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Boadicée, la reine celte qui a défié Rome 21 mai, 2022

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Histoire

Boadicée, la reine celte qui a défié Rome

En 60 après J.-C., cette reine rebelle défia Rome, qui occupait depuis peu la Bretagne. Elle mena des milliers d’hommes et de femmes contre l’oppresseur romain, n’hésitant pas à tout brûler sur son passage.

De Richard Hingley
Warrior Queen

Lorsqu’ils représentent des personnages du passé, les artistes se tournent souvent vers des documents historiques et archéologiques à la recherche

de détails sur leurs caractéristiques, leurs vêtements et leurs biens. Pour créer un portrait de Boadicée pour la couverture de National Geographic Histoire,

l’artiste s’est tourné vers les anciens récits d’historiens romains (en particulier Dion Cassius) et des preuves archéologiques pour créer cette représentation de la reine Iceni.

PHOTOGRAPHIE DE Illustration de Almudena Cuesta

Rebelle, reine, guerrière, veuve, mère, femme : Boadicée endossa de nombreux rôles tout au long de sa vie… et pourtant, elle n’est citée que dans deux sources historiques, toutes deux écrites par des historiens romains. En 60 après J.-C., elle aurait pris la tête d’un soulèvement qui lui a non seulement assuré une place de choix dans l’Histoire, mais a aussi révélé les complexes relations des Romains envahisseurs avec le peuple breton (Britannia en latin), habitants de la province romaine qui, du 1er au 5e siècle, couvrait une partie de l’île de Grande-Bretagne.

L’œuvre de l’historien romain Tacite (début du 2e siècle) est l’une des deux seules sources écrites connues sur Boadicée. L’autre est l’œuvre de l’historien Dion Cassius (3e siècle). Chacun fournit des détails sur le soulèvement breton : les causes, les personnages principaux, les victoires et les défaites. Ces événements sont traditionnellement datés de 60 à 61 après J.-C. Des recherches récentes suggèrent cependant que la révolte a peut-être pris fin à la fin de l’an 60, car les informations contenues dans les tablettes romaines récemment mises au jour indiquent que Londinium (Londres moderne) était à nouveau un carrefour commercial florissant.

A Queen Commands Her People

Boadicée exhorte les Bretons à défendre leur pays contre les envahisseurs romains.

William Sharp, à partir d’une gravure de Thomas Stothard, National Portrait Gallery, Londres

PHOTOGRAPHIE DE NATIONAL PORTRAIT GALLERY, LONDRES / SCALA, FLORENCE COULEUR: SANTI PÉREZ

Les deux auteurs offrent à leurs lecteurs des perspectives bien différentes sur cette révolte. Tacite présente les deux côtés de l’histoire en décrivant les provocations endurées par les Bretons. Bien que lui-même membre de l’élite romaine, Tacite n’était pas un fervent défenseur de la dictature et la rébellion lui servit de prétexte pour remettre en question la manière dont la province était gérée.

Mais seul Dion Cassius a brossé un portrait de Boadicée :

Buduica [sic], une femme bretonne de la famille royale qui possédait une plus grande intelligence qu’il n’est souvent donné de voir chez une femme. [...] Grande, terrible à voir et dotée d’une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu’aux genoux, et elle portait un torque d’or, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d’une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l’apercevaient. 

Trouble Ahead

La tête de Claude a été séparée de sa statue par les rebelles à Camulodunum. En 1907, elle a été découverte dans une rivière. British Museum, Londres

PHOTOGRAPHIE DE British Museum, Scala, Florence

Dans son récit, l’auteur romain recrée le moment où la reine guerrière parla avec force à son contingent de 120 000 personnes. Debout sur une plate-forme, saisissant une lance, ses cheveux retombant en cascade sur ses hanches, elle exhorta son peuple de s’ériger contre Rome. Un torque en or – symbole de statut élevé dans la société bretonne de l’âge du fer – encerclait son cou au moment où elle prononçait ces mots.

Les écrits de Dion Cassius sont la seule description détaillée connue à ce jour d’un ou une Breton(ne) de l’époque romaine, mais les détails qui la composent doivent être considérés avec prudence. Les sources de Dion sont inconnues : il peut s’agir en grande partie d’un récit d’invention. Dion dépeint le comportement et l’apparence de Boadicée – sa façon de mener ses soldats, son goût du combat et sa stature – comme autant de sources d’indignation et de scandale pour les Romains, dès lors que ces attributs sont ceux d’une femme. La lance qu’elle brandissait fièrement était un autre aspect martial jugé incompatible avec les normes en vigueur pour les femmes de l’empire romain. 

La représentation de Dion Cassius de cette grande femme aux cheveux lâches enveloppée dans des vêtements colorés était censée choquer le public contemporain. Mais quelques siècles plus tard, les écrivains, les artistes et les poètes se sont inspirés de Boadicée, symbole de liberté, de révolte, de courage et de force.

 

LA BRETAGNE DE BOADICÉE

Du vivant de Boadicée, la Bretagne était une jeune province romaine. L’armée romaine y faisait campagne depuis le débarquement d’une force militaire substantielle dans le Kent en 43 après notre ère. Rome remporta alors une victoire majeure qui aboutit à la reddition de onze rois britanniques à Colchester dans l’Essex. Ce nouveau territoire était si important que l’empereur Claude lui-même fit le voyage depuis Rome pour assister à la victoire, accompagné d’importants membres du Sénat romain.

Au 1er siècle de notre ère, la Bretagne antique était occupée par un grand nombre de tribus et peuples indépendants. L’époux de Boadicée, Prasutagos, était le roi des Icéni. Les historiens rapportent que le couple royal avait deux filles et que Prasutagos n’était pas hostile à Rome. Certains historiens formulent l’hypothèse que les Romains aient pu désigner Prasutagos comme représentant de l’Empire en terres icéniennes après l’invasion de 43. Si tel était le cas, il est probable que lui et sa famille auraient été considérés comme des alliés de Rome.

À la mort de Prasutagos, les autorités romaines furent contrariées d’apprendre qu’il n’avait pas légué ses biens à Rome. Au lieu de cela, il laissa la moitié de sa richesse et de son territoire à ses filles et l’autre moitié à l’empereur Néron. Les administrateurs romains, indignés, ignorèrent ses dernières volontés. Ils saisirent tous ses biens sans exception. Ils battirent publiquement Boadicée, désormais veuve, et violèrent leurs filles. Ces outrages contre les Iceni et leur reine ne firent que nourrir la colère populaire. Tacite décrit comment une tribu bretonne voisine, les Trinovantes, rejoignit les Iceni. Beaucoup d’autres se rallièrent à leur cause peu après.

Dans le discours que lui attribua Dion Cassius, Boadicée rallia ses forces, les préparant à la guerre. Elle exposa ainsi, selon l’auteur, les causes du soulèvement :

Bien que certains d’entre vous aient pu auparavant, par ignorance, être trompés par les promesses séduisantes des Romains… vous avez appris à quel point c’était une erreur de préférer un despotisme étranger à votre mode de vie ancestral, et vous en êtes venus à réaliser à quel point la pauvreté sans maître est meilleure que la richesse en esclavage.

Elle dénonça l’avarice romaine et les lourdes taxes prélevées dans les territoires conquis. Boadicée appela alors à l’unité du peuple dans ce combat contre la tyrannie :

Mes compatriotes, amis et parents – car je vous considère tous comme des parents, compte tenu que nous habitons une seule île et que nous sommes appelés par un nom commun – faisons notre devoir tout en nous rappelant encore quelle liberté nous souhaitons laisser à nos enfants, pas seulement son appellation mais sa réalité. Car, si nous oublions complètement l’état de bonheur dans lequel nous sommes nés et avons été élevés, que feront-ils, eux qui seront élevés en esclaves ?

