de  » soldat du Christ « , maintes fois traité avant lui, trouve sa source dans les Ecritures : déjà Saint Paul exhortait les chrétiens à  » revêtit l’armure de Dieu « ,  » la cuirasse de justice « ,  » le casque du salut  » tout en précisant que  » les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas celles de la chair, mais de l’esprit « . Cette métaphore reste courante durant tout le Moyen-âge et l’on en trouve de nombreuses xylographies. En revanche, le Diable et la Mort accompagnent plutôt le pèlerin, qui affronte un monde hostile pour effectuer son cheminement. Comme pour  » Mélancolie « , Dürer mélange donc deux thèmes pour qu’ils s’enrichissent mutuellement.

L’image de  » soldat du Christ  » avait été reprise par Erasme, précisément au moment où Dürer réalisait sa gravure :  » Afin que vous ne soyez pas détournés du chemin de la vertu, parce qu’il apparaît ardu et lugubre, parce qu’il peut exiger que vous renonciez aux avantages du monde et que vous combattiez incessamment trois ennemis déloyaux qui sont la chair, le diable et le monde, voici une troisième règle qui se propose à vous ; tous ces mauvais esprits et ces fantômes qui viennent vous assaillir comme dans les gorges de l’Enfer, vous devez les compter pour rien, suivant l’exemple de l’Enée de Virgile.  »

C’est exactement ce que représente l’artiste dans cette gravure, différente en cela de toutes les illustrations antérieures : les ennemis de l’homme, si effrayants et horribles soient-ils, ne semblent pas avoir de réalité : ils ne sont que des fantômes, des fantasmes, pourrait-on dire, que le chevalier doit ignorer. Sûr de lui, armé de sa vertu et casqué par sa foi, il passe sans les voir et poursuit calmement son chemin,  » les yeux fixés intensément et sans faiblir  » , vers l’objet de sa quête.

Chevalier de l’Universel et de l’éternel. Jusqu’alors, l’Initié avait progressé dans un milieu artificiel et protégé. Le maçon reçoit son initiation et reçoit toutes ses élévations de salaire dans une Loge ou un Atelier supérieur, espace-temps sacré, en dehors de la vie courante. L’Ordre constitue un cadre protecteur où il peut exercer ses vertus à l’abri des exigences, tentations et agressions du monde extérieur. Mais il est évident que l’acquisition de sa propre maîtrise et la libération de son inclinaison à l’altruisme n’ont de sens que s’il peut les vivre dans sa vie quotidienne et sait les faire partager dans sa famille et les divers milieux qu’il fréquente. Un statut intermédiaire est celui des travaux en salle humide. Où les discussions suscitent échanges et nécessitent maîtrise de soi.

À titre d’exemple, Au 30éme degré du REAA, le Kadosch (saint) est considéré suffisamment armé pour affronter le monde extérieur : C’est sur le monde et dans le monde, qu’il doit agir. Il  » a acquis la notion d’un plan supérieur qui est celui de l’absolu, où la dualité se résout en unité,  » mais ne peut pas vivre sur ce plan supérieur. Il lui faut donc redescendre sur celui de l’humanité et s’y affermir pour agir efficacement « . Ce cheminement sera pour lui un combat, un combat permanent pour le Droit et la Justice. À cette fin, il est armé du  » glaive flamboyant de Saint-Michel « , de la  » lance inflexible de Saint-Georges « , et du  » Caducée de Mercure « . Le Chevalier de Dürer,  » der Reiter « , a aussi ces trois armes : l’épée, le bâton de pèlerin et son propre détermination, la composition le plaçant au milieu du Diable et de la mort, dont l’ensemble forme précisément le caducée. Il est guidé par la lumière de la Jérusalem céleste que l’on voit représentée en haut et vers laquelle il se dirige, même si cet objectif paraît inaccessible, sa voie le maintenant actuellement dans un chemin sombre où toutes les embûches sont à craindre.

 » L’homme qui se régénère, se spiritualise, se dépouille pour ainsi dire de l’homme de chair, franchit les portes de la mort pour entrer dans le cycle de la vie éternelle  »  » Chercheur de lumière, celle de la vérité et de la Justice, le chevalier est véritablement  » saint « , puisque protégé par son casque et sa cuirasse contre les exigences, les tentations et les illusions qu’il rencontre. Prêt à combattre  » toutes les ignorances, tous les fanatismes, qui sont les oppresseurs de la pensée, de la Justice et du Droit « ,  » sa profonde foi l’éclaire dans le combat qu’il mène « . Ses alliés sont le chien, saturnien, en contact avec la Terre et le monde souterrain, entièrement domestiqué, symbole de fidélité, de zèle et d’obstination, et la salamandre, animal mythique qui survit, dit-on, à son immixtion dans le feu, donc symbole de la régénérescence par l’Initiation. Ses ennemis, si redoutables et répugnants qu’ils paraissent, sont faciles à maîtriser : il suffit de les ignorer et de les tenir à distance : ce ne sont que les produits morbides d’une imagination exaltée.

Le DIABLE-POURCEAU, figure de l’instinctivité primaire, ne parvient pas à troubler, ni avec sa corne (naturelle), ni avec sa pioche (artificielle), le sage qui a su mettre un écart entre ses pulsions et son esprit souverain. L’assise solide du chevalier exprime la même idée : l’impulsivité du cheval est parfaitement maîtrisée par le cavalier qui contient sa fougue et maintient sa monture au rythme qu’il lui impose. Quant à la MORT, le Kadosch n’a pas à la craindre : elle viendra à son heure, nécessairement, au bout du chemin, (crâne et sablier sont là pour le rappeler). Mais le seul ennemi à redouter, c’est la seconde mort, décrite par l’auteur de l’Apocalypse, que Dürer connaît bien, quand il écrit :  » Le vainqueur, jamais ne connaîtra la seconde mort « .

Au terme de cette étude, deux conclusions. Certains rapprochements sont audacieux, mais ils ne sont arbitraires. Albrecht Dürer, maître ésotériste incontestable, a montré que les jeux de mots et d’esprit peuvent être porteurs de vérités supérieures. On chercherait évidemment en vain le nom de Dürer sur les registres de Loges ou de sociétés initiatiques ayant survécu.

En revanche, à la lumière de ses trois œuvres maîtresses, toute progression initiatique, quelle qu’en soit la forme, à emprunter et explorer, successivement, puis simultanément, les trois voies de la Connaissance, de l’Amour et de l’Action. Ces trois éléments apparaissent bien entendu dans les trois premiers degrés de la Maçonnerie et sont à développer en parallèle.

Merci Ana de cette trouvaille et du partage.

durer carre

Le diable et le satanisme expliqués aux Francs-Maçons 14 juillet, 2013

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
Lundi 17 juin 2013
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Le 1er principe de la règle en douze points de la Franc Maçonnerie régulière stipule que le premier devoir du Franc Maçon est la croyance en Dieu, un Dieu révélé par les Saintes Ecritures. Or l’adage populaire dit :  » Qui croit en Dieu croit au diable « , et les Saintes Ecritures regorgent aussi d’allusions à celui qu’on appelle couramment Satan comme ennemi de Dieu ou des hommes, les conceptions varient selon les religions.

Nous, Francs Maçons, nous nous voulons croyants en un Dieu bon et généreux d’une part et hommes de vertu d’autre part, mais sommes-nous pour autant des pourfendeurs de vices, des Torquémada en tablier ? Les Frères, eux, ont pour but l’amélioration personnelle en éradiquant le vice dans le but de pouvoir ensuite transpirer cette amélioration pour tenter d’améliorer un peu – Un tout petit peu – l’humanité, si tant est que ce soit possible… Mais la question de l’origine des vices n’est pas posée.

La définition de la vertu dans le rituel d’initiation selon le Guide des Maçon, notre rituel, est  » Une disposition qui porte à faire le bien « . Or parmi les 7 vertus principales de la religions judéo-chrétienne on trouve 3 vertus théologales, c.a.d qui ont Dieu pour objet. Pour mémoire : La foi, l’espérance et la charité. Donc, par conséquent, si on considère, comme le dit le même rituel d’initiation, que le vice est  » l’opposé de la vertu « , alors faut-il en déduire que certains vices auraient pour objet l’opposé de Dieu : le diable ?

Mais alors qui est ce diable, ce Satan, à qui les chrétiens attribuent tous les malheurs du monde ? Qu’est-ce que le satanisme ? En quoi cela consiste-t-il ? Quelle est sont origine ?


L’apparition de Satan tel que nous le connaissons aujourd’hui date du nouveau testament dans lequel il est pour le moins omniprésent. Ainsi St Marc dans son évangile raconte que les pharisiens et Jésus s’accusent mutuellement d’être les agents du Diable :  » C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons  » disent les scribes à qui Jésus rétorque  » Comment Satan peut-il chasser Satan ?  » (Marc 3 – 22 & 23). Dans la même optique, Luc et Matthieu font de la tentation dans le désert l’épisode clef de la vie du christ :  » Alors Jésus fut conduit par l’esprit au désert pour être tenté par le Diable  » (Matthieu 4-1).

Soit, mais le problème est que ce  » Satan « , ce diable, ne nous a jamais été présenté. L’ancien Testament nous avait laissé l’image d’un Satan plutôt discret, accusateur certes,  » empêcheur de tourner en rond  » pourrait-on dire, mais nullement puissance du mal. Le peuple hébraïque ignore d’ailleurs le diable qui est totalement absent de l’ancien testament.

Pourquoi ? Parce que Yahvhé, Dieu unique, est loin d’incarner le bien absolu. Il ressemble en cela à ces prédécesseurs car ambivalent, il peut faire beaucoup de bien comme beaucoup de mal : Il lutte sans raison apparente contre Jacob, il tente même d’assassiner Moïse (Exode 4 – 24 & 25). Ce n’est que vers le 7e siècle avant notre ère que les prophètes font des tentatives pour dissocier le mal de Dieu. La solution adoptée est celle d’êtres spirituels bras droit de Dieu à qui ce dernier confierait les tâches ingrates, ces mêmes serviteurs ayant parfois une tendance à faire du zèle, au grand dam de l’Eternel qui, tout parfait qu’il soit, semble avoir du mal à contrôler les ardeurs de ses subordonnés. Ces serviteurs sont appelés des satans, de la racine hébraïque  » stn  » qui signifie  » adversaire  » ou  » celui qui met obstacle « . Signalons d’ailleurs que le mot diable vient du grec  » diabolos  » ou du latin  » diabolus « , c.a.d  » Calomniateur « . Entre l’accusation et la calomnie, la frontière est ténue et elle est vite franchie… Le satan est donc un employé de Dieu qui n’agit qu’avec la permission de celui-ci pour accomplir les basses œuvres et jouer le rôle d’accusateur voire de procureur. C’est donc un satan qui met Job à l’épreuve en lui envoyant des calamités (Job, 1 – 6 à 12, 2 – 4 à 7). Et c’est encore un satan qui, dans le vision de Zacharie (Zacharie 3 – 1), tient de procureur dans le procès de Josué. Dans ce tribunal le satan est d’ailleurs assis à la droite de Dieu.

L’exemple le plus criant de cette dissociation de Dieu et de ses second couteaux est consigné dans le livre de Samuel (24 – 75 & 76) où il est écrit :  » Le seigneur envoya donc la peste en Israël depuis ce matin là jusqu’au temps fixé, et il mourut parmi le peuple, de Dan à Beer-Sheva, 70 000 hommes. L’ange étendit son bras vers Jérusalem pour la détruire mais le seigneur renonça à sévir et dit à l’ange qui exterminait le peuple :  » Assez maintenant, relâche ton bras « .  »

Peu à peu, insensiblement, le satan de l’ancien testament devient autonome par rapport à Dieu. A ce point que, lorsque l’église catholique arrive au pouvoir vers le 4e siècle, celle-ci cherche à laver Dieu de toute intention maligne. Le mal est alors reporté sur Satan qui devient indépendant et à qui on peut désormais mettre une majuscule…

Un exemple de ce basculement nous est fournie par l’affaire du recensement d’Israël, pratique interdite par le loi mosaïque. Dans Samuel (24 – 1) c’est Yahvhé qui pousse David à le faire avant de le sanctionner. Quelques siècle plus tard, dans le 1er livre des chroniques (21 – 1) il est écrit  » Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël « .

Voilà, l’ennemi est désigné. Et sans le savoir, l’Eglise catholique se rapproche des conceptions païennes qu’elle va combattre avec véhémence. En effet le Satan chrétien n’est pas sans rappeler les anciens Dieux Perses. Dans les mythes perses il existe un dieu suprême, Ahura Mazda, alias Ormuz, et deux esprits jumeaux : Spenta Mayu, le bon, et Ahra Mayu, surnommé Ahriman, le mauvais. D’après les écrits zoroastristes, Ahriman convoitait la lumière, mais pour lui barrer la route, Ahura Mazda, créé le monde, foncièrement bon. Ahriman, en réaction, créé les êtres malfaisants et commence ainsi une lutte incessante entre le bien et le mal. On pourrait voir dans cette légende une ébauche du prologue de St Jean (1-4) :  » La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’on point reçue « .

