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Franc-Maçonnerie et religion 13 mars, 2022

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Franc-Maçonnerie et religion

 
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Retracer les relations entre Franc-Maçonnerie et religion signifie en très grande partie présenter les rapports conflictuels qui, depuis la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, avec la fondation de la Grande Loge de Londres, ont marqué la relation de la Franc-Maçonnerie avec les Eglises chrétiennes, l’Eglise catholique en premier lieu, mais aussi l’Eglise orthodoxe, certaines Eglises protestantes et, plus récemment, même l’Eglise anglicane. On ne traitera ici que des rapports entre Franc-Maçonnerie et Eglises catholique et anglicane, qui historiquement sont les plus importants.

La Franc-Maçonnerie opérative du Moyen Age était imprégnée de catholicisme et restait sous le contrôle de l’Eglise, la fête de Saint-Jean voyait les maçons assister ensemble à la messe du patron de leur corporation et les religieux de tous ordres étaient très présents parmi eux. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, même sur le continent, même en France, plusieurs ecclésiastiques, des évêques même, étaient membres éminents de Loges maçonniques sans que cela ne leur pose aucun problème.

Avec la fondation de la Grande Loge de Londres la donne a changé et la Franc-Maçonnerie est devenue, ou elle a été perçue comme si elle était, un agent de l’anglicanisme. Grands voyageurs, les Anglais ont ouvert des Loges partout où ils allaient, même à Rome, ville dont le pape était à l’époque le souverain temporel, en même temps qu’il était le chef spirituel de l’Eglise catholique.

Cette situation nouvelle ne pouvait pas le laisser indifférent. Ainsi le 28 avril 1738 le pape Clément XII fulmine contre la Franc-Maçonnerie la Bulle In Eminenti apostolatus specula, condamnant à l’excommunication majeure les catholiques qui adhèrent ou favorisent la Franc-Maçonnerie.

Les raisons de cette condamnation étaient les suivantes :

les Francs-Maçons sont « fortement suspects d’hérésie », en raison du secret maçonnique et du serment qu’ils prêtent sur la Bible car, je cite « si les Francs-Maçons ne faisaient pas le mal, ils n’auraient pas cette haine de la lumière ». A ce motif principal, la Bulle In Eminenti en ajoute un autre ainsi rédigé : « et pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus ». La formulation très peu explicite de ce second motif a donné lieu a plusieurs spéculations, il semblerait aujourd’hui –sur la base de recherches faites dans les archives du Vatican- qu’il s’agisse là d’un critère civil, toute association non officiellement autorisée étant considérée, selon le droit canon de l’époque, comme subversive pour l’État. Il y aurait donc une double raison à cette première condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, premièrement religieuse, secondairement civile.

Cette condamnation de la Franc-Maçonnerie fut renouvelée, avec les mêmes raisons, par le pape Benoit XIV en 1751.
L’application de ces condamnations a varié selon les États et leur religion. La première Bulle fut appliquée immédiatement, bien entendu, dans les État de l’Eglise, mais aussi à Venise, en Sardaigne, en Pologne, en Espagne et au Portugal, tous des pays catholiques. En France, pays catholique mais toujours très soucieux de préserver les droits de l’État face à l’Eglise, aucune des Bulles du XVIIIe siècle ne fut appliquée, car elles ne furent pas enregistrées par le Parlement de Paris, ce qui était nécessaire et indispensable pour qu’elles puissent être exécutées, en vertu du principe qu’une loi non promulguée n’est pas contraignante, or une loi non enregistrée par le Parlement de Paris était considérée comme non promulguée.

Ce n’est qu’après la révolution française, à la suite du concordat de 1801 entre l’Empire napoléonien et l’Eglise catholique que les Bulles pontificales devinrent automatiquement applicables aux catholiques en France, sans besoin d’être enregistrées au préalable par le pouvoir civil français.

Par ailleurs, la condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique fut confirmée en 1865 par le pape Pie IX et en 1884 le pape Léon XIII étoffa l’argumentaire théologique de ses prédécesseurs, en condamnant la tolérance dont la Franc-Maçonnerie faisait preuve en admettant dans ses Loges des principes et des personnes contraires aux dogmes de la foi catholique :

« Pour eux (les Francs-Maçons), en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux ni vérité […] De plus, en ouvrant leurs rangs à des adeptes qui viennent à eux des religions les plus diverses, ils deviennent plus capables d’accréditer la grande erreur des temps présents, laquelle consiste à reléguer au rang des choses indifférentes le souci de la religion et à mettre sur le pied de l’égalité toutes les formes religieuses, alors que la religion catholique est la seule véritable. »

On ne pouvait pas être plus clair.

Cela étant bien entendu valable là ou le catholicisme était la religion d’État, ou dominante.

En Angleterre, mettant fin aux luttes qui avaient opposé les Grandes Loges dites des Anciens et des Modernes, la Grande Loge Unie d’Angleterre venait de se constituer en 1813. Le duc de Sussex en était le Grand Maître, le prince de Galles (le futur roi Edouard VII) allait le devenir à son tour en 1875. La Franc-Maçonnerie allait ainsi devenir une institution D’État, au même titre que l’Eglise anglicane, dont le primat, l’archevêque de Canterbury, nommé par le roi, serait un jour aussi un frère.

Cette différence importante entre les îles britanniques et le continent européen explique l’évolution très différente de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche, vers un anticléricalisme de plus en plus marqué, un agnosticisme et même un athéisme affiché sur le Continent, en opposition aux excommunications successives de l’Eglise catholique ; vers un conservatisme politique et religieux en Angleterre, en symbiose avec les autorités civiles et religieuses de l’« establishment », dont la Franc-Maçonnerie était devenue un des piliers les plus solides.

Après la première guerre mondiale, le nouveau code de droit canon promulgué en 1917 par le pape Bénoît XV avait un peu nuancé la position de rejet de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, son article 2335 n’interdisant plus aux fidèles sous peine d’excommunication que l’adhésion « à une secte maçonnique ou autre se livrant à des machinations contre l’Eglise ou les pouvoirs civiles légitimes. » On pouvait en déduire, et d’aucuns l’ont fait, qu’on avait le droit d’adhérer à des Loges ne conspirant pas contre l’Eglise ou l’État, mais cette interprétation était –me semble-t-il– tirée par les cheveux. En réalité, même si la formulation avait quelque peu changé, le fonds restait le même et pour l’Eglise toute « secte maçonnique » (il faut souligner l’emploi du mot péjoratif « secte » pour désigner la Franc-Maçonnerie, courant en Italie dans les milieux catholiques intégristes) restait opposée à l’Eglise et donc sujette à l’excommunication.

En Angleterre, encore en 1935, appartenaient à la Grande Loge Unie d’Angleterre les trois fils du roi : le prince de Galles, qui était Grand Maître Provincial du Surrey, le duc de York, Grand Maître Provincial du Middlesex et le duc de Kent, Premier Grand Surveillant. En étaient aussi membres le gendre du roi le comte de Harwood, Grand Maître Provincial du West Yorkshire, son oncle le duc de Connaught, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et son fils le prince Arthur, Grand Maître Provincial du Berkshire. Il y avait aussi de nombreux Franc-Maçons parmi le clergé de l’Eglise anglicane. [1]

Cette différence entre l’Angleterre et les pays du continent européen allait continuer de marquer l’évolution de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche pendant les années suivantes et jusqu’à aujourd’hui.

Avec le Concile Vatican II il a semblé se faire une ouverture de la part de l’Eglise catholique vers ces Franc-Maçons « qui croient en Dieu », ce qui paradoxalement signifie ceux qui appartiennent à la Grande Loge Unie d’Angleterre, donc des anglicans dans leur écrasante majorité, tous les autres restant toujours sujets à l’excommunication majeure.

En 1983 le pape Jean-Paul II publiait un nouveau code de droit canon, qui ne cite plus explicitement la Franc-Maçonnerie. Il semblait donc que celle-ci tombait dès lors sous le droit commun des associations, qui prévoit d’après l’article 1374 qu’« est puni d’une juste peine celui qui adhère à une association conspirant contre l’Eglise. »

Un certain nombre de Frères éminents du Continent (appartenant pour leur grande majorité à la Grande Loge Nationale Française) en ont immédiatement déduit que l’Eglise permettait à des catholiques l’appartenance à des Loges relevant de Grandes Loges dites régulières, reconnues donc par la Grande Loge Unie d’Angleterre, dont la leur.

Mais le 26 novembre 1983 la Congrégation romaine de la doctrine de la foi (ex Saint-Office) publiait une note explicative, approuvée par le pape, disant explicitement que :
« Le jugement négatif de l’Eglise vis-à-vis de la Maçonnerie reste le même, puisque les principes de celle-ci ont toujours été jugés inconciliables avec les doctrines de l’Eglise. Les fidèles qui en font partie sont en état de péché grave et ne peuvent pas recevoir l’eucharistie. […] Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à cette déclaration. »
Encore une fois, on ne pouvait pas être plus clair et la dernière phrase citée coupait l’herbe sous les pieds à ces évêques allemands qui auraient voulu reconnaître comme compatible avec l’appartenance à l’Eglise catholique la fréquentation de Loges dites régulières et demandant explicitement à leurs membres la croyance en un GADL’U conçu comme un Dieu créateur et personnel.

Afin de clarifier sa position, dans une déclaration publique datant de 1985, la Grande Loge Unie d’Angleterre a publié ce qui suit au sujet des rapports entre Franc-Maçonnerie et religion :

1) La Franc-Maçonnerie n’est pas une religion, ni le substitut d’une religion. Elle demande à ses membres la croyance pleine et sincère en l’existence d’un Être Suprême, mais ne fournit aucune doctrine de foi qui lui soit propre.

2) La Franc-Maçonnerie est ouverte aux hommes appartenant à toutes les confessions religieuses. Pendant les réunions toute discussion de caractère théologique est interdite.

3) Il n’y a pas un dieu maçonnique : le dieu d’un Franc-Maçon est celui de la religion qu’il professe.

4) Les Franc-Maçons se réunissent dans le respect commun de l’Etre Suprême, qui reste suprême dans leurs confessions religieuses respectives.

5) La Franc-Maçonnerie n’essaie en aucune façon de fondre ensemble les religions existantes. Il n’y a donc aucun dieu maçonnique composite.

6) La Franc-Maçonnerie n’a aucun des éléments fondamentaux d’une religion, et notamment :

a) elle n’a aucune doctrine théologique et, en interdisant toute discussion religieuse pendant ses réunions, elle ne permet pas la naissance d’une doctrine théologique maçonnique.

b) elle n’offre aucun sacrement ni n’exerce aucun culte.

c) elle ne prétend pas conduire au salut par des œuvres ou des connaissances secrètes, ou par n’importe quel autre moyen. Les éléments réservés de la Franc-Maçonnerie concernent les signes de reconnaissance ainsi que les règles de l’art de la construction, transférés sur un plan symbolique, métaphorique et moral, et donc n’ayant aucun rapport avec le salut et l’eschatologie.

7) La Franc-Maçonnerie soutient la religion et ne lui est pas indifférente. Elle demande à tous ses membres de suivre chacun sa propre foi et de mettre ses devoirs envers dieu (quel que soit le nom par lequel il l’appelle) au-dessus de tous les autres. Les enseignements moraux de la Franc-Maçonnerie peuvent être acceptés par toutes les religions, elle soutient donc la religion.

Il est clair d’après ces lignes que, même si les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion », elle ne peut pas être jugée comme compatible avec le catholicisme par l’Eglise, qui par la voix de l’Osservatore Romano du 23 février 1985 publiait le commentaire suivant :

« Il n’est pas possible pour un catholique de vivre sa relation avec Dieu en la partageant en deux modalités : l’une humanitaire, qui serait supraconfessionnelle et une, personnelle et intérieure, qui serait chrétienne. […] Le climat de secret, qui règne dans les loges, comporte en outre le risque pour les inscrits de devenir les instruments d’une stratégie qu’ils ignorent. »

Les deux arguments de la Bulle In Eminenti de 1738 sont donc toujours valables : le secret et l’hérésie, présentée sous la forme plus moderne de la supraconfessionalité, inadmissible pour une Eglise qui prétend être la seule détentrice de l’unique Vérité.

Paradoxalement, au moment même où les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion et ne lui est pas indifférente », l’Eglise anglicane a rejoint les rangs de l’Eglise catholique et l’archevêque de Canterbury, le Dr. Rowan Williams, s’est ouvertement opposé à la Franc-Maçonnerie.

Dans deux articles publiés par le journal Independent du vendredi 15 novembre 2002, le nouvel archevêque a donné son opinion sur la Franc-Maçonnerie : il a soutenu qu’elle pourrait avoir une base satanique et il s’est dit opposé à la promotion à des postes de responsabilité dans l’Eglise anglicane de tout ecclésiastique qui serait en même temps Francs-Maçons.

Dans une interview radiophonique donnée le même jour, le Grand Secrétaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre a fait remarquer qu’il était regrettable que le nouvel archevêque ait fait ces déclarations infondées sans avoir essayé d’en discuter au préalable avec les autorités de la Grande Loge, il a rappelé ensuite que la Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète, ainsi qu’il a été reconnu par un jugement de la Cour européenne des Droits de l’Homme du mois de juillet 2001, il a souligné qu’il est complètement contraire à la vérité de prétendre que la Franc-Maçonnerie pourrait avoir une base satanique et que la publication dans un journal de cette affirmation infondée pourrait causer une grande détresse à plusieurs anglicans qui sont Francs-Maçons et pour leurs familles, il a pour finir fait remarquer que l’intention de l’archevêque de vouloir discriminer les ecclésiastiques qui appartiennent en même temps à la Franc-Maçonnerie est contraire aux Droits de l’Homme et à la loi, et donc illégale.

Il est intéressant de remarquer que l’Eglise anglicane vient d’admettre récemment les femmes à la prêtrise et que son archevêque a officiellement déclaré qu’il est favorable à l’ordination de personnes se déclarant ouvertement homosexuelles, il n’y a apparemment donc plus que les Francs-Maçons qui lui posent problème.
On voit que même en Angleterre, sa patrie d’origine, la compatibilité entre la Franc-Maçonnerie spéculative et la religion chrétienne est aujourd’hui remise en cause.

Fabrizio Frigerio Ve Ordre, Grade 9
Suprême Commandeur du Sublime Conseil du Grand Chapitre Général Mixte de Belgique,
Membre honoraire du Grand Chapitre des Chevaliers Rose-Croix du Portugal,
Membre de l’Académie Internationale du Ve Ordre – UMURM.

[1] L’Eglise anglicane n’a commencé à mettre en discussion l’appartenance de son clergé à la Franc-Maçonnerie qu’en 1952, cf. Neville B. Cryer, « La Franc-Maçonnerie anglaise », in : Maçonnerie, maçonneries, éd. par Jacques Marx, Bruxelles, 1990, p. 101-123.

SOURCE : https://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.com/?m=1

ARCHIVES 18 mai, 2021

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

ARCHIVES

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La démarche maçonnique est fondamentalement une quête du sens, quête de la parole perdue celle d’Hiram assassine par les mauvais compagnons, celle de l’Après Babel et des « frères dispersés sur les deux hémisphères ».

De fait, la franc-maçonnerie se perçoit très tôt comme une diaspora. Dés lors, elle entretient avec l’archive une relation intense et complexe. Transcrire les rituels, c’est risquer que des profanes s’en emparent.

Préserver les mystères de l’initiation, les mots de passe, signes et attouchements suppose donc de privilégier une transmission orale, garantie contre les altérations par une pratique consommée de l’art de la mémoire, héritée de la Renaissance, plutôt que la consignation par écrit des rituels de l’Ordre.

Les franc-maçons britanniques attachent d’ailleurs toujours une extrême importance à cette mémoire orale. Cependant, et la multiplication des livres de divulgation l’atteste des la première moitié du XVIIIe siècle, les francs maçons ont eu très tôt recours à l’écrit, pour transcrire statuts et règlements, procès-verbaux de tenues, catéchismes et rituels, donnant naissance ainsi aux premières archives maçonniques.

En effet, si les archives peuvent trahir les frères, elles sont également le conservatoire de la mémoire de l’Ordre. D’où l’attitude ambivalente des francs maçons faite de méfiance et de séduction. Car très tôt les francs maçons ont le «goût de l’archive ».

Ils sont fortement influences par le mouvement anglais de l’antiquarianism, ces «antiquaires », qui partent à la recherche d’une mémoire, d’une langue, d’un patrimoine architectural (Stonehenge, châteaux médiévaux), des récits mythiques et légendaires qu’il faut consigner, inventorier avant qu’ils ne disparaissent.

Les antiquarians sont d’ailleurs nombreux dans les milieux dirigeants de la Royal Society et de la Grande Loge de Londres. Dans leur sillage, James Anderson et la commission qui l’entoure plongent dans les archives des opératifs à la recherche des matériaux qui permettront d’établir l’histoire légendaire de l’Art royal, promu Art des rois, de fonder la prétention de la Grande Loge de Londres à capter l’héritage des plus célèbres architectes et géomètres que le monde à connus depuis l’Antiquité, et à revendiquer le patronage de la nouvelle dynastie des Hanovre.

La connaissance des archives devient donc un enjeu de pouvoir symbolique, et même politique, puisque le but avoue est de rechercher un patronage royal, puis l’incorporation, c’est à dire la reconnaissance de l’utilité publique de la Grande Loge sanctionnée par sa reconnaissance officielle.

Lorsque Anderson, relaye dans les annexées 1760 par le duc de Beaufort, envisage cette entrée de la Grande Loge dans l’Establishment, il fait clairement référence à la Charte de 978 que le roi saxon Athelstan aurait octroyée à son propre fils (ou à son frère selon les éditions des Constitutions), le prince Edwin, « maître général » des maçons assembles à York. Il faut clairement comparer l’action d’Anderson à celle du collège des Pontifes de la Rome antique, dont les Annales tout à la fois forgent et consignent l’histoire et la mémoire officielle de la cite. Les archives opérative ont été malencontreusement brûlées, lit on dans les Constitutions; elles ne risquent pas de trahir les prétentions de leurs interprétés…

Pour comprendre cette séduction de l’archive, il faut insister sur le pouvoir symbolique que confère la charte de fondation prestigieuse voire mythique (patente jacobite, patente du Grand Orient de Bouillon) où le diplôme décerné par les Supérieurs Inconnus (Templiers, Rose Croix…). Les faux sont innombrables, souvent connus de tous, comme la patente du Dr Gerbier; mais qui à vraiment intérêt à semer le discrédit, symbolique et financier, sur la masse de titres maçonniques en circulation ? En effet, à l’instar des fausses chartes médiévales, ces pièces s’acquièrent fort cher et peuvent en retour se révéler fort rémunératrices par les délégations de pouvoirs constituants qu’elles autorisent.

Au niveau élémentaire, celui de la loge, l’importance des archives est tout aussi essentielle. Elles conservent la mémoire de l’atelier, notamment le livre d’architecture, qui retrace au fil des séances les efforts des frères dans le travail de la pierre brute, et leur détermination à ne pas fléchir sur le chemin semé d embûches qui mène vers la lumière. Les archives portent trace des jours ordinaires de la vie d’une communauté maçonnique, mais aussi des grandes heures: installation, fêtés solsticiales, élection du vénérable et des officiers dignitaires visites d’hôtes de marque…

Déposer un discours prononce à cette occasion dans les archives de la loge est une marque de l’estime que la communauté porte à l’orateur et de la qualité qu’elle reconnaît à sa « planche ». La garde des sceaux et archives (deux symboles de l’identité de l’atelier associée de manière révélatrice) est donc une charge importante. Elle revient souvent au vénérable sorti de charge, manière de souligner la pérennité de l’atelier. Lire et adopter le procès-verbal de la tenue rédige par le frère secrétaire, au début des travaux de l’assemblée suivante, prend également un sens très fort. Cette pratique réalise l’accord des frères sur ce qu’ils ont vécu et décide ensemble. La loge est une, elle peut l’inscrire dans ses archives, donc dans sa mémoire.

On comprend mieux, dans ces conditions pourquoi lors de dissensions internes, les archives deviennent un enjeu de convoitise essentiel dans la lutte entre les factions qui se déchirent pour le contrôle d’un atelier.

S’emparer des archives c’est s’emparer de la mémoire de l’atelier, de son capital de légitimité. On s’empresse de rayer les décisions de la faction adverse sur le livre d’architecture, voire d’en arracher les pages, afin de nier leur existence même.

Les archives maçonniques exercent la même fascination sur les anti maçons. Ils y voient très tôt une arme pour dévoiler l’Ordre, ses «pratiques puériles » où au contraire révéler à la lumière, profane.

Les complots tramés dans l’antre ténébreux des « arrière loges » (Barruel). Tel lieutenant de police fait publier des rituels maçonniques, pour tourner les frères en ridicule; les autorités bavaroises qui font la chasse aux Illuminaten rendent publiques leurs archives et éditent des recueils des meilleures pièces

Les Documents maçonniques de Bernard Fay ne font pas autre chose sous Vichys. Ils ont une prédilection particulière pou les archives maçonniques du XVIIIe siècle dont ils publient les pièces sensées refléter la pénétration du venin philosophique dans l’opinion et expliquer par l’inexplicable le surgissement du chaos révolutionnaire C’est d’ailleurs aux services de B. Fay., administrateur général de la Bibliothèque nationale, en charge de la lutte contre les sociétés secrètes, que l’on doit la profanation des locaux et temples du Grand Orient. la saisie des archives de l’ordre et leur dépôt pour exploitation partisane à la Bibliothèque nationale, ils forment aujourd’hui l’essentiel du fonds maçonnique du Département des Manuscrits, compose des correspondances administratives entre les loges, civiles et militaires, la Grande Loge et surtout le Grand Orient de France, depuis le XVIIIe siècle, des archives centrales de l’obédience, d’un nombre plus restreint de livres d’architecture des loges, d’écrits maçonniques, de patentes, diplômes et rituels.

L’ensemble constitue un fonds remarquable qu’il est nécessaire de compléter par la prospection de sources profanes, où d’archives privées des frères, afin de pallier le caractère stéréotype de correspondances essentiellement administratives d’autant plus dommageable lorsqu’on explore une composante essentielle du champ de la sociabilité d’Ancien Régime.

Il s’agit donc d’un véritable défi pour l’historien de la franc maçonnerie qui doit inventer d’autres archives : baux de location d’un temple signes devant notaire, correspondance privée, occurrences relatives à la franc maçonnerie dans des journaux intimes, livres de comptes des loges, et d’autres pratiques de l’archive, afin de réaliser la prosopographie des élites maçonniques sans laquelle la sociologie maçonnique se réduit à un triste et squelettique profil socioprofessionnel de tel atelier.

Or, il se trouve que le front pionnier des archives maçonniques s’anime depuis l’effondrement du bloc communiste. Les archives que les nazis avaient saisies dans l’Europe occupée et notamment en France, parallèlement et concurremment à l’action des services vichystes, avaient été transportées en Prusse orientale.

« Libérées » par l’armée Rouge, elles ont à l’instar des « Archives du communisme » été déplacées à Moscou, classées et inventoriées par le K.G.B. et les services qui l’ont précède

Elles forment aujourd’hui 27 000 dossiers des Archives spéciales de la rue Vyborgskaïa, à Moscou.

Plusieurs milliers concernent la France du XVIIIe siècle, et parcourir leur inventaire sommaire suffit à comprendre combien leur ouverture permettrait de renouveler l’histoire d’orients aussi importants que celui de Bordeaux et, au-delà de l’ensemble de la franc-maçonnerie française, que peuvent éclairer également les fonds d’archives riches et accessibles du Grand Orient des Pays Bas, à La Haye, et de la bibliothèque universitaire de Poznan.

Des questions financières. Un certain manque de coordination dans les efforts en direction des autorités russes ont ralenti le traitement du dossier.

Cependant le micro filmage de l’ensemble des dossiers concernant les Pays Bas autrichiens et la Belgique, obtenu par l’université Libre de Bruxelles et son Institut d’histoire des religions, est porteur d’espoir.

De même, en attendant l’ouverture des fonds ex-soviétiques, les anciennes archives secrètes de Prusse, fonds maçonniques et des Illuminaten, conservées à Merseburg, en ex R.D.A., ont été transférées à Berlin.

Un catalogue des fonds à été public. Il s’agit d’un ensemble documentaire de premier ordre qui intéresse la France puisqu’il s’agit de la Stricte Observance et de la correspondance des loges allemandes avec des loges françaises.

Le recours au français comme langue officielle maçonnique au XVIIIe siècle facilite l’accès à certains dossiers, mais les obédiences allemandes ont exigé et obtenu que toute consultation soit soumise à leur accord préalable.

Il semble cependant, si l’on en croit l’évolution perceptible aujourd’hui à Londres aux archives de la Grande Loge Unie d’Angleterre, que l’accès des chercheurs, maçons d’obédiences réputées irrégulières voire profanes, aux archives des obédiences soit plus aisée.

La dernière source d’espoir pour l’étude de la franc-maçonnerie latine, dont les archives sont lacunaires en raison de la répression qui s’est exercée contre elle, réside bien sur dans l’ouverture récente des archives du Saint Office. P.Y. B.

 

source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/

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La tour de Babel 14 avril, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

La tour de Babel est un sujet incontournable dans l’univers du symbolisme constructif. Babel prend tout son sens si on veut bien considérer l’homme dans sa relation « idéale » entre la Terre et la Ciel. De cette relation idéale et imaginaire naîtront deux voies ascendantes : la première celle d’une Babel, instaurant la vanité et l’orgueil d’une immanence qui ne doit rien à un divin supérieur à soi, la seconde celle de l’échelle de Jacob donnant le modelé d’un plan graduel « spirituel » et donc le véritable sens à tout symbolisme constructif. Dans Babel la construction est littéralement « insensée ». Le sens véritable (l’essence de vérité ou de lumière) doit être recherché dans l’échelle de Jacob. L’immanence du plan et des fondations ne peuvent donc ignorer l’essence et la transcendance. Il semblerait que toute tentative d’élévation ne puisse se faire sans esprit.

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1er Partie La tour de BABEL de l’ego au symbole.

Je ne vais pas faire le tour des définitions, mais nous plonger directement dans celle qui nous intéresse. Cette tour est une construction de forme cylindrique nettement plus haute que large, dominant un édifice ou un ensemble architectural ayant généralement un rôle défensif et se dressant devant le zénith.

Un peu d’histoire… La tour de Babel fit sa première apparition avec le peuple Sumérien selon la Genèse. Je ne pourrai pas vous citer de date, car aucune de mes sources ne se coordonnent. Pour ce qui est de sa taille, elle est souvent décrite à huit étages. Chaque projet a un but. Il est dit, que les hommes, survivants du déluge, descendants de Noé, ne parlaient qu’une seule et même langue (dont on ne connaît même pas le nom). Il est peut-être là question de la langue primordiale. Deux hypothèses s’offrent à nous. Soit les hommes ont édifié la tour pour atteindre le ciel, Dieu et se sentir son égal. Soit les descendants de Noé, pour se protéger d’un second déluge, ont construit une tour de briques cuites et de bitume.

Pour les punir de leur vanité, Dieu multiplia les langues. L’incompréhension du langage a fait que le chantier de la tour s’arrêta. Et dans certains écrits il est même dit que c’est l’homme qui décida de la détruire. Citation Apocalypse de Saint-Jean Chapitre 14 Verset 8

Un autre Ange le suivit, en disant: Elle est tombée, elle est tombée, cette grande Babylone, qui a fait boire à toutes les nations le vin de la colère de son impudicité.

Dans beaucoup de textes sacrés, dont l’Apocalypse de Saint Jean, on retrouve des passages de Babylone faisant allusion à la tour de Babel et surtout à sa destruction annonciatrice de la fin des temps.Dans mes recherches sur la tour de Babel beaucoup d’interrogations et de points symboliques sont apparus.

Les francs-maçons lors de leur première venue découvrent un nouveau langage symbolique fort, réservé à la Franc-Maçonnerie. L’apprenti débute sont Initiation par les trois voyages, la Lumière, le discours de l’Orateur, ainsi que le mot de passe, les signes de reconnaissance, les outils, etc.… La preuve est là que le franc-maçon utilise quelque chose d’unique et donc de puissant pour se faire comprendre et reconnaître de ses Frères.

Nous ne bâtissons pas de temple apparent, mais avec nos Frères nous bâtissons notre propre temple intérieur, voire notre tour intérieure. Peut-être faut-il chercher là, une suite logique à une volonté qui nous dépasse? L’homme dans sa nature la plus primaire est toujours à la recherche de vérité. Peut-être son ego le pousse ? La tour de Babel est un des symboles qui nous montre les erreurs de l’homme. Pour trouver cette vérité, l’homme a des limites. Le chemin intérieur pour rejoindre le céleste est bien plus compliqué qu’il n’y parait.