Unis derrière leur reine, les Bretons se soulevèrent et mirent à sac plusieurs campements romains. 

 

PREMIÈRES VICTOIRES

Trouvé dans la Tamise en 1857, un bouclier en cuivre daté de 350 à 50 avant ...

Trouvé dans la Tamise en 1857, un bouclier en cuivre daté de 350 à 50 avant J.-C. Ce savoir-faire artisanal renvoie à la complexité culturelle des tribus bretonnes. British Museum, Londres

PHOTOGRAPHIE DE Werner Forman, Gtres

L’armée de Boadicée, qui comprenait peut-être des guerrières, attaqua d’abord Camulodunum, la colonie romaine de Colchester dans l’est de l’Angleterre. Cette colonie était le principal symbole culturel de la puissance romaine en Bretagne ; c’est là que l’empereur Claude avait accepté la reddition des rois britanniques en 43 après J.-C. Camulodunum resta la principale base militaire romaine jusqu’en 50 après J.-C., quand le campement fut remplacé par une colonie romaine – une cité avec des maisons, des bâtiments publics, des prémices d’industrie.

Le temple en pierres, massif et imposant, avait été construit dans le style romain classique et consacré au culte de Claude, à Camulodunum, pour commémorer la campagne de Bretagne. L’armée de Boadicée brûla cet édifice, ne laissant aucune pierre derrière elle. La statue en bronze de l’empereur Claude, qui se trouvait probablement dans un espace public tel que le forum de Camulodunum, fut sauvagement décapitée par les insurgés. En 1907, la tête a été mise au jour dans la rivière Alde dans le Suffolk, à près de 65 kilomètres de Colchester, et est maintenant exposée au British Museum.

Après avoir tendu une embuscade et vaincu une unité de la 9e Légion romaine envoyée pour protéger la colonie, les Bretons se déplacèrent vers Londinium, au sud-ouest. Rapidement établie sur les rives de la Tamise après 43 après J.-C., la future capitale britannique était le deuxième centre urbain le plus important de la province impériale. Avec une population d’environ 9 000 personnes, le port de la ville était le principal port de commerce pour les personnes et les marchandises arrivant et partant de Bretagne. Le gouverneur romain, Gaius Suetonius Paulinus, marcha vers Londinium mais décida de ne pas engager le combat contre les Bretons. De nombreux habitants purent fuir avant que la colonie ne soit férocement dévastée.

Tacite décrit comment Verulamium tomba ensuite elle aussi sous la colère des troupes de Boadicée. Cette ville romaine près de l’actuel St. Albans dans le Hertfordshir, différait de Camulodunum, qui était une colonie de citoyens romains et de Londinium, principal port de la province avec une population comprenant de nombreux commerçants d’outre-mer ; Verulamium était une ville de « natifs ». Dans cette colonie, des Bretons alliés des Romains jouissaient d’un nouveau développement urbain sur le modèle romain.

Rising From the Ashes

La construction du théâtre du 2e siècle à Verulamium a eu lieu lorsque la ville a été reconstruite après l’attaque dévastatrice des rebelles.

PHOTOGRAPHIE DE Verulamium Museum, Bridgeman, ACI

À Londres, Colchester et St. Albans, les archéologues ont découvert des traces d’incendie datées à 60 après J.-C. environ, comme autant de témoignages de la fureur bretonne face à la domination romaine. 

 

ÉCRASER LA RÉVOLTE

Suetonius Paulinus, gouverneur de Bretagne, était un membre éminent de l’élite romaine. Né à Rome et ayant servi dans d’autres provinces avant d’être nommé gouverneur de Bretagne vers 58 après J.-C., il était comme les autres gouverneurs provinciaux de l’Empire romain, responsable de la gestion du territoire et du contrôle militaire.

Peu de temps avant la révolte menée par Boadicée, Suetonius Paulinus avait été appelé à Mona, un bastion druide sur la grande île d’Anglesey au large de la côte nord-ouest du Pays de Galles. Tacite décrit comment les Romains ont été « accueillis » par des femmes vêtues de noir sur la rive opposée, qui maudissaient les soldats romains alors qu’ils tentaient de traverser. Cette attaque contre l’île sacrée des druides a vraisemblablement intensifié la colère des Bretons. Quand le gouverneur eut vent de la révolte de Boadicée dans le sud de la Bretagne, il fut contraint de se retirer et de se diriger vers le sud-est.

Après avoir décidé de ne pas combattre les rebelles à Londinium, Suetonius Paulinus se prépara à affronter Boadicée sur un autre site. Il choisit de déployer une armée d’environ 10 000 hommes issus des 14e et 20e légions, auxquels s’ajoutaient des soldats auxiliaires, dans une vallée adossée à des bois. Les Romains étaient plus nombreux que les Bretons, qui étaient si confiants en leurs chances de victoire qu’ils avaient dit à leurs familles de venir assister à la batailler en amont.

Fast Fighting

Au moment de l’invasion en 55-54 avant J.-C., Jules César a rapporté l’utilisation par les Bretons de chars, comme le montre ce denier romain, frappé vers 48 avant J.-C., montrant un guerrier celtique sur un char. Musée Ashmolean, Oxford

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

Le lieu exact de la bataille finale fait l’objet de spéculations. Il est probable que l’affrontement a eu lieu dans les Midlands de l’Angleterre moderne, quelques temps après le sac de Verulamium et alors que les Bretons se déplaçaient vers le nord-ouest le long de la route romaine connue sous le nom de Watling Street. Tacite écrit que Boadicée et ses filles ont fait le tour du champ de bataille dans un char en criant à l’armée rebelle :

Voyez la fierté des esprits guerriers, et considérez les motifs pour lesquels nous tirons l’épée vengeresse. À cet endroit, nous devons vaincre ou mourir avec gloire. Il n’y a pas d’alternative. Bien que femme, ma résolution est entière : les hommes, s’ils le souhaitent, peuvent survivre dans l’infamie et vivre dans la servitude.

La bataille qui suivit, comme le décrit Dion Cassius, fut des plus passionnées : « Ils se disputèrent longtemps, les deux partis étant animés du même zèle et de la même audace. Mais finalement, tard dans la journée, les Romains prévalurent. » Le récit plus détaillé de Tacite donne l’impression que les légions passionnées de Boadicée ont été effectivement vaincues par la discipline romaine :

Les Bretons formèrent sur le terrain une multitude incroyable. Ils ne formaient aucune ligne de bataille régulière. Les partis détachés et les bataillons dispersés ont affiché leur nombre, bondissant d’exultation, et si sûrs de leur victoire, qu’ils avaient placé leurs femmes dans des chariots à l’extrémité de la plaine, où elles pouvaient observer l’action en cours, et admirer la valeur bretonne.

On estime que 80 000 Bretons, y compris des femmes, furent tués, tandis que les victimes romaines s’élevaient à environ 400 morts et quelques blessés. Après leur victoire, les militaires romains jetèrent probablement les corps dans de grandes fosses ou les brûlèrent. La seule trace de cette bataille pourrait être de grandes fosses remplies de squelettes démembrés ou d’armes cassées. Peut-être cet endroit sera-t-il un jour découvert.

 

LE DESTIN DE BOADICÉE

Qu’est-il ensuite arrivé à Boadicée ? Nul ne le sait. Tacite écrit qu’elle s’est empoisonnée. Le récit de Dion Cassius diffère sur ce point-là aussi. Il écrit que Boadicée est tombée malade et est morte, et a enfin eu le droit à un ensevelissement élaboré. 