Il se trouve en plus que dans la mythologie Zoroastriste, Ahriman est représenté par un serpent, tout comme le tentateur de la genèse (chap 3 – 1 et suiv), celui qui pousse Eve à faire manger à Adam du fruit de l’arbre de la connaissance. On pourrait plancher longuement sur le symbolisme attaché au serpent mais cela dévierait du sujet… Ahriman est également secondé par 7 archidémons qui figurent des maux physiques et moraux. La liste de ces maux rappelle tantôt les 7 pêchés capitaux, tantôt les 7 plaies d’Egypte. Ces 7 archidémons sont : L’erreur, l’hérésie, l’anarchie, la discorde, la présomption, la faim et la soif.

Dans l’armée d’Ahriman enfin, on trouve enfin des personnages qui feront partie des légions de Satan selon la Bible: Azazel, Lilith, Léviathan…

Ainsi, dans le nouveau testament, le diable est omniprésent. Il est cité 188 fois sous les noms de Satan, démons, diable, bêtes, ou dragon. Son nombre est donné : 666, chiffre issu de la transcription du nom du 6e empereur de Rome,  » César-Néron « , selon l’alphabet hébraïque, ou  » César-Dieu  » si on utilise l’alphabet grecques. On dira également que 666 était le chiffre de Napoléon Bonaparte. Ce chiffre serait celui de l’imperfection par rapport au 7 divin. Le diable se serait vue attribuer ce chiffre parce, selon certains, 600 serait le chiffre de la fausse religion, 60 celui du commerce avide, et 6 celui de la conduite du monde. On se demande qui a bien pu avancer cette explication mais, en tout cas, quel bon argument pour les antimondialistes aujourd’hui !

L’ennemi est désigné mais l’Eglise, en conférant à Satan le rôle de propagation du mal dans le monde va commettre une terrible erreur : Elle va donner tellement d’autonomie à Satan qu’elle va en faire un égal de Dieu, ce dernier ne pouvant rien contre son action. Un dualisme qui suivra toujours l’église catholique. Un dualisme qui a d’ailleurs servi de fondement à différentes doctrines rassemblées sous le vocable  » gnosticisme « . Ces doctrines veulent que le monde soit tellement mauvais et répugnant qu’il n’ait pu être engendré par un Dieu bon et tout puissant. Le véritable salut ne vient alors pas de l’adoration de ce Dieu céleste mais de la connaissance interne, la gnose, qui révèle le véritable Dieu, bon et généreux. Pour mieux installer définitivement le dualisme le concile de Constantinople, en 533, condamnera la doctrine de l’apocatastase voulant qu’à la fin des temps, le diable serait pardonné. Même Dieu ne peut racheter le diable, n’est-ce pas la preuve de l’égalité de ce diable et de Dieu…

Un fait surprenant tendrais à prouver la bien fondé de cette dualité. La racine hébraïque de Satan est  » stn « . En kabbale,  » stn  » (Sin, Tet, Noun) à pour valeur numérique 359. Or 359 est le 72e nombre premier. Et le Grand Nom de Dieu dans la tradition hébraïque a 72 lettres… Cette dualité serait-elle donc inscrite dans les textes sacrées ?

Pour Corriger le tir l’église catholique se lance dans une vaste opération de terreur. Elle s’ingénie à décrire le diable comme un être physiquement horrible. Le concile de Trente le montre comme un hybride d’homme et de bête : Un corps d’homme, un abdomen de bouc des pieds fourchus, une longue queue, une barde rousse, une peau noirâtre, des cornes et il exhale une odeur de souffre. Encore un rapprochement avec les conceptions païennes puisque ce diable ressemble étrangement au dieu Pan dans la mythologie grecques. Il s’agit quoi qu’il en soit d’un symbolisme bien maladroit : L’aspect physique de Satan traduit la noirceur de son âme et la noirceur de l’âme de son serviteur. D’aucun pourrait parler de délit de sale gueule… Mais il s’agissait avant tout de contrecarrer l’action des artistes du 5e siècle qui représentent le diable comme un beau jeune homme richement vêtu et aux manières gracieuses. Une image qui pourrait plus séduire les fidèles qu’un Dieu tout puissant que personne n’a jamais vu…

C’est aussi à cette époque que fleurissent les manuels de démonologie. On citera pour mémoire le  » Malleus malifacrum  » ( » Le marteau des soricères « ) des inquisiteurs allemands Jacques Sprenger et Henri Institori, peudonyme de Henrich Kramer (1486), ou le  » De la démonomanie des sorciers  » du jurisconsulte français Jean Bodin (1508). C’est enfin l’époque des exorcismes et de la chasse aux sorcières et des soi disant  » pacte avec le diable « . On vois alors le diable partout : Dans les cultes païens, dans la médecine, dans les catastrophes naturelles, dans ce que le clergé appelle  » l’art noir  » et qui n’est autre que l’alchimie, dans les plaisirs en général et en particulier le 1er d’entre eux, la grande peur des religions occidentales : le plaisir sexuel…

Enfin, les légions des ténèbres sont dénombrées. Au XVIe siècle on parle de plus de 44 millions de démons répartis en 6666 légions commandées par 66 princes de l’enfer parmi lesquels Abaddon, Mammon, Belphégor, Alastor, Léviathan, Astaroth… Et j’en passe. Certes tout cela ne représente, paraît-il, qu’ 1/3 des armées divines mais on ne peut s’empêcher de crier au délire face à de tels chiffres sur lesquels les théologiens ergotent à l’époque…

Tout cela est tel que la chasse au diable aboutira au résultat inverse. Au XVIIIeme siècle et surtout au XIXe, le statut de Satan se renverse : Il devient avec la révolution française puis la révolution industrielle un symbole de la lutte contre le pouvoir et l’oppression, un symbole d’affranchissement. En 1877, Calvinhac, un des chefs de la libre pensée française déclare dans une réunion publique :  » Dieu, c’est le mal. Satan, c’est le progrès, la science, et si l’humanité était mise en demeure de reconnaître et d’adorer l’un de ces deux entêtés, elle ne devrait pas hésiter un seul instant… « . Voilà comment le diable devient l’ami de l’homme.

La littérature s’en fait l’écho avec des gens comme lord Byron qui loue Lucifer d’avoir soutenu Caïn contre la tyrannie divine. Percy Shelley qui dans un  » Essai sur le diable et sur les démons  » démontre que les chrétiens ont tout fait pour retirer à Dieu la responsabilité du mal et voit dans le diable le symbole de la prise de conscience de cette vérité. Georges Sand enfin qui dans  » Consuelo  » fait dire à Satan :  » je ne suis pas le démon (…) je suis le dieu du pauvre, du faible et de l’opprimé.  »

Et ce n’est pas fini : Avec les Frères Lumière, Satan passera au cinéma : Depuis  » Le manoir du diable  » en 1896 jusqu’à  » L’associé du diable  » avec Al Pacino en 1997, en passant par  » La beauté du diable  » (1949),  » Rosemary’s baby  » (1968),  » L’exorciste  » (1973),  » Angel heart  » (1985)  » Les sorcières d’eastweek  » (1987) et surtout la trilogie  » Damien – La malédiction  » débutée en 1976. Aujourd’hui l’image du diable est plutôt brandie par les groupes de musique rock et ce depuis les années 60 à 70. Les Rolling Stones chanteront  » sympathy for the devil  » avant que, dans les années 70, le groupe Black Sabbath ou le chanteur Screaming Lord Sutch ne défraient la chronique. Aujourd’hui l’étendard satanique est surtout brandi par les groupes black métal comme Dark Funeral, Dimmu Borgir, Gorgoroth, Mystic Circle, Dark Throne, etc…

Mais il faut avouer que le cinéma, et plus encore le black métal, donne souvent de Satan et du satanisme moderne une image extrêmement faussée, image dans laquelle satanisme, violence et apocalypse forme un mic-mac plutôt indigeste pour les profanes.

Quant à l’idée du culte satanique et des rites sataniques, elle n’est pas récente. Les historiens se déchirent sur la réalité des sabbats, ces rites qu’on appelle parfois  » messes noires « . Le manuel de démonologie de Bodin ou le  » Malleus maléficarum  » affirment haut et fort l’existence des sabbats et donnent des descriptions plus atroces les unes que les autres de sacrifices humains, d’orgies sexuelles à grandes échelles. Et ce n’est pas l’Ordre du temple d’orient fondé en 1912 par l’anglais Aleister Crowley, transfuge de la Golden Dawn, qui le démentira, loin de là… A titre anecdotique, les lieux de cultes sataniques ont même été situés dans les temples maçonniques par le sieur Gabriel Jorgan-Pages, alias Léo Taxil, de triste mémoire. Aujourd’hui, la situation est plus claire…

Le fondateur du satanisme moderne est l’américain Anton Szandor Lavey, un F:. d’ailleurs, qui fonde en 1966 l’Eglise de Satan qui demeure aujourd’hui la principale organisation sataniste, celle qui chapeaute toutes les autres. 1966 est proclamée première année de l’ère satanique. Si les F:. M:. sont en l’an 6002, les satanistes sont en l’an 36.

Le satanisme moderne n’a rien à voir avec les digressions du maléficarum, ni les invectives des curés. Pas question de sacrifices d’enfants ou même d’animaux, pas de sabbats champêtres nocturnes où l’on se rend à califourchon sur un balai et qui se termine par un obsculum obsenum…

Certes le satanisme moderne a repris le coté contestataire du diable tel qu’inspiré des saintes écritures et n’importe quel Franc Maçons serait pour le moins septique à l’écoute de cette doctrine satanique. Ainsi le satanisme moderne affirme haut et fort la non existence de Dieu, création purement humaine. Idem pour le paradis et l’enfer qui ne sont que des moyens de dominer les fidèles au même titre que le pêché originel et son corollaire : Le meilleur outil de contrôle des personnes et des masses : La Culpabilité. Le satanisme moderne se veut seulement une spiritualité athée et d’origine païenne, sans aucune vénération d’un quelconque être supérieur. Satan n’est plus qu’un concept et le satanisme se veut une spiritualité basée non pas sur la vénération d’un Dieu unique qui vous rachètera dans l’autre monde si vous avez beaucoup souffert sur Terre, mais sur l’épanouissement de la personne, l’augmentation de l’intelligence et sur l’accomplissement individuelle. Un démarche certes très initiatique voire, pourquoi pas, Nietzchéenne.

Cette étrange mélange de contestation et d’initiation se retrouve dans les 11 règles sataniques. C’est 11 commandement reflètent plutôt, eux le coté contestataire. De plus il y a 10 commandements dans les religions du livre, il y en a 11 dans le satanisme, encore une forme de contestation… Qu’elle sont-ils ? Citon-en quelques uns :  » Ne donnez pas votre opinion à moins qu’on vous la demande « ,  » Si vous allez dans le repaire de quelqu’un montrez lui du respect, sinon n’y aller pas « ,  » Ne vous plaignez de rien qui vous concerne pas personnellement « ,  » Ne tuez pas d’animaux sauf pour vous défendre ou pour vous nourrir  »  » Quand vous sortez, n’ennuyez personne. Si on quelqu’un vous ennuie, dites lui d’arrêter. S’il continue (…) faites en sorte qu’il ne puisse plus vous contrarier « .

Faisons aussi un détour par la symbolique des nombres. 11, c’est la plénitude du 10 qui symbolise un cycle complet auquel s’ajoute le 1 qui fait du nombre 11 celui de la démesure, du dépassement, de l’outrance dans la symbolique chrétienne. St Augustin dira  » le nombre 11 est l’armoirie du péché. « . Mais si le 11 est supérieur au 10 qui représente le cycle accompli, il faut aussi comprendre que 11, c’est quelque chose de nouveau qui commence. Le Dr René Allendy, dans on ouvrage  » La symbolique des nombres  » publié en 1948, écrit :  » 11 est le nombre de l’initiative individuelle mais pas forcement dans le sens de l’harmonie cosmique, car 11 est aussi 1 + 1 donc 2. Or le 2 est le chiffre de la lutte intérieure, de la transgression. « .

L’initiative individuelle, la lutte intérieure, la transgression … Dans le monde profane tout cela est synonyme de péchés, de marginalité, d’un mal être qui peut vous conduire sur le divan du 1er psychanalyste venu… Dans le monde initiatique, nous parlons de tout cela en terme de parcours initiatique…

Cette volonté d’épanouissement et d’initiation qui caractérise le satanisme, on les retrouve aussi dans les 9 péchés sataniques qui, eux, reflètent plutôt le coté développement personnel :

1 – La stupidité.
2 – La prétention.
3 – Le nombrilisme, un sataniste ne donne jamais son avis, il écoute.
4 – Se couvrir de ridicule, sauf pour s’amuser.
5 – Le conformisme.
6 – Le manque de perspective, toujours restituer un événement dans l’histoire.
7 – L’oubli du passé, comprenez  » accepter ce qui est nouveau sans se poser de question.  »
8 – La satisfaction béate.
9 – Le manque d’esthétisme.

