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La Messe et les Anciens Sacrifices 28 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Messe et les Anciens Sacrifices

La Messe et les Anciens Sacrifices par Un Missionnaire.

La messe est un sacrifice où la victime, produite par une opération d’alchimie spirituelle, est ensuite partagée entre tous les assistants. Elle est un holocauste, c’est-à-dire bien que la victime ne soit pas une créature terrestre, un sacrifice d’expiation par le sang. Voici quelles sont ses ressemblances avec les cérémonies des anciennes initiations :

  1. L’édifice où elle se célèbre, l’église est un pentacle ; Viollet-le-Duc indique les proportions numérales des sanctuaires du moyen âge ; ils sont orientés, consacrés, disposés en forme de croix, décorés de schémas ;
  2. Les vêtements des officiants sont aussi des pentacles ou des talismans ; on peut voir dans le Lévitique leur origine symbolique ;
  3. Les mouvements et les gestes des officiants sont pentaculaires ; ils sont édictés selon les mêmes lois qui président aujourd’hui encore aux gestes rituels des brahmanes et des bonzes ;
  4. Les instruments du culte sont des talismans solaires ou lunaires, ou androgynes (or, argent, vermeil) : ils comprennent, comme dans les vieilles religions, la lampe ou des cierges, par 3, 7 ou leurs multiples ; la coupe, l’autel, l’encensoir (l’ancien trépied), la baguette du pouvoir (les reliques). Il n’y a ni sceptre ni épée, parce qu’on n’y évoque ni on n’y commande d’esprits inférieurs ;
  5. Le Plain-chant représente l’incantation magique ;
  6. On y sanctifie les quatre formes de la vie terrestre l’élément terre, par l’hostie ; l’élément eau ; l’élément air, représenté par le vin, et l’élément feu, par l’encens ;
  7. La cérémonie étant solaire, céleste, est toujours diurne, de minuit à midi.

 

La Messe et les Anciens Sacrifices

Table des matières

  1. Première Partie : l’introduction
  2. Seconde Partie : le sacrifice
  3. Troisième Partie : le partage
  4. Quatrième Partie : la synthèse

Première Partie : l’introduction

L’Introduction comprend trois phases :

  1. La purification du prêtre :
    1. Introït,
    2. Confiteor,
    3. Invocation des Saints,
    4. Kyrie,
    5. Gloria.
  2. La préparation de l’assistance par le prêtre, qui consiste en :
    1. La collecte : chaque jour de la semaine, chaque heure et chaque temps de l’année ecclésiastique a sa consécration spéciale (astrologie), résumant le sens moral de l’évangile et du saint ou de la fête du jour.
    2. L’épître : ou commentaire du jour, exhortation à l’assistance.
    3. Le graduel : réponse de l’assistance, qui commence à prendre des dispositions pieuses ; le graduel se nomme ainsi parce qu’il était lu, autrefois, sur les degrés de l’ambon, ou pupitre supportant le Livre des Épîtres.
  3. L’instruction des fidèles par le prêtre, comprenant :
    1. L’Évangile : lecture du fragment du jour du texte sacré,
    2. Le Sermon : commentaire du prêtre,
    3. Le Credo : réponse de l’assistance fervente, qui affirme sa foi.

Seconde Partie : le sacrifice

Le sacrifice proprement dit va commencer. Autrefois, on renvoyait à ce moment les pénitents et les catéchumènes ; encore aujourd’hui, l’Église grecque ferme le chœur par un rideau. Les assistants sont donc répartis en trois classes :

  1. Les pénitents dans la nef,
  2. Les catéchumènes, dans le transept,
  3. Les prêtres et leurs lévites, dans le chœur.

Dans les messes solennelles, le prêtre a deux aides (trois opérateurs, selon la vieille règle ésotérique). Le sacrifice proprement dit se subdivise en deux phases : l’offertoire et le canon.

L’offertoire comporte, comme préparation de l’athanor :

  1. La consécration de l’hostie (élément terre),
  2. La consécration du calice (vin : élément air, et eau mélangés),
  3. L’offrande du calice et de l’hostie, par l’encens (élément feu), avec appel aux intermédiaires supérieurs (saints et anges).
  4. Le lavement des mains, purification du pontife,
  5. Offertoire proprement dit et Secrète, prière variable avec le jour et les circonstances (astrologie), et réservée au seul pontife.

Le Canon, accomplissement du Grand-œuvre spirituel, formation de la victime divine, qui va être un élixir de vie mystique, se subdivise en trois phases :

  1. La Préface et le Sanctus, invocation d’amour, hymne des séraphins, dite au nom des fidèles vivants, dans la communion des saints, pour unir l’Église militante et l’Église triomphante.
  2. La Consécration : tout le corps visible et l’invisible étant présents, le pontife opère la transmutation, en imposant les mains sur le calice ; les paroles qui effectuent le prodige ne sont pas de lui ; ce sont celles du Christ lui-même.
  3. L’Élévation : offrande de la victime au nom d’Abel, d’Abraham et de Melchisédech, représentant trois sortes de sacrifices : celui des agriculteurs, celui des pasteurs, celui des chefs de famille ou de sociétés. Cette offrande est dite pour les morts et pour les vivants, c’est-à-dire au bénéfice des deux églises inférieures, militante et souffrante.
  4. Le Pater, et le Libera reprennent toutes ces forces en faisceau pour les offrir au Dieu suprême.

Troisième Partie : le partage

Le Partage de la victime, du pain de vie, de l’élixir de vie, de l’eau de la vie éternelle, se fait par la Communion ; l’hostie est brisée, en signe de diffusion universelle (crucifixion).

La cérémonie se termine par des Actions de grâce, l’ite missa est et la bénédiction.

Quatrième Partie : la synthèse

La Synthèse est une exhortation par le récitatif du premier chapitre de l’Évangile de Jean, qui rappelle le mystère qui vient d’être célébré, son origine divine, son efficace universel.

Toute une science du rythme et du son serait à construire à propos du plain-chant. Les correspondances des jours des temps ; les sens mystérieux des paroles liturgiques, des fragments du texte sacré, seraient à analyser par le menu ; quant à la partie symbolique des objets, édifices, et vêtements du culte, il faudrait reprendre les dictionnaires spéciaux de la collection Migne, les travaux de Huysmans et de Merle ; un paragraphe de Saint-Yves dans la Mission des Juifs, les traités hindous et chinois d’architecture religieuse, la Symbolik der alten Vôlker de Creutzer, traduite et commentée par Guignault, le Catéchisme mystique de saint Cyrille seraient à étudier à fond et à utiliser.

Si d’aussi énormes travaux peuvent aider l’Église à se concilier quelques intelligences profondes, nous souhaitons vivement qu’ils soient prochainement entrepris.

Plus sur le sujet :

La Messe et les Anciens Sacrifices

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UN MISSIONNAIRE.

Le Voile d’Isis, janvier 1911.

Image par Marek Studzinski de Pixabay

Un Missionnaire / Publié le : 30 mai 2020

Mis à jour le : 27 octobre 2020

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La Rose et le Lotus… ou le R.E.A.A. et le Bouddhisme 27 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Rose et le Lotus… ou le R.E.A.A. et le Bouddhisme

 
La Rose et le Lotus… ou le R.E.A.A. et le Bouddhisme dans Recherches & Reflexions Ida-Radogowski-150x150

Par Ida Radogowski
23 juillet 2022
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Être initié n’est pas le fruit d’un hasard, mais plutôt celui d’une recherche inconsciente, aboutissement de voyages et de rencontres. Ce qui nous pousse à être initié, est purement personnelle, fruit d’idées, de conceptions des choses, définition d’une vision du monde propre à chaque individu. Même si l’initiation est, au départ, centrée sur soi-même, elle ne peut exister qu’à travers l’Autre ou plutôt les Autres, pour finalement créer une œuvre Ternaire. 

Cette œuvre conduit l’initié vers la Connaissance, mais il lui faudra encore et encore pratiquer, s’employer à, le « travail ne s’arrête jamais ». C’est pour cela qu’Être initié nous conduit donc naturellement vers un nouveau « savoir-faire », vers un nouveau « savoir-être », « Savoir et ne pas Faire, cela n’est pas Connaître » !

J’ai dans ma vie, vécu deux initiations, tout d’abord à travers le massage Thaïlandais ou NUAT BORAN, puis comme apprenti Franc-maçon au R.E.A.A. Deux pays, deux cultures, deux visions de la spiritualité, et pourtant malgré ce qui semble être des différences, je n’y ai trouvé que des similitudes, comme le symbolisme de la fleur de Lotus chez les Bouddhistes, et la Rose Rouge chez les Francs-maçons, entre autres.

A la suite d’un dysfonctionnement de l’épaule, et afin d’échapper à une opération chirurgicale, je rencontre un masseur-kinésithérapeute, qui par une méthode non traditionnelle, me soigne l’épaule sans jamais la toucher, en « rééquilibrant mon squelette ».

Quelques années plus tard, je suis en Thaïlande dans le cadre de mon activité professionnelle. Cela fait déjà plusieurs mois que je voyage à travers le monde. Hôtels, avions, travail, le stress, le dérèglement alimentaire, mais aussi cette entrainement dans une spirale ou le temps ne s’arrête pas. Cocktail réussi pour déclencher un mal de dos terrible et douloureux, le corps et l’esprit n’était plus du tout en adéquation ! Ce que nous n’apprenons pas par Sagesse, nous l’apprenons dans la Douleur !

Le chemin de l’initiation au massage, commence banalement vers la recherche d’un massage « traditionnel Thaïlandais ». Contrairement aux idées reçues, cette pratique est née en Inde, il y a plus de 2500 ans, à l’initiative du Docteur Jivako Kumar Bhacca, yogi et ami de l’éveillé Siddhârta Gautama, communément appelé Bouddha. Inspirée du shiatsu, de l’ayurveda et du yoga, cette pratique s’est développée en Thaïlande dans les temples bouddhistes pour apaiser les muscles après les longues heures de méditation ou de travail dans les champs.

Transmis oralement de moine en élève, ce massage, appelé Nuad (pression) Bo Rahn (ancien), a connu un véritable essor dès 1830 lorsque le roi Rama III a créé à Bangkok l’école de Wat Pho. Implantée dans le Temple du Bouddha Couché, cette pratique fait partie d’un « art de vivre » quotidien, familial pour harmoniser le corps et l’esprit.

Je rencontre Samtchu Porn pour la première fois, petite femme âgée de 40 ans, qui me regard dans les yeux en écoutant mon problème, je ne suis pas sûr que sa pratique de l’Anglais soit suffisante, mais l’assurance de son regard me laisse penser « qu’elle Connaît, qu’elle comprend ! ». Quelques instants plus tard, en tenu de « massé », je me retrouve dans ce petit espace de 2,50 m de long pour 1,60 m de large, entourée par des cloisons de bois, sans plafond. D’autres de ces cabines exigus, identiques sont alignées dans cette grande pièce commune. Il y fait sombre, je ne vois pas grand chose, hormis cette natte tressée protégée d’un tissus L’environnement est sobre. 

Allongé à même le sol, je sens ses doigts parcourir mon dos, ces gestes sont précis, cherchant, je la devine en train de saisir ce qui me provoque ces douleurs, je le devine car je ne la vois pas. L’exactitude, la justesse, la sûreté de son touché me rassure et me fait penser à celui de mon Kiné en France. Cette femme qui n’a fait aucune école médicale, possède un geste acquis empiriquement, acquis par l’expérience et la pratique répétée, je découvrirais plus tard qu’il y avait autre chose ! Elle m’explique brièvement d’où viennent mes douleurs en appuyant sur les endroits sensibles. Immédiatement je la reconnais comme maîtrisant son art.

Je me laisse complètement aller, n’offrant aucune résistance, car sans la connaître j’ai confiance. Après 90 minutes de massage, je réalise que tous les gestes, sont des techniques souveraines. Ce qui est marquant, est le silence dans lequel se déroule la séance, pas un mot, pas de paroles, le calme, la pose fait partie de la pratique, ont dirait que le monde est stoppé. Je suis donc, comme un Apprenti en Loge, j’observe, j’écoute, je ressens dans le silence. Je ressens à cet instant sans pouvoir le comprendre, l’état de conscience dans lequel se trouve Samtchu Porn pour exercer sans art. 

Sans le vouloir, pendant des mois je retourne voir Samtchu Porn régulièrement, elle me prodigue des soins de plus en plus technique. Je suis émerveillé par ses connaissances, je réalise qu’elles sont de plus en plus sophistiquées, cette science de l’art de dénouer les tensions musculaires et d’en libérer les énergies et d’une efficacité redoutable. En débloquant ces énergies, elle soulage les maux. 

Le massage n’est qu’une partie de la philosophie de l’hygiène de vie en Thaïlande, la population estime que chacun de nous est animé par le « Prana », souffle vital qui parcourt le corps suivant des lignes appelées « Sen », ils sont difficiles à appréhender pour les occidentaux, car il faut les ressentir, sans les voir”. Le massage Thaï est une médecine des sens, des sensations, des émotions, sans mots et sans langage. Il n’y a pas d’explication à entendre, il faut ressentir les choses. 

Après plusieurs mois de massage régulier, je demande à Samtchu Porn, s’il elle veut bien m’enseigner le Nuat Boran. L’élève trouve son Maître, le maître trouve son élève! J’acquiesce immédiatement un refus, l’élève à trouvé son Maître, mais ce n’est pas réciproque. Ces fins de non-recevoir seront répétées pendant 16 semaines. Apprendre demande de la persévérance, dans ce cas là, il ne s’agit pas de s’inscrire à une formation « catalogue », mais de s’engager dans une expérience, où ni le temps, ni l’argent n’a sa place et d’ailleurs ou rien de ce qui représente nos « valeurs » occidentales n’ont leurs places. 

J’accepte donc toutes les conditions de Samtchu Porn, elle m’informe, qu’il me faudra travailler pendant plusieurs heures tous les jours, pas de livres, pas de schémas, aucune explication biomécanique, pas de photos. Je suis cependant autorisé à dessiner à mon domicile les protocoles acquis. Elle me confirme qu’elle ne fixe pas de somme d’argent pour ce « stage », elle laisse cela à ma discrétion, à combien j’évalue cet enseignement ?

C’est donc dans le silence et la pénombre que je dois sentir, ressentir, comprendre, interpréter, visualiser sans voir, les mouvements, les gestes, le positionnement de ces mains, paumes, doigts, genoux, avant-bras, pieds. Le massage Thaï est un équilibre représentant un polygone, où les pieds, les mains, le corps, forment un équilibre harmonieux en trois points, pour que d’en un rythme immuable, prodiguer simultanément, une pression équilibrée et précise, un peu comme la marche de l’éléphant. Il faut donc pratiquer, persévérer, encore et encore.

Sous le flot de mes questions, Samtchu Porn me réponds qu’elle ne sait pas ! et que nous les occidentaux, nous avons le défaut de toujours « chercher à comprendre », il faut donc se laisser-aller et laisser aller !

Plusieurs semaines d’apprentissages se sont écoulées, lorsque qu’un soir, Samtchu Porn me demande si « ça va » ? Je profite pour lui dire de façon la plus honnête et respectueuse, que je m’ennuie, car je n’apprends que des techniques et que je suis venue apprendre comment ressentir et comprendre ces sensations. A cette instant, sans aucun sourire, elle me demande de lui donner 13 baht (environ 0,38€) et de la retrouver demain soir au même endroit. Je ressens à ce moment un basculement dans notre relation, que je ne sais ni comprendre, ni expliquer. Mais je suis toujours dans le même état d’esprit, celui de « faire confiance ». 

Le lendemain, Samtchu Porn, m’informe qu’elle est allée au Temple Bouddhiste. Tout d’abord pour demander l’autorisation des moines de la reconnaître comme mon « Maître d’apprentissage » et dans un deuxième temps, de me reconnaître comme un « Neukliane » (traduction phonique), ou “apprenant”. Dorénavant, je suis reconnu comme tel et je devrais avant de commencer tout massage, me présenter devant l’autel de prière, ou siège les statues du Bouddha et celle du Docteur Jivako Kumar Bhacca. Je devrais prier avec elle et ensuite sans elle, chaque fois que je commencerais une journée de massage, ces prières sont à apprendre en Sanskrit (langue de l’époque du Bouddha), je vais les apprendre par cœur, sans difficulté, car avec le « Cœur ». 

Les jours qui ont suivie, Samtchu Porn modifia sa méthode d’apprentissage. Par respect je ne peux les communiquer, mais tout était tournée vers le fait de ne pas chercher à comprendre; Entendre l’inouï, voir l’invisible, sentir l’immatériel, ont été mes guides.

 Quelques semaines plus tard, Samtchu Porn, m’informe que son travail est fini, et qu’elle n’a “plus rien à m’apprendre”. Je suis bien sûr dévasté par cette nouvelle, car il me semble que j’aurai encore tant de chose à apprendre à ses côtés, tant sa connaissance me semble cyclopéenne. Elle m’informe que pour reconnaître son travail et aller plus loin, je devrais dorénavant me rendre à Bangkok et intégrer l’école de massage de Wat Pho. 

Comme une évidence, je m’y suis rendu pour suivre l’ensemble des cours. Je ne sais toujours pas pourquoi, ni comment le Maître qui m’a reçu et formé, à dès le premier jour, sans que je connaisse personnes, sans que je ne parle de Samtchu Porn, sans même ne rien à dire à personne, m’a identifié comme un « Neukliane » ! Là aussi, j’ai reçu un apprentissage différent, chaque Maîtres de cette prestigieuse école, m’en demandais toujours plus, d’aller plus loin, je ressentais la même sensation d’état de conscience enseignées par Samtchu Porn. 

Pour finir cette aventure, une fois diplômé de Wat Pho, j’ai parcouru comme un Compagnon, le Nord de la Thaïlande pendant plusieurs mois, à la rencontre d’autres praticiennes et praticiens, d’autres techniques, d’autres méthodes. Décidément le travail ne s’arrête jamais, j’ai rapidement compris que le cycle de l’initiation était celui d’une spirale parcourant par rotation le temps de notre vie. 

Prières au Docteur Jivako Kumar Bhacca – 

Nous invitons l’esprit de notre fondateur, le Père Docteur « Jivako », qui nous a enseigné tout au long de sa vie sainte.

Veuillez nous apporter la connaissance de la nature et nous montrer la vraie médecine dans l’univers.

A travers cette prière, nous sollicitons votre aide; qu’à travers nos mains, vous apporterez intégrité et santé au corps de la personne que nous massons.

Le dieu de la guérison habite dans les cieux, tandis que l’humanité reste dans le monde en dessous. Au nom du fondateur, que les cieux soient reflétés sur la terre, afin que cette médecine guérissante puisse encercler le monde.

Nous prions pour celui que nous touchons, qu’il soit heureux et que toute maladie soit libérée de lui.

En Loge nous entendons cette phrase « Le bandeau qui couvre vos yeux est le symbole de l’aveuglement dans lequel se trouve l’homme, dominé par ses passions et plongé dans l’ignorance, est-ce de votre propre volonté, en pleine liberté et sans aucune suggestion, que vous vous présentez ici ? » Dit rapidement le Vénérable Maître au postulant après avoir franchit la porte du Temple. 

Pour être initié, il faut être libre, c’est à dire accepter de s’aventurer dans une expérience unique. Nous savons aussi que nous ne risquons rien, personne ne va attenter à notre vie, car l’initiation est avant tout symbolique, alors allons voir!! Il y a beaucoup de curiosité dans notre volonté première d’être initié. Nous découvrons bien plus tard que ce n’est pas le fait d’être initié qui nous permet d’être libre, mais bien l’accomplissement d’un travail et d’un devoir. 

