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Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie 18 juin, 2019

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie

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Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 7 avril 2019

 

Les Rites dits Égyptiens de la Maçonnerie par Jean Mallinger

1. Les légendes

De même que l’on attribue à l’Ordre Maçonnique en général des origines légendaires — soit le Temple du roi Salomon, soit l’Ordre des Templiers, soit les collèges romains d’artisans —, chacun des rejetons de l’arbre maçonnique tente de se rattacher à une source aussi antique que possible.

Les rites dits « égyptiens » de la Maçonnerie n’échappent pas à cette règle ; ils tiennent, au surplus, dans la grande famille triangulaire une place particulière : leur échelle d’instruction comporte 90 degrés — sans compter les grades administratifs, qui se terminent au 98e, depuis la réforme de 1934.

Interrogeons l’abondante documentation que ces rites originaux soumettent au jugement de l’histoire.

Une première version nous est présentée par le grand propagandiste du rite de Misraïm en France, Marc Bédarride — né en 1776 à Cavaillon, dans le Comtat venaissin — dans son ouvrage sur cette Obédience (1).

Selon cet auteur, dépourvu de tout sens critique, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Bédarride s’en réfère à l’Ancien Testament ; selon lui, c’est Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l’humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l’établit en Égypte, sous le nom de « Mitzraim » : c’est-à-dire les Égyptiens. C’est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l’ésotérisme. C’est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cécrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc-Aurèle, Maïmonide, etc., tous les instructeurs de l’antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

Le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est le propre père de l’auteur, le pieux Gad Bédarride, maçon d’un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d’un mystérieux Initiateur égyptien, de passage en son Orient et dont l’on ne connaît que le « Nomen mysticum » : le Sage Ananiah (2). Cet envoyé le reçut à la Maçonnerie égyptienne.

Signalons ici que ce n’est pas là la première allusion historique au passage d’un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en a donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l’ouvrage de Bédarride : c’est l’initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signale, lui aussi, le passage du missionnaire Ananiah dans le Midi de la France, en l’année 1782 (3).

Une seconde version, bien différente de la première, sur l’origine de la maçonnerie égyptienne nous est contée par le polygraphe français Jean-Étienne Marconis de Nègre, fils du créateur du Rite de Memphis.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l’apôtre St Marc, l’évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre « séraphique » nommé Ormus, habitant d’Alexandrie. Il s’agit évidemment d’une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s’appliquer qu’à une catégorie d’anges bien connue des dictionnaires théologiques ; remplaçons-le ici par celui de « prêtre du culte de Sérapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Égypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l’Essénisme palestinien, dont les descendants auraient à leur tour communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Palestine, qui les auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé à Upsal, à cette époque et introduits par après en Écosse, un Ordre de maçons orientaux (4). Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

Le nom même du vulgarisateur varie d’ailleurs avec les années. D’Ormus, il devient Ormésius dans un autre ouvrage de Marconis (5).

Divers auteurs font allusion à cette version (6). Soulignons, dès à présent, que ces deux versions parallèles — aussi fantaisistes l’une que l’autre — prouvent toutes deux la profonde ignorance de leurs propagateurs.

L’Égypte est, dans l’histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien.

Sans doute, au moment où Napoléon fait sa campagne d’Égypte, l’on sait encore très peu sur la religion, l’écriture, le symbolisme de l’ancienne Égypte : Champollion n’avait pas encore découvert la clé des hiéroglyphes : il ne devait faire sa première et sensationnelle communication sur l’alphabet égyptien qu’à la date du 17 décembre 1822.

Que connaissait-on de l’Égypte à cette époque ?

De véritables fables couraient sur elle ; ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable ; deux Allemands, pleins d’imagination, von Koppen et von Hymmen avaient lancé depuis 1770 un rite théâtral, appelé : Crata Repoa, qu’ils traduisaient fort faussement par : Silence des Dieux, où l’initiation antique qui se donnait dans la Grande Pyramide était « fidèlement reproduite » par une réception symbolique à sept degrés successifs (Pastophore ; Néocore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.) d’une lamentable fantaisie. Deux Français, Bailleul et Desétangs devaient en diffuser une version française en 1821. De son côté, l’abbé Terrasson avait déjà montré la voie, dans son roman initiatique : Sethos (7).

La « mode » des initiations « à l’égyptienne » avait d’ailleurs conquis Paris et devait provoquer l’inquiétude, puis la réaction sévère des autorités maçonniques de l’époque (8).

II. L’histoire

Interrogeons des contemporains et demandons-leur ce qu’ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France.

Levesque qui rédigea en 1821 un « Aperçu général historique » des   sectes maçonniques de son temps parle en ces termes du nouveau venu : le rite de Misraïm, « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s’établir à Paris. Il venait du Midi de l’Italie et jouissait de quelque considération dans les Îles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Égypte (9). »

Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Thory (1759-1817), qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur (10).

Il précise : « Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille. »

Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n’en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué (11). »

Nous verrons plus loin l’extrême importance de cette observation.

Abordons maintenant Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bédarride, devint leur implacable adversaire.

Il nous apprend — il est ici un témoin oculaire — que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les FF. Joly, Gabboria et Garcia leur avaient été conférés à Naples en 1813. Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne (12) et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés de ce Rite, le célèbre « auteur sacré de la maçonnerie », spécifie : « Nous reproduisons les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les ff. Joly, Gabboria et Garcia. Tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu’énoncent les FF. Bédarride. » Et il ajoute ailleurs en note : « Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui forment tout le système philosophique du vrai rite de Misraïm, satisfait l’esprit de tout maçon instruit… (13) »

LIRE  Rituel d’Apprenti de la Stricte Observance Templière

Le 1er août 1818 paraît à Bruxelles une défense du rite de Misraïm, signalant un ouvrage paru à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d’in-quarto (14).

Nous avons d’autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez Remy, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778.

De ces éléments, nous pouvons déduire : 1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ; 2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bédarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum : Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l’historien Thory, dont on craignait les divulgations.

On comprend aussi l’avis de Ragon : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés philosophiques de Naples (15). » Le fait que Bédarride signale que son mystérieux Ananiah ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l’Italie (16) prouve qu’au moins ce point de son histoire du rite n’est pas dépourvu de vraisemblance historique. C’est donc avec raison que l’historien Waite repousse comme très douteuse l’hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent « l’invention » de ce rite à un nommé Lechangeur, à Milan, en 1805 ! (17) »

Voici maintenant un nouvel élément, digne d’intérêt : le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d’Isis 18. Or, Isis est le mot sacré d’un des degrés de Naples.

L’on peut se demander si Bédarride a connu Cagliostro. Il faut répondre par l’affirmative ; il ne conteste ni la réalité de son initiation en Égypte ni celle de ses pouvoirs, il se borne à lui reprocher d’avoir, en France, fait un rite égyptien personnel.

3. La philosophie du Misraïmisme

Si la maçonnerie est, en général, l’héritière et la propagandiste inlassable d’une morale sociale, qui vise, avant toute autre chose, à nous apprendre à nous transformer, par une discipline progressive, en « pierre taillée », en « pierre cubique », au lieu de demeurer une « pierre brute », inutilisable au bonheur de tous ; si elle impose à ses adeptes le respect le plus absolu des idées d’autrui, la plus parfaite égalité, une tolérance permanente et une fraternité réelle, si elle leur demande de chercher en toute chose la vérité et de pratiquer la justice, il va de soi que ces impératifs éthiques n’ont, ni de près ni de loin, aucun rapport avec l’initiation, dans le sens le plus élevé de ce mot.

Si par ce vocable nous entendons : « la communication de certains secrets d’ordre cosmique à un petit nombre d’élus, susceptibles d’en faire un bon usage », la maçonnerie actuelle n’est pas une école initiatique : elle ne donne aucun enseignement dogmatique ; elle respecte obligatoirement l’opinion de tous et celle de chacun ; elle n’est pas une université d’occultisme ; elle n’est pas dirigée par une hiérarchie de didascalies, qui enseignent des néophytes et leur transmettent secrets ésotériques et pouvoirs initiatiques ; ses dirigeants sont en certains pays des athées convaincus, que seul le progrès matériel et social intéresse directement ; sans doute, elle donne la plupart de ses instructions par le canal traditionnel du symbolisme ; mais ce dernier n’est pas religieux ; n’a pas de tendance mystique et repousse au contraire nettement toute intrusion d’un élément irrationnel dans la formation qu’elle donne à ses élèves (19) ».

Toute différente était la maçonnerie du 18e siècle ! Elle ne groupait, en la plupart des rites, que d’ardents spiritualistes. Loin de se limiter à la recherche du bonheur humain, à l’émancipation des esprits, à l’éducation du cœur, elle mettait sa préoccupation essentielle dans la conquête de la Vérité, dans l’effraction des mille secrets de la Nature, dans les expérimentations les plus hardies dans le domaine spirituel. De là, cette extraordinaire floraison des rites les plus variés, des obédiences les plus singulières, des hauts grades les plus mystiques et les plus hermétiques : pour nous en convaincre, il faut et il suffit de lire simplement la nomenclature des degrés qui constituent la maçonnerie égyptienne. Les religions, l’alchimie, l’hermétisme, la kabbale s’y rencontrent et s’y mélangent ; l’arbre de Misraïm est une école de secrets de toute espèce et ses quatre derniers degrés du régime napolitain, nous apportent les secrets les plus considérables de la tradition spiritualiste la plus vénérable.

L’on conçoit dès lors facilement le dédain, l’antipathie marquée, l’hostilité dont la maçonnerie égyptienne a toujours été, au cours de son histoire, la victime permanente de la part des autres rites.

Le Grand Orient de France battit, en ce domaine pénible, tous les records de la méchanceté, allant jusqu’à dénoncer le rite de Misraïm au pouvoir politique, à provoquer des perquisitions et des poursuites contre le rite de Misraïm, afin de rendre à ce dernier toute existence impossible (20).

Aussi certains dignitaires misraïmites parisiens eurent-ils la faiblesse de renoncer à certains de leurs grades supérieurs et tentèrent de se mettre au pas volontairement, en donnant aux matérialistes qui les critiquaient des gages de conformisme athée véritablement déplorables (21) — à ce prix, ils se firent facilement reconnaître.

 Mais ce n’est là que l’exception.

Les hauts grades du Rite n’ont jamais approuvé : ni la réduction de l’échelle égyptienne aux trente-trois degrés de l’écossisme, ordonnée par l’Hiérophante Pessina et mise en pratique en certains pays (notamment l’Argentine) ; ni la suppression de ses liturgies spiritualistes.

De tout temps, les « Arcanes » des quatre derniers degrés se sont transmis de façon régulière.

Peut-on dans une revue de vulgarisation destinée au monde profane, esquisser en ses grandes lignes un bref résumé de ce qui pourrait s’appeler : la philosophie de ce Rite ?

C’est là une œuvre nécessaire, car précisément Misraïm se distingue des autres Ordres maçonniques par la richesse de son enseignement ésotérique.

Un simple coup d’œil sur son organisation et sur son symbolisme suffit à définir son caractère.

1) Ses statuts authentiques — ceux de 1818 — montrent que cet Ordre est basé, non sur le nombre, mais sur la sélection ; non sur le vote de la masse, mais sur l’autorité de ses instructeurs. Le Grand-Maître, Souverain Grand Conservateur Général du Rite, Puissance Suprême, a tout pouvoir dogmatique et administratif au sein de l’Ordre. Il est son régent, ad vitam. Tout membre du 90e degré peut initier individuellement et sous sa propre responsabilité à tous les degrés successifs de l’Échelle du Rite. Au premier degré, un vote est exigé de l’atelier sur toute candidature de profane qui lui serait soumise, la majorité étant requise pour qu’une admission soit agréée.

Cette organisation est conforme aux traditions initiatiques. L’Hiérophante est le Père et l’instructeur de ses enfants spirituels. Il ne dépend pas d’eux, ce ne sont pas les enfants qui élisent leurs parents.

Ses collaborateurs directs, titulaires du dernier degré, ont le pouvoir d’initiation individuelle, en dehors de tout temple et de toute organisation. C’est là le précieux principe de l’Initiation Libre, qui a permis tant de diffusion à d’autres Fraternités initiatiques, telles que le Pythagorisme et le Martinisme.

LIRE  Rituel au Grade d’Apprenti selon le REAA

2) Ses symboles particuliers ne manquent pas d’intérêt : on y retrouve : d’une part le Triangle rayonnant, d’autre part, Le secret des Pythagoriciens, ainsi que le double Carré — Matière-Esprit — tout emboîté les uns dans les autres.

Les trois mondes sont symbolisés par trois cercles concentriques. La Kabbale y est représentée par l’Échelle de Jacob et les tables de la Loi, le courant égypto-hellénique, par le dieu Bélier Amon et l’Olivier sacré.

3) Ses enseignements ne sont pas seulement un compendium traditionnel des Vérités de l’ésotérisme. Ils confèrent de véritables secrets et assurent un Lien vivant avec l’Invisible.

Le parallélisme entre certains passages des Arcana et les traditions du rituel de Cagliostro est étonnant : par exemple : « le 89e degré de Naples donne, dit Ragon, une explication détaillée des rapports de l’homme avec la Divinité, par la médiation des esprits célestes ». Et il ajoute : « Ce grade, le plus étonnant et le plus sublime de tous, exige la plus grande force d’esprit, la plus grande pureté de mœurs, et la foi la plus absolue (22). »

Écoutons maintenant Cagliostro : « Redoublez vos efforts pour vous purifier, non par des austérités, des privations ou des pénitences extérieures ; car ce n’est pas le corps qu’il s’agit de mortifier et de faire souffrir ; mais ce sont l’âme et le cœur qu’il faut rendre bons et purs, en chassant de votre intérieur tous les vices et en vous embrasant de la vertu.

II n’y a qu’un seul Être Suprême, un seul Dieu éternel. Il est l’Un, qu’il faut aimer et qu’il faut servir. Tous les êtres, soit spirituels soit immortels qui ont existé sont ses créatures, ses sujets, ses serviteurs, ses inférieurs.

Être Suprême et Souverain, nous vous supplions du plus profond de notre cœur, en vertu du pouvoir qu’il vous a plus d’accorder à notre initiateur, de nous permettre de faire usage et de jouir de la portion de grâce qu’il nous a transmise, en invoquant les sept anges qui sont aux pieds de votre trône et de les faire opérer sans enfreindre vos volontés et sans blesser notre innocence (23). »

Ces rituels tendent tous au même but : purifier les assistants ; les plonger dans une vivifiante ambiance spirituelle ; les mettre en relation et en résonance sur les plans supérieurs à la débilité humaine ; les charger des grâces d’En-Haut.

C’est là, au fond, reprendre tout ce que le vieux courant égypto-grec avait enseigné à ses prêtres : Apollon descendait à Delphes et inspirait la Pythie ; Amon-Ra descendait à Thèbes et animait son image ; l’Invisible touche le visible, dans une osmose ineffable.

Tel n’est-il pas le seul, l’immense, l’indicible effet de l’Initiation véritable ? Donner à la vie un sens. Mener l’initié à la communion avec le Cosmos. Le ramener à sa Patrie céleste. Et si les rites modernes n’ont pas la puissance et le rayonnement des liturgies antiques, ils ont cependant cet avantage précieux de nous mettre sur le chemin de la Vérité et de nous donner une joyeuse confiance en nos destins…

Jean Mallinger, Avocat à la Cour d’Appel de Bruxelles.

Les plus belles prières des Rites égyptiens

I. Invocation pour l’ouverture des travaux au premier degré

« Puissance Souveraine qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seule, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous te saluons !

Reçois, ô mon Dieu, l’hommage de notre amour, de notre admiration et de notre culte !

Nous nous prosternons devant les Lois éternelles de Ta Sagesse. Daigne diriger nos Travaux ; éclaire-les de Tes lumières ; dissipe les ténèbres qui voilent la Vérité et laisse-nous entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, dont Tu gouvernes le monde, afin que, devenus de plus en plus dignes de Toi, nous puissions célébrer en des hymnes sans fin l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. »

Extrait de : Le Sanctuaire de Memphis, par le F. E.-J. MARCONIS DE NEGRE, pages 62-63, Paris, Bruyer, 1849.

II. Prière de clôture des travaux au premier degré

« Dieu Souverain, qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seul, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous Te saluons !

Pleins de reconnaissance pour Ta Bonté infinie, nous Te rendons mille actions de grâces, et au moment de suspendre nos travaux, qui n’ont d’autre but que la gloire de Ton Nom et le bien de l’humanité, nous Te supplions de veiller sans cesse sur Tes enfants.

Écarte de leurs yeux le voile fatal de l’inexpérience ; éclaire leur âme ; laisse-leur entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, avec laquelle Tu gouvernes le monde, afin que, dignes de Toi, nous puissions chanter avec des hymnes sans fin Tes ouvrages merveilleux et célébrer, en un chœur éternel, l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. » Gloire à Toi, Seigneur, gloire à Ton Nom, gloire à Tes Œuvres ! »

Id. : page 102.

III. Prière d’ouverture du Souverain Chapitre

« Seigneur, Père de Lumière et de Vérité, nos pensées et nos cœurs s’élèvent jusqu’au pied de Ton trône céleste, pour rendre hommage à Ta Majesté Suprême.

Nous Te remercions d’avoir rendu à nos vœux ardents Ta Parole vivifiante et régénératrice : Gloire à Toi !

Elle a fait luire la Lumière au milieu des ténèbres de notre intelligence : Gloire à Toi !

Accumule encore Tes dons sur nous et que, par la science et par l’amour, nous devenions aux yeux de l’univers, Tes parfaites images ! »

Id. : page 135

IV. Prière de clôture du Souverain Chapitre

« Dieu Souverain, Ta bonté paternelle nous appelle au repos. Reçois l’hommage de notre reconnaissance et de notre amour. Et pendant que le sommeil fermera nos paupières, que l’œil de l’âme, éclairé de Tes splendeurs, plonge de plus en plus dans les profondeurs de Tes divins Mystères ! »

Id. : page 137.

V. Prière sur un initié

« Mon Dieu, créez un cœur pur en lui et renouvelez l’esprit de Justice en ses entrailles ! Ne le rejetez point de devant Votre face ! Rendez-lui la joie de Votre assistance salutaire. Et fortifiez-le par un esprit, qui le fasse volontairement agir. Il apprendra Votre voie aux injustes ; et les impies se retourneront vers Vous… »

CAGLIOSTRO : « Rituel du 3e degré », page 65 (Éditions des Cahiers astrologiques, Nice 1948).

VI. Prière finale

« Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, Ame de l’Univers, que Tu remplis de Ta gloire et de Tes bienfaits, nous adorons Ta Majesté Suprême ; nous nous inclinons devant Ta Sagesse Infinie, qui créa et qui conserve toutes choses.

Daigne, Etre des êtres, recevoir nos prières et l’hommage de notre amour ! Bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi !

Éclaire-les de Ta Lumière Divine. Qu’ils n’aient d’autre but que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l’Ordre et le bien de l’humanité.

Veuille unir les humains, que l’intérêt et les préjugés séparent les uns des autres ; écarte le bandeau de l’erreur, qui recouvre leurs yeux. Et que, ramené à la Vérité par la Philosophie, le genre humain ne présente plus devant Toi qu’un peuple de frères, qui T’offre de toutes parts un encens pur et digne de Toi ! »

Extrait de : Marc Bédarride : De l’Ordre Maçonnique de Misraïm, tome II, page 419, Paris, Bénard, 1845.

Notes :

1 Marc BEDARRIDE : « De l’Ordre Maçonnique de MISRAÏM, de son antiquité, de ses luttes et de ses progrès », Paris — Bénard, 1845 — en deux tomes.

LIRE  Aleister Crowley & la Franc-Maçonnerie

2 Id. : Tome II, page 125.  Histoire répétée, par John YARKER dans son livre « The Arcane Schools », page 488, Ed. William Tait, Belfast, 1909.

3 VERNHES : « Défense de Misraïm et quelques aperçus sur les divers rites maçonniques en France », page 21, Paris, Imprimerie Constant-Champie, 1822.

4 J.-E. MARCONIS et E.-N. MOUTTET : « L’Hiérophante », page 6, Paris, 1839, chez Morel. E.-J. MARCONIS DE NEGRE : « Le Sanctuaire de Memphis », page 11, Paris, Bruyer, 1849. MARCONIS : « Le Soleil mystique », page 193, Paris, A. Goubaud, 1853.

5 « Le Temple mystique », page 7, Paris, octobre 1854.

6 Notamment : Reg. Gambier MAC BEAN : « Notes on the A. and P. Oriental Rite of Memphis », page 3, Palerme, 1927. Arthur WAITE : « A new encyclopaedia of Freemasonry », tome 2, p. 241, London, Rider, 1921.

7 cf. une version française des Crata Repoa dans la revue HIRAM, dirigée par le Dr PAPUS, fascicules 4 à 7 du 1er avril 1909 au  1er juillet 1909, Paris ; un résumé détaillé dans WAITE : « Encyclopaedia of Freemasonry », tome I, pages 218 à 225 ; et une réédition récente : « Freemasonry of the ancient Egyptians », par Manly HALL, The Philosophers Press, Los-Angelès, 1937. Une gravure sensationnelle, montrant l’initié passant par l’eau et par le feu à l’intérieur de la Grande Pyramide, avait d’autre part été publiée par Alexandre LENOIR (1761-1839) dans son livre : « La Franche Maçonnerie rendue à sa véritable origine », Paris, 1814. cf. cette gravure dans : Manly HALL, op. cit., page 81. Elle a paru dans l’ouvrage : « Histoire générale et particulière des religions et du culte de tous les peuples du monde », par le célèbre érudit Fr. H. DE LAULNAYE, tome I, Paris, Fournier, 1791 — il la reproduit d’après SETHOS dont la première édition date de 1728 (dessin de J.-M. MOREAU le jeune).

8 cf. dans Jean-Marie RAGON, Tuileur Général, Paris, Collignon, 1861, pages 250-252 : Compte rendu des tenues égyptiennes des 15 mai et 12 juin 1817. « Cette représentation fit fureur ; elle fit pâlir le symbolisme ordinaire, mais sa renommée fut par trop retentissante, tant l’admiration fut grande. »

9 LEVESQUE : Aperçu général et historique des   sectes maçonniques, page 105, Paris, 1821.

10 THORY : « Acta Latomorum », en deux tomes, pages 327-328, Paris, 1815.

11. Ibid.

12 RAGON : op. cit., pages 247 et 307, note I.

14 BRETEL, aîné : « Réponse à un libelle », page 7, publiée en août 1818.

15 RAGON : Tuileur 1856, page 307, note 1.

16 BEDARRIDE : « Histoire de Misraïm », tome 2, page 125.

17 WAITE : « Encyclopaedia of the Freemasonry », tome 2, page 75.

18 Sur CAGLIOSTRO, cf. « Vie de Joseph Balsamo, extraite de la procédure instruite contre lui à Rome en 1790 », Paris, éd.   Treuttel, 1791 ;   et : Dr Marc HAVEN : « Le Maître Inconnu, Cagliosto », Paris, Dorbon aîné, 1913 ; cf. aussi : « Rituel de la Maçonnerie Égyptienne », Nice, Ed. des Cahiers Astrologiques, 1947.

19 Oswald WIRTH l’a d’ailleurs précisé en 1931 de façon très claire : « Le penseur se fait lui-même : il est le fils de ses œuvres. La F. M. le sait, aussi évite-t-elle d’inculquer des dogmes. Contrairement à toutes les églises, elle ne se prétend point en possession de la Vérité. En Maçonnerie, on se borne à mettre en garde contre l’erreur, puis on exhorte chacun à chercher le Vrai, le Juste et le Beau » (« Le Livre de l’Apprenti », page 8, éd. Dorbon aîné)… Elle veut obliger ses adeptes à penser et ne propose, en conséquence son enseignement que voilé sous des allégories et des symboles… » (Id.)

Edmond GLOTON est tout aussi formel : « La F. M. est formée des éléments les plus disparates, tant au point de vue professions, confessions ou idéologies politiques ; les idées les plus contraires s’y affrontent, se confrontent, s’affirment, mais est-il possible de faire une synthèse de ces éléments disparates et de déterminer une moyenne ? Non, ce serait aller contre la Maçonnerie que de vouloir lui assigner une doctrine ; ce serait limiter son champ d’action. La F. M. ne mettant pas de limite à la recherche de la Vérité, ne peut avoir de doctrine. » (« Instr. Mac. du 1er degré », pages 96-97, 1934.

Le Dr Raymond CORBIN est plus affirmatif encore : « Nous avons vu que le symbole maçonnique n’est jamais, lui, figé dans une interprétation définitive et qu’il est au contraire toujours vivant, toujours nouveau et toujours rajeuni, renaissant peut-on dire, chaque fois qu’il est étudié et interprété par un nouvel initié. Il ne saurait donc être question entre la Maçonnerie et ses symboles des mêmes rapports que ceux que nous venons d’apercevoir entre les religions et leurs rites » (« Symboles initiatiques et mystères chrétiens », pages 111-112, 1929).

Et Edouard PLANTAGENET de conclure : « Nous l’avons dit, le maître maçon n’a pas plus à être un occultiste savant qu’un exégète subtil des mystères cosmogoniques. L’Initiation ne doit l’amener qu’à la pratique d’une vie supérieure, imprégnée de réel, de beauté, d’harmonie » (« Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu », page 41, Paris, 1931).

20 Cf. THORY : « Acta Latomorum », tome 2 ; cf. années 1818, 1819, 1821, 1822, 1836, où des exclusives, dénonciations, saisies eurent lieu en France et aux Pays-Bas. cf. l’intéressante étude parue en avril-mai 1935 dans le « Bulletin Mensuel des Ateliers Supérieurs du Suprême Conseil de France » — 8, rue Puteaux, Paris — numéros 4 et 5, sous la plume du F. Fernand CHAPUIS, sur l’histoire et les tribulations de la loge misraïmite de Besançon, en 1822. Il signale qu’en 1822, le rite avait en tout en France 73 ateliers de grades divers, notamment à Paris 7 loges et 15 Conseils.

