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Discours sur le symbolisme du nom d’Isis 4 novembre, 2017

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Discours sur le symbolisme du nom d’Isis

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Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 31 décembre 2015

 

Prononcé par le F. Jules Doinel à l’inauguration de la R.L. Les Adeptes d’Isis-Montyon, à l’Or. d’Orléans

TT. CC. FF.,

Dieu se manifeste par le soleil, voilà le fond de la doctrine secrète de Misraïm. Un Dieu abstrait, tel que l’a conçu la pensée subtile des Platon, des Aristote, des Descartes, des Spinoza, des Hegel, n’a jamais été compris de l’Humanité ; elle cherchait un Dieu vivant, dont elle sentît la lumière et constatât la vigueur. Les Loges Egyptiennes, nos aïeules vénérables, adoraient l’énergie du monde, l’unité des forces physiques, sous l’emblème du père de la clarté, de l’astre étincelant qui règle le jour et dirige les saisons. L’Unité, le Monisme, comme on dit aujourd’hui, constituaient l’étoffe du dogme, et cette Unité, ce Monisme, se cachait sous la multiplicité des formes hiératiques. Phthah, Sokhar, Râ, Osiris offraient des aspects variés de la substance primordiale.

On multipliait ces formes, on pluralisait ces noms divins. La substance demeurait une et immuable. Les apparences sacrées étaient le vêtement de la pensée des sages. Comme nous, les initiés des hypogées ne reconnaissaient que l’Énergie, le mouvement unique, voilés sous les divins personnages du Panthéon mystique.

Prêtons l’oreille aux échos de l’ancienne initiation : « II traverse l’éternité, il est pour toujours », disent les maximes d’Anî. « II est le Maître de l’Éternité sans bornes », répond le Todtenbucb, et il ajoute : « On ne le saisit point par les mains. » Le papyrus Harris nous révèle « qu’il est le prodige des formes sacrées que nul ne comprend ; que son étendue se dilate sans limites ». Et le Todtenbuch dit encore : « Ce qui est, est dans son sein. Ce qui n’est pas, vit dans son flanc. » Aussi le secret des mystères était-il imposé aux adeptes. On lui ordonnait de couvrir d’un voile tout ce qu’ils avaient vu dans les assemblées.

Mariette-Bey, l’illustre égyptologue, a déchiffré sous les hiéroglyphes du monument d’Abydos cette pensée remarquable : « La société des dieux se totalise en un seul cœur. » Le mot vérité, « Ma », l’idée que ce mot renferme, étaient représentés par un signe maçonnique : la règle, « Maat ». Et le nom d’ « œuvres de vérité » était donné aux ouvrages parfaits des Compagnons Egyptiens.

Le soleil était donc la manifestation divine, le corps de Dieu. Dieu, dit le papyrus magique cité plus haut, Dieu se cache dans la prunelle de l’astre et rayonne par son œil lumineux. Et Dieu ainsi figuré se nommait Ammon-Râ. Le soleil exprimait le mouvement éternel par son aurore et par son couchant glorieux. Le drame solaire, c’était l’histoire de Dieu. Et à chacune des phases de ce drame, quand l’astre se levait à l’Orient, quand il flamboyait dans son Midi, ou quand il s’ensevelissait dans les pourpres de l’Occident, l’initiation faisait correspondre une appellation différente du Principe absolu.

Le soleil engendrait ses phases diurnes et nocturnes « en forniquant en lui-même », dit le Todtenbuch. Il s’appelait Apis, Mnévis, Phthah, Noum, Anouké, Sati, Thoth, Safek, Selk, Shou, et se balançait entre Nout et Seb, c’est-à-dire entre le ciel immense et la terre féconde. Les vertus productives de l’astre prenaient des noms de déesses : Sekhet, Efnout, Menhit, Bast, et surtout Isis.

Étudions le symbolisme de ce nom mystérieux dont l’attrait captiva les générations disparues qui le proclamaient comme le nom de la Reine du Ciel. Le Dieu-soleil, sous le nom de Râ, achève sa course éclatante ; il entre dans le crépuscule du soir, sous le nom de Toum ou d’Atoum. À peine a-t-il disparu dans son abyme occidental, que l’horizon est encore teint de ses couleurs violettes, que les adeptes s’écrient dans les Loges ou sous les portiques, à côté des sphinx de granit rosé : « Adoration à Toum qui se couche dans le pays de la vie. Salut à toi, père des dieux ! va rejoindre ta mère et cache-toi dans ses bras ! » Et cette déesse mère de Dieu, c’est le ciel de la nuit, c’est Hathor. Du sein de la nuit, des entrailles d’Hathor, s’élance le soleil levant, l’œil lumineux d’Horus. Il recommence sa course éternelle à travers l’étendue.

Chaque être s’écrie : C’est lui ! c’est le jour ! C’est lui ! c’est la vie ! C’est lui ! c’est l’amour !

Le soleil ressuscité, voilà Horus ! Tant qu’il est demeuré dans les bras de la nuit, il s’appelait Osiris, le soleil nocturne, fils de Seb, c’est-à-dire fils de la Terre enveloppée dans les ténèbres. Il éclairait la demeure des morts. Sa légende est illustre, et par plusieurs points rappelle la légende du Maître tyrien Hiram.

Osiris régnait sur les mondes. Set, son frère, obscur et jaloux, l’attira dans un festin, lui demanda le mot de la vie, et, sur son refus, le tua. Il divisa le corps en vingt-six parties qu’il dispersa dans toutes les directions cardinales. Isis, femme et sœur d’Osiris, s’élança à sa recherche. Échevelée et les seins meurtris, elle suivit les bords du Nil, demandant aux fleurs de lotus bleu ou était le corps du dieu trahi, Elle rassembla enfin les membres mutilés et les fit embaumer par Anubis, « le guide des chemins d’outre-tombe ».

Le dieu ressuscita comme Hiram ; mais il ressuscita sous la forme d’un radieux enfant, le bel Horus, à la fois époux et fils de la déesse. Horus immola Set, le meurtrier, et fit régner la justice dans les trois mondes.

Telle est la sainte légende maçonnique des Égyptiens. Osiris mort, c’est le soleil couchant ; c’est aussi l’homme décomposé par le trépas. Mais le soleil couchant se lève dans les lueurs frissonnantes de l’aube, et l’enfant succède au vieillard disparu. La mort est vaincue par l’immortalité, comme Set est vaincu par Horus. Isis est le principe féminin, le réservoir qui recueille la mort et fait germer la vie. Ainsi la terre absorbe la semence et rend l’épi doré qui nourrit la race humaine. Isis est symbolisée dans nos temples par le G., qui luit sur l’Orient.

Isis était la grande déesse d’Égypte ; son culte passa en Grèce, de Grèce en Italie ; d’Italie, les légions romaines le transportèrent dans notre Gaule, sur notre terre Carnute, dans les plaines d’Izy et d’Ezy (Beauce), à Iseure (Allier), et dans les localités nombreuses de la patrie celtique. Aujourd’hui, son vocable vénéré décore notre Loge nouvelle, et le Grand Orient associe son éclat à l’éclat traditionnel de ce grand nom. Salut à leur double lumière ! Mais ce n’est pas, RR. FF., pour relever les autels de la divinité chassée par Jésus le Nazaréen que nous avons ouvert un Atelier sous les auspices d’un nom jadis plein de prestige. Nous n’adorons pas les symboles. Ils ne sont pour nous que le voile transparent des idées.

Isis figure la femme, l’être gracieux, puissant et doux, par qui l’espèce intelligente se continue dans ce monde.

Elle est la Veuve de la légende hiramique. Ceux à qui « l’acacia est connu » n’ignorent pas le sens et le secret de son influence souveraine.

Elle symbolise la Nature, la génératrice des choses, la grande mère universelle, la source de la vie, la matière et le mouvement. Et cette force immanente que notre langue secrète appelle le Grand Architecte de l’Univers, Apulée, l’hiérophante, la célébrait dans ses Métamorphoses. Enfin, elle représente pour nous, dans cette lutte incessante que nous soutenons centre toutes les erreurs et contre tous les préjugés, la recherche de la Vérité : Vérité dispersée dans le Cosmos et dans l’intelligence, comme les parties du corps immolé d’Osiris,

Vérité que la raison cherche le long des fleuves du Savoir, comme Isis cherchait les membres du dieu le long du Nil couvert de lotus.

Vérité dont nous recueillons les fragments épars comme la déesse recueillait ceux de son époux divin. Vérité enfin qui s’anime à la vie, sous les baisers passionnés de la Science, comme l’enfant Horus sous les baisers et les larmes de la déesse.

Voilà, RR. FF., notre religion maçonnique ! Cette Vérité, nous la demandons à l’expérience, à la réflexion, à l’étude, à la matière, à l’esprit ; nous scrutons les lois du monde physique, les lois du monde moral. Nous plongeons dans l’Océan de l’idée, non pas comme le plongeur de la ballade pour rapporter des profondeurs la coupe d’or du vieux roi de Thulé, mais pour rapporter, s’il est possible, le secret de la Philosophie.

Voilà notre Isis, voilà notre culte ; RR. FF., voilà le but de nos travaux. Que cette fête solennelle soit un jour de triomphe et d’espoir, un jour de fraternelle aspiration vers le progrès que consacrera l’avenir.

T. Ill. Délégué du Grand Orient, vous êtes le représentant de la Vraie Lumière ; nous vous saluons, et nous inaugurons nos travaux sous votre heureuse direction. T.C.V., vous siégez à cet Orient sous le G., symbolique ; nous vénérons votre personne et vos fonctions augustes. Vous tous, mes FF., Apprentis, Compagnons et Maîtres, aimez les symboles de vos grades, étudiez leur sens profond, leur secret intime. Hiram, VV.MM., c’est la Liberté tuée par les tyrans, comme Osiris, c’est la Vérité tuée par les fanatiques. La Science a ressuscité Osiris, comme la Révolution a ressuscité Hiram. Le soleil de 1789 illumine notre Orient. Nous avons donné sa formule à la Révolution française : Liberté ! Égalité ! Fraternité ! ces trois sœurs républicaines sont sorties des Loges des Maçons. Apprentis, Compagnons et Maîtres ! nous avons un but, la délivrance du monde profane de toutes les ignorances et de toutes les servitudes. Saluons donc, au sein de cet Atelier qui s’honore de porter son nom, la grande figure symbolique d’Isis. Son sein superbe est ouvert aux fortunés Enfants de la Veuve. Vérité ! Liberté ! passion des âmes fières, amour des esprits virils ! Vous serez les présidentes de nos tenues ; et nous plaçons sous votre égide, au point géométrique où nous sommes réunis, à l’Or., du vieil Orléans, cette R. L. Les Adeptes d’Isis-Montyon, son rite, ses mystères et son temple : Vivat ! Vivat ! Semper Vivat !

Jules Doinel. Ce discours, prononcé en 1885, a été repris par la revue La Gnose, dans le numéro 5 (mars 1910).

SOURCE :

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La Kundalini…. 19 mars, 2016

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

La Kundalini….

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3 mai 2015, 21:08

Le chemin initiatique comporte sept étapes, évoquées par sept symboles.

  1. La prise de conscience et la préparation du chemin, l’état Jean Baptiste.
  2. La naissance non-consciente de l’âme, ou la naissance de Jésus enfant dans la grotte du cœur.
  3. La nouvelle réaction de la personnalité, les voyages de Jésus du Jourdain à Jérusalem.
  4. La réorientation de la conscience, que l’École appelle l’illumination des chandeliers de la tête. Elle concerne les sept aspects de notre conscience, (le moi-supérieur, ou l’être aural), qui pilotent le fonctionnement de notre corps par le moyen des douze liens nerveux appelés nerfs crâniens ou disciples, permet la manifestation de la lumière du septénaire divin dans le sanctuaire de la tête.
  5. La naissance de l’Âme nouvelle, la Sainte Scène, la Nouvelle Alliance.
  6. La dissolution de la personnalité de la nature, la Crucifixion.
  7. La renaissance de la Personnalité originelle, la Résurrection.

 

 

Le septénaire divin doit être manifesté dans les trois centres de conscience.Les sept chandeliers de la manifestation du septénaire divin doivent être allumés dans chacun des trois sanctuaires, les trois aspects, les centres de conscience. Cela signifie que la réorientation de la conscience doit être effectuée dans la conscience de la personnalité, le subconscient, et la conscience du Microcosme. Le siège du subconscient est au niveau du plexus sacré. Le subconscient enregistre les expériences du Microcosme et celles de la personnalité. Il est aussi le miroir réflecteur par lequel la conscience du Microcosme se fait connaître à la conscience de la personnalité.

Il y a dans le corps sept groupes de plexus.L’École enseigne qu’il y a dans le corps sept groupes de plexus qui sont situés au voisinage des organes essentiels. Ce sont des centres de transformation du fluide nerveux en relation avec la conscience. Le premier est situé au niveau de la gorge, le second autour du larynx, le troisième dans les poumons, le quatrième dans le cœur, le cinquième dans l’épigastre, le sixième est en relation avec les organes sexuels, le septième est le plexus sacré. Le septième groupe, le plexus sacré, est le noyau qui dirige tout l’ensemble Les chakras, ou roues, sont sept centres de forces en relation avec le système nerveux et les plexus. Ils captent les énergies nécessaires pour maintenir la vie dans une orientation donnée.

Le grand-oeuvre doit commencer par la conscience. Il faut l’ouvrir aux influences libératrices. La prise d’une décision consciente provoque une tension nerveuse à laquelle l’état physiologique doit s’adapter. La transformation s’opère en sept phases à mesure que la Lumière pénètre dans les organes contrôlés par les systèmes de plexus. Le chemin débute par la diminution des influences terrestres que nous captons par la respiration dans notre champ de vie. Le développement du sacrifice de soi aidera grandement dans cette première étape. Puis suit le rétablissement de l’unité de la tête et du cœur caractérisé par la fin des conflits entre raison et sentiments. La Lumière divine ne pénètre que dans un cœur apte à la recevoir. A travers le larynx, situé entre la tête et le cœur, l’état réel de nos pensées et de nos sentiments se révèle par le Verbe, la Parole libératrice, la parole du Cœur qui a réalisé son union avec la tête.

La relation entre les aspects de la conscience est extrêmement complexe.Pour en faciliter la visualisation, l’École considère que la personnalité ordinaire comporte deux pôles, celui du chandelier de la tête et celui du chandelier du sacrum. Ils sont reliés par les moyens de communication de l’axe cérébro-spinal, le feu du serpent. Par le pôle de la tête, nous captons les forces de notre champ de vie et nous établissons cette relation. Par le pôle du sacrum, nous captons les antiques forces venant de notre passé karmique, nous en formons aussi le feu du serpent, et nous rejetons tout ce qui n’est pas en harmonie avec notre état actuel de vie.

Il faut fonder un nouveau système attractif.L’élève pose le fondement d’un nouveau système attractif qui demeure bipolaire.Le pôle de la tête est la branche centrale du chandelier de la tête. Nous savons qu’il est allumé par le feu gnostique venu du cœur. L’autre pôle est le plexus sacré purifié. Le système relationnel naturel, que l’École symbolise par le feu du serpent circulant dans la moelle épinière, ne peut plus être utilisé, car il est l’instrument corporel de l’exercice de la volonté personnelle et de la conscience ordinaire. Une nouvelle relation est donc établie.

A sa naissance, le nouveau système est incomplet.Il ne peut pas être alimenté par le cerveau qui reste inaccessible à la Gnose tant qu’il est la voie de pénétration des forces naturelles vers l’être aural. Le développement du nouvel état se fait à partir de la Rose du cœur. De là, les forces de lumière s’efforceront d’atteindre le cerveau puis circuleront dans le corps tout entier. L’École symbolise cette situation en considérant qu’elle se fait à travers les cordons droit et gauche du nerf sympathique. Le nouveau système relationnel, le nouveau feu du serpent, partant du pôle de la tête, descend du coté droit jusqu’au pôle du sacrum, puis remonte par la gauche jusqu’au point de départ, vivifiant en chemin tous les autres plexus. Le développement prénatal de la nouvelle âme s’accomplit entièrement en dehors de la conscience ordinaire, et c’est pourquoi l’on parle d’un développement non-conscient de l’âme.

C’est la Gnose qui lutte contre le Karma.Quand le courant gnostique descendant atteint le plexus sacré, le pôle bas de l’axe de conscience, il entre en lutte avec le karma accumulé depuis un passé immémorial. Ce n’est plus le moi qui combat, c’est la Gnose. Elle brise tous les liens karmiques de l’élève. Désormais, l’âme est totalement libérée du passé et de ses influences. Le plexus sacré est accessible à la lumière. Le courant gnostique remonte jusqu’en haut du pôle cérébral de l’axe de conscience, le sommet du chandelier. Le signe du Fils de l’Homme flamboie sur le front. Puis le courant gnostique atteint le chakra-couronne que l’École situe sur la pinéale. Le pôle de la tête est alors totalement ouvert à la lumière. Les forces gnostiques y pénètrent directement, sans plus transiter par le cœur.

Les kundalini sont des forces incomparables.Une force immense, la kundalini du cœur, existe dans la partie du cœur où l’on situe le Bouton de la Rose, ou atome primordial. Le processus de transfiguration commence lorsque cette force rayonnante commence à s’élever vers la tête. Une autre grande force existe, la kundalini du sacrum. Le processus gnostique, qui a le cœur comme origine, commence par l’éveil de la kundalini du cœur. Il n’utilisera la force de la kundalini du sacrum que sous l’influence de celle du cœur.A ce moment, le cœur et la tête sont déjà tournés vers la volonté divine. Il n’en est pas de même lorsque l’on sollicite directement la kundalini du sacrum par des méthodes et exercices magiques pour en faire monter la puissance dans la tête. Ces pratiques mettent la conscience-moi sous l’emprise du passé karmique de l’être aural. Elles emprisonnent l’âme dans la sphère astrale terrestre.

L’âme du chercheur renaît.Lorsque les deux pôles de la personnalité sont unis par le nouveau feu du serpent et reçoivent la force de la kundalini du sacrum, l’âme du chercheur est renée. Les liens de conscience reliant entre eux les aspects de l’âme, sang, fluide nerveux, fluide hormonal, feu du serpent, sont liés au champ de vie gnostique. L’École dit que le sens de rotation des chakras est inversé. Ces roues tournaient dans le sens de la mort. Elles se sont arrêtées, puis tournent dorénavant vers la vie. La partie supérieure de la personnalité, le chandelier de la tête, peut rayonner la Lumière gnostique. La nouvelle communication, le nouveau serpent de feu, s’établit. La nouvelle âme va naître. La cinquième phase s’accomplit.

La nouvelle âme apparaît dans le vieil homme.L’ancienne âme de la personnalité-moi est disparue. L’élève est maintenant porteur de la lumière divine. De la nouvelle âme émanent de nouveaux pouvoirs de conscience, et tous les organes du sanctuaire de la tête, pensée, volonté, perception, deviennent régénérateurs. Une nouvelle personnalité doit être crée dans la nouvelle âme puisque l’ancienne personnalité est disparue. Cette sixième phase de l’initiation est symbolisée par la Crucifixion. Elle est la dissolution consciente du vieil homme. En effet, cette partie du système microcosmique, encore dégénérée, n’est pas en mesure de participer à la vie divine. Alors la Renaissance s’accomplit.

La personnalité nouvelle se lève dans le Microcosme.Voilà le secret véritable des alchimistes qui prétendaient fabriquer l’or en transmutant de vils métaux.Sous l’influence des nouvelles forces reçues, les douze éthers du renouvellement, la partie naturelle, mortelle, et impie du Microcosme, la tombe, doit être trouvée vide. Les pouvoirs du vieil homme sont anéantis et la personnalité nouvelle se lève dans le Microcosme. C’est le renoncement total, définitif à soi-même, à l’ancien, au terrestre, qui rend possible la Résurrection, la septième phase.

Par la Résurrection, l’Âme nouvelle se crée par elle même. Elle est de nouveau accordée au Plan divin. Les forces de la Nature originelle pénètrent dans le Microcosme. Elles vont permettre la Résurrection de l’Homme Originel. Avec les sept chakras, elles vont former le nouveau corps éthérique et le nouveau corps physique de la personnalité transfigurée …

Kundalini : » Il existe trois centres de kundalini dans lesquels cette pure Force divine peut agir : le cœurla tête et le bassin ou sacrum. Ces trois centres sont, chez l’homme dialectique, totalement prisonniers de la sphère astrale terrestre. La tête est prisonnière du champ astral terrestre, le bassin ou sacrum, totalement sous l’emprise du karma et le cœur est si souillé qu’il ne répond plus qu’à ce que la tête lui impose.

Seul le cœur possède encore un certain degré de liberté par la présence de la Rose.

La plupart des chemins de réalisation occulte, de nombreux systèmes de yoga, tentent de faire accéder ceux qui s’y appliquent à une imitation de renaissance. Des exercices permettent de faire remonter le courant de kundalini du sacrum, par le feu du serpent, jusqu’à la quatrième cavité cérébrale et finalement jusqu’à la pinéale. Tout le sanctuaire de la tête est alors admis dans le même champ de vibration que celui de la kundalini du bassin et l’être entier est envahi par le flot du passé microcosmique et de ce que porte son être aural.C’est ainsi qu’apparaît la conscience des domaines supérieurs de la sphère réflectrice avec ses légions de dieux et de maîtres. L’emprise dialectique des forces naturelles est alors fermement établie dans le pôle inférieur par l’être aural, et dans la tête par le champ astral terrestre.Le candidat est définitivement perdu pour la Libération.

Mais le processus de Renaissance gnostique a lieu tout autrement. Il débute toujours dans le cœur où, par l’activité de l’Atome-étincelle-Esprit, s’éveille la pure Kundalini du cœur. Elle influence le sanctuaire de la tête. La Lumière de la Gnose réalisant l’unité tête-coeur, descend alors jusqu’au plexus sacré par le cordon droit du sympathique et à l’inverse du processus occulte, purifie successivement, par ce courant gnostique venu du cœur, les différents chakras, pour enfin anéantir le passé karmique du plexus sacré. Elle remonte alors par le courant gauche du sympathique et atteint finalement la pinéale dont le rayonnement devient éclatant. Le système du candidat désormais entièrement libre, tant de l’être aural que de la sphère astrale terrestre, s’éveille à la Lumière Gnostique du Domaine de Vie originelle. »et Occultisme : « Pratique de diverses méthodes reposant sur la culture et l’affinement du moi afin de développer les pouvoirs subtils de la personnalité.Ce détournement occulte des fonctions spirituelles latentes de la personnalité qui devraient être éveillées et dirigées par l’Âme, relie celui qui pratique ces méthodes à divers plans subtils de la sphère réflectrice et le conduit à une illusion de liberté au prix de la perte de la possibilité d’éveil.L’occultisme est donc à distinguer fondamentalement de la Magie gnostique de l’Âme. « 

Ésotérisme : » C’est la compréhension intérieure des choses spirituelles. C’est la langue de l’Esprit. L’Ésotérisme véritable vient de la prise de conscience qu’une Connaissance qui dépasse totalement notre vision dualisée du monde peut seule permettre l’Unité du Cœur et de la Tête renouvelés, l’unité de l’Amour et de la Sagesse.Son aspect dégradé correspond à l’attrait pour les connaissances occultes, en relation avec le passé karmique accumulé dans l’être aural. « 

KUNDALINI et l’énergie au sein du corps humain :

L’Énergie, au sein de l’organisme humain, c’est une réalité plus réelle que la coagulation de chair qui en est issue. En clair, on peut considérer l’être humain comme une « pile électrique », à sa naissance il a 100% de son Capital Énergie Nécessaire pour se faire fonctionner en toute indépendance et se recharger librement à L’ÉNERGIE UNIVERSELLE ; c’est si l’on peut dire sa Masse Positive Créatrice (Union du Plus et du moins en PARFAITE HARMONIE)…..

Mais au fur et à mesure de sa Croissance ET de ses expériences de Vie dans l’Espace et le temps, toutes sortes de stress, de désirs, de sentiments et d’ambitions, peu à peu lui épuisent son Capital Énergie Initial, et plus il laisse son Capital Énergie diminuer et s’affaiblir, plus sa Masse Positive Créatrice diminue et s’affaiblit aussi, devenant peu à peu un petit peu plus négative que positive ; ce qui amène alors des sentiments et des pensées négatives qui continuent de lui gaspiller de l’énergie qu’il cherchera à compenser par une dépense d’énergie supérieure, entraînant par là même un gaspillage plus grand, et là même où il croyait précisément endiguer sa perte d’Énergie……

Si l’Homme (toujours hommes et femmes dans ce texte) avance sans cesse ainsi dans la Vie, sans jamais renouveler son Énergie à SOURCE ÉNERGIE PREMIÈRE CRÉATRICE de toutes Énergies, alors tôt ou tard, son désir de vivre ira puiser de l’énergie directement dans ses organes vitaux et plus ceux ci devront fournir de l’énergie, sans jamais en recevoir de renouvelée en retour, plus ils s’altéreront de même ; c’est ce qui amène les névroses, les maladies et les angoisses qui affaiblissent encore plus la Masse Positive Créatrice en masse négative, engendrant encore plus des sentiments et des pensées négatives quand ce n’est pas des pulsions négatives destructrices, que l’Homme cherche encore trop souvent à éviter par une dépense d’énergie plus grande encore, en cherchant à les contrecarrer, épuisant par là de plus en plus, un peu plus chaque jour son Précieux Capital d’Énergie Initial donné…..

C’est Ce Phénomène qui confronte tout être humain dans sa Croissance et dans sa méconnaissance profonde du fait qu’il n’est pas que corps, mais qu’il est aussi et surtout Énergie et que le corps mal vécu, (en non CONSCIENCE D’ÉNERGIE et qui gaspille et ou néglige son énergie), il peut être un vase percé qui laisse fuir le meilleur de lui même ; tout comme un corps bien vécu (en CONSCIENCE D’ÉNERGIE et qui renouvelle son énergie) peut être un puissant TRANSFORMATEUR pour renouveler son précieux Capital Énergie de Vie à L’INFINI, pour peu qu’il apprenne sereinement à bien se maîtriser contre tout ce qui va à perte d’énergie en VANITÉ.

Le Feu de l’Etoile :

Dans la Genèse (IV, 17-18 ; V, 6-26), les lignées de descendance sont données depuis Caïn (KA – UN) et depuis son demi-frère Seth, mais il est instructif de noter que, durant les premières générations, les noms détaillés dans chaque liste sont très similaires, bien que données dans un ordre différent. Au vu de ceci, il a été souvent suggéré que la lignée depuis Seth jusqu’à Noé fût imaginée par les rédacteurs de la Bible dans l’intention d’éviter de montrer la véritable descendance. Mais, si cela était le cas, alors quelque chose dut transpirer durant la vie de Noé qui amena l’héritage de son fils Sem à être dissimulé – et la réponse est trouvée dans la Genèse (IX, 4).

A ce stade de l’histoire de la Famille, Jéhovah (ENLIL) est censé avoir dit à Noé :  » Vous ne mangerez point de la chair avec son âme, c’est à dire son sang », un édit qui devint expressément important pour la manière de vivre ultérieure des Juifs. Mais pourquoi Jéhovah serait-il devenu soudain obsédé par l’interdiction d’ingérer du sang, tout en autorisant ses sujets à manger de la viande ? Depuis des générations, les chercheurs et écrivains ayant planché sur ce thème n’ont trouvé aucune tradition particulière qui en serait la source logique ; par contre, certains d’entre-eux, dont le philosophe Neil Freer, ont dit que la remarquable longévité de la race des Nephilim était explicitement liée à une substance ingérée…

C’est depuis longtemps une coutume juive de suspendre la viande pour qu’elle saigne à blanc avant la cuisson et la consommation, mais par contraste, la foi chrétienne est concernée par l’ingestion figurative du sang du Christ.

Effectivement, dans la tradition chrétienne, il est coutume de prendre le sacrement de la communion (l’Eucharistie) pendant laquelle le vin (représentation symbolique du sang de Jésus, sang de vie de la lignée messianique) est bu dans le calice sacré. Se pourrait-il donc que cette coutume chrétienne moderne reflète inconsciemment un rituel d’avant Noé d’ingérer du sang en réalité ? Si oui, alors nous savons qu’ésotériquement, le calice, symbole exclusivement féminin, est l’emblème de la matrice féminine (clitoris-vagin-utérus), ce qui nous amène au concept du sang menstruel féminin divinisé du temps des Anunnaki puisque vénéré comme étant la « source de vie » en cette lointaine époque.

Et la réponse à cette question est bien OUI, car c’était précisément là, aussi rebutant que cela puisse paraître, la coutume sumérienne de célébration du « Feu de l’Etoile ».

Peu d’entre-nous aujourd’hui se soucient de demander quelles sont les sources ultimes de bien des suppléments nutritionnels de l’industrie pharmaceutique, et ceux qui savent sont généralement réticents à nous le dire. L’hormone prémarine, par exemple, est faite depuis l’urine de juments pleines, alors que certaines formes d’hormones de croissance et d’insuline sont fabriquées à partir de l’E. Coli, une bactérie fécale humaine, sans parler de traitements régénérateurs ou d’anti-vieillissement à base de placenta humain !

