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UNE NOUVELLE GOUVERNANCE MONDIALE 27 janvier, 2020

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MONTPELLIER 8 ET 9 AVRIL 2011

UNE NOUVELLE GOUVERNANCE MONDIALE

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Dans un contexte international extrêmement tendu, particulièrement dans le monde méditerranéen, nos rencontres dans le cadre de l’UMM favorisent le dialogue, l’échange des idées pour penser le futur d’un monde que nous espérons meilleur.

En ce qui concerne la méditerranée un héritage historique pluriséculaire et une situation géographique singulière en font un espace qui s’intègre dans les problèmes de notre monde. En effet la méditerranée est d’abord un puissant creuset de civilisation amarré entre 3 continents. Cette proximité entre les différentes rives favorise les échanges à la fois humains, culturels et économiques et de ce fait l’espace méditerranéen est un lieu de brassages et de mixité socioculturelle. J’ai particulièrement aimé les propos du recteur de l’Institut Catholique de Paris qui résument bien ce qu’elle représente « Etonnante civilisation méditerranéenne qui, au fur et à mesure de son déploiement, balisa les trajectoires de notre culture, fixant l’un après l’autre les repères majeurs de notre histoire et faisant de nous les dépositaires d’un héritage où l’alphabet fut Phénicien, le concept Grec, le droit Romain, le monothéisme sémite, l’ingéniosité Punique, la munificence Byzantine, la science Arabe, la puissance Ottomane, la coexistence Andalouse, la sensibilité Italienne, l’aventure Catalane,

La méditerranée est au cœur de toutes les grandes problématiques mondiales de ce siècle. Développement, migrations, paix, liberté, dialogue des civilisations, accès à l’eau et à l’énergie, environnement etc.…La conjonction de tout cela démontre l’existence de graves disfonctionnement au sein de la gouvernance mondiale qui résultent de l’obsolescence d’un certain nombre de principes mais aussi et principalement de la non prise en compte de l’Humain en tant que tel et ceci dépasse le cadre strict de l’espace méditerranéen.

Il n’est pas de ma compétence ici de développer l’esquisse d’une politique de nouvelle gouvernance mondiale nécessaire,  qui doit inclure les pays moins avancés, mais il me semble primordial avant tout que l’Homme retrouve sa boussole et son orientation pour éviter une « panne d’existence ». L’Homme doit équilibrer les parties visibles et invisibles des choses en réhabilitant les droits de la Raison tout en retrouvant les vertus du cœur.

Dans cet engagement humaniste la franc-maçonnerie doit être un élément moteur pour transformer l’Homme dans toutes ses dimensions. La Franc-maçonnerie et le GODF en particulier revendiquent encore les principes énoncés en 1738 par le frère Chevalier de Ramsay « les Hommes ne se sont pas distingués essentiellement par la différence des langues qu’ils parlent, des habits qu’ils portent, des pays qu’ils occupent, ni des dignités qu’ils revêtent. Le monde entier n’est qu’une grande République….C’est pour faire revivre et répandre ces essentielles maximes prises dans la nature de l’Homme que notre Société fut d’abord établie ».

Alors nos rencontres méditerranéennes sont l’opportunité dans le cadre de nos réflexions de réaffirmer nos principes humanistes dans ce monde en pleine mutation mais aussi dans un profond désarroi. Notre monde est en quête de nouveaux repères qui dépassent le cadre de la méditerranée pour s’inclure dans la projection d’une nouvelle gouvernance mondiale, afin de rétablir un certain équilibre pour que l’Homme en soit le principal bénéficiaire.

Face aux maux qui nous assaillent de toutes parts, il y a une dimension fondamentale, qui est capable de bouleverser jusque dans leurs fondements les systèmes qui structurent l’ensemble de l’humanité, et de libérer l’existence humaine individuelle et collective des menaces qui pèsent sur elle. Cette dimension fondamentale c’est l’Homme, l’Homme dans son intégralité, l’Homme qui vit en même temps dans la sphère des valeurs matérielles et dans celle des valeurs spirituelles. Nous aurons toujours à nous méfier des tentations de la simplification. Dans sa complexité l’Homme ne pourra jamais être réduit à une idée simple.

Ces menaces nous les connaissons, elles se nomment : guerre, racisme, intégrisme, terrorisme, dogmatisme et toutes les formes de mépris de l’homme dans sa réalité individuelle, sociale, politique, religieuse. Toutes les menaces, sous une forme ou sous une autre, avec ou sans violence, écrasent l’Homme et le réduisent d’une façon dramatique au misérable statut de chose et d’objet. Ce qu’il est, au plus profond de lui-même et en tout son être, ne compte plus. Sa conscience, sa liberté, sa dignité, son corps, sa santé, sa vie, chaque jour et en tous lieux sont méconnus et traités indignement. Face à cette mystérieuse réalité que nous sommes, tous et chacun, la raison souvent est aveugle. Les discours, promesses, seraient vains si, sur de tels sujets, nous ne pouvions nous rencontrer et même nous aider, si nous voulons aller jusqu’au bout de ce que nous sommes et si nous voulons devenir des Hommes dignes du nom et de l’Humanité que nous portons.

Il n’y a de personne possible et d’authenticité de la personne que dans l’ouverture à l’autre, et dans l’engagement pour l’autre. L’Humanisme personnaliste est essentiellement communautaire. Alors qu’elle communauté humaine souhaiter et créer, qui soit tout à la fois digne de la personne, respectueuse de sa transcendance, porteuse aussi de sa progressive réalisation ?

Tout au long de l’histoire, les relations de l’Homme et de la société ont souvent pris la forme d’un conflit violent et sournois. Les réalisations concrètes n’ont pas toujours été au profit de la personne. Non seulement « les démocraties sont mortelles », mais elles sont rares. En tant que vivant l’Homme est partie d’un tout, en tant que personne il est unique. Des individus peuvent se compter et s’ajouter, des personnes certainement pas. La société et pour l’Homme et non l’Homme pour la société. Cette sentence a valeur et dignité de dogme. Si l’on croit en l’Homme alors toute société est pour lui, et jamais l’inverse.

Comme le monde pourrait changer si chaque homme, si tout homme pouvait acquérir un peu plus d’humanité, un peu plus d’intériorité ! Que de fausses richesses tomberaient ! Que d’ambitions paraîtraient vaines ! Il y aurait certainement moins de bruits et plus de silence, moins d’idolâtrie pour tout ce qui paraît, et plus de respect pour les valeurs du cœur. Les masques pourraient tomber, et nos vérités profondes s’épanouir plus facilement !

Naître à son intériorité, à son humanité c’est naître enfin à sa liberté. Elle aussi est en nous comme une possibilité, un appel, une exigence, une conquête et jamais comme un donné ou une possession assurée. Notre présence aujourd’hui en est le témoignage.

Alors dans la sagesse de nos Ateliers, je voudrais lancer un appel à des dynamiques d’action, de proposition et de courage, ou chacun a sa responsabilité. Dire comment, chacun, en toute liberté, mais dans la conscience de son serment,  doit s’inclure dans cette recherche de voie prometteuse, qui nous fera découvrir l’espoir d’un mieux-vivre ensemble. Cette espérance est le fruit de l’intelligence qui demeure en chaque homme, quelle que soit sa condition. Elle est donc un acte d’intelligence et d’analyse, mais aussi de cœur.  Il est urgent de lutter contre l’idée que rien n’est possible, que nous sommes prisonniers d’une logique qui nous dépasse et qui nous ferait résigner à la fatalité des évènements et à un certain ordre des choses qui, le plus souvent, est un grand désordre des choses. Il est urgent de retrouver une réflexion sur la manière de faire les choses ensembles. La vérité n’est pas inscrite quelque part, dans une sorte de cahier en or, elle est le fruit d’un débat suivi d’une action. Il y a toujours un coin d’espérance à fabriquer, dont on peut témoigner soi-même par une action, ou dans une parole échangée.

Le Franc-maçon doit avoir l’espérance d’un monde nouveau. Cette espérance est constituée de sa conviction que ce monde est possible. Elle implique une vision positive de la vie, dont le facteur principal  est sa foi en l’Homme et dans sa vision qui dit que, par nature, l’Homme peut changer et s’adapter à des buts plus précis qu’à ses intérêts égoïstes. L’Homme est toujours l’auteur de lui-même. Il n’est pas figé. Cela inscrit l’espoir et des perspectives d’évolution. Cette espérance est Humaniste et trouve son existence dans la relation humaine. Elle se construit dans la fragilité de nos vies, avec nos tâtonnements, nos doutes, nos faiblesses, comme une petite lumière dans la nuit, comme une sorte de confiance qui se cherche. Et si l’on décidait de croire que l’étranger est un ami dont on n’a pas encore fait la connaissance ? Ne croyez-vous pas que beaucoup de choses changeraient ? L’amitié est une manière de transformer modestement le monde à sa mesure, mais une mesure à peu près à notre portée.

Dans ce monde d’efficacité et de performance, habité par l’illusion que tout problème doit nécessairement avoir une solution, il me paraît également important de donner une autre dimension à la vie : celle de sa fragilité, de ses doutes, de ses  hésitations, par lesquels on peut se montrer plus ouvert aux autres que ceux dont les convictions sont habitées par des dogmes inébranlables et souvent prétentieusement exclusifs. Oui il y a une dimension positive du regard qui cherche, de l’esprit qui questionne, une dimension spirituelle humaine dont nous faisons peut-être fi trop souvent, mais qui, pourtant, est caractéristique de l’Homme. C’est notre mission de tendre la main aux Hommes pour aller au-devant des lendemains qui seront ce que nous en ferons.

Alors pourquoi pas une année maçonnique de la solidarité avec des actions soutenues officiellement, des prises de parole dans les canaux de communication d’aujourd’hui, capables en quelques secondes d’atteindre des milliards de gens dans tous les coins de la planète ;

Inventons une nouvelle dynamique radicalement neuve, c’est-à-dire dégagée des vieux schémas et des vieux présupposés, mais capables de reprendre à son compte non seulement les messages de JAURES, les intuitions de MARX, les analyses de KEYNES mais aussi le message libéral qui fonda « l’Acte de 1789 » liberté individuelle, diversité, pluralité.

Oui, la lumière doit venir de ceux qui pensent, qui savent et qui veulent un monde meilleur pour leurs semblables. A nous l’humanisme de résistance, l’obligation faite de solidarité entre tous, les valeurs d’équité. A nous de montrer un visage différent, celui de la raison, de la vision, de la construction, celui d’idéalistes qui travaillent depuis des siècles à l’amélioration de l’homme et de la société.

Mes  sœurs et frères soyons maçons, c’est peut-être le moment de bâtir un monde nouveau conforme à notre idéal…..

Alain Fumaz

1er Grand Maître Adjoint du GODF

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Circulation de la Lumière … 27 octobre, 2019

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Circulation de la Lumière

Publié le 26 septembre 2016 par Gérard Baudou-Platon

Circulation de la Lumière en Loge

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Toute maçonnerie trouve sa justification dans la construction d’un monde harmonique …. Un monde qui respecterait des lois que l’on qualifierait d’universelles … un monde où les idées et les actes seraient conformes aux règles posées selon des voies qui ne nous sont pas connus et qui, pourtant, orchestrent tout …

Toni Ceron[v] formulera d’une autre manière ce désarroi de tout être face à la justification de sa propre destinée  … « notre absolue impuissance devant la Gnose est la seule Porte qui peut nous ouvrir aux processus vitaux de la grande Pyramide, à la mortification, à la genèse du Grand Œuvre … Seul ce sacrifice, ce broyage intérieur conscient et responsable du moi septuple, du moi entier … l’intérieur et le supérieur … cette impuissance fondamentale … cette innocence des premiers jours est acceptée par la Lumière des lumières, la Gnose  … il s’agit, alors d’être élève d’un apprentissage qui confesse intérieurement son propre état, qui accepte, maintenant ce qu’il est sans duplicité !!!! … les 33 vertèbres de sa forme animale s’apaisent, alors, sans forcer … une nouvelle colonne va pouvoir s’ériger … le vieux serpent de feu, la vieille colonne de mercure se posent afin de laisser l’intelligence, la lumière du nouveau matin circuler dans ce vieux corps moribond » …

Homme connais-toi, toi-même !!!!

Notre Rituel nous invite à nous souvenir … de notre source  !!!!

«  ….. Il est une Force qui ne cesse de pénétrer tout ce qui vit, et par laquelle toute Lumière trouve l’aliment qui lui est propre. »

Les éléments de notre réflexion étant posés ….

distrilum-00Le frère ou la sœur dans l’état d’esprit décrit ci-dessus ayant choisi son véhicule d’accès à la connaissance … la franc-maçonnerie et notamment la nôtre …. s’avancera sur le parvis du temple … puis pénétrant dans celui-ci … son espace sera empli de symboles vivants lesquels animés selon leurs rôles et fonctions par une rituélie appropriée  amènera à sa conscience une substantifique information … cette information … il devra l’ingérer … en comprendre sa raison dans le cheminement de sa vie  … et surtout elle facilitera le déploiement de champs successifs de conscience  ….

Ainsi la rituélie l’enveloppera d’un égrégore approprié au voyage initiatique … il sera invité à se mettre dans un état méditatif le plus parfait ….

1 : Nous appellerons ce stade … celui du Plan de Conscience Primordiale
distrilum-01aNous sommes, alors, dans des plans non manifestés mais bien présent … structurellement actif … dans le subtil et dans un espace encore occulte (ce sera le plan Monadique des Orientaux)  … Ce stade est représenté par le Naos … Seule la lumière éternelle est présente au centre du triangle …

Jusqu’à maintenant ce plan était le domaine réservé des occultistes.

Voilà posé le problème de nos origines, de l’origine de toute chose, les principes et les ressorts de la création du monde manifesté et notamment de la vie …

«  ….. Il est une Force qui ne cesse de pénétrer tout ce qui vit, et par laquelle toute Lumière trouve l’aliment qui lui est propre. »

Voilà qu’apparait la lumière primordiale unique … blanche enfermant en elle les 7 couleurs
de l’arc en ciel et pourtant son existence rassemble toutes les forces pénétrantes et agissantes … et à partir d’elles … tout devient possible

Le 21ième Siècle sera spirituel ou ne sera point (André Malraux dixit) … indiquent, en cela, que rationalisme et métaphysique doivent se rencontrer. Des avancées considérables en matière de physique et notamment avec la formation de nouvelles sciences associées à la « Physique Quantique » la relation entre « Science et spiritualité » émergent curieusement et rendent évident ce lien. De quoi réconcilier Scientifiques et Hermétistes ? … rien n’est moins sûr, encore et pourtant les deux rives de la connaissance … se rejoignent en une « Terre » ou l’unité fait loi

Ervin Laszlo, Philosophe & Scientifique, dans son livre « Science et Champ Akashique » nous rappelle ceci :

« Bien que l’on ait encore beaucoup à découvrir sur le vide quantique, il est, déjà, clair qu’il s’agit d’un médium cosmique super-dense qui transporte la lumière et toutes les forces universelles de la nature. Les ondes de pression peuvent s’y propager et ainsi traverser l’univers d’un bout à l’autre. C’est du moins ce qu’avance le physicien mathématicien Hartmut Muller, selon qui la dimension observée de tout objet, des atomes aux galaxies, est déterminée par l’interaction des ondes de pression qui se propagent dans le vide …. Étant donné que l’univers est fini, une fois rendues au « point dimensionnel critique les ondes se superposent et créent des ondes statiques durables. Ces ondes déterminent les interactions physiques en établissant la valeur des forces gravitationnelles et électromagnétiques, ainsi que des forces nucléaires fortes ou faible. Par résonance, ces ondes amplifient certaines vibrations et en restreignent d’autres. Elles sont donc responsables de la distribution de la matière partout dans le cosmos. Tous les processus ont un rythme interne propre qui dépend de leur résonance avec les ondes statiques du vide. Muller conclut que le vide est un arrière-plan cosmique ultrafaible qui agit tel un « champ morphogénétique » …

Alors, de récentes découvertes viennent confirmer la présence d’ondes de pression dans le vide. Les astronomes de l’observatoire Chandra-X-Ray de la NASA ont décelé une telle onde engendrée par le « trou-noir » supermassif se trouvant dans la constellation de Persée à quelques 250 millions d’années-lumière de la Terre. Cette onde de pression provenant du vide se traduit musicalement par un Si bémol[i]. IL s’agit d’une vraie note qui se déplace dans le vide depuis 2,5 milliards d’années et que notre système auditif ne peut entendre vu que sa fréquence se situe 57 octaves sous le Do central d’un piano …

Un champ qui transporte la lumière (ou des ondes de photons) et des ondes de pression dense, et qui, par ailleurs, remplace l’énergie perdue par les atomes et les systèmes solaires n’est pas du tout une entité théorique et abstraite … »

Erwin Laszlo ajoute « Ainsi le vide quantique transporte lumière, énergie, pression et son. Se pourrait-il aussi qu’il soit doté d’une autre propriété lui permettant de mettre en corrélation des évènements distants et séparés ? Qu’il crée les corrélations assurant l’incroyable cohérence des quanta, de l’organisme, de la conscience et de l’univers tout entier ? »

Le doute que le mystérieux champ mettant en en jeux des corrélations de transcendance spatio-temporelle dans le cosmos et la conscience  soit un champ d’in-formation situé au cœur même du cosmos est confirmé : « le champ du point zéro » du vide quantique est non seulement un champ énergétique « super-dense » mais il est un champ d’’in-formation « super-riche » … il est la mémoire holographique de l’univers …

En une phrase simple: Il (le vide quantique) contient de l’Information (ou de l’in-formation) c’est-à-dire des règles et des données nécessaires à la formation de l’univers dans son unité et dans ses parties !!!!

Ainsi la lumière éternelle (Lumière centrale) est-elle posée opportunément sur le triangle du Naos. Elle seule représente la nature réelle et subtile de toute chose dans état existant avant apparition de toute manifestation

2 : Dès lors, notre rituelie annonce un deuxième plan qui va naître de la propagation de la lumière universelle  … Le maître de cérémonie va recueillir les éléments nécessaires à la poursuite de l’ouverture de canaux de communication avec les énergies fondatrices  … Cela se traduit par la distrilum-02figuration d’un lien lumineux entre la flamme éternelle et une des étoiles du flambeau du Vénérable …

Le Maitre des Cérémonies tel l’Hermès  apporte la lumière au Vénérable Maître … ainsi le plan primordial … permet une première manifestation  … celle de mettre en jeu les premières fonctions nécessaires à la production de toutes manifestations … (nous sommes là sur le plan de la manifestation dans le sous plan trinitaire des déclinaisons fonctionnelles du Naos)

  • Le Vénérable Maître allume, alors, une étoile et pas n’importe la quelle avec un boutefeu allumé à la flamme éternelle … celle qui a la position centrale de son candélabre car elle est bien la réplication, à ce stade de la flamme primordiale …  mais déjà transposée dans un espace qui va se manifester du fait de la mise en œuvre des 3 premiers attributs

(Triangle équilatéral dont la symbolique rappelle les trois plans devant être présents avant toutes choses et avec toutes choses :  le plan Atmique[ii] où Volonté, le plan Bouddhique[iii] ou Amour-Sagesse et enfin le plan Manasique[iv] ou Intelligence-Action )

…. Dès lors apparait le mouvement … nécessaire à tout acte opératif  (effet miroir entre les mondes)

  • Mise en lumière des 3 premiers attributs à la position centrale du candélabre du Vénérable Maître

distrilum-03A : le premier surveillant allume son flambeau à la position centrale du candélabre du Vénérable Maître … dans le silence (ce qui va être actif de façon opérationnelle se nourrit ou se met en résonance vibratoirement avec la lumière primordiale)  … puis rejoint sa place

B : le second surveillant allume son flambeau à la position centrale du candélabre du VM … dans le silence (ce qui se prépare en vue d’être actif de façon opérationnelle se nourrit ou se met en résonance vibratoirement avec la lumière primordiale))  … puis rejoint sa place

C : le Scribe allume son flambeau à la flamme centrale … dans le silence (l’ensemble y compris la mémoire et la conscience s’éveille et se met en résonance vibratoirement avec la lumière primordiale … le lien avec l’Akasha doit être constitué et opérationnel))  … puis rejoint sa place

Ainsi, la flamme centrale, vient adombrer la loge de ses principes moteurs et opère un transfert équationnel ….

(Sur le plan symbolique apparait les premiers éléments d’un Carré long (Occident, Septentrion, diagonale NE-SO)

distrilum-04aCela fait le Vénérable Maître allume les deux autres étoiles de son candélabre (le Vénérable Maître devient alors la clef de voute … de ce qui va se mettre en place

… à ce moment, et à ce moment là seulement apparait le premier triangle opératif dans le monde manifesté

Nous parlons ici du Triangle (72-36-72): Second Surveillant – VM – Premier distrilum-05surveillant …. (Lequel aura son « répondant » Orateur – Couvreur – Scribe (nous remarquerons que dans ce deuxième triangle seul le Scribe est porteur de lumière) …. Et cela est logique car la lumière adombre tous les espaces … Eclairé par elle, l’Orateur représente bien, maintenant, celui qui fait respecter la loi et les processus d’organisation et d’Harmonie. Le Couvreur est bien, aussi, celui qui est dépositaire du passé et de l’histoire de la loge dans sa dimension « la plus inspirée » tant il est vrai que bien que surgi du Passé … il régule le présent dans ses flux et participe de l’avenir par sa sagesse 

…. Le monde, que nous venons de décrire, n’est pas encore tout à fait maçonnique (car en effet ce que nous venons de dire n’est pas vu comme cela seulement en Maçonnerie … on le trouve dans bien des décodages extrême orientaux notamment) … Le Monde Maçonnique est en cours de gestation (il sera, en effet, maçonnique seulement lorsque les joyaux de la loge seront en place.)

3 : Ce mouvement qui commence à se manifester dans la création, sur le plan opératif, ne peut être mis en œuvre que si l’esprit domine la volonté d’action distrilum-06et celle-ci doit être éclairée/illuminée par les trois piliers du temple (ou Petites lumières) … c’est le 3ième plan nécessaire afin que tout acte soit juste, harmonique et conforme à la loi de Maat

Notre temple et ceux qui s’y rassemblent seront sous l’influence de la « Sagesse », de la « Force » et de la « Beauté »

Le Vénérable Maître en Chaire descend de l’Orient. L’expert vient se placer à l’orient pour en garder fermement l’entrée …

Le Vénérable Maitre en Chaire allume son boutefeu à la lumière éternelle puis se dirige vers la colonne « Sagesse » l’autre

  • Sagesse,

Le VÉNÉRABLE MAITRE

« Mes sœurs et mes frères, les fondations de notre Temple sont posées, ce Lieu est saint, et notre œuvre séculaire peut reprendre son cours ….

….. Selon l’antique prophétie d’Hermès, voici que l’Égypte est devenue veuve et d’hommes et de Dieux. Mais nous, Vrais & Anciens Maçons de la Terre d’Égypte, nous conservons précieusement et maintenons le dépôt de la terre de Memphis.

C’est pourquoi, Seigneur de vérité, que tous les hommes connaissent sous tant de nom divers, …

  • Toi qui es pour nous l’Architecte Suprême de tous les Mondes …..
  • Toi qui as dit « J’ai créé toutes les formes avec ma Parole, alors qu’il n’y avait encore ni Ciel ni Terre »

… reçois en cet instant nos hommages. Éclaire nos travaux et dissipe les Ténèbres qui voilent Ta Vérité, afin que se révèlent à nous les Plans Parfaits de Ta Sagesse Éternelle gouvernant tous les Mondes »

Le PREMIER SURVEILLANT

« Toi qui a dit: « Je suis la source des existences et de tous les Êtres, je suis hier & je connais demain ……  » Salut à toi !! »

Le SECOND SURVEILLANT

« Toi qui a dit « Je suis l’Éternité, le Monde, le Temps, le Devenir, j’ai pour essence le Bien, le Beau, le Bon, le Véridique ….  » salut à Toi !!!! »

  • Force,

Le VÉNÉRABLE MAITRE

« Salut à Toi, Seigneur de l’Éternité, dont les Noms sont multiples et les formes mystérieuses ! Soutiens ce Temple par Ta FORCE, connue des seuls enfants de la Lumière » …..

Le PREMIER SURVEILLANT

.. « OSIRIS à la robe de Lumière, couleur du Principe éternellement pur, nous célébrons Ton Harmonie suprême, à laquelle nous espérons participer dans l’AMENTI. »

  • Beauté,

Le VÉNÉRABLE MAITRE

« ISIS qui sait rassembler la Parole Sacrée, la maintenir en son ordre et la communiquer aux Initiés, Toi qui les habitues à persister dans les Saintes Pratiques, dont la fin est d’obtenir la Connaissance de l’Être Premier et Souverain, accessible à la seule intelligence, les enfants de l’Art Royal saluent ici Ta BEAUTÉ Ineffable » …

Le SECOND SURVEILLANT

« ISIS, Divine Mère, au Voile teint des Couleurs innombrables du Monde, nous communions tous en la compréhension du Mystère que Tu as révélé aux Hommes » …

Lors de l’allumage des chacune des colonnes le Maître des Cérémonie devance le Vénérable Maître, se met à l’ordre de sa fonction et  frappe de façon énergique le sol avec son bâton lorsque l’étoile est allumée.

Cette frappe énergique ancre opérativement les forces de production du monde manifesté ….  sur le plan symbolique apparaissent les éléments suivants d’un Carré long (Sud-midi, Occident, diagonale NW-SE) … l’ensemble formant un réceptacle de la lumière d’Orient….

Pour mémoire, La Colonne corinthienne (H=10D) est celle de la Sagesse, la Colonne dorique (H=8D) est celle de la Force et la Colonne ionique (H=9D) est celle de la Beauté. La somme des trois nombres donne vingt-sept : Nombre de l’Univers.

 Il sera aisé de constater que les deux diagonales des deux « carrés long » se coupent très exactement à la position du Naos …. Exactement comme les diagonales du Carré long formées par la pose des phylactères lors de la sacralisation d’un temple qui permettent la pose de la Pierre Cubique à pointe !!!

4 : la sacralisation de tout action se confirmera par la cérémonie des parfums par le Vénérable Maître.

distrilum-07Celui-ci se place entre les colonnes « Force » et « Beauté » … avance vers le Naos. Il est dos à l’Occident  puis …..

(met l’encens dans le brûle parfum) « Que ce parfum de suave odeur apaise nos âmes, (met l’encens dans le brûle parfum) atténue nos passions, (met l’encens dans le brûle parfum) et qu’il nous rende fraternel les uns pour les autres en élevant nos esprits et nos cœurs. »

Le brule parfum est placé à la pointe Occidentale du Naos … il repend sa subtile essence issue du monde divin modestement déjà décrit … il en imprègne tout espace de toute vie avant que ne se précise l’espace-temps opératif choisi par nos frères et sœurs pour œuvrer dans la matière

5 : La franc-maçonnerie est un sous-ensemble de l’humanité au service de cette harmonie universelle … elle vient jouer son rôle selon des règles et des principes distrilum-08qui lui sont propres au travers des outils de la manifestation que nous avons tous acceptés …. Et que nous nommons « Les trois grandes lumières » de la maçonnerie c’est-à-dire Equerre, Compas et la règle … lesquelles sont enlacés selon une symbolique particulière attaché au grade travaillé et propre à notre Rite …. Ces lumières ne sont pas d’ordre physique mais elles pointent sur une référence absolue en matière de pratique opérative !! (D’où leur empreint à la franc-maçonnerie de métier)

Nous noterons, que c’est à partir de ce moment qu’une loge devient clairement maçonnique et investie d’une mission pour le moins humaniste et, pour le mieux, dispensatrice de connaissance  … avec la totalité de ses « moyens » visibles ou invisibles …

Au moment où tous les joyaux de la loge sont enlacés le Delta Lumineux (36°108°36°) delta3610836as’éclaire …. 108° correspondront aux 108 rayons qui adombrent nos trois mondes à partir du plan Divin …  Dans nos Rites nous trouverons au centre « l’œil d’Horus » … 108 un clin d’œil sans doute aux 108 grains du « malla » dont la maitrise totale signifie « Eveil »

Dans d’autres le Nom ineffable « Iod He Vav He » … dans d’autre, encore, « un Point » …   Les travaux sont, alors, sous les meilleurs auspices

6 : Pour être complet dans le champ maçonnique … un autre élément important doit figurer :

naosextraitTout ce qui a été dit est peut-être d’un intellectualisme contestable mais souvenons-nous, nous sommes à ce stade des constructeurs !!!! … il nous manque les plans de l’architecture que nous construisons grâce au « formatage » que nous avons reçu en héritage par la structure linguistique de note ADN et les états de conscience transmis ….   Ces plans qui doivent guider les apprentis, Compagnons et Maître … doivent être mis dans une crypte … sous le pavé mosaïque …. Car ils ne peuventkeops-plan-001 pas être lu par le monde profane mais aussi par les frères et sœurs qui n’auraient pas, eux, fait l’effort de les découvrir, tel des spéléologues de la conscience intérieure …

Dans notre Rite : Nous ferons figurer un dessin d’architecte représentant une pyramide ….  Symbole s’il en est du lien fort et puissance entre Science et ésotérisme

Seule sera mise et à ce stade, en apparence la patente de Loge

Clôture des travaux 

… la fermeture des travaux se fera par le processus inverse ….

La loge ayant opéré son travail … le frère ou la sœur œuvrera dans le monde profane selon les connaissances nouvelles acquises … ainsi, transforme t’il le monde selon son état de conscience …

Dernière remarque

S’agissant des étoiles du temple nous retrouverons l’ennéade qui caractérise le temple symbolique …. Car nous avons réalisé l’équation 1 + 9 … le Un étant symbole de l’origine de tout monde manifesté (lumière éternelle) …  et le nombre 9  (3 pour le VM, 3 Scribe, Second Surv, Premier Surv, 3 Sagesse, Force, Beauté) … ainsi l’ennéade procède bien de l’Unité

Ennéade … qui comme le savent les frères et sœurs maçons du monde entier guide nos pas tout le long de nos échelles maçonniques …

Gérard Baudou-Platon

 

 

[i] L’on retrouvera sur ce thème de la musique des sphères de nombreux auteurs en particulier :

Aristote & Aristoxène qui établiront une première correspondance entre les planètes et des notes de musique

(Lune : « Ré », Mercure : « Do », Vénus : « Si bémol », Soleil : « La », Mars : « Sol », Jupiter : « Fa », Saturne : « Mi »)

  • Dans la famille des Pythagoriciens … Philolaos de Crotone, Platon, Ptolémée … auront leurs correspondances
  • De même au moyen âge avec les Néo-Platonicien (Plotin, Boèce …) & Copernic
  • Ensuite Kepler
  • Enfin, les temps modernes avec les Radiosources

[ii] Considération sur le plan Atmique … à rapprocher du Sanscrit « Âtma » … selon le dictionnaire de la Sagesse Orientale (Robert Laffont) … l’ÂtmaBoddha, littéralement « Connaissance de Soi » … le court mais important traité de l’Advaïta-Védenta, attribué à Shankara et régulièrement cité dans la littérature de cette philosophie, les 68 Sloka (vers) de l’œuvre traitent des principaux sujets important de l’indouïsme : Âtman, Brahman, l’effacement de da Brahman derrière les formes du monde sensible, ainsi que les méthodes qui mèment à la connaissance de Soi et à la délivrance

Âtman : Terme désignant, selon la conception hindouiste, le soi véritable et immortel de l’homme, ce que l’Occident appelle « l’âme » … spectateur impartial du « Jîva » .. il se situe, au-delà, du corps et de la pensée … conscience absolue …. Le Bouddhisme nie en revanche l’existence d’Atman …

JÎva :   « Vivre » … être vivant incarné … Le Soi incarné s’identifie à un corps, une pensée  … devenu égo, il se crée l’illusion d’une individualité et d’une causalité et s’enchaine ainsi au cycle de la naissance et de la mort …

 

[iii] Plan Bouddhique … à rapprocher de : le Bouddha considère que la vie est éphémère (Anitya), impersonnelle (Anâtman, Skandha) et donc douloureuse (Duhkha). La prise de conscience de ces Trois caractéristiques de l’existence (Trilakshana) marque le début du cheminement Bouddhique. La souffrance est le résultat du désir (Trishna) dont la disparition entraine la délivrance du Samsarâ …. Le Bouddhisme explique cet enchainement des êtres aux cycles des renaissances par la chaîne de production conditionnée (Pratîtya_Samutpada) …. La fin de ce cycle correspond à la réalisation du Nirvâna. Le Chemin pour y parvenir conformément aux quatre nobles vérités est le sentier Octuple qui enseigne la moralité (Shîla), la méditation (Samadhi, Dhyana), la sagesse et la connaissance (Prajnâ) ….

 

[iv] Plan Manasique …. Vient de Manas terme sanscrit ….

Pour les Hindous = Capacité de réflexion partie de l’Antahkarana, l’organe interne. Grace à Manas, nous recevons les impressions du monde extérieur qui dont soumise à la buddhi … manas nous incite au doute, nous aide à prendre des décisions et à changer nos désirs en actes …

Buddhi : composante de l’Antahkarana permettant de classifier les impressions sensibles grâce à sa capacité de discrimination …. Instrument inanimé qui, avec l’aide de l’intelligence et la connaissance de l’Âtman, développe toutes les facultés de l’homme jusqu’à l’intuition

Pour le bouddhisme : Esprit, intelligence. Manas désigne au sens le plus large l’ensemble des facultés et des activités intellectuelles, le fonctionnement intellectuel de la conscience.

Dernière des 6 bases (L’œil, l’Oreille, le Nez, la Langue, le Corps et l’Esprit), Manas en est là 6ième base et constitue le fondement de toutes activités psychiques  …. En tant que facultés de pensée, manas est considérée comme un sens supplémentaire adapté aux objets rationnels comme l’œil l’est aux objets visuels

Manas constitue le 7ième des 8 variétés de conscience

[v] Toni Ceron … Sphinx – Grande Pyramide – Alchimie Intérieure – Éditions du Col du Feu  –

Circulation de la Lumière ... dans Chaine d'union

A propos Gérard Baudou-Platon

Gérard Baudou-Platon Président du Souverain Sanctuaire Khorshed de l’Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm. Mes Formations philosophiques: Mathématiques, Physiques, Sciences de la vie, Bouddhisme, Taoïsme, Gnosticisme et Rose-Croix … Président du Centre d’étude sur les Civilisations Anciennes et Traditionnelles Sur le plan Profane: Ancien fonctionnaire de l’Administration des Postes, Télécommunications et de l’Espace (Administration Centrale) Ancien Chef de Service au GIE Caisse des Dépôts et Consignations et de la Caisse d’épargne de l’écureuil Ex Président de l’Association l’Albatros (Service aux personnes handicapées) Mes axes de compétences: Les Systèmes d’Information, l’Organisation des Entreprises , le Télétravail

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Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel 1 (première partie) par Jean Pierre-Bonnerot 3 septembre, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 22 janvier 2016

Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel 1 (première partie) par Jean Pierre-Bonnerot

A Déodat Roché qui dans les sphères de l’au-delà

poursuit le cheminement spirituel si pur, qu’il manifesta

par le témoignage de sa vie.

In mémoriam

Le Catharisme se veut et se trouve être la religion de salut fondée sur le Nouveau Testament. Il apparaît dans l’histoire comme l’une des manifestations du courant gnostique chrétien qui, sans chercher à s’opposer à l’Église Romaine, tente de demeurer fidèle aux exigences du christianisme primitif, pour apporter aux hommes ce que les Églises Apostoliques n’avaient voulu ou su offrir à leurs fidèles, dans l’application de la doctrine.

La prise en compte du salut de Lucifer et la responsabilité de l’homme dans la transfiguration du Cosmos (1) est l’une des nombreuses prises de conscience de la pensée cathare. Il en est de nombreuses autres, qu’à l’occasion d’une série d’articles nous aborderons, choisissant d’évoquer présentement la théologie du Baptême dans l’Esprit Saint et le Feu, parce que les Églises chrétiennes n’en perçurent pas l’importance.

Pour pallier cette carence, le Catharisme a mis en place le Consolamentum et érigé une théologie spirituelle inhérente à ce rite, – à ce sacrement ! – et qui prend pour base les écrits du Nouveau Testament et la Foi des Pères de l’Église Primitive.

L’oeuvre n’est pas polémique ; les Cathares n’ont-ils pas offerts à l’histoire une leçon d’amour et de non-violence lorsqu’à l’inverse un Dominique sera canonisé pour son zèle ? et cet ensemble d’articles n’a point pour vocation de solliciter une réhabilitation car la force des armes physiques ne saurait corrompre ou souiller la Foi des Purs. Les calomnies et les mensonges ne peuvent modifier une doctrine qui n’a besoin de personne pour se justifier. Notre tentative est bien autre. Diffamé, le Catharisme dans ses fondements chrétiens n’a pas toujours eu des docteurs pour la présenter et sans prétendre être l’un d’eux, nous nous devons par contre, comme historien des idées, de révéler ce qui fut caché : la pleine orthodoxie de la doctrine cathare, puisque, comme le rappelle Maurice Magre :

« Le silence est l’arme la plus puissante du mal » (2)

*

* *

La doctrine des trois Baptêmes des trois naissances et des trois morts

« Or un homme d’entre les Pharisiens qui s’appelait Nicodème et magistrat des Juifs, vint vers lui la nuit et lui dit : Rabbi, nous voyons bien que tu es un docteur venu de la part de Dieu ; car nul ne saurait opérer les prodiges que tu fais, si Dieu n’était avec lui.

– En vérité, en vérité je te le dis, répliqua Jésus, à moins de renaître, nul ne saurait voir le Royaume de Dieu.

– Mais, objecta Nicodème, comment un homme déjà âgé peut-il renaître ? peut-il rentrer dans le ventre de sa mère pour recommencer une nouvelle naissance ?

– En vérité, en vérité, je te le dis, reprit Jésus, si quelqu’un ne naît de l’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; il faut naître de l’esprit pour être esprit. Ne sois donc pas si stupéfait que j’aie dit : Il vous faut renaître ! » (Jean III, 1-9).

Naître de l’eau et de l’Esprit ! Dans le cadre de l’Église Primitive, le baptême d’eau était le baptême de repentance prêché par Jean le Baptiste par cette voix qui crie dans le désert : « Redressez le chemin du Seigneur » (Jean I, 23) ; mais cette cérémonie préparait à un autre baptême aux tout autres vertus et, lorsque Jean verra venir Jésus vers lui, ne s’écrira-t-il pas :

« Voici venir l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde, dit-il, celui dont j’ai prêché : “Derrière moi vient quelqu’un qui est mon aîné et mon supérieur”. Je ne le connaissais pas mais celui qui m’a donné mission de baptiser dans l’eau m’a dit : “L’homme sur lequel tu verras l’Esprit descendre d’en haut et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint. Or j’ai vu et je rends donc témoignage que celui-là est le Fils de Dieu” ». (Jean I, 29-32).

À propos de Jésus qui baptise dans l’Esprit Saint, il est rapporté dans deux des Synoptiques, cette phrase de Jean le Baptiste :  « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le Feu » (Matthieu, III, 11 et Luc III, 16). Cette phrase relie le baptême dans l’Esprit Saint au baptême dans le Feu de telle sorte qu’il ne s’agit que d’un seul sacrement de régénération par le Christ. Si donc l’Eglise a envisagé le baptême de Feu comme étant celui du martyre, il conviendrait mieux de le considérer – et nous le prouverons – comme le baptême de Désir, au sens le plus spirituel du terme.

