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Le rite Opératif de Salomon. ROS. 31 mai, 2020

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Le rite Opératif de Salomon. ROS

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Le Rite opératif de Salomon est un rite maçonnique apparu dans le courant des années 1960 à l’issue d’un travail de recherche mené par Jacques de La Personne, alors président de la commission des rituels et grand orateur adjoint du Grand Orient de France. Il propose aux francs-maçons qui le pratiquent une approche très symboliste de la franc-maçonnerie, avec un accent particulier mis sur le cérémonial des réunions maçonniques. Ce rite est principalement pratiqué au sein de l’Ordre initiatique et traditionnel de l’Art royal (OITAR) que Jacques de La Personne crée en 1974.

La Franc-maçonnerie et particulièrement la franc-maçonnerie française, est organisée en différentes « structures maçonniques » : Obédiences, Ordres Initiatiques, Loges Indépendantes… chacune avec ses particularités et son histoire. La franc-maçonnerie en France est riche de cette diversité qui permet à tout « cherchant » d’emprunter la voie qui lui convient le mieux.

Le ROS se distingue des autres Rites par plusieurs aspects.

 

L’expression orale.

L’OITAR et le ROS propose une démarche axée sur le symbolisme et son étude, en privilégiant le travail oral.

Cette expression orale ne concerne pas le rituel, dont la densité ne permettrait pas une restitution « par cœur » suffisamment précise. Elle concerne les travaux en Loge qui sont faits sans l’aide d’un support écrit.

Le travail oral favorise une expression de soi et non la mise en avant d’une érudition ou d’un travail rédactionnel. Il incite à aller à l’essentiel. Mais l’expression orale est plus bien plus qu’un simple dispositif pratique. Elle replace « la parole » au centre de la démarche maçonnique.

Les Loges de l’OITAR ne pratiquent pas le système des « planches » tel qu’il est pratiqué dans les autres Loges. La « planche » est souvent un travail écrit, présenté depuis le plateau de l’Orateur et sur lequel les frères et sœurs de l’atelier peuvent poser des questions.

Ce dispositif est totalement repensé dans les loges de l’OITAR. Déjà le frère ou la sœur qui introduit le sujet le fait « entre les Colonnes », debout et « à l’ordre ». En aucun cas l’Orateur, officier de la Loge, ne cède son plateau. Ensuite la parole circule non par un système de « questions-réponses » mais pour proposer des apports différents sur le même sujet. Chacun expose donc sa vision. Le terme de « planche » est donc inapproprié au ROS, sauf à considérer que la planche est collective et qu’elle se constitue de l’apport de tous.

Cette disposition est rendue possible par les types de sujets abordés en Loge : seuls les sujets symboliques sont autorisés. Or le symbole ne permet pas de discours figé : le symbole est ouvert et le symbolisme permet l’apprentissage de la Parole de l’Autre et de son respect.

Les sujets abordés ne sont donc jamais prétextes à polémique : la stricte « triangulation de la parole », interdit l’interpellation directe de celui ou celle qui vient de s’exprimer, et limite voire interdit une discussion contradictoire. Le but est moins de démêler le vrai du faux que d’apporter une pierre à l’édifice, sans déconstruire les apports précédents.

 

Des loges de petites tailles.

Conséquence de cette méthode de travail et de l’esprit du ROS : les loges de l’OITAR sont de petite taille. Atteindre la trentaine de membres est souvent le signal pour la Loge de l’ouverture d’une réflexion sur « l’essaimage », c’est à dire de la création d’une nouvelle Loge, par scissiparité. Peu de Loges fonctionnent au-delà d’une quarantaine de membres, ce qui permet à tous les compagnons et les maîtres de s’exprimer au cours d’une tenue.

 

Les tenues « de galerie ».

Les «Galeries» sont une autre spécificité du Rite Opératif de Salomon. Ces réunions, organisées par les Loges, sont des espaces de rencontre entre une Loge et des non-maçons intéressés par la démarche offerte par la franc-maçonnerie. Lieu d’échanges, la Galerie s’enrichit des exposés des maçons qui l’animent et des questions posées par les visiteurs.

Les non-maçons y sont reçus à visage découvert, à condition qu’ils soient dûment invités par un membre d’une Loge de l’Ordre. Chaque « galerie » est l’occasion de rappeler les buts de la franc-maçonnerie, de présenter les diverses Obédiences existantes, d’expliquer les Rites, d’aborder le rôle du symbolisme. L’Histoire de la franc-maçonnerie est présentée à chaque cycle de Galerie. Il s’agit de donner une image positive de notre Confrérie mais également d’orienter les non-maçons dans la voie qui leur permettra de s’accomplir le mieux possible.

L’entrée en franc-maçonnerie se fait donc en confiance. Au bout d’un cycle de galeries (en moyenne trois), les non-maçons intéressés font une lettre simple au Maître de Loge. Cette lettre déclenche une ou deux rencontres avec des maîtres de l’atelier, discussions conçues non comme des enquêtes mais comme une étape de discussion libre, portant souvent sur les aspects « pratiques » de la démarche : cotisation, engagement d’assiduité, rôle du conjoint, etc.

Ce résultat de discussion complète l’apport du parrain qui a conduit le non-maçon jusqu’à la porte du Temple ; il permet à la « Chambre des maîtres » de voter ou non l’admission de l’impétrant aux épreuves de l’initiation maçonnique. Vote qui se fait, comme tous les votes à l’OITAR, à l’unanimité des votants.

 

Les cérémonies.

Le ROS se distingue par la beauté formelle de ces cérémonies. La cérémonie d’initiation, reprend les grands fondamentaux des cérémonies d’initiation maçonnique, et surprend plus d’un visiteur par sa richesse symbolique, la cohérence des symboles présentés et vécus par l’impétrant.

Au delà de la cérémonie d’initiation, chaque tenue maçonnique se doit d’être un moment privilégié. La forme occupe une place importante : la vêture est stricte pour les sœurs comme pour les frères et ne retient que le noir et le blanc. Les déplacements dans le Temple sont ritualisés avec précision. La disposition du tapis de Loge, constitués de véritables outils que l’on dépose sur un tapis mosaïque, se fait graduellement : les apprentis déposant leur outils, les compagnons les leurs, l’Expert et le Messager complétant avec les symboles de la Maîtrise.

Le rituel permet aux frères et aux sœurs de se penser dans un autre espace, dans un autre temps. La phrase est recherchée, les mots sont choisis, l’expression est poétique.

 

Les degrés

Le Rite opératif de Salomon pratiqué à l’OITAR se divise en neuf degrés répartis en trois ordres :

Les trois premiers degrés : apprenti, compagnon, maître, sont, comme le veut la tradition maçonnique, gérés indépendamment des degrés suivants dits « de Perfection » (à partir du quatrième degré). Les trois premiers degrés sont gérés par un grand maître général, entouré d’un conseil des grands maîtres territoriaux. Les degrés dits « de Perfection » sont gérés par le Suprême Conseil universel du Rite.

 

https://www.oitar.info/nous-connaitre/les-specificites-du-rite-operatif-de-salomon.html

OITAR

Le rite Oriental de Misraïm 14 mai, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

 

Le rite Oriental de Misraïm

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(Par le frère Robert MINGAM)

 

Il faut ici composer entre l’Histoire et la légende en présentant l’énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom, un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres, acteur occulte de la Révolution française pour l’ensemble et certainement, être moralement indéfinissable, tant le Rite qu’il a fondé attire des caractères trempés dans une eau, tout sauf plate.

Notre homme, très proche du Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Malte, Manuel Pinto de Fonseca, avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques, fonda en 1784 le Rite de la Haute Maçonnerie Égyptienne. Bien que ne possédant que trois degrés (apprenti, compagnon et maître égyptien), le Rite de Misraïm semble lui être indirectement relié même si, aujourd’hui encore, il est difficile d’établir avec certitude où Cagliostro fut réellement initié et comment il bâtit son Rite. Une chose est certaine, il reçut entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître national de la Maçonnerie Napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts grades hermétiques, venus en droite ligne des secrets d’immortalité de l’Ancienne Égypte. Et c’est en 1788, non loin de Venise, qu’il transféra ces hauts degrés hermétiques au sein de Misraïm, un Rite maçonnique d’inspiration ésotérique, nourri de références alchimiques, occultistes et égyptiennes, dont on trouve les traces dès 1738, en lui en octroyant une patente.

 Déjà demi centenaire à cette époque, le Rite de Misraïm constituait un écrin idéal pour recevoir un tel dépôt initiatique, et attirait alors de nombreux adeptes qui se réclamait d’une antique tradition égyptienne.

 Le Rite de Misraïm serait donc le plus ancien des Rites maçonniques en France. Son origine remonterait à plus de 200 ans. Parmi l’ensemble des Rites maçonniques, Misraïm a toujours occupé une position particulière, et ce, depuis son origine. Il a sa place parmi les rites égyptiens qui s’abreuvèrent à la source des antiques traditions initiatiques du bassin méditerranéen : pythagoriciens, auteurs hermétiques alexandrins, néoplatoniciens, sabéens de Harrân, ismaéliens… Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour trouver sa trace en Europe.

 Le rite de Misraïm, revendique le titre ou la qualité de rite « oriental”. Il a un véritable tempérament “oriental” et une histoire tellement mouvementée qu’il a longtemps été regardés avec condescendance par les grandes obédiences maçonniques. Pourtant, Robert Ambelain, a réussi à imposer les rites égyptiens dans le paysage maçonnique français, en lui donnant une certaine importance numérique, et en faisant de Misraïm l’un des rites les plus symboliques et des plus attrayants.

 Rite de Misr (Misraïm) Ile de Zante 1782

 Le nom de Misraïm en hébreu ancien signifie « Les Égyptiens« .

 1792 L’Ordre de Mizraïm, R+C Pythagoricienne, dont le siège était toujours en Italie, fit initier ses adeptes, en grand secret, à son rite.

 Dans les années 1797-1798, les FF\ de l’Ordre, et en particulier les FF\ R+C Pyt\ , durent fuir à Palerme l’invasion autrichienne.

 1801 ils réformèrent le Rite de Mizraïm, réforme déjà étudiée à Venise, mais qui demeurait toutefois dans un cercle intérieur à l’Ordre. Cette réforme prit la dénomination officielle de Rite Oriental de Misraïm. A cette époque, le Rite recrutait aussi bien des personnalités aristocratiques que des bonapartistes et des républicains, parfois même des révolutionnaires carbonari.

 La plupart des membres de la mission d’Égypte qui accompagnèrent Bonaparte étaient Maçons de très anciens Rites Initiatiques : Philalètes, Frères Africains, Rite Hermétique, Philadelphes, Rite Primitif, sans omettre le grand Orient de France. C’est la découverte, au Caire d’une survivance gnostico-hermétique, (premier Memphis) qui va conduire ces Frères à renoncer à la filiation reçue jadis par la Grande Loge de Londres.

 1804 Les deux rites (Misraïm et premier Memphis) furent réunis au moment de la proclamation du Royaume d’Italie par Napoléon. L’empereur les reconnut alors comme Ordre Oriental Ancien et Primitif de Mizraïm et de Memphis En retour, tout naturellement, l’Ordre se montra favorable à Napoléon et à sa politique.

 Une première version nous est présentée par le grand propagandiste du rite de Misraïm en France, Marc Bédarride — né en 1776 à Cavaillon, dans le Comtat Venaissin.

 Selon cet auteur, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Bédarride s’en réfère à l’Ancien Testament ; selon lui, c’est Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l’humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l’établit en Egypte, sous le nom de « Mitzràim » : c’est-à-dire les Egyptiens. C’est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l’ésotérisme. C’est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cécrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc-Aurèle, Maï-monide, etc., tous les instructeurs de l’antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

 Le dernier maillon de cette chaîne ininterrom­pue aurait été le propre père de l’auteur, le pieux Gad Bédarride, maçon d’un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d’un mystérieux Initiateur égyp­tien, de passage en son Orient et dont l’on ne connaît que le « Nomen mysticum » : le Sage Ananiah. Cet envoyé l’aurait reçut à la Maçonnerie égyptienne.

Signalons ici que ce n’est pas là la première allusion historique au passage d’un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en avait donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l’ouvrage de Bédarride : c’est l’initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signale, lui aussi, le passage du mis­sionnaire Ananiah dans le Midi de la France, en l’année 1782 .

Une seconde version, bien différente de la pre­mière, sur l’origine de la maçonnerie égyptienne nous est contée par le polygraphe français Jean-Etienne Marconis de Nègre, fils du créateur du Rite de Memphis.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l’apôtre St Marc, l’évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre « séraphique » nommé Ormus, habitant d’Alexandrie. Il s’agit évidem­ment d’une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s’appliquer qu’à une catégorie d’anges bien connue des dictionnaires théologiques ; rem­plaçons-le ici par celui de «prêtre du culte de Sérapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Egypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l’Essénisme palestinien, dont les descendants   auraient   à   leur   tour   communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Pa­lestine, qui les  auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé  à   Upsal,  à  cette  époque  et  introduit peu après en Ecosse, un Ordre de maçons orientaux. Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

 Le nom même du vulgarisateur varie d’ailleurs avec les années. D’Ormus, il devient Ormésius dans un autre ouvrage de Marconis.

 Divers auteurs font allusion à cette version. Soulignons, dès à présent, que ces deux ver­sions  parallèles   —   aussi   fantaisistes   l’une  que l’autre — prouvent toutes deux la profonde igno­rance de leurs propagateurs.

Si nous interrogeons les maçons contemporains et leur demandons ce qu’ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France :

Levesque qui rédigea en 1821 un « Aperçu général  historique »  des   sectes  maçonniques  de son temps parle en ces termes du nouveau venu : le rite de Misraïm, « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s’établir à Paris. Il venait du Midi de l’Italie et jouissait de quelque consi­dération dans les Iles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Egypte. »

 Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Thory (1759-1817), qui, dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur. Il précise : « Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles Ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille. » Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades, excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n’en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué

Nous verrons plus loin l’extrême importance de cette observation.

Abordons maintenant Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bédarride, devint leur implacable adversaire. Il nous apprend — il est ici un témoin oculaire — que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les ff. Joly, Gabboria et Garcia leur avaient été conférés à Naples en 1813. Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés de ce Rite, le célèbre « auteur sacré de la maçon­nerie », spécifie : « Nous reproduisons les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les ff. Joly, Gab­boria et Garcia. Tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu’énoncent les ff. Bédarride. » Et il ajoute ailleurs en note : « Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui for­ment tout le système philosophique du vrai rite de Misràim, satisfait l’esprit de tout maçon ins­truit… paru à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d’in-quarto.

 Nous avons d’autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez Remy, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778.

De ces éléments, nous pouvons déduire :

1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ;

2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bédarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum : Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l’historien Thory, dont on craignait les divulgations.

 On comprend aussi l’avis de Ragon : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés phi­losophiques de Naples. » Le fait que Bédarride signale que son mystérieux Ananiah ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l’Italie prouve qu’au moins ce point de son histoire du rite n’est pas dépourvu de vraisemblance historique. C’est donc avec raison que l’historien Zaite repousse comme très douteuse l’hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent « l’invention » de ce rite à un nommé Lechangeur, à Milan, en 1805 !

 Voici maintenant un nouvel élément, digne d’intérêt : Le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d’Isis. Or, Isis est le mot sacré d’un des degrés de Naples.

 L’on peut se demander si Bédarride a connu Cagliostro. Il faut répondre par l’affirmative ; il ne conteste ni la réalité de son initiation en Egypte ni celle de ses pouvoirs, il se borne à lui reprocher d’avoir, en France, fait un rite égyptien personnel.

Le  1er août 1818 paraît à Bruxelles une dé­fense du rite de Misraïm, signalant un ouvrage.

 1810 Michel Bédarride aurait reçu à Naples, les pouvoirs magistraux du Frère De Lassalle. Filiation par transmission directe.

 Selon Reghellini de Schio, ce serait le 24 décembre 1813, à Naples, que François Joly, ayant rempli les fonctions de secrétaire général du Ministère de la Marine à « Naples », aurait été initié à la franc-maçonnerie de Cagliostro, ainsi que les Frères Lechangeur et Marc Bédarride, demi-soldes de la campagne d’Italie, et auraient reçu par délégation et pouvoirs du Souverain Conseil Universel (qui comprenait les Zénith de Venise, du Caire et de Palerme) une charte les autorisant à propager le Rite maçonnique égyptien de Misraïm en France.

 Dès 1814, existait à Montauban, une mission particulière, initiée par les Frères de Venise, selon l’ancienne rituélie du “premier” Memphis. Ce rite, se situant dans le prolongement des communautés israélites médiévales de Provence et du Languedoc suivait le rite Juif Séfarade de Carpentras, et était en outre très versée dans des études kabbalistiques. Plus kabbalistique qu’égyptien, il fut donc introduit et développée et dirigée en France par les frères Bédarrides, à une époque où les Juifs n’avaient aucun droit de cité au sein de la Franc maçonnerie, et cela quasiment sous la protection du Rite Écossais. Le Rite de Misraïm comptait, en effet, des noms maçonniques illustres à sa tête : comme le Comte de Saint Germain, le Comte Muraire, Souverain Grand Commandeur du Rite Écossais Ancien Accepté, le Duc Decazes, le Duc de Saxe-Weimar, le Duc de Leicester, le Lieutenant Général Baron Teste, etc…

 Si, très rapidement, le Rite de Misraïm rassemble les jacobins nostalgiques de la République, c’est au sein du Rite de Memphis que se regroupent les demi-soldes de l’ex-Grande Armée et les bonapartistes demeurés fidèles à l’Aigle. Notons du reste que les deux Rites ont en 1816 le même Grand-Maître Général, prémisses de la fusion future.

 Sous la Terreur Blanche, c’est Misraïm qui transmet leur nécessaire maîtrise aux Carbonari. Violemment anticlérical et anti royaliste, le Rite groupe alors une cinquantaine de Loges à travers le pays. Cependant le pouvoir politique et certaines obédiences maçonniques dont le Grand Orient de France, alors majoritairement monarchiste et catholique, qui pénétrées par le vent de liberté de la démocratie porté par la révolution Française, supportaient mal un rite qui se déclarait aristocratique et qui comportait un tel système de hauts grades. Le Grand Orient de France, avec l’appui de la police de la Restauration, obtient sa dissolution.

 Interdit en 1817, suite à l’affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et à l’inquiétude suscitée par les Carbonari. Le Rite Oriental de Misraïm, dénoncé aux forces de police comme un repaire de séditieux, «antimonarchiques et anti-religieux », prêts pour l’insurrection devint l’espace de rencontre de tous les opposants au régime, ce qui entraîna progressivement son déclin.

Clandestin pendant dix-huit années, le rite de Misraïm fut restauré en 1838, quand fut créé le Rite de Memphis.

 1838 Le Rite de Memphis est le premier grand système qui porte la marque du XIXe. Il est réveillé le 23 mars 1838  d’une synthèse effectuée par Jean Étienne Marconis de Nègre (1795-1868) entre le Rite de Misraïm, le Rite Écossais Ancien et Accepté et d’anciens rites d’inspiration ésotérique ou orientale (Rite Primitif, Rite Écossais Philosophique, Parfaits Initiés d’Égypte) avec une tonalité plus égyptienne que le Rite de Misraïm.

Le 25 Février 1841, la préfecture de police ordonne la fermeture des loges du Rite, sous le motif qu’elles affichent des sympathies républicaines. Les travaux sont repris en 1848. Le 21 Décembre 1851, suite au coup d’état de Louis-Napoléon, l’Ordre est à nouveau interdit. En 1862, le Rite de Memphis s’unit au Grand Orient qui l’admet dans son Grand Collège des Rites. A cette occasion, Marconis abdique de sa charge de Grand Hiérophante.

 dissous à nouveau en 1841, Misraïm sort de la clandestinité en 1848.

 En 1846, Marc Bédarride cède sa fonction de Sérénissime Grand Maître à son frère Michel. La Loge Mère « l’Arc en Ciel », fondée par son successeur J.Y. Hayère fut la seule à pratiquer le rite depuis 1856 jusque sa mise en sommeil en 1899.

 Dissous de nouveau en 1850, réveillé en 1853, Misraïm est reconnu par le Grand Orient de France en 1862.

 Se sont alors succédés à la tête du Rite de Misraïm Dr Girault (1864), Hippolyte Osselin 1864, Jules Osselin (1877), Emile Combet. Le rite maçonnique dit « de Misraïm » qui signifie en hébreu « égyptien » (Misr étant le nom de l’Egypte) fut maintes fois condamné, voir interdit, pour avoir exprimé des pensées subversives contraires à l’éthique de la franc maçonnerie dont elle se réclamait, et fut longtemps soupçonnée de vouloir infiltrer cet Ordre pour y placer ses membres. Nous savons de source sûre qu’il n’y eu aucune survivance directe à sa mise en sommeil, et que c’est dans cette Loge que s’était manifestée pour la première fois la tradition d’Ormus, le légendaire et sage Egyptien fondateur de la Rose-Croix.

 Nous savons de source sûre qu’un certain Maurice Joly, maçon Misraïmite, avocat juif et opposant au régime politique de Napoléon III, petit fils du François Joly qui, à Naples, à reçu la charte du Rite de Misraïm, était l’auteur d’un ouvrage s’intitulant « Dialogue aux enfer entre Machiavel et Montesquieu » dont fut tirés un grand nombre de paragraphes des « Protocoles des Sages de Sion ». Ces textes avaient déjà été utilisé contre le pouvoir en place, ce qui avait conduit son auteur en prison. Notons pour mémoire que Maurice Joly était intime de Victor Hugo qui fut Grand Maître de l’Ordre du Prieuré de Sion, et qu’il était le protégé d’Adolphe Crémieux, (le fondateur de l’Alliance Israélite Universelle).