Avant de considérer cette pratique archaïque en détail, il vaut la peine de nous remémorer que l’Édit demandant de s’abstenir de sang, sans plus d’autres précisions, venait non pas d’Enki le Sage, mais d’Enlil-Jehovah, le dieu de courroux et de vengeance qui avait provoqué le Déluge, semé la destruction à Ur et à Babylone, et entrepris de tromper Adam à propos de l’Arbre de la Connaissance. Ce n’était pas là un dieu qui aimait les êtres humains et les documents sumériens sont on ne peut plus clair à ce sujet. S’il avait interdit l’ingestion de sang, il est donc probable que ce n’était pas un édit au bénéfice de Noé et de ses descendants, c’était plus probablement à leur détriment.

Le Feu de l’Etoile menstruel est l’Élixir Rubeus de la Déesse, considéré essentiellement comme intelligence fluide. Il fut originellement représenté par l’œil qui voit tout : le point au centre d’un cercle, ou par la croix ardente, la rosi-crucis, ou croix cerclée, précisément comme représentée sur la Marque de Caïn. Ces symboles furent plus tard utilisés par les Écoles de Mystères de l’Ancienne Égypte, particulièrement celle du prêtre-prince Ankhfn-Khonsu, circa 2170 av. J.C., qui fut formellement établie comme Cour du Dragon par la Reine Sobeknefru de la XIIè dynastie.

Une autre des plus remarquables Écoles de Mystères fut la Grande Fraternité Blanche du pharaon Thoutmosis III, circa 1450 av. J.C. – appelée ainsi officiellement à cause des vêtements blancs portés par les hiérophantes mais plus officieusement et donc réellement à cause de leur préoccupation pour une mystérieuse poudre blanche. Selon la Grande Loge Suprême de l’Ordre Ancien et Mystique de la Rose-Croix, ils étaient 39 hommes et femmes qui siégeaient au Temple de Karnak à Louxor. Une branche de cet Ordre devint connue plus généralement sous le nom de Thérapeutes Égyptiens qui, à Héliopolis et en Judée, furent ensuite identifiés comme les Esséniens. C’était dans cette Fraternité Blanche de sages thérapeutes et guérisseurs, les vrais rose-croix originels, que Jésus fut initié pour progresser par degrés, et c’est son haut rang à cet égard qui lui valut l’appellation si souvent utilisée de « Maître ». Le terme ESSÉNIEN provient de l’araméen ASAYYA signifiant médecin, correspondant au mot grec ESSENOI, tout en dénotant aussi quelque chose d’ESSAIOS, c’est à dire quelque chose de secret et/ou de mystique. Dans la tradition scandinave, les dieux sont appelés les ASES ou ASEN, les gardiens de la pureté et le mot, sémantiquement, a une racine similaire.

Avec le double serpent et le caducée, emblème du « Cygne » mystique, et symbole des futures associations médicales, le Feu de l’Etoile était ainsi associé à la guérison thérapeutique. En Europe, le culte catholique romain en dissimula la haute valeur et la signification première en répandant l’ignorance et la désinformation ; il fut donc détourné comme étant la croix de Saint Georges qui, on le suppose, perça et empala un dragon. Dans la Tradition originelle, la croix aux branches égales était identifiée avec Enki-Samael qui féconda la Reine Dragon, et le dragon était toujours femelle car la royauté était matrilinéaire dans la Lignée de Tiâmat. Comme les lignées d’un même sang sont, par leur nature même, matrilinéaires, ce n’est pas une coïncidence qu’une mère dans le domaine animal soit désignée comme « dame » en opposition au « sire » ou « sieur » paternel, car « dame » était bien sûr le mot pour « sang ». Dans les cercles de chevalerie, ces définitions furent adoptées pour devenir les désignations familières « Sire » ou « Sieur » et « Dame ». Le dragon est manifeste dans la constellation du Dragon, connue comme le Serpent dans le Ciel, qui tourne autour du pôle nord, sa révolution constituant la première horloge jamais inventée.

En termes stricts, le Feu de l’Etoile originel était l’essence lunaire de la Déesse, mais même en un environnement terrestre, le sang menstruel contient les sécrétions endocrines les plus précieuses, particulièrement celles des glandes pituitaire et pinéale. Fait ou fiction, de manière intéressante, le sang menstruel coagulé fut littéralement décrit comme étant collecté pour des femmes guérisseuses des fins fonds de l’Australie, car il est reconnu comme ayant d’extraordinaires pouvoirs de guérison sur les plaies ouvertes. Dans les cercles mystiques, le flux menstruel a depuis longtemps été la fleur, représentée par un lys ou une fleur de lotus. La glande pinéale du cerveau fut directement associée à l’Arbre de Vie car cette minuscule glande était dite secréter le « nectar de suprême excellence », la substance même de longévité active appelée SOMA ou AMBROSIA par les anciens grecs.

Le double serpent Kundalini enroulé autour du caducée ailé de Mercure-Thot-Hermès (l’Arbre de la Connaissance) ont été représentés dans l’insigne de nombreuses associations médicales de par le monde. La hampe centrale et les serpents sont là le symbole atlanteo-anunnaki antédiluvien de la moelle épinière et du système nerveux sensitif, alors que les 2 ailes indiquent les structures ventriculaires latérales du cerveau. Entre ces ailes, au-dessus de la moelle épinière, on voit la petite sphère centrale de la glande pinéale. La combinaison de la pinéale centrale et de ses ailes latérales est appelée le « Cycgne » dans certains cercles de yoga. C’est la plus haute conscience du royaume du Graal à laquelle sont parvenus les Chevaliers du Cygne médiévaux, donnés pour exemple dans les personnages chevaleresques de Perceval et Lohengrin.

Dans la tradition hermétique des anciennes écoles égyptiennes de mystères, ce processus d’atteinte de l’éveil de la conscience (illumination) était d’une importance capitale, avec la régénération spirituelle prenant place par degrés le long des 33 vertèbres jusqu’à atteindre la glande pituitaire invoquant le corps pinéal. La science de cette régénération est l’un des aspects de la « Parole Perdue » dune franc-maçonnerie qui n’est plus OPÉRATIVE puisque devenue spéculative, et par conséquent incapable de faire vivre à ses membre la véritable illumination, et c’est bien là la véritable raison pour laquelle l’ancienne maçonnerie fut fondée sur 33 degrés.

La pinéale est une très petite glande, en forme de pomme de pin. Elle occupe la position centrale dans le cerveau, bien qu’en dehors des ventricules et ne faisant pas partie de la matière grise en tant que telle. Environ de la taille d’un grain de maïs (6mm de long et à peine 1g de poids), le philosophe français René Descartes (1596-1650), inventeur de la géométrie analytique et fondateur de la science optique, pensa qu’elle était le siège de l’âme, point sur lequel le corps et l’esprit se rejoignent ! Bien avant lui, les anciens grecs pensaient de même, et au IVème siècle av. J.C., Herophilus décrivit la pinéale comme l’organe régulant le flot de la pensée. La glande pinéale a longtemps intrigué les anatomistes parce que, alors que le cerveau est constitué de deux moitiés principales, la pinéale, placée en position centrale, n’a aucune contrepartie.

Aux jours de l’ancienne Sumer, les Anunnaki perfectionnèrent et élaborèrent une science médicale se ramifiant par substances vivantes, dont le Feu de l’Etoile menstruel était une source-composante vitale. Au tout début, c’était une pure essence lunaire Anunnaki appelée « l’Or des Dieux », mais plus tard, en Égypte et autour de la Méditerranée, les menstrues provenaient des prêtresses sacrées (Femmes Ecarlates) et on leur conférait la dignité en tant que « nourriture des dieux, riche de la matrice ». Le mot même de « rituel » provient de cette coutume immémoriale, en sanskrit « RITU » – l’or rouge, vérité. Les suppléments endocriniens sont utilisés de nos jours par l’industrie de l’organo-thérapie mais leurs sécrétiens inhérentes comme la mélatonine et la sérotonine sont obtenues par dessiccation des glandes d’animaux morts et il leur manque des éléments vraiment importants qui existent seulement par fabrication glandulaire humaine vivante.

Dans le symbolisme du feu alchimique, la couleur rouge est synonyme de l’or-métal, et dans les tantras indiens, le rouge est la couleur de la déesse Kali, déesse du temps, des saisons, des périodes et des cycles. Point n’est besoin de chercher plus loin que la simplicité de tout bon dictionnaire pour trouver la menstruation (menstruum) décrite comme étant un parallèle alchimique avec la transmutation en or. Par conséquent les « métaux » des alchimistes étaient, d’abord, non pas de vulgaires métaux, mais des essences vivantes, et les anciens mystères étaient de nature physique et non métaphysique. Le mot « SECRET », d’où peut être tiré « SECRÉTIONS », a son origine dans la connaissance cachée de ces mêmes secret-ions glandulaires. La vérité (le ritu ou rougeur) se révèle comme matière physique sous la forme du plus pur des métaux : l’or, qui est estimé être terminalement noble.

Le mot « AMEN » récupéré par le culte catholique romain, a son origine en Égypte pour signifier quelque chose de caché ou de dissimulé. Le mot « OCCULTE » voulait à peu près dire la même chose : « caché à la vue », et pourtant on utilise aujourd’hui AMEN pour conclure des hymnes ou des prières., tandis que quelque chose d’occulte est désormais estimé être sinistre. En réalité ces deux mots (AMEN et OCCULTE) sont liés au mot « SECRET », et chacun de ces trois mots était, à un moment ou à un autre, connecté avec la science mystique des sécrétions endocrines.

Puisque KALI était « noire mais belle », le mot anglais « coal » (signifiant « charbon », et dénotant la « noirceur ») provient de son nom via les mots intermédiaires KHUL, KHOL, et KOL. Dans la tradition hébraïque, la Bath-Kol céleste (ou Bath-Qoul) était appelée « la fille de la voix » et la voix (vach ou vox) qui appelait depuis la noirceur était dite trouver son origine durant la puberté d’une femme. La matrice féminine fut en conséquence associée avec la voix (qoul ou call, verbe « appeler » en anglais) et on disait que le Feu de l’Etoile était le « mot oracle de la matrice », avec la matrice elle-même étant le « utterer » (en anglais, celui qui « prononce » ou qui « profère ») ou utérus. Dans les toutes premières écoles de mysticisme, le symbole du « Verbe » (ou Logos) était le serpent : l’emblème vénéré du Saint Esprit, le Dragon qui se mouvait à la surface des eaux.

Les Femmes Écarlates étaient ainsi appelées parce qu’elles étaient source directe du Feu de l’Etoile des prêtresses. Elles étaient connues en grec comme HIERODULAI (femmes sacrées), un mot plus tard transformé en en anglais, via le français médiéval, en HARLOT (signifiant prostituée en anglais) ; en viel allemand, elles étaient appelées HORES signifiant « les bien-aimées », mot plus tard anglicisé en WHORES signifiant putains. Comme mis en évidence dans le « Dictionnaire Étymologique » de Skeat, ces mots de haute vénération n’étaient jamais interchangeables avec des mots infamants tels que « putain, salope, prostituée, femme adultère », et cette association courante de nos jours fut le fruit de la stratégie machiavélique inventée par l’église catholique romaine pour dénigrer le noble statut de ces femmes con-sacrées, les prêtresses. Voyez les dégâts occasionnés au psychisme collectif humain quant à la notion du « Principe Divin Féminin » par l’oligarchie des prêtres misogynes de l’Emporium roman-babylonien !

La suppression dans le domaine public de la connaissance de la tradition authentique, notamment celle traitant du Feu de l’Etoile, survint lorsque la science des premiers adeptes et des chrétiens gnostiques ultérieurs fut étouffée par les faussaires de la chrétienté historique. une certaine quantité de gnose (connaissance) originelle est préservée dans la tradition rabbinique, mais en général les Juifs et les Chrétiens conventionnels firent tout ce qui était en leur pouvoir pour dénaturer et détruire toutes traces de l’Art ancien.

La tradition des Vierges de Feu fut plus tard adoptée superficiellement à Rome, où les six Vestales Vierges servaient par périodes individuelles de trente années, mais la signification réelle de leur fonction avait été perdue. Le mot « VESTA » dérivait d’une ancienne racine orientale signifiant « FEU », d’où les allumettes sont toujours appelées aujourd’hui « vestas ». Vesta fut aussi une déesse troyenne du feu, et des cierges allumés (symbole phallique) étaient utilisés pour la vénération de sa flamme éternelle. C’était cette coutume des Vestales que, plus tard, l’église catholique romaine pervertit pour devenir le rituel d’allumage des cierges de la moderne « églisianité ».

En plus d’être l’Or des Dieux, la menstruation était appelée le « Véhicule de Lumière », étant source première de manifestation, et en cette optique, directement assimilée aux eaux mystiques de la Création, le flux de la Sagesse Eternelle. La Lumière était aussi assimilée à un serpent nommé KUNDALINI, dont les Indiens mystiques disent qu’il est enroulé à la base de l’épine dorsale, lové et totalement endormi à l’intérieur de l’os du Sacrum (sacrum signifiant sacré !) chez une personne non éveillée spirituellement.

La Kundalini, ou pouvoir magique de l’organisme humain, n’acceptant de se réveiller que par la volonté et par le sang, véhicule de l’esprit. La glande pinéale est le canal de l’énergie spirituelle directe et ne peut être motivée que par une introspection constante de soi-même. Cela n’a rien d’un processus mental évident, mais une conscience évacuée de toutes pensées, un plan informel de pur être que nul gourou ne peut enseigner ; fuyez donc tout stage d’éveil de Kundalini, quelles que soient les promesses formulées.

C’était ce concept même « d’être » ou d’auto-réalisation qui posa un problème important à Enlil, dont l’objectif était de conserver le contrôle du troupeau de « lulus » (les humains).

Par contraste, son frère Enki-Samael savait que les humains qui partageaient de l’Arbre de la Connaissance et de l’Arbre de Vie pouvaient devenir eux-mêmes presque comme eux, les « dieux » Anunnaki. Même Enlil-Jehoval l’avait reconnu, disant : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous » (Genèse III, 22). On disait dans les temps anciens que rien n’est obtenu simplement en désirant ou en déléguant par prière la responsabilité à une autorité supérieure, le « vouloir » étant médium de décision du moi.

C’est là le chemin de la vraie connaissance : « Aide toi et le Ciel t’aidera » car le seul véritable « DIEU » est le dieu intérieur, l’Esprit dont une parcelle habite le cœur de chaque être humain, l’Atome Primordial contenu en tout minéral, végétal, animal : Dieu, Conscience Infinie Absolue, le KIA ou IAW égyptien d’où découla AEIOU, le vrai YHVH.

Merci Jacques de ce partage .. intéressant ….

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Cosmogonie mythique animiste en Afrique de l’ouest 3 août, 2013

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

Cosmogonie mythique animiste en Afrique de l’ouest

Plan

-         Introduction (définition)

-         Cosmogonie mythique animiste en Afrique de l’ouest (Bénin – Togo)

·        Les cosmogonies animistes

·        Le Culte Vaudou (initiation au Vaudou et au FA)

·        Le Culte des ancêtres

·        Culte des rites funéraires

·        La sorcellerie

-         Conclusion

Lexique

Lègba : il est matérialisé par une motte de terre plus ou moins géante érigée souvent à l’entrée des villages, des maisons ou au cœur des marchés. Il est censé apporter  protection, paix et prospérité, il peut également  punir.

 

Fétiches : objet auquel on attribue des vertus magiques

 

Animisme : c’est une doctrine visant à croire que tout élément de la nature est animé ou possède une vie

 

Panthéisme : doctrine de ceux qui identifient dieu et la nature « Dieu est dans tout »

 

Hêvieso : c’est une divinité du ciel qui se manifeste par la foudre. Symbolisé par une double hache, il est le dieu justicier qui châtie les voleurs, les menteurs, les malfaiteurs.

Sakpata : encore appelé la terre, il est très craint et les gens n’osent pas prononcer son nom. C’est la divinité qui propage la variole.

Dan : c’est le serpent. Il se manifeste à travers l’arc-en-ciel. Il peut aussi se présenter aussi sous forme d’un homme et combler de richesses ceux qui l’accueillent bien.

EGu : c’est la divinité des forgerons, des chasseurs ou de tous ceux qui manipulent le fer ou les armes en fer. C’est un dieu représenté par un amas de ferrailles. Il protège mais il peut punir également par des accidents sanglants.

Segbo-Lisa : divinité de la pureté de la richesse – le père de tous les fétiches

 

Nana Buruku : La mère de tous les fétiches, immense et féconde

 

Couvent : temple

 

Paradigme : une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde

 

Anthropomorphique : caractère humain dans les objets et les animaux

 

Triumvirat : association de 3 hommes qui exercent un pouvoir ou une influence

 

Trimorphie : qui peut cristalliser dans 3 systèmes différents

 

Androgynie : est un être humain dont l’apparence ne permet pas de savoir à quel sexe ou genre il/elle appartient

 

La cosmogonie dans l’Afrique de l’Ouest

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Le terme cosmogonie signifie littéralement « naissance du monde ». C’est de ce mythe originel que découlent aujourd’hui la plupart des croyances qui régissent les sociétés africaines. Les mythes cosmogoniques et les grands récits sur la création qui se sont succédés à travers les époques, s’ils offrent une explication suffisante aux sociétés qui les ont fondées, ils en reflètent également la culture. Car si chaque société élabore sa compréhension de l’univers, elle le fait en fonction de ses spécificités et ses interrogations propres.

On peut trouver en Afrique de l’Ouest quatre types principaux d’explications cosmogoniques, correspondant à des groupes ethniques différents (les Ewe au Togo, les Fon au Bénin, les Youruba au Nigéria, les Dogon et les Bambara sont principalement au Mali, …etc.) :

1)    Pas de cosmogonie : le monde est donné, il a toujours été, il se réduit au ciel et à la terre.

2)    Conception panthéiste et pseudo-rationnaliste. Certains disent : le ciel repose sur la terre qui ne repose sur rien, le soleil est multiple, il en naît un chaque matin qui disparaît le soir même

3)    La genèse est sortie d’un néant primordial et du verbe préexistant, le monde fut formé en plusieurs temps

4)    Le monde est crée par un être transcendant, dieu personnalisé qui s’occupe de sa création

On remarque le rôle important que joue la parole comme agent créateur ; le monde est généralement  conçu comme limité dans l’espace et dans le temps, il a une forme (la calebasse chez les Yorouba, le grenier chez les Dogons) ; le ciel et la terre sont voisins, on peut passer de l’un à l’autre ; enfin autre idée répandue, le monde est inachevé, il y a d’autres mondes à venir et Dieu n’a pas terminé sa création.

Bref le sujet est très dense,  Notre palabre de ce soir portera sur quelques mythes du vaudou, du culte des ancêtres, du rite funéraire (Bénin – Togo), de la sorcellerie et de la cosmogonie animiste de la sous région sud du Togo et du Bénin.

1)    Les cosmogonies animistes sont basées sur les structures de la société humaine ; elles sont anthropomorphiques, connaissent le dualisme sexuel et les puissances androgynes, on y rencontre le principe d’autorité et la révolte ou désobéissance. Je vais vous présenter deux de ces mythes.

Premier mythe

Mawu (Dieu) créa Segbo-Lisa et Nana Buruku, puis Legba et Gu, ses messagers. Les deux premiers avaient pour mission de donner naissance aux autres dieux. Segbo-Lisa était un mâle, mais Nana Buruku n’avait pas de sexe. Ceux-ci ne pouvant procréer, Legba et Gu se mirent d’accord : Gu pour pratiquer l’incision génératrice du sexe féminin. Legba pour donner à l’acte sexuel son pouvoir de procréation.

Ainsi naquirent Sakpata, Hevieso, Tokpadun, et Dan. Mawu félicita ses messagers de leur initiative heureuse et leur fit une place d’honneur parmi toutes les divinités. A l’origine, ils habitaient la terre. Mais Tokpadun, la femme de Hevieso, était assidument courtisée par son frère Sakpata (la variole). Cette situation créa entre eux une rivalité que la vagabonde Dan (déesse du vent) s’employa à envenimer. Dans sa colère Hevieso se détacha de la terre pour aller se fixer au ciel. La voûte céleste telle qu’elle nous apparaît aujourd’hui, fut réalisée par Hevieso. Dan se fixa dès lors entre les deux rivaux, dans l’atmosphère, pour continuer à jouer son rôle perfide. La lutte se poursuit encore de nos jours. Lorsque Dan est du côté du terrible Hevieso, on la voit sous forme d’un serpent lumineux (l’éclair) encourageant le tonnerre ou la foudre à anéantir la terre. Quant, au contraire, Dan sert Sakpata, on la sent onduleuse et invisible dans le vent perfide qui empêche la pluie de tomber (Sakpata, la variole  ne règne en maître que par un temps très sec). Son amitié n’a d’ailleurs rien de durable. Souvent représentée sous la forme de serpent à deux cornes, Dan est l’inconstance même. Parfois, elle sert les deux rivaux à la fois, l’un contre l’autre. Sakpata courroucé par une trahison si souvent renouvelée la chasse ; c’est alors que, dans une course folle, haletante, éperdue, la vagabonde Dan va se cacher dans les eaux, dans les montagnes, dans les grands arbres, où la foudre non moins furieuse, l’atteint pour la  déloger de sa retraite. Segbo-Lisa, divinité de la pureté, de la richesse, possédant toutes les nuances de vêtements (mais préférant nettement la couleur blanche) est le père de tous les fétiches. Il habite la région orientale du ciel et il est symbolisé par un caméléon. Nana Buruku, immense et féconde, demeure dans la partie occidentale du ciel, c’est la mère de tous les fétiches.

Commentaire : Ce mythe, explique en outre par image la sexualisation, la procréation et l’inceste originels. Les convoitises sexuelles, sources de dissensions, même intra-familiales, servent de paradigme aux rivalités et trahisons humaines. Multiforme et perfide, le serpent peut apparaître partout, dans l’air, sur la terre, dans l’eau. Le rôle des forgerons dans les sacrifications rituelles s’exemplarise à travers l’action de EGu, le dieu de fer et des armes. L’exaltation de la virilité de Legba, gardien et fécondateur des foyers, s’amplifie par la valorisation de l’orient mâle, pur et riche, par rapport à l’occident représenté comme une femelle incomplète initialement mais devenue féconde. La labilité des tempéraments divins peut paraître justifier l’inconstance des idées et options humaines.

Second mythe

Au tout premier temps, Mawu Kokodabi (le Tout puissant – Dieu – GADLU) vivait en solitaire d’une existence monotone. L’idée lui vint de créer d’abord des esprits serviteurs réputés eux aussi pour leur force, puis les hommes pour l’adorer et reconnaître sa puissance. Ainsi sa vie aurait davantage de sens.

La vie battait son plein dans le monde peuplé du grand Fetome (l’univers). Tout le monde était heureux. Mais un jour que Mawu était en sommeil (endormi), trois esprits serviteurs complotèrent pour le tuer et devenir maîtres de la vie. Pris de remords et conseillé en rêve, le plus petit d’entre eux alla trouver Mawu pour lui annoncer leur sombre dessein. Arrivé à la grande porte, il vit Dieu qui, lui aussi averti en rêve attendait la venue des trois serviteurs. Dieu les fit amener de force à ses pieds et les écouta. Ils eurent le courage d’avouer leur conspiration, si bien que Dieu réduisit la punition qu’il leur avait initialement réservée. Ces trois serviteurs devraient mourir dans le Fetome (l’univers) et renaître en vue d’être envoyés sur terre où les hommes les attendraient, mais après leur renaissance, ils devraient subir une purification de six jours leur permettant de comprendre le langage des hommes qu’ils seraient appelés à diriger et à sauver du mal.

Si les hommes avaient eux aussi été renvoyés de Fetome vers la terre, c’est parce qu’ils avaient promis d’adorer les trois esprits, à condition que ceux-ci réussissent à éliminer Mawu qui, disaient-ils, les avaient créés faibles et imparfaits.

Lors de la seconde création, Vodu Sakpata, déesse de la terre, fut première à renaître et devint la doyenne du trio. Après elle,  vint Vodu Hevieso, dieu du ciel. Le dernier né fut Afa anagonu à qui fut attribuée l’atmosphère (Ahlime) entre le ciel et la terre. A leur grande surprise, ils s’aperçurent lors de leur renaissance qu’ils n’étaient plus esprits mais des Vodu, petits dieux méchants. Mawu leur avait attribué à chacun un domaine et un rôle. Tout en leur rappelant qu’ils étaient tenus de passer les six jours d’initiation auprès de lui avant d’entrer chez les hommes, il leur précisa qu’il y aurait dans le royaume des hommes, des trônes d’importance décroissante selon l’ordre d’arrivée.

Chacun des trois dieux ainsi recréés n’avait qu’une seule idée arrêtée : tout faire pour arriver le premier sur la terre et occuper le grand trône. C’est pourquoi, au lieu des six jours de purification prévus, Hevieso n’en fit que quatre et partit le cinquième pour occuper le grand trône. Constatant l’absence de Hevieso, Sakpata voulut occuper au moins la seconde place et partit au début du sixième jour. Afa Anagonou fut le seul à assister à la séance de clôture de cette période d’initiation et de purification. Aussi, Mawu louant son bon comportement lui fit un don précieux : celui de comprendre le langage des dieux et celui des hommes. Le septième jour comme prévu il se rendit sur terre.

Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu’au lieu des trois trônes il n’en trouva qu’un seul à propos duquel Hevieso et Sakpata s’épuisaient en querelles. Puisque les raisons qu’avançaient Hevieso, le dieu mâle, détenteur d’un pouvoir de commandement, n’arrivaient pas à convaincre la déesse Sakpata, arguant de son droit d’aînesse, toute tentative de trouver une issue était impossible. Pour Afa, il n’était pas question de se lancer dans des discussions sans promesse de la part des autres vodu, d’autant qu’il leur savait fermée la porte de Fetome(l’univers) en raison de leur désobéissance, et que Mawu ne leur dirait donc pas à qui devait revenir l’unique trône.

A bout de forces, les deux premiers arrivants ne savaient comment s’adresser aux hommes pour leur signaler leur faim et leur soif. Reconnaissant leur erreur, ils comprirent la nécessité de l’initiation et se trouvèrent obligés de demander l’aide d’Afa qui seul pouvait traduire aux hommes le message de l’arrivée des vodu et leur réclamer les nourritures sacrificielles qui les sauveraient du mal. Poussés par la faim et la soif, Hevieso et Sakpata durent accepter la condition posée par Afa : que celui-ci monte sur le trône pour présider ce triumvirat divin sur la terre. Lorsque Afa monta sur le trône avec un esprit d’humilité et de roi-serviteur, se dessina le premier arc en ciel, message des dieux aux hommes. Ceux-ci ne tardant pas à s’interroger sur le sens de ce signe, allèrent consulter l’oracle qui leur révéla la portée du message : l’arrivée du dieu-roi parmi eux et le début d’une ère nouvelle. Ils immolèrent donc des animaux en guise de présents accompagnés de boissons, en chantant et en dansant autour de la demeure des dieux. Ce jour-là, les trois dieux prirent ensemble leur premier repas dans la grande communauté des hommes.

Mais ne pouvant supporter plus longtemps cette vie en commun qui compromettait son prestige masculin, Hevieso engagea une lutte ouverte contre Sakpata pour venger le fait qu’elle l’avait empêché de monter sur le trône. Il voulait par là se classer en second après Afa, ce que la déesse ne pouvait tolérer puisqu’elle affirmait que si aujourd’hui les hommes ont un corps couvrant leurs os, c’est grâce à elle qui le leur avait modelé avec une partie d’elle-même qui est la terre, sur ordre du tout-puissant Mawu.

Ce malentendu oppose encore Sakpata à Hevieso et s’accompagne de rixes. Finalement Hevieso se retira au ciel à la recherche d’un point stratégique pouvant lui permettre d’attaquer avec ce grand fusil qu’est l’éclair. Sakpata resta sur terre auprès des hommes qu’elle avait modelés avec sa chair, mais elle manifeste son humeur par des épidémies de variole.

En présentant la création des êtres par un dieu tout-puissant mais devenu lointain et solitaire, ainsi que les péripéties de la genèse, ce mythe d’origine  fournit les justifications à l’ordre des pouvoirs, à l’ordre moral et à l’ordre cultuel

Dans l’ordre des puissances, la primauté est donnée aux esprits sur les hommes et au manipulateur du verbe sur les manipulateurs de la force. L’indivision du pouvoir représenté par l’unique Mawu et l’unique trône chez les hommes n’exclut pas une trimorphie :

1)      Le pouvoir de la force mâle et violente est celui d’Hevieso qui tue par la foudre,

2)      Sakpata représente le pouvoir génésique de la terre féconde et de la féminité, mais aussi le droit d’ainesse afférent à la priorité d’apparition de la  vie. L’homme vit en dépendance de la terre créée la première. C’est grâce aux fruits nourrissants de la terre que sa chair prend forme ;

3)      Le pouvoir du verbe se lit dans l’importance d’Afa Anagonou (d’origine nago) en tant qu’oracle révélateur des désirs des divinités, interprète des songes, détenteur du savoir  ésotérique transmis dans les initiations, messager-serviteur des autres dieux.

