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Mystères d’OSIRIS Égypte antique Douât Profane 22 février, 2019

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Mystères d’OSIRIS Égypte antique Douât Profane

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Observé par anciens Égyptiens

Type Célébration religieuse

Signification Commémoration du martyre d’Osiris

Commence 12 Khoiak

Finit 30 Khoiak

Célébrations inhumations d’effigies d’Osiris

Observances procession de barques sacrées,

Hommages aux défunts

Lié à Calendrier nilotique

Les Mystères d’Osiris sont des festivités religieuses célébrées en Égypte antique en commémoration du meurtre et de la régénération d’Osiris. Le déroulement des cérémonies est attesté par des sources écrites variées, mais le document majeur est le Rituel des mystères d’Osiris au mois de Khoiak, une compilation de textes du Moyen Empire gravés durant la période ptolémaïque dans une chapelle haute du temple de Dendérah. Dans la religion égyptienne, sacré et secret sont intimement liés. De ce fait, les pratiques rituelles sont hors d’atteinte des profanes, car réservées aux prêtres, seuls habilités à pénétrer dans les sanctuaires divins. Le mystère théologique le plus insondable, le plus empreint de précautions solennelles, est la dépouille d’Osiris. D’après le mythe osirien, cette momie est conservée au plus profond de la Douât, le monde souterrain des morts. Chaque nuit, durant son voyage nocturne, Rêle dieu solaire vient s’y régénérer en s’unissant momentanément à Osiris sous la forme d’une âme unique.

Après l’effondrement de l’Ancien Empire, la ville d’Abydos devient le haut-lieu de la croyance osirienne. Chaque année s’y tient alors un ensemble de processions publiques et de rituels secrets mimant la passion d’Osiris et ordonnés selon les rituels funéraires royaux memphites. Durant le 1er millénaire av. J.-C., les pratiques d’Abydos se diffusent dans les principales villes du pays (Thèbes, Memphis, Saïs, Coptos, Dendérah, etc.) Sous les Lagides, chaque ville réclame de posséder un lambeau de la sainte dépouille ou, à défaut, les lymphes qui s’en sont écoulées. Les Mystères se fondent sur la légende du dépiècement du cadavre d’Osiris par Seth et sur la dissémination de ses membres à travers toutes les régions du territoire égyptien. Retrouvés un à un par Isis, les membres disjoints sont rassemblés en une momie dotée d’une puissante force vitale.

La régénération de la dépouille osirienne par Isis-Chentayt, la « veuve éplorée », est pratiquée chaque année durant le mois de Khoiak, le quatrième du calendrier nilotique (situé à cheval sur nos mois d’octobreet de novembre). Au sein des temples, les officiants s’attellent à fabriquer de petites figurines momiformes, appelées « Osiris végétants », destinées à être pieusement conservées durant toute une année. Ces substituts du corps osirien sont ensuite inhumés dans des nécropoles spécialement dédiées, les Osiréions ou « Tombeaux d’Osiris ». Les Mystères sont observés durant l’amorce de la décrue du Nil, quelques semaines avant que les champs puissent à nouveau être ensemencés par les paysans. Chaque ingrédient entrant dans la composition des figurines (orge, terre, eau, dattes, minéraux, aromates) est doté d’un fort symbolisme, en relation avec les principaux cycles cosmiques (révolution solaire, phases lunaires, crue nilotique, germination). Leur mélange et leur moulage sous la forme du corps d’Osiris ont pour but d’invoquer les forces divines assurant le renouvellement de la vie, la renaissance de la végétation ainsi que la résurrection des morts.

L’égyptosophie européenne

Projet de modification du panthéon parisien en pyramide, vers 1798.

Durant l’Antiquité, des auteurs de culture grecque tels Hérodote, Diodore de Sicile, Plutarque et Jamblique ont développé l’idée que l’Égypte, du fait de l’ancienneté de sa civilisation, est le berceau originel de tous les savoirs théologiques, mythologiques et rituéliques. Cette vision est parfois qualifiée d’« égyptosophie », un mot-valise forgé à partir des termes « Égypte » et « philosophie ». Depuis la Renaissance, cette manière d’appréhender l’histoire des religions a grandement marqué la culture occidentale. Son influence est plus particulièrement manifeste auprès d’individus engagés dans les voies de l’hermétisme, de l’ésotérisme et de la pseudoscience [n 1]. L’égyptosophie a ainsi influencé des courants spirituels plus ou moins occultes comme l’alchimie [1], la Rose-Croix [2], la Franc-maçonnerie [3],[4] ou la théosophie [5]. Depuis la décolonisation de l’Afrique, cette idée est aussi devenue la pierre d’angle des théoriciens afrocentristes et kémitistes ; ces derniers étant en quête d’une « renaissance africaine » basée sur un retour aux antiques enseignements égyptiens [6].

À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, le cliché de « l’Égypte, pays des mystères » se diffuse dans l’Europe des Lumières. Ce lieu commun s’expose le plus parfaitement dans l’opéra La Flûte enchantée de W. Mozart et E. Schikaneder, créé en 1791. Au milieu de l’œuvre, les initiés Tamino et Pamina voient leur vision du monde bouleversée par leur initiation aux Secrets par Sarastro, grand-prêtre du Royaume de la Lumière et adorateur des dieux Isis et Osiris. À la même époque, les francs-maçons croient déceler dans les « mystères égyptiens » l’existence d’une religion double. Au sein d’une fausse religion polythéiste réservée au peuple, aurait existé une vraie religion monothéiste réservée à un cercle restreint d’initiés. Pour la masse des incultes, la religion est axée sur la piété, les fêtes et les sacrifices aux divinités. Il ne s’agirait là que de simples coutumes destinées à maintenir la paix sociale et la pérennité de l’État. En parallèle, dans la pénombre souterraine des cryptes, sous les temples et les pyramides, les prêtres égyptiens auraient dispensé aux élites en quête de vérité, des formations morales, intellectuelles et spirituelles, lors de cérémonies initiatiques.

Les Mystères face à la science égyptologique

Sources textuelles

Portrait d’Émile Chassinat (1868-1948), égyptologue français.

Depuis les années 1960, la connaissance scientifique des mystères égyptiens a considérablement progressé grâce à l’étude attentive d’inscriptions laissées sur des papyrus ou sur des parois de temples et tombeaux. De nombreux apports philologiques et archéologiques ont mis à mal les clichés européens sur les « Mystères d’Osiris », en révélant la nature véritable des rituels et les pratiques effectives des prêtres égyptiens. Dans les années 1960, la communauté égyptologique a porté à la connaissance générale plusieurs textes majeurs ; d’abord, la traduction en langue française, par Émile Chassinat, du Rituel des mystères d’Osiris au mois de Khoiak, une compilation d’inscriptions tentyrites (ce travail remonte aux années 1940 mais n’est paru à titre posthume qu’en 1966 et 1968, en deux volumes, sous les presses de l’IFAO) ; ensuite les importantes publications du Papyrus N.3176 du Louvre par Paul Barguet en 1962, du Papyrus Salt 825 par Philippe Derchain en 1964-1965 et du Cérémonial de glorification(Louvre I.3079) par Jean-Claude Goyon en 1967 []. Ces travaux ont depuis été augmentés d’ouvrages plus récents comme la publication exhaustive des textes des chapelles osiriennes de Dendérah par Sylvie Cauville en 1997, par la thèse de Catherine Graindorge sur le dieu Sokaris à Thèbes en 1994] et les apports de Laure Pantalacci (1981), de Horst Beinlich (1984 et de Jan Assmann (2000) sur les reliques osiriennes. Parallèlement, l’archéologie des vestiges liés au culte d’Osiris a enrichi la connaissance des espaces dédiés aux rituels des mystères telles les catacombes de Karnak et d’Oxyrhynchos].

Rituel des mystères de l’Osiréion de Dendérah

Article détaillé : Rituel des mystères d’Osiris.

Texte et illustration du Rituel des mystères (colonnes 106 à 121), temple de Dendérah.

Dans le milieu académique de l’égyptologie, la connaissance des « Mystères d’Osiris » s’appuie principalement sur les inscriptions tardives des temples de la période gréco-romaine. Parmi ces données, les textes des six chapelles de l’Osiréion de Dendérah (situées sur le toit du temple d’Hathor) constituent la source majeure. La compréhension du rituel, de ses variantes locales et de son contexte religieux, s’appuie surtout sur le Rituel des mystères d’Osiris gravé à l’extrême fin de la période ptolémaïque (vers 50 av. J.-C.) Cette source est riche en détails, mais se montre souvent confuse, car il s’agit d’une compilation de sept livres d’origines diverses (Busiris et Abydos) et d’époques différentes (Moyen Empire et période ptolémaïque). L’inscription se présente comme une succession de cent cinquante-neuf colonnes de hiéroglyphes disposées sur trois des quatre parois d’une cour à ciel ouvert (première chapelle orientale). La première traduction d’envergure en langue française est donnée en 1882 par Victor Loret(1859-1946), sous le titre Les fêtes d’Osiris au mois de Khoiak. Cependant, la traduction commentée d’Émile Chassinat (1868-1948), Le Mystère d’Osiris au mois de Khoiak (834 pages), publiée tardivement en 1966 et 1968, demeure l’ouvrage de référence En 1997, cette traduction est modernisée, quoique presque inchangée, par Sylvie Cauville dans sa publication exhaustive et commentée des textes des chapelles osiriennes de Dendérah.

Nature des mystères égyptiens

Rites secrets

Porte et mur d’enceinte du temple de Deir el-Médineh.

La civilisation égyptienne a indéniablement connu des rites secrets. La majeure partie des gestes cultuels exécutés par les prêtres sont accomplis derrière les murs des temples, en absence de tout public. Le peuple n’a généralement pas accès au temple. Les jours de fêtes, la foule est admise à entrer dans les avant-cours, mais jamais dans le saint des saints du sanctuaire. Dans la mentalité égyptienne, djeser le « sacré » et seshta le « secret » sont deux notions qui vont de pair. Le terme « sacré » signifie aussi « séparer » ou « tenir à l’écart ». Le sacré est donc, par essence, quelque chose que l’on doit tenir à l’écart du profane. La puissance divine n’est pas seulement cantonnée au Ciel ou à l’au-delà. Sa présence se manifeste aussi sur Terre parmi les humains. Les temples, pour les dieux, et les nécropoles, pour les ancêtres, sont des lieux où les prêtres exercent leurs rôles de médiateur entre le genre humain et les forces de l’invisible. Ce sont des lieux à part, tenus à l’écart de la majorité des vivants, leur accès étant soumis à des restrictions de toutes sortes comme la pureté corporelle, le jeûne, l’obligation de silence.

Cette nette distinction entre lieux sacrés et monde profane a conduit les anciens Égyptiens à doter la sacralité d’une forte obligation de secret. Les prêtres qui accomplissent les rites dans les temples sont donc soumis au silence. Ils ne doivent rien dire de ce qu’ils font. Dans le Livre des Morts, le prêtre défunt se félicite d’avoir participé aux cérémonies cultuelles dans les principales villes du pays et souligne qu’il n’a rien divulgué de ce qu’il a fait, vu et entendu.

« L’Osiris N ne dira rien de ce qu’il a vu, l’Osiris N. ne répétera pas ce qu’il a entendu de mystérieux »

— Livre des Morts, chap 133. Traduction de Paul Barguet.

Secrets cosmiques

Parcours solaire

Les deux plus grandes puissances divines, les plus secrètes et les plus inaccessibles, sont Rê, le dieu Soleil et Osiris d’Abydos, le souverain des morts. Dans son traité Les mystères d’Égypte, consacré aux religions égyptienne et babylonienne, le philosophe néoplatonicien Jamblique (242-325), résume en une courte formule les deux plus grands mystères de la croyance égyptienne :

« Si toutes choses persévèrent dans l’immobilité et la perpétuité renouvelée, c’est que jamais ne s’arrête la course du soleil ; si toutes choses demeurent parfaites et intégrales, c’est parce que les mystères d’Abydos ne sont jamais dévoilés. »

— Jamblique, Les Mystères d’Égypte, VI, 7.

Union de Rê en Osiris sous la protection de Nephtys et Isis (tombe de Néfertari).

La course du Soleil a inspiré aux Égyptiens une littérature religieuse très abondante et développée. On peut cependant établir une nette distinction quant à leurs destinataires. Certains textes sont manifestement destinés au plus grand nombre. Il s’agit d’hymnes au Soleil, des prières adressées à l’astre à des moments particuliers de la journée, le matin quand l’astre apparaît hors des montagnes de l’horizon oriental, à mi-course pour célébrer sa culmination et le soir lorsqu’il disparaît à l’horizon occidental. Pour la plupart des hymnes, il s’agit d’inscriptions gravées à l’entrée des tombeaux, sur des stèles placées à l’intérieur ou à l’extérieur de chapelles ou, encore, sur les papyrus du Livre des Morts. Accessibles à tous, ces textes ne prétendent pas transmettre ou passer sous silence un enseignement secret. L’autre groupe de textes codifie et transmet un savoir réservé au seul pharaon. Il s’agit des « Livres de l’au-delà » : le Livre de l’Amdouat, le Livre des portes, le Livre des cavernes, etc. Leurs images et leurs textes ornent exclusivement les parois des tombeaux des souverains du Nouvel Empire. Ils présentent, heure par heure, le voyage nocturne du Soleil à travers les contrées de l’au-delà. Cette littérature secrète expose le plus occulte des savoirs, la régénération du Soleil au fond de la Terre, c’est-à-dire son renouveau nocturne dans un circuit qui relie la fin au début dans une existence libérée de la mortalité. Au milieu de la nuit, l’astre solaire s’unit passagèrement à la momie d’Osiris. De cette union, il tire la force de vie nécessaire à sa régénération. Contrairement aux autres morts, le Soleil ne devient pas Osiris mais repose en lui, un bref instant, en une âme unique connue sous le nom de « ba réuni », réunion de Rê et Osiris ou sous l’aspect d’une momie criocéphale dénommée « Celui à la tête de bélier » :

« Rê se couche dans la montagne de l’Occident et illumine le monde souterrain de ses rayons.

C’est Rê qui repose en Osiris, c’est Osiris qui repose en Rê. »

— Livre des Morts, chapitre 15 (extrait).

Cadavre osirien

Renaissance du soleil après son union avec Osiris figuré sous la forme d’un pilier Djed surmonté d’un nœud Ânkh anthropomorphisé (Papyrus d’Ani).

D’après la littérature occulte des Livres de l’au-delà, le plus grand secret, le mystère le plus insondable des croyances égyptiennes, est la dépouille momifiée d’Osiris. Dans ces textes, le dieu soleil est « Celui dont le secret est caché », le monde souterrain étant le lieu « qui abrite le secret ». Le mot « secret » désigne ici le cadavre osirien sur lequel chaque nuit vient se poser l’astre fatigué :

« Ils gardent le secret du grand dieu, invisible de ceux qui sont dans la douât. […] Rê leur dit : Vous avez reçu mon image, vous avez embrassé mon secret, vous reposez dans le château de Benben, à l’endroit qui abrite ma dépouille, ce que je suis. »

— Livre des Portes

Les Égyptiens avaient pour usage de ne pas parler de la mort d’Osiris. D’une manière générale depuis les Textes des Pyramides et jusqu’aux documents gréco-romains, le meurtre d’Osiris, son deuil et son tombeau ne sont évoqués que par des allusions ou par d’habiles périphrases. On peut ainsi lire « Quant à l’arbre-ârou de l’Occident, il se dresse pour Osiris pour l’affaire qui est arrivée sous lui. » (Papyrus Salt 825). L’affaire en question est, évidemment, l’inhumation d’Osiris, l’arbre étant planté sur l’emplacement du tombeau divin. Les Égyptiens usaient aussi d’euphémismes, surtout à l’époque tardive. Ainsi au lieu de dire « il est arrivé malheur à Osiris », le propos est inversé en disant « il est arrivé malheur à l’ennemi d’Osiris ». En postulant que la parole et l’écrit avaient en eux une puissance magique, les Égyptiens craignaient que le simple fait de parler d’un épisode mythique comme la mort d’Osiris risque de le faire advenir à nouveau par simple énonciation. Dans le Papyrus Jumilhac, le meurtre d’Osiris est ainsi éludé : au lieu d’écrire « Alors Seth renversa Osiris à terre », le scribe écrit « Alors il renversa les ennemis d’Osiris à terre » [27].

Initiation aux mystères

Article détaillé : Initiation en Égypte antique.

Crypte du temple de Dendérah aux décorations mystiques.

Les textes égyptiens ne disent rien de l’existence d’une cérémonie initiatique qui aurait permis à un nouveau prêtre d’accéder pour la première fois au temple et à ses secrets théologiques. Il faut attendre le IIe siècle, sous le règne de l’empereur romain Hadrien, pour rencontrer un texte de ce type. La source n’est pas égyptienne, mais le contexte est égyptisant. Il s’agit de l’initiation de Lucius, le personnage principal de L’Âne d’or, un roman rédigé au IIe siècle par Apulée de Madaure. La scène se passe non pas en Égypte, mais en Grèce, à Cenchrées, où se trouvait alors un temple d’Isis. Dans ce contexte grec, il semble que les adeptes hellènes des dieux égyptiens ont réinterprété les rites funéraires nilotiques, pour les mettre en scène en une initiation des vivants et non pas en tant qu’enterrement des morts. La cérémonie apparaît comme une mort anticipée et une descente aux enfers en vue d’approcher la divinité solaire lors de son union avec Osiris. La question de l’existence, en Égypte même, de rituels initiatiques reste largement controversée. Alors que l’idée de l’initiation est largement acceptée dans les cercles de l’égyptosophie, cette éventualité est majoritairement refusée par les tenants de l’égyptologie académique. À Alexandrie et en Grèce, dans une interprétation syncrétique, il est probable que les rituels osiriens aient fusionné avec les mystères grecs, tels ceux d’Éleusis où de jeunes impétrants étaient éprouvés psychologiquement lors de cérémonies nocturnes, avant de recevoir une révélation sur le monde divin.

Il n’y a donc pas de sources écrites égyptiennes évoquant une initiation des prêtres à l’époque pharaonique. Pour l’égyptologue allemand Jan Assmann, il n’est cependant pas aberrant de penser que les anciens Égyptiens ont acquis de leur vivant les secrets de l’au-delà, en vue de se préparer à la mort. On peut alors imaginer que le myste égyptien était conduit, lors d’un voyage symbolique, dans des salles souterraines, telles l’Osiréion d’Abydos, les cryptes des temples tardifs, ou dans d’autres lieux richement décorés d’illustrations mystiques et symboliques.

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Discours sur la morale maçonnique, adressé à des profanes avant leur admission aux épreuves 29 novembre, 2014

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Discours sur la morale maçonnique, adressé à des profanes avant leur admission aux épreuves

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Les gens de notre ordre toujours

Gagnent à se faire connaître ;

Et je prétends par mes Discours

Inspirer le désir d’en être.

Qu’est-ce qu’un Franc-maçon ? En voici le portrait.

C’est un bon citoyen, un sujet plein de zèle,

A son prince, à l’État fidèle,

Et de plus un ami parfait. 

Procope, médecin, Apologie des Fr\ M\ 

Messieurs, 

Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira, disait Jésus-Christ à ses disciples. Ces paroles symboliques du sage de la Judée sont plus une loi qu’une maxime pour les Francs-Maçons, qui s’honorent de professer les principes de l’évangile. Une loi est obligatoires ; une maxime peut être contestée, mais en disant : Demandez et vous recevrez, Jésus-Christ n’a pas prétendu qu’on donnât a qui n’était pas digne de recevoir, cherchez et vous trouverez, qu’on allât au-devant de l’homme qui cherche des dupes ; frappez et l’on vous ouvrira, qu’on accordât l’hospitalité sans précaution et au hasard. La leçon morale de l’Homme-Dieu nous apprend qu’il faut faire le bien, mais le faire à propos ; qu’il faut bien faire convenablement. En chrétien je donne à celui qui est dans le malheur ou la misère ; j’attends pour juger avec ma raison d’abord, et mon cœur ensuite, ce qu’on espère de moi ; j’accorde l’hospitalité au voyageur égaré ou en retard, et dans cette triple disposition, je cède à l’inspiration évangélique. 

Nous avons entendu, Messieurs, votre demande ; nous nous sommes prêtés à votre recherche, nous vous avons ouvert du moment que vous avez frappé. Mais vous n’irez pas plus loin si vous ne répondez loyalement à nos questions. Demandez-vous le chemin de la vertu, cherchez-vous son temple, frappez-vous pour y parvenir ? Car ici nous ne nous occupons que de morale, et nous repoussons le vice ou la stérile curiosité. Amis, soyez francs ; ennemis ou censeurs, soyez francs encore. Le mépris s’attache à la fausse amitié. L’estime peut exister entre des ennemis loyaux… Puisque vous persistez dans votre courageuse entreprise, et que vous nous répondez en hommes d’honneur, nous allons cesser une réserve prudente : écoutez et jugez.

On parle beaucoup de l’institution maçonnique dans le monde profane, où, inconnue, elle est traitée avec une grande légèreté, sinon une grande injustice. C’est une institution insignifiante, ou une société de plaisir, ou un club politique dangereux, on enfin une association de perversité religieuse et morale ; voilà ce qu’on dit et ce que vous avez peut-être dit vous-mêmes : 

Des profanes humains la foule impitoyable.

Parle et juge en aveugle, et condamne au hasard.

Cette institution insignifiante dérive de ce que les peuples de l’antiquité avaient de plus recommandables, l’initiation aux mystères. Elle est entre le passé et le présent la chaîne qui les rend inséparable.

Cette société de plaisir ne prescrit ni les bals, ni les jeux, et défend toute espèce de débauche.

Ces clubs politiques dangereux sont toujours en grade contre les discussions ou les excursions politiques. L’ultracisme des opinions quelles qu’elles soient est sévèrement repoussé de nos Ateliers; les plus simples et les plus pacifiques entretiens sur les affaires publiques sont sur les champs écartés, soit par la jurisprudence maçonnique, soit par le bon esprit des Frères.

Cette association de perversité religieuse et morale prêche la tolérance pour tous les cultes, la fidélité à tous les engagements sociaux, le respect pour les mœurs, l’amour de l’humanité.

Devant cette explication en tout point exacte, tombent les odieuses calomnies, les inculpations hasardées, les doutes injurieux.

La sagesse est une dans tous les temps, et encore aujourd’hui est sage qui veut l’être. Les anciens initiés, hommes de science, de talent, de mérite, marchaient, avec fermeté dans le sentier de la vertu. Les Francs-Maçons seuls, parmi les membres des, associations secrètes modernes, parce qu’ils sont sans intérêts mondains, suivent le sentier qui, pour avoir été longtemps frayé, n’en est pas plus facile à parcourir. Le terrain des passions est fécond en aspérités, en reproduction d’entraves. A peine l’aspirant à la sagesse a-t-il fait un pas, que les difficultés qu’il a vaincues renaissent pour l’aspirant qui le suit et qui retrouve les mêmes ronces, les mêmes épines, les mêmes obstacles, plus nombreux souvent, plus difficiles à surmonter, peut-être. Voilà pourquoi la route, toujours belle en perspective, est si pénible alors qu’on veut la franchir. Mais a-t-on atteint le terme, on jouit des avantages de la réalité, et ils dédommagent des sacrifices qu’on a faits. 

Vous savez sans doute, par vos lectures, que les prétendants à l’initiation aux anciens mystères n’avaient pas tous le bonheur d’être initiée. Je vous le rappellerai utilement ici ; je l’apprendrai à ceux qui pourraient l’ignorer. Pour être admis aux anciens mystères, il fallait un mérite supérieur ; il fallait surtout montrer la plus rare constance, une force supérieure de corps et d’esprit. Tel aspirant avait vaincu les obstacles physiques, qui succombaient aux secousses de l’âme. Tel autre, constamment vainqueur, entrevoyait la lumière ; hésitait-il, il retombait dans une profonde obscurité. Touchant au sanctuaire, un troisième en était éloigné pour une faute même légère : c’est qu’il fallait se dépouiller entièrement de tout ce qui tenait à la faible et fragile humanité. On n’admettait point à l’initiation uniquement sur un grand courage, uniquement sur une volonté prononcée ; il fallait vouloir et pouvoir. Combien d’hommes avaient la volonté et n’avaient pas la force ! Combien d’autres avaient la force et manquaient de cœur !

Admis dans l’enceinte sacrée, l’aspirant recevait l’initiation, c’est-à-dire la connaissance de toutes les choses accessibles à l’esprit de l’homme.

La Franche-Maçonnerie ne demande pas de si hautes qualités à ses néophytes. Elle a suivi la marche du temps et le progrès des lumières ; elle ne cherche pas des hommes sans défauts ; elle veut des hommes avec toutes les forces qui leur sont propre ; mais elle veut que ces forces soient dirigées par la sagesse.

Ne peuvent être reçus Francs-Maçons que ceux qui ont une âme noble, un esprit exempt de préjugés, un cœur généreux. Aimez-vous les uns les autres, disait après J.-C. son disciple bien aimé, et après eux c’est ce que nous répétons sans cesse à nos frères et aux profanes. Dans cette amitié fraternelle sont la philanthropie et la philosophie, pratique et enseignement aussi sacrés pour ceux qui écoutent que pour ceux qui professent. Là, je puis, terminer cette instruction préparatoire ; j’ai encore trop de choses utiles à vous annoncer.

Ainsi que la mort qui égalise tous les rangs, la Franche-Maçonnerie, en nous enlevant morale mène au monde profane, nous fait oublier toutes les vanités, toutes les distinctions humaines. Le niveau maçonnique, ce niveau de la nature auquel on veut inutilement se soustraire, nous maintient incessamment à la même hauteur.

Le prince et le simple citoyen devenus Francs-maçons siègent à côté l’un de l’autre, unis par la douce fraternité. Ils sont hommes, ils sont frères, ils sont mortels : que les hommes sont petits devant ces grandes idées ! Dans nos rangs uniformes, ils apprennent à l’avance qu’aux yeux du Maître de l’univers ils sont égaux. Ils sont le néant même quand leur vie n’a pas été marquée par la possession et la pratique des vertus. Vous devez vous pénétrer de ces principes et les suivre fidèlement si nous avions le mutuel bonheur d’être associés dans le plus grand œuvre de l’esprit humain, l’amélioration morale de l’homme ; alors plus que nous, vous ne vous abaisserez devant l’homme en place s’il n’est vertueux, ni ne vous enorgueillirez devant l’homme obscur, parce que votre position sociale vous aura mis au-dessus de lui. La dignité personnelle est la seule que nous reconnaissions.

Nous offrons, autant qu’il dépend de nous, à l’homme qui descend dans son cœur, des amis désintéressés, des confidents loyaux de ses pensées. Il trouve dans nos réunions la pratique de la vertu sans ostentations ; l’humanité qui fait soulager l’infortune, et consoler celui qui souffre.

Ces choses sublimes chez nous peuvent paraître de peu d’importance aux hommes vulgaires. Que nous importe ! Il y a d’autres hommes qui savent nous entendre, et c’est pour ces hommes bons, réfléchis, raisonnables, que nos temples sont établis ; ils y trouvent à occuper utilement leur esprit et à satisfaire le doux besoin de leur cœur. Ils n’ignorent pas que les plus grands hommes de l’antiquité appartenaient à l’initiation comme les hommes les plus distingués des temps modernes appartiennent à la Franche-Maçonnerie. Parmi ces derniers, Franklin, Lalande, Voltaire, le génie de son siècle, ont été Francs-Maçons.

Tous ces hommes s’étaient fait une idée juste de la véritable gloire, et c’est par un examen rapide de ce beau sujet que je terminerai un discours qui sera pour vous, Messieurs, une première épreuve, puisque j’aurai trop longuement exercé votre patience.

Nous n’entendons point, nous Francs-Maçons, la gloire par le sang que l’on répand sur le champ de bataille. Cette gloire est noble quand on défend le sol sacré de la patrie. Cette gloire est funeste quand l’amour et le délire des conquêtes ou les froides combinaisons de la politique nous forcent d’être leurs aveugles et dociles instruments. Nous n’entendons point la gloire par les succès du prosélytisme, par les triomphes de la tyrannie, par l’usurpation même légale du fort sur le faible, nous ne l’entendons pas encore par la supériorité qu’on peut légitimement obtenir dans les sciences, dans les lettres, dans les arts, enfin dans les découvertes industrielles, quelles qu’elles soient.

La gloire pure, la gloire sans larmes, c’est celle que nous allons offrir à votre esprit :

Quand, bons fils, vous rendez aux auteurs de vos jours l’amour et le dévouement qu’ils vous ont portés, alors que par votre faiblesse ils étaient vos seuls amis ;

Quand, estimable citoyens, vous exercez honorablement votre état, et remplissez tous vos engagements envers la société ;

Quand, vertueux époux, vous n’oubliez jamais que votre femme est la compagne que le ciel et les lois vous ont donnée ;

Quand, pères tendres et prévoyants, vous veillez avec une continuelle sollicitude à l’éducation et au bien-être de vos enfants :

Voilà, Messieurs, la gloire chère à tous les cœurs bien nés.

La gloire du Franc-maçon est dans l’accomplissement de tous ces devoirs, et dans d’autres encore que notre ordre auguste impose à ses adeptes, et que je puis vous signaler d’avance.

Reçu Franc-maçon, car j’en ai conçu pour vous la plus flatteuse espérance, assistez le plus régulièrement que vous le pourrez à nos conférences fraternelles. Ecoutez en silence les instructions et les maximes de l’ordre ; observez avec soin les allégories, les usages dont nous nous faisons une constante étude ; méditez de toutes les facultés de voire esprit les documents historique, que nous a légués le passé, et que nous voulons avec notre propre histoire, transmettre aux siècles à avenir. La succession est héréditaire. Pour être échue à une branche collatérale, elle ne sort pas pour cela de la famille.

Ainsi, héritiers directs ou collatéraux des sages de l’antiquité, nous sommes possesseurs légitimes. Possesseurs légitimes, soyons dignes. Vous, Messieurs, appelés à cette grande succession, comme nous soyez bons, car la bonté attire la confiance que suit presque toujours l’amitié ; soyez patients, car la patience dompte la violence des passions, et fait estimer celui qui sait se vaincre soi-même ; soyez dociles aux conseils de vos chefs, car ils ont pour eux l’expérience qui leur fait prévoir l’avenir par la connaissance qu’ils ont du passé ; soyez laborieux et zélé, car le travail remplit tous les vides de l’esprit, et éloigné les orages du cœur ; soyez surtout indulgents et charitable, car l’indulgence est la preuve d’un esprit éclairé et d’une âme forte ; car la charité sauve du désespoir l’infortuné qui la sollicite. C’est, d’ailleurs, semer pour recueillir, puisque, dans le malheur, vous trouvez aussi des secours : et si la prospérité ne vous abandonne jamais, votre conscience vous récompense de tout le bien que vous avez fait. Aux dons réels vous ajoutez la puissance de l’exemple : l’homme bienfaisant est deux fois utile à ses semblables.

Vous connaissez maintenant Messieurs, la véritable gloire, qui n’est autre que la morale de l’ordre franc-maçonnique. Cette gloire, la plus utile aux hommes, est celle dont la divinité nous tient le plus de compte. 

Je ne sais si, après ces développements indispensables de nos principes, ces confidences d’une amitié prématurée, vous persisterez à demander l’initiation maçonnique. Dans le cas contraire, passez plus loin éloignez-vous ; le temple de la sagesse vous sera fermé, et ses dons rigoureusement refusés.

Mais si nous ne nous sommes pas trompés sur vos intentions, nous remplirons à votre égard le précepte de l’Evangile, et à votre tour, avec nous ou comme nous, vous ouvrirez, vous donnerez à qui aura, comme vous, frappé et demandé…

Puisque vous persistez, je vous abandonne aux épreuves. Messieurs, du courage : on craint, on hésite, on tremble…on n’en meurt pas !

Source : Tuileur de Delaunay (1836)

Source :

l’excellent site à suivre attentivement http://hautsgrades.over-blog.com/

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La Franc-Maçonnerie lyonnaise au XVIIIe siècle 30 août, 2014

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La Franc-Maçonnerie lyonnaise au XVIIIe siècle

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Article publié le 29 juil 2014 Par Joanny Bricaud.

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La date de l’introduction de la Franc-Maçonnerie à Lyon est très incertaine, la plupart des anciens documents ayant été détruits pendant le siège de Lyon. Toutefois, un document, datant du commencement du 16e siècle, dit positivement que deux loges maçonniques écossaises existaient en France en 1535 : l’une à Paris et l’autre à Lyon[1]. Ces loges maçonniques n’étaient alors formées que par des ouvriers-constructeurs réunis sous le nom de Fraternité des Libres Maçons, parce que, conformément à leur but, qui était de construire dans tous les pays d’Europe où le besoin s’en ferait sentir des églises et des monastères, le pape les avait déclarés, en tous lieux, exempts d’impôts et de corvées[2]. Les protégés du Saint-Siège se répandirent rapidement en Allemagne, en France, en Normandie, en Bretagne, dans les Flandres et en Angleterre. Bien que disséminés, ils prirent soin de se communiquer les moindres perfectionnements apportés à l’art de bâtir. Leur correspondance fut, à ce sujet, des plus assidues, et l’architecture ogivale lui doit l’uniformité de son caractère autant que ses rapides progrès.

Au commencement du 17e siècle, une modification importante dans le fonctionnement de la Fraternité des Libres Maçons, changea le caractère essentiel de cette institution.

Sous la poussée des idées libérales, les Libres Maçons avaient été amenés à recevoir dans leur association des non-constructeurs, des non-ouvriers. Ils prirent alors le nom de Fraternité des Maçons Libres et Acceptés ; et c’est sous cette appellation qu’après la dévolution d’Angleterre, en 1688, Jacques II l’importa en France au château de Saint-Germain-en-Laye, dont il fit sa résidence.

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La Société avait alors pour but principal le rétablissement des Stuarts sur le trône d’Angleterre. Grâce aux Écossais réfugiés en France, des loges se formèrent à Dunkerque d’abord, à Paris ensuite. L’aristocratie française accepta avec empressement ce mode d’association, propre à favoriser ses projets ambitieux, et la Franc-Maçonnerie se répandit avec une rapidité extraordinaire. Néanmoins, ce n’est que vers l’année 1725 qu’elle se propagea ans nos provinces[3].