Avant d’aller plus outre, réfléchissons un instant sur l’emploi des mots « eau et Esprit » dans l’entretien de Jésus avec Nicodème.

« [Dans le Principe] Élohim créa les cieux et la terre. La terre était déserte et vide. Il y avait des ténèbres au-dessus de l’abîme et l’esprit d’Élohim planait au-dessus des eaux » (Genèse I, 1-3)

Rachi en son Commentaire du Pentateuque écrit à l’égard de ce verset 2 :

« Le souffle de Dieu planait. Le trône de la Majesté Divine se tenait dans les airs et planait à la surface des eaux, par la seule force du souffle de la parole du Saint Béni-soit-Il et par Son ordre. Telle une colombe qui plane sur son nid » (3).

Or, l’Esprit Saint qui planait sur les surfaces des eaux, ne va-t-il pas planer de nouveau sous forme d’une colombe au-dessus de Jésus-Christ lors du baptême par Jean ?

Il convient de rapprocher Genèse I, 2 du Psaume XXXIII 6-8 :

« Par la parole de Iahvé les cieux ont été faits et par le souffle de sa bouche toute leur armée. Il rassemble, comme dans une outre, les eaux de la mer, il met les flots dans des réservoirs ».

L’Esprit et l’eau précèdent la création originelle qui s’achève « provisoirement » avec la création de l’homme devenu une âme vivante. Avec la chute, la création est entravée dans son devenir originel, et il convient que l’homme soit restauré dans sa condition première pour permettre la délivrance de la nature assujettie à la vanité : sur ce point, nous renvoyons le lecteur intéressé à notre étude sur Satan.

Pour permettre à l’homme de retrouver sa condition première, l’Esprit et l’eau vont de nouveau être présents dans le cadre du Baptême qui lavera la faute originelle, et ce sacrement sera instauré et actualisé lors du baptême de Jésus par Jean : ce rite est une nouvelle création en ce fait qu’il débouche pour l’homme vers une nouvelle naissance à Dieu.

Grégoire de Naziance en son Homélie pour le Saint-Baptême, signale :

« Il est trois espèces de nativités reconnues par les Écritures ; la première est corporelle, la deuxième vient du baptême et la troisième procède de la résurrection… toutes ces formes de nativités, il est bien évident que mon Christ les a honorées ; la première par cette insufflation primordiale qui inaugure la vie physique, la deuxième par son Incarnation et le baptême qu’Il se conféra lui-même ; la troisième par l’Ascension qu’il avait lui-même prédite ; ainsi qu’il fut le premier né parmi de nombreux frères, il fut aussi jugé digne de renaître le premier d’entre les morts » (4)

Cette présence de l’Esprit Saint lors des deux premières naissances, Grégoire de Naziance la signale explicitement, elle est la condition de la restauration de l’homme dans la vie divine et Jean Scot évoque cet aspect en son Commentaire sur l’Évangile de Jean :

« La naissance selon l’esprit, celle dont le Seigneur parle maintenant en ces termes : “S’il ne naît de nouveau”. C’est par cette naissance que la nature humaine commence à retourner vers son ancienne dignité, dont elle était déchue » (5).

Dans le cadre des deux premières naissances – la troisième n’ayant pas encore eu lieu – l’eau et l’Esprit sont donc présents : « telle une colombe qui plane sur son nid ».

*

* *

L’Église enseigne en son Credo qu’il n’y a qu’un seul baptême pour la rémission des péchés mais reconnaît trois baptêmes quant à la forme.

1 le Baptême d’eau ou le baptême de repentance

2 le Baptême d’esprit ou le sacrement de la confirmation ou chrismation

3 le Baptême de Feu qui devrait être plus exactement le Baptême de Désir ou le martyre.

Origène et Ambroise de Milan quant à eux précisent qu’ils connaissent trois sortes de morts et le Maître Alexandrin explique :

Quelles sont ces trois morts ? On vit pour Dieu et on est mort au péché selon l’apôtre. Cette mort est bienheureuse : on meurt au péché. C’est de cette mort qu’est mort mon [Seigneur] : Car la mort dont il mourut fut la mort au péché. Je connais encore une autre mort par laquelle on meurt à Dieu, celle dont il s’agit dans la parole : l’âme pécheresse elle-même mourra. Je connais aussi une troisième mort, selon laquelle nous croyons communément que ceux qui ont quitté leurs corps sont morts : par exemple Adam vécut 930 ans et mourut” (6)

L’idée des trois baptêmes, des trois naissances et des trois morts est beaucoup plus complexe que l’on ne se l’imagine.

1 A propos de la mort au péché, l’homme y est appelé par le baptême et Saint Paul de s’écrier :

« Que dirions-nous alors ? Nous persisterons dans le péché pour que la grâce opère une fois de plus ! Non certes ! Nous qui sommes morts au péché comment vivons-nous encore dans le péché ? Oubliez-vous donc que tous, quand nous avons été baptisés en Christ Jésus, nous avons été plongés dans sa mort ? Oui ! par le baptême nous avons été ensevelis avec lui dans la mort : afin que comme le Christ a été ressuscité des morts par la gloire du Père, ainsi nous marchions désormais dans une vie nouvelle : car si nous avons été implantés en lui dans le symbole de sa mort, c’est pour ressusciter avec lui » (Romains VI, 1-7)

2 A propos de la mort à Dieu, il est écrit en Ezechiel XVIII, 4 :

« Voici toutes les vies sont à moi, la vie du père et la vie du fils sont à moi. La personne qui pêche c’est elle qui mourra ».

Ce verset est à rapprocher de Deutéronome XXIV, 16 : « Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils et les fils ne seront pas mis à mort pour les pères : chacun sera mis à mort pour son propre péché ».

Il importe toutefois de se souvenir des leçons du Judaïsme dans le commentaire de la Thora et Rachi commente ainsi le verset qui précède : “Chacun mourra pour son péché. Mais celui qui n’est pas encore un homme ne pourra mourir pour un péché de son père, les petits enfants peuvent mourir par le péché de leur père par décret céleste“. (7)

Le problème de la mort des enfants innocents a souvent préoccupé le Judaïsme qui à travers Deutéronome XXII, 7 : « laisse la mère, laisse-la, et les petits tu pourras les prendre; ainsi tu seras heureux et tu prolongeras tes jours » perçoit l’idée d’épreuves selon laquelle « Celui qu’il aime, l’Eternel le met à l’épreuve tel un père, le fils qui lui est cher » (Proverbes III, 12) et Rabbi Simon ben Yo’haï explique :

« Si un père perd son fils, il ne doit pas se plaindre, car c’est un signe que l’Éternel l’aime ». (8)

Il n’est pas sans intérêt d’évoquer Rachi et quelques autres maîtres du Judaïsme, cela n’est pas contraire à la réflexion philosophique du christianisme puisque dans la seconde moitié du XIIIe siècle les philosophes et les théologiens chrétiens traduisent en latin avec beaucoup de soin des passages du Talmud et de Rachi (9).

Gardons en mémoire Exode XX, 5-7 :

« Car moi, Iahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, punissant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération, pour ceux qui me haïssent, et faisant grâce jusqu’à la millième pour ceux qui m’aiment et observent mes commandements ».

Il n’y a pas de contradiction entre Deutéronome XXIV, 16 et Exode XX, 5-7 et ils ne s’opposent pas. Par ce dernier verset se dessine l’idée de communion des Saints qui sera l’un des apports les plus marquants de la théologie chrétienne. Le Zohar en son explication d’Exode XX, 5 précise à son égard :

« Et pourtant pourquoi faut-il que meurent ces malheureux enfants qui sont sans péché et sans reproche ? Où est ici le jugement juste et équitable du Maître du monde ? Si ce sont les péchés des parents qui sont cause de leur mort, alors vraiment, ils n’ont “personne pour les consoler”. Mais en vérité les larmes versées par ces “opprimés” agissent comme intercesseurs et les défenseurs pour les vivants qu’ils protègent ; et par la vertu de leur innocence, par la puissance de leur intercession, un lieu est, en son temps, préparé pour eux, auquel ne peuvent accéder ou prétendre les hommes même les plus justes, car le Saint, béni soit-Il, aime en vérité ces petits enfants d’un amour éminent et sans pareil. Il les unit à lui et tient prêt pour eux un lieu céleste tout proche de lui. C’est à leur propos qu’il est écrit : “Par la bouche des enfants et des nourrissons, Tu as fondé Ta puissance” » (Psaume XIII, 3) (10)

3 La mort « commune » qui marque la séparation de l’âme et du corps n’est pas si banale qu’on se le peut imaginer et à cet égard, Ambroise de Milan nous dit :

« La troisième tient du milieu : elle parait bonne aux justes et terrible au grand nombre ; quoiqu’elle libère tous les hommes, peu s’en réjouissent. Ce n’est pas sa faute mais celle de notre faiblesse : nous sommes captivés par les plaisirs sensuels et les délices de cette misérable vie, et nous tremblons d’arriver au bout d’une course où nous avons rencontré plus d’amertume que de plaisir. Je ne parle pas pour ces hommes saints et sages qui gémissaient sur la longueur de ce pèlerinage ; ils jugeaient meilleur d’être dessous, d’être avec le Christ, ils allaient jusqu’à maudire le jour de leur naissance comme celui qui a dit : “Périsse le jour où je suis né” ». (Job III, 3) (11).

À travers ces trois morts qu’évoquent Origène et Ambroise, il est possible de dresser une analogie avec les trois naissances qu’énonce Grégoire de Naziance et la doctrine des trois baptêmes.

1 Au Baptême de repentance ou baptême d’eau correspond la naissance selon la chair et la mort au péché ;

2 Au Baptême d’Esprit et de Feu correspond la naissance au baptême et la mort à Dieu ;

3 Au Baptême de Désir correspond la résurrection et la mort physique comme séparation de l’âme et du corps.

Existe-t-il une opposition entre ces trois formes ? Certes non ! L’ensemble de ces tris naissances et de ces morts s’inscrit dans un seul Baptême dans le cadre duquel le chrétien vit le Sacrement depuis son catéchuménat dans lequel il s’inscrit à l’occasion de sa naissance terrestre, jusqu’au stade de la rédemption que connaîtra celui qui bénéficiera de la mort physique où le corps devenu inutile et dissous laissera l’âme libre d’aller dans le Royaume de Dieu.

Il convient de renaître pour entrer dans le Royaume. Si l’Église Primitive comprit le sens de cette adresse du Christ à Nicodème – nous le verrons plus loin – les structures ecclésiales depuis de nombreux siècles choisirent de ne pas en percevoir les conséquences doctrinales et liturgiques préférant considérer cette parole du Christ comme une phrase symbolique et Jean Chrysostome à propos de son homélie sur l’entretien de Jésus avec Nicodème s’exclame, par exemple :

« Reprenons donc la suite des paroles de notre évangile. Nicodème était tombé dans des considérations terre-à-terre, il avilissait ce qu’avait dit Jésus-Christ, l’entendant d’une naissance charnelle » (12).

Nous verrons plus outre qu’il convient de ne point entendre ces termes selon un mode symbolique, que constitue la réponse de Jésus à Nicodème.

*

* *

Le Baptême d’eau ou de repentance : Première étape du Consolamentum

La préparation, l’introduction au Baptême de repentance accompli par le Baptiste passe par la conversion :

« En ces jours-là arrive Jean Baptiste, il proclame dans le désert de Judée : Convertissez-vous, le règne des cieux est proche ». (Matthieu III, 1-3)

et Jean d’ajouter à propos de ce qu’il fait :

« Moi je vous immerge dans l’eau pour la conversion ». (Matthieu III, 11)

La conversion suppose une faculté autonome de conscience qui n’appartient pas en principe à l’enfant : voilà la raison pour laquelle le Catharisme s’opposa toujours à l’administration de ce rite avant l’âge de sept ans :

« Le baptême donné aux enfants avant l’âge de sept ans ne vaut rien » (13).

Dans cette prise en compte de l’âge de sept ans, figure peut-être, sans en percevoir les motifs, l’idée de certains courants religieux chrétiens qui considèrent que l’âme ne se fixe définitivement dans le corps qu’à l’âge de sept ans, ce que le savoir populaire nomme à ce propos, l’âge de raison.

Avant d’aller plus outre, il convient, à la lumière de la Tradition, d’évoquer un certain nombre d’aspects quant à l’âme :

. l’âme préexiste-t-elle à la création du corps ?

. à quel instant l’âme s’unit-elle au corps ?

. existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps ?

. l’âme peut-elle quitter le corps et dans l’affirmative sous quelle condition ?

A/ L’Ame préexiste-t-elle à la création du corps ?

Le terme âme, apparaît pour la première fois dans la Bible, dans le cadre de la création de l’homme :

« Alors Iahvé Élohim forma l’homme, poussière provenant du sol et il insuffla en ses narines une haleine de vie et l’homme devint une âme vivante ». (Genèse II, 7)

Avant d’envisager l’exégèse chrétienne, revenons un instant au judaïsme dans le cadre du commentaire de Rachi sur le Pentateuque qui, à l’égard de ce verset écrit :

« Il l’a formé d’éléments d’ici-bas et d’éléments d’en-haut. Le corps d’en bas ; l’âme d’en-haut. Car le premier jour avait été créé les cieux et la terre. Le deuxième jour Il a dit : Que la terre ferme apparaisse ne bas. Le troisième jour Il a créé les luminaires, en haut. Le quatrième jour Il a dit : Que les eaux pullulent etc, en bas. Il fallait bien le cinquième jour achever avec le monde d’en haut et avec le monde d’en bas. Sinon il y aurait eu jalousie dans l’oeuvre de la Création, l’un des deux aurait dépassé l’autre d’une journée de création ». (14)

Ce qu’il convient de retenir c’est le principe d’alternance et de complémentarité du haut et du bas dans le plan divin de la Création. Les auteurs classiques de l’exégèse de la Thora expriment des idées originales qui méritent d’être soulignées avant d’aller plus outre à propos de ce verset :

« En recevant le souffle de vie “dans la face”, l’homme fut élevé au-dessus des créatures, au sens physique comme au sens moral. Il présente de ce fait le plus parfait contraste avec la plante. Celle-ci rivée au sol, tire la sève de sa vie des racines donc de ses extrémités inférieures. Chez l’animal le centre vital se situe au coeur, à la partie centrale du corps. Mais chez l’homme la vie est liée à l’esprit, à “la face”, à la couronne de son être. L’homme porte ses regards vers en haut, il reçoit toutes ses forces “d’en haut”, quand il espère, quand il désire, quand il pense. La vie insufflée dans la face porte l’homme et elle le soutient, si bien qu’il tombe lorsqu’il perd conscience ». (15)

Le fait qu’Adam possède une âme vivante issue du souffle de Dieu, a des raisons d’ordre mystique, il s’opère une alliance entre Iahvé Élohim et l’homme selon laquelle l’humain créé à l’image de Dieu doit tendre à Sa ressemblance et Carlo Suarès d’écrire en son Commentaire de la Genèse : La Kabbale des Kabbales au sujet de ce verset 7, à propos d’Adam :

« Il n’est pas l’aboutissement des espèces. Il est leur origine. Au verset 7 (sous l’égide de ce 7), il lui est accordé le “souffle des vivants”, et voici un Aleph dans le sang, voici un Adam “surgir vivant pour les exigences du souffle de vie » (16)

En complément à ce qui précède, l’enseignement du Zohar précise :

« Une tradition nous apprend que par la force de la volonté du Roi Suprême, un arbre puissant poussa. Il est la plus élevée de toutes les plantes d’en haut. Il embrasse les quatre points cardinaux du monde et ses racines s’étendent sur un espace de cinq cents lieues. Toutes les volontés sont suspendues à cet Arbre ; nulle volonté n’est bonne, si elle ne concorde avec celle de cet arbre. A son pied sourdent les eaux qui donnent naissance à toutes les mers. C’est de son pied que toutes les eaux créées au moment de la création se dirigent dans diverses directions ; c’est de là qu’émanent toutes les âmes du monde. Avant de descendre dans ce monde, les âmes entrent dans le Jardin ; et, en sortant, elles reçoivent sept bénédictions et sont exhortées de servir, à leur sortie du Jardin, de pères aux corps, c’est à dire de guider les corps paternellement en les maintenant dans la bonne voie ; car, quand l’image céleste, c’est à dire l’âme est sur le point de descendre en ce monde, le Saint Béni-Soit-Il, la conjure d’observer les commandements de la Loi, et de faire Sa volonté ; il lui confie en outre cent clefs, auxquelles correspondent les cent bénédictions que l’homme doit prononcer chaque jour » (17)

Nous citerons encore deux passages du Zohar qui précisent :

« Tous ceux qui conduisent les hommes dans les diverses générations existaient, en image, au ciel, avant leur venue en ce monde. La tradition nous apprend que toutes les âmes des hommes étaient déjà gravées au ciel sous la forme des corps qu’elles étaient destinées à animer, avant même leur descente ici-bas » (18)

et d’autre part :

« Remarquez que toutes les âmes dans ce monde qui sont le fruit des oeuvres du Saint Béni-Soit-Il, ne forment avant leur descente sur la terre, qu’une unité, ces âmes faisant, toutes parties d’un seul et même système. Et lorsqu’elles descendent en ce bas monde, elles se séparent en mâles et femelles ; et ce sont les mâles et les femelles qui s’unissent… Ce n’est qu’après leur descente en ce monde, qu’elles se séparent, chacune de son côté, et vont animer deux corps différents, celui d’un homme et celui d’une femme. Et c’est le Saint -Béni-Soit-Il qui les unit de nouveau ensuite, lors du mariage » (19).

Ces passages du Zohar sur la descente de l’âme sont à relier à l’affirmation de Jésus à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis ; répliqua Jésus, à moins de renaître, nul ne saurait voir le royaume de Dieu” (Jean III, 3) car il est dit encore en Jean III, 13 : “Et nul n’est monté au ciel sinon celui qui du ciel est descendu ».

Ce verset fait bien entendu appel à l’idée de la préexistence des âmes que nous allons analyser bientôt, mais aussi à celle de l’origine céleste de l’âme, article de foi que nous retrouvons dans l’Hermétisme et dans les gnoses apparentées à l’Hermétisme comme celles que manifestent des philosophes tels que Numénius, Porphyre, Jamblique, Plotin, et que l’on retrouve aussi par exemple dans les Oracles Chaldaïques. Déjà antérieurement, cette croyance figurait chez les Pythagoriciens, mais il n’est pas ici le lieu de traiter des philosophies et des gnoses païennes, c’est pourquoi, nous renvoyons le lecteur, afin d’une première approche aux tentatives de Louis Rougier et R.P. Festugière, par exemple. (20)

L’Ancien Testament possède en plusieurs versets, cette affirmation de la préexistence de l’âme :

« Avant même que je te forme dans le ventre, je te connaissais, et avant que tu sortes du sein, je t’avais consacré, je t’avais placé comme prophète pour les nations ». (Jérémie I, 5)

« J’étais un enfant d’un bon naturel, j’avais reçu en partage une âme bonne, ou plutôt, étant bon, j’étais rentré dans un corps sans souillure ». (Sagesse VIII, 19)

Le judaïsme en son orthodoxie et la doctrine kabbalistique professent la migration des âmes et le lecteur appréciera peut-être cette adresse de l’éminent professeur Gershom. G. Scholem, toutefois en pensant qu’il y a d’autres points d’accord, sans doute : « L’unique doctrine dans laquelle cathares et kabbalistes se rencontrent sur un point capital est celle de la migration des âmes ». (21)

Origène en ses Homélies sur Jérémie n’évoque présentement pas l’idée de préexistence des âmes et son exégèse du verset cité ci-dessus s’inscrit en ces termes :

« Avant de t’avoir façonné dans le ventre de ta mère je te connais, qu’ils soient dits à Jérémie ou au Sauveur, lis la Genèse, observe ce qu’il y est dit de la création du monde et tu remarqueras que l’Écriture s’exprime d’une manière très dialectique, en évitant de dire : Avant de t’avoir fiat dans le ventre de ta mère je te connais. En effet lorsque l’homme “à l’image” a été créé, “Dieu dit : Faisons un homme à notre image et à notre ressemblance”. Il n’a pas dit : Façonnons ; mais quand il a pris, “du limon de la terre”, il n’a pas “fait” l’homme, il a “façonné” l’homme et il plaça dans le paradis l’homme qu’il avait “façonné”, pour le travailler et le garder. Si tu peux, vois ce qui distingue les mots “faire” et “façonner” et pourquoi le Seigneur, s’adressant soit à Jérémie, soit au sauveur, a évité de dire : Avant de t’avoir “fait” dans le ventre de ta mère je te connais : la raison en est que ce qui a été “fait” n’est pas dans un ventre, mais c’est ce qui est façonné à partir du limon de la terre qui est créé dans un ventre » (22).

Il n’était pas sans intérêt d’évoquer cette exégèse qui dans le Peri Archon à propos de ce même verset offre l’idée complémentaire de la préexistence de l’âme :

« Le prophète Jérémie lui aussi le montre clairement : “avant d’être façonné dans le sein maternel”. Jérémie était connu de Dieu et “avant de sortir de la matrice” il a été sanctifié par Dieu et a reçu encore enfant, la grâce de la prophétie : … Il y a eu, pour ceux, dont les âmes avant de naître dans un corps avaient commis une faute dans leurs sentiments ou dans leurs mouvements, des causes antécédentes qui ont amené la divine providence à des les juger dignes de subir à bon droit cet état… Il est vraisemblable que ces mouvements sont causes de mérites avant même que les âmes agissent en ce monde ; et ainsi en fonction de ces causes ou de ces mérites, le plan de la divine providence fait qu’elles endurent du bien ou du mal aussitôt leur naissance, dirais-je, avant » (23).

Pour l’heure nous constatons le prudence d’Origène : il l’expliquera et nous le laisserons parler à propos de ce passage de Genèse XXV, 22-27 :

« Comme les fils s’entrechoquaient dans son sein, elle dit : “S’il en est ainsi, pourquoi moi ?”. Elle alla donc consulter Iahvé et Iahvé lui dit : “Deux nations sont dans ton ventre et deux peuplades de tes entrailles essaimeront : l’une des peuplades sera plus forte que l’autre et l’aîné servira le cadet !” Quand furent accomplis les jours de son enfantement, voici qu’il y avait des jumeaux dans son ventre ! Le premier sortit, il était roux, tout semblable à un manteau de poils. On l’appela du nom d’Esaü. Après cela sortit son frère. Sa main tenait le talon d’Esaü et on l’appela du nom de Jacob ».

Le rabbin Elie Munk en La voix de la Thora à l’égard du verset 22 écrit : « En tout état de cause, l’Écriture tient à nous faire comprendre que l’hostilité irréductible qui sépare les deux frères Jacob et Esaü pendant toute leur existence n’a pas son origine en des motifs de jalousie ou de rivalité politique et économique, etc., mais qu’elle remonte à des divergences congénitales de caractère qui se manifestèrent, dès avant leur naissance, dans le sein maternel ». (24)

Origène en ses Homélies sur la Genèse écrit cette prudence énoncée :

« Mais que sont ces privilèges de naissance, pourquoi Jacob a-t-il supplanté son frère, pourquoi est-il né lisse et nu, alors qu’assurément tous les deux ont été conçus, comme dit l’Apôtre, “d’un seul homme”, “Isaac notre Père”, ou bien pourquoi Esaü est-il tout entier hirsute, hérissé et pour ainsi dire recouvert de la crasse du péché et du mal, ce n’est pas mon intention de l’expliquer. Car si je veux creuser profond et, découvrir les filets d’eau vive qui se cachent, les Philistins aussitôt vont arriver et me chercher querelle, ils vont soulever contre moi disputes et chicanes et se mettre à remplir mes puits de leur terre et de leur boue. En vérité ; si ces Philistins me laissaient faire, moi aussi je m’approcherais de mon Seigneur, de mon très patient Seigneur qui dit : “Je ne repousse pas celui qui vient à moi” ; je m’approcherais, et, comme ses disciples qui lui dirent “Seigneur qui a péché, lui ou ses parents, pourqu’il soit né aveugle ?”. Je l’interrogerais moi aussi, et je lui dirais : “Seigneur qui a péché, cet Esaü ou ses parents, pour qu’il soit né de la sorte tout entier hirsute et hérissé, pour qu’il soit supplanté par son frère dans le sein de sa mère ? Mais si je fais mine d’interroger et de scruter là-dessus la parole divine, les Philistins aussitôt me cherchent noise et me chicanent. Aussi nous abandonnerons ce puits, nous l’appellerons “inimité” et nous en creuserons un autre ». (25)

Il serait loisible à l’égard de l’Ancien Testament de multiplier les exemples quant à la préexistence de l’âme et le fait vaut pour le Nouveau Testament pour lequel nous évoquerons quelques passages aussi, avant d’en venir à la façon dont les Pères de l’Église conçurent l’idée de la préexistence et de la migration des âmes.

Le lecteur garde en mémoire l’entretien de Jésus avec Nicodème évoqué dès le début de la première partie de cette étude (Jean III, 1-9).

Dans le Nouveau Testament, nous choisirons deux autres textes, l’un tiré de l’Évangile, l’autre de l’Apôtre Paul, afin de compléter ce qui précède :

« Les disciples lui demandèrent : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Élie doit venir d’abord ? Il répondit : Oui, Elie vient et il va tout rétablir, mais je vous dis qu’Elie est déjà venue et, au lieu de le reconnaître, il lui ont fait ce qu’ils ont voulu. De même ils vont aussi faire souffrir le Fils de l’Homme. Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean Baptiste » (Matthieu XVII, 10-14).

Ce passage est à relier à Luc I, 15-18 :

« Car il sera grand devant le Seigneur, il ne boira ni vin, ni rien de fermenté, il sera rempli de l’Esprit Saint dès le ventre de sa mère, et il retournera beaucoup de fils d’Israël vers le Seigneur leur Dieu. Lui-même le précèdera avec l’esprit et la puissance d’Elie ».

Pour faire corollaire à ces deux textes voici deux passages de l’Apôtre :

« Mais nous – j’entends ceux qui sont des élus conformes à la prédestination, -nous savons qu’à ceux qui aiment Dieu tout contribue à leur bien. Car ceux qu’il a prévus, semblables à l’image de son Fils, il les a prédestinés pour que son Fils fut le Premier Né d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, c’est pour les glorifier ». (Romains VIII, 28-31)

« Lorsque Rebecca, conçut deux fils jumeaux de notre père Isaac, le choix de Dieu, en se déclarant avant qu’ils fussent nés et n’eussent donc fait ni bien ni mal, manifeste bien que ce ne sont pas les oeuvres mais la volonté de dieu qui détermine son choix lorsqu’il dit à Rebecca : “Le plus grand sera le serviteur du plus petit” et de même il est écrit : “J’ai aimé Jacob et haï Esaü”. Alors nous dirons donc qu’il y a injustice de Dieu ? Non certes ! » (Romains IX, 10-15)

Origène à l’égard de ce passage aux Romains s’exclame :

« Alors, en scrutant les Ecritures avec plus de soin au sujet d’Esaü et de Jacob on trouve qu’il n’y a pas d’injustice de la part de Dieu, quand, avant leur naissance et avant qu’ils aient fait quoi que ce soit, dans cette vie évidemment, il est dit que l’aîné servira le plus jeune, et on trouve de même qu’il n’y a pas d’injustice dans le fait que Jacob ait supplanté son frère dans le sein de sa mère, si on pense qu’il a été aimé de Dieu, avec raison jusqu’à être préposé à son frère à cause des mérites d’une vie précédente, bien entendu » (26).

Le « Bien entendu » a son importance ! …

En ce qui touche Luc I, 15-18, Origène écrit sur Jean I, 21 :

« Donc si d’une part on n’ignorait pas que Jean était fils de Zacharie et si d’autre part les juifs de Jérusalem envoyaient une délégation pour demander par l’intermédiaire des Lévites et des prêtres : “Est-ce toi Elie ?” il est clair qu’ils posaient cette question parce qu’ils croyaient que la doctrine de la réincarnation était vraie, puisque conforme à la tradition de leurs pères et nullement étrangère à leur enseignement ésotérique. Jean répond donc : “Je ne suis pas Elie, parce qu’il ignore sa propre existence antérieure” ». (27)

La doctrine de la préexistence de l’âme et de la réincarnation est très ancienne et fortement présente dans la doctrine orthodoxe chrétienne et la pensée des premiers pères, comme nous allons le montrer.

A propos de la question Comment voir Dieu, Justin en son Dialogue avec Tryphon manifeste naturellement sa croyance en la réincarnation :

– « Est-ce lorsque l’âme est encore dans le corps qu’elle a besoin de Dieu ou lorsqu’elle l’a quitté ?

– Tant qu’elle est dans la forme humaine, l’âme, dis-je, peut acquérir cette vision par l’esprit ; mais c’est surtout lorsqu’elle est dégagée du corps et rendue à elle-même, qu’elle atteint ce qu’elle avait toujours désiré.

– Est-ce qu’elle s’en souvient lorsqu’elle retourne dans un homme ?

– Je crois que non, dis-je » (28)

Avant d’aller plus outre, il convient de régler un malentendu avec conséquences tragiques qui persiste depuis deux mille ans dans la philosophie chrétienne et qui aujourd’hui est encore existant chez les théologiens et les philosophes c’est l’idée de métempsychose assimilée au principe de la réincarnation, et il y a encore quelques mois nous devions expliquer la différence entre ces deux mots à un éminent philosophe chrétien, professeur titulaire de philosophie médiévale à la Sorbonne et correspondant de l’Institut, comme beaucoup d’autres, que nous admirons, sans exception, par ailleurs.

Un exemple suffira – et qui excusera les historiens des idées, contemporains : Jérôme en son Traité sur les erreurs contenues dans le Livre des Principes d’Origène écrit tout en citant ce texte d’Origène :

« Il ajoute ensuite : “A moins qu’on ne veuille donner le nom d’obscurité et de ténèbres à ce corps épais et terrestre dont nous sommes revêtus, et dans lequel nous reprendrons une nouvelle vie lorsque ce monde sera fini et qu’il nous faudra passer dans un autre monde”. N’est-ce pas là soutenir ouvertement la métempsychose de Pythagore et de Platon ? » (29)

La réincarnation est le principe selon lequel l’âme humaine après la mort passe après un stade plus ou moins long dans un autre corps humain. La métempsychose est une idée selon laquelle l’âme au cours de sa migration s’incarne dans une corporéité appartenant à un stade différent de la nature pouvant ainsi passer du minéral, au végétal, puis de l’animal à l’humain selon le principe d’une évolution des divers stades de la nature et une purification progressive de l’âme en migration.

Le propos de Jérôme est impropre : jamais Origène n’a envisagé ou adhéré à l’idée de la métempsychose et si Grégoire de Nysse adhère au principe de la réincarnation – nous allons le percevoir bientôt – il condamne la métempsychose :

« Les tenants de la première hypothèse, ceux qui soutiennent qu’avant de venir vivre dans un corps les âmes se trouvent dans une sorte de cité, ne se sont pas purifiés, me semble-t-il, des doctrines grecques, des fables sur la métempsychose. Un examen fera apparaître que cette idée se laisse entraîner, de toute nécessité, jusqu’à cette affirmation que la tradition prête à l’un de leurs sages : le même individu est homme, passe dans un corps de femme, vole avec les oiseaux, devient arbuste, vit enfin dans les eaux. Ah certes, il n’est pas loin de la vérité, s’il parlait de lui ! Réellement une telle doctrine est bien digne du bavardage des grenouilles ou des geais, de l’intelligence des poissons ou de l’insensibilité des chênes ». (30)

Deux remarques, en matière de réincarnation, l’âme n’a pas de sexe, mais se réincarne toujours sur le même plan : humain ; d’autre part la métempsychose ne connaît pas de phénomène d’involution et l’on passe des règnes dits les moins subtils au règne humain par évolution et selon la même progression.

Origène condamne la métempsychose au profit de la réincarnation. Évoquant le Traité sur la Prière ce texte du maître Alexandrin :

« Enfin si vous voulez revivre, vous le demandez à nouveau, vous méprisez ce que vous avez désiré et vous recherchez la nourriture céleste et ce qui est beau ». (31)

Cécile Blanc en son introduction au Commentaire sur Saint Jean écrit : “Faut-il pour concilier ce texte avec les précédents, admettre avec F.H. Kettler, une réincarnation mitigée, jamais dans des corps d’animaux…” (32)

Revenons maintenant aux textes de Matthieu et Luc. À cet égard, Origène et dans le cadre de son Commentaire sur Jean, écrit :

« À ce propos, il faudra examiner ce qu’est au sens propre, la réincarnation et en quoi elle diffère de l’incarnation et si celui qui affirme la réincarnation maintient en conséquence que le monde est incorruptible ». (33)

Les Pères de l’Église n’ont jamais élaboré en dogme le principe de la réincarnation et de la préexistence des âmes, c’était un article de la foi des premiers Pères, et l’on comprend dès lors cette remarque d’Origène :

« Mais c’est ailleurs qu’il faudra étudier en elle-même et avec plus d’attention et approfondir davantage la question de l’essence de l’âme, de l’origine de son existence, de son entrée dans ce corps terrestre, des éléments de la vie de chacune, de sa délivrance ici-bas, et voir s’il est possible ou non qu’elle pénètre une seconde fois dans un corps, si ce sera ou non selon le même cycle et le même arrangement, dans le même corps ou dans un autre, et, si c’est dans le même, s’il restera identique à lui-même selon la substance et selon les qualités et si l’âme se servira toujours du même corps ou en changera ». (34)

Saint-Jérôme en sa lettre à Démétriadès laisse bien entendre que la doctrine de la réincarnation était partie intégrante de la foi des premiers chrétiens :

« Pourquoi tel homme a-t-il reçu le jour dans telle providence ? D’où vient que ceux-ci naissent de parents chrétiens, tandis que ceux-là prennent naissance au milieu des nations les plus barbares, étrangers à la nation d’un Dieu ? Après avoir ainsi blessé les coeurs simples par cette morsure du scorpion, ils injectent dans la plaie qu’ils ont faite leur poison dangereux. Puis ils ajoutent : “Si l’enfant à la mamelle, celui dont le sourire et la joie enfantine témoignent seuls qu’il connaît sa mère, qu’il n’a encore fait ni bien ni mal, si cet enfant dis-je, est possédé du démon ou accablé de maux qui fuient les méchants et qui s’acharnent au contraire sur les serviteurs de Dieu ; si tout cela arrive, pensez-vous que ce soit le pur effet du hasard ? Si donc, poursuivent-ils, ces jugements sont la manifestation réelle de la colère divine, ils se justifient par eux-mêmes et témoignent de la haute justice de Dieu, en amenant cette conséquence que les âmes des hommes ont habité le céleste séjour, et qu’en punition de certains péchés commis jadis elles ont été placées et pour ainsi dire ensevelies dans des corps humains, et précipitées dans cette vallée de larmes pour expier leurs anciennes iniquités. “Ainsi s’exprime à ce sujet le prophète roi : “J’ai péché avant de m’être humilié”. Et ailleurs « Faites sortir mon âme de sa prison mortelle ». Et encore : « Sont-ce les propres péchés de cet homme ou de ceux de ses parents qui l’ont fait naître aveugle ?” Et autres semblables passages à l’appui de leurs erreurs ».

« Cette impie et détestable doctrine fut pratiquée jadis en Égypte et en d’autres parties de l’Orient. Elle y jouit encore d’un certain crédit… » (35).

Nous avons perçu que Jérôme reconnaissait que la doctrine de la préexistence de l’âme était connue des premiers chrétiens. Qu’elle jouisse d’un crédit certain, c’est un fait, plus que d’un crédit puisque outre Justin, Tertullien manifeste cette foi en son Apologétique qui condamne la métempsychose et reconnaît la réincarnation :

« Comme si la raison quelle qu’elle soit, qui justifie la migration des âmes de corps en corps, n’exigeait pas aussi que les âmes soient rappelées dans les mêmes corps. Etre rappelées, en effet, c’est être ce qu’elles ont été, c’est à dire si elles ne sont pas revêtues d’un corps humain et du même corps, ce ne seront plus les âmes mêmes qui ont existé… Il faudrait rechercher, à loisir, une foule de passages, d’acteurs, si nous voulions nous amuser à examiner en quelle bête chacun à paru renaître. Mais il faut plutôt songer à défendre notre thèse : nous soutenons qu’il est bien plus raisonnable de croire qu’un homme redeviendra un homme, homme pour homme, et pas autre chose qu’un homme ; de telle sorte que l’âme gardant sa nature, reprendra la même condition, sinon la même figure ». (36)

et, nous pouvions prendre beaucoup d’autres pères, Marius Victorinus en ses Traités Théologiques sur la Trinité à propos de la préexistence de l’âme écrit :

« J’ajoute encore en secret, un grand mystère. De même que la trinité la plus divine qui est une, en tant qu’elle est par soi, a produit par mode de rayonnement, l’âme dans le monde intelligible, constituant, en son hypostase et substance propre, cette âme que nous appelons substance au sens propre du mot, de même l’âme, trinité une, elle aussi, mais seconde, a achevé la manifestation dans le monde sensible, parce que cette âme, tout en restant là-haut, a engendré des âmes qui viennent en ce monde » (37).

Origène parle avec prudence, Victorinus aussi. Origène condamne la métempsychose, Tertullien et Grégoire de Nysse, aussi. Nous serions en mesure de multiplier les exemples et les citations, et Grégoire de Nysse évoquant le sort de ceux qui ne sont pas présentement purifiés, écrit en sa Catéchèse de la Foi :

« Quant à ceux dont les passions se sont invétérées et qui n’ont eu recours à aucun moyen d’effacer la souillure, ni eau du sacrement, ni invocation de la puissance divine, ni repentir qui les aurait amandés, de toute nécessité ceux-là doivent recevoir eux aussi la place qui correspond à leur conduite. Or, l’endroit qui convient à l’or, s’il est altéré c’est le creuset du raffineur pour qu’une fois écarté le vice qui s’était mélangé à ces pécheurs, leur nature, après de longs siècles, revienne à Dieu pure et intacte ». (38)

Ce n’est pas une thèse en faveur d’une quelconque préfiguration de la doctrine catholique romaine du purgatoire, car Grégoire explique encore :

« Au lieu de se diriger vers la nature incréée, il revint à la création qui a son origine et sa servitude, il est ramené à la naissance qui vient d’en bas, et non à celle qui vient d’en haut » (39).

À travers cet examen très rapide de la doctrine des premiers Pères – et nous n’avons pas évoqué l’École d’Alexandrie avec un Clément par exemple – il apparaît que la condamnation de la doctrine de la préexistence des âmes et du retour porte d’une part sur la condition inadmissible de l’idée d’une chute précosmique ou sur la possibilité de la métempsychose. Le fait de la réincarnation et de la préexistence en soi, qu’affirment parmi beaucoup d’autres Justin, Clément, Tertullien, Victorinus, Origène, Grégoire de Nysse, ne fut jamais condamnée ni contraire à la métaphysique chrétienne.

A propos des condamnations, il convient de méditer le contenu de celles-ci :

Le premier Concile de Braga en ses Anathématismes contre les Priscillianistes, érige les canons suivants :

« Si quelqu’un dit, les âmes humaines ont d’abord péché dans les demeures célestes et que c’est pour cela qu’elles ont été précipitées sur terre dans des corps humains, comme l’a dit Priscillien, qu’il soit anathème. »

« Si quelqu’un pense que les âmes humaines sont liées à des astres qui règlent leurs destinées comme les païens et Priscillien l’ont dit, qu’il soit anathème » (40).