Quant à l’ordre moral, il est suggéré par les conséquences de la rébellion des esprits orgueilleux, avides de pouvoirs, et des hommes insatisfaits de leurs incomplétudes.

Le mythe justifie enfin l’ordre religieux parce qu’il explique l’acte fondateur du culte en situant les vodu dans leur rôle d’intermédiaires entre Mawu et les hommes, parce qu’il légitime les rites sacrificiels par la nécessité de faire vivre les dieux qui font vivre les hommes, tout en évoquant quelques éléments de la symbolique cultuelle : le chiffre trois (vodu et trônes), l’arc en ciel (Dan) unissant la terre et le ciel. Enfin et surtout se trouve sacralisée la pratique de l’initiation comportant mort et renaissance avec apprentissage d’un langage de communication entre le visible et l’invisible.

 

2)    Le Culte Vaudou

En termes de statistique, le christianisme (catholiques, protestants sans parler des nombreuses églises évangéliques, célestes) représente 70% et l’islam 30%, des chiffres qui ne signifient pas grand-chose dans la mesure où l’on peut très bien être à la fois chrétien ou musulman et pratiquer effectivement le culte de ses ancêtres « le Vaudou ».

Le vaudou est un culte religieux ancien et une tradition philosophique originaire de la « côte des Esclaves » d’Afrique occidentale.

Avec la traite des esclaves, au 17eme siècle ce culte s’est propagé jusqu’aux Caraïbes ainsi qu’en Amérique du Nord et du Sud où il s’est mêlé au catholicisme et à d’autres traditions religieuses.

Aujourd’hui, il est encore pratiqué  d’abord en Afrique parmi les Fon au Bénin, les Yoruba au Nigéria et les Ewe au Togo dans le golfe du Bénin.

La cosmogonie vaudou est organisée autour d’esprits et de figures d’essence divine selon une hiérarchie allant des divinités majeures qui régissent la société et les forces de la nature, aux esprits des ruisseaux, des arbres et des rochers.

Les cérémonies se déroulent dans des couvents ou dans des temples avec un rituel spécifique à chaque divinité. Par exemple : les Mami water (la déesse de la mer), les Egu (dieu du fer qui porte une épée comme attribut et symbolise la guerre, le travail) ou encore Hevieso, famille d’esprit représentant le tonnerre, les zangbéto symbolisent les gardiens ou policiers de la nuit.

Les adeptes exécutent des danses au rythme des tambours qui débouchent sur des transes. Des sacrifices d’animaux (bœufs, moutons, coq ou poules, …) sont offerts au vodun pour  s’en concilier les faveurs. Des prêtres (Voduno ou hunon), se chargent de l’interprétation des messages des adeptes en transe.

Chaque ethnie, village, famille honore son propre Vodun.

Le « Fa » prédit et révèle aux individus le Vodun qu’ils doivent honorer ainsi que les rites appropriés pour obtenir ses faveurs ou apaiser ses colères.

Les cérémonies d’initiation au vaudou se décomposent comme suit :

-         L’isolement du postulant

-         Sa réception

-         Sa formation au couvent

-         Sa sortie

 

Isolement

Le jour fixé pour l’entrée au couvent, le postulant quitte à la tombée de la nuit sa maison en courant, sans regarder en arrière et sans répondre à aucune salutation. Il entre en trombe au couvent et y tombe face contre terre.

Quelques minutes après,  on l’arrose de l’eau du vaudou et on lui montre un réduit séparé du dortoir des novices ; il y dormira jusqu’au jour de sa réception.

Réception

Les cérémonies de réception ont lieu le 7ème jour de l’entrée du postulant au couvent. Ce jour, il est conduit devant l’entrée du sanctuaire où se trouvent les symboles du vaudou ; on compte jusqu’à 7 avant de lui en faire franchir le seuil. Il s’y lave entièrement et subit une tonsure complète de la tête. Il reçoit ensuite un pagne souillé d’huile rouge puis un cordon blanc de coton qu’il porte en collier, symbolise le lien qui l’attache désormais au vaudou. Avant de remettre ces différents objets, l’officiant compte jusqu’à 7 comme précédemment. Pour marquer la métamorphose du néophyte désormais intégré au monde des novices, on lui donnera un nouveau nom qu’il portera toute sa vie et ceux qui ignorent ce nom l’appelleront vaudou.

Formation au couvent

Les novices demeurent reclus à l’intérieur du couvent 4 à 7mois, période au cours de laquelle ils font l’apprentissage d’une vie nouvelle en se consacrant à des exercices de piété, à l’inculcation d’un code moral et culturel fait de discrétion, serviabilité, honnêteté, politesse, à l’exécution de chants et danses sous la direction d’un instructeur, à l’étude de la langue vaudou.

Les novices procèdent aussi sous la direction d’anciens initiés à la fabrication de nattes, de cordes, de paniers, de corbeilles, de chapeaux de paille, etc…

Ces objets fabriqués seront vendus au marché et les fonds collectés forment un bien commun qui servira à couvrir les dépenses qu’impliquent les sacrifices et les fêtes rituelles.

Sortie

La sortie du couvent donne lieu à des cérémonies à l’intérieur comme à l’extérieur : l’énumération des interdits par exemple. Cette cérémonie qui se déroule à l’intérieur du couvent consiste, pour chaque interdit formulé, à déposer un brin de paille sèche dans un pot d’eau. On bande les yeux des novices et on leur fait boire de cette eau, tandis que les anciens  initiés crient : « Malheur à toi, si tu transgresses l’interdit. »

Les bandeaux sont enlevés et la cérémonie se poursuit par la présentation des symboles du vaudou à chaque novice :

1)    L’officiant montre une paire de tenailles, en pinçant la langue du novice et dit : « si tu révèles ce que tu as vu ici le fétiche t’arracheras la langue » ;

2)    Il prend une hachette, la promène au-dessus de la tête du novice et dit : « si tu racontes ce que tu as vu ici, le fétiche te fendra la tête » ;

3)    Il saisit un morceau de fer tordu comme un serpent et symbolisant la foudre. L’agite sous les yeux de chaque novice et  dit : « si dévoiles ce que tu as vu ici. Le tonnerre te foudroiera » ;

4)    Il prend 7 bouts de bois  les montre et dit :  « si tu révèles ce que tu as vu ici, le fétiche te tuera en frappant ton dos de ces morceaux de bois » ;

5)    Si tu dis que le fétiche n’est que tenaille, hachette, fer tordu et bouts de bois et qu’il n’a aucune puissance, « il te tuera ».

Après ces ultimes recommandations tous les novices s’agenouillent frappant des mains pour remercier leurs instructeurs et se déchargent de leur terreur et de leurs peines précédentes par des bruyants éclats de rire.

Les cérémonies à l’extérieur du couvent sont la plupart du temps, l’exécution des danses apprises.

Initiation au FA

Le FA est un art divinatoire qui traduit aux hommes le passé, le présent et le futur  (la géomancie).

Pour être admis à l’initiation du FA qui est conférée  dans le bois sacré FA-ZU, un devin ou Bokono d’Abomey (prêtre) est interrogé sur l’âge requis. Il répond en ces termes : « il faut, pour se rendre dans la forêt sacrée, n’être ni trop jeune ni trop vieux. A quoi bon aller au FA-ZU se faire révéler le secret de la vie si l’on est déjà près de la mort ? Ceux qui y vont sont les hommes jeunes à l’aube de leur vie, ceux qui ont atteint ou dépassé la puberté, et peuvent tenir dans leur main les 18 noix de FA sans les laisser échapper ».

Lorsque le postulant a réuni les objets prescrits : (animaux, volailles, couteau, houe, tissu, boissons,… etc), il se rend chez le Bokono (prêtre) où il les dépose.

Des prières sont dites pour tous ceux qui doivent participer à la cérémonie. On donne ensuite au néophyte de l’eau à boire. Le départ pour le bois sacré a lieu le même soir. Il faut préciser que lorsque la déforestation oblige le Bokono à organiser la cérémonie dans sa propre maison, le couteau demandé au candidat permet de simuler la pénétration dans une forêt dense où l’on doit se frayer un chemin au coupe-coupe.

En cours de route, le candidat n’a pour tout vêtement qu’un pagne usagé, noué autour des reins, reçoit d’un assistant du Bokono un certain nombre de bourrades. A l’un des bouts de son pagne, est nouée une modique somme d’argent censée représenter toute sa fortune. Le candidat insiste ainsi sur sa pauvreté au moment où il n’est pas encore éclairé par  « FA ».

A l’approche de la forêt, on l’interpelle :

-         « Où vas-tu ? »

-         « Je vais connaître ma vie, je veux voir mon signe de FA est sa réponse. »

-         « On entre pas ici dans la forêt de FA. Donne de l’argent avant d’entrer », poursuit celui qui l’a interpellé. Le candidat donne quelques sous et poursuit son chemin.

Un deuxième assistant de Bokono l’arrête quelques minutes plus tard dans les mêmes conditions que le premier.

En fin de trajet, un troisième assistant lui pose les questions suivantes :

-         As-tu fait tout ce que tu devais faire avant de venir ici ?

-         As-tu été au marché pour offrir de bonnes choses à ton Bokono ?

-         As-tu labouré son champ ?

-         As-tu fabriqué ou porté son hamac ?

-         Lui as-tu offert un mouton  à cornes ?

-         Lui as-tu offert une mouche à cornes ?

-         Lui as-tu offert un cheval à cornes ?

-          

Le candidat répond par l’affirmative à toutes les questions dont les dernières évoquent l’effort surnaturel qu’il doit accomplir pour transformer sa vie.

Les interpellations sur le chemin du bois sacré symbolisent les difficultés de l’existence et la nécessité d’acquérir et de dépenser des richesses avant de s’élever socialement.

Le candidat entre dans l’enceinte sacrée, un panier contenant les volailles demandées par le devin, sur la tête. Une fois le panier retiré, on lui bande les yeux.

Des sacrifices sont effectués et on allume un feu dont la fumée, s’élevant vers le ciel, est censé porter les paroles, les pensées, les vœux des humains vers Mawu (Dieu) car la révélation des choses cachées relève de lui seul.

Quelques instants plus tard. Le bandeau lui est enlevé ; il découvre un petit tableau sur lequel figurent les indices des seize signes majeurs de FA. Le Bokono les énumère dans l’ordre, où ils se trouvent :

GBE-MEJI

Puis il continue en ces termes : voir ce tableau c’est voir FA en pleine lumière. Seuls les initiés peuvent le contempler et accéder à la connaissance des mystères qu’il renferme. Il est demandé au candidat d’élever un petit monticule de terre et de s’y installer. Le Bokono dépose dans la concavité de fer de houe les noix de FA (noix de palme) qu’il a apportées et les verse de là entre les mains du candidat. La houe est l’instrument avec lequel on creuse les tombes et qui ouvre aux morts le domaine de l’au-delà ; l’initiateur par son geste, réconcilie le candidat avec la houe, c’est-à-dire avec la mort et l’inconnaissable. Les noix de FA représentant la vie, la mort, par l’intermédiaire de l’initiateur et par la grâce de FA se transforme en vie.

La houe, instrument de travail, est aussi un symbole de richesse.

Au milieu des chants de l’assistance, le candidat sur l’invitation de l’initiateur porte les noix à son front et à son cœur, les élève vers son maître et vers les quatre points cardinaux puis les repose dans le fer de houe. Ces gestes sont répétés trois fois. Lorsque les noix sont versées pour la troisième fois dans les mains du candidat, on lui apprend comment les manipuler pour obtenir, découvrir son signe de FA.

Quand le signe de FA est trouvé, les sacrifices exigés sur place sont immédiatement effectués et l’assistance quitte la forêt ou FA-ZU.

Le lendemain, l’initié, le corps marqué de taches blanches, noires et rouges se rend en brousse avec son maître, un assistant et le tableau où les signes majeurs de FA sont inscrits. Un trou est creusé ; le tableau y est déposé et l’initié s’y installe. L’assistant lui rase la tête, lui coupe les ongles, lui lave le corps à l’éponge et au savon puis lance dans le trou le pagne usagé qu’avait porté l’initié ; le trou est fermé.

Habillé de blanc, l’initié revient à la maison de son maître où il se passe le haut de la tête à la craie blanche et fixe sur son front une parure faite avec du fil de couleurs blanches et noires et des plumes de perroquets.

Trois jours plus tard a lieu la recherche du signe de FA complémentaire (Agbassa) ; il correspond en astrologie au signe ascendant.

Les cérémonies se terminent par l’interprétation des deux signes trouvés.

Cette initiation n’est que la première étape d’un long parcours. L’initié pourra accéder par la suite, à des degrés plus élevés s’il en est jugé digne et s’il dispose des moyens financiers nécessaires.

Le système de divination fa a été ajouté en 2005 par l’UNESCO à la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

(Extrait de la rencontre humaniste et fraternelle africaine et malgache « Refrahm » en février 1999 à Lomé-Togo)

3)   Le culte des Ancêtres

La croyance de base en Afrique noire est l’Animisme qui reconnaît l’existence d’une force vitale dans les êtres naturels, que ce soit l’homme, l’animal, un arbre ou une rivière.

Le poète sénégalais Birago Diop nous parle de

(1)       La présence des défunts

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis;

Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire,

Ils sont dans l’ombre qui s’épaissit…

Les morts ne sont pas morts;  

Ils sont dans l’ombre qui frémit;

Ils sont dans le bois qui gémit;

Ils sont dans l’eau qui coule;

Ils sont dans l’eau qui dort;

Ils sont dans la case; ils sont dans la foule…

Les morts ne sont pas morts… »[1][1]

Selon lui, pour la majorité des africains, la mort ne semble pas constituer « la négation de la vie, mais plutôt une mutation ».[2][2] Les morts ne sont pas vivants, certes, mais ils continuent d’exister sous forme de forces spirituelles et sont en interaction avec les vivants. En Afrique, « nous sommes dans des sociétés qui ne considèrent pas qu’il y a une frontière entre le monde visible et le monde invisible qui, l’un comme l’autre, participent du monde réel ».[3][3] Le monde des défunts, des dieux, des esprits et des génies – l’au-delà – est le corollaire du monde des vivants – l’ici-bas – deux mondes distincts, mais tous deux concrets.

On s’adresse aussi aux ancêtres qui « voient dans l’obscurité » par l’intermédiaire d’un géomancien pour connaître le passé et l’avenir, savoir ce qui peut arriver de la part d’ennemis vivants ou morts, demander la cause d’un fléau actuel, déceler le sorcier qui provoque la mort d’une personne de la famille. S’il apparaît qu’un malade a offensé les ancêtres, le Bokono (prêtre) impose des sacrifices d’expiation. Porte-parole de l’au-delà, Fa (fétiche), aux décisions incontestables, est bien le plus fréquent transmetteur de la volonté des ancêtres et des vodu aux vivants.

Quelques anecdotes au sujet de cette présence des morts :

-         Pour ne pas gêner les morts pendant la nuit, on s’abstient de siffler, de balayer la maison, de piler dans un mortier. Si on doit jeter de l’eau sale ou de l’eau chaude, on les avertit d’abord en disant : « Agoo»  (attention, excusez) pour qu’ils s’écartent.

-         De jour, il n’est pas normal de manger de la nourriture cuite  sans en avoir déposé par terre quelques miettes dont on pense que les morts en consomment la substance, ni de boire, même de l’eau, sans en verser quelques gouttes à leur intention.

-          Le contenu d’un verre qui se renverse par terre signifie que les ancêtres ont soif, et l’ont pris de force.

-        

4)   Le rite funéraire :

Les rites funéraires seraient destinés à assurer le passage et l’intégration d’un mort dans la communauté de l’au-delà.

Du 4ème au 9ème jour après un décès selon les clans une libation qui consiste à verser de l’eau par terre et souvent précède d’une journée les funérailles proprement dites. Elle est faite au nom de la famille rassemblée devant la porte d’entrée du domicile du défunt, pour que son âme, quittant la terre, puisse entreprendre en paix le voyage vers l’au-delà. On pense en effet que le mort doit traverser le fleuve et verser un péage au piroguier (à cet effet de l’argent est déposé dans sa tombe), pour se rendre au séjour des ancêtres.

Le fait d’offrir des libations vise à faciliter la mutation du défunt, et  exprime le souhait d’un séjour heureux. Pour la cérémonie, sont nécessaires les ingrédients suivants : farine de maïs délayée dans de l’eau, vin de palme, bière de maïs, aujourd’hui on requiert les boissons sucrées et alcoolisées (limonade, bière, rhum, schnaps et du whisky par exemple)

Une part destinée aux ancêtres est versée sur le sol au cours de l’invocation suivante et le reste bu par les personnes présentes.

Cette prière est prononcée par le responsable de la famille : « Ancêtres, je vous appelle (3 fois). Je vous demande de venir  vers nous et de prêter l’oreille au message que la communauté m’a chargé de vous  transmettre ». L’officiant cite alors tous les ancêtres illustres de la famille. La litanie étant longue, il est aidé dans l’établissement de la liste par ceux qui sont autour de lui. Il poursuit : « Togbui Y (c’est le plus ancien dans la lignée), venez recevoir ce message pour tous les frères et sœurs qui sont avec vous. Votre fils A, après plusieurs semaines de maladie vient de nous quitter pour vous rejoindre. Sa mort nous a beaucoup peinés, mais comme nous savons qu’il sera avec vous dans notre demeure commune, nous sommes moins inquiets pour lui. Nous vous demandons de l’accueillir fraternellement parmi vous. Les boissons que nous vous offrons ce matin sont destinées à vous rappeler tous vos devoirs envers le défunt et envers nous qui continuons de garder tout ce qui vous était cher dans cette vie. »

Remarque : Un défunt non satisfait de son inhumation ou de l’organisation de ses funérailles pourrait revenir hanter les lieux qu’il connaît et tourmenter sa famille jusqu’à ce que des sacrifices réparent les maladresses commises et assurent son repos dans le pays des morts synonyme de la demeure des ancêtres.

5)   Sorcellerie

On ne peut pas parler de Vodou sans parler de sorcellerie. Mais ne confondons pas sorcier et magicien.

Le magicien est souvent un guérisseur, il emploie en même temps les plantes curatives et les formules magiques ; sa thérapie est efficace car la pharmacopée africaine est riche en produits actifs. Lorsque les drogues ne font pas d’effet, les procédés magiques prennent le relais, et souvent avec succès, car le malade guérit quand il croit qu’il va guérir : le pouvoir du guérisseur réside dans la confiance du patient en son pouvoir. (On pense que ce pouvoir surnaturel du guérisseur lui vient des ancêtres, et que le même homme est à la fois médecin et magicien).

La Sorcellerie n’est pas une technique comme la magie, c’est un état : le Sorcier est un monstre psychique, conscient ou non de son pouvoir surnaturel et maléfique ; sa nature secrète agit en son insu, parfois contre sa volonté. Le sorcier inconscient de son état comme le docteur Jekyll, ne l’apprend que par les accusations publiques ; n’importe qui peut être accusé de sorcellerie et celui qui est l’objet d’une telle dénonciation, ne met pas en doute l’existence de la sorcellerie en laquelle il croit, il est seulement atterré en apprenant son malheur. Puisque le sorcier fait le mal à l’insu de son moi conscient, il ne lui vient pas à l’idée de se tenir pour innocent ou de nier.

Il existe plusieurs sortes de sorciers ; le plus fréquent est le « mangeur d’âme » ; ce sorcier est affligé d’un double doué de pouvoirs surnaturels. Ce double peut quitter le corps pendant la nuit, parfois le jour, et commettre des crimes dans le monde invisible, s’emparer du double des autres hommes, les « tuer », les manger, leur voler leur force vitale, etc. il peut aussi « manger » la substance interne des semences ou des récoltes sans que leur aspect extérieur ne soit modifié. Il agit presque toujours au sein de sa famille et fait périr ses proches. Cette idée horrible n’est-elle pas justifiée par la haine de famille d’autant plus violente que l’individu qui en est la victime, ou l’agent, est plus traumatisé par ce renversement des valeurs sociales ?

Conclusion

Les récits de la cosmogonie africaine, ont eu de nombreuses influences notamment au niveau de l’esclavage et de la colonisation. Le christianisme a été importé et imposé par les maîtres et les colonisateurs aux africains.

La place de la cosmogonie dans la conscience africaine et le rôle (social, culturel, d’éthique,…) qu’elle joue dans la vie de tous les jours sont importants.

Les religions coutumières font partie du patrimoine culturel national et organisent en conséquence des festivals régionaux dont le plus célèbre est  celui qui depuis février 1993 fait de Ouidah (Bénin) la capitale du Vaudou.

Chaque année une rencontre mondiale (Brésiliens, Haïtiens, Antillais,….) est organisée pour les vaudouistes du monde afin qu’ils puissent se ressourcer dans leur bastion.

Nous pouvons voir à travers la cosmogonie africaine, l’expérience du sacré, tel que l’affirme Emile DURKHEIM en disant que tout est religieux, c’est-à-dire que toute société repose sur des croyances et des représentations collectives.

La notion judéo-chrétienne de péché n’existe pas, mieux vaudrait parler de transgression d’interdits. La maladie, la sécheresse, la faim sont toujours ressenties dans l’esprit des animistes comme les conséquences d’une faute grave commises à l’égard des ancêtres.

Le champ du vodou reste encore aujourd’hui très vaste, ésotérique et complexe. Et le mystère est bien entretenu au sein des couvents et forêts sacrées où l’héritage est légué au fil des générations à travers une tradition orale.

A la rédaction de ce morceau d’architecture, j’ai été frappé par de nombreux chiffres, références….présents dans beaucoup de sociétés initiatiques dont la nôtre :

ü L’isolement du postulant et les épreuves qu’il doit subir

ü Les purifications par les éléments, et en premier lieu par la terre en période d’isolement, ce qui nous fait penser à notre cabinet de réflexion

ü Les yeux bandés lors des épreuves et le bandeau qui est retiré afin de permettre la présentation de symboles au novice

ü Les cérémonies de réception intégrant le récipiendaire au sein du groupe

ü Les voyages

ü Le pagne au lieu du tablier et le cordon blanc de coton autour du cou qui symbolisent le lien avec les autres membres du groupe

ü L’interdiction de révéler aux profanes ce que le récipiendaire a vécu

ü Les chiffres 3 et 7 omniprésents

ü Les cycles de vie – mort – renaissance spirituelles

ü Les 3 adeptes qui trahissent leur maitre et conspirent contre lui

ü Le monticule de terre faisant penser à notre tertre

ü ….

Et pour nos FF ayant reçu des degrés supérieurs sur lesquels je ne m’étendrai pas : un nouveau nom qui est donné, l’importance de la houe,  du front et du cœur, …….

Enfin, personnellement, n’étant pas pratiquant,  je respecte le culte du vaudou car il fait partie de ma culture.

Il faut dire que d’après la tradition, rendre visite à un membre de sa famille (tante, oncle, grand oncle etc…) dans un village amène à participer à une cérémonie d’accueil, de respecter les consignes, les tabous par exemple se déchausser avant de rentrer dans la maison, boire de l’eau offerte dans une calebasse, et verser quelques gouttes par terre, et à écouter, ce qu’on appelle la bénédiction des ancêtres.

Bref ces cultes animistes font partie de toute l’enfance d’un petit enfant d’Afrique de l’Ouest, et intégré dans l’inconscient collectif…. À tel point que vous ne devrez pas être étonnés, si un jour en salle humide un verre est renversé, m’entendre dire : «  Les ancêtres ont soif » !

J’ai dit

Bibliographie

-          1er mythe est un extrait  de Garnier et Fralon dans « le fétichisme en Afrique noire et très influencé par la tradition Fon, a cours chez les Gen » et a été puisé, semble-t-il, dans un texte rédigé en 1934 par Fio Agbano II, Roi de Glidji.

-          2ème mythe est chanté lors des initiations à Afa, et explique les relations respectives entre Mawu, Hevieso, Sakpata et Afa. Informateur (Agbé Kékéli Dovi)

-          « Animismes » (Les Religions Païennes de l’Afrique de l’Ouest) – J.C. FROELICH – « Ed. De L’Orante, Paris VIIe »

-          Rites et Secrets du Vaudou – Amar HAMDANI – « Ed. Magellan  1994» collection Frontières de l’étrange

-         Anthropologie Religieuse de EWE du Togo – Claude Rivière – professeur à la Sorbonne « Les nouvelles éditions africaine » 1968

-         Extrait de la rencontre maçonnique africaine (REFRAHM) au Togo – Février 2005


[1][1] Birago DIOP, « Sarzan » dans Les Contes d’Amadou Koumba, Paris: Présence africaine, 1961, 191 p., p. 180.

[2][2] Louis-Vincent THOMAS, Cinq essais sur la mort africaine, Dakar: Université de Dakar, 1968, 501 p., pp. 216-217.

[3][3] Etienne LE ROY, Le jeu des lois, Paris: LGDJ, coll. Droit et société, 1999, 415 p., p. 241.

Source : http://sog1.free.fr/index.htm Bibliothèque du Suprême Conseil REAA du GODF

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DANSE ET INITIATION 24 octobre, 2009

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DANSE ET INITIATION

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LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

LES PREMIERS GESTES ET PAS LA GIRATION 

LE CHAMANISME 

DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES 

L’INDE  

LES HÉBREUX   

LA GRECE

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

LE MOYEN-AGE  

LE BAROQUE

LE SYSTEME CLASSIQUE

  RETOUR à COSMOS

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessible à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmique, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les carctères et les passions .Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante.Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

 DEBUT

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAINLa danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pasconcevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamenais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du coeur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leurlancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamètralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethonologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

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LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pélerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.

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LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASEAprès avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase.Saint-Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

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LE CHAMANISME Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

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L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’oeil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix.Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

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LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense.La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Kmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomine de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

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L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le coeur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

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LES HÉBREUX Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

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LA GRECE Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarquée chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dyonisiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

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LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du choeur, etc …

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le Mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

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LE MOYEN-AGE Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

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LE BAROQUE Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferment une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

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LE SYSTEME CLASSIQUE Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parlent un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, lanNature a fourni à la danse et à l’homme lespPositions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillé de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennemen

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,

- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,

- Expression spontanée des émotions et des langages humains,

- La danse est éternelle !

 

Gilbert MAYER

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  RETOUR à COSMOS

http://cgagne.org/index.htm

un beau site à visiter, à étudier, à méditer

 

 

Du Jeu des Tarots. 10 octobre, 2009

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Court de Gébelin, Antoine: Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne
vol. 8, tom. 1, Paris 1781
Considéré dans divers objets concernant l’histoire, le blason, les monnoies, les jeux, les voyages des phéniciens autour du monde, les langues américaines, etc. ou dissertations mêlées
p. 365-410
 
 

Du Jeu des Tarots.

 

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Où l’on traite de son origine, où on explique ses Allegories, & où l’on fait voir qu’il est la source de nos Cartes modernes à jouer, etc. etc.

1.
Surprise que causeroit la découverte d’un Livre Egyptien.

Si l’on entendoit annoncer qu’il existe encore de nos jours un Ouvrage des anciens Egyptiens, un de leurs Livres échappé aux flammes qui dévotèrent leurs superbes Bibliothèques, & qui contient leur doctrine la plus pure sur des objets intéressans, chacun seroit, sans doute, empressé de connoître un Livre aussi précieux, aussi extraordinaire. Si on ajoûtoit que ce Livre est très-répandu dans une grande partie de l’Europe, que depuis nombre de siècles il y est entre les mains de tout le monde, la surprise iroit certainement en croissant: ne seroit-elle pas à son comble, si l’on assuroit qu’on n’a jamais soupçonné qu’il fût Egyptien; qu’on le possède comme ne le possedant point, que personne n’a jamais cherché à en déchiffrer une feuille: que le fruit d’une sagesse exquise est regardé comme un amas de figures extravagantes qui ne signifient rien par elles-mêmes? Ne croiroit-on pas qu’on veut s’amuser, se jouer de la crédulité de ses Auditeurs?

2.
Ce Livre Egyptien existe.

Le fait est cependant très-vrai: ce Livre Egyptien, seul reste de leurs superbes Bibliothèques, existe de nos jours: il est même si commun, qu’aucun Savant n’a daigné s’en occuper; personne avant nous n’ayant jamais soupçonné son illustre origine. Ce Livre est composé de LXXVII feuillets ou tableaux, même de LXXVIII, divisés en V classes, qui offrent chacune des objetes aussi variés qu’amusans & instructifs: ce Livre est en un mot le JEU DES TAROTS, jeu inconnu, il est vrai, à Paris, mais très-connu en Italie, en Allemagne, même en Provence, & aussi bisarre par les figures qu’offre chacune de ses cartes, que par leur multitude.