21 cf. Rite Oriental de Misraïm ou d’Égypte — Fête d’ordre du 4 août 1889 — Paris — discours du F. Dr CHAILLOUX, Grand Secrétaire : « Mais vient l’instant où il lui est permis enfin de disposer de ses forces vives pour les mettre au service des idées de progrès ; cette institution est amenée par la force des choses à se transformer, à évoluer dans un sens progressif. Chez nous, la réorganisation a commencé par la refonte des rituels. Ces rituels ont été mis en harmonie, non seulement avec les principes maçonniques et démocratiques, mais avec les données scientifiques les plus modernes (pages 10-11). En supprimant complètement tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler le caractère si religieux de ce grade à son origine, la maçonnerie n’ayant et ne devant avoir rien de commun avec la religion… etc. (p. 12). Si on peut lire en notre Déclaration de principes imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable : l’existence de l’Être Suprême : l’immortalité de l’âme ; l’amour du prochain, on peut lire dans notre Constitution réformée : autonomie de la personne humaine, justice, altruisme (p. 13).

22 RAGON : Tuileur universel, page 307, 1856.

23 cf.   «Rituel de CAGLIOSTRO»,   pages 54,  55,   61,  62. L’enseignements de ce dernier est totalement étranger aux doctrines du Régime de Naples ; c’est celui inséré au 3e degré d’adoption de Cagliostro où il donne (cf. pages 140-142) les détails pratiques d’une opération, devant durer quarante jours et provoquer un rajeunissement complet de tous les organes physiques de l’adepte !   C’est là, évidemment, un symbole, que les gens crédules ont cru bon de prendre à la lettre : non seulement aucun d’eux n’a pu réussir cette cure « d’élixir de longue vie », mais Cagliostro lui-même a avoué un jour n’avoir jamais expérimenté ni réussi la méthode, dont il se faisait le propagandiste ! (cf.  Vie de Balsamo, page 206, 1791.)

SOURCE : https://www.esoblogs.net/6783/les-rites-dits-egyptiens-de-la-maconnerie/?fbclid=IwAR0zyeI2NQFYy93WHET9ZVLV4m1p6CnE1xFYS6caASneXQl6wDemCLoJgoc

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Qi Gong et Gestuelle Maçonnique 17 novembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Qi Gong et Gestuelle Maçonnique

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Rappel sur la gestuelle

Le mouvement du corps, c’est par définition le geste ; cela n’intéresse pas uniquement la main comme on pourrait le croire. On peut définir huit grandes fonctions dans les mouvements du corps ; ce sont :

Le déplacement,

La communication,

La prise de nourriture,

La sexualité,

Le combat pour la vie,

La préparation au repos,

Le ressenti,

Le soin.

Dans les sociétés modernes, le mouvement lié au combat pour la vie a changé de nature ; on parlera d’activité productrice et créatrice, de sport ou de jeu.

Dans ce préambule, évoquons trois sujets connexes en rapport avec la gestuelle : il s’agit du lien entre gestuelle et langage, de l’influence du transfert sur la gestuelle et de la gestuelle dans la symbolique de l’Egypte Antique :

A proprement parler le langage fait partie du mouvement mais on a pris l’habitude de distinguer langage et gestuelle pour en faire les deux composantes de la communication : il est classique de dire qu’une communication comporte 20 à 30 % d’éléments verbaux et 70 à 80% d’éléments gestuels non verbaux. Le geste spontané est plus riche de sens que le langage pour la simple raison qu’il est souvent plus authentique.

le transfert pourrait se définir comme la préoccupation inconsciente qui, chez chacun d’entre nous, fait un lien avec les premiers objets de notre investissement ; cela touche bien sûr notre petite enfance. Cette préoccupation inconsciente affecte notre comportement et donc notre gestuelle.

On peut examiner la gestuelle dans la symbolique de l’Egypte Antique en étudiant l’iconographie ; à titre d’exemple, chacun ici sait que pour les égyptiens les mains renvoient à un code binaire : actif pour la main droite ou réceptif pour la main gauche ; on verra donc des représentations de personnages avec deux mains droites ou deux mains gauches pour bien signifier de quelle polarité il s’agit. On pourrait aussi parler de l’attribut de la barbe qui permet d’en affubler une déesse sans choquer le moins du monde ; mais tout cela dépasse mon modeste travail.

Les gestuelles sont utilitaires, mais elles s’adressent aussi à la jouissance et bien sûr à la réflexion, la philosophie et la religion. Le sujet de ce soir renvoie à deux gestuelles imprégnées de pensée philosophique. J’ai pratiqué le Qi Gong et j’en garde un très bon souvenir ; la gestuelle maçonnique ne m’est pas inconnue : mais en travaillant ce sujet, je me suis étonné d’y découvrir des nouveautés que je n’imaginais pas ! Je vais essayer de vous les faire partager !

Le Qi-Gong

 

Le Qi gong est souvent présenté comme une simple gymnastique procurant souplesse articulaire et détente musculaire. En réalité, cette simplicité apparente cache la complexité de la relation entre le contenu symbolique du geste et la notion de Qi (aussi appelé Chi).

Le Qi (souvent traduit par énergie) est un concept issu de la connaissance intuitive des phénomènes naturels que possédaient les anciens sages de la Chine antique. Pour eux, le Qi est à l’origine du monde ; chaque élément de l’Univers résulte de ses mouvements et de ses modifications. Ainsi il est écrit :

«Tout être et toute chose résultent du Qi du Ciel et de la Terre. »

Le Qi fait partie des trois trésors (ou San Bao) avec le Jing assimilé au corps et le Shen qui se rapporte à l’esprit. En ce qui concerne le geste, le shen (l’esprit) donne un ordre (l’intention), le qi transforme celui-ci en « impulsion » et le jing (le corps) déclenche la manifestation physique de cet ordre.

Cette conception taoïste, qui date de plusieurs siècles avant Jésus-Christ, offre une lecture originale du fonctionnement de l’être vivant : la transformation de l’énergie vitale, la notion d’énergie saine et l’influence d’énergies perverses en expliquent les perturbations.

Le Qi Gong, par une gestuelle appropriée, permet à l’individu de conscientiser son immersion dans l’univers énergétique ; ce faisant il peut prendre une distance avec sa quotidienneté et rechercher une mise en harmonie avec l’Univers. De nos jours, le Qi Gong se pratique avec une grande variété de modalités selon le degré de connaissance des participants et des animateurs des séances.

Il existe même une utilisation simplifiée qui a facilité sa pratique dans tous les continents au-delà du berceau géographique d’origine. Sans exégèse, la voie choisie du geste, de la respiration et de la concentration suffit à produire ses effets.

Il arrive parfois que les européens qui découvrent le qi gong soient fixés sur le geste à accomplir tel que le professeur le leur montre ; pour eux, toute la séance consistera à tenter de reproduire le geste de manière si possible parfaite.

Tendre la main droite en plaçant la paume vers le haut peut être un geste à réaliser ; au premier degré, c’est un geste banal sans signification ; si je donne un contenu à ce geste, par exemple en le présentant comme une offrande et qu’en l’exécutant, je me concentre sur cette main, sur le sens que j’ai donné, en pratiquant une respiration ventrale, toutes les idées parasites négatives disparaissent, la main devient l’offrande !

L’intelligence du Qi Gong n’est pas de demander une perfection du geste mais de mettre dans le geste une perfection d’intention.

Par ailleurs, il se trouve qu’à la suite des travaux scientifiques effectués depuis les années 1980, nous savons aujourd’hui que cette intention, en réalisant une concentration mentale sur le contenu symbolique du geste, provoque une activité cérébrale spécifique avec une augmentation significative de l’activité alpha à l’électro-encéphalogramme. Cette activité cérébrale a plusieurs conséquences : elle procure, en particulier :

Une plus grande capacité de concentration,

Et une sensation de détente et de relâchement.

Comme la gestuelle du Qi Gong vise aussi à faciliter la circulation énergétique, on comprend mieux les gestes pratiqués en visualisant le trajet des méridiens et le sens de la circulation énergétique.

Rappelons que, selon la conception taoïste, l’énergie circule dans les 12 méridiens principaux de chaque hémicorps et dans les circuits spécialisés (les 8 méridiens dits curieux et les 12 méridiens dits distincts). L’énergie imprègne le méridien pendant une heure chinoise (qui correspond à deux heures classiques) ; la journée est ainsi découpée en 12 heures. Le passage de l’énergie dans un méridien se fait à toujours à la même heure chinoise.

Globalement, le Qi Gong, à travers des gestuelles adaptées, permet une meilleure concentration, une plus grande capacité d’adaptation et un bien-être ressenti. Il se rapporte essentiellement aux fonctions de communication, de combat pour la vie et de soin.

On peut s’interroger sur la fonction soin présente dans le Qi Gong : en fait, le taoïsme a la grande sagesse de modéliser la fragilité du fonctionnement de l’être humain ! Cette fragilité est une réalité scientifique, mais nous n’en avons pas toujours conscience !

Fragilité physique mais aussi psychologique et mentale qui explique combien la folie humaine est une compagne qui n’hésite pas à venir influencer nos pensées … à l’insu de notre plein gré pour reprendre une célèbre expression !

Par cette fonction dans le soin, le Qi Gong nous aide à prendre conscience de notre dysfonctionnement énergétique, à y remédier et nous aide à nous protéger.

Un mot sur une gestuelle particulière qui, à mon humble avis pourrait symboliser la réussite d’une séance de Qi Gong quand on y arrive : il s’agit du sourire intérieur. Lorsque l’harmonie est rétablie, « le sourire intérieur» resplendit.

La gestuelle maçonnique

On étudiera successivement :

La gestuelle maçonnique intégrée dans les rituels,

Et celle qui est pratiquée par les francs-maçons en dehors des rituels,

 

A – La gestuelle maçonnique intégrée dans les rituels

Dans la franc-maçonnerie opérative des tailleurs de pierre, au XVème siècle, si les gestes sont nombreux, deux gestes rituels semblent essentiels :

le geste de reconnaissance propre à chaque corporation ;

Et le serment en rapport avec la sauvegarde du secret du Maître ; on sait maintenant la nature de ce secret qui lui était vital.

Dans les premières réunions de la franc-maçonnerie spéculative, au XVIIème siècle, les gestes rituels restent les gestes de reconnaissance et le serment ; ensuite, progressivement on verra s’ajouter (en particulier sous influence française) une prolifération de compositions. Ces ajouts dénotent souvent la volonté d’influencer la démarche maçonnique en y intégrant des gestuelles empruntées à d’autres courants de pensée ou à des modes.

Aujourd’hui, la gestuelle maçonnique du premier degré se subdivise en une trentaine de gestuelles spécifiques. Certains gestes sont destinés à produire un son : comme par exemple, le coup de maillet, le claquement des mains, les tapes sur l’épaule ou la pose des canons ; ils avaient des significations précises mais on continue à les pratiquer.

Mis à part, l’allongement du dernier apprenti, l’agenouillement du récipiendaire pendant la consécration et la demande de parole, la gestuelle maçonnique est principalement pratiquée en position debout.

Il n’est pas possible de détailler le contenu symbolique de tous les gestes pratiqués pendant les rituels. Il y aurait tant à dire. Limitons-nous au signe d’ordre et à des observations sur d’autres gestes.

1 / La gestuelle du signe d’ordre

En Angleterre : on l’appelle SIGN OF AN ENTERED APPRENTICE ( que l’on pourrait traduire par le signe du nouvel apprenti) ! Je cite une traduction des instructions : «Il se fait, en étant debout les deux pieds en équerre, le bras droit horizontal replié, paume de la main tournée vers le sol, pouce à l’équerre contre le cou.»

Il est classique de lire dans les manuels que ce signe d’ordre signifie : je cite :

« Je contrôle et j’apaise mes instincts, j’apprends à modérer mes paroles, à maîtriser mes passions… »

« La main droite, placée en équerre sur la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile susceptible de compromettre la lucidité de l’esprit. L’Ordre de l’Apprenti signifie qu’il cherche à être en possession de lui-même et qu’il s’attache à juger avec impartialité.»

A vrai dire, ces interprétations n’ont aucune référence biblique ou historique ; ce sont de libres propos dus à des auteurs comme Boucher et Wirth ; ils sont d’ailleurs fréquemment repris dans le cadre des instructions des apprentis.

Ce signe du nouvel apprenti ou signe d’ordre est historique pour deux raisons essentielles :

Il était pratiqué par les membres des loges compagnonniques bien avant la création de la grande loge de Londres en 1717. Il prouve ainsi notre filiation compagnonnique.

il constitue le geste rituel commun à toute la fraternité maçonnique de tous les pays et de tous les continents !

Dans les anciens rituels compagnonniques, son existence est consubstantielle de celle du signe pénal ; l’important c’était d’abord le serment de garder secret de ce que l’on pourrait savoir ; ensuite, le signe pénal était une confirmation du serment par un engagement sacrificiel ; au final, le signe d’ordre se comprend comme un passage obligé dans la compréhension du signe pénal.

Cependant, l’absence dans les rituels d’explication quant à la signification du signe d’ordre en lui-même, m’a interpellé. Après avoir beaucoup cherché, et n’ayant rien trouvé dans les ouvrages de maçonnologie, c’est en analysant les termes hébreux utilisés dans la Bible que j’en suis venu à élaborer une explication dont je voudrais vous parler.

Cette interprétation est fondée sur l’importance du symbolisme de la gorge dans la bible ; on en déduit que le sacré impacte le corps humain dans cette zone corporelle : la gorge est non seulement le passage du souffle, c’est-à-dire l’esprit, mais aussi ce qui pénètre dans le corps que cela soit l’air ou la nourriture !

La bible en hébreu fait référence à la gorge de différentes manières ; l’utilisation du mot Nèphésh mérite toute notre attention. Une étude répertorie 754 références à Nèphésh dans l’ancien testament. Le plus souvent, Nèphésh est traduit par esprit, âme ou élan vital. Mais en hébreu le sens est beaucoup plus large ; Daniel Lys dans son ouvrage « Nèphésh, Histoire de l’âme dans la révélation d’Israël au sein des religions proche-orientales » paru en 1959 aux PUF, nous met sur la piste quand il relève que, dans plusieurs passages, Nèphésh doit se comprendre comme signifiant la gorge. Nèphésh désigne la gorge mais également le pouce !

Mettre la main à la gorge c’est approcher la main du souffle vital et on pourrait ajouter, c’est donner à la main ce souffle vital ; cette transmission se fait par l’intermédiaire du pouce placé sur la gorge : le même mot se retrouve dans les trois éléments : l’esprit, la gorge en qualité de contenant et le pouce !

Mettre la main à la gorge en prenant appui sur le pouce c’est transmettre à la main une part de sacré qui nous vient du souffle !

Quoi de plus logique quand on sait que cette main va transformer la pierre brute pour en faire une pierre taillée constituante du temple de Salomon ; et cette main, c’est la nôtre à nous francs-maçons, nous qui avons ce génie dans nos gènes !

Cette symbolique du signe d’ordre se prolonge dans la symbolique du premier travail du nouvel apprenti qui prend possession du maillet et du ciseau pour tailler la pierre brute : si on a conscience du sens de ces deux gestes, ne pourrait-on pas affirmer qu’avec eux tout est dit ?

A partir d’une inspiration divine, nos initiateurs nous orientent vers une dynamique de construction, construction qui chez les opératifs était religieuse et militaire, et qui, dans la loge maçonnique, devient une construction sociale fondée sur la solidarité imprégnée de spiritualité.

Le signe du nouvel apprenti, que nous appelons signe d’ordre, avec le pouce sur la gorge, est un geste fondamental et riche de sens : c’est un signe qui nous identifie ! C’est un signe qui met en œuvre une intention et une réalisation !

2 / De quelques observations personnelles :

Comme chacun peut s’en rendre compte, la gestuelle pratiquée en loge est très diverse et pas toujours spécifiquement maçonnique ; pour illustrer cette remarque voici deux exemples (sachant qu’il vous sera facile d’en trouver d’autres) :

1ère situation : si pendant la lecture d’une planche, je regarde mon ipad ou mon smartphone pour surveiller l’arrivée d’un post ou d’un mail, ma gestuelle fait douter de l’intérêt que je porte au suivi des travaux ;

2ème exemple : En imposant certains éléments de leurs gestuelles dans les rituels, des idéologies ont voulu nous annexer ! A titre d’exemples citons les symboliques napoléonienne, aristocratique ou templière pour ne citer que les déviations les plus criantes et malheureusement toujours actuelles.

Mais parlons de quatre sujets qui permettent de faire allusion à d’autres apports de la gestuelle.

a / à propos des quatre épreuves de l’initiation :

Dans l’initiation, comme pour d’autres phases du rituel, on peut confronter la verbalisation du rituel et la gestuelle ; lors des quatre épreuves de la terre, de l’eau, de l’air et du feu, le rituel évoque une purification ; or ces quatre éléments par leur contenu symbolique biblique renvoient directement à l’initiation chrétienne : à partir de la terre, le profane est mis en contact avec Jésus-Christ (par le symbolisme de l’eau), puis avec l’esprit sain (par le symbolisme du souffle c’est-à-dire l’air) et enfin avec Dieu (par le symbolisme du feu et de l’épée flamboyante dont vous savez que dans la Bible elle est, par l’intermédiaire des chérubins, un élément du geste divin) ; tout se passe comme si la gestuelle complétait la verbalisation du rituel en ajoutant un sens caché.

b / à propos de la gestuelle en rapport avec la fraternité :

Si la fraternité est un élément de langage maçonnique, la gestuelle porteuse de fraternité apparaît un peu figée et réduite : seule la chaîne d’union fait exception.

Dès lors, comment expliquer que les rituels aient aussi peu de gestes pratiqués avec une réelle intention d’amour fraternel ?

En vérité, la fraternité ne doit pas être confondue avec l’amour fraternel ; aujourd’hui lorsqu’on évoque la fraternité on introduit un contenu affectif ; il ne me semble pas que c’était le cas au XVIIème siècle ; à cette époque la fraternité est un concept essentiel de partage de l’objet commun à tous les frères, c’est-à-dire l’amour de Dieu. Quand la bible évoque l’amour, on met d’abord en avant l’amour pour Dieu.

c / à propos de la gestuelle du signe pénal

Evoquer le signe pénal permet de rappeler qu’il rentre dans le cadre d’une gestuelle particulière rencontrée dans les rituels maçonniques : la gestuelle des châtiments rituels.

Dans l’ouvrage Masonry Dissected de Samuel Prichard, paru en 1730, il est écrit : je cite la traduction :

- « Sachant que j’aurais ma gorge tranchée, ma langue arrachée et mon corps enterré dans les sables grossiers de la côte à marée basse, chahuté par le flux et le reflux journalier des vagues, pourrai- je violer sciemment mon obligation d’Apprenti ? « 

Sans pouvoir développer ce chapitre, on peut relever que dans le rituel, la menace d’avoir la gorge coupée, affirme l’assurance d’une mort horrible spirituellement car elle sera sans sépulture !

Faire le signe pénal, c’est aussi renouveler l’engagement à respecter le serment, cette obligation du secret dont on sait qu’il est lui d’origine compagnonnique et non biblique !

Signalons aussi que le geste pénal n’est pas spécifiquement maçonnique ; on le retrouve dans le monde profane soit avec la main soit plus souvent avec l’index ou le pouce : il signifie la menace de meurtre par égorgement généralement pour se venger ou par volonté de faire peur en particulier à celles et ceux qui ne respecteraient pas la loi du silence !

d / à propos de la colonne d’harmonie

La colonne d’harmonie, héritière du Shofar, est une gestuelle très particulière ; elle ne prend tout son sens que si elle est prévue par le rituel et produite en loge par les membres de l’atelier.

Il serait sûrement intéressant de conceptualiser l’utilisation contemporaine de l’apport du son dans le rituel pour ne pas le réduire à ce qu’il a tendance à devenir aujourd’hui, c’est-à-dire un divertissement !

 

B – La gestuelle maçonnique pratiquée en dehors des rituels.

En dehors du rituel, on parle de gestuelle maçonnique parce qu’il s’agit de gestes pratiqués par des francs-maçonnes ou des francs-maçons ; elle est très intéressante à observer et à analyser ; on y découvre en particulier nos secrets ; comme précédemment on pourra distinguer :

une gestuelle ritualisée utilisée par un ou plusieurs groupes de francs-maçons ;

et une gestuelle spontanée propre à chacun – chacune d’entre nous.

Ces gestes, plus ou moins discrets, sont très variables selon les pays, les orients et les loges ; je pense en particulier :

aux attouchements des doigts et des mains selon le degré des interlocuteurs,

à la triple accolade

à la triple tape de l’épaule droite

au sourire

au signe d’ordre,

à l’utilisation d’accessoires vestimentaires.

Bien d’autres gestes existent aussi.

Cette gestuelle maçonnique a essentiellement une fonction de reconnaissance ; mais la tape sur l’épaule est aussi un encouragement et un témoignage de sympathie. Il est d’ailleurs classique de voir une modulation des triples tapes selon l’humeur et le lien existant entre les frères et les sœurs qui se saluent.

Dans ce chapitre, un mot sur le sourire ! Gestuelle non prévue dans le rituel, omniprésente en loge et en dehors de la loge.

Physiologiquement le sourire correspond à l’activité musculaire des 13 muscles faciaux qui affectent les lèvres, les paupières, le nez, les sourcils, les oreilles et les muscles peauciers proprement dits ; cette musculature est principalement sous l’influence du nerf facial. Chez l’adulte, la mise en œuvre du sourire est sous la dépendance d’une action volontaire ; par l’apprentissage social le sourire fait aussi partie du comportement communautaire.

En loge, on sourit souvent ; la plupart du temps, ce sont des sourires de façade, réflexes, habituels dans la sphère commerciale ou politique ; mais il arrive aussi qu’il s’agisse d’un vrai sourire affectueux témoignant d’une réelle fraternité.

Schématiquement on parlera de sourires sincères ou de sourires composés ; on pourrait les distinguer car en réalité ils ne mettent pas en jeu la même musculature mais cela suppose un regard spécialisé.

 

Conclusion

Redécouvrir le contenu symbolique du geste a renforcé mon adhésion à un rituel renouvelé : telle est la première conclusion que je tire de ce travail.

On retrouve dans le Qi Gong et la gestuelle maçonnique quatre points communs :

Leurs gestes sont chargés de sens,

On retrouve, de la part des initiateurs, l’inspiration spiritualiste,

Ces deux gestuelles nous viennent du passé mais conservent une actualité contemporaine,

Ces deux gestuelles bénéficient aujourd’hui d’une approche renouvelée avec la liberté de conscience.

Et aussi des différences ; je me limiterai à deux :

Le Qi Gong a une fonction de soin qui n’existe pas dans la gestuelle maçonnique ;

La gestuelle maçonnique est très diversifiée et impose différentes grilles de lecture.

Evoquer la fonction de soin du Qi Gong renvoie au débat récurrent sur la capacité ou non pour l’engagement maçonnique de transformer un individu. Ne pourrait-on pas imaginer que le volontarisme judéo-chrétien de la démarche maçonnique bénéficie de l’apport de la profonde humilité taoïste ? Cet apport pourrait peut-être permettre de favoriser la transformation bénéfique des nouveaux et anciens initiés !

Quoi qu’il en soit, j’ai pris un grand intérêt à ce travail ; bien sûr, dans la vie courante, nous savons que la plupart de nos gestes sont exécutés de façon machinale et nous n’y attachons que peu d’importance ; mais en loge, à l’image de ce qui se fait au Qi Gong, la gestuelle ne mériterait-elle pas d’être réalisée en « pleine conscience » pour reprendre une expression d’origine boudhique ?

Personnellement, je rêve d’une gestuelle maçonnique débarrassée de ce que j’appellerai des anachronismes :

Le port de l’épée ;

Le salut romain qui est devenu un symbole nazi ; son remplacement par le signe de fidélité serait plus conforme à notre symbolique ;

Le déplacement dans le temple avec son allure martiale à connotation militariste pourrait évoluer vers une déambulation plus intimiste et plus fraternelle retrouvant le sens premier du cercle et de l’orientation ;

les attitudes théâtrales, peu crédibles ici.

Par ailleurs, si une démarche de vérité et d’authenticité était recherchée dans le consensus, la loge pourrait collectivement ré investir deux positions corporelles:

D’une part la position d’écoute : le regard tourné vers le pavé mosaïque, les mains sur les genoux, en effectuant une respiration ventrale et en se concentrant sur les paroles entendues sans se laisser aller à une réactivité spontanée.

D’autre part, la position à l’ordre : la pratiquer en se concentrant sur cette relation entre l’esprit, la gorge, le pouce et la main droite devrait renforcer son contenu.

J’ai dit

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source : https://www.idealmaconnique.com/?fbclid=IwAR1EUCwB2egdU6DjOAzQSgbUbgsnoG3Ln41tBBd6dlS38s3-4867B2y_WrU

Qi Gong et Gestuelle Maçonnique dans Recherches & Reflexions

COLUCHE AU GRAND ORIENT DE FRANCE 1 janvier, 2017

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COLUCHE AU GRAND ORIENT DE FRANCE

4 MOIS AVANT SA MORT,
7 MOIS AVANT SON NOUVEAU SPECTACLE

Extraits de la conférence de Coluche le 27 février 1986 à la loge « Locarno 72 » au siège du Grand Orient de France.

« Le responsable de la Loge, M. Louis Dalmas : Coluche, je vous demande quelques minutes de patience, pour me donner le temps d’abord de vous remercier d’avoir accepté notre invitation et de nous honorer de votre présence, pour me permettre ensuite d’établir le contact avec les amis qui vont vous écouter.
Vous le savez, l’appartenance à la Maçonnerie, l’entrée dans un temple, dépouillent nos sœurs et frères de leurs ornements extérieurs, et ce n’est pas votre gloire qui m’intéresse, ni qui nous a poussé à vous inviter. C’est autre chose. Ce que je pourrais appeler la façon dont vous avez conquis cette gloire. Au moyen de trois ressorts qui éveillent en beaucoup d’entre nous des résonances fraternelles : trois ressorts qui sont la provocation, la satire et la générosité.

La provocation, qui paraît à chaque détour de vos interventions publiques, dans la verve rabelaisienne de votre langage, et qui est la face percutante de l’indépendance. Vous êtes un homme indépendant, Coluche, et l’indépendance renvoie à une idée qui nous est chère : celle de la liberté.
La satire, qui vous fait rire de tout et de tous, sans respect des conformismes ni crainte des autorités, et qui prouve que vous ne vous sentez inférieur à personne. Votre ironie n’épargne aucune origine, aucune conviction, et cette salubre insolence s’inspire d’une autre notion qui nous tient à cœur : celle de l’égalité.
La générosité enfin, qui vous a fait lancer une retentissante campagne contre le malheur et la pauvreté, et mettre votre impact sur les foules au service d’une grande opération de charité, et d’un projet de loi qui doit en assurer le prolongement. Vous êtes un homme de cœur, et cette attention portée au sort des autres rejoint un sentiment que nous partageons tous profondément : celui de la fraternité.

