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Livres … Février 6024 1 mars, 2024

Posté par hiram3330 dans : Livres , ajouter un commentaire

Livres

Même ne sachant ni Lire, ni Écrire …

Ce mois ci j’ai épelé avec un grand plaisir, entr’autres :

Δ

le livre de GÉRARD BAUDOU-PLATON

« RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS MISRAÏM

VOIE ORIENTALE, VOIE D’ÉVEIL

LE LIVRE DU COMPAGNON »

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Δ

le livre de CATHERINE REFRE

« LA SCIENCE DES MAGES »

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Δ

le livre de REMI BOYER

« LA FRANC-MACONNERIE COMME VOIE D’ÉVEIL »

lafmcommevoiedeveil

 

Δ

le livre de PATRICK CARRÉ

« L’ÉPOPÉE ALCHIMIQUE DES MAÇONS ET MAÇONNES »

epopeealchimiquemaçonsetmaçonnes

 Δ

 

  Livres ... Février 6024 dans Livres Emoticons-plus.com-21

Chris

Février 6024

Des livres … 9 10 décembre, 2023

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

Des livres … 9

 

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Curieusement, depuis quelques mois ma « sensibilité » c’est accentuée, notamment dans le choix de mes lectures, et de mes re-lectures … Maturité ? Heu …. Intuition ? Qui sait … Moment idoine ? Sûrement … ..

Des livres, des auteurs de facto itou, traversant l’espace-temps, ont enrichi et balisé mon cheminement entre ces deux derniers solstices estivaux …

Est-ce le fait du « hasard » ?

Pour moi, comme pour d’autres, le « hasard » n’existe pas, c’est une conviction qui est née en moi il y a des « lustres » …., quelques petites années, cinq environ, après avoir bénéficié d’un apport de lumière… Alors je fais avec, je fais sans, mais je fais (fée) …..

Il est cocasse n’est-ce pas d’avoir recours à des « écrits » pour tenter d’y percevoir un bornage hétéroclite, mais bien réel pour moi, faisant des « auréoles de clarté(s ?) » avant que mes pas laissent une trace, fugace, dans la poussière que je serai moi aussi, au moins provisoirement …

Pourtant l’écrit, quel qu’il, soit stimule l’intellect, et faire réagir l’intuition trop souvent bridée. En « lisant » nous sommes face, non pas à une toile privée, mais en symbiose avec notre conscient/inconscient entr’autres … .. Face à un écran, par la vue sollicitée, la « vitesse » des images, l’aspect trompeur de nos propres descriptions, et j’en passe, nous sommes « passifs » …. Et ces images vont venir subrepticement s’incruster sans notre volonté éveillée, et rester figées sans un contrôle personnel sur icelles ….

Peu me chaut le « style littéraire », il ne s’agit pas pour moi d’un « choix de ce type » ; seul compte à mes yeux, à mon cœur et à mon cerveau (à défaut d’esprit …) l’éther que ceux-ci ont pu produire dans les brumes de ma trajectoire, notamment dans un récent présent … ..

Parfois ce sont justes quelques phrases, quelques paragraphes qui ont heurtés les silex de mes réflexions personnelles, qui ont même parfois produit des « étincelles » ravivant celle que j’ai, comme vous, dans l’intimité de mon « essence » … … …

Dans cette « phase », si tant est qu’il y en ai au moins une autre, ce sont neuf (9) livres que j’ai choisis et/ou retenus. En fait l’objectivité m’incite à préciser que je « pense » que ce sont plutôt eux qui m’ont choisis, se sont « imposés » à ma conscience inconsciente, mais alerte … Aussi sachez bien que ce qui vaut pour moi …. n’est pas identique à ce qui vaudrait pour chacune et chacun d’entre vous …

 

Qu’il en soit donc ainsi …… . en ce jour de décembre proche du solstice hivernal …

 

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* * * * *

Le neuvième …

* * * * *

Les Arcana Arcanorum

et les Rites Maçonnique Egyptiens

de Memphis et Misraïm

Une Voie pour l’Occident

Axel Karol

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                     Ce pourrait être, telle l’expression « usitée » (que personnellement je n’apprécie guère),  « du lourd » …

Que d’encre, de salive, de « combats », « d’imprécations », etc …. ruissellent de cette paire de mots « latin (?) » au sein, et hors du sein d’une franc-maçonnerie « dite égyptienne » et d’un Rite (pas unique) nommé Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm …

Que de fantasmes, que de phantasmes, que de diatribes enflammées, que d’excommunications (cocasse non ?), que de polémiques, bref que de poussières plutôt délétères poussées par un vent pollué ….?

Mais si je m’en réfère à Jean, « La Lumière luit à travers la Ténèbre  » et paraît-il d’aucuns n’en sont même pas conscient (en un seul mot … quoi que …).

Certes ces « Arcana Arcanorum », pour faire simple, peuvent être « définies/décrites » (?!) comme  un ensemble d’enseignements et de pratiques théurgiques et alchimiques relevant d’une manière ou d’une autre d’une certaine « Magie » ancestrale (?) et celée par celles et ceux de jadis qui en furent les « gardiens » …..

Alors maçonniques ou pas ? Alors maçonniques et … Spirituelles ? Alors pour moi peu me chaut … Je laisse aller mon « intuition » vers des rives qui hèlent ma / mes sensibilité(s) profonde(s) … ..

Cet ouvrage m’a ouvert, personnellement, des champs de réflexions/méditations qui vont loin, très loin, en fait au plus profond de moi je pense … Le concret et l’abstrait, le scientifique et le spirituel, le matérialisme et l’hermétisme, le « magique », celui  qui relie le « créé et l’incréé » … ..

C’est transcendantal que ces chapitres qui se suivent, se mêlent aussi (après lecture), ces « schémas colorés ou pas, ces « sources historiques » bref l’environnement choisi par l’intelligence, la pensée et l’expression de l’auteur …

Gnose ! Une (?) Gnose ! La (?) Gnose !

En deçà et au-delà de la Maçonnerie !!

Hérésie que voilà !!! Ma compréhension c’est élargie au contact des phrases posées au fil des pages …

Nous sommes bien loin d’une époque (199., à l’orée des années 2000) et du « combat » (en un seul mot mais qui sait ….) des coquelets se parant grossièrement de « statures » , de « preuves », de « textes quasiment bibliques », bref probablement des excroissances malignes d’ego délétères …. L’homme reste ici aussi, hélas, d’une immense petitesse …… .

Ce livre, et donc son auteur, me semblent bien l’un et l’autre (oui ça arrive d’être en accord profond avec soi-même …) bien ailleurs que du « marigot » où pataugent des « ego », de la « cordonite » insane, où la seule « grandeur » que j’y perçois personnellement est celle de se croire « dieu » (oui sans majuscule !) et cela est attristant, et cela me navre, et cela heureusement n’est qu’une étape « noire » (au sens Alchimique) d’un cheminement de cherchant discret et travailleur de le silence de leur conscience en toute indépendance et sincérité …

Chaque « chapitre » est une étape d’une clarté à découvrir, chaque « Chapitre » est est « celui de Chevaliers en queste », chaque chapitre déclenche une étincelle, minuscule mais vivante et vivace, sur le Chemin que nous avons emprunté (et donc à rendre enrichi) …

Je semble « grandiloquent » mais en fait c’est le plaisir, en tous états, de ressentir ici un balisage menant vers des pistes, et des voies, que je ressens intimement comme non pas « progressistes » (?) mais « progressives » (!) vers ce que je recherche en toute conscience, en toute sincérité, en toute humilité également … ..

Alors que vous dire ici et maintenant sinon que vous inviter à le lire, le relire, avec « l’esprit ouvert », le « cœur pur », et la « sérénité de votre être » …

Qu’il en soir ainsi, c’est le vœu que je formule sincèrement pour vous en ce mois de décembre …

 

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Vœux 2023 maçonniques 22 février, 2023

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Mes très chers frères et très chères sœurs de tous ordres et de toutes obédiences 

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Le 21 décembre et à 22h00 48mn et 18 s le solstice d’hiver a été acté … nous voici dans un nouveau cycle cosmique lié à notre système solaire cette fois-ci puis nous serons très rapidement dans un deuxième cycle temporel lié au choix de notre calendrier dit « laïque » … 

Pourtant le solstice d’hiver concentre les attentions de nombreuses cultures … Le soleil sera stationnaire pendant trois jours durant lequel il fera son « tré-pas », du 21 au 24 décembre, puis le Cosmos accouchera d’un nouveau soleil vivant et régénéré …  

Il sera le « Sol Invictus ».

Le 25 décembre représentera le 1 … l’enfant alchimique chargé de toutes ses potentialités créatives permettant à la nature de reprendre son cycle … 

Il est Heru, Horus, Jésus fils d’Isis, Marie, Ereshkigal et d’Wsjr, Yussef, Enki … Un nouveau cycle évolutif et un nouveau siège de métamorphose vont générer un futur dont le plan est celui de l’œuvre qu’impose le plan de déroulement de la création.

Avant de devenir des acteurs efficaces dès le début de notre cycle profane les bipèdes que nous sommes (Maçons de surcroît) devons nous rappeler :

Puissent nos Maçonneries dialoguer, échanger, se prêter « main forte » face aux bouleversements auxquelles nous assistons tous. Le temps est très certainement à l’union de nos forces au bénéfice du plus important pour tout être, ici et maintenant, et en devenir. Nos valeurs et nos cultures transcendent toutes les forces d’entropie. Nos voies maçonniques sont utiles quand elles constituent un diamant qui brille de ses mille feux, maîtrisant les contraires, renforçant nos valeurs communes.

Ainsi, au nom de mes Frères et Sœurs de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, (OIAPMM) ainsi, qu’au nom de toutes les voies maçonniques qui le composent, je vous présente nos meilleures pensées et nos vœux de prospérité.

Qu’en cela, le Grand Architecte de tous les mondes nous soutienne et nous protège. Qu’il nous octroie Sagesse, Force et Beauté.

 

Gérard Baudou Platon

https://rapmm-vo.oiapmm.org/Voeux/2023/Voeux-2023-OIAPMM.html …

Président du Souverain Sanctuaire Khorshed

et GMG de l’OIAPMM

le TSF Charles Borm 97 Substitut de l’OIAPMM

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Le 21 décembre et à 22h00 48mn et 18 s le solstice d’hiver a été acté 25 décembre, 2022

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Mes très chers frères et très chères sœurs de tous ordres et de toutes obédiences 

Le 21 décembre et à 22h00 48mn et 18 s le solstice d’hiver a été acté … nous voici dans un nouveau cycle cosmique lié à notre système solaire cette fois-ci puis nous serons très rapidement dans un deuxième cycle temporel lié au choix de notre calendrier dit « laïque » … 

Pourtant le solstice d’hiver concentre les attentions de nombreuses cultures … Le soleil sera stationnaire pendant trois jours durant lequel il fera son « tré-pas », du 21 au 24 décembre, puis le Cosmos accouchera d’un nouveau soleil vivant et régénéré …  

Il sera le « Sol Invictus ».

Le 25 décembre représentera le 1 … l’enfant alchimique chargé de toutes ses potentialités créatives permettant à la nature de reprendre son cycle … 

Il est Heru, Horus, Jésus fils d’Isis, Marie, Ereshkigal et d’Wsjr, Yussef, Enki … Un nouveau cycle évolutif et un nouveau siège de métamorphose vont générer un futur dont le plan est celui de l’œuvre qu’impose le plan de déroulement de la création.

Avant de devenir des acteurs efficaces dès le début de notre cycle profane les bipèdes que nous sommes (Maçons de surcroît) devons nous rappeler :

Puissent nos Maçonneries dialoguer, échanger, se prêter « main forte » face aux bouleversements auxquelles nous assistons tous. Le temps est très certainement à l’union de nos forces au bénéfice du plus important pour tout être, ici et maintenant, et en devenir. Nos valeurs et nos cultures transcendent toutes les forces d’entropie. Nos voies maçonniques sont utiles quand elles constituent un diamant qui brille de ses mille feux, maîtrisant les contraires, renforçant nos valeurs communes.

Ainsi, au nom de mes Frères et Sœurs de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, (OIAPMM) ainsi, qu’au nom de toutes les voies maçonniques qui le composent, je vous présente nos meilleures pensées et nos vœux de prospérité.

Qu’en cela, le Grand Architecte de tous les mondes nous soutienne et nous protège. Qu’il nous octroie Sagesse, Force et Beauté.

 

Gérard Baudou Platon

https://rapmm-vo.oiapmm.org/Voeux/2023/Voeux-2023-OIAPMM.html …

Président du Souverain Sanctuaire Khorshed

et GMG de l’OIAPMM

le TSF Charles Borm 97 Substitut de l’OIAPMM

Robert Ambelain : Rencontre avec un Frère Aîné Par Bertrand de Maillard 10 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Silhouette , ajouter un commentaire
Robert Ambelain Rencontre avec un Frère Aîné

Par Bertrand de Maillard

robert ambelain

Ce n’est pas une petite affaire que de parler d’un homme de la stature de Robert Ambelain, non pas bien sûr de sa stature physique, il était plutôt de petite taille, mais de sa stature intellectuelle, spirituelle, ésotérique, et n’ayons pas peur des mots, occultiste. Être surdoué en toutes matières, bénéficiant d’une mémoire prodigieuse qui lui avait permis d’acquérir une culture générale et une érudition peu communes – et cela en dehors de toutes études universitaires – il semble avoir été assisté, c’est là mon hypothèse (Robert Ambelain ne m’en a jamais touché mot), par une sorte de « daïmon », esprit familier qui le guidait dans ses recherches, comme ce fut le cas pour Stanislas de Guaïta.

Esprit positif et rationnel, cinq planètes en signe de Terre, sans être rationaliste, hyper intuitif, ce qui n’est pas contradictoire, il se référait souvent à la science officielle, non seulement comme base sur laquelle construire sa réflexion, mais peut-être aussi par complexe et regret de ne pas avoir fait des études scientifiques, et pour ce fait paraître sérieux en ses propos.

Homme de courage dans les commandos de la guerre 39-40, et dans l’insurrection de la capitale en 1944, il manifeste ce courage au quotidien, pendant l’occupation, dans son activité maçonnique clandestine, avec tous les risques que cela comportait.

S’il est vrai, par ailleurs, qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’opinion, il ne pouvait qu’être supérieurement intelligent, si l’on considère les volte-faces de sa pensée, et ce de façon subite. De l’Eglise Gnostique Apostolique qu’il avait fondée et dont il était le Patriarche à la trilogie : Jésus et le mortel secret des Templiers, La vie secrète de Saint Paul, et Les lourds secrets du Golgotha, quel abîme à franchir !

De la Bible comme référence habituelle au récent Secret d’Israël, de la doctrine de la réincarnation qui transparaît dans ses premiers ouvrages à une « certaine pérennité posthume », voilà quelques exemples, entre autres, de ses variations intellectuelles, sans parler du Camelot du Roi au délégué C.G.T. de la Société Five Lille.

Homme affable, bon vivant, bon convive, vrai hospitalier, ne dédaignant pas l’esprit gaulois, bon orateur, excellent écrivain au style agréable, il savait aussi manier la rigueur et la miséricorde, comme en témoignent ses relations tantôt amicales, tantôt autres (c’est un euphémisme !) avec des personnages disparus dont j’aurai à parler plus loin.

Mon premier contact avec Robert Ambelain remonte au 5 mars 1956, dans l’oratoire de Philippe Encausse, 46 boulevard de Montparnasse. Ce soir-là, il me transmet, ainsi qu’à Théo Brockly de Strasbourg et, si je ne me trompe, à Georges Crepin de Meaux, l’initiation libre de Supérieur inconnu. Impression inoubliable, sans doute supérieure en intensité émotive aux autres initiations reçues, même celle du 17 juin 1952 quand je reçois la lumière au sein de la R:. L:. Spartacus et la tradition maçonnique au Droit Humain. Je viens alors de faire la connaissance d’un homme hors du commun, dont l’amitié ne se démentira pas pendant plusieurs décennies, et qui m’a profondément marqué par sa façon de penser, ses enseignements, sa logique.

Je m’honore d’avoir servi, sous sa direction, avec mes faibles moyens, la Franc-Maçonnerie de Memphis-Misraïm, à laquelle il avait redonné force et vigueur.