Du 16e au 19e siècles, des générations d’archéologues ont cherché le lieu de sépulture de la reine guerrière, avec en tête des sites comme Stonehenge ou même la gare de Charing Cross, à Londres. Il y a cependant peu d’informations disponibles sur les rituels funéraires iceni. Certaines tribus de la Bretagne de l’âge du fer plaçaient leurs morts dans des endroits spécifiques, les confiant aux éléments ; si les Iceni suivaient cette pratique, il ne resterait plus rien de leur célèbre reine.

Les représailles romaines contre la révolte bretonne furent sévères et Tacite décrit comment les colonies furent ravagées par le feu. Bien que les preuves archéologiques des actions romaines après la défaite de Boadicée aient été difficiles à trouver, des fouilles récentes à Londres ont permis de localiser un fort dans le quartier financier de la ville. Il a été construit pour servir de base aux troupes amenées d’Allemagne pour aider Suetonius Paulinus dans sa campagne pour rétablir l’ordre dans la province.

Londinium s’est rapidement rétabli. Une lettre de 62 après J.-C., faisant référence à un envoi de marchandises à transporter de Verulamium à Londres, indique que le marché de Londinium a été rapidement reconstruit après sa destruction par les rebelles. Dans la foulée, l’empereur Néron a peut-être envisagé de retirer complètement Rome de la Bretagne, bien qu’il ait manifestement changé d’avis. 

L’influence immédiate de la rébellion est incertaine : aucune trace écrite de ces événements n’a survécu en dehors de celles laissées par Tacite et Dion Cassius. Les Romains reprirent leur conquête de la Bretagne et, en 84 après J.-C., le gouverneur Gnaeus Julius Agricola avait sous sa responsabilité une grande partie des territoires du nord. Les Romains ne réussirent cependant pas à conquérir les Highlands écossais.

"Boadicée et ses filles", création du XIXe siècle conçue par Thomas Thornycroft, à proximité du Parlement ...

« Boadicée et ses filles », création du XIXe siècle conçue par Thomas Thornycroft, à proximité du Parlement de Londres

PHOTOGRAPHIE DE Anthony Hatley, Alamy, ACI

L’histoire de Boadicée serait sans doute tombée dans l’oubli sans la redécouverte des écrits de Tacite au 16e siècle, à la Renaissance. 

Plutôt qu’une sauvage, Boadicée était considérée comme un parallèle à la reine d’Angleterre Elizabeth Ire. Les Victoriens ont plus tard réinventé Boadicée comme une vaillante défenseuse de la nation britannique. Son interprétation la plus célèbre de cette période était la statue « Boadicée et ses filles », conçue par Thomas Thorneycroft, installée sur pont de Westminster à Londres, comme symbole durable de l’esprit et de la force britanniques.

SOURCE : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/09/boadicee-la-reine-celte-qui-a-defie-rome?utm_source=Facebook&utm_medium=Social&utm_campaign=JARVIS&fbclid=IwAR3z7vJPJcI-WzdfucAqSc-e-S_tbv6kVRTP4Yr2pjRbqN1rqRIt-nq9140

Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm 21 juillet, 2021

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Historique du rite ancien et primitif de Memphis – Misraïm

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15 Février 2016 , Rédigé par RAPMM

La Franc-maçonnerie est une institution pluri centenaire, car les premières révélations historiques remontent au XIIIème siècle. Cette association de métier, à l’origine dite opérative…, au caractère corporatiste autant que moral et spirituel, devient, dès le Carrefour de 1723, un « centre d’union » où se retrouvent, en toute fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus… Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-maçonnerie moderne, dite spéculative.., semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des finalités bien différentes, bien qu’elle s’inscrive dans le courant judéo-chrétien. En outre, sa philosophie ne s’exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l’Esprit de chaque Ordre existant Ainsi, les différentes Obédiences françaises couvrent un large spectre, allant du social au spirituel, de l’athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi. Ce n’est que par la suite que l’empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une densité, une stabilité, une impulsion et une prégnance à nulle autre pareille. De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une nuances dans l’Art Royal entrouvre l’accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience. La Franc-maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités propres, qui font d’elle une Maçonnerie peu connue, mais d’une grande richesse à la fois rituelle et historique. Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
Son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie Initiatique.
Sa volonté de donner l’accès à la Connaissance Essentielle par l’alliance de l’intelligence du cœur à celle du mental ;
Sa représentation en tant que gardien des traditions de l’ancienne Egypte, berceau de toute initiation. Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte (comprise comme la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes, kabbalistes, templiers et rosicruciens), propre à libérer l’homme de ses chaînes matérielles, au travers de son évolution spirituel
le. Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens (qui détiennent l’héritage d’une Géométrie d’essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d’émeraude attribués à Hermès Trismégiste), les Néo-platoniciens, les Sabéens de Harrân, les Ismaéliens, les descendants d’Abraham, les Templiers et les Rose Croix. Pour une Obédience spiritualiste comme celle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l’occasion d’une régénération spirituelle, d’une réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur le sentier de l’évolution intérieure. Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l’opprimé. C’est là sa grande force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu’il intrigue…

LE RITE DE MISRAÏM

Il faut ici commencer à mi-chemin entre l’histoire et la légende… Peut-être par « il était une fois »…en présentant l’énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres…en tout cas acteur occulte de la Révolution Française pour l’ensemble -, et certainement un être moralement indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n’a pas grand-chose à voir avec l’eau plate. Notre homme, très proche du Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Malte Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques…, fonde en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »… Bien que celui-ci n’ait eu que trois degrés (Apprenti, Compagnon et Maître Egyptien), le Rite de Misraïm semble lui être directement relié. On sait encore mal, aujourd’hui, où Cagliostro fut réellement initié (sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite : selon Gastone Ventura, il reçoit entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite ligne des secrets d’immortalité de l’Ancienne Egypte, afin qu’il les dépose dans un Rite maçonnique d’inspiration magique, kabbalistique et divinatoire. Ce qu’il semble avoir fait en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de Misraïm. Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets, est un écrin idéal pour le joyau qu’il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes, il attire alors de nombreux Adeptes. Il se réclame de plus d’une antique tradition égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant ou « les Egyptiens » ou « Egypte » en hébreu…et possède 90 degrés… Dans l’état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges Franco-italiennes du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu’il a subi douloureusement à la fin du siècle l’occupation autrichienne qui en interdit la pratique. Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans le Rite de Misraïm en 1803, l’introduisent en France à Paris en 1814 et 1815, à l’époque où les Ordres maçonniques sont interdits en Italie. Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot, – membre de la société secrète républicaine des Philadelphes…, ou bien encore Charles Teste, frère cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur qui utilisa la Charbonnerie pour servir la cause de son pré communisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Egaux. Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n’apprécie guère le système des Hauts Degrés, devient un vigoureux opposant au Rite de Misraïm. Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l’affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et de l’inquiétude suscitée par les Carbonari pour dénoncer aux ordres de police, l’Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux « antimonarchiques et antireligieux » prêts pour l’insurrection armée. L’essor de ce nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net. En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous les opposants au régime. Mais déjà il commence à péricliter. Vers 1890, les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes, se retrouvent bientôt dans une seule Loge, la fameuse Loge Arc-en-Ciel… Le Rite de Misraïm reviendra presqu’un siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements pris de ne jamais le ranimer. (cf. les correspondances Robert Ambelain / Gérard Klopp el)

