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Connaissez-vous les Fractales ? 4 juillet, 2021

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Connaissez-vous les Fractales ?

Connaissez-vous les Fractales ? dans Recherches & Reflexions

Par La Rédaction
25 juin 2021
Fractale de Benoît Mandelbrot
Fractale de Benoît Mandelbrot, Mandala, fractale, symétrie

Les fractales, qu’est-ce que c’est ? Ce sujet pour bûcheurs de classe préparatoire n’est évoqué que très rarement . Pourtant, il intéresse la perception de « l’ordre et du désordre dans la nature ».
Comme tout bon cherchant, je suis assez loin d’en maîtriser intimement tous les aspects.

Toute notre éducation mathématique a été conditionnée par la géométrie dite euclidienne. (Euclide : mathématicien grec censé avoir vécu vers l’an 300 avant J.-C.). Pour rappel, ses axiomes ou postulats furent les suivants :

• Un segment de droite peut être tracé en joignant deux points quelconques. • Un segment de droite peut être prolongé indéfiniment en une ligne droite.
• Étant donné un segment de droite quelconque, un cercle peut être tracé en prenant ce segment comme rayon et l’une de ses extrémités comme centre.

La géométrie fractale est une théorie mathématique formulée par le mathématicien franco-américain Benoît MANDELBROT dans les années 1970, donc très récemment à l’échelle du temps des mathématiques.

Il s’agit d’une nouvelle révolution mathématique comme l’ont été les nombres irrationnels chers à Pythagore, et ensuite les nombres négatifs et complexes apparus à la Renaissance.

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MANDELBROT a non seulement formalisé la théorie fractale, mais il en a fixé les règles grammaticales et étymologiques.

Fractal vient du latin « fractus » qui désigne un objet fracturé, de forme très irrégulière. (Le nom est féminin et a son pluriel en « als », ce qui n’est pas banal.)

Oui, mais c’est quoi, la géométrie fractale ?

Eh bien, qu’ont en commun un arbre, des nuages, une côte rocheuse, nos poumons, un cristal de glace (flocon de neige) et certains choux.
Rien du point de vue de la géométrie classique, euclidienne, et pourtant…

Vous aurez, par ailleurs, remarqué que la cabane de notre Mère Catault (je renvoie ici au rite forestier) ne s’orne pas du chou blanc traditionnel ,mais d’un chou romanesco qui est une forme fractale parfaite.

Ces objets ne peuvent être décrits selon les normes de cette géométrie « linéaire ».

Selon MANDELBROT, « Les fractales sont des objets, qu’ils soient mathématiques, dus à la nature ou dus à l’homme, qu’on appelle irréguliers, rugueux, poreux ou fragmentés, et qui, de plus, possèdent ces propriétés au même degré à toutes les échelles. C’est-à-dire que ces objets ont la même forme, qu’ils soient vus de près ou de loin. »

Pour comprendre la différence entre la géométrie classique et la géométrie fractale, prenons la différence entre la lame d’un couteau et la côte bretonne. Observée au microscope, la lame du couteau apparaît très irrégulière et pleine d’aspérités. Mais, si on change d’échelle, à l’œil nu, la lame apparaît parfaitement droite. A l’opposé, si vous observez la côte bretonne d’un avion à faible altitude, vous observerez une côte irrégulièrement découpée. Et si vous changez d’échelle, en augmentant l’altitude de l’avion, vous observerez toujours une côte irrégulière !

Nous sommes tous habitués aux objets de la géométrie euclidienne : aux droites, aux rectangles, aux cubes…
Ils nous permettent de décrire simplement ce que l’on trouve dans la nature.
Les troncs d’arbres sont approximativement des cylindres et les oranges des sphères.

Mais, face à des objets plus complexes, tels que les nuages, les côtes rocheuses, les feuilles, les reliefs, un flocon de neige, un chou-fleur, la géométrie euclidienne est inadéquate, on fait donc appel à la géométrie fractale.

La géométrie fractale est donc un langage utile pour décrire les formes complexes, et permet la description de processus non linéaires.

La complexité des formes des objets naturels résulte généralement de processus simples, souvent de remise en cause antérieures.

Dans la géométrie classique, une ligne est un objet à une dimension, une surface un objet à deux dimensions, un volume un objet à trois dimensions. Nous sommes donc habitués à des objets dont la dimension est un nombre entier 1, 2 ou 3.

Dans ce but, le terme de dimension fractale a été introduit par Mandelbrot en 1970. La dimension fractale est donc un nombre qui mesure le degré d’irrégularité ou de fragmentation d’un objet ou qui mesure la rugosité d’une surface.

La notion de dimension fractale s’applique aux objets invariants d’échelle : on y trouve des parties qui sont semblables à l’objet lui-même à une dilatation (agrandissement) près. Quand on change l’échelle d’observation d’un objet invariant d’échelle, on conserve les formes.

Chaque portion d’une fractale reproduit la forme générale, quelque soit le grossissement : c’est la propriété d’auto-similarité.

Retenons donc qu’une fractale, c’est une forme dont le détail reproduit la partie et le tout, quelle que soit l’échelle.

Exemple : L’auto-ressemblance peut être exacte : dans ce cas, en changeant d’échelle, on a un objet agrandi identique à l’original. Si vous prenez un triangle, qu’au milieu de chaque côté, vous y dessinez un triangle équilatéral, que sur chaque segment, vous répétez cette opération, vous obtiendrez une forme fractale régulière, exacte et vous dessinerez un flocon de neige dit de von KOCH.

Mais pour beaucoup d’objets naturels, l’auto-ressemblance n’est pas exacte : l’objet agrandi ressemble à son image initiale, mais ce n’est pas exactement le même. C’est le cas, par exemple, d’une côte rocheuse ou d’un profil topographique. Dans ces cas, l’auto-ressemblance est statistique.

Prenons une côte, Bretagne, Angleterre, Islande.
Si un paquebot en fait le tour en restant au large pour ne pas se faire couler par les récifs, il tracera le parcours en forme de W typique de la forme de la côte.

Si un petit bateau cabote le long de la côte, en suivant les principales sinuosités, il ajoutera beaucoup de V au W initial et le trajet sera rallongé de nombreux kilomètres. Si un randonneur marche le long du rivage, il parcourra encore plus de chemin.
Si un crabe courageux contourne scrupuleusement chaque rocher, il accumulera encore plus de kilomètres au compteur de ses pattes. Si une puce de mer géographe suit chaque grain de sable, nul doute que son chemin sera encore plus long, à force de tours et de détours.

 
Autre exemple :
On voit ainsi le caractère anfractueux (un mot qui a la même racine que fractale…) de la côte étudiée, dont la sinuosité se réplique (pas forcément de manière exacte mais sûrement de manière statistique) quelle que soit l’échelle où l’on se trouve. On peut même considérer que plus on va vers l’infiniment petit, plus le contour de la côte tend vers l’infini…
Ces considérations bouleversent tout ce que l’on a appris à l’école sur les périmètres des figures comme les carrés (4 fois le côté), les rectangles (2 fois la largeur plus 2 fois la longueur), les cercles (deux fois pi fois le rayon), etc. En transformant le triangle équilatéral (dont le périmètre vaut trois fois le côté) en flocon de von Koch, en transformant la forme de la côte d’un grand W en une infinité de W, on est entré dans le monde fractal. On a quitté le pays simple des figures lisses pour la forêt vierge des figures rugueuses.

Dans la nature, c’est le phénomène de hasard qui va régir la formation des fractales : les arbres ont tous des caractéristiques communes, leur forme géométrique se ressemblent, et pourtant, même au sein d’une même espèce, chaque arbre est unique. Cette différence est attribuable au hasard, c’est à dire les processus non contrôlés de leur développement (ou tout au moins, tellement complexes que nous n’y avons pas accès).
Le rôle du hasard dans la formation des objets de la nature joue un rôle capital, c’est lui qui différencie les fractales aléatoires de la nature et l’objet mathématique pur.

Le hasard, c’est l’ensemble des processus qu’on ne peut pas contrôler et qui interviennent dans la formation de l’objet fractal : l’érosion, la tectonique des plaques, les contraintes naturelles…

Une application de la théorie mathématique des fractales pures est la modélisation informatisée de formes telles les montagnes, les nuages utilisées dans les images de synthèse : jeux vidéos, cinéma, …

Nous sommes forestiers et parlons donc des formes fractales dans le vivant :

Dans les végétaux, nous avons le chou-fleur et surtout le chou romanesco qui figurent parmi les plus belles formes de cette catégorie.
A l’œil nu, ils ont la forme d’une section de sphère entourée de feuilles. Cependant si l’on regarde de plus près leurs surfaces, on peut noter que celles-ci sont constituées de cônes qui se juxtaposent de manière enroulée en spirales, formant ainsi des volutes qui constituent elles-mêmes des cônes similaires aux premiers, mais d’échelle plus grande

Si on coupe le chou-fleur de haut en bas, on note une organisation en branches principales qui se séparent en branches plus petites. La première division se produit sur la branche principale d’origine, et peut donner 3 à 8 branches secondaires. De même si on coupe le chou romanesco, on note une structure identique. La première division se produit sur la branche principale d’origine et peut donner de 10 à15 branches secondaires. Cette division se renouvelle de la même manière à chaque étage avec une régularité impressionnante pour les deux. A vue d’œil on peut remarquer entre 5 et 8 étages de divisions entre la branche d’origine et la surface du chou-fleur et on peut remarquer entre 10 et 15 étages de divisions entre la branche d’origine et la surface du chou romanesco. Les dimensions des surfaces de ces deux choux sont comprises entre 2, le périmètre et 3, le volume, le développement périmétrique tendant à s’approcher, à s’approprier le volume.

Donc pour les deux, chacune des branches (ou sous branches agrandies plusieurs fois) peut être confondue avec le chou lui-même ou avec la branche principale d’origine.
Le chou-fleur et le chou romanesco présentent donc une auto-similarité et peuvent être considérés comme fractals

La fougère est un autre exemple de forme fractale. Ce sont en particulier les feuilles ou frondes de la plante qui présentent cette particularité d’auto similarité. La dimension fractale des fougères est d’environ 1,7.

Même si l’étude des formes fractales est assez récente, il ressort que les espèces végétales développent ces formes pour pouvoir augmenter leur surface externe, c’est-à-dire, leur surface d’échange avec le milieu extérieur, et cela pour pratiquer par exemple la photosynthèse, l’absorption racinaire…
La croissance d’une plante s’accompagne nécessairement d’un changement de forme. En effet, les plantes essaient d’adopter une forme qui s’éloigne le plus possible d’une sphère (car si elles étaient trop volumineuses, c’est à dire massiques, elles seraient trop lourdes et perdraient beaucoup trop d’énergie pour pouvoir survivre).
Les plantes vont arriver à ce résultat grâce au fractionnement de la croissance le long d’un certain nombre d’axes, (tronc et branches au-dessus du sol, pivot et racines latérales au-dessous).

A mesure que la plante poursuit sa croissance, apparaît la nécessité d’une ramification aérienne et souterraine, qui donne accès à l’espace tridimensionnel sans les inconvénients liés au volume ; la plante s’approprie l’espace en le remplissant d’une surface complexe finement repliée sur elle-même, de sorte que le volume laisse la place aux dimensions linéaires (racines, tiges) et aux surfaces (feuilles et brachyrhizes : homologues souterraines des feuilles).
La croissance de la plante va aussi être régie par les contraintes du milieu extérieur qui sont souvent les mêmes à différentes échelles.

Autres fractales naturelles : les poumons…..

Conclusion :

Il existe une très grande variété de formes fractales dans la nature ; dans des domaines et conditions expérimentales en apparence très différentes comme la croissance des plantes et l’organisation du poumon, on observe des phénomènes et des géométries très similaires du point de vue de leur complexité et de leur dimension fractale.
La découverte des formes fractales dans la nature constitue une forme d’universalité insoupçonnée jusqu’alors, qui permet de comparer et de modéliser des objets, de résoudre des problèmes jusqu’à présent ouverts, comme par exemple la simple caractérisation d’une côte rocheuse.

La théorie fractale a déjà trouvé de nombreuses applications en géologie, biologie, informatique… et il est fort probable qu’elle puisse aussi s’étendre à d’autres domaines encore. En particulier, tous les phénomènes chaotiques, c’est à dire sensibles aux conditions initiales, qui font appel à des structures fractales (par exemple les phénomènes météorologiques).

Les perspectives qu’elle a ouvertes laissent penser que la théorie nous aidera à mieux comprendre le monde qui nous entoure.

J’avoue que ce sujet est assez épineux, mais dans la nature rien n’est simple.

Frère Thierry Bui:.

SOURCE :  https://450.fm/2021/06/25/connaissez-vous-les-fractales/?fbclid=IwAR1ExcC4mV2GbGH_LWk62h6K8HecRfIecPTsqZvx-spnI_VLBEGbCRqZtgc

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Hommage à Robert Amadou 21 mars, 2021

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Hommage à Robert Amadou

Hommage à Robert Amadou dans Silhouette RA3

A Catherine, très affectueusement

Mon frère, mon ami, mon vieux maître s’est endormi, mardi 14 mars 2006, dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, commencée voilà 82 ans.  » L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre  » dit le Philosophe inconnu, que Robert Amadou, son vieil ami, a rejoint dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins.

Ce serait trop peu, assurément, que de dire que l’occultisme, le martinisme, la gnose, la théosophie, en un mot la Tradition de l’Occident-Orient doivent beaucoup à Robert Amadou. Au vrai,  » nous lui sommes tous redevables. Honte à qui s’en dédie ! « . Ainsi s’ouvrait, à l’endroit de Papus, la préface de Robert au livre que le Dr Philippe Encausse a consacré jadis à son père, Papus, le  » Balzac de l’occultisme « . Cette sentence, je l’adopte à mon tour, s’agissant de Robert et de son œuvre immense, fruit de plus de soixante ans d’un travail sans relâche, dont le présent hommage, aussi modeste et imparfait soit-il, s’efforcera d’abord de donner quelques lignes majeures.
L’immense tache, le premier service de Robert Amadou – et de quelques très rares compagnons de route – aura été, au sortir de la guerre, de restituer l’occulte à la culture. Les résistances – rappelait-il en 1987 – furent très vives, à commencer par les instituteurs de l’immuable Sorbonne où il traita pourtant de la Contemplation selon Aristote. Dans cette académie rabâcheuse et hostile, deux exceptions, disait-il : Marcel Jousse, à l’Ecole pratique des hautes études, et Paul Valéry, au Collège de France. Paul Valéry… Un souvenir me vient : nous sommes, Robert, Catherine et quelques intimes, en septembre 1987, quelque part au bord de la Méditerranée, dont Robert disait qu’elle était la seule mer. Au loin des voilures albâtres se distinguent des flots. Robert, les yeux fixés sur l’horizon, cite des vers de Paul Valéry…
Ce fut grâce à Paul le Cour que Robert Amadou entra dans la carrière. L’homme d’Atlantis, en qui il voyait du prophète, lui fit connaître ce « grand méconnu, l’abbé Paul Lacuria, le ‘Pythagore français’ », qui fut sous ce titre le sujet de sa première conférence, le 7 mars 1943. Le conférencier en herbe n’avait que dix-neuf ans, mais Lacuria ne l’a jamais quitté, dont il a publié bien des années plus tard la  » Défense des Harmonies de l’être « , qui compose, avec d’autres carnets inédits, Lacuria, sage de Dieu (Awac, 1981). La même année, Robert donnera à l’enseigne d’Atlantis (1981) un copieux dossier sur « L’abbé Lacuria et les harmonies de l’être ».
En 1950, Robert Amadou produit l’Occultisme, esquisse d’un monde vivant (Julliard, 1950 ; nouv. éd., Chanteloup, 1987), qui marque un coup d’essai qui n’en est pas moins un coup de maître. Salué par la critique, l’ouvrage deviendra classique, tandis que l’auteur publiait la même année, en collaboration avec Robert Kanters, une très précieuse Anthologie littéraire de l’occultisme (Julliard, 1950 ; nouv. éd., 1975). Le mouvement était lancé : les livres allaient s’enchaîner avec régularité, sur tous les fronts. Je cite pour mémoire : Eloge de la lâcheté (Julliard, 1951) ; Albert Schweitzer, éléments de biographie et de bibliographie (L’Arche, 1952) ; Recherches sur la doctrine des théosophes (Le Cercle du Livre, 1952) ; La poudre de sympathie (Gérard Nizet, 1953) ; La science et le paranormal (I.M.I, 1955) ; Les grands médiums (Denoël, 1957) ; La télépathie (Grasset, 1958)… Du lot, tirons au moins, en 1954, son essai historique et critique sur La Parapsychologie, devenu classique lui aussi, qui marquait alors le renouveau de la vieille métapsychique.
En 1955, Robert lance la revue La Tour Saint-Jacques, qui devient aussitôt incontournable. Elle a pour devise :  » rien de ce qui est étrange ne nous est étranger « , et rassemble les meilleures plumes du moment : René Alleau, Robert Ambelain, André Barbault, Armand Beyer, Eugène Canseliet, Marie-Madeleine Davy, Mircea Eliade, Philippe Encausse, Robert Kanters, Serge Hutin, Alice Joly, Louis Massignon, Pierre Mariel, René Nelli, Jean Richer, François Secret, Pierre Victor (Pierre Barrucand)… J’en oublie beaucoup. Mais comment oublierais-je le cher Jacques Bergier, « amateur d’insolite et scribe de miracles » qui y rapportait les « nouvelles de nulle part et d’ailleurs », et dont Robert m’aidait jadis à perpétuer la mémoire ? La revue La Tour Saint-Jacques se double alors d’une collection d’ouvrages. On y aborde avec rigueur, méthode et amour, les grands anciens et les recherches contemporaines, et aussi l’illuminisme, et Saint-Martin, et Huysmans, et tant d’autres ! et les sciences traditionnelles et leur histoire : magie, astrologie…
Si Robert Amadou n’a jamais pratiqué l’alchimie, il a étudié Raymond Lulle et l’alchimie (Le Cercle du Livre, 1953), s’est intéressé à  » l’Affaire Fulcanelli  » et s’entretint notamment avec Eugène Canseliet dans Le Feu du Soleil (Pauvert, 1978).
En revanche, l’astrologie fut pour lui une compagne constante. Né à Bois-Colombes, le 16 février 1924, à 2 heures du matin, sous le signe du Verseau et l’ascendant Sagittaire, Robert avait découvert l’astrologie à 14 ans, avec le petit livre de René Trintzius, Je lis dans les astres ; il commença à la pratiquer avec les éphémérides de Choisnard, offertes par sa tante, et il n’a pas cessé, pendant près de 70 ans, à toutes fins utiles, y compris, disait-il, les plus quotidiennes et les plus hautes, parce que l’astrologie touche à tout, et que l’on touche à tout par l’astrologie. L’authentique astrologie révèle Sophia et s’offre comme un moyen de connaître Dieu ; elle est, par vocation, sagesse, et Robert était un ami de Dieu et de sa Sagesse. En théorie et en pratique, il a suivi au plus juste la tradition, en particulier Plotin, Ptolémée et Paracelse, sans négliger les modernes, de Robert Ambelain à Armand et André Barbault, tout en vilipendant la prétention à une astrologie scientifique. Nombreuses ont été ses publications en l’espèce, depuis le numéro spécial de La Tour Saint-Jacques, en 1956, jusqu’au magistral Question De sur les astrologies, en 1985. Il a également remis au jour Les Monomères. Symbolisme traditionnel des degrés du zodiaque (Cariscript, 1985), a étudié La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique (Albatros, 1979) en rapport avec l’Ere du Verseau chère à Paul Le Cour. Chez les anciens, il s’est intéressé à L’astrologie de Nostradamus, qu’il a contribué à éclairer, par exemple lors d’un colloque, à Salon de Provence, en 1985, et à travers un dossier de près de 500 pages (diffusion ARCC, 1987/1992) – qui le connaît ? – ou encore aux côtés des Amis de Michel Nostradamus fondés par Michel Chomarat, en 1983.
En dehors de l’astrologie, mais au cœur de la Tradition occidentale, combien d’autres grands anciens a-t-il contribué à remettre et même à mettre en lumière ? Il a étudié Franz Anton Mesmer et son magnétisme animal (Payot, 1971). De Balsamo-Cagliostro, il a présenté au congrès international de San Leo, en juin 1991, Le rituel de la maçonnerie égyptienne (SEPP, 1996). J’entends du Joseph Balsamo du XVIIIe siècle, car il y en a un autre – à moins que … – qui manifeste les mêmes prétentions et se comporte de la même manière, dont Robert Amadou a retrouvé la trace, à Toulouse, en… 1644.
De Fabre d’Olivet, il a publié partiellement, après l’avoir retrouvé en 1978, le manuscrit inédit de La Théodoxie universelle qui prolonge La Langue hébraïque restituée du même auteur. Ce maître d’ésotérisme, que Robert vénérait à ce titre depuis l’adolescence, trouve l’aboutissement de son œuvre majeure dans les écrits de Saint-Yves d’Alveydre, dont il a exhumé à la bibliothèque de la Sorbonne le fonds que Philippe Encausse y avait déposé. La pensée de Saint-Yves trouve sa perfection dans l’œuvre du Dr Auguste-Edouard Chauvet, dont le service n’avait cessé de l’instruire parce qu’il avait été son maître et n’a jamais cessé de l’être. A Chauvet et à son Esotérisme de la Genèse, Robert Amadou a consacré des séminaires, notamment à Ergonia, en 1981, après une soirée d’études et d’hommage, au centre l’Homme et la connaissance, en 1978, où il tint à associer Chauvet à son fils spirituel, l’abbé Eugène Bertaud, dit Jean Saïridès, dont Robert fut l’ami. Sur Chauvet, sa vie, son œuvre, il avait résolu de composer un ouvrage conséquent qui n’a pas vu le jour. Mais il en tira la matière d’une plaquette De la langue hébraïque restituée à l’Esotérisme de la Genèse (Cariscript, 1987). Dans l’entourage de Chauvet s’était constituée aussi une société chrétienne d’initiation : l’Ordre du Saint Graal qu’avait formé un autre Chauvet, prénommé James, et le Dr Octave Béliard (1876-1951), et Robert a édité La Queste du Saint Graal (Cariscript, 1987).
Quant aux sociétés secrètes, qui ont fait l’objet de ses entretiens avec Pierre Barrucand (Pierre Horay, 1978), Robert en connaissait les bienfaits en même temps que les limites et les travers. Mais il aimait désigner les plus dignes du mot du bon pasteur Pierre de Joux – dont il a tiré de l’oubli Ce que c’est que la franche maçonnerie (Cariscript, 1988) – comme  » sociétés succursales  » de l’Eglise intérieure, à commencer par l’Ordre martiniste et la franc-maçonnerie.
A la franc-maçonnerie, Robert Amadou a consacré un doctorat en ethnologie, en 1984 : « Recherches sur l’histoire et réflexions sur la doctrine d’une société initiatique en Occident moderne ». Entre maintes autres études, relevons au moins sa Tradition maçonnique (Cariscript, 1986), sa collaboration au Dictionnaire [universel] de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (1974 ; nouv. éd. à paraître en 2006), et, plus récemment, sa contribution à l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie d’Eric Saunier (Librairie générale française, 2000). Sans omettre sa participation à tant de revues d’érudition, à commencer par Le Symbolisme et à finir par notre chère Renaissance traditionnelle, de « René Désaguliers, Maçon de l’universalité », de Roger Dachez et de Pierre Mollier, amis fraternels, pour laquelle il préparait encore tant d’articles attendus et même un numéro spécial sur Saint-Martin.
Mais c’est au régime écossais rectifié, avant tout, qu’allaient les élans du cœur de Robert Amadou qui en a notamment réédité les Archives secrètes de Steel et Maret (Slatkine, 1985) et mis en lumière les arcanes du saint ordre. De Jean-Baptiste Willermoz, fondateur et patriarche de ce régime sans pareil, il a inventé le fonds L. A., publié maint texte d’instruction et dressé le plus attachant des portraits : « honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste ».
J’ai cité pêle-mêle ou presque les grands anciens dont Robert Amadou vénérait la mémoire, et dont il a défendu la cause dans Illuminisme et contre-illuminisme au XVIIIe siècle (Cariscript, 1989). Deux noms au moins manquent à cette liste. Et quels noms ! Qui, ici, ne les connaît ? Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, a marqué à jamais la vie, l’œuvre, la pensée et le cœur de Robert Amadou, depuis le jour où il découvrit dans la librairie Chacornac, en 1941 ou 1942, le numéro d’Atlantis qui lui était consacré. Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme (Le Griffon d’Or, 1946) inaugura l’interminable liste des publications savantes et amoureuses – parce que la connaissance et l’amour sont les deux piliers de la gnose – qu’il a consacrées, pendant 60 ans, à son vieil ami le théosophe d’Amboise, dans l’amitié de Dieu.
A son livret de 1946 qu’il n’a jamais réédité, trois autres livrets se sont substitués, qui sont complémentaires : Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (Renaissance traditionnelle, 1978), « Martinisme » (1979, 1993) et « Sédir, levez-vous ». La théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin (Cariscript, 1991). Il faut y ajouter « Louis-Claude de Saint-Martin, le théosophe méconnu », publié ici-même de 1975 à 1981.
 
« Servi par un instinct divinatoire exceptionnel et le génie de la découverte », comme l’a fort bien écrit Eugène Susini, Robert Amadou est parti très jeune en chasse des inédits du Philosophe inconnu. Et il en a trouvé beaucoup ! Aux Cinq textes inédits qui inaugurent, en 1959, sa carrière d’inventeur sans pareil, succèdent le Portrait historique et philosophique (Julliard, 1961), la Conférence avec M. le chev. de Boufflers (1961), les Pensées mythologiques (1961), le Cahier des langues (1961), les Fragments de Grenoble (1962), les Pensées sur l’Ecriture sainte (1963-1965), les Etincelles politiques (1965-1966), le Cahier de métaphysique (1966-1968), le Carnet d’un jeune élu cohen / Le livre rouge (1968/1984), les Lettres aux Du Bourg (1977), Les nombres (1983), Mon livre vert (1991), le Traité des Formes (2001-2002), les Pensées sur les sciences naturelles… En 1978, l’invention du fonds Z lui avait offert la perle tant recherchée : les papiers personnels de Saint-Martin parmi les plus précieux, passés après la mort du Philosophe inconnu entre les mains de Joseph Gilbert. Quoi d’étonnant au fond !
Parallèlement, Robert Amadou tirait un à un de l’oubli les imprimés de Saint-Martin : Le Crocodile (Triades, 1962 ; 2e éd., 1979), l’Homme de désir (U.G.E., Bibliothèque 10/18, 1973), les Dix prières (L’Initiation, 1968, puis Cariscript, 1987), et il rééditait les « œuvres majeures », sous la marque du prestigieux éditeur allemand Georg Olms, avec des introductions qui sont de purs chefs-d’œuvre. En 1986, lors d’un colloque qui marqua à Tours la Présence de Louis-Claude de Saint-Martin (Société ligérienne de philosophie, 1986) Robert Amadou défendit « Saint-Martin, fou à délier ». Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ont fait l’objet de son doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines, soutenu à Paris X, en 1972, avec la mention « très honorable ». Soutenance que Combat qualifia à juste titre de « gnostique » !
 
Par charité, Robert Amadou avait également rassemblé à l’intention des hommes du torrent de très précieuses Maximes et pensées de Saint-Martin (André Silvaire, 1963 ; éd augm., 1978). Mais quels services ne sont-elles pas capable de rendre aussi aux hommes de désir ? Eugène Susini disait de Robert Amadou qu’il savait tout du Philosophe inconnu. Il avait raison.
Pour le bonheur de tous les martinistes, L’Initiation de Philippe Encausse eut la plus grande part de ses articles sur Saint-Martin. D’autres sont à redécouvrir dans les revues qu’il a fondées : La Tour Saint-Jacques, Les Cahiers de l’homme-esprit, le Bulletin martiniste. Ce dernier, Robert Amadou le porta aux côtés d’Antoine Abi Acar, directeur des chères Editions Cariscript, où il dirigeait tant de collections merveilleuses, à commencer par les  » Documents martinistes  » où il me fit entrer, en 1986. Dans la boutique et l’arrière-boutique de Cariscript, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, où me ramènent aujourd’hui tant de souvenirs, l’on discutait de théologie et d’ésotérisme, d’astrologie et de théurgie autour du café préparé par Antoine. Que de projets ont mûri là ! Au nombre de ceux-ci, le Bulletin martiniste devait se réincarner en Gnostica, qui n’a pas vu le jour. Mais en 1991, de l’enthousiasme de quelques apprentis gnostiques, naissait l’Esprit des choses, organe du Centre international d’études et de recherches martinistes (CIREM), dirigé par Rémi Boyer, sous la présidence de Robert – qui y donna de nombreux inédits de Saint-Martin – puis dans l’autonomie. Robert m’engageait aussi à écrire un cours de martinisme diffusé dans le cadre de l’Institut Eléazar, dont il avait accepté dès 1990 la présidence d’honneur, et où il n’a pas cessé de m’assister, dans une parfaite communion spirituelle.
Mais impossible de comprendre Saint-Martin sans avoir abordé l’œuvre de son premier maître, Martines de Pasqually, le théurge inconnu, dont Robert Amadou a détaillé ici-même, pour la première fois, la doctrine dans une « Introduction à Martines de Pasqually », texte sans précédent et sans second. Il en a aussi publié deux éditions différentes du Traité de (ou sur) la réintégration (Robert Dumas, 1974 ; Diffusion rosicrucienne, 1995) et publié et commentés maints documents, tant maçonniques que théurgiques, de l’Ordre des élus coëns. Dernier chef-d’œuvre en date, conçu en collaboration avec Catherine Amadou : Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réunissent les leçons de trois élèves du maître : Saint-Martin, Du Roy d’Hauterive, Willermoz.
 
Son dernier livre consacré à la correspondance de Saint-Martin avec Kirchberger, n’aura pas vu le jour de son vivant, mais Catherine conduira le chantier à son terme. Quant à nos entretiens annoncés chez Dervy, dont nous avions pourtant ébauché le plan, il n’a pas été possible de les réaliser. Combien d’autres ouvrages annoncés et attendus comme des trésors de science et d’érudition, sont eux-mêmes restés en plan ou en chantier ? Dieu aidant, Catherine, qui fut constante à l’œuvre à ses côtés, compétente, dévouée, efficace, poursuivra, n’en doutons pas, la tâche à laquelle Robert l’a préparée.
Robert Amadou n’a pas cessé de chercher la vérité, par exemple dans l’histoire et dans la Tradition. Lisez ou relisez son Occident, Orient. Parcours d’une tradition (Cariscript, 1987). Dès ses premières lettres, en 1982, il m’exhortait à me lever de bonne heure et me donnait la clef : érudition ! Robert avait tout lu, tout étudié de nos objets, et son œuvre témoigne d’une érudition inégalée dans la seconde moitié du XXe siècle dont il fut et restera le plus sûr et peut-être le plus grand historien de l’occultisme, ne serait-ce que par l’ampleur de son champ d’investigation.
Entre toutes, trois bibliothèques étaient particulièrement chères à son cœur : Sainte-Geneviève d’abord, où il s’était plongé dès l’adolescence dans l’astrologie et la kabbale – il m’y conduisit dès le lendemain de notre première rencontre – ; la vieille B.N. ensuite, où pendant vingt ans il avait occupé tous les jours (sauf quelques pèlerinages loin de Paris) la place 191 ; notre chère BML enfin, dont il inventoria les fonds Bricaud et Papus, qu’il exploita conjointement avec le fonds Willermoz, notamment.
Papus ! Le vulgarisateur de l’occultisme était cher au cœur du plus érudit des occultistes, et avec lui combien de ses compagnons de la hiérophanie, selon l’expression classique de Michelet, et combien de ses épigones ? De Papus comme de Jean Bricaud, il a classé les archives à notre chère Bibliothèque municipale de Lyon, dont il tira tant d’informations et de publications (que nous remémore « L’Occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon » (éd. augm. in Lyon carrefour européen de la franc-maçonnerie, 2003). Dans le cœur de Robert Amadou, impossible de dissocier Papus de son fils, le Dr Philippe Encausse, dont il a réhabilité la mémoire quand des instituteurs patentés l’ont injuriée (A deux amis de Dieu : Papus & Philippe Encausse. Hommage de réparation, CIREM, 1995). Du legs Philippe Encausse à la BML, Robert m’offrit d’ailleurs, en 1986, de publier quelques pièces remarquables.
2.
Voici pour l’inventaire, ô combien sommaire je le sais bien, d’une œuvre immense. Pour mémoire, disais-je. Mais l’homme ne se confond pas avec son œuvre et j’entends Robert me remémorer aussi la mise en garde de Freud : celui qui devient biographe, ou historien, s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, car il est impossible d’avoir la vérité biographique ou historique. Or Robert détestait le mensonge autant que l’hypocrisie, il ne se laissa jamais séduire par le mythe moderne de la conscience objective, mais il chercha et aima plus que tout la vérité, parce que la Vérité est un être, qui est la Voie comme il est la Vie. Allons à présent à l’essentiel, à la racine des choses, à la racine de Robert Amadou qui se dégage à merveille de son œuvre comme de sa vie.
 
C’est à l’âge de treize ans que les bons pères jésuites chez lesquels il fit ses études secondaires, rue de Madrid, à Paris, avaient servi la Providence en le plaçant au service du patriarche de l’Eglise syrienne catholique, lors de sa venue à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Quelques années plus tard, Robert entrait dans l’Eglise syrienne catholique, et il tint l’office de chammas à l’église parisienne Saint-Ephrem-des-Syriens. Il se liait avec Gabriel Khouri-Sarkis, qu’il aiderait ensuite à la fondation et à la direction de l’Orient syrien. Mais son cœur et son intelligence le portaient vers l’Eglise syrienne orthodoxe, héritière directe de la communauté judéo-chrétienne primitive. Le 25 janvier 1945, il fut ordonné dans la succession syrienne de saint Pierre, et sa thèse de doctorat en théologie a pour titre : « Recherches sur les Eglises de langue syriaque et les Eglises dérivées ».
Parenthèse : en 1944, Henri Meslin lui avait imposé les mains pour la consécration d’évêque gnostique, dans la lignée de Jules Doinel,  » fol amant de Sophie « , dont il a publié la biographie et réédité et commenté Lucifer démasqué (Slatkine, 1983). Puis, en 1945, Victor Blanchard le consacra évêque gnostique, dans la succession apostolique que celui-ci avait reçue, le 5 mai 1918, du patriarche Jean II Bricaud, lequel la tenait de Mgr Louis-François Giraud, successeur de l’abbé Julio. Sans avoir jamais appartenu formellement à aucune église gnostique, c’est à ce titre que Robert accordait pourtant à Alain Pédron un  » entretien avec T Jacques « , publié dans l’Initiation, en 1978, sous le titre  » Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?  » (compléments, CIREM, 1996).
Robert Amadou n’a pas pour autant négligé la kabbale et le soufisme. Il a été admis dans une confrérie soufie et disserta sur Le soufisme même (Caractères, 1991). Judaïsme, christianisme et islam sont les trois piliers de la sagesse abrahamique.
Prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Robert officiait, notamment pour des martinistes ; il donnait les sacrements, à commencer par le baptême (comment oublierais-je que Robert voulut que notre première rencontre se fit à l’occasion du baptême d’une petite fille dont Philippe Encausse était le parrain ?), il visitait les malades – tant à leur domicile que dans les hôpitaux – et les prisonniers ; il priait, célébrait et exorcisait. Ses études sur Satan et le mal sont du plus grand intérêt. Qui les connaît ? Tel fut aussi le sens de notre réflexion commune sur le Sida face à la Tradition, thème d’un petit colloque que nous organisions à Paris, en 1988. Las, un volume projeté – un de plus ! – n’a pas vu le jour.
Sans appartenir à beaucoup et tout en se méfiant des formes associatives, Robert n’a pas négligé les bienfaits des écoles succursales où il a accompli sa part de services. La lumière maçonnique lui avait été donnée, le 6 juin 1943, dans Paris occupée, au sein de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte placée sous le vénéralat de Robert Ambelain, dans l’ombre duquel se tenait Georges Lagrèze. Sa préface à mon histoire de La franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm rappelle ces circonstances héroïques.
Puis le Grand Architecte de l’Univers le guida vers le régime écossais rectifié, dont la doctrine lui était déjà si familière. Maître écossais de Saint-André, le 23 mars 1966, au sein de la Grande Loge nationale française – Opéra, il fut armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, le 7 mai 1966, avec pour nom d’ordre Robertus ab AEgypto, et pour devise In domum Domini ibimus, « nous irons à la maison du Seigneur ». Sa maison, Robert l’a trouva ici-bas au Grand Prieuré d’Helvétie et dans l’obédience de la Grande Loge suisse Alpina où l’accueillit en 1978 la loge In Labore Virtus, à l’orient de Zurich. Le 18 mai 1969, un ultime collège, à Genève, l’avait admis au cœur du saint ordre, avant de lui confier le mandat de publier dans Le symbolisme une mise au point sans pareille, qui fit grand bruit « A propos de la grande profession », sous la signature pseudonyme de Maharba, anagramme d’Abraham. Puis, mission accomplie, Maharba entra dans le silence. Lors des obsèques, trois roses entrelacées, symbole de force, de sagesse et de beauté, ont marqué à jamais l’amitié des frères suisses pour Robert et Catherine.
 
 
A la franc-maçonnerie, comment ne pas associer ici le martinisme ? Après avoir découvert Saint-Martin, Robert avait reçu d’Aurifer, son premier maître, l’initiation martiniste, le 6 juin 1942, au grade d’associé, puis aux grades d’initié et de supérieur inconnu, avec les fonctions d’initiateur, le 1er septembre de la même année, dans la clandestinité initiatique. Par analogie avec son patronyme et avec la pente de son caractère, il avait alors choisi pour nomen Ignifer, le porteur de feu. Jamais symbole n’aura été plus pertinent, plus efficace ! De même, Robert trouva sur le champ le nomen de Catherine, Pacifera, en 1965. Comment oublierai-je que Robert me fit à mon tour bénéficier de ce dépôt insigne, en 1994 ?
Dans l’Ordre martiniste, Robert Amadou seconda son vieil ami Philippe Encausse qui l’avait réveillé en 1952, et dont le fils de Papus l’avait voulu grand orateur. Il allait aussi inlassablement porter la bonne parole dans les cercles formels ou informels où l’on cultivait notamment l’amitié fraternelle du Philosophe inconnu, voire celle de Martines de Pasqually et de Papus. Robert savait, à l’instar de Saint-Martin, y distribuer la béquée, quitte à être récupéré et à servir parfois de caution indue. Mais en l’espère sa charité était exemplaire, comme était exemplaire sa lucidité. Un souvenir l’illustrera : nous sortons d’une réunion où des hommes de désir, jeunes pour la plupart, ont beaucoup parlé de l’initiation, de sciences occultes. Robert a corrigé parfois, conseillé un peu, écouté beaucoup. Qu’en penses-tu ? lui dis-je d’un air désabusé, une fois seuls, dans la rue. Robert lève les yeux au ciel, secoue la tête et me répond, terrible : « Bergson disait : on ne peut pas penser le néant ! ».
En des temps plus graves, avec des martinistes clandestins rassemblés par Robert Ambelain dont il était le bras droit, Robert Amadou reconstituait dans le Paris de l’Occupation les opérations théurgiques de Martines de Pasqually et de ses émules. Le 24 septembre 1942, la Chose répondit pour quelques-uns, dont il était – quel signe ! – à l’appel de l’homme de désir. S’en suivit la résurgence de 1943, après que Robert Ambelain eut été ordonné réau-croix par Georges Lagrèze, le 3 septembre de cette année. A son tour Ambelain lui conféra les premiers grades coëns le même mois et, à l’équinoxe d’automne 1944, il l’ordonna réau-croix. Si Robert prit ses distances avec la théurgie coën, il n’a jamais cessé de l’étudier et d’attester qu’elle surpasse la magie naturelle et la magie céleste et peut ouvrir une voie spirituelle à quelques-uns, à condition – mais condition ô combien indispensable ! – de ne pas la détacher de la foi et des exercices religieux prescrits. Mais à l’instar du Philosophe inconnu, coën de cœur, et même d’action, Robert resta jusqu’au bout, pour le bénéfice de quelques-uns. Ses « carnets d’un élu coën » (2001-2002) en témoignent.
De même, Robert avait été admis par Robert Ambelain, en 1944, dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
Pour mémoire et presque en marge, la fondation, le 11 septembre 1945, avec Paul Laugénie et Edouard Gesta, des Amis de Saint-Martin, tombés en sommeil, puis réveillés en 1972, sous la présidence de Léon Cellier et la présidence d’honneur de Robert Amadou. Las, les Amis passèrent ensuite du côté des instituteurs dont Robert n’avait de cesse, à l’instar de Saint-Martin, de condamner l’approche mortifiante et mortifère.
3.
Restituer l’occulte à la culture fut le premier combat, le premier service de Robert Amadou. Avec quelques-uns de sa race, il a combattu avec succès contre les récupérations mercantiles et universitaires de l’occultisme. Puis il a restitué aux occultistes, à toutes les femmes, à tous les hommes de désir, beaucoup de leur patrimoine oublié.
Lors d’un de nos derniers entretiens, je convainquis Robert qu’un troisième combat nous était désormais imposé. Car voici que des voyous cherchent à leur tour à s’emparer de l’occultisme. Ceux-là ne l’auront pas épargné pendant les dernières années de sa vie terrestre ; ils n’épargneront pas plus sa mémoire, je le sais, dans les années qui viennent. Mais de nouveaux combattants se sont dressés sur le champ de bataille.
 
Contre tant d’occultistes du dimanche, Robert Amadou vivait l’occultisme – synonyme pour lui d’ésotérisme – au quotidien, parce que son quotidien était au service de Dieu et des choses de Dieu, le sacré, nos « objets » aimait-il à dire, en écho de Saint-Martin. Ainsi, Robert ne quittait jamais la soutane qui signifiait son engagement religieux et initiatique, quitte à scandaliser les bourgeois pour qui n’existe, en matière vestimentaire comme ailleurs, qu’un modèle, unique et profane.
Robert Amadou refusait de tricher, il détestait l’hypocrisie, ne cédait à aucun terrorisme, ne supportait pas l’injustice et ne fit jamais la moindre concession qui puisse, de quelque façon, aliéner sa liberté. En quête de la perfection, qui est, disait-il, la seule fin de l’homme qui doit devenir Dieu, il ne supportait guère davantage la médiocrité. Sa plume, à titre privée, mais aussi parfois publiquement, lorsqu’il s’agissait de réparer quelque outrage, prenait parfois la forme de l’épée. Il brandissait alors la parole de l’abbé de Rancé, dont il avait fait sa devise : « ceux qui vivent dans la confusion ne peuvent s’empêcher de faire des injustices », et ses mots tranchaient vif. Cela lui valut des amitiés pour l’éternité, quelques inimitiés passagères et bien des désagréments.
Pour Robert et Catherine, la Grèce fut pendant quelques années un paradis. Alors qu’elle menaçait de se transformer en enfer, ce fut le retour à Paris, qui fut un purgatoire. Les deux dernières années de sa vie terrestre ont été pour Robert, privé de ses livres et souffrant d’une fibrose pulmonaire d’origine inconnue, une épreuve permanente, tant morale que physique. Et pourtant, la fatigue de plus en plus pesante ne l’empêchait pas, au prix d’efforts quotidiens, de se mettre chaque jour à sa table de travail, sauf pendant l’hiver 2006, et même de se rendre encore en bibliothèque, notamment à la BNF où il se rendit encore deux jours seulement avant son arrêt cardiaque, accompagné, soutenu par Catherine, qui a été un modèle de courage et de dévouement.
En 2003, Robert avait concélébré une messe pour le bi-centenaire de la mort du Philosophe inconnu, en l’église Saint-Roch, à Paris, et cette « sale maladie », comme il disait lui-même, ne l’a pas empêché non plus de participer à la célébration d’une messe annuelle pour Saint-Martin, à Honfleur en 2004, puis à Saint-Roch en 2005. Depuis 1985, une autre liturgie annuelle célébrée par Robert en mémoire de Philippe Encausse, le 22 juillet, rassemblait les proches de Philippe que Jacqueline a rejoint à son tour, en février dernier.
 
Le 22 mars, à dix heures trente, à Montfermeil, en l’Eglise Sainte Marie Mère de Dieu, la liturgie des défunts selon le rite syrien orthodoxe a été concélébrée, en araméen et en français, par le père Yakup Aydin, de l’Eglise syrienne, assisté du père Antoine Abi Acar, de l’Eglise maronite, et du père Jean-François Var, de l’Eglise catholique orthodoxe de France. Ce dernier avait, le matin, célébré un petit office, à l’hôpital Cochin, en présence de Catherine et de quelques intimes, réunis autour du corps de Robert. D’autres amis, parfois venus de loin, se sont retrouvés ensuite au Père Lachaise, sous une pluie battante, pour un dernier adieu. Au bras de Catherine, Jacqueline Corcellet, l’amie de toujours, et une autre Jacqueline, venue de Grèce.
Celui qu’Albert-Marie Schmidt, en 1950, promouvait jeune maître, sans jamais se prendre ni se donner pour tel, mais revendiquant le statut d’un vieil étudiant, n’a pas cessé, pendant des décennies, de s’instruire et de nous instruire. Robert Amadou m’en voudra-t-il de reprendre à mon compte la formule immortelle par laquelle Joseph de Maistre qualifiait Saint-Martin et par laquelle je souhaite l’honorer à mon tour ? Robert était le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.
« Quiconque a trouvé son flambeau n’a plus rien à chercher ; mais il lui reste toujours à le conserver, ce qui est incomparablement plus difficile » dit le Philosophe inconnu. Serviteur du Seigneur et de son Eglise, ami de Saint-Martin et avec lui de tous les Amis de Dieu, combattant du bon combat, Robert Amadou fut pour moi, comme pour d’autres, un flambeau de la lumière du Seigneur. Dieu voulant, Dieu aidant, nous tâcherons de conserver cette lumière. Quant à Robert, il bénéficie désormais, dans une plus grande lumière et dans l’attente de la pleine lumière, de la compagnie de Sophia, Sagesse divine et parèdre du Christ. A ses côtés, il poursuit, je le crois comme il le croyait lui-même, sa tâche dans le sein d’Abraham.
Adieu le théosophe, le rose-croix de l’ethnocide ! Adieu mon vieux maître, mon frère et mon ami !
Serge Caillet
sergecaillet@gmail.com
 
Cet hommage a été publié dans la revue
l’Initiation, n° 2, avril-mai-juin 2006, pp. 88-100.
Publié il y a 4th May 2007 par
Libellés: Robert Amadou

L’infini et l’au-delà en loge 25 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
31 janvier 2020

L’infini, l’au-delà, et la franc-maçonnerie

Initiation maçonnique aux changements des plans

Nous naviguerons dans l’insondable, entre les infiniment grands et les au-delà, dans le nadir de l’enfer et le zénith de la Lumière des croyances, mais avant d’aborder ces notions nous ramènerons toutes ses perceptions à la réalité. Cette réalité est celle de l’homme qui pense l’incommensurable par ses propres sens, proportions et angoisses.

Nous poserons notre analyse maçonnique de ces deux principes sous couvert du réel vécu ou ressenti, c’est-à-dire de ce que l’homme ressent comme vécu dans son être. Il s’agit donc d’accepter le caractère phénoménologique[i] de l’infini et de l’au-delà.

L’homme ne perçoit le réel qu’autant que ses sens et son imagination lui permettent d’en dépasser les limites. Or traiter de l’infini ou de l’au-delà c’est outrepasser les limites de ce qui se montre, il s’agit dans les deux cas de faire une incursion dans ce qui est perçu ou ressenti au-delà du visible !

Vous ne verrez jamais ni l’infini ni l’au-delà, vous le représentez en fonction d’acquis culturels et philosophiques : si l’infini est la contrepartie du fini, l’au-delà serait la contrepartie de l’ici et maintenant. Nous avons un principe de symétrie en miroir entre le visible et l’invisible. C’est aussi l’objet de notre rapport au réel dans toutes ses dimensions qui est ainsi posé.

Le questionnement de l’infini et de l’au-delà en termes de représentations mentales nous permettra de postuler que « l’infini par son incommensurable étendue, fût-il mathématique et rationnel, est la porte d’entrée dans l’au-delà par le changement d’état[ii] qu’il suscite ». (Postulat1).

I — L’infini ou « le Principe de non limitation »

1 / Le mélange historique des mathématiques et de l’ontologie via l’hermétisme traditionnel :

L’infini à une double acception qui provient de l’époque où les mathématiques, la métaphysique et la théologique étaient liées dans une même rhétorique : l’infini se définirait doublement comme une quantité sans limites, mais c’est aussi une qualité, une des puissances du divin. Cette double approche quantitative et qualitative continue d’exister dans l’inconscient collectif et s’associe facilement avec le symbolisme axial auquel les francs-maçons sont formés.

Les premiers Grecs à qualifier l’infini dans une proximité divine seront les néo-platoniciens avec la notion de « Bien au-delà de l’essence », c’est-à-dire un infini surplombant les multiplicités de la contingence. La Bible dans l’Ancien Testament introduit aussi l’unicité du divin, inconnaissable et inatteignable. Cette approche herméneutique de l’infini sera confirmée par l’En Sof de la kabbale qui littéralement veut dire l’in-fini : splendeur au-delà de ce qui se conçoit.

L’infini d’Aristote n’était pas l’infini des modernes. Pour Aristote le ciel, la cosmologie était un monde fini doté d’étoiles fixes, ce sera l’organisation géocentrique de Ptolémée et ses épicycles qui dominera, avec une Terre centre de l’univers et sept planètes. L’antique géocentrisme sera remis en cause progressivement, suite à l’apport de l’Héliocentrisme copernicien de 1543. En 1600, Giordano Bruno sera brûlé sur un bûcher par l’inquisition pour avoir contesté le géocentrisme, introduisant le principe de pluralité de galaxies, il sera le philosophe de l’infinité. Galilée sera condamné par l’église pour avoir soutenu la thèse copernicienne en 1633. Pour Descartes père du doute méthodique, Leibniz auteur de calcul infinitésimal avec Newton, voir Kant, l’infini de Dieu est en rapport direct avec l’infini spatial et l’infini temporel ou cyclique : c’est le principe de non-limitation qui affecte le divin et le monde. Blaise Pascal en 1670 tentera une approche géométrique du « hors limite » : « Dieu est une sphère infinie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part »

2/L’infini et la transcendance.

On voit donc se dessiner à partir de « l’infini attribut divin », l’idée de transcendance divine qui est sans limites par nature. Il s’agit pour Anselme de Canterbury de « l’Être tel qu’on n’en saurait concevoir de plus grand ». L’infini est donc lié au divin qui ne se limite pas et qui n’est pas mesurable. Donc pour nos anciens mathématiciens, l’infini conserve une dimension irréelle et initiatique proche de l’ontologie. L’infini constituait un attribut divin et source d’interrogation par l’irrationalité de sa suite c’est-à-dire par l’impossibilité de lui donner une limite. 

À cette transcendance de l’infini, Descartes répondra par l’infinie volonté libre de l’homme, puis Hegel poussera cette infinie volonté jusqu’au concept dangereux d’homme libre et de surhomme quasi égal du divin.

Enfin Spinoza conclura que l’infini du monde et donc des mathématiques et l’infini de Dieu ne font qu’un : Dieu est un « être absolument infini ».

Nous voyons donc se dessiner un infini à plusieurs significations conceptuelles. Quoiqu’il en soit la transcendance admet par principe le changement de plan, induisant une verticalisation du langage jusqu’à l’innommable ou l’imprononçable nom de Dieu…

3/ Autonomie des infinis mathématiques

Pour autant, la mathématique se libère de la métaphysique en finalisant son objet, mais il est reconnu que le mathématicien Cantor Georg en 1870, sur la base de la théorie des ensembles et de la notion d’appartenance, sépare nettement l’infini opératoire des mathématiques,  de l’infini conceptuel de la métaphysique.

Je cite seulement 3 exemples de découverte des infinis mathématiques :

►1/au plan mathématique les Grecs par Zénon d’Elée, déjà affirmaient que toute droite est sécable en une infinité de points

►2/le deuxième apport à l’infini mathématique nous intéresse au premier plan. Il est en rapport direct avec le pavé mosaïque et les cases carrées qui le composent, mais aussi avec le carré long et son hypoténuse. Ce fut la « découverte », de l’irrationalité de la diagonale du carré d’Euclide  √2 ou de 5 pour l’hypoténuse du carré long. C’est aussi le cas du nombre π bien connu des compagnons, et le nombre « e ». L’irrationalité est sans rapport de proportion avec les nombres entiers, c’est le lieu sans forme distincte, sans ombre, sans étendue , non mesurable. C’est un multiple sans fin dans ses décimales : c’est un changement d’état en regard d’un rapport naturel au nombre!

►3/Le Passage à la limite dans le calcul infinitésimal de Leibniz impliquant un changement d’état d’une suite de valeur qui tendrait vers l’infini dans un corps donné. La valeur du corps étudié valant un sa division par les parties qui le constituent et ceci portée à l’infini provoque un quatum c’est-à-dire une différence en deux valeurs de la suite qui s’évanouit. Ainsi pour un corps en mouvement cela se traduit par la continuité imperceptible du mouvement dans une constatation relevant de l’imaginaire et non de l’expérience. Donc à l’absence de limite mathématique l’expérience constate l’existence d’une borne marquant la fin du mouvement…

Les mathématiques s’émancipent du divin et font apparaître des catégories d’infini : on dira que si les nombres irrationnels sont infinis, que les nombres rationnels le sont aussi, mais que les irrationnels sont encore plus étendus que les rationnels. On instaure par cette remarque une variation d’étendue dans l’infini mathématique, une relativité de la notion d’infini qui sans être une limitation de l’infini le catégorise. L’infini catégorisé perd son antique statut ontologique.

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[i] Nous placerons le réel comme « le donné » porté aux cinq sens de l’homme comme une base sur laquelle l’homme réfléchi et déduit, imagine et espère.

[ii] Le changement d’état est le propre du changement de plan.

II — L’infini et l’éternité de l’homme ————————–

1 / Finitude de l’homme et désir d’au-delà

Notre temps à vivre est limité d’un point de vue corporel, il s’oppose donc à l’idée d’infini si ce n’est à considérer les recompositions cycliques comme synonymes d’infini permettant d’accéder à l’au-delà. On peut élaborer 4 concepts majeurs qui autorisent ou pas notre continuité :

► la mutualisation de l’au-delà par la perpétuation de « l’homme esprit » en sa tribu avec le culte des ancêtres proche de l’animisme tribal, le culte des reliques ou du génome.  Ici le divin est en toutes choses et en tout être dans une dévolution successorale, la tribu ou le clan par le jeu de la mémoire collective et l’action du chaman, sont garant de la survie et du lien dans l’au-delà.

►confondant l’esprit humain perpétuellement lié à la Grande Nature dans un panthéisme celtique des esprits des forets ou un monisme déiste résumé par la formule « Un le Tout ».

► la perpétuation de « l’homme esprit » séparé de la matière installant un dualisme transcendant de type théiste, ici le divin est séparé de sa création, l’esprit retourne auprès du Père, on distingue l’En Haut et l’ici bas.

► la métempsychose translatant une âme dans une suite de corps ou de végétaux (Platon et Pythagore y font référence, c’est aussi la loi du karma de l’hindouisme donnant un au-delà transitoire ou le gilgoul de la kabbale.).

Nous avons donc au moins 4 types d’au-delà générés par le désir de continuité de l’Homme.

Remarquons à quel point l’infini post mortem et l’au-delà se complètent si l’on considère l’infini des cycles de vie et de mort qui provoque un passage par l’autre monde. À la finitude on imagine une continuité linéaire ou cyclique dans un ailleurs, un autre plan.

 

  2/ L’infini des cycles, la lemniscate, l’ouroboros

L’infini linéaire est effrayant, car il sort de l’entendement humain. L’homme lui préfère l’infini des cycles, celui de l’éternel retour, selon Anaxagore de Clazomènes (Vème Siècle av. J.-C.) « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau… »…

L’infini est l’impossible représentation de l’inatteignable que l’on cantonne à l’Ouroboros ou la Lemniscate

Ouroboros d’origine égyptienne, il est l’attribut du Chronos grec. Il sera utilisé par les alchimistes sur le thème de la régénération et par les chrétiens pour illustrer la parole du Christ « je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin ». Ce serpent qui s’auto génère et se consomme, est une puissance vitale identique à l’œuf cosmique.  Il présente un Univers fini dans sa présentation, mais infini quant à son cycle et sa régénération. Ce symbole devient aussi symbole de la connaissance des cycles.

La Lemniscate est une évolution du cycle éternel avec l’adoption d’un double effet miroir. Le 8 parfaitement cyclique et symétrique qui nous renvoie à la définition protoscientifique de l’infini cyclique, ou du rythme éternel. Il a été inventé par le mathématicien John Wallis en 1655. Sa forme est proche du ruban de Möebus. Une lemniscate (un ruban) est une courbe plane ayant la forme d’un 8, soit un ouroboros symétriquement recroisé sur lui-même. On y constate une seconde symétrie par inversion du plan de circulation sur le ruban que l’on parcourt dessus puis dessous. Cette figure rassemble les trois axes et six directions.

Il s’agit donc d’un ruban identique aux phylactères indispensables aux rituels de consécration des églises qui se recroisent en son double milieu marqués par les deux équinoxes (le jour, égale la nuit par deux fois dans l’année). Donc ce qui est mesurable sur la figure en 8 de ce symbole est le point de rencontre en X du ruban soit sur un plan zodiacal, le point médian deux fois dans l’année, de la voûte céleste montante et descendante en regard de l’horizon terrestre. Cette égalité entre jour et nuit est située au point de focale du X qui crée à la fois la symétrie, l’inversion et l’axe immobile.

3/ L’infini métaphysique est un non-temps et un non-lieu qui échappe aux notions mathématiques.