Le cursus maçonnique de Robert Ambelain se trouve présenté au début de son ouvrage paru en 1985, La Franc-Maçonnerie oubliée. J’en reprends ici l’essentiel :

  • Apprenti le 26 mars 1939 a la R:. L :. La Jérusalem des vallées égyptiennes, Rite de Memphis-Misraïm. Son parrain n’est autre que Constant Chevillon.
  • Compagnon et Maître le 24 juin 1941, il est chargé par C. Savoire, R. Wibaux, R. Crampn et G. Lagrèze, tous hauts dignitaires du Rite de Memphis-Misraïm, du Rite Ecossais Ancien et Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, de maintenir le Rite de Memphis-Misraïm dans la clandestinité. Il constitue, avec des membres de diverses obédiences ralliées à la résistance maçonnique, la Loge Alexandrie d’Egypte, puis plus tard son chapitre qui fonctionne de façon rituelle à son domicile. Pour mener à bien sa tâche, il recevra :

Ø Tous les degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté jusqu’au 33ème inclus.

Ø Tous les degrés du Rite Ecossais Rectifié y compris ceux de l’Ordre intérieur, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, Profès et Grand Profès.

Ø Tous les degrés du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, 95ème inclus.

Ø Tous les degrés du Rite suédois jusqu’au Chevalier du Temple.

Il sera nommé Grand Maître ad vitam pour la France et substitut Grand Maître Mondial du Rite de Memphis-Misraïm en 1943 et 1944. c’est en 1962 qu’il deviendra Grand Maître Mondial du dit Rite.

A la fin de l’année 1984, il démissionne et abandonne sa fonction. Il devient Grand Maître Mondial d’Honneur du Rite de Memphis-Misraïm.

Parmi les autres titres qui lui furent conférés, citons : Grand Maître d’Honneur du Grand Orient Mixte du Brésil, Grand Maître d’Honneur de l’ancien Grand Orient du Chili, Président du Suprême Conseil des Rites Confédérés pour la France, Grand Maître pour la France du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite).

Je ne trouve pas trace dans mes souvenirs de l’activité maçonnique de Robert entre la Tenue solennelle de la R:. L:. Alexandrie d’Egypte, en février 1945 dans les locaux de la Grande Loge de France, sous la présidence de Michel Dumesnil de Grammont, et les années 60. il fréquente probablement des loges du Grand Orient de France et surtout du Grand Collège des Rites. En effet, à la suite de malentendus, les relations avec la Grande Loge de France sont difficiles.

C’est en 1958 que se produit un événement important : un certains nombre de FF:. de la Grande Loge Nationale Française quittent cette obédience, considérant comme usurpé le qualificatif de « française » de cette obédience, vu la majorité d’américains et d’anglais que l’on y rencontre à l’époque en raison de la présence des troupes de l’O.T.A.N. en France. D’autre part, la nature des travaux ne correspond pas à leurs aspirations. Ils fondent ce qui est actuellement la Grande Loge Traditionnel et Symbolique OPERA, du nom de l’avenue où se trouve le Cercle Républicain qui leur sert de temple provisoire.
Très vite, Robert Ambelain, Philippe Encausse et leurs fidèles respectifs, vont intégrer OPERA où deux loges, La France et L’Arche d’Alliance, seront des foyers martinistes. Ils retrouveront là quelques grands noms comme Pierre de Ribeaucourt, son fils Edouard, Vincent Planque, Victor Michon, Massiou, etc. Dans les années 60 se constitue le Grand Prieuré Martiniste.
C’est l’occasion pour certains de recevoir les hauts degrés du Rite Ecossais Rectifié, Maître Ecossais de Saint-André, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, voire la Profession et la Grande Profession.

En 1960 se produit un événement important. Sentant sa vie prochaine, Charles Henry Dupont qui détient la succession régulière de Memphis-Misraïm, du Martinisme (l’Union des Ordres Martinistes a été réalisée peu avant) et de l’Eglise Gnostique de Jean Bricaud, convoque Robert Ambelain chez lui, à Coutances et, en présence de témoins, Irénée Séguret, Paul Corcellet et Philippe Encausse, transmet tous ses pouvoirs à Robert. Deux mois plus tard, en octobre 1960, Charles Henry Dupont décède.

En mars 1962, ou 63, dans un temple de la Grande Loge de France, a lieu le réveil du Rite de Memphis-Misraïm. La Loge Hermès devient Loge-Mère du Rite. Installée dans un temple du Grand Orient de France, rue Ramey, elle émigrera rue Froidevaux, avant d’autres locaux, jusqu’aux locaux actuels à Saint-Mandé.
Robert Ambelain, Victor Michon, Jean Pierre T.rtr., Albert Cools, votre serviteur et bien d’autres la dirigeront. Des travaux de valeur y seront présentés, bien souvent par Robert Ambelain.

Dans l’année 1965, arrive un F:. du Grand Orient de France, Albert Cools qui, semble t-il, aura une certaine influence sur Robert. Est-ce une coïncidence, mais c’est à partir de 1966 que Robert commence les études qui se concrétiseront dans la trilogie d’ouvrages énoncée ci-dessus.

Nous avons droit en tenue à la primeur de certains chapitres, mais aussi à des commentaires enthousiastes au fur et à mesure de ses découvertes, lorsque nous dînons après les tenues en petit comité dans un restaurant du Châtelet. Un exemple :
« Vous savez, mes Frères, je viens de découvrir que Jésus avait un jumeau, Thomas le didyme (du grec didumos, jumeau) ». Bien entendu, pour lui, l’origine de Jésus n’était pas celle que l’on nous enseigne. Il était le fils de Judas de Gamala, le héros de la révolte du Recensement.

Ces études sur le Christianisme vont modifier l’orientation de Robert, mais elles seront aussi une source de dissensions parmi les maçons martinistes ou gnostiques, et donc chrétiens. Les uns suivront Robert, les autres demeureront outrés par ses prises de position. Quant à lui, il saura tirer les conclusions de ses nouvelles convictions.

En 1968, il « excommunie » le martinisme de Philippe Encausse en créant l’Ordre Martiniste Initiatique. De même, il transmet tous ses pouvoirs de Patriarche de l’Eglise Gnostique Apostolique, qu’il a fondée, à André Mauer. Ses relations avec Philippe Encausse vont se détériorer. Il y a déjà eu des heurts dans le passé. Philippe parlera des « crachats sur le Christ Jésus » à propos du livre de Robert, Jésus ou le mortel secret des Templiers (titre qui avait été choisi par Robert après consultation de ses intimes, dont moi-même).
Tout finira par s’apaiser à partir de 1975 jusqu’à la mort de Philippe en 1984.

Avec Jacques Duvielbourg, les rapports seront folkloriques. Deux personnages de forte dimension se retrouvent face à face : bien sûr, à propos du livre précité.

Jacques, évêque gnostique ne saurait être d’accord, mais également sur le sujet des pratiques magiques. J’entends encore Robert m’appelant un matin au téléphone :
« Tu sais, cette nuit, j’ai eu des angoisses et des palpitations. Or hier, Jacques m’a appelé et je n’entendais dans l’appareil que son souffle très fort, sans parole, c’était pour établir le lien. Il travaillait contre moi. » Guerre des mages en miniature ! Mais quelques temps après, Robert et Jacques tombaient dans les bras l’un de l’autre. Il en sera de même avec d’autres FF:. dont je tais les noms car toujours présents, bien vivants, parmi nous.

Les relations de Robert avec les obédiences maçonniques seront de la même veine. Nous avons vu que la première tenue de la Loge Alexandrie d’Egypte, après la libération, se tient dans un temple de la Grande Loge de France, rue Puteaux.
Or, par la suite, il ne semble pas que Robert ait été considéré persona grata rue Puteaux.

Certes, il y sera toujours reçu avec les honneurs, mais les FF:. de Memphis-Misraïm ne serons reçus dans les temples de la Grande Loge de France que récemment. D’après les écrits de Robert, il semble bien qu’un malentendu se soit installé dès le départ et qu’en raison de son activité clandestine pendant la guerre, il ait cru pouvoir reprendre à son compte la direction de plusieurs obédiences, ayant reçu toutes les initiations des différents rites et mission de les sauvegarder. Il ignorer alors qu’à Alger, la plupart des obédiences avaient reconstitué leurs états-majors, préparant leur retour en métropole.

Avec le Grand Orient de France, les relations sont paradoxalement meilleures et il en fréquente les ateliers, mais plutôt ceux du Grand Collège des Rites. Certes, entre Memphis [1] et le Grand Orient de France existent des accords anciens (1862 quand Marconis de Nègre fait allégeance au Maréchal Magnan Grand Maître du Grand Orient de France et restreint les degrés du Rite à 33…), mais il est un fait qu’entre une obédience à tendance générale rationaliste et une obédience ultra spiritualiste il ne peut guère y avoir de concurrence…

Avec OPERA, les relations resteront bonnes, mises à part les turbulences créées par ses ouvrages sur le christianisme et ses appréciations sur les Convents de Wilhemsbad et Lyon.

Avec le Droit Humain, Robert va donner toute sa mesure. Le Droit Humain exclut-il une sœur qu’il en fait immédiatement la Vénérable Maîtresse de la première Loge d’Adoption du Rite, la Loge Hathor. Protestation de la rue Jules Breton ? Robert s’attache à démontrer « l’irrégularité originelle » de cette obédience. Ce qui ne l’empêchera pas d’y présenter sa fille qui y sera reçue, comme il sera reçu lui-même en visiteur à plusieurs reprises. Mais Robert Ambelain récidivera en acceptant pour la loge d’adoption la compagne d’un F:. de la Loge Hermès. Cette deuxième S:. en rupture de ban avec le Droit Humain, sera expulsée séance tenante de la rue Breton.

Plus tard, il sera encore le premier à reconnaître la Grande Loge Mixte Universelle, scission du Droit Humain entraînée par la S:. Braud et le F:. Jallu.

Parmi les cinquante et quelques livres écrits par Robert, trois seulement concernent la Franc-Maçonnerie. Je laisse de côté l’ouvrage La Franc-Maçonnerie occultiste et mystique : le Martinisme, tant il s’agit d’une branche particulière de la Franc-Maçonnerie dans le concert maçonnique général. Robert publie donc, en 1967, Cérémonies et rituels de la maçonnerie symbolique, ouvrage plusieurs fois réédité.

C’est le résultat des décisions d’un Convent du Rite, en 1965, et de l’accord de deux obédiences, le Grand Orient de France et le Droit Humain. L’idée est de fixer ne varietur les rituels, même si des détails pourront être modifiés, afin de couper court aux altérations fondamentales ou aux fantaisies de certaines loges, car le dépôt légal garde trace de tous les livres ou journaux. Il s’agit de plus de montrer aux adversaires de la Franc-Maçonnerie que nous n’avons pas de véritables secrets, le seul véritable secret maçonnique étant en notre cœur.

Le deuxième ouvrage maçonnique est Scala Philosophorum ou la Symbolique maçonnique des Outils, réédité sous la simple seconde partie du titre. Ouvrage capital qui va bien au-delà du symbolisme classique vers l’interprétation ésotérique et alchimique des trois premiers degrés maçonniques, basée sur le schéma de la Tétractys pythagoricienne. Ce texte est à étudier par tout maçon épris de connaissance, et particulièrement par les maçons de Memphis-Misraïm.

Enfin, troisième livre, La Franc-Maçonnerie oubliée étudie, chapitre après chapitre, de nombreuses questions importantes : les origines compagnonniques opératives de la Franc-Maçonnerie et le passage de l’opératif au spéculatif. Y est abordé également le hiatus entre la Franc-Maçonnerie stuardiste avec ses loges venuesde France au côté de Jacques II après la chute des Stuart, et la Franc-Maçonnerie orangiste avec la constitution de la Grande Loge d’Angleterre en 1717, les Constitutions d’Anderson et le rôle de Désaguliers. Plusieurs chapitres s’attachent à démontrer l’irrégularité fondamentale de la « Rome » de la Franc-Maçonnerie, celle qui prétend précisément être la seule régulière et dicter sa loi à toute la Franc-Maçonnerie, cette Grande Loge Unie d’Angleterre dont les lointains fondateurs, Désaguliers et Anderson, n’avaient même pas été initiés convenablement. Il fallait oser. Robert Ambelain osa !

De même, Robert Ambelain réalisa une analyse critique de la légende d’Hiram et de son introduction dans les rituels de Maîtrise maçonnique, ce qui en fait selon lui un rite luciférien. De nouveau, Robert montre sa faculté d’adaptation, si l’on songe à ce qu’il a écrit sur la possession du nouveau Maître maçon par l’esprit et l’égrégore de la Maçonnerie, libérant le nouvel initié de ses préjugés antérieurs.

Robert Ambelain a dit, et écrit, que la Franc-Maçonnerie, comme toutes les institutions humaines en cette fin de siècle, subissait la décadence ambiante. Nous sommes bien obligés de constater la perspicacité de son observation. C’est une raison supplémentaire pour que les francs-maçons sincères, épris de symbolisme et d’ésotérisme, œuvrent pour que la Tradition perdure et qu’enfin, l’Ordre s’installe sur le Chaos.

T:. Ill:. F:.
Bertrand de MAILLARD

[1] Memphis et non Memphis-Misraïm qui n’ont été réunis qu’en 1881 par Garibaldi. Mais en 1862, Misraïm et Memphis sont en conflit. Alors que Marconis de Nègre, en perte d’influence, est ravi de répondre à l’appel du Maréchal Magnan (initié dans la même journée du grade d’Apprenti au 33ème degré !), Misraïm refuse avec hauteur la proposition (ou plutôt l’ordre) de rejoindre le Grand Orient de France, attitude qui sera imitée par le Grand Commandeur Viennet du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

 
 robert_ambelain

L’apport égyptien à la Franc-maçonnerie symbolique 10 mai, 2022

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L’apport égyptien à la Franc-maçonnerie symbolique

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Liminaire

 

Même si l’on peut remonter plus loin quant aux sources qui lui ont donné naissance, l’histoire de la Franc-maçonnerie débute véritablement en ses formes modernes au 18ème siècle, soit officiellement il y a 300 ans en cette année 2017 avec la création de la Grande Loge de Westminster.

 

Or le 18ème siècle, surtout dans sa deuxième moitié, est celui qui voit apparaître une ferveur sans précédent pour l’Egypte et ses mystères, on parle d’ailleurs d’égyptomanie pour qualifier ce phénomène historique qui atteindra son apogée après la fameuse campagne menée par le Général Bonaparte puis avec le décryptage des Hiéroglyphes quelques années plus tard par Champollion en 1822.

 

La proximité de cet engouement pour l’Egypte avec une Franc-maçonnerie qui cherche parfois à affirmer ses racines dans les âges les plus reculés, mêle fantasmes aux réalités et donne à penser que l’Egypte est le berceau de toute initiation. Cette proximité suffira à créer un lien de causalité presque naturel entre l’une et l’autre.

D’autre part, l’Egypte ayant été capable de maîtriser l’art de bâtir à un tel niveau de réalisation – que nous ne connaissons d’ailleurs toujours pas bien – les franc-maçons d’alors, qui fondent leur mythe sur la construction, ne pouvaient voir en l’Egypte des bâtisseurs que l’évidence d’une filiation toute tracée.

 

Cette idée, presque fondatrice, influencera considérablement la manière d’appréhender le message initiatique en général et celui de la Franc-maçonnerie en particulier. Outre le phénomène de mode autour de l’Egypte, nous verrons que cette idée peut avoir un sens plus profond et renvoyer à une certaine réalité, mais à condition de l’envisager autrement que sous l’angle purement historique. C’est cette réalité que le présent propos vise à vous faire toucher du doigt.

 

Influence mythique de l’Egypte

 

Pour évaluer l’influence de l’Egypte nous rencontrons principalement deux problèmes majeurs :

 

Le premier concerne ce que nous savons de l’Egypte.

 

Nous devons avoir à l’esprit que ce que nous connaissons de l’Égypte aujourd’hui, c’est l’Egypte vue et commentée par les grecs et l’Egypte vue et expliquée par les égyptologues. L’Égypte vue et expliquée par les égyptiens nous est inconnue car il n’y a pas de traces de philosophie égyptienne, d’écrits développés qui auraient pu nous rapporter véritablement leurs mystères.

Nous avons bien-sûr les hiéroglyphes qui nous renseignent sur des aspects fondamentaux de leur culture, mais c’est très insuffisant, les sources sont donc extrêmement minces comparativement à la période qu’il s’agit de couvrir.