LE RITE DE MEMPHIS

Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques-Etienne Marconis de Nègre en 1838. Pour autant, s’il reprend la mythologie égypto-alchimique du Rire, il la fortifie d’emprunts templiers et chevaleresques…les références à la légende d’Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…Robert Ambelain estime pour sa part, …mais l’information demande encore sa confirmation définitive…que ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d’origine occitane, notamment le Rite Hermétique d’Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains de Bordeaux, et un Rite Gnostique d’origine Egyptienne… Là où Misraïm est le Rite des Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs libertaires…selon ce qu’en disent les documents de police de l’époque Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force, à l’idéal chevaleresque. Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu’en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil… Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis-Philippe pour que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter… Mais c’est plutôt Outre-manche, que le Rite perdure… A partir des années 1850, des Loges anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient. Elles sont restées célèbres pour avoir été essentiellement composées d’ardents républicains ayant fui la France après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. On y retrouve Louis Blanc, Alfred Talandier, Charles Longuet le gendre de Karl Marx, et Joseph Garibaldi membre d’honneur dont nous reparlerons par la suite. En 1871, l’écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés… Ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s’éteignent en 1880, lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l’amnistie. Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en Egypte à partir de 1873, sous l’impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hièrophante… Jusqu’à l’époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les frères de Memphis sont unanimement appréciés et respectés. Le Rite de Memphis s’implante également aux Etats-Unis vers 1856-57, lors du voyage à New-York de Marconis de Nègre… Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

LE RITE DE MEMPHIS – MISRAÏM

Survient en fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes conséquences : le 28 décembre, quatre Maçons menés par Robert Wentworth Little, qui avait crée quatre ans auparavant la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana In Anglia)…invoquent une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême Conseil Général 90ème du Rite de Misraïm », Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la Charte de Pessina en 1881… Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer ses fonctions et mourût peu après en 1882… …La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains Sanctuaires des différents pays, principalement l’Egypte… Finalement, Yarker devient le Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d’Europe seulement, de 1903 à 1913, date de son trépas. La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu’en 1989…

LE RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM en France

Il nous faut maintenant parler d’une autre figure mystérieuse et étrange, agaçante pour certain, fascinante pour d’autre, et dont le profil rappellera Cagliostro : le célèbre Docteur Gérard Encausse, alias Papus. Celui qu’Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d’aventure elle se faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles. On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge Souveraine L’Arc en Ciel avant la fin du siècle, mais on n’en a aucune preuve… En tout cas, en 1901, John Yarker lui délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre I.N.R.I… Une Charte la transformera en « Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906… Ce « Temple de Perfection » ne l’autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés… En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge Symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National Espanol, Rite en sept degrés dérivé du Rite Italien de Memphi-Misraïm de Pessina et contesté par la Maçonnerie régulière. Celle-ci lui permet d’ouvrir une nouvelle Loge Symbolique Humanidad et d’y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais ».Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie», mais ce dernier n’a cependant pas le Statut de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges. Le Rite évoqué est vraisemblablement le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créé avec l’impulsion de John Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C’est donc par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l’intermédiaire de sa Loge Mère Humanidad, pour les trois premiers degrés et de son Chapitre INRI converti au Rite Ancien et Primitif des Hauts-Degrés. Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l’Ordre, en 1919, et cherche à faire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu’elle négligeait un peu pendant les années d’avant-guerre. Il enrichit les Rituels, avec malheureusement un mélange d’apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître l’efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant l’accès à son Ordre Martiniste, à l’Ordre de la Rose Croix Kabbalistique et Gnostique, et à l’Eglise Catholique Gnostique. Quand Jean Bricaud s’éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder. Hélas, la menace de l’holocauste plane bientôt sur le monde. Le Rite, alors en pleine expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie. George Delaive, qui fut l’un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance en France. Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre, meurt en déportation en février 1945. Otto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé, Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Jean Bricaud, est abattu à quelques kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
…Le Rite de Memhis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son attachement à la Liberté. Au sortir de la guerre, c’est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du Rite de Memphis-Misraïm pour la France. H-C Dupont nomme Pierre De Beauvais Grand Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci trop autoritaire, est mal perçu, il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite. Peu avant sa mort, Henri-Charles Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur… Ce dernier a reçu de 1941 à 1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm, il détient également la transmission du Suprême Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand Maître Jean Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des Etats-Unis. Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm. Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences Françaises. Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés, ni les Rites de Memphis-Misraïm d’Italie issus d’une filiation différente… Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grand Maîtrise générale sera obligatoirement Paris et que le Grand Maître devra autant que possible être francophone… En outre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien Accepté » et faciliter ainsi les contacts avec les autres Obédiences. Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge de Grand Maître ad-vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu’au 32ème degré. Quelques mois plus tard, en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif…en 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain Sanctuaire prend son indépendance en 1990 ; une nouvelle fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993. Depuis 1997 est mise en place la structure mixte…

En conclusion…

Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c’est-à-dire qu’il suppose que le Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n’est d’aucun siècle mais qui les traverse tous. Résolument spiritualiste et symbolique, il estime en outre que les Arts traditionnels, Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose., sont essentiels pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de l’Humanité toute entière… En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s’est toujours attaché à défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité… Le courage n’a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu’il s’est agi de protéger l’opprimé contre le puissant…il lui en a coûté, on l’a vu, beaucoup de martyrs… Mais c’est le prix de l’intransigeance morale. Ce Rite a rayonné à chaque période de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu’il a fallu que des âmes fortes témoignent de leur attachement à l’humanisme et à la solidarité, tandis que s’étendait partout la plus sombre obscurité. Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même attachement et le même Amour de la Voûte étoilée et ses Frères humains, fidèle à l’éternelle parole d’Hermès Trismégiste : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Car c’est là, à la croisée des Chemins, entre la contemplation des Cieux et l’engagement pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se révèle et s’épanouit la Lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le cœur du maçon…

Source :

Hauts Grades

Hauts Grades

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La spiritualité maçonnique ? 6 mai, 2021

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La spiritualité maçonnique ?

Écrit par H.S:.

La spiritualité maçonnique ?

 

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Mes  FF :. et mes SS :.

 

De manière à vous permettre de bien contribuer à la réflexion de ce soir, je vous propose une planche-support en  deux parties.

 

La 1ère partie comprend 3 chapitres :

 

1) Définition sommaire du concept de « spiritualité ».

2) Interférences entre ceux de « spiritualité maçonnique » et d’historicité de l’homme.

3) Le franc-maçon, créateur et acteur de SA spiritualité humaniste.

 

Puis, avant la seconde partie dont je vous préciserai l’articulation plus tard, vous pourrez donc contribuer à enrichir le contenu de cette première partie… bien entendu sous l’autorité et le contrôle de notre V :.M :. .

 
 

1ère partie :

1/Définition sommaire du concept de « spiritualité ».

Ouvrons d’abord des dictionnaires  et interrogeons ensuite un philosophe, André Comte-Sponville… ce qui nous donnera, au travers de trois éclairages différents sinon complémentaires, une idée de la complexité de la question.

 - Littré  dit de la spiritualité que c’est le nom du principe, unique ou multiple, qui, dans toutes les religions est placé au-dessus de la nature.

 - Hatzfeld et Darmesteter, la décrivent comme étant de la nature de l’esprit, en rapport à l’âme, en opposition au temporel.