La Franc-Maçonnerie fut accueillie à Lyon avec tant d’empressement qu’en moins de dix ans sept loges y furent créées.

La première en date est la Parfaite Amitié, fondée le 24 juin 1753, jour de la fête de saint Jean-Baptiste, et qui siégea sans interception, bien qu’elle ne fût reconnue régulièrement constituée que e 21 novembre 1756[4]. Son Maître de loge ou Vénérable se nommait Willermoz : la loge ne comptait alors que neuf membres. Deux ans plus tard, une nouvelle loge, la Sagesse, était constituée avec le Dr Jacques Willermoz, frère aîné du précédent, pour Vénérable. La troisième : l’Amitié, fut fondée en 1758, avec le Frère Grandon pour Vénérable, et pour Officiers, les Frères Gueidan, premier surveillant ; Meillan, second surveillant ; Bonnichon, orateur ; Legry, trésorier ; Barrai, secrétaire et Warnet, maître des cérémonies ; mais sa constitution régulière date de 1775.

Le 20 mars 1760, les Maîtres réguliers des loges la Parfaite Amitié et l’Amitié décidèrent de créer une nouvelle loge : les Vrais Amis, qui eut pour Vénérable le frère Paganucci. Mais, des conflits s’élevèrent bientôt entre les loges. C’est pour les empêcher que les Maîtres des loges de Lyon décidèrent, le 20 avril 1760, de constituer une Grande Loge supérieure aux autres, capable de juger les différends et maintenir le bon ordre. Un projet de règlement fut rédigé et soumis à l’approbation de chacune des loges particulières. Elles le ratifièrent et nommèrent chacune un député afin de constituer la Grande Loge des Maîtres réguliers de Lyon.

Le Grand Maître de la Grande Loge de France, le comte de Clermont, l’autorisa, et, le 4 mai 1760, Irénée Grandon fut nommé Grand Maître de toutes les loges régulières de Lyon et de celles qui demanderaient leur affiliation[5]. Le brevet de constitution fut déliré le 18 juillet 1761.

Enfin, le 5 décembre 1762, sur l’initiative du frère Lenoir, horloger, la loge la Parfaite Amitié, qui existe encore aujourd’hui, fut constituée et placée sous le contrôle de la Grande Loge des Maîtres réguliers.

Bientôt, ce fut un engouement général dans les hautes classes ; tout le monde voulut faire partie de la Maçonnerie. On y était attiré par la curiosité, les pratiques mystérieuses, le cérémonial étrange et l’attrait du plaisir, car certaines loges donnaient des fêtes splendides, des banquets où se rencontraient des gens de la haute société.

Malgré les brefs de Clément XII, condamnant et défendant les « sociétés, assemblées, réunions, associations et conventicules appelés Francs-Maçons », et de Benoît XIV, interdisant aux fidèles toute espèce de rapports avec la Franc-Maçonnerie, sous peine d’excommunication, le clergé régulier et séculier fournissait également un appoint très appréciable. La Maçonnerie avait même des représentants jusqu’aux pieds du trône, puisque le chef des Maçons français, le souverain grand maître de la Grande Loge de France, le comte de Clermont, était un prince du sang.

* * *

Vers 1760, un protestant converti au catholicisme par Fénelon, le chevalier de Ramsay avait introduit en France un nouveau rite Maçonnique qui s’appelait, malgré les protestations de la Grande Loge d’Écosse : le Rite Écossais, ou Rite Templier, parce qu’il se prétendait dépositaire de secrets remontant aux chevaliers du Temple. Le grand nombre des grades et des titres pompeux : « Maître illustre », « Chevalier de l’Aurore », « Grand Inquisiteur », etc., favorisèrent beaucoup le développement de ce rite, dont un chapitre fut établi à Lyon, en 1765. Il prit le nom de Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir. Ses membres étaient recrutés parmi les frères pourvus des hauts grades du rite français (Grande Loge de France) et il était au-dessus de la Grande loge des Maîtres réguliers. Ce fut le Dr Jacques Willermoz qui eut la direction.

En 1767, le rite Martiniste, fondé par l’oculiste Martinès de Pasqually, fut introduit à Lyon sous le nom de Rite des Elus-Coëns[6].

Ses membres ne se recrutaient que parmi les maçons possédant les plus hauts grades. Le Grand Maître de ce rite était Jean-Baptiste Willermoz, frère du Dr Jacques Willermoz.

Peu après, le Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir fusionnait avec la Grande Loge des Maîtres Réguliers.

Mais, à la même époque, en même temps qu’une scission au sein de la Grande Loge de France avait donné naissance au Grand Orient de France, un nouveau rite était importé d’Allemagne.

Ce rite, désigné sous le nom de Stricte Observance Templière, avait pour fondateur le baron de Hund, qui avait imaginé, de concert avec un frère Marschall, ancien Grand-Maître provincial de la Grande Loge de Londres pour la Haute-Saxe, de rétabli l’ancien Ordre des Templiers, en s’appuyant sur la Franc-Maçonnerie, et de chercher à recouvrer les biens de cet Ordre. Le Grand Maître de la Stricte Observance templière, le duc Ferdinand de Brunswick (Ferdinandus a Victoria) venait d’envoyer en France plusieurs émissaires qui s’efforçaient de répandre ce rite.

Un frère de Weiler (Eques a Spica Aurea), muni des rituels, avait reçu l’ordre d’établir en France trois provinces. En moins de quatre mois, il en établit non pas trois, mais quatre, ayant pris sur lui d’en fonder une quatrième sous le nom de Septimanie.

Ces quatre provinces avaient chacune leur grand maître, placé sous la grande-maîtrise du duc Ferdinand de Brunswick.

Ce fut Jean-Baptiste Willermoz qui signa l’acte d’obédience en recevant la grande-maîtrise pour la province d’Auvergne, la seconde de l’ordre templier.

Son siège directorial était à Lyon, dans la loge la Bienfaisance, où le célèbre philosophe mystique Claude de Saint Martin fit une série de cours en 1774. Celui-ci tenta de dissuader Willermoz de s’inféoder à la Stricte Observance Templière, mais sans succès, Willermoz constatant que Martinès de Pasqually, éloigné et malade, n’envoyait plus à ses Élus-Coëns de Lyon que de rares instructions, et que les initiations magiques[7] de Martinès ne donnaient aucun résultat, était alors découragé ; il avait cru bien faire en entrant sans plus tarder en relation avec cet Ordre de la Stricte Observance templière que l’on disait déjà si puissant et dont on racontait des merveilles.

L’affaire lui était, d’ailleurs, avantageuse : il recevait la grande-maîtrise provinciale d’Auvergne, dont la Bienfaisance devenait le centre directorial, et, en retour, cette loge prêtait son appui à l’Ordre templier pour faciliter à ce dernier une action sur la Maçonnerie française et particulièrement sur le Grand-Orient de France, qui venait de se fonder.

L’occasion semblait favorable. Plusieurs officiers du Grand-Orient étaient déjà gagnés à la Stricte Observance, particulièrement acon de la Chevalerie et l’abbé Rozier, qui occupaient des postes très importants pour la bonne conduite de l’entreprise ; le premier étant grand orateur et le second président de la Chambre des Provinces du Grand-Orient.

Martinès de Pasqually, inquiet de l’attitude prise par Willermoz et quelques autres dans le Grand-Orient de France, écrivit de Port-au-Prince, où il se trouvait, à Willermoz, pour lui demander des explications ; mais, quand arriva la lettre, au commencement de novembre 1774, Martinès était mort (20 septembre), l’inféodation des Élus Coëns de Lyon à la Stricte Observance régulière était un ait accompli depuis le mois de mars de la même année[8].

Afin d’agir plus sûrement sur le Grand-Orient, les nouveaux affiliés à la Stricte Observance résolurent de rentrer dans la Grande Loge des Maîtres Réguliers.

Mais, afin de ne pas porter atteinte à l’autorité du Grand-Orient, il fut arrêté que cette association avec le rite templier allemand resterait dans la Grande Loge des maîtres réguliers comme un grade Supérieur auquel on admettait seulement les frères qui en seraient jugés dignes, et les plus avancés en grade ; le Grand-Orient changea le nom de cette loge en celui de Grande Loge provinciale du Lyonnais.

Le 4 février 1775, un traité d’union était passé entre la Strict Observance templière et le Grand-Orient. Ce fut l’abbé Rozier qui réussit à faire accepter l’examen des propositions d’union présentées par les directoires templiers. Une Commission, composée des frères de Méry d’Arcy, d’Arcambal et Guillotin, avait été nommée le 4 février 1775 pour examiner ces propositions qui furent rédigées le 24 avril. On y disait « qu’il était de la justice du Grand-Orient d’adopter ce traité parce que les droits de suprématie du Grand-Orient lui étaient conservés, l’alliance étant proposée par les Directoires, lesquels se rendaient tributaires du Grand-Orient ». Mais on insérait au traité que les « Directoires conserveraient l’administration de leur rite et de leur régime, tout en ayant le droit de se faire représenter par des députés qui jouiraient de tous les droits et prérogatives des autres loges ». Ce traité fut scellé en 1776, lors du voyage du duc de Chartres, grand maître du Grand-Orient.

Cependant les protestations ne se firent pas attendre. Comme les loges du Grand-Orient n’avaient pas été consultées, un grand nombre d’entre elles déclarèrent formellement que le Grand-Orient de Paris n’était en aucune façon autorisé à conclure ce traité. Elles alléguaient des faits graves contre la plupart des membres des Directoires, montrant que ces membres n’étaient que des ambitieux, des transfuges qui avaient déserté le rite français, ou qui avaient essuyé les refus constants des loges du rite français. Elles prétextaient surtout qu’il ressortait du traité que les Directoires templiers deviendraient juges du Grand-Orient dont les loges ne pourraient jamais juger la Stricte Ordonnance. La grande Loge provinciale de Lyon, notamment, excita un violent orage au sein du Grand-Orient.

Son député, l’abbé Jardin, y donna lecture d’un mémoire extrêmement violent contre les Directoires templiers et dirigé contre le Grand-Orateur Bacon de la Chevalerie, qu’il dénonçait comme favorisant la politique de la Stricte Observance au détriment du Grand-Orient.

Mais, il avait affaire à plus fort que lui. Bacon de la Chevalerie para le coup en faisant déférer le jugement au Grand-Maître lui-même, le duc de Chartres, qui signa, le 1er avril 1778, un décret, par lequel il déclarait la Grande Loge de Lyon rayée de la correspondance du Grand-Orient, si elle ne se rétractait pas dans un délai de quatre-vingt-un jours, suspendait l’abbé Jardin de toute onction maçonnique pendant quatre-vingt-un mois, et ordonnait a destruction par le feu de tous les documents et pièces concernant cette affaire[9].

À ces violences arbitraires, la Grande Loge de Lyon répondit d’abord qu’elle s’était décidée à agir par elle-même, parce que plusieurs de ses lettres étaient restées sans réponse, puis, peu après, se soumit.

Néanmoins, cette affaire fut le point de départ d’une nouvelle campagne contre les Directoires templiers, qui fut menée très secrètement par un parti de maçons fort au courant des menées templières : les Philalèthes.

Ces maçons, dont la plupart avaient été fondateurs du Grand-Orient de France, inquiets des menées de la Stricte Observance dans le Grand Orient, établirent en 1773 un régime qu’ils opposèrent au régime templier. Ce fut le rite des Philalèthes ou des Amis de la vérité. Ce rite comptait presque tous les maçons instruits du Grand-Orient, non affiliés à la Stricte Observance. Ils s’efforcèrent neutraliser l’influence des membres du Grand-Orient, affiliés au régime templier. En 1778, les loges de la Stricte Observance templière et la Grande Loge de Brunswick tenaient à Lyon leur premier et dernier Convent, désigné sous le nom de Convent des Gaules.

Ce sont les manœuvres des Philalèthes auprès des membres de certains Directoires templiers, au sein desquels ils avaient de nombreux affiliés, qui le firent échouer. Ils obtinrent même le remplacement du rite templier par le Rite rectifié de saint Martin ; mais, on croit que ce reniement du système templier fut plus apparent que réel, car, comme par le passé, les Directoires rectifiés continuèrent à recevoir leurs instructions et leurs ordres de la Grande Maîtrise de Brunswick.

Les loges de la Stricte Observance n’étaient pas révolutionnaires. Leurs membres étaient partisans du despotisme éclairé. Ils estimaient que les temps d’une Révolution n’étaient pas encore venus.

* * *

Vers 1781, le célèbre Cagliostro était venu à Lyon. Il y revint en 1784 et chercha à y répandre son Rite Maçonnique Égyptien qu’il venait de fonder, et à faire des prosélytes.

N’ayant obtenu aucun succès auprès de la loge du Parfait-Silence, il s’adressa à la loge la Sagesse où il recruta une douzaine d’adeptes. Avec le concours de ces disciples, il fonda, avec un pompeux cérémonial, une superbe loge qu’il appela la Sagesse Triomphante. Cette loge, qui devait avoir la primauté sur toutes les autres loges de ce rite, ajoutait à son titre celui de Mère-loge de la Haute-Maçonnerie Égyptienne. La cérémonie d’inauguration fut d’une magnificence extraordinaire et dura deux jours. Vingt-sept frères y assistaient. Le vénérable était Saint-Costart.

Lors du Convent des Philalèthes, en 1785, l’élu-coën Dessalles, s’étant rendu à Lyon auprès de Saint-Costart, en rapporta la promesse que Cagliostro viendrait au Convent s’il y était convoqué. Mais, en dépit des promesses de Saint-Costart, Cagliostro refusa d’assister au couvent. Il se contenta d’envoyer une lettre dans laquelle il déclarait qu’il ne prendrait part aux travaux des Philalèthes qu’autant que ceux-ci se feraient au préalable initier au Rite Égyptien de Lyon et détruiraient leurs archives ! Cette lettre fut suivie d’une autre, écrite par la loge de Cagliostro, la Sagesse triomphante, insistant pour que le Convent se pliât aux exigences de Cagliostro. Mais les Philalèthes n’avaient nullement l’intention de brûler leurs archives ; ils refusèrent et invitèrent seulement les membres du rite Égyptien à assister au Convent. Ceux-ci répondirent : « qu’ils étaient obligés de se conformer aux règles prescrites par le chef inconnu de la Maçonnerie véritable », et ils s’abstinrent.

La même année, le 27 juillet 1785, la mère Loge du Rite Écossais philosophique de France, sous le nom de Saint Alexandre d’Écosse et Contrat Social réunis, décréta qu’elle ne reconnaissait pas le Rite Égyptien de Lyon et qu’il serait adressé une circulaire aux loges et aux chapitres du régime philosophique pour les inviter à se garantir des novateurs en maçonnerie, « lesquels sont d’autant plus dangereux qu’ils éloignent les véritables maçons du but auquel ils doivent tendre ».

Ce convent des Philalèthes est le dernier qui ait offert quelque intérêt.

Celui qu’ils tinrent en mars 1787 dans l’hôtel de Savalette de Langes, rue Saint-Honoré, ne réunit que très peu de maçons. Son président, le frère Savalette, fut forcé d’interrompre les séances, de déclarer le convent définitivement clos. La lettre, un peu triste, qu’il adressa aux assistants parlait du manque de zèle des membres convoqués ; c’était par politesse ou par amitié, non par un véritable intérêt, qu’on venait rarement d’ailleurs, pour peu de temps, aux assemblées du convent ; il comprenait à son grand regret qu’il était non seulement prudent, mais même nécessaire d’y renoncer.

Il semble qu’il y ait en effet, à cette époque, un certain ralentissement dans les travaux maçonniques. L’approche de la Révolution pèse sur les esprits, et le président de la Chambre des Provinces du Grand-Orient de Paris, l’abbé Rozier, effrayé par les bruits révolutionnaires, se retire à Lyon[10].

De son côté, le philalèthe, Savalette de Langes, après le manifeste du duc Ferdinand de Brunswick (25 juillet 1792), s’étant présenté a la municipalité, à la tête d’une troupe de volontaires armés et équipés par lui, en demandant que l’on décrétât la levée en masse, donna une somme de 1650 livres pour l’équipement des trois cent mille volontaires de la République.

La Révolution força la plupart des loges maçonniques à se dissoudre. Le Grand Orient de France vit ses archives dispersées et la majeure partie de ses officiers victimes des excès révolutionnaires. Une seule de ces loges, la loge du Centre des Amis, continuait, à Paris, ses réunions. Les Philosophes Écossais, les Philalèthes, et les Élus-Coëns étaient obligés de suspendre leurs assemblées et de détruire toute correspondance qui eût pu sembler suspecte au Comité de sûreté générale. Parmi les Philalèthes, les uns, comme Savalette de Langes, étaient aux armées ; d’autres, comme de Gleichen, de Bray avaient quitté la France ; d’autres enfin, comme Roëttiers de Montaleau, qui avait remplacé l’abbé Rozier au Grand Orient, ou de Saint-Léonard, étaient emprisonnés comme suspects. Et si quelques Élus-Coëns, dont d’Eprémenil, Amar et Prunelle de Lierre, qui avaient voté le bannissement de Louis XVI, siégeaient encore aux Assemblées, tous les autres, comme Salzac, de Calvimont, l’abbé Fournié, d’Ossun, de Bonnefoy, avaient disparu, ou émigré.

À Lyon, les quatorze ou quinze loges en activité ne pouvaient plus réunir leurs membres disséminés par la Terreur[11].

Les Directoires de la Stricte Observance, du duc de Brunswick, n’étaient pas plus heureux. Celui d’Auvergne voyait sa loge-mère, la seule qui fût encore en activité, la Bienfaisance de Lyon, fort maltraitée par le siège. Les bombes pulvérisaient les archives provinciales que Willermoz n’avait pas eu le temps d’emporter de la loge, située hors des murs ; elles détruisaient la plupart de celles déposées dans la ville et tuaient l’abbé Rozier.

La ville vaincue, Willermoz fût arrêté et emprisonné ; son frère, Jacques, exécuté, ainsi que l’avocat du roi, Willanès, le comte de Virieu, et quelques autres maçons qui avaient servi dans l’armée lyonnaise. En même temps, le Grand Orient de France était déclare dissous et sa Grande Maîtrise vacante, en raison de l’abdication de son titulaire, le duc d’Orléans.

JOANNY BRICAUD.

Revue d’histoire de Lyon, tome 4e, pages 198-208, Lyon, 1905.

NOTES : 

[1] Année maçonnique des Pays Bas, 4e vol., p. 372.

[2] Diplôme de Nicolas III, de 1277, confirmé par Benoît XII, en 1334.

[3] L’historien de la Franc-Maçonnerie, Thory, fait dériver la Maçonnerie lyonnaise de la Mère-Loge de Marseille, appelée plus tard Mère-Loge Ecossaise de France. Ce n’est pourtant qu’en 1743 que fut créé un pouvoir central maçon que pour la France, sous le nom de Grande Loge de France et que le système templier fut créé à Lyon, d’après la réforme du chevalier de Ramsay (Acta Latomorum, p. 63).

[4] Voici l’acte qui mentionne la constitution de la Parfaite-Amitié. C’est à notre connaissance, le plus ancien document maçonnique de notre ville :

« A la gloire du Grand Architecte de l’Univers et sous le bon plaisir de Mgr le comte de Clermont, prince de sang, très illustre et très respectable Grand Maître des Loges régulières de France et autres.

Ce jourd’hui, 21 nov. 1756, heures de midi plein, Nous, Grand-Maître des Loges régulières soussignés de l’Ordre respectable de la Franche-Maçonnerie, réquisitoire du vénérable frère Baillot, aussi Maître de Loge, nous nous serions transportés et assemblés à la Loge Saint-Jean, située à l’Orient de Paris, ou étant, il nous aurait communiqué que plusieurs frères, tous bons maçons de la Ville de Lyon, s’étant unis en nombre compétent, désireraient pour s’unir à nous plus étroitement par les liens précieux de la Fraternité, d’être formés et constitués en Loge régulière et suffragante de la Grande Loge de paris, dite de France; desquels frères à nous proposés, avons été assurés et certifiés, par ledit frère Baillot, qu’ils étaient dignes et capables d’exercer les Lois et Règlements tant généraux que particuliers de la Franche-Maçonnerie, et en outre, que ladite Loge sera soumise et se soumettra à l’avenir généralement aux Règlements faits et à faire, par la Grande Loge de Paris dite de France, comme en faisant corps; à quoy, nous, Maîtres de Loges régulières, ouï le bon rapport à nous fait, par ledit frère Baillot, avons par ces présentes, constitués et constituons une Loge régulière pour et dans la Ville de Lyon, être établie à perpétuité, laquelle aura pour titre et nom la Parfaite Amitié, et pour Maître de ladite Loge, avons pareillement constitué et constituons le frère Jean-Baptiste Willermoz; pour premier surveillant, le frère Claude Veulty et pour second surveillant, le frère François Claudy, et enjoignons à tous les susdits frères, tant Maîtres qu’Officiers de ladite Loge, de se conformer à tout ce qui tiendra au bien de notre Ordre; d’y garder et faire garder et observer très exactement la décence, la sagesse, la concorde et l’union qui doit régner dans les cœurs des Maçons, et tout ce que dessus étant exactement suivi et exécuté conformément à notre règle. Si, mandons et enjoignons à tous bons Maçons, tant de ladite Ville de Lyon que tous autres, de reconnaître la présente Loge, pour régulière et suffragante de la Grande Loge de France, comme en faisant corps, en foy de quoy, nous lui avons délivré ces présentes pour lui servir de titre, valoir et demeurer laditte Loge perpétuellement établie et installée en laditte Ville de Lyon, et icelles signées et délivrées par nous Maîtres de Loges à l’Orient de Paris, ledit jour et an que dessus ».

Suivent les signatures des Maîtres de Loges.

[5] Constitutions, délibérations, statuts et élections des officiers de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, établie en 1760. (Manuscrit grand in folio, 142 ff. Catalogue Coste, n° 3570. Bbl. de la Ville.)

[6] Coën, mot hébreu qui signifie : prêtre.

[7] Le Rite des Élus-Coëns était un rite essentiellement occultiste et magique.

Voir à ce sujet les travaux du Dr Papus : l’Illuminisme en France et Louisaude de Saint-Martin.

[8] Lettres et documents classés dans les Archives du rite maçonnique de Misraïm (anciennes Archives Villaréal, D. XVII)

[9] Ces documents échappèrent, à la destruction, grâce aux maçons du Rite des Philalèthes, dans les Archives desquels ils furent conservés. Le Rite de Misraïm possède actuellement ces Archives.

[10] Où il devait être tué lors du bombardement de la ville en 1793.

[11] Voici le nom des loges en activité à cette époque : les Amis de la Vérité; la Sagesse; le Parfait. Silence; la Sincère Union; les Vrais Amis: Saint-Jean de Jérusalem; la Parfaite Harmonie ; la Sincère Amitié; Saint-Jean du patriotisme (loge militaire); la Régularité ; la Paix; la Grande-Loge Provinciale; te Candeur; la Bienfaisance (Directoire templier).

bricaud

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Neuf voyages vers les chemins de la Connaissance 27 octobre, 2012

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 N° 3 – 1995

Neuf voyages vers les chemins de la Connaissance dans Chaine d'union Pantacle03_1995_1

- La voie du cœur – Louis-Claude de Saint-Martin
– Les vertus – Exortus
– Le cercle – un S.I.
– Neuf voyages vers la connaissance – El Raum (maurel)
– Aspects du Divin selon Denys l’Aréopagite – Gemma
– Le nouvel homme et son ange – C. Rebisse
– Islam – Constantor.

 

Neuf voyages vers les chemins de la Connaissance.

 

Votre esprit est tel un jardin dans lequel vous semez des pensées, impressions, croyances et des CONNAISSANCES. Tout ce que vous avez dans votre subconscient se manifeste. C’est la loi universelle. Notre règle de travail sera, autant que faire se peut, de garder toujours la tête froide et l’esprit en alerte, conditions indispensables en cette recherche de la Vérité, de la CONNAISSANCE. En nous rappelant, que ce qui  FUT parallèle à ce qui EST se prolonge dans ce qui SERA Ceci est un Conte allégorique, sur la CONNAISSANCE. Un conte est un récit de faits qui peuvent  être réels. Il est destiné à amuser ou à instruire en s’amusant.

LA FONTAINE au début de la fable  » Le Pâtre et le Lion » écrit ceci.

<<  Les contes ne semblent pas être ce qui semble être.

Le plus simple animal nous y tient lieu de Maître.

Une morale nue amène l’ennui.

Le conte fait passer le précepte avec lui. >>

Le conte comme la légende est un récit populaire  traditionnel plus ou moins fabuleux, qui a souvent un fondement historique, quelquefois réel. C’est un texte qui accompagne une image et lui donne un sens. Définir ce conte et chose malaisée. Il renferme une grande partie de moi-même. Bien que certaines pensées ne soient pas de mon esprit, elles reflètent, cependant ce que je voudrais être en spiritualité, sans savoir le définir par des mots. Ce conte n’est rien d’autre qu’un petit tas de mots empruntés.

Aussi, sans outrecuidance, je rends grâce et demande humblement pardon aux auteurs, et à tous ceux qui m’ont permis de réaliser ce récit, en mettant bout à bout de nombreuses pensées et d’autres encore. c’est une libre adaptation de plusieurs écrits initiatiques soufis, sur une question importante.

Un jour, le Maître CONSCIENSUS, assis parmi les plus anciens disciples, ceux de la Connaissance, leur posa cette question : Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Après un long moment de réflexion, et après avoir questionné ses frères, le plus ancien disciple répondit :

- Maître, nous ne voyons pas le sens de ta question, rien ne nous semble plus difficile que la Connaissance.  Le maître resta un moment sans parler et leur dit… … Vous êtes si innocents, mes petits agneaux, que quand vous trouvez une clé, il vous faut sa porte, et quand vous trouvez une porte, sa clé. Et le monde est si peu contrariant que toute porte a sa clé, et toute clé, sa porte. Le monde mes chers amis, n’est qu’un labyrinthe de portes ouvertes qui font semblant d’être fermés. Si vous voulez vous y perdre, ne vous gênez surtout pas. Voici la recette, on ne lâche pas sa clé, et on ouvre, on ouvre.

La porte, dont je parle, sachez-le, n’est visible qu’ouverte et, pour l’ouvrir, il faut, je ne dis pas trois, mais bien trois fois trois clés. Pas six ni huit, mais neuf. Tant que vous n’aurez pas la neuvième, les huit autres n’ouvriront rien, et l’on vous tiendra pour fou. On dira voyez ce fou avec ses clés. Puis vous trouverez la neuvième. Alors ayant franchi la porte épargnez-vous de revenir pour crier : << J’ai trouvé ! j’ai trouvé ! >> Car, dans la porte invisible, nul ne vous verra plus, et votre cri sera muet. Épargnez-vous de revenir.

Méditez jusqu’à demain, de par ces neuf portes, vous voyageriez pour  trouver peut-être la réponse !  dit le Maître.

Premier voyage, SIMPLICIUS. On dit que je suis simple d’esprit. On dit aussi, que je suis un sage. Suis-je sage parce que je suis simple d’esprit ? Ou un simple d’esprit parce que je suis sage ? Le problème est trop difficile pour moi. Je suis un peu différent des autres. Lorsque l’on me parle d’argent, je réponds que j’ai mon dîner dans mon baluchon qui pend à mon bâton sur mon épaule. Deux dîners feraient mon fardeau trop lourd, et je ne peux pas manger deux dîners à la fois. Mes habits sont fripés, peut-être, mais le ciel est-il moins bleu parce que mon veston est déchiré ?

J’ai demandé à un individu tiré à quatre épingles s’il entendait le chant du pinson. Il n’avait jamais remarqué que les oiseaux chantaient. Je suis trop simple pour comprendre, comment on embellit l’âme en donnant des coups de pied à une grosse balle ou des coups de bâton à une petite balle. Des gens me parlent de leurs champions de boxe et ils ignorent le nom d’une fleur des champs. Ils filent sur les autoroutes comme des bolides, n’osant regarder le paysage, mais ils ne savent pas marcher. Il est dit que l’Éternel marchait avec Adam dans le Paradis terrestre, il ne semble pas que ce soit dans une machine. Je suis un simple, mais le vol d’un ange me semble plus beau que celui d’une fusée. Oui, il est certain que je suis un simple d’esprit. Les autres voient le DÉMIURGE scrutateur et sévère, son Code de Châtiments sous la main, moi je vois le DÉMIURGE bienfaisant, et avec un beau sourire. Les gens du monde croient que l’on ne peut pas être un saint sans être un sot. Ils ne savent pas au contraire que la seule et vraie manière de n’être pas un sot, c’est d’être un saint.

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Deuxième voyage SILENCIUS. Un de mes amis, qui était alors mon compagnon d’infortune, entra un jour, dans ma demeure. Malgré les alertes plaisanteries qu’il jugea bien bonnes de me faire aussitôt, je ne le saluais pas. Irrité, je  le  regardai et dit :

Du moment que tu peux parler, camarades, use donc de ta langue. Demain, lorsque la Mort aura frappé à ta porte, tu seras muet. Je lui fis remarquer que le Maître a pris la ferme résolution de se livrer assidûment au culte du DÉMIURGE, et il a fait choix du silence. Il me répondit :

- Je le jure par la gloire du Seigneur et par notre amitié très ancienne, je ne prononcerai pas un mot, je ne m’avancerai point d’un pas, tant que le Maître restera silencieux ! Il pensait : << Qu’est-ce que la langue dans la bouche ?  C’est la clef qui ouvre la porte de la maison où le Maître garde son trésor. Lorsque la porte est fermée, comment savoir si c’est la boutique d’un joaillier ou d’un épicier. >>  Deux choses déplaisent au Maître Silencius : se taire lorsqu’il faut parler, et parler lorsqu’il faut se taire.

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Troisième voyage LIBERATUS. Le palais du Roi est un lieu fermé. Il contient les plus belles richesses du monde. Dans ce lieu de prédilection tout est beau, la justice règne, le mal n’existe pas. C’est le domaine où est Perfection est Amour. On sait que ce palais existe. Ceux qui ont pénétré en ce lieu nous ont décrit les aspects. Mais comment faire partie du groupe de privilégiés qui, par la faveur du ROI, ont obtenu le laissez-passer qui permet de franchir la PORTE ?  On peut s’adresser au chef du Protocole. Il connaît les formalités qui doivent être accomplies. Il enseigne, comment il faut se présenter. Il surveille la préparation du candidat à l’admission. Mais qui donne l’ouverture de la Porte ?

Certes, le candidat  à l’invitation s’est préparé. Certes, il suppose faire tous les préparatifs pour être à même de franchir le seuil de la demeure. En allant au fond des choses, on constate qu’il ne peut vraiment faire les pas pour avancer. En voulant percer le Voile il se Voile.

Sur un plan ou sur l’autre, plus l’homme travaille à se dégager dans une mesure plus ou moins possible et facile, plus sa liberté prend son sens le plus plein et modifie son destin. L’Homme n’est pas plus déterminé qu’il est libre, il est les deux à la fois. La liberté est l’effet d’une grâce spéciale. Après tout, le libre arbitre n’a qu’à obéir CONSCIEMMENT à l’injonction Divine. Somme toute, il faut avoir conscience de cette injection. Mais qui peut nous donner cette Conscience de Lui, si ce n’est LUI ?

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Quatrième voyage VERITATUS. Il est curieux de constater comme notre Frère a changé depuis quelques mois, il va vers le calme et la paix rayonne aujourd’hui en lui. C’est que les Frères qu’il fréquente se reposent sur la Vérité, ne vivent que pour la Vérité et avec la Vérité. La Vérité, elle seule, a transformé notre Frère en le plaçant au niveau du calme et de la paix, qui n’ont plus à s’étendre en lui, à présent qu’il accepte d’être à leur niveau. Maître les Frères qui forment le groupe et qui se disent francs-maçons, le sont-ils vraiment. Regardez en votre cœur, voyez si à leur contact, il vibre à quelque chose. S’il en est ainsi, c’est que votre cœur aura senti, saura ce qui EST dans ce groupe. Si votre cœur reste froid, c’est qu’alors la question du sentier n’est pas pour vous. La première des conditions dans une telle recherche est d’avoir le cœur vivant, un cœur qui sent et différencie la Vérité de l’erreur. J’ai vu presque généralement dans le monde que c’étaient ceux qui ne savaient pas les vérités, qui  étaient les plus empressés de les dire.

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Cinquième voyage AMORICUS. Nous voyons des gens faire leur prière, c’est vrai, et cela est bien, seulement nous ne voyons pas l’Amour. Nous voyons des gens faire le bien autour d’eux, de donner aux pauvres, c’est vrai, et cela est bien, seulement nous ne voyons pas d’amour. Et pourtant tous les Prophètes, tous les envoyés du DÉMIURGE, nous ont enseigné en tous temps que c’est l’Amour qui compte chez DÉMIURGE. Aussi je vous dis, vraiment que toutes ces belles choses sans amour n’arrivent même pas au regard du DÉMIURGE, elles sont sans valeur parce qu’elles ne possèdent pas le ferment qui est la vie de tout « L’AMOUR».

Bien sûr, on dit, on présente les enseignements de nos Très Grands Maîtres de l’authentique Sagesse, mais si l’on a pas d’Amour dans le coeur, quel est le parfum de toutes ces belles sentences. Que valent même ces belles actions si elles sont sans Amour ? le DÉMIURGE EST AMOUR Soyons honnête envers nous-mêmes : sans Amour, il n’y a pas de Foi et sans Foi, il n’y a point de DÉMIURGE. Alors que valent nos actions sans lui.

Par Amour pour nos frères et sœurs qui recherche la Présence, le désir ardent vit en notre âme et offre ses chants d’allégresse, mais aussi une judicieuse mise en garde afin que l’erreur ne fasse point figure de vérité. Car le trésor des Dons Divins est Chose si précieuse- que l’Amour l’offre dans l’Étreinte préservée de toute autre présence que la Présence de l’AMOUR. Il faut toujours se guider avec l’œil de l’Amour. Par lui vous ne verrez que le bien. Car l’AMOUR permet de voir au-delà des imperfections, de la laideur, de la disgrâce et de la défaveur charnelle, pour ne laisser transparaître que la Beauté de l’Ame.