Et l’on fera attribuer au Synode de Constantinople en 543 :

« Si quelqu’un dit ou pense que les âmes des hommes préexistent, en ce sens qu’elles étaient auparavant des esprits et des saintes puissances qui, lassées de la contemplation de Dieu, se seraient tournées vers un état inférieur, que pour ce motif, s’étant refroidies dans leur amour et dès lors ayant été appelées âmes, elles avaient été envoyées dans des corps pour leur châtiment, qu’il soit anathème » (41).

Tous les historiens sérieux ont remarqué et noté avec justesse et justice qu’il n’y a pas eu de condamnation en concile ni de condamnation d’Origène ; mais un anathème contre l’Origénisme, qui n’avait plus rien à voir avec la pensée du Maître Alexandrin, et cela hors concile, dans le cadre d’un ensemble de préceptes déformés et erronés, cela ne figurant donc d’ailleurs pas dans les actes du dit Concile de Constantinople mais dans le cadre de conversations à l’ouverture du dit concile :

« Elle ne signifie pas non plus que les hérésies reprochées par les anathématismes antérieurs au Concile furent telles dans sa pensée. En fait, on ne s’intéressait qu’aux moines origénistes contemporains et l’on faisait d’Origène la source dont se réclamaient ces derniers. Historiquement parlant, il est possible d’affirmer que son insertion dans une liste d’hérétiques ne le concerne pas vraiment. Il reste qu’elle entraînera par l’action de la police impériale, la destruction de la plus grande partie de son oeuvre dans la langue originelle. » (42)

N’est-il pas intéressant pour clore momentanément la présente interrogation : l’âme préexiste-t-elle à la création du corps ? d’évoquer Saint Augustin qui précise dans la Cité mystique de Dieu :

« N’est-il pas plus infiniment honnête de croire au retour unique de l’âme en son propre corps, qu’à tant de retours en tant de corps divers… Ainsi, plusieurs platoniciens se trompent quand ils croient l’âme fatalement engagée dans ce cercle sans fin de migrations et de retour ». (43)

Le retour dans le même corps humain, oui ; mais ce n’est pas encore la résurrection ; et la transmigration sans fin, non ; Saint Augustin a raison, il s’associe à la pensée de tous les Pères que nous venons de citer.

B/ A quel instant l’âme s’unit-elle au corps ?

Le Zohar, à propos de l’allégorie de Jonas émet des remarques qu’il convient d’évoquer :

« La narration de Jonas est une allégorie de ce qui arrive à l’âme lorsqu’elle descend dans un corps. Pourquoi l’âme est-elle appelée Jonas ? Parce que quand l’âme s’associe au corps, c’est elle qui subit un préjudice. “Jonas” signifie porter préjudice, ainsi qu’il est écrit : “Ne portez pas préjudice à votre prochain” (Lév. XXV). Jonas s’embarque : c’est l’âme qui s’embarque ici-bas pour traverser l’océan de la vie ». (44)

Pour entendre ce texte, il convient de le faire suivre de celui-là :

« Lorsque le Saint, béni-Soit-il, fut sur le point de créer le monde, il décida de façonner toutes les âmes qui seraient attribuées, chacune en son temps, aux enfants des hommes ; chaque âme fut formée exactement selon le même modèle que le corps qu’elle était destinée à habiter. Les passant en revue, il vit que certaines âmes tomberaient en ce monde dans des voies corrompues. A chacune, quand vient son temps, le Saint, Bénit-Soit-Il, ordonne de venir à Lui et Lui dit : “Va, descends en tel endroit, en tel corps”. Mais parfois l’âme répond : “Maître de l’Univers, je suis contente de rester en ce royaume et je n’ai nul désir de le quitter pour un autre corps où je serai asservie et souillée”. Alors le Saint, Néni-Soit-Il, répond : “Ton destin est, et a été depuis le jour où je t’ai façonnée, d’aller en ce monde là.” L’âme comprend qu’elle ne peut désobéir, descend malgré elle et entre en ce monde ». (45)

L’âme dans la Révélation biblique est créée et elle n’est pas, par nature, consubstantielle à Dieu, mais elle s’inscrit dans la création du corps, elle s’intègre dans ce temps car le Lévitique XVII, 11-15 précise un certain nombre de points importants :

« Car l’âme de la chair est dans le sang et, moi, je l’ai mis pour vous sur l’autel, pour faire propitiation pour vos âmes, car c’est le sang qui fait propitiation pour l’âme. C’est pourquoi j’ai dit aux fils d’Israël : Personne d’entre vous ne mangera de sang et l’hôte qui séjourne au milieu de vous en mangera pas de sang. Tout homme des fils d’Israël et des hôtes qui séjourne au milieu d’eux, qui aura chassé du gibier, bête ou oiseau qui se mange, il répandra son sang et le couvrira de poussière. Car l’âme de toute chair est son sang dans son âme et j’ai dit aux fils d’Israël : vous ne mangerez pas du sang d’aucune chair, car l’âme de toute chair est son sang ; chacun de ceux qui en mangeront sera retranché. »

On peut déduire de ce passage plusieurs points :

– l’âme de toute chair est son sang sans son âme.

– il convient de répandre le sang de la bête dans la poussière.

Si l’âme de toute chair est son sang dans on âme, il n’est pas dit que l’âme soit le sang mais que le sang est le lieu d’habitation, le lieu de circulation de l’âme, dans le corps. Ainsi le Rabbin Elie Munk précise à propos de ce verset :

« Le sang des animaux, tels que les bêtes sauvages et les volatiles, qui “contient l’âme” sera couvert de terre par respect pour l’âme, de même qu’il a été ordonné d’ensevelir le corps humain, par respect pour lui. » (46)

Cela n’est pas seulement une question de respect, si le sang est le lieu et le véhicule de l’âme, et puisque le sang est partie intégrante et intérieure du corps, si ce dernier doit revenir à la terre, le sang comme le corps doit suivre le même précepte de Dieu envers l’homme après sa chute : “Tu es poussière et tu retourneras en poussière” (Genèse III, 19).

Mais de quel sang s’agit-il ? A la suite de Saint Paul, Origène enseigne qu’il y a deux hommes en chacun de nous : “Comment est-il dit que l’âme de toute chair est le sang ? C’est là le grand problème. Or tout comme l’homme extérieur a pour homonyme l’homme intérieur, ainsi en va-t-il pour ses membres ; et l’on peut dire que chaque membre de l’homme extérieur se retrouve, sous ce nom, dans l’homme intérieur” (47) et le Maître Alexandrin ajoute :

« Puisque tu retrouves tous ces éléments du corps matériel dans l’homme intérieur, ne doute plus que le sang aussi, sous le même nom que le sang matériel et tout comme les autres parties du corps existe dans l’homme intérieur. C’est ce sang-là qui se répand de l’âme du pécheur. Et en effet : Du sang de vos âmes il sera demandé compte. Il n’a pas dit : de votre sang ; mais du sang de vos âmes » (48).

On ne peut, à partir de cette distinction de l’homme intérieur et de l’homme extérieur, dissocier l’âme du corps comme le rappellera Tertulien par exemple, en son traité la Résurrection des morts :

« En fait ni l’âme n’est à elle seule l’homme, puisqu’elle a été introduite après coup dans un moulage d’argile déjà appelé homme (Gen. II, 7), ni la chair n’est l’homme sans âme, cette chair qui, lorsque l’âme s’en est allée, reçoit le nom de cadavre. Ainsi le mot “homme” est-il comme une sorte d’agrafe qui tient liées ensemble les deux substances, puisqu’elles ne peuvent exister sous ce nom que dans leur assemblage » (49).

À quel instant s’unit-elle au corps ? Origène interroge le lecteur comme lui-même se pose ce problème, en le Traité des Principes :

« Au sujet de l’âme, toutefois – est-elle introduite par l’intermédiaire de la semence, si bien que sa raison ou existence doit être tenue pour insérée dans les semences corporelles, ou bien a-t-elle un autre principe et ce principe est-il engendré ou inengendré, et entre-t-elle dans le corps de l’extérieur, ou non -, cela n’est pas clairement précisé dans la prédication ». (50)

Tertullien pour son compte demeure aussi perplexe en son traité La Résurrection des morts :

« Mais l’a-t-il placée ou ne l’a-t-il pas plutôt introduite dans la chair, mêlée à elle ? En un alliage si compact, qu’on ne peut guère juger si c’est la chair qui est le support de l’âme, ou l’âme celui de la chair, si c’est la chair qui est au service de l’âme ou l’âme au service de la chair ». (51)

Certains ont prétendu percevoir chez le Pasteur Hermas la négation de la trinité corps, âme et esprit, que nous n’avons point perçu. Le fait méritait d’être souligné puisque selon la critique classique le Pasteur n’évoque pas le principe de l’âme, mais cela ne signifie pas qu’il en conteste l’existence, quand un Ignace d’Antioche par contre en sa Lettre aux Philadelphiens écrit :

« Ils seront eux aussi honorés par le Seigneur Jésus-Christ, en qui ils espèrent de chair, d’âme et d’esprit, dans la foi, la charité, la concorde ». (52)

Justin avoue aussi son ignorance sur ce qu’est dans ce Dialogue avec Tryphon :

« Les philosophes ne savent donc rien sur ce point, puisqu’ils ne savent pas ce que c’est que l’âme ?

– Il ne paraît pas ». (53)

Les philosophes ne sont pas seulement ceux du platonisme et du stoïcisme, c’est aussi les philosophes chrétiens ; seul est affirmé le principe selon lequel le corps est la maison de l’âme :

« Ce corps que Dieu en effet a façonné en Adam est devenu “la maison” de l’âme insufflée par Dieu, comme vous pouvez tous le comprendre ». (54)

À propos de cette insufflation Irénée de Lyon écrit en son Traité Contre les Hérésies :

« Ils ne voient pas comment, de même qu’au début de notre création en Adam ce souffle de vie qui venait de Dieu, uni à la matière créée, anima l’homme et manifesta l’animal raisonnable, de même à la fin le Verbe du Père et l’Esprit de Dieu, unis à l’antique substance de la création d’Adam, ont fait l’homme vivant et parfait, recevant le Père parfait ; ainsi, de même que dans l’être animal nous sommes tous morts, de même dans l’être spirituel nous sommes tous vivifiés ». (55)

Cette différence entre le souffle de vie et l’Esprit Saint tient notamment dans le fait que le premier est possédé par l’homme avec des limites alors que le second reçoit dans on infinité l’homme qui se donne à lui.

Il n’y a donc pas pour l’instant chez les Pères d’idée précise sur la façon dont l’âme s’unit au corps, si ce n’est Irénée dans une affirmation qui sera reprise par Tertullien : ces deux éléments, l’âme et le corps s’inscrivent au même moment dans un schéma de destinée. Tertullien en son Apologétique écrit :

« Quant à nous, l’homicide nous étant défendu une fois pour toutes, il ne nous est pas même permis de faire périr l’enfant conçu dans le sein de sa mère, alors que l’être humain continue à être formé par le sang. C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître et peu importe qu’on arrache l’âme déjà née ou qu’on la détruise au moment où elle naît. C’est un homme déjà ce qui doit devenir un homme ; de même, tout fruit est déjà dans le germe ». (56)

Tertullien comme Athénagore croit à l’animation immédiate de l’embryon d’une part et que ce fait provient d’autre part de ce que l’âme est présente dès la procréation : il y a origine simultanée de l’âme et du corps ; c’est tout le sens de son traité sur l’Ame, qu’il affirme aussi en son traité la Résurrection des morts :

« La chair qui dès son origine utérine est semée, formée, engendrée en même temps que l’âme, est encore mêlée à elle dans toutes ses activités ». (57)

Pour conclure, sans citer tous les Pères, nous évoquerons Grégoire de Nysse qui dans son Traité la Création de l’homme affirme ce qui deviendra la foi définitive de l’Église :

« L’homme étant un, composé d’une âme et d’un corps, on ne peut attribuer à ce composé qu’une origine unique et commune si l’on veut éviter de devoir le déclarer à la fois plus ancien et plus récent que lui-même, selon l’hypothèse où son corps serait créé le premier, et l’autre composante ensuite. Ce que vous affirmons, c’est qu’à l’origine, la puissance de la prescience divine, comme on l’a exposé un peu plus haut, donne l’existence à la plénitude du genre humain dans sa totalité ». (58)

L’âme et le corps s’inscrivent donc dans le même engendrement, cela au moment de la conception, ce qui sera dogmatisé par Benoît XII en 533 et rappelé par Léon XIII en 1910.

Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel, Jean-Pierre Bonnerot. Paru dans les Cahiers d’Études Cathares n° 98 de l’été 1983. © Jean Pierre Bonnerot, tous droits de reproduction interdits.

Notes :

(1) Confer notre étude : Satan, Lucifer, le Prince de ce monde et les démons dans la tradition chrétienne et l’exégèse scripturaire, Narbonne, Cahiers d’Études Cathare Ed,. Document à télécharger en .pdf sur ce site : Satan, Lucifer, le Prince de ce monde et les démons dans la tradition chrétienne et l’exégèse scripturaire.

(2) Maurice Magre : Le Sang de Toulouse. Paris, Robert Laffont Ed, 1978, page 278.

(3) Rachi : Le Pentateuque avec Rachin. Volume 1 : La Genèse Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1979, page 5.

(4) Grégoire de Naziance : Homélie XL : Pour le Saint Baptême. Paragraphe II in : Homélies (extraits). Namur, Editions du Soleil Levant, 1962 pages 57 et 58.

(5) Jean Scot : Commentaires sur l’Evangile de Jean. Livre III paragraphe 1, Paris, Editions du Cerf, Collection Sources chrétienne n° 180 – 1972, page 205.

(6) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 25, Paris, Editions du Cerf, Coll. Sources chrétienne n° 67 – 1960, pages 103 à 105.

(7) Rachi : op cité, volume 5 : le Deutéronome. ibid, 1981, page 163.

(8) Elie Munk : La voix de la Thora. Volume 5 : le Deutéronome. Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1981, page 213.

(9) On lira avec intérêt : Herman Hailperin : De l’utilisation par les chrétiens de l’oeuvre de Rachin. in : Rachi (ouvrage collectif). Paris, Service Technique pour l’éducation. Ed, 1974, pages 163 à 200.

(10) Le Zohar II, 113a – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par Gershon Scholem, Paris Ed du Seuil, Coll. Sagesses n° 21, 1980, page 88.

(11) Ambroise de Milan : La mort est un bien II, 3 – in : Cyprien et Ambroise : le chrétien devant la mort. Paris, Ed Desclée de Brouver Ed, coll. les Pères dans la foi, 1980, page 41.

(12) Jean Chrysostome : Homélie 25 sur l’Evangile selon Saint Jean – in : le Baptême d’après les Pères de l’Eglise. Paris Grasset Ed, colle lettres chrétiennes n° 5, 1962 page 211.

(13) Jean Duvernoy : la Religion des Cathares. Toulouse, Privat Ed 1976, page 145.

(14) Rachi : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, page 15.

(15) Elie Munk : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, 1981, page 23.

(16) Carlo Suares : la Kabbale des Kabbales, Paris, Adyar Ed, 1962, page 51.

(17) Zohar I, 284b – in : La Kabbale, pages classées du Zohar. Paris Ed du chant nouveau. 1946, pages 81 et 82.

(18) Zohar I, 61 a – Ibid, page 82.

(19) Zohar I, 85 b – Ibid, page 83.

(20) Louis Rougier : l’Origine astronomique de la croyance pythagoricienne et l’immortalité de l’âme. le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, Ed, tome 10, 1933.

R.P. Festugière : La Révélation d’Hermès Trismégiste, tome 3 : les doctrines de l’âme. Paris, Librairie Gabalda Ed, 1953.

Textes et Oeuvres divers publiés par les Editions les Belles Lettres.

(21) Gershom. G. Scholen : Les Origines de la Kabbale. Paris, Aubier-Montaigne Ed, 1966 page 252. On lira avec intérêt le paragraphe 10 du chapitre 2 : Migration des âmes et mystique de la prière dans le Bahir, mais aussi toute l’oeuvre de l’auteur dont les traductions figurent chez Payot et Aubier.

(22) Origène : Homélie sur Jérémie I, paragraphe 10. Paris, Ed. du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 232, 1976, pages 217 et 219.

(23) Origène : Traité des Principes – Péri Archon – III, 3. 5 – Paris, Etudes Augustiniennes Ed, 1976, page 189.

(24) Elie Munk : op cité. volume 1 : la Genèse, ibid, pages 257 et 258.

(25) Origène : Homélies sur la Genèse – XII, 4 – Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 7 bis, 1976, pages 301 et 303.

(26) Origène : Traité des Principes – Péri Archon II, 9, 7 – op cité, page 131 et Sources chrétiennes n° 252 (tome 1) page 369.

(27) Origène : Commentaire sur Saint Jean VI, paragraphe 73 – Paris, Ed du Cerf, coll Sources chrétiennes n° 157 – 1970, pages 183 et 185.

(28) Justin : Dialogue avec Tryphon – Prologue : Comment voir Dieu in : la Philosophie passe au Christ : Oeuvre de Justin. Paris, Desclée de Brouwer Ed, colle les Pères dans la foi, Ictus, 1982, page 128.

(29) Jérôme : Traité sur les erreurs contenues dans le Livre des Principes d’Origène. in : Oeuvres de Saint Jérôme. Paris, Auguste Desrez Ed, 1838, page 421.

(30) Grégoire de Nysse : la Création de l’Homme – 28 – Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la foi, 1982, pages 148 et 149.

(31) Origène : Explication du Nôtre Père – 29, in Traité sur la prière. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la Foi, 1977, pages 108 et 109.

(32) Origène : Commentaire sur Saint Jean, op cité, avant-propos de Cécile Blanc, page 24.

(33) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(34) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(35) Jérôme : Correspondance, Lettre à Démétriadès. in Oeuvres de Saint Jérôme, op cité, page 663 et par une approche aisée Correspondance, Lettre n° 130, Les Belles Lettres Ed, tome 7 pages 187 à 189.

(36) Tertullien : Apologétique 48, paragraphe 2 et 3. Paris, les Belles Lettres Ed, 1971, pages 101 et 102.

(37) Marius Victorinus : Contre Arius Livre I, B, paragraphe 64 in : Traités théologiques sur la Trinité. Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 68 ; 1960 page 385.

(38) Grégoire de Nysse : Catéchèse de la Foi, 6. Paris Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1978, page 94.

(39) Ibid, page 102.

(40) Premier Concile de Braga : Anathématisme contre les Priscillianistes, 1e Mai 561 ou 563. in : Textes doctrinaux du Magistère de l’Eglise sur la Foi Catholique. Traduction et présentation de Gervais Dumeige. Paris, Editions de l’Orante, 1969, page 140.

(41) Synode de Constantinople : Anathème contre Origène (?!), 543, ibid, page 140.

(42) Murphy et Sherwood : Constantinople II et III. Paris, Editions de l’Orante, Collection Histoire des Conciles oecuméniques, volume 3, 1974, pages 108 et 109.

(43) Augustin : La Cité mystique de Dieu. Livre X chapitre 30. Paris, charpentier Ed, 1843, tome 1, pages 351 et 352.

(44) Zohar II, 1999 a – in : La cabbale, pages classées du Zohar, op cité, page 99.

(45) Zohar II, 96 b – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par G. Scholem, op cité, page 84.

(46) Elie Munk : op cité, tome 3 : Le Lévitique, op cité, 1981, page 151.

(47) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 15, op cité, page 89.

(48) Ibid, paragraphe 22, page 99.

(49) Tertullien : La Résurrection des morts – paragraphe 40. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1980, page 102.

(50) Origène : Traité des Principes – Péri Archon, Préface I, 5 – op cité, page 26.

(51) Tertullien : Ibid, paragraphe 7, page 53.

(52) Ignace d’Antioche : Lettre aux philadelphiens XI, 2. in : Les écrits des Pères Apostoliques (Collectif). Paris, Editions du Cerf, Coll chrétiens de tous les temps n° 1, 1969 page 185.

(53) Justin : Dialogue avec Tryphon V, op cité page 130.

(54) Ibid, XL, op cité page 190.

(55) Irénée de Lyon : Contre les Hérésies V – in : Textes choisis. Namur, les Editions du Soleil Levant. Ed, 1963 page 150.

(56) Tertullien : Apologétique IX, 8. op cité, page 22.

(57) Tertullien : La Résurrection des morts XVI, paragraphe 10, op cité page 65.

(58) Grégoire de Nysse : la Création de l’homme XXIX, op cité page 152.

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 29 janvier 2016

Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel 2 (seconde partie) par Jean Pierre-Bonnerot

C/ Existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps ?

D/ L’Ame peut-elle quitter le corps et dans l’affirmative sous quelle condition ?

Les interrogations que nous venons de poser étant proches, sinon complémentaires, nous tenterons d’y répondre simultanément.

Le Zohar s’exprime en ces termes :

« Le Saint béni Soit-il créa l’homme en réunissant la poussière des quatre côtés du monde (microcosme). Il fit son corps à l’endroit du Sanctuaire d’en bas et lui insuffla l’âme de vie du Sanctuaire d’en-haut. L’âme comprend trois degrés. Elle a trois appellations, à l’instar du mystère supérieur : Nefech, le souffle vital ; Rouah, l’esprit, Nechamah, l’âme. Nefech est l’échelon inférieur. Rouah, est la faculté qui domine l’échelon précédent et le maintient en vie. Nechamah est l’échelon supérieur qui domine le tout. Ces trois échelons animent les humains qui doivent servir leur Auteur. Nefech est l’organisation physique. Rouah couronne l’homme qui témoigne du souci de se purifier. Nechamah l’habite, une fois qu’il s’est élevé par les deux précédentes facultés et qu’il est devenu digne de servir son auteur. L’homme est alors intégralement parfait. Il est digne du monde à venir, il est aimé du Saint béni Soit-Il, ainsi qu’il est écrit : Je possède ce qu’il faut pour gratifier ceux qui m’aiment” (Prov VIII, 21). Qui sont ceux qui m’aiment ? Ceux que l’âme sainte anime » (59)

Il existe dans la kabbale une échelle de l’âme qui passe du souffle, à l’esprit, à l’âme. Cette graduation s’inscrit dans une mystique vers laquelle l’homme doit s’acheminer, sur le fait de cette échelle, le Zohar atteste :

« Il est écrit : “Mon âme (naphschi) te désire pendant la nuit”. Donc le mot “nephesch” désigne l’âme à l’état de sommeil. Et l’écriture ajoute : “Et mon esprit (rouah) te cherche lorsque je me réveille au point du jour”. Donc “Rouah” désigne l’âme à l’état de veille. Mais que l’on n’imagine pas que “nephesch” et “rouah” soient deux espèces différentes ; il n’en est rien ; elles ne forment qu’une seule et même essence, puisqu’elles ne peuvent exister qu’unies l’une à l’autre. Au-dessus de “nephesch” et de “rouah” il y a une essence supérieure qui les domine ; et cette essence est appelée “neschama” (âme). “Nephesch” est le degré inférieur, il est le soutien du corps qu’il nourrit ; il ne peut qu’exister uni au corps, et le corps ne peut exister qu’uni à lui. Ensuite il devient le piédestal de “rouah” ; “rouah” est donc au-dessus de “nephesch” uni au corps ainsi qu’il est écrit : “Jusqu’à ce que l’Esprit (rouah) soit répandu sur nous du haut du ciel” (Isaïe XXXII, 15). Lorsque l’homme possède “nephesch” et “rouah”, il devient susceptible de recevoir “neschama”, de manière que l’essence de beaucoup supérieure à “nephesch” et à “rouah” et aussi plus secrète que les deux autres. Il résulte donc de ce qui précède que le corps de l’homme sert de piédestal à un autre piédestal qui est “nephesch”, cet autre piédestal sert à “rouah” et “rouah” sert à son tour de piédestal à “neschama”. Que l’on approfondisse ces degrés de l’esprit humain et l’on y découvrira le mystère de la Sagesse éternelle, car c’est la Sagesse éternelle qui a formé ces échelles de l’esprit humain à l’image du Mystère suprême » (60).

À la lecture de ces deux textes complémentaires, la kabbale envisage dans sa méditation et sa révélation sur l’Ancien Testament, l’idée, le principe d’une évolution dans la fixation spirituelle de l’âme au corps.

Parmi les premiers Pères, Justin en son Dialogue avec Tryphon évoque l’idée selon laquelle l’âme hors du corps empêche ce dernier de continuer à vivre :

« L’homme n’existe pas toujours et le corps ne subsiste pas perpétuellement uni à l’âme ; lorsque cette harmonie doit se briser, l’âme abandonne le corps et l’homme n’existe plus. De même aussi, lorsque l’âme cesse d’exister, l’esprit de vie s’échappe d’elle ; l’âme n’existe plus et s’en retourne au lieu d’où elle avait été tirée ». (61)

Mais avec l’âme, l’Écriture évoque l’idée d’une puissance ce qui suppose une énergie, une dynamique en action. À propos de Jean le Baptiste, il est dit :

« Lui-même le précèdera avec l’esprit et la puissance d’Élie pour retrouver le coeur des pères vers les enfants, les indociles vers le bon sens des justes et pour apprêter au Seigneur un peuple préparé ». (Luc I, 17)

Comme le rappelle Origène en son Commentaire sur l’Évangile de Jean VI, paragraphe 66, l’esprit est autre chose que l’âme et ce que l’on appelle puissance est autre chose que l’esprit et que l’âme. Il convient de compléter la citation précédente par cette autre de l’Apôtre :

« L’Esprit Saint surviendra sur toi, la puissance du Très Haut te couvrira : c’est pourquoi l’enfant sera saint et on l’appellera fils de Dieu » (Luc I, 35).

La puissance d’Élie est pour Jean-Baptiste, et la puissance du Père est pour Jésus-Christ. Si donc, l’âme et l’esprit sont liés à une puissance, différente selon les personnes, et sans atteindre la situation du Christ Incarné qui est la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité, il existe donc bien le discernement d’une échelle des puissances dans la Création Naturelle de Dieu, selon l’exégèse que l’on peut tenter de réaliser à travers le Nouveau Testament comme les kabbalistes l’ont fait à partir de l’Ancien Testament.

Existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps, les kabbalistes l’ont affirmé par l’accès de l’être à ces niveaux d’évolution pour leur âme, et il semble que l’on puisse par contre déduire cette idée chez les Pères de l’Église selon laquelle sur le plan spirituel on retrouve cette échelle, cette hiérarchie, cette dynamique.

Saint Paul, le grand Apôtre écrit aux Romains : « De même selon l’Écriture il fut dit à Pharaon : “Je t’ai suscité pour montrer en toi ma puissance, et pour que mon nom soit glorifié sur toute la terre”. Ainsi donc il fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut. Alors tu me diras : “De quoi se plaint-il donc ? car qui peut résister à sa volonté ?” Et je te répondrai [en te citant tes prophètes] : “O homme, qui es-tu, toi qui disputes ainsi avec Die ? Le vase d’argile dira-t-il au potier : “Pourquoi m’as-tu donné telle forme ?”. De la même masse d’argile le potier n’a-t-il pas le droit de faire tel vase pour un usage d’honneur, tel autre pour un usage plus vil ? Si donc Dieu, voulant manifester sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté pendant une longue attente des vases de colère fabriqués pour périr ; et pour montrer la richesse de sa gloire sur les vases de miséricorde qu’il a préparés pour la gloire » (Romains IX, 17-24).

Tertullien en son traité la Résurrection des morts explique bien que les vases évoqués par l’Apôtre sont les hommes :

« Ainsi la boue s’est-elle effacée, absorbée dans la chair. Quand ? Lorsque l’homme devint une âme vivante sous le souffle de Dieu (Gen II, 7), qui, bien sûr, était chaud, et capable, en quelque sorte, d’assécher la boue pour en faire une autre substance, comme une poterie, c’est à dire la chair. Ainsi est-il possible au potier, en réglant bien le souffle du feu, de transformer l’argile en un matériau plus robuste, et de tirer d’une forme, une forme nouvelle, plus commode que la première, constituant désormais une catégorie propre, avec un nom à elle. Car s’il est écrit : “Est-ce que l’argile dira au potier … ?” (Rom IX, 20), c’est à dire l’homme à Dieu, et si l’Apôtre dit : “dans des pots de terre (2 Cor IV, 7), l’argile c’est l’homme, parce qu’il était auparavant de la boue, et la poterie c’est la chair, parce qu’elle est sortie de la boue sous l’effet de la chaleur du souffle divin ». (62)

Le Maître Alexandrin expliquera ensuite ce message de l’Apôtre en son Traité des Principes :

« Si donc quelqu’un se purifie des fautes dont je parle, il sera un vase noble, sanctifié, utile au Seigneur, propre à toute oeuvre de bien (II Tim 20-21). Si donc quelqu’un est purifié, il devient un vase noble ; celui qui au contraire a négligé d’éliminer les actes d’impudicité, celui-là devient un vase vil ». (63)

Par la purification des fautes, il y a ascension de l’âme passant d’un vase vil à un vase noble, et cela éventuellement par le fait de la grâce ou par la progression individuelle et s’il convient d’évoquer encore – et toujours – le Maître d’Alexandrie, le Père des Pères de l’Églises, il conviendra ensuite que nous expliquions ce « jugement » qu’il émet en ses Homélies sur Jérémie :

« Avant de t’avoir façonné dans le ventre de ta mère je te connais (Jér. I, 5). Si le Seigneur connaissait tous les hommes, car il faut rapprocher de ce verset les mots ” Je ne sais pas parler” (Jér. I, 6), il n’aurait pas dit à Jérémie comme une chose exceptionnelle : “je te connais”. Donc Dieu connaît les hommes éminents, il connaît ceux qui sont dignes d’être connus de lui, en somme “Le Seigneur a connu les siens” (II, Tim II, 19), les indignes au contraire, Dieu ne les connaît pas et le Sauveur ne les connaît pas d’avantage, lui qui a dit : “Je ne vous ai jamais connus ». (Matth. VII, 23) (64).

Connaître veut dire naître avec. Connaître Dieu c’est naître avec Dieu et là réside l’un des mystères de la Prière sacerdotale lorsque le Christ Jésus dialoguant avec son Père, répond :

« Et moi, je te prie pour eux. Je ne te prie pas pour le monde ; mais pour ceux que tu m’as donnés ; parce qu’ils sont tiens, – oui, tout ce qui est mien est tien et tout ce qui est tien est mien, – et j’ai glorifié en eux ». (Jean XVII, 9-11)

« Et ce n’est pas seulement pour ceux-ci que je prie, mais aussi pour ceux qui par leur parole croient en moi, afin que tous ils soient un » (Jean XVII, 20, 21).

Si le Christ a accompli la réintégration de tous les êtres, c’est à Gethsémani. La face contre terre, le Christ n’est pas en situation de doute, mais, sans pour autant défaillir, le Sauveur tressaille devant le spectacle que représentent tous les péchés du monde, non pas comme devant une peur, mais comme une preuve physique de son acceptation dans l’abnégation.

À côté de cette réintégration de tous les êtres accomplie par le Christ vient notamment se greffer la prière en faveur de ceux pour qui le Seigneur prie particulièrement, et qui par leur fonction de disciples vont à leur tour agir et prier pour ceux qui ne sont point encore parvenus à ce niveau spirituel qu’est la réconciliation avec la Très Sainte Trinité et qui est la naissance non pas selon la fibration de la chair, du sang ou de la volonté de l’homme, mais la naissance avec Dieu.

Dieu connaît les autres êtres, toutes ses créatures, mais il connaît ses disciples dans la mesure où le Christ les reconnaît :

« Epheta ! Recevez le souffle de l’Esprit Saint, acceptez la parole divine, soyez illuminés par la vraie connaissance. Aujourd’hui, le Christ vous a reconnu ». (65)

et cette formule qui appartient à la liturgie baptismale de l’Eglise Gnostique Apostolique fait ressortir ce principe de la Reconnaissance qui se trouve donc, – nous le verrons plus loin dans le cadre de notre analyse plus poussée du Baptême -, une Re-Naissance avec Dieu, et nous revenons ainsi à l’entretien de Jésus avec Nicodème.

La présentation qui précède n’est pas contraire à la pensée des philosophes anciens et Jamblique par exemple en son Traité de l’âme, déclare :

« En outre les âmes pures et parfaites vont loger dans les corps d’une manière pure, sans être affectées de passions et sans être privées de la fonction intellectuelle ; pour les âmes de nature contraire, c’est le contraire. Mais Atticus et d’autres Platoniciens, ne sont pas de cet avis : ils unissent toutes les âmes aux corps selon un mode unique de rencontre ; d’une manière toujours identique dans toute incorporation des âmes ; ils font exister d’abord l’âme irrationnelle, désordonnée et immergée dans la matière, et, quand cette âme a été bien ordonnée, ils la font en surplus s’unir à l’âme raisonnable ». (66)

Ceci nous ramène à l’idée des vases évoqués par l’Apôtre. L’un des points essentiels de la théologie de l’Hermétisme c’est que c’est à l’âge de raison que l’être acquiert le discernement de la route qu’il doit choisir pour son âme, et cet âge est celui de la puberté, thèse que reprendra Tertullien en son Traité sur l’Ame (chapitre 38), conscience venant vers l’âge de 14 ans qui débouchera chez ces philosophes grecs apparentés à l’Hermétisme et à la Gnose sur la valeur morale de notre choix de vie, et dans le choix du genre de vie à la puberté, accompli par l’âme dans le corps, Jamblique ajoute :

« Les genres de vie se distinguent soit comme les meilleurs caractérisés selon Platon par la purification, l’élévation et le perfectionnement de l’âme, soit comme les pires, opposés aux précédents par les caractères contraires ». (67)

Le bon choix c’est de connaître Dieu, c’est à dire donc de Re-Naître et Hermès dans le Poimandrès évoque cette situation :

« Dieu ayant ainsi parlé, la Providence, par le moyen du destin et de l’armature des sphères, opéra les unions et établit les générations, et tous les êtres se multiplièrent chacun selon son espèce, et celui qui s’est reconnu soi-même est arrivé au bien élu entre tous, tandis que celui qui a chéri le corps issu de l’erreur de l’amour, celui-là demeure dans l’obscurité, errant, souffrant dans ses sens les choses de la mort ». (68)

Hermès évoque au paragraphe 21, la connaissance que l’homme peut avoir de Dieu par l’analogie de sa propre constitution où étant fait de vie et de lumière, il peut découvrir ce qu’est Dieu qui est Vie et Lumière.

Ces deux voies, nous les retrouvons dans la Didaché qui commence par ces mots : « Il y a deux voies l’une de la vie, l’autre de la mort ; mais la différence est grande entre ces deux voies ». (69)

Ces deux voies ne conduisent pas à un manichéisme, mais à l’ajournement de l’âme vers sa purification, la mort comme seconde voie est le résultat de cette autre attitude de l’homme qui ne cherche pas Dieu et c’est pourquoi le Christ répond à propos du disciple qu’Il aimait à Pierre :

« Si je veux que celui-là continue jusqu’à ce que je vienne que t’importe ? Toi, suis-moi ! » (Jean XXII, 22)

Les stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps appartiennent à deux modes, le spirituel et le temporel que représente l’âge de raison, fixé par les philosophes grecs et Tertullien à quatorze ans.

L’âme peut-elle quitter le corps ? Plotin en ses Ennéades répond :

« Ne faut-il pas dire plutôt que l’âme est présente au corps comme le feu est présent à l’air, car le feu est présent à l’air sans être présent, il y est présent tout entier sans être mêlé à rien, et il reste lui-même en pénétrant l’autre. Et quand il se retire de l’air où il produit la lumière, il s’en va sans en rien emporter ; de sorte qu’on pourrait dire que c’est l’air qui est dans la lumière avec autant de raison qu’on dit que la lumière est dans l’air. C’est pourquoi Platon parlant de Psyché et du Cosmos dit fort bien que Psyché n’a pas été placée toute entière dans le corps du Tout, mais seulement il y a d’elle dans le corps ce qui est nécessaire de son être à l’être du corps, mais rien de ce qui n’est pas nécessaire : ce qui indique clairement qu’il y a des puissances de Psyché dont le corps n’a pas besoin. Et il en est de même des autres âmes ». (70)

Jamblique à propos de la façon dont l’âme se sert du corps répond toujours en son Traité de l’Ame : « Car les uns disent qu’elle ressemble à la fonction du pilote sur un navire, duquel le pilote peut aussi se détacher séparément ». (71)

Le navire c’est le corps ; le pilote, c’est l’âme et Plotin avant Jamblique précisait au chapitre précédent de ses Ennéades : « On dit que l’âme est dans le corps comme le pilote dans un navire. C’est exact pour exprimer que l’âme est quelque chose qui peut être à part de ce qu’est le corps ». (72)

Porphyre en son Traité à Gavros : Sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme, précise un point très important et qui complète Plotin et Jamblique, celui selon lequel l’âme non seulement n’est pas captive du corps que cette dernière ne dépend pas de l’ordre corporel, mais encore qu’elle a lieu en vertu d’une aptitude.

« Ce drame qu’on nous offre ainsi de la capture de l’âme est lui aussi pure fiction, et nullement le fait de connaisseurs, mais de gens qui de nouveau ignorent que l’âme n’est pas capturée, comme par la main ou par un lien ou au moyen d’une cage : car pour tout dire d’un mot, sa capture n’est pas de l’ordre corporel, elle n’a lieu qu’en vertu d’une aptitude, comme le feu non plus ne laisse pas prendre par un lien ou par la main, mais seulement en vertu de l’aptitude de la matière combustible ». (73)

Quelle est cette aptitude qu’évoque Porphyre, n’est-elle pas explicitement évoquée dans ce passage de son traité :

« Ainsi en va-t-il aussi du petit corps de l’embryon qui est dans le sein et en train de se rendre accordé à une âme : avant d’avoir reçu le degré suffisant d’accord avec l’âme, il ne la possède pas ; a-t-il été accordé, aussitôt il possède, présente en lui, l’âme qui doit l’utiliser ; mais tant que l’accord fait défaut, l’âme n’est pas présente, bien que le monde soit tout rempli et gorgé d’âmes ». (74)

L’absence de l’âme propre au corps qui lui est destinée est donc possible chez tous ces philosophes qu’il s’agisse de Jamblique ou de Plotin, par exemple et Porphyre d’ajouter qu’en ce cas d’absence, une âme impropre peut venir dans le corps ; ce qui deviendra le phénomène de possession ; bien même après que l’accord ait été conclu. Il y a donc possibilité chez ces philosophes que l’âme propre quitte ultérieurement le corps :

« Si cet accord est rompu, le corps peut sans doute admettre des âmes d’une autre sorte, par exemple des âmes de vers de cadavres et de vers de terre, mais il s’est séparé de l’âme qui lui était appropriée et consonante ». (75)

Ceci est-il contraire à l’enseignement des Pères et à la théologie chrétienne ?

Si Porphyre enseigne que le corps peut recevoir une âme impropre, Justin déclarera en son Dialogue avec Tryphon que le corps peut recevoir une âme impropre :

« Et les âmes jugées indignes de cette vision, que leur arrive-t-il ? dit-il

Elles sont emprisonnées sans le corps de quelque animal et c’est là leur châtiment

Elles savent donc pourquoi, elles sont dans ce corps et qu’elles ont commis un péché ?

Je ne le pense pas ». (76)

Le problème qui nous occupe n’est pas d’examiner le bien fondé ou non de la régression dans l’idée de métempsycose mais de savoir si l’âme vivante n’est pas communiquée seulement à ceux qui sont les disciples de Dieu, sans que cela empêche les autres de mener une vie selon un autre monde.