 Ces protocoles, schéma directeur pour la conquête du monde par le monde juif, avait circulé dès 1884, et transité entre les mains d’un membre de la Loge « l’Arc en Ciel » nommé Schorst, dit Schapiro, à laquelle appartenait Papus. Monseigneur Fry, dans son ouvrage « le juif, notre Maître », précise qu’en 1895, la fille du Général Russe, Mademoiselle Glinka, avait envoyé de Paris, des renseignements politiques au Général Tcheréwine, alors Ministre de l’intérieur, un exemplaire des Protocoles des Sages de Sion que lui aurait vendu pour 2500 francs un certain Schapiro, membre de la Loge de Misraïm à Paris. Le Docteur Encausse, alias le « mage alchimiste » Papus, qui par la suite allait devenir le grand maître du Rite de Misraïm, était un anti-évolutionniste fervent, critique de la tendance athéiste de la maçonnerie du Grand Orient et ami du Tsar et de la tsarine de Russie où se sont passés les premiers pogroms contre les juifs, suite à la diffusion des Protocoles des Sages de Sion.

Jusqu’en 1881, les Rites de Memphis et Misraïm cheminent parallèlement et de concert, dans un même climat particulier. Or, les deux Rites commencent à rassembler sous double appartenance des Maçons du Grand Orient de France et du Rite Écossais Ancien et Accepté qu’intéressent l’Ésotérisme de la Symbolique Maçonnique, la Gnose, la Kabbale, voire l’Hermétisme.

 En effet, outre leurs dépôts égyptiens, Misraïm et Memphis sont toujours les héritiers et les conservateurs des vieilles Traditions Initiatiques du XVIII ème siècle : Philalèthes, Philadelphes, Rite Hermétique, Rite Primitif.

 Misraïm comptait 90 Grades divers, et Memphis, 95.

 En 1877, les survivants de la branche française de Misraim par l’intermédiaire de leur grand maître Emile Combet, entrent en relations avec le Grand Orient National d’Egypte qui pratique le rite de Memphis. Un traité de reconnaissance réciproque est signé par les deux juridictions. Ferdinando Oddi transmet le 95° de Memphis à Emile Combet, lequel transmet le 90° de Misraim à Ferdinando Oddi.

 Comportant alors de très nombreuses Loges à l’étranger, le rite Oriental de Misraïm compte des personnalités telles que Louis Blanc et Garibaldi qui, dix-neuf années plus tard, sera l’artisan de l’unification de Memphis et de Misraïm.

Le 04 août 1889, le Rite de Misraïm célèbre sa fête d’Ordre en présence des Frères PROAL et OPPORTUN (le bien nommé), membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. En cette même année, le Rite de Misraïm compte 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. Ceci sous la juridiction française, sans compter la juridiction italienne qui est indépendante à cette époque.

 Vers 1890, au sein du Rite de Misraïm un nouveau conflit éclate entre une minorité de Spiritualistes et une majorité de Laïcisants. Conduits par le Grand Secrétaire Henri CHAILLOUX, ils se rallièrent au Grand Orient. Le F:. CHAILLOUX avait en effet annoncé dans un discours : Si on peut lire dans notre déclaration de principe, imprimée en 1885, la Base fondamentale et immuable, l’existence de l’être suprême, l’immortalité de l’âme et l’amour du prochain ; aujourd’hui on peut lire dans notre Constitution réformée : « Autonomie de la personne humaine, justice et altruisme ».

 Une telle prise de position à l’encontre totale des Statuts et des Principes du Rite en excluait ipso facto son auteur. Les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes se regroupèrent dans la seule Loge Arc-en-Ciel (Loge Mère du Rite) dirigé par le Grand Président OSSELIN. En étaient membres des ésotéristes de haute valeur et c’est sous son patronage que parait la « Bibliothèque Rosicrucienne », cette dernière rééditant un certain nombre de grands classiques de l’occulte. Puis fin 1899, la grande loge de Misraim pour la France, présidée par Jacques de Villaréal, cesse ses travaux.

 Le 30 mars 1900, Ferdinando Oddi était reconnu détenteur de la double juridiction suprême de Memphis et de Misraim. Lorsque cette même année Garibaldi est désigné comme premier Grand-Maître Général « ad vitam » pour chacune de ces deux Obédiences, après bien des discussions, une fusion de fait s’accomplit entre les Rites de Misraïm et de Memphis qui avaient, dans la plupart des pays étrangers, les mêmes hauts dignitaires, fusionnèrent en un unique Ordre maçonnique, à Naples, rendant possible l’établissement d’une échelle commune de grades. (Seul le Souverain Grand Conseil Général du Rite de Misraïm pour la France refusa d’entrer dans la Confédération des Rites-Unis de Memphis-Misraïm, et conserva sa hiérarchie de 90e , comme Rite Oriental de Misraïm, avec le P. Fr. Ferdinando Oddi comme Grand Maître.)

 En 1902, à la suite de divers conflits au sein du Grand Orient National d’Égypte, le Grand Conservateur Général des Rites de Memphis et de Misraim, Ferdinando degli Oddi démissionna de ses fonctions. John Yarker, » ancien vice Grand Hiérophante pour l’Europe », se considéra de facto comme le » nouveau Grand Conservateur mondial de Memphis et Misraïm« . Cependant, Le frère Ellic Howe de la loge Quator Coronati lodge de Londres et le professeur Helmut Möller de l’université de Göttingen affirment que Yarker aurait acquit les rites de Memphis et de Misraim, d’une source américaine douteuse en 1872–(Fringe masonry- the Quator Coronati lodge, vol.85,91,92,109 London 1972,78,79,97). Cette nomination ne fut pas entérinée par l’Égypte et en 1902, Ferdinando degli Oddi transmit ses titres de Grand Commandeur-Grand Maître du Grand Orient National d’Égypte (Grand Collège des Rites) et de Souverain Grand Conservateur Général des Rites de Memphis et de Misraim au T.S. frère Idris Bey Ragheb, et à son successeurs le prince Mohamed Aly Tewfik, petit-fils du khédive Mehemet-Aly, et Youssef Zakq grand chancelier – dont filiation jusqu’à nos jours.

 La France et Memphis-Misraïm

 Théodore Reuss, Grand Maître du Souverain Sanctuaire d’Allemagne par une charte reçue le 24 septembre 1902 de John Yarker, dirigeait également l’O.T.O. (Ordo Templi Orientis) et diverses petites sociétés paramaçonniques. Sans avoir l’autorité pour le faire (il n’était pas Grand Maître Général), il accorda en date du 24 juin 1908 à Berlin la constitution à Paris d’un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite Ancien et Primitif. Pourtant, John Yarker, chef mondial du  » rite  » était seul habilité à créer de nouveaux Souverains Sanctuaires, (si l’on ferme les yeux sur les origines illicites de sa filiation du Rite de Memphis, et sur son auto-nomination comme Grand Hiérophante de ce « rite  » ainsi que sur l’absence de patente du Rite de Misraïm).

 Outre la triple illégitimité de son origine, ce Suprême Grand Conseil français se trouvait dans une position ambiguë. Il n’avait pas rang de Souverain Grand Sanctuaire (nom donné aux Grandes Loges dans le Rite Ancien et Primitif) et ne pouvait donc pas fonder de nouvelles loges. Le texte de la patente berlinoise, perdue, est connu par le compte rendu du convent de Juin 1908. Il ne prévoyait pas la possibilité de créer des organismes subordonnés (loges, chapitres, etc.).

 John Yarker fut le dernier Grand Hiérophante de cette lignée hybride. Après sa mort, le 20 mars 1913, le Souverain Grand Sanctuaire (Théodore Reuss, Aleister Crowley, Henry Quilliam, Leon Engers-Kennedy) se réunit à Londres le 30 juin 1913. A l’unanimité, le frère Henry Meyer, habitant 25 Longton Grove, Sydenham, S.E., County de Kent, fut nommé Souverain Grand Maître Général. Théodore Reuss, Souverain Grand Maître Général ad Vitam pour l’Empire Germanique et Grand Inspecteur Général, participait à cette réunion. Les minutes de la convocation précisent que Aleister Crowley proposa la nomination de Henry Meyer aux fonctions de Grand Maître Général, appuyée par Théodore Reuss qui l’approuva et la signa. Néanmoins, le 10 septembre 1919, se considérant comme Grand Maître Général mondial de cet amalgamme Memphis-Misraim, il délivra à Jean Bricaud une charte pour la reconstitution en France et dépendances, d’un « Souverain Sanctuaire de Memphis-Misraïm ».

 Sensiblement préjudiciable fut la persécution systématique menée au siècle dernier par le gouvernement autrichien dans la Lombardie et la Vénétie et par les autres gouvernements dans les différents petits états de la péninsule, par l’Eglise en général et, à notre siècle, par le régime fasciste; également préjudiciable fut la lutte conduite par les différents Grands Orients, qui ont essayé par tous les moyens d’absorber le rite de Misraïm. Malgré tout, les documents les plus importants ont été conservés et transmis jusqu’à nos jours.

 En 1923, l’Eminent Frère Marco Egidio Allegri, devint Puissance Suprême du rite de Misraïm de Venise ainsi que Grand Conservateur à vie du Rite de Memphis de Palerme, tombé ensuite en sommeil en 1925.

 De 1936 à 1939, ce « rite » connut une période prospère, pendant laquelle Constant Chevillon ouvrit de nombreuses loges en France et à l’étranger. Pendant la guerre, la franc-maçonnerie et les autres sociétés initiatiques furent interdites.

 Robert Ambelain, éminent ésotériste, favorable au maintien de la tradition initiatique, telle qu’elle existait à travers PAPUS et Eliphas LEVI, symboliste doté d’une bonne logique et d’un esprit critique, fut initié la Maçonnerie Traditionnelle, par le F\ Constant CHEVILLON 96ème, au début de l’année 1939, à la Loge HUMANIDAD à Lyon. Le Grand Maître des rites confédérés fut également reçu apprenti cette même année dans une loge parisienne du rite de Memphis-Misraïm, la Jérusalem des Vallées égyptiennes, par Constand Chevillon et Nauwelaers. Peu après le début de la guerre de 39/45, la Loge dû se mettre en sommeil, compte tenu de l’absence de nombre de participants, puis d’une chasse aux Francs maçons orchestrée par VICHY. En conséquence, les archives des rites de Misraïm, de Memphis, de Memphis Misraïm, Early Grand Scottish Ecossais (Cernau) furent confiées à Robert Ambelain qui les cacha dans sa cave. En 1942, Constand Chevillon alors Grand Maître des rites confédérés et Robert Ambelain en son domicile, réussirent à rouvrir clandestinement la loge maçonnique, Alexandrie d’Égypte. C’est là que Robert Amadou fut reçu en 1943.

 F\ Robert AMBELAIN, le 15 août 1939, pour raison de force majeure en temps de guerre et pour services rendus à l’Ordre durant cette période d’occupation, est proclamé 95ème degré de l’Ordre Initiatique Oriental du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

 Le F\Georges BOGÉ de LAGREZE Grand Hiérophante Substitut 97ème, du Grand Hiérophante Mondial Guérino TROILO 98ème, déclare:

 NOUS, Grand Maître Général, Président du Souverain Sanctuaire pour la France et ses Dépendances de l’Ordre International Oriental du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, membre du Suprême Conseil International, Grand Hiérophante Substitut décrétons ce qui suit. En date de ce jour, élevons et proclamons Notre T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN : 95ème degré de Notre Rite, et Membre du Souverain Sanctuaire de France, en qualité de Substitut Grand Maître, et ordonne à tout Membre du Rite de le reconnaître comme tel, lui donne pouvoir de créer, installer, diriger, tout collège symbolique, capitulaire, et mystique de notre Ordre y compris les Grands Conseils des Sublimes Maîtres du Grand Œuvre 90ème degré, de notre Hiérarchie.

 En foi de quoi la présente patente lui est remise pour lui servir de titre authentique et régulier auprès les de tous Membres de l’Ordre et des Frat\ affiliées.

 Donnée en la Vall\ Egyp\ de Memphis, au Zénith de Paris, timbrée et scellée par nous, le 15 août 1939.

 Signé : Le Grand Maître Général, Grand Hiérophante Substitut : Georges BOGÉ de LAGREZE 33ème 96ème 97ème.

 Constant Chevillon qui voyageait comme Inspecteur de Banque se trouvait en mission à Clermont-Ferrand. Un matin, un inspecteur de police vint le chercher à son bureau, l’emmena à son hôtel, visita sa chambre et rafla tout ce qui était à lui, valise, papiers, manuscrits qu’il préparait pour l’édition. Ramené à la Sûreté, il y fut interrogé tout le jour avec des intervalles où il est mis en cellule avec des détenus de droit commun au nom de son idéal de liberté et de fraternité. Il y fut assassiné le 25 mars 1944 par des miliciens vichystes. Le Grand Maître de Belgique Delaive quant à lui fut décapité par les nazis.

 Henri-Charles Dupont prit alors légitimement la direction de l’Ordre à la Libération jusqu’à l’élection de Pierre DEBEAUVAIS (90e du Rite de Misraïm et 96e du rite de Memphis Misraïm).

 En 1945, la Libération permet la reprise des activités de l’A.R.O.T., avec la constitution d’un Comité Directeur de reprise des travaux, comprenant trois membres qui sont, toujours par ordre alphabétique : Robert AMBELAIN, Jules BOUCHER et Robert CABORGNE. Ils créent une fondation rituelle et occulte, avec projection d’un germe d’égrégore en astral.

 Au début de l’année 1945, le Grand Maître Pierre DEBEAUVAIS 96ème démissionne et rend la Grande Maîtrise des Rites Unis à Charles-Henry DUPONT 96ème.

 En 1956, le F\ Jean-Henri PROBST-BIRABEN rétablit le Rite Ancien et Primitif de Memphis, reçoit les patentes du Régime de Naples du Rite de Misraïm (Arcana Arcanorum) et devient Grand Hiérophante Mondial de Misraïm.

 En 1957 Le F\ Jean-Henri PROBST-BIRABEN passe à l’Orient Éternel et Henri Dubois recueille la direction des Ordres égyptiens pour la France, dont il conservera les orientations respectives : mystères égyptiens pour Memphis, hermétisme et kabbale hébraïque pour Misraïm.

 En 1958 Le F\ Dubois installe à Lyon un Suprême Conseil des Ordres Maçonniques de Memphis et de Misraïm réunis (les rituels restant distincts) dont la Grande Loge (Amon Râ) fusionne en 1960 avec les hauts grades de Memphis et de Misraïm conservant leur individualité.

 Après quelques vicissitudes, Henri Dupont mourut le 1er Octobre 1960, laissant à Robert Ambelain sa succession maçonnique.

 Le 13 août 1960 Le Grand Maître Général Charles Henry DUPONT 96ème degré, désigne par écrit le F\ Robert AMBELAIN 96ème comme son successeur à la tête des Rites Unis. Le F\ Robert AMBELAIN est nommé Substitut Grand Maître du Rite de Memphis Misraïm par Georges BOGÉ de LAGREZE, charte de John YARKER en 1909 et de Jean BRICAUD en 1921.

 Au Zénith De Coutances, le 13 août 1960, le Souv\ Sanct\ de Memphis-Misraïm et Sup\Gr\Cons\ des Rites Confédérés pour la France et ses Dépendances.

 Nous, Souverain Grand Maître, du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM pour la France & ses Dépendances, Président du Souverain Sanctuaire de France, désireux de permettre le réveil et l’épanouissement du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM en France, confions à dater de ce jour, pour les Territoires susmentionnés, la Charge de GRAND-ADMINISTRATEUR du Rite au T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN, déjà 95ème du Rite depuis 1943, le dit Frère étant de ce fait et ipso facto désigné comme mon Successeur à la Charge de GRAND-MAÎTRE du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM pour la France et ses Dépendances.

 Donné au Zénith de COUTANCES, ce 13ème jour d’Août 5960.

 Signé) Henry-Charles DUPONT, Souverain Grand-Maître.

 A Coutances le 1er octobre 1960 Charles-Henry Dupont, passe à l’Orient Éternel dans sa 84ème année.

 Le Grand Maître Général Robert Ambelain (96e) fonde la Grande Loge Française de Memphis Misraïm en 1960, qui est déposée sous la loi associative de 1901, le 22 juin 1963. Celui ci établit des liens avec le GODF, la GLDF, la GLTSO mais n’est pas rejoint par les rites non fusionnés de Memphis et de Misraïm alors en sommeil.

 Robert AMBELAIN rétablit ainsi le Rite de Memphis-Misraïm, réussissant au fil des ans à mettre sur pied une dizaine de loges au travail remarquable.

 En 1966, au troisième Convent International du Rite de Memphis Misraïm, le Grand Maître Général Robert AMBELAIN 96e degré, devient Grand Hiérophante et Grand Maître Mondial 99e degré. Celui ci, à l’aide de plusieurs FF:., réécrit tous les rituels du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, car il n’avait que partiellement reçu les archives et les rituels de ses prédécesseurs.

 Dans la nuit du 31 Décembre 1984 au 1er Janvier 1985, Robert Ambelain transmit la charge de Grand Maître ad-vitam du rite de Memphis Misraïm à Gérard Kloppel, mais conserva la direction des Rites Confédérés.

 Le souhait de trouver place parmi les grandes obédiences conduisit Gérard Kloppel à d’indispensables compromis. On assista à la multiplication des loges bleues et à une banalisation des travaux. Une dissidence s’opéra alors mais néanmoins, certains dirigeants (dont Gérard Kloppel lui-même) demeuraient de véritables  » maçons opératifs « . Cependant, en 1996, faisant suite à différents scandales impliquant leur Grand Maître, de nombreux membres ayant connu l’époque Ambelain se retirèrent pour rejoindre la première dissidence. Quelques loges restèrent fidèles à la Grande Loge française de Memphis-Misraïm, désormais dirigée par un autre grand-maître, et un petit nombre de Frères, en désaccord avec l’esprit initial de Memphis Misraïm mais désireux de continuer d’utiliser son rite formèrent de nouvelles obédiences dites laïques, républicaines et démocratiques, considérant l’occultisme comme une littérature indigeste, confuse, laborieuse et infatuée, qui n’a réussi qu’à mettre un peu plus de fumée dans des cervelles déjà bien échauffées par le théosophisme. Dans ce même état d’esprit, un dernier groupe de loges intégra le Grand Orient de France qui, pour saisir l’opportunité, accepta en 1999 la création de loges de Rite Egyptien en son sein.

 Certains autres Frères, pour la plupart issus d’autres obédiences, se sont rapproché de Robert Ambelain pour obtenir les patentes nécessaires à la régularité de leurs travaux. Celui ci s’étant déjà dépossédé de la patente de Memphis Misraïm au profit de Gérard Kloppel, proposa le réveil du Rite Oriental de Misraïm dont il avait conservé la charge au sein des Rites Confédérés. En janvier 1996, une première patente fut délivrée au Très Illustre Frère Jean Marc Font, en qualité de Sérénissime Grand Maître (ad-vitam) du rite de Misraïm. Celui ci, ami de Patrick Leterme  qui tentait de fonder les Rites confédérés « de France » avec des patentes photocopiées en couleur empruntées à Robert Ambelain « pour informations » dixit Robert Ambelain dans un courrier adressé au Très Illustre Frère Robert Mingam, avait voulu rejoindre cette formation en y déposant sa patente. Les Frères fondateurs de la toute récente Grande Loge Française de Misraïm refusèrent d’adhérer à cette fédération de rites sans fondement, d’autant que Misraïm était encore sous la juridiction des Rites confédérés présidés par Robert Ambelain Après quelques mois, le 25 mai 1996, en son domicile parisien, le Grand Conservateur et Président des Rites Confédérés Robert Ambelain, déclara annuler la patente antérieurement confiée au Très Illustre Frère Jean Marc Font et lui substitua une nouvelle patente au nom du Rite Oriental de Misraïm, au Très Illustre Frère Robert Mingam (90e) en qualité de Grand Conservateur du Rite.

 Après quelques difficultés administratives, « la Grande Loge Française de Misraïm » vit le jour, suivie de « l’Ordre Ancien du Rite Oriental de Misraïm« . Cependant, les Grands appareils que sont les Obédiences Françaises et Européennes, qui se refusent d’accorder leur reconnaissance à quiconque n’a pas acquis une certaine notoriété, obligèrent les Sœurs et les Frères du Rite Oriental de Misraïm à s’intégrer dans l’un d’entre eux. C’est ainsi que nous trouvons des Loges Misraïmites qui travaillent sous les Auspices de la Grande Loge Mixte de France, et notamment à la GLISRU (Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis).

 Aujourd’hui encore, les obédiences maçonniques dites « égyptiennes » n’ont pas bonne réputation. Elles attirent les vocations spiritualistes mais ne savent pas les canaliser, et encore moins les fidéliser. A croire que ces rites importés par la juiverie provençale sont amalgamés au destin de ce peuple qui, tout au long de son histoire fut continuellement persécuté.

Après les trois premiers degrés de la Maçonnerie Universelle, les particularités de Misraïm s’affirment dans les Ateliers supérieurs qui pratiquent obligatoirement les 4 ème Degré (maître Secret), 12 ème (Grand Maître Architecte ) , 13 ème Degré (Royal Arche), 14 ème Degré (Grand Élu de la Voûte Sacrée), 18 ème Degré (Chevalier Rose + Croix), 28 ème Degré (Chevalier du Soleil), 30 ème Degré (Chevalier Kadosh), 32 ème Degré (Prince du Royal Secret), 33 ème Degré (Souverain Grand Inspecteur Général).

 Les 66 ème et 90 ème Degrés sont conférés à des Maçons en récompense de leur valeur, de leurs connaissances, et de leur fidélité ; le 90 ème Degré leur confère le droit de siéger au « Conseil des Sages » en qualité de Grand Conservateur du Rite.

 Les autres Degrés tels que celui de Royal Arche sont facultatifs mais la Chevalerie peut être transmise avec le 20ème Degré dit Chevalier du Temple, issu directement de l’Ancienne Stricte Observance Templière et des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte de Jean-Baptiste Willermoz.