En métaphysique l’infini n’est pas une donnée de calcul ou de cycle, il s’en détache définitivement par son irréductibilité et son non-conditionnement, L’Infini appartient aux états supérieurs de l’Être et se confond avec la Possibilité Universelle. Cette notion échappe à l’hypothèse mathématique. Ainsi cet infini contient aussi la non-possibilité. L’infini du point de vue de l’Être est à la fois l’être et ne non être, le crée, l’incréé. Cet infini ne se réduit à aucun qualificatif.

L’infini métaphysique rejoint l’illimitation de l’Absolu ou du Nom divin imprononçable non représentable. Ces trois notions ni ne se déterminent, ni se définissent à peine de les réduire. Cet infini métaphysique est souvent représenté par le centre du cercle ou le point d’intersection des trois axes et six directions. En loge comme dans la métaphysique, ce point qui génère la totalité « des causes et des étants » est insituable ou symboliquement évoqué dans le lieu séparé de la loge (qui est un non-lieu !) affectée d’un non-temps dit temps sacré « de midi à minuit » qui englobe les heures du temps, de l’éternité et du non-temps. L’infini métaphysique est donc lié à l’autre monde, appelé au-delà ou arrière monde pour certains.

     4/ L’infini en loge renvoie aux frontières de l’incommensurable.

L’infini est sur un plan symbolique « illimité » par son absolu, mais c’est aussi une  limite infranchissable par l’entendement de l’homme. Cet infini marque ici une frontière entre ce qui est l’horizon humain, l’horizon du plan solaro-terrestre et l’entrée dans l’espace céleste et sur céleste. Trois plans d’entendement (humain, solaro-terrestre, céleste) produisent trois infinis frontaliers. Cet inatteignable semble réservé aux dieux, ou aux grands initiés seuls capables d’intuition intellectuelle pure appelée Connaissance. La Connaissance permettait le franchissement de l’infini par l’établissement de ponts ou d’échelles. Les ponts et échelles relient les plans entre eux, mais aussi raccordent les infinis en un seul incommensurable. (Échelle de Jacob)

Sur un plan symbolique et maçonnique nous trouvons l’infini dans les las d’amour de la corde à nœuds qui ceint la limite supérieure du temple. L’origine de ce symbole est due aux cordes à nœuds que l’on trouvait encerclant le blason des veuves. Donc le las d’amour est le nœud qui lie la veuve au mari passé à l’Orient éternel. Nous autres maçons nous sommes aussi fils et filles de la Veuve en souvenir d’Hiram. Bien plus encore, cette marque de veuvage signifie la ligne de partage entre le créé et l’incréé : ce passage suppose la mort du corps assujetti au temps et aux lieux. Or nous savons que le passage d’Hiram dans un autre état nous renvoi à l’état inconditionné de l’Être, et donc aux perspectives rassurantes de l’éternité succédant le processus corporel de mort. C’est la mort qui a appris aux hommes à parler (Marcel Mauss). La mort suscite la culture traditionnelle du passage et de la métamorphose (métaphysiquement parlant).

La métamorphose accompagne l’éternité : l’extinction de l’état corporel et avènement d’état spirituel dans un au-delà. C’est l’enseignement de la geste hiramique du troisième grade.

Globalement la méthode maçonnique organise un triple cheminement vers l’infini, mettant sans doute inconsciemment en œuvre la maxime de Goethe « Si tu veux progresser vers l’infini, explore le fini dans toutes les directions ». En effet, nos passages initiatiques se font d’un état à l’autre lorsqu’ils tendent vers l’infini. Ainsi l’apprenti chemine sur la ligne sans fin vers la lumière d’un Orient inatteignable puis fait une traversée un changement d’état en Compagnon. Ce dernier chemine sur le Plan vers l’inatteignable étoile du berger (Vénus), puis subit une ultime métamorphose pour cheminer dans l’axe et les dimensions hors du plan d’exercice des vivants, dans un plérôme sans fin… dans un au-delà. Donc l’entrée dans l’au-delà passe par l’infini humain synonyme d’Éternité !!!

►Chaque changement d’état passe par le franchissement d’une limite qui dans l’état antérieur tendait vers l’infini et l’au-delà. 

►Chaque changement d’état implique de nouveaux référentiels de nouveau mot de passe et de nouveau mots sacrés…

►Nous confirmons notre premier postulat qui est que l’infini est une frontière infranchissable à notre entendement, si ce n’est par un changement d’état. Le changement d’état (métamorphose) permet un changement de plan. Le changement de plan ultime ou transitoire est l’au-delà.

III — Les « Au-delàs » et l’éternité de l’Homme

Ce qui ne peut être vu, car trop loin ou inaccessible tel que l’infini ou l’au-delà, peut toutefois être imaginé ou représenté. Cependant l’homme ne peut représenter le monde invisible qu’à l’aune de ce qui lui est accessible et relevant du semblable. C’est ici tout l’art de la fonction analogique qui trouve à s’exprimer. C’est le cas par exemple la ceinture zodiacale de la Voie lactée qui est sectionnée en 12 « petits animaux [i]» (traduction de Zodiaque). Autres images : le divin qui est symboliquement anthropomorphisé par les FM en GADLU, c’est le Paradis céleste ou la Jérusalem céleste, icône paysagée géométrisée par l’Ancien Testament, c’est l’Enfer de Dante  (1495) et les 9 cercles de l’Enfer illustrant les vices humains (les non baptisés, les coupables de luxure, de gourmandise, d’avarice, de colère, d’hérésie, de violence, de tromperie, de trahison avec Lucifer…).

On envisage l’au-delà comme un autre monde dans lequel se pense notre continuité, hors de notre vue ici-bas. On trouve trois approches de l’au-delà : le monde du néant, le monde des morts et le monde des dieux. Autrement dit, franchir la frontière du visible marqué par l’infini, suppose un changement d’état : nous sommes morts, mais nous nous prolongeons en âme ou en esprit dans l’au-delà. (Confirmation de Postulat 1) – ici l’éternité et un infini humain !)

Notre second postulat, miroir du premier, est de dire que l’au-delà est une mise en scène de l’infini temporel après la mort corporelle, un exutoire à la finitude de l’Homme. C’est le continuum constitutif de la notion d’éternité qui se substitue à l’infini (Postulat 2) – ici d’un point de vue humain, l’infini est un continuum temporel appelé éternité.

Se pose le problème de l’âme et de sa destinée dans l’au-delà (1) de sa territorialisation et sa ritualisation du passage (2) et enfin l’au-delà se conçoit comme le domaine du Néant colonisé ou ordonné par les Dieux (3)

1/ L’Âme et sa destinée

De l’âme et des âmes

La transition est donc trouvée pour parler de l’Au-delà qui pose le principe rassurant de la vie après la mort en un lieu ou espace dédié et séparé du monde des vivants. Pour les vivants l’au-delà est rassurant, il jugule les angoisses.

Si L’Au-delà établit une sorte de continuum post-mortem ou de renaissance après notre disparition, elle pose avant toute chose le problème de « l’autre monde ». La Vie est « inclusive » d’une conception de la mort. Le corporel peut disparaître sans que l’être se dissipe. L’âme ou son équivalent permet une continuité dans un monde « éternel » lieu espéré d’une béatitude.

La destinée de l’âme est un enjeu comportementalpour les Vivants, l’au-delà permet de retrouver les conséquences bonnes ou mauvaises de nos actes dans l’ici bas : ainsi servir le divin de son mieux (actes de bienfaisance) est récompensé dans l’au-delà.

Selon vos croyances, l’âme (ou l’esprit) étant une étincelle d’origine divine, elle possède un caractère d’éternité et de félicité sous certaines conditions de pratique comportementale (c’est le principe de « rétribution »). Finalement on thésaurise les bonnes actions pour s’assurer un au-delà merveilleux qui peut aller jusqu’à la résurrection de morts accédant ainsi à la vie éternelle.

Il y a deux au-delàs, l’au-delà personnel lié au comportement en serviteur d’une déité et celui qui est collectif lié à la fin des temps. Le premier est la continuité de la mort personnelle, le second est la continuité après la fin des temps messianiques. On organise ainsi une vie après la vie à deux niveaux microcosmiques et macrocosmiques.

2/ Territoires de l’au-delà et ritualisation

Ce désir d’éternité est marqué par des rites qui guérissent ses angoisses. L’homme est un animal doté des rites funéraires. Il enterre ses morts dans un état de préparation particulier pour aider le défunt à franchir une frontière et garder un rapport avec les disparus. La mort n’est pas un tabou dès lors que les civilisations lui donnent un territoire fut-il transitoire.

Cette notion de territoire pour l’au-delà est une constante universelle.

            A  / Ce qui est tabou n’est plus la mort, mais le territoire dédié aux disparus. Pour franchir le tabou, c’est-à-dire l’entrée dans l’autre monde il faudra un rituel, des mots de passe ou des gestes appropriés qui ouvrent le passage, il faudra donc des passeurs et des gardiens du seuil. Ce territoire est protégé par les Tabous et des règles. On ne doit pas y manger de nourriture qui est la nourriture des morts et les morts peuvent venir nous visiter (C’est le cas avec le Sid irlandais, la fête celtique de Samain au 1er Novembre marque une frontière perméable permettant la visite des morts dans l’ici bas. L’au-delà est aussi situation topographique : c’est dans la montagne, dans un Cairn, un tumulus ou au-delà des eaux). Chez les Tunguz de Sibérie, le pays des morts est au Nord, seuls les chamans peuvent y voyager.

 L’au-delà des Anciens Mystères se situent dans un sub terrestre (l’Hadès grec, lé Shéol hébraïque) ou tout au plus dans une contrée située sur le plan terrestre. En ce monde souterrain, on y enterre les défunts avec les attributs de leur vie passée comme en atteste le mobilier funéraire, c’est la tradition assyro-babylonienne, le Seol vétérotestamentaire…

 Il y a toujours une frontière à passer pour atteindre l’au-delà, un fleuve tel que l’Achéron, le Cocyte, le Styx par exemple avec un passeur tel que Charon, ou pour les Égyptiens tout un protocole complexe qui divise l’âme en deux parties, une restant dans le tombeau l’autre effectue un cheminement dans au-delà. Pour l’Égypte comme pour les chrétiens du moyen-âge se développe la pesée des âmes ou le jugement dernier pour les actes du défunt lors de son passage terrestre. On trouve alors dans cet au-delà des subdivisions territoriales (voir « La divine comédie » de Dante).

      B / L’au-delà intérieur et mystique est un territoire né de notre représentation mentale. Il appartient à notre topographie neurologique, zones du cerveau qui installent l’humanisation de l’homme par la conscience de la valeur de la vie, cette humanisation par le besoin de croire dans la promesse d’un au-delà. Croyance et prière déclenchent un processus de satisfaction par libération d’hormones du réconfort, situation plus facile à vivre que la béance du doute. D’une manière générale l’au-delà est le territoire des trépassés ou des « occis », c’est l’histoire de l’homme post mortem. C’est dans l’écriture des textes sacrés que se reflète l’au-delà. La Bible fait l’histoire de l’autre monde en faisant projet d’ouvrir une voie sur l’au-delà humain. Cet au-delà est lié au besoin de croire et à l’influence culturelle dans laquelle nous vivons. Le besoin de croire s’associe au besoin de répondre aux questions existentielles. Les croyants objectivent l’au-delà en territoire des morts en relation avec le divin. L’au-delà est donc une donnée mystique liée à la conscience religieuse ou mystique d’un groupe humain préoccupé par son continuum de l’ici-bas vers l’au-delà.

3/ Le territoire des « Occis » est désirable et redoutable :

C’est parfois un pays de cocagne, projection idéalisée du monde terrestre : on le trouve dans le mazdéisme, chez les Amérindiens des plaines, dans le paradis musulman qui est un désert inversé, verdoyant, et riche. Les morts dans la tradition Tuguz continuent à chasser dans la steppe comme dans le monde des vivants.

C’est le lieu du passage entre deux états : la métempsycose est spécifique aux croyances hindouiste et bouddhiste, qui situe le devenir de l’âme via un au-delà incrémental. La considération temporelle est impactée par les migrations des âmes.

C’est enfin un monde idéalisé, celui de la félicité : la Jérusalem Céleste et les résurrections caractérisent les religions du Livre… ou le nirvana. Le comportement du chef du vivant est pris en compte.

3/Monde du Néant et des Dieux

Cet au-delà est classé en trois catégories au moins :

a/le monde de type olympien fait de Dieux anthropomorphisés agissant sur le destin des hommes

b/ Le monde dualiste du dieu unique séparé de l’homme, dieu personnel chrétien, ou impersonnel inconnaissable des juifs, séparé ou pas de sa création.

c/ Le monde de la grande Nature héberge la puissance déiste et moniste ou panthéiste.

Je laisse à chacun le soin de peupler ce monde en fonction de ses convictions.

 


[i] Les petits animaux du Zodiaque sont bien plus à portée de flèche et donc à portée d’homme que les étoiles elles-mêmes.

 IV — Mise en scène de l’infini et l’au-delà en loge  

Nous relevons 6 aspects liant l’infini et l’au-delà.

1/ Les rituels et décors de la franc-maçonnerie traditionnelle symbolisent ces grandes questions philosophiques et ontologiques de l’infini et de l’au-delà en les domestiquant : le rituel est une mise en scène, une orthopraxie géométrique fondée sur la croix tridimensionnelle composée d’un centre ou milieu et de trois axes tendant vers l’infini.

2/ Nous avons en premier lieu la lumière ou l’étincelle divine qui éclaire notre conscience d’une finitude corporelle dans un continuum qui nous dépasse.

3/ Nous avons les gardiens du seuil authentiques passeurs de seuils, doté d’épées flamboyantes ou pas.

 4/ L’infini des las d’amour marquant le frontière de la ceinture zodiacale entre les plans solaro-terrestre et céleste, avec les points de fusion et de retournement. Ces points animent les cycles de la lumière solaire et son reflet sublunaire «  intériorisé » à l’homme, et enfin la lumière céleste.

5/l’infini de l’irrationnelle racine carrée de 2 ou de 5 nées de l’hypoténuse du carré de 1 sur 1 du pavé mosaïque ou l’hypoténuse du carré long , donnant notamment la proportion dorée.

6/Enfin et surtout, l’anthropomorphisme divin associé au GAGLU, Grand Géomètre et donc Grand Mathématicien de l’Univers dessinant un orbe soumis à la question de l’infini par la puissance multiple d’un point aussi original qu’ontologique.

L’infini et l’au-delà sont présents dans le parcours initiatique. À savoir le parcours sur la ligne infinie de l’apprenti puis sur le plan infini du compagnon et enfin dans l’axe infini du maître. Ces infinis successifs nous renvoient aux métamorphoses graduelles de l’être et de notre conscience. Chaque passage de l’infini « initiatique » est une mort à l’état passé et une renaissance dans des « au-delà » successifs !

La rituélie maçonnique valide l’infini et l’au-delà.

Je résume avec 3 postulats.

1/l’infini synonyme au plan phénoménologique d’éternité, est la porte d’entrée dans l’au-delà initiatique.

2/La métamorphose est le signe d’un changement d’état ou de paradigme.

3/Nous avons dans notre initiation 3 paradigmes qui impliquent une métamorphose symbolique suivant l’isomorphisme évolutif pierre / homme: 

►l’apprenti de la pierre brute et la ligne qui tend vers l’infini orient (paradigme de la lumière naissante et de la forme évolutive).

►le compagnon de la pierre cubique et le plan d’exercice (paradigme de l’autre soi et de la perfection sans fin).

►le maître de la clef de voute de l’édifice donnant accès aux plans célestes (paradigme de la Lumière éternelle, immanente en soi,  ou descendant en soi et donc transcendante).

 3 états géométriques tendant vers l’infini,

3 états formels établissant un « continuum de rupture » : La pierre brute, pierre cubique puis pierre cubique à pointe sont trois états qui vont de l’informe, à la forme parfaite vers la non-forme représentée par l’extrême pointe axiale de la pierre cubique à pointe ou par la clef de voûte du Temple, véritable arche contenant la Lumière axiale.  

3 états initiatiques portant trois au-delàs « lumineux » : la lumière cyclique de l’Orient infini pour l’apprenti, la lumière cyclique de Vénus inatteignable pour le compagnon voyageur et la lumière infiniment immobile de l’étoile du Nord pour le Maître.

Nous avons donc les outils et instruments symboliques en loge qui nous permettent de régler au plan métaphysique toutes les équations même celles que nos amis mathématiciens n’ont pas encore solutionnées, nous solutionnons d’un point de vue phénoménologique, le passage d’un infini à l’autre par un continuum de rupture. La rupture se délivre via un trauma corporel ou cognitif (poignard sur le cœur, bandeau, corde au cou, traversée de la rive, prononciation juste, mort minée par des coups et un reversement, relèvement, etc.).

Le trauma exprime le changement d’état lorsque l’on tente d’approcher l’infini. Cette métamorphose graduelle sanctionne le passage d’une perspective d’infini à une autre. Cette sorte de « transfini » est une manière d’apprendre le passage ultime dans l’au-delà.

(Version provisoire.)

 ER

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2020/01/l-infini-et-l-au-dela-en-loge.html

Copie-de-LEDSJ-1-

IMHOTEP CONSTRUCTEUR – PRÊTRE ET INSTRUCTEUR DE L’HUMANITÉ 11 janvier, 2021

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

IMHOTEP CONSTRUCTEUR – PRÊTRE ET INSTRUCTEUR DE L’HUMANITÉ (1ère partie)

imhotep 

Imhotep (« Ἰμούθης » en grec) dont le nom signifie « celui qui vient en paix », est un personnage historique emblématique de l’Égypte antique.

 

Ayant vécu au troisième millénaire avant notre ère, il fut un homme aux multiples talents. Vizir et architecte du roi Djéser (IIIe dynastie), on le dit également médecin et philosophe.

Sur le socle d’une statue du roi Djéser (aujourd’hui au Musée du Caire), il est présenté comme « Le chancelier du roi de Basse-Égypte, le premier après le roi de Haute-Égypte, administrateur du grand palais, noble héréditaire, grand prêtre d’Héliopolis, Imhotep, le constructeur, le sculpteur ».

Son œuvre architecturale la plus connue est sans conteste le complexe funéraire qu’il édifie à Saqqarah (près du Caire) pour Djéser et plus particulièrement la plus ancienne pyramide à degrés du monde.

Imhotep apporte à l’Égypte quelques innovations :

- l’historien égyptien Manéthon le crédite de la généralisation de l’utilisation de la pierre comme matériau de construction des temples et tombeaux funéraires, alors qu’ils étaient faits auparavant de briques de terre cuite. Il est aussi le premier à utiliser des colonnes dans l’architecture ;

- il innove architecturalement avec l’invention de la pyramide à degrés comme tombeau (« demeure d’éternité ») du roi.

Imhotep est considéré comme le fondateur de la médecine égyptienne et l’auteur d’un traité médical, le papyrus Ebers (même si le document a été probablement rédigé vers -1700 avec des écrits complémentaires de plusieurs médecins).

Ce texte décrit en détail des observations anatomiques, l’examen, le diagnostic, le traitement et le pronostic de nombreuses blessures. Les traitements sont associés aux formules magiques.

En 2017, la momie de l’un de ses disciples, Nespamedou, est radiographiée et son visage reconstitué.

Le Grand Prêtre IMHOTEP inventa la formule chimique il y a 5000 ans permettant de réaliser des vases en pierre (un aggloméré).

Il fût le concepteur et constructeur de la première pyramide de l’histoire : la pyramide à degrés de SAQQARAH. La première manifestation de la connaissance la plus élevée en Egypte antique.

Il a appartenu a une organisation fermée de prêtres appelés l’Ecole des Mystères « de l’œil de Horus », les gardiens exclusifs de la connaissance en Egypte antique.

IMHOTEP dont le nom signifie « le sage qui vient dans la paix » occupe une place particulière dans l’Histoire. Il était vénéré en Egypte pendant 3000 ans, c’est-à-dire de sa propre vie pendant le règne du Roi DJOSER jusqu’aux conquêtes grecques et romaines en Egypte.

Son Père était l’Architecte royal KANOFER, sa Mère KHREDUONKH, une noble héréditaire.

A un âge très jeune, IMHOTEP entra en prêtrise et commença à vivre au Temple d’ ANNU sur les rivages du Nil. Ce temple était un centre de la science et de la religion avec une grande bibliothèque. Là, IMHOTEP apprit comment lire et écrire dans la langue symbolique des hiéroglyphes.

IMHOTEP laissa des plans de conceptions de temples qui étaient bâtis des milliers d’années après sa mort, comme indiqué par les hiéroglyphes de plusieurs temples.

Il était géomètre, docteur en médecine, inventeur du Caduceus (le caducée, symbole actuel des médecins, représentant Hermès dans la mythologie grecque).

La légende indique qu’IMHOTEP divisa les cieux en secteurs de 30°, connus aujourd’hui comme les zones du zodiaque, pour noter les mouvements des étoiles et des constellations.

Un prête scientifique comme IMHOTEP pouvait faire des vases en pierre, bénéficia d’un statut spécial puisque sa connaissance lui permit de donner la forme aux pierres, et, la pierre pour les Egyptiens était le symbole de l’Eternité.

Après sa mort, il a été divinisé par les Egyptiens qui l’ont identifié à THOTH, la divinité à visage d’ibis, dieu de la sagesse.

Les Gnostiques l’ont appelé HERMES TRIMEGISTUS, trois fois le Grand, fondateur et l’origine de leur sagesse ésotérique.

Vous avez toujours été fascinés par la civilisation de l’Égypte antique. Et votre esprit s’évade dans votre imagination dès que l’on vous parle de la mythologie égyptienne.

Les mots Karma et réincarnation vous interpellent, et vous ressentez profondément en vous l’utilité d’une démarche spirituelle dans votre vie.

Vous recherchez l’éveil de votre conscience à travers un enseignement ésotérique et surtout pratique.

Alors je vous propose un atelier de deux jours, avec les plus grands secrets de la pratique spirituelle et quotidienne de l’école des mystères de l’œil d’Horus.

Je m’appelle Didier Boulay et, depuis plus de 25, j’étudie les traditions ésotérique du monde entier, et grâce à plusieurs enseignements et à mes propres recherches, j’ai fini par redécouvrir et transmettre des outils énergétiques et spirituelles liés à l’ancienne civilisation égyptienne.

J’ai appelé cet atelier « Les Secrets d’Imhotep «.

Imhotep signifie « celui qui vient en paix », et il est le personnage emblématique de l’Égypte antique.

Grand vizir du pharaon Djéser, architecte, concepteur de la plus ancienne pyramide à degrés du monde : Saqqarah.

Médecin, reconnu comme le plus grand guérisseur de son époque, on lui doit le Caducée encore utilisé de nos jours comme symbole de la Médecine.

Il utilisait le Caducée, un bâton entouré de deux serpents garni de sept pierres, pour sentir dans quels Chakras étaient installés les déséquilibres et il envoyait de l’énergie dans l’aura pour rééquilibrer les chakras appropriés.

Il fut appelé Hermès Trismégistus (Le trois fois grand), et Asclépios par les Grecs venus recevoir son enseignement.

Asclépios ou Esculape chez les Romains, était le dieu de la médecine dont les attributs étaient le serpent, le coq, le bâton, la coupe.

Pére de la Médecine, de l’Hermétisme, de la Gnose, inspirateur de la rose croix, des illuminatis et de la franc maçonnerie.

Il fut aussi astronome, astrologue, philosophe, grand prêtre de l’œil d’Horus, il utilisait la géométrie sacrée et consacra sa vie à l’évolution spirituelle de l’humanité à travers ses réalisations et son enseignement.

La médecine dans l’Égypte antique se réfère à la pratique courante de la médecine dans l’Égypte du XXXIIIe siècle avant notre ère jusqu’à l’invasion perse de -525.

Cette médecine très avancée pour l’époque, était le fait d’un système de soins particulier, avec des médecins spécifiquement formés et aux pratiques contrôlées, exerçant en clientèle ou dans des lieux réservés, établissant des conclusions diagnostiques, usant de moyens thérapeutiques multiples, et toujours en relation avec le divin.

Le concept de maladie était différent de la définition moderne :

• en Égypte antique, on ne meurt pas en bonne santé,

• la maladie est la manifestation corporelle de la « prise de possession » du corps du patient, œuvre d’agents surnaturels (ennemi disposant d’une puissance magique, défunt mécontent, divinité fâchée, etc.),

• l’enveloppe corporelle est un élément nécessaire pour accéder à la vie éternelle, et sa destruction interdirait de l’espérer (la pire situation pour un ancien égyptien était d’avoir son corps brulé, car le corps était alors perdu).

Il existe une hypothèse sur l’origine des connaissances de la médecine égyptienne de l’Antiquité, qui voudrait qu’elle soit une « copie » de la médecine mésopotamienne, ce à quoi il est fait réponse que le développement de la civilisation mésopotamienne est postérieur à celui de l’Égypte. Cette polémique est hors sujet et ne peut pas participer à l’objet de cet article encyclopédique.

Les médecins égyptiens pratiquaient une petite chirurgie, non invasive, la réduction des fractures, disposaient d’une riche pharmacopée et se servaient de formules magiques.

Bien que les remèdes de l’Égypte antique soient souvent considérés dans la culture moderne comme des incantations magiques et des ingrédients douteux, les recherches en égyptologie biomédicale montrent qu’ils étaient souvent efficaces et que soixante-sept pour cent des formules connues respectent les règles du codex pharmaceutique britannique de 1973, en dehors des règles de stérilisation1.

Les textes médicaux précisent les étapes de l’examen clinique, du diagnostic, du pronostic et les traitements qui étaient souvent rationnels et appropriés.

Les connaissances sur la médecine en Égypte antique proviennent de papyri, de récits de savants grecs et romains, de bas reliefs, d’ostraca.

Jusqu’au XIXe siècle, les principales sources d’information sur la médecine égyptienne antique ont été les écrits de l’Antiquité tardive. Homère en -800 remarquait dans l’Odyssée : « En Égypte, les hommes sont plus qualifiés en médecine que tous les autres hommes » et « les Égyptiens avaient dans le domaine de la médecine davantage de compétence qu’en tout autre art. » L’historien grec Hérodote s’est rendu en Égypte aux environs de -440 et en a rapporté des descriptions détaillées, de leurs pratiques médicales. Pline l’Ancien a également dit grand bien d’eux dans son œuvre historique. Hippocrate (le père de la médecine), Hérophile, Érasistrate et plus tard Galien ont étudié au temple d’Amenhotep et ont reconnu la contribution de l’Égypte antique à la médecine grecque.

En 1822, la découverte de la pierre de Rosette a finalement permis la traduction des inscriptions hiéroglyphiques et des papyrus de l’Égypte antique, dont de nombreux textes consacrés à des thèmes médicaux. L’intérêt pour l’égyptologie qui s’en est résulté au cours du XIXe siècle a conduit à la découverte de documents médicaux écrits.

Il y avait à la bibliothèque d’Alexandrie une encyclopédie médicale en six volumes dont il n’est resté que le sommaire. Mais l’importance de la pratique médicale était consignée dans une quinzaine de papyri, écrits en langue grecque sacrée. Le plus célèbre et le plus ancien est le papyrus Ebers, écrit durant le Nouvel Empire, regroupant sept cents formules de maladies internes, classées en fonction des organes concernés. Le Papyrus d’Edwin Smith était selon son auteur, une copie du Moyen-Empire du livre d’Imhotep, intitulé le livre secret des médecins, livre d’enseignement exotérique et ésotérique, dont il ne reste que quelques chapitres, notamment sur le cœur mais qui exposait une médecine objective, scientifique basée sur de minutieuses observations et une très bonne connaissance de l’anatomie humaine2.

• les papyri médicaux : papyrus Ebers, papyrus Edwin Smith, papyrus Hearst et d’autres encore qui remontent à 3000 ans avant notre ère. Un papyrus médical égyptien du Nouvel Empire vient de rejoindre les collections du Louvre (2007) :

• le papyrus Edwin Smith est un manuel de chirurgie et d’observations anatomiques détaillées traitant de l’examen, du diagnostic, du traitement et du pronostic pour de nombreuses affections3. Il a probablement été écrit vers -1 600, mais est considéré comme une copie de plusieurs textes antérieurs. Les connaissances médicales qu’il contient remontent à 3 000 ans avant notre ère4. Imhotep pendant la IIIe dynastie est considéré comme l’auteur du texte du papyrus original et le fondateur de la médecine égyptienne antique. Les premières interventions chirurgicales connues ont été réalisées en Égypte aux environs de -2750 (voir § La chirurgie),

• le papyrus Ebers (v. -1550) est rempli d’incantations et d’imprécations épouvantables destinées à chasser les démons responsables des maladies et comprend également 877 prescriptions1. Il contient peut être également la plus ancienne référence documentée à des tumeurs, si le peu qu’on ait compris de la terminologie médicale de l’Antiquité a été correctement interprété. D’autres informations proviennent des peintures qui ornent souvent les murs des tombes égyptiennes et de la traduction des inscriptions qui les accompagnent. Le tombeau d’Ânkh-ma-hor de la VIe dynastie (vers -2200) représente ce qui ressemble au déroulement d’une cérémonie de circoncision, les ostraca médicaux :

en Égypte antique, ce terme est appliqué à des éclats de calcaire ou des fragments de poterie sur lesquels le scribe, ou l’apprenti scribe, inscrivait un texte ou faisait un dessin rapide.

Le coût du papyrus ne permettait pas d’utiliser ce support pour des notes écrites non officielles, des dessins explicatifs ou satiriques, et encore moins pour apprendre l’écriture hiéroglyphique ;

les stèles (votives ou funéraires) et les représentations figurées (parois de tombe, murs ou colonne de temple).

LES PRÊTRES DE L’ANCIENNE ÉGYPTE

La classe sacerdotale

Tous n’étaient pas des prêtres dans cette « Maison » représentée par le clergé de l’ancienne Égypte, qui vivait dans l’enceinte des temples et de ses annexes, mais beaucoup l’étaient à un titre ou à un autre.

Par « prêtre », il nous faut comprendre tout homme qui s’était mis dans l’état de pureté requis pour approcher le lieu saint, résidence du dieu.

Si le nombre, des « prêtres purifiés » (les ouêbou), était considérable, du chapelain au prêtre s’étageaient des classes, entre lesquelles se répartissaient une foule d’officiants et d’auxiliaires.

Ces classes étaient flottantes et parfois insuffisantes, car diverses catégories servant dans le domaine des temples n’auraient su être systématiquement rattachées à l’une ou à l’autre. C’était le cas des « chanteuses », des « prêtres lecteurs », des « hiérogrammates » (scribes), des « horologues » (annonceurs de l’heure) qui jouaient un rôle très important, dans les offices du culte divin, dans les cérémonies du Jubilé ou lors d’un couronnement.

Aussi, nous adopterons une classification, fondée sur le rôle joué par chaque officiant dans ses fonctions. Les textes ne manquent pas où l’on voit des prêtres de petits sanctuaires cumuler titres sacerdotaux et titres administratifs, passer du domaine du culte au statut de chef des troupeaux, ou bien encore au service du compte des sacs de blé.

L’accession au sacerdoce

Il est difficile de dégager une règle définissant les conditions d’accès aux fonctions sacerdotales pour toutes les époques. Plusieurs filières étaient admises : les droits de l’hérédité — un prêtre pouvait être remplacé par un membre de sa famille — la cooptation, le rachat des charges ; ces filières permettaient en général un recrutement convenable.

Il ne faut pas perdre de vue le fait que le culte divin rendu dans le temple, quels que soient les droits de fait acquis par les membres du clergé au service du dieu, restait une délégation royale. Le pharaon étant pratiquement le seul ministre des cultes, son autorité pouvait à tout moment intervenir dans les arrangements au sein du clergé.

À d’autres moments, Pharaon — Per-aâ, qui, sous l’ancien Empire signifiait la « Grande Demeure » — prenait la décision de promouvoir un prêtre dont l’activité et les dispositions lui agréaient.

Ce fut le cas du prêtre Nebouây, sous le règne de Thoutmosis III, qui fut élevé au statut de « Premier Grand Prêtre d’Osiris ». « Les dieux m’ont préparé la route, c’est le roi qui m’envoie contempler le dieu dans le Saint des Saints », dit un chapitre du rituel d’intronisation.

• Vers le Nouvel Empire, dans l’enceinte des temples, les femmes eurent la possibilité d’exercer une charge sacerdotale de second rang.

Un clergé féminin, les ouêbouit, fut mis en place lors des cultes.

Des exemples de femmes prêtresses ne manquent pas.

L’institution thébaine consacrait une épouse terrestre au dieu Amon, appelée « la Divine Adoration », Lors de représentations des Mystères religieux, deux jeunes femmes, choisies vierges, jouaient le rôle du cérémonial des déesses Isis et Nephtys.

À partir de la XVII° dynastie, des scènes épigraphiques mettent en évidence ce que des épouses royales eurent des fonctions religieuses et des transmissions de mère à fille.

Ce fut le cas de la reine Hatshepsout pour sa fille Neferouré, et de Néfertari pour sa fille Merytamon. Les chanteuses d’Amon, les hymnodes, se rangeaient parmi les prêtresses, car il convenait que le rythme des mélopées adressées au dieu fût conforme aux traditions d’élocution sacrée.

Les prêtres et l’ensemble des officiants qui assuraient le service du culte au temple fonctionnaient sur une période d’un mois environ. Autrement dit, chaque groupe n’officiait que trois mois par an, chacune de ces périodes étant séparée par un trimestre d’inactivité, tout au moins dans l’enceinte du temple. Le groupe sortant livrait le temple avec son matériel de fonctionnement aux nouveaux arrivants.

Seule la haute prêtrise demeurait en fonction permanente au sein du temple.

La pensée religieuse

La pensée religieuse égyptienne a produit des œuvres qui tournent une à une les pages glorieuses d’un passé plusieurs fois millénaire, ou le désir d’une vie sans fin s’étendait au-delà des formes créées. Le domaine de l’inconnaissable restait à tout moment perceptible dans un autre monde, où les dieux et les morts se fixaient dans une vie dans déclin.

C’était une magie qui agissait comme un régulateur d’énergies spirituelles et matérielles entre le divin et l’homme, parce qu’elle plaçait le sacré comme première valeur.

C’était Pharaon qui, par sa filiation divine (fils d’Amon-Rê), était la clé de voûte ; sur lui reposait le fonctionnement social et religieux du peuple d’Égypte.

Appelé aussi le « Grand Magicien », il rendait le culte divin qui se déroulait chaque jour dans la « Demeure du dieu », ce qui en faisait le « Premier Grand Serviteur » du temple.

• Considéré comme le reposoir terrestre du dieu, le temple était l’image symbolique du « Tertre originel émergé du Noun ».

Et parce qu’il devait être un creuset d’ordre et d’équilibre du monde sous l’influence de Maât, il fallait pour faire fonctionner cette « centrale d’énergie » tout un personnel qui peuplait et semait la vie dans l’ensemble du domaine du temple :

du « Grand Prêtre », haut personnage politique et religieux, aux différentes classes des prêtres et chapelains, des scribes, des fonctionnaires au personnel d’entretien.

À Karnak, au temps de la faveur d’Amon, on pouvait évaluer les membres du clergé attachés aux fonctions sacerdotales à plus d’un millier, sans compter les autres personnels affectés à la gestion du domaine économique du temple.

Le statut de prêtre

L’Égypte (Kemet), un pays immuable aux lignes toujours semblables : un soleil jamais voilé, un fleuve qui chaque année s’enfle pour fertiliser ses rives, un désert ocre, qui s’étend comme une entité de puissance et de silence. Mais encore, des voiles blanches de felouques glissant tel un ibis, qui, ailes étendues, trace dans le ciel les signes sacrés du dieu Thot et encore des fellahin qui, en buvant le karkadé, discutent à l’ombre d’une palmeraie, enfin des enfants rieurs qui s’ébattent dans le Nil, les mélopées des femmes qui règlent la vie du village.

Tel fut le cadre où se forma l’âme du peuple égyptien, marquée par une religiosité envers les dieux et le monde, tel qu’il fut créé au premier jour.

Pour maintenir cet équilibre selon le plan défini par les dieux, il fallait un « Législateur » » :

en premier lieu venait Pharaon, suivi du haut clergé avec sa cohorte de prêtres.

Si nous prêtons l’oreille, il nous semble entendre le vieil écrivain et philosophe d’Alexandrie, Porphyre, décrire avec admiration les prêtres des bords du Nil : « Par la contemplation, ils arrivent au respect, à la sécurité de l’âme, par la réflexion à la science, et par les deux, à la pratique de mœurs ésotériques du temps jadis. Être en contact avec l’inspiration divine et la science réprime les passions et stimule la vitalité de l’intelligence. »

De par sa double fonction religieuse et législative, sa Majesté (hemef) était le garant du culte divin qui s’exerçait quotidiennement au temple : aussi l’existence officielle du corps sacerdotal dans sa fonction, reposait en nom et place du souverain régnant. Il assurait sur tout le territoire l’exercice du culte, ainsi que l’ensemble des rituels à l’occasion des grandes cérémonies.

L’action théologique essentielle contribuait à maintenir la présence du dieu sur Terre et à conserver le monde sous la forme où les dieux l’avaient établi au premier matin.

Nous devons nous garder, au travers du terme « prêtre », de les considérer comme les dépositaires d’une « vérité révélée » qui ferait d’eux une catégorie à part de la société, la religion égyptienne n’étant pas une « vérité acceptée ».

En ce sens, ils n’avaient rien de prophètes : à l’exemple des Hébreux, c’étaient des hommes semblables aux autres, et ils ne bénéficiaient d’aucun privilège d’origine divine.

S’ils pouvaient être de riches penseurs ou saints hommes, c’était grâce à l’action de leurs tendances personnelles, et non par une suite obligatoire sacerdotale.

Il faut reconnaître que la prêtrise, ouverte parfois trop largement, pouvait accueillir un recrutement d’hommes sans convictions, peu enclins à la vie spirituelle et à la méditation qui se révélaient à l’ombre des temples ; ainsi l’accès aux charges religieuses fut-il l’enjeu de constantes convoitises.

Les postulants à la prêtrise pouvaient entrer très jeunes dans des collèges où étaient enseignées l’instruction religieuse et les sciences.

Hiérarchie du clergé

Le fonctionnement du corps sacerdotal se trouvait sous la responsabilité d’un haut personnage religieux d’État, appelé le « Grand des Voyants (Our-Maour) de Rê ».

Après Pharaon, c’était lui qui assurait l’office divin au temple ; à son service étaient placés les « prêtres purs » (ouêbou), puis venaient les scribes ; suivait tout un personnel de fonctionnaires et d’auxiliaires qui assuraient et préparaient la bonne marche du temple.

Le « Grand des Voyants » était désigné par Pharaon à la fonction suprême ; il était dans la tradition de faire confirmer sa nomination par un oracle du dieu.

Divinement intronisé, ce haut personnage recevait alors deux anneaux d’or et bâton magique héka, symboles de son autorité spirituelle et de ses pouvoirs, tandis que Pharaon prononçait la phrase traditionnelle : « Te voici, Grand Prêtre du dieu, ses trésors et ses greniers sont sous ton sceau : tu es le premier serviteur de son temple ».

Eu égard à ses fonctions, tant politiques que religieuses, il se trouvait fréquemment écarté de son service quotidien du temple, si bien qu’il déléguait ses devoirs au « prêtre Sem », second serviteur en rang.

Parmi les classes des « prêtres ouêbou », qui pouvaient, suivant l’expression consacrée, « ouvrir les portes du ciel » et contempler le dieu hors du culte quotidien, se formait une élite dans laquelle se recrutaient les plus hauts dignitaires et savants du clergé, à l’exemple d’Imhotep qui fut Grand Prêtre à Héliopolis et choisi par le Pharaon Djoser pour construire à Saqqarah sa « Demeure d’éternité ».

Observances et rites

Pour accomplir les offices divins au temple, les prêtres devaient se purifier se prêtant à des observances et à certains rites, où se rattachait tout un symbolisme.

L’eau était, dans la pensée religieuse des Égyptiens, l’élément initial d’où toute vie était sortie ; celui d’où le dieu Rê, accomplissant son cycle de renaissance, apparaissait à l’aurore pour disparaître au crépuscule, afin de puiser, dans son voyage à travers le monde souterrain d’Osiris, la nouvelle énergie qui allait lui donner un lendemain rajeuni dans sa pureté originelle.

Dans certains bas-reliefs figurent des scènes de purification, où l’eau fraîche s’échappe des aiguières, remplacées parfois par une pluie de petits signes de vie ankh. Le rite d’ablution d’eau fraîche pour le culte divin du matin imprégnait les officiants d’une vie rajeunie et purifiée qui leur permettait d’assurer le rituel du culte.

Une autre forme de purification, à laquelle devaient se soumettre les officiants avant de pénétrer les lieux saints en empruntant l’Adyton, consistait à se laver la bouche avec du natron délayé dans de l’eau.

Autre observance rigoureuse : dépouiller son corps de tout poil et se raser les cheveux. Certains textes précisent que les prêtres devaient s’épiler les cils et les sourcils ; à ces règles, venait s’ajouter la circoncision.

Constituait-elle une des conditions nécessaires ? On ne peut être affirmatif. Néanmoins, des écrits relatent que des novices à la prêtrise ne subissaient ce rituel qu’au moment où ils accédaient officiellement à leur charge.

La vie sacerdotale demandait encore un autre état de pureté : l’abstinence de relations sexuelles durant les périodes de présence et de service au temple.

Les prêtres du temple pouvaient se marier : leurs fonctions ne les contraignaient pas au célibat ; tout au plus devaient-ils se satisfaire d’une épouse.

Cette restriction ne fut pas toujours respectée, puisque le prêtre Phérenptah s’était constitué un véritable harem.

Mais ils devaient être purs lorsqu’ils franchissaient les portes du temple. Sur ce point, les textes sont formels : « Quiconque accède au temple doit être purifié de tout contact féminin par une abstinence de plusieurs jours ».

Le texte d’une statue d’un jeune prêtre donne ce détail : « Je me suis présenté devant le dieu, étant un jeune homme excellent, tandis qu’on m’introduisait dans l’horizon du ciel. Je suis sorti du Noun (l’eau initiale) et je me suis débarrassé de ce qu’il y avait de mauvais en moi ; j’ai ôté mes vêtements et les onguents comme se purifient Horus et Seth. Je me suis avancé sans souillure devant le dieu dans la salle sacrée, plein de crainte devant sa puissance ». Les étapes de purification accordaient la présentation au temple, la vision du dieu, la reconnaissance de quelques secrets que seuls les « prêtres initiés » pouvaient transmettre, ainsi que la communication de formules magiques. Celles-ci permettaient de charmer le ciel, la terre et les eaux, de voir le soleil monter au ciel et en redescendre — Khépri au lever, Rê au zénith, Atoum au coucher — de voir les étoiles en leur forme et la lune se lever, de sentir les pulsations de Noun.

Les prêtres-initiés et les scribes

Cette dalle de grès décorée d’un bas-relief provient du temple dédié à la déesse Hathor construit à Dendérah, au nord de l’actuelle Louxor.

Ce temple fait partie de ces merveilles architecturales que l’Expédition d’Égypte, conduite par le général Bonaparte, révéla au monde occidental. Le zodiaque circulaire ornant le plafond d’une des chapelles situées sur le toit du temple est une représentation de la voûte céleste constituée d’un disque soutenu par quatre femmes, les piliers du ciel, aidées par des génies à tête de faucon.

Sur son pourtour, 36 génies symbolisent les 360 jours de l’année égyptienne.

Puis on trouve des constellations, au nombre desquelles figurent les signes du Zodiaque.

Pour la plupart, leur représentation reste proche de leur désignation. On peut ainsi facilement reconnaître le Bélier, le Taureau, le Scorpion, le Capricorne. D’autres ont une iconographie plus égyptienne tel le Verseau représenté par Hapy.

Dans cette grande « Maison » du clergé vivait une catégorie de prêtres et scribes.

Des documents du Moyen Empire désignent ces prêtres sous le nom de chendjouty, ce qui signifie le « prêtre du pagne ». Ils devaient préparer les objets du culte divin et pourvoir à leur entretien, aux habillements de la statue du dieu, ses parures, ses bijoux, ses parfums et les onguents, apprêter les aiguières pour les ablutions, l’encens pour les fumigations, ainsi que la table des offrandes. Parmi ces prêtres figuraient les intellectuels et les savants de la « Maison de Vie » (Per-Ankh), où se rédigeaient, les livres liturgiques et où s’élaboraient aussi les éléments de la science sacrée.

IMHOTEP CONSTRUCTEUR – PRÊTRE ET INSTRUCTEUR DE L’HUMANITÉ (2ème partie)

Hermes-4

À ces institutions appartenaient les scribes et les « hiérogrammates » ; certains d’entre eux étaient prêtres, particulièrement estimés à la cour de Pharaon en raison de leur vaste culture.

Auprès d’eux s’affairaient les « prêtres lecteurs » : porteurs des rouleaux du Livre divin, ils partageaient le renom et la popularité de la « Maison de Vie ».

À l’extérieur du temple, on les retrouvait dans d’autres contextes où ils s’occupaient de médecine et de chimie ; plusieurs recettes de papyrus médicaux sont attribuées à leur science. Ils représentaient pour le peuple égyptien le type même du magicien populaire, dont les légendes étaient racontées par la « femme sage », le soir à la veillée.

À ces « Maisons de Vie » se rattachaient deux ordres de prêtres, les « horologues » et les « horoscopes ».

Les « horologues » ou « prêtres horaires » (ounout) sembleraient avoir été en fait des astronomes, chargés d’approfondir les écrits, établis par les scribes de la « Maison de Vie », relatifs à l’ordonnancement des étoiles fixes, des mouvements de la Lune et des planètes qui errent dans le ciel, les « infatigables » (ikhémou-sek).

Ces prêtres étaient aussi chargés de préciser les jours et heures favorables pour la grande fête d’Opet (la Belle Fête de la vallée), qui se déroulait chaque année. Tout prouve qu’ils étaient parvenus dans la science du ciel à des connaissances avancées pour l’époque.

• Les éclipses Soleil/Lune leur étaient parfaitement connues ; un texte de Thoutmosis III évoque le passage d’un astre lumineux qui, relevant des calculs de nos astronomes modernes, pourrait être la comète d’Halley.

Sur le zodiaque du temple de Dendérah et sur le plafond de la tombe de Senmout, on peut reconnaître la grande Ourse, sous la forme d’une « jambe de bœuf », la constellation d’Orion, représentée par un homme courant et tenant dans sa main une étoile, et Cassiopée, figurée par un personnage bras tendus vers le ciel. Dans une salle du Ramesseum, le « Château des millions d’années » de Ramsès II, existe un magnifique plafond astronomique.

La connaissance du firmament jouait un rôle dans la détermination des points cardinaux, en fonction desquels était édifiée et disposée la « Demeure du dieu ». Toute fondation d’un temple cultuel partait d’observations célestes.

Dans les documents dont nous disposons, tout semble indiquer que l’astrologie, venant très probablement de la Babylonie, fut très employée.

Les traités d’astrologie étaient confiés aux « prêtres horoscopes » ; ceux-ci devaient connaître le calendrier mythologique et établir quels étaient les jours fastes et néfastes de l’année égyptienne, qui comptait 365 jours.

On a retrouvé des papyrus-calendriers, où chaque jour de l’année était défini comme bon, neutre ou néfaste.

Puis l’idée s’est progressivement infiltrée de lier le destin de chaque individu aux circonstances cosmiques de sa naissance en déterminant les influences des astres qui étaient dominantes à l’heure de sa venue au monde.

Des écrits nous informent que des scribes, instruits dans la science des « apparitions nocturnes » se tenaient à la disposition de ceux qui désiraient connaître la signification de leurs rêves.

Ces scribes se faisaient les interprètes des songes ; eux-mêmes avaient coutume de s’endormir dans une salle du temple, dans l’espoir qu’un rêve prémonitoire pût leur révéler un événement présent à venir. L’histoire nous met en mémoire le rêve de Pharaon, dont Joseph, à la demande du roi, se fera l’interprète.

Des prêtres initiés aux sciences divinatoires étaient requis pour les oracles mis en œuvre pour interroger les dieux, sans omettre les requêtes écrites. Dans un petit temple du Fayoum, on a retrouvé des requêtes adressées au dieu du temple.

À la cour du Pharaon, des « prêtres-précepteurs » étaient recrutés pour instruire les jeunes princes et princesses à leurs futures charges royales et religieuses.

La magie héka

Aux yeux des prêtres, la connaissance de la magie et de ses formules fournissait une puissance quasi-certaine sur les êtres vivants, les dieux et les forces de l’univers.

Le « prêtre-magicien » était un personnage que les événements les plus spectaculaires ne faisaient pas reculer. Un texte lui prête ces paroles : « J’abattrai la terre dans l’abîme de l’eau, le Sud deviendra le Nord, la terre sera bouleversée ».

Dans la pratique, l’action était plus estimable, en ce sens qu’il fallait avant tout protéger l’ordre du monde constamment menacé par des forces perverses.

Il y avait un ciel, il y avait une terre, ils agissaient l’un sur l’autre, imprégnés d’une force spirituelle que les « prêtres-magiciens » appelaient héka (magie).

Si certains sorciers de village utilisaient quelques recettes magiques, seule la « Grande Magie » était révélée à une élite de prêtres et de scribes. « Voilà que je me suis adjoint cette puissance magique en tout lieu où elle se trouve, elle est plus rapide que le lévrier, plus prompte que la lumière », dit le magicien dans le Livre des Morts.

La croyance répandue dans le peuple des fellahin voulait que les maladies fussent envoyées par la terrible déesse Sekhmet ; il fallait donc exorciser le mauvais démon, et personne n’était aussi qualifié pour rédiger une formule magique que le « prêtre-lecteur », versé dans toutes les ressources de la vieille magie.

Et seul le Supérieur des prêtres de Sekhmet avait la compétence pour enrayer la fureur de la déesse lionne.

Un autre prêtre, le hery-tep « celui porte le rituel » était instruit à une forme de magie plus particulière, dite « défensive ».

Cette magie était un don des dieux, que les hery-tep utilisaient contre des procédés d’envoûtement, ou de toute manifestation venant d’un ennemi, et relevant de la protection de Pharaon sur sa personne, de son épouse ou de ses descendants.

Sous la XI° dynastie, un magicien héka, le prêtre Hétépi, fut un personnage très important. Il est écrit que le héka fut donné par le démiurge en tant qu’arme pour agir sur l’effet d’événements survenant dans la vie des hommes, comme détourner l’action néfaste du serpent Apopis « ennemi du dieu Rê », de Seth « le fauteur de troubles », ou de Sekhmet « celle qui a le pouvoir » », ou bien encore Sobek « la mangeuse de l’Occident ».

C’est le héka dans le bâton d’Aaron, qui s’est transformé en serpent protecteur (Menen) et a absorbé le bâton du « prêtre-magicien » de Pharaon. Dans cet acte, Aaron invoquait l’entité héka, pour recevoir d’elle la puissance magique. C’est aussi celui par l’entremise duquel Moïse déclencha les dix plaies d’Égypte, fendit les eaux de la Mer des Roseaux, puis fit jaillir l’eau du rocher en Horeb.

Il serait difficile de passer sous silence ceux qui s’acquittaient des cérémonies funéraires, rangés sous le nom de « prêtres-embaumeurs ».

Dans le clergé, ils occupaient une place très importante ; s’ils étaient pour la plupart indépendants des sanctuaires, ils constituaient une sorte de confrérie sans rapport avec l’office des cultes, dont s’acquittaient les prêtres-ouêbou.

Les « prêtres-embaumeurs » accomplissaient la momification qui se déroulait dans la « Tente de purification » (ouêbet), située en dehors du temple.

Il pratiquaient sur la momie tous les rites régénérateurs qui devaient la transformer en un nouveau corps rajeuni, doté de toutes ses anciennes facultés terrestres qu lui permettaient d’être apte à franchir les sombres régions du serpent Apopis, et de jouir d’une vie sans déclin.

Le rite essentiel pratiqué par l’officiant était l’ouverture de la bouche. Armé de l’herminette nétjerty ou de la baquette magique ouret-hékaopu, il faisait le geste rituel d’écarter les lèvres du défunt, afin de lui rendre le souffle de vie et l’usage de la parole.

Durant cet acte, le « prêtre-lecteur » récitait les litanies du Livre des Respirations.

Les Maisons de Vie

Chaque temple dans son domaine, avec sa raison d’être, la Demeure du dieu sur Terre, possédait une « Maison de Vie » et une bibliothèque.

Il faut constater que les Égyptiens parlaient d’elles sans donner de détails ; c’étaient des institutions encore assez mystérieuses.

D’une façon certaine, nous connaissons leur existence à Memphis, Abydos, Coptos, Esna, Karnak et Tell el-Amarna.

Ces institutions étaient probablement des centres plus ou moins fermés où s’élaborait la science, où les textes étaient étudiés et recopiés par des prêtres et des scribes initiés.

En retranscrivant les vieux manuscrits, en comblant les lacunes, on élaborait les textes sacrés de la théologie et de la liturgie ; on réécrivait à des milliers d’exemplaires des versions de ces œuvres : le Livre des Morts, le Livre des Cavernes, le Livre de la Totalité réunie, le Livre de ce qu’il y a dans la matrice des étoiles, les Litanies de la Demeure d’éternité, les Litanies de Rê qui dévoilent les noms de la Lumière divine, le Livre de la Barque solaire, le Livre de la Vache du Ciel, le Livre des Portes, le Livre de ce qu’il y a dans l’autre monde (l’Amdouat).

On préparait les grimoires magiques, on enseignait l’astronomie, la philosophie, la religion, la médecine, la littérature et les arts.

Quelques-uns des plus beaux textes spirituels ou moraux qui furent retrouvés, sont nés des réflexions et des convictions de scribes et de prêtres obscurs, dont les noms nous restent encore inconnus.

On peut considérer que tout ce qui s’écrivait sur la pierre des temples, sur les parois des tombes, dans les sarcophages, comme tous les textes sur papyrus nécessaires au culte divin, aux cérémonies, les hiéroglyphes décrivant et dévoilant aux initiés ce qui réside dans le Noun, d’où naît toute forme de vie, tous les éléments de la science, de la religion, de la culture, sortaient des « Maisons de Vie ».

Il existait aussi une classe de prêtres plus sélective: les prêtres de la « Demeure d’Or », dans laquelle un art magistral mettait en œuvre le métal précieux considéré comme la « Chair des dieux », dont étaient revêtues les momies royales, où s’opérait l’alliage des métaux pour obtenir l’électrum qui revêtait le pyramidion des obélisques. Là se préparaient les potions magiques, les onguents et les parfums, se réalisait aussi la chimie des pigments servant à la composition des couleurs et s’opérait la reconstitution de pierres précieuses comme le lapis-lazuli, qui servait à l’ornementation des maques funéraires, des amulettes et des bijoux.

Nous pouvons supposer que dans des ateliers, des prêtres-artisans façonnaient les objets sacrés : le diadème seshed où venait se fixer l’Uræus, symbole de protection de la puissance royale ; le collier meânkh, « celui qui donne la vie », l’amulette Oudjat, « qui donne la vie éternelle », tout un art magique qui se pratiquait dans les « Maisons de Vie ».

Conclusion de ce chapitre

En parcourant les textes grecs anciens, on ne peut se défendre de l’idée que, dans ce confluent méditerranéen, l’Égypte pharaonique, fût le berceau d’un souffle porteur d’une vérité fondamentale : le rapport entre les hommes et les dieux est indispensable au maintien de l’harmonie du monde. Cette relation ne pouvait être maintenue que par la célébration des rites cultuels et de la magie héka.

Des savants, des philosophes, des historiens, tels Homère, Platon, Solon, Thalès, Pythagore, Hérodote, ont franchi la mer et se sont rendus dans ces « Écoles de Mystères » pour y recevoir l’enseignement d’une partie de cette science accumulée au cours des millénaires. C’est la que Platon aurait été informé de la légende de l’Atlantide par des prêtres d’Héliopolis. Dans son ouvrage les Aiguptiaka, Manéthon nous donne des informations qui restent une des sources principales de connaissance des mœurs des Égyptiens, Grecs et Romains, passionnés par la science de la religion de cette fabuleuse civilisation, laissèrent des témoignages qui constituent le fonds le plus riche que nous ayons à notre portée pour comprendre l’histoire et la religion de l’Égypte ancienne.

Nous savons aussi par des commentaires de voyageurs grecs qui firent des stages à cette époque en Égypte, que les prêtres et les scribes des « Maisons de Vie » éprouvaient une réticence à divulguer certaines révélations, selon les textes sacrés de la Tradition du passé : « J’ai été initié dans ces Mystères. En vérité je ne le répéterai jamais ce que j’ai entendu. Je ne raconterai à personne ce que j’ai vu ». Livre des Morts

Cette connaissance, relevant de la haute idée qu’ils conçurent de la science, de la religion et de la morale, enseignait le respect de la hiérarchie aux futurs prêtres et fonctionnaires royaux. Les enseignements de Ptahotep, vizir du roi Djedkarê de la V° dynastie, rendus célèbres et utilisés dans les écoles égyptiennes, en sont un témoignage. Des scribes lettrés écrivirent des contes dans le genre des Mille et une Nuits : conte des Deux Frères, conte du naufragé, conte de l’Oasien, conte de Sinouhé, pour ne citer que ceux-là.

Les prêtres de l’Ancienne Égypte étaient-ils des initiés, œuvrant dans les secrets des « Maisons de Vie » où s’élaborait une science: science de l’approchement et l’application (le savoir), science de la réalisation et de l’accomplissement (la connaissance) ?

Nous pouvons reconnaître l’existence d’une élite qui se partageait un savoir et une connaissance.

De ce fait, nous pourrions qualifier cette élite de « cercle d’initiés », dans le sens où ce terme codifiait l’admission à la révélation des mystères de la science de Dieu, de l’univers de l’homme.