 

Deuxième problème tout aussi important : de quelle Egypte parlons-nous ?

 

Quels pourrait être le lien, par exemple, entre l’Egypte d’il y a 5000 ans avec celle d’il y a 3000 ans ? En deux mille ans d’évolution il ne reste probablement plus rien du mode de vie précédent si bien qu’il ne s’agit plus de la même Egypte.

Si nous appliquions se raisonnement à notre propre civilisation aujourd’hui, c’est comme si nous devions nous même établir et trouver ce qu’il pourrait y avoir de commun avec ce qu’il se passait il y a deux milles ans ! Autant dire que toute connaissance à ce sujet ne peut être que fragmentaire et il nous faut donc, en la matière, rester particulièrement prudent et humble quant à nos prétentions historiques.

 

Dans ces conditions, où faut-il chercher cette influence si elle existe ?

 

Les papyri et les hiéroglyphes se sont généralisés en Egypte environ 3200 ans avant notre ère alors que la basse et la haute Egypte existent déjà depuis 800 ans à peu près. L’Égypte connaîtra au cours des siècles de nombreux bouleversements jusqu’à une période qui nous intéresse particulièrement, celle de l’influence par la civilisation grecque après qu’Alexandre Le Grand ait fondé la ville d’Alexandrie et alors que l’Egypte est gouvernée par la dynastie du général macédonien Ptolémée. 300 ans avant notre ère, la Grèce va doucement s’imprégner de la culture égyptienne, s’en inspirer, s’en émerveiller, se l’approprier et l’assimiler notamment dans certains de ses aspects religieux.

 

Le premier aspect concerne un axe majeur de la culture égyptienne, c’est le thème de la mort. Celui-ci est extrêmement prégnant dans leur culture et il soutient la plupart des textes sacrés comme le célèbre livre des morts égyptien qui est emblématique de cet intérêt.

 

Le deuxième aspect, en lien aussi avec le premier, concerne l’héritage mythologique, Osiris, Isis Sérapis etc. Par sa mort et sa résurrection celui d’Osiris influencera considérablement les rites initiatiques à venir.

 

Ces deux aspects, la mort et la mythologie égyptienne, ont considérablement marqué les grecs et contribué à façonner un nouveau rapport au religieux ainsi que la production d’une pensée singulière chez les philosophes grecs pendant plusieurs siècles. L’héritage le plus intéressant se situe donc dans cette période cruciale qui débute environ vers 350 avant JC et il ne faut donc pas chercher chez les égyptiens mais chez les grecs ce que l’Egypte nous a légué.

 

Les « Écoles de Mystères »

 

La Grèce antique, ou classique, est beaucoup mieux connue que l’Egypte, d’abord parce qu’elle est plus récente historiquement, qu’elle a largement inspiré notre civilisation et notre culture, et surtout parce qu’elle nous a laissé beaucoup de témoignages écrits sur les grecs eux-mêmes et leurs origines réelles ou mythiques, alors qu’il reste peu d’écrits des égyptiens.

Le Grec est une langue qui est encore étudiée et parlée, et chacun sait que la langue à une influence sur la structure de la pensée et donc sur notre manière d’appréhender le Réel.

Nous avons encore la même structure de langage, ce qui nous offre une proximité avec le grec que nous n’avons pas avec l’égyptien qui est une langue morte chamito-sémitique écrite à l’aide de hiéroglyphes, elle est donc totalement étrangère à notre manière de formuler le monde du vivant.

C’est là un aspect très important à prendre en compte car c’est une véritable barrière pour la compréhension. Mais ce qui nous intéresse ici chez les grecs ce n’est pas la langue, c’est ce que l’on appelle les écoles de mystères, car se sont elles qui ont recueilli principalement l’héritage égyptien d’une part et qu’elles sont, d’autre part, les ancêtres des systèmes initiatiques tels que nous les concevons aujourd’hui.

 

Le sujet n’est pas ici de présenter les divers systèmes et cultes car il y en eu de nombreux, Mithra, Apollon, Éleusis, l’Orphisme etc.

Chacun pourra se pencher sur ces sujets.

 

Mais, de quoi s’agit-il ?

 

Mystère vient du Grec mystếrion, signifiant « rites secrets », l’individu pratiquant les Mystères était qualifié d’initié ou plus exactement, de myste. Pour les grecs, ces écoles sont l’héritage de l’Egypte, Hérodote lui-même, considéré aujourd’hui comme le premier de tous les historiens, affirmera à cet égard que les Mystères seraient venus d’Inde en Egypte puis de l’Egypte à la Grèce.

Dans tous les cas, l’idée que la Grèce est héritière de l’Egypte est une perception normale et très partagée depuis cette époque.

C’est ainsi que les dieux égyptiens investissent progressivement les Temples, qu’ils façonnent certains cultes, leurs pratiques et leurs croyances.

 

En quoi est-ce que ces mystères consistaient ?

 

Pour comprendre la nature de ce qu’était ces cultes nous devons nous en rapporter à ce qu’en dit Plutarque au 1er siècle à ce propos :

« L’âme au moment de la mort, éprouve la même impression que ceux qui sont initiés aux grands mystères ».

 

Voici dévoilé, en une affirmation très simple, le cœur de l’héritage Egypto-Hellénique : permettre à l’homme de dépasser sa propre condition, de vivre l’épreuve de la mort dans un corps de chair durant cette vie même afin que, parvenu à la fin de son existence, l’âme humaine ne disparaisse pas dans l’oubli mais au contraire accède à l’éternité des Champs Élysées.

 

Il y a là quelque chose de fondamental à saisir.

 

Si on veut comprendre ce qu’est l’initiation, il est impératif de constater la place de la mort dans les systèmes initiatiques depuis la plus haute antiquité, car elle en est toujours le sujet central sous une forme ou une autre.

A cet égard, il y a ici une première influence directe sur la Franc-maçonnerie, puisqu’elle reprend également ce thème dans ses propres Rites, ce qui en fait le véhicule de traditions multiséculaires.

 

Mais la Franc-maçonnerie se distingue cependant sur la manière d’approcher cette question, car à l’époque de la Grèce antique, les mystères n’étaient pas symboliques, les serments étaient pris au pied de la lettre et quiconque trahissait le secret des rites risquait sa vie réellement.

C’est la raison pour laquelle on ne retrouve à cet égard qu’assez peu de description des mystères antiques eux-mêmes, nous n’avons en général que des commentaires comme ceux de Plutarque.

 

Pour comprendre l’influence de l’Egypte, nous devons aller un peu plus loin et nous intéresser au processus initiatique de ces écoles …

 

Les rites avaient pour vocation de placer progressivement l’initié dans des dispositions intérieures spéciales, telles que celui-ci expérimentait des états de conscience censés lui conférer une connaissance spirituelle pouvant concerner aussi bien l’âme humaine que sa place dans l’univers.

Les expériences spirituelles étaient donc concrètes, avaient un caractère de réalité, exactement comme dans la définition de Plutarque donnée plus haut. Mais avant d’en arriver à ces expériences, l’impétrant devait s’adonner à des pratiques de purifications préalables parfois très longues et difficiles, destinées à préparer son corps et sa psyché à ces expériences.

Lorsque celui-ci était prêt, on lui faisait alors vivre des situations rituelles spéciales, après lui avoir parfois fait prendre dans certains cas des substances psychotropes. La conjonction de cette ascèse préalable, avec la contextualisation rituelle réalisée par les prêtres, devaient permettre que les effets de ces substances sur le postulant soient complètements différents de ceux obtenus sans ces mises en conditions corporelles et psychiques.

 

Il existait donc véritablement une science et un art de la transmission initiatique.

 

Tout cela était l’objet d’un épais mystère et nous en savons peu sur les détails de ces pratiques.

Pour se faire une idée, on retrouve encore les vestiges ce genre de méthodes dans la plupart des traditions chamaniques actuelles (voir le film de Jean Rouch « les maîtres fous – 1955).

Ces dernières n’ont cependant pas pour vocation à transmettre l’expérience spécifique décrite par Plutarque. Seule l’approche méthodologique a été conservée, ce qui peut vous donner une idée de ce que pouvaient vivre ceux qui entraient dans les écoles de mystères.

 

Nous sommes aujourd’hui, en Franc-maçonnerie, très loin de ce genre de pratiques.

 

Néanmoins, c’est peut-être la forme objective la plus ancienne dont nous pourrions dire qu’elle a influencée la Franc-maçonnerie. Car hormis les psychotropes évidemment, la franc-maçonnerie a repris à son compte certains aspects majeurs des mystères antiques dans sa façon de mettre en scène rituellement les postulants.

 

Essayons de comparer :

 

Tout d’abord les mystères antiques sont célébrés dans des Temples et ceux qui y participent sont des initiés (premier point).

Les mystères antiques avaient pour objet une quête spirituelle dont les rites pratiqués devaient permettre d’en véhiculer les connaissances (deuxième point).

Les rites devaient favoriser des expériences qui permettaient, croyaient-on, d’avoir dans la mort une autre destinée que celle de l’homme commun (3ème point en partie égal).

Ces rites initiatiques fonctionnaient par degré, et chaque degré transmettait des expériences différentes de plus en plus approfondies (4ème point).

En règle générale (et c’est peut-être là le plus significatif pour nous) ces rites consistaient à mettre en scène des dieux mythologiques afin que l’impétrant, placé dans le rôle du dieu, puisse vivre par lui-même les épreuves de ce dernier afin d’accéder à une catégorie d’expérience symbolique lui offrant un nouveau mode de compréhension de sa propre existence (5ème point).

 

Tel était le fond de la question de l’initiation dans les écoles de mystères. La Franc-maçonnerie, sans dévoiler ses rituels, procède encore de la sorte puisque l’initié, à un certain moment de son parcours maçonnique, prendra lui aussi la place d’un personnage mythique central pour en éprouver les mêmes expériences symboliques. Inutile de dire que la mort (symbolique) y joue une place majeure.

 

D’ailleurs à cet égard, le mythe d’Osiris pourrait tout à fait s’y substituer, démontrant si besoin était, la nature du lien entre l’Egypte et la Franc-maçonnerie.

 

Le but et le caractère de réalité évoqué par Plutarque a disparu des initiations maçonniques. C’est là une différence majeure car il revient au Franc-maçon de faire vivre en lui-même et par lui-même les vertus que ses expériences initiatiques impriment en sa psyché.

C’est d’ailleurs le sens moderne le plus intéressant du secret maçonnique, puisqu’il est impossible d’expliquer l’expérience initiatique à qui ne l’a pas vécu. Il est donc impossible de le trahir.

 

En terme de parcours, la Franc-maçonnerie a gardé le thème universel de la « mort » initiatique, et comme dans les mystères antiques, met en scène les postulants dans des situations mythiques porteuses de significations, qui reprennent toutes les mêmes fondamentaux depuis des siècles, ce qui constitue selon moi une forme majeure de cette influence dont nous essayons d’esquisser les contours.

 

L’héritage des « Écoles de Mystères » et l’Hermétisme

 

Cependant les écoles de mystère ne seront pas la seule source de ce que l’on pourrait considérer comme l’héritage égyptien. En effet, il faut citer également ce que l’on appelle l’Hermétisme Greco-Égyptien.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Le mot Hermétisme a pour racine le nom du dieu Grec Hermès qui sera d’ailleurs très souvent identifié au Dieu égyptien Thot. On voit très bien dans ce lien, fait entre Thot et Hermès, le souci chez les grecs de vouloir faire des ponts entre les cultures grecques et égyptiennes.

 

L’hermétisme est constitué par un ensemble de textes très obscurs qui apparaissent dans la même période citée plus haut lorsque « la Grèce reprend le flambeau de l’Egypte », c’est à dire à partir de -350. D’ailleurs la toute jeune ville d’Alexandrie avec sa bibliothèque est considérée, aujourd’hui encore, comme la capitale spirituelle de l’hermétisme et des études qui s’y rattachent.

 

L’Hermétisme, très concrètement, correspond à des textes que l’on peut classer en deux catégories.

 

La première catégorie correspond à l’hermétisme pratique, c’est-à-dire des textes datant du 3ème siècle avant JC jusqu’au 1er siècle et se rapportant à l’étude des astres (astronomie et astrologie), de la magie (science des rituels, des talismans et écritures magiques etc.) et de l’alchimie (science de la matière), mais aussi plus largement de botanique et de sciences naturelles. (Trivium Hermeticum).

 

La deuxième catégorie de textes correspond à ce que l’on pourrait appeler l’hermétisme philosophique. Cela regroupe des textes mystico-philosophiques qui sont un syncrétisme de philosophie grecque et de croyances égypto-helléniques.

Mais c’est au 15ème siècle de notre ère qu’un recueil de 14 traités grecs fut apporté en Italie à Florence et vendu à Cosme de Médicis qui les fera traduire par Marsile Ficin. Nous y retrouvons des textes majeurs comme le Poinmandres ou l’Asceplios. Ces 14 textes forment les 14 premiers traités du Corpus Hermeticum qui sera le fondement théorique et pratique, direct ou indirect, de quasiment toutes les sociétés secrètes initiatiques depuis le 16ème siècle.

 

Bien entendu, la Franc-maçonnerie naissante, n’échappera pas à cette influence et en prendra sa part.

 

Influence de la symbolique hermétique sur la maçonnerie

 

Au 18ème siècle, soit près de trois siècles après la traduction par Marsile FICIN du Corpus Hermeticum, toutes les sciences que l’on appelle alchimie, astrologie, kabbale, magie sont à la mode dans les milieux ésotériques mondains. Ajoutons à cela la redécouverte de l’Egypte et il n’en fallait pas plus pour attiser chez les chercheurs d’absolu un attrait du mystère qui offrira une aura sans précédent à l’Egypte.

Cependant cet attrait pour l’hermétisme n’est pas seulement le fait de quelques curieux, cela va beaucoup plus loin et concerne des personnages de premier plan, que l’on songe par exemple à Isaac Newton dont nous oublions en général de dire que 70% de ses études concernaient l’alchimie, qui fut considérée comme une science jusqu’à ce que Lavoisier mette fin à la théorie des 4 éléments quelques années plus tard par sa démonstration sur la décomposition de l’air.

 

Comme je le disais, depuis la diffusion du Corpus Hermeticum, la plupart des sociétés initiatiques organiseront leurs rites et leurs approches philosophiques en fonction des principes issus de l’hermétisme.

La Franc-maçonnerie reprendra donc, à des degrés divers bien-sûr, un certain nombre de concepts et de symboles dans ses propres mythes alors qu’ils n’appartiennent pourtant pas strictement à l’art du bâtisseur. Ceux d’entre-nous qui ont connu l’initiation maçonnique ont probablement traversé les 4 éléments d’Empédocle dont nous venons de parler, peut-être ont-ils reconnu les symboles des 3 principes alchimiques au début de leur quête ou encore la formule VITRIOL.

Certains ont peut-être reconnu aussi l’équivalent du mythe osirien à travers celui d’un Maître maçon mythique bien connu et utilisé sans même le savoir des mots et du vocabulaire issus de langues sacrées.

 

La Franc-maçonnerie regorge ainsi de références en provenance de l’hermétisme considéré comme l’héritage culturel Egyptien, perpétue des initiations et des rites qui reprennent les mythes fondamentaux des écoles de mystères, elles-mêmes ayant hérité d’une part de ce que pouvait offrir l’Egypte…

 

On peut retrouver les traces plus précises encore de cette culture hermétique dans l’étude de très vieux rituels maçonniques, les constellations zodiacales décorent les temples, des symboles alchimiques investissent de nombreuses gravures maçonniques au 18ème siècle, les symboles des 7 planètes symboliques qui ont donné naissance aux sept jours de la semaine ainsi qu’à l’ordre dans lesquels ils se trouvent etc.

 

La Franc-maçonnerie moderne a donc profondément été influencée par des sources venues de très loin afin de façonner sa propre manière de transmettre l’initiation et il nous semble qu’à cet égard, l’influence « égyptienne », indirecte au moins, puisse être établie suffisamment formellement.

 

Les rites maçonniques égyptiens au 18ème siècle

 

Avant de conclure il semble intéressant d’évoquer un instant le sujet de ce que l’on appelle la Franc-maçonnerie dite Egyptienne.