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Source :http://www.lesmisraimites.com/pages/le-rite-oriental-de-misraim.html

DONNER UN SENS A CE QUI SEMBLE DEVOIR ETRE LA QUETE DU FM 24 mars, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

DONNER UN SENS A CE QUI SEMBLE DEVOIR ETRE LA QUETE DU FM

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La question des Lumières, disait le philosophe Michel Foucault, c’est celle de l’appartenance à un certain « nous ». Quand vous dites « nous, les enfants des Lumières » (voire FF de Lumière, qu’est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire tout le monde. Un des apports des Lumières est d’avoir fait entrer dans l’humanité des catégories « de seconde zone » !!  Regardons Condorcet …. Il a réintroduit les femmes, les Noirs et les juifs dans l’humanité tout entière. Les Lumières, c’est la révélation que tous les humains sont égaux, se rappelant en cela notre principe républicaine comme l’art 1 des constitutions du GODF, et c’est cette idée que je ne cesse de répéter : voyons ce qui nous unit avant ce qui nous distingue.

Ce travail de réintégration passe dans ce cas cité préalablement par la littérature et dans tous les cas par l’Art en général.

A la question de savoir dans quel but voyagent les FM, l’instruction mac nous apporte, dans ses tous derniers mots, une réponse complète et sibylline : 
« Rechercher ce qui a été perdu. Rassembler ce qui est épars et répandre partout LA LUMIÈRE»   et si tout est dit dans cette ultime réponse il reste au FM à donner un sens à ce qui semble devoir être la quête de tout FM , cet idéal dont la réalisation ne sera peut-être jamais achevée .. un peu comme « Aduc stat ». 

C’est aussi dans les Constitutions d’Anderson que l’on trouve cette phrase: « La Franc-Maçonnerie est destinée à rassembler ceux qui, sans elle, ne se seraient jamais rencontrés ». Qu’entendre alors par « Rassembler ce qui est épars », au delà de cette vocation première de la FM quel que soit le rite pratiqué ? 
On peut y voir trois aspects complémentaires et indissociables symbolisant les trois forces créatrices d’une utopie fondatrice. 
« Rassembler ce qui est épars » est à la fois une valeur, un moyen et une finalité une fois établi le principe de choix volontaire en même temps soumis au sens d’accepté du FM. 

Commençons par la valeur. Issus d’une souche unique que les scientifiques s’accordent à situer en Afrique, les premiers Hommes ont migré pour finalement occuper la presque totalité de cet espace restreint qu’est notre planète Terre… pour les Hébreux c’est la sequinah loi de l’Eternel visant à répandre les Elus sur toute la surface de la terre.
Les conditions climatiques et géographiques ayant entrainé des adaptations morphologiques et culturelles importantes, l’Homme a créé des langues, des coutumes et cultures spécifiques et différentes. … car ce qui est épars, en premier lieu, c’est l’espèce humaine et c’est cette particularité qui a créé les différences…qui font toute la différence alors qu’aujourd’hui et nous le savons par la Génétique,  nous sommes issus de la même chaine ADN, homme femme, blanc ,noir comme d’ailleurs la drosophile … la mouche car seule la modification d1 élément … proton ou neutron ou autre permet d’arriver à une autre structure, de se transformer en fait … un autre être un peu comme s’il était passé dans un athanor et que l’on se mette à revivre après la mort de sa corporéité, renaissant  sous 1 autre aspect plus pur que le précèdent, rectifié et apuré d 1 partie de ses peurs, de ses vices, de ses préjugés voire de ses superstitions. La FM est aussi un réceptacle de diverses voies et influences spirituelles se rattachant à LA Tradition primordiale dans une totale liberté de con_science. En effet, Toutes les voies spirituelles conditionnées par le lieu ou l’époque où elles interviennent se rattachent à Une Tradition Primordiale par son es_sence et dont toutes les autres découlent … Elles sont chacune un morceau brisé d’un même miroir, de la même « source ». Et j’aime bien énoncer ce concept que les FM s’appellent tous FF ou SS car issus du même Père.!  Le GADLU bien entendu

C’est, par ailleurs, au nom de ces différences que l’Homme nain cad petit au sens du savoir, mal instruit et aveugle à ses de_voirs envers les autres et l’Humanité se déchire et se bat et souvent contre lui-même depuis la nuit des temps. Parfois pour l’imposer et vaincre, d’autres fois pour mourir sans la sauvegarder. 
Mission, projet ou utopie, qu’importe le mot, la FM via le symbole mac :. est une clé d’accès à l’Eveil qui engendre l’Action, le Travail volontaire et une non inertie qui nous permettra d’atteindre pour tous, croyants ou croyants l’Unité dont nous sommes tous issus et de se relever debout et grand les pieds en terre et la tête dans les Etoiles. 

Certains pourraient voir, dans cette volonté de rassembler, une contradiction entre la liberté de penser qui nous garde de tout dogmatisme et la réunion des diversités. Mais c’est sans compter sur la Fraternité, cette valeur humaniste qui nous anime et nous permet de nous réunir dans le respect de la différence, la tolérance de la diversité et nous encourage à construire l’œuvre autour d’un axe commun. 
Il nous vient alors à l’esprit cette maxime de Saint Exupéry si souvent reprise sur nos colonnes: 
« Si tu es différent de moi, loin de me léser, tu m’enrichis ». 
Il nous faut donc rassembler et non assembler, car la pensée unique serait destructrice d’une démarche qui consiste à respecter chacun dans sa différence et à construire ensemble dans une dynamique où les esprits s’additionnent plus qu’ils ne s’opposent. 

Ce qui est épars c’est la diversité de l’Homme, cette diversité qui fait de chacun de nous un Être à part, unique et complexe. 
La démarche M :. doit donc permettre à chacun de travailler, de construire et de s’élever marche après marche, vers l’Unité en s’enrichissant de la complexité de l’Autre. Et qu’importe que le « français « descende dans son cœur pour s’affronter ou mourir en s’abreuvant à la source de l’Origine, qu’importe que l »’Ecossais ancien et accepté « venge le meurtre du Maitre en désobéissant au titre d’une justice mal comprise, que le « régime rectifié »  fidèle à la religion chrétienne modifient sa structure géographique issue jusqu’alors de la Stricte observance templière en décidant de l’ abandon de toute filiation avec l’héritage templier et intégrant notamment des éléments de l’Ordre des Élus Cohëns, que le chevalier de l’aigle rouge enfourche son cheval et soit le cabbalier qui combatte pour transmettre savoir et connaissance … seule la Fraternité et le langage symbolique nous réunit tous et toutes, démarche qui, soulignons-le, tend à l’universalité dans l’unité sans jamais tomber dans l’uniformité. 
Alors tous ensembles nos chaines d’Union peuvent devenir une chaine de Fraternité qui nous invite à progresser ensemble vers notre idéal en associant la verticalité et l’horizontalité que sont la pensée et l’action. 

« Rassembler ce qui est épars » est donc également un moyen, et seul le symbolisme qui nous en donne la mesure, rapprochant les deux morceaux d’un même objet par des individus différents afin de leur permettre de se rejoindre et de se reconnaître.  « Faire symbole » c’est déjà poser un acte pour retrouver l’Unité. Ce qui présuppose que cette unité a existé, à été perdue, qu’elle est reconstructible et qu’il existe une démarche pour la retrouver. 
Le symbolisme maçonnique est un moyen, une démarche unificatrice qui permet l’échange au-delà des différences de cultures, d’origines de religions ou d’opinions. 
Il nous conduit à ce que Jung appelait l’inconscient collectif et nous reconnecte au sens le plus secret des représentations archétypales auxquelles nous pouvons nous accéder par l’intermédiaire du symbole. 
C’est la voie royale de la connaissance mais également un puissant moyen de réconciliation avec soi-même et par conséquent avec les autres. 
N’est-ce pas là une matérialisation du verbe « rassembler » ? 
C’est la démarche symbolique, en tant que moyen, qui nous conduit à l’Unité de l’Être en tant que finalité. Car elle nous plonge dans l’univers de la conscience en transcendant celui de notre mental et de notre moi. 
Ainsi l’Être et le Moi se trouvent rassemblés au plus intime de nous-mêmes. 
Le symbolisme est la voie qui permet l’émergence de l’Être et le silence de l’égo par les représentations intimes qu’il créé et l’espace sacré intemporel dans lequel il nous immerge. 

« Rassembler » est donc en troisième lieu, une finalité.  Comme dans le mythe d’Osiris dans lequel Isis l’épouse et veuve fidèle rassemble les morceaux épars de son mari puis insuffle une étincelle de vie pour être fécondée, nous avons, en tout premier lieu, perdu de façon volontaire et symbolique notre matérialité pour entrer dans le Temple … le Saint, l’Ame instruite et guidé par l’Esprit pour contribuer à la réalisation de l’idéal maçonnique, à rassembler, en nous, ce qui est épars et construire son temple intérieur, son corps de Gloire. 
 

Notre mental semble être comme un prisme qui décompose la réalité en plusieurs fragments de couleurs.  Ce qui pourrait sembler être un chaos intérieur est en fait le résultat d’une pensée multiple due à des structures psychiques différentes et parfois opposées.  Ordo ab Chao

Selon la tradition biblique, le monde naît d’un chaos originel par séparation. La Parole organise, in-forme l’univers, c’est à dire lui donne forme.

Selon la tradition ésotérique, l’esprit se dissout en se multipliant dans la matière, puis se recentre, se conscientise, en refaisant son unité dans la « divinité – Un ». C’est du centre que tout émane et c’est dans le centre que tout se recrée. Ce double mouvement est celui du solve et coagula des alchimistes.

La réconciliation de ces différentes structures est un premier objectif que le symbolisme peut nous permettre d’atteindre et exige une connaissance approfondie du « soi » dont on ne peut faire l’économie. 
Pour Unifier notre Temple intérieur  et contribuer à la création du Temple extérieur nous devons faire nôtre la maxime socratique : 
« Connais toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux ». 

Bien que tiraillés et confrontés à des choix qui sont faits de renoncements et de sacrifices nous devons Vivre en harmonie avec soi-même, vaste entreprise de développement de soi, de conscientisation et de travail intérieur continuel, nous conduisant alors à distinguer l’Esprit de l’égo et de les unifier. 
« Rassembler ce qui est épars » revient à passer du multiple à l’Unité, c’est atteindre la Sagesse par la Connaissance, la Tolérance et l’Amour Fraternel.  C’est atteindre le centre de nous-mêmes où brille cette Lumière que nous pourrons alors répandre autour de nous et transmettre. 

Dans un monde où la pensée scientifique semble régler en maitre, le profane en vient à croire qu’il est un grain de sable noyé dans un Univers dont on ne connaît pas les limites. Le FM sur le chemin de son initiation accède a la connaissance de l’Univers tout entier qui est contenu au plus profond de lui car ce qui est épars n’est peut-être pas ce qui est perdu mais simplement ce qui est enfoui en lui-même et qu’il ne voit pas, n’entend pas mais que son Âme porte avec souffrance. 

Pour Mircea Eliade, c’est par une vision symbolique du monde que l’homme a de tout temps cherché à se relier. L’homme en quête de sens reconnaît un point fixe qui devient symboliquement Centre de l’univers, et autour duquel s’ordonne l’espace selon les deux directions cardinales. Ce centre est l’Axis Mundi, porte des cieux, liaison symbolique avec une réalité supérieure. A l’espace matériel fait d’une infinité éparse de lieux neutres, se superpose ainsi un espace sacré symboliquement ordonné….

La voie maçonnique est bien une voie qui ouvre la réalité à la dimension de l’esprit. Elle nous amène à concevoir le divin, le GADLU, l’Unité primordiale (appelons cela comme bon nous semble), par le travail sur les symboles, à perfectionner sa vision de soi et du monde, à vaincre cet ego aveuglant, à se détacher de la matière afin de s’élever en esprit pour mieux intervenir dans le réel et dans la société. C’est bien le but de toute quête spirituelle pour tous les FM : développer une vision de la réalité dans le domaine de l’esprit afin de favoriser l’humanisation de l’homme. Ainsi le développement spirituel en liberté de l’individu n’est pas sans intérêt pour l’humanité, il est la base de la liberté de conscience.

La lumière naissant d’elle-même, chacun d’entre nous l’a en soi, mais l’a simplement oubliée !!!  Dans certains rites au prologue de l’évangile selon St Jean où sont posés le compas et l’équerre il est dit : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu »

L’éveil spirituel Mac :. ou plus tôt le « réveil » de la lumière en chacun de nous FM  vise donc à se remettre dans l’état d’origine tel l’homme primordial, l’Adam avant la chute afin, comme il est dit dans l’invocation pendant la chaîne d’union, que puisse se faire « le retour de nos Âmes en Ta Lumière ».

SOURCE : http://anck131.over-blog.com/

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L’Etoile selon HERGE 12 mars, 2020

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L’Etoile selon HERGE

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D’un symbolisme aérien, l’étoile évoque la lumière dans la nuit. Symbole de reconnaissance et d’esprit, elle affirme la fin des conflits, l’espoir puissant du phare qui guide le navire dans la nuit.

Image du Messie, l’étoile affirme l’esprit renouvelé.

Appelées fenêtres du monde, les étoiles sont des points dans la nuit, points de lumière prouvant que l’obscurité n’est jamais totale.

On les imagine aussi comme lieu de repos des âmes, portant aussi le double
de toute personne vivant sur terre. Les mythes, les contes et les légendes sur les étoiles sont nombreux.

Astres de la nuit, compagnes nocturnes des premiers hommes, elles ont été assimilées à des déités et à la mythologie avec les constellations zodiacales.

Elles furent les seuls repères pour les premiers marins, l’étoile polaire, étoile fixe, désignant toujours le nord.

On parle aussi de l’étoile du berger, la planète VENUS en réalité, souvent la première à briller au crépuscule. On raconte qu’elle aurait guidé les gardiens de troupeaux à l’endroit de la naissance du Christ.

L’ETOILE POLAIRE est souvent l’étoile qui oriente, servant ainsi de repère dans la nuit. De ce fait elle sert d’axe. D’ailleurs pour nos ancêtres l’étoile polaire était pour eux un centre remarquable dans l’univers.

En effet du point de vue d’une personne sur terre regardant le firmament, les étoiles et l’univers entier semble tourner comme une roue autour de cette étoile fixe, elle est comme l’axe du monde.

Ce symbolisme est puissant car il représente un point inaccessible, moteur de l’univers, nous ramenant a l’image du grand architecte de l’univers avec une dimension qui est la hauteur ou verticalité.

Notre état primaire était horizontal, en 2 dimensions comme le symbole d’une croix plate, mais l’élévation spirituelle ne peut se représenter qu’en ajoutant une 3ème dimension symbolique: … La VERTICALE.

Cela me fais revenir aux outils de la loge; La perpendiculaire et le niveau, outils indispensables pour visualiser l’axe immuable qui ordonne toutes choses et permet de passer de la matérialité à l’Esprit représentée par la position du Compas et de l’Equerre au centre du Naos.

Ainsi le centre du monde est souvent figuré par une élévation : montagne, colline, arbre, clocher d’église pierre levée comme les menhirs, tel le DJED .

C’est au centre du monde que se rencontre le ciel et la terre qui, en langage symbolique l’on nomme« AXIS MUNDI », ou AXE DU MONDE.
L’étoile polaire va unir le centre du monde terrestre au centre du ciel.

Celui qui atteint le centre pourra s’élever vers les états supérieurs par le long de cet axe.
Observons maintenant l’intérieur de notre loge et levons la tête pour y découvrir une nouvelle fois des étoiles, c’est : La VOÛTE ETOILEE de couleur bleu et parsemé d’étoiles, absence théorique de plafond permettant le passage de l’axe du monde et nous invitant à comprendre que notre progrès ne s’arrête à la  seule connaissance de soi mais aussi permettre d’atteindre un état de perfection supérieur ou autrement dit de supra-conscience.

Il n’y a donc pas de nuit au dessus de nos têtes, mais des étoiles rendues visibles de midi à minuit par la lumière de la loge.

Notre temple est donc à ciel ouvert, serait-elle donc interminable notre construction ?  

Il est dis dans notre langage, « apporter sa pierre à l’édifice » donc pour aider à construire un temple inachevé ( l’Aduc Stat du RER ).

Inachevé parce que le travail initiatique est interminable, mais aussi, là où il n’y a pas de toit il n’ya pas de dogme, mais seulement la voûte céleste avec ses étoiles visibles en plein jour.

La loge travail donc à ciel ouvert, forme de liberté où l’ont ne sent pas écraser par le poids morts des mondes finis.

Cela nous permet de nous mettre en cadence et en harmonie avec les constellations de la voûte étoilée, comme pour nous rappeler que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.(extrait de la table d’Hermès Trismégiste ).

Ces 5 minutes de symbolisme m’ont conduit sur une symbolique cryptée qui est : L’étoile dans l’œuvre d’Hergé

Hergé créateur des ouvrages d’aventures connus de tous, « Tintin et Milou »!

On compte exactement 22 albums d’Hergé en couleurs,

22 comme les 22 Lames majeurs du tarot;

22 comme les 22 sentiers de l’Arbre Kabbalistique.
Je ne pouvais manquer de vous présenter, en faisant cette planche sur l’étoile, cette formidable analogie symbolique des œuvres d’Hergé et de la maçonnerie,
cet ensemble d’ouvrages formant à mon avis un parcours initiatique a travers les 22 lames du tarot.

Qui de nous, un jour de sa vie n’ai pas ouvert un des albums de Tintin ?

Jamais dans ma recherche je n’aurais pensé que derrière ces formidables aventures, se cachaient une seconde lecture nous menant vers ce code crypté de la Connaissance…..J’ai trouvé cela merveilleux !
D’autres grands auteurs ont travaillé de cette façon derrière ces aventures que nous lisions étant enfant (je prendrai ici un autre auteur pour exemple… « Jules Verne »;

Ces œuvres sont riches de clefs initiatiques d’une immense valeur nous permettant d’approcher la Gnose, la Connaissance et ses mystères.
N’oublions pas que la connaissance dans le langage des oiseaux, «c’est connaître en naissant. »

Mais revenons a Hergé et aux aventures de Tintin.

Dans celle-ci nous y rencontrons différents personnages, des sages, des fous, des pharaons qui nous amène en Egypte.
« Les cigares du pharaons », où nous trouvons aussi des symboles connus de nos loges et notamment  une bague de cigare très spéciale qui ressemble à s’y méprendre à la symbolique du Ying et du Yang ;
la lune, dans « Ont a marché sur la lune ou objectif lune »

le soleil dans « Le temple du Soleil »

et bien sur l’étoile, dans « l’Etoile mystérieuse » .

Ne voyez-vous cette analogie avec les symboles maçonniques ?
Nous y trouvons aussi des temples, « Le temple du soleil ».

Chaque personnage revêt différents habits dans ces aventures.
Le professeur Tournesol que allons découvrir vêtu de la robe que porte l’Hermite, 9ème lame du tarot.
Le capitaine Hadock se cachant dans les habits du Pape qui est aussi la 5ème  lame du tarot.
Mais je suis sur en cherchant bien nous pourrions rencontrer de multitudes similitudes, des liens secrets qui par exemple :

- unissent le Diable « 15ème lame du tarot » au Yéti et à Rakam le rouge,

- les fameux Dupont aux jumeaux (principe de dualité) que nous trouvons sur le haut de la 19ème lame Le Soleil,

- et bien sur tintin représentant le fou ou le mat (arcane de valeur 0), marchant sur le chemin qui le conduit a travers le trésor de l’amitié de la Fraternité, le regard tourné  vers le haut fixant … la mystérieuse Etoile…

Tout ce récit concernant Hergé me permet d’arriver à l’aventure qui nous concerne.  « L’Etoile Mystérieuse ».
Cet astre mystérieux, c’est la 8ème étoile de la grande ourse, cette constellation que les Celtes nommaient le « Chariot d’Arthur »…..
Mais pour Tintin une étoile de plus dans la grande ourse était un mystère.

Cette 8ème étoile nous le retrouvons dans tout son éclat dans la 17ème lame du tarot « L’Etoile ».

Cet astre, à 16 branches dans la lame du tarot se trouve autour de 7 petites sœurs. Observons bien cette lame chargée d’un symbolisme puissant.

Nous y trouvons, éclairée par l’Etoile, une jeune femme nue, qui, agenouillée au bord d’un étang y déverse de la main droite le contenu d’une cruche d’Or, d’où s’écoule de celle-ci une eau chaude se déversant dans ce plan d’eau, nous y voyons bien dans l’image de la lame les vapeurs qu’elle dégage.

Dans l’autre main, elle tient une seconde cruche celle-ci d’argent.

Rappelons que l’or est un lien avec l’activité, l’énergie, le solaire et que l’argent représente la réceptivité, la féminité, le lunaire.

Une nouvelle fois cette correspondance avec nos symboles……

Cet arrosage entretient la végétation, plus particulièrement représenté par un rameau d’Acacia symbole d’espoir en l’immortalité et une rose épanouie.
Dans la légende d’Hiram, cette plante fait découvrir le tombeau du maitre, détenteur de la tradition et de la parole perdue.
La rose de cette même lame est celle des chevaliers de l’esprit, fleur qui sera posée sur la croix dont l’Acacia fournit le bois.

Mais la Connaissance réservée aux initiés n’est pas encore sortie des ténèbres. Car cette lame représente la Croissance, croissance qu’il ne faut pas confondre avec construction, celle-ci avance par sauts et par bonds, tandis que la croissance est continue répandant sa sève transformatrice.

Le principe féminin représenté par la femme symbole de fécondité, principe maternel, entre la constellation de l’espérance représentée par l’étoile se trouvant au dessus d’elle et du fleuve, symbole de continuité, au dessous d’elle.

C’est pourquoi l’étoile est croissance Vénus étoile du matin correspond à la grande étoile de l’arcane XVII. Projetant des feux verts à travers ces huit rayons d’or, il se dégage une pureté, une clarté qui renforce la beauté de cette lame du tarot. Ce qui est intéressant a savoir, c’est que l’Etoile est la 1ère carte céleste dans le tarot précédant la LUNE XVIIIème arcane et le SOLEIL XIX arcane.
Nous trouvons, comme je l’ai souligné auparavant, une grande partie de notre symbolique.

Tintin commence ici a lever les yeux vers le ciel pour entamer son travail intérieur lié par une perpendiculaire au Cosmique et arriver jusqu’à la Connaissance. Car il est dit que celui qui est capable de voir le soleil à minuit et aussi apte à découvrir la réalité des grands mystères cachés au cœur des ténèbres.
Il y a un énorme travail à faire pour comprendre toute la valeur initiatique de ces fabuleuses aventures. Il n’y a pas d’autres explications plus nettes pour comprendre qu’il s’agit de notre propre cheminement en tant que Franc-maçon. Mais je n’ai fait qu’ébaucher ce travail avec l’étoile mystérieuse en correspondance avec la lame du tarot.