Nous sommes en mesure d’affirmer que la mission du corps sacerdotal de l’Ancienne Égypte était de maintenir par la magie du sacré la présence du dieu sur Terre, d’imposer une ligne de conduite permettant d’aspirer à l’immortalité, et également de veiller sur la personne de Pharaon « fils du dieu », garant de l’ordre du monde, tel qu’il fut établi par les dieux (les Netjerou) au commencement de la Création.

L’Égypte était considérée comme la réalité du monde. Pharaon et les prêtres en étaient les magiciens… !

LE GRAND PRÊTRE IMHOTEP A INVENTÉ LA FORMULE CHIMIQUE IL Y A 5000 ANS.

Concepteur et constructeur de la PREMIÈRE PYRAMIDE de l’histoire, la pyramide à degrés à Saqqarah…

Depuis les années 1980, Joseph Davidovits démontre que les pyramides et les temples de l’Ancien Empire égyptien furent construits en calcaire aggloméré, et non pas avec des blocs de calcaire taillés et transportés depuis les carrières.

Ce type de béton de calcaire, avec des coquillages fossilisés, aurait ainsi été moulé ou compacté dans des moules.

Les ouvriers égyptiens ont extrait le matériau dans des carrières de calcaire relativement tendre, puis l’ont désagrégé avec de l’eau, mélangé cette pâte de calcaire à de la chaux et des ingrédients comme l’argile kaolinitique, le limon et le sel natron égyptien (carbonate de sodium) formant des tecto-alumino-silicates (geosynthèse).

La boue de calcaire (incluant les coquillages fossiles) fut transportée dans des paniers puis versée, tassée ou compactée dans des moules (faits de bois, pierre, argile ou brique) placés sur l’aire des pyramides.

Ce calcaire ré-aggloméré, lié in situ par réaction géopolymèrique (appelé ciment géopolymèrique), durcit en blocs de grande résistance.

En 1979, au 2eme Congrès International des Égyptologues, à Grenoble en France, Joseph Davidovits présenta deux conférences.

L’une exposa l’hypothèse que les blocs de pyramide ont été moulés comme du béton, au lieu d’être taillés. Une telle théorie était très dérangeante par rapport à la théorie classique avec ses centaines de milliers d’ouvriers participant à cet effort gigantesque.

La deuxième conférence a souligné que des vases en pierre, fabriqués il y a 5000 ans par des artisans égyptiens, ont été faits en pierre dure synthétique (fait de main d’homme).

Imhotep a conçu et construit la première pyramide de l’histoire humaine, la pyramide à degrés de Saqqarah, la première manifestation de la connaissance la plus élevée en Egypte antique.

Il a appartenu à une organisation fermée de prêtres appelés l’école des mystères “de l’oeil de Horus”, les gardiens exclusifs de la connaissance en Egypte antique.

Imhotep, dont le nom signifie “le sage qui vient dans la paix”, occupe une place particulière dans l’histoire.

Il était vénéré en Egypte pendant trois mille ans – c’est-à-dire, de sa propre vie pendant le règne du Roi Djoser jusqu’aux conquêtes grecques et romaines en Egypte.

Son père était l’architecte royal Kanofer, sa mère Khreduonkh, une noble héréditaire.

À un âge très jeune, Imhotep entra en prêtrise et commença à vivre au temple d’Annu sur les rivages du Nil – un centre de la science et de la religion, avec une grande bibliothèque. Là, Imhotep apprit comment lire et écrire dans la langue symbolique des hiéroglyphes.

Imhotep laissa des plans de conceptions de temples qui étaient bâtis des milliers d’années après sa mort, comme indiqué par les hiéroglyphes de plusieurs temples.

Il était géomètre, docteur en médecine, inventeur du Caduceus, le symbole actuel des médecins.

La légende indique qu’Imhotep divisa les cieux en secteurs de 30º, connus aujourd’hui comme les zones du Zodiaque, pour noter les mouvements des étoiles et des constellations.

Un prêtre-scientifique comme Imhotep, pouvant faire les vases en pierre, bénéficia d’un statut spécial, puisque sa connaissance lui permit de donner la forme aux pierres, et la pierre pour les Egyptiens était le symbole de l’éternité.

Après sa mort, il a été divinisé par les Egyptiens qui l’ont identifié à Thoth, la divinité à visage d’ibis, dieu de la sagesse.

Les Gnostiques l’ont appelé Hermes Trismegistus, trois fois le grand, fondateur et l’origine de leur sagesse ésotérique.

Hermès, le Trois Fois Grand, est une personnalité devenue légendaire, et dont on discute cependant ‘l’existence. Mais son nom est comme un fil d’or dans toute la littérature ésotérique mondiale.

Très importantes sont les paroles gravées au-dessus de la Porte des Lions de Mycène:

« Les Egyptiens descendent du Fils de Toth, Prêtre de l’Atlantide. »

ALCHIMISTE

Les enseignements que l’on retrouve en partie dans la littérature, ont été écrits par Hermès II, fils d’Hermès-Toth.

Hermès II est devenu une figure vivante pour le lecteur moderne, car on peut lire ses discours avec son fils Tat, et son petit-fils Asclépios, c’est-à-dire, le grand Imhotep.

D’Hermès-Toth, on raconte qu’il fut l’arbitre entre les Dieux géants et les Titans, et qu’il fut le conseiller des bons géants qui transmirent la connaissance aux hommes.

Ainsi la légende devint réalité. Ces écrits, si volontiers niés par certains ésotéristes, ne peuvent cependant pas être mal interprétés.

Il y eut un temps où les Fils de la Lumière descendirent, ou chutèrent.

Il y eut un temps où quelques Fils de la Lumière régnèrent sur diverses régions, comme de divins prêtres-rois.

Et il y eut un temps où quelques uns « retournèrent » et où d’autres restèrent en arrière – ces autres dont nous descendons -, nous, chercheurs-âmes.

De ce point de vue, il est compréhensible que tous les Sages de l’ère préchrétienne, soient considérés comme les Ancêtres de la Connaissance divine et de tous ces Enseignements immatériels, et que tous les autres Fils de la Lumière soient leurs descendants.

Les Papyrus égyptiens ne manquent pas de citer son nom, ni celui d’Isis, d’Osiris et d’Horus, avec des annotations très tangibles. Ils entrèrent alors dans l’histoire comme de véritables Messagers d’un Enseignement divin, qui ne peut être compris que par des « dieux » – les Fils de la Lumière restés sur terre.

L’humanité-terrestre les imita et cita leurs enseignements; elle ne désirait cependant pas la « Reddition » ou la Lumière, mais elle voulait être comme ces Dieux; elle n’aspirait pas non plus à une Source originelle, comme étant son Pays d’Origine.

L’Alchymie nous vient d’Hermès-Toth, et a vue le jour en Egypte comme un enseignement originel, dont la médecine – où l’enseignement du Salut de l’âme – est issue. Logiquement donc, le premier Guérisseur fut Asclépios-Imhotep, le petit-fils d’Hermès-Toth, qui puisa son savoir « des livres de son père et de son grand-père, des livres qui étaient descendus du ciel. »

L’ibis est connu comme étant le symbole le plus ancien de l’Alchymie.

L’ibis blanc avec des taches noires était considéré comme étant le plus saint, car il était le symbole de la renaissance.

Il en va de même avec le corbeau noir et la colombe blanche.

La symbolique la plus ancienne remonte toujours à cet Evénement extraordinaire que fut la « descente » des Fils de la Lumière, leur « Retour partiel », et le « Salut » ou la « Renaissance » de ceux qui restèrent.

Ce fut sans doute un Evénement qui changea la face du monde et de l’humanité, et dans le Livre d’Enoch, on peut lire à ce propos:

« ….. après (la descente et la résistance au Créateur), le monde devint différent. »

Dans ce monde devenu différent, nous vivons avec les Souvenances, les Ecrits, le Symbolisme et les Paroles divines qui nous touchent.

Jadis, Hermès fut le Guide de l’Ogdoade – le Saint Huit -, les 4 premiers couples de la création qui devaient ordonner le Chaos.

Même la symbolique des nombres témoigne de ce temps inoubliable.

Hermès-Toth est de temps à autre cité comme étant l’un des Elohims, les Dieux qui créèrent le monde. Ses Pensées sont gravées en hiéroglyphes sur les piliers des temples, dans une écriture à double sens:

L’Ecriture des saints, comportant des symboles pour les Fils de la Lumière, et l’écriture profane.

Après le Déluge, son fils Hermès II, père de Tat, grand-père d’Asclépios, aurait recopié ces hiéroglyphes sur des papyrus. Ainsi nous racontent les traditions. Ces saints papyrus auraient été cachés dans les temples égyptiens, et essentiellement à Memphis.

Ainsi, le Tarot de Memphis est-il un Chemin initiatique, écrit de la main d’Hermès II. Les gravures ont été effectuées d’après les saints Ecrits d’Hermès-Toth, le « Trois Fois Grand ».

Le nom d’Hermès signifie: Médiateur.

Tout comme le nom Chrestos ou Christ, qui signifierait Médiateur, Messager.

Les Papyrus d’Hermès II ont été recopiés par Manéthon, le fameux prêtre égyptien cité par tous les historiens. Ainsi ces Paroles sont-elles parvenues jusqu’à notre époque.

Dans les citations attribuées à Hermès-Toth, nous lisons que l’âme, après qu’elle eut quitté le corps, ne se perd pas dans l’Ame du monde, mais elle continue d’exister en tant qu’âme, pour rendre compte devant le Père de tout ce qu’elle a fait durant sa vie terrestre.

C’est ici également une confession de l’âme, une responsabilité pour ses actes – une confession qui a été imitée par les hommes dans leurs religions. Ces notations sont en accord avec les découvertes modernes sur l’existence post-mortem.

L’âme ne peut pas vivre comme elle le veut, « sans loi », mais elle a un but; elle s’est séparée jadis de son Pays natal, et depuis ces temps-là, elle doit y retourner au travers des expériences de la vie.

Ce qui est divin la purifie, ce qui est satanique la lie au chaos.

En vérité, tout serait si simple si nous n’avions pas érigé cet égo comme quelque chose d’exceptionnel!

Car, une âme repentante souhaiterait-elle faire autre chose que des Choses divines?

En tous cas, lorsqu’une telle âme est torturée par la compréhension?

De la cosmogonie d’Hermès-Toth, nous citons ce qui suit:

« Le soleil relie le ciel et la terre comme un médiateur. Du ciel, il envoie l’essentiel, et la matière terrestre est alors tirée vers le haut. Le soleil est le cœur du char du monde; il donne aux immortels l’Eternité, et à travers sa lumière, il nourrit les immortelles parties de la terre.

Lorsque sa lumière est emprisonnée par la terre, elle stimule la naissance, la métamorphose et la vie. La sphère du penser est fixée à Dieu; l’émotion ou le monde des sens, est fixé à l’intelligence et au soleil.

Pendant son voyage à travers les sphères du penser et de l’émotion, le soleil reçoit sa nourriture de Dieu; c’est l’entrée en action de l’activité créatrice » le véritable Bien.

De plus, autour du soleil, gravitent des sphères dont les dieux sont dépendants, et de ces dieux également, les hommes sont dépendants – mais tout et tous sont dépendants du Dieu. »

Voilà bien une citation hermétique originelle. On y trouve l’ancienne astrologie, le pouvoir des dieux planétaires et leur influence sur la terre, sur le penser et les émotions des hommes.

Au-dessus de tout rayonne le soleil, comme médiateur entre le ciel et la terre, et entre Dieu et sa création.

Evidemment, l’astronome moderne y trouvera un non-sens!

Mais il y a autre chose encore, car bien que la terminologie soit archaïque, l’essentiel a cependant été préservé.

Tout homme ésotérique pourra croire à un « Fils du Soleil », un Mithra, un Chrestos, un Osiris.

Un « Fils du Soleil » est quelqu’un qui, comme le dit Hermès-Toth, a autour de lui des sphères dont les dieux sont dépendants, c’est-à-dire, ceux qui sont en contact direct avec le Fils de la Lumière.

Et d’eux sont dépendants également les hommes-terrestres – oui – toute la terre et sa vie.

A quoi aspire en effet un chercheur spirituel: A redevenir un Fils du Soleil (et pas une imitation des dieux!), un Fils du Soleil ayant un Champ vibratoire autour de lui, champ vibratoire dont les « dieux », ses semblables sont dépendants, jusqu’à ce qu’ils soient eux aussi, devenus des Fils de la Lumière – et la terre et son humanité, sont dépendantes de leur action, dans sa globalité.

Ainsi, si nous pensons être un Fils de la Lumière, même si c’est à l’état latent, il y aura aussi une responsabilité et une « note à payer », que la terre et son humanité offrent à ce Fils de la Lumière!

La nature n’est pas satanique, c’est le Fils de la Lumière qui apporte ce satanisme.

Ces Fils qui donnèrent à Hodur, le dieu aveugle, une branche de gui pour blesser Baldur, le Fils de la Lumière, dans son point faible.

On peut y penser, lorsque l’on sait que le gui est un remède contre la prolifération anarchique des cellules – le cancer – et contre les maladies héréditaires.

Une cellule cancéreuse est un agresseur dans le système de division cellulaire, dans leur structure et leurs lois: Elle ne désire plus prendre part à cet ordre: elle a un comportement anarchique.

L’Enseignement hermétique est, dans son ensemble, destiné à ceux qui retournent, à celles des âmes qui possèdent encore la possibilité de Choix entre la Lumière et l’obscurité.

« Je me sens tellement isolé tout seul, je ne peux parler avec personne… »

C’est effectivement pourquoi beaucoup d’entre elles parlent ainsi.

En toute logique, de tels hommes-âme ne peuvent « qu’échanger » et « parler » avec des Fils de la Lumière; mais également, et tout aussi logiquement, ils ne sont jamais dociles et dépendants de leurs prochains pour leur « salut ».

Chaque âme tombée est clairement appelée à rendre des comptes.

Personne ne peut alors se cacher derrière autrui!

Il est aussi curieux de voir que des Fils de la Lumière ayant une Souvenance céleste innée, puissent condamner la nature comme étant satanique et détournant l’âme.

N’est-ce pas là un peu vouloir rejeter sa dette sur les autres?

S’il y a quelque chose de satanique, d’anti-divin dans cette création, et même de provoquant, c’est bien le résultat de l’intervention des Fils de la Lumière.

Car selon les paroles d’Hermès:

« La nature temporelle et la Nature Originelle, sont une Unité. »

Dans la première, se trouve une partie de la Divinité.

Dans la seconde, se trouve Dieu, en Totalité.

Seulement dans la première, on peut enlever cette partie de divinité, et ce qui reste alors est mort.

L’Enseignement d’origine hermétique, nous apprend aussi cela: De la Nature Originelle, chuta le 1.

Il peina à travers les 7 phases d’-expériences, puis devint l’Ogdoade, le René, et finalement il fut le 9, le « Trois Fois Grand » (3×3=9), pour aboutir dans la Nature Originelle. (Le 10 n’est rien.)

Asclépios, le petit-fils d’Hermès, dit aussi:

« Le Dieu Créateur a formé le corps humain, comme le monde, à partir des quatre éléments que sont l’eau, le feu, l’air et la terre, afin que leur combinaison harmonieuse en fasse une belle créature.

Il y mis en plus un Souffle céleste puissant qui provient de l’Esprit divin; et ainsi ce Souffle (Pneuma) reçut-il une petite « demeure » fragile, qui ressemble malgré tout au monde. »

Ainsi l’homme est-il semblable au monde, mais vivifié par une Flamme éternelle, et la marche éternelle des cinq planètes, ainsi que celle du soleil et de la lune – afin que l’être, bien qu’il fut semblable au monde, soit dominé par le même Noyau Divin.

L’axiome hermétique « Ainsi en haut, ainsi en bas » est clairement démontré ici; aussi l’idée hermétique qui dit que l’homme est à l’image du Macrocosme, et que, comme tout dans ce Macrocosme, il possède un « ordre spirituel », selon la quantité de Lumière ou selon l’intelligence qu’il a de cette Lumière, et par lequel toute la création est ordonnée. Ici, on peut se faire une idée de la classification des planètes: Jupiter est « bon » – Saturne est « mauvais » ou inférieur.

On peut ainsi également trouver la base alchymique par laquelle « L’inférieur doit se transmuer en supérieur ».

Ce qui est purement naturel, ne pourra pas devenir divin, mais est et reste dans cette nature.

Connaissez-vous les axiomes de la science hermétique?

Les anciennes idées s’y retrouvent:

Premier axiome: Ce que l’on peut accomplir simplement, ne doit pas être tenté par la voie difficile

Un monde plein de sagesse doit s’ouvrir maintenant devant nous.

Je l’ai déjà dit: C’est si simple! Une âme tombée, jadis divine, a le choix entre la divinité ou le satanisme, qui est de la divinité transmuée.

Si elle éprouve de la repentance ou de la compréhension vis à vis de cet état, qu’est-ce qui la sépare alors de la divinité?

Ne désignons pas encore et de nouveau ici l’égo, pauvre et aveugle, à la vindicte, ou comme étant le grand coupable! L’égo ne fait que suivre celui qui guide, aveuglément.

Il ne possède pas de Lumière en lui-même, il est éclairé comme par transparence; il est éclairé ou bien il est obscurci.

Deuxième axiome:

II n’y a pas de substance qui, sans une longue souffrance, ne puisse être parfaite

La souffrance purifie n’est-ce pas ?

Si elle fait autre chose en nous, c’est qu’il y a quelque chose dans notre intérieur, dans notre âme, qui fait défaut. Une « action » apporte des expériences intenses.

Le plomb qui doit devenir de l’or, devra beaucoup expérimenter.

Troisième axiome:

La nature doit être aidée par l’Art, si sa force est trop faible

L’Art est l’Enseignement à travers l’égo, pour que celui-ci retrouve le bon chemin, et devienne une nature pure, forte et équilibrée.

L’Art est l’Alchymie ;

la Transmutation du Tout.

La nature retourne à la nature, et l’Esprit retourne à l’Esprit.

L’Art et la nature doivent coopérer.

Quatrième axiome:

La nature ne peut rectifier que selon son propre état

La nature est la nature, et elle ne deviendra jamais l’Esprit. La nature ne peut s’identifier à autre chose, elle ne peut que ressembler à cette autre chose.

Ici, je pense à ce splendide exemple du diamant et du saphir : Le diamant est la pierre précieuse la plus élevée; il est, selon son appellation grecque « Adamas », invulnérable.

Mais le saphir peut lui ressembler, lorsqu’on le fond très doucement avec de l’or – le métal le plus élevé – Ainsi le saphir perd-il sa couleur bleue et devient clair comme de l’eau – brillant comme un diamant – mais il reste dans sa structure cristalline (son âme), un saphir. Il ne peut devenir l’autre.

Cinquième axiome:

La nature comprend et conquiert la nature

La nature peut tout entreprendre avec la nature. Il n’y a que l’âme – qui n’est pas de cette nature – qui lui reste incompréhensible.

Et l’on ne peut pas attendre autre chose d’elle. Ainsi, toutes ces méthodes provenant de cette nature, de l’égo, destinées à changer l’âme ou à la renforcer, sont-elles parfaitement inutiles.

Sixième axiome:

Celui qui ne connaît pas la vie, ne connaît pas la nature

Ceux qui ne se connaissent pas, qui ne connaissent ni leur organisme, ni les lois qui régissent leur être naturel, et qui même les repoussent, ceux-là ne vivent pas et n’ont pas alors part au mouvement éternel qui est la Vie.

Septième axiome:

On ne peut arriver d’une extrémité à une autre qu’à travers un médiateur

Le plus Haut et le plus bas ont besoin d’un médiateur pour s’unir l’un à l’autre. L’âme unit Dieu et l’homme. C’est pourquoi l’on doit d’abord être véritablement « homme »: nature – Porteur du mouvement éternel.

Huitième axiome:

Dans l’Alchymie, rien ne peut porter de fruits sans être mort au préalable

Si en nous se trouve encore présent un « petit roi de papier têtu », la Sagesse du Grand Roi ne pourra pas se démontrer.

Plus encore: On ne pourra pas être un prêtre-roi, ni un Hermès, ni un 9.

Le Neuf est le « UN » René; c’est la suffisance purifiée en Sagesse par la souffrance d’un chemin de dures expériences.

Neuvième axiome:

Où les vrais Principes sont absents, les résultats seront imparfaits.

Nous devons nous fonder sur une triple base: Dieu, qui est présent dans l’âme; celle-ci demeure dans une nature modeste et harmonieuse.

Sans ces trois Principes, on ne peut même pas penser à un Chemin spirituel.

Dieu doit demeurer en nous, et pas dans autrui. L’âme doit être clairement présente et vivante, et notre nature doit savoir s’arrêter de s’élever sur elle-même.

Et finalement, comme dixième axiome, une brève sagesse embrassant le tout:

Dixième axiome:

L’Art commence là où la nature arrête son activité

C’est le passage étroit; ici, il y en a beaucoup qui tombent. On considère souvent ce passage comme un début, sans avoir compris l’ensemble des autres axiomes.

L’homme présomptueux lit superficiellement ceci, et il commence par punir la nature, par la torturer, par la mépriser et même par la haïr.

Cependant, ces paroles ne veulent rien dire d’autre que ceci: La nature n’est en mesure d’accomplir que ce qu’elle peut accomplir selon son état – après cela, vient l’Identification avec la Lumière.

Mais avant que cela n’ait lieu, la nature doit être harmonieuse; car toute dysharmonie dans cette nature est un frein dans le processus de l’Art.

Aussi longtemps que nous sommes occupés à observer notre égo avec contrainte, à le traîner ou à le punir, nous serons et resterons des âmes stupides et de pauvres petites gens.

Que pouvons-nous alors parler encore de spiritualité ?

Le miracle de la nature est qu’elle sait transformer.

Le Miracle de l’Esprit, est qu’il s’Identifie.

La nature se perd dans la nature, et devient différente, mais elle reste toujours de la nature.

L’esprit s’adonne à l’Esprit, mais reste Esprit.

L’esprit est individuel – la nature est division : deux forces aveugles par lesquelles elle se transforme sans fin.

Le UN est UN, et à travers chaque nombre travaille la force de ce UN, pour finalement redevenir le Un qui est comme un Neuf.

C’est l’énigme – Et dans le 9, il y a 3 x 3.

D’abord la Lumière, ensuite le Choix, et finalement la Sagesse: 3 – 6 – 9 .

Et ensemble, ils font de nouveau: 3 + 6 + 9 = 9 : l’Ermite, l’Inaltérable, la Lumière de la Lumière, Omniprésent et Indivisible.

Un Mystère en soi. Hermès connaissait ce Secret.

Nous le connaîtrons si nous Le sommes.

Le 9, ce Soleil qui lie ciel et terre, et qui porte en Lui le Message divin, a besoin d’eux, qui lui sont dépendants.

Que cet exposé philosophique soit très proche de la réalité en nous-mêmes :

« Toutes les forces en moi louent le Un et le Tout-puissant, afin que la Gnose devienne Vivante en moi ».

 

SOURCE : le net (merci mon F:. Louis de cet apport)

IbisToth3

Les Arts libéraux 25 juillet, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Les Arts libéraux

Laon-7 arts

Appelés aussi Sciences libérales (qui libèrent).

Pour les Grecs neuf muses, filles de Mnémosis, présidaient aux arts libéraux (qui rendent libres) : Histoire (Clio), Musique (Euterpe), Comédie (Thalie), Tragédie (Melpomène), Danse (Terpsichore), Elégie (Erato), Poésie lyrique (Plymnie), Astronomie (Uranie) et Eloquence (Calliope). Ce sont les muses qui ont donné le qualificatif du synthème pavé mosaïque. Pour Ilsetraut Hadot (philosophe et historienne, spécialiste de philosophie antique), lorsque Cicéron parle d’artes liberales, il ne s’agit absolument pas pour lui d’une liste de sciences en nombre déterminé : en principe, ces arts libéraux comprennent toutes les sciences qui sont dignes d’un homme libre. En fait, Cicéron fait un certain choix entre ces sciences ; ce choix ne coïncide pas du tout avec les sept arts libéraux qui nous sont connus par le Moyen Âge […]. Pour Cicéron, ce qui compte, c’est l’étude de la littérature grecque et latine, de l’histoire, de la philosophie (la dialectique comprise), de la rhétorique et du droit romain. Christofle de Savigny publie en 1587 Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, livre dans lequel il en répertorie 18 : arithmétique, géométrie, optique, musique, cosmographie, astrologie, géographie, physique, médecine, métaphysique, éthique, jurisprudence, chronologie, théologie, grammaire, rhétorique, poésie, dialectique.

Conformément à un usage remontant à l’Antiquité et tout particulièrement à un texte fondamental, Les Noces de Mercure et de la Philologie de Martianus Capella (début du Ves. de l’ère chrétienne), les Arts libéraux sont toujours personnifiés sous des traits féminins. La philosophie et les arts libéraux, planche XI du Hortus Deliciarum d’Herrad de Landsberg est peut-être l’image la plus emblématique de l’enseignement des arts libéraux. Autour de la Reine Philosophie, sous des arcs ronds séparés par des colonnes, se trouvent les sept arts libéraux. (Arte regens omnia quae sunt ego philosophia subjectas artes in septem divido partes : moi, la philosophie divine, je gouverne toutes choses avec sagesse; Je présente sept arts qui me sont subordonnés). Poursuivre avec les lumineuses gravures sur :

https://www.liberalarts.org.uk/philosophy-and-the-liberal-arts/

Au Moyen Âge, on distinguait 7 arts libéraux : Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique, Géométrie, Astronomie et Musique. Les trois premiers formaient le cercle d’études appelé Trivium, l’Intelligence, les arts de la parole. Les quatre autres, le Quadrivium, conduisent à l’approfondissement de la connaissance de la terre et du ciel. Toutes ces disciplines sont utilisées dans un seul but : aider à comprendre Dieu.

Le trivium a fourni à la Franc-Maçonnerieles mots de passe, les mots sacrés, le langage convenu, l’alphabet secret, l’usage des initiales, les verbes «lire», «épeler», «écrire» et les modalités de l’expression en loge.

On trouve, déjà énumérés dans les Old Charges (Régius, Cooke, Grand Loge, William Watson, etc) une description des sept Arts Libéraux accompagnant le récit d’Euclide. Ainsi, dans le Régius : «Grammaire est bien la racine pour qui s’instruit par la lecture ; mais le Savoir-faire est supérieur, ainsi que le fruit de l’arbre vaut plus que la racine. Rhétorique est la beauté du rythme, et la Musique un chant suave ; l’Astronomie dénombre et l’Arithmétique établit l’art des preuves ; la Géométrie est la septième science qui permet de montrer le vrai du faux. Ce sont là les sept sciences, dont l’usage conduit au ciel.» Et dans le Cooke : Vous devez savoir qu’il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L’une d’elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c’est la science de la géométrie. Les sept sciences ont les noms suivants : La première qu’on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire. La deuxième est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté. La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l’appelle communément l’art de la sophistique. La quatrième s’appelle l’arithmétique, elle enseigne l’art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses. La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes. La sixième est la musique qui enseigne l’art de chanter selon des notes par la voix, l’orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument. La septième est l’astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Les The Old Constitutions belonging to the ancient and honourable Society of free and accepted Masons de Roberts de 1722 commencent par l’évocation de 7 arts libéraux : 1- It’s Grammar that teaches a Man to speak truly, and write truly. 2- It’s Rhetorick that teaches a Man to speak fair, and in subtle terms. 3- It’s Logick that teaches a Man to discern Truth from Fashood. 4- It’s Arithmetick that teaches a Man to accompt, and reckon all manner of numbers. 5- It’s geometry that teaches Mett and Measure of any thing, and from thence cometh Masonry. 6- It’s Musick that yeachet song and voice. 7- It’s Astronomy which teacheth to know the course of sun, and other ornaments of heaven.

(https://freemasonry.bcy.ca/history/old_charges/roberts_constitutions_1722.pdf)

Les arts libéraux sont rapprochés des sept vertus de la Franc-Maçonnerie: Espérance/Musique, Prudence /Astronomie, Justice/Réthorique, Force/Géométrie, Charité/Grammaire, Foi/Arithmétique, Tempérance /Dialectique.

La Grammaire

Per me quivis discit, vox, littera, syllaba quid sit (Grâce à moi, tout le monde peut apprendre le sens des mots, des syllabes et des lettres).

«Les humbles grammairiens qui se complaisent à la seule Coque, que ne retient pas la graisse de la moelle intérieure : S’ils réclament au dehors des fragments, de la seule coquille Contents, ils ne sont pas capables de goûter la saveur du noyau.» (Alain de Lille, XIIesiècle, traduction du latin).

Les anciennes civilisations n’ont pas toutes développé une pensée grammaticale. Parmi les peuples antiques, seuls les Indiens et les Grecs semblent avoir eu une telle démarche et, si c’est aux Indiens que l’on doit la première grammaire sanskrite, c’est aux Grecs que l’on doit le nom même de «grammaire» ; le terme grammatikê tekhnê apparaissant chez Platon. La Grammaire, comme «science du langage» selon l’expression d’Augustin, était considérée comme la clé de toute connaissance positive et, pour cette raison, le premier des Arts. Guillaume de Conches, comme son maître Bernard de Chartres, souligne le fait que la grammaire est le fondement de tout savoir.

Elle est à la fois la science et l’art du langage : la science, car elle en fait connaître les éléments constitutifs et les principes généraux en s’appuyant sur les théories qu’elle emprunte entre autres à la logique ; l’art, car elle en expose les procédés et les règles.

La grammaire est dite générale quand elle s’attache aux principes communs à toutes langues, particulière quand elle se borne aux formes propres à une seule langue, comparée quand elle met en regard les analogies et les différences entre deux ou plusieurs langues. Toute grammaire traite :

~ de l’aspect matériel du langage : lettres, alphabet, syllabes, accents et signes divers ;

~ de la lexicographie, c’est-à-dire des différentes espèces de mots, de leurs modifications ou inflexions : genres, nombres, cas, personnes, voix, temps, modes ;

~ de la syntaxe, qui enseigne à unir et à combiner les mots pour exprimer nos pensées ;

~ de l’orthographe, de la prononciation.

Les rituels ont une grammaire qui constitue en grande partie le langage maçonnique.

La Rhétorique

Causarum vires per me, alme rhetor, oblige (Grâce à moi, fier orateur, vos discours vont bouger).

La rhétorique est l’art de bien dire et persuader, c’est-à-dire de convaincre, de plaire et de toucher. La rhétorique ne peut produire l’éloquence qui est un don naturel, mais elle apprend à l’orateur à user de toutes ses ressources ; elle lui sert de règle et d’auxiliaire. Dans tout discours, comme dans toute composition littéraire, il faut d’abord trouver ce qu’on doit dire, puis le disposer dans l’ordre le plus convenable, enfin l’orner de tous les agréments du style : de là trois parties dans la rhétorique, l’invention, la disposition et l’élocution.

Dans l’art rhétorique, les moyens de persuasion du discours sont le logosqui relève de la démonstration, de la raison et de l’argumentation, l’ethos qui est ce qui correspond à l’image que le locuteur donne de lui-même à travers son discours (il s’agit essentiellement pour lui d’établir sa crédibilité par la mise en scène de qualités morales comme la vertu, la bienveillance ou la magnanimité) et le pathos, une méthode de persuasion par l’appel à l’émotion du public. On différencie les opérations de la rhétorique en cinq parties : l’invention (inventio, heurisis) ; l’organisation (dispositio, taxis) ; l’élocution, ou plutôt la disposition des mots dans la phrase, l’usage des figures, la question des styles (elocutio, lexis) ; la prononciation du discours (actio, hypocrisis) et sa mise en mémoire (memoria, mnémè). Bien que vilipendée par Platon (dans Gorgias, avec son dialogue sur la rhétorique sophistique, il ne voit qu’une doctrine rejetant toute morale, un discours flattant l’auditoire et agissant sur l’âme par la séduction), cette machine rhétorique, bien organisée en ses parties, permet de construire le discours mais, dans le cas d’une pratique dite spirituelle, elle sert à élever l’adepte ou, en d’autres termes, à lui procurer en lui une augmentation de l’être. Il conviendrait d’introduire d’autres notions qui sont la prudence, la subtilité et la délicatesse.

Dans l’Antiquité, l’art de la mémoire faisait partie de la rhétorique. Cet ars memorendi permettait à l’orateur de retenir les points essentiels de longs discours, à une époque où le matériel et les supports pour prendre des notes étaient peu pratiques. L’art de la mémoire, la mnémotechnique, apportait une aide considérable à l’improvisation ; la mémoire organisée fournissait à l’intervenant les éléments dont il avait besoin.

Démosthène, Cicéron, Quintilien furent de grands rhéteurs.

L’apprentissage de la rhétorique, par un compagnon franc-maçon, est source d’une prise de parole sensible, bienfaisante et profitable à la loge.

La Logique

La dialectique, qui consiste dans l’art de discuter, fut la première forme de la logique. Argumenta sino concurrere plus canino (Comme les aboiements d’un chien, mes arguments se succèdent avec rapidité).

La Logique est la partie de la philosophie qui étudie les lois de la pensée qui, par la suite, enseigne les règles à observer dans la recherche et l’exposition de la vérité. Elle est une science parce qu’elle fonde ses théories sur la connaissance des facultés intellectuelles et qu’elle en déduit les règles auxquelles celles-ci doivent être assujetties. Elle est un art parce que ses préceptes s’appliquent à toutes les sciences et forment la justesse de l’esprit.

La logique traite deux grandes questions, celle de la certitude et celle de la méthode. Dans la première, elle explore les trois systèmes qui s’y rattachent, le dogmatisme, le probabilisme, le scepticisme, distinguant la science et l’opinion, assignant les caractères de la vérité et les causes de l’erreur.Dans la seconde, elle détermine les procédés de la méthode, soit en général, soit par rapport aux diverses sciences particulières (sciences mathématiques, physiques, naturelles, sociales) ; elle montre en même temps quel concours le langage peut prêter aux opérations de l’esprit.

La parole du compagnon, s’appuyant sur la rhétorique, se structure par la logique.

L’Arithmétique

Ex numeris consto, quorum discrimina monstro (J’ai confiance dans les chiffres et je montre comment ils sont liés les uns aux autres).

L’Arithmétique est la science des nombres, de leurs relations, de leurs propriétés. On y fait entrer aussi, habituellement, quelques applications pratiques grâce aux quatre opérations : addition, soustraction, division, multiplication. À la valeur réelle de quantité des nombres, doit s’ajouter leur considération symbolique, leur caractère secret, ésotérique que les gnoses, en particulier celles hébraïque, grecque et islamique, approfondissent pour approcher la connaissance du monde.

L’Astronomie

Ex astris nomen traho, per quae discitur présage (Je dois mon nom aux corps célestes et je prédis l’avenir).

«Remonter des ombres à la lumière qui les induit et de celle-ci à sa source unique, voilà une leçon de Platon, quand il parle de la connaissance. Il ne s’agit pas d’image poétique, mais du geste quotidien des astronomes.» Michel Serres

L’astronomie est la science qui a pour objet la connaissance des astres et des lois qui règlent leurs mouvements. Quand elle est purement descriptive, elle prend le nom d’uranographie (ciel) ou de cosmographie (monde). L’astronomie est l’une des quatre disciplines du Quadrivium, part scientifique de l’ensemble des sept Arts libéraux.

On attribue aux Chaldéens les premières notions de l’astronomie qui, à l’origine, ne se séparaient pas de l’astrologie. Leurs observations se rapportent surtout aux mouvements des constellations ainsi qu’à la marche du soleilet aux phases de la lune. On avait remarqué que le soleil, la lune et les planètes alors connues ne s’écartaient jamais dans leurs mouvements, dans un espace circonscrit ; cette observation donna l’idée de cette zone idéale, nommée Zodiaque, et de sa division en 12 signes.

Les égyptiens avaient des connaissances d’astronomie, ainsi que le prouvent l’orientation de leurs pyramides et leur zodiaque. Les Chinois se vantent de posséder dans leurs annales les observations astronomiques les plus anciennes.

L’histoire de l’astronomie ne commence, en Occident, que vers 600av. J.-C. D’après la tradition, Thalès enseigna la sphéricité de la terre, l’obliquité de l’écliptique et expliqua les causes des éclipses. Vers la même époque, Pythagore devinait la rotation de la terre sur son axe et sa révolution annuelle autour du soleil qu’il plaçait au centre du monde. Cette période de découverte se poursuit avec Pythéas qui observa la longueur du méridien au solstice d’été, à l’aide d’un gnomon comme le fait (en 230 av. notre ère) ératosthène pour calculer la circonférence de la Terre. C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie, construit vers 300 av.J-C, qui en remplit le rôle, qu’ératosthène calcule la première estimation de la circonférence terrestre. ératosthène sait qu’à Syène – aujourd’hui Assouan en égypte – le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith. L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare), la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il « suffit » à ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. On comptait alors 5000 stades et le calcul de proportionnalité avec un angle de 7 degrés et un stade de 157 mètres donne au calcul 40349 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés.

À dater de la fondation de l’école d’Alexandrie, l’astronomie prit une forme plus rigoureuse ; les observations se firent alors au moyen d’instruments ingénieux propres à mesurer les angles, et les calculs s’exécutèrent à l’aide des méthodes trigonométriques. Hipparque, en 160av. J.-C., inventa l’astrolabe, détermina la durée de l’année tropique, forma les premières tables du soleil, fixa la durée des révolutions de la lune relativement aux étoiles et à la terre, et découvrit la précession des équinoxes.

Le Ciel constitue donc bien l’archétype des archétypes, le symbole majeur où se rassemblent, s’organisent et s’expliquent tous les êtres et les choses de l’univers d’ici-bas. Il est le modèle gigantesque du nombreet de l’ordre, comme l’avait bien vu, avant Képler, les Pythagoriciens. C’est le lieu métaphysique par excellence, le réservoir de la Toute Puissance par son élévation exemplaire, le modèle de toute intelligibilité par son ordre exemplaire, le lieu de maîtrise divine sur les destinées et les évènements. Képler pensait que le nombre des planètes et leur disposition n’étaient pas arbitraires, mais une manifestation de la volonté de Dieu. Il avait encastré les planètes connues à l’époque dans les 5 solides parfaits de Pythagore (dits platoniciens). Le modèle proposé figure dans son ouvrage de 1596 Le Mystère cosmique : Terre en icosaèdre, Vénus en octaèdre, Mars en dodécaèdre, Jupiter en tétraèdre, Saturne en cube.

L’orientation du temple maçonnique, la place des officiers représentent le modèle d’une cosmographie sacrée.

La Musique

Musica sum late doctrix artis variate (Je suis la musique et j’enseigne mon art à l’aide de divers instruments).

Si les mots sont le langage de l’esprit, la musique est le langage de l’âme.

«Il faut, en maçonnerie, rendre la vertu aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable» (Ramsay).

La musique est l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille. Les éléments essentiels de la musique sont la mélodie et le rythme, auxquels il faut joindre le timbre et l’accentuation, enfin l’harmonie qui fixe la simultanéité des sons.

Aristote consacre une bonnepartie du dernier livre conservé de sa

Politique (VIII, 5-7) à l’éducation musicale. La musique, selon lui, peut avoir une influence sur le comportement, sur le développement du caractère, sur les dispositions morales, ce que les Grecs appellent l’êthos, de même qu’elle peut avoir une action sur l’âme, la psyché. (à partir de la p. 106, Exercices de mythologie par Philippe Borgeaud, éd. Labor Et fides, 2004)

Pythagore, Platon donnaient au mot musique une acception beaucoup plus étendue que celle que nous lui donnons aujourd’hui. Ils distinguaient une musique théorique ou contemplative et une musique active ou pratique. À la première ils rapportaient l’astronomie (l’harmonie du monde), l’arithmétique (l’harmonie des nombres), l’harmonique (traitant des sons, des intervalles, des systèmes), la rythmique (traitant des mouvements), et la métrique (la prosodie). La deuxième comprenait la mélopée (art de créer des mélodies), la rythmopée (art de la mesure et de la poésie). Musikê était à la fois l’approche scientifique, physique et mathématique, des sons et l’art issu des Muses. Rappelons que la première demande que fit Pythagore au Sénat de Crotone, était de bâtir un Temple aux Muses, comme symboles de l’harmonie qui devait présider à tout groupe social.

Les Hébreux cultivèrent de bonne heure la musique et le chant, témoins les cantiques de Moïse, les trompettes de Jéricho, la harpe de David, etc. La musique était intimement liée à toutes leurs cérémonies religieuses.

Les Romains ne commencèrent à s’occuper de la composition musicale que sous le règne d’Auguste.

Les premiers Chrétiens imitèrent les Juifs sous ce rapport ; de là l’origine du plain-chant créé au IVe siècle par Saint Ambroise et qui est comme un reflet de la musique des Anciens. Jusqu’au XIe siècle il n’y eut guère d’autre musique écrite que les chants d’église. À cette époque, l’invention de la gamme, ou échelle musicale, due au bénédictin Gui d’Arezzo, et celle du contrepoint donnèrent naissance à la musique moderne. C’est avec la connaissance de la musique, c’est-à-dire l’harmonie des sons et la beauté des rythmes que le compagnon règle sa conduite afin de tendre vers la véritable sagesse. «S’il y a une portée, elle doit bien porter quelque chose et s’il y a des clefs, elles doivent bien ouvrir des portes.» Parler de gamme chromatique c’est associer la musique aux couleurs.

Dans son ouvrage Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature, Michel Maïer (qui inspira Monteverdi) explique le Grand Œuvre alchimique par un ensemble de fugues musicales, de gravures et de poèmes, bref un essai d’art total comme l’opéra dont la traduction est justement le mot œuvre.

Le triton ou quarte augmentée (par exemple do, fa dièse), intervalle dissonnant de 3 tons entiers entre deux notes, a été considéré comme maléfique, le diabolus in musica, au Moyen Âge.

On a découvert que certains atomes exposés à des températures proches du zéro absolu commençaient à se comporter comme s’ils étaient un seul et unique atome, alors qu’ils sont des milliards livrés à une ronde synchronisée. Le comité du Nobel, qui décerna le prix Nobel de physique en 2001à Cornell et Wieman, Ketterle pour cette découverte, a dit que les atomes chantaient à l’unisson (découvrant ainsi un nouvel état de la matière appelé condensat de Bose-Einstein) au rythme de la musique cosmique, qui n’est pas sans rappeler le rythme de la danse créatrice de Shiva.

À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et tenues de la loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhausteurs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la loge et les sentiments animant les frères (et sœurs).

Dans certaines loges en Écosse, le rituel est chanté quasi intégralement quasi intégralement depuis des siècles.

La pratique de la musique et du chant en loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi, dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle, à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :

~ Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues, une musique de circonstance.

~ Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent parfaitement aux travaux en loge.

~ Œuvres originales d’inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik (Musique funèbre maçonnique) de Mozart.

La troisième partie des Constitutions d’Andersonest consacrée à 4 chants maçonniques (le Chant du Maître ou l’Histoire de la Maçonnerie ; le Chant du Surveillant ou une autre Histoire de la Maçonnerie ; le Chant des Compagnons ; le Chant de l’Apprenti). L’édition suivante, en 1738, reprend (pour certains, dans une version abrégée) les quatre chants de l’édition de 1723, mais y ajoute sept chants supplémentaires : Chant du Député Grand Maître ; Chant du Grand Surveillant ; Chant du Trésorier ; Chant du Secrétaire ; Chant du Porte-épée ; Ode aux Francs-maçons ; Ode à la Maçonnerie. Les éditions suivantes des Constitutions, celles de 1746, 1756, 1767 et 1784continueront à ajouter et à soustraire des chansons.

Dans les Constitutions de Dermott, Ahiman Rezon, on trouve (1-4) les quatre chansons originales des Constitutions d’Anderson de 1723(on notera que le Chant du Maître, déjà ramené de 244 à 52 vers en 1738, n’en contient cette fois plus que 12) ; (5-8) les quatre premières des sept ajoutées dans l’édition de 1738 ; (9-68) 60 autres chansons ; divers prologues et épilogues ; l’oratorio Solomon’s Temple.

À lire, ce texte de Christian Tourn très documenté sur :

http://taosophie.free.fr/recueil/la_musique_maconnique.pdf

 

liberalarts.org.uk

Philosophy and the Liberal Arts | Essays | Liberal Arts

Philosophy and the Liberal Arts is perhaps the most famous image of liberal arts education. Here the focus is on the seven liberal arts.

Liberal-Arts

Par Solange Sudarskis

extrait d’un de ses livres :

« Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique »

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Introduction aux éléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique 31 janvier, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Introduction aux éléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique

Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui cause les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière.

Max Plank

La Cathédrale va plus loin. Elle s’élève dans l’air. Elle recueille la lumière, l’absorbe, et la transforme de terre, d’eau, d’air et de feu ! Quel athanor a jamais été plus complet pour réaliser la plus belle des alchimies humaines ? Car il s’agit bien d’alchimie. Il s’agit bien de transmutation, non de métal, mais d’homme ; d’homme que l’on veut conduire vers un stade supérieur d’humanité.

Louis Charpentier

Si tu ne peux le calculer montre-le

Socrate

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L’univers est le créateur du modèle de la réalité, il utilise la géométrie comme technique logique de création, donc comme technologie pour harmoniser la réalité ; les lois de la géométrie sont les lois de la vérité. Le compas est l’instrument du temps et de l’espace, le cercle fige le temps pour décrire le contenu de son espace, et comme tout tourne constamment dans l’univers, il ne pourrait en être autrement.

 

Vous avez dit géométrie ?

 

Rien n’est plus facile à apprendre que la géométrie

pour peu qu’on en ait besoin. 

Sacha Guitry

 

Vous n’aimez pas les mathématiques ? Vous pensez que cet opus n’est pas pour vous ? Détrompez-vous. Munissez-vous d’un compas, d’une règle, d’un crayon bien taillé, de feuilles de papier blanches, d’une gomme pour vous rassurer et je vous promets que vous allez vous divertir à faire apparaître, à l’intérieur du cercle, les formes de base de la construction avec lesquelles vous pourriez dessiner le plan de la plus palpitante des constructions, faite de matière et de lumière. Il suffira de suivre les indications données dont la simplicité n’a d’égale que la beauté de ce qui en surgira. Pas de démonstration, juste le plaisir de rendre visible les formes de l’harmonie.

« Depuis la nuit des temps, les hommes ont cherché un langage à la fois universel et synthétique et leurs recherches les ont amenés à découvrir des symboles qui expriment en réduisant à l’essentiel les réalités les plus riches et les plus complexes », (O.Mikhael Aïvanhov, Le langage des figures géométriques).

L’une des expressions de ce besoin a été la création de la science géométrique. Les figures géométriques évoquent dans leur essence des relations spirituelles qui ne sont ni mesurables, ni exprimables de façon totalement adéquate. Cependant, pour être complètement intégrée, cette géométrie a besoin de l’expression artistique qui, seule, peut toucher tous les niveaux de l’être. L’agencement de différents symboles sous une forme artistique peut véhiculer l’expression profonde de multiples niveaux de conscience.

Au-delà des mathématiques, la géométrie préfigure l’architecture, objet spécial des études du compagnon, lui qui doit construire son temple intérieur avec l’aide de ses voyages, ses quêtes, ses travaux, muni de la règle et surtout du compas. L’éloge particulier de la Géométrie qui, dès l’époque médiévale, apparaît synonyme de Maçonnerie, trouve sa justification dans le fait que l’homme travaille toujours par mesure. La Géométrie est citée en cinquième place après la grammaire, la rhétorique, la dialectique et l’arithmétique dans les arts libéraux. Elle est, selon le terme scolastique la quintessence (quinta essentia), la science la plus noble de toutes, celle qui ouvre sur toutes les autres. On trouve dans le Cooke, manuscrit du début du XV: « Vous devez savoir qu’il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L’une d’elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c’est la science de la géométrie ».

Pour le franc-maçon, la relation entre géométrie, art royal de l’architecture et édification spirituelle est incontestable, inspirée de la maxime platonicienne « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre », inscrite au-dessus de la porte de l’école de Pythagore.

Et Platon de rajouter : « la géométrie est une méthode pour diriger l’âme vers l’être éternel, une école préparatoire pour un esprit scientifique, capable de tourner les activités de l’âme vers les choses surhumaines… ». Être géomètre, c’est être capable de démontrer les choses par soi-même. La compréhension du réel ne peut être intégrale. Elle suppose un cheminement de la pensée d’un point de départ à un point d’arrivée, une façon d’épeler les mots et non de leur donner une lecture globale.

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Sur le frontispice des Constitutions d’Anderson on retrouve le théorème de Pythagore concernant les triangles rectangles, le reconnaissant sans doute comme le père de la géométrie mais insistant, aussi, sur le nécessaire savoir qu’apporte la géométrie à un esprit éclairé.

Vers le 6ème siècle avant J.-C., en Égypte ancienne, les nombres ne codaient encore que les impôts, le commerce, les salaires. L’évaluation, par les harpédonaptes (fonctionnaires royaux, arpenteurs géomètres), de la surface des champs cultivables dont la crue du Nil a effacé les bornes de délimitation, ne géométrise pas encore parce que ne cherchant qu’à clore les contentieux entre voisins par la force de l’État. Avec le droit de propriété, voici du droit civil et privé. Mais aussi, en délimitant les bornes, le cadastre royal fixe l’assiette de l’impôt. Voilà du droit public et fiscal. Les nombres ne disent, ainsi, à cette époque, que les relations humaines. Alors que la géométrie était au cœur de la construction des pyramides que l’on peut considérer comme des observatoires de la terre. Y auraient été mémorisées ses mesures par des paramètres scientifiques que l’on retrouve, d’ailleurs, coordonnées autour d’un cercle terrestre dans d’autres constructions sacrées. (on peut consulter ces informations sur ce document passionnant : http://www.youtube.com/watch?v=VLps5Ml6inI).

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Et puis un jour…: de la gigantesque masse de pierres, du mausolée du pharaon Khéops va naître la géométrie sur le sable ensoleillé maquillé par son ombre. En rapportant l’ombre du tombeau à celle d’un poteau de référence, ou à la mesure de son corps, selon la légende, Thalès énonce l’invariance d’une forme malgré la variation de sa taille. En effet, son théorème montre la progression ou la régression infinies de la dimension, dans la conservation d’un même rapport, du colossal, la pyramide, au plus médiocre bâton planté dans le sol. Quel effacement de toute hiérarchie dans le semblable, puisque chaque stade, du plus grand au plus petit, conserve le même rapport.

Thalès se serait servi de sa propre taille comme unité de mesure. Il obtint un résultat de 276,25 coudées pour la hauteur de la pyramide. Nous savons aujourd’hui que la hauteur de la pyramide de Khéops est de 280 coudées.  Impressionnés par ce calcul, les prêtres lui donnèrent accès à la bibliothèque où il put consulter de nombreux ouvrages d’astronomie.

Thalès nous fait découvrir ainsi un monde hors des sociétés où les choses sont en rapport avec elles-mêmes. La proportion parle, sans bouche humaine, montre un ordre qui ne connaît pas la loi sociale, qui échappe à la toute puissance.

Une liberté, une égalité sans pareilles ! Comme le raconte Michel Serres, « Pharaon meurt une seconde fois quand Thalès, en mesurant la pyramide, la réduit à un simple polyèdre dans l’homothétie de son ombre de géomètre ». 

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La proportion analogique, voici la grande conceptualisation grecque, pas celle du rapport simple a/b, mais celle qui intéresse en tant que médiété, celle qui va d’un rapport à un autre en conservant le même rapport tel a/b = c/d et, par substitution, peut passer de celui-ci à un troisième rapport et ainsi de suite (a/b= c/d=e/f=x/y …). Il ne s’agit point de couper quelque chose en part, donc de partager ou de prélever, ce que chacun, généreux ou léonin, sait faire depuis les commencements, mais de construire, pas à pas, une chaîne, donc de trouver ce qui, sous-jacent, stable et glissant, transite le long de son enchaînement. Les Grecs appelleront ce rapport d’analogie « logos ». Comme Platon et Aristote, les Stoïciens penseront que le logos pur est parole, intelligence, qu’il est un accès direct et véritable aux choses, ce que les nombres et leurs rapports peuvent enfin faire.

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Un exemple de cette façon de comprendre le monde est celui du calcul de la circonférence de la terre. C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av. J-C qui en remplit le rôle, qu’Ératosthène, vers 230 avant notre ère, en calcule sa première estimation en se servant de la différence de hauteur du Soleil, le jour du solstice d’été. Ératosthène sait qu’à Syène – aujourd’hui Assouan en Égypte – le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith. L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare) la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il « suffit » à Ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. Un cercle fait 360°, on comptait alors 5000 stades, le calcul  de proportionnalité avec un angle de 7 degrés est donc de  (7 / 360 = 5000 / Circonférence >>>     Circonférence = (360 x 5000) / 7), avec un stade de 157 mètres cela donne 40371 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés.

Le compas, Le mot compas vient du verbe latin « compassare » qui veut dire : mesurer avec le pas. C’est en observant la mâchoire d’un serpent que Talos, neveu et apprenti de Dédale, aurait inventé le compas (et la scie).

est un instrument qui sert à prendre une mesure pour la reporter à l’identique, traçant subséquemment un cercle dont l’ensemble des points se situent à égale distance d’un point appelé centre. Ainsi, le compas délimite le monde mais, aussi, définit ce qu’il contient. C’est ainsi que Dante, dans Le Paradis  (XIX, 40-42), désigne le dieu créateur comme : celui qui de son compas marqua les limites du monde et régla au-dedans tout ce qui se voit et tout ce qui est caché. Le compas est donc symbole de création du monde.

Si le cercle est, dès la plus haute antiquité, associé à la création et/ou à un dieu créateur, le compas en Occident, dès le Moyen Âge, se substitue au cercle : il est l’outil par excellence du créateur.

L’utilisation du compas implique une rotation, donc un mouvement, c’est pourquoi il est perçu comme l’activité dynamique de la pensée et de l’esprit. Il matérialise également ces vertus fondées sur la mesure que sont la prudence, la justice, la tempérance et la sagesse.

Le compas est au ciel ce que l’équerre est à la terre. En effet chacun de ces deux outils est muni de deux branches, celles du compas sont mobiles concrétisant l’universalité du macrocosme, ainsi capables d’exprimer l’ouverture d’esprit, alors que celles de l’équerre, fixes, sont là pour appeler à la rectitude.

Dans la Confession d’un maçon (1727) le compas est lié au serment de l’initié qui le tient alors piqué sur sa poitrine ouvert à 90° (qui est la mesure de l’équerre). Dans le régime rectifié le Vénérable Maître dit à l’initié : « prenez ce compas ouvert en équerre et posez en la pointe avec la main gauche sur votre cœur à découvert… le compas sur le cœur est l’emblème de la vigilance avec laquelle vous devez réprimer vos passions et réguler vos désirs ». Lié au serment de l’initié, alors  ouvert, piqué sur sa poitrine, servant de mise en mémoire par un affect d’un contenu signifiant l’ouverture de conscience, le compas, après avoir été dominé par la matière, devient au cours du chemin initiatique  dominant à son tour ; il a les pointes découvertes et n’est plus protégé. Selon une tradition du compagnonnage, attestée depuis Perdiguier, le compagnon est celui qui sait manier le compas, qui à donc dépassé le stade de l’équerre et acquis la maîtrise du trait. Le mouvement de l’équerre au compas est en fait la traduction du passage symbolico-cosmique de la terre au ciel ou, dit de manière plus maçonnique par le système Émulation, d’une surface horizontale à une vivante perpendiculaire. Notons également que l’équerre, instrument du Maître de la loge, suggère l’espace, la rationalité et l’immanence, tandis que le compas, outil du Grand Architecte, évoque le temps, la spiritualité et la transcendance. Dans la franc-maçonnerie dite « régulière », au premier degré le compas est toujours associé à l’équerre et à la Bible ouverte (volume de la Loi Sacrée), formant ensemble les « trois grandes lumières de la franc-maçonnerie » et dont la présence sur l’autel ou sur le plateau d’Orient est une condition expresse de la régularité des loges (un landmark).

Placé sur l’autel du travail, le compas, parce que de métal, focalise les énergies de la loge vers le Vénérable qui les reçoit et les renvoie chargées de son énergie de sagesse.

Les artistes disposent d’un compas spécial, instrument composé de deux branches fixées entre elles vers le milieu, chacune possédant une pointe à chaque extrémité. L’astuce est que les deux branches sont fixées de manière à ce que le point de fixage se trouve sur les points de proportion d’or des branches. Ainsi, par une simple utilisation du théorème de Thalès, si on écarte deux des pointes sur un segment, les deux autres pointes correspondront au segment considéré, multiplié ou divisé par le nombre d’or.

Au deuxième degré le compas marque, symboliquement et tout particulièrement, l’élargissement des cercles de pensée exprimant un franchissement progressif dans les degrés de la connaissance (dans certaines loges il est ouvert à 30° au premier grade, à 45° au deuxième, à 90° au troisième).

La règle est un instrument rectiligne qui sert à diriger la main pour tracer des lignes droites, c’est aussi ce qui peut conduire, diriger les actions et les pensées des hommes par un jugement droit. La droiture donne la rectitude, la ligne dont il ne faut pas dévier et la loi morale dans ce qu’elle a de rigoureux. L’importance de son enseignement au 2ème  degré est manifeste, la règle est portée durant 3 voyages soulignant l’exigence de ce devoir impératif et de sa constance dans le temps.

Souvent sectionnée en 24 divisions horaires, en bois, la règle est le symbole de la loi commune qui régit les phénomènes du monde réel et du monde spirituel. La répartition de ces divisions se voulait indication de règle de vie pour le franc-maçon comme indiqué dans les Divulgations de Martin Harvey : 6h pour le travail, 6h pour la prière, 6h pour la communauté, 6h pour le repos. La franc-maçonnerie anglo-saxonne la découpe toutefois en 8h pour le travail au chantier, 8h pour la prière et les exercices spirituels, 8h pour le repos et la vie familiale.