Signalons tout de suite que ces péchés ne sont en aucun cas mortels ou véniels, étant donné que les satanistes sont avant tout athées, il n’y a pas de condamnation venant d’une autorité supérieure si l’un de ces péchés a été commis… Ils s’apparentent alors plutôt à de simples conseils…

Pourquoi 9 ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce nombre 9 est des plus intéressants et des plus opportun en la matière. 9, toujours selon René Allendy, c’est le nombre complet de l’analyse totale. Car 9 est un des nombres des sphères célestes et c’est le nombre des cercles de l’enfer, Beaucoup de traditions symboliques voient dans le nombre 9 la synthèse de la terre, du ciel et de l’enfer. Enfin, 9 représente l’ouverture du cercle vers le bas, donc sur le monde matériel, contrairement au 6 qui représente l’ouverture sur le monde spirituel, le cercle du chiffre s’ouvrant vers le haut. 9, c’est enfin 6 + 6 + 6 = 18, 1 + 8 = 9.

Alors certes on peut ne pas être d’accord avec cette doctrine, ces péchés et ces commandements, mais le satanisme doit être traité comme n’importe quelle religion ou spiritualité : il faut en prendre est en laisser…

Revenons un instant sur les croyances d’autrefois. Les manuels de démonologies palabrent à grand renfort de détails scabreux sur des sacrifices d’animaux, sinon humains, des festins de chair humaine sans boisson, et des orgies sexuelles auxquelles nos amis les bêtes sont éventuellement conviées à des fins que la morale réprouve…

Il existe certes des rituels dans le satanisme et la pudeur n’y a pas forcement sa place. Ainsi lors des célébrations sataniques les participants sont vêtus de robes noires mais les jeunes femmes peuvent être plus légèrement vêtus… Mais il faut d’entrée noter que dans les célébrations satanistes, les participants sont en robe noire, donc en deuil, tout comme en maçonnerie. L’attrait de la robe noire dans ces cérémonies est la même que dans la justice judiciaire et le même que le tablier et le costume sombre en maçonnerie : Elle a le mérite de mettre tout le monde sur un pied d’égalité, il n’y a plus de riche, de pauvre, de laid, de beau, il n’y a que des gens égaux, qui ont les mêmes aspirations, en quête de quelque chose à partager par delà les différences. Certes le noir symbolise la mort dans la civilisation occidentale mais dans la tradition initiatique le noir est toujours le préalable au blanc. Ce noir est alors temporaire, et synonyme de préalable à un passage à une lumière d’un grande blancheur, une lumière synonyme de vie. C’est le même processus que dans les danses initiatique des derviches tourneurs qui sont revêtus d’un manteau noir qu’il enlèvent pour apparaître en robe blanche et se mettre à danser. C’est le même processus que lors de l’initiation maçonnique durant laquelle le candidat est plongé dans le noir du cabinet de réflexion préalablement à la réception de la lumière. Et on signalera enfin, dans cette optique, qu’un des nombreux noms du diable est  » Lucifer  » ce qui veut dire  » Le porteur de lumière « , Lucifer qui était aussi le nom du christ jusqu’au IIIe siècle…

On comprend mieux cette vêture et cette aspiration à la lumière à la lueur d’autres symboles présent lors d’une célébration satanique :

– Les 2 bougies qui entourent l’autel : L’une d’elle est blanche, l’autre est noire. Elle représente la passage des ténèbres à la lumière. On ne peut s’empêcher de penser au pavé mosaïque.

– Le calice qui est le réceptacle de tous les bienfaits dans différentes traditions symboliques. Analogue au Graal, il contient l’immortalité et donc la vie. La cérémonie satanique serait donc une célébration de la vie. Fait du hasard ? : Le hiéroglyphe égyptien pour le cœur est un calice… Enfin, ce calice doit contenir un liquide agréable au palais

– Enfin et surtout le symbole du Baphomet. Le Baphomet est une tête de bouc insérée dans un pentagrame dont la pointe est tournée vers le bas. On a tout dit sur ce pentagrame inversé, cette étoile à cinq branches dont la pointe est tournée vers le bas, et sur ce bouc qui attaque le ciel avec ses cornes. Encore une pique à l’église… Il faut dire, pour comprendre tout cela, que le Lévitique (chap 16, verset 15 à 16) parle du sacrifice d’un bouc pour expier les pêchés d’Israël. Le monde judéo-chrétien a donc rapidement fait du bouc un symbole de luxure et de perversion alors que cette interprétation est elle-même une perversion d’autres traditions symboliques.
Le symbolisme attaché au bouc est en effet plutôt positif : Autour de la Méditerranée il est perçu comme un capteur de tout le mal qui peut s’abattre sur une communauté. A ce titre jamais personne n’ennuie les boucs dans les villages. Il est souvent aussi symbole de virilité et de fertilité, donc, par extension, symbole de vie. Dans le même ordre d’idée, en Inde, le bouc est assimilé au feu, plus exactement au dieu védique Agni, dieu du feu. Le bouc apparaît alors comme le symbole du feu d’où naît la vie et la mort.

Il y a d’autres accessoires symboliques utilisées dans les cérémonies sataniques : La cloche, l’épée comme symbole du verbe, le gong… Mais pas question de faire un listing de symboles dont vous avez pu voir qu’ils convergent tous vers la même interprétation.

Ces explications serviront-elles à éloigner la peur du diable ? On peut en doute tant elle est encore présente. Ainsi de nos jours on s’effraie encore lorsqu’on découvre, dans l’actualité, des images de profanations de sépultures dans des cimetières dans lesquels les croix sont renversées, les cadavres exhumés, des slogans peints, de pauvres animaux égorgés. Et lorsque les fauteurs de troubles sont attrapés on se rend compte que tout cela a été perpétré par des adolescents aux cheveux longs, tout de noir vêtus et fan de black métal. Point là de satanisme mais un simple délire de jeunes perturbés, probablement par une famille indigne…Certes pour beaucoup le satanisme est le prétexte de gens mal intentionnés qui répandent la destruction et l’affliction autour d’eux par plaisir sadique. Mais on pourrait dire de même des croisades, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, perpétrées par les grandes religions pour lesquelles la lutte contre le diable a longtemps été un prétexte. Cette peur du diable est revenu en force il y a quelque temps, avec la fin du XXe siècle. La tempête du 26 décembre 1999 y a été pour quelque chose dans l’esprit des gens cultivés. On alors longuement reparlé de l’apocalypse selon St Jean et de la venue de l’antéchrist. L’antéchrist qui n’est d’ailleurs pas le diable lui-même mais un démon incarné selon certains, le fils d’un démon et d’une femme selon St Jérôme.

On a, de plus, du mal a priori à comprendre cette peur du diable issue de l’apocalypse puisque, selon St Jean comme dans toutes les traditions apocalyptiques, le diable perd le combat ultime et du champ de bataille naît un monde meilleur, la terre redevenant alors un paradis, du moins selon St Jean. Mais, toujours selon St Jean, ce paradis sur terre ne s’installe qu’après un jugement dernier dans lequel seuls les bons seront récompensés. Il n’est pas interdit de penser, dés lors, que cette peur du diable serait, quelque part, la peur de soi-même. Plus exactement du mal intérieur, de celui que tout homme peut commettre. Ce mal barrant l’entrée du paradis…

On a prêté longtemps aux prétendus satanistes, aux païens, aux idolâtres les pires vices. Cette idée survie encore de nos jours. Mais, d’un autre coté, au nom de Dieu, qui n’en demandait sûrement pas autant, des hommes soi-disant très pieux ont massacrés de soi-disant infidèles, pillés, torturés, violés, détruits… On se demande alors de quel coté est le vice…

Le satanisme est un sujet bien inhabituel pour une loge de maçons francs et réguliers, qui affirment donc leur croyance en un Dieu révélé, qui prêtent serment sur la bible, le Coran ou la Torah. L’athéïsme des satanistes leur interdit l’accès des loges régulières, d’une part, et les Francs maçons réguliers ne peuvent, d’autre part, se reconnaître totalement dans cette doctrine. Un sujet inhabituel certes, charge à vous mes FF:. d’en tirer l’enseignement que vous voudrez : Simple savoir, connaissance de l’ennemi, ou réflexion plus profonde. Charge à vous donc de réunir ce qui est épars…

[Avant de rendre la parole par la formule rituelle, je souhaiterais remercier le F:. Sam Eched, 33e degré au REAA et membre du Suprême Conseil de Belgique pour sa contribution de kabbaliste sur la racine stn.]

J’ai dit, V:. M:.

Sources : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/1/satan/satan.htm

et l’excellent blog : http://hautsgrades.over-blog.com

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L’ADMISSION DE LOUISE MICHEL DANS LA MACONNERIE 4 décembre, 2010

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L’ADMISSION DE LOUISE MICHEL DANS LA MAÇONNERIE

Par Yann LE GIGAN

 

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Il y a fort longtemps, lorsque je militait dans un cercle d’étudiants anarchistes à l’Université de Nanterre , j’eu l’idée de poser aux « anciens » du mouvement, la question suivante :

« D’après vous, qu’y a t’il de commun entre Michel BAKOUNINE, Francisco FERRER, Pierre Joseph PROUDHON, Elisée RECLUS, Jules VALLES et Louise MICHEL ?

« Ce sont tous des théoriciens de l’anarchisme » me répondirent-ils en choeur !

« Et savez-vous qu’ils étaient aussi franc-maçons ? »

Ma réponse les embarrassa plus qu’autre chose et je me rendis compte à quel point ce fait était ignoré dans le milieu libertaire … voire tabou

Pour répondre à la question « Dans quelles conditions et pourquoi Louise Michel est entrée dans la Franc-maçonnerie? » il a fallu que je replace l’évènement dans le contexte maçonnique de l’époque.

J’ai structuré le présent texte en trois parties : en essayant de faire court :

1°/ La Franc-maçonnerie mixte française du début du siècle :

1.1 La Loge « Les Libres Penseurs » à l’Orient du Pecq de la Grande Loge Symbolique Ecossaise (GLSE 1880 – 1895)

1.2 La Grande Loge Symbolique Ecossaise mixte de France « Le Droit Humain » (1893-1901) qui deviendra L’Ordre Maçonnique Mixte International « Le Droit Humain » le 12 Juin 1901

1.3 La Grande Loge Symbolique Ecossaise « maintenue et mixte » (GLSE II) (1897-1911)

2°/ L’initiation de Louise Michel le 13 Septembre 1904 , suivie de sa première conférence le lendemain sur le thème du féminisme

2.1 – L’initiation – 13 Septembre 1904 à la Loge « La Philosophie Sociale » de la GLSE II « maintenue et mixte »

2.2 – La conférence – 14 Septembre 1904 à la Loge « Diderot » de la GLSE II sur le thème du féminisme

3°/ La courte vie maçonnique de Louise Michel (1904-1905)

Bibliographie


1°/ La Franc-maçonnerie mixte française du début du siècle


1.1   La Loge « Les Libres Penseurs » à l’Orient du Pecq de la Grande Loge Symbolique Ecossaise (GLSE) 1880 – 1895

Vers la fin du 19ème siècle en France, la maçonnerie écossaise (masculine) était regroupée au sein d’une obédience (aujourd’hui disparue) appelée Suprême Conseil De France (SCDF)

La dénonciation des statuts monarchiques du SCDF , par certains de ses Ateliers provoqua une dissidence de 12 loges , qui fondèrent le 11 Juillet 1880 La Grande Loge Symbolique Ecossaise (GLSE).

Elle se réclama, selon l’expression de Goumain-Cornille, du principe du  » Franc-Maçon libre dans la loge libre  » c’est-à-dire débarrassée de la tutelle d’un Suprême Conseil… et díun Grand Architecte de l’Univers

Il évoque les principes de la nouvelle Obédience : aux Suprêmes Conseils, l’administration des hauts grades, aux Grandes Loges, le gouvernement des Ateliers symboliques. Cette obédience resta modeste, ne comportant guère plus de 37 loges, mais joua un rôle déterminant :

C’est au sein d’un atelier de la GLSE : la Loge « Les Libres Penseurs » à l’Orient du Pecq ; qu’une certaine Maria Deraismes fut initiée le 14 janvier 1882.

Contre líavis des députés des loges de la GLSE (qui souhaitaient fusionner avec le Grand Orient) la Loge  » Les Libres Penseurs  » inscrivit le principe de l’initiation féminine dans son règlement intérieur et se proclama Loge autonome le 9 Janvier 1882, quelques jours avant l’initiation de Maria Deraismes (le 14 janvier 1882) en présence de George Martin membre de la Commission exécutive de la GLSE.

Cette première tentative de constitution d’une loge mixte n’eut pas de suite et la loge se mit en sommeil.

La GLSE fusionnera avec quelques loges du SCDF pour donner La Grande Loge de France (GLDF) en 1895.

1.2 – La Grande Loge Symbolique Ecossaise mixte de France « Le Droit Humain » (1893-1901)

Deux ans avant la dissolution de la GLSE , le 14 Mars 1893 : Maria Deraismes initie 17 femmes.