Quelqu’étendues que soient les Contrées où il est en usage, on n’en étoit pas plus avancé sur la valeur des figures bisarres qu’il paroît offrir: & telle est son antique origine qu’elle se perdoit dans l’obscurité des tems, qu’on ne savoit ni où quand il avoit été inventé, ni le motif qui y avoit rassemblé tant de figures extraoridnaires, si peu faites ce semble pour marcher de pair, telles qu’il n’offre dans tout son ensemble qu’une énigme que personne n’avoit jamais cherché à résoudre.

Ce Jeu a même paru si peu digne d’attention, qu’il n’est jamais entré en ligne de compte dans les vues de ceux de nos Saans qui se sont occupés de l’origine des Cartes: ils n’ont jamais parlé que des Cartes Françoises, ou en usage à Paris, dont l’origine est peu ancienne; & après en avoir prouvé l’invention moderne, ils ont cru avoir épuisé la matiere. C’est qu’en effet on confond sans cesse l’établissement d’une connoissance quelconque dans un Pays avec son invention primitive: c’est ce que nous avons déjà fait voir à l’égard de la boussole: les Grecs & les Romains eux-mêmes n’ont que trop confondu ces objets, ce qui nous a privé d’une multitude d’origines intéressantes.

Mais la forme, la disposition, l’arrangement de ce Jeu & les figures qu’il offre sont si manifestement allégoriques, & ces allégories sont si conformes à la doctrine civile, philosophique & religieuse des anciens Egyptiens, qu’on ne peut s’empêcher de le reconnoître pour l’ouvrage de ce Peuple de Sages: qu’eux seuls purent en être les Inventeurs, rivaux à cet égard des Indiens qui inventoient le Jeu des Echecs.

Division.

Nous ferons voir les allégories qu’offrent les diverses Cartes de ce Jeu.
Les formules numériques d’après lesquelles il a été composé.
Comment il s’est transmis jusques à nous.
Ses rapports avec un Monument Chinois.
Comment en naquirent les Cartes Espagnoles.
Et les rapports de ces dernieres avec les Cartes Françoises.


Cet Essai sera suivi d’une Dissertation où l’on établit comment ce Jeu étoit appliqué à l’art de la Divination; c’est l’ouvrage d’un Officier Général, Gouverneur de Province, qui nous honore de sa bienveillance, & qui a retrouvé dans ce Jeu avec une sagacité très-ingénieuse les principes Egyptiens sur l’art de deviner par les Cartes, principes qui distinguèrent les premieres Bandes des Egyptiens mal nommés Bohêmiens qui se répandirent dans l’Europe; & dont il subsiste encore quelques vestiges dans nos Jeux de Cartes, mais qui y prêtent infiniment moins par leur monotonie & par le petit nombre de leurs figures.

Le Jeu Egyptien, au contraire, étoit admirable pour cet effet, tenfermant en quelque façon l’Univers entier, & les Etats divers dont la vie de l’Homme est susceptible. Tel étoit ce Peuple unique & profonf, qu’il imprimoit au moindre de ses ouvrages le sceau de l’immortalité, & que les autres semblent en quelque sorte se traîner à peine sur ses traces.

ARTICLE I.
Allégories qu’offrent les Cartes du Jeu de Tarots.

Si ce Jeu qui a toujours été muet pour tous ceux qui le connoissent, s’est développé à nos yeux, ce n’a point été l’effet de quelques profondes méditations, ni de l’envie de débrouiller son cahos: nous n’y pensions pas l’instant avant. Invité il y a quelques années à aller voir une Dame de nos Amies, Madame la C. d’H., qui arrivoit d’Allemagne ou de Suisse, nous la trouvâmes occupée à jouer à ce Jeu avec quelques autres Personnes. Nous jouons à un Jeu que vous ne connoissez sûrement pas… Cela se peut; quel est-il?.. Le Jeu des Tarots… J’ai eu occasion de le voir étant fort jeune, mais je n’en ai aucune idée… C’est une rapsodie des figures les plus bisarres, les plus  extravagantes: en voilà une, par exemple; on eut soin de choisir la plus chargée de figures, & n’ayant aucun rapport à son nom, c’est le Monde: j’y jette les yeux, & aussi-tôt j’en reconnois l’Allégorie: chacun de quitter son Jeu & de venir voir cette Carte merveilleuse où j’appercevois ce qu’ils n’avoient jamais vû: chacun de m’en  montrer une autre: en un quart-d’heure le Jeu fut parcoutu, expliqué, déclaré Egyptien: & comme ce n’étoit point le jeu de notre imagination, mais l’effet des rapports choisis & sensibles de ce jeu avec tout ce qu’on connoît d’idées Egyptiennes, nous nous promîmes bien d’en faire part quelque jour au Public; persuadés qu’il autoit pour agréable une découverte & un présent de cette nature, un Livre Egyptien échappé à la barbarie, aux ravages du Tems, aux incendies accidentelles & aux volontaires, à l’ignorance plus désastreuse encore.

Effet nécessaire de la forme frivole & légere de ce Livre, qui l’a mis à même de triompher de tous les âges & de passer jusques à nous avec une fidélité rare: l’ignorance même dans laquelle on a été jusques ici de ce qu’il representoit, a été un heureux sauf-conduit qui lui a laissé traverser tranquillement tous les Siècles sans qu’on ait pensé à le faire disparoître.

Il étoit tems de retrouver les Allégories qu’il étoit destiné à conserver, & de faire voir que chez le Peuple le plus sage, tout jusqu’aux Jeux, étoit fondé sur l’Allégorie, & que ces Sages savoient changer en amusement les connoisances les plus utiles & n’en faire qu’un Jeu.

Nous l’avons dit, le Jeu des Tarots est composé de LXXVII Cartes, même d’une LXXVIIIe, divisées en Atous & en IV couleurs. Afin que nos Lecteurs puissent nous suivre, nous avons fait graver les Atous; & l’As de chaque couleur, ce que nous appellons avec les Espagnols, Spadille, Baste, & Ponte.

ATOUS.

Les Atous au nombré de XXII, représentent en général les Chefs temporels & spirituels de la Société, les Chefs Physiques de l’Agriculture, les Vertus Cardinales, le Mariage, la Mort & la résurrection ou la création; les divers jeux de la fortune, le Sage & le Fou, le Tems qui consume tout, &c. On comprend ainsi d’avance que toutes ces Cartes sont autant de Tableaux allégoriques relatifs à l’ensemble de la vie, & susceptibles d’une infinité de combinaisons. Nous allons les examiner un à un, & tâcher de déchiffrer l’allégorie ou l’énigme particuliere que chacun d’eux renferme.

No. 0, Zero.
Le Fou.

On ne peut méconnoître le Fou dans cette Carte, à sa marotte, & à son hoqueton garni de coquillages & de sonnettes: il marche très-vîte comme un fou qu’il est, portant derriere lui son petit paquet, & s’imaginant échapper par-là à un Tigre qui lui mord la croupe: quant au fac, il est l’emblême de ses fautes qu’il ne voudroit pas voir; & ce Tigre, celui de ses remords qui le suivent galopant, & qui sautent en croupe derriere lui.

Certe belle idée qu’Horace a si bien encadrée dans de l’or, n’étoit donc pas de lui, elle n’avoit pas échappé aux Egyptiens: c’étoit une idée vulgaire, un lieu commun; mais prise dans la Nature toujours vraie, & présentée avec toutes les graces dont elle est susceptible, cet agréable & sage Poëte sembloit l’avoir tirée de son profond jugement.

Quant à cet Atout, nous l’appellons Zero, quoiqu’on le place dans le jeu après le XXI, parce qu’il ne compte point quand il est seul, & qu’il n’a de valeur que celle qu’il donne aux autres, précisément comme notre zero: montrant ainsi que rien n’existe sans sa folie.

No. I.
Le Jouer de Gobelets, ou Bateleur.

Nous commençons par le no. I. pour suivre jusques au 21, parce que l’usage actuel est de commencer par le moindre nombre pour s’élever de-là aux plus hauts: il paroît cependant que les Egyptiens commençoient à compter par le plus haut pour descendre de-là jusqu’au plus bas. C’est ainsi qu’ils solsifioient l’Octave en descendant, & non en montant comme nous. Dans la Dissertation qui est à la suite de celle-ci, on suit l’usage des Egyptiens, & on en tire le plus grand parti. On aura donc ici les deux manieres: la nôtre la plus commode quand on ne veut considérer ces Cartes qu’en elles-mêmes: & celle-là, utile pour en mieux concevoir l’ensemble & les rapports.

Le premier de tous les Atous en remontant, ou le dernier en descendant, est un Joueur de Gobelet; on le reconnoît à sa table couverte de dés, de gobelets, de couteaux, de bales, &c. A son bâton de Jacob ou verge des Mages, à la bale qu’il tient entre deux doigts & qu’il va escamoter.

On l’appelle Bâteleur dans la dénomination des Cartiers: c’est le nom vulgaire des personnes de cet état: est-il nécessaire de dire qu’il vient de baste, bâton ?

A la tête de tous les Etats, il indique que la vie entiere n’est qu’un songe, qu’un escamotage: qu’elle est comme un jeu perpétuel du hasard ou du choc de mille circonstances qui ne dépenditent jamais de nous, & sur lequel influe nécessairement pour beaucoup toute administration générale.

Mais entre le Fou & le Bateleur, l’Homme n’est-il pas bien:

No. II, III, IV, V.
Chefs de la Société.

Les Numéros II & III représentent deux femmes: les Numéros IV & V, leurs maris: ce sont les Chefs temporels & spirituels de la Société.

Roi & Reine.Le No. IV. représente le Roi, & le III. la Reine. Ils ont tous les deux pour attributs l’Aigle dans un Ecusson, & le sceptre surmonté d’un globe thautifié ou couronné d’une croix, appellée Thau, le signe par excellence.

Le Roi est vu de profil, la Reine de face: ils sont tous les deux assis sur un Trône, La Reine est en robe traînante, le dossier de son  Trône est élevé: le Roi est comme dans une gondole ou chaise en coquille, les jambes croisées. Sa Couronne est en demì cercle surmontée d’une perle à croix. Celle de la Reine se termine en pointe. Le Roi porte un Ordre de Chevalerie.

Grand-Prêtre & Grande-Prêtresse.

Le No. V. représente le Chef des Hiérophantes ou le Grand-Prêtre: le No. II. la Grande-Prêtresse ou sa femme: on sait que chez les Egyptiens, les Chefs du Sacerdoce étoient mariés. Si ces Cartes étoient de l’invention des Modernes, on n’y verroit point de Grande-Prêtresse, bien moins encore sous le nom de Papesse, comme les Cartiers Allemands ont nommé celle-ci ridiculement.

La Grande-Prêtresse est assise dans un fauteuil: elle est en habit long avec une espèce de voile derriere la tête qui vient croiser sur l’estomac: elle a une double couronne avec deux cornes comme en avoit Isis: elle tient un Livre ouvert sur ses genoux; deux écharpes garnies de croix se croisent sur sa poltrine & y forment un X.

Le Grand-Prêtre est en habit long avec un grand manteau qui rient à une agraffe: il porte la triple Thiare: d’une main, il s’appuie sur un Sceptre à triple croix: & de l’autre, il donne de deux doigts étendus la bénédiction à deux personnages qu’on voit à ses genoux.

Les Cartiers Italiens ou Allemands qui ont ramené ce jeu à leurs connoissances, ont fait de ces deux personnages auxquels les Anciens donnoient le nom de Pere & de Mere, comme on diroit Abbé & Abbesse, mots Orientaux signifiant la même chose, ils en ont fait, dis-je, un Pape & une Papesse.

Quant au Sceptre à triple croix, c’est un monument absolument Egyptien: on le voit sur la Table d’Isis, sous la Lettre TT; Monument précieux que nous avons déjà fait graver dans toute son étendue pour le donner quelque jour au Public. Elle a rapport au triple Phallus qu’on promenoit dans la fameuse Fête des Pamylies où l’on se réjouissoit d’avoir retrouvé Osiris, & où il étoit le symbole de la régénération des Plantes & de la Nature entiere.

No. VII.
Osiris Triomphant.

Osiris s’avance ensuite; il paroît sous la forme d’un Roi triomphant, le Sceptre en main, la Couronne sur la tête: il est dans son char de Guerrier, tiré par deux chevaux blancs. Personne n’ignore qu’Osiris étoit la grande Divinité des Egyptiens, la même que celle de tous les Peuples Sabéens, ou le Soleil symbole physique de la Divinité suprême invisible, mais qui se manifeste dans ce chef-d’oeuvre de la Nature. Il avoit été perdu pendant l’hyver: il reparoît au Printems avec un nouvel éclat, ayant triomphé de tout ce qui lui faisoit la guerre.

No. VI.
Le Mariage.

Un jeune homme & une jeune femme se donnent leur foi mutuelle: un Prêtre les bénit, l’Amour les perce de ses traits. Les Cartiers appellent ce Tableau, l’Amoureux. Ils ont bien l’air d’avoir ajouté eux-mêmes cet Amour avec son arc & ses flèches, pour rendre ce Tableau plus parlant à leurs yeux.

On voit dans les Antiquités de Boissard [T. III. Pl. XXXVI.], un Monument de la même nature, por peindre l’union conjugale; mais il n’est composé que de trois figures.

L’Amant & l’Amante qui se donnent leur foi: l’Amour entre deux sert de Tèmoin & de Prêtre.

Ce Tableau est intitulé Fidei Simulacrum, Tablèau de la Foi conjugale: les personnages en sont désignés par ces beaux noms, Vérité, Honneur & Amour. Il est inutile de dire que la vérité désigne ici la femme plutôt que l’homme, non-seulement parce que ce mot est du genre féminin, mais parce que la Fidelité constante est plus essentielle dans la femme. Ce Monument précieux fut élevé par un nommé T. Fundanius Eromenus ou l’aimable, à sa très-chere Epouse Poppée Demetrie, & à leur fille chérie Manilia Eromenis.

Planche V.
No. VIII. XI. XII. XIII.
Les quatre Vertus Cardinales.

Les Figures que nous avons réunies dans cette Planche, sont relatives aux quatre Vertus Cardinales.

No. XI. Celle-ci représente la Force. C’est une femme qui s’est rendue maitresse d’un lion, & qui lui ouvre la gueule avec la même facilité qu’elle ouvriroit celle de son petit épagneul; elle a sur la tête un chapeau de Bergere.

No. XIII. La Tempérance [recte: XIV]. C’est une femme aîlée qui fait passer de l’eau d’une vase dans un autre, pour tempérer la liqueur qu’il renferme.

No. VIII. La Justice. C’est une Reine, c’est Astrée assise sur son Trône, tenant d’une main un poignard; de l’autre, une balance.

No. XII. La Prudence est du nombre des quatre Vertus Cardinales: les Egyptiens purent-ils l’oublier dans cette peinture de la Vie Humaine ? Cependant, on ne la trouve pas dans ce Jeu. On voit à sa place sous le No. XII. entre la Force & la Tempérance, un homme pendu par les pieds: mais que fait-là ce pendu ? c’est l’ouvrage d’un malheureux Cartier présomptueux qui ne comprenant pas la beauté de l’allégorie renfermée sous ce tableau, a pris sur lui de la corriger, & par-là même de le défigurer entierement.

La Prudence ne pouvoit être représentée d’une maniere sensible aux yeux que par un homme debout, qui ayant un pied posé, avance l’autre, & le tient suspendu examinant le lieu où il pourra le placer surement. Le titre de cette carte étoit donc l’homme au pied suspendu, pede suspenso: le Cartier ne sachant ce que cela vouloit dire, en a fait un homme pendu par les pieds.

Puis on a demandé, pourquoi un pendu dans ce Jeu ? & on n’a pas manqué de dire, c’est la juste punition de l’Inventeur du Jeu, pour y avoir représenté une Papesse.

Mais placé entre la Force, la Tempérance & la Justice, qui ne voit que c’est la Prudence qu’on voulut & qu’on dut représenter primitivement ?

Planche VI.
No. VIIII. ou IX.
Le Sage ou le Chercheur de la Vérité & du Juste.

Le No. IX. représente un Philosophe vénérable en manteau long, un capuchon sur les épaules: il marche courbé sur son bâton, & tenant une lanterne de la main gauche. C’est le Sage qui cherche la Justice & la Vertu.

On a donc imaginé d’après cette peinture Egyptienne, l’Histoire de Diògene qui la lanterne en main cherche un homme en plein midi. Les bons mots, sut-tout les Epigrammatiques, sont de tout siècle: & Diogène étoit homme à mettre ce tableau en action.

Les Cartiers ont fait de ce Sage un Hermite. C’est assez bien vu: les Philosophes vivent volontiers en retraite, ou ne sont guères propres à la frivolité du siècle. Heraclide passoit pour fou aux yeux de ses chers Concitoyens: dans l’Orient, d’ailleurs, se livrer aux Sciences spéculatives ou s’Hermetiser, est presque une seule & même chose. Les Hermites Egyptiens n’eutent rien à reprocher à cet égard à ceux des Indes, & aux Talapoins de Siam: ils étoient ou sont tous autant de Druides.

No. XIX.
Le Soleil.

Nous avons réuni sous cette planche tous les tableaux relatifs à la lumiere: ainsi après la lanterne sourde de l’Hermite, nous allons passer en revue le Soleil, la Lune & le brillant Sirius ou la Canicule étincelante, tous figurans dans ce jeu, avec divers emblêmes.

Le Soleil est représenté ici comme le Pere physique des Humains & de la Nature entiere: il éclaire les hommes en Société, il préside à leurs Villes: de ses tayons distillent des larmes d’or & de perles: ainsi on désignoit les heureuses influences de cet astre.

Ce Jeu de Tarots est ici parfaitement conforme à la doctrine des Egyptiens, comme nous l’allons voit plus en détail à l’article suivant.

No. XVIII.
La Lune.

Ainsi la Lune qui marche à la suite du Soleil est aussi accompagnée de larmes d’or & de perles, pour marquet également qu’elle contribue pour sa part aux avantages de la terre.

Pausanias nous apprend dans la Description de la Phocide, que selon les Egyptiens, c’étoient les Larmes d’Isis qui enfloient chaque année les eaux du Nil & qui rendoient ainsi fertiles les campagnes d’Egypte. Les relations de ce Pays parlent aussi d’une Goutte ou larme, qui tombe de la Lune au moment où les eaux du Nil doivent grossir.

Au bas de ce tableau, on voit une Ecrevisse ou Cancer, soit pour marquer la marche rétrograde de la Lune, soit pour indiquer que c’est au moment où le Soleil & la Lune sortent du signe de Cancer qu’arrive l’inondation causée par leurs larmes au lever de la Canicule qu’on voit dans le tableau suivant.

On poutroit même réunit les deux motifs: n’est-il pas très-ordinaire de se déterminer par une foule de conséquences qui forment une masse qu’on seroit souvent bien embarrassé à démêler ?

Le milieu du tableau est occupé par deux Tours, une à chaque extrémité por désigner les deux fameuses colonnes d’Hercule, en-deça & au-delà desquelles ne passerent jamais ces deux grands luminaires.

Entre les deux colonnes sont deux Chiens qui semblent aboyer contre la Lune & la garder: idées parfaitement Egyptiennes. Ce Peuple unique pour les allégories, comparoit les Tropiques à deux Palais gardés chacun par un chien, qui, semblables à des Portiers fideles, retenoient ces Astres dans le milieu des Cieux sans permettre qu’ils se glissassent vers l’un ou l’autre Pôle.

Ce ne sont point visions de Commentateurs en us. Clement, lui-même Egyptien, puisqu’il étoit d’Alexandrie, & qui par conséquent devoit en savoir quelque chose, nous assure dans ses Tapisseries [Ou Stromates, Liv. V.] que les Egyptiens représentoient les Tropiques sous la figure de deux Chiens, qui, semblables à des Portiers ou à des Gardiens fideles, empêchoient le Soleil & la Lune de pénétter plus loin, & d’aller  jusqu’aux Pôles.

No. XVII.
La Canicule.

Ici nous avons sous les yeux un Tableau non moins allégorique, & absolument Egyptien; il est intitulé l’Etoile. On y voir, en effet, une Etoile brillante, autout de laquelle sont sept autres plus petites. Le bas du Tableau est occupé par une femme panchée sur un genou qui tient deux vases renverses, dont coulent deux Fleuves. A côté de cette femme est un papillon sur une fleur.

C’est l’Egyptianisme tout pur.

Cette Etoile, par excellence, est la Canicule ou sirius: Etoile qui se leve lorsque le Soleil sort du signe du Cancer, par lequel se termine le Tableau précédent, & que cette Etoile suit ici immédiatement.

Les sept Etoiles qui l’environment, & qui semblent lui faire leur cour, sont les Planettes: elle est en quelque sorte leur Reine, puisqu’elle fixe dans cet instant le commencement de l’année; elles semblent venir recevoir ses ordres pouir régler leur cours sur elle.

La Dame qui est au-dessous, & fort attentive dans ce moment à répandre l’eau de ses vases, est la Souveraine des Cieux, Isis, à la bienfaisance de laquelle on attribuoit les inondations du Nil, qui commencent au lever de la Canicule; ainsi ce lever étoit l’annonce de l’inondátion. C’est pour cette raison que la Canicule étoit consacrée à Isis, qu’elle étoit son symbole par excellence.

Et comme l’année s’ouvroit ègalement par le lever de cet Affre, on l’appelloit Soth-Is, ouverture de l’année; & c’est sous ce nom qu’il étoit consacré à Isis.

Enfin, la Fleur & le Papillon qu’elle supporte, étoient l’emblême de la régénération & de la résurrection: ils indiquoient en même tems qu’à la faveur des bienfaits d’Isis, au lever de la Canicule, les Campagnes de l’Egypte, qui étoient absolument nues, se couvriroient de noeuvelles moissons.

Planche VIII.
No. XIII.
La Mort.

Le no. XIII. représente la Mort: elle fauche les Humains, les Rois & les Reines, les Grands & les Petits; rien ne résiste à sa faulx meurtriere.

Il n’est pas étonnant qu’elle soit placée sous ce numéro; le nombre treize fut toujours regarde comme malheureux. Il faut que très-anciennement il soit arrivé quelque grand malheur dans un pareil jour, & que le souvenir en ait influé sur toutes les anciennes Nations. Seroit-ce par une suite de ce souvenir que les treize Tribus de Hébreux n’ont jamais été comptées que pour douze ?

Ajoutons qu’il n’est pas étonnant non plus que les Egyptiens ayent inseré la Mort dans un jeu qui ne devroit réveiller que des idées agréables: ce Jeu étoit un jeu de guerre, la Morte devoit donc y entrer: c’est ainsi que le jeu des échecs finit par échec mat, pour mieux dire par Sha mat, la mort du Roi. D’ailleurs, nous avons eu occasion de rappeller dans le Calendrier, que dans les festins, ce Peuple sage & réfléchi faisoit paroître un squelette sous le nom de Màneros, sans doute afin d’engager les convives à ne pas se tuer par gourmandise. Chacun a sa maniere de voir, & il ne faut jamais disputer des goûts.

No. XV.
Typhon.

Le no. XV. représente un célebre personnage Egyptien, Typhon, frere d’Osiris & d’Isis, le mauvais Principe, le grand Démon d’Enfer: il a des ailes de chauve-souris, des pieds & des mains d’harpie; à la tête, de vilaines cornes de cerf: on l’a fait aussi laid, aussi diable qu’on a pu. A ses pieds sont deux petits Diablotins à longues oreilles, à grande queue, les mains liées derriere le dos: ils sont eux-mêmes attachés par une corde qui leur passe au cou, & qui est arrêtée au piédestal de Typhon: c’est qu’il ne làche pas ceux qui sont à lui; il aime bien ceux qui sont siens.

No. XVI.
Maison-Dieu, ou Château de Plutus.

Pour le coup, nous avons ici une leçon contre l’avarice. Ce tableau représente une Tour, qu’on appelle Maison-Dieu, c’est-à-dire, la Maison par excellence; c’est une Tour remplie d’or, c’est le Château de Plutus: il tombe en ruines, & ses Adorateuers tombent écrasés sous ses débris.

A cet ensemble, peut-on méconnoître l’Histoire de ce Prince Egyptien dont parle Hérodote, & qu’il appelle Rhampsinit, qui, ayant fait constraire une grande Tour de pierte pour renfermer ses trésors, & dont lui seul avoit la clef, s’appercevoit cependant qu’ils diminuoient à vue d’oeil, sans qu’on passât en aucune maniere pat la seule porte qui existât à cet édifice. Pour découvrir des voleurs aussi adroits, ce Prince s’avisa de tendre des piéges autour des vases qui contenoient ses richesses. Les voleurs étoient les deux fils de l’Architecte dont s’étoit servi Rhampsinit: il avoit ménagé une pierre de telle maniere, qu’elle pouvoit s’ôter & se remettre à volonté sans qu’oi s’en apperçût. Il enseigna son secret à ses enfans qui s’en servirent merveilleusement comme on voit. Ils voloient le Prince, & puis ils se jettoient de la Tour en bas: c’est ainsi qu’ils sont représentés ici. C’est à la vérité le plus beau de l’Histoire; on trouvera dans Hérodote le reste de ce conte ingénieux: comment un des deux freres fut pris dans les filets: comment il engagea son frere à lui couper la tête: comment leur mere voulut absolument que celui-ci rapportât le corps de son frere: comment il alla avec des outres charges sur un âne pour enivrer les Gardes du cadavre & du Palais: comment, après qu’ils eurent vuldé ses outres malgré ses larmes artificieuses,  & qu’ils se furent endormis, il leur coupa à tous la barbe du coté droit, & leur enleva le corps de son frere: comment le Roi fort étonné, engagea sa fille à se faire raconter par chacun de ses amans le plus joli tour qu’ils eussent fait: comment ce jeune éveillé alla auprès de la belle, lui raconta tout ce qu’il avoit fait: comment la belle ayant voulu l’arrêter, elle ne se trouva avoir saisi qu’un bras postiche: comment, pour achever cette grande aventure, & la mener à une heureuse fin, ce Roi promit cette même sienne fille au jeune homme ingénieux qui l’avoit si bien joué, comme à la personne la plus digne d’elle; ce qui s’exécuta à la grande satisfaction de tous.

Je ne sais si Hérodote prit ce conte pour une histoire réelle; mais un Peuple capable d’inventer de pareilles Romances ou Fables Milésiennes, pouvoit fort bien inventer un jeu quelconque.

Cet Ectivain rapporte un autre fait qui prouve ce que nous avons dit dans l’Histoire du Calendrier, que les statues des Géans qu’on promene dans diverses Fêtes, désignerent presque toujours les saisons. Il dit que Rhampsinit, le même Prince dont nous venons de parler, fit élever au Nord & au Midi du Temple de Vulcain deux satues de vingt-cinq coudées de haut, qu’on appelloit l’Eté & l’Hiver: on adoroit, ajoute-t-il, celle-là, & on sacrifioit, au contraire, à celle-ci: c’est donc comme les Sauvages qui reconnoissent le bon Principe & l’aiment, mais qui ne sacrifient qu’au mauvais.

No. X.
La Roue de Fortune.

Le dernier numero de cette Planche est la Roue de Fortune. Ici des Personnages humains, sous la forme de Singes, de Chiens, de Lapins, &c. s’élevent tour-à-tour sur cette roue à laquelle ils sont attachés: on diroit que c’est une satyre contre la fortune, & contre ceux qu’elle éleve rapidement & qu’elle laisse retomber avec la même rapidité.

Planche VIII.
No. XX.
Tableau mal nommé le Jugement dernier.

Ce Tableau représente un Ange sonnant de la trompette: on voit aussi-tôt comme sortir de terre un vieillard, une femme, un enfant nuds.

Les Cartiers qui avoient perdu la valeur de ces Tableaux, & plus encore leur ensemble, ont vu ici le Jugement dernier; & pour le rendre plus sensible, ils y ont mis comme des espèces de tombeaux. Otez ces tombeaux, ce Tableau sert également à désigner la Création, arrivée dans le Tems, au commencement du Tems, qu’indique le no. XXI.

No. XXI.
Le Tems, mal nommé le Monde.

Ce Tableau, que les Cartiers ont appellé le Monde, parce qu’ils l’ont considéré comme l’origine de tout, représente le Tems. On ne peut le méconnoître à son ensemble.

Dans le centre est la Déesse du Tems, avec son voile qui voltige, & qui lui sert de ceinture ou de Peplum, comme l’appelloient les Anciens. Elle est dans l’attitude de courir comme le Tems, & dans un cercle qui représente les révolutions du Tems; ainsi que l’oeuf où tout est sorti dans le Tems.

Aux quatre coins du Tableau sont les emblêmes des quatre Saisons, qui forment les révolutions de l’année, les mêmes qui composoient les quatre têtes des Chérubins. Ces emblêmes sont,

L’Aigle, le Lion, le Boeuf, & le Jeune-Homme,
L’Aigle représente le Printems, où reparoissent les oiseaux.
Le Lion, l’Eté ou les ardeuts du Soleil.
Le Boeuf, l’Automne où on laboure & où  on seme.
Le Jeune-Homme, l’Hiver, où l’on se réunit en société.