Cette tour est effectivement un symbole de verticalité et de hauteur. Bien sûr le rapprochement entre le terrestre et le céleste est flagrant. La tour de Babel est un édifice. Qui dit édifice, dit fondation et étages. Elle est à la base un vecteur montant.

Dans un premier temps, elle est plus le liant de ces deux univers. Et pour communiquer, entre ces deux mondes, il faut gravir les étages pour pouvoir ensuite les descendre. Pour exemple de l’échelle de Jacob qui a été ou va être lu.

Dans un second temps, la Tour (enfin son sommet) permet à l’homme de voir et de découvrir ce qui l’entoure, en prenant de la hauteur par apport à sa base. Qui dit base dit point de départ, donc origine. Plus il va s’élever dans les étages (on peut y voir là un voyage spirituel), plus il va prendre du recul par rapport à son environnement et comprendre de nouvelles choses ou symboles. Il va ensuite se servir de ce qu’il a vu et compris, afin de le partager.

Comme nous franc-maçon qui sommes là pour transmettre à nos Frères. Je finirai par le langage universel. Pour moi, le langage universel n’existe pas sous forme parlée et n’a jamais existé. Mais le symbole ou langage symbolique, vu dans des précédentes planches, lui est vrai. C’est la rencontre entre deux mondes : le supérieur et l’inférieur, le plan extérieur et l’arrière-plan, le conscient et l’inconscient, l’idée et l’apparence.

Le mot « symbole » vient du verbe grec « symballein » qui veut dire « rapprocher ». Bien sûr, d’après l’histoire de la tour de Babel, un rapprochement des hommes au niveau de la compréhension a été inévitable pour construire cet édifice, qui au final est un symbole. Les symboles ne s’adressent pas à l’intellect, mais à l’âme qui s’éveille. Une onde porteuse confère au monde la beauté, et une force incite à créer pour toucher autrui.
Un symbole universel est une porte entre le temps et l’éternité, un message spirituel relié à la vie divine.

« La Vérité n’est pas apparue au monde nue mais en symboles et en images, sinon le monde ne pourrait pas la recevoir » (l’Évangile de Philippe)

Il est vrai que la communication entre les hommes quels qu’ils soient (profanes ou initiés), si elle est la même, nous permet plus facilement d’atteindre l’âme. Je pourrais citer pour conclure : Seuls, nous ne pourrions que nous isoler du monde ; réunis, nous allions pouvoir le transformer. L’Évangile selon Pilate

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2ème Partie La tour de Babel, ou l’exaltation dans la matière.

La tour de Babel (Genèse 11.1-9)

11 Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.
Après avoir quitté l’est, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Shinear et s’y installèrent.

3 Ils se dirent l’un à l’autre: «Allons! Faisons des briques et cuisons-les au feu!» La brique leur servit de pierre, et le bitume de ciment.

4 Ils dirent encore: «Allons! Construisons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel et faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre.»
5 L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que construisaient les hommes,
6 et il dit: «Les voici qui forment un seul peuple et ont tous une même langue, et voilà ce qu’ils ont entrepris! Maintenant, rien ne les retiendra de faire tout ce qu’ils ont projeté.
7 Allons! Descendons et là brouillons leur langage afin qu’ils ne se comprennent plus mutuellement.»
8 L’Eternel les dispersa loin de là sur toute la surface de la terre. Alors ils arrêtèrent de construire la ville. 9 C’est pourquoi on l’appela Babel: parce que c’est là que l’Eternel brouilla le langage de toute la terre et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre.

(Bible Louis Second)

 

1/ L’exaltation vaniteuse/ exaltation dans la matière

L’homme, s’éloignant de l’Orient et de sa lumière spirituelle (Est), à l’orgueil de vouloir se hisser jusqu’au ciel par la matière et l’accumulation des briques. Cet orgueil fera l’échec du projet.

Vouloir construire trop près des cieux c’est aller au-delà des limites de l’homme. « Construire une tour dont le sommet pénètre les Cieux » à l’aide de la même glaise que celle de l’homme, mais cuite par feu sans esprit. L’homme fabrique sa remontée au ciel à partir d’une matière sans esprit. C’est ce qu’on appelle la folie des grandeurs ! C’est ici une exaltation des attaches de l’homme avec la matière, ce n’est pas une exaltation de l’esprit. Cette exaltation rend l’homme mégalomane.

Cet orgueil d’être l’homme s’identifiant au ciel se retrouvera dans le mythe d’Icare. Ces deux mythes sont une exaltation de la matière dans l’homme et démontre les limites de l’excellence technique sans spiritualité. Dédale à inventé sa propre prison et une cire et des plumes qui n’élèvent pas l’esprit, c’est son fils qui en sera la victime. Les bâtisseurs de Babel ont utilisé une brique imparfaite en regard de sa destination spirituelle, c’est la collectivité des hommes qui sera dispersée. Ici la faute est collective, et dans le cas de Dédale l’orgueil technique se transmet au fils. J’en déduis que la vanité d’un Roi-soleil est une perversion de l’esprit, collective et transmissible.

La technique matérielle philosophique ou magique exaltant l’homme ne peut s’affranchir de l’esprit. Ce serait une exaltation vaniteuse. L’esprit peut être compris comme le principe organisateur de la matière a quelque niveau que ce soit. L’esprit est immédiatement lié au logos et donc au Verbe

Dans les deux cas, c’est l’Esprit qui inflige le châtiment : Dieu en regard du mythe biblique, ou le soleil en regard du mythe grec.

En tous les cas c’est l’absence d’harmonisation de l’acte matériel avec le directeur spirituel qui conduit à la chute ou à la dispersion. Le directeur spirituel de l’architecte est sa conscience de la dimension divine dans l’homme et dans la proportion du bâti. Il y a donc nécessité d’entendre cette norme supraconsciente.

 

2/ Le souffle de l’esprit / le secret de l’initié

Si l’architecte est doué sur un plan technique, s’il n’est pas initié, il ignore que la brique doit être cuite au feu de l’esprit. La perte de ce savoir est corrélative à l’eau du déluge qui engloutit l’antique science.

Aucune technique d’origine sacrée ne peut être détournée d’un usage spirituel. Il est connu dans toutes les civilisations que c’est à partir de la boue que Dieu façonna l’homme et qu’il lui insuffla le souffle vital par les narines. Ce souffle purificateur est celui de l’esprit, et donc la glaise est associée au souffle vital. Extrait de la Bible Second, Genèse II, 7-9.

2.7 L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant.

2.8 L’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l‘orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé.

2.9 L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

On voit clairement une triple analogie : l’emploi de la boue pour l’homme est transféré à la brique pour la tour de Babel ; en lieu et place de l’homme veillant sur l’arbre à fruit, nous avons une tour fruit de l’orgueil de l’homme. L’arbre et le jardin sont à l’Orient alors que la Tour est à l’Occident.

Sur ces trois points, nous avons un parallélisme symbolique saisissant. Le point de rupture se situe dans l’absence d’esprit dans la construction babélienne, son intervention finale arrive comme une sanction. L’image Babélienne est l’inverse du jardin d’Éden de même que le Temple de Salomon sera l’inverse de la tour de Babel.

Dans ce passage de la Genèse l’homme se prend pour Dieu, mais il méconnaît la technique du souffle vital appelée aussi Esprit. La tour serait comme la Lettre sans l’Esprit. L’élévation orgueilleuse fondée sur la matière implique la chute dans une matérialisation grandissante. L’homme doit s’élever en esprit et l’ouvrage doit être serviteur de l’esprit (Orient) et non pas de la vanité technico-égotique (Occident).

3/ L’inversion démiurgique / le royaume de la matière

La tour de Babel est l’inversion du Temple de Salomon qui est le lieu de prière de toutes les nations selon Anderson et de la Tierce. Ce lieu de concorde est un lieu de concentration, de méditation et de contemplation. La tour de Babel est un lieu de concentration certes, mais aussi satisfaction égotique et de puissance des hommes seulement. On y médite qu’une image qu’une excroissance terrestre, on y contemple que l’exaltation de l’homme dans une matérialité conquérante de ciel.

Tout projet visant l’accès au ciel ne peut se fonder sur la seule matérialité. Aucune spiritualité n’a guidé les mains des bâtisseurs babéliens, seule l’envie d’être Dieu dans la matière, et la rémunération de l’acte les motiva collectivement. Il s’agit non pas d’une démarche cultivant la relation entre la chair l’âme et l’esprit, mais plutôt le dictat de la matière sur l’esprit. L’esprit fut nié au profit de la vanité d’être à l’image de Dieu. Cet élan contraire fit de l’homme un démiurge cherchant une Gloire sans lien avec l’esprit divin. Sa motivation provient de ses muscles de l’asservissement des ouvriers, du mépris de leurs vies et de la volonté de conquérir la matière. Une pierre ne peut avoir plus de prix qu’une vie.

C’est le syndrome de la chute qui suggère à l’homme différents moyens pour rejoindre le Ciel. Ces moyens sont pris dans la matière et non pas dans l’esprit qui est ignoré. L’enjeu est de rétablir l’axe du Monde. L’homme ne comprend pas que cet axe est spirituel, car son corps ne serait plus insufflé par l’esprit, son âme serait en exil. Il veut à tout prix sa porte vers le Ciel pour avoir raison de l’esprit.

4/ Comment se situe l’épisode de la tour de Babel dans le feuilleton biblique ? (Cycle de la matière et des idoles)

Il intervient dans le corpus des textes de la Première Alliance dans la Genèse après la fameuse chute de l’Adam-Eve dans le monde matériel. Le paradis était un jardin cultivé et entretenu, soit une harmonie entre la matière sauvage et le diligentement de l’esprit.

Adam, autrefois jardinier et berger du paradis, chargé expressément de « le cultiver et le garder » pratiquait l’entretient de l’harmonie, jusqu’au moment ou il chuta pour avoir ingéré un fruit mortel à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, malgré l’interdit divin.

L’homme était animé du désir d’avoir les yeux ouverts sur son horizon. Il rompit l’harmonie et tenta d’être comme les dieux connaissant le bien et le mal. La chute est donc une âme qui s’incarne dans la chair et qui va vivre le bien et le mal, la douleur le travail et la mort.

Cette chute est antérieure à la vie terrestre de l’humanité, elle scelle la divergence entre la volonté divine et la volonté humaine. Elle ne concerne que l’âme et non pas le corps.

Les chutes successives correspondent à trois états d’être en disharmonie : Adam-(Isch « l’intellect », et Ischa « l’imagination », unis dans l’exaltation des désirs terrestres) est révolté contre l’Esprit, Caïn sera le possédant-fratricide et Babel sera la substitution du fabriqué-idolâtre au révélé. L’appel de l’esprit semble mis de côté, le désir de matière et la satisfaction cumulative semblent sans limites.

Le devenir de cette chute fut qu’Adam nomma « Ève » comme il nomma les animaux autrefois dans le jardin d’Éden. De sa nature unitaire et androgyne il se différencia en Homme et Femme. Il eut d’abord deux enfants qui s’entretuèrent, symbolisant ainsi l’opposition entre le peuple des bergers et le peuple des cultivateurs. Abel succomba sous les coups de Caïn. Les générations qui succédèrent à Caïn eurent en mémoire non seulement la chute, mais aussi le fratricide, ce sera le germe de toutes les guerres. Caïn est l’archétype du meurtre de l’esprit au profit de la maîtrise de la matière et du territoire. Caïn est condamné à l’horizontalité, il a perdu la verticalité.

C’est la victoire de l’infra conscience sur la supraconscience. Caïn fut exilé et errant sur terre.

Arrive une nouvelle chute : L’épisode du déluge et la période des géants en âge que Dieu avait voulu noyer pour leurs déviances, seul Noé et son arche aux proportions sacrées survécurent aux flots. Cette génération d’avant le déluge disparaît, mais gagnée par l’oubli associé aux eaux de l’oubli, les nouvelles générations réitèrent les erreurs des géants et se perdirent dans l’orgueil de se croire Dieu.

La génération de la tour de Babel est notre génération.

C’est l’idée d’un homme capable d’atteindre le ciel et d’en être maître qui entraîna une troisième chute. La génération de Babel ne fut pas détruite comme celle du déluge, mais elle reçut à la fois la foudre du divin qui « dispersa loin de là sur la surface de la Terre » les bâtisseurs et « confondit leur langage » afin qu’ils n’entendent plus la langue les uns des autres. La dispersion fut comme l’inondation elle rompit l’élan d’orgueil en de multiples royaumes et en autant de montagnes sacrées ou pyramides. Les hommes en restèrent sur l’idée d’une œuvre de reconquête du ciel inachevée, comme un état d’orgueil blessé unifiant les mois inférieurs dans un élan collectif de matérialisation des âmes. De ces tentatives d’élévation dans le bâti, on distinguera celles qui bâtissent en esprit autour de lieux telluriques forts et celles qui sont de simples performances matérielles et techniques.

La poursuite de l’excellence technique démiurgique verra apparaître le délire mortel de l’Homme-Dieu. Certains verront dans l’idée du surhomme de Nietzsche l’expression philosophée de cet état dont on verra l’aboutissement dans le Nazisme. Mais tous les mois inférieurs fussent-ils unis dans le même acte matériel finissent par rencontrer la sanction de l’esprit. Ainsi l’acte matériel ne peut être dissocié du jugement divin ou plus simplement de notre appréciation spirituelle. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ceci implique une harmonisation entre l’acte et la pensée, par le truchement de la volonté.

Il faut donc constamment mettre en harmonie notre Pensée notre Volonté et notre Action dans le Plan avec l’axe « Corps, Âme Esprit ». C’est ce que nous fait découvrir la franc-maçonnerie.

5/ La lumière de Saint-Jean (cycle de la lumière et de l’harmonie) À cet état de dispersion dans la matière arriva un événement.

Le message de la Nouvelle Alliance dit que la Lumière, c’est-à-dire l’esprit, est en tout homme et que l’amour est le socle à partir duquel l’homme peut croître en esprit sans qu’il soit nécessaire de croître en matière. Les tours d’orgueil pourront ainsi être abolies.

L’élan vital et spirituel de l’homme ne se fait pas dans une construction de matière bâtie sur de fausses fondations qui sont celle du désir du multiple, de l’accumulation, de l’excitation ou de l’exaltation du sentiment de possession, d’appropriation ou de grandeur. Les véritables fondations sont l’amour de l’essence de la vie, de l’esprit et la confiance en la vie renouvelée. L’acte qui scelle cette confiance est l’abandon final de la vie corporelle au profit d’un renouvellement, d’une résurrection comme la graine semée en terre germe croit et essaime pour renaître ici bas sans doute, et peut-être dans un ailleurs.

C’est ce mystère de l’alliance vitale entre ce qui est du domaine de la matérialité et ce qui est du domaine de l’esprit. Cette alliance vitale sans cesse renouvelée forme l’idée divine et assoit la confiance de l’homme en lui-même. Alors l’idée d’être à l’égal de Dieu comme le bâtisseur de la tour de Babel disparaît.

L’angoisse de la mort peut aussi bien nous enfermer dans la matière comme nous faire découvrir la voie de l’esprit. L’homme ne se réalise pas dans la plus haute tour, mais dans son progrès sur la voie d’une plus grande humanisation et dans son renouvellement par l’esprit.

Ici on oppose la vanité à la réalisation de soi. La réalisation de soi fait une place à l’esprit, la vanité lui barre la route. L’esprit n’est alors plus une notion extérieure à soi, mais au contraire constructive de soi.

Ici on touche de prés la dimension spirituelle de l’homme face à la mort. Il attache à ses actes une signification haute. Il ne s’agit point d’exploit à accomplir ou de guerre à mener, il s’agit de mettre en harmonie la chair l’âme et l’esprit. La chair qui fut à l’époque de Saint-Jean, l’évangéliste « incarnée » par la lumière, se marie à l’âme pour qu’elle anime ce corps en demande. La demande devient désir et il faut se garder de l’accumulation matérielle ou d’insatisfaction, il faut que l’âme prépare la place à l’esprit.

Psychiquement l’homme se met en phase harmonieuse. Son état d’homme responsable « animé » du sentiment d’amour de son espèce, accepte sa double nature humaine et divine. Il en conçoit l’intervention en lui comme une supra conscience qui agit en directrice censée et harmonisante. Nous reprenons ici Luc XIV, 11, « Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé. »

 

6/ L’élévation matérielle n’est pas synonyme d’élévation spirituelle. (Le franc-maçon jardinier)   Adam était jardinier, pas maçon !

Le dénuement matériel serait propice à la connaissance de l’esprit, c’est l’état Édénique qui permet de vivre dans la proximité du Divin.

Ainsi l’Adam du jardin d’Éden n’était pas un bâtisseur, mais un jardinier, or il est courant de confondre la tour bâtie et l’arbre. Ce sont deux symboles axiaux qui tendent vers le ciel, mais la tour est fabriquée, ce qui sous-entend « une spiritualité construite », alors que l’arbre est une graine germée, née du mystère de la vie soit « une spiritualité révélée ».

Le bâtisseur est un spécialiste de l’élévation technique, le jardinier est le gardien de la graine et de son mystère. La graine donne la croissance dans le domaine ésotérique. Le maître maçon doit d’abord être le jardinier de son cœur et accessoirement le spécialiste de l’élévation de la pierre taillée. L’élévation matérielle n’est qu’une impasse, un substitut exotérique ou philosophique. C’est un système, une mécanique de pensée qui ne peut prendre que l’objet pour la cause. Ce système se cristallise sous forme d’une tour sans respiration spirituelle entre le haut et le bas. La Lame XVI du tarot atteste d’une tour frappée par la foudre, c’est-à-dire par la sanction divine et la lumière de l’esprit. On y voit deux hommes en chute attestant de leur carence spirituelle. La chute est toujours due à une carence spirituelle.

Ainsi le franc-maçon, s’il n’est jardinier, ne sera qu’un orgueilleux détenteur de secret technique figé.

Il sera donc nécessaire un jour de détruire la colonne ou le temple pour faire comprendre que le secret initiatique réside dans la Foi, l’Esperance et l’amour, mais aussi dans l’acceptation de l’esprit en soi soit de la supraconscience comme directrice de l’âme. Ainsi la pensée se réalisera sur deux plans, le plan matériel et le plan spirituel. La volonté du franc-maçon sera éclairée par ce double aspect où les symboles de l’arbre et de la tour lui serviront de guide.

Or l’arbre n’est rien d’autre que l’homme intégral, chair, âme esprit en harmonie. L’homme doit croître en esprit et non pas en matière. Le franc-maçon trouvera dans l’alliance de la matière avec l’esprit, un motif utopique pour rebâtir spirituellement le temple de Salomon pour honorer le Grand architecte de l’univers. Il lui faut pour cela, réapprendre la langue commune, celle des symboles et de l’esprit, conditionnés par l’abandon préalable des métaux, mais aussi celle du signe de l’attouchement et du Mot. Le franc-maçon détient le langage commun aux bâtisseurs qui allient l’esprit à la matière et qui savent trouver dans la substance l’essence. Ce langage est celui de l’Art Royal qui met au service de l’esprit le bon usage de la matière.

Il y a non pas dispersion et incommunicabilité suite à Babel, mais unité dans le langage symbolique et dans l’action spirituelle ; Babel et sa chute ne peuvent que déboucher sur un état qui sera « la construction en esprit ». Nous passerons du savoir-faire au savoir-être. C’est l’absence d’esprit dans l’acte de bâtir qui entraîna la sanction de la chute babélienne. La chute Babelienne est une chute en la matière. C’est ainsi que le franc-maçon peut réunir les quatre parties du Monde éloignées à l’époque Babélienne en se situant au centre du cercle à équidistance de tout les points de l’horizon humain. C’est une manière symbolique de se retrouver dans un Orient intemporel, au pied de l’arbre planté au centre d’un fameux Jardin irrigué par quatre fleuves.

SOURCE : http://anck131.over-blog.com/

babel-dans-les-nuages

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 9 décembre, 2019

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Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 4 décembre 2019

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1 – première partie, par Jean Bricaud. 

Étrange personnage, que les uns ont pris pour un homme de génie et les autres pour un banal escroc, traversa la fin du XVIIIe siècle, remplissant le monde du bruit de ses prodiges : Joseph Balsamo, plus connu sous le nom de comte de Cagliostro. Il s’entourait volontairement de mystère et dissimulait les premières années de sa jeunesse, médiocrement honorables.

Né à Palerme en 1743, il était entré à l’âge de treize ans dans un ordre de religieux gardes-malades, les Benfratelli, où il avait pris l’habit de novice. Son inconduite lui ayant attiré bientôt les réprimandes les plus sévères, il avait dû, à la suite de diverses aventures quitter le couvent et Palerme. Il commença à parcourir le monde, étudia la chimie, la médecine, les sciences occultes, et, grâce à son intelligence, conquit en Europe la réputation d’un homme extraordinaire. Il alla de Rome à Barcelone, à Madrid, à Londres, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, entouré d’une réputation mystérieuse. Partout la curiosité s’éveillait à son sujet : on parlait de guérisons merveilleuses, d’évocations fantastiques, de découvertes importantes, d’une puissance complète de divination.

Cette renommée le précédait lorsqu’il vint de Russie en France et arriva à Strasbourg, au commencement de 1780.

Une foule énorme s’était portée à sa rencontre, et quand il parut, une longue acclamation s’éleva ; son entrée fut un vrai triomphe.

Il guérissait toutes les maladies sans daigner accepter la moindre rétribution de ceux de ses clients qui étaient riches ; il donnait de l’argent à ceux qui étaient pauvres (Funck-Brentano, l’Affaire du Collier).

Il prétendait posséder la science des anciens prêtres de l’Égypte.

Sa conversation roulait d’ordinaire sur trois points : 1° la médecine universelle dont il connaissait les secrets ; 2° la Maçonnerie égyptienne qu’il voulait restaurer en Europe ; 3° la pierre philosophale au moyen de laquelle il transmuait tous les métaux imparfaits en or fin. Ainsi, il apportait à l’humanité par sa médecine universelle, la santé du corps ; par la Maçonnerie égyptienne santé de l’âme, et, par la pierre philosophale, des richesses infinies. C’étaient là ses grands secrets, car il en avait beaucoup d’autres, mais de moindres importances.

Sa réputation était immense, et il réussit à éclipser pour un moment toutes les célébrités contemporaines. Dans le peuple, dans la bourgeoisie, chez les grands et surtout à la Cour, l’admiration alla pour lui jusqu’au fanatisme. On ne l’appelait que le divin Cagliostro. Son portrait était partout, sur les tabatières, sur les bagues et jusque sur les éventails des femmes. On posa même sur les murailles des affiches où l’on rappelait que Louis XVI avait déclaré coupable de lèse-majesté quiconque ferait injure à Cagliostro.

Nous avons dit qu’il vint en France en 1780. Il resta trois ans à Strasbourg, où il fit la connaissance du prince cardinal de Rohan. Au milieu de 1783, il fit un voyage à Rome, Naples, Florence et Antibes. Le 1er décembre 1783, il s’installa à Bordeaux. Les guérisons qu’il fit dans cette ville passèrent pour miraculeuses. Les malades affluèrent. La police fut obligée d’organiser un service d’ordre autour de sa maison pour éviter des désordres parmi la foule qui s’y précipitait. Aux jours de consultation, 8 ou 10 soldats montaient la garde à la porte et dans l’escalier.

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Après être resté dix mois à Bordeaux, il se dirigea vers Lyon où il fut reçu par les francs-maçons avec de grands honneurs.

* * *

Il arriva à Lyon le 1er novembre 1784. Il y resta six mois pendant lesquels il déclara ne pas vouloir s’occuper de médecine, mais entreprendre de réformer la franc-maçonnerie suivant le rite égyptien dont il avait, disait-il, retrouvé les éléments dans l’intérieur des Pyramides.

Depuis plusieurs années, il s’était fait, en effet, le propagandiste zélé d’une maçonnerie nouvelle, dite Maçonnerie égyptienne, dont avait trouvé l’organisation et les détails non pas dans les Pyramides, comme il le disait, mais à Londres, dans les manuscrits d’un nommé Georges Couston, que le hasard lui avait mis entre les mains. Ces manuscrits exposaient un système maçonnique mêlé de magie et de superstition. Cagliostro résolut de créer sur le plan de ce Manuscrit un nouveau rite, en écartant, disait-il, tout ce qu’il jugeait impie ou superstitieux dans la doctrine qu’ils contenaient.

Déjà il avait établi une première loge à Strasbourg, en 1780. Son but était, expliquait-il, de conduire ses disciples à la perfection par une double régénération physique et morale. Il obtenait la première, grâce à la découverte d’une matière donnant la santé et l’éternelle jeunesse ; la seconde, par l’application du pentagone ou feuille vierge « sur laquelle les anges ont gravé leurs chiffres et leurs sceaux », et qui restituait à l’homme l’innocence primitive perdue par le péché originel.

Aucune religion n’était exclue. Les seules conditions imposées aux adeptes étaient de croire en Dieu, à l’immortalité de l’âme et (pour les hommes) d’avoir été admis dans la Maçonnerie ordinaire.

Les pratiques de son rite étaient un mélange de cérémonies religieuses, de réunions mondaines, d’opérations cabalistiques et d’évocations par lesquelles il correspondait avec les esprits et les anges.

La hiérarchie comprenait trois grades : apprenti, compagnon et maître égyptien. Les maîtres égyptiens prenaient les noms des anciens prophètes et les femmes — car elles étaient admises — ceux des sibylles. Cagliostro était lui-même le Grand Maître du Rite et s’appelait le Grand Kophte, mais le duc de Luxembourg-Montmorency avait le titre de grand maître protecteur de la Maçonnerie égyptienne.

Nous avons dit que le principal but du voyage de Cagliostro à Lyon était de chercher à y implanter son Rite égyptien. Dans ce but il visita d’abord la loge du Parfait-Silence, mais n’y obtint qu’un succès de curiosité. Il en fut autrement à la loge la Sagesse, du rite de la Haute Observance, dans laquelle il fut reçu avec de grands honneurs, sous la voûte d’acier. Il monta sur le trône du Vénérable, et ayant invoqué l’assistance divine, il prononça un long discours sur l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et le respect dû aux souverains. Plusieurs membres de la Sagesse témoignèrent le désir de connaître sa doctrine d’une façon plus approfondie. À cet effet, Cagliostro leur enjoignit de préparer la loge selon son cérémonial, pour le lendemain, de choisir douze maîtres et une petite fille qu’il appelait une colombe.

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Le lendemain, il inaugura la séance par un discours dans lequel il démontra que tout homme doit être un Apôtre de Dieu, prêcher le bien et fuir le mal, et que, comme les apôtres avaient toujours pratiqué cette maxime, de même, étant douze comme eux, ils devaient tenir la même conduite, être ses douze apôtres et promettre avec serment de se conformer à tout ce qu’il leur imposerait.

Il leur fit alors prêter le serment prescrit par son rite. Ensuite, « je leur prédis (ce sont ses propres paroles extraites de la Procédure) que, de même que parmi les douze Apôtres, il y en avait eu un qui avait trahi Jésus-Christ, il s’en trouverait un aussi parmi eux qui trahirait la Société : ils déclarèrent que cela ne pouvait pas arriver ; mais je leur répétai deux fois la même prédiction, ajoutant que ce traître serait puni par la main de Dieu ». Il passa ensuite aux « travaux » de la colombe, qui s’exécutèrent soit à l’aide d’une carafe dans laquelle l’enfant apercevait des anges et des scènes prophétiques, soit derrière un paravent d’où elle répondait aux questions qui lui étaient posées, questions connues de celui seul qui l’interrogeait.

Ces expériences eurent le plus grand succès ; les anges descendirent et apparurent, en témoignage de l’assistance que Dieu prêtait à au Grand Kophte. On juge de l’étonnement des maçons lyonnais à la vue de tels phénomènes ; mais leur surprise augmenta encore lorsque, le lendemain, ils constatèrent la désertion d’un des membres de la loge.

Cet homme, affirma plus tard Cagliostro, au cours de son interrogatoire, fut bientôt puni par la main de Dieu, car, quelques mois après, on lui vola tout ce qu’il possédait, et de riche qu’il était, il devint misérable.