Sans le savoir, nous entrons dans des voies où il n’y a rien « à Voir » … le bandeau du néophyte, l’obscurité du box de massage, le faible éclairage du Temple, nous montre que la voie que nous nous apprêtons à suivre sera celle du cœur et non celle de la raison. Le silence est prédominant, il n’y a rien à dire, non plus … Il va nous falloir nous ouvrir et accepter l’espace du vide dans notre essence, « l’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne » disait Pierre DESPROGES ! Stopper le monde, ouvrir notre personnalité, laisser aller notre intelligence, déconstruire nos certitudes, et tout cela pourquoi ? 

Ce qui nous rassemble et nous ressemble, et le fait de vouloir nous détacher de la « Souffrance », comme le définit Matthieu RICARD (docteur en génétique cellulaire, moine bouddhiste tibétain, auteur et photographe) dans son livre « Le moine et le Philosophe », « la souffrance est un état d’insatisfaction profonde est parfois associé à la douleur physique, mais qui est avant tout une expérience de l’esprit », elle naît du désir, de l’attachement, de la haine, de l’orgueil, de la jalousie, du manque de discernement et de tous les facteurs mentaux que l’on appelle « négatif » ou « obscurcissant, parce qu’ils troublent l’esprit et le plonge dans un état de confusion et d’insécurité ». 

Nous allons devoir trimarder de Loge en Loge, de livre en livre, d’occasion en occasion, sur un chemin personnel. Aller à la rencontre de l’Autre, cette Autre qui ne nous ressemble pas, qui nous dérange et que notre regard aveugle nous limite de voir ; Le Prologue de St JEAN nous permet d’aller plus loin : « La vrai Lumière était celle qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il était dans le monde; le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu : à ceux-là qui croient en son nom, qui ne sont nés ni du sang, ni du désir de la chair, ni du désir de l’Homme, mais de Dieu ». Mais avons-nous vraiment enlever ce bandeau à la fin de notre initiation ?

Ce bandeau couvre nos yeux, représente le symbole de notre aveuglement dans lequel se trouve l’Homme, dominé par ses passions et plongée dans l’ignorance, ce que nous pourrions appeler la « souffrance » (voir les quatre nobles vérités du Bouddhisme). 

Mais ne regardons pas trop cette Lumière car les yeux de notre esprit ne sont pas encore disposés à « voir ». L’initiation est surprenante, nous venons chercher la lumière mais ne devrions-nous pas plus tôt avancer sur le chemin de « l’Outre-Noir » propre au peintre Pierre SOULAGE. Car il n’y a pas de noir absolu, même si par exemple le Carbone absorbe 99,99% de lumière ! il reste toujours de la Lumière  « l’Outre-Noir est une lumière, pour dire au delà du noir, une lumière reflétée, transmutée par le noir, Outre-Noir, Noir qui cessant de l’être devient émetteur de clarté, de lumière secrète. »

Ce carbone pour les Bouddhistes est composé des trois poisons que sont la soif ou l’avidité, la colère ou l’aversion, et l’ignorance. L’initiation nous offre l’ouverture d’une porte que nous possédons en nous, porte sur laquelle commence un chemin. Celui de l’Inconscient, révélateur de chaos dans un premier temps, ce qui nous plonge dans l’Avoir, du Faire et du Être dans un second temps. Puis s’offrira à nous des choix tirés de l’inconnu à nous de donner du sens, d’être créateur et responsable, et de cet instant nous pourrons nous « Autoriser », nous « permettre » de poursuivre en prenant le pouvoir de notre vie, être dans cet état de conscience de guérison de nous-même, pour que la spirale de l’espace de notre temps, nous transforme en Être, un Avoir et un Faire (voir Martine DUSSART – Les trésors oubliés de l’arc-en-ciel – Tome 8 – martine-dussart.be).

Cette voie sur laquelle nous nous engageons, va nous transformer quoi qu’il en soit en combattant. Nous devons puiser dans notre courage, notre persévérance, lutter contre l’adversité. Dans la plupart des spiritualités orientales, le travail consiste à faire mourir l’ancienne personne en nous pour renaître, c’est à partir de la mort que la vie s’envisage !

Nous avons le privilège d’être Bouddhiste et Franc-Maçon, issu de la culture de la Rose et du Lotus. Cette Voie du milieu, ou plutôt c’est deux voies du milieu, médiane, nous dote de parvenir à l’éveil et à la libération de la souffrance : la juste intention, la juste vision, la juste action, la juste parole, la juste conscience, la juste subsistance, la juste concentration, le juste effort !

« Je t’aime comme le soleil aime la pluie, comme la pluie aime le soleil, c’était pas gagné… » Thierry C.

Thierry est un des collaborateurs de LA LETTRE DES DEUX VOIES pour favoriser des échanges et des liens entre Francs-Maçon (nes) qui sont déjà dans une démarche bouddhiste ou qui souhaite connaître un peu mieux le bouddhisme.

La lettre est trimestrielle et gratuite, on peut s’y inscrire en précisant son Ob., sa L. et la Ville de résidence à ce mail : lesdeuxvoies@orange.fr

SOURCE  :

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Les Vers Dorés des Pythagoriciens 24 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

Les traductions des « vers d’Or » sont nombreuses, celle de Mario Meunier est à la fois élégante et fidèle, il a également traduit les commentaires d’Hieroclès.Celle que Fabre d’Olivet (1768 – 1825) publia en 1813, est moins fidèle au mot à mot, plus poétique, elle incite à la méditation.

Les travaux sur Pythagore sont nombreux et nous n’en citerons aucun : le petit livre d’Ivan Gobry « Pythagore ou la naissance de la philosophie », dans la collection Philosophes de tous les temps, chez Seghers, est un condensé très complet de la doctrines et des principales études sur Pythagore.

L’apport de pythagoriciens aux Arts Libéraux est déterminant par les rapports qu’ils établissent entre eux, tous connaissent le théorème de Pythagore qui n’est autre que la 47° proposition du Premier livre des éléments d’Euclide et sa table de multiplication. Si l’on en croit Boëce, c’est a son école que l’on doit des connaissance musicales étonnantes pour l’époque. (Il est difficile de se défaire de la tendance à croire que les anciens nous étaient inférieurs).

Sa distinction entre le chiffre et le nombre, ce dernier représentant l’harmonie de la nature, est importante, même si elle a dégénéré en superstitions idiotes.
 
 

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Traduction de Mario MEUNIER

l’Artisan du livre 1931 (1ère éd. 1925)

Editions de la Maisnie – Guy TREDIANEL – 1993
 
 
 

Honore en premier lieu les Dieux immortels dans l’ordre qui leur fut assigné par la Loi.

Respecte le Serment. Honore ensuite les Héros glorifiés.

Vénère aussi les Génies terrestres, en accomplissant tout ce qui est conforme aux lois.

Honore aussi et ton père et ta mère et tes proches parents.

Entre les autres hommes, fais ton ami de celui qui excelle en vertu.

Cède toujours aux paroles de douceur et aux activités salutaires.

N’en viens jamais, pour une faute légère, à haïr ton ami,

quand tu le peux: car le possible habite près du nécessaire.

Sache que ces choses sont ainsi, et accoutume-toi à dominer celles-ci :

la gourmandise d’abord, le sommeil, la luxure et l’emportement.

Ne commets jamais aucune action dont tu puisses avoir honte, ni avec un autre,

ni en ton particulier. Et, plus que tout, respecte toi toi-même.

Pratique ensuite la justice en actes et en paroles.

Ne t’accoutume point à te comporter dans la moindre des choses sans réfléchir.

Mais souviens-toi que tous les hommes sont destinés à mourir :

et parviens à savoir tant acquérir que perdre les biens de la fortune.

A l’égard de tous les maux qu’ont à subir les hommes de par le fait des arrêts augustes du Destin,

acceptes-les comme le sort que tu as mérité; supporte-les avec douceur et ne t’en fâche point.

Il te convient de remédier, dans la mesure que tu peux. Mais pense bien à ceci :

que la Destinée épargne aux gens de bien la plupart de ces maux

Beaucoup de discours, lâches ou généreux, tombent devant les hommes;

ne les accueille pas avec admiration, ne te permets pas de t’en écarter.

Mais si tu vois qu’on dit quelque chose de faux supporte-le avec patience et douceur.

Quant à ce que je vais te dire, observe-le en toute circonstance.

Que jamais personne, ni par ses paroles ni par ses actions, ne puisse jamais

t’induire à proférer ou à faire ce qui pour toi ne serait pas utile.

Réfléchis avant d’agir, afin de ne point faire des choses insensées,

car c’est le propre d’un être malheureux de proférer ou de faire les choses insensées.

Ne fais donc jamais rien dont tu puisses avoir à t’affliger dans la suite.

N’entreprends jamais ce que tu ne connais pas; mais apprends

tout ce qu’il faut que tu saches, et tu passeras la vie la plus heureuse.

Il ne faut pas négliger la santé de ton corps,

mais avec mesure lui accorder le boire, le manger, l’exercice,

et j’appelle mesure ce qui jamais ne saurait t’incommoder.

Habitue-toi à une existence propre, simple :;

et garde-toi de faire tout ce qui attire l’envie.

Ne fais pas de dépenses inutiles, comme ceux qui ignorent en quoi consiste le beau.

Ne sois pas avare non plus: la juste mesure est excellente en tout.

Ne prends jamais à tâche ce qui pourrait te nuira, et réfléchis avant d’agir.

Ne permets pas que le doux sommeil se glisse sous tes yeux,

avant d’avoir examiné chacune des actions de ta journée.

En quoi ai-je fauté ? Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je omis de ce qu’il me fallait faire ?

Commence par la première à toutes les parcourir. Et ensuite,

si lu trouves que tu as commis des fautes, gourmande-toi; mais, si tu as bien agi, réjouis-toi.

Travaille à mettre ces préceptes en pratique, médite-les; il faut que tu les aimes,

et ils te mettront sur les traces de la vertu divine,

j’en jure par celui qui transmit à notre âme le sacré Quaternaire,

source de la Nature dont le cours est éternel.Mais ne commence pas à prendre à tâche une oeuvre

sans demander aux Dieux de la parachever. Quand tous ces préceptes te seront familiers,

tu connaîtras la constitution des Dieux Immortels et des hommes mortels, tu sauras

jusqu’à quel point les choses se séparent, et jusqu’à quel point elles se rassemblent.

Tu connaîtras aussi, dans la mesure de la Justice, que la Nature est en tout semblable à elle-même,

de sorte que tu n’espéreras point l’inespérable, et que plus rien ne te sera caché.

Tu sauras encore que les hommes choisissent eux-mêmes et librement leurs maux,

misérables qu’ils sont; ils ne savent ni voir ni entendre les biens qui sont près d’eux.

Peu nombreux sont ceux qui ont appris à se libérer de leurs maux.

Tel est le sort qui trouble les esprits des mortels, Comme des cylindres,

ils roulent çà et là, accablés de maux infinis.

Innée en eux, en en effet, l’affligeante Discorde les accompagne et leur nuit sans qu’ils s’en aperçoivent;

il ne faut point la provoquer, mais la fuir en cédant.

O Zeus, notre père, tu délivrerais tous les hommes des maux nombreux qui les accablent,

si tu montrais à tous de quel Génie ils se servent !

Mais toi, prends courage, puisque tu sais que la race des hommes est divine,

et que la Nature sacrée leur révèle ouvertement toutes choses.

Si elle te les découvre, tu viendras à bout de tout ce que je l’ai prescrit;

ayant guéri ton âme, tu la délivreras de ces maux.

Mais abstiens-toi des aliments dont nous avons parlé, en appliquant ton jugement

à tout ce qui peut servir à purifier et à libérer ton âme. Réfléchis sur chaque e chose,

en prenant pour cocher l’excellente intelligence d’en-haut.

Et si tu parviens, après avoir abandonné ton corps, dans le libre éther,

tu seras dieu immortel, incorruptible, et à jamais affranchi de la mort.

 

 

LES VERS DORES DES PYTHAGORICIENS

Traduction de FABRE D’OLIVET (1813)

 
 
 

PRÉPARATION

 Rends aux Dieux Immortels le culte consacré;

Garde ensuite ta foi : révère la mémoire

Des Héros bienfaiteurs, des Esprits Demi – Dieux
 
 

 PURIFICATION

 Sois bon fils frère juste, époux tendre et bon père

Choisis pour ton ami l’ami de la vertu,

Cède à ses doux conseils, instruis – toi par sa vie

Et pour un tord léger ne le quitte jamais,

Si tu le peux du moins: car une loi sévère

Attache la puissance à la Nécessité.

Il t’est donné pourtant de combattre et de vaincre

Tes folles passions; apprends à les dompter,

Sois sobre, actif et chaste; évite la colère.

En public, en secret, ne te permets jamais

Rien de mal; et surtout respecte – toi toi – même.

Ne parle ni n’agis point sans avoir réfléchi,

Sois juste. Souviens – toi qu’un pouvoir invincible

Ordonne de mourir; que les biens , les honneurs

Facilement acquis sont faciles à perdre.

Et quant aux maux qu’entraîne avec soi le Destin

Juge – les ce qu’ils sont: supporte – les et tâche

Autant que tu pourras d’en adoucir les traits:

Les Dieux aux plus cruels n’ont pas livré les sages.

Comme la Vérité, l’erreur a ses amants:

Le philosophe approuve ou blâme avec prudence

Et si l’erreur triomphe, il s’éloigne, il attend.

Écoute et grave bien en ton cœur ces paroles:

Ferme l’œil et l’oreille à la prévention;

Crains l’exemple d’autrui, pense d’après toi – même

Consulte, délibère et choisis librement.

Laisse les fous agir sans but et sans cause.

Tu dois dans le présent contempler l’avenir;

Ce que tu ne sais pas, ne prétends pas le faire;

Instruits – toi: tout s’accorde à la constance, au temps.

Au corps les aliments, à l’esprit le repos.

Trop ou trop peu de soins sont à fuir car l’envie

A l’un et l’autre excès s’attache également.

Le luxe et l’avarice ont des suites semblables

Il faut choisir en tout le milieu juste et bon.
 

 

 

 

PERFECTION

 Que jamais le sommeil ne ferme ta paupière

Sans t’être demandé: Qu’ai – je omis? Qu’ai-je fait

Si c’est mal abstiens – toi, si c’est bien persévère.

Médite ces conseils, aime – les , suis – les tous:

Aux divines Vertus ils sauront te conduire.

J’en jure par celui qui grava dans nos coeurs

La Tétrade sacrée, immense et pur symbole,

Source de la Nature et modèle des Dieux.

Mais qu’avant tout ton âme , à son devoir fidèle,

Les Dieux dont les secours

Peuvent seuls achever tes oeuvres commencées.

Instruit par Eux, alors rien ne t’abusera:

Des êtres différents tu sondera l’essence,

Tu connaîtras de Tout le Principe et la fin

Tu sauras, si le Ciel le veut, que la Nature,

Semblable en toutes choses est la même en tous lieux.

En sorte qu’éclairé sur les droits véritables,

Ton coeur, de vains désirs ne se repaîtra plus.

Tu verras que les maux qui dévorent les hommes

Sont le fruit de leurs choix et que ces malheureux

Cherchent loin d’eux les maux dont ils portent la source.

Peu savent être heureux: jouets des passions,

Tour à tour ballottés par des vagues contraires.

Sur une mer sans rive, ils roulent aveuglés,

Sans pouvoir résister ni céder à l’orage.

Dieux vous les sauveriez en dessillant leurs yeux…

Mais non, c’est aux humains dont la race est divine

A discerner l’erreur, à voir la Vérité.

La Nature les sert, toi qui l’a pénétrée

Homme sage, homme heureux, respire dans le port.

Mais observe ses Lois , en t’abstenant des choses

Que ton âme doit craindre en les distinguant bien,

En laissant sur ton corps régner l’intelligence,

Afin qu’en t’élevant dans l’Ether radieux

Au sein des Immortels, tu sois un Dieu toi – même.

 

Les textes ci-dessus ont été informatisés par R. D., qu’il en soit remercié !

Ils évoquent l’adage : La simplicité est le sceau de la Vérité.

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La femme prêtresse

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La femme prêtresse

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La femme prêtresse par Jules Bois.

Nous allons lire ici un étrange article issu de la plume de Jules Bois dans lequel nous retrouvons le principe de la femme prêtresse. Bois n’était pas un féministe ordinaire, il serait même antinomique des mouvements contemporains. Cependant, l’auteur de l’Ève moderne nous présente ici, entre les lignes, une vision personnelle — et cependant tellement vraie — de la femme à l’autel. Ces lignes seront donc d’un certain intérêt pour les églises gnostiques ou chrétiennes libérales qui accordent à nouveau à la femme sa place de prêtresse.

Spartakus FreeMann.

Jules Bois présente en ce moment à la Bodinière un prêtre et une prêtresse égyptiens, qui doivent donner à Paris une cérémonie isiaque, pour célébrer un office en l’honneur d’Isis, la femme-dieu.

On désirerait avoir quelques renseignements sur le rôle de la femme prêtresse ; s’il est vrai que dans le catholicisme primitif, il y avait eu des femmes ordonnées. De nos jours existe-t-il encore des prêtres femmes dans le christianisme.

Est-ce un indice de notre décadence, que cet engouement de Paris pour les religions de l’Orient, brahmanisme, bouddhisme et surtout pour ce culte d’Isis qui s’établit dans Rome antique, au moment où l’Empire entrait dans sa période de déclin ?

JEANNE DAX.