Liberté, égalité, fraternité. Ces synonymes ne sont pas des jeux de mots. Je crois retrouver leur écho, traduits à votre manière, dans chaque expression de votre talent. Vous honorez ces mots comme nous. Ils sont la vieille devise républicaine, ils sont aussi la devise de la Maçonnerie, et ils descendent tout à coup du fronton des édifices, pour prendre force et chaleur lorsque, comme vous, on les fait entrer dans la réalité. Vous voyez que nous avons des raisons de nous sentir proches, et le plus grand intérêt à vous écouter.

Un mot encore, avant de vous donner la parole. Ne soyez pas surpris si personne ne vous applaudit. Nos obligations intérieures nous interdisent, pour respecter la sérénité de notre débat, de manifester nos sentiments. C’est une règle de discipline, mais pas une marque d’indifférence. Soyez assuré qu’en dépit de notre silence, vous êtes accueilli parmi nous avec un maximum de chaleur, de considération et de sympathie.

Coluche : Eh bien, si on n’a pas le droit d’applaudir, je me sens assez loin de chez moi… J’ai reçu votre invitation avec plaisir, et j’ai vu « une tenue blanche mixte fermée ». Je me suis dit, merde, comment il faut s’habiller pour aller là. Alors j’ai bien pensé à plusieurs trucs, et finalement je me suis fait expliquer, et ça a été plus simple. Alors voilà, le titre donc de la réunion, c’est « un nouveau pouvoir », avec un point d’interrogation. Qu’est-ce que c’est qu’un nouveau pouvoir ? Si vous voulez, ça dépend du nombre de gens influents sur les choses de la société, que ce soit les mœurs ou la politique. Si beaucoup de gens décident que c’est un nouveau pouvoir, eh bien, c’en est un. C’est marrant que vous posiez cette question, parce que vous, vous êtes un nouveau pouvoir qui finalement, est secret, alors qu’on aurait bien besoin d’un pouvoir qui ne le serait pas. Qu’est-ce que j’ai fait avec les Restaurants du cœur ? Eh bien, d’abord, il faut dire que j’ai utilisé les médias sans leur dire au départ. J’étais sur Europe I, j’avais une émission populaire qui me permettait de lancer une idée, et j’ai lancé cette idée. Après ça, quand j’en ai parlé pendant deux mois à peu près, je suis allé voir les dirigeants d’Europe I, et je leur ai dit, maintenant ça va pas être facile de faire marche arrière, parce qu’on reçoit un courrier énorme, et ils ont dit bon, d’accord, on va faire une journée. Après ça, j’ai commencé à dire qu’il n’y avait qu’à taper dans les excédents de production, parce que ça nous permettrait d’avoir de la nourriture pas chère, et donc de nourrir tout le monde. Après je suis allé au ministère de l’agriculture, et je leur ai dit voilà ce que j’ai fait, alors maintenant il faudrait … […] La notion que je tirerais de cette affaire-là, c’est que pour réussir, il a fallu baiser tout le monde… ça c’est vrai ! Y’a pas un mec qui m’a dit, moi je veux bien… Y’a des mecs à qui j’ai dit voilà, maintenant on va le faire parce vous voyez… Là, ils ont accepté. J’avais fait l’opération d’Europe I, avant que l’agriculture soit forcée d’accepter l’ouverture des produits européens… Je les ai abusés partout, quoi ! Alors je disais qu’il n’y a que ma profession qui peut faire ça, dans l’état actuel des forces ? Si c’est un parti politique qui a l’idée, les autres le suivront pas, donc la moitié des médias se ferme d’un côté, si c’est un journal qui a cette idée, les autres le suivront pas, si c’est une chaîne de télé, les autres le suivront pas, parce que ce serait faire faire une publicité trop belle à quelqu’un. Donc il n’y a vraiment que dans le show-business où on peut trouver des frères et des sœurs… enfin nous on appelle ça des potes, de toutes les couleurs… C’est vraiment dans le show-business qu’on peut trouver des gens qui sont engagés à droite ou à gauche, et qui s’en foutent. […] Il y a quelque chose de désagréable, c’est que ce qui a peut-être plu aux gens un peu plus que dans les autres affaires, c’est qu’ils sont sûrs que l’argent ne sort pas d’ici, qu’on va s’en servir. Alors que quand on l’envoie en Afrique, ils ont peur que ça n’aille pas aux africains. Il y a un côté « comme c’est en France, c’est mieux ». Ça, c’est un peu emmerdant. Mais enfin bon, on ne peut pas se plaindre non plus. Et puis ils ont bien marché, je crois surtout, parce qu’ils savent que nous on ne va pas détourner l’argent. Ça c’est vachement important. On est donc arrivés d’abord par la force de cette radio, j’avais la chance d’y faire une émission qui était vachement écoutée, ça m’a beaucoup aidé, alors je vais vous dire où on en est maintenant. On a réuni à peu près 45 millions de francs en dons, en espèces. Je ne peux pas évaluer les dons en nature qu’on a recueillis. Je peux vous dire que la première semaine de distribution a été faite sur les dons en nature, et que pendant les trois mois d’hiver, on va dépasser sept millions de repas, qui nous coûtent 4, 98 francs rendus sur place, par personne. Avec le transport. Tout. Rendu sur place, ça nous coûte pas 5 francs. […] Alors, voilà, peut-être qu’il s’agit d’un nouveau pouvoir… Moi euh… Je ne suis pas un mec de discours, donc je vais m’arrêter là, je vais vous laisser poser vos questions. C’est bien de parler d’un nouveau pouvoir, et de se poser la question, mais vous vous en êtes un. Une société aussi influente et secrète que la vôtre, ça me fait penser un peu à ce banquier suisse qui pour les Restaurants du cœur, a envoyé un chèque sans le signer en me disant qu’il voulait rester anonyme. Voyez. Voilà.

Louis Dalmas : J’ai deux questions à vous poser avant d’ouvrir le débat. La première. Vous avez parlé du pouvoir du show-business. Mais ce pouvoir repose essentiellement sur le contact avec le public. Est-ce qu’il n’est pas empreint d’une certaine fragilité dans la mesure où le pouvoir politique a toujours les moyens de couper ce contact ? S’il y a une censure des médias, par exemple, si on vous empêche de parler, si on vous empêche de profiter des émissions, que devient ce pouvoir ?

Coluche : Pour vous donner une idée. Il y a en ce moment dans toute la Belgique 39 restaurants du Cœur. En France il y en a 600. A Bruxelles, il y en a 17, à Paris, il y en a 4. Et sur ces 4, il y en un qui nous est donné par l’archevêché, à l’église de Saint-Merri. Donc effectivement, il y a des forces qui pourraient s’allier pour détruire une affaire comme ça. Et il faut que je vous dise aussi. Je ne suis pas le premier à avoir eu cette idée. Je suis le septième. La première loi qu’on a envoyée, elle date de 1956… Six autres personnes, donc qui sont députés, l’un de la Creuse l’autre de je ne sais pas où (je ne sais pas non plus où est la Creuse), ces types-là ont envoyé une loi qui disait exactement la même chose que moi, c’est-à-dire qui constatait le fait que les plus généreux sont les moins riches, et qu’il fallait donc faire une loi qui soit incitative pour les plus riches à donner aux associations. C’est ce que j’ai fait faire, et c’est la septième fois qu’on propose ça. Ça veut dire que six fois on a enterré le député de la Creuse. Moi je pense que je vais être plus difficile à enterrer que le député de la Creuse. Parce que j’ai pas l’intention d’arrêter ma carrière en même temps que les Restaurants du Cœur, et ils n’ont pas fini de m’entendre. […] De toute manière, il y a un truc qui est sûr, c’est que j’ai trouvé un créneau, et tant que je parlerai au public, je leur parlerai de ça. Je leur parlerai de la possibilité qu’ils ont de débarrasser le pouvoir de ce qu’il ne fait pas, ou de ce qu’il fait mal. Ça, c’est mon intention.
Pour 1988, j’ai aussi une idée sur le chômage qu’ils vont avoir du mal à ne pas accepter. Si il y a un truc qui n’est pas populaire en France, c’est bien le chômage. Pour les Restos du Cœur, mon idée n’est pas mirobolante, puisque je suis le septième à l’avoir eue. Seulement, la manière dont on utilise justement ce pouvoir en question, c’est ça qui est payant. Je m’engage par exemple, tous les ans au moment où les gens doivent décider de leurs impôts, à faire une journée… Une représentation télévisée avec plein d’artistes en disant aux gens : je vous rappelle que c’est maintenant que vous avez le choix de ne pas laisser l’Etat décider du sort des pauvres, puisqu’il le fait mal.

Question de l’assistance : Coluche, de tous temps, les auteurs dramatiques et les comédiens ont fustigé les travers de leurs contemporains. L’un des plus illustres fut, comme vous le savez, Molière, qui a eu la plume et l’expression mordante face à la cupidité, l’avarice, les faux-semblants, les faux-dévots. Alors, il me semble, Coluche, que vous êtes dans la tradition de Jean-Baptiste Poquelin… Ça vous fait plaisir ?

Coluche : Oui, mais en même temps, ça m’inquiète, parce que je me dis que si lui n’a pas réussi avec le talent qu’il avait, c’est pas moi qui vais y arriver.

Question : Or, vous n’avez pas jugé cela suffisant, et vous faites œuvre charitable, face à l’ineptie de nos sociétés qui ont beaucoup de surplus, alors que des millions de gens restent affamés. Alors j’ai une question à vous poser : par votre métier de comédien, par votre action humanitaire, qu’estimez-vous apporter aux gens qui vous voient et qui vous écoutent ?

Coluche : Je voudrais rectifier simplement le mot que vous avez dit de « charité ». Il ne s’agit pas du tout de charité, il s’agit de redistribution. Il s’agit en fait de politique. Je me suis présenté en 1981 pour rien, maintenant je ne me présenterai plus, mais je vous gênerai toujours un petit peu. Sur des détails, des choses, et surtout je veux faire participer le maximum de gens. Peut-être qu’à ce petit jeu-là je vais me casser les reins, mais je m’en fous, tout le monde a le droit de s’amuser. Moi, c’est mon jeu. Qu’est-ce que j’ai l’impression de leur apporter, c’est ça la question ? Il est évident que dans le spectacle, on est des parasites, parce qu’on ne produit rien. Par contre, il est indéniable qu’on apporte des tas de chose à des tas de gens. La profession… si vous prenez des artistes de sensibilité différente, eh bien, il y en a un qui plaît aux personnes âgées, un aux enfants de huit à douze ans, un aux adolescents… L’ensemble de l’affaire comble tout le monde. C’est ça, notre profession. C’est une vocation, on aime distraire.

Question : Coluche, pensez-vous que ce soit une bonne chose que les artistes s’engagent politiquement ?

Coluche : Les artistes, ou les nègres hein ? Je ne suis pas raciste. Alors, ça, les artistes, les nègres, les pédés, les blancs, les jeunes, les vieux, les femmes, tous ceux qui veulent peuvent s’engager. Y’a aucun problème. Pourquoi les artistes, on est différents ? Je ne sais pas quoi vous dire. Pourquoi pas ?

Question : Coluche, j’ai eu l’occasion de rencontrer des comédiens, des metteurs en scène, des compositeurs de musique comme Francis Lai, et des metteurs en scène comme Robert Hossein et d’autres, et leurs motivations étaient très différentes. C’est pourquoi je me permets de vous demander : qu’est-ce qui vous motive en fait vous -même ? Est-ce que c’est l’argent, la notoriété ou tout simplement le plaisir, sous toutes ses formes ?

Coluche : Bonne question, comme disait le politique, je vous remercie de me l’avoir posée… Qu’est-ce qui me motive ? Je ne sais pas. C’est l’occasion, je crois. Je n’avais pas d’intention au départ. J’ai fait comédien, parce que je ne voulais plus être ouvrier. Alors j’ai commencé à chanter avec une guitare dans les restaurants. Et puis j’ai rencontré des mecs qui ont fait un café-théâtre, le café-théâtre a marché, et je suis un miraculé du spectacle, au sens où j’ai jamais connu de salles vides… J’étais dans une première affaire, qui s’appelait le Café de la Gare, qui a tout de suite marché, puis après ça, j’ai joué tout seul, ça a tout de suite marché. Donc j’avais pas d’intention au départ. Je ne me suis pas dit : j’ai une culture donnée, à quoi est-ce que je vais utiliser ce talent. Non. J’ai découvert un talent au fur et à mesure que j’apprenais un métier, et je me suis retrouvé dans une situation… Je me suis présenté en 1981 aux élections, pour ne pas être élu, parce qu’il ne faut quand même pas me soupçonner d’avoir voulu être élu, ça me fâcherait, ça me vexerait disons… Je me dis que … Le public étant totalement désintéressé de la politique, comme moi j’aime la politique, je trouve un moyen d’intéresser le public à la politique. Voilà. Alors vous posez la question comme si j’avais pu calculer l’affaire, en fait… Je vais vous répondre, pour l’argent, que quand j’ai gagné une certaine somme que je ne veux pas dépasser à cause des impôts, je m’arrête, en général, dans l’année… La gloire m’intéresse parce que c’est ma vocation, et enfin, les comédiens veulent être le plus connu du plus grand nombre… En dehors de ça, je dirai que ce qui m’anime le plus, c’est l’efficacité du résultat. C’est vraiment ça qui me fait le plus marrer, qui me fait le plus plaisir. J’y passe beaucoup d’heures, aux Restaurants du Cœur, mais c’est d’une efficacité ! Qui a de quoi réjouir !

Question : Vous avez démontré -en fait on le sait- que les médias aujourd’hui, journaux, télévisions en particulier, radio, ont un impact considérable. Le problème que je me pose de temps en temps, c’est les gens qui en sont responsables, c’est à dire pas spécialement les artistes, les journalistes en particulier, sont-ils parfois assez formés pour savoir ce qu’ils disent, et ne risquent-ils pas d’avoir dans les mains un instrument beaucoup trop puissant, qui risque d’orienter le public vers des voies … peu importe, qui sont fausses, mauvaises, vers d’autres …

Coluche : […] D’ailleurs, c’est vraiment un problème aujourd’hui, les orateurs, le langage des hommes politiques, qui se reprochent les uns et les autres la crise, alors qu’on sait qu’elle n’est pas française. C’est ça aussi qui fait chier, on a envie de les entendre s’entendre, plutôt que s’engueuler ! Quant aux journalistes qui pourraient détourner la conversation et dire quelque chose, je vais vous dire la différence fondamentale qu’il y a entre notre profession… Et je ne suis pas corporatiste, hein, contrairement à ce qu’on pourrait croire, mais en tout cas, il y a un truc qui est certain, c’est que nous on fait une profession de générosité alors que les journalistes font une profession qui est très proche de la méchanceté. Ils voudraient souvent sanctionner, avec leurs questions contenant des fois la réponse, ils cherchent un petit peu à être agressifs. Or, si la méchanceté suffisait pour faire fortune, il y a beaucoup de journalistes qui seraient célèbres. Malheureusement, ça n’a jamais suffi à personne, il faut quand même du talent. Et n’oublions pas que le pouvoir qui est échu aux journalistes aujourd’hui à travers le fait que les hommes politiques ont perdu les pédales, ce pouvoir, il appartient à quatre-vingts pour cent à des gens qui, il y a encore cinq ans, étaient des lèche-bottes. C’était des mecs qui faisaient les pompes des hommes politiques il y a cinq ans. Ou il y a dix ans. Qui ont aujourd’hui hérité de ce nouveau pouvoir à cause de la faiblesse du discours politique.[…]

Question : Coluche, deux questions. Une qui rejoint celle qu’on vient d’entendre, mais peut-être d’une autre façon : on parlait tout à l’heure de précarité de votre pouvoir, et on parlait de votre action « chômage » que vous étiez prêt à mener avant 1998. Si c’est précaire, pourquoi ne pas mettre ça en action tout de suite ? Ça, c’est la première question.

Coluche : Faire deux choses à la fois, c’est pas bien. Dans notre métier, on a un truc qui est sûr, c’est que les effets s’annulent. Donc quand on en fait un, il faut pas chercher à en faire deux. Il y a une modestie à notre profession qui est intérieure, si vous voulez, si on veut cumuler deux effets qu’on a trouvés, ça ne marche pas.[…]

Question : Michel, je me permets de t’appeler fraternellement ainsi, je te remercie parce que tu as des propos extrêmement percutants. Mais je voudrais te poser deux questions, en me servant d’un proverbe de Mao, qui dit ceci : quand votre voisin de palier se présente à votre porte, pour vous demander un morceau de poisson, vous lui donnez. Le lendemain, s’il se présente, est-ce qu’il ne serait pas possible de le prendre par la main pour aller lui apprendre à pêcher le poisson ?

Coluche : Je peux répondre à celle-là ? Mao Tsé-Toung, il a un gros inconvénient sur moi, c’est qu’il est mort. J’ai du respect pour certaines choses, et quand il a dit ça, c’était sûrement vrai. Mais aujourd’hui, on ne donne pas du poisson à quelqu’un qui sait pas pêcher, on donne du poisson à quelqu’un qui sait pêcher, mais qui n’a pas de lieu de pêche. Ce qui est tout à fait différent. Parce que quand j’ai dit qu’il ne s’agit pas de charité mais de redistribution, il s’agit d’excédents européens, qui sont bloqués pour des raisons économiques et capitalistes, puisqu’on est dans un système capitaliste, sur ce plan-là du moins. Ils sont bloqués de manière à ne pas être écoulés à des prix inférieurs au marché, parce qu’il y en a, des quantités excédentaires. Donc cet excédent, il appartient à la société, même si vous n’êtes pas agriculteur, il vous appartient à vous tous. Et c’est normal que ceux à qui la société n’a pas trouvé un travail, le bouffent. C’est un minimum. Il s’agit bien de redistribution, et pas de charité. Mao Tsé-Toung, il avait sûrement raison, à son époque, mais aujourd’hui, ça n’a rien à voir.

Question : Je voulais dire, en tant qu’originaire d’un pays en voie de développement, crois-tu qu’en donnant à manger aux chômeurs, ça va les inciter vraiment à travailler ?

Coluche : ça, c’est une bonne question aussi. Le parti socialiste par exemple, il a dans son projet le minimum social. Alors je peux te dire que le minimum social, c’est à dire donner un minimum d’argent à tous ceux qui ne travaillent pas, c’est vraiment ouvrir la porte à l’Italie. Moi, je suis ravi, mais je trouve ça d’une connerie politicienne extraordinaire. Les politiciens à mes yeux ont un défaut majeur, c’est que dans les écoles où ils vont, ils apprennent tout, mais ils ne savent rien d’autre. Parce que le minimum social, les mecs vont évidemment continuer à travailler un peu au noir, la femme va divorcer et continuer à toucher ses allocations sur les enfants, ils vont se démerder et ils vont avoir ça en plus. Tandis que le minimum pour la nourriture… Bon, s’il y avait une distribution meilleure, ça se passerait pas comme aujourd’hui : il faut faire une heure la queue dans le froid pour avoir ce repas, qui est de très bonne qualité je vous l’accorde, mais qui dans l’ensemble justifie pas qu’on aille se geler les pieds une heure si on a de quoi s’acheter à bouffer, on ne va pas faire ça tous les jours. D’autre part, on ne peut pas fonder une idée… Une distribution généreuse, en fait … sur une suspicion de fraude. On ne peut pas dire : il va y avoir des gens qui en abusent, donc je le fais pas. Ce serait une bien plus grande connerie que de le faire. Même si tout le monde en abuse. Je veux dire qu’il y a des défauts à tous les trucs, je dis pas que c’est parfait, loin de là.[…]

Maintenant pour ce qui est de l’impact qu’on a sur le public par rapport aux hommes politiques, il faut bien savoir que dans l’ensemble, les artistes qui ont du succès font plus de public en nombre que les hommes politiques dans l’année, et que d’autre part, ils sont payants, les nôtres ? Non seulement on fait plus de nombre qu’eux mais en plus, on fait payer. Il ne faut pas oublier que pour parler de deux vedettes internationales, le pape a fait 40 000 personnes de moins au Bourget que Bob Marley. Et le pape, c’était gratuit.

Question : Cher Coluche, si vous le permettez, pourquoi ne pas revenir un petit peu sur le sujet du débat de ce soir, qui portait sur votre pouvoir. Vous nous avez donné une magnifique démonstration de votre pouvoir, et je crois qu’ici tout le monde ne peut que s’en féliciter, vous féliciter…Vous, avec votre générosité, vous faites un tabac, et ce tabac est magnifique, et cela débouche sur les restaurants du Cœur… Vous nous avez dit que les vedettes étaient périssables. N’avez-vous pas peur qu’un jour une vedette de votre talent, avec une sensibilité Le Pen, fasse un tabac qui porterait sur l’égoïsme et la rancœur ? Est-ce qu’il n’y a pas un danger, et comment pouvez-vous, vous, prévenir ce danger-là ?

Coluche : […] Le plus important en France ce n’est pas le racisme. Vous savez, si on devait partager Paris comme on fait à Los Angeles, en quartiers d’origines différentes, les gens qui demanderaient à être à côté des arabes, c’est probablement les juifs. Parce qu’ils s’entendent très bien, ces gens-là. On nous fait chier, avec des histoires de racisme, qui n’existe pas… Il y a des poissons volants aussi dans la mer. Mais on n’en voit pas beaucoup. Moi, je n’y crois pas. Je ne crois pas au retour d’une catastrophe…

Question : Coluche, dans le domaine de l’art, les seuls qui ne laissent rien derrière eux, contrairement aux pianistes, qui souvent sont connus même après leur mort, ou les musiciens, ou les littéraires, les seuls qui ne laissent rien derrière eux, sinon quelquefois un nom gravé à la Comédie Française, des noms gravés que tout le monde ignore, les seuls, ce sont les artistes, les comédiens… En ce qui vous concerne, que souhaiteriez-vous laisser, ou qu’on dise de vous après votre mort ?

Coluche : Moi personnellement, j’ai mis dans une enveloppe ce que je mettrai sur mon épitaphe en partant : « démerdez-vous ! » Moi j’ai fait ce que j’ai pu, je vais faire ce que je peux pour faire marrer, je vais faire ce que je peux pour intéresser les gens, les surprendre, les amuser… Je vais faire mon métier. En fait, on n’en a pas parlé, mais finalement si vous regardez bien, c’est ça. […] J’ai choisi d’utiliser ma personnalité populaire pour faire autre chose que ma profession. C’est une bonne combine pour moi à long terme, parce que pendant encore des générations et des générations, quand il y aura les présidentielles, on dira : rappelez-vous qu’un certain Coluche avait fait 16 % d’intentions de vote, à une époque où le R.P.R. faisait 17, et le Parti Communiste 15. Si vous voulez, c’était le premier signal d’alarme dans une démocratie. C’est la première fois que des gens répondaient à une intention de vote pour quelqu’un qui ne voulait pas être élu. Ce qui est très important comme démarche. C’est pas pareil. Alors voilà. Je vais faire ce que je peux. Et puis il se trouve que ça me fait marrer, j’aime bien ça… Le geste auguste du semeur… de merde.[…]

Question : Si j’ai bien compris votre propos, dans le Restaurant du Cœur, il y avait deux objectifs. Le premier, il a été pleinement atteint, c’était de nourrir les gens qui n’avaient pas à manger. Le second, j’ai envie d’employer le mot parce que je n’ai pas peur du mot, encore moins de la chose, il était un petit peu anarchiste. Vous avez dit décharger l’Etat de ce qu’il ne sait pas faire, et peut-être à plus long terme faire prendre conscience aux gens que l’Etat remplit mal, ou parfois plus du tout, son rôle. Est-ce que vous pensez que ce deuxième objectif sera aussi facilement atteint, est-ce que vous ne pensez pas que finalement on aime bien égratigner l’autorité, mais quand il s’agit de la faire vaciller, c’est plus difficile ? Je sais que vous avez eu 16 % d’intentions de vote, mais là encore il ne s’agissait que d’intentions…

Coluche : Absolument. C’est pour ça que je vous dis que ce n’est pas un truc qu’on peut faire tout seul. C’est certain que si tout le reste de la société, en dehors de cette masse que représente le grand public, et qui serait donc le pied de la pyramide sociale, après ça, plus on monte, moins il y a de monde, il est bien évident que si toute cette couche qu’il y a au-dessus veut pas que ça se fasse, ça se fait pas. Ça c’est clair. […] Je dis ça, c’est un peu sentencieux, mais quand même… La guerre dans le monde, la misère du monde, les résultats de tout ça, la sécheresse qu’a traversée l’Afrique (elle venait d’Amérique du Sud, on le savait, on connaissait cette sécheresse qui se déplaçait le long de l’Equateur, on avait prévu exactement à quelle date elle allait arriver, et on l’a laissée faire), les huit guerres… Les huit conflits qu’il y a encore aujourd’hui dans le monde, malgré qu’on vient d’en arrêter cinq (donc une volonté qui a marqué que quand ils voulaient, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient), tout ça n’est pas le résultat de la connerie des gens qui nous dirigent, mais de leur intelligence. C’est bien à force de raisonnements intelligents qu’ils ont décidés qu’il était préférable de faire une guerre ou de laisser mourir des gens. Alors effectivement, si vous voulez parler d’anarchie et de contre-pouvoir, il y a plus à faire qu’à se regarder en face et se poser des questions. C’est sûr. Moi, je vous dis, je ferai une demande pour entrer dans votre mouvement quand votre mouvement voudra sortir de l’anonymat, parce que si vous voulez aller aux élections, moi je veux bien être franc-maçon. Mais dans tous les autres cas… Oui, pour parler avec des gens, remarque… C’est sympa. »

Source : laleveedesvoiles.fr

Coluche dans 2 heures moins le quart avant JC

Coluche dans 2 heures moins le quart avant J.C.
Coluche
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Hiram derrière les barbelés 26 mai, 2016

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Hiram derrière les barbelés

14/07/2015

 

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Le présent article ne porte que sur les réunions maçonniques (de diverse nature)  organisées (souvent de manière précaire) dans des camps de prisonniers de guerre, par des militaires (et parfois des civils) le plus souvent anglo-saxons  [1]

Le gigantisme, la durée et la violence du second conflit mondial engendrèrent un nombre important de prisonniers. Dans un premier temps, durant les victoires de l’Axe, les pays les plus affectés étaient des nations plus ou moins maçonnisées : 1 845 000 prisonniers pour la France, 675 000 pour la Pologne, 200 000 pour la Grande-Bretagne et 130 000 pour les Etats-Unis. Ils étaient emprisonnés dans des stalags (soldats et sous-officiers) ou des oflags (officiers), les marins dans des marlags, les aviateurs dans des luftlags. Un grand nombre de prisonniers de guerre était regroupé en kommandos de travail aux conditions de vie très variées. Avec le renversement militaire du conflit à compter de 1942/43, la nationalité des prisonniers se modifia. Entre 1943/1946, 10 000 000 de militaires allemands furent internés durant un temps plus ou moins long. En 1946/48, les Etats-Unis détenaient encore 425 000 prisonniers, les Britanniques 400 000, les Français, 1 065 000 et les Soviétiques peut-être 3 000 000 ? Parmi les prisonniers notamment anglo-saxons, en Allemagne ou dans les territoires occupés par le Reich, plusieurs dizaines étaient des maçons. Autant qu’il soit possible d’être exhaustif, il semblerait que des loges anglo-saxonnes maçonnèrent dans quatorze camps dans le Grand Reich[2].