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Sixième voyage GARDARUS. Il est écrit<< je t’ouvrirai une porte et le DÉMIURGE t’ouvrira sept portes >> Pouvons nous espérer passer ces sept portes un jour ? Si le cœur contient assez d’Amour pour le DÉMIURGE, assez d’humilité pour le DÉMIURGE, assez d’abandon au DÉMIURGE, alors peut-être le DÉMIURGE ouvrira-t-il les Portes un jour… Mais il faut les franchir une à une et ce n’est pas facile, frères et sœurs, car les Portes du Royaume sont bien gardées.

Écoute : Il y a très longtemps, dans un pays le peuple était malheureux et n’était pas satisfait de son souverain. Des réunions populaires avaient lieu pour mettre au point les revendications à présenter au Palais. Puis il fallut trouver l’émissaire qui, représentant le peuple, irait voir le Souverain. C’était chose fort délicate. Qui oserait approcher le Souverain et surtout lui parler !

Alors que les anciens cherchaient parmi eux celui qui leur semblait le plus apte à s’approcher du Palais, un pauvre paysan s’avança et dit qu’il désirait être chargé de la mission. Toi paysan comment oseras-tu regarder notre Souverain et ouvrir la bouche devant lui ? Pourquoi pas ? Regardez, je prends cette balle de paille, je la mets devant moi, voilà, la balle de paille, est le Souverain. Mais malheureux… Tu ne sais pas que le Palais comporte sept grandes salles ayant chacune une porte, ces portes sont gardées avec vigilance et plus on s’approche de la septième porte, celle de la chambre où se tient le Souverain, plus la garde est farouche. Si tu arrives à passer les six portes sans dommage, sache que la septième est gardée par deux lions. Ces lions sont attachés de telle manière qu’ils peuvent te dévorer au passage, mais la corde est assez longue pour qu’ils puissent te frôler, même étant prévenu, sans doute ne passeras-tu pas cette septième Porte ! C’est bien ce que nous verrons, donnez-moi le message pour le Souverain.

À la première porte, des gardes lui demandèrent simplement ce qu’il voulait : << Voir le Souverain >>, répondit-il. << C’est bien tu peux passer >>.

À chaque porte, cependant, les gardes étaient plus nombreux et plus sévères, ils lui faisaient honte d’oser prétendre voir le Souverain dans une telle tenue, avec une telle assurance, un tel manque de révérence.

À la sixième porte, le paysan regrettait amèrement sa folle entreprise, il aurait voulu retourner en arrière, mais impossible, les gardes lui disaient : tu  l’as voulu, marche, va plus loin, tu verras ce qui t’attendent. Devant la septième porte, les lions s’élancèrent sur lui et notre homme perdit conscience, c’est inanimé que les gardes le mirent aux pieds de GARDARUS. Lorsqu’il ouvrit les yeux et regarda, ce qu’il vit devant lui l’épouvanta, il reconnut alors sa témérité… Il ne put que s’enfuir en s’écriant : Comment ai-je pu dire que c’était une balle de paille !

Voilà, mes frères et sœurs, ce qui attend l’imprudent qui désire franchir les Portes avant le temps choisi par le DÉMIURGE.

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Septième voyage HUMILITUS. Maître, bien des hommes qui se disent savants dans diverses sciences, et qui le sont sans doute, se disent capables de conduire à la Connaissance, est-ce possible ?  Voulez-vous, Maître, nous expliquer la différence entre un savant et un Maître ?

Le Maître encore bien jeune à cette époque visitait une grande ville où existait une grande université, une grande école où se trouvaient des Savants et les dirigeants, le plus grand de tous, leur guide, dont la renommée de savant était immense. Ces savants furent très surpris de voir que certains élèves de leur école et de nombreuses personnes de la ville allaient écouter le MAÎTRE et devenaient ses disciples. Ils allèrent trouver leur guide et lui dire.

<<Oh ! guide, il se passe une chose que nous ne comprenons pas, comment cet étranger peut-il être tant écouté ? On dit qu’il est Maître, c’est peut-être vrai, mais au fond nous ne le savons pas, aussi nous avons décidé de vous poser une question que vous poserez ensuite au Maître, vous nous donnerez les deux réponses, pour nous, nous sommes certains que votre réponse pourra nous satisfaire, nous vous demandons ceci : Quelle est votre place et quelle est celle du maître ? >>

Le savant s’en fut donc trouvé le Maître qu’il rencontra dans une demeure pauvre, simplement assis sur un coussin, dans un coin. Ni beaux tapis, ni beaux objets, une demeure de pauvre, je l’ai dit. Il commença par faire de savants discours, aussi savant que lui, sur ce qu’est un guide d’Université, et il ajouta : Excusez-moi, Maître, je ne doute pas que vous soyez le Maître, mais voyez-vous, les savants qui m’entourent m’ont prié de vous poser une question. L a même qu’ils m’ont posé, je leur ai donné ma réponse, je vais leur apporter la vôtre et ainsi nous pourrons être mis chacun à notre place, la place qui est vraiment celle de chacun de nous.

Le Maître n’avait pas prononcé une parole pendant ces discours si bien tournés, mais à ces mots, il leva la tête et dit : Notre place ? Vous parlez bien mon frère, mais savez-vous seulement où est votre place avant de parler de la mienne ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire Maître, bien certainement je connais ma place, je suis le guide des Savants de l’Université de cette ville.

Ah, oui, vous êtes un savant, cela est vrai ! Mais excusez-moi de vous dire que vous n’êtes qu’un Savant… Votre place ? …..Ici même vous pouvez la trouver, si le DÉMIURGE le veut ! ……Allons, grand homme, allez vous mettre à genoux dans ce coin là-bas et dites le Nom, dites la prière, et dans un moment nous verrons s’Il daigne vous la faire  connaître, votre place. Subjugué, le Savant obéit et s’en alla dans un coin réciter le Nom Divin pendant que le Maître entrait en prières. Après un moment un grand cri retenti dans la chambre et le savant resta écroulé à terre. Le Maître ne bougea pas et continua de prier. Lorsque le Savant reprit ses sens, de son coin il s’approcha à genoux, et humblement se prosterna devant le Maître.

Alors, tonna le Maître, en colère cette fois, l’as-tu trouvé TA PLACE ? Y avait-il assez de PLACE pour toi, là où tu es allé ? ………….

Pardonnez-moi, Maître, je ne savais pas, mais à présent je sais que je suis devant le Maître, devant celui qui sans apprêts, sans gestes, sans paroles, conduits à LUI et à sa CONNAISSANCE. Votre place Maître, je la connais à présent et la mienne est à vos pieds, je vais aller le dire aux Savants. Et toujours à genoux, mais à reculons, le savant sortit de la chambre et toujours à genoux et à reculons, il sortit de la maison, au grand ébahissement de son serviteur qui lui apportait son âne. Comment veux-tu que j’ose monter sur cet âne, j’étais plus âne que lui et je ne le savais pas. Voilà mes chers disciples, conclut le Maître, comment le DÉMIURGE met chacun à sa place ! Le Savant à son travail, il donne l’instruction, le Maître à la sienne : il conduit au DÉMIURGE lorsque le DÉMIURGE le veut. Comment la fait-elle sa force ? C’est qu’alors tu laisses régner le principe, et que toutes la force vient de lui. Si tu te glorifies, tu deviens faible, parce que tu te sépares du principe, en voulant te mettre à sa place.

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Huitième voyage LABORUS.  Cela est une leçon pour notre vie de tous les jours. Et sur le plan de notre besoin le plus quotidien par exemple, celui du pain,  nous pratiquons ce labeur. Il nous faut défricher le sol en premier lieu, le labourer, le ratisser, dur labeur, car la terre est basse, si le terrain est pauvre, il faut lui fournir du fumier.

Mais que pouvons-nous ensuite ? C’est la terre   nourricière, c’est l’eau de pluie fertilisante. C’est le soleil vivifiant, qui font germer, croître, et produit le blé. Et de nouveau l’effort est pour nous. La récolte sera le fruit de notre travail, le battage, c’est nous qui l’accomplirons, la farine, c’est le meunier qui la produira, le pain, c’est le boulanger qui l’aura pétri et fait cuire.

La même division du LABEUR aura sa valeur sur le plan spirituel. Nous devons pratiquer, dans notre vie spirituelle, tous les préceptes, toutes les obligations qui nous ont été transmises par le Maître LABORUS. Il faut défricher, débroussailler tout ce que l’ignorance des choses divines cultive en nous de mauvais. Il faut travailler par l’étude, la réflexion, la méditation, les aspects des vérités qui nous sont communiquées. Il faut ratisser, sarcler, herser les enseignements exotériques pour dégager les vérités ésotériques. Il faut labourer dans les profondeurs de notre âme pour atteindre la graine de Connaissance plantée par le DÉMIURGE en chacun. Il faut faire d’incessants efforts pour amener à croître et à embellir cette parcelle de Lumière, qui en réalité  a été semée par le DÉMIURGE seul et qu’il faut, c’est la loi, développer  pour mieux  La connaître, l’apprécier et nous alimenter sainement. Accomplissons donc notre labeur, et le reste sera fait à son heure et comme il convient qu’il soit fait. Il n’y a que l’inaction qui donne jour à l’orgueil. Travaille pour l’esprit avant de demander la nourriture de l’esprit. Qui ne travaille pas n’est pas digne de vivre !

Qu’est qui est plus difficile que d’avoir la connaissance ?

Neuvième et dernier voyage le MAITRE MYSTICUS.

Au terme de ce voyage, nous nous présentons devant le Maître MYSTICUS. Quand il parle, il nous semble entendre le murmure d’une Source fraîche où l’on vient se désaltérer, et ce murmure emplit notre cœur d’extase, d’une joie profonde, mystique, que rien ne peut égaler, ni même remplacer !

Lorsque le Maître chante, on dirait le gazouillis d’oiseaux rendant hommage au Soleil, à la tiédeur du matin, vocalises que l’on écoute attentivement et religieusement ! En saisit-on réellement la Valeur ?

Lorsque le Maître parle, on se sent étreint d’une émotion profonde serait-ce la confession qui bouleverse ?  Quel est donc ce sentiment si fort abolissant toutes les frontières ?

Lorsque le Maître danse, on se sent entraîner irrésistiblement dans un tourbillon qui finit par nous projeter dans une chaîne dont nous venons de former un maillon supplémentaire et dont nous ne pouvons nier l’évidence. Bienheureux est celui qui entend ma voix, qui boit mes paroles et les << comprend>>!

Aussitôt, de notre cœur jaillit une étincelle qui finit par allumer un véritable brasier. Allons-nous nous consumer dans ce feu mystique ? Déjà, nous sentons notre résistance faiblir, nos idées, nos concepts se fondre dans les flammes purificatrices de l’oubli, seul, un désir ardent de suivre nos Maîtres émerge et voilà que nous abandonnant notre personnalité, nous y renonçons, pour fusionner dans cette Lumière inspirée qui nous aveugle.

Nous sommes dits le Maître MISTICUS volontaire pour mourir à un état et renaître en un autre plus puissant, si puissant, si Mystique. Et le moyen par excellence de cette libération est ce même Amour qui remonte de toute beauté vers la beauté parfaite.

Celui qui est sans le DÉMIURGE n’est pas toujours celui qui y croit le moins.

La poésie devrait annoncer les vérités, la musique leur ouvrir l’issue et la peinture les réaliser. La poésie est le nombre, la musique est la mesure, et la peinture est le poids.

Ne permettons à nos sens que ce que nous voudrions laisser voir à notre esprit.

Ne permettons à notre esprit que ce que nous voudrions laisser voir à notre cœur.

Ne permettons à notre cœur que ce que nous voudrions laisser voir à DÉMIURGE.

Par ce moyen tout sera dans la mesure.

Après avoir médité, le lendemain le plus âgé des disciples dit encore une fois : Maître nous n’avons pas trouvé, rien ne paraît plus difficile à avoir que la connaissance. Non, répondit le Maître, le plus difficile n’est pas d’avoir la connaissance, le plus difficile est de SAVOIR LA GARDER.

Voyez-vous, frères et sœurs, dans un jardin, il y a des fleurs, on cultive des Roses. Certaines sont odoriférantes. Quelques-unes ont une légère odeur. D’autres nous livrent, un parfum plus accentué. Mais il est en une dont la senteur est plus prononcée. C’est celle-là qui nous servira, par sa distillation, à produire le parfum subtil dont nous charmerons notre odorat.  Certes, d’autres fleurs nous procurent des satisfactions plus ou moins nuancées, mais en réalité, il n’en est qu’une, vraiment, qui sera à même de nous procurer l’ESSENCE que nous recherchons.

Pour terminer ce conte initiatique voici la phrase en deux lignes, qui résume ces quelques pages.

Combien de fois ai-je éprouvé que ce n’était pas de trouver le DÉMIURGE qui était la chose difficile, mais bien de le conserver.

http://www.martiniste.org/01_revue.html

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Le Marquis De La Fayette 26 novembre, 2009

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , 2 commentaires

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

Grande Loge Unie de France

Souverain Conseil pour le Rite Ancien

 

Resp…L…LA MIXITE ECOSSAISE

Or…de Paris numéro 7

 

     « La vie de notre Très Illustre Frère ,

 

         LE MARQUIS DE LA FAYETTE»:

 

         « Maçon des deux mondes. »

                 

 

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V. : M. : et vous tous mes BAS et BAF en vos grades et qualités.

 

 

Je vais vous raconter la vie d’un maçon aussi connu en France qu’en Amérique.

 

Cet homme est le MARQUIS DE LA FAYETTE.

 

Ce jeune aristocrate est né au château de Chavaniac le 06 septembre 1757.

Il fût baptisé le lendemain , le 07, à l’église de Saint Roch de Chavaniac sur l’évêché de Saint Flour. Son acte de baptême est empreint de la solennité digne du haut lignage de l’enfant : « Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Mortier, marquis de La Fayette, est le fils du très haut et très puissant seigneur, Monseigneur Michel Louis Christophe Roch Gilbert du Mortier, marquis de La Fayette, baron de Vissac et de la très haute et très puissante dame, Madame Marie-Louise Julie de la Rivière.

Le parrain était le grand-père maternel, la marraine sa grand-mère maternelle, la Comtesse Marie Catherine de Chavaniac, d’où ses prénoms.

Il connaîtra peu son père, chevalier de Saint-Louis, colonel aux grenadiers de France qui avait épousé Marie-Louise le 22 mai 1754, et sera tué à la bataille de Minden—contre les Anglais—à vingt-sept ans—le 01er Août 1759.

C’était le Général Philippe qui commandait les troupes anglaises et celui-ci sera tué un jour, aux États-Unis, par les canons de La Fayette, vengeant ainsi son père.

L’éducation du jeune Gilbert sera confiée à la grand-mère maternelle et à la sœur de sa mère au château de Chavaniac.

L’enfant aura pour précepteur un Jésuite. La lecture de Télémaque lui enseigne l’odieux du monarque, l’intraitable absolutisme royal. Sous le récit virgilien courait une acerbe satyre contre Louis XIV et la monarchie. Le jeune élève apprenait ces notions de Fénelon, nouvelles pour lui et bien dans la lignée des Jésuites :  

 

-      Tous les hommes sont frères.

-       La guerre est le plus grand des maux, les conquêtes relèvent de l’injustice.

-      Le roi est fait pour ses sujets et non les sujets pour le roi.

-    Toute organisation sociale doit reposer sur la vertu.

-    La nature est bonne, l’humanité est bonne, aimons-nous et soyons bons….

 

Jean-Jacques Rousseau sera l’admirateur et en quelque sorte le continuateur de Fénelon, dont on dit qu’il a sapé la monarchie.

Quant au Chevalier de Ramsay, secrétaire et apologiste de Fénelon, lui-même précepteur, il fut l’auteur du célèbre discours de 1737, qui auréola la Franc Maçonnerie du XVIIIème siècle. Il y déploya le parfum des idées humanistes les plus chères à Fénelon.

Comment s’étonner alors, que quelques années plus tard, étudiant à Paris, le jeune Gilbert de La Fayette s’élance sur la même voie que celle, maçonnique, du Chevalier de Ramsay.

La connaissance de ses ancêtres, la commotion due à la mort de son père tué à Minden, les principes du Jésuite et le « cur-non ? » avait déjà forgé son caractère.

Le 03 Avril 1770, il apprend le décès de sa mère puis , peu de temps après, celui de son grand-père, le vieux Marquis.de la Rivière. Ce qui lui laissera une assez belle fortune de 120 000 livres de rente et trois grands domaines en Bretagne.

La fortune du jeune marquis fait des envieux, dont le duc d’Ayen  de Noaille, qui s’empressera de lui réserver une de ses cinq filles, la petite Adrienne. On s’empressa  de les fiancer en 1773, Gilbert a seize ans et demi et Adrienne quatorze.

Ainsi La Fayette entre dans une riche famille, importante, et très en Cour à Versailles. Le mariage sera célébré en grande pompe le 11 avril 1774.

En l’espace de trois années , le jeune marquis auvergnat aura franchi des étapes qui vont le marquer à jamais et lui confirmer qu’il est né sous une bonne étoile.

L’année 1775 sera le grand tournant. Il a dix huit ans et est imprégné d’écrivains réformateurs et pamphlétaires qui ne le satisferont pas. Il préfère la lecture de grands classiques aussi bien que des philosophes.

Ecœuré par les mondanités, il retrouve dans son régiment à Metz et plus tard dans les loges militaires beaucoup de libres penseurs qui affichent  un libéralisme très indépendant.

Le 08 Août 1775, le Maréchal duc De Broglie reçoit son Altesse Royale le duc de

Gloucester , Frère du Roi Georges III, et son épouse.  Le duc de Gloucester est un franc-maçon, pourfendeur des Stuarts…et des loges maçonniques jacobites.

A la même table se trouve le Vicomte De Noailles et son beau frère le marquis de La Fayette. Le frère du Roi parle de nombreux sujets concernant tous l’Amérique.

Il évoque même un nom, celui d’un certain GEORGES WASHINGTON-un bon gentilhomme que les révoltés ont pris pour chef et l’ont nommé Général après un Congrès, le 15 juin de cette année.

La Fayette est sous le charme, émerveillé par cette cause, par ce combat de la liberté. On ne sait s’il doit à cette journée du 08 Août 1775 sa naissance à l’histoire mais on peut être sûr qu’en cet automne 1775 à Metz, La Fayette s’engage dans la Franc Maçonnerie.  Il y restera jusqu’à son dernier souffle :

Soixante années d’une fidélité sans faille.

A savoir où et quand le MARQUIS DE LA FAYETTE a été initié, beaucoup de loges tant françaises qu’américaines affirment que c’est chez elles que cela s’est fait.

Aucun document authentique ne prouve qu’il a été initié dans telle ou telle loge alors qu’il n’y a aucun doute sur son appartenance à notre Ordre.

Le mystère qui entoure l’initiation de La Fayette a-t-il un jour des chances d’être sinon entièrement élucidé du moins éclairci.

Dans l’ouvrage intitulé « The masons again », que Gottschalt Louis, historien américain de La Fayette  a écrit, il apporte la preuve de la qualité maçonnique de La Fayette en 1775. Il se fonde sur un document dont la reproduction lui avait été communiqué par R. Baker Harris, bibliothécaire du Suprème Conseil, à Washington. Ce document est la « planche tracée de la cérémonie d’inauguration de la loge de Saint Jean régulièrement constituée à l’Orient de Paris sous le titre distinctif de La Candeur » rue de Bondy.

Or, dans ce texte figure dans la liste des « Chères Frères Visiteurs » le « MARQUIS DE LA FAYETTE ». Et comme il n’est pas possible d’être frère visiteur, sans être maçon régulier, La Fayette était donc déjà maçon en décembre 1775. Il faut rappeler ici que ce fut le 25 décembre 1775 qu’eut lieu la fête d’inauguration de La Candeur.

Gosttschalt Louis a eu , grâce à la même personne, la planche tracée du 01 mars 1776. Dans le tableau des présences, le nom de La Fayette était absent. Cela prouve qu’il était venu en visiteur et ne faisait pas parti de cet atelier.

A la lumière de ceux-ci, R. Baker Harris a essayé d’en savoir plus. En 1775, La Fayette n’avait que dix huit ans. Il pensa , judicieusement, que le jeune homme n’avait reçu la lumière que dans une loge militaire dans la garnison à METZ.

Parmi les autres frères visiteurs qui ont assisté à la consécration de la loge « La Candeur », on trouve, en autre,  le « Comte de LAMETH », et le « Prince de Poix », officiers de l’armée dont le quartier général était à METZ.

La loge du régiment de Metz du Corps Royal s’intitulait :  « Saint Jean de Saint Louis de la Vraie Vertu ». Elle suit le Régiment  lors de ces déplacements. Des lettres d’affiliations ont été délivrées par le VM à la loge d’Annonay. A l’avenir la R…L… « Saint Jean de la Vraie Vertu «  de cet Orient sera intimement liée à celle du Régiment   dont le secrétaire est le F . : Pierre Montgolfier, père des futurs aérostiers.

A cette époque l’ensemble des troupes de la région de Metz  est sous le commandement du Maréchal le Duc Victor François de Broglie. Metz est la plus grande place forte de France et ses casernes,  les plus belles d’Europe, abritent plus de 10 000 soldats. Metz est aussi un foyer de vie mondaine … et maçonnique.

Pour conclure sur ce point, et approcher de la vérité sur la date probable d’initiation de La Fayette, il faudrait entendre ce qu’il dit lui-même. Lors de son dernier voyage en Amérique, en 1825, La Fayette a déclaré à la G…L… du Tennesse qu’il a été initié avant sa venue en Amérique.

L’ardent désir de La Fayette, en 1777,était de rejoindre les colonies américaines pour lutter contre les Anglais. La Fayette a sollicité et obtenu  du Duc de Broglie son désengagement du service du Roi, le 11 juin 1776 : ce qui lui permet de s’engager ailleurs en toute légalité.

Quittant Paris pour Bordeaux le 15 mars 1777, après avoir rencontré Benjamin Franklin à Paris en décembre 1776, il achète un navire baptisé La Victoire avec sa cargaison. Il part le 20 avril et arrive le 13 juin dans la baie de Georgetown.

Le 31 juin, le Congrès américain lui accorde le grade et les fonctions de Major Général dans l’armée des Etats-Unis en considération de son zèle et de son rang illustre.

Le 31 juillet, il rencontre Georges Washington. La Fayette avait-ll une lettre de recommandation de Benjamin Franklin attestant , entre autre, de sa qualité maçonnique ? Georges Washington l’accueille a bras ouvert et le Marquis le considéra comme un père. Il écrit ceci à son beau père, le duc de Noailles : « J’admire tous les jours davantage la beauté de son caractère et de son âme. Son nom sera révéré dans tous les siècles par tous les amateurs de la liberté et de l’humanité » .

La Fayette , à cette époque, était-il affilié à la loge « L’Union américaine » dont le VM était Georges Washington. Loge qui regroupait la plupart des chefs compagnons d’armes pour l’indépendance.

La Fayette est blessé le 11 septembre 1777 et est évacué chez un frère quaker allemand nommé Moravès dans une ville dont le nom est Bethléém. Rétabli fin septembre, il rejoint  l’armée de Washington.

Le 20 mars 1778, Louis XVI reçoit , solennement, les ambassadeurs des treize Provinces Unies conduit par Benjamin Franklin.

Après de nombreuses batailles, La Fayette demande, le 13 octobre 1778,au Congrès une permission car il pense qu’on a besoin de lui en France. celle –ci étant engagée dans une guerre. La permission lui est accordée.

Le 06 Février 1779, il arrive en rade de Brest à bord de « l’Alliance » et arrive à Versailles. Il est mis au arrêt pour huit jours , à Paris, à l’Hôtel de Noailles.

Il y retrouve son épouse de vingt printemps , lui en a vingt deux.

Réintégré en mai au service du Roi de France, au grade de Colonel en Saintonge , garnison de Saintes, il part au Havre ou s’élaborent des projets illusoires tel un débarquement…en Angleterre.

Seule consolation, le petit fils de Benjamin Franklin lui apporte, sur ordre du Congrès, une belle épée d’Honneur. La Fayette rédige un plaidoyer où il préconise une intervention en Amérique, idée qui suit son chemin dans l’esprit du Roi.

En cette année 1779, ce qui rend très heureux La Fayette est la naissance de son fils , alors qu’il a déjà deux filles . Il prénomme son fils Georges-Washington.

Il revient en Amérique, à bord de « L’Hermione »  le 20 mars 1780 et débarque à Boston ou il est acclamé par une foule immense.

De 1780 à  1782, La Fayette combat sur tous les fronts.

De retour en France, à bord de « L’Alliance » le 21 janvier 1782, il arrive à Paris.

Après des retrouvailles familiales,  il est applaudit à la Cour  comme à la ville en héros. Il dansera même avec la Reine Maire Antoinette au grand bal le 06 juin.

Au cours du même mois, il rencontre souvent Franklin et se fait affilier le 24 juin à la R…L… Saint Jean d’Ecosse du Contrat Social .

On a ainsi gardé trace de sa présence à la loge « Les Elus de Sully » à Saint Flour en 1783, à celle du « Patrimoine » à Lyon en 1785, cette dernière surtout composée d’officiers, et peut-être à celle de Saint-Amable de Riom au printemps de 1789.

Mais, ce qui est plus intéressant  La Fayette a fait partie de la société des Trente, dont on sait le rôle dans la genèse de la révolution .

En 1783, La Fayette s’intéresse aux travaux d’un certain Mesmer sur le magnétisme animal. Mesmer est un médecin autrichien initié à la loge « La Vérité et l’Union » à l’Orient de Vienne . Venu à Paris, il a continué à développer ses théories sur les fluides nerveux. Il crée même une société appelé « l’Harmonie » avec des orientations proches des idéaux maçonniques. Parmi les membres se trouvent de nombreux francs maçons tels que le Duc de Chartres, La Fayette, Noailles, Ségur, Dupont, Cabanis…

Le 15 mars 1783, Washington dissout son état major et redevient simple citoyen.

Il vit dans sa propriété de Mont Vernon. Dans sa lettre du 15 février 1784, il invite « son cher Marquis » a venir lui rendre visite avec Mme De La Fayette.

La Fayette partira seul car madame s’occupe de la gestion du domaine et des terres.

Il restera en Amérique du 18  juin 1784 au 20 janvier 1785 .

Un grand banquet est organisé en son honneur à New York ; son entrée à Philadelphie se fait au son des cloches et du canon.  Il remet à Georges Washington, dans sa propriété, un beau tablier maçonnique brodé par Mme De La Fayette.

Tablier, dit-on, qu’il aurait porté lors de  la pose de la première pierre du Capitole.

Il est reçu en invité d’honneur dans de nombreuses villes où un dîner est , à chaque fois, préparé en son honneur.

Même à l’Hôtel de Ville de Boston, où il y a un grand portrait de Georges Washington  couronné de lauriers et encadré par des drapeaux de France et d’Amérique.

Il fait ses adieux à son ami et frère Georges Washington à Annapolis.

Lors de son retour en France, il sait qu’il a participé à donner naissance à une nouvelle et jeune nation née sous les auspices des Lumières.

En 1785 c’est le premier séjour de La Fayette à Lyon.

Il est reçu à la loge Saint Jean d’Ecosse du patriotisme , fondée le 21 Août 1782.

La Fayette voyage en Europe et rencontre Frédéric II . Cette même année, Mesmer fut condamné.

Le 15 août au matin, arrive le Régiment d’artillerie de la Fère  appelé en renfort. Parmi les Officiers se trouve un certain lieutenant Bonaparte.

Le 22 février 1787, les notables se réunissent en Assemblée : cent quarante quatre personnages distingués par leurs services ou leur fonctions. La Fayette figure sur la liste proposée par Calonne , il est rayé par le Roi qui finalement le réinscrit.

Le 03 avril 1787 puis le 21 mai de cette même année, La Fayette propose , sans succès, une réunion des Etats généraux . Les notables sont congédiés et le 26 mai , La Fayette regagne l’Auvergne.

L’année 1787, s’est achevée avec l’Edit de Nantes pour les protestants, ce qui adoucit leur sort.

En 1788, le jeune pasteur anglais Thomas Clackson et le français Brissot fondent la société des amis des noirs en faveur de l’abolition de l’esclavage. La Fayette y donne son adhésion.

Le Roi, après avoir convoqué les Etats Généraux,  retire à La Fayette sa lettre de service de l’armée. Le mardi 05 mai 1789, 1118 députés : La Fayette , pour la sénéchaussée de Riom et son beau frère Noailles, pour le baillage de Nemours sont réunis.

Ensuite eurent lieu   les évènements de l’Assemblée Nationale, du serment du Jeu de Paume, des réunions des trois ordres et de la prise de la Bastille.

Mais trois jours auparavant, le 11 juillet La Fayette avait présenté à l’Assemblée des électeurs un projet de « Déclaration des droits naturels de l’homme vivant en société » , projet élaboré avec son ami Thomas Jefferson, ambassadeur des Etats-Unis et futur 3ème Président  des Etats Unis de 1801 à 1809, et principal artisan de l’Acte d’Indépendance.

Le mercredi 15 juillet 1789 à Paris, l’Assemblée des électeurs proclame La Fayette commandant général de la milice parisienne et nomme Bailly maire de Paris.

Le 17, le Roi , reçu à l’hôtel de ville reçoit de Bailly la cocarde tricolore qu’il place sur son chapeau.

 La Fayette s’écrie : «  Voici une cocarde qui fera la tour du monde ».

Après la séance mémorable du 04 août, qui semble clore une étape de la révolution, tout confirme qu’en France désormais l’ordre repose sur La Fayette, ainsi que le sort de l’Assemblée et de la Monarchie. Il est le seul homme fort du moment : Louis XVI le craint, mais le ménage.

Plusieurs projets sur la Déclaration des Droits sont discutés : celui de La Fayette est adopté le 26 Août 1789. L’Eglise la condamne d’abord puis à partir de 1965 l’accepte et s’en servira.

Le 05 octobre, les Parisiennes marchent sur Versailles qu’elles atteignent  l’après-midi. La Fayette y arrive dans la nuit . Le 06, la foule envahit le château : c’est l’émeute.

La Fayette rétablit le calme en apparaissant au balcon avec le Roi, la Reine et le Dauphin. « La Reine a été trompée, dit La Fayette, elle promet d’être attachée au peuple comme Jésus Christ à son Eglise ».

Après des acclamations et la fin des émeutes, La Fayette organise une manifestation des Dames de la Halle afin que le Roi et la Reine soient acclamés.

Il remet au Roi un mémoire pour essayer de lui démontrer qu’il faut qu’il se réconcilie avec son peuple. Le Roi feint d’accepter mais ne renonce à rien pour gagner du temps

La Fayette qui a vécu la prise de La Bastille est inquiet car tout va se jouer à Paris.

Le règne de Versailles a pris fin.

Voyant qu’à Paris le climat devient très tendu, l’Ancien Club Breton a suivi l’assemblée et s’installe au Couvent  de Jabobins. La Fayette avec Condorcet, Mirabeau et Sieyes sont adhérents de ce club des Jacobins. Mais le 12 avril 1790, ils décident de fonder la Société de 1789 qui s’installe au Palais Royal.

La Fayette préside la Fête du 14 juillet : sa popularité et son prestige sont immenses.

Après la messe célébrée par Talleyrand, La Fayette au nom de tous prête serment de fidélité «  à la Nation, au Roi, à la Loi » . Le Roi jure d’employer tout son pouvoir pour maintenir la Constitution…

Lors de la fuite du Roi à Varennes, La Fayette avait la responsabilité de la Garde du Palais. Le 17 juillet 1791, cinq à six mille personnes se retrouvent au Champs de Mars. La foule est houleuse, des coups de feu partent. Des gardes ont-ils tirés et si oui sur ordre de qui ? La Fayette ? Cinquante morts…

Le 18 juillet 1791, les modérés avec La Fayette quittent le Club des Jacobins et fondent celui des Feuillants.

Le 30 septembre 1791, La Fayette se retire dans ses terres d’Auvergne.

En Novembre 1791, Bailly n’est plus maire de Paris et La Fayette se démet de son commandement de la Garde Nationale mais se porte candidat  à la Mairie de Paris.

Il est battu par le jacobin Pétion, le 16 novembre, par 6728 voix contre 3126.

Le 02 avril 1792, le Roi se rend à l’Assemblée, propose de déclarer la guerre au Roi de Bohème et de Hongrie. La Fayette prendra le commandement de l’armée des Ardennes. Devant les Autrichiens, c’est la retraite.

Le 16 juin 1792, de Maubeuge, La Fayette envoie au Roi et à l’Assemblée une violente diatribe contre les clubs, contre les ministres et contre Dumouriez. Lue à l’Assemblée, La Fayette est traité de Général factieux. Il échappe à la procédure de mise en accusation grâce aux modérés mais les esprits s’échauffent.

Le 27 juin, La Fayette outré de ces excès, quitte son armée, vient à l’Assemblée et la somme de poursuivre les auteurs des attentats du 20 juin au Jeu de Paume.

Son intervention est sans effet et il repart le 30 juin.

La Fayette propose au Roi de libérer le Général LUCKNER . Après réflexion, ce dernier refuse.car il craint d’être un otage aux mains de La Fayette. Le Roi ne lui fait pas confiance et préfère les baïonnettes étrangères et pousse à la provocation.

Ce qui a pour effet, le 25 juillet,  la réaction du Général Brunswich, généralissime des troupes austro-prussiennes, qui menace Paris et sa Garde Nationale si le Roi de France et sa famille ne sont pas remis en liberté.

La Fayette ayant été soupçonné et même menacé par Robespierre est mis en cause. La       preuve de son innocence, à savoir qu’il n’a pas reçu d’argent, a été faite et il a été définitivement absous par l’Assemblée.

Après le coup de force des émeutiers du 10 Août, La Fayette tente de soulever son armée contre Paris mais abandonné par elle, il doit s’enfuir en Belgique suivi par différentes personnalités.

 Pour La Fayette, c’est le début de huit années de calvaire.

 Le gouvernement autrichien donne l’ordre de récupérer le trésor que Lafayette aurait emporté. C’est bien mal le connaître. Il a des défauts mais il a engagé sa fortune personnelle pour son engagement en Amérique et celui de la Révolution fut sans arrière pensée .

Fin Août 1792, La Fayette voulait rentrer en Angleterre mais fut d’abord transporté à Wesel (Prusse Rhénane). Il fut ensuite interné à Magdebourg(Saxe) où il resta jusqu’au 04 janvier 1794.Il y reçu la visite du frère du Duc de Brunswitch, membre de l’Académie de Berlin et son sort fut amélioré grâce à de fraternelles interventions, notamment celle de Pinklet ministre des Etats-Unis.