Ceux qui étaient restés fidèles prièrent Cagliostro de fonder à Lyon une Loge Mère du Rite égyptien : « J’instituai donc, dit-il, et je fondai dans ce lieu une loge du Rite égyptien, sous le nom de Loge Mère ; elle fut appelée ainsi, parce qu’elle devait avoir la primauté sur toutes les autres loges dont elle devait être la mère et la maîtresse. » (Procédure contre Joseph Balsamo, instruite à Rome en 1790).

La Loge Mère du Rite égyptien fut appelée la Sagesse Triomphante. Elle fut installée très luxueusement, avec un local distinct pour chacun des trois grades, d’apprenti, de compagnon et de maître.

Cagliostro l’inaugura lui-même avec un pompeux cérémonial. Il délégua ensuite ses pouvoirs de grand maître à deux vénérables à laissa l’original de son Rituel de la Maçonnerie égyptienne muni, au commencement et à la fin, de son sceau représentant un serpent percé d’une flèche.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 1

Ces délégués reçurent également de lui la patente d’institution suivante que nous reproduisons in extenso :

« GLOIRE, UNION, SAGESSE, BIENFAISANCE, PROSPÉRITÉ.

Nous, Grand Kophte, fondateur et grand maître de la Haute Maçonnerie égyptienne dans toutes les parties orientales et occidentales du globe, faisons savoir à tous ceux qui verront ces présentes que, dans le séjour que nous avons fait à Lyon, beaucoup de membres de cet Orient, suivant le rite ordinaire et qui porte le titre de SAGESSE, nous ayant manifesté l’ardent désir qu’ils avaient de se soumettre à notre Gouvernement et de recevoir de nous les lumières et les pouvoirs nécessaires pour connaître et propager la maçonnerie dans sa vraie forme et dans sa primitive pureté, nous nous sommes rendu à leurs vœux, persuadés qu’en leur donnant des signes de notre bienveillance, nous aurons la douce satisfaction d’avoir travaillé pour la gloire de l’Éternel et pour le bien de l’humanité.

Sur ces motifs, après avoir suffisamment établi et vérifié auprès du Vénérable et de beaucoup de membres de ladite loge le pouvoir et l’autorité que nous avons à cet effet, avec le secours de ces mêmes frères, nous fondons et créons, à perpétuité, à l’Orient de Lyon, la présente loge égyptienne, et nous la constituons Loge Mère par tout l’Orient et l’Occident, lui attribuant pour toujours le titre distinctif de SAGESSE TRIOMPHANTE et nommant pour ses officiers perpétuels et inamovibles :

  1. N. vénérable et N. pour son substitut.
  2. N. orateur et N. pour son substitut.
  3. N. garde des sceaux, archiviste et trésorier et N. pour son substitut.
  4. N. grand inspecteur et maître des cérémonies et N. pour son substitut.

Nous accordons, une fois pour toutes, à ces officiers le droit et le pouvoir de tenir loge égyptienne avec les frères soumis à leur direction, de faire toutes les réceptions d’apprentis, de compagnons et maîtres maçons égyptiens, d’expédier les attestations, de tenir des relations et des correspondances avec tous les maçons de notre rite et avec les loges dont ceux-ci sont membres, en quelque lieu de la terre qu’elles soient situées, et d’adopter, après l’examen et avec les formalités prescrites par nous, les loges du rite ordinaire, qui désireront embrasser notre institution ; en un mot, d’exercer généralement tous les droits qui peuvent appartenir et appartiennent à une loge égyptienne juste et parfaite, qui a le titre, les prérogatives et l’autorité de maîtresse loge.

Nous ordonnons au vénérable, aux maîtres, aux officiers membres de la loge, d’avoir un soin continuel et une attention scrupuleuse pour les travaux de la loge, afin que les réceptions et généralement toutes les autres fonctions se fassent conformément aux règlements et aux statuts que nous avons expédiés séparément et munis de notre signature et du sceau de nos armes.

Nous ordonnons encore à chacun des frères de marcher constamment dans le sentier étroit de la vertu et de montrer, par la régularité de sa conduite, qu’il aime et connaît les principes et le but de notre ordre.

Pour donner de l’authenticité aux présentes, nous les avons signées de notre main, et nous avons appliqué le grand sceau que nous avons accordé à cette Loge Mère, de même que notre sceau maçonnique et notre cachet profane :

Donné à l’Orient de Lyon. »

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise – première partie, par Jean Bricaud. 

Revue d’histoire de Lyon, 1910.

Illustration : Fondo Antiguo de la Biblioteca de la Universidad de Sevilla from Sevilla, España [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2 – seconde partie, par Jean Bricaud.

En l’absence de Cagliostro, les deux vénérables devaient présider la loge et y faire des travaux avec les pupilles (jeunes garçons) et les colombes (jeunes filles). À cet effet, il leur communiqua son pouvoir qu’il avait, disait-il, reçu de Dieu, et sans lequel ils n’auraient pu réussir.

Le premier vénérable de la Sagesse Triomphante était le banquier Saint-Costard qui, déjà, à plusieurs reprises, avait été vénérable de la loge la Sagesse.

Avant son départ de Lyon, Cagliostro reçut des membres de la Sagesse Triomphante, pour lui et pour sa femme, des tabliers et autres symboles de la maçonnerie, tous richement brodés et ornés d’argent, d’or et de pierreries.

La consécration de la loge, dont le principal ornement était une statue du maître, eut lieu quelque temps après le départ de Cagliostro. Elle fut célébrée aussi solennellement que la consécration d’une église. Cagliostro envoya de Paris deux députés chargés de présider à sa place et de donner toutes les instructions nécessaires pour la cérémonie.

Elle fut très longue. Les adeptes, vêtus de blanc, un voile noir sur la tête, devaient rester en adoration, en se reposant une heure sur sept, jusqu’à ce que la colombe, enfermée dans un tabernacle, eût vu, dans une carafe, Moïse ou le Grand Kophte apparaître au milieu d’un nuage bleu et déclarer que le ciel était satisfait. À ce moment seulement, l’assistance pouvait rejeter les voiles de deuil et séparer.

L’adoration dura cinquante-quatre heures.

Voici d’ailleurs la lettre qu’un des adeptes écrivit à Cagliostro, qui se trouvait alors à Paris, pour lui donner quelques détails sur la consécration du nouveau local :

« Monsieur et Maître, rien ne peut égaler vos bienfaits, si ce n’est la félicité qu’ils nous procurent. Vos représentants se sont servis des clefs que vous leur avez confiées ; ils ont ouvert les Portes du grand temple, et nous ont donné la force nécessaire pour faire briller votre grande puissance.

L’Europe n’a jamais vu une cérémonie plus auguste et plus sainte ; mais nous osons le dire, Monsieur, elle ne pouvait avoir de témoins plus pénétrés de la grandeur du dieu des dieux, plus reconnaissants de vos sublimes bontés.  

Vos maîtres ont développé leur zèle ordinaire, et ce respect religieux qu’ils portent toutes les semaines aux travaux intérieurs de notre loge. Nos compagnons ont montré une ferveur, une piété noble et soutenue, et ont fait l’édification des deux frères qui ont eu l’honneur de vous représenter. L’adoration et les travaux ont duré trois jours et, par un concours remarquable de circonstances, nous étions réunis au nombre de 27, dans le temple ; sa bénédiction a été achevée le 27, et il y a eu cinquante-quatre heures d’adoration.

Aujourd’hui notre désir est de mettre à vos pieds la trop faible expression de notre reconnaissance. Nous n’entreprendrons pas de vous faire le récit de la cérémonie divine dont vous avez daigné nous rendre l’instrument ; nous avons l’espérance de vous faire parvenir bientôt ce détail par un de nos frères, qui vous le présentera lui-même. Nous vous dirons cependant qu’au moment où nous avons demandé à l’Éternel un signe qui nous fît connaître que nos vœux et notre temple lui étaient agréables, tandis que notre maître était au milieu de l’air, a paru sans être appelé le premier Philosophe du Nouveau Testament. Il nous a bénis après s’être prosterné devant la nuée bleue dont nous avons obtenu l’apparition, élevé sur cette nuée dont notre jeune colombe n’a pu soutenir la splendeur, dès l’instant qu’elle est descendue sur la terre.

Les deux grands prophètes et le législateur d’Israël nous ont donné des signes sensibles de leur bonté et de leur obéissance à vos ordres : tout a concouru à rendre l’opération complète et parfaite autant qu’en peut juger notre faiblesse.

Vos fils seront heureux, si vous daignez les protéger toujours et les couvrir de vos ailes ; ils sont encore pénétrés des paroles que vous avez adressées du haut de l’air à la colombe qui vous implorait pour elle et pour nous : dis-leur que je les aime et les aimerai toujours.

Ils vous jurent eux-mêmes un respect, un amour, une reconnaissance éternels, et s’unissent à nous pour vous demander votre bénédiction ; qu’elle couronne les vœux de vos très soumis, très respectueux fils et disciples.

Le frère aîné : ALEXANDRE TER… »

LIRE  Le Catéchisme de l’Eglise Gnostique 2

Nous ne possédons pas le texte de la réponse que fit Cagliostro aux membres de la loge de Lyon ; nous savons seulement qu’il leur affirma que, s’ils l’avaient vu en cette occasion dans les nuages, après sa mort, ils le verraient de même un jour dans sa gloire.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2

Il nous reste maintenant à examiner le rôle joué dans la maçonnerie française par le Rite égyptien et principalement par sa Mère-Loge, la Sagesse Triomphante.

Disons d’abord que le Rite égyptien ne fut pas reconnu par tous les autres Rites pratiqués en France. C’est ainsi que, quelques mois après la fondation de la Sagesse Triomphante, la Mère-Loge du Rite écossais philosophique ou Mère-Loge écossaise de France sous le nom de de Saint-Alexandre-d’Ecosse et du Contrat-Social réunis, arrêta qu’elle ne reconnaissait pas le Rite égyptien et qu’il serait adressé une circulaire aux loges et aux chapitres du régime philosophique pour les inviter à se défier des novateurs en maçonnerie, « lesquels sont d’autant plus dangereux qu’ils éloignent les véritables maçons du but auquel doivent tendre les frères de l’Ordre ». Et comme l’un de ses membres, le frère Devismes, devrait se rendre à Paris pour rendre compte de sa conduite.

Il en fut tout autrement du rite des Elus-Coëns (rite de Martinez Pascalis) ainsi que du régime des Philalètes ou chercheurs de la vérité, nouveau rite fondé par Savalette de Langes, qui avait installé à Paris la loge des Amis réunis dans le but de grouper les hauts maçons et illuminés, disciples de Swedenborg, de Pascalis, de Saint-Martin et de Weishaupt.

Le 24 août 1784, les Philalètes avaient décidé la réunion d’un Convent fraternel où se rencontreraient des représentants de tous les rites maçonniques, et qui aurait pour but principal d’étudier l’origine et la nature de la science maçonnique, ses rapports avec les sciences connues sous le nom de Sciences occultes ou secrètes enfin, de décider lequel était des régimes actuels le meilleurs à suivre, non comme coordination générale, mais pour faire faire aux disciples de prompts et utiles progrès dans la vraie science maçonnique.

Le Convent devait avoir lieu en janvier 1786. Mais, dans la suite, le Comité d’organisation décréta qu’il serait avancé d’une année, parce que le fameux Cagliostro étant en France, on en profiterait pour lui demander de venir exposer le système de son Rite égyptien.

On le voit, les Philalètes attachaient au Rite égyptien une très grande importance, et voyaient dans Cagliostro une des plus hautes personnalités de la Franc-Maçonnerie.

La proposition de convoquer Cagliostro avait été adoptée par le Comité organisateur, le 10 février 1785. Ce fut l’élu-coën Dessales, qui fut chargé de se rendre à Lyon, afin de savoir par Saint-Costard, vénérable de la Sagesse Triomphante, les intentions de Cagliostro. Il en rapporta la promesse que Cagliostro se rendrait au Convent s’il y était invité.

Le Convent fut ouvert le 19 février 1785, et le 10 mars le Comité organisateur écrivit officiellement à Cagliostro, par l’intermédiaire de Beyerlé, pour l’inviter à venir développer sa doctrine. Mais en dépit des promesses de Saint-Costard, Cagliostro ne se rendit pas à cette convocation. Il se contenta d’envoyer un manifeste emphatique qui, daté du 1er de l’an 5555, fut expédié le 6 avril par la Sagesse Triomphante. Ce manifeste était ainsi conçu :

LIRE  Aleister Crowley & la Franc-Maçonnerie

« Le Grand Maître inconnu de la maçonnerie véritable a jeté les yeux sur les Philalètes.

Touché de leur piété, ému par l’aveu sincère de leurs besoins, il daigne étendre la main sur eux et consent à porter un rayon de lumière dans les ténèbres de leur temple.

Ce sera par des actes et des faits, ce sera par le témoignage des sens qu’ils connaîtront Dieu, l’homme et les intermédiaires spirituels créés entre l’un et l’autre, connaissance dont la vraie maçonnerie offre les symboles et indique la route. Que les philalètes donc embrassent les dogmes de cette maçonnerie véritable, qu’ils se soumettent au régime de son chef suprême, qu’ils en adoptent les constitutions. Mais avant tout, le sanctuaire doit être purifié ; les Philalètes doivent apprendre que la lumière peut descendre dans le temple de la foi, et non dans celui de l’incertitude. Qu’ils vouent aux flammes ce vain amas de leurs archives ! Ce n’est que sur les ruines de la tour de confusion que s’élèvera le temple de la Vérité. »

Ce manifeste fut suivi d’une lettre de la Sagesse Triomphante, insistant pour que le Convent se pliât aux exigences de Cagliostro : « Ah ! bénissez, heureux Philalètes, le jour où vous attirâtes sur vous les regards de notre Maître, où il vous adressa les paroles de joie et de consolation contenues dans l’écrit ci-joint que nous vous envoyons de sa part. »

Un peu surpris par le ton du manifeste et par le lyrisme de la lettre, le Convent écrivit sans retard (le 12 avril) aux frères de Lyon pour leur demander une réponse plus précise et plus claire.

La réponse ne se fit point attendre. Elle est datée du 13e jour du 2e mois de l’an 5555 et porte au bas la signature hiéroglyphe de Cagliostro, ainsi que les signatures véritables de Montmorency, prince de Luxembourg, grand maître protecteur ; Laborde, grand inspecteur ; Saint-James, grand chancelier ; Devismes, grand secrétaire.

Les signataires de cette lettre déclaraient :

« Nous vous avons offert la vérité. Vous l’avez dédaignée. Nous donnons et vous avez voulu nous prescrire comment et à qui nous devons donner ; vous avez voulu gouverner notre marche dans une carrière où vous n’avez pas encore fait le premier pas.

Nous retirons donc nos offres, et ainsi tombent tous les scrupules et toutes les incertitudes que vous inspiraient vos formes… »

Après avoir donné lecture de cette lettre au Convent, Savalette de Langes expliqua que Cagliostro avait demandé que le Convent adhérât à son rite et formât une loge de la Maçonnerie égyptienne. Cette demande avait été transmise à la loge des Amis réunis, centre du régime des Philalètes qui, seule, pouvait y faire droit, et la Sagesse Triomphante avait été invitée à nommer des délégués pour donner tous les éclaircissements compatibles avec ses devoirs.

Cagliostro avait alors répondu par la lettre dont Savalette de Langes venait de donner lecture, déclarant que puisque l’Assemblée cherchait à établir une distinction entre le Convent et le régime des Philalètes pour arriver par une voie détournée à sauver des archives, dont la destruction lui était demandée, toute relation devait cesser entre elle et lui.

Le Convent résolut de déléguer auprès de Cagliostro le baron de Gleichen, dans le but de lui faire observer que, formé pour un temps limité et pour une besogne spéciale de maçons de divers rites, de pays différents, le Convent ne pouvait s’ériger en loge permanente et que, d’autre part, il serait désirable que ceux qui voudraient être initiés n’eussent pas besoin, pour obtenir leurs grades de faire le voyage de Lyon.

LIRE  Le Crata Repoa 2

Cagliostro répondit qu’il daignait permettre aux Phialètes de conserver leurs archives, mais qu’il était indispensable qu’une délégation de trois frères allât prendre à Lyon « les constitutions avec pouvoir et puissance ».

Trois délégués du Convent partirent pour Lyon : les frères Marnezia, Raimond et de Paul. Plusieurs entrevues eurent lieu, au cours desquelles le Grand Maître du Rite égyptien exposa sa doctrine et son rite.

Dans un rapport adressé au Convent, à la suite de leur seconde entrevue, les trois délégués se déclarèrent enchantés de Cagliostro.

« Sa doctrine, dirent-ils, doit être regardée comme sublime et pure et, sans avoir parfaitement l’usage de notre langue, il l’emploie comme les prophètes s’en servaient autrefois. » Après une troisième entrevue, les délégués écrivirent de nouveau au Convent une lettre enthousiaste. Ils annoncèrent qu’ils avaient fait les premiers pas dans la carrière égyptienne, que Cagliostro leur avait communiqué, sous le sceau de la parole d’honneur, les enseignements du Rite égyptien et qu’ils avaient entrevu dans cette communication une interprétation sublime de la Maçonnerie.

Les choses semblaient donc aller pour le mieux, lorsque, convaincus sans doute qu’ils n’avaient qu’à ordonner pour être obéis, Cagliostro et la loge la Sagesse Triomphante crurent de nouveau devoir exiger la destruction des archives des Philalètes et l’adhésion du Convent au Rite égyptien.

Les mêmes objections se reproduisirent. Irrité, Cagliostro envoya, le 30 avril, au Convent cette lettre qui est une véritable excommunication :

« À la gloire du Grand Dieu,

Pourquoi le mensonge est-il toujours sur les lèvres de vos députés, tandis que le doute est constamment dans vos cœurs ? Ne vous excusez point, car, je vous l’ai déjà écrit, vous ne m’avez point offensé. Dieu seul peul décider entre vous et moi.

Tous dites que vous cherchez la vérité ; je vous la présentai et vous l’avez méprisée. Puisque vous préférez un amas de livres et d’écrits puérils au bonheur que je vous destinais et que vous deviez partager avec les élus ; puisque vous êtes sans foi dans les promesses du Grand Dieu ou de son ministre sur la terre, je vous abandonne à vous-mêmes et, je vous le dis en vérité, ma mission n’est plus de vous instruire. Malheureux Philalètes, vous semez en vain, vous ne recueillerez que de l’ivraie. »

Après lecture de cette lettre, le Convent, se jugeant suffisamment éclairé sur les véritables intentions de Cagliostro, rompit toute négociation.

Le Convent clôtura ses séances le 26 mai 1785.

Cagliostro quitta Lyon le mois suivant. Il se rendit à Paris où devait éclater, quelques mois plus tard, la fameuse affaire du Collier, affaire qui fit le plus grand tort à sa réputation et, par là même, au Rite égyptien.

Peu à peu, ses fidèles l’abandonnèrent, ses loges disparurent. En 1789, la Sagesse Triomphante était la seule loge du Rite égyptien qui existât encore. En effet, lorsque vers la fin du mois de mai de l’année 1789, Cagliostro se rendait à Rome, où il devait être arrêté par ordre de l’Inquisition, il fit en route la connaissance de jeunes Romains qui lui demandèrent de les initier dans le Rite égyptien. Il leur réclama cinquante écus pour la patente, qui devait être expédiée de Lyon.

Peu après l’arrestation de Cagliostro, son internement au château Saint-Ange et sa mort mystérieuse portèrent le dernier coup au Rite égyptien déjà bien compromis. La Sagesse Triomphante disparut. Ses membres se rallièrent aux autres rites et il ne resta plus rien de l’œuvre maçonnique de Cagliostro.

J.-B. BRICAUD.

Retour à la première partie.

Cagliostro et la franc-maçonnerie lyonnaise 2 – seconde partie, par Jean Bricaud. Revue d’histoire de Lyon, 1910.

GAUDÍ ET LA FRANC-MAÇONNERIE 17 septembre, 2019

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GAUDÍ ET LA FRANC-MAÇONNERIE

gaudi face

Publié le 26 février 2008

Que Gaudí ait été catholique pratiquant et dévot, cela ne fait aucun doute, et que certains des symboles utilisés par l’architecte soient, bien évidemment, chrétiens, non plus. Cependant, il existe d’autres symboles présents dans son oeuvre (le X, les pendentifs, les compas, les éléments de l’alchimie, le serpent vertical etc.) qui vont au-delà du domaine de la symbolique catholique et dont l’explication ne peut pas lui être strictement attribuée. Nous pourrions ainsi dire que Gaudí a expérimenté une voie autonome dans le domaine de la spiritualité, se situant, bien entendu, au sein de l’orthodoxie catholique, mais avec une pratique allant au-delà du catholicisme. Et il faut préciser que les constructions de Gaudi sont riches en signes et en symboles, patrimoine de certaines sociétés secrètes. Tous les biographes de Gaudí s’accordent sur le fait que, au cours de sa jeunesse, l’architecte s’est intéressé aux idées sociales avancées de Fourier y Ruskin, outre le fait d’entretenir des rapports avec les mouvements sociaux les plus avancés de l’époque. Son amitié avec des socialistes utopiques et des anarchistes liés à des milieux franc-maçonniques, qui est mise en évidence dans ses premières oeuvres, amène à penser que ce fut peut-être dans ces milieux que Gaudí est entré en contact avec une loge. On sait également qu’il appartenait à de curieuses associations de l’époque organisant des excursions (dont la finalité allait au-delà des simples sorties et goûters champêtres). Certains biographes de Gaudi argumentent qu’il était franc-maçon et que certaines de ses œuvres telles que ‘ »La Sagrada Familia » et le « Parc Güell » renferment de nombreux symboles de la franc-maçonnerie. L’écrivain Josep Maria Carandell analyse dans son livre Le parc Güell, utopie de Gaudí, de nombreux détails ayant une évidente origine franc-maçonnique et rejette l’argument de manque de preuves, car il s’agissait d’une société secrète « probablement liée à la franc-maçonnerie anglaise ». Mais Carandell n’est pas le seul à dresser un portrait de Gaudi sous un jour n’étant pas précisément catholique. Le premier à parler de la franc-maçonnerie de Gaudí fut l’écrivain anarchiste Joan Llarch, dans le livre Gaudí, une biographie magique. Llarch affirme que Gaudí aurait, lors de ses excursions en montagne, ingéré le champignon hallucinogène Amanite Tue-mouche, dont il se servirait bien plus tard de décoration pour l’une des maisonnettes situées à l’entrée du Parc Güell. Apparemment, ce champignon entraîne des états altérés de conscience et le passage vers une réalité. Cet état aurait-il permis à Gaudí d’’halluciner’ les formes caractéristiques de son architecture? Eduardo Cruz, un autre de ses biographes, affirme qu’il a appartenu aux rose-croix, et certains autres vont même jusqu’à insinuer qu’il a eu des tendances panthéistes et athées. Les détracteurs de ces théories affirment qu’un chrétien tel que Gaudí ne pourrait en aucun cas être franc-maçon, car la franc-maçonnerie ne s’intéresse pas à ce que l’on appelle l’autre vie de l’âme, et croit que l’homme n’est ni le corps mort, ni l’âme. D’où la contradiction avec la doctrine catholique qui croit à la transcendance et à la résurrection de la chair.

Il est vrai qu’à la lumière des contradictions signalées, il est possible d’observer deux étapes différentes dans la vie de Gaudí. D’une part, nous avons  un Gaudí qui, dans sa jeunesse a vécu dans une ambiance saturée de membres de sociétés secrètes et initiatiques (compagnie qu’il n’abandonna jamais totalement, comme en témoigne son amitié avec le peintre uruguayen et franc-maçon néopythagoricien notoire Joaquim Torres García). Et d’autre part, nous avons un Gaudí qui, dans sa maturité, au fil des années, accentua peu à peu son catholicisme, en l’intériorisant de plus en plus. L’architecte s’est peu à peu transformé en une personne mystique, en marge de toute obédience, rite ou discipline.

LES SYMBOLES

Comme cela a été mentionné précédemment, l’œuvre de Gaudí contient d’innombrables exemples de symbolique ésotérique liée à la franc-maçonnerie, l’alchimie et l’hermétisme. En voilà quelques-uns des plus remarquables:

FOUR DE FUSION ou ATHANOR

Sur le perron de l’entrée du Parc Güell, nous trouvons une structure en forme de tripode qui, à l’intérieur contient une pierre non ouvragée, à l’état brut. Cet élément représente la structure basique d’un four de fusion alchimiste et est une copie du modèle qui apparaît sur un médaillon du portail principal de la cathédrale de Notre-dame de Paris.

En essence, l’athanor contient une enveloppe extérieure composée de briques réfractaires ou de ciment. Son intérieur est rempli de cendres qui enrobent l’ »œuf philosophique », la sphère en verre à l’intérieur de laquelle se trouve la matière première ou la pierre à l’état brut. Un feu situé dans la partie inférieure se charge de chauffer l’œuf, mais indirectement, car la chaleur est diffusée par les cendres.

Outre le fait d’être une technique spirituelle ou une forme de mystique, l’alchimie se basait également sur le travail sur les minéraux et sur les opérations physiques concrètes et elle se caractérisait par l’équivalence ou le parallélisme entre les opérations du laboratoires et les expériences de l’alchimiste sur son propre corps. Ainsi, l’athanor représentait la reproduction du corps, le souffre correspondait à l’âme, le mercure à l’esprit, le soleil au cœur et le feu au sang.

Il existe deux étymologies du mot athanor: il dériverait d’une part de l’arabe « attannûr », four et d’autre part du mot grec « thanatos », morte, lequel, précédé de la particule « a », exprimerait le sens « non mort », c’est à dire, vie éternelle, etc.

LES TROIS DEGRÉS DE PERFECTION DE LA MATIÈRE

Nous faisons ici référence à la pierre brute se trouvant à l’intérieur de l’athanor. La pierre non ouvragée représente le premier degré de perfection de la matière, le second degré est représenté par la pierre taillée en forme de cube, et en troisième lieu un cube s’achevant en pointe, c’est à dire, avec une pyramide superposée. Dans la symbolique franc-maçonne, ces trois formes représentent également les trois positions pouvant être assumées au sein de la Loge: apprenti, compagnon et maître; en suivant le même schéma des degrés traditionnels des confréries ouvrières médiévales.

Dans la tour Bellesguard, également connue sous le nom de Casa Figueras, Gaudí a fait prendre forme à tout ce symbolisme. La structure du bâtiment, situé au pied de la sierra de Collserola et construit en pierres et en briques, se compose d’un cube couronné d’une pyramide tronquée.

L’ordre des francs-maçons dit que « chaque homme doit tailler sa pierre ». Et cette pierre sera aussi bien la pierre angulaire du temple que la pierre angulaire de la personnalité du franc-maçon. Le travail ultérieur de perfectionnement consistera à superposer une pyramide au-dessus du cube.

LA CROIX ORIENTÉE VERS SIX DIRECTIONS

Cet élément qui se trouve dans la plupart des constructions de Gaudí tel une sorte d’obsession, est une représentation d’un principe enraciné dans ses croyances mais appartenant, tout du moins formellement, au champ de l’Église.

Gaudí a utilisé deux techniques pour réaliser les croix orientées vers six directions:

-Nous trouvons la première au Couvent des Thérésiennes et c’est également un développement évident de la pierre cubique; il s’agit de la projection spatiale de la pierre cubique.

-          Au “Turú de las Menas”, on observe les six directions de l’espace décomposées deux par deux grâce à deux croix, l’une située est-ouest et l’autre nord-sud.

-          Au Turú de las Menas du Parc Güell, se trouvent trois croix qui ne sont autres que deux tau, chacun d’eux ayant été superposé par un cube couronné par sa pyramide correspondante. Ces tau indiquent les directions nord-sud et est-ouest et, entrelacés, ils nous indiquent les quatre points cardinaux. La troisième croix, quant à elle,  est une flèche qui indique une direction ascendante.

Lettre initiale du mot terre, le tau est un symbole d’origine ancienne qui apparaît sur des monuments mégalithiques des îles Baléares sous forme de taules (un piédestal soutenant une surface pierreuse).

Au sein de la franc-maçonnerie, le tau a un symbolisme précis. Il représenterait d’une part à  Mathusael, le fils de Caïn qui aurait créé ce symbole afin de reconnaître ses descendants et qui serait, d’autre part, le signe de reconnaissance que réaliserait l’officiant avec la main droite lors de la cérémonie d’accès au degré de Maître.