ARTICLE II.
Les Couleurs.

Outre les Atous, ce Jeu est composé de quatre Couleurs distinguées par leurs emblêmes: on les appelle Épée, Coupe, Bâton & Denier.

On peut voir les As de ces quatre couleurs dans la Planche VIII.

A représente l’As d’Epée, surmonté d’une couronne qu’entourent des palmes.
C, l’As de Coupe: il a l’air d’un Château; ce’st ainsi qu’on faisoit autre fois les grandes tasses d’argent.
D, l’As de Bâton; c’est une vrai massue.
B, l’As de Denier, environné de guirlandes.

Chacune de ces couleurs est composée de quatorze Cartes, c’est-à-dire de dix Cartes numérotées depuis I. jusqu’à X, & de quatre Cartes figurées, qu’on appelle le Roi, la Reine, le Chevalier ou Cavalier, & son Ecuyer ou Valet.

Ces quatre Couleurs sont relatives aux quatre Etats entre lesquels étoient divisés les Egyptiens.

L’Épée désignoit le Souverain & la Noblesse toute Militaire.
La Coupe, le Clergé ou le Sacerdoce.
Le Bâton, ou Massue d’Hercule, l’Agriculture.
Le Denier, le Commerce dont l’argent est le signe.

Ce Jeu fondé sur le nombre septenaire.

Ce Jeu est absolument fondé sur le nombre sacré de sept. Chaque couleur est de deux fois sept cartes. Les Atous sont au nombre de trois fois sept; le nombre des cartes de soixante-dix-sept; le Fou étant comme 0. Or, personne n’ignore le rôle que ce nombre jouoit chez les Egyptiens, & qu’il étoit devenu chez eux une formule à laquelle ils ramenoient les élémens de toutes les Sciences.

L’idée sinistre attachée dans ce Jeu au nombre treize, ramene également fort bien à la même origine.

Ce Jeu ne peut donc avoir été inventé que par des Egyptiens, puisqu’il a pour base le nombre sept; qu’il est relatif à la division des habitans de l’Egypte en quatre classes; que la plupart de ses Atous se rapportent absolument à l’Egypte, tels que les deux Chefs des Hiérophantes, homme & femme, Isis ou la Canicule, Typhon, Osiris, la Maison-Dieu, le Monde, les Chiens qui désignent le Tropique, &c; que ce Jeu, entiérement allégorique, ne put être l’ouvrage que des seuls Egyptiens.

Inventé par un homme de génie, avant ou après le Jeu des Echecs, & réunissant l’utilité au plaisir, il est parvenu jusqu’à nous à travers tous les siècles; il a durvécu à la ruine entiere de l’Egypte & de ces connoissances qui la distinguoient; & tandis qu’on n’avoit nulle idée de la sagesse des leçons qu’il renfermoir, on ne laissoit pas de s’amuser du Jeu qu’elle avoit inventé.

Il est d’ailleurs aisé de tracer la route qu’il a tenue pour arriver dans nos Contrées. Dans les premiers siècles de l’Eglise, les Egyptiens étoient très-répandus à Rome; ils y avoient porté leurs cérémonies & le culte d’Isis; par conséquent  le Jeu dont il s’agit.

Ce Jeu, interessant par lui-même, fut borné à l’Italie jusqu’à ce que les liaisons des Allemands avec les Italiens le firent connoître de cette seconde Nation; & jusqu’à ce que celles des Comtes de Provence avec l’Italie, & sur tout le séjour de la Cour de Rome à Avignon, le naturalisa en Provence & à Avignon.

S’il ne vint pas jusqu’à Paris, il faut l’attribuer à la bisarrerie de ses figures & au volume de ses Cartes qui n’etoient point de nature à plaire à la vivacité des Dames Françoises. Aussi fut-on obligé, comme nous le verrons bientôt, de réduire excessivement ce Jeu en leur faveur.

Cependant l’Egypte elle-meme ne jouit point du fruit de son invention: réduits à la servitude la plus déplorable, à l’ignorance la plus profonde, privés de tous les Arts, ses Habitans seroient hors d’état de fabriquer une seule Carte de Jeu.

Si nos Cartes Françoises, infiniment moins compliquées, exigent le travail soutenu d’une multitude de mains & le concours de plusieurs Arts, comment ce Peuple infortuné autoit-il pu conserver les siennes ? Tels sont les maux qui fondent sur une Nation asservie, qu’elle perd jusques aux objets de ses amusemens: n’ayant pu conserver ses avantages les plus précieux, de quel droit prétendroit-elle à ce qui n’en étoit qu’un délassement agréable ?

Noms Orientaux conservés dans ce Jeu.

Ce Jeu a conservé quelques noms qui le déclareroient également Jeu Oriental si on n’en avoit pas d’autres preuves.

Ces Noms sont ceux de Taro, de Mat & de Pagad.

1. Tarots.

Le nom de ce Jeu est pur Egyptien: il est composé du mot Tar, qui signifie voie, chemin; & du mot Ro, Ros, Rog, qui signifie Roi, Royal. C’est, mot-à-mot, le chemin Royal de la vie.

Il se rapporte en effet à la vie entiere des Citoyens, pisqu’il est formé des divers Etats entre lesquels ils sont divisés, & que ce Jeu les suit depuis leur naissance jusqu’à la mort, en leur montrant toutes les vertus & tous les guides physiques & moraux auxquels ils doivent s’attacher, tels que le Roi, la Reine, les Chefs de la Religion, le Soleil, la Lune, &c.

Il leur apprend en même tems par le Joueur de gobelets & par la roue de fortune, que rien n’est plus inconstant dans ce monde que les divers Etats de l’homme: que son seul réfuge est dans la vertu, qui ne lui manque jamais au besoin.

2. Mat.

Le Mat, nom vulgaire du fou, & qui subsiste en Italien, vient de l’Oriental Mat, assommé, meurtri, félé. Les Foux ont toujours été représentés comme ayant le cerveau félé.

3. Pagad.

Le Joueur de gobelets est appellé Pagad dans le courant du Jeu. Ce nom qui ne ressemble à rien dans nos Langues Occidentales, est Oriental pur & très-bien choisi: Pag signifie en Orient, Chef, Maître, Seigneur: & Gad, la Fortune. En effet, il est représente comme disposant du sort avec sa baguette de Jacob ou sa verge des Mages.

Article III.
Maniere dont on joue aux Tarots.

1o. Maniere de donner les Cartes.

Un de nos Amis, M. L’A. R. a bien voulu nous expliquer la maniere dont on le joue: c’est lui qui va parler, si nous l’avons bien compris.

On joue ce Jeu à deux, mais on donne les Cartes comme si on jouoit trois: chaque Joueur n’a donc qu’un tiers des Cartes: ainsi pendant le combat il y a toujours un tiers des Troupes qui se reposent; on pourroit les appeller le Corps de réserve.

Car ceu Jeu est un Jeu de guerre, & non un Jeu pacifique comme on l’avoit dit mal-à-propos: or dans toute Armée il y a un Corps de réserve. D’ailleurs, cette réserve rend le Jeu plus difficile, puisqu’on a beaucoup plus de peine à deviner les Cartes que peut avoir son adversaire.

On donne les Cartes par cinq, ou de cinq en cinq.

Sur les 78 Cartes, il en reste donc trois à la fin; au lieu de les partager entre les Joueurs & la réserve ou le Mort, celui qui donne les garde pour lui; ce qui lui donne l’avantage d’en écarter trois.

2o. Maniere de compter les points de son Jeu.

Les Atous n’ont pas tous la même valeur.

Les 21. 20. 19. 18 & 17. sont appellés les cinq grands Atous.

Les 1. 2. 3. 4. 5. sont appellés les cinq petits.

Si on en a trois des grands ou trois des petits, on compte cinq points: dix points, si on en a quatre; & quinze, si on en a cinq.

C’est encore une maniere de compter Egyptienne: le dinaire ou denier de Pythagore étant égal au quaternaire, puisque un, deux, trois & quatre ajoutés ensemble font dix.

Si on a dix Atous dans son Jeu, on les étale, & ils valent encore dix points, si on en a treize, on les étale aussi, & ils valent quinze points, indépendamment des autres combinaisons.

Sept Cartes portent le Nom de Taros par excellence: ce sont les Cartes privilégiées; & encore ici, le nombre de sept. Ces Cartes sont:

Le Monde ou Atout 21.
Le Mat ou Fou 0.
Le Pagad ou Atout 1.
(> Atous-Tarots)

Et les quatre Rois.

Si on a deux de ces Atous-Tarots, on demande à l’autre, qui ne l’a ? si celui-ci ne peut répondre en montrant le troisieme, celui qui a fait la question marque 5. points: il en marque 15. s’il les a tous trois. Les séquences ou les 4 figures de la même couleur valent 5. points.

3o. Maniere de jouer ses Cartes.

Le Fou ne prend rien, rien ne le prend: il forme Atout, il est de toute couleur également.

Joue-t-on un Roi, n’a-t-on pas la Dame, on met le Fou, ce qui s’appelle excus.

Le Fou avec deux Rois, compte 5. points: avec trois, quinze.

Un Roi coupé, ou mort, 5. points pour celui qui coupe.

Si on prend Pagad à son adversaire, on marque 5. points.

Ainsi le Jeu est de prendre à son adversaire les figures qui comptent le plus de points, & de faire tous ses efforts pour former des séquences: l’adversaire doit faire tous les siens pour sauver ses grandes figures: par conséquent voir venir, en sacrifiant de foibles Atous, ou les plus foibles Cartes de ses couleurs.

Il doit sur tout se faire des renonces, afin de sauver ses fortes Cartes en coupant celles de son adversaire.

4o. Ecart de celui qui donne.

Celui qui donne ne peut écarter ni Atous ni Rois; il se seroit trop beau Jeu, puisqu’il se sauveroit sans péril. Tout ce qu’on lui permer en faveur de sa primauté, c’est d’écarter une séquence: car elle compte, & elle peut lui former une renonce, ce qui est un double avantage.

5o. Maniere de compter les mains.

La partie est en cent, comme au Piquet, avec cette difference, que ce n’est pas celui, qui arrive le premier à cent lorsque la partie est commencée qui gagne, mais celui qui fait alors le plus de points; car il faut que toute partie commencée aillé jusqu’au bout: il offre ainsi plus de ressource que le Piquet.

Pour compter les points qu’on a dans ses mains, chacune des sept Cartes appellées Tarots, avec une Carte de couleur, vaut 5. points.

La Dame avec une Carte, 4.

Le Cavalier avec une Carte, 3.

Le Valet avec une Carte, 2.

2. Cartes simples ensemble, 1.

On compte l’excedent des points qu’un des adversaires a sur l’autre, & il les marque: on continue de jouer jusqu’à ce qu’on soir parvenu à cent.

Article IV.
Jeu des Tarots considéré comme un Jeu de Géographie Politique.

On nous a fait voir sur un Catalogue de Livres Italiens, le titre d’un Ouvrage où la Géographie est entrelacée avec le Jeu des Tarots: & nous n’avons pu avoir ce Livre Contient il des leçons de Géographie à graver sur chaque Carte de ce Jeu: Est-ce une application de ce Jeu à la Géographie: Le champ de conjectures est sans fin, & peut-être qu’à force de multiplier les combinaisons, nous nous éloignerions plus des vúes de cet Ouvrage. Sans nous embarasser de ce qu’il a pu dire, voyons nous-même comment les Egyptiens auroient pu appliquer ce Jeu à la Géographie Politique, telle qu’elle étoit connire de leur tems, il y a à peu-près trois mille ans.

Le Tems ou le Monde, le moment où la Terre sortit du cahos, où elsè prit une forme, se divisant en Terres & en mers, & où l’homme fut créé pour de venit le Maiître, le Roi de cette belle propriété.

Les quatre Vertus Cardinales, correspondent aux IV. côtes du Monde, Orient, Occident, Nord & Midi, ces quatre points relatifs à l’homme, par lesquels il est au centre de tout; qu’on peut appeller sa droite, sa gauche, sa face & son dos, & d’où ses connoissances s’étendent en rayons jusqu’à l’extrémité de tout, suivant l’étendue de ses yeux physiques premierement, & puis de ses yeux intellectuels bien autrement perçans.

Les quatre Couleurs seront les IV. Régions ou parties du Monde correspondantes aux quatre points cardinaux, l’Asie, l’Afrique, l’Europe & la Celto-Scythie ou les Pays glacés du Nord: division qui s’est augmentée de l’Amerique depuis sa découverte, & où pour ne rien perdre de l’ancienne on a substitué à la Celto-Scythie les Terres polaires du Nord & du Midi.

L’Epée représente l’Asie, Pays des grandes Monarchies, des grandes Conquêtes, des grandes Révolutions.

Baton, l’Egypte nourriciere des Peuples, & symbole du Midi, des Peuples noirs.

Coupe, le Nord, d’où descendirent les Peuples, & d’où  vint l’Instruction & la Science.

Denier, l’Europe ou l’Occident, riche en mines d’or dans ces commencemens du monde, que si mal à propos nous appellons le vieux-tems, les tems antiques.

Chacune des X. Cartes numérotées de ces IV. couleurs, sera une des grandes Contrées de ces IV. Régions du Monde.

Les X. Cartes d’Epée auront représenté, l’Arabie; l’Idumée, qui régnoit sur les Mers du Midi; la Palestine peuplée d’Egyptiens; la Phénice, Maîtresse de la Mer Méditerranée; la Syrie ou Aramée; la Mésopotamie ou Chaldée, la Médie, la Susiane, la Perse & les Indes.

Les X. Cartes de Baton auroit représenté les trois grandes divisions de l’Egypte, Thébaide ou Egypte supérieure, Delta ou basse Egypte, Heptanome ou Egypte du milieu divisée en sept Gouvernements. Ensuite l’Ethiopie, la Cyrénaique, ou à sa place les terres de Jupiter Ammon, la Lybie ou Carthage, les Pacifiques Atlantes, les Numides vagabons, les Maures appuyés sur l’Ocean Antlantique; les Gétules, qui placésd au Midi de l’Atlas, se répandoient dans ces vastes Contrées que nous appelons aujourd’hui Nigritie & Guinée.

Les X. Cartes de Denier auront représenté l’Isle de Crète, Royaume de l’illustre Minos, la Grèce & ses Isles, l’Italie, la Sicile & ses volcans, les Baléares célèbres par l’habiletéde leurs troupes de trait, la Bétique riche en troupeaux, la Celtibérie abondante en mines d’or: Gadix ou Cadir, l’Isle d’Hercule par excellence, la plus commerçante de l’Univers; la Lusitanie & les Isles Fortunées, ou Canaries.

Les X. Cartes de Coupe, l’Arménie & son mont Ararat, l’Ibérie, les Scythes de l’Imaüs, les Scythes du Caucase, les Cimmériens des Palus-Méotides, les Getes ou Goths, les Daces, les Hyperboréens si célèbres dans cette haute Antiquité, les Celtes errants dans leurs forêts glacées, l’Isle de Thulé aux extrémités du Monde.

Les quatre Cartes figurées de chaque couleur aoront contenu des détails géographiques relatifs à chaque Région.

Les Rois, l’état des Gouvernements de chacune, les forces des Empires qui les composoient, & comment elles étoient plus ou moins considérables suivant que l’Agriculture y étoit en usage & en honneur; cette source intarissable de richesses toujours renaissantes.

Les Rèines, le développement de leurs Religions, de leurs Moeurs, de leurs Usages, sur-tout de leurs Opinions, l’Opinion ayant toujours été regardée comme la Reine du monde. Heureux celui qui saura la diriger; il sera toujours Roi de l’Univers, maître de ses semblables; c’est Hercule l’eloquent qui mene les hommes avec des freins d’or.

Les Cavaliers, les exploits des Peuples, l’Histoire de leurs Hèros ou Chevaliers; celle de leurs Tournois, de leurs Jeux, de leurs batailles.

Les Valets, l’Histoire des Arts, leur origine, leur nature; tout ce qui regarde la portion industrieuse de chaque Nation, celle qui se livre aux objets méchaniques, aux Manufactures, au Commerce qui varie de cent manieres la forme des richesses sans rien ajouter au fond, qui fait circuler dans l’Universe ces richesses & les objets de l’industrie; qui met à même les Agricoles de faire renaître les richesses en leur fournissant les débouchés les plus prompts de celles qu’ils ont déjà fait naître, & comment tout es étranglé dès que cette circulation ne joue pas avec liberté, puisque les Commerçans  sont moins occupés, & ceux qui leur fournissent découragés.

L’ensemble des XXI ou XXII Atous, les XXII Lettres de l’Alphabet Egyptien commun aux Hébreux & aux Orientaux, & qui servant de chiffres, sont nécesaires pour tenir compte de l’ensemble de tant de contrées.

Chacun de ces Atous aura eu en même tems un usage particulier. Plusieurs auront été relatifs aux principaux aobjets de la Géographie Céleste, si on peut se servir de cette expression. Tels,

Le Soleil, La Lune, le Cancer, les Colonnes d’Hercule, les Tropiques ou leurs Chiens.

La Canicule, cette belle & brillante Portiere des Cieux.

L’Ourse céleste, sur laquelle s’appuient tous les Astres en exécutant leurs révolutions autour d’elle, Constellation admirable représentée par les sept Taros, & qui semble publier en caractères de feu imprimès sur nos têtes & dans le Firmament, que notre Systême solaire fut fondé comme les Sciences sur la Formule de sept, & peut être même la masse entiere de l’Univers.

Tous les autres peuvent être considérés relativement à la Géographie politique & morale, au vrai Gouvernement des Etats: & même au gouvernement de chaque homme en particulier.

Les quatre Atous relatifs à l’autorité civile & religieuse, font connoître l’importance pour un Etat de l’unité de Gouvernement, & de respect pour les Anciens.

Les quatre Vertus Cardinales montrent que les Etats ne peuvent se soutenir que par la bonté du Gouvernement, par l’excellence de l’instruction, par la pratique des vertus dans ceux qui gouvernent & qui sont gouvernés: Prudence à corriger les abus, Force pour maintenir la paix & l’union, Tempérance dans les moyens; Justice envers tous. Comment l’ignorance, la hauteur, l’avaricie, la sottise dans les uns, engendrent dans les autres un mépris funeste: d’où résultent les désordres qui ébranlent jusques dans leurs fondemens les Empires où on viole la Justice, où on force tous les moyens, où l’on abuse de sa force, & où on vit sans prévoyance. Désordres qui ont détruit tant de Familles dont le nom avoit retenti si long-tems par toute la Terre, & qui avoient regné avec tant de gloire sur les Nations étonnées.

Ces vertus ne sont pas moins nécessaires à chaque Individu. La Tempérance régle ses devoirs envers soi-même, sur-tout envers son propre corps qu’il ne traite trop souvent que comme un malheureux esclave, martyr de ses affections desordonnées.

La Justice qui régle ses devoirs envers son prochain & envers la Divinité elle-même à qui il doit tout.

La Force avec laquelle il se soutient au milieu des ruines de l’Univers, il se tit des efforts vains & insensés des passions qui l’assiégent sans cesse de leurs flots impétueux.

Enfin, la Prudence avec laquelle il attend patiemment le succès de ses oins, prêt à tout événement & semblable à un fin joueur qui ne risque jamais son jeu & sait tirer parti de tout.

Le Roi triomphant devient alors l’emblême de celui qui au moyen de ces vertus a été sage envers lui-même, juste envers autrui, fort contre les passions, prévoyant  à s’amasser des ressources contre les tems d’adversité.

Le Tems qui use tout avec une rapidité inconcevable, la Fortune qui se joue de tout; le Bâteleur qui escamote tout, la Folie qui est de tout, l’Avarice qui perd tout; le Diable qui se fourre par-tout: la Mort qui engloutit tout, nombre septenaire singulier qui est de tout pays, peut donner lieu à des observations non moins importantes & non moins variées.

Enfin, celui qui a tout à gagner & rien à perdre, le Roi veritablement triomphant, c’est le vrai Sage qui la lanterne en main est sans cesse attenif à ses démarches, ne fait aucune école, connoit tout ce qui est bien pour en jouir, & apperçoit tout ce qui est mal pour l’éviter.

Telle seroit ou à peu près l’explication géographiquo-politique-morale de cet antique Jeu: & telle doit être la fin de tous, Humanité, que vous seriez heureuse, si tous les jeux ye terminoienet ainsi!

Article V.
Rapport ce Jeu avec un Monument Chinois.

M. Bertin qui a rendu de si grands services à la Littérature & aux Sciences, par les excellens Mémoires qu’il s’est procurés, & qu’il a fait publier sur la Chine, nous a communiqué un Monument unique qui lui a été envoyé de cette vaste Contrée, & qu’on fait remonter aux premiers âges de cet Empire, puisque les Chinois le regardent comme un Inscription relative au deséchement des eaux du Déluge par Yao.

Il est composé de caractères qui forment de grands compartiments en quarté-long, tous égaux, & précisément de la même grandeur que les Cartes du Jeu des Tarots.

Ces compartiments sont distribués en six colonnes perpendiculaires, dont les cinq premieres renferment quatorze compartiments chacune, tandis que la sixiéme qui n’est remplie qu’à moirié n’en contient que sept.

Ce Monument est donc composé de soixante-dix-sept figures ainsi que le  Jeu de Tarots: & il est formé d’après la même combinaison du nombre sept, puisque chaque colonne est de quatorze figures, & que celle qui ne l’est qu’à demi, en contient sept.

Sans cela, on auroit pu arranger ces soixante-dix-sept compartiments de maniere à ne laisser presque point de vuide dans cette sixiéme colonne: on n’auroit eu qu’à faire chaque colonne de treize compartiments; & la sixiéme en auroit eu douze.

Ce Monument est donc parfaitement semblable, quant à la disposition, au Jeu des Tarots, si on les coloit sur un seul Tableau: les quatre couleurs feroient les quatre premierers colonnes à quatorze cartes chacune: & les atous au nombre de vingt-un, rempliroient la cinquiéme colonne, & précisément la moitié de la sixiéme.

Il seroit bien singulier qu’un rapport pareil fût le simple effet du hasard: il est donc très-apparent que l’un & l’autre de ces Monuments ont été formés d’après la même théorie, & sur l’attachement au nombre sacré de sept; ils ont donc l’air de n’être tous les deux qu’une application différente d’une seule & même formule, antérieure peut-être à l’existence des Chinois & des Egyptiens: peut-être même trouvera-t-on quelque chose de pareil chez les Indiens ou chez les Peuples du Thibet placés entre ces deux anciennes Nations.

Nous avons été fort tentés de faire aussi graver ce Monument Chinois; mais la crainte de le mal figurer en le réduisant à un champ plus petit que l’original, joint à l’impossibilité où nos moyens nous mettent de faire tout ce qu’exigeroit la perfection de notre ouvrage, nous a retenu.

N’omettons pas que les figures Chinoises sont en blanc sur un fond très-noir; ce qui les rend très-saillantes.

Article VI.
Rapport de ce Jeu avec Quadrilles ou Tournois.

Pendant un grand nombre de siècles, la Noblesse montoit à cheval, & divisée en couleurs ou en factions, elle exécutoit entr’elle des combats feints ou Tournois parfaitement analogues à ce qu’on exécute dans les jeux de cartes, & sur-tout dans celui des Tarots, qui étoit un jeu militaire de même que celui des échecs, en même tems qu’il pouvoit être envisagé comme un jeu civil, en quoi il l’emportoit sur ce dernier.

Dans l’origine, les Chevaliers du Tournois étoient divisés en quatre, même en cinq bandes relatives aux quatre couleurs des Tarots & à la masse des Atous. C’est ainsi que le dernier divertissement de ce genre qu’on ait vu en France, fut donné en 1662, par Louis XIV, entre les Tuileries & le Louvre, dans cette grande place qui en a conservé le nom de Carousel. Il étoit composé de cinq Quadrilles. Le Roi étoit à la tête des Romains: son Frere, Chef de la Maison d’Orléans, à la tête des Persans: le Prince de Condé commandoit les Turcs: le Duc d’Enguien son fils, les Indiens: le Duc de Guise, les Américains. Trois Reines y assisterent sous un dais: la Reine-Mere, la Reine régnante, la Reine d’Angleterre veuve de Charles II. Le Comte de Sault, fils du Duc de Lesdiguieres, temporta le prix & le reçur des mains de la Reine-Mere.

Les Quadrilles étoient ordinairement composés de 8 ou de 12 Cavaliers pour chaque couleur: ce qui, à 4 couleurs & à 8 par Quadrille, donne le nombre 32, qui forme celui des Cartes pour le Jeu de Piquet: & à 5 couleurs, le nombre 40 qui est celui des Cartes pour Jeu de Quadrille.

Article VIII.
Jeux de Cartes Espagnols.

Lorsqu’on examine les Jeux de Cartes en usage chez les Espagnols, on ne peut s’empêcher de reconnoître qu’ils sont un diminutif des Tarots.

Leurs Jeux les plus distingués sont celui de l’Hombre qui se joue à trois: & le Quadrille qui se joue à quatre & qui n’est qu’une modification du Jeu de l’Hombre.

Celui-ci signifie le Jeu de l’Homme ou de la vie humaine; il a donc un nom qui correspond parfaitement à celui du Tarot.

Il est divisé en quatre couleurs qui portent les mêmes noms que dans les Tarots, tels que Spadille ou épée, Baste ou bâton, qui sont les deux couleurs noires; Copa ou Coupe, & Dinero ou Denier, qui sont les deux couleurs rouges.

Plusieurs de ces noms se sont transmis en France avec ce Jeu: ainsi l’as de pique est appellé Spadille ou épée; l’as de trefle, Baste, c’est-à-dire, bâton. L’as de coeur est appellé Ponte, de l’Espagnol Punto, as, ou un point.

Ces Atous, qui sont les plus forts, s’appellent Matadors, ou les Assommeurs, les Triomphans qui ont détruit leurs ennemis.

Ce Jeu est entierement formé sur les Tournois; la preuve en est frappante, puisque les couleurs en sonst appellées Palos ou pieux, les lances, les piques des Chevaliers.

Les Cartes elle-mêmes sont appellées Naypes, du mot Oriental Nap, qui signifie prendre, tenir: mot-à-mot, les Tenans.

Ce sont donc quatre ou cinq Quadrilles de Chevaliers qui se battent en Tournois.

Ils sont quarante, appellés Naypes ou Tenans.

Quatre couleurs appellées Palos ou rangs de piques.

Les Vainqueurs sont appellés Matadors ou Assommeurs, ceux qui sont venus à bout de défaire leurs ennemis.

Enfin les noms des quatre couleurs, celui même du Jeu, démontrent qu’il a été formé en entier sur le Jeu des Tarots; que les Cartes Espagnoles ne sont qu’une imitation en petit du Jeu Egyptien.

Article VIII.
Cartes Françoises.

D’après ces données, il n’est personne qui ne s’apperçoive sans peine que les Cartes Françoises ne sont elles-mêmes qu’une imitation des Cartes Espagnoles, & qu’elles sont ainsi l’imitation d’une imitation, par conséquent une institution bien dégénerée, loin d’être une invention originale & premiere, comme l’ont cru mal à propos nos Savans qui n’avoient en cela aucun point de comparaison, seul moyen de découvrir les causes & les rapports de tout.

On suppose ordinairement que les Cartes Françoises furent inventées sous le Regne de Charles VI, & pour amuser ce Prince foible & infirme: mais ce que nous nous croyons en droit d’affirmer, c’est qu’elles ne furent qu’une imitation des Jeux méridionaux.

Peut-être même serions-nous en droit de supposer que les Cartes Françoises sont plus anciennes que Charles VI, puisqu’on attribue dans Ducange [Au mot Charta] à S. Bernard de Sienne, contemporain de Charles V, d’avoir condamné au feu, non-seulement les masques & les dez à jouer, mais même les Cartes Triomphales, ou du Jeu appellé la Triomphe.

On trouve dans la même Ducange les Statuts Criminels d’une Ville appellée Saona, qui défend également les Jeux de Cartes.

Il faut que ce Statuts soient très-anciens, puisque dans cet Ouvrage on n’a pu en indiquer le tems: cette Ville doit être celle de Savone.

Ajoûtons qu’il falloit que ces Jeux fussent bien plus anciens que S. Bernard de Sienne: auroit-il confondu avec les dez & les masques un Jeu nouvellement inventé pour amuser un grand Roi ?

Nos Cartes Françoises ne présentent d’ailleurs nulle vue, nul génie, nul ensemble. Si elles ont été inventées d’après les Tornois, pourquoi a-t-on supprimé le Chevalier, tandis qu’on consrvoit son Ecuyer ? pourquoi n’admettre dès-lors que treize Cartes au lieu de quatorze par couleur ?

Les noms des couleurs se sont dégénérés au point de n’offrir plus d’ensemble. Si on peut reconnoître l’épée dans la pique, comment le bâton est-il devenu trefle ? comment est-ce que le coeur & le carreau correspondent à coupe & à denier; & quelles idées réveilent ces couleurs ?

