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GUENON La Gnose et la Franc-Maçonnerie 24 octobre, 2021

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GUENON La Gnose et la Franc-Maçonnerie

René Guénon

Paru dans La Gnose, mars 1910 (n° 5 1909-1910), sous la signature « T Palingenius »

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« La Gnose, a dit le T∴ Ill∴ F∴ Albert Pike, est l’essence et la moelle de la Franc-maçonnerie. » Ce qu’il faut entendre ici par Gnose, c’est la Connaissance traditionnelle qui constitue le fonds commun de toutes les initiations, et dont les doctrines et les symboles se sont transmis, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, à travers toutes les Fraternités secrètes dont la longue chaîne n’a jamais été interrompue.

 

Toute doctrine ésotérique ne peut se transmettre que par une initiation, et toute initiation comprend nécessairement plusieurs phases successives, auxquelles correspondent autant de grades différents. Ces grades et ces phases peuvent toujours se ramener à trois ; on peut les considérer comme marquant les trois âges de l’initié, ou les trois époques de son éducation, et les caractériser respectivement par ces trois mots : naître, croître, produire.

Voici ce, que dit à ce sujet le F∴ Oswald Wirth : « L’initiation maçonnique a pour but d’éclairer les hommes, afin de leur apprendre à travailler utilement, en pleine conformité avec les finalités mêmes de leur existence.

Or, pour éclairer les hommes, il faut les débarrasser tout d’abord de tout ce qui peut les empêcher de voir la Lumière.

On y parvient en les soumettant à certaines purifications, destinées à éliminer les scories hétérogènes, causes de l’opacité des enveloppes qui servent d’écorces protectrices au noyau spirituel humain.

Dès que celles-ci deviennent limpides, leur transparence parfaite laisse pénétrer les rayons de la Lumière extérieure jusqu’au centre conscient de l’initié. Tout son être, alors, s’en sature progressivement, jusqu’à ce qu’il soit devenu un Illuminé, dans le sens le plus élevé du mot, autrement dit un Adepte, transformé désormais lui-même en un foyer rayonnant de Lumière.

« L’initiation maçonnique comporte ainsi trois phases distinctes, consacrées successivement à la découverte, à l’assimilation et à la propagation de la Lumière.

Ces phases sont représentées par les trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître, qui correspondent à la triple mission des Maçons, consistant à rechercher d’abord, afin de posséder ensuite, et pouvoir finalement répandre la Lumière.

« Le nombre de ces grades est absolu : il ne saurait y en avoir que trois, ni plus ni moins. L’invention des différents systèmes dits de hauts grades ne repose que sur une équivoque, qui a fait confondre les grades initiatiques, strictement limités au nombre de trois, avec les degrés de l’initiation, dont la multiplicité est nécessairement indéfinie.

« Les grades initiatiques correspondent au triple programme poursuivi par l’initiation maçonnique. Ils apportent dans leur ésotérisme une solution aux trois questions de l’énigme du Sphinx : d’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Et ils répondent par là à tout ce qui peut intéresser l’homme. Ils sont immuables dans leurs caractères fondamentaux, et forment dans leur trinité un tout complet, auquel il n’y a rien à ajouter ni à retrancher : l’Apprentissage et le Compagnonnage sont les deux piliers qui supportent la Maîtrise.

« Quant aux degrés de l’initiation, ils permettent à l’initié de pénétrer plus ou moins profondément dans l’ésotérisme de chaque grade ; il en résulte un nombre indéfini de manières différentes d’entrer en possession des trois grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.

On peut n’en posséder que la forme extérieure, la lettre incomprise ; en Maçonnerie, comme partout, il y a, sous ce rapport, beaucoup d’appelés et peu d’élus, car il n’est donné qu’aux initiés véritables de saisir l’esprit intime des grades initiatiques. Chacun n’y parvient pas, du reste, avec le même succès ; on sort à peine, le plus souvent, de l’ignorance ésotérique, sans s’avancer d’une manière décidée vers la Connaissance intégrale, vers la Gnose parfaite.

« Celle-ci, que figure en Maçonnerie la lettre G∴ de l’Étoile Flamboyante, s’applique simultanément au programme de recherches intellectuelles et d’entraînement moral des trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître.

Elle cherche, avec l’Apprentissage, à pénétrer le mystère de l’origine des choses ; avec le Compagnonnage, elle dévoile le secret de la nature de l’homme, et révèle, avec la Maitrise, les arcanes de la destinée future des êtres.

Elle enseigne, en outre, à l’Apprenti à élever jusqu’à leur plus haute puissance les forces qu’il porte en lui-même ; elle montre au Compagnon comment il peut attirer à lui les forces ambiantes, et apprend au Maître à régir en souverain la nature soumise au sceptre de son intelligence.

Il ne faut pas oublier, en cela, que l’initiation maçonnique se rapporte au Grand Art, à l’Art Sacerdotal et Royal des anciens initiés. » (L’Initiation Maçonnique, article publié dans L’Initiation, 4e année, n° 4, janvier 1891.)

L’organisation initiatique, telle qu’elle est ici indiquée dans ses traits essentiels, existait dès l’origine dans le Gnosticisme comme dans toutes les autres formes de Tradition. C’est ce qui explique les liens qui ont toujours uni le Gnosticisme et la Maçonnerie, liens que nous montrerons mieux encore en reproduisant quelques discours maçonniques (déjà publiés autrefois dans La Chaîne d’Union) du F∴ Jules Doinel (Ŧ Valentin), qui fut, en même temps que Patriarche de l’Église Gnostique, membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France.

Sans vouloir traiter ici la question si complexe des origines historiques de la Maçonnerie, nous rappellerons simplement que la Maçonnerie moderne, sous la forme que nous lui connaissons actuellement, est résultée d’une fusion partielle des Rose-Croix, qui avaient conservé la doctrine gnostique depuis le moyen-âge, avec les anciennes corporations de Maçons Constructeurs, dont les outils avaient déjà été employés d’ailleurs comme symboles par les philosophes hermétiques, ainsi qu’on le voit en particulier dans une figure de Basile Valentin. (Voir à ce sujet Le Livre de l’Apprenti, par le F∴ Oswald Wirth, pp. 24 à 29 de la nouvelle édition.)

Mais, en laissant de côté pour le moment le point de vue restreint du Gnosticisme, nous insisterons surtout sur le fait que l’initiation maçonnique, comme d’ailleurs toute initiation, a pour but l’obtention de la Connaissance intégrale, qui est la Gnose au sens véritable du mot. Nous pouvons dire que c’est cette Connaissance même qui, à proprement parler, constitue réellement le secret maçonnique, et c’est pourquoi ce secret est essentiellement incommunicable.

Pour terminer, et afin d’écarter toute équivoque, nous dirons que, pour nous, la Maçonnerie ne peut et ne doit se rattacher à aucune opinion philosophique particulière, qu’elle n’est pas plus spiritualiste que matérialiste, pas plus déiste qu’athée ou panthéiste, dans le sens que l’on donne d’ordinaire à ces diverses dénominations, parce qu’elle doit être purement et simplement la Maçonnerie.

Chacun de ses membres, en entrant dans le Temple, doit se dépouiller de sa personnalité profane, et faire abstraction de tout ce qui est étranger aux principes fondamentaux de la Maçonnerie, principes sur lesquels tous doivent s’unir pour travailler en commun au Grand Œuvre de la Construction universelle.

Source: Hiram Abiff le FM

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Triangulation de la prise de parole et de la gestuelle en loge 14 mars, 2021

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Une étude attentive des rites maçonniques révèle l’omniprésence d’un principe de triangulation à différents niveaux, notamment ceux de la prise de parole, de la gestuelle, mais aussi de la gestion des distances spatiales et des données temporelles.

2Revêtant des fonctions psychologiques, sociales et symboliques, la triangulation maçonnique constitue un véritable modèle de communication. Un tel modèle, dans lequel prime le genre expressif, inscrit les membres de la communauté au-delà des schémas de type interpersonnel et vise un dépassement des contraires, censé opérer un processus de médiation-transformation au sein de l’individu même.

Triangulation de la prise de parole et de la gestuelle en loge

3La loge maçonnique est l’un des rares lieux sociaux où la prise de parole en public soit codifiée de manière aussi rigoureuse et dotée d’une charge symbolique aussi forte. L’une des particularités du rite maçonnique réside dans le fait que toute action des membres de la communauté, tout positionnement des objets dans le temple, est porteur d’information et de sens. Chaque chose est à sa place, chaque discours vient en son temps, et une telle distribution garantit la cohérence d’une totalité harmonieuse. L’ordre, recherché en permanence, ne naît pas du respect de consignes arbitraires. Il est produit par l’agencement savant des divers rouages d’un système global que l’adepte, en tant que pièce constitutive, s’efforce de comprendre et d’intégrer. Même les célébrations religieuses, qui exécutent un rituel strict où les propos, suivant un canevas précis et extrayant des passages du livre sacré, sont accompagnés d’une gestuelle spécifique (signes de croix, etc.), ne vont peut-être pas aussi loin dans la sémantisation et la participation agissante des membres du groupe, dans la mesure où les spectateurs-acteurs se contentent d’en suivre le cours sans pouvoir intervenir individuellement dans son déroulement.

  • 1  Dans cette étude, nous nous attacherons principalement à l’analyse du Rite écossais ancien et acce (…)

4Les modes de communication mis en place par le rituel maçonnique1 sont d’une telle singularité qu’ils méritent que l’on s’attarde sur eux. En loge, la communication s’inscrit dans un schéma qui n’a rien de linéaire, comme peut l’être le modèle télégraphique de Claude Shannon, avec sa chaîne Émetteur-Message-Récepteur ; ni même simplement interactif ou circulaire, comme celui établi par les théoriciens de l’École de Palo Alto. Elle suit un schéma triangulaire, et cela à plusieurs niveaux. La première forme de triangulation est relative au discours : en loge, on ne prend pas la parole, on la demande. Et lorsqu’on la demande, on ne s’adresse pas directement au Vénérable Maître dirigeant la loge, qui peut seul l’accorder, mais à l’un des deux intermédiaires que l’on nomme Premier Surveillant et Second Surveillant. Enfin, le Vénérable Maître lui-même accorde la parole en passant également par l’un des deux intercesseurs sus-cités, lequel relaie l’information au requérant. Ce dernier s’exprime alors, et nul ne peut l’interrompre ni même s’adresser à lui, à moins que la teneur de ses propos ne nécessite une censure brutale de la part du Vénérable Maître (tel serait le cas pour des discours véhiculant des idéologies intolérantes, extrémistes ou racistes).

  • 2  Pascal Lardellier (2003) distingue entre les « rites d’interaction », qui mobilisent un nombre réd (…)

5Certains pourraient ne voir dans ce procédé qu’un artifice pompeux, participant simplement de la théâtralité du cérémonial. Cependant, les raisons de cette triangulation de la parole sont plus profondes qu’il n’y paraît et dépassent largement le cadre de la dramaturgie. Procédé de médiation, elle a pour objectif d’évacuer toute communication interpersonnelle — forme la plus usuelle dans nos sociétés —, et de tisser un lien collectif en dépassant les échanges d’individu à individu (il n’est pas inutile de rappeler l’efficacité de ce que l’on appelle « l’effet de groupe » en psychosociologie, que les franc-maçons retrouvent à travers l’« Égrégore »). Les rites maçonniques ne relèvent donc pas de cette catégorie de rites que Erving Goffman a baptisés rites « d’interaction », mais bien de rites « sociaux » ou « communautaires », selon la typologie de Pascal Lardellier2. Et si l’on veut bien se souvenir du fait que le terme communication (de communicare), signifie étymologiquement « mettre en commun » et implique les notions de partage, alors le rituel maçonnique atteint probablement l’objectif de toute communication, dans ses formes les plus paroxystiques.

6Le rituel maçonnique apparaît doublement conjonctif. Il l’est d’abord en tant que rituel ainsi que le note Claude Lévi-Strauss :

[…] le rituel est conjonctif, car il institue une union (on peut dire une communion), ou, en tout cas, une relation organique, entre deux groupes (qui se confondent, à la limite, l’un avec le personnage de l’officiant, l’autre avec la collectivité des fidèles), et qui étaient dissociés au départ (1962 : 46-47).

  • 3  « La truelle, outil liant par définition », souligne Gilbert Garibal (2004 : 130).
  • 4  Sur cette distinction des différents niveaux de communication (contenu / relation), on consultera (…)
  • 5  Pour cette analyse du schéma de Claude Shannon, on se reportera à l’ouvrage de Philippe Breton et (…)

7Il l’est ensuite en tant que rituel particulier mettant en place des moyens de liaison internes, redondants avec sa fonction première. L’esprit de convivialité est crucial dans les loges, comme le prouve ce moment privilégié que constituent les « Agapes », mais aussi les nombreux vocables, symboles et métaphores exprimant la fraternité : la « truelle »3, le « ciment », la « corde à nœuds », les « lacs d’amour », la « chaîne d’union », le « compagnon », les « frères » et « sœurs ». Le poète Alphonse de Lamartine, grand admirateur de la res maçonnica, pleinement conscient de son essence fédératrice, déclarait dans un discours prononcé en loge en 1848 : « Vous écartez tout ce qui divise les esprits, vous professez tout ce qui unit les cœurs, vous êtes les fabricateurs de la concorde » (cité par Garibal, 2004 : 23). La franc-maçonnerie remplit une fonction phatique prépondérante, pour reprendre la terminologie que Roman Jakobson applique à la linguistique. Car s’il est vrai qu’elle agit à ce niveau de communication que représente le contenu du message, par la transmission de valeurs, elle œuvre principalement au niveau de la relation4. Là encore, nous nous trouvons fort éloignés du schéma de Claude Shannon, qui tend à réduire le réel à son aspect informationnel, à la notion de réseau et à la quantité d’informations qui circule en son sein5.

  • 6  Calendrier maçonnique du Grand Orient de France datant de 1873 partiellement reproduit par Gérard (…)

8La médiation que le rituel maçonnique établit dans le cadre de la prise de parole constitue une véritable discipline à laquelle il convient de se soumettre, et qui contrarie les inclinations naturelles des individus, habitués à parler librement ou à demander l’autorisation de s’exprimer directement à la personne qui dirige un débat. Or, toute discipline vise à transformer, par une action contraignante, une materia prima. Tel est bien le cas de la franc-maçonnerie, qui se définit elle-même comme une institution « philanthropique, philosophique et progressive »6, travaillant au perfectionnement moral et intellectuel de l’humanité et proposant à ses membres un changement de cadre mental, censé s’opérer durant le rituel.

9Ensuite cette médiation, précieux outil de régulation, favorise l’ordre et la pondération, car elle rend impossibles les interventions intempestives, les débats à plusieurs voix où nul ne s’entend, les conflits engendrés par des membres en désaccord ayant l’opportunité de s’adresser les uns aux autres. Le respect d’autrui et la courtoisie sont d’ailleurs inscrits comme autant de devoirs dans un texte fondateur de 1735, faisant office de Constitution pour la maçonnerie française. Ainsi est-il stipulé, au 6e devoir, qu’

[…] aucun Frère n’aura des entretiens secrets et particuliers avec un autre sans une permission expresse du Maître de la Loge, ni rien dire d’indécent ou d’injurieux sous quelque prétexte que ce soit, ni interrompre les Maîtres ou Surveillants, ni aucun Frère parlant au Maître, ni se comporter avec immodestie ou risée (partiellement reproduit par Gayot, 1991 : 62).

10Ce qui fait dire au franc-maçon Gilbert Garibal, docteur en philosophie et psycho-sociologue, que

[...] les frères, du néophite au « vétéran », fréquentent la loge pour communiquer, avec eux-mêmes et les autres. Cette communication fonctionne d’autant mieux que la loge est aussi « communicante ». Autrement dit, qu’elle prend bien soin d’éviter la formation de clans, castes et autres sous-groupes, nuisibles à son unité (2004 : 129).

11La parole maçonnique n’est donc pas, loin s’en faut, un instrument de pouvoir à des fins de manipulation, mais utilise une méthode originale d’accouchement des esprits, assez proche de la maïeutique et de la dialectique socratiques (à la différence près que celles-ci étaient interpersonnelles). En outre, en mettant les locuteurs dans une position d’attente de leur tour de parole, le rituel temporise — au sens étymologique du terme —, c’est-à-dire écarte toute spontanéité et oblige à une certaine maturation de la réflexion. Car comme le souligne Oswald Wirth « les idées se mûrissent par la méditation silencieuse, qui est une conversation avec soi-même. Les opinions raisonnées résultent de débats intimes, qui s’engagent dans le secret de la pensée. Le sage pense beaucoup et parle peu. » (2001 : 122)

12Accordant une importance aussi grande à la communication non-verbale (comme c’est le cas dans la plupart des traditions rituelles, qui font du corps un vecteur majeur de transmission de certaines valeurs), la maçonnerie applique un procédé de triangulation identique au plan de la gestuelle. À ce sujet, il est indispensable d’opérer « une partition entre ce qui relève de la gestuelle d’accompagnement et du message proprement dit », ainsi que le font remarquer Philippe Breton et Serge Proulx. « La gestuelle d’accompagnement est formée par tous ces gestes que nous faisons à l’appui d’une communication », elle est donc bien distincte « du langage des signes », où « c’est le geste qui constitue la communication » (2002 : 63 et 48). Dans ce cas, « la gestuelle se transforme en signes codés et signifiants ». Le rite maçonnique appartient à cette seconde catégorie. Il constitue l’un des rares langages des signes qui ne trouve pas son origine dans une incapacité à produire de l’oralité, comme c’est le cas avec le langage des sourds et des malentendants, par exemple.

  • 7  « Le ternaire s’impose à nous dans des domaines très divers parce qu’il réalise l’équilibre entre (…)

13Tandis que l’être humain s’approprie inconsciemment, par un phénomène de mimétisme, l’ensemble des codes corporels qui prévalent au sein de sa culture — ainsi que l’ont révélé des chercheurs en kinésique tels que Ray Birdwhistell (Winkin, 1981 : 61-77) —, et qui trahissent parfois malgré lui son état et ses intentions, le franc-maçon apprend un système de signes qu’il reproduit sciemment et adapte à divers contextes. Lorsqu’il rentre dans le temple, l’apprenti fait trois pas. Les bras, les mains et les pieds du maçon sont disposés en équerre. Les gestes sont précis, calculés, parfaitement maîtrisés. Ils traduisent en outre la médiation, leur modélisation ternaire représentant la réconciliation dialectique du même et de l’autre, la dualité dépassée car augmentée de l’unité7. Seule l’institution militaire s’est peut-être approchée de ce dispositif corporel complexe dans son cérémonial : les positions du garde-à-vous, le salut militaire, les demi-tours, forment d’ailleurs des équerres, ce qui n’a rien de surprenant si l’on considère les relations étroites que l’armée et la franc-maçonnerie ont entretenues à partir du xixe siècle, ainsi que l’a démontré Jean-Luc Quoy-Bodin (1987).

  • 8  Affirmation du philosophe allemand Friedrich Nietzsche.

14Là encore, il ne s’agit pas de faire exécuter au maçon une série de contorsions absurdes, mais plutôt de mettre ses membres en conformité avec son esprit. Inversement, on tente de produire un équarrissage de la pensée par la rigueur comportementale que l’on impose à une chair généralement livrée à une certaine liberté. La tension physique qu’engendrent des positions si peu familières à l’homme est en effet propice à l’effort et au travail. Combattant la nonchalance, qui se manifeste par une attitude de relâchement, ce maintien artificiel et peu confortable du corps requiert une attention soutenue, et suscite à son tour la concentration. Il a un effet structurant. Plantagenet ne s’y trompe pas lorsqu’il déclare : « remarquons combien cette marche rituelle est pénible : brutalement coupée par trois arrêts, elle brise notre élan ; à chaque fois elle nous contraint à un nouvel effort pour repartir » (2001 : 161). Au-delà de cette idée, tenace en Occident, selon laquelle « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort8 » et qui veut que toute souffrance fût revêtue d’un caractère initiatique, selon l’exemple de la passion christique, le formalisme rigide infligé au corps conduit avant tout à un dressage dont nous étudierons ultérieurement la nature et les effets.

15Enfin, force est de constater que la gestuelle extrêmement contraignante prescrite par le rituel recoupe l’aspect fonctionnel que recouvre la triangulation de la parole, aux effets pondérateurs. À propos de la position dite de l’ordre, posture obligatoire et assez inconfortable pour ceux et celles qui s’expriment oralement, Jules Boucher remarque ainsi que « indépendamment de la valeur réelle du signe, il faut remarquer que ce geste, si simple en apparence, empêche tout autre geste et par suite toute véhémence. Combien d’orateurs — profanes — parlent plus encore avec leurs mains qu’avec leur voix ! » (1998 : 323).

Triangulation de l’espace et du temps rituels

  • 9  Voir notamment La dimension cachée (1971).

16On sait, depuis les études fort éclairantes menées par Edward T. Hall dans le domaine de la proxémique9, que la gestion de l’espace et les distances qui séparent des individus sont, en elles-mêmes, un acte de communication, mais aussi des données remplies de sens révélant des appartenances culturelles parfois insoupçonnées. La franc-maçonnerie témoigne, si besoin en était encore, de l’importance que revêtent les données spatiales dans l’accomplissement et la compréhension des rôles incombant à chaque communicant dans un contexte particulier.

17En loge, le positionnement des individus dans l’espace du temple définit des fonctions spécifiques : à l’Orient, où se lève la lumière, est situé le Vénérable Maître, à l’Occident crépusculaire est le Couvreur, et ainsi de suite — c’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la géométrie tient une place cruciale dans la voie maçonnique. De la même manière, le positionnement des objets de culte ne doit rien au hasard. Il est toujours investi d’une signification, il est signifiant par lui-même. Il va sans dire que cet ancrage territorial du système sémantique à travers une localisation pertinente des personnes et des choses permet de rendre très concrets les messages symboliques que véhicule la cérémonie (« ici, tout est symbole », déclare-t-on à l’apprenti lors de son initiation). C’est ainsi que la modélisation ternaire de la parole, médiatisée entre le requérant et le Vénérable Maître par une tierce personne (Premier ou Second Surveillant), s’enracine également dans une triangulation spatiale, ce qui aboutit à une répétition du schéma ternaire. En effet, celui qui sollicite la parole pour le requérant auprès du Vénérable Maître est toujours le Surveillant qui se trouve sur les colonnes opposées, face au requérant. Ce croisement des prises de parole forme donc un triangle visible, un triangle humain qui incarne géographiquement la dynamique du chiffre trois.