M. Jules Bois qui dans ses livres s’est souvent occupé de la femme-prêtresse et de la femme Dieu nous donne les notes suivantes :

« C’est dans mes recherches pour les Petites religions de Paris que j’ai trouvé l’hiérophante Rhamsès et la grande prêtresse Anari, (ce sont leurs noms d’initiés) qui voudront bien reconstituer devant un public parisien à la Bodinière l’ancien rite isiaque avec le dévoilement des dieux, le bruit des sistres, le chant des formules magiques et la danse des quatre éléments, devant la statue d’Isis, exécutée par la mime sacrée. Rhamsés et Anari sont des occultistes qui prétendent avoir reçu par tradition l’initiation égyptienne. J’ai pu vérifier chez eux les idées et les mœurs du primitif sacerdoce. »

« Chez les Égyptiens, selon Hérodote et Diodore, la femme avait un rôle prépondérant : tandis que l’homme filait et se livrait aux soins du ménage, la femme faisait les lois, édifiait la cité intérieure. Elle fut donc là-bas la première déesse, le premier prêtre. Toute l’antiquité est pleine de prêtresses. La femme à l’autel indique que cette humanité que nous nous plaisons à considérer parfois comme barbare avait un sentiment plus vrai et plus élevé de sa vie morale puisqu’elle associait la femme au culte de son idéal. »

« La question de la prêtresse se rattache d’abord à la question du dieu double, du Père-Mère. Je l’ai montré dans le Satanisme et la magie, c’est Moïse qui créa le dieu misogyne, le dieu mâle solitaire ; sans femme ; et du coup plaça la femme au second rang, au temple et dans la vie intérieure. Les religions qui suivirent eurent une tendance à se conformer à l’injuste prohibition, christianisme, mahométisme, etc. Dès lors la femme est en tête de l’hérésie. J’ai expliqué maintes fois que la femme chassée du temple devint la sorcière. Elle paya cette révolte, du plus riche et du plus précieux de son sang. Les Albigeois et les gnostiques la glorifièrent. La sainte Sophia était pour eux la déesse invisible et il existait une papesse qui était la Sophia visible. C’est dans le massacre que fut noyée cette résurrection mystique de la femme. Plus tard les bohémiens arrivent à Paris, ils disent obéir à la sublime maîtresse du feu et du métal, prêtresse d’Isis, qui dans le dernier de leurs chariots penche un front couronné de sequins sur le livre d’Hermès, le Tarot, la Bible de la Femme. Mais la pauvre sorcière du Moyen-âge est encore la plus dolente. On l’extermine par hécatombes. Au sabbat elle avait le premier pas. Prêtresse du diable, elle officiait à la messe noire, devenait même l’autel. »

« De nos jours, le mouvement hérésiarque de la femme se continue. C’est elle qui a, avec Mme Blavatsky, élevé en face des églises masculines d’Occident la Théosophie. La Gnose, que l’helléniste Doinel avait voulu rétablir à Paris, associait comme autrefois, au pontificat, la femme. »

« J’ai connu beaucoup le fameux abbé Boulan (le Dr Johannes de Là-Bas) il était le pontife d’une secte religieuse “l’œuvre de la miséricorde” qui consacrait des femmes et j’ai connu ainsi diverses prêtresses. L’abbé Boulan était le continuateur de cet extraordinaire Vintras qui se croyait l’homme du Paraclet et avait proclamé la femme “prêtresse de Marie” comme elle le fut dans la secte de Callydiciens. Le vin de la messe de la femme était rouge, celui de l’homme, blanc. »

« Michelet a affirmé que dans les premiers temps du catholicisme, la femme consacrait, ayant le sacrement de l’Ordre. Elle recevait le Saint-Esprit par l’imposition des mains. (Concile de Chalcédoine 4e œcuménique) »

« Le concile de Laodicée de 366 ou 369 lui défend le sacerdoce (cap. XII. collection de Denys le Petit, Mayence, 1525). Le concile de Carthage en 391 lui défend de catéchiser de baptiser, d’étudier même, sinon avec son mari. Jusque-là elle présidait, prêchait, donnait des ordres, officiait. Un auteur du temps remarqua qu’elle en était très digne par l’instruction qu’elle avait reçue dans les temps païens. On comprend aisément la puissance de la femme (de trente ans dit Michelet, belle, éloquente et subtile comme elles étalent en Grèce et en Orient), dans ces hautes fonctions qui, presque la divinisèrent. Intronisée à l’autel même, admirée, et l’amour de tous, elle avait un véritable règne et certainement le plus complet. Le sombre Tertullien s’en indigne. Le farouche Athanase craint l’effet trop sensible du moment où elle consacrait, où tous communiaient avec elle de sa main, de sa douce main. Si elle consacre, il veut que ce soit à huis clos et pour elle seule. Mais souvent elle n’avait pas la force de se clore ainsi tout à fait. La porte ne fermait pas bien fort ; les zélés restaient au-dehors, la surprenaient au moment décisif, dans un trouble touchant de pudeur et de sainteté. Là, nouvelle fureur d’Athanase qui ne veut pas qu’elle se laisse surprendre, voudrait la rendre repoussante, lui interdit de se laver. »

« Et dire que tant de théologiens ignorent ces faits et pousseraient même les hauts cris si on leur disait que dans l’Église orientale, pendant plus de trois siècles, il exista des prêtresses. En Occident la femme, plus ignorante, eut seulement le diaconat. »

« Le christianisme libéré a continué à revêtir du caractère sacré la femme. Les femmes pasteurs sont de plus en plus nombreuses en Amérique. Dans le récent congrès de Mme Joséphine Butler à Londres, j’ai entendu une femme-pasteur raconter les misères de pauvres femmes hindoues ; elle nous arracha les pleurs des yeux. »

« Je crois que la femme est très susceptible de porter à tous la parole divine, puisque cette parole devrait être toujours une parole de paix et d’amour. »

« En tout cas la semaine prochaine, à la Bodinière, ce sera la première fois depuis près de deux mille ans qu’une prêtresse d’Isis officiera en Europe. »

Plus sur le sujet :

La femme prêtresse par JULES BOIS.

La Fronde, 26 février 1899. Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327788531
Provenance : Bibliothèque nationale de France
Image par Stefan Keller de Pixabay

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Gnose, Jules Bois, Jules Doinel / Publié le : 26 mai 2020
Mis à jour le : 16 septembre 2020

https://www.esoblogs.net/23337/femme-pretresse/

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De quelle tradition sommes-nous les héritiers ? D’aucune !!! 17 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

De quelle tradition sommes-nous les héritiers ? D’aucune !!!

 
De quelle tradition sommes-nous les héritiers ? D’aucune !!! dans Recherches & Reflexions JacquesFontaine-150x150

Par Jacques Fontaine
4 juillet 2022
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Voici la question qu’une loge m’a demandé de traiter. Dès le début j’ai pu prendre mon souffle : il n’y avait pas de « T » majuscule à la Guénon. Ce « T » qui fait pâlir d’aise tant de Francs-maçons et qui prétendent, l’air grave, que leur rite, quel qu’il soit, s’inspire de cette fa-fu-meuse tradition. Et qui, de la meilleure foi du monde, vissent cette croyance, à mes yeux trompeuse et confortable, au fond de leur âme.

C’est James, en 1723, avec Jean Théophile, qui consacre plusieurs pages d’une fantaisie incroyable à l’histoire de la Maçonnerie. Et c’est parti. Ramsay, en 1735, nous affuble de la légende de notre descendance chevaleresque des croisés. Depuis cette époque, les historiens de l’Ordre font des recherches sourcilleuses, parfois délirantes, parfois très pro, comme on le voit aujourd’hui, en France, entre autres. C’est vrai, nous avons de brillants Frères et Sœurs historiens qui forcent le respect. Mais c’est là où je m’interroge : pourquoi cette recherche des origines de la grandiose Tradition ?

            Par métier, je m’appuie sur les sciences humaines pour trouver une explication à cette fascination pour notre histoire. Je connais la réponse banale « il faut bien savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes ! » ; eh bien, non ! L’histoire des mouvements initiatiques est un prétexte pour asseoir notre conviction que nous descendons de très anciens qui nous ont transmis ce Graal. Attention, avant d’aller plus loin, je dis clairement que je traite de l’histoire supposée de la Maçonnerie. Je ne remets nullement en cause l’intérêt de l’histoire des peuples ; de celle des êtres vivants, de la Terre…
            L’Homme est hanté, tu le sais bien, par, au moins, trois grandes questions universelles : « D’où je viens ? Qui suis-je ? Où vais-je ? » Parce qu’il est un animal faible et conscient qui a peur de lui, des autres, de la nature. Des réponses quelles qu’elles soient, rassurent et calment le hurlement des inconscients personnel et collectif. Depuis sans doute 300 000 mille ans. « Nous ne sommes pas d’aujourd’hui ni d’hier ; nous sommes d’un âge immense » affirme C.G. Jung.

            Faute de moyens scientifiques, l’humanimal (beau néologisme de Daniel Béresniak) utilise les boules de cristal, différentes selon les époques. Mais le montage est le même. L’Homme se raconte, pour se rassurer : « Ce que je suis et fais remonte à la nuit des temps et je n’en suis que l’héritier ; tous mes ancêtres me donnent raison (et de ce fait, je suis apaisé car dédouané. » Alors fourmillent les planches, les livres, les conférences sur les origines de notre tradition (je n’emploierai plus le « T » majuscule). Et on n’en finit pas ! Bien avant William Shaw où les origines écossaises de James. On remonte le fil du temps jusqu’à plus soif. On déniche des archéo-maçons chez les opératifs, (là oui, en partie, mais je vais y arriver) les Romains, les Égyptiens bien sûr qui nous fascinent. Mais James va encore plus loin que tout ce que l’on pourrait imaginer : la Franc-maçonnerie naît avec… Adam ! Eh bien, là, stupeur ! je crois qu’il a tout deviné, le vieil Anderson. Avec un fond d’anthropologie qui restera discret., voici pourquoi.

            Disciple modeste d’une grande lignée d’ethnologue, je me suis mis à comparer 27 rites de passage. Attention, pas d’autres types de rites comme les rites propitiatoires, les rites d’union… En outre je laisse les religions, surtout monothéistes, de côté. Bien entendu dans ces 27 rites j’inclus le rite maçonnique qui est un rite de passage. Quels que soient les détails vestimentaires qui distingueraient les rites maçonniques entre eux.

Alors j’ai dépouillé les métaux, comme nous disons, c’est-à-dire tous les vêtements culturels. Chaque époque habille en effet les éléments rituels naturels (les archétypes de Jung ou, assez proches, les matrices dit Lévi-Strauss) en fonction de la culture de son époque. C’est une nécessité absolu car sans ces habillages, le fond inconscient collectif de l’Homo sapiens ne peut se dire. Alors que le besoin s’en fait sentir, pour chasser les peurs de la nature et du destin qui peuplent notre inconscient collectif, reformulés par l’inconscient personnel. On parle alors de sacré, de mystère, d’indicible…

            Après ce déshabillage des parures culturelles, il est resté, sur mon écran, 46 archétypes, mythèmes ou matrices que l’on retrouve, en quantités diverses, dans tous les lieux, à toutes les époques. Des exemples : la séparation, les épreuves, la solitude, les voyages, le silence absolu, le serment, la naissance, la mort, les éléments, la lumière… et, pour finir tout rite de passage, l’agrégation au groupe…

J’ai retenu, sur table de fréquence 12 éléments qui permettraient de fixer les matrices, universelles les plus répandues. J’ai laissé les autres de côté. Mais ils sont toujours là et peut-être que l’avenir de la Maçonnerie s’en enrichira.

            Puis évidemment j’ai comparé la Voie maçonnique aux 11 autres rites de passage passés à travers le filtre. Conclusion : notre Voie maçonnique est le plus timide et la plus complète. La plus timide : nous n’arrachons pas de dents, nous ne mettons pas à nu le candidat, nous ne l’enfermons pas dans une fosse…mais la plus complète aussi. La loge bleue additionne les 12 éléments de base. Selon mon analyse, le seul rite de passage à le faire. Voilà pourquoi, notre Voie est un produit génial de l’inconscient collectif naturel de l’humanimal. Mais rappelle-toi bien : après le dépouillement des vêtements culturels, ces différences entre les rites qui nous font tant jaser et qui ne sont que boutons de culotte ! Voici des exemples de vêtements culturels qui sont dépassés : il y en a de rituels comme le pavé mosaïque qui fait tant de mal en instituant le dualisme au lieu de la dualité, les cartouches du Compagnon qui n’ont rien de symbolique ; le serment qui se prête sur un autel et un livre qui en outre est connoté : livre dit saint, règlement de l’obédience… D’autres vieilleries sont de l’ordre éthique : notre représentation de l’homme qui fait fi de tout ce que l’on a découvert depuis 130 ans environ. Elle date des Lumières avec la croyance en la puissance de la raison ; du siècle suivant avec la valeur travail…

            J’ai continué ma réflexion, en me centrant sur notre Voie et en me demandant quels sont les éléments si forts dans notre rite de passage maçonnique. Voici mes convictions car je quitte la méthode analytique : J’en ai trouvé trois mais toi, tu en sentiras peut-être d’autres. : d’abord une grande matrice pour signifier un ordonnateur et de construction collective ; chez nous, c’est la construction du temple de Salomon, qui est, c’est vrai, d’ordre culturel et non naturel mais sans lequel notre Maçonnerie serait autre chose. Mais ce pourrait être, dans une sensibilité naturelle plus féminine, le mythe du brocart tissé de fils d’or par Arachnéa, si prisé dans l’antiquité grecque. Puis un puissant sentiment de fraternité vécue. Et là, nous sommes très forts, avec une fraternité qui est vêtue différemment selon les époques mais qui est, à mon sens, le pilier sur lequel pourrait bien s’appuyer notre Voie dans les décennies qui approchent. Enfin la récapitulation du début de la vie, du fœtus à l’âge dit, pas par hasard, de raison : 7ans. Et là, nouveau coup de génie de nos ancêtres : n’égrenons-nous pas, après le cabinet et selon les degrés, les âges de 3, 5 et 7 ans ? Ils correspondent aux données scientifiques. Quelle intuition admirable ! J’en reste bouche bée. ? Antoine de Saint-Exupéry dit : « Tous les adultes ont été des enfants mais peu s’en souviennent. » Les Maçons, si même s’ils ne s’en rendent pas toujours compte, le vivent ; c’est l’essentiel. Nous sommes des bagagistes et des costumiers. Et nous avons à changer de vêtements quand l’époque le réclame.
            Et qui, le premier, dans notre Voie, a chanté « le centre de l’union », ferment de cette fraternité, notre force qui, je crois, franchira les décennies. C’est James Anderson en 1723. La tradition, il n’y a que ça !!!

Propos insolents de Jacques Fontaine

SOURCE  : https://450.fm/2022/07/04/de-quelle-tradition-sommes-nous-les-heritiers-daucune/

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Bacchus, Jésus et la Gnose

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Bacchus, Jésus et la Gnose par Tau Synesius.

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Tout mythe enferme implicitement la consécration de l’antique aphorisme : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas». Ce qui revient à dire que tout mythe est le résumé ingénieux, poétique, imagé, d’une double action conjointement accomplie sur plan hylique et sur le plan divin.

Prenons aujourd’hui pour élucider cette vérité Bacchus et son culte.

Ce mythe, résumons-le d’après le magnifique ouvrage de M. Decharme, sur la mythologie de la Grèce.

Sémélé, fille de Cadmus, est aimée de Zeus qui la féconde en descendant sur elle sous la forme d’une pluie d’or, mais cette mystique communion ne suffit pas aux passionnelles aspirations de Sémélé. Comme la Sophia gnostique, elle veut contempler le Dieu dans la splendeur de sa gloire, au milieu de sa foudre et de ses éclairs. Mais les feux divins l’éblouissent et la consument et, en mourant, elle laisse échapper son fruit que Zeus enferme dans sa cuisse jusqu’à l’époque où l’enfant sera viable. Remarquons, en passant, ainsi que le fait M. Decharme, l’analogie de la naissance de Bacchus avec celle du Soma des Védas, le Soma est, lui aussi, recueilli dans la cuisse d’Indra et son surnom est Vinas, l’aimé, comme plus tard Bacchus deviendra οἶνος, Vinum, le Vin. De Vinos, on peut aussi rapprocher le dorien φιντατοσ, Très aimée, pour φιλατοσ.

Bacchus, une fois issu de la cuisse de Zeus est confié aux Nymphes de Nysa, d’où il tire son nom grec de Dionysios. Elles l’élèvent au fond d’une grotte tapissée de vignes. Devenu grand, Bacchus goûte au fruit de ces vignes, ses nourrices l’imitent, et les voilà transportées d’une volupté nouvelle, gravissant les collines, pénétrant dans l’épaisseur des taillis, faisant éclater partout leurs cris de joie.

Le plus élémentaire évhémérisme explique le sens matériel de cette légende. Sémélé, c’est la Terre, en qui l’ondée bienfaisante symbolisée par Zeus, vient développer le germe vital de la vigne. Le cep sort du sol, s’élance vers le ciel, mais l’ardeur solaire brûle le sol ; le raisin périrait s’il ne se cachait sous le feuillage et surtout si le ciel ne se couvrait de nuages.

D’autre part, les Nymphes, les Hyades, nourrices de Bacchus, représentent les sèves vivifiantes et peut-être aussi les pluies rafraîchissantes. Quant aux courses de Bacchus à travers le monde, il n’est pas difficile d’y voir le développement successif de la culture de la vigne dans les diverses régions de l’univers.

Jusqu’ici nous n’avons pas, ce semble, quitté le plan hylique ; naissance et culture de la vigne, production d’un breuvage enivrant, etc. Et pourtant, insensiblement, nous arrivons au plan divin. Ouvrons, en effet, le catéchisme gnostique, que notre vaillant coopérateur, l’évêque Sophronius vient de livrer à l’édification des Parfaits. Il y est dit que le Christ, entre autres manifestations, se présente sur la terre sous les apparences de la boisson fermentée.  La boisson est le jus fermenté tiré soit des tiges du sarcostemma viminatie, soit des fruits de la vigne. Le sarcostemma était coupé en morceaux ; ceux-ci étaient écrasés dans un mortier au moyen d’un pilon et le jus filtré était placé dans un vase où on le laissait fermenter. Au bout de trois jours, le Soma était prêt. On sait comment se prépare le vin. Or du Soma aussi bien que du vin on tire l’eau-de-vie ou l’eau-de-feu, qui brûle avec flamme. Le vin et le Soma contiennent donc le feu, le Christ. Celui-ci a dit d’ailleurs par la bouche de léshu : « Je suis la vraie vigne » et montrant le vin : « Ceci est mon sang ».

Voici d’ailleurs que Bacchus est devenu un Dieu phallique, ainsi qu’il appert de la description que Plutarque nous donne de la Fête des Dionysies, c’est-à-dire une puissance féconde et créatrice, et aussi un Dieu de beauté, de grâce souveraine, de suggestive esthétique, ainsi qu’il résulte de la Fête des Anthestéries, ces pâques fleuries du paganisme. C’est encore un Dieu de bonté, un bienfaiteur de l’Humanité, s’opposant au farouche Arès, ce Démiurge hellénique, ainsi que l’indique S. G. Sophronius :

« Né bienfaisant et épris de gloire (de gloire pacifique, il faut entendre) Man (Bacchus) voulut faire participer les hommes aux utiles découvertes dont la cité céleste avait été dotée par les rois et enseigner au monde l’usage du blé et du vin. Il partit donc à la tête d’une armée considérable (une armée d’apôtres, il est à supposer) et visita un grand nombre de peuples, qui le reçurent comme un dieu, puisqu’il apportait partout l’abondance et la joie. »

Des influences asiatiques ne tardèrent pas à intervenir, qui transformèrent le concept initial du Dionysios grec en « un adolescent aux joues imberbes, au teint délicat, à la figure virginale, qu’encadrent les boucles flottantes d’une chevelure. À voir sa longue robe, sa molle et traînante démarche, sa grâce efféminée, on hésite à lui attribuer la nature masculine. C’est qu’en effet le génie religieux de l’Asie a marqué Dionysios de son empreinte, il en a fait un dieu à double nature, un symbole de l’Essence divine, qui embrasse tout, qui comprend tout qui se suffit à lui-même une divinité androgyne, comme Siva dans l’Inde où comme Astarté, en Syrie. » (Decharme. op. cit.).

Avec cette seconde phase, ou plutôt sous ce second aspect du mythe dionysiaque, nous voyons s’accuser de plus en plus le plan spirituel. Le dieu de Nysa devient une sorte d’incarnation delà Beauté éternelle, un vivant et merveilleux reflet des splendeurs du Plérome. Cette insexualité même, ou, pour mieux dire, cette fusion idéale des deux sexes, c’est le rêve sacré que la Gnose Valentinienne formulera dans le dogme de Bythos-Sigé, et dans celui des différentes Syzygios, qui en émanent.

Sans quitter le plan divin, où nous a amené cette épide, nous allons assister maintenant à une quasi-identification de Bacchus avec le Christ. Remarquez que cette nouvelle phase remonte, historiquement, au moins à cinq cents ans avant notre ère, mais cela soit dit, sans vouloir amoindrir les grandes choses de la foi chrétienne. Pour le divin, le temps n’est pas. Dans l’évolution historique, Bacchus a pu précéder Jésus : dans la réalité éternellement fixe de l’Au-delà, les deux ordres de faits se confondent, c’est là une vérité qu’on ne proclamera jamais assez haut, que cette inanité du temps dans le domaine divin.

Poursuivons. Comme le Fils de Miriam, Dionysios a ses souffrances, sa passion. Il a été surpris par les Titans qui, jaloux de lui, l’ont mis en pièces. Son cœur, échappé à leurs fureurs, a été recueilli par Pallas, et il est redevenu, au ciel, le centre d’une vie renaissante [1].

De là, la curieuse eucharistie pratiquée en Grèce, dès le temps de Thémistocle, sorte de banquet mystique où les Initiés mangeaient en commun la chair d’un taureau, qui était pour eux le propre corps de Bacchus. Pour comble de similitude, Iacchos qui est un des noms de Dionysios, n’est-il pas la traduction évidente du vocable hébraïque leschou ?