Parmi elles : Marie Bequet, Clémence Royer, Maria Martin, Anna Feresse-Deraismes, Marie Pierre, Marie-Georges Martin.

Le 1er avril 1893, ces dernières ayant atteint la maîtrise (sic), Maria Deraismes affilie Georges Martin et crée une loge mixte.

Le 4 avril 1893, est déposée au Ministère de l’Intérieur la charte de La Grande Loge Symbolique Ecossaise « Le Droit Humain », obédience qui se veut mixte et internationale selon le dessein de sa fondatrice.

Le rayonnement de la GLSE mixte de France « Le Droit Humain » est important et de nombreux féministes, hommes et femmes demandent à y entrer.

La tradition de l’Ecossisme est basée sur l’existence d’un Suprême Conseil, chargé de délivrer les patentes constitutives d’ateliers travaillant jusqu’au 33e degré.

Décembre Allonier, féministe convaincu et 33e du Grand Collège des Rites du GODF, élève plusieurs membres de la nouvelle obédience au 33e degré, dont Georges Martin (qui ne possédait que le 30e degré, obtenu à la GLSE).

Le Suprême Conseil Universel Mixte International est proclamé le 11 Mai 1899.

Les Constitutions de l’Ordre indiquent que les membres travailleront au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA).

La Grande Loge Symbolique Ecossaise mixte de France « Le Droit Humain » ne devient L’Ordre

Maçonnique Mixte International « Le Droit Humain » que le 12 Juin 1901.

Une maçonnerie mixte s’étend à travers les continents, sous la (pesante) houlette d’un Suprême Conseil International.

En France, les Ateliers du Droit Humain sont généralement féministes et rationalistes.

En terre anglo-saxonne (avec Annie Besant) ils servent de support à la théosophie.


1.3 – La Grande Loge Symbolique Ecossaise « maintenue et mixte » (GLSE II) (1897-1911)

En novembre1895 un « Congrès de la fusion écossaise » réunit les Loges bleues du SCDF et la GLSE.

La réunification n’aboutira pas immédiatement, mais la Grande Loge de France (GLDF) sera créée.

Deux loges de l’ancienne GLSE refuseront cette union : La n°24 « Diderot » et la n°42 « Les Inséparables de l’Arc-en-ciel ». Le 23 Juin 1897 se tiendra une réunion « dans le but de réorganiser l’obédience de la GLSE »

La GLSE « maintenue » (GLSE II) conservera la Constitution de la première GLSE.

Le premier président élu est Raoul Urbain (1837/1902), ancien membre du Conseil de la Commune condamné aux travaux forcés à perpétuité mais libéré par l’amnistie.

La Constitution définitive est votée le 10 Juin 1901. La déclaration de principes, placée en préambule, présente la nouvelle devise de l’obédience « Liberté Egalité Fraternité Solidarité ».

Elle se réfère explicitement au rationalisme et se veut anti-religieuse.

Une obédience originale venait de naître : « La GLSE, maintenue et mixte »

L’autre originalité de cette obédience est l’attitude d’ouverture, voire d’alliance envers la GLSE mixte de France « Le Droit Humain » (réception de membres du DH)

Le 20 décembre 1899, le Vénérable Haas de la Loge « La Philosophie Sociale » déclare dans son allocution de bienvenue que sa loge (je le cite)  » fondée sur les idées socialistes libertaires, devait arriver forcément à admettre les S.’. maçonnes à participer à ses travaux… »

C’est dans une Loge de la GLSE « maintenue et mixte » que sera initiée Louise Michel le 13 Septembre 1904.

Entre-temps, une crise provoqua la rupture entre la GLSE II et le Droit Humain.

Si les deux obédiences sont mixtes et féministes, elles sont de sensibilité politico-philosophiques différente.

La GLSE II est majoritairement libertaire, le Droit Humain est plutôt radicalisant (proche du parti radical.ndlr).

Les membres de la première prônent l’union libre et l’avortement, les adhérents de la seconde défendent une vision plus « bourgeoise » de la famille, des moeurs et de la société.

La GLSE « maintenue et mixte » se disloquera vers 1911 à la suite de dissensions internes.


2°/ L’initiation de Louise Michel le 13 Septembre 1904, suivie de sa première conférence le lendemain
sur le thème du féminisme.


2.1 – L’initiation – 13 Septembre 1904 à la Loge « La Philosophie Sociale » de la GLSE II

Dans une lettre, Madeleine Pelletier revendique l’honneur d’avoir conduit Louise Michel jusqu’à la Maçonnerie :  » Deux mois après mon initiation, je faisais entrer Louise Michel afin de me servir de sa notoriété universelle comme d’un puissant levier pour la propagande de mes idées et j’organisais seule, pendant le Convent de 1904, des tenues exceptionnelles qui eurent, grâce à Louise Michel , un succès sans précédent. »

En effet, le 13 Septembre 1904, la loge n°3 « La Philosophie sociale » initie trois profanes devant plus de 500 maçons dans le petit Temple de la rue Rondelet:

- Henri Jacob,

- Louise Michel

- Charlotte Vauvelle, libertaire, amie, accompagnatrice et compagne de Louise Michel depuis 1895.

Elle est accueillie par Charles Malato de Cornet (1857/1938) déporté en Nouvelle Calédonie avec ses parents, écrivain, journaliste et militant libertaire.

Au moment de son initiation, Louise Michel a 74 ans révolus. Sa réception est relatée dans le « Bulletin trimestriel de la GLSE II ». (n°9, 20 Juillet 1904, pp. 58/59) par Madeleine Pelletier :

Je cite cette dernière :

« Níest-ce pas une honte pour la maçonnerie quíune telle femme ait pu répondre à son âge et sous le bandeau des initiés : « Je serais entrée avec plaisir dans la maçonnerie et depuis longtemps ; mais on mía toujours dit que la femme níy a pas une place égale à celle de líhomme. » ?

Point níest besoin díajouter que líillustre profane a subi avec courage et sincérité les épreuves morales ; dans la vie díune femme comme elle une initiation pèse díun poids bien mince.

Dans ses réponses se dégageait nettement la citoyenne courageuse quíelle a été toute sa vie, et à un Frère plutôt hostile qui lui demandait si elle croyait devoir tuer les gens qui ne pensent pas comme elle, elle a Répondu : « Toute vie est sacrée et jíéprouverais la plus grande douleur à verser le sang díautrui ; mais si nous étions en période révolutionnaire et quíun meurtre fût la condition du triomphe de mes idées, je níhésiterais pas une minute ».

2.2 – La conférence – 14 Septembre 1904 à la Loge « Diderot » de la GLSE II

Le lendemain, la jeune Apprentie participa à une tenue consacrée au féminisme, en compagnie de cinq autres conférenciers, dont Isabelle Gatti de Gamon (écrivain et féministe), Paul-Maurice Legraind, M. Soulez-Darqué et Madeleine Pelletier.

Voici l’intégralité de la conférence que fit Louise Michel au lendemain de son initiation, à l’atelier

« Diderot » de la GLSE II :

LA FEMME DANS LA MACONNERIE

« Il y a longtemps que j’aurais été des vôtres si j’eusse connu l’existence des loges mixtes, mais je croyais que, pour entrer dans un milieu maçonnique, il fallait être un homme.

Selon moi, devant le grand idéal de liberté et de justice, il n’y a point de différence d’hommes et de femmes ; à chacun son oeuvre.

Ce n’est pas pour conquérir des privilèges que nous devons nous réunir, car, des privilèges, nous n’en avons pas besoin. Nous allons à la conquête du monde avec ses richesses multipliées par la science et le travail, avec pour horizons la liberté sans limites.

Le vieux monde craque de toutes parts : à Rome, en Russie, il montre ses pourritures. Pour arriver nous tous, hommes et femmes, à instaurer la cité nouvelle de lumière et de bonheur, nous avons à vaincre l’ignorance et la misère qui rendent mauvais. C’est nous, qui savons, qui sommes des criminels si, en égoïstes, nous gardons pour nous-mêmes nos connaissances. On manque d’enthousiasme : il ne suffit pas de savoir, il faut vouloir et agir.

On s’est défié des femmes, qui sont pourtant une grande force. La femme est un terrain facile à cultiver, c’est un compagnon et non un esclave.

C’est à la femme d’essayer de faire des hommes. Qu’elle n’ait plus rien de caché, qu’elle renonce aux puérilités et aux petites ruses qui sont une marque de faiblesse ; qu’elle aille comme l’homme à visage découvert ; elle sera heureuse.

Il faut que la femme refuse de se prostituer plus longtemps d’âme lorsque ce n’est pas de corps.

Elle-même doit être l’artisan de son émancipation.

Que la femme refuse de demeurer l’être inférieur que la vieille société a prétendu faire d’elle à perpétuité !

Et que les hommes, armés contre d’autres hommes pour la défense du vieux monde d’iniquités, refusent de se faire assassins ! Que des militaires préfèrent se faire fusiller que tirer ! Ayons, hommes et femmes, la force de la volonté, car nous n’avons pas celle des baïonnettes !

Nous sommes à une époque de l’évolution universelle où la lumière commence à rayonner : sachons en profiter !

Eveillons, aidons les forces latentes. Je me rappelle la Bretagne, que j’ai parcourue il n’y a pas longtemps pour y faire des conférences. C’est une province qui possède de grandes ressources d’énergie et qui est impulsive comme tous les convertis. Il s’y passera de grandes choses lorsque nous aurons su prendre cette province.

Elle-même s’insurgera contre ses religions et détruira ses églises. Les prêtres y sont plus arriérés qu’ailleurs et, à cause de cela, il faut que les paysans bretons libérés deviennent un peu savants.

Les groupements humains et les individus suivent les mêmes lois d’évolution naturelle : hier l’esclavage, la misère morale et matérielle ; aujourd’hui le premier éveil ; demain l’entrée dans le bonheur et la liberté.

On n’a rien fait de mieux que les universités populaires où la femme va s’instruire à côté de l’homme, son camarade, où des prolétaires s’efforcent de s’assimiler des vérités naturelles et des lambeaux de savoir.

Il nous faut multiplier ces universités, les vivifier, consolider leur méthode d’enseignement. On doit y apprendre ce que sont la Matière, l’Homme, la Société, les rapports existant entre eux, ce que fut l’homme, ce qu’il sera. Il faut que rien ne nous fatigue, que rien ne nous abatte.

Le Moyen Age, lui aussi, à un moment, semblait prêt à faire triompher les idées généreuses. Mais le clergé recouvrit de son ombre le mouvement qui se dessinait et, pour des siècles, l’erreur domina la vérité.

Nous devons profiter de l’heure présente et ne pas nous attarder aux choses mesquines, aux rivalités de clans, aux vanités ridicules : la femme ne doit pas singer líhomme dans ses erreurs.

Le duel des sexes serait ridicule et odieux : il níy a pas la Femme contre líHomme ; il y a líHumanité.

Nous níavons pas à mendier ces choses mesquines quíon appelle des droits politiques et qui vont disparaître avec la politique elle-même dans cette grande refonte faisant de líhumanité une vie toute nouvelle.

Quíest-ce que le droit de déléguer tous les quatre ans un pouvoir nominal à des mandataires en comparaison du droit naturel de penser et de vivre sans maître en puisant dans la richesse devenue le patrimoine de tous.

Il faut prendre, pour en faire le bien commun de líhumanité sans distinction de sexe, ce qui donne la vie, la vie de la pensée comme celle du corps. Il faut prendre la science, prendre les arts, se les approprier et que chacun soit soi-même.

Etre soi-même ! Que la femme qui poursuit son émancipation cesse díêtre un écho, un reflet ! Quíelle síaffirme sans vanité comme sans peur, telle quíelle est. Ce qui fait que les peintres qui sont prix de Rome níont jamais rien valu, cíest quíils ont pris líhabitude de copier au lieur de créer.

Agissons et marchons vite, car nous ne sommes pas seuls et il nous faut songer aux autres. Laissons les réactionnaires se cramponner au passé, à leurs institutions qui síeffondreront avec eux, les tenant captifs comme des rats dans leurs trous. Ils veulent vivre dans líornière ; pour nous, créons les larges routes où nous ferons passer les petits enfants. En ouvrant ces routes-là, on peut mourir : ne le cachons pas, on ne meurt quíune fois et ce níest pas grand-chose. Ceux qui passeront les premiers seront les plus exposés : quíimporte, toute avant-garde est faite pour être sacrifiée.

Il ne faut pas regarder, lorsquíon fait une découverte, si líon est suivi, il faut soi-même la poursuivre.

Il y a longtemps que le progrès serait le maître si on avait eu plus de volonté, mais nous osons à peine nous affranchir du joug du passé. Nous avons partout des attaches qui nous enserrent, des hérédités qui, díhommes à hommes, ont passé aux enfants. Rome et Fouilly-les-Oies ont pesé également sur les esprits.

Il faut síaffranchir de líune comme de líautre.

Il nous faut transformer quelque chose de plus important que les constitutions : la société, où toutes les misères découlent les unes des autres ; la faim, líignorance, la prostitution, la haine. Chez líêtre humain roulé dans toutes ces misères, qui líenveloppent comme les replis díun suaire, il peut substituer quelque chose de bon.