18Nous reproduisons ci-dessous le schéma en vigueur au Rite écossais (au Rite Français, la position des colonnes et des surveillants est inversée par rapport au Rite écossais, mais la triangulation spatiale demeure), qui montre bien le croisement systématique de la parole et la triangulation spatiale qui en résulte :

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19Il est à noter, cependant, qu’à l’inverse de la plupart des rites (notamment des rites politiques), où se « jouent des rapports de domination et de sujétion, hypostasiés à ce ballet qui définit les fonctions, exprime les allégeances, confirme les rangs et les statuts » (Lardellier, 2003 : 95), le rite maçonnique, créateur de lien social, ne fait guère reposer les rôles assignés aux adeptes sur la situation professionnelle et financière que chacun occupe sur l’échelle sociale, dans le monde profane. C’est ainsi qu’un ouvrier d’usine accèdera progressivement au grade de Maître, tandis que le PDG d’une grande entreprise ouvrira sa voie maçonnique au grade d’Apprenti, comme tout un chacun, avec les corvées qui accompagnent cette première étape (installation du Temple, préparation des Agapes et service durant le repas, etc.), qui se veut un apprentissage de la patience et de l’humilité, une familiarisation, aussi, avec une dimension symbolique souvent inconnue du néophyte.

20D’autre part, les fonctions de chacun ne sont guère figées, puisque les membres du groupe changent de rôle au fil des ans. Or, ce principe d’égalité et de circularité est, encore une fois, spatialement et communicationnellement inscrit. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, par exemple, le Vénérable Maître, après avoir occupé des fonctions centrales à l’Orient durant quelques années, se voit-il relégué à l’Occident, près du Parvis. Outre que ce positionnement diamétralement opposé lui confère un angle de vision — et par conséquent un angle de compréhension — différent sur le Temple, il traduit le passage d’une position supérieure à une position inférieure. En devenant Couvreur, il quitte la place dominante et ordonnatrice pour une place d’exécution, en contre-bas. Il en va de même pour les autres officiers de la loge (citons l’interversion des Premier et Second Surveillants, notamment).

  • 10  Maria Deraisme, par exemple, avec la fondation du Droit Humain, en 1893. Avant cela, dès le xviiie(…)

21On ne s’étonnera donc guère que le niveau figure parmi les outils et symboles privilégiés de l’institution, ni même que le principe d’égalité présidant aux travaux maçonniques ait pu contribuer à la diffusion des idées émancipatrices jadis émises par les philosophes des Lumières. Sans verser dans la théorie du complot ou du projet intentionnel que certains, tel l’abbé Barruel (1803), prêtent à la franc-maçonnerie, il semble avéré qu’en favorisant le brassage social (puis la mixité, à partir du xixe siècle, dans quelques obédiences10), les loges précipitèrent la chute d’un régime inégalitaire. « La Franc-Maçonnerie vint ainsi offrir un excellent terrain de culture au ferment des idées révolutionnaires », souligne Oswald Wirth (2001 : 54). Les idées progressistes qu’elle véhiculait étaient d’ailleurs jugées subversives et dangereuses, tant par le pouvoir politique que par le pouvoir ecclésiastique. On peut aisément le comprendre à la lecture de certains textes du dix-huitième siècle : « Ramener les hommes à leur égalité primitive par le retranchement des distinctions que la naissance, le rang, les emplois ont apporté parmi nous. Tout maçon en loge est gentilhomme » (Le sceau rompu, 1745 : 22 ; cité par Gayot, 1991 : 125). Tout semble concourir à faire de l’espace maçonnique un espace sociopète, selon le mot de Edward T. Hall, un lieu de partage, de cohésion et d’intégration.

22Comme l’espace de la loge, le temps maçonnique se trouve lui aussi soumis au principe de triangulation. Il serait fastidieux et surtout ambitieux de vouloir dresser une liste exhaustive de ce temps triangulaire, tant celui-ci est riche. Quelques exemples significatifs suffiront néanmoins à en rendre compte. Les maçons, tout d’abord, travaillent entre les heures symboliques de « Midi » et « Minuit » (périodes elles-mêmes transitoires puisqu’elles marquent tout à la fois l’apogée du jour et de la nuit, et leur déclin imminent), à l’âge non moins symbolique et transitionnel de « trois ans ». Parmi les fêtes maçonniques, mentionnons également les fêtes de la Saint-Jean d’hiver et de la Saint-Jean d’été, correspondant aux deux équinoxes. Comme les heures de midi et de minuit, les équinoxes traduisent un point d’équilibre précaire et transitionnel, l’apogée d’un état et par conséquent sa proche déchéance, selon la loi de la dialectique des contraires.

23Autre expression de cette triangulation, lors de l’ouverture et de la fermeture des travaux, le Vénérable Maître, assisté des Premier et Second Surveillants, procède à l’allumage puis à l’extinction des feux. Au début de la tenue, chacun d’entre eux se tient devant l’un des trois piliers nommés Sagesse, Force et Beauté, afin d’allumer des bougies. Faisant le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, ils échangent leur place et chaque officier se retrouve ainsi, l’instant d’après, face au pilier devant lequel était positionné son voisin de gauche. Ce mouvement circulaire en trois étapes autour des trois piliers forme une roue spatio-temporelle dynamique, proche de la svastika indienne. Certains maçons voient d’ailleurs dans ce moment cérémoniel une représentation de la création du monde (Doignon, 2005), un espace-temps zéro à partir duquel apparaissent progressivement l’espace et le temps sacrés. Cette interprétation semble corroborée par l’allumage des bougies qui provoque le passage des ténèbres à la lumière, ainsi qu’il est fait dans la Genèse où les mots fiat lux précèdent l’apparition des différents éléments du monde ; mais également par la signification attribuée aux trois piliers : la Sagesse « conçoit », la Force « exécute », et la Beauté « orne ». Il s’agit bien d’un acte de création primordial, similaire à celui du « Grand architecte de l’univers », et se déroulant en trois phases, à savoir conception, réalisation puis contemplation esthétique du produit fini.

24L’omniprésence de la figure deltaïque, suggérant, selon certains maçons, un triangle temporel, semble confirmer ces vues. Ainsi Jean-Marie Ragon perçoit-il les points de cette figure géométrique comme évoquant le Passé, le Présent et l’Avenir (1853 : 369). Le sens de cette triade correspond parfaitement à la philosophie maçonnique, ancrée dans la tradition et tournée vers l’avenir d’un monde meilleur via une tentative de perfectionnement au quotidien. Les franc-maçons se sont d’ailleurs souvent inspirés, dans leurs réflexions, du célèbre tableau de Gauguin intitulé D’où venons-nous ?, Qui sommes-nous ?, Où allons-nous ?, preuve que leur voie s’interroge sur l’identité et le devenir de l’homme à travers les trois temporalités classiques que nous reconnaissons. Car comme toute tradition, la franc-maçonnerie opère à un niveau à la fois diachronique et synchronique. Soucieuse de transmettre des valeurs régulatrices, elle agit sur l’axe vertical du passé, où la mémoire relie la chaîne générationnelle à un temps originel, mais également sur l’axe horizontal de l’espace communicationnel qui met les vivants en présence (Debray, 1997). Nous pouvons résumer ainsi ce mouvement maçonnique, qui se nourrit au présent de la sagesse des anciens pour tenter de construire une société idéale.

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  • 11  Il semble utile de rappeler que le terme sacré, issu du latin sacer, évoque ce qui est séparé (sép (…)

25Ajoutons enfin que le temps du rituel est rythmé par trois coups de maillet, répétés trois fois, par la triade Vénérable — Premier Surveillant — Second Surveillant, au début et à la fin de la tenue. Ce rythme ternaire ouvre et ferme l’accès au temps sacré, de même que les pas d’entrée sur le pavé mosaïque, puis la sortie hors du temple, équivalent à un va-et-vient entre l’espace sacré intra-muros et l’espace profane à laquelle les adeptes sont rendus dès la fin de la cérémonie rituelle11. Lorsque commencent les travaux, le Vénérable Maître n’affirme-t-il pas « nous ne sommes plus dans le monde profane » ? La figure du Vénérable est semblable à celle d’un chef d’orchestre (métaphore chère aux chercheurs de Palo Alto) qui, par ses coups de maillet injonctifs, introduit des ruptures rythmiques dans le temps mais aussi dans l’espace communicationnels de la cérémonie (silence/possibilité de prise de parole, immobilisme/gesticulation, position debout/assise), donnant le tempo d’une partition connue. Elle crée en outre une « synchronie interactionnelle », pour reprendre une expression de William Condon et de Edward T. Hall, chaque participant agissant en même temps que ses confrères et de manière identique à eux. Et si, pour les théoriciens modernes, toute communication doit être envisagée comme un système, dans lequel les multiples éléments interagissent les uns par rapport aux autres, le rituel maçonnique possède cette particularité rare qu’il est un système intentionnel et pré-régulé, qui cherche à optimiser au maximum ce caractère systémique et interactionnel. Ainsi en est-il de la « triple batterie » et de « l’acclamation », à l’annonce desquelles tous les maçons frappent rapidement trois fois dans leurs mains, et répètent ces gestes trois fois, en criant « Liberté », « Égalité », « Fraternité ».

  • 12  Sur le temps, voir l’ouvrage d’Edward T. Hall, La danse de la vie. Temps culturel, temps vécu (198 (…)

26Les penseurs de ce que l’on a appelé « la nouvelle communication », en effet, ont montré que l’espace et le temps12, au-delà de leur aspect physique, mathématiquement mesurable, forment des cadres culturels organisés et vécus de manière différente d’un continent à un autre, engendrant ainsi des modes de communication spécifiques. Mais de telles constructions, relatives puisque variant selon les époques et les lieux, sont généralement le fruit d’une élaboration longue et inconsciente, déterminée par l’histoire particulière des peuples et les paramètres environnementaux dans lesquels ils s’insèrent. Les individus répondent ainsi à des codes et règles tacites sans avoir conscience d’évoluer dans une dimension artificielle. Or, la maçonnerie offre l’exemple d’un programme culturel conscient et volontaire, d’une composition sémantique qui s’affiche comme telle, et qui a cependant — là est le paradoxe — une prétention universelle (les Ordres internationaux, faisant fi des divers particularismes locaux, appliquent le même rituel aux quatre coins de la planète), comme si sa valeur atteignait quelque absolu en saisissant l’essence de l’homme, le point nodal de ses aspirations.

Vers une triangulation de l’individu : pure métaphore ou symbolisme opératoire ?

27La franc-maçonnerie introduit l’homme dans l’« empire des signes », pour reprendre l’expression que Roland Barthes a forgée à propos de la culture japonaise. Signes corporels et symboles divers jalonnent le laborieux parcours de l’adepte. Mais au stade de ce constat, il convient de s’interroger sur la fonction que remplissent ces signes : simple jeu d’analogies au sein duquel l’individu se meut plaisamment ; ou véritable projet transmutatoire engageant l’être lui-même, faisant de lui l’objet d’un changement radical ? Déchiffrage d’un langage codé ou règles opératives modifiant l’humain en profondeur ?

28La réponse est donnée dès le grade d’apprenti, puisque l’on exhorte le jeune initié à dégrossir la pierre brute, qui n’est autre que lui-même. Oswald Wirth (2001) rappelle, en guise d’introduction au premier tome de son ouvrage : « De la création de l’homme par lui-même naît l’homme perfectionné, le Fils de l’Homme ». D’où l’importance accordée au corps, matière imparfaite qu’il faut patiemment ennoblir pour que s’ennoblisse aussi l’esprit, et dont la métanoïa ou conversion débute lors de l’initiation, ainsi que le relève Bruno Etienne (2002). Michel Foucault a fort bien montré que le dressage des esprits était indissociable du dressage des corps, ce que les institutions dites « totales » ont également compris et exploitent avec brio (1993 : 31-31). L’interaction corps-esprit/esprit-corps est reconnue depuis fort longtemps, puisqu’en des siècles reculés l’ascèse corporelle, au sein de l’institution religieuse et de certaines sociétés mystiques, avait pour but de purifier l’âme. Blaise Pascal ne déclarait pas autre chose lorsqu’il affirmait « qu’il faut s’agenouiller et faire les gestes de la foi pour croire »…

29En revanche, il existe une différence notable entre le dressage pratiqué par les institutions totales, au rang desquelles on peut ranger l’armée, et celui auquel procède l’institution maçonnique. Car le premier développe un conditionnement de type pavlovien, privatif de toute liberté de pensée, d’expression et de comportement, tandis que le second, anti-dogmatique et émancipateur, a pour effet de libérer le sujet de ses préjugés (le maçon est dit « libre et de bonnes mœurs »). Le rituel maçonnique ne peut donc être bénéfique que s’il est rigoureux et que son sens est parfaitement compris. « Tout symbole, tout rite — mise en action des symboles — perdent leur valeur, et ne sont plus que des “simagrées” dès qu’ils ne sont plus exactement respectés comme ils devraient l’être », affirme avec raison Jules Boucher. Puis de renchérir : « Et le plus souvent ils ne sont pas respectés, parce qu’ils ne sont pas compris » (1998 : 323).

  • 13  Selon Philippe Breton et Serge Proulx (2002), la communication se décline en trois modes : mode in (…)
  • 14  « Le geste est le signe extérieur de cette volition », déclare Jules Boucher (1998 : 323).
  • 15  Mircea Eliade affirme que « l’initiation correspond à une mutation ontologique du régime existenti (…)

30Le corps est bien plus qu’un vecteur de communication à visée informative. Favorisant le mode expressif13, il est le creuset matriciel dans lequel s’accomplissent de véritables transformations mentales14. Au-delà du fait qu’il est un langage dont il faut décoder le sens pour en saisir la pleine valeur, le dispositif matériel et physique du rituel maçonnique possède un caractère performatif, qui se révèle à son tour hautement signifiant par les changements cognitifs, sentimentaux et comportementaux qu’il introduit. On rejoint là la conviction de la philosophe Hannah Arendt, pour laquelle « être et paraître coexistent », et celle de nombreux penseurs avançant l’hypothèse que toute transformation ontologique s’enracine nécessairement dans une transformation phénoménale15. Ainsi pourrait-on appliquer, en l’inversant, l’approche de John Austin : « Quand faire, c’est dire ». Des bâtisseurs de cathédrales et maçons francs opératifs, en effet, qui en furent la source d’inspiration principale, la maçonnerie spéculative a conservé une certaine concrétude à travers la mise en geste des mots et la mise en acte des idées. Pascal Lardellier, évoquant le rôle de ce « corps, puissamment sémantique », souligne avec justesse que

[...] le rite exige toujours de ses participants une démonstration physique, « une création de présence » (E. Schieffelin). Ne pouvant en aucun cas être vécu de manière abstraite, in absentiae, il impose une incarnation, sans laquelle aucune action symbolique ne saurait être atteinte. Car pour être crédible, ce rite se doit d’être vécu, investi de l’intérieur (2003 : 94).

31En outre, l’effet cathartique produit par la mise en scène des corps — effet identique à celui que revêtait la tragédie selon Aristote — ne doit pas être négligé. L’élève de Platon évoquait avec raison « cette imitation qui est faite par des personnages en action et non au moyen du récit », et qui « opère la purgation propre à pareilles émotions » (1952 : 1449b). À son tour, Jacqueline de Romilly a mis en évidence la fonction psychologique et sociale de la tragédie grecque, qui permettait d’extérioriser la violence via un phénomène d’identification du spectateur à l’acteur-personnage, et de l’évacuer ainsi hors des murs de la cité. Le rituel maçonnique accomplit une purification assez semblable grâce au spectacle visuel qu’il livre. Il va même plus loin que la tragédie si l’on considère que tous les spectateurs sont également des acteurs de la pièce qui se joue, le geste se joignant à l’observation.

32Les gestes que l’apprenti exécute sont d’ailleurs très évocateurs : le bras et la main disposés en équerre au dessous de la gorge sont destinées à juguler les passions provenant du cœur et à les empêcher de troubler l’âme, ainsi que l’explique le rituel au premier degré du Rite écossais ancien et accepté. Ce signe dit « guttural » devient un signe « pectoral » au grade de compagnon, la main se situant alors au niveau du cœur.

Franc-maçon formé par les outils de sa loge (gravure anglaise du XVIIIe siècle, Bibliothèque nationale, Paris)

Franc-maçon formé par les outils de sa loge (gravure anglaise du XVIIIe siècle, Bibliothèque nationale, Paris)

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33L’objectif opératif est si prépondérant que certains, tel Jules Boucher, font remarquer que ces positions correspondent à des chakras et mobilisent ainsi les centres d’énergie de l’être. Par ailleurs, l’idée d’une thérapie de groupe fondée sur une approche systémique, c’est-à-dire sur une régulation des relations que les éléments du groupe entretiennent les uns avec les autres, est assez proche, même si elle diffère dans sa mise en œuvre, des thérapies familiales de Don D. Jackson et de Paul Watzlawick et plus largement du Mental Research Institute, fondées sur la notion d’homéostasie.

  • 16  Les devoirs enjoints aux Maçons libres, texte partiellement reproduit par Gérard Gayot (1991 : 61)

34L’aspect physique est tellement essentiel qu’un maçon doit être « un homme exempt de défaut du Corps, qui peut le rendre incapable d’apprendre l’Art »16, de l’avis de certains adeptes. Il ne s’agit bien évidemment pas de discrimination, mais de la conviction que les lumières de la maçonnerie demeureraient à jamais inaccessibles à celui dont un corps infirme ne permettrait pas l’accomplissement du rituel, la spécificité de l’initiation étant par ailleurs le vécu d’une progression extérieur/intérieur. On voit là tout ce qui peut séparer la tradition maçonnique de certaines mystiques ou traditions ésotériques proposant une élévation spirituelle en s’adressant directement et uniquement à l’esprit. Passer du contact sensible des choses matérielles à leur conceptualisation, de la conceptualisation à l’imagination, de l’imagination à la monstration, de la monstration à l’intériorisation, et de cette dernière à une appréhension de nature intuitive : tel est l’un des objectifs de la voie maçonnique. Mais à l’instar de la tradition alchimique, cette dernière s’appuie toujours, initialement, sur un support physique, un substrat matériel, destiné à servir de déclencheur transmutatoire.

  • 17  La physique quantique postule, par exemple, qu’un chat peut être à la fois mort et vif. Elle démon (…)

35Dans l’accession à un mode de connaissance intuitif, le maniement des symboles joue un rôle déterminant. Signifiant moins abstrait, moins arbitraire surtout, que ne le sont les mots, formés de lettres et de sons conventionnels selon la linguistique saussurienne, le symbole possède en effet une sorte de lien naturel avec le signifié, puisqu’il procède par substitutions et transferts sémantiques. Il tient lieu de jonction entre les réalités strictement matérielles et les concepts purement intelligibles, les sens et la raison (l’idée d’une réunion de deux parties séparées est d’ailleurs présente dans l’étymologie du mot symbole, « sumbolon », et du verbe grec « sumballein » qui signifie « mettre ensemble »). S’il est un vecteur d’information et de communication privilégié, c’est précisément parce qu’il est doté de cette nature bicéphale qui introduit l’adepte dans un entre-deux. Il crée une voie médiane, ou troisième voie, pour ceux qui refusent le réductionnisme du matérialisme et de l’idéalisme. Procédant par triangulation, évitant le piège du principe de non-contradiction d’Aristote, que la physique quantique a récemment mis à mal17, il ouvre des perspectives nouvelles. En outre, la plupart des symboles prétendent à l’universalité. Empruntant au registre de Jung, on peut dire que ceux-ci possèdent une dimension archétypale qui les rend accessibles à chacun.

  • 18  Sur cette distinction, voir Bruno Étienne (2002 : 21-22).
  • 19  Voir également François-André Isambert (1979).

36L’efficacité du symbole — notamment du symbole de condensation, réalisant une propagation affective et énergétique inconsciente, par opposition au symbole de référence18 —, a été relevée par nombre de chercheurs. Pascal Lardellier note ainsi : « Et le contexte rituel dans son ensemble va aller jusqu’à générer des états modifiés de conscience, la réalité devenant symbolique, et le symbolique performatif, puisque capable de transformer cette réalité » (2003 : 92)19. Les alchimistes, qui œuvraient également à partir d’une voie initiatique, hermétique et herméneutique, répétaient inlassablement les mêmes gestes dans les mêmes alambics, assortis des mêmes prières, paroles et symboles, ce qui était censé produire un éveil de la conscience et une transformation corporelle, conjointement à une transmutation de la matière hermétiquement scellée, sujet et objet ne faisant plus qu’un.

37En conclusion, on peut dire que le rituel maçonnique repose sur l’intuition que l’homme est une vaste structure de relations externes et internes, dont le perfectionnement dépend d’une alchimie communicationnelle à plusieurs niveaux. Proposant un modèle interactionniste global, fondé non seulement sur le « dire », mais aussi sur le « voir », le « faire » et le « ressentir », il utilise le principe de triangulation de la prise de parole, de la gestuelle ainsi que de la gestion spatio-temporelle, qui vise à produire une dialectique visible-invisible, transcendance-immanence, théorie-pratique. In fine, celle-ci doit engendrer une triangulation de l’agent lui-même (du type soufre-sel-mercure, soit esprit-âme-corps), c’est-à-dire une transmutation de l’individu par la réconciliation des contraires qu’opère le modèle ternaire, prélude à l’unification finale de l’être. La philosophie maçonnique, avec son approche praxéologique, semble bien faire partie de ces systèmes d’« idées » qui « deviennent des forces matérielles », selon les mots de Régis Debray (1994 : 22). Cette thèse médiologique se trouve d’ailleurs énoncée près d’un siècle auparavant et dans des termes similaires par le maçon Edouard Plantagenet (1992 : 142), lorsque ce dernier explique que « l’idée froide », purement abstraite, entre en contact avec les sentiments fécondants durant le rituel et « se transforme soudainement en idée-force en s’intégrant dans notre personnalité ». Loin de se cantonner au plan individuel, cette transformation du maçon vise à transformer à son tour l’ensemble de la collectivité maçonnique et même de la société profane, étant entendu que le perfectionnement des parties constitutives d’un groupe participe également du perfectionnent de la structure globale.

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Bibliographie

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Aristote (1952), La poétique, traduction de J. Hardy, Paris, Les Belles lettres.

Boucher, Jules (1998), La symbolique maçonnique, Paris, Éditions Dervy.

Breton, Philippe, et Serge Proulx (2002), L’explosion de la communication : introduction aux théories et aux pratiques de la communication, Paris, Éditions de La Découverte.

Debray, Régis (1994), « Comment les idées deviennent des forces matérielles », Sciences humaines, no 38, avril.

Debray, Régis (1997), Transmettre, Paris, Odile Jacob.

Doignon, Olivier (2005), Comment naît une loge maçonnique ? L’ouverture des travaux et la création du monde, Paris, Éditions Maison de Vie.

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Étienne, Bruno (2002), L’initiation, Paris, Éditions Dervy.

Foucault, Michel (1993), Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard. (Coll. « Tel ».)

Garibal, Gilbert (2004), Devenir franc-maçon, Paris, Éditions de Vecchi.

Gayot, Gérard (1991), La franc-maçonnerie française, Paris, Gallimard.

Hall, Edward T. (1971), La dimension cachée, Paris, Éditions du Seuil.

Hall, Edward T. (1984), La danse de la vie. Temps culturel, temps vécu, Paris, Éditions du Seuil.

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Lardellier, Pascal (2003), Théorie du lien rituel : anthropologie et communication, Paris, L’Harmattan.

Lévi-Strauss, Claude (1962), Anthropologie structurale, Paris, Plon.

Plantagenet, Edouard (2001), Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu, Paris, Éditions Dervy.