 - Quant à André Comte-Sponville, il évoque une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Eglise…

 … et de dire, dans son livre « L’esprit de l’athéisme », qu’un athée  « n’a pas moins d’esprit que tout un chacun, donc tout autant de raisons de s’intéresser à la vie spirituelle. . »

  … ainsi que de  préciser :

« La spiritualité, c’est la vie de l’esprit, spécialement dans son rapport à l’infini, à l’absolu, à l’éternité – étant entendu que ce rapport est lui-même nécessairement fini, relatif et temporel.

Ce rapport est-il l’objet d’une pensée conceptuelle ? C’est ce qu’on appelle la métaphysique.

Est-il l’objet d’une expérience ? C’est ce qu’on appelle alors la spiritualité.

La spiritualité et  la métaphysique ont donc le même objet, qui est l’absolu.

Mais la métaphysique est un rapport conceptuel, spéculatif à l’absolu ; la spiritualité est un rapport empirique, pratique, presque expérimental à ce même absolu.

La métaphysique est faite avec des mots qui sont des concepts ; la spiritualité, avec des silences qui sont des sensations.

Il faut donc les deux : la spiritualité sans la métaphysique ne règle aucune question ; la métaphysique sans la spiritualité est intéressante sur le plan de la  réflexion mais elle ne nourrit pas une existence ».

Fin de citation.

2/ Spiritualité et historicité de l’homme.

Existe-t-il une forme de spiritualité particulière à la franc-maçonnerie ? Et si oui, en quoi l’est-elle ?

Autrement dit, est-il possible qu’à un moment donné de son parcours initiatique, un être humain entré en maçonnerie le plus souvent par hasard, se sente porteur d’intuitions spécifiques à sa condition de maçon ?

Et ceci à partir de travaux symboliques en loge dont équerre, compas et autres outils obsolètes ainsi que références à des mythes  initiatiques irrationnels  forment la trame rituellique

Mes FF :. et mes SS :. essayons  de visiter  ensemble ce domaine d’ombres et d’émotions où chacun a à trouver sa part de vraie lumière  – c’est en tous cas ma conviction – en tant que maçons libres dans une loge libre où nous sommes le sujet de notre propre création spirituelle et humaniste

Tout d’abord, l’histoire de l’homme est-elle écrite une fois pour toutes ?  C’est-à-dire finie depuis l’aube des temps ?

Ou alors, n’est-elle que répétitions cycliques d’événements dont la crainte de l’éternel retour nourrit l’angoisse humaine quant aux changements qui pourraient venir interférer dans l’ordre établi ?
Ou bien est-elle, l’œuvre de l’homme… dans la mesure où l’homme est lui-même historique,  c’est-à-dire en capacité, lui-même, de faire l’histoire ?

Tel est donc notre triple questionnement de départ, en arrière-plan duquel figure nécessairement l’initiation maçonnique en tant que vecteur d’historicité mythique et humaniste.

En fait, mes chers FF :. et SS :., mythes et historicité de l’homme participent l’un de l’autre.

Car, rappelons-le, gros d’images fabuleuses, les mythes originels disent et mettent en scène les événements, le temps qui passe, les compagnons de route et ainsi donnent corps aux traditions et aux légendes.

La pensée chemine, interprète, commente, tente de mettre de l’ordre dans ce fatras en cherchant des corrélations et des cohérences entre les traditions religieuses et la pratique des métiers.

Alors, au confluent de la spiritualité et de la matière apparaît la démarche philosophique.

Comme l’a d’ailleurs bien remarqué Voltaire qui dira :

« Tous les arts de la main ont sans doute précédé la métaphysique »

Et puis, à son moment, jaillira des entre chocs entre métier et spiritualité, traditions et légendes, une étincelle, tout aussi mythique : celle de l’initiation maçonnique.

« Ne tentant pas d’expliquer, elle n’est pas philosophie.

Ne tentant pas d’imposer, elle n’est pas dogme »

Et son particularisme, sa praxis, sera d’être un instrument d’intégration, rituellique, de cultures et de pratiques liées au labeur et au sacré, visant à mettre l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toute autre valeur.

Les mythes d’éternel retour et de progrès, foncièrement à la source de toute historicité humaine, interpellent les francs-maçons dans leur quotidien.

En effet, s’il est un domaine où l’angoisse humaine cherche raisons ou consolations, c’est bien celui du rapport de l’homme à l’histoire et au temps. Avec comme choix celui de subir le chaos spirituel et matériel qui leur sont inhérents ou celui de tenter de les organiser.

Et c’est ce qui fonde peut-être l’essence même de la mission initiatique de la loge où, pour paraphraser Phythagore :

« Nul n’y rentre  s’il n’est philosophe mais nul n’y reste s’il n’est que philosophe »

3/ Le franc-maçon créateur et acteur de sa propre spiritualité humaniste.

Soyons concrets et non partisans : utilisons le fruit de  l’enquête d’une revue non maçonnique, le « Monde des religions » de décembre 2006.

Feuilletons le dossier qu’elle consacre à « La quête d’une spiritualité sans Dieu » dans lequel elle procède à l’interview de quelques maçons plus ou moins connus.

Je cite :

- Le F :. Antoine, non croyant, qui indique être devenu maçon pour  « se frotter avec d’autres aux grandes questions animant les hommes depuis toujours, la vie, la mort, le sens de l’existence ».

- Le F :. Pierre Mollier,  bibliothécaire du GODF qui atteste de son côté que « la demande d’un travail sur les symboles, d’une attention aux rituels, d’un questionnement philosophique voire métaphysique, s’affirme dans les loges depuis une vingtaine d’années ».

Et qui ajoute que  « chez nous le rapport au divin est complexe. Tant et si bien que certains au départ agnostiques, finissent avec les années par rencontrer l’Eternel, quand d’autres font le chemin inverse, en trouvant un cadre pour une recherche dégagée de tout lien avec une révélation »

- Le Grand Maître, Jean-Michel Quillardet qui s ‘exprimant sur la « spiritualité laïque » lors d’un colloque organisé par Suprême conseil du rite Ecossais Ancien et Accepté le 18 novembre à Lille, planche sur la « symbolique de la Lumière ».

- Le F :. Bruno Etienne, présenté comme  le leader intellectuel des « spiritualistes » du Grand Orient, qui écrit dans un essai collectif, intitulé « Pour retrouver la parole : le retour des Frères » publié sous la direction de l’ancien Grand Maître Alain Bauer :

« Face au déchaînement du matérialisme, je souhaite l’avènement d’un XXIème siècle spirituel, c’est-à-dire dominé par l’esprit. Réfléchir à cette nouvelle spiritualité est une urgente nécessité pour combler le vide laissé par le déclin des grands récits fondateurs, idéologies et utopies ; pour humaniser enfin une humanité parvenue à mettre son monde en danger de mort. C’est l’une des vocations historiques de la franc-maçonnerie ».

Et qui rappelle : « La franc-maçonnerie est avant tout un ordre initiatique traditionnel fondé sur des mythes et des rites utilisant des symboles, soit un système de signes et de messages qui condensent de fortes sensations cognitives visant la libération de l’Homme par l’initiation ».

- Le F :. Bernard Besret, ancien moine devenu franc-maçon et qui confie :

«  Dès l’adolescence, j’ai été en quête de la philosophie éternelle, ce noyau fondamental pouvant être compris et reconnu en tous lieux,  en tous temps. Pour le trouver et le vivre je suis devenu moine cistercien et même prieur de l’Abbaye de Boquen. Mais je n’ai  pu m’accommoder de certains dogmes chrétiens. Je  suis parti.

Après des années de recherche solitaire, j’ai découvert la franc-maçonnerie, ce lieu où l’on peut avancer dans la recherche de la vérité par la confrontation des points de vue, où l’on reste libre de croire en Dieu et de donner à ce mot le sens  que l’on veut.