Les apaches (vieux mot désignant les truands) eux-mêmes ont leurs qualités : ils ne se trahissent pas.

Le pouvoir abêtit les hommes ; aussi devons-nous, non point le conquérir et nous líarracher entre hommes et femmes, mais líéliminer de la société en faisant de celle-ci une grande famille libre, égalitaire et fraternelle, selon la belle devise maçonnique. Les hommes de la Commune étaient individuellement énergiques, díune grande valeur. Membres de la Commune, ils ne furent pas à la hauteur de leur tâche. Ce níest pas le gouvernement qui possède la grande force, cíest le reflux de revendications ouvrières qui pousse le pouvoir dans le dos et le force à exécuter quelques réformes indispensables. Il faut donc que notre action active celle des pouvoirs.

Ce ne sera pas chose facile, car la réaction se remue pour conserver ses privilèges.

Nous allons vers líavenir, elle veut ramener líhumanité au passé.

Peut-être la violence devra-t-elle trancher ce conflit. Jíai assisté à Londres à une réunion de nihilistes.

Il était curieux de voir ces hommes, non pas se réjouir de la mort de Plewhe, mais être satisfaits que líhumanité fût débarrassée díun obstacle entravant sa marche en avant.

Il nous faut dépouiller líhumanité de ses laideurs et de ses tares. En ce moment souffle, tantôt en harmonie tantôt en tempête, un esprit véritablement nouveau. Il y a des grèves où on entend les colères monter, il y a une certaine chaleur dans les cerveaux, on cherche quelque chose, cíest une autre orientation de líespèce humaine, des troupeaux qui vont vers líidéal. Ils veulent rompre avec le passé ; il faut que le passé soit mort. Il appartient aux maçons et aux maçonnes de créer la religion nouvelle, la religion sans dieu et sans dogmes.


3°/ La courte vie maçonnique de Louise Michel (1904-1905)

Après son initiation, Louise Michel fit, durant les quelques mois de sa vie maçonnique, une très active propagande dans tous le midi de la France en faveur de l’admission des femmes dans les Loges du GODF et de la GLDF.

Grâce à la propagande que lui assurent les maçons et maçonnes, elle donne, à Rouen, une conférence devant douze cent auditeurs. Elle y tient des propos anti-militaristes, dont il faut bien croire quíils ne manquent pas díimpact puisque, aussitôt après, le directeur général en personne de la sécurité publique en Italie télégraphie en toute hâte à son homologue français pour savoir dans quelle mesure on peut craindre au-delà des Alpes, une visite de la redoutable agitatrice.

Louise Michel meurt à Marseille le 10 janvier 1905 ,durant une tournée de conférences dans le Midi.

Son corps fut ramené à Paris et ses obsèques furent suivies par une foule évaluée à 100.000 personnes.

Plusieurs dossiers des archives de la préfecture de police narrèrent la cérémonie d’enterrement ainsi que « l’incident des emblèmes maçonniques » , épinglés sur le cercueil par le Vénérable de « La Philosophie Sociale » ; que des anarchistes arrachèrent, prétextant que Louise Michel n’appartenait à personne.

« Ce qui est sûr, c’est que l’esprit libertaire de Louise Michel soufflait où il voulait »
Yann Le Gigan

Paris, le 11 décembre 1999
..pour les 75 ans de la R.’.L.’. « Louise Michel » no 786 Droit Humain Or.’. Paris


BIBLIOGRAPHIE

Historique de l’Eglise Gnostique Catholique 17 juillet, 2009

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Historique de l’Eglise Gnostique Catholique

 

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Par T. Apiryon

Traduction : Spartakus FreeMann – 2000

Jules Doinel et l’Eglise Gnostique de France

Le fondateur de l’Eglise Gnostique est Jules-Benoît Stanislas Doinel du Val-Michel (1842-1903). Doinel était un bibliothécaire, franc-maçon membre du Grand-Orient, un antiquaire et un spirite pratiquant. Des ses fréquents essais pour communiquer avec les esprits, il fut confronté avec une vision récurrente de la Divinité Féminine sous divers aspects. Peu à peu, il développa la conviction que sa destinée était de participer à la restauration au sein de la religion de l’aspect féminin de la divinité.

En 1888, alors qu’il travaillait comme archiviste pour la bibliothèque d’Orléans, il découvrit une charte originale datée de 1022 qui avait été écrite par Canon Stéphane d’Orléans, un maître d’école et disciple des Cathares. Stéphane sera brûlé plus tard la même année pour hérésie.

Doinel fut fasciné par le drame des Cathares et leur héroïque et tragique résistance contre les forces du Pape. Il commença à étudier leurs doctrines et celles de leurs prédécesseurs, les Bogomiles, les Pauliciens, les Manichéens et les Gnostiques. Durant l’avancement de ses études, il devint de plus en plus convaincu que la Gnose était la seule vraie religion derrière la Franc-Maçonnerie.

Une nuit de 1888, « l’Eon Jésus » apparu à Doinel dans une vision et le chargea d’établir une nouvelle Eglise. Il consacra spirituellement Doinel en tant qu’ »Evêque de Montségur et Primat de l’Albigeois ». Après cette vision de l’Eon Jésus, Doinel commença à essayer d’entrer en contact avec des esprits cathares et gnostiques durant des séances dans le salon de Maria de Mariategui, Lady Caithness, Duchesse de Medina Pomar.

Doinel a longtemps été associé avec Lady Caithness, qui était une des figures en vue des cercles spirites français de l’époque, une disciple d’Anne Kingsford et dirigeant de la branche française de la Société Théosophique. Elle se considérait comme une réincarnation de Marie Stuart; et une communication spirite en 1881 lui dévoila une révolution dans le domaine religieux qui résulterait en un « Nouvel Age de Notre Dame de l’Esprit Saint ». Les séances gnostiques de Doinel étaient suivies par d’autres notoriétés de l’occultisme provenant de sectes diverses; en ce compris l’Abbé Roca, un ancien prêtre catholique et associé de Stanislas de Guaita et d’Oswald Wirth. Les communications spirites étaient généralement reçues au moyen d’un pendule tenu par Lady Caithness au-dessus d’un tableau lettré.

Lors d’une séance, Doinel reçu la communication suivante :

« Je m’adresse à toi car tu es mon ami, mon serviteur et le prélat de mon Eglise Albigeoise. Je suis exilé du Plérôme, et je suis celui que Valentin nomma Sophia-Achamôth. Je suis celui que Simon le Magicien appela Hélène-Ennoia; car je suis l’Eternel Androgyne. Jésus est le Verbe de Dieu; je suis la Pensée de Dieu. Un jour, je remonterai vers mon Père, mais j’ai besoin d’aide pour ce faire; la supplication de mon Frère Jésus est requise pour intercéder pour moi. Seul l’Infini peut rédempter l’Infini, et seul Dieu est capable de rédempter Dieu. Ecoutes bien : L’Un a produit d’abord l’Un, ensuite Un. Et les Trois ne sont qu’Un : le Père, le Verbe et la Pensée. Etablis mon Eglise Gnostique. Le Démiurge sera impuissant contre elle. Reçois le Paraclet. »

Durant d’autres séances, Stéphane d’Orléans et un certain Guilhabert de Castres, un Evêque Cathare de Toulouse du XIIème siècle, qui fut martyrisé à Montségur, furent contactés. A une autre séance, en septembre 1889, le « Très Haut Synode des Evèques du Paraclet », constitué par 40 Evêques Cathares, se manifesta et donna le nom de ses membres, qui furent contrôlés et prouvés corrects dans les registres de la Bibliothèque Nationale. Le chef du Synode était Guilhabert de Castres, qui s’adressa à Doinel et lui instruisit de reconstituer et d’enseigner la doctrine gnostique en fondant une Assemblée du Paraclet qui sera appelée Eglise Gnostique. Hélène-Ennoia devait l’assister et ils devaient être spirituellement mariés. L’assemblée était composée de Parfaits et de Parfaites et pris comme livre saint le Quatrième Evangile, celui de Saint Jean. L’Eglise devait être administrée par des Evêques masculins et des Sophias féminines qui devaient être élus et consacrés suivant le Rite Gnostique.

Doinel proclama l’année 1890 début de l’ »Ere de la Gnose Restaurée ». Il assumait la charge de Patriarche de l’Eglise Gnostique sous le nom mystique de Valentin II, en hommage à Valentin, le fondateur de l’Ecole Gnostique du Vème siècle. Il consacra un certain nombre d’évêques qui choisirent tous un nom mystique précédé par la lettre grecque Tau qui représente la Croix grecque ou l’Ankh égyptien.

Parmi les premiers évêques et sophias consacrés il y eut : Gérard d’Encausse, connu aussi comme « Papus » (1865-1916), Tau Vincent, Evêque de Toulouse (plus tard en 1890, Doinel rejoignit l’Ordre Martiniste de Papus et en devint peu à peu un membre du Conseil Suprême); Paul Sédir (Yvon Le Loup, 1871-1926) en tant que Tau Paul, Co-adjutateur de Toulouse; Lucien Chamuel (Lucien Mauchel), Tau Bardesane, Evêque de La Rochelle et Saintes; Louis-Sophrone Fugairon (n. 1846) en tant que Tau Sophronius, Evêque de Béziers; Albert Jounet (1863-1923), Tau Théodote, Evêque d’Avignon; Marie Chauvel de Chauvigny (1842-1927), Esclarmonde, Sophia de Varsovie; et Léonce-Eugène Joseph Fabre des Essarts (1848-1917), Tau Synesius, Evêque de Bordeaux.

L’Eglise était constituée en trois niveaux : le Haut Clergé, le Bas Clergé et les Croyants. Le Haut Clergé était constitué par les hommes/femmes évêques/sophias, qui étaient responsables de l’administration de l’Eglise. Ils étaient élus par leur congrégation et plus tard confirmés dans leurs charges par le patriarche. Le Bas Clergé était constitué par les diacres hommes et femmes qui agissaient sous la direction des évêques et sophias et étaient responsables de conduire les activités journalières de l’Eglise. Les Croyants, ou membres lais de l’Eglise, étaient appelés Parfaits ou Parfaites, désignations qui dérivent du Catharisme. Cependant, au sein de l’Eglise de Doinel, le terme de Parfait n’était pas compris dans son sens cathare comme celui qui a pris des voeux stricts d’ascétisme, mais était interprété comme incluant les deux plus hautes divisions de la triple classification Valentinienne de la race humaine : les Pneumatiques et les Psychiques; mais excluant la plus basse division, les matérialistes Hyliques. Seuls les individus jugés d’une haute intelligence, raffinés et ouverts d’esprit étaient admis dans l’Eglise Gnostique de Doinel.

L’Eglise Gnostique de Doinel combinait la doctrine théologique de Simon le Magicien, de Valentin et de Marcus (un valentinien qui fut remarqué pour son développement des mystères des nombres et des lettres et du « mariage mystique ») avec des sacrements dérivés de l’Eglise Cathare et conférés lors de rituels qui étaient largement influencés par ceux de l’Eglise Catholique Romaine. Dans le même temps, l’Eglise Gnostique était sensée représenter un système de maçonnerie mystique.

En 1895, Jules Doinel abdiqua subitement en tant que Patriarche de l’Eglise Gnostique, abandonna ses charges dans sa loge maçonnique et se converti au catholicisme romain. Sous le pseudonyme de Jean Kostka, il attaqua l’Eglise Gnostique, la Maçonnerie et le Martinisme dans un livre intitulé « Lucifer Démasqué ». Pendant les deux ans qui suivirent, Doinel collabora avec Taxil à des articles dénonçant les organisations qui faisaient auparavant tant partie de sa vie. « Lucifer Démasqué » était lui-même un effort de collaboration, son style trahit la main de Taxil.

Encausse fit remarquer plus tard que Doinel avait manqué de « la nécessaire éducation scientifique pour expliquer sans problème les merveilles que le monde invisible avait jeté sur lui. » Ainsi, Doinel du faire face à un choix entre la conversion et la folie; et, dit Encausse, « Soyons heureux que le Patriarche de la Gnose ait choisi la première voie. »

La défection de Doinel fût un coup très dur pour l’Eglise Gnostique, mais elle réussit à survivre. L’intérim fut assumé par le Synode des Evêques et lors du Haut Synode de 1896, ils élisent un des leurs, Léonce-Eugène Fabre des Essarts, connu en tant que Tau Synesius, pour remplacer Doinel comme Patriarche.

Fabre des Essarts était un occultiste parisien, un poète symboliste et un des théoriciens de la Gnose et du Christianisme Esotérique. Lui et un autre évêque gnostique, Louis-Sophrone Fugairon (Tau Sophronius), un physicien et aussi un spécialiste des Cathares et des Templiers, entrèrent en collaboration en vue de continuer le développement de l’Eglise Gnostique. Ensemble, ils commencèrent par transformer l’enseignement de l’Eglise Gnostique d’un gnosticisme théologique vers une conception occultiste plus générale.