Plantagenet, Edouard (1992) Causeries initiatiques pour le travail en chambre de compagnons, Paris, Éditions Dervy.

Quoy-Bodin, Jean-Luc (1987), L’armée et la franc-maçonnerie, Paris, Éditions Economica.

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Wirth, Oswald (2001), La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes. L’apprenti, tome 1, Paris, Éditions Dervy.

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Notes

Les obédiences maçonniques sont des « Ordres ». L’obédience mixte internationale « Le Droit Humain » a d’ailleurs fait de Ordo ab Chaos sa devise. Rappelons, enfin, que les franc-maçons se mettent « à l’ordre », l’ordre étant une position particulière constitutive du rituel.

1  Dans cette étude, nous nous attacherons principalement à l’analyse du Rite écossais ancien et accepté.

2  Pascal Lardellier (2003) distingue entre les « rites d’interaction », qui mobilisent un nombre réduit de personnes (deux à cinq), et les « rites sociaux ou communautaires ».

3  « La truelle, outil liant par définition », souligne Gilbert Garibal (2004 : 130).

4  Sur cette distinction des différents niveaux de communication (contenu / relation), on consultera avec profit l’ouvrage de Paul Watzlawick, Janet Helmick Beavin et Don D. Jackson (1976).

5  Pour cette analyse du schéma de Claude Shannon, on se reportera à l’ouvrage de Philippe Breton et Serge Proulx (2002 : 130-131).

6  Calendrier maçonnique du Grand Orient de France datant de 1873 partiellement reproduit par Gérard Gayot (1991 :111).

7  « Le ternaire s’impose à nous dans des domaines très divers parce qu’il réalise l’équilibre entre deux forces opposées : l’actif et le passif », affirme ainsi Jules Boucher (1998 : 92).

8  Affirmation du philosophe allemand Friedrich Nietzsche.

9  Voir notamment La dimension cachée (1971).

10  Maria Deraisme, par exemple, avec la fondation du Droit Humain, en 1893. Avant cela, dès le xviiie siècle, furent créées des « loges d’adoption » où la présence des femmes était attestée. Aujourd’hui, seules quelques loges encore attachées aux origines ne reconnaissent pas la mixité (la Grande Loge Nationale Française, notamment).

11  Il semble utile de rappeler que le terme sacré, issu du latin sacer, évoque ce qui est séparé (séparé précisément du monde profane, terme provenant de profanum, qui signifie « ce qui est devant le temple », à l’extérieur de l’enceinte sacrée).

12  Sur le temps, voir l’ouvrage d’Edward T. Hall, La danse de la vie. Temps culturel, temps vécu (1984).

13  Selon Philippe Breton et Serge Proulx (2002), la communication se décline en trois modes : mode informatif, mode argumentatif et mode expressif. Ce dernier mode est celui qui fait la part belle à l’imagination, à la création, au partage des sentiments.

14  « Le geste est le signe extérieur de cette volition », déclare Jules Boucher (1998 : 323).

15  Mircea Eliade affirme que « l’initiation correspond à une mutation ontologique du régime existentiel » (1992 : 12).

16  Les devoirs enjoints aux Maçons libres, texte partiellement reproduit par Gérard Gayot (1991 : 61).

17  La physique quantique postule, par exemple, qu’un chat peut être à la fois mort et vif. Elle démontre également que la lumière peut être considérée comme phénomène ondulatoire et phénomène corpusculaire, selon les instruments de mesure que l’on utilise.

18  Sur cette distinction, voir Bruno Étienne (2002 : 21-22).

19  Voir également François-André Isambert (1979).

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Pour citer cet article

Référence papier

Céline Bryon-Portet, « Le principe de triangulation dans les rites maçonniques », Communication, Vol. 27/1 | 2009, 259-277.

Référence électronique

Céline Bryon-Portet, « Le principe de triangulation dans les rites maçonniques », Communication [En ligne], Vol. 27/1 | 2009, mis en ligne le 05 juin 2013, consulté le 30 septembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/communication/1353 ; DOI : 10.4000/communication.1353

Cet article est cité par

  • Bryon-Portet, Céline. (2011) La tension au coeur de la recherche anthropologique. Anthropologie et Sociétés, 35. DOI: 10.7202/1007863ar

Auteur

Céline Bryon-Portet

Céline Bryon-Portet est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Directrice de la communication à l’ENSIACET-INP de Toulouse (École Nationale Supérieure des Ingénieurs en Arts Chimiques et Technologiques – Institut National Polytechnique) et chercheure associée à l’unité mixte de recherche « États Sociétés Idéologies Défense » (ESID) de l’Université Paul Valéry, Montpellier3. Courriel : soline33@yahoo.fr

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Le Mystère des Egrégores 7 mars, 2021

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

Voici une planche provenant de la loge maçonnique « Stella Maris » – Grande Loge de France à l’orient de Marseille sur cette communion indescriptible  des âmes et de l’esprit… « Le Mystère des Egrégores« …

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Une planche d’un frère Georges, passé à l’orient éternel en 2009… Merci à lui pour ce magnifique moment !

« Si nous n’étions pas inscrits:, dans une tradition orale, et en train de rédiger un texte qui serait destiné à être publié, je mettrais volontiers en exergue, en haut et à droite, en petites lettres, la phrase liminaire suivante : « Ne t’empresse pas d’appeler sottise ce qui TE paraît insensé. Médites, réfléchis, et fais en ton profit, dans ton propre espace de liberté intérieure. »

Et c’est parce que nous allons parler là de notions qui touchent au plus profonde des sociétés humaines, de notions touchant à la fois à ce que l’on a pu appeler la Magie, l’Alchimie des âmes, l’Occultisme, le fonctionnement des groupements humains, à la psychologie et à la psychanalyse. Des notions qui peuvent nous troubler, car elles peuvent porter atteinte à l’une de nos fiertés, voire de nos prétentions, celle d’une prétendue totale et absolue liberté personnelle.

Bien sûr, nous sommes dans une société marquée au sceau du rationalisme. Mais pour justifier mon exergue, qui fait appel à notre sentiment d’ignorance devant certains événements, je vous demande un instant d’imaginer les réactions de l’Homme-Jésus, de Charlemagne ou de François 1er, si on leur avait parlé de rayons. X, de fission de l’atome, ou de se promener sur la lune..

On a quelquefois I’occasion de noter que l’homme peut se faire lui-même l’artisan de` son propre malheur. C’est bien mon cas ayant choisi ce thème, centré sur un mot qui nous est familier, et qui pourtant n’existe pas dans la langue française. Actuellement seul le Larousse en 15 volumes le mentionne, suivi d’un article particulièrement succinct. Littré et Robert l’ignorent. D’où l’absence quasi totale de documentation et de référence sur le sujet, sur un mot que nous, maçons, utilisons assez souvent, connaissons bien, ou croyons connaître, mais sans nous être penchés cependant sur sa signification profonde, ni sur ses origines. C’est pourquoi j’ai introduit le mot mystère dans le titre de mon propos.

Tentons, malgré tout, d’en donner une définition : un égrégore est un être collectif autonome, composé d’une multitude d’influences qui s’unissent autour d’un centre commun. II pourrait se trouver que lorsque plusieurs personnes s’unissent autour d’une idée, ou d’un principe, elles enfantent un être collectif intelligent, qui va par la suite devenir indépendant, menant une vie propre. Il serait alors la somme des énergies psychiques émises par chacun des membres ayant participé à son émergence, voire à sa multiplication. L’ensemble de ces mouvements vibratoires pourrait exercer, en retour, en vertu du principe action-réaction, une puissante influence sur les composants du groupe, qui peut être fort différente de la psyché de chacun. Le total ne serait pas la somme des membres composants….   .

Un egregore est une « forme-pensée », ou « idée force » de qualité neutre, comme une coquille vide, qui se colore et se remplit des intentions du groupe, pour le meilleur ou pour le pire. Selon la qualité vibratoire et le but de ses membres fondateurs, l’égrégore les enchaînera à leurs croyances limitatives, ou tout au contraire, pourra dynamiser leur potentiel créateur et les déliera de toutes influences extérieures, élargissant ainsi leur  espace de liberté.

Penchons-nous un instant sur l’origine de ce mot, elle aussi bien mystérieuse. Son sens originel est biblique, mais il semble être le résultat d’une suite d’erreurs de traductions. On en trouve trace dans la littérature apocalyptique hébraïque, tout particulièrement dans le Livre d’Hénoch, sous la signification de veilleur, ou éveillé, en grec egregoroî, en latine egregori, d’où le néologisme français d’égrégore. Dans la tradition hébraïque primordiale, ces veilleurs, sorte d’anges, sont des entités, intermédiaires directs et indispensables, entre Dieu et les hommes. L’essentiel de leur action aurait été la fécondation des femmes, afin que soit entretenue chez les humains la parcelle divine. Ainsi, la transmission génétique aurait été déjà connue, et le sexe des anges plus à discuter

En fait, l’utilisation actuelle de ce terme, nous la devons à Stanislas de Gaîta, qui fut le premier à l’utiliser dans son acception d’entité occulte, c’est à dire d’Être caché, d’Être non visible.

Il convient de souligner, mystère supplémentaire, que ce mot n’est utilisé qu’en français. Dans toutes les autres langues, le concept occultiste ou psychologique, quand il existe, ne porte aucun nom particulier. Enfin, c’est en France, et rien qu’en France, que ce concept et ce mot sont introduits en Franc Maçonnerie.

Partons maintenant sur les traces littéraires de ce mot, à travers la pensée de quelques auteurs.

Et revenons un instant à S: de Gaîta, `poète *et occultiste de la fin du 19eme, qui nous en parle en terme de vivante synthèse, résultat du groupement de plusieurs individualités. Quoique non maçon, il évoque aussi l’importance de la chaîne magique, ou chaîne d’union, en F.M.. Gaïta, peu avant sa mort précoce, transmet des écrits à son secrétaire, qui n’est autre que notre ami Oswald Wirth, à charge pour lui d’en poursuivre la rédaction. C’est bien Wirth qui introduit le mot en F.M., suivi par Marius Lepage, relayé par Jules Boucher.

Ce que ces auteurs ont en commun, c’est leur conception de cette notion d’égrégore: Ce n’est pas une création spirituelle, mais une forme d’énergie résultant de la sommation des fractions énergétique de même signe, issues des individus d’une collectivité humaine. Le concept n’est donc pas du tout métaphysique, on le voit, mais plutôt d’ordre physique, pourrais je dire.

René Guenon, quant à lui, nous en parle bien différemment dans ses Aperçus sur l’Initiation. Ce sont des forces d’ordre subtil, nous dit il, constitués par les efforts de tout les membres passés et présents.

Avec le mot « membres passés », il introduit là une nouvelle dimension au concept. Il ajoute que lorsqu’il s’agit d’une collectivité appartenant à une forme traditionnelle authentique et régulière, ce qui est notamment le cas des collectivités religieuses ou spiritualistes accomplissant certains rites, un autre type d’entité collective peut se former. Il peut y avoir en outre intervention d’un élément véritablement non humain, une influence spirituelle extérieure. Guenon parle là d’un type d’égrégore spiritualisé. Il dit que cette influence peut se fixer sur un support matériel, objet ou lieu, par exemple, et donner lieu à des manifestations sensibles, comme celles que raconte la Bible au sujet de l’Arche d’Alliance ou du Temple de Salomon. D’après lui, les miracles de toutes les religions résulteraient de pareilles matérialisations réalisées an des lieux de pèlerinage, ces objets ou ces lieux jouant le rôle de condensateur. Il y a là, nous dit il, une constitution du groupe comparable à celle d’un être vivant, avec un corps qui est le support dont il s’agit, une âme qui est la force collective, et un esprit qui- est naturellement l’influence spirituelle agissante extérieurement par le moyen des deux autres.

Un autre type de recherche s’est penché sur ce phénomène. Ce sont les philosophes et les sociologues. Citons principalement Gustave Le Bon, Durckheim; et Gurvitch, qui tous constatent et analysent ce phénomène, en des termes bien proches, mais bien sûr sans en envisager son éventuelle prolongation spirituelle ou métaphysique. Il y a pour eux dans la vie sociale différents paliers qui correspondent aux diverses formes de sociabilité : la masse, la communauté et la communion, en allant de la couche la plus superficielle à la plus profonde, la communion représentant le degré maximum de fusion des consciences.

Dans le monde moderne, lorsque la psychologie sociale se penche sur l’entreprise, elle crée le mot synergie, qui qualifie bien le même concept, l’union des volontés vers- une finalité commune, synergie plus ou moins puissante suivant le degré de cohésion des membres du groupe.

Enfin, sur ce sujet, comment éviter de citer une fois de plus l’incontournable Carl Gustav Jung ? Avec ses travaux sur les symboles, sur les mythes, sur l’inconscient, sur la psychologie des profondeurs, il aboutit à la notion d’un inconscient collectif. Une sorte d’héritage culturel de nos ancêtres, une sorte de résumé des expériences intérieures de l’Humain.

Nous expliquant peut-être ainsi pourquoi Guenon nous disait tout à l’heure l’influence des membres passés d’un groupe sur les caractéristiques de son propre égrégore.

Sur cette influence des membres passés d’un égrégore, je voulais dire que de ce fait, cet égrégore, entité psychique autonome, peut survivre quelque temps encore, voire fort longtemps, à la disparition du groupement humain qui l’a créé et supporté. C’est comme un nuage d’idées, qui avant que de s’éteindre et se dissoudre, parcourrait le monde à la recherche d’un nouveau groupe qui le revivifierait, comme un essaim d’abeilles à la recherche d’un nouveau gîte..

C’est pourquoi l`histoire voit en permanence resurgir quelques mouvements, qui, quoique démantelés, ont une tendance spontanée à se restructurer, à se réanimer, qu’il s’agisse de vieux démons, tel le nazisme, ou de mouvement spiritualiste se référant, par exemple, à la force psychique formidable que nous ont laissés quelques prêtres de l’Égypte antique, qui fascine encore nombre d’entre nous, au point d’influencer encore certains rituels et pratiques.

Tout comme s’il s’agissait d’un phénomène vibratoire, on peut imaginer que plus la vibration initiale : a été intense, plus la durée de vie d’un égrégore est grande. Mais comme tout mouvement vibratoire, le mouvement universel n’existant pas en l’état.: de nos connaissances, sauf à recourir au divin, vient le moment de l’entretien des forces. II ne me semble pas, personnellement, y avoir de différence fondamentale de fonctionnement entre l’ordre du physique et l’ordre du psychique. Plus il est alimenté, plus son rayonnement s’étend. En contrepartie, moins il est nourri et plus sa force s’affaiblit. C’est ainsi que les égrégores naissent, se développent, puis s’anémient et meurent, ou tout au contraire se fortifient et se pérennisent, en traversant le temps.

Nous comprenons donc maintenant que nous sommes entourés d’égrégores, multiples et multiformes. Je me garderais bien d’en vouloir dresser un catalogue. Je vous invite, tout au contraire, à les découvrir autour de vous, portant vos regards curieux à cet égard sur l’espèce, puisque rien qui soit humain ne nous est étranger. Je vous invite aussi à les ranger dans des catégories de qualité, telles que nous les, avons définies précédemment.

Celles relevant de la masse, celles dépendantes de la communauté, et enfin celles du stade de la communion.

Mais nous devons aussi distinguer, une deuxième classification qui s’y superpose. Trois types supplémentaires me semblent à décrire

Les egregores neutres, qui n’ont que peu d’influence sur la psyché humaine. Ils ne propulsent ni vers les tréfonds de la matière, ni vers les sommets de l’esprit. Ils sont peu visibles, et nécessitent une certaine vigilance pour être identifiés. Les égrégores nocifs et maléfiques, (évidemment un jugement subjectif de ma part!), à l’opposé, manipulateurs et limitatifs. D’esprit profondément matérialiste, dissimulés sous certains masques, ils aliènent, enferment, retiennent et séparent.

Ils s’efforcent, consciemment ou pas, de s’opposer au processus de l’évolution, telle que nous l’entendons nous, au sens social, matériel et spirituel.

Les egregores féconds, ou bénéfiques, qui tentent d’ouvrir à des états de conscience trans-personnels, essayant d’être des manœuvres, ou peut être prétentieusement des ouvriers, plus ou moins qualifiés,, de l’Entreprise-Evolution, telle que, peut être utopiquement, bien sûr, nous la concevons.

C’est donc un amusant et fructueux safari-egregore que je vous propose, allant de l’opinion publique, le plus bas de l’échelle, en passant par la famille et le couple, les équipes sportives, leurs clubs de supporters, le régionalisme, le nationalisme, le mondialisme, les sectes, le monde du travail et le syndicalisme, les églises, les partis politiques, bref, tout le paysage géo-psycho-politique, à passer en revue au crible de cette étrange et je le redis, mystérieuse force associative douée de mémoire et d’une vie autonome.

Il est peut être temps maintenant, à la lumière de ces quelques réflexions générales, de consacrer quelques instants à notre propre egregore maçonnique.

L’Esprit de la Franc Maçonnerie contemporaine, que l’on nomme spéculative, avait déjà un long passé avant que d’être réactivée au début du 18eme siècle. La Maçonnerie actuelle n’est jamais, soyons en bien conscient, qu’un sous-egregore, infiniment plus ancien, remontant peut être au début même de la conscience humaine, et dont le mécanisme de re-creation, je dirais de ré-incarnation, a été précédemment décrit. Le nuage d’idées, dans sa personnalité propre a retrouvé, au début du 18ème siècle, un groupement humain pour l’accueillir à nouveau. Remontons le temps les corporations,, les opératifs, les bâtisseurs de cathédrales, Salomon, Hiram, les Fondements bibliques, les Égyptiens, et tout ce qui avait tenu place -fondamentale auparavant, sans que-nous ne le sachions vraiment. Peut-être l’idée force serait la quête du Beau, au sens extra plastique et extra artistique, bien plus largement entendu au sens rituélique du terme, selon cette réplique phrase » Que la Beauté l’orne « . II me semble évident que nous sommes l’émanation d’un égrégore originel dont nous connaissons bien peu de choses, mais dont l’existence probable nous envahit.

Dans la classification que j’ai proposé, j’ai la faiblesse, la fierté et la prétention de croire que nous ressortons du domaine de la catégorie Communion. Communion qui dans sa racine latine signifie « communauté de fidèles ». Mais fidèles à quoi ? Voyons donc :… mais c’est bien sûr ! … , à l’article premier de notre Constitution, sur lequel, main dégantée et posée, nous avons tous ici souscrit et juré !

Que nous propose-t-il ? J’éviterai la répétition de sa lecture ! Rien qui ne soit conforme aux principes de l’Évolution rêvée : paix liberté, fraternité amour, force sagesse, conscience liberté, respect et tolérance.

C’est pourquoi je prends le risque de nous ranger dans les égrégores féconds.

Mais c’est là un égrégore obédientiel, celui de la Grande Loge de France, entièrement dévolue au Rite Écossais Ancien et Accepté. D’autres rites et obédiences ont certainement sur ce sujet, les mêmes valeurs et la même puissance associative immémoriale.

La GLDF étant une fédération de loges, passons donc à ses membres, et son unité de base, à savoir la Loge, lieu où j’ai ce soir le plaisir de parler quelques instants.. Voilà bien un groupement modèle réduit, fondu à la fois dans l’obédience et dans l’égrégore maçonnique en général. Comme une espèce de famille, où tout est ressenti plus intensément, sur les trois plans matériel, intellectuel, et spirituel, pour des raisons de perception plus facile, dans la proximité, selon le mot à la mode.

Mais aussi pour une autre raison. La Loge est la seule détentrice du pouvoir spirituel, qui peut sembler de ce fait issu de son propre égrégore, celui auquel nous nous rallions en priorité. Fait fondamental, elle seule, la Loge, pas le Vénérable Maître, pas l’inspecteur, pas le Conseil Fédéral, pas même le Grand Maître lui même, ne peut s’y substituer. Seule la Loge, entité spirituelle, et de ce fait son propre égrégore, ont le pouvoir de transmettre une Lumière. C’est pourquoi j’ai pris l’habitude de la qualifier de corps spirituel.

C’est aussi ce lieu unique qui nous confronte à notre ciment, à savoir le rituel, rappel permanent des principes de notre engagement, et moteur principal de la pérennité de cet égrégore.

Chaque Loge a son propre égrégore, une  base commune à toutes, et une personnalisation. Nous l’avons bien vu, il y a quelques jours, réunissant nos trois loges filles, fruit de nos essaimages..

Et c’est bien, ces variations autour d’un même thème, puisqu’elle ne nuisent pas à l’égrégore maçonnique global, cultivant ainsi une certaine diversité, un certain degré d’originalité novatrice, même si elles sollicitent quelque fois une modeste tolérance.

J’aime la forme variation en musique, je l’aime aussi en maçonnerie ! Sur la toge et son fonctionnement psycho-spirituel, une dernière interrogation, me vient, à la lecture d’une traduction anglaise des textes apocryphes des manuscrits de la mer Morte.

Fort justement, Jésus y décrit le ternaire de la personnalité humaine, sous la forme d’une image. Il y compare le corps de l’Homme à un char, son cœur à un cheval, le cocher étant son esprit. Mais le manuscrit se garde de désigner qui est cet Esprit. Le moment n’est pas ce, soir de parler de l’espace de tolérance et de liberté que représente le Rite Ecossais Ancien et Accepté, mais nous disons, nous, que c’est le Grand Architecte de l’Univers. Fiers que nous sommes de nos principes de libertés individuelles, nous nous. targuons de nos structures démocratiques rigoureuses, empêchant la survenue d’un potentat-gourou. Je souris à l’idée suivante : « et si l’égrégore, produit de vous tous et devenu de ce fait entité psychique indépendante, et si cet égrégore était ce gourou tant redouté ? Coiffé d’un chapeau melon, ce serait le cocher du char dont nous parlions, et ma foi, je me serais alors laissé, pendant tant d’années, et me laisserais volontiers conduire encore quelque temps, sans avoir le sentiment d’avoir perdu, NI le sens de l’itinéraire, NI ma liberté personnelle.

J’ai conscience d’avoir trop parlé: sur un mot qui n’existe pas, et peut être passé pour un doux- rêveur.

Mais par extension utopique, relisant le considérant premier de la déclaration des-. Droits de l’Homme de 1948, je vois cette expression : « Considérant que le respect de la dignité à tout les membres de la famille humaine, etc… » on en connaît la suite… C’est bien la première fois qu’apparaît dans un texte officiel la notion d’entité familiale humaine.

Ayant cité la famille comme un exemple d’égrégore possible, nous pouvons penser, souhaiter et rêver qu’apparaisse un jour un égrégore mondialiste et universel, n’en déplaise à quelque nouveau José Bové de l’Esprit, un égrégore à la fois fécond et communiel, selon les classifications que je vous ai proposées, et pour le plus grand bonheur de tous, au point Oméga de Teilhard de Chardin, dont vous savez qu’il m’est si cher.

Mais alors, la Franc Maçonnerie aura rempli sa part de la tâche globale, enfin achevée, et n’aura plus de raison d’être !