LE X

Ce symbole se trouve dans la Crypte de la Colonie Güell, où il est présent jusqu’à trois reprises, et également sur le portail de la Naissance de la Sagrada Familia, sur la croix qui couronne l’Arbre de la Vie, sur laquelle se trouve un grand X. Dans la symbolique franc-maçonnique, le X a une grande importance dans la géométrie sacrée, car ce symbole est réalisé sur la base d’un hexagone régulier et celui-ci forme le périmètre intérieur de deux triangles équilatéraux entrelacés, lesquels dessineraient l’étoile de David, qui serait la notation alchimique des quatre éléments de base. L’hexagone est une forme très récurrente dans l’œuvre de Gaudí, forme dont il est même possible d’extraire un cube volumétrique si nous divisons le hexagones en trois losanges. Il faut signaler que le X était en outre la notation alchimique du Creuset, un instrument nécessaire pour l’œuvre alchimique.

De même, le  X est également traditionnellement lié à l’apôtre André, crucifié sur cette forme.

LE PELICAN

Cet animal, symbole du Christ, nous pouvons le trouver au Musée de la Sagrada Familia et il était destiné au Portail de la Naissance. Le pélican est la représentation de la Mort et de la Résurrection, car il se disait qu’il ressentait un amour si fort pour ses enfants que, lorsqu’ils avaient faim, il s’ouvrait le ventre avec son propre bec pour les alimenter.

Selon une autre version, irrité parce que ses petits ne cessaient lui donner des coups avec leurs ailes, il les tuait, puis, repenti, il se suicidait en s’enfonçant le bec dans le ventre. Selon une dernière version du thème, le suicide et le fait qu’il s’enfonce le bec dans le ventre sont écartés et elle raconte que ses larmes ressuscitent ses petits morts.

Le degré 18 de l’ordre des francs-maçons, appelé « degré Rose-croix », a pour symbole le pélican prêt à s’ouvrir le ventre et entouré de ses enfants; sur sa tête il y a une croix avec une rose rouge hachée ainsi que la légende I.N.R.I.

Le pélican représente l’étincelle divine latente qui se niche au sein de l’homme, son sang est véhicule de vie et de résurrection et sa couleur est le blanc, symbolisant le dépassement de la première phase de l’œuvre alchimique. La troisième phase suppose de passer à travers de l’expérience du rouge, que prend forme lors de l’explosion d’une grande rose rouge au centre de la poitrine.

LA SALAMANDRE, LE SERPENT ET LES FLAMMES

Le cercle situé sur le perron de l’entrée du Parc Güell a fait l’objet d’une interprétation patriotique-nationaliste, mais il n’existe aucune raison pour laquelle Gaudí aurait eu à faire une démonstration publique de quelque chose qui est secondaire dans sa hiérarchie d’aspirations et de convictions. C’est pourquoi, il convient de procéder à une interprétation hermétique de la symbolique de cet élément, unique interprétation intégrant la totalité de l’ensemble: une tête de serpent située au centre d’un grand disque, entourée de flammes et celles-ci d’eau.

Les hermétistes étaient connus comme « des philosophes par le feu » et la base de leur oeuvre consistait à ordonner le chaos; comme à l’aube des temps la ruine et le mal, œuvre du serpent, s’étaient étendus de par le monde, pour ordonner ce chaos il est nécessaire de le brûler. Ainsi, le cercle symbolise le chaos, l’oriflamme est la flamme contenant le souffre et le serpent est l’esprit mercuriel.

LE LÉZARD

C’est l’animal qui descend de l’athanor jusqu’au disque décrit précédemment et qui a été interprété comme une salamandre, un iguane, voire un crocodile, mais sa caractéristique la plus importante est son dos sinueux. Il s’agit d’une image esthétique qui suggère une impression de mouvement très accusée, une représentation du mercure originaire, une réitération des fonctions de l’athanor, c’est à dire, opérer la séparation, décanter les partes fixes du minéral des parties volatiles.

Les perrons du Parc Güell s’offrent à nous comme un paradigme hermétique qui contient les principes de l’œuvre et c’est pour cela même que de très nombreux textes alchimiques insistent sur le fait que toute l’œuvre est réalisée à travers le mercure.

L’ARBRE SEC ET L’ARBRE DE LA VIE

L’amour de Gaudí pour la nature a toujours été présent dans toute son oeuvre. Ses constructions sont remplies d’éléments d’ornementation faisant référence au règne végétal. Le symbolisme alchimique est extrêmement riche d’images liées à l’agriculture et au règne végétal.

L’Arbre Sec représente le symboles des métaux réduits de ses minéraux et fondus; la température du four leur a fait perdre la vie et il faut par conséquent les vivifier. Dans l’Arbre Sec, il existe toujours une étincelle de vie, celle qui rend sa résurrection possible; c’est pourquoi, il est toujours possible de constater qu’il possède quelques feuilles indiquant la possibilité de reverdir à nouveau. L’image de l’Arbre Sec a été placée par Gaudí dans ses œuvres majeures, et représente une nature végétale pétrifiée qui maintient néanmoins, un foyer de vie. Ces images sont nombreuses dans le Parc Güell.

L’Arbre de la Vie, comme son nom l’indique, est l’arbre immortel, le symbole de la vie éternelle. La représentation iconographique la plus réitérative de ce type d’arbre est le cyprès. L’architecte catalan le situe au centre du portail de la Naissance de la Sagrada Familia, entouré de blanches colombes qui, à leur tour, symbolisent les âmes renouvelées qui s’élèvent vers le ciel.

LE DRAGON IGNÉ ET LE LABYRINTHE

L’image du dragon est une constante dans l’œuvre de Gaudí. Il s’agit bien sûr d’une image que nous associons immédiatement à légende de Sant Jordi, patron de la  Catalogne, mais, à la différence d’autres architectes modernistes, Gaudí le représente toujours de façon solitaire. Le dragon situé sur la grille des pavillons Güell est inspiré de « L’Atlantide » de Verdaguer; il s’agit d’un dragon enchaîné qui garde l’accès au jardin des Hespérides.

Le dragon est lié au symbolisme du serpent, il s’agit ni plus ni moins d’un serpent ailé qui lance des flammes par la bouche ou par les narines. Les rose-croix ont introduit des images de cavaliers plantant leurs lances sur des dragons furieux. Si nous analysons les caractéristiques mythiques de cet animal, son ardeur ignée apparaît comme la représentation de nos instincts les plus incontrôlables. Vaincre cette force, dominer notre esprit, suppose la possibilité de pénétrer dans les domaines de l’Être.

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SOURCE : http://la-grenouille-en-folie.over-blog.com/

La mixité est-elle inéluctable en Franc-maçonnerie ? 26 juillet, 2019

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La mixité est-elle inéluctable en Franc-maçonnerie ?

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Que peut-on voir ?

 

            Passez donc, à l’heure des sorties de classe, devant un collège ou un lycée. Les jeunes s’ébrouent, garçons et filles très mêlés, plus hâtifs les uns que les autres de passer la porte et de se retrouver dehors. L’école nous offre son flot de mixité ; mixité sociale, ethnique, culturelle et bien sûr sexuelle (pas de mixité d’âge et pour cause). Puis, petit à petit se forment des rapprochements de bavardage, de copinage. Le mouvement s’ordonne par groupes d’affinités où l’on remarque la dissociation des sexes, les filles et les garçons ensemble mais séparés, formant de petites bandes unisexes, quelques amoureux cependant encore témoins d’une proximité mixte fédèrent autour d’eux copains et copines. Avec sa liberté, la jeunesse se regroupe ; des clans s’agencent rompant d’avec la mixité de l’intérieur de l’école.

Les enseignants sortent un peu plus tard, la plupart sont des femmes.

 

Rendons-nous maintenant sur un lieu de compétition sportive. Oh, mais les équipes participantes sont exclusivement masculines ou féminines ! Pas de mixité sur le terrain (sauf en double mixte de tennis). Les spectateurs sont pour la plupart des hommes.

 

Voilà deux illustrations des nombreuses questions que l’on peut se poser sur le thème de la mixité.

Que faut-il entendre par mixité ?

 

            Dans une société, la mixité évoque d’emblée la notion de mélange sur la base de plusieurs critères : le sexe, le niveau social, la culture, l’ethnie, la religion (ou pas), l’appartenance à un engagement politique, la nationalité…

Dans la visée d’une réflexion sur ce sujet en franc-maçonnerie, nous ne nous attacherons qu’au seul critère qui fait polémique, celui du sexe.

Dans la société occidentale encore patriarcale au XXème siècle, la mixité c’est avant tout la volonté des femmes de pénétrer des milieux réservés aux hommes. Concrètement, il s’agit d’assurer l’accès des femmes aux mêmes chances, droits, occasions de choisir, conditions matérielles (par exemple, même accès aux soins médicaux, partage des ressources économiques, même participation à l’exercice du pouvoir politique) que les hommes, tout en respectant leurs spécificités.

Quel est l’état de la mixité ?

 

            La mixité s’est imposée malgré elle, comme une « révolution tranquille » en concomitance avec l’évolution des mœurs, sous l’influence des mouvements féministes qui, notamment à partir des années 1970, demandent à la société de regarder les femmes autrement. La société devient peu à peu mixte dans tous les lieux de socialisation et surtout à l’école.

 

Avec les commandements élaborés par le judéo-christianisme, formalisant une morale sociétale, l’homme a cherché à se donner, d’abord, des devoirs de sociabilisation puis des droits immanents et supérieurs, des droits « inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés », droits naturels, et donc opposables en toutes circonstances à la société et au pouvoir, à travers une législation qui, aujourd’hui, pose heureusement, en principe, la séparation des pouvoirs religieux et judiciaire à partir d’un socle développé au XVIIIe siècle et qui évolue encore de nos jours : la première génération fut celle des droits de l’homme civils et politiques ; puis la deuxième génération celle des droits économiques et sociaux ; la troisième génération celle des droits de solidarité ; la quatrième génération celle des droits globaux. Aujourd’hui, les principes des devoirs de l’homme sont devenus, en Europe, les droits de l’Homme inscrits dans la  Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, usuellement appelée Convention européenne des droits de l’homme.  

La Convention européenne des droits de l’homme postule une identité de règles universelles parce qu’elles concernent l’humain. En tant qu’unité, on peut donc dire qu’on retrouve avec la Convention une supra loi morale des temps modernes régissant les divers systèmes juridiques nationaux. A la différence de la morale religieuse qui veut élever l’humain vers le « vivre ensemble » et surtout vers Dieu, la morale des droits de l’Homme protège l’Homme contre la société, pour lui permettre d’y vivre en égalité de dignité.

L’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme concernant l’interdiction de discrimination édicte : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ». L’égalité entre les femmes et les hommes, c’est une visibilité, une autonomisation et une participation égales des femmes et des hommes, et ce, dans tous les domaines de la vie publique et privée. Ainsi, l’Organisation combat toutes les atteintes aux libertés et à la dignité des femmes et a pour objectif de mettre fin à la discrimination fondée sur le sexe.

En octobre 2007, le Comité des Ministres a adopté une recommandation visant à encourager l’adoption de mesures relatives à la mise en œuvre de l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes à tous les niveaux des systèmes éducatifs des 47 États membres du Conseil de l’Europe.

Quelle évolution de la mixité dans les systèmes éducatifs ?

            N’oublions pas que les filles étaient interdites dans l’enceinte des lycées en 1808. N’oublions pas qu’il faut attendre 1880 pour que les filles soient admises dans le secondaire et que la loi de 1882 de Jules Ferry, qui rend obligatoire l’école pour les enfants des deux sexes de 6 à 13 ans, précise que l’instruction primaire doit comprendre «pour les garçons, les exercices militaires, pour les filles les travaux à l’aiguille».

 

La mixité va, alors, constituer l’une des révolutions pédagogiques les plus importantes en France. Pourtant, elle s’est effectuée « sans même qu’on y prête attention ».

 

La mixité dans l’enseignement fait ses premières apparitions avec les grandes écoles nationales :

1906, l’École des Chartes ; 1912, l’École Normale Supérieure de l’enseignement technique de Cachan ; 1917, l’École supérieure d’électricité ; … 1920, l’École Centrale et de nombreuses écoles d’ingénieurs ; 1945, l’École Nationale d’Administration (avec cependant des réserves d’admission à certains emplois pour les femmes). A cette date,  les Instituts d’études politiques (jusqu’alors réservés aux hommes) s’ouvrent aux femmes comme Polytechnique en 1970, HEC et St Cyr en 1975, l’École navale en 1992.

 

L’instauration de la mixité dans les établissements scolaires est plus tardive et demeure timide jusqu’aux années 1960.

Le premier lycée mixte est le lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur, fondé en 1937. Ce choix répond d’ailleurs plus à des motivations économiques qu’idéologiques. Néanmoins, au cours de l’année scolaire 1958-1959, 30% seulement des écoles primaires sont mixtes.

A partir de la fin des années 1950, le gouvernement favorise la généralisation de la mixité scolaire. En 1959, notamment, le ministre de l’éducation nationale Jean Berthoin décide de ne construire que des lycées mixtes. Les collèges d’enseignement secondaire (CES) créés par la réforme Capelle-Fouchet de 1963 sont mixtes dès l’origine. Toutefois, les lycées de garçons et les lycées de jeunes filles subsistent. L’évolution des mentalités est progressive. Les adversaires de la mixité craignent la distraction des élèves et en appellent au sérieux de l’apprentissage scolaire. Ses défenseurs, à l’inverse, évoquent la curiosité malsaine des élèves, exacerbée par la séparation des sexes et soutiennent que la mixité favorise un enrichissement intellectuel réciproque et la formation de personnalités équilibrées. Les jeunes filles, qui y voient un pas de plus vers l’égalité, sont par ailleurs souvent plus désireuses d’aller dans des lycées mixtes que les garçons.

Finalement, les décrets d’application de la loi Haby du 28 décembre 1976 rendent la mixité obligatoire dans l’enseignement primaire et secondaire. Aujourd’hui, les établissements non mixtes de l’enseignement privé accueillent des effectifs très réduits.

En France, ce n’est qu’en 1982 que le principe égalitaire de l’enseignement mixte est officiellement affirmé : un arrêté du 12 juillet sur l’action éducative contre les préjugés sexistes dépasse la notion de mixité et vise à promouvoir une réelle égalité des chances entre filles et garçons et à faire disparaître toute discrimination à l’égard des femmes. S’agissant des textes réglementaires, le décret n° 90-788 du 6 septembre 1990 relatif à l’organisation et au fonctionnement des écoles maternelles et élémentaires prévoit, dans son article 6, que « les classes maternelles et élémentaires sont mixtes ».

Les termes « mixité » ou « mixte » n’apparaissent que rarement dans les textes, et sont absents du code de l’éducation.

Le ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche a néanmoins indiqué qu’il est possible de « considérer que le terme mixité apparaît en filigrane dans plusieurs textes qui évoquent l’égalité entre les hommes et les femmes ».

La mixité est-ce la même chose que l’égalité ?

 

            Si la notion d’égalité n’est pas contradictoire avec la notion de différence, cependant on peut considérer qu’elle n’est que connexe avec la notion de mixité. Dire que le droit à l’éducation doit être le même pour filles et garçons ne veut pas dire qu’il faut les mettre ensemble au même moment pour recevoir cette éducation. Le législateur lui-même a tenu compte de cette différentiation au point d’utiliser les termes égalité et mixité de façon distincte dans  l’article 1er, alinéa 6 de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui précise que la politique mise en œuvre doit veiller à l’évaluation   »des actions visant à garantir l’égalité professionnelle salariale et la mixité dans les métiers ».

L’égalité entre hommes et femmes conduit-elle à les faire vivre ensemble dans toutes les circonstances de la vie ?

Peut-on imaginer des équipes sportives professionnelles comme celles du football ou du rugby mêler femmes et hommes sur le terrain; qui le souhaiterait ?  Et pourtant, la juxtaposition des sexes, pas l’égalité des droits et des devoirs, tel est en fait le débat au sein  de la Franc-maçonnerie où, pourtant, il existe déjà des obédiences mixtes depuis la fin du 19ème siècle.


¬ Née en 1693, son père et ses frères étaient des aristocrates francs-maçons, dans le comté de Cork en Irlande. En 1712, alors que lord Doneraile, son frère, était vénérable, leur loge organisait ses tenues dans l’enceinte du domicile familial. La jeune femme aurait assisté à une tenue maçonnique grâce à un trou dans un mur en travaux, dans une bibliothèque contiguë à la loge. Ayant été surprise, son cas donna lieu à une réunion de plus de deux heures à l’issue de laquelle il fut décidé de lui offrir le choix entre l’initiation et la mort. Elle accepta l’initiation et serait restée membre de la loge jusqu’à son décès à l’âge de 95 ans

¬ Aux États-Unis, un franc-maçon de Boston nommé Robert Morris fonda en 1850 un ordre mixte d’inspiration maçonnique, nommé Order of the Eastern Star qu’il ouvrit aux femmes à condition qu’elles soient filles, veuves, épouses, sœurs ou mères de franc-maçon. Cet ordre, qui existe toujours, a connu un grand succès aux États-Unis mais ne s’est guère développé en dehors. Il dispense un enseignement basé sur la Bible et s’occupe principalement d’activités morales ou charitables

¬ Le lieu avait été choisi pour évoquer la dissolution des sociétés secrètes par le maréchal Pétain, exactement soixante-dix ans auparavant.

 

Comment la mixité est-elle apparue en franc-maçonnerie ?

 

            Au début du 18ème  siècle, l’instruction, le pouvoir, la représentativité étaient uniquement masculins et l’on doutait encore à cette époque qu’une femme puisse avoir une âme, en fait, elle était considérée comme légalement mineure, donc non libre de l’autorité de leur père ou mari. Alors comment imaginer une femme en franc-maçonnerie ! On comprend mieux pourquoi, dans les Constitutions fondatrices, la franc-maçonnerie lui était interdite. La Franc-maçonnerie était le reflet de la société de l’époque. A remarquer qu’en ce temps, il n’y avait naturellement pas de Juifs en Maçonnerie, puisque ceux-ci, comme les femmes, étaient privés de droits civiques avant la Révolution Française. Aucun règlement maçonnique n’avait besoin de préciser ce qui allait alors de soi.

 

C’est à la fin du 19ème  siècle, en France, que va apparaître pour la première fois une véritable franc-maçonnerie mixte. En effet, jusque là, les formes féminines ou mixtes de la franc-maçonnerie étaient restées :

  • anecdotiques (quelques rares cas isolés comme celui d’Élisabeth Aldworth¬)
  • marginales (la franc-maçonnerie égyptienne de Cagliostro)
  • assujetties à des loges masculines aristocratiques (les loges d’adoption)
  • ou para-maçonniques dans leurs rites et pratiques (l’ordre de l’Eastern Star¬)

Mis à part le cas exceptionnel d’Élisabeth Adlsworth (initiée en 1712), ce n’est que le 14 janvier 1882 que la loge maçonnique  »Les libres Penseurs du Pecq » confère l’initiation à une femme, Maria Deraismes. Celle-ci, femme de lettres reconnue, journaliste engagée est une oratrice de talent. L’événement est important car c’est la première fois qu’une femme est initiée franc-maçon avec le rituel jusqu’alors réservé aux hommes.

En fait, rapporte le journal Le Matin du 4 avril 1893, ce fut  »une cérémonie dans laquelle la postulante, introduite à visage découvert dans le temple, voyait pour toute épreuve, le vénérable descendre de l’Orient, et venir lui présenter ses respects ». La Grande Loge Symbolique Écossaise à laquelle appartenait la loge, ne goûtant guère cette initiative, la mit de ce fait en sommeil.

L’initiation de Maria Deraismes aurait pu n’être qu’un épisode sans suite. Il n’en a rien été grâce à l’engagement du docteur Georges Martin. Après janvier 1882 Maria Deraismes n’assiste à aucune réunion maçonnique. Pourtant l’idée de l’admission des femmes en Franc- maçonnerie continue à faire son chemin soutenue depuis longtemps par Léon Richer. Georges Martin qui est membre d’un atelier de la Grande Loge Symbolique Écossaise fait deux tentatives pour entraîner cette obédience à prendre la décision : en 1890 il propose que sa loge « La Jérusalem écossaise » crée, parallèlement, une loge admettant les femmes. En 1891 il adresse une demande à la GLSE pour que chaque loge de cette obédience soit libre de se déterminer ; en vain. Georges Martin décide d’agir différemment : il va allumer une loge mixte indépendante, ainsi, dès le 1er juin 1892 Maria Deraismes réunit chez elle un certain nombre de femmes. Le 4 mars 1893 elles prennent la décision de créer une loge mixte. Cela se fera en quatre étapes : le 14 mars 1893 on procède à l’initiation de 17 femmes, les 24 mars et 1er avril elles sont élevées au 2ème et 3ème degrés, le 4 avril la loge mixte est créée. Elle prend le titre distinctif de Grande Loge Symbolique Écossaise de France le Droit Humain ; ses statuts sont déposés en mai à la préfecture de la Seine. Maria Deraismes en est vénérable, Clémence Royer, vénérable d’honneur et Georges Martin, orateur. Le Rite Écossais Ancien et Accepté est choisi. La GLSE de France comme toute Grande Loge ne comprend que les trois premiers degrés. Pour atteindre les autres degrés c’est-à-dire les hauts Grades, les maçons devront aller dans une autre obédience Des ateliers se sont créés à Blois, à Lyon, à Rouen, à Paris, à Zurich. Le 16 mai 1896 on modifie les statuts. L’obédience devient la GLSE Mixte. Pouvait- on en rester là, avec seulement les trois premiers degrés ? En 1899 le frère Décembre-Allonier confère le 33ème  degré à dix maçons du Droit Humain ce qui permet, en mai 1899, de constituer un Suprême Conseil. En 1901 la GLSE Mixte fait place à l’Ordre Maçonnique Mixte et International le Droit Humain administré par le Suprême Conseil. A la mixité et l’internationalisme s’ajoute la continuité initiatique puisque tous les ateliers du 1er  au 33ème  degré sont réunis dans un même ensemble pyramidal.

Les femmes, mieux la mixité, sont entrées dans la forteresse maçonnique ; elles portent désormais le titre de sœurs.

Et depuis, y a-t-il d’autres obédiences mixtes ?

            Il faut attendre février 1973 pour observer la création d’une autre obédience mixte. Trois loges du Droit Humain, «Lucie Delong », « Marie Bonnevial » et « Le Devoir », suivies d’une centaine de membres abandonnent la rue Jules Breton et fondent une nouvelle obédience, la Grande Loge Mixte Universelle. La direction de ce groupe est prise pas la Sœur Eliane Brault et le Frère Raymond Jalu.

En 1982, une scission enfantera la Grande Loge Mixte de France.

Mais il est à remarquer, qu’entre temps, deux obédiences strictement féminines, la Grande loge Féminine de France (1952) et la Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm (1971), sont créées.

 

Pour faire quoi avec la mixité ?

 

            Essayons de dégager comment les obédiences mixtes abordent leur spécificité.

 

Aux détours de leur présentation, certaines obédiences mixtes trouvent si naturel d’associer hommes et femmes en loge qu’elles ne justifient pas la mixité. Elles apparaissent comme telles soit parce qu’elles le déclarent comme à la Grande Loge Mondiale de Misraïm,  « c’est un Ordre (mixte depuis 1785) », soit parce que leurs membres sont désignés par « frères et sœurs ».

            Grande Loge Mixte Universelle : La mixité y est affirmée comme totale. La volonté d’établir l’égalité entre hommes et femmes implique pour nous le choix d’un travail en commun, c’est pourquoi nos Loges sont mixtes.

            Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal : Les Loges de l’OITAR peuvent être masculines, féminines ou mixtes. Dans les faits, une très grande majorité des Loges de cette obédience sont mixtes. Toutes les Loges mixtes ou non mixtes ont l’obligation de recevoir sans discrimination tout visiteur, Sœur ou Frère, reconnu franc-maçon régulier.

            Grand Orient Traditionnel de Méditerranée, lapidairement, reconnaît l’initiation féminine, au nom de la dimension universelle de la Franc-maçonnerie.

            Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis : la mixité est une position de principe fondée sur la reconnaissance de la complémentarité entre Hommes et Femmes et, par conséquent, sur l’enrichissement réciproque que chaque moitié d’humanité peut, et doit, apporter à l’autre. « Pour nous, il s’agit donc bien de valoriser la pratique de la mixité grâce à laquelle Frères et Sœurs, sans se prévaloir mais aussi sans renier les valeurs propres à leur sexe, bénéficient de la confrontation des différences. Par une démarche initiatique commune, ils affirment ainsi leurs caractères spécifiques sans jamais tomber dans un nivellement asexué destiné à gommer toute particularité. Néanmoins, attentifs au respect de la tradition, la mixité de nos ateliers respecte les règles propres à chaque rite. Ainsi, les Loges placées sous l’autorité du Régime Écossais Rectifié sont-elles strictement masculines comme l’impose la tradition de ce rite et il en est évidemment de même pour le Rite Féminin, dit de Constant Chevillon, dont le nom lui-même circonscrit bien à qui il est offert ».

Mixité oui mais pas trop, des centrales nucléaires, oui, mais pas trop grosses !

En fait, on voit là poindre la relation ambigüe du principe de mixité avec la notion de rituel.

 

L’exclusion des femmes est devenue une faiblesse, un archaïsme, une fixation névrotique. » Alors que les frères « trois points » se vantent, dans le sillage des mouvements féministes des années 1960 et 1970, d’avoir contribué à la libéralisation de la contraception et de l’avortement, la proportion de femmes dans les temples n’est passée, depuis trente-cinq ans, que de 9 à 17%, celle des maçons en loges mixtes que de 7 à 13%, et celle des hommes en mixité que de 3 à moins de 8% ! C’est dire si, sous le tablier, le « sexe fort » juge dérangeante la compagnie du « beau sexe » !

La mixité fait-elle polémique dans les obédiences masculines ?

 

            Les querelles à propos  du GADLU, de l’engagement politique, de la ségrégation raciale et bien sûr de la mixité constituent les principales raisons des schismes sur la régularité maçonnique.

La considération des sœurs par les obédiences dites libérales est acquise, elles sont même reçues en visite dans les loges du GO depuis 1974.

Aujourd’hui, l’exclusion systématique des sœurs des visites de loges masculines libérales existent toujours avec plusieurs échelles de valeurs, bien que la reconnaissance des obédiences mixtes et féminines sont admises d’une part et d’autre.

Le GODF, avant d’initier des femmes, avaient 30% de ses loges qui refusaient la visite des sœurs soit pour toute la durée de leurs tenues, soit pour une cérémonie comme l’initiation. Plus encore, en 2008, le GO a suspendu 169 de ses membres pour avoir initié six femmes dans 5 ateliers de cette obédience. Le Grand Orient a choisi de laisser chaque Loge libre de décider si elle y acceptait les sœurs en visite ou pas.

La GLDF ne reçoit pas de sœurs. Ils ont inventé autour de 2010 un « rituel spécial » pour pouvoir les recevoir.

La GLTSO ne reçoit pas plus de sœurs que la GLDF, mais a travaillé et organisé vers 2005 des tenues communes avec des obédiences mixtes ou féminines.

Pour la GLAMF et la GLIF, ces deux obédiences ne reconnaissent aucune obédience mixte et féminine. Par conséquent, dans leur cas, il est inutile de prétendre que les inter-visites seraient possibles pour des sœurs. De même que pour la GLNF.

 

La reconnaissance des sœurs n’est pas une finalité maçonnique, mais un choix d’obédiences.

Le débat concernant la maçonnerie libérale ne se situe donc plus sur la reconnaissance des sœurs (comme on le voit avec l’existence d’obédiences mixtes), mais sur le droit à leur initiation dans les différentes obédiences qui, bien que reconnaissant leur droit à être maçonnes, leur interdissent encore cette cérémonie.

 

Déjà en 1869, le Frère Frédéric Desmons, pasteur et vénérable de la loge de Saint Géniès de Malgoirès, dans le Gard, puis Grand Maître du Grand Orient de France émet le vœu “qu’à l’avenir les femmes soient admises au sein des ateliers, et puissent participer aux travaux”. Le Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France refuse. . Rappelons au passage que c’est également le Frère Frédéric Desmons qui fit voter par le Grand Orient de France la suppression de l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme pour solliciter l’initiation maçonnique.

 

Le 22 janvier 1961, le clipsas (Centre de Liaison et d’Information des Puissances Maçonnique Signataires de l’Appel de Strasbourg) a été constitué à l’appel du Grand Orient de France et de onze autres puissances maçonniques souveraines qui, émus par l’intransigeance et les exclusives qu’ils estimaient abusives de certaines autres obédiences, lancèrent un appel à toutes les maçonneries du monde afin de les réunir dans le respect de leur souveraineté, de leurs rites et de leurs symboles.