La règle, le règlement, est le principe qui dirige un groupe et qui s’impose à lui. Une association d’individus peut se considérer comme constituant un Ordre quand elle présume une Règle ou un Rite à travers lesquels on obtient une déterminante infinie. Un Ordre est initiatique quand la Règle ou le Rite sont tels qu’ils complètent la signification de la parole elle-même. La franc-maçonnerie se définit comme ordre initiatique.

Certaines obédiences, dans le cas de quelques grandes loges dites « régulières », se définissent comme un Ordre initiatique qui, tout en transcendant les spécificités individuelles, regroupe des personnes qui acceptent par serment, de vivre sous certaines règles que l’on appelle « Anciens Devoirs ». Les fondements de la Régularité Maçonnique s’appuient sur le respect d’un ensemble de règles consignées dans les composantes de base que sont les Landmarks, la Règle en douze points de la franc-maçonnerie, la Constitution de la GLNF du 14 novembre 1915 qui inclut le règlement général et les principes de base propres à toute grande Loge régulière : – 1er Surveillant : Frère Second Surveillant, où sont tracées les règles de nos devoirs ? – 2nd  Surveillant : Elles sont empreintes dans nos cœurs ; la raison nous en instruit, la religion les perfectionne, et la tempérance nous aide à les remplir.

Chaque point reporté par le compas représente une connaissance nouvelle ; prendre la pleine mesure du segment tracé, c’est acquérir les savoirs correspondant en les mesurant avec la règle. Règle et compas enseignent à concilier l’absolu de l’infini de la ligne et le relatif limité par l’écartement des branches du compas (le rayon).

Le tracé régulateur est le plan réalisé en premier à l’aide de la règle et du compas. C’est une trame sur laquelle le bâti se fonde. Il est le support de la construction, l’interface entre elle et le lieu qui la porte. Les bâtisseurs se sont évertués à lier la trinité du bâti, du lieu et du sacré, cherchant une harmonie et créant une dynamique entre l’homme, le construit et l’environnement. Par la conscience présente dans la construction est respecté l’endroit et ce qu’il a à offrir, le vivant. Les charpentiers et les tailleurs de pierre se partagent cette science (ou cet art) du trait. Pour les tailleurs de pierre, cela s’appelle la stéréotomie

La corde à nœuds

On dit aussi « corde nouée ». Elle sert à la fois de règle et de compas.

La corde à nœuds  est directement tirée de la maçonnerie opérative où elle était un outil de mesure pour les apprentis qui ne savaient ni lire, ni écrire. Tous les apprentis disposant d’une telle corde pouvaient tracer et mesurer au moyen du même étalon de base. Dès qu’il est question d’établir les plans d’un édifice sacré, on retrouve son utilisation. En fait, la corde est le premier outil dont on se sert sur le terrain, au moment où l’on trace la délimitation des fondations. C’est donc un symbole initiateur.

Dans les opérations d’arpentage, les mesures sont prises au moyen d’une corde nouée qui fournit des dimensions en même temps que des rapports de proportion, par exemple,  la corde celtique comportait 14 nœuds pour 13 intervalles.

L’association de cet outil à la géométrie permettait de construire un angle droit en remplacement de l’équerre et ainsi de tracer le triangle rectangle, nous ramenant au fameux théorème de Pythagore selon lequel la somme  des côtés de l’angle droit est égale au carré de l’hypoténuse. Ce lien entre un fait géométrique, l’angle droit, et une relation de mesure des côtés du triangle, était déjà bien connu des Babyloniens, 2 000 ans av. J.-C., idem chez les égyptiens qui se servaient d’une corde à 13 nœuds (12 intervalles) pour tracer des angles droits. Ainsi munis de cette bonne équerre, les harpédonaptes (les arpenteurs) pouvaient reconstituer chaque année les limites des champs rectangulaires que les crues du Nil avaient fait disparaître en apportant le limon fertile.

Les Égyptiens étaient de grands fabricants de cordes auxquelles ils attribuaient une grande valeur. Un rouleau de corde soigneusement tressé fut l’un des trésors trouvés dans la tombe de Toutankhamon.

On retrouve également l’usage de cordes à nœuds dans les civilisations anciennes. Les Incas, par exemple, utilisaient des assemblages de cordes à nœuds, appelés kippus, pour coder et conserver toute sorte de connaissances, des simples comptes aux rituels et repérages astrologiques.

A l’époque des compagnons constructeurs qui ne savaient ni lire ni écrire, qui ne disposaient pas de rapporteur pour mesurer les angles, il leur était indispensable de connaître des tracés, pouvant être faits avec la corde à nœuds, qui faisaient apparaître les relations entre les mesures et la valeur des angles qui en résultaient.

Dans un certain sens, la corde à nœuds était la représentation d’une structure,

d’un principe supérieur,

qui lie le monde physique au monde spirituel.

La tradition du tracé dans la charpente française a été inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2009.

Les formes ont-elles un symbolisme universel ?

La droite horizontale. Elle représente notre plan terrestre, « plat » par son horizon et sa stabilité apparente. C’est une structure d’accueil de notre matière dont elle est le symbole.

La droite verticale. Elle représente l’Esprit Divin. Elle est une descente de ce « qui est en haut » en reliant le supérieur et l’inférieur. Ce qui est debout, à l’image de l’humain, est ce qui est doué d’esprit, d’intelligence, étant le lien entre le monde divin et les mondes inférieurs.

La diagonale. Elle désigne un mouvement, qui est une progression ou une ascension selon le sens du tracé. Ce mouvement peut être un mouvement temporel ou une capacité d’action, de faire.

La demi-sphère ou demi-cercle : matrice. Elle est le symbole du ciel et la présence de l’esprit divin dans sa projection sur la terre, le visible et l’invisible. De façon plus réduite, la féminité en attente de fécondation.

Le demi-carré ou carré. À l’inverse du cercle ou demi-cercle, il symbolise la terre et l’Homme dans son imperfection. Dans le cas du demi-carré, c’est la complémentarité du visible et de l’invisible. Le carré en position verticale, proche du losange, indique la dynamique du carré, le mouvement c’est-à-dire principe de la vie.

Le double carré permet de montrer le dualisme du bien et du mal.

Le cercle. Il représente le tout fini et infini, l’unité et le multiple, le plein et la perfection ; pour les croyants  il figure le Créateur de l’Univers.

 

SOURCE : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel 1 (première partie) par Jean Pierre-Bonnerot 3 septembre, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 22 janvier 2016

Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel 1 (première partie) par Jean Pierre-Bonnerot

A Déodat Roché qui dans les sphères de l’au-delà

poursuit le cheminement spirituel si pur, qu’il manifesta

par le témoignage de sa vie.

In mémoriam

Le Catharisme se veut et se trouve être la religion de salut fondée sur le Nouveau Testament. Il apparaît dans l’histoire comme l’une des manifestations du courant gnostique chrétien qui, sans chercher à s’opposer à l’Église Romaine, tente de demeurer fidèle aux exigences du christianisme primitif, pour apporter aux hommes ce que les Églises Apostoliques n’avaient voulu ou su offrir à leurs fidèles, dans l’application de la doctrine.

La prise en compte du salut de Lucifer et la responsabilité de l’homme dans la transfiguration du Cosmos (1) est l’une des nombreuses prises de conscience de la pensée cathare. Il en est de nombreuses autres, qu’à l’occasion d’une série d’articles nous aborderons, choisissant d’évoquer présentement la théologie du Baptême dans l’Esprit Saint et le Feu, parce que les Églises chrétiennes n’en perçurent pas l’importance.

Pour pallier cette carence, le Catharisme a mis en place le Consolamentum et érigé une théologie spirituelle inhérente à ce rite, – à ce sacrement ! – et qui prend pour base les écrits du Nouveau Testament et la Foi des Pères de l’Église Primitive.

L’oeuvre n’est pas polémique ; les Cathares n’ont-ils pas offerts à l’histoire une leçon d’amour et de non-violence lorsqu’à l’inverse un Dominique sera canonisé pour son zèle ? et cet ensemble d’articles n’a point pour vocation de solliciter une réhabilitation car la force des armes physiques ne saurait corrompre ou souiller la Foi des Purs. Les calomnies et les mensonges ne peuvent modifier une doctrine qui n’a besoin de personne pour se justifier. Notre tentative est bien autre. Diffamé, le Catharisme dans ses fondements chrétiens n’a pas toujours eu des docteurs pour la présenter et sans prétendre être l’un d’eux, nous nous devons par contre, comme historien des idées, de révéler ce qui fut caché : la pleine orthodoxie de la doctrine cathare, puisque, comme le rappelle Maurice Magre :

« Le silence est l’arme la plus puissante du mal » (2)

*

* *

La doctrine des trois Baptêmes des trois naissances et des trois morts

« Or un homme d’entre les Pharisiens qui s’appelait Nicodème et magistrat des Juifs, vint vers lui la nuit et lui dit : Rabbi, nous voyons bien que tu es un docteur venu de la part de Dieu ; car nul ne saurait opérer les prodiges que tu fais, si Dieu n’était avec lui.

– En vérité, en vérité je te le dis, répliqua Jésus, à moins de renaître, nul ne saurait voir le Royaume de Dieu.

– Mais, objecta Nicodème, comment un homme déjà âgé peut-il renaître ? peut-il rentrer dans le ventre de sa mère pour recommencer une nouvelle naissance ?

– En vérité, en vérité, je te le dis, reprit Jésus, si quelqu’un ne naît de l’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; il faut naître de l’esprit pour être esprit. Ne sois donc pas si stupéfait que j’aie dit : Il vous faut renaître ! » (Jean III, 1-9).

Naître de l’eau et de l’Esprit ! Dans le cadre de l’Église Primitive, le baptême d’eau était le baptême de repentance prêché par Jean le Baptiste par cette voix qui crie dans le désert : « Redressez le chemin du Seigneur » (Jean I, 23) ; mais cette cérémonie préparait à un autre baptême aux tout autres vertus et, lorsque Jean verra venir Jésus vers lui, ne s’écrira-t-il pas :

« Voici venir l’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde, dit-il, celui dont j’ai prêché : “Derrière moi vient quelqu’un qui est mon aîné et mon supérieur”. Je ne le connaissais pas mais celui qui m’a donné mission de baptiser dans l’eau m’a dit : “L’homme sur lequel tu verras l’Esprit descendre d’en haut et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint. Or j’ai vu et je rends donc témoignage que celui-là est le Fils de Dieu” ». (Jean I, 29-32).

À propos de Jésus qui baptise dans l’Esprit Saint, il est rapporté dans deux des Synoptiques, cette phrase de Jean le Baptiste :  « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le Feu » (Matthieu, III, 11 et Luc III, 16). Cette phrase relie le baptême dans l’Esprit Saint au baptême dans le Feu de telle sorte qu’il ne s’agit que d’un seul sacrement de régénération par le Christ. Si donc l’Eglise a envisagé le baptême de Feu comme étant celui du martyre, il conviendrait mieux de le considérer – et nous le prouverons – comme le baptême de Désir, au sens le plus spirituel du terme.

Avant d’aller plus outre, réfléchissons un instant sur l’emploi des mots « eau et Esprit » dans l’entretien de Jésus avec Nicodème.

« [Dans le Principe] Élohim créa les cieux et la terre. La terre était déserte et vide. Il y avait des ténèbres au-dessus de l’abîme et l’esprit d’Élohim planait au-dessus des eaux » (Genèse I, 1-3)

Rachi en son Commentaire du Pentateuque écrit à l’égard de ce verset 2 :

« Le souffle de Dieu planait. Le trône de la Majesté Divine se tenait dans les airs et planait à la surface des eaux, par la seule force du souffle de la parole du Saint Béni-soit-Il et par Son ordre. Telle une colombe qui plane sur son nid » (3).

Or, l’Esprit Saint qui planait sur les surfaces des eaux, ne va-t-il pas planer de nouveau sous forme d’une colombe au-dessus de Jésus-Christ lors du baptême par Jean ?

Il convient de rapprocher Genèse I, 2 du Psaume XXXIII 6-8 :

« Par la parole de Iahvé les cieux ont été faits et par le souffle de sa bouche toute leur armée. Il rassemble, comme dans une outre, les eaux de la mer, il met les flots dans des réservoirs ».

L’Esprit et l’eau précèdent la création originelle qui s’achève « provisoirement » avec la création de l’homme devenu une âme vivante. Avec la chute, la création est entravée dans son devenir originel, et il convient que l’homme soit restauré dans sa condition première pour permettre la délivrance de la nature assujettie à la vanité : sur ce point, nous renvoyons le lecteur intéressé à notre étude sur Satan.

Pour permettre à l’homme de retrouver sa condition première, l’Esprit et l’eau vont de nouveau être présents dans le cadre du Baptême qui lavera la faute originelle, et ce sacrement sera instauré et actualisé lors du baptême de Jésus par Jean : ce rite est une nouvelle création en ce fait qu’il débouche pour l’homme vers une nouvelle naissance à Dieu.

Grégoire de Naziance en son Homélie pour le Saint-Baptême, signale :

« Il est trois espèces de nativités reconnues par les Écritures ; la première est corporelle, la deuxième vient du baptême et la troisième procède de la résurrection… toutes ces formes de nativités, il est bien évident que mon Christ les a honorées ; la première par cette insufflation primordiale qui inaugure la vie physique, la deuxième par son Incarnation et le baptême qu’Il se conféra lui-même ; la troisième par l’Ascension qu’il avait lui-même prédite ; ainsi qu’il fut le premier né parmi de nombreux frères, il fut aussi jugé digne de renaître le premier d’entre les morts » (4)

Cette présence de l’Esprit Saint lors des deux premières naissances, Grégoire de Naziance la signale explicitement, elle est la condition de la restauration de l’homme dans la vie divine et Jean Scot évoque cet aspect en son Commentaire sur l’Évangile de Jean :

« La naissance selon l’esprit, celle dont le Seigneur parle maintenant en ces termes : “S’il ne naît de nouveau”. C’est par cette naissance que la nature humaine commence à retourner vers son ancienne dignité, dont elle était déchue » (5).

Dans le cadre des deux premières naissances – la troisième n’ayant pas encore eu lieu – l’eau et l’Esprit sont donc présents : « telle une colombe qui plane sur son nid ».

*

* *

L’Église enseigne en son Credo qu’il n’y a qu’un seul baptême pour la rémission des péchés mais reconnaît trois baptêmes quant à la forme.

1 le Baptême d’eau ou le baptême de repentance

2 le Baptême d’esprit ou le sacrement de la confirmation ou chrismation

3 le Baptême de Feu qui devrait être plus exactement le Baptême de Désir ou le martyre.

Origène et Ambroise de Milan quant à eux précisent qu’ils connaissent trois sortes de morts et le Maître Alexandrin explique :

Quelles sont ces trois morts ? On vit pour Dieu et on est mort au péché selon l’apôtre. Cette mort est bienheureuse : on meurt au péché. C’est de cette mort qu’est mort mon [Seigneur] : Car la mort dont il mourut fut la mort au péché. Je connais encore une autre mort par laquelle on meurt à Dieu, celle dont il s’agit dans la parole : l’âme pécheresse elle-même mourra. Je connais aussi une troisième mort, selon laquelle nous croyons communément que ceux qui ont quitté leurs corps sont morts : par exemple Adam vécut 930 ans et mourut” (6)

L’idée des trois baptêmes, des trois naissances et des trois morts est beaucoup plus complexe que l’on ne se l’imagine.

1 A propos de la mort au péché, l’homme y est appelé par le baptême et Saint Paul de s’écrier :

« Que dirions-nous alors ? Nous persisterons dans le péché pour que la grâce opère une fois de plus ! Non certes ! Nous qui sommes morts au péché comment vivons-nous encore dans le péché ? Oubliez-vous donc que tous, quand nous avons été baptisés en Christ Jésus, nous avons été plongés dans sa mort ? Oui ! par le baptême nous avons été ensevelis avec lui dans la mort : afin que comme le Christ a été ressuscité des morts par la gloire du Père, ainsi nous marchions désormais dans une vie nouvelle : car si nous avons été implantés en lui dans le symbole de sa mort, c’est pour ressusciter avec lui » (Romains VI, 1-7)

2 A propos de la mort à Dieu, il est écrit en Ezechiel XVIII, 4 :

« Voici toutes les vies sont à moi, la vie du père et la vie du fils sont à moi. La personne qui pêche c’est elle qui mourra ».

Ce verset est à rapprocher de Deutéronome XXIV, 16 : « Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils et les fils ne seront pas mis à mort pour les pères : chacun sera mis à mort pour son propre péché ».

Il importe toutefois de se souvenir des leçons du Judaïsme dans le commentaire de la Thora et Rachi commente ainsi le verset qui précède : “Chacun mourra pour son péché. Mais celui qui n’est pas encore un homme ne pourra mourir pour un péché de son père, les petits enfants peuvent mourir par le péché de leur père par décret céleste“. (7)

Le problème de la mort des enfants innocents a souvent préoccupé le Judaïsme qui à travers Deutéronome XXII, 7 : « laisse la mère, laisse-la, et les petits tu pourras les prendre; ainsi tu seras heureux et tu prolongeras tes jours » perçoit l’idée d’épreuves selon laquelle « Celui qu’il aime, l’Eternel le met à l’épreuve tel un père, le fils qui lui est cher » (Proverbes III, 12) et Rabbi Simon ben Yo’haï explique :

« Si un père perd son fils, il ne doit pas se plaindre, car c’est un signe que l’Éternel l’aime ». (8)

Il n’est pas sans intérêt d’évoquer Rachi et quelques autres maîtres du Judaïsme, cela n’est pas contraire à la réflexion philosophique du christianisme puisque dans la seconde moitié du XIIIe siècle les philosophes et les théologiens chrétiens traduisent en latin avec beaucoup de soin des passages du Talmud et de Rachi (9).

Gardons en mémoire Exode XX, 5-7 :

« Car moi, Iahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, punissant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération, pour ceux qui me haïssent, et faisant grâce jusqu’à la millième pour ceux qui m’aiment et observent mes commandements ».

Il n’y a pas de contradiction entre Deutéronome XXIV, 16 et Exode XX, 5-7 et ils ne s’opposent pas. Par ce dernier verset se dessine l’idée de communion des Saints qui sera l’un des apports les plus marquants de la théologie chrétienne. Le Zohar en son explication d’Exode XX, 5 précise à son égard :

« Et pourtant pourquoi faut-il que meurent ces malheureux enfants qui sont sans péché et sans reproche ? Où est ici le jugement juste et équitable du Maître du monde ? Si ce sont les péchés des parents qui sont cause de leur mort, alors vraiment, ils n’ont “personne pour les consoler”. Mais en vérité les larmes versées par ces “opprimés” agissent comme intercesseurs et les défenseurs pour les vivants qu’ils protègent ; et par la vertu de leur innocence, par la puissance de leur intercession, un lieu est, en son temps, préparé pour eux, auquel ne peuvent accéder ou prétendre les hommes même les plus justes, car le Saint, béni soit-Il, aime en vérité ces petits enfants d’un amour éminent et sans pareil. Il les unit à lui et tient prêt pour eux un lieu céleste tout proche de lui. C’est à leur propos qu’il est écrit : “Par la bouche des enfants et des nourrissons, Tu as fondé Ta puissance” » (Psaume XIII, 3) (10)

3 La mort « commune » qui marque la séparation de l’âme et du corps n’est pas si banale qu’on se le peut imaginer et à cet égard, Ambroise de Milan nous dit :

« La troisième tient du milieu : elle parait bonne aux justes et terrible au grand nombre ; quoiqu’elle libère tous les hommes, peu s’en réjouissent. Ce n’est pas sa faute mais celle de notre faiblesse : nous sommes captivés par les plaisirs sensuels et les délices de cette misérable vie, et nous tremblons d’arriver au bout d’une course où nous avons rencontré plus d’amertume que de plaisir. Je ne parle pas pour ces hommes saints et sages qui gémissaient sur la longueur de ce pèlerinage ; ils jugeaient meilleur d’être dessous, d’être avec le Christ, ils allaient jusqu’à maudire le jour de leur naissance comme celui qui a dit : “Périsse le jour où je suis né” ». (Job III, 3) (11).

À travers ces trois morts qu’évoquent Origène et Ambroise, il est possible de dresser une analogie avec les trois naissances qu’énonce Grégoire de Naziance et la doctrine des trois baptêmes.

1 Au Baptême de repentance ou baptême d’eau correspond la naissance selon la chair et la mort au péché ;

2 Au Baptême d’Esprit et de Feu correspond la naissance au baptême et la mort à Dieu ;

3 Au Baptême de Désir correspond la résurrection et la mort physique comme séparation de l’âme et du corps.

Existe-t-il une opposition entre ces trois formes ? Certes non ! L’ensemble de ces tris naissances et de ces morts s’inscrit dans un seul Baptême dans le cadre duquel le chrétien vit le Sacrement depuis son catéchuménat dans lequel il s’inscrit à l’occasion de sa naissance terrestre, jusqu’au stade de la rédemption que connaîtra celui qui bénéficiera de la mort physique où le corps devenu inutile et dissous laissera l’âme libre d’aller dans le Royaume de Dieu.

Il convient de renaître pour entrer dans le Royaume. Si l’Église Primitive comprit le sens de cette adresse du Christ à Nicodème – nous le verrons plus loin – les structures ecclésiales depuis de nombreux siècles choisirent de ne pas en percevoir les conséquences doctrinales et liturgiques préférant considérer cette parole du Christ comme une phrase symbolique et Jean Chrysostome à propos de son homélie sur l’entretien de Jésus avec Nicodème s’exclame, par exemple :

« Reprenons donc la suite des paroles de notre évangile. Nicodème était tombé dans des considérations terre-à-terre, il avilissait ce qu’avait dit Jésus-Christ, l’entendant d’une naissance charnelle » (12).

Nous verrons plus outre qu’il convient de ne point entendre ces termes selon un mode symbolique, que constitue la réponse de Jésus à Nicodème.

*

* *

Le Baptême d’eau ou de repentance : Première étape du Consolamentum

La préparation, l’introduction au Baptême de repentance accompli par le Baptiste passe par la conversion :

« En ces jours-là arrive Jean Baptiste, il proclame dans le désert de Judée : Convertissez-vous, le règne des cieux est proche ». (Matthieu III, 1-3)

et Jean d’ajouter à propos de ce qu’il fait :

« Moi je vous immerge dans l’eau pour la conversion ». (Matthieu III, 11)

La conversion suppose une faculté autonome de conscience qui n’appartient pas en principe à l’enfant : voilà la raison pour laquelle le Catharisme s’opposa toujours à l’administration de ce rite avant l’âge de sept ans :

« Le baptême donné aux enfants avant l’âge de sept ans ne vaut rien » (13).

Dans cette prise en compte de l’âge de sept ans, figure peut-être, sans en percevoir les motifs, l’idée de certains courants religieux chrétiens qui considèrent que l’âme ne se fixe définitivement dans le corps qu’à l’âge de sept ans, ce que le savoir populaire nomme à ce propos, l’âge de raison.

Avant d’aller plus outre, il convient, à la lumière de la Tradition, d’évoquer un certain nombre d’aspects quant à l’âme :

. l’âme préexiste-t-elle à la création du corps ?

. à quel instant l’âme s’unit-elle au corps ?

. existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps ?

. l’âme peut-elle quitter le corps et dans l’affirmative sous quelle condition ?

A/ L’Ame préexiste-t-elle à la création du corps ?

Le terme âme, apparaît pour la première fois dans la Bible, dans le cadre de la création de l’homme :

« Alors Iahvé Élohim forma l’homme, poussière provenant du sol et il insuffla en ses narines une haleine de vie et l’homme devint une âme vivante ». (Genèse II, 7)

Avant d’envisager l’exégèse chrétienne, revenons un instant au judaïsme dans le cadre du commentaire de Rachi sur le Pentateuque qui, à l’égard de ce verset écrit :

« Il l’a formé d’éléments d’ici-bas et d’éléments d’en-haut. Le corps d’en bas ; l’âme d’en-haut. Car le premier jour avait été créé les cieux et la terre. Le deuxième jour Il a dit : Que la terre ferme apparaisse ne bas. Le troisième jour Il a créé les luminaires, en haut. Le quatrième jour Il a dit : Que les eaux pullulent etc, en bas. Il fallait bien le cinquième jour achever avec le monde d’en haut et avec le monde d’en bas. Sinon il y aurait eu jalousie dans l’oeuvre de la Création, l’un des deux aurait dépassé l’autre d’une journée de création ». (14)

Ce qu’il convient de retenir c’est le principe d’alternance et de complémentarité du haut et du bas dans le plan divin de la Création. Les auteurs classiques de l’exégèse de la Thora expriment des idées originales qui méritent d’être soulignées avant d’aller plus outre à propos de ce verset :

« En recevant le souffle de vie “dans la face”, l’homme fut élevé au-dessus des créatures, au sens physique comme au sens moral. Il présente de ce fait le plus parfait contraste avec la plante. Celle-ci rivée au sol, tire la sève de sa vie des racines donc de ses extrémités inférieures. Chez l’animal le centre vital se situe au coeur, à la partie centrale du corps. Mais chez l’homme la vie est liée à l’esprit, à “la face”, à la couronne de son être. L’homme porte ses regards vers en haut, il reçoit toutes ses forces “d’en haut”, quand il espère, quand il désire, quand il pense. La vie insufflée dans la face porte l’homme et elle le soutient, si bien qu’il tombe lorsqu’il perd conscience ». (15)

Le fait qu’Adam possède une âme vivante issue du souffle de Dieu, a des raisons d’ordre mystique, il s’opère une alliance entre Iahvé Élohim et l’homme selon laquelle l’humain créé à l’image de Dieu doit tendre à Sa ressemblance et Carlo Suarès d’écrire en son Commentaire de la Genèse : La Kabbale des Kabbales au sujet de ce verset 7, à propos d’Adam :

« Il n’est pas l’aboutissement des espèces. Il est leur origine. Au verset 7 (sous l’égide de ce 7), il lui est accordé le “souffle des vivants”, et voici un Aleph dans le sang, voici un Adam “surgir vivant pour les exigences du souffle de vie » (16)

En complément à ce qui précède, l’enseignement du Zohar précise :

« Une tradition nous apprend que par la force de la volonté du Roi Suprême, un arbre puissant poussa. Il est la plus élevée de toutes les plantes d’en haut. Il embrasse les quatre points cardinaux du monde et ses racines s’étendent sur un espace de cinq cents lieues. Toutes les volontés sont suspendues à cet Arbre ; nulle volonté n’est bonne, si elle ne concorde avec celle de cet arbre. A son pied sourdent les eaux qui donnent naissance à toutes les mers. C’est de son pied que toutes les eaux créées au moment de la création se dirigent dans diverses directions ; c’est de là qu’émanent toutes les âmes du monde. Avant de descendre dans ce monde, les âmes entrent dans le Jardin ; et, en sortant, elles reçoivent sept bénédictions et sont exhortées de servir, à leur sortie du Jardin, de pères aux corps, c’est à dire de guider les corps paternellement en les maintenant dans la bonne voie ; car, quand l’image céleste, c’est à dire l’âme est sur le point de descendre en ce monde, le Saint Béni-Soit-Il, la conjure d’observer les commandements de la Loi, et de faire Sa volonté ; il lui confie en outre cent clefs, auxquelles correspondent les cent bénédictions que l’homme doit prononcer chaque jour » (17)

Nous citerons encore deux passages du Zohar qui précisent :

« Tous ceux qui conduisent les hommes dans les diverses générations existaient, en image, au ciel, avant leur venue en ce monde. La tradition nous apprend que toutes les âmes des hommes étaient déjà gravées au ciel sous la forme des corps qu’elles étaient destinées à animer, avant même leur descente ici-bas » (18)

et d’autre part :

« Remarquez que toutes les âmes dans ce monde qui sont le fruit des oeuvres du Saint Béni-Soit-Il, ne forment avant leur descente sur la terre, qu’une unité, ces âmes faisant, toutes parties d’un seul et même système. Et lorsqu’elles descendent en ce bas monde, elles se séparent en mâles et femelles ; et ce sont les mâles et les femelles qui s’unissent… Ce n’est qu’après leur descente en ce monde, qu’elles se séparent, chacune de son côté, et vont animer deux corps différents, celui d’un homme et celui d’une femme. Et c’est le Saint -Béni-Soit-Il qui les unit de nouveau ensuite, lors du mariage » (19).

Ces passages du Zohar sur la descente de l’âme sont à relier à l’affirmation de Jésus à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis ; répliqua Jésus, à moins de renaître, nul ne saurait voir le royaume de Dieu” (Jean III, 3) car il est dit encore en Jean III, 13 : “Et nul n’est monté au ciel sinon celui qui du ciel est descendu ».

Ce verset fait bien entendu appel à l’idée de la préexistence des âmes que nous allons analyser bientôt, mais aussi à celle de l’origine céleste de l’âme, article de foi que nous retrouvons dans l’Hermétisme et dans les gnoses apparentées à l’Hermétisme comme celles que manifestent des philosophes tels que Numénius, Porphyre, Jamblique, Plotin, et que l’on retrouve aussi par exemple dans les Oracles Chaldaïques. Déjà antérieurement, cette croyance figurait chez les Pythagoriciens, mais il n’est pas ici le lieu de traiter des philosophies et des gnoses païennes, c’est pourquoi, nous renvoyons le lecteur, afin d’une première approche aux tentatives de Louis Rougier et R.P. Festugière, par exemple. (20)

L’Ancien Testament possède en plusieurs versets, cette affirmation de la préexistence de l’âme :

« Avant même que je te forme dans le ventre, je te connaissais, et avant que tu sortes du sein, je t’avais consacré, je t’avais placé comme prophète pour les nations ». (Jérémie I, 5)

« J’étais un enfant d’un bon naturel, j’avais reçu en partage une âme bonne, ou plutôt, étant bon, j’étais rentré dans un corps sans souillure ». (Sagesse VIII, 19)

Le judaïsme en son orthodoxie et la doctrine kabbalistique professent la migration des âmes et le lecteur appréciera peut-être cette adresse de l’éminent professeur Gershom. G. Scholem, toutefois en pensant qu’il y a d’autres points d’accord, sans doute : « L’unique doctrine dans laquelle cathares et kabbalistes se rencontrent sur un point capital est celle de la migration des âmes ». (21)

Origène en ses Homélies sur Jérémie n’évoque présentement pas l’idée de préexistence des âmes et son exégèse du verset cité ci-dessus s’inscrit en ces termes :

« Avant de t’avoir façonné dans le ventre de ta mère je te connais, qu’ils soient dits à Jérémie ou au Sauveur, lis la Genèse, observe ce qu’il y est dit de la création du monde et tu remarqueras que l’Écriture s’exprime d’une manière très dialectique, en évitant de dire : Avant de t’avoir fiat dans le ventre de ta mère je te connais. En effet lorsque l’homme “à l’image” a été créé, “Dieu dit : Faisons un homme à notre image et à notre ressemblance”. Il n’a pas dit : Façonnons ; mais quand il a pris, “du limon de la terre”, il n’a pas “fait” l’homme, il a “façonné” l’homme et il plaça dans le paradis l’homme qu’il avait “façonné”, pour le travailler et le garder. Si tu peux, vois ce qui distingue les mots “faire” et “façonner” et pourquoi le Seigneur, s’adressant soit à Jérémie, soit au sauveur, a évité de dire : Avant de t’avoir “fait” dans le ventre de ta mère je te connais : la raison en est que ce qui a été “fait” n’est pas dans un ventre, mais c’est ce qui est façonné à partir du limon de la terre qui est créé dans un ventre » (22).

Il n’était pas sans intérêt d’évoquer cette exégèse qui dans le Peri Archon à propos de ce même verset offre l’idée complémentaire de la préexistence de l’âme :

« Le prophète Jérémie lui aussi le montre clairement : “avant d’être façonné dans le sein maternel”. Jérémie était connu de Dieu et “avant de sortir de la matrice” il a été sanctifié par Dieu et a reçu encore enfant, la grâce de la prophétie : … Il y a eu, pour ceux, dont les âmes avant de naître dans un corps avaient commis une faute dans leurs sentiments ou dans leurs mouvements, des causes antécédentes qui ont amené la divine providence à des les juger dignes de subir à bon droit cet état… Il est vraisemblable que ces mouvements sont causes de mérites avant même que les âmes agissent en ce monde ; et ainsi en fonction de ces causes ou de ces mérites, le plan de la divine providence fait qu’elles endurent du bien ou du mal aussitôt leur naissance, dirais-je, avant » (23).

Pour l’heure nous constatons le prudence d’Origène : il l’expliquera et nous le laisserons parler à propos de ce passage de Genèse XXV, 22-27 :

« Comme les fils s’entrechoquaient dans son sein, elle dit : “S’il en est ainsi, pourquoi moi ?”. Elle alla donc consulter Iahvé et Iahvé lui dit : “Deux nations sont dans ton ventre et deux peuplades de tes entrailles essaimeront : l’une des peuplades sera plus forte que l’autre et l’aîné servira le cadet !” Quand furent accomplis les jours de son enfantement, voici qu’il y avait des jumeaux dans son ventre ! Le premier sortit, il était roux, tout semblable à un manteau de poils. On l’appela du nom d’Esaü. Après cela sortit son frère. Sa main tenait le talon d’Esaü et on l’appela du nom de Jacob ».

Le rabbin Elie Munk en La voix de la Thora à l’égard du verset 22 écrit : « En tout état de cause, l’Écriture tient à nous faire comprendre que l’hostilité irréductible qui sépare les deux frères Jacob et Esaü pendant toute leur existence n’a pas son origine en des motifs de jalousie ou de rivalité politique et économique, etc., mais qu’elle remonte à des divergences congénitales de caractère qui se manifestèrent, dès avant leur naissance, dans le sein maternel ». (24)

Origène en ses Homélies sur la Genèse écrit cette prudence énoncée :

« Mais que sont ces privilèges de naissance, pourquoi Jacob a-t-il supplanté son frère, pourquoi est-il né lisse et nu, alors qu’assurément tous les deux ont été conçus, comme dit l’Apôtre, “d’un seul homme”, “Isaac notre Père”, ou bien pourquoi Esaü est-il tout entier hirsute, hérissé et pour ainsi dire recouvert de la crasse du péché et du mal, ce n’est pas mon intention de l’expliquer. Car si je veux creuser profond et, découvrir les filets d’eau vive qui se cachent, les Philistins aussitôt vont arriver et me chercher querelle, ils vont soulever contre moi disputes et chicanes et se mettre à remplir mes puits de leur terre et de leur boue. En vérité ; si ces Philistins me laissaient faire, moi aussi je m’approcherais de mon Seigneur, de mon très patient Seigneur qui dit : “Je ne repousse pas celui qui vient à moi” ; je m’approcherais, et, comme ses disciples qui lui dirent “Seigneur qui a péché, lui ou ses parents, pourqu’il soit né aveugle ?”. Je l’interrogerais moi aussi, et je lui dirais : “Seigneur qui a péché, cet Esaü ou ses parents, pour qu’il soit né de la sorte tout entier hirsute et hérissé, pour qu’il soit supplanté par son frère dans le sein de sa mère ? Mais si je fais mine d’interroger et de scruter là-dessus la parole divine, les Philistins aussitôt me cherchent noise et me chicanent. Aussi nous abandonnerons ce puits, nous l’appellerons “inimité” et nous en creuserons un autre ». (25)

Il serait loisible à l’égard de l’Ancien Testament de multiplier les exemples quant à la préexistence de l’âme et le fait vaut pour le Nouveau Testament pour lequel nous évoquerons quelques passages aussi, avant d’en venir à la façon dont les Pères de l’Église conçurent l’idée de la préexistence et de la migration des âmes.

Le lecteur garde en mémoire l’entretien de Jésus avec Nicodème évoqué dès le début de la première partie de cette étude (Jean III, 1-9).

Dans le Nouveau Testament, nous choisirons deux autres textes, l’un tiré de l’Évangile, l’autre de l’Apôtre Paul, afin de compléter ce qui précède :

« Les disciples lui demandèrent : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Élie doit venir d’abord ? Il répondit : Oui, Elie vient et il va tout rétablir, mais je vous dis qu’Elie est déjà venue et, au lieu de le reconnaître, il lui ont fait ce qu’ils ont voulu. De même ils vont aussi faire souffrir le Fils de l’Homme. Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean Baptiste » (Matthieu XVII, 10-14).

Ce passage est à relier à Luc I, 15-18 :

« Car il sera grand devant le Seigneur, il ne boira ni vin, ni rien de fermenté, il sera rempli de l’Esprit Saint dès le ventre de sa mère, et il retournera beaucoup de fils d’Israël vers le Seigneur leur Dieu. Lui-même le précèdera avec l’esprit et la puissance d’Elie ».

Pour faire corollaire à ces deux textes voici deux passages de l’Apôtre :

« Mais nous – j’entends ceux qui sont des élus conformes à la prédestination, -nous savons qu’à ceux qui aiment Dieu tout contribue à leur bien. Car ceux qu’il a prévus, semblables à l’image de son Fils, il les a prédestinés pour que son Fils fut le Premier Né d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, c’est pour les glorifier ». (Romains VIII, 28-31)

« Lorsque Rebecca, conçut deux fils jumeaux de notre père Isaac, le choix de Dieu, en se déclarant avant qu’ils fussent nés et n’eussent donc fait ni bien ni mal, manifeste bien que ce ne sont pas les oeuvres mais la volonté de dieu qui détermine son choix lorsqu’il dit à Rebecca : “Le plus grand sera le serviteur du plus petit” et de même il est écrit : “J’ai aimé Jacob et haï Esaü”. Alors nous dirons donc qu’il y a injustice de Dieu ? Non certes ! » (Romains IX, 10-15)

Origène à l’égard de ce passage aux Romains s’exclame :

« Alors, en scrutant les Ecritures avec plus de soin au sujet d’Esaü et de Jacob on trouve qu’il n’y a pas d’injustice de la part de Dieu, quand, avant leur naissance et avant qu’ils aient fait quoi que ce soit, dans cette vie évidemment, il est dit que l’aîné servira le plus jeune, et on trouve de même qu’il n’y a pas d’injustice dans le fait que Jacob ait supplanté son frère dans le sein de sa mère, si on pense qu’il a été aimé de Dieu, avec raison jusqu’à être préposé à son frère à cause des mérites d’une vie précédente, bien entendu » (26).

Le « Bien entendu » a son importance ! …

En ce qui touche Luc I, 15-18, Origène écrit sur Jean I, 21 :

« Donc si d’une part on n’ignorait pas que Jean était fils de Zacharie et si d’autre part les juifs de Jérusalem envoyaient une délégation pour demander par l’intermédiaire des Lévites et des prêtres : “Est-ce toi Elie ?” il est clair qu’ils posaient cette question parce qu’ils croyaient que la doctrine de la réincarnation était vraie, puisque conforme à la tradition de leurs pères et nullement étrangère à leur enseignement ésotérique. Jean répond donc : “Je ne suis pas Elie, parce qu’il ignore sa propre existence antérieure” ». (27)

La doctrine de la préexistence de l’âme et de la réincarnation est très ancienne et fortement présente dans la doctrine orthodoxe chrétienne et la pensée des premiers pères, comme nous allons le montrer.

A propos de la question Comment voir Dieu, Justin en son Dialogue avec Tryphon manifeste naturellement sa croyance en la réincarnation :

– « Est-ce lorsque l’âme est encore dans le corps qu’elle a besoin de Dieu ou lorsqu’elle l’a quitté ?

– Tant qu’elle est dans la forme humaine, l’âme, dis-je, peut acquérir cette vision par l’esprit ; mais c’est surtout lorsqu’elle est dégagée du corps et rendue à elle-même, qu’elle atteint ce qu’elle avait toujours désiré.

– Est-ce qu’elle s’en souvient lorsqu’elle retourne dans un homme ?

– Je crois que non, dis-je » (28)

Avant d’aller plus outre, il convient de régler un malentendu avec conséquences tragiques qui persiste depuis deux mille ans dans la philosophie chrétienne et qui aujourd’hui est encore existant chez les théologiens et les philosophes c’est l’idée de métempsychose assimilée au principe de la réincarnation, et il y a encore quelques mois nous devions expliquer la différence entre ces deux mots à un éminent philosophe chrétien, professeur titulaire de philosophie médiévale à la Sorbonne et correspondant de l’Institut, comme beaucoup d’autres, que nous admirons, sans exception, par ailleurs.

Un exemple suffira – et qui excusera les historiens des idées, contemporains : Jérôme en son Traité sur les erreurs contenues dans le Livre des Principes d’Origène écrit tout en citant ce texte d’Origène :

« Il ajoute ensuite : “A moins qu’on ne veuille donner le nom d’obscurité et de ténèbres à ce corps épais et terrestre dont nous sommes revêtus, et dans lequel nous reprendrons une nouvelle vie lorsque ce monde sera fini et qu’il nous faudra passer dans un autre monde”. N’est-ce pas là soutenir ouvertement la métempsychose de Pythagore et de Platon ? » (29)

La réincarnation est le principe selon lequel l’âme humaine après la mort passe après un stade plus ou moins long dans un autre corps humain. La métempsychose est une idée selon laquelle l’âme au cours de sa migration s’incarne dans une corporéité appartenant à un stade différent de la nature pouvant ainsi passer du minéral, au végétal, puis de l’animal à l’humain selon le principe d’une évolution des divers stades de la nature et une purification progressive de l’âme en migration.

Le propos de Jérôme est impropre : jamais Origène n’a envisagé ou adhéré à l’idée de la métempsychose et si Grégoire de Nysse adhère au principe de la réincarnation – nous allons le percevoir bientôt – il condamne la métempsychose :

« Les tenants de la première hypothèse, ceux qui soutiennent qu’avant de venir vivre dans un corps les âmes se trouvent dans une sorte de cité, ne se sont pas purifiés, me semble-t-il, des doctrines grecques, des fables sur la métempsychose. Un examen fera apparaître que cette idée se laisse entraîner, de toute nécessité, jusqu’à cette affirmation que la tradition prête à l’un de leurs sages : le même individu est homme, passe dans un corps de femme, vole avec les oiseaux, devient arbuste, vit enfin dans les eaux. Ah certes, il n’est pas loin de la vérité, s’il parlait de lui ! Réellement une telle doctrine est bien digne du bavardage des grenouilles ou des geais, de l’intelligence des poissons ou de l’insensibilité des chênes ». (30)

Deux remarques, en matière de réincarnation, l’âme n’a pas de sexe, mais se réincarne toujours sur le même plan : humain ; d’autre part la métempsychose ne connaît pas de phénomène d’involution et l’on passe des règnes dits les moins subtils au règne humain par évolution et selon la même progression.

Origène condamne la métempsychose au profit de la réincarnation. Évoquant le Traité sur la Prière ce texte du maître Alexandrin :

« Enfin si vous voulez revivre, vous le demandez à nouveau, vous méprisez ce que vous avez désiré et vous recherchez la nourriture céleste et ce qui est beau ». (31)

Cécile Blanc en son introduction au Commentaire sur Saint Jean écrit : “Faut-il pour concilier ce texte avec les précédents, admettre avec F.H. Kettler, une réincarnation mitigée, jamais dans des corps d’animaux…” (32)

Revenons maintenant aux textes de Matthieu et Luc. À cet égard, Origène et dans le cadre de son Commentaire sur Jean, écrit :

« À ce propos, il faudra examiner ce qu’est au sens propre, la réincarnation et en quoi elle diffère de l’incarnation et si celui qui affirme la réincarnation maintient en conséquence que le monde est incorruptible ». (33)

Les Pères de l’Église n’ont jamais élaboré en dogme le principe de la réincarnation et de la préexistence des âmes, c’était un article de la foi des premiers Pères, et l’on comprend dès lors cette remarque d’Origène :

« Mais c’est ailleurs qu’il faudra étudier en elle-même et avec plus d’attention et approfondir davantage la question de l’essence de l’âme, de l’origine de son existence, de son entrée dans ce corps terrestre, des éléments de la vie de chacune, de sa délivrance ici-bas, et voir s’il est possible ou non qu’elle pénètre une seconde fois dans un corps, si ce sera ou non selon le même cycle et le même arrangement, dans le même corps ou dans un autre, et, si c’est dans le même, s’il restera identique à lui-même selon la substance et selon les qualités et si l’âme se servira toujours du même corps ou en changera ». (34)

Saint-Jérôme en sa lettre à Démétriadès laisse bien entendre que la doctrine de la réincarnation était partie intégrante de la foi des premiers chrétiens :

« Pourquoi tel homme a-t-il reçu le jour dans telle providence ? D’où vient que ceux-ci naissent de parents chrétiens, tandis que ceux-là prennent naissance au milieu des nations les plus barbares, étrangers à la nation d’un Dieu ? Après avoir ainsi blessé les coeurs simples par cette morsure du scorpion, ils injectent dans la plaie qu’ils ont faite leur poison dangereux. Puis ils ajoutent : “Si l’enfant à la mamelle, celui dont le sourire et la joie enfantine témoignent seuls qu’il connaît sa mère, qu’il n’a encore fait ni bien ni mal, si cet enfant dis-je, est possédé du démon ou accablé de maux qui fuient les méchants et qui s’acharnent au contraire sur les serviteurs de Dieu ; si tout cela arrive, pensez-vous que ce soit le pur effet du hasard ? Si donc, poursuivent-ils, ces jugements sont la manifestation réelle de la colère divine, ils se justifient par eux-mêmes et témoignent de la haute justice de Dieu, en amenant cette conséquence que les âmes des hommes ont habité le céleste séjour, et qu’en punition de certains péchés commis jadis elles ont été placées et pour ainsi dire ensevelies dans des corps humains, et précipitées dans cette vallée de larmes pour expier leurs anciennes iniquités. “Ainsi s’exprime à ce sujet le prophète roi : “J’ai péché avant de m’être humilié”. Et ailleurs « Faites sortir mon âme de sa prison mortelle ». Et encore : « Sont-ce les propres péchés de cet homme ou de ceux de ses parents qui l’ont fait naître aveugle ?” Et autres semblables passages à l’appui de leurs erreurs ».

« Cette impie et détestable doctrine fut pratiquée jadis en Égypte et en d’autres parties de l’Orient. Elle y jouit encore d’un certain crédit… » (35).

Nous avons perçu que Jérôme reconnaissait que la doctrine de la préexistence de l’âme était connue des premiers chrétiens. Qu’elle jouisse d’un crédit certain, c’est un fait, plus que d’un crédit puisque outre Justin, Tertullien manifeste cette foi en son Apologétique qui condamne la métempsychose et reconnaît la réincarnation :

« Comme si la raison quelle qu’elle soit, qui justifie la migration des âmes de corps en corps, n’exigeait pas aussi que les âmes soient rappelées dans les mêmes corps. Etre rappelées, en effet, c’est être ce qu’elles ont été, c’est à dire si elles ne sont pas revêtues d’un corps humain et du même corps, ce ne seront plus les âmes mêmes qui ont existé… Il faudrait rechercher, à loisir, une foule de passages, d’acteurs, si nous voulions nous amuser à examiner en quelle bête chacun à paru renaître. Mais il faut plutôt songer à défendre notre thèse : nous soutenons qu’il est bien plus raisonnable de croire qu’un homme redeviendra un homme, homme pour homme, et pas autre chose qu’un homme ; de telle sorte que l’âme gardant sa nature, reprendra la même condition, sinon la même figure ». (36)

et, nous pouvions prendre beaucoup d’autres pères, Marius Victorinus en ses Traités Théologiques sur la Trinité à propos de la préexistence de l’âme écrit :

« J’ajoute encore en secret, un grand mystère. De même que la trinité la plus divine qui est une, en tant qu’elle est par soi, a produit par mode de rayonnement, l’âme dans le monde intelligible, constituant, en son hypostase et substance propre, cette âme que nous appelons substance au sens propre du mot, de même l’âme, trinité une, elle aussi, mais seconde, a achevé la manifestation dans le monde sensible, parce que cette âme, tout en restant là-haut, a engendré des âmes qui viennent en ce monde » (37).

Origène parle avec prudence, Victorinus aussi. Origène condamne la métempsychose, Tertullien et Grégoire de Nysse, aussi. Nous serions en mesure de multiplier les exemples et les citations, et Grégoire de Nysse évoquant le sort de ceux qui ne sont pas présentement purifiés, écrit en sa Catéchèse de la Foi :

« Quant à ceux dont les passions se sont invétérées et qui n’ont eu recours à aucun moyen d’effacer la souillure, ni eau du sacrement, ni invocation de la puissance divine, ni repentir qui les aurait amandés, de toute nécessité ceux-là doivent recevoir eux aussi la place qui correspond à leur conduite. Or, l’endroit qui convient à l’or, s’il est altéré c’est le creuset du raffineur pour qu’une fois écarté le vice qui s’était mélangé à ces pécheurs, leur nature, après de longs siècles, revienne à Dieu pure et intacte ». (38)

Ce n’est pas une thèse en faveur d’une quelconque préfiguration de la doctrine catholique romaine du purgatoire, car Grégoire explique encore :

« Au lieu de se diriger vers la nature incréée, il revint à la création qui a son origine et sa servitude, il est ramené à la naissance qui vient d’en bas, et non à celle qui vient d’en haut » (39).

À travers cet examen très rapide de la doctrine des premiers Pères – et nous n’avons pas évoqué l’École d’Alexandrie avec un Clément par exemple – il apparaît que la condamnation de la doctrine de la préexistence des âmes et du retour porte d’une part sur la condition inadmissible de l’idée d’une chute précosmique ou sur la possibilité de la métempsychose. Le fait de la réincarnation et de la préexistence en soi, qu’affirment parmi beaucoup d’autres Justin, Clément, Tertullien, Victorinus, Origène, Grégoire de Nysse, ne fut jamais condamnée ni contraire à la métaphysique chrétienne.

A propos des condamnations, il convient de méditer le contenu de celles-ci :

Le premier Concile de Braga en ses Anathématismes contre les Priscillianistes, érige les canons suivants :

« Si quelqu’un dit, les âmes humaines ont d’abord péché dans les demeures célestes et que c’est pour cela qu’elles ont été précipitées sur terre dans des corps humains, comme l’a dit Priscillien, qu’il soit anathème. »

« Si quelqu’un pense que les âmes humaines sont liées à des astres qui règlent leurs destinées comme les païens et Priscillien l’ont dit, qu’il soit anathème » (40).

Et l’on fera attribuer au Synode de Constantinople en 543 :

« Si quelqu’un dit ou pense que les âmes des hommes préexistent, en ce sens qu’elles étaient auparavant des esprits et des saintes puissances qui, lassées de la contemplation de Dieu, se seraient tournées vers un état inférieur, que pour ce motif, s’étant refroidies dans leur amour et dès lors ayant été appelées âmes, elles avaient été envoyées dans des corps pour leur châtiment, qu’il soit anathème » (41).

Tous les historiens sérieux ont remarqué et noté avec justesse et justice qu’il n’y a pas eu de condamnation en concile ni de condamnation d’Origène ; mais un anathème contre l’Origénisme, qui n’avait plus rien à voir avec la pensée du Maître Alexandrin, et cela hors concile, dans le cadre d’un ensemble de préceptes déformés et erronés, cela ne figurant donc d’ailleurs pas dans les actes du dit Concile de Constantinople mais dans le cadre de conversations à l’ouverture du dit concile :

« Elle ne signifie pas non plus que les hérésies reprochées par les anathématismes antérieurs au Concile furent telles dans sa pensée. En fait, on ne s’intéressait qu’aux moines origénistes contemporains et l’on faisait d’Origène la source dont se réclamaient ces derniers. Historiquement parlant, il est possible d’affirmer que son insertion dans une liste d’hérétiques ne le concerne pas vraiment. Il reste qu’elle entraînera par l’action de la police impériale, la destruction de la plus grande partie de son oeuvre dans la langue originelle. » (42)

N’est-il pas intéressant pour clore momentanément la présente interrogation : l’âme préexiste-t-elle à la création du corps ? d’évoquer Saint Augustin qui précise dans la Cité mystique de Dieu :

« N’est-il pas plus infiniment honnête de croire au retour unique de l’âme en son propre corps, qu’à tant de retours en tant de corps divers… Ainsi, plusieurs platoniciens se trompent quand ils croient l’âme fatalement engagée dans ce cercle sans fin de migrations et de retour ». (43)

Le retour dans le même corps humain, oui ; mais ce n’est pas encore la résurrection ; et la transmigration sans fin, non ; Saint Augustin a raison, il s’associe à la pensée de tous les Pères que nous venons de citer.

B/ A quel instant l’âme s’unit-elle au corps ?

Le Zohar, à propos de l’allégorie de Jonas émet des remarques qu’il convient d’évoquer :

« La narration de Jonas est une allégorie de ce qui arrive à l’âme lorsqu’elle descend dans un corps. Pourquoi l’âme est-elle appelée Jonas ? Parce que quand l’âme s’associe au corps, c’est elle qui subit un préjudice. “Jonas” signifie porter préjudice, ainsi qu’il est écrit : “Ne portez pas préjudice à votre prochain” (Lév. XXV). Jonas s’embarque : c’est l’âme qui s’embarque ici-bas pour traverser l’océan de la vie ». (44)

Pour entendre ce texte, il convient de le faire suivre de celui-là :

« Lorsque le Saint, béni-Soit-il, fut sur le point de créer le monde, il décida de façonner toutes les âmes qui seraient attribuées, chacune en son temps, aux enfants des hommes ; chaque âme fut formée exactement selon le même modèle que le corps qu’elle était destinée à habiter. Les passant en revue, il vit que certaines âmes tomberaient en ce monde dans des voies corrompues. A chacune, quand vient son temps, le Saint, Bénit-Soit-Il, ordonne de venir à Lui et Lui dit : “Va, descends en tel endroit, en tel corps”. Mais parfois l’âme répond : “Maître de l’Univers, je suis contente de rester en ce royaume et je n’ai nul désir de le quitter pour un autre corps où je serai asservie et souillée”. Alors le Saint, Néni-Soit-Il, répond : “Ton destin est, et a été depuis le jour où je t’ai façonnée, d’aller en ce monde là.” L’âme comprend qu’elle ne peut désobéir, descend malgré elle et entre en ce monde ». (45)

L’âme dans la Révélation biblique est créée et elle n’est pas, par nature, consubstantielle à Dieu, mais elle s’inscrit dans la création du corps, elle s’intègre dans ce temps car le Lévitique XVII, 11-15 précise un certain nombre de points importants :

« Car l’âme de la chair est dans le sang et, moi, je l’ai mis pour vous sur l’autel, pour faire propitiation pour vos âmes, car c’est le sang qui fait propitiation pour l’âme. C’est pourquoi j’ai dit aux fils d’Israël : Personne d’entre vous ne mangera de sang et l’hôte qui séjourne au milieu de vous en mangera pas de sang. Tout homme des fils d’Israël et des hôtes qui séjourne au milieu d’eux, qui aura chassé du gibier, bête ou oiseau qui se mange, il répandra son sang et le couvrira de poussière. Car l’âme de toute chair est son sang dans son âme et j’ai dit aux fils d’Israël : vous ne mangerez pas du sang d’aucune chair, car l’âme de toute chair est son sang ; chacun de ceux qui en mangeront sera retranché. »

On peut déduire de ce passage plusieurs points :

– l’âme de toute chair est son sang sans son âme.

– il convient de répandre le sang de la bête dans la poussière.

Si l’âme de toute chair est son sang dans on âme, il n’est pas dit que l’âme soit le sang mais que le sang est le lieu d’habitation, le lieu de circulation de l’âme, dans le corps. Ainsi le Rabbin Elie Munk précise à propos de ce verset :

« Le sang des animaux, tels que les bêtes sauvages et les volatiles, qui “contient l’âme” sera couvert de terre par respect pour l’âme, de même qu’il a été ordonné d’ensevelir le corps humain, par respect pour lui. » (46)

Cela n’est pas seulement une question de respect, si le sang est le lieu et le véhicule de l’âme, et puisque le sang est partie intégrante et intérieure du corps, si ce dernier doit revenir à la terre, le sang comme le corps doit suivre le même précepte de Dieu envers l’homme après sa chute : “Tu es poussière et tu retourneras en poussière” (Genèse III, 19).

Mais de quel sang s’agit-il ? A la suite de Saint Paul, Origène enseigne qu’il y a deux hommes en chacun de nous : “Comment est-il dit que l’âme de toute chair est le sang ? C’est là le grand problème. Or tout comme l’homme extérieur a pour homonyme l’homme intérieur, ainsi en va-t-il pour ses membres ; et l’on peut dire que chaque membre de l’homme extérieur se retrouve, sous ce nom, dans l’homme intérieur” (47) et le Maître Alexandrin ajoute :

« Puisque tu retrouves tous ces éléments du corps matériel dans l’homme intérieur, ne doute plus que le sang aussi, sous le même nom que le sang matériel et tout comme les autres parties du corps existe dans l’homme intérieur. C’est ce sang-là qui se répand de l’âme du pécheur. Et en effet : Du sang de vos âmes il sera demandé compte. Il n’a pas dit : de votre sang ; mais du sang de vos âmes » (48).

On ne peut, à partir de cette distinction de l’homme intérieur et de l’homme extérieur, dissocier l’âme du corps comme le rappellera Tertulien par exemple, en son traité la Résurrection des morts :

« En fait ni l’âme n’est à elle seule l’homme, puisqu’elle a été introduite après coup dans un moulage d’argile déjà appelé homme (Gen. II, 7), ni la chair n’est l’homme sans âme, cette chair qui, lorsque l’âme s’en est allée, reçoit le nom de cadavre. Ainsi le mot “homme” est-il comme une sorte d’agrafe qui tient liées ensemble les deux substances, puisqu’elles ne peuvent exister sous ce nom que dans leur assemblage » (49).