Bacchus fut ainsi que Jésus, l’objet d’une sorte de culte hystérique de la part des femmes. Ici, nous sortons du plan divin ou plutôt nous touchons à la ligne, ou plan di vin et plan hylique se copénètrent, à la région vague, où l’érotisme charnel se soude pour ainsi dire à la religiosité mystique dionysiaque, en vertu duquel, comme dit M. Decharme, « l’être humain affranchi de la raison, comme d’une entrave, n’obéissant qu’aux palpitations de son cœur et au délire de son cerveau, court se perdre dans l’objet inconnu de son adoration, auquel il abandonne la direction de sa vie et son âme tout entière », ce mysticisme, disons-nous, a sa frappante analogie dans les extases de Sainte-Thérèse et de Mme Guyon.

Desmarèts de Saint-Sorlin n’a-t-il pas écrit : « L’âme étant devenue un rien ne peut rien sentir ; quoi qu’elle fasse, n’ayant rien consenti, elle n’a pas péché. Par une dissolution entière de nous-mêmes, la vertu du Saint-Esprit s’écoule en nous, et nous devenons tout Dieu par une déformation admirable. »

Molinos n’a-t-il pas déclaré que les péchés sont une occasion d’humilité et une échelle pour monter au ciel ?

Enfin François de Sales lui-même n’a-t-il pas préconisé l’anéantissement de la volonté comme un idéal de perfection ?

Quant à ces fêtes orgiastiques, au cours desquelles les ménades échevelées se déchirent les seins et inondent les chemins de leur sang, n’est-ce pas une réalisation anticipée de ces tendances érotico-mystiques, qui feront surgir tour à tour les Flagellants du moyen âge, les ascètes des cloîtres et les convulsionnaires de Saint-Médard ?

Plus sur le sujet :

Bacchus, Jésus et la Gnose.

In L’Écho de l’Au-delà et d’Ici-bas, n° 4, 15 février 1900.

La revue ne cite pas son auteur, mais certains passages laissent penser qu’il est probable que ce soit Fabre des Essarts, Tau Synesius in ecclesia.

Image : Paul Véronèse / Public domain.


[1] Ce détail du mythe dionysiaque a pu par voie d’atavisme, donner naissance au culte moderne du Sacré-Cœur, si mal compris de tous, et principalement de ceux qui le pratiquent.

 

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Bacchus, Tau Synesius / Publié le : 24 mai 2020

Mis à jour le : 24 septembre 2020

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La Sagrada Familia à Barcelone, entre symboles et mystères de Gaudi 12 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Sagrada Familia à Barcelone, entre symboles et mystères de Gaudi

 
La Sagrada Familia à Barcelone, entre symboles et mystères de Gaudi dans Recherches & Reflexions

Par La Rédaction
10 juillet 2022
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Sagrada Familia à Barcelone

De notre confrère fermataspettacolo.it

La  Sagrada Família, en catalan Temple Expiatori de la Sagrada Família est une basilique catholique (mineure) commencée en 1883, toujours en voie d’achèvement, on estime que les travaux seront achevés d’ici 2026. Elle est considérée comme le chef-d’œuvre d’Antoni Gaudí.

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Sagrada Familia

La grandeur du projet et son style typiquement guadinien en ont fait l’un des principaux symboles de la ville, ainsi que l’une des étapes obligatoires du tourisme de masse ; en 2011 c’était le monument le plus visité d’Espagne, avec 3,2 millions de visiteurs devant le musée du Prado à Madrid.

Comme cela s’est produit précédemment pour les œuvres religieuses dont les œuvres sont destinées depuis plusieurs siècles (par exemple la Basilique de San Pietro ou le Duomo de Milan), l’église a été consacrée encore inachevée, le 7 novembre 2010, par Benoît XVI, qui l’a élevée au rang de basilique mineure.

Dans le temple de la Sagrada Familia, vous pouvez observer et rechercher de nombreux symboles liés au mystère.

Le carré magique

Pour commencer on peut partir de la porte de la passion riche en symboles et plus précisément du carré du Sator qui est un carré contenant un plateau 5×5 où il est écrit : SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS.

La particularité de cette phrase réside dans le fait que les lettres peuvent être lues indépendamment de gauche à droite ou inversement ou de bas en haut ou inversement et pour cette raison on l’appelle  Palindrome. Dans la Kabbale , qui est une pratique ésotérique juive qui s’est répandue à partir du XIIe siècle. Il y a une équivalence entre des chiffres, des lettres ou des mots ou des phrases. Et c’est grâce à cette équivalence, cet échange entre les mots et les nombres que nous en sommes toujours venus à donner une explication de la création ou d’un mystère lié à Dieu.

Dans les églises médiévales qui représentaient la somme de toutes les théories, les palindromes sont nombreux, ce qui confirme une étude diversifiée des différentes religions par les architectes et les ouvriers qui les ont créés.
Un très beau Sator peut également être vu à Sienne près du Duomo, sur lequel j’aimerais revenir plus tard avec un futur article.

Concernant le tableau magique sur la façade de la Passion de la Sagrada Familia, Gaudì a inséré des chiffres au lieu de lettres.
Si nous essayons d’additionner n’importe laquelle des combinaisons nous arrivons toujours à 33 qui est l’âge de la mort de Jésus et que Gaudi a certainement voulu mettre en évidence, mais qui par coïncidence représente aussi le plus haut degré de la franc-maçonnerie le 33e degré du Rite Écossais et qui souligne à quel point l’architecte était au courant des théories kabbalistiques.

Le cryptogramme de la Sagrada Familia

Dans la façade de la passion créée par Subirachs, un sculpteur catalan, quelques symboles sont insérés ; il n’est pas clair, cependant, si le sculpteur a repris l’idée originale de Gaudí. Sous la représentation de Veronica, qui se trouve à Lucques, se trouvent les symboles d’Alpha et d’Oméga, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec. Ce sont des symboles stylisés et représentent le début et la fin du symbolisme chrétien, mais si nous les superposons, ils nous ramènent au symbole de l’étoile de David placé à l’extérieur du temple du roi Salomon, un temple construit par Hiram à Jérusalem.

Une fois de plus nous sommes face à un symbole maçonnique .

Le Pélican, dans la porte de naissance, placé à la base du cyprès, symbole de la vie éternelle, représente l’Eucharistie selon la symbolique de l’ère paléochrétienne mais aussi le 18ème degré de la maçonnerie.

Aussi dans la porte de naissance on trouve l’œil de la providence divine et la pyramide. La pyramide est formée de roseaux à l’intérieur desquels se trouvent la Madone et une fontaine. Le triangle de simplification de la pyramide, est aussi un symbole maçonnique. L’œil représente Dieu.

Le pélican sur la porte de la naissance de la Sagrada Familia

La pyramide avec l’œil de Dieu est également présente sur la pièce de un dollar américain , un symbole probablement voulu par le franc-maçon Benjamin Franklin comme un souhait pour la nation naissante des États-Unis d’Amérique.

En revenant au Sacré, également sur la façade de la Naissance, une croix en Tau a été placée au sommet du cyprès. Le signe du Tau a des origines très anciennes remontant à la Bible ; il est présent dans le livre de la Genèse, dans Job et dans Ezéchiel qui dit : « Le Seigneur a dit : Traversez la ville, au milieu de Jérusalem et marquez un Tau sur le front des hommes qui soupirent et pleurent ».

Le Tau étant la dernière lettre de l’alphabet hébreu assume la même signification que l’oméga pour les chrétiens. Le Tau est un symbole très cher à Saint François d’Assise et pour cette raison il s’est beaucoup répandu au Moyen Âge. Il a été adopté par les écuyers des Templiers qui plus tard est devenu une croix au moment de l’investiture. Plus tard, il fut également utilisé par les Chevaliers qui tirent leur nom de ce symbole, le Tau, ordre des chevaliers hospitaliers .

La façade de la Passion

Le Tau était un symbole pour la famille Rosencrutz, grâce à son fondateur, Christian Rosencreutz. Pour la franc-maçonnerie, le Tau symbolise le maillet et l’équerre à double angle droit.

Le Tau et le X au-dessus de l’arbre de vie pourraient à nouveau être interprétés comme l’étoile de David. L’image du X peut être vue comme deux V, le deuxième V à l’envers. Si le V assumait l’autre sens du Tau, dans l’ancien alphabet hébreu, le Tau était formé d’un X et d’un T, ce n’est qu’après s’être transformé en T que nous aurions à nouveau une étoile de David.
Gaudí a travaillé dur pour étudier les différentes religions et en particulier les symboles qui leur sont associés.

Dans cette analyse, j’ai essayé de mettre en évidence certains des aspects infinis liés à la Sagrada Familia qui, précisément en raison de sa complexité, peuvent être comparés aux grandes cathédrales médiévales et gothiques.

Lorsque vous la visitez, votre regard se perd à la recherche d’espaces, de lieux de la vie du Christ qui sont le résultat des interprétations des œuvres d’un des plus grands architectes de tous les temps et qui a consacré une grande partie de sa vie à la création de son paradis terrestre.

Redécouvrez nos précédents articles sur ce thème :

SOURCE : https://450.fm/2022/07/10/la-sagrada-familia-a-barcelone-entre-symboles-et-mysteres-de-gaudi/

 

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Robert Ambelain : Rencontre avec un Frère Aîné Par Bertrand de Maillard 10 juillet, 2022

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Robert Ambelain Rencontre avec un Frère Aîné

Par Bertrand de Maillard

robert ambelain

Ce n’est pas une petite affaire que de parler d’un homme de la stature de Robert Ambelain, non pas bien sûr de sa stature physique, il était plutôt de petite taille, mais de sa stature intellectuelle, spirituelle, ésotérique, et n’ayons pas peur des mots, occultiste. Être surdoué en toutes matières, bénéficiant d’une mémoire prodigieuse qui lui avait permis d’acquérir une culture générale et une érudition peu communes – et cela en dehors de toutes études universitaires – il semble avoir été assisté, c’est là mon hypothèse (Robert Ambelain ne m’en a jamais touché mot), par une sorte de « daïmon », esprit familier qui le guidait dans ses recherches, comme ce fut le cas pour Stanislas de Guaïta.

Esprit positif et rationnel, cinq planètes en signe de Terre, sans être rationaliste, hyper intuitif, ce qui n’est pas contradictoire, il se référait souvent à la science officielle, non seulement comme base sur laquelle construire sa réflexion, mais peut-être aussi par complexe et regret de ne pas avoir fait des études scientifiques, et pour ce fait paraître sérieux en ses propos.

Homme de courage dans les commandos de la guerre 39-40, et dans l’insurrection de la capitale en 1944, il manifeste ce courage au quotidien, pendant l’occupation, dans son activité maçonnique clandestine, avec tous les risques que cela comportait.

S’il est vrai, par ailleurs, qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’opinion, il ne pouvait qu’être supérieurement intelligent, si l’on considère les volte-faces de sa pensée, et ce de façon subite. De l’Eglise Gnostique Apostolique qu’il avait fondée et dont il était le Patriarche à la trilogie : Jésus et le mortel secret des Templiers, La vie secrète de Saint Paul, et Les lourds secrets du Golgotha, quel abîme à franchir !

De la Bible comme référence habituelle au récent Secret d’Israël, de la doctrine de la réincarnation qui transparaît dans ses premiers ouvrages à une « certaine pérennité posthume », voilà quelques exemples, entre autres, de ses variations intellectuelles, sans parler du Camelot du Roi au délégué C.G.T. de la Société Five Lille.

Homme affable, bon vivant, bon convive, vrai hospitalier, ne dédaignant pas l’esprit gaulois, bon orateur, excellent écrivain au style agréable, il savait aussi manier la rigueur et la miséricorde, comme en témoignent ses relations tantôt amicales, tantôt autres (c’est un euphémisme !) avec des personnages disparus dont j’aurai à parler plus loin.

Mon premier contact avec Robert Ambelain remonte au 5 mars 1956, dans l’oratoire de Philippe Encausse, 46 boulevard de Montparnasse. Ce soir-là, il me transmet, ainsi qu’à Théo Brockly de Strasbourg et, si je ne me trompe, à Georges Crepin de Meaux, l’initiation libre de Supérieur inconnu. Impression inoubliable, sans doute supérieure en intensité émotive aux autres initiations reçues, même celle du 17 juin 1952 quand je reçois la lumière au sein de la R:. L:. Spartacus et la tradition maçonnique au Droit Humain. Je viens alors de faire la connaissance d’un homme hors du commun, dont l’amitié ne se démentira pas pendant plusieurs décennies, et qui m’a profondément marqué par sa façon de penser, ses enseignements, sa logique.

Je m’honore d’avoir servi, sous sa direction, avec mes faibles moyens, la Franc-Maçonnerie de Memphis-Misraïm, à laquelle il avait redonné force et vigueur.

Le cursus maçonnique de Robert Ambelain se trouve présenté au début de son ouvrage paru en 1985, La Franc-Maçonnerie oubliée. J’en reprends ici l’essentiel :

  • Apprenti le 26 mars 1939 a la R:. L :. La Jérusalem des vallées égyptiennes, Rite de Memphis-Misraïm. Son parrain n’est autre que Constant Chevillon.
  • Compagnon et Maître le 24 juin 1941, il est chargé par C. Savoire, R. Wibaux, R. Crampn et G. Lagrèze, tous hauts dignitaires du Rite de Memphis-Misraïm, du Rite Ecossais Ancien et Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, de maintenir le Rite de Memphis-Misraïm dans la clandestinité. Il constitue, avec des membres de diverses obédiences ralliées à la résistance maçonnique, la Loge Alexandrie d’Egypte, puis plus tard son chapitre qui fonctionne de façon rituelle à son domicile. Pour mener à bien sa tâche, il recevra :

Ø Tous les degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté jusqu’au 33ème inclus.

Ø Tous les degrés du Rite Ecossais Rectifié y compris ceux de l’Ordre intérieur, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, Profès et Grand Profès.

Ø Tous les degrés du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, 95ème inclus.

Ø Tous les degrés du Rite suédois jusqu’au Chevalier du Temple.

Il sera nommé Grand Maître ad vitam pour la France et substitut Grand Maître Mondial du Rite de Memphis-Misraïm en 1943 et 1944. c’est en 1962 qu’il deviendra Grand Maître Mondial du dit Rite.

A la fin de l’année 1984, il démissionne et abandonne sa fonction. Il devient Grand Maître Mondial d’Honneur du Rite de Memphis-Misraïm.

Parmi les autres titres qui lui furent conférés, citons : Grand Maître d’Honneur du Grand Orient Mixte du Brésil, Grand Maître d’Honneur de l’ancien Grand Orient du Chili, Président du Suprême Conseil des Rites Confédérés pour la France, Grand Maître pour la France du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite).

Je ne trouve pas trace dans mes souvenirs de l’activité maçonnique de Robert entre la Tenue solennelle de la R:. L:. Alexandrie d’Egypte, en février 1945 dans les locaux de la Grande Loge de France, sous la présidence de Michel Dumesnil de Grammont, et les années 60. il fréquente probablement des loges du Grand Orient de France et surtout du Grand Collège des Rites. En effet, à la suite de malentendus, les relations avec la Grande Loge de France sont difficiles.

C’est en 1958 que se produit un événement important : un certains nombre de FF:. de la Grande Loge Nationale Française quittent cette obédience, considérant comme usurpé le qualificatif de « française » de cette obédience, vu la majorité d’américains et d’anglais que l’on y rencontre à l’époque en raison de la présence des troupes de l’O.T.A.N. en France. D’autre part, la nature des travaux ne correspond pas à leurs aspirations. Ils fondent ce qui est actuellement la Grande Loge Traditionnel et Symbolique OPERA, du nom de l’avenue où se trouve le Cercle Républicain qui leur sert de temple provisoire.
Très vite, Robert Ambelain, Philippe Encausse et leurs fidèles respectifs, vont intégrer OPERA où deux loges, La France et L’Arche d’Alliance, seront des foyers martinistes. Ils retrouveront là quelques grands noms comme Pierre de Ribeaucourt, son fils Edouard, Vincent Planque, Victor Michon, Massiou, etc. Dans les années 60 se constitue le Grand Prieuré Martiniste.
C’est l’occasion pour certains de recevoir les hauts degrés du Rite Ecossais Rectifié, Maître Ecossais de Saint-André, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, voire la Profession et la Grande Profession.

En 1960 se produit un événement important. Sentant sa vie prochaine, Charles Henry Dupont qui détient la succession régulière de Memphis-Misraïm, du Martinisme (l’Union des Ordres Martinistes a été réalisée peu avant) et de l’Eglise Gnostique de Jean Bricaud, convoque Robert Ambelain chez lui, à Coutances et, en présence de témoins, Irénée Séguret, Paul Corcellet et Philippe Encausse, transmet tous ses pouvoirs à Robert. Deux mois plus tard, en octobre 1960, Charles Henry Dupont décède.

En mars 1962, ou 63, dans un temple de la Grande Loge de France, a lieu le réveil du Rite de Memphis-Misraïm. La Loge Hermès devient Loge-Mère du Rite. Installée dans un temple du Grand Orient de France, rue Ramey, elle émigrera rue Froidevaux, avant d’autres locaux, jusqu’aux locaux actuels à Saint-Mandé.
Robert Ambelain, Victor Michon, Jean Pierre T.rtr., Albert Cools, votre serviteur et bien d’autres la dirigeront. Des travaux de valeur y seront présentés, bien souvent par Robert Ambelain.

Dans l’année 1965, arrive un F:. du Grand Orient de France, Albert Cools qui, semble t-il, aura une certaine influence sur Robert. Est-ce une coïncidence, mais c’est à partir de 1966 que Robert commence les études qui se concrétiseront dans la trilogie d’ouvrages énoncée ci-dessus.

Nous avons droit en tenue à la primeur de certains chapitres, mais aussi à des commentaires enthousiastes au fur et à mesure de ses découvertes, lorsque nous dînons après les tenues en petit comité dans un restaurant du Châtelet. Un exemple :
« Vous savez, mes Frères, je viens de découvrir que Jésus avait un jumeau, Thomas le didyme (du grec didumos, jumeau) ». Bien entendu, pour lui, l’origine de Jésus n’était pas celle que l’on nous enseigne. Il était le fils de Judas de Gamala, le héros de la révolte du Recensement.

Ces études sur le Christianisme vont modifier l’orientation de Robert, mais elles seront aussi une source de dissensions parmi les maçons martinistes ou gnostiques, et donc chrétiens. Les uns suivront Robert, les autres demeureront outrés par ses prises de position. Quant à lui, il saura tirer les conclusions de ses nouvelles convictions.

En 1968, il « excommunie » le martinisme de Philippe Encausse en créant l’Ordre Martiniste Initiatique. De même, il transmet tous ses pouvoirs de Patriarche de l’Eglise Gnostique Apostolique, qu’il a fondée, à André Mauer. Ses relations avec Philippe Encausse vont se détériorer. Il y a déjà eu des heurts dans le passé. Philippe parlera des « crachats sur le Christ Jésus » à propos du livre de Robert, Jésus ou le mortel secret des Templiers (titre qui avait été choisi par Robert après consultation de ses intimes, dont moi-même).
Tout finira par s’apaiser à partir de 1975 jusqu’à la mort de Philippe en 1984.

Avec Jacques Duvielbourg, les rapports seront folkloriques. Deux personnages de forte dimension se retrouvent face à face : bien sûr, à propos du livre précité.

Jacques, évêque gnostique ne saurait être d’accord, mais également sur le sujet des pratiques magiques. J’entends encore Robert m’appelant un matin au téléphone :
« Tu sais, cette nuit, j’ai eu des angoisses et des palpitations. Or hier, Jacques m’a appelé et je n’entendais dans l’appareil que son souffle très fort, sans parole, c’était pour établir le lien. Il travaillait contre moi. » Guerre des mages en miniature ! Mais quelques temps après, Robert et Jacques tombaient dans les bras l’un de l’autre. Il en sera de même avec d’autres FF:. dont je tais les noms car toujours présents, bien vivants, parmi nous.

Les relations de Robert avec les obédiences maçonniques seront de la même veine. Nous avons vu que la première tenue de la Loge Alexandrie d’Egypte, après la libération, se tient dans un temple de la Grande Loge de France, rue Puteaux.
Or, par la suite, il ne semble pas que Robert ait été considéré persona grata rue Puteaux.