Je vais maintenant juste vous laisser entrevoir la nombrologie de la lame XVII, « l’Etoile ».

Le nombre XVII correspond au symbolisme de l’Etoile. Ce nombre brille intensivement parce qu’il est le plus cosmique. 17 = 1 + 7, l’unité qui représente l’émanation et sept la création,
1= le monde supérieur
7= le monde inférieur. Ainsi s’exprime la Kabbale.
Le XVII c’est aussi l’union du ciel et de la terre.

Ce nombre recouvre tous les chapitres des 4 évangiles ; Mathieu 28 – Marc 16 -
Luc 24 – et Jean 21, total 89 l’addition théosophique nous donnes donc

 8 + 9 =17, donc 17 = 1 + 7 = 8.

Huit symbolise la justice « lame VIII du tarot la Justice ».

Si nous plaçons ce nombre à l’horizontal OO nous obtenons le symbole de l’infini.
L’arcane XVII est le plus cosmique des arcanes clefs. A travers l’arcane 17, on élimine toutes nos passions, nos folies, nos défauts pour aller vers l’Etoile de … l’Espérance.

La route est éclairée par les étoiles qui nous guident pour accomplir notre mission.

L’arcane XVII est chargé de mystères, de toutes les histoires et traditions que les hommes ont véhiculées au sujet des étoiles.

Aujourd’hui encore, ne fait-on pas un vœu au passage d’une étoile filante ?

Elles apportent messages d’espoir, de paix, d’harmonie.

 

VM :. Que ceux qui ont des oreilles entendent, que leurs yeux voient et que leur Âme comprenne.

J’ai dit

 

SOURCE : http://anck131.over-blog.com/article-l-etoile-selon-herge-98621789.html?fbclid=IwAR3nPNdpnYltS2e_JA7kXarb6vACeUJXZwG0nylNQMV838SnSfPXPy3KH_w

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Robert Ambelain 5 mars, 2020

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Robert Ambelain (1907 – 1997)

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Photographie de Robert Ambelain figurant en 2000 sur le site de la Grande Loge Française du Rite Ecossais Primitif, placé sous le patronage de Fabrice O’Driscoll, Passé Grand Maître.

Il est né le 2 septembre 1907, à Paris (10 h. 20). Il fut homme de lettres, historien et membre sociétaire des Gens de lettres, de l’Association des écrivains de langue française « mer-outre-mer », de l’Académie nationale d’histoire, de l’Académie des sciences de Rome (section littéraire). Il est l’auteur de 42 ouvrages, publiés de 1936 à 1985. Il décède le 27 mai 1997.

Son activité maçonnique et martiniste

Jeune franc-maçon de 32 ans, reçu apprenti à la loge ‘‘La Jérusalem des Vallées Egyptiennes’’, Rite de Memphis-Misraïm, Ambelain avait reçu le 26 mars 1939 la filiation de Constant Chevillon, successeur de Jean Bricaud, Grand Maître dans l’Ordre Martiniste, dit de Lyon, (constitué le 15 janvier 1931), initié par Paul Laugénie (Laugénie de Saint Yves).

Le 30 novembre 1940, Ambelain (nomen Aurifer) reçoit le premier degré martiniste d’associé par Henri Meslin (Harmonius), initié par Pierre-Augustin Chaboseau. Les témoins sont Georges Bogé, dit Bogé de Lagrèze (Mikaël), initié par Téder, lui-même initié par Papus et Jean Charboseau (Hierax, initié par Augustin son père).

Le 28 décembre de la même année, il reçoit les 2e et 3e degrés (Initié et Supérieur Inconnu) avec pour mission donnée par Bogé de développer le martinisme. Il est reçu Compagnon et Maître Maçon le 24 juin 1941.

Il fut chargé par Camille Savoire, R. Wibaux, R. Crampon et Georges Lagrèze, hauts dignitaires du Rite de Memphis-Misraïm, du Rite Ecossais Ancien et Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, de maintenir le Rite de Memphis-Misraïm dans la clandestinité. Dans ce cadre, il constitue avec des membres de diverses obédiences, ralliés à la Résistance maçonnique, la Loge Alexandrie d’Egypte, puis son chapitre.

En 1942, le 6 avril, il constitue la loge martiniste Bethelios, en initiant lui-même Jules Boucher (Phalgus) et Georges Tainturier (Baphometos), l’avant-veille, le 4 avril.

Le 3 octobre 1943, l’ ‘‘Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohen de l’Univers’’ est réveillé et constitue la résurgence, officiellement consacrée le 9 décembre 1944 en Préfecture de Paris. Le Grand Maître sera Georges Bogé de Lagrèze (Mikaël) jusqu’en 1946. L’Ordre Martiniste Traditionnel (O.M.T.) d’Augustin Chaboseau, un des premiers membres du Suprême Conseil de l’O.M. en 1888, n’a alors plus d’existence en France.

Ambelain érige son temple à son domicile, 12 square du Limousin, Paris (13e), avec les insignes et les accessoires rituels. Pendant la guerre, il recevra ainsi, avec tous les pouvoirs nécessaires,

- l’ensemble des degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté, jusqu’au 33e inclus ;

- les degrés du Rite Ecossais Rectifié, y compris ceux de l’Ordre Intérieur (Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, Profès) ;

- les degrés du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm jusqu’au 95e inclus ;

- ainsi que les degrés du Rite suédois, jusqu’au Chevalier du Temple.

En 1945, il est également Compagnon ymagier du Tour de France (Union Compagnonnique des Devoirs Unis) sous le nom de ‘‘Parisien-la-Liberté’’.

En 1946, à travers le rite maçonnique de Memphis Misraïm et la transmission de Georges Bogé de Lagrèze dans le Régime Ecossais Rectifié, (lequel ne pouvait transmettre seul la grande profession, s’il l’eût), Ambelain s’autoproclamera successeur de Martinès, également comme Chevalier Cohen (sic) et Réaux-Croix, reçu le 3 septembre 1943 par Bogé de Lagrèze.

L’Ordre Martiniste des Elus Cohen prenait naissance. Dans son ouvrage L’alchimie spirituelle, en 1985, Ambelain déclarait que si effectivement en 1955, l’Ordre Martiniste des Elus Cohen avait hérité de documents en 1955, « c’est dix années auparavant que la technique de la ‘‘voix intérieure’’ (sous-titre d’ailleurs de l’ouvrage de Robert Ambelain) confiée à L.C. de Saint-Martin et transmise directement par lui à ses intimes, nous avait été transmise avec une dernière initiation. Celui qui l’avait reçue en Egypte, au Caire, trente années auparavant nous remit un schéma alchimique, une brève explication orale, et l’initiation qui allait de pair avec le tout. Cette dernière n’avait pas de rapport avec le Martinisme classique d’ailleurs. »

Par ailleurs, dans une note Ambelain indique : « Papus l’avait également reçue, seul de tout l’Ordre Martiniste, à cette époque, ainsi qu’un autre mystique français, que nous supposons être Sédir. Elle ne leur venait pas, croyons-nous, de M. Philippe de Lyon, mais également de milieux rosicruciens du Caire, en grande partie composés d’Anglais et de chrétien coptes, où notre propre initiateur l’avait, lui aussi, reçue… ».

De fait la branche à laquelle fait référence Ambelain résulte de Sémélas, qui prétendit une filiation des Rose-Croix d’Orient et instaura son propre martinisme en rencontrant le martinisme de Papus. Comme le souligne Robert Ambelain lui-même, cela n’a rien à voir effectivement avec le martinisme classique, ni avec les pratiques de Martinès au travers de son Ordre. Ambelain écrit, toujours dans le même ouvrage, s’agissant de cette ‘‘voix intérieure’’ qu’il présente : « il s’agit de cette voie cardiaque sur laquelle on a énormément glosé, sur laquelle Papus insista avec tant de vigueur, et qui est, en fait une technique occulte, et non une banale sensibilité. »  Et Ambelain de fonder et sa technique et son rite occulte sur la doctrine martinésienne ; du moins, le voulait-il.

Pour autant, Ambelain fait bien la part entre, d’une part, le martinisme proprement dit et d’autre part, cette initiation particulière qu’il reçut de Georges Bogé de Lagrèze. Sur ce point, il est intéressant de considérer la postface de l’ouvrage de Robert Ambelain Le Dragon d’Or (Dervy – Paris, 1997), où un sort est fait quant à l’assimilation rapide entre ‘‘voie intérieure / cardiaque’’ et martinésisme.

Le 23 décembre 1957, poursuivant la ‘‘rénovation et le maintien de l’occultisme traditionnel’’, Ambelain, héritier d’archives et des sceaux, recrée l’Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix (O.K.R.C.). Cet Ordre avait été créé de toutes pièces antérieurement sous Papus. Les travaux reposent sur la kabbale hébraïque, l’alchimie, la magie et l’astrologie. Ambelain s’inspira ensuite directement du manuscrit d’Alger et des sources nouvelles des écrits découverts. Ainsi, par exemple, pour la communion rosicrucienne selon la règle du XVIIIe siècle : l’assistance à une messe du Saint-Esprit est indiquée à la page 15 du manuscrit pour la fête de la Trinité et par Martinès lui-même (lettre du 11 septembre 1768 à Willermoz, concernant les bénédictions, exorcismes et invocations à utiliser). De même pour la société des Elus du premier degré, se trouveront les exorcismes, les bénédictions, le sacramentaire.

Le 13 août 1960, à Coutances, Henry-Charles Dupont, Souverain Grand Maître, confia la charge de Grand Administrateur du Rite de Memphis Misraïm pour la France et ses dépendances, à Ambelain, 33-90-95e, en présence de Philippe Encausse, 30e et Irénée Séguret 32. Cette nomination fut faite quelques temps avant la mort de Dupont, qui décède le 1er octobre 1960.

Ambelain qui en 1943 avait été nommé Grand Maître ad vitam pour la France et substitut grand maître mondial du Rite de Memphis-Misraïm (1943 et 1944), deviendra Grand Maître mondial dudit Rite en 1962.

A sa carrière maçonnique et martiniste, il ajoutera les titres suivants : Passé Grand Maître Mondial d’Honneur du Rite de Memphis-Misraïm ; Grand Maître d’Honneur du Grand Orient Mixte du Brésil ; Grand Maître d’Honneur de l’ancien Grand Orient du Chili ; Président du Suprême Conseil des Rites Confédérés pour la France ; Grand Maître pour la France du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite).

Cette biographie de Robert Ambelain est placée sous la signature de Georges Courts, chercheur et auteur d’ouvrages, dont Le Grand Manuscrit d’Alger, paru en août 1999 aux Editions ARQA.

http://thot-arqa.com

(Document déposé sur le site du Rite Ecossais Primitif en décembre 2013).

LA FRANC-MACONNERIE – son universalisme 24 février, 2020

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution , 1 commentaire

La franc-maçonnerie – son universalisme

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La vocation de la Franc-Maçonnerie est de rassembler et d’unir tous les Hommes de bonne volonté, libres et de bonnes mœurs, dans un idéal de recherche et de perfectionnement moral et intellectuel.
Dans ce but, elle pratique une méthode de pensée faite de complète et entière liberté, qu’elle offre à tous sans distinction d’origine, de classe ou de confession.
Les moyens d’ascèse qui lui sont propres, dans la recherche de toute vérité, procèdent d’une conception ésotérique de la recherche de la pensée par l’initiation.

C’est l’ensemble de ses conceptions, de ses moyens, de ses démarches, qui confèrent à l’action et à la pensée de la Franc-Maçonnerie le caractère indiscutable d’universalisme.

Au plus haut niveau de la méditation, l’Homme s’interroge sur les Infinis, le Sens de la vie, les dimensions de l’Univers, interrogations d’ordre métaphysique qui restent sans réponses, sinon sans angoisses.

Dans le plus grand respect de la diversité des interprétations de chacun devant la suprême inquiétude qui aboutit à la foi, à la croyance ou l’absence d’un tel dépassement, les Francs-Maçons pensent tous à l’existence d’un ordre universel qui préside à tous les phénomènes, ceux de l’esprit et ceux de la matière.

Cette Loi, suprême symbole rayonnant générateur et régénérateur, est source de toute puissance et de toute connaissance, elle est vie, force, amour, elle est la synthèse de la voie de l’initiation et de recherche de la Vérité.

C’est l’initiation qui conduit l’initié vers la connaissance de la Loi et le maintient ensuite dans son sein. Elle constitue une véritable exploration dont le sens est un effort vers l’unité et la final ité l’intégration de l’individu au cosmos.

Notre initiation, nous la poursuivons conformément à la tradition millénaire des constructeurs qui, dans la pratique quotidienne de la réflexion et du travail, réalisaient en eux-mêmes et dans leur œuvre l’équilibre de la sagesse, de la force et de la beauté par une quête perpétuelle et dynamique de la vérité et par une collaboration active et constante à l’effort de création.

La vérité ! Nous la concevons comme étant à la fois éternelle et universelle, transcendante et immanente, occulte et visible, accessible à ceux qui s’attachent à mériter sa possession, ou plutôt à vivre en elle par leur travail inlassable et par leur participation aux conceptions abstraites de l’esprit comme aux réalisations concrètes de leurs réalisations.

Nous nous séparons de ceux qui la conçoivent comme uniquement transcendante, immatérielle et inaccessible autrement que par le moyen de la révélation, la pratique de l’abstention et de l’abstraction, le mépris du concret.

Nous nous séparons aussi de ceux qui la conçoivent comme seulement immanente, matérielle et accessible par les seules voies de la science et l’observation des phénomènes contingents de la matière, dans l’ignorance de la Loi dont ils procèdent.

Mais nous ne condamnons personne parce que nous ne nous enfermons point dans la certitude du dogme paralysant, parce que nous reconnaissons à quiconque le droit de chercher dans d’autres directions que nous-mêmes, que nous considérons la tolérance comme la condition essentielle de l’union des efforts, et que nous ne connaissons que deux remèdes à l’erreur: le travail _et la modestie.

En conséquence de quoi nous pouvons affirmer en toute vérité que nous ne sommes ni complètement spiritualistes, ni absolument matérialistes.

Nous ne nous réclamons d’aucune école, d’aucune église, d’aucune philosophie.

Nous ne nous réclamons d’aucune école, d’aucune église, d’aucune vérité et peut contenir une part d’erreur. Pour découvrir, il faut d’abord chercher. Nous estimons que tout est lié, que tout dépend de tout et qu’il n’est point de concessions matérielles ou immatérielles qui se puissent concevoir à l’état d’isolement. L’analyse suspend la vie, la synthèse la recrée. Il est donc également vrai de dire que nous puisons à toutes les écoles, à toutes les églises, à toutes les philosophies.

Le travail initiatique d’un Franc-Maçon est un labeur de tous les jours, de toutes les minutes. Il chemine pas à pas sur la voie de la connaissance et il ne peut en brûler une étape sans sortir du chemin tracé. Il le suit, ce chemin, face à lui-même en écho avec sa conscience d’homme libre, la méditation lui est propre … c’est son secret; c’est le secret maçonnique de l’initié: il est inviolable et le restera.

Quant à notre méthode, elle n’a rien de mystérieux. Elle réside dans l’emploi d’un mode d’investigation et d’expression qui permet aux hommes de tous les temps et de toutes les races de se comprendre au-delà du son fallacieux des mots. C’est le langage du sentiment et de l’imagination.

Il a pour nom: symbolisme.

Supposons mis en présence des hommes de race, de formation, de langage et de culture différents, nous n’en tirerons que l’odieuse cacophonie de la Tour de Babel ! Plaçons-les en revanche devant un spectacle : une rivière, une mer en tempête, une chute d’eau, un clair de lune, un air de musique, une mère allaitant son petit, les mêmes pensées naîtront dans leurs esprits et, lorsqu’ils se détacheront du spectacle et qu’ils échangeront leurs regards, ils sentiront qu’un lien est né entre eux par le seul fait d’avoir éprouvé le même sentiment et vécu la même expérience. Et ceci est vrai, que l’expérience ait été vécue en un même lieu et au même moment, ou qu’elle se soit déroulée à des lieues de distance et à des siècles d’intervalle.

Il n’est guère possible d’expliquer plus avant le cheminement de l’initiation par le symbolisme: l’initiation se vit, elle ne s’exprime pas.

L’action simultanée et collective des Initiés rend chaque FrancMaçon solidaire de tous ses Frères proches ou lointains dans le temps et dans l’espace. Car la Franc-Maçonnerie est effectivement universelle dans le temps et dans l’espace ; elle noue entre ses adeptes un lien puissant et incomparable, parce qu’elle les unit non par le respect d’un discipline extérieure, matérielle ou morale, mais par les fibres mêmes de leur vie intérieure, par le sentiment et la réflexion librement désirée et consentie.

Chaque homme, une fois entré dans le domaine initiatique, suit en complète liberté et en toute indépendancé morale, spirituelle et intellectuelle un chemin qui lui est rigoureusement personnel.

La méthode symbolique ne contraint la pensée de personne, le symbole n’impose rien, il suggère, il éveille; chacun y voit ce qui correspond à sa nature profonde et tous y puisent leur inspiration.

Voilà pourquoi la Franc-Maçonnerie est une institution universaliste sans pour autant présenter la forme d’une organisation internationale.
En affirmant que la Franc-Maçonnerie est universelle, nous entendons exprimer que notre Ordre applique, dans sa structure matérielle, les principes spirituels qui constituent son âme propre. Il réunit nos Frères dans un effort initiatique commun, par une méthode symbolique commune, mais il n’entend contraindre en aucune façon leur individualité qui doit, au contraire, s’affirmer et s’épanouir dans le cadre de cet ordre universel.

Les structures temporelles de l’Ordre sont rigoureusement inspirées par son objectif spirituel : chaque Franc-Maçon est un homme libre. Il fréquente sa Loge pour y trouver l’aliment symbolique nécessaire à son initiation incessante, mais il n’y reçoit ni mot d’ordre ni consigne, et continue de vivre conformément aux seuls impératifs de sa conscience.

Chaque Loge maçonnique est également libre, elle choisit librement ses chefs et si, depuis le XVIème siècle, elle doit, pour être reconnue régulière par les autres Loges du monde entier, avoir reçu patente constitutive d’une Grande Loge, il lui suffit de s’établir et de s’engager à travailler dans le respect des règles symboliques traditionnelles pour recevoir sa patente de l’Obédience sous la juridiction territoriale de laquelle elle se trouve placée.

Car, dans chaque Etat, il existe une Grande Loge, organisme fédérateur et centralisateur des Loges symboliques de sa juridiction. Cette Grande Loge, dont les chefs sont élus par les représentants des Loges constituantes, est souveraine et indépendante.

Il n’existe en effet aucun organisme international supérieur aux Grandes Loges, chacune d’elles assurant sur son territoire national le maintien de la tradition initiatique.

Des conférences internationales réunissent périodiquement les Grands Maîtres de chacune des Grandes Loges, mais ces conférences n’ont aucun droit d’ingérence dans les affaires intérieures des Obédiences nationales.
Un Franc-Maçon est avant tout un citoyen respectueux des lois de son pays et il se doit d’abord à sa patrie et à sa famille. Et de même que nous n’admettons pas qu’un organisme maçonnique intervienne dans la vie politique de ses adhérents, nous ne concevons pas qu’un organisme supra-national puisse, directement ou indirectement, intervenir dans la vie d’une Grande Loge. L’évolution du monde moderne tend de plus en plus à s’organiser à l’échelle internationale, chaque jour de nouveaux organismes politiques, économiques ou financiers sont créés qui viennent se superposer aux Etats nationaux, peut-être un jour nos petits-enfants seront-ils citoyens d’un Etat mondial unique dont les anciens Etats ne seront plus que les provinces.

Face à cette poussée naturelle et irréversible, les Francs-Maçons souhaitent ardemment que l’unité du monde se réalise. Mais ils pensent que cette unité doit se rechercher dans l’union des cœurs et la paix des âmes, plutôt que dans l’élaboration de structures politiques ou administratives plus ou moins imposées et acceptées.

L’unité du monde sera une vérité quand un Parisien se sentira le frère d’un habitant de Tokyo, de Leningrad, de Montréal ou d’ailleurs. La fraternité des hommes est incontestablement en voie d’élaboration, les institutions se borneront à la consacrer. Mais l’ordre des facteurs ne peut être inversé sans faire intervenir l’intolérable contrainte.
L’universalité dont la Franc-Maçonnerie propose au monde l’exemple ne découle, vous le voyez, ni d’une organisation fortement centralisée, ni d’une unité de pensée et d’action imposée par une discipline hiérarchique, elle est le fruit naturel de la pratique quotidienne d’une éthique commune et de la poursuite collective d’une ascèse initiatique individuelle et par conséquent adogmatique.

La Franc-Maçonnerie, qui non seulement laisse à tous la libre disposition de leur individualité, mais encourage chacun de ses membres à cultiver ses qualités propres, travaille à la réalisation d’une vraie fraternité reposant sur la confiance et non sur la contrainte, sur la coopération compréhensive et non sur l’obéissance passive.

C’est une telle fraternité, fondée sur l’amour, qui présidera à la réalisation de l’unité mondiale.

Pour se réaliser pleinement et pour collaborer à l’harmonie universelle, les hommes ont besoin d’amour et de liberté. Les institutions ne valent que ce que valent les volontés qui les animent. Il ne faut donc pas précipiter les événements ni brusquer les consciences.

Au Moyen Age, les Loges maçonniques étaient complètement indépendantes, et pourtant un Franc-Maçon pouvait parcourir tout ce qui constituait alors le monde civilisé et être reçu partout en Frère par ses Frères.

Lorsque, au cours du XVIIIe siècle, s’érigèrent les grands Etats modernes, des Grandes Loges naquirent dans chacun de ces Etats. Sans doute les structures temporelles de la Franc-Maçonnerie devront suivre l’évolution des structures politiques du monde, mais à aucun prix nous ne précéderons cette évolution.

Au demeurant, les formes temporelles sont, à nos yeux, relativement secondaires.