 

Si l’influence de l’Egypte peut être établie en raison de la nature de certains symboles et de leur provenance, en raison des modalités de transmission des initiations maçonniques, une partie des maçons du 18ème siècle désiraient se réclamer de l’Egypte plus directement encore.

Ce fut une période véritablement égypto-maniaque et certains Maçons ont donc organisé des Rites maçonniques se référant directement à l’Egypte.

 

Le plus connu fut le Rite de Misraïm (pluriel d’égyptien), son origine est mal connue mais on considère en général qu’il est apparu en Italie entre 1750 et 1810, sans doute en plusieurs étapes (voir G.Galtier : Maçonnerie égyptienne, Rose-Croix et Néo-Chevalerie: les fils de Cagliostro).

Il sera implanté en France en 1814 par les Frères BEDARRIDE.

 

Ce rite constitue un véritable mystère quant à ses sources, car cela nous conduit à une petite Loge du Royaume de Naples appelée « la parfaite union » qui était un carrefour ésotérique au 18ème siècle et où se pratiquaient presque tous les Rites d’alors.

 

Plus ancien que le rite de Misraïm, le Rite de la Haute Maçonnerie Egyptienne fondé en 1784 à Lyon par le très célèbre Joseph Balsamo alias Cagliostro.

Ce Rite très étrange ne perdura pas, mais sa particularité fut de propager une vision très hermético-pratique.

 

Ce rite également tire ses sources de cette petite Loge Napolitaine.

 

Le rite de Memphis créé en 1838 par Jean-Etienne Marconis de Nègre et qui sera plus tard associé au rite de Misraïm en 1881 par GARIBALDI lors de la réunification de l’Italie, et qui deviendra à cette occasion le Rite de Memphis-Misraïm qui est aujourd’hui le rite égyptien le plus répandu.

 

D’autres rites plus éphémères ont vu le jour mais n’ont, la plupart du temps, pas survécu à leur auteur.

 

Si cette référence directe à l’Egypte relève évidemment de l’exagération, tandis qu’une l’influence réelle peut être reconnue comme nous venons de le voir, elle dévoile cependant quelque chose de plus fondamental dans le cœur des maçons du 18ème siècle.

 

L’apparition d’un courant maçonnique égyptien pourrait être considérée, dans l’histoire de la Franc-maçonnerie, comme la phénoménologie d’une recherche d’absolu, une sensibilité dont le marqueur principal se manifeste par une recherche permanente de la tradition primordiale si chère à René GUENON, d’une source toujours plus pure et authentique.

 

Dès lors, si l’on veut bien se départir du qualificatif d’égyptien, qui peut être trompeur, nous pourrions aisément faire entrer dans cette catégorie de vieux Rites Hermétiques comme le rite de l’étoile Flamboyante du Baron TSCHOUDY, qui lui aussi provient du milieu napolitain que j’ai mentionné puisque le Baron TSCHOUDY fut l’un des Vénérables Maîtres de la Loge « la parfaite union » ; nous pourrions citer celui des illuminés d’Avignon de Dom PERNETY, ou encore le trop peut étudié Rite Ecossais Philosophique dont les Loges portaient souvent des noms de dieux égyptiens et qui connu un développement important au 18ème siècle, et dont la nature et les contenus le rendait précisément bien plus « égyptien » et « hermétique » que les rites de Misraïm ou de Memphis qui lui empruntèrent d’ailleurs discrètement certains de ses rituels jusqu’à une période très récente.

 

Aujourd’hui encore, les rites « égyptiens » ont gardé cet attrait pour les études hermétiques et l’attachement à la perpétuation de la tradition maçonnique.

 

Conclusion

 

Au fond, se demander si l’Egypte a influencé la maçonnerie n’est peut-être pas la question la plus pertinente, la question qu’il s’agirait plutôt d’examiner serait : de quelle manière l’Egypte a influencé la Franc-maçonnerie ?

 

Pour y répondre, nous devrions peut-être revenir à l’essentiel, c’est-à-dire à ce qui fonde le parcours initiatique et à la manière de le proposer, car c’est là le cœur de l’explication de cette influence.

 

Le thème central de toute initiation est toujours, directement ou indirectement, celui de la mort et le destin posthume de l’âme humaine. L’homme a toujours cherché à répondre à la question de son existence et il y a donc ici, quelque chose d’intemporel qui nous invite, comme nos ancêtres égyptiens le furent en leur temps, à ressentir et nous questionner d’une façon strictement identique.

Face au vertige qui nous saisit à l’idée de notre propre extinction, il ne saurait y avoir de différence fondamentale entre les hommes de quelques époques ou cultures qu’ils soient.

Nous sommes face à l’indéfinitude de l’existence qui fait appel à ce qu’il y a d’antéprédicatif en nous, et il fallait donc répondre par des approches relevant elles-mêmes des fonctions archaïques du psychisme humain, pour les solliciter d’une manière telle que l’homme puisse trouver « quelque chose » en lui de différent, convoquer une aptitude à la spiritualité que les mots ne peuvent saisir, et dont les concepts ne peuvent rendre compte.

 

Cette question n’appartient donc pas à l’horizontalité de l’histoire, mais aux diverses manifestations verticales du vivant dont les hommes essaient de se saisir depuis toujours. Il était donc presque évident que parmi toutes les choses pouvant être transmises depuis l’Egypte, celles qui concernaient ce rapport à la mort et au divin avaient plus de chance de passer les épreuves du temps et de l’histoire, et c’est bien ce qui s’est passé.

 

Les Grecs ont eux-mêmes repris ce qu’ils ont pu des égyptiens, ils ont gardé dans leurs Temples quelques-uns des secrets des cérémonies sacrées destinées à mettre l’homme dans les conditions spéciales censées lui ouvrir les portes d’une compréhension nouvelle que les mots ne peuvent traduire.

 

Les vérités métaphysiques, extirpées depuis des siècles par ceux qui ont connu le difficile sentier de l’initiation, ont été rapportées parfois dans des textes obscurs comme ceux du Corpus Hermeticum, transmis par des cérémonies étranges dont les hommes ont parfois perdu les clés.

 

Ce fut le cas en Egypte, en Grèce, dans la Rome antique et la franc-maçonnerie s’inscrit, tant sur la forme que sur le fond, dans une perspective semblable à cette différence près qu’elle n’impose aucun dogme, qu’elle invite seulement l’initié à abandonner le vieil homme en lui pour renaître d’une manière différente au Réel.

 

Il existe donc bien une influence spirituelle considérable, toujours d’actualité, dont on retiendra principalement qu’elle s’est surtout transmise dans la manière de faire vivre l’initiation ainsi que dans les textes du Corpus Hermeticum dont on retrouve les concepts ou les symboles dans presque tous les rites maçonniques.

Nous y retrouvons de même le thème central de la mort initiatique avec une ambition différente de celle de nos ancêtres, celle-ci ne renvoyant plus au destin posthume de l’âme humaine, mais à l’art de mourir à soi-même ici et maintenant par l’introspection continue.

 

La franc-maçonnerie ne donne donc aucune vérité toute faite à adopter, on pourrait même dire qu’elle propose l’inverse en offrant des outils pour apprendre à désapprendre, dans notre langage maçonnique nous dirions, pour tailler une pierre un peu trop brute en une pierre par conséquent plus petite.

La franc-maçonnerie véhicule pour cela des symboles sans âge qui renvoient à l’existence même de l’homme et aux questions qui sont apparues avec lui.

 

La Franc-maçonnerie égyptienne que nous véhiculons essaie de rester au plus proche de ce désir de reconnaissance de soi, au plus près d’un héritage traditionnel antique que le temps ne saurait effacer parce que les questions restent les même pour tous.

 

Dans un monde en perte de repères, qui se cherche de plus en plus, elle est donc terriblement d’actualité.

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Source : https://www.gltmm.fr

 

Aux sources de l’Egyptomania maçonnique 30 janvier, 2022

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Aux sources de l’Egyptomania maçonnique

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08/09/2014

L’expédition d’Egypte (1798-1801) fut d’abord une aventure maritime d’une flotte disparate de 250 navires marchands protégés par douze vaisseaux, six frégates et neuf flûtes, sans compter quelques chaloupes, avisos, bombardes et autres tartanes : 22 jours pour joindre Toulon à La Valette, 14 jours encore pour arriver à Alexandrie. Dans la promiscuité des navires, entre l’ennui et la peur de l’Anglais, entre les jeux de dés, d’échecs ou de loto et les rêveries collectives, les chicaneries et les discussions, le mal de mer, les odeurs de goudron, de cordage et de bois, les taches quotidiennes et les observations, marins, soldats, civils et savants eurent le temps de se connaître, de se reconnaître. Ce fut sans doute le cas des maçons d’antan, des maçons d’avant , obscurs ou célèbres comme le vice-amiral François Paul de Brueys d’Aigalliers (1753-1798), le général mulâtre Thomas Davy de la Pailleterie dit Dumas (1762-1806), le chirurgien Dominique Larrey(1766-1842) ou le savant Gaspard Monge (1746-1818) et quelques autres .

Néanmoins, faute de sources probantes, il est difficile d’affirmer que ces ci-devant maçons manièrent la truelle et l’équerre aux pieds des pyramides.

Après les périls de la mer et des vents, l’eau et l’air, l’expédition dut affronter les épreuves de la terre avec le débarquement du 13 messidor VI, la prise d’Alexandrie, la bataille des Pyramides (3 thermidor) et l’entrée dans Le Caire, et du feu avec le désastre d’Aboukir (14 thermidor) : Le vaisseau Orient explosé à cause des flammes provoquées par les combats, le Timoléon, brûlé par les français pour éviter sa capture, tout comme la frégate L’Artémise, et sept des neuf navires pris par les marins du frère borgne Horatio Nelson (1758-1805), incendiés par les britanniques. Les bateaux consumés, le dépaysement, le mal de la patrie, l’inconnu, l’adversité, le climat, le sang et les diverses épreuves agissaient sur les relations interpersonnelles parmi lesquelles la fraternité-amitié, la philia; jouait un rôle central. Chez ces Français d’Orient cohabitèrent mesquineries, jalousies, pratiques générales d’une vie en commun obligée, camaraderies masculines  de garnison, amitiés profondes ou équivoques et/ou affections fortes réelles ou sublimées dans une fraternité exaltée. L’expédition d’Egypte sera à la fois une aventure militaire, géopolitique, savante, psychopathologique et maçonnique. Alors que la vie maçonnique peinait à retrouver force et vigueur en France, malgré la reprise des travaux du Grand Orient de France (printemps 1796) et de la Grande Loge dite de Clermont (messidor an VI/juin 1796), dans la « communauté » française d’Egypte, une loge maçonnera sur les bords du Nil. Plusieurs peut-être ? Une seule cependant est clairement identifiée : les Vrais Amis Réunis, loge que nous avions analysé, dans notre thèse d’Etat (1992) (mais à partir de sa « reconstruction » officielle à Toulon) et dont notre ami Jean-Pierre Zimmer a écrit l’histoire (2001). Selon sa demande de constitution, elle fut créée le 11 fructidor an VII (28 août 1799), le jour même où le général Bonaparte quittait discrètement l’Egypte, avec les généraux Berthier, Duroc, Lannes, Marmont et Murat et les savants Berthollet, Denon et Monge sur la petite flottille (2 frégates et 2 avisos) du contre-amiral Ganteaume. Constater que plus de la moitié de ces personnages sera sous l’Empire des notabilités maçonniques, ne peut suffire à faire de ce départ un complot hiramique. Cette fondation se situe néanmoins dans une période de calme, après la pacification du delta, la conquête de la Haute-Egypte et l’expédition de Syrie-Palestine. On regrettera qu’aucune nouvelle découverte n’ait éventuellement permis d’allonger la liste des loges. Faute de documents suffisants, l’histoire de la vie maçonnique française durant l’expédition reste à écrire. Il faut être gré à Alain Quéruel d’avoir apporter à ce chantier, des matériaux biographiques dans son livre Les francs-maçons de l’expédition d’Egypte (2012). Que dire présentement du dossier? D’abord qu’une loge (peut-être plus, mais peut-être pas ?) a maçonné. Dans le fonds Castinel 4 J 85 (Archives départementales du Var), nous avions consulté le livre d’architecture du chapitre souché sur la loge Vrais Amis Réunis qui couvre la période du 8 juillet 1800 au 7 septembre 1801. Il rapporte principalement des cérémonies d’avancement de grade et nous apprend que les Vrais Amis Réunis étaient des officiers et des cadres subalternes. Ensuite que dans le corps expéditionnaire français, on peut estimer, pour le moment et avec une très grande prudence, le nombre des maçons à une grosse cinquantaine  (chiffres sans doute à surévaluer en cas de nouvelles découvertes) sur un total d’environ 38 000 personnes (en réalité chiffre plus faible compte tenu des 8 000 hommes laissés en Corse, à Malte et à Corfou et des pertes diverses : 3 600 tués dans les combats, 1000 accidentés ou morts de diverses manières et 4 150 décès par maladies dont 2 400 décès suite principalement à des maladies vénériennes et 1 700 à la peste. Ce % provisoire (0,4%°) est pourtant faible dans un échantillon qui possédait toutes les caractéristiques socioculturelles pour un fort recrutement maçonnique : masculin, dans la force de l’âge, militaire et savant. Il est vrai qu’a cette époque du Directoire finissant, aucune loge militaire n’etait officiellement signalée dans les diverses armées de la République. L’initiation d’officiers comme, en juillet 1797, les généraux Jean Charles Pichegru (1761-1804) et Amédée Willot (1757-1823), au demeurant royalistes, demeurait un fait isolé. Pourtant cette franc-maçonnerie en Egypte s’inscrivait dans le droit fil des loges militaires d’Ancien Régime analysées par Jean-Luc Quoy-Bodin et annonçait la floraison des ateliers « ambulants » du Premier Empire (4 en 1801, mais plus de 130 loges proprement militaires (y compris les loges de prisonniers de guerre) dans la décennie 1810 et 1 officier sur 3 ou 4, franc-maçon, selon les calculs de Pierre-François Pinault.

Bonaparte parti, les difficultés croissantes du corps expéditionnaire français durent être peu propices à la vie maçonnique. Le 8 messidor an IX (27 juin 1801), le futur frère (il sera fait maçon en 1802 dans la loge bruxelloise Les Amis Philanthropes) Augustin Bélliard (1769-1832), plus tard comte de l’Empire, général de division, pair de France et ambassadeur auprès du roi des Belges, parapha la capitulation du Caire. Deux semaines plus tard, 13 500 français civils et militaires et un millier de collaborateurs coptes, grecs et syriens quittaient la capitale égyptienne, avec armes et bagages, pour être rapatrier en France. Le ci-devant baron de Menou (1750-1810), fait maçon à Loches avant la Révolution, converti à l’Islam en mars 1799 sous le nom d’Abdallah, successeur du général Jean-Baptiste Kléber, assassiné le 14 juin 1800, signa le 13 fructidor an IX (31 août 1801) la capitulation d’Alexandrie. Malgré les difficultés, les Vrais Amis Réunis continuèrent à se réunir, preuve que la greffe maçonnique avait bien pris. La dernière réunion du chapitre date du 7 septembre 1801. Selon les « refondateurs » de l’atelier à Toulon, la dernière tenue se serait déroulée le 8 octobre courant (date sans doute erronée vu la situation militaire française à ce moment). En effet, à la mi-octobre, les derniers Français quittaient l’Egypte.

Le retour des « Egyptiens » en France marquera le début d’une égyptomanie qui ira croissante durant tout le siècle. Elle contribuera à transformer en succès culturel une entreprise complètement ratée militairement. La publication du Voyage dans la Basse et la Haute Egypte (1802) du frère Dominique Vivant Denon (1747-1825), alors directeur du Musée central des Arts, de la monumentale Description de l’Egypte (neuf volumes in-4° et de onze volumes de planches), de 1809 à 1830, sous le direction de la Commission d’Egypte, présidée par le sénateur Claude-Louis Berthollet (1749-1822), chimiste et ancien « Egyptien », comte de l’Empire et les travaux de Champollion en furent les premiers temps forts.