Justin en son Dialogue avec Tryphon évoquant Isaïe XLII, 5-13 explique : « Vous avez compris, amis, que Dieu dit qu’il donnera sa gloire à celui qu’il a établi Lumière des nations, et à nul autre, et non point comme disait Tryphon que Dieu se réserve à lui-même sa gloire ». (77)

Irénée de Lyon déclare dans son traité Contre les Hérésies :

« L’homme parfait est un mélange et une union de l’âme, recevant l’esprit du Père liée à la chair qui est formée à la ressemblance de Dieu. C’est pourquoi l’Apôtre dit : “Nous prêchons la sagesse aux parfaits (I Cor II, 6), disant parfaits ceux qui ont reçu l’Esprit de Dieu et parlent toutes les langues par l’Esprit de Dieu, comme il parlait Lui-même… l’Apôtre les appelle des spirituels : ils sont spirituels par la communication de l’Esprit et non par défaut et suppression de la chair, et selon simplement le seul Esprit… Quand cet Esprit mêlé à l’âme, est uni à la créature, à cause de l’effusion de l’Esprit, l’homme est devenu spirituel et parfait : et c’est lui qui a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais si l’Esprit vient à manquer à l’âme, l’homme en cet état est vraiment un homme animal, et, abandonné à l’état charnel, il sera imparfait : il a bien l’image (de Dieu) en son corps créé, mais il n’assume pas la ressemblance par l’Esprit ». (78)

Cette distinction a été faite par le Christ, à Gethsémani, dans le cadre de la prière sacerdotale, la gloire de Dieu, le Christ la communique à ses disciples et non au monde :

« Moi, je leur ai donné ton Verbe, et le monde les hait, parce qu’ils ne sont pas de ce monde, non plus que moi, je ne suis de ce monde… Oui, comme toi Père tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi en nous ils soient un, afin que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé. Oui, je leur ai donné, moi la gloire que tu m’as donnée : qu’ils soient un comme nous sommes un ». (Jean XVII, 14 et 21 et 22)

Il serait aisé de multiplier les exemples patristiques, mais nous alourdirions notre propos. Il apparaît que l’Ame se fixe au corps sous réserve d’une évolution spirituelle vers Dieu et quitter le corps devenu animal, à l’occasion d’une tension inverse, et pour conclure provisoirement cet ensemble de quatre points, nous citerons quelques vers du Miserere de Marius Victorinus, un grand Père de l’Eglise qui est trop oublié :

« Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ aie pitié de moi ! J’ai aimé le monde, parce que tu avais fait le monde ; j’ai été prisonnier du monde, alors que le monde jalouse les tiens ; maintenant je hais le monde, parce que maintenant j’ai goûté l’Esprit.

Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ, aie pitié de moi !

Seigneur secours ceux qui sont tombés ! Secours ceux qui se repentent ! Car, par ton divin arrêt, par ta sainte décision, mon péché même fait partie du mystère du salut !

Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ, aie pitié de moi !

Seigneur, je connais ton commandement ! Je sais que la loi du retour, en mon âme est gravée ! Oui, je me hâte, si tu m’ordonnes de revenir à toi, ô notre Dieu ». (79)

*

* *

Le baptême d’eau ou de repentance accompli par Jean le Baptiste passe par la conversion. Cette conversion suppose une faculté autonome de conscience, que les Pères, nous l’avons entrevu, désignent sous le nom de Puissance et chez les philosophes néoplatoniciens sous le nom d’aptitude, par laquelle l’âme s’insère dans le corps.

En plusieurs instants des Evangiles, Marc X, 13-16, Luc XVIII, 15-17, Matthieu XIX, 13-16 il est manifesté que les disciples gourmandent ceux qui se présentaient des petits enfants au Christ :

Alors on lui présenta des enfants pour qu’il pose les mains sur eux et prie ; mais les disciples les tançaient ; Jésus leur dit : Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le règne des cieux est à leurs pareils. Il posa les mains sur eux et s’en alla“.

Si le Christ ne rejette pas les enfants, c’est bien entendu parce que partie intégrante de Sa création Jésus n’a perdu aucune de ses créatures, pas même le Fils de Perdition pour que l’Ecriture soit accomplie. L’enfant est un être important dans l’économie divine car c’est à son exemple que l’homme doit revenir et cet exemple est celui de la pureté qui débouche sur l’état d’innocence sinon d’absence de péchés :

Oui je vous le dis, si vous ne vous retournez pas et ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Règne des cieux. Celui qui s’abaissera comme cet enfant, c’est lui le plus grand dans le règne des cieux“. (Matthieu XVIII, 3-5)

Le retour à l’état d’innocence passe par la conversion et la pénitence. Le baptême de pénitence est un baptême d’eau. Tertullien à propos de ce symbolisme de l’eau écrit en son Traité du Baptême :

Au commencement, est-il écrit, Dieu fit le ciel et la terre. Or la terre était invisible et chaotique et les ténèbres couvraient l’abîme et l’esprit de Dieu était porté sur les eaux”. Homme, il te faut vénérer cet âge reculé des eaux, car c’est une matière qui date de l’origine. Révère aussi sa dignité, puisqu’elle était le siège de l’Esprit divin qui le préférait alors aux autres éléments. Les ténèbres étaient encore informes, sans l’ornement des astres, l’abîme était sombre, la terre non ébauchée, le ciel mal dégrossi : seule l’eau, matière parfaite dès l’origine, féconde et simple, s’étendait transparente comme un trône digne de son Dieu“. (80)

Le Dr A.E. Chauvet en son magistral ouvrage sur l’Esotérisme de la Genèse traduit le verset 2 de la Genèse ainsi :

Le vivant Esprit reçu et transmis par l’Angélie fécondait et incubait les manifestations, virtuelles des Eaux primordiales, Milieu-Contenant Universel, dont les Productions futures de l’Univers sensible, jusqu’alors indistinguées constituaient le contenu“. (Genèse I, 2) (81)

C’est l’eau qui contient les Productions futures de l’Univers sensible et l’on comprend dès lors que Tertullien ajoute :

C’est cette première eau qui enfanta tout ce qui vit pour qu’on n’ait pas lieu de s’étonner si, dans le baptême, les eaux encore produisent la vie“. (82)

L’eau enfante ce qui vit, le baptême d’eau est un baptême d’enfantement vers la vie et dans le récit de la Genèse c’est aux eaux que Dieu commanda en premier de produire des animaux vivants.

L’eau est le lieu, l’élément privilégié qui prépare la manifestation du Christ dans le monde. Jésus est d’abord “baptisé” dans le Jourdain par Jean, et se montre alors la gloire de Dieu : “Si tôt immergé, Jésus remonta des eaux et voilà que les cieux s’ouvrirent, il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voilà que, des cieux, une voix dit : Celui-ci est mon fils, l’aimé dont je suis content” (Matthieu III, 16 et 17) et le premier miracle de Jésus se réalise avec noces de Cana dans le cadre de l’Evangile de Jean (II, 7-10) :

Jésus leur dit : Remplissez d’eau les urnes. Et ils remplirent jusqu’en haut. Il leur dit : Puisez maintenant et portez-en au chef. Ils en portèrent. Quand le chef goûta l’eau devenue du vin, il ne sut pas d’où il provenait, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient“.

L’eau devenue vin aux noces de Cana préfigure la Sainte Cène qui transubstantera le vin en Corps du Sauveur et ces noces de la terre anticipent les noces eucharistiques qui préfigurent la Communion dans la Nouvelle Jérusalem.

La figure de l’eau est un point essentiel donc de la vie de Jésus et Tertullien en son Traité du Baptême écrit :

Jamais le Christ n’apparaît sans l’eau ! Lui-même est baptisé dans l’eau ; invité à des noces, c’est l’eau qui inaugure les commencements de sa puissance. Annonce-t-il la Parole ? Il convie ceux qui ont soif à boire son eau éternelle ! Traite-t-il de la charité ? Il reconnaît comme oeuvre d’amour le verre d’eau donné au prochain. Près d’un puits il répare ses forces. Il marche sur l’eau, il la traverse volontiers ; il lave avec l’eau les pieds de ses disciples… quand il est condamné à la Croix, l’eau intervient encore, c’est pour les mains de Pilate. Quand il est transpercé, l’eau jaillit de son côté, c’est par la lance du soldat“. (83)

Le mystère de l’eau est fondamental dans la théologie scripturaire et sacramentelle : elle apparaît comme le témoin de ce qui est pur et illuminé. La liturgie gnostique fait dire au célébrant lorsqu’il verse le vin dans le calice :

Un des soldats transperça avec sa lance le côté du Seigneur. Il en sortit du sang et de l’eau, pardon du monde entier. Celui qui l’a vu en rendit témoignage et son témoignage est véridique“. (84)

L’eau est donc assimilée au pardon, à la repentance qu’à l’occasion du Lavabo le célébrant manifeste par cette prière encore :

Je ne me lave pas les mains, Seigneur, comme ceux qui sont innocents, et je frémis de me tenir devant votre autel, car je sais que je suis un grand pécheur. Par votre grâce infinie, que cette eau me lave de la souillure de mes péchés et efface les traces de mes iniquités dans l’océan de votre clémence. O Dieu, dissipez la rouille de m es péchés et des offenses, dans votre bonté et votre miséricorde. Amen“. (85)

A côté du mystère du repentir figure celui de la conversion. Il est deux textes du Nouveau Testament qu’il convient de garder en mémoire :

Ce n’est pas vous qui m’avez choisi : c’est moi qui ai fait choix de vous et qui vous ai établis mes envoyés, pour que vous portiez du fruit, du fruit qui demeure et pour vous accorder ce que vous demanderez au Père en mon nom“. (Jean XV, 16)

Saül qui exhalait encore la menace et le meurtre à l’égard des disciples du Seigneur, s’approcha du Grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de lier hommes et femmes qu’il trouverait de cette voie et de les amener à Jérusalem. Il y alla et, comme il approchait de Damas, une lumière du ciel l’éblouit soudain et, tombant par terre, il entendit une voix qui lui disait : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu ? Il dit : Qui es-tu Seigneur ? Et lui : Je suis Jésus que tu poursuis. Mais lève-toi entre dans la ville et on te dira ce que tu dois faire“. (Acte IX, 1-7)

Saül se relèvera de terre, aveugle, ne mangeant ni ne buvant pendant trois jour.

Il y avait à Damas un disciple appelé Ananie. Le Seigneur lui dit : “Lève-toi, va dans ce qu’on appelle la rue Droite et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saül de Tarse ; car le voilà qui prie et il a vu un homme appelé Ananie, qui entrait et qui posait les mains sur lui pour qu’il voie… Le Seigneur lui dit : Va, car c’est pour moi un outil de choix pour porter mon nom devant les nations, les rois et les fils d’Israël ; car je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom“. (Actes IX, 10-13 et 15-17)

Le mystère de la conversion passe par le mystère du repentir et le mystère de la souffrance réparatrice passe par celui non moins énigmatique de la violence que l’on a imposé antérieurement à d’autres. Ce point dernier a été entrevu dans le cadre de notre étude précédente à propos des conditions de l’alliance. (86)

Il fallait que Paul persécute les chrétiens avec acharnement pour connaître une nuit intérieure aussi profonde que par son passé. Cette profondeur s’inscrit dans l’abîme intérieur qui est l’une des lectures du Prologue de Saint Jean I, 5 :

Et la lumière lui dans la Ténèbre

Et la ténèbre n’a pas compris.”

Alta rappelle naturellement en sa traduction et son commentaire de Jean (87) que le texte dit bien la Ténèbre et non les Ténèbres, pour indiquer – dit-il – aux esprits réfléchis que ce texte veut suggérer non pas un dogme, mais un mystère.

La ténèbre de chaque homme doit recevoir la lumière qui est le Christ. Il est des hommes qui n’ont point compris cette présence parce qu’ils ne sont pas descendus assez dans les ténèbres de leur coeur. Le préfixe « Com », comme, « con » signifie avec et comprendre, c’est prendre avec, mais l’on ne peut prendre avec quelque chose que ce que l’on a de cette chose, il faut encore qu’elle existe en quantité suffisante pour prendre avec, proportionnellement, autant, de cette autre chose qui présentement pour la ténèbre est la Lumière. Le texte suivant de l’Apocalypse III, 16 : “Parce qu’ainsi tu es tiède et ni froid, ni chaud, je vais te vomir de ma bouche” est à prendre en considération, car le tiède n’a pas assez de ténèbre pour accueillir d’avantage de lumière, à l’inverse le froid qui est un puits immense d’accueil et du chaud qui possède déjà toute la lumière, ou du moins suffisamment.

La ténèbre intérieure comme la ténèbre de la Genèse n’est pas un lieu de conscience en tant que tel : ce point est fondamental et il n’est pas un contenu, et le Dr. A.E. Chauvet traduit fort remarquablement ce Prologue de Genèse I, 2 en son Esotérisme de la Genèse : “Déjà pourtant la Ténèbre, Puissance de concentration et de compression agissait sur l’Abîme, contenant universel…

Si l’homme n’a pas pris conscience de son péché comment parviendra-t-il à se purifier?

La lumière provoque un tourbillon dans l’abîme de notre cœur jusqu’alors empli de la ténèbre et transmue – si on l’accepte – cette ténèbre, en lumière, qui est à la fois conscience engendrant le repentir et qui débouche sur l’Amour.

Ceux qui habitent le pays de l’ombre, sur eux un lumière a brillé” (Isaïe IX, 1)

Paul accepte cette lumière lui qui habitait le pays de l’ombre, parce qu’il a prié et sa prière est le lieu transfigurateur de son repentir, et l’on ne peut se repentir que si l’on a péché. L’Apôtre ne nous dit-il pas :

Vous avez été ténèbre autrefois, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur : vivez donc comme des enfants de lumière ; et le fruit de la lumière c’est toute sainteté, toute justice, toute vérité“. (Ephésiens V, 8)

La conversion passe par le choix accompli par le Christ en faveur de chaque créature, non pas que chaque créature ne puisse être choisie, mais elle est appelée et c’est la vocation par Dieu. Dès lors qu’elle est prête à entendre Son appel.

Origène le grand Origène, le Maître d’Alexandrie écrit à propos du Prologue de Jean en son Commentaire sur Saint Jean :

La Parole sacrée sait que les commandements sont une lumière ; Isaïe dit “Car tes ordonnances sont une lumière sur la terre”, ainsi que David au Psaume 18 : “la loi du Seigneur est pleine de lumière, elle éclaire les yeux”. Mais qu’il existe à côté des ordonnances et des lis, une lumière de connaissance, nous le découvrons chez l’un des douze petits prophètes : “Semez pour vous en vue de la justice, vendangez en vue d’un fruit de vie, éclairez-vous d’une lumière de connaissance”… “D’autre part les ténèbres sont prises dans le sens des actions mauvaises ; le même Jean nous l’apprend dans son épître en disant : “Si nous prétendons être en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité” et, plus loin, “Qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres” et, enfin, “Qui hait son frère est dans les ténèbres, il va et vient dans les ténèbres, il ne sait où il se dirige parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux”… “Remarque bien cette (parole) : dieu est lumière, et en Lui il n’y a pas de ténèbres” ; n’a-t-elle pas été prononcé parce qu’il n’existe pas une seule ténèbre mais deux, si l’on considère les genres, ou même, puisqu’on trouve en chaque individu beaucoup de mauvaises actions et d’opinions fausses, c’est qu’il y a beaucoup de ténèbres, dont aucune n’est en Dieu. Quant au saint, à qui le Sauveur déclare : “Vous êtes la lumière du monde, il n’est pas dit que le Saint est la lumière du monde et qu’en lui il n’y a pas de ténèbres“. (89)

Dieu est lumière et il n’y as pas en Lui de ténèbre parce qu’il est l’Amour ; c’est la Lumière, mais il en est une autre qui permet de communier à la Lumière Primordiale, Originelle, c’est celle de la Connaissance, qui est s’il s’agit de la Connaissance de Dieu, de naître avec Dieu !

Dieu s’est fait pour que l’homme s’approche le plus possible de Dieu ! Si le Christ s’est chargé de nos ténèbres c’est pour abolir notre mort en anéantissant les ténèbres qui sont en notre âme et Origène d’ajouter encore :

Cette Lumière qui est dans le Verbe et qui également la Vie “brille dans les ténèbres” de nos âmes et s’établit là même où (demeuraient) les princes de ce monde de ténèbres ceux qui ne sont pas d’une fermeté assez absolue pour être appelés, une fois éclairés, ‘Fils de Lumière’“. (90)

Il s’opère une transformation de ces ténèbres en lumière et lorsque le Maître Alexandrin évoque le Psaume 117 : “Dieu a fait des ténèbres sa retraite“, il précise : “D’une manière plus paradoxale, je pourrais dire aussi des ténèbres prises en bonne part qu’elles se hâtent vers la lumière, la saisissent et deviennent lumière, parce que n’étant pas connues, ces ténèbres changent de valeur pour celui qui auparavant ne voyait pas, de telle manière que, après avoir été instruit, il déclare que la ténèbre qui était en lui est devenue Lumière, une fois qu’elle a été connue“. (91)

Nous revenons ainsi au mystère de la conversion qui passe par le mystère du repentir, qui est celui de la conscience.

Après l’explication du Notre Père, on comprend qu’immédiatement après, alors, apparaisse dans le rituel cathare du Consolamentum cette exhortation :

Voilà pourquoi vous devez comprendre, si vous voulez recevoir cette oraison, qu’il faut vous repentir de tous vos péchés et pardonner à tous les hommes, vu que dans l’Evangile le Christ dit : “Si vous ne remettez pas aux hommes leurs péchés, votre Père céleste ne vous remettra pas non plus vos péchés”. De même, il convient que vous vous décidiez dans votre coeur à mettre en pratique cette sainte oraison tout le temps de votre vie, si Dieu vous accorde de recevoir la grâce, selon la coutume de l’Eglise de Dieu…” (92)

Le Baptême d’eau est le baptême du repentir et de la conversion : c’est la première étape du Baptême de l’Esprit et c’est pourquoi, en conclusion à la première étape du Consolamentum, il est dit :

Que l’ordonné commence alors le perdonum. Qu’il dise ensuite l’oraison comme c’est la coutume ; la prière terminée ainsi que les “grâces” que le croyant dise alors avec respect devant l’Ordonné : “Bénissez, ayez pitié de nous, amen ! Qu’il nous soit fiat le Seigneur selon ta parole”. Et que l’Ordonné dise : “Que le Père, le Fils et le Saint Esprit vous remettent tous vos péchés !” (93)

Il n’y a pas dans le Catharisme de mépris ni de rejet du Baptême de repentance qui est rappelé à l’occasion de cette première partie et le rituel d’affirmer :

De même personne ne doit penser que, par ce baptême que vous avez l’intention de recevoir, vous deviez mépriser l’autre baptême, votre premier christianisme et le bien quel qu’il soit que vous avez fait ou dit jusqu’à présent, mais vous devez comprendre qu’il vous faut recevoir le saint ordinamentum du Christ en supplément de celui qui était insuffisant pour votre salut“. (94)

III – Le Baptême d’Esprit et de Feu : Deuxième étape du Consolamentum

Que l’on s’entende bien ! Si le Baptême d’eau ou de repentance ne suffit pas pour acheminer vers la vie éternelle, cela ne signifie pas qu’il n’ait point de vertus, mais ces vertus du baptême de repentance préparent d’autres grâces qui elles permettent au chrétien de parvenir à la Nouvelle Jérusalem. Sur ce point nous renvoyons le lecteur à notre précédente étude (95).

Le Baptême d’Esprit et de Feu est le Sacrement de la Confirmation dans l’occident chrétien et de la chrismation dans l’Orthodoxie : dans le cadre du catharisme il est l’une des formes du Consolamentum.

Quand Simon vit que l’Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur présenta de l’argent“. (Actes VIII, 18)

L’imposition des mains en vue de la réception du Saint Esprit est distincte du Baptême :

Les apôtres à Jérusalem, entendirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu et ils leur envoyèrent Pierre et Jean qui y descendirent et prièrent pour eux pour qu’ils reçoivent le Saint Esprit, car il n’était encore tombé sur aucun d’eux : ils avaient seulement été immergés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils imposèrent les mains sur eux et eux recevaient l’Esprit Saint“. (Actes VIII, 14-18)

Il convient de retenir avant d’aller plus outre, cet autre passage des Actes XIX, 1-7 :

Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul parcourut le haut pays et vint à Ephèse. Il y trouva quelques disciples et leur dit : Avez-vous reçu le Saint Esprit depuis que vous avez la foi ? Ils lui dirent : Nous n’avons pas même entendu parler d’un Saint Esprit ! Il leur dit : Quelle immersion avez-vous donc reçue ? Ils dirent l’immersion de Jean. Paul leur dit : l’immersion par Jean immergeait pour la conversion, il disait au peuple de se fier à celui qui venait après lui, c’est à dire à Jésus. A ces paroles, ils se firent immerger au nom du Seigneur Jésus. Et comme Paul posait les mains sur eux, l’Esprit Saint vint vers eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient“.

Ainsi apparaît dans l’esprit des disciples qu’il y a plusieurs immersions et que la première ou le baptême de repentance et de conversion, donne la foi. Le baptême de l’Esprit offre la possibilité de parler les langues et de prophétiser, en un mot de témoigner. Il y a un jeu de mot entre le fait de parler des langues pour témoigner envers toutes les nations et a réception des langues de feu qui le jour de la pentecôte se partagent et se posent sur chacun des apôtres.

Ce phénomène est antérieurement présent dans l’Ancien Testament en divers lieux mais le fait le plus marquant est sans doute en les Nombres XI, 25 : “Iahvé descendit dans le nuée et lui parla. Il reprit de l’esprit qui était sur lui et en mit sur les soixante dix hommes, les anciens. Or, dès que l’Esprit se reposa sur eux, ils prophétisèrent, mais ils ne recommencèrent pas“.

Le Talmud nous précise que s’il survient une lacune dans la perfection morale du prophète, le don de la prophétie se perd, soit pour un temps, soit définitivement. A la suite du verset 25, le texte de poursuit ainsi :

Deux hommes étaient restés dans le camp, le nom de l’un était Eldad et le nom du deuxième était Meydad. L’esprit se reposa sur eux, car ils étaient parmi les inscrits, mais ils n’étaient point sortis vers la Tente, et ils prophétisaient dans le camp. Un jeune homme courut l’annoncer à Moïse et dit : “Eldad et Meydad prophétisent dans le camp !”. Josué, fils de Noun, ministre de Moïse depuis son adolescence, prit la parole et dit : “Mon seigneur Moïse empêche les ! ” Mais Moïse lui dit “Es-tu jaloux pour moi ? Qui fera que tout le peuple de Iahvé mettrait son esprit sur eux !” Puis Moïse se retira dans le camp, Lui et les anciens d’Israël” (Nombres XI, 26-31)

Comme le rappelle le rabbin Elie Munk :

Les deux prophètes Eldad et Médad furent particulièrement appréciés pour leur modestie et leur humilité. Ils en furent par cinq fois, distingués des autres anciens. Ceux-ci prédisaient juste ce qui se passerait le lendemain au sujet des cailles ; Eldad et Médad annonçaient ce qu’il adviendrait dans les jours futurs. Les autres prophétisaient seulement pour un jour, mais eux reçurent le don de prophétie pour toute leur vie. Les autres moururent dans le désert, tandis qu’Eldad et Médad étaient encore chefs du peuple après la mort de Moïse. Leurs noms sont mentionnés dans l’Ecriture, alors que les noms des autres n’y figurent pas. Enfin l’ensemble des anciens a reçu le don de prophétie de Moïse, mais eux deux le tinrent directement de Dieu” (96)

Il y a une attitude de modestie et d’humilité qu’il convient de posséder lorsque l’on reçoit l’Esprit Saint et nous revenons aux vertus morales de repentance et de conversion acquises par le baptême d’eau qui préparent à la réception et à l’épanouissement du Baptême d’Esprit.

L’Eglise Gnostique Apostolique en sa liturgie de la Confirmation offre ce préambule qui rappelle une première fois la baptême des Eglises Apostoliques :

Mon frère (ma soeur) vous venez aujourd’hui demander à l’Eglise de Dieu, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, le sacrement de la Confirmation : vous allez tout à l’heure confirmer votre foi et vous engager au service de l’Eglise. L’Eglise à son tour vous confirmera dans la fonction sacerdotale que vous endosserez en devenant membre de l’Eglise Priante, Souffrante, Militante. “Par votre baptême, vous étiez entré dans le corps mystique du Christ et votre âme, acquise à Dieu, avait accepté la Parole Divine. Après avoir été pris en charge, avec la grâce de Dieu, par l’Eglise ; aujourd’hui, par la Confirmation, vous allez être consacré par l’Esprit Saint, pour agir dans le monde, au Nom de Notre Seigneur car : “Jadis vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes Lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous comme de vraies lumières” (Ephésiens V, 8) – Le Catéchumène est devenu chrétien. Le chrétien est devenu disciple de Notre Seigneur Jésus+Christ ; et parce que vous aspirez, pour autant que cela soit possible à la faiblesse humaine, à devenir Ami du Sauveur, portant avec Lui, la Croix du monde, je vous appelle, mon frère, au Nom de l’Eglise du Dieu Vivant, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, à travailler pour la Réconciliation Universelle” (97).

Dans le cadre de la deuxième partie du Sacrement, l’E.G.A. demande au baptisé de renouveler sa renonciation au Prince de ce monde et son adhésion au Christ, engagement pris non seulement une première fois à l’occasion de son baptême et la troisième partie commence ainsi :

“Mon Frère (Ma Sœur) vous venez de renouveler votre engagement baptismal, d’une façon solennelle et pour toujours. Ayez en mémoire constamment, cette adresse du Sauveur : “Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous demande. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ignore ce que fait son maître ; je viens de vous appeler amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez porter du fruit, et un fruit permanent (Jean XV, 14-17)

Mon Frère, vous avez reçu l’enseignement de l’Eglise du Dieu Vivant, devenez pour toujours l’Ami de Notre Seigneur Jésus+Christ, en devenant membre de l’Eglise Priante, Souffrante, Militante.

“Vous allez recevoir les sept dons de l’Esprit Saint, ces arrhes qu’évoque l’Apôtre : “Or celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a consacrés par l’Onction, c’est Dieu ; c’est Lui aussi qui nous a marqués de son sceau et qui a mis dans nos cœurs, ces arrhes de l’Esprit” (II Cor I, 21-23). Ces arrhes : vous les avez reçus au baptême, vous allez en recevoir d’autres pour que vous puissiez mener à bien votre fonction dans l’Eglise et qu’ayant reçu ces prémices de l’Esprit, il convient que vous n’oubliez jamais “que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu réside en vous” (I Cor III, 16).

“Mon Frère, vous engagez-vous au service de l’Eglise du Dieu Vivant, Une, Sainte, Catholique, et Apostolique, cette Eglise dont la pierre d’angle est le Christ ?” (97)

Devenir le Temple de Dieu est possible dans le cadre de la liturgie de la Confirmation ou chrismation par l’Esprit Saint, dont Saint Jean annonce l’actualisation, et la mise en place du baptême d’Esprit, par ces paroles :

L’homme sur lequel tu verras l’Esprit descendre d’en haut et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint. Or j’ai vu, et je rends donc témoignage que celui là est le Fils de Dieu” (Jean I, 33-55)

Le jour suivant, André, frère de Simon ayant entendu cette parole avait rejoint le Christ et ayant rencontré peu après Simon il lui déclare :

Nous avons trouvé le Messie, lui dit-il, ce qui signifie “Le Christ” ; et il l’amena à Jésus” (Jean I, 41) et comme le rappelle avec justesse le père Cyrille Argenti en son étude sur la Chrismation : Jean se sert du mot grec “christos”, participe passé du verbe “chrio”, oins.

Avant d’en venir au sens de l’onction dans l’Eglise et le Nouveau Testament, examinons dans quelles circonstances s’établit cette onction dans l’Ancien Testament.

A/ La chrismation dans l’Ancien Testament

Puis tu feras approcher Aaron et ses fils de l’entrée de la tente du rendez-vous, tu les laveras dans l’eau. Tu prendras les habits et tu revêtiras Aaron de la tunique, du manteau d’éphod, de l’éphod et du pectoral, puis tu l’enlaceras de la bande de l’éphod. Puis tu mettras le turban sur sa tête et tu placeras le diadème de sainteté sur le turban. Tu prendras l’huile d’onction et tu la verseras sur sa tête, tu l’oindras“. (Exode XXIX, 4-8)

Rachi note que “cette onction également se faisait sous la forme d’un KI grec. On lui mettait de l’huile sur la tête et entre les sourcils, et on l’établit avec les doigts“. (98)

Rachi à propos d’Exode XXX, 26 et 29 note encore :

Toutes les onctions se faisaient en forme de KI grec, sauf celles des rois qui se faisaient en forme de couronne” et par ailleurs : “Tu les sancitifieras : cette onction les sanctifie, pour les rendre saints au plus haut degré“. (99)

Le rabbin Elie Munk pour sa part précise en son commentaire des versets cités que, pour R, Moské, Isserles et Racant ; du fait qu’il y a homonymie entre les mots hébreux onction et attraction, il découle que :

L’huile d’onction a la vertu d’attirer sur la tête de celui qui la reçoit l’esprit divin. L’huile a été choisie parce qu’elle est le prototype de la manière inflammable qui s’allume au premier contact de l’étincelle qui vient d’en haut. Ainsi, l’oint du Seigneur est-il susceptible d’attirer l’inspiration dès que la flamme d’en haut a jailli pour aller allumer la lumière de son esprit“. (100)

La chrismation consacre donc les rois et les prêtres, tel Aaron, comme il est dit “Le prêtre oint…” (Lévitique IV, 5) et “Alors Samuel prit la fiole d’huile et en versa sur sa tête, puis il le baisa et dit : “N’est-ce pas Iahvé qui t’a oint comme chef sur son peuple Israël… Alors fondra sur toi l’Esprit de Iahvé, tu prophétiseras avec eux et tu seras changé en un autre homme“. (I Samuel X, 1 et 6)

Nous retrouvons les prémices des charismes inhérents au baptême de l’Esprit : le don de prophétiser, de parler, en un mot de témoigner comme l’évoque ce passage entrevu des Actes XIX, 1-7.

L’oint est donc Roi, Prêtre et Prophète !… Avec Rachi et les rabbins il y a rapport à mettre en évidence entre l’onction et l’attraction, le feu de l’huile et le feu divin.

Ceux qui reçurent des ordinations valides du temps où les Eglises Apostoliques conservaient des rituels d’ordination sérieux, nous comprendront, quant à la surprise dont certains me firent part lorsqu’à la suite de la cérémonie d’ordination, leurs mains notamment les brûlaient… Feu de l’huile et feu divin sont étroitement liés par la consécration du Saint Chrème, fait qui débouche sur ce que ce n’est plus l’huile qui agit comme telle mains l’onction par l’Esprit dont nous parle Isaïe XI, 2 et 3 :

Sur lui se posera l’Esprit de Iahvé, esprit de sagesse et de discernement, esprit avisé et vaillant, esprit de connaissance et de crainte de Iahvé ; il l’inspirera dans la crainte de Iahvé“.

L’Esprit offre des dons qui préparent aux sept grâces de la Confirmation : l’Esprit de Sagesse, l’Esprit d’Intelligence, l’Esprit de Connaissance, l’Esprit de Force, l’Esprit de Science, l’Esprit de Piété, l’Esprit de Crainte de Dieu.

B/ La Chrismation dans le Nouveau Testament

Le Christ est l’Oint : “Nous avons trouvé le Messie, c’est à dire le Christ” déclare André à son frère Simon. Nous avons trouvé le Messie, ce qui signifie “Oint”.

En ces jours-là Jésus vint de Nazareth de Galilée et il fut immergé par Jean dans le Jourdain. Aussitôt en remontant des eaux, il vit les cieux se fendre et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. Et une voix vint des cieux : Tu es mon fils, l’aîné dont je suis content“. (Marc I, 9-12)

C’est immédiatement après son immersion (en grec, “baptisma”) que fut révélé aux hommes l’onction de Jésus dans l’Esprit, c’est à dire sa chrismation le manifestant comme Christ. Certes, nous n’enseignerons pas comme certains que Jésus est devenu le Christ à cet instant : Il est Dieu de toute éternité, mais Il manifeste sa qualité divine et son unité de Nature avec le Père et l’Esprit par la présence de l’Esprit et le témoignage de Père : “Tu es mon fils, l’aimé dont je suis content“.

Les Pères nous enseignent à la suite de Saint Irénée que Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu. Le Christ Jésus est l’Oint du Père et il s’est fait homme pour transmettre son onction à tous les hommes. Cette onction est accordée par un scénario en deux temps : la mort et la résurrection : le baptême et la chrismation :

Oubliez-vous donc que tous, quand nous avons été baptisés en Christ Jésus, nous avons été plongés dans sa mort ? oui ! par le baptême nous avons été ensevelis avec lui dans la mort : afin que comme Christ a été ressuscité des morts par la gloire du Père, ainsi nous marchions désormais dans une vie nouvelle“. (Romains VI, 3-6)

La glorification dans le Christ s’établit par Sa résurrection et le Christ de proclamer :

Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves de vie jailliront de son sein, comme dit l’Ecriture.” Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux descendu parce que Jésus n’était pas encore monté dans la gloire“. (Jean VII, 38-40)

L’onction ou chrismation, c’est la Pentecôte qui nous transmet le don de Dieu, le Saint Esprit, et l’on comprend dès lors cette adresse de l’Apôtre aux Corinthiens dans sa deuxième épître II, 14-16 :

Mais grâces soient rendues à Dieu qui partout nous fait triompher dans le Christ et qui par vous manifeste en tous lieux le parfum de sa gnose ! Car nous sommes un parfum du Christ vers Dieu“.

C/ La Chrismation chez les Pères

Irénée de Lyon en sa Démonstration de la prédication Apostolique déclare :

En effet le Fils en tant qu’Il est Dieu, reçoit du Père, c’est à dire de Dieu, le trône de l’éternelle royauté et l’huile de l’onction, plus abondamment, que ses autres compagnons ; et l’huile d’onction, c’est l’Esprit dont Il est oint, et ses compagnons sont les prophètes, les justes, les apôtres, et tous ceux qui reçoivent participation à sa royauté, c’est à dire ses disciples“. (101)

Tertullien en son traité Le Baptême déclare encore :

Je ne veux pas dire que ce soit dans l’eau que nous recevions l’Esprit Saint. Mais purifiés dans l’eau par le ministre de l’ange, nous sommes préparés à recevoir l’Esprit Saint… Ensuite à la sortie du bain, nous recevons une onction d’huile bénite, conformément à la discipline antique. Selon celle-ci on avait coutume d’élever au sacerdoce par une onction d’huile répandue de la corne : c’est ainsi qu’Aaron fut oint par Moïse. Aussi étaient-ils dits “Christs”, de “chrisma” qui signifie onction et qui donna aussi son nom au Seigneur. Cette onction est devenue spirituelle puisqu’il fut oint de l’Esprit de Dieu le Père… Puis on nous impose la main en appelant et en couvrant l’esprit Saint par une bénédiction… Alors cet Esprit très saint sortant du Père descend avec complaisance sur ces corps purifiés et bénis ; il se repose sur les eaux du baptême comme s’il reconnaissait là son ancien trône, lui qui sous la forme d’une colombe est descendu sur le Seigneur“. (102)

Hippolyte de Rome en la Tradition apostolique précise :

Ensuite quand il sera remonté, il sera oint par le prêtre de l’huile d’action de grâces avec ces mots : “Je t’oins d’huile sainte au nom de Jésus+Christ”. Et ainsi chacun après s’être essuyé se rhabillera et ensuite ils entreront dans l’Eglise. L’Evêque en leur imposant les mains dira l’invocation : “Seigneur Dieu, qui les a rendus dignes d’obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d’être remplis de l’Esprit-Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu’ils te servent suivant ta volonté, car à toi est la gloire, Père et Fils avec l’Esprit Saint, dans la Sainte Eglise, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen”. Ensuite, en répandant de l’huile d’action de grâces de sa main et en posant celle-ci sur la tête, il dira : “Je t’oins d’huile sainte en Dieu le Père tout puissant et dans le Christ Jésus et dans l’Esprit Saint”. Et après l’avoir signé au front, il lui donnera le baiser et dira : “le Seigneur soit avec toi“. (103)

Cyrille de Jérusalem précise en ses Catéchèses Baptismales et Mystagogiques :

Lorsque baigné dans les eaux du Jourdain, et leur ayant communiqué les effluves de sa divinité, le Christ en fut remonté, le Saint Esprit fit en personne irruption sur Lui, le semblable se reposant sur son semblable. De même, remontés de la cure aux saintes eaux, vous reçûtes la chrismation, la marque dont fut chrismé le Christ. Or cette chrismation est l’Esprit Saint… Le Christ en effet n’a pas été chrismé par les hommes, d’huile ou de baume matériel, mais le Père l’ayant préétabli sauveur de tout l’univers, le chrisma du Saint Esprit… Et de même que le Christ fut réellement crucifié, enseveli et ressuscité, et que vous aussi, par votre baptême, vous avez été admis à participer symboliquement à sa croix, à son tombeau et à sa résurrection, ainsi en est-il de la chrismation : le Christ était chrismé d’une huile joyeuse et spirituelle, entendez de l’Esprit Saint qu’on appelle huile d’exultation, parce qu’Il est précisément la source de l’exultation spirituelle ; quant à vous, vous avez été chrismes d’un baume qui vous a rendus participants et associés au Christ“. (104)

Ambroise de Milan pour sa part rappelle les vertus attachées à la chrismation :

Après cela vient le sceau spirituel dont vous avez entendu parler aujourd’hui dans la lecture. Car après la fontaine, il reste encore à rendre parfait quant à l’invocation de l’évêque l’Esprit Saint est répandu… qui sont comme les sept vertus de l’Esprit. (105) “Ainsi donc rappelle-toi que tu as reçu le sceau spirituel, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de forces, l’Esprit de connaissance et de piété ; l’Esprit de la sainte crainte, et garde ce que tu as reçu. Dieu le Père t’a marqué de son sceau, le Christ Seigneur t’a confirmé et il a mis l’Esprit dans ton coeur comme gage ainsi que tu l’as appris par la lecture de l’apôtre“. (106)

L’onction est un sceau de Dieu, c’est la marque visible de la Pentecôte, c’est l’attestation de la réception du Saint Esprit, l’huile comme prototype de la matière inflammable constitue l’actualisation des langues de feu reçues par les Apôtres, et le rite de l’imposition des mains apparaît avec Ambroise de Milan “en appelant et en conviant l’Esprit Saint par une bénédiction“.

D/ La Chrismation dans le Catharisme

Le Rituel Cathare rappelle ces divers points quant à l’ordination, quant à l’imposition des mains, quant à la communion avec et dans le Saint Esprit :

Vous devez donc comprendre que telle est la raison de votre présence ici devant l’Eglise de Jésus+Christ, c’est à dire à l’occasion de la réception de ce saint baptême de l’imposition des mains et du perron de vos péchés ; à cause de la demande d’une bonne conscience adressée à ! dieu par les bons chrétiens. Voilà pourquoi vous devez comprendre que de même que vous êtes temporellement devant l’Eglise de Dieu, où le Père, le Fils et l’Esprit-Saint habitent spirituellement, de même vous devez être spirituellement avec votre âme devant Dieu et le Christ et l’Esprit-Saint, préparé à recevoir ce saint orninamentum de Jésus+Christ“. (107)

Le Rituel de la Confirmation de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive pour sa part offre cette prière pendant que l’évêque impose les deux mains au-dessus de la tête du Baptisé maintenant confirmé :

Remplissez-le de votre dignité, marquez du digne de l’invincible croix du Christ, ce frère et du sceau de votre Esprit, pour qu’il possède la vie éternelle qui est de vous connaître avec votre Fils et votre Esprit : un seul Dieu, de vous aimer et de suivre vos commandements. Nous vous le demandons, moi ministre indigne et avec cette communauté, l’Eglise Une, Sainte, Catholique (Universelle) et Apostolique, par Notre Seigneur Jésus+Christ dans le même esprit Saint, à Vous louange, adoration, action de grâces, aux siècles des siècles. Amen.” (108)

Le célébrant prend alors l’ampoule de Saint Chrême et faisant successivement le signe de la croix sur le front, les yeux, le nez, la bouche, les mains, les pieds du confirmé, il dit chaque fois : “Le Sceau du Saint Esprit“.