À quel instant s’unit-elle au corps ? Origène interroge le lecteur comme lui-même se pose ce problème, en le Traité des Principes :

« Au sujet de l’âme, toutefois – est-elle introduite par l’intermédiaire de la semence, si bien que sa raison ou existence doit être tenue pour insérée dans les semences corporelles, ou bien a-t-elle un autre principe et ce principe est-il engendré ou inengendré, et entre-t-elle dans le corps de l’extérieur, ou non -, cela n’est pas clairement précisé dans la prédication ». (50)

Tertullien pour son compte demeure aussi perplexe en son traité La Résurrection des morts :

« Mais l’a-t-il placée ou ne l’a-t-il pas plutôt introduite dans la chair, mêlée à elle ? En un alliage si compact, qu’on ne peut guère juger si c’est la chair qui est le support de l’âme, ou l’âme celui de la chair, si c’est la chair qui est au service de l’âme ou l’âme au service de la chair ». (51)

Certains ont prétendu percevoir chez le Pasteur Hermas la négation de la trinité corps, âme et esprit, que nous n’avons point perçu. Le fait méritait d’être souligné puisque selon la critique classique le Pasteur n’évoque pas le principe de l’âme, mais cela ne signifie pas qu’il en conteste l’existence, quand un Ignace d’Antioche par contre en sa Lettre aux Philadelphiens écrit :

« Ils seront eux aussi honorés par le Seigneur Jésus-Christ, en qui ils espèrent de chair, d’âme et d’esprit, dans la foi, la charité, la concorde ». (52)

Justin avoue aussi son ignorance sur ce qu’est dans ce Dialogue avec Tryphon :

« Les philosophes ne savent donc rien sur ce point, puisqu’ils ne savent pas ce que c’est que l’âme ?

– Il ne paraît pas ». (53)

Les philosophes ne sont pas seulement ceux du platonisme et du stoïcisme, c’est aussi les philosophes chrétiens ; seul est affirmé le principe selon lequel le corps est la maison de l’âme :

« Ce corps que Dieu en effet a façonné en Adam est devenu “la maison” de l’âme insufflée par Dieu, comme vous pouvez tous le comprendre ». (54)

À propos de cette insufflation Irénée de Lyon écrit en son Traité Contre les Hérésies :

« Ils ne voient pas comment, de même qu’au début de notre création en Adam ce souffle de vie qui venait de Dieu, uni à la matière créée, anima l’homme et manifesta l’animal raisonnable, de même à la fin le Verbe du Père et l’Esprit de Dieu, unis à l’antique substance de la création d’Adam, ont fait l’homme vivant et parfait, recevant le Père parfait ; ainsi, de même que dans l’être animal nous sommes tous morts, de même dans l’être spirituel nous sommes tous vivifiés ». (55)

Cette différence entre le souffle de vie et l’Esprit Saint tient notamment dans le fait que le premier est possédé par l’homme avec des limites alors que le second reçoit dans on infinité l’homme qui se donne à lui.

Il n’y a donc pas pour l’instant chez les Pères d’idée précise sur la façon dont l’âme s’unit au corps, si ce n’est Irénée dans une affirmation qui sera reprise par Tertullien : ces deux éléments, l’âme et le corps s’inscrivent au même moment dans un schéma de destinée. Tertullien en son Apologétique écrit :

« Quant à nous, l’homicide nous étant défendu une fois pour toutes, il ne nous est pas même permis de faire périr l’enfant conçu dans le sein de sa mère, alors que l’être humain continue à être formé par le sang. C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître et peu importe qu’on arrache l’âme déjà née ou qu’on la détruise au moment où elle naît. C’est un homme déjà ce qui doit devenir un homme ; de même, tout fruit est déjà dans le germe ». (56)

Tertullien comme Athénagore croit à l’animation immédiate de l’embryon d’une part et que ce fait provient d’autre part de ce que l’âme est présente dès la procréation : il y a origine simultanée de l’âme et du corps ; c’est tout le sens de son traité sur l’Ame, qu’il affirme aussi en son traité la Résurrection des morts :

« La chair qui dès son origine utérine est semée, formée, engendrée en même temps que l’âme, est encore mêlée à elle dans toutes ses activités ». (57)

Pour conclure, sans citer tous les Pères, nous évoquerons Grégoire de Nysse qui dans son Traité la Création de l’homme affirme ce qui deviendra la foi définitive de l’Église :

« L’homme étant un, composé d’une âme et d’un corps, on ne peut attribuer à ce composé qu’une origine unique et commune si l’on veut éviter de devoir le déclarer à la fois plus ancien et plus récent que lui-même, selon l’hypothèse où son corps serait créé le premier, et l’autre composante ensuite. Ce que vous affirmons, c’est qu’à l’origine, la puissance de la prescience divine, comme on l’a exposé un peu plus haut, donne l’existence à la plénitude du genre humain dans sa totalité ». (58)

L’âme et le corps s’inscrivent donc dans le même engendrement, cela au moment de la conception, ce qui sera dogmatisé par Benoît XII en 533 et rappelé par Léon XIII en 1910.

Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel, Jean-Pierre Bonnerot. Paru dans les Cahiers d’Études Cathares n° 98 de l’été 1983. © Jean Pierre Bonnerot, tous droits de reproduction interdits.

Notes :

(1) Confer notre étude : Satan, Lucifer, le Prince de ce monde et les démons dans la tradition chrétienne et l’exégèse scripturaire, Narbonne, Cahiers d’Études Cathare Ed,. Document à télécharger en .pdf sur ce site : Satan, Lucifer, le Prince de ce monde et les démons dans la tradition chrétienne et l’exégèse scripturaire.

(2) Maurice Magre : Le Sang de Toulouse. Paris, Robert Laffont Ed, 1978, page 278.

(3) Rachi : Le Pentateuque avec Rachin. Volume 1 : La Genèse Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1979, page 5.

(4) Grégoire de Naziance : Homélie XL : Pour le Saint Baptême. Paragraphe II in : Homélies (extraits). Namur, Editions du Soleil Levant, 1962 pages 57 et 58.

(5) Jean Scot : Commentaires sur l’Evangile de Jean. Livre III paragraphe 1, Paris, Editions du Cerf, Collection Sources chrétienne n° 180 – 1972, page 205.

(6) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 25, Paris, Editions du Cerf, Coll. Sources chrétienne n° 67 – 1960, pages 103 à 105.

(7) Rachi : op cité, volume 5 : le Deutéronome. ibid, 1981, page 163.

(8) Elie Munk : La voix de la Thora. Volume 5 : le Deutéronome. Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1981, page 213.

(9) On lira avec intérêt : Herman Hailperin : De l’utilisation par les chrétiens de l’oeuvre de Rachin. in : Rachi (ouvrage collectif). Paris, Service Technique pour l’éducation. Ed, 1974, pages 163 à 200.

(10) Le Zohar II, 113a – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par Gershon Scholem, Paris Ed du Seuil, Coll. Sagesses n° 21, 1980, page 88.

(11) Ambroise de Milan : La mort est un bien II, 3 – in : Cyprien et Ambroise : le chrétien devant la mort. Paris, Ed Desclée de Brouver Ed, coll. les Pères dans la foi, 1980, page 41.

(12) Jean Chrysostome : Homélie 25 sur l’Evangile selon Saint Jean – in : le Baptême d’après les Pères de l’Eglise. Paris Grasset Ed, colle lettres chrétiennes n° 5, 1962 page 211.

(13) Jean Duvernoy : la Religion des Cathares. Toulouse, Privat Ed 1976, page 145.

(14) Rachi : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, page 15.

(15) Elie Munk : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, 1981, page 23.

(16) Carlo Suares : la Kabbale des Kabbales, Paris, Adyar Ed, 1962, page 51.

(17) Zohar I, 284b – in : La Kabbale, pages classées du Zohar. Paris Ed du chant nouveau. 1946, pages 81 et 82.

(18) Zohar I, 61 a – Ibid, page 82.

(19) Zohar I, 85 b – Ibid, page 83.

(20) Louis Rougier : l’Origine astronomique de la croyance pythagoricienne et l’immortalité de l’âme. le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, Ed, tome 10, 1933.

R.P. Festugière : La Révélation d’Hermès Trismégiste, tome 3 : les doctrines de l’âme. Paris, Librairie Gabalda Ed, 1953.

Textes et Oeuvres divers publiés par les Editions les Belles Lettres.

(21) Gershom. G. Scholen : Les Origines de la Kabbale. Paris, Aubier-Montaigne Ed, 1966 page 252. On lira avec intérêt le paragraphe 10 du chapitre 2 : Migration des âmes et mystique de la prière dans le Bahir, mais aussi toute l’oeuvre de l’auteur dont les traductions figurent chez Payot et Aubier.

(22) Origène : Homélie sur Jérémie I, paragraphe 10. Paris, Ed. du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 232, 1976, pages 217 et 219.

(23) Origène : Traité des Principes – Péri Archon – III, 3. 5 – Paris, Etudes Augustiniennes Ed, 1976, page 189.

(24) Elie Munk : op cité. volume 1 : la Genèse, ibid, pages 257 et 258.

(25) Origène : Homélies sur la Genèse – XII, 4 – Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 7 bis, 1976, pages 301 et 303.

(26) Origène : Traité des Principes – Péri Archon II, 9, 7 – op cité, page 131 et Sources chrétiennes n° 252 (tome 1) page 369.

(27) Origène : Commentaire sur Saint Jean VI, paragraphe 73 – Paris, Ed du Cerf, coll Sources chrétiennes n° 157 – 1970, pages 183 et 185.

(28) Justin : Dialogue avec Tryphon – Prologue : Comment voir Dieu in : la Philosophie passe au Christ : Oeuvre de Justin. Paris, Desclée de Brouwer Ed, colle les Pères dans la foi, Ictus, 1982, page 128.

(29) Jérôme : Traité sur les erreurs contenues dans le Livre des Principes d’Origène. in : Oeuvres de Saint Jérôme. Paris, Auguste Desrez Ed, 1838, page 421.

(30) Grégoire de Nysse : la Création de l’Homme – 28 – Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la foi, 1982, pages 148 et 149.

(31) Origène : Explication du Nôtre Père – 29, in Traité sur la prière. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la Foi, 1977, pages 108 et 109.

(32) Origène : Commentaire sur Saint Jean, op cité, avant-propos de Cécile Blanc, page 24.

(33) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(34) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(35) Jérôme : Correspondance, Lettre à Démétriadès. in Oeuvres de Saint Jérôme, op cité, page 663 et par une approche aisée Correspondance, Lettre n° 130, Les Belles Lettres Ed, tome 7 pages 187 à 189.

(36) Tertullien : Apologétique 48, paragraphe 2 et 3. Paris, les Belles Lettres Ed, 1971, pages 101 et 102.

(37) Marius Victorinus : Contre Arius Livre I, B, paragraphe 64 in : Traités théologiques sur la Trinité. Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 68 ; 1960 page 385.

(38) Grégoire de Nysse : Catéchèse de la Foi, 6. Paris Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1978, page 94.

(39) Ibid, page 102.

(40) Premier Concile de Braga : Anathématisme contre les Priscillianistes, 1e Mai 561 ou 563. in : Textes doctrinaux du Magistère de l’Eglise sur la Foi Catholique. Traduction et présentation de Gervais Dumeige. Paris, Editions de l’Orante, 1969, page 140.

(41) Synode de Constantinople : Anathème contre Origène (?!), 543, ibid, page 140.

(42) Murphy et Sherwood : Constantinople II et III. Paris, Editions de l’Orante, Collection Histoire des Conciles oecuméniques, volume 3, 1974, pages 108 et 109.

(43) Augustin : La Cité mystique de Dieu. Livre X chapitre 30. Paris, charpentier Ed, 1843, tome 1, pages 351 et 352.

(44) Zohar II, 1999 a – in : La cabbale, pages classées du Zohar, op cité, page 99.

(45) Zohar II, 96 b – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par G. Scholem, op cité, page 84.

(46) Elie Munk : op cité, tome 3 : Le Lévitique, op cité, 1981, page 151.

(47) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 15, op cité, page 89.

(48) Ibid, paragraphe 22, page 99.

(49) Tertullien : La Résurrection des morts – paragraphe 40. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1980, page 102.

(50) Origène : Traité des Principes – Péri Archon, Préface I, 5 – op cité, page 26.

(51) Tertullien : Ibid, paragraphe 7, page 53.

(52) Ignace d’Antioche : Lettre aux philadelphiens XI, 2. in : Les écrits des Pères Apostoliques (Collectif). Paris, Editions du Cerf, Coll chrétiens de tous les temps n° 1, 1969 page 185.

(53) Justin : Dialogue avec Tryphon V, op cité page 130.

(54) Ibid, XL, op cité page 190.

(55) Irénée de Lyon : Contre les Hérésies V – in : Textes choisis. Namur, les Editions du Soleil Levant. Ed, 1963 page 150.

(56) Tertullien : Apologétique IX, 8. op cité, page 22.

(57) Tertullien : La Résurrection des morts XVI, paragraphe 10, op cité page 65.

(58) Grégoire de Nysse : la Création de l’homme XXIX, op cité page 152.

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 29 janvier 2016

Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel 2 (seconde partie) par Jean Pierre-Bonnerot

C/ Existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps ?

D/ L’Ame peut-elle quitter le corps et dans l’affirmative sous quelle condition ?

Les interrogations que nous venons de poser étant proches, sinon complémentaires, nous tenterons d’y répondre simultanément.

Le Zohar s’exprime en ces termes :

« Le Saint béni Soit-il créa l’homme en réunissant la poussière des quatre côtés du monde (microcosme). Il fit son corps à l’endroit du Sanctuaire d’en bas et lui insuffla l’âme de vie du Sanctuaire d’en-haut. L’âme comprend trois degrés. Elle a trois appellations, à l’instar du mystère supérieur : Nefech, le souffle vital ; Rouah, l’esprit, Nechamah, l’âme. Nefech est l’échelon inférieur. Rouah, est la faculté qui domine l’échelon précédent et le maintient en vie. Nechamah est l’échelon supérieur qui domine le tout. Ces trois échelons animent les humains qui doivent servir leur Auteur. Nefech est l’organisation physique. Rouah couronne l’homme qui témoigne du souci de se purifier. Nechamah l’habite, une fois qu’il s’est élevé par les deux précédentes facultés et qu’il est devenu digne de servir son auteur. L’homme est alors intégralement parfait. Il est digne du monde à venir, il est aimé du Saint béni Soit-Il, ainsi qu’il est écrit : Je possède ce qu’il faut pour gratifier ceux qui m’aiment” (Prov VIII, 21). Qui sont ceux qui m’aiment ? Ceux que l’âme sainte anime » (59)

Il existe dans la kabbale une échelle de l’âme qui passe du souffle, à l’esprit, à l’âme. Cette graduation s’inscrit dans une mystique vers laquelle l’homme doit s’acheminer, sur le fait de cette échelle, le Zohar atteste :

« Il est écrit : “Mon âme (naphschi) te désire pendant la nuit”. Donc le mot “nephesch” désigne l’âme à l’état de sommeil. Et l’écriture ajoute : “Et mon esprit (rouah) te cherche lorsque je me réveille au point du jour”. Donc “Rouah” désigne l’âme à l’état de veille. Mais que l’on n’imagine pas que “nephesch” et “rouah” soient deux espèces différentes ; il n’en est rien ; elles ne forment qu’une seule et même essence, puisqu’elles ne peuvent exister qu’unies l’une à l’autre. Au-dessus de “nephesch” et de “rouah” il y a une essence supérieure qui les domine ; et cette essence est appelée “neschama” (âme). “Nephesch” est le degré inférieur, il est le soutien du corps qu’il nourrit ; il ne peut qu’exister uni au corps, et le corps ne peut exister qu’uni à lui. Ensuite il devient le piédestal de “rouah” ; “rouah” est donc au-dessus de “nephesch” uni au corps ainsi qu’il est écrit : “Jusqu’à ce que l’Esprit (rouah) soit répandu sur nous du haut du ciel” (Isaïe XXXII, 15). Lorsque l’homme possède “nephesch” et “rouah”, il devient susceptible de recevoir “neschama”, de manière que l’essence de beaucoup supérieure à “nephesch” et à “rouah” et aussi plus secrète que les deux autres. Il résulte donc de ce qui précède que le corps de l’homme sert de piédestal à un autre piédestal qui est “nephesch”, cet autre piédestal sert à “rouah” et “rouah” sert à son tour de piédestal à “neschama”. Que l’on approfondisse ces degrés de l’esprit humain et l’on y découvrira le mystère de la Sagesse éternelle, car c’est la Sagesse éternelle qui a formé ces échelles de l’esprit humain à l’image du Mystère suprême » (60).

À la lecture de ces deux textes complémentaires, la kabbale envisage dans sa méditation et sa révélation sur l’Ancien Testament, l’idée, le principe d’une évolution dans la fixation spirituelle de l’âme au corps.

Parmi les premiers Pères, Justin en son Dialogue avec Tryphon évoque l’idée selon laquelle l’âme hors du corps empêche ce dernier de continuer à vivre :

« L’homme n’existe pas toujours et le corps ne subsiste pas perpétuellement uni à l’âme ; lorsque cette harmonie doit se briser, l’âme abandonne le corps et l’homme n’existe plus. De même aussi, lorsque l’âme cesse d’exister, l’esprit de vie s’échappe d’elle ; l’âme n’existe plus et s’en retourne au lieu d’où elle avait été tirée ». (61)

Mais avec l’âme, l’Écriture évoque l’idée d’une puissance ce qui suppose une énergie, une dynamique en action. À propos de Jean le Baptiste, il est dit :

« Lui-même le précèdera avec l’esprit et la puissance d’Élie pour retrouver le coeur des pères vers les enfants, les indociles vers le bon sens des justes et pour apprêter au Seigneur un peuple préparé ». (Luc I, 17)

Comme le rappelle Origène en son Commentaire sur l’Évangile de Jean VI, paragraphe 66, l’esprit est autre chose que l’âme et ce que l’on appelle puissance est autre chose que l’esprit et que l’âme. Il convient de compléter la citation précédente par cette autre de l’Apôtre :

« L’Esprit Saint surviendra sur toi, la puissance du Très Haut te couvrira : c’est pourquoi l’enfant sera saint et on l’appellera fils de Dieu » (Luc I, 35).

La puissance d’Élie est pour Jean-Baptiste, et la puissance du Père est pour Jésus-Christ. Si donc, l’âme et l’esprit sont liés à une puissance, différente selon les personnes, et sans atteindre la situation du Christ Incarné qui est la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité, il existe donc bien le discernement d’une échelle des puissances dans la Création Naturelle de Dieu, selon l’exégèse que l’on peut tenter de réaliser à travers le Nouveau Testament comme les kabbalistes l’ont fait à partir de l’Ancien Testament.

Existe-t-il des stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps, les kabbalistes l’ont affirmé par l’accès de l’être à ces niveaux d’évolution pour leur âme, et il semble que l’on puisse par contre déduire cette idée chez les Pères de l’Église selon laquelle sur le plan spirituel on retrouve cette échelle, cette hiérarchie, cette dynamique.

Saint Paul, le grand Apôtre écrit aux Romains : « De même selon l’Écriture il fut dit à Pharaon : “Je t’ai suscité pour montrer en toi ma puissance, et pour que mon nom soit glorifié sur toute la terre”. Ainsi donc il fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut. Alors tu me diras : “De quoi se plaint-il donc ? car qui peut résister à sa volonté ?” Et je te répondrai [en te citant tes prophètes] : “O homme, qui es-tu, toi qui disputes ainsi avec Die ? Le vase d’argile dira-t-il au potier : “Pourquoi m’as-tu donné telle forme ?”. De la même masse d’argile le potier n’a-t-il pas le droit de faire tel vase pour un usage d’honneur, tel autre pour un usage plus vil ? Si donc Dieu, voulant manifester sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté pendant une longue attente des vases de colère fabriqués pour périr ; et pour montrer la richesse de sa gloire sur les vases de miséricorde qu’il a préparés pour la gloire » (Romains IX, 17-24).

Tertullien en son traité la Résurrection des morts explique bien que les vases évoqués par l’Apôtre sont les hommes :

« Ainsi la boue s’est-elle effacée, absorbée dans la chair. Quand ? Lorsque l’homme devint une âme vivante sous le souffle de Dieu (Gen II, 7), qui, bien sûr, était chaud, et capable, en quelque sorte, d’assécher la boue pour en faire une autre substance, comme une poterie, c’est à dire la chair. Ainsi est-il possible au potier, en réglant bien le souffle du feu, de transformer l’argile en un matériau plus robuste, et de tirer d’une forme, une forme nouvelle, plus commode que la première, constituant désormais une catégorie propre, avec un nom à elle. Car s’il est écrit : “Est-ce que l’argile dira au potier … ?” (Rom IX, 20), c’est à dire l’homme à Dieu, et si l’Apôtre dit : “dans des pots de terre (2 Cor IV, 7), l’argile c’est l’homme, parce qu’il était auparavant de la boue, et la poterie c’est la chair, parce qu’elle est sortie de la boue sous l’effet de la chaleur du souffle divin ». (62)

Le Maître Alexandrin expliquera ensuite ce message de l’Apôtre en son Traité des Principes :

« Si donc quelqu’un se purifie des fautes dont je parle, il sera un vase noble, sanctifié, utile au Seigneur, propre à toute oeuvre de bien (II Tim 20-21). Si donc quelqu’un est purifié, il devient un vase noble ; celui qui au contraire a négligé d’éliminer les actes d’impudicité, celui-là devient un vase vil ». (63)

Par la purification des fautes, il y a ascension de l’âme passant d’un vase vil à un vase noble, et cela éventuellement par le fait de la grâce ou par la progression individuelle et s’il convient d’évoquer encore – et toujours – le Maître d’Alexandrie, le Père des Pères de l’Églises, il conviendra ensuite que nous expliquions ce « jugement » qu’il émet en ses Homélies sur Jérémie :

« Avant de t’avoir façonné dans le ventre de ta mère je te connais (Jér. I, 5). Si le Seigneur connaissait tous les hommes, car il faut rapprocher de ce verset les mots ” Je ne sais pas parler” (Jér. I, 6), il n’aurait pas dit à Jérémie comme une chose exceptionnelle : “je te connais”. Donc Dieu connaît les hommes éminents, il connaît ceux qui sont dignes d’être connus de lui, en somme “Le Seigneur a connu les siens” (II, Tim II, 19), les indignes au contraire, Dieu ne les connaît pas et le Sauveur ne les connaît pas d’avantage, lui qui a dit : “Je ne vous ai jamais connus ». (Matth. VII, 23) (64).

Connaître veut dire naître avec. Connaître Dieu c’est naître avec Dieu et là réside l’un des mystères de la Prière sacerdotale lorsque le Christ Jésus dialoguant avec son Père, répond :

« Et moi, je te prie pour eux. Je ne te prie pas pour le monde ; mais pour ceux que tu m’as donnés ; parce qu’ils sont tiens, – oui, tout ce qui est mien est tien et tout ce qui est tien est mien, – et j’ai glorifié en eux ». (Jean XVII, 9-11)

« Et ce n’est pas seulement pour ceux-ci que je prie, mais aussi pour ceux qui par leur parole croient en moi, afin que tous ils soient un » (Jean XVII, 20, 21).

Si le Christ a accompli la réintégration de tous les êtres, c’est à Gethsémani. La face contre terre, le Christ n’est pas en situation de doute, mais, sans pour autant défaillir, le Sauveur tressaille devant le spectacle que représentent tous les péchés du monde, non pas comme devant une peur, mais comme une preuve physique de son acceptation dans l’abnégation.

À côté de cette réintégration de tous les êtres accomplie par le Christ vient notamment se greffer la prière en faveur de ceux pour qui le Seigneur prie particulièrement, et qui par leur fonction de disciples vont à leur tour agir et prier pour ceux qui ne sont point encore parvenus à ce niveau spirituel qu’est la réconciliation avec la Très Sainte Trinité et qui est la naissance non pas selon la fibration de la chair, du sang ou de la volonté de l’homme, mais la naissance avec Dieu.

Dieu connaît les autres êtres, toutes ses créatures, mais il connaît ses disciples dans la mesure où le Christ les reconnaît :

« Epheta ! Recevez le souffle de l’Esprit Saint, acceptez la parole divine, soyez illuminés par la vraie connaissance. Aujourd’hui, le Christ vous a reconnu ». (65)

et cette formule qui appartient à la liturgie baptismale de l’Eglise Gnostique Apostolique fait ressortir ce principe de la Reconnaissance qui se trouve donc, – nous le verrons plus loin dans le cadre de notre analyse plus poussée du Baptême -, une Re-Naissance avec Dieu, et nous revenons ainsi à l’entretien de Jésus avec Nicodème.

La présentation qui précède n’est pas contraire à la pensée des philosophes anciens et Jamblique par exemple en son Traité de l’âme, déclare :

« En outre les âmes pures et parfaites vont loger dans les corps d’une manière pure, sans être affectées de passions et sans être privées de la fonction intellectuelle ; pour les âmes de nature contraire, c’est le contraire. Mais Atticus et d’autres Platoniciens, ne sont pas de cet avis : ils unissent toutes les âmes aux corps selon un mode unique de rencontre ; d’une manière toujours identique dans toute incorporation des âmes ; ils font exister d’abord l’âme irrationnelle, désordonnée et immergée dans la matière, et, quand cette âme a été bien ordonnée, ils la font en surplus s’unir à l’âme raisonnable ». (66)

Ceci nous ramène à l’idée des vases évoqués par l’Apôtre. L’un des points essentiels de la théologie de l’Hermétisme c’est que c’est à l’âge de raison que l’être acquiert le discernement de la route qu’il doit choisir pour son âme, et cet âge est celui de la puberté, thèse que reprendra Tertullien en son Traité sur l’Ame (chapitre 38), conscience venant vers l’âge de 14 ans qui débouchera chez ces philosophes grecs apparentés à l’Hermétisme et à la Gnose sur la valeur morale de notre choix de vie, et dans le choix du genre de vie à la puberté, accompli par l’âme dans le corps, Jamblique ajoute :

« Les genres de vie se distinguent soit comme les meilleurs caractérisés selon Platon par la purification, l’élévation et le perfectionnement de l’âme, soit comme les pires, opposés aux précédents par les caractères contraires ». (67)

Le bon choix c’est de connaître Dieu, c’est à dire donc de Re-Naître et Hermès dans le Poimandrès évoque cette situation :

« Dieu ayant ainsi parlé, la Providence, par le moyen du destin et de l’armature des sphères, opéra les unions et établit les générations, et tous les êtres se multiplièrent chacun selon son espèce, et celui qui s’est reconnu soi-même est arrivé au bien élu entre tous, tandis que celui qui a chéri le corps issu de l’erreur de l’amour, celui-là demeure dans l’obscurité, errant, souffrant dans ses sens les choses de la mort ». (68)

Hermès évoque au paragraphe 21, la connaissance que l’homme peut avoir de Dieu par l’analogie de sa propre constitution où étant fait de vie et de lumière, il peut découvrir ce qu’est Dieu qui est Vie et Lumière.

Ces deux voies, nous les retrouvons dans la Didaché qui commence par ces mots : « Il y a deux voies l’une de la vie, l’autre de la mort ; mais la différence est grande entre ces deux voies ». (69)

Ces deux voies ne conduisent pas à un manichéisme, mais à l’ajournement de l’âme vers sa purification, la mort comme seconde voie est le résultat de cette autre attitude de l’homme qui ne cherche pas Dieu et c’est pourquoi le Christ répond à propos du disciple qu’Il aimait à Pierre :

« Si je veux que celui-là continue jusqu’à ce que je vienne que t’importe ? Toi, suis-moi ! » (Jean XXII, 22)

Les stades d’évolution dans la fixation de l’âme au corps appartiennent à deux modes, le spirituel et le temporel que représente l’âge de raison, fixé par les philosophes grecs et Tertullien à quatorze ans.

L’âme peut-elle quitter le corps ? Plotin en ses Ennéades répond :

« Ne faut-il pas dire plutôt que l’âme est présente au corps comme le feu est présent à l’air, car le feu est présent à l’air sans être présent, il y est présent tout entier sans être mêlé à rien, et il reste lui-même en pénétrant l’autre. Et quand il se retire de l’air où il produit la lumière, il s’en va sans en rien emporter ; de sorte qu’on pourrait dire que c’est l’air qui est dans la lumière avec autant de raison qu’on dit que la lumière est dans l’air. C’est pourquoi Platon parlant de Psyché et du Cosmos dit fort bien que Psyché n’a pas été placée toute entière dans le corps du Tout, mais seulement il y a d’elle dans le corps ce qui est nécessaire de son être à l’être du corps, mais rien de ce qui n’est pas nécessaire : ce qui indique clairement qu’il y a des puissances de Psyché dont le corps n’a pas besoin. Et il en est de même des autres âmes ». (70)

Jamblique à propos de la façon dont l’âme se sert du corps répond toujours en son Traité de l’Ame : « Car les uns disent qu’elle ressemble à la fonction du pilote sur un navire, duquel le pilote peut aussi se détacher séparément ». (71)

Le navire c’est le corps ; le pilote, c’est l’âme et Plotin avant Jamblique précisait au chapitre précédent de ses Ennéades : « On dit que l’âme est dans le corps comme le pilote dans un navire. C’est exact pour exprimer que l’âme est quelque chose qui peut être à part de ce qu’est le corps ». (72)

Porphyre en son Traité à Gavros : Sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme, précise un point très important et qui complète Plotin et Jamblique, celui selon lequel l’âme non seulement n’est pas captive du corps que cette dernière ne dépend pas de l’ordre corporel, mais encore qu’elle a lieu en vertu d’une aptitude.

« Ce drame qu’on nous offre ainsi de la capture de l’âme est lui aussi pure fiction, et nullement le fait de connaisseurs, mais de gens qui de nouveau ignorent que l’âme n’est pas capturée, comme par la main ou par un lien ou au moyen d’une cage : car pour tout dire d’un mot, sa capture n’est pas de l’ordre corporel, elle n’a lieu qu’en vertu d’une aptitude, comme le feu non plus ne laisse pas prendre par un lien ou par la main, mais seulement en vertu de l’aptitude de la matière combustible ». (73)

Quelle est cette aptitude qu’évoque Porphyre, n’est-elle pas explicitement évoquée dans ce passage de son traité :

« Ainsi en va-t-il aussi du petit corps de l’embryon qui est dans le sein et en train de se rendre accordé à une âme : avant d’avoir reçu le degré suffisant d’accord avec l’âme, il ne la possède pas ; a-t-il été accordé, aussitôt il possède, présente en lui, l’âme qui doit l’utiliser ; mais tant que l’accord fait défaut, l’âme n’est pas présente, bien que le monde soit tout rempli et gorgé d’âmes ». (74)

L’absence de l’âme propre au corps qui lui est destinée est donc possible chez tous ces philosophes qu’il s’agisse de Jamblique ou de Plotin, par exemple et Porphyre d’ajouter qu’en ce cas d’absence, une âme impropre peut venir dans le corps ; ce qui deviendra le phénomène de possession ; bien même après que l’accord ait été conclu. Il y a donc possibilité chez ces philosophes que l’âme propre quitte ultérieurement le corps :

« Si cet accord est rompu, le corps peut sans doute admettre des âmes d’une autre sorte, par exemple des âmes de vers de cadavres et de vers de terre, mais il s’est séparé de l’âme qui lui était appropriée et consonante ». (75)

Ceci est-il contraire à l’enseignement des Pères et à la théologie chrétienne ?

Si Porphyre enseigne que le corps peut recevoir une âme impropre, Justin déclarera en son Dialogue avec Tryphon que le corps peut recevoir une âme impropre :

« Et les âmes jugées indignes de cette vision, que leur arrive-t-il ? dit-il

Elles sont emprisonnées sans le corps de quelque animal et c’est là leur châtiment

Elles savent donc pourquoi, elles sont dans ce corps et qu’elles ont commis un péché ?

Je ne le pense pas ». (76)

Le problème qui nous occupe n’est pas d’examiner le bien fondé ou non de la régression dans l’idée de métempsycose mais de savoir si l’âme vivante n’est pas communiquée seulement à ceux qui sont les disciples de Dieu, sans que cela empêche les autres de mener une vie selon un autre monde.

Justin en son Dialogue avec Tryphon évoquant Isaïe XLII, 5-13 explique : « Vous avez compris, amis, que Dieu dit qu’il donnera sa gloire à celui qu’il a établi Lumière des nations, et à nul autre, et non point comme disait Tryphon que Dieu se réserve à lui-même sa gloire ». (77)

Irénée de Lyon déclare dans son traité Contre les Hérésies :

« L’homme parfait est un mélange et une union de l’âme, recevant l’esprit du Père liée à la chair qui est formée à la ressemblance de Dieu. C’est pourquoi l’Apôtre dit : “Nous prêchons la sagesse aux parfaits (I Cor II, 6), disant parfaits ceux qui ont reçu l’Esprit de Dieu et parlent toutes les langues par l’Esprit de Dieu, comme il parlait Lui-même… l’Apôtre les appelle des spirituels : ils sont spirituels par la communication de l’Esprit et non par défaut et suppression de la chair, et selon simplement le seul Esprit… Quand cet Esprit mêlé à l’âme, est uni à la créature, à cause de l’effusion de l’Esprit, l’homme est devenu spirituel et parfait : et c’est lui qui a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais si l’Esprit vient à manquer à l’âme, l’homme en cet état est vraiment un homme animal, et, abandonné à l’état charnel, il sera imparfait : il a bien l’image (de Dieu) en son corps créé, mais il n’assume pas la ressemblance par l’Esprit ». (78)

Cette distinction a été faite par le Christ, à Gethsémani, dans le cadre de la prière sacerdotale, la gloire de Dieu, le Christ la communique à ses disciples et non au monde :

« Moi, je leur ai donné ton Verbe, et le monde les hait, parce qu’ils ne sont pas de ce monde, non plus que moi, je ne suis de ce monde… Oui, comme toi Père tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi en nous ils soient un, afin que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé. Oui, je leur ai donné, moi la gloire que tu m’as donnée : qu’ils soient un comme nous sommes un ». (Jean XVII, 14 et 21 et 22)

Il serait aisé de multiplier les exemples patristiques, mais nous alourdirions notre propos. Il apparaît que l’Ame se fixe au corps sous réserve d’une évolution spirituelle vers Dieu et quitter le corps devenu animal, à l’occasion d’une tension inverse, et pour conclure provisoirement cet ensemble de quatre points, nous citerons quelques vers du Miserere de Marius Victorinus, un grand Père de l’Eglise qui est trop oublié :

« Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ aie pitié de moi ! J’ai aimé le monde, parce que tu avais fait le monde ; j’ai été prisonnier du monde, alors que le monde jalouse les tiens ; maintenant je hais le monde, parce que maintenant j’ai goûté l’Esprit.

Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ, aie pitié de moi !

Seigneur secours ceux qui sont tombés ! Secours ceux qui se repentent ! Car, par ton divin arrêt, par ta sainte décision, mon péché même fait partie du mystère du salut !

Aie pitié de moi, Seigneur ! Christ, aie pitié de moi !

Seigneur, je connais ton commandement ! Je sais que la loi du retour, en mon âme est gravée ! Oui, je me hâte, si tu m’ordonnes de revenir à toi, ô notre Dieu ». (79)

*

* *

Le baptême d’eau ou de repentance accompli par Jean le Baptiste passe par la conversion. Cette conversion suppose une faculté autonome de conscience, que les Pères, nous l’avons entrevu, désignent sous le nom de Puissance et chez les philosophes néoplatoniciens sous le nom d’aptitude, par laquelle l’âme s’insère dans le corps.

En plusieurs instants des Evangiles, Marc X, 13-16, Luc XVIII, 15-17, Matthieu XIX, 13-16 il est manifesté que les disciples gourmandent ceux qui se présentaient des petits enfants au Christ :

Alors on lui présenta des enfants pour qu’il pose les mains sur eux et prie ; mais les disciples les tançaient ; Jésus leur dit : Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le règne des cieux est à leurs pareils. Il posa les mains sur eux et s’en alla“.

Si le Christ ne rejette pas les enfants, c’est bien entendu parce que partie intégrante de Sa création Jésus n’a perdu aucune de ses créatures, pas même le Fils de Perdition pour que l’Ecriture soit accomplie. L’enfant est un être important dans l’économie divine car c’est à son exemple que l’homme doit revenir et cet exemple est celui de la pureté qui débouche sur l’état d’innocence sinon d’absence de péchés :

Oui je vous le dis, si vous ne vous retournez pas et ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Règne des cieux. Celui qui s’abaissera comme cet enfant, c’est lui le plus grand dans le règne des cieux“. (Matthieu XVIII, 3-5)

Le retour à l’état d’innocence passe par la conversion et la pénitence. Le baptême de pénitence est un baptême d’eau. Tertullien à propos de ce symbolisme de l’eau écrit en son Traité du Baptême :

Au commencement, est-il écrit, Dieu fit le ciel et la terre. Or la terre était invisible et chaotique et les ténèbres couvraient l’abîme et l’esprit de Dieu était porté sur les eaux”. Homme, il te faut vénérer cet âge reculé des eaux, car c’est une matière qui date de l’origine. Révère aussi sa dignité, puisqu’elle était le siège de l’Esprit divin qui le préférait alors aux autres éléments. Les ténèbres étaient encore informes, sans l’ornement des astres, l’abîme était sombre, la terre non ébauchée, le ciel mal dégrossi : seule l’eau, matière parfaite dès l’origine, féconde et simple, s’étendait transparente comme un trône digne de son Dieu“. (80)

Le Dr A.E. Chauvet en son magistral ouvrage sur l’Esotérisme de la Genèse traduit le verset 2 de la Genèse ainsi :

Le vivant Esprit reçu et transmis par l’Angélie fécondait et incubait les manifestations, virtuelles des Eaux primordiales, Milieu-Contenant Universel, dont les Productions futures de l’Univers sensible, jusqu’alors indistinguées constituaient le contenu“. (Genèse I, 2) (81)

C’est l’eau qui contient les Productions futures de l’Univers sensible et l’on comprend dès lors que Tertullien ajoute :

C’est cette première eau qui enfanta tout ce qui vit pour qu’on n’ait pas lieu de s’étonner si, dans le baptême, les eaux encore produisent la vie“. (82)

L’eau enfante ce qui vit, le baptême d’eau est un baptême d’enfantement vers la vie et dans le récit de la Genèse c’est aux eaux que Dieu commanda en premier de produire des animaux vivants.

L’eau est le lieu, l’élément privilégié qui prépare la manifestation du Christ dans le monde. Jésus est d’abord “baptisé” dans le Jourdain par Jean, et se montre alors la gloire de Dieu : “Si tôt immergé, Jésus remonta des eaux et voilà que les cieux s’ouvrirent, il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voilà que, des cieux, une voix dit : Celui-ci est mon fils, l’aimé dont je suis content” (Matthieu III, 16 et 17) et le premier miracle de Jésus se réalise avec noces de Cana dans le cadre de l’Evangile de Jean (II, 7-10) :

Jésus leur dit : Remplissez d’eau les urnes. Et ils remplirent jusqu’en haut. Il leur dit : Puisez maintenant et portez-en au chef. Ils en portèrent. Quand le chef goûta l’eau devenue du vin, il ne sut pas d’où il provenait, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient“.

L’eau devenue vin aux noces de Cana préfigure la Sainte Cène qui transubstantera le vin en Corps du Sauveur et ces noces de la terre anticipent les noces eucharistiques qui préfigurent la Communion dans la Nouvelle Jérusalem.

La figure de l’eau est un point essentiel donc de la vie de Jésus et Tertullien en son Traité du Baptême écrit :

Jamais le Christ n’apparaît sans l’eau ! Lui-même est baptisé dans l’eau ; invité à des noces, c’est l’eau qui inaugure les commencements de sa puissance. Annonce-t-il la Parole ? Il convie ceux qui ont soif à boire son eau éternelle ! Traite-t-il de la charité ? Il reconnaît comme oeuvre d’amour le verre d’eau donné au prochain. Près d’un puits il répare ses forces. Il marche sur l’eau, il la traverse volontiers ; il lave avec l’eau les pieds de ses disciples… quand il est condamné à la Croix, l’eau intervient encore, c’est pour les mains de Pilate. Quand il est transpercé, l’eau jaillit de son côté, c’est par la lance du soldat“. (83)

Le mystère de l’eau est fondamental dans la théologie scripturaire et sacramentelle : elle apparaît comme le témoin de ce qui est pur et illuminé. La liturgie gnostique fait dire au célébrant lorsqu’il verse le vin dans le calice :

Un des soldats transperça avec sa lance le côté du Seigneur. Il en sortit du sang et de l’eau, pardon du monde entier. Celui qui l’a vu en rendit témoignage et son témoignage est véridique“. (84)

L’eau est donc assimilée au pardon, à la repentance qu’à l’occasion du Lavabo le célébrant manifeste par cette prière encore :

Je ne me lave pas les mains, Seigneur, comme ceux qui sont innocents, et je frémis de me tenir devant votre autel, car je sais que je suis un grand pécheur. Par votre grâce infinie, que cette eau me lave de la souillure de mes péchés et efface les traces de mes iniquités dans l’océan de votre clémence. O Dieu, dissipez la rouille de m es péchés et des offenses, dans votre bonté et votre miséricorde. Amen“. (85)

A côté du mystère du repentir figure celui de la conversion. Il est deux textes du Nouveau Testament qu’il convient de garder en mémoire :

Ce n’est pas vous qui m’avez choisi : c’est moi qui ai fait choix de vous et qui vous ai établis mes envoyés, pour que vous portiez du fruit, du fruit qui demeure et pour vous accorder ce que vous demanderez au Père en mon nom“. (Jean XV, 16)

Saül qui exhalait encore la menace et le meurtre à l’égard des disciples du Seigneur, s’approcha du Grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de lier hommes et femmes qu’il trouverait de cette voie et de les amener à Jérusalem. Il y alla et, comme il approchait de Damas, une lumière du ciel l’éblouit soudain et, tombant par terre, il entendit une voix qui lui disait : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu ? Il dit : Qui es-tu Seigneur ? Et lui : Je suis Jésus que tu poursuis. Mais lève-toi entre dans la ville et on te dira ce que tu dois faire“. (Acte IX, 1-7)

Saül se relèvera de terre, aveugle, ne mangeant ni ne buvant pendant trois jour.

Il y avait à Damas un disciple appelé Ananie. Le Seigneur lui dit : “Lève-toi, va dans ce qu’on appelle la rue Droite et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saül de Tarse ; car le voilà qui prie et il a vu un homme appelé Ananie, qui entrait et qui posait les mains sur lui pour qu’il voie… Le Seigneur lui dit : Va, car c’est pour moi un outil de choix pour porter mon nom devant les nations, les rois et les fils d’Israël ; car je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom“. (Actes IX, 10-13 et 15-17)

Le mystère de la conversion passe par le mystère du repentir et le mystère de la souffrance réparatrice passe par celui non moins énigmatique de la violence que l’on a imposé antérieurement à d’autres. Ce point dernier a été entrevu dans le cadre de notre étude précédente à propos des conditions de l’alliance. (86)

Il fallait que Paul persécute les chrétiens avec acharnement pour connaître une nuit intérieure aussi profonde que par son passé. Cette profondeur s’inscrit dans l’abîme intérieur qui est l’une des lectures du Prologue de Saint Jean I, 5 :

Et la lumière lui dans la Ténèbre

Et la ténèbre n’a pas compris.”

Alta rappelle naturellement en sa traduction et son commentaire de Jean (87) que le texte dit bien la Ténèbre et non les Ténèbres, pour indiquer – dit-il – aux esprits réfléchis que ce texte veut suggérer non pas un dogme, mais un mystère.

La ténèbre de chaque homme doit recevoir la lumière qui est le Christ. Il est des hommes qui n’ont point compris cette présence parce qu’ils ne sont pas descendus assez dans les ténèbres de leur coeur. Le préfixe « Com », comme, « con » signifie avec et comprendre, c’est prendre avec, mais l’on ne peut prendre avec quelque chose que ce que l’on a de cette chose, il faut encore qu’elle existe en quantité suffisante pour prendre avec, proportionnellement, autant, de cette autre chose qui présentement pour la ténèbre est la Lumière. Le texte suivant de l’Apocalypse III, 16 : “Parce qu’ainsi tu es tiède et ni froid, ni chaud, je vais te vomir de ma bouche” est à prendre en considération, car le tiède n’a pas assez de ténèbre pour accueillir d’avantage de lumière, à l’inverse le froid qui est un puits immense d’accueil et du chaud qui possède déjà toute la lumière, ou du moins suffisamment.

La ténèbre intérieure comme la ténèbre de la Genèse n’est pas un lieu de conscience en tant que tel : ce point est fondamental et il n’est pas un contenu, et le Dr. A.E. Chauvet traduit fort remarquablement ce Prologue de Genèse I, 2 en son Esotérisme de la Genèse : “Déjà pourtant la Ténèbre, Puissance de concentration et de compression agissait sur l’Abîme, contenant universel…

Si l’homme n’a pas pris conscience de son péché comment parviendra-t-il à se purifier?

La lumière provoque un tourbillon dans l’abîme de notre cœur jusqu’alors empli de la ténèbre et transmue – si on l’accepte – cette ténèbre, en lumière, qui est à la fois conscience engendrant le repentir et qui débouche sur l’Amour.

Ceux qui habitent le pays de l’ombre, sur eux un lumière a brillé” (Isaïe IX, 1)

Paul accepte cette lumière lui qui habitait le pays de l’ombre, parce qu’il a prié et sa prière est le lieu transfigurateur de son repentir, et l’on ne peut se repentir que si l’on a péché. L’Apôtre ne nous dit-il pas :

Vous avez été ténèbre autrefois, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur : vivez donc comme des enfants de lumière ; et le fruit de la lumière c’est toute sainteté, toute justice, toute vérité“. (Ephésiens V, 8)

La conversion passe par le choix accompli par le Christ en faveur de chaque créature, non pas que chaque créature ne puisse être choisie, mais elle est appelée et c’est la vocation par Dieu. Dès lors qu’elle est prête à entendre Son appel.

Origène le grand Origène, le Maître d’Alexandrie écrit à propos du Prologue de Jean en son Commentaire sur Saint Jean :

La Parole sacrée sait que les commandements sont une lumière ; Isaïe dit “Car tes ordonnances sont une lumière sur la terre”, ainsi que David au Psaume 18 : “la loi du Seigneur est pleine de lumière, elle éclaire les yeux”. Mais qu’il existe à côté des ordonnances et des lis, une lumière de connaissance, nous le découvrons chez l’un des douze petits prophètes : “Semez pour vous en vue de la justice, vendangez en vue d’un fruit de vie, éclairez-vous d’une lumière de connaissance”… “D’autre part les ténèbres sont prises dans le sens des actions mauvaises ; le même Jean nous l’apprend dans son épître en disant : “Si nous prétendons être en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité” et, plus loin, “Qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres” et, enfin, “Qui hait son frère est dans les ténèbres, il va et vient dans les ténèbres, il ne sait où il se dirige parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux”… “Remarque bien cette (parole) : dieu est lumière, et en Lui il n’y a pas de ténèbres” ; n’a-t-elle pas été prononcé parce qu’il n’existe pas une seule ténèbre mais deux, si l’on considère les genres, ou même, puisqu’on trouve en chaque individu beaucoup de mauvaises actions et d’opinions fausses, c’est qu’il y a beaucoup de ténèbres, dont aucune n’est en Dieu. Quant au saint, à qui le Sauveur déclare : “Vous êtes la lumière du monde, il n’est pas dit que le Saint est la lumière du monde et qu’en lui il n’y a pas de ténèbres“. (89)

Dieu est lumière et il n’y as pas en Lui de ténèbre parce qu’il est l’Amour ; c’est la Lumière, mais il en est une autre qui permet de communier à la Lumière Primordiale, Originelle, c’est celle de la Connaissance, qui est s’il s’agit de la Connaissance de Dieu, de naître avec Dieu !

Dieu s’est fait pour que l’homme s’approche le plus possible de Dieu ! Si le Christ s’est chargé de nos ténèbres c’est pour abolir notre mort en anéantissant les ténèbres qui sont en notre âme et Origène d’ajouter encore :

Cette Lumière qui est dans le Verbe et qui également la Vie “brille dans les ténèbres” de nos âmes et s’établit là même où (demeuraient) les princes de ce monde de ténèbres ceux qui ne sont pas d’une fermeté assez absolue pour être appelés, une fois éclairés, ‘Fils de Lumière’“. (90)

Il s’opère une transformation de ces ténèbres en lumière et lorsque le Maître Alexandrin évoque le Psaume 117 : “Dieu a fait des ténèbres sa retraite“, il précise : “D’une manière plus paradoxale, je pourrais dire aussi des ténèbres prises en bonne part qu’elles se hâtent vers la lumière, la saisissent et deviennent lumière, parce que n’étant pas connues, ces ténèbres changent de valeur pour celui qui auparavant ne voyait pas, de telle manière que, après avoir été instruit, il déclare que la ténèbre qui était en lui est devenue Lumière, une fois qu’elle a été connue“. (91)

Nous revenons ainsi au mystère de la conversion qui passe par le mystère du repentir, qui est celui de la conscience.

Après l’explication du Notre Père, on comprend qu’immédiatement après, alors, apparaisse dans le rituel cathare du Consolamentum cette exhortation :

Voilà pourquoi vous devez comprendre, si vous voulez recevoir cette oraison, qu’il faut vous repentir de tous vos péchés et pardonner à tous les hommes, vu que dans l’Evangile le Christ dit : “Si vous ne remettez pas aux hommes leurs péchés, votre Père céleste ne vous remettra pas non plus vos péchés”. De même, il convient que vous vous décidiez dans votre coeur à mettre en pratique cette sainte oraison tout le temps de votre vie, si Dieu vous accorde de recevoir la grâce, selon la coutume de l’Eglise de Dieu…” (92)

Le Baptême d’eau est le baptême du repentir et de la conversion : c’est la première étape du Baptême de l’Esprit et c’est pourquoi, en conclusion à la première étape du Consolamentum, il est dit :

Que l’ordonné commence alors le perdonum. Qu’il dise ensuite l’oraison comme c’est la coutume ; la prière terminée ainsi que les “grâces” que le croyant dise alors avec respect devant l’Ordonné : “Bénissez, ayez pitié de nous, amen ! Qu’il nous soit fiat le Seigneur selon ta parole”. Et que l’Ordonné dise : “Que le Père, le Fils et le Saint Esprit vous remettent tous vos péchés !” (93)

Il n’y a pas dans le Catharisme de mépris ni de rejet du Baptême de repentance qui est rappelé à l’occasion de cette première partie et le rituel d’affirmer :

De même personne ne doit penser que, par ce baptême que vous avez l’intention de recevoir, vous deviez mépriser l’autre baptême, votre premier christianisme et le bien quel qu’il soit que vous avez fait ou dit jusqu’à présent, mais vous devez comprendre qu’il vous faut recevoir le saint ordinamentum du Christ en supplément de celui qui était insuffisant pour votre salut“. (94)

III – Le Baptême d’Esprit et de Feu : Deuxième étape du Consolamentum

Que l’on s’entende bien ! Si le Baptême d’eau ou de repentance ne suffit pas pour acheminer vers la vie éternelle, cela ne signifie pas qu’il n’ait point de vertus, mais ces vertus du baptême de repentance préparent d’autres grâces qui elles permettent au chrétien de parvenir à la Nouvelle Jérusalem. Sur ce point nous renvoyons le lecteur à notre précédente étude (95).

Le Baptême d’Esprit et de Feu est le Sacrement de la Confirmation dans l’occident chrétien et de la chrismation dans l’Orthodoxie : dans le cadre du catharisme il est l’une des formes du Consolamentum.

Quand Simon vit que l’Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur présenta de l’argent“. (Actes VIII, 18)

L’imposition des mains en vue de la réception du Saint Esprit est distincte du Baptême :

Les apôtres à Jérusalem, entendirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu et ils leur envoyèrent Pierre et Jean qui y descendirent et prièrent pour eux pour qu’ils reçoivent le Saint Esprit, car il n’était encore tombé sur aucun d’eux : ils avaient seulement été immergés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils imposèrent les mains sur eux et eux recevaient l’Esprit Saint“. (Actes VIII, 14-18)

Il convient de retenir avant d’aller plus outre, cet autre passage des Actes XIX, 1-7 :

Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul parcourut le haut pays et vint à Ephèse. Il y trouva quelques disciples et leur dit : Avez-vous reçu le Saint Esprit depuis que vous avez la foi ? Ils lui dirent : Nous n’avons pas même entendu parler d’un Saint Esprit ! Il leur dit : Quelle immersion avez-vous donc reçue ? Ils dirent l’immersion de Jean. Paul leur dit : l’immersion par Jean immergeait pour la conversion, il disait au peuple de se fier à celui qui venait après lui, c’est à dire à Jésus. A ces paroles, ils se firent immerger au nom du Seigneur Jésus. Et comme Paul posait les mains sur eux, l’Esprit Saint vint vers eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient“.

Ainsi apparaît dans l’esprit des disciples qu’il y a plusieurs immersions et que la première ou le baptême de repentance et de conversion, donne la foi. Le baptême de l’Esprit offre la possibilité de parler les langues et de prophétiser, en un mot de témoigner. Il y a un jeu de mot entre le fait de parler des langues pour témoigner envers toutes les nations et a réception des langues de feu qui le jour de la pentecôte se partagent et se posent sur chacun des apôtres.

Ce phénomène est antérieurement présent dans l’Ancien Testament en divers lieux mais le fait le plus marquant est sans doute en les Nombres XI, 25 : “Iahvé descendit dans le nuée et lui parla. Il reprit de l’esprit qui était sur lui et en mit sur les soixante dix hommes, les anciens. Or, dès que l’Esprit se reposa sur eux, ils prophétisèrent, mais ils ne recommencèrent pas“.

Le Talmud nous précise que s’il survient une lacune dans la perfection morale du prophète, le don de la prophétie se perd, soit pour un temps, soit définitivement. A la suite du verset 25, le texte de poursuit ainsi :

Deux hommes étaient restés dans le camp, le nom de l’un était Eldad et le nom du deuxième était Meydad. L’esprit se reposa sur eux, car ils étaient parmi les inscrits, mais ils n’étaient point sortis vers la Tente, et ils prophétisaient dans le camp. Un jeune homme courut l’annoncer à Moïse et dit : “Eldad et Meydad prophétisent dans le camp !”. Josué, fils de Noun, ministre de Moïse depuis son adolescence, prit la parole et dit : “Mon seigneur Moïse empêche les ! ” Mais Moïse lui dit “Es-tu jaloux pour moi ? Qui fera que tout le peuple de Iahvé mettrait son esprit sur eux !” Puis Moïse se retira dans le camp, Lui et les anciens d’Israël” (Nombres XI, 26-31)

Comme le rappelle le rabbin Elie Munk :

Les deux prophètes Eldad et Médad furent particulièrement appréciés pour leur modestie et leur humilité. Ils en furent par cinq fois, distingués des autres anciens. Ceux-ci prédisaient juste ce qui se passerait le lendemain au sujet des cailles ; Eldad et Médad annonçaient ce qu’il adviendrait dans les jours futurs. Les autres prophétisaient seulement pour un jour, mais eux reçurent le don de prophétie pour toute leur vie. Les autres moururent dans le désert, tandis qu’Eldad et Médad étaient encore chefs du peuple après la mort de Moïse. Leurs noms sont mentionnés dans l’Ecriture, alors que les noms des autres n’y figurent pas. Enfin l’ensemble des anciens a reçu le don de prophétie de Moïse, mais eux deux le tinrent directement de Dieu” (96)

Il y a une attitude de modestie et d’humilité qu’il convient de posséder lorsque l’on reçoit l’Esprit Saint et nous revenons aux vertus morales de repentance et de conversion acquises par le baptême d’eau qui préparent à la réception et à l’épanouissement du Baptême d’Esprit.

L’Eglise Gnostique Apostolique en sa liturgie de la Confirmation offre ce préambule qui rappelle une première fois la baptême des Eglises Apostoliques :

Mon frère (ma soeur) vous venez aujourd’hui demander à l’Eglise de Dieu, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, le sacrement de la Confirmation : vous allez tout à l’heure confirmer votre foi et vous engager au service de l’Eglise. L’Eglise à son tour vous confirmera dans la fonction sacerdotale que vous endosserez en devenant membre de l’Eglise Priante, Souffrante, Militante. “Par votre baptême, vous étiez entré dans le corps mystique du Christ et votre âme, acquise à Dieu, avait accepté la Parole Divine. Après avoir été pris en charge, avec la grâce de Dieu, par l’Eglise ; aujourd’hui, par la Confirmation, vous allez être consacré par l’Esprit Saint, pour agir dans le monde, au Nom de Notre Seigneur car : “Jadis vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes Lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous comme de vraies lumières” (Ephésiens V, 8) – Le Catéchumène est devenu chrétien. Le chrétien est devenu disciple de Notre Seigneur Jésus+Christ ; et parce que vous aspirez, pour autant que cela soit possible à la faiblesse humaine, à devenir Ami du Sauveur, portant avec Lui, la Croix du monde, je vous appelle, mon frère, au Nom de l’Eglise du Dieu Vivant, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, à travailler pour la Réconciliation Universelle” (97).

Dans le cadre de la deuxième partie du Sacrement, l’E.G.A. demande au baptisé de renouveler sa renonciation au Prince de ce monde et son adhésion au Christ, engagement pris non seulement une première fois à l’occasion de son baptême et la troisième partie commence ainsi :

“Mon Frère (Ma Sœur) vous venez de renouveler votre engagement baptismal, d’une façon solennelle et pour toujours. Ayez en mémoire constamment, cette adresse du Sauveur : “Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous demande. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ignore ce que fait son maître ; je viens de vous appeler amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez porter du fruit, et un fruit permanent (Jean XV, 14-17)

Mon Frère, vous avez reçu l’enseignement de l’Eglise du Dieu Vivant, devenez pour toujours l’Ami de Notre Seigneur Jésus+Christ, en devenant membre de l’Eglise Priante, Souffrante, Militante.