Quelle idée présentent également les noms donnés aux quatre Rois ? David, Alexandre, César, Charlemagne, ne sont pas même relatifs aux quatre fameuses Monarchies de l’Antiquité, ni à celles des tems modernes. C’est un monstrueux composé.

Il en est de même des noms des Reines: on les appelle Rachel, Judith, Pallas & Argine: il est vrai qu’on a cru que c’étoient des noms allégoriques relatifs aux quatre manieres dont une Dame s’attire les hommages des hommes: que Rachel désigne la beauté, Judith la force, Pallas la sagesse, & Argine, où l’on ne voit que l’anagramme Regina, Reine, la naissance.

Mais quels rapports ont ces noms avec Charles VI ou avec la France ? que ces allégories sont forcées ?

Il est vrai qu’entre les noms de Valets on trouve celui de la Hire, qui pourroit se rapporter à un des Généraux François de Charles VI; mais ce seul rapport est-il suffisant pour brouiller toutes les époques ?

Nous en étions ici lorsqu’on nous a parlé d’un Ouvrage de M. l’Abbé Rive, où il discute le même objet: après l’avoir cherché en vain chez la plûpart de nos Libraires, M. de S. Paterne nous le prête.

Cet Ouvrage est intitulé:

Notices historiques & critiques de deux Manuscrits de la Bibliothèque de M. le Duc de la Valliere, dont l’un a pour titre le Roman d’Artus, Comte de Bretaigne, & l’autre, le Romant de Pertenay ou de Lusignen, par M. l’Abbé Rive, &c. à Paris, 1779, in 4o. 36 pages.

A la page 7, l’Auteur commence à discuter ce qui regarde l’origine des Cartes Françoises; nous avons vu avec plaisir qu’il soutient, 1o. que ces Cartes sont plus anciennes que Charles VI; 2o. qu’elles sont une imitation des Cartes Espagnoles:nous allons donner un Précis succinct de ses preuves.

« Les Cartes, dit-il, sont au moins de l’an 1330; & ce n’est ni en France, ni en Italie, ni en Allemagen qu’elles paroissent pour la premiere fois. On les voit en Espagne vers cette année, & bien long-tems avant qu’on en trouve la moindre trace dans aucune autre Nation.

Elles y ont été inventées, selon le Dictionnaire Castillan de 1734., par un nommé Nicolao Pepin…

On les trouve en Italie vers la fin de ce même Siècle, sous le nom de Naibi, dans la Chronique de Giovan Morelli, qui est de l’an 1393. »

Ce savant Abbé nous apprend en même tems que la premiere piece Espagnole qui en atteste l’existence, est d’environ l’an 1332.  « Ce sont les Statuts d’un Ordre de Chevalerie établi vers ce tems-là en Espagne, & où les été établi par Alphonse XI, Roi de Castille. Ceux qu’on y admettoit faisoient serment de ne pas jouer aux Cartes.

On les voit ensuite en France sous le Regne de Charles V. Le Petit Jean de Saintré ne fut honoré des faveurs de Charles V que parce qu’il ne jouoit ni aux dez ni aux Vartes, & ce Roi les proscrivit ainsi que plusieurs autres Jeux, par son Edit de 1369. On les décria dans diverses Provinces de la France; on y donna à quelques-unes de leurs figures des noms faits pour inspirer de l’horreur. En Provence, on en appella les Valets Tuchim. Ce nom désignoit une race de voleurs qui, en 1361, avoient causé dans ce Pays & dans le Comtat Venaissin, un ravage si horrible, que les Papes furent obligés de faire prêcher une Croisade pour les exterminer. Les Cartes ne furent introduites dans la Cour de France que sous le Successeur de Charles V. On craignit même en les y introduisant, de blesser la décence, & on imagina en conséquence un prétexte: ce fut celui de calmer la mélancolie de Charles VI.. On inventa sous Charels VII le Jeu de Piquet. Ce Jeu fut cause que les Cartes se répandirent, de la France, dans plusieurs autres parties de l’Europe. »

Ces détails sont très-interessans; leurs conséquences le sont encore plus. Ces Cartes contre lesquelles on fulminoit dans le XIVe Siècle, & qui rendoient indigné des Ordres de Chevalerie, étoient nécessairement très-anciennes: elles ne prouvoient être regardées que comme des restes d’un honteux Paganisme: c’étoient donc les Cartes des Tarots; leur figure bisarre, leurs noms singuliers, tels que la Maison-Dieu, le Diable, la Papesse, &c. leur haute Antiquité qui se perd dans la nuit des tems, les sorts qu’on en tiroit, &c. tout devoit les faire regarder comme un amusement diabolique, comme une oeuvre de la plus noire magie, d’une sorcellerie condamnable.

Cependant le moyen de ne pas jouer! on inventa donc des Jeux plus humains, plus épurés, dégagés de figures qui n’étoient bonnes qu’à effrayer: de-là, les Cartes Espagnoles & les Cartes Françoises qui ne furent jamais vouées à l’interdit comme ces Cartes maudites venues de l’Egypte, mais qui cependant se traînoient de loin sur ce Jeu ingénieux.

De-là sur-tout le Jeu de Piquet, puisqu’on y joue à deux, qu’on y écarte, qu’on y a des séquences, qu’on y va en cent: qu’on y compte le Jeu qu’on a en main, & les levées, & qu’on trouve nombre d’autres rapports aussi frappans.

Conclusion.

Nous osons donc nous flarter que nos Lecteurs recevront avec plaisir ces diverses vues sur des objets aussi communs que les Cartes, & qu’ils trouveront qu’elles rectifient parfaitement les idées vagues & mal combinées qu’on avoit eues jusques à présent sur cet objet.

Qu’on n’avancera plus comme démontrées ces propositions.
Que les Cartes n’existent que depuis Charles VI.
Que les Italiens sont le dernier Peuple qui les ait adoptées.
Que les figures du Jeu des Tarots sont extravagantes.
Qu’il est ridicule de chercher l’origine des Cartes dans les divers états de la vie civile.
Que ces Jeux sont l’image de la vie paisible, tandis que celui des Echecs est l’image de la guerre.
Que le Jeu des Echecs est plus ancien que celui des Cartes.
C’est ainsi que l’absence de la vérité, en quelque genre que ce soit, engendre une foule d’erreurs de toute espèce, qui deviennent plus ou moins désavantageuses, suivant qu’elles se lient avec d’autres vérités, qu’elles contrastent avec elles ou qu’elles les repoussent.

Application de ce Jeu à la Divination.

Pour terminer ces recherches & ces développemens sur le Jeu Egyptien, nous allons mettre sous les yeux du Buplic la Dissertation que nous annoncée & où l’on prouve comment les Egyptiens appliquoient ce Jeu à l’art de deviner, & de quelle maniere ce même point de vue s’est transmis jusques dans nos Cartes à jouer faites à l’imitation de celles-là.

On y verra en particulier ce que nous avons déjà dit dans ce Volume, que l’explication des Songes tenoit dans l’Antiquité à la Science Hiéroglyphique & Philosophique des Sages, ceux-ci ayant cherché à réduite en science le résultat de leurs combinaisons sur les Songes dont la Divinité permettoit l’accomplissement; & que toute cette science s’évanouit dans la suite des tems, & fut sagement défendue, parce qu’elle se réduisit à de vaines & futiles observations, qui dans des Siècles peu éclairés auroient pu être contraires aux intérêts les plus essentiels des foibles & des superstitieux.

Cet Observateur judicieux nous fournir de nouvelles preuves que les Cartes Espagnoles sont une imitation de l’Egypte, puisqu’il nous apprend que ce n’est qu’avec un Jeu de Piquet qu’on consulte les sorts, & que plusieurs noms de ces Cartes sont absolument relatifs à des idées Egyptiennes.

Le Trois de denier est appellé le Seigneur, ou Osiris.
Le Trois de coupe, la Souveraine, ou Isis.
Le Deux de coupe, la Vache, ou Apis.
Le Neuf de denier, Mercure.
L’As de bâton, le Serpent, symbole de l’Agriculture chez les Egyptiens.
L’As de denier, le Borgne, ou Apollon.

Ce nom de Borgne, donné à Apollon ou au Soleil comme n’ayant qu’un oeil, est une épithète prise dans la Nature & qui nous fournira une preuve à ajoûter à plusieurs autres, que le fameux personnage de l’Edda qui a perdu un de ses yeux à une célèbre fontaine allégorique, n’est autre que le Soleil, le Borgne ou l’Oeil unique par excellence.

Cette Dissertation est d’ailleurs si remplie de choses, & si propre à donner de saines idées sur la maniere dont les Sages d’Egypte consultoient le Livre du Destin, que nous ne doutons pas qu’elle ne soit bien accueillie du Public, privé d’ailleurs jusqu’à présent de recherches pareilles, parce que jusques à présent personne n’avoit eu le courage s’occuper d’objets qui paroissoient perdus à jamais dans la profonde nuit des tems.

Recherches sur les Tarots,
et sur la Divination par les Cartes des Tarots,

par M. Le C. de M. ***

I.
Livre de Thot.

Le desir d’apprendre se développe dans le coeur de l’homme à mesure que son esprit acquiert de nouvelles connoissances: le besoin de les conserver, & l’envie de les transmettre, fit imaginer des caracterers dont Thot ou Mercure fut regardé comme l’inventeur. Ces caracteres ne furent point, dans le principe, des signes de convention, qui n’exprimassent, comme nos lettres actuelles, que le son des mots; ils étoient autant d’images véritables avec lesquelles on formoit des Tableaux, qui peignoienet aux yeux les choses dont on vouloit parler.

Il est naturel que l’Inventeur de ces Images ait été le premier Historien: en effet, Thot est considéré comme ayant peint les Dieux [Les Dieux, dans l’Ecriture & dans l’expression Hiéroglyphique, sont l’Eternel & les Vertus, représentés avec un corps.], c’est-à-dire, les actes de la Toute-puissance, ou la Création, à laquelle il joignit des Préceptes de Morale. Ce Livre paroît avoir été nommé A-Rosh; d’A, Doctrine, Science; & de Rosch [Rosh est le nom Egyptien de Mercure & de sa Fête qui se célébroit le premier jour de l’an.], Mercure, qui, joint à l’article T, signifie Tableaux de la Doctrine de Mercure; mais comme Rosh veut aussi dire Commencement, ce mot Ta-Rosh fut particulierement consacré à sa Cosmogonie; de même que l’Ethotia, Histoire du Tems, fut le titre de son Astronomie; & peut-être qu’Athothes, qu’on a pris pour un Roi, fils de Thot, n’est que l’enfant de son génie, & l’Histoire des Rois d’Egypte.

Cette antique Cosmogonie, ce Livre des Ta-Rosh, à quelques légeres altérations près, paroît être parvenu jusqu’à nous dans les Cartes qui portent encore ce nom [Vingt-deux Tableaux forment un Livre bien peu volumineux; mais si, comme il paroît vraisemblable, les premieres Traditions ont été conservées dans des Poëmes, une simple Image qui fixoit l’attention du Peuple, auquel on expliquoit l’événement, suffisoit pour lui aider à les retenir, ainsi que les vers qui les décrivoient.], soit que la cupidité les ait conservées pour filouter le désoeuvrement, ou que la superstition ait préservé des injures du tems, des symboles mysterieux qui lui servoient, comme jadis aux Mages, à tromper la crédulité.

Les Arabes communiquerent ce Livre [On nomme encore Livret aus Lansquenet, ou Lands-Knecht, la Série de Cartes qu’on donne aux pontes.] ou Jeu aux Espagnols, & les Soldats de Charlequint le porterent en Allemagne. Il est composé de trois Séries supérieures, représentant les trois premiers siècles, d’Or, d’Argent & d’Airain: chaque Série est formée de sept Cartes [Trois fois 7, nombre mystique, fameux chez les Cabalistes, les Pythagorieniens, &c.].

Mais comme l’Ecriture Egyptienne se lisoit de gauche à droite, la vingt-unieme Carte, qui n’a été numérotée qu’avec des chiffres modernes, n’en est pas moins la premiere, & doit être lue de même pour l’intelligence de l’Histoire; comme elle est la premiere au Jeu de Tarots, & dans l’espece de Divination qu’on opéroit avec ces Images.

Enfin, il y a une vingt-deuxieme Carte sans numéro comme sans puissance, mais qui augmente la valeur de celle qui la précede; c’est le zéro des calculs magiques: on l’appelle la Folie.

Premiere Série.
Siècle d’Or.

La vingt-unieme, ou premiere Carte, représente l’Univers par la Déesse Isis dans un ovale, ou un oeuf, avec les quatre Saisons aux quatre coins, l’Homme ou l’Ange, l’Aigle, le Boeuf & le Lion.

Vingtieme, celle-ci est intitulée le Jugement: en  effet, un Ange sonnant de la trompete, & des hommes sortant de la terre, ont dû induire un Peintre, peu versé dans la Mythologie, à ne voir dans ce tableau que l’image de la Résurrection; mais les Anciens regardoient les hommes comme enfans de la Terre [Les dents semées par Cadmus, &c.]; Thot voulut exprimer la Création de l’Homme par la peinture d’Osiris, ou le Dieu générateur, du porte-voix ou Verbe qui commande à la matiere, & par des Langues de Feu qui s’échappent de la nuée, l’Esprit [Peint même dans nos Historiens sacrés.] de Dieu ranimant cette même matiere; enfin, par des hommes sortant de la terre pour adorer & admirer la Toute-puissance: l’attitude de ces hommes n’annonce point des coupables qui vont paroître devant leur Juge.

Dix-neuvieme, la Création du Soleil qui éclaire l’union de l’homme & de la femme, exprimée par un homme & une femme qui se donnent la main: ce signe est devenu depuis celui des Gémeaux, del’Androgyne: Duo in carne una.

Dix-huitieme, la Création de la Lune & des Animaux terrestres, exprimés par un Loup & un Chien, pour signifier les Animaux domestiques & sauvages: cet emblême est d’autant mieux choisi, que le Chien & le Loup sont les seuls qui hurlent à l’aspect de cet astre, comme regrettant la perte du jour. Ce caractere me feroit croire que ce Tableau auroit annoncé de très-grands malheurs à ceux qui venoient consulter les Sorts, si l’on n’y avoir peint la ligne du Tropique, c’est-à-dire, du départ & du retour du Soleil, qui laissoit l’espérance consolante d’un beau jour & d’une meilleure fortune. Cependant deux Fortresses qui défendent un chemin tracé de sang, & un marais qui termine le Tableau, présentent toujours des difficultés sans nombre à surmonter pour détruire un présage aussi sinistre.

Dix-septieme, la Création des Ètoiles & des Poissons, représentées par des Etoiles & le Verseau.

Seizieme, la Maison de Dieu renversée, ou le Paradis terrestre dont l’homme & la femme sont précipités par la queue d’une Comete ou l’Èpée  Flamboyante, jointe à la chûte de la grêle.

Quinzieme, le Diable ou Typhon, derniere Carte de la premiere Série, vient troubler l’innocence de l’homme & terminer l’âge d’or. Sa queue, ses cornes & ses longues oreilles l’annoncent comme un être dégradé: son bras gauche levé, le noude plié, formant une N, symbole des êtres produits, nous le fait connoître comme ayant été créé; mais le flambeau de Prométhée qu’il tient de la main droite, paroît completter la lettre M, qui exprime la génération: en effet, l’Histoire de Typhon nous induit naturellement à cette explication; car, en privant Osiris de sa virilité, il paroît que Typhon vouloit empiéter sur les droits de la Puissance productrice; aussi fut-il le pere des maux qui se répandirent sur la terre.

Les deux Êtres enchaînés a ses pieds marquent la Nature humaine dégradée & soumise, ainsi que la génération nouvelle & perverse, dont les ongles crochus expriment la cruauté; il ne leur manque que les ailes (le Génie ou la Natur angélique), pour être en tout semblables au diable: un de ces êtres touche avec sa griffe la cuisse de Typhon; emblême qui dans l’Ecriture Mythologique fut toujours celui de la génération [La naissance de Bacchus & de Minerve sont le Tableau Mythologique des deux générations.] charnelle: il la touche avec sa griffe gauche pour en marquer l’illégitimité.

Typhon enfin est souvent pris pour l’Hiver, & ce Tableau terminant l’âge d’or. annonce l’intempérie des Saisons, que l’homme chassé du Paradis va éprouver par la suite.

Seconde Série.
Siècle d’Argent.

Quatorzieme, l’Ange de la Tempérance vient instruire l’homme, pour lui faire éviter la mort à laquelle il est nouvellement condamné: il est peint versant [Peut-être son attitude a-t-elle trait à la culture de la Vigne.] de l’eau dans du vin, pour lui montrer la nécessité  d’affoiblir cette liqueur, ou de tempérer ses affections.

Treizeime; ce nombre, toujours malheureux, est consacré à la Mort, qui est représentée fauchant les têtes couronnées & les têtes vulgaires.

Douzieme, les accidens qui attaquent la vie humaine, représentés pa run homme pendu par le pied; ce qui veut asussi dire qui, pour les éviter, il faut en ce monde marcher avec prudence: Suspenso pede.

Onzieme, la force vient au secours de la Prudence, & terrasse le Lion, qui a toujours été le symbole de la terre inculte & sauvage.

Dixieme, la Roue de Fortune, au haut de laquelle est un Singe couronné, nous apprend qu’après la chûte de l’homme, ce ne fut déjà plus la vertu qui donna les dignités: le Lapin qui monte & l’homme qui est précipité, expriment les injustices de l’inconstante Déesse: cette roue en même-tems est l’emblême de la roue de Pythagore, de la façon de tirer les sorts par les nombres: cette Divination est appellée Arithomancie.

Neuvieme, l’Hermite ou le Sage, la lanterne à la main, cherchant la Justice sur la Terre.

Huitieme, la Justice.

Troisieme Série.
Siècle de Fer.

Septieme, le Chariot de Guerre dans lequel est un roi cuirassé, armé d’un javelot, exprime les dissensions, les meurtres, les combats du siècle d’airain, & annonce les crimes du siècle de fer.

Sixieme, l’Homme peint Flottant entre le vice & la vertu, n’est plus conduit par la raison: l’Amour ou le désir [La concupiscence.], les yeux bandés, prêt à lâcher un trait, le fera pencher à droite ou à gauche, suivant qu’il sera guidé par le hasard.

Cinquieme, Jupiter ou l’Eternel monté sur son Aigle, la foudre à la main, menace la Terre, & va lui donner des Rois dans sa colere.

Quatrieme, le Rois armé d’une massue [Osiris est souvent représenté un fouet à la main, avec un globe & un T: tout cela réuni, peut avoir produit dans la tête d’un Cartier Allemand une Boule Impériale], dont l’ignorance a fait par la suite une Boule Impériale: son casque est garni par-derriere de dents de scie, pour faire connoître que rien ne pouvoit assouvir son insatiabilité [Ou sa vengeance, si c’est Osiris irrité.].

Troisieme, la Reine, la massue à la main; sa couronne a les mêmes ornemens que le casque du Roi.

Deuxieme, l’Orgueil des Puissans, représenté par les Paons, sur lesquels Junon montrant le Ciel de la main droite, & la Terre de la gauche, annonce une Religion terrestre ou l’Idolâtrie.

Premiere, le Bateleur tenant la verge des Mages, fait des miracles & trompe la crédulité des Peuples.

Il est suivi d’une carte unique représentant La Folie qui porte son sac ou ses défauts par derriere, tandis qu’un tigre ou les remords, lui dévorant les jarrets, retarde sa marche vers le crime [Cette Carte n’a point de rang: elle complette l’Alphabet sacré, & répond au Tau qui veut dire complément, perfection: peut-être a-t-on voulu représenter dans son sens le  plus naturel le résultat des actions des hommes.].

Ces vingt-deux premieres Cartes sont non-seulement autant d’hiéroglyphes, qui placés dans leur ordre naturel retracent l’Histoire des premiers tems, mais elles sont encore autant de lettres [L’Alphabet Hébreu est composé de 22 Lettres.] qui différemment combinées, peuvent former autant de phrases; aussi leur nom (A-tout) n’est que la traduction littérale de leur emploi & proptiété générale.

II.
Ce Jeu appliqué à la Divination.

Lorsque les Egyptiens eurent oublié la premiere interprétation de ces Tableaux, & qu’ils s’en furent servis comme de simples lettres pour leur Ecriture sacrée, il étoit naturel qu’un peuple aussi superstitieux attachât une vertu occulte [Aussi la science des Nombres & la valeur des Lettres a-t-elle été fort célébre autrefois.] des caract?eres respectables par leur antiquité, & que les Prêtres, qui seuls en avoient l’intelligence, n’employoient que pour les choses religieuses.

On inventa même de nouveaux caractères, & nous voyons dans l’Ecriture-Sainte que les Mages ainsi que ceux qui étoient initiés dans leurs secrets, avoient une divination par la coupe [La Coupe de Joseph.].

Qu’ils opéroient des merveilles avec leur Bâton [La Verge de Moyse & Mages de Pharaon.].

Qu’ils consultoient les Talismants [Les Dieux de Laban & les Théraphim, l’Urim & le Thummim.] ou des pierres gravées.

Qu’ils devinoient les choses futures par des Epées [Ils faisoient plus: ils fixoient le sort des combats; & si le Roi Joas avoit frappé la terre sept fois, au lieu de trois, il auroit détruit la Syrie, II. Rois, XIII, 19.], des Flèches, des Haches, enfin par les armes en général. Ces quatre Signes furent introduits parmi les Tableaux religieux aussi-tôt que l’établissement des Rois eut amené la différence des états dans la Société.

L’Epée marqua la Royauté & les Puissans de la Terre.

Les Prêtres faisoient usage de Canopes pour les Sacrifices, & la Coupe désigna le Sacérdoce.

La Monnoie, le Commerce.

Le Bâton, Houlette, l’Aiguillon représenterent l’Agriculture.

Ces quatre Caractères déjà mystérieux, une fois réunis aux Tableaux Sacrés, durent faire espérer les plus grandes lumieres; & la combinaison fortuite qu’on obtenoit en mêlant ces Tableaux, formoit des phrases que les Mages lisoient ou interprétoient comme des Arrêts du Destin; ce qui leur étoit d’autant plus facile qu’une construction due au hasard devoit produire naturellement une obscurité consacrée au style des Oracles.

Chque Etat eut donc son symbole qui le caractérisa; & parmi les différens Tableaux qui porterent cette image, il y en eut d’heureux & de malheureux, suivant que la position, le nombre des symboles & leurs ornemens, les tendirent propres à annoncer le bonheur ou l’infortune.

III.
Noms de diverses Cartes, conservés par les Espagnols.

Les noms de plusieurs de ces Tableaux conservés par les Espagnols, nous en font connoître la propriété. Ces noms sont au nombre de sept.

Le trois de denier, nombre mystérieux, appellé le Seigneur, le Maître, consacré au Dieu suprême, au Grand Iou.

Le trois de coupe, appellé la Dame, consacré à la Reine des Cieux.

Le Borgne ou l’As de denier, Phoebeoe lampadis instar., consacré à Apollon.

La Vache ou les deux coupes, consacrée à Apis ou Isis.

Le grand Neuf, les neuf coupes; consacré au Destin.

Le petit Neuf de denier, consacré à Mercure.

Le Serpent ou l’As de bâton (Ophion) symbole fameux & sacré chez les Egyptiens.

IV.
Attributs Mythologiques de plusieurs autres.

Plusieurs autres Tableaux sont accompagnés d’attributs Mythologiques qui paroissent destinés à leur imprimer une vertu particuliere & secrette.

Tels que les deux deniers entourés de la Ceinture mystique d’Isis.

Le quarte de denier, consacré à la bonne Fortune, peinte au milieu du Tableau, le pied sur sa boule & la voile déployé.

La Dame de bâton consacrée à Cérès; cette Dame est couronnée d’épis, porte la peau du lion, de même qu’Hercule le cultivateur par excellence.

Le Valet de coupe ayant le bonnet à la main, & portant respectueusement une coupe mystérieuse, couverte d’un voile; il semble en allongeant le bras, éloigner de lui cette coupe, pour nous apprendre qu’on ne doit approcher des choses sacrées qu’avec crainte, & ne chercher à connoître celles qui sont cachées qu’avec discrétion.

L’As d’Epée consacré à Mars. L’Epée est ornée d’une couronne, d’une palme & d’une branche d’olivier avec ses bayes, pour signifier la Victoire & ses fruits: il ne paroît y avoir aucune Carte heureuse dans cette couleur que celle-ci. Elle est unique, parce qu’il n’y a qu’une façon de bien faire la guerre; celle de vaincre pour avoir la paix. Cette épée est soutenue par un bras gauche sortant d’un nuage.

Le Tableau du bâton du Serpent, dont nous avons parlé plus haut, est orné de fleurs & de fruits de même que celui de l’Epée victorieuse; ce bâton mystérieux est soutenu par un bras droit sortant aussi d’une nuée, mais éclatante de rayons. Ces deux caractères semblent dire que l’Agriculture & l’Epée sont les deux bras de l’Empire & le soutien de la Société.

Les Coupes en général annonçoient le bonheur, & les deniers la richesse.

Les Bâtons destinés à l’Agriculture en pronostiquoient les récoltes plus ou moins abondantes, les choses qui devoient arriver à la campagne ou qui la regardoient.

Ils paroissent mélangés de bien & de mal: les quatre figures ont le bâton verd, semblable en cela au bâton fortuné, mais les autres Cartes paroissent, par des ornemens qui se compensent, indiquer l’indifférence:  le deux seul, dont les bâtons sont couleur de sang, semble consacré à la mauvaise fortune.

Toutes les Epées ne présagent que des malheurs, sur-tout celles qui marquées d’un nombre impair, portent encore une épée sanglante. Le seul signe de la victoire, l’épée couronnée, est dans cette couleur le signe d’un heureux événement.

V.
Comparaison de ces Attributs avec les valeurs
qu’on assigne aux Cartes modernes pour la Divination.

Nos Diseurs de bonne-fortune ne sachant pas lire les Hiéroglyphes, en ont soustrait tous les Tableaux & change jusqu’aux noms de coupe, de bâton, de denier & d’épée, dont ils ne connoissoient ni l’etynologie, ni l’expression; ils ont substitué ceux de coeur, de carreau, de trefle & de pique.

Mais ils ont retenu certaines tournures & plusieurs expressions consacrées par l’usage qui laissent entrevoir l’origine de leur divination. Selon eux,

Les Coeurs, (les Coupes), annoncent le bonheur.
Les Trefles, (les Deniers), la fortune.
Les Piques, (les Epées), le malheur.
Les Carreaux [Il est à remarquer que dans l’Ecriture symbolique les Egyptiens traçoient des carreaux pour exprimer la campagne.], (les Bâtons), l’indifference & la campagne.
Le neuf de pique est une carte funeste.

Celui de coeur, la carte du Soleil; il est aisé d’y reconnoître le grand neuf, celui des coupes: de même que le petit neuf dans le neuf de trefle, qu’ils regardent aussi comme un carte heureuse.

Les as annoncent des Lettres, des Nouvelles: en effet qui est plus à même d’apporter des nouvelles que le Borgne, (le Soleil) qui parcourt, voit & éclaire tout l’Univers ?

L’as de pique & le huit de coeur présagent la victoire; l’as couronné la pronostique de même, & d’autant plus heureuse qu’il est accompagné des coupes ou des signes fortunés.

Les coeurs & plus particulierement le dix, dévoilent les événemens qui  doivent arriver à la ville. La coupe, symbole duc Sacerdoce, semble destinée à exprimer Memphis & le sejour des Pontifes.

L’as de coeur & la dame de carreau annoncent une tendresse heureuse & fidelle. L’as de coupe exprime un bonheur unique, qu’on posséde seul; la dame de carreau indique une femme qui vit à la campagne, ou comme à la campagne: & dans quels lieux peut-on espèrer plus de vérité, d’innocence, qu’au village ?

Le neuf de trefle & le dame de coeur, marquent la jalousie. Quoique le neuf de denier soit une carte fortunée, cependant une grande passion, même heureuse, pour une Dame vivant dans le grand monde, ne laisse pas toujours son amant sans inquiétude, &c. &c. On trouveroit encore une infinité des similitudes qu’il est inutile de chercher, n’en voilà déjà que trop.

VI.
Maniere dont on s’en servoit pour consulter les Sorts.

Supposons actuellement que deux hommes qui veulent consulter les Sorts, ont, l’un les vingt-deux lettres, l’autre les quatre couleurs, & qu’après avoir chacun mêlé les caractères, & s’être donné reciproquement à couper, ils commencent à compter ensemble jusqu’au nombre quatorze, tenant les tableaux & les cartes à l’envers pour n’en appercevoir que le dos; alors s’il arrive une carte à son rang naturel, c’est-à-dire, qui porte le numéro appellé, elle doit être mise à part avec le nombre de la lettre sortie en même tems, qui sera placé au-dessus: celui qui tiendra les tableaux y remettra cette même lettre, pour que le livre du Destin soit toujours en son entier, & qu’il ne puisse y avoir, dans aucun cas, des phrases incomplettes; puis il remêlera & redonnera à couper. Enfin on coulera trois fois les cartes à fond avec les mêmes artentions; & lorsque cette opération sera achevée, il ne s’agira plus que de lire les numéros qui expriment les lettres sorties. Le bonheur ou le malheur que présage chacune d’elles, doit être combiné avec celui qu’annonce la carte qui leur correspond, de même que leur puissance en plus ou en moins est déterminée par le nombre de cette même carte, multiplié par celui qui caractérise la lettre. Et voilà pourquoi la Folie qui ne produit rien, est sans numéro; c’est, comme nous l’avons dit, le zéro de ce calcul.