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Cette distinction du rite de l’imposition des mains comme étape distincte et postérieure au Baptême est fondamentale dans le Catharisme. Elle prend sa source en cette parole de Jésus que relate Jean XIV, 16-18 :

Et moi je demanderai au Père, et il vous donnera un autre collaborateur qui puisse demeurer éternellement avec vous : l’Esprit de la Vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il n’en a ni la connaissance, ni l’idée ; mais vous vous le connaissez et c’est pourquoi il restera auprès de vous et sera en vous”.

Cette venue de l’Esprit Saint si elle se trouve actualisée dans le baptême de Jésus par Jean est postérieure pour les hommes au baptême de repentance et le rite baptismal s’effectue en deux temps :

Ils lui prescrivent d’abord un temps de pénitence, de pureté et de prière continue. Puis ils lui imposent sur la tête l’Evangile de Jean, invoquant le Saint Esprit et récitent le Pater Noster. Après cette sorte de baptême, ils lui prescrivent à nouveau un temps d’éducation plus précise, de vie plus ascétique, de prière plus pure, puis demandent des témoignages sur le point de savoir s’il a tout observé. S’il a accompli fidèlement au témoignage des hommes comme des femmes, ils l’amènent à un rite d’initiation réitérée. Le plaçant en face de l’Est, ils lui posent l’évangile sur la tête, les présents, hommes et femmes, lui imposent les mains récitant leur rite“. (109)

Dans cet itinéraire de l’âme vers Dieu, le Saint Esprit pour l’ensemble des Pères est l’intervention privilégiée en faveur de l’homme.

Clément d’Alexandrie à l’égard de Marie Madeleine répandant un flacon de parfum de grand prix sur le Christ nous explique le sens de cette scène :

Et si je ne vous parais trop insister, les pieds parfumés du Seigneur, ce sont les apôtres qui, comme l’annonçait la bonne odeur de l’onction, ont reçu le Saint Esprit. Les apôtres qui ont parcouru la terre et prêché l’Evangile sont représentés par les pieds du Seigneur, au sujet desquels l’Esprit exprime encore par le psalmiste cet oracle : “Adorons au lieu où ses pieds se sont posés“.

[Ps. 131, 7] C’est à dire là où sont parvenus ses pieds, les apôtres, par qui il a été prêché jusqu’aux extrémités de la terre“. (110)

Il y a un rapport étroit entre le parfum et l’Esprit Saint. Cette remarque dès lors de celui qui fut le maître d’Origène est à retenir dans cette adresse aux femmes :

Il faut absolument que, chez nous, les hommes exhalent non pas l’odeur des parfums mais celle des vertus, et que la femme répande la bonne odeur du Christ, l’onguent royal, et non pas l’odeur des poudres et des parfums et qu’elle s’oigne de l’onguent immortel de la sagesse, qu’elle se délecte de ce parfum saint qu’est l’Esprit. C’est celui que le Christ prépare aux hommes qui sont ses disciples : un onguent de bonne odeur, qu’il a composé avec les aromates célestes. C’est de ce parfum que le Seigneur, lui aussi, est oint, comme David l’a indiqué : “C’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile d’allégresse, de préférence à tes compagnons ; de tes vêtements de dégage le parfum de la myrrhe, de l’aloès et de la cannelle“. (111)

Cette actualisation du pardon de Marie Madeleine lorsqu’elle verse le parfum, et plus encore de sa purification, est attestée par le Christ disant à Simon :

Tu ne m’as pas oint la tête d’huile : mais elle m’a oint les pieds de parfum. Grâce à cela, je te le dis, beaucoup de péchés lui sont remis car elle a beaucoup aimé. Mais à celui à qui on remet peu aime peu. Alors il dit à la femme : tes péchés te sont remis“. (Luc VII, 46-49)

Origène à propos de l’huile nous offre un sens nouveau :

Toute âme a besoin de l’huile de la miséricorde divine, et nul ne peut échapper à la vie présente s’il est privé de l’huile de la miséricorde céleste“. (112)

Cette huile, c’est le Saint Esprit qui “purifie toutes les souillures en accordant la rémission des péchés“. (113)

Ce point est fondamental. Il nous permet de comprendre cette remarque du Maître Alexandrin :

Dans les Psaumes également il est écrit : “Tu enlèveras leur esprit et ils disparaîtront, et ils retourneront à leur terre. Tu enverras ton Esprit, et ils seront créés et tu renouvelleras la face de la terre” (Ps. 103, 29-30) ; cette phrase s’applique clairement à l’Esprit Saint qui, une fois les pécheurs et les hommes indignes écartés et morts, se créera pour lui-même un peuple nouveau et renouvellera la face de la terre, lorsque les hommes par la grâce de l’Esprit, abandonneront le vieil homme avec ses actions (cf. Col III, 9) et commenceront à vivre d’une vie nouvelle (Cf. Rom VI, 4). Et il est tout à fait juste de dire que ce n’est pas en tous, ni en ceux qui sont chair, que l’Esprit Saint habitera, mais en ceux dont la terre aura été renouvelée. (cf. Ps. 103, 30) : c’est pour cela enfin que l’Esprit Saint était transmis par l’imposition des mains des apôtres (cf Act. 8, 18) après la grâce et le renouvellement du baptême (cf. Tite III, 5)” (114).

La réception de l’Esprit indépendante du Baptême est conditionnelle à l’abandon du vieil homme en vue d’entrer en une vie nouvelle.

Dans le cadre du rituel de la Confirmation de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive, il est procédé dans le cours de la troisième partie du rite à la tonsure du baptisé qui va être oint, et le célébrant ajoute immédiatement à l’égard du nouveau tonsuré :

Gardez toujours en votre coeur cet avertissement du Sauveur : “Si l’on veut venir à ma suite, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre ainsi. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la recouvrera”. (Matthieu XVI, 24, 26). Mon Frère, gardez et portez toujours l’image de la couronne divine. Agissez de telle sorte que votre transformation ne s’arrête pas à l’extérieur, mais que votre coeur dégagé des embarras du monde et les désirs du siècle, s’ouvre à jamais aux splendeurs de l’éternelle grâce. Amen” (115)

Recevoir l’Esprit ; c’est entrer en Communion avec Dieu. Si l’Esprit est notamment la relation d’amour entre le Père et le Fils, tout en ne procédant que du Père et sans n’être que cela, la liturgie de la Sainte Messe de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive fait dire au célébrant après qu’il ait récité le deuxième évangile, fixe celui-ci qui est la Prière Sacerdotale :

Que tous les hommes soient Un dans l’Amour, comme le Fils est Un avec le Père dans l’Esprit. Amen“. (116)

Origène considère à juste titre sa douzième Homélie sur les Nombres, que le chrétien est amené à vivre quatre étapes : l’offrande de sa foi et de son amour, en contre partie la réception des dons du Saint Esprit, en troisième lieu le fait qu’il nous faut mourir au monde, enfin parvenu à la perfection il nous est donné le paradis. Comment cela se peut-il produire ? “Le Verbe de Dieu qui est le Seigneur Jésus est l’Epoux et le Mari de l’âme pure et chaste“. (117)

A l’égard de cette union il n’est point possible de citer un extrait, il faut lire l’ensemble que constituent les Homélies sur le Cantique des Cantiques d’Origène.

*

* *

L’onction est la marque du Saint-Esprit. Le baptême d’Esprit et de Feu permet au baptisé de devenir membre de l’Eglise priante, souffrante et militante et d’agir ainsi en faveur de la réconciliation universelle.

 

Notes :

(1) Confer notre étude : « Satan, Lucifer, le Prince de ce monde et les démons dans la tradition chrétienne et l’exégèse scripturaire », Narbonne, Cahiers d’Etudes Cathare Ed.

(2) Maurice Magre : Le Sang de Toulouse. Paris, Robert Laffont Ed, 1978, page 278.

(3) Rachi : Le Pentateuque avec Rachin. Volume 1 : La Genèse Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1979, page 5.

(4) Grégoire de Naziance : Homélie XL : Pour le Saint Baptême. Paragraphe II in : Homélies (extraits). Namur, Editions du Soleil Levant, 1962 pages 57 et 58.

(5) Jean Scot : Commentaires sur l’Evangile de Jean. Livre III paragraphe 1, Paris, Editions du Cerf, Collection Sources chrétienne n° 180 – 1972, page 205.

(6) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 25, Paris, Editions du Cerf, Coll. Sources chrétienne n° 67 – 1960, pages 103 à 105.

(7) Rachi : op cité, volume 5 : le Deutéronome. ibid, 1981, page 163.

(8) Elie Munk : La voix de la Thora. Volume 5 : le Deutéronome. Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1981, page 213.

(9) On lira avec intérêt : Herman Hailperin : De l’utilisation par les chrétiens de l’oeuvre de Rachin. in : Rachi (ouvrage collectif). Paris, Service Technique pour l’éducation. Ed, 1974, pages 163 à 200.

(10) Le Zohar II, 113a – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par Gershon Scholem, Paris Ed du Seuil, Coll. Sagesses n° 21, 1980, page 88.

(11) Ambroise de Milan : La mort est un bien II, 3 – in : Cyprien et Ambroise : le chrétien devant la mort. Paris, Ed Desclée de Brouver Ed, coll. les Pères dans la foi, 1980, page 41.

(12) Jean Chrysostome : Homélie 25 sur l’Evangile selon Saint Jean – in : le Baptême d’après les Pères de l’Eglise. Paris Grasset Ed, colle lettres chrétiennes n° 5, 1962 page 211.

(13) Jean Duvernoy : la Religion des Cathares. Toulouse, Privat Ed 1976, page 145.

(14) Rachi : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, page 15.

(15) Elie Munk : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, 1981, page 23.

(16) Carlo Suares : la Kabbale des Kabbales, Paris, Adyar Ed, 1962, page 51.

(17) Zohar I, 284b – in : La Kabbale, pages classées du Zohar. Paris Ed du chant nouveau. 1946, pages 81 et 82.

(18) Zohar I, 61 a – Ibid, page 82.

(19) Zohar I, 85 b – Ibid, page 83.

(20) Louis Rougier : l’Origine astronomique de la croyance pythagoricienne et l’immortalité de l’âme. le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, Ed, tome 10, 1933.

R.P. Festugière : La Révélation d’Hermès Trismégiste, tome 3 : les doctrines de l’âme. Paris, Librairie Gabalda Ed, 1953.

Textes et Oeuvres divers publiés par les Editions les Belles Lettres.

(21) Gershom. G. Scholen : Les Origines de la Kabbale. Paris, Aubier-Montaigne Ed, 1966 page 252. On lira avec intérêt le paragraphe 10 du chapitre 2 : Migration des âmes et mystique de la prière dans le Bahir, mais aussi toute l’oeuvre de l’auteur dont les traductions figurent chez Payot et Aubier.

(22) Origène : Homélie sur Jérémie I, paragraphe 10. Paris, Ed. du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 232, 1976, pages 217 et 219.

(23) Origène : Traité des Principes – Péri Archon – III, 3. 5 – Paris, Etudes Augustiniennes Ed, 1976, page 189.

(24) Elie Munk : op cité. volume 1 : la Genèse, ibid, pages 257 et 258.

(25) Origène : Homélies sur la Genèse – XII, 4 – Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 7 bis, 1976, pages 301 et 303.

(26) Origène : Traité des Principes – Péri Archon II, 9, 7 – op cité, page 131 et Sources chrétiennes n° 252 (tome 1) page 369.

(27) Origène : Commentaire sur Saint Jean VI, paragraphe 73 – Paris, Ed du Cerf, coll Sources chrétiennes n° 157 – 1970, pages 183 et 185.

(28) Justin : Dialogue avec Tryphon – Prologue : Comment voir Dieu in : la Philosophie passe au Christ : Oeuvre de Justin. Paris, Desclée de Brouwer Ed, colle les Pères dans la foi, Ictus, 1982, page 128.

(29) Jérôme : Traité sur les erreurs contenues dans le Livre des Principes d’Origène. in : Oeuvres de Saint Jérôme. Paris, Auguste Desrez Ed, 1838, page 421.

(30) Grégoire de Nysse : la Création de l’Homme – 28 – Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la foi, 1982, pages 148 et 149.

(31) Origène : Explication du Nôtre Père – 29, in Traité sur la prière. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la Foi, 1977, pages 108 et 109.

(32) Origène : Commentaire sur Saint Jean, op cité, avant-propos de Cécile Blanc, page 24.

(33) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(34) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(35) Jérôme : Correspondance, Lettre à Démétriadès. in Oeuvres de Saint Jérôme, op cité, page 663 et par une approche aisée Correspondance, Lettre n° 130, Les Belles Lettres Ed, tome 7 pages 187 à 189.

(36) Tertullien : Apologétique 48, paragraphe 2 et 3. Paris, les Belles Lettres Ed, 1971, pages 101 et 102.

(37) Marius Victorinus : Contre Arius Livre I, B, paragraphe 64 in : Traités théologiques sur la Trinité. Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 68 ; 1960 page 385.

(38) Grégoire de Nysse : Catéchèse de la Foi, 6. Paris Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1978, page 94.

(39) Ibid, page 102.

(40) Premier Concile de Braga : Anathématisme contre les Priscillianistes, 1e Mai 561 ou 563. in : Textes doctrinaux du Magistère de l’Eglise sur la Foi Catholique. Traduction et présentation de Gervais Dumeige. Paris, Editions de l’Orante, 1969, page 140.

(41) Synode de Constantinople : Anathème contre Origène (?!), 543, ibid, page 140.

(42) Murphy et Sherwood : Constantinople II et III. Paris, Editions de l’Orante, Collection Histoire des Conciles oecuméniques, volume 3, 1974, pages 108 et 109.

(43) Augustin : La Cité mystique de Dieu. Livre X chapitre 30. Paris, charpentier Ed, 1843, tome 1, pages 351 et 352.

(44) Zohar II, 1999 a – in : La cabbale, pages classées du Zohar, op cité, page 99.

(45) Zohar II, 96 b – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par G. Scholem, op cité, page 84.

(46) Elie Munk : op cité, tome 3 : Le Lévitique, op cité, 1981, page 151.

(47) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 15, op cité, page 89.

(48) Ibid, paragraphe 22, page 99.

(49) Tertullien : La Résurrection des morts – paragraphe 40. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1980, page 102.

(50) Origène : Traité des Principes – Péri Archon, Préface I, 5 – op cité, page 26.

(51) Tertullien : Ibid, paragraphe 7, page 53.

(52) Ignace d’Antioche : Lettre aux philadelphiens XI, 2. in : Les écrits des Pères Apostoliques (Collectif). Paris, Editions du Cerf, Coll chrétiens de tous les temps n° 1, 1969 page 185.

(53) Justin : Dialogue avec Tryphon V, op cité page 130.

(54) Ibid, XL, op cité page 190.

(55) Irénée de Lyon : Contre les Hérésies V – in : Textes choisis. Namur, les Editions du Soleil Levant. Ed, 1963 page 150.

(56) Tertullien : Apologétique IX, 8. op cité, page 22.

(57) Tertullien : La Résurrection des morts XVI, paragraphe 10, op cité page 65.

(58) Grégoire de Nysse : la Création de l’homme XXIX, op cité page 152.

(59) Zohar I, 205 b, 206 a : in : Armand Abécassis et Georges Nataf : Encyclopédie de la mystique juive, 4ème Partie : Isaïe Tishby : la Kabbale, Paris, Berg International Ed, 1977, colonne 878.

(60) Zohar I 83 b in : La Cabbale, pages classées du Zohar, op cité, pages 84 et 85.

(61) Justin : Dialogue avec Tryphon VI, op cité, pages 131 et 132.

(62) Tertullien : La Résurrection des morts VII, paragraphe 4 et 5, op cité page 52.

(63) Origène : Traité des Principes – Péri Archon III, 1, 21, – op cité page 171.

(64) Origène : Homélies sur Jérémie I, 10 – op cité page 219.

(65) tau Irénée II : Rituel du Baptême des adultes (forme privée et non solennelle) de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive. Nous remercions S.B.T. Irénée II de nous avoir communiqué ce texte liturgique.

(66) Jamblique : Traité de l’Ame Section II, paragraphe 2 – in : R.P. Festugière : op cité, appendice 1, page 221.

(67) Ibid, Section III, paragraphe 1, pages 229.

(68) Hermès Trismègiste : Poimandrès I, 19. in : Corpus Hermeticum, tome 1, Paris, les Belles Lettres Ed, 1960, page 13.

(69) La Didaché, paragraphe 1 in : Les Ecrits des Pères Apostoliques, op cité, page 37.

(70) Plotin : Les Enneades IV, 3, 22, traduction de l’abbé Alta. Paris, Bibliothèque chacornac Ed, 1925 tome 2 page 268.

(71) Jamblique, op cité, Section II, paragraphe 3, pages 226 et 227.

(72) Plotin : Les Enneades IV, 3, 21, op cité, page 267.

(73) Porphyre : Sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme IIe Partie. in R.P. Festugière : op cité appendice 2, pages 293 et 294.

(74) Ibid, page 298.

(75) Ibid, page 298.

(76) Justin : Dialogue avec Tryphon, 5 – op cité, pages 128 et 129.

(77) Justin : Ibid, 65, op cité, page 237.

(78) Irénée de Lyon : Contre les Hérésies V, op cité, pages 156 et 157.

(79) Marius Victorinus : Hymne II, vers 35 à 46. in Traités Théologiques sur la Trinité. op cité, page 631.

(80) tertullien : Traité du Baptême III, 2. Paris, Cerf Ed. Coll. Foi Vivante, 1976 pages 76 et 77.

(81) Dr A.E. Chauvet : Esotérisme de la Genèse. Tradition ésotérique commentée des dix premiers chapitres du Sepher Bereschit. Paris, SIPUCO Ed, 1948, tome 4 page 951.

(82) Tertullien, Traité du Baptême III, 3. op cité page 77.

(83) Ibid, IX, 4. op cité page 91.

(84) Tau Irénée II : Sainte et divine Liturgie de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive. Nous remercions S.B.T. Irénée II de nous avoir confié cette liturgie.

(85) Ibid.

(86) Confer note 1.

(87) Pour les textes de Jean et de Paul, nous avons toujours choisi, selon l’habitude de nos travaux précédents les traductions remarquables de l’abbé Alta, publiées à Paris en 1907 et 1919. Nous profitons de l’occasion de cette note pour signaler que les traductions des autres textes, sauf indication contraire, appartiennent toujours à l’édition de la Bible publiée dans la Pléiade.

(88) Dr. A.E. Chauvet : Esotérisme de la Genèse, op cité, tome 4, page 951.

(89) Origène : Commentaire sur Saint Jean II, paragraphe 159 à 162, extraits op cité, pages 313 à 317.

(90) Ibid, II, paragraphe 167.

(91) Ibid, II, paragraphe 174.

(92) Tradition de la Sainte Prière. Paragraphe 5 in : Rituel Cathare. Paris, Ed du Cerf Ed, Coll Sources chrétiennes n° 236, 1977 pages 217 et 219.

(93) Ibid paragraphe 6, page 221.

(94) Ibid paragraphe 13, pages 253 et 255.

(95) Confer note 1.

(96) Elie Munk : op cité, tome 4 : les Nombres, op cité, 1981, page 111.

(97) Tau Irénée II : Rituel de la Confirmation. Forme privée et non solennelle. Nous remercions S.B. Tau Irénée II, Patriarche de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive d’avoir bien voulu nous communiquer sa liturgie.

(98) Rachi : Le Pentagone avec Rachi, volume 2 : l’Exode, Paris, op cité, 1980, page 253.

(99) Ibid, page 274.

(100) Elie Munk : la Voix de la Thora, volume 2 : l’Exode, op cité, 1980 page 347.

(101) Irénée de Lyon : Démonstration de la Prédication Apostolique, paragraphe 47 – Paris, Ed du Cerf, Coll : Sources chrétiennes n°62, 1971, pages 107 et 108.

(102) Tertullien : Le Baptême VI, VII et VIII, extraits. op cité, pages 85 à 89.

(103) Hippolyte de Rome : la Tradition Apostolique, paragraphe 21 – Paris Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°11 bis, 1968 pages 87, 89 et 91.

(104) Cyrille de Jérusalem : Catéchèses Baptismales et mystagogiques (XXIè Catéchèse, extraits) namur, Ed du Soleil Levant Ed, 1962, pages 466 et 467.

(105) Ambroise de Milan : Des Sacrements III, 8 – in : Des Sacrements, des Mystères, Explication du Symbole. Paris Ed du Cerf, Coll. Sources chrétiennes n°25 bis page 97, 1980.

(106) Ibid : Des Mystères, paragraphe 42. in : Des Sacrements, des Mystères, Explication du Symbole, op cité, page 179.

(107) Tradition de la Sainte Prière, paragraphe 13, in Rituel Cathare, op cité page 247.

(108) Tau Irénée II Rituel de la Confirmation, op cité.

(109) Jean Duvernoy : la Religion des Cathares, op cité, page 323.

(110) Clément d’Alexandrie : le Pédagogue II, 8, Paris Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°108, 1964, pages 125 et 127.

(111) Ibid, page 133.

(112) Origène : Homélies sur le Lévitique, II, 2. Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°286, 1981, pages 97 et 99.

(113) Ibid, page 99.

(114) Origène : Traité des Principes – péri Archon I, 3, 7. op cité page 53.

(115) Tau Irénée II : Rituel de la Confirmation, op cité.

(116) Tau Irénée II : Sainte et Divine Liturgie de l’E.G.A.P. Je remercie S.B. T. Irénée II de m’avoir transmis cette liturgie.

(117) Origène : Homélies sur les Nombres XX, 2. Paris Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°29, 1951, page 395.

 

Chrismon - Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel

Chrisme, extrait du site Editions Scriptoria.

 

SOURCE : https://www.esoblogs.net/

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POURQUOI SUIS-JE FRANC-MAÇON ? 18 juillet, 2019

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POURQUOI SUIS-JE FRANC-MAÇON ?

Réflexions | 15 décembre 2016 |
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« Pourquoi suis-je Franc-Maçon ? » est une question que nous nous sommes tous posés, et que nous nous posons régulièrement lorsque notamment le doute nous envahit…

« Pour trouver la Lumière ? » Peut être , certainement…encore faut il être réceptif à cette lumière qui s’offre à nous..

La planche qui suit est le fruit du travail de la Loge « Apollonius de Tyane » à l’orient de Genève – Grand Orient de Suisse.  Elle nous offre un cheminement qui ne nous sera certainement pas étranger.

Travail en commun de la Loge Apollonius de Tyane


Ce texte constitue une synthèse des réflexions élaborées par les membres de notre Loge lors d’une séance. Il reflète la vision que les uns et les autres avons sur deux questions centrales :pourquoi devient-on Franc-maçon ? Que fait-on en Loge et pourquoi y accorde-t-on du temps et de l’énergie? Ce sont là deux questions centrales qui nous obligent à nous interroger sur ce que nous sommes et sur ce que nous faisons en Loge.

Un travail, quelque soit sa nature, n’est efficace et constructif que dans la mesure où celui qui l’entreprend sait pourquoi il le fait et quelles sont ses motivations réelles. Nous devons donc nous interroger sur ce que nous faisons et sur le sens de notre démarche, a dit un de nos Frères! Nous sommes en Loge et nous y venons régulièrement, soit! Mais nous devons savoir pourquoi nous y venons et que cherchons-nous? L’être humain se caractérise par sa capacité de se poser des questions et de s’interroger sur le sens de la vie, a dit un autre Frère.


Pourquoi devient-on Franc-maçon ?


Je suis franc-maçon, a dit un Frère, parce qu’un jour j’ai frappé à la porte du Temple et on m’a ouvert. J’ai ensuite demandé la Lumière et on me l’a accordée ou plus exactement on m’a donné les outils nécessaires pour la rechercher. J’ai donc été initié, c’est-à-dire que j’ai accepté de me soumettre à un ensemble de rites d’initiation qui m’ont permis d’entrer dans la fraternité maçonnique.

Je suis donc Franc-Maçon parce qu’un jour j’ai décidé de le devenir, sans savoir au préalable ce que cela implique comme contrainte et obligation. Il s’agit donc d’une démarche réfléchie, mûrement réfléchie (ne dit-on pas que le Franc Maçon est un homme libre et de bonnes mœurs, dans une loge libre). Cette démarche « libre » est cependant fondée sur une croyance, une utopie, un pari. Qu’elle soit par cooptation ou par candidature, l’adhésion à la franc-maçonnerie est fondée sur un pari. Elle repose sur la conviction a priori que la franc-maçonnerie est un lieu où on se cultive, un lieu où on cultive ce que les philosophes anciens appelaient la vertu, c’est-à-dire que nous apprenons à vivre avec les autres, dans la différence et la tolérance. C’est sans doute ce qu’un de nos Frères a appelé une  « communauté de contacts où cohabitent le bon et le mauvais ».

Pourquoi ai-je décidé de devenir Franc-Maçon, s’est interrogé un Frère ? C’est sans doute, disait-il, parce que les possibilités qu’offre la vie profane sont limitées et parce que la vie symbolisée par l’acquisition des biens matériels est insatisfaisante. Il y a donc une recherche de quelque chose de plus, de ce que certains appellent un supplément d’âme, quelque chose que ni la religion ni la politique ne permettent de réaliser. Ce quelque chose c’est ce qu’un Frère a appelé l’unité de l’Être, le Centre de l’Union. Nous venons en Loge chercher ce que la vie profane ne peut nous donner : l’intégration de l’Être et la participation au tout de l’universel.

A travers les systèmes politiques, les doctrines et les religions, les sociétés nous offrent des clivages et des visions opposées de la vie. Division entre gauche et droite, entre catholiques et protestants, entre musulmans, chrétiens et juifs, entre religieux et athées, entre religieux et laïcs, etc. Autant de divisions constitutives de l’identité des groupes sociaux, mais insatisfaisantes pour celui qui cherche autre chose, insuffisantes pour l’homme ou la femme de bonne volonté qui cherche à transcender les divisions pour aller vers l’Union.

Si les divisions sont socialement nécessaires à la vie profane, nous savons qu’elles sont insatisfaisantes si l’on raisonne au niveau des individus dans une perspective universelle et transcendantale.

Dans un ouvrage tout récent, le sociologue allemand Ulrich Beck dit ceci : « Dans un monde radicalement divisé, il ne sera possible de vivre en sécurité que quand chacun sera apte et prêt à voir le monde de la modernité déchaînée avec les yeux de l’autre, de l’altérité, quand l’évolution culturelle incitera chacun à pratiquer quotidiennement cette ouverture. Il s’agit de créer un common sense cosmopolitique (ce qu’il appelle une civilisation humaine), un esprit de reconnaissance de l’altérité, de l’autre », p. 13, in Pouvoir et contre-pouvoir à l’ère de la mondialisation, Paris, Aubier/Flammarion, 2003.

N’avons-nous pas tous fait une fois ou l’autre l’expérience que des individus, que bien des choses auraient pu séparer ou opposer, trouvent des points communs leur permettant de transcender leurs différences statutaires ou sociales et de travailler ensemble par delà leurs divergences. La franc-maçonnerie vise à réunir ce qui est épars.

La franc-maçonnerie nous offre la possibilité d’expérimenter d’autres modes du vivre ensemble, d’autres manières de concevoir les relations sociales; d’autres conceptions de l’homme qui placent au centre les qualités intrinsèques de chacun. A notre manière, mes frères, nous expérimentons en Loge (probablement le seul lieu actuellement possible) un mode d’organisation égalitaire. Chacun de nous, indépendamment de ses capacités, de son statut ou de ses richesses éventuelles, est l’égal de l’autre du point de vue des droits et des devoirs et du point de vue du travail maçonnique. Aucun n’est destiné à faire une chose ou une autre; aucun n’est destiné à commander ou à obéir. Nous sommes tous appelés à tour de rôle à assumer des responsabilités, à diriger mais aussi à obéir.

C’est cette possibilité que la Franc-maçonnerie nous donne de vivre et d’expérimenter une mode de relations horizontales, qui est à la base de notre adhésion et la raison pour laquelle nous avons frappé à la porte du temple. C’est parce que nous étions insatisfait de ce que la vie profane nous offre, que nous sommes venus chercher ce qu’aucune organisation profane ne peut offrir: la possibilité de travailler sur soi au moyen d’outils symboliques pour s’améliorer et œuvrer par la même à l’amélioration du temple universel de l’humanité.


Que vient-on faire en Loge ?


Combattre mes vices et faire des progrès dans la Franc-maçonnerie : telles sont, rituellement, les raisons pour lesquelles nous sommes en Loge. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie d’abord que le Franc-maçon sait qu’il a des défauts et des faiblesses qu’il doit corriger. Il éprouve donc le besoin de s’améliorer. Pour cela, il doit combattre ses défauts et s’efforcer d’être meilleur, en travaillant sur lui-même eu moyen des outils et des symboles.

Le devoir d’un Franc-maçon, notre devoir, mes Frères, nous dit Oswald Wirth, est de fuir le vice et de pratiquer la vertu en préférant à toutes choses la Justice et la Vérité. Et c’est dans la Loge que nous, Francs-maçons, effectuons ce travail. Pour cela, nous devons être réguliers et persévérants; nous devons suivre régulièrement les travaux en Loge et apporter notre contribution quand cela est possible. La présence en Loge est nécessaire, elle est même indispensable, mais elle n’est pas suffisante. Par son travail, chacun de nous doit être « une colonne vivante du Temple ».

Le Franc-maçon doit d’abord travailler pour son propre perfectionnement. Il doit également persister sans relâche dans la recherche de la vérité, en étant toujours plus exigeant vis-à-vis de lui même et de ses frères. Cela veut donc dire qu’avant d’envisager toute action sociale, le Franc-maçon doit entreprendre une action individuelle. Il doit s’imposer une discipline rigoureuse, celle de travailler sur lui-même au moyen des rites et des symboles, tout en s’appuyant sur le soutien de ses Frères en Loge. Il doit travailler à la taille de sa pierre, pour en ôter inlassablement les aspérités, l’équarrir pour la rendre parfaite en vue de sa destination finale. Nous devons nous efforcer de combattre nos défauts pour occuper notre juste place dans la Loge, et par delà dans la société.

Le plus difficile, mais en même temps le plus important, ce n’est point d’ambitionner de changer le monde, mais c’est davantage s’efforcer de se changer soi-même et d’abord en se connaissant. Être un Franc-Maçon, a dit un Frère, c’est se connaître et se situer avant de vouloir tout changer. En effet, il ne manque pas de personnes qui sont prêtes à changer le monde, mais combien de réformateurs ou de révolutionnaires ont-ils été capables de réaliser leurs objectifs dans la durée, faute d’avoir fait ce travail sur eux-mêmes

La Franc-maçonnerie nous dit qu’il faut s’efforcer de construire le temple de l’humanité, c’est-à-dire réaliser une société meilleure, plus juste et surtout plus humaine (dans les Constitutions d’Anderson, il est dit que le Maçon doit œuvrer pour la paix et le bien être de la Nation). Mais avant de vouloir réformer la société, ou en même temps, le Franc-Maçon doit s’auto-réformer, se changer lui-même. Un des aspects de cette auto-réforme, c’est d’accepter que les autres ont autant de valeurs que nous, que les qualités intrinsèques de chacun de nous n’ont rien à voir avec les différences de statut social, que quelque soit notre rang ou notre fortune, nous sommes l’égal de l’autre et l’autre est l’égal de nous.

Nous sommes des Francs-Maçons parce que nous sommes à la quête de la Lumière, celle qui guide notre chemin obscur vers la vérité humaine, notamment la prise de conscience de la valeur intrinsèque de tout être humain. Sur le vaste chantier de l’humanité, nous sommes des ouvriers dispersés qui travaillent à l’édification de la Grande Œuvre. La Franc-maçonnerie nous permet de nous connaître, de nous reconnaître, de nous assembler et d’espérer ainsi réaliser un monde meilleur, à la condition que nous travaillons inlassablement sur nous-mêmes

SOURCE : http://www.gadlu.info/

photo tableaux 108

La Porta Magica 17 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Porta Magica

 

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 16 mars 2017

La Porta Magica par Melmothia

En plein centre de Rome, à deux pas de la gare Termini, se trouve la Piazza Vittorio Emanuele II, ou si vous préférez la place Victor-Emmanuel, l’une des plus vastes de Rome (plus de 5 000 mètres carrés). Cette magnifique place à arcades fut construite en 1870, lorsque la ville devint la capitale du Royaume d’Italie. Un énorme projet d’urbanisation fut alors lancé pour moderniser la ville, dont la part la plus ambitieuse consistait en la construction d’un quartier résidentiel sur l’Esquilin, comprenant des villas luxueuses, de grands parcs, des vignobles et des vergers. Il fut décidé que le cœur du quartier serait la Piazza Vittorio avec, en son centre, un jardin conçu par Carlo Tenerari. Aujourd’hui encore, des allées de gravier conduisent le promeneur à des compositions de plantes exotiques (des magnolias, des palmiers, des cèdres du Liban), ainsi qu’à une pièce d’eau dont la sculpture centrale composée de tritons et d’animaux marins, signée Mario Rutelli, est surnommée par une partie de la population « l’assiette de friture » – en italien « Fontana del fritto misto ». En face de la pièce d’eau, trônent les restes d’une construction monumentale réalisée par l’empereur Sévère Alexandre en 226, un château d’eau qui faisait la jonction entre deux aqueducs et les canaux de la ville.

Frito Miso La Porta Magica

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Nymphaeum Alexandri. Image extraite du site Roman AqueducsFontana del fritto misto, par Alvaro de Alvariis, sur sa page Photostream.

Si ce château d’eau, antiquité oblige, a conservé son emplacement d’origine, la villa Palombara, une somptueuse demeure qui se dressait au nord, eut moins de chance, puisqu’elle fut démolie dès 1837. N’en reste aujourd’hui qu’un seul vestige : une étrange porte incrustée dans le mur nord du parc, connue sous le nom de Porta Magica ou Porta Alchemica.

La Porta Magica

Cette porte est la seule survivante des cinq que comprenait la villa Palombara, propriété de Massimiliano Palombara, marquis de Pietraforte (1614-1680) dont le domaine couvrait grosso modo l’actuelle Piazza Vittorio. L’homme était connu pour être féru d’occultisme et d’alchimie, et la villa, construite en 1660, comprenait, paraît-il, une petite dépendance utilisée comme laboratoire où le propriétaire des lieux pouvait mener tranquillement ses expériences alchimiques avec ses amis. La porte, quant à elle, aurait été construite entre 1655 et 1680.

En 1890, elle fut incrustée dans le mur du jardin, appuyée contre un bloc de terre pour montrer à quelle hauteur du sol elle se trouvait dans la demeure. Ont été placées de chaque côté deux statues en marbre du dieu égyptien Bès. Ces supposés gardiens ont fait gloser autant que la porte elle-même, mais sont en fait des pièces rapportées, puisqu’ils proviennent d’un temple dédié à Sérapis bâti par Caracalla au IIIe siècle, dont il reste encore quelques vestiges dans la Villa Colonna, à quelques rues de là. Elles ont été découvertes à l’occasion de fouilles en 1888, sur le Mont Quirinal, et déplacées dans le jardin, sans doute dans un but décoratif.

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Porta ermetica. Image extraite de la page nhaima’s photostream, 2009.

Les étranges symboles gravés sur la Porta Magica ont donné naissance à maintes spéculations et, pour commencer, à une légende, rapportée par l’érudit Girolamo Francesco Cancellieri en 1802 [1]. Selon lui, un homme mystérieux – en fait, l’alchimiste Giustiniani Bono, se serait présenté à la porte du marquis et aurait passé la nuit entière dans les jardins de la villa à la recherche d’une herbe mystérieuse capable de produire de l’or. Le lendemain matin, l’homme aurait disparu en laissant derrière lui quelques pépites et des notes censées contenir le secret de la pierre philosophale… Incapable de déchiffrer le texte, le marquis en aurait fait graver le contenu sur les cinq portes de la villa ainsi que sur les murs intérieurs de la demeure, dans l’espoir qu’un jour, quelqu’un serait en mesure de le comprendre.

Une variante de cette légende place le célèbre Giuseppe Francesco Borri dans le rôle du personnage mystérieux. Mais les deux hommes devaient, en fait, se connaître assez bien. L’intérêt du Marquis de Palombara pour l’alchimie est vraisemblablement né de sa fréquentation à partir de 1656, de la cour de la reine Christine de Suède au Palais Riario [2]. Après sa conversion au catholicisme, la reine Christine abdiqua le trône de Suède pour s’exiler à Rome où elle demeura de 1655 jusqu’à sa mort, en 1689. Passionnée d’alchimie et de science, elle s’entoura de personnages illustres tels que le médecin et occultiste Giuseppe Francesco Borri, l’alchimiste Francesco Maria Sundstrom, Athanase Kircher et l’astronome Jean-Dominique Cassini. Le marquis de Palombara fréquenta assidûment cette cour et signa même un poème alchimique vers 1666, intitulé « La Bugia »  [3].

En fin de compte, ce que l’histoire romancée de Cancellieri nous apprend surtout, c’est qu’il manque très probablement la majorité des pièces du puzzle, c’est-à-dire les autres portes et les murs intérieurs de la demeure.

Concernant celle qui reste et trône joliment dans le jardin de la Piazza Vittorio, elle se compose d’un cadre gravé de symboles planétaires et alchimiques sous chacun desquels se trouve une maxime en latin. Au dessus du cadre, une allégorie alchimique montre un hexagramme contenant une croix posée sur un cercle dans lequel est inscrit « CENTRUM IN TRIGONO CENTRI » : « Le centre est dans le triangle du centre ». La composition est encerclée de la maxime : « TRIA SUNT MIRABILIA DEUS ET HOMO MATER ET VIRGO TRINUS ET UNUS » : « Trois sont les merveilles : Dieu et homme, mère et vierge, Trinité et Unité ».

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Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Cette combinaison de symboles se retrouve sur la couverture du livre d’Heinrich Madathanus : Aureum Seculum Redivivum, publié en 1625 (Heinrich Madathanus est le pseudonyme d’Adrian von Mynsicht).

La Porta Magica

Frontispice de l’Aureum Seculum Redivivum.

Le haut de la porte comporte une inscription hébraïque :  רוה אלהים Rouach Elohim, signifiant « l’esprit de Dieu ». Sous l’inscription hébraïque se trouve la maxime : « HORTI MAGICI INGRESSUM HESPERIUS CUSTODIT DRACO ET SINE ALCIDE COLCHICAS DELICIAS NON GUSTASSET JASON » : « Le dragon de l’ouest (des Hespérides?) garde l’entrée du jardin magique et sans Alcide, Jason n’aurait pu goûter les délices de Colchide ».