Compte tenu de mon espérance de vie, je pense, hélas, et heureusement par ailleurs, vous rencontrer encore longtemps, jusqu’au bout de mon chemin. »

Lien : http://www.stella-maris-gldf.com/gldf/index.php?option=com_content&view=article&id=120:egregores&catid=34:planchesarchitecturepublic&Itemid=15

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Essai d’interprétation de la Table d’Emeraude 13 février, 2021

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8 Août 2019

Publié par Yann Leray

Essai d’interprétation de la Table d’Emeraude

Essai d’interprétation de la Table d’Emeraude  dans Recherches & Reflexions ob_e4810a_table-d-e-meuraude-2

 

Par BPG et JVA 2008

La Table d’émeraude (Tabula Smaragdina) est un des textes les plus fameux de la littérature alchimique et hermétique. Selon la légende, il présenterait l’enseignement du mythique Hermès Trismégiste et aurait été découverte par des soldats d’Alexandre le Grand au cours de fouilles dans les galeries souterraines de la Grande Pyramide de Gizeh, où se trouvait encore le tombeau d’Hermès. Celui-ci aurait lui-même gravé les quelques lignes qui la composent sur une grosse émeraude, à l’aide d’une pointe de diamant.

 

La Table d’émeraude a été retrouvée sous différentes formes dans une vingtaine de manuscrits arabes médiévaux. La plus ancienne est en appendice d’un traité qui aurait été composé au VIe siècle (et dont on a une copie du Xe siècle (vers 825), le Livre du secret de la Création (Kitâb sirr al-Halîka) ; la question se pose de savoir s’il s’agit d’une pièce rapportée, de portée uniquement cosmologique, ou bien s’il forme un tout avec le reste, auquel cas il a aussi une signification alchimique, ce dont on ne peut douter…

 

 L’introduction du Livre est un récit qui explique que « toutes choses sont composées de quatre principes élémentaires, le chaud, le froid, l’humide et le sec », dont les combinaisons expliquent les « rapports de sympathie et d’antipathie entre les êtres.

 

Le Livre du secret de la Création se présente comme une traduction du grec d’Apollonius de Tyane, sous son nom arabe Balînûs, maître des talismans et des merveilles », qui aurait pénétré dans une crypte sous la statue d’Hermès Trismégiste et y aurait trouve la tablette d’émeraude entre les mains d’un vieillard assis. Il est intéressant de noter que se trouve pour la première fois la théorie selon laquelle que tous les métaux sont constitués à partir du soufre et du mercure, théorie fondamentale de l’alchimie au Moyen-Âge…

 

À partir de la fin du XVIe siècle, la Table d’émeraude est souvent accompagnée d’une figure symbolique. Cette figure est entourée d’une acrostiche en latin « Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem », VITRIOL.

 

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La plupart des théories émises à propos de ce mystérieux texte, dont on ignore en fait à peu près tout de l’origine et de la provenance, contiennent souvent une part de vérité, mais également une bonne part d’élucubrations. Notre propos n’est pas de les décortiquer ni de les juger, mais plutôt d’expliquer comment ce document peut tout aussi bien être compris de points de vue entièrement différents.

 

Selon Eliphas Lévi, il faut comprendre la légende allégoriquement, comme d’ailleurs la plupart des légendes. La table d’émeraude en tant qu’objet n’a sans doute jamais existé, elle constitue un symbole : émeraude des sages est en effet l’un des noms du Mercure allusion à la couleur verte mentionnée par la plupart des auteurs sérieux. Dans certaines traditions, le Graal est dit être d’émeraude : il s’agit de la même allégorie. C’est le Graal qui a recueilli le sang de l’agneau immolé depuis le commencement du monde (voir l’ Evangile de Jean).

 

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Sans doute rédigée en arabe par un auteur inconnu, puis en grec et en latin, nous connaissons essentiellement ses traductions latines dont l’une des premières se retrouve dans un extrait du De Alchimia de Chrysogonus Polydorus datant de 1541. L’introduction en latin et grec rappelle que  les secrets d’Hermès étaient écrits en sur la table d’émeraude trouvée entre ses mains dans un antre obscur où fut découvert son corps inhumé.

 

La traduction française la plus connue ou tout au moins la plus utilisée semble être celle de Fulcanelli (Les Demeures Philosophales, Pauvert) ; reprenons-en les termes en tentant de les commenter brièvement.

 

1. Il est vrai  sans mensonge ;  certain et très véritable :

« Il est vrai » c’est-à-dire au principe; «sans mensonge  »: cette vérité est exposée sans voile, et aussi qui transcende le plan des illusions et de la dualité ; certain et très véritable : c’est-à-dire en théorie aussi bien qu’en application, concrètement. C’est donc une vérité valable à tous les niveaux de la création, en vertu de sa dimension quadruple. On pourra naturellement faire le parallèle avec le divin tétragramme des cabalistes.

 

2. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas,

La célébrissime phrase vient ensuite est tellement célèbre et continuellement citée qu’il est permis de se demander si son utilisation n’est pas parfois abusive ou moyennement comprise… Si l’on se réfère au dogme quasi-universel des analogies : parle-t-on, dans le cas de la Table d’Emeraude :

   • d’équivalence, d’identité, de similitude,

   • d’une explication complète et ultime d’un Principe Unique,

   • de l’Un dans le Multiple,

   • d’une prémonition de la Théorie du Tout ?

   • ou d’une perception de cette Loi Universelle qui, du macrocosme au microcosme, régit toutes les choses dans leur ensemble, et chaque chose dans son détail.

 

3. Et de même que toutes choses se sont faites d’un seul, par la médiation d’un seul.

Lorsque Hermès nous dit « que toutes choses se sont faites d’un seul, il s’agit du principe, et par la médiation d’un seul, il serait question d’un seul « agent », peut-être celui-là même qui est appelé Akasha par les orientaux, Lumière Astrale par Paracelse ; Vierge Sidérale, Notre Mercure ou encore « AZOT » par les alchimistes. C’est l’Ame universelle, la cause de l’existence, emplissant tout l’espace, et même étant dans un sens l’espace lui-même, d’après H.P. Blavatsky. Quant à « par la médiation d’un seul », il s’agirait du Grand Agent magique, ou lumière astrale, dont Eliphas nous dit qu’il est vivant par deux forces contraires : une force d’attraction et une force de projection, ce qui fait dire à Hermès, que toujours il monte et descend : il monte de la terre au ciel, et derechef il redescend, s’étant chargé de la puissance des choses d’en haut et d’en bas. C’est par cette double force que tout est créé et que tout subsiste. Son mouvement est un enroulement et un déroulement successifs et indéfinis, ou plutôt simultanés et perpétuels, par spirales de mouvements contraires, qui ne se rencontrent jamais.

 

4. Toutes choses sont nées de cette même unique chose, par adaptation.

L’Agent est en même temps le substrat du monde matériel. L’équation E=mc2 n’indique-t-elle pas d’ailleurs l’équivalence entre l’énergie (E), la masse annihilée ou matière (m), et la vitesse de la lumière (c).

 

Depuis l’ Antiquité les philosophes grecs ont ouvert la voie au rêve d’une  théorie univoque de l’Univers, que ce soit Anaxagore : « les parties homogènes infinies en nombre résultent de la dissociation d’un mélange unique, toutes étant contenues dan le tout, et chacune devant son caractère à l’élément qui prédomine » ou de Platon qui en soulignait la vanité : « Dieu seul peut mêler plusieurs en un seul et inversement, dissoudre un seul en plusieurs ; aucun homme n’en est ni n’en sera jamais capable ».

 

Il est tentant de rapprocher la recherche d’une « Loi Universelle » de la « Théorie de Tout ». Pourtant, si le globalisme, récusant aussi bien la limite que la division, appartient au champ religieux et idéologique, le symbole est son moyen privilégié ; il saisit immédiatement par l’intuition la forme du tout, même complexe, que ce soit une mandala ou une formule ésotérique : c’est la totalité de l’univers, de la Nature et de l’Histoire qui semble convoquée : en reprochant à la rationalité d’appauvrir en réduisant, il est un rêve plutôt qu’un savoir !

 

Cependant, Stephen Hawking nous avertit : « Si l’on découvrait un jour la théorie complète (unitaire ?) celle-ci devrait être compréhensible par tout le monde , alors nous connaîtrons le pensée de Dieu : pure, objective, et nettoyée de la « buée humaine », la théorie ultime nous révèlerait le monde tel qu’il serait sans nous » (mais « la buée humaine » sera sans doute encore là !)

 

L’Alchimie constitue-t-elle une certaine approche de la Loi Universelle, puisqu’elle rêvait de tenir le Tout dans une formule ! L’Ars Magna, par son ambition totalisante, semble se rapprocher de la Théorie du Tout des physiciens contemporains, en ce sens qu’il s’agirait dans tous les cas, de trouver la clé de voûte de l’Univers caché dans la matière, et de permettre ainsi à la simplicité formelle d’exprimer toute la complexité du réel.

 

Pour les alchimistes, la matière doit son existence à une énergie subtile, nommée Feu, ou Esprit Universel. Sans considération des questions d’échelle, réévaluer le postulat hermétique de l’unité de la matière à la lumière des découvertes contemporaines, réhabiliterait l’unité du corps et de l’esprit, du microcosme et du macrocosme…

 

Et si l’on évoqué l’image d’un continuum cosmologique et biologique : qu’en est-il de la Nature, et en particulier des 3 règnes : minéral, végétal, animal. Peut-être devrions-nous plutôt parler d’unité cosmique, véritable leitmotiv des alchimistes. La Nature est UNE, et l’homme y ait totalement intégré, Les philosophes allemands du 19ème siècle, jusqu’à SCHOPENHAUER, avaient assimilé un certain nombre d’idées provenant du bouddhisme, et estimaient que la Nature est un tout, pour ne pas dire LE TOUT… Rappelons-nous le Parsifal de Wagner.

 

Si l’on se réfère au texte arabe dont elle serait issue, on trouve en effet que cette phrase pourrait se traduire par « Ce qui est en bas correspond (ou communique avec) comme ce qui est en haut et réciproquement ». Ce point est particulièrement mis en évidence dans le XIIème Arcane du Tarot : le Pendu.

 

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La position d’un homme renversé, la tête en bas, pendu par un pied à un portique, avec la jambe libre repliée à la hauteur du genou et les mains liées derrière le dos, évoque naturellement de prime abord les idées de gravitation et nous plonge dans le problème du rapport entre l’homme et la gravitation, ainsi que des conflits que ce rapport comporte Par sa « tension de solitude », il désigne ceux dont la volonté est soumise à la gravitation de « ce monde » comme « enfants de ce monde » et ceux dont la volonté suit la gravitation du « Ciel ».

 

Du Microcosme au Macrocosme la gravitation physique, psychique et spirituelle occupe la place centrale comme facteur d’ordre dans le système solaire, dans le système de l’atome, dans la cellule biologique, dans l’organisme biologique, dans le mécanisme de la mémoire et de l’association d’idées, dans l’organisme social, dans la formation des communautés où l’on partage une manière de vivre, une doctrine ou un idéal, et enfin dans le processus de l’évolution biologique, psychique et spirituelle où un centre de gravitation, prototype universel comme cause finale, est à l’œuvre à travers les âges.

 

Le domaine de notre liberté même, notre vie spirituelle, manifeste la présence réelle et active d’une gravitation d’ordre spirituel, se trouve placé entre deux champs de gravitation avec deux centres différents. « Ciel » et « ce Monde », ou « Royaume des Cieux ». et « royaume du Prince de ce monde ». Et il désigne ceux dont la volonté est soumise à la gravitation de « ce monde » comme « enfants de ce monde » et ceux dont la volonté suit la gravitation du « Ciel » comme « enfants ou fils de la lumière ». Le pendu est le représentant de « l’homme véritablement humain » qui se trouve entre les deux royaumes, celui du monde d’en bas et celui du monde d’en haut.

 

Il est d’ailleurs significatif que le terme « chute » soit emprunté au domaine de la gravitation, car choisi pour désigner l’événement primordial qui détermina le changement de l’état de l’homme, du « Paradis », à l’état terrestre du labeur, de la souffrance et de la mort, En effet, rien ne s’oppose à la conception de la chute d’Adam comme passage du système de la gravitation spirituelle, dont le centre est Dieu, au système de la gravitation terrestre, dont le centre est le Serpent. La chute comme phénomène, peut bien être comprise comme le passage d’un champ de gravitation dans un autre.

 

L’être humain participe à ces deux champs de gravitation, c’est-à-dire des penchants par lesquels les deux champs de gravitation ; lorsqu’il vit sous l’emprise de la gravitation de « ce monde » aux dépens de la gravitation du « ciel », il est « homme charnel »; celui qui vit dans l’équilibre des deux champs de gravitation est « homme psychique », enfin l’homme qui vit sous l’emprise de la gravitation du « ciel » est « homme spirituel ».

 

Le Pendu représente un homme renversé, c’est-à-dire l’état de l’homme dans la vie duquel la gravitation d’en haut a remplacé celle d’en bas. Pour lui, il n’y a pas identité de ce qui est en haut avec ce qui est en bas mais tension de solitude, élément propre aux âmes sous l’emprise de l’attraction d’en haut. L’attraction du ciel est tellement réelle qu’elle peut saisir, non seulement l’âme, mais encore le corps physique. Alors le corps est emporté et ne touche plus la terre.

 

5. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, et reçoit la force des choses d’en haut et d’en bas,

Nous révèle Hermès Trismégiste en rappelant que le grand courant d’énergie mercurielle (une énergie « malléable », analogue au mercure métal liquide, que le Verbe dynamise constamment, en y imprimant des formes-pensées) monte et descend des interstices de l’univers. A un certain niveau d’interprétation, cela est exprimé métaphoriquement dans le songe de Jacob : « Voilà qu’une échelle était dressée sur la terre et que son sommet atteignait le ciel, et des anges de Dieu y montaient et descendaient » (Gen. 28,12). Nous pouvons voir dans ces « anges » les agents du Verbe créateur, et dans les barreaux de l’échelle les transitions existant entre les plans de la création. L’Homme possède son propre Verbe, conséquence directe du libre arbitre qui le caractérise.

 

Et l’Hermétisme chrétien reprend ce thème : voir le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre. (Jean, J, 45-51), formule de l’essence et de la Tradition. Et tous ceux qui ont vu le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre, représentent la Tradition , tel que Saint François d’Assise, un Initié du premier ordre de la Tradition de l’Hermétisme chrétien : le « poverello » qui parlait le langage des oiseaux, sans érudition et sans règles, non seulement il a vu le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre, mais encore il est devenu conforme à l’Initiateur lui-même de toute initiation authentique dans l’acte de l’Initiation accompli par le séraphin d’en haut…

 

6. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais, avec délicatesse et une extrême prudence.

Une fois l’énigme de la Matière Première élucidée, il faut en libérer le Soufre et le Mercure, et les purifier. Hermès conseille, à un autre niveau, de travailler en même temps à affranchir l’esprit de la matière, ou l’âme de ses vices. C’est la nécessaire mort initiatique, car l’alchimie en laboratoire doit obligatoirement s’accompagner d’une alchimie « spirituelle ». Seule une âme purifiée peut être à même de déchiffrer le livre de la Nature, et donc de tirer la substantifique moelle des écrits alchimiques.

 

 Naturellement il existe une relation profonde Alchimie et Cosmologie. En effet, chaque métal est mis en rapport avec une planète : les adeptes étudient ainsi les influences planétaires sur la formation des métaux au sein de la terre.

 

 Les alchimistes disent que comme tous les êtres créés ont la même origine : la prima materia ; les métaux sont considérés comme des êtres vivants : « Les métaux sont tous semblables dans leur essence, ils ne diffèrent que par leur forme » (Albert le Grand, De Alchimia).

 

Il est instructif de noter que l’on ne pouvait fondre un métal qu’à certains jours favorables. Ce sont là des racines archétypales ou archaïques que Jung remis à jour grâce à sa fréquentation de l’alchimie, et qui se réfère au principe de la synchronicité. Zozime disait qu’il existe deux voies : celle des transformations ordinaires des métaux, astrologiquement magiques, basées sur la superstition, et celle des transformations kaïrikai. Ce mot provient de Kaïros, et désigne le moment favorable, et pas seulement du point de vue astrologique.

 

On peut rapprocher cela de la notion chinoise du Tao, ce que l’on ne peut atteindre que par le sentiment : « Pas aujourd’hui, pas encore…maintenant c’est le moment ! ». Cela signifie qu’il faut toujours, à l’aide de la méditation, trouver le moment intérieurement juste.

 

7. Le Soleil est son père, la Lune est sa mère; le Vent l’a porté dans son ventre et la Terre est sa nourrice.

Il s’agit naturellement d’une part d’une allusion aux quatre éléments ou principes élémentaires : Feu, Eau, Air et Terre. A propos de la théorie des quatre éléments, déjà en vogue au temps d’Empédocle d’Agrigente, Oswald Wirth souligne que ce ne sont pas des corps, ni simples, ni composés, mais des tendances polarisantes qui engendrent les qualités élémentaires : chaud et froid, sec et humide; qui débrouillent le Chaos.

 

8. Le Soleil est son père, la Lune est sa mère :

Le Soleil est la source de notre lumière, que la Lune réfléchit durant la nuit. C’est aussi une allusion à la polarisation de l’AZOT. Les anciens voyaient la Lune comme un miroir concentrant la lumière : lumière solaire bien sûr, mais aussi lumière des autres astres…

 

En ce qui concerne la Cosmogonie Hermétique, il n’est pas sans rappeler la gnose manichéenne : la correspondance entre la Lumière et l’Esprit Divin et sa matérialisation, son emprisonnement dans la matière, qui se retrouve dans certaines cultures, croyances ou religions. En bref dans l’Epître du Fondement, il est qu’au Commencement, dans le « Temps Antérieur », les deux substances, la Lumière et l’Obscurité, le Bien et le Mal, Dieu et matière, principes inengendrés de deux mondes, coexistent . Le souffle de l’Esprit répand Lumière et Vie sur les éléments qui constituent ce domaine, 5 demeures ou « arbres lumineux » (que sont l’intelligence la pensée, la réflexion, la volonté et la raison) auxquels s’opposent cinq éléments, ou « Arbres de Mort », du « Royaume des Ténèbres ». Ultérieurement, dans le « Temps Médian », se produit un gigantesque combat cosmique, au cours duquel le Père des Lumières projette la Mère de la Vie, qui a son tour fait sortir l’Homme Primordial, qui affronte les ténèbres, protégé par une armure de 5 lumières : l’Air, le Vent, (le Vent l’a porté dans son ventre !) la Lumière, l’Eau, et le Feu.

 

 

Une certaine approche contemporaine de la Table d’Emeraude

 

Au début du XXe siècle la pensée alchimique trouve un écho chez les surréalistes : en 1930, André Breton reprend l’axiome principal de la Table d’émeraude dans le Second manifeste du surréalisme : « tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement ».

 

Mais lorsque les Pythagoriciens de la Grèce Antique avaient attribué à Hermès, le nom de « Trismegistos », car « il possédait la Connaissance des trois Mondes», on peut se demander à quels plans de conscience et à quelles réalités ils se référaient dans les anciens Mystères égyptiens, orphiques et éleusiens.

 

Certains chercheurs ont estimé que les trois Mondes étaient ceux du corps, de l’âme et de l’esprit, ainsi que l’enseigne la théologie chrétienne. Il existe en effet un monde physique, qui correspond au niveau de la matière et que nous expérimentons au cours de nos différentes incarnations terrestres, un monde spirituel, celui de l’âme immortelle, que nous rejoignons en fin d’incarnation, et enfin un monde divin, celui de l’Esprit éternel et tout-puissant.

 

D’autres y ont vu une manière ésotérique d’évoquer la confrontation de l’être humain à une réalité de type tridimensionnel, à l’intérieur de laquelle nous nous exprimons grâce aux trois instruments que sont notre intellect (vecteur de la pensée), notre cœur (vecteur du sentiment), et notre volonté (vecteur de l’action). C’est ce qu’enseignait notamment qui s’était surtout efforcé d’éclairer un sujet : les deux natures de l’être humain, sa nature supérieure et sa nature inférieure, parce que c’est la clé qui permet de résoudre tous les problèmes.

 

Sous le nom de Thot, Hermès aurait en effet été investi de « l’Autorité des trois Mondes » grâce à laquelle il put fonder une religion solaire et créer des sanctuaires initiatiques en Égypte.

 

En tant que premier grand hiérophante, Hermès-Thot aurait été le seul chef spirituel à détenir cette « Connaissance des Trois Mondes », et elle constituait le fondement de son autorité. Il se pourrait donc que les clés en soient codées dans la Table d’Émeraude.

 

Le Trismégiste : la Tri-unité : notre Univers est triple, car il est constitué de trois essences : une essence matérielle, une essence antimatérielle et une essence spirituelle. L’Univers se compose ainsi de trois « sous-univers » qui s’articulent et s’imbriquent l’un dans l’autre, un peu à la manière des matriochkas russes : l’univers matériel (le nôtre), l’anti-univers (le double de notre univers), lui-aussi tridimensionnel mais formé d’antimatière, et l’univers spirituel (dont les deux autres sont issus).

 

Les trois Mondes d’Hermès recouvrent et incluent ces deux approches, mais il se réfèrent surtout à une autre réalité qui, jusqu’ici, n’a pas encore été clairement identifiée par les spiritualistes : il s’agit de celle de la matière, de l’antimatière et de l’anti-univers.

Alors le Grand Agent serait-il ce « fluide astral », ciment de la matière ? Quant à une Théorie Univoque de l’Univers laissons le dernier mot à Garett Lisi, qui aurait émis une « théorie exceptionnellement simple » : « tous les champs de modèles standard et de gravitation sont unifiés dans un faisceau principal de connexion E8. Une forme réelle non compacte sub-algébrique comporte E8 et F4 et se subdivise en électron fort S(3), en électron faible su(2) x u(1), en gravitationnel so(3,1), et en cadre de Higgs, ainsi que trois générations fermions reliés par trialité. Les interactions et dynamiques de ces formes 1 et des valeurs de Grassmann correspondant à la superconnection d’E8 sont décrits par la courbure et l’action sur une base multiple quadri –dimensionnelle (A. Garett Lisi, An exceptionally simple Théory of Everything, Nov 2007, Trad de l’auteur).

 

Est-ce de l’hermétisme ?…

SOURCE : http://www.lesamisdhermes.com/2019/08/essai-d-interpretation-de-la-table-d-emeraude.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

La lemniscate : symbolisme et signification spirituelle du signe infini 7 février, 2021

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La lemniscate : symbolisme et signification spirituelle du signe infini.

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Quel est le sens caché du 8 couché ?

Comment l’interpréter ?

La parole, en tant que synonyme de langage, est la faculté d’exprimer et de communiquer la pensée. Elle consiste à utiliser des concepts pour formuler et transmettre des idées.

La parole évoque aussi :

La parole évoque donc un phénomène à la fois divin (le Verbe porteur de la Création) et humain (la raison en soi), ces deux formes d’intelligence ayant vocation à se rencontrer et s’unir.

Mais la parole humaine se trouve limitée et imparfaite : elle s’écarte souvent du Verbe divin ; elle est dans l’incapacité d’approcher la Lumière : on parle alors de parole perdue.