Je vous l’ai dit et je terminerai par là, la Franc-Maçonnerie n’a aucune visée d’ordre politique, philosophique ou religieux ; elle ne recherche ni ne prétend devenir une organisation internationale, il lui suffit d’être ce qu’elle a toujours été : une institution universelle.

 

SOURCE : Loge Maçonnique « Cordialité et Vérité » Orient de Genève

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Au commencement était le rire. Et après ? 17 février, 2020

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Au commencement était le rire. Et après ?

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Masque sourire Néolithique (-7000 ans)

Il est courant d’introduire le thème en faisant référence à Rabelais … « Le rire est le propre de l’Homme »… Eh bien non… Il s’avère que nous partageons ce « petit orage nerveux » avec nos cousins, je serais tentée de dire nos très chers frères, les grands singes… Mais si chez le grand singe le rire est une mimique de jeu et d’apaisement ; chez l’Homme le rire est ambivalent et fait apparaitre toute une palette de nuances, jaune compris.

Pour aller plus loin encore dans cette spécificité, qui n’est décidément pas la nôtre, on notera que des chercheurs Nord-Américain, il y a déjà une bonne vingtaine d’années, ont mis en lumière une forme de rire chez les rats. Oui le rat ri aussi, mais jusqu’à preuve du contraire, uniquement quand on le chatouille !

Alors si le rire n’est pas le propre de l’Homme, peut-être fait-il l’Homme ? C’est ce que je vais tenter de monter. Pour cela nous en viendrons à un moment ou l’autre, à nous poser la question suivante : le rire de l’Homme éclairé est-il le même que le rire du niais ?

Qu’est-ce que le rire ?

Il est un rire de base que Bergson définit comme : « du mécanique plaqué sur le vivant »[1], sorte de réflexe que nous avons en commun avec d’autres animaux. Un rire qui vient en réaction à un chatouillement du corps mais aussi de l’esprit. A l’opposé se trouve un rire socialisé et codé, qui n’appartiendrait qu’à l’Homme, et dont le sens différera selon l’époque, la culture et le groupe social.

Le rire socialisé peut être considéré comme est un langage. Je vous épargnerai la description du chemin qui m’a conduit à cette affirmation, mais nous retiendrons que le rire peut exprimer presque tous les sentiments humains ; l’homme peut donc tout traiter par le biais du rire !

Ce rire revêt de nombreuses fonctions, essentiellement sociales[2], que nous avons tous utilisées dans notre vie profane mais aussi en Franc-maçonnerie. Je vous en livre quelques-unes :

  • Une fonction défensive vis-à-vis de situations anxiogènes comme peut l’être une cérémonie d’initiation pour celui qui la vit.
  • Une fonction d’exclusion quand nous rions en groupe en gardant secret le code d’accès.
  • L’acquisition de prestige qui se manifeste pour marquer une légère supériorité, face à des propos perchés ou pour masquer notre désarroi…
  • Une sanction symbolique en réaction à un propos jugé excessif ou trop dérangeant,
  • Ou bien encore l’expression de la joie individuelle et de la connivence, portés par un sentiment de sécurité au sein d’un groupe soudé.

Langage complexe qui met en lumière la position de chacun, le type de rapport qui lie les membres du groupe mais aussi le genre d’émotion qui les anime, le rire qu’il soit volontaire ou pas, nous échappe la plupart du temps et l’on est bien souvent incapable d’identifier clairement la raison de notre rire. Ainsi le rire est un élément central de la connaissance de soi mais aussi de l’autre : « Dis-moi ce qui te fait rire ; je saurai qui tu es ». Le rire est une composante de notre pierre brute mais aussi, si nous en prenons conscience, un outil qui peut nous aider à la dégrossir. Le rire est une sorte de couteau suisse, et en ce sens il est susceptible de nous intéresser, FF et SS qui aimons tant les outils.

Dans ce travail je ne développerai pas l’humour mais je lui consacrerai quelques instants, puisqu’on peut relever un comique maçon propre à la situation en loge. Je cite rapidement : les liaisons dangereuses entretenues par les uns et les autres (je parle de phonétique), les lapsus, les subjonctifs savonneux ainsi que les césures pas toujours à l’hémistiche… qui peuvent transformer de manière comique le sens d’un énoncé.

Il y a aussi la surprise provoquée par une situation incongrue, dans un instant qui se veut solennel : comme l’épée menaçante, mais escamotable, qui se rétracte au moment inopportun ; tel initié qui se pourlèche en buvant avec un plaisir visible son breuvage supposé d’amertume[3] ; l’apprenti aux allures de colosse affublé d’un tout petit tablier, assis à côté d’un maigrelet au tablier trop large ; ou encore un slip Play-Boy et son armée de lapins surgissant d’un pantalon, à l’occasion du traçage recueilli du tableau de loge que Mozart transcendait… Citons encore le rire de ceux qui sont à contretemps dans la batterie ; l’officier habité par le rituel qui lit tout, y compris ce qui ne se lit pas ; les choix audacieux de Jubal, comme une « Pink Panther » qui accompagne la dernière entrée d’un Vénérable « sortant » ; le rire puissant et singulier de certains qui contamine toute une colonne, puis tous nos cafouillages d’apprentis qui font rire gentiment comme des maladresses d’enfants. Enfin, il est un comique qui ne fait vraiment rire que nous : rirait-on dans la rue d’un individu portant une veste à carreaux noir et blanc ? Pourtant la chose devient irrésistible du moment où quelqu’un remarque que le brave FF visiteur, s’est habillé façon « pavé mosaïque ». Il est donc bien un humour sculpté à l’image du groupe socioculturel auquel nous appartenons,  

Ces petites situations génèrent un rire aux multiples bienfaits, dans la mesure où il permet à chacun de se détendre. Entre rire et rite il n’est parfois qu’une toute petite lettre.

Je clorai là ma parenthèse humoristique pour aborder le rire en loge en trois parties : Tout d’abord le rire comme premier pas pour répondre à la question « D’où venons-nous[4] ? ». J’évoquerai ensuite le rire comme élément de connaissance de soi, et donc comme véritable outil maçonnique, dont nous examinerons les fonctions. Puis je vous ferai part de quelques réflexions concernant notre futur : « Où allons-nous ? » en analysant la place laissée au rire, pour enfin envisager la manière selon laquelle le rire pourrait nous élever.

D’où venons-nous ?

Je suis partie du postulat selon lequel le rire serait au commencement. Au commencement de l’aventure humaine.

Si l’on s’inspire de l’interprétation de J.J. Annaud dans « La Guerre du Feu », celle-ci en vaut une autre, le rire serait un maillon se posant entre le sauvage et l’homme. Dans cette vision en technicolor, notre propension à produire des séries d’expiration selon un certain rythme, nous aurait fait basculer dans l’humanité. En effet, pour qu’il y ait rire en dehors du chatouillement, il faut que l’esprit soit suffisamment évolué pour faire un lien ou déceler l’incongru.

D’un point de vue purement éthologique[5], on découvre que le rire apparait très rapidement chez le petit enfant humain : les cris commencent à la naissance, le sourire apparaît vers cinq semaines, puis le rire enfin qui se manifeste aux alentours du quatrième mois, avant le babil.

En référence à la Bible, Adam Biro[6], dans le dernier numéro de la « Revue des deux Mondes », faisant référence à l’humour juif, rapporte que « L’éternel » ordonna au premier couple juif d’appeler leur fils qui va naître Vitzhac ou Isac, autrement dit « celui qui rira »… L’auteur de l’article se pose quelques questions fort légitimes : que voulait donc signifier Dieu par ce rire, par ce nom ? Qui rira, Dieu lui-même ? Ou Isak le fils qui rira de son destin, de son devenir ? Dans cet exemple, même si les questions restent sans réponse, le rire serait au commencement d’une grande nation.

Nous qui cherchons à nous élever, pourrions donc bâtir sur le rire. Je reviendrai sur ce point.

Le rire fait partie des apprentissages et de socialisation de l’enfant et il est un moment où le rire réflexe, automatique, va tendre vers un rire socialisé, souvent volontaire qui sera celui du groupe et de la communauté où l’on va grandir. Ce phénomène est particulièrement observable chez les adolescents. C’est ainsi que le rire pur et lumineux du petit enfant, au fur et à mesure de son développement, va se doter d’une palette de nuances. Le rire expression simple du plaisir, va laisser place à d’autres sentiments. Progressivement le rire va recouvrir une part d’ombre pour prendre les teintes du pavé mosaïque. Le rire qui nous échappe devient alors outil.

Considérant le rire comme un élément de connaissance de soi, donc agissant comme un véritable outil maçonnique, Je vais examiner quelques outils du premier degré et leurs fonctions au sein d’une loge.

On rit en général avec les siens et ce qui réunit les uns sépare forcément des autres. C’était par une soirée à la chaleur radieuse, donnée par un négociant en spiritueux. J’étais encore profane. Je me souviens avoir surgi, à l’impromptu et déjà fort réjouie par mon parcours de dégustation, au beau milieu d’une discussion de groupe. A mon apparition notre hôte s’est soudain agité, fort préoccupé que la pluie ne vienne à gâcher cette belle soirée… J’ai rassuré le pauvre inquiet à coup d’arguments météorologiques, avec toutefois un sentiment mitigé, un léger malaise.

Dans cette anecdote toute l’ambivalence du rire se manifeste. On est dans l’équilibre parfait entre le rire AVEC et le rire DE : le rire d’un groupe complice et soudé dont l’objet est un élément qui est hors du cercle. Rire qui se nourrit précisément de la situation de l’individu extérieur, qui s’empêtre dans sa propre réalité et s’entête à démontrer le non fondement d’un propos… dont le contenu informatif est ailleurs. Il pleut !?

Pour poursuivre sur mon propre cheminement, un jour je n’ai plus été profane mais initiée… et je me souviens que le rire m’a suivi tout au long de mon initiation. Rire reflexe résultant de la prise de conscience de l’incongruité, voire du ridicule de ma situation ; prise de distance avec l’objet risible : moi-même avec ma corde au cou et ma chaussette en tire-bouchon, effectuant de pataudes déambulations. Rire mécanique de soulagement et de décharge de mon système nerveux, rire du petit enfant à qui on essaie de faire un peu peur et qui sait bien que c’est « pour de faux »…

Un peu plus tard, au second retrait du bandeau, j’ai été confrontée à des sourires, figures de bienvenue, rangées de dents qui se dévoilent en signe de non agressivité et d’accueil. Une marque d’apaisement, la première que voit l’initié lorsqu’on lui retire son bandeau après le tumulte qui a précédé. Sourire des parents qui rassurent leur petit dernier. A ce sourire on peut répondre par un rire non vocalisé, rire de pure expression de la joie et du plaisir d’être accepté dans une nouvelle famille.

Voyons maintenant en quoi le rire peut être assimilé aux outils du maçon.

Le rire assimilé au ciseau et au maillet pour travailler la pierre brute

En loge ce que l’on m’enseigne doit me servir à me construire moi-même. Le rire dans toutes ses nuances, peut alors être assimilé au ciseau et au maillet qui vont m’aider à tailler ma pierre brute. Ma TCS A.S.B., dans son travail sur le vent, disait qu’il nous aide à nous débarrasser du superflu en enlevant les poussières liées à la taille de notre pierre. Le rire est exactement cela, un vent tout à la fois léger et puissant qui emporte tout et fait place nette.

Le rire qui nait dans le miroir

Tout cela commence à l’instant où l’on se retourne et que l’on se voit dans le miroir. Quelle chose est plus risible en somme que l’Homme lui-même ? L’Homme qui se découvre comme objet imparfait et dérisoire ne peut être que risible (à ne pas confondre avec comique ou ridicule). Rire de soi, c’est être capable de se détacher. L’Homme découvre dans le miroir tendu, que sa propre image n’est peut-être pas son alliée. La découverte de moi me porte à rire de moi, non comme objet moqué, mais en tant qu’objet qui trouve sa place.

Le rire, c’est la règle

Le rire est aussi la règle, celle qui nous tape sur les doigts. Il est un rire qui sanctionne, réprime les excentricités et remet sur le droit chemin, celui de la règle, qui peut punir mais aussi indiquer la direction. J’en réfère à Bergson écrivant à propos du comique qu’ : « il exprime donc une imperfection individuelle ou collective qui appelle  la correction immédiate. Le rire est cette correction même. Le rire est un certain geste social, qui souligne et réprime une certaine distraction spéciale des hommes et des événements.[7]»

Certains chercheurs considèrent l’humour comme une rupture, une transgression, la sortie du droit chemin ou le pas de côté, que l’on pourrait rapprocher à l’état du compagnon. Toutefois le compagnon qui veut faire le malin, prend le risque de se prendre un coup de règle. Le rire remet sur le bon chemin, momentanément en tous cas… Castigat ridendo mores : corrigeons les mœurs en riant…

Le rire comme un tablier

Parmi les fonctions du rire il est une fonction défensive, non des moindre. Un rire que je m’adresse à moi-même avant les autres, un rire qui me rassure comme le ronron d’un chat malade, un rire qui me permet de préserver la face lorsque l’on m’a agressé et que je suis devenu, contre ma volonté, objet risible : le rire des autres peut parfois être aussi corrosif que du vitriol ! Ce rire c’est mon tablier. Il me protège des éclats qui se détachent lors du façonnage de ma pierre brute. Il peut me préserver tout autant des autres que de moi-même.

Rire et vitriol

Concernant le vitriol du maçon, la descente dans la connaissance de soi exige de faire tomber le masque, de se voir tel que l’on est, dépouillé de ses métaux et dépossédé de son apparence.

Le rire nécessite complicité et la complicité que nous entretenons avec nous-même ne peut être effective qu’une fois que nous avons « rectifié ». Il me semble que le noyau insécable que nous cherchons au plus profond de nous-même, pourrait être accessible via le rire. J’ai passé quelque temps en enfer et à ma grande surprise, le voyage a été fructueux. De pouvoir rire de moi réduite à l’état de singe nu, d’un bon rire de femme vivante et qui entendait le rester, d’avoir touché l’essentiel, m’a permis de me redresser et de rebâtir. La nudité absolue, sans artefact derrière lesquels se dissimuler, le recul de l’orgueil, le repositionnement de la dignité et la prise de conscience de l’absurdité de tout ce qui ne relève pas de l’élan vital, sont décidément choses risibles[8].

En loge il est aussi des moments propices au rire

Si la formation de la chaine d’union ne porte pas au rire, elle invite au sourire. Le sourire spontané qui fleurit sur un visage qu’il semble éclairer de l’intérieur n’est pas un-sous rire, comme on a pu l’écrire, mais une expression dépourvue d’agressivité, un geste d’apaisement que certains ont attribué au Divin, et que les grands singes possèdent aussi… Sourire béat de celui qui est bercé par une chaine puissante et rassurante et qui chantonne à son insu, sourire amusé d’une autre qui surprend sa sœur manifestant les symptômes du mal de mer, car prise à la rencontre de deux courants elle n’est point bercée mais écartelée et lutte vaillamment. Sourires de complicité de ceux dont les regards se croisent, sourires sans malice, sourires du plaisir de participer de la cohésion du groupe.

Il est enfin un rire qui réunit, un rire de plaisir pur, celui d’être ensemble, de se retrouver et accessoirement de passer à table : Le rire de l’agape, qui après quelques santés n’est peut-être plus tout à fait celui de l’Homme éclairé…Qu’importe ! L’agape est le moment de la communion et quoi de mieux après avoir partagé le pain et le vin, que de partager le rire et les chants. Ce rire qui est l’essence même de l’égrégore, n’est-il pas le plus beau, ne fait-il pas du bien à tout le corps, ne met-il pas l’esprit en communion ?

Ou allons-nous ?

L’Homme a été doté par la nature d’un don puissant, qu’il se doit de savoir utiliser pour vaincre les aléas de la vie, et pourvoir survivre plus sereinement. Ce don, disait Pagnol que « Dieu a donné aux hommes pour les consoler d’être intelligents », serait surtout un cadeau destiné à nous aider à dépasser les angoisses liées à notre condition, et peut être à rendre plus belle notre nature humaine…

Pourtant depuis quelques décennies il est observé qu’on ne rit de moins en moins et quand on rit, on ricane. On se moque de son prochain qu’on filme en catimini, on juge, on évalue, on « casse » en affichant le plus laid des masques du Carnaval. Ce n’est pas vraiment nouveau, Hugo l’avait déjà fort bien décrit… Certains ont assimilé le rire aux pleurs, les deux relevant d’un même phénomène, mais nous ne sommes pas plus capables de rire que de pleurer car pour exprimer l’un ou l’autre, il faut identification, empathie et considération, valeurs qui ne sautent pas aux yeux dans les médias communautaires. 

Il nous faut donc réapprendre le rire, celui que Pagnol[9], faisant écho à Bergson, qualifie de sain et de reposant et qui a lieu lorsque le rieur se sent supérieur à l’objet risible. Rire qui vient en opposition au rire qualifié de négatif, de mépris, qui se réalise lorsque le rieur prend conscience de l’infériorité de l’autre. Ce rire qui rabaisse pour faire boire l’autre à la coupe d’amertume, devrait idéalement tendre à disparaitre avec les éclats de notre pierre brute. Le rire AVEC l’autre doit prendre le pas sur le rire DE l’autre. Notre rire doit nous élever sans rabaisser quiconque. Et là, oui nous pourrons affirmer que le rire de l’Homme éclairé n’est pas celui de l’imbécile.

Et après ?

Je conclurai par la voix du moine Jorge, créé par Umberto Eco, qui clôt l’intrigue du roman Le Nom de la Rose[10] : « Le rire libère le vilain de la peur du diable. Se libérer de la peur du diable est sapience. Quand il rit tandis que le vin gargouille dans sa gorge le vilain se sent le maitre car il a inversé les rapports de domination. Le rire serait le but de l’homme. Le rire distrait quelques instants le vilain de la peur. Mais la loi s’impose à travers la peur, dont le vrai nom est crainte de Dieu. Au moment où il rit peu importe au vilain de mourir. […] De ce livre pourrait naitre la nouvelle et destructive aspiration à détruire la mort à travers l’affranchissement de la peur ».

Résumons-nous : d’où venons-nous ? D’une plaisanterie du Divin, d’un bug quelconque, d’un éclat de rire ? Le rire serait l’un de nos premiers modes de langage, précédant la parole. Un mode de communication purement animal à l’origine, qui se socialise au contact de l’Homme. Le rire sain, positif, nous permettrait de toucher le noyau insécable sur lequel bâtir solidement, il serait outil mais encore connaissance pure. Où allons-nous ? Vers la mort. L’Homme qui rit de lui-même et de la fatuité du monde qui l’entoure, l’Homme qui ne craint plus la mort, celui-là est un philosophe, celui-là est réellement un homme libre.

Alors FF et SS : Rions en attendant la mort.

J’ai dit[11].

L.C.

 

[1] BERGSON Henri, 1995, Le Rire, Paris, PUF (1ère édition1899), p29

[2] SMADJA Eric, 1998 : Entretien in Sciences et Avenir, N°spécial : Le Rire, p17

[3] Le Fernet Branca n’était peut-être pas une bonne idée…

[4] « D’où venons-nous ; où allons nous ? » était la thématique de l’année proposée par notre VM

[5] MORRIS Desmond, 1992, La Clé des Gestes, Paris, Grasset ed. (1ère édition 1977) p257,259

[6] BIRO Adam, 2018, Quelques aspects de l’humour juif, in Revue des Deux Mondes, Paris, pp 61-67

[7] BERGSON Henri, 1995, Le Rire, Paris, PUF (1ère édition1899), p67

[8] L’exemple est extrême mais on ne peut plus parlant.

[9] PAGNOL Marcel, 1947 : Notes sur le Rire, Paris, Nagel ed. p 42,43

[10] ECO Umberto, 1983, Le Nom de la Rose, Paris, Grasset, p593, 596

 

[11] Pour rédiger ce travail, je me suis inspirée des ouvrages suivants :

COUTE Corinne 1998  « 14 manières de rire » in Sciences et Avenir, N°spécial : Le Rire, juillet/août 1998

DEFAYS Jean Marc, 1996, Le Comique, Paris, Seuil, 94p

DUVIGNAUD Jean, 1985, Le Propre de l’homme, Histoires du Rire et de la Dérision, Paris, Hachette, 246p

ESCARPIT Robert, 1960, L’Humour, Paris, PUF, 127p

JEANSON Francis, 1950, Signification Humaine du Rire, Paris, Seuil, 213p

PROVINE Robert, WEEMS Helen, 1998, « Le Rire des Singes » in Sciences et Avenir, N°spécial : Le Rire, juillet/août 1998

SMADJA Eric, 1993, Le Rire, Pari, PUF, 126p

En espérant n’avoir oublié personne…

SOURCE : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2018/10/le-rire-en-franc-maconnerie.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Message aux Grands Maîtres, aux Vénérables Maîtres et aux Frères et Sœurs constructeurs d’Harmonie 13 février, 2020

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Message aux Grands Maîtres, aux Vénérables Maîtres et aux Frères et Sœurs constructeurs d’Harmonie

Publié le 13 janvier 2019 par Gérard Baudou-Platon

Message aux Grands Maîtres, aux Vénérables Maîtres et aux Frères et Sœurs constructeurs d’Harmonie dans Chaine d'union 2019-NouvelAn-Gerard-1A-300x218

Mes très Chers Frères, Mes Très Chères Sœurs,

Sérénissimes Grands Maîtres Généraux et Grands Maîtres, Vénérables Maîtres,

miniicone dans Recherches & Reflexions

Je ne voudrais pas laisser le temps filer sa toile sans que les Frères et les Sœurs de notre Ordre aient pu vous transmettre nos meilleurs Vœux pour cette nouvelle année.

Nous espérons, avec beaucoup de passion et de conviction, qu’elle pourrait, d’où que l’on vienne ou de quelle lumière nous soyons éclairés, être l’année du partage, de l’attention, de l’intérêt pour la façon dont nous combattons l’ignorance, pour les moyens que nous utilisons pour faire jaillir, en nous, la connaissance mais aussi pour faire connaitre les voies qu’utilise la vraie franc-maçonnerie pour atteindre cette universalité pleine et entière qui fait de l’homme et du vivant le magnifique témoignage d’une création si belle et si harmonique, car que nous soyons athées ou croyants en quelques forces spirituelles l’on ne peut qu’être étonné de la précision et la perfection avec lesquelles toute réalité est construite .