Transféré à Olmutz (en Moravie aujourd’hui République Tchèque) il passa aux mains des autrichiens. Enfermé dans des pièces insalubres, il tombera malade et tentera de s’évader. Il lui sera interdit d’avoir des livres, une montre, et il sera privé de lumière et de promenade.

Son persécuteur habite Vienne : c’est le Baron de Thugut, diplomate autrichien et contre la Révolution. Il est incorruptible. Les interventions en faveur du prisonnier se multiplient et Mme De La Fayette obtient une audience auprès de l’Empereur d’Autriche. Elle est autorisée, avec ses deux filles, a le rejoindre en prison. Son fils, Georges Washington, alors âgé de treize ans, reste en Auvergne.

Mme de Staël intervient auprès de Barrès et de Bonaparte.

En mai 1797, Carnot négocie pour la liberté de La Fayette. C’est un échec.

Bonaparte vainqueur , l’Autriche signe le traité de Campo Formio le 07 septembre 1797. Les prisonniers d’Olmutz recouvrent la liberté. La Fayette ne peut rentrer en France car il est sous le coup des décrets pris contre les émigrés.

Une nouvelle Constitution entre en vigueur le 25 décembre1797 (4 novembre an VIII de la République). Bonaparte, premier consul, va prendre des mesures, et annoncer aux français la réconciliation et la paix. Un arrêté consulaire autorise 31 « individus » à rentrer en France. Parmi eux, Barrès, La Rochefoucauld, et…La Fayette qui va revoir Paris. La popularité de La Fayette étant  intacte, Bonaparte l’oblige à éviter tout éclat et lui impose silence.

Le 01 février 1800, aux Invalides, à l’occasion de l’éloge de Washington décédé, Bonaparte interdit que l’on prononce le nom de La Fayette.

La Fayette aura un vote négatif à la question posée aux français le 10 mai 1802 : « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ? ».

La Fayette reste un opposant  lucide et ferme. Ses compagnons d’Amérique ont pris d’autres chemins. La Fayette reste seul face au Régime Impérial de Napoléon.

Ce dernier ne pourra jamais l’« acheter » par divers cadeaux » à savoir la Légion d’Honneur , un fauteuil de Sénateur, ou un poste d’Ambassadeur.

En 1812, Napoléon dira de La Fayette : « Tout le monde en France est corrigé ;un seul ne l’est pas : c’est La Fayette. Il n’a jamais reculé d’une ligne. Vous le voyez tranquille. Eh bien , je vous le dis, moi qu’il est prêt à tout recommencer ».

Retiré en Seine et Marne dans son château de La Grange, La Fayette renoua avec la maçonnerie. Il fut en 1806 Vénérable de la loge « Les Amis de la Vérité » de Rosoy-en-Brie, ville voisine de La Grange. Les calendriers du Grand Orient attestent qu’il était Vénérable d’honneur de 1811 à 1813.

Sous la Deuxième Restauration, La Fayette est assidu aux travaux maçonniques.

La Duchesse d’Angoulême, fille de LOUIS XVI et de Marie Antoinette, portera le deuil de ses parents toute sa vie. Elle reste persuadée que si ses parents avaient fait confiance à La Fayette, ils seraient encore en vie.

La Fayette est élu député de Seine et Marne. Après les cent jours, il est chargé d’une mission diplomatique auprès des Alliés. Elu député de la Sarthe en 1818, il est du parti libéral.

Son implication dans le mouvement de La Charbonnerie serait de ce moment là. Société secrète, venant d’Italie, créée en 1806, elle devient active en France à partir de 1821. Elle puise ses cadres dans la Franc Maçonnerie.

Hiérarchisée en trois niveaux superposés désignés : «  ventes » «  particulière centrale » et « haute vente ». C’est à cette dernière qu’appartient La Fayette qui finance l’organisation.

Plusieurs complots apparaissent  et La Fayette est compromis dans celui de Belfort en 1822.

Battu aux élections de 1824, il profite de sa défaite électorale pour effectuer son dernier voyage aux Etats-Unis. Il s’y rend à l’invitation du Congrès. Il reçoit un don en argent et 10 000 hectares de terres. Il est reçu par des Clubs, Comités, anciens combattants , Loges Maçonniques… trente sept loges portent son nom.

Il est consacré « Membre York Masson » de la grand Loge de Pennsylvanie.

Après quarante années, La Fayette symbolise toujours la confiance et l’amitié fraternelle entre la France et l’Amérique.

Lors de son circuit aux Etats-Unis , il accéda , ainsi que son fils Georges Washington aux plus haut degrés de l’Ecossisme. Il fut élevé au 33ème degré le 15 Août 1824 et fut nommé Grand Maitre honoraire de ce Suprême Conseil de la juridiction de Nord des Etats-Unis. Ce suprême Conseil était d’une puissance maçonnique irrégulière.

Celui-ci avait mauvaise presse auprès des auteurs maçonniques du temps, mais il est probable que les américains lui faisaient surtout le reproche d’être étranger et en sa qualité de français d’être trop lié avec le Grand Orient de France.

En Septembre 1824,il fut créé Royal Arch à Elisabeth-Town. Les loges américaines rivalisent pour conférer à La Fayette grades et honneurs, le tout de façon publique et ouverte.

Il revient en France le 04 Octobre 1825 et est accueillit à bras ouvert , ce qui déplait au pouvoir.

En 1827, il est élu député de l’arrondissement de Meaux.

Il voyage beaucoup pour cristalliser les oppositions au régime de Charles X.

Les loges, sur son parcours, seront des relais efficaces.

Le 05 mai 1828, un rapport fait état de la nomination éventuelle d’un Grand Maitre adjoint de l’obédience : « M. de La Fayette sera présenté pour diviser les partis… ».

Un rapport du 1er juillet  1828 relate une tenue commune des loges « de l’Amitié et du Temple des Vertus et des Arts » le 30 juin présidée par le F. : Jarry. A cinq heures

et demi est annoncée l’arrivée du général La Fayette ; Plusieurs frères l’accueillent en députation. Le frère Astier quitte son cordon de Vénérable des « Amis de la Sagesse » pour en décorer l’illustre citoyen qu’on a introduit maillet battant et sous la voûte d’acier . Il a été accueilli par trois acclamations et trois vivats.

Le général La Fayette remercie ses frères.

Beaucoup de gens souhaitent connaître le général La Fayette.

En Août 1829, avec son fils, ils séjournent en Dauphiné.

Son fils, Georges Washington, âgé de  cinquante ans, a combattu dans les armées impériales jusqu’en 1807, député sous la Restauration et sous l’Assemblée Constituante de 1848 ; il décède en 1849.

Le père et le fils quittent Grenoble le 18 Août , sont à Vienne les 04 et 05 septembre où ils sont reçus à la loge « La Concorde » avant d’être les hôtes de Lyon.

Le 06 septembre 1829, le Loges Maçonniques organisent une fête présidée par la loge « Le Parfait Silence » et son Vénérable le F. : François Maisonnette avec le concours des loges de Lyon «  La sincère Amitié » « La Candeur » «  L’Equerre et le Compas » « l’Union et Confiance » «  Les enfants d’Hiram » « l’Etoile Polaire » et « l’Asile du sage ». Parmi les délégations, on remarque celles de « La Parfaite Union »à l’Orient de Ville franche, « La Franche Amitié » à l’Orient de Saint Etienne, « Isis » à l’Orient de Paris , « La Fidélité » à l’Orient de Lille et « l’Amitié » à l’Orient de Genève.

La dernière visite de La Fayette à Lyon était en 1785 lors de sa visite à la loge de « Saint Jean d’Ecosse du Patriotisme ».

En avril 1829, La Fayette allait être nommé Grand Maitre d’Honneur du Conseil Philosophique «  Le Parfait Silence » en cours de formation à Lyon.

Une décision rapide a été prise par les instances de Paris , dès le 05 décembre et l’installation fixée le 30 mai 1830. La Fayette invité répondit le 28 avril qu’il ne pouvait pas venir et se rappelle les bons souvenirs de la tenue avec les FF de Lyon en Septembre 1829.

La Fayette et son fils Georges Washington assistent, le 16 octobre 1830 , à la fête nationale et maçonnique du Grand Orient à l’Hôtel de Ville de Paris.

Les vicissitudes ont forgé le caractère de La Fayette et mûri sa pensée. L’expérience politique a favorisé son évolution. S’il s’est trompé, c’est de bonne foi. Et il n’a trompé personne. Au cours du dernier lustre de sa vie, il restera fidèle à la Franc Maçonnerie. A son idéal, à ses principes.

En 1830, il siège à nouveau à la Chambre où il ne tarde pas à combattre la politique de cette Monarchie de Juillet qui lui doit le jour. Le F. : Maisonnette, Vénérable de la loge « Le Parfait Silence », qui l’avait accueilli, en 1829, premier initié au 30ème grade

en juin 1830 , figure parmi les 340 victimes de la répression sanglante de la révolte des Canuts Lyonnais, en décembre 1831.

Triste présage pour le début  de ce régime auquel s’oppose La Fayette à la tête du Parti du Mouvement.

Il reprend avec vigueur ses combats pour la liberté et continue de réclamer l’émancipation des Noirs et l’abolition de l’esclavage.

En 1831-1832, il accepte d’être le Vénérable d’Honneur de la R…L… « des trois jours » dénommée ainsi à cause  des trente glorieuses. La feuille de présence de cette loge, daté du 12 décembre 1831, porte en tête de liste de ses membres celui de La Fayette, député, 33ème membre du Suprême Conseil, on y voit sa signature.

Depuis le 28 Août 1831, le Suprême Conseil a décidé d’admettre La Fayette  en son sein , en qualité de membre titulaire et actif  car il est déjà pourvu du 33ème et dernier degré de notre rite aux Etats-Unis D’Amérique. La Grande centrale du Rite entérinera cette promotion le 12 octobre 1831.

Il reçu d’autres hautes distinctions maçonniques.

A 76 ans, en 1833, il est encore le Vénérable de sa loge de Rosay.

Le 20 mai 1834, il passe à l’Orient Eternel et repose désormais au cimetière de Picpus.

Lors de ses obsèques, la Loge « La Rose du Parfait Silence » à l’Orient de Paris déploie sa bannière.  Cette Loge, qui en 1866 sera l’une des premières adhérentes à la Ligue de l’Enseignement , rendait hommage au Député de 1827 qui à la tribune de l’Assemblée avait déclaré : «  l’instruction nationale et l’instruction élémentaire, ce grand ressort de la raison publique, de la morale pratique et de la tranquillité des peuples sont aujourd’hui le premier besoin de la population française comme la première dette du gouvernement envers elle ».

A l’annonce de sa mort, le Suprême Conseil uni de l’hémisphère occidental d’Amérique rédigea un faire-part de deuil.

On peut y lire : « le 20 mai 1834, à cinq heures et demi du matin, notre BAF le général La Fayette est passé à l’immortalité. Paix à ces cendres. Gloire éternelle à sa mémoire ». L’hommage ainsi rendu à La Fayette par les maçons américains du rite écossais, et ils ne furent pas seuls à le lui rendre, était pleinement justifié.

En la matière, en 1880, les républicains reprendront le combat et achèveront le sillon que le républicain La Fayette avait ouvert.

Dès qu’il fut initié, son appartenance à l’ordre se maintint sans défaillance jusqu’à la fin de sa vie, avec une ténacité qu’il tenait de ses origines provinciales et que l’on peut bien qualifier d’auvergnate.

La raison de cette fidélité, il l’a lui-même très excellemment définie, lorsque dans un toast porté par lui à la fête maçonnique de Richemont le 30 octobre 1824, il déclara « Liberté, Egalité, Philanthropie, véritables symboles maçonniques : puisse la pratique de ces principes nous mériter toujours l’estime de nos amis et l’admiration des ennemis du genre humain ».

Auparavant, lors de la réunion des loges de « l’Amitié «  et du «  Temple des Vertus et des Arts » , il avait déjà exprimé la conviction le 30 juin 1823 que « maçon et ami de la liberté étaient synonymes ». Jusqu’à la mort, il resta fidèle à une attitude avec laquelle , tous ses actes et toutes ses paroles furent constamment d’accord.

Voilà donc le parcours de vie du Très Illustre Frère La Fayette, G. : M. : d’Honneur de notre Aréopage.

Chateaubriand, de dix ans son cadet, dans ses « Mémoires d’outre tombe », qu’il acheva en 1841, écrit : « Dans le Nouveau Monde, Monsieur de La Fayette a contribué à la formation d’une société nouvelle ; dans le Monde Ancien à la destruction d’une vieille société ».

 

Sublime image  du « Héros des Deux Mondes ».

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J’ai dit, V. : M. :

16 Février  2009.

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Avec la fraternelle autorisation de :

 http://marquisdelafayette.midiblogs.com/

Aperçus sur l’initiation féminine 25 juin, 2009

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Aperçus sur l’initiation féminine

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

 

Par Jeanine Augé

Jeanine Augé

Mes soeurs, mes frères en franc-maçonnerie, en bouddhisme ou en humanité, je voudrais d’abord faire une première remarque en préambule. Je n’ai pas été avertie que Michel Barat et Bernard Besret avaient eu la charmante idée de me laisser disposer du temps qui leur était imparti. Je m’en suis tenue, avec discipline, à ce qui avait été convenu lors des réunions préparatoires, c’est à dire 25 minutes d’intervention. Cela peut sembler léger pour aborder l’initiation féminine. Mais celle-ci a été traitée en filigrane pendant tout ce colloque, comme si elle allait de soi, alors que ce fut et reste encore une longue et dure conquête.

Ma deuxième remarque est que, passant après de talentueux orateurs, je crains que mon discours ne soit un peu terre à terre et ne détonne, avec l’excuse que je ne suis pas encore bouddhiste. Mais je vous rassure tout de suite, si mon propos démarre sur des chapeaux de roues résolument féministes, cela ne dure qu’une page et demie (rires…).

Parler de l’initiation de la femme en faisant l’impasse sur les divergences concernant son initiabilité pourrait sembler outrecuidant si mon propos ne se situait pas dans l’espace de la modernité. Celle-ci consistant, à mon sens, à faire évoluer la tradition pour l’adapter au présent sans en altérer l’essentiel. Je n’ai pas tellement développé cela parce que je pensais que Bernard Besret allait s’exprimer très brillamment là-dessus. Moi, je pars de l’idée simpliste que nous créons, aujourd’hui, la tradition de demain. Autour de l’amande, va se concrétiser la coque qui est faite des acquis, que l’on ne peut ignorer, d’une civilisation qui évolue tant sur le plan du droit que sur celui de la technologie.

Dire que la femme est initiatrice, par essence, est une échappatoire que l’on utilise assez régulièrement. Elle fait référence à une mythologie qui a longtemps confiné la femme dans une fonction de reproductrice. En outre, la sacraliser comme déesse-mère, comme déesse des moissons, comme déesse de l’amour renvoie en quelque sorte la femme à la nature passive de terre fécondable qu’on lui prête. Il y eut dans le Parnasse traditionnel trop de Déméter, trop de Junon, et pas assez, à mon avis, d’Athéna. La déification de la femme lui a été bien moins profitable que de lui permettre de retrouver le divin en elle.

C’est donc de la quête initiatique de la femme moderne, et plus particulièrement de celle que j’ai moi-même entreprise, que je voudrais parler. Je ferai toutefois un retour, plus ou moins bref, sur les difficultés que les femmes ont rencontrées sur leur route et qui perdurent pour certaines d’entre elles dans les milieux religieux et intégristes. Nous savons par nos soeurs turques que certains pays font un retour en arrière considérable. Toute l’histoire de l’humanité est marquée par la difficile reconnaissance de la complémentarité et de l’égalité qualitative de la femme par rapport à l’homme.

Si Jésus et Bouddha acceptèrent volontiers que les femmes suivent leurs enseignements, leur reconnaissant ainsi le droit à la spiritualité, à la connaissance, l’Eglise catholique porte la lourde responsabilité d’avoir mis la femme pendant très longtemps à l’écart du monde de l’esprit. Les références constantes aux origines judéo-chrétiennes de la nécessité d’un fondement religieux m’ont beaucoup gênée.

C’est contre ces conceptions que s’est, en effet, bâtie la franc-maçonnerie féminine. Le patient travail de recherche de Uta Ranka Heineman dans son livre Des Ennuques pour le royaume des cieux, en est un témoignage accablant. Depuis le célèbre verset de St Paul dans l’épître aux Corinthiens : « Que les femmes se taisent dans les assemblées », aux positions prises par les papes sur l’ordination des femmes en passant par les déclarations de St Augustin : « Combien plus agréable est la cohabitation de deux amis, comparée à celle d’un homme et d’une femme ! » -je ne sais pas si vous êtes toujours d’accord- (rires…) ou la crainte exprimée par St Thomas de la féminisation du coeur humain, la femme a été longtemps présentée comme source de troubles, une incitation au péché, parfaitement inutile, sinon nuisible à la spiritualité de l’homme. L’enseignement ne sied pas au sexe féminin, précise St Thomas d’Aquin.

Est-ce pour les mêmes raisons moyenâgeuses que le pape actuel rejoint, dans son refus du sacerdoce des femmes, le canoniste de l’église orthodoxe du XIIe siècle, Théodore de Balsamo, qui le justifiait par l’impureté du flux menstruel ! Refuser l’ordination, c’est refuser le droit de transmettre, d’initier, car qui dit initiation dit transmission du contenu d’une tradition que l’on a intégrée et revivifiée. A mon avis, ce n’est ni dans la religion catholique, ni dans les religions refusant le sacerdoce des femmes que celles-ci peuvent prétendre à une totale initiation.

Même si c’est un peu folklorique, je vais passer rapidement sur les jugements, pour le moins surprenants à l’époque moderne, qui dénièrent à la femme toutes les qualités requises pour être initiée. « Femme inapte et ridicule », selon Erasme, femme passive, femme coupable, qui conduisit Adam et toute l’humanité hors de l’Eden, vers la dualité et la mort. Le cher Beaudelaire y va de son interrogation : « J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans une église, quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu ? » (rires…). Au XIXe siècle, Julien-Joseph Vire perd tout sens du ridicule -il faut quand même que je vous le lise, même si c’est un peu long- quand il écrit dans L’Histoire naturelle du genre humain : « La force vitale développe les organes supérieurs du corps de l’homme et les organes inférieurs du corps de la femme. Il y a, dans le premier, une tendance à la supériorité et à l’élévation. Dans la seconde, on remarque une impulsion inverse. La vie s’épanouit vers la tête de l’homme. Elle se concentre vers la matrice de la femme. L’un donne. L’autre accepte. La femme est donc destinée par la nature à l’infériorité et à vivre en second ordre. »

Et Françoise Collin, de nos jours, écrit : « Lorsque les femmes ne sont pas déclarées inférieures mais différentes, c’est pourtant toujours la masculinité qui fait norme. Les femmes sont certes des êtres humains raisonnables, mais leur raison est celle du sentiment dont le règne reste confiné entre les murs du privé. Aux femmes, les méandres de la subjectivité ; aux hommes, la voie royale de l’objectivité, de l’espace public. »

Je ne peux passer sous silence le poids que l’exclusive prononcée par le Pasteur Anderson contre les femmes assimilées à des irresponsables dans ses Constitutions, fait peser sur la franc-maçonnerie féminine. Quel est ce centre de l’union qui, tout de même, exclut la moitié de l’humanité ?

Si je me suis un peu étendue, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser, sur les condamnations que les périodes successives ont prononcées contre la femme, c’est parce qu’elles touchaient au vif sa capacité à vivre une initiation spirituelle telle que nous prétendons la réaliser par exemple en franc-maçonnerie, puisque c’est de cette expérience dont je peux me prévaloir. En effet, je ne saurais aborder ici d’autres formes d’initiation, telle l’initiation tribale qui concerne surtout le passage des adolescents d’un âge à l’autre ou l’initiation magique qui est censée doter l’impétrant de pouvoirs surnaturels.

L’initiation à laquelle je consacre le meilleur de moi-même est un long chemin qui a commencé avec une mort symbolique et la prise de conscience d’une reconstruction de l’être à réaliser. Il y a la cérémonie de l’initiation qui met sur la voie. Il y a le parcours initiatique avec ses épreuves, ses méandres et, au bout l’initiation suprême, qui attend tout vivant, le terme où l’existence prend tout son sens avec les trois pas, le trépas. . .

Se faire initier, c’est accepter la quadruple purification des éléments pour mieux progresser, allégés vers la plénitude de la connaissance. Aucun dogme n’est imposé. Mais la transmission ininterrompue de l’influence spirituelle est nécessaire. La communication se fait selon le rituel des grades. On vous en a déjà amplement parlé.

L’initiation conduit l’initié à prendre conscience des possibilités latentes au plus profond de lui-même. D’étape en étape, les symboles, les rites et les mythes peuvent réveiller en chacun le souvenir d’une sagesse perdue, d’une unité occultée par l’agitation chaotique de la vie profane. La réconciliation de l’individu condamné au binaire avec l’unicité du tout, est ce que la franc-maçonnerie peut réaliser dans le silence qui s’impose au chercheur de vérité.

Pour certains, on peut dire que ce parcours restera dans le domaine du mental et de la philosophie. Pour d’autres, l’enseignement ésotérique du symbole aboutira au sacré qui relève non de la pensée discursive mais de l’expérience directe. La loge, les maîtres n’interviennent que pour aider l’initié à trouver son maître intérieur. L’enseignement oral et le silence répondent au désir d’ignorer toutes les limites qu’impose la manifestation existentielle afin d’atteindre l’infini universel du non-manifesté. Les mots sont réducteurs et l’essentiel n’est pas transmissible par leur truchement, c’est là le secret maçonnique.

On fait référence trop souvent à la facilité avec laquelle on trouve les rituels en librairie. Il y a autant de différence entre la lecture d’un rituel et une tenue qu’entre la vision d’une photographie de vacances et le goût du sel marin face à l’infini maritime ou l’indicible de la splendeur d’un soleil rougeoyant qui décline sur les cimes enneigées.

Il m’apparaît que la finalité de l’initiation est la même pour tous les êtres, homme ou femme. Les méthodes de travail en revanche, diffèrent pour s’adapter à la nature masculine ou féminine de l’initié ou de l’initiable.

Je suis convaincue que ce ne sont pas tellement les sources opératives de la franc-maçonnerie que l’on nous oppose si souvent qui posent problème. La plupart des frères francs-maçons, j’en suis sûre, seraient bien en peine d’utiliser les outils du constructeur de cathédrale dont ils se réclament ou de dresser les plans d’un édifice. Les outils sont les symboles concrets de principes et de concepts. A telle enseigne que nos soeurs africaines, qui n’ont pas les mêmes règles de construction, assimilent fort bien la symbolique des outils maçonniques comme le fil à plomb, le niveau et l’équerre . . . La différence fondamentale réside, à mon avis, dans les valeurs à la fois opposées et complémentaire du yin et du yang, à ceci près que, finalement, l’homme et la femme participent de la même nature, du moins j’ose l’espérer. J’en veux pour preuve que le sang qui véhicule l’essence de l’être n’est pas sexué. Parmi les nombreuses incompatibilités qui existent entre donneur et receveur, celle du sexe est à ce jour inconnue.

Il s’agit bien plus, pour moi, d’une proportion que le symbole du Tao To King exprime fort bien. Quand le yang domine, les valeurs solaires et masculines dominent avec leur cortège de combativité, d’éclats lumineux qui procèdent de la nature du ciel et se rapportent à l’esprit actif et à la raison. Là où le yin prédomine, c’est la référence à la terre qui donne son caractère de passivité mais aussi de potentialité, ce qui, selon Guénon est « la racine de toute existence ».

Lumière et ombre sont indissolublement liées sans y voir, comme dans le mazdéisme, un quelconque jugement de valeur entre le bien et le mal. Le yang n’est jamais sans le yin, le yin n’est jamais sans le yang puisqu’ils participent tous les deux à la fois du ciel et de la terre.

Le caractère yin, prédominant chez la femme, lui facilite la démarche évolutive qui correspond plus précisément à l’apprentissage, à l’oeuvre au noir. Dans le féminin de l’être, Annick de Souzenelle écrit : « Les nuits de l’âme sont entrailles de mutation, matrice sainte, athanor alchimique de résurrection. » La femme, par sa capacité à donner la vie, est en phase étroite avec l’univers des cycles et l’ordre du monde. Cet ordre qu’elle intègre rythme sa vie intime tous les mois comme pour rappeler son implication dans la marche cosmique. Sa condition n’est pas la passivité mais bien plutôt la complicité, l’empathie avec les lois de l’univers qui en fait sa dépositaire. D’où son intelligence avec le coeur des choses et de sa force de résistance qui lui permettent de passer outre les avanies et les secousses de la vie triviale pour aller souvent à l’essentiel.

Initier la femme, c’est lui permettre de prendre conscience de sa richesse intérieure, de prendre la mesure de sa dignité, de lui faire comprendre la place vitale qu’elle occupe dans le cosmos parce qu’elle est l’un des pôles de l’humanité. Sans elle, pas de lumière, puisqu’elle naît de l’union des deux pôles, positif et négatif, chacun aussi nécessaire à l’un qu’à l’autre.

Tout système vivant est à la fois fermé structurellement et ouvert énergétiquement pour expérimenter, progresser, se reproduire. La femme sensible à l’émotion peut, par l’initiation, transformer cette faiblesse en une aptitude à la compréhension, à la compassion, à la perméabilité à tout ce qui relève de l’esprit, de l’immatériel.

Le compas lié à l’équerre, que tout le monde connaît comme les deux symboles récurrents de l’initiation maçonnique, lui sont nécessaires et familiers dans ses fonctions d’éducatrice, de gardienne des valeurs familiales et de citoyenne humaniste. Particulièrement intuitive, la nature féminine vit de manière plus globalisante le triple aspect de la vie, corps, esprit, âme ou, si l’on préfere, corps, coeur, esprit .

L’initiation, c’est aussi pénétrer au-delà des apparences pour essayer d’atteindre à l’essence.

Visionnaire, la femme ? Non, sûrement pas, mais réceptive, perméable, lunaire dans le sens positif. moins emprisonnée dans le carcan de la logique et du mental. Elle aborde les manifestations de la vie avec l’optique de l’artiste, de l’esthète, du poète qui sont des initiés à leur manière.

L’initiation, c’est aussi dominer la souffrance ou, tout au moins, l’intégrer comme une épreuve nécessaire à la sublimation. Si Jéhovah fit sortir la femme de la côte de l’homme, elle a rendu la politesse à ce dernier depuis la nuit des temps, au prix de bien des souffrances tant physiques que morales. Et son sens des valeurs en a été magnifié, parce qu’elle met au monde, nourrit, éduque tout en défendant ses droits contre son compagnon, son fils, son frère, le poids de la tradition, de la politique et des religions intégristes.

La femme initiée a été avertie que son chemin est semé d’embûches, que son engagement la place dans une dynamique de construction avec tous les dangers et souffrances que cela peut comporter. Les outils blessent, le matériau résiste, la construction échappe au concepteur maladroit. Il faut faire et refaire, mais la femme connaît la patience et les aléas de la gestation. L’initiation se vit à chaque moment de l’existence, ici et maintenant. Bien des femmes suivent la voie initiatique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. C’est pour cela que je me pose, que je vous pose ces questions.

Et si l’initiation des femmes passait par leur libération économique, leur conférait l’autonomie nécessaire, la liberté de mouvement qu’offre l’indépendance monétaire ?

Et si l’initiation des femmes passait par un partage équitable de tous les pouvoirs lui permettant de se réaliser dans tous les domaines et d’aborder ainsi tous les aspects de l’implication de l’humain dans les phénomènes universels ?

En un mot, et si l’initiation de la femme passait par la conviction, confortée par les structures religieuses, sociales et politiques, qu’elle est un être humain à part entière ?

Pour qu’il y ait initiation, il faut qu’il y ait éveil et que la conscience de cet éveil replace chaque action, chaque pensée, dans une direction qui donne sens à la vie. Pour ce faire, il faut que la femme ait enfin droit de vivre pour elle-même et ne vienne pas à l’initiation seulement pour reprendre, ce que j’ai trop souvent entendu lors des auditions, lorsqu’elle est à la retraite, les enfants partis, le mari moins exigeant ou disparu. Je dois reconnaître que si, statistiquement, la moyenne d’âge de nos soeurs était très élevée, il y a encore 8 à 10 ans, elle a tendance actuellement à baisser, ce qui est très encourageant

La femme a des devoirs envers ce qu’elle incarne. Ce que nous rappelons dans le testament philosophique que l’impétrante doit rédiger dans le cabinet de réflexion. On lui demande les devoirs envers la patrie mais aussi envers elle-même et envers l’humanité. Je pense que l’évolution que connaît actuellement notre société va ouvrir la voie aux valeurs féminines qui s’avèrent de plus en plus nécessaires pour contrebalancer une mondialisation fondée sur la finance, l’économie, le pouvoir des banques et la technocratie. Parallèlement, la synthèse se fait entre les notions de matière, d’esprit et de psychisme et Schodengger va jusqu’à énoncer : « Ne nous trompons-nous pas en pensant qu’il y a autant d’esprit que de corps ; peut-être n’y a-t-il qu’un seul esprit ? »

Une nouvelle manière d’appréhender et d’agir sur le monde en découle, mettant l’accent sur l’importance donnée au monde associatif, à la communication, à la solidarité, à la croissance de l’économie de service, tous domaines que connaît bien l’activité féminine et qui, peut-être, fonde ce qui est la modernité.

Je dirai en conclusion que les femmes ont tout à gagner à préserver leur identité et les qualités qui leur sont plus particulièrement dévolues. L’initiation leur permet de les affermir, de les développer, mais qu’elles ne refusent pas ce qu’il y a de solaire, de yang en elles. Qu’elles sachent le reconnaître et le cultiver sans perdre leur spécificité car, ainsi, elles pourront tendre à l’universel.

Si l’homme initié fait de même et accepte d’être aussi lunaire, alors tous deux retrouveront sur le plan spirituel et initiatique les vertus de l’endroginat. Le retour au centre, à l’unité, est au terme de cette descente dans les profondeurs car on sait bien que les parallèles finissent quand même par se rejoindre, dans l’infini du cosmos.

Je terminerai sur cet extrait d’un poème du Tao des femmes qui est publié chez Trédaniel :

« Les hommes et les femmes sont le miroir du Tao.

L’homme n’est pas plus grand, la femme n’est pas plus belle.

Les fleuves suivent chacun leur lit uniquement pour se rencontrer dans l’océan.

La terre accueille le soleil à la fin de chaque jour.

Le soleil à l’apogée se lève ou se couche.

C’est vous qui décidez du sens ! »

Questions-réponses

Christian Bodson

 

D’abord un témoignage que j’ai plaisir à vous lire.

« J’ai toujours pensé que la maçonnerie m’avait pennis de développer cette part de féminité qui sommeille en moi. Elle a permis de libérer mon coeur, moteur de la main tendue. Même si mon obédience n’accepte pas les femmes en loge, de par ma fréquentation de la tradition celtique, je suis persuadé que la femme est soleil et l’homme, lune. Il n’y a que les hommes en mal de masculinité pour penser le contraire. »

Lama Denys

 

Cela me donne l’occasion de faire un petit rappel. En fait, nous sommes d’accord avec les Celtes sur ce point. Dans la tradition des tantras, d’un côté le féminin rouge et de l’autre le masculin blanc correspondent respectivement au soleil et à la lune. La femme est solaire et l’homme est lunaire. Il y a aussi, dans cette vision, le féminin qui est intelligence -prajna- qui est la sagesse, l’ouverture, la matrice omniprésente, toute englobante, accueillante, qui est fécondée, qui est habitée par le principe masculin… En tout cas, vacuité, sagesse, intelligence, c’est féminin. Tout ce qui est de l’action gouvernée par la compassion est masculin. Cela étant, blanc et rouge sont des principes complémentaires qui sont aussi les équivalents du yang et du yin. On retrouve cela dans nombre de traditions primordiales et pas seulement chez les Celtes. . .

Jean-Pierre Pilorge

 

Ces couleurs, blanche et rouge, on les retrouve aussi lorsque le pontife romain est vêtu selon la manière qui convient en symbolisme, de la cape rouge qui est celle du pouvoir royal, et de la robe blanche qui est celle du pouvoir sacerdotal, tel que nous l’avons évoqué hier avec l’arche royale, étant entendu que la fonction prophétique, elle, n’a pas de couleur, car elle ne peut pas s’institutionnaliser.

Un intervenant. Est-ce-que la Grande Loge Féminine de France a accès aux émissions radiotélévisées ?

Jeanine Augé

 

Oui, le dimanche matin. Est posée la question de l’obédience alors, pour te dédouaner, et comme cela le doute continuera à planer sur mon appartenance, je dirai que cette émission a lieu le dimanche matin sur France-Culture à 9 h 40. Ainsi, on ne saura pas si je suis le roi Salomon ou la reine de Saba.

Un intervenant. Entre l’homme et la femme, qu’en est-il de l’identité, de l’égalité, selon vous ?

Jeanine Augé

 

C’est une question qui est tout un monde à elle toute seule !

Identité, non, égalité, oui. Il y a évidemment une part biologique très fondamentalement identique. Quand à l’égalité, elle se conquiert tous les jours. Sur le plan des droits que nous n’avons pas, par exemple. Mais sur les plans de la culture, de l’intelligence et de la réalisation de l’être, je pense que c’est chose faite. Mais peut-être pas avec les mêmes références que les hommes.

Un intervenant. Personne ne conteste l’initiabilité des femmes. Mais pourquoi se cantonner à la pratique du rite masculin ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que le rite soit masculin. Le rite est traditionnel et les rites que nous pratiquons sont des rites de tradition avec des outils qui, je le répète, ne sont pas des outils d’hommes mais des outils principes. Je ne vois vraiment pas pourquoi nous irions mettre une machine à coudre sur l’autel des serments. Certes, cela a été suggéré même par des femmes. Mais me gène considérablement. Cela ne prouve qu’une chose, c’est que l’on a pas compris ce qu’était vraiment un outil symbolique.

Un intervenant. Pouvez-vous développer davantage votre affirmation concernant l’ouverture nécessaire vers les voies féminines de l’initiation pour compenser les effets de la mondialisation et de la technocratie ?