VII.
C’étoit une grande portion de la Sagesse ancienne.

Mais si les Sages de l’Egypte se servoient de tableaux sacrés pour prédire l’avenir, lors même qu’ils n’avoient aucune indication qui pût leur faire présumer les événemens futurs, avec quelles espérances ne devoient ils pas se flatter de les connoître lorsque leurs recherches étoient précédées par des songes qui pouvoient aider à développer la phrase produite par les tableaux des sorts !

Les Prêtres chez cet ancien Peuple formerent de bonne-heure une Société savante, chargée de conserver & d’étendre les connoissances humaines. Le Sacerdoce avoit ses Chefs, & les noms de Jannès & Mambrès, que Saint Paul nous a conservés dans sa seconde Epître à Timothée, sont des titres qui caractérisent les fonctions augustes des Pontifes. Jannès [De même que Pharaon signifie le Souverain sans être le nom particulier d’aucun Prince qui ait gouverné l’Egypte.] signifie l’Explicateur, & Manbrès le Permutateur, celui qui fait des prodiges.

Le Jannès & le Mambrès écrivoient leurs interprétations, leurs découvertes, leurs miracles. La suite non-interrompue de ces Mémoires [Le Pape Gelase I. mit en 491 quelques Livres de Jannès & Mambrès au nombre des apocryphes.] formoit un corps de Science & de Doctrine, o`les Prêtres puisoient leurs conoissances physiques & morales: ils observoient, sous l’inspection de leurs Chefs, le cours des Astres, les inondations du Nil, les Phénomènes, &c. Les Rois les assembloient quelquefois pour s’aider de leurs conseils. Nous voyons que du tems du Patriarche Joseph ils furent appellés par Pharaon pour interpréter un songe; & si Joseph seul eut la gloire d’en découvrir le sens, il n’en reste pas moins prouvé qu’une des fonctions des Mages étoit d’expliquer les songes.

Les Egyptiens [Long-tems encore après cette époque les Mages reconnurent le doigt de Dieu dans les Miracles de Moyse.] n’avoient point encore donné dans les erreurs de l’idolâtrie; mais Dieu dans ces tems reculés manifestant souvent aux hommes sa volonté, si quelqu’on avoit pû regarder comme téméraire de l’interroger sur ses décrets éternels, il auroit au moins dû paroître pardonnable de chercher à les pénétrer, lorsque la Divinité sembloit, non-seulement approuver, mais même provoquer, par des songes, cette curiosité: aussi leur interpréatation fut-elle un Arts sublime, une science sacrée dont on faisoit une étude particuliere, reservée aux Ministres des Autels: & lorsque les Officiers de Pharaon, prisonniers avec Joseph, s’affligeoient de n’avoir personne pour expliquer leurs songes, ce n’est pas qu’ils n’eussent des compagnons de leur infortune; mais c’est qu’enfermés dans la prison du Chef de la Milice, il n’y avoit personne parmi les soldats qui pût faire les cérémionies religieuses, qui eût les tableaux sacrés, bien loin d’en avoir l’intelligence. La réponse même du Patriarche paroît expliquer leur pensée: est-ce que l’interpréatation, leur dit-il, ne dépend pas du Seigneur ? racontez-moi ce que vous avez vu.

Mais pour revenir auy fonctions des Prêtres, ils commencoient par écrire en lettres vulgaires le songe dont il s’agissoit, comme dans route divination où il y avoit une demande positive dont il falloit chercher la réponse dans le Livre des Sorts, & après avoir mêlé les lettres sacrées on en tiroit les tableaux, avec l’attention de les placer scrupuleusement sous les mots dont on cherchoit l’explication; la phrase formée par ces tableaux, étoit déchiffrée par le Jannès.

Supposons, par exemple, qu’un Mage eût voulu interpréter le songe de Pharaon dont nous parlions tout-à-l’heure, ainsi qu’ils avoient essayé d’imiter les miracles de Moyse, & qu’il eût amené le bâton fortuné, symbole par excellence de l’Agriculture, suivi du Cavalier & du Roi [Le Valet vaut 1., Le Cavalier 2., La Dame 3., Le Roi 4.]; qu’il sortît en même tems du Livre du Destin la Carte du Soleil, la Fortune & le fol, on aura le premier membre de la phrase qu’on cherche. S’il sort ensuite le deux & le cinq de bâton, dont le symbole est marqué de sang, que des tableaux sacrés on tire un Typhon & la Mort, il auroit obtenu une espèce d’interprétation du songe du Roi, qui pourroit avoir été écrit ainsi en lettres ordinaires:

Sept vaches grasses & sept maigres qui les dévorent.

Bâton.
Le Roi.
4
Le Cavalier.
2
Le
Soleil.
La
Fortune. 
Le Fol. 
2 | de
Bâ- | ton.
5 | de
Bâ- | ton.
Typhon. La
Mort.

Calcul naturel qui résulte de cet arrangement.


Le Bâton vaut 1. Le Soleil annonce le bonheur
Le Roi 4. La Fortune [Précédée d’une Carte heureuse.] de même.
Le Cavalier 2. Le Fol ou zéro met le Soleil aux centaines.

Total

7.
***


Les Signe de l’Agriculture donne sept.

On lira donc, sept années d’une agriculture fortunée donneront une abondance cent fois plus grande qu’on ne l’aura jamais éprouvée.

Le second membre de cette phrase, fermé par le deux & le cinq de bâton, donne aussi le nombre de sept qui, combiné avec le Typhon & la Mort, annonce sept années de disette, la famine & les maux qu’elle entraîne.

Cette explication paroîtra encore plus naturelle si l’on fait attention au sens & à la valeur des lettres que les tableaux représentent.

Le Soleil répondant au Gimel, veut dire, dans ce sens, rétribution, bonheur.

La Fortune ou le Lamed signifie  Régle, Loi, Science.

Le Fol n’exprime rien par lui-même, il répond au Tau, c’est simplement un signe, une marque.

Le Typhon ou le Zaïn annonce l’inconstance, l’erreur, la foi violée, le crime.

La Mort ou le Thet indique l’action de balayer: en effet, la Mort est une terrible balayeuse.

Teleuté en Grec qui veut dire la fin, pourroit être, en ce sens, un dérivé de Thet.

Il n eseroit pas difficile de trouver dans les moeurs Egyptiennes l’origine de la plûpart de nos superstitions: par exemple, il paroît que celle de faire tourner le tamis pour connoître un voleur, doit sa naissance à la coutume que ce Peuple avoit de marquer les voleurs avec un fer chaud, d’un … T, & d’un … Samech [Tau, signe: Samech, adhésion.], en mettant ces deux caractères, l’un sur l’autre, pour en faire un chiffre, Signum adherens, qui servît à annoncer qu’on se méfiât de celui qui le portoit, on produit une figure qui ressemble assez à une paire de ciseaux piqués dans un cercle, dans un crible, lequel doit se détacher lorsqu’on prononcera le nom du voleur & le fera connoître.

La Divination par la Bible, l’Evangile & nos Livres Canoniques, qu’on appelloit le sort des Saints, dont il est parlé dans la cent neuviéme Lettre de Saint Augustin & dans plusieurs Conciles, entr’autres celui d’Orléans; les sorts des Saint-Martin de Tours qui étoient si fameux, paroissent avoir été envisagés comme un contre-poison de la Divination Egyptienne par le Livre du Destin. Il en est de même des présages qu’on tiroit de l’Evangile, ad apperturam libri, lorsqu’après l’élection d’un Evéque on vouloit connoître quelle seroit sa conduite dans l’Episcopat.

Mais tel est le sort des choses humaines: d’une Science aussi sublime, qui a occupé les plus Grands Hommes, les plus savans Philosophes, les Saints les plus respectables, il ne nous reste que l’usage des enfans de tirer à la belle lettre.

VIII.
Cartes auxquelles les Diseurs de bonne-aventure, attachent des pronostics.

On se sert d’un Jeu de Piquet qu’on mêle, & on fait couper par la personne intéressée.

On tire une Carte qu’on nomme As, la seconde Sept, & ainsi en remontant jusqu’au Roi: on met à part toutes les Cartes qui arrivent dans l’ordre du calcul qu’on vient d’établir: c’est-à-dire que si en nommant As, Sept, ou tel autre, il arrive un As, un Sept, ou celle qui a été nommée, c’est celle qu’il faut mettre à part. On recommence toujours jusqu’à ce qu’on ait épuisé le Jeu; & si sur la fin il ne reste pas assez de Cartes pour aller jusqu’au Roi inclusivement, on reprend des Cartes, sans les mêler ni couper, pour achever le calcul jusqu’au Roi.

Cette opération du Jeu entier se fait trois fois de la même maniere. Il faut avoir le plus grand soin d’arranger les Cartes qui sortent du Jeu, dans l’ordre qu’elles arrivent, & sur la même ligne, ce qui produit une phrase hiéroglyphique; & voici le moyen de la lire.

Toutes les peintures représentent les Personnages dont il peut être question; la premiere qui arrive est toujours celle dont il s’agit.

Les Rois sont l’image des Souverains, des Parens, des Généraux, des Magistrats, des Vieillards.

Les Dames ont les mêmes caractères dans leur genre relativement aux circonstances, soit dans l’Ordre politique, grave ou joyeux: tantôt elles sont puissantes, adroites, intriguantes, fidelles ou légeres, passionnées ou indifférentes, quelquefois rivales, complaisantes, confidentes, perfides, &c. S’il arrive deux Cartes du même genre, ce sont les secondes qui jouent les seconds rôles.

Les Valets sont des jeunes Gens, des Guerriers, des Amoureux, des Petits-Maîtres, des Rivanx, &c.

Les Sept & les Huit sont des Demoiselles de tous les genres. Le Neuf de coeur se nomme, par excellence, la Carte du soleil, parce qu’il annonce toujours des choses brillantes, agréables, des succès, sur-tout s’il est réuni avec le Neuf de trefle, qui est aussi une Carte de merveilleux augure. Le Neuf de carreau désigne le retard en bien ou en mal.

Le Neuf de pique est la plus mauvaise Carte: il ne présage que des ruines, des maladies, la mort.

Le Dix de coeur désigne la Ville; celui de carreau, la campagne; le Dix de trefle, fortune, argnet; celui de pique, des peines & des chagrins.

Les As annoncent des lettres, des nouvelles.

Si les quatre Dames arrivent ensemble, cela signifie babil, querelles.

Plusieurs Valets ensemble annoncent rivalité, dispute & combats.

Les trefles en général, sur-tout s’ils sortent ensemble, annoncent succès, avantage, fortune, argent.

Les carreaux, la campagne, indifférence.

Les coeurs, contentement, bonheur.

Les piques, pénurie, soucis, chagrins, la mort.

Il faut avoir soin d’arranger les Cartes dans le même ordre qu’elles sortent, & sur la même ligne, pour ne pas déranger la phrase, & la lire plus facilement.

Les événemens prédits, en bien ou en mal, peuvent être plus ou moins avantageux ou malheureux, suivant que la Carte principale qui les annonce est accompagnée: les piques, par exemple, accompagnés de trefles, sur-tout s’ils arrivent entre deux trefles, sont moins dangereux; comme le trefle entre deux piques ou accolé d’un pique, est moins fortuné.

Quelquefois le commencement annonce des accidens funestes; mais la fin des Cartes est favorable, s’il y a beaucoup de trefles; on les regarde comme amoindris, plus ou moins, suivant la quantité: s’ils sont suivis du Neuf, de l’As ou du Dix, cela prouve qu’on a couru de grands dangers, mais qu’ils sont passés, & que la Fortune change de face.

Les As:

1 de carreau, 8 de coeur, bonne Nouvelle.
1 de coeur, Dame de pique, Visite de femme.
1 de coeur, Valet de coeur, Victoire.
1, 9 & Valet de coeur,  l’Amant heureux.

 

1, 10 & 8 de pique,  Malheur
1 de pique, 8 de coeur,  Victoire.

 

1 de trefle, Valet de pique, Amitié.


Les 7:

7 & 10 de coeur, Amitié de Demoiselle.
7 de coeur, Dame de careau, Amitié de femme.
7 de carreau, Roi de coeur, Retard.



Les 9:

Trois Neufs ou trois Dix, Réussité.


Les 10:

10 de trefle, Roi de pique, Présent.
10 de trefle & Valet de trefle, un Amoureux.
10 de pique, Valet de careau, quelqu’un d’inquiet.
10 de coeur, Roi de trefle, Amitié sincère.


 

Herausgegeben von
Hans-Joachim Alscher
Stand: 1. August 2002

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Aperçus sur l’initiation féminine 25 juin, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Aperçus sur l’initiation féminine

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

 

Par Jeanine Augé

Jeanine Augé

Mes soeurs, mes frères en franc-maçonnerie, en bouddhisme ou en humanité, je voudrais d’abord faire une première remarque en préambule. Je n’ai pas été avertie que Michel Barat et Bernard Besret avaient eu la charmante idée de me laisser disposer du temps qui leur était imparti. Je m’en suis tenue, avec discipline, à ce qui avait été convenu lors des réunions préparatoires, c’est à dire 25 minutes d’intervention. Cela peut sembler léger pour aborder l’initiation féminine. Mais celle-ci a été traitée en filigrane pendant tout ce colloque, comme si elle allait de soi, alors que ce fut et reste encore une longue et dure conquête.

Ma deuxième remarque est que, passant après de talentueux orateurs, je crains que mon discours ne soit un peu terre à terre et ne détonne, avec l’excuse que je ne suis pas encore bouddhiste. Mais je vous rassure tout de suite, si mon propos démarre sur des chapeaux de roues résolument féministes, cela ne dure qu’une page et demie (rires…).

Parler de l’initiation de la femme en faisant l’impasse sur les divergences concernant son initiabilité pourrait sembler outrecuidant si mon propos ne se situait pas dans l’espace de la modernité. Celle-ci consistant, à mon sens, à faire évoluer la tradition pour l’adapter au présent sans en altérer l’essentiel. Je n’ai pas tellement développé cela parce que je pensais que Bernard Besret allait s’exprimer très brillamment là-dessus. Moi, je pars de l’idée simpliste que nous créons, aujourd’hui, la tradition de demain. Autour de l’amande, va se concrétiser la coque qui est faite des acquis, que l’on ne peut ignorer, d’une civilisation qui évolue tant sur le plan du droit que sur celui de la technologie.

Dire que la femme est initiatrice, par essence, est une échappatoire que l’on utilise assez régulièrement. Elle fait référence à une mythologie qui a longtemps confiné la femme dans une fonction de reproductrice. En outre, la sacraliser comme déesse-mère, comme déesse des moissons, comme déesse de l’amour renvoie en quelque sorte la femme à la nature passive de terre fécondable qu’on lui prête. Il y eut dans le Parnasse traditionnel trop de Déméter, trop de Junon, et pas assez, à mon avis, d’Athéna. La déification de la femme lui a été bien moins profitable que de lui permettre de retrouver le divin en elle.

C’est donc de la quête initiatique de la femme moderne, et plus particulièrement de celle que j’ai moi-même entreprise, que je voudrais parler. Je ferai toutefois un retour, plus ou moins bref, sur les difficultés que les femmes ont rencontrées sur leur route et qui perdurent pour certaines d’entre elles dans les milieux religieux et intégristes. Nous savons par nos soeurs turques que certains pays font un retour en arrière considérable. Toute l’histoire de l’humanité est marquée par la difficile reconnaissance de la complémentarité et de l’égalité qualitative de la femme par rapport à l’homme.

Si Jésus et Bouddha acceptèrent volontiers que les femmes suivent leurs enseignements, leur reconnaissant ainsi le droit à la spiritualité, à la connaissance, l’Eglise catholique porte la lourde responsabilité d’avoir mis la femme pendant très longtemps à l’écart du monde de l’esprit. Les références constantes aux origines judéo-chrétiennes de la nécessité d’un fondement religieux m’ont beaucoup gênée.

C’est contre ces conceptions que s’est, en effet, bâtie la franc-maçonnerie féminine. Le patient travail de recherche de Uta Ranka Heineman dans son livre Des Ennuques pour le royaume des cieux, en est un témoignage accablant. Depuis le célèbre verset de St Paul dans l’épître aux Corinthiens : « Que les femmes se taisent dans les assemblées », aux positions prises par les papes sur l’ordination des femmes en passant par les déclarations de St Augustin : « Combien plus agréable est la cohabitation de deux amis, comparée à celle d’un homme et d’une femme ! » -je ne sais pas si vous êtes toujours d’accord- (rires…) ou la crainte exprimée par St Thomas de la féminisation du coeur humain, la femme a été longtemps présentée comme source de troubles, une incitation au péché, parfaitement inutile, sinon nuisible à la spiritualité de l’homme. L’enseignement ne sied pas au sexe féminin, précise St Thomas d’Aquin.

Est-ce pour les mêmes raisons moyenâgeuses que le pape actuel rejoint, dans son refus du sacerdoce des femmes, le canoniste de l’église orthodoxe du XIIe siècle, Théodore de Balsamo, qui le justifiait par l’impureté du flux menstruel ! Refuser l’ordination, c’est refuser le droit de transmettre, d’initier, car qui dit initiation dit transmission du contenu d’une tradition que l’on a intégrée et revivifiée. A mon avis, ce n’est ni dans la religion catholique, ni dans les religions refusant le sacerdoce des femmes que celles-ci peuvent prétendre à une totale initiation.

Même si c’est un peu folklorique, je vais passer rapidement sur les jugements, pour le moins surprenants à l’époque moderne, qui dénièrent à la femme toutes les qualités requises pour être initiée. « Femme inapte et ridicule », selon Erasme, femme passive, femme coupable, qui conduisit Adam et toute l’humanité hors de l’Eden, vers la dualité et la mort. Le cher Beaudelaire y va de son interrogation : « J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans une église, quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? » (rires…). Au XIXe siècle, Julien-Joseph Vire perd tout sens du ridicule -il faut quand même que je vous le lise, même si c’est un peu long- quand il écrit dans L’Histoire naturelle du genre humain : « La force vitale développe les organes supérieurs du corps de l’homme et les organes inférieurs du corps de la femme. Il y a, dans le premier, une tendance à la supériorité et à l’élévation. Dans la seconde, on remarque une impulsion inverse. La vie s’épanouit vers la tête de l’homme. Elle se concentre vers la matrice de la femme. L’un donne. L’autre accepte. La femme est donc destinée par la nature à l’infériorité et à vivre en second ordre. »

Et Françoise Collin, de nos jours, écrit : « Lorsque les femmes ne sont pas déclarées inférieures mais différentes, c’est pourtant toujours la masculinité qui fait norme. Les femmes sont certes des êtres humains raisonnables, mais leur raison est celle du sentiment dont le règne reste confiné entre les murs du privé. Aux femmes, les méandres de la subjectivité ; aux hommes, la voie royale de l’objectivité, de l’espace public. »

Je ne peux passer sous silence le poids que l’exclusive prononcée par le Pasteur Anderson contre les femmes assimilées à des irresponsables dans ses Constitutions, fait peser sur la franc-maçonnerie féminine. Quel est ce centre de l’union qui, tout de même, exclut la moitié de l’humanité ?

Si je me suis un peu étendue, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser, sur les condamnations que les périodes successives ont prononcées contre la femme, c’est parce qu’elles touchaient au vif sa capacité à vivre une initiation spirituelle telle que nous prétendons la réaliser par exemple en franc-maçonnerie, puisque c’est de cette expérience dont je peux me prévaloir. En effet, je ne saurais aborder ici d’autres formes d’initiation, telle l’initiation tribale qui concerne surtout le passage des adolescents d’un âge à l’autre ou l’initiation magique qui est censée doter l’impétrant de pouvoirs surnaturels.

L’initiation à laquelle je consacre le meilleur de moi-même est un long chemin qui a commencé avec une mort symbolique et la prise de conscience d’une reconstruction de l’être à réaliser. Il y a la cérémonie de l’initiation qui met sur la voie. Il y a le parcours initiatique avec ses épreuves, ses méandres et, au bout l’initiation suprême, qui attend tout vivant, le terme où l’existence prend tout son sens avec les trois pas, le trépas. . .

Se faire initier, c’est accepter la quadruple purification des éléments pour mieux progresser, allégés vers la plénitude de la connaissance. Aucun dogme n’est imposé. Mais la transmission ininterrompue de l’influence spirituelle est nécessaire. La communication se fait selon le rituel des grades. On vous en a déjà amplement parlé.

L’initiation conduit l’initié à prendre conscience des possibilités latentes au plus profond de lui-même. D’étape en étape, les symboles, les rites et les mythes peuvent réveiller en chacun le souvenir d’une sagesse perdue, d’une unité occultée par l’agitation chaotique de la vie profane. La réconciliation de l’individu condamné au binaire avec l’unicité du tout, est ce que la franc-maçonnerie peut réaliser dans le silence qui s’impose au chercheur de vérité.

Pour certains, on peut dire que ce parcours restera dans le domaine du mental et de la philosophie. Pour d’autres, l’enseignement ésotérique du symbole aboutira au sacré qui relève non de la pensée discursive mais de l’expérience directe. La loge, les maîtres n’interviennent que pour aider l’initié à trouver son maître intérieur. L’enseignement oral et le silence répondent au désir d’ignorer toutes les limites qu’impose la manifestation existentielle afin d’atteindre l’infini universel du non-manifesté. Les mots sont réducteurs et l’essentiel n’est pas transmissible par leur truchement, c’est là le secret maçonnique.

On fait référence trop souvent à la facilité avec laquelle on trouve les rituels en librairie. Il y a autant de différence entre la lecture d’un rituel et une tenue qu’entre la vision d’une photographie de vacances et le goût du sel marin face à l’infini maritime ou l’indicible de la splendeur d’un soleil rougeoyant qui décline sur les cimes enneigées.

Il m’apparaît que la finalité de l’initiation est la même pour tous les êtres, homme ou femme. Les méthodes de travail en revanche, diffèrent pour s’adapter à la nature masculine ou féminine de l’initié ou de l’initiable.

Je suis convaincue que ce ne sont pas tellement les sources opératives de la franc-maçonnerie que l’on nous oppose si souvent qui posent problème. La plupart des frères francs-maçons, j’en suis sûre, seraient bien en peine d’utiliser les outils du constructeur de cathédrale dont ils se réclament ou de dresser les plans d’un édifice. Les outils sont les symboles concrets de principes et de concepts. A telle enseigne que nos soeurs africaines, qui n’ont pas les mêmes règles de construction, assimilent fort bien la symbolique des outils maçonniques comme le fil à plomb, le niveau et l’équerre . . . La différence fondamentale réside, à mon avis, dans les valeurs à la fois opposées et complémentaire du yin et du yang, à ceci près que, finalement, l’homme et la femme participent de la même nature, du moins j’ose l’espérer. J’en veux pour preuve que le sang qui véhicule l’essence de l’être n’est pas sexué. Parmi les nombreuses incompatibilités qui existent entre donneur et receveur, celle du sexe est à ce jour inconnue.

Il s’agit bien plus, pour moi, d’une proportion que le symbole du Tao To King exprime fort bien. Quand le yang domine, les valeurs solaires et masculines dominent avec leur cortège de combativité, d’éclats lumineux qui procèdent de la nature du ciel et se rapportent à l’esprit actif et à la raison. Là où le yin prédomine, c’est la référence à la terre qui donne son caractère de passivité mais aussi de potentialité, ce qui, selon Guénon est « la racine de toute existence ».

Lumière et ombre sont indissolublement liées sans y voir, comme dans le mazdéisme, un quelconque jugement de valeur entre le bien et le mal. Le yang n’est jamais sans le yin, le yin n’est jamais sans le yang puisqu’ils participent tous les deux à la fois du ciel et de la terre.

Le caractère yin, prédominant chez la femme, lui facilite la démarche évolutive qui correspond plus précisément à l’apprentissage, à l’oeuvre au noir. Dans le féminin de l’être, Annick de Souzenelle écrit : « Les nuits de l’âme sont entrailles de mutation, matrice sainte, athanor alchimique de résurrection. » La femme, par sa capacité à donner la vie, est en phase étroite avec l’univers des cycles et l’ordre du monde. Cet ordre qu’elle intègre rythme sa vie intime tous les mois comme pour rappeler son implication dans la marche cosmique. Sa condition n’est pas la passivité mais bien plutôt la complicité, l’empathie avec les lois de l’univers qui en fait sa dépositaire. D’où son intelligence avec le coeur des choses et de sa force de résistance qui lui permettent de passer outre les avanies et les secousses de la vie triviale pour aller souvent à l’essentiel.

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

Tout système vivant est à la fois fermé structurellement et ouvert énergétiquement pour expérimenter, progresser, se reproduire. La femme sensible à l’émotion peut, par l’initiation, transformer cette faiblesse en une aptitude à la compréhension, à la compassion, à la perméabilité à tout ce qui relève de l’esprit, de l’immatériel.

Le compas lié à l’équerre, que tout le monde connaît comme les deux symboles récurrents de l’initiation maçonnique, lui sont nécessaires et familiers dans ses fonctions d’éducatrice, de gardienne des valeurs familiales et de citoyenne humaniste. Particulièrement intuitive, la nature féminine vit de manière plus globalisante le triple aspect de la vie, corps, esprit, âme ou, si l’on préfere, corps, coeur, esprit .

L’initiation, c’est aussi pénétrer au-delà des apparences pour essayer d’atteindre à l’essence.

Visionnaire, la femme ? Non, sûrement pas, mais réceptive, perméable, lunaire dans le sens positif. moins emprisonnée dans le carcan de la logique et du mental. Elle aborde les manifestations de la vie avec l’optique de l’artiste, de l’esthète, du poète qui sont des initiés à leur manière.

L’initiation, c’est aussi dominer la souffrance ou, tout au moins, l’intégrer comme une épreuve nécessaire à la sublimation. Si Jéhovah fit sortir la femme de la côte de l’homme, elle a rendu la politesse à ce dernier depuis la nuit des temps, au prix de bien des souffrances tant physiques que morales. Et son sens des valeurs en a été magnifié, parce qu’elle met au monde, nourrit, éduque tout en défendant ses droits contre son compagnon, son fils, son frère, le poids de la tradition, de la politique et des religions intégristes.

La femme initiée a été avertie que son chemin est semé d’embûches, que son engagement la place dans une dynamique de construction avec tous les dangers et souffrances que cela peut comporter. Les outils blessent, le matériau résiste, la construction échappe au concepteur maladroit. Il faut faire et refaire, mais la femme connaît la patience et les aléas de la gestation. L’initiation se vit à chaque moment de l’existence, ici et maintenant. Bien des femmes suivent la voie initiatique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. C’est pour cela que je me pose, que je vous pose ces questions.

Et si l’initiation des femmes passait par leur libération économique, leur conférait l’autonomie nécessaire, la liberté de mouvement qu’offre l’indépendance monétaire ?

Et si l’initiation des femmes passait par un partage équitable de tous les pouvoirs lui permettant de se réaliser dans tous les domaines et d’aborder ainsi tous les aspects de l’implication de l’humain dans les phénomènes universels ?

En un mot, et si l’initiation de la femme passait par la conviction, confortée par les structures religieuses, sociales et politiques, qu’elle est un être humain à part entière ?

Pour qu’il y ait initiation, il faut qu’il y ait éveil et que la conscience de cet éveil replace chaque action, chaque pensée, dans une direction qui donne sens à la vie. Pour ce faire, il faut que la femme ait enfin droit de vivre pour elle-même et ne vienne pas à l’initiation seulement pour reprendre, ce que j’ai trop souvent entendu lors des auditions, lorsqu’elle est à la retraite, les enfants partis, le mari moins exigeant ou disparu. Je dois reconnaître que si, statistiquement, la moyenne d’âge de nos soeurs était très élevée, il y a encore 8 à 10 ans, elle a tendance actuellement à baisser, ce qui est très encourageant

La femme a des devoirs envers ce qu’elle incarne. Ce que nous rappelons dans le testament philosophique que l’impétrante doit rédiger dans le cabinet de réflexion. On lui demande les devoirs envers la patrie mais aussi envers elle-même et envers l’humanité. Je pense que l’évolution que connaît actuellement notre société va ouvrir la voie aux valeurs féminines qui s’avèrent de plus en plus nécessaires pour contrebalancer une mondialisation fondée sur la finance, l’économie, le pouvoir des banques et la technocratie. Parallèlement, la synthèse se fait entre les notions de matière, d’esprit et de psychisme et Schodengger va jusqu’à énoncer : « Ne nous trompons-nous pas en pensant qu’il y a autant d’esprit que de corps ; peut-être n’y a-t-il qu’un seul esprit ? »

Une nouvelle manière d’appréhender et d’agir sur le monde en découle, mettant l’accent sur l’importance donnée au monde associatif, à la communication, à la solidarité, à la croissance de l’économie de service, tous domaines que connaît bien l’activité féminine et qui, peut-être, fonde ce qui est la modernité.