Ainsi à Mährisch Trübau, dans l’ex-Tchécoslovaquie annexée, dans l’oflag VIII-F, nouveau camp construit en juillet 1942, une quarantaine de maçons anglo-saxons, transférés d’un camp italien, à partir de 1944, tint loge, un peu à l’aveuglette d’abord, sous la direction du frère Cliff Downing, un des rares (sinon le seul) Past Master du camp. Au début, les activités consistaient à ouvrir et à fermer les travaux, par cœur. L’aumônier principal du camp, membre de l’Ordre, prêtait la chapelle anglicane à ses frères au prétexte d’assister à des causeries théologiques. Ensuite les travaux se déroulaient dans une pièce isolée d’un baraquement-annexe. Pour y accéder, on devait traverser une autre pièce affectée aux prisonniers indiens qui y préparaient leurs fêtes religieuses et leurs représentations théâtrales. Les procès-verbaux de toutes les réunions furent ramenés à Londres après la guerre, mais les conditions matérielles, la calligraphie hésitante et le manque de culture maçonnique des secrétaires rendirent difficiles leurs déchiffrements et leurs transcriptions après la guerre. En mai 1944, tout le camp fut transféré à l’Oflag 79, près de Brunswick/Braunschweig (actuel land de Basse-Saxe). Ledit camp était situé entre un aérodrome de la Luftwaffe et une usine de moteurs d’avions. En 1942, une loge s’y constitua. A des moments différents, environ 70 frères officiers britanniques, canadiens, sud-africains, australiens, néo-zélandais et nord-américains y participèrent. Les « fondateurs » s’étaient reconnus comme tels dans les caves du camp, qui servaient d’abri anti-aérien. L’atelier fabriquait des outils et du matériel miniatures pour les tenues à partir de matériaux divers récupérés et recyclés. La difficulté résidait dans la fabrication des tabliers mais chaque participant essayait, dans la mesure de ses moyens, d’avoir une tenue vestimentaire correcte. On instaura deux offices de couvreur extérieur. Pour ne pas éveiller les soupçons des gardes, ils répétaient partout dans le camp des jurons qui devaient servir d’alarme. Habitués à cette formule, les cerbères n’étaient pas étonnés de les entendre s’ils arrivaient inopinément vers le lieu de réunion. Les décors escamotés, les participants se transformaient alors en auditeur d’une conférence sur un sujet connu à l’avance par tous. Les raids aériens durant les années 1944/45 rendirent la régularité des réunions impossible. La dernière se tint le 10 Avril 1945.

L’Oflag VII-D était un offizierlager ouvert dans le château de Tittmoning (Bavière), ancienne résidence des princes-archevêques de Salzbourg, mais de février 1941 jusqu’en février 1942 il servit également de lieu d’internement pour les îliens anglo-normands. Dans la cour se trouvait une auge en marbre avec un bas-relief portant des signes maçonniques. Autour d’elle se reconnurent pour tels trois maçons lesquels cherchèrent dans l’oflag d’autres frères. Ils se retrouvèrent ensuite une vingtaine dont deux Past Masters et deux chapelains autour de Sidney Brown, lieutenant-colonel (1946) et Haut Sheriff de Leicester (1950/1) et futur grand secrétaire provincial du Leicestershire. En septembre 1942, tout le camp avait été déplacé à Eichstätt (Bavière), dans l’oflag VII B où les activités maçonniques se poursuivirent. La « loge » se réunissait d’abord dans le « cabinet » du dentiste néo-zélandais Greenslade, membre de l’Otago Lodge n° 7, sise à Dunedin. Jusqu’en 1945, le recrutement fut très actif au point que les animateurs décidèrent de créer quatre loges, deux de constitution anglaise, une écossaise et une australienne. Il y avait une réunion mensuelle, sauf les mois d’été. A compter du débarquement de juin 1944, les transferts perturbèrent totalement la vie maçonnique. Lorsque les alliés traversèrent le Rhin en mars 1945, quarante-trois frères envoyèrent une lettre au grand maître de la Grande loge Unie d’Angleterre :

« Greetings to the MW the Grand Master of the United Grand Lodge of England from the undersigned on their return from captivity in Oflag VIIB, Eichstatt, Bavaria who, while in Germany, have endeavored to make a daily advancement in masonic knowledge».

Le courrier arriva quelques mois plus tard, la guerre finie.

La vie maçonnique dans les stalags fut plus compliquée parce que le quotidien y était plus dur que dans les camps d’officiers. Ainsi dans le stalag 18A. Situé au sud de Wolfsburg, en Carinthie (actuelle Autriche), ouvert le 19 octobre 1939, d’abord réservé aux officiers polonais, puis aux prisonniers belges et français, il recevra à partir de juillet 1941 des militaires britanniques et du Commonwealth capturés lors des combats de Grèce. Au début de 1942, des frères commencèrent à se réunir informellement avec comme premier objectif de constituer un fond de cigarette destiné à soudoyer un garde qui fermerait les yeux lors de leur réunion. Ils « élirent » également un « délégué » pour l’Angleterre, l’Australie, l’Ecosse et la Nouvelle Zélande destinés à recenser et rechercher tous les maçons présents dans le camp. Un médecin canadien Past Master accepta de les recevoir dans le dispensaire médical, mais devant le risque d’être pris et de priver le camp d’un praticien, il ne renouvela pas son offre. A la fin de 1942, la majorité des prisonniers fut transférée dans le stalag 383, à Hohenfels (Bavière). Au début 1943, les frères commencèrent à se réunir dans le cellier d’une ancienne écurie, qui avait servi de local aux scouts de la ville. Comme la présence d’un couvreur extérieur était trop voyante, on se contentait de bloquer la porte avec une chaise. Curieusement, sans que personne ne puisse donner une explication probante, la Bible était toujours ouverte au livre de Ruth. Les tenues étaient principalement consacrées à la répétition du rituel au 1er degré car l’atelier ne comptait qu’un Past Master et aux réceptions. Parfois, on entendait des conférences comme celle sur la vie de Mozart présenté par un frère hongrois. Deux hospitaliers étaient chargés de récolter et de répartir les cigarettes, le thé, le sucre et le lait, notamment avec les malades. Quand cela était possible, la tenue était suivie d’« agapes » où l’on partageait du pain et où l’on buvait du thé dans un récipient que chacun emmenait avec soi. Lorsque le camp fut libéré, la loge comptait 82 membres dont 29 Ecossais, 24 Australiens et 23 Anglais, répartis entre douze obédiences. Les minutes des tenues sont présentement conservées à la bibliothèque maçonnique de Londres. Un autre frère prisonnier dans le stalag 383 rapportait qu’une autre « loge » maçonnique camouflée sous un cercle d’échecs aurait fonctionné dans le camp. Vu les précautions prises par les membres pour se dissimuler aux gardiens, il est fort probable que les deux groupes aient pu s’ignorer. A l’été 1940, à Berlin-Lichtervelde, le stalag III-D compta jusqu’à 50 000 prisonniers en partie internés dans divers sous-camps. En 1943, une éphémère loge « internationale » aurait procédé à une réception. Dans l’oflag X-D, à Fischbeck (Saxe-Anhalt), établi en mai 1941, des officiers belges dont l’avocat Jean Rey (1902-1983), futur président de la commission européenne (1967/70), fondèrent la loge L’Obstinée, intégrée officiellement au GOdB en juillet 1946 sous le n° 29 ter à la date de 1943.

L’oflag VI-A, situé à Soest, en Westphalie, reçut jusqu’à 2000 officiers français dont une quarantaine de prêtres (aumôniers). Certains d’entre eux créèrent et décorèrent une chapelle catholique qui existe toujours. En 1943, une « exposition » de quinze modèles réduits de train réalisés « avec les moyens du bord » fut présentée dans la caserne Adam. Selon deux témoignages[3], il se tint loge dans le camp (sous quelle forme ? Quand ? ). Dans le vaste camp militaire d’Allentsteig, autour d’Edelbach (Autriche), fut créé, à l’été 1940, l’oflag XVV-A. Il reçut principalement des officiers français (6 000 environ). Il était gardé par des vétérans autrichiens. Cette détention moins draconienne explique sans doute que le camp détient le record de tentative d’évasion collective (132 évadés, 125 repris, 2 tués). La forte présence d’intellectuels, d’enseignants et de professions libérales permit la formation d’une « Université Oflag XVII-A » organisant des cours et des conférences sur des sujets divers et variés. Le camp comptait également au moins six troupes de théâtre d’amateurs. Dans la baraque 9 fut installée une chapelle catholique. Le camp possédait un journal (n °1, 18 janvier 1941) bimensuel, puis mensuel, faute de papier. A partir du printemps 1943, les conditions de vie se détériorèrent de plus en plus. A l’initiative de René Bourgeois (Liberté par le travail, sise Mantes), quelques « réunions » (rencontres ?) maçonniques auxquelles participèrent au total une trentaine de frères se tinrent dans le camp.

Une « structure maçonnique » dite Loge lieutenant-Colonel Machet fonctionna dans divers camps au gré des déplacements des prisonniers[4]. Le groupe se forma dans l’oflag X-B, à Nienburg-sur-Weser (actuel land de Basse-Saxe) où furent internés 3000 officiers français. L’homme-orchestre en fut le lieutenant-colonel Machet qui organisa à la fois des « soirées culturelles » et un réseau d’évasion. Il regroupa divers maçons dont l’ancien député (1936) Max Lejeune (1909-1995), futur ministre (1958/9) et l’avocat belfortain Jacques Lorach. Au printemps 1941, pour casser les activités diverses de résistance dans le camp, plusieurs officiers furent déplacés dans l’oflag IV-C, dans le château de Colditz (Saxe). A cette date, la forteresse comptait entre autres 250 français, 200 Polonais, 68 Néerlandais, 50 britanniques, deux dizaines de Belges et 2 Yougoslaves. La présence de « personnalités » (Robert Blum (1902-1975), fils de Léon, le dominicain Yves Congar (1904-1995), futur cardinal (1994), le comte belge Raoul de Liedekerke (1882-1982) ou le baron Elie de Rothschild (1917-2007) rendait la vie moins difficile. D’avril 1941 à octobre 1942, une trentaine d’officiers réussit à s’évader mais la tentative d’évasion de masse par tunnel échoua. Dans ce contexte général, le groupe Machet reprit ses activités avec la participation de frères belges comme Jean Rey déjà cité ou Maurice Destenay (1900-1973), futur bourgmestre de Liège (1963-73). En mai 1942, une centaine d’officiers dudit camp fut déportée à l’oflag X-C de Lübeck (Schleswig-Holstein) où étaient regroupés les Deutsch Feindlich Gesinnte Offiziere (officiers supposés hostiles au Reich) et des officiers français juifs. Le groupe Machet y tint loge, malgré le départ vers l’Orient éternel de son héros éponyme. L’hiver 1944/45 fut très difficile. Le camp fut libéré le 2 mai 1945 par la 2e armée britannique. 4000 officiers environ furent délivrés. Alors que les barbelés étaient abattus, 28 frères belges et français formèrent une ultime chaîne d’union. En 1946, la GLdF régularisa la loge Lieutenant-colonel Machet mais à cause de la dispersion de ses membres, elle ne fut jamais installée. Deux « loges » (ou des rencontres maçonniques) d’officiers britanniques se tinrent également en Italie, dans les campi PG 21, de Chieti (Abruzzes) (les frères se retrouveront dans l’oflag VIII-F cité ci-dessus) et PG 29, de Viano (Emilie-Romagne).

L’Extrême-Orient envahi par les Japonais connut également quelques loges de maçons prisonniers. L’occupation par les armées impériales japonaises de la concession internationale de Shanghai (8 décembre 1941) et de la colonie britannique de Hong Kong (25 décembre après 18 jours de combat) provoqua la création de divers camps de prisonniers civils ou militaires en Chine continentale sous occupation japonaise. Dans l’île de Hong Kong furent établis le Stanley internment Camp (pour les civils) et le camp pour militaires dans la caserne Sham Shuipo. Dans le premier, il se tint une « loge d’instruction » (une seule réunion ?), au premier semestre 1942. Dans le second, quatre tenues furent organisées, les 1er décembre 1942 (28 présents), 7 décembre 1943, au printemps 1944, en plein air et le 5 décembre suivant (cinq présents). Successivement, en décembre 1941/janvier 1942, le protectorat britannique de Malaisie, et en février 1942, la colonie de la Couronne, Singapour, furent occupés par les troupes nippones. 50 000 militaires anglo-saxons furent internés dans les Selarang Barracks, immense caserne sise à Changi, à l’est de l’île de Singapour. A côté, la prison administrative de Changi Gaol fut transformée en camp d’internement pour 3000 civils britanniques. Baldwyn Lowick, Deputy District Grand Master de l’Eastern Archipelago (Grande loge Unie d’Angleterre) tenta d’y maintenir une vie maçonnique conforme. Il délivra à 42 reprises des dispenses de nature diverse (absence de décors et de matériel principalement) pour permettre aux réunions de se tenir. Seul un atelier la Lodge St George n° 1152, sise à Singapour, put se réunir assez régulièrement en utilisant quatre groupes de six « tuileurs » qui « tournaient » autour du dispensaire retenu comme lieu de réunion pour détecter toute arrivée des geôliers japonais. Les tenues cessèrent lorsque la Kenpeita, police militaire surnommée la Gestapo japonaise, prit en charge le camp. Les prisonniers furent transférés à Sime Road, ancien quartier général de l’armée britannique transformé en camp d’internement. Le nombre d’internés (5000), la disposition du camp divisé en petits baraquements et la surveillance tatillonne japonaise rendirent difficile les rassemblements. Néanmoins, une loge d’instruction se tint chaque mardi. Des réunions de groupes d’études et quelques tenues furent organisées. Des certificats furent délivrés. Même dans ce contexte de méfiance, une « Grande Loge de district » chargée de déterminer la politique maçonnique put se tenir.

Dans le camp d’internement pour militaires de Changi, un premier rassemblement présidé par H.W. Wylie, Past Grand Deacon de la Grande Loge Unie d’Angleterre, réunit 45 maçons. Le groupe sollicita l’accord du commandant britannique du camp, le lieutenant général Arthur Ernest Perceval (1887-1966), pour se réunir. Sans réponse des autorités japonaises, il prit sur lui de donner son accord. Des réunions assez régulières animées en autres par des frères militaires de la Lodge St George n° 1152, se tinrent dans la chapelle anglicane jusqu’au départ d’une grande partie des prisonniers sur le chantier de la ligne Siam/Birmanie surnommée la Voie ferrée de la mort. A compter de décembre 1942, une War Masonic Association prit le relai. Elle fut formée à l’initiative de maçons australiens et britanniques. Ses réunions se commuèrent en tenue. Aussi ladite association se transforma en loge, sous les auspices de l’United Grand Lodge of Victoria (Australie). La première tenue rassembla 47 frères de onze obédiences différentes. La loge tint 21 réunions. Ses effectifs atteignirent 149/169 membres, puis déclinèrent. A partir de 1944, la vie devint très difficile dans le camp. La loge se réunit pour la dernière fois le 4 mai 1944. Le process-verbal précise: « There being no further business, the closing Prayer was given and the Lodge closed. The brethren departing in Harmony at 6pm-being sorrowful at the thought that they had, perhaps, attended the last Regular Meeting of the Association; yet mindful of the blessing of the Grand Architect of the Universe Who had allowed us to have, during this period of stress, strain and anxiety, so many happy evenings together, reviving the Spirit of the Craft, and sharing mutually in the benefits and joys of its message”. Dans le camp, il semblerait qu’il y eut diverses “tenues sauvages” en marge des deux associations suscitées.

Dans le River Valley Road Camp, un club de 25 frères (14 Anglais, 5 Australiens, 5 Irlandais et 1 Ecossais) tint des réunions dans ce double centre de prisonniers de guerre, où les conditions de vie étaient moins dures qu’à Changi. Malheureusement, la majorité des membres périra plus tard dans la construction du chemin de fer Birmanie/Siam. Sur ledit chantier des rencontres informelles se déroulèrent entre frères qui s’étaient reconnus comme tels. A Ban Tamung, le jour de l’an 1945, il était une soixantaine pour partager des gâteaux de riz et du café et porter un toast à l’Ordre. Le 22 août, une semaine après l’annonce de la capitulation du Japon par l’empereur, à Nekom Chai, une tenue regroupa une cinquantaine de frères, en haillons et guenilles, le procès-verbal précisant que seul le « Volume de la Loi Sacrée » était in good standing. L’île de Sumatra (Indes néerlandaises) fut prise par les Japonais en février-mars 1942. Au large, à Muntok, dans l’île de Bangka, 2000 civils furent internés dans le camp NEI-101 « double » femmes et hommes. Dans ce dernier, des maçons se reconnurent pour tels. Une liste de 57 frères fut établie, mais vu les conditions d’internement, aucune réunion ne se tint si ce ne fut quelques rencontres informelles d’échanges. A l’arrivée des troupes alliées, à l’automne 1945, seuls 16 des 57 « inscrits » étaient encore en vie[5].

Cette vie carcérale déjà difficile, aléatoire, voire dangereuse fut encore bien plus pire dans les prisons pour politiques et déportés et dans les camps de concentration ou d’extermination…

[1] De très nombreux renseignements in Grant Hamilton Charles, Freemasonry, A prisoner of War, in the New Age Magazine, organe officiel du Supreme Conseil de la Juridiction Sud, Washington, de novembre 1948 à octobre 1949, article en douze parties (Espagne I, Pays-Bas II, Belgique III, Norvège IV, France V, Tchécoslovaquie VI, Danemark VII, Pologne VIII, Autriche IX, Italie X, Allemagne XI & XII).

[2] Cf. Hewitt A. R., Masonic activities of prisoners of war craftsmen in captivity, Londres, Ars Quatuor Coronatum, vol. LXXVII, 1964, pp. 79-105.

http://www.waterloodistrictmasons.com/2011/04/27/wwii-stalag-masons/

[3] D’après Faucher Jean-Claude, Histoire de la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes dans le département de la Vienne, Poitiers, Brissaud, 1982.

[4] Cf. Combes André, La franc-maçonnerie sous l’occupation,  Paris/monaco, Edition du Rocher, 2001, p. 327-8, d’après les notes André Lévy-Lecornué, BGL, Paris.

[5] Cf. Hasselhuhn J.E.T., Notes on Brethren interned in Sumatra, The Pentagram, The Official Gazette of the. District Grand Lodge of the Eastern Archipelago, Singapour, 1958, vol. 43, pp. 88:89.

 

Source : le Blog de  YVES HIVERT MESSECA                                                      

https://yveshivertmesseca.wordpress.com/presentation/version-francaise/

Les égrégores sont des entités produites par de puissants courants de pensées collectives et cohérentes. 15 décembre, 2015

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Les égrégores sont des entités produites par de puissants courants de pensées collectives et cohérentes.

 

L’égrégore est une forme pensée ou champ énergétique construit par un groupe de personne ayant la même intentionnalité, par exemple : groupe de philatélistes, club sportif, syndicat, église, parti politique… ou tout simplement ensemble de personnes pouvant être disséminées sur la planète mais, vivant les mêmes émotions : amour, haine, colère, compassion…

Un ensemble de personnes qui se focalisent sur un même objet, avec une certaine intensité, déploient une énergie mentale, affective, passionnelle, spirituelle… qu’ils mettent en commun.

Cette activité concentrée sur un objet en particulier génère une forme pensée ou, champ énergétique composé d’énergie mentale, d’émotionnelle, d’énergie spirituelle.

L’égrégore est une énergie structurée par l’objet sur lequel elle se finalise, et remplie de toutes les émotions que les participants mettent en commun.

Interaction entre les membres du groupe et l’égrégore

Les égrégores sont des entités produites par de puissants courants de pensées collectives et cohérentes. dans Contribution PE014_montreal-foule

L’égrégore condense, rassemble ce que chaque membre y apporte. Et chaque membre, du coup, reçoit de l’égrégore dans lequel il entre, plus que ce qu’il a apporté. Il y a donc interaction entre les membres du groupe et l’égrégore.

Ce sont les membres rassemblés qui constituent l’égrégore, mais cet égrégore va adombrer les membres.

Les membres sont donc sous l’ombre, ou a l’ombre de l’égrégore, qui est comme un nuage au-dessus d’eux. Et il y a bien interaction au sens où le membre nourrit l’égrégore, mais l’égrégore agit sur le membre.

Si nous rejoignons par la pensée un égrégore d’amour, nous recevrons en retour de l’amour. Alors que s’il s’agit de colère, il en sera tout autre et, nous recevrons en retour… de la colère !

L’égrégore est constitué par les personnes qui en sont le facteur déclenchant. La puissance de l’égrégore va s’amplifier en fonction du nombre de participants, mais également en fonction de l’intensité de la recherche, de la focalisation de ses membres sur l’objet et, de leur implication existentielle ou passionnelle. En s’impliquant passionnément dans l’objet d’un égrégore, les membres font un apport important d’énergie à l’égrégore.

L’égrégore est une entité vivante

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L’égrégore est un concept vitalisé, réelle entité, qui pour être viable, doit être alimenté régulièrement par les membres du groupe se maintenant tous dans la même énergie vibratoire.

C’est pour cela, que les dirigeants de groupes à l’origine d’égrégores, organisent des meetings, des cultes, des rassemblements… Également, afin d’augmenter le pouvoir de l’égrégore, certains ont recours à des rituels qui peuvent consister en des formules, des symboles, des prières, des invocations, des visualisations d’images concrétisatrices, des courants mentaux, des chaînes d’union, brûler de l’encens…

Chaque membre du groupe devient une « cellule » de l’égrégore. Il vit sur le plan physique par l’intermédiaire des êtres humains membres du groupe, et sur le plan astral par la projection astrale de ceux qui y adhèrent.

La vie matérielle de l’égrégore est assurée par le nombre des membres d’un groupe, par leur discipline, leur union, leur stricte observance des rituels, mais aussi par les courants de sympathie ou d’antipathie du monde…

Forme donnée à l’égrégore

Afin de donner à l’égrégore une forme concrète, on en fait une représentation symbolique, qui sera un support de visualisation. (exemple la quenelle …!)

Ce signe représente sa nature, ses buts, ses moyens. Nous aurons d’un coté, le sceau-de-salomon, l’étoile de David, le pentagramme, la croix latine, le triangle maçonnique, les symboles du Reiki, etc…. De l’autre : la croix gammée et autres signes de ralliement.

Le symbole porte en lui-même une représentation qui parle immédiatement à l’être humain de façon figurée. Tous ces innombrables signes et sceaux ne sont que des représentations de l’égrégore. Ces signes sont à la fois une protection, un support et un point de contact entre les membres. Ils deviennent alors de véritables pentacles.

L’égrégore peut devenir une entité très puissante qui a sa vie propre et elle se détruit difficilement. Si on désire l’éliminer rapidement, il faut avoir recours à l’incinération de tout ce qui la concerne.

Attachement à l’égrégore

Il est également très difficile de se détacher d’un égrégore. Il est prescrit de procéder de façon inverse à celle qui est à l’origine de l’attachement. Ainsi, s’il y a eu une cérémonie d’initiation, lors de la liaison avec l’égrégore, il faudra alors procéder de façon inverse, mais identique pour produire le détachement. Dans la religion catholique, le baptême est annulé par l’excommunication.

Cependant, les réactions de l’égrégore à l’égard de la cellule expulsée sont parfois très dangereuses pour la personne concernée. La meilleure façon de se protéger est d’adhérer à un concept de force équivalente, ne serait-ce que pour un temps… Mais surtout de bien choisir le groupe auquel on adhère, intentionnellement ou non… Les conséquences peuvent être très différentes suivant le groupe.

En tant qu’humain “moyen” ou non initié, la seule chose qu’on puisse faire pour lutter contre un égrégore, c’est savoir se contrôler : sentiments, émotions, pensées. Le fait de penser à un égrégore, on le nourrit. Détester, haïr, aimer, idolâtrer, prier, etc., on le nourrit.

Aspects psychiques et énergétiques de l’égrégore

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L’égrégore possède une composante à la foi psychique et énergétique. L’égrégore est une énergie qui contient toutes les vibrations des gens qui le créent, le font vivre… et qui leur échappe.

La concentration des personnes réunies dans un même but, avec les mêmes pensées intenses créées un égrégore qui se constitue, se développe, s’amplifie et devient actif.

Un égrégore est une “boule” d’énergie visualisable dans l’astral qui a été créé la plupart du temps par un groupe d’individus humain. Cette énergie, avec laquelle il est possible d’interagir, possède un caractère qui lui est propre, caractère attribué par ses créateurs.

C’est comme un accumulateur d’une énergie possédant ses propres caractéristiques, et motivé par la foi ou la concentration de plusieurs personnes à la fois.

Il est alors aisé de comprendre qu’il existe des égrégore de toutes sortes (Égrégore chrétien, égrégore bouddhiste, égrégore islamiste, égrégore sectaire, égrégore satanique, égrégore politique, égrégore syndical, égrégore de guérison, etc.).

Un égrégore peut être perçu comme la résonance vibratoire émise par la psyché d’un groupe de personnes vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme dont les composants sont de nature énergétique. La tradition ésotérique lui donne le nom de « forme pensée aurique».