Philosophes de leur propre vie, les maçons poursuivent une réflexion qui les mène aux questions essentielles pour toute intelligence humaine face au réel.

Ce faisant, ils jouissent d’une certaine vie intérieure, qui peut sans doute être qualifiée de spirituelle.

Peut-on résumer leur démarche commune comme une  spiritualité sans Dieu ?  Oui, si l’on entend par ce mot le Dieu des représentations religieuses classiques.

Au fond ce mot de Dieu me semble devoir être évité, comme source de trop nombreux malentendus »

Fin de citations.

Mes FF :. et mes SS :., que nous montrent  ces témoignages  si ce n’est que chacun d’entre nous est en recherche de quelque chose qui à la fois nous dépasse et nous bâtit en tant que franc-maçon ?

Au fond que cherchons-nous si ce n’est « l’or du Temps » ?

Un certain nombre d’entre vous m’ont déjà entendu solliciter cette expression à l’occasion de travaux communs.

D’ailleurs, en préparation à cette soirée de réflexion,vous ai-je fais parvenir par mail  le texte d’une chaîne d’union que j’avais composé à partir de textes maçonniques et de citations profanes émanant de philosophes ou chercheurs athées tels que Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Bologne et l’incontournable pape du surréalisme, André Breton.

C’est sur la tombe, un peu abandonnée, d’André Breton, que l’on peut voir une sculpture représentant une singulière Etoile pétrifiée à dix branches, au-dessous de laquelle figure le programme ontologique de l’homme :

Je cherche l’or du Temps

Aussi mes FF :. et mes SS :., avec la permission de notre V :. M :., je voudrais, pour conclure cette première partie de ma contribution, vous emmener faire un petit voyage…

… car, vous le savez, c’est le voyage lui-même qui est initiatique par la somme de découvertes et d ‘interrogations qu’il génère, et non l’objectif à atteindre qui n’est que mirages et frustrations au fur et à mesure que l’on avance.

Aussi, V :. M :., je sollicite le concours du F :. Maître des cérémonies pour me déplacer dans le Temple… autour du pavé mosaïque.

Mes FF :. et mes SS :., je pense qu’un tel  voyage symbolique et initiatique  nous suggère un questionnement directement en rapport avec l’esprit maçonnique de recherche qui nous anime.

En effet, trois colonnettes figurent autour de ce pavé mosaïque et non quatre. Pourquoi ?

Force, Sagesse, Beauté et quoi encore ?

Pourquoi ce quatrième pilier manquant ? Pourquoi ce vide ? Pourquoi ce RIEN plutôt que quelque chose ? Ou, autrement dit :

Pourquoi pas QUELQUE CHOSE plutôt que RIEN ?

Mes FF :. et mes SS :., chacun est libre d’interpréter le sens de l’accroche que représente ce vide et de le remplir en fonction même de la charge émotionnelle qu’on lui prête.

… Et, à laquelle, libre à nous de donner le prolongement esthétique et spirituel qui convient à la singularité de nos perceptions du monde et de ce qui l’habite et l’entoure…

Seconde partie

La spiritualité comporte l’ensemble des données culturelles ainsi que leurs aboutissements mystiques, moraux ou éthiques qui peuvent éventuellement imprégner et orienter l’activité d’un individu pendant toute sa vie.

Mais, pour la plupart des croyants, la spiritualité inclut aussi la foi en une justice divine entraînant félicité ou damnation éternelles dans la survivance d’une âme supposée immortelle et responsable après la mort biologique de l’être.

La question est de savoir si la spiritualité est nécessairement liée à la croyance en une transcendance inaccessible à l’entendement humain ou, si au contraire, indépendante de toute tutelle politique ou religieuse, elle a à s’inscrire dans le champ de la liberté de conscience et de pensée ?

Cette controverse jalonne l’histoire de l’humanité dans un cortège de bains de sang et de cruautés inouïes qui rabaissent l’humain en dessous de la bestialité et démentent toute prétention à la spiritualité.

Finalement, il n’y a qu’une seule manière de faire face sereinement à la précarité de l’existence biologique : c’est de mener sa vie de façon constructive et droite, selon la spiritualité que l’on a adoptée – religieuse ou philosophique – et de laisser les autres humains vivre librement selon leurs cultures et spiritualité diverses.

Pour cela, il, faut éviter de se laisser circonvenir par l’endoctrinement dans une spiritualité impérialiste ou totalitaire.

Ceci conduit donc chacun à s’édifier une spiritualité imprégnée de tolérance humaniste et, par conséquent, une spiritualité laïque qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toute autre valeur.

C’est ce que Protagoras avance par l’intermédiaire de sa formule célèbre :

« L’Homme est la mesure de toutes choses ».

Mes FF :. et mes SS :., pour les sociologues, les différentes formes de démarches initiatiques sont une revivification de la condition humaine au contact du sacré.

L’homme a conscience de la marge d’indétermination que comporte son statut d’être pensant et actif. C’est ce que les anthropologues appellent le numineux, lequel consiste à mettre en rapport ce qui semble contenu dans l’existence humaine avec ce qui paraît la dépasser.

A ce titre, l’utilisation rituellique de procédés (que l’on peut qualifier de freudiens et d’œdipiens) visant à mettre en rapport le monde profane et le monde sacré par l’intermédiaire d’une victime « émissaire » (la catharsis, chère à Aristote) trouve un formidable écho dans la praxis maçonnique.

Car qu’est-ce que l’initiation maçonnique si ce n’est une série d’actions orientées vers une certaine fin et dont l’indicible trouve communication par le jeu des mythes et symboles ?

Mircea Eliade fait remarquer que « le sacré est l’élément essentiel de la condition humaine : l’homme se constitue par rapport au sacré »   .

Ce que complète notre F :. Henri Tort-Nouguès par ce constat :

« Le sacré n’est pas seulement un stade de l’évolution de sa conscience de l’homme mais un élément de sa structure.

On retrouve cette structure sacrale au cœur de l’institution maçonnique à travers la pratique de ses rituels et dans son expression symbolique comme dans sa démarche initiatique.

Cette dimension sacrée de la conscience humaine est essentielle. Son affirmation est nécessaire et indispensable pour assurer la sauvegarde de l’homme lui-même car l’homme d’aujourd’hui comme celui d’hier ne peut vivre dans le désordre et la nuit, dans le chaos et les ténèbres : il a besoin d’ordre et de lumière, matériels et spirituels ».

Mes FF :. et mes SS :. j’ajouterai quant à moi que le franc-maçon est un « cherchant ».

Dès lors il n’échappe pas à la crise de conscience due à son état. Il ne se drape pas  dans une posture purement mystique qui se bornerait  à recevoir ce qui vient à lui ; voie radicalement incompatible avec la voie initiatique.

En fait, ce sont les deux idées-forces de la maçonnerie, Fiat Lux et Ordo ab Chaos  qui forgent son historicité, au sens de  transmission « hiramique »  des valeurs  d’un humanisme militant…

… oui ! humanisme militant ? Mais en tant que rencontre de l’esprit et de la raison dans toute conscience humaine ; car la Lumière ne naît pas des ténèbres mais les chassent, de même que l’ordre ne succède pas au chaos mais l’ordonne.

Il s’agit donc pour le maçon de reconquérir son existence et d’agir au dehors pour contribuer à sauver l’humanité du chaos matériel et spirituel qui l’imbibe et la désoriente à perdre raison.

Cette spiritualité maçonnique s’inscrit en fait dans une praxis où finitude et pérennité du Maître Hiram ne font qu’un.