Je dirai en conclusion que les femmes ont tout à gagner à préserver leur identité et les qualités qui leur sont plus particulièrement dévolues. L’initiation leur permet de les affermir, de les développer, mais qu’elles ne refusent pas ce qu’il y a de solaire, de yang en elles. Qu’elles sachent le reconnaître et le cultiver sans perdre leur spécificité car, ainsi, elles pourront tendre à l’universel.

Si l’homme initié fait de même et accepte d’être aussi lunaire, alors tous deux retrouveront sur le plan spirituel et initiatique les vertus de l’endroginat. Le retour au centre, à l’unité, est au terme de cette descente dans les profondeurs car on sait bien que les parallèles finissent quand même par se rejoindre, dans l’infini du cosmos.

Je terminerai sur cet extrait d’un poème du Tao des femmes qui est publié chez Trédaniel :

« Les hommes et les femmes sont le miroir du Tao.

L’homme n’est pas plus grand, la femme n’est pas plus belle.

Les fleuves suivent chacun leur lit uniquement pour se rencontrer dans l’océan.

La terre accueille le soleil à la fin de chaque jour.

Le soleil à l’apogée se lève ou se couche.

C’est vous qui décidez du sens ! »

Questions-réponses

Christian Bodson

 

D’abord un témoignage que j’ai plaisir à vous lire.

« J’ai toujours pensé que la maçonnerie m’avait pennis de développer cette part de féminité qui sommeille en moi. Elle a permis de libérer mon coeur, moteur de la main tendue. Même si mon obédience n’accepte pas les femmes en loge, de par ma fréquentation de la tradition celtique, je suis persuadé que la femme est soleil et l’homme, lune. Il n’y a que les hommes en mal de masculinité pour penser le contraire. »

Lama Denys

 

Cela me donne l’occasion de faire un petit rappel. En fait, nous sommes d’accord avec les Celtes sur ce point. Dans la tradition des tantras, d’un côté le féminin rouge et de l’autre le masculin blanc correspondent respectivement au soleil et à la lune. La femme est solaire et l’homme est lunaire. Il y a aussi, dans cette vision, le féminin qui est intelligence -prajna- qui est la sagesse, l’ouverture, la matrice omniprésente, toute englobante, accueillante, qui est fécondée, qui est habitée par le principe masculin… En tout cas, vacuité, sagesse, intelligence, c’est féminin. Tout ce qui est de l’action gouvernée par la compassion est masculin. Cela étant, blanc et rouge sont des principes complémentaires qui sont aussi les équivalents du yang et du yin. On retrouve cela dans nombre de traditions primordiales et pas seulement chez les Celtes. . .

Jean-Pierre Pilorge

 

Ces couleurs, blanche et rouge, on les retrouve aussi lorsque le pontife romain est vêtu selon la manière qui convient en symbolisme, de la cape rouge qui est celle du pouvoir royal, et de la robe blanche qui est celle du pouvoir sacerdotal, tel que nous l’avons évoqué hier avec l’arche royale, étant entendu que la fonction prophétique, elle, n’a pas de couleur, car elle ne peut pas s’institutionnaliser.

Un intervenant. Est-ce-que la Grande Loge Féminine de France a accès aux émissions radiotélévisées ?

Jeanine Augé

 

Oui, le dimanche matin. Est posée la question de l’obédience alors, pour te dédouaner, et comme cela le doute continuera à planer sur mon appartenance, je dirai que cette émission a lieu le dimanche matin sur France-Culture à 9 h 40. Ainsi, on ne saura pas si je suis le roi Salomon ou la reine de Saba.

Un intervenant. Entre l’homme et la femme, qu’en est-il de l’identité, de l’égalité, selon vous ?

Jeanine Augé

 

C’est une question qui est tout un monde à elle toute seule !

Identité, non, égalité, oui. Il y a évidemment une part biologique très fondamentalement identique. Quand à l’égalité, elle se conquiert tous les jours. Sur le plan des droits que nous n’avons pas, par exemple. Mais sur les plans de la culture, de l’intelligence et de la réalisation de l’être, je pense que c’est chose faite. Mais peut-être pas avec les mêmes références que les hommes.

Un intervenant. Personne ne conteste l’initiabilité des femmes. Mais pourquoi se cantonner à la pratique du rite masculin ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que le rite soit masculin. Le rite est traditionnel et les rites que nous pratiquons sont des rites de tradition avec des outils qui, je le répète, ne sont pas des outils d’hommes mais des outils principes. Je ne vois vraiment pas pourquoi nous irions mettre une machine à coudre sur l’autel des serments. Certes, cela a été suggéré même par des femmes. Mais me gène considérablement. Cela ne prouve qu’une chose, c’est que l’on a pas compris ce qu’était vraiment un outil symbolique.

Un intervenant. Pouvez-vous développer davantage votre affirmation concernant l’ouverture nécessaire vers les voies féminines de l’initiation pour compenser les effets de la mondialisation et de la technocratie ?

Jeanine Augé

 

Là, c’est tout un programme. Je pense qu’actuellement notre société est absolument féroce. Elle est bâtie sur la compétitivité, sur la technocratie. Lorsque l’on voit des fortunes s’édifier en un rien de temps par le jeu d’internet, des échanges -je ne suis pas très lancée là dedans- mais quelques coups de téléphone entre Tokyo et New York et des fortunes se font ou s’effondrent en quelques minutes. Tout cela, ce sont des valeurs qui, pour moi, représentent ce qu’il y

a de pire dans la nature masculine, c’est-à-dire un désir d’hégémonie. Je pense que les femmes, par le sort qu’on leur a fait et qu’elles ont peut-être accepté trop facilement, sont beaucoup plus tournées vers les notions de solidarité, d’effort, de lente construction.

Actuellement, l’industrialisation a gommé les différences qui existaient en la force musculaire de l’homme et de la femme. La femme, dans le monde du travail, se retrouve, dans nos sociétés industrielles, je parle en personne privilégiée, à égalité avec l’homme. Mais elle peut justement y faire ressortir une philosophie de solidarité dont elle n’a pas l’apanage mais qu’elle pratique plus facilement.

Je suis toujours gênée lorsque je parle de la femme parce que je parle en femme privilégiée et je n’oublie pas dans les discours que l’on fait ici ce qui ce passe en Afghanistan, en Algérie. Et là, je dis que c’est l’horreur et je me demande justement ce qui est fait par les hommes et par les femmes pour sortir de cette géhenne.

Un intervenant. Ma très chère soeur, j’ai apprécié ta plaidoirie en forme de réquisitoire -oh non, ce n’était pas un réquisitoire, mais un constat !- à l’encontre d’un ennemi imaginaire, l’homme. Lequel, merci pour lui, est dénué, selon toi, de toute sensibilité et de toute capacité à aimer. Ce langage, ce combat d’arrière-garde, me semble un peu dépassé, du moins chez nous.

Jeanine Augé

 

Eh bien oui ! Quand je parle de la femme, je ne parle pas uniquement de là femme tirée d’affaire. Je parle, je le répète, des valeurs féminines dans ce monde. Je crois que la maçonnerie est quelque chose qui s’ouvre, qui doit s’ouvrir et prendre en compte tous les problèmes planétaires. C’est pour cela que je suis un peu dure, mais enfin, quand on voit en plein XXe siècle, des femmes se déplacer sous un drap de lit avec juste un petit quadrillage pour respirer, on se dit quand même qu’il y a quelque chose qui ne va pas du tout.

Un intervenant. Ta présence à la tribune ainsi que celle d’Anne-Françoise Rey n’en est-elle pas la preuve ?

Jeanine Augé

 

Si, mais vous remarquez que nous sommes deux, trois, contre quantité d’hommes. (rires…) Alors, je dis qu’il ne faut pas croire que je suis une ennemie de l’homme. J’ai quatre petits-fils. J’ai deux fils dont l’un et maçon et, croyez-moi, j’apprécie les valeurs masculines. Je sais aussi que lorsqu’on éduque ses enfants, et ses fils en particulier, d’une certaine manière, on met un peu plus d’amour dans le monde. Je crois que les femmes sont souvent piégées par la propre éducation qu’elles donnent à leurs enfants.

Alain Lorand

 

Là, c’est tout un plaidoyer que je vais vous lire.

« Il existe une maçonnerie dont les quatre principes fondateurs sont l’internationalisme, l’égalité essentielle de la femme et de l’homme, la laïcité dans le respect absolu des modes de pensée à l’exclusion de ceux qui prônent le racisme et l’exclusion et, ce qui est moins important, la continuité initiatique du 1° au 33°. L’égalité essentielle des deux sexes humains y est vécu au quotidien.

Il existe des hommes, et pas seulement au Droit Humain, qui, depuis trente ans, prônent et se battent pour l’égalité des sexes comme de ce que l’on appelait les races. Alors, marchons, progressons, faisons circuler le message et je souhaite, pour ma part, que le discours en faveur de la femme perdure mais qu’il soit dirigé vers les bonnes cibles. Il y a à faire, nous avons hérité de plusieurs dizaines de siècles d’inégalité. L’avenir n’est pas dans le conflit mais dans la fraternisation universelle y compris et surtout entre les sexes. »

Jeanine Augé

 

Je vais vous lire une question à laquelle je ne répondrai pas mais qui vous prouvera que je n’ai peut-être pas tort de dire que les femmes ne sont parfois pas très bien comprises par les hommes.

« Ma sœur, explique-nous pourquoi aucune femme n’est un compositeur de musique de renommée mondiale dans l’histoire ! »

Eh bien, je ne répondrai pas ! (applaudissements…)

Une voix dans l’assistance  : « Il y a Hildegard de Bingen, que l’on redécouvre. »

Un intervenant. Jéhovah n’a pas fait sortir la femme de l’homme. Il a dit que ce n’était pas bon pour l’homme d’être seul. Il a donc créé un être différent de l’homme. Un autre coté de l’homme, un côté intériorisé. Il faut donc réaliser le côté féminin qui est en chaque être humain.

Jeanine Augé

 

C’est une façon de s’exprimer quand j’ai dit que l’on avait sorti la femme de l’homme parce que je me souviens d’avoir ouvert un colloque avec mon frère et mon ami Michel Barat en disant que ce n’était pas la côte d’Adam, c’était le côté. Il m’avait reprise en disant : « Si, si, si, Bossuet disait l’os surnuméraire ! »

Un intervenant. Que pensez-vous d’une maçonnerie féminine qui se fonderait sur un rituel et un symbolisme du tissage plutôt que sur celui de la maçonnerie opérative des constructeurs de cathédrales, comme le suggère Guénon ?

Jeanine Augé

 

Je dirai que moi, le tissage, je n’ai pas connu. En revanche, j’ai fait de la sculpture. Je crois bien qu’il y ait, à la cathédrale de Strasbourg, des oeuvres d’une femme qui a en particulier produit la statue de la foi. Alors pourquoi pas ? Ca reste à créer ! Mais, pour l’instant, je suis très bien dans mon obédience avec mes rituels.

Un intervenant. Si statistiquement, l’âge des soeurs diminue en loge, je vois là une volonté d’ouverture des loges qui, jusqu’ici,manifestaient en la matière une grande frilosité à voir trop de jeunes femmes bousculer la tradition. Les choses auraient-elles tendance à bouger ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que cela soit la frilosité des soeurs. Je pense que les femmes n’étaient pas disponibles parce qu’une des premières choses que l’on demande, lorsqu’elles se présentent, c’est d’être assidues. Or, une femme qui a des enfants en bas âge, -on le sait dans le monde du travail, c’est toujours la même chose qui se produit- est sujette à l’absentéisme. Cet absentéisme des femmes est très souvent critiqué, alors que c’est l’organisation de la société qui ne leur fournit pas les moyens de faire garder les enfants. Tout cela s’est amélioré et je pense que telle est la cause de cette prétendue frilosité.

Un intervenant. La maçonnerie accepte l’entrée à l’âge légal, à 18 ans. Je peux dire, elle n’est pas là et je ne porte pas son nom, donc je ne la trahis pas, que ma fille est entrée à 18 ans et s’en porte très bien. Elle a été très bien acceptée, comme mon fils qui est entré à 23 ans et s’en trouve aussi très bien. Non, il n’y avait pas cette peur. Je crois que les femmes n’étaient pas disponibles.

Un intervenant. Initier la femme, c’est prendre la femme comme objet et non comme actrice unique de son initiation qui, ne l’oublions pas, dure toute la vie maçonnique.

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas avoir laissé entendre qu’il y avait chez nous quelqu’un qui surveillait l’initiation. Au contraire, j’ai dit que l’on avait à trouver le maître intérieur. Mais il y a quand même la cérémonie d’initiation qui s’appelle initiation, que voulez-vous !

C’est un point de départ. Ensuite, le chemin est plus solitaire qu’ailleurs puisque nous disons en maçonnerie que le maçon s’initie lui-même. Nous refusons toute idée de gourou ou de maître à penser dans la maçonnerie actuelle. Je ne pense pas avoir dit que, dans son travail, l’on tenait quelqu’un par la main pour le traiter comme un objet. Au contraire, le but de l’initiation féminine, c’est de lui donner une indépendance. C’est la prise de conscience de sa propre valeur qui va la rendre indépendante de tout : des idées, des préjugés, et, disons, des compagnies trop dures dans son entourage…

Octobre 1997

 

Jeanine Augé


http://www.buddhaline.net/spip.php?article304


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Danse et Initiation 1 janvier, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Danse et Initiation

 

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessibles à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmiques, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les caractères et les passions. Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»

Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante. Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

La danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pas concevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamennais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du cœur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leur lancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamétralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethnologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)

Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pèlerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.


LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASE

Après avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase. Saint Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

LE CHAMANISME

Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’œil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix. Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE

Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’Asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense. La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Khmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomime de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA

L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : Les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le cœur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

LES HÉBREUX

Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

LA GRECE

Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarqué chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dionysiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du chœur, etc….

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : Les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. Danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

LE MOYEN-AGE

Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

LE BAROQUE

Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferme une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

LE SYSTEME CLASSIQUE

Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parle un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, la Nature a fourni à la danse et à l’homme les Positions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillée de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennement

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,
- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,
- Expression spontanée des émotions et des langages humains,
- La danse est éternelle !

Gilbert MAYER

http://www.cgagne.org

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Sur la déesse Isis 17 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Sur la déesse Isis

 

Extraits d’un texte de Gobinau de Montluisant intitulé : Les Statues d’Isis

Isis et Osiris représentent la nature et la chaleur du feu solaire, humide radical et chaleur naturelle.

Les statues d’Isis portent les symboles de la Lune et du Ciel Astral.

Tantôt vêtue de noir pour marquer la voie de la corruption et de la mort, commencement de toute génération naturelle, comme elles en font le terme et la fin où tendent toutes créatures vivantes dans la roue de la Nature.
Noir = Lune= Mercure philosophique :
ces termes reçoivent la lumière d’autrui : du Soleil et de son esprit vivifiant.

Sur la tête, elle portait un chapeau de cyprès sauvage (d’auronne ) pour désigner le deuil de la mort physique d’où elle sortait et d’où elle faisait sortir tous les êtres mortels, pour revenir à la vie naturelle et nouvelle, par le changement de forme, et les gradations à la perfection des composés naturels.

Son front était orné d’une couronne d’or, ou guirlande d’olivier, comme marques insignes de sa souveraineté, en qualité de Reine du grand monde, et de tous les petits mondes, pour signifier l’onctuosité aurifique ou fulgureuse du feu solaire et vital qu’elle portait et répandait dans tous les individus par une circulation universelle ; et en même temps pour montrer qu’elle avait la vertu de pacifier les qualités contraires des éléments qui faisaient leurs constitutions et leurs tempéraments, en leur rendant et entretenant ainsi la santé.
La figure d’un serpent entrelacé dans cette couronne, et dévorant sa queue, lui environnant la tête, pour noter que cette oléaginosité n’était point sans venir de la corruption terrestre, qui l’enveloppait et entourait orbiculairement, et qui devait être mortifiée et purifiée par les Sept circulations planétaires, ou aigles volantes, pour la santé des corps.
De cette couronne sortaient trois cornes d’abondances pour annoncer la fécondité de tous les biens, sortant de trois principes antés sur son chef, comme procédant d’une seule et même racine qui n’avait que les cieux pour origines.

Isis rassemble les vertus vitales des trois règnes et familles de la Nature sublunaire ; elle est notre mère originelle, l’Artiste et le sujet essentiel.

A son oreille droite l’on remarquait l’image du croissant de Lune et à sa gauche la figure du Soleil pour enseigner qu’ils étaient le père et la mère, les Seigneur et Dame de tous les êtres naturels, et qu’elle avait en elle ces deux flambeaux ou luminaires, pour communiquer leurs vertus, donner la lumière et l’intelligence au monde, et commander à tout l’empire des animaux, végétaux et minéraux : sur le haut du col de sa veste étaient marqués les caractères des planètes et les signes du Zodiaque qui les assistaient en leurs offices et fonctions, pour faire connaître qu’elle les portait et distribuait aux principes et semences des choses, comme étant leurs influences et propriétés, comme étant les gouverneurs de tous les corps de l’univers, desquels corps elle faisait ainsi des petits mondes.

Cette déesse portait un petit Navire ayant pour mât un fuseau, et duquel sortait une équerre dont l’angle figurait un serpent enflé de venin ; pour faire comprendre qu’elle conduisait la barque de la vie sur Saturnie, c’est-à-dire sur la Mer orageuse du temps ; qu’elle filait les jours, et en ourdissait la trame : elle démontrait encore par là qu’elle abondait en humide sortant du sein des eaux, pour allaiter, nourrir et tempérer les corps, même pour les préserver et garantir de la trop grande adustion du feu solaire, en leur versant copieusement de son giron l’humidité nourricière qui est la cause de la végétation, et à laquelle adhérait toujours quelque venin de la corruption terrestre, que le feu de nature devait encore mortifier, cuire, diriger, astraliser et perfectionner, pour servir de remède universel à toutes maladies, et renouveler les corps ; d’autant que le Serpent se dépouillant de sa vieille peau, se renouvelle, et est le signe de la guérison et de la santé : ce qu’il ne fait pas au Printemps, au retour de l’esprit vivifiant du Soleil, qu’après avoir passé par la mortification et la corruption hivernale de la nature : cette statue avait en la main gauche une cymbale, et une branche d’auronne, pour marquer l’harmonie qu’elle entretenait ainsi dans le monde, et en ses générations et régénérations , par la voie de la mort et des corruptions, qui faisaient la vie d’autres êtres sous diverses formes, par une vicissitude perpétuelle : cette cymbale était à quatre faces pour signifier que toutes choses, ainsi que le Mercure philosophique, changent et se transmuent selon le mouvement harmonieux des quatre éléments, causé par la motion et l’opération perpétuelle de l’esprit fermentateur qui les convertit l’un et l’autre jusqu’à ce qu’ils aient acquis la perfection.

La ceinture qui entourait le corps était attachée par quatre agrafes en forme de quadrangle pour faire voir qu’Isis ou la Nature, ou bien encore la matière première, était la quintessence des quatre éléments qui se croisaient par leurs contraires en formant les corps ; qu’ainsi la chose signifiée et entendue était une, et tout, c’est-à-dire un abrégé du grand monde, que l’on appelle petit monde : un très grand nombre d’étoiles était parsemé en cette ceinture pour dire que ces flambeaux de la nuit l’environnaient pour éclairer au défaut de la lumière du jour, et que ces Éléments n’étaient point leurs luminaires non plus que les corps élémentés, qui tous les tenaient d’elles.

Sous ses pieds, l’on voyait une multitude de serpents et d’autres bêtes venimeuses qu’elle terrassait, pour indiquer que la Nature avait la vertu de vaincre et surmonter les esprits impurs de la malignité terrestre et corruptrice, d’exterminer leurs forces, et évacuer jusqu’au fond de l’abîme leurs scories et terre damnée ; ce qui exprimait par conséquent que sa même vertu en cela était de faire du bien, et d’écarter le mal, de guérir les maladies, rendre la vie, et préserver d’infirmités mortifères ; enfin d’entretenir les corps en vigueur et bon état, et d’éviter l’écueil et la ruine de la mort, en revoyant les impuretés des qualités grossièrement élémentés et corruptibles, ou corrompues, dans les bas lieux de leur sphère pour les empêcher de nuire aux êtres qu’elle conservait sur la surface de la Terre.
En ce sens est bien vérité l’Axiome des Sages : “nature contient nature ; nature s’éjouit en nature ; nature surmonte nature ; nulle nature n’est amendée, sinon en sa propre nature” : c’est pourquoi en envisageant la Statue, il ne faut pas perdre de vue le sens caché de l’allégorie qu’elle présentait à l’esprit pour pouvoir être comprise ; car sans cela elle était un Sphinx dont l’énigme était inexplicable, et un noeud-gordien impossible à résoudre.

L’on observait encore un petit cordon descendant du bras gauche de la Statue, auquel était attachée et suspendue jusqu’à l’endroit du pied du même côté une boite oblongue, ayant son couvercle, et entrouverte, de laquelle sortaient des langues de feu représentées : Isis porte le feu sacré et inextinguible, le vrai feu de nature, éthéré, essentiel, et de vie, ou l’huile incombustible si vantée par les Sages ; c’est-à-dire, selon eux le Nectar, ou l’Ambroisie céleste, le baume vital-radical et l’Antidote souverain de toutes infirmités naturelles.

Du bras droit d’Isis descendait aussi le cordonnet de fil d’or d’une balance marquée pour symbole de la justice que la Nature observait, et pour symbole des poids, nombre, et mesure qu’elle mettait en tout ; on voyait dans la balance un anneau conjugal destiné à elle.

Isis avait la figure humaine, la forme du corps et les traits d’une femme en embonpoint et d’une bonne nourrice ; comme si l’on eût voulu manifester qu’elle était corporifiée personnellement en cette nature, et famille privilégiée des trois règnes, en faveur de laquelle elle disposait le plus abondamment de toutes les grandes propriétés, fécondes et souveraines pour l’allaiter, nourrir et entretenir.

Souvent Isis était accompagné d’un grand boeuf noir et blanc, pour marquer le travail assidu avec lequel son culte philosophique doit être observé et suivi dans l’opération du noir et blanc parfait qui en est engendré pour la Médecine universelle hermétique.

………………………………………………………………………….
Harpocratès à Isis :

“ Les choses de la religion doivent demeurer cachées sous les mystères sacrés ; en sorte qu’elles ne soient entendues par le commun Peuple, non plus que furent entendues les énigmes du Sphinx. “

Apulée :

Isis :
“ Ma religion commencera demain, pour durer éternellement.”
“ Lorsque les tempêtes de l’Hivers seront apaisées, que la Mer émue, troublée et tempétueuse sera faite calme, paisible et navigable, mes Prêtres m’offriront une nacelle, en démonstration de mon passage par Mer en Égypte, sous la conduite de Mercure, commandé par Jupiter.”

Ceci est la clef du grand secret philosophique pour l’extraction de la matière des sages, et l’oeuf dans lequel ils la doivent enclore et oeuvrer en l’Athanor à tour, en commençant le Régime de la Saturnie Égyptienne, qui est la corruption de bon augure, pour la génération de l’Enfant royal philosophique, qui en doit naître à la fin des siècles ou circulations requises. Peu de personnes en feront la découverte parce que les gens du monde sont trop présomptueux de leur ignorance. Ces quelques personnes croient en la science, pour se dépouiller de leurs vains préjugés, et s’attacher à scruter la science véritable de la Nature universelle.

N.B : Ce texte est tiré de l’Anthologie du XVII° ème de Salmon.
……………………………………………………………………………………………………………………………………
d’après L’Âne d’or ou les Métamorphoses d’Apulée
Description de la déesse Isis
D’abord elle avait une épaisse chevelure, dont les anneaux légèrement bouclés et dispersés çà et là sur son cou divin, s’y répandaient avec un mol abandon. Une couronne formée de diverses fleurs rattachait sa chevelure au sommet de sa tête. Elle avait au-dessus du front un cercle lumineux en forme de miroir, lequel jetait une lumière blanche et indiquait que c’était la Lune. A droite et à gauche, sa chevelure était retenue, en guise de bandeau, par des vipères qui se redressaient et par des épis de blé qui revenaient se balancer au dessus de son front. Sa robe, faite d’un lin de la dernière finesse, était de couleur changeante, et se nuançait tour à tour de l’éclat de l’albâtre, de l’or, du safran, de l’incarnat de la rose. Mais ce qui était frappait le plus vivement mes regards, c’était un manteau si parfaitement noir, qu’il en était éblouissant, et qui, jeté sur elle, lui descendait de l’épaule droite au-dessus du côté gauche, comme eût fait un bouclier. Un des bouts pendait avec mille plis artistiquement disposés, et il se terminait par des noeuds en franges qui flottaient de la manière la plus gracieuse. Tout le bord, ainsi que le fond, étincelait d’innombrables étoiles, au centre desquelles une lune dans son plein lançait sa radieuse et vivante lumière. Ce qui n’empêchait pas que dans toute la longueur de ce manteau sans pareil régnât une guirlande de broderie représentant des fruits et des fleurs. La déesse portait plusieurs objets différents : dans sa main droite elle avait un sistre d’airain, dont la lame étroite et courbée en forme de baudrier était traversée par trois petites verges qui, agitées toutes ensemble, rendaient au mouvement de son bras un tintement aigu. De sa main gauche pendait un vase d’or en forme de gondole, lequel, à la partie la plus saillante de son anse était surmontée d’un aspic à la tête droite et au cou démesurément gonflé. Ses pieds divins étaient recouverts de sandales tissées avec les feuilles du palmier, cet arbre de la victoire.

Prière de Lucius à Isis

“ Reine du Ciel, soit qu’étant la bienfaisante Cérès, la mère et l’inventrice des moissons, qui, joyeuse d’avoir retrouvé sa fille, enseigna aux hommes à remplacer l’antique gland, cette nourriture sauvage, par de plus doux aliments, vous habitiez les campagnes d’Eleusis ; soit qu’étant la Vénus céleste, qui aux premiers jours du monde rapprocha les différents sexes par le sentiment d’un amour inné, et propagea, par une éternelle fécondité, les générations humaines, vous soyez adorée dans l’île sainte de Paphos ; soit qu’étant la divinité Phébé, qui par les secours précieux qu’elle prodigue aux femmes enceintes et à leurs fruits, a mis tant de peuples au monde, vous soyez aujourd’hui révérée dans le magnifique temple d’Ephèse ; soit qu’étant la redoutable Proserpine aux nocturnes hurlements, dont la triple forme arrête l’impétuosité des spectres, qui tient fermées les prisons de la terre, qui parcourt les divers bois sacrés, vous soyez rendue propice par des cultes variés ; ô vous ! qui de votre lumière féminine éclairez toutes murailles, de vos humides rayons nourrissez les précieuses semences, et qui, remplaçant le soleil, dispensez une inégale lumière ! sous quelque nom, sous quelque forme, avec quelque rite qu’il soit permis de vous invoquer, assistez-moi dans mon malheur extrême ; raffermissez ma fortune chancelante ; accordez-moi un moment de paix ou de trêve après de si rudes traverses. Qu’il suffise de ces travaux, qu’il suffise de ces épreuves.”

Réponse d’Isis à Lucius

“ Je viens à toi, Lucius, émue par tes prières. Je suis la Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, souveraine des divinités, reine des mânes, première entre les habitants du Ciel, type commun des dieux et des déesses. C’est moi qui gouverne les voûtes lumineuses du Ciel, les souffles salutaires de l’Océan, le silence lugubres des Ombres. Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous mille formes, avec des cérémonies diverses et sous mille noms différents : les Phrygiens, premiers habitants de la terre, m’appellent Déesse de Pessinonte et Reine des Dieux. Les athéniens autochtones me nomment Minerve Cécropienne ; je suis Vénus de Paphos chez les habitants de l’île de Chypre ; Diane Dictynnne chez les Crétois habiles à lancer des flèches ; Proserpine Stygienne chez les Siciliens à l’île triangulaire ; l’antique déesse Cérès chez les habitants d’Eleusis ; Junon chez les uns ; Bellone chez les autres ; Hécate chez ceux-ci ; chez ceux-là Rhamnusie. Mais ceux qui les premiers sont éclairés des divins rayons du soleil naissant, les peuples d’Éthiopie, de l’Ariane et les Égyptiens, si admirables par leur antique sagesse, m’honorent seuls du culte qui me convient, seuls ils m’appellent par mon véritable nom : à savoir la reine Isis. Je viens, touchée de tes infortunes, je viens favorable et propice. Cesse désormais tes pleurs, fais trêve à tes lamentations, bannis ton désespoir : déjà la providence fait luire pour toi le jour du salut.”

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