Certes, il y sera toujours reçu avec les honneurs, mais les FF:. de Memphis-Misraïm ne serons reçus dans les temples de la Grande Loge de France que récemment. D’après les écrits de Robert, il semble bien qu’un malentendu se soit installé dès le départ et qu’en raison de son activité clandestine pendant la guerre, il ait cru pouvoir reprendre à son compte la direction de plusieurs obédiences, ayant reçu toutes les initiations des différents rites et mission de les sauvegarder. Il ignorer alors qu’à Alger, la plupart des obédiences avaient reconstitué leurs états-majors, préparant leur retour en métropole.

Avec le Grand Orient de France, les relations sont paradoxalement meilleures et il en fréquente les ateliers, mais plutôt ceux du Grand Collège des Rites. Certes, entre Memphis [1] et le Grand Orient de France existent des accords anciens (1862 quand Marconis de Nègre fait allégeance au Maréchal Magnan Grand Maître du Grand Orient de France et restreint les degrés du Rite à 33…), mais il est un fait qu’entre une obédience à tendance générale rationaliste et une obédience ultra spiritualiste il ne peut guère y avoir de concurrence…

Avec OPERA, les relations resteront bonnes, mises à part les turbulences créées par ses ouvrages sur le christianisme et ses appréciations sur les Convents de Wilhemsbad et Lyon.

Avec le Droit Humain, Robert va donner toute sa mesure. Le Droit Humain exclut-il une sœur qu’il en fait immédiatement la Vénérable Maîtresse de la première Loge d’Adoption du Rite, la Loge Hathor. Protestation de la rue Jules Breton ? Robert s’attache à démontrer « l’irrégularité originelle » de cette obédience. Ce qui ne l’empêchera pas d’y présenter sa fille qui y sera reçue, comme il sera reçu lui-même en visiteur à plusieurs reprises. Mais Robert Ambelain récidivera en acceptant pour la loge d’adoption la compagne d’un F:. de la Loge Hermès. Cette deuxième S:. en rupture de ban avec le Droit Humain, sera expulsée séance tenante de la rue Breton.

Plus tard, il sera encore le premier à reconnaître la Grande Loge Mixte Universelle, scission du Droit Humain entraînée par la S:. Braud et le F:. Jallu.

Parmi les cinquante et quelques livres écrits par Robert, trois seulement concernent la Franc-Maçonnerie. Je laisse de côté l’ouvrage La Franc-Maçonnerie occultiste et mystique : le Martinisme, tant il s’agit d’une branche particulière de la Franc-Maçonnerie dans le concert maçonnique général. Robert publie donc, en 1967, Cérémonies et rituels de la maçonnerie symbolique, ouvrage plusieurs fois réédité.

C’est le résultat des décisions d’un Convent du Rite, en 1965, et de l’accord de deux obédiences, le Grand Orient de France et le Droit Humain. L’idée est de fixer ne varietur les rituels, même si des détails pourront être modifiés, afin de couper court aux altérations fondamentales ou aux fantaisies de certaines loges, car le dépôt légal garde trace de tous les livres ou journaux. Il s’agit de plus de montrer aux adversaires de la Franc-Maçonnerie que nous n’avons pas de véritables secrets, le seul véritable secret maçonnique étant en notre cœur.

Le deuxième ouvrage maçonnique est Scala Philosophorum ou la Symbolique maçonnique des Outils, réédité sous la simple seconde partie du titre. Ouvrage capital qui va bien au-delà du symbolisme classique vers l’interprétation ésotérique et alchimique des trois premiers degrés maçonniques, basée sur le schéma de la Tétractys pythagoricienne. Ce texte est à étudier par tout maçon épris de connaissance, et particulièrement par les maçons de Memphis-Misraïm.

Enfin, troisième livre, La Franc-Maçonnerie oubliée étudie, chapitre après chapitre, de nombreuses questions importantes : les origines compagnonniques opératives de la Franc-Maçonnerie et le passage de l’opératif au spéculatif. Y est abordé également le hiatus entre la Franc-Maçonnerie stuardiste avec ses loges venuesde France au côté de Jacques II après la chute des Stuart, et la Franc-Maçonnerie orangiste avec la constitution de la Grande Loge d’Angleterre en 1717, les Constitutions d’Anderson et le rôle de Désaguliers. Plusieurs chapitres s’attachent à démontrer l’irrégularité fondamentale de la « Rome » de la Franc-Maçonnerie, celle qui prétend précisément être la seule régulière et dicter sa loi à toute la Franc-Maçonnerie, cette Grande Loge Unie d’Angleterre dont les lointains fondateurs, Désaguliers et Anderson, n’avaient même pas été initiés convenablement. Il fallait oser. Robert Ambelain osa !

De même, Robert Ambelain réalisa une analyse critique de la légende d’Hiram et de son introduction dans les rituels de Maîtrise maçonnique, ce qui en fait selon lui un rite luciférien. De nouveau, Robert montre sa faculté d’adaptation, si l’on songe à ce qu’il a écrit sur la possession du nouveau Maître maçon par l’esprit et l’égrégore de la Maçonnerie, libérant le nouvel initié de ses préjugés antérieurs.

Robert Ambelain a dit, et écrit, que la Franc-Maçonnerie, comme toutes les institutions humaines en cette fin de siècle, subissait la décadence ambiante. Nous sommes bien obligés de constater la perspicacité de son observation. C’est une raison supplémentaire pour que les francs-maçons sincères, épris de symbolisme et d’ésotérisme, œuvrent pour que la Tradition perdure et qu’enfin, l’Ordre s’installe sur le Chaos.

T:. Ill:. F:.
Bertrand de MAILLARD

[1] Memphis et non Memphis-Misraïm qui n’ont été réunis qu’en 1881 par Garibaldi. Mais en 1862, Misraïm et Memphis sont en conflit. Alors que Marconis de Nègre, en perte d’influence, est ravi de répondre à l’appel du Maréchal Magnan (initié dans la même journée du grade d’Apprenti au 33ème degré !), Misraïm refuse avec hauteur la proposition (ou plutôt l’ordre) de rejoindre le Grand Orient de France, attitude qui sera imitée par le Grand Commandeur Viennet du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

 
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Le livre du TAO et de sa vertu – LAO TSEU

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LAO TSEU

 Lao-Tseu_-

LE LIVRE DU TAO ET DE SA VERTU

TAO TE KING

  

texte scanné par Roger DAMAYE, reçu le 25 janvier 1997.

Son texte d’accompagnement est reproduit ci-dessous en italiques.

L’ami Roger m’a devancé… J’avais choisi la traduction de Matgoiï (Albert de Pouvourville) avec laquelle je fis connaissance de ce texte, dont il faut bien dire qu’il est intraduisible, alors que le sens littéral est sans doute respecté par les sinologues dans la mesure du possible, avec sa mise sous forme alphabétique.

Ce qui est intraduisible : la spécificité culturelle et l’emploi constant du paradoxe, méthode, que les occidentaux n’ignorent pas tous et qui oblige à réfléchir sur la réflexion, peut être pour faire saisir que la simplicité est le sceau de la Vérité ?

Sur les termes employés, nous rencontrons souvent le « Saint-Homme », que l’on pourrait sans nul doute aussi bien traduire par homme sain. L’hébreu nous offre un exmple avec le mot « Kadosch » , traduit couramment par saint et dont le sens est sain, sans défaut avec la notion de tri, mais ….laissons le lecteur à ses propres réflexions.

G. G. le 4 mai 1997

 

 

Le TAO TE KING ( Livre de la Voie et de sa vertu) est sans contredit un des textes les plus importants de l’Humanité, au même titre que La Bible, le Coran ou les Védas. Il aurait été écrit par Lao Tseu au VIème siècle avant J.C.

Il existe un bon nombre de traductions françaises du Tao Te King. Personnellement, j’en connais au moins cinq dont celle, entre autres, du Père Léon WIEGER S.J. dans son ouvrage  » Les Pères du Système Taoïste « , une autre présentée par ETIEMBLE (en collection de poche), et deux autres dont j’ai oublié les auteurs.

Celle que je vous propose ici, publiée en 1969 aux éditions DERVY, par un auteur anonyme, qui a eu la grande humilité – cela mérite d’être remarqué – de s’effacer derrière la haute personnalité de Lao Tseu.

N’ayant personnellement pas la moindre notion de la langue chinoise, je ne suis pas apte à dire si cette traduction est la plus fidèle à l’original. Mais si je l’ai choisie c’est d’abord pour rendre hommage à la discrétion du traducteur et c’est aussi parce qu’elle s’accompagne d’une importante collection de notes et de commentaires où l’on trouve d’intéressants parallèles avec les traditions occidentales.

Donc, si vous avez aimé le texte de la traduction, précipitez vous sur le livre ( espérons qu’il n’est pas épuisé) pour lire les commentaires.

 

Ayant réalisé ce travail pour mon plaisir personnel et aussi pour faire connaître ce texte important je n’entends pas en tirer un quelconque avantage pécuniaire. Si vous l’avez aimé et désirez m’en remercier, vous pouvez faire une offrande a l’Association Druk Toupten Tcheukhor Ling.

CENTRE D’ETUDES BOUDDHIQUES

Bel Avenir

56770 – PLOURAY

 

 

QUI ETAIT LAO TSEU ?

On sait fort peu de chose de LAO TSEU.

La courte biographie. que donne de 1ui Seu Ma Tsyeng dans ses mémoires historiques, parus vers 1′an 99 avant J.-C., est le document le plus ancien qui contienne sur sa vie quelques renseignements dont rien ne permet d’ai11eurs d’affirmer la parfaite authenticité..

I1 serait né en l’an 570 avant J.-C., au village de Haï dans le royaume de Tch’en. I1 était de famille noble, celle des Lao Che, Che étant le nom de sa race. Son nom patronymique était LI, son prénom EUL.

En 581 après J.-C l’Empereur Tsing ordonna de lui rendre les mêmes honneurs qu’à BOUDDHA. On lui donna le nom de YUEN HOANG TI,»Maître souverain de l’obscurité». Mais il fut surtout connu sous le nom de LAO TSEU, c’est-à-dire»le Vieux Maître»«le Vieux Docteur»où vieux est pris dans le sens de vénérable.

LAO TSEU fut archiviste de la cour des Tchéou. Voyant que leur puissance était sur son déclin, las du désordre de l’Empire, il prit la résolution de s’éloigner pour n’être pas témoin de leur chute. Nous ignorons quand et ou il mourut.»Ayant aimé l’obscurité pardessus tout, dit SE: MA TSHYENG, cet homme effaça délibérément la trace de sa vie ». Mais qu’importe la trame de son existence ! Génie original, ne relevant que de la grande et antique tradition, LAO TSEU appartient à 1a lignée des missionnés, dont la pensée et la sagesse sont sur la terre un reflet de la lumière divine, et qui ont atteint l’immortalité

Le même mystère, qui entoure sa personne et sa vie, et pour les mêmes raisons, enveloppe son œuvre condensée dans un seul livre. La plupart de ses biographes répètent, à ce sujet, à peu près dans les mêmes termes, une anecdote suivant laquelle, en quittant la Chine et sur le point de traverser la Grande Muraille, il aurait été prie, par l’officier gardien de la passe de l’Ouest, YIN HI, d’écrire pour lui un résumé de sa doctrine. C’est dans ces conditions que le TAO TE KING aurait vu le jour.

Cette anecdote fait partie de la légende rédigée par KO HONG vers l’an 530 après J.C. et incluse dans son ouvrage intitulé»Histoire des dieux et des immortels ». Est-elle mieux fondée que les autres faits relatés dans ce récit fabuleux ? Nul ne peut le dire. Quoi qu’il en soit, la tradition affirme formellement que le TAO TE KING est de la main d LAO TSEU et, d’après le savant Père WIEGER tout porte à croire que la tradition a raison.

 

LE TEXTE

 

 

TAO TE KING

retour à cosmos

 

 

1

I – 1 Une voie qui peut être tracée, n’est pas la voie éternelle: le Tao. Le

nom qui peut être prononcé,, n’est pas le nom éternel

 

I-2 – Sans nom, il est a l’origine du ciel et de la terre. Avec un nom, il est

la Mère des dix mille êtres

 

I-3 – .Ainsi, un Non-Dèsir éternel représente, son essence, et par un Désir

éternel il manifeste une limite

 

I-4 – Ces deux états coexistent inséparables, et diffèrent seulement de nom.

Pensés ensemble: mystère! le Mystère des mystères’. C’est la Porte de toutes

les essences

 

2

 

II-1 -.Tous sous le Ciel, connaissant le beau comme le beau: voici le laid!

Tous connaissant le bien comme le bien: voici le mal! C’est ainsi que l’être

et le non-être naissent l’un de l’autre, que le difficile et le facile

s’accomplissent l’un par l’autre, que mutuellement le long et le court se

délimitent, le haut et le basse règlent, le ton et le son s’accordent, l’avant

et l’après s’enchaînent.

 

II-2 – C’est pourquoi le Saint-Homme s’en tient à la pratique du Non-agir. Il

enseigne sans parler. Tous les êtres agissent, et il ne leur refuse pas son

aide. Il produit sans s’approprier, travaille sans rien attendre, accomplit

des oeuvres méritoires sans s’ attacher, et, justement parce qu’il ne s’y

attache pas, elles subsistent.

 

3

 

III-1 Il ne faut pas glorifier les hommes de valeur, pour que le peuple ne

dispute pas; ni estimer les biens difficiles à acquérir, pour qu’il ne vole

pas; ni ,étaler ce qui excite la convoitise, pour que son coeur ne soit pas

troublé,.

 

III-2 C’est pourquoi le Saint-Homme a pour règle :faire le vide dans le

coeur, emplir le ventre, affaiblir la volonté, fortifier les os, faire

constamment en sorte que le peuple soit sans savoir et sans désirs, et que

ceux qui savent n’osent pas agir.

 

III-3 – Il pratique le Non-agir et il n’est rien alors, qui ne soit bien

dirigé, certes.

 

4

IV-1 – Le Tao est vide mais il est inépuisable. Quel abîme

 

IV-2 – Il apparaît comme l’ancêtre des dix mille êtres. il émousse son

activité, dénoue ses voiles, harmonie sa splendeur, s’unit à sa poussière; Oh!

Qu’il est pur.

 

IV-3 – Il semble subsister de toute éternité. Je ne sais de qui il pourrait

être le fils; il paraît antérieur au Souverain du Ciel;

 

5

 

 

V-1 – Le Ciel et la Terre ne sont pas humains; pour eux, tous les êtres sont

comme le chien de paille. Le Saint-Homme n’a pas de prédilection; pour lui les

Cent Familles sont comme chien de paille.

 

V-2 – Entre le Ciel et la Terre, il est semblable à un soufflet de forge vide,

mais inépuisable, dont le mouvement produit un souffle croissant.

 

V-3 – Parler beaucoup épuise sans cesse; mieux vaut garder le Milieu.

 

6

 

VI-1 – L’Esprit des profondeurs est impérissable; on l’appelle la Femelle

mystérieuse.

 

VI-2 – La porte de la femelle mystérieuse est nommée la Racine du Ciel et de

la Terre. Elle dure perpétuellement, et se dépense sans s’user.

 

7

 

VII – 1 Le Ciel et la Terre durent toujours. S’ils durent toujours c’est

parce qu’ils ne vivent pas pour eux-mêmes. Voilà ce qui leur permet de durer

indéfiniment.

 

VII-2 – C’est pourquoi se mettant à la dernière place, le Saint-Homme se

trouve à la première; oubliant sa personne il la conserve. Parce qu’il ne

poursuit pas des buts égoïstes, il réalise à la perfection ce qu’il

entreprend.

 

8

 

VIII-1 – La suprême Vertu est comme l’eau. L’eau et la Vertu sont

bienfaisantes pour les dix mille êtres et ne luttent pas. Elles occupent les

places que les hommes détestent. C’est pourquoi elles sont comparables au Tao.

 

VIII-2 – Dans toute situation, la Vertu est humilité; dans le coeur elle est

profondeur insondable; dans l’assistance elle est Amour; dans la parole

sincérité. Dans le gouvernement, elle est ordre et droiture; dans l’action

elle est capacité, et elle se meut avec opportunité.

 

VIII-3 – mais elle ne lutte pas; c’est pourquoi elle est irréprochable.

 

9

 

Tao IX-1 – Conserver plein ce qui va déborder, mieux vaut y renoncer. Un

tranchant trop aiguisé ne peut rester longtemps affilé. Une salle remplie d’or

ne peut être gardée.

 

Tao IX-2 – S’enorgueillir parce que l’on est comblé de richesse et d’honneurs,

attire sur soi l’infortune. Lorsque l’oeuvre utile est accomplie et que point

la renommée, que la personne s’efface: c’est la Voie du Ciel.

 

10

 

X-1 – Maintenir le corps et l’âme sensitive dans l’unité, pour qu’ils ne

puissent se séparer; contenir la force vitale et la rendre docile, afin de

devenir comme le nouveau-né; se purifier en s’abstenant de scruter les

mystères, pour rester sain; aimer le peuple afin de pouvoir gouverner sans

agir; que les Portes du Ciel s’ouvrent ou se ferment, pouvoir être comme la

femelle; étant inondé de lumière de tous cotés, pouvoir être ignorant; donner

la vie, l’entretenir, produire sans s’approprier; agir sans rien escompter;

diriger sans asservir. Telle est la Vertu merveilleuse.

 

11

 

 

XI-1 – Trente rayons convergents, réunis au moyeu, forment une roue; mais

c’est son vide central qui permet l’utilisation du char. Les vases sont faits

d’argile, mais c’est grâce à leur vide que l’on peut s’en servir. Une maison

est percée de portes et de fenêtres, et c’est leur vide qui les rend

habitable.

 

XI-2 – Ainsi l’être produit l’utile; mais c’est le non-être qui le rend

efficace

 

12

 

XII-1 – Les cinq couleurs rendent les yeux de l’homme aveugle, les cinq sons

rendent ses oreilles sourdes, les cinq saveur rendent sa bouche inapte à

savourer. Les courses violentes et le galop des chasses déchaînent dans son

coeur de furieuses passions. Les biens difficiles à acquérir font qu’il se

heurte à de dangereux obstacles.

 

XII-2 – C’est pourquoi le Saint-Homme s’occupe de l’intérieur et non des sens.

Il rejette ceci et adopte cela;

 

13

 

XIII-1 – Faveur et disgrâce vont avec la crainte. Honneur et tribulations vont

avec la personne. Pourquoi dit-on que faveur et disgrâce vont avec la crainte?

La faveur élève, la disgrâce abaisse. Obtient-on la faveur on est dans la

crainte; la perd-on, on est encore dans la crainte. Tel est le sens de: faveur

et disgrâce vont avec la crainte.

 

XIII-2 – Pourquoi dit-on: honneurs et tribulations vont avec la personne? Le

moi est ce par quoi on a des tribulations. C’est parce que nous avons une

individualité quelles nous frappent. Si nous n’avions pas d’individualité,

quels malheurs pourraient nous atteindre?

 

XIII-3 – C’est pourquoi celui pour qui l’Empire est aussi précieux que sa

propre personne peut l’obtenir; celui qui l’aime autant que lui-même est digne

de le diriger.

 

14

 

XIV-1 – Regardant, on ne le voit pas, on le nomme l’Invisible; écoutant, on ne

l’entend pas, on le nomme l’Inaudible. Touchant, on ne le sent pas, on le

nomme l’Impalpable. Ce que sont ces trois attributs, il est impossible de le

préciser; c’est pourquoi on les confond, car il ne font qu’un.

 

XIV-2 – En haut, il n’est pas éclairé; en bas il n’est pas obscure. Il est

éternel. Il est sans non. Son origine est là où n’existe aucun être. On peut

dire qu’il est forme sans forme, figure sans figure; c’est l’Indéterminé.