Jeanine Augé

 

Là, c’est tout un programme. Je pense qu’actuellement notre société est absolument féroce. Elle est bâtie sur la compétitivité, sur la technocratie. Lorsque l’on voit des fortunes s’édifier en un rien de temps par le jeu d’internet, des échanges -je ne suis pas très lancée là dedans- mais quelques coups de téléphone entre Tokyo et New York et des fortunes se font ou s’effondrent en quelques minutes. Tout cela, ce sont des valeurs qui, pour moi, représentent ce qu’il y

a de pire dans la nature masculine, c’est-à-dire un désir d’hégémonie. Je pense que les femmes, par le sort qu’on leur a fait et qu’elles ont peut-être accepté trop facilement, sont beaucoup plus tournées vers les notions de solidarité, d’effort, de lente construction.

Actuellement, l’industrialisation a gommé les différences qui existaient en la force musculaire de l’homme et de la femme. La femme, dans le monde du travail, se retrouve, dans nos sociétés industrielles, je parle en personne privilégiée, à égalité avec l’homme. Mais elle peut justement y faire ressortir une philosophie de solidarité dont elle n’a pas l’apanage mais qu’elle pratique plus facilement.

Je suis toujours gênée lorsque je parle de la femme parce que je parle en femme privilégiée et je n’oublie pas dans les discours que l’on fait ici ce qui ce passe en Afghanistan, en Algérie. Et là, je dis que c’est l’horreur et je me demande justement ce qui est fait par les hommes et par les femmes pour sortir de cette géhenne.

Un intervenant. Ma très chère soeur, j’ai apprécié ta plaidoirie en forme de réquisitoire -oh non, ce n’était pas un réquisitoire, mais un constat !- à l’encontre d’un ennemi imaginaire, l’homme. Lequel, merci pour lui, est dénué, selon toi, de toute sensibilité et de toute capacité à aimer. Ce langage, ce combat d’arrière-garde, me semble un peu dépassé, du moins chez nous.

Jeanine Augé

 

Eh bien oui ! Quand je parle de la femme, je ne parle pas uniquement de là femme tirée d’affaire. Je parle, je le répète, des valeurs féminines dans ce monde. Je crois que la maçonnerie est quelque chose qui s’ouvre, qui doit s’ouvrir et prendre en compte tous les problèmes planétaires. C’est pour cela que je suis un peu dure, mais enfin, quand on voit en plein XXe siècle, des femmes se déplacer sous un drap de lit avec juste un petit quadrillage pour respirer, on se dit quand même qu’il y a quelque chose qui ne va pas du tout.

Un intervenant. Ta présence à la tribune ainsi que celle d’Anne-Françoise Rey n’en est-elle pas la preuve ?

Jeanine Augé

 

Si, mais vous remarquez que nous sommes deux, trois, contre quantité d’hommes. (rires…) Alors, je dis qu’il ne faut pas croire que je suis une ennemie de l’homme. J’ai quatre petits-fils. J’ai deux fils dont l’un et maçon et, croyez-moi, j’apprécie les valeurs masculines. Je sais aussi que lorsqu’on éduque ses enfants, et ses fils en particulier, d’une certaine manière, on met un peu plus d’amour dans le monde. Je crois que les femmes sont souvent piégées par la propre éducation qu’elles donnent à leurs enfants.

Alain Lorand

 

Là, c’est tout un plaidoyer que je vais vous lire.

« Il existe une maçonnerie dont les quatre principes fondateurs sont l’internationalisme, l’égalité essentielle de la femme et de l’homme, la laïcité dans le respect absolu des modes de pensée à l’exclusion de ceux qui prônent le racisme et l’exclusion et, ce qui est moins important, la continuité initiatique du 1° au 33°. L’égalité essentielle des deux sexes humains y est vécu au quotidien.

Il existe des hommes, et pas seulement au Droit Humain, qui, depuis trente ans, prônent et se battent pour l’égalité des sexes comme de ce que l’on appelait les races. Alors, marchons, progressons, faisons circuler le message et je souhaite, pour ma part, que le discours en faveur de la femme perdure mais qu’il soit dirigé vers les bonnes cibles. Il y a à faire, nous avons hérité de plusieurs dizaines de siècles d’inégalité. L’avenir n’est pas dans le conflit mais dans la fraternisation universelle y compris et surtout entre les sexes. »

Jeanine Augé

 

Je vais vous lire une question à laquelle je ne répondrai pas mais qui vous prouvera que je n’ai peut-être pas tort de dire que les femmes ne sont parfois pas très bien comprises par les hommes.

« Ma sœur, explique-nous pourquoi aucune femme n’est un compositeur de musique de renommée mondiale dans l’histoire ! »

Eh bien, je ne répondrai pas ! (applaudissements…)

Une voix dans l’assistance  : « Il y a Hildegard de Bingen, que l’on redécouvre. »

Un intervenant. Jéhovah n’a pas fait sortir la femme de l’homme. Il a dit que ce n’était pas bon pour l’homme d’être seul. Il a donc créé un être différent de l’homme. Un autre coté de l’homme, un côté intériorisé. Il faut donc réaliser le côté féminin qui est en chaque être humain.

Jeanine Augé

 

C’est une façon de s’exprimer quand j’ai dit que l’on avait sorti la femme de l’homme parce que je me souviens d’avoir ouvert un colloque avec mon frère et mon ami Michel Barat en disant que ce n’était pas la côte d’Adam, c’était le côté. Il m’avait reprise en disant : « Si, si, si, Bossuet disait l’os surnuméraire ! »

Un intervenant. Que pensez-vous d’une maçonnerie féminine qui se fonderait sur un rituel et un symbolisme du tissage plutôt que sur celui de la maçonnerie opérative des constructeurs de cathédrales, comme le suggère Guénon ?

Jeanine Augé

 

Je dirai que moi, le tissage, je n’ai pas connu. En revanche, j’ai fait de la sculpture. Je crois bien qu’il y ait, à la cathédrale de Strasbourg, des oeuvres d’une femme qui a en particulier produit la statue de la foi. Alors pourquoi pas ? Ca reste à créer ! Mais, pour l’instant, je suis très bien dans mon obédience avec mes rituels.

Un intervenant. Si statistiquement, l’âge des soeurs diminue en loge, je vois là une volonté d’ouverture des loges qui, jusqu’ici,manifestaient en la matière une grande frilosité à voir trop de jeunes femmes bousculer la tradition. Les choses auraient-elles tendance à bouger ?

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas que cela soit la frilosité des soeurs. Je pense que les femmes n’étaient pas disponibles parce qu’une des premières choses que l’on demande, lorsqu’elles se présentent, c’est d’être assidues. Or, une femme qui a des enfants en bas âge, -on le sait dans le monde du travail, c’est toujours la même chose qui se produit- est sujette à l’absentéisme. Cet absentéisme des femmes est très souvent critiqué, alors que c’est l’organisation de la société qui ne leur fournit pas les moyens de faire garder les enfants. Tout cela s’est amélioré et je pense que telle est la cause de cette prétendue frilosité.

Un intervenant. La maçonnerie accepte l’entrée à l’âge légal, à 18 ans. Je peux dire, elle n’est pas là et je ne porte pas son nom, donc je ne la trahis pas, que ma fille est entrée à 18 ans et s’en porte très bien. Elle a été très bien acceptée, comme mon fils qui est entré à 23 ans et s’en trouve aussi très bien. Non, il n’y avait pas cette peur. Je crois que les femmes n’étaient pas disponibles.

Un intervenant. Initier la femme, c’est prendre la femme comme objet et non comme actrice unique de son initiation qui, ne l’oublions pas, dure toute la vie maçonnique.

Jeanine Augé

 

Je ne pense pas avoir laissé entendre qu’il y avait chez nous quelqu’un qui surveillait l’initiation. Au contraire, j’ai dit que l’on avait à trouver le maître intérieur. Mais il y a quand même la cérémonie d’initiation qui s’appelle initiation, que voulez-vous !

C’est un point de départ. Ensuite, le chemin est plus solitaire qu’ailleurs puisque nous disons en maçonnerie que le maçon s’initie lui-même. Nous refusons toute idée de gourou ou de maître à penser dans la maçonnerie actuelle. Je ne pense pas avoir dit que, dans son travail, l’on tenait quelqu’un par la main pour le traiter comme un objet. Au contraire, le but de l’initiation féminine, c’est de lui donner une indépendance. C’est la prise de conscience de sa propre valeur qui va la rendre indépendante de tout : des idées, des préjugés, et, disons, des compagnies trop dures dans son entourage…

Octobre 1997

 

Jeanine Augé


http://www.buddhaline.net/spip.php?article304


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LA LEGENDE D’HIRAM 17 octobre, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

LA LEGENDE D’HIRAM

 

Chaque mois de juillet, le « Tour de France » ressuscite la grande fête du vélo. Il peut être vu comme un carnaval moderne où un univers, centré sur le profit, laisse une place à l’expression mouvante et rituelle des rêves populaires. Mais le « Tour de France » exprime un rapport capital avec le temps, le changement et l’avenir.

Dans ce moment de la vie, une nouvelle classe d’âge succède à la précédente. Le temps détrône l’ancien monde et couronne le nouveau.

Naissance et mort y sont intimement liées. L’épreuve est une fête, un temps joyeux, qui interdit à l’ancien temps de se perpétuer et qui engendre le temps nouveau. Dans cette alternance temporelle qui donne vie et mort, la naissance et la mort ne sont pas coupées l’une de l’autre. Les deux pôles du devenir sont englobés dans leur unité contradictoire. Chaque étape est un nouveau commencement qui est porteur d’une virtualité future.

Les champions qui dominent la course cherchent à acquérir une « maîtrise » de la vie, une forme de perfection humaine où l’imitation des aînés joue un grand rôle. Cette recherche de la perfection pourrait se définir par trois maximes : « L’apprentissage, long et difficile, doit être méthodique », « Les chefs-d’œuvre sont marqués par le temps », « La mort vient toujours à son heure ». Mais, dans le « Tour de France », on parle de la mort en faisant la fête. Dans les cris de la foule, de nouveaux champions, pleins de force et d’espoir, viennent pour perpétuer la tradition.

Le maillot jaune est un symbole qui fait entrer son détenteur dans la catégorie des hommes-dieux qui meurent. Comme dans le cycle du « Rameau d’Or » décrit par James Frazer, « Il faut tuer l’homme-dieu, dès qu’apparaissent les signes de son déclin et transmettre son âme à un successeur vigoureux ».

Ainsi, de maillot jaune en maillot jaune, la course cycliste du « Tour de France » forme une longue chaîne de meurtres rituels. Héros solaire, le vainqueur conquiert la « Toison d’Or » après une longue lutte et par un acte de rupture : la mise à mort rituelle et symbolique de son prédécesseur, exécutée au nom de la pérennité des valeurs. Cette mise à mort est réalisée dans un moment de fête, d’une grande sacralité. L’ordre du monde se restaure et le nouvel élu symbolise l’éternelle jeunesse du monde nouveau.

Je vous ai parlé du « Tour de France » car il n’est pas sans analogie avec le Compagnonnage. Mais j’aurais pu vous entretenir tout aussi bien du « Mundial », des « Jeux Olympiques » ou de la « Corrida ».

Parce que j’ai la certitude que la démarche maçonnique ne consiste pas à « s’envoler » ou à « se réfugier » dans les « nuages théologiques » des rituels et des symboles. Et que j’ai l’intime, mais absolue, conviction qu’elle doit, au contraire, enraciner tout ce qui constitue sa substance, dans les traditions populaires, mythologiques et religieuses, afin d’y chercher tout ce qui peut y révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.

Les origines de la légende

L’étude des origines d’une institution a pour préliminaire la distinction entre la légende et la vérité historique, entre les récits abondants et variés issus de l’imagination populaire et les données authentiques, dont on peut déduire, à défaut d’une certitude, une conjecture raisonnable. Cette distinction, entre la fable et la réalité, s’impose particulièrement en ce qui concerne la légende d’Hiram, dont les origines sont à la fois obscures et méconnues. Si l’on ajoute foi à des contes dont l’antiquité n’est pas douteuse, le problème sera vite résolu.

Il suffira d’interroger un maître, de préférence un ancien, un de ceux qui ont conservé intacte la foi des anciens âges et d’écouter… Il dira les origines bibliques de la légende, les étapes de la construction du Temple de Salomon, les péripéties de la vie d’Hiram et son assassinat final par trois mauvais compagnons. Il citera des noms, des faits, des dates. Aucune question ne l’embarrassera, car la relation traditionnelle, dont il sera l’interprète, est des plus précises. Inutile d’ajouter que ses dires, dont la sincérité sera absolue, ne seront appuyés par aucune preuve, qu’il resteront peu vraisemblables et que le travail de l’historien, loin d’être terminé après cette audition, commencera seulement avec elle.

Martin Saint-Léon, dans son livre sur le Compagnonnage, paru en 1901, expose les légendes que possèdent les fédérations qui administrent les trois Rites du Compagnonnage : « Les Compagnons du Devoir et de Liberté », « Les Enfants de Maître Jacques », « Les Enfants du Père Soubise ». Chacun des trois Ritespossède sa légende propre et prétend se rattacher à l’un de ces trois fondateurs : Salomon, Maître Jacques, Soubise. Et chaque légende possède elle-même des variantes, voire des versions différentes.

Selon Perdiguier, dans son livre sur le Compagnonnage, Maître Jacques aurait étél’un des premiers maîtres-artisans de Salomon et compagnon d’Hiram. Il travailla à la construction du Temple de Salomon et fut nommé Maître des Tailleurs de Pierre, des Maçons et des Menuisiers.

Le Temple achevé, il quitta la Judée, en compagnie d’un autre Maître, Soubise, avec lequel il se brouilla. Soubise débarqua à Bordeaux et Maître Jacques à Marseille, avec ses disciples. C’est alors qu’il dut se défendre contre ceux de Soubise qui décidèrent un jour de jeter Maître Jacques dans un marais, afin de le faire disparaître.

La fin de l’histoire de Maître Jacques semble calquée sur le récit de la passion du Christ. Alors qu’il était en prière, l’un de ses disciples vint lui donner un baiser de paix. C’était le signal convenu pour cinq assassins qui le tuèrent de cinq coups de poignard.

Sa dépouille mortelle fut rituellement ensevelie par ses Compagnons près de Saint Maximin et le traître eut la même fin que Judas.

Soubise fut accusé d’avoir été l’instigateur de ce meurtre, ce qui fut longtemps la cause de la désunion entre les Compagnons des deux Rites. Mais cette accusation fut finalement estimée injuste et un autre récit raconte que Soubise versa des larmes amères sur la tombe de son ancien ami et qu’il flétrit son assassinat

Mais une autre version de la légende, veut, qu’au lieu d’avoir été un artisan contemporain de Salomon, Maître Jacques ait été tout simplement le même personnage que Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers, brûlé sur ordre de Philippe le Bel. Jacques de Molay a très bien pu, dans le cadre des nombreuses constructions édifiées par les templiers, initiés et grands constructeurs, donner une règle aux ouvriers Maçons, Tailleurs de Pierre et Charpentiers qui travaillaient pour « Le Temple » et constituer des sociétés de Compagnons. Cette version, à première vue moins invraisemblable que la précédente, ne repose toutefois sur aucun fondement historique.

Car si l’existence d’une filiation entre les Templiers et les confréries ouvrières, d’où est issu le Compagnonnage, n’est pas impossible, force est de considérer que, même probable, elle demeure purement conjecturale.

La légende de Soubise est implicitement contenue dans la précédente.

Soubise, architecte du Temple de Salomon, comme Maître Jacques, ami de celui-ci, serait devenu l’instigateur de son assassinat. Le fait est toutefois contesté.

Mais d’après un autre récit, Soubise aurait été un moine bénédictin qui aurait vécu à la fin du XIIIème siècle. C’est sous le costume des moines bénédictins, qu’il est généralement représenté dans les Cayennes. Soubise aurait participé, avec Jacques de Molay, à la construction de la cathédrale d’Orléans. Le Compagnonnage aurait été fondé à cette époque et Soubise aurait survécu quelques années au grand Maître des Templiers. Cette version, qui n’est pas impossible, reste également purement conjecturale.

Les Compagnons du « Devoir et de Liberté », Enfants de Salomon, prétendent eux,que leur fondateur est le roi Salomon lui-même. Et ils se réfèrent à une légende qui a pour point de départ un passage de La Bible (Premier Livre des Rois, Chapitre 5, paragraphes 13 à 18 – 26 à 31 – dans l’édition de La Pléiade) :

« Salomon leva une corvée dans tout Israël et la corvée comprenait 30.000 hommes. Il les envoya au Liban, 10.000 par mois, par relèves.

Adoniram était préposé à la corvée. Salomon avait aussi 70.000 porteurs et90.000 carriers dans la montagne, sans compter les officiers nommés par les préfets et qui étaient préposés au travail, soit 3.300 qui avaient autorité sur les gens qui exécutaient le travail. Le roi ordonna d’extraire de grandes pierres, des pierres de prix, pour poser, en pierres de taille, les fondations de la Maison.

Puis les maçons ainsi que les Giblites, taillèrent et préparèrent les bois et les pierres pour bâtir la Maison… Le roi Salomon envoya quérir Hiram de Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, mais son père était un Tyrien, artisan en airain. Il était rempli de sagesse, d’intelligence, de science, pour faire toute œuvre en airain. Il vint donc chez le roi Salomon et fit ses ouvrages (Premier Livre des Rois, Chapitre 7, paragraphes 13 à 15).

Rien, dans ce texte, ne permet de conclure à l’existence d’une association telle que le Compagnonnage au temps de Salomon… Mais la légende continue le récit biblique. Suivant la version d’Agricol Perdiguier, dans son livre sur le compagnonnage, les travaux étaient exécutés sous la direction d’un maître habile, nommé Hiram. Hiram travaillait le bronze et il était rempli de sagesse, d’intelligence et de science. Pour payer les ouvriers, en éliminant les intrus et les oisifs qui se mêlaient à eux, Hiram donna à chacun des ouvriers un nouveau mot de passe pour se faire reconnaître. Ainsi, chacun était payé selon son mérite et recevait, le moment venu, les assignations et les mots de passe qui lui permettaient de se faire reconnaître. Le Compagnonnage de Liberté était fondé.

Une seconde légende se superpose à la première. Trois compagnons, Holem ou Hoben, Sterkin ou Skelem, et Hoterfut, furieux de s’être vus refuser la maîtrise, décidèrent de contraindre Hiram à leur donner le « Mot » de maître ou de l’assassiner. C’est cette version qui constitue la trame du rituel que nous venons de vivre ensemble.

La signification de la légende

A quelque mythologie qu’elle se rattache, la légende peut être belle en elle-même. Elle peut même satisfaire l’esprit pendant des années, sans qu’il y décèle l’ouverture d’un chemin vers la philosophie. Puis un jour, mûr pour cette expérience, il perçoit d’instinct l’appel qui incite au mouvement. Double invitation au voyage. Mais invitation patiente et renouvelée dans le silence, car chacun partira s’il le veut et quand il le voudra… Pilate tue l’Esprit, mais au lieu de le mettre en croix, il met une croix dessus. Et c’est toujours la même opération, toujours à refaire. Mais on n’a pas assez de croix. Le Christ est mort, Pilate est né. Et tout irait parfaitement bien, comme Pilate l’entend, si l’on pouvait être sûr d’avoir tué l’Esprit.

Mais les esprits reviennent, comme on dit.

C’est pourquoi il faut avoir le courage de regarder jusqu’au fond du tombeau pour savoir qu’il est bien vide et que c’est ailleurs qu’il faut le chercher. Le suprême malheur, pour le sanctuaire, serait de devenir le tombeau scellé, devant lequel on monte la garde. Et on ne le ferait que parce qu’il y aurait là un cadavre. C’est pourquoi le suprême courage est de proclamer que le tombeau, tous les tombeaux, sont vides : celui de Persée, immortalisé dans les étoiles, celui du Christ, au matin de Pâques, celui d’Hiram, qui revit en chacun de nous.

Alors, comment aborder la légende d’Hiram, avec un regard résolument tourné vers le futur ? Peut-être en se demandant pourquoi il est impossible d’éviter de réfléchir son propre portrait dans le miroir qu’est par définition une légende. Car il n’existe aucun maçon sérieux qui n’ait trouvé dans ce récit autre chose que sa propre image. Voilà qui place la légende au cœur du véritable étonnement philosophique, au chapitre des miroirs… Et l’on peut se demander si la question du miroir n’est pas précisément la question fondamentale de l’initiation. Car le piège dans lequel la légende prend tout maçon, est qu’elle ne nous permet pas d’échapper à l’auto-portrait, du moins après avoir tenté de jeter un regard vers le miroir qui nous regarde. Car en fait, la véritable question est bien de savoir comment sont montés une légende, un mythe, un temple ou un rituel, en forme de miroirs. Et l’on essayera donc d’observer comment le miroir est construit, en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de notre propre moi symbolique. Ainsi la légende d’Hiram engendre-t-elle ses propres lecteurs, car il n’y a pas plus de lecteur universel d’une légende ou d’un mythe qu’il n’y a
d’auditeur universel de la cinquième symphonie.

La légende d’Hiram, c’est donc d’abord un recours à soi-même, où chacun est invité à trouver sa propre vérité. Et c’est sans doute bien là que se trouve le sens alchimique de la légende, si l’on veut bien voir dans l’alchimie la tentative de chaque individu pour découvrir sa propre vérité, son propre secret, pour trouver la connaissance suprême réservée à chaque itinéraire humain. Car qu’est- ce donc que l’Initiation, sinon la traversée des épreuves, à travers lesquelles l’être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens. Il ne me semble donc pas que je ne vous parlerai que partiellement de la légende, car le pire serait de croire que la quête s’achève, que l’Initiation se termine et que l’on pourrait y mettre le point final d’une dissertation.

Ce sont des mots prononcés au hasard, qui m’ont peu à peu tout révélé. Les sonnets de Gérard de Nerval éveillèrent tout d’abord mon attention, puis mon intérêt. Et l’auteur de ces vers avait effectué un « Voyage en Orient » dont je compris qu’il ne serait pas sans intérêt de lire le récit qu’il en avait rapporté. Et c’est ainsi que je découvris « l’histoire de la Reine du Matin et de Soliman, Prince des génies ». Au fil des douze chapitres, d’« Adoniram », le premier, à « Macbenah », le dernier, la égende m’apparaissait plus symbolique. Les trois mauvais compagnons symbolisaient l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme. La recherche et la découverte du corps d’Hiram exaltaient les trois vertus opposées, mais aussi la liberté et la fidélité, l’une portant l’autre, et qui sont les vertus de l’esprit. La fidélité est la lumière de l’esprit. Dès qu’on change ses idées d’après l’événement, l’intelligence n’est plus qu’une fille.

Et je retrouvais la légende au portail Nord de la cathédrale de Chartres, où figurent David ainsi que Salomon et la Reine de Saba.

Voici que de symbole, la légende devenait histoire… Salomon, constructeur, il y a trois mille ans, du « premier temple », détruit en l’an 600 avant notre ère par Nabuchodonodor II. Tout près, se trouve Zorobabel, architecte du « second temple », embelli par Hérode et détruit par les romains, en l’an 66 de notre ère. Eséchiel, l’inventeur du « troisième temple », a disparu du portail à la Révolution, mais Saint Jean-Baptiste présente « au passant » l’emblème de « la Cité qui n’a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l’éclairer, car l’agneau est son flambeau ». Ainsi, n’y avait-il pas qu’un seul temple… Et peut-être pourrait-il s’agir ici de celui dont il est écrit : « Détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours »…

La légende d’Hiram pose en fait la vraie question : crucifixion, résurrection, mort et renaissance, là est le vrai problème… La mort à soi-même que prônent les morales, les philosophies, les religions et la franc-maçonnerie elle-même, qui n’est pas une religion, ne peut être considérée comme l’écrasement devant l’autre ou encore comme la soumission à un sur-moi légaliste et culpabilisant. La signification en est toute autre… Mourir à soi-même, c’est perdre le narcissisme primitif qui rend l’homme inapte à toute vraie vie, à tout échange profond avec autrui. C’est passer du stade objet, soumis à des interdits et à des tabous, au stade sujet, autonome, responsable, capable de s’aimer profondément et d’aimer profondément l’autre.

C’est là sans doute le véritable sens de la résurrection ou de la re- naissance qui font de nous des êtres libres.

« Ici, tout est symbole », cette affirmation, répétée au cours de la cérémonie d’initiation est chargée de sens, parce qu’elle annonce la valeur de la démarche et la méthode de travail : la recherche du sens, au delà de l’apparence. Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur la passion d’Hiram. Et il apprend alors que les maîtres disposent pour se reconnaître d’un mot substitué à la « parole » qui a été perdue. La « parole » est perdue pour ceux qui croient avoir tout vu, tout dit et qui disent « qu’il n’y a rien à voir… ». La parole est effectivement perdue lorsqu’on n’est plus à même de produire une pensée nouvelle à propos des symboles. Car le symbole est le langage du sens et il peut nous permettre d’accéder à la signification. Ainsi la « parole perdue » est-elle toujours à retrouver et sa quête exige une remise en question permanente de toutes nos certitudes antérieures.

Muni du mot substitué, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Mais le voyage initiatique ne peut être accompli par celui qui se contente du mot substitué. La Maîtrise véritable exige l’essentiel. Encore faut-il garder un esprit critique et conserver un certain humour, afin de ne pas devenir un dévot béat qui attend une « révélation » de la part de ses maîtres.

Ainsi, au départ, dès le commencement de la quête, il faut savoir que la « parole » ne pourra se dire. Elle sera montrée, sortie d’une boite, sous l’égide de la Rose, sous forme d’initiales, qui resteront le symbole du « mot » et non le « mot » lui-même, enfin retrouvé… Connaître, ce n’est point démontrer ni participer. Et c’est un rude apprentissage. C’est pourquoi on cherche toujours « des hommes de bonne volonté ». Et voici l’évangile nouveau : « La Paix se fera, si les hommes la font. La Justice sera, si les hommes la font. Nul destin, ni favorable, ni contraire, n’est écrit. Les choses ne veulent rien du tout. Nul dieu dans les nuages… Mais le héros seul sur sa petite planète, seul avec les dieux de son cœur, Foi, Espérance, Charité. »… C’est pourquoi il faut avoir le courage de proclamer que le tombeau est vide et que l’acacia refleurira .

La suite de la légende

Jules Boucher donne, en complément de son livre sur « la symbolique maçonnique », la belle légende maçonnique, kabbalistique et profondément ésotérique « des trois Mages qui ont visité la grande voûte et qui ont découvert le centre de l’idée » (page 355).

« Longtemps après la mort d’Hiram et de Salomon, après que les armées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem et détruit le Temple, trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs chameaux. C’étaient des Mages, des initiés de Babylone, qui venaient en pèlerinage et en exploration sur les ruines de l’ancien sanctuaire.

Après un repas frugal, en parcourant l’enceinte ravagée, ils découvrirent une excavation. C’était un puits, situé à l’angle sud- est du Temple. Le plus âgé des Mages, qui semblait être le chef, se couch à plat ventre sur le bord et regarda dans l’intérieur du puits. Un objet brillant frappa ses yeux et il appela ses compagnons.

Il y avait là un objet digne d’attention, sans doute un bijou sacré.

Ce bijou était un Delta d’une palme de côté, fait du plus pur métal, sur lequel Hiram avait gravé le nom ineffable et qu’il portait sur lui, le revers uni exposé aux regards.

Le Mage, descendu au fond du puits, ramassa le bijou, constata avec émotion qu’il portait le nom ineffable. Il regarda autour de lui et distingua dans la muraille une ouverture fermée par une porte d bronze. En remontant, il dit à ses compagnons ce qu’il avait vu et leur parla de la porte de bronze. Ils pensèrent qu’il devait y avoir là un mystère et résolurent de partir ensemble à sa découverte.

Chacun des Mages, tenant une torche, se laissa glisser jusqu’au fond du puits. Puis, sous la conduite de leur chef, ils s’enfoncèrent tous les trois dans le couloir menant à la porte de bronze… »

Il y a une définition du secret maçonnique qui prétend que : « dire quelque chose à quelqu’un, c’est l’appauvrir, parce que c’est l’empêcher de le découvrir seul ». Je vous laisserai donc partir seuls à la recherche de cette légende en vous souhaitant d’avoir un jour le bonheur de la vivre vous-mêmes en maçonnerie.

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20. Juin 6005

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TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE 6 septembre, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire
TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE

Dans l’ancien manuscrit maçonnique Cooke (circa 1400) de la Bibliothèque Britannique, l’on peut lire aux paragraphes 281-326 que toute la sagesse antédiluvienne était écrite sur deux grandes colonnes. Après le déluge de Noé, l’une d’elles fut découverte par Pythagore et l’autre par Hermès le Philosophe, qui se consacrèrent à enseigner les textes qui y étaient gravés. Le manuscrit concorde parfaitement avec ce dont témoigne une légende égyptienne, déjà rapportée par Manéthon, et que le Cooke lui-même rattache aussi à Hermès.

Il est évident que ces colonnes, ou ces obélisques, assimilées aux piliers J. et B., sont celles qui soutiennent le temple maçonnique tout en permettant d’y accéder, et qu’elles constituent les deux grands affluents sapientiels qui nourriront l’Ordre : l’hermétisme qui assurera la protection du dieu à travers la Philosophie, c’est-à-dire la Connaissance, et le pythagorisme qui donnera les éléments arithmétiques et géométriques nécessaires, réclamés par le symbolisme constructif ; il faut considérer que ces deux courants sont, directement ou indirectement, d’origine égyptienne. Notons également que ces deux colonnes sont les jambes de la Loge Mère, entre lesquelles naît le Néophyte, c’est-à-dire par la sagesse d’Hermès, le grand Initiateur, et par Pythagore, l’instructeur gnostique.

En fait, dans la plus ancienne Constitution Maçonnique éditée, celle de Roberts, publiée en Angleterre en 1722 (et donc antérieure à celle d’Anderson), mais qui n’est que la codification d’anciens us et coutumes opératifs qui viennent du Moyen Âge, et qui seront développés par la suite dans la Maçonnerie spéculative, il est spécifiquement fait mention d’Hermès, dans la partie intitulée « Histoire des Francs-maçons ». En effet, il apparaît là dans la généalogie maçonnique sous ce nom, ainsi que sous celui de Grand Hermarines, fils de Sem et petit-fils de Noé, qui trouva après le déluge les colonnes de pierre déjà citées où se trouvait inscrite la sagesse antédiluvienne (atlantique) et lut (déchiffra) sur l’une d’elles ce qu’il enseignerait plus tard aux hommes. L’autre pilier fut, comme nous l’avons dit, interprété par Pythagore en tant que père de l’Arithmétique et de la Géométrie, éléments essentiels dans la structure de la loge, et par conséquent ces deux personnages constituent l’alma mater de l’Ordre, en particulier dans son aspect opératif, lié aux Arts Libéraux.

Dans le manuscrit Grand Lodge nº1 (1583), seule subsiste la colonne d’Hermès, retrouvée par « le Grand Hermarines » (qui est fait descendant de Sem) « qui fut plus tard appelé Hermès, le père de la sagesse ». Notons que Pythagore ne figure plus en tant qu’interprète de l’autre colonne. Dans le manuscrit Dumfries nº 4 (1710) il apparaît également, comme « le grand Hermorian », « qui fut appelé ‘le père de la sagesse’ », mais dans ce cas, l’on a rectifié son origine d’après le texte biblique qui le fait descendre de Cham et non de Sem, par l’intermédiaire de Cusch ; comme le dit J,-F. Var dans TRADITION HERMÉTIQUE ET FRANC-MAÇONNERIE dans Chaine d'union anota La Franc-Maçonnerie : Documents Fondateurs, éditions de L’Herne, p. 207, n.33 : « Or, dans la Genèse (10, 6-8), Cusch est le fils de Cham et non celui de Sem. Le rédacteur du Dumfries a rectifié la filiation en conséquence. Dans le même temps, cette filiation résulte être celle que l’Écriture donne à Nemrod. De là l’assimilation de Hermès à Nemrod, contrairement à d’autres versions qui en font deux personnages bien distincts. » (traduit du castillan).

C’est également ce que met en avant le manuscrit qui a été nommé Regius, découvert par Haliwell au Musée Britannique en 1840 et que reproduit J. G. Findel dans l’Histoire Générale de la Franc-Maçonnerie (1861), dans son ample première partie qui traite des origines jusqu’en 1717, bien que ce n’y soit pas Pythagore l’herméneute qui, avec Hermès, déchiffre les mystères dont hériteront les maçons, sinon Euclide, qui est fait fils d’Abraham ; à ce sujet, rappelons que le théorème du triangle rectangle de Pythagore fut énoncé dans la quarante-septième proposition d’Euclide.