En effet Hiram ne jouit pas de l’immortalité mythique des dieux antiques ; il n’est pas d’essence christique et par là-même ne dispose pas du véhicule de l’âme en attente de la résurrection.

Il se situe hors du temps et dans une permanence qui allie tout à la fois sa présence et celle des Maîtres maçons transcendés par son exemple, son énergie vitale et son sacrifice.

Il donne sens à la vie qui exprime au travers de lui sa pérennité par l’Amour et la Fraternité.

L’homme étant ainsi non immortel mais constant dans la cohorte des initiés, cette permanence initiatique traverse le temps en tant que Devoir de Conscience.

J’ai dit

H.S:.

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Hommage à Robert Amadou 21 mars, 2021

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Hommage à Robert Amadou

Hommage à Robert Amadou dans Silhouette RA3

A Catherine, très affectueusement

Mon frère, mon ami, mon vieux maître s’est endormi, mardi 14 mars 2006, dans la Paix du Seigneur qu’il avait tant cherché et tant aimé toute sa vie terrestre durant, commencée voilà 82 ans.  » L’homme peut soutenir l’homme ; mais il n’y a que Dieu qui le délivre  » dit le Philosophe inconnu, que Robert Amadou, son vieil ami, a rejoint dans la lumière sans déclin. Le voici donc délivré et nous voici donc orphelins.

Ce serait trop peu, assurément, que de dire que l’occultisme, le martinisme, la gnose, la théosophie, en un mot la Tradition de l’Occident-Orient doivent beaucoup à Robert Amadou. Au vrai,  » nous lui sommes tous redevables. Honte à qui s’en dédie ! « . Ainsi s’ouvrait, à l’endroit de Papus, la préface de Robert au livre que le Dr Philippe Encausse a consacré jadis à son père, Papus, le  » Balzac de l’occultisme « . Cette sentence, je l’adopte à mon tour, s’agissant de Robert et de son œuvre immense, fruit de plus de soixante ans d’un travail sans relâche, dont le présent hommage, aussi modeste et imparfait soit-il, s’efforcera d’abord de donner quelques lignes majeures.
L’immense tache, le premier service de Robert Amadou – et de quelques très rares compagnons de route – aura été, au sortir de la guerre, de restituer l’occulte à la culture. Les résistances – rappelait-il en 1987 – furent très vives, à commencer par les instituteurs de l’immuable Sorbonne où il traita pourtant de la Contemplation selon Aristote. Dans cette académie rabâcheuse et hostile, deux exceptions, disait-il : Marcel Jousse, à l’Ecole pratique des hautes études, et Paul Valéry, au Collège de France. Paul Valéry… Un souvenir me vient : nous sommes, Robert, Catherine et quelques intimes, en septembre 1987, quelque part au bord de la Méditerranée, dont Robert disait qu’elle était la seule mer. Au loin des voilures albâtres se distinguent des flots. Robert, les yeux fixés sur l’horizon, cite des vers de Paul Valéry…
Ce fut grâce à Paul le Cour que Robert Amadou entra dans la carrière. L’homme d’Atlantis, en qui il voyait du prophète, lui fit connaître ce « grand méconnu, l’abbé Paul Lacuria, le ‘Pythagore français’ », qui fut sous ce titre le sujet de sa première conférence, le 7 mars 1943. Le conférencier en herbe n’avait que dix-neuf ans, mais Lacuria ne l’a jamais quitté, dont il a publié bien des années plus tard la  » Défense des Harmonies de l’être « , qui compose, avec d’autres carnets inédits, Lacuria, sage de Dieu (Awac, 1981). La même année, Robert donnera à l’enseigne d’Atlantis (1981) un copieux dossier sur « L’abbé Lacuria et les harmonies de l’être ».
En 1950, Robert Amadou produit l’Occultisme, esquisse d’un monde vivant (Julliard, 1950 ; nouv. éd., Chanteloup, 1987), qui marque un coup d’essai qui n’en est pas moins un coup de maître. Salué par la critique, l’ouvrage deviendra classique, tandis que l’auteur publiait la même année, en collaboration avec Robert Kanters, une très précieuse Anthologie littéraire de l’occultisme (Julliard, 1950 ; nouv. éd., 1975). Le mouvement était lancé : les livres allaient s’enchaîner avec régularité, sur tous les fronts. Je cite pour mémoire : Eloge de la lâcheté (Julliard, 1951) ; Albert Schweitzer, éléments de biographie et de bibliographie (L’Arche, 1952) ; Recherches sur la doctrine des théosophes (Le Cercle du Livre, 1952) ; La poudre de sympathie (Gérard Nizet, 1953) ; La science et le paranormal (I.M.I, 1955) ; Les grands médiums (Denoël, 1957) ; La télépathie (Grasset, 1958)… Du lot, tirons au moins, en 1954, son essai historique et critique sur La Parapsychologie, devenu classique lui aussi, qui marquait alors le renouveau de la vieille métapsychique.
En 1955, Robert lance la revue La Tour Saint-Jacques, qui devient aussitôt incontournable. Elle a pour devise :  » rien de ce qui est étrange ne nous est étranger « , et rassemble les meilleures plumes du moment : René Alleau, Robert Ambelain, André Barbault, Armand Beyer, Eugène Canseliet, Marie-Madeleine Davy, Mircea Eliade, Philippe Encausse, Robert Kanters, Serge Hutin, Alice Joly, Louis Massignon, Pierre Mariel, René Nelli, Jean Richer, François Secret, Pierre Victor (Pierre Barrucand)… J’en oublie beaucoup. Mais comment oublierais-je le cher Jacques Bergier, « amateur d’insolite et scribe de miracles » qui y rapportait les « nouvelles de nulle part et d’ailleurs », et dont Robert m’aidait jadis à perpétuer la mémoire ? La revue La Tour Saint-Jacques se double alors d’une collection d’ouvrages. On y aborde avec rigueur, méthode et amour, les grands anciens et les recherches contemporaines, et aussi l’illuminisme, et Saint-Martin, et Huysmans, et tant d’autres ! et les sciences traditionnelles et leur histoire : magie, astrologie…
Si Robert Amadou n’a jamais pratiqué l’alchimie, il a étudié Raymond Lulle et l’alchimie (Le Cercle du Livre, 1953), s’est intéressé à  » l’Affaire Fulcanelli  » et s’entretint notamment avec Eugène Canseliet dans Le Feu du Soleil (Pauvert, 1978).
En revanche, l’astrologie fut pour lui une compagne constante. Né à Bois-Colombes, le 16 février 1924, à 2 heures du matin, sous le signe du Verseau et l’ascendant Sagittaire, Robert avait découvert l’astrologie à 14 ans, avec le petit livre de René Trintzius, Je lis dans les astres ; il commença à la pratiquer avec les éphémérides de Choisnard, offertes par sa tante, et il n’a pas cessé, pendant près de 70 ans, à toutes fins utiles, y compris, disait-il, les plus quotidiennes et les plus hautes, parce que l’astrologie touche à tout, et que l’on touche à tout par l’astrologie. L’authentique astrologie révèle Sophia et s’offre comme un moyen de connaître Dieu ; elle est, par vocation, sagesse, et Robert était un ami de Dieu et de sa Sagesse. En théorie et en pratique, il a suivi au plus juste la tradition, en particulier Plotin, Ptolémée et Paracelse, sans négliger les modernes, de Robert Ambelain à Armand et André Barbault, tout en vilipendant la prétention à une astrologie scientifique. Nombreuses ont été ses publications en l’espèce, depuis le numéro spécial de La Tour Saint-Jacques, en 1956, jusqu’au magistral Question De sur les astrologies, en 1985. Il a également remis au jour Les Monomères. Symbolisme traditionnel des degrés du zodiaque (Cariscript, 1985), a étudié La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique (Albatros, 1979) en rapport avec l’Ere du Verseau chère à Paul Le Cour. Chez les anciens, il s’est intéressé à L’astrologie de Nostradamus, qu’il a contribué à éclairer, par exemple lors d’un colloque, à Salon de Provence, en 1985, et à travers un dossier de près de 500 pages (diffusion ARCC, 1987/1992) – qui le connaît ? – ou encore aux côtés des Amis de Michel Nostradamus fondés par Michel Chomarat, en 1983.
En dehors de l’astrologie, mais au cœur de la Tradition occidentale, combien d’autres grands anciens a-t-il contribué à remettre et même à mettre en lumière ? Il a étudié Franz Anton Mesmer et son magnétisme animal (Payot, 1971). De Balsamo-Cagliostro, il a présenté au congrès international de San Leo, en juin 1991, Le rituel de la maçonnerie égyptienne (SEPP, 1996). J’entends du Joseph Balsamo du XVIIIe siècle, car il y en a un autre – à moins que … – qui manifeste les mêmes prétentions et se comporte de la même manière, dont Robert Amadou a retrouvé la trace, à Toulouse, en… 1644.
De Fabre d’Olivet, il a publié partiellement, après l’avoir retrouvé en 1978, le manuscrit inédit de La Théodoxie universelle qui prolonge La Langue hébraïque restituée du même auteur. Ce maître d’ésotérisme, que Robert vénérait à ce titre depuis l’adolescence, trouve l’aboutissement de son œuvre majeure dans les écrits de Saint-Yves d’Alveydre, dont il a exhumé à la bibliothèque de la Sorbonne le fonds que Philippe Encausse y avait déposé. La pensée de Saint-Yves trouve sa perfection dans l’œuvre du Dr Auguste-Edouard Chauvet, dont le service n’avait cessé de l’instruire parce qu’il avait été son maître et n’a jamais cessé de l’être. A Chauvet et à son Esotérisme de la Genèse, Robert Amadou a consacré des séminaires, notamment à Ergonia, en 1981, après une soirée d’études et d’hommage, au centre l’Homme et la connaissance, en 1978, où il tint à associer Chauvet à son fils spirituel, l’abbé Eugène Bertaud, dit Jean Saïridès, dont Robert fut l’ami. Sur Chauvet, sa vie, son œuvre, il avait résolu de composer un ouvrage conséquent qui n’a pas vu le jour. Mais il en tira la matière d’une plaquette De la langue hébraïque restituée à l’Esotérisme de la Genèse (Cariscript, 1987). Dans l’entourage de Chauvet s’était constituée aussi une société chrétienne d’initiation : l’Ordre du Saint Graal qu’avait formé un autre Chauvet, prénommé James, et le Dr Octave Béliard (1876-1951), et Robert a édité La Queste du Saint Graal (Cariscript, 1987).
Quant aux sociétés secrètes, qui ont fait l’objet de ses entretiens avec Pierre Barrucand (Pierre Horay, 1978), Robert en connaissait les bienfaits en même temps que les limites et les travers. Mais il aimait désigner les plus dignes du mot du bon pasteur Pierre de Joux – dont il a tiré de l’oubli Ce que c’est que la franche maçonnerie (Cariscript, 1988) – comme  » sociétés succursales  » de l’Eglise intérieure, à commencer par l’Ordre martiniste et la franc-maçonnerie.
A la franc-maçonnerie, Robert Amadou a consacré un doctorat en ethnologie, en 1984 : « Recherches sur l’histoire et réflexions sur la doctrine d’une société initiatique en Occident moderne ». Entre maintes autres études, relevons au moins sa Tradition maçonnique (Cariscript, 1986), sa collaboration au Dictionnaire [universel] de la franc-maçonnerie de Daniel Ligou (1974 ; nouv. éd. à paraître en 2006), et, plus récemment, sa contribution à l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie d’Eric Saunier (Librairie générale française, 2000). Sans omettre sa participation à tant de revues d’érudition, à commencer par Le Symbolisme et à finir par notre chère Renaissance traditionnelle, de « René Désaguliers, Maçon de l’universalité », de Roger Dachez et de Pierre Mollier, amis fraternels, pour laquelle il préparait encore tant d’articles attendus et même un numéro spécial sur Saint-Martin.
Mais c’est au régime écossais rectifié, avant tout, qu’allaient les élans du cœur de Robert Amadou qui en a notamment réédité les Archives secrètes de Steel et Maret (Slatkine, 1985) et mis en lumière les arcanes du saint ordre. De Jean-Baptiste Willermoz, fondateur et patriarche de ce régime sans pareil, il a inventé le fonds L. A., publié maint texte d’instruction et dressé le plus attachant des portraits : « honnête homme, parfait maçon, excellent martiniste ».
J’ai cité pêle-mêle ou presque les grands anciens dont Robert Amadou vénérait la mémoire, et dont il a défendu la cause dans Illuminisme et contre-illuminisme au XVIIIe siècle (Cariscript, 1989). Deux noms au moins manquent à cette liste. Et quels noms ! Qui, ici, ne les connaît ? Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, a marqué à jamais la vie, l’œuvre, la pensée et le cœur de Robert Amadou, depuis le jour où il découvrit dans la librairie Chacornac, en 1941 ou 1942, le numéro d’Atlantis qui lui était consacré. Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme (Le Griffon d’Or, 1946) inaugura l’interminable liste des publications savantes et amoureuses – parce que la connaissance et l’amour sont les deux piliers de la gnose – qu’il a consacrées, pendant 60 ans, à son vieil ami le théosophe d’Amboise, dans l’amitié de Dieu.
A son livret de 1946 qu’il n’a jamais réédité, trois autres livrets se sont substitués, qui sont complémentaires : Calendrier de la vie et des écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (Renaissance traditionnelle, 1978), « Martinisme » (1979, 1993) et « Sédir, levez-vous ». La théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin (Cariscript, 1991). Il faut y ajouter « Louis-Claude de Saint-Martin, le théosophe méconnu », publié ici-même de 1975 à 1981.
 