La parole perdue évoque aussi la langue adamique, et la chute d’Adam et Ève après qu’ils aient croqué du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Parole versus parole perdue.

La parole est le propre de l’homme. Elle est à la base de la pensée, du raisonnement ; elle permet d’entrer en relation avec soi-même (réflexion) et avec les autres (dialogue). Elle est la base du lien social, elle fonde les cultures et les civilisations.

Quelle que soit la langue utilisée, la parole consiste en le maniement de mots qui sont autant de concepts abstraits.

Remarque : Un concept (du latin cum capio : “saisir ensemble”) est une construction mentale faite pour résumer et généraliser les caractéristiques des objets. A chaque concept correspond un mot porteur de sens qui joue le rôle de symbole, d’outil pour penser. Exemple : une table, une pomme, la liberté, la force.

Les concepts et la parole permettent de mieux saisir les choses. La pensée construite est une tentative de décrire la réalité, par conséquent elle aide à approcher la vérité.

Mais la parole peut aussi constituer un obstacle à la réalité et à la vérité : par leur caractère abstrait, les concepts et les théories forment des associations mentales qui transforment la réalité, créant ainsi une autre vérité, parallèle et déconnectée du monde réel.

Le risque est de passer à côté à l’essentiel, de perdre le sens : c’est bien la signification de la “parole perdue”.

La parole perdue : définition, signification.

La parole perdue pointe ce qui est difficilement accessible, à savoir :

La “parole perdue” évoque donc une vérité cachée, qui doit faire l’objet d’une quête : c’est la recherche d’une clé de compréhension des causes et des grandes lois de l’univers.

L’adjectif “perdu” sous-entend que cette vérité a été possédée par le passé. Il s’agit alors de retourner à un état antérieur, à une authenticité primordiale qui a été oubliée, celle du jardin d’Eden.

De nombreux voiles et obstacles dissimulent la vérité. La plupart sont en nous-mêmes, et ça n’est que par la connaissance de soi qu’ils pourront être levés.

Il s’agit d’identifier ce qui trouble notre appréhension et notre compréhension directe des choses : nos intérêts, nos envies, nos déterminismes, notre psychologie, nos passions, nos préjugés… Nous pourrons ainsi abandonner notre vision égoïste pour accéder à une vision universelle des choses.

Car la réalité est à portée de main : elle est une évidence pour qui sait lâcher-prise et ouvrir les yeux.

La parole perdue peut enfin désigner la Lumière divine qui nous éclaire : cette Lumière fait le lien entre la volonté de Dieu et la manifestation, tout comme la parole fait le lien entre l’émetteur et le récepteur. Il s’agit tout simplement de “reconnaître” cette Lumière.

Comment retrouver la parole perdue ?

Retrouver la parole perdue, c’est déchirer les voiles qui nous empêchent de voir la réalité telle qu’elle est, et qui nous barrent le chemin de la vérité.

Pour retrouver la parole perdue, il faut renoncer à nos illusions et dépasser nos désirs égoïstes : bref, tout ce qui nous sépare de l’universel. C’est un chemin d’unité et d’Amour.

Sur le plan philosophique et spirituel, de nombreux chemins ou méthodes existent pour retrouver la parole perdue :

La parole perdue pour les chrétiens.

Nous avons déjà évoqué le logos de l’Évangile selon Saint-Jean.

D’autres passages du Nouveau Testament évoquent la “parole” : Que la parole de Christ habite parmi vous abondamment. Épître aux Colossiens, 3, 16

Ce passage évoque l’importance de l’imprégnation : connaître la parole du Christ n’est pas suffisant ; il faut la vivre, la laisser nous coloniser. Il faut pour cela s’ouvrir, lâcher-prise, se laisser habiter par Jésus, son message et son exemple : c’est la clé de la compréhension de notre propre existence, qui donne accès au Royaume de Dieu.

Mais à plusieurs reprises, Jésus avertit :

Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Ou encore : Que celui qui peut comprendre comprenne.

La parole perdue en franc-maçonnerie.

Le rapport aux mots et à la parole est central dans la tradition maçonnique :

La quête de la parole perdue est un thème phare de la franc-maçonnerie : l’assassinat d’Hiram a entraîné la perte du mot sacré, remplacé par un “mot substitué”. C’est l’ignorance, le fanatisme et l’ambition qui ont causé ce drame. L’alliance avec Dieu est rompue. Le chantier du Temple est arrêté.

Lire aussi notre article : Le fruit défendu, une interprétation maçonnique.

Par ailleurs, au 4ème degré du REAA (grade de Maître Secret), la parole perdue est symbolisée par la clé d’ivoire posée sur le Volume de la Loi Sacrée : c’est la clé de la compréhension, celle qui promet de rétablir l’alliance avec Dieu.

Dans les degrés suivants, il est fait allusion au nom ineffable de Dieu. Connaître ce nom, c’est le prononcer en conscience dans la maison de Dieu, une fois que les trois mauvais compagnons seront neutralisés et que le Temple sera achevé.

Enfin, les franc-maçons sont de grands adeptes du symbolisme, au même titre que d’autres courants ésotériques. Les symboles forment un langage universel, et à ce titre ils peuvent permettre de retrouver la parole perdue, c’est-à-dire “l’éternelle pensée vivante dont ils sont l’expression énigmatique” (Oswald Wirth).

Dans le bouddhisme.

Dans le bouddhisme, la quête de la parole perdue s’effectue dans le silence de la méditation, qui consiste “à laisser tomber la boue au fond de l’eau”. C’est la recherche du calme mental et de la vision profonde, qui mène à comprendre et expérimenter émotionnellement et intellectuellement la réalité. Ce chemin mène au nirvana.

Mais, avant même d’atteindre le nirvana, le bouddhisme invite à la “Parole Juste”, une pratique qui fait partie du Noble Sentier Octuple :

Qu’appelle-t-on, ô moines, la parole juste ? C’est éviter de dire des mensonges, éviter de calomnier, éviter de parler de façon haineuse ou injurieuse, éviter les paroles frivoles ou le bavardage futile. Moines, éviter ces quatre façons négatives de parler est appelé la parole juste. Enseignement du Bouddha.

Dans le taoïsme.

La taoïsme est la philosophie du “tao” : le tao est le principe à l’origine de toute chose, la “mère du monde”, la “grande source”, l’ordre de l’univers ou encore la Voie.

Selon Lao Tseu, le tao est inexprimable, car éternel, infini et intangible. La parole est impuissante à définir le tao :

Le tao qui peut être exprimé n’est pas le Tao éternel.

Le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel.

L’indicible est éternellement réel.

Nommer est l’origine de toutes choses particulières.

Tao Te King, 1

Le tao est à la fois invisible et omniprésent. Comprendre le tao, c’est retrouver la parole perdue.

Merci ma Sœur Dominique pour ce partage …

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POURQUOI SUIS-JE FRANC-MAÇON ? 18 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

POURQUOI SUIS-JE FRANC-MAÇON ?

Réflexions | 15 décembre 2016 |
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« Pourquoi suis-je Franc-Maçon ? » est une question que nous nous sommes tous posés, et que nous nous posons régulièrement lorsque notamment le doute nous envahit…

« Pour trouver la Lumière ? » Peut être , certainement…encore faut il être réceptif à cette lumière qui s’offre à nous..

La planche qui suit est le fruit du travail de la Loge « Apollonius de Tyane » à l’orient de Genève – Grand Orient de Suisse.  Elle nous offre un cheminement qui ne nous sera certainement pas étranger.

Travail en commun de la Loge Apollonius de Tyane


Ce texte constitue une synthèse des réflexions élaborées par les membres de notre Loge lors d’une séance. Il reflète la vision que les uns et les autres avons sur deux questions centrales :pourquoi devient-on Franc-maçon ? Que fait-on en Loge et pourquoi y accorde-t-on du temps et de l’énergie? Ce sont là deux questions centrales qui nous obligent à nous interroger sur ce que nous sommes et sur ce que nous faisons en Loge.

Un travail, quelque soit sa nature, n’est efficace et constructif que dans la mesure où celui qui l’entreprend sait pourquoi il le fait et quelles sont ses motivations réelles. Nous devons donc nous interroger sur ce que nous faisons et sur le sens de notre démarche, a dit un de nos Frères! Nous sommes en Loge et nous y venons régulièrement, soit! Mais nous devons savoir pourquoi nous y venons et que cherchons-nous? L’être humain se caractérise par sa capacité de se poser des questions et de s’interroger sur le sens de la vie, a dit un autre Frère.


Pourquoi devient-on Franc-maçon ?


Je suis franc-maçon, a dit un Frère, parce qu’un jour j’ai frappé à la porte du Temple et on m’a ouvert. J’ai ensuite demandé la Lumière et on me l’a accordée ou plus exactement on m’a donné les outils nécessaires pour la rechercher. J’ai donc été initié, c’est-à-dire que j’ai accepté de me soumettre à un ensemble de rites d’initiation qui m’ont permis d’entrer dans la fraternité maçonnique.

Je suis donc Franc-Maçon parce qu’un jour j’ai décidé de le devenir, sans savoir au préalable ce que cela implique comme contrainte et obligation. Il s’agit donc d’une démarche réfléchie, mûrement réfléchie (ne dit-on pas que le Franc Maçon est un homme libre et de bonnes mœurs, dans une loge libre). Cette démarche « libre » est cependant fondée sur une croyance, une utopie, un pari. Qu’elle soit par cooptation ou par candidature, l’adhésion à la franc-maçonnerie est fondée sur un pari. Elle repose sur la conviction a priori que la franc-maçonnerie est un lieu où on se cultive, un lieu où on cultive ce que les philosophes anciens appelaient la vertu, c’est-à-dire que nous apprenons à vivre avec les autres, dans la différence et la tolérance. C’est sans doute ce qu’un de nos Frères a appelé une  « communauté de contacts où cohabitent le bon et le mauvais ».

Pourquoi ai-je décidé de devenir Franc-Maçon, s’est interrogé un Frère ? C’est sans doute, disait-il, parce que les possibilités qu’offre la vie profane sont limitées et parce que la vie symbolisée par l’acquisition des biens matériels est insatisfaisante. Il y a donc une recherche de quelque chose de plus, de ce que certains appellent un supplément d’âme, quelque chose que ni la religion ni la politique ne permettent de réaliser. Ce quelque chose c’est ce qu’un Frère a appelé l’unité de l’Être, le Centre de l’Union. Nous venons en Loge chercher ce que la vie profane ne peut nous donner : l’intégration de l’Être et la participation au tout de l’universel.

A travers les systèmes politiques, les doctrines et les religions, les sociétés nous offrent des clivages et des visions opposées de la vie. Division entre gauche et droite, entre catholiques et protestants, entre musulmans, chrétiens et juifs, entre religieux et athées, entre religieux et laïcs, etc. Autant de divisions constitutives de l’identité des groupes sociaux, mais insatisfaisantes pour celui qui cherche autre chose, insuffisantes pour l’homme ou la femme de bonne volonté qui cherche à transcender les divisions pour aller vers l’Union.

Si les divisions sont socialement nécessaires à la vie profane, nous savons qu’elles sont insatisfaisantes si l’on raisonne au niveau des individus dans une perspective universelle et transcendantale.

Dans un ouvrage tout récent, le sociologue allemand Ulrich Beck dit ceci : « Dans un monde radicalement divisé, il ne sera possible de vivre en sécurité que quand chacun sera apte et prêt à voir le monde de la modernité déchaînée avec les yeux de l’autre, de l’altérité, quand l’évolution culturelle incitera chacun à pratiquer quotidiennement cette ouverture. Il s’agit de créer un common sense cosmopolitique (ce qu’il appelle une civilisation humaine), un esprit de reconnaissance de l’altérité, de l’autre », p. 13, in Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la mondialisation, Paris, Aubier/Flammarion, 2003.

N’avons-nous pas tous fait une fois ou l’autre l’expérience que des individus, que bien des choses auraient pu séparer ou opposer, trouvent des points communs leur permettant de transcender leurs différences statutaires ou sociales et de travailler ensemble par delà leurs divergences. La franc-maçonnerie vise à réunir ce qui est épars.

La franc-maçonnerie nous offre la possibilité d’expérimenter d’autres modes du vivre ensemble, d’autres manières de concevoir les relations sociales; d’autres conceptions de l’homme qui placent au centre les qualités intrinsèques de chacun. A notre manière, mes frères, nous expérimentons en Loge (probablement le seul lieu actuellement possible) un mode d’organisation égalitaire. Chacun de nous, indépendamment de ses capacités, de son statut ou de ses richesses éventuelles, est l’égal de l’autre du point de vue des droits et des devoirs et du point de vue du travail maçonnique. Aucun n’est destiné à faire une chose ou une autre; aucun n’est destiné à commander ou à obéir. Nous sommes tous appelés à tour de rôle à assumer des responsabilités, à diriger mais aussi à obéir.

C’est cette possibilité que la Franc-maçonnerie nous donne de vivre et d’expérimenter une mode de relations horizontales, qui est à la base de notre adhésion et la raison pour laquelle nous avons frappé à la porte du temple. C’est parce que nous étions insatisfait de ce que la vie profane nous offre, que nous sommes venus chercher ce qu’aucune organisation profane ne peut offrir: la possibilité de travailler sur soi au moyen d’outils symboliques pour s’améliorer et œuvrer par la même à l’amélioration du temple universel de l’humanité.


Que vient-on faire en Loge ?


Combattre mes vices et faire des progrès dans la Franc-maçonnerie : telles sont, rituellement, les raisons pour lesquelles nous sommes en Loge. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie d’abord que le Franc-maçon sait qu’il a des défauts et des faiblesses qu’il doit corriger. Il éprouve donc le besoin de s’améliorer. Pour cela, il doit combattre ses défauts et s’efforcer d’être meilleur, en travaillant sur lui-même eu moyen des outils et des symboles.

Le devoir d’un Franc-maçon, notre devoir, mes Frères, nous dit Oswald Wirth, est de fuir le vice et de pratiquer la vertu en préférant à toutes choses la Justice et la Vérité. Et c’est dans la Loge que nous, Francs-maçons, effectuons ce travail. Pour cela, nous devons être réguliers et persévérants; nous devons suivre régulièrement les travaux en Loge et apporter notre contribution quand cela est possible. La présence en Loge est nécessaire, elle est même indispensable, mais elle n’est pas suffisante. Par son travail, chacun de nous doit être « une colonne vivante du Temple ».

Le Franc-maçon doit d’abord travailler pour son propre perfectionnement. Il doit également persister sans relâche dans la recherche de la vérité, en étant toujours plus exigeant vis-à-vis de lui même et de ses frères. Cela veut donc dire qu’avant d’envisager toute action sociale, le Franc-maçon doit entreprendre une action individuelle. Il doit s’imposer une discipline rigoureuse, celle de travailler sur lui-même au moyen des rites et des symboles, tout en s’appuyant sur le soutien de ses Frères en Loge. Il doit travailler à la taille de sa pierre, pour en ôter inlassablement les aspérités, l’équarrir pour la rendre parfaite en vue de sa destination finale. Nous devons nous efforcer de combattre nos défauts pour occuper notre juste place dans la Loge, et par delà dans la société.

Le plus difficile, mais en même temps le plus important, ce n’est point d’ambitionner de changer le monde, mais c’est davantage s’efforcer de se changer soi-même et d’abord en se connaissant. Être un Franc-Maçon, a dit un Frère, c’est se connaître et se situer avant de vouloir tout changer. En effet, il ne manque pas de personnes qui sont prêtes à changer le monde, mais combien de réformateurs ou de révolutionnaires ont-ils été capables de réaliser leurs objectifs dans la durée, faute d’avoir fait ce travail sur eux-mêmes

La Franc-maçonnerie nous dit qu’il faut s’efforcer de construire le temple de l’humanité, c’est-à-dire réaliser une société meilleure, plus juste et surtout plus humaine (dans les Constitutions d’Anderson, il est dit que le Maçon doit œuvrer pour la paix et le bien être de la Nation). Mais avant de vouloir réformer la société, ou en même temps, le Franc-Maçon doit s’auto-réformer, se changer lui-même. Un des aspects de cette auto-réforme, c’est d’accepter que les autres ont autant de valeurs que nous, que les qualités intrinsèques de chacun de nous n’ont rien à voir avec les différences de statut social, que quelque soit notre rang ou notre fortune, nous sommes l’égal de l’autre et l’autre est l’égal de nous.

Nous sommes des Francs-Maçons parce que nous sommes à la quête de la Lumière, celle qui guide notre chemin obscur vers la vérité humaine, notamment la prise de conscience de la valeur intrinsèque de tout être humain. Sur le vaste chantier de l’humanité, nous sommes des ouvriers dispersés qui travaillent à l’édification de la Grande Œuvre. La Franc-maçonnerie nous permet de nous connaître, de nous reconnaître, de nous assembler et d’espérer ainsi réaliser un monde meilleur, à la condition que nous travaillons inlassablement sur nous-mêmes

SOURCE : http://www.gadlu.info/

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Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie 18 juin, 2019

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Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie

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Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 7 avril 2019

 

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie par Jean Mallinger

1. Les légendes

De même que l’on attribue à l’Ordre Maçonnique en général des origines légendaires — soit le Temple du roi Salomon, soit l’Ordre des Templiers, soit les collèges romains d’artisans —, chacun des rejetons de l’arbre maçonnique tente de se rattacher à une source aussi antique que possible.

Les rites dits « égyptiens » de la Maçonnerie n’échappent pas à cette règle ; ils tiennent, au surplus, dans la grande famille triangulaire une place particulière : leur échelle d’instruction comporte 90 degrés — sans compter les grades administratifs, qui se terminent au 98e, depuis la réforme de 1934.

Interrogeons l’abondante documentation que ces rites originaux soumettent au jugement de l’histoire.

Une première version nous est présentée par le grand propagandiste du rite de Misraïm en France, Marc Bédarride — né en 1776 à Cavaillon, dans le Comtat venaissin — dans son ouvrage sur cette Obédience (1).

Selon cet auteur, dépourvu de tout sens critique, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Bédarride s’en réfère à l’Ancien Testament ; selon lui, c’est Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l’humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l’établit en Égypte, sous le nom de « Mitzraim » : c’est-à-dire les Égyptiens. C’est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l’ésotérisme. C’est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cécrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc-Aurèle, Maïmonide, etc., tous les instructeurs de l’antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

Le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est le propre père de l’auteur, le pieux Gad Bédarride, maçon d’un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d’un mystérieux Initiateur égyptien, de passage en son Orient et dont l’on ne connaît que le « Nomen mysticum » : le Sage Ananiah (2). Cet envoyé le reçut à la Maçonnerie égyptienne.

Signalons ici que ce n’est pas là la première allusion historique au passage d’un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en a donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l’ouvrage de Bédarride : c’est l’initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signale, lui aussi, le passage du missionnaire Ananiah dans le Midi de la France, en l’année 1782 (3).

Une seconde version, bien différente de la première, sur l’origine de la maçonnerie égyptienne nous est contée par le polygraphe français Jean-Étienne Marconis de Nègre, fils du créateur du Rite de Memphis.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l’apôtre St Marc, l’évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre « séraphique » nommé Ormus, habitant d’Alexandrie. Il s’agit évidemment d’une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s’appliquer qu’à une catégorie d’anges bien connue des dictionnaires théologiques ; remplaçons-le ici par celui de « prêtre du culte de Sérapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Égypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l’Essénisme palestinien, dont les descendants auraient à leur tour communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Palestine, qui les auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé à Upsal, à cette époque et introduits par après en Écosse, un Ordre de maçons orientaux (4). Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

Le nom même du vulgarisateur varie d’ailleurs avec les années. D’Ormus, il devient Ormésius dans un autre ouvrage de Marconis (5).

Divers auteurs font allusion à cette version (6). Soulignons, dès à présent, que ces deux versions parallèles — aussi fantaisistes l’une que l’autre — prouvent toutes deux la profonde ignorance de leurs propagateurs.

L’Égypte est, dans l’histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien.

Sans doute, au moment où Napoléon fait sa campagne d’Égypte, l’on sait encore très peu sur la religion, l’écriture, le symbolisme de l’ancienne Égypte : Champollion n’avait pas encore découvert la clé des hiéroglyphes : il ne devait faire sa première et sensationnelle communication sur l’alphabet égyptien qu’à la date du 17 décembre 1822.

Que connaissait-on de l’Égypte à cette époque ?

De véritables fables couraient sur elle ; ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable ; deux Allemands, pleins d’imagination, von Koppen et von Hymmen avaient lancé depuis 1770 un rite théâtral, appelé : Crata Repoa, qu’ils traduisaient fort faussement par : Silence des Dieux, où l’initiation antique qui se donnait dans la Grande Pyramide était « fidèlement reproduite » par une réception symbolique à sept degrés successifs (Pastophore ; Néocore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.) d’une lamentable fantaisie. Deux Français, Bailleul et Desétangs devaient en diffuser une version française en 1821. De son côté, l’abbé Terrasson avait déjà montré la voie, dans son roman initiatique : Sethos (7).

La « mode » des initiations « à l’égyptienne » avait d’ailleurs conquis Paris et devait provoquer l’inquiétude, puis la réaction sévère des autorités maçonniques de l’époque (8).

II. L’histoire

Interrogeons des contemporains et demandons-leur ce qu’ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France.

Levesque qui rédigea en 1821 un « Aperçu général historique » des   sectes maçonniques de son temps parle en ces termes du nouveau venu : le rite de Misraïm, « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s’établir à Paris. Il venait du Midi de l’Italie et jouissait de quelque considération dans les Îles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Égypte (9). »

Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Thory (1759-1817), qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur (10).

Il précise : « Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille. »

Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n’en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué (11). »

Nous verrons plus loin l’extrême importance de cette observation.

Abordons maintenant Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bédarride, devint leur implacable adversaire.

Il nous apprend — il est ici un témoin oculaire — que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les FF. Joly, Gabboria et Garcia leur avaient été conférés à Naples en 1813. Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne (12) et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés de ce Rite, le célèbre « auteur sacré de la maçonnerie », spécifie : « Nous reproduisons les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les ff. Joly, Gabboria et Garcia. Tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu’énoncent les FF. Bédarride. » Et il ajoute ailleurs en note : « Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui forment tout le système philosophique du vrai rite de Misraïm, satisfait l’esprit de tout maçon instruit… (13) »

LIRE  Rituel d’Apprenti de la Stricte Observance Templière

Le 1er août 1818 paraît à Bruxelles une défense du rite de Misraïm, signalant un ouvrage paru à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d’in-quarto (14).

Nous avons d’autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez Remy, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778.

De ces éléments, nous pouvons déduire : 1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ; 2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bédarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum : Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l’historien Thory, dont on craignait les divulgations.

On comprend aussi l’avis de Ragon : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés philosophiques de Naples (15). » Le fait que Bédarride signale que son mystérieux Ananiah ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l’Italie (16) prouve qu’au moins ce point de son histoire du rite n’est pas dépourvu de vraisemblance historique. C’est donc avec raison que l’historien Waite repousse comme très douteuse l’hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent « l’invention » de ce rite à un nommé Lechangeur, à Milan, en 1805 ! (17) »

Voici maintenant un nouvel élément, digne d’intérêt : le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d’Isis 18. Or, Isis est le mot sacré d’un des degrés de Naples.