“Vous allez recevoir les sept dons de l’Esprit Saint, ces arrhes qu’évoque l’Apôtre : “Or celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a consacrés par l’Onction, c’est Dieu ; c’est Lui aussi qui nous a marqués de son sceau et qui a mis dans nos cœurs, ces arrhes de l’Esprit” (II Cor I, 21-23). Ces arrhes : vous les avez reçus au baptême, vous allez en recevoir d’autres pour que vous puissiez mener à bien votre fonction dans l’Eglise et qu’ayant reçu ces prémices de l’Esprit, il convient que vous n’oubliez jamais “que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu réside en vous” (I Cor III, 16).

“Mon Frère, vous engagez-vous au service de l’Eglise du Dieu Vivant, Une, Sainte, Catholique, et Apostolique, cette Eglise dont la pierre d’angle est le Christ ?” (97)

Devenir le Temple de Dieu est possible dans le cadre de la liturgie de la Confirmation ou chrismation par l’Esprit Saint, dont Saint Jean annonce l’actualisation, et la mise en place du baptême d’Esprit, par ces paroles :

L’homme sur lequel tu verras l’Esprit descendre d’en haut et demeurer sur lui, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint. Or j’ai vu, et je rends donc témoignage que celui là est le Fils de Dieu” (Jean I, 33-55)

Le jour suivant, André, frère de Simon ayant entendu cette parole avait rejoint le Christ et ayant rencontré peu après Simon il lui déclare :

Nous avons trouvé le Messie, lui dit-il, ce qui signifie “Le Christ” ; et il l’amena à Jésus” (Jean I, 41) et comme le rappelle avec justesse le père Cyrille Argenti en son étude sur la Chrismation : Jean se sert du mot grec “christos”, participe passé du verbe “chrio”, oins.

Avant d’en venir au sens de l’onction dans l’Eglise et le Nouveau Testament, examinons dans quelles circonstances s’établit cette onction dans l’Ancien Testament.

A/ La chrismation dans l’Ancien Testament

Puis tu feras approcher Aaron et ses fils de l’entrée de la tente du rendez-vous, tu les laveras dans l’eau. Tu prendras les habits et tu revêtiras Aaron de la tunique, du manteau d’éphod, de l’éphod et du pectoral, puis tu l’enlaceras de la bande de l’éphod. Puis tu mettras le turban sur sa tête et tu placeras le diadème de sainteté sur le turban. Tu prendras l’huile d’onction et tu la verseras sur sa tête, tu l’oindras“. (Exode XXIX, 4-8)

Rachi note que “cette onction également se faisait sous la forme d’un KI grec. On lui mettait de l’huile sur la tête et entre les sourcils, et on l’établit avec les doigts“. (98)

Rachi à propos d’Exode XXX, 26 et 29 note encore :

Toutes les onctions se faisaient en forme de KI grec, sauf celles des rois qui se faisaient en forme de couronne” et par ailleurs : “Tu les sancitifieras : cette onction les sanctifie, pour les rendre saints au plus haut degré“. (99)

Le rabbin Elie Munk pour sa part précise en son commentaire des versets cités que, pour R, Moské, Isserles et Racant ; du fait qu’il y a homonymie entre les mots hébreux onction et attraction, il découle que :

L’huile d’onction a la vertu d’attirer sur la tête de celui qui la reçoit l’esprit divin. L’huile a été choisie parce qu’elle est le prototype de la manière inflammable qui s’allume au premier contact de l’étincelle qui vient d’en haut. Ainsi, l’oint du Seigneur est-il susceptible d’attirer l’inspiration dès que la flamme d’en haut a jailli pour aller allumer la lumière de son esprit“. (100)

La chrismation consacre donc les rois et les prêtres, tel Aaron, comme il est dit “Le prêtre oint…” (Lévitique IV, 5) et “Alors Samuel prit la fiole d’huile et en versa sur sa tête, puis il le baisa et dit : “N’est-ce pas Iahvé qui t’a oint comme chef sur son peuple Israël… Alors fondra sur toi l’Esprit de Iahvé, tu prophétiseras avec eux et tu seras changé en un autre homme“. (I Samuel X, 1 et 6)

Nous retrouvons les prémices des charismes inhérents au baptême de l’Esprit : le don de prophétiser, de parler, en un mot de témoigner comme l’évoque ce passage entrevu des Actes XIX, 1-7.

L’oint est donc Roi, Prêtre et Prophète !… Avec Rachi et les rabbins il y a rapport à mettre en évidence entre l’onction et l’attraction, le feu de l’huile et le feu divin.

Ceux qui reçurent des ordinations valides du temps où les Eglises Apostoliques conservaient des rituels d’ordination sérieux, nous comprendront, quant à la surprise dont certains me firent part lorsqu’à la suite de la cérémonie d’ordination, leurs mains notamment les brûlaient… Feu de l’huile et feu divin sont étroitement liés par la consécration du Saint Chrème, fait qui débouche sur ce que ce n’est plus l’huile qui agit comme telle mains l’onction par l’Esprit dont nous parle Isaïe XI, 2 et 3 :

Sur lui se posera l’Esprit de Iahvé, esprit de sagesse et de discernement, esprit avisé et vaillant, esprit de connaissance et de crainte de Iahvé ; il l’inspirera dans la crainte de Iahvé“.

L’Esprit offre des dons qui préparent aux sept grâces de la Confirmation : l’Esprit de Sagesse, l’Esprit d’Intelligence, l’Esprit de Connaissance, l’Esprit de Force, l’Esprit de Science, l’Esprit de Piété, l’Esprit de Crainte de Dieu.

B/ La Chrismation dans le Nouveau Testament

Le Christ est l’Oint : “Nous avons trouvé le Messie, c’est à dire le Christ” déclare André à son frère Simon. Nous avons trouvé le Messie, ce qui signifie “Oint”.

En ces jours-là Jésus vint de Nazareth de Galilée et il fut immergé par Jean dans le Jourdain. Aussitôt en remontant des eaux, il vit les cieux se fendre et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. Et une voix vint des cieux : Tu es mon fils, l’aîné dont je suis content“. (Marc I, 9-12)

C’est immédiatement après son immersion (en grec, “baptisma”) que fut révélé aux hommes l’onction de Jésus dans l’Esprit, c’est à dire sa chrismation le manifestant comme Christ. Certes, nous n’enseignerons pas comme certains que Jésus est devenu le Christ à cet instant : Il est Dieu de toute éternité, mais Il manifeste sa qualité divine et son unité de Nature avec le Père et l’Esprit par la présence de l’Esprit et le témoignage de Père : “Tu es mon fils, l’aimé dont je suis content“.

Les Pères nous enseignent à la suite de Saint Irénée que Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu. Le Christ Jésus est l’Oint du Père et il s’est fait homme pour transmettre son onction à tous les hommes. Cette onction est accordée par un scénario en deux temps : la mort et la résurrection : le baptême et la chrismation :

Oubliez-vous donc que tous, quand nous avons été baptisés en Christ Jésus, nous avons été plongés dans sa mort ? oui ! par le baptême nous avons été ensevelis avec lui dans la mort : afin que comme Christ a été ressuscité des morts par la gloire du Père, ainsi nous marchions désormais dans une vie nouvelle“. (Romains VI, 3-6)

La glorification dans le Christ s’établit par Sa résurrection et le Christ de proclamer :

Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves de vie jailliront de son sein, comme dit l’Ecriture.” Il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux descendu parce que Jésus n’était pas encore monté dans la gloire“. (Jean VII, 38-40)

L’onction ou chrismation, c’est la Pentecôte qui nous transmet le don de Dieu, le Saint Esprit, et l’on comprend dès lors cette adresse de l’Apôtre aux Corinthiens dans sa deuxième épître II, 14-16 :

Mais grâces soient rendues à Dieu qui partout nous fait triompher dans le Christ et qui par vous manifeste en tous lieux le parfum de sa gnose ! Car nous sommes un parfum du Christ vers Dieu“.

C/ La Chrismation chez les Pères

Irénée de Lyon en sa Démonstration de la prédication Apostolique déclare :

En effet le Fils en tant qu’Il est Dieu, reçoit du Père, c’est à dire de Dieu, le trône de l’éternelle royauté et l’huile de l’onction, plus abondamment, que ses autres compagnons ; et l’huile d’onction, c’est l’Esprit dont Il est oint, et ses compagnons sont les prophètes, les justes, les apôtres, et tous ceux qui reçoivent participation à sa royauté, c’est à dire ses disciples“. (101)

Tertullien en son traité Le Baptême déclare encore :

Je ne veux pas dire que ce soit dans l’eau que nous recevions l’Esprit Saint. Mais purifiés dans l’eau par le ministre de l’ange, nous sommes préparés à recevoir l’Esprit Saint… Ensuite à la sortie du bain, nous recevons une onction d’huile bénite, conformément à la discipline antique. Selon celle-ci on avait coutume d’élever au sacerdoce par une onction d’huile répandue de la corne : c’est ainsi qu’Aaron fut oint par Moïse. Aussi étaient-ils dits “Christs”, de “chrisma” qui signifie onction et qui donna aussi son nom au Seigneur. Cette onction est devenue spirituelle puisqu’il fut oint de l’Esprit de Dieu le Père… Puis on nous impose la main en appelant et en couvrant l’esprit Saint par une bénédiction… Alors cet Esprit très saint sortant du Père descend avec complaisance sur ces corps purifiés et bénis ; il se repose sur les eaux du baptême comme s’il reconnaissait là son ancien trône, lui qui sous la forme d’une colombe est descendu sur le Seigneur“. (102)

Hippolyte de Rome en la Tradition apostolique précise :

Ensuite quand il sera remonté, il sera oint par le prêtre de l’huile d’action de grâces avec ces mots : “Je t’oins d’huile sainte au nom de Jésus+Christ”. Et ainsi chacun après s’être essuyé se rhabillera et ensuite ils entreront dans l’Eglise. L’Evêque en leur imposant les mains dira l’invocation : “Seigneur Dieu, qui les a rendus dignes d’obtenir la rémission des péchés par le bain de la régénération, rends-les dignes d’être remplis de l’Esprit-Saint et envoie sur eux ta grâce, afin qu’ils te servent suivant ta volonté, car à toi est la gloire, Père et Fils avec l’Esprit Saint, dans la Sainte Eglise, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen”. Ensuite, en répandant de l’huile d’action de grâces de sa main et en posant celle-ci sur la tête, il dira : “Je t’oins d’huile sainte en Dieu le Père tout puissant et dans le Christ Jésus et dans l’Esprit Saint”. Et après l’avoir signé au front, il lui donnera le baiser et dira : “le Seigneur soit avec toi“. (103)

Cyrille de Jérusalem précise en ses Catéchèses Baptismales et Mystagogiques :

Lorsque baigné dans les eaux du Jourdain, et leur ayant communiqué les effluves de sa divinité, le Christ en fut remonté, le Saint Esprit fit en personne irruption sur Lui, le semblable se reposant sur son semblable. De même, remontés de la cure aux saintes eaux, vous reçûtes la chrismation, la marque dont fut chrismé le Christ. Or cette chrismation est l’Esprit Saint… Le Christ en effet n’a pas été chrismé par les hommes, d’huile ou de baume matériel, mais le Père l’ayant préétabli sauveur de tout l’univers, le chrisma du Saint Esprit… Et de même que le Christ fut réellement crucifié, enseveli et ressuscité, et que vous aussi, par votre baptême, vous avez été admis à participer symboliquement à sa croix, à son tombeau et à sa résurrection, ainsi en est-il de la chrismation : le Christ était chrismé d’une huile joyeuse et spirituelle, entendez de l’Esprit Saint qu’on appelle huile d’exultation, parce qu’Il est précisément la source de l’exultation spirituelle ; quant à vous, vous avez été chrismes d’un baume qui vous a rendus participants et associés au Christ“. (104)

Ambroise de Milan pour sa part rappelle les vertus attachées à la chrismation :

Après cela vient le sceau spirituel dont vous avez entendu parler aujourd’hui dans la lecture. Car après la fontaine, il reste encore à rendre parfait quant à l’invocation de l’évêque l’Esprit Saint est répandu… qui sont comme les sept vertus de l’Esprit. (105) “Ainsi donc rappelle-toi que tu as reçu le sceau spirituel, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de forces, l’Esprit de connaissance et de piété ; l’Esprit de la sainte crainte, et garde ce que tu as reçu. Dieu le Père t’a marqué de son sceau, le Christ Seigneur t’a confirmé et il a mis l’Esprit dans ton coeur comme gage ainsi que tu l’as appris par la lecture de l’apôtre“. (106)

L’onction est un sceau de Dieu, c’est la marque visible de la Pentecôte, c’est l’attestation de la réception du Saint Esprit, l’huile comme prototype de la matière inflammable constitue l’actualisation des langues de feu reçues par les Apôtres, et le rite de l’imposition des mains apparaît avec Ambroise de Milan “en appelant et en conviant l’Esprit Saint par une bénédiction“.

D/ La Chrismation dans le Catharisme

Le Rituel Cathare rappelle ces divers points quant à l’ordination, quant à l’imposition des mains, quant à la communion avec et dans le Saint Esprit :

Vous devez donc comprendre que telle est la raison de votre présence ici devant l’Eglise de Jésus+Christ, c’est à dire à l’occasion de la réception de ce saint baptême de l’imposition des mains et du perron de vos péchés ; à cause de la demande d’une bonne conscience adressée à ! dieu par les bons chrétiens. Voilà pourquoi vous devez comprendre que de même que vous êtes temporellement devant l’Eglise de Dieu, où le Père, le Fils et l’Esprit-Saint habitent spirituellement, de même vous devez être spirituellement avec votre âme devant Dieu et le Christ et l’Esprit-Saint, préparé à recevoir ce saint orninamentum de Jésus+Christ“. (107)

Le Rituel de la Confirmation de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive pour sa part offre cette prière pendant que l’évêque impose les deux mains au-dessus de la tête du Baptisé maintenant confirmé :

Remplissez-le de votre dignité, marquez du digne de l’invincible croix du Christ, ce frère et du sceau de votre Esprit, pour qu’il possède la vie éternelle qui est de vous connaître avec votre Fils et votre Esprit : un seul Dieu, de vous aimer et de suivre vos commandements. Nous vous le demandons, moi ministre indigne et avec cette communauté, l’Eglise Une, Sainte, Catholique (Universelle) et Apostolique, par Notre Seigneur Jésus+Christ dans le même esprit Saint, à Vous louange, adoration, action de grâces, aux siècles des siècles. Amen.” (108)

Le célébrant prend alors l’ampoule de Saint Chrême et faisant successivement le signe de la croix sur le front, les yeux, le nez, la bouche, les mains, les pieds du confirmé, il dit chaque fois : “Le Sceau du Saint Esprit“.

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Cette distinction du rite de l’imposition des mains comme étape distincte et postérieure au Baptême est fondamentale dans le Catharisme. Elle prend sa source en cette parole de Jésus que relate Jean XIV, 16-18 :

Et moi je demanderai au Père, et il vous donnera un autre collaborateur qui puisse demeurer éternellement avec vous : l’Esprit de la Vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il n’en a ni la connaissance, ni l’idée ; mais vous vous le connaissez et c’est pourquoi il restera auprès de vous et sera en vous”.

Cette venue de l’Esprit Saint si elle se trouve actualisée dans le baptême de Jésus par Jean est postérieure pour les hommes au baptême de repentance et le rite baptismal s’effectue en deux temps :

Ils lui prescrivent d’abord un temps de pénitence, de pureté et de prière continue. Puis ils lui imposent sur la tête l’Evangile de Jean, invoquant le Saint Esprit et récitent le Pater Noster. Après cette sorte de baptême, ils lui prescrivent à nouveau un temps d’éducation plus précise, de vie plus ascétique, de prière plus pure, puis demandent des témoignages sur le point de savoir s’il a tout observé. S’il a accompli fidèlement au témoignage des hommes comme des femmes, ils l’amènent à un rite d’initiation réitérée. Le plaçant en face de l’Est, ils lui posent l’évangile sur la tête, les présents, hommes et femmes, lui imposent les mains récitant leur rite“. (109)

Dans cet itinéraire de l’âme vers Dieu, le Saint Esprit pour l’ensemble des Pères est l’intervention privilégiée en faveur de l’homme.

Clément d’Alexandrie à l’égard de Marie Madeleine répandant un flacon de parfum de grand prix sur le Christ nous explique le sens de cette scène :

Et si je ne vous parais trop insister, les pieds parfumés du Seigneur, ce sont les apôtres qui, comme l’annonçait la bonne odeur de l’onction, ont reçu le Saint Esprit. Les apôtres qui ont parcouru la terre et prêché l’Evangile sont représentés par les pieds du Seigneur, au sujet desquels l’Esprit exprime encore par le psalmiste cet oracle : “Adorons au lieu où ses pieds se sont posés“.

[Ps. 131, 7] C’est à dire là où sont parvenus ses pieds, les apôtres, par qui il a été prêché jusqu’aux extrémités de la terre“. (110)

Il y a un rapport étroit entre le parfum et l’Esprit Saint. Cette remarque dès lors de celui qui fut le maître d’Origène est à retenir dans cette adresse aux femmes :

Il faut absolument que, chez nous, les hommes exhalent non pas l’odeur des parfums mais celle des vertus, et que la femme répande la bonne odeur du Christ, l’onguent royal, et non pas l’odeur des poudres et des parfums et qu’elle s’oigne de l’onguent immortel de la sagesse, qu’elle se délecte de ce parfum saint qu’est l’Esprit. C’est celui que le Christ prépare aux hommes qui sont ses disciples : un onguent de bonne odeur, qu’il a composé avec les aromates célestes. C’est de ce parfum que le Seigneur, lui aussi, est oint, comme David l’a indiqué : “C’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile d’allégresse, de préférence à tes compagnons ; de tes vêtements de dégage le parfum de la myrrhe, de l’aloès et de la cannelle“. (111)

Cette actualisation du pardon de Marie Madeleine lorsqu’elle verse le parfum, et plus encore de sa purification, est attestée par le Christ disant à Simon :

Tu ne m’as pas oint la tête d’huile : mais elle m’a oint les pieds de parfum. Grâce à cela, je te le dis, beaucoup de péchés lui sont remis car elle a beaucoup aimé. Mais à celui à qui on remet peu aime peu. Alors il dit à la femme : tes péchés te sont remis“. (Luc VII, 46-49)

Origène à propos de l’huile nous offre un sens nouveau :

Toute âme a besoin de l’huile de la miséricorde divine, et nul ne peut échapper à la vie présente s’il est privé de l’huile de la miséricorde céleste“. (112)

Cette huile, c’est le Saint Esprit qui “purifie toutes les souillures en accordant la rémission des péchés“. (113)

Ce point est fondamental. Il nous permet de comprendre cette remarque du Maître Alexandrin :

Dans les Psaumes également il est écrit : “Tu enlèveras leur esprit et ils disparaîtront, et ils retourneront à leur terre. Tu enverras ton Esprit, et ils seront créés et tu renouvelleras la face de la terre” (Ps. 103, 29-30) ; cette phrase s’applique clairement à l’Esprit Saint qui, une fois les pécheurs et les hommes indignes écartés et morts, se créera pour lui-même un peuple nouveau et renouvellera la face de la terre, lorsque les hommes par la grâce de l’Esprit, abandonneront le vieil homme avec ses actions (cf. Col III, 9) et commenceront à vivre d’une vie nouvelle (Cf. Rom VI, 4). Et il est tout à fait juste de dire que ce n’est pas en tous, ni en ceux qui sont chair, que l’Esprit Saint habitera, mais en ceux dont la terre aura été renouvelée. (cf. Ps. 103, 30) : c’est pour cela enfin que l’Esprit Saint était transmis par l’imposition des mains des apôtres (cf Act. 8, 18) après la grâce et le renouvellement du baptême (cf. Tite III, 5)” (114).

La réception de l’Esprit indépendante du Baptême est conditionnelle à l’abandon du vieil homme en vue d’entrer en une vie nouvelle.

Dans le cadre du rituel de la Confirmation de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive, il est procédé dans le cours de la troisième partie du rite à la tonsure du baptisé qui va être oint, et le célébrant ajoute immédiatement à l’égard du nouveau tonsuré :

Gardez toujours en votre coeur cet avertissement du Sauveur : “Si l’on veut venir à ma suite, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre ainsi. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la recouvrera”. (Matthieu XVI, 24, 26). Mon Frère, gardez et portez toujours l’image de la couronne divine. Agissez de telle sorte que votre transformation ne s’arrête pas à l’extérieur, mais que votre coeur dégagé des embarras du monde et les désirs du siècle, s’ouvre à jamais aux splendeurs de l’éternelle grâce. Amen” (115)

Recevoir l’Esprit ; c’est entrer en Communion avec Dieu. Si l’Esprit est notamment la relation d’amour entre le Père et le Fils, tout en ne procédant que du Père et sans n’être que cela, la liturgie de la Sainte Messe de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive fait dire au célébrant après qu’il ait récité le deuxième évangile, fixe celui-ci qui est la Prière Sacerdotale :

Que tous les hommes soient Un dans l’Amour, comme le Fils est Un avec le Père dans l’Esprit. Amen“. (116)

Origène considère à juste titre sa douzième Homélie sur les Nombres, que le chrétien est amené à vivre quatre étapes : l’offrande de sa foi et de son amour, en contre partie la réception des dons du Saint Esprit, en troisième lieu le fait qu’il nous faut mourir au monde, enfin parvenu à la perfection il nous est donné le paradis. Comment cela se peut-il produire ? “Le Verbe de Dieu qui est le Seigneur Jésus est l’Epoux et le Mari de l’âme pure et chaste“. (117)

A l’égard de cette union il n’est point possible de citer un extrait, il faut lire l’ensemble que constituent les Homélies sur le Cantique des Cantiques d’Origène.

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* *

L’onction est la marque du Saint-Esprit. Le baptême d’Esprit et de Feu permet au baptisé de devenir membre de l’Eglise priante, souffrante et militante et d’agir ainsi en faveur de la réconciliation universelle.

 

Notes :

(1) Confer notre étude : « Satan, Lucifer, le Prince de ce monde et les démons dans la tradition chrétienne et l’exégèse scripturaire », Narbonne, Cahiers d’Etudes Cathare Ed.

(2) Maurice Magre : Le Sang de Toulouse. Paris, Robert Laffont Ed, 1978, page 278.

(3) Rachi : Le Pentateuque avec Rachin. Volume 1 : La Genèse Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1979, page 5.

(4) Grégoire de Naziance : Homélie XL : Pour le Saint Baptême. Paragraphe II in : Homélies (extraits). Namur, Editions du Soleil Levant, 1962 pages 57 et 58.

(5) Jean Scot : Commentaires sur l’Evangile de Jean. Livre III paragraphe 1, Paris, Editions du Cerf, Collection Sources chrétienne n° 180 – 1972, page 205.

(6) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 25, Paris, Editions du Cerf, Coll. Sources chrétienne n° 67 – 1960, pages 103 à 105.

(7) Rachi : op cité, volume 5 : le Deutéronome. ibid, 1981, page 163.

(8) Elie Munk : La voix de la Thora. Volume 5 : le Deutéronome. Paris, Fondation Samuel et Odette Levy Ed, 1981, page 213.

(9) On lira avec intérêt : Herman Hailperin : De l’utilisation par les chrétiens de l’oeuvre de Rachin. in : Rachi (ouvrage collectif). Paris, Service Technique pour l’éducation. Ed, 1974, pages 163 à 200.

(10) Le Zohar II, 113a – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par Gershon Scholem, Paris Ed du Seuil, Coll. Sagesses n° 21, 1980, page 88.

(11) Ambroise de Milan : La mort est un bien II, 3 – in : Cyprien et Ambroise : le chrétien devant la mort. Paris, Ed Desclée de Brouver Ed, coll. les Pères dans la foi, 1980, page 41.

(12) Jean Chrysostome : Homélie 25 sur l’Evangile selon Saint Jean – in : le Baptême d’après les Pères de l’Eglise. Paris Grasset Ed, colle lettres chrétiennes n° 5, 1962 page 211.

(13) Jean Duvernoy : la Religion des Cathares. Toulouse, Privat Ed 1976, page 145.

(14) Rachi : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, page 15.

(15) Elie Munk : op cité, volume 1 : la Genèse, ibid, 1981, page 23.

(16) Carlo Suares : la Kabbale des Kabbales, Paris, Adyar Ed, 1962, page 51.

(17) Zohar I, 284b – in : La Kabbale, pages classées du Zohar. Paris Ed du chant nouveau. 1946, pages 81 et 82.

(18) Zohar I, 61 a – Ibid, page 82.

(19) Zohar I, 85 b – Ibid, page 83.

(20) Louis Rougier : l’Origine astronomique de la croyance pythagoricienne et l’immortalité de l’âme. le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, Ed, tome 10, 1933.

R.P. Festugière : La Révélation d’Hermès Trismégiste, tome 3 : les doctrines de l’âme. Paris, Librairie Gabalda Ed, 1953.

Textes et Oeuvres divers publiés par les Editions les Belles Lettres.

(21) Gershom. G. Scholen : Les Origines de la Kabbale. Paris, Aubier-Montaigne Ed, 1966 page 252. On lira avec intérêt le paragraphe 10 du chapitre 2 : Migration des âmes et mystique de la prière dans le Bahir, mais aussi toute l’oeuvre de l’auteur dont les traductions figurent chez Payot et Aubier.

(22) Origène : Homélie sur Jérémie I, paragraphe 10. Paris, Ed. du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 232, 1976, pages 217 et 219.

(23) Origène : Traité des Principes – Péri Archon – III, 3. 5 – Paris, Etudes Augustiniennes Ed, 1976, page 189.

(24) Elie Munk : op cité. volume 1 : la Genèse, ibid, pages 257 et 258.

(25) Origène : Homélies sur la Genèse – XII, 4 – Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 7 bis, 1976, pages 301 et 303.

(26) Origène : Traité des Principes – Péri Archon II, 9, 7 – op cité, page 131 et Sources chrétiennes n° 252 (tome 1) page 369.

(27) Origène : Commentaire sur Saint Jean VI, paragraphe 73 – Paris, Ed du Cerf, coll Sources chrétiennes n° 157 – 1970, pages 183 et 185.

(28) Justin : Dialogue avec Tryphon – Prologue : Comment voir Dieu in : la Philosophie passe au Christ : Oeuvre de Justin. Paris, Desclée de Brouwer Ed, colle les Pères dans la foi, Ictus, 1982, page 128.

(29) Jérôme : Traité sur les erreurs contenues dans le Livre des Principes d’Origène. in : Oeuvres de Saint Jérôme. Paris, Auguste Desrez Ed, 1838, page 421.

(30) Grégoire de Nysse : la Création de l’Homme – 28 – Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la foi, 1982, pages 148 et 149.

(31) Origène : Explication du Nôtre Père – 29, in Traité sur la prière. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll. les Pères dans la Foi, 1977, pages 108 et 109.

(32) Origène : Commentaire sur Saint Jean, op cité, avant-propos de Cécile Blanc, page 24.

(33) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(34) Origène : Ibid, VI, 85, op cité, page 191.

(35) Jérôme : Correspondance, Lettre à Démétriadès. in Oeuvres de Saint Jérôme, op cité, page 663 et par une approche aisée Correspondance, Lettre n° 130, Les Belles Lettres Ed, tome 7 pages 187 à 189.

(36) Tertullien : Apologétique 48, paragraphe 2 et 3. Paris, les Belles Lettres Ed, 1971, pages 101 et 102.

(37) Marius Victorinus : Contre Arius Livre I, B, paragraphe 64 in : Traités théologiques sur la Trinité. Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n° 68 ; 1960 page 385.

(38) Grégoire de Nysse : Catéchèse de la Foi, 6. Paris Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1978, page 94.

(39) Ibid, page 102.

(40) Premier Concile de Braga : Anathématisme contre les Priscillianistes, 1e Mai 561 ou 563. in : Textes doctrinaux du Magistère de l’Eglise sur la Foi Catholique. Traduction et présentation de Gervais Dumeige. Paris, Editions de l’Orante, 1969, page 140.

(41) Synode de Constantinople : Anathème contre Origène (?!), 543, ibid, page 140.

(42) Murphy et Sherwood : Constantinople II et III. Paris, Editions de l’Orante, Collection Histoire des Conciles oecuméniques, volume 3, 1974, pages 108 et 109.

(43) Augustin : La Cité mystique de Dieu. Livre X chapitre 30. Paris, charpentier Ed, 1843, tome 1, pages 351 et 352.

(44) Zohar II, 1999 a – in : La cabbale, pages classées du Zohar, op cité, page 99.

(45) Zohar II, 96 b – in : Le Zohar, extraits choisis et présentés par G. Scholem, op cité, page 84.

(46) Elie Munk : op cité, tome 3 : Le Lévitique, op cité, 1981, page 151.

(47) Origène : Entretien d’Origène avec Héraclide paragraphe 15, op cité, page 89.

(48) Ibid, paragraphe 22, page 99.

(49) Tertullien : La Résurrection des morts – paragraphe 40. Paris, Desclée de Brouwer Ed, Coll les Pères dans la Foi, 1980, page 102.

(50) Origène : Traité des Principes – Péri Archon, Préface I, 5 – op cité, page 26.

(51) Tertullien : Ibid, paragraphe 7, page 53.

(52) Ignace d’Antioche : Lettre aux philadelphiens XI, 2. in : Les écrits des Pères Apostoliques (Collectif). Paris, Editions du Cerf, Coll chrétiens de tous les temps n° 1, 1969 page 185.

(53) Justin : Dialogue avec Tryphon V, op cité page 130.

(54) Ibid, XL, op cité page 190.

(55) Irénée de Lyon : Contre les Hérésies V – in : Textes choisis. Namur, les Editions du Soleil Levant. Ed, 1963 page 150.

(56) Tertullien : Apologétique IX, 8. op cité, page 22.

(57) Tertullien : La Résurrection des morts XVI, paragraphe 10, op cité page 65.

(58) Grégoire de Nysse : la Création de l’homme XXIX, op cité page 152.

(59) Zohar I, 205 b, 206 a : in : Armand Abécassis et Georges Nataf : Encyclopédie de la mystique juive, 4ème Partie : Isaïe Tishby : la Kabbale, Paris, Berg International Ed, 1977, colonne 878.

(60) Zohar I 83 b in : La Cabbale, pages classées du Zohar, op cité, pages 84 et 85.

(61) Justin : Dialogue avec Tryphon VI, op cité, pages 131 et 132.

(62) Tertullien : La Résurrection des morts VII, paragraphe 4 et 5, op cité page 52.

(63) Origène : Traité des Principes – Péri Archon III, 1, 21, – op cité page 171.

(64) Origène : Homélies sur Jérémie I, 10 – op cité page 219.

(65) tau Irénée II : Rituel du Baptême des adultes (forme privée et non solennelle) de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive. Nous remercions S.B.T. Irénée II de nous avoir communiqué ce texte liturgique.

(66) Jamblique : Traité de l’Ame Section II, paragraphe 2 – in : R.P. Festugière : op cité, appendice 1, page 221.

(67) Ibid, Section III, paragraphe 1, pages 229.

(68) Hermès Trismègiste : Poimandrès I, 19. in : Corpus Hermeticum, tome 1, Paris, les Belles Lettres Ed, 1960, page 13.

(69) La Didaché, paragraphe 1 in : Les Ecrits des Pères Apostoliques, op cité, page 37.

(70) Plotin : Les Enneades IV, 3, 22, traduction de l’abbé Alta. Paris, Bibliothèque chacornac Ed, 1925 tome 2 page 268.

(71) Jamblique, op cité, Section II, paragraphe 3, pages 226 et 227.

(72) Plotin : Les Enneades IV, 3, 21, op cité, page 267.

(73) Porphyre : Sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme IIe Partie. in R.P. Festugière : op cité appendice 2, pages 293 et 294.

(74) Ibid, page 298.

(75) Ibid, page 298.

(76) Justin : Dialogue avec Tryphon, 5 – op cité, pages 128 et 129.

(77) Justin : Ibid, 65, op cité, page 237.

(78) Irénée de Lyon : Contre les Hérésies V, op cité, pages 156 et 157.

(79) Marius Victorinus : Hymne II, vers 35 à 46. in Traités Théologiques sur la Trinité. op cité, page 631.

(80) tertullien : Traité du Baptême III, 2. Paris, Cerf Ed. Coll. Foi Vivante, 1976 pages 76 et 77.

(81) Dr A.E. Chauvet : Esotérisme de la Genèse. Tradition ésotérique commentée des dix premiers chapitres du Sepher Bereschit. Paris, SIPUCO Ed, 1948, tome 4 page 951.

(82) Tertullien, Traité du Baptême III, 3. op cité page 77.

(83) Ibid, IX, 4. op cité page 91.

(84) Tau Irénée II : Sainte et divine Liturgie de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive. Nous remercions S.B.T. Irénée II de nous avoir confié cette liturgie.

(85) Ibid.

(86) Confer note 1.

(87) Pour les textes de Jean et de Paul, nous avons toujours choisi, selon l’habitude de nos travaux précédents les traductions remarquables de l’abbé Alta, publiées à Paris en 1907 et 1919. Nous profitons de l’occasion de cette note pour signaler que les traductions des autres textes, sauf indication contraire, appartiennent toujours à l’édition de la Bible publiée dans la Pléiade.

(88) Dr. A.E. Chauvet : Esotérisme de la Genèse, op cité, tome 4, page 951.

(89) Origène : Commentaire sur Saint Jean II, paragraphe 159 à 162, extraits op cité, pages 313 à 317.

(90) Ibid, II, paragraphe 167.

(91) Ibid, II, paragraphe 174.

(92) Tradition de la Sainte Prière. Paragraphe 5 in : Rituel Cathare. Paris, Ed du Cerf Ed, Coll Sources chrétiennes n° 236, 1977 pages 217 et 219.

(93) Ibid paragraphe 6, page 221.

(94) Ibid paragraphe 13, pages 253 et 255.

(95) Confer note 1.

(96) Elie Munk : op cité, tome 4 : les Nombres, op cité, 1981, page 111.

(97) Tau Irénée II : Rituel de la Confirmation. Forme privée et non solennelle. Nous remercions S.B. Tau Irénée II, Patriarche de l’Eglise Gnostique Apostolique Primitive d’avoir bien voulu nous communiquer sa liturgie.

(98) Rachi : Le Pentagone avec Rachi, volume 2 : l’Exode, Paris, op cité, 1980, page 253.

(99) Ibid, page 274.

(100) Elie Munk : la Voix de la Thora, volume 2 : l’Exode, op cité, 1980 page 347.

(101) Irénée de Lyon : Démonstration de la Prédication Apostolique, paragraphe 47 – Paris, Ed du Cerf, Coll : Sources chrétiennes n°62, 1971, pages 107 et 108.

(102) Tertullien : Le Baptême VI, VII et VIII, extraits. op cité, pages 85 à 89.

(103) Hippolyte de Rome : la Tradition Apostolique, paragraphe 21 – Paris Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°11 bis, 1968 pages 87, 89 et 91.

(104) Cyrille de Jérusalem : Catéchèses Baptismales et mystagogiques (XXIè Catéchèse, extraits) namur, Ed du Soleil Levant Ed, 1962, pages 466 et 467.

(105) Ambroise de Milan : Des Sacrements III, 8 – in : Des Sacrements, des Mystères, Explication du Symbole. Paris Ed du Cerf, Coll. Sources chrétiennes n°25 bis page 97, 1980.

(106) Ibid : Des Mystères, paragraphe 42. in : Des Sacrements, des Mystères, Explication du Symbole, op cité, page 179.

(107) Tradition de la Sainte Prière, paragraphe 13, in Rituel Cathare, op cité page 247.

(108) Tau Irénée II Rituel de la Confirmation, op cité.

(109) Jean Duvernoy : la Religion des Cathares, op cité, page 323.

(110) Clément d’Alexandrie : le Pédagogue II, 8, Paris Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°108, 1964, pages 125 et 127.

(111) Ibid, page 133.

(112) Origène : Homélies sur le Lévitique, II, 2. Paris, Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°286, 1981, pages 97 et 99.

(113) Ibid, page 99.

(114) Origène : Traité des Principes – péri Archon I, 3, 7. op cité page 53.

(115) Tau Irénée II : Rituel de la Confirmation, op cité.

(116) Tau Irénée II : Sainte et Divine Liturgie de l’E.G.A.P. Je remercie S.B. T. Irénée II de m’avoir transmis cette liturgie.

(117) Origène : Homélies sur les Nombres XX, 2. Paris Ed du Cerf, Coll Sources chrétiennes n°29, 1951, page 395.

 

Chrismon - Consolamentum, réincarnation et évolution spirituelle dans le catharisme et le Christianisme Originel

Chrisme, extrait du site Editions Scriptoria.

 

SOURCE : https://www.esoblogs.net/

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La Tétraktys Pythagoricienne 19 mars, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La Tétraktys Pythagoricienne

 
 
La Tétraktys Pythagoricienne dans Recherches & Reflexions tetrak
 
Quel intérêt avons-nous de rechercher la qualité dans le nombre. N’est-ce pas ici un travail contradictoire. Nous savons que la qualité ne peut rimer avec le nombre. Et pourtant, le nombre n’est pas un chiffre, c’est un élément de langage sacré comme aimaient à le penser nos ancêtres et en conséquence impliquait une logique universelle qui se confondait parfaitement avec l’intuition d’un profane éveillé. Ainsi nos philosophes Grecs de la logique et du mythe, grâce à l’acquis de la philosophie éducative, rendirent autonomes leurs systèmes de pensée en oubliant (parfois) qu’il ne peut y avoir d’autonomie de la pensée sans perspectives pour la liberté. La géométrie sacrée comme la numérologie qui en découle, sont l’exemple typique d’une liberté de mouvement et d’investigations que les élites d’initiés, ont pu mettre à jour aux temps anciens.
Héritiers des ces progressions phénoménales de la pensée, nous « modernes » aux pieds d’argiles, nous devons modestement nous incliner face à ce travail de « raisonnement intuitif » qui fut leur œuvre.
 
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Par sa nature même, cette dernière a tellement fait l’objet d’études et d’analyses poussées de la part des plus grands symbolistes et philosophes qu’il reste peu de place à une interprétation personnelle. Malgré tout nous allons en livrer comme une sorte d’abrégé synthétique issu de mes lectures dans l’espoir de vous faire partager ma passion pour ce symbole. Par conséquent afin d’essayer d’en mieux comprendre tout le symbolisme qu’il soit mathématique, géométrique, et bien sûr maçonnique, il conviendra de donner en préambule quelques explications nécessaires qui feront qu’au fil de ce travail tous les frères, quel que soit leur grade, se retrouveront dans cette Tetraktys Pythagoricienne dont la richesse insoupçonnée est sans limites. Cette figure aussi cartésienne qu’irrationnelle est si fascinante qu’il me semble qu’elle possède en son sein l’essence même de la Franc-maçonnerie. Pythagore est un philosophe, mathématicien et scientifique présocratique qui serait né aux environs de 580 av. J.-C. à Samos, une île de la mer Égée au sud-est de la ville d’Athènes. On établit sa mort vers 495 av. J.-C. à l’âge de 85 ans.
Sa vie énigmatique permet difficilement d’éclairer l’histoire de ce réformateur.

Le néo-pythagorisme est néanmoins empreint d’une mystique des nombres.
En effet, pour Pythagore « Tout est nombre » ( Un le Tout ) L’apport majeur de Pythagore est l’importance de la notion de nombre et le développement d’une mathématique démonstrative, mais aussi religieuse. Pythagore donne des nombres une représentation géométrique. Arithmétique et géométrique sont sœurs. Les démonstrations arithmétiques s’appuient sur des figures et cette méthode porte le nom d’arithmétique géométrique.
La Tétraktys Pythagoricienne et le Carré de 4 en sont des exemples parfaits. Chaque unité est figurée par un point, de sorte que l’on a des nombres plans (1,4,9,16, etc. qui sont carrés et 1, 3, 6,10, etc. qui sont triangulaires), des nombres rectangulaires, des nombres solides (dits cubiques, pyramidaux, etc.), des nombres linéaires et des nombres polygonaux. Le premier nombre pyramidal est 4. Cette méthode permet le calcul de la somme des premiers entiers, des premiers entiers impairs ou encore le calcul des triplets pythagoriciens.

Le mot Tétraktys signifie « quadruple éclat rayonnant ».
Ce mot évoque le nombre 4 (Tétra) et une lumière rayonnante (Actys).
La Tétraktys Pythagoricienne ou Quaternaire est un nombre représenté par 10 chiffres disposés en triangle. C’est la raison pour laquelle on l’appelle nombre figuré triangulaire. Sa formule numérique est la suivante : 1 + 2 + 3 + 4 = 10.

Cette figure était sacrée. Les pythagoriciens prêtaient serment « par la Sainte Tétraktys » ou par une autre formule de serment « le Carré de 4 » , à ne pas prendre à la légère quand on sait que certains êtres savent aller au-delà du temps. La doctrine pythagoricienne à un caractère plus cosmologique que purement métaphysique. Rappelons ici que la cosmologie est la science qui étudie la structure et l’évolution de l’Univers considéré dans son ensemble. Le quaternaire est partout présent et toujours considéré comme le nombre de la manifestation universelle. C’est donc le point de départ de la cosmologie tandis que les nombres qui la précèdent, c’est-à-dire l’unité, le binaire, le ternaire, se rapportent uniquement à l’ontologie. C’est à dire l’étude de l’être en tant qu’être, de l’existence en général dans l’Existentialisme et sur la considération de l’essence divine, nécessairement pourvue de toutes les perfections, ce qui implique que Dieux existe.

Pour l’anecdote, à l’époque de Pythagore, chaque point noir était un petit caillou disposé sur le sol, d’où est venu le nom de calcul désignant les petits « cailloux » se formant dans certains organes comme la vésicule biliaire ou les reins. Comme nous l’avons vu précédemment, la Tétraktys Pythagoricienne comprend 10 points ordonnés en un triangle équilatéral. En fait, un point central entouré de 9 points et la base du triangle composé de 4 points. Par conséquent quatre rangées des 4 premiers nombres successifs, dont la somme vaut 10. Ce qui nous amène maintenant à entrer dans le cœur même de la Tetraktys car il y a de multiples manières de la voir.

En voici donc une première analyse :

Au sommet, un seul point qui symbolise l’Un, le Divin, principe de toute chose, l’être non encore manifesté.
Au-dessous, l’origine de la manifestation marquée par 2 points, symbolisant la première apparition, le dédoublement par couple ou dyade, le masculin et le féminin, le phallus et l’œuf, etc.
Donc le dualisme interne de chaque être.
Rappelons qu’en Franc-Maçonnerie le dualisme manichéen est une impasse existentielle par nature.
Viennent ensuite les 3 points correspondants aux 3 minéraux du monde : l’enfer, la terre et les cieux.
Ainsi qu’aux 3 niveaux de la vie humaine : physique, psychique et spirituel.
Et pour terminer, nous trouvons les 4 points de la barre de la pyramide symbolisant la terre, la multiplication de l’univers matériel, les 4 éléments, les 4 points cardinaux, les 4 saisons, etc.
Cet ensemble constitue la Décade, la totalité de l’univers créé et incréé.
Nous aborderons ce sujet un peu plus loin.

 
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Une seconde analyse de la Tetraktys Pythagoricienne avec toute la symbolique maçonnique qui s’en dégage, attirera davantage encore notre attention. Le point supérieur peut être également vu comme la représentation de l’unité fondamentale, de la dualité, de l’espace et du temps, de la matérialité. Les deux points peuvent être vus comme la représentation de la complétude des opposés complémentaires. Rappelons encore que le travail du Franc-Maçon est de s’exercer à réunir les opposés et à observer les complémentaires. Représentation également de la dynamique de la vie des éléments structurels.
Les 3 points peuvent être vus comme la figuration de la totalité, du féminin et du masculin, de la création. Les 4 points peuvent être vus comme la représentation du feu, de l’air, de l’eau et de la terre. À noter qu’au cours de ses voyages, le récipiendaire est purifié par ces quatre éléments. Il est donc possible d’établir une correspondance entre ces éléments et la Tetraktys Pythagoricienne.
« Feu. , Air.. , Eau … , Terre …. »
La somme des quatre premiers nombres faits 10. Aller du 4 au 1, c’est aller du matériel, du tangible, du minéral au Divin, en passant par les fluides, les liquides ou les gazeux.
Mais rappelons encore que pour Pythagore « Tout est nombre ». Nous trouverons enfin, ci-après, le symbole des chiffres pour les pythagoriciens.

Le 1 – la monade : unité de l’existence et harmonie générale.
Le 2 – le binaire : la diversité, la division, la séparation.
Le 2 est la dyade (le nombre 2), principe passif et actif, masculin – féminin, faculté génératrice esprit-âme et corps humain d’une part, Divin, d’autre part.
Le 3 – la triade : la loi du ternaire est pour les pythagoriciens la véritable clef de vie.
Nombre par excellence, premier impair qui réuni les propriétés des deux premiers chiffres 1 et 2.
Le 4 – le quaternaire : nombre parfait, racine des autres, nombre ineffable de Dieu.

En hébreu, quatre lettres parmi les 22 représentent le symbole de l’immortalité de l’âme qui se meut d’elle-même.
Considéré comme l’essence des quatre éléments, des quatre qualités fondamentales du corps : sec, humide, froid et chaud, des quatre principes géométriques : point, ligne, plan et solide, des quatre notes fondamentales de la gamme, des quatre fleuves du paradis terrestre, des quatre figures symboliques du char de la vision d’Ezechiel traduite par les quatre évangélistes : Mathieu, Marc, Luc et Jean.
Nous allons maintenant développer la Décade dont nous avons parlé précédemment.
Pour les pythagoriciens, la Décade était le plus sacré des nombres, le symbole de la création universelle.
C’est aussi sur le Dix qu’ils prêtaient serment en l’évoquant sous cette forme :
« La Tétraktys en qui se trouve la source et la racine de l’éternelle nature. Tout dérive de la Décade et tout y remonte. Le est l’image de la totalité en mouvement ».
Le 10 est la base du système décimal qui se répète à l’infini : « 1 » suivi de « 0 » indique que hors de l’unité tout est néant et ne subsiste que par le système des nombres qui permet d’arriver à la découverte du principe des choses.
Le 10 contient tous les principes de la divinité évoluée et réunie. 10 est le nombre de la Tétraktys, somme des 4 premiers nombres. 

Le symbole du Dix est très présent également chez les nombreux auteurs de la Bible.
Citons les dix commandements, les dix plaies d’Égypte, etc. Le 10 symbolise aussi les dix doigts des deux mains.
Il exprime la valeur ultime et nécessaire de la limite et de la forme, opposées à la non-limite et au chaos. Il faut rappeler que les chiffres précédents de la Décade étaient identifiés aux dieux, le dix signifiant la somme des pouvoirs divins maintenant la cohésion du cosmos.
Pour les alchimistes, la valeur dix représente les capacités multiplicatrices de la pierre. Cette pyramide recèle l’ensemble des connaissances et en elle se trouve la source et la racine de l’éternelle nature, cela par le jeu des quatre éléments : Feu, Air, Eau, et Terre.
Dans cette interprétation, la Tétraktys représente le fondement même de l’univers et des Dieux qui le composent, selon la célèbre sentence inscrite sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes : « Connais-toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux ».
Elle symbolise ainsi la divinité dans son acte de création du monde. Dans la symbolique maçonnique de l’Équerre et du Compas, la Tétraktys fait allusion au passage de l’Équerre au compas ou du Carré Quatre au Cercle Un, créant ainsi l’harmonie entre, le créé et le divin ou si l’on préfère, la Matière et l’Esprit. En effet le Cercle est souvent considéré comme étant le point de départ d’une tradition ou la Source de la Doctrine.
Tandis que le Carré représente le point d’aboutissement d’une Tradition, le Réservoir qui contient l’Autorité Spirituelle. La Fontaine d’Enseignement.
Comme chacun de nous avons prêté serment lorsque nous nous sommes fait constituer Franc Maçon, nous l’avons vu les pythagoriciens prêtaient aussi serment par la Sainte Tétraktys.
Mais leur amour était si grand pour cette dernière, qu’on raconte qu’ils lui auraient adressé cette prière que je vous lirais en conclusion :

« Bénis nous, nombre divin, toi qui as engendré les dieux et les hommes !
O sainte, sainte Tétraktys !
Toi qui contiens la racine et la source du flux éternel de la création !
Car le nombre divin débute par l’unité pure et profonde et atteint ensuite le quatre sacré,ensuite il engendre la mère de tout, qui relie tout, le premier-né, celui qui ne dévie jamais, qui ne se lasse jamais, le Dix sacré, qui détient la clef de toutes choses » .

 
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T. R.
17 Mai 6012
Ma.°. Lom.°.
Sources : Wikipédia – Oswald Wirth – Jules Boucher – René Guénon
http://www.ecossaisdesaintjean.org
Le blog de ecossaisdesaintjean )
et
https://rflexionssurtroispoints.blogspot.com/

Symbolisme Egyptien en Franc-Maçonnerie 13 septembre, 2014

Posté par hiram3330 dans : Contribution , 3 commentaires

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On ne s’attarde guère aujourd’hui, à rechercher dans la symbolique maçonnique dite Moderne, les origines des outils qui nous sont proposés et que par habitude nous manipulons en Loge. C’est ainsi que peu à peu, au fil des générations montantes, nous avons perdu le sens du sacré et que se sont crées des mouvances parallèles qui n’ont plus de Maçon que le nom, bien que l’esprit traditionnel y soit préservé lors des cérémonies d’intronisation.

Si pour certains d’entre nous, les symboles et les nombres utilisés par la Franc maçonnerie sont les éléments familiers d’un langage universel inscrit dans notre cosmologie, nombre de Sœurs et de Frères initiés aux différents Rites de nos obédiences ne réalisent pas toujours la portée symbolique des outils qu’ils observent et manipulent en Loge. Leur regard est naturellement attiré par les éléments les plus remarquables, mais ils se contentent trop souvent des explications volontairement succinctes trouvées dans leurs rituels. Aussi, les sujets dont je souhaiterais vous parler ce soir, concernent l’origine égyptienne de quelques uns de ces symboles qui n’appartiennent pas en propre à la Franc-maçonnerie mais que nous véhiculons dans nos rituels sans toujours en connaître le sens caché.

Nombre d’éléments présents dans nos Loges attestent que notre spiritualité est solaire. L’invocation que nous faisons lors de l’ouverture des travaux « à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers », introduit cette notion importante, que nous symbolisons par des signes plus ou moins parlants tels que le Soleil et la Lune, l’espace sacré recevant le Pavé Mosaïque où le Delta Lumineux. Pour les anciens égyptiens, notre Grand Architecte était symbolisé sous le nom de Rê par le disque solaire, non pas comme étant Dieu mais comme étant sa première manifestation dans le monde visible. Il se manifeste par la Lumière qu’il diffuse, et qui crée la vie. Il n’est pas le « Dieu créateur de toutes choses », mais le principe de mutation des ondes dites cosmiques qu’il véhicule et qu’il transforme en énergie créatrice.

En Égypte, la base de la Grande Pyramide du Pharaon Khéops formait un carré rigoureusement orienté, tandis que sa pointe culminant en plein centre, à 144 mètres d’altitude, symbolisait l’origine de toute création. Du fin fond de l’Univers symbolisé par le point, la Lumière descendait éclairer la Terre symbolisée par le Carré.

Comme les égyptiens qui considéraient le pronaos, cette sorte d’antichambre à la porte close par un sceau d’argile au chiffre du roi, comme un lieu consacré, au centre de laquelle était positionné la pierre cubique à pointe contenant l’une des manifestations divines de l’Enneade (groupe des neuf divinités de lamythologie égyptienne rassemblant toutes les forces présentes dans l’univers : le démiurge Atoum, l’humidité Tefnout, l’air Chou, la terre Geb, le ciel Nout, Osiris, Isis, Seth et Nephthys), les Maçons consacrent leurs Loges à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers dont ils symbolisent la présence par différents tableaux posés sur un Pavé Mosaïque, entouré sur trois de ses angles par des colonnettes de différents styles. Pour nous Maçons, comme pour les anciens égyptiens, cet espace réputé sacré, symbolise la Terre comme faisant partie intégrante de l’Univers qui l’entoure.

C’est pour en faire la démonstration que nos illustres prédécesseurs ont choisi la forme du Carré afin de permettre à ce symbole de se manifester. Aujourd’hui, certaines Loges représentent le Pavé Mosaïque en additionnant deux triangles aux proportions pythagoriciennes, pour former un Carré Long sur lequel sont tracés 108 cases, soit 12 de l’Orient à l’Occident, et 9 du Nord au Midi. Faisant abstraction des dogmes anciens, la géométrie, si chère à notre Ordre de bâtisseurs, nous enseigne ce pourquoi ce symbole fut choisi. En effet, si l’on additionne les angles qui gravitent autour du Carré, nous en totalisons 12 à 90 degrés, soit 1080 degrés. C’est parce qu’aucune autre figure géométrique que le Carré Long n’aurait pu convenir, que celle-ci a été choisie, aussi bien par les égyptiens que par la Franc maçonnerie.

Au centre de nos Loge, représenter la Terre au sein de l’Univers, permet de comprendre ce que symbolise le Grand Architecte de l’Univers. Celui ci est en nous et autour de nous. Il totalise symboliquement les 1080 degrés que nous avons déjà définis autour de notre planète, auxquels s’ajoutent les 360 degrés qui se trouvent à l’intérieur du point, du cercle, du carré ou de toute représentation graphique, voir humaine, soit 1440 degrés. C’est ce nombre qui fut attribué au Grand Architecte de l’Univers par les prêtres égyptiens et les bâtisseurs de cathédrales, et qui fut retenu pour symboliser notre Univers. Ce calcul peut paraître un peu fou voire du domaine de la superstition. Pourtant, ce nombre revient trop souvent pour qu’il ne soit question que d’une simple coïncidence.

144 millions de kilomètres séparent la Terre de l’astre Solaire qui, pour les spiritualistes que nous sommes ou souhaitons devenir, serait la première manifestation visible d’un Univers incommensurable. La méthode de calcul attestée par nos scientifiques précise qu’à la vitesse de la lumière, soit 300 000 kilomètres à la seconde, la lumière met 8 minutes à nous parvenir, soit 8 minutes de 60 secondes que multiplie 300 000 kilomètres, cela fait bien 144 millions de kilomètres.

Est-ce un hasard si au cadran de nos montres, les 24 heures de la journée font au total 1440 minutes ? Est-ce le hasard qui fait que le temps de la création inscrit dans les arcanes de la Genèse, celle de Moïse, augmentée des apports égyptiens, soit également symbolisé par ce nombre ? En effet, nous trouvons que sous les images naïves des enseignements de la Bible et des livres sacrés se cache une clef universelle. Il y est enseigné par exemple que « Dieu créa le monde en six jours « . Six jours, cela fait bien six fois 24 heures soit 144 heures. Était-ce au hasard que les égyptiens de l’Ancien Empire, soit environ 2800 ans avant notre ère, ont choisi de considérer le nombre 144 comme étant à la fois, le Chiffre de la Terre et son nom numérique, l’inscrivant dans la géométrie de la Grande Pyramide symbolisant, mieux qu’aucune autre forme, le faisceau de lumière éclairant notre planète ?

Coïncidence, serez-vous peut être encore tenté de dire. Non ! Il ne saurait y avoir de coïncidence touchant un nombre qui se retrouve dans la Genèse, dans la Pyramide, sur le cadran de nos montres et dans un jour de rotation terrestre. Tout le mystère de notre Univers s’ordonne d’après ce nombre, repose sur lui et nous découvrons, grâce à lui, que l’unité de loi engendre l’unité de fait. 144, est donc le nombre clef, le nombre parfait, le nombre de notre univers, le nombre qui est le nom chiffré de notre planète et, en quelque sorte, la clef de la lumière. C’est pourquoi il est symbolisé dans nos Temples et qu’il peut être utile de le savoir.

D’autres symboles décorant nos ateliers, attestent que notre spiritualité est d’origine solaire. La Voûte Étoilée, le Soleil et la Lune, l’étoile flamboyante, la forme pyramidale du triangle, la référence à la Lumière etc. L’énergie cosmique y est aussi parfois suggérée par la présence d’un fil à plomb symbolisant l’Axe du monde sur le centre du tableau de Loge où du Naos selon le rite choisi par les ateliers. Sa verticalité est également représentée sur le décors des Premier et Second Surveillant. Elle manifeste la présence du Grand Architecte de l’Univers. Son peson symbolise le sommet d’une pyramide formée avec les angles du Pavé Mosaïque, protégeant ainsi virtuellement la formalisation de notre Ordre qu’est le Tableau de Loge. Dans les Rite égyptiens, les trois Grandes Lumières que sont l’Équerre, le Compas et la Règle, ainsi que la Lumière Eternelle sont posés sur une table triangulaire appelée Naos, de manière à les positionner au centre même de la Pyramide, lieu que les Anciens égyptiens avaient choisi avec soin pour y installer le coffre ouvert symbolisant le martyr et la résurrection d’Osiris dans la Chambre dite « du Roi ».

Ici tout est symbole rappellent nos Rituels. Le Livre de la Loi Sacrée, posé sur l’Autel des Serments en est l’un des plus significatifs. Ce symbole est souvent controversé lorsqu’il s’agit d’un ouvrage comme la Bible ou le Coran Pourtant ce livre, ouvert sur le Prologue de Saint Jean n’est pas réducteur au point de symboliser une religion, fut-elle d’État. Initiatique par essence, il propose dans son Ancien Testament, l’idée d’une humanité plongée dans l’ignorance, qui dans une période historiquement troublée reçoit une révélation, qui par la suite la conduira sur un chemin d’initié, guidée par les enseignements du Maître. Anecdotique, la Bible, comme le Livre des Morts égyptien, est une compilation d’ouvrages anciens. Elle correspond à une période de l’histoire Judéo-chrétienne dont les religions méditerranéennes se sont inspirées. En s’appropriant ces textes et en superposant le dogme à l’histoire, les religions chrétiennes et coraniques, ont détourné leur sens initiatique. C’est pourquoi, depuis la séparation de l’Église et de l’État, la Franc maçonnerie laïque et républicaine préconise l’invocation au progrès de l’Humanité, et la possibilité de remplacer la Bible par le Livre Blanc, afin d’éviter tout amalgame avec la religion.