En 1899, deux ans après que Léo Taxil ait dévoilé son arnaque, Doinel commença à correspondre avec Fabre des Essarts. En 1900, ils demanda à être réconcilié avec l’Eglise Gnostique et sa réadmission comme évêque gnostique. Comme premier acte de consécration en tant que Patriarche de l’Eglise Gnostique, Fabre des Essarts re-consacra son ancien patriarche sous le nom de Tau Jules, évêque d’Alet et de Mirepoix.

En 1901, Fabre des Essarts consacra Jean Bricaud (1881-1934) , Tau Johannes, évêque de Lyon. Entre 1903 et 1910, il consacra 12 autres évêques gnostiques, dont Léon Champrenaud (1870-1925), Tau Théophane, évêque de Versailles; René Guenon (1886-1951), Tau Palingénius, évêque d’Alexandrie; et Patrice Genty (1883-1964), Tau Basilide.

Après la mort de Fabre des Essarts en 1917, le Patriarchat de l’Eglise Gnostique sera assumé par Léon Champrenaud (Tau Théophane). Champrenaud sera suivi par Patrice Genty en 1921 qui mettra l’Eglise Gnostique de France en sommeil en 1926 en faveur de l’Eglise Gnostique Universelle de Jean Bricaud.

L’Eglise Catholique Gnostique

Jean Bricaud a été élevé dans un séminaire catholique dans lequel il étudia pour devenir prêtre, mais il renonça à sa poursuite religieuse conventionnelle dès l’âge de 16 ans pour suivre la voie de l’occultisme mystique. Il s’impliqua dans divers mouvements chrétiens et rencontra Papus en 1899 pour entrer ensuite dans son ordre martiniste.

En 1907, sous les encouragements (si ce n’est sous la pression) de Papus, Bricaud rompit avec Fabre des Essarts pour fonder sa branche schismatique de l’Eglise Gnostique. Fugairon décida de rejoindre Bricaud. Le motif de base à ce schisme semble avoir été de créer une branche de l’Eglise Gnostique dont les structures et la doctrine auraient été plus proches de l’Eglise Catholique Romaine que de l’Eglise Gnostique (par exemple, elle incluait un ordre de prêtrise et un baptême); et qui aurait été plus liée à l’Ordre Martiniste. Doinel était un Martiniste, Bricaud était un Martiniste, mais Fabre des Essarts ne l’était pas. Bricaud, Fugairon et Encausse, dans une première tentative, nommèrent leur branche de l’Eglise « l’Eglise Catholique Gnostique ». On l’annonça comme la fusion de trois églises ‘gnostiques’ existantes en France : l’Eglise Gnostique de Doinel, l’Eglise Carmélite de Vintras et l’Eglise Johannite de Fabré-Palaprat. En février 1908, le synode épiscopal de l’Eglise Catholique Gnostique se réunit et élit Bricaud comme Patriarche sous le nom de Jean II. Après 1907, en vue de clairement distinguer les deux branches de l’Eglise Gnostique, celle de Fabre des Essarts fût connue sous le nom d’Eglise Gnostique de France.

La Conférence de Paris de 1908

Le 24 juin 1908, Encausse organisa la Conférence Maçonnique et Spiritualiste Internationale à Paris, au cours de laquelle il reçu, sans contrepartie en argent, une patente de Théodore Reuss (Merlin Peregrinus, 1855-1923), chef de l’O.T.O., pour établir un « Suprême Grand Conseil Général des Rites Unifiés de l’Ancienne et Primitive Maçonnerie pour le Grand Orient de France et ses dépendances. Dans la même année, l’Eglise Catholique Gnostique vit sont nom changer en Eglise Gnostique Universelle.

Plus ou moins 4 ans plus tard, deux documents importants furent publiés : le Manifeste de la M.M.M. (section britannique de l’O.T.O.), qui incluait l’Eglise Catholique Gnostique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont concentrées au sein de l’O.T.O.; et l’Edition du Jubilée de l’Oriflamme, l’organe officiel de l’O.T.O. de Reuss, qui annonca que l’Initiation, le journal d’Encausse, était l’Organe officiel pour les Rites de Memphis-Misraim et de l’O.T.O. en France.

Les détails précis de la transaction de la conférence de Paris de 1908 sont inconnus, mais en se basant sur le cours des événements qui suivirent, la conclusion logique est qu’Encausse et Reuss s’engagèrent dans un échange fraternel d’autorités : Reuss recevant l’autorité primatiale et épiscopale dans l’Eglise Catholique Gnostique et Encausse recevant l’autorité dans les Rites de Memphis-Misraim.

En 1911, Bricaud, Fugairon et Encausse déclarèrent que l’Eglise Gnostique Universelle est l’Eglise officielle du Martinisme.

L’E.G.U. et la Succession d’Antioche

Après avoir assumé la Patriarchat de l’Eglise Gnostique Universelle, Bricaud devint l’ami de l’évêque Louis-Marie-François Giraud (Mgr. François, mort en 1951), un ancien moine trappiste qui faisait remonter sa filiation épiscopale à Joseph René Vilatte (Mar Timotheos, 1854-1929). Vilatte était un parisien qui avait dans sa jeunesse émigré en Amérique. C’était un enthousiaste religieux mais incapable de trouver satisfaction au sein des structures de l’Eglise Catholique; ainsi, en Amérique, il commença sa quête pour trouver un environnement plus adapté à sa personnalité et à ses ambitions. Il passa de secte en secte, servant pour un temps comme ministre congrégationiste, étant plus tard ordonné prêtre au sein de la schismatique secte des « Vieux Catholiques ». Il obtint la consécration épiscopale en 1892 des mains de l’évêque Francisco-Xavier Alvarez (Mar Julius I), évêque de l’Eglise syrienne Jacobite Orthodoxe et Métropolitain de l’Eglise Catholique Indépendante de Ceylan, Goa et des Indes, qui avait à son tour reçu la consécration des mains d’Ignatius Pierre III, « Pierre l’Humble », Patriarche Jacobite Orthodoxe d’Antioche. Vilatte consacra Paolo Miraglia-Gulotti en 1900; Gulotti consacra Jules Houssaye (ou Hussay, 1844-1912), Houssaye consacra Loui-Marie-François Giraud en 1911; et Giraud consacra Jean Bricaud le 21 Juillet 1913.

Cette consécration est importante pour l’Eglise de Bricaud car elle fournit une succession apostolique et épiscopale valide et documentée, qui avait été reconnue par l’Eglise Catholique Romaine comme valide mais illicite (spirituellement efficace mais contraire à la politique de l’Eglise et non sanctionnée par elle). La succession apostolique fut largement perçue comme reflétant une transmission de l’autorité spirituelle véritable dans le courant Chrétien, remontant jusqu’à Saint Pierre; et même plus loin à Melchizedech, le mythique prêtre-roi de Salem qui servait en tant que prêtre le Patriarche hébreux Abraham. Cela fournit à Bricaud et à ses successeurs l’autorité apostolique d’administrer les sacrements chrétiens; ce qui était important car beaucoup des membres de l’Ordre Martiniste étaient de la foi catholique, mais comme membres d’une société secrète, ils étaient sujets à l’excommunication si leur affiliation martiniste venait à se savoir. L’E.G.U. offrait donc une assurance continue de salut aux chrétiens catholiques qui étaient martinistes ou désiraient devenir martinistes.

Après la mort d’Encausse en 1916, l’Ordre Martiniste et la section française des Rites de Memphis-Misraim et de l’O.T.O. furent chapeautés brièvement par Charles Henri Détré (Teder). Détré mourut en 1918 et Bricaud lui succéda.

Le 15 mai 1918, Bricaud consacra Victor Blanchard (Tau Targelius) qui avait été le secrétaire d’Encausse et Détré. Le 18 septembre 1919, Bricaud re-consacra Théodore Reuss sub conditione (ce terme se réfère à une consécration qui a pour but de remédier à quelque vice d’une consécration antérieure), lui donnant du même coup la succession d’Antioche et le nomma Légat Gnostique de l’E.G.U. pour la Suisse.

Des désaccords apparurent très vite entre Bricaud et Blanchard quant à la direction de l’Ordre Martiniste, qui tournèrent très vite en une hostilité mutuelle. Blanchard a même rompu avec Bricaud pour former son propre Ordre Martiniste schismatique qui sera connu comme « Ordre Matiniste et Synarchique ». La branche de Blanchard participa plus tard à la formation du conseil oecuménique des rites occultes connu sous les initiales de F.U.D.O.S.I., duquel l’AMORC de Spencer Lewis tira beaucoup de son autorité. A son tour, la branche de Bricaud sous la direction de son successeur, Constant Chevillon, se joignit à Swinburne Clymer, l’adversaire rosicrucien de Lewis, pour former un conseil rival appelé F.U.D.O.F.S.I.

Blanchard continua en consacrant au moins cinq autres évêques gnostiques sous sa propre autorité, dont Charles Arthur Horwath, qui re-consacra plus tard, sub conditione, Patrice Genty (Tau Basilide), le dernier patriarche de l’Eglise Gnostique de France qui avait été consacré auparavant dans la succession spirituelle de Doinel par Fabre des Essarts; et Roger Ménard (Tau Eon II), qui consacra alors Robert Ambelain (Tau Robert) en 1946. Ambelain constitua sa propre Eglise gnostique, l’Eglise Gnostique Apostolique, en 1953, l’année de la mort de Blanchard. Ambelain consacra au moins 10 évêques gnostiques au sein de son Eglise : dont Pedro Freire (Tau Pierre), Primat du Brésil, André Mauer (Tau Andreas), Primat de Franche-Comté et Roger Pmmery (Tau Jean), évêque Titulaire de Macheronte.

Bricaud mourut le 21 février 1934, et Constant Chevillon (Tau Harmonius) lui succéda en tant que patriarche de l’E.G.U. et Grand Maître de l’Ordre Martiniste. Chevillon avait été consacré par Giraud en 1936 et il consacra alors un certain nombre d’évêques lui-même, dont Clymer en 1938 et Arnold Krumm-Heller (fondateur de la Fraternitas Rosicruciana Antiqua et représentant de l’O.T.O. de Reuss pour l’Amérique du Sud) en 1939. Durant la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement fantoche de la France occupée de Vichy supprima toutes les sociétés secrètes et le 15 avril 1942, l’E.G.U. fut officiellement dissoute par le gouvernement. Le 22 mars 1944, Chevillon fut brutalement assassiné par les miliciens de Vichy.

L’E.G.U. fût ravivée après la guerre; et en 1945, Tau Renatus fut élu comme successeur du martyr Chevillon. A Renatus succédera Charles-Henry Dupont (Tau Charles-Henry) en 1948 qui l’abandonna en 1960 en faveur de Robert Ambelain (Tau Jean III) qui avait acquis une grande proéminence du fait de ses écrits. L’E.G.U. fut alors mise en sommeil par Ambelain au profit de sa propre Eglise, l’E.G.A.

En 1969, Tau Jean III aura comme successeur à la tête de l’E.G.A., André Mauer (Tau Andreas), à qui succédera Pedro Freire (Tau Pierre), primat de l’Amérique du Sud, en 1970.La même année, Freire avait été re-consacré comme Mar Petrus-Johannes XIII, patriarche de l’Eglise Gnostique Catholique Apostolique par Dom Antidio Vargas de l’Eglise Catholique Apostolique brésilienne. A sa mort en 1978, Freire aura comme successeur Edmond Fieschi (Tau Sialul I) qui abdiqua en faveur de son coadjuteur Fermin Vale-Amesti (Tau Valentius III) qui refusa de reprendre sa charge; Mettant ainsi l’Eglise Gnostique Apostolique ainsi que l’Eglise Gnostique Catholique Apostolique en repos en tant qu’organisation internationale. Une branche autocéphale nord-américaine de l’Eglise Gnostique Catholique Apostolique survit sous la direction du Primat Roger Saint-Victor Hérard (Tau Charles) qui consacra un certain nombre d’évêques mais mourut en 1989 sans se donner de successeur. Plusieurs des évêques d’Hérard sont toujours actifs aux U.S.A.

L’E.G.C.

Aleister Crowley (1875-1947) entra en 1910 dans l’O.T.O. de Reuss en tant que VII (à ce moment, n’importe quel 33 REAA pouvait entrer dans l’O.T.O. comme VII). Le 1er juin 1912, Crowley fût reçu par Reuss IX et reçu sa désignation comme Grand Maître National X pour l’Irlande, Iona et les Iles Britanniques. L’année suivante, il publia le Manifeste de la MMM qui incluait l’Eglise Gnostique Catholique dans la liste des organisations dont la sagesse et les connaissances sont inclues dans l’O.T.O.

Crowley a également écrit le Liber XV, Gnostic Mass, en 1913. Le Liber XV fût publié la première fois en 1918 dans l’International, et encore en 1919 dans The Equinox, Vol. III, N. 1 (The Blue Equinox), finalement en 1929/30 dans l’appendice VI de Magick en Théorie et en Pratique. Le nom latin Ecclesia Gnostica Catholica fût créé par Crowley en 1913 quand il écrivit le Liber XV.