L’on peut se demander si Bédarride a connu Cagliostro. Il faut répondre par l’affirmative ; il ne conteste ni la réalité de son initiation en Égypte ni celle de ses pouvoirs, il se borne à lui reprocher d’avoir, en France, fait un rite égyptien personnel.

3. La philosophie du Misraïmisme

Si la maçonnerie est, en général, l’héritière et la propagandiste inlassable d’une morale sociale, qui vise, avant toute autre chose, à nous apprendre à nous transformer, par une discipline progressive, en « pierre taillée », en « pierre cubique », au lieu de demeurer une « pierre brute », inutilisable au bonheur de tous ; si elle impose à ses adeptes le respect le plus absolu des idées d’autrui, la plus parfaite égalité, une tolérance permanente et une fraternité réelle, si elle leur demande de chercher en toute chose la vérité et de pratiquer la justice, il va de soi que ces impératifs éthiques n’ont, ni de près ni de loin, aucun rapport avec l’initiation, dans le sens le plus élevé de ce mot.

Si par ce vocable nous entendons : « la communication de certains secrets d’ordre cosmique à un petit nombre d’élus, susceptibles d’en faire un bon usage », la maçonnerie actuelle n’est pas une école initiatique : elle ne donne aucun enseignement dogmatique ; elle respecte obligatoirement l’opinion de tous et celle de chacun ; elle n’est pas une université d’occultisme ; elle n’est pas dirigée par une hiérarchie de didascalies, qui enseignent des néophytes et leur transmettent secrets ésotériques et pouvoirs initiatiques ; ses dirigeants sont en certains pays des athées convaincus, que seul le progrès matériel et social intéresse directement ; sans doute, elle donne la plupart de ses instructions par le canal traditionnel du symbolisme ; mais ce dernier n’est pas religieux ; n’a pas de tendance mystique et repousse au contraire nettement toute intrusion d’un élément irrationnel dans la formation qu’elle donne à ses élèves (19) ».

Toute différente était la maçonnerie du 18e siècle ! Elle ne groupait, en la plupart des rites, que d’ardents spiritualistes. Loin de se limiter à la recherche du bonheur humain, à l’émancipation des esprits, à l’éducation du cœur, elle mettait sa préoccupation essentielle dans la conquête de la Vérité, dans l’effraction des mille secrets de la Nature, dans les expérimentations les plus hardies dans le domaine spirituel. De là, cette extraordinaire floraison des rites les plus variés, des obédiences les plus singulières, des hauts grades les plus mystiques et les plus hermétiques : pour nous en convaincre, il faut et il suffit de lire simplement la nomenclature des degrés qui constituent la maçonnerie égyptienne. Les religions, l’alchimie, l’hermétisme, la kabbale s’y rencontrent et s’y mélangent ; l’arbre de Misraïm est une école de secrets de toute espèce et ses quatre derniers degrés du régime napolitain, nous apportent les secrets les plus considérables de la tradition spiritualiste la plus vénérable.

L’on conçoit dès lors facilement le dédain, l’antipathie marquée, l’hostilité dont la maçonnerie égyptienne a toujours été, au cours de son histoire, la victime permanente de la part des autres rites.

Le Grand Orient de France battit, en ce domaine pénible, tous les records de la méchanceté, allant jusqu’à dénoncer le rite de Misraïm au pouvoir politique, à provoquer des perquisitions et des poursuites contre le rite de Misraïm, afin de rendre à ce dernier toute existence impossible (20).

Aussi certains dignitaires misraïmites parisiens eurent-ils la faiblesse de renoncer à certains de leurs grades supérieurs et tentèrent de se mettre au pas volontairement, en donnant aux matérialistes qui les critiquaient des gages de conformisme athée véritablement déplorables (21) — à ce prix, ils se firent facilement reconnaître.

 Mais ce n’est là que l’exception.

Les hauts grades du Rite n’ont jamais approuvé : ni la réduction de l’échelle égyptienne aux trente-trois degrés de l’écossisme, ordonnée par l’Hiérophante Pessina et mise en pratique en certains pays (notamment l’Argentine) ; ni la suppression de ses liturgies spiritualistes.

De tout temps, les « Arcanes » des quatre derniers degrés se sont transmis de façon régulière.

Peut-on dans une revue de vulgarisation destinée au monde profane, esquisser en ses grandes lignes un bref résumé de ce qui pourrait s’appeler : la philosophie de ce Rite ?

C’est là une œuvre nécessaire, car précisément Misraïm se distingue des autres Ordres maçonniques par la richesse de son enseignement ésotérique.

Un simple coup d’œil sur son organisation et sur son symbolisme suffit à définir son caractère.

1) Ses statuts authentiques — ceux de 1818 — montrent que cet Ordre est basé, non sur le nombre, mais sur la sélection ; non sur le vote de la masse, mais sur l’autorité de ses instructeurs. Le Grand-Maître, Souverain Grand Conservateur Général du Rite, Puissance Suprême, a tout pouvoir dogmatique et administratif au sein de l’Ordre. Il est son régent, ad vitam. Tout membre du 90e degré peut initier individuellement et sous sa propre responsabilité à tous les degrés successifs de l’Échelle du Rite. Au premier degré, un vote est exigé de l’atelier sur toute candidature de profane qui lui serait soumise, la majorité étant requise pour qu’une admission soit agréée.

Cette organisation est conforme aux traditions initiatiques. L’Hiérophante est le Père et l’instructeur de ses enfants spirituels. Il ne dépend pas d’eux, ce ne sont pas les enfants qui élisent leurs parents.

Ses collaborateurs directs, titulaires du dernier degré, ont le pouvoir d’initiation individuelle, en dehors de tout temple et de toute organisation. C’est là le précieux principe de l’Initiation Libre, qui a permis tant de diffusion à d’autres Fraternités initiatiques, telles que le Pythagorisme et le Martinisme.

LIRE  Rituel au Grade d’Apprenti selon le REAA

2) Ses symboles particuliers ne manquent pas d’intérêt : on y retrouve : d’une part le Triangle rayonnant, d’autre part, Le secret des Pythagoriciens, ainsi que le double Carré — Matière-Esprit — tout emboîté les uns dans les autres.

Les trois mondes sont symbolisés par trois cercles concentriques. La Kabbale y est représentée par l’Échelle de Jacob et les tables de la Loi, le courant égypto-hellénique, par le dieu Bélier Amon et l’Olivier sacré.

3) Ses enseignements ne sont pas seulement un compendium traditionnel des Vérités de l’ésotérisme. Ils confèrent de véritables secrets et assurent un Lien vivant avec l’Invisible.

Le parallélisme entre certains passages des Arcana et les traditions du rituel de Cagliostro est étonnant : par exemple : « le 89e degré de Naples donne, dit Ragon, une explication détaillée des rapports de l’homme avec la Divinité, par la médiation des esprits célestes ». Et il ajoute : « Ce grade, le plus étonnant et le plus sublime de tous, exige la plus grande force d’esprit, la plus grande pureté de mœurs, et la foi la plus absolue (22). »

Écoutons maintenant Cagliostro : « Redoublez vos efforts pour vous purifier, non par des austérités, des privations ou des pénitences extérieures ; car ce n’est pas le corps qu’il s’agit de mortifier et de faire souffrir ; mais ce sont l’âme et le cœur qu’il faut rendre bons et purs, en chassant de votre intérieur tous les vices et en vous embrasant de la vertu.

II n’y a qu’un seul Être Suprême, un seul Dieu éternel. Il est l’Un, qu’il faut aimer et qu’il faut servir. Tous les êtres, soit spirituels soit immortels qui ont existé sont ses créatures, ses sujets, ses serviteurs, ses inférieurs.

Être Suprême et Souverain, nous vous supplions du plus profond de notre cœur, en vertu du pouvoir qu’il vous a plus d’accorder à notre initiateur, de nous permettre de faire usage et de jouir de la portion de grâce qu’il nous a transmise, en invoquant les sept anges qui sont aux pieds de votre trône et de les faire opérer sans enfreindre vos volontés et sans blesser notre innocence (23). »

Ces rituels tendent tous au même but : purifier les assistants ; les plonger dans une vivifiante ambiance spirituelle ; les mettre en relation et en résonance sur les plans supérieurs à la débilité humaine ; les charger des grâces d’En-Haut.

C’est là, au fond, reprendre tout ce que le vieux courant égypto-grec avait enseigné à ses prêtres : Apollon descendait à Delphes et inspirait la Pythie ; Amon-Ra descendait à Thèbes et animait son image ; l’Invisible touche le visible, dans une osmose ineffable.

Tel n’est-il pas le seul, l’immense, l’indicible effet de l’Initiation véritable ? Donner à la vie un sens. Mener l’initié à la communion avec le Cosmos. Le ramener à sa Patrie céleste. Et si les rites modernes n’ont pas la puissance et le rayonnement des liturgies antiques, ils ont cependant cet avantage précieux de nous mettre sur le chemin de la Vérité et de nous donner une joyeuse confiance en nos destins…

Jean Mallinger, Avocat à la Cour d’Appel de Bruxelles.

Les plus belles prières des Rites égyptiens

I. Invocation pour l’ouverture des travaux au premier degré

« Puissance Souveraine qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seule, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous te saluons !

Reçois, ô mon Dieu, l’hommage de notre amour, de notre admiration et de notre culte !

Nous nous prosternons devant les Lois éternelles de Ta Sagesse. Daigne diriger nos Travaux ; éclaire-les de Tes lumières ; dissipe les ténèbres qui voilent la Vérité et laisse-nous entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, dont Tu gouvernes le monde, afin que, devenus de plus en plus dignes de Toi, nous puissions célébrer en des hymnes sans fin l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. »

Extrait de : Le Sanctuaire de Memphis, par le F. E.-J. MARCONIS DE NEGRE, pages 62-63, Paris, Bruyer, 1849.

II. Prière de clôture des travaux au premier degré

« Dieu Souverain, qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seul, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous Te saluons !

Pleins de reconnaissance pour Ta Bonté infinie, nous Te rendons mille actions de grâces, et au moment de suspendre nos travaux, qui n’ont d’autre but que la gloire de Ton Nom et le bien de l’humanité, nous Te supplions de veiller sans cesse sur Tes enfants.

Écarte de leurs yeux le voile fatal de l’inexpérience ; éclaire leur âme ; laisse-leur entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, avec laquelle Tu gouvernes le monde, afin que, dignes de Toi, nous puissions chanter avec des hymnes sans fin Tes ouvrages merveilleux et célébrer, en un chœur éternel, l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. » Gloire à Toi, Seigneur, gloire à Ton Nom, gloire à Tes Œuvres ! »

Id. : page 102.

III. Prière d’ouverture du Souverain Chapitre

« Seigneur, Père de Lumière et de Vérité, nos pensées et nos cœurs s’élèvent jusqu’au pied de Ton trône céleste, pour rendre hommage à Ta Majesté Suprême.

Nous Te remercions d’avoir rendu à nos vœux ardents Ta Parole vivifiante et régénératrice : Gloire à Toi !

Elle a fait luire la Lumière au milieu des ténèbres de notre intelligence : Gloire à Toi !

Accumule encore Tes dons sur nous et que, par la science et par l’amour, nous devenions aux yeux de l’univers, Tes parfaites images ! »

Id. : page 135

IV. Prière de clôture du Souverain Chapitre

« Dieu Souverain, Ta bonté paternelle nous appelle au repos. Reçois l’hommage de notre reconnaissance et de notre amour. Et pendant que le sommeil fermera nos paupières, que l’œil de l’âme, éclairé de Tes splendeurs, plonge de plus en plus dans les profondeurs de Tes divins Mystères ! »

Id. : page 137.

V. Prière sur un initié

« Mon Dieu, créez un cœur pur en lui et renouvelez l’esprit de Justice en ses entrailles ! Ne le rejetez point de devant Votre face ! Rendez-lui la joie de Votre assistance salutaire. Et fortifiez-le par un esprit, qui le fasse volontairement agir. Il apprendra Votre voie aux injustes ; et les impies se retourneront vers Vous… »

CAGLIOSTRO : « Rituel du 3e degré », page 65 (Éditions des Cahiers astrologiques, Nice 1948).

VI. Prière finale

« Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, Ame de l’Univers, que Tu remplis de Ta gloire et de Tes bienfaits, nous adorons Ta Majesté Suprême ; nous nous inclinons devant Ta Sagesse Infinie, qui créa et qui conserve toutes choses.

Daigne, Etre des êtres, recevoir nos prières et l’hommage de notre amour ! Bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi !

Éclaire-les de Ta Lumière Divine. Qu’ils n’aient d’autre but que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l’Ordre et le bien de l’humanité.

Veuille unir les humains, que l’intérêt et les préjugés séparent les uns des autres ; écarte le bandeau de l’erreur, qui recouvre leurs yeux. Et que, ramené à la Vérité par la Philosophie, le genre humain ne présente plus devant Toi qu’un peuple de frères, qui T’offre de toutes parts un encens pur et digne de Toi ! »

Extrait de : Marc Bédarride : De l’Ordre Maçonnique de Misraïm, tome II, page 419, Paris, Bénard, 1845.

Notes :

1 Marc BEDARRIDE : « De l’Ordre Maçonnique de MISRAÏM, de son antiquité, de ses luttes et de ses progrès », Paris — Bénard, 1845 — en deux tomes.

LIRE  Aleister Crowley & la Franc-Maçonnerie

2 Id. : Tome II, page 125.  Histoire répétée, par John YARKER dans son livre « The Arcane Schools », page 488, Ed. William Tait, Belfast, 1909.

3 VERNHES : « Défense de Misraïm et quelques aperçus sur les divers rites maçonniques en France », page 21, Paris, Imprimerie Constant-Champie, 1822.

4 J.-E. MARCONIS et E.-N. MOUTTET : « L’Hiérophante », page 6, Paris, 1839, chez Morel. E.-J. MARCONIS DE NEGRE : « Le Sanctuaire de Memphis », page 11, Paris, Bruyer, 1849. MARCONIS : « Le Soleil mystique », page 193, Paris, A. Goubaud, 1853.

5 « Le Temple mystique », page 7, Paris, octobre 1854.

6 Notamment : Reg. Gambier MAC BEAN : « Notes on the A. and P. Oriental Rite of Memphis », page 3, Palerme, 1927. Arthur WAITE : « A new encyclopaedia of Freemasonry », tome 2, p. 241, London, Rider, 1921.

7 cf. une version française des Crata Repoa dans la revue HIRAM, dirigée par le Dr PAPUS, fascicules 4 à 7 du 1er avril 1909 au  1er juillet 1909, Paris ; un résumé détaillé dans WAITE : « Encyclopaedia of Freemasonry », tome I, pages 218 à 225 ; et une réédition récente : « Freemasonry of the ancient Egyptians », par Manly HALL, The Philosophers Press, Los-Angelès, 1937. Une gravure sensationnelle, montrant l’initié passant par l’eau et par le feu à l’intérieur de la Grande Pyramide, avait d’autre part été publiée par Alexandre LENOIR (1761-1839) dans son livre : « La Franche Maçonnerie rendue à sa véritable origine », Paris, 1814. cf. cette gravure dans : Manly HALL, op. cit., page 81. Elle a paru dans l’ouvrage : « Histoire générale et particulière des religions et du culte de tous les peuples du monde », par le célèbre érudit Fr. H. DE LAULNAYE, tome I, Paris, Fournier, 1791 — il la reproduit d’après SETHOS dont la première édition date de 1728 (dessin de J.-M. MOREAU le jeune).

8 cf. dans Jean-Marie RAGON, Tuileur Général, Paris, Collignon, 1861, pages 250-252 : Compte rendu des tenues égyptiennes des 15 mai et 12 juin 1817. « Cette représentation fit fureur ; elle fit pâlir le symbolisme ordinaire, mais sa renommée fut par trop retentissante, tant l’admiration fut grande. »

9 LEVESQUE : Aperçu général et historique des   sectes maçonniques, page 105, Paris, 1821.

10 THORY : « Acta Latomorum », en deux tomes, pages 327-328, Paris, 1815.

11. Ibid.

12 RAGON : op. cit., pages 247 et 307, note I.

14 BRETEL, aîné : « Réponse à un libelle », page 7, publiée en août 1818.

15 RAGON : Tuileur 1856, page 307, note 1.

16 BEDARRIDE : « Histoire de Misraïm », tome 2, page 125.

17 WAITE : « Encyclopaedia of the Freemasonry », tome 2, page 75.

18 Sur CAGLIOSTRO, cf. « Vie de Joseph Balsamo, extraite de la procédure instruite contre lui à Rome en 1790 », Paris, éd.   Treuttel, 1791 ;   et : Dr Marc HAVEN : « Le Maître Inconnu, Cagliosto », Paris, Dorbon aîné, 1913 ; cf. aussi : « Rituel de la Maçonnerie Égyptienne », Nice, Ed. des Cahiers Astrologiques, 1947.

19 Oswald WIRTH l’a d’ailleurs précisé en 1931 de façon très claire : « Le penseur se fait lui-même : il est le fils de ses œuvres. La F. M. le sait, aussi évite-t-elle d’inculquer des dogmes. Contrairement à toutes les églises, elle ne se prétend point en possession de la Vérité. En Maçonnerie, on se borne à mettre en garde contre l’erreur, puis on exhorte chacun à chercher le Vrai, le Juste et le Beau » (« Le Livre de l’Apprenti », page 8, éd. Dorbon aîné)… Elle veut obliger ses adeptes à penser et ne propose, en conséquence son enseignement que voilé sous des allégories et des symboles… » (Id.)

Edmond GLOTON est tout aussi formel : « La F. M. est formée des éléments les plus disparates, tant au point de vue professions, confessions ou idéologies politiques ; les idées les plus contraires s’y affrontent, se confrontent, s’affirment, mais est-il possible de faire une synthèse de ces éléments disparates et de déterminer une moyenne ? Non, ce serait aller contre la Maçonnerie que de vouloir lui assigner une doctrine ; ce serait limiter son champ d’action. La F. M. ne mettant pas de limite à la recherche de la Vérité, ne peut avoir de doctrine. » (« Instr. Mac. du 1er degré », pages 96-97, 1934.

Le Dr Raymond CORBIN est plus affirmatif encore : « Nous avons vu que le symbole maçonnique n’est jamais, lui, figé dans une interprétation définitive et qu’il est au contraire toujours vivant, toujours nouveau et toujours rajeuni, renaissant peut-on dire, chaque fois qu’il est étudié et interprété par un nouvel initié. Il ne saurait donc être question entre la Maçonnerie et ses symboles des mêmes rapports que ceux que nous venons d’apercevoir entre les religions et leurs rites » (« Symboles initiatiques et mystères chrétiens », pages 111-112, 1929).

Et Edouard PLANTAGENET de conclure : « Nous l’avons dit, le maître maçon n’a pas plus à être un occultiste savant qu’un exégète subtil des mystères cosmogoniques. L’Initiation ne doit l’amener qu’à la pratique d’une vie supérieure, imprégnée de réel, de beauté, d’harmonie » (« Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu », page 41, Paris, 1931).

20 Cf. THORY : « Acta Latomorum », tome 2 ; cf. années 1818, 1819, 1821, 1822, 1836, où des exclusives, dénonciations, saisies eurent lieu en France et aux Pays-Bas. cf. l’intéressante étude parue en avril-mai 1935 dans le « Bulletin Mensuel des Ateliers Supérieurs du Suprême Conseil de France » — 8, rue Puteaux, Paris — numéros 4 et 5, sous la plume du F. Fernand CHAPUIS, sur l’histoire et les tribulations de la loge misraïmite de Besançon, en 1822. Il signale qu’en 1822, le rite avait en tout en France 73 ateliers de grades divers, notamment à Paris 7 loges et 15 Conseils.

21 cf. Rite Oriental de Misraïm ou d’Égypte — Fête d’ordre du 4 août 1889 — Paris — discours du F. Dr CHAILLOUX, Grand Secrétaire : « Mais vient l’instant où il lui est permis enfin de disposer de ses forces vives pour les mettre au service des idées de progrès ; cette institution est amenée par la force des choses à se transformer, à évoluer dans un sens progressif. Chez nous, la réorganisation a commencé par la refonte des rituels. Ces rituels ont été mis en harmonie, non seulement avec les principes maçonniques et démocratiques, mais avec les données scientifiques les plus modernes (pages 10-11). En supprimant complètement tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler le caractère si religieux de ce grade à son origine, la maçonnerie n’ayant et ne devant avoir rien de commun avec la religion… etc. (p. 12). Si on peut lire en notre Déclaration de principes imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable : l’existence de l’Être Suprême : l’immortalité de l’âme ; l’amour du prochain, on peut lire dans notre Constitution réformée : autonomie de la personne humaine, justice, altruisme (p. 13).

22 RAGON : Tuileur universel, page 307, 1856.

23 cf.   «Rituel de CAGLIOSTRO»,   pages 54,  55,   61,  62. L’enseignements de ce dernier est totalement étranger aux doctrines du Régime de Naples ; c’est celui inséré au 3e degré d’adoption de Cagliostro où il donne (cf. pages 140-142) les détails pratiques d’une opération, devant durer quarante jours et provoquer un rajeunissement complet de tous les organes physiques de l’adepte !   C’est là, évidemment, un symbole, que les gens crédules ont cru bon de prendre à la lettre : non seulement aucun d’eux n’a pu réussir cette cure « d’élixir de longue vie », mais Cagliostro lui-même a avoué un jour n’avoir jamais expérimenté ni réussi la méthode, dont il se faisait le propagandiste ! (cf.  Vie de Balsamo, page 206, 1791.)

SOURCE : https://www.esoblogs.net/6783/les-rites-dits-egyptiens-de-la-maconnerie/?fbclid=IwAR0zyeI2NQFYy93WHET9ZVLV4m1p6CnE1xFYS6caASneXQl6wDemCLoJgoc

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La Tétraktys Pythagoricienne 19 mars, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Tétraktys Pythagoricienne

 
 
La Tétraktys Pythagoricienne dans Recherches & Reflexions tetrak
 
Quel intérêt avons-nous de rechercher la qualité dans le nombre. N’est-ce pas ici un travail contradictoire. Nous savons que la qualité ne peut rimer avec le nombre. Et pourtant, le nombre n’est pas un chiffre, c’est un élément de langage sacré comme aimaient à le penser nos ancêtres et en conséquence impliquait une logique universelle qui se confondait parfaitement avec l’intuition d’un profane éveillé. Ainsi nos philosophes Grecs de la logique et du mythe, grâce à l’acquis de la philosophie éducative, rendirent autonomes leurs systèmes de pensée en oubliant (parfois) qu’il ne peut y avoir d’autonomie de la pensée sans perspectives pour la liberté. La géométrie sacrée comme la numérologie qui en découle, sont l’exemple typique d’une liberté de mouvement et d’investigations que les élites d’initiés, ont pu mettre à jour aux temps anciens.
Héritiers des ces progressions phénoménales de la pensée, nous « modernes » aux pieds d’argiles, nous devons modestement nous incliner face à ce travail de « raisonnement intuitif » qui fut leur œuvre.
 
tetrak1 dans Recherches & Reflexions
 
 
Par sa nature même, cette dernière a tellement fait l’objet d’études et d’analyses poussées de la part des plus grands symbolistes et philosophes qu’il reste peu de place à une interprétation personnelle. Malgré tout nous allons en livrer comme une sorte d’abrégé synthétique issu de mes lectures dans l’espoir de vous faire partager ma passion pour ce symbole. Par conséquent afin d’essayer d’en mieux comprendre tout le symbolisme qu’il soit mathématique, géométrique, et bien sûr maçonnique, il conviendra de donner en préambule quelques explications nécessaires qui feront qu’au fil de ce travail tous les frères, quel que soit leur grade, se retrouveront dans cette Tetraktys Pythagoricienne dont la richesse insoupçonnée est sans limites. Cette figure aussi cartésienne qu’irrationnelle est si fascinante qu’il me semble qu’elle possède en son sein l’essence même de la Franc-maçonnerie. Pythagore est un philosophe, mathématicien et scientifique présocratique qui serait né aux environs de 580 av. J.-C. à Samos, une île de la mer Égée au sud-est de la ville d’Athènes. On établit sa mort vers 495 av. J.-C. à l’âge de 85 ans.
Sa vie énigmatique permet difficilement d’éclairer l’histoire de ce réformateur.