Il est remarquable de constater que lorsque l’Expert et le Maître des Cérémonies forment la voûte sacrée au dessus de l’Autel des Serments, ils forment un angle de 108 degrés équivalent à celui du Delta Lumineux, sous lequel les trois Grandes Lumières sont présentes et posées, comme pour le Naos égyptien, sur un socle à mi-hauteur de la pyramide ainsi formée. Seule différence notable, dans nombre d’Ateliers, le Pommeau de la Canne du Maître des Cérémonies qui logiquement devrait se trouver au sommet de ce triangle pour symboliser la lumière manifestée du Grand Architecte de l’Univers sur les outils censés la représenter, est souvent gardé dans la main, modifiant le sens allégorique de son action.

Tous ces symboles nous renvoient à cette étroite relation entre l’astre solaire et la Loge. Ils participent notamment à l’ouverture de nos travaux, quand la lumière est la plus courte, lorsque la distance entre ce qui pour nous symbolise le Grand Architecte de l’Univers, et le lieu de sa manifestation.

La voûte étoilée composées de petites étoiles à cinq branches est elle aussi un symbole égyptien. Peinte sur le plafond des tombeaux royaux, elle représentait le monde où séjournaient les dieux. Lorsque pharaon, considéré par le peuple comme un dieu vivant, rejoignait, au crépuscule de sa vie, l’Orient éternel, une nouvelle étoile était censée s’allumer dans le ciel. En Egypte, il n’y eu jamais d’autres formes d’étoiles que celles à cinq branches que nous observons au plafond de nos ateliers. Dans nos Loges, les travaux sont couverts par le Grand Architecte de l’Univers que symbolise cette voûte étoilée.

A l’Orient, la Lune et le Soleil sont représentés. Si les symboles sont universels et n’appartiennent à personne, c’est la manière de les conjuguer entre eux qui personnalise notre Ordre. Comme le précisent nos rituels respectifs, nous travaillons de midi plein à minuit plein, c’est-à-dire lorsque ces deux astres sont à leur zénith. C’est pourquoi les carreaux du Pavé Mosaïque sont alternés Blanc et Noir. Cependant ces deux astres ainsi positionnés derrière le Vénérable Maître, suggèrent également le sens de rotation des planètes et des énergies. Ainsi, c’est parce que la course du soleil se fait de la droite vers la gauche, c’est-à-dire en sens inverse des aiguilles de la montre, que nous marchons de la gauche vers la droite. Nous ne fuyons pas devant les énergies qui circulent dans la Loge, nous marchons au devant d’elles et nous nous en imprégnons. C’est aussi pourquoi à la clôture des travaux nous croisons les bras pour entrer dans la Chaîne d’Union. Bras droit sur bras gauche, la main droite donne ce que la gauche a reçu. Notre propre énergie peut ainsi circuler à contre courant, et chaque participant agissant comme une pile en série sur son voisin, se charge ou se décharge au gré des travaux perçus durant nos tenues. Cette Chaîne d’union qui permet le partage des énergies accumulées durant les travaux, et donne à chacun le sentiment positif d’être en harmonie avec les autres participants, d’être sur la même longueur d’onde en somme, se retrouve dans le symbolisme égyptien. Les dieux principaux de l’Ennéade, sont très souvent représentés se tenant par la main formant une chaîne autour d’un point central symbolisant la manifestation du dieu unique. Cependant, intercesseurs entre dieu et les hommes, ceux-ci se tiennent respectueusement le dos tourné au centre, tandis que nous nous faisons face. Quoiqu’il en soit, le symbolisme égyptiens et celui des Francs maçons se rejoignent pour faire circuler leurs énergies en sens inverse des aiguilles de nos montres.

La Lune, quant à elle, est toujours représentée montante, car c’est une loi de la nature, bien connue des cultivateurs. C’est à la Lune montante considérée comme bénéfique que tout ce qui doit sortir de terre doit être planté. C’est donc un rappel pour l’Initié, du long cheminement souterrain qui, au cours de ses premiers voyages, l’ont conduit des ténèbres du cabinet de réflexion aux lumières de l’Orient.

C’est pourquoi eux aussi l’utilisèrent comme symbole. Cependant, si la lumière du Soleil, chargée d’énergie positive, était qualifiée « d’ombre de dieu » par les prêtres égyptiens, ceux ci s’interrogeaient gravement sur cet Astre qui pouvait n’être qu’un miroir reflétant des ondes cosmiques venues d’au-delà de notre système solaire.

Placé entre la Lune et le Soleil, le Delta Lumineux symbolise sur un plan spirituel, la présence du Grand Architecte de l’Univers et son principe créateur. C’est pourquoi nous y trouvons parfois inséré le nom de « Jehova » ou tout autre symbole s’y rapportant. On retrouve ce Delta inscrit sur le Tableau de Loge sous l’apparence d’un fronton surmontant une sorte de tabernacle posé sur les marches de l’Orient. Dans le Saint des Saints des temples égyptiens, le Naos où reposait la statue en Electrum du dieu tutélaire, avait exactement la même forme, les mêmes proportions et la même fonction que l’édifice que nous symbolisons ainsi. Il est remarquable de constater que l’angle au sommet du fronton maçonnique et celui du Naos égyptien sont rigoureusement calculé à 108 degrés, tout comme celui du Delta Lumineux qui se décompose en deux triangles pythagoriciens reliés ensembles par leur base.

D’autres symboles égyptiens que l’on retrouve en maçonnerie sont souvent mal ou pas du tout représentés. C’est le cas de la Corde formant des Lacs d’Amour qui ceinture nos Loges et se termine par deux Houppes dentelées sur les Colonnes d’Occident. Si notre Ordre s’identifie par ses symboles aux bâtisseurs d’antan, il est raisonnable de penser que cette corde avait une fonction opérative pour l’élaboration de leurs chefs d’œuvres. C’était donc un outil usuel, au même titre que les maillets, ciseaux et autres symboles présents dans nos ateliers. Il est donc logique que cette corde soit représentée, et qu’utilisée par nos pairs comme instrument de mesure, elle puisse comporter 12 nœuds. Les Anciens Égyptiens ont utilisé la corde à 12 nœuds pour tracer sur le sol le triangle rectangle dits de Pythagore aux proportions de 3, 4, 5, qu’ils retournaient sur son hypoténuse pour former le carré long.

Initialement, les nœuds formés aux deux extrémités étaient fermement serrés de manière à empêcher les fils qui la composaient de se détresser. Contrairement aux cordes modernes en nylon dont on peut brûler les bouts, les cordes de chanvre utilisées par nos prédécesseurs ne pouvaient être terminées que par des nœuds qui, pour être serrés, nécessitaient une sur longueur d’une coudée. On attribua à cette partie de corde détressée, tombant de chaque côté des colonnes J et B une signification symbolique que l’on appela des « houppes dentelées ». Partant de la colonne B pour rejoindre la colonne J (ou réciproquement selon le Rite) ces filaments de chanvre qui viennent s’entrecroiser pour former une corde bien solide, symboliseraient la multitude des Sœurs et les Frères qui quittent le monde profane pour venir s’unir dans le Temple. A l’autre extrémité, ces mêmes filaments qui se dénouent représenteraient les mêmes Sœurs et Frères repartant vers le Monde Profane, chargés des énergies bienfaitrices échangées dans la Loge. Cependant, la Chaîne n’est pas rompue pour autant car elle s’ouvre sur l’humanité puisque notre devoir est de transmettre au dehors les bienfaits acquis dans nos Temple.

12 nœuds composent cette corde, et nous travaillons de midi à minuit, soit 12 heures. Mais pourquoi commencer la journée à midi, alors que le soleil se lève entre 6 et 8 heures du matin selon la saison et que celui-ci se couche environ 12 heures plus tard obligeant les maçons à s’éclairer pour achever leur journée de travail. En vérité, le Maçon ne peut travailler efficacement sur lui-même que s’il a pu faire un premier bilan de sa vie, débarrassé des contraintes obérant sa liberté (enfants à élever, situation professionnelle etc…),en fait, symboliquement au Midi de son existence. Il peut alors se consacrer à développer sa spiritualité jusqu’à l’heure de son ultime initiation que le profane appelle la mort, et que les Maçons nomment l’Orient éternel, au Minuit de son existence terrestre.

Bien que nombre de Maçons le réfutent énergiquement, la Franc maçonnerie spéculative pourrait être née en Égypte il y a environ 5000 ans. En effet, si l’on peut affirmer que la Maçonnerie opérative serait née avec la première construction édifiée en pierre datant d’environ 30 siècles avant notre ère, la maçonnerie spéculative, quant à elle, remonterait au projet même de cette première réalisation. Car pour finaliser une œuvre structurée, il faut avant tout l’avoir imaginée, en avoir conçu le concept, en avoir étudié les formes en fonction du but recherché, et avoir déterminé la méthode avec les moyens à disposition. Il ne s’agit pas là de minimiser le rôle de l’ouvrier maçon qui, à son niveau, aura créé l’outil et façonné la pierre. Il s’agit de comprendre quelles étaient ses motivations, quel était le moteur de son génie.

Aux époques archaïques, où les Rois se prétendaient « Suivants d’Horus », et où la religion d’état s’appuyait sur la cosmogonie, l’astronomie et l’astrologie, le ciel était symbolisé par la déesse Nout, dont le corps formait la voûte céleste. A Louxor, dans la Vallée des Rois, peint sur le plafond des tombes de certains Grands Pharaons du Nouvel Empire, on peut voir une scène tout à fait significative se comparant à notre propre symbolisme de la corde qui ceinture nos Loges. La déesse du ciel dont le corps est parsemé d’étoiles, y est représentée avalant chaque soir le soleil et l’accouchant chaque matin. Entre sa bouche et son sexe, sont dessinés 12 soleils indiquant que durant la nuit celui ci continuait sa course. Alors, pourquoi le corps de la déesse du ciel ceinturant la Terre ne pourrait-il symboliser la voûte étoilée de notre temple et la corde à 12 noeuds qui la ceinture, ancrée sur les colonnes du Temple ? Pourquoi les doigts des pieds et des mains de la déesse ne symboliseraient-ils pas seraient ils pas les houppes dentelées et les soleils présents dans son corps, des Lacs d’Amour. Plutôt que d’observer notre environnement sur un plan horizontal, si comme le suggèrent les Tableaux de Loge, nous verticalisons ce sur quoi nous marchons, les colonnes sur la Terre et les astres dans le ciel, nous retrouverions bien ce schéma de la déesse Nout protégeant nos travaux.

Au plafond des temples et des tombes égyptiennes les 12 heures du jour et les 12 heures de la nuit sont symbolisées par des Soleils, or un détail quasi-insignifiant pour les occidentaux atteste que cette scène pourrait se comparer au symbolisme maçonnique prétendant que nous travaillons de Midi à Minuit. Dans cette scène tirée du Livre des Morts égyptien, devant le sexe de la déesse Nout, un Scarabée d’or, reçoit dans ses ailes le premier Soleil de la journée. Ce petit animal qui pousse sa boule de Terre à reculons, contenant sa nourriture ainsi que sa progéniture, nous rappelle que celui-ci, trop engourdit par le froid de la nuit pour pouvoir s’envoler, doit attendre le moment favorable où ses ailes sont chauffées par le soleil, c’est-à-dire à midi, lorsque sa lumière est au zénith. Suivent les douze Soleils symbolisant les heures de la journée, dont le dernier est avalé par la déesse. Ces observateurs de la nature et des astres que furent les égyptiens, nous ont transmis, gravés dans ce matériau réputé incorruptible qu’est la pierre, des images symboliques dont furent tirés un grand nombre de nos propres symboles. Peut être faut il chercher les fondements de leur pensée pour résoudre certaines énigmes aujourd’hui incompréhensibles par un esprit trop matérialiste.

En tant que fils du dieu Rê dont il porte le signe hiéroglyphique devant le cartouche portant son nom, le pharaon était supposé être détenteur du savoir et garant des traditions. Suivant d’Horus et es qualités, il était également le Grand Maître de la corporation de bâtisseurs qui, vivant généralement en autarcie pour protéger les secrets dont ils étaient détenteurs, se reconnaissaient par des signes et se présentaient vêtus d’une sorte de baudrier, comme les Maçons d’aujourd’hui.

Le roi dans ses fonctions officielles, ainsi que les prêtres architectes lorsqu’ils étaient assis, se tenaient dans la position du Maître en sagesse, c’est-à-dire les mains posées bien à plat sur les cuisses et le dos bien droit. Dans nos Loges, c’est ainsi que travaillent les Sœurs et les Frères.

Tous les symboles auxquels nous sommes confrontés en Loge ont leur interface égyptienne. Que ce soient l’Équerre, le Niveau ou la Perpendiculaire, le Maillet la Règle et le Ciseau, tous ces outils furent utilisés à des fins opératives certes, mais par des Artisans ayant reçu par Initiation une formation théologique. Car toute matière ayant été manifestée par le dieu créateur de toutes choses, nul ne pouvait en modifier la forme si ce n’était pour le glorifier. En s’identifiant à l’outil qui symbolise son action, le Maçon lui aussi, s’initie au sens du sacré. Depuis des millénaires, des femmes et des hommes ont sublimé leur foi en édifiant des tombes, des chapelles et des Temples. Ils ont choisi la pierre, plus pérenne que le bois pour y inscrire ce qui les rassemble et véhiculer leurs ancestrales Traditions. C’est pour eux, et grâce à eux que nous sommes ensemble aujourd’hui. Hier, ils bâtissaient avec des pierres de carrière, des Temples à la Sagesse, demain nous construirons le monde avec des mots, avec des idées, parce que nous avons acquis la liberté de nous exprimer autrement. L’Art et les Sciences d’autrefois nous montrent le chemin, aussi faut il en prendre conscience. L’Initiation maçonnique est un moyen d’éveil parmi d’autres et les symboles nous permettent d’appréhender toutes nos différences dans un climat serein. Encore faut il laisser nos métaux à la porte du Temple, et écarter tout dogme de nos travaux.

J’ai dit

Paris le 4 juin 2007

Source http://www.ordoabchaos.net

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Du Jeu des Tarots. 10 octobre, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Court de Gébelin, Antoine: Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne
vol. 8, tom. 1, Paris 1781
Considéré dans divers objets concernant l’histoire, le blason, les monnoies, les jeux, les voyages des phéniciens autour du monde, les langues américaines, etc. ou dissertations mêlées
p. 365-410
 
 

Du Jeu des Tarots.

 

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Où l’on traite de son origine, où on explique ses Allegories, & où l’on fait voir qu’il est la source de nos Cartes modernes à jouer, etc. etc.

1.
Surprise que causeroit la découverte d’un Livre Egyptien.

Si l’on entendoit annoncer qu’il existe encore de nos jours un Ouvrage des anciens Egyptiens, un de leurs Livres échappé aux flammes qui dévotèrent leurs superbes Bibliothèques, & qui contient leur doctrine la plus pure sur des objets intéressans, chacun seroit, sans doute, empressé de connoître un Livre aussi précieux, aussi extraordinaire. Si on ajoûtoit que ce Livre est très-répandu dans une grande partie de l’Europe, que depuis nombre de siècles il y est entre les mains de tout le monde, la surprise iroit certainement en croissant: ne seroit-elle pas à son comble, si l’on assuroit qu’on n’a jamais soupçonné qu’il fût Egyptien; qu’on le possède comme ne le possedant point, que personne n’a jamais cherché à en déchiffrer une feuille: que le fruit d’une sagesse exquise est regardé comme un amas de figures extravagantes qui ne signifient rien par elles-mêmes? Ne croiroit-on pas qu’on veut s’amuser, se jouer de la crédulité de ses Auditeurs?

2.
Ce Livre Egyptien existe.

Le fait est cependant très-vrai: ce Livre Egyptien, seul reste de leurs superbes Bibliothèques, existe de nos jours: il est même si commun, qu’aucun Savant n’a daigné s’en occuper; personne avant nous n’ayant jamais soupçonné son illustre origine. Ce Livre est composé de LXXVII feuillets ou tableaux, même de LXXVIII, divisés en V classes, qui offrent chacune des objetes aussi variés qu’amusans & instructifs: ce Livre est en un mot le JEU DES TAROTS, jeu inconnu, il est vrai, à Paris, mais très-connu en Italie, en Allemagne, même en Provence, & aussi bisarre par les figures qu’offre chacune de ses cartes, que par leur multitude.

Quelqu’étendues que soient les Contrées où il est en usage, on n’en étoit pas plus avancé sur la valeur des figures bisarres qu’il paroît offrir: & telle est son antique origine qu’elle se perdoit dans l’obscurité des tems, qu’on ne savoit ni où quand il avoit été inventé, ni le motif qui y avoit rassemblé tant de figures extraoridnaires, si peu faites ce semble pour marcher de pair, telles qu’il n’offre dans tout son ensemble qu’une énigme que personne n’avoit jamais cherché à résoudre.

Ce Jeu a même paru si peu digne d’attention, qu’il n’est jamais entré en ligne de compte dans les vues de ceux de nos Saans qui se sont occupés de l’origine des Cartes: ils n’ont jamais parlé que des Cartes Françoises, ou en usage à Paris, dont l’origine est peu ancienne; & après en avoir prouvé l’invention moderne, ils ont cru avoir épuisé la matiere. C’est qu’en effet on confond sans cesse l’établissement d’une connoissance quelconque dans un Pays avec son invention primitive: c’est ce que nous avons déjà fait voir à l’égard de la boussole: les Grecs & les Romains eux-mêmes n’ont que trop confondu ces objets, ce qui nous a privé d’une multitude d’origines intéressantes.

Mais la forme, la disposition, l’arrangement de ce Jeu & les figures qu’il offre sont si manifestement allégoriques, & ces allégories sont si conformes à la doctrine civile, philosophique & religieuse des anciens Egyptiens, qu’on ne peut s’empêcher de le reconnoître pour l’ouvrage de ce Peuple de Sages: qu’eux seuls purent en être les Inventeurs, rivaux à cet égard des Indiens qui inventoient le Jeu des Echecs.

Division.

Nous ferons voir les allégories qu’offrent les diverses Cartes de ce Jeu.
Les formules numériques d’après lesquelles il a été composé.
Comment il s’est transmis jusques à nous.
Ses rapports avec un Monument Chinois.
Comment en naquirent les Cartes Espagnoles.
Et les rapports de ces dernieres avec les Cartes Françoises.


Cet Essai sera suivi d’une Dissertation où l’on établit comment ce Jeu étoit appliqué à l’art de la Divination; c’est l’ouvrage d’un Officier Général, Gouverneur de Province, qui nous honore de sa bienveillance, & qui a retrouvé dans ce Jeu avec une sagacité très-ingénieuse les principes Egyptiens sur l’art de deviner par les Cartes, principes qui distinguèrent les premieres Bandes des Egyptiens mal nommés Bohêmiens qui se répandirent dans l’Europe; & dont il subsiste encore quelques vestiges dans nos Jeux de Cartes, mais qui y prêtent infiniment moins par leur monotonie & par le petit nombre de leurs figures.

Le Jeu Egyptien, au contraire, étoit admirable pour cet effet, tenfermant en quelque façon l’Univers entier, & les Etats divers dont la vie de l’Homme est susceptible. Tel étoit ce Peuple unique & profonf, qu’il imprimoit au moindre de ses ouvrages le sceau de l’immortalité, & que les autres semblent en quelque sorte se traîner à peine sur ses traces.

ARTICLE I.
Allégories qu’offrent les Cartes du Jeu de Tarots.

Si ce Jeu qui a toujours été muet pour tous ceux qui le connoissent, s’est développé à nos yeux, ce n’a point été l’effet de quelques profondes méditations, ni de l’envie de débrouiller son cahos: nous n’y pensions pas l’instant avant. Invité il y a quelques années à aller voir une Dame de nos Amies, Madame la C. d’H., qui arrivoit d’Allemagne ou de Suisse, nous la trouvâmes occupée à jouer à ce Jeu avec quelques autres Personnes. Nous jouons à un Jeu que vous ne connoissez sûrement pas… Cela se peut; quel est-il?.. Le Jeu des Tarots… J’ai eu occasion de le voir étant fort jeune, mais je n’en ai aucune idée… C’est une rapsodie des figures les plus bisarres, les plus  extravagantes: en voilà une, par exemple; on eut soin de choisir la plus chargée de figures, & n’ayant aucun rapport à son nom, c’est le Monde: j’y jette les yeux, & aussi-tôt j’en reconnois l’Allégorie: chacun de quitter son Jeu & de venir voir cette Carte merveilleuse où j’appercevois ce qu’ils n’avoient jamais vû: chacun de m’en  montrer une autre: en un quart-d’heure le Jeu fut parcoutu, expliqué, déclaré Egyptien: & comme ce n’étoit point le jeu de notre imagination, mais l’effet des rapports choisis & sensibles de ce jeu avec tout ce qu’on connoît d’idées Egyptiennes, nous nous promîmes bien d’en faire part quelque jour au Public; persuadés qu’il autoit pour agréable une découverte & un présent de cette nature, un Livre Egyptien échappé à la barbarie, aux ravages du Tems, aux incendies accidentelles & aux volontaires, à l’ignorance plus désastreuse encore.

Effet nécessaire de la forme frivole & légere de ce Livre, qui l’a mis à même de triompher de tous les âges & de passer jusques à nous avec une fidélité rare: l’ignorance même dans laquelle on a été jusques ici de ce qu’il representoit, a été un heureux sauf-conduit qui lui a laissé traverser tranquillement tous les Siècles sans qu’on ait pensé à le faire disparoître.

Il étoit tems de retrouver les Allégories qu’il étoit destiné à conserver, & de faire voir que chez le Peuple le plus sage, tout jusqu’aux Jeux, étoit fondé sur l’Allégorie, & que ces Sages savoient changer en amusement les connoisances les plus utiles & n’en faire qu’un Jeu.

Nous l’avons dit, le Jeu des Tarots est composé de LXXVII Cartes, même d’une LXXVIIIe, divisées en Atous & en IV couleurs. Afin que nos Lecteurs puissent nous suivre, nous avons fait graver les Atous; & l’As de chaque couleur, ce que nous appellons avec les Espagnols, Spadille, Baste, & Ponte.

ATOUS.

Les Atous au nombré de XXII, représentent en général les Chefs temporels & spirituels de la Société, les Chefs Physiques de l’Agriculture, les Vertus Cardinales, le Mariage, la Mort & la résurrection ou la création; les divers jeux de la fortune, le Sage & le Fou, le Tems qui consume tout, &c. On comprend ainsi d’avance que toutes ces Cartes sont autant de Tableaux allégoriques relatifs à l’ensemble de la vie, & susceptibles d’une infinité de combinaisons. Nous allons les examiner un à un, & tâcher de déchiffrer l’allégorie ou l’énigme particuliere que chacun d’eux renferme.

No. 0, Zero.
Le Fou.

On ne peut méconnoître le Fou dans cette Carte, à sa marotte, & à son hoqueton garni de coquillages & de sonnettes: il marche très-vîte comme un fou qu’il est, portant derriere lui son petit paquet, & s’imaginant échapper par-là à un Tigre qui lui mord la croupe: quant au fac, il est l’emblême de ses fautes qu’il ne voudroit pas voir; & ce Tigre, celui de ses remords qui le suivent galopant, & qui sautent en croupe derriere lui.

Certe belle idée qu’Horace a si bien encadrée dans de l’or, n’étoit donc pas de lui, elle n’avoit pas échappé aux Egyptiens: c’étoit une idée vulgaire, un lieu commun; mais prise dans la Nature toujours vraie, & présentée avec toutes les graces dont elle est susceptible, cet agréable & sage Poëte sembloit l’avoir tirée de son profond jugement.

Quant à cet Atout, nous l’appellons Zero, quoiqu’on le place dans le jeu après le XXI, parce qu’il ne compte point quand il est seul, & qu’il n’a de valeur que celle qu’il donne aux autres, précisément comme notre zero: montrant ainsi que rien n’existe sans sa folie.

No. I.
Le Jouer de Gobelets, ou Bateleur.

Nous commençons par le no. I. pour suivre jusques au 21, parce que l’usage actuel est de commencer par le moindre nombre pour s’élever de-là aux plus hauts: il paroît cependant que les Egyptiens commençoient à compter par le plus haut pour descendre de-là jusqu’au plus bas. C’est ainsi qu’ils solsifioient l’Octave en descendant, & non en montant comme nous. Dans la Dissertation qui est à la suite de celle-ci, on suit l’usage des Egyptiens, & on en tire le plus grand parti. On aura donc ici les deux manieres: la nôtre la plus commode quand on ne veut considérer ces Cartes qu’en elles-mêmes: & celle-là, utile pour en mieux concevoir l’ensemble & les rapports.

Le premier de tous les Atous en remontant, ou le dernier en descendant, est un Joueur de Gobelet; on le reconnoît à sa table couverte de dés, de gobelets, de couteaux, de bales, &c. A son bâton de Jacob ou verge des Mages, à la bale qu’il tient entre deux doigts & qu’il va escamoter.

On l’appelle Bâteleur dans la dénomination des Cartiers: c’est le nom vulgaire des personnes de cet état: est-il nécessaire de dire qu’il vient de baste, bâton ?

A la tête de tous les Etats, il indique que la vie entiere n’est qu’un songe, qu’un escamotage: qu’elle est comme un jeu perpétuel du hasard ou du choc de mille circonstances qui ne dépenditent jamais de nous, & sur lequel influe nécessairement pour beaucoup toute administration générale.

Mais entre le Fou & le Bateleur, l’Homme n’est-il pas bien:

No. II, III, IV, V.
Chefs de la Société.

Les Numéros II & III représentent deux femmes: les Numéros IV & V, leurs maris: ce sont les Chefs temporels & spirituels de la Société.

Roi & Reine.Le No. IV. représente le Roi, & le III. la Reine. Ils ont tous les deux pour attributs l’Aigle dans un Ecusson, & le sceptre surmonté d’un globe thautifié ou couronné d’une croix, appellée Thau, le signe par excellence.

Le Roi est vu de profil, la Reine de face: ils sont tous les deux assis sur un Trône, La Reine est en robe traînante, le dossier de son  Trône est élevé: le Roi est comme dans une gondole ou chaise en coquille, les jambes croisées. Sa Couronne est en demì cercle surmontée d’une perle à croix. Celle de la Reine se termine en pointe. Le Roi porte un Ordre de Chevalerie.

Grand-Prêtre & Grande-Prêtresse.

Le No. V. représente le Chef des Hiérophantes ou le Grand-Prêtre: le No. II. la Grande-Prêtresse ou sa femme: on sait que chez les Egyptiens, les Chefs du Sacerdoce étoient mariés. Si ces Cartes étoient de l’invention des Modernes, on n’y verroit point de Grande-Prêtresse, bien moins encore sous le nom de Papesse, comme les Cartiers Allemands ont nommé celle-ci ridiculement.

La Grande-Prêtresse est assise dans un fauteuil: elle est en habit long avec une espèce de voile derriere la tête qui vient croiser sur l’estomac: elle a une double couronne avec deux cornes comme en avoit Isis: elle tient un Livre ouvert sur ses genoux; deux écharpes garnies de croix se croisent sur sa poltrine & y forment un X.

Le Grand-Prêtre est en habit long avec un grand manteau qui rient à une agraffe: il porte la triple Thiare: d’une main, il s’appuie sur un Sceptre à triple croix: & de l’autre, il donne de deux doigts étendus la bénédiction à deux personnages qu’on voit à ses genoux.

Les Cartiers Italiens ou Allemands qui ont ramené ce jeu à leurs connoissances, ont fait de ces deux personnages auxquels les Anciens donnoient le nom de Pere & de Mere, comme on diroit Abbé & Abbesse, mots Orientaux signifiant la même chose, ils en ont fait, dis-je, un Pape & une Papesse.

Quant au Sceptre à triple croix, c’est un monument absolument Egyptien: on le voit sur la Table d’Isis, sous la Lettre TT; Monument précieux que nous avons déjà fait graver dans toute son étendue pour le donner quelque jour au Public. Elle a rapport au triple Phallus qu’on promenoit dans la fameuse Fête des Pamylies où l’on se réjouissoit d’avoir retrouvé Osiris, & où il étoit le symbole de la régénération des Plantes & de la Nature entiere.

No. VII.
Osiris Triomphant.

Osiris s’avance ensuite; il paroît sous la forme d’un Roi triomphant, le Sceptre en main, la Couronne sur la tête: il est dans son char de Guerrier, tiré par deux chevaux blancs. Personne n’ignore qu’Osiris étoit la grande Divinité des Egyptiens, la même que celle de tous les Peuples Sabéens, ou le Soleil symbole physique de la Divinité suprême invisible, mais qui se manifeste dans ce chef-d’oeuvre de la Nature. Il avoit été perdu pendant l’hyver: il reparoît au Printems avec un nouvel éclat, ayant triomphé de tout ce qui lui faisoit la guerre.

No. VI.
Le Mariage.

Un jeune homme & une jeune femme se donnent leur foi mutuelle: un Prêtre les bénit, l’Amour les perce de ses traits. Les Cartiers appellent ce Tableau, l’Amoureux. Ils ont bien l’air d’avoir ajouté eux-mêmes cet Amour avec son arc & ses flèches, pour rendre ce Tableau plus parlant à leurs yeux.

On voit dans les Antiquités de Boissard [T. III. Pl. XXXVI.], un Monument de la même nature, por peindre l’union conjugale; mais il n’est composé que de trois figures.

L’Amant & l’Amante qui se donnent leur foi: l’Amour entre deux sert de Tèmoin & de Prêtre.

Ce Tableau est intitulé Fidei Simulacrum, Tablèau de la Foi conjugale: les personnages en sont désignés par ces beaux noms, Vérité, Honneur & Amour. Il est inutile de dire que la vérité désigne ici la femme plutôt que l’homme, non-seulement parce que ce mot est du genre féminin, mais parce que la Fidelité constante est plus essentielle dans la femme. Ce Monument précieux fut élevé par un nommé T. Fundanius Eromenus ou l’aimable, à sa très-chere Epouse Poppée Demetrie, & à leur fille chérie Manilia Eromenis.

Planche V.
No. VIII. XI. XII. XIII.
Les quatre Vertus Cardinales.

Les Figures que nous avons réunies dans cette Planche, sont relatives aux quatre Vertus Cardinales.

No. XI. Celle-ci représente la Force. C’est une femme qui s’est rendue maitresse d’un lion, & qui lui ouvre la gueule avec la même facilité qu’elle ouvriroit celle de son petit épagneul; elle a sur la tête un chapeau de Bergere.

No. XIII. La Tempérance [recte: XIV]. C’est une femme aîlée qui fait passer de l’eau d’une vase dans un autre, pour tempérer la liqueur qu’il renferme.

No. VIII. La Justice. C’est une Reine, c’est Astrée assise sur son Trône, tenant d’une main un poignard; de l’autre, une balance.

No. XII. La Prudence est du nombre des quatre Vertus Cardinales: les Egyptiens purent-ils l’oublier dans cette peinture de la Vie Humaine ? Cependant, on ne la trouve pas dans ce Jeu. On voit à sa place sous le No. XII. entre la Force & la Tempérance, un homme pendu par les pieds: mais que fait-là ce pendu ? c’est l’ouvrage d’un malheureux Cartier présomptueux qui ne comprenant pas la beauté de l’allégorie renfermée sous ce tableau, a pris sur lui de la corriger, & par-là même de le défigurer entierement.

La Prudence ne pouvoit être représentée d’une maniere sensible aux yeux que par un homme debout, qui ayant un pied posé, avance l’autre, & le tient suspendu examinant le lieu où il pourra le placer surement. Le titre de cette carte étoit donc l’homme au pied suspendu, pede suspenso: le Cartier ne sachant ce que cela vouloit dire, en a fait un homme pendu par les pieds.

Puis on a demandé, pourquoi un pendu dans ce Jeu ? & on n’a pas manqué de dire, c’est la juste punition de l’Inventeur du Jeu, pour y avoir représenté une Papesse.

Mais placé entre la Force, la Tempérance & la Justice, qui ne voit que c’est la Prudence qu’on voulut & qu’on dut représenter primitivement ?

Planche VI.
No. VIIII. ou IX.
Le Sage ou le Chercheur de la Vérité & du Juste.

Le No. IX. représente un Philosophe vénérable en manteau long, un capuchon sur les épaules: il marche courbé sur son bâton, & tenant une lanterne de la main gauche. C’est le Sage qui cherche la Justice & la Vertu.

On a donc imaginé d’après cette peinture Egyptienne, l’Histoire de Diògene qui la lanterne en main cherche un homme en plein midi. Les bons mots, sut-tout les Epigrammatiques, sont de tout siècle: & Diogène étoit homme à mettre ce tableau en action.

Les Cartiers ont fait de ce Sage un Hermite. C’est assez bien vu: les Philosophes vivent volontiers en retraite, ou ne sont guères propres à la frivolité du siècle. Heraclide passoit pour fou aux yeux de ses chers Concitoyens: dans l’Orient, d’ailleurs, se livrer aux Sciences spéculatives ou s’Hermetiser, est presque une seule & même chose. Les Hermites Egyptiens n’eutent rien à reprocher à cet égard à ceux des Indes, & aux Talapoins de Siam: ils étoient ou sont tous autant de Druides.

No. XIX.
Le Soleil.

Nous avons réuni sous cette planche tous les tableaux relatifs à la lumiere: ainsi après la lanterne sourde de l’Hermite, nous allons passer en revue le Soleil, la Lune & le brillant Sirius ou la Canicule étincelante, tous figurans dans ce jeu, avec divers emblêmes.

Le Soleil est représenté ici comme le Pere physique des Humains & de la Nature entiere: il éclaire les hommes en Société, il préside à leurs Villes: de ses tayons distillent des larmes d’or & de perles: ainsi on désignoit les heureuses influences de cet astre.

Ce Jeu de Tarots est ici parfaitement conforme à la doctrine des Egyptiens, comme nous l’allons voit plus en détail à l’article suivant.

No. XVIII.
La Lune.

Ainsi la Lune qui marche à la suite du Soleil est aussi accompagnée de larmes d’or & de perles, pour marquet également qu’elle contribue pour sa part aux avantages de la terre.

Pausanias nous apprend dans la Description de la Phocide, que selon les Egyptiens, c’étoient les Larmes d’Isis qui enfloient chaque année les eaux du Nil & qui rendoient ainsi fertiles les campagnes d’Egypte. Les relations de ce Pays parlent aussi d’une Goutte ou larme, qui tombe de la Lune au moment où les eaux du Nil doivent grossir.

Au bas de ce tableau, on voit une Ecrevisse ou Cancer, soit pour marquer la marche rétrograde de la Lune, soit pour indiquer que c’est au moment où le Soleil & la Lune sortent du signe de Cancer qu’arrive l’inondation causée par leurs larmes au lever de la Canicule qu’on voit dans le tableau suivant.

On poutroit même réunit les deux motifs: n’est-il pas très-ordinaire de se déterminer par une foule de conséquences qui forment une masse qu’on seroit souvent bien embarrassé à démêler ?

Le milieu du tableau est occupé par deux Tours, une à chaque extrémité por désigner les deux fameuses colonnes d’Hercule, en-deça & au-delà desquelles ne passerent jamais ces deux grands luminaires.

Entre les deux colonnes sont deux Chiens qui semblent aboyer contre la Lune & la garder: idées parfaitement Egyptiennes. Ce Peuple unique pour les allégories, comparoit les Tropiques à deux Palais gardés chacun par un chien, qui, semblables à des Portiers fideles, retenoient ces Astres dans le milieu des Cieux sans permettre qu’ils se glissassent vers l’un ou l’autre Pôle.

Ce ne sont point visions de Commentateurs en us. Clement, lui-même Egyptien, puisqu’il étoit d’Alexandrie, & qui par conséquent devoit en savoir quelque chose, nous assure dans ses Tapisseries [Ou Stromates, Liv. V.] que les Egyptiens représentoient les Tropiques sous la figure de deux Chiens, qui, semblables à des Portiers ou à des Gardiens fideles, empêchoient le Soleil & la Lune de pénétter plus loin, & d’aller  jusqu’aux Pôles.

No. XVII.
La Canicule.

Ici nous avons sous les yeux un Tableau non moins allégorique, & absolument Egyptien; il est intitulé l’Etoile. On y voir, en effet, une Etoile brillante, autout de laquelle sont sept autres plus petites. Le bas du Tableau est occupé par une femme panchée sur un genou qui tient deux vases renverses, dont coulent deux Fleuves. A côté de cette femme est un papillon sur une fleur.

C’est l’Egyptianisme tout pur.

Cette Etoile, par excellence, est la Canicule ou sirius: Etoile qui se leve lorsque le Soleil sort du signe du Cancer, par lequel se termine le Tableau précédent, & que cette Etoile suit ici immédiatement.

Les sept Etoiles qui l’environment, & qui semblent lui faire leur cour, sont les Planettes: elle est en quelque sorte leur Reine, puisqu’elle fixe dans cet instant le commencement de l’année; elles semblent venir recevoir ses ordres pouir régler leur cours sur elle.

La Dame qui est au-dessous, & fort attentive dans ce moment à répandre l’eau de ses vases, est la Souveraine des Cieux, Isis, à la bienfaisance de laquelle on attribuoit les inondations du Nil, qui commencent au lever de la Canicule; ainsi ce lever étoit l’annonce de l’inondátion. C’est pour cette raison que la Canicule étoit consacrée à Isis, qu’elle étoit son symbole par excellence.

Et comme l’année s’ouvroit ègalement par le lever de cet Affre, on l’appelloit Soth-Is, ouverture de l’année; & c’est sous ce nom qu’il étoit consacré à Isis.

Enfin, la Fleur & le Papillon qu’elle supporte, étoient l’emblême de la régénération & de la résurrection: ils indiquoient en même tems qu’à la faveur des bienfaits d’Isis, au lever de la Canicule, les Campagnes de l’Egypte, qui étoient absolument nues, se couvriroient de noeuvelles moissons.

Planche VIII.
No. XIII.
La Mort.

Le no. XIII. représente la Mort: elle fauche les Humains, les Rois & les Reines, les Grands & les Petits; rien ne résiste à sa faulx meurtriere.

Il n’est pas étonnant qu’elle soit placée sous ce numéro; le nombre treize fut toujours regarde comme malheureux. Il faut que très-anciennement il soit arrivé quelque grand malheur dans un pareil jour, & que le souvenir en ait influé sur toutes les anciennes Nations. Seroit-ce par une suite de ce souvenir que les treize Tribus de Hébreux n’ont jamais été comptées que pour douze ?

Ajoutons qu’il n’est pas étonnant non plus que les Egyptiens ayent inseré la Mort dans un jeu qui ne devroit réveiller que des idées agréables: ce Jeu étoit un jeu de guerre, la Morte devoit donc y entrer: c’est ainsi que le jeu des échecs finit par échec mat, pour mieux dire par Sha mat, la mort du Roi. D’ailleurs, nous avons eu occasion de rappeller dans le Calendrier, que dans les festins, ce Peuple sage & réfléchi faisoit paroître un squelette sous le nom de Màneros, sans doute afin d’engager les convives à ne pas se tuer par gourmandise. Chacun a sa maniere de voir, & il ne faut jamais disputer des goûts.

No. XV.
Typhon.

Le no. XV. représente un célebre personnage Egyptien, Typhon, frere d’Osiris & d’Isis, le mauvais Principe, le grand Démon d’Enfer: il a des ailes de chauve-souris, des pieds & des mains d’harpie; à la tête, de vilaines cornes de cerf: on l’a fait aussi laid, aussi diable qu’on a pu. A ses pieds sont deux petits Diablotins à longues oreilles, à grande queue, les mains liées derriere le dos: ils sont eux-mêmes attachés par une corde qui leur passe au cou, & qui est arrêtée au piédestal de Typhon: c’est qu’il ne làche pas ceux qui sont à lui; il aime bien ceux qui sont siens.

No. XVI.
Maison-Dieu, ou Château de Plutus.

Pour le coup, nous avons ici une leçon contre l’avarice. Ce tableau représente une Tour, qu’on appelle Maison-Dieu, c’est-à-dire, la Maison par excellence; c’est une Tour remplie d’or, c’est le Château de Plutus: il tombe en ruines, & ses Adorateuers tombent écrasés sous ses débris.

A cet ensemble, peut-on méconnoître l’Histoire de ce Prince Egyptien dont parle Hérodote, & qu’il appelle Rhampsinit, qui, ayant fait constraire une grande Tour de pierte pour renfermer ses trésors, & dont lui seul avoit la clef, s’appercevoit cependant qu’ils diminuoient à vue d’oeil, sans qu’on passât en aucune maniere pat la seule porte qui existât à cet édifice. Pour découvrir des voleurs aussi adroits, ce Prince s’avisa de tendre des piéges autour des vases qui contenoient ses richesses. Les voleurs étoient les deux fils de l’Architecte dont s’étoit servi Rhampsinit: il avoit ménagé une pierre de telle maniere, qu’elle pouvoit s’ôter & se remettre à volonté sans qu’oi s’en apperçût. Il enseigna son secret à ses enfans qui s’en servirent merveilleusement comme on voit. Ils voloient le Prince, & puis ils se jettoient de la Tour en bas: c’est ainsi qu’ils sont représentés ici. C’est à la vérité le plus beau de l’Histoire; on trouvera dans Hérodote le reste de ce conte ingénieux: comment un des deux freres fut pris dans les filets: comment il engagea son frere à lui couper la tête: comment leur mere voulut absolument que celui-ci rapportât le corps de son frere: comment il alla avec des outres charges sur un âne pour enivrer les Gardes du cadavre & du Palais: comment, après qu’ils eurent vuldé ses outres malgré ses larmes artificieuses,  & qu’ils se furent endormis, il leur coupa à tous la barbe du coté droit, & leur enleva le corps de son frere: comment le Roi fort étonné, engagea sa fille à se faire raconter par chacun de ses amans le plus joli tour qu’ils eussent fait: comment ce jeune éveillé alla auprès de la belle, lui raconta tout ce qu’il avoit fait: comment la belle ayant voulu l’arrêter, elle ne se trouva avoir saisi qu’un bras postiche: comment, pour achever cette grande aventure, & la mener à une heureuse fin, ce Roi promit cette même sienne fille au jeune homme ingénieux qui l’avoit si bien joué, comme à la personne la plus digne d’elle; ce qui s’exécuta à la grande satisfaction de tous.

Je ne sais si Hérodote prit ce conte pour une histoire réelle; mais un Peuple capable d’inventer de pareilles Romances ou Fables Milésiennes, pouvoit fort bien inventer un jeu quelconque.

Cet Ectivain rapporte un autre fait qui prouve ce que nous avons dit dans l’Histoire du Calendrier, que les statues des Géans qu’on promene dans diverses Fêtes, désignerent presque toujours les saisons. Il dit que Rhampsinit, le même Prince dont nous venons de parler, fit élever au Nord & au Midi du Temple de Vulcain deux satues de vingt-cinq coudées de haut, qu’on appelloit l’Eté & l’Hiver: on adoroit, ajoute-t-il, celle-là, & on sacrifioit, au contraire, à celle-ci: c’est donc comme les Sauvages qui reconnoissent le bon Principe & l’aiment, mais qui ne sacrifient qu’au mauvais.

No. X.
La Roue de Fortune.

Le dernier numero de cette Planche est la Roue de Fortune. Ici des Personnages humains, sous la forme de Singes, de Chiens, de Lapins, &c. s’élevent tour-à-tour sur cette roue à laquelle ils sont attachés: on diroit que c’est une satyre contre la fortune, & contre ceux qu’elle éleve rapidement & qu’elle laisse retomber avec la même rapidité.

Planche VIII.
No. XX.
Tableau mal nommé le Jugement dernier.

Ce Tableau représente un Ange sonnant de la trompette: on voit aussi-tôt comme sortir de terre un vieillard, une femme, un enfant nuds.

Les Cartiers qui avoient perdu la valeur de ces Tableaux, & plus encore leur ensemble, ont vu ici le Jugement dernier; & pour le rendre plus sensible, ils y ont mis comme des espèces de tombeaux. Otez ces tombeaux, ce Tableau sert également à désigner la Création, arrivée dans le Tems, au commencement du Tems, qu’indique le no. XXI.

No. XXI.
Le Tems, mal nommé le Monde.

Ce Tableau, que les Cartiers ont appellé le Monde, parce qu’ils l’ont considéré comme l’origine de tout, représente le Tems. On ne peut le méconnoître à son ensemble.

Dans le centre est la Déesse du Tems, avec son voile qui voltige, & qui lui sert de ceinture ou de Peplum, comme l’appelloient les Anciens. Elle est dans l’attitude de courir comme le Tems, & dans un cercle qui représente les révolutions du Tems; ainsi que l’oeuf où tout est sorti dans le Tems.

Aux quatre coins du Tableau sont les emblêmes des quatre Saisons, qui forment les révolutions de l’année, les mêmes qui composoient les quatre têtes des Chérubins. Ces emblêmes sont,

L’Aigle, le Lion, le Boeuf, & le Jeune-Homme,
L’Aigle représente le Printems, où reparoissent les oiseaux.
Le Lion, l’Eté ou les ardeuts du Soleil.
Le Boeuf, l’Automne où on laboure & où  on seme.
Le Jeune-Homme, l’Hiver, où l’on se réunit en société.

ARTICLE II.
Les Couleurs.

Outre les Atous, ce Jeu est composé de quatre Couleurs distinguées par leurs emblêmes: on les appelle Épée, Coupe, Bâton & Denier.

On peut voir les As de ces quatre couleurs dans la Planche VIII.

A représente l’As d’Epée, surmonté d’une couronne qu’entourent des palmes.
C, l’As de Coupe: il a l’air d’un Château; ce’st ainsi qu’on faisoit autre fois les grandes tasses d’argent.
D, l’As de Bâton; c’est une vrai massue.
B, l’As de Denier, environné de guirlandes.

Chacune de ces couleurs est composée de quatorze Cartes, c’est-à-dire de dix Cartes numérotées depuis I. jusqu’à X, & de quatre Cartes figurées, qu’on appelle le Roi, la Reine, le Chevalier ou Cavalier, & son Ecuyer ou Valet.

Ces quatre Couleurs sont relatives aux quatre Etats entre lesquels étoient divisés les Egyptiens.

L’Épée désignoit le Souverain & la Noblesse toute Militaire.
La Coupe, le Clergé ou le Sacerdoce.
Le Bâton, ou Massue d’Hercule, l’Agriculture.
Le Denier, le Commerce dont l’argent est le signe.

Ce Jeu fondé sur le nombre septenaire.

Ce Jeu est absolument fondé sur le nombre sacré de sept. Chaque couleur est de deux fois sept cartes. Les Atous sont au nombre de trois fois sept; le nombre des cartes de soixante-dix-sept; le Fou étant comme 0. Or, personne n’ignore le rôle que ce nombre jouoit chez les Egyptiens, & qu’il étoit devenu chez eux une formule à laquelle ils ramenoient les élémens de toutes les Sciences.

L’idée sinistre attachée dans ce Jeu au nombre treize, ramene également fort bien à la même origine.

Ce Jeu ne peut donc avoir été inventé que par des Egyptiens, puisqu’il a pour base le nombre sept; qu’il est relatif à la division des habitans de l’Egypte en quatre classes; que la plupart de ses Atous se rapportent absolument à l’Egypte, tels que les deux Chefs des Hiérophantes, homme & femme, Isis ou la Canicule, Typhon, Osiris, la Maison-Dieu, le Monde, les Chiens qui désignent le Tropique, &c; que ce Jeu, entiérement allégorique, ne put être l’ouvrage que des seuls Egyptiens.

Inventé par un homme de génie, avant ou après le Jeu des Echecs, & réunissant l’utilité au plaisir, il est parvenu jusqu’à nous à travers tous les siècles; il a durvécu à la ruine entiere de l’Egypte & de ces connoissances qui la distinguoient; & tandis qu’on n’avoit nulle idée de la sagesse des leçons qu’il renfermoir, on ne laissoit pas de s’amuser du Jeu qu’elle avoit inventé.

Il est d’ailleurs aisé de tracer la route qu’il a tenue pour arriver dans nos Contrées. Dans les premiers siècles de l’Eglise, les Egyptiens étoient très-répandus à Rome; ils y avoient porté leurs cérémonies & le culte d’Isis; par conséquent  le Jeu dont il s’agit.

Ce Jeu, interessant par lui-même, fut borné à l’Italie jusqu’à ce que les liaisons des Allemands avec les Italiens le firent connoître de cette seconde Nation; & jusqu’à ce que celles des Comtes de Provence avec l’Italie, & sur tout le séjour de la Cour de Rome à Avignon, le naturalisa en Provence & à Avignon.

S’il ne vint pas jusqu’à Paris, il faut l’attribuer à la bisarrerie de ses figures & au volume de ses Cartes qui n’etoient point de nature à plaire à la vivacité des Dames Françoises. Aussi fut-on obligé, comme nous le verrons bientôt, de réduire excessivement ce Jeu en leur faveur.

Cependant l’Egypte elle-meme ne jouit point du fruit de son invention: réduits à la servitude la plus déplorable, à l’ignorance la plus profonde, privés de tous les Arts, ses Habitans seroient hors d’état de fabriquer une seule Carte de Jeu.

Si nos Cartes Françoises, infiniment moins compliquées, exigent le travail soutenu d’une multitude de mains & le concours de plusieurs Arts, comment ce Peuple infortuné autoit-il pu conserver les siennes ? Tels sont les maux qui fondent sur une Nation asservie, qu’elle perd jusques aux objets de ses amusemens: n’ayant pu conserver ses avantages les plus précieux, de quel droit prétendroit-elle à ce qui n’en étoit qu’un délassement agréable ?

Noms Orientaux conservés dans ce Jeu.

Ce Jeu a conservé quelques noms qui le déclareroient également Jeu Oriental si on n’en avoit pas d’autres preuves.

Ces Noms sont ceux de Taro, de Mat & de Pagad.

1. Tarots.

Le nom de ce Jeu est pur Egyptien: il est composé du mot Tar, qui signifie voie, chemin; & du mot Ro, Ros, Rog, qui signifie Roi, Royal. C’est, mot-à-mot, le chemin Royal de la vie.

Il se rapporte en effet à la vie entiere des Citoyens, pisqu’il est formé des divers Etats entre lesquels ils sont divisés, & que ce Jeu les suit depuis leur naissance jusqu’à la mort, en leur montrant toutes les vertus & tous les guides physiques & moraux auxquels ils doivent s’attacher, tels que le Roi, la Reine, les Chefs de la Religion, le Soleil, la Lune, &c.

Il leur apprend en même tems par le Joueur de gobelets & par la roue de fortune, que rien n’est plus inconstant dans ce monde que les divers Etats de l’homme: que son seul réfuge est dans la vertu, qui ne lui manque jamais au besoin.

2. Mat.

Le Mat, nom vulgaire du fou, & qui subsiste en Italien, vient de l’Oriental Mat, assommé, meurtri, félé. Les Foux ont toujours été représentés comme ayant le cerveau félé.

3. Pagad.

Le Joueur de gobelets est appellé Pagad dans le courant du Jeu. Ce nom qui ne ressemble à rien dans nos Langues Occidentales, est Oriental pur & très-bien choisi: Pag signifie en Orient, Chef, Maître, Seigneur: & Gad, la Fortune. En effet, il est représente comme disposant du sort avec sa baguette de Jacob ou sa verge des Mages.

Article III.
Maniere dont on joue aux Tarots.

1o. Maniere de donner les Cartes.

Un de nos Amis, M. L’A. R. a bien voulu nous expliquer la maniere dont on le joue: c’est lui qui va parler, si nous l’avons bien compris.

On joue ce Jeu à deux, mais on donne les Cartes comme si on jouoit trois: chaque Joueur n’a donc qu’un tiers des Cartes: ainsi pendant le combat il y a toujours un tiers des Troupes qui se reposent; on pourroit les appeller le Corps de réserve.

Car ceu Jeu est un Jeu de guerre, & non un Jeu pacifique comme on l’avoit dit mal-à-propos: or dans toute Armée il y a un Corps de réserve. D’ailleurs, cette réserve rend le Jeu plus difficile, puisqu’on a beaucoup plus de peine à deviner les Cartes que peut avoir son adversaire.

On donne les Cartes par cinq, ou de cinq en cinq.

Sur les 78 Cartes, il en reste donc trois à la fin; au lieu de les partager entre les Joueurs & la réserve ou le Mort, celui qui donne les garde pour lui; ce qui lui donne l’avantage d’en écarter trois.

2o. Maniere de compter les points de son Jeu.

Les Atous n’ont pas tous la même valeur.

Les 21. 20. 19. 18 & 17. sont appellés les cinq grands Atous.

Les 1. 2. 3. 4. 5. sont appellés les cinq petits.

Si on en a trois des grands ou trois des petits, on compte cinq points: dix points, si on en a quatre; & quinze, si on en a cinq.

C’est encore une maniere de compter Egyptienne: le dinaire ou denier de Pythagore étant égal au quaternaire, puisque un, deux, trois & quatre ajoutés ensemble font dix.

Si on a dix Atous dans son Jeu, on les étale, & ils valent encore dix points, si on en a treize, on les étale aussi, & ils valent quinze points, indépendamment des autres combinaisons.

Sept Cartes portent le Nom de Taros par excellence: ce sont les Cartes privilégiées; & encore ici, le nombre de sept. Ces Cartes sont:

Le Monde ou Atout 21.
Le Mat ou Fou 0.
Le Pagad ou Atout 1.
(> Atous-Tarots)

Et les quatre Rois.

Si on a deux de ces Atous-Tarots, on demande à l’autre, qui ne l’a ? si celui-ci ne peut répondre en montrant le troisieme, celui qui a fait la question marque 5. points: il en marque 15. s’il les a tous trois. Les séquences ou les 4 figures de la même couleur valent 5. points.

3o. Maniere de jouer ses Cartes.

Le Fou ne prend rien, rien ne le prend: il forme Atout, il est de toute couleur également.

Joue-t-on un Roi, n’a-t-on pas la Dame, on met le Fou, ce qui s’appelle excus.

Le Fou avec deux Rois, compte 5. points: avec trois, quinze.

Un Roi coupé, ou mort, 5. points pour celui qui coupe.

Si on prend Pagad à son adversaire, on marque 5. points.

Ainsi le Jeu est de prendre à son adversaire les figures qui comptent le plus de points, & de faire tous ses efforts pour former des séquences: l’adversaire doit faire tous les siens pour sauver ses grandes figures: par conséquent voir venir, en sacrifiant de foibles Atous, ou les plus foibles Cartes de ses couleurs.

Il doit sur tout se faire des renonces, afin de sauver ses fortes Cartes en coupant celles de son adversaire.

4o. Ecart de celui qui donne.

Celui qui donne ne peut écarter ni Atous ni Rois; il se seroit trop beau Jeu, puisqu’il se sauveroit sans péril. Tout ce qu’on lui permer en faveur de sa primauté, c’est d’écarter une séquence: car elle compte, & elle peut lui former une renonce, ce qui est un double avantage.

5o. Maniere de compter les mains.

La partie est en cent, comme au Piquet, avec cette difference, que ce n’est pas celui, qui arrive le premier à cent lorsque la partie est commencée qui gagne, mais celui qui fait alors le plus de points; car il faut que toute partie commencée aillé jusqu’au bout: il offre ainsi plus de ressource que le Piquet.

Pour compter les points qu’on a dans ses mains, chacune des sept Cartes appellées Tarots, avec une Carte de couleur, vaut 5. points.

La Dame avec une Carte, 4.

Le Cavalier avec une Carte, 3.

Le Valet avec une Carte, 2.

2. Cartes simples ensemble, 1.

On compte l’excedent des points qu’un des adversaires a sur l’autre, & il les marque: on continue de jouer jusqu’à ce qu’on soir parvenu à cent.

Article IV.
Jeu des Tarots considéré comme un Jeu de Géographie Politique.

On nous a fait voir sur un Catalogue de Livres Italiens, le titre d’un Ouvrage où la Géographie est entrelacée avec le Jeu des Tarots: & nous n’avons pu avoir ce Livre Contient il des leçons de Géographie à graver sur chaque Carte de ce Jeu: Est-ce une application de ce Jeu à la Géographie: Le champ de conjectures est sans fin, & peut-être qu’à force de multiplier les combinaisons, nous nous éloignerions plus des vúes de cet Ouvrage. Sans nous embarasser de ce qu’il a pu dire, voyons nous-même comment les Egyptiens auroient pu appliquer ce Jeu à la Géographie Politique, telle qu’elle étoit connire de leur tems, il y a à peu-près trois mille ans.

Le Tems ou le Monde, le moment où la Terre sortit du cahos, où elsè prit une forme, se divisant en Terres & en mers, & où l’homme fut créé pour de venit le Maiître, le Roi de cette belle propriété.

Les quatre Vertus Cardinales, correspondent aux IV. côtes du Monde, Orient, Occident, Nord & Midi, ces quatre points relatifs à l’homme, par lesquels il est au centre de tout; qu’on peut appeller sa droite, sa gauche, sa face & son dos, & d’où ses connoissances s’étendent en rayons jusqu’à l’extrémité de tout, suivant l’étendue de ses yeux physiques premierement, & puis de ses yeux intellectuels bien autrement perçans.

Les quatre Couleurs seront les IV. Régions ou parties du Monde correspondantes aux quatre points cardinaux, l’Asie, l’Afrique, l’Europe & la Celto-Scythie ou les Pays glacés du Nord: division qui s’est augmentée de l’Amerique depuis sa découverte, & où pour ne rien perdre de l’ancienne on a substitué à la Celto-Scythie les Terres polaires du Nord & du Midi.

L’Epée représente l’Asie, Pays des grandes Monarchies, des grandes Conquêtes, des grandes Révolutions.

Baton, l’Egypte nourriciere des Peuples, & symbole du Midi, des Peuples noirs.