Elohim porta magica

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

D’après Susanna Akerman, une autre inscription, aujourd’hui perdue, disait : « VILLAE IANUAM TRANANDO RECLUDENS IASON OBTINET LOCUPLES VELLUS MEDEAE 1680 » : « En passant la porte de la villa, Jason obtînt la riche toison de Médée 1680 ».

Les symboles qui ornent le cadre de la porte pourraient être repris de l’ouvrage de Johannes de Monte-Snyder, Commentatio de Pharmaco Catholico (Amsterdam 1666) dans lequel se trouvent 7 symboles identiques que l’auteur donne pour être un alphabet « Chymica » :


symboles porta magica

Saturne / plomb

Jupiter / étain

Mars / fer

Vénus / bronze

Mercure / antimoine et vitriol

Dans la section suivante intitulée « Syllabæ Chymicæ », Monte-Snyder explique : « Cet alphabet est constitué de caractères simples dont la combinaison forme des syllabes ; certains caractères sont combinés en un seul ; ces syllabes donnent alors des mots, créant ainsi du sens » [4]. Les signes gravés sur la Porta Alchemica pourraient donc être des combinaisons de symboles.

Les inscriptions :

porta magica schema

QUANDO IN TUA DOMO NIGRI CORVI PARTURIENT ALBAS COLUMBAS, TUNC VOCABERIS SAPIENS : Quand dans ta demeure les noirs corbeaux engendreront de blanches colombes, tu seras appelé sage.

QUI SCIT COMBURERE AQUA ET LAVARE IGNE FACIT DE TERRA COELUM ET DE COELO TERRAM PRETIOSAM : Celui qui saura brûler avec de l’eau et laver avec du feu, transformera la terre en ciel et le ciel en terre précieuse.

AZOT ET IGNIS DEALBANDO LATONAM VENIET SINE VESTE DIANA : Pour la purification du vif argent de l’azote et du feu, Diane apparaîtra sans robe.

DIAMETER SPHERAE THAU CIRCULI CRUX ORBIS NON ORBIS PROSUNT : Le diamètre de la sphère, le Thau du cercle, la croix de l’orbite ne servent à rien aux aveugles.

SI FECERIS VOLARE TERRAM SUPER CAPUT TUUM EIUS PENNIS AQUAS TORRENTUM CONVERTES IN PETRAM : Si tu avais fait voler la terre au-dessus de ta tête, tu changerais l’eau des torrents en pierre avec des plumes.

FILIUS NOSTER MORTUUS VIVIT REX AB IGNE REDIT ET CONIUGIO GAUDET OCCULTO : Notre fils mort, est vivant, il reviendra roi du feu et bénéficiaire du mariage occulte.

EST OPUS OCCULTUM VERI SOPHI APERIRE TERRAM UT GERMINET SALUTEM PRO POPULO : C’est la tâche secrète du sage que d’ouvrir la terre, afin de semer la prospérité du peuple.

Enfin, le seuil de la porte révèle l’inscription « SI SEDES NON IS » qui peut se lire de la gauche vers la droite, comme de la droite vers la gauche ; la phrase prend alors une signification différente : « si tu t’assieds, tu ne vas pas » ou « si tu ne t’assieds pas, tu vas ».

Porta Magica seuil

Voilà pour un rapide aperçu de la Porta Magica. Ne possédant que peu de connaissances en alchimie et n’ayant eu pour ambition ici que de satisfaire ma propre curiosité, je n’irai pas plus loin dans ces recherches. Ceux qui désireraient en approfondir le symbolisme peuvent commencer par se reporter aux sources ci-dessous ainsi qu’aux nombreuses discussions sur le sujet sur l‘excellent site Alchemy Website.

La Porta Magica, Melmothia, 2010.

Notes :

[1] J’ai échoué à trouver la source précise dans les œuvres de Cancellieri. Il est possible que l’histoire soit rapportée dans le texte : « Le bizzarre iscrizioni della Villa Palombara »‎ ; dans ce cas, elle daterait de 1806 ?

[2] Construit à la fin du XVe siècle pour le cardinal Raffaelé Riario, sur le versant situé entre le Janicule et le fleuve, le Palais Riario, également connu sous le nom de Palais Corsini, fut le domicile de la reine Christine de Suède durant son séjour à Rome. Après avoir subi plusieurs transformations, il est, depuis 1883, la propriété de l’État italien et siège de l’Académie dei Lincei.

[3] Ce texte comporte une allusion à l’ordre de la Rose Croix qui faisait alors beaucoup parler dans les salons – voir à ce sujet l’article de Susanna Akerman. Ceux qui seraient curieux de ce traité peuvent aller en regarder les planches mises en ligne par Adam McLean sur sa galerie.

[4] Cité par Neil Mann, dans la discussion « Alumphume – Everburning Lights of Trithemius » sur le site Alchemy Website.

Quelques sources :

« Roma Capitale : Piazza Vittorio e il quartiere Esquilino », par Giulia Grassi, sur le site Scudit Scuola d’Italiano.

« Roma, Piazza Vittorio Emanuele II », sur le site ArcheoGuida.

« Porta Alchemica » sur la page anglaise de Wikipedia.

Secret Places, Hidden Sanctuaries : Uncovering Mysterious Sights, Symbols , and Societies, par Stephen Klimczuk & Gerald Warner, éditions Sterling, 2009.

« Christina of Sweden (1626-1689), the Porta Magica and the Italian poets of the Golden and Rosy Cross », Susanna Akerman, sur le site The Alchemy Website.

Alchimie : art, histoire et mythes. Actes du 1er colloque international de la Société d’Étude de l’Histoire de l’Alchimie, 1991, sous la direction de Didier Kahn et Sylvain Matton. Milano Arché, 2005.

Deux logis alchimiques, en marge de la science et de l’histoire. Eugène Canseliet, Paris, Jean Schemit, 1945. 

SOURCE : https://www.esoblogs.net/

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Démocratie et initiatique 15 juillet, 2019

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Démocratie et initiatique

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Blackbouler. Refuser un(e) candidat(e) lors d’un vote par ballot (ou ballote) avec des boules blanches et noires. Déposer une boule noire dans le compartiment blanc de la boîte à ballot signifie le refus.

L’image d’une duplication du monde profane dans nos loges n’est pas loin. La question qui se pose et de savoir si une loge peut échapper à cette étrange déliquescence « politique » qui s’invite dans l’initiatique ?

 

        Au plan historique on rappellera l’opposition des Maîtres de loge parisiens lorsque le 24 mai 1773 est acceptée par le Grand Orient de France la disposition suivante : « Le Grand Orient de France ne reconnaîtra désormais pour Vénérable de loge que le Maître élevé à cette dignité par le choix libre des membres de la Loge ».

        À l’issue de cet épisode est née la Grande Loge Nationale.

 

        Fondamentalement, la démocratie est une avancée propre à notre histoire. Il ne s’agit pas de la remettre en cause, pourtant le gouvernement des hommes trouve ses limites dans le plus petit dénominateur commun qui les unit et finit par polluer l’espace initiatique. La juste voie consiste non pas à camper au milieu des égotismes et des ambitions mal embouchées, mais au contraire à changer l’ordre des choses en changeant la formulation. Les mots ont leur magie : lorsqu’un frère souhaite postuler à la chaire de Salomon en ayant préalablement rempli les conditions, il n’est pas « candidat » à l’élection de ses frères, mais il se met à disposition de la Loge pour assumer cette charge.

        La différence sémantique à son importance, car on élimine la clanification, le jugement et le dénigrement et on restaure par le haut l’idée de « Charge » dont chacun sait qu’elle repose, sur une notion qui dépasse l’individu immergé dans ses petites coteries. La Charge consiste à une médiation, assumée par le V:.M:., entre le Debhir et le Hékal, entre le Saint des Saint et le Saint.

        Quels que soient les garde-fous que l’on peut introduire dans les statuts, règlements et autres, l’homme dit « maçon » n’en fera que ce qu’il est lui-même…

        Face au scrutin, il se sent investi d’un pouvoir, celui de décider s’il est « pour ou contre ». Il lui faut donc se situer sur un échiquier. C’est une grande conquête de l’homme que de pouvoir donner un avis, de trancher, de décider, encore faut-il avoir quelques qualifications pour le faire correctement. On soulignera que le silence de l’apprenti et son exclusion de la plupart des votes, caractérisent la tradition maçonnique, qui prend délibérément ses distances avec la démocratie à toutes les sauces. Sur les parvis tous les maçons sont égaux, mais une fois les travaux ouverts, la hiérarchie initiatique reprend ses droits. D’un bout à l’autre de sa vie maçonnique, l’initié est tenu de faire des choix

        Face à un impétrant passant sous le bandeau, qu’elle appréciation profonde peut-il porter ? N’est-il pas renvoyé aussitôt à ses propres limites dans la compréhension de l’autre, à ses propres fantasmes idéologiques et religieux ? Quel état d’esprit préside à son vote ? Est-il tributaire de son éducation ?

        Dans le cas de l’élection d’un Vénérable, pourquoi devrait-il s’abaisser à se transformer en membre d’un clan porteur d’un homme ou d’un projet ? N’est-ce pas antinomique de la pensée initiatique que de juger et de soupeser le poids maçonnique des candidats à l’aune d’une amitié relationnelle et de promesses profanes.

        Il nous semble évident que la culture électoraliste d’une loge dépend de l’exemple fourni par les Grandes loges dont elle dépend administrativement… L’actualité démontre que cet exemple est peu flatteur et abouti parfois à la scission d’une partie de la Grande Loge. Toute loge dite régulière se soumet à une règle.  Cette règle peut varier d’une loge à l’autre comme elle peut varier d’une obédience à l’autre. Quoi qu’il en soit, se soumettre à la règle c’est honorer la Tradition qui est un héritage immémorial.

        Suivant que l’on situe la « Tradition » comme l’héritage des temps ancestraux, ou qu’on la situe en droite ligne du Siècle des lumières, voir dans la continuité des acquis de la IIIe République, le problème de l’expression démocratique en loge sera traitée différemment.

        Quel que soit le modèle traditionnel qui régit nos loges, il arrive que l’application de l’exercice démocratique dans une enceinte initiatique pose problème.

        Il est certain que les modalités de vote en loge sont de nature à créer une déliquescence profane dans un univers supposé initiatique. Tout résultat peut être biaisé dans l’esprit, même s’il est parfait dans la forme.

        Les trois thèmes principaux sur lesquels s’exerce la votation sont :

 

- l’admission en loge après le passage sous le bandeau,

 

- la nomination du collège des officiers et l’élection du V:.M:.,

 

- ou plus ordinairement lors d’une simple décision en loge.

 

        La plupart des loges font un scrutin secret pour les sujets portant sur un homme. L’intention est louable et exemplaire s’il ne s’agissait pas d’une loge maçonnique, car s’agissant d’un microcosme ou chaque frère connaît son voisin, le scrutin secret loin d’apaiser le verdict, risque de renforcer une forme de lâcheté ou de faux semblant du votant. Ce dernier est sollicité sur les parvis par une coterie d’usage. 0n sollicite sa bienveillance et son appartenance à tel ou tel clan est examinée de près.

        À ce stade, chacun est susceptible de se transformer en juge de son propre frère. Disons-le clairement, sur le plan de l’égrégore et dans la sphère initiatique l’effet peut être dévastateur.

        Pour éviter que la science secrète des votes ne domine les esprits, s’agissant de l’admission en loge il y a trois scrutins :

        Le premier consiste en la prise en compte de la demande du profane d’intégrer l’ordre, le vote à main levée serait salvateur dans la mesure ou celui qui s’oppose doit s’expliquer et que l’on à l’habitude de faire confiance au parrainage, du moins au Rite Ecossais Primitif. Dans la plupart des obédiences, ce vote se fait à l’aide des boules noires et blanches et à la majorité simple. (L’unanimité étant requise à main levée à certains rites)

        La seconde consiste, après le passage sous le bandeau du profane en un vote sur sa future initiation, à main levée ou à l’aide des boules suivant les rites. Le candidat est recalé s’il y a un quart de boules noires, alors que l’unanimité devrait être la règle, preuve que ce système confine à l’irresponsabilité et la cristallise la notion d’opposition sans motivation.

        Enfin, pour son intégration dans la tenue de réception, il est procédé à un vote à main levée dans certains rites, ce qui n’est qu’une formalité.

        Sur des sujets subalternes où les frères doivent prendre position, il est nécessaire que l’Orateur donne, avec l’accord préalable du V:.M:., un sens constructif au vote par l’énoncé directif de ses conclusions, évitant à la votation de n’être le reflet que de l’incompréhension des intérêts supérieurs de la loge. Son rôle est insuffisamment valorisé par le Vénérable, car dans une optique de scrutin, l’unanimité devrait être recherchée en créant une adhésion plutôt qu’une interrogation dans l’esprit des votants. C’est à ce niveau d’engagement que l’Orateur, en appui du Vénérable, va contribuer à défaire l’effet néfaste du jugement aléatoire du votant, au profit d’un mouvement plus enveloppant et charismatique, venant de l’Orient et susceptible de participer à l’égrégore de la loge.

        Il faut toujours rechercher l’accord partagé plutôt que l’avis personnel.

C’est le partage du pain qui fait l’agape et non pas la satisfaction de son propre appétit.

        Dans certains rites, la conscience supérieure de la charge devrait suffire pour que chacun, au moment du vote, ne se transforme pas en « bouliste du dimanche électoral ». Le vote noir ou blanc n’est pas fait pour choisir un candidat à une élection, mais pour renforcer la fonction ou la charge. Dans les faits il y a vote, certes, mais dans l’esprit on renforce le pouvoir médiateur de la charge. Il s’agit plus encore, d’un état d’esprit, d’un dimensionnement de la conscience qui, une fois explicité, doit responsabiliser les votants en leur évitant de tomber dans des combinaisons florentines et burlesques.

        L’élection du Vénérable est une nécessité dans la plupart des rites. À la majorité absolue en deux tours, puis, si nécessaire au troisième tour à la majorité relative. Il est élu face à son ou ses concurrents.  Ce point de vue est dommageable pour l’esprit de la charge à assumer au point de transformer et de dégrader la charge en fonction. La démocratie dans son système majoritaire est parfois destructrice de la cohérence de l’ensemble du groupe (c’est un paradoxe) ; cohérence indispensable dans le cheminement initiatique.

        Le point de convergence entre l’initiatique et la démocratie consiste en une pratique rigoureuse de l’unanimité. L’acclamation qui est mode d’expression plus ancien que la votation, porte en elle l’expression de la cohérence, obligeant la mise en œuvre des principes et des comportements, liés à la sagesse de la réflexion. Ici s’exprime la force et l’harmonie de la loge et le maçon n’est qu’un maillon de cette chaîne d’union.

        Le votant doit donc s’interroger sur l’importance de son point de vue face à la nécessaire cohérence de la loge. Dois-je m’opposer pour exprimer ma différence au risque d’amoindrir l’égrégore ? Mon opposition est elle à la hauteur de mon engagement maçonnique ? Quelle position prendrait un Sage dans cette situation ?

        Ce constat remet en cause « le parti pris » qui s’oppose ou qui tente de s’imposer dans une violence feutrée qui n’a rien à faire en loge.

        S’agissant des officiers, le scrutin peut être uninominal à la majorité absolue au premier tour et à la majorité relative au second. On peut aussi l’organiser sur la base d’un scrutin de liste à la majorité absolue. On objectera que le Vénérable élu peut ainsi se retrouver adjoint un officier par exemple un Orateur, en la personne de son opposant. Cet exemple vécu laisser imaginer l’égrégore des tenues.

        Dans d’autres rites, nous l’avons vu, les votes se font à mains levées, ce qui oblige chacun à prendre ses responsabilités, face à ses frères. La transparence du vote à main levée contribue à la pérennité et à la cohérence de la loge sans nier le libre arbitre. Le gouvernement des hommes en loge ne devrait pas s’accommoder de la médiocrité liée à l’absence d’unanimité. C’est le Vénérable, en premier, qui est victime du système majoritaire. De porteur et transmetteur de lumière suivant les principes initiatiques, il est ravalé au rang de pivot fonctionnel, déshabillé de toute influence spirituelle, fagoté en rouage quasi administratif de la loge. Quelque part c’est le Hékal qui dicte au Débhir ce qui est un contresens initiatique grave.

        La méconnaissance de la nature initiatique de la charge de Maître de Loge et le besoin d’exercice partagé d’un pouvoir exotérique, fondé sur la partition politique des francs-maçons est peut-être une faute grave, entachant la marche initiatique des loges.

        Désormais proches de la contrainte et de la loi du nombre, ces loges ne peuvent œuvrer que dans la sphère où elles excellent, à savoir la marche de la cité puisqu’elles ne font qu’en reproduire un système en miniature. Leurs contributions sont immenses mais reposent sur une contradiction essentielle. Les sujets d’actualité à caractère sociaux seront dans leurs cordes, mais leur goût pour la spéculation initiatique s’effondre naturellement par la dégradation fonctionnelle. Cette dégradation s’appuie sur le plus petit dénominateur commun appelé aussi majorité absolue et relative, si indispensable à notre démocratie. À ces conditions, l’initiatique peut-il être relatif ? ou absolu avec une opposition latente ?

        L’initiatique relève de la totalité par sa nature, telle serait la réponse d’un certaine tradition qui fait le distinguo entre « charge » et simple « fonction ».

        Bref, dans les systèmes électoraux qui sont greffés dans les sphères initiatiques il y a bien souvent des pratiques profanes. Notons que ces comportements déplacés de notre point de vue, sont adossés et justifiés par le système électoral à la boule qu’il faut accepter car conforme aux Grandes Constitutions.

        Enfin dans certains rites « historiques » voir « archaïques », ce problème ne pouvait se poser. La raison tient à l’histoire même de ces rites qui ont su conserver leur sens initiatique primitif et intact. Rappelons qu’au début de la Franc-Maçonnerie en France, il n’était pas question d’élection au poste de Vénérable car ce dernier était nommé Ad Vitam . On rejoint ainsi la notion de charge et non de fonction. Certaines loges anciennes s’étaient réunies pour s’opposer au principe électif prôné par le G:.O:. de l’époque, formant ainsi à leur tour une Grande loge. De plus la nomination du Vénérable dépendait de l’acquisition préalable de certains grades supérieurs, assortis d’un grade fonctionnel et d’une cérémonie dite secrète, cette pratique étant liée aux principes de base de l’écossisme.

        Le Rite Ecossais Primitif en est l’un des derniers exemples. Ce Rite est à 7 degrés, dont un grade fonctionnel. En effet le V:.M:. n’est pas élu au sens politique du terme. Il est nommé puis élu.

Il doit être nommé Maître de loge appelé aussi Maître de Saint-Jean qui est un grade fonctionnel et doit donc être au minimum Maître Ecossais – Chevalier de Saint André (equi. 18e).

Cette disposition à bien des égards, sélectionne naturellement quelques studieux volontaires qui désirent supporter ladite « charge » de Maître de Loge.

        On est donc, en tant que Maître de Saint-Jean, Vénérable en puissance. Il ne reste plus qu’à créer sa charge, en créant un triangle par essaimage, puis une loge, qui une fois juste et parfaite donnera un exercice plein et entier à ce sacerdoce qu’on doit assumer « ad vitam ». De nos jours, descendu de charge à l’issue des trois ans, il reste en puissance Vénérable avec le titre de « Passé Vénérable ».

        Il s’agit ici des mêmes modalités d’exercice que la Franc-Maçonnerie connaissait avant la réforme Andersonienne. Donc, point de vote départageant d’éventuels candidats, le V:.M:. en place veillant à préparer et former son successeur. Pas de fièvre électorale et obligation pour le V:.M:. en chaire d’être à la hauteur de sa charge ; à défaut la loge se délitera et disparaîtra.

        Outre le choix qui est fait d’un successeur, ce dernier doit à nouveau faire la preuve de ses qualités tant profanes que maçonniques. C’est à ce niveau que s’établit le deuxième filtre confirmatif des conditions objectives de la recevabilité à la fonction. La recevabilité est identique à celle du maçon de base, il doit être « libre et de bonnes mœurs », c’est-à-dire non « soumis » à condamnation infamante, sur son casier judiciaire ou concerné par une action judiciaire en cours.

        Il doit se rendre disponible pour l’exercice de transmission initiatique, c’est-à-dire non « soumis » dans une démarche politique ou économique de premier plan qui ferait de la maçonnerie une tribune d’opportunité.

        C’est ici l’ancien système qui est décrit et qui pour des raisons évidentes liées à l’épisode Andersonien, à la révolution de 1789 et aux acquis du Siècle des lumières, fut amendé pour faire la place à la loi du nombre. Comment renoncer à un tel héritage de sagesse initiatique et pourquoi renoncer aux progrès humain généré par la démocratie? Le maçon est pris dans une contradiction.

        Pour éviter les phénomènes claniques qui peuvent se réveiller à d’autres moments que l’élection et qui sont toujours motivés par une fausse modestie, doublée d’un orgueil incommensurable (dictature de l’ego), une règle simple consiste à limiter à 24 de nombre de FF:. inscrits sur les registres de la L:..

        Magique est ce chiffre (il correspond aux 24 graduations de la règle du tableau de loge), car il permet à chacun de travailler à préparer ses planches, en évitant une oisiveté dilettante propre à faire redescendre le niveau d’éclairement. De la même façon, il est démontré qu’au-delà de 24, les FF:. ne se reconnaissent plus, au point de plonger dans l’anonymat d’une masse aveugle et impersonnelle.     N’oublions pas que la règle, au sens symbolique, n’a de valeur que pour les 24 unités qui la composent. Nous pouvons affirmer qu’au plan symbolique au-delà de 24 FF:. il n’y a plus de règles communes qui soit reconnues comme telles, il y a par contre autant d’interprétation que de frères excédants ce chiffre. Est-il besoin de souligner que la Loge est un « être » organique et matriciel, une entité humaine initiatique et collective qui a vocation à dépasser le pré carré du frère, qui n’est rien d’autre qu’un élément du tout.

        Pour finir, j’aborde les problèmes liés à la Grande Maîtrise d’un Rite Ecossais qui se dit Primitif et entend conserver son âme sans céder à l’exercice profane de la modernité saisonnière. Traditionnellement l’élection est l’exception, elle correspond à une nécessité pour les seuls cas ou le Grand Maître en place ne peut nommer son successeur.

        Normalement dans les plus anciens rites, il s’agit moins d’exercice démocratique que de transmission de l’influence spirituelle. Celui qui la détient doit la transmettre, comme on transmet la flamme olympique.

        La transmission se fait au moyen de la parole ritualisée (le rituel), assortie de la qualification du transmetteur, attestée par le grade ou la patente. En l’espèce, s’agissant de la transmission de l’influence spirituelle, je ne vois pour l’élection qu’un rôle confirmatif.

        Ainsi le Grand Maître et le V:.M:. reçoivent l’influence spirituelle de celui qui les précède, et ceci dans une généalogie sans fin, une chaîne ininterrompue d’initiés. C’est ainsi que la transmission doit se faire et on comprend que la votation dans ce cas ne peut être que supplétive. Pour admettre le suffrage en tant qu’élément structurant et basique d’un groupe initiatique, il devrait s’exprimer que de manière confirmative sous forme d’acclamation, au même titre que l’acclamation écossaise.

        À défaut de transmission de l’influence spirituelle, il ne reste plus à la Grande Maîtrise qu’un rôle purement administratif. C’est ici que la pratique distingue la Grande Maitrise du rite porteur de l’initiatique pur, et la Grande Maitrise des loges, porteuse de l’administratif pur. L’administration des hommes et des loges justifie fort bien l’élection.

        Les Constitutions de Payne et suivantes, sont reconnues par le REP comme mode d’organisation général, mais ne peuvent prendre le dessus sur la transmission spirituelle.

            Celui qui descend de charge veillera donc à convaincre par son action que son choix d’un successeur pour le futur répond tout à la fois au principe de la transmission spirituelle, tout en s’accordant une unanimité approbatrice de son assemblée. En d’autres termes, l’initiatique doit dominer le suffrage et non pas l’inverse. A chaque fois que ce rapport hiérarchique est inversé, le lignage est rompu au profit de l’aléa démocratique assorti d’une instabilité.

Cette histoire se répète trop souvent pour que chacun d’entre nous oublie son esprit de suffragette, en se souvenant des principes rappelés plus haut, concernant la bonne dévolution successorale et les conditions d’admissibilités.

        Le caractère obligatoire du vote existe lors de la création de loge : après la pose du pavé mosaïque et l’allumage des lumières d’ordre, le V:.M:. est nommé par le G:.M:. (transmission initiatique) et approuvé par la main levée des autres frères composant cette nouvelle loge. Ainsi on peut dire que la transmission se fait toujours de celui qui sait prononcer la parole vers celui qui sait écouter et que rien de ce qui se passe en loge ne peut être de nature profane. On notera enfin qu’en matière initiatique, l’élection est associée à l’ « exemplarité » et à « la charge ».

        L’initiatique n’a rien de commun avec « la candidature » et « la fonction » qui appartiennent au niveau inférieur et profane. Le V:.M:. utilisera donc la consultation démocratique comme un moyen de gouvernance. Il est de sa responsabilité de rechercher l’adhésion et de suspendre la division par le respect qu’il provoque chez tous. En aucun cas il ne doit s’engager dans la dévalorisation de sa charge. À défaut d’exceller dans cette lourde tâche ou de représenter une autorité morale du fait de son passé, de ses actes et de son comportement, il doit s’interroger sur la finalité de sa mission.

        Enfin, s’agissant de l’élection du V:.M:., il nous semble que l’ensemble des remarques qui précèdent sont sous-tendues par la considération suivante : À quel titre un maçon ne disposant pas du pouvoir sacerdotal, est il habilité à juger et apprécier un frère qui prétend exercer une fonction et une charge, dont ni le votant ni le voté, ne connaissent les arcanes ???

 

        C’est une vraie question qui devrait être mise au programme dans l’intérêt des LL:.

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Variation sur un itinéraire : moine zen et franc-maçon 8 juillet, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Variation sur un itinéraire : moine zen & franc-maçon

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D’aussi loin que je me souvienne, s’est posée pour moi la question du sens, de l’étonnement d’être là – vivant ? – et du questionnement sur la souffrance.

………

I.    PROLÉGOMÈNES

Quelque part, il me semble que quelque chose a toujours été là ; qu’au fur et à mesure des stratifications de la somme des expériences enregistrées par l’agrégat de ma conscience, comme une propension de moi, d’identité, aidait à faire apparaître.

Qu’est-ce qu’une vie d’homme réalisée ?

La vie a-t-elle du sens, un sens ?

Puis-je donner du sens à ma vie ?

Enfant, les éléments religieux, catholiques, de notre occident chrétien français, furent de bonne foi ingérés, et crus.

Il est un âge où l’on ne discute pas les affirmations des parents et des enseignants.

Enfant de chœur, scout, prières du soir, les histoires merveilleuses de la Bible à la Cecil B. Demille, l’assurance d’un monde meilleur, la récompense des bonnes actions, la vilenie des péchés, furent à l’ordre du jour.

J’étais un bon élève.

Et patatras ! vent de révolte.

L’adolescence libidineuse, la dépression de ma mère et sa disparition à mes 15 ans, le mutisme de mon père font s’effondrer ce bel édifice théorique qui ne résiste pas à l’épreuve des faits et à l’expérimentation du toucher.

Il n’est d’adolescent que révolté.

Mes séjours à l’Eglise m’ennuient. Je n’y comprends rien. Les propos me semblent vides, la gestuelle surannée, le message souvent abscons. Les mots sonnent creux et le rituel est vide de sens : « Mangez mon corps et buvez mon sang » me semble étrangement cannibale. Je ne comprends pas comment le corps de Jésus est du pain rompu, réduit à une hostie plâtreuse et comment le vin blanc que se tape le curé avec cérémonie, terminée par une méticuleuse vaisselle trop longue pourraient être le sang de Jésus.

A vrai dire, je ne le comprends toujours pas (même si je puis esquisser maintenant une tentative d’explication mais qui ne m’a jamais, paradoxalement, été fournie par ses auteurs).

La mort de proches m’est difficilement supportable et me rend l’incompréhension encore plus aiguë. Est-on condamné à être séparé de ceux qu’on aime et souffrir ? N’y a-t-il pas une issue autre que le mutisme (de mon père), la fuite, le rejet de ce monde cruel auquel je ne peux rien ?

La découverte post soixante-huitarde des émois affectifs et du corps de l’autre me taraude l’esprit et m’entraîne vers comme une solution. Mais là, nouveau paradoxe, je m’aperçois vite que ce qui est présenté comme du domaine du péché est délicieusement bon, que cela entraîne vers des rivages de douceur et parfois de plénitude.

L’âge de la philosophie arrive enfin. De nombreuses réponses fusent, souvent justes, immersion dans le monde des idées, merveilleux voyage qui me laisse une saveur sans nom, pour le silence des bibliothèques, l’odeur des librairies, merveilleux et paisible temps de l’exploration des sagesses des hommes.

Le temps de gagner sa vie arrive un peu trop vite, rongeur de l’insouciance et de la vie rêvée des idées.

A cette époque, l’idée de Dieu est loin. Le monde de la spiritualité ne sert pas à payer le loyer. C’est le temps de l’immersion dans le travail mercenaire, acharné, gage de réussite et d’obtention condition nécessaire, semble-t-il, du bonheur.

Ce mercenariat me conduira à gagner ma vie des querelles d’autrui, à chercher des stratégies habiles de jeux d’échecs, à vaincre un adversaire, à damer le pion à l’autre, à asseoir une reconnaissance, donc une puissance, une emprise ; je fais toujours à fond ce que je dois faire.

Comme ce métier est aussi un ascenseur social, je m’y investis totalement, découvrant le monde parfois ouaté des requins de la finance ou de l’assurance, l’âpreté de l’entreprise, le sort désespérant de la misère morale et intellectuelle se mariant souvent avec celui de la pauvreté tout court.

Je cours de la prison au palais, de mon bureau à mon appartement, sillonnant la ville sur un vieux solex. En fait, j’explore à l’époque le monde des trois poisons : l’avidité, la haine et l’ignorance.

II.    BALISES

J’ai 27 ans lorsqu’un médecin d’origine arménienne croise mon chemin. Il est victime d’une dénonciation calomnieuse et a besoin d’aide.

Je le prends en charge et partage son tourment. Je trouve cela normal. Fraternité, dira-t-on.

Sa sympathie tendre et son angoisse m’appellent à lui venir en aide. Il sera mon premier parrain en maçonnerie.

Je ne connais rien de cette institution. Il va m’en parler avec secret et connivence, comme d’un lieu mystérieux, d’hommes nobles et puissants qui agissent dans l’ombre.

Je vis la proposition comme un honneur.

Je reçois la visite de trois enquêteurs qui doivent sonder qui je suis. Les questions sont variées et je vis des échanges profonds avec des hommes passionnants.

Le premier est dans l’obtention : « il faut entrer en maçonnerie ». Il est volontaire et constructeur. Je suis séduit par son goût de l’effort, de vouloir bâtir, de l’intention dirigée vers un but, un idéal.

Il me dit : « l’utopie d’aujourd’hui doit être la réalité de demain ».

Le second me parle de Kant et de Saint Exupéry. C’est un esprit distingué, il est officier d’aviation à la retraite, enseignant à l’Institut des hautes études de la Défense Nationale.

Lui me dira : « si je t’aime mon frère, c’est justement parce que tu es différent de moi ».

Le troisième m’interrogera précisément sur mes opinions métaphysiques. Je répondrai, ce qui était le cas à l’époque, que je ne pouvais être qu’agnostique, mon cerveau n’ayant pas les moyens de dire si Dieu existait ou s’il n’existait pas, que ce qui était important était l’homme et que ce qui était de l’homme ne m’était pas indifférent.

La cérémonie de l’initiation eut lieu le 23 Mai 1980 où je fus reçu apprenti à la Loge lyonnaise les Chevaliers du Temple et le Parfait Silence Réunis.

Il ne m’appartient pas de décrire ici ce que chaque maçon peut vivre de cette alchimie où ce qui est fait, montré, symbolisé relève de ce que je cherchais depuis toujours : la quête du sens.

Néanmoins, parmi l’ensemble des moments tous inoubliables, l’un d’entre eux émerge avec une évidence constante qui m’ est  toujours resté cheville à l’âme.

L’officiant doit faire prêter un serment à l’impétrant. Le respect des valeurs de l’article premier de la constitution, «  institution philanthropique, philosophique et progressive, la Franc-Maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.

Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique ; elle a pour devise : liberté, égalité, fraternité. »

Donc, il s’agissait pour moi d’affirmer solennellement l’engagement de respecter ces valeurs essentielles. Leur portée universelle m’apparaissaient évidentes.

L’officiant me dit : « Agenouillez-vous Monsieur, pour prêter votre obligation ». En ces moments-là, on ne discute guère alors je me suis agenouillé, un seul genou en terre.

Après avoir prêté mon obligation, l’officiant me dit –et tout ceci demeure gravé en moi : « Relevez-vous Monsieur et que ce soit la dernière fois que vous mettez un genou en terre ».

Cet appel clairvoyant à la liberté essentielle de l’homme résonne à mes oreilles encore aujourd’hui.

Les premières années furent assidues et intenses. J’y croyais. L’idéal nous fait avancer.

Arrive toujours un moment où la bêtise humaine, même si elle émane de frères animés des meilleures intentions, ressurgit et assène ses coups. Quelques déceptions ajoutées, il est vrai, à une affirmation d’un idéal du moi qui voulait exister aux yeux des autres et peut-être même des miens, réussir, parsemèrent la suite.

La Loge était laïque, voire laïcarde. Je fus élevé au biberon de la rationalité scientifique, frisant l’anticléricalisme, ce qui faisait qu’au nom de la liberté de conscience, la laïcité devenait dogmatique ; qu’au nom du respect de la tolérance, il fallait devenir des Saint Just du combat républicain. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté.

Une quinzaine d’années passèrent, des tempêtes affectives et d’autres morts, conjugués avec une vie professionnelle chargée où il s’agissait toujours de grimper sur d’éternels sommets pour toucher l’inaccessible étoile marquèrent cette époque.

Atteindre l’inaccessible étoile apparaissait comme le seul moyen d’être heureux, de changer le monde.

Je m’engageais en politique, chez les écolos (c’est d’ailleurs une planche d’un frère qui me montra cette évidence).

Et je dévorais Théodore Monod, René Dumont, Jean-Marie Pelt, Pierre Rahbi.

Le monde de la compétition, de la domestication de la nature, des nouvelles colonisations m’apparaissait absurde et inconscient, fou.

Il était possible par une prise de conscience politique de le changer. La Franc-Maçonnerie m’y invitait.

Construire un monde meilleur, être acteur, travailler au changement, au perfectionnement humain m’apparaissait indispensable.

En outre, les valeurs véhiculées alors par l’écologie, réponses « au assez rouler, on réfléchit » ou bien « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous empruntons celles de nos enfants », permettait une levée de la tête du guidon qui se voulait aussi une réponse au surmenage professionnel et personnel qui m’acidifiait l’intérieur.

Je perdais pied quant au sens. Je versais dans la dépression sans toujours m’en rendre compte. Ne pas atteindre, obtenir, régenter le monde et les autres me laissait gagner par des colères dévastatrices où si je ne plantais pas mon piolet en haut de l’Himalaya, je versais dans la fosse marine, dépression de moins de 8.807 mètres de profondeur.

Malgré tous mes efforts, je me sentais comme en exil.

La Franc-Maçonnerie ne m’apportait pas les réponses à ce mal de vivre, cette désillusion et ces colères.

J’essayais de mettre en œuvre ce qu’elle préconisait, les valeurs indiscutables et réelles qu’elle portait. Ca ne marchait pas, il manquait toujours quelque chose.

L’APPARITION DE LA GNOSE PETITE LUMIERE

Qu’est-ce que ce monde où je me sentais comme en exil ? Un ami de bien, un frère, un vrai, qui se reconnaîtra, me donna le bonheur d’aborder les rivages du rite écossais rectifié. La recherche de la vérité par un chemin spirituel devenait éclairante. Je participais ainsi, en restant au Grand Orient de France avec ses valeurs, à la Fondation de la Loge Abraxas, au Rite Ecossais Rectifié, dont le cœur est la Gnose. Qu’est-ce que la Gnose ? C’est la connaissance possible de Dieu.

A l’opposé de la croyance, la Gnose est connaissance.

Il s’agit de comprendre le mystère.

Valentin, penseur gnostique du IIème siècle à Alexandrie nous dit : « Ce qui est libérateur, c’est la gnose. Qui étions-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où avons-nous été jetés ? Qu’est-ce que la génération et la régénération ? Qu’est-ce que ce monde matériel où je me sens comme en exil ? Qu’est-ce que ce rêve de perfection me poursuit ? ».

Le rite écossais rectifié, riche de traditions chevaleresques et templières, fut l’ouverture sur ce chemin vers l’évidence de ma pratique actuelle.

Ce fut la petite lumière annonciatrice du rituel d’amour, son esprit de fraternité vécue, son approfondissement du cérémonial, sa quête spirituelle incessante.

J’avais trouvé ma voie maçonnique, cherchant, souffrant, persévérant. Ces trois étapes vécues pleinement et avec entêtement allaient bientôt être dépassées sans que je n’y prenne garde.

III.    GRANDE LUMIERE

Le mot Zen me parlait au cœur. Je ne savais pas pourquoi. Comme une intuition.

En septembre 2000, le hasard conduit mes pas au dojo Zen de LYON.

A l’époque j’étais comme une mouche qui voit la lumière derrière la vitre mais qui se fracasse la tête à vouloir la traverser pour aller vers la lumière, sans comprendre pourquoi elle se fracasse la tête.

J’allais ouvrir la fenêtre.

J’ai expérimenté, incrédule, la voie. La voie du Zen passe par l’expérimentation du corps car il n’y a pas de différence entre corps et esprit. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit donc de s’asseoir dans l’introspection verticale (comme celle de l’apprenti) et dans le silence, comme celui de l’apprenti.

Sauf que le corps est confronté au réel, à l’éventuel inconfort voire à la douleur et à la non-fuite et là, on rencontre ce que nous désignons sous le vocable « esprit ».

Que faire d’autre, ainsi, sans bouger, que d’observer son esprit ?

La première fois que je fis cette expérience, j’attendais quelque chose. S’il faut s’asseoir sans bouger, c’est qu’il y a un effet attendu à cette pratique, la pratique a un but et un intérêt à le faire.

Là non, rien de tout cela.

Je constatais qu’il n’y avait rien d’autre que moi face à moi. Et d’abord, moi, qui c’est ? qui pense ? qui est là ? quoi est là ? quoi pense ? quoi souffre ?

Il y avait dans cette assise néanmoins comme une étrange familiarité, une énorme surprise. Rien à trouver. Seulement renverser la dualité.

Les débuts furent ceux de la découverte du Bouddha, histoire jusqu’alors inconnue et mythifiée.

Je fréquentais le dojo une fois par semaine, puis deux fois. Puis vint le temps d’une retraite ou sesshin qui veut dire « rencontre avec l’esprit ».

Expérience inoubliable bien que physiquement éprouvante. J’expérimentais comme un essentiel, un dépouillement, un examen de l’esprit.

Je revenais de cette sesshin bouleversé, pleurant de joie, j’avais trouvé ce que je cherchais depuis toujours, ce dont je n’avais en fait jamais été séparé.

Je trouvais d’étranges consonances entre la chevalerie gnostique templière et la voie du samouraï. Je fis un travail sur la question, constatais nombre de convergences.

Au fur et à mesure de la pratique, de l’expérimentation, la voie devenait tous les jours plus évidente. C’était comme si devenu aveugle, j’avais perdu la vue et que je la recouvrai progressivement.