Les principes fondamentaux de ce groupe d’obédiences diffèrent des basic principles anglais et des landmarks nord-américains sur deux points essentiels : Le principe d’une nécessaire foi en Dieu (ou similaire) est remplacé par celui d’ « absolue liberté de conscience ».

Mais surtout, pour ce qui concerne notre propos, ce groupe n’interdit pas la reconnaissance des obédiences féminines ou mixtes.

 

En ces temps de regain médiatique pour la Franc-maçonnerie, avec semaine spéciale sur France Culture, diffusions et rediffusions d’émissions sur les grandes chaînes hertziennes, couvertures de tous les grands hebdos, outing à l’appui… une question revenait immanquablement sur le tapis : l’interdiction d’initier des femmes au Grand Orient de France.

Le convent de 2009, qui réunit à Lyon les délégués des 1.200 loges du GODF, se prononce pour la dernière fois à 56% contre la mixité des loges.

Ce vote est annulé pour des questions de forme. Une commission d’experts  finit par admettre que les « hommes libres et de bonnes mœurs« , désignés dans les statuts de l’obédience à l’époque des Lumières, ne devaient pas s’entendre au sens masculin du terme.

Le 22 janvier 2010, dans un communiqué diffusé à la presse, le Conseil de l’Ordre du Grand Orient entérine officiellement le changement d’état civil d’Olivia Chaumont. Celui-ci régulièrement initiée en tant qu’homme en 1992 à la loge « Université maçonnique » devient ainsi après sa trans-identité, la première femme officiellement membre du Grand Orient de France depuis sa création. Installée vénérable de sa loge, elle est élue déléguée de sa loge, faisant entrer, de la sorte, la mixité au sein du Convent qui se tient le 2 septembre 2010 à Vichy¬. Lors de ce convent, par une courte majorité à 51,5 %, les membres du Grand Orient de France (GODF) prennent la décision d’initier des femmes. Le pas est franchi le jeudi 3 septembre par les 1.150 délégués des loges du Grand Orient.

Bien que le règlement ne le précise pas et en application du principe de liberté des loges qui préside également pour les visites des sœurs, le Grand Orient, laisse désormais les loges libres d’initier des femmes ou de les affilier selon les modalités qui s’appliquent à tous les membres masculins du Grand Orient.

On ne peut pas dire que le GO soit devenu mixte ; ce qui a prévalu c’est la liberté des Loges comme seule solution maçonnique : que nulle [loge] ne prétende imposer aux autres son propre choix initiatique, dès lors que toutes[les loges] respectent les principes et les statuts de l’association qui les fédère. Imaginons que par un hasard numérique, un atelier soit majoritairement féminin et refuse par la suite d’initier des hommes, verra-t-on bientôt des loges strictement féminines au GO ?

L’article adopté cette semaine prévoit que « ne peut plus être refusé qui que ce soit dans l’obédience pour quelque discrimination que ce soit, y compris de sexe« . Jusqu’à présent, des « frangines » pouvaient être accueillies comme visiteuses, mais ne pouvaient être initiées au sein de la principale obédience maçonnique de France, qui revendique près de 50.000 membres.

Pouvait-on philosophiquement, et légalement, dénier le droit à des Loges membres d’une association indifférente au genre, le droit d’initier des femmes ? Non, évidemment. On ne peut pas davantage, dans une telle association, dénier le droit à certaines Loges de ne recevoir que des hommes, dès lors qu’ils n’imposent pas cette « règle » particulière à l’ensemble de l’Obédience.

Cette décision du Convent entraina quelques centaines de transferts et de démissions du GO de frères mécontents. On ne peut les comprendre même dans une réflexion sur le sort des fortes minorités lors de votes qui modifient leur horizon et qui ne sont pas unanimes. Une décision démocratiquement prise ne suffit pas à en garantir la légitimité lorsque le consensus est si peu dégagé, mais la sage décision du GO laisse des espaces d’initiation au sein d’ateliers choisissant leur modalité de fonctionnement. Comment dit-on « victime » au masculin ?

 

Depuis, selon le rapport d’activité de l’exécutif du GODF publié le 31 mars 2013, à partir de 2008, date du début des initiations, l’association a recruté 1 403 femmes soit 45,54 % par voie de transfert d’obédience à obédience et 54,46 % par recrutement direct.

 

Avec plus de 50000 membres, le GODF est la principale obédience maçonnique en France.

Parce que le GODF se revendique fortement progressiste, avec des membres issus majoritairement des rangs de la gauche, et s’affirme à la pointe des combats pour ce qui est sa devise depuis le XIXe siècle : liberté, égalité, fraternité, on comprend, dès lors, qu’un féminisme de conquête trouve là un terreau à ensemencer. L’ouverture aux femmes du GO, avec ses 1300 loges irriguant l’ensemble du territoire, présent dans chaque ville, presque chaque canton de France, proposant la plus grande variété de rites (le GO est une fédération de rites), donne certainement un réel coup d’accélérateur à l’arrivée des femmes en maçonnerie avec, surtout, l’ouverture pour des femmes issues d’autres horizons que les catégories plutôt urbaines et qualifiées qui prédominent actuellement dans les obédiences qui les initient.

Cette perspective constitue, à la réflexion de certains membres éminents du Droit Humain, une concurrence dans le recrutement des nouveaux adhérents, avec la crainte d’une rivalité discriminante. La puissance, tant financière que spirituelle, d’une obédience tient aussi au nombre de ses membres !

Quelles sont encore les réticences à la mixité ?

 

            Le  »fin mot » avancé en 1884 par le journal Le Matin relève… des bonnes mœurs !  »Voyez-vous, en province surtout, vingt hommes et autant de femmes se  réunissant dans une salle ou aucune personne non affiliée ne  pourrait voir ce qui s’y passerait, c’est pour le  coup que les bonnes langues de la localité jaseraient  avec entrain ».

S’ils prêtent à sourire, ces propos énoncent la satisfaction, encore actuelle, que les épouses (compagnes) ou les époux (compagnons) ont de savoir que l’on ne se retrouve qu’entre femmes ou qu’entre hommes pour travailler le soir en loge. Après tout sexualiser les personnes, c’est aussi sexualiser les relations ! Donc, pas de mixité pour plus de quiétude conjugale.   

N’oublions pas que, Georges Martin, fondateur du Droit Humain, excluait les sœurs de la Grande Loge Symbolique Écossaise N°2, parce qu’il ne pouvait pas vérifier leur moralité.

 

Cette présence de l’autre sexe, durant les tenues, est perçue par les membres eux-mêmes comme perturbante. La concentration sur le seul travail en tenue peut être détournée par les charmes qu’inspire la présence de l’autre sexe.  Cette seule présence les réduirait à une dimension de trouble et de désir, à une spirale de concupiscence incompatible avec les travaux philosophiques accomplis en Loge.

 

A en croire Jean-François Rémond, la mixité serait une opération de gommage, introduisant un discours d’ordre moral aux termes duquel on devrait s’interdire d’aborder toute dissymétrie (et particulièrement celle relative à la différence des sexes) comme inconvenante ou comme négligeable. La mixité à ce compte ne serait qu’une opération de censure bienpensante.

 

Le trouble n’est d’ailleurs pas que celui de l’émoi. N’en déplaise aux frères, voici ce qu’en disent des sœurs d’une obédience  féminine : évidemment, il y a les visiteurs, mais ceux-là dérangent parfois, car ils sont bruyants, s’en fichent des règles, ils interviennent à côté de la plaque avec forte assurance, des fois à la gascon, boivent excessivement, et draguent.

 

Plus profondément, si ses structures administratives répondent aux règles de l’association loi 1901 et qu’elle appelle ses membres à s’impliquer pleinement dans la vie de la Cité, la Franc-maçonnerie, dans son essence même, se définit comme une expérience à la fois intime et intemporelle, plus proche de la psychanalyse, des fraternités médiévales et des initiations antiques que de nos partis et syndicats contemporains.

 

Dès lors que le parcours maçonnique se situe dans le registre de l’ésotérique ou du ritualisme pour certain, de la psychanalyse ou de la recherche philosophique personnelle pour d’autres, de tels refus n’ont plus à se justifier : chacun étant libre de la forme de ses réflexions intimes. Car, oui, la Loge fait indubitablement partie de l’intime de chacun de ses membres, le travail collectif sur soi étant à ce prix…

Si ce raisonnement peut paraître choquant, en totale contradiction avec les prises de position du GO à l’extérieur du Temple, elle n’est est pas moins dans la pure logique maçonnique, société qui se veut symboliquement détentrice d’expériences séculaires.

Considérant leur loge comme un espace privé, intime même, vivant leur initiation comme l’appartenance à une communauté en dehors du champ social, ces derniers, par ailleurs militants ou actifs dans de nombreuses associations, viennent justement chercher un espace de réflexion collectif, mais intime qui ne reproduise pas forcément la physionomie de la Cité dont ils veulent s’extraire un instant. Un certain nombre de francs-maçons du GO se refuse encore à travailler en loge avec des femmes sans pour cela être irréductiblement contre une évolution obédientielle.

Si cet argument ne répond pas nécessaire par la négative à la mixité maçonnique, il apporte incontestablement un nouvel éclairage au débat !

Il convient en effet de bien séparer ce qui relève de l’idéologie de la maçonnerie libérale, très progressive, et du « parcours maçonnique » en lui-même, plus intime et moins redevable des règles sociales.

Et force est de constater que, dans ce cadre, beaucoup de ces nouveaux maçons cherchent justement une enceinte purement masculine (ou féminine) pour cette quête intérieure.

De nombreuses maçonnes revendiquent d’ailleurs elles-mêmes cet entre-soi permettant dans les loges exclusivement féminines, « d’aborder l’Universel à partir de la singularité féminine » pour reprendre les mots de plusieurs d’entre elles.

 

Et maintenant, imaginez le malaise de francs-maçons, entrés sur la base d’une structure mono genre, à qui on annonce que, dorénavant, ils devront partager Toutes leurs tenues dans le cadre d’une mixité. Leur choix initial n’a plus de sens. En droit, ne peuvent-ils considérer qu’il y a là rupture de contrat ? Choisir une obédience voire un atelier masculin (ou féminin) est une décision qui implique une clause estimée sous-entendue  rebus sic stantibus (les choses restant en l’état).

Passer à la mixité est une modification telle que, sans le consentement des intéressés, la résiliation de l’engagement est logiquement ouverte. Si la mixité devenait impérative dans toutes les loges, il n’y aurait plus aucun lieu de repli pour accueillir ceux ou celles qui, contre cette éventualité, veulent résolument poursuivre leur travail initiatique dans un cadre préservé de la mixité.

La question de la « préférence » serait-elle devenue discutable au nom de la mixité ? La prégnance d’une pensée unique serait-elle l’arbitre de l’intime « collectif » des membres, qui ont tout de même le droit de décider et affirmer leur liberté à se retrouver dans les conditions qu’ils souhaitent.

 

Pour beaucoup de frères et de sœurs introduire la mixité dans leur loge mono genre, ce n’est pas continuer la Loge en l’élargissant mais c’est inventer un autre type de sociabilité maçonnique vers lequel ils (ou elles) ne sont pas enclins. Ainsi s’exprime Charles Arambourou, dans son excellent article « Mixité ? – Non : liberté des Loges ! » : « je réclame sur le plan du droit la possibilité pour toute Obédience de tenir le fait de l’identité sexuelle comme suffisamment déterminante pour choisir la non-mixité. Je le réclame avec d’autant plus de force que ce que je nomme une particularité déterminante n’établit en rien une discrimination puisque, encore une fois, des obédiences proposent aussi un type de sociabilité mixte ».

 

Des rituels peuvent-ils ne convenir qu’à un sexe particulier ?

 

            La Franc-maçonnerie est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière qui forment un fond archétypal et paradigmatique, avec, en l’occurrence, ses rites, ses mythes et surtout son processus initiatique.

Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce que Jacquart appelle « l’humanitude ».

Je me pose la question de savoir ce que la cohabitation de femmes et d’hommes peut apporter de plus aux rites, aux mythes, au système initiatique. Faudra-t-il introduire, en plus, une légende fondatrice dont une femme serait l’héroïne ? Hiram aurait-il pu être une femme ! Après tout, la plus curieuse supposition sur l’identité d’Hiram a déjà été faite par la misandre Céline Renooz dans son livre  »L’ère de la vérité (Histoire de la pensée humaine, évolution morale de l’humanité à travers les âges et chez tous les peuples) » paru en 1925, affirmant qu’en fait une femme, la fille du roi de Tyr, était cachée sous le nom d’Hiram. S’appuyant sur le texte hébreu de la Bible marqué par la féminisation des adjectifs qui qualifient le roi David, Renooz considère tout aussi curieusement qu’en vérité il fut une reine, du nom de Daud, qui créa la ville de Jérusalem et entreprit d’y faire construire un Temple. La reine Daud ne fut pas seule à fonder l’Institution secrète qui devait se propager jusqu’à travers la Franc-maçonnerie. Elle eut deux collaboratrices, deux Reines-Mages (ou Magiciennes), avec qui fut formé le triptyque sacré que les trois points de l’Ordre ont représenté depuis. L’une est Balkis, reine d’Éthiopie (appelée la reine de Saba), l’autre est une reine de Tyr, que l’on a cachée derrière le nom d’Hiram. Cette reine de Tyr étant Élissar ou Didon.

Faudra-t-il trouver des princesses, des chevalières, des « pontifesses », des inspectrices, des souveraines dissimulées dans les titres des hauts grades écossais ?

 

Tradition contre entrisme féminin !

 

Qu’est-ce que la mixité dans une société initiatique ?

 

            Placées à l’entrée du temple maçonnique les deux colonnes ouvrent le passage sur un  symbolisme qui n’a pas fini de faire couler encore beaucoup d’encre et de produire moultes interprétations. Désignées comme mâle et femelle, ces colonnes s’inscrivent tout naturellement dans une réflexion sur la mixité.

Le message de ces 2 colonnes est-il une admonition à la présence conjointe de frères et de sœurs en tenue ? Les textes ne disent pas qu’elles sont symétriques ni semblables. L’une d’elle est décrite par sa hauteur, l’autre par son diamètre. Il s’établit ainsi une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C’est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l’étrangeté et de l’ailleurs. C’est dire que l’autre ne revient pas toujours au même. L’autre n’est alors comme opposé que de son autre.  L’altérité, la présence de l’autre constitue en soi une mixité et il n’est pas indispensable d’avoir, pour cela, des considérations qui se situent en-dessous de la ceinture. Les colonnes sont séparées, à côté l’une de l’autre. Parce que séparées elles tracent un seuil entre deux polarités. Le traverser, pour pénétrer dans le sanctuaire, c’est se laisser irradier par la magie du passage au milieu qui fait la synthèse du principe mâle et du principe femelle ouvrant sur le monde supérieur de l’unité.

 

La mixité en l’être s’impose comme interprétation de l’œuvre d’Hiram.

 

Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est.  Il écrivait :  »C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est  impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être… Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer ». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d’unité par le seul mental. Cette conception est dans la philosophie orientale qui conclut :  » ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie« . Après tout, si l’Énergie est la seule vie,  et la Raison  la borne de l’encerclement de l’Énergie, à chacun de choisir d’être au cœur des choses ou à leur périphérie.

 

La vraie mixité serait-elle une androgynie ?

 

            Pour l’alchimiste, le monde est androgyne dans son principe non pas hermaphrodite mais androgyne d’une réunion en soi et d’une synthèse de tous les contraires. Il s’agit de restaurer un isomorphisme entre le macrocosme et le microcosme, entre le soi et le moi. Ce symbole est à entendre comme un état de plénitude. A la limite il se substitue au devenir, échappe et touche à la mort terrestre aux confins des origines.

 

On peut prendre comme illustration de cette mixité absolue le plérome hébraïque de l’arbre de vie.

En simplifiant à l’extrême on peut dire : le plérome est un symbole où sont figurés 10 séphiroth disposées dans un certain ordre et reliées entre elles par des sentiers. Ces représentations du rapport de la Divinité avec le cosmos sont disposées sur 3 colonnes verticales, celle de la droite est dite masculine, celle de gauche féminine et celle du centre est celle de l’équilibre.

 

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu. Elle s’unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s’unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle, dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l’origine, est tout à fait particulière. C’est le commencement. C’est comme une phrase où l’idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l’univers.

 

Kether, traduit par couronne, première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu’alors n’était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

Il n’existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l’intention pure, quelle qu’elle puisse être : c’est une existence latente séparée par un degré de l’origine, du non-être ; de l’Aïn-sof. Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera. Elle est celui-qui-est. C’est avec l’existence manifestée dans des paires d’opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n’y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même. Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Chokmah et Binah, noms des deuxième et troisième séphiroth, auront été émanés. Kéther, c’est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu’y faire allusion. L’expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l’Union avec Dieu: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique. On ne s’étonnera pas d’y localiser comme vertu celle de l’accomplissement, de l’achèvement du grand Œuvre alchimique, le retour final. Le point parce qu’il n’a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d’autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, Lui, la tête blanche et son archange est Métatron.

 

L’énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira  Chokhmah : la sagesse. Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l’Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah, troisième séphira de l’arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension. Si les titres donnés à Chokmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHVH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d’entendre en Binah (l’entendement), ima, la mère sombre Elhoim, la brillante mère féconde, la grande mer, Mara, racine de Marie et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

 

Ainsi Kéther est l’être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu’une activité en émane, que nous appelons Chokmah c’est un flot descendant d’activité pure qui est la force dynamique de l’Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L’Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L’unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Chokmah, Binah.

 

Le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ? Oui, nous dirions même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c’est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c’est la consubstantialité de l’Esprit manifesté (l’énergie), de la matière (la forme) et de l’univers leur fils. Il est placé du côté des mondes supérieurs c’est-à-dire pour nous à l’orient. A l’autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l’origine,  il y a la même symbolisation. Sous une autre forme, J:. et B:. représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l’unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne. On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l’arbre de vie où les FF:. et SS:. sont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s’actualise la transcendance.

 

C’est une géographie sacrée que l’initié aura à remonter partant du seuil jusqu’à la couronne comme un Chevalier pour s’unir à sa Reine. A noter que sur l’arbre de vie, la première séphira en partant du bas, (la dernière dans la manifestation), est nommée Royaume.

 

C’est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.  C’est une consubstantialité de l’unité regardée dans ses aspects différenciés mais c’est de l’unité dont il est toujours question.

 

Comment la mixité est-elle prise en comptedans les différentes obédiences ?

 

Grand Orient de France (GODF) : 50 000 frères, 2,6% de sœurs.

Fédération française du Droit humain (FFDH) : 17 000 frères, 67% de sœurs.

Grande Loge mixte de France (GLMF) : 4 900,  45% de sœurs.

Grande Loge européenne de la Fraternité universelle (GLEFU) : 2 400 frères, 22,5% de sœurs.

Grande Loge mixte universelle (GLMU) : 1 400 frères, 52% de sœurs.

Ordre initiatique de l’Art royal (OITAR) : 1 200 frères, 50% de sœurs.

Grande Loge des cultures et des spiritualités (GLCS) : 900 frères, 30% de sœurs.

Grande Loge symbolique de France (GLSF) : 550 frères, 47% de sœurs.

Grande Loge française de Memphis-Misraïm (GLFrMM) : 500 frères, 25% de sœurs.

Grande Loge initiatique souveraine des rites unis (GLSRU) : 280 frères, 45% de sœurs.

Grand Orient traditionnel de Méditerranée (GOTM) : 140 frères, 33% de sœurs.

Conclusion

 

            En France, comme l’écrivait Bruno Etienne, la Franc-maçonnerie a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, depuis trois siècles mais qui semblent sur le point d’éclater aujourd’hui. La première a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l’Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego.

L’une est extravertie, progressiste, mondaine ; l’autre est tournée vers l’intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances.

En effet, en s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, la Franc-maçonnerie risque de perdre sa capacité à guider les néophytes vers l’initiation au profit d’un tangage dans les courants à la mode du monde profane.

 

La mixité ne peut être inéluctable, elle ne peut être, au sein de chaque atelier, qu’un consensus unanime, clairement annoncé pour que celui qui vient vers la Franc-maçonnerie puisse avoir le choix de son engagement sans lequel le mot liberté ne serait plus qu’un leurre.

SOURCE : http://solange-sudarskis.over-blog.com/2017/11/la-mixite-est-elle-ineluctable-en-franc-maconnerie.html?fbclid=IwAR0x6GP4hmMTw5qU-V0ntkeSZzLr96JzShE57lvPVqND-towBVw8_wNYSZ8

Les élucubrations d’un vieux Maître Apprenti (extrait) 8 octobre, 2017

Posté par hiram3330 dans : Humour,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Les élucubrations d’un vieux Maître Apprenti (extrait)

humour maç

(* élucubrations: s’emploie surtout au pluriel et Ironiquement. Élaboration progressive, œuvre ou théorie résultant de recherches longues et patientes.)  Je me présente: Frère JACQUES, nom prédestiné! Pensez donc, le Frère Jacques. Bien que connaissant la chanson, rassurez-vous, mon intention n’est nullement de vous endormir.

Je ne vais pas parler d’alchimie, ni de magie, pas même de géométrie. Je ne suis possesseur d’aucun secret, pas même celui de transformer du plomb en or. Dans mon temple intérieur, il n’y a pas d’Athanor, je n’ai pas trouvé non plus dans ma cave de grimoire poussiéreux révélant le secret de la longévité. Non, rien de tout cela.

Par contre, je vous le dis simplement, l’orateur à qui vous faites la faveur de prêter attention ce soir est (n’ayons pas peur des mots) un génial inventeur. Eh oui! Après bien des années d’observations, j’ai mis au point un appareil à mesurer la fraternité que j’ai appelé pompeusement le FRATERNOMÈTRE. Comment se présente-t-il ?

Le module est de forme pyramidale. La base est de couleur bleue, le sommet rouge. Sur le côté gauche (côté cœur) une première graduation bleue de 1 à 3, puis une deuxième rouge de 3 à 33. On peut améliorer le système pour certaines obédiences en allant jusque 99. Une cotation de 1 à 10 à l’intérieur de chaque degré permet de noter la fraternité à chaque niveau. Il y a bien une graduation au-dessous de zéro, couleur noire, mais je ne peux croire que l’appareil puisse servir à ce niveau dans le cadre de notre philosophie.

Comment réagit l’instrument vous demandez-vous? Systématiquement en fonction des diverses catégories de frères et de sœurs œuvrant au sein de nos ordres. Il suffit de se trouver à proximité du FRATERNOMÈTRE Qui réagit selon la couleur des auras. Mon invention n’étant pas encore brevetée, vous comprendrez ma discrétion et ma réticence à vous en dire davantage. Toutefois, mes observations m’ont permis de dresser une nomenclature, qui n’est d’ailleurs pas exhaustive, ayant fait réagir mon invention.

Bien sûr si par hasard au cours de cette énumération certains frères croyaient reconnaître un des nôtres, il ne s’agirait que d’une coïncidence, les Frères présents sur ces colonnes ne pouvant être concernés. Mais sait-on jamais? Un visiteur inconnu? De toute façon, on a toujours une possibilité d’essayer de se corriger. A chaque catégorie, je me suis permis de consulter le FRATERNOMÈTRE. Je vous ferai part de la citation … Cet appareil qui va révolutionner les obédiences ne peut se tromper.

Si vous le permettez, je vais donc les citer : Classifications et notations qui évidement n’engagent que moi.

Les AMBITIEUX: Dès leur arrivée dans notre ordre, ils rêvent de brûler les étapes, ils se voient « vénérable » au bout de quelques mois et veulent par tous les moyens occuper un poste en vue, n’hésitant pas le cas échéant à dresser les Frères les uns contre les autres pour arriver à leurs fins. Ils sont atteint d’une grave maladie: la « cordonnite » et ont des décors chamarrés d’or. Ils ne pensent pas un seul instant que le passage d’un degré à un autre est une borne kilométrique indiquant l’amplitude de la fraternité sur l’autoroute qui mène à l’initiation. Je survolerai le cas de frères qui, dans la vie profane, ont atteint leur niveau d’incompétence. Ils ont vaguement conscience qu’ils ne sont rien mais voudraient tant avoir de l’importance que cela devient pour eux obsessionnel et les métamorphose (à fortiori si on leur confie une fonction) en petit tyranneaux, au mieux adjudants de quartier, n’ayant rien à voir avec nos règles de fraternité. Ceux-là en vérité peuvent être, à la rigueur dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les ORGUEILLEUX: Sous des prétextes les plus futiles, ils prennent la parole et ne la redonnent plus, pour faire étalage de leur science, de leur situation matérielle ou professionnelle, etc… Ils n’ont en aucun cas laissé leurs métaux à la porte du temple. Ils ignorent le mot « égalité » et cultivent le narcissisme à grande dose. Bienheureux si l’on échappe à une contre-conférence n’ayant pas forcément rapport avec le sujet évoqué par le frère au banc d’éloquence. Certains de ces Frères me font penser à ces vieux chevaux courant à Auteuil à qui on a mis les œillères afin qu’ils ne se rendent pas compte de ce qui se passe autour d’eux. L’humour, ils ne connaissent pas : pensez donc, ils sont chargés de refaire le monde … On ne plaisante pas avec les gourous!! Ceux-là en vérité sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les PAONS : Dignitaires, cousins des deux précédentes espèces, ils se distinguent par leur ton péremptoire. Inutile de leur demander qui ils sont, ils vous le diront à la première occasion. Ils connaissent tout, ce sont des puits de science, du moins, ils le croient. Je suis allé au zoo, c’est vrai qu’ils sont beaux ces paons lorsqu’ils font la roue. Sont-ils intelligents? Pas forcément. Il en est de même de ces faux spiritualistes qui sillonnent nos ateliers. Si par malheur vous vous hasardez à faire une objection, rapide rappel à l’ordre: « Je suis Maître depuis 1925″. Il est 18°,33°,90°, que sais-je? Ils connaissent Alphonse, Jules, Paul ou Untel. A les entendre, il est évident que si le Grand Maître a pris telle décision, c’est sur leur conseil et les voilà partis dans des discussions filandreuses, tellement filandreuses qu’ils ont parfois du mal à suivre eux-mêmes le fil de leurs idées. On se demande ce qu’ils font dans les Loges bleues qui ne sont pour eux que de la roupie de sansonnets, peuplées de jeunes galopins ayant tout à apprendre. Ils ont le verbe haut, emphatique. Rien ne peut leur faire plus plaisir que si vous les écoutez béats d’admiration devant tant de connaissances. El1e est bien loin la cérémonie d’initiation. Ceux-là en vérité sont moyennement des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 5

Les DOGMATIQUES : Ces Frères font de la Franc-maçonnerie une religion. Ils assistent aux tenues 8 jours sur 7, ne peuvent comprendre que les autres Frères aient des obligations professionnelles ou familiales! Au nom de la tolérance, ils sont les plus intolérants qui soient. Ils se retrouvent souvent, du fait qu’ils ont négligé leur travail, à pointer au bureau de chômage le plus proche, quand ce n’est pas dans le pire des cas devant un juge, car leurs compagnes, lassées de jouer les Pénélopes ont demandé le divorce. En vérité, ces Frères là sont  Dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les FAINÉANTS: (Ils se disent débrouillards). Contrairement à d’autres, ils  ne veulent occuper aucun poste, ne faire aucune enquête et ne participer à aucuns travaux. Ce sont, selon notre langage imagé, des « plantes vertes » ou des potiches. Ils n’ont pas conscience que si tous les Frères avaient le même comportement, on pourrait mettre l’atelier en sommeil. Trop de Frères viennent épisodiquement quand ça leur chante ou que cela ne les dérange pas trop. On n’est pas Maçon 3 heures par mois, mais chaque heure du jour. A tous les Frères arrivés au grade de Maître qui pensent avoir atteint leur bâton de maréchal, je leur dis qu’ils se trompent lourdement, c’est le contraire: que c’est là, à ce moment précis que tout commence. Ceux-là, en vérité, peuvent être  aussi dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les PEUREUX : Ils laissent leur voiture à 1 Km du temple, ne veulent figurer sur aucun annuaire, sur aucune convocation. Ils craignent jour et nuit d’être découverts, à croire qu’ils ont attrapé une maladie honteuse. Ils ne mettront pas l’autocollant sur le pare-brise de leur voiture, c’est trop risqué! Lorsqu’ils se rendent à une tenue, ils surveillent le rétroviseur pour voir s’ils ne sont pas suivis. Tout juste s’ils n’achètent pas des chaussures à semelle de crêpe pour qu’on ne les entende pas se diriger vers le temple. Ils ont la peur chronique de perdre leur place si on apprend qu’ils sont Francs-Maçons. Rassurez-vous, plusieurs années s’écoulent, ils sont toujours en place ! Ils seront les premiers à nous trahir, voire à nous dénoncer en période troublée. De toute façon, ils nous quitteront. Ceux-là en vérité sont des Frères très dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les LUNETTES ROSES : Contrairement à la catégorie que je viens d’évoquer, ces Frères sont prolixes. Ils sont atteints de « maçonnite ». Je m’explique: ils voient des Maçons partout: le curé, le cantonnier, le vidangeur, le Ministre, ils sont tous Maçons. D’ailleurs, ils tiennent leurs renseignements de sources sûres: « on lui a dit!!! » A la télévision, du perchiste au reporter, ils voient des Maçons partout: celui-ci à une pochette triangulaire, l’autre a un point sur la cravate, le troisième met les pieds en équerre. Ce ne sont que des Maçons ! A croire qu’ils sont tous venus d’Amérique pour faire souche en France. Si on leur prouve le contraire, ils ne sont pas décontenancés pour autant: « Alors, c’est un Maçon sans tablier », comme si cela pouvait exister! A quoi sert l’apprentissage, le chemin parcouru vers l’initiation? Hélas, si certains pensent qu’il y a des Maçons sans tablier, force est de constater que derrière certains tabliers, il n’y a malheureusement pas que des maçons. Ceux-là en vérité ne sont pas forcément dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les INDISCRETS: Cette catégorie est redoutable. Ce sont des bavards impénitents, ils ne peuvent garder aucun secret, et sont de véritables moulins à paroles, au bout de quelques minutes d’entretien, ils ont énuméré une cinquantaine de noms, n’importe où, n’importe quand à n’importe qui. Ils se promènent avec des insignes gros comme des phares de voiture. Ils vous aperçoivent, même accompagnés, ils vous sautent au cou pour vous embrasser. Ils vous téléphonent et égrènent des « mon Frère » à n’en plus finir sans se soucier s’ils ne vous portent pas préjudice. Ils vous envoient du courrier à votre travail sans se préoccuper si le courrier est ouvert par vous ou pas. A la période des vacances, ils vont gentiment vous envoyer une carte sans enveloppe mais vous assurent de leurs pensées les plus fraternelles et les plus maçonniques.  Si après cela votre entourage ignore que vous êtes Maçons, ce ne sera pas de leur faute, mais ce ne sera pas pour autant qu’ils vous retrouveront le cas échéant une autre place si vous perdez votre emploi. Ceux-là en vérité sont extrêmement dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 1

Les POLITICIENS: ils viennent en Loge tester leur pourcentage électoral et le nombre de voix à recueillir éventuellement dans l’assistance. Ils se fâchent parfois avec les Frères qui ne partagent pas leurs idées. Assidus en période électorale, ils retombent ensuite dans une douce torpeur pour ne se souvenir de vous qu’au bon moment. C’est tout juste s’ils ne collent pas leurs affiches dans les parvis. Élus, ils redeviendront rares, car très pris par leurs charges (c’est eux qui le disent !). Déboutés, ils accuseront la société, la franc-maçonnerie en particulier, de n’avoir rien compris et de ne pas avoir été le tremplin espéré. En vérité, ces Frères-là peuvent être dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 4

Les MÉCHANTS: Ceux-ci n’écoutent une planche, une conférence, que pour coincer l’orateur. Quand ils ont trouvé la faille, ils n’écoutent plus. Ils vont commencer par vous féliciter et pan! pan! pan! … ils tirent à boulets rouges sur ce malheureux conférencier.