Mais l’égyptomanie ne datait pas de la campagne d’Egypte. Elle s’appuyait sur la lente découverte de la civilisation égyptienne ancienne. Egyptologie et égyptomanie vont de pair. Sans invoquer Hérodote, Strabon ou Diodore de Sicile, depuis les Croisades, l’Egypte fascinait l’Europe. La « paléo-egyptomanie » remonte aux XV- XVIe siècles. On fait parfois du jésuite allemand Athanius Kircher (1601-1680), auteur de l’Oedipus Aegyptiacus (trois volumes entre 1652 et 1655), le père de l’égyptologie. Au XVIIIesiècle, la terre des Mamelouks fut parcourue par des diplomates en mission ou non, des religieux, des négociants ou des « voyageurs par curiosité » (ancêtres des touristes-explorateurs). L’évêque anglican irlandais Richard Pocoke (1704-1765), visita le Moyen-Orient de 1737 à 1742 (Cf. A description of the East…, Londres, 1743-1745). Lord John Sandwich (1718-1792) fonda la premièreEgyptian Society in London (1741-1743). A view of the Levant, particularly of Constantinople, Syria, Egypt and Greece du britannique Charles Perry (1698-1780) fut imprimé à Londres en 1743. L’antiquaire et écrivain français Anne Claude, marquis d’Esternay,dit le comte de Caylus (1692-1752), publia un Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et gauloises, en sept volumes entre 1752 et 1767. L’italien Vitaliano Donati (1717-1762), membre de l’Académie royale de Suède et fellow de la Royal Society, rassembla à Turin, la première collection d’antiquités égyptiennes après son voyage en Orient (1759). Le géographe français Jean Baptiste Bourguignon d’Anville (1697-1782) fut l’auteur deMémoires sur l’Egypte ancienne et moderne, suivi d’une description du Golfe Arabique ou de la Mer Rouge, avec sept cartes (Paris 1766). Le naturaliste français Charles Nicolas Sonnini de Manoncourt (1751-1812) parcourut l’Egypte de juin 1777 à octobre 1778 (Voyage dans la haute et basse Egypte, Paris, 1 800). Le géographe danois Carsten Niebhur (1733-1815) visita l’Egypte, le Sinaï, le Yémen, l’Inde et¨la Perse de 1761 à 1767 et en donna un compte-rendu détaillé en quatre volumes (1772, 1774, 1778 et un posthume en 1837). LeVoyage en Egypte et en Syrie pendant les années 1783, 17684 et 1785de Constantin François Chasseboeuf dit Volney (1757-1820) connurent un grand succès. Le voyageur écossais James Bruce of Kinnard (1730-1794) explora le cours supérieur du Nil et narra son voyage dans cinq volumes édités à Londres, en 1790. Le danois Jorgen Zoega (1755-1809) tenta dans son Origine et usu obeliscum(1797) une première tentative de déchiffrage des hiéroglyphes. Plusieurs dizaines d’autres européens parcoururent encore l’Egypte. Des dizaines d’autres seraient à citer.

Dans les pas de ces marcheurs, l’Egyptomanie toucha tous les domaines : architecture, décoration, ébénisterie, mobilier, mode, théâtre, littérature, poésie, musique, jeux de société ou art funéraire. Jean-Philippe Rameau composa Les Feste de l’Himen ou les Dieux de l’Egypte (1742) et La Naissance d’Osiris ou la Fête de Pamylie (1751). Le futur maçon Mozart écrivit Thamos, roi d’Egypte version (1773 et 1779) sur un livret du frère baron Tobias von Geller. A Dresde fut créé en 1781, l’Osiris du frère Johann Gottlieb Naumann (1741-1801). Puis vint Die Zauberflöte (1791) des frères Wolfgang Amadeus et Emanuel Schikaneder (1751-1812). On notera cependant que les décors de Gayl et d’Andréas Nesslather (1748-1821) étaient plutôt d’inspiration « pré-romantico-germano-romaine ». Il faudra attendre la représentation de Berlin (1815) pour que la symbolique égyptienne envahisse la scène. L’architecte vénitien Giambattista Piranesi (1720-1778) présenta la décoration à l’égyptienne dans quinze planches de son ouvrage Diverse maniere d’adornare i camini (Rome, 1769). Son collègue français néo-classique Etienne-Louis Boullée (1728-1799) s’inspira de l’art funéraire égyptien tout comme le sculpteur Michel Ange Slodtz (1705-1764). L’architecte écossais Charles Cameron (1745-1812) érigea une pyramide dans le parc de Tsarkoïe Selo pour la Grande Catherine II et une autre dans l’allée des tombeaux du parc de Wilhelmshöhe, près de Cassel (1775). Notons que le futur commandant en chef de l’expédition d’Egypte, Jean-Baptiste Kléber (1753-1800), rendu à la vie civile depuis 1783, chargé de remodeler le parc du château d’Etupes, résidence d’été de Charles II Eugène, duc de Wurtemberg et prince de Montbéliard, imagina d’y placer une pyramide à l’égyptienne. Hasard objectif cher à André Breton ? Le roi Charles III d’Espagne commandita, entre autres, au décorateur Jean Démosthène Dugourc (1749-1825) une salle égyptienne pour l’Escurial. L’Egypte était encore présente dans quelques tableaux du peintre Hubert Robert (1733-1808), dans les terres cuites du sculpteur Michel Clodion (1738-1814), dans les sculptures de Louis Jean Desprez (1743-1804), dans la production du céramiste britannique Josiah Wedgwood (1728-1799), dans le mobilier de l’ébéniste français à la mode Jean Baptiste Séné (1748-1803)et dans des centaines d’œuvres d’artistes célèbres ou obscurs. Le banquier anglo-néerlandais Thomas Hope (1769-1831) imagina une décoration et un mobilier égyptiens pour sa maison londonienne, sise Duchess Street. L’Egyptomanie prospéra dans l’espace et le temps comme l’a montré l’importante exposition L’Egyptomania ; l’Egypte dans l’art occidental, présentée successivement à Paris (janvier-avril 1994), Ottawa (juin-septembre 1994) et Vienne (octobre 1994-janvier 1995).

L’égyptomanie devint un fait cultural majeur oscillant entre un courant « rationalio-archéologisant » et une mouvance fantastico-ésotérique comme le montrent les travaux de Claude Gyss, notamment. Dans cette dernière famille, on peut placer le Sethos (1731) de l’abbé Jean Terrasson (1670-1750), de l’Académie française, qui popularisa la notion de « mystères égyptiens » ou leCrata Repoa ou Initiations aux anciens mystères des prêtres d’Egyptedes allemands Johann von Hymmen (1725-1787) et Karl Friedrich von Koppen (1734-1797). L’Egyptomanie féconda l’imaginaire maçonnique, véritable éponge capable d’emprunter à toutes les respirations du temps. Le courant maçonnico-égyptisant se cristallisera entre Naples, la mer Adriatique et Vienne. Il se retrouvera entre autres, dans le Rite Primitif de Narbonne et dans la loge des Philadelphes, de la famille Chefdebien d’Armissan, dans le Rite des Architectes Africains de Von Koppen, cité ci-dessus, dans celui des Parfaits Initiés d’Egypte de loccultiste taromancier Jean-Baptiste Aliette dit Etteilla (1738-1791) et dans la « Haute Maçonnerie Egyptienne » du Grand Cophte Joseph Balsamo alias Cagliostro (1743-1795). Comme le notait Bruno Etienne, la franc-maçonnerie, forme statique du voyage en Orient, prédisposait beaucoup de ses membres à franchir le miroir vers un Orient rêvé, voire fantasmé, plus que dans un Orient parcouru et analysé.

En contre-point, on ne  peut que constater la minceur de la documentation sur la vie maçonnique en Egypte, durant ces trois années et même dans les décennies suivantes. Sans oublier la frustation de tous  ceux qui espèrent y trouver la preuve irréfutable de la réception du général Bonaparte. Depuis plusieurs décennies, les mêmes pistes sont à l’honneur. D’abord durant le séjour-éclair à Malte (8 jours), mais le commandant en chef qui rêvait des conquêtes d’Alexandre et de la route des Indes avait-il la tête à se faire recevoir dans une institution marginalisée durant la décennie 1790 ? C’est plus tard à partir de 1803-1804 que le Premier Consul comprendra l’intérêt à transformer la franc-maçonnerie désormais très présente dans les élites civiles et militaires, en un appareil idéologique d’Etat, stratégie qui sera conceptualisée par le frère Jean-Etienne Portalis, alors ministre des Cultes. Même la lourde et mystérieuse porte de la pyramide de Chéops, subrepticement ouverte le 11 août 1798, n’est pas complètement close. Pourtant durant cette période, le général Bonaparte était sur la route du Caire en train de combattre les troupes du mamelouk circassien Ibrahim Bey (c. 1735-1805). Demeurent les rumeurs et les suppositions : Elles ne seront pas près de s’éteindre pour le plus grand bonheur des songe-creux.

Néanmoins dans la franc-maçonnerie consulaire et impériale, l’égyptomanie continua son bonhomme de chemin. Les Vrais Amis Réunis d’Egypte devint une loge toulonnaise qui maçonna jusqu’en 1845. Le Grand Sphinx fut officiellement patenté en 1804 par le Grand Orient de France. La loge des Commandeurs du Mont Thaborsemble plutôt s’inscrire dans une mouvance ésotérico-chrétienne et néo-templière.

Il  faut rappeler également  l’Ordre Sacré des Sophiciens, analysé par Darius Alexander Spieth dans son ouvrage Napoleon’s Sorcerers : the Sophisians (2007) et composé grandement d’anciens de l’expédition et lié à la loge Les Frères Artistes, le Rite de Misraïm (Egypte en hébreu), né dans la décennie 1810, avec les trois frères comtadins Michel, Marc et Joseph Bédarride et le Rite de Memphis, constitué en 1838 par un dissident misraïmide Jacques Etienne Marconis de Nègre (1795-1868), sans oublier la Société Secrète Egyptienne, dirigée par l’aventurier, antiquaire à ses heures et consul de France (1803-1814 et 1821-1829) Bernardino Drovetti (1776-1852). Ladite institution aurait conspiré contre la Sublime Porte en faveur de Mehmet Pacha (1769-1849). Ce dernier, maître de facto de l’Egypte depuis 1807, mena une politique plutôt francophile. Ce fut sous son « règne » que deux loges d’origine française se seraient allumées en Egypte : Les Chevaliers des Pyramides (Le Caire 1811) et Les Amis de la Concorde(Alexandrie , 1812). But that’s another story (Cf. la communication de Gérard Galtier, paru dans les Cahiers de la Méditerranée, Nice, 2006).

Sous l’Empire encore, l’antiquaire Alexandre Dumège (1780-1862), fonda en 1806, à Toulouse, le Rite de la Souveraine Pyramide des Amis du Désert. L’année suivante, l’archéologue Alexandre Lenoir(1762-1839) expliquait dans La Franche-Maçonnerie rendue à sa véritable origine les trois grades et les quatre ordres du Rite moderne à la lumière des mystères égyptiens.

Quoiqu’il en soit le(s) courant(s) « egyptien(s) », dans les décennies suivantes, même marginal(ux), continua(èrent) à faire partie du paysage maçonnique mondial à travers les figures pour n’en citer que quelques unes, de l’italien Giuseppe Garibaldi (1807-1882), le héros des deux mondes, du négociant britannique John Yarker (1883-1913), du journaliste anarchisant, occultiste et féministe anglo-allemand Théodore Reuss (1855-1923) ou de l’écrivain occultiste Gérard Encausse dit Papus (1865-1916). En marge ou en parallèle de l’Egyptologie, c’est-à-dire le champ d’étude de l’Egypte ancienne par les sciences humaines, dans la nébuleuse de l’Egyptomanie, c’est-à-dire la fascination plus ou moins bridée pour l’histoire et la culture egyptiennes antiques, nous sommes, avec cette filiation, dans l’egyptosophie comme la définit l’égyptologue suisse Erik Hornung, c’est-à-dire la quête ésotérique perpétuelle à travers les âges pour voir dans l’Egypte la source de la sagesse et la terre de l’hermétisme. La première procéde de la science, la seconde de la passion, la troisième de la quête. Le chercheur ne doit ni les ignorer, ni les confondre.

SOURCE : https://yveshivertmesseca.wordpress.com/2014/09/08/aux-sources-de-legyptomania-maconnique/

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Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm 21 juillet, 2021

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Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm

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15 Février 2016 , Rédigé par RAPMM

La Franc-maçonnerie est une institution pluri centenaire, car les premières révélations historiques remontent au XIIIème siècle. Cette association de métier, à l’origine dite opérative…, au caractère corporatiste autant que moral et spirituel, devient, dès le Carrefour de 1723, un « centre d’union » où se retrouvent, en toute fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus… Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-maçonnerie moderne, dite spéculative.., semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des finalités bien différentes, bien qu’elle s’inscrive dans le courant judéo-chrétien. En outre, sa philosophie ne s’exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l’Esprit de chaque Ordre existant Ainsi, les différentes Obédiences françaises couvrent un large spectre, allant du social au spirituel, de l’athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi. Ce n’est que par la suite que l’empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une densité, une stabilité, une impulsion et une prégnance à nulle autre pareille. De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une nuances dans l’Art Royal entrouvre l’accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience. La Franc-maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités propres, qui font d’elle une Maçonnerie peu connue, mais d’une grande richesse à la fois rituelle et historique. Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
Son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie Initiatique.
Sa volonté de donner l’accès à la Connaissance Essentielle par l’alliance de l’intelligence du cœur à celle du mental ;
Sa représentation en tant que gardien des traditions de l’ancienne Egypte, berceau de toute initiation. Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte (comprise comme la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes, kabbalistes, templiers et rosicruciens), propre à libérer l’homme de ses chaînes matérielles, au travers de son évolution spirituel
le. Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens (qui détiennent l’héritage d’une Géométrie d’essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d’émeraude attribués à Hermès Trismégiste), les Néo-platoniciens, les Sabéens de Harrân, les Ismaéliens, les descendants d’Abraham, les Templiers et les Rose Croix. Pour une Obédience spiritualiste comme celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l’occasion d’une régénération spirituelle, d’une réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur le sentier de l’évolution intérieure. Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l’opprimé. C’est là sa grande force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu’il intrigue…

LE RITE DE MISRAÏM

Il faut ici commencer à mi-chemin entre l’histoire et la légende… Peut-être par « il était une fois »…en présentant l’énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres…en tout cas acteur occulte de la Révolution Française pour l’ensemble -, et certainement un être moralement indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n’a pas grand-chose à voir avec l’eau plate. Notre homme, très proche du Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Malte Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques…, fonde en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »… Bien que celui-ci n’ait eu que trois degrés (Apprenti, Compagnon et Maître Egyptien), le Rite de Misraïm semble lui être directement relié. On sait encore mal, aujourd’hui, où Cagliostro fut réellement initié (sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite : selon Gastone Ventura, il reçoit entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite ligne des secrets d’immortalité de l’Ancienne Egypte, afin qu’il les dépose dans un Rite maçonnique d’inspiration magique, kabbalistique et divinatoire. Ce qu’il semble avoir fait en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de Misraïm. Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets, est un écrin idéal pour le joyau qu’il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes, il attire alors de nombreux Adeptes. Il se réclame de plus d’une antique tradition égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant ou « les Egyptiens » ou « Egypte » en hébreu…et possède 90 degrés… Dans l’état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges Franco-italiennes du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu’il a subi douloureusement à la fin du siècle l’occupation autrichienne qui en interdit la pratique. Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans le Rite de Misraïm en 1803, l’introduisent en France à Paris en 1814 et 1815, à l’époque où les Ordres maçonniques sont interdits en Italie. Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot, – membre de la société secrète républicaine des Philadelphes…, ou bien encore Charles Teste, frère cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur qui utilisa la Charbonnerie pour servir la cause de son pré communisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Egaux. Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n’apprécie guère le système des Hauts Degrés, devient un vigoureux opposant au Rite de Misraïm. Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l’affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et de l’inquiétude suscitée par les Carbonari pour dénoncer aux ordres de police, l’Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux « antimonarchiques et antireligieux » prêts pour l’insurrection armée. L’essor de ce nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net. En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous les opposants au régime. Mais déjà il commence à péricliter. Vers 1890, les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes, se retrouvent bientôt dans une seule Loge, la fameuse Loge Arc-en-Ciel… Le Rite de Misraïm reviendra presqu’un siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements pris de ne jamais le ranimer. (cf. les correspondances Robert Ambelain / Gérard Klopp el)