Le néo-pythagorisme est néanmoins empreint d’une mystique des nombres.
En effet, pour Pythagore « Tout est nombre » ( Un le Tout ) L’apport majeur de Pythagore est l’importance de la notion de nombre et le développement d’une mathématique démonstrative, mais aussi religieuse. Pythagore donne des nombres une représentation géométrique. Arithmétique et géométrique sont sœurs. Les démonstrations arithmétiques s’appuient sur des figures et cette méthode porte le nom d’arithmétique géométrique.
La Tétraktys Pythagoricienne et le Carré de 4 en sont des exemples parfaits. Chaque unité est figurée par un point, de sorte que l’on a des nombres plans (1,4,9,16, etc. qui sont carrés et 1, 3, 6,10, etc. qui sont triangulaires), des nombres rectangulaires, des nombres solides (dits cubiques, pyramidaux, etc.), des nombres linéaires et des nombres polygonaux. Le premier nombre pyramidal est 4. Cette méthode permet le calcul de la somme des premiers entiers, des premiers entiers impairs ou encore le calcul des triplets pythagoriciens.

Le mot Tétraktys signifie « quadruple éclat rayonnant ».
Ce mot évoque le nombre 4 (Tétra) et une lumière rayonnante (Actys).
La Tétraktys Pythagoricienne ou Quaternaire est un nombre représenté par 10 chiffres disposés en triangle. C’est la raison pour laquelle on l’appelle nombre figuré triangulaire. Sa formule numérique est la suivante : 1 + 2 + 3 + 4 = 10.

Cette figure était sacrée. Les pythagoriciens prêtaient serment « par la Sainte Tétraktys » ou par une autre formule de serment « le Carré de 4 » , à ne pas prendre à la légère quand on sait que certains êtres savent aller au-delà du temps. La doctrine pythagoricienne à un caractère plus cosmologique que purement métaphysique. Rappelons ici que la cosmologie est la science qui étudie la structure et l’évolution de l’Univers considéré dans son ensemble. Le quaternaire est partout présent et toujours considéré comme le nombre de la manifestation universelle. C’est donc le point de départ de la cosmologie tandis que les nombres qui la précèdent, c’est-à-dire l’unité, le binaire, le ternaire, se rapportent uniquement à l’ontologie. C’est à dire l’étude de l’être en tant qu’être, de l’existence en général dans l’Existentialisme et sur la considération de l’essence divine, nécessairement pourvue de toutes les perfections, ce qui implique que Dieux existe.

Pour l’anecdote, à l’époque de Pythagore, chaque point noir était un petit caillou disposé sur le sol, d’où est venu le nom de calcul désignant les petits « cailloux » se formant dans certains organes comme la vésicule biliaire ou les reins. Comme nous l’avons vu précédemment, la Tétraktys Pythagoricienne comprend 10 points ordonnés en un triangle équilatéral. En fait, un point central entouré de 9 points et la base du triangle composé de 4 points. Par conséquent quatre rangées des 4 premiers nombres successifs, dont la somme vaut 10. Ce qui nous amène maintenant à entrer dans le cœur même de la Tetraktys car il y a de multiples manières de la voir.

En voici donc une première analyse :

Au sommet, un seul point qui symbolise l’Un, le Divin, principe de toute chose, l’être non encore manifesté.
Au-dessous, l’origine de la manifestation marquée par 2 points, symbolisant la première apparition, le dédoublement par couple ou dyade, le masculin et le féminin, le phallus et l’œuf, etc.
Donc le dualisme interne de chaque être.
Rappelons qu’en Franc-Maçonnerie le dualisme manichéen est une impasse existentielle par nature.
Viennent ensuite les 3 points correspondants aux 3 minéraux du monde : l’enfer, la terre et les cieux.
Ainsi qu’aux 3 niveaux de la vie humaine : physique, psychique et spirituel.
Et pour terminer, nous trouvons les 4 points de la barre de la pyramide symbolisant la terre, la multiplication de l’univers matériel, les 4 éléments, les 4 points cardinaux, les 4 saisons, etc.
Cet ensemble constitue la Décade, la totalité de l’univers créé et incréé.
Nous aborderons ce sujet un peu plus loin.

 
tetrak2
 
Une seconde analyse de la Tetraktys Pythagoricienne avec toute la symbolique maçonnique qui s’en dégage, attirera davantage encore notre attention. Le point supérieur peut être également vu comme la représentation de l’unité fondamentale, de la dualité, de l’espace et du temps, de la matérialité. Les deux points peuvent être vus comme la représentation de la complétude des opposés complémentaires. Rappelons encore que le travail du Franc-Maçon est de s’exercer à réunir les opposés et à observer les complémentaires. Représentation également de la dynamique de la vie des éléments structurels.
Les 3 points peuvent être vus comme la figuration de la totalité, du féminin et du masculin, de la création. Les 4 points peuvent être vus comme la représentation du feu, de l’air, de l’eau et de la terre. À noter qu’au cours de ses voyages, le récipiendaire est purifié par ces quatre éléments. Il est donc possible d’établir une correspondance entre ces éléments et la Tetraktys Pythagoricienne.
« Feu. , Air.. , Eau … , Terre …. »
La somme des quatre premiers nombres faits 10. Aller du 4 au 1, c’est aller du matériel, du tangible, du minéral au Divin, en passant par les fluides, les liquides ou les gazeux.
Mais rappelons encore que pour Pythagore « Tout est nombre ». Nous trouverons enfin, ci-après, le symbole des chiffres pour les pythagoriciens.

Le 1 – la monade : unité de l’existence et harmonie générale.
Le 2 – le binaire : la diversité, la division, la séparation.
Le 2 est la dyade (le nombre 2), principe passif et actif, masculin – féminin, faculté génératrice esprit-âme et corps humain d’une part, Divin, d’autre part.
Le 3 – la triade : la loi du ternaire est pour les pythagoriciens la véritable clef de vie.
Nombre par excellence, premier impair qui réuni les propriétés des deux premiers chiffres 1 et 2.
Le 4 – le quaternaire : nombre parfait, racine des autres, nombre ineffable de Dieu.

En hébreu, quatre lettres parmi les 22 représentent le symbole de l’immortalité de l’âme qui se meut d’elle-même.
Considéré comme l’essence des quatre éléments, des quatre qualités fondamentales du corps : sec, humide, froid et chaud, des quatre principes géométriques : point, ligne, plan et solide, des quatre notes fondamentales de la gamme, des quatre fleuves du paradis terrestre, des quatre figures symboliques du char de la vision d’Ezechiel traduite par les quatre évangélistes : Mathieu, Marc, Luc et Jean.
Nous allons maintenant développer la Décade dont nous avons parlé précédemment.
Pour les pythagoriciens, la Décade était le plus sacré des nombres, le symbole de la création universelle.
C’est aussi sur le Dix qu’ils prêtaient serment en l’évoquant sous cette forme :
« La Tétraktys en qui se trouve la source et la racine de l’éternelle nature. Tout dérive de la Décade et tout y remonte. Le est l’image de la totalité en mouvement ».
Le 10 est la base du système décimal qui se répète à l’infini : « 1 » suivi de « 0 » indique que hors de l’unité tout est néant et ne subsiste que par le système des nombres qui permet d’arriver à la découverte du principe des choses.
Le 10 contient tous les principes de la divinité évoluée et réunie. 10 est le nombre de la Tétraktys, somme des 4 premiers nombres. 

Le symbole du Dix est très présent également chez les nombreux auteurs de la Bible.
Citons les dix commandements, les dix plaies d’Égypte, etc. Le 10 symbolise aussi les dix doigts des deux mains.
Il exprime la valeur ultime et nécessaire de la limite et de la forme, opposées à la non-limite et au chaos. Il faut rappeler que les chiffres précédents de la Décade étaient identifiés aux dieux, le dix signifiant la somme des pouvoirs divins maintenant la cohésion du cosmos.
Pour les alchimistes, la valeur dix représente les capacités multiplicatrices de la pierre. Cette pyramide recèle l’ensemble des connaissances et en elle se trouve la source et la racine de l’éternelle nature, cela par le jeu des quatre éléments : Feu, Air, Eau, et Terre.
Dans cette interprétation, la Tétraktys représente le fondement même de l’univers et des Dieux qui le composent, selon la célèbre sentence inscrite sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes : « Connais-toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux ».
Elle symbolise ainsi la divinité dans son acte de création du monde. Dans la symbolique maçonnique de l’Équerre et du Compas, la Tétraktys fait allusion au passage de l’Équerre au compas ou du Carré Quatre au Cercle Un, créant ainsi l’harmonie entre, le créé et le divin ou si l’on préfère, la Matière et l’Esprit. En effet le Cercle est souvent considéré comme étant le point de départ d’une tradition ou la Source de la Doctrine.
Tandis que le Carré représente le point d’aboutissement d’une Tradition, le Réservoir qui contient l’Autorité Spirituelle. La Fontaine d’Enseignement.
Comme chacun de nous avons prêté serment lorsque nous nous sommes fait constituer Franc Maçon, nous l’avons vu les pythagoriciens prêtaient aussi serment par la Sainte Tétraktys.
Mais leur amour était si grand pour cette dernière, qu’on raconte qu’ils lui auraient adressé cette prière que je vous lirais en conclusion :

« Bénis nous, nombre divin, toi qui as engendré les dieux et les hommes !
O sainte, sainte Tétraktys !
Toi qui contiens la racine et la source du flux éternel de la création !
Car le nombre divin débute par l’unité pure et profonde et atteint ensuite le quatre sacré,ensuite il engendre la mère de tout, qui relie tout, le premier-né, celui qui ne dévie jamais, qui ne se lasse jamais, le Dix sacré, qui détient la clef de toutes choses » .

 
tetrak3
T. R.
17 Mai 6012
Ma.°. Lom.°.
Sources : Wikipédia – Oswald Wirth – Jules Boucher – René Guénon
http://www.ecossaisdesaintjean.org
Le blog de ecossaisdesaintjean )
et
https://rflexionssurtroispoints.blogspot.com/

L’Église Gnostique albigeoise ou filiation apostolique spirite (1) 29 novembre, 2018

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Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 22 janvier 2016

Par Spartakus FreeMann

A Melmothia, en souvenir des 9 fois 12 degrés échangés ces trois jours…

Histoire de l'Eglise Gnostique

L’Église Gnostique albigeoise ou filiation apostolique spirite

Le fondateur de l’Église Gnostique est Jules-Benoît Stanislas Doinel du Val-Michel (1842-1903). Doinel était un bibliothécaire, franc-maçon membre du Grand-Orient, un antiquaire et un spirite pratiquant. Lors de ses fréquents essais pour communiquer avec les esprits, il fut confronté à une vision récurrente de la Divinité féminine sous divers aspects. Peu à peu, il développa la conviction que sa destinée était de participer à la restauration au sein de la religion de l’aspect féminin de la divinité.

En 1888, alors qu’il travaillait comme archiviste pour la bibliothèque d’Orléans, il découvrit une charte originale datée de 1022 qui avait été écrite par Canon Stéphane d’Orléans, un maître d’école et disciple des cathares. Stéphane sera brûlé plus tard la même année pour hérésie.

Doinel fut fasciné par le drame des cathares et leur héroïque et tragique résistance contre les forces du Pape. Il commença à étudier leurs doctrines et celles de leurs prédécesseurs, les Bogomiles, les Pauliciens, les Manichéens et les Gnostiques. Durant l’avancement de ses études, il devint de plus en plus convaincu que la Gnose était la seule vraie religion derrière la Franc-Maçonnerie.

Une nuit de 1888, « l’Éon Jésus » apparut à Doinel dans une vision et le chargea d’établir une nouvelle Église. Il consacra spirituellement Doinel en tant qu’« Évêque de Montségur et Primat de l’Albigeois ». Après cette vision de l’Éon Jésus, Doinel tentera d’entrer en contact avec des esprits cathares et gnostiques durant des séances dans le salon de Maria de Mariategui, Lady Caithness, Duchesse de Medina Pomar.

Doinel a longtemps été associé avec Lady Caithness, qui était une des figures en vue des cercles spirites français de l’époque, une disciple d’Anne Kingsford et une dirigeante de la branche française de la Société Théosophique. Elle se considérait comme une réincarnation de Marie Stuart; et une communication spirite en 1881 lui dévoila une révolution dans le domaine religieux qui résulterait en un « Nouvel Age de Notre Dame de l’Esprit Saint ». Les séances gnostiques de Doinel étaient suivies par d’autres notoriétés de l’occultisme provenant de sectes diverses; en ce compris l’Abbé Roca, un ancien prêtre catholique et associé de Stanislas de Guaita et d’Oswald Wirth. Les communications spirites étaient généralement reçues au moyen d’un pendule tenu par Lady Caithness au-dessus d’un tableau lettré.

Lors d’une séance, Doinel reçut la communication suivante :

« Je m’adresse à toi, car tu es mon ami, mon serviteur et le prélat de mon Église albigeoise. Je suis exilé du Plérôme, et je suis celui que Valentin nomma Sophia-Achamôth. Je suis celui que Simon le Magicien appela Hélène-Ennoia; car je suis l’Éternel Androgyne. Jésus est le Verbe de Dieu; je suis la Pensée de Dieu. Un jour, je remonterai vers mon Père, mais j’ai besoin d’aide pour ce faire; la supplication de mon Frère Jésus est requise pour intercéder pour moi. Seul l’Infini peut sauver l’Infini, et seul Dieu est capable de sauver Dieu. Écoute bien : L’Un a produit d’abord l’Un, ensuite Un. Et les Trois ne sont qu’Un : le Père, le Verbe et la Pensée. Établis mon Église Gnostique. Le Démiurge sera impuissant contre elle. Reçois le Paraclet ».

Durant d’autres séances, Stéphane d’Orléans et un certain Guilhabert de Castres, un Évêque cathare de Toulouse du XIIe siècle, qui fut martyrisé à Montségur, furent contactés. À une autre séance, en septembre 1889, le « Très Haut Synode des Évêques du Paraclet », constitué par 40 Évêques cathares, se manifesta et donna le nom de ses membres, qui furent contrôlés et prouvés corrects dans les registres de la Bibliothèque Nationale. Le chef du Synode était Guilhabert de Castres, qui s’adressa à Doinel et lui instruits de reconstituer et d’enseigner la doctrine gnostique en fondant une Assemblée du Paraclet qui sera appelée Église Gnostique. Hélène-Ennoia devait l’assister et ils devaient être spirituellement mariés. L’assemblée était composée de Parfaits et de Parfaites et prit comme livre saint le Quatrième Évangile, celui de Saint Jean. L’Église devait être administrée par des Évêques masculins et des Sophias féminines qui devaient être élus et consacrés suivant le Rite gnostique.

Doinel proclama l’année 1890 comme début de l’« Ère de la Gnose Restaurée ». Il assumait la charge de Patriarche de l’Église Gnostique sous le nom mystique de Valentin II, en hommage à Valentin, le fondateur de l’École Gnostique du Ve siècle. Il consacra un certain nombre d’évêques qui choisirent tous un nom mystique précédé par la lettre grecque Tau qui représente la Croix grecque ou l’Ankh égyptien.

Parmi les premiers évêques et sophias consacrés il y eut : Gérard d’Encausse, connu aussi comme « Papus » (1865-1916), Tau Vincent, Évêque de Toulouse (plus tard en 1890, Doinel rejoignit l’Ordre martiniste de Papus et en devint peu à peu un membre du Conseil Suprême) ; Paul Sédir (Yvon Le Loup, 1871-1926) en tant que Tau Paul, coadjutateur de Toulouse ; Lucien Chamuel (Lucien Mauchel), Tau Bardesane, Évêque de La Rochelle et Saintes ; Louis-Sophrone Fugairon (n. 1846) en tant que Tau Sophronius, Évêque de Béziers ; Albert Jounet (1863-1923), Tau Théodote, Évêque d’Avignon ; Marie Chauvel de Chauvigny (1842-1927), Esclarmonde, Sophia de Varsovie ; et Léonce-Eugène Joseph Fabre des Essarts (1848-1917), Tau Synesius, Évêque de Bordeaux.

L’Église était constituée en trois niveaux : le Haut Clergé, le Bas Clergé et les Croyants. Le Haut Clergé était constitué par les hommes/femmes évêques / sophias, qui étaient responsables de l’administration de l’Église. Ils étaient élus par leur congrégation et plus tard confirmés dans leurs charges par le patriarche. Le Bas Clergé était constitué par les diacres hommes et femmes qui agissaient sous la direction des évêques et sophias et étaient responsables de conduire les activités journalières de l’Église. Les Croyants, ou membres lais de l’Église étaient appelés Parfaits ou Parfaites, désignations qui dérivent du catharisme. Cependant, au sein de l’Église de Doinel, le terme de Parfait n’était pas compris dans son sens cathare comme celui qui a pris des vœux stricts d’ascétisme, mais était interprété comme incluant les deux plus hautes divisions de la triple classification Valentinienne de la race humaine : les Pneumatiques et les Psychiques; mais excluant la plus basse division, les matérialistes Hyliques. Seuls les individus jugés d’une haute intelligence, raffinés et ouverts d’esprit étaient admis dans l’Église Gnostique de Doinel.

Jules Doinel

Jules-Benoît Stanislas Doinel

Image extraite du site The Hermetic Library.

L’Église Gnostique de Doinel combinait la doctrine théologique de Simon le Magicien, de Valentin et de Marcus (un valentinien qui fut remarqué pour son développement des mystères des nombres et des lettres et du « mariage mystique ») avec des sacrements dérivés de l’Église cathare et conférés lors de rituels qui étaient largement influencés par ceux de l’Église Catholique Romaine. Dans le même temps, l’Église Gnostique était sensée représenter un système de maçonnerie mystique.

L’Église était gouvernée par le Très Haut Synode qui consistait en un rassemblement de tous les évêques et sophias de l’Église. Le Très Haut Synode élisait le Patriarche en tant que président à vie et chef temporel du clergé et de l’église. Le chef spirituel de l’Église étant la Sophia céleste elle-même.

Le Patriarche était considéré comme « successeur de l’apôtre Jean » et avait tout pouvoir pour promulguer des décisions selon son seul accord, de suspendre ou de déposer les évêques, d’approuver ou d’annuler leurs élections, d’excommunier et de réconcilier les membres de l’Église, de créer des diocèses. Il signait du double Tau avant son nom mystique.

Chaque évêque était élu par un collège de fidèles et de diacres. Il choisissait son nom mystique auquel il ajoutait le Tau et le titre d’Electus Episcopus. L’évêque ne possédait l’entièreté de ses pouvoirs qu’après la consécration par le Patriarche qui avait lieu après que son élection ait été confirmée par le Haut Synode et le Patriarche lui-même. Un évêque et une sophia étaient, en couple, chargés de la direction d’un diocèse réunissant les différentes paroisses du lieu.

L’évêque ou la sophia ordonnait un diacre qui était en charge d’une congrégation de fidèles.

Les principales cérémonies de l’Église étaient : le Consolamentum, l’Appareilamentum et la Fraction du Pain.

Le Consolamentum était le Baptême de l’Esprit, une initiation rituelle par laquelle les aspirants entraient en communion avec le Paraclet Gnostique. Il était basé sur une cérémonie cathare originale.

L’Appareilamentum était le sacrement de confession et d’absolution conféré sur demande d’un pénitent qui avait reçu préalablement le Consolamentum. Cette cérémonie avait pour but d’entrer en communion plus étroite encore avec le Plérôme et était basée sur la cérémonie cathare de confession publique.

La Fraction du Pain était la cérémonie régulière et l’office commun du culte de l’Église Gnostique.

En 1895, Jules Doinel abdiqua subitement en tant que Patriarche de l’Église Gnostique, abandonna ses charges dans sa loge maçonnique et se convertit au catholicisme romain. Sous le pseudonyme de Jean Kostka, il attaqua l’Église Gnostique, la maçonnerie et le martinisme dans un livre intitulé Lucifer Démasqué. Pendant les deux ans qui suivirent, Doinel collabora avec Taxil à des articles dénonçant les organisations qui faisaient auparavant tant partie de sa vie. Lucifer Démasqué était lui-même un effort de collaboration, son style trahit la main de Taxil.

Encausse fit remarquer plus tard que Doinel avait manqué de « la nécessaire éducation scientifique pour expliquer sans problème les merveilles que le monde invisible avait jetées sur lui. » Ainsi, Doinel eut à faire face à un choix entre la conversion et la folie  et, dit Encausse, « Soyons heureux que le Patriarche de la Gnose ait choisi la première voie ».

La défection de Doinel fut un coup très dur pour l’Église Gnostique, mais elle réussit à survivre malgré tout. L’intérim fut assumé par le Synode des Évêques et lors du Haut Synode de 1896, les évêques élisent l’un des leurs, Léonce-Eugène Fabre des Essarts, connus en tant que Tau Synesius, pour remplacer Doinel comme Patriarche.

Fabre des Essarts était un occultiste parisien, un poète symboliste et un des théoriciens de la Gnose et du Christianisme ésotérique. Lui et un autre évêque gnostique, Louis-Sophrone Fugairon (Tau Sophronius), un physicien et aussi un spécialiste des cathares et des templiers, entrèrent en collaboration en vue de continuer le développement de l’Église Gnostique. Ensemble, ils commencèrent par transformer l’enseignement de l’Église Gnostique d’un gnosticisme théologique vers une conception occultiste plus générale.

En 1899, deux ans après que Léo Taxil ait dévoilé son arnaque, Doinel commença à correspondre avec Fabre des Essarts. En 1900, il demanda à être réconcilié au sein de l’Église Gnostique et sa réadmission comme évêque gnostique. Comme premier acte de consécration en tant que Patriarche de l’Église Gnostique, Fabre des Essarts re-consacra son ancien patriarche sous le nom de Tau Jules, évêque d’Alet et de Mirepoix.