Ce sont des distributeurs automatiques de boules noires. Ces Sherlock Holmes en herbe décèlent tout de suite d’énormes défauts au pauvre profane qui passe sous le bandeau (il est vrai que pour le présentateur, son filleul est toujours la perle rare) mais tout de même où est la tolérance dans tout cela ? Ils ont oublié qu’un atelier les a accueillis en toute fraternité et peut-être beaucoup d’indulgence. Une autre sous-catégorie dans cette classification : ceux qui passent leur temps à tout critiquer, à leurs yeux, rien n’est bien: l’exécution du rituel, la tenue vestimentaire, la longueur des réunions, le choix et le lieu des agapes, etc … A les entendre, seuls les amis qu’ils ont présentés sont intelligents, les autres …. bof !!! Le plus beau cadeau qu’on puisse leur faire serait un miroir. Mais je doute qu’ils veuillent bien s’en servir, et pourtant, ça leur rendrait le plus grand service. On ne peut pas dire que’ la mansuétude soit leur qualité essentielle, et ce sont souvent eux les artisans de la sclérose de certains ateliers. Ceux-là en vérité sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les OBÉDIENTIELS : J’aurai pu vous parler d’un Ordre où il y a obligation, pour entrer, de croire en un Dieu révélé. « Interdiction de visiter les mécréants … Interdiction de ceci… Interdiction de cela … Souscription obligatoire pour ceci … Paiement pour cela … etc … etc …  » Étant un homme libre, j’ai pu retrouver ma plénitude et ma tranquillité, ouf !.., en me libérant de ce carcan intolérant. Parlons plutôt des Obédiences qui nous concernent, dites « libérales ». Pour les Obédientiels, seule leur Obédience est bonne, les autres ne sont que de vagues sous-produits ou ersatz. A les entendre, ils appartiennent à la race élue. Pourtant, toutes ont leur raison d’exister. Que de temps gagné si l’on savait éviter ces querelles de clocher. Ne serait-il pas plus sage et raisonnable de ne point s’abaisser à des jalousies vaines et stupides, et d’œuvrer pour tout ce qui peut nous rassembler, nous grandir. Je parle en connaissance de cause, les ayant presque toutes pratiquées. Il me reste encore la grande Loge Féminine, mais je ne suis pas certain qu’elles m’accepteraient. Je reconnais pourtant que MISRAÏM est la Rolls de la spiritualité. Vous voyez, moi aussi je me laisse entraîner. Mais, pour justifier mes « voyages », ne dit-on pas qu’une petite grenouille au fond d’un puits ne voit qu’un petit coin de ciel? Ceux-là, en vérité, ne sont pas dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 6

Les DRAGUEURS: Ils sévissent dans les Obédiences mixtes ou féminines (du moins j’ose l’espérer, mais sait-on jamais !…) Ils ne viennent pas au Tenues pour pratiquer le Rituel ou écouter une planche, pour eux, c’est un problème mineur. Non, ils viennent pour la CHOSE : la philosophie ? Non, je le répète, pour la chose. Comme dirait Nougaro, pour eux, le problème qui se pose: séparer 50 Kg de chair rose de 50 grammes de nylon.

L’œil de velours, l’attitude avantageuse, ils repèrent leur proie en attendant de les accoster en chambre humide. Leur nombre d’or à eux, c’est 90 (vous l’avez compris, c’est le tour de poitrine). Il n’y a pas plus dévoués qu’eux pour raccompagner une Sœur … Toutefois, et heureusement pour la Maçonnerie, ils oublient que nos sœurs n’ont pas les mêmes objectifs et viennent, elles, pour une fraternité sans arrière pensée.  En vérité, ces Frères ne sont pas forcément dangereux. Allez, la chair est faible !

FRATERNOMÈTRE : 6

Les AGAPEUX : Parfois doublés d’éthylisme prononcé, ces Francs-Maçons de comptoir sont indéracinables du bar. Si vous ne prenez pas avec eux quelques verres, vous êtes classés mauvais Maçon. Ils ont des haleines de cow-boy endurcis, parfois du mal à s’exprimer, et offrent un spectacle lamentable aux Frères sur les colonnes. Mais ne boudons pas notre plaisir, je vous avoue que j’ai une certaine admiration pour leur capacité d’ingurgitations …

Les colonnes J. et B. représentent pour eux une marque de whisky (publicité non payée).  La Franc-maçonnerie n’est pour eux que prétextes à ripailles ou foirail, ce sont des professionnels des agapes. Ce sont souvent ces frères qui s’élèvent contre le montant des capitations, alors qu’ils dépensent le double en boissons. En vérité, ces Frères-là sont dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 5

Les FANTAISISTES: Parole d’honneur vous pouvez compter sur eux, ils seront toujours présents à vos côtés. La main sur le cœur, ils vous remercient de les avoir accueillis, parole, ils n’auront qu’un atelier. Après cette confession de foi, ils courent s’inscrire dans plusieurs loges, voire plusieurs obédiences. Vous ne les revoyez plus pendant deux mois puis ils reviennent décontractés, étonnés que l’on puisse leur rappeler leurs engagements. A ce propos, je suis toujours béat d’admiration devant les Frères qui ont tellement d’occupations le soir à 19 h 30, et ce, justement le jour de leur tenue, d’autant plus qu’en principe, celle-ci se déroule toujours à une date régulière. D’ailleurs s’ils ne sont pas présents (ce qui a leurs yeux n’est pas forcément indispensable), c’est que dans le monde profane, eux, ils œuvrent, ils sont efficaces, et bien voyons !!! C’est pourquoi je leur suggère de trouver une obédience qui initie par correspondance … Ces infidèles, ou amnésiques, sont en vérité des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 2

Les MYSTÉRIEUX: Ils parlent à voix basse … qu’aux seuls maîtres, naturellement. Ce sont de grands initiés et probablement détenteurs des secrets du GRAAL (mais chut ! Ne le dites surtout pas !), secrets que vous pourrez peut-être, un jour indéterminé, être amenés à comprendre. Mais, est ce bien sûr? Car eux, « les Maîtres », appartiennent à une Élite et vous ne représentez que de vulgaires parias. Je me demande s’ils ont bien compris le sens de l’initiation? En tout cas, on ne peut dire qu’ils œuvrent pour une grande cohésion. En vérité, ces Frères là peuvent être dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 4

Les RÉGLEMENTEUX: Ceux-ci brandissent le règlement en toutes occasions: Article 18, article 44, article 158, page tant. Ils paralysent l’atelier. Ils ne se rendent pas compte qu’ils créent un mauvais climat. Un règlement au sein d’une assemblée fraternelle ne devrait être consulté qu’à la dernière extrémité, en cas de litige problématique, le bon sens devant prendre le pas en toute occasion. Peut-être serait-il bon de leur rappeler qu’ils ne sont pas au centre des impôts ou dans un tribunal quelconque. Notre excellent frère CLEMENCEAU n’a-t-il pas dit que l’interprétation d’un règlement ne dispensait pas d’être intelligent. En vérité, ces Frères sont des Frères dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 3

Les INGRATS: Ils viennent vous contacter pleins de sollicitude et de modestie. « Mon Frère, pourrais-tu me faire obtenir dans le monde profane un travail, une intervention, une accession à un autre poste, l’obtention d’un appartement, tu serais le meilleur des frères ». Tout cela évidemment demande du temps, un engagement personnel, et n’est pas forcément garanti de réussite. Si vous échouez, vous vous exposez à leurs vindictes. Si vous réussissez, ils vous dresseront des couronnes et vous assureront de reconnaissance et amitié éternelle qui, dans le meilleur des cas, se limiteront à six mois. Après, ils ne vous connaîtront plus et même au jour de l’an, sans être outre mesure protocolaire, oublieront de vous présenter leurs bons vœux. Soyez heureux si, à votre insu, ils ne disent pas du mal de vous. Il est vrai que RÂMA YANA dit: « Les sages prescrivent des punitions pour les meurtriers, les voleurs, les ivrognes et autres pécheurs, mais aucune expiation ne peut effacer la faute de ceux qui ont commis le crime d’ingratitude ». Ceux-là en vérité sont des Frères … peut-être pas dangereux, mais sûrement pas généreux!

FRATERNOMÈTRE : 1

Les RUMEURISTES : Ah, les rumeuristes ! … ils vous attirent dans un coin discret, avec des airs de conspirateurs. En général, cela commence ainsi: « Surtout, tu me promets de ne pas répéter, … c’est sous le maillet… je vais te confier un secret. »  Là, je vais prendre un exemple complètement bidon, mais qui somme toute n’est pas toujours éloigné de la réalité: « J’ai vu un Frère embrasser l’épouse d’un Grand Officier, il la serrait de près  » … Ils vous disent ça avec un air entendu qui en dit long … et c’est parti. 4 ou 5 intermédiaires et au bout de la chaîne la rumeur s’est amplifiée : « Sa femme le trompe, ils ont des amants, des enfants clandestins, ils se battent … si, si, ils sont criblés de dettes, ils sont ruinés …  » Que sais-je encore! Démesure, mensonge, méchanceté, bêtise: tel est le résultat de ces rumeurs à coup sûr jamais positives.  « Je vais te confier un secret… Ne le répète pas … sous le maillet. .. « STOP, ARRÊTEZ, de grâce, ARRÊTEZ! Je ne veux plus vous écouter. Si vous avez des informations ou des renseignements, adressez-vous aux intéressés. Ayez le courage de combattre ces fléaux, hélas trop fréquents dans nos obédiences, afin de clore définitivement la bouche à ces gens qui n’ont pas lieu d’exister dans nos Loges. Ces inconscients et irresponsables pourraient vous faire condamner à mort à votre insu. En vérité, ces gens-là sont extrêmement dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 0

Les SANS GÊNE: En toute fraternité, ils viennent chez vous sans avertir, à n’importe quelle heure, avec une préférence marquée pour les heures des repas. Ils ne repartent plus, ou avec beaucoup de mal … Quelle présence ! Ils vous « bouffent » littéralement les neurones, on pourrait les assimiler à certaines petites bêtes qui s’accrochent obstinément, ce sont de véritables enzymes gloutons. Heureux s’ils ne fouillent pas dans le buffet, la bibliothèque, etc … (si, si, cela existe, je l’ai vu), ignorant que le fait d’être Frère ou Sœur n’est pas incompatible avec une bonne éducation. Ils tutoient votre compagne sans attendre l’accord de celle-ci. (Elle est leur belle-sœur !) Ils sont étonnés que vous ne puissiez leur prêter de l’argent, comme si cela était normal. Allons, voyons ! Au cas où cela est possible et que vous acceptiez, ils vous rembourseront (ça arrive …) quand ils le pourront, en auront le temps, sans se soucier qu’ils puissent vous mettre en difficulté (moi d’abord, les autres ensuite). En vérité, ces Frères sont des gens dangereux.

FRATERNOMÈTRE : 0

Les AFFAIRISTES : Ah les affairistes ! Quel mal ont-ils pu faire à la franc Maçonnerie! Pour eux le sigle F\M\ représente le Fric Maximum. Leurs activités sont beaucoup plus intenses sur les parvis, les fraternelles, qu’à l’intérieur de nos temples. Quand vous pensez que des pseudo-Frères inscrits au G.I.T.E. n’ont pas mis les pieds dans des ateliers depuis de nombreuses années, on croit rêver … si, si, vérifiez! D’autres, sous couvert de fraternité, vous comptent le prix fort, ne soignent pas forcément l’accueil ni la qualité de leur produit (une plaisanterie, peu fraternelle je vous l’accorde, circulait dans nos obédiences : on reconnaissait l’endroit où les Frères avaient déjeuné au nombre de boutons qu’ils avaient sur la figure). Ils sont en quête d’adresses, de numéros de téléphone et se renseignent sur les activités professionnelles des Frères et des Sœurs. Ils ne demandent pas le nom de l’Atelier; mais la profession. Leur mot de passe : « Donne-moi ton premier chiffre, je te donnerai le second ». La franc-maçonnerie est devenue leur second métier, sinon le premier. La spiritualité, ils s’en moquent comme de leur première chemise, leur fraternité se borne aux bénéfices réalisés. C’est pourquoi il est toujours recommandé de s’adresser au Vénérable maître pour toutes les sollicitations, quelles qu’elles soient. Cela ne veut surtout pas dire qu’il ne faut pas nous entraider, bien au contraire, mais il y a la manière. En vérité, ces frères sont des gens extrêmement dangereux.

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Je m’arrête dans mon énumération. Bien sûr j’en oublie (volontairement ou non). En cherchant, on trouverait certainement d’autres personnages types, mais n’avons-nous pas dit le principal ?

Commentaire : chacun pourra mettre des noms derrière ces classifications ! J’avoue que ça me démange ! Notre Frère a oublié, les COCUS ! , ceux qui sont restés fidèles à des Frères qui n’en valaient pas la peine . En ce moment il y en a pas mal et j’en fait partie.

source : http://logedermott.over-blog.com/article-les-elucubrations-d-un-vieux-maitre-apprenti-114079996.html

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Science, alchimie et Franc Maçonnerie 23 juillet, 2016

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Contribution , ajouter un commentaire

« Essence et Souffle s’unissent et donnent naissance à l’Embryon mystérieux; celui – ci se noue et donne naissance à un corps. C’est le procédé du Cinabre intérieur ( nei-tan ) qui conduit à ne pas mourir. » (T’ai-si king ).

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Introduction

Cet extrait du T’ai – si king ou Livre de la respiration embryonnaire ne donne certes qu’un petit aperçu de ce qu’était l’alchimie intérieure chinoise appelée nei-tan, qui s’est développée au début de notre ère dans l’empire du Milieu. Il résume néanmoins en quelques phrases tout le processus de cet Art et sert d’introduction au but de ce travail, qui est celui de m’attaquer aux préjugés, aux mythes et à l’incompréhension, qui se sont perpétués au fil des siècles, au sujet de l’alchimie, non seulement dans le monde profane, mais aussi parmi nos Frères. Et de contester en premier lieu une idée préconçue et tenace en Occident, celle qui veut que sans un laboratoire dans sa cave avec fourneaux et alambics l’on ne puisse être considéré comme un alchimiste. Cette idée est fausse. L’alchimie intérieure chinoise, dont le support principal était le Taoïsme, nous a donné la preuve que l’on peut faire de l’alchimie sans travailler dans sa cave, en ne pratiquant que le nei-tan ou alchimie intérieure, dont le seul laboratoire est l’homme et ses différents « corps », grossiers et subtils. Cette alchimie intérieure était constituée par une véritable école initiatique basée sur une discipline morale et spirituelle, ainsi que des exercices ritueliques englobant le corps et l’esprit. Les pratiques de laboratoire avec travail sur les métaux et le cinabre furent vite considérées comme secondaires et sans grand intérêt par la grande majorité des Adeptes. Comme l’affirme Isabelle Robinet, éminente spécialiste du taoïsme: « L’alchimie intérieure, qui apparaît vers le VIII ème siècle en Chine, succède à la fois à l’alchimie de laboratoire ou extérieure et aux pratiques corporelles dont elle est l’héritière…… Elle élabore une discipline mentale qui doit induire en l’adepte une vision multi-dimensionelle du monde et le conduire à la coïncidence des contraires et à l’illumination, en lui faisant prendre conscience de la parcelle de lumière éternelle qui est en chaque être, qu’il doit nourrir et développer. »

Il n’est pourtant pas difficile de comprendre que, contrairement à ce que pensent certains occidentaux, le but de la transmutation alchimique est l’homme lui – même et non de vulgaires métaux. C’est là le vrai sens du terme « opératif ». De toute façon ceux qui ont passé leur vie au milieu des fourneaux se sont plutôt ruinés ou sont morts intoxiqués par le mercure, sans connaître le Secret de l’alchimie qui est de tout autre ordre. C’est le secret de la Vie. Car telle est la définition de l’alchimie : Science de la Vie, Science de la Vérité, Science de l’Immortalité ( immortalité de l’Ame bien sûr car il serait bien prétentieux et insensé de prétendre à l’immortalité de notre support temporaire corporel).

Je le répète à l’instar des Adeptes : « il y a un seul Vase, une seule Matière, un seul Four et un seul Laboratoire ». C’est l’homme lui même dans sa réalité grossière et subtile, ses corps de chair et d’esprit.

Il y a une autre idée préconçue au sujet de l’alchimie. Je l’ai parfois entendue sur la bouche de mes Frères. « Non, l’alchimie est trop compliquée pour moi. Je n’y arriverai jamais. Tous ces symboles abstrus et anachroniques à décrypter ! » Il est facile d’y répondre. Imaginez, mes Très Chers Frères, un profane qui entre dans un Temple maçonnique…et qui est confronté à nos symboles et rituels. Comment réagira-t-il ? Comme celui qui m’a dit un jour: « Mais pourquoi est-ce que vous, les Francs- Maçons, utilisez des symboles compliqués au lieu de vous exprimer comme tout le monde ? ».

Il faut bien reconnaître que si l’on veut aller plus loin qu’une vision morale ou sociale, les symboles maçonniques sont tout aussi difficiles à interpréter que ceux de l’alchimie. On peut même se demander combien de Francs – Maçons ont fait l’effort de déchiffrer le sens des différents mots, batteries, signes, couleurs, légendes ou symboles propres à chaque Grade. J’en conviens, tout cela nécessite d’une bonne dose de volonté et de perspicacité, plus qu’en a le commun des occidentaux, plus préoccupé par la vie profane effrénée, que par la quête fondamentale sur le pourquoi de son existence sur terre. Et ceci même parmi nous Francs- Maçons.

Quant à ceux qui prétextent que l’alchimie est une utopie irréalisable, je leur poserais la même question au sujet des buts de notre Ordre. Au risque d’en choquer certains, je suis persuadé que les buts spirituels de la Franc-Maçonnerie, les mêmes que ceux de l’alchimie, sont tout à fait réalisables et ne consistent pas seulement en un idéal que l’on ne pourra de toute façon jamais atteindre dans la réalité. Cette dernière affirmation est typique de la mentalité occidentale, qui sous le couvert d’une fausse modestie, démontre son manque de foi et de confiance en ses propres capacités. Une excuse en quelque sorte pour ne pas faire l’effort demandé.

Je dirais même que les symboles maçonniques et alchimiques voilent une Vérité non seulement réalisable, mais aussi d’une extrême simplicité de compréhension. La Vérité ne peut être que simple dans sa Grandeur. Son accès a été rendu sciemment compliqué. Ce sont les Adeptes qui ont créé un rempart presque infranchissable, afin que la Science ne tombe pas en mains mal intentionnées, afin que seul le chercheur perspicace et de bonne volonté, mu par l’intelligence du cœur, puisse l’atteindre. Si en alchimie on parle de transformer le Plomb en Or, c’est aussi pour mettre sur la fausse piste les profanes avides ou pour détourner vers le laboratoire ceux qui ne croient qu’en la matière et en elle seule.
– Et l’Amour dans tout ça ?- me répondit un jour un Frère à qui je faisais noter l’importance de l’alchimie dans la Voie initiatique. Il voulait par là me faire comprendre que cette recherche paraissait à ses yeux trop solitaire, égoïste et peu intéressée à l’évolution de l’humanité. J’aurais aimé lui répondre que l’Amour sans la Connaissance est tout aussi néfaste et aveugle que la Connaissance sans Amour et que le perfectionnement moral et spirituel de l’humanité n’est possible que par le préalable perfectionnement moral et spirituel individuel. Mais je lui répondis autrement: que les Adeptes en alchimie ne faisaient pas étalage de leurs qualités de cœur comme le font certains qui parlent à tort et à travers de tolérance et d’amour et qui au premier écueil se comportent en parfaits égoïstes, plus sensibles aux défauts des autres qu’aux leurs.

Physique quantique et alchimie

Un préjugé tenace fait de l’alchimie une véritable utopie sans aucun fondement scientifique. Or rien n’est plus faux. Les dernières découvertes de la physique quantique se rapprochent de façon étonnante des anciennes théories alchimiques, qui se révèlent comme une connaissance scientifique avant la lettre. Nous savons que la méthode expérimentale a été bousculée ces dernières décennies. L’observateur, par sa présence en chair et en os, modifie la valeur d’une expérience donnée. L’alchimiste, qui agit sur le plan subtil, en dehors de l’espace-temps, lui ne modifie pas la valeur de l’expérience.

De plus, la théorie de la relativité a balayé non seulement le caractère absolu de l’espace et du temps, mais aussi l’opposition entre matière et énergie. La matière selon la théorie quantique peut apparaître suivant les circonstances sous un aspect corpusculaire ou un aspect ondulatoire. Ce sont deux aspects d’une même réalité. Le réel n’est donc pas toujours visible et le visible n’est pas toujours réel.

Or, cette dualité de la matière est un des leitmotiv de l’alchimie. Cette dernière affirme en effet que la Matière première se transforme en énergie; que cette énergie obtenue ou extraite de la Matière agit en retour sur les éléments « corpusculaires » en les transmuant, en leur donnant une autre forme. L’alchimie affirme aussi qu’il y a deux états ou fonctions de la matière qui coexistent en alternance, le Solve et le Coagula, le Solve, appelé aussi le Volatil, état de dissolution, de décomposition de la matière, symbolisé par une sinusoïde et le Coagula, dit, aussi le Fixe, état condensé et corpusculaire, symbolisé par une ligne droite. Le Fixe ou aspect corpusculaire, déterminé, individuel correspond au Soufre et le Volatil, aspect vibratoire, ondulatoire, indéterminé correspond au Mercure. Le Sel est l’union du Soufre et du Mercure, soit l’état à la fois ondulatoire et corpusculaire, dont le sigle est bien connu en Franc-Maçonnerie, l’équerre et le compas réunis. Il suffit aussi d’observer le caducée d’Hermes pour comprendre cette union des deux états. Le Mercure y est représenté par les deux serpents qui s’entrecroisent dont le caractère ondulatoire formé par la lettre S est évident. Le Soufre ou Fixe correspond à la ligne droite centrale qui forme un T majuscule. Réunis il forment le Sel ou caducée d’Hermes….et les deux aspects coexistants de la matière selon la physique quantique. Les lettres S symbolisant le Mercure et T, le Soufre, réunies, forment le caducée et ne représentent rien d’autre que la Pierre des Philosophes tant recherchée par les alchimistes et les Francs-Maçons. Il s’agit bien de notre Pierre, soit un ensemble de deux choses, qui réunies par une troisième, nous ramènent à l’Unité.

L’écroulement de notions scientifiques qui paraissaient absolues telles que celle d’espace-temps, de réalité matérielle d’un objet, de loi de cause à effet, de méthode expérimentale infaillible, amène la physique moderne vers une réalité tout autre que celle, soumise à nos sens, à laquelle le matérialisme absolu des siècles passés nous avait habitué. Il faudra du temps pour réapprendre à vivre la réalité…à moins d’avoir assimilé l’enseignement hermético-alchimique.

Certains physiciens vont encore plus loin dans le rapprochement entre la science et l’alchimie, sans l’affirmer explicitement bien sûr. Le Professeur Régis Dutheil nous propose une théorie explicative de l’univers basée sur la notion de lumière et précisément sur le dépassement de la vitesse de la lumière. Il y aurait selon lui un monde en deçà de la vitesse de la lumière, le notre, soumis à l’espace-temps et un autre situé au delà de la vitesse de la lumière dit univers « superlumineux », où le temps n’existe plus et où la causalité n’a donc plus de sens.

L’alchimie affirme la même chose. Il y a deux mondes qui coexistent: le matériel soumis à l’espace – temps et le spirituel, hors du temps et de l’espace. L’alchimiste doit entrer dans le monde spirituel afin de le matérialiser et ensuite revenir dans le matériel afin de spiritualiser ce dernier. Mais pour cela il doit avoir pris connaissance et entière possession des deux mondes, le matériel et le spirituel,…. le sous lumineux et le superlumineux, pour employer les termes du Prof. Dutheil.

Et comment l’Initié peut-il passer la barrière entre les deux mondes ? Par la Mort initiatique qui permet le contact avec le monde spirituel. Il s’agit d’un état de transe méditative ou mort apparente. Ceci est confirmé d’une manière étonnante par le Prof Dutheil. Pour ce dernier il n’y a pas d’autre moyen actuellement disponible pour passer la barrière qui sépare l’univers sous lumineux du superlumineux que l’éveil à d’autres états de conscience – dit-il – par le Joga ou la méditation. C’est une reconnaissance « de facto » de la supériorité de la Voie initiatique sur la science, faite par un scientifique.