LE RITE DE MEMPHIS

Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques-Etienne Marconis de Nègre en 1838. Pour autant, s’il reprend la mythologie égypto-alchimique du Rire, il la fortifie d’emprunts templiers et chevaleresques…les références à la légende d’Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…Robert Ambelain estime pour sa part, …mais l’information demande encore sa confirmation définitive…que ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d’origine occitane, notamment le Rite Hermétique d’Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains de Bordeaux, et un Rite Gnostique d’origine Egyptienne… Là où Misraïm est le Rite des Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs libertaires…selon ce qu’en disent les documents de police de l’époque Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force, à l’idéal chevaleresque. Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu’en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil… Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis-Philippe pour que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter… Mais c’est plutôt Outre-manche, que le Rite perdure… A partir des années 1850, des Loges anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient. Elles sont restées célèbres pour avoir été essentiellement composées d’ardents républicains ayant fui la France après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. On y retrouve Louis Blanc, Alfred Talandier, Charles Longuet le gendre de Karl Marx, et Joseph Garibaldi membre d’honneur dont nous reparlerons par la suite. En 1871, l’écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés… Ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s’éteignent en 1880, lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l’amnistie. Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en Egypte à partir de 1873, sous l’impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hièrophante… Jusqu’à l’époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les frères de Memphis sont unanimement appréciés et respectés. Le Rite de Memphis s’implante également aux Etats-Unis vers 1856-57, lors du voyage à New-York de Marconis de Nègre… Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

LE RITE DE MEMPHIS – MISRAÏM

Survient en fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes conséquences : le 28 décembre, quatre Maçons menés par Robert Wentworth Little, qui avait crée quatre ans auparavant la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana In Anglia)…invoquent une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême Conseil Général 90ème du Rite de Misraïm », Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la Charte de Pessina en 1881… Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer ses fonctions et mourût peu après en 1882… …La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains Sanctuaires des différents pays, principalement l’Egypte… Finalement, Yarker devient le Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d’Europe seulement, de 1903 à 1913, date de son trépas. La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu’en 1989…

LE RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM en France

Il nous faut maintenant parler d’une autre figure mystérieuse et étrange, agaçante pour certain, fascinante pour d’autre, et dont le profil rappellera Cagliostro : le célèbre Docteur Gérard Encausse, alias Papus. Celui qu’Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d’aventure elle se faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles. On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge Souveraine L’Arc en Ciel avant la fin du siècle, mais on n’en a aucune preuve… En tout cas, en 1901, John Yarker lui délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre I.N.R.I… Une Charte la transformera en « Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906… Ce « Temple de Perfection » ne l’autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés… En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge Symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National Espanol, Rite en sept degrés dérivé du Rite Italien de Memphi-Misraïm de Pessina et contesté par la Maçonnerie régulière. Celle-ci lui permet d’ouvrir une nouvelle Loge Symbolique Humanidad et d’y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais ».Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie», mais ce dernier n’a cependant pas le Statut de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges. Le Rite évoqué est vraisemblablement le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créé avec l’impulsion de John Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C’est donc par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l’intermédiaire de sa Loge Mère Humanidad, pour les trois premiers degrés et de son Chapitre INRI converti au Rite Ancien et Primitif des Hauts-Degrés. Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l’Ordre, en 1919, et cherche à faire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu’elle négligeait un peu pendant les années d’avant-guerre. Il enrichit les Rituels, avec malheureusement un mélange d’apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître l’efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant l’accès à son Ordre Martiniste, à l’Ordre de la Rose Croix Kabbalistique et Gnostique, et à l’Eglise Catholique Gnostique. Quand Jean Bricaud s’éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder. Hélas, la menace de l’holocauste plane bientôt sur le monde. Le Rite, alors en pleine expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie. George Delaive, qui fut l’un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance en France. Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre, meurt en déportation en février 1945. Otto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé, Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Jean Bricaud, est abattu à quelques kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
…Le Rite de Memhis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son attachement à la Liberté. Au sortir de la guerre, c’est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du Rite de Memphis-Misraïm pour la France. H-C Dupont nomme Pierre De Beauvais Grand Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci trop autoritaire, est mal perçu, il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite. Peu avant sa mort, Henri-Charles Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur… Ce dernier a reçu de 1941 à 1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm, il détient également la transmission du Suprême Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand Maître Jean Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des Etats-Unis. Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm. Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences Françaises. Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés, ni les Rites de Memphis-Misraïm d’Italie issus d’une filiation différente… Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grand Maîtrise générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra autant que possible être francophone… En outre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien Accepté » et faciliter ainsi les contacts avec les autres Obédiences. Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge de Grand Maître ad-vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu’au 32ème degré. Quelques mois plus tard, en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif…en 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain Sanctuaire prend son indépendance en 1990 ; une nouvelle fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993. Depuis 1997 est mise en place la structure mixte…

En conclusion…

Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c’est-à-dire qu’il suppose que le Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n’est d’aucun siècle mais qui les traverse tous. Résolument spiritualiste et symbolique, il estime en outre que les Arts traditionnels, Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose., sont essentiels pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de l’Humanité toute entière… En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s’est toujours attaché à défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité… Le courage n’a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu’il s’est agi de protéger l’opprimé contre le puissant…il lui en a coûté, on l’a vu, beaucoup de martyrs… Mais c’est le prix de l’intransigeance morale. Ce Rite a rayonné à chaque période de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu’il a fallu que des âmes fortes témoignent de leur attachement à l’humanisme et à la solidarité, tandis que s’étendait partout la plus sombre obscurité. Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même attachement et le même Amour de la Voûte étoilée et ses Frères humains, fidèle à l’éternelle parole d’Hermès Trismégiste : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Car c’est là, à la croisée des Chemins, entre la contemplation des Cieux et l’engagement pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se révèle et s’épanouit la Lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le cœur du maçon…

Source :

Hauts Grades

Hauts Grades

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La Franc-Maçonnerie dans le Monde arabe et musulman 7 avril, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Franc-Maçonnerie dans le Monde arabe et musulman

Par

ReneNaba

29 septembre 2016

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Le Grand Orient au Moyen Orient

L’Angleterre aura durablement façonné le Moyen-Orient à son image, plus que toute autre puissance coloniale.

En partenariat avec Madaniya.info – Des accords Sykes-Picot, en 1916, portant démembrement de l’Empire ottoman et son partage en zone d’influence entre la France et la Grande Bretagne, à l’avantage des Anglais, à la Promesse Balfour, en 1917, portant création d’un Foyer National Juif en Palestine, à la propulsion de la dynastie wahhabite à la tête du royaume saoudien et de la dynastie hachémite sur le trône jordanien, à la mainmise enfin sur le golfe pétrolier, tout, absolument tout, aura porté la marque de son empreinte, y compris l’introduction de la Franc-Maçonnerie dans le Monde arabe et musulman. À l’ancrage du Grand Orient au Moyen Orient en vue d’accompagner le Monde arabo-musulman dans son accession à la modernité.

 

La première loge de la Grande Loge d’Écosse en Syrie remonte en effet à 1748, soit trente ans avant la Révolution française. Elle a été instituée d’ailleurs par Alexandre Drummondville, Consul britannique à Alep et frère de Georges Drummond, Grand Maître de la Grande loge d’Écosse (1752-1753), lui même grand provincial (1739-1747).

L’objectif sous-jacent de l’ancrage du Grand Orient au Moyen Orient sera repris d’une manière agressive, deux siècles plus tard, par les néoconservateurs américains, sous la présidence du républicain George Bush Jr (2008-2008) en vue d’édifier un «Grand Moyen Orient» sur les débris du Moyen orient, avec les désastreuses conséquences générées tant au niveau des relations entre Islam et Occident que sur le plan de la radicalisation xénophobe entre les deux rives de la Méditerranée.

Le Grand Manitou Jean Marc Aractingi ou les pesanteurs sociologiques de l’européocentrisme

Le halo de mystère qui entoure la Franc-Maçonnerie dans le Monde arabe et musulman pourrait se dissiper à la lecture de l’ouvrage en quatre tomes rédigé par l’un des siens, Jean Marc Aractingi, un hyper-capé du cursus universitaire français en même temps qu’un grand ponte de la Franc-Maçonnerie.

Maître à la Grande Loge de France et de l’Orient de Paris, membre correspondant de la célèbre loge de recherche Jean Scott européenne de la Grande Loge de France, haut dignitaire du Souverain Sanctuaire International des rites égyptiens de Memphis Misraim et Commandeur de l’Ordre de La Fayette, Jean Marc Aractingi, Grand maître du Grand Orient Arabe, est pour les initiés (33e,99e, CBCS, 7e R), autrement dit le «Grand Manitou».

Son cursus universitaire n’en est pas moins impressionnant.

Diplôme de l’École Centrale de Paris (DEA thermique), cet ingénieur en énergie solaire est titulaire d’un triple diplôme : DEA thermique-Centrale, DEA en Développement de l’Université Paris I-Sorbonne, Diplôme de 3e cycle en Diplomatie Supérieure du Centre des Études Diplomatiques et Stratégiques de Paris (CEDS), par ailleurs ancien stagiaire au Collège Interarmées de défense (anciennement École de Guerre)-Exercice COALITION 2003.

Ancien PDG du Groupe ARCORE-SOLARCORE SA, il est Président de l’Association Franco-Arabe des Diplômés des Grandes Écoles Françaises. Il est l’auteur du livre «Peintres orientalistes», Éditions vues d’Orient (2003) et co-auteur avec Christian Lochon du livre sur «Confréries soufies: secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques (Harmattan 2008). En préparation pour 2017 : «Les Druzes, Francs Maçons de l’Orient» aux Éditions Erik Bonnier.

Cet état de service, paradoxalement, ne lui sera d’aucune utilité devant les pesanteurs sociologiques de l’européocentrisme. La Franc-maçonnerie est certes une instance d’ouverture, sous réserve toutefois que les maçons arabes et musulmans souscrivent aux Canons de l’Occident.

Dans le cas d’espèce, le Grand Manitou» arabe détient le «Grand Chelem» faisant ses preuves avec brio dans les enceintes universitaires occidentales. Arabe et lettré, voire hyper-capé… un cursus qui fait tâche.

L’obédience maçonnique en France -Le Grand Orient Arabe- est ainsi, sinon boycottée, sinon ostracisée à tout le moins ignorée pat les grands médias français, et, fait plus grave, par la plupart des grandes obédiences, du Grand Orient de France à la Grande Loge Nationale de France (GNLF).

Pas un article, ni le moindre entrefilet, sur ses activités ou ses prises de position, alors que site central de l’obédience enregistre près de 500.000 visiteurs, en dépit de l’attrait qu’exerce, ne serait-ce qu’à titre de curiosité, cette structure à la faveur de la séquence dite du «printemps arabe».

La Franc-Maçonnerie en terre d’Islam (Turquie, Égypte, Iran, Algérie, Maroc)

Sans surprise, la franc-maçonnerie a été introduite en terre d’islam par les diplomates européens accrédités auprès des pays appartenant à l’Empire ottoman.

Ainsi les premières loges ont vu le jour à Smyrne (Turquie) et à Alep en Syrie dès 1738. Elles ont attiré les «Autochtones» issus la plupart de personnalités appartenant à l’élite (intellectuels, hauts fonctionnaires, magistrats). Plusieurs dirigeants ont appartenu à ces loges comme Ismaël Pacha le fils du khédive d’Égypte, l’émir Abdelkader en Algérie, le prince Askari Khan en Iran, le sultan Mourad V en Turquie.

Les Francs-maçons du Moyen Orient ont œuvré pour la diffusion des idées de laïcité, de tolérance et de fraternité qui ont largement contribué au déclin de l’Empire Ottoman.

Libanais, Syriens, Palestiniens se sont retrouvés en maçonnerie pour mener le même combat, celui de l’éveil des consciences politiques. Ils jouèrent un rôle important dans l’émergence de divers nationalismes (arabe, panislamique, libanais) ainsi que dans le mouvement d’éveil littéraire et social connu sous le nom de Nahda (Renaissance).

Dans la décennie 1920, cette maçonnerie connaîtra un foisonnement de loges, avec l’arrivée d’une élite comprenant des hommes politiques, écrivains (Gibran Khalil Gibran…), philosophes, journalistes, médecins ou avocats. Après le démembrement de l’Empire ottoman, elle trouvera son âge d’or en Égypte et surtout au Liban et en Syrie sous le Mandat français. Il en est de même pour les pays du Maghreb (Algérie, Tunisie et Maroc).

Des présidents et des Premiers ministres y ont adhéré :

  1. La Loge «Union d’Orient» qui comptait dans ses rangs des personnalités de haut rang le Prince Mustapha Fazil, le grand vizir (premier ministre) Ibrahim Ehdem Pacha
  2. La Loge «I Proodos» a eu comme membre le Sultan Mourad V et l’intellectuel Namik Kemal
  3. La Loge «Macedonia Risorta» qui abritera des membres de l’organisation «Jeunes Turcs» comme le grand vizir Talaat Pacha

Jamal Eddine Al Afghani était, lui, membre du «Kawkab Al Charq» (l’Astre de l’Orient) appartenait à la Grande Loge Unie d’Angleterre. Déçu par son manque d’activité politique, il fondera sa propre loge «Al Mahfal Al Watani» (La Loge Nationale). De concert avec le Mufti Mohammad Abdo et Adib Ishaq, Jamal Eddine Al Afghani a été l’un des trois précurseurs du mouvement «An Nahda», la renaissance culturelle et politique du Monde arabe.

Iran: Amir Abbas Hoveyda

La célèbre loge «Le Réveil de l’Iran», affiliée au «Grand Orient de France» comptait parmi ses membres le prince Askari Khan et plusieurs futurs premiers ministres dont Mohammad Foroughi et Amir Abbas Hoveyda, condamné à la mort par la Révolution Islamique, passé à la postérité non pour ses méfaits mais pour l’épouvantable interview, conduite toute honte bue, à la veille de son supplice et dans la cellule de sa prison par la célèbre «Reine» Christine Ockrent.
http://www.renenaba.com/christine-ockrent-le-passe-droit-permanent/

Plus de 150 photos de francs-maçons, de listes de maçons turcs, égyptiens et iraniens, etc.. de loges célèbres illustrent cet ouvrage comme autant de «preuves par le texte» des affirmations de l’auteur dont l’objectif pédagogique est de «mettre à la portée de tous un ouvrage de vulgarisation, avec pour toile de fond, l’histoire des loges et des hommes célèbres qui ont façonné tout au long des siècles cette franc-maçonnerie arabo-musulmane si méconnue du grand public».

 

SOURCE : https://libnanews.com/franc-maconnerie-monde-arabe-musulman/?fbclid=IwAR19iLczVb3WfI2k0f4MJMjUwpKps3wCtaj-7Qe_TrASq6q11Bx2fhQLh4U

chaouen

 

Hommage à Robert Amadou 21 mars, 2021

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Hommage à Robert Amadou

Hommage à Robert Amadou dans Silhouette RA3

A Catherine, très affectueusement

Mon frère, mon ami, mon vieux maître s’est endormi, mardi 14 mars 2006, dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, commencée voilà 82 ans.  » L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre  » dit le Philosophe inconnu, que Robert Amadou, son vieil ami, a rejoint dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins.