Bien que d’essence subtile et impalpable, une forme pensée est aussi pénétrante, enveloppante et perceptible qu’une présence matérielle. Ce sont les courants émotionnels, mentaux et spirituels, émanant de l’ensemble des membres d’un groupe qui élaborent une forme pensée, pour ensuite, la structurer.

La notion d’égrégore se rapproche de celle d’inconscient collectif, de conscience collective, de champ morphogénétique ou de champs de conscience opérant entre eux.

Orientation d’un égrégore

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Un égrégore est un agrégat de forces constituées de courants vitaux, émotionnels, mentaux et spirituels, suivant la qualité vibratoire de la forme pensée aurique. Ces courants vitaux, créés par le groupe d’individus duquel l’égrégore est issu, pénètrent la conscience du groupe sous forme de désirs, de concepts et d’aspirations.

La patrie, la république, la justice, la guerre, la paix ne sont rien d’autre que des images égrégoriques.

L’égrégore de nature astrale peut être orienté par le mental et nourrit essentiellement par l’énergie émotionnelle, (la forme pensée provoquée par les désirs, les aspirations, les rêves, les décisions, les engagements, les idées, la volonté, d’un ou de plusieurs êtres humains.)

Dans un groupe, on suppose que si les objectifs et les orientations personnelles des participants sont de nature matérielle, les égrégores, leur double subtil, manifestent des intérêts analogues. Si au contraire, les buts et les orientations des personnes constituant un groupe sur le plan physique sont inclusifs, son égrégore sera animé des mêmes intentions.

En se focalisant sur un objectif et en agissant pour lui donner vie, une personne est en mesure de créer un égrégore susceptible de se développer pendant un temps indéterminé. Suivant l’intensité de l’idée émise et du nombre de personnes qui y adhéreront, ce temps peut durer de quelques jours à plusieurs millénaires.

Pour donner deux exemples:
Une association créée par un groupe d’amis, pendant une durée de deux mois autour du projet d’organiser un concert en vue de recueillir des fonds pour réaliser un objectif particulier, va créer un égrégore à durée de vie limitée.

Un égrégore peut être réactivé et transformé au cours des siècles.

L’égrégore de la Franc-Maçonnerie contemporaine, que l’on nomme : spéculative, avait déjà un long passé avant d’être de nouveau réactivé au début du dix-huitième siècle.

La maçonnerie spéculative est un sous-égrégore aurique de celui qui anime l’Esprit de la Maçonnerie qui et beaucoup plus ancien. La Maçonnerie actuelle, fondée en 1717 à Londres, est une émanation aurique de l’Egrégore Maçonnique dont il est difficile de connaître l’origine qui se perd dans la nuit des temps…

Naissance de l’égrégore

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L’égrégore est activé par une seule personne à la base et l’idée créatrice fait peut générer l’adhésion d’un nombre important de personnes, lesquelles vont donner vie à l’égrégore.

Selon la recherche ésotérique, un égrégore naîtrait, par exemple, d’une fervente prière collective, d’une thérapie de groupe, d’un projet, d’un rituel qui pourrait être chamanique par exemple. Mais il peut tout autant être la résultante d’extrémismes religieux, politiques ou nationalistes ou même d’un événement traumatisant susceptible d’engendrer une émotion collective puissante et durable tel que les attentats du 11 septembre 2001

Aspects constructifs de l’égrégore

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En Amérique et en Europe, on a expérimenté des “groupes de prières” dans les hôpitaux, qui prient pour la guérison physique des malades qui le leur ont demandé. On s’est aperçu, que des malades atteints de maladies graves, et pour qui priaient ces groupes, se remettaient beaucoup pus rapidement et avaient des chances de guérison beaucoup plus élevées, que des malades qui ne bénéficiaient pas de ces groupes ! Pourquoi ?

Tout simplement parce que le “groupe de prières”, par sa dévotion, va canaliser une énergie aurique et faire son propre égrégore que l’on pourrait appeler “énergie de guérison”, et qui va se mêler à l’énergie aurique du malade visé, le rendant ainsi beaucoup plus fort, pour se battre contre la maladie !

Pour le travail, c’est la même chose : vous travaillez dans une entreprise qui vous demande de constituer un groupe afin de réaliser un projet. Si, dans votre groupe, chacun est soudé, “sur la même longueur d’onde aurique”, votre projet sera terminé en un rien de temps, et vous bénéficierez des honneurs de vos employeurs. Par contre, si dans le groupe existent une ou plusieurs “brebis galeuse”, l’énergie développée par votre groupe sera quasiment nulle ou très négative, les idées manqueront, votre travail n’avancera pas et le moral de vos “troupes” sera au plus bas ! Vous essuierez ainsi un cuisant échec auprès de vos responsables. Que se sera-t-il passé ? L’énergie développée par ce groupe à la base “malsain”, sera inexistante, voire malsaine. La meilleure solution aurait donc été que vous fassiez le travail seul, ce qui aurait été plus long, mais beaucoup moins difficile, étant donné que vous n’auriez subi aucune entrave à sa réalisation, contrairement à ce qui se sera passé dans votre groupe aurique négatif.

L’efficacité d’un égrégore repose sur la cohérence du groupe. Cohérence au niveau de l’identité, des objectifs, cohérence dans le temps et par-delà le temps.

Nourriture et mort de l’égrégore

La puissance d’un égrégore dépend de sa « masse psychique concentrée ou mobilisée ». La puissance et la nature de ces courants émis déterminent la qualité de la forme pensée aurique. Plus elle est alimentée et plus son rayonnement s’étend.

En contrepartie, moins elle est nourrie et plus sa force s’affaiblit. C’est ainsi que les égrégore se créent, se développent, puis s’anémient et disparaissent. La durée de vie d’un égrégore dépend des paramètres identiques à ceux de toutes les institutions humaines. Plus elles sont vitalisées auriquement, plus on leur porte de l’intérêt et plus elles se renforcent. Dans le cas contraire, moins elles sont fertilisées et moins elles sont susceptibles de battre des records de longévité.

Faute d’être entretenu et nourri régulièrement, un égrégore se désagrège et meurt car il n’est pas autonome comme on peut le voir.

Jean-Paul Thouny
Thérapeute énergéticien, Voiron (Isère) France
courriel : jean-paul@thouny fr
www.jean-paul.thouny.fr

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L’Ésotérisme Occidental 28 novembre, 2015

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L’Ésotérisme Occidental

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EzoOccult > Occultisme > Occultisme Général > L’Ésotérisme Occidental

Article publié le 25 mars 2010

Par Christine Berger

Certes, l’ésotérisme peut apparaître aujourd’hui comme un objet « indiscipliné ». De fait, en librairie comme dans les discours médiatiques, se trouvent convoqués sous ce vocable des éléments hétérogènes qu’un goût douteux pour le «mystérieux » cultive dans le désordre. En réalité, le mot recouvre plusieurs sens. Entendu comme « histoire des courants ésotériques occidentaux », il fait depuis une quarantaine d’années l’objet d’une spécialité académique à part entière, de plus en plus représentée au sein de cette discipline qu’est l’histoire des religions, comme en témoignent diverses créations de chaires universitaires en France, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, etc. C’est sous cet aspect que nous l’abordons ici, en le distinguant de notions voisines (ainsi, « occultisme ») et en situant lesdits courant dans leurs contextes culturels (au sein desquels ils ne représentent pas, contrairement à des vues trop répandues, une « contre-culture »).

Une relecture des spiritualités ancienne

Si l’adjectif « ésotérique » apparaît au XVIIIe s., c’est en 1828 que Jacques Matter crée le néologisme « ésotérisme » dans son Histoire critique du gnosticisme et de son influence. Comme le note J.-P. Laurant, « le terme répond au besoin de donner une légitimité scientiftique nouvelle à un ensemble de notions et à un mode de spéculations remontant aux débuts des temps modernes, voir au-delà ». Déjà, au début de la Renaissance, certains érudits se penchent sur les philosophies gnostiques et hermétiques, teintées de religiosité. Deux philosophes italiens marquent cette période : Marsile Ficin et Pic de la Mirandole. Ficin traduit les dialogues de Platon, des œuvres de Plotin et surtout le Corpus hermeticum en latin. Sous ce titre est regroupé un ensemble de textes écrits en grec aux IIe et IIIe s. dans la région d’Alexandrie, ensemble représentant une partie des écrits attribués au légendaire Hermès Trismégiste. Ils traitent de théosophie, d’astrologie, de techniques spirituelles. Les nombreuses rééditions de cette traduction jusqu’au XVIIe s. témoignent de l’intérêt suscité par ces textes, que la plupart des commentateurs de la Renaissance supposent appartenir à une « tradition » ancienne remontant à Moise, un « un enseignement qui serait comme la synthèse d’une philosophia perennis, ou philosophie éternelle, dont Hermès aurait été l’un des maillons d’une chaîne aux noms prestigieux » (A. Faivre). Pic de la Mirandole, qui lit l’arabe, l’hébreu et l’araméen, découvre auprès de Ficin, les textes de Platon, de Plotin et les livres du Corpus hermeticum. Avec son esprit d’analogie, il cherche à établir des liens entre les différentes religions et tente une approche cabalistique de la Bible. Les travaux de ces deux philosophes témoignent-ils d’un affranchissement envers la théologie chrétienne du Moyen Age ? Comme le souligne A. Faivre, les théologiens férus d’Aristote et soucieux des causes premières avaient eux-mêmes abandonné une partie de leur champ, celui des causes secondes, des entités intermédiaires, de la Nature, des anges, et c’est ce monde oublié qui fut alors interrogé selon des angles nouveaux. L’hermétisme alexandrin et le pythagorisme, l’astrologie, l’achimie, la magie, la cabale firent désormais partie de l’horizon spéculatif au sein duquel furent progressivement engendrés les divers courants ésotériques en Occident.

Gnostiques et théosophes

Le mode de spéculation qui répond au qualificatif d’ésotérique se caractérise par l’idée de « correspondances » existant entre tous les niveaux de l’univers, par la conception d’une Nature vivante dont l’évolution est liée à l’ homme et au divin, par le rôle des médiateurs (esprits , anges, mais également symboles et rituels) qui permettent à l’homme d’avoir accès aux connaissances en éclairant sa faculté d’imagination créatrice, ainsi que par l’idée d’une nécessité pour l’homme de transmuter sa nature afin que, par cette « seconde naissance», il soit réellement achevé selon les desseins de Dieu.

Déjà, avec le philosophe Platon, connaître n’est pas détaché d’une relation au monde mythique. L’âme, imprégnée des Idées qu’elle a contemplées avant de venir s’incarner, ne cesse d’en rechercher l’image dans le monde terrestre. L’idée d’une connaissance d’origine divine laisse longtemps son sceau dans la culture et, chez l’un des premiers auteurs chrétiens, Clément d’Alexandrie (v. 150-215), le theosophos est celui est mû par une science divine. Ceux qui resteront fidèles à l’idée que la connaissance est une gnose, au sein de laquelle la connaissance de l’homme et du monde ne peut être séparée de la connaissance de Dieu, participeront à la formation des principaux courants ésotériques.

Les gnoses païennes (orphisme, pythagorisme, hermétisme) témoignent de riches échanges entre l’Occident et l’Orient. Lors du premier christianisme, les frontières restaient d’ailleurs ouvertes, comme nous le voyons dans les écrits du théologien gnostique Valentin. Sa conception de la Sophia, sagesse émanée de la grâce de Dieu, met en scène les tribulations de cette puissance démiurgique qui a désiré engendrer le monde matériel. Le Christ son époux, Fils du Dieu transcendantal, la sauvera et provoquera son retour dans le monde immatériel, le repentir de Sophia se transformant alors en gnose. Le gnosticisme, qui se développe au IIe s., vise un mode de connaissance intérieure, non seulement par transmission de savoirs, mais par expérience personnelle. L’illumination et le salut sont au bout de cette voie qui s’aventure vers les mystères. La conception de l’esprit humain suppose, bien entendu, les forces naturelles de la raison, essentielles pour la conduite de l’intelligence, mais celles-ci doivent encore s’ouvrir sur l’imagination, considérée comme une faculté supérieure permettant à l’homme d’aborder les mystères. Les gnostiques restent fidèles à la conception qui prévaut dans le Corpus hermeticum : l’homme en son esprit détient une parcelle de la divinité. La vérité de la connaissance ne peut donc être seulement (comme l’affirmera Descartes) une « adéquation entre la chose et l’intellect », elle va plus loin que le monde des représentations. Si elle est une « gnose », cela signifie que l’esprit devient le lieu de l’union entre l’homme et son créateur. L’image d’un sens caché des choses et d’un travail herméneutique est essentielle à la voie ésotérique. L’idée d’un esprit fécondé par son lien Intime avec la divinité restera prégnant dans ces courants jusque dans la formation de l’illuminisme, en Europe, à la fin du XVIIIe s.

Une pensée analogique, la quête des liens

La notion de médiation est essentielle au mode de spéculation ésotérique. L’homme est lui-même un être intermédiaire, et il ne doit son salut que par une métamorphose intérieure : dans ce thème se retrouvent les principes de l’alchimie et de la théosophie. L’idée de « seconde naissance », avec le théosophe allemand Jacob Boehme, se prolonge dans celle d’un homme « régénéré », avec les francs-maçons groupés autour du Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz. Car le salut des hommes doit passer par le travail de quelques élus, dont l’Intelligence herméneutique opère par voie d’analogie : Dieu parle aux hommes à travers la Nature qui est comme son miroir, le microcosme reflète le macrocosme. Ainsi la vérité n’est pas révélée une fois pour toutes, mais la révélation se poursuit au sein de l’Histoire, formant le contenu d’une histoire secrète dont les éléments se transmettent par l’intermédiaire des hommes de bonne volonté.

Théosophes, alchimistes, cabalistes forment les réseaux de l’ésotérisme moderne et cherchent à penser les liens entre les divers niveaux de la réalité. À la cosmologie correspond la lecture d’une théophanie, car Dieu s’accomplit à travers le monde qu’il engendre, il exprime son intelligence et sa bonté dans l’univers naturel. Avec le médecin et alchimiste suisse Paracelse, la philosophie de la Nature s‘ouvre sur la conception du « médecin intérieur », d’une aulne de sagesse présente en chacun. L’Histoire est conduite au sein d’une eschatologie, le sens de l’existence humaine ne saurait être séparé de celui de l’existence du monde. L’univers résonne de correspondances dont il faut apprendre à distinguer les harmonies subtiles. La relecture des spiritualités anciennes tâche donc d’unir avec méthode les niveaux de savoir.

Magie et enchantement du monde

À l’Image de la magie naturelle, qui désigne l’art d’user des vertus « occultes » des plantes, la connaissance ésotérique cherche la nature de la communication intime des êtres les uns avec les autres. Si Dieu parle à l’homme par l’intermédiaire des êtres naturels, il peut lui envoyer des messagers invisibles. Il ne tient qu’à l’homme de découvrir le langage grâce auquel il peut entrer en contact avec eux. Pour illustrer cette vision du monde, donnons pour exemple le mage élisabéthain John Dee, dont la bibliothèque, la plus grande de toute l’Angleterre, était fréquentée par de célèbres humanistes, historiens, mathématiciens et navigateurs. Il était en opposition avec le monde académique d’Oxford et de Cambridge où, lors des réformes édouardiennes de 1550, les commissaires royaux avaient détruit de nombreux manuscrits touchant à la théologie et aux sciences. De tels documents furent recueillis par John Dee. Ce dernier était connu pour ses conversations avec les anges, dont il a laissé des comptes rendus détaillés. L’ouvrage dans lequel il présente sa Monade, (1564) s’ouvre sur une façade de temple qui symbolise la structure de la Nature. Au centre du temple trône le signe monadique, dont Dee annonce qu’il va l’expliquer « mathématiquement, magiquement, cabalistiquement et analogiquement ». Au théorème XXIII, Dee déclare n’être « que la plume de l’Esprit de Jésus-Christ », et il présente son ouvrage comme une révélation de l’Esprit Saint. La monade, un talisman destiné à Catherine de Médicis, semble être un mixte élaboré selon la méthode que développe le médecin et alchimiste allemand Cornelius Agrippa dans son De occulta philosophia. Il s’agit de faire confluer l’influence de certains astres dans un point de la matière, en y imprimant son symbole. Le travail de Dee est à la fois celui d’un mage opératoire de la Renaissance et celui d’un cabaliste pratique. Mais il recherche une cabale universelle et emploie le langage des « signes conçus par Dieu » ceux par lesquels il crée le monde : le point, la droite, le cercle. Par le langage de cette cabale géométrique, Dee met en figures le nom de Dieu. Sa monade symbolise la structure du monde dans l’esprit divin tel qu’il y est inscrit de toute éternité, avant même l’acte de création.

Quelle était la fonction de la monade ? Elle devait avoir la puissance de concentrer les influx divins. La vertu de l’âme du monde ainsi invoquée exigeait, pour s’accomplir, la pureté de son opérateur. La saturation symbolique demande une lecture érudite, car les signes alchimiques et les symboles chrétiens s’interpénètrent, faisant de la Monade un condensé historique. Il ne s’agit pas de représentations, mais d’actions engendrées par ce que Dee nomme sa « figure talismanique ». De ces actions, l’opérateur est le médium, car seul Dieu possède la puissance de les accomplir. Un objet d’une telle puissance potentielle se devait d’être enveloppé de figures textuelles destinées à enrober le sens pour que seuls des initiés le comprennent. Il témoigne d’une vision du monde dans laquelle l’initié peut se hisser au seuil des puissances créatives. En tant que tel, il devient un objet d’intérêt historique, pour connaître la vision du monde que partageaient ceux qui se retrouvaient dans la bibliothèque John Dee.

Esotérisme et occultisme

Le rapprochement courant de ces deux termes porte souvent la confusion dans esprits. Le terme d’« occultisme » est noté dès 1840 par Richard de Radonvilliers dans son Dictionnaire des mots nouveaux, avant qu’Alphonse Louis Constant (alias Eliphas Lévi) le pérennise en 1856 dans son Dogme et Rituel de la haute magie. Le terme ne désigne pas alors les sciences occultes telles qu’elles furent pratiquées à la Renaissance. Lorsque, en 1533, Agrippa nomme philosophia occulta l’ensemble des recherches et pratiques portant sur les « sciences » marginalisées à l’époque par le christianisme, il désigne la magie, l’astrologie, l’alchimie, la cabale. Qu’en est-il de ces savoirs « cachés », de ces pratiques « secrètes » ? Les connaissances ne sont pas recherchées dans un but contemplatif. C’est là où l’ésotérisme diffère du mysticisme. Ici, l’homme est appelé par son Dieu à continuer la création. Il doit pouvoir œuvrer, réparer, maîtriser, deviner, prévoir. Les connaissances parmi lesquelles il chemine ne l’engagent pas à se rendre « comme maître et possesseur de la nature », selon l’adage cartésien. Elles engagent son destin dans l’accomplissement historique de l’œuvre divine. Ainsi, une bonne part des pratiques ouvertes par ces savoirs est-elle en apparence d’ordre mantique. L’astrologie, qui est la science des rapports entre les hommes et les astres, est une herméneutique et participe à la création dans la mesure où l’homme déchiffre le sens de sa destinée et l’accompagne avec sa volonté. L’alchimiste plonge au cœur de la matière, et c’est comme plonger dans le coeur de Dieu. Son œuvre à lui est de transmuter le plomb en or, c-à-d. de purifier ses passions et de se rendre plus subtil, de rehausser en lui l’étincelle divine. Sa transmutation, toutefois, n’est point son œuvre à lui, mais celle de Dieu.

Ce genre d’action offre à l’imaginaire de la foule le visage d’un thaumaturge dont la puissance permettrait d’approcher les sphères divines. L’évocation de puissance, parce qu’elle a quelque chose de ténébreux et outrepasse la modestie de la condition humaine, ouvre à la notion de l’occulte : c’est le parfum du fruit défendu, comme le sont les appels aux anges et aux esprits, les commandements aux pouvoirs des mondes intermédiaires. Magie blanche et noire, nécromancie et spiritisme sont parfois confondus, le désir de se concilier les forces qui président au destin du monde engendre des pratiques que certains ont jugées diaboliques. Elles furent interdites par les autorités chrétiennes et condamnées par l’opinion publique. Si le premier sens du terme « occultisme » désigne donc globalement les pratiques étayées sur le discours ésotérique, le second désigne l’un des courants ésotériques occidentaux modernes, qui apparaît vers le milieu du XIXe s. avec Eliphas Lévi et se prolonge Jusque dans la première moitié du XXe s., notamment avec A. Crowley (1875 – 1947) . Lévi pensait trouver dans les doctrines secrètes des Hébreux, des Chaldéens et des Égyptiens la clé du retour à l’unité de la science et de la religion. Le goût de l’expérimentation, l’intérêt pour les phénomènes et pour les sciences nouvelles engagent les occultistes dans une réflexion sur la philosophie de la Nature. Dans un contexte de sécularisation croissante, ils tentent de rester fidèles à l’héritage des sciences cachées de la Renaissance tout en s’aventurant dans le domaine des « sciences psychiques ».

Esotérisme et sécularisation

Le dialogue entre christianisme et ésotérisme au cours de l’histoire de l’Occident montre bien comment ce dernier reste un agent d’intégration culturelle. C. Agrippa opéra la fusion de la cabale chrétienne, de l’hermétisme, de la magie arabe et du néo-platonisme, développa tout un monde d’anges protecteurs présidant aux douze signes du zodiaque, alliant chiromancie et géomancie. Les éléments de ces « mancies » ne sont-ils pas, aujourd’hui encore, l’objet de multiples passions ? Les courants ésotériques de la fin du XVIIIe s. veulent régénérer le christianisme. Karl von Eckartshausen (1752 – 1803), théosophe chrétien passionné d’alchimie, est un philosophe de la Nature. Il cherche la voie d’une régénération de l’humanité par le biais d’un principe actif : « le sang du Christ », véritable huile d’onction que l’homme peut apprendre à extraire de la terre naturelle. Les textes de Louis-Claude de Saint-Martin sont ceux d’un théosophe chrétien, qui n’hésite pas à s’intéresser au magnétisme animal et au somnambulisme. Au XIXe s. l’essor des sciences s’accompagne d’un intense travail ésotérique pour relier les divers niveaux de la réalité, surtout avec les philosophes de la Nature comme Franz von Baader, L’héritage de l’ésotérisme baroque se joint aux méditations d’un Fabre d’Olivet (1768-1825), érudit lisant le grec, le latin, l’arabe et l’hébreu comme ses prédécesseurs, J,-F, Le Boys des Guays ( 1794-1864) traduit en langue française l’œuvre de Swedenborg, Pierre Leroux (1797-1871) se penche sur Pythagore, la transmigration des âmes et les initiations secrètes. C’est le siècle de l’effervescence ésotérique. Avec Éliphas Lévi, la « magie » et les « grands mystères » fascinent toujours les occultistes. La notion de science occulte devient populaire à la suite des ouvrages de Gérard Encausse (alias Papus, 1865-1915), et Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909) invente son Archéomètre, clé des correspondances universelles. Avec la rencontre de l’Orient, l’idée d’une philosophia perennis s’étend à toutes les traditions du monde. En 1875, la fondation de la Société théosophique par Héléna Blavastky (18311891) ouvre tout un pan de l’ésotérisme du XXe s.

En plein essor de technicité, la culture qui s’élance vers le futur ne cesse d’interroger les « valeurs » insensibles au mouvement du temps. Au XXe s. la vivacité des engouements pour l’ésotérisme, pour désordonnée qu’elle soit, montre bien que les héritages continuent d’être transmis, les textes d’être lus. Certains de leurs représentants comme le cabaliste Raymond Abellio (1907-1986) ou le théosophe allemand Léopold Ziegler (1881-1958), ont encore quelque chose de la stature des grandes figures d’autrefois. La multiplication des sociétés initiatiques, naissant parfois au sein de mouvements bien plus indifférenciés comme celui du Nouvel Âge et des « nouveaux mouvements religieux », ne doit cependant pas décourager le chercheur qui tente de démêler les appartenances et les fidélités historiques.

Ch. B. Article « Ésotérisme Occidental » extrait de Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, sous la direction de Jean-Michel Sallmann, Livre de Poche, 2006. Disponible sur Amazon.fr.

Source : sur l’excellent site : http://www.esoblogs.net/

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Le principe de la vie, Frantisek Kupka, 1900-1903

Symbolisme Egyptien en Franc-Maçonnerie 13 septembre, 2014

Posté par hiram3330 dans : Contribution , 3 commentaires

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On ne s’attarde guère aujourd’hui, à rechercher dans la symbolique maçonnique dite Moderne, les origines des outils qui nous sont proposés et que par habitude nous manipulons en Loge. C’est ainsi que peu à peu, au fil des générations montantes, nous avons perdu le sens du sacré et que se sont crées des mouvances parallèles qui n’ont plus de Maçon que le nom, bien que l’esprit traditionnel y soit préservé lors des cérémonies d’intronisation.

Si pour certains d’entre nous, les symboles et les nombres utilisés par la Franc maçonnerie sont les éléments familiers d’un langage universel inscrit dans notre cosmologie, nombre de Sœurs et de Frères initiés aux différents Rites de nos obédiences ne réalisent pas toujours la portée symbolique des outils qu’ils observent et manipulent en Loge. Leur regard est naturellement attiré par les éléments les plus remarquables, mais ils se contentent trop souvent des explications volontairement succinctes trouvées dans leurs rituels. Aussi, les sujets dont je souhaiterais vous parler ce soir, concernent l’origine égyptienne de quelques uns de ces symboles qui n’appartiennent pas en propre à la Franc-maçonnerie mais que nous véhiculons dans nos rituels sans toujours en connaître le sens caché.

Nombre d’éléments présents dans nos Loges attestent que notre spiritualité est solaire. L’invocation que nous faisons lors de l’ouverture des travaux « à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers », introduit cette notion importante, que nous symbolisons par des signes plus ou moins parlants tels que le Soleil et la Lune, l’espace sacré recevant le Pavé Mosaïque où le Delta Lumineux. Pour les anciens égyptiens, notre Grand Architecte était symbolisé sous le nom de Rê par le disque solaire, non pas comme étant Dieu mais comme étant sa première manifestation dans le monde visible. Il se manifeste par la Lumière qu’il diffuse, et qui crée la vie. Il n’est pas le « Dieu créateur de toutes choses », mais le principe de mutation des ondes dites cosmiques qu’il véhicule et qu’il transforme en énergie créatrice.