Ordre et Chaos

Selon l’alchimie transmuer le Plomb en Or signifie obtenir un composé stable et durable à partir d’un composé instable, appelé « Chaos » par les Adeptes. Ce problème du passage d’un composé instable et chaotique à un ensemble ordonné et durable, qui est posé par la théorie alchimique et que l’on retrouve dans notre Ordre sous l’axiome « Ordo ab Chao », est abordé aussi dans la théorie du Prof. Dutheil, et de la façon suivante. Notre physicien reprend la fameuse théorie de l’entropie. Selon celle-ci dans les molécules il existe un certain ordre. Par exemple les molécules ayant beaucoup d’énergie se trouvent les unes à côté des autres dans un certain endroit de l’espace, alors que celles qui ont peu d’énergie occupent un autre endroit de ce même espace. Il y a là une structure d’ordre. Une évolution appelée « entropie » se produira alors: les molécules ayant beaucoup d’énergie vont en céder une partie à celles qui en ont moins. On aura donc un ensemble de molécules sans aucune différenciation. On est donc passé d’une structure d’ordre à une structure de désordre. Le physicien Maxwell a supposé l’existence d’un principe dans l’univers, appelé ensuite « démon de Maxwell », qui, grâce à un système d’information qu’il doit nécessairement obtenir, remet de l’ordre, en replaçant les molécules à haute énergie d’un côté et celles à basse énergie de l’autre. Il rétablit l’ordre en quelque sorte. Pour un autre savant, Kammerer, il y aurait une force basée sur l’information, dans l’univers, qui tend à réunir les semblables « épars » en un ordre défini et stable. Or, selon Dutheil cette force se trouve dans l’espace superlumineux et peut être atteinte par le passage de l’homme dans cet espace, là ou existe l’information. L’homme alors informé pourrait se constituer ensuite selon un mode ordonné et définitif. Tandis que s’il restait dans ce bas monde sans information il irait vers la dégradation progressive de ses cellules en un mode uniforme de désordre, c’est à dire vers la mort tout court, comme c’est le cas habituellement pour le commun des mortels.

Cette théorie du Prof Dutheil correspond à celle de l’alchimie et de la Franc – Maçonnerie dont le but est de transformer un composé instable et caduque (la Pierre brute) en un composé parfait, stable et éternel (la Pierre cubique). Ce qui en alchimie se traduit symboliquement par la transmutation du Plomb en Or et spirituellement par la formation du corps-spirituel immortel dit Corps glorieux. Mais pour ce faire l’alchimiste doit, comme le Franc – Maçon, passer le seuil entre le monde matériel et le monde spirituel, entre le monde souslumineux et le monde superlumineux, pour utiliser les termes de Dutheil. Cela correspond à ce que l’alchime et la Franc-Maçonnerie appellent la Mort initiatique ou état de transe profonde qui nous fait passer dans l’au-delà, afin d’avoir accès, comme le dit Dutheil, « à l’information qui nous permettrait de faire de l’ordre » c’est à dire de transformer notre être périssable en composé stable, de passer en somme d’un état de chaos à celui d’ordre. Il s’agit véritablement, si la théorie de Dutheil est prouvée, d’un rapprochement historique entre la science, la F.M . et l’alchimie.

Pour peu que l’on ait des rudiments d’alchimie, l’on s’aperçoit que certains termes utilisés par cette dernière tels chaos, semblables, catégories sont les mêmes que ceux qu’utilisent les physiciens modernes. Depuis toujours en alchimie la Matière première initiale a été appelée Chaos ou Chaos des Sages. C’est notre Pierre brute. Il s’agit en effet de cette matière instable, laide et imparfaite qui pourtant donnera un ensemble stable et ordonné à la fin des Opérations. D’autre part les alchimistes ont répété maintes fois cet axiome: « les semblables s’unissent avec les semblables ». Et ceci afin « d’imiter la Nature ». L’alchimiste est appelé le singe, car il est sensé singer la nature. C’est ce qu’affirme Maxwell dans sa notion d’ordre : il faut réunir les semblables avec les semblables pour recréer l’ordre, les catégories.
Le physicien, comme l’alchimiste, doit singer la nature.

Mais ce qui pour nous est le plus important, c’est l’évidente unité, je dirai superposition entre l’enseignement maçonnique et alchimique en ce qui concerne le passage entre les deux mondes, par ce qu’on appelle la mort du vieil homme et la naissance du nouveau. La Mort initiatique appelée aussi Putréfaction est l’Opération la plus importante et la plus délicate de l’alchimie. Il ne s’agit bien entendu pas d’une mort réelle, autrement on irait vers cette destruction que justement l’on cherche à éviter. Cette Mort nous permet de déstructurer sans détruire, juste ce qu’il faut pour nous faufiler dans le monde d’à côté et pour reconstruire ensuite un ensemble plus stable, grâce à l’ « information » que nous y avons trouvée. A ce propos je cite encore le Prof. Dutheil qui donne sa version des choses: « La mort est donc actuellement (tant que la physique des particules superlumineuses n’est pas plus développée) le seul moyen que nous ayons de rentrer en contact avec le monde superlumineux. »

Les fils de la Lumière

Selon le Pr. Dutheil: « la référence de base de notre univers est donc la lumière » (et sa vitesse Ndr). Nous Maçons et alchimistes ne pouvons pas le contredire vu que le Prologue de l’Evangile de S. Jean, notre patron mutuel, l’atteste.
Selon la théorie de Dutheil le passage de l’état sous lumineux à l’état superlumineux nous donne « une vision instantanée et non causale des événements avec une évolution vers un état d’information et de signification maximal». Celui qui vit en permanence dans l’état superlumineux répercute cet état d’ordre sur le « petit monde » dans lequel il vit. C’est là tout le processus alchimique que nous Maçons pratiquons en travaillant dans le Temple (et en dehors du Temple…), grâce aux symboles et aux rituels, à l’accession de la Connaissance , qui nous permettra de rayonner ensuite dans « notre petit monde ».

L’affirmation du Prof. Dutheil que la référence de base de notre univers est donc la lumière, si évidente soit elle, reste une théorie du point de vue scientifique, non partagée par l’ensemble des savants. Il en est autrement dans le domaine initiatique et alchimique. En particulier dans la Kabbale, comme nous le propose le Baal Haorot : « Si tu veux, tu le pourras. Fils de l’homme, regarde! Contemple la lumière de la Présence qui réside dans tout l’existant. » (Orot Haqodech,I,64). Il n’est pas besoin de souligner quelle importance ont dans la Kabbale pratique les trois mots suivants: Lumière, vibration, énergie.

Mais si nous voulons convaincre le profane il faut lui donner des preuves scientifiques. Il n’y en a pas…

Et pourtant des éléments troublants apparaissent si l’on compare les rythmes de la vie humaine avec les rythmes cosmiques, en particulier ceux du soleil, donc de la lumière par excellence dans notre système planétaire.

Considérons en premier la vitesse de la lumière, cette barrière entre les deux univers, selon le Pr. Dutheil.

Vous savez tous que la vitesse de la lumière est de 300000 km à la seconde. Nous pouvons extrapoler sur une heure ou un jour et nous aurons:

Vitesse de la lumière par seconde : 300000 km
Vitesse de la lumière par minute : 18000000
Vitesse de la lumière par heure : 1080000000
Vitesse de la lumière par 24 h : 25920000000

Nous pouvons comparer ce mouvement de la lumière dans le système métrique à une sorte de respiration ou expansion de l’univers, à un déploiement du Verbe. Or, quel est notre étonnement si nous le comparons à la respiration de l’homme. Statistiquement l’homme respire en moyenne 18 fois par minute, soit 9 inspirations et 9 expirations. Extrapolons sur une heure ou un jour comme nous avons fait pour la vitesse de la lumière et nous aurons :

Nombre de respirations par minute : 18
Nombre de respirations par heure : 1080
Nombre de respirations par 24 h : 25920

Ces chiffres se superposent au nombre de millions de km de la vitesse de la lumière. Nous pouvons affirmer que l’homme respire en consonance avec la lumière, si l’on admet la valeur du système métrique comme un choix « illuminé ».

Or, il y a plus: la durée en années de la précession des équinoxes correspond aussi à 25920. Qu’est ce la précession des équinoxes ? Vous savez tous que l’axe de la terre est incliné ( 23 degrés 27 premiers) et que cette dernière tourne sur elle – même comme une toupie. Or, l’axe de la terre n’est pas fixe. Il se déplace progressivement et circulairement (coniquement) de sorte qu’il revient à la même position de départ après 25920 années. Le jour de l’équinoxe de printemps le soleil ne se lève donc pas chaque année au même point de l’horizon. Il reviendra se lever au même point après 25920 années. Le lever du soleil se fait progressivement par les 12 constellations zodiacales, de sorte qu’il reste dans la zone d’une constellation en moyenne 25920 : 12 = 2160 années. C’est ce que nous appelons une Ere. Nous quittons en ce moment l’Ere des Poissons pour entrer (en 2031 ?) dans l’Ere du Verseau. Or, le déplacement de l’axe terrestre d’un degré (sur les 360 qu’il va accomplir en 25920 années) se fait en 72 ans. Par le calcul simple : 25920 années divisées par le nombre de degrés d’un cercle 360 = 72 années.

Ce phénomène astronomique nous amène tout droit vers le deuxième rythme important de l’homme, celui des battements cardiaques qui est de 72 par minute. Le cœur bat en moyenne 72 fois par minute, ce qui le relie directement au soleil par le phénomène de la précession des équinoxes. Nos 72 battements cardiaques par minute sont donc en relation avec la lumière et précisément celle du soleil.

Mais il y a un autre lien intéressant entre le rythme cardiaque et la Lumière. C’est le Delta, dit fort à propos « lumineux ». Il s’agit du triangle sacré qui représente pour nous Franc-Maçons la Lumière par excellence, la Lumière spirituelle divine, placée entre la lumière du Soleil et de la Lune. Ce triangle sacré appelé Delta « lumineux », dans le centre duquel se trouve l’œil de Dieu, présente un angle supérieur de 108 degrés et une somme des deux angles de la base de 72 degrés, ce qui résume bien la divinité « lumineuse » en haut 1(08) et son déploiement dans la matérialité en bas signifiée par le 72. Le rapport de ce triangle entre le haut et le bas soit 1/72 est ainsi constitué, qui est à la base de la légende égyptienne expliquant la différence de 5 jours entre l’année solaire (365) et lunaire (360). Dans cette légende Hermès -Toth gagne aux dés en jouant avec la Lune. Il lui ravit 1/72 ème de l’année. C’est à dire que 1/72 ème de l’année lunaire de 360 jours correspond à 5 jours. Et ces 5 jours s’ajouteront aux 360 autres pour constituer l’année solaire de 365 jours (chiffres approximatifs !). Ce calcul confirme le lien du chiffre 72 avec le soleil et les cycles de l’univers, auxquels l’homme est relié par son cœur. Le cœur représente donc la Lumière qui est déployée dans l’homme, à l’intérieur de l’homme. Il existe en résumé un subtil rapport entre les battements cardiaques de l’homme à la minute, la respiration de l’homme sur 24 heures, la vitesse de la lumière sur 24 heures, et enfin le soleil et donc la lumière, qu’il est sensé représenter dans notre système solaire. Un fait est sûr: les 25920 années que comportait le cycle de la précession des équinoxes correspondaient à la fameuse Grande année pythagoricienne et platonicienne. Selon Platon il s’agissait de la Grande année cosmique ou « pulsation » de l’univers.

Que pense l’alchimie de tout cela? Le cœur y est assimilé au Soleil philosophique et à l’Or. Pour les alchimistes le cœur est le siège du Soleil philosophique ou Soleil intérieur, symbolisé extérieurement par le soleil, lui même cœur du système solaire. L’équivalence cœur = Soleil philosophique = Feu-Lumière = Christ = Or alchimique = chiffre 8 = X est une des pièces maîtresses de la symbolique alchimique. Le sigle de l’Or et du Soleil philosophique est le même: un point au milieu d’un cercle. Quant au chiffre 8, symbole de l’énergie serpentine ou solaire que nous avons vue « onduler » sur le caducée, il correspond bien au facteur X, inconnue du Grand Œuvre selon le grand Adepte Fulcanelli. Ce qui nous amène à la formule suivante : 72 (72 battements par minute) : 9 (9 inspirations ou expirations par minute) = 8.

Or, la Pierre philosophale est dite aussi Escarboucle et décrite comme une étoile à 8 branches avec un 9ème point central ( ).

Le rôle de la respiration et du cœur dans l’ascèse alchimique ou celle du Joga est essentiel. Il s’agit d’agir sur notre corps afin d’activer les énergies, la partie ondulatoire de nous mêmes, justement symbolisée par le chiffre 8, afin de nous faire passer la barrière qui nous sépare de l’invisible et transformer entièrement notre Nature par la Lumière ignée, pour devenir « fils de la Lumière ».

L’ADN ou caducée d’Hermes

Les biologistes moléculaires commencent à s’apercevoir que les théories anciennes des alchimistes et des gnostiques au sujet du serpent cosmique représentent une connaissance intuitive de la structure de l’ADN, notre patrimoine génétique. En effet la notion alchimique de « Principe vital et universel, ayant une forme serpentine et provenant du cosmos, principe unique et double à la fois, Matière première de toute chose, Mère de l’Univers, Principe qui s’exprime en nous sous la forme des 4 Eléments », et bien cette notion décrit ni plus ni moins la structure de l’ADN.

L’ADN est une hélice double en forme de 8 ou de deux serpents entrecroisés. Il est un, mais à la fois deux. Les deux rubans sont unis par des ponts, à la même enseigne que les marches d’une échelle, d’où le terme d’échelle double ( !). Ces ponts sont constitués par 4 acides aminés: Adénine, Guanine, Timine, Cytosine. Ces quatre bases ne peuvent s’accoupler que par paires spécifiques : A avec T et G avec C. Cela implique qu’un des deux rubans est le duplicata de l’autre et que le message génétique est double.

L’ADN est apparu abruptement sur la terre. Il est le maître des transformations sur celle –ci car il a façonné les êtres, tout en restant rigoureusement le même, malgré les 4 millions d’années où il s’est démultiplié. De même il ne varie pas, comme substance, d’une espèce à l’autre; il n’y a que l’ordre des lettres qui change. Selon les biologistes le 97% de l’ADN « fait des choses que nous ne comprenons pas pour l’instant », et selon le biologiste Jeremy Narby : « Dispersés dans cet océan de non sens, les gènes représentent une sorte de terre ferme où le langage de l’ADN devient compréhensible. Tous les mots ont 3 lettres, et comme l’alphabet de l’ADN dispose de quatre caractères, il y a 4x4x4 = 64 mots possibles. Les 64 mots du code génétique possèdent tous un sens et correspondent soit à un des 20 acides aminés utilisés dans la construction des protéines, soit à l’un des deux signes de ponctuation (« start » « stop » ). Il y a donc 22 sens possibles pour 64 mots. »

Vous conviendrez avec moi que cette similitude est troublante. Non seulement par le fait que le Principe alchimique du Un – Tout, base et Mère de l’univers est double et triple à la fois et de forme en « double hélice ». Non seulement par les 4 Eléments qu’il contient en son sein comme les 4 acides aminés dans l’ADN. Non seulement par l’affirmation qu’il est à la base de tous les êtres et de tout ce qui vit dans l’univers. Mais aussi dans des détails « croustillants » tels que l’importance du chiffre 8 et de ses multiples en alchimie, désignant cette Energie à la fois ondulatoire et corpusculaire à la base des trans-mutations. Or que voyons – nous dans l’ADN ? Une mise en évidence du chiffre 8, car selon les biologistes le message génétique est doublement double, c’est à dire 2x2x2=8 ou le cube de deux.. Que voyons – nous dans l’ADN ? Les 4 bases dédoublées ou 4×2=8. Plus encore : l’affirmation qu’il y a 22 sens possibles pour 64 mots ne passe pas inaperçue. Le 64 ou 8×8 soit le pavé mosaïque, les Mandalas hindous, le jeu d’échec ou de l’Oie, le drapeau templier. Le 22 soit les 22 lettres de l’alphabet hébraïque, les 22 Lames majeures des tarots, les 22 Grands Maîtres de l’Ordre du Temple, les 22 chapitres de l’Apocalypse.

Une mise en garde s’impose à ce point. Il s’agit ici d’une symbolique comparée, qui confirme le sens universel du symbole archétypal. Le fait que les symboles alchimiques correspondent à la structure de l’ADN ne signifie nullement que la Vérité est dévoilée, que nous avons découvert la Réalité que cachaient les symboles. Gardons nous de prendre un symbole pour la réalité qu’il sous entend. La structure de l’ADN est elle même le symbole d’autre chose, qui dépasse notre entendement, et qu’elle nous permet seulement de palper. Ce qui est important ici c’est la surprenante similitude et unité entre les symboles initiatiques et la nature, l’univers.

Dans ce même ordre d’idées nous pouvons comparer les quatre Eléments de l’alchimie soit la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu aux quatre composants essentiels de toute matière organique: Carbone, Azote, Hydrogène et Oxygène. Convenez que la similitude est troublante. Le carbone dont le sigle est C nous rappelle la couleur noire et la Terre. L’azote, dont le sigle est N et qui constitue le 80% env. de l’air que nous respirons peut donc être relié à l’Air. L’hydrogène de sigle H, principal constituant de l’eau (H2O), peut être relié à l’Eau. Enfin l’oxygène principal activateur du feu, dont le sigle est O, peut être relié au Feu. Les deux Eléments alchimiques subtils, le Feu et l’Air se retrouvent réunis par leur sigle chimique dans la syllabe OZ, si l’on considère le sigle de l’azote N comme renversé. Je vous laisse déduire les implications initiatiques. D’autre part le nom de l’élément chimique appelé azote vient de l’ancienne terminologie alchimique. Dans cette dernière l’Azot correspondait à la Matière première de toute chose ou Matrice de l’Oeuvre. Pourquoi ? Parce que ce terme contenait la première et la dernière lettre de l’alphabet hébraïque l’aleph et le tau, la première et la dernière de l’alphabet grec l’alpha et l’oméga et enfin la première et la dernière du nôtre le a et le z. Il correspondait donc par ce fait au Tout-Un.

Cette Matière première, base du Grand Œuvre, était rappelée par les Adeptes dans la très célèbre phrase : « Ignis et Azot tibi sufficiunt. » . Le Feu et l’Azot te suffisent, …..pour parfaire le Grand Œuvre.

Cette Matière première ou Un – Tout était imagée par les alchimistes grecs, non seulement sous la forme d’un serpent en double hélice mais aussi sous l’aspect d’un serpent qui se mord la queue appelé Ouroboros, accompagné de l’inscription « en to pan ». En to pan : dans le tout ou Un le Tout. Le Tout est constitué par une seule et même chose: la Matière première, Principe dont tout dépend. C’est la substance sur laquelle nous devons travailler au départ du Grand Œuvre, notre Pierre brute. La tête qui mord la queue c’est la constante mutation temporelle, la forme nouvelle qui succède à l’ancienne, la Mort et la Renaissance. Mais c’est aussi l’union des fonctions alchimiques, le Solve et le Coagula, soit le serpent avalé et celui qui avale. La queue c’est le Volatil, la forme ondulatoire, la tête c’est le Fixe, la forme corpusculaire. La forme circulaire est spécifique de l’esprit, mais en alchimie elle signifie aussi la Matière indistincte du départ, le Chaos en opposition à la Matière spécifique, différenciée, l’Ordo qui se présente elle sous la forme symbolique d’un cercle avec un point au milieu. Le point ponctue, détermine. C’est l’esprit corporifié et individualisé. Le même symbole ou sigle est utilisé pour l’Or alchimique car c’est un corps stable, parfait et individualisé. Le Dieu fait homme et l’homme devenu Dieu.

L’œuf ou la poule ?

Vous connaissez tous l’histoire de l’œuf et de la poule. Lequel est arrivé en premier. L’œuf ou la poule ? C’est un peu le même problème entre l’alchimie et de la Franc – Maçonnerie, tellement le symbolisme de l’une est calqué sur l’autre. Leur similitude est une lapalissade, à condition de connaître les deux d’une manière assez approfondie. Car celui qui ne connaît que l’œuf ne verra aucun rapport avec la poule et vice versa. Des Franc- Maçons et non des moindres, ont affirmé que la part de l’alchimie dans la Franc- Maçonnerie consiste en un apport extérieur ajouté et limité à quelques symboles, principalement dans le cabinet de réflexion. Connaissaient – ils vraiment l’alchimie ? De l’autre côté des soi-disant alchimistes ont accusé la Franc Maçonnerie de dilettantisme. Mais les grands Adeptes tel Fulcanelli ont insisté sur le parallèle entre notre Ordre et l’alchimie, car eux avaient compris que derrière l’écorce le tronc était le même. Car si certains symboles de l’art de construire n’avaient apparemment peu à faire avec l’iconographie alchimique, il suffisait d’enlever l’écorce ou de casser la coquille pour y découvrir un symbolisme strictement parallèle. Ce n’était pas le même langage certes, mais le sens était le même. Il suffisait d’un bon traducteur. Mais pour cela il fallait connaître les deux idiomes. Il est bien connu et tout à fait humain, que l’on rejette ce que l’on ne peut comprendre. Toute critique objective doit commencer par l’étude. Pour celui qui a approfondi l’étude de l’alchimie une constatation s’impose. La Franc- Maçonnerie et en particulier le Rite Ecossais Ancien et Accepté retrace dans la suite de ses grades, d’une manière très stricte et dans l’ordre exact, toutes les Opérations du Grand Œuvre alchimique et hermétique, en commençant par la Cérémonie d’Initiation au premier grade qui est elle-même un résumé de tout le Grand Oeuvre. Je n’oublie bien entendu pas la Kabbale, dont l’importance dans la Franc- Maçonnerie n’est plus à prouver, et qui est plus proche de l’alchimie qu’on ne puisse le penser au premier abord.
Ce n’est pas ici le lieu pour montrer le parallélisme entre le processus alchimique et les différents degrés initiatiques. Le petit résumé qui suit suffira pour le faire comprendre, en des termes simples adaptés au vocabulaire maçonnique. Que les Adeptes, dont je ne fais pas partie je le précise, me pardonnent ce raccourci et ma liberté d’expression.

Premier œuvre ou Œuvre au Noir ou Terre

C’est avant tout la prise de conscience du « Connais toi toi -même » et de la nécessité de la quête de l’Essentiel, du Réel. Cette quête doit être le but principal de notre vie terrestre. Il faut ensuite se débarrasser des corps étrangers, des habitudes profanes et revenir à l’« état de Nature » (dépouillement des métaux). Dans l’étape suivante il s’agit de découvrir en quoi consiste la Matière première. Les Adeptes affirment qu’elle est sous terre, dans les cavernes et les minières.(cabinet de r.) Elle est appelée aussi Pierre des philosophes, car c’est une pierre et pourtant pas une pierre. Son aspect est laid, grossier, brut ( Pierre brute ) et surtout de couleur noire. Elle possède tout ce dont nous avons besoin pour parfaire l’Oeuvre.( Valeur de la Pierre brute en soi ). Elle contient les deux Principes (Soufre et Mercure, Soleil et Lune, Fixe et Volatile, J et B…), les trois Etats ( Soufre – Mercure – Sel, Soleil – Lune – Etoile…) et les quatre Eléments (Terre, Air, Eau, Feu ). Les Adeptes signalent qu’il faut transformer la Terre en Eau, l’Eau en Air et l’Air en Feu. Le départ du Grand Œuvre alchimique consiste dans la reconnaissance et mise en action des quatre Eléments. Parmi eux les acteurs principaux sont l’Eau et le Feu. Ces quatre Eléments sont utilisés par l’alchimiste pour voyager dans l’inconnu, pénétrer dans les méandres de son être et enfin se purifier.
On dépose la Matière dans un vase (le calice). Le contenu du vase est amère et mortel au début, mais se transforme ensuite en breuvage d’immortalité. La matière est ensuite dissoute sous l’action de l’Eau et du Feu. C’est la Putréfaction. Philosophiquement cela correspond à l’esprit et l’âme qui se dégagent de la matière lors de la Mort initiatique (mort du Maitre), c’est à dire la Volatilisation du Fixe.

Deuxième Œuvre ou Œuvre au Blanc ou Eau

La Matière dissoute et putréfiée semble morte. Mais ce n’est qu’apparence. Elle va renaître sous la forme d’un sublimé blanc. C’est la matérialisation de l’esprit ou Fixation du Volatile. L’alternance de Mort et Renaissance, de Solve et Coagula est le leitmotiv de l’alchime. On meurt pour renaître à nouvelle vie. (mort du vieil homme). Ce deuxième Œuvre aboutit à la formation de notre Eau ou Mercure des Sages, philosophiquement au Corps spirituel (une rose).

Troisième Œuvre ou Œuvre au Rouge ou Feu. Cette phase est appelée aussi Régime du Feu. Le Feu est l’acteur principal du Grand Œuvre. Il est présent dans toutes les phases mais spécialement dans cette dernière où il doit être augmenté progressivement. Le Phénix, selon les alchimistes, renaît de ses cendres après s’être placé lui même sur un bûcher (bûcher du Grand Maitre). Philosophiquement il s’agit de la production d’un corps spirituel ou de Lumière, totalement superposable au corps physique. Ce dernier n’est donc plus indispensable pour la survie de l’Individu.

Le résultat des Opérations est la formation de la Pierre philosophale qui va transmuer les métaux « vulgaires » en Argent ou Lune (Petite Lumière) et ensuite en Or ou Soleil (Grande Lumière).

La Pierre philosophale est imagée par les alchimistes sous la forme d’un cube, d’une Escarboucle, d’une lettre de l’alphabet qui réunit trois Eléments eu Un : Y,T ou enfin sous la forme d’un personnage ou oiseau à deux têtes réunies par un seul corps qui stylise un Y.

Que celui qui a des oreilles pour entendre….

F∴ R∴ B∴

Merci ma S:. B. de ce partage

Source : http://logetradition.ch/author/logetradition51/

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Discours réception au 1er Deg:. Symb:. rite ancien et primitif de Mem:. Misr:. 25 avril, 2015

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Mes BA:.. FF :.

vous avez devant vos yeux cette partie surélevée qu’on appelle l’Orient parce que c’est de là que partent les orientations de notre RL :. ,

à la droite du Vénérable Maître, c’est à dire à gauche pour vous, le frère secrétaire, qui incarne la mémoire de l’atelier, en inscrivant sur un registre tous les travaux qui s’y font afin de leur donner leur dimension d’éternité … Et de l’autre coté, le frère Orateur, moi, en l’occurrence, qui a parmi ses missions, celle d’être le porte-parole de l’atelier dans les grandes circonstances.

C’est le cas en ce jour qui constitue l’une des dates importantes de la vie de cet atelier. En effet, toute initiation de nouveau frère est un acte collectif qui engage l’ensemble de la Loge. Et votre initiation, nous la vivons aujourd’hui comme ce qui constitue une des étapes essentielles du processus de sa création, justifiant en cela la présence parmi nous de FF et SS venant d’autres ateliers et d’autres Or :. Et les Vénérables Maîtres siégeant à l’Orient.

Ainsi, m’adressant à vous pour vous souhaiter la bienvenue parmi nous, c’est à travers le Vénérable Maître et à vous tous, mes frères et sœurs que je m’adresse …

Mes FF ………….. je dois d’abord vous dire toute notre joie de vous accueillir parmi nous, joie qui est celle que peut éprouver une famille à la naissance d’un frère ou d’une sœur et encore plus d’un parrain. Le rituel que vous venez de vivre s’apparente en effet à une naissance. Ce n’est pas un apprentissage ni un enseignement, c’est un cheminement dans lequel chacun de vous s’est engagé, seul et dans la nuit. Tu as pris la route mon BAF d’une évolution personnelle comme le faisaient les francs-maçons opératifs du moyen-âge, ceux qui bâtissaient des cathédrales, et qui, ne dépendant d’aucun patron construisaient eux-mêmes leur parcours professionnel.

Pour commenter cet événement, je m’appuierai sur une comparaison plus parlante. La voie dans laquelle tu t’es engagé mon FF peut en effet être comparée à un homme qui part en voyage dans la nuit. Il peut le faire en utilisant les moyens de transport collectifs, train, autocar ou avion et beaucoup de nos concitoyens confient leur cheminement spirituel à l’une ou l’autre de ces religions qui offrent un ensemble cohérent de vérités, de rites et d’obligations.

Le franc-maçon quant à lui est comparable à celui qui, délaissant les transports publics, part seul au volant de sa voiture. Cela n’exclue pas qu’il s’engage sur le même parcours que tel ou tel transport collectif, autrement dit qu’un franc-maçon puisse adhérer à la foi de sa croyance et religion quel qu’elle soit …. Mais il ne s’y laisse pas guider comme un passager endormi dans sa couchette, il pilote lui-même sa propre conduite. En particulier, le franc-maçon se met dans la main de ceux qui ont fait ou font l’expérience du GADLU.