Il était comme naturel que j’approfondisse, le sens de ma vie apparaissait enfin retrouvé : moine Zen. Tout me parlait, était comme familier.

Le retour sur soi, cette attention portée sur chaque geste, l’imprégnation de l’instant présent, l’unité corps et esprit. C’était comme rentrer chez moi ou tout au moins, je savais où se trouvait désormais ma maison.

De quelques convergences

« La sagesse n’est pas une culture, elle n’est pas l’intelligence. Elle vient d’un état, d’une ouverture si complète à la vie qu’elle en devient expression pure. Elle exprime la vie dans sa pureté cristalline avec ses attributs d’amour, de conscience, de liberté, de justice. » Alain Chevillat de Terre du Ciel

Franc-Maçonnerie et philosophie Zen ou bouddhiste convergent sur de nombreux points : tolérance, adogmatisme, écoute de l’autre qu’on appelle cela fraternité ou compassion, travail sur soi, voie de perfectionnement, intériorité, introspection, verticalité, silence de l’apprenti.

Chacun de ces termes mérite à lui seul un chapitre.

Convergence entre principe de laïcité et bouddhisme qui serait une religion laïque, une religion sans Dieu.

La liberté me semble être la convergence la plus essentielle.

Liberté absolue de conscience, dit la Franc-Maçonnerie. C’est le premier principe du triptyque « liberté égalité fraternité ».

C’est l’idéal de rompre ses chaînes, toutes ses chaînes. C’est ne plus dépendre que de sa conscience pure, de sa vérité intérieure, forgée dans le doute, voire dans la raillerie ou le rejet, dans l’insoumission du gnostique, la révolte des esclaves.

Victor SCHOELCHER était franc-maçon.

Il est dit dans l’Ecclésiaste « Le saint le sage ne discute plus, ne dispute plus et comme l’or est éprouvé dans le feu, il est éprouvé dans la fournaise de l’humiliation ».

La lucidité non complaisante avec l’ordre établi, la capacité incessante de se tenir debout après avoir trébuché.

Se relever contre l’injustice, la bêtise, la prétention.

Cette valeur du courage de l’entêtement, de la capacité à douter, ces deux voies de sagesse : élévation initiatique, chemin d’éveil, je les ai vécues par étapes et la voie du Zen m’apparaît comme un prolongement de la voie de la Maçonnerie.

Et si j’ai aperçu de singulières coïncidences (par exemple, la valeur du travail qui est la rédemption de l’homme  dans la Franc-Maçonnerie; là où le Zen dit « un jour sans travail, un jour sans manger »)  singulière coïncidence  mais qui est encore insuffisante.

Car la Franc-Maçonnerie  ne m’apparaît que comme un préliminaire esquissé qui devient insuffisant lorsque justement elle se complait dans le suffisant.

DIVERGENCES ET COMPLEMENTARITES DE QUELQUES PROPOS VOLONTAIREMENT ICONOCLASTES

Le lieu unique, superposable de ces deux traditions, me semble être le « Etudie-toi toi-même » de Socrate, inscrit au fronton du temple de Delphes, et ce n’est que la première marche de l’escalier alors que selon Dogen, il y en a cinq.

1. Etudie-toi toi-même 2. Oublie-toi toi-même 3. Lorsque tu t’es étudié et oublié, tu peux vivre l’harmonie (il dit être certifié par tous les êtres et le cosmos) 4. Alors s’expérimente que corps et esprit sont laissés tomber, que l’on n’en dépend plus, existant ou non-existant. 5. Que s’expérimente alors un éveil sans trace d’éveil.

Et je pense que la Maçonnerie reste au stade 1.

Il ne me semble pas qu’elle soit toujours le lieu de l’oubli de soi, de l’humilité, de l’amour vécu, d’une forme de dépouillement nécessaire.

Ce serait plutôt le lieu projeté du parler, de la verbalisation.

Bien sûr, il est essentiel de réfléchir sur le monde et son devenir, sur toutes les possibilités d’en modifier l’absurde et la Franc-Maçonnerie a beaucoup œuvré et continuera sans doute à le faire pour améliorer le sort de l’humanité pour construire sans relâche un monde meilleur, mais elle demeure trop souvent au niveau du citoyen consommateur, réfléchissant d’éthiques et de lois.

Elle n’évite pas notre monde d’enfants gâtés occidentaux, insatisfaits et névrosés. Parfois, elle se complaît et vit du système. Elle croit au bonheur par la possession et la satisfaction des désirs.

Si elle veut améliorer ou changer le monde, elle entretient le narcissisme de ses acteurs.

A vrai dire, ce n’est guère étonnant car la Maçonnerie ne connaît que peu la dimension du corps. Elle se définit elle-même comme un laboratoire de pensée. Elle a perdu sa dimension opérative au sens très physique du mot, elle vit dans le monde des idées, de l’idéal, d’un monde rêvé, imaginé, différent de l’actuel, sans doute lumière pour construire un monde meilleur et ne voyant pas l’essentiel de d’ici et du maintenant ; différent parce que voulant, entretenant ainsi la dualité, source de souffrance.

Elle désire un autre monde, le construit en projet dans une cité idéale à atteindre, rêvée et espérée mais refusée comme n’étant pas de ce monde, cultivant de nouveau l’idée judéo-chrétienne d’un monde meilleur après la mort ou après la science mais jamais ici et maintenant.

Et si, si elle est nécessaire, elle n’est manifestement pas suffisante à qui veut réellement changer le monde.

Et je veux au contraire témoigner que changer le monde est possible d’abord et surtout par notre changement intérieur, de passant de sa vie, être passeur.

La pratique du Zen est d’abord une expérience, aussi simple que difficile à décrire avec des mots et du coup, il n’est pas si sûr que cela qu’au début était le verbe. On peut demander : au début de quoi ?

Au début de notre mental ? de notre volonté de discrimination et de domestication du monde sans doute, au début de notre raison, certainement, au début de notre capacité d’identité.

La pratique du Zen aboutit à nous montrer, à nous apprendre, à cesser d’être le jouet de notre mental, d’en être l’instrument, d’en être dépendant, esclave ou soumis.

Il enseigne la véritable liberté, la libération de cette emprise du mental qui ne devrait être qu’un instrument, sans doute merveilleux comme permettant la pleine conscience mais non et surtout pas la preuve ni la marque d’une identité substantielle d’un moi, l’inaltérable et l’immortel apparaissent lorsque le moi s’efface, se dissout quasi-proportionnellement à cet effacement.

L’éveil ne peut être à mon avis que graduel. La dissolution n’est jamais instantanée ou bien au dernier moment de la désintégration.

Et c’est pourquoi la question qui est posée à tout candidat à l’état de moine Zen est : Qu’abandonnes-tu ?

Cette question qui engage au dépouillement, à l’essentiel lâcher prise, à la frugalité, à la vision de l’inutile qui nous charge, aux valises trop lourdes à déposer (qui nous oblige à les porter ?), renoncement permettant d’entrevoir le chemin de la liberté, celui où nous devenons libres de nos attachements, non pas qu’ils n’existent pas, est le vrai sens de la vacuité, libre de nos  adhésivités, où nous cessons de perdre ou de gagner, de combattre ou de fuir, où les choses sont enfin prises pour ce qu’elles sont, ineffables parce que réelles.

Au-delà des mots du langage, de nos concepts, de nos idées, là où il n’existe pas de séparation, de peur, de démon intérieur, de début ou de fin.

Extrait du  SHODOKA :

« J’ai traversé montagnes et vallées, j’ai rencontré de nombreux maîtres et j’ai pratiqué le Zen. Depuis que je pratique la voie, vie et mort ne me concernent plus ».

Ayant touché ma véritable nature, que peut-il m’arriver ?

Ainsi, le Zen nous ramène à notre condition normale, d’être dans l’unité, dans l’instant présent qui est la même chose que l’éternité selon Einstein et Dogen, l’immersion dans le réel, le véritable esprit est l’esprit qui ne demeure sur rien, dit un Maître chinois du Vème siècle.

Ainsi, alors que par Zazen, j’expérimente la percée de la non-séparation, la démarche du zen étant d’inclure, d’englober, de ne plus discriminer, de ne plus rejeter qui est l’autre, pas un autre moi-même, l’autre c’est moi dans l’interdépendance, l’air que je respire, l’eau que je bois, le minéral qui me constitue sont les mêmes éléments que ceux des arbres, des forêts et des animaux de la terre.

Même au Rite Ecossais Rectifié, il existe une certaine mise à l’écart du  non initié, du profane à qui il ne faut pas montrer la lumière qui a éclairé nos travaux. Je ne peux pas être d’accord avec cette fermeture élitiste.

Le travail d’être humain éclairé solidaire est de ne pas garder pour soi plus ou moins jalousement les trésors qui nous ont été provisoirement remis. Transmettre est un impératif catégorique à tous, sans distinction.

Personne n’est vraiment incapable ou définitivement rayé de la carte.

Cela étant, la liberté de la Maçonnerie m’ a aussi enseigné ce bien précieux du refus d’obéir à ce qui est injuste, fut-ce à son Maître.

La Maçonnerie m’a mis sur la voie, elle m’a montré dans la voie à ne pas faillir ni transiger sur l’essentiel. Moine zen parce que Franc-maçon.

Qu’il existe une saine désobéissance, qu’il n’existe pas de relation de maître à esclave et que le véritable maître est l’égal de son esclave.

« Le sable se disperse et le mouvant demeure, Tout ce que nous croyons établi pour toujours, Un jour ou l’autre finit en morceaux. Ce n’est pas l’eau qui passe qui demeure, C’est le fait même de changer qui est permanent. »

Notre état normal que je touche en méditation est d’être en harmonie avec l’éparpillement des quatre éléments qui nous composent : eau, air, terre, feu, qui nous constituent pour un temps, avec ce miracle de la pleine conscience, que nous restituons en retournant à l’Essentiel qui est sans début ni fin, le Cosmos, l’Univers, le Grand Architecte de l’Univers, Dieu, si on veut.

Jean-Marc BAZY est Moine Zen. Il exerce la profession d’avocat. Il a reçu le Certificat de la Transmission de Maître Japonais Gudo Wafu NISHIJIMA  ( traducteur du SHOBOGENZO de DOGEN). Il est président de L’association DOGEN SANGHA.

SOURCE :

Variation sur un itinéraire : moine zen et franc-maçon dans Recherches & Reflexions

Bienvenue sur le site de l’association zen Dogen Sangha à Lyon-Villeurbanne, centre de pratique de la méditation assise. Les séances de méditation ont lieu au temple Gudo-Ji 156 ter Cours Tolstoï 69100 Villeurbanne

http://dogensangha.fr/index/le-zen/ecrits/variation-sur-un-itineraire-moine-zen-franc-macon/?fbclid=IwAR08lF6iVYcvETfbgPxmATlxaTt6sf8jrRyl9jWI_lfV4ytOGNZktElrLPo

 

Franc-maçonnerie et émancipation dans la Caraïbe anglophone 13 mai, 2019

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Franc-maçonnerie et émancipation dans la Caraïbe anglophone

caraibe

Cécile Révauger, Université de Bordeaux.

Franc-maçonnerie et émancipations dans la Caraïbe anglophone : Barbade, Grenade, Trinidad.

Fille des Lumières anglaises et écossaises, la franc-maçonnerie moderne date de 1717 en Angleterre et de 1736 en Ecosse, même si des loges et guildes existaient aux siècles précédents, sous différentes formes. Elle ne tarda pas à se développer en dehors des îles britanniques, suivant de très près la progression de l’Empire colonial. C’est aux Antilles britanniques que nous nous intéresserons ici, plus particulièrement à trois îles, la Barbade, la Grenade et Trinidad, avec quelques incursions à Ste Lucie mais en laissant malheureusement de côté la Jamaïque qui représente à elle seule un champ d’étude très riche. Des recherches sur le terrain ont permis d’affiner cette étude et de compléter les archives conservées à la Bibliothèque de la Grande Loge Unie d’Angleterre [1]. Citons en particulier la collection d’annual returns, ces comptes rendus envoyés régulièrement par les loges de la Caraïbe aux Grandes Loges britanniques auxquelles elles étaient rattachées. Outre un séjour fructueux aux archives nationales de la Barbade, j’ai pu rencontrer des historiens locaux, proches des loges locales, qui ont mis gracieusement à ma disposition leurs archives privées [2]. Leur aide m’a été d’autant plus précieuse que des cyclones ont ravagé une grande partie des collections conservées dans les bibliothèques publiques de la Grenade et de la Barbade. En dépit de convergences certaines, c’est la grande diversité des paysages maçonniques locaux qui frappe tout regard extérieur. Chaque loge est ancrée dans un contexte bien particulier, qui diffère selon les îles.

La première loge caribéenne fut celle d’Antigue, la Parham Lodge qui obtint une patente de la Grande Loge d’Angleterre le 31 janvier 1738[3]. Selon Gould, historien de la franc-maçonnerie britannique célèbre au début du vingtième siècle, il existait déjà trois loges à Antigue en 1739, qui travaillaient directement sous l’égide de la Grande Loge d’Angleterre tandis qu’une quatrième dépendait de la Grande Loge Provinciale de Nouvelle Angleterre. Jessica Harland Jacob cependant n’a pu en identifier avec certitude que deux en 1743 [4]. La Jamaïque fut la deuxième île de l’archipel à voir apparaître la franc-maçonnerie, en 1739, suivie de près par la Barbade. Un certain Alexander Irvine, un Anglais qui venait de s’installer à la Barbade, y fonda la loge St Michael n°94 le 12 mars 1740. La loge La Sagesse St Andrew n°243 fut la première loge constituée à la Grenade en 1764 par les Anglais, mais rayée du registre de la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1813[5] . Ce « titre distinctif » français n’est guère surprenant car la Grenade était encore peuplée d’un grand nombre de Français et n’était devenue anglaise que depuis peu. On trouve le même cas de figure à Trinidad, trente ans plus tard, lorsque La Loge Les Frères Unis, s’y installe en 1794. Son titre français se justifie doublement, d’une part parce que la loge est importée de Sainte Lucie et a été fondée par le Grand Orient de France, et d’autre part parce que l’île de Trinidad est alors majoritairement peuplée de planteurs français, bien qu’appelée à devenir anglaise trois ans plus tard [6]. Les premiers pas de la franc-maçonnerie furent très différents à la Barbade, à la Grenade et à Trinidad, et ce pour des raisons qui tiennent bien davantage aux différences de contextes qu’à des idiosyncrasies liées aux rituels. Contrairement aux autres îles, la Barbade qui fut même surnommée « Little England » demeura britannique des débuts de la colonisation à son indépendance. Trinidad en revanche fut tout d’abord espagnole, mais peuplée essentiellement de planteurs français qui restèrent pour la plupart lorsque le général écossais Ralph Abercrombie s’empara de l’île en 1797 pour le compte du gouvernement britannique. Abercrombie leur laissa la liberté de culte tout en autorisant le gouvernement espagnol local – le Cabildo – à rester en place et à continuer à légiférer selon la loi espagnole. La Loge les Frères Unis prit soin de ne pas froisser les autorités britanniques et préféra changer d’allégeance, renonçant à sa patente française au profit d’une patente de la Grande Loge de Pennyslvanie puis de la Grande Loge d’Ecosse, au gré des événements géopolitiques (Révauger, 2008, 33-47). La Grenade quant à elle demeura française jusqu’en 1763, date à laquelle elle fut cédée au Royaume Uni. Les Français cependant s’emparèrent de nouveau de l’île pour une courte période, de 1779 à 1783, avant de devoir y renoncer définitivement. En 1795, Julien Fédon, petit planteur mulâtre, tenta une dernière fois de placer l’île sous contrôle français en libérant ses propres esclaves, en vue de suivre l’exemple des Jacobins et de la première émancipation de 1794, en tuant le gouverneur britannique, et en terrorisant les Anglais une année entière [7]. On sait peu de chose des débuts de la franc-maçonnerie à la Grenade mais Gould mentionne l’existence de deux loges françaises dans les années 1780 ainsi que la création d’une troisième en 1828, la Loge La Bienfaisance, sous la bannière du Grand Orient de France (Gould, V, 101). Le fait qu’une loge ait pu être rattachée à la France alors que l’île était désormais britannique mérite d’être signalé, mais n’est pas si étonnant : la présence française était encore très forte, ne serait ce que par la mémoire de Fédon, mais aussi en raison du grand nombre de francophones, comme l’atteste la survivance aujourd’hui encore de noms de localités tels que « Sauteurs », « Fontenoy », Molinière » et quelques autres…

Notre principale interrogation portera sur le rôle joué par la franc-maçonnerie à la Caraïbe. Dans quelle mesure a-t-elle servi de relais à l’autorité coloniale ou bien au contraire favorisé les émancipations ? Les loges ayant surgi dans le sillage de l’Empire britannique, elles ont longtemps favorisé l’implantation des élites coloniales et contribué à renforcer les liens avec la métropole. Cependant elles ont également établi de nombreuses passerelles entre les îles et tissé des liens précieux pour favoriser l’émergence d’élites locales et structurer des identités nationales.

Les loges de la Caraïbe, agents de l’Empire britannique ?

Dès les années 1730 la Grande Loge d’Angleterre nomma des Grands Maîtres Provinciaux, à la fois en Angleterre et dans les colonies, chargés d’encourager la création de loges dans un secteur particulier puis de veiller à leur bon fonctionnement et à leur régularité et de rendre compte de leurs activités auprès des instances de la métropole. Il arrivait que la fonction de Grand Maître Provincial soit purement honorifique mais dans la plupart des cas elle facilita les liens avec l’Angleterre, puis l’Ecosse et l’Irlande. La concurrence entre les Grandes Loges fut de nature différente en fonction du contexte politique. A la Barbade, ce sont les Grandes Loges anglaises des Modernes et des Anciens, la Grande Loge d’Ecosse et la Grande Loge d’Irlande qui rivalisèrent. A la Grenade en revanche Français, Anglais et Ecossais animèrent le paysage maçonnique. A Trinidad les Grandes Loges française et américaines ne tardèrent pas à s’éclipser au profit des Grandes Loges anglaises, écossaise et irlandaise. Les Grandes Loges britanniques s’implantèrent dans les Antilles britanniques à la fois par l’intermédiaire de loges militaires et en fondant des loges sur les terres conquises. Toutes encouragèrent l’existence de ces loges itinérantes –travelling lodges- qui étaient en fait des loges militaires suivant les régiments au cours de leurs déplacements. Selon Harland Jacob la Grande Loge irlandaise fut particulièrement active dans ce domaine. Dans certains cas une rivalité exista entre les loges militaires et les loges civiles, comme à la Barbade, car même si elles comprenaient souvent les mêmes membres, les premières étaient sans doute considérées comme des agents de l’Empire alors que les secondes étaient composées certes de Britanniques, mais vivant désormais dans « leur » nouveau pays, la Barbade. Ainsi le « chapitre » des hauts grades rattaché à la loge locale[8], nommée de façon tout à fait révélatrice Albion Lodge, ce qui montre bien que cette dernière revendiquait son lien direct avec l’Angleterre, porta plainte contre la loge militaire implantée à la garnison de Ste Anne, à Bridgetown, pour avoir délivré le degré du Royal Arch à l’un des membres de cette loge et avoir ainsi empiété sur ses prérogatives[9]. La loge militaire dut présenter ses excuses et s’engager à ne plus recommencer ! Les officiers et sous officiers britanniques ne se contentaient pas de « maçonner » dans les loges militaires : une proportion énorme de militaires rejoignait également les loges civiles locales [10].

A la Barbade comme à Trinidad une grande partie de l’élite coloniale appartenait à la franc-maçonnerie. Sir Ralph Abercrombie, qui conquit Trinidad en 1797, avait été initié en Ecosse, tout comme William Fullerton, l’un des trois commissaires mis en place par le gouvernement britannique pour neutraliser Picton, le gouverneur tyrannique de l’époque. Aucun des deux ne semble cependant avoir fréquenté la seule loge de l’époque, et pour cause, car elle était essentiellement composée de planteurs français et de membres du Cabildo : l’île étant une colonie de la Couronne, récemment acquise par les Britanniques, elles ne disposait pas d’assemblée législative propre comme la Barbade ou la Jamaïque [11]. Cependant, étant donné qu’elle avait conservé la législation espagnole, tout en étant placée directement sous l’autorité de la Couronne britannique, elle était encore dotée d’un gouvernement local, le Cabildo, vestige de l’occupation espagnole, aux pouvoirs nécessairement un peu réduits depuis qu’elle était sous autorité britannique.

Les gouverneurs et hommes politiques de la Barbade occupèrent parfois des fonctions prestigieuses au sein des Grandes Loges Provinciales locales. Ainsi, Lord Seaforth , un Ecossais, gouverneur en 1801, fut sollicité par les maçons locaux pour devenir leur Grand Maître Provincial, ce que la Grande Loge d’Irlande, accepta de faire (Downes, 2007, 55-57). En 1817, la Grande Loge Unie d’Angleterre nomma John Alleynes Beckles, qui occupait alors un poste stratégique puisqu’il était président de l’assemblée législative locale (Speaker), Grand Maître Provincial de la Barbade. Les deux hommes s’affrontèrent plus ou moins directement en se mêlant à la principale controverse politique de l’époque. Le Gouverneur Seaforth et Grand Maître Provincial d’Irlande apporta son soutien au parti des « Salmagundis », des petits propriétaires qui prônaient des réformes libérales et qui organisèrent un grand meeting au temple maçonnique de Bridgetown (Freemasons’Hall) tandis que le Speaker Beckles, le Grand Maître Provincial d’Angleterre, soutint le parti des riches planteurs, les « Pumpkins » qui s’opposaient à toute démocratisation. Cependant, « tous resserrèrent les rangs lorsqu’on débattit de questions raciales et d’esclavage » (Downes, 2007, 59-60). On sait que les planteurs de la Barbade, comme ceux de la Jamaïque, s’opposèrent à la volonté du gouvernement britannique, qui sous l’impulsion des abolitionnistes, voulait adoucir le sort des esclaves en réduisant les horaires de travail ou en interdisant l’usage du fouet à l’égard des femmes, ou pour améliorer le rendement[12]. Le gouverneur qui succéda à Lord Seaforth, de 1817 à 1820, Stapleton Cotton, 1er Vicomte de Combermere (1773-1865) fut également franc-maçon. Sir Evan John Murray Mac Gregor, gouverneur des Iles sous le vent de 1833 à 1836, fut inhumé dans le caveau de Alexander Irvine en 1841, dans la cathédrale St Michael de Bridgetown. Bien que son appartenance à la franc-maçonnerie n’ait pu être prouvée, elle seule peut expliquer que le gouverneur ait été placé dans la tombe du fondateur de la première loge de la Barbade et que en 1966 le clan Mac Gregor ait organisé une cérémonie pour déposer une plaque en mémoire de leur ancêtre dans cette même cathédrale, en présence du Premier Ministre de la Barbade, Errol W. Barrow, lui-même maçon, du Grand Maître de la Barbade et du vénérable de la loge historique, Albion Lodge [13].

L’intégration des Noirs dans les loges britanniques et irlandaises ne se fit pas sans mal. L’un des premiers incidents connus remonte au 8 janvier 1823, lorsque le secrétaire de la loge Albion, James Cummins, écrivit à Thomas Harper, alors Grand Maître adjoint de la Grande Loge anglaise pour lui faire part de son inquiétude : en effet un Noir nommé Lovelace Oviton (ou Overton) venait de solliciter son admission dans cette loge en tant que visiteur, car il était détenteur d’un certificat maçonnique établi par la loge Royal Clarence de Brighton, affiliée à la Grande Loge anglaise des « modernes » en 1806, donc quelques années avant l’unification des « Anciens » et des « Modernes ». Etant donné que la Grande Loge anglaise était maintenant unifiée, le vénérable de la loge Albion pouvait difficilement arguer de différences rituelles. Pire, le dénommé Oviton avait exprimé le souhait de fonder une loge de maçons noirs …Cummins avait tenté de l’en dissuader mais s’en référait maintenant à la Grande Loge d’Angleterre. Le même Oviton, mulâtre libre, n’en signait pas moins une déclaration de loyauté au gouverneur la même année pour s’opposer à l’amélioration du sort des esclaves… (Downes, 2007, 62). Or paradoxalement c’est cette même loge d’Albion qui une vingtaine d’années plus tard attira l’attention de la Grande Loge Unie d’Angleterre sur la nécessité de changer les règlements afin de permettre aux loges de la Caraïbe d’initier des hommes noirs, en 1840, précisément au moment où la Grande Loge apportait son soutien aux abolitionnistes du monde entier en hébergeant dans ses locaux prestigieux –le Freemasons’Hall de Londres- la convention internationale de l’Anti-Slavery Society. Le secrétaire de la loge expliquait maintenant que plusieurs hommes noirs avaient sollicité leur admission, alors que les constitutions maçonniques stipulaient encore que seuls des hommes « nés libres » pouvaient être initiés. Or, comme le faisait remarquer le secrétaire d’Albion Lodge, les francs-maçons anglais eux-mêmes semblaient avoir enfreint ce règlement sur le sol britannique en admettant des Noirs à quelques reprises [14]. Ce souhait d’intégration des Noirs était loin d’être partagé par toutes les loges de la Caraïbe. Ainsi la Loge Amity 277 envoya le 2 juillet 1840 une missive à la Grande Loge d’Irlande, à laquelle elle était affiliée, pour demander si l’émancipation des esclaves devrait vraiment entraîner leur admission dans les loges [15]. Les loges d’Antigue et de St Vincent en revanche adoptèrent une démarche semblable à celle d’Albion Lodge. La Grande Loge Unie d’Angleterre se donna le temps de la réflexion, mais en 1847 elle finit par voter une résolution modifiant les termes de ses Constitutions en substituant l’expression « homme libre » à celle de « né libre » (Proceedings, 1847). Pour une fois, ce sont les loges de la Caraïbe qui semblent avoir donné le la et il semblerait que la Grande Loge Unie d’Angleterre ait attendu d’être certaine de leur approbation avant de se décider à effectuer ce changement majeur.

De façon générale, les loges de la Caraïbe s’évertuèrent sans relâche à prouver leur fidélité à l’Empire britannique. Ainsi les maçons de la Barbade envoyèrent une lettre au roi pour le féliciter d’avoir échappé à l’attentat perpétré contre sa personne en 1800, ainsi que le firent les deux Grandes Loges anglaises ( Harland-Jacob, 2007, 141). Presque un siècle plus tard, en 1887, la plupart des loges de l’Empire célébrèrent le jubilé de la Reine Victoria. A cette occasion, la loge Albion fit même une exception, en rendant hommage à la seule femme maçonne de l’Empire britannique, Mrs St Leger Aldworth, une Irlandaise qui aurait été initiée dans les années 1710 à la suite d’une indiscrétion mais aurait ensuite rendu de précieux services à l’Ordre (Atwell, 1976, 52-53). Sans doute la loge, qui ne montrait aucun enthousiasme particulier pour la franc-maçonnerie féminine, fit elle un effort spécial pour être dans l’air du temps et plaire à la reine Victoria, qui n’était elle-même pourtant pas particulièrement féministe…

Avant les émancipations, la première fonction de la franc-maçonnerie fut bien de maintenir le contact le plus étroit possible entre les élites coloniales et la métropole et de renforcer ainsi l’Empire britannique. Paradoxalement cependant elle favorisa aussi la transition entre élites coloniales et élites locales lorsque chaque pays prit son indépendance. Ainsi le premier gouverneur général nommé par les Britanniques une fois que la Barbade eut pris son indépendance en 1966 fut un franc-maçon noir, Sir Winston Scott, membre de Thistle Lodge [16]. Aujourd’hui encore, à l’exception des Grandes Loges de Prince Hall qui sont indépendantes, la plupart des loges de la Caraïbe sont encore affiliées soit à la Grande Loge d’Ecosse soit à la Grande Loge Unie d’Angleterre, par l’intermédiaire d’une Grande Loge Provinciale. Cependant ce lien historique entre la franc-maçonnerie de la Caraïbe et le Royaume Uni ne devrait pas éclipser les rapports très fréquents et très étroits qui se sont peu à peu établis entre les différentes îles, en franc-maçonnerie comme dans les autres domaines.
La solidarité maçonnique entre les îles des Antilles britanniques.

La légendaire solidarité maçonnique n’a pas été un vain mot dans le contexte des Antilles britanniques. Elle s’est exercée à plusieurs reprises à la fois de façon interne et externe entre les îles de Sainte Lucie, de la Barbade, de la Grenade et de Trinidad. D’une part, les loges se sont aidées mutuellement pour créer d’autres loges ou des chapitres conférant les hauts grades, d’autre part elles ont apporté leur contribution financière en cas de catastrophes naturelles, fort fréquentes dans la zone Caraïbe, en s’adressant souvent non plus simplement aux maçons mais à l’ensemble de la population.

Plusieurs exemples pourraient être cités. Ainsi, lorsque les révolutionnaires français s’emparèrent de Saine Lucie, plusieurs planteurs redoutèrent la vindicte de Victor Hugues et préférèrent s’enfuir : ce fut précisément le cas de Benoît Dert , « maître des cérémonies » de la Loge Les Frères Unis, constituée par le Grand Orient de France, qui s’empara de la patente avant que le temple maçonnique ne soit brûlé dans la petite ville de Micoud, avant de fuir l’île et de se réfugier chez son frère qui possédait une plantation de cacao à Trinidad. C’est là qu’il donna un nouvel essor à la loge qui ne tarda pas à initier des planteurs locaux, dont le propre frère de Benoît. Bientôt la loge allait troquer sa patente française contre une charte américaine puis écossaise (Révauger, 2008, 33-47) au gré des évolutions du contexte politique international.

Les Grandes Loges Provinciales, tout en rendant régulièrement compte de leurs activités aux instances métropolitaines, prirent de nombreuses initiatives pour créer des loges dans les îles avoisinantes. De nos jours, les Grandes Loges Provinciales anglaise et écossaise de la Caraïbe exercent leur autorité sur des juridictions différentes et ne regroupent pas les îles de la même façon. Ainsi à la Grenade, les loges d’affiliation écossaise (Scottish Constitution) dépendent de la Grande Loge provinciale de Trinidad (District Grand Lodge) alors que celles d’affiliation anglaise (English Constitution) sont rattachées à celle de la Barbade (Provincial Grand Lodge). Les rapports avec les Grandes Loges du Royaume Uni étaient forcément formels et distants, alors que ceux avec les îles proches étaient beaucoup plus concrets. Pour des raisons pratiques, les loges ont eu tendance à tisser des liens de proximité, ce qui leur permettait de se rendre visite et de concrétiser leur désir de solidarité, indépendamment souvent de leur choix initial d’affiliation à l’Angleterre plutôt qu’à l’Ecosse ou qu’à l’Irlande.

La communication avec le Royaume Uni était loin d’être aisée, comme l’atteste cet incident en 1813, lors de l’unification des deux Grandes Loges anglaises, l’ « Ancienne » et la « Moderne », lorsque les loges de la Barbade firent une erreur d’interprétation : elles comprirent que l’une des Grandes Loges anglaises avait fusionné avec la Grande Loge d’Irlande et lorsqu’elles s’aperçurent de cette bévue, elles en conçurent un assez fort ressentiment à l’égard de la nouvelle Grande Loge Unie d’Angleterre qui n’avait pas pris la peine de les informer directement (Downes, 2007, 56-57).

Plusieurs loges de la Grenade furent constituées grâce à celles de la Barbade. Ainsi, le 4 novembre 1819 c’est la Grande Loge Provinciale d’Irlande, siégeant à la Barbade, qui accorda une charte pour fonder la loge St George. Cependant de 1845 à 1904 la franc-maçonnerie fut « en sommeil », pour utiliser l’expression consacrée, et ne retrouva « force et vigueur », toujours selon la terminologie d’usage, qu’au début du XXe siècle, grâce aux efforts d’un certain John Charles Mc Queen, ingénieur de la Grenade impliqué dans la production de la canne à sucre. Mc Queen, qui avait été initié en 1893 dans la loge anglaise la plus prestigieuse de la Barbade, la loge d’Albion, redonna vie à la loge de St George (aujourd’hui loge St George n° 3073 sur le registre de la Grande Loge Unie d’Angleterre) avant d’encourager la création d’une autre loge à Ste Lucie, la Loge Abercrombie, du nom du célèbre général écossais qui colonisa Sainte-Lucie et Trinidad. Comme on le voit, de façon paradoxale, tout en développant les échanges inter îles, les maçons de la Caraïbe ne voyaient aucun inconvénient à donner des « titres distinctifs » très impériaux à leurs loges. Mac Queen utilisa apparemment le même rituel pour les deux cérémonies à la Grenade et à Ste Lucie, afin de relancer l’activité de la loge St George et de créer la loge Abercrombie. Ce rituel est actuellement en possession des membres de la loge St George[17]. Le premier vénérable de la loge St George fut un ecclésiastique, le Révérend Cark-Holman, qui avait lui aussi rallié la loge Albion de la Barbade en 1886, et qui mit à la disposition des « frères » l’aile Nord de l’église anglicane de St George. Ainsi c’est dans une enceinte religieuse que se réunirent ces maçons de la Grenade au début du siècle. Lorsqu’une deuxième loge fut créée à la Grenade, la loge de la Conception, le discours d’inauguration fut prononcé par le maître des cérémonies de la loge Albion. L’aide apportée par cette loge de la Barbade aux francs-maçons de la Grenade est donc indéniable.

La même solidarité s’exerça dans la constitution de chapitres des hauts grades. La Grande Loge anglaise des « anciens », la Grande Loge d’Ecosse encouragèrent les initiatives des maçons de la Caraïbe. Ainsi la franc-maçonnerie des Templiers, perçue comme particulièrement prestigieuse, existait à la Barbade sous la houlette des Anglais, mais pas encore sous celle des Ecossais. Or dans l’île de Trinidad, les maçons avaient un chapitre écossais des Templiers –Scottish Preceptory. Les maçons de la Barbade sollicitèrent ces derniers pour les aider à fonder un chapitre écossais sur le même modèle en 1955 [18].

De même, lorsque les maçons de la Barbade décidèrent en 1947 de se doter d’une société d’entraide – Provident Society – ils adoptèrent le concept en vigueur à Trinidad (Atwell, 1976, 54). Les catastrophes naturelles qui frappèrent les îles de la Caraïbe à multiples reprises donnèrent aux maçons l’occasion de s’entraider. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, en 1927 la loge St George de la Grenade fit un don à la loge Abercrombie de Ste Lucie après qu’un incendie air ravagé cette île [19]. En 1955 la même loge de la Grenade apporta son secours aux maçons de la Dominique, frappés par le cyclone Janet qui venait également de ravager leur propre île. A son tour la même loge St Georgs bénéficia de l’aide de la Grande Loge Provinciale de la Barbade après le cyclone de 2004.

Une franc-maçonnerie en phase avec chaque île de la Caraïbe.

Bien que la franc-maçonnerie ait surtout attiré les élites sociales du temps des sociétés de plantation, et bien que ce soit encore en partie le cas, peu à peu elle parvint à gagner d’autres secteurs de la population. Les loges accueillirent bientôt une grande variété de membres, sans que l’on puisse parler pour autant de véritable brassage social.

Tout d’abord l’intégration de maçons noirs dans des loges à l’origine composées essentiellement de planteurs se fit très progressivement. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’ouvrit la porte des loges aux esclaves émancipés et à leurs descendants qu’en 1847 (voir ci-dessus). Trinidad connut des évolutions significatives en accueillant, tardivement certes, mais tout de même avant la disposition anglaise, la population locale. Alors que la Loge Les Frères Unis avait longtemps régné sans partage, la Loge les Frères Choisis de Naparime, fondée en 1823 dans la ville de San Fernando, fut la première à initier des Noirs, après qu’elle ait obtenu non sans mal une patente, accordée par la Grande Loge Provinciale anglaise, suite au refus que lui avaient opposé les maçons de Trinidad qui travaillaient sous la houlette des Ecossais et des Irlandais (Révauger, 2008, 33-47). Le lieu de cette fondation, San Fernando, est significatif : cette ville, éloignée du centre du pouvoir, a toujours connu un métissage important. Les activités de la nouvelle loge ne durèrent que deux ans cependant. C’est la Philantropic Lodge 856 (de Constitution anglaise également), consacrée en 1835, qui donna de nouveau à des Noirs l’accès à la « lumière ». La loge existe encore de nos jours. A la Barbade, un directeur d’école, Lee Skeete fut cependant victime de préjugés raciaux et se vit refuser l’entrée dans les loges anglaises dans les années 1950, ce qui l’incita à fonder sa propre loge, Union Lodge n°7551, en 1958. La loge organise de nos jours encore une journée annuelle, avec une conférence sur un sujet maçonnique, la Lee Skeete Memorial Lecture [20]. Certains maçons ont préféré créer des loges totalement indépendantes des Grandes Loges britanniques et se regrouper au sein de la Grande Loge de Prince Hall de la Caraïbe. Cette dernière a des loges à la Barbade, à Trinidad et à Ste Lucie. Si son organisation est indépendante, il est évident que tous les regards des « frères » de Prince Hall de la Caraïbe se portent vers la franc-maçonnerie américaine noire. Tous les ans les maçons de Prince Hall de la Barbade participent à une série de conférences consacrées à l’histoire de la franc-maçonnerie et plus largement à l’histoire des Noirs et au patrimoine culturel africain, le « Black History Month. »

Certaines loges de Trinidad semblent correspondre à des affinités ethniques ou professionnelles : ainsi, des maçons espagnols fondèrent la Phoenix Lodge 1213EC (de Constitution anglaise) en 1877 (Charles, 1995, 38) et en 1838 des membres de la communauté chinoise furent à l’initiative de la loge Caribbean Light, de constitution écossaise, une loge encore active de nos jours (Charles, 1995, 43-44).

Les loges n’acceptèrent jamais de femmes, pas plus dans la Caraïbe que dans les autres pays du monde anglophone, si l’on excepte les chapitres de l’Eastern Star : les femmes n’y sont pas considérées comme franc-maçonnes à part entière mais comme membres d’associations de bienfaisance travaillant en liaison étroite avec des loges masculines et essentiellement destinées à exercer la charité pour le compte des « frères ». L’Eastern Star n’existe qu’à la Barbade, et que pour les loges de Prince Hall, cette obédience spécifiquement noire, créée à l’origine à Boston en 1784.

Il faut émettre une autre réserve importante si l’on évoque la capacité d’intégration sociale des loges : la franc-maçonnerie à la Caraïbe comme ailleurs a rarement attiré les milieux les plus défavorisés. Traditionnellement ce sont les élites qui ont rejoint les loges. Les ouvriers et les petits artisans ont souvent préféré rejoindre les friendly societies, ces sociétés de secours mutuel, pour utiliser une traduction approximative, telles que les Foresters et les Mechanics, ces associations que l’on dénomme parfois « la maçonnerie du pauvre ». Les Foresters et les Mechanics sont encore très actifs à la Grenade, et contrairement aux loges, initient à la fois des hommes et des femmes [21]. Pour une raison mystérieuse, les Foresters sont officiellement reconnus par les loges maçonniques locales, contrairement aux Mechanics. Dans la tradition des sociétés de secours mutuel britanniques des dix-huitièmes et dix-neuvièmes siècles, ces associations qui attirent des ouvriers agricoles ou des petits artisans, portent secours à leurs membres en cas de maladie ou de revers de fortune. Ils ont un rituel qui leur est propre, fondé sur des valeurs chrétiennes.