En Égypte, la base de la Grande Pyramide du Pharaon Khéops formait un carré rigoureusement orienté, tandis que sa pointe culminant en plein centre, à 144 mètres d’altitude, symbolisait l’origine de toute création. Du fin fond de l’Univers symbolisé par le point, la Lumière descendait éclairer la Terre symbolisée par le Carré.

Comme les égyptiens qui considéraient le pronaos, cette sorte d’antichambre à la porte close par un sceau d’argile au chiffre du roi, comme un lieu consacré, au centre de laquelle était positionné la pierre cubique à pointe contenant l’une des manifestations divines de l’Enneade (groupe des neuf divinités de lamythologie égyptienne rassemblant toutes les forces présentes dans l’univers : le démiurge Atoum, l’humidité Tefnout, l’air Chou, la terre Geb, le ciel Nout, Osiris, Isis, Seth et Nephthys), les Maçons consacrent leurs Loges à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers dont ils symbolisent la présence par différents tableaux posés sur un Pavé Mosaïque, entouré sur trois de ses angles par des colonnettes de différents styles. Pour nous Maçons, comme pour les anciens égyptiens, cet espace réputé sacré, symbolise la Terre comme faisant partie intégrante de l’Univers qui l’entoure.

C’est pour en faire la démonstration que nos illustres prédécesseurs ont choisi la forme du Carré afin de permettre à ce symbole de se manifester. Aujourd’hui, certaines Loges représentent le Pavé Mosaïque en additionnant deux triangles aux proportions pythagoriciennes, pour former un Carré Long sur lequel sont tracés 108 cases, soit 12 de l’Orient à l’Occident, et 9 du Nord au Midi. Faisant abstraction des dogmes anciens, la géométrie, si chère à notre Ordre de bâtisseurs, nous enseigne ce pourquoi ce symbole fut choisi. En effet, si l’on additionne les angles qui gravitent autour du Carré, nous en totalisons 12 à 90 degrés, soit 1080 degrés. C’est parce qu’aucune autre figure géométrique que le Carré Long n’aurait pu convenir, que celle-ci a été choisie, aussi bien par les égyptiens que par la Franc maçonnerie.

Au centre de nos Loge, représenter la Terre au sein de l’Univers, permet de comprendre ce que symbolise le Grand Architecte de l’Univers. Celui ci est en nous et autour de nous. Il totalise symboliquement les 1080 degrés que nous avons déjà définis autour de notre planète, auxquels s’ajoutent les 360 degrés qui se trouvent à l’intérieur du point, du cercle, du carré ou de toute représentation graphique, voir humaine, soit 1440 degrés. C’est ce nombre qui fut attribué au Grand Architecte de l’Univers par les prêtres égyptiens et les bâtisseurs de cathédrales, et qui fut retenu pour symboliser notre Univers. Ce calcul peut paraître un peu fou voire du domaine de la superstition. Pourtant, ce nombre revient trop souvent pour qu’il ne soit question que d’une simple coïncidence.

144 millions de kilomètres séparent la Terre de l’astre Solaire qui, pour les spiritualistes que nous sommes ou souhaitons devenir, serait la première manifestation visible d’un Univers incommensurable. La méthode de calcul attestée par nos scientifiques précise qu’à la vitesse de la lumière, soit 300 000 kilomètres à la seconde, la lumière met 8 minutes à nous parvenir, soit 8 minutes de 60 secondes que multiplie 300 000 kilomètres, cela fait bien 144 millions de kilomètres.

Est-ce un hasard si au cadran de nos montres, les 24 heures de la journée font au total 1440 minutes ? Est-ce le hasard qui fait que le temps de la création inscrit dans les arcanes de la Genèse, celle de Moïse, augmentée des apports égyptiens, soit également symbolisé par ce nombre ? En effet, nous trouvons que sous les images naïves des enseignements de la Bible et des livres sacrés se cache une clef universelle. Il y est enseigné par exemple que « Dieu créa le monde en six jours « . Six jours, cela fait bien six fois 24 heures soit 144 heures. Était-ce au hasard que les égyptiens de l’Ancien Empire, soit environ 2800 ans avant notre ère, ont choisi de considérer le nombre 144 comme étant à la fois, le Chiffre de la Terre et son nom numérique, l’inscrivant dans la géométrie de la Grande Pyramide symbolisant, mieux qu’aucune autre forme, le faisceau de lumière éclairant notre planète ?

Coïncidence, serez-vous peut être encore tenté de dire. Non ! Il ne saurait y avoir de coïncidence touchant un nombre qui se retrouve dans la Genèse, dans la Pyramide, sur le cadran de nos montres et dans un jour de rotation terrestre. Tout le mystère de notre Univers s’ordonne d’après ce nombre, repose sur lui et nous découvrons, grâce à lui, que l’unité de loi engendre l’unité de fait. 144, est donc le nombre clef, le nombre parfait, le nombre de notre univers, le nombre qui est le nom chiffré de notre planète et, en quelque sorte, la clef de la lumière. C’est pourquoi il est symbolisé dans nos Temples et qu’il peut être utile de le savoir.

D’autres symboles décorant nos ateliers, attestent que notre spiritualité est d’origine solaire. La Voûte Étoilée, le Soleil et la Lune, l’étoile flamboyante, la forme pyramidale du triangle, la référence à la Lumière etc. L’énergie cosmique y est aussi parfois suggérée par la présence d’un fil à plomb symbolisant l’Axe du monde sur le centre du tableau de Loge où du Naos selon le rite choisi par les ateliers. Sa verticalité est également représentée sur le décors des Premier et Second Surveillant. Elle manifeste la présence du Grand Architecte de l’Univers. Son peson symbolise le sommet d’une pyramide formée avec les angles du Pavé Mosaïque, protégeant ainsi virtuellement la formalisation de notre Ordre qu’est le Tableau de Loge. Dans les Rite égyptiens, les trois Grandes Lumières que sont l’Équerre, le Compas et la Règle, ainsi que la Lumière Eternelle sont posés sur une table triangulaire appelée Naos, de manière à les positionner au centre même de la Pyramide, lieu que les Anciens égyptiens avaient choisi avec soin pour y installer le coffre ouvert symbolisant le martyr et la résurrection d’Osiris dans la Chambre dite « du Roi ».

Ici tout est symbole rappellent nos Rituels. Le Livre de la Loi Sacrée, posé sur l’Autel des Serments en est l’un des plus significatifs. Ce symbole est souvent controversé lorsqu’il s’agit d’un ouvrage comme la Bible ou le Coran Pourtant ce livre, ouvert sur le Prologue de Saint Jean n’est pas réducteur au point de symboliser une religion, fut-elle d’État. Initiatique par essence, il propose dans son Ancien Testament, l’idée d’une humanité plongée dans l’ignorance, qui dans une période historiquement troublée reçoit une révélation, qui par la suite la conduira sur un chemin d’initié, guidée par les enseignements du Maître. Anecdotique, la Bible, comme le Livre des Morts égyptien, est une compilation d’ouvrages anciens. Elle correspond à une période de l’histoire Judéo-chrétienne dont les religions méditerranéennes se sont inspirées. En s’appropriant ces textes et en superposant le dogme à l’histoire, les religions chrétiennes et coraniques, ont détourné leur sens initiatique. C’est pourquoi, depuis la séparation de l’Église et de l’État, la Franc maçonnerie laïque et républicaine préconise l’invocation au progrès de l’Humanité, et la possibilité de remplacer la Bible par le Livre Blanc, afin d’éviter tout amalgame avec la religion.

Il est remarquable de constater que lorsque l’Expert et le Maître des Cérémonies forment la voûte sacrée au dessus de l’Autel des Serments, ils forment un angle de 108 degrés équivalent à celui du Delta Lumineux, sous lequel les trois Grandes Lumières sont présentes et posées, comme pour le Naos égyptien, sur un socle à mi-hauteur de la pyramide ainsi formée. Seule différence notable, dans nombre d’Ateliers, le Pommeau de la Canne du Maître des Cérémonies qui logiquement devrait se trouver au sommet de ce triangle pour symboliser la lumière manifestée du Grand Architecte de l’Univers sur les outils censés la représenter, est souvent gardé dans la main, modifiant le sens allégorique de son action.

Tous ces symboles nous renvoient à cette étroite relation entre l’astre solaire et la Loge. Ils participent notamment à l’ouverture de nos travaux, quand la lumière est la plus courte, lorsque la distance entre ce qui pour nous symbolise le Grand Architecte de l’Univers, et le lieu de sa manifestation.

La voûte étoilée composées de petites étoiles à cinq branches est elle aussi un symbole égyptien. Peinte sur le plafond des tombeaux royaux, elle représentait le monde où séjournaient les dieux. Lorsque pharaon, considéré par le peuple comme un dieu vivant, rejoignait, au crépuscule de sa vie, l’Orient éternel, une nouvelle étoile était censée s’allumer dans le ciel. En Egypte, il n’y eu jamais d’autres formes d’étoiles que celles à cinq branches que nous observons au plafond de nos ateliers. Dans nos Loges, les travaux sont couverts par le Grand Architecte de l’Univers que symbolise cette voûte étoilée.

A l’Orient, la Lune et le Soleil sont représentés. Si les symboles sont universels et n’appartiennent à personne, c’est la manière de les conjuguer entre eux qui personnalise notre Ordre. Comme le précisent nos rituels respectifs, nous travaillons de midi plein à minuit plein, c’est-à-dire lorsque ces deux astres sont à leur zénith. C’est pourquoi les carreaux du Pavé Mosaïque sont alternés Blanc et Noir. Cependant ces deux astres ainsi positionnés derrière le Vénérable Maître, suggèrent également le sens de rotation des planètes et des énergies. Ainsi, c’est parce que la course du soleil se fait de la droite vers la gauche, c’est-à-dire en sens inverse des aiguilles de la montre, que nous marchons de la gauche vers la droite. Nous ne fuyons pas devant les énergies qui circulent dans la Loge, nous marchons au devant d’elles et nous nous en imprégnons. C’est aussi pourquoi à la clôture des travaux nous croisons les bras pour entrer dans la Chaîne d’Union. Bras droit sur bras gauche, la main droite donne ce que la gauche a reçu. Notre propre énergie peut ainsi circuler à contre courant, et chaque participant agissant comme une pile en série sur son voisin, se charge ou se décharge au gré des travaux perçus durant nos tenues. Cette Chaîne d’union qui permet le partage des énergies accumulées durant les travaux, et donne à chacun le sentiment positif d’être en harmonie avec les autres participants, d’être sur la même longueur d’onde en somme, se retrouve dans le symbolisme égyptien. Les dieux principaux de l’Ennéade, sont très souvent représentés se tenant par la main formant une chaîne autour d’un point central symbolisant la manifestation du dieu unique. Cependant, intercesseurs entre dieu et les hommes, ceux-ci se tiennent respectueusement le dos tourné au centre, tandis que nous nous faisons face. Quoiqu’il en soit, le symbolisme égyptiens et celui des Francs maçons se rejoignent pour faire circuler leurs énergies en sens inverse des aiguilles de nos montres.

La Lune, quant à elle, est toujours représentée montante, car c’est une loi de la nature, bien connue des cultivateurs. C’est à la Lune montante considérée comme bénéfique que tout ce qui doit sortir de terre doit être planté. C’est donc un rappel pour l’Initié, du long cheminement souterrain qui, au cours de ses premiers voyages, l’ont conduit des ténèbres du cabinet de réflexion aux lumières de l’Orient.

C’est pourquoi eux aussi l’utilisèrent comme symbole. Cependant, si la lumière du Soleil, chargée d’énergie positive, était qualifiée « d’ombre de dieu » par les prêtres égyptiens, ceux ci s’interrogeaient gravement sur cet Astre qui pouvait n’être qu’un miroir reflétant des ondes cosmiques venues d’au-delà de notre système solaire.

Placé entre la Lune et le Soleil, le Delta Lumineux symbolise sur un plan spirituel, la présence du Grand Architecte de l’Univers et son principe créateur. C’est pourquoi nous y trouvons parfois inséré le nom de « Jehova » ou tout autre symbole s’y rapportant. On retrouve ce Delta inscrit sur le Tableau de Loge sous l’apparence d’un fronton surmontant une sorte de tabernacle posé sur les marches de l’Orient. Dans le Saint des Saints des temples égyptiens, le Naos où reposait la statue en Electrum du dieu tutélaire, avait exactement la même forme, les mêmes proportions et la même fonction que l’édifice que nous symbolisons ainsi. Il est remarquable de constater que l’angle au sommet du fronton maçonnique et celui du Naos égyptien sont rigoureusement calculé à 108 degrés, tout comme celui du Delta Lumineux qui se décompose en deux triangles pythagoriciens reliés ensembles par leur base.

D’autres symboles égyptiens que l’on retrouve en maçonnerie sont souvent mal ou pas du tout représentés. C’est le cas de la Corde formant des Lacs d’Amour qui ceinture nos Loges et se termine par deux Houppes dentelées sur les Colonnes d’Occident. Si notre Ordre s’identifie par ses symboles aux bâtisseurs d’antan, il est raisonnable de penser que cette corde avait une fonction opérative pour l’élaboration de leurs chefs d’œuvres. C’était donc un outil usuel, au même titre que les maillets, ciseaux et autres symboles présents dans nos ateliers. Il est donc logique que cette corde soit représentée, et qu’utilisée par nos pairs comme instrument de mesure, elle puisse comporter 12 nœuds. Les Anciens Égyptiens ont utilisé la corde à 12 nœuds pour tracer sur le sol le triangle rectangle dits de Pythagore aux proportions de 3, 4, 5, qu’ils retournaient sur son hypoténuse pour former le carré long.

Initialement, les nœuds formés aux deux extrémités étaient fermement serrés de manière à empêcher les fils qui la composaient de se détresser. Contrairement aux cordes modernes en nylon dont on peut brûler les bouts, les cordes de chanvre utilisées par nos prédécesseurs ne pouvaient être terminées que par des nœuds qui, pour être serrés, nécessitaient une sur longueur d’une coudée. On attribua à cette partie de corde détressée, tombant de chaque côté des colonnes J et B une signification symbolique que l’on appela des « houppes dentelées ». Partant de la colonne B pour rejoindre la colonne J (ou réciproquement selon le Rite) ces filaments de chanvre qui viennent s’entrecroiser pour former une corde bien solide, symboliseraient la multitude des Sœurs et les Frères qui quittent le monde profane pour venir s’unir dans le Temple. A l’autre extrémité, ces mêmes filaments qui se dénouent représenteraient les mêmes Sœurs et Frères repartant vers le Monde Profane, chargés des énergies bienfaitrices échangées dans la Loge. Cependant, la Chaîne n’est pas rompue pour autant car elle s’ouvre sur l’humanité puisque notre devoir est de transmettre au dehors les bienfaits acquis dans nos Temple.

12 nœuds composent cette corde, et nous travaillons de midi à minuit, soit 12 heures. Mais pourquoi commencer la journée à midi, alors que le soleil se lève entre 6 et 8 heures du matin selon la saison et que celui-ci se couche environ 12 heures plus tard obligeant les maçons à s’éclairer pour achever leur journée de travail. En vérité, le Maçon ne peut travailler efficacement sur lui-même que s’il a pu faire un premier bilan de sa vie, débarrassé des contraintes obérant sa liberté (enfants à élever, situation professionnelle etc…),en fait, symboliquement au Midi de son existence. Il peut alors se consacrer à développer sa spiritualité jusqu’à l’heure de son ultime initiation que le profane appelle la mort, et que les Maçons nomment l’Orient éternel, au Minuit de son existence terrestre.

Bien que nombre de Maçons le réfutent énergiquement, la Franc maçonnerie spéculative pourrait être née en Égypte il y a environ 5000 ans. En effet, si l’on peut affirmer que la Maçonnerie opérative serait née avec la première construction édifiée en pierre datant d’environ 30 siècles avant notre ère, la maçonnerie spéculative, quant à elle, remonterait au projet même de cette première réalisation. Car pour finaliser une œuvre structurée, il faut avant tout l’avoir imaginée, en avoir conçu le concept, en avoir étudié les formes en fonction du but recherché, et avoir déterminé la méthode avec les moyens à disposition. Il ne s’agit pas là de minimiser le rôle de l’ouvrier maçon qui, à son niveau, aura créé l’outil et façonné la pierre. Il s’agit de comprendre quelles étaient ses motivations, quel était le moteur de son génie.

Aux époques archaïques, où les Rois se prétendaient « Suivants d’Horus », et où la religion d’état s’appuyait sur la cosmogonie, l’astronomie et l’astrologie, le ciel était symbolisé par la déesse Nout, dont le corps formait la voûte céleste. A Louxor, dans la Vallée des Rois, peint sur le plafond des tombes de certains Grands Pharaons du Nouvel Empire, on peut voir une scène tout à fait significative se comparant à notre propre symbolisme de la corde qui ceinture nos Loges. La déesse du ciel dont le corps est parsemé d’étoiles, y est représentée avalant chaque soir le soleil et l’accouchant chaque matin. Entre sa bouche et son sexe, sont dessinés 12 soleils indiquant que durant la nuit celui ci continuait sa course. Alors, pourquoi le corps de la déesse du ciel ceinturant la Terre ne pourrait-il symboliser la voûte étoilée de notre temple et la corde à 12 noeuds qui la ceinture, ancrée sur les colonnes du Temple ? Pourquoi les doigts des pieds et des mains de la déesse ne symboliseraient-ils pas seraient ils pas les houppes dentelées et les soleils présents dans son corps, des Lacs d’Amour. Plutôt que d’observer notre environnement sur un plan horizontal, si comme le suggèrent les Tableaux de Loge, nous verticalisons ce sur quoi nous marchons, les colonnes sur la Terre et les astres dans le ciel, nous retrouverions bien ce schéma de la déesse Nout protégeant nos travaux.

Au plafond des temples et des tombes égyptiennes les 12 heures du jour et les 12 heures de la nuit sont symbolisées par des Soleils, or un détail quasi-insignifiant pour les occidentaux atteste que cette scène pourrait se comparer au symbolisme maçonnique prétendant que nous travaillons de Midi à Minuit. Dans cette scène tirée du Livre des Morts égyptien, devant le sexe de la déesse Nout, un Scarabée d’or, reçoit dans ses ailes le premier Soleil de la journée. Ce petit animal qui pousse sa boule de Terre à reculons, contenant sa nourriture ainsi que sa progéniture, nous rappelle que celui-ci, trop engourdit par le froid de la nuit pour pouvoir s’envoler, doit attendre le moment favorable où ses ailes sont chauffées par le soleil, c’est-à-dire à midi, lorsque sa lumière est au zénith. Suivent les douze Soleils symbolisant les heures de la journée, dont le dernier est avalé par la déesse. Ces observateurs de la nature et des astres que furent les égyptiens, nous ont transmis, gravés dans ce matériau réputé incorruptible qu’est la pierre, des images symboliques dont furent tirés un grand nombre de nos propres symboles. Peut être faut il chercher les fondements de leur pensée pour résoudre certaines énigmes aujourd’hui incompréhensibles par un esprit trop matérialiste.

En tant que fils du dieu Rê dont il porte le signe hiéroglyphique devant le cartouche portant son nom, le pharaon était supposé être détenteur du savoir et garant des traditions. Suivant d’Horus et es qualités, il était également le Grand Maître de la corporation de bâtisseurs qui, vivant généralement en autarcie pour protéger les secrets dont ils étaient détenteurs, se reconnaissaient par des signes et se présentaient vêtus d’une sorte de baudrier, comme les Maçons d’aujourd’hui.

Le roi dans ses fonctions officielles, ainsi que les prêtres architectes lorsqu’ils étaient assis, se tenaient dans la position du Maître en sagesse, c’est-à-dire les mains posées bien à plat sur les cuisses et le dos bien droit. Dans nos Loges, c’est ainsi que travaillent les Sœurs et les Frères.

Tous les symboles auxquels nous sommes confrontés en Loge ont leur interface égyptienne. Que ce soient l’Équerre, le Niveau ou la Perpendiculaire, le Maillet la Règle et le Ciseau, tous ces outils furent utilisés à des fins opératives certes, mais par des Artisans ayant reçu par Initiation une formation théologique. Car toute matière ayant été manifestée par le dieu créateur de toutes choses, nul ne pouvait en modifier la forme si ce n’était pour le glorifier. En s’identifiant à l’outil qui symbolise son action, le Maçon lui aussi, s’initie au sens du sacré. Depuis des millénaires, des femmes et des hommes ont sublimé leur foi en édifiant des tombes, des chapelles et des Temples. Ils ont choisi la pierre, plus pérenne que le bois pour y inscrire ce qui les rassemble et véhiculer leurs ancestrales Traditions. C’est pour eux, et grâce à eux que nous sommes ensemble aujourd’hui. Hier, ils bâtissaient avec des pierres de carrière, des Temples à la Sagesse, demain nous construirons le monde avec des mots, avec des idées, parce que nous avons acquis la liberté de nous exprimer autrement. L’Art et les Sciences d’autrefois nous montrent le chemin, aussi faut il en prendre conscience. L’Initiation maçonnique est un moyen d’éveil parmi d’autres et les symboles nous permettent d’appréhender toutes nos différences dans un climat serein. Encore faut il laisser nos métaux à la porte du Temple, et écarter tout dogme de nos travaux.

J’ai dit

Paris le 4 juin 2007

Source http://www.ordoabchaos.net

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Les Rites dits « Égyptiens » de la Maçonnerie 7 juin, 2014

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Les Rites dits « Égyptiens » de la Maçonnerie

 

SOURCE :

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Article publié le 17 juil 2010

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Par Jean Mallinger

1. Les légendes

De même que l’on attribue à l’Ordre Maçonnique en général des origines légendaires — soit le Temple du roi Salomon, soit l’Ordre des Templiers, soit les collèges romains d’artisans —, chacun des rejetons de l’arbre maçonnique tente de se rattacher à une source aussi antique que possible.

Les rites dits « égyptiens » de la Maçonnerie n’échappent pas à cette règle ; ils tiennent, au surplus, dans la grande famille triangulaire une place particulière : leur échelle d’instruction comporte 90 degrés — sans compter les grades administratifs, qui se terminent au 98e, depuis la réforme de 1934.

Interrogeons l’abondante documentation que ces rites originaux soumettent au jugement de l’histoire.

Une première version nous est présentée par le grand propagandiste du rite de Misraïm en France, Marc Bédarride — né en 1776 à Cavaillon, dans le Comtat venaissin — dans son ouvrage sur cette Obédience (1).

Selon cet auteur, dépourvu de tout sens critique, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Bédarride s’en réfère à l’Ancien Testament ; selon lui, c’est Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l’humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l’établit en Égypte, sous le nom de « Mitzraim » : c’est-à-dire les Égyptiens. C’est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l’ésotérisme. C’est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cécrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc-Aurèle, Maïmonide, etc., tous les instructeurs de l’antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

Le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est le propre père de l’auteur, le pieux Gad Bédarride, maçon d’un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d’un mystérieux Initiateur égyptien, de passage en son Orient et dont l’on ne connaît que le « Nomen mysticum » : le Sage Ananiah (2). Cet envoyé le reçut à la Maçonnerie égyptienne.

Signalons ici que ce n’est pas là la première allusion historique au passage d’un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en a donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l’ouvrage de Bédarride : c’est l’initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signale, lui aussi, le passage du missionnaire Ananiah dans le Midi de la France, en l’année 1782 (3).

Une seconde version, bien différente de la première, sur l’origine de la maçonnerie égyptienne nous est contée par le polygraphe français Jean-Étienne Marconis de Nègre, fils du créateur du Rite de Memphis.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l’apôtre St Marc, l’évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre « séraphique » nommé Ormus, habitant d’Alexandrie. Il s’agit évidemment d’une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s’appliquer qu’à une catégorie d’anges bien connue des dictionnaires théologiques ; remplaçons-le ici par celui de « prêtre du culte de Sérapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Égypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l’Essénisme palestinien, dont les descendants auraient à leur tour communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Palestine, qui les auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé à Upsal, à cette époque et introduits par après en Écosse, un Ordre de maçons orientaux (4). Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

Le nom même du vulgarisateur varie d’ailleurs avec les années. D’Ormus, il devient Ormésius dans un autre ouvrage de Marconis (5).

Divers auteurs font allusion à cette version (6). Soulignons, dès à présent, que ces deux versions parallèles — aussi fantaisistes l’une que l’autre — prouvent toutes deux la profonde ignorance de leurs propagateurs.

L’Égypte est, dans l’histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien.

Sans doute, au moment où Napoléon fait sa campagne d’Égypte, l’on sait encore très peu sur la religion, l’écriture, le symbolisme de l’ancienne Égypte : Champollion n’avait pas encore découvert la clé des hiéroglyphes : il ne devait faire sa première et sensationnelle communication sur l’alphabet égyptien qu’à la date du 17 décembre 1822.

Que connaissait-on de l’Égypte à cette époque ?

De véritables fables couraient sur elle ; ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable ; deux Allemands, pleins d’imagination, von Koppen et von Hymmen avaient lancé depuis 1770 un rite théâtral, appelé : Crata Repoa, qu’ils traduisaient fort faussement par : Silence des Dieux, où l’initiation antique qui se donnait dans la Grande Pyramide était « fidèlement reproduite » par une réception symbolique à sept degrés successifs (Pastophore ; Néocore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.) d’une lamentable fantaisie. Deux Français, Bailleul et Desétangs devaient en diffuser une version française en 1821. De son côté, l’abbé Terrasson avait déjà montré la voie, dans son roman initiatique : Sethos (7).

La « mode » des initiations « à l’égyptienne » avait d’ailleurs conquis Paris et devait provoquer l’inquiétude, puis la réaction sévère des autorités maçonniques de l’époque (8).

II. L’histoire

Interrogeons des contemporains et demandons-leur ce qu’ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France.

Levesque qui rédigea en 1821 un « Aperçu général historique » des   sectes maçonniques de son temps parle en ces termes du nouveau venu : le rite de Misraïm, « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s’établir à Paris. Il venait du Midi de l’Italie et jouissait de quelque considération dans les Îles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Égypte (9). »

Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Thory (1759-1817), qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur (10).

Il précise : « Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille. »

Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n’en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué (11). »

Nous verrons plus loin l’extrême importance de cette observation.