Notre humanité en a assombri les éclats. Sans doute revient-il à la Franc-maçonnerie, dans sa diversité, de faire que celle-ci prenne conscience de sa responsabilité et aborde un chemin de plus grand respect.

Dans cette optique nous formons le vœux que chacun, dans nos fonctions respectives,  pourrait tisser des liens d’amitié pour le moins et … pour le mieux, établir de solides relations, sur le plan symbolique, philosophique et spirituel, en deux mots, de vrais échanges afin que notre rayonnement puisse instruire sur notre méthode et notre pertinence dans le but de faire évoluer notre monde vers plus de fraternité, encore pour le moins, et … pour le mieux vers plus d’Amour authentique.

Fraternellement Vôtre, par les nombres et les symboles qui nous sont connus

Gérard Baudou-Platon

Ordre Initiatique Ancien et Primitif de Memphis Misraïm

Présidence du Souverain Sanctuaire,

 

Solstice d’hiver 2018 et nouvelle année 2019

Publié le 24 décembre 2018 par Gérard Baudou-Platon

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Comme l’évoque ma carte ci-dessus je fais le vœu, pour nous tous, de faire de 2019 le point de départ d’un réveil et d’une vaste prise de conscience pour tous les êtres que nous sommes.

Nous devons nous rendre compte que la nature et nous ne faisons qu’un … Le solstice de cette année est un rappel, par excellence, à cette exigence …

En reprenant ce qui était enseigné aux Compagnons nous découvrons, par l’astronomie,  que cette année le solstice d’hiver a lieu, très exactement, le 21 décembre 2018 à 23H22’ 44’’ (heure de Paris) (*). Ce moment particulier, bien connu au premier siècle avant notre ère, fut décrit avec insistance, par Pline l’Ancien (Gaius Plinius Secundus). Personnage qui naquit en 23 Ap J.C. Il fut un grand naturaliste.(**), notion deux fois millénaires,  qui semble oubliée, aujourd’hui, par les dirigeants de nos pays occidentaux plus prompts à la thésaurisation matérielle qu’à la grandeur de la connaissance philosophique.

Selon toute réalité et Symboliquement d’une grande puissance, le solstice d’Hiver est le moment de l’année où la nuit est la plus longue et, par conséquent le jour est le plus court. Magnifique image où l’être rentre en soi pour en tirer une « substantifique moelle »  … moment, aussi, où le monde vivant retient son souffle … le soleil disparaitra-t’il, enseveli par les ténèbres ? … Non, assurément. Pourtant, nous sommes au temps d’un étrange phénomène. Pendant, environ, trois jours notre astre si important pour toute vie suspendra sa descente … 22 … 23 … 24 … L’azimut du lever et du coucher du Soleil (Sol) semblent figés d’où le terme latin « Sistere » (s’arrêter, se retenir) … puis le 25 notre Soleil reprendra sa quête d’amplitude, redonnant Vie et réchauffant la nature endormie  … ainsi, est-il invaincu (Sol invictus) !!! … un nouveau cycle de respiration lumineuse nous est, dès lors proposé.

Cette année, comme s’il fallait rappeler aux bipèdes que nous sommes, l’importance de la nature et du respect que l’on doit à l’espace qui nous construit et articule, nous a offert la conjonction de deux circonstances célestes.

  • La première est une pluie abondante d’’Etoiles filantes conséquente dont on dit qu’elle serait liée à des corps célestes en provenance de la « petite Ourse » (les Ursides), lieu céleste avec la grande Ourse qui constitue le point d’équilibre de notre vie terrestre !!! … (Le 4ième pilier de certains cénacles philosophiques ? (***))
  • La seconde est que le 22/12/2018 à 18h18’2’’ nous avons vu apparaître dans notre ciel une magnifique Pleine Lune, or … Source de lumière et lumière réfléchie unies dans un même élan en une sorte de mariage … alchimique

Levant les yeux vers le ciel chaque nuit au lieu de les voir rivés sur notre sort terrestre, voire pire sur notre propre nombril, … sans doute y verrons –nous une magnifique voie lactée … Il émergera, alors, de notre âme cette assertion  curieuse « … Et comme les eaux du Nil fécondent la Terre de Memphis, dans la saison shâ et au mois de Thot, ainsi les eaux d’en haut fécondent le Temple intérieur de l’Homme en la même et mystérieuse saison ».

La symbolique du solstice d’Hiver serait, naturellement, incomplète, si dans notre monde, elle ne faisait pas répondance au Solstice l’été !!!

En, effet, les anciens égyptiens nous parlaient «  du lieu du début des temps ». Ce temps où le premier lever héliaque de Sirius était visible à l’œil humain alors que quelque instant plus tard se levait lui, aussi, pour accomplir le voyage de la plus grande amplitude, le Soleil. C’était le moment où la crue Nil commençait son œuvre, où Sirius naissait, pour la première fois, dans la poitrine de l’animal représentant la constellation du Lion,  et où la voie lactée était dans l’exact prolongement de l’axe du Nil … c’était en 11.541 avant JC … magnifique symbolisme céleste imageant nos origines et le pouvoir créatif des forces cosmiques (****).

Voici une symbolique forte reprise par les scientifiques (Physique Quantique, notamment), par toutes les religions, les philosophes et les Hermétistes de tout horizon … il n’y a pas de hasard … il n’y a que des certitudes … à nous de les découvrir et de les incarner.

En plagiant les anciens Égyptiens avec leur calendrier en 360 jours et 5 Jours Épagomènes « Osiris », « Horus », « Seth », « Isis », « Nephtys », il me vient à l’idée que notre Solstice d’Hiver 2018 (nombre 11) nous suggérerait bien  un changement complet de cap et de comportement. Voici une petite méditation à l’aube de la nouvelle année 2019 …

  • Faisons du 25 une conviction que tout est UN … Que tout est lié, inter-relié … Que tout dépend de Tout … Tout est interdépendant … -1-
  • Du 26 … que le Un devient Multiple … et que le Multiple est Unitif … que tout est polarisation et que celle-ci mène à la diversité Physique, philosophique et spirituelle … -2-
  • Du 27 sachons que tout est Trinitaire … (Energie, Matière et Information), (Amour-Sagesse, Intelligence-Action et Volonté), (Sagesse, Force, Beauté) … -3-
  • Du 28 Savoir que l’homme incarne un « Espace-Temps » précis et que « fini » et « Infini » s’abreuvent à la même source … -4-
  • Du 29 apprenons que toute réalité est le fruit de notre propre vision et que toutes nos actions sont le résultat de que ce que nous devenons. Dès lors il convient de comprendre que vouloir changer le monde c’est, avant tout, se changer soi-même… -5-
  • Du 30 prenons conscience qu’aucune action ne peut être juste si elle ne procède pas d’une harmonie entre le Visible et l’Invisible … la Terre ne peut vivre sans son « Ciel »… -6-
  • Du 31 … surgit le nombre « 7 » rien n’existe, s’il ne s’inscrit pas dans un contexte évolutif. Toute réalité physique, philosophique, métaphysique, sociale et même économique se transmute, se transforme, est soumise à des cycles qui exigeant une nécessaire adaptation aux conditions imposées par de nouvelles émergences … -7-

La nouvelle année 2019 fait suite au 31. Elle est donc associée au nombre 8 qui symboliquement est associé à la notion du Fondement.

Forts de cela, que cette nouvelle Année soit la construction d’un espace-temps propice à la construction d’un futur basé sur une réelle harmonie entre toutes les formes de vie, qu’elle soit le foyer de la concorde, l’expression d’une Justice établie dans la sagesse et la compassion , que les richesses soit équitablement réparties  et que le respect habite les hommes et les femmes qui foulent le sol de notre magnifique planète.

Avec mes chaleureuses pensées

Prenez soin de vous

Gérard Baudou-Platon

(*) Soit 07h22’44’’ à Gifu Japon – le 22/12/18 &  17Hh22’’44’’ à Montréal Canada … si pour le phénomène solsticial il se passe en même temps pour tous (Temps universel) il ne se situe pas un moment selon où l’on vit la nuit chez nous … au lever du Jour le lendemain pour nos amis Japonais et  « at the tea times » ou en milieu d’après-midi le même jour pour nos amis canadiens

(**) Il mourut lors de l’Irruption Vésuvienne. Un graffiti en fixerait définitivement la date de ce dramatique phénomène au 24 Octobre 79 et non en Août de la même année.

(***) Les Anciens Égyptiens considéraient ce lieu comme étant le centre régulateur de l’univers, là où Maât régnait en Maître. Pharaon se devait d’être conscient de cela car il en était le garant de son application sur Terre. Tous les Temples et Edifices Sacrés étaient fondés sur cette relation … Thot et Seshat  étaient ses référents …

(****) Si le symbole n’est pas la réalité mais peut donner un vrai sens à la compréhension de la vérité, la réalité peut devenir un vrai symbole … il en est ainsi du soleil et de la voie lactée qui viennent d’être évoqués. Après moult péripéties nous savons, maintenant, que la Voie l’actée contient des centaines de milliards d’étoiles toutes liées entre-elles par la gravitation. Sa forme serait « un mince » disque plat de Cent mille années-lumière de diamètre et de Mille années-lumière d’épaisseur … Dans ce disque notre Soleil effectue son périple à mi-distance du centre de la voie lactée et sa « frontière la plus extérieure » à une distance de 26.000 années-lumière à la vitesse de 220 km/s depuis sa naissance, il y a 4.55 Milliard d’années !!! … le système solaire ne représentant, lui, qu’un Cent millionième de la taille de la galaxie. Alors voici émerger un nouveau symbole : celui du pentagramme étoilé, qui nous suggère toute relativité dans notre façon de concevoir notre réalité, rien n’est le centre de rien, nous sommes à la fois acteur et observateur, il y a peu de chance, pour nous, d’être les seuls à pouvoir nous émerveiller d’une si belle création…

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En partage  … Un lien TchanMeditation-MtreDogen-300x287… Un calendrier   Icone-Calendrier  … 

Un autre lien pour les institutions maçonniques … Bonne lecture et bonne écoute … Delta3610836a-300x125  …

Source : http://gerardplaton.neowordpress.fr/

Introduction aux éléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique 31 janvier, 2020

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Introduction aux éléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique

Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui cause les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière.

Max Plank

La Cathédrale va plus loin. Elle s’élève dans l’air. Elle recueille la lumière, l’absorbe, et la transforme de terre, d’eau, d’air et de feu ! Quel athanor a jamais été plus complet pour réaliser la plus belle des alchimies humaines ? Car il s’agit bien d’alchimie. Il s’agit bien de transmutation, non de métal, mais d’homme ; d’homme que l’on veut conduire vers un stade supérieur d’humanité.

Louis Charpentier

Si tu ne peux le calculer montre-le

Socrate

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L’univers est le créateur du modèle de la réalité, il utilise la géométrie comme technique logique de création, donc comme technologie pour harmoniser la réalité ; les lois de la géométrie sont les lois de la vérité. Le compas est l’instrument du temps et de l’espace, le cercle fige le temps pour décrire le contenu de son espace, et comme tout tourne constamment dans l’univers, il ne pourrait en être autrement.

 

Vous avez dit géométrie ?

 

Rien n’est plus facile à apprendre que la géométrie

pour peu qu’on en ait besoin. 

Sacha Guitry

 

Vous n’aimez pas les mathématiques ? Vous pensez que cet opus n’est pas pour vous ? Détrompez-vous. Munissez-vous d’un compas, d’une règle, d’un crayon bien taillé, de feuilles de papier blanches, d’une gomme pour vous rassurer et je vous promets que vous allez vous divertir à faire apparaître, à l’intérieur du cercle, les formes de base de la construction avec lesquelles vous pourriez dessiner le plan de la plus palpitante des constructions, faite de matière et de lumière. Il suffira de suivre les indications données dont la simplicité n’a d’égale que la beauté de ce qui en surgira. Pas de démonstration, juste le plaisir de rendre visible les formes de l’harmonie.

« Depuis la nuit des temps, les hommes ont cherché un langage à la fois universel et synthétique et leurs recherches les ont amenés à découvrir des symboles qui expriment en réduisant à l’essentiel les réalités les plus riches et les plus complexes », (O.Mikhael Aïvanhov, Le langage des figures géométriques).

L’une des expressions de ce besoin a été la création de la science géométrique. Les figures géométriques évoquent dans leur essence des relations spirituelles qui ne sont ni mesurables, ni exprimables de façon totalement adéquate. Cependant, pour être complètement intégrée, cette géométrie a besoin de l’expression artistique qui, seule, peut toucher tous les niveaux de l’être. L’agencement de différents symboles sous une forme artistique peut véhiculer l’expression profonde de multiples niveaux de conscience.

Au-delà des mathématiques, la géométrie préfigure l’architecture, objet spécial des études du compagnon, lui qui doit construire son temple intérieur avec l’aide de ses voyages, ses quêtes, ses travaux, muni de la règle et surtout du compas. L’éloge particulier de la Géométrie qui, dès l’époque médiévale, apparaît synonyme de Maçonnerie, trouve sa justification dans le fait que l’homme travaille toujours par mesure. La Géométrie est citée en cinquième place après la grammaire, la rhétorique, la dialectique et l’arithmétique dans les arts libéraux. Elle est, selon le terme scolastique la quintessence (quinta essentia), la science la plus noble de toutes, celle qui ouvre sur toutes les autres. On trouve dans le Cooke, manuscrit du début du XV: « Vous devez savoir qu’il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L’une d’elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c’est la science de la géométrie ».

Pour le franc-maçon, la relation entre géométrie, art royal de l’architecture et édification spirituelle est incontestable, inspirée de la maxime platonicienne « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre », inscrite au-dessus de la porte de l’école de Pythagore.

Et Platon de rajouter : « la géométrie est une méthode pour diriger l’âme vers l’être éternel, une école préparatoire pour un esprit scientifique, capable de tourner les activités de l’âme vers les choses surhumaines… ». Être géomètre, c’est être capable de démontrer les choses par soi-même. La compréhension du réel ne peut être intégrale. Elle suppose un cheminement de la pensée d’un point de départ à un point d’arrivée, une façon d’épeler les mots et non de leur donner une lecture globale.

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Sur le frontispice des Constitutions d’Anderson on retrouve le théorème de Pythagore concernant les triangles rectangles, le reconnaissant sans doute comme le père de la géométrie mais insistant, aussi, sur le nécessaire savoir qu’apporte la géométrie à un esprit éclairé.

Vers le 6ème siècle avant J.-C., en Égypte ancienne, les nombres ne codaient encore que les impôts, le commerce, les salaires. L’évaluation, par les harpédonaptes (fonctionnaires royaux, arpenteurs géomètres), de la surface des champs cultivables dont la crue du Nil a effacé les bornes de délimitation, ne géométrise pas encore parce que ne cherchant qu’à clore les contentieux entre voisins par la force de l’État. Avec le droit de propriété, voici du droit civil et privé. Mais aussi, en délimitant les bornes, le cadastre royal fixe l’assiette de l’impôt. Voilà du droit public et fiscal. Les nombres ne disent, ainsi, à cette époque, que les relations humaines. Alors que la géométrie était au cœur de la construction des pyramides que l’on peut considérer comme des observatoires de la terre. Y auraient été mémorisées ses mesures par des paramètres scientifiques que l’on retrouve, d’ailleurs, coordonnées autour d’un cercle terrestre dans d’autres constructions sacrées. (on peut consulter ces informations sur ce document passionnant : http://www.youtube.com/watch?v=VLps5Ml6inI).

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Et puis un jour…: de la gigantesque masse de pierres, du mausolée du pharaon Khéops va naître la géométrie sur le sable ensoleillé maquillé par son ombre. En rapportant l’ombre du tombeau à celle d’un poteau de référence, ou à la mesure de son corps, selon la légende, Thalès énonce l’invariance d’une forme malgré la variation de sa taille. En effet, son théorème montre la progression ou la régression infinies de la dimension, dans la conservation d’un même rapport, du colossal, la pyramide, au plus médiocre bâton planté dans le sol. Quel effacement de toute hiérarchie dans le semblable, puisque chaque stade, du plus grand au plus petit, conserve le même rapport.

Thalès se serait servi de sa propre taille comme unité de mesure. Il obtint un résultat de 276,25 coudées pour la hauteur de la pyramide. Nous savons aujourd’hui que la hauteur de la pyramide de Khéops est de 280 coudées.  Impressionnés par ce calcul, les prêtres lui donnèrent accès à la bibliothèque où il put consulter de nombreux ouvrages d’astronomie.

Thalès nous fait découvrir ainsi un monde hors des sociétés où les choses sont en rapport avec elles-mêmes. La proportion parle, sans bouche humaine, montre un ordre qui ne connaît pas la loi sociale, qui échappe à la toute puissance.

Une liberté, une égalité sans pareilles ! Comme le raconte Michel Serres, « Pharaon meurt une seconde fois quand Thalès, en mesurant la pyramide, la réduit à un simple polyèdre dans l’homothétie de son ombre de géomètre ». 

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La proportion analogique, voici la grande conceptualisation grecque, pas celle du rapport simple a/b, mais celle qui intéresse en tant que médiété, celle qui va d’un rapport à un autre en conservant le même rapport tel a/b = c/d et, par substitution, peut passer de celui-ci à un troisième rapport et ainsi de suite (a/b= c/d=e/f=x/y …). Il ne s’agit point de couper quelque chose en part, donc de partager ou de prélever, ce que chacun, généreux ou léonin, sait faire depuis les commencements, mais de construire, pas à pas, une chaîne, donc de trouver ce qui, sous-jacent, stable et glissant, transite le long de son enchaînement. Les Grecs appelleront ce rapport d’analogie « logos ». Comme Platon et Aristote, les Stoïciens penseront que le logos pur est parole, intelligence, qu’il est un accès direct et véritable aux choses, ce que les nombres et leurs rapports peuvent enfin faire.

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Un exemple de cette façon de comprendre le monde est celui du calcul de la circonférence de la terre. C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av. J-C qui en remplit le rôle, qu’Ératosthène, vers 230 avant notre ère, en calcule sa première estimation en se servant de la différence de hauteur du Soleil, le jour du solstice d’été. Ératosthène sait qu’à Syène – aujourd’hui Assouan en Égypte – le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith. L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare) la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il « suffit » à Ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. Un cercle fait 360°, on comptait alors 5000 stades, le calcul  de proportionnalité avec un angle de 7 degrés est donc de  (7 / 360 = 5000 / Circonférence >>>     Circonférence = (360 x 5000) / 7), avec un stade de 157 mètres cela donne 40371 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés.

Le compas, Le mot compas vient du verbe latin « compassare » qui veut dire : mesurer avec le pas. C’est en observant la mâchoire d’un serpent que Talos, neveu et apprenti de Dédale, aurait inventé le compas (et la scie).

est un instrument qui sert à prendre une mesure pour la reporter à l’identique, traçant subséquemment un cercle dont l’ensemble des points se situent à égale distance d’un point appelé centre. Ainsi, le compas délimite le monde mais, aussi, définit ce qu’il contient. C’est ainsi que Dante, dans Le Paradis  (XIX, 40-42), désigne le dieu créateur comme : celui qui de son compas marqua les limites du monde et régla au-dedans tout ce qui se voit et tout ce qui est caché. Le compas est donc symbole de création du monde.

Si le cercle est, dès la plus haute antiquité, associé à la création et/ou à un dieu créateur, le compas en Occident, dès le Moyen Âge, se substitue au cercle : il est l’outil par excellence du créateur.

L’utilisation du compas implique une rotation, donc un mouvement, c’est pourquoi il est perçu comme l’activité dynamique de la pensée et de l’esprit. Il matérialise également ces vertus fondées sur la mesure que sont la prudence, la justice, la tempérance et la sagesse.

Le compas est au ciel ce que l’équerre est à la terre. En effet chacun de ces deux outils est muni de deux branches, celles du compas sont mobiles concrétisant l’universalité du macrocosme, ainsi capables d’exprimer l’ouverture d’esprit, alors que celles de l’équerre, fixes, sont là pour appeler à la rectitude.

Dans la Confession d’un maçon (1727) le compas est lié au serment de l’initié qui le tient alors piqué sur sa poitrine ouvert à 90° (qui est la mesure de l’équerre). Dans le régime rectifié le Vénérable Maître dit à l’initié : « prenez ce compas ouvert en équerre et posez en la pointe avec la main gauche sur votre cœur à découvert… le compas sur le cœur est l’emblème de la vigilance avec laquelle vous devez réprimer vos passions et réguler vos désirs ». Lié au serment de l’initié, alors  ouvert, piqué sur sa poitrine, servant de mise en mémoire par un affect d’un contenu signifiant l’ouverture de conscience, le compas, après avoir été dominé par la matière, devient au cours du chemin initiatique  dominant à son tour ; il a les pointes découvertes et n’est plus protégé. Selon une tradition du compagnonnage, attestée depuis Perdiguier, le compagnon est celui qui sait manier le compas, qui à donc dépassé le stade de l’équerre et acquis la maîtrise du trait. Le mouvement de l’équerre au compas est en fait la traduction du passage symbolico-cosmique de la terre au ciel ou, dit de manière plus maçonnique par le système Émulation, d’une surface horizontale à une vivante perpendiculaire. Notons également que l’équerre, instrument du Maître de la loge, suggère l’espace, la rationalité et l’immanence, tandis que le compas, outil du Grand Architecte, évoque le temps, la spiritualité et la transcendance. Dans la franc-maçonnerie dite « régulière », au premier degré le compas est toujours associé à l’équerre et à la Bible ouverte (volume de la Loi Sacrée), formant ensemble les « trois grandes lumières de la franc-maçonnerie » et dont la présence sur l’autel ou sur le plateau d’Orient est une condition expresse de la régularité des loges (un landmark).

Placé sur l’autel du travail, le compas, parce que de métal, focalise les énergies de la loge vers le Vénérable qui les reçoit et les renvoie chargées de son énergie de sagesse.