Findel lui-même, se référant à la quantité d’éléments gnostiques et opératifs qui constituent la Maçonnerie, et s’occupant concrètement des carriers allemands, affirme : « Si la conformité qui résulte entre l’organisme social, les usages et les enseignements de la Franc-Maçonnerie et ceux des compagnies de maçons du Moyen Âge indique déjà l’existence de relations historiques entres ces diverses institutions, les résultats des investigations menées dans les arcanes de l’histoire et le concours d’une multitude de circonstances irrécusables établissent de façon positive que la Société des Francs-maçons descend, directement et immédiatement, de ces compagnies de maçons du Moyen Âge. » Et il ajoute : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie et de la Société des Maçons est ainsi intimement liée à celle des corporations de maçons et à l’histoire de l’art de construire au Moyen Âge ; il est donc indispensable de jeter un bref coup d’œil à cette histoire pour arriver à celle qui nous occupe. »

Ce qui est intéressant dans ces références venues d’Allemagne, c’est que son Histoire Générale est considérée comme la première histoire (au sens moderne du terme) de la Maçonnerie, et dès le commencement l’auteur établit que : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie, de même que l’histoire du monde, est fondée sur la tradition ».1 Il apparaît donc comme évident que les Anciens Us et Coutumes, les symboles et les rites et les secrets du métier, se sont transmis sans solution de continuité depuis des temps reculés et, bien sûr, dans les corporations médiévales, et le passage d’opératif à spéculatif n’a été que l’adaptation de vérités transcendantales à de nouvelles circonstances cycliques, en observant que le terme opératif ne se réfère pas seulement au travail physique ou de construction, de projection ou de programmation matériel et professionnel des travaux, mais aussi à la possibilité donnée à la Maçonnerie d’opérer la Connaissance chez l’initié, au moyen des outils que donne la Science Sacrée, ses symboles et ses rites. C’est précisément là ce qu’offre la Maçonnerie en tant qu’Organisation Initiatique, et se trouve confirmé par la continuité du passage traditionnel qui permet que l’on puisse trouver également dans la Maçonnerie spéculative, de manière réflexe, la vertu opérative et la communication avec la Loge Céleste, c’est-à-dire la réception de ses effluves qui sont les garants de toute véritable initiation, à plus forte raison lorsque les enseignements émanent du dieu Hermès et du sage Pythagore.2 De toutes façons, aussi bien l’une que l’autre sont des branches d’un tronc commun qui prend les Old Charges (Les Anciens Devoirs) comme modèle ; de ces derniers, ont été trouvés de très nombreux fragments et manuscrits sous forme de rouleaux, depuis le XIVe siècle, dans diverses bibliothèques.3

Quant à Hermès, non mentionné dans les constitutions d’Anderson, en particulier l’Hermès Trismégiste grec (le Thot égyptien), c’est une figure aussi familière à la Maçonnerie des plus divers rites et obédiences qu’elle pourrait l’être pour les alchimistes, forgerons de l’immense littérature placée sous leur égide. Non seulement l’Hermétisme est le thème d’abondantes planches et livres maçonniques, et d’innombrables loges s’appellent Hermès, sinon qu’il existe des rites et des grades qui portent son nom. Il y a ainsi un Rite appelé Les Disciples d’Hermès ; un autre le Rite Hermétique de la loge Mère Écossaise d’Avignon (qui n’est pas celle de Dom Pernety), Philosophe d’Hermès est le titre d’un Grade dont le catéchisme se trouve dans les archives de la « loge des amis réunis de Saint Louis », Hermès Trismégiste est un autre grade archaïque que nous rapporte Ragon, Chevalier Hermétique est un niveau hiérarchique contenu dans un manuscrit attribué au frère Peuvret dans lequel l’on parle aussi d’un autre appelé Trésor Hermétique, qui correspond au grade 148 de la nomenclature dite de l’Université, où il en existe d’autres comme Philosophe Apprenti Hermétique, Interprète Hermétique, Grand Chancelier Hermétique, Grand Théosophe Hermétique (correspondant au grade 140), Le Grand Hermès, etc. Dans le Rite de Memphis également, le grade 40 de la série Philosophique s’appelle Sublime Philosophe Hermétique, et le grade 77 (9ème série) du Chapitre Métropolitain est nommé Maçon Hermétique.

Dans l’actualité, les revues et dictionnaires maçonniques ne manquent pas non plus de références directes à la Philosophie Hermétique et au Corpus Hermeticum,4 auquel celle-ci se trouve liée, mais se retrouvent également des analogies avec la terminologie alchimique ; en voici un seul exemple, extrait du Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie de D. Ligou (p. 571) : « Nous citerons une interprétation hermétique de quelques termes utilisés dans le vocabulaire maçonnique : Soufre (Vénérable), Mercure (1er Surveillant), Sel (2ème Surveillant), Feu (Orateur), Air (Secrétaire), Eau (Hospitalier), Terre (Trésorier). L’on trouve ici les trois principes et les quatre éléments des alchimistes. »

Ce qui fait qu’Hermès et l’Hermétisme sont une référence habituelle dans la Maçonnerie, comme l’est aussi Pythagore et la géométrie. D’autre part, ces deux courants historiques de pensée viennent, à travers la Grèce, Rome et Alexandrie, de l’Égypte la plus lointaine, et par son intermédiaire, de l’Atlantide et de l’Hyperborée, comme c’est en fin de compte le cas de toute Organisation Initiatique, capable de relier l’homme à son Origine. Et il va de soi que cette impressionnante généalogie qui compte les dieux, les sages (les prêtres) et les rois (aussi bien de Tyr et d’Israël que d’Écosse : la royauté ne dédaignait pas la construction et le roi était un maître opérateur de plus) constitue un domaine sacré, un espace intérieur construit de silence, lieu où deviennent effectives toutes les virtualités, et où l’Être Universel peut ainsi se refléter de façon spéculative. La loge maçonnique, comme on le sait, est une image visible de la loge Invisible, tout comme le Logos est le déploiement de la Tri-unité des Principes.

L’influence du dieu Hermès et les idées du sage Pythagore n’ont pas totalement disparu de ce monde crépusculaire que nous habitons, elles sont en fait tout ce qu’il en reste y n’oublions pas que les alchimistes assimilent Jésus au Mercure Solaire, au moins en Occident. D’autre part, sans elles le monde ne pourrait pas même exister, aussi bien dans le domaine des énergies perpétuellement régénératrices attribuées à Hermès et à sa Philosophie, que dans celui des idées-force pythagoriciennes, dont l’ordre numérique (et géométrique) est aujourd’hui indispensable à la plus simple des opérations.

La déité est immanente en tout être, et les Enfants de la Veuve, les fils de la lumière, la reconnaissent au sein de leur propre loge, faite à l’image du Cosmos. La racine H. R. M. est commune aux noms Hermès et Hiram, ce dernier formant avec Salomon un parèdre où se conjuguent la sagesse et la possibilité (la doctrine et la méthode), la Tradition (Kabbale) hébraïque, qui vît naître Jésus, se signalant comme le vecteur de cette révélation sapientielle, royale et artistique (artisanale) que constitue la Science Sacrée, apprise et enseignée dans la loge par les symboles et les rites, « livre » codé que les Maîtres déchiffrent aujourd’hui, ainsi que le firent leurs ancêtres dans les temps mythiques, puisque la Maçonnerie n’octroie pas la Connaissance en soi sinon qu’elle montre les symboles et indique les voies pour y accéder, avec la bénédiction des rites ancestraux, qui agissent comme les transmetteurs médiatiques de cette Connaissance.5

Autrement dit que l’actualisation de la possibilité, c’est-à-dire l’Être, l’assurance que tout est vivant, que le Présent est éternel, la simultanéité du Temps, la notion de Tri-unité du Seul et Unique, constituent une Connaissance que les francs-maçons atteignent par l’expérience que procure un apprentissage graduel et hiérarchisé.

Le Maître Constructeur emporte partout sa loge intérieure, c’est ce qu’il est lui-même, un Cosmos en miniature, conçu par le Grand Architecte de l’Univers. Mais l’œuvre est inachevée, sa pierre brute doit encore être polie (par la Science et l’Art) de même que le Créateur a ciselé son Œuvre. Les nombres et les figures géométriques symbolisent des concepts métaphysiques et ontologiques qui représentent également des réalités humaines concrètes et immédiates, aussi nécessaires que les activités physiologiques, et à partir de là toutes les autres. Le nombre établit la notion d’échelle, de proportion et de rapport, ainsi que de rythme, de mesure et d’harmonie, car ce sont les canaux percés par l’Unité vers l’indéfinité numérique, vers les quatre points de l’horizon mathématique et la multiplicité. Il est évident que Pythagore et Thalès de Milet n’ont rien « inventé », mais qu’ils ont reconnu, dans la série décimale qui retourne à son Origine (10 = 1 + 0 = 1), une échelle naturelle, une ascèse qui permettrait à l’être humain de compléter l’Œuvre et d’opérer ainsi la transmutation en Homme Véritable, paradigme de tout Initié, situé dans la Chambre du Milieu, entre l’équerre et le compas.6 Il n’y a pas eu de Tradition qui n’ait développé un système numéral qui lui serve de méthode de connaissance, en parfait accord avec les règles de la création. Rappelons que le toit de la loge est décoré par les astres, les Régents, qui gouvernent les sphères célestes et établissent les intervalles et les mesures de l’Harmonie Universelle.

Les maçons n’ont cependant jamais cessé de reconnaître la phrase évangélique : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Saint Jean 14, 2), car s’ils savent que devant eux s’ouvre un sentier qui les conduira à leur Père, il ne rejettent pas d’autres chemins ni s’opposent à aucune voie, car ils croient que les structures invisibles sont les mêmes, prototypes valables pour tout temps et tout lieu, malgré la constante adaptation de formes distinctes aptes à différentes individualités, la plupart du temps déterminées par les cycles temporels dont tout être vivant pourrait donner l’exemple, comme l’être humain et ses modifications et adaptations au cours des années, cycles auxquels la Maçonnerie n’échappe pas non plus, comme cela peut se vérifier dans sa lente transformation qui se concrétise finalement au XVIIIe siècle. Et c’est par la même compréhension de ses possibilités métaphysiques et initiatiques que la Franc-Maçonnerie reconnaît d’autres Traditions, et laisse également la porte ouverte à la pratique de n’importe quelle croyance religieuse, ou pseudo religieuse, à ses membres, beaucoup desquels concilient leur processus de Connaissance ­lire Initiation­ avec la pratique de préceptes et cérémonies religieuses exotériques et légales qu’ils croient pouvoir enrichir leur passage et celui des autres dans ce monde. Il n’y a donc pas de conflit entre Maçonnerie et Religion, à condition de ne pas tenter d’en mêler les concepts ni de prétendre, comme cela est déjà arrivé, que certains fondamentalistes (religieux ou non) essaient d’accaparer les loges à leur profit personnel. De fait, de nombreux hermétistes, pythagoriciens et maçons ont été, et sont, des chrétiens accomplis, ou bien de grands kabbalistes, et tous ont considéré les symboles comme leurs maîtres. L’Église Catholique n’a jamais condamné l’Hermétisme ni Euclide, héritier de la science géométrique pythagoricienne et maître des francs-maçons, mais elle a en revanche eu des problèmes avec la Maçonnerie depuis le XVIIIe siècle, au point de la condamner et d’excommunier ses membres. Il s’est produit néanmoins ces derniers temps un rapprochement progressif entre les deux institutions, éclaboussé ici et là d’incompréhensions et d’interférences, souvent intéressées. Selon José A. Ferrer Benimelli, S.J., la revue La Civilittà Cattolica de Rome, publiée dès 1852 et qui a suivi le thème de la Franc-Maçonnerie jusqu’à nos jours, révèle dans sa propre évolution ce processus de rapprochement, ou au moins de respect mutuel. En effet, les premiers articles sont violents et condamnatoires, suit une période de transition, et ceux des dernières années sont assez conciliatoires et ouverts au dialogue.7

Nombreux sont les maçons catholiques, beaucoup d’entre eux français, qui ont tenté depuis des années de concilier les deux institutions et de lever l’excommunication ; il y a cependant bien d’autres auteurs maçonniques qui intègrent complètement la Tradition Hermétique dans leur Ordre sans avoir besoin d’exotérisme religieux. Tel est le cas d’Oswald Wirth, directeur pendant de nombreuses années de la revue Le Symbolisme et maçon reconnu, qui a écrit sur les Symboles de la Tradition Hermétique et les symboles maçonniques : anota dans Recherches & Reflexions Le Symbolisme Hermétique par rapport à l’Alchimie et la Maçonnerie, montrant de nombreux aspects de leur Origine identique ; quant aux maçons qui ont publié ces dernières années, aussi bien sur les différents grades que sur les Nombres, nous voudrions citer tout d’abord Raoul Berteaux, parmi un groupe notable qui a amplement traité de l’Arithmosophie, pythagoricienne à la base.8

Hermès, à qui est attribué l’enseignement de toutes les sciences, a joui d’un grand prestige au cours de diverses périodes de l’histoire de la culture d’occident. Cela a été le cas parmi les alchimistes et lesdits philosophes hermétiques, et les mêmes notions se sont manifestées dans l’Ordre des Frères Rose-croix, influences toutes recueillies par la Maçonnerie à tel point que l’on peut la considérer comme le dépôt de la sagesse pythagoricienne et responsable de sa transmission au cours des derniers siècles, ainsi que comme la réceptrice des Principes Alchimiques, tout comme des idées Rosicruciennes,9 ce qui est une évidence lorsque l’on peut vérifier facilement que l’un des plus hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté, le 18, s’appelle précisément Prince Rosecroix. Des analogies et des connexions avec les Ordres de Chevalerie sont également réclamées par certains maçons, concrètement avec l’Ordre du Temple. Il existe de nombreux indices historiques qui prouveraient ces germes, ainsi que des rites et des traditions, en particulier l’un des mots de passage au grade 33, mais qui s’affaiblissent assez lorsque l’on se souvient que les templiers étaient à la fois moines et soldats (quoique grands constructeurs médiévaux), ce qui n’a aucun rapport apparent avec la Maçonnerie, dans laquelle l’on observe par ailleurs une très nette influence hébraïque que nous avons déjà signalée au sujet de Salomon et de la Construction du Temple, et qui se voit confirmée en vérifiant simplement que presque tous les mots de passage et de grade, secrets sacrés, sont prononcés en hébreu.10

Dans le Dictionnaire Encyclopédique de la Maçonnerie (Ed. del Valle de México, Mexico D.F.), qui est peut-être le plus connu en langue espagnole, nous trouvons sous le titre « Hermès » l’entrée correspondante, dans laquelle l’on peut observer l’importance attribuée au Corpus Hermeticum qui, dans certaines loges sud-américaines, occupe la place de la Bible en tant que livre sacré. Le rapport entre Hermès et le silence est bien connu, et l’on qualifie d’hermétique se qui se trouve parfaitement clos, ou scellé. Le silence est également une caractéristique de la Franc-Maçonnerie ainsi que des pythagoriciens qui passaient cinq ans à le cultiver.

Élias Ashmole est aussi un digne point de confluence entre l’Hermétisme et la Maçonnerie. Cet extraordinaire personnage, né à Lichfield, Angleterre, en 1617, semble avoir joué un rôle important dans la transition entre l’ancienne Maçonnerie, antérieure à Anderson-Désaguliers, et son ultérieure projection historique, en voie de récupérer la majeure partie du message spirituel-intellectuel, c’est-à-dire gnostique (au sens étymologique du terme), des authentiques organisations initiatiques, parmi lesquelles la Franc-Maçonnerie et l’Ordre de la Jarretière. Il fut reçu dans la loge de Warrington le 16 octobre 1646 bien que, d’après son journal, il n’assista que plusieurs années plus tard à sa seconde tenue. Il ne faut cependant pas s’étonné de ce comportement chez une personnalité comme la sienne, produit de l’ambiance de l’époque, où le culte du secret et du mystère était habituel pour des raisons évidentes de sécurité et de prudence. En 1650, il publia son Fasciculus Chemicus sous le nom anagrammatique de James Hasolle ; il s’agit de la traduction de textes d’Alchimie en latin (dont certains de Jean d’Espagnet) avec sa préface. En 1652, il édita le Theatrum Chemicum Britannicum, une collection de textes alchimiques anglais en vers, qui réunit beaucoup des pièces les plus importantes de celles produites dans ce pays, et, six ans plus tard, The Way to Bliss, tout en travaillant à des recherches documentaires littéraires en tant qu’historien et développant son activité d’antiquaire en réunissant dans un musée toute sorte de « curiosités » et « raretés » se rapportant à l’archéologie et l’ethnologie, ainsi que des collections d’Histoire Naturelle, comprenant des espèces minérales, botaniques et zoologiques en tout genre. En réalité, ce fut là l’objectif scientifique du musée (où l’on a même réalisé les premières expériences scientifiques d’Angleterre), dont l’on visite aujourd’hui les magnifiques installations d’Oxford davantage comme musée artistique que comme institution précurseur de la science et auxiliaire de l’Université. La vie d’Ashmole a été très liée à celle d’Oxford, et les fonds de ses donations d’objets et de manuscrits à l’institution qui porte son nom (où se trouvent également les volumes de son journal, rédigés dans un système chiffré et qui contiennent de nombreuses notes sur la Maçonnerie)11 ont été d’une immense importance pour cette ville en raison de son prestige universitaire. Ashmole joua un rôle considérable à Oxford ainsi qu’à Londres : produit de son époque, il s’est consacré à la science naturelle et expérimentale comme une forme de magie des transmutations, tout comme de nombreux philosophes hermétiques. Il a ainsi été en rapport avec des Astrologues, des Alchimistes, des Mathématiciens et toute sorte de savants et de dignitaires de l’époque, avec lesquels il formera la Royal Society de Londres et la Philosophical Society d’Oxford. Ses nombreux amis et compagnons de toute une vie portent des noms illustres, beaucoup desquels étaient liés à la Maçonnerie aux plus hauts grades, comme Christopher Wren, ou aux recherches et exercices sur les Arts Libéraux et la Science Sacrée, et constituaient un ensemble de personnalités qui jouèrent un rôle fondamental en leur temps, en particulier en ce qui concerne la diffusion et la pratique de la Tradition Hermétique et ses liens avec la Franc-Maçonnerie. Ainsi que le disait René Guénon au sujet du rôle d’Ashmole : « Nous pensons même que l’on chercha au XVIIe siècle à reconstituer à ce sujet une tradition qui s’était en grande partie perdue ». Le nom de E. Ashmole brille sur cet extraordinaire travail à deux aspects : comme l’un des reconstructeurs de la Maçonnerie quant à son rapport avec les ordres de Chevalerie et les corporations de constructeurs, ainsi que comme confluent avec la Tradition Hermétique. Ashmole se donnait lui-même le nom de fils de Mercure (Mercuriophilus Anglicus), et son œuvre la plus importante, que nous avons déjà citée, The Way to Bliss, 1658, recueille ses travaux sur la Philosophie Hermétique, ainsi qu’il l’indique lui-même au lecteur dans son introduction.

Il faut également signaler que certains auteurs s’interrogent au sujet du catholicisme et du protestantisme dans le processus de passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative. Le propos est généralement simplifié en déclarant que les corporations opératives étaient catholiques et les spéculatives qui suivirent, protestantes. Il est évident que du point de vue historique, ces faits peuvent s’avérer plus ou moins « réels » puisque l’Ordre, comme toute institution, est sujet à certains va-et-vient cycliques qui se manifestent dans les sphères sociales, politiques, économiques, etc. Mais du point de vue de la Franc-Maçonnerie en tant qu’organisation initiatique, elle n’est pas assujettie au devenir, raison pour laquelle elle subsistera jusqu’à la fin du cycle.12 En réalité, la Tradition Hermétique (et Hermès lui-même) a subi d’innombrables adaptations au cours du temps, bien que n’ayant jamais cessé de s’exprimer, et il est évident que cette Tradition, tout comme les fondements de la Maçonnerie, elle-même identifiée comme la Science de Construire, est antérieure au Christianisme tout en ayant coexisté avec durant vingt siècles et que l’on ait même vu des hermétistes chrétiens et des chrétiens hermétiques (parmi lesquels de très hauts dignitaires, y compris des papes), ce qui n’empêche pas cette Tradition d’avoir des antécédents nettement païens, liés aux écoles de mystères ou, comme on les appelle aujourd’hui, les religions mystériques ; l’on pourrait donc affirmer que l’hermétisme possède un versant païen et un autre chrétien. Il faut à ce sujet préciser que le mot païen prend à nos oreilles, accoutumées aux aspects les plus superficiels des religions abrahamiques, la connotation de maudit, illégal, bâtard, ou au minimum de péché nébuleux. Ou encore d’ignorance attribuée au retard de peuples méconnus et qui n’intéressent même pas. L’on conçoit généralement le paganisme comme antagonique d’une opinion civilisée, souverainement primitif ou allant à l’encontre du christianisme ou de la religion, et par conséquent étranger à toute sorte d’ordre. Le paganisme est en somme éliminé d’avance par une censure intérieure, comme quelque chose d’un peu répugnant, avant que nous ne nous rendions compte qu’en réalité il ne s’agit que de la sagesse d’innombrables peuples traditionnels ayant habité ce monde avant et pendant les seulement vingt siècles qui caractérisent ce que l’on nomme la Civilisation contemporaine.13

Nous supposons que de ce dernier point de vue, presque officiellement œcuménique, il n’y a pas d’injure à partager la pensée païenne, ainsi que l’ont vu des Pères de l’Église et de nombreux sages, prêtres et pasteurs contemporains.14

En réalité, pour l’Hermétisme, historiquement antérieur au Christianisme, il existe une Cosmogonie Pérenne, qui se manifeste par sa philosophie et ses écrits de la même façon que pour le maçon, religieux ou non, elle le fait par ses symboles et ses rites.

Quant à la relation entre les Francs-maçons et les corporations de constructeurs et artisans, il existe trois grands témoignages souvent cités en tant que sources documentaires sur la pratique de la construction au Moyen Âge.15 Nicholas Coldstream les recueille dans son livre sur la pratique de la construction au Moyen Âge,16 où il rejette la notion de filiation « fantomatique » de la Franc-Maçonnerie avec les constructeurs et les artisans médiévaux, (sa thèse, simple, est que les maçons étaient des ouvriers et non pas des hommes de cabinet) malgré que, paradoxalement, son étude le confirme de plusieurs manières ; ainsi, il nous dit à ce sujet : « Il s’agit du document, rédigé par l’abbé Suger, qui relate la construction du nouveau chœur de l’abbaye de Saint-Denis ; du manuscrit daté circa 1200, du moine Gervais de Canterbury, sur l’incendie et la réparation de la cathédrale de Canterbury, et de l’Album de Villard de Honnecourt, ensemble de dessins et de plans d’édifices, de moulures et de tours élévateurs. Des trois, le texte de Suger nous renseigne davantage sur l’homme et la décoration de son église que sur l’édifice, bien qu’il y ait, au passage, quelques précieuses allusions à sa construction. L’examen attentif de l’Album de Villard de Honnecourt nous permet de douter sérieusement que celui-ci ait construit quelque fois des églises et qu’il ait eu quelque connaissance en matière d’architecture ; quant à ses dessins, s’ils sont intéressants, ce ne serait cependant pas ceux d’un architecte ou d’un atelier de maçon. Le texte de Gervais, au contraire, est l’unique document médiéval qui décrive une équipe de maçons au travail ; il fournit de nombreuses informations sur la pratique des maçons et sur quelques méthodes de construction. »

La référence à l’Album de Villard de Honnecourt nous intéresse tout spécialement. En effet, ce n’est pas la première fois que l’on signale certaines caractéristiques quant au fait que ce cahier n’est pas un manuel de technologie appliquée, sinon tout à fait autre chose, beaucoup plus en rapport avec les notions de la Philosophie Hermétique notées à l’usage des maîtres d’œuvre.17 Et le fait qu’il existe un document de ce type (document de cabinet plus qu’autre chose) est une preuve que la spéculation sur le symbolisme et le langage hermétique dans sa version chrétienne avait déjà des adeptes au début du XIIIe siècle, qui vit naître, entre autres, les cathédrales de Chartres et de Reims.

L’on a beaucoup écrit sur ce thème et le débat demeure ouvert ; l’investigateur en tirera ses propres conclusions, mais ne pourra ignorer la Tradition Orale et sa filiation universelle avec le Symbolisme Constructif, qui peut se manifester aussi bien en Extrême-Orient qu’en Égypte ou en Méso-Amérique ; dans les « collegia fabrorum » romains, ou chez les corporations médiévales, que l’on considère généralement, faisant abstraction de toute référence initiatique ou ayant un rapport avec les Francs-maçons, comme fermées et en même temps dépositaires de connaissances relatives à « l’office », qui se transmettaient par le biais des symboles et des termes d’un langage chiffré.

Il faut néanmoins tenir compte du fait que l’influence de la Philosophie Hermétique, d’une part, et celle des corporations de constructeurs chrétiens d’autre part (ainsi que d’autres déjà mentionnées, comme l’Ordre du Temple), n’est pas la même dans les différents Rites où, sur une base commune, l’on peut observer quelques filiations penchant vers l’un ou l’autre de ces aspects. Nous ne pouvons traiter ici le sujet vaste et complexe de la diversité des Rites maçonniques, mais nous pouvons en revanche signaler leur existence, ainsi que celle de différents aspects de la Science Sacrée qui inspirent à certains plus ou moins de sympathie. Puisque la Maçonnerie est une et seule, comme est une et seule la Construction Cosmique, et donc le Symbolisme Constructif, les interpénétrations d’influences diverses, leurs oppositions et conjonctions, forment part de l’ensemble de déséquilibres et d’adaptations auxquels doit faire face l’héritage maçonnique, véhiculé par la civilisation judéo-chrétienne. Cela a déjà eu lieu par le passé et explique le passage de la Maçonnerie opérative à la spéculative comme nous l’avons déjà dit, franchissement graduel qui fit que certaines loges « opératives » (antérieures à 1717) possédaient des éléments « spéculatifs » et que de nombreuses loges « spéculatives » (actuelles) sont en fait opératives. Il existe même des documents témoignant de la coexistence de toutes deux, thème que divers auteurs ont appelé Maçonnerie de transition.18 En effet, après la publication des Constitutions d’Anderson, un groupe de nombreux maçons écossais, irlandais et d’autres lieux d’Angleterre décident de se séparer de la Grande Loge fondée à Londres (et qui débuta avec quatre loges seulement), leurs différences portant en partie sur certaines altérations de signification, voire rituelles, auxquelles ne sont pas étrangères les distinctions religieuses, et créent même une espèce de Fédération de l’Ancienne Maçonnerie qui ne renouerait ses relations avec les Anglais qu’après plusieurs dizaines d’années, mais en conservant ses points de vue traditionnels plus en rapport avec le mode opératif ou initiatique qu’avec le spéculatif ou allégorique ; il faut ajouter à cela les problèmes de succession au trône d’Angleterre auquel prétendait Jacques, écossais et catholique, qui avait de nombreux partisans, non seulement dans les îles mais aussi sur tout le continent.19

Quoiqu’il en soit, cette situation de diversité de Rites se retrouve dans les différents degrés, qui varient en nombre, appellation et condition, selon les différentes formes maçonniques. Ce sujet est intéressant mais il nous semble prioritaire de rappeler que ces grades (qu’ils soient au nombre de trois, sept, neuf ou davantage) représentent des étapes dans le Processus de Connaissance, ou d’Initiation, et que ces passages ou états sont synthétisés et désignés dans la Franc-Maçonnerie par les noms d’Apprenti, Compagnon et Maître, correspondant aux trois mondes : physique, psychique et spirituel. Ces trois grands degrés contiennent en synthèse tous les autres grades, dont la plupart n’en sont parfois que des spécifications ou des prolongations. Mais il est clair que la division est hiérarchique et qu’elle s’effectue au sein d’un ordre rituel qui correspond symboliquement à ces étapes de l’Initiation ou Voie de la Connaissance. Mais il n’y a pas non plus de pouvoir central regroupant toute la Maçonnerie, bien qu’il existe des Grandes Loges extrêmement puissantes avec tout un passé traditionnel, et les différentes Obédiences et Rites conservent une attitude de respect mutuel, puisque tous descendent d’un tronc commun.

Cette espèce d’indépendance, si l’on peut la nommer ainsi, est également très nette au sein de chaque loge, où les symboles sont ou non opératifs, où les rites prescrits sont ou non pratiqués. L’Unité maçonnique se produit fondamentalement dans l’Atelier, projection du Cosmos, quelle que soit l’Obédience à laquelle il appartient.

Il nous reste à mentionner que ces trois degrés constituent ce que l’on appelle la Maçonnerie Bleue ou Symbolique. Au-dessus se trouvent les Hauts Grades, système de hiérarchies qui n’est pas pris en considération dans certaines Obédiences ni accepté par certains Rites. Il faut également savoir que le passage d’un grade à l’autre signifie que l’on commence à s’initier au grade obtenu ; ainsi, si un Compagnon reçoit le grade de Maître, c’est qu’il débute son initiation à ce degré. De même, les grades sont permanents et l’on ne perd jamais ceux que l’on a acquis au cours d’une carrière maçonnique normale.

Nous devons à présent mentionner un peu plus l’Alchimie en tant qu’influence présente dans l’Ordre Maçonnique. Nous avons déjà signalé que Soufre, Mercure et Sel, les principes alchimiques, se trouve directement incorporés dès les premiers degrés.

L’Alchimie a en commun avec la Maçonnerie le développement intérieur, tendant vers la Perfection, que les alchimistes considéraient comme l’objet de leurs efforts (puisque la Nature n’avait pas achevé son Œuvre, que l’Artiste ou Adepte devait compléter), tout comme les Maçons les buts ultimes de la Franc-Maçonnerie, qui comprennent la mort et sa conséquence régénération à un autre niveau ou état de conscience.

D’un autre côté, les amis de la Philosophie Hermético-Alchimique ont l’habitude de dire entre eux que le dernier grand Alchimiste (et écrivain en la matière) fut Irénée Philalèthe, au XVIIe siècle. Cela est assez vrai dans un sens, sauf que l’on n’observe pas très clairement que, dès lors et jusqu’à présent, cette Tradition ne s’interrompt pas, sinon qu’elle se transforme, et énormément de ses enseignements et symboles passent à la Maçonnerie à titre de transmetteur de l’Art Réel et de la Science Sacrée, aussi bien dans les trois degrés de base que dans la hiérarchie des hauts grades. D’après René Guénon, ces hauts grades sont une prolongation de l’étude et de la méditation sur les symboles et rituels (certains d’entre eux sont appelés philosophiques)20, nés de l’intérêt de nombreux maçons à développer et rendre effectives les possibilités qu’offre l’Initiation ; pour cette raison, l’utilité pratique de ces grades est indubitable et ils constituent la hiérarchie couronnant le processus de la Connaissance, toujours en fonction du caractère initiatique de l’organisation, comme nous le fait observer l’auteur, qui nous met aussi en garde contre le danger existant que ces grades se consacrent à des problèmes sociaux ou politiques, mutables par nature et donc distants des fondations du Temple maçonnique, construit en pierre. (Voir « René Guénon » : article anota« Les Hauts Grades »).

Tout comme dans le symbolisme Alchimique, le soleil et la lune jouent dans le symbolisme maçonnique un rôle fondamental et on les retrouve en des endroits aussi essentiels que les tableaux et la décoration des loges (placés à l’Orient). Il s’agit bien sûr des principes actif et passif correspondant également aux colonnes Jakin et Boaz, qui signalent ainsi l’opposition de ces énergies en même temps que leur conjonction en un axe invisible d’où est tendu le fil à plomb du Grand Architecte de l’Univers. Sans laisser de côté la primauté de cette signification générale, il faut aussi tenir compte de la réalité de ces astres, car il existe un calendrier maçonnique dont les deux extrêmes représentent, comme presque toutes les Traditions, les solstices d’été et d’hiver, fêtes des deux Saint Jean, qui marquent les limites du parcours du soleil, signalant aussi les points intermédiaires correspondant aux équinoxes sur la roue du temps, et nous introduisent dans la doctrine des rythmes et des cycles. Il existe par ailleurs une prééminence entre ces deux luminaires, puisque la lune brille grâce à la lumière du soleil, notion qui n’est pas étrangère à la Tradition Hermétique et à la Kabbale, tous deux étant utilisés d’une façon générale pour désigner des degrés de Connaissance, ou des étapes du parcours initiatique. Jean Tourniac, dans le prologue du célèbre Tuileur de Vuillaume21 note, en faisant référence aux cycles, l’assimilation du parèdre lune-soleil à celui des symbolismes solaire et polaire. Cette association, qui possède d’infinies voies de développement, pourrait également se rapporter à deux aspects de la maçonnerie incarnés dans les figures mythiques de Salomon (solaire) et de Pythagore (polaire), lesquels auraient à leur tour, et cela Tourniac ne le dit pas, une certaine analogie avec les grades symboliques (Maçonnerie Bleue) et les Hauts Grades, ou c’est en tout cas ce que fut prétendu par ceux qui instaurèrent ces derniers.

La littérature sur la Maçonnerie ou les investigations historiques portant sur l’Ordre comprennent généralement les auteurs, les milieux et les écrits antimaçonniques, le panorama au sujet de ses origines et ses buts étant si confus qu’il s’est créé une suite de « légendes » parallèles, faisant que certains investigateurs aient du mal à traverser une espèce de frontière « maudite » et invisible qui répond aux « légendes obscures » au sujet de la Franc-Maçonnerie, comme celles divulguées en France par Léo Taxil, beaucoup ayant leur origine dans le catholicisme. Un autre genre de critiques, ne se référant pas à son contenu spirituel, est fondé sur les agissements politiques et économiques de certaines loges qui, utilisant la structure maçonnique et s’abritant derrière l’indépendance des Ateliers, ont ainsi profité de l’Ordre et du public, projetant une image déformée de la Maçonnerie. Il faut bien reconnaître que cela a été le cas à plusieurs occasions, bien qu’en même temps cela arrive depuis des années à toutes les institutions, dont la décomposition est évidente. Dans quelques sociétés, l’Ordre jouit encore du prestige qu’il avait par le passé et, dans certains pays, sa force spirituelle, gestionnaire de grandes entreprises, a laissé des traces visibles qui sont suivies aujourd’hui. Il y a parfois des maçons qui ne connaissent pas encore la Maçonnerie, ou qui croient qu’il s’agit d’autre chose, de plus concret et plus matériel, mais tous assument leur devise : Liberté, Égalité, Fraternité, et accomplissent leur Rite en accord avec leurs Anciens Us et Coutumes. Si ce n’est pour la cohérence et le contenu spirituel-intellectuel que les symboles et les rites manifestent, la Maçonnerie serait une absurdité de plus, et ne serait en tout cas pas parvenue jusqu’à nos jours.

Une autre chose qu’il faudrait remarquer, c’est la curiosité de savoir quel est le grade réel de Connaissance que possède tel ou tel maçon ou, plus généralement, tel ou tel Initié ; mais qui cela intéresse-t-il ? Cela a-t-il de l’importance et à qui cela importe-t-il ?