Allant à sa rencontre on ne voit pas sa face; le suivant , on ne voit pas son

dos.

 

XIV-3 – C’est en observant l’antique Tao que l’on peut régler l’existence

actuelle. Pouvoir connaître le commencement du passé, c’est tenir le fil du

Tao.

 

15

 

XV-1 – Les sages parfaits de l’Antiquité étaient insaisissables, surnaturels,

mystérieux, pénétrants, si profonds qu’on ne pouvait les connaître. Comme on

ne pouvait les connaître on ne peut tenter de les dépeindre.

 

XV-2 – Ils étaient attentifs! comme celui qui traverse un cours d’eau en

hiver; prudents! comme celui qui craint ses voisins; réservés! comme celui qui

 

reçoit l’hospitalité; effacés! comme la glace fondante; vides! comme la

vallée; troubles! comme l’eau limoneuse.

 

XV-3 – Qui peut, par le calme, clarifier peu à peu ce qui est impur? Qui peut,

peu à peu, naître au calme et s’y maintenir toujours? Celui qui garde le Tao.

Il ne désir pas être plein, mais vide. C’est pourquoi il peut paraître

méprisable et dépourvu de perfection temporelle.

 

16

 

XVI – 1 – Atteindre le Vide parfait, c’est se fixer fermement dans le repos.

 

XVI – 2 – Les dix mille êtres paraissent ensemble et je les vois s’en

retourner. Ils prolifèrent vigoureusement, puis chacun revient son origine. Le

retour à l’origine, c’est le Repos. Le Repos, c’est le renouvellement de la

destinée. Renouveler la destinée, c’est la loi éternelle. Connaître la loi

éternelle, c’est être éclairé; l’ignorer est un aveuglement qui rend

malheureux.

 

XVI – 3 – Connaître la loi éternelle rend magnanime; celui qui est magnanime

est roi; roi, il est comme le Ciel; semblable au Ciel, il est uni au Tao, il

dure toujours. Que sa personne disparaisse, il n’y a plus de péril.

 

17

 

XVII – 1 – Les Grands Souverains de jadis, le peuple savait qu’ils existaient.

Ceux qui vinrent ensuite il les aima, les honora: puis il les craignit, et

enfin les méprisa. Quand la confiances est limitée, il n’y a pas de confiance.

 

XVII – 2 – Les premiers étaient graves, réservés dans leurs paroles. Les

oeuvres méritoires se multipliaient, les entreprises prospéraient. Dans les

Cents Familles, tous disaient: « C’est grâce à nous qu’il en est ainsi. »

 

18

 

XVIII – 1 – Quand le grand Tao fut délaissé, il y eut l’humanité, la justice.

Puis la Sagesse, la prudence parurent, et l’hypocrisie fut générale.

 

XVIII – 2 – Dans la famille, les membres se méconnurent; il y eut l’affection

des parents, la piété filiale.

 

XVIII – 3 – Les Etats souffrirent de la corruption, du désordre; il y eut des

fonctionnaires fidèles.

 

19

 

XIX – 1 – Renoncez à la sagesse, abandonnez la prudence, ce sera cent fois

plus profitable au peuple. Renoncez à l’humanité, rejetez la justice, et le

peuple reviendra à l’amour filial et à l’affection paternelle. Renoncez à

l’habileté, abandonnez le profit, et il n’y aura plus de voleurs ni de

bandits.

 

XIX – 2 – Ces qualités, étant des apparences, ne sauraient suffire. C’est

pourquoi il faut tâcher de se montrer simple, rester naturel, réduire

l’égoïsme, avoir peu de désirs.

 

20

 

XX – 1 – Renoncer à l’étude délivre de l’inquiétude. Entre acquiescer et

consentir la nuance est bien petite; mais combien diffèrent le bien et le mal

 

XX – 2 – Ce que les hommes redoutent, on ne peut pas ne pas le craindre, mais

pas au point d’en être troublé, anéanti.

 

 

XX – 3 – Tous les hommes sont pleins d’ardeur, exaltés comme pour un festin,

semblables à ceux qui font une ascension au printemps. Mois seul suis calme,

sans réactions, comme le nouveau-né qui n’a pas encore souri, errant sans

dessein, sans but!

 

XX -4 – Les autres hommes ont tous du superflu; moi seul suis un déshérité,

mon coeur est celui d’un simple d’esprit, trouble! confus! L’homme de la foule

est éclairé; moi seul suis plongé dans la pénombre. L’homme de la foule est

précis, perspicace; seul je suis replié sur moi-même, mouvant comme la mer,

flottant sans arrêt. La multitude des hommes se rend utile; moi seul suis

inapte, semblable un paria.

 

XX – 5 – Moi seul diffère des autres hommes parce que je vénère la Mère

nourricière.

 

21

 

XXI – 1 – Ce qui contient la Grande Vertu procède du Tao. Quelle est la nature

du Tao: il est confus, indiscernable. Oh! Qu’il est confus, qu’il est

indiscernable En lui il y a des formes indistinctes, indéterminées. En lui, il

y a des êtres. Quel abîme! quelle obscurité! en lui il y a une essence

spirituelle: son essence, absolue vérité! En lui est son propre témoignage.

Depuis l’antiquité jusqu’à présent, son nom n’a point passé. De lui sortent

les propriétés de tout ce qui est.

 

XXI – 2 – Comment sais – je que telle est l’origine de tout ce qui est, Par

cela.

 

22

 

XXII – 1 – L’incomplet sera complété, le courbe redressé, le creux rempli,

l’usé renouvelé, l’insuffisant augmenté, l’excès dissipé.

 

XXII – 2 – C’est pourquoi le Saint-Homme, embrassant l’Unité est le modèle du

Monde. Parce qu’il e se met pas en évidence, il brille; parce qu’il n’est pas

personnel, il s’impose; parce qu’il ne se vante pas , il a du mérite; parce

qu’il n’est pas orgueilleux, il ne cesse de croître; parce qu’il ne lutte pas,

personne au monde ne peut s’opposer à lui.

XXII – 3 – Cette sentence des anciens: ce qui est incomplet sera complété,

est-elle une parole vaine?

 

XXII – 4 – Tout retourne à la parfaite intégrité.

 

23

 

XXIII -1 – Parler peu pour rester soi.

 

XXIII – 2 – Un ouragan ne dure pas toute une matinée, ni une pluie

torrentielle tout un jour. Or, qui fait cela, le ciel et la terre. Si le Ciel

et la Terre ne peuvent faire durer ce qui est excessif, comment l’homme le

pourrait-il?

XXIII – 3 – C’est pourquoi celui qui en toutes choses suit le Tao, règle ses

principes sur le Tao, identifie sa volonté et ses actions avec la volonté et

l’action du Tao, conforme également ses non-interventions au Non-agir du Tao.

E parce qu’il aspire à l’Union Suprême, le Tao l’accueille avec joie. Aussi sa

conduite, ses projets, ses oeuvres ou ses abstentions ont-ils d’heureux

résultats.

 

XXIII – 3 – Quand la foi n’est pas totale, ce n’est pas la vraie foi.

 

24

 

 

XXIV – 1 – Celui qui se dresse sur la pointe des pieds ne peut se tenir

debout. Celui qui étend les jambes ne peut marcher. Celui qui se met en vue

reste obscur; celui qui est satisfait de lui n’est pas estimé; celui qui se

glorifie est sans mérite; celui qui est orgueilleux cesse de croître. Par

rapport au Tao, ces façons d’agir sont comme des vomissures et des tumeurs qui

répugnent aux êtres.

 

XXIV – 2 – C’est pourquoi celui qui a le Tao ne suit pas cette voie.

 

25

 

XXV -.1 – Il est un être indéterminé dans sa perfection, qui était avant le

ciel et la terre, impassible, immatériel! Il subsiste, unique, immuable,

omniprésent, impérissable. On peut le considérer comme étant la Mère de

l’Univers. Ne connaissant pas son nom, je le désigne par le mot Tao.

 

XXV – 2 – En s’efforçant de le qualifier, on pourrait dire qu’il est grand,

qu’étant grand il fuit, que fuyant il s’éloigne, qu’éloigné il revient.

 

XXV – 3 – Ainsi le Tao est grand, le ciel est grand, la terre est grande, le

roi aussi est grand. Dans le monde il y a quatre grandes choses, et le roi

n’en est-il pas une?

 

XXV – 4 – L’homme se règle sur la terre, la terre se règle sur le ciel, le

ciel se règle sur le Tao. Le Tao n’a d’autre loi que lui-même.

 

26

 

XXVI – 1 – Le lourd est la racine du léger; le repos est le maître du

mouvement. C’est pourquoi le prince sage va de l’aube au soir, sans se

départir d’une sereine gravité. Bien qu’il possède gloire et honneur, il

s’applique à s’en détacher.

 

XXVI – 2 – Pourquoi, hélas! les maîtres aux dix mille chars attachent-ils plus

d’importance à leur personne qu’à l’Empire? Insouciants, ils perdent leurs

conseillers; violents, ils perdent leur trône.

 

27

 

XXVII – 1 – Qui marche bien ne laisse pas de traces; qui parle bien ne commet

pas de fautes; qui calcule bien n’a pas besoin de boulier; qui sait bien

garder ferme sans verrou, et personne ne peut ouvrir; qui sait bien lier ne se

sert pas de liens, et personne ne peut délier.

 

XXVII – 2 – C’est pourquoi le Saint-Homme excelle constamment à secourir les

hommes, et ne repousse personne. Il aide tous les êtres et n’en délaisse

aucun.. En quoi il est doublement éclairé.

 

XXVII – 3 – Aussi l’homme vraiment vertueux est un maître pour celui qui n’est

pas vertueux; par contre le vulgaire est utile au Sage. Ne pas vénérer son

maître, ne pas aimer celui qui nous rend service, serait-on réputé, sage, est

un grand égarement.

 

XXVII – 4 – Voila une vérité essentielle et profonde.

 

28

 

XXVIII – 1 – Celui qui connaît sa force et garde sa douceur est la vallée de

l’Empire. Etant la vallée de l’empire, la vertu éternelle ne l’abandonne pas;

il redevient comme un petit enfant.

 

XXVIII – 2 – Celui qui connaît sa lumière et garde son obscurité est le modèle

de l’Empire. Etant le modèle de l’Empire, la Vertu éternelle ne vacille pas en

lui; il revient à l’Illimité.

 

XXVIII – 3 – Celui qui connaît sa gloire et reste dans son opprobre devient la

vallée du Monde. Etant la Vallée du Monde la Vertu éternelle le comble et il

revient à la Simplicité originelle. C’est cette simplicité qui, en se

divisant, a formé toutes choses.

 

XXVIII – 4 – Le Saint-Homme ne fait rien sans elle. Modèle des Maîtres, il

dirige avec noblesse et ne lèse personne.

 

29

 

XXIX – 1 – Celui qui voudrait obtenir l’Empire pour le façonner, je vois qu’il

n’y réussirait pas. L’Empire étant une réalité spirituelle , on ne peut le

modeler. Ceux qui veulent le façonner le ruinent; ceux qui veulent le saisir

le perdent.

 

XXIX – 2 – En effet, parmi les êtres, les un vont de l’avant, d’autres

suivent; certains aspirent, d’autres soufflent; certains sont vigoureux

d’autres débiles; les uns détruisent, les autres consolident.

 

XXIX – 3 – C’est pourquoi le Saint-Homme proscrit seulement les excès dans la

jouissance, l’ambition et le luxe.

 

30

 

XXX – 1 – Celui qui seconde le Souverain en suivant le Tao ne se sert pas des

armes pour subjuguer l’Empire, car quoi qu’on fasse aux hommes, ils aiment à

rendre la pareille. Là où campent les armées, poussent les ajoncs et les

 

ronces; après les grandes guerres viennent les années de disette.

 

XXX – 2 – C’est pourquoi celui qui est vertueux atteint son but sans se

permettre de rien prendre par la force. Il réussit sans faire souffrir, sans

détruire, sans s’enorgueillir, sans exploiter son succès, puis s’arrête. Il a

vaincu sans violence.

 

XXX;- 3 – Quand les êtres usent de la force ils vieillissent, car cela est

opposé au Tao, et ce qui est opposé au Tao, périt prématurément.

 

31

 

XXXI – 1 – Les armes les plus belles sont des engins de malheur; tous les

êtres les ont en horreur. Celui qui a le Tao ne s’y complaît pas

 

XXXI – 2 – En temps de paix, la place d’honneur est à la gauche du prince

sage; en temps de guerre, elle est à sa droite

 

XXXI – 3 – Les armes sont des engins de malheur, ce ne sont pas les

instruments du prince sage. Il ne peut en être dépourvu en vue d’une nécessité

éventuelle; mais il place bien au dessus le calme et la Paix.

 

XXXI – 4 – Une victoire n’est pas un bien; celui qui la considérerait comme un

bien prendrait plaisir à tuer les hommes. Or, celui qui prend plaisir à tuer

les hommes ne peut réussir à bien diriger l’Empire.

 

XXXI – 5 – Dans les événements heureux, la première place est à gauche, dans

les événements malheureux elle est à droite. La place du général en second est

à la gauche du prince, celle du général en chef est toujours à sa droite,

c’est à dire à la première place selon les rites funèbres, car celui qui fait

tuer beaucoup d’hommes doit les pleurer.

 

XXXI – 6 – Le général vainqueur se trouve ainsi placé comme s’il conduisait le

deuil de ceux dont l a causé la mort

 

32

 

XXXII – 1 – Le Tao est éternel, il n’a pas de nom. Bien que petit par sa

simplicité, l’Univers n’a aucun pouvoir sur lui.

 

XXXII – 2 – Si les souverains pouvaient s’attacher à lui, les dix mille êtres

viendraient spontanément se confier à eux; le Ciel et la terre s’uniraient

pour faire descendre une douce rosée, et, sans contrainte, les peuples se

pacifieraient d’eux-mêmes.

 

XXXII – 3 – A l’origine de la distinction, il y eut le nom; avec le nom

l’existence fut. Dès lors de même il y eut le savoir et la limite; avec le

savoir et la limite, le moyen de ne pas périr.

 

XXXII – 4 – Tout ce qui existe dans l’Univers est, par rapport au Tao, ce que

sont les ruisseaux des vallées par rapport aux fleuves et aux mers.

 

33

 

XXXIII – 1 – Celui qui connaît les hommes est averti; celui qui se connaît

lui-même est réellement éclairé.

 

XXXIII – 2 – Celui qui vainc les hommes est fort; celui qui se vainc lui-même

est réellement puissant.

 

XXXIII – 3 – Celui qui sait se suffire est riche.

 

XXXIII – 4 – Celui qui suit sa voie a de la volonté.

 

 

XXXIII – 5 – Celui qui reste à sa place dure longtemps.

 

XXXIII – 6 – Celui qui meurt sans cesser d’être a acquis l’immortalité.

 

34

 

XXXIV – 1 – Le grand Tao est partout; sa puissance s’étend en tous sens.

 

XXXIV – 2 – Les dix mille êtres comptent sur lui pour naître et vivre, et il

ne les déçoit pas. Son oeuvre étant accomplie, il ne se l’attribue pas. Il

nourrit les dix mille êtres avec amour, sans les traiter en maître.

 

XXXIV – 3 – Etant éternellement sans désir, on pourrait l’appeler petit; mais

les dix mille êtres dépendent de lui; bien qu’il ne les traite pas en maître,

on peut l’appeler grand.

 

XXXIV – 4 – Voila pourquoi le Saint-Homme, jusqu’à la fin ne se considère pas

comme grand; ainsi, il peut accomplir sa grandeur.

 

35

 

XXXV – 1 – Attachez-vous à la Grande Idée, et le monde avancera. Il avancera

sans peine, dans la paix, la sérénité et l’abondance.

 

XXXV – 2 – La musique et la bonne chère attirent le voyageur de passage et il

s’arrête. Mais ce qui vient du Tao ne flatte pas le palais, car il est sans

saveur. On le regarde, mais cela ne suffit pas pour le voir; on l’écoute, mais

cela ne suffi pas pour l’entendre.

 

XXXV – 3 – Si l’on a recours à lui, on ne peut l’épuiser.

 

36

 

XXXVI – 1 – Ce que l’on veut contracter s’était nécessairement déployé. Ce que

l’on veut affaiblir s’était nécessairement fortifié. Ce que l’on veut appauvrir

avait nécessairement prospéré. Ce que l’on veut ravir avait nécessairement été

acquis Cela s’appelle une lumière cachée.

 

XXXVI – 2 – La douceur triomphe de la dureté, la faiblesse triomphe de la

force.

 

XXXVI – 3 – Il ne faut pas que le poisson sorte des profondeurs aquatiques.

Les sources de profit du royaume ne doivent pas être révélées aux hommes.

 

37

 

XXXVII – 1 – Le Tao est éternellement sans agir; cependant tout est fait par

lui.

 

XXXVII – 2 – Si les rois et les princes pouvaient le suivre, les dix mille

êtres se transformeraient d’eux-mêmes. Transformés, s’ils voulaient agir, je

les maintiendrais dans la rectitude grâce à la Simplicité sans nom. La

simplicité sans nom les rendrait aussi sans désirs; sans désirs, ils seraient

en paix, et l’Univers se rectifierait de lui-même.

 

38

 

XXXVIII – 1 – La suprême Vertu est sans vertu; c’est pourquoi elle est la

Vertu. La vertu inférieure est attachée aux vertus, c’est pouquoi elle n’est

pas la vertu.

 

XXXVIII – 2 – La supême Vertu n’agit pas, et n’a pas de raison d’agir. La

vertu inférieure agit par elle-même; elle a des motifs pour agir. L’humanité

supérieure agit par elle-même sans mobiles. L’équité supérieure agit par

elle-même avec des raisons pour agir La civilité supérieure agit par

elle-même; et lorsqu’elle n’obtient pas la réciprocité, elle s’efforce de

s’imposer par la contrainte, mais elle est rejetée.

 

XXXVIII – 3 – C’est pourquoi lorsque le Tao fut délaissé, il y eut la vertu;

la vertu perdue, il y eut l’humanité; après la perte de l’humanité, il y eut

l’équité; après la perte de l’équité, il y eut la civilité. Or la civilité

n’étant que l’apparence de la droiture et de la sincérité, elle est cause de

désordre.

 

XXXVIII – 4 – Le savoir n’est qu’ornement du Tao et commencement de l’erreur.

C’est pourquoi le Sage s’attache au réel et rejette les apparences; il

s’intéresse au fruit plutôt qu’a la fleur; il laisse ceci et saisit cela.

 

39

 

XXXIX – 1 – Voici ce qui, depuis les origines, possède l’Unité:

 

XXXIX – 2 – Le ciel possède l’Unité par sa pureté, la terre par son repos, les

esprits par leur transcendance, les vallées parce qu’elles peuvent se remplir,

les dix mille être par leur puissance générative, les princes et les rois par

l’exercice du pouvoir. C’est par cela qu’ils possèdent l’Unité.

 

XXXIX – 3 – Si le ciel cessait d’être pur, il est probable qu’il se

dissoudrait; si la terre n’était plus en repos il est probable qu’elle se

désagrégerait; si les esprits perdaient leur transcendance, ils

s’anéantiraient; si les vallées ne se remplissaient elles deviendraient

stériles; si les dix mille être ne se reproduisaient plus ils disparaîtraient.

 

XXXIX – 4 – C’est pourquoi ce qui est précieux a pour origine ce qui a peu de

valeur, et ce qui est élevé est fondé sur ce qui est bas.

 

XXXIX – 5 – C’est pour cette raison que les pinces et les rois s’appellent

eux-mêmes orphelins, hommes de peu de valeur, sans mérite. Ne montrent-ils pas

par là que leur souche est vulgaire, et n’ont-ils pas raison?

 

XXXIX – 6 – C’est pourquoi un char en pièces séparées n’est plus un char.