Abordons maintenant Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bédarride, devint leur implacable adversaire.

Il nous apprend — il est ici un témoin oculaire — que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les FF. Joly, Gabboria et Garcia leur avaient été conférés à Naples en 1813. Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne (12) et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés de ce Rite, le célèbre « auteur sacré de la maçonnerie », spécifie : « Nous reproduisons les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les ff. Joly, Gabboria et Garcia. Tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu’énoncent les FF. Bédarride. » Et il ajoute ailleurs en note : « Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui forment tout le système philosophique du vrai rite de Misraïm, satisfait l’esprit de tout maçon instruit… (13) »

Le 1er août 1818 paraît à Bruxelles une défense du rite de Misraïm, signalant un ouvrage paru à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d’in-quarto (14).

Nous avons d’autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez Remy, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778.

De ces éléments, nous pouvons déduire : 1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ; 2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bédarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum : Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l’historien Thory, dont on craignait les divulgations.

On comprend aussi l’avis de Ragon : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés philosophiques de Naples (15). » Le fait que Bédarride signale que son mystérieux Ananiah ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l’Italie (16) prouve qu’au moins ce point de son histoire du rite n’est pas dépourvu de vraisemblance historique. C’est donc avec raison que l’historien Waite repousse comme très douteuse l’hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent « l’invention » de ce rite à un nommé Lechangeur, à Milan, en 1805 ! (17) »

Voici maintenant un nouvel élément, digne d’intérêt : le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d’Isis 18. Or, Isis est le mot sacré d’un des degrés de Naples.

L’on peut se demander si Bédarride a connu Cagliostro. Il faut répondre par l’affirmative ; il ne conteste ni la réalité de son initiation en Égypte ni celle de ses pouvoirs, il se borne à lui reprocher d’avoir, en France, fait un rite égyptien personnel.

3. La philosophie du Misraïmisme

Si la maçonnerie est, en général, l’héritière et la propagandiste inlassable d’une morale sociale, qui vise, avant toute autre chose, à nous apprendre à nous transformer, par une discipline progressive, en « pierre taillée », en « pierre cubique », au lieu de demeurer une « pierre brute », inutilisable au bonheur de tous ; si elle impose à ses adeptes le respect le plus absolu des idées d’autrui, la plus parfaite égalité, une tolérance permanente et une fraternité réelle, si elle leur demande de chercher en toute chose la vérité et de pratiquer la justice, il va de soi que ces impératifs éthiques n’ont, ni de près ni de loin, aucun rapport avec l’initiation, dans le sens le plus élevé de ce mot.

Si par ce vocable nous entendons : « la communication de certains secrets d’ordre cosmique à un petit nombre d’élus, susceptibles d’en faire un bon usage », la maçonnerie actuelle n’est pas une école initiatique : elle ne donne aucun enseignement dogmatique ; elle respecte obligatoirement l’opinion de tous et celle de chacun ; elle n’est pas une université d’occultisme ; elle n’est pas dirigée par une hiérarchie de didascalies, qui enseignent des néophytes et leur transmettent secrets ésotériques et pouvoirs initiatiques ; ses dirigeants sont en certains pays des athées convaincus, que seul le progrès matériel et social intéresse directement ; sans doute, elle donne la plupart de ses instructions par le canal traditionnel du symbolisme ; mais ce dernier n’est pas religieux ; n’a pas de tendance mystique et repousse au contraire nettement toute intrusion d’un élément irrationnel dans la formation qu’elle donne à ses élèves (19) ».

Toute différente était la maçonnerie du 18e siècle ! Elle ne groupait, en la plupart des rites, que d’ardents spiritualistes. Loin de se limiter à la recherche du bonheur humain, à l’émancipation des esprits, à l’éducation du cœur, elle mettait sa préoccupation essentielle dans la conquête de la Vérité, dans l’effraction des mille secrets de la Nature, dans les expérimentations les plus hardies dans le domaine spirituel. De là, cette extraordinaire floraison des rites les plus variés, des obédiences les plus singulières, des hauts grades les plus mystiques et les plus hermétiques : pour nous en convaincre, il faut et il suffit de lire simplement la nomenclature des degrés qui constituent la maçonnerie égyptienne. Les religions, l’alchimie, l’hermétisme, la kabbale s’y rencontrent et s’y mélangent ; l’arbre de Misraïm est une école de secrets de toute espèce et ses quatre derniers degrés du régime napolitain, nous apportent les secrets les plus considérables de la tradition spiritualiste la plus vénérable.

L’on conçoit dès lors facilement le dédain, l’antipathie marquée, l’hostilité dont la maçonnerie égyptienne a toujours été, au cours de son histoire, la victime permanente de la part des autres rites.

Le Grand Orient de France battit, en ce domaine pénible, tous les records de la méchanceté, allant jusqu’à dénoncer le rite de Misraïm au pouvoir politique, à provoquer des perquisitions et des poursuites contre le rite de Misraïm, afin de rendre à ce dernier toute existence impossible (20).

Aussi certains dignitaires misraïmites parisiens eurent-ils la faiblesse de renoncer à certains de leurs grades supérieurs et tentèrent de se mettre au pas volontairement, en donnant aux matérialistes qui les critiquaient des gages de conformisme athée véritablement déplorables (21) — à ce prix, ils se firent facilement reconnaître.

 Mais ce n’est là que l’exception.

Les hauts grades du Rite n’ont jamais approuvé : ni la réduction de l’échelle égyptienne aux trente-trois degrés de l’écossisme, ordonnée par l’Hiérophante Pessina et mise en pratique en certains pays (notamment l’Argentine) ; ni la suppression de ses liturgies spiritualistes.

De tout temps, les « Arcanes » des quatre derniers degrés se sont transmis de façon régulière.

Peut-on dans une revue de vulgarisation destinée au monde profane, esquisser en ses grandes lignes un bref résumé de ce qui pourrait s’appeler : la philosophie de ce Rite ?

C’est là une œuvre nécessaire, car précisément Misraïm se distingue des autres Ordres maçonniques par la richesse de son enseignement ésotérique.

Un simple coup d’œil sur son organisation et sur son symbolisme suffit à définir son caractère.

1) Ses statuts authentiques — ceux de 1818 — montrent que cet Ordre est basé, non sur le nombre, mais sur la sélection ; non sur le vote de la masse, mais sur l’autorité de ses instructeurs. Le Grand-Maître, Souverain Grand Conservateur Général du Rite, Puissance Suprême, a tout pouvoir dogmatique et administratif au sein de l’Ordre. Il est son régent, ad vitam. Tout membre du 90e degré peut initier individuellement et sous sa propre responsabilité à tous les degrés successifs de l’Échelle du Rite. Au premier degré, un vote est exigé de l’atelier sur toute candidature de profane qui lui serait soumise, la majorité étant requise pour qu’une admission soit agréée.

Cette organisation est conforme aux traditions initiatiques. L’Hiérophante est le Père et l’instructeur de ses enfants spirituels. Il ne dépend pas d’eux, ce ne sont pas les enfants qui élisent leurs parents.

Ses collaborateurs directs, titulaires du dernier degré, ont le pouvoir d’initiation individuelle, en dehors de tout temple et de toute organisation. C’est là le précieux principe de l’Initiation Libre, qui a permis tant de diffusion à d’autres Fraternités initiatiques, telles que le Pythagorisme et le Martinisme.

2) Ses symboles particuliers ne manquent pas d’intérêt : on y retrouve : d’une part le Triangle rayonnant, d’autre part, Le secret des Pythagoriciens, ainsi que le double Carré — Matière-Esprit — tout emboîté les uns dans les autres.

Les trois mondes sont symbolisés par trois cercles concentriques. La Kabbale y est représentée par l’Échelle de Jacob et les tables de la Loi, le courant égypto-hellénique, par le dieu Bélier Amon et l’Olivier sacré.

3) Ses enseignements ne sont pas seulement un compendium traditionnel des Vérités de l’ésotérisme. Ils confèrent de véritables secrets et assurent un Lien vivant avec l’Invisible.

Le parallélisme entre certains passages des Arcana et les traditions du rituel de Cagliostro est étonnant : par exemple : « le 89e degré de Naples donne, dit Ragon, une explication détaillée des rapports de l’homme avec la Divinité, par la médiation des esprits célestes ». Et il ajoute : « Ce grade, le plus étonnant et le plus sublime de tous, exige la plus grande force d’esprit, la plus grande pureté de mœurs, et la foi la plus absolue (22). »

Écoutons maintenant Cagliostro : « Redoublez vos efforts pour vous purifier, non par des austérités, des privations ou des pénitences extérieures ; car ce n’est pas le corps qu’il s’agit de mortifier et de faire souffrir ; mais ce sont l’âme et le cœur qu’il faut rendre bons et purs, en chassant de votre intérieur tous les vices et en vous embrasant de la vertu.

II n’y a qu’un seul Être Suprême, un seul Dieu éternel. Il est l’Un, qu’il faut aimer et qu’il faut servir. Tous les êtres, soit spirituels soit immortels qui ont existé sont ses créatures, ses sujets, ses serviteurs, ses inférieurs.

Être Suprême et Souverain, nous vous supplions du plus profond de notre cœur, en vertu du pouvoir qu’il vous a plus d’accorder à notre initiateur, de nous permettre de faire usage et de jouir de la portion de grâce qu’il nous a transmise, en invoquant les sept anges qui sont aux pieds de votre trône et de les faire opérer sans enfreindre vos volontés et sans blesser notre innocence (23). »

Ces rituels tendent tous au même but : purifier les assistants ; les plonger dans une vivifiante ambiance spirituelle ; les mettre en relation et en résonance sur les plans supérieurs à la débilité humaine ; les charger des grâces d’En-Haut.

C’est là, au fond, reprendre tout ce que le vieux courant égypto-grec avait enseigné à ses prêtres : Apollon descendait à Delphes et inspirait la Pythie ; Amon-Ra descendait à Thèbes et animait son image ; l’Invisible touche le visible, dans une osmose ineffable.

Tel n’est-il pas le seul, l’immense, l’indicible effet de l’Initiation véritable ? Donner à la vie un sens. Mener l’initié à la communion avec le Cosmos. Le ramener à sa Patrie céleste. Et si les rites modernes n’ont pas la puissance et le rayonnement des liturgies antiques, ils ont cependant cet avantage précieux de nous mettre sur le chemin de la Vérité et de nous donner une joyeuse confiance en nos destins…

Jean Mallinger, Avocat à la Cour d’Appel de Bruxelles.

Les plus belles prières des Rites égyptiens

I. Invocation pour l’ouverture des travaux au premier degré

« Puissance Souveraine qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seule, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous te saluons !

Reçois, ô mon Dieu, l’hommage de notre amour, de notre admiration et de notre culte !

Nous nous prosternons devant les Lois éternelles de Ta Sagesse. Daigne diriger nos Travaux ; éclaire-les de Tes lumières ; dissipe les ténèbres qui voilent la Vérité et laisse-nous entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, dont Tu gouvernes le monde, afin que, devenus de plus en plus dignes de Toi, nous puissions célébrer en des hymnes sans fin l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. »

Extrait de : Le Sanctuaire de Memphis, par le F. E.-J. MARCONIS DE NEGRE, pages 62-63, Paris, Bruyer, 1849.

II. Prière de clôture des travaux au premier degré

« Dieu Souverain, qu’on invoque sous des noms divers et qui règnes seul, Tout-Puissant et immuable, Père de la Nature, Source de la Lumière, Loi suprême de l’Univers, nous Te saluons !

Pleins de reconnaissance pour Ta Bonté infinie, nous Te rendons mille actions de grâces, et au moment de suspendre nos travaux, qui n’ont d’autre but que la gloire de Ton Nom et le bien de l’humanité, nous Te supplions de veiller sans cesse sur Tes enfants.

Écarte de leurs yeux le voile fatal de l’inexpérience ; éclaire leur âme ; laisse-leur entrevoir quelques-uns des Plans Parfaits de cette Sagesse, avec laquelle Tu gouvernes le monde, afin que, dignes de Toi, nous puissions chanter avec des hymnes sans fin Tes ouvrages merveilleux et célébrer, en un chœur éternel, l’universelle Harmonie que Ta Présence imprime à la Nature. » Gloire à Toi, Seigneur, gloire à Ton Nom, gloire à Tes Œuvres ! »

Id. : page 102.

III. Prière d’ouverture du Souverain Chapitre

« Seigneur, Père de Lumière et de Vérité, nos pensées et nos cœurs s’élèvent jusqu’au pied de Ton trône céleste, pour rendre hommage à Ta Majesté Suprême.

Nous Te remercions d’avoir rendu à nos vœux ardents Ta Parole vivifiante et régénératrice : Gloire à Toi !

Elle a fait luire la Lumière au milieu des ténèbres de notre intelligence : Gloire à Toi !

Accumule encore Tes dons sur nous et que, par la science et par l’amour, nous devenions aux yeux de l’univers, Tes parfaites images ! »

Id. : page 135

IV. Prière de clôture du Souverain Chapitre

« Dieu Souverain, Ta bonté paternelle nous appelle au repos. Reçois l’hommage de notre reconnaissance et de notre amour. Et pendant que le sommeil fermera nos paupières, que l’œil de l’âme, éclairé de Tes splendeurs, plonge de plus en plus dans les profondeurs de Tes divins Mystères ! »

Id. : page 137.

V. Prière sur un initié

« Mon Dieu, créez un cœur pur en lui et renouvelez l’esprit de Justice en ses entrailles ! Ne le rejetez point de devant Votre face ! Rendez-lui la joie de Votre assistance salutaire. Et fortifiez-le par un esprit, qui le fasse volontairement agir. Il apprendra Votre voie aux injustes ; et les impies se retourneront vers Vous… »

CAGLIOSTRO : « Rituel du 3e degré », page 65 (Éditions des Cahiers astrologiques, Nice 1948).

VI. Prière finale

« Suprême Architecte des Mondes, Source de toutes les perfections et de toutes les vertus, Ame de l’Univers, que Tu remplis de Ta gloire et de Tes bienfaits, nous adorons Ta Majesté Suprême ; nous nous inclinons devant Ta Sagesse Infinie, qui créa et qui conserve toutes choses.

Daigne, Etre des êtres, recevoir nos prières et l’hommage de notre amour ! Bénis nos travaux et rends-les conformes à Ta Loi !

Éclaire-les de Ta Lumière Divine. Qu’ils n’aient d’autre but que la gloire de Ton Nom, la prospérité de l’Ordre et le bien de l’humanité.

Veuille unir les humains, que l’intérêt et les préjugés séparent les uns des autres ; écarte le bandeau de l’erreur, qui recouvre leurs yeux. Et que, ramené à la Vérité par la Philosophie, le genre humain ne présente plus devant Toi qu’un peuple de frères, qui T’offre de toutes parts un encens pur et digne de Toi ! »

Extrait de : Marc Bédarride : De l’Ordre Maçonnique de Misraïm, tome II, page 419, Paris, Bénard, 1845.

Notes :

1 Marc BEDARRIDE : « De l’Ordre Maçonnique de MISRAÏM, de son antiquité, de ses luttes et de ses progrès », Paris — Bénard, 1845 — en deux tomes.

2 Id. : Tome II, page 125.  Histoire répétée, par John YARKER dans son livre « The Arcane Schools », page 488, Ed. William Tait, Belfast, 1909.

3 VERNHES : « Défense de Misraïm et quelques aperçus sur les divers rites maçonniques en France », page 21, Paris, Imprimerie Constant-Champie, 1822.

4 J.-E. MARCONIS et E.-N. MOUTTET : « L’Hiérophante », page 6, Paris, 1839, chez Morel. E.-J. MARCONIS DE NEGRE : « Le Sanctuaire de Memphis », page 11, Paris, Bruyer, 1849. MARCONIS : « Le Soleil mystique », page 193, Paris, A. Goubaud, 1853.

5 « Le Temple mystique », page 7, Paris, octobre 1854.

6 Notamment : Reg. Gambier MAC BEAN : « Notes on the A. and P. Oriental Rite of Memphis », page 3, Palerme, 1927. Arthur WAITE : « A new encyclopaedia of Freemasonry », tome 2, p. 241, London, Rider, 1921.

7 cf. une version française des Crata Repoa dans la revue HIRAM, dirigée par le Dr PAPUS, fascicules 4 à 7 du 1er avril 1909 au  1er juillet 1909, Paris ; un résumé détaillé dans WAITE : « Encyclopaedia of Freemasonry », tome I, pages 218 à 225 ; et une réédition récente : « Freemasonry of the ancient Egyptians », par Manly HALL, The Philosophers Press, Los-Angelès, 1937. Une gravure sensationnelle, montrant l’initié passant par l’eau et par le feu à l’intérieur de la Grande Pyramide, avait d’autre part été publiée par Alexandre LENOIR (1761-1839) dans son livre : « La Franche Maçonnerie rendue à sa véritable origine », Paris, 1814. cf. cette gravure dans : Manly HALL, op. cit., page 81. Elle a paru dans l’ouvrage : « Histoire générale et particulière des religions et du culte de tous les peuples du monde », par le célèbre érudit Fr. H. DE LAULNAYE, tome I, Paris, Fournier, 1791 — il la reproduit d’après SETHOS dont la première édition date de 1728 (dessin de J.-M. MOREAU le jeune).

8 cf. dans Jean-Marie RAGON, Tuileur Général, Paris, Collignon, 1861, pages 250-252 : Compte rendu des tenues égyptiennes des 15 mai et 12 juin 1817. « Cette représentation fit fureur ; elle fit pâlir le symbolisme ordinaire, mais sa renommée fut par trop retentissante, tant l’admiration fut grande. »

9 LEVESQUE : Aperçu général et historique des   sectes maçonniques, page 105, Paris, 1821.

10 THORY : « Acta Latomorum », en deux tomes, pages 327-328, Paris, 1815.

11. Ibid.

12 RAGON : op. cit., pages 247 et 307, note I.

14 BRETEL, aîné : « Réponse à un libelle », page 7, publiée en août 1818.

15 RAGON : Tuileur 1856, page 307, note 1.

16 BEDARRIDE : « Histoire de Misraïm », tome 2, page 125.

17 WAITE : « Encyclopaedia of the Freemasonry », tome 2, page 75.

18 Sur CAGLIOSTRO, cf. « Vie de Joseph Balsamo, extraite de la procédure instruite contre lui à Rome en 1790 », Paris, éd.   Treuttel, 1791 ;   et : Dr Marc HAVEN : « Le Maître Inconnu, Cagliosto », Paris, Dorbon aîné, 1913 ; cf. aussi : « Rituel de la Maçonnerie Égyptienne », Nice, Ed. des Cahiers Astrologiques, 1947.

19 Oswald WIRTH l’a d’ailleurs précisé en 1931 de façon très claire : « Le penseur se fait lui-même : il est le fils de ses œuvres. La F. M. le sait, aussi évite-t-elle d’inculquer des dogmes. Contrairement à toutes les églises, elle ne se prétend point en possession de la Vérité. En Maçonnerie, on se borne à mettre en garde contre l’erreur, puis on exhorte chacun à chercher le Vrai, le Juste et le Beau » (« Le Livre de l’Apprenti », page 8, éd. Dorbon aîné)… Elle veut obliger ses adeptes à penser et ne propose, en conséquence son enseignement que voilé sous des allégories et des symboles… » (Id.)

Edmond GLOTON est tout aussi formel : « La F. M. est formée des éléments les plus disparates, tant au point de vue professions, confessions ou idéologies politiques ; les idées les plus contraires s’y affrontent, se confrontent, s’affirment, mais est-il possible de faire une synthèse de ces éléments disparates et de déterminer une moyenne ? Non, ce serait aller contre la Maçonnerie que de vouloir lui assigner une doctrine ; ce serait limiter son champ d’action. La F. M. ne mettant pas de limite à la recherche de la Vérité, ne peut avoir de doctrine. » (« Instr. Mac. du 1er degré », pages 96-97, 1934.

Le Dr Raymond CORBIN est plus affirmatif encore : « Nous avons vu que le symbole maçonnique n’est jamais, lui, figé dans une interprétation définitive et qu’il est au contraire toujours vivant, toujours nouveau et toujours rajeuni, renaissant peut-on dire, chaque fois qu’il est étudié et interprété par un nouvel initié. Il ne saurait donc être question entre la Maçonnerie et ses symboles des mêmes rapports que ceux que nous venons d’apercevoir entre les religions et leurs rites » (« Symboles initiatiques et mystères chrétiens », pages 111-112, 1929).

Et Edouard PLANTAGENET de conclure : « Nous l’avons dit, le maître maçon n’a pas plus à être un occultiste savant qu’un exégète subtil des mystères cosmogoniques. L’Initiation ne doit l’amener qu’à la pratique d’une vie supérieure, imprégnée de réel, de beauté, d’harmonie » (« Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu », page 41, Paris, 1931).

20 Cf. THORY : « Acta Latomorum », tome 2 ; cf. années 1818, 1819, 1821, 1822, 1836, où des exclusives, dénonciations, saisies eurent lieu en France et aux Pays-Bas. cf. l’intéressante étude parue en avril-mai 1935 dans le « Bulletin Mensuel des Ateliers Supérieurs du Suprême Conseil de France » — 8, rue Puteaux, Paris — numéros 4 et 5, sous la plume du F. Fernand CHAPUIS, sur l’histoire et les tribulations de la loge misraïmite de Besançon, en 1822. Il signale qu’en 1822, le rite avait en tout en France 73 ateliers de grades divers, notamment à Paris 7 loges et 15 Conseils.

21 cf. Rite Oriental de Misraïm ou d’Égypte — Fête d’ordre du 4 août 1889 — Paris — discours du F. Dr CHAILLOUX, Grand Secrétaire : « Mais vient l’instant où il lui est permis enfin de disposer de ses forces vives pour les mettre au service des idées de progrès ; cette institution est amenée par la force des choses à se transformer, à évoluer dans un sens progressif. Chez nous, la réorganisation a commencé par la refonte des rituels. Ces rituels ont été mis en harmonie, non seulement avec les principes maçonniques et démocratiques, mais avec les données scientifiques les plus modernes (pages 10-11). En supprimant complètement tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler le caractère si religieux de ce grade à son origine, la maçonnerie n’ayant et ne devant avoir rien de commun avec la religion… etc. (p. 12). Si on peut lire en notre Déclaration de principes imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable : l’existence de l’Être Suprême : l’immortalité de l’âme ; l’amour du prochain, on peut lire dans notre Constitution réformée : autonomie de la personne humaine, justice, altruisme (p. 13).

22 RAGON : Tuileur universel, page 307, 1856.

23 cf.   «Rituel de CAGLIOSTRO»,   pages 54,  55,   61,  62. L’enseignement de ce dernier est totalement étranger aux doctrines du Régime de Naples ; c’est celui inséré au 3e degré d’adoption de Cagliostro où il donne (cf. pages 140-142) les détails pratiques d’une opération, devant durer quarante jours et provoquer un rajeunissement complet de tous les organes physiques de l’adepte !   C’est là, évidemment, un symbole, que les gens crédules ont cru bon de prendre à la lettre : non seulement aucun d’eux n’a pu réussir cette cure « d’élixir de longue vie », mais Cagliostro lui-même a avoué un jour n’avoir jamais expérimenté ni réussi la méthode, dont il se faisait le propagandiste ! (cf.  Vie de Balsamo, page 206, 1791.)

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Mystère des égrégores 2 janvier, 2010

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Mystère des égrégores

Posté par Neo Trouvetou le 24 déc 2009 dans PSY

Mystère des égrégores dans Chaine d'union egreg
On appelle égrégore, l’ensemble des énergies cumulées de plusieurs personnes, vers un but ou une croyance défini par eux. Il agit comme un accumulateur d’une énergie aurique possédant ses propres caractéristiques, et motivé par la foi ou la concentration de plusieurs personnes à la fois.
C’est une manifestation parapsychique, un “être” ou une “force” créée par la pensée de gens qui ont un but commun. La vitalité d’un égrégore dépend du nombre de personne y participant mais aussi de l’énergie apporté par chacun ainsi que du temps passé à l’activer.
Plus ce but commun existe depuis longtemps, plus ceux qui le partagent sont nombreux, plus cet égrégore est puissant. À la limite, une seule personne s’investissant assez dans quelque chose pourrait créer un égrégore, une entité défendant son projet et l’aidant à le réaliser.

DEFINITION

C’est au médecin Pierre Mabille, compagnon de route du surréalisme et auteur de plusieurs ouvrages sur ce mouvement, que l’on doit une définition du terme égrégore dans son ouvrage Egrégores ou la vie des civilisations, paru en 1938 : « J’appelle égrégore, mot utilisé jadis par les hérmétistes, le groupe humain doté d’une personnalité différente de celle des individus qui le forment. Bien que les études sur ce sujet aient été toujours, ou confuses, ou tenues secrètes, je crois possible de connaître les circonstances nécessaires à leur formation. J’indique aussitôt que la condition indispensable, quoique insuffisante, réside dans un chos émotif puissant. Pour employer le vocabulaire chimique, je dis que la synthèse nécessite une action énergétique intense. »
Bien que connu sous différentes autres formes par le passé, la notion d’égrégores fut introduits en occultisme par Stanislas de Guaïta pour personnifier des forces physiques ou psychophysiques non surnaturelles en forme d’êtres collectifs.

ASPECTS PSYCHIQUES ET ENERGETIQUES
L’égrégore possède une composante à la foi psychique et énergétique. L’égrégore est une énergie qui contient toutes les vibrations des gens qui le créent, le font vivre… et qui leur échappe.
La concentration des personnes réunies dans un même but, avec les mêmes pensées intenses créée un égrégore qui se constitue, se développe, s’amplifie et devient actif.

Un savant français, Jean Charon, a publié aux éditions Tchou-Laffont un livre dont le titre est ” L’infini sursis “, dans lequel il révèle le résultat de ses travaux sur ” La mémoire des électrons et la projection de l’inconscient “.

Il me paraît important de citer ce qu’il écrit :

“Les électrons qui nous constituent contiennent un espace-temps qui n’obéit pas aux lois de notre univers quotidien. De plus la totalité de notre esprit est contenue dans chacune des particules.”

Les cellules qui constituent l’égrégore sont tirées de l’humanité. Il vit sur le plan physique par l’intermédiaire de l’être humain et sur le plan astral par la projection astrale de ceux qui y adhèrent.