A l’exclusion des secteurs les plus défavorisés, les loges maçonniques ont cependant accueilli de larges pans de la population, des classes moyennes aux classes supérieures, mais pas nécessairement dans les mêmes loges. Le choix de l’affiliation à une loge de « constitution anglaise », de « constitution écossaise », ou même de « constitution irlandaise » permettait une grande diversification rituelle qui correspondait de fait aussi souvent à une répartition sociale, en fonction des affinités des membres. Traditionnellement les loges affilées à la Grande Loge anglaise des « anciens » recrutaient dans des milieux moins aristocratiques que les « modernes »[22]. Ce fut le cas de la loge d’Albion, de la Barbade, par exemple. Parmi les fondateurs , sur la liste de 1791, on note la présence d’un orfèvre, d’un négociant, de deux planteurs, d’un commissaire des comptes, d’un charpentier de navires, d’un menuisier, d’un ferronnier, d’un coroner, d’un officier de marine … (Atwell, 1976, 58). En juin 1824, et un mois plus tard, en juillet de la même année, la loge Albion conféra les trois degrés d’un coup (« apprenti », « compagnon » et « maître ») à huit ouvriers qualifiés de nationalité portugaise qui avaient été embauchés pour refaire le plafond du château d’un certain Samuel Lord. Les membres d’Albion espéraient ainsi que ces hommes en profiteraient pour restaurer les locaux maçonniques de Fontabelle, ce qu’ils firent effectivement à la suite de leur réception dans la loge (Atwell, 1976, 32).

D’autres loges, telles que Les Frères Unis de Trinidad, continuèrent à attirer essentiellement les élites, foncières mais aussi commerciales et politiques. Peu à peu, à la suite des émancipations, les loges s’ouvrirent à d’autres secteurs de la population tout en contribuant à la formation des nouvelles élites au fur et à mesure que les représentants de l’Empire britannique se faisaient plus rares.

Les maçons s’impliquèrent dans plusieurs domaines de la Cité, dans l’éducation et dans la religion essentiellement, mais aussi, de façon plus indirecte dans la vie politique, par l’intermédiaire de quelques uns de leurs membres.

Les maçons ont de tout temps accordé une importance primordiale à l’éducation, en apportant leur contribution financière à des écoles, en attribuant des bourses d’études aux enfants de leurs membres. Ainsi la loge Albion tenta de fonder une institution charitable avec l’aide d’autres loges, d’affiliation écossaise et irlandaise, dès 1808. Ce plan semble avoir échoué. Cependant, cette même loge fit un certain nombre de dons à l’organisme de gestion des écoles de la Barbade –the Central School Board- et reçut en échange le droit d’envoyer régulièrement deux garçons et deux filles dans des écoles de la Barbade sans payer de frais de scolarité [23]. Les deux premiers boursiers ne furent pas des enfants de maçons, note Atwell, et le vénérable de la loge obtint le droit de siéger au conseil d’administration des écoles de la Barbade, un droit que lui reconnaissait encore la Loi sur l’Education de 1890 (Atwell, 1976, 27-28). Il semble que la loge Albion ait continué à envoyer quatre enfants régulièrement en vertu de ce privilège jusque dans les années 1960 (Atwell, 1976, 28). De plus la loge Albion patronnait trois instituts dans les années 1950, le « Royal Masonic Institute for Boys », le « Royal Masonic Institute for Girls » ainsi que le « Royal Masonic Benevolent Institute » (Atwell, 1976, 48-49). Les loges de la Grenade alimentaient dans les années 1980 un fonds pour offrir des bourses d’études aux enfants de maçons, la De Vere Archer Scholarship (Lodge St George 3072, E.C., A Record of the Proceedings). Les maçons de Prince Hall, fidèles à leur fondateur qui avait incité les Noirs à s’éduquer dès la fin du dix-huitième siècle à Boston, multiplient également les initiatives dans ce domaine. Ils décernent régulièrement une bourse pour prendre en charge un étudiant dans le cadre de l’Austin Belle Programme, du nom de son fondateur.

Par ailleurs, les maçons de la Caraïbe, peu sensibles à l’idéal de laïcité de leurs homologues français, ont soutenu les diverses Eglises de leurs pays. Dès 1875 la loge Albion fit l’acquisition d’un tombeau dans l’enceinte de la cathédrale St Michael de Bridgetown en vue d’y enterrer les maçons les plus célèbres. Des processions funèbres maçonniques furent régulièrement organisées avec le soutien des autorités religieuses locales. Les maçons de Trinidad eurent des contacts réguliers avec l’Eglise catholique, puis lorsque cette dernière cessa d’être l’Eglise officielle, avec les autres Eglises. Les maçons de la Grenade organisèrent une souscription pour financer la construction de l’église écossaise presbytérienne, St Andrew’s Kirk. C’est le gouverneur Sir James Campbell, lui-même franc-maçon, qui posa la première pierre, un événement qui fut couvert dans la presse de la Grenade, la Grenada Free Press and Public Gazette, le 30 novembre 1831(notes manuscrites en possession de la loge St George). A l’occasion du 150e anniversaire, une plaque fut déposée en l’honneur des francs-maçons de la Grenade. En 2004 cependant le cyclone Ivan arracha le toit de l’église, la mettant hors d’état, tout comme les deux autres églises de St George, la catholique et l’anglicane. Le 21 juin 2007 le secrétaire de la loge écossaise St Andrew’s de la Grenade adressa une requête au nom des membres de la loge auprès de la Grande Loge de District de Trinidad et de Tobago afin de leur demander d’intercéder en leur faveur auprès de la Grande Loge d’Ecosse pour tenter d’obtenir une aide financière pour la reconstruction de ce toit [24]. Les loges de la Barbade, de la Grenade et de Trinidad comptèrent plusieurs ecclésiastiques.

Etant donné l’importance de la religion dans les îles de la Caraïbe, le lien étroit entre la franc-maçonnerie et les Eglises est un signe qui ne trompe pas de l’implication des loges dans la vie locale. Les maçons ont également joué un rôle dans la vie politique des îles, non point à travers les loges, mais à un niveau individuel. En effet, plusieurs membres des assemblées législatives locales, plusieurs gouverneurs et après les émancipations plusieurs gouverneurs généraux ont été maçons. Deux figures de poids de la politique barbadienne ont appartenu aux loges locales, Grantley Adams et Errol Walton Barrow. Bien que n’ayant jamais pris de position politique officielle, la franc-maçonnerie semble avoir accompagné les émancipations. Elle n’a pas été le moins du monde affectée par la révolution populaire de Maurice Bishop en 1979 à la Grenade. La loge locale fêta son 75e anniversaire en toute sérénité, en pleine révolution, déplorant simplement l’absence de la délégation barbadienne qui s’était montrée un peu craintive et avait annulé sa visite…

La franc-maçonnerie de la Caraïbe anglophone fut à son origine un pur produit de l’Empire britannique, tantôt anglais, tantôt écossais ou irlandais, et ne fut que très marginalement d’ascendance française comme ce fut le cas à Ste Lucie et à Trinidad. Cependant, en exerçant une influence dans la vie religieuse et éducative, la franc-maçonnerie tissa des liens sociaux et politiques et accompagna de fait les émancipations en encourageant ses membres à s’impliquer activement dans la Cité. Elle ne tarda pas à se forger une identité propre, ce qui fut facilité par les liens entre les différentes structures maçonniques, par les solidarités inter îles, à la fois pour créer de nouvelles loges, pour faire face aux catastrophes naturelles ou tout simplement pour soutenir les institutions locales. Cette volonté de coopération maçonnique entre les îles de la Caraïbe est à rapprocher du souci général de construction régionale dans le cadre du CARICOM. La franc-maçonnerie apporta ainsi peu à peu « sa pierre » à la construction des édifices nationaux, des identités nationales et régionales.

source :

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Bmab

 

25 règles de vie à apprendre de Bouddha 28 avril, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

25 règles de vie à apprendre de Bouddha

boudha

Il existe tant de belles leçons à apprendre en étudiant le Bouddhisme, qu’il est difficile d’en faire une liste succincte.  Néanmoins,  aujourd’hui, je tiens à partager avec vous quelques leçons tirées de l’enseignement de Bouddha.

Voici donc 25 règles de vie à apprendre de Bouddha:

1 – L’amour soigne tout

« Jamais la haine ne cesse par la haine ; c’est la bienveillance qui réconcilie. »

2 – Ce n’est pas ce que vous dites mais ce que vous faites qui définit qui vous êtes

« Un chien n’est pas considéré comme un bon chien parce qu’il est bon aboyeur. Un homme n’est pas considéré comme un homme bien parce que c’est un bon orateur. »

« Ce n’est pas un homme sage parce qu’il parle beaucoup ; mais celui qui est calme, affectueux et courageux est appelé sage. »

3 – Le secret d’une bonne santé est de vivre pleinement l’instant présent.

« Le secret de la santé, autant pour le corps que pour l’esprit, c’est de ne pas pleurer sur le passé, ne pas s’inquiéter du futur, ni anticiper les problèmes… mais de vivre dans le moment présent, sagement et sincèrement. »

« Ne vous attardez pas sur le passé, ne rêvez pas de l’avenir, concentrez votre esprit sur le moment présent. »

4 – Les mots ont le pouvoir de blesser et de soigner en même temps.

« Les mots ont le pouvoir de détruire ou de guérir ; lorsqu’ils sont justes et généreux, ils peuvent changer le monde. »

5 – Qui regarde à l’intérieur s’éveille.

« Le chemin n’est pas dans le ciel. Le chemin est dans le cœur. »

6 –  Le bonheur ne diminue jamais lorsqu’il est partagé.

« Des milliers de bougies peuvent être allumées d’une seule bougie, et la vie de la bougie ne sera pas raccourcie. Le bonheur ne diminue jamais en étant partagé. »

7 – Lâchez prise et les choses vous reviendront éternellement.

« Vous ne perdez que ce à quoi vous vous accrochez. »

8 – Personne ne peut marcher sur votre voie pour vous.

« Personne ne peut nous sauver à part nous-mêmes. Personne ne le peut et personne ne le fera pour nous. Nous devons marcher nous-mêmes dans notre propre voie. »

9 – Ne croyez pas en quelque chose simplement parce qu’on vous a dit d’y croire.

« Ne croyez pas en quelque chose simplement parce que vous l’avez entendu. Mais après observation et analyse, lorsque vous trouverez que tout est en accord avec la raison et est propice au bien et au profit de tous et chacun, alors acceptez-le et vivez pour cela. »

10 – Vous êtes ce que vous pensez.

« Tout ce que nous sommes est le résultat de ce que nous avons pensé : c’est fondé sur nos pensées et fait de nos pensées. »

11 – Personne n’est plus digne de votre amour que vous.

« Vous pouvez chercher à travers l’univers tout entier quelqu’un qui sera plus digne de votre amour et de votre affection que vous ne l’êtes vous-même, et cette personne ne doit pas être trouvée n’importe où. Vous, autant que n’importe qui dans l’univers tout entier, méritez votre amour et votre affection. »

12 -  Règles de vie de Bouddha – Connaître les autres est de la sagesse, la connaissance de soi est de l’illumination.

« Mieux vaut se vaincre soi-même que de gagner un millier de batailles. Ensuite, la victoire vous appartient. On ne peut pas vous la reprendre, ni par les anges ni par les démons, ni par le paradis et ni par l’enfer. »

13 – La spiritualité n’est pas un luxe, c’est une nécessité.

« Tout comme une bougie ne peut brûler sans feu, les hommes ne peuvent vivre sans vie spirituelle. »

14 – Remplacez la jalousie par l’admiration.

« Ne soyez pas jaloux des qualités des autres, mais adoptez-les par admiration. »

15 – Renoncez aux étiquettes

« Dans le ciel, il n’y a pas de différence entre l’est et l’ouest; les gens créent des distinctions dans leur esprit puis croient qu’elles sont réelles. »

16 – Il n’existe pas de chemin vers le bonheur. Le bonheur est le chemin.

« Il n’y a pas de chemin vers le bonheur. Le bonheur est le chemin. »

17 – Choisissez intelligemment vos amis.

« Un ami qui n’est pas sincère et méchant est beaucoup plus à craindre qu’une bête sauvage. Une bête sauvage peut blesser votre corps, mais un mauvais ami blessera votre esprit.

18 – Détachez-vous.

« Pour vivre une vie pure et désintéressée, il ne faut compter que sur soi-même dans le milieu de l’abondance. »

19 – Recherchez la paix intérieure.

« La paix vient de l’intérieur. Ne la cherchez pas à l’extérieur. »

20 – Aimez. Vivez. Laissez-vous aller.

« Au final ce sont ces choses qui comptent le plus : A quel point avez-vous aimé ? A quel point avez-vous vécu? A quel point vous êtes-vous laissé aller? »

21 – Soyez gentil avec tout le monde.

« Soyez tendre avec les jeunes, ayez de la compassion pour les personnes âgées, soyez sympathique avec ceux qui ont des difficultés et soyez tolérant avec les faibles et les méchants. A un moment dans votre vie vous aurez été tout cela.»

22 – Contrôlez votre esprit ou c’est lui qui vous contrôlera.

« Pour jouir d’une bonne santé, pour apporter le vrai bonheur à sa famille, pour apporter la paix à tous, il faut d’abord discipliner et contrôler son esprit. Si un homme peut contrôler son esprit, il peut trouver la voie de l’Eveil, et toute la sagesse et la vertu viendront naturellement à lui. »

«C’est l’esprit d’un homme, non son ennemi ou son adversaire, qui l’attire dans les mauvaises voies. »

23 – La vérité s’échappe toujours d’une façon ou d’une autre.

« Trois choses ne peuvent pas être cachées longtemps : le soleil, la lune et la vérité. »

24 – Laissez vos peurs derrière vous.

« Tout le secret de l’existence est de ne pas avoir peur. N’ayez pas peur de qui vous deviendrez, ne dépendez de personne. Vous ne serez libéré qu’au moment où vous rejetterez toute aide.

25 – Le doute sépare. La confiance rassemble.

« Il n’y a rien de plus terrible que l’habitude de douter. Le doute sépare les gens. C’est un poison qui désintègre les amitiés et rompt les relations agréables. C’est une épine qui irrite et blesse, c’est une épée qui tue. »

Si vous avez d’autres règles de vie à nous faire partager, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous!

Source: Esprit Science Métaphysiques

Le Rugby et la Franc-Maçonnerie : des idéaux communs et un chemin partagé 8 avril, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Le Rugby et la Franc-Maçonnerie : des idéaux communs et un chemin partagé

Par Frédéric Bonnet

Merci aux rugbymen-Francs-Maçons qui ont bien voulu partager leur savoir et leurs connaissances au sujet du Rugby et de la Franc-Maçonnerie. En particulier Jean Jacques Berland et Gilbert Genevois, rugbymen-Francs-Maçons et troisièmes lignes respectivement des clubs d’Angoulème pour le premier et de Montchanin ou Rumilly pour le second dans les années 70-80. Mais aussi à ceux qui préfèrent rester anonymes.

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The William Webb Ellis Lodge No 9754

 

Comme le disait Sir Winston CHURCHILL (1874-1965), membre de la Studholme Lodge 1591 à de Londres, plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur.

Au regard de l’Histoire, le Rugby et la Franc-Maçonnerie partagent une naissance relativement récente, qui s’appuient cependant sur des traditions qui remontent à la nuit des temps. Notre sport, qui se veut jeu pédagogique, et la Franc-Maçonnerie suivent un chemin similaire et prônent les mêmes idéaux. D’ailleurs, à plusieurs moments clefs de sa création, le jeu de Rugby a croisé des « frères » Francs-Maçons. Tout sauf un hasard.

Les rapports de la Franc-Maçonnerie avec le sport

Comme le Rugby et le sport en général, la Franc-Maçonnerie est originaire des îles britanniques où elle va se structurer progressivement au cours du XVIIe siècle. C’est une société initiatique, une école de la perfection morale individuelle et collective, de contrôle des affects et de maîtrise de soi, dont les membres questionnent en permanence la portée philosophique et symbolique lors de rituels qu’ils pratiquent afin de progresser dans leur quête de la lumière. Au XVIIIe siècle, aucune autre forme de sociabilité volontaire ne peut soutenir la comparaison. A la veille de la révolution, on dénombre en France entre 40 000 et 50 000 « frères » Francs-Maçons répartis dans diverses loges pour moins de 30 millions d’habitants. 

A cette époque, les Francs-Maçons ne font pas que pratiquer l’Art Royal, ils se réunissent pour des parties de chasse, des bals, la pratique de musique et de théâtre. Ils sont au centre de la vie de la société et s’intéressent naturellement aux jeux d’adresse. Au XVIIIe siècle, les loges et les nobles partagent une conception chrétienne et chevaleresque de la vie. La Franc-Maçonnerie adopte donc rapidementdifférentes formes de jeux d’adresse, qui combinent à la fois apprentissage de la maîtrise du corps, contrôle de soi et une dimension sociale festive. Ainsi, les frères vont développer un goût prononcé pour le tir à l’arc et pour l’arbalète, ainsi que pour la pratique du golf.  Ils participent activement au développement de ces jeux bientôt appelés « sports » et surtout à leur règlementation et à la rédaction de leurs statuts. 

Ce bref historique met en lumière à la fois la dimension organisatrice de la Franc-Maçonnerie, mais aussi sa dimension corporelle trop souvent sous-estimée au profit de sa dimension philosophique.  Au XVIIIe siècle et encore plus au XIXe siècle, la pratique maçonnique promeut une sociabilité « amateur » au sens fort de celui du siècle des lumières : l’amateur est un homme de goût, cultivé, qui apprécie les délices de l’otium (c’est le temps durant lequel une personne profite du repos pour s’adonner à la méditation, au loisir studieux).

Le temps passant, les Francs-Maçons de l’Angleterre victorienne, vont pratiquer et diffuser via entre autres les publics schools (terme qui désigne un groupe d’environ 10 pour cent des écoles indépendantes et sont en général plus anciennes, plus coûteuses et plus exclusives, que les autres écoles anglaises) différents sports : tir, golf, polo, cricket… Les élites maçonniques auront d’ailleurs une place centrale dans l’organisation des jeux olympiques successifs.

En Angleterre, les sports sont donc régis, pratiqués et diffusés par de grandes figures de l’Establishment, tous issus des meilleures publics schools, des Universités d’Oxford ou de Cambridge. Tout homme bien né et bien éduqué fait parti d’une loge et d’un club sportif. 

A l’inverse en France et dans les loges continentales marquées par un fort anticléricalisme, le rapport au sport est différent. La Franc-Maçonnerie n’est plus le théâtre feutré de l’entre-soi et de l’excellence sociale. Au nom de l’engagement philanthropique et du combat pour le progrès social, les « frères » francs-Maçons français participent à différentes sociétés sportives qu’ils n’entendent pas abandonner aux cléricaux. Ils organisent des rencontres sportives qui vont au delà de l’appartenance ou non à la Franc-Maçonnerie (interobédience) avec un esprit de fraternité universelle. Ils contribuent largement au développement de l’éducation physique scolaire via les hussards de la République émanant de la Ligue de l’enseignement, inventée par un illustre Franc-Maçon, M. Jean Macé.

L’Angleterre et la France n’ont pas la même approche du sport, ils ne l’ont donc pas concernant le Rugby.

La Franc-Maçonnerie et le Rugby

Selon Daniel Herrero, rugbyman toulonnais puis niçois, entraineur charismatique du grand Rugby club toulonnais (RCT), puis du fameux Paris université club (PUC,) professeur d’EPS, chantre et poète des beautés du Rugby et de l’Humanité en général, le Rugby à XV se serait développé dans les îles britanniques au XIXe siècle, puis dans le Sud Ouest de la France, sous l’impulsion des Francs-Maçons. Ceux-ci, auraient vu dans ce jeu un moyen efficace d’éduquer la jeunesse aux valeurs maçonniques. 

De fait, les liens entre le Rugby et la Franc-Maçonnerie sont nombreux : une symbolique commune, des rugbymen Francs-Maçons à foison… Mieux, si l’on se penche sur l’histoire de la naissance du Rugby, on se rend compte que ce sont des Francs-Maçons qui ont créé, pensé, inventé, codifié, légiféré, pérennisé, puis diffusé le Rugby. Une histoire d’hommes et de symboles qui s’est écrite en quatre temps. Un jeu éducatif qui a été conçu et estampillé symboliquement par des « frères » Francs-Maçons au XIXe siècle. 

Un sport qu’ils n’ont pas façonné à partir du néant, mais qui est le fils de nombreux jeux de balle ovale de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle : de la phéninde des Spartiates et de la Grèce antique, à l’harpastum des Romains, à la soule (qui vient du mot Soleil) et à la barrette des Français. Tous ces jeux étaient déjà la survivance de rites initiatiques ou de cérémonies célébrant entre autre la fertilité.

Premier temps : Le geste transgressif de William Webb Ellis en 1823.

Comme dans toutes les belles histoires humaines amenées à perdurer dans le temps, le Rugby nait d’une légende. Celle du geste transgressif d’un certain William Webb Ellis, élève du collège de la ville de Rugby, au cours d’un match de Football en novembre 1823. Dans un acte d’improvisation et en dehors du cadre légal, cet élève décida sur un coup de tête de se saisir à pleines mains du ballon et de courir à grandes enjambées vers le but adverse. Il plonge alors derrière la ligne d’embut adverse et réclame un point pour son équipe. On raconte que le professeur-arbitre releva ce manquement à la règle manifeste en félicitant ironiquement son jeune élève en s’exclamant « good try, traduction bien essayé ». 

Le culot du jeune homme renvoie à celui qu’il faut à un Franc-Maçon dans notre monde moderne, industrialisé, rationalisé et technocratique. Il faut du courage pour affirmer que la pensée symbolique garde tout son sens au XXIe siècle. 

L’homme devint pasteur, Franc-Maçon et finit sa vie à Menton en France où il fut enterré. Il ne sut jamais que son geste initial avait été repris bien plus tard pour assoir l’histoire du Rugby. Une statue à la gloire de l’élève a été érigée au collège de Rugby. Des générations successives de joueurs sont allées en pèlerinage années après années saluer sa mémoire. Une loge maçonnique porte d’ailleurs son nom, the William Webb Ellis Lodge N0 9754.

Avec cette légende incarnée par un étudiant emblématique, le Rugby détient l’équivalent des secrets antiques, des mystères égyptiens et des templiers de la Franc-Maçonnerie des premiers maçons spéculatifs d’Ecosse, des constructeurs de cathédrales ou des aristocrates londoniens. Il s’est donc construit une mythologie propre et pleine d’espoir.

Deuxième temps : Les 37 règles des élèves du collège de Rugby de Thomas Arnold en 1845.

En réalité, l’origine du Rugby est tout autre. C’est encore une fois l’histoire d’un homme, celle de Sir Thomas Arnold, proviseur du fameux collège de la ville de Rugby de 1828 à 1845, ancien professeur d’histoire et Franc-Maçon de grand rayonnement. Il est donc à double titre un spécialiste des sciences humaines.

Sir Thomas Arnold possède aussi la particularité d’être à la fois un homme d’église érastien (les érastiens soutenaient que l’Église n’a point d’autorité quant à la discipline, qu’elle n’a aucun pouvoir de faire des lois ni des décrets, encore moins d’infliger des peines, de porter des censures) et un farouche opposant à la doctrine anglicane majoritaire.

Il arrive dans une institution affaiblie par une hiérarchie entre élèves très dure : bizutages violents, humiliation des plus jeunes, tyrannie des ainés, alcoolisme et rébellion contre les professeurs. A cette époque de l’Angleterre victorienne, de nombreux collèges anglais étaient d’ailleurs débordés par le comportement agressif de leurs élèves. La plupart des proviseurs n’espèraient qu’une chose : se débarrasser de leurs garnements les plus récalcitrants et les renvoyer à la vie civile sans éducation.

Arnold décide lui de renverser les us et coutumes de l’époque. Il s’appuie sur la Franc-Maçonnerie car elle exerce une influence humaniste de plus en plus importante au sein de la société anglaise. S’apercevant immédiatement de l’urgence de réformes, il a la clairvoyance de ne pas s’imposer comme un chef autoritaire. Au contraire, il change l’état d’esprit qui prévalait au collège en mettant au coeur de son projet éducatif les valeurs de la Franc-Maçonnerie et en responsabilisant ses élèves. C’est donc avec eux, en les considérant comme ses assistants, qu’il entreprend de codifier les jeux de balles violents et anarchiques auxquels s’adonnaient ses élèves.

Il installe une éducation ludique, basée sur l’engagement, le combat et la solidarité. Il inculque la fraternité avec ses camarades, le courage de ne pas les abandonner dans la défaite et de ne pas se comporter en voyou avec les adversaires. Grace au Rugby, il donne à cette première génération d’élèves, puis aux suivantes à travers le temps, la possibilité d’acquérir des valeurs essentielles pour fonder la cohésion d’un groupe d’hommes ou de femmes.

Arrivé dans le collège de Rugby cinq années après le geste fondateur de William Webb Ellis, Sir Thomas Arnold et ses élèves de sixième ne formaliseront les 37 premières règles du Rugby qu’en août 1845. Elles avaient pour objectif d’apporter des réponses concrètes à l’organisation du jeu et aux conflits générés par les différences d’interprétation des situations d’opposition. Ces règles sont donc la base historique du Rugby.

En mettant ses élèves-rugbymen au coeur de leur propre éducation, Sir Thomas Arnold faisait et fait encore figure de visionnaire. Ces futurs joueurs s’approprièrent naturellement les règles du Rugby, à tel point qu’après leurs études ils propagèrent sa pratique dans toute l’Angleterre et dans les lointaines contrées de l’empire britannique, par exemple en Nouvelle Zélande.

Troisième temps : Les 59 lois de la Rugby football union (RFU) en 1871.

Malgré les efforts réalisés par les élèves de Thomas Arnold pour codifier le tout jeune Rugby, les différents collèges, clubs, écoles et universités anglaises s’étaient appropriés le jeu de Rugby à leur façon en développant des variantes dans les règles. Le premier match international entre l’Ecosse et l’Angleterre en 1870 au Kennington Oval va changer la donne. L’Angleterre bat l’Ecosse par 1 but à 0, mais cette victoire semble peu régulière au yeux des écossais. Non pas par manque de flair play, mais tout simplement parce que les deux pays n’appliquaient pas les mêmes règles. 

Les fédérations n’existant pas à cette époque, il fallut la bonne volonté de deux Francs-Maçons reconnus, Edwin Ash, secrétaire du club de Richmond, et L.J Maton, président des Wimbledon Hornets, pour mettre fin à cette cacophonie et rédiger les premières lois du Rugby. Ils décidèrent avec Algernon Rutter et EC Holmes (dirigeants du club de Richmond)  de réunir 21 clubs de Rugby en juin 1871 dans un restaurant nommé Pall Mall sur Regent street à Londres.

Etaient présents ce jour-là les clubs suivants : Harlequins, Blackheath, Guy’s Hospital, Civil Service, Wellington collège, King’s collège, St Paul’s school, Gipsies, Flamingoes, Wimbledon Hornets, Mohicans, Marlborough nomads, West Kent, Law, Lausanne, Addison, Belsize park, Ravenscourt park, Chapham rovers et Queen’s House. Cette réunion aboutit à la création de la Rugby football union (RFU).

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Les résultats de leurs travaux furent communiqués en juin 1871 avec la publication des 59 lois du Rugby. Les écossais firent de même de leur coté en rédigeant un livre « vert » commun à plusieurs clubs : Edinburgh Academical, Merchistonians et High school.

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D’âpres négociations commencèrent alors entre anglais et écossais pour organiser un second match, cet fois-ci officiel, selon les règles de la RFU. Ce match eut lieu à Rayburn Place le terrain de l’Académie d’Edimbourg en mars 1871 devant 4000 personnes. Chaque équipe était composée de vingt joueurs (l’effectif moyen d’une classe de collège) avec trois arrières, trois demis et 14 avants pour les anglais (dont la moitié venait du collège de Rugby) et trois arrières, deux demis et 15 avants pour les écossais. Pour l’anedocte, les écossais gagnèrent ce match. La revanche eut lieu en février 1872 à Londres et les anglais prirent leur revanche.

Quatrième temps : L’invention des Barbarians par William Percy Carpmael

Les Barbarians sont le symbole des loges maçonniques itinérantes. Cette équipe sans « temple » ni ville fut créée par un rugbyman Franc-Maçon, M. Carpmael, en 1890 dans un pub de Bradford. 

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On y entre par cooptation et parrainage selon des critères autant sportifs qu’humains : être reconnu gentilhomme et bon camarade entre autre. Ses couleurs traditionnelles sont des symboles de la Franc-Maçonnerie : le noir et le blanc originellement orné d’une tête de mort.

 

Une équipe idéale qui n’a d’autre enjeu que la fraternité, la joie de vivre et la solidarité. En somme, l’équipe témoin qui dit et rappelle à toutes et tous la vérité de ce que doit être le Rugby.

D’autres nations ont par la suite inventé leur équipe de Barbarians, de la France à la Suisse. Désormais, le représentant de cet esprit Barbarians en France est notre icône toulousain au casque d’or MJean Pierre Rives.

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Les symboles que les Francs-Maçons ont gravé dans le jeu de Rugby.

On retrouve dans le Rugby trois notions essentielles à la Franc-Maçonnerie :

Le Rugby présente encore pour le grand public, et ce malgré ses dérives actuelles, l’image d’un sport véhiculant des valeurs de combat, de fidélité, de courage, de force physique, de solidarité, de respect des autres et de fraternité.

Toutefois, il possède également l’image d’un jeu certes intelligent (comme le disait Françoise Sagan), mais aussi compliqué et inaccessible au premier abord. Avec ses règles complexes, voire confuses, sa propension à privilégier l’esprit de la règle (et donc ses interprétations) à leur application à la lettre, son langage symbolique singulier et sa pratique codée, il nécessite d’être introduit et initié pour l’apprécier pleinement.

Les rituels du Rugby, qui peuvent, à l’instar de ceux des Francs-Maçons, paraitre dérisoires aux néophytes, ne sont rien d’autre qu’une manière de réunir les hommes dans toute leur diversité intellectuelle et physique au sein d’un collectif tourné vers un but partagé.

Les pays, territoires, régions (le Sud Ouest en France) ou Universités (de Paris à Bordeaux) où le Rugby est pratiqué ont toujours un lien avec l’histoire britannique

On pourrait faire le parallèle entre les trois piliers de la Franc-Maçonnerie (camaraderie, charité et intégrité) et les avants de notre première ligne. Le talonneur les bras en croix, se sacrifie en fonçant tête baissée dans le pack adverse. Le pilier droit et le talonneur qui engagent leurs deux épaules sont les deux pierres angulaires de l’édifice de la mêlée. Dans une mêlée, les avants peuvent stabiliser ou écrouler la construction. Ils se prennent par les épaules dans l’obscurité de la mêlée (une fois celle-ci engagée, les huit joueurs sont aveugles, les yeux tournés vers la pelouse) et l’union des forces produit une alchimie sacrée. Les deux immenses deuxièmes lignes sont d’ailleurs appelés les poutres maitresses du pack.

Le Rugby possède une structure architecturale qui emprunte beaucoup au vocabulaire maçonnique : plaquage cathédrale, construction en lignes, lignes de perspective des trois quarts, formation des trois quarts en triangle, le soutien des joueurs qui partent dans les mêlées ouvertes.

Les stades de Rugby sont des temples avec leurs loges pour l’élite des connaisseurs. Les vestiaires figurent le secret et le mystère des loges où seuls les initiés peuvent entrer et sortir à la lumière pour combattre. Les poteaux en forme de H d’un terrain de Rugby représentent les deux colonnes de Jachin et Boaz (la Force et la Stabilité) des loges maçonniques, soit l’entrée dans le temple de Salomon. 

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Le ballon est comme accouché dans les pieds du troisième ligne centre à la fin de chaque mêlée. C’est le demi de mêlée qui extraie le ballon afin de le transmettre comme un cadeau à ses camarades, comme on transmet la parole ou la connaissance dans une loge.

Le Rugby emprunte beaucoup au vocabulaire général maçonnique. La chandelle, c’est le ballon que l’on tape le plus haut possible vers le Soleil. Les joueurs les plus véloces sont des flèches, on franchit les lignes adverse comme une épée, chaque international reçoit une cape (petite casquette), comme un frère maçon reçoit un tablier.

Quand les joueurs se regroupent avant, pendant ou après un match, ils forment un cercle ou une chaine d’union en se serrant au plus près pour se motiver ou s’expliquer. Car, sur un terrain de Rugby l’erreur doit être permise. Elle fait grandir, elle fait partie du processus d’apprentissage

Au Rugby, on se rencontre plus qu’on ne se croise. Les codes s’acquièrent avec le temps, novices et initiés partagent une culture et un état d’esprit commun. Dans toute équipe de Rugby, chacun des membres participe à l’égrégore (plusieurs personnes qui se focalisent sur un même objet) avec ses différences de caractère et de gabarit. Les individus sont au service des autres dans la sueur et le sang, dans la douleur et la joie.

L’idée de fusion, de solidarité et de partage sont développés comme des stratégies : ensemble, on est plus fort. Ces idées, ces valeurs sont transmises aux jeunes initiés par leurs ainés ou leurs parrains dès l’école de Rugby. Le rugbyman ne parle jamais de lui-même, il renvoit toujours son discours à la notion d’équipe. Comme le dit Pierre Albaladéjo, c’est un jeu qui n’accepte pas le je. En France d’ailleurs, grâce aux Francs-Maçon épris de progrès social, le Rugby anglo-saxon si élitiste et aristocratique s’est transformé progressivement en jeu éducatif permettant un vaste brassage sociétal et une ascension sociale des catégories socio-professionnelles les plus défavorisées .

Enfin, les matchs se terminent toujours par une poignée de main à cet autre, l’adversaire, celui avec lequel on se mesure. Les troisièmes mi-temps particulièrement arrosées sont semblables aux agapes célébrées après les tenues maçonniques.

L’organisation mondiale du Rugby va même jusqu’à ressembler à celle de la Franc-Maçonnerie. L’International Board est situé à Londres comme la loge mère fondatrice.

Enfin, et c’est peut être le symbole le plus maçonnique du Rugby, le ballon ovale représente l’incertitude propre à toute vie humaine à l’heure de faire des choix. Il exige un pouvoir d’adaptation, d’anticipation, une précision et une habileté extrême à tout rugbyman pour s’en saisir. Le geste de la passe à l’aveugle vers l’arrière, cette transmission du savoir à ses camarades ne peut se faire que s’il y a une connection affective et intellectuelle forte entre l’ensemble des hommes qui constituent une équipe. 

Comme un symbole, c’est l’esprit fédérateur de la Franc-Maçonnerie irlandaise, elle même unifiée en une seule loge, qui créa l’unique équipe nationale de Rugby irlandaise. Une équipe qui regroupe depuis le XIXe siècle des protestants, des catholiques et des laïcs provenants des 4 provinces irlandaises.

Le rugby aristocratique des collèges et des universités anglaises « débarqua » au Havre (le HAC est le premier club de rugby français) en 1872, mais poussa rapidement jusqu’à Paris. Sa diffusion quasi exclusive vers le Midi de la France, donc vers la zone où les français jouaient à la barette, a plusieurs explications :

Comme dans la Franc-Maçonnerie, beaucoup de joueurs ont été d’abord conquis et impressionnés par le discours et la rencontre avec leur premier éducateur, qui fait figure alors d’ainé. Ces maîtres des écoles primaires, du collège ou des écoles de Rugby ont su faire percevoir à leurs jeunes pousses le chemin des mystères du Jeu de Rugby. Un jeu qui a un rôle social et psychologique qui croît chaque jour de la semaine pour se dénouer tous les dimanches (jour de match) et plus généralement tout au long de la vie des femmes et des hommes.

La passe

Message de confiance

Don d’amitié

Talent d’initié

Oeuvre éphémère

Qui vit, survit, se transforme et s’embellit

Dans les souvenirs et les dires

Trouve l’éternité

JJ Berland

Et maintenant ?

La singularité et la beauté du Rugby n’est pas le fruit du hasard. Notre jeu est né et s’est développé selon la pensée et les valeurs d’hommes cultivés et intelligents, qui avaient avant toute chose le sens du bien commun et de l’amélioration des individus au service de leur collectivité. Ce n’est donc pas un hasard si les pionniers du Rugby étaient tous Franc-Maçons et/ou professeurs d’histoire et de littérature. Le jeu de Rugby est le fruit de leur pensée humaniste. 

Chaque organisation humaine est fragile et dépendante de l’intégrité de ses élites, tout n’était donc pas rose dans le Rugby avant 1996. L’argent circulait dans des réseaux cachés et obscurs, le dopage et la violence existaient, les luttes entre baronnies du temps de M.Ferrasse étaient sanglantes et la quête de l’intérêt supérieur du Rugby pouvait paraitre parfois illusoire.

Mais, après 22 années de professionnalisme, la chute s’est accélérée. Qu’est-il advenu de cette belle idée qu’était et que devrait encore être le Rugby ?

On ne parle plus que de fusion-acquisition de clubs qui n’ont plus ni d’identité ni d’histoire, de rentabilité financière, de racisme, d’injures, de dopage, de drogue, de suspicion de viol présumé, de réforme territoriale et d’organisation de coupe du monde. Notre jeu a été volé et confisqué par quelques chefs d’entreprises pour promouvoir leur marque ou leur groupe de média. Sitôt lassés de leur joujou, ils abandonneront leur club et le Rugby pour aller s’enrichir ailleurs.

Alors, dans quel état laisseront-ils ce sport et les hommes et femmes qui en sont amateurs ? Le Rugby vit une période de décadence vertigineuse, car il n’est consubstantiellement pas adapté au professionnalisme. Le CAC 14 le dénature et le tue à petit feu. Seules quelques règles originelles, les traces de son passé maçonnique, le tiennent dans un état de coma éveillé.

N’est-ce pas le temps pour les héritiers de ces pères fondateurs de le ramener à la vie ? La Franc-Maçonnerie ne devrait-elle pas sauver son oeuvre ? N’est-elle d’ailleurs pas un de nos derniers espoirs ?

Certes, la pugnacité des « frères rugbystiques » des loges maçonniques s’est sans doute émoussée depuis 1996 et l’arrivée du professionnalisme. On peut d’ailleurs leur reprocher de ne pas avoir assez lutté contre la disparition de l’amateurisme, même marron. On peut leur en vouloir de ne pas avoir assez dénoncé les turpitudes du Rugby-Spectacle-Business. 

Mais les rugbymen Francs-Maçons sont très majoritairement restés fidèles à leurs faisceaux de valeurs. Eux qui ont été à l’origine de tant de lois progressistes, du droit de vote des femmes à la laïcité, des hussards de la République de la ligue de l’enseignement à notre célèbre maxime ‘liberté, égalité, fraternité », ne devraient-ils pas redonner au Rugby sa fonction initiale et son intérêt collectif ? Ramener le Rugby au coeur de la vie sociale d’un quartier, d’une commune, d’un département ou d’une région, comme l’avait fait Sir Thomas Arnold au XIXe siècle, ne serait-il pas un moyen efficace pour pacifier la société française ?

Car le Rugby est une utopie, un projet humaniste exigeant, une magnifique incongruité, une idée pédagogique novatrice qu’il faut sans cesse défendre et réinventer. Plus de 194 années après l’acte fondateur de William Webb Ellis, le combat continue. Peut-être devrait-on distinguer, séparer et organiser à part les deux Rugbys contemporains qui n’ont plus grand chose en commun : le Rugby des initiés et le Rugby marchand. 

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Source : http://rugby-en-melee.com/rugby-franc-maconnerie-ideaux-communs-chemin-partage/

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