Les artistes disposent d’un compas spécial, instrument composé de deux branches fixées entre elles vers le milieu, chacune possédant une pointe à chaque extrémité. L’astuce est que les deux branches sont fixées de manière à ce que le point de fixage se trouve sur les points de proportion d’or des branches. Ainsi, par une simple utilisation du théorème de Thalès, si on écarte deux des pointes sur un segment, les deux autres pointes correspondront au segment considéré, multiplié ou divisé par le nombre d’or.

Au deuxième degré le compas marque, symboliquement et tout particulièrement, l’élargissement des cercles de pensée exprimant un franchissement progressif dans les degrés de la connaissance (dans certaines loges il est ouvert à 30° au premier grade, à 45° au deuxième, à 90° au troisième).

La règle est un instrument rectiligne qui sert à diriger la main pour tracer des lignes droites, c’est aussi ce qui peut conduire, diriger les actions et les pensées des hommes par un jugement droit. La droiture donne la rectitude, la ligne dont il ne faut pas dévier et la loi morale dans ce qu’elle a de rigoureux. L’importance de son enseignement au 2ème  degré est manifeste, la règle est portée durant 3 voyages soulignant l’exigence de ce devoir impératif et de sa constance dans le temps.

Souvent sectionnée en 24 divisions horaires, en bois, la règle est le symbole de la loi commune qui régit les phénomènes du monde réel et du monde spirituel. La répartition de ces divisions se voulait indication de règle de vie pour le franc-maçon comme indiqué dans les Divulgations de Martin Harvey : 6h pour le travail, 6h pour la prière, 6h pour la communauté, 6h pour le repos. La franc-maçonnerie anglo-saxonne la découpe toutefois en 8h pour le travail au chantier, 8h pour la prière et les exercices spirituels, 8h pour le repos et la vie familiale.

La règle, le règlement, est le principe qui dirige un groupe et qui s’impose à lui. Une association d’individus peut se considérer comme constituant un Ordre quand elle présume une Règle ou un Rite à travers lesquels on obtient une déterminante infinie. Un Ordre est initiatique quand la Règle ou le Rite sont tels qu’ils complètent la signification de la parole elle-même. La franc-maçonnerie se définit comme ordre initiatique.

Certaines obédiences, dans le cas de quelques grandes loges dites « régulières », se définissent comme un Ordre initiatique qui, tout en transcendant les spécificités individuelles, regroupe des personnes qui acceptent par serment, de vivre sous certaines règles que l’on appelle « Anciens Devoirs ». Les fondements de la Régularité Maçonnique s’appuient sur le respect d’un ensemble de règles consignées dans les composantes de base que sont les Landmarks, la Règle en douze points de la franc-maçonnerie, la Constitution de la GLNF du 14 novembre 1915 qui inclut le règlement général et les principes de base propres à toute grande Loge régulière : – 1er Surveillant : Frère Second Surveillant, où sont tracées les règles de nos devoirs ? – 2nd  Surveillant : Elles sont empreintes dans nos cœurs ; la raison nous en instruit, la religion les perfectionne, et la tempérance nous aide à les remplir.

Chaque point reporté par le compas représente une connaissance nouvelle ; prendre la pleine mesure du segment tracé, c’est acquérir les savoirs correspondant en les mesurant avec la règle. Règle et compas enseignent à concilier l’absolu de l’infini de la ligne et le relatif limité par l’écartement des branches du compas (le rayon).

Le tracé régulateur est le plan réalisé en premier à l’aide de la règle et du compas. C’est une trame sur laquelle le bâti se fonde. Il est le support de la construction, l’interface entre elle et le lieu qui la porte. Les bâtisseurs se sont évertués à lier la trinité du bâti, du lieu et du sacré, cherchant une harmonie et créant une dynamique entre l’homme, le construit et l’environnement. Par la conscience présente dans la construction est respecté l’endroit et ce qu’il a à offrir, le vivant. Les charpentiers et les tailleurs de pierre se partagent cette science (ou cet art) du trait. Pour les tailleurs de pierre, cela s’appelle la stéréotomie

La corde à nœuds

On dit aussi « corde nouée ». Elle sert à la fois de règle et de compas.

La corde à nœuds  est directement tirée de la maçonnerie opérative où elle était un outil de mesure pour les apprentis qui ne savaient ni lire, ni écrire. Tous les apprentis disposant d’une telle corde pouvaient tracer et mesurer au moyen du même étalon de base. Dès qu’il est question d’établir les plans d’un édifice sacré, on retrouve son utilisation. En fait, la corde est le premier outil dont on se sert sur le terrain, au moment où l’on trace la délimitation des fondations. C’est donc un symbole initiateur.

Dans les opérations d’arpentage, les mesures sont prises au moyen d’une corde nouée qui fournit des dimensions en même temps que des rapports de proportion, par exemple,  la corde celtique comportait 14 nœuds pour 13 intervalles.

L’association de cet outil à la géométrie permettait de construire un angle droit en remplacement de l’équerre et ainsi de tracer le triangle rectangle, nous ramenant au fameux théorème de Pythagore selon lequel la somme  des côtés de l’angle droit est égale au carré de l’hypoténuse. Ce lien entre un fait géométrique, l’angle droit, et une relation de mesure des côtés du triangle, était déjà bien connu des Babyloniens, 2 000 ans av. J.-C., idem chez les égyptiens qui se servaient d’une corde à 13 nœuds (12 intervalles) pour tracer des angles droits. Ainsi munis de cette bonne équerre, les harpédonaptes (les arpenteurs) pouvaient reconstituer chaque année les limites des champs rectangulaires que les crues du Nil avaient fait disparaître en apportant le limon fertile.

Les Égyptiens étaient de grands fabricants de cordes auxquelles ils attribuaient une grande valeur. Un rouleau de corde soigneusement tressé fut l’un des trésors trouvés dans la tombe de Toutankhamon.

On retrouve également l’usage de cordes à nœuds dans les civilisations anciennes. Les Incas, par exemple, utilisaient des assemblages de cordes à nœuds, appelés kippus, pour coder et conserver toute sorte de connaissances, des simples comptes aux rituels et repérages astrologiques.

A l’époque des compagnons constructeurs qui ne savaient ni lire ni écrire, qui ne disposaient pas de rapporteur pour mesurer les angles, il leur était indispensable de connaître des tracés, pouvant être faits avec la corde à nœuds, qui faisaient apparaître les relations entre les mesures et la valeur des angles qui en résultaient.

Dans un certain sens, la corde à nœuds était la représentation d’une structure,

d’un principe supérieur,

qui lie le monde physique au monde spirituel.

La tradition du tracé dans la charpente française a été inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2009.

Les formes ont-elles un symbolisme universel ?

La droite horizontale. Elle représente notre plan terrestre, « plat » par son horizon et sa stabilité apparente. C’est une structure d’accueil de notre matière dont elle est le symbole.

La droite verticale. Elle représente l’Esprit Divin. Elle est une descente de ce « qui est en haut » en reliant le supérieur et l’inférieur. Ce qui est debout, à l’image de l’humain, est ce qui est doué d’esprit, d’intelligence, étant le lien entre le monde divin et les mondes inférieurs.

La diagonale. Elle désigne un mouvement, qui est une progression ou une ascension selon le sens du tracé. Ce mouvement peut être un mouvement temporel ou une capacité d’action, de faire.

La demi-sphère ou demi-cercle : matrice. Elle est le symbole du ciel et la présence de l’esprit divin dans sa projection sur la terre, le visible et l’invisible. De façon plus réduite, la féminité en attente de fécondation.

Le demi-carré ou carré. À l’inverse du cercle ou demi-cercle, il symbolise la terre et l’Homme dans son imperfection. Dans le cas du demi-carré, c’est la complémentarité du visible et de l’invisible. Le carré en position verticale, proche du losange, indique la dynamique du carré, le mouvement c’est-à-dire principe de la vie.

Le double carré permet de montrer le dualisme du bien et du mal.

Le cercle. Il représente le tout fini et infini, l’unité et le multiple, le plein et la perfection ; pour les croyants  il figure le Créateur de l’Univers.

 

SOURCE : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

Les premières loges de Palestine et leurs relations avec la Franc-maçonnerie égyptienne