Ce serait trop peu, assurément, que de dire que l’occultisme, le martinisme, la gnose, la théosophie, en un mot la Tradition de l’Occident-Orient doivent beaucoup à Robert Amadou. Au vrai,  » nous lui sommes tous redevables. Honte à qui s’en dédie ! « . Ainsi s’ouvrait, à l’endroit de Papus, la préface de Robert au livre que le Dr Philippe Encausse a consacré jadis à son père, Papus, le  » Balzac de l’occultisme « . Cette sentence, je l’adopte à mon tour, s’agissant de Robert et de son œuvre immense, fruit de plus de soixante ans d’un travail sans relâche, dont le présent hommage, aussi modeste et imparfait soit-il, s’efforcera d’abord de donner quelques lignes majeures.
L’immense tache, le premier service de Robert Amadou – et de quelques très rares compagnons de route – aura été, au sortir de la guerre, de restituer l’occulte à la culture. Les résistances – rappelait-il en 1987 – furent très vives, à commencer par les instituteurs de l’immuable Sorbonne où il traita pourtant de la Contemplation selon Aristote. Dans cette académie rabâcheuse et hostile, deux exceptions, disait-il : Marcel Jousse, à l’Ecole pratique des hautes études, et Paul Valéry, au Collège de France. Paul Valéry… Un souvenir me vient : nous sommes, Robert, Catherine et quelques intimes, en septembre 1987, quelque part au bord de la Méditerranée, dont Robert disait qu’elle était la seule mer. Au loin des voilures albâtres se distinguent des flots. Robert, les yeux fixés sur l’horizon, cite des vers de Paul Valéry…
Ce fut grâce à Paul le Cour que Robert Amadou entra dans la carrière. L’homme d’Atlantis, en qui il voyait du prophète, lui fit connaître ce « grand méconnu, l’abbé Paul Lacuria, le ‘Pythagore français’ », qui fut sous ce titre le sujet de sa première conférence, le 7 mars 1943. Le conférencier en herbe n’avait que dix-neuf ans, mais Lacuria ne l’a jamais quitté, dont il a publié bien des années plus tard la  » Défense des Harmonies de l’être « , qui compose, avec d’autres carnets inédits, Lacuria, sage de Dieu (Awac, 1981). La même année, Robert donnera à l’enseigne d’Atlantis (1981) un copieux dossier sur « L’abbé Lacuria et les harmonies de l’être ».
En 1950, Robert Amadou produit l’Occultisme, esquisse d’un monde vivant (Julliard, 1950 ; nouv. éd., Chanteloup, 1987), qui marque un coup d’essai qui n’en est pas moins un coup de maître. Salué par la critique, l’ouvrage deviendra classique, tandis que l’auteur publiait la même année, en collaboration avec Robert Kanters, une très précieuse Anthologie littéraire de l’occultisme (Julliard, 1950 ; nouv. éd., 1975). Le mouvement était lancé : les livres allaient s’enchaîner avec régularité, sur tous les fronts. Je cite pour mémoire : Eloge de la lâcheté (Julliard, 1951) ; Albert Schweitzer, éléments de biographie et de bibliographie (L’Arche, 1952) ; Recherches sur la doctrine des théosophes (Le Cercle du Livre, 1952) ; La poudre de sympathie (Gérard Nizet, 1953) ; La science et le paranormal (I.M.I, 1955) ; Les grands médiums (Denoël, 1957) ; La télépathie (Grasset, 1958)… Du lot, tirons au moins, en 1954, son essai historique et critique sur La Parapsychologie, devenu classique lui aussi, qui marquait alors le renouveau de la vieille métapsychique.
En 1955, Robert lance la revue La Tour Saint-Jacques, qui devient aussitôt incontournable. Elle a pour devise :  » rien de ce qui est étrange ne nous est étranger « , et rassemble les meilleures plumes du moment : René Alleau, Robert Ambelain, André Barbault, Armand Beyer, Eugène Canseliet, Marie-Madeleine Davy, Mircea Eliade, Philippe Encausse, Robert Kanters, Serge Hutin, Alice Joly, Louis Massignon, Pierre Mariel, René Nelli, Jean Richer, François Secret, Pierre Victor (Pierre Barrucand)… J’en oublie beaucoup. Mais comment oublierais-je le cher Jacques Bergier, « amateur d’insolite et scribe de miracles » qui y rapportait les « nouvelles de nulle part et d’ailleurs », et dont Robert m’aidait jadis à perpétuer la mémoire ? La revue La Tour Saint-Jacques se double alors d’une collection d’ouvrages. On y aborde avec rigueur, méthode et amour, les grands anciens et les recherches contemporaines, et aussi l’illuminisme, et Saint-Martin, et Huysmans, et tant d’autres ! et les sciences traditionnelles et leur histoire : magie, astrologie…
Si Robert Amadou n’a jamais pratiqué l’alchimie, il a étudié Raymond Lulle et l’alchimie (Le Cercle du Livre, 1953), s’est intéressé à  » l’Affaire Fulcanelli  » et s’entretint notamment avec Eugène Canseliet dans Le Feu du Soleil (Pauvert, 1978).
En revanche, l’astrologie fut pour lui une compagne constante. Né à Bois-Colombes, le 16 février 1924, à 2 heures du matin, sous le signe du Verseau et l’ascendant Sagittaire, Robert avait découvert l’astrologie à 14 ans, avec le petit livre de René Trintzius, Je lis dans les astres ; il commença à la pratiquer avec les éphémérides de Choisnard, offertes par sa tante, et il n’a pas cessé, pendant près de 70 ans, à toutes fins utiles, y compris, disait-il, les plus quotidiennes et les plus hautes, parce que l’astrologie touche à tout, et que l’on touche à tout par l’astrologie. L’authentique astrologie révèle Sophia et s’offre comme un moyen de connaître Dieu ; elle est, par vocation, sagesse, et Robert était un ami de Dieu et de sa Sagesse. En théorie et en pratique, il a suivi au plus juste la tradition, en particulier Plotin, Ptolémée et Paracelse, sans négliger les modernes, de Robert Ambelain à Armand et André Barbault, tout en vilipendant la prétention à une astrologie scientifique. Nombreuses ont été ses publications en l’espèce, depuis le numéro spécial de La Tour Saint-Jacques, en 1956, jusqu’au magistral Question De sur les astrologies, en 1985. Il a également remis au jour Les Monomères. Symbolisme traditionnel des degrés du zodiaque (Cariscript, 1985), a étudié La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique (Albatros, 1979) en rapport avec l’Ere du Verseau chère à Paul Le Cour. Chez les anciens, il s’est intéressé à L’astrologie de Nostradamus, qu’il a contribué à éclairer, par exemple lors d’un colloque, à Salon de Provence, en 1985, et à travers un dossier de près de 500 pages (diffusion ARCC, 1987/1992) – qui le connaît ? – ou encore aux côtés des Amis de Michel Nostradamus fondés par Michel Chomarat, en 1983.
En dehors de l’astrologie, mais au cœur de la Tradition occidentale, combien d’autres grands anciens a-t-il contribué à remettre et même à mettre en lumière ? Il a étudié Franz Anton Mesmer et son magnétisme animal (Payot, 1971). De Balsamo-Cagliostro, il a présenté au congrès international de San Leo, en juin 1991, Le rituel de la maçonnerie égyptienne (SEPP, 1996). J’entends du Joseph Balsamo du XVIIIe siècle, car il y en a un autre – à moins que … – qui manifeste les mêmes prétentions et se comporte de la même manière, dont Robert Amadou a retrouvé la trace, à Toulouse, en… 1644.
De Fabre d’Olivet, il a publié partiellement, après l’avoir retrouvé en 1978, le manuscrit inédit de La Théodoxie universelle qui prolonge La Langue hébraïque restituée du même auteur. Ce maître d’ésotérisme, que Robert vénérait à ce titre depuis l’adolescence, trouve l’aboutissement de son œuvre majeure dans les écrits de Saint-Yves d’Alveydre, dont il a exhumé à la bibliothèque de la Sorbonne le fonds que Philippe Encausse y avait déposé. La pensée de Saint-Yves trouve sa perfection dans l’œuvre du Dr Auguste-Edouard Chauvet, dont le service n’avait cessé de l’instruire parce qu’il avait été son maître et n’a jamais cessé de l’être. A Chauvet et à son Esotérisme de la Genèse, Robert Amadou a consacré des séminaires, notamment à Ergonia, en 1981, après une soirée d’études et d’hommage, au centre l’Homme et la connaissance, en 1978, où il tint à associer Chauvet à son fils spirituel, l’abbé Eugène Bertaud, dit Jean Saïridès, dont Robert fut l’ami. Sur Chauvet, sa vie, son œuvre, il avait résolu de composer un ouvrage conséquent qui n’a pas vu le jour. Mais il en tira la matière d’une plaquette De la langue hébraïque restituée à l’Esotérisme de la Genèse (Cariscript, 1987). Dans l’entourage de Chauvet s’était constituée aussi une société chrétienne d’initiation : l’Ordre du Saint Graal qu’avait formé un autre Chauvet, prénommé James, et le Dr Octave Béliard (1876-1951), et Robert a édité La Queste du Saint Graal (Cariscript, 1987).
Quant aux sociétés secrètes, qui ont fait l’objet de ses entretiens avec Pierre Barrucand (Pierre Horay, 1978), Robert en connaissait les bienfaits en même temps que les limites et les travers. Mais il aimait désigner les plus dignes du mot du bon pasteur Pierre de Joux – dont il a tiré de l’oubli Ce que c’est que la franche maçonnerie (Cariscript, 1988) – comme  » sociétés succursales  » de l’Eglise intérieure, à commencer par l’Ordre martiniste et la franc-maçonnerie.
A la franc-maçonnerie, Robert Amadou a consacré un doctorat en ethnologie, en 1984 : « Recherches sur l’histoire et réflexions sur la doctrine d’une société initiatique en Occident moderne ». Entre maintes autres études, relevons au moins sa Tradition maçonnique (Cariscript, 1986), sa collaboration au Dictionnaire [universel] de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (1974 ; nouv. éd. à paraître en 2006), et, plus récemment, sa contribution à l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie d’Eric Saunier (Librairie générale française, 2000). Sans omettre sa participation à tant de revues d’érudition, à commencer par Le Symbolisme et à finir par notre chère Renaissance traditionnelle, de « René Désaguliers, Maçon de l’universalité », de Roger Dachez et de Pierre Mollier, amis fraternels, pour laquelle il préparait encore tant d’articles attendus et même un numéro spécial sur Saint-Martin.
Mais c’est au régime écossais rectifié, avant tout, qu’allaient les élans du cœur de Robert Amadou qui en a notamment réédité les Archives secrètes de Steel et Maret (Slatkine, 1985) et mis en lumière les arcanes du saint ordre. De Jean-Baptiste Willermoz, fondateur et patriarche de ce régime sans pareil, il a inventé le fonds L. A., publié maint texte d’instruction et dressé le plus attachant des portraits : « honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste ».
J’ai cité pêle-mêle ou presque les grands anciens dont Robert Amadou vénérait la mémoire, et dont il a défendu la cause dans Illuminisme et contre-illuminisme au XVIIIe siècle (Cariscript, 1989). Deux noms au moins manquent à cette liste. Et quels noms ! Qui, ici, ne les connaît ? Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, a marqué à jamais la vie, l’œuvre, la pensée et le cœur de Robert Amadou, depuis le jour où il découvrit dans la librairie Chacornac, en 1941 ou 1942, le numéro d’Atlantis qui lui était consacré. Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme (Le Griffon d’Or, 1946) inaugura l’interminable liste des publications savantes et amoureuses – parce que la connaissance et l’amour sont les deux piliers de la gnose – qu’il a consacrées, pendant 60 ans, à son vieil ami le théosophe d’Amboise, dans l’amitié de Dieu.
A son livret de 1946 qu’il n’a jamais réédité, trois autres livrets se sont substitués, qui sont complémentaires : Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (Renaissance traditionnelle, 1978), « Martinisme » (1979, 1993) et « Sédir, levez-vous ». La théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin (Cariscript, 1991). Il faut y ajouter « Louis-Claude de Saint-Martin, le théosophe méconnu », publié ici-même de 1975 à 1981.
 
« Servi par un instinct divinatoire exceptionnel et le génie de la découverte », comme l’a fort bien écrit Eugène Susini, Robert Amadou est parti très jeune en chasse des inédits du Philosophe inconnu. Et il en a trouvé beaucoup ! Aux Cinq textes inédits qui inaugurent, en 1959, sa carrière d’inventeur sans pareil, succèdent le Portrait historique et philosophique (Julliard, 1961), la Conférence avec M. le chev. de Boufflers (1961), les Pensées mythologiques (1961), le Cahier des langues (1961), les Fragments de Grenoble (1962), les Pensées sur l’Ecriture sainte (1963-1965), les Etincelles politiques (1965-1966), le Cahier de métaphysique (1966-1968), le Carnet d’un jeune élu cohen / Le livre rouge (1968/1984), les Lettres aux Du Bourg (1977), Les nombres (1983), Mon livre vert (1991), le Traité des Formes (2001-2002), les Pensées sur les sciences naturelles… En 1978, l’invention du fonds Z lui avait offert la perle tant recherchée : les papiers personnels de Saint-Martin parmi les plus précieux, passés après la mort du Philosophe inconnu entre les mains de Joseph Gilbert. Quoi d’étonnant au fond !
Parallèlement, Robert Amadou tirait un à un de l’oubli les imprimés de Saint-Martin : Le Crocodile (Triades, 1962 ; 2e éd., 1979), l’Homme de désir (U.G.E., Bibliothèque 10/18, 1973), les Dix prières (L’Initiation, 1968, puis Cariscript, 1987), et il rééditait les « œuvres majeures », sous la marque du prestigieux éditeur allemand Georg Olms, avec des introductions qui sont de purs chefs-d’œuvre. En 1986, lors d’un colloque qui marqua à Tours la Présence de Louis-Claude de Saint-Martin (Société ligérienne de philosophie, 1986) Robert Amadou défendit « Saint-Martin, fou à délier ». Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ont fait l’objet de son doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines, soutenu à Paris X, en 1972, avec la mention « très honorable ». Soutenance que Combat qualifia à juste titre de « gnostique » !
 
Par charité, Robert Amadou avait également rassemblé à l’intention des hommes du torrent de très précieuses Maximes et pensées de Saint-Martin (André Silvaire, 1963 ; éd augm., 1978). Mais quels services ne sont-elles pas capable de rendre aussi aux hommes de désir ? Eugène Susini disait de Robert Amadou qu’il savait tout du Philosophe inconnu. Il avait raison.
Pour le bonheur de tous les martinistes, L’Initiation de Philippe Encausse eut la plus grande part de ses articles sur Saint-Martin. D’autres sont à redécouvrir dans les revues qu’il a fondées : La Tour Saint-Jacques, Les Cahiers de l’homme-esprit, le Bulletin martiniste. Ce dernier, Robert Amadou le porta aux côtés d’Antoine Abi Acar, directeur des chères Editions Cariscript, où il dirigeait tant de collections merveilleuses, à commencer par les  » Documents martinistes  » où il me fit entrer, en 1986. Dans la boutique et l’arrière-boutique de Cariscript, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, où me ramènent aujourd’hui tant de souvenirs, l’on discutait de théologie et d’ésotérisme, d’astrologie et de théurgie autour du café préparé par Antoine. Que de projets ont mûri là ! Au nombre de ceux-ci, le Bulletin martiniste devait se réincarner en Gnostica, qui n’a pas vu le jour. Mais en 1991, de l’enthousiasme de quelques apprentis gnostiques, naissait l’Esprit des choses, organe du Centre international d’études et de recherches martinistes (CIREM), dirigé par Rémi Boyer, sous la présidence de Robert – qui y donna de nombreux inédits de Saint-Martin – puis dans l’autonomie. Robert m’engageait aussi à écrire un cours de martinisme diffusé dans le cadre de l’Institut Eléazar, dont il avait accepté dès 1990 la présidence d’honneur, et où il n’a pas cessé de m’assister, dans une parfaite communion spirituelle.
Mais impossible de comprendre Saint-Martin sans avoir abordé l’œuvre de son premier maître, Martines de Pasqually, le théurge inconnu, dont Robert Amadou a détaillé ici-même, pour la première fois, la doctrine dans une « Introduction à Martines de Pasqually », texte sans précédent et sans second. Il en a aussi publié deux éditions différentes du Traité de (ou sur) la réintégration (Robert Dumas, 1974 ; Diffusion rosicrucienne, 1995) et publié et commentés maints documents, tant maçonniques que théurgiques, de l’Ordre des élus coëns. Dernier chef-d’œuvre en date, conçu en collaboration avec Catherine Amadou : Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réunissent les leçons de trois élèves du maître : Saint-Martin, Du Roy d’Hauterive, Willermoz.
 