 

XXXIX – 7 – Il ne faut pas désirer être surestimé comme le jade, ni foulé au

pied comme un caillou.

 

40

 

XXXX – 1 – Le retour est le mouvement du Tao; la faiblesse est le moyen dont

il se sert.

 

XXXX – 2 – Toutes choses sous le ciel naissent dans l’Etre; l’Etre naît dans

le Non-Etre.

 

41

 

XXXXI – 1 – Quand un lettré d’une grande élévation entend parler du Tao, il

s’applique à le suivre avec zèle. Quand un lettré moyen entend parler du Tao,

tantôt il le suit, tantôt il le délaisse. Quand un lettré inférieur entend

parler du Tao, il le tourne en dérision; même s’il n’en rit pas cela ne

signifie pas qu’il le suive.

 

XXXXI – 2 – C’est pourquoi il est une tradition qui dit: pour le Tao, le

lumineux est comme obscure; avancer comme reculer; étranger est comme

familier. Pour la suprême vertu, élévation est comme abaissement, candeur

comme honte, générosité comme parcimonie, vertu bien établie comme perversité,

probité comme malhonnêteté, véracité simple comme duplicité.

 

XXXXI – 3 – Grand carré sans angle, grand vase inachevé, grande mélodie

silencieuse, grande image sans contours: le Tao est caché et n’a pas de nom,

cependant sa vertu soutient et accomplit tout.

 

42

 

XXXXII – 1 – Le Tao a produit Un, Un a produit deux, deux a produit trois,

trois a produit les dix mille êtres.

 

XXXXII – 2 – Les dix mille êtres fuient le repos et l’obscurité; ils vont vers

le mouvement et l’éclat; un souffle immatériel forme l’Harmonie.

 

XXXXII – 3 – Ce que les hommes détestent, c’est d’être seuls, délaissés,

incapables; cependant c’est ainsi que les princes et les rois se qualifient

eux-mêmes.

 

XXXXII – 4 – C’est pourquoi, parmi les êtres, les uns se diminuent en

s’augmentant et les autres s’augmentent en diminuant.

 

XXXXII – 5 – Ce que j’enseigne est la Doctrine traditionnelle: poutre

faîtière que la mort n’atteint pas. Je m’applique à agi selon les ères de la

Tradition.

 

43

 

XXXXIII – 1 – Ici-bas, ce qui est le plus malléable l’emporte sur ce qui est

dur.

 

XXXXIII – 2 – Le Non-Etre pénètre l’impénétrable; c’est par cela que je

connais la suprême efficacité du Non-agir.

 

XXXXIII – 3 – La maîtrise par le silence, la vertu surabondante par le

Non-agir; rare; dans le monde, sont ceux qui les atteignent.

 

44

 

XXXXIV – 1 – Du renom ou de la personne, à quoi tient-on le plus: De la

personne ou des richesse qu’est-ce qui importe le plus. Du gain ou del a

perte, lequel est affligeant;

 

XXXXIV – 2 – De fortes affections exigent de grands sacrifices;

l’accumulation des biens entraîne de lourdes pertes.

 

XXXXIV – 3 – Savoir se suffire exempte de revers; savoir s’arrêter

préserve du danger, et permet de durer longtemps.

 

45

 

XXXXV – 1 – La perfection accomplie semble incomplête, mais elle sert sans

s’user.

La grande plénitude paraît vide, mais elle donne sans s’épuiser.

La grande droiture semble courbe, la grande habileté paraît maladroite, la

grande éloquence

semble bégayer.

 

XXXXV – 2 – La vivacité triomphe du froid, le calme triomphe de l’ardeur.

 

Sous l’influence du calme pur, le monde se rectifie.

 

46

 

XXXXVI – 1 – Quand le monde a le Tao, on renvoie les chevaux aux champs.

Quand le monde n’a plus le Tao, les chevaux de combat se multiplient dans les

faubourgs.

 

XXXXVI – 2 Il – n’est pas de plus grande erreur que vouloir satisfaire

ses désirs ; il n’est pas de plus grande misère que de ne pas savoir se

suffire

Il n’est pas de pire calamité que le désir de posséder.

 

TAO XXXXVI – 3 – C’est pourquoi celui qui sait se contenter de peu est

toujours satisfait

 

47

 

XXXXVII – 1 – Sans franchir sa porte, on connaît l’Univers ; sans regarder par

sa fenêtre, on voit le Tao duCiel.

 

XXXXVII – 2 – Plus on sort et s’éloigne de soi, moins on acquiert la

connaissance de soi.

 

XXXXVII – 3 – C’est pourquoi le Saint-homme arrive sans se mouvoir, nomme

sans regarder, et accomplit sans agir.

 

 

48

 

XXXXVIII – 1 – En s’adonnant à l’étude, on augmente chaque jour; en se

consacrant au TAO, on diminue chaque jour; on ne cesse de diminuer,

jusqu’à ce qu’on atteigne le non-agir. Par le non-agir il n’est rien que l’on

ne puisse faire, certes !

 

XXXXVIII – 2 – Pour recevoir l’Empire, l’unique moyen est de ne rien faire

pour cela. Tant que l’on agit pour y parvenir, on ne peut gagner l’Empire.

 

49

 

XXXXIX – 1 – Le Saint-Homme n’a pas un coeur immuable, parce qu’il est le

coeur des coeurs des Cent familles.

 

XXXXIX – 2 – Je suis bon pour qui est bon et je suis bon avec qui ne l’est

pas.

C’est la bonté de la Vertu, certes! Je suis sincère avec celui qui est sincère

et sincère avec celui qui ne l’est pas.C’est la véracité de la Vertu, certes

!

 

XXXXIX – 3 – Le Saint-Homme vivant dans le monde est craintif 1 craintif !

parce que son coeur est celui du monde entier : dans les Cent familles tous

le regardent et l’écoutent

Tous sont ses enfants.

 

50

 

L – 1 – Sortir dans la vie, c’est entrer dans la mort.

 

L – 2 – Trois sur dix sont les compagnons de la vie; trois sur dix sont les

compagnons de la mort;

trois sur dix enfin, dans la vie de l’homme, mettent en mouvement la terre de

la mort.

Pourquoi cela ? Parce qu’ils vivent leur existence avec trop d’intensité.

 

L – 3 – En effet, j’ai appris que celui qui excelle harmoniser sa vie peut

cheminer sans se garer

du rhinocéros ou du tigre, entrer dans la bataille sans cuirasse et sans

armes, car rien, en lui, n’est vulnérable à la corne, à la griffe ou au

glaive. Pourquoi cela ? Parce qu’il n’appartient plus à la terre de la mort.

 

51

 

LI – 1 – Le Tao donne la vie aux êtres, sa Vertu les nourrit. Ainsi, les êtres

revêtent un corps, et, par une impulsion naturelle, rendent parfait leur

développement.

 

LI – 2 – C’est pourquoi, parmi les dix mille êtres, il n’en est aucun qui ne

révère le TAo et n’honore sa Vertu. Cette vénération pour le Tao, ce respect

pour la Vertu ne sont pas ordonnés, mais toujours spontanés. Car le Tao

produit, nourrit, fait croître, protège, parfait, mûrit, entretient, soutient

tous les êtres.

 

LI – 3 – Il les fait naître sans se les approprier; ils agissent, et. il

n’attend rien d’eux; ils croissent,

et il les laisse libres.

 

LI – 4 – C’est ce qu’on appelle la Vertu mystérieuse,

 

52

 

 

LII – 1 – L’Univers a commencé, grâce à la Mère de l’Univers. Si l’on

obtient la

Mère, on a le moyen de connaître ses enfants. Lorsque l’on connaît les

enfants, et que l’on reste uni à la Mère, la mort est sans péril.

 

LII – 2 – Qui clôt sa bouche et ferme ses portes, ne sera point ébranlé

jusqu’à la fin

de ses jours. Qui ouvre sa bouche, et se passionne pour ses affaires arrive

au terme de sa vie sans être délivré.

 

LII – 3 – Qui perçoit ce qui est infime est éclairé. Qui garde sa faiblesse

est fort.

Qui use de sa simplicité, rentre dans sa lumière, et n’attire pas sur sa

personne de fatales épreuves.

 

LII – 4 – Cela s’appelle hériter de l’éternel.

 

53

 

LIII – 1 – Si l’on me confiait une fonction gouvernementale, voici ce

que j’enseignerais : « Marchez vers le Grand Tao; craignez seulement de vous

mettre en vue ». La Grande Voie est toute simple, mais le peuple préfère les

sentiers.

 

LIII – 2 – Quand les palais sont trop bien entretenus, les terres sont

incultes, les greniers vides. Porter des habits somptueux, des épées

tranchantes, se gaver de nourriture et de boissons, accumuler des riehesses,

c’est glorifier le vol. Ce n’est pas le Tao, certes !

 

54

 

LIV – 1 – Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui qui

s’attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé, ses fils et ses petits-fils

lui feront des offrandes perpétuellement.

 

LIV – 2 – Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée; cultivée

dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province, elle

s’étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante; cultivée dans

l’Empire, elle deviendra universelle.

 

LIV – 3 – C’est ainsi que, par l’individu, on connaît les individus, par la

famille on connaît les familles, par la province on connaît les provinces,

par le royaume on connaît les royaumes, par l’Empire on connaît l’Univers.

 

LIV – 4 – Comment sais-je qu’il en est ainsi de l’Univers? Grâce à cela.

 

LIV – 1 – Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui qui

s’attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé, ses fils et ses petits-fils

lui feront des offrandes perpétuellement.

 

LIV – 2 – Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée; cultivée

dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province, elle

s’étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante; cultivée dans

l’Empire, elle deviendra universelle.

 

LIV – 3 – C’est ainsi que, par l’individu, on connaît les individus, par la

famille on connaît les familles, par la province on connaît les provinces,

par le royaume on connaît les royaumes, par l’Empire on connaît l’Univers.

 

LIV – 4 – Comment sais-je qu’il en est ainsi de l’Univers? Grâce à cela.

 

55

 

 

LV – 1 – Celui qui recèle en lui la grandeur de la Vertu ressemble au

nouveau-né que les bêtes venimeuses ne piquent pas, que les fauves ne

déchirent pas, que les oiseaux de proie n’enlèvent pas.

 

LV – 2 – Ses os sont faibles, ses tendons mous; cependant il saisit avec

force. Bien qu’il ignore l’union des sexes, il manifeste un orgasme viril,

tant est parfaite l’âme vitale. Il crie tout le jour sans être enroué, tant

est parfaite l’harmonie.

 

LV – 3 – Connaître l’Harmonie, c’est connaître l’éternel; connaître l’éternel,

c’est être illuminé.

 

LV – 4 – Vivre intensément ne rend pas heureux. L’action du coeur sur l’âme

vitale rend fort; mais les êtres forts vieillissent. C’est l’opposé du Tao, et

ce qui est opposé au Tao dépérit.

 

56

 

LVI – 1 – Celui qui sait ne parle pas; celui qui parle ne sait pas.

 

LVI – 2 – Clore sa bouche, fermer ses portes, tempérer son ardeur, se dégager

de ses liens, harmoniser sa lumière, s’assimiler à son milieu, cela s’appelle

la mystérieuse union.

 

LVI – 3 – On ne peut l’obtenir et avoir des affections; on ne peut l’obtenir

et faire

 

des différences; on ne peut l’obtenir et réaliser des profits; on ne peut

l’obtenir et léser autrui; on ne peut l’obtenir et apprécier ceci, déprécier

cela.

 

LVI – 4 – C’est pourquoi elle est ce qu’il y a de plus précieux au monde.

 

57

 

LVII – 1 – Avec la droiture on gouverne un royaume; avec du génie on fait la

guerre; mais l’Empire, on le gagne grâce au Non-agir. Comment sais-je qu’il en

est ainsi pour l’Empire ? Par cela : plus il y a de règlements et de

prohibitions dans l’Empire, plus le peuple s’appauvrit; plus le peuple a de

moyens de s’enrichir, plus la vie familiale se trouble dans la nation ; plus

le peuple est habile et ingénieux, plus on voit surgir des inventions inutiles;

plus le flot des règlements et des lois monte, plus il y a de malfaiteurs et

de bandits.

 

LVII – 2 – C’est pourquoi le Saint-Homme dit: « Je pratique le Non-agir et le

peuple se transforme de lui-même, j’observe le calme pur et le peuple se

rectifie delui-même, je n’agis pas pour le lucre et le peuple s’enrichit de

lui-même, jesuis sans désirs et le peuple revient à la simplicité primitive.

 

58

 

LVIII – 1 – Lorsque le gouvernement est simple et indulgent, le peuple est

riche et

généreux; lorsque le gouvernement est formaliste et tracassier, le peuple est

besogneux et mesquin.

 

LVIII – 2 – Le bonheur repose sur le malheur; le malheur couve sous le

bonheur. Qui connaît leur apogée respective ?

 

LVIII – 3 – Si le gouvernement est sans droiture, la droiture devient erreur,

et le bien devient pervertit,. Les hommes sont égarés et cela dure depuis

longtemps.

 

 

LVIII – 4 – C’est pourquoi le Saint-Homme prescrit sans blesser, exhorte sans

vexer, rectifie sans contraindre, éclaire sans ,éblouir.

59

 

LIX – 1 – Pour gouverner les hommes en serrant le Ciel, rien ne vaut la

modération.

 

LIX – 2 – La modération doit être le premier soin de l’homme; quand elle est

devenue son premier soin, on peut dire que la Vertu augmente sans cesse en

lui. Par cet accroissement continu de la Vertu, il n’est rien dont il ne

soit capable. Lorsqu’il n’y a rien dont il ne soit capable, on ne peut

connaître ses limites. Lorsqu’il est impossible de connaître ses

limites, il peut posséder le royaume.

 

LIX – 3 – Qui posséde la Mère du royaume dure sans fin. C’est la racine

profonde, le tronc inébranlable, la voie de la vie amplifiée et de la

connaissance durable.

 

60

 

LX – 1 – On gouverne un grand Etat comme on fait frire un petit poisson. Si

l’Empire est gouverné selon le Tao, ses entités invisibles ne montrent pas

leurs force. Non pas que ces entités soient impuissantes mais elles ne

nuisent pas aux hommes. Non pas qu’elles ne puissent nuire aux hommes, mais

parce que le Saint-Homme, lui non plus, ne nuit pas aux hommes. Ni le

Saint-Homme, ni ces entités ne les blessent, ni ne se blessent

réciproquement.

 

LX – 2 – N’est-ce pas parce que la Vertu les unit dans un accord mutuel ?

 

61

 

LXI – 1 – Un grand pays doit être le lieu bas vers quoi tout s’écoule, un

centre d’union pour l’Univers, la femelle du Monde.

LXI – 2 – La femelle triomphe toujours du mâle par sa passivité. Passive, elle

agit en s’abaissant.

LXI – 3 – C’est pourquoi un grand pays qui se penche vers un plus petit

l’attire à lui; de même le petit pays, en s’inclinant devant le grand, gagne

sa protection. Ainsi l’un accueille en s’abaissant, l’autre est accueilli en

s’inclinant.

 

LXI – 4 – Un grand pays n’a pas de plus grand désir que de rassembler et faire

vivre les peuples; une petite nation n’a pas de plus grand d,sir que de

s’allier aux autres pour servir les hommes.

 

LXI – 5 – Or, pour qu’ils obtiennent ce qu’ils souhaitent, il faut que le

grand pays s’abaisse.

 

62

 

LXII – 1 – Le Tao est l’asile mystérieux des dix mille êtres, le trésor de

l’homme de bien, le salut du pervers.

 

LXII – 2 – On peut rechercher les bonnes paroles, admirer les actes généreux

qui ennoblissent l’homme mais pourquoi rejetterait-on ce qui vient du méchant

?

 

LXII – 3 – C’est ainsi que fut établi un empereur pour gouverner avec trois

ministres. Bien qu’il ait les bijoux de jade pour le salut rituel avec les

deux mains, et des quadriges de chevaux pour les cortèges solennels, cela ne

vaut pas progresser dans le Tao en restant assis.

 

 

LXII – 4 – Qu’est-ce qui motivait la haute estime des Anciens pour le Tao?

C’est qu’aussitôt qu’on le cherche on le trouve en soi-même, et qu’il délivre

du mal. C’est pourquoi il est ce qu’il y a de plus précieux au monde.

 

63

 

LXIII – 1 – Pratiquer le Non-agir, c’est oeuvrer dans l’inaction, goûter ce

qui est sans saveur, grandir le petit, augmenter le peu, répondre aux offenses

par la Vertu, ,laborer le difficile dans le facile, faire de grandes choses

avec ce qui est ténu.

 

LXIII – 2 – Dans l’Univers, les oeuvres difficiles doivent se faire par le

facile, les grandes choses doivent s’accomplir par l’imperceptible.

 

LXXX – 3 – Aussi, le Saint-Homme, jusqu’à la fin, n’entreprend rien de grand;

c’est pourquoi il peut accomplir sa grandeur.

 

LXIII – 4 – Qui promet à la légère mérite certainement peu de confiance; qui

trouve tout facile éprouve nécessairement beaucoup de difficultés.

 

LXIII – 5 – Pour le Saint-Homme, tout est également difficile, c’est pourquoi

il achève tout sans difficulté.

 

64

 

LXIV – 1 – Ce qui est en repos est facile à maintenir ce qui n’est pas

esquissé est facile à projeter ce qui est frêle est facile à briser, ce qui

est menu est facile à disperser.

 

LXIV – 2 – Empêchez le mal avant qu’il ne soit, mettez de l’ordre avant que

n’éclate le désordre.

 

LXIV – 3 – Un arbre énorme est né d’une racine aussi fine qu’un cheveu; une

tour de neuf étages s’est édifiée sur un tas de terre; un voyage de mille

lieues a commencé par un pas.

 

LXIV – 4 – Celui qui agit échoue, celui qui prend perd.

 

LXIV – 5 – C’est pourquoi le Saint-Homme n’agit pas et il n’échoue pas. Il ne

prend pas et il ne perd rien

 

LXIV – 6 Lorsque le vulgaire entreprend une affaire. il échoue, d’ordinaire,

lorsqu’il est sur le point de réussir. Soyez attentifs à la fin comme vous

l’êtes au commencement.

 

LXIV – 7 – Voilà pourquoi le Saint-Homme n’a d’autre désir que d’être sans

désirs. Il fait son étude de ne pas étudier. Il remédie aux excès des hommes

en aidant les dix mille êtres à être eux-mêmes, mais sans se permettre d’agir.

 

65

 

LXV – 1 – Dans l’Antiquité, ceux qui pratiquaient le Tao ne s’en servaient pas

pour ,clairer le peuple, mais pour le rendre simple de coeur. Le peuple est

difficile à gouverner lorsqu’il sait trop.

 

LXV – 2 – C’est pourquoi gouverner un Etat avec la sagesse humaine cause sa

ruine; le gouverner sans recourir à la sagesse humaine, c’est faire son

bonheur.

 

LXV – 3 – Celui qui connaît ces deux choses connaît aussi le Modèle des

modèles. La connaissance éternelle du Modèle des modèles s’appelle Vertu

mystérieuse. La Vertu mystérieuse est profonde, illimitée, certes ! Aider

les êtres à y retourner, c’est coopérer a la Grande harmonie.

 

 

66

 

LXVI – 1 – Ce qui fait que les fleuves et les mers peuvent être les rois des

Cent vallée, c’est qu’ils se placent bénévolement au-dessous d’elles. Voilà

pourquoi ils peuvent être les rois des Cent vallées.

 

XVI – 2 – De même, si le Saint-Homme désire être au-dessus du peuple, il faut

qu’en parlant il se place au-dessous de lui ; s’il désire le guider, il faut

qu’il se mette au dernier rang. Ainsi peut-il occuper un poste élevé sans

opprimer les homrries, et être le premier sans que nul n’ait à en souffrir.