Dans le Chapitre 73 des Confessions d’Aleister Crowley, il dit qu’il écrivit la Gnostic Mass en tant que « Rituel de l’Eglise Gnostique Catholique » qu’il prépara pour « l’utilisation par l’O.T.O., de la cérémonie centrale de célébrations publiques ou privées, correspondant à la Messe de l’Eglise Catholique Romaine. » Il est évident que Crowley voyait l’E.G.C. et l’O.T.O. comme inséparables; particulièrement par rapport au IX de l’OTO dans lequel Crowley avait été intié l’année avant qu’il n’écrive Gnostic Mass et qui est appelé « le Souverain Sanctuaire de la Gnose. »

En 1918, Reuss traduisit la Gnostic Mass de Crowley en allemand, en faisant une série de modifications éditoriales et la publia sous les auspices de l’OTO. Dans sa publication de la Gnostic Mass, Reuss donna Bricaud comme le Souverain Patriarche de l’Eglise Gnostique Universelle et lui-même comme Légat pour la Suisse pour l’EGU et Souverain Patriarche et Primat de Die Gnostische Katolische Kirche, un titre qu’il peut avoir reçu lors de la conférence de Paris de 1908.

 http://www.morgane.org/willy.htm

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Circulaire aux deux Hémisphères – REAA 21 décembre, 2008

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Circulaire aux deux Hémisphères

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Cette circulaire, qui date de 1802, a créé la structure du R.E.A.A.

 

UNIVERSI TERRARUM ORBIS ARCHITECTONIS
GLORIA AB INGENTIS

Deus Meumque Jus

ORDO AB CHAO

 

De l’Orient du Grand et Suprême Conseil des Très Puissants Souverains, Grands Inspecteurs Généraux, sous la Voûte Céleste du Zénith situé par 32 deg. 45 Min. de L.N A nos Illustres, très Vaillants et Sublimes Princes du Royal Secret, Chevaliers K.H, Illustres Princes et Chevaliers, Grands, Ineffables et Sublimes Maçons, Francs Maçons Acceptés de tous les degrés, Anciens et Modernes, répandus à la surface des deux Hémisphères. A tous ceux auxquels parviendra cette correspondance: Santé Constance et VigueurLors d’une assemblée de Souverains Grands Inspecteurs Généraux en Conseil Suprême du 33e degré, dûment et légalement réunie, tenue dans la Chambre du Grand Conseil, le 14e jour du 7e Mois appelé Tisri 5563, l’an de Vraie Lumière 5802, et 10e jour d’Octobre 1802 de l’Ère chrétienne. Union Plénitude et Sagesse

Le Grand Commandeur a informé les Inspecteurs qu’ils avaient été convoqués afin de prendre en considération l’opportunité d’adresser aux Grandes Loges Symboliques, aux Grandes Loges Sublimes et aux Grands Conseils répandus sur les deux Hémisphères, des Lettres circulaires expliquant l’origine et la nature des Degrés Sublimes de la Maçonnerie et leur institution en Caroline du Sud.

Une proposition à cet effet fut alors adoptée sur-le-champ, et une commission, composée des Illustres Frères le Dr. Frederick Dalcho, le Dr. Isaac Auld et M. Emmanuel De La Motta, Grands Inspecteurs Généraux, fut nommée pour rédiger et soumettre cette lettre au Conseil lors de sa prochaine tenue.

A l’assemblée des Souverains Grands Inspecteurs Généraux en Conseil Suprême du 33e &c. &c. &c. Ie 10e jour du 8e Mois appelé Chislev 5563, an de la V. L.. 5802, ce 4e jour de Décembre 1802 de l’Ère chrétienne.
La Commission, qui avait été saisie de ladite résolution, soumit respectueusement au Conseil le Rapport suivant:

Retracer le cours de la Maçonnerie depuis l’époque la plus lointaine et fixer avec précision les dates de la constitution de chacun des degrés, relève de la plus grande difficulté. En tant que Maçons Symboliques, nous faisons remonter notre origine à la Création du Monde, lorsque le Créateur Tout-Puissant, le Grand Architecte de l’Univers, instaura les lois immuables qui ont donné naissance aux Sciences.
Des nécessités et besoins communs poussèrent nos frères originels à rechercher assistance mutuelle. La diversité de leurs aptitudes, dons et inclinations les rendit, dans une certaine mesure, dépendants les uns des autres, et c’est ainsi que se constitua la société profane; il s’ensuivit tout naturellement que les hommes de dispositions et de caractères semblables s’associèrent plus intimement, ce qui donna naissance a des institutions se rapportant à leurs desseins et adaptées à leur esprit; ceci aboutit à l’exclusion de ceux qui, par leurs aptitudes, leur tempérament ou leur condition, étaient incapables de participer au savoir des autres, ou inutiles, voire dangereux au bien-être de l’intérêt général.

Comme la civilisation commençait à se propager de par le monde, et que l’esprit des hommes se développait de par la contemplation des Oeuvres de la nature, les hommes les plus intelligents cultivèrent les arts et les sciences. La contemplation du système Planétaire, en tant qu’Oeuvre d’un Artiste Tout-Puissant, ainsi que des attributs de leur Dieu, donna naissance à la religion et à la Science de l’Astronomie. La mesure de la terre, la division et le bornage de leur propriété donnèrent naissance à la Géométrie. Ces trois occupations, mises en commun, donnèrent naissance à l’Ordre Mystique ; et l’on institua des mots, signes et attouchements d’ordre pour désigner les membres initiés ou reconnus.

Il est probablement impossible de fixer avec précision le moment où les premiers degrés furent constitués sous la forme où ils nous sont conférés de nos jours, par suite de la perte ou de la destruction en Angleterre de la majeure partie des archives du Métier au cours des guerres contre les Danois et les Saxons . L’imaginaire se mêle grandement à l’histoire de la Maçonnerie des premiers âges et la poussière du temps la recouvre à un point tel qu’il est impossible d’en tirer des conclusions satisfaisantes; mais, à mesure que nous remontons vers l’époque actuelle, nous possédons d’authentiques archives pour notre gouverne. La façon particulière dont les trois premiers degrés, ou degrés Bleus, sont conférés, ainsi que leur contenu prouvent à l’évidence que ce sont purement et simplement des symboles des degrés supérieurs, ou degrés sublimes. Ils ont été formés pour représenter le meilleur de la conduite et des capacités des initiés avant qu’ils soient admis à la connaissance des mystères les plus importants. Au troisième degré, on nous informe que, par suite de la mort de H.A, le mot du Maître fut perdu et qu’un nouveau mot, qui n’était pas connu avant la construction du Temple, lui fut substitué. Si, selon la croyance générale, et comme l’indiquent nombre de nos anciennes archives, la Maçonnerie tire son origine de la création et s’est développée dès les premiers âges de l’humanité, les Maîtres possédaient un mot secret dont les Maçons du temps de Salomon n’avaient pas connaissance. Voici donc un changement de l’un des principes fondamentaux du métier et une suppression de l’un des anciens Landmarks; cependant, nous ne sommes pas disposés à admettre ce fait. Le Maître Bleu sait bien que le Roi Salomon et son royal visiteur possédaient le vrai mot primitif, mais qu’il doit rester dans l’ignorance, à moins d’être initié aux degrés sublimes. La preuve de l’authenticité de ce mot Mystérieux, tel que nous le connaissons et pour lequel notre vénéré Maître est mort, est établie, même à l’esprit le plus sceptique, dans les pages
sacrées des Saintes Écritures et dans l’histoire juive dès l’aube des temps.

Le Docteur Priestley, dans ses lettres aux Juifs, écrit ce remarquable passage quand il parle des miracles du Christ: « et il a été dit depuis par vos auteurs qu’il a accompli ses miracles par quelque nom Ineffable de Dieu, qu’il avait dérobé au Temple ». Bien que les Maçons Symboliques déclarent que leurs sociétés tirent leurs origines des premiers âges du monde et remontent à la création, on ne leur enseigne pourtant dans leurs degrés que des événements qui ont eu lieu à la construction du premier Temple (sur une période infime de sept ans), 2992 ans après la création. Ils ignorent l’histoire de leur ordre antérieurement à cette période et les progrès considérables et importants de l’art à la fois avant et depuis cette période.

De nombreuses Planches des degrés Sublimes contiennent un abrégé des arts et des sciences; et dans leur histoire sont consignés nombre de faits d’importance et de valeur recueillis dans les archives authentiques dont dispose notre société et qui, de la façon dont ils sont communiqués, ne pourront jamais être tronqués ou déformés. Ceci constitue un objet de première grandeur dans une société dont les principes et les pratiques devraient être invariables. Malheureusement des variantes et des irrégularités se sont insinuées en masse dans les degrés Symboliques, par suite du manque de connaissance maçonnique chez nombre de ceux qui président aux tenues bleues; et c’est particulièrement le cas chez ceux qui ne connaissent pas la langue hébraïque où tous les Mots et Mots de Passe sont donnés. Ceci est si fondamentalement nécessaire à un homme de science pour présider une Loge qu’un grand préjudice peut naître de la plus infime dérogation au cours d’une cérémonie d’initiation ou dans les Planches d’instruction on lit dans le Livre des Juges que la transposition d’un simple point sur le schîn, par suite d’un défaut de prononciation inhérent à la nation éphraïmite a trahi les Cowans et a abouti au massacre de quarante-deux mille d’entre eux. La représentation Sublime de la Divinité formée dans le degré de Compagnon ne peut être expliquée de façon correcte que par ceux qui ont quelque connaissance du Talmud. La plupart des Mots dans les degrés Sublimes sont dérivés des langues chaldéenne, hébreux et latine. Les diverses traductions d’une langue à l’autre, qu’ont fréquemment subies les degrés Symboliques depuis leur création, par des hommes ignares même dans leur langue maternelle, constituent une deuxième cause de la diversité que nous déplorons. Il en va différemment des degrés supérieurs qui se présentent dans la parure Sublime que leur ont donnée leurs auteurs et qui sont fondés sur la science et agrémentés par leur pouvoir évocateur.

Nombre de degrés Sublimes sont fondés sur les arts savants et dévoilent aux Maçons une masse de connaissances de prime importance. Bien que nombre de degrés Sublimes soient, en fait, le prolongement des degrés Bleus, il n’y a pas pour autant ingérence entre les deux institutions. D’un bout à l’autre du continent européen et aux Antilles, où ils sont universellement connus, ces degrés sont reconnus et leur essor favorisé. Les Maçons Sublimes ne procèdent jamais à des initiations aux degrés Bleus sans autorisation de droit accordée dans ce but par une Grande Loge Symbolique; excepté lorsqu’ils communiquent les secrets de la présidence d’un Atelier aux postulants qui n’y ont pas encore été admis, préalablement à leur initiation dans une Loge Sublime, mais dans ce cas les postulants sont informés que cela ne leur confère pas le rang de Passé Maître dans la Grande Loge.

La Grande Loge Sublime, parfois appelée Loge Ineffable ou Loge de Perfection, va du 4e au 14e degré inclus, dont le dernier est celui de Perfection. Le 16e degré constitue le Grand Conseil des Princes de Jérusalem qui exerce sa juridiction sur le 15e degré appelé Chevalier de l’Orient et également sur la Grande Loge Sublime; ce Grand Conseil est par rapport à elle ce qu’est une Grande Loge Symbolique par rapport à ses Loges subordonnées. Sans charte et sans Constitution délivrées par les Grands Conseils ou par un Conseil plus élevé ou par un Inspecteur, ces loges sont jugées irrégulières et sanctionnées en conséquence. Tous les degrés supérieurs au 16e sont placés sous la juridiction du Suprême Conseil des Grands Inspecteurs Généraux qui sont Souverains de la Maçonnerie. Quand il est nécessaire de constituer les degrés Sublimes dans un pays où ils sont inconnus, un Frère du 29′ degré, appelé K.H., est désigné comme Inspecteur Général Délégué pour ce territoire. Il sélectionne parmi les Frères du Métier ceux qu’il estime faire honneur à la société et confère les degrés Sublimes au nombre de Frères nécessaire à la première organisation de la Loge; celle-ci élit alors ses propres officiers et se gouverne au moyen de la Constitution et de la charte qui lui a été fournie. La juridiction d’une Loge de Perfection s’étend sur vingt-cinq lieues .