Logiquement, cette question n’entre pas dans les limites d’une investigation basée sur la documentation et il est donc très difficile d’établir des origines claires et des séquences logiques sur un sujet qui ne l’est pas, en dépit des efforts pour le faire. L’un de ces investigateurs, que nous avons déjà cité, J. A. Ferrer Benimelli, qui a publié plus de vingt ouvrages d’intérêt sur la Maçonnerie et ignore systématiquement Hermès, nous informe : « Bernardin, dans son ouvrage Notes pour Servir à l’Histoire de la Franc-Maçonnerie à Nancy jusqu’en 1805, après avoir compulsé deux cent six œuvres portant sur les origines de la Maçonnerie, trouva trente-neuf opinions diverses, certaines aussi originales que celles qui font descendre la Maçonnerie des premiers chrétiens voire de Jésus Christ lui-même, de Zoroastre, des Rois Mages ou des Jésuites, pour ne pas citer les théories plus connues dites « classiques », qui font remonter la Franc-Maçonnerie aux Templiers, aux Rose-Croix ou aux juifs » et il ajoute en note : « De ces trente-neuf auteurs, vingt-huit ont attribué les origines de la F.-M. aux maçons constructeurs de la période gothique ; vingt auteurs se perdent dans la plus lointaine antiquité ; dix-huit les situent en Égypte ; quinze remontent à la Création, mentionnant l’existence d’une loge maçonnique au Paradis Terrestre ; douze, aux Templiers ; onze, à l’Angleterre ; dix, aux premiers chrétiens ou à Jésus Christ lui-même ; neuf, à la Rome antique ; sept, aux Rose-Croix primitifs ; six, à l’Écosse ; six autres, aux juifs, ou à l’Inde ; cinq, aux partisans des Stuart ; cinq autres, aux jésuites ; quatre, aux druides ; trois, à la France ; le même nombre les attribuent : aux scandinaves, aux constructeurs du temple de Salomon, et aux survivants du déluge ; deux, à la société « Nouvelle Atlantide », de Bacon et à la prétendue Tour de Wilwinning [Kilwinning]. Finalement, à la Suède, à la Chine, au Japon, à Vienne, à Venise, aux Rois Mages, à la Chaldée, à l’ordre des Esséniens, aux Manichéens, à ceux qui travaillèrent à la Tour de Babel et, pour finir, un qui affirme que la F.-M. existait avant la création du monde. »22

kilwinn  

Armes du Chapitre des Rose-Croix d’Heredom de Kilwinning, Paris 1776

Une confusion des origines analogue échoit à la Tradition Hermétique, avec le mythe d’Hermès et Hermès Trismégiste, avec tout mythe et origine et, bien sûr, avec le Corpus Hermeticum, livres qui, comme nous l’avons vu auparavant,23 condensent et rappellent le savoir de cette Tradition. En effet, Jean-Pierre Mahé, spécialiste qui, avec P.-J.-A. Festugière, a consacré sa vie à l’étude de ces textes, croit que les fragments en arménien de cette littérature viennent du premier siècle avant notre ère, et que les versions postérieures ayant été conservées, en grec, latin et copte, dérivent de ceux-ci, de par leur contenu nettement païen, dégagé des influences gnostiques et chrétiennes qui lui ont été attribuées avec une certaine liberté. Il est intéressant d’observer de quelle façon ce spécialiste, au cours de son plus important travail à ce sujet, Hermès en Haute-Égypte24, où il confronte différentes versions du Corpus entre elles, à d’autres manuscrits trouvés à Nag-Hammadi et avec des auteurs antiques, etc., arrive à la conclusion qu’ils sont tous apparentés, qu’ils émanent d’une source unique, et qu’ils ont même un ton, un air, un esprit commun qui se manifeste aussi dans leur style, opinion que nous partageons. Mais ce savoir, propre au Corpus,25 que Mahé juge solennel, répétitif, contradictoire et sentencieux, comme de la mauvaise littérature, en somme (qu’est-ce qu’une bonne littérature et qui est capacité pour la définir, et par rapport à quoi ?), nous semble difficile à appréhender avec des paramètres logiques, quel que soit l’effort et le travail employés et malgré l’inappréciable contribution que représente l’établissement de ces textes, leur traduction et les commentaires, même vus de façon réitérée dans une perspective totalement étrangère à celle qu’ils possèdent. D’où le danger d’aborder les choses d’un ordre déterminé avec des moyens qui ne sont par nature pas ceux qui conviennent, puisqu’ils sont eux-mêmes constitués de séries de conditionnements appartenant au monde profane, que même une éblouissante érudition ne peut dissimuler, car ils apparaissent ici et là dans la littéralité des propos, l’infantilisme des conceptions, la disproportion vertigineuse entre le sens sapientiel-émotionnel du texte et la lecture « universitaire », c’est-à-dire profane, que l’on en fait.26 Il ne faut pas traiter une société initiatique exclusivement d’après ses actions humanitaires ou altruistes, car l’on court le risque de dénaturer son authentique raison d’exister.

Un autre thème plus ou moins utilisé à titre de critique, aussi bien de la Maçonnerie que de l’Hermétisme, est leur caractère prétendument syncrétique. En premier lieu, l’abus de ce mot, qui équivaut pour certains à une disqualification, nous semble condamnable. Le Christianisme, l’Islam, le Bouddhisme, l’Antiquité Gréco-romaine, d’innombrables Traditions archaïques, et même la Civilisation Égyptienne et la Chinoise, pourraient aujourd’hui être jugées « syncrétiques » à la lumière des documents les plus anciens et sans mentionner la notion de Tradition Unanime, au-delà de telle ou telle forme. En effet, le terme était en vogue à une époque où l’investigation anthropologique et l’Histoire des Religions en étaient à leurs balbutiements, et l’on croyait à la « pureté », atout de certaines cultures et concept extrêmement dangereux, pouvant de plus dériver sur l’erreur de prendre les races comme des religions. Le terme est malheureusement resté en usage, et certains l’utilisent comme une arme brandie pour condamner ce qu’ils croient ne pas leur convenir, ou qui échappe à leurs simplifications élémentaires. L’Histoire de l’Église est encore bien proche avec ses Conciles, la formation de ses Dogmes, sa Théologie, l’Histoire de ses Papes, etc., pour que la Chrétienté puisse reprocher à la Tradition Hermétique et à la Franc-Maçonnerie une chose allant dans ce sens, et cela pourrait être étendu à d’autres religions ou influences spirituelles qui composent la Culture d’occident. D’innombrables courants ont formé cette Civilisation, la plupart desquels coexistent avec nous d’une façon ou d’une autre, et nous devons rendre grâces à Dieu, au nom de notre culture, car ces interrelations naturelles qui se déversent avec les migrations humaines d’un peuple, et sa langue, à un autre, ont existé depuis toujours, en dépit de l’acide accusation de syncrétisme émanant de soi-disant autorités se basant sur des structures imaginaires et caduques.

En définitive, les diverses composantes de la Franc-Maçonnerie ne sont pas un obstacle pour que cette adaptation de la Science Sacrée et de la Philosophie Pérenne soit totalement Traditionnelle, sinon qu’elles démontrent le contraire dès lors que l’on en considère les doctrines, c’est-à-dire, en soi.

 

Frédérico Gonzalez


NOTES
1

C’est Findel, dans l’Annexe de son Histoire, qui a publié le premier document dont nous disposons, daté de 1419, sur les carriers allemands.

2

« Il nous paraît incontestable que les deux aspects opératif et spéculatif ont toujours été réunis dans les corporations du Moyen Âge, qui employaient d’ailleurs des expressions aussi nettement hermétiques que celle de « Grand Œuvre », avec des applications diverses, mais toujours analogiquement correspondantes entre elles. » R. Guénon, Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome II, chapitre anota « À propos des signes corporatifs et de leur sens originel ». Éditions Traditionnelles, Paris 1986.

3

Encyclopédie Britannique. Article « Freemasonry », édition 1947

4

Voir Claude Tannery, « le Corpus Hermeticum (Introduction, pour des développements ultérieurs, à l’hermétisme et la maçonnerie) » ; revue Villard de Honnecourt nº 12, Paris 1986. Les références à Hermès et à la Tradition hermético-alchimique dans la littérature maçonnique sont extrêmement abondantes, comme nous l’avons déjà signalé ; pour ne pas parler de Pythagore, sujet traité dans une autre étude du même numéro de Villard de Honnecourt : Thomas Efthymiou, « Pythagore et sa présence dans la Franc-Maçonnerie ».

5

Voir E. Mazet, « Éléments de mystique juive et chrétienne dans la Franc-Maçonnerie de transition (VIe-VIIe s.) » ; également de la revue Travaux de la loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, nº 16, 2de série. L’auteur a publié dans cette revue, qui édite les travaux de la loge d’études du même nom, affiliée à la Grande Loge Nationale Française, d’autres collaborations tout aussi intéressantes sur des aspects documentaires de la Maçonnerie. Cette revue est réellement, avec la Ars Quatuor Coronatorum, également organe diffuseur d’une loge d’études homonyme (Quatuor Coronati lodge) qui a publié plus de 80 volumes en Angleterre depuis 1886, l’une des meilleures sources que l’on puisse trouver pour l’étude intégrale de la Maçonnerie.

6

L’importance de la Tetraktys pythagoricienne dans n’importe quel type de connaissance métaphysique et cosmogonique est bien connue. D’autre part, le rapport des harmonies musicales avec les nombres, en particulier avec l’échelle des sept premiers, est également un thème pythagoricien que la Maçonnerie et le Corpus Hermeticum reprennent sous forme de degrés et touches de reconnaissance liés aux sphères planétaires et aux Régents qui les gouvernent. Il faudrait y ajouter les différents théorèmes pythagoriciens, sachant l’importance que l’art et la science de construire ont pour la Maçonnerie ; parmi eux, il suffirait de signaler celui du triangle rectangle, ultérieurement énoncé par Euclides, un autre ancêtre maçonnique, comme nous l’avons déjà mentionné. En 1570, John Dee, célèbre magicien élisabéthain et remarquable mathématicien, qui jouera un rôle si important dans l’Hermétisme anglais et dans l’européen, publia un fameux prologue aux Éléments de Géométrie d’Euclides. Comme on le sait, les enseignements de Dee furent repris par Robert Fludd, qui édita en 1619 son Utriusque Cosmi Historia, et à travers lui, par voie de conséquence, les futurs intégrants de la maçonnerie spéculative.

7

J. A Ferrer Benimelli, Bibliografía de la Masonería. Fundación Universitaria Española. Madrid 1978, page 112. Ce prêtre jésuite, qui a donné une telle impulsion aux études maçonniques en langue castillane que certains auteurs sur la Maçonnerie, comme J. A. Vaca de Osma (La Masonería y el Poder), en sont venus à se demander s’il n’était pas réellement membre de l’Ordre, n’en a cependant qu’une idée assez sommaire, la prenant pour une société philanthropique et spiritualiste et ne lui accordant aucune catégorie initiatique, terme qu’il n’utilise jamais et dont il semble même ignorer la véritable dimension.

8

La Symbolique au Grade d’Apprenti, La Symbolique au Grade de Compagnon, La Symbolique au grade de Maître, Edimaf, Paris 1986, id., et 1990 ; La Symbolique des Nombres, id. 1984. Nous voulons aussi remarquer ici les livres, amplement connus en espagnol, signés par Magister (Aldo Lavagnini) ; Manuel de l’Apprenti, du Compagnon, du Maître, du Grand Élu, etc. De fait, tous les manuels maçonniques possèdent des mentions arithmético-géométriques.

9

Thomas de Quincey soulignait depuis 1824, dans un journal londonien, la conjonction de la Maçonnerie avec la Rose-Croix comme étant un sujet connu.

10

La généalogie maçonnique est aussi biblique, bien qu’elle se combine également avec l’Égyptienne. Rappelons les relations d’Israël avec l’Égypte à l’époque de Moïse, voire même le symbolisme de l’Égypte dans les évangiles chrétiens. D’après le livre I des Rois, 3-1, il existe une filiation directe entre le Roi Salomon et l’Égypte, puisqu’il était gendre de Pharaon, son voisin.

11

« The few notes on his conexion with Freemasonry which Ashmole has left are landmarks in the sparsely documented history of the craft in the seventeenth century ». C. H. Josten, Elias Ashmole. Ashmolean Museum and Museum of The History of Sciences, Oxford 1985. Ces journaux ont été publiés sous le titre : Elias Ashmole, His Autobiographical and Historical Notes, his Correspondence and other Contemporary Sources relating to his life and Work. Introd. C. H. Josten, 5 vol. Deny, 1967.

12

En accord avec les changements que demandent les cycles et les rythmes, auxquels ne peut être soustraite aucune Tradition ou Organisation, toute Initiatique qu’elle soit, et qui marque les phases et les formes distinctes d’expression de la Cosmogonie Pérenne, et signalent donc également les adaptations historiques à celle-ci.

13

Selon Joffrey de Monmouth, dans l’Histoire des Rois de Bretagne (1135-39), l’une des premières chroniques écrites sur l’histoire d’Angleterre, les insulaires viennent des Troyens qui arrivèrent sur leurs côtes, en passant par la France et en provenance de Grèce, où demeurent les descendants de ceux qui réchappèrent de la célèbre guerre.

14

Quelque chose d’analogue quant à soupçons d’hérésie, de défaut, de fausseté, arrive avec les systèmes ou les religions d’orient. Sauf que ces derniers jouissent en général dans les milieux occidentaux d’un plus grand prestige, même s’ils n’évitent pas toujours le mépris ou la phobie du fait d’être polythéistes, encore un terme qui semblerait une insulte dans la bouche de certains.

15

La croissance de la Maçonnerie est évidente avec la naissance des bourgeois et la culture de la ville, qui a toujours eu besoin de constructeurs pour être effective, ce qui fait qu’il ne soit pas difficile d’en déduire que toute ville plus ou moins importante d’Europe, ainsi que la construction de châteaux, fortifications, couvents et palais, furent réalisées par architectes, maîtres d’œuvre et ouvriers maçons, sans compter menuisiers et ébénistes, vitriers, sculpteurs et peintres, tous initiés aux secrets de leur office. Cela peut aussi être clairement observé à l’époque moderne (et a aussi quelque chose à voir avec le passage du mode opératif au mode spéculatif), en ce qui concerne l’incendie qui détruisit la ville de Londres y compris la Cathédrale Saint Paul, qui dut être complètement reconstruite par des spécialistes dirigés par l’architecte Christopher Wren, maçon haut placé dans la hiérarchie de l’Ordre et de réputation reconnue, qui dut effectuer ce labeur gigantesque dans le moins de temps possible. L’incendie de Londres est un thème fondamental dans l’histoire d’Angleterre et dans la Maçonnerie en général. Sa reconstruction, menée à bien par des maçons, est un symbole cyclique lié à la pérennité de la Science Sacrée qui, se manifestant en tout lieu, s’est exprimée dans une ville aussi magique que l’est la capital anglaise.

16

Medieval Craftsmen, Masons and Sculptors. British Museum, 1991.

17

Cf. Villard de Honnecourt, Cahier, XIIIe siècle. Présenté et commenté par Alain Erlande-Brandenburg, Régine Pernoud, Jean Gimpel, Roland Bechman. Ed. Akal, Madrid 1991.

18

Il est important de faire constater, dès les commencements, la présence de militaires dans toutes les loges. Cela est arrivé à être si vrai que certaines de ces loges étaient exclusivement militaires, aussi bien celles qui s’organisèrent dans les bases que celle qui fonctionnaient sur les navires, que ce soit en haute mer ou dans les ports.

19

Comme on le sait, un courant nombreux de maçons se relie plus spécialement à l’Origine Templière, Écossaise et Jacobite de l’Ordre, ce pour quoi ils exhibent de nombreux témoignages et faits, par ailleurs probables. Cela ne lui fait pas renier l’héritage Pythagoricien, Hermétique et Platonicien, pas plus que celui des corporations de constructeurs, les rosicruciens et l’influence juive représentée par le mythe d’Hiram et la construction du Temple de Salomon. Michael Baigent et Richard Leigh, dans leur ouvrage The Temple and the Lodge (Londres 1989), soutiennent la validité de cette origine qu’ils développent dans leur livre du Moyen Âge au XVIIIe siècle et affirment, page 187 : « Elle [la Maçonnerie] avait ses racines dans des familles et des associations liées par l’ancien serment de fidélité aux Stuart et à la monarchie Stuart. […] Jacques I, un roi écossais qui était maçon lui-même. » Dans l’œuvre de Robert Kirk, The Secret CommonWealth, (La Comunidad Secreta, Siruela, Madrid 1993) écrite en 1692 au sujet de « Les coutumes les plus notables du Peuple d’Écosse », cette érudit historien du plus ancien « folklore » écossais et de la culture celte, note dans le paragraphe « Singularités de l’Écosse » et comme caractéristique de ce royaume : « Le mot maçonnique, dont, bien qu’il y en ait certains qui en fasse mystère, je ne cèlerai pas le peu que je sait. C’est comme une tradition rabbinique, en guise de commentaire au sujet de Jakin et Boaz, les deux colonnes érigées du Temple de Salomon, à laquelle vient s’ajouter quelque signe secret, qui passe de main en main, grâce auquel ils se reconnaissent et se familiarisent entre eux. »

20

Les autres se considèrent, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté : « de perfection », « capitulaires », et « administratifs ».

21

Vuillaume, anota Le Tuileur, Édition du Rocher, Monaco 1990, réimpression de celui de 1830. Manuel maçonnique qui contient les Rites suivants, pratiqués en France : Écossais Ancien et Accepté, Français, de la Maçonnerie d’Adoption, et Égyptien ou de Misraïm.

22

José A. Ferrer Benimelli, la Masonería Española en el siglo XVIII. Siglo XXI de España Editores, Madrid 1986.

23

« Los Libros Herméticos ». SYMBOLOS Nº 11-12, 1996. (anota).

24

Les Presses de l’Université Laval, Québec 1978-1982. 2 vol.

25

Et qui est commun au reste de la littérature hermétique, y compris l’Alchimie.

26

Le discours du Corpus est effectivement réitératif et certains axiomes et maximes se répètent sur un ton qui comporte certaine solennité, un « style » pour être identifié parmi d’autres styles, et aussi pour la cadence musicale qu’on lui imprime qui, tout en fixant la mémoire, est un agent « invocateur ».

 

 

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La franc-maçonnerie est-elle une voie d’éveil? 30 août, 2008

Posté par hiram3330 dans : Bleu,Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 3 commentaires

La franc-maçonnerie est-elle une voie d’éveil?

 

«le bouddhisme… ne contient ni n’autorise aucune promesse. Il propose simplement la nécessité fondamentale de travailler avec soi-même. Essentiellement, très simplement, de façon très ordinaire. C’est très sensé. On ne se plaint pas en fin de parcours. C’est très précis comme voyage.»

Par Anne-Françoise Rey

 

A la fin du colloque précédent, il me semble qu’une interrogation persistait : si la franc-maçonnerie est une voie spirituelle complète, quels compléments de nombreux maçons peuvent-ils bien aller chercher dans d’autres traditions spirituelles et notamment dans le bouddhisme ?

C’est à cela que j’ai souhaité réfléchir à partir de ce que j’ai expérimenté au sein du R.E.A.A.

Franc-maçon depuis 30 ans, sympathisante bouddhiste depuis une vingtaine d’année, bouddhiste active depuis l’an dernier… Au fil du temps et des lectures, de multiples convergences me sont apparues. Je me sens en terrain connu dans ce que je comprends et découvre en pratique du Dharma alors que la voie concrète que j’ai suivie avec persistance et permanence pendant la moitié de ma vie est celle de la franc-maçonnerie.

En restant dans les limites de ce qui est accessible à tous dans les ouvrages maçonniques (pas de bigoterie maçonnique !), dans un premier temps, je présenterai quelques convergences. Puis je montrerai que la franc-maçonnerie est un chemin méthodologique ouvert sur une certaine qualité de lumière. Enfin, j’indiquerai comment, pour moi, la franc-maçonnerie a eu pour la fonction d’une propédeutique qui s’est, à un endroit précis, branchée sur le Dharma, voie d’éveil.

Une affirmation de Chôgyam Troungpa m’a fourni un point de départ.

Il écrit, dans Mandala, que « le bouddhisme… ne contient ni n’autorise aucune promesse. Il propose simplement la nécessité fondamentale de travailler avec soi-même. Essentiellement, très simplement, de façon très ordinaire. C’est très sensé. On ne se plaint pas en fin de parcours. C’est très précis comme voyage. »

Cela s’applique aussi bien à la franc-maçonnerie qu’au bouddhisme.

La franc-maçonnerie, comme le bouddhisme, ne fait aucune promesse. Les voyages dont il est question, et il est constamment question de voyages en maçonnerie, sont des voyages sur place. Ce qui est offert, c’est un cadre concret de travail sur soi avec pour horizon un symbole, le delta radieux. Ce symbole est suffisamment fort pour entraîner l’adhésion et pour déclencher un élan vers quelque chose d’indéfinissable… quelque chose qui dépasse la condition humaine et qui peut-être la contient en germe.

Les franc-maçons sont, par définition, Fils de la Lumière. Les membres du Sangha, comme tous les humains, ont en eux la nature de Bouddha, terrain d’éveil.

Lumière, éveil… Ces mots, loin d’évoquer un objectif de clarté ultime extérieur à l’humain, terme d’une sorte de quête du Graal par définition impossible à atteindre, ces mots désignent une réalité d’illumination interne, une réalité qu’il convient de dévoiler au moyen d’un travail sur soi.

Tous les francs-maçons gardent claire l’image de la porte du temple qui, lors de l’initiation maçonnique, s’ouvre sur le delta radieux. Cette porte s’ouvre au candidat qui « est dans les ténèbres et cherche la lumière »… Ce symbole concret de la connaissance peut être aussi perçu comme un indice d’éveil désignant la découverte de la réalité ultime, cachée sous l’apparence trompeuse des phénomènes. Lumière, éveil… cela semble très proche.

Certaines convergences m’ont permis de relier, dans mon cheminent, sentier maçonnique et voie du Bouddha. Tout d’abord, et c’est ce que je considère comme fondamental, l’exposé des Quatre Nobles Vérités me paraît une grille applicable à la démarche maçonnique.

Le premier point, c’est la constatation de la souffrance.

Ce qui apparaît d’emblée dans les motivations de la grande majorité des profanes qui frappent à la porte du temple, c’est l’expérience de la nature douloureuse de l’existence. En 30 ans, je n’ai pas rencontré de gens vraiment, totalement heureux, qui fassent cette démarche. Il y a au minimum, dans toute demande, une insatisfaction, un appel à la force quasi mythique de la franc-maçonnerie pour fournir un point d’appui où placer son levier pour être plus efficace. Je ne parle pas, bien sûr, des curieux plus ou moins inconscients qui passent là comme des touristes, ni des arrivistes qui n’auront jamais de maçons que le nom.

On a pu dire que la franc-maçonnerie était un gigantesque hôpital psychiatrique. Cet excès de langage ironique recouvre une réalité dont le sens, loin d’être péjoratif, est au contraire très signifiant. Les personnes qui se préoccupent d’initiation sont souvent celles qui s’approprient avec une intensité inquiétante les questions perturbatrices fondamentales : Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que cette condition humaine ? Quelle est sa destinée ? Pourquoi tant de mal ? Pourquoi la mort ? Que peut-on faire ? N’est-il pas plus efficace de joindre ses efforts à ceux d’autres personnes qui ont les mêmes préoccupations ? etc.

Il me semble que le gens pleinement heureux ne se posent pas de telles questions. Surtout lorsque la soif de trouver une réponse est ardente et tenace. L’urgence vitale que ce questionnement est susceptible de prendre peut paraître pathologique.

Le deuxième point, c’est la situation concrète de rupture avec tout attachement.

Le profane passe par le cabinet de réflexion où il rédige son testament philosophique. Il est dépouillé de son argent et de ses bijoux, ses yeux sont bandés et il se confie entièrement à un inconnu qui le guide. Il va prêter un serment dont il ignore le contenu avant de s’engager. Il sait simplement que d’autres personnes qu’il connaît et apprécie, ont prêté ce serment.

Détaché de tout ce qui est essentiel dans sa vie, c’est symboliquement un homme mort, qui entre dans un espace et un temps désignés comme sacrés. L’évocation de la loi du silence renforce encore cela : il n’aura pas le droit de parler de ce qui se passe en loge, pas le droit de désigner à l’extérieur ses frères et ses soeurs comme franc-maçons, etc.

Cet engagement va lui être considérablement exigeant et, peu à peu, va même changer profondément sa vie, mais il n’aura pas la compensation narcissique de s’en prévaloir dans son entourage. S’il prend au sérieux, par exemple, les titres quelque peu folkloriques et ronflants qu’il recevra, il ne pourra jamais en faire état dans le monde profane…

Le troisième point, c’est l’existence du cheminement initiatique.

La loge n’est pas un refuge et encore moins une tanière où l’on peut venir lécher ses plaies. C’est un lieu fraternel mais impitoyable, un lieu de possible transformation, à condition de se joindre au chantier commun. C’est un lieu actif d’où émerge la prise de conscience progressive de la possibilité de dépasser ce qui est expérimenté comme douloureux.

Le quatrième point, c’est la méthodologie elle-même.

Les moyens de cette méthodologie sont les outils concrets, conceptuels et mythiques, l’importance de l’ici et maintenant et le cadre fraternel.

Je disais au tout début que la franc-maçonnerie est une voie efficace pour la recherche d’une certaine lumière. Cette recherche de lumière est recherche de connaissance, entendue en loge bleue comme développement des possibilités cognitives et acquisition des compétences au métier symbolique de maçon. Cette lumière ne se confond pas, à ce stade, avec l’éveil, tout en ne lui étant pas vraiment étrangère.

Lorsque le bandeau tombe, lorsque la lumière est donnée au néophyte, il est à l’entrée du temple, entre les colonnes et il est convié à contempler le delta radieux qui brille à l’Orient. La voie à parcourir s’étend devant lui. Elle se perd dans ce point de lumière. Dans certaines loges, cette voie est même parfois matérialisée par deux traits lumineux.

Ce Delta est l’emblème de la connaissance humaine d’abord, celle qui résulte du travail. C’est là, le programme réaliste de base. On peut en rester là. On peut ne jamais se préoccuper de spiritualité et être néanmoins un bon maçon. J’ai souvent vérifié que la franc-maçonnerie est le lieu où peut se vivre le souhait de Voltaire : « Que chacun, dans sa voie, cherche en paix la Lumière ! »

Mais il est possible aussi d’approfondir et de voir ce symbole comme une véritable icône qui clame à qui peut l’entendre que l’objectif ultime est spirituel sans que cette spiritualité se confonde forcément avec celle des religions. On peut faire l’hypothèse que ce delta, entre soleil et lune, comme Tchenrézi sur les tangkas, soit le lieu de transformation où peut se faire, selon l’expression de Lama Denys, le passage de la condition de sapiens-sapiens qui nous place au sommet actuel de l’évolution de notre espèce, à la condition de sapiens-sapiens-sapiens qui résulterait d’un changement qualitatif. Là pourrait se produire l’éveil, au sens du Dharma. L’homo sapiens-sapiens-sapiens, Lama

Denys le voit comme celui qui a réalisé le coeur-esprit éveillé, celui qui a l’intelligence de la connaissance.

Dans ce delta radieux, la connaissance cognitive peut se transmuter et devenir spirituelle. Pas de dogme relatif à cette transmutation. Chacun continue à suivre la voie qui est la sienne. Ce changement qualitatif me paraît ouvert à celui qui croit au ciel, à celui qui n’y croit pas comme à celui que le ciel ne concerne pas. Néanmoins, la franc-maçonnerie ne fait aucune suggestion. Elle n’offre pas d’outil méthodologique spécifique pour réaliser cette transmutation. Elle n’interdit pas non plus d’en importer. La solitude règne sur cette partie du chemin initiatique !

Revenons au delta radieux. Recevoir la lumière, c’est y être confronté. Le néophyte retrouve à ce moment l’usage de la vue. La chute du bandeau noir provoque un éblouissement dans le temple brillamment éclairé… Néanmoins, la désignation solennelle du symbole, le geste d’arrêt, de respect et de contemplation qu’on l’invite à effectuer ne le mettent pas en contact avec la révélation fulgurante qui était, peut-être, le contenu implicite de sa demande ! Du coeur de l’émotion spécifique qui l’envahit, le néophyte est rappelé à la réalité. On lui signifie que son action sera concrète : il reçoit un maillet et un ciseau et on l’invite à faire un premier travail opératif sur une pierre brute. . . La voie qui lui désignée est bien celle de l’homo sapiens-sapiens qu’il est déjà certes mais dont il va devoir davantage actualiser et accroître les potentialités par la méthode maçonnique. Ces potentialités sont celles qui caractérisent tout humain, celles de la vie qui l’anime, cette vie qui est une situation tout à fait exceptionnelle. Dans le Dharma, n’est-il pas question de « la précieuse existence humaine libre et qualifiée » ?

Tout le travail en loge bleue, et même après, consiste à faire tomber les nombreux voiles qui obscurcissent la lumière de la vie. Il s’agit donc d’abord d’un travail mental. Le propos est la pleine participation à la qualité de sapiens-sapiens.

La dernière décennie a vu fleurir les méthodes cognitives de développement et/ou de remédiation. La méthode maçonnique s’y apparente, encore faut-il la percevoir comme telle, dans le corpus des rituels et consignes de fonctionnement. La percevoir et la pratiquer… si possible sans mauvaise foi !

Le chantier auquel le néophyte est intégré est donc avant tout un chantier cognitif. Dans un monde où l’on n’apprend plus véritablement à penser de façon juste, où l’on fait n’importe quoi au gré de ses fantasmes sous prétexte de créativité, la première étape de la méthode maçonnique vers la lumière,c’est de former la pensée, de la rendre juste, à l’équerre.

Les hommes et les femmes qui composent la Loge ont beau être des adultes développés intellectuellement, ils n’en sont pas moins aussi bénéficiaires de conditionnements sociaux déformateurs, ces fameux voiles qu’il s’agit de faire tomber. De même qu’au temps de la construction des cathédrales, la première formation portait sur le maniement des outils matériels, le premier objectif des loges bleues utilisant le symbolisme des outils des bâtisseurs est un entraînement précis à l’utilisation juste des outils mentaux.

La loge procure un environnement suffisamment chaleureux pour utiliser l’outil qu’est la déstabilisation. On sait que, sur le plan des apprentissages cognitifs, la déstabilisation est un moyen de progrès par la surprise provoquée et les possibilités de ré-équilibration majorantes qui en découlent. Cela peut advenir à tout moment du rituel ou des planches et déboucher sur des échanges très riches. Les sujets abordés sont divers. En relation avec les symboles maçonniques ou les questions sociales du moment, les thèmes des planches relèvent avant tout des préoccupations de leurs auteurs dont elles sont évidemment la projection. Même lorsque le sujet est imposé, l’équation personnelle du plancheur est toujours largement présente. L’écoute est totale. La loge est sans doute l’un des lieux où l’on n’interrompt pas celui qui parle même si l’on en a bien envie. Que la planche soit ennuyeuse, absconse, ronronnante ou franchement extraordinaire et passionnante, c’est le même accueil silencieux, la même écoute. La situation est celle d’une présence telle qu’elle. Lorsque le sujet n’est pas intéressant, le plancheur l’est toujours. Quant au débat qui suit, si l’on ignore le thème, si l’on n’a rien préparé, c’est trop tard, il n’y a plus possibilité de faire appel à des documents ou à des banques de données. Il ne reste plus qu’à écouter puis à réfléchir le plus logiquement possible si l’on veut apporter sa pierre.

On constate alors souvent que, malgré l’image positive qu’on peut avoir de soi et de son propre savoir, on ne peut avancer. On est littéralement au pied du mur : il s’agit de s’évaluer soi-même à l’équerre, au niveau et au fil à plomb. Et de mieux faire la prochaine fois ! C’est un des intérêts de la loge en tant que groupe durable.

La situation est celle de l’ici-et-maintenant, autrement dit, il s’agit d’être dans la présence. L’écoute, théoriquement favorisée par une posture non avachie sur sa chaise et par la disposition spécifique de la loge, n’est en général pas appuyée sur une prise de notes. « On ne grave pas en loge », disent certains puristes. L’objectif, jamais formulé ouvertement, semble le développement de la mémorisation et de l’attention. Les interventions que chacun fait librement doivent être sobres et correctes, entre l’équerre et le compas, l’équerre désignant l’adéquation de l’intervention au sujet traité et le compas, la latitude d’élargissement liée aux compétences et à l’imaginaire de chacun.

Elles bénéficieront aussi de l’usage du levier, la référence à cet outil soulignant le souci de donner de la rigueur et de la puissance à ce qui est dit. Je ne multiplierai pas les exemples d’application cognitive des outils des bâtisseurs. Normalement, ce va-et-vient est omniprésent et structure les échanges, à condition bien sûr que les anciens maçons chargés de l’acculturation des néophytes, aient fait leur travail. Cette acculturation est d’ailleurs prévue et presque codifiée.

La force de la transmission orale dans l’apprentissage est complétée par la présentation en fin d’exposé d’une synthèse entre le thème de la planche et les interventions. C’est là un travail assez redoutable mais extrêmement formateur pour qui en est chargé. Le résumé de tout cela sera présenté au début des travaux suivants, ce qui a pour effet de renforcer la mémorisation, si l’on est pas passif.

La force et l’unité pédagogique de ce fonctionnement placent le sapiens-sapiens privé de ses béquilles d’enregistrement et de prises de notes en situation d’exercer et d’affûter ses capacités mentales avec le rappel actif des outils omniprésents. A condition, bien sûr, qu’il renonce à se conduire en consommateur passif de spectacles et devienne partie prenante de son évolution, c’est-à-dire qu’il soit dans l’ici-et-maintenant, dans la présence.

On a parfois l’impression, en lisant les titres des travaux en loge, que les francs-maçons sont étranges. Certains sujets de planches peuvent paraître déconnectés, hors du temps, et même surréalistes. J’y vois un indice de sérieux du travail spécifique sur les invariants du fonctionnement de la pensée et des grands thèmes. Cela peut faire penser à ce que Jean-Claude Guillebaud appelle une « micro-société de clercs retranchés, loin du vacarme, soucieux de rigueur, capables de prendre en charge la complexité ». Or, prendre en charge la complexité, c’est, selon Edgard Morin, ce qui protège de la pensée unique, donc de la tyrannie. Les francs-maçons sont des hommes et des femmes libres. Chacun travaille, sans complexe, au niveau qui lui convient. Ni blâme, ni louange, seulement la reconnaissance pour qui fait l’offrande de son travail.

La situation d’ici et maintenant se complète par l’environnement fraternel. Sur le chantier commun, le propos est d’expérimenter qu’autrui est aussi important que soi. Avant de franchir, un jour, l’étape où cet autrui pourra être considéré comme plus important que soi !

Les loges sont des groupes qui, certes, évoluent et se transforment, mais qui ont une durée. Et cette durée est un élément important. Cette durée entraîne une structure institutionnelle et, qu’on le veuille ou non, l’intervention de l’institutionnel dans un groupe, même s’il s’agit d’un cadre visant à faciliter la transmission initiatique, est génératrice d’émotions et de conflits. Des oppositions, des incompréhensions apparaissent notamment lors des promotions dans les hauts-grades et sont souvent l’occasion de réactions émotionnelles très éprouvantes.