 

LXVI – 3 – Cela étant, l’Empire est tout à la joie de son activité exubérante

et ne s’en lasse pas. Comme le Saint-Homme n’entre en lutte avec personne,

nul, dans l’Empire, ne peut lutter contre lui.

 

67

 

LXVII – 1 – Tout le monde dit que je suis grand, mais que je ressemhle à un

déshérité. Or, c’est précisément parce que l’on est grand que l’on est

déshérité. Pour ce qui est de la noblesse héréditaire, sa valeur s’est

amenuisée depuis longtemps, certes !

 

LXVII -2 – Pour moi, il y a trois choses précieuses aux-quelles je suis

attaché et que je tiens en haute estime : la première est la Charité; la

seconde est l’économie; la troisième est l’humilité, qui fait qu’on n’ose se

mettre en avant pour agir dans le Monde.

 

LXVII – 3 – Grâce à la Charité, on peut être audacieux; grâce à l’économie, on

peut être généreux; grâce à l’humilité, on peut accomplir de grandes choses.

 

LXVII – 4 – Aujourd’hui, on manque de Charité et par suite de courage; on

manque d’économie et par suite de générosité ; on refuse la dernière place et

l’on perd ainsi la première. C’est la voie de la mort, certes ! Mais si l’on

a pour arme la Charité, on est sûrement victorieux. Celui qui pratique cela

est invincihle, le Ciel le secourt et il est protégé, par sa miséricorde

 

68

 

LXVIII – 1 – La perfection pour celui qui commande, c’est d’être pacifique;

pour celui qui combat, c’est d’être sans colère; pour celui qui veut vaincre,

c’est de ne pas lutter; pour celui qui se sert des hommes, c’est de se mettre

au-dessous d’eux.

 

LXVIII – 2 – Cela s’appelle la vertu du Non-lutter, l’art de se servir des

forces humaines en coopérant avec le Ciel, suprême sagesse des Anciens.

 

69

 

LXIX – 1 Dans l’art militaire, il y a ce dicton :  » J’évite de provoquer,

j’attends le défi; je ne me permets pas d’avancer d’un pouce, mais je recule

d’un pas « .

LXIX -2 – Cela s’appelle avancer sans bouger, repousser sans lever le bras,

faire comme s’il n’y avait pas d’ennemi, prendre sans armes.

 

LXIX – 3 – Il n’y a de pire malheur que de se faire un ennemi a la légère;

c’est presque perdre notre trésor.

 

LXIX – 4 C’est pourquoi, lorsque deux adversaires s’affrontent, il s’ajoute

ceci : celui qui est compatissant remporte certainement la victoite.

 

70

 

 

LXX – 1 – Mes préceptes sont très faciles à comprendre, très faciles à suivre,

mais le monde ne peut les comprendre ni les suivre.

 

LXX- 2 – Ces enseignements sont fondés sur la Tradition, ces actes sur un

principe; cependant ils ne sont pas compris. C’est pour cela qu’on m’ignore.

Ceux qui me comprennent sont rares,

c’est la mesure de ma valeur, certes !

 

LXX – 3 -C’est ainsi que le Saint-Homme, sous des vêtements grossiers, garde un

joyau dans son sein.

 

71

 

LXXI – 1 Connaître le Non-savoir est élévation. Ignorer cette Connaissance est

une maladie. Cependant souffrir de cette maladie c’est par là même n’être’plus

malade.

 

LXXI – 2 – Le Saint-Homme n’a pas cette maladie, car il en souffre. Cela ,tant

il n’est plus malade.

 

72

 

LXXII – 1 – Si le peuple n’a pas une crainte respectueuse pour les grandeurs,

la majesté suprême l’atteindra.

 

LXXII – 2 – Ne vous trouvez pas à l’étroit dans votre demeure, ne prenez pas

en dégoût ce qui est votre existence. Il suffit de ne pas mépriser sa

condition pour ne pas s’en lasser.

 

LXXII – 3 – Le Saint-Homme se connaît sans s’observer; il s’aime sans se

priser.

 

LXXII – 4 – C’est pourquoi il rejette ceci et adopte cela.

 

73

 

LXXIII – 1 – Le courage qui ose cause la mort ; avoir le courage de ne pas

oser donne la vie. Des deux l’un est profitable, l’autre funeste.

 

LXXIII – 2 – Si le Ciel éprouve quelqu’un, qui en connaît la raison ? C’est

pourquoi le Saint-Homme ne se décide qu’avec difficulté.

 

LXXIII – 3 – Voici le Tao du Ciel : exceller à vaincre sans lutter, exceller

à convaincre sans parler, faire venir spontanément sans appeler, réaliser

parfaitement dans une apparente inertie.

 

LXXIII – 4 – Le filet du Ciel est infini ; ses mailles sont larges, mais nul

n’en échappe.

 

74

 

LIIIV – 1 – Si le peuple ne craint plus la mort, quelle efficacité peut avoir

la menace de la peine de mort ?

 

LXXIV – 2 – Si on parvenait à lui inspirer la crainte constante de la mort,

et que je doive faire arrêter un criminel pour le faire excuter, qui

oserait ?

 

LXXIV – 3 – Celui qui éternellement a le pouvoir d’enlever la vie fait mourir.

Vouloir se substituer à lui serait agir comme quelqu’un qui veut équarrir du

bois à la place du maître-charpentier; il est bien rare, certes ! qu’il ne se

blesse pas la main.

 

 

75

 

LXXV – - Le peuple a faim lorsque ses maîtres dévorent le produit de lourds

impôts; voilà la cause de la disette. Le peuple est difficile à gouverner

lorsque ses maîtres sont agissants; voilà d’où vient la difficulté de

gouverner. Le peuple envisage la mort avec légèreté, parce qu’il peine trop

pour vivre; voilà pourquoi il attache peu d’importance à a mort. Car, seul

celui qui n’est pas exclusivement accaparé par la lutte pour l’existence, peut

sagement apprécier la vie.

 

76

 

LXXVI – 1 – Nouveau-né, l’homme est souple et frêle; mort, il est rigide et

dur. A leur naissance, les plantes et les arbres sont tendres et flexibles

morts, ils sont rigides et durs.

 

LXXVI – 2 – Solidité et rigidité sont les compagnes de 1a mort; souplesse et

faiblesse sont les compagne de la vie.

 

LVXXVI 2 – C’est pourquoi une armée devenue forte ne vaincra pas, un arbre

devenu grand sera abattu

 

LXXVI Ce qui est fort et grand est dans une position inférieure; ce qui est

souple et faible est dans une position élevée.

 

77

 

LXXVII – 1 – La Voie du Ciel ne peut-elle être comparée à celui qui fait un

arc ? Il abaisse ce qui est en haut, il élève ce qui est en bas, il enlève ce

qui est en trop, il ajoute ce qui manque.

 

LXXVII – 2 – La Voie du Ciel réduit ce qui est excessif, complète ce qui est

insuffisant. La voie de l’homme est bien différente : il enlève à celui qui

n’a pas assez, pour le donner celui qui

a trop.

 

LXXVII – 3 – Qui est capable, ayant du superflu, de le donner au monde ?

Celui-là seul qui a le Tao.

 

LXXVII – 4 – C’est pourquoi le Saint-Homme agit sans rien attendre en retour;

son oeuvre méritoire mène à bien il ne s’y complaît pas et ne désire pas

faire montre de sagesse.

 

78

 

LXXVIII 1 – Il n’est rien au monde de plus Inconsistant et de plus fîible que

l’eau; cependant, elle corrode ce qui est dur et fort; rien ne peut lui

résister ni la remplacer.

 

LXXVIII – 2 – La faiblesse a raison de la force; la souplesse,de la dureté.

Tout le monde le sait, mais personne n’y conforme sa conduite.

 

LXXVIII – 3 – C’est pourquoi le Saint-Homme dit:  » Prendre sur soi les

souillures du royaume, c’est être le maître du génie des moissons; prendre

sur soi les malheurs de la nation, c’est être le roi du monde.  » Paroles

profondément vraie, sous une apparence paradoxale,

 

79

 

LXXIX – 1 – Même après la réconciliation, un grave désaccord laisse toujours

subsister quelque ressentiment. Que peut-on faire, alors, pour agir selon le

Bien ? Comme le Saint-Homme, qui garde la part la plus désavantageuse dans les

contrats sans rien exiger des hommes.

 

 

LXXIX – 2 – Qui possède la Vertu est l’artisan de la concorde; qui n’a pas la

Vertu est l’artisan de La discorde.

 

LXXIX – 3 – Le Tao du Ciel est sans affections; il coopère toujours avec

l’homme de bien.

 

80

 

LXXX – 1 – Si j’avais un petit royaume. d’une faible population et comptant

une dizaine ou une centaine d’homme habiles, je m’abstiendrais de les

employer. Je veillerais à ce que le peuple comprît la gravité de la mort et

n’émigrât pas au loin. Bien qu’ayant des barques et des chars,il n’en userait

pas; possédant des armes et des cuirasses, il ne s’en servirait pas.

 

LXXX – 2 – Je ferais en sorte qu’il revienne à l’usage des cordelettes nouées.

Il trouverait sa nourriture savoureuse, beaux ses vêtements, paisibles

ses demeures, pleines de charme ses coutumes.

 

LXXX – 3 – Quand bien même les habitants d’un hameau frontalier et ceux du

pays voisin pourraient se voir, entendre les chants de leurs coqs et les

aboiements de leurs chiens, ils atteindraient la vieillesse, puis la mort,

sans qu’ils n’ait eu de visites réciproques.

 

81

 

LXXXI – 1 – Les paroles sincères ne sont pas recherchées, les paroles

recherchées ne sont pas sincères. L’homme de bien ne discute pa, celui qui

discute n’est pas bon. Celui qui sait n’est pas

érudit, celui qui est érudit ne sait pas.

 

LXXXI – 2 – Le Saint-Homme ne thésaurise rien; tout ce qu’il a, il s’en sert

pour aider les autres. Ayant tout épuisé il reçoit davantage et donne tout.

Quand il a tout donné, il possède encore plus.

 

LXXXI – 3 – Le Tao du Ciel est aigu, mais ne blesse pas; la voie du

Saint-Homme est d’agir sans lutter.

lao_tseu

Digression … ? Extraits de « Carnet d’un Biologiste » Jean Rostand 8 juillet, 2022

Posté par hiram3330 dans : Digression , ajouter un commentaire

Extraits de « Carnet d’un Biologiste »

Jean Rostand

 Jean-Rostand

« Vivre en familiarité avec la nature nous rend, à notre insu, très différent des autres. Son tacite langage nous pénètre, nous imprègne, et doucement nous persuade de l’insuffisance de tout vocable humain. »

« On n’est pas vieux tant que l’on cherche. »

« On ne peut pas empêcher les injustes critiques, mais on peut tâcher de faire en sorte qu’elles soient encore plus injustes. »

« Tel maître à penser s’avise tout soudain de ce qui crevait les yeux de tous. Conviendra-t-il d’une antérieure cécité ? Non pas : ce qu’il vient de voir, il ne fallait pas qu’on le vît auparavant. »

« L’héroïsme des victimes barbouille le sang des bourreaux. »

« Il est plus facile en politique d’être prophète que juge. »

 » Rien ne s’omet comme l’essentiel. »

« Si l’on m’élève, je m’abaisse ; si l’on m’abaisse, je m’élève – Tout ce qu’on me refuse, j’y prétends ; de ce qu’on m’accorde, je me sens indigne. »

« S’il est une chose dont je suis sûr, c’est qu’on n’a pas fini de voir des vérités boudées au nom des principes. »

« Aimer une idée, c’est l’aimer un peu plus qu’on ne devrait. »

« Si Dieu existait, il n’y aurait pas de méchants, il n’y aurait que des maladroits. »

« Des différences d’homme à homme ? Certes, mais non point si tranchées qu’elles ne s’effacent à mes yeux dès que l’un de nous se permet d’en juger un autre. »

« Je préfère une oreille qui se laisse voir toute entière à un bout d’oreille qui dépasse. »

« Il est infiniment pénible d’avoir à combattre, par exigence d’esprit, ce que la plupart ne combattent que par indigence du cœur. »

« Pour ceux qui ont l’austérité trop facile, le devoir peut être dans le plaisir. »

« Les trivialités d’un esprit supérieur m’intéressent plus que les raretés d’un esprit médiocre. »

« Sur l’image renvoyée par un miroir, l’inversion de symétrie accuse les défauts de l’objet. Tel est un des procédés de la satyre. »

« Que de fois nous sacrifions l’aujourd’hui à un lendemain qui saura bien nous faire renier notre sacrifice ! « 

« Mes inaptitudes me protègent. »

« Si tout est pensée dans l’univers, alors c’est que la pensée est peu de chose. »

« Il est exceptionnel qu’on ait eu assez parfaitement tort pour être forcé d’en convenir. »

« Même quand on ne trouve rien, on renifle l’odeur de la vérité qui se cache. »

« Presque toujours, je refuse ce qu’on m’offre, mais ma vanité s’en émeut. Ne vaudrait-il pas mieux accepter et sans émoi ? « 

« Le monde : aussi éphémère qu’une exposition. »

« Passé l’enfance, on devrait savoir une bonne fois pour toutes que rien n’est sérieux. »

« Accorde-toi en pensée tout ce que tu mérites… Et, de plus, tout ce que, sans le mériter expressément, tu pourrais obtenir sans trop d’indécence… Et, de surcroît, tout ce que méritent les meilleurs d’entre les meilleurs… Ce n’est rien. »

« Dans la vie, j’ai peine à croire aux beaux rôles, surtout s’ils sont bien joués. »

« La pire lâcheté : se servir contre ce qu’on aime, de ce qu’on n’aime pas ! « 

« On est bien obligé de croire en ce qu’on fait lorsqu’on n’en retire aucun profit. »

« Qui a appris la haine, c’est qu’il la savait déjà ! « 

« Il en est que nous ne saurions abaisser sans nous diminuer aussi nous-mêmes. »

« Nous préférons, parfois, nous écarter de ceux qui pensent autrement que nous, tant nous serions dérangés de leur donner raison. »

« Ce qu’on méprise à l’excès, il est rare qu’on ne doivent, un jour, le priser à l’excès. »

« Possible que l’individu trouve son profit et même son aise à se fondre dans la collectivité, mais ce ne serait qu’au détriment de celle-ci. Pour elle et non pour lui, il doit se défendre contre elle. »

« Dans ce qui nous a mis bas, chercher de quoi nous reconstruire. »

« X… n’est-il pas magnanime ? Il pardonne à ses amis toutes les vilenies qu’il leur prête ! « 

 » Nous souhaiterions, à certains moments, que l’avenir fût bâti par des hommes du passé. »

« Indulgence pour les autres, qui tient au manque d’ambition temporelle. Je ne parviens pas à voir en eux des concurrents, des rivaux. J’occupe un autre terrain – assez mystérieux, même pour moi – et où n’accède pas leur menace. »

« Je suis trop sûrement attaché à certaines idées pour ne pas me faire crédit quand je me sens déçu par elles. »

Il est des moments où l’on se demande si, en répandant la science, on a fait autre chose que faciliter le bafouillage ! « 

« En persévérant dans ce qu’il ne fallait pas faire, on finit quelquefois par rencontrer ce qu’il faudra faire. »

« Qu’on exile la pensée s’il le faut, – mais qu’on ne l’enrôle pas. »

« Je consens à ma souffrance pour peu qu’elle m’habilite à mieux comprendre celle d’autrui. »

« Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme. »

« Quand on se sent au point d’être écœuré par l’homme, songer à quelques-uns : les mêmes qui nous ont rendu trop sévères à l’humain nous aideront à lui rester fidèles. »

« De certaines œuvres philosophiques, qui sont comme de belles cathédrales d’erreurs, je déplorerais qu’elles n’eussent point existé. »

« Le progrès vient souvent d’un retour au dédaigné. »

« Le plaisir du chercheur : retrousser les jupes de la nature. »

« Je ne méprise pas le savant qui fausse ou tait la vérité par soumission à une doctrine, mais il est une qualité de respect que je ne pourrai plus désormais lui porter. »

« Beaucoup de choses pour moi sont changées, je l’avoue, depuis qu’un nombre grandissant d’hommes de science m’apparaissent soumis à un autre impératif que celui de la vérité. »

« Le sérieux n’est qu’un futile plus considéré. »

 » Renan : «Les réformes ne triomphent jamais directement… C’est une tempête qui entraîne à reculons ceux qui essaient de lui faire face». »

« Il est facile de dire ce qu’on veut dire ; le difficile, quelquefois, est d’avoir un «vouloir dire». »

« J’ai ôté de ma vie presque tout, et il m’en reste encore bien plus que je n’en saurais utiliser. »

« Des contradictions dans ma pensée ? Bien sûr, mais beaucoup moins que dans le réel. »

« Toute doctrine est sauvée par ses impuretés. »

« Mes illogismes me rassurent : je suis encore en vie. »

« J’aime l’audace chez ceux qui ont tout à y perdre ; la modération chez ceux qui n’ont rien à y gagner. »

« On ne peut jamais se reposer sur l’amour, – et c’est pourtant sur lui que tout repose. »

 » Les abeilles cesseraient de travailler si elles lisaient des articles où elles apprendraient qu’on leur soustraira leur miel et qu’elles seront tuées en récompense de leur travail. L’homme va toujours… »

« Avantage d’être du côté des injustes : on les a pour soi, et les autres aussi puisqu’ils sont justes. »

« «Comment pouvez-vous vivre en ne croyant à rien ? » me dit-on quelquefois. Et vous-mêmes, suis-je tenté de répondre, comment pouvez-vous, croyant à tout, ne vivre que comme vous vivez ? « 

« Ce qui ne peut appartenir à tous ne peut pas être l’essentiel de la vie. »

« Il n’y a pas de noir dans la nature, disent les peintres. Dans la pensée humaine, il y a la mort. »

« La seule chose qu’un dictateur ne peut pas dicter, c’est la vérité. »

« Rien n’est sérieux pour l’esprit. Tout peut le devenir pour le cœur. »

« Ce serait peu de chose que l’injustice s’il n’y avait, en plus, tout ce par quoi elle se justifie. »

« La beauté vitale peut tout se permettre : elle n’est pas astreinte aux limitations du goût. »

« Le savoir acquis par l’amour ne nuira pas à l’amour. »

« Il faut – disent-ils – choisir entre le capitalisme et le communisme. J’attendrai que la réalité m’offre quelque chose de choisissable ! « 

« Je n’entends la parole que de quelques-uns ; tout le reste est pour moi bruit de fond. »

« S’il me fallait rendre compte à qui que ce soit d’une opinion scientifique ou philosophique, j’aimerais mieux ne plus jamais desserrer les lèvres. »

« Si l’on doit emboîter le pas aux imbéciles, mieux vaut encore qu’on les précédât. »

« La seule réponse à faire, parfois, à un contradicteur : «Travaillez la question pendant quarante ans, et puis revenez me trouver. »

« L’odieux de la mauvaise foi, c’est qu’elle finit par donner mauvaise conscience à la bonne foi. »

 » Ambition… Une bulle de savon qui voudrait être un peu plus grosse au moment qu’elle crèvera. »

« La souffrance engendre l’idéologie, qui, ensuite, primera sur elle. »

« Qu’il faut de l’amour pour pardonner aux maladresses de l’amour. »

« Qui ne souffre pas plus que de raison n’a généralement pas grand chose à dire. »

« Est-il d’autres liens que ceux qui vous peuvent faire saigner en s’arrachant ? « 

« Le plus précieux trésor : avoir mis beaucoup de souffrance derrière soi. »

« Tout plaisir est plaisir d’amour. »

« Labyrinthe : connaître le point de sortie n’aidera pas à trouver le chemin. »

« La folie est souvent liée à l’incapacité d’aimer. Essayer d’être le moins fou qu’il nous sera possible. »

« «La vue immédiate des phénomènes premiers nous jette dans une sorte d’angoisse» Goethe. »

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