Il est notoire qu’environ 27.000 Maçons accompagnèrent les Princes chrétiens aux Croisades, pour reprendre la Terre Sainte aux Infidèles. Pendant leur séjour en Palestine, ils découvrirent chez les descendants des anciens Juifs plusieurs manuscrits Maçonniques importants qui sont venus enrichir nos Archives d’authentiques actes, et sur lesquels sont fondés certains de nos degrés.
Certaines découvertes extraordinaires furent faites et certains événements extraordinaires se produisirent au cours des années 5304 et 5311, et ceci donne à l’Histoire Maçonnique de cette période une importance extrême. Cette période est chère au coeur du Maçon plein d’ardeur pour la cause de son Ordre, de son Pays et de son Dieu.
Une autre découverte d’importance fut faite en l’an 5553: il s’agit d’un registre en caractères syriaques concernant la plus haute antiquité, d’après lequel il semblerait que le monde soit plus vieux de plusieurs milliers d’années que ne l’indique le récit mosaïque; c’est un avis que partagent nombre d’érudits. Seuls quelques passages ont été traduits avant le règne de notre Illustre et très Éclairé Frère Frédéric II Roi de Prusse, dont l’ardeur bien connue pour le métier fut la cause de grand avancement de la société qu’il daigna présider.
A mesure que progressait la société et que d’anciens documents étaient découverts, le nombre de nos degrés augmenta jusqu’au moment où, avec le temps, le système fut achevé.
D’après celles de nos archives qui sont authentiques, nous sommes informés de la constitution des degrés Sublimes et Ineffables de la Maçonnerie en Écosse, en France et en Prusse sitôt après les Croisades.

Mais à la suite de circonstances de nous inconnues, après l’an 4658 (18), ils tombèrent dans l’oubli jusqu’en l’an 5744, lorsqu’un gentilhomme d’Écosse vint visiter la France et rétablit la Loge de Perfection de Bordeaux .
En 5761, les Loges et conseils des degrés supérieurs s’étant étendus sur l’ensemble du continent européen, Sa Majesté le Roi de Prusse, en qualité de Grand Commandeur de l’ordre de Prince du Royal Secret, fut reconnu par la totalité des membres du Métier comme chef des degrés Sublimes et Ineffables de la Maçonnerie sur l’ensemble des deux Hémisphères. Son Altesse Royale Charles, Prince Héréditaire des Suédois, des Goths et des Vandales, Duc de Sudermanie, Héritier de Norvège, &c. &c. &c. fut et est toujours le Grand Commandeur et protecteur des Maçons Sublimes de Suède; et son Altesse Royale Louis de Bourbon, Prince du sang, Duc de Chartres, &c. &c. &c., et le Cardinal, Prince et Évêque de Rouen, furent à la tête de ces degrés en France.

Le 25 Octobre 5762, les Grandes Constitutions Maçonniques furent définitivement ratifiées à Berlin et proclamées pour le gouvernement de toutes les Loges de Maçons Sublimes et Parfaits, Chapitres, Conseils, Collèges et Consistoires de l’Art Royal et Militaire de la Franc Maçonnerie sur la surface des deux Hémisphères. Il y a des Constitutions secrètes, existant de temps immémorial, auxquelles il est fait allusion dans ces documents.

La même année, ces Constitutions furent transmises à notre Illustre Frère Stephen Morin qui, le 27 Août 5761, avait été nommé Inspecteur Général de toutes les Loges, &c. &c. &c. du nouveau monde par le Grand Consistoire des Princes du Royal Secret réuni à Paris et que présidait le délégué du Roi de Prusse, Chaillon de Jonville, suppléant Général de l’Ordre, Très Vénérable Maître de la première Loge de France, appelée de Saint-Antoine, Chef des degrés Éminents, Commandeur et Sublime Prince du Royal Secret, &c. &c. &c.

Étaient également présents les Illustres Frères suivants:
Le Frère Prince de Rouen, Maître de la Grande Loge l’Entendement, et Souverain Prince de la Maçonnerie, &c.
La Corne, suppléant du Grand Maître, Très Vénérable Maître de la Loge la Trinité, Grand Élu, Parfait Chevalier et Prince des Maçons, &c. Maximilien de St. Simon, Premier Grand Surveillant Grand Élu, Parfait Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Savalette de Buchelay, Grand Garde des Sceaux, Grand, Élu, Parfait Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Ie Duc de Choiseul, Très Vénérable Maître de la Loge les Enfants de la Gloire, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Topin, Grand Ambassadeur de son Altesse Sérénissime Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Boucher de Lenoncour, Très Vénérable Maître de la Loge la Vertu, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Brest de la Chaussée, Très Vénérable Maître de la Loge l’Exactitude, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, &c.
Les Sceaux de l’Ordre furent apposés et la Patente contresignée par Daubertain, Grand Élu, Parfait Maître, Chevalier et Prince des Maçons, Très Vénérable Maître de la Loge St. Alphonso, Grand Secrétaire de la Grande Loge et du Conseil Sublime des Princes Maçons, &c.

Quand le Frère Morin arriva à St. Domingue, conformément à sa Patente, il nomma un Inspecteur Général Délégué pour l’Amérique du Nord. Ce grand honneur fut conféré au Frère M.M. Hayes, avec pouvoir de nommer d’autres Inspecteurs Généraux en cas de besoin. Le Frère Morin nomma également le Frère Frankin Inspecteur Général Délégué pour la Jamaïque et les Iles Britanniques sous le Vent, et le Frère Colonel Provost pour les Iles au Vent et l’Armée britannique.

Le Frère Hayes nomma Inspecteur Général Délégué pour l’état de Caroline du Sud le Frère Isaac Da Costa lequel, en l’an 5783, établit la Sublime Grande Loge de Perfection à Charleston. Après la mort du Frère Da Costa, le Frère Joseph Myers fut nommé Inspecteur Général Délégué pour cet état par le Frère Hayes qui avait au préalable également nommé le Frère Colonel Solomon Bush Inspecteur Général Délégué pour l’état de Pennsylvanie et le Frère Barend M. Spitzer au même titre pour la Géorgie; ces décisions furent ratifiées lors d’une réunion d’inspecteurs quand ils furent assemblés à Philadelphie le 15 Juin 5781.

Le 1er Mai 5786, la Grande Constitution du 33e degré appelé, le Conseil Suprême des Souverains Grands Inspecteurs Généraux fut définitivement ratifiée par Sa Majesté le Roi de Prusse qui, en sa qualité de Grand Commandeur de l’ordre de Prince du Royal Secret, détenait le pouvoir Maçonnique Suprême sur l’ensemble du Métier. Dans la nouvelle Constitution, ces hauts Pouvoirs furent conférés dans chaque Nation à un Suprême Conseil de neuf Frères qui détiennent dans leur propre territoire toutes les prérogatives Maçonniques que Sa Majesté détenait à titre individuel; et ce sont les Souverains de la Maçonnerie.

Le 20 Février 5788, fut ouvert dans cette Ville le Grand Conseil des Princes de Jérusalem auquel étaient présents le Frère J. Myers, I.G.D. pour la Caroline du Sud, le Frère B.M. Spitzer, I.G.D. pour la Géorgie, et le Frère A. Forst, I.G.D. pour la Virginie. Peu après l’ouverture du Conseil, une lettre fut adressée à Son Altesse Royale le Duc d’Orléans à ce propos sollicitant l’envoi de certains actes des archives de la société française; dans sa réponse par l’entremise du Colonel Shee, son Secrétaire, il promit très aimablement de les transmettre; mais malheureusement, les prémices de la révolution française empêchèrent cet envoi.

Le 2 Août 5795, le Frère Colonel John Mitchell, ci-devant Sous-Intendant Général des Armées des États-Unis, fut fait Inspecteur Général Délégué pour cet état par le Frère Spitzer par suite du départ de ce pays du Frère Myers.
L’action du Frère Mitchell fut limitée jusqu’après la mort du Frère Spitzer qui survint l année suivante.
De nombreux Frères de degrés éminents étant arrivés de l’étranger, des Consistoires de Princes du Royal Secret se tinrent de temps à autre pour des initiations et pour d’autres propos.

Le 31 Mai 5801, le Suprême Conseil du 33e degré pour les États-Unis fut inauguré avec toutes les hautes personnalités de la Maçonnerie par les Frères John Mitchell et Frederick Dalcho, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, et, dans le courant de la présente année, le nombre total de Grands Inspecteurs Généraux fut complété, conformément aux Grandes Constitutions.

Le 21 Janvier 5802, une charte de Constitution accorda le sceau du Grand Conseil des Princes de Jérusalem pour l’établissement d’une Loge de Maîtres Maçons de la Marque dans cette Ville .

Le 21 Février 5802 notre Illustre Frère le Comte Alexandre François Auguste De Grasse, Inspecteur Général Délégué fut nommé par le Suprême Conseil Grand Inspecteur Général et Grand Commandeur des Antilles françaises; et notre Illustre Frère Jean-Baptiste Marie De La Hogue, Inspecteur Général Délégué, fut également reçu Grand Inspecteur Général et nommé Lieutenant Grand Commandeur des mêmes Iles.

Le 4 Décembre 5802, une charte de Constitution accorda le sceau du Grand Conseil des Princes de Jérusalem pour l’établissement d’une Grande Loge Sublime à Savannah, Géorgie.

Les Dénominations des Degrés Maçonniques sont comme suit, à savoir:
le Degré Apprenti Admis
2e Compagnon
3e Maître Maçon, conférés par la Loge Symbolique
4e Maître Secret
5e Maître Parfait
6e Secrétaire Intime
7e Prévôt et Juge
8e Intendant des Bâtiments
9e Maître Élu des Neuf, conférés par la G. Loge Sublime
10e Illustre Élu des Quinze
11e le Sublime Chevalier Élu
12e Grand Maître Architecte
13e Royal-Arche
14e Perfection
15e Chevalier d’Orient,conférés par les Princes de Jérusalem, qui forment un Conseil Souverain
16e Prince de Jérusalem
17e Chevalier d’Orient et d’Occident
18e Souverain Prince de Rose-Croix d’Hérodom
19e Grand Pontife
20e Grand Maître de toutes les Loges Symboliques
21e Patriarche Noachite ou Chevalier Prussien
22e Prince du Liban
23e Chef du Tabernacle,
24e Prince du Tabernacle, conférés par le Conseil des Grands Inspecteurs qui sont Souverains de la Maçonnerie.
25e Prince de Merci,
26e Chevalier du Serpent d’Airain
27e Commandeur du Temple
28e Chevalier du Soleil
29e K H
30 31 32e Prince du Royal Secret, Prince des Maçons, conférés par le Conseil des Grands Inspecteurs qui sont Souverains de la Maçonnerie
33e Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Officiers nommés à vie.

Outre ces degrés, qui se succèdent régulièrement, la plupart des Inspecteurs possèdent un certain nombre de degrés séparés, conférés dans diverses parties du monde et qu’ils communiquent en général, sans frais, aux Frères qui ont l’élévation suffisante pour les comprendre. Ainsi les Maçons Choisis des 27 et le Royal-Arche, conférés sous l’égide de la Constitution de Dublin. Six degrés de la Maçonnerie D’Adoption, Compagnon Écossais, Le Maître Écossais & Le Grand Maître Écossais, &c., faisant en tout 52 degrés.

La Commission soumet respectueusement à la réflexion du Conseil le rapport ci-dessus sur les principes et l’établissement des degrés Sublimes en Caroline du Sud, extraits des archives de la Société. Elle ne saurait, toutefois, conclure sans exprimer ses voeux ardents de prospérité et de dignité aux Institutions que préside ce Suprême Conseil; et elle se flatte que, si des Frères des degrés Bleus ont pu avoir des impressions défavorables par méconnaissance des principes et pratiques de la Maçonnerie Sublime, cela sera aboli, et que l’harmonie et l’affection seront l’heureux ciment de la société universelle des Francs Maçons Acceptés. Que, de même que tous aspirent à l’amélioration de la condition générale de l’humanité par la pratique de la vertu et l’exercice de la liberté, de même la Commission souhaite sincèrement qu’il soit mis fin aux petits différends qui ont pu naître, à l’occasion de formalités insignifiantes entre Anciens et Modernes, pour faire place aux principes originels de l’ordre qui sont les nobles remparts de la société: l’universelle bonté et l’amour fraternel; et que la vaste confrérie des Francs Maçons sur l’ensemble des deux Hémisphères ne forme qu’un seul lien de Fraternité. « Voyez comme il est bon et agréable pour des Frères de cohabiter dans l’unité. »

La Commission salue respectueusement votre Suprême Conseil par les Nombres Sacrés .
Charleston, Caroline du Sud, ce 10e jour du 8e Mois appelé Chisleu 55v3′ année de VL. 5802, le 4e jour de Décembre 1802 de l’Ère chrétienne.
FREDERICK DALCHO, K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e et Lieutenant Grand Commandeur des États-Unis d’Amérique.
ISAAC AULD, K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e.
E. DE LA MOTTA, K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e et Illustre Trésorier du S. Empire.

Le rapport ci-dessus a été pris en considération et le Conseil exprimé sa satisfaction en lui accordant sa totale approbation. Après quoi, le Conseil a décidé que ledit rapport soit imprimé et transmis à toutes les Grandes Loges Sublimes et à toutes les Grandes Loges Symboliques répandues sur les deux Hémisphères.
Signé JOHN MITCHELL K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e et Grand Commandeur des États-Unis d’Amérique.

Extrait fidèle des délibérations du Conseil.
Signé Ab. ALEXANDER K.H – P.R.S. Souverain Grand Inspecteur Général du 33e, Grand Inspecteur Général du 33e et Illustre Secrétaire du Saint-Empire.

DEUS MEUMQUE JUS

 

 

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© Léo Taxil & Cie, 04/27/2002

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