Il apparaît alors, bien que cela soit rarement dit de façon explicite, que la méthode maçonnique utilise les conflits pour provoquer le progrès initiatique. J’ai souvent été tentée de penser que les règles traditionnelles de fonctionnement ne sont qu’en apparence anodines et de bon ton. En réalité, elles fournissent un cadre qui potentialise l’agressivité feutrée des échanges. Car les affrontements existent, mêmes s’ils sont verbaux et cadrés par le rituel. Parfois, il y a même souffrance profonde issue des incompréhensions. Mais le statut de groupe durable permet des solutions qui débouchent sur le progrès des individus. On s’est donné beaucoup de coups de maillet sur les doigts mais, finalement, ce qu’on a créé en commun en valait la peine. Là aussi, ceux qui apparaissent un instant comme les ennemis sont nos meilleurs maîtres.

Ce qui caractérise les affrontements en loge, c’est l’apprentissage au fil des années d’une vérité essentielle : ce sont les idées qui doivent s’affronter, jamais les individus. Comprendre cela, le vivre effectivement, est un indice de progrès considérable sur une voie spirituelle humaniste. En réalité, on travaille avec et sur les émotions avec et sur l’agressivité comme énergie du développement cognitif. Agir ainsi revient bien à dégonfler les boursouflures de l’ego qui accordent une importance exagérée à ce qui n’est qu’accessoire. Parfois, du fond de sa colère spontanée et silencieuse, réussir à déceler et à prendre en compte la demande et l’éventuelle souffrance de son frère ou de sa soeur et faire passer cela avant son désir propre, est signe d’avancement sur la voie initiatique. S’ouvrir à l’autre, le considérer comme plus important que soi, c’est souvent travailler correctement ses émotions. Et c’est essentiel dans le cheminement vers la lumière.

La mise en garde contre les effets nocifs de la parole existe dans le Dharma et en franc-maçonnerie. Sur les dix actes négatifs que tout bouddhiste doit s’efforcer de ne pas commettre, quatre sont relatifs à la parole : ce sont les mensonges, les paroles de mésentente, les paroles blessantes et les commérages. Ne pas nuire à autrui par la parole. S’abstenir d’abaisser sa tension ou son angoisse personnelle en colportant des rumeurs et en disant du mal d’autrui sous prétexte d’informer. et je ne m’étendrai pas sur le serment de silence que le maçon prête, main dégantée, c’est-à-dire solennellement, en fin de tenue.

Le maçon qui a passé de nombreuses années en Loge avance vers le delta radieux. Cette progression est balisée par des grades successifs. Peu à peu, il se rapproche de ce symbole qu’il avait aperçu bien loin, à la chute du bandeau, au soir de son initiation.

Lui qui cherche la lumière, depuis le début, il a commencé par expérimenter cette lumière sous forme intellectuelle, fraternelle, morale et éventuellement sociale. Sa spiritualité peut être exclusivement humaniste. Ses efforts, son opiniâtreté, font qu’il est dans la lumière, en latin lumen, et qu’il accroîtra celle-ci jusqu’à la fin de sa vie.

Si je me tourne vers le latin, c’est que cette langue offre deux mots pour signifier la lumière : lumen et lux. Lumen concerne la lumière physique, perceptible, celle du soleil, et, par extension, celle de la connaissance. Lux renvoie à la lumière incréée, à la lumière qui échappe à toute conception, à toute désignation. C’est le « fiat lux » de la tradition judéo-chrétienne et peut-être la « claire lumière » de la tradition bouddhiste. La voie initiatique de la maçonnerie se déroule dans l’espace de lumen. Elle peut s’ouvrir sur lux. Le delta radieux en est bien l’indication essentielle : lorsque la lumière est donnée, on ne sait ce qu’il est. On est fasciné par sa lumière et c’est tout.

Il arrive un moment où on peut le voir comme une sorte de compas. Comme le dit Jean-Pierre Pilorge, les branches du compas s’écartent, le centre reste jusqu’à ce que les lignes aient tellement rempli leur fonction de rayons générateurs du cercle que ce cercle du sacré puisse être tracé puis jusqu’à ce que la notion même de cercle disparaisse dans ce qui est peut-être transformation de lumen en lux.

Cette notion de centration est fondamentale dans tout le symbolisme maçonnique :

*. centration d’abord sur soi par le connais-toi-toi-même, découvert dans le cabinet de réflexion ;

* centration autour de la préoccupation de tailler sa propre pierre brute au coeur du groupe du chantier d’apprentis ;

* centration dans l’espace même de la loge autour du symbole de l’axe du monde ;

* enfin cercle, cette marque fondamentale des hauts grades, depuis le système du 4e jusqu’à la place où, au terme de la voie, il signe le centre ultime de la structure de l’ordre.

On peut considérer toutes ces centrations successives comme des échafaudages qui permettent la construction et devront ensuite disparaître pour faire place à l’oeuvre. Ce sont les éléments d’une propédeutique qui implante des repères solides à partir desquels il sera possible de se décentrer pour ce changement qualitatif qui débouche peut-être sur l’éveil.

Eblouissant à l’arrivée, le delta radieux prend de plus en plus d’importance au fil des années. Et cela d’autant plus qu’on continue à travailler en loge bleue en même temps qu’on suit le chemin dit des hauts grades. Degré après degré, on s’achemine vers toujours plus de lumière, une lumière au-delà du blanc ; la lumière irréelle de l’aube, la lumière d’or du petit matin et, qui sait, la lumière qu’on peut rêver être celle de l’illumination ?

Alors, ce delta radieux devient une fenêtre. La voie maçonnique avec ses outils, ses concepts et ses traditions, a construit cette fenêtre qui ouvre sur la lumière sans forme. Et c’est lorsque cette fenêtre est solidement posée, construite, qu’elle devient icône. L’initié peut la franchir et, par là même, la dissoudre. Le coeur de la bienheureuse prajnaparamita indique qu’il n’est pas de voie, pas de connaissance primordiale… Alors, il n’est pas de fenêtre !

Sur le chemin maçonnique, il arrive un moment où le maçon a terminé sa propédeutique. Il a assuré son organisation mentale, il sait raisonner juste, il a affiné son fonctionnement émotionnel et appris à transformer les conflits en énergie pour un progrès initiatique. A ce moment, il peut souhaiter franchir la fenêtre qu’est le delta radieux. Il peut souhaiter trouver une voie d’éveil !

La propédeutique maçonnique m’a ainsi permls une grande partie du chemin. Ceux qui connaissent la représentation du Rite Ecossais Ancien et Accepté qu’on découvre au 32e, savent que trois oiseaux y marquent un envol (pas de bigoterie maçonnique, je ne dévoile rien : cette représentation se trouve dans le Vuillaume et dans le Bongrand, en vente libre, à tout profane).

Là, je n’ai plus trouvé d’instructions dans le cadre maçonnique… seulement l’obsédante interrogation du symbole … seulement cinq rayons qui convergent vers un cercle vide.

Alors, ce cercle vide ? Le détachement, selon la vision de Maître Eckhart ? Le vide du tao ? La vacuité ? Le cheminement maçonnique peut conduire jusque là. Après ? La voie est libre. Elle dépend de la sensibilité et du cadre de référence de chacun. « Que chacun, dans sa voie, cherche en paix la lumière. »

Lux au-delà de lumen. A ce point, les trois oiseaux, les cinq rayons et le cercle vide m’ont dirigée vers le Dharma. Ce n’est pas une autre voie, ce n’est pas une conversion, c’est la constance de la fidélité. C’est mon expérience. Cela n’exclut aucune autre expérience. La confrontation nous enrichit de nos différences.

La franc-maçonnerie ne m’avait rien promis. Elle m’a beaucoup donné. Elle m’a notamment appris à trouver des ponts entre des univers apparament étrangers et à lancer des arches quand il n’y en avait pas !

Questions-réponses

Un intervenant

La vision cognitive de la franc-maçonnerie qui vise à maîtriser ses pensées me semble opposée et contradictoire avec les traditions spirituelles parmi lesquelles le bouddhisme s’inscrit.

Cela ne laisse pas de place non plus à la tradition symbolique du rite Emulation et aux autres traditions kabbalistes chrétiennes.

Je suis franc-maçon et je m’oppose fortement à cette vision spéculative de la maçonnerie.

Anne-Françoise Rey

Mais tu as le droit, mon frère, c’est ta voie et j’ai la mienne. Pour moi, les outils cognitifs existent et je les ai traduits comme cela. Notre originalité en tant que maçonnes et maçons que nous sommes est que les opinions opposées ne peuvent en rester là, tout le travail sera, peut-être, de nous retrouver, un jour, dans un troisième colloque.

« Votre méconnaissance des autres rites. » Il existe d’autres rites, mais j’ai cherché des ponts entre la franc-maçonnerie et le bouddhisme à partir de mon expérience. Méconnaissance, ignorance, je veux bien, en tant que franc-maçonne et en tant que bouddhiste, je ne me fie pas à ce que l’on me raconte mais j’essaye de tirer partie de ce que j’expérimente, très modestement, peut-être malgré mes affirmations un peu passionnées

Je ne dis pas que ce rite est préférable ou meilleur à un autre. Ce rite consiste à apprendre par cœur, à restituer le rituel par coeur en étant totalement observateur de ce que l’on fait en même temps que l’on est acteur. Il consiste à respecter le geste juste, la parole juste et à invoquer le Grand architecte de l’Univers en permanence.

Et en ce sens, et c’est pour cela que je voulais intervenir, parce que ce rite n’était pas évoqué ici, et nous pourrions en discuter, est très proche d’une voie, sinon bouddhiste du moins orientale, puisqu’elle est fondée sur le karma, c’est à dire l’action juste, le geste juste en action.

La maçonnerie n’est pas qu’une voie spéculative au sens ou tu le disais, ma soeur. Il y a aussi d’autres rites plus opératifs.

Anne-Françoise Rey

Je te répondrai très rapidement que, si nous avions présenté des planches seulement sur le rite Emulation, eh bien, le cadre de référence que j’évoquais aurait été regretté par d’autres intervenants, alors c’est un choix. Je ne peux parler qu’à partir de ce que j’ai expérimenté.

Jean-Pierre Schnetzler

L’intérêt de cette journée est de permettre l’expression de témoignage divers, fondés en plusieurs rites. La spécificité du rite Emulation, resté proche des opératifs, est de contraindre à pratiquer l’art de mémoire et d’habiter le rituel par coeur et par le coeur.

Cette expérience transformatrice peut être étendue à d’autres rites, si les frères et/ou les soeurs de la loge sont bien conscients des motivations de cet effort et de ses résultats.

Un intervenant

La franc-maçonnerie est-elle une voie d’éveil ? La réponse n’est-elle pas dans le rituel du troisième degré ? La connaissance sommeille à l’ombre de l’acacia. Ne faut-il pas la réveiller ? La question est alors : comment ?

Anne-Françoise Rey

Je me posais la même question et c’est pour ça que je considère la franc-maçonnerie comme une propédeutique très avancée pour ce que j’en ai expérimenté. Je n’y ai pas trouvé de méthodologie spécifique avoisinant ce que je crois avoir compris et que le Dharma désigne par éveil.

Lama Denys

Je trouve dommage que l’on mette la parole dans la salle en question fichée. C’est-à-dire empêcher une parole incarnée chez un sujet singulier avec sa tonalité et sa vibration particulière.

Jean-Pierre Schnetzler

Eh bien ! Notre frère vient de nous donner la preuve que cela n’est pas le cas. Nous avons eu droit à son exposé que, personnellement, en tant que membre du rite Emulation, j’ai pu apprécier.

Un intervenant

Ne trouvez-vous pas que l’on parle plus facilement du dogmatisme religieux que du dogmatisme maçonnique ?

Jean-Pierre Schnetzler

Ca, c’est une bonne question, parce qu’il y a un dogmatisme de l’antidogmatisme qui fleurit parfois en franc-maçonnerie. C’est d’ailleurs ce que nous disions au repas, ce midi.

Un intervenant

L’avancée sur la voie initiatique degré par degré permet l’éveil et l’élargissement de la conscience. De ce fait, elle engendre la souffrance, car elle nous met de plus en plus en position d’observateur de nos imperfections et de nos insuffisances. N’est-ce pas contraire à la recherche de la paix intérieure ?

Jean-Pierre Schnetzler

Oui, c’est parfaitement vrai à court terme. La méditation en est un exemple flagrant, surtout quand on pratique celle de la vision pénétrante -vipashyana- qui est justement l’observation seconde après seconde de ce qui est, donc de notre propre stupidité spontanée. Il est vrai que c’est un spectacle affligeant. Si on recherche la paix intérieure tout de suite, on a l’impression de lui tourner le dos. Pourtant, c’est la seule façon d’arriver à nettoyer les écuries d’Augias intérieures afin d’avoir une maison à peu près propre et agréable à habiter. Mais ce n’est pas tout à fait vrai si l’on pratique la concentration, une autre forme de méditation qui fournit immédiatement, de façon temporaire, un état de stabilité, de calme et de paix.

La concentration, c’est la carotte qui fait avancer l’âne porteur des reliques dont nous parlions tout à l’heure. La concentration est agréable. Elle encourage à la pratique méditative, qui est une voie ardue et souvent douloureuse, mais toute voie initiatique est douloureuse. Si vous voulez changer, il faut en payer le prix.

Lama Denys

Je peux ajouter un petit mot. Il y a effectivement la recherche de paix intérieure pour ce qui est de la pratique profonde de la méditation et de la carotte qui fait avancer l’âne qui porte je ne sais quoi. Mais la tentative de produire une paix intérieure ou un calme mental est un gros écueil dans la pratique méditative. Il y a bien, comme le suggérait cette question, une démarche d’ouverture, de désengagement, de désinvestissement dans lequel on est confronté à ce qui est en soi, pensées, émotions, toutes sortes d’événements qui sont susceptibles d’émerger.

Dans la pratique, samatha-vipashyana, consiste en la capacité à vivre cette émergence dans une position d’observateur non engagé, neutre. La politique qui consiste à vouloir faire la paix intérieure est, au mieux, une étape préparatoire, mais trop souvent une voie de garage. C’est comme mettre une chape pour éviter d’être confronté à ce qui est là, alors qu’il est nécessaire que les imprégnations, l’attente dans la psyché, dans la conscience profonde puissent se libérer dans une expression dégagée, en une opération de purification, de catharsis et donc de confrontation à son karma, à son ombre, à ses imprégnations, à tout cela, à sa névrose.

C’est un passage dont on ne peut faire l’économie et il y a quelque chose d’ardent et de pénible dans cette expérience. Je pense aussi qu’il faut souligner le danger qu’il peut y avoir à pratiquer la méditation dans une certaine attitude. Je crois que tout ce qui peut guérir peut aggraver la maladie, la maladie de l’ego, l’égalgie aiguë peut s’aggraver avec des exercices de concentration et de méditation. Ce n’est pas si simple.

La première difficulté, en dehors du fait de rester immobile dans une posture parfois douloureuse pour nous Occidentaux, c’est le lâcher-prise, c’est-à-dire de pratiquer la méditation pour rien, sans intention de profit, sans rien vouloir saisir, rien vouloir fuir, ce qui nous est extrêmement difficile.

Parce que le maître mot de la modernité consommante, le moteur de l’économie triomphante dénoncée par Albert Jacquart, c’est, bien sûr, toujours le mot motivation. On s’intéresse à la méditation parce qu’on se dit : comme cela, je vais avoir une meilleure santé, je vais devenir quelqu’un exceptionnel, devenir un grand maître du bouddhisme zen, du Vajrayana. Il y a là une attitude dont il faut très rapidement se débarrasser. Je crois que cette attitude de non-profit est vraie et juste pour toutes les voies. C’est vrai aussi bien sûr pour les voies maçonniques et c’est vrai très largement pour la pratique de la méditation assise sous toutes ses formes avec ses différentes méthodes avec ses différents moyens. Ramana Maharshi, ce sage décédé en 1950 et qui habitait le sud de l’Inde, avait cette formule terrible : « Il médite, il pense qu’il médite, il est satisfait du fait qu’il médite, mais à quoi cela le mène-t-il si ce n’est qu’à l’épaississement de son ego ? » Donc, danger également à propos de la méditation.

Un intervenant

Le risque de tout rite n’est-il pas de scléroser ? Je prends pour témoin le rappel conditionnant de préceptes, si beaux soient-ils, que certains vont même jusqu’à les rappeler pendant le troisième voyage.

Anne-Françoise Rey

Le risque de tout rite n’est-il pas de scléroser ? Je dirais oui, si pratiquer un rite devient mécanique, si on fait n’importe quoi. Alors, à ce moment-là on se sclérose. Mais à partir du moment où il y a enrichissement du contenu symbolique, où il a référence symbolique, ce n’est pas possible, cela reste vivant.

Un intervenant

La place de la femme en maçonnerie est récente. Au cours de mes quelques lectures sur le bouddhisme, je n’ai guère vu la place de celle-ci. Qu’en est-il ? Comment se situe-t-elle ? Votre intervention me montre qu’elle a sa place.

Anne-Françoise Rey

Maria Deraime a été initiée, il y a un peu plus d’un siècle. Nous la considérons comme la première

femme initiée mais, paraît-il, il y en aurait eu avant. Moi, je le crois, parce que la première loge mixte était Adam et Eve au paradis (rires)… Je ne sais pas qui fut vraiment la première femme initiée mais la femme à sa place en maçonnerie.

Il existe des ordres mixtes, une maçonnerie féminine en pleine expansion. Beaucoup de femmes deviennent franc-maçonnes. Elles sont peut-être très discrètes, trop discrètes, mais enfin, cela, c’est la caractéristique ou peut-être le défaut de la femme !

Notre soeur Jeanine Auger abordera ce sujet demain.

Un intervenant

Quelle place pour le rire et la convivialité dans le chemin maçonnique ?

Anne-Françoise Rey

Alors là, je dirais que, pendant la première décennie où j’y étais, je ne les ai pas trouvés. Ca me paraissait, quelquefois, ennuyeux. Et puis, depuis quelques années, je crois que l’on aime bien rire. Il y a des planches qui touchent quelquefois le comique. Je connais aussi des rituels qui sont, disons, des déformations, des parodies. Il y a aussi tout l’éventail très large des lapsus faits en loge et il y en a. Je peux vous dire qu’une fois, dans la chaîne d’union, au lieu de dire « bien au dessus des soucis de la vie matérielle », j’ai déclaré avec un énorme sérieux « bien au dessus de la vie maternelle ». Je vous assure que, ce jour-là, la loge était pliée en quatre. Il y a beaucoup d’autres occasions de rire. Et il y a aussi les agapes, sans qu’elles soient forcément orgiaques… Il y a aussi les sorties, les balades quand on s’entasse à plusieurs dans une voiture pour aller à l’autre bout de la France pour un colloque, je vous assure que l’on rit bien.

Alors, je crois que le rire et la convivialité ont leur place en maçonnerie, et puis, on ne se prend pas au sérieux en général. . .

On m’informe que la première Grande Maîtresse était la Duchesse de Norfolk. Elle était écossaise et c’était en 1646.

Pour terminer, on me passe un billet où il est écrit en réponse aux guerres de clocher : « On ne voit bien qu’avec le cœur. » Cela me rappelle la phrase d’un soufi, El Halai, qui dit : « J’ai interrogé mon seigneur avec le regard du cœur. Je lui ai demandé : qui es-tu ? Il m’a répondu : toi. »

Alain Lorand

On ne voit bien donc qu’avec le cœur, comme disait Saint-Exupéry, on retombe sur les concordances.

On n’a pas pu répondre à toutes les questions, mais aux principales. Lama Denys va donc aborder

maintenant ce qu’est l’éveil. Lourde question…

Octobre 1997

Anne-Françoise Rey

Extrait de : http://www.buddhaline.net

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Sur la déesse Isis 17 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , 1 commentaire

Sur la déesse Isis

 

Extraits d’un texte de Gobinau de Montluisant intitulé : Les Statues d’Isis

Isis et Osiris représentent la nature et la chaleur du feu solaire, humide radical et chaleur naturelle.

Les statues d’Isis portent les symboles de la Lune et du Ciel Astral.

Tantôt vêtue de noir pour marquer la voie de la corruption et de la mort, commencement de toute génération naturelle, comme elles en font le terme et la fin où tendent toutes créatures vivantes dans la roue de la Nature.
Noir = Lune= Mercure philosophique :
ces termes reçoivent la lumière d’autrui : du Soleil et de son esprit vivifiant.

Sur la tête, elle portait un chapeau de cyprès sauvage (d’auronne ) pour désigner le deuil de la mort physique d’où elle sortait et d’où elle faisait sortir tous les êtres mortels, pour revenir à la vie naturelle et nouvelle, par le changement de forme, et les gradations à la perfection des composés naturels.

Son front était orné d’une couronne d’or, ou guirlande d’olivier, comme marques insignes de sa souveraineté, en qualité de Reine du grand monde, et de tous les petits mondes, pour signifier l’onctuosité aurifique ou fulgureuse du feu solaire et vital qu’elle portait et répandait dans tous les individus par une circulation universelle ; et en même temps pour montrer qu’elle avait la vertu de pacifier les qualités contraires des éléments qui faisaient leurs constitutions et leurs tempéraments, en leur rendant et entretenant ainsi la santé.
La figure d’un serpent entrelacé dans cette couronne, et dévorant sa queue, lui environnant la tête, pour noter que cette oléaginosité n’était point sans venir de la corruption terrestre, qui l’enveloppait et entourait orbiculairement, et qui devait être mortifiée et purifiée par les Sept circulations planétaires, ou aigles volantes, pour la santé des corps.
De cette couronne sortaient trois cornes d’abondances pour annoncer la fécondité de tous les biens, sortant de trois principes antés sur son chef, comme procédant d’une seule et même racine qui n’avait que les cieux pour origines.

Isis rassemble les vertus vitales des trois règnes et familles de la Nature sublunaire ; elle est notre mère originelle, l’Artiste et le sujet essentiel.

A son oreille droite l’on remarquait l’image du croissant de Lune et à sa gauche la figure du Soleil pour enseigner qu’ils étaient le père et la mère, les Seigneur et Dame de tous les êtres naturels, et qu’elle avait en elle ces deux flambeaux ou luminaires, pour communiquer leurs vertus, donner la lumière et l’intelligence au monde, et commander à tout l’empire des animaux, végétaux et minéraux : sur le haut du col de sa veste étaient marqués les caractères des planètes et les signes du Zodiaque qui les assistaient en leurs offices et fonctions, pour faire connaître qu’elle les portait et distribuait aux principes et semences des choses, comme étant leurs influences et propriétés, comme étant les gouverneurs de tous les corps de l’univers, desquels corps elle faisait ainsi des petits mondes.

Cette déesse portait un petit Navire ayant pour mât un fuseau, et duquel sortait une équerre dont l’angle figurait un serpent enflé de venin ; pour faire comprendre qu’elle conduisait la barque de la vie sur Saturnie, c’est-à-dire sur la Mer orageuse du temps ; qu’elle filait les jours, et en ourdissait la trame : elle démontrait encore par là qu’elle abondait en humide sortant du sein des eaux, pour allaiter, nourrir et tempérer les corps, même pour les préserver et garantir de la trop grande adustion du feu solaire, en leur versant copieusement de son giron l’humidité nourricière qui est la cause de la végétation, et à laquelle adhérait toujours quelque venin de la corruption terrestre, que le feu de nature devait encore mortifier, cuire, diriger, astraliser et perfectionner, pour servir de remède universel à toutes maladies, et renouveler les corps ; d’autant que le Serpent se dépouillant de sa vieille peau, se renouvelle, et est le signe de la guérison et de la santé : ce qu’il ne fait pas au Printemps, au retour de l’esprit vivifiant du Soleil, qu’après avoir passé par la mortification et la corruption hivernale de la nature : cette statue avait en la main gauche une cymbale, et une branche d’auronne, pour marquer l’harmonie qu’elle entretenait ainsi dans le monde, et en ses générations et régénérations , par la voie de la mort et des corruptions, qui faisaient la vie d’autres êtres sous diverses formes, par une vicissitude perpétuelle : cette cymbale était à quatre faces pour signifier que toutes choses, ainsi que le Mercure philosophique, changent et se transmuent selon le mouvement harmonieux des quatre éléments, causé par la motion et l’opération perpétuelle de l’esprit fermentateur qui les convertit l’un et l’autre jusqu’à ce qu’ils aient acquis la perfection.

La ceinture qui entourait le corps était attachée par quatre agrafes en forme de quadrangle pour faire voir qu’Isis ou la Nature, ou bien encore la matière première, était la quintessence des quatre éléments qui se croisaient par leurs contraires en formant les corps ; qu’ainsi la chose signifiée et entendue était une, et tout, c’est-à-dire un abrégé du grand monde, que l’on appelle petit monde : un très grand nombre d’étoiles était parsemé en cette ceinture pour dire que ces flambeaux de la nuit l’environnaient pour éclairer au défaut de la lumière du jour, et que ces Éléments n’étaient point leurs luminaires non plus que les corps élémentés, qui tous les tenaient d’elles.

Sous ses pieds, l’on voyait une multitude de serpents et d’autres bêtes venimeuses qu’elle terrassait, pour indiquer que la Nature avait la vertu de vaincre et surmonter les esprits impurs de la malignité terrestre et corruptrice, d’exterminer leurs forces, et évacuer jusqu’au fond de l’abîme leurs scories et terre damnée ; ce qui exprimait par conséquent que sa même vertu en cela était de faire du bien, et d’écarter le mal, de guérir les maladies, rendre la vie, et préserver d’infirmités mortifères ; enfin d’entretenir les corps en vigueur et bon état, et d’éviter l’écueil et la ruine de la mort, en revoyant les impuretés des qualités grossièrement élémentés et corruptibles, ou corrompues, dans les bas lieux de leur sphère pour les empêcher de nuire aux êtres qu’elle conservait sur la surface de la Terre.
En ce sens est bien vérité l’Axiome des Sages : “nature contient nature ; nature s’éjouit en nature ; nature surmonte nature ; nulle nature n’est amendée, sinon en sa propre nature” : c’est pourquoi en envisageant la Statue, il ne faut pas perdre de vue le sens caché de l’allégorie qu’elle présentait à l’esprit pour pouvoir être comprise ; car sans cela elle était un Sphinx dont l’énigme était inexplicable, et un noeud-gordien impossible à résoudre.

L’on observait encore un petit cordon descendant du bras gauche de la Statue, auquel était attachée et suspendue jusqu’à l’endroit du pied du même côté une boite oblongue, ayant son couvercle, et entrouverte, de laquelle sortaient des langues de feu représentées : Isis porte le feu sacré et inextinguible, le vrai feu de nature, éthéré, essentiel, et de vie, ou l’huile incombustible si vantée par les Sages ; c’est-à-dire, selon eux le Nectar, ou l’Ambroisie céleste, le baume vital-radical et l’Antidote souverain de toutes infirmités naturelles.

Du bras droit d’Isis descendait aussi le cordonnet de fil d’or d’une balance marquée pour symbole de la justice que la Nature observait, et pour symbole des poids, nombre, et mesure qu’elle mettait en tout ; on voyait dans la balance un anneau conjugal destiné à elle.

Isis avait la figure humaine, la forme du corps et les traits d’une femme en embonpoint et d’une bonne nourrice ; comme si l’on eût voulu manifester qu’elle était corporifiée personnellement en cette nature, et famille privilégiée des trois règnes, en faveur de laquelle elle disposait le plus abondamment de toutes les grandes propriétés, fécondes et souveraines pour l’allaiter, nourrir et entretenir.

Souvent Isis était accompagné d’un grand boeuf noir et blanc, pour marquer le travail assidu avec lequel son culte philosophique doit être observé et suivi dans l’opération du noir et blanc parfait qui en est engendré pour la Médecine universelle hermétique.

………………………………………………………………………….
Harpocratès à Isis :

“ Les choses de la religion doivent demeurer cachées sous les mystères sacrés ; en sorte qu’elles ne soient entendues par le commun Peuple, non plus que furent entendues les énigmes du Sphinx. “

Apulée :

Isis :
“ Ma religion commencera demain, pour durer éternellement.”
“ Lorsque les tempêtes de l’Hivers seront apaisées, que la Mer émue, troublée et tempétueuse sera faite calme, paisible et navigable, mes Prêtres m’offriront une nacelle, en démonstration de mon passage par Mer en Égypte, sous la conduite de Mercure, commandé par Jupiter.”

Ceci est la clef du grand secret philosophique pour l’extraction de la matière des sages, et l’oeuf dans lequel ils la doivent enclore et oeuvrer en l’Athanor à tour, en commençant le Régime de la Saturnie Égyptienne, qui est la corruption de bon augure, pour la génération de l’Enfant royal philosophique, qui en doit naître à la fin des siècles ou circulations requises. Peu de personnes en feront la découverte parce que les gens du monde sont trop présomptueux de leur ignorance. Ces quelques personnes croient en la science, pour se dépouiller de leurs vains préjugés, et s’attacher à scruter la science véritable de la Nature universelle.

N.B : Ce texte est tiré de l’Anthologie du XVII° ème de Salmon.
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d’après L’Âne d’or ou les Métamorphoses d’Apulée
Description de la déesse Isis
D’abord elle avait une épaisse chevelure, dont les anneaux légèrement bouclés et dispersés çà et là sur son cou divin, s’y répandaient avec un mol abandon. Une couronne formée de diverses fleurs rattachait sa chevelure au sommet de sa tête. Elle avait au-dessus du front un cercle lumineux en forme de miroir, lequel jetait une lumière blanche et indiquait que c’était la Lune. A droite et à gauche, sa chevelure était retenue, en guise de bandeau, par des vipères qui se redressaient et par des épis de blé qui revenaient se balancer au dessus de son front. Sa robe, faite d’un lin de la dernière finesse, était de couleur changeante, et se nuançait tour à tour de l’éclat de l’albâtre, de l’or, du safran, de l’incarnat de la rose. Mais ce qui était frappait le plus vivement mes regards, c’était un manteau si parfaitement noir, qu’il en était éblouissant, et qui, jeté sur elle, lui descendait de l’épaule droite au-dessus du côté gauche, comme eût fait un bouclier. Un des bouts pendait avec mille plis artistiquement disposés, et il se terminait par des noeuds en franges qui flottaient de la manière la plus gracieuse. Tout le bord, ainsi que le fond, étincelait d’innombrables étoiles, au centre desquelles une lune dans son plein lançait sa radieuse et vivante lumière. Ce qui n’empêchait pas que dans toute la longueur de ce manteau sans pareil régnât une guirlande de broderie représentant des fruits et des fleurs. La déesse portait plusieurs objets différents : dans sa main droite elle avait un sistre d’airain, dont la lame étroite et courbée en forme de baudrier était traversée par trois petites verges qui, agitées toutes ensemble, rendaient au mouvement de son bras un tintement aigu. De sa main gauche pendait un vase d’or en forme de gondole, lequel, à la partie la plus saillante de son anse était surmontée d’un aspic à la tête droite et au cou démesurément gonflé. Ses pieds divins étaient recouverts de sandales tissées avec les feuilles du palmier, cet arbre de la victoire.

Prière de Lucius à Isis

“ Reine du Ciel, soit qu’étant la bienfaisante Cérès, la mère et l’inventrice des moissons, qui, joyeuse d’avoir retrouvé sa fille, enseigna aux hommes à remplacer l’antique gland, cette nourriture sauvage, par de plus doux aliments, vous habitiez les campagnes d’Eleusis ; soit qu’étant la Vénus céleste, qui aux premiers jours du monde rapprocha les différents sexes par le sentiment d’un amour inné, et propagea, par une éternelle fécondité, les générations humaines, vous soyez adorée dans l’île sainte de Paphos ; soit qu’étant la divinité Phébé, qui par les secours précieux qu’elle prodigue aux femmes enceintes et à leurs fruits, a mis tant de peuples au monde, vous soyez aujourd’hui révérée dans le magnifique temple d’Ephèse ; soit qu’étant la redoutable Proserpine aux nocturnes hurlements, dont la triple forme arrête l’impétuosité des spectres, qui tient fermées les prisons de la terre, qui parcourt les divers bois sacrés, vous soyez rendue propice par des cultes variés ; ô vous ! qui de votre lumière féminine éclairez toutes murailles, de vos humides rayons nourrissez les précieuses semences, et qui, remplaçant le soleil, dispensez une inégale lumière ! sous quelque nom, sous quelque forme, avec quelque rite qu’il soit permis de vous invoquer, assistez-moi dans mon malheur extrême ; raffermissez ma fortune chancelante ; accordez-moi un moment de paix ou de trêve après de si rudes traverses. Qu’il suffise de ces travaux, qu’il suffise de ces épreuves.”

Réponse d’Isis à Lucius

“ Je viens à toi, Lucius, émue par tes prières. Je suis la Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, souveraine des divinités, reine des mânes, première entre les habitants du Ciel, type commun des dieux et des déesses. C’est moi qui gouverne les voûtes lumineuses du Ciel, les souffles salutaires de l’Océan, le silence lugubres des Ombres. Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous mille formes, avec des cérémonies diverses et sous mille noms différents : les Phrygiens, premiers habitants de la terre, m’appellent Déesse de Pessinonte et Reine des Dieux. Les athéniens autochtones me nomment Minerve Cécropienne ; je suis Vénus de Paphos chez les habitants de l’île de Chypre ; Diane Dictynnne chez les Crétois habiles à lancer des flèches ; Proserpine Stygienne chez les Siciliens à l’île triangulaire ; l’antique déesse Cérès chez les habitants d’Eleusis ; Junon chez les uns ; Bellone chez les autres ; Hécate chez ceux-ci ; chez ceux-là Rhamnusie. Mais ceux qui les premiers sont éclairés des divins rayons du soleil naissant, les peuples d’Éthiopie, de l’Ariane et les Égyptiens, si admirables par leur antique sagesse, m’honorent seuls du culte qui me convient, seuls ils m’appellent par mon véritable nom : à savoir la reine Isis. Je viens, touchée de tes infortunes, je viens favorable et propice. Cesse désormais tes pleurs, fais trêve à tes lamentations, bannis ton désespoir : déjà la providence fait luire pour toi le jour du salut.”

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