En 1901, Fabre des Essarts consacra Jean Bricaud (1881-1934), Tau Johannes, évêque de Lyon. Entre 1903 et 1910, il consacra 12 autres évêques gnostiques, dont Léon Champrenaud (1870-1925), Tau Théophane, évêque de Versailles; René Guenon (1886-1951), Tau Palingénius, évêque d’Alexandrie ; et Patrice Genty (1883-1964), Tau Basilide.

Après la mort de Fabre des Essarts en 1917, le Patriarcat de l’Église Gnostique sera assumé par Léon Champrenaud (Tau Théophane). Champrenaud sera suivi par Patrice Genty en 1921 qui mettra l’Église Gnostique de France en sommeil en 1926 en faveur de l’Église Gnostique Universelle de Jean Bricaud.

Pour conclure, je citerai J.P. Bonnerot (Cahiers d’Études Cathares) : « Il n’y a pas d’évêque avancé pour justifier une chirotonie, il n’y a seulement… qu’une table tournante (…) On ne peut envisager ni licéité conditionnelle à la validité (position de l’Orient Chrétien), ni validité ne nécessitant pas de licéité (position de l’Église de Rome) : il n’y a pas en outre seulement même l’intention de faire ce que fait l’Église puisque la séance de spiritisme relatée au commencement de cette étude n’est pas l’une des formes liturgiques que la Tradition d’Orient ou d’Occident reconnaît pour faire, constituer et créer, en fait, sacrer un évêque ». Autant dire, si l’on se réfère au droit canonique que l’Église de Doinel mérite bien son nom de filiation spirite…

Succession Gnostique Albigeoise jusqu’à nos jours :

Jules Doinel – Fabre des Essarts & Gérard Encausse – Jean Bricaud – Victor Blanchard – Roger Menard – Robert Ambelain – Roger Deschamps – Armand Toussaint – Marcel Jirousek – Tau IAcObus – Tau Héliogabale.

Spartakus Freemann 2008

SOURCE : https://www.esoblogs.net/

L’Église Gnostique albigeoise ou filiation apostolique spirite (1) dans Recherches & Reflexions EzoOccultlogo105

ASTROLOGIE ET TAROT 29 septembre, 2018

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jeudi 16 août 2012

ASTROLOGIE ET TAROT

ASTROLOGIE ET TAROT dans Recherches & Reflexions Symbole-astrologie
Des Étoiles et des Arcanes 
 
L’astrologie et le « Tarot » sont parfois considérés comme des jeux de salon populaires. Tous les amoureux sont heureux quand leurs signes zodiacaux sont compatibles ou quand ils tirent la carte « n°6 – « L’Amoureux » durant une séance de Tarot. 
 
Aucune connaissance supplémentaire n’est nécessaire pour faire ce type d’expérience agréable, de la même façon qu’ils n’ont besoin d’aucune compréhension théorique de la façon de tomber amoureux… 
 
Mais ceux qui s’y intéressent de plus près se rendront vite compte que l’astrologie ne divise pas la vie en bien et en mal, ou en bon et mauvais; mais que c’est un système bien plus complexe. Ils se rendront compte également que le Tarot est moins simple qu’il n’en a l’air. Qu’ont alors en commun ces deux techniques divinatoires? 
 
Toutes les deux fonctionnent avec des symboles, et ces symboles soulèvent de nouvelles questions. Ils doivent être interprétés… 
 
Les signes abstraits de la carte du ciel sont traduits en images et en figures. Les noms des différents symboles, comme le Verseau, Mars ou Vénus, montrent la dimension archétypale qui représente nos images intérieures. Est-ce le fruit du hasard? 
 
Il apparaît que les rythmes célestes constituent seulement une analogie, tandis que le contenu réel de l’astrologie est la psyché humaine, y compris l’inconscient. Et l’inconscient utilise un langage figuratif. 
 
L’emploi d’un langage figuratif est commun à l’astrologie et au Tarot. L’excellent système des arcanes du Tarot ne nous donne pas des symboles abstraits ayant besoin d’être traduits en images pour avoir une signification: il nous donne des images complètes de notre vie intérieure. 
 
À cet égard, le Tarot constitue un excellent complément à l’astrologie. Le Tarot traite également de symboles. Et, tout comme en astrologie, ils doivent être interprétés. 
 
Naturellement, le consultant qui tire « LE DIABLE » ne rencontrera pas le diable avec ses sabots fendus dans la vie réelle. Il ne s’agit pas de l’image elle-même mais d’une figure semblable dans la psyché du client. 
 
Les deux systèmes se complètent de façon idéale au niveau pratique. Certaines cartes du Tarot semblent représenter directement certains symboles astrologiques, et pourtant elles ne sont pas complètement identiques. La similitude entre le symbole astrologique et l’image du Tarot est assez grande pour voir leur relation, mais d’un autre coté, il y a également des différences qui peuvent nous donner de nouvelles impulsions. 
 
Le langage symbolique de deux techniques divinatoires 
 
La connaissance du symbolisme astrologique dans le Tarot est nécessaire à une bonne combinaison des deux techniques. Il est également utile de savoir quelque chose de l’histoire et du symbolisme du Tarot. 
 
Astrologie et Tarot fonctionnent avec des images et des symboles ouverts. Les deux arts exigent du conseiller responsabilité et compétence afin de pouvoir reconnaître certaines chances et dangers. 
 
Le grand avantage du Tarot, cependant, est sa compréhension immédiate. Si nous incluons l’imagination qui participe aussi à l’interprétation. Cette procédure démocratise le processus de développement personnel. Le consultant, ici, dépend moins des connaissances spécialisées de l’expert. Et l’astrologue se sent moins contraint à offrir « la bonne interprétation » en toute occasion si les cartes du Tarot interviennent. La séance devient plus riche et plus profonde en introduisant cet élément créatif, parce que les images parlent directement à l’âme. 
 
Les images des rêves peuvent avoir le même effet positif. Si vous avez fait l’expérience de la profondeur accrue que peut revêtir une consultation astrologique quand un client parle d’un rêve, vous saurez combien les images archétypales travaillent de façon intense et profonde. Si le consultant n’a pas de rêve à proposer, nous en avons un à portée de main: le Tarot ne contient pas moins qu’une collection des rêves archétypaux du genre humain. 
 
Les 78 arcanes du Tarot résument les modèles oniriques de l’humanité. Avant même que le travail du Tarot ne commence, nous connaissons ces 78 scènes, parce que nous rêvons tout le temps de ces figures anciennes, même si elles revêtent parfois des costumes différents. Les cartes du Tarot sont directes, implacables, magiques et réconfortantes, comme nos rêves, comme notre vie intérieure. 
 
Correspondances entre les planètes et les cartes
 
Quelle carte de Tarot correspond à chaque planète ou signe du zodiaque? Différents astrologues et tarologues ont leurs propres attributions, mais malheureusement, elles sont toutes différentes! Il n’y a pas une seule carte du Tarot qui soit attribuée au même symbole astrologique. Par conséquent, j’ai décidé d’attribuer à chaque image astrologique plusieurs images du Tarot, illustrant différentes facettes de ce symbole. 
 
Il y a 22 cartes dites « atouts », les arcanes majeurs. Ce fait a séduit certains astrologues qui en ont tiré les considérations suivantes : il y a dix planètes connues et douze signes du zodiaque, un total de 22 symboles, et en conséquence, chaque carte devrait correspondre exactement à une planète ou un signe. 
 
Mais il s’est vite avéré que les deux systèmes ne pouvaient être traduits par des correspondances individuelles. Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère les origines différentes des deux oracles: l’astrologie se base sur les cycles naturels, tandis que les symboles du Tarot ont été dessinés à la main par des individus. 
 
Ceux qui insistent pour attribuer une carte à une planète ou un signe particulier devraient également se montrer capable d’expliquer comment traiter des planètes qui n’ont pas encore été découvertes, car nous ne pouvons pas inventer simplement quelques nouvelles cartes. 
 
De plus, ils devraient expliquer pourquoi ce système devrait être si convaincant, en dépit du fait qu’au moment de la création du Tarot et durant les trois premiers siècles de son existence, sept planètes seulement étaient connues, et l’astrologie ne comptait donc que 19 symboles. De sorte que la tâche ne semble pas aussi simple que cela. Quel dommage! Notre esprit structuré aurait aimé résoudre cette troublante ambiguïté! 
 
L’Hermite – plus que Saturne
C’est justement ce flou qui s’avère très utile dans la pratique du conseil. Prenons l’exemple de l’Hermite. Saturne est représenté dans le Tarot par l’Hermite – mais pas à cent pour cent. Cette figure présente des caractéristiques typiques de Saturne: le pas mesuré, l’image archétypale du vieux sage, le manteau protecteur, et bien plus. Mais peut-être le voyons-nous un jour suivant seul son chemin, solitaire comme un mystique – nous avons alors découvert les traits neptuniens de cet ermite. Ou bien nous remarquons sa lampe avec la flamme, ou son solide bâton – nous percevons alors le côté ardent de sa nature. Comme presque toutes les images, l’Hermite est un symbole ambigu contenant différentes fonctions astrologiques qui, ensemble, forment un tout. 
 
Ainsi, le consultant perçoit l’isolement mystique de l’Hermite, cet aspect sera significatif pour l’individu. Nous pouvons presque toujours relever un lien entre les deux archétypes dans le thème natal. Il peut y avoir un aspect entre Saturne et Neptune, ou Saturne se trouve en Poissons ou en maison XII. 
 
Si nous envisageons la carte de l’Hermite de cette manière, nous ne percevons pas seulement l’image générale de Saturne, mais la coloration individuelle qu’elle revêt pour une personne particulière à un moment donné. La déclaration subjective du client : « l’Hermite est si cruellement isolé! » nous aide aussi à travailler sur des perspectives constructives. 
 
Nous pouvons poser des questions du type : « Qu’est-ce qu’il y a exactement de cruel dans sa solitude? Quels points forts peuvent représenter cet isolement? Pouvez-vous imaginer un type de solitude satisfaisant? », etc…
Relations ambiguës 
Non seulement les symboles eux-mêmes et le rapport entre arcanes et planètes sont ambigus, mais l’ambiguïté principale réside dans notre perception du monde. Il est stupéfiant de constater comment différentes personnes peuvent voir des choses différentes dans une seule et même image du Tarot. 
 
C’est un point crucial, car nous savons que différents points de vue peuvent mener à des portées d’action différentes. Et de fait, nous pouvons choisir la manière dont nous voulons traduire un certain symbole en expérience vécue. Nous pouvons transformer Saturne en souffrance ou en plaisir, en défaite ou en succès. 
 
Astrologie et Tarot sont deux méthodes différentes ayant un objectif commun : nous inciter à repenser notre vie. Ces outils nous aident à réinterpréter, remodeler, retourner en tous sens quelque chose que nous percevons comme négatif jusqu’à ce qu’il ait changé d’aspect. Quelque chose peut entrer dans notre vie sous l’aspect d’un problème, mais se changera progressivement en source de compréhension, en une cause de libération et d’acceptation de la responsabilité personnelle de notre soi-disant destin. 
 
Je ne considère pas l’astrologie et le Tarot avant tout comme des méthodes pour décrire des états présents, mais plutôt comme des instruments de changement, de métamorphose. Ils peuvent nous aider à reconnaître la signification de notre souffrance, à trouver le défi que présente un problème ou le message qu’envoie notre bonheur. 
 
Si nous connaissions une technique fournissant des vérités claires et dénuées d’ambiguïté, capable de distinguer nettement et logiquement la lumière de l’obscurité, cette technique ne serait d’aucune utilité pour la connaissance et la libération de soi. 
 
Au contraire, nous pouvons faire bon usage de l’ambiguïté de ces deux systèmes symboliques. Cela exige cependant que nous n’agissions pas comme des experts omniscients du Tarot, mais que nous demandions leurs impressions à nos clients et les laissions participer à l’interprétation. 
 
Symboles masculins et féminins
Pour terminer, un mot concernant la distribution des symboles masculins et féminins. Fondamentalement, une figure masculine dans les deux systèmes représente un principe masculin dans notre propre psyché intérieure, que la personne soit un homme ou une femme. Il en est de même pour les planètes et symboles féminins. C’est seulement dans un second temps que nous interpréterions une figure féminine (en tant que projection) comme indice que le client est invité à confronter, ou à traiter avec, une femme de son entourage. 
 
Nous sommes tous faits d’un mélange de principes masculins et féminins. Pourtant, nous pensons d’abord à un homme quand nous voyons l’image d’un guerrier ou d’un roi. Par conséquent, le conseiller devrait toujours préciser que chaque carte comporte une perspective complémentaire (le côté masculin de la psyché d’une femme, etc.) 
 
Le Tarot est l’un des rares systèmes occidentaux n’obéissant pas à l’habituelle domination patriarcale des hommes. Même un système aussi parfait que l’astrologie présente plus de dieux et de planètes masculins que féminins. Par exemple, Poséidon-Neptune est un dieu masculin, même si le Neptune astrologique représente sans aucun doute un principe féminin. Les 22 cartes du Tarot, quant à elles, contiennent à peu près autant de figures féminines que masculines. 
 
Les nombreuses femmes puissantes représentées sur les cartes constituent une des principales raisons pour lesquelles le Tarot a toujours dû rester secret, car prêtres, censeurs, scientifiques et agents secrets, tous des hommes, ont toujours suspecté que les tarologues pourraient défier les autorités traditionnelles. Cette suspicion n’était certainement pas dénuée de raison. 
 
Une autre raison de la méfiance des puissants était le fait que même des gens simples pouvaient comprendre le Tarot, puisqu’il était composé d’images plutôt que d’informations écrites, et ne nécessitait pas de calculs complexes. 
 
Rappelons que l’école accessible à tous n’a été civilement introduite en Europe, il y a de cela moins de 200 ans. Avant cela, instruction et éducation n’étaient accessibles qu’à une élite masculine peu nombreuse. 
 
L’éducation incite souvent les gens à vouloir se libérer et exprimer leurs opinions. De ce point de vue, l’éducation par les images est particulièrement puissante, car elle représente une image complète, holistique de l’homme. 
 
En arrière-plan de cette tradition du Tarot démocratique et favorable aux femmes, il est regrettable que même au XXème siècle, les deux jeux de Tarot les plus célèbres ne portent pas le nom des femmes qui les ont peints et créés, mais plutôt des hommes avare de célébrité qui en ont eu l’idée et les ont commandés. (Rider et Waite n’ont pas dessiné une seule ligne de « leurs » cartes – ce fut Pamela Coman Smith qui les peignit. Et quelle que soit l’inspiration apportée par maître Crowley, le « Tarot de Crowley » fut en réalité peint par Frieda Harris.) 
 
Juste pour illustrer combien cela est injuste pour ces femmes : imaginez que les célèbres Tournesols de Vincent van Gogh doivent s’appeler « Les tournesols de Claude » simplement parce que monsieur Claude, son voisin, aurait dit un jour : « Oh monsieur Vincent, pourriez-vous me peindre quelques bons gros tournesols! »
 
Cela dit… Une place privilégiée est réservée à la femme dans les domaines de l’Astrologie et du Tarot. On le remarque dans la suite des arcanes du Tarot, entre autre, on se voit confronté à des femmes de hauts-rangs (La Papesse, L’Impératrice), ou des femmes qui représentent des clés initiatiques (La Justice, La Force, L’Étoile) et la femme se trouvent au centre du Monde!! 
 
L’Astrologie, quant à elle, nous amène à reconnaître des personnages influents ou, voir même, des divinités (Cassiopée, Séléné, Astrée, Vénus,…) 
 
Et les associations et dénominateurs communs entre l’Astrologie et le Tarot sont parfois d’une grande évidence. 
 
Nous avons donc pu voir comment astrologie et tarot pouvaient non seulement converger et s’éclairer mutuellement. Les possibilités d’interactions entre astrologie et cartomancie restent nombreuses et ouvertes : il existe par exemple un tirage semestriel (correspondant à une demi-révolution solaire) et un tirage mensuel (correspondant à une révolution lunaire). 
 
Le principal intérêt du rapprochement entre astrologie et tarot – outre le fait qu’il peut servir à affirmer ou infirmer une interprétation – réside dans la possibilité offerte au praticien d’affiner ses interprétations en fonction de la technique qui lui convient le mieux. Ainsi, celui qui connaît déjà bien le tarot peut facilement assimiler les symboles astrologiques tandis que l’astrologue amateur pourra utilement s’initier au tirage du tarot. 
 
L’ARIA DES CORRESPONDANCES
 
Quand il s’agit de débattre au sujet des correspondances ésotériques, il est pratiquement impossible de s’entendre… Qu’il s’agisse des couleurs, des symboles ou des correspondances astrologiques, difficile d’arriver à un consensus, surtout quand il s’agit de fixer ses correspondances aux arcanes du Tarot. 
 
L’astrologie et le tarot ont de nombreux points communs ; les deux principales convergences sont la puissance du symbolisme et la valeur de l’interprétation. Ces deux arts ésotériques s’accommodent donc facilement l’un avec l’autre et s’enrichissent mutuellement. 
 
Nous définirons en premier lieu ce qu’est un symbole, un archétype, puis nous établirons les correspondances entre chaque lame du tarot de Marseille (le plus utilisé des jeux divinatoires à ce jour) et les grands facteurs astrologiques : planètes, signes et maisons. 
 
I. Tarot et astrologie : correspondances symboliques 
 
Disons d’abord un mot sur l’origine du tarot. Entrés vers la fin du XVème siècle en Occident par l’entremise des Bohémiens, les tarots semblent bien véhiculés des archétypes ancestraux qui ont été régulièrement remis au goût du jour par divers ésotéristes (Papus étant sans doute le plus connu par nos contemporains). Bien que l’origine exacte du tarot se perde dans la nuit des temps, on peut au moins dire que la méthode et le symbolisme dont nos versions modernes sont imprégnées datent d’environ 2000 ans. 
 
Il est peut être aussi utile de donner ici la définition d’un archétype : « ensemble de dispositions acquises et universelles de l’imaginaire humain ; réseau de mythes ayant leur origine dans une vision collective. » 
 
Un archétype est donc un symbole fort, ressenti au plus profond de chacun de la même façon, quelque soit l’époque ou la culture d’origine (valeur universelle). Ainsi, les os représentent la mort tandis que le sang ou le cœur sont symbole de vie. 
 
L’enseignement que je vous livre ici n’a pas la prétention de donner une liste exhaustive des archétypes véhiculés par l’astrologie, ses signes, maisons et planètes et par le tarot et chacune de ses lames (ou cartes). Ces deux disciplines couvrent des domaines vastes et complexes et offrent une large palette interprétative. 
 
Il est néanmoins possible d’établir des correspondances entre les facteurs astrologiques et les arcanes du tarot. 
 
Voici la liste des correspondances kabbalistiques (adaptation de l’alphabet hébreux aux arcanes majeurs du Tarot) 
 
kabal dans Recherches & Reflexions
Voici la liste établie par Oswald Wirth : 
wirrrt
Voici la liste que maitre Henri Corbeau a établit (une liste qui se rapproche à certains égards de celle établie par Oswald Wirth) 
 
ARCANES + CONSTELLATIONS + PLANÈTES 
 
1- BATELEUR = Constellation du Corbeau + Mercure 
 
2- PAPESSE = Constellation du Taureau + Cassiopée + Croix du sud + La Lune 
 
3- IMPÉRATRICE = Constellation de la Vierge + Sirius + Vénus 
 
4- EMPEREUR = Constellation de l’Aigle + Couronne Boréale + Jupiter 
 
5- PAPE = Constellation du Bélier + Neptune 
 
6- AMOUREUX = Constellation du Sagittaire + La Terre 
 
7- CHARIOT = Constellation d’Orion + Grande Ourse 
 
8- JUSTICE = Constellation de la Balance + Astrée 
 
9- HERMITE = Constellation du Bouvier + Saturne 
 
10- ROUE DE FORTUNE = Constellation du Capricorne 
 
11- FORCE = Constellation du Lion + Mars 
 
12- PENDU = Constellation des Poissons + 
 
13- MORT = Constellation du Phénix + Dragon du Pôle + 
 
14- TEMPÉRANCE = Constellation du Verseau 
 
15- DIABLE = Constellation du Cocher + Vesper 
 
16- MAISON-DIEU = Constellation du Scorpion 
 
17- L’ÉTOILE = Constellation de la Voûte Céleste + Étoile polaire + Les Étoiles + Vénus 
 
18- LA LUNE = Constellation du Cancer + Persée + Éclipse 
 
19- LE SOLEIL = Constellation du Gémeaux + Le Soleil 
 
20- LE JUGEMENT = Constellation du Cygne + Les Nœuds Lunaires 
 
21- LE MONDE = L’Univers + L’Infini + (La Terre, Le Soleil, La Lune, Les Planètes et Les Étoiles) 
 
22- LE MAT = Constellation du Lynx 
 
LA ROUE ZODIACALE (tirage annuel) 

 

Le tirage dit de la « Roue Zodiacale » est à pratiqué une fois l’an. De préférence, on le pratique autour de la date de son anniversaire et il est valable jusqu’au suivant. Il met l’accent, domaine par domaine, sur les climats à venir. 
 
On tire 12 cartes parmi les majeures, chacune représentant dans l’ordre de sa sortie la maison astrologique (et le domaine lié) correspondante. Ainsi la première carte représente la maison I, la seconde la maison II, etc. 
 
Il suffit ensuite d’interpréter selon les lois d’analogie. 
 
Signification abrégée des secteurs 
 
On nomme ces secteurs « LES MAISONS » 
 
MAISONS ASTROLOGIQUES DE LA ROUE ZODIACALE
I BÉLIER : ÉTAT D’ÂME : la ou le consultant(e), son état d’esprit actuel, son comportement général sur l’année à venir 
 
II TAUREAU : LES AVOIRS : ses biens et finances, l’argent qu’il gagne 
 
III GÉMEAUX : L’ENTOURAGE : sa vie sociale, ses proches (frères et sœurs), ses études, ses écrits 
 
IV CANCER : LE FOYER ET LA FAMILLE : son domicile, son foyer, ses parents 
 
V LION : LES OCCUPATIONS ET PRÉOCCUPATIONS : ses enfants, ses amis, sa créativité 
 
VI VIERGE : SANTÉ ET TRAVAIL : son travail, ses obligations, sa vie au quotidien, son état de santé général 
 
VII BALANCE : LES LIENS : son couple, ses associations, ses rapports administratifs 
 
VIII SCORPION : LES CHANGEMENTS ET LA SEXUALITÉ : ses transformations, les sources d’argent indirectes, la sexualité 
 
IX SAGITTAIRE : VOYAGE ET SPIRITUALITÉ : ses voyages, sa philosophie, son insertion au monde 
 
X CAPRICORNE : RÉUSSITE : ses réussites, ses accomplissements 
 
XI VERSEAU : ESPÉRANCE : ses projets, sa conception du futur, ambitions 
 
XII POISSON : ÉPREUVES : sa spiritualité, sa santé, les épreuves majeures de l’année. 
 

Source : http://secretsdutarot.blogspot.fr/2012/08/astrologie-et-tarot.html

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