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Les premières loges de Palestine et leurs relations avec la Franc-maçonnerie égyptienne
24 octobre 2017
par Léon Zeldis
Dans une région frappée par la guerre et le terrorisme, profondément divisée politiquement et religieusement, les loges maçonniques constituent un oasis de paix et de tolérance, où les hommes de bonne volonté transcendent leur différences pour joindre leur mains et leur esprits, liés par leur aspiration commune de créer un monde meilleur, de s’améliorer eux-mêmes et de contribuer à la construction d’une société plus rationnelle, fondée sur les principes de liberté, d’égalité et de fraternité.
La Franc-maçonnerie en Terre Sainte, son développement et ses relations avec les pays voisins représente un exemple brillant de la puissance des valeurs maçonniques et de leur capacité à surmonter les différences notées plus haut.
La loge Egypte
L’origine et le développement original des loges maçonniques en Palestine était intimement lié à la Franc-maçonnerie égyptienne ce qui était tout à fait naturel, puisque les deux formaient une part de l’Empire Ottoman jusqu’à la fin de la première Guerre Mondiale (1919).
Cette communication tente de décrire les loges de Terre Sainte et leurs relations avec celles de l’Egypte, qui n’étaient pas forcément plus anciennes, mais plus nombreuses et mieux organisées.
Il n’existait pas de loges en Egypte quand Napoléon envahit la terre du Nil.
L’appartenance de Napoléon à la maçonnerie est une question non tranchée, bien que quelques preuves disponibles tendent à donner une réponse positive.
Ce qui est sûr, c’est que plusieurs de ses parents, de même que ses officiers d’armée, étaient maçons, y compris le Général Kléber, qui fut Gouverneur d’Egypte lorsque Napoléon retourna à Paris. A cette époque une loge Isis fut fondée à Alexandrie, avec Kléber comme Vénérable Maître. Toutefois, après son assassinat, la loge avait disparu.1
Alexandrie était alors, comme durant toute son histoire, une ville cosmopolite, polyglotte, et on peut juger de son caractère progressiste par le fait que la première projection cinématographique en Egypte (et probablement dans le Moyen-Orient tout entier) eut lieu dans cette ville en novembre 1896, à peine un an après la première mondiale présentée en France par les frères Lumière.2
Plusieurs maçons italiens d’Alexandrie créent en 1830 une loge Carbonari travaillant le Rite Ecossais.3
Quelques années plus tard, en 1838, la Loge Memphis fut établie au Caire sous patente du Grand Orient de France.4
Une autre loge établie à Alexandrie en 1845, dépendante aussi du Grand Orient de France, s’appelait La Loge des Pyramides.
L’auteur maçonnique américain Robert Morris visita cette loge en 1868 au cours de son voyage en Terre Sainte, et il signala qu’elle travaillait alternativement en français et en arabe, mais les rituels étaient imprimées en français.5
Le célèbre homme politique arabe Abd-el-Kader fut initié dans cette loge en Juin 1864.6
De nombreux ateliers furent établis au Caire, Alexandrie, Suez, Port-Said et Ismaïlia dans les années suivantes.
En 1876, sur les instances de Salvatore Zola, le Grand Orient d’Italie autorisa la création du Grand Orient de l’Egypte, pour travailler les hauts grades du Rite Ecossais Ancient et Accepté, aussi que la fondation d’une Grande Loge d’Egypte pour les grades symboliques.
Un Grand Orient d’Egypte du Rite de Memphis fut fondé en 1867 -7, dirigé par le Marquis de Beauregard ; lui succéda le Prince Halim Pasha, fils de Mehmet Ali, Vice-roi d’Egypte, considéré comme le vrai fondateur de l’Egypte moderne. Halim Pasha succéda à son père à la tête du pays.
Le 21 mars 1873 les différentes loges fonctionnant en Egypte s’unissaient à Alexandrie pour former la Grande Loge Nationale d’Egypte et le 5 mars 1878 son siège fut transféré au Caire mettant fin à l’état d’anarchie existant dans la maçonnerie égyptienne.
Tawfiq Pasha, alors Khedive (Vice-roi) fut élu Grand Maître en 1881, et un grand nombre de personnalités égyptiennes, tels que Jamal ed’din al-Afhani, le grand érudit islamique et réformateur, rejoignirent les ateliers maçonniques, qui se sont multipliés au point qu’on en comptait plus de 500, « travaillant en anglais, français, grec, hébreu et italien, en plus de l’arabe. » 8
Al-Afghani et son disciple Mohammed Abdou s’adressèrent à leurs camarades dans les cercles libéraux de l’Egypte comme “’ikhawan al saffa wa khullan al wafd” (sincères fréres et fidèles compagnons).9
Tawfik Pasha démissiona de son poste en 1890 et Idris Bey Raghib fut élu Grand Maître.
Fils d’un ancien Premier Ministre d’Egypte, Idris Bey était riche, il avait fondé le parti politique Al-Fatah (Jeune Egypte)10 (qui n’a aucun rapport avec le Fatah d’aujourd’hui). La Franc-maconnerie égyptienne fut florissante durant la période où il était Grand Maître.
On peut se rendre compte de la renommée de la Maçonnerie en ce temps-là par l’intérêt pour l’ouvrage Histoire Générale de la Franc-maçonnerie, du célèbre historien George Saidan, auteur d’une Histoire de l’Empire Ottoman réimprimée et vendu encore aujourd’hui. Saidan, maçon, publia son histoire de 256 pages chez les éditeurs « Al-Majrusa » du Caire en 1889. Le volume avait été épuisé longtemps mais il fut réédité en 2004.11
Un autre membre de la famille royale égyptienne, le Prince Muhammad Ali, en 1922 succéda à Idris Bey Raghib en tête de la Grande Loge Nationale d’Egypte, mais Idris Bey et quelques uns de ses partisans n’acceptèrent pas la décision de la Grande Loge et ils fondèrent une autre Grande Loge concurrente.
Le conflit entre les deux puissances maçonniques aboutit au retrait de leur reconnaissance par les Grandes Loges d’Angleterre et d’Ecosse.
Finalement, une solution fut trouvé sous l’égide du Grand Orient de France et une nouvelle Grande Loge Nationale d’Egypte fut fondé en 1932 avec Abdel Meguid Younis comme Grand Maître.
En dépit de ses efforts pour rétablir l’ordre dans le monde maçonnique égyptien, plusieurs loges irrégulières continuèrent à fonctionner et elles jetèrent le discrédit sur la Franc-maçonnerie par leurs actions.
En 1956, après la crise de Suez, le Président Gamal Abdel Nasser ordona la fermeture de toutes les loges maçonniques et la confiscation de leurs propriétés. La maçonnerie est encore interdite en Egypte aujourd’hui.
En Terre Sainte, la proximité de l’Egypte explique qu’une bonne part des premières loges avaient reçu leurs patentes de la Grande Loge Nationale d’Egypte, avant et après la première guerre mondiale.
Avant la guerre, la Palestine et l’Egypte appartenaient à l’Empire Ottoman, l’Egypte profitait d’un statut semi-autonome, tandis que la Palestine constituait une partie de la province Syrio-Palestinienne. Après la guerre, la Palestine fut placée sous mandat Britannique accordé par la Société des Nations.
En 1895 une loge Solomon (ou Suleiman) fut fondée à Jérusalem avec une patente de la Grande Loge Nationale d’Egypte. Malheureusement, nous n’avons aucun détail sur cette loge.
La première loge pour laquelle nous possédons des renseignements n’était pas sous juridiction égyptienne.
La loge Royal Solomon Mother Lodge N° 292 fut établie en 1873 sous la juridiction de la Grande Loge du Canada, Province d’Ontario, pour travailler à Jérusalem et dans ses environs.
Cette loge, créée grâce aux inlassables efforts de l’Américain Robert Morris,12 constituait déjà un exemple de coopération multiraciale. Cinq des six fondateurs étaient chrétiens tandis que le sixième était juif.
Le premier candidat initié dans la loge fut Moses Hornstein – un juif qui plus tard devint chrétien, probablement par l’intermédiaire du missionaire américain Dr. James Turner Barclay. Un autre maçon qui rejoignit la loge fut un Arabe chrétien d’origine libanais, Alexander Howard, de son véritable nom Iskander Awad.
Howard agissait comme l’agent local de Thomas Cook – fondateur de l’agence de tourisme anglaise – prenant en charge l’organisation des voyages au Proche Orient. Ce métier permit à Howard d’acquérir fortune et situation sociale. Il est devenu un des premiers entrepreneurs immobiliers de Jaffa au-delà du mur, bâtit un pâté de maisons dans une rue qui portait son nom.
Aujourd’hui nommée Rue Raziel, on peut y voir encore la maison de Howard avec une frise sur la porte portant la devise « Shalom al Israel », c’est-à-dire « La paix soit sur Israel ».
Les historiens n’arrivent pas à comprendre pourquoi un Arabe avait mis à l’entrée de son logement une devise en hébreu.
La maison servit de temple maçonnique et était aussi centre de réunion pour les immigrants juifs et autres qui arrivaient à la fin du XIXème siécle et au début du Xxème siècle.
Encore plus surprenant – compte tenu de l’évolution ultérieure des relations entre les deux communautés – aux environs de 1890, la maison de ce maçon arabe devint la siège du Comité Central des Hovevei Zion (Les Amants de Sion), un mouvement pionnier de Sionistes russes qui promouvait l’immigration en Palestine.
Conjointement avec Rolla Floyd, un autre maçon américain membre de la loge, Howard établit le premier service de diligence entre Jaffa et Jérusalem ; il bâtit des hôtels à Jérusalem, Jaffa et Latrun, à mi-chemin entre les deux villes. Floyd succéda à Howard comme agent de Thomas Cook. Il est mentionné Vénérable Maître de la loge en 1884.13
Un autre frère de la loge était Joseph Amzalak, membre d’une famille de riches juifs sépharades qui pendant ses pérégrinations après l’expulsion d’Espagne en 1492 avaient voyagés le long de la côte nord de l’Afrique pour arriver en Turquie. Puis, la famille s’était installée au Maroc pendant les XVI° et XVIII°siècles, revenant finalement dans la péninsule ibérique s’installer à Gibraltar.14
Joseph naquit là, mais en 1824 il résidait à Jérusalem, où il bâtit une maison dans l’enceinte de la ville près de la Porte de Jaffa, considérée à l’époque comme la plus belle de Jérusalem.15
La maison fut postérieurement transformée en l’Hôtel Mediterranean, qui existe aujourd’hui, sous un autre nom.
Le maçon Mark Twain et ses compagnons y résidèrent lorsqu’ils visitèrent Jérusalem en 1867.
La loge Royal Solomon eut une existence troublée.
Le manque d’expérience en procédure et protocole maçonniques occassionna de fréquents écarts, et les rares contacts avec la Grande Loge de Canada se sont conjugués pour que la loge soit rayée de la liste de la Grande Loge.
Certains des frères, malgré tout, voulaient travailler d’une façon régulière ; ils décidèrent d’établir une autre loge, à Jaffa, où habitaient la plupart des frères.
Ils soumirent une pétition à l’Ordre du Rite Oriental Misraim en Egypte et ils reçurent la patente en 1890 environ, pour la fondation de la Loge Le Port du Temple de Salomon.
La loge acceptait des candidats de toutes religions, elle connut une période d’essor quand plusieurs ingénieurs français, maçons, venus pour construire le chemin-de-fer de Jaffa à Jerusalem, la rejoignirent.16 Toutefois, après leur départ, elle entra en déclin et disparut pratiquement.
Un groupe de frères, se réunirent en février de 1906 et décidèrent de fonder une nouvelle loge, choisissant le nom Barkai, ou L’Aurore en francais.
Ce choix n’était pas un hasard, L’Aurore était le nom du journal français qui avait publié le fameux « J’Accuse! » d’Emile Zola, dénonçant les irrégularités et l’anti-sémitisme de l’affaire Dreyfus, toujours présente dans la mémoire des frères.17
Un des frères de la loge, l’horloger Maurice Schönberg, avait installé l’horloge à quatre cadrans dans la tour de Jaffa véritable point de répère dans la ville.
Schönberg visita souvent Paris pour ses affaires, où il prit contact avec le Grand Orient. Le 13 mars 1906 les membres de la nouvelle Loge Barkai adressèrent une pétition signée par douze frères. Le Vénérable proposé était Alexandre Fiani, un marchand chrétien né à Beyrouth, tandis que les autres étaient juifs, tels David Yudelovich journaliste et comptable, Marc Stein médecin né en Russie, et Yehuda Levy pharmacien né à Jaffa.18
La loge conduisait ses réunions à Jaffa, au numéro 1, rue Howard. La plupart des frères initiés dans la loge ne parlant pas le français, la langue des réunions et cérémonies était donc l’arabe, et seuls les rapports envoyées au Grand Orient étaient en français. Les rituels étaient des traductions en arabe, probablement imprimés en Egypte.19
Le premier maçon qui s’affilia à la loge était un Arménien chrétien, César Araktingi, marchand, drogman et Vice-Consul de Grande Bretagne, né à Jaffa et initié le 18 octobre 1891.
Son affiliation eut lieu le 13 mars 1906, c’est-à-dire, le même jour où les frères s’étaient réunis pour formuler leur pétition au Grand Orient. Araktingi remplaça bientôt Fiani comme Maître de la loge, et continua dans cette fonction jusqu’à 1929, c’est-à-dire, pendant 23 années !
Pendant les années d’avant-guerre (1914), la loge initia plus de 100 nouveaux membres.
L’analyse de leur affiliation religieuse est incertaine, seuls leurs noms et, parfois, leurs métiers permettent d’avancer une hypothèse sur leur origine ethnique. Les loges israéliennes ne demandent pas la religion des candidats. Une estimation approximative donne un total de 82 frères arabes et turcs, pour la plupart musulmans, 29 juifs, 6 chrétiens arméniens et 6 étrangers, probablement chrétiens aussi.
La loge comprenait beaucoup de personnalités, maires, gérants de banque, commandants de police, avocats, médecins, éducateurs et ingénieurs. Dans toutes les professions on trouvait des hommes de diverses religions et ethnicités.
Il est intéressant de noter la présence dans la loge de deux Consuls perses.
On sait qu’en Iran la Maçonnerie était répandue avant la chute du Shah (1979), puis l’Ayatollah Khomeini a interdit l’Ordre.
Une Grande Loge d’Iran en exil se trouve en Californie, et ses travaux se déroulent au Massachusetts.
La Grande Lodge Nationale d’Egypte établit treize loges en Palestine, ou quatorze, si on prend en compte la Loge Solomon mentionée plus haut.
La Loge Nur el Hachmat (Lumière de la Sagesse) N° 125 fut fondée en 1908 à Jérusalem. La loge travaillait en arabe ; elle avait cessé pendant la Première Guerre Mondiale, puis repris ses activités en 1924, mais elle ne rejoignit pas tout de suite la Grand Loge Nationale de Palestine quand celle-ci fut fondée en 1933. Au temps de la fondation de la Grande Loge de l’Etat d’Israël (1953) la loge n’existait pas.
La Loge Palestine N° 157 fut fondée à Jaffa en 1910. Son premier Maître était un juif, Simon Moyal, et le deuxième un arabe, Abdallah Samari.
On peut à nouveau se rendre compte des relations fraternelles existant alors entre les communautés dans le milieu de la Franc-maçonnerie.
En 1928 les frères décidèrent de transférer leur allégeance de la Grande Loge Nationale d’Egypte à une autre Grande Loge rivale qui avait de bonnes relations avec la famille royale. Ces relations donnèrent du prestige à la loge, qui changea son nom en Loge Prince, recevant le numéro 286. Néanmoins, la loge ne survécut pas longtemps, et quand la Grande Loge de Palestine fut fondée en 1933, elle n’existait déjà plus.
La Loge Jérusalem N° 262 fut établie dans la Ville Sainte en octobre 1924, et travaillait en français.
Les membres comprenaient autant de Juifs que d’Arabes. Le premier Vénérable était juif, Samuel Hashimshony, qui contribua à l’établissement de plusieurs autres loges.20
Hashimshony était l’agent local d’un grand bijoutier égyptien et ses affaires le conduisaient souvent au Caire, où il reçut tous les grades du REAA jusqu’au 33ème.
La Loge Jérusalem fut la première établie en Palestine par la Grande Loge Nationale d’Egypte après la première Guerre Mondiale. En 1936 la loge fusionna avec la Loge Pax pour finalement fermer ensemble. Parmi ses membres on doit signaler spécialement Choukry Houry, le deuxième Vénérable, et les frères Asher Koch, Mordechai Caspi et David Yellin, tous les quatre devenus Grand Maîtres.
La Loge El-Dugha (“L’Aurore” ou “L’étoile du Matin”) N° 263 fut fondée à Jaffa en 1926, pour travailler en arabe.
Certains frères de cette loge fondérent en 1928 la Logia Moriah de Tel Aviv, qui existe encore aujourd’hui, N° 3 sous la Grande Loge de l’Etat d’Israël.
La Loge Said N° 264 fut fondée aux environs de 1926, mais nous n’avons pas d’autres renseignements à propos d’elle.
La Loge Har-Zion (Mont Sion) N° 270 fut fondée à Jérusalem le 5 mars 1927.
C’était la première loge parlant hébreu à Jérusalem, alors que sa langue officielle était l’anglais. Le changement de langue de travail déplut aux autorités du Caire, provoquant un vif échange de lettres. La plupart des frères qui fondèrent la Loge Rashbi en 1933 venaient de cette loge.21
Parmi eux on peut signaler Raphaël Aboulafia, qui s’affilia à la loge dès son installation à Jérusalem. Aboulafia fut plusieurs années Vénérable de la Loge Hiram à Tel Aviv; il servit comme Grand Secrétaire de la Grande Loge Nationale de Palestine et fut aussi imprimeur éditeur du Haboneh Hahofshi, le journal officiel de la Grande Loge. En 1970 il fut élu Grand Maître de la Grande Loge de l’Etat d’Israël et tout suite après son installation donna le permis pour fonder la Loge La Fraternidad N° 62 de Tel Aviv, la première hispanophone en Israël,
La Loge Moriah N° 283 fut fondée à Tel Aviv le 20 juillet 1927, pour travailler en hébreu.
Elle avait une composition mixte Arabes et Juifs. Le premier Vénérable était le Dr. Abraham Abouchedid. Parmi ses membres on peut signaler S.A.R. le Prince Kadjar Salar ed-Dowleh de Perse, alors résident à Haifa, et Choukri Khouri de Jaffa.
La Loge Reuben N° 288 fut fondée à Haifa le 4 décembre 1927, pour travailler en hébreu.
Le premier Vénérable fut Shabtai Levy, maire de Haifa (et plus tard Grand Maître), qui donna son nom à la loge pour honorer la mémoire de son beau-frère Reuben Israeli, mort très jeune.
La Loge El Halil (Le Patriarche Abraham) N° 289 fut fondée à Jérusalem en 1928, pour travailler en arabe.
La loge ne rejoignit pas la Grande Loge de Palestine et disparut un peu plus tard.
La Loge Pax N° 291, fut fondée à Jérusalem en 1928 pour travailler en anglais.
Le premier Vénérable fut Asher Koch. Parmi ses fondateurs on trouve le premier maire juif de Jérusalem, Daniel Oster. La majorité des frères étaient professeurs, Juifs et Arabes. En 1929 ils établirent une Loge d’instruction sous le nom Pythagore. La loge déclinant, s’unit à la Loge Jérusalem, mais les conflits réligieux et politiques en Terre Sainte la perturbèrent, et elle fut contrainte d’abattre ses colonnes.
Une patente constitutive du 15 janvier 1929 autorisait la création de la Loge Mont Sinai N° 293, pour travailler à Jérusalem en anglais.
La loge fut officiellement consacrée le 25 janvier 1929. Elle était mixte, avec frères Arabes et Juifs, et en 1933 elle devint une des fondatrices de la Grande Loge Nationale de Palestine. Après un certain temps, elle passa sous la juridiction de la Grande Loge d’Ecosse, changeant son nom en Loge Mizpah (La tour de guet) N° 1383. Lors de la création de la Grande Loge de l’Etat d’Israël elle portait toujours son nom et reçut le numéro 6.
La Loge Hiram fut fondée en 1929 à Tel Aviv, et travaillait en hébreu.
Son premier Vénérable était Nathan Inbar. Un des premiers initiés dans la loge était le Juge Joseph Michael Lamm, qui fut élu en 1964-65 Grand Maître de la Grande Loge de l’Etat d’Israël, et plus tard Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté en 1971.22
La Loge Roi Salomon N° 298 fut fondée à Jaffa-Tel Aviv en 1932.
Nous n’avons pas d’information sur cette loge, qui probablement avait disparu lors de la fondation de la Grande Loge de l’Etat d’Israël.
Les relations sereines entre les diverses commnautés de Palestine sous le gouvernement turc furent bouleversées par la Grande Guerre.
Le démantèlement de l’Empire Ottoman entraîna la création de diverses nations dans le Proche-Orient, et un partage des « zones d’influence » entre les puissances victorieuses, l’Angleterre et la France.
La Palestine, à cette époque comprenait des territoires des deux côtés du Jourdain, rassemblant Israël, la Jordanie et l’Autorité Palestinienne d’aujourd’hui, placés sous contrôle de la Grande Bretagne, qui avait reçu mandat de la Société des Nations en 1922 pour gouverner le pays.
Les loges durent suspendre leurs travaux pendant la guerre, car un grand nombre de frères avaient été exilés par le Gouvernement Ottoman, qui craignait une coopération avec les forces britanniques.
Après la guerre, et aussitôt ses portes réouvertes, la loge Barkai dut les fermer à nouveau à la suite du massacre de 47 Juifs à Jaffa le 1er mai 1921. La loge reprit ses travaux en janvier 1925 dans un autre local, à Tel Aviv.
La plupart des frères arabes l’avaient quittée pour rejoindre une des loges sous la juridiction de la Grande Loge Nationale d’Egypte.
Les violentes émeutes qui continuèrent par intermittence jusqu’au début de la Deuxième Guerre Mondiale perturbèrent sans doute les relations entre les loges de différentes juridictions, sans pourtant les interrompre totalement. Il faut rappeler que les loges sous juridiction égyptienne comportaient aussi un grand nombre de juifs.
Au cours de l’année 1932, comme nous l’avons signalé, la Maçonnerie égyptienne subit une grave crise qui entraîna l’apparition de deux grandes loges concurrentes.
Les loges en Palestine sous juridiction égyptienne, opéraient alors au sein d’un organisme administratif, le Comité Permanent, dirigé par le prince perse Salar Ed Dowlah Gadjar nommé par les autorités du Caire. Le prince habitait à Haifa en attendant que son frère récupérât son trône.
Le Comité Permanent aurait du fonctionner comme une Grande Loge Provinciale, mais le prince agissait de façon arbitraire, donnant des ordres sans consulter les frères locaux, qui se sentaient humiliés et tentaient de se libérer de son pouvoir. Une série de réunions de Vénérables des loges locales eut lieu au début 1928, et, tenant compte de la situation en Egypte, ils prirent la décision de se rendre indépendants en créant une Grande Loge.
Le 12 mai 1932, sept des onze loges travaillant sous la juridiction égyptienne s’unirent, renvoyant leurs patentes et devenant de-facto la Grande Loge Nationale de Palestine.
Trois des loges égyptiennes, El Dugha N° 263 de Jaffa, Nur el Hakmah N° 125 de Jérusalem et El Halil N° 289 de Jérusalem refusèrent de rejoindre la nouvelle Grande Loge, tandis que la Loge Reuven N° 288 de Haifa décida de rejoindre la juridiction écossaise, recevant le numéro 1376.
Une pétition fut envoyée à la Grande Loge du Caire pour consacrer la nouvelle Grande Loge et cette demande fut acceptée par les autorités égyptiennes.
Bien que la majorité des frères en Palestine soient juifs, le caractère non sectaire de la maçonnerie locale est démontré par le fait qu’en tête de la délégation venue d’Egypte le 8 janvier 1933 se trouvait Fuad Bey Hussein, Grand Maître Passé de la Grande Loge d’Egypte, Procureur Général de la Cour Mixte d’Appel d’Alexandrie, accompagné par le Juif Albert Mizrahi, et Seddik Bey, Directeur Général de la Municipalité d’Alexandrie, qui servit comme Grand Chapelain Installateur.23
Hassan Shoukry Khoury, promoteur de Jaffa (1877-1932) avait été élu premier Grand Maître mais il décéda avant d’être installé, et Marc Gorodisky, un avocat de Tel Aviv, fut élu à sa place. Neanmoins, pour honorer la mémoire de Shoukry Khoury, il fut cité dans le registre de la Grande Loge comme étant le premier Grand Maître et Gorodisky le second.
La cérémonie de consécration fut conduite au siège du Young Men’s Christian Association à Jérusalem, proche du mur de la Vieille Ville, le lundi 9 janvier 1933. Quelques jours après sa fondation, la Grande Loge autorisa la création de nouvelles loges à Jérusalem, Tibériade et Jaffa.
Peu de temps après, la loge Nur el Hakmah décida elle aussi de rejoindre la Grande Loge, recevant le numéro 11, et quelques mois après la Loge El Shams N° 12 fut établie dans la ville arabe Ramallah. Moins d’un an après sa fondation, la Grande Loge Nationale de Palestine créa la Loge Kureish (Cyrus) N° 14 à Rabat Amon, aujourd’hui Amman, capitale de la Jordanie.
Les loges anglophones, fondées avec patentes d’Angleterre et d’Ecosse, refusérent de rejoindre la nouvelle Grande Loge et continuèrent de fonctionner dans les juridictions originales, tandis que les loges allemandes travaillaient dans le cadre de la Grande Loge Symbolique d’Allemagne en Exil, la maçonnerie ayant été supprimée dans l’Allemagne nazie.
En dépit des relations tendues entre les populations arabes et juives, la Grande Loge Nationale de Palestine faisait des efforts incessants pour attirer des candidats de toutes les communautés : Juifs, Arabes chrétiens, musulmans, Arméniens, Druses. Ainsi, plusieurs loges composées presque exclusivement d’Arabes furent établies.
La Loge Galilée de Nazareth mérite une mention spéciale.
Cette loge reçut le numéro 31 lors de la création de la Grande Loge de l’Etat d’Israël en 1953. Fondée en 1950, elle travaille en arabe, avec des membres musulmans et chrétiens dans toute leur diversité, reflétant l’importance de cette ville pour la Chrétienté. La loge resta en sommeil quelques années et fut ouverte à nouveau en 2002 avec Samir Farran comme Vénérable Maître.
En 1953 la maçonnerie israélienne fut réunie avec la création de la Grande Loge de l’Etat d’Israël. Des loges arabes additionelles furent établies au cours des années. La Loge Acco en Acre, forteresse des Croisades, la Loge Hidar à Kfar Yassif, ville Druse près de Haifa, et la Loge Al-Salaam (La Paix) de Jaffa-Tel Aviv. Les loges Hidar et Acco sont encore actives.
La Loge Ha-Lapid (Le Flambeau) fut fondée à Jérusalem en 1974, c’est-à-dire, juste un an après la Guerre de Yom Kippur.
Elle travaille en arabe et les membres sont musulmans, chrétiens et juifs. Le premier Maître fut David Greenberg, un Juif.
Une deuxième loge arabe fut fondée à Nazareth en 1983 : La Loge Nazareth, comprenant des membres musulmans et chrétiens.
La Loge Na’aman N° 61, loge mixte associant des arabes et des juifs, travaillant en hébreu, fut fondée à Haifa en 1958. Haifa avait toujours eu une composition ethnique mixte.
Parmi les 32 Vénérables Maîtres entre 1968 et 2003, plus de la moitié, 19, étaient arabes.
Afin de souligner le caractère non sectaire de la Franc-maçonnerie israélienne, le sceau de la Grande Loge présente au centre, entre l’équerre et le compas, la Croix chrétienne, le Croissant musulman et le Sceau de Salomon (ou Maguen David).
Sur l’autel des loges israéliennes se trouvent trois Volumes de la Loi : la Bible, le Tanakh hébreu et le Coran.
Trois Porteurs des livres sacrés avec le même grade maçonnique les portent à l’ouverture des travaux de la Grande Loge. Il y a aussi trois Grands Chapelains, un pour chaque religion monothéiste.
Les Officiers de la Grande Loge ont toujours inclus autant d’Arabes que de Juifs. Un avocat arabe de Haifa, Jamil Shalhoub, fut élu Grand Maître de la Grande Loge de l’Etat d’Israël en 1981 et en 1982 il fut élu pour une deuxième année.
J’appartiens à la loge, La Fraternidad N° 62 de Tel Aviv, première loge hispanophone d’Israël, fondée en 1970. Elle a pour tradition d’organiser chaque année un « week-end fraternel » dans un hôtel touristique, où les frères et leurs familles se réunissent pour trois jours de détente. Le programme inclut un colloque d’une matinée consacré à des sujets maçonniques et questions diverses, avec la participation active des dames. Nous visitons également les lieux touristiques voisins et, bien sùr, la bonne table n’est pas ignorée.
En 1993 nous réalisâmes le week-end fraternel à Nazareth, et pour le banquet qui marque la fin de l’événement, notre frère, le Dr. Juan Goldwaser eut une inspiration. Pourquoi ne pas inviter les frères de la loge locale, Loge Nazareth, à nous rejoindre? Aussitôt dit aussitôt fait. Une vingtaine de frères sont venus, quelques-uns avec leur femmes, portant d’énormes plateaux de gâteaux arabes. Ce fut une réussite qui inaugurait une série de nombreuses rencontres.
Le Dr. Goldwaser invita chez lui un grand nombre de frères de Nazareth avec toute la loge La Fraternidad. Les frères arabes répondirent en ouvrant les portes de leurs maisons, et suivirent réunions, pique-niques, et des amitiés personnelles se développèrent entre les frères des deux loges et cela à une époque où le pays connaissait une situation permanente de tension et de terreur.
En 1995, le Dr. Eduardo Vaccaro, Grand Maître de la Grande Loge d’Argentine, et Gabriel Jesús Marín, Souverain Grand Commandeur, décidérent de créer une Academie Maçonnique de la Paix, dans le but de récompenser par un prix les personnes et les organisations qui oeuvraient pour la cause de la paix et la tolérance. On m’avait demandé de soumettre des candidats pour ce prix, et j’ai proposé deux noms : le Dr. Juan Goldwaser, pour son action dans le rapprochement des loges La Fraternidad et Nazareth, et Joseph E. Salem, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil d’Israël, né en Iraq, qui parle l’arabe et s’efforce toujours pour renforcer les liens fraternels entre tous les maçons. Mes deux propositions furent acceptées. Goldwaser se rendit à Buenos Aires, mais pas Jospeh Salem pour raisons de santé.
La fois suivante, on me demanda à nouveau de soumettre des noms pour le Prix Maçonnique de la Paix. Cette fois je proposai deux frères arabes : Samir Victor Farran, de Nazareth, et Elias Mansour de Haifa. Farran était un des fondateurs de la Loge Nazareth et fut le Vénérable de la Loge Galilee 31. Il s’était illustré par son appui enthousiaste à des relations fraternelles entre tous, sans distinction de foi ou nationalité. Mansour, pour sa part, était un pilier de la famille maçonnique de Haifa, et toute sa vie il fut un exemple de tolérance et bienveillance. Mes propositions furent à nouveau retenues.
Malheureusement, cette merveilleuse initiative de la Maçonnerie argentine ne dura pas. Les prix de la Paix de 1997 furent les derniers.
L’an 2003, en pleine Intifada palestinienne, Juan Goldwaser et moi même fûmes reconnus par la Loge Galilee avec le titre de Vénérable Maître d’Honneur ad-Vitam de la loge, qui organisa une cérémonie spéciale à cet effet. Et cette année – 2005 – la Loge La Fraternidad honora le frère Samir Farran avec le même titre, bouclant ainsi le cercle de fraternité entre les deux loges, une arabe et l’autre juive.
Ce témoignage me paraît important et plus de nos jours qu’autrefois.
Aujourd’hui, quand des forces d’intolérance et de fanatisme menacent les fondaments même de notre civilisation libre et démocratique, il est impératif de réfléchir à nouveau aux valeurs de la maçonnerie, la tolérance et la morale, et sur la contribution que cette Franc-maçonnerie est capable d’apporter dans la construction d’une société plus tolérante, plus libre et plus humaine, et cela même dans des circonstances les plus décourageantes.
Notes
1 – André Combes, « Le rite de Memphis au XIXème siècle », in Symboles, signes, langages sacrés, pour une sémiologie de la Franc-maçonnerie, Actes de colloque franco-italien, Pise, Edizioni ETC, 1995.
2 – Sandro Manzoni, « Alexandrie, passerelle entre l’Orient et l’Occident », Los Muestros, Bruxelles, N°58, mars 2005.
3 – F.D. Stevenson, « Freemasonry in Egypt –Part 1 », Ars Quator Coronatorum, Vol.81, 1968, p.210
4 – Nahdat Fathi Safwat, Freemasonry in the Arab World, Arab Research centre, ISBN 09097233031.
5 – Robert Morris, Freemasonry in the Holy Land, Masonic Publishing Co., New York 1872, p.219.
6 – Abd-el-Kader avait lutté contre les forces françaises en Algérie mais, après avoir été envoyé en exil à Damas, il donna refuge et sauva des centaines de familles chrétiennes au cours des émeutes de Damas. Cf. Stevenson, op.cit.
7 – Stevenson fixe la date à 1876, confirmant une charte provisoire datée du 4 septembre 1864.
8 – Stevenson, ibid.
9 – Karim Wissa, article sur la Maçonnerie égyptienne, cité par Samir Raafat, « Freemasonry in Egypt is it still around ? », Insight Magazine, 1er mars 1999. www.egy.com/community/99-03-01.shml.
10 – Aucune relation avec le Fatah palestinien.
11 – Isaac Bar Moshe, article non publié daté de juin 1999.
12 – L’historique détaillé de cette loge se trouve dans mon article « The first masonic lodge in the Holy Land », Ars Quator Coronatorum, Vol. 113 pour 2000 (publié en octobre 2001), pp.185-200.
13 – Rev. Henry R. Coleman, Light from the East – Travels and Researches in Bible lands, Louisville, KY, 1884.
14 – Joseph B. Glass & Ruth Kark, Sephardic Entrepreneurs in Eretz Istrael, The Amzalak Family 1816-1918, The Magnes Press, Jerusalem 1991, p. 52.
15 – William Henry Bartlett, Walks about the City and Environs of Jerusalem, London 1884, p. 191.
16 – Quelques historiens ont affirmé à tord que la loge fut fondée par les ingénieurs français, mais un diplôme de la loge trouvé par Baruch Eldad est antérieur à leur arrivée.
17 – Dreyfus avait été condamné pour trahison en 1894. L’article de Zola dans le journal l’Aurore fut publié le 13 janvier 1898, et Dreyfus gracié en 1899. Cf. wikepedia.org/wiki/dreyfus-affair.
18 – Yudelovich était un ami et assistant de Eliezer Ben Yehuda, le principal promoteur du renouvellement de l’hébreu comme langue usuelle. Ben Yehuda, Yudelovich et David Yellin, un autre maçon, établissaient les équivalents en hébreu des termes de la vie moderne. Yudelovich était aussi éducateur et il géra la première école en hébreu à Rishon Le Zion, et ii fut l’auteur du premier ouvrage en hébreu sur la franc-maçonnerie, et du premier sur le journalisme hébreu.
19 – André Combes, op. cit., p. 34.
20 – Loge Saïd N°264, Loge Har Zion N°279, Loge Reuven N°288 et Loge Har-Sinaï N°293.
21 – Fondé à Jérusalem 16 janvier 1933 sous la Grande Loge Nationale de Palestine, pour travailler en hébreu, et recevant le N°8.
22 – Haboneh Hahofshi, septembre 1971, p. 148.
23 – Haboneh Hahofshi, N°2, février 1933, p. 6.
Léon Zeldis, « Les premières loges de Palestine et leurs relations avec la Franc-maçonnerie égyptienne », Cahiers de la Méditerranée, 72 | 2006, 307-320.
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