Son dernier livre consacré à la correspondance de Saint-Martin avec Kirchberger, n’aura pas vu le jour de son vivant, mais Catherine conduira le chantier à son terme. Quant à nos entretiens annoncés chez Dervy, dont nous avions pourtant ébauché le plan, il n’a pas été possible de les réaliser. Combien d’autres ouvrages annoncés et attendus comme des trésors de science et d’érudition, sont eux-mêmes restés en plan ou en chantier ? Dieu aidant, Catherine, qui fut constante à l’œuvre à ses côtés, compétente, dévouée, efficace, poursuivra, n’en doutons pas, la tâche à laquelle Robert l’a préparée.
Robert Amadou n’a pas cessé de chercher la vérité, par exemple dans l’histoire et dans la Tradition. Lisez ou relisez son Occident, Orient. Parcours d’une tradition (Cariscript, 1987). Dès ses premières lettres, en 1982, il m’exhortait à me lever de bonne heure et me donnait la clef : érudition ! Robert avait tout lu, tout étudié de nos objets, et son œuvre témoigne d’une érudition inégalée dans la seconde moitié du XXe siècle dont il fut et restera le plus sûr et peut-être le plus grand historien de l’occultisme, ne serait-ce que par l’ampleur de son champ d’investigation.
Entre toutes, trois bibliothèques étaient particulièrement chères à son cœur : Sainte-Geneviève d’abord, où il s’était plongé dès l’adolescence dans l’astrologie et la kabbale – il m’y conduisit dès le lendemain de notre première rencontre – ; la vieille B.N. ensuite, où pendant vingt ans il avait occupé tous les jours (sauf quelques pèlerinages loin de Paris) la place 191 ; notre chère BML enfin, dont il inventoria les fonds Bricaud et Papus, qu’il exploita conjointement avec le fonds Willermoz, notamment.
Papus ! Le vulgarisateur de l’occultisme était cher au cœur du plus érudit des occultistes, et avec lui combien de ses compagnons de la hiérophanie, selon l’expression classique de Michelet, et combien de ses épigones ? De Papus comme de Jean Bricaud, il a classé les archives à notre chère Bibliothèque municipale de Lyon, dont il tira tant d’informations et de publications (que nous remémore « L’Occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon » (éd. augm. in Lyon carrefour européen de la franc-maçonnerie, 2003). Dans le cœur de Robert Amadou, impossible de dissocier Papus de son fils, le Dr Philippe Encausse, dont il a réhabilité la mémoire quand des instituteurs patentés l’ont injuriée (A deux amis de Dieu : Papus & Philippe Encausse. Hommage de réparation, CIREM, 1995). Du legs Philippe Encausse à la BML, Robert m’offrit d’ailleurs, en 1986, de publier quelques pièces remarquables.
2.
Voici pour l’inventaire, ô combien sommaire je le sais bien, d’une œuvre immense. Pour mémoire, disais-je. Mais l’homme ne se confond pas avec son œuvre et j’entends Robert me remémorer aussi la mise en garde de Freud : celui qui devient biographe, ou historien, s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, car il est impossible d’avoir la vérité biographique ou historique. Or Robert détestait le mensonge autant que l’hypocrisie, il ne se laissa jamais séduire par le mythe moderne de la conscience objective, mais il chercha et aima plus que tout la vérité, parce que la Vérité est un être, qui est la Voie comme il est la Vie. Allons à présent à l’essentiel, à la racine des choses, à la racine de Robert Amadou qui se dégage à merveille de son œuvre comme de sa vie.
 
C’est à l’âge de treize ans que les bons pères jésuites chez lesquels il fit ses études secondaires, rue de Madrid, à Paris, avaient servi la Providence en le plaçant au service du patriarche de l’Eglise syrienne catholique, lors de sa venue à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Quelques années plus tard, Robert entrait dans l’Eglise syrienne catholique, et il tint l’office de chammas à l’église parisienne Saint-Ephrem-des-Syriens. Il se liait avec Gabriel Khouri-Sarkis, qu’il aiderait ensuite à la fondation et à la direction de l’Orient syrien. Mais son cœur et son intelligence le portaient vers l’Eglise syrienne orthodoxe, héritière directe de la communauté judéo-chrétienne primitive. Le 25 janvier 1945, il fut ordonné dans la succession syrienne de saint Pierre, et sa thèse de doctorat en théologie a pour titre : « Recherches sur les Eglises de langue syriaque et les Eglises dérivées ».
Parenthèse : en 1944, Henri Meslin lui avait imposé les mains pour la consécration d’évêque gnostique, dans la lignée de Jules Doinel,  » fol amant de Sophie « , dont il a publié la biographie et réédité et commenté Lucifer démasqué (Slatkine, 1983). Puis, en 1945, Victor Blanchard le consacra évêque gnostique, dans la succession apostolique que celui-ci avait reçue, le 5 mai 1918, du patriarche Jean II Bricaud, lequel la tenait de Mgr Louis-François Giraud, successeur de l’abbé Julio. Sans avoir jamais appartenu formellement à aucune église gnostique, c’est à ce titre que Robert accordait pourtant à Alain Pédron un  » entretien avec T Jacques « , publié dans l’Initiation, en 1978, sous le titre  » Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?  » (compléments, CIREM, 1996).
Robert Amadou n’a pas pour autant négligé la kabbale et le soufisme. Il a été admis dans une confrérie soufie et disserta sur Le soufisme même (Caractères, 1991). Judaïsme, christianisme et islam sont les trois piliers de la sagesse abrahamique.
Prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Robert officiait, notamment pour des martinistes ; il donnait les sacrements, à commencer par le baptême (comment oublierais-je que Robert voulut que notre première rencontre se fit à l’occasion du baptême d’une petite fille dont Philippe Encausse était le parrain ?), il visitait les malades – tant à leur domicile que dans les hôpitaux – et les prisonniers ; il priait, célébrait et exorcisait. Ses études sur Satan et le mal sont du plus grand intérêt. Qui les connaît ? Tel fut aussi le sens de notre réflexion commune sur le Sida face à la Tradition, thème d’un petit colloque que nous organisions à Paris, en 1988. Las, un volume projeté – un de plus ! – n’a pas vu le jour.
Sans appartenir à beaucoup et tout en se méfiant des formes associatives, Robert n’a pas négligé les bienfaits des écoles succursales où il a accompli sa part de services. La lumière maçonnique lui avait été donnée, le 6 juin 1943, dans Paris occupée, au sein de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte placée sous le vénéralat de Robert Ambelain, dans l’ombre duquel se tenait Georges Lagrèze. Sa préface à mon histoire de La franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm rappelle ces circonstances héroïques.
Puis le Grand Architecte de l’Univers le guida vers le régime écossais rectifié, dont la doctrine lui était déjà si familière. Maître écossais de Saint-André, le 23 mars 1966, au sein de la Grande Loge nationale française – Opéra, il fut armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, le 7 mai 1966, avec pour nom d’ordre Robertus ab AEgypto, et pour devise In domum Domini ibimus, « nous irons à la maison du Seigneur ». Sa maison, Robert l’a trouva ici-bas au Grand Prieuré d’Helvétie et dans l’obédience de la Grande Loge suisse Alpina où l’accueillit en 1978 la loge In Labore Virtus, à l’orient de Zurich. Le 18 mai 1969, un ultime collège, à Genève, l’avait admis au cœur du saint ordre, avant de lui confier le mandat de publier dans Le symbolisme une mise au point sans pareille, qui fit grand bruit « A propos de la grande profession », sous la signature pseudonyme de Maharba, anagramme d’Abraham. Puis, mission accomplie, Maharba entra dans le silence. Lors des obsèques, trois roses entrelacées, symbole de force, de sagesse et de beauté, ont marqué à jamais l’amitié des frères suisses pour Robert et Catherine.
 
 
A la franc-maçonnerie, comment ne pas associer ici le martinisme ? Après avoir découvert Saint-Martin, Robert avait reçu d’Aurifer, son premier maître, l’initiation martiniste, le 6 juin 1942, au grade d’associé, puis aux grades d’initié et de supérieur inconnu, avec les fonctions d’initiateur, le 1er septembre de la même année, dans la clandestinité initiatique. Par analogie avec son patronyme et avec la pente de son caractère, il avait alors choisi pour nomen Ignifer, le porteur de feu. Jamais symbole n’aura été plus pertinent, plus efficace ! De même, Robert trouva sur le champ le nomen de Catherine, Pacifera, en 1965. Comment oublierai-je que Robert me fit à mon tour bénéficier de ce dépôt insigne, en 1994 ?
Dans l’Ordre martiniste, Robert Amadou seconda son vieil ami Philippe Encausse qui l’avait réveillé en 1952, et dont le fils de Papus l’avait voulu grand orateur. Il allait aussi inlassablement porter la bonne parole dans les cercles formels ou informels où l’on cultivait notamment l’amitié fraternelle du Philosophe inconnu, voire celle de Martines de Pasqually et de Papus. Robert savait, à l’instar de Saint-Martin, y distribuer la béquée, quitte à être récupéré et à servir parfois de caution indue. Mais en l’espère sa charité était exemplaire, comme était exemplaire sa lucidité. Un souvenir l’illustrera : nous sortons d’une réunion où des hommes de désir, jeunes pour la plupart, ont beaucoup parlé de l’initiation, de sciences occultes. Robert a corrigé parfois, conseillé un peu, écouté beaucoup. Qu’en penses-tu ? lui dis-je d’un air désabusé, une fois seuls, dans la rue. Robert lève les yeux au ciel, secoue la tête et me répond, terrible : « Bergson disait : on ne peut pas penser le néant ! ».
En des temps plus graves, avec des martinistes clandestins rassemblés par Robert Ambelain dont il était le bras droit, Robert Amadou reconstituait dans le Paris de l’Occupation les opérations théurgiques de Martines de Pasqually et de ses émules. Le 24 septembre 1942, la Chose répondit pour quelques-uns, dont il était – quel signe ! – à l’appel de l’homme de désir. S’en suivit la résurgence de 1943, après que Robert Ambelain eut été ordonné réau-croix par Georges Lagrèze, le 3 septembre de cette année. A son tour Ambelain lui conféra les premiers grades coëns le même mois et, à l’équinoxe d’automne 1944, il l’ordonna réau-croix. Si Robert prit ses distances avec la théurgie coën, il n’a jamais cessé de l’étudier et d’attester qu’elle surpasse la magie naturelle et la magie céleste et peut ouvrir une voie spirituelle à quelques-uns, à condition – mais condition ô combien indispensable ! – de ne pas la détacher de la foi et des exercices religieux prescrits. Mais à l’instar du Philosophe inconnu, coën de cœur, et même d’action, Robert resta jusqu’au bout, pour le bénéfice de quelques-uns. Ses « carnets d’un élu coën » (2001-2002) en témoignent.
De même, Robert avait été admis par Robert Ambelain, en 1944, dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
Pour mémoire et presque en marge, la fondation, le 11 septembre 1945, avec Paul Laugénie et Edouard Gesta, des Amis de Saint-Martin, tombés en sommeil, puis réveillés en 1972, sous la présidence de Léon Cellier et la présidence d’honneur de Robert Amadou. Las, les Amis passèrent ensuite du côté des instituteurs dont Robert n’avait de cesse, à l’instar de Saint-Martin, de condamner l’approche mortifiante et mortifère.
3.
Restituer l’occulte à la culture fut le premier combat, le premier service de Robert Amadou. Avec quelques-uns de sa race, il a combattu avec succès contre les récupérations mercantiles et universitaires de l’occultisme. Puis il a restitué aux occultistes, à toutes les femmes, à tous les hommes de désir, beaucoup de leur patrimoine oublié.
Lors d’un de nos derniers entretiens, je convainquis Robert qu’un troisième combat nous était désormais imposé. Car voici que des voyous cherchent à leur tour à s’emparer de l’occultisme. Ceux-là ne l’auront pas épargné pendant les dernières années de sa vie terrestre ; ils n’épargneront pas plus sa mémoire, je le sais, dans les années qui viennent. Mais de nouveaux combattants se sont dressés sur le champ de bataille.
 
Contre tant d’occultistes du dimanche, Robert Amadou vivait l’occultisme – synonyme pour lui d’ésotérisme – au quotidien, parce que son quotidien était au service de Dieu et des choses de Dieu, le sacré, nos « objets » aimait-il à dire, en écho de Saint-Martin. Ainsi, Robert ne quittait jamais la soutane qui signifiait son engagement religieux et initiatique, quitte à scandaliser les bourgeois pour qui n’existe, en matière vestimentaire comme ailleurs, qu’un modèle, unique et profane.
Robert Amadou refusait de tricher, il détestait l’hypocrisie, ne cédait à aucun terrorisme, ne supportait pas l’injustice et ne fit jamais la moindre concession qui puisse, de quelque façon, aliéner sa liberté. En quête de la perfection, qui est, disait-il, la seule fin de l’homme qui doit devenir Dieu, il ne supportait guère davantage la médiocrité. Sa plume, à titre privée, mais aussi parfois publiquement, lorsqu’il s’agissait de réparer quelque outrage, prenait parfois la forme de l’épée. Il brandissait alors la parole de l’abbé de Rancé, dont il avait fait sa devise : « ceux qui vivent dans la confusion ne peuvent s’empêcher de faire des injustices », et ses mots tranchaient vif. Cela lui valut des amitiés pour l’éternité, quelques inimitiés passagères et bien des désagréments.
Pour Robert et Catherine, la Grèce fut pendant quelques années un paradis. Alors qu’elle menaçait de se transformer en enfer, ce fut le retour à Paris, qui fut un purgatoire. Les deux dernières années de sa vie terrestre ont été pour Robert, privé de ses livres et souffrant d’une fibrose pulmonaire d’origine inconnue, une épreuve permanente, tant morale que physique. Et pourtant, la fatigue de plus en plus pesante ne l’empêchait pas, au prix d’efforts quotidiens, de se mettre chaque jour à sa table de travail, sauf pendant l’hiver 2006, et même de se rendre encore en bibliothèque, notamment à la BNF où il se rendit encore deux jours seulement avant son arrêt cardiaque, accompagné, soutenu par Catherine, qui a été un modèle de courage et de dévouement.
En 2003, Robert avait concélébré une messe pour le bi-centenaire de la mort du Philosophe inconnu, en l’église Saint-Roch, à Paris, et cette « sale maladie », comme il disait lui-même, ne l’a pas empêché non plus de participer à la célébration d’une messe annuelle pour Saint-Martin, à Honfleur en 2004, puis à Saint-Roch en 2005. Depuis 1985, une autre liturgie annuelle célébrée par Robert en mémoire de Philippe Encausse, le 22 juillet, rassemblait les proches de Philippe que Jacqueline a rejoint à son tour, en février dernier.
 
Le 22 mars, à dix heures trente, à Montfermeil, en l’Eglise Sainte Marie Mère de Dieu, la liturgie des défunts selon le rite syrien orthodoxe a été concélébrée, en araméen et en français, par le père Yakup Aydin, de l’Eglise syrienne, assisté du père Antoine Abi Acar, de l’Eglise maronite, et du père Jean-François Var, de l’Eglise catholique orthodoxe de France. Ce dernier avait, le matin, célébré un petit office, à l’hôpital Cochin, en présence de Catherine et de quelques intimes, réunis autour du corps de Robert. D’autres amis, parfois venus de loin, se sont retrouvés ensuite au Père Lachaise, sous une pluie battante, pour un dernier adieu. Au bras de Catherine, Jacqueline Corcellet, l’amie de toujours, et une autre Jacqueline, venue de Grèce.
Celui qu’Albert-Marie Schmidt, en 1950, promouvait jeune maître, sans jamais se prendre ni se donner pour tel, mais revendiquant le statut d’un vieil étudiant, n’a pas cessé, pendant des décennies, de s’instruire et de nous instruire. Robert Amadou m’en voudra-t-il de reprendre à mon compte la formule immortelle par laquelle Joseph de Maistre qualifiait Saint-Martin et par laquelle je souhaite l’honorer à mon tour ? Robert était le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.
« Quiconque a trouvé son flambeau n’a plus rien à chercher ; mais il lui reste toujours à le conserver, ce qui est incomparablement plus difficile » dit le Philosophe inconnu. Serviteur du Seigneur et de son Eglise, ami de Saint-Martin et avec lui de tous les Amis de Dieu, combattant du bon combat, Robert Amadou fut pour moi, comme pour d’autres, un flambeau de la lumière du Seigneur. Dieu voulant, Dieu aidant, nous tâcherons de conserver cette lumière. Quant à Robert, il bénéficie désormais, dans une plus grande lumière et dans l’attente de la pleine lumière, de la compagnie de Sophia, Sagesse divine et parèdre du Christ. A ses côtés, il poursuit, je le crois comme il le croyait lui-même, sa tâche dans le sein d’Abraham.
Adieu le théosophe, le rose-croix de l’ethnocide ! Adieu mon vieux maître, mon frère et mon ami !
Serge Caillet
sergecaillet@gmail.com
 
Cet hommage a été publié dans la revue
l’Initiation, n° 2, avril-mai-juin 2006, pp. 88-100.
Publié il y a 4th May 2007 par
Libellés: Robert Amadou
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