Inutile de le rappeller, tout est une question d’énergies. Et dans une première approximation, on pourra considérer qu’un égrégore aurique est une “boule” d’energie visualisable dans l’astral qui a été crée la plupart du temps par un groupe d’individus humain. cette energie aurique, avec laquelle il possible d’intéragir, possede un caractère qui lui est propre, caractère attribué par ses créateurs. C’est comme un accumulateur d’une énergie possédant ses propres caractéristiques, et motivé par la foi ou la concentration de plusieurs personnes à la fois. Il est alors aisé de comprendre qu’il existe des égrégores aurique de toutes sortes (Egrégore chrétien, égrégore bouddhiste, égrégore islam, égrégore sectaire, égrégore satan, etc …) .

Un égrégore peut être perçu comme la résonance vibratoire aurique émise par la psyché d’un groupe de personnes vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme dont les composants sont de nature énergétique. La tradition ésotérique lui donne le nom de « forme pensée aurique».
Bien que d’essence subtile et impalpable, une forme pensée est aussi pénétrante, enveloppante et perceptible qu’une présence matérielle. Ce sont les courants émotionnels, mentaux et spirituels, émanant de l’ensemble des membres d’un groupe qui élaborent une forme pensée, pour ensuite la structurer.
La notion d’égrégore se rapproche de celle d’inconscient collectif, de conscience collective ou de champ morphogénétique ou de champs de conscience opérant entre eux.

ORIENTATION D’UN EGREGORE
Un égrégore est un agrégat de forces constituées de courants vitaux, émotionnels, mentaux et spirituels, suivant la qualité vibratoire de la forme pensée aurique. Ces courants vitaux, créés par le groupe d’individus duquel l’égrégore est issu, pénètrent la conscience du groupe sous forme de désirs, de concepts et d’aspirations.
La patrie, la république, la justice, la guerre ne sont rien d’autre que des images égrégoriques.
L’égrégore de nature astrale peut être orienté par le mental et nourrit essentiellement par l’énergie émotionnelle, (la forme pensée provoquée par les désirs, les aspirations, les rêves, les décision, les engagements, les idées, la volonté, d’un ou de plusieurs êtres humains.)
Dans un groupe, on suppose que si les objectifs et les orientations personnelles des participants sont de nature matérielle, les égrégores, leur double subtil, manifestent des intérêts analogues. Si au contraire, les buts et les orientations des personnes constituant un groupe sur le plan physique sont inclusifs, son égrégore sera animé des mêmes intentions.
« Il existe une raison importante pour laquelle les groupes ésotériques (quelle que soit leur origine) restent discrets. Leurs symboles, rituels et réunions, répétés à travers le temps, développent un égrégore, ou « esprit de groupe », qui lie les membres, les harmonise, les motive et les stimule afin de réaliser les objectifs du groupe. Il leur permet également de faire des progrès “spirituels” qu’ils ne feraient pas s’ils travaillaient seuls. Un égrégore peut cependant être perturbé par la pensée négative de personnes qui ne sont pas en accord avec les objectifs. Par conséquent, les groupes ésotériques tentent de se protéger de pensées négatives qui pourraient affecter leur égrégore. » ( Gaetan Delaforge in GNOSIS n°6)

En se focalisant sur un objectif et en agissant pour lui donner vie, une personne est en mesure de créer un égrégore susceptible de se développer pendant un temps indéterminé. Suivant l’intensité de l’idée émise et du nombre de personnes qui y adhéreront, ce temps peut durer de quelques jours à plusieurs millénaires.
Pour donner deux exemples:

Une association créée par un groupe d’amis, pendant une durée de deux mois autour du projet d’organiser un concert en vue de recueillir des fonds pour réaliser un objectif particulier, va créer un égrégore à durée de vie limitée.
Un égrégore peut être réactivé et transformé au cours des siècles.
L’égrégore de la Franc-Maçonnerie contemporaine, que l’on nomme: spéculative, avait déjà un long passé avant d’être de nouveau réactivé au début du dix-huitième siècle. La maçonnerie spéculative est un sous-égrégore aurique de celui qui anime l’Esprit de la Maçonnerie qui et beaucoup plus ancien. La Maçonnerie actuelle, fondée en 1717 à Londres, est une émanation aurique de l’Egrégore Maçonnique dont il est difficile de connaître l’origine qui se perd dans la nuit des temps…
Selon certain enseignements de haure magie, l’égrégore peut parait il être détourné de son but original. Par exemple, l’église catholique est un excellent exemple d’égrégore aurique. La foi de millions de personnes dans les dogmes ancien de l’église, canalisé par les prêtres, donne un des plus puissant égrégore aurique connu, très prisé par les medium ou voyant occidentaux. Selon certains, le medium étant le manipulateur conscient d’énergie aurique, serait capable de se “brancher” sur l’égrégore aurique de l’église catholique.
La tradition Occulte rapporte le principe de l’envoûtement par messe triangulaire n’est plus pratiqué de nos jours. L’opérateur, devant pour ce faire, s’assurer la complicité de trois prêtres qui disaient simultanément trois messes dans trois”églises formant triangle. L’opérateur se plaçait au centre géométrique du triangle… Ce rituel utilisait l’égrégore catholique dévié de son emploi dans un but de nuisance. Il est à rapprocher de la pratique dite Média-Vita, largement utilisée jusqu’au XVe siècle et qui constituait avec les messes de saint Jude et de saint Sicaire des pratiques d’envoûtement autorisées et effectuées avec la complicité de l’église contre les ennemis de cette dernière… bien entendu.

NAISSANCE DE L’EGREGORE
L’égrégore est activé par une seul personne à la base l’idée créatrice fait que plein de personne adhère …
Selon la recherche ésotérique, un égrégore naîtrait, par exemple, d’une fervente prière collective, d’une thérapie de groupe, d’un soin énergétique, d’un rituel qui pourrait être chamanique par exemple. Mais il est tout autant être la résultante d’extrémismes religieux, politiques ou nationalistes ou même d’un évènement traumatisant susceptible d’engendrer une émotion collective puissante et durable tel que les attentats du 11 Septembre 2001…
Une idée collective est vouée à la vaporisation, si elle n’est pas ancré à la base par une personne ou un sujet…
Le collectif et fait de personne stable ou non stable avec des idées difluantes si pas un ancrage sur l’idée central qui dégagera le positif, avec la meilleur volonté du monde l’énergie temporaire se volatilisera.
Afin de donner à l’égrégore une forme concrète, on en fait une représentation symbolique, qui sera un support de visualisation. Ce signe représente sa nature, ses buts, ses moyens.
Nous aurons donc le sceau de salomon, l’étoile de David, le pentagramme, la croix latine, le triangle maçonnique, la croix gammée…
Le symbole porte en lui-même une représentation qui parle immédiatement à l’être humain de façon figurée. Tous ces innombrables signes et sceaux ne sont que des représenations de l’égrégore. Ces signes sont à la fois une protection, un support et un point de contact entre les membres. Ils deviennent alors de véritables pentacles.

ASPECT CONSTRUCTIFS DE L’EGREGORE

En Amérique et en Europe, on a expérimenté des “groupes de prières” dans les hopitaux , qui prient pour la guérison physique des malades qui le leur ont demandé. On s’est aperçu, que des malades atteint de maladies graves, et pour qui priaient ces groupes, se remettaient beaucoup pus rapidement et avaient des chances de guérison beaucoup plus élevé, que des malades qui ne bénéficiaient pas de ces groupes ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le “groupe de prières”, par sa dévotion, va canaliser une énergie aurique et faire son prope égrégore que l’on pourrait appeler “énergie de guérison”, et qui va se mêler à l’énergie aurique du malade visé, le rendant ainsi beaucoup plus fort, pour se battre contre la maladie !

Pour le travail, c’est la même chose : vous travaillez dans une entreprise qui vous demande de constituer un groupe afin de réaliser un projet. Si, dans votre groupe, chacun est soudés, “sur la même longueur d’onde aurique”, votre projet sera terminé en un rien de temps, et vous bénéficierez des honneurs de vos employeurs. Par contre, si dans le groupe existe une ou plusieurs “brebis galeuse”, l’énergie développée par votre groupe sera quasiment nulle ou très négative, les idées manqueront, votre travail n’avancera pas et le moral de vos “troupes” sera au plus bas ! Vous essuierez ainsi un cuisant échec auprès de vos responsables. Que se sera-t-il passé ? L’énergie développée par ce groupe à la base “malsain”, sera inexistante, voire malsaine. La meilleure solution aurait donc été que vous fassiez le travail seul, ce qui aurez été plus long, mais beaucoup moins difficile, étant donné que vous n’auriez subi aucune entrave à sa réalisation, contrairement à ce qui se sera passé dans votre groupe aurique négatif.
L’efficacité d’un Egrégore aurique repose sur la cohérence du groupe. Cohérence au niveau de l’identité, des objectifs, cohérence dans le temps et par delà le temps.

NUTRITION DE L’EGREGORE
La puissance d’un égrégore dépend de sa « masse psychique concentrée ou mobilisée ».
La puissance et la nature de ces courants émis déterminent la qualité de la forme pensée aurique. Plus elle est alimentée et plus son rayonnement s’étend. En contrepartie, moins elle est nourrie et plus sa force s’affaiblit. C’est ainsi que les égrégores se créent, se développent, puis s’anémient et disparaissent. La durée de vie d’un égrégore dépend des paramètres identiques à ceux de toutes institutions humaines. Plus elles sont vitalisées auriquement, plus on leur porte de l’intérêt et plus elles se renforcent. Dans le cas contraire, moins elles sont fertilisées et moins elles sont susceptibles de battre des records de longévité.
Un égrégore, nourrit par des millions de gens et ce, sur un laps de temps considérable (bien que le temps soit modifié voir inexistant dans la plupart des autres plans), peut être devenu indépendant et capable de se regénérer en se nourrissant des énergies de ses “esclaves”, le chi. Peut-être même un égrégore peut-il développer un conscience, et ainsi devenir redoutable.
Les mêmes lois régissent le domaine matériel et le domaine psychique. Ce qui vaut pour l’un, vaut pour l’autre. Il n’y a aucune différence. Il en va bien évidemment de même pour ce qui touche au monde spirituel.
En tant qu’humain “moyen” ou non initié, la seul chose qu’on puisse faire pour lutter contre un égrégore, c’est savoir se contrôler: ses sentiments, émotions, pensées. Le fait de penser à un égrégore, on le nourrit. Détester, haïr, aimer, idolâtrer, prier, etc, on le nourrit.
Les égrégores, on ne les ressent pas, on les subit, en tant qu’humain “moyen”, c’est tout ce qu’il y a à faire. Il parait que seul un mage initié peut lutter “activement” contre un égrégore.

Pour cela, les dirigeants de ces cercles organisent des rassemblements, des meetings, des cultes… Afin d’augmenter le pouvoir de l’égrégore, on a recours à des rituels qui sont des formules, des prières, des invocations, la visualisation d’une image concrétisatrice, l’encens, les chaînes d’union, les courants mentaux…
A travers la croyance que nous avons mise sur le sang, celui-ci libéré sous forme de sacrifice accroîtra sa vitalité et certaines sectes utilisent ce procédé, de même que certaines religions animistes et nos anciennes pratiques religieuses mais aussi lors du sacrifice du mouton pendant la fête de l’Aïd chez les musulmans. Ce sacrifice leur permet ainsi de renforcer la vitalité de l’égrégore. Les masses non- familiarisées avec ce concept n’y voient pourtant là qu’une banale tradition…

La vie matérielle de l’égrégore est assurée par le nombre des membres d’un groupe, par leur discipline, leur union, leur stricte observance des rituels, mais aussi par les courants de sympathie ou d’antipathie du monde..
L’Egrégore tire son énergie de l’énergie aurique psychique de chacun des membres de la communauté qui le nourrit auriquement par l’idée premiere. Etant autonome, il perdure tant qu’il est alimenté. Et pour nourrir un égrégore aurique, quoi de mieux que le recours à la Tradition qui assure le maintien des formes à travers le temps. Ainsi, se relier à une tradition ancienne, c’est pouvoir encore bénéficier ou subir l’énergie d’un égrégore du passé. Chaîne qui relie les adeptes d’une société par-delà le temps et l’espace. C’est l’Egrégore qui donne sa coloration, son esprit, son “ambiance” à une assemblée humaine. L’énergie disponible sur un chemin spécifique dépend de la qualité d’intégration de l’individu à l’Egrégore aurique qui préside à ce chemin. Mais toute médaille à son revers : ce qui relie est aussi ce qui enchaîne. Ce qui peut être une aide dans une voie spécifique est également une entrave pour tous ceux qui veulent s’en écarter. On comprend pourquoi les religions se battent pour convertir les masses à leur cause. Pour Bernard de Clairvaux (1090-1153) grand prédicateur de la 2ème croisade (1147-1149) c’était on ne peut plus clair « le baptême ou la mort » ou encore « conversion ou extermination ». Vous pouvez imaginer aisément que le système avait crucialement besoin d’énergie vitale pour porter ses égrégores qui n’ont rien à voir avec le bien ou le mal tout comme des bras pour
porter le fusil. Car le nombre réel de bénéficiaires de tels égrégores ne peut pas à lui seul fournir une aussi importante « masse psychique concentrée » pour les alimenter…

QUAND L’EGREGORE DEVIENT “ENTITE”
Selon certains auteurs, l’égrégore serait doté d’une véritable personnalité !
Cette “entité psychique” naîtrait d’un ensemble d’individualités réunis autour d’une même action.
Cette entité psychique collective est composée de toutes les entités individuelles, sans en être la somme, mais bien une entité indépendante de tous ses composants.

L’égrégore aurique formerait donc une entité produite par un puissant courant de pensées collectives. C’est également un artificiel, mais énorme et puissant, étant donné qu’il est produit collectivement, et dont les manifestations peuvent être indifférement bonnes ou mauvaises.

Cette entité est produite par la dévotion, le fanatisme, l’enthousiasme. Les grandes idéologies politiques, les religions sont des égrégores. Cela nous fait penser aux égrégores produits par les sectes religieuses, les matchs de football et les discours d’Hitler…

Selon Eliphas Levi, « les égrégores sont des dieux…Les agragores sont des esprits moteurs et créateurs de formes. Ils naissent du respir de Dieu ». Ou encore : « les égrégores de la terre sont les génies de la mer et des montagnes ; pour les anciens
c’étaient des dieux, pour la kabbale ce sont des esprits mortels ignorants et sauvages,
parce que la terre est un monde des plus imparfaits »

Ils sont des esprits moteurs et créateurs de formes ?. Ils naissent de la respiration aurique de dieu…

Ce que l’on peut retirer de cette interprétation un peu métaphorique d’E.Levi ; c’est que l’égrégore a une vie aurique propre capable d’influencer les humains et la marche de l’histoire.
” Les égrégores sont des créatures psychiques artificielles, créées par la pensée unanime d’une réunion d’individualités dynamisées et entretenues en vie par des rites, voire des sacrifices et qui acquièrent une puissance occulte d’action en rapport avec celles des impulsions qui leur sont suggérées par leurs animateurs. “

Dans son livre “Le grand livre de la Wicca et de la sorcellerie bénéfique” (Ed. Dynapost), Jacques Rubinstein relate l’expérience qu’il eut la possibilité de faire au cours d’une émission sur France inter, présenté par Marie Christine Thomas et Jacques Pradel :

“(…) ce soir là un “dieu” fut créé, féminin du nom de Véronica. Ce Dieu fut crée pour avoir 24 heures de vie. Là ne s’arrêta pas l’expérience car nous décidâmes ensemble, les journalistes et moi-même, de faire agir Véronica; on lui donna mission de supprimer dans la minute même, toute douleurs à ceux qui , à l’écoute, souffraient quelque part en leur corps physique. On indiqua aussi au public qu’il pouvait demander différentes choses à Véronica, dont l’action dans 24 heures ne pouvait se révéler que quelques jours ou semaines plus tard. Enfin, on demanda au public d’écrire. Cette expérience fut suivie par des gens groupés à Marseille, à Bordeaux, etc… Certains savants dont je tairai le nom pour éviter les moqueries déplacées, suivirent aussi l’émission. C’est par centaines et centaines que les lettres sont arrivées et arrivent encore. Le côté le plus marquant de l’expérience fut bien sûr le plus immédiat, celui de la cessation de toute douleur ! Ensuite venaient des résultats absolument inattendues et ce dans tous les domaines…”

MORT ET DESACTIVATION DE L’EGREGORE
Faute d’être entretenu et nourri régulièrement, un égrégore se
désagrège et meurt car il n’est pas autonome comme on peut le voir.
Il est également très difficile de se détacher d’un égrégore.
L’égrégore aurique devient une entité très puissante qui a sa vie propre et elle se détruit difficilement. Si on désire l’éliminer rapidement, il faut avoir recours à l’incinération de tout ce qui la concerne. Il est prescrit de procéder de façon inverse à celle qui est à l’origine de l’attachement. Ainsi, s’il y a eu une cérémonie d’initiation, lors de la liaison avec l’égrégore, il faudra alors procéder de façon inverse, mais identique pour produire le détachement.
Cependant, les reactions de l’égrégore à l’égard de la cellule expulsée sont parfois très dangereuses pour l’homme concerné. La meilleure façon de se protéger serait d’adhérer à un concept de force équivalente, ne serait-ce que pour un temps…

Sources :
-Alain Brêthes “LES EGREGORES Forces psychiques des groupes humains”
-extraits tirés du forum : http://echelle-de-jacob.xooit.fr et recompilés
-TRAITE DU DESENVOUTEMENT, CONTRE-ENVOUTEMENT & DE L’EXORCISME de Pierre MANOURY
-Wikipedia “égrégore”

 

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DANSE ET INITIATION 24 octobre, 2009

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

DANSE ET INITIATION

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LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

LES PREMIERS GESTES ET PAS LA GIRATION 

LE CHAMANISME 

DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES 

L’INDE  

LES HÉBREUX   

LA GRECE

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

LE MOYEN-AGE  

LE BAROQUE

LE SYSTEME CLASSIQUE

  RETOUR à COSMOS

La danse dit Xénophon n’est pas de ces sujets faciles et accessible à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmique, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu’elle traduit les carctères et les passions .Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme …»Cette difficulté qu’évoque le philosophe grec m’est apparue comme une vibrante réalité dans l’étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s’étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l’humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses … Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l’antériorité de la danse par rapport aux autres formes d’expression de l’Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! … Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l’Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l’Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l’union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l’ordre et l’harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l’Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n’est pas le propos d’entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l’homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l’au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l’évidence qu’il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l’éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l’effrayait, l’eau le suffoquait, etc … Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante.Le geste, langage muet, inscrit dans l’espace, étant l’une des premières manifestations de l’homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l’élan naturel, instinctif et raisonné d’exprimer les divers sentiments et sensations de l’homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l’Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d’un mouvement de l’Ame».

C’est l’esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l’essence et l’idée même de l’Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d’un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s’exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l’instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc … le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d’expérience. Dans cette danse, l’imitation des sons et des mouvements observés autour d’eux, et, notamment, l’expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s’épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d’énergie, un acte d’extase, mais aussi, le moyen naturel pour l’homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n’est que très progressivement, sous l’influence des cultes officiels, que la danse, d’abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d’attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu’elle se présente, le but de la danse est toujours d’approcher la divinité.

En tant qu’acte de sacrifice, par quoi l’homme s’en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l’éventail de ses expériences, est l’instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s’opère la descente du Tout-Puissant. L’émancipation de l’homme par rapport à son Dieu s’opère par l’imitation de celui-ci : «L’homme, s’identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur …»

 DEBUT

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAINLa danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la danse. C’est pourquoi il ne serait pasconcevable d’évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l’organisme dont il est l’émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l’Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d’en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l’extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l’est un monde … Ceci est d’autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamenais, dans son livre sur «L’Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d’harmonie. «A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l’expression intérieure du rythme et c’est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l’Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu’extérieur».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l’Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l’être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d’évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l’on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l’horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L’axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l’axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C’est la croix statique, point d’interaction du microcosme et du macrocosme. L’anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l’espace, possède en son centre, un septième point situé à l’intersection des deux axes : c’est la «caverne du coeur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l’homme de s’orienter et de se mouvoir dans l’espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l’interaction des contraires.

L’homme, étant appelé à s’insérer et à agir dans les dimensions de l’espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l’intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s’avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l’humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l’évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j’ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l’honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! …( L’attitude de leurlancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamètralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethonologues assurent que le lancer de jambe en l’air est l’antique figure d’un rite de fertilité accompli par les femmes et qu’ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d’une source de plaisir. Ceci prouve que l’usage, en réalité, n’a retenu qu’un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L’on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d’Asie, d’un sourcil mobile à une hanche flexible, d’une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante …

 DEBUT

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)Une des particularités de l’homme, par rapport à l’espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu’elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d’Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C’est, en tous cas, une préfiguration de celle qu’exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s’éteignaient les astres dont la danse céleste était l’image même de la nature, à l’aube, les Prêtres rangés autour de l’Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l’Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l’astronomie, enseignait aux enfants de l’homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» …

Cette danse astronomique, faisant partie de l’initiation aux Mystères d’Isis, n’était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L’on trouve bien d’autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu’ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu’accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l’on voit depuis l’Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pélerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d’observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s’apercevoir, comme à Chartres, qu’en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l’on obtient réellement des pas.

 DEBUT

LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L’EXTASEAprès avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l’extase.Saint-Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s’exprimait ainsi : «Et tout comme l’acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s’abandonne à l’extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d’entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l’époque néolithique, situe la première manifestation d’un homme, indiscutablement en action de danse, dont l’abbé Breuil, qui l’a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu’il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l’espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

 DEBUT

LE CHAMANISME Pour le chaman, c’est par une technique archaïque de l’extase pratique, c’est-à-dire voulue, qu’il entre en transe, et c’est seulement à ce moment-là qu’il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d’obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d’uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n’étant pas une religion), est un tournoiement autour d’un centre. Ce tournoiement permet de s’identifier ou de s’intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d’abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l’Univers du Ciel.

 DEBUT

L’ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l’étude du Soufisme, nous découvrons qu’il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l’on regarde attentivement le plan schématique d’un Sama-Khana, c’est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’oeil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d’une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc …, il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c’est par l’ascèse qu’ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l’adhésion de l’esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d’éléments qui constituent l’état d’un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu’il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n’est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements …

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l’histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix.Cependant, il est intéressant de constater qu’il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l’évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l’Identité Suprême, l’Unité … rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

 DEBUT

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C’est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l’opposé des nôtres, sont concentriques, c’est-à-dire repliées vers l’intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite – comme c’est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l’allumage des Trois Colonnes, lors de l’ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu’il se manifeste d’une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d’une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n’étant que des transitions pour passer d’une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l’asiatique, au contraire, les pieds n’assument pas un rôle prépondérant, étant d’ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense.La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d’une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l’occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Kmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d’Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l’extrême lenteur du déroulement, l’extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j’étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l’aristocratie, passaient par plusieurs phases d’évolution allant de l’apprentissage jusqu’au jour de l’ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d’abord à l’approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l’Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C’est un jeudi que commencera l’apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d’hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d’assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s’évader des gestes humains et d’accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l’envol», ce n’est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l’habileté désirée, elles les préparent à l’importante cérémonie qui feront d’elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l’essentiel.

D’abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s’opposent, mesures, silences et points d’orgues s’enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C’est la pantomine de l’Irréel et rien n’y doit être exprimé selon les normes humaines …

 DEBUT

L’INDE : LE BARAT-NATHYAM – CIVA ET KRISHNA L’origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l’Esprit Suprême, de s’unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l’Inde, s’inscrit en filigrane l’idée que le Manifesté n’est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l’éternel et l’initié seul peut distinguer ce qui les joint l’un à l’autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l’Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l’histoire de la création : les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l’Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l’âme n’est pas à distinguer du corps». Dans l’expression de l’unité organique de l’homme et de la nature, l’Inde a fait de la danse de Civa, l’image la plus claire de l’activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l’illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c’est-à-dire, le coeur de l’homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l’activité cosmique qui crée et détruit l’Univers.

 DEBUT

LES HÉBREUX Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d’aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc …

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n’avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l’Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d’Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l’Arche d’Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L’on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

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LA GRECE Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu’ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu’ils la qualifiaient d’Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l’éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l’origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C’est dans «L’Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c’est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l’honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l’avant-bras au coude, en opposition, l’un vers le haut, l’autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l’autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l’on a remarquée chez les Egyptiens, que l’on retrouvera chez les danseurs dyonisiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n’employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu’il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d’essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

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LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l’Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l’introït, l’aspersion des fidèles, l’encensement de l’autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l’ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l’expression consacrée, pour renaître à l’homme nouveau, n’est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s’agit là que d’une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s’illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l’interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l’Eglise.

Toutefois, les Pères de l’Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu’elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l’organisation d’une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du choeur, etc …

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l’honneur de l’Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu’à l’extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l’Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d’elles, à l’occasion des fêtes traditionnelles. Qui n’a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l’étrange procession d’Echternach au Luxembourg, qui a lieu le Mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l’imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C’est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

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LE MOYEN-AGE Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d’animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l’on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l’on s’aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d’un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

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LE BAROQUE Parti de l’Italie sous la Renaissance, le centre d’intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l’impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferment une foule de détails qu’il serait intéressant d’analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l’histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

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LE SYSTEME CLASSIQUE Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l’Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C’est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d’en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu’il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d’esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l’extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l’élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d’arrivée de n’importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s’exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L’élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l’amplitude et le parcours, c’est l’âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d’envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l’air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c’est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l’immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parlent un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L’élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l’interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l’impression de gestes allant vers l’infini, sont autant d’images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l’espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s’est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n’admet la médiocrité, ni l’à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l’harmonieux ensemble.

Nous l’avons remarqué, lanNature a fourni à la danse et à l’homme lespPositions, l’expérience lui a donné les règles. Goethe n’a-t-il pas dit «Personne n’ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillé de tout artifice inutile, monte vers l’abstraction la plus pure et atteint l’esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l’Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu’avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l’on ne cesse de répéter quotidiennemen

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l’histoire de l’humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L’Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L’incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l’Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l’accomplissement d’une métamorphose glorieuse …»

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,

- Présence de l’esprit dans la chair et manifestation spirituelle,

- Expression spontanée des émotions et des langages humains,

- La danse est éternelle !

 

Gilbert MAYER

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http://cgagne.org/index.htm

un beau site à visiter, à étudier, à méditer

 

 

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