Ce voyageur individuel qui me sert de base de comparaison, s’arrête régulièrement sur le coté de la route pour faire le point. Il le fait avec un certain rituel : met son clignotant, ralentit, déboîte progressivement, s’arrête et met son frein à main. Ces arrêts sont comparables à nos tenues. Elles commencent par un rituel qui vise à nous sortir du courant de la circulation pour entrer dans le monde de la réflexion.

Puis, notre voyageur déplie sa carte routière, c’est le résultat des observations et des mesures prises par un certain nombre de personnes qui ont fait le voyage avant lui. De même, pour démarrer nos travaux, nous ouvrons ce que nous appelons « le volume de la loi sacrée » qui dans notre RL est la Bible. Certains d’entre nous attribuent ce caractère sacré à un contenu dans lequel ils voient une intervention divine. Cette explication leur est personnelle et ne saurait être imposée à tous.

Est sacré ce qui constitue la base, le fondement, sur lequel on s’appuie.

La loi sacrée est le fondement de notre personne morale comme la vertèbre sacrée qui, elle-même, repose sur le sacrum est la base de notre colonne vertébrale.

Pour le franc-maçon, ce qui est sacré, c’est la référence à la tradition, c’est à dire, d’une part, le respect pour ceux qui nous ont précédés, d’autre part, l’acceptation qu’il y a dans ce livre, des propos qui, ayant été ressassés chaque semaine à nos ancêtres pendant des siècles, et qui sont, qu’on le veuille ou non, profondément ancrés dans nos inconscients.

C’est sur ce livre que tu as prêté serment tout à l’heure, comme le fait le président des États Unis, mais avec une différence essentielle. Celui-ci prête serment sur une Bible fermée ; toi tu as prêté serment sur une Bible ouverte à une page où le texte latin commence par « in principio », c’est-à-dire, à la base, à la racine, dans le principe.

En outre, cette Bible est recouverte par une équerre et un compas.

L’équerre permet de passer de l’abscisse à l’ordonnée, de changer de dimension, d’avoir un regard perpendiculaire et notamment de passer, par exemple, de la lecture historique à la lecture symbolique.

Le compas, comme son nom l’indique, permet de comparer. Il évoque en outre cet instrument de marine qui permet de garder le cap. Ces trois éléments, le livre ouvert, l’équerre, le compas, sont des signes qui t’invitent à te construire toi-même avec le maximum de liberté et de discernement.

Mais quel est ce pays dans lequel se déroule ce voyage ? Notre obédience en général et notre atelier en particulier repose sur l’affirmation que l’univers a un ordre, qu’il a été conçu par celui que Voltaire appelle le Grand horloger, que nous appelons Le Grand Architecte de l’Univers, que certains d’entre nous appellent Dieu, Elohim ou Allah. Tous, individuellement ou collectivement, nous avons vocation à prendre notre place dans cette construction architecturale. C’est ce que nous appelons travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers..

Mes FF, la première étape de votre parcours consistera à apprendre à écouter, à recevoir la parole de l’autre. Car il n’y a d’enrichissement spirituel que par la rencontre de l’autre, par l’acceptation et la prise en compte de sa différence. La tolérance maçonnique ne consiste pas à accepter que l’autre pense différemment et par conséquent se trouve dans l’erreur. Elle consiste, au contraire, dans la conviction que l’autre, celui qui est différent, a quelque chose à m’apporter et, par voie de conséquence, l’importance de ce qu’il peut m’apporter est proportionnelle à l’importance de la différence.

Le rapprochement de l’autre est au cœur de notre démarche.

Nous sommes un ordre qui se dit symbolique. Chacun sait que le symbole est un objet, généralement une poterie, que l’on casse en deux de telle manière que le rapprochement des deux morceaux détenus par deux personnes différentes, constitue un moyen de reconnaissance.

Comme les deux morceaux de la poterie, l’autre et moi qui sommes différents, nous avons vocation à nous rencontrer et à entrer en communion. Ainsi, est symbolique ce qui rapproche ce qui unit, par opposition à ce qui divise qui est diabolique.

Mais reprenons la comparaison avec la pause que fait le voyageur pour consulter sa carte. Il arrive un moment où il faut repartir, éteindre l’éclairage intérieur de la voiture et reprendre la route, car la pause ne se justifie que par la route, et nos tenues n’ont de sens que si elles se traduisent dans nos comportements, ce que nous appelons poursuivre à l’extérieur l’œuvre commencée dans le temple. C’est par notre présence et notre place dans la société que nous existons. Si le philosophe dit « je pense donc je suis », le maçon doit dire « je construis donc je suis ».

Mes FF vous vous êtes engagé à respecter le secret, car ce que tu as vécu est incommunicable. A cette occasion, constatant que j’arrive au terme de ma planche il m’apparaît qu’il lui manque une dimension essentielle, car une planche sans humour est une choucroute sans moutarde. Et Pour combler ce manque, je ferais observer que les francs-maçons se réfèrent à un texte qui dit « au commencement il y a la parole » pour inviter le nouvel arrivant à commencer par se taire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Ton engagement de ce soir est l’engagement collectif que nous allons renouveler. Il sera prononcé tout à l’heure, en votre nom à tous, par le Vénérable Maître et les deux surveillants au moment ou l’on éteint les etoiles comme le voyageur coupe l’éclairage intérieur de sa voiture pour pouvoir voir ce qui se passe au dehors. Il est désormais pour vous comme pour nous, dans chacun de nos actes, dans chacune de nos activités, dans chacune de nos paroles, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que la paix règne sur le terre, pour que l’amour règne parmi les hommes et pour que la joie soit dans les cœurs.

Ainsi que vos oreilles entendent que vos yeux voient et que votre âme comprenne

j ai dit VM

SOURCE : l’excellent site « le blog de anck 131″

http://anck131.over-blog.com/2015/04/discours-reception-au-1er-deg-symb-rite-ancien-et-primitif-de-mem-misr.html

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Journée nationale de la Laïcité du 11 Décembre 2010 8 novembre, 2014

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GRAND ORIENT DE FRANCE

Journée nationale de la Laïcité du 11 Décembre 2010

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Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le pourquoi de cette journée de la laïcité voulue et soutenue par le G\O\D\F\.

Quelle guêpe a donc piqué les Francs Maçons du Grand Orient de France pour qu’ils en viennent à faire une manifestation d’extériorisation autour de la laïcité pourraient se demander certains.

Délégué de la Région Maçonnique Antilles Guyane à la Commission Nationale Permanente de la Laïcité du G\O\D\F\, il me plait de rappeler que le Grand Orient de France, obédience a dogmatique a été le porte drapeau du combat pour l’instauration de l’École Laïque École de la République.

Ce combat acharné mené par Jean MACE ce fils de camionneur initié au Grand Orient de France a été relayé tambour battant par les loges de cette obédience maçonnique. Aussi son aboutissement à savoir le vote des lois laïques de 1882 et 1883 sera-t-elle l’œuvre de Jules FERRY, Ministre de l’Instruction Publique et par ailleurs Franc Maçon du Grand Orient de France.

La loi de 1905 votée le 9 Décembre et parue au journal officiel le 11 Décembre concerne la séparation des églises et de l’État.

Elle marque l’aboutissement d’un long processus de sécularisation au cours duquel l’État s’est libéré de l’emprise de l’église catholique. Cette loi consacre la primauté de la liberté de conscience dans la législation française. Liberté chère au G\O\D\F\.

En effet la première disposition du texte de loi est la suivante  « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ».

Ce n’est qu’après que la loi stipule que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

En ne reconnaissant ni ne subventionnant aucun culte, cette loi a fondé la laïcité des institutions de la République Française, même si le législateur ne fait figurer ce mot voire une périphrase évoquant ce mot dans le texte de loi.

Il a fallu attendre 1945 pour que le mot laïcité apparaisse dans la constitution, faisant de la France une République Laïque, sans que pour autant les textes juridiques n’en retiennent une définition exacte de ce mot.

Tout se passe comme si à partir de l’adoption de la loi de 1905 il y avait eu séparation de deux sociétés à savoir la société Civile d’une part et la société Religieuse d’autre part. C’est-à-dire en un mot séparation d’une sphère publique où prévaut ce qui concerne la collectivité dans son ensemble et d’une sphère privée où l’individu est libre de choisir telle ou telle option philosophique ou religieuse.

D’un côté l’État se garde d’exercer un quelconque pouvoir religieux et d’un autre côté les églises renoncent à exercer un pouvoir politique, même si la réalité est infiniment plus complexe.

Constitutive de l’identité française, cette loi toujours en vigueur malgré quelques retouches, est à n’en point douter un monument de l’Histoire Nationale. C’est d’abord à l’école, considérée comme lieu privilégié de l’éducation que se vit la laïcité.

L’enseignant y instruit indistinctement tous les enfants sans s’intéresser à leurs origines, à la couleur de leur peau, à leurs opinions ou à leurs croyances. L’instruction publique est le fondement même du modèle républicain et laïque d’intégration.

Former les esprits sans les conformer.

Les enrichir sans les endoctriner.

Les armer sans les enrôler.

Leur donner le meilleur de soi sans en attendre ce salaire qu’est la ressemblance voilà ce qu’en disait Jean ROSTAND.

D’aucuns pensent que la laïcité est un concept vieillot et dépassé et ne comprennent absolument pas ce qu’il recouvre et encore moins pourquoi le Grand Orient de France lui accorde un tel intérêt.

On peut affirmer sans risque de se tromper que la Laïcité n’est pas une doctrine, encore moins une théorie à la façon du marxisme ou du darwinisme. Elle n’est pas une philosophie comme le rationalisme ou le positivisme. Elle n’a pas pour vocation de mobiliser les foules ou d’interpréter le monde, afin de le rendre meilleur.

Elle n’est pas à proprement parler une sagesse, même si sa pratique façonne une société plus juste, plus apaisée et des individus plus tolérants.

Elle se méfie de tout système clos et hiérarchisé, dont elle redoute la capacité d’oppression.

Elle est un cheminement vers le vrai et non l’exposé d’une vérité.

La Laïcité n’est surtout pas synonyme d’anticléricalisme, même si les circonstances où elle est née ont pu prêter à cette confusion. Elle ne forme pas un couple avec la religion, dont elle n’est ni l’envers, ni le contraire encore moins un substitut ou une alternative. En effet elle ne se situe pas sur le même plan. Elle est d’une autre nature, même si elle a quelque chose à voir avec les cultes, les croyances, l’agnosticisme, et l’athéisme, dont elle assure la libre expression. Elle n’est évidemment pas un frein ou un obstacle à la liberté religieuse puisqu’elle garantit à tout citoyen la liberté de conscience qui en est la forme la plus achevée.

La laïcité ne saurait non plus se résumer à l’invention de l’école publique, même si l’affrontement sur ce terrain entre la République radicale et l’Eglise catholique lui a donné une assise ou une justification.

Elle ne se confond même pas avec la loi de séparation des églises et de l’État qui marque l’aboutissement d’un processus de sécularisation. Elle est au-delà.

Qu’est-elle donc et comment la définir ?

La Laïcité est essentiellement un principe juridique et politique d’organisation des institutions; le premier et le seul qui permette à chaque citoyen le plein exercice de sa liberté de conscience. Bifurcation majeure dans l’histoire de l’humanité, progrès immense et encore si fragile dans les rares pays où le pas décisif a été accompli, comme le montre en ce moment le débat toujours passionné sur «°le port des signes religieux ostensibles°» dans l’espace public et la volonté du Président Sarkozy de modifier la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’état.

La bataille fait rage et pas seulement en France avec la déclaration de guerre du pape Benoit XVI à la laïcité. L’enjeu est considérable car sécularisation, séparation et laïcité sont les trois étapes d’un même mouvement d’émancipation à l’égard du pouvoir religieux.

Autour du principe de laïcité se joue l’entrée dans la modernité et pourtant l’église catholique s’accroche avec hargne à un passé révolu. En succédant à Jean Paul II, Benoit XVI avait annoncé que son pontificat serait consacré à la reconquête catholique de l’Europe qui selon lui «°serait menacée par une culture dévoyée de la laïcité°», par une déchristianisation massive, par des lois «°scélérates°».

Le Vatican auquel notre Président a fait acte d’allégeance est parti en guerre et son champ principal de bataille est l’Espagne, avec comme principal adversaire le gouvernement socialiste de José Luis ZAPATERO. En effet le Dimanche 30 Décembre 2007 à l’initiative du Vatican était organisée à Madrid une manifestation spectaculaire ayant rassemblé plus d’un million de personnes venues défendre les «°valeurs de la famille chrétienne°». Massés sur une estrade drapée de pourpre, les plus hauts dignitaires Catholiques ont pourfendu les lois adoptées depuis l’élection des socialistes en 2004: procédures allégées de divorce, renforcement du droit à l’avortement, projet de suppression des cours obligatoires de religion à l’école mis en place par les conservateurs espagnols. Tour à tour, les responsables catholiques ont crié à «°la dissolution de la démocratie°», ont dénoncé «°des lois iniques et injustes°» et un retour en arrière «°des droits de l’homme°». Le clou de la manifestation fut l’apparition en direct et sur écran géant de Benoit XVI qui depuis le Vatican encourageait les manifestants. Ce faisant l’église catholique nous rappelle qu’elle a été une alliée de poids du régime de dictature du général Franco et qu’elle ne renie en rien sa croisade contre les athées et les communistes. Elle n’a toujours pas compris que la société qui s’est modernisée n’écoute plus une hiérarchie marginalisée et compromise.

Cette parenthèse espagnole étant fermée il y a lieu de retenir que la Laïcité est une attitude d’esprit et de règle de comportement en société.

Elle est une façon d’aborder la connaissance, la science, l’instruction des enfants, sans préjugé ni dogme, avec l’esprit critique comme seul guide. Héritière de la Réforme, de Descartes, des lumières et du positivisme, elle est fille de la IIIème République, d’Anatole France et d’Alain. En outre, elle entretient un rapport singulier avec la morale qu’elle veut circonscrite à l’humain, affranchie de toute révélation, de toute parole sacrée. Une morale librement consentie, sans Dieu, sans espoir de récompense, sans crainte de châtiment, bref une morale «°sans obligation ni sanction°» selon la formule de Jean Marie GUYAU.

Une morale collective, civique, qui n’exclut pas le recours à d’autres sources d’inspiration que la religion, à condition qu’elles n’entrent pas en contradiction avec les valeurs fondamentales de la République, l’égalité des sexes par exemple. Une morale recentrée sur le bien, ici bas, dans ce monde, mais qui respecte les croyances dans un au-delà, les rites et les coutumes des diverses confessions ou églises.

Une morale qui ne se préoccupe pas d’enseigner le salut mais qui n’élude pas les questions de métaphysique et de transcendance.

La Laïcité, c’est la Raison se défiant d’elle-même. C’est l’éthique dans ce qu’elle a d’Universel. C’est peu et beaucoup à la fois. Si méconnue, si pleine de promesse et si jeune encore, la laïcité a survécu à toutes les caricatures d’une rare violence dont elle a fait l’objet. Elle semble s’échapper des mots usuels et des formules toutes faites: principes, conceptions, valeurs, règles de conduite, mode d’organisation des pouvoirs. Elle est tout cela à la fois. Mais également une culture, une façon d’être à soi et aux autres, un projet de Vie.

Elle est, par-dessus tout, ce dont notre terre a le plus besoin à savoir le garant de la paix civile au sein des nations et entre les peuples.

Elle est ce qui nous protège de la Saint Barthélémy, de l’Holocauste et du Goulag.

Elle est notre recours contre toutes « les guerres saintes », ce fléau de l’humanité.

Hélas, notre Président de la République ne semble pas l’avoir compris.

En effet lors de son voyage au Vatican n’a-t-il pas parlé de «°laïcité positive°» en lieu et place de laïcité républicaine. Partisan d’un mélange néfaste entre religion et État il semble oublier que la laïcité à la Française est un acquis inestimable hérité d’un passé complexe, parfois orageux mais qui a permis de pacifier la vie sociale et culturelle.

La conception de la laïcité véhiculée par le Président de la République est un véritable retour en arrière.

En effet celui ci a tenu à célébrer haut et fort «°les racines chrétiennes de la France°», allant jusqu’à insister sur «°ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’église°».

Voila donc remise en selle la conception de la France fille ainée de l’église catholique, comme s’il existait une religion supérieure aux autres, quasiment une religion d’état.

Il est à souligner que déjà en 2005 Nicolas Sarkozy était de ceux qui proposaient de faire référence aux «°racines chrétiennes de l’Europe°» dans le préambule de la constitution Européenne.

Le Président de la République d’alors Jacques Chirac avait tenu à souligner que l’Europe avait des racines autant musulmanes que chrétiennes.

Il y a lieu de rappeler qu’aucune société, aucune culture n’est fondée sur une doctrine, religieuse ou pas. Si le christianisme est historiquement ancré en France comme en Europe il n’est en rien la racine exclusive de la Nation. Cependant la conception régressive de Nicolas Sarkozy va encore plus loin car le Président de la République conçoit la religion comme un facteur «°d’espérance°» inhérent à l’être humain. N’a-t-il pas lors de son voyage en Arabie Saoudite, tel un prêcheur s’adressant aux fidèles tenues les propos suivants « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère, Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes ».

Nous constatons avec regret que notre Président considère les différentes chapelles comme des agents de paix sociale.

N’a-t-il pas à ce titre encouragé l’émergence d’une organisation de l’islam à la Française, donnant ainsi une virginité à des organisations noyautées par les intégristes.

Quant au discours de Saint Jean de Latran il est inquiétant à plus d’un titre car le Président de la République en déclarant « Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, religieux, spirituel de son histoire commet un crime°». En lancent avec force que «°Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie°» notre président a plongé la laïcité dans l’eau bénite du Vatican.

Ce discours illustre bien les menaces qui pèsent sur la laïcité qui n’a pas besoin d’être qualifiée de positive pour être légitime.

Cette laïcité que défend bec et ongles le G\O\D\F\, affirme la souveraineté de la conscience individuelle. Faute de cette reconnaissance explicite des capacités et des droits de l’individu, il ne saurait y avoir de laïcité.

En octobre 1990 se sont tenues à l’initiative du G\O\D\F\, les assises internationales de la laïcité à la cité des Sciences de la Villette.

En décembre 2010, le G\O\D\F\ est encore présent comme ardent défenseur de la laïcité qui en dépit des règles de fonctionnement extrêmement claires de notre République laïque, se trouve mise à l’épreuve. Mise à l’épreuve par des résistances individuelles et communautaires qui se manifestent au quotidien et tentent de déroger à la loi, provoquant de ce fait des conflits de plus en plus violents.

Mesdames et Messieurs, autant de faits qui se sont passés en France au cours des mois écoulés, d’où l’inquiétude de la plupart des directeurs de centres hospitaliers. Un peu partout dans les services publics, des tentatives d’entorses à la laïcité sont à déplorer et la séparation entre la sphère publique et la sphère privée n’est plus respectée.

Les quelques exemples que nous venons de vous livrer montrent bien les pressions exercées par certains islamistes pratiquants, pour enfreindre la loi et braver les fondements mêmes de notre République démocratique et laïque.

Aussi, certains politiques plaident-ils pour que l’état fasse respecter la loi sans faiblesse et mette un terme à son laxisme inadmissible et insupportable. Laxisme qui empoisonne au quotidien la vie des universités, des services publics et singulièrement celle des centres hospitaliers.

Il est certes aisé de dire, que tout ce qui relève du religieux et de la manifestation des convictions religieuses doit se cantonner strictement à la sphère privée et ne saurait en aucun cas être toléré dans la sphère publique.

Malheureusement, il est de plus en plus difficile de faire entendre raison aux religieux qui, face aux tergiversations de nos décideurs, deviennent de plus en plus agressifs et téméraires.

Michel CHARASSE, sénateur du Puy-de-Dôme, pense que tout est dans les têtes et il tonne avec force «°il faut tordre le cou à tous les bondieusards qui veulent détourner la loi. La laïcité a de plus en plus de mal à s’imposer parce que l’État pète de trouille. Il suffit de faire respecter les lois existantes sans s’occuper des pleurnicheries et des criailleries, qu’elles viennent des musulmans ou de la presse°».

Cependant l’actualité nous livre sans arrêt une dégradation de la situation avec des entorses de plus en plus fréquentes au principe de laïcité dans la sphère publique. Sphère publique réservée au citoyen et au politique qu’entendent investir délibérément certains individus au nom de la religion.

A contrario certains élus de la République ne respectent pas l’attitude de neutralité exemplaire qu’exige leur fonction, lors des manifestations religieuses publiques, et cela est tout à fait déplorable.

Le Grand Orient de France qui est historiquement le garant du concept de laïcité ne cesse de dénoncer avec vigueur ces nombreux manquements.

On ne peut s’empêcher de constater que dans notre société certains hommes croient en un Dieu, d’autres en plusieurs Dieux, d’autres encore sont athées ou agnostiques mais ils ont tous à vivre ensemble.

Selon la première déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, cette vie commune doit assurer à chacun, tant la liberté de conscience qui exclut toute contrainte religieuse ou idéologique, que l’égalité de droit incompatible avec la valorisation privilégiée d’une croyance particulière.

La puissance publique qui promeut le bien commun se doit d’être neutre sur le plan confessionnel. Elle se doit également de développer par l’instruction l’exercice autonome du jugement et faire appliquer les règles visant au respect du principe inviolable de laïcité de l’État et ce, afin que tous apprennent à vivre leurs convictions sans fanatisme ni intolérance.

Malheureusement nous constatons avec regret que les élus qui gèrent les institutions républicaines hésitent trop souvent sur l’attitude à adopter face aux demandes inacceptables de certaines communautés religieuses.

La République laïque toujours hésitante recule de plus en plus face aux exigences religieuses dans l’espace public.

◊     Nous F\M\ du Grand Orient de France ne pouvons que le regretter car seul l’État a les moyens de faire appliquer les lois en assumant son rôle de régulateur et de garant de la laïcité.

◊      Nous F\M\ du Grand Orient de France constatons avec amertume que la religion investit avec hardiesse l’espace public, l’État se montrant incapable de faire respecter les lois de notre République laïque.

Qu’on se le dise bien, la laïcité que nous défendons, n’est point de l’ordre d’une option spirituelle mais constitue un mode d’organisation, et de limitation de l’intervention du religieux, dans la politique. Elle est intimement liée au principe de séparation de l’espace public et de l’espace privé. « Fondée sur l’universelle liberté de conscience, sur la tolérance mutuelle, la reconnaissance et.la compréhension de «°l’autre », sur la dignité de l’homme et sur l’Indépendance des Institutions à l’égard des influences dogmatiques et doctrinaires, la laïcité constitue le moyen d’une solidarité vivante, offerte en Partage à chacun, en  dehors de tout esprit de ségrégation ».

Malheureusement, certains assimilant la laïcité à l’anti-religion c’est sans nul doute la dimension de séparation du religieux et du politique qui est la plus difficile à développer.

Et pourtant en cette période de mondialisation libérale c’est bien cette dimension qui possède la vocation la plus universelle.

Par delà les tentations d’enfermement que légitiment les théories multiculturelles et l’exaltation des entités collectives, sachons donc retrouver ce qui unit tous les hommes dans le processus d’émancipation.

Avec les Francs Maçons du G\O\D\F\ sachons exiger que les religieux retournent dans leur lieu de culte mais dans le même temps sachons proposer à nos citoyens des règles et idéaux de vie en société.

Règles et idéaux basés sur une morale civique, citoyenne et laïque. C’est bien là le travail à accomplir aujourd’hui, pour préparer des lendemains meilleurs.

« La laïcité agissante » telle que nous I’ entendons est une lutte, loin d’être un attachement de principe à des formules ou à des mots.

Elle est lutte contre l’ignorance génératrice de violence, facteur de guerres, de tyrannies, de persécutions.

Elle est lutte contre toute mystique, toute caste; toute institution qui visent à écraser des groupes humains, ou des individus.

Certains hommes de notre temps attendant semble-t-il l’apocalypse, sont appelés vers l’un des deux refuges qui leur éviteront d’agir personnellement sur leur propre devenir à savoir : « la prière et le rêve ».

D’autres, malheureux et ignorants; assistent impuissants à la marche de l’histoire.

D’autres enfin, entendent par la force, agir sur le devenir des humains.

En cette fin d’année 2010, nous nous devrons de nous mobiliser pour aider les uns et les autres, à se dégager de l’ombre, des frayeurs de la nuit et de l’ignorance, du fanatisme irréfléchi.

Dans ce monde de violence et de haine, de sectarisme et de persécution, dans ce monde où tout est prétexte à division et à déchirement, la laïcité qui n’est ni la neutralité ni la tolérance se veut force de résistance et de libération. JAURES ne disait-il pas que seul le néant est neutre.

Résister pour les militants laïques que nous sommes.

◊      C’est être présents quotidiennement sur le terrain de la vie collective pour aider les plus faibles et les plus démunis.

◊      C’est lutter avec force et détermination contre toute mystique, toute caste, toute institution qui exploitant la naïve inquiétude humaine viserait à asservir le monde.

◊       C’est mener un combat acharné contre tous les sectarismes, en aidant l’homme à exister, s’épanouir dans la liberté et la responsabilité, dans le respect des opinions et des croyances des uns et des autres.

◊       C’est être partie prenante au sein d’associations laïques à caractère social et mutualiste pour contribuer à faire triompher nos valeurs de référence que sont la justice, la tolérance, la fraternité et la solidarité.

Au moment où ressurgit le visage hideux du racisme et de l’antisémitisme.

Au moment où pèse sur notre société un risque d’exclusion et de régression sociale sans précédent sachons nous rendre disponibles pour mener à côté des Franc Maçons du G\O\D\F\ cet exaltant combat pour la dignité humaine.

Qu’on le comprenne bien, notre ambition est de contribuer par notre action inlassable à construire un monde meilleur et plus éclairé où l’homme, où la pensée libre pèseront enfin beaucoup plus que la couleur de la peau, que la race, que la secte, que la religion, que le clan.

Pari oh combien difficile mais si nous le voulons tous, notre idéal de laïcité et les actions qui le sous-tendent peuvent impulser une dynamique capable de transformer ce qui est pour retrouver nos valeurs républicaines.

C’est donc avec confiance, espoir et détermination que nous nous devons de poursuivre l’action.

Il nous faudra en effet «°sauver ce qui peut encore être sauvé pour rendre l’avenir seulement possible …°» comme le disait si bien CAMUS.

Pour réussir, il nous faudra volonté et sagesse, force et vigueur. Ce ne sera point chose facile mais qu’importe car nous Francs Maçons avons choisi de nous battre, Nous battre en nous rappelant sans cesse que «°Nul ne peut se sentir à la fois responsable et désespéré°».

Rejoignez nous donc et faisons en sorte que cet idéal laïque qui anime les Francs Maçons du G\O\D\F\ soit plus fort et plus vivace que jamais.

Aussi en guise de conclusion, livrerai-je à votre méditation la définition de la laïcité qu’en donne le Franc Maçon Ernest LAVISSE:

« Être laïque, ce n’est pas limiter, à l’horizon visible, la pensée humaine, ni interdire à l’homme de rêver en la recherche de Dieu ».

◊       C’est revendiquer pour la vie présente l’effort du devoir.

◊    Ce n’est pas vouloir violenter.

◊     Ce n’est pas, mépriser les consciences encore détenues dans le charme; des vieilles croyances.

◊     C’est refuser aux religions qui passent le droit de gouverner l’humanité qui dure.

◊      Ce n’est pas haïr telle ou telle église, ou toutes les églises ensemble,

◊       C’est combattre l’esprit de haine qui souffle des religions. Et qui fut cause de tant de violences, de tueries et de ruines.

◊       C’est croire que la vie vaut la peine d’être vécue.

◊       Aimer cette vie, refuser la définition de la terre: « cette vallée de larmes »

◊       Ne pas admettre que les larmes soient nécessaires et bienfaisantes.

◊       Ni que la souffrance soit providentielle.

◊       C’est ne prendre parti d’aucune misère

◊       C’est livrer bataille au mal au nom de la justice.

◊       Être laïque, c’est avoir trois vertus : La charité, c’est-à-dire l’amour des hommes. L’espérance, c’est-à-dire le sentiment bienfaisant qu’un jour viendra. Où se réaliseront les rêves de justice, de paix, et de bonheur.

◊       La foi, c’est-à-dire la volonté de croire à la victorieuse utilité de l’effort perpétuel.

Mesdames et messieurs, il ne me reste plus qu’a vous remercier d’avoir répondu si nombreux à notre invitation et de nous avoir accordé toute votre attention

Le Délégué Régional à la Laïcité

L-F L.

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