Coupe, le Nord, d’où descendirent les Peuples, & d’où  vint l’Instruction & la Science.

Denier, l’Europe ou l’Occident, riche en mines d’or dans ces commencemens du monde, que si mal à propos nous appellons le vieux-tems, les tems antiques.

Chacune des X. Cartes numérotées de ces IV. couleurs, sera une des grandes Contrées de ces IV. Régions du Monde.

Les X. Cartes d’Epée auront représenté, l’Arabie; l’Idumée, qui régnoit sur les Mers du Midi; la Palestine peuplée d’Egyptiens; la Phénice, Maîtresse de la Mer Méditerranée; la Syrie ou Aramée; la Mésopotamie ou Chaldée, la Médie, la Susiane, la Perse & les Indes.

Les X. Cartes de Baton auroit représenté les trois grandes divisions de l’Egypte, Thébaide ou Egypte supérieure, Delta ou basse Egypte, Heptanome ou Egypte du milieu divisée en sept Gouvernements. Ensuite l’Ethiopie, la Cyrénaique, ou à sa place les terres de Jupiter Ammon, la Lybie ou Carthage, les Pacifiques Atlantes, les Numides vagabons, les Maures appuyés sur l’Ocean Antlantique; les Gétules, qui placésd au Midi de l’Atlas, se répandoient dans ces vastes Contrées que nous appelons aujourd’hui Nigritie & Guinée.

Les X. Cartes de Denier auront représenté l’Isle de Crète, Royaume de l’illustre Minos, la Grèce & ses Isles, l’Italie, la Sicile & ses volcans, les Baléares célèbres par l’habiletéde leurs troupes de trait, la Bétique riche en troupeaux, la Celtibérie abondante en mines d’or: Gadix ou Cadir, l’Isle d’Hercule par excellence, la plus commerçante de l’Univers; la Lusitanie & les Isles Fortunées, ou Canaries.

Les X. Cartes de Coupe, l’Arménie & son mont Ararat, l’Ibérie, les Scythes de l’Imaüs, les Scythes du Caucase, les Cimmériens des Palus-Méotides, les Getes ou Goths, les Daces, les Hyperboréens si célèbres dans cette haute Antiquité, les Celtes errants dans leurs forêts glacées, l’Isle de Thulé aux extrémités du Monde.

Les quatre Cartes figurées de chaque couleur aoront contenu des détails géographiques relatifs à chaque Région.

Les Rois, l’état des Gouvernements de chacune, les forces des Empires qui les composoient, & comment elles étoient plus ou moins considérables suivant que l’Agriculture y étoit en usage & en honneur; cette source intarissable de richesses toujours renaissantes.

Les Rèines, le développement de leurs Religions, de leurs Moeurs, de leurs Usages, sur-tout de leurs Opinions, l’Opinion ayant toujours été regardée comme la Reine du monde. Heureux celui qui saura la diriger; il sera toujours Roi de l’Univers, maître de ses semblables; c’est Hercule l’eloquent qui mene les hommes avec des freins d’or.

Les Cavaliers, les exploits des Peuples, l’Histoire de leurs Hèros ou Chevaliers; celle de leurs Tournois, de leurs Jeux, de leurs batailles.

Les Valets, l’Histoire des Arts, leur origine, leur nature; tout ce qui regarde la portion industrieuse de chaque Nation, celle qui se livre aux objets méchaniques, aux Manufactures, au Commerce qui varie de cent manieres la forme des richesses sans rien ajouter au fond, qui fait circuler dans l’Universe ces richesses & les objets de l’industrie; qui met à même les Agricoles de faire renaître les richesses en leur fournissant les débouchés les plus prompts de celles qu’ils ont déjà fait naître, & comment tout es étranglé dès que cette circulation ne joue pas avec liberté, puisque les Commerçans  sont moins occupés, & ceux qui leur fournissent découragés.

L’ensemble des XXI ou XXII Atous, les XXII Lettres de l’Alphabet Egyptien commun aux Hébreux & aux Orientaux, & qui servant de chiffres, sont nécesaires pour tenir compte de l’ensemble de tant de contrées.

Chacun de ces Atous aura eu en même tems un usage particulier. Plusieurs auront été relatifs aux principaux aobjets de la Géographie Céleste, si on peut se servir de cette expression. Tels,

Le Soleil, La Lune, le Cancer, les Colonnes d’Hercule, les Tropiques ou leurs Chiens.

La Canicule, cette belle & brillante Portiere des Cieux.

L’Ourse céleste, sur laquelle s’appuient tous les Astres en exécutant leurs révolutions autour d’elle, Constellation admirable représentée par les sept Taros, & qui semble publier en caractères de feu imprimès sur nos têtes & dans le Firmament, que notre Systême solaire fut fondé comme les Sciences sur la Formule de sept, & peut être même la masse entiere de l’Univers.

Tous les autres peuvent être considérés relativement à la Géographie politique & morale, au vrai Gouvernement des Etats: & même au gouvernement de chaque homme en particulier.

Les quatre Atous relatifs à l’autorité civile & religieuse, font connoître l’importance pour un Etat de l’unité de Gouvernement, & de respect pour les Anciens.

Les quatre Vertus Cardinales montrent que les Etats ne peuvent se soutenir que par la bonté du Gouvernement, par l’excellence de l’instruction, par la pratique des vertus dans ceux qui gouvernent & qui sont gouvernés: Prudence à corriger les abus, Force pour maintenir la paix & l’union, Tempérance dans les moyens; Justice envers tous. Comment l’ignorance, la hauteur, l’avaricie, la sottise dans les uns, engendrent dans les autres un mépris funeste: d’où résultent les désordres qui ébranlent jusques dans leurs fondemens les Empires où on viole la Justice, où on force tous les moyens, où l’on abuse de sa force, & où on vit sans prévoyance. Désordres qui ont détruit tant de Familles dont le nom avoit retenti si long-tems par toute la Terre, & qui avoient regné avec tant de gloire sur les Nations étonnées.

Ces vertus ne sont pas moins nécessaires à chaque Individu. La Tempérance régle ses devoirs envers soi-même, sur-tout envers son propre corps qu’il ne traite trop souvent que comme un malheureux esclave, martyr de ses affections desordonnées.

La Justice qui régle ses devoirs envers son prochain & envers la Divinité elle-même à qui il doit tout.

La Force avec laquelle il se soutient au milieu des ruines de l’Univers, il se tit des efforts vains & insensés des passions qui l’assiégent sans cesse de leurs flots impétueux.

Enfin, la Prudence avec laquelle il attend patiemment le succès de ses oins, prêt à tout événement & semblable à un fin joueur qui ne risque jamais son jeu & sait tirer parti de tout.

Le Roi triomphant devient alors l’emblême de celui qui au moyen de ces vertus a été sage envers lui-même, juste envers autrui, fort contre les passions, prévoyant  à s’amasser des ressources contre les tems d’adversité.

Le Tems qui use tout avec une rapidité inconcevable, la Fortune qui se joue de tout; le Bâteleur qui escamote tout, la Folie qui est de tout, l’Avarice qui perd tout; le Diable qui se fourre par-tout: la Mort qui engloutit tout, nombre septenaire singulier qui est de tout pays, peut donner lieu à des observations non moins importantes & non moins variées.

Enfin, celui qui a tout à gagner & rien à perdre, le Roi veritablement triomphant, c’est le vrai Sage qui la lanterne en main est sans cesse attenif à ses démarches, ne fait aucune école, connoit tout ce qui est bien pour en jouir, & apperçoit tout ce qui est mal pour l’éviter.

Telle seroit ou à peu près l’explication géographiquo-politique-morale de cet antique Jeu: & telle doit être la fin de tous, Humanité, que vous seriez heureuse, si tous les jeux ye terminoienet ainsi!

Article V.
Rapport ce Jeu avec un Monument Chinois.

M. Bertin qui a rendu de si grands services à la Littérature & aux Sciences, par les excellens Mémoires qu’il s’est procurés, & qu’il a fait publier sur la Chine, nous a communiqué un Monument unique qui lui a été envoyé de cette vaste Contrée, & qu’on fait remonter aux premiers âges de cet Empire, puisque les Chinois le regardent comme un Inscription relative au deséchement des eaux du Déluge par Yao.

Il est composé de caractères qui forment de grands compartiments en quarté-long, tous égaux, & précisément de la même grandeur que les Cartes du Jeu des Tarots.

Ces compartiments sont distribués en six colonnes perpendiculaires, dont les cinq premieres renferment quatorze compartiments chacune, tandis que la sixiéme qui n’est remplie qu’à moirié n’en contient que sept.

Ce Monument est donc composé de soixante-dix-sept figures ainsi que le  Jeu de Tarots: & il est formé d’après la même combinaison du nombre sept, puisque chaque colonne est de quatorze figures, & que celle qui ne l’est qu’à demi, en contient sept.

Sans cela, on auroit pu arranger ces soixante-dix-sept compartiments de maniere à ne laisser presque point de vuide dans cette sixiéme colonne: on n’auroit eu qu’à faire chaque colonne de treize compartiments; & la sixiéme en auroit eu douze.

Ce Monument est donc parfaitement semblable, quant à la disposition, au Jeu des Tarots, si on les coloit sur un seul Tableau: les quatre couleurs feroient les quatre premierers colonnes à quatorze cartes chacune: & les atous au nombre de vingt-un, rempliroient la cinquiéme colonne, & précisément la moitié de la sixiéme.

Il seroit bien singulier qu’un rapport pareil fût le simple effet du hasard: il est donc très-apparent que l’un & l’autre de ces Monuments ont été formés d’après la même théorie, & sur l’attachement au nombre sacré de sept; ils ont donc l’air de n’être tous les deux qu’une application différente d’une seule & même formule, antérieure peut-être à l’existence des Chinois & des Egyptiens: peut-être même trouvera-t-on quelque chose de pareil chez les Indiens ou chez les Peuples du Thibet placés entre ces deux anciennes Nations.

Nous avons été fort tentés de faire aussi graver ce Monument Chinois; mais la crainte de le mal figurer en le réduisant à un champ plus petit que l’original, joint à l’impossibilité où nos moyens nous mettent de faire tout ce qu’exigeroit la perfection de notre ouvrage, nous a retenu.

N’omettons pas que les figures Chinoises sont en blanc sur un fond très-noir; ce qui les rend très-saillantes.

Article VI.
Rapport de ce Jeu avec Quadrilles ou Tournois.

Pendant un grand nombre de siècles, la Noblesse montoit à cheval, & divisée en couleurs ou en factions, elle exécutoit entr’elle des combats feints ou Tournois parfaitement analogues à ce qu’on exécute dans les jeux de cartes, & sur-tout dans celui des Tarots, qui étoit un jeu militaire de même que celui des échecs, en même tems qu’il pouvoit être envisagé comme un jeu civil, en quoi il l’emportoit sur ce dernier.

Dans l’origine, les Chevaliers du Tournois étoient divisés en quatre, même en cinq bandes relatives aux quatre couleurs des Tarots & à la masse des Atous. C’est ainsi que le dernier divertissement de ce genre qu’on ait vu en France, fut donné en 1662, par Louis XIV, entre les Tuileries & le Louvre, dans cette grande place qui en a conservé le nom de Carousel. Il étoit composé de cinq Quadrilles. Le Roi étoit à la tête des Romains: son Frere, Chef de la Maison d’Orléans, à la tête des Persans: le Prince de Condé commandoit les Turcs: le Duc d’Enguien son fils, les Indiens: le Duc de Guise, les Américains. Trois Reines y assisterent sous un dais: la Reine-Mere, la Reine régnante, la Reine d’Angleterre veuve de Charles II. Le Comte de Sault, fils du Duc de Lesdiguieres, temporta le prix & le reçur des mains de la Reine-Mere.

Les Quadrilles étoient ordinairement composés de 8 ou de 12 Cavaliers pour chaque couleur: ce qui, à 4 couleurs & à 8 par Quadrille, donne le nombre 32, qui forme celui des Cartes pour le Jeu de Piquet: & à 5 couleurs, le nombre 40 qui est celui des Cartes pour Jeu de Quadrille.

Article VIII.
Jeux de Cartes Espagnols.

Lorsqu’on examine les Jeux de Cartes en usage chez les Espagnols, on ne peut s’empêcher de reconnoître qu’ils sont un diminutif des Tarots.

Leurs Jeux les plus distingués sont celui de l’Hombre qui se joue à trois: & le Quadrille qui se joue à quatre & qui n’est qu’une modification du Jeu de l’Hombre.

Celui-ci signifie le Jeu de l’Homme ou de la vie humaine; il a donc un nom qui correspond parfaitement à celui du Tarot.

Il est divisé en quatre couleurs qui portent les mêmes noms que dans les Tarots, tels que Spadille ou épée, Baste ou bâton, qui sont les deux couleurs noires; Copa ou Coupe, & Dinero ou Denier, qui sont les deux couleurs rouges.

Plusieurs de ces noms se sont transmis en France avec ce Jeu: ainsi l’as de pique est appellé Spadille ou épée; l’as de trefle, Baste, c’est-à-dire, bâton. L’as de coeur est appellé Ponte, de l’Espagnol Punto, as, ou un point.

Ces Atous, qui sont les plus forts, s’appellent Matadors, ou les Assommeurs, les Triomphans qui ont détruit leurs ennemis.

Ce Jeu est entierement formé sur les Tournois; la preuve en est frappante, puisque les couleurs en sonst appellées Palos ou pieux, les lances, les piques des Chevaliers.

Les Cartes elle-mêmes sont appellées Naypes, du mot Oriental Nap, qui signifie prendre, tenir: mot-à-mot, les Tenans.

Ce sont donc quatre ou cinq Quadrilles de Chevaliers qui se battent en Tournois.

Ils sont quarante, appellés Naypes ou Tenans.

Quatre couleurs appellées Palos ou rangs de piques.

Les Vainqueurs sont appellés Matadors ou Assommeurs, ceux qui sont venus à bout de défaire leurs ennemis.

Enfin les noms des quatre couleurs, celui même du Jeu, démontrent qu’il a été formé en entier sur le Jeu des Tarots; que les Cartes Espagnoles ne sont qu’une imitation en petit du Jeu Egyptien.

Article VIII.
Cartes Françoises.

D’après ces données, il n’est personne qui ne s’apperçoive sans peine que les Cartes Françoises ne sont elles-mêmes qu’une imitation des Cartes Espagnoles, & qu’elles sont ainsi l’imitation d’une imitation, par conséquent une institution bien dégénerée, loin d’être une invention originale & premiere, comme l’ont cru mal à propos nos Savans qui n’avoient en cela aucun point de comparaison, seul moyen de découvrir les causes & les rapports de tout.

On suppose ordinairement que les Cartes Françoises furent inventées sous le Regne de Charles VI, & pour amuser ce Prince foible & infirme: mais ce que nous nous croyons en droit d’affirmer, c’est qu’elles ne furent qu’une imitation des Jeux méridionaux.

Peut-être même serions-nous en droit de supposer que les Cartes Françoises sont plus anciennes que Charles VI, puisqu’on attribue dans Ducange [Au mot Charta] à S. Bernard de Sienne, contemporain de Charles V, d’avoir condamné au feu, non-seulement les masques & les dez à jouer, mais même les Cartes Triomphales, ou du Jeu appellé la Triomphe.

On trouve dans la même Ducange les Statuts Criminels d’une Ville appellée Saona, qui défend également les Jeux de Cartes.

Il faut que ce Statuts soient très-anciens, puisque dans cet Ouvrage on n’a pu en indiquer le tems: cette Ville doit être celle de Savone.

Ajoûtons qu’il falloit que ces Jeux fussent bien plus anciens que S. Bernard de Sienne: auroit-il confondu avec les dez & les masques un Jeu nouvellement inventé pour amuser un grand Roi ?

Nos Cartes Françoises ne présentent d’ailleurs nulle vue, nul génie, nul ensemble. Si elles ont été inventées d’après les Tornois, pourquoi a-t-on supprimé le Chevalier, tandis qu’on consrvoit son Ecuyer ? pourquoi n’admettre dès-lors que treize Cartes au lieu de quatorze par couleur ?

Les noms des couleurs se sont dégénérés au point de n’offrir plus d’ensemble. Si on peut reconnoître l’épée dans la pique, comment le bâton est-il devenu trefle ? comment est-ce que le coeur & le carreau correspondent à coupe & à denier; & quelles idées réveilent ces couleurs ?

Quelle idée présentent également les noms donnés aux quatre Rois ? David, Alexandre, César, Charlemagne, ne sont pas même relatifs aux quatre fameuses Monarchies de l’Antiquité, ni à celles des tems modernes. C’est un monstrueux composé.

Il en est de même des noms des Reines: on les appelle Rachel, Judith, Pallas & Argine: il est vrai qu’on a cru que c’étoient des noms allégoriques relatifs aux quatre manieres dont une Dame s’attire les hommages des hommes: que Rachel désigne la beauté, Judith la force, Pallas la sagesse, & Argine, où l’on ne voit que l’anagramme Regina, Reine, la naissance.

Mais quels rapports ont ces noms avec Charles VI ou avec la France ? que ces allégories sont forcées ?

Il est vrai qu’entre les noms de Valets on trouve celui de la Hire, qui pourroit se rapporter à un des Généraux François de Charles VI; mais ce seul rapport est-il suffisant pour brouiller toutes les époques ?

Nous en étions ici lorsqu’on nous a parlé d’un Ouvrage de M. l’Abbé Rive, où il discute le même objet: après l’avoir cherché en vain chez la plûpart de nos Libraires, M. de S. Paterne nous le prête.

Cet Ouvrage est intitulé:

Notices historiques & critiques de deux Manuscrits de la Bibliothèque de M. le Duc de la Valliere, dont l’un a pour titre le Roman d’Artus, Comte de Bretaigne, & l’autre, le Romant de Pertenay ou de Lusignen, par M. l’Abbé Rive, &c. à Paris, 1779, in 4o. 36 pages.

A la page 7, l’Auteur commence à discuter ce qui regarde l’origine des Cartes Françoises; nous avons vu avec plaisir qu’il soutient, 1o. que ces Cartes sont plus anciennes que Charles VI; 2o. qu’elles sont une imitation des Cartes Espagnoles:nous allons donner un Précis succinct de ses preuves.

« Les Cartes, dit-il, sont au moins de l’an 1330; & ce n’est ni en France, ni en Italie, ni en Allemagen qu’elles paroissent pour la premiere fois. On les voit en Espagne vers cette année, & bien long-tems avant qu’on en trouve la moindre trace dans aucune autre Nation.

Elles y ont été inventées, selon le Dictionnaire Castillan de 1734., par un nommé Nicolao Pepin…

On les trouve en Italie vers la fin de ce même Siècle, sous le nom de Naibi, dans la Chronique de Giovan Morelli, qui est de l’an 1393. »

Ce savant Abbé nous apprend en même tems que la premiere piece Espagnole qui en atteste l’existence, est d’environ l’an 1332.  « Ce sont les Statuts d’un Ordre de Chevalerie établi vers ce tems-là en Espagne, & où les été établi par Alphonse XI, Roi de Castille. Ceux qu’on y admettoit faisoient serment de ne pas jouer aux Cartes.

On les voit ensuite en France sous le Regne de Charles V. Le Petit Jean de Saintré ne fut honoré des faveurs de Charles V que parce qu’il ne jouoit ni aux dez ni aux Vartes, & ce Roi les proscrivit ainsi que plusieurs autres Jeux, par son Edit de 1369. On les décria dans diverses Provinces de la France; on y donna à quelques-unes de leurs figures des noms faits pour inspirer de l’horreur. En Provence, on en appella les Valets Tuchim. Ce nom désignoit une race de voleurs qui, en 1361, avoient causé dans ce Pays & dans le Comtat Venaissin, un ravage si horrible, que les Papes furent obligés de faire prêcher une Croisade pour les exterminer. Les Cartes ne furent introduites dans la Cour de France que sous le Successeur de Charles V. On craignit même en les y introduisant, de blesser la décence, & on imagina en conséquence un prétexte: ce fut celui de calmer la mélancolie de Charles VI.. On inventa sous Charels VII le Jeu de Piquet. Ce Jeu fut cause que les Cartes se répandirent, de la France, dans plusieurs autres parties de l’Europe. »

Ces détails sont très-interessans; leurs conséquences le sont encore plus. Ces Cartes contre lesquelles on fulminoit dans le XIVe Siècle, & qui rendoient indigné des Ordres de Chevalerie, étoient nécessairement très-anciennes: elles ne prouvoient être regardées que comme des restes d’un honteux Paganisme: c’étoient donc les Cartes des Tarots; leur figure bisarre, leurs noms singuliers, tels que la Maison-Dieu, le Diable, la Papesse, &c. leur haute Antiquité qui se perd dans la nuit des tems, les sorts qu’on en tiroit, &c. tout devoit les faire regarder comme un amusement diabolique, comme une oeuvre de la plus noire magie, d’une sorcellerie condamnable.

Cependant le moyen de ne pas jouer! on inventa donc des Jeux plus humains, plus épurés, dégagés de figures qui n’étoient bonnes qu’à effrayer: de-là, les Cartes Espagnoles & les Cartes Françoises qui ne furent jamais vouées à l’interdit comme ces Cartes maudites venues de l’Egypte, mais qui cependant se traînoient de loin sur ce Jeu ingénieux.

De-là sur-tout le Jeu de Piquet, puisqu’on y joue à deux, qu’on y écarte, qu’on y a des séquences, qu’on y va en cent: qu’on y compte le Jeu qu’on a en main, & les levées, & qu’on trouve nombre d’autres rapports aussi frappans.

Conclusion.

Nous osons donc nous flarter que nos Lecteurs recevront avec plaisir ces diverses vues sur des objets aussi communs que les Cartes, & qu’ils trouveront qu’elles rectifient parfaitement les idées vagues & mal combinées qu’on avoit eues jusques à présent sur cet objet.

Qu’on n’avancera plus comme démontrées ces propositions.
Que les Cartes n’existent que depuis Charles VI.
Que les Italiens sont le dernier Peuple qui les ait adoptées.
Que les figures du Jeu des Tarots sont extravagantes.
Qu’il est ridicule de chercher l’origine des Cartes dans les divers états de la vie civile.
Que ces Jeux sont l’image de la vie paisible, tandis que celui des Echecs est l’image de la guerre.
Que le Jeu des Echecs est plus ancien que celui des Cartes.
C’est ainsi que l’absence de la vérité, en quelque genre que ce soit, engendre une foule d’erreurs de toute espèce, qui deviennent plus ou moins désavantageuses, suivant qu’elles se lient avec d’autres vérités, qu’elles contrastent avec elles ou qu’elles les repoussent.

Application de ce Jeu à la Divination.

Pour terminer ces recherches & ces développemens sur le Jeu Egyptien, nous allons mettre sous les yeux du Buplic la Dissertation que nous annoncée & où l’on prouve comment les Egyptiens appliquoient ce Jeu à l’art de deviner, & de quelle maniere ce même point de vue s’est transmis jusques dans nos Cartes à jouer faites à l’imitation de celles-là.

On y verra en particulier ce que nous avons déjà dit dans ce Volume, que l’explication des Songes tenoit dans l’Antiquité à la Science Hiéroglyphique & Philosophique des Sages, ceux-ci ayant cherché à réduite en science le résultat de leurs combinaisons sur les Songes dont la Divinité permettoit l’accomplissement; & que toute cette science s’évanouit dans la suite des tems, & fut sagement défendue, parce qu’elle se réduisit à de vaines & futiles observations, qui dans des Siècles peu éclairés auroient pu être contraires aux intérêts les plus essentiels des foibles & des superstitieux.

Cet Observateur judicieux nous fournir de nouvelles preuves que les Cartes Espagnoles sont une imitation de l’Egypte, puisqu’il nous apprend que ce n’est qu’avec un Jeu de Piquet qu’on consulte les sorts, & que plusieurs noms de ces Cartes sont absolument relatifs à des idées Egyptiennes.

Le Trois de denier est appellé le Seigneur, ou Osiris.
Le Trois de coupe, la Souveraine, ou Isis.
Le Deux de coupe, la Vache, ou Apis.
Le Neuf de denier, Mercure.
L’As de bâton, le Serpent, symbole de l’Agriculture chez les Egyptiens.
L’As de denier, le Borgne, ou Apollon.

Ce nom de Borgne, donné à Apollon ou au Soleil comme n’ayant qu’un oeil, est une épithète prise dans la Nature & qui nous fournira une preuve à ajoûter à plusieurs autres, que le fameux personnage de l’Edda qui a perdu un de ses yeux à une célèbre fontaine allégorique, n’est autre que le Soleil, le Borgne ou l’Oeil unique par excellence.

Cette Dissertation est d’ailleurs si remplie de choses, & si propre à donner de saines idées sur la maniere dont les Sages d’Egypte consultoient le Livre du Destin, que nous ne doutons pas qu’elle ne soit bien accueillie du Public, privé d’ailleurs jusqu’à présent de recherches pareilles, parce que jusques à présent personne n’avoit eu le courage s’occuper d’objets qui paroissoient perdus à jamais dans la profonde nuit des tems.

Recherches sur les Tarots,
et sur la Divination par les Cartes des Tarots,

par M. Le C. de M. ***

I.
Livre de Thot.

Le desir d’apprendre se développe dans le coeur de l’homme à mesure que son esprit acquiert de nouvelles connoissances: le besoin de les conserver, & l’envie de les transmettre, fit imaginer des caracterers dont Thot ou Mercure fut regardé comme l’inventeur. Ces caracteres ne furent point, dans le principe, des signes de convention, qui n’exprimassent, comme nos lettres actuelles, que le son des mots; ils étoient autant d’images véritables avec lesquelles on formoit des Tableaux, qui peignoienet aux yeux les choses dont on vouloit parler.

Il est naturel que l’Inventeur de ces Images ait été le premier Historien: en effet, Thot est considéré comme ayant peint les Dieux [Les Dieux, dans l’Ecriture & dans l’expression Hiéroglyphique, sont l’Eternel & les Vertus, représentés avec un corps.], c’est-à-dire, les actes de la Toute-puissance, ou la Création, à laquelle il joignit des Préceptes de Morale. Ce Livre paroît avoir été nommé A-Rosh; d’A, Doctrine, Science; & de Rosch [Rosh est le nom Egyptien de Mercure & de sa Fête qui se célébroit le premier jour de l’an.], Mercure, qui, joint à l’article T, signifie Tableaux de la Doctrine de Mercure; mais comme Rosh veut aussi dire Commencement, ce mot Ta-Rosh fut particulierement consacré à sa Cosmogonie; de même que l’Ethotia, Histoire du Tems, fut le titre de son Astronomie; & peut-être qu’Athothes, qu’on a pris pour un Roi, fils de Thot, n’est que l’enfant de son génie, & l’Histoire des Rois d’Egypte.

Cette antique Cosmogonie, ce Livre des Ta-Rosh, à quelques légeres altérations près, paroît être parvenu jusqu’à nous dans les Cartes qui portent encore ce nom [Vingt-deux Tableaux forment un Livre bien peu volumineux; mais si, comme il paroît vraisemblable, les premieres Traditions ont été conservées dans des Poëmes, une simple Image qui fixoit l’attention du Peuple, auquel on expliquoit l’événement, suffisoit pour lui aider à les retenir, ainsi que les vers qui les décrivoient.], soit que la cupidité les ait conservées pour filouter le désoeuvrement, ou que la superstition ait préservé des injures du tems, des symboles mysterieux qui lui servoient, comme jadis aux Mages, à tromper la crédulité.

Les Arabes communiquerent ce Livre [On nomme encore Livret aus Lansquenet, ou Lands-Knecht, la Série de Cartes qu’on donne aux pontes.] ou Jeu aux Espagnols, & les Soldats de Charlequint le porterent en Allemagne. Il est composé de trois Séries supérieures, représentant les trois premiers siècles, d’Or, d’Argent & d’Airain: chaque Série est formée de sept Cartes [Trois fois 7, nombre mystique, fameux chez les Cabalistes, les Pythagorieniens, &c.].

Mais comme l’Ecriture Egyptienne se lisoit de gauche à droite, la vingt-unieme Carte, qui n’a été numérotée qu’avec des chiffres modernes, n’en est pas moins la premiere, & doit être lue de même pour l’intelligence de l’Histoire; comme elle est la premiere au Jeu de Tarots, & dans l’espece de Divination qu’on opéroit avec ces Images.

Enfin, il y a une vingt-deuxieme Carte sans numéro comme sans puissance, mais qui augmente la valeur de celle qui la précede; c’est le zéro des calculs magiques: on l’appelle la Folie.

Premiere Série.
Siècle d’Or.

La vingt-unieme, ou premiere Carte, représente l’Univers par la Déesse Isis dans un ovale, ou un oeuf, avec les quatre Saisons aux quatre coins, l’Homme ou l’Ange, l’Aigle, le Boeuf & le Lion.

Vingtieme, celle-ci est intitulée le Jugement: en  effet, un Ange sonnant de la trompete, & des hommes sortant de la terre, ont dû induire un Peintre, peu versé dans la Mythologie, à ne voir dans ce tableau que l’image de la Résurrection; mais les Anciens regardoient les hommes comme enfans de la Terre [Les dents semées par Cadmus, &c.]; Thot voulut exprimer la Création de l’Homme par la peinture d’Osiris, ou le Dieu générateur, du porte-voix ou Verbe qui commande à la matiere, & par des Langues de Feu qui s’échappent de la nuée, l’Esprit [Peint même dans nos Historiens sacrés.] de Dieu ranimant cette même matiere; enfin, par des hommes sortant de la terre pour adorer & admirer la Toute-puissance: l’attitude de ces hommes n’annonce point des coupables qui vont paroître devant leur Juge.

Dix-neuvieme, la Création du Soleil qui éclaire l’union de l’homme & de la femme, exprimée par un homme & une femme qui se donnent la main: ce signe est devenu depuis celui des Gémeaux, del’Androgyne: Duo in carne una.

Dix-huitieme, la Création de la Lune & des Animaux terrestres, exprimés par un Loup & un Chien, pour signifier les Animaux domestiques & sauvages: cet emblême est d’autant mieux choisi, que le Chien & le Loup sont les seuls qui hurlent à l’aspect de cet astre, comme regrettant la perte du jour. Ce caractere me feroit croire que ce Tableau auroit annoncé de très-grands malheurs à ceux qui venoient consulter les Sorts, si l’on n’y avoir peint la ligne du Tropique, c’est-à-dire, du départ & du retour du Soleil, qui laissoit l’espérance consolante d’un beau jour & d’une meilleure fortune. Cependant deux Fortresses qui défendent un chemin tracé de sang, & un marais qui termine le Tableau, présentent toujours des difficultés sans nombre à surmonter pour détruire un présage aussi sinistre.

Dix-septieme, la Création des Ètoiles & des Poissons, représentées par des Etoiles & le Verseau.

Seizieme, la Maison de Dieu renversée, ou le Paradis terrestre dont l’homme & la femme sont précipités par la queue d’une Comete ou l’Èpée  Flamboyante, jointe à la chûte de la grêle.

Quinzieme, le Diable ou Typhon, derniere Carte de la premiere Série, vient troubler l’innocence de l’homme & terminer l’âge d’or. Sa queue, ses cornes & ses longues oreilles l’annoncent comme un être dégradé: son bras gauche levé, le noude plié, formant une N, symbole des êtres produits, nous le fait connoître comme ayant été créé; mais le flambeau de Prométhée qu’il tient de la main droite, paroît completter la lettre M, qui exprime la génération: en effet, l’Histoire de Typhon nous induit naturellement à cette explication; car, en privant Osiris de sa virilité, il paroît que Typhon vouloit empiéter sur les droits de la Puissance productrice; aussi fut-il le pere des maux qui se répandirent sur la terre.

Les deux Êtres enchaînés a ses pieds marquent la Nature humaine dégradée & soumise, ainsi que la génération nouvelle & perverse, dont les ongles crochus expriment la cruauté; il ne leur manque que les ailes (le Génie ou la Natur angélique), pour être en tout semblables au diable: un de ces êtres touche avec sa griffe la cuisse de Typhon; emblême qui dans l’Ecriture Mythologique fut toujours celui de la génération [La naissance de Bacchus & de Minerve sont le Tableau Mythologique des deux générations.] charnelle: il la touche avec sa griffe gauche pour en marquer l’illégitimité.

Typhon enfin est souvent pris pour l’Hiver, & ce Tableau terminant l’âge d’or. annonce l’intempérie des Saisons, que l’homme chassé du Paradis va éprouver par la suite.

Seconde Série.
Siècle d’Argent.

Quatorzieme, l’Ange de la Tempérance vient instruire l’homme, pour lui faire éviter la mort à laquelle il est nouvellement condamné: il est peint versant [Peut-être son attitude a-t-elle trait à la culture de la Vigne.] de l’eau dans du vin, pour lui montrer la nécessité  d’affoiblir cette liqueur, ou de tempérer ses affections.

Treizeime; ce nombre, toujours malheureux, est consacré à la Mort, qui est représentée fauchant les têtes couronnées & les têtes vulgaires.

Douzieme, les accidens qui attaquent la vie humaine, représentés pa run homme pendu par le pied; ce qui veut asussi dire qui, pour les éviter, il faut en ce monde marcher avec prudence: Suspenso pede.

Onzieme, la force vient au secours de la Prudence, & terrasse le Lion, qui a toujours été le symbole de la terre inculte & sauvage.

Dixieme, la Roue de Fortune, au haut de laquelle est un Singe couronné, nous apprend qu’après la chûte de l’homme, ce ne fut déjà plus la vertu qui donna les dignités: le Lapin qui monte & l’homme qui est précipité, expriment les injustices de l’inconstante Déesse: cette roue en même-tems est l’emblême de la roue de Pythagore, de la façon de tirer les sorts par les nombres: cette Divination est appellée Arithomancie.

Neuvieme, l’Hermite ou le Sage, la lanterne à la main, cherchant la Justice sur la Terre.

Huitieme, la Justice.

Troisieme Série.
Siècle de Fer.

Septieme, le Chariot de Guerre dans lequel est un roi cuirassé, armé d’un javelot, exprime les dissensions, les meurtres, les combats du siècle d’airain, & annonce les crimes du siècle de fer.

Sixieme, l’Homme peint Flottant entre le vice & la vertu, n’est plus conduit par la raison: l’Amour ou le désir [La concupiscence.], les yeux bandés, prêt à lâcher un trait, le fera pencher à droite ou à gauche, suivant qu’il sera guidé par le hasard.

Cinquieme, Jupiter ou l’Eternel monté sur son Aigle, la foudre à la main, menace la Terre, & va lui donner des Rois dans sa colere.

Quatrieme, le Rois armé d’une massue [Osiris est souvent représenté un fouet à la main, avec un globe & un T: tout cela réuni, peut avoir produit dans la tête d’un Cartier Allemand une Boule Impériale], dont l’ignorance a fait par la suite une Boule Impériale: son casque est garni par-derriere de dents de scie, pour faire connoître que rien ne pouvoit assouvir son insatiabilité [Ou sa vengeance, si c’est Osiris irrité.].

Troisieme, la Reine, la massue à la main; sa couronne a les mêmes ornemens que le casque du Roi.

Deuxieme, l’Orgueil des Puissans, représenté par les Paons, sur lesquels Junon montrant le Ciel de la main droite, & la Terre de la gauche, annonce une Religion terrestre ou l’Idolâtrie.

Premiere, le Bateleur tenant la verge des Mages, fait des miracles & trompe la crédulité des Peuples.

Il est suivi d’une carte unique représentant La Folie qui porte son sac ou ses défauts par derriere, tandis qu’un tigre ou les remords, lui dévorant les jarrets, retarde sa marche vers le crime [Cette Carte n’a point de rang: elle complette l’Alphabet sacré, & répond au Tau qui veut dire complément, perfection: peut-être a-t-on voulu représenter dans son sens le  plus naturel le résultat des actions des hommes.].

Ces vingt-deux premieres Cartes sont non-seulement autant d’hiéroglyphes, qui placés dans leur ordre naturel retracent l’Histoire des premiers tems, mais elles sont encore autant de lettres [L’Alphabet Hébreu est composé de 22 Lettres.] qui différemment combinées, peuvent former autant de phrases; aussi leur nom (A-tout) n’est que la traduction littérale de leur emploi & proptiété générale.

II.
Ce Jeu appliqué à la Divination.

Lorsque les Egyptiens eurent oublié la premiere interprétation de ces Tableaux, & qu’ils s’en furent servis comme de simples lettres pour leur Ecriture sacrée, il étoit naturel qu’un peuple aussi superstitieux attachât une vertu occulte [Aussi la science des Nombres & la valeur des Lettres a-t-elle été fort célébre autrefois.] des caract?eres respectables par leur antiquité, & que les Prêtres, qui seuls en avoient l’intelligence, n’employoient que pour les choses religieuses.

On inventa même de nouveaux caractères, & nous voyons dans l’Ecriture-Sainte que les Mages ainsi que ceux qui étoient initiés dans leurs secrets, avoient une divination par la coupe [La Coupe de Joseph.].

Qu’ils opéroient des merveilles avec leur Bâton [La Verge de Moyse & Mages de Pharaon.].

Qu’ils consultoient les Talismants [Les Dieux de Laban & les Théraphim, l’Urim & le Thummim.] ou des pierres gravées.

Qu’ils devinoient les choses futures par des Epées [Ils faisoient plus: ils fixoient le sort des combats; & si le Roi Joas avoit frappé la terre sept fois, au lieu de trois, il auroit détruit la Syrie, II. Rois, XIII, 19.], des Flèches, des Haches, enfin par les armes en général. Ces quatre Signes furent introduits parmi les Tableaux religieux aussi-tôt que l’établissement des Rois eut amené la différence des états dans la Société.

L’Epée marqua la Royauté & les Puissans de la Terre.

Les Prêtres faisoient usage de Canopes pour les Sacrifices, & la Coupe désigna le Sacérdoce.

La Monnoie, le Commerce.

Le Bâton, Houlette, l’Aiguillon représenterent l’Agriculture.

Ces quatre Caractères déjà mystérieux, une fois réunis aux Tableaux Sacrés, durent faire espérer les plus grandes lumieres; & la combinaison fortuite qu’on obtenoit en mêlant ces Tableaux, formoit des phrases que les Mages lisoient ou interprétoient comme des Arrêts du Destin; ce qui leur étoit d’autant plus facile qu’une construction due au hasard devoit produire naturellement une obscurité consacrée au style des Oracles.

Chque Etat eut donc son symbole qui le caractérisa; & parmi les différens Tableaux qui porterent cette image, il y en eut d’heureux & de malheureux, suivant que la position, le nombre des symboles & leurs ornemens, les tendirent propres à annoncer le bonheur ou l’infortune.

III.
Noms de diverses Cartes, conservés par les Espagnols.

Les noms de plusieurs de ces Tableaux conservés par les Espagnols, nous en font connoître la propriété. Ces noms sont au nombre de sept.

Le trois de denier, nombre mystérieux, appellé le Seigneur, le Maître, consacré au Dieu suprême, au Grand Iou.

Le trois de coupe, appellé la Dame, consacré à la Reine des Cieux.

Le Borgne ou l’As de denier, Phoebeoe lampadis instar., consacré à Apollon.

La Vache ou les deux coupes, consacrée à Apis ou Isis.

Le grand Neuf, les neuf coupes; consacré au Destin.

Le petit Neuf de denier, consacré à Mercure.

Le Serpent ou l’As de bâton (Ophion) symbole fameux & sacré chez les Egyptiens.

IV.
Attributs Mythologiques de plusieurs autres.

Plusieurs autres Tableaux sont accompagnés d’attributs Mythologiques qui paroissent destinés à leur imprimer une vertu particuliere & secrette.

Tels que les deux deniers entourés de la Ceinture mystique d’Isis.

Le quarte de denier, consacré à la bonne Fortune, peinte au milieu du Tableau, le pied sur sa boule & la voile déployé.

La Dame de bâton consacrée à Cérès; cette Dame est couronnée d’épis, porte la peau du lion, de même qu’Hercule le cultivateur par excellence.

Le Valet de coupe ayant le bonnet à la main, & portant respectueusement une coupe mystérieuse, couverte d’un voile; il semble en allongeant le bras, éloigner de lui cette coupe, pour nous apprendre qu’on ne doit approcher des choses sacrées qu’avec crainte, & ne chercher à connoître celles qui sont cachées qu’avec discrétion.

L’As d’Epée consacré à Mars. L’Epée est ornée d’une couronne, d’une palme & d’une branche d’olivier avec ses bayes, pour signifier la Victoire & ses fruits: il ne paroît y avoir aucune Carte heureuse dans cette couleur que celle-ci. Elle est unique, parce qu’il n’y a qu’une façon de bien faire la guerre; celle de vaincre pour avoir la paix. Cette épée est soutenue par un bras gauche sortant d’un nuage.

Le Tableau du bâton du Serpent, dont nous avons parlé plus haut, est orné de fleurs & de fruits de même que celui de l’Epée victorieuse; ce bâton mystérieux est soutenu par un bras droit sortant aussi d’une nuée, mais éclatante de rayons. Ces deux caractères semblent dire que l’Agriculture & l’Epée sont les deux bras de l’Empire & le soutien de la Société.

Les Coupes en général annonçoient le bonheur, & les deniers la richesse.

Les Bâtons destinés à l’Agriculture en pronostiquoient les récoltes plus ou moins abondantes, les choses qui devoient arriver à la campagne ou qui la regardoient.

Ils paroissent mélangés de bien & de mal: les quatre figures ont le bâton verd, semblable en cela au bâton fortuné, mais les autres Cartes paroissent, par des ornemens qui se compensent, indiquer l’indifférence:  le deux seul, dont les bâtons sont couleur de sang, semble consacré à la mauvaise fortune.

Toutes les Epées ne présagent que des malheurs, sur-tout celles qui marquées d’un nombre impair, portent encore une épée sanglante. Le seul signe de la victoire, l’épée couronnée, est dans cette couleur le signe d’un heureux événement.

V.
Comparaison de ces Attributs avec les valeurs
qu’on assigne aux Cartes modernes pour la Divination.

Nos Diseurs de bonne-fortune ne sachant pas lire les Hiéroglyphes, en ont soustrait tous les Tableaux & change jusqu’aux noms de coupe, de bâton, de denier & d’épée, dont ils ne connoissoient ni l’etynologie, ni l’expression; ils ont substitué ceux de coeur, de carreau, de trefle & de pique.

Mais ils ont retenu certaines tournures & plusieurs expressions consacrées par l’usage qui laissent entrevoir l’origine de leur divination. Selon eux,

Les Coeurs, (les Coupes), annoncent le bonheur.
Les Trefles, (les Deniers), la fortune.
Les Piques, (les Epées), le malheur.
Les Carreaux [Il est à remarquer que dans l’Ecriture symbolique les Egyptiens traçoient des carreaux pour exprimer la campagne.], (les Bâtons), l’indifference & la campagne.
Le neuf de pique est une carte funeste.

Celui de coeur, la carte du Soleil; il est aisé d’y reconnoître le grand neuf, celui des coupes: de même que le petit neuf dans le neuf de trefle, qu’ils regardent aussi comme un carte heureuse.

Les as annoncent des Lettres, des Nouvelles: en effet qui est plus à même d’apporter des nouvelles que le Borgne, (le Soleil) qui parcourt, voit & éclaire tout l’Univers ?

L’as de pique & le huit de coeur présagent la victoire; l’as couronné la pronostique de même, & d’autant plus heureuse qu’il est accompagné des coupes ou des signes fortunés.

Les coeurs & plus particulierement le dix, dévoilent les événemens qui  doivent arriver à la ville. La coupe, symbole duc Sacerdoce, semble destinée à exprimer Memphis & le sejour des Pontifes.

L’as de coeur & la dame de carreau annoncent une tendresse heureuse & fidelle. L’as de coupe exprime un bonheur unique, qu’on posséde seul; la dame de carreau indique une femme qui vit à la campagne, ou comme à la campagne: & dans quels lieux peut-on espèrer plus de vérité, d’innocence, qu’au village ?

Le neuf de trefle & le dame de coeur, marquent la jalousie. Quoique le neuf de denier soit une carte fortunée, cependant une grande passion, même heureuse, pour une Dame vivant dans le grand monde, ne laisse pas toujours son amant sans inquiétude, &c. &c. On trouveroit encore une infinité des similitudes qu’il est inutile de chercher, n’en voilà déjà que trop.

VI.
Maniere dont on s’en servoit pour consulter les Sorts.

Supposons actuellement que deux hommes qui veulent consulter les Sorts, ont, l’un les vingt-deux lettres, l’autre les quatre couleurs, & qu’après avoir chacun mêlé les caractères, & s’être donné reciproquement à couper, ils commencent à compter ensemble jusqu’au nombre quatorze, tenant les tableaux & les cartes à l’envers pour n’en appercevoir que le dos; alors s’il arrive une carte à son rang naturel, c’est-à-dire, qui porte le numéro appellé, elle doit être mise à part avec le nombre de la lettre sortie en même tems, qui sera placé au-dessus: celui qui tiendra les tableaux y remettra cette même lettre, pour que le livre du Destin soit toujours en son entier, & qu’il ne puisse y avoir, dans aucun cas, des phrases incomplettes; puis il remêlera & redonnera à couper. Enfin on coulera trois fois les cartes à fond avec les mêmes artentions; & lorsque cette opération sera achevée, il ne s’agira plus que de lire les numéros qui expriment les lettres sorties. Le bonheur ou le malheur que présage chacune d’elles, doit être combiné avec celui qu’annonce la carte qui leur correspond, de même que leur puissance en plus ou en moins est déterminée par le nombre de cette même carte, multiplié par celui qui caractérise la lettre. Et voilà pourquoi la Folie qui ne produit rien, est sans numéro; c’est, comme nous l’avons dit, le zéro de ce calcul.

VII.
C’étoit une grande portion de la Sagesse ancienne.

Mais si les Sages de l’Egypte se servoient de tableaux sacrés pour prédire l’avenir, lors même qu’ils n’avoient aucune indication qui pût leur faire présumer les événemens futurs, avec quelles espérances ne devoient ils pas se flatter de les connoître lorsque leurs recherches étoient précédées par des songes qui pouvoient aider à développer la phrase produite par les tableaux des sorts !

Les Prêtres chez cet ancien Peuple formerent de bonne-heure une Société savante, chargée de conserver & d’étendre les connoissances humaines. Le Sacerdoce avoit ses Chefs, & les noms de Jannès & Mambrès, que Saint Paul nous a conservés dans sa seconde Epître à Timothée, sont des titres qui caractérisent les fonctions augustes des Pontifes. Jannès [De même que Pharaon signifie le Souverain sans être le nom particulier d’aucun Prince qui ait gouverné l’Egypte.] signifie l’Explicateur, & Manbrès le Permutateur, celui qui fait des prodiges.

Le Jannès & le Mambrès écrivoient leurs interprétations, leurs découvertes, leurs miracles. La suite non-interrompue de ces Mémoires [Le Pape Gelase I. mit en 491 quelques Livres de Jannès & Mambrès au nombre des apocryphes.] formoit un corps de Science & de Doctrine, o`les Prêtres puisoient leurs conoissances physiques & morales: ils observoient, sous l’inspection de leurs Chefs, le cours des Astres, les inondations du Nil, les Phénomènes, &c. Les Rois les assembloient quelquefois pour s’aider de leurs conseils. Nous voyons que du tems du Patriarche Joseph ils furent appellés par Pharaon pour interpréter un songe; & si Joseph seul eut la gloire d’en découvrir le sens, il n’en reste pas moins prouvé qu’une des fonctions des Mages étoit d’expliquer les songes.

Les Egyptiens [Long-tems encore après cette époque les Mages reconnurent le doigt de Dieu dans les Miracles de Moyse.] n’avoient point encore donné dans les erreurs de l’idolâtrie; mais Dieu dans ces tems reculés manifestant souvent aux hommes sa volonté, si quelqu’on avoit pû regarder comme téméraire de l’interroger sur ses décrets éternels, il auroit au moins dû paroître pardonnable de chercher à les pénétrer, lorsque la Divinité sembloit, non-seulement approuver, mais même provoquer, par des songes, cette curiosité: aussi leur interpréatation fut-elle un Arts sublime, une science sacrée dont on faisoit une étude particuliere, reservée aux Ministres des Autels: & lorsque les Officiers de Pharaon, prisonniers avec Joseph, s’affligeoient de n’avoir personne pour expliquer leurs songes, ce n’est pas qu’ils n’eussent des compagnons de leur infortune; mais c’est qu’enfermés dans la prison du Chef de la Milice, il n’y avoit personne parmi les soldats qui pût faire les cérémionies religieuses, qui eût les tableaux sacrés, bien loin d’en avoir l’intelligence. La réponse même du Patriarche paroît expliquer leur pensée: est-ce que l’interpréatation, leur dit-il, ne dépend pas du Seigneur ? racontez-moi ce que vous avez vu.

Mais pour revenir auy fonctions des Prêtres, ils commencoient par écrire en lettres vulgaires le songe dont il s’agissoit, comme dans route divination où il y avoit une demande positive dont il falloit chercher la réponse dans le Livre des Sorts, & après avoir mêlé les lettres sacrées on en tiroit les tableaux, avec l’attention de les placer scrupuleusement sous les mots dont on cherchoit l’explication; la phrase formée par ces tableaux, étoit déchiffrée par le Jannès.

Supposons, par exemple, qu’un Mage eût voulu interpréter le songe de Pharaon dont nous parlions tout-à-l’heure, ainsi qu’ils avoient essayé d’imiter les miracles de Moyse, & qu’il eût amené le bâton fortuné, symbole par excellence de l’Agriculture, suivi du Cavalier & du Roi [Le Valet vaut 1., Le Cavalier 2., La Dame 3., Le Roi 4.]; qu’il sortît en même tems du Livre du Destin la Carte du Soleil, la Fortune & le fol, on aura le premier membre de la phrase qu’on cherche. S’il sort ensuite le deux & le cinq de bâton, dont le symbole est marqué de sang, que des tableaux sacrés on tire un Typhon & la Mort, il auroit obtenu une espèce d’interprétation du songe du Roi, qui pourroit avoir été écrit ainsi en lettres ordinaires:

Sept vaches grasses & sept maigres qui les dévorent.

Bâton.
Le Roi.
4
Le Cavalier.
2
Le
Soleil.
La
Fortune. 
Le Fol. 
2 | de
Bâ- | ton.
5 | de
Bâ- | ton.
Typhon. La
Mort.

Calcul naturel qui résulte de cet arrangement.


Le Bâton vaut 1. Le Soleil annonce le bonheur
Le Roi 4. La Fortune [Précédée d’une Carte heureuse.] de même.
Le Cavalier 2. Le Fol ou zéro met le Soleil aux centaines.

Total

7.
***


Les Signe de l’Agriculture donne sept.

On lira donc, sept années d’une agriculture fortunée donneront une abondance cent fois plus grande qu’on ne l’aura jamais éprouvée.

Le second membre de cette phrase, fermé par le deux & le cinq de bâton, donne aussi le nombre de sept qui, combiné avec le Typhon & la Mort, annonce sept années de disette, la famine & les maux qu’elle entraîne.

Cette explication paroîtra encore plus naturelle si l’on fait attention au sens & à la valeur des lettres que les tableaux représentent.

Le Soleil répondant au Gimel, veut dire, dans ce sens, rétribution, bonheur.

La Fortune ou le Lamed signifie  Régle, Loi, Science.

Le Fol n’exprime rien par lui-même, il répond au Tau, c’est simplement un signe, une marque.

Le Typhon ou le Zaïn annonce l’inconstance, l’erreur, la foi violée, le crime.

La Mort ou le Thet indique l’action de balayer: en effet, la Mort est une terrible balayeuse.

Teleuté en Grec qui veut dire la fin, pourroit être, en ce sens, un dérivé de Thet.

Il n eseroit pas difficile de trouver dans les moeurs Egyptiennes l’origine de la plûpart de nos superstitions: par exemple, il paroît que celle de faire tourner le tamis pour connoître un voleur, doit sa naissance à la coutume que ce Peuple avoit de marquer les voleurs avec un fer chaud, d’un … T, & d’un … Samech [Tau, signe: Samech, adhésion.], en mettant ces deux caractères, l’un sur l’autre, pour en faire un chiffre, Signum adherens, qui servît à annoncer qu’on se méfiât de celui qui le portoit, on produit une figure qui ressemble assez à une paire de ciseaux piqués dans un cercle, dans un crible, lequel doit se détacher lorsqu’on prononcera le nom du voleur & le fera connoître.

La Divination par la Bible, l’Evangile & nos Livres Canoniques, qu’on appelloit le sort des Saints, dont il est parlé dans la cent neuviéme Lettre de Saint Augustin & dans plusieurs Conciles, entr’autres celui d’Orléans; les sorts des Saint-Martin de Tours qui étoient si fameux, paroissent avoir été envisagés comme un contre-poison de la Divination Egyptienne par le Livre du Destin. Il en est de même des présages qu’on tiroit de l’Evangile, ad apperturam libri, lorsqu’après l’élection d’un Evéque on vouloit connoître quelle seroit sa conduite dans l’Episcopat.

Mais tel est le sort des choses humaines: d’une Science aussi sublime, qui a occupé les plus Grands Hommes, les plus savans Philosophes, les Saints les plus respectables, il ne nous reste que l’usage des enfans de tirer à la belle lettre.

VIII.
Cartes auxquelles les Diseurs de bonne-aventure, attachent des pronostics.

On se sert d’un Jeu de Piquet qu’on mêle, & on fait couper par la personne intéressée.

On tire une Carte qu’on nomme As, la seconde Sept, & ainsi en remontant jusqu’au Roi: on met à part toutes les Cartes qui arrivent dans l’ordre du calcul qu’on vient d’établir: c’est-à-dire que si en nommant As, Sept, ou tel autre, il arrive un As, un Sept, ou celle qui a été nommée, c’est celle qu’il faut mettre à part. On recommence toujours jusqu’à ce qu’on ait épuisé le Jeu; & si sur la fin il ne reste pas assez de Cartes pour aller jusqu’au Roi inclusivement, on reprend des Cartes, sans les mêler ni couper, pour achever le calcul jusqu’au Roi.

Cette opération du Jeu entier se fait trois fois de la même maniere. Il faut avoir le plus grand soin d’arranger les Cartes qui sortent du Jeu, dans l’ordre qu’elles arrivent, & sur la même ligne, ce qui produit une phrase hiéroglyphique; & voici le moyen de la lire.

Toutes les peintures représentent les Personnages dont il peut être question; la premiere qui arrive est toujours celle dont il s’agit.

Les Rois sont l’image des Souverains, des Parens, des Généraux, des Magistrats, des Vieillards.

Les Dames ont les mêmes caractères dans leur genre relativement aux circonstances, soit dans l’Ordre politique, grave ou joyeux: tantôt elles sont puissantes, adroites, intriguantes, fidelles ou légeres, passionnées ou indifférentes, quelquefois rivales, complaisantes, confidentes, perfides, &c. S’il arrive deux Cartes du même genre, ce sont les secondes qui jouent les seconds rôles.

Les Valets sont des jeunes Gens, des Guerriers, des Amoureux, des Petits-Maîtres, des Rivanx, &c.

Les Sept & les Huit sont des Demoiselles de tous les genres. Le Neuf de coeur se nomme, par excellence, la Carte du soleil, parce qu’il annonce toujours des choses brillantes, agréables, des succès, sur-tout s’il est réuni avec le Neuf de trefle, qui est aussi une Carte de merveilleux augure. Le Neuf de carreau désigne le retard en bien ou en mal.

Le Neuf de pique est la plus mauvaise Carte: il ne présage que des ruines, des maladies, la mort.

Le Dix de coeur désigne la Ville; celui de carreau, la campagne; le Dix de trefle, fortune, argnet; celui de pique, des peines & des chagrins.

Les As annoncent des lettres, des nouvelles.

Si les quatre Dames arrivent ensemble, cela signifie babil, querelles.

Plusieurs Valets ensemble annoncent rivalité, dispute & combats.

Les trefles en général, sur-tout s’ils sortent ensemble, annoncent succès, avantage, fortune, argent.

Les carreaux, la campagne, indifférence.

Les coeurs, contentement, bonheur.

Les piques, pénurie, soucis, chagrins, la mort.

Il faut avoir soin d’arranger les Cartes dans le même ordre qu’elles sortent, & sur la même ligne, pour ne pas déranger la phrase, & la lire plus facilement.

Les événemens prédits, en bien ou en mal, peuvent être plus ou moins avantageux ou malheureux, suivant que la Carte principale qui les annonce est accompagnée: les piques, par exemple, accompagnés de trefles, sur-tout s’ils arrivent entre deux trefles, sont moins dangereux; comme le trefle entre deux piques ou accolé d’un pique, est moins fortuné.

Quelquefois le commencement annonce des accidens funestes; mais la fin des Cartes est favorable, s’il y a beaucoup de trefles; on les regarde comme amoindris, plus ou moins, suivant la quantité: s’ils sont suivis du Neuf, de l’As ou du Dix, cela prouve qu’on a couru de grands dangers, mais qu’ils sont passés, & que la Fortune change de face.

Les As:

1 de carreau, 8 de coeur, bonne Nouvelle.
1 de coeur, Dame de pique, Visite de femme.
1 de coeur, Valet de coeur, Victoire.
1, 9 & Valet de coeur,  l’Amant heureux.

 

1, 10 & 8 de pique,  Malheur
1 de pique, 8 de coeur,  Victoire.

 

1 de trefle, Valet de pique, Amitié.


Les 7:

7 & 10 de coeur, Amitié de Demoiselle.
7 de coeur, Dame de careau, Amitié de femme.
7 de carreau, Roi de coeur, Retard.



Les 9:

Trois Neufs ou trois Dix, Réussité.


Les 10:

10 de trefle, Roi de pique, Présent.
10 de trefle & Valet de trefle, un Amoureux.
10 de pique, Valet de careau, quelqu’un d’inquiet.
10 de coeur, Roi de trefle, Amitié sincère.


 

Herausgegeben von
Hans-Joachim Alscher
Stand: 1. August 2002

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