« Servi par un instinct divinatoire exceptionnel et le génie de la découverte », comme l’a fort bien écrit Eugène Susini, Robert Amadou est parti très jeune en chasse des inédits du Philosophe inconnu. Et il en a trouvé beaucoup ! Aux Cinq textes inédits qui inaugurent, en 1959, sa carrière d’inventeur sans pareil, succèdent le Portrait historique et philosophique (Julliard, 1961), la Conférence avec M. le chev. de Boufflers (1961), les Pensées mythologiques (1961), le Cahier des langues (1961), les Fragments de Grenoble (1962), les Pensées sur l’Ecriture sainte (1963-1965), les Etincelles politiques (1965-1966), le Cahier de métaphysique (1966-1968), le Carnet d’un jeune élu cohen / Le livre rouge (1968/1984), les Lettres aux Du Bourg (1977), Les nombres (1983), Mon livre vert (1991), le Traité des Formes (2001-2002), les Pensées sur les sciences naturelles… En 1978, l’invention du fonds Z lui avait offert la perle tant recherchée : les papiers personnels de Saint-Martin parmi les plus précieux, passés après la mort du Philosophe inconnu entre les mains de Joseph Gilbert. Quoi d’étonnant au fond !
Parallèlement, Robert Amadou tirait un à un de l’oubli les imprimés de Saint-Martin : Le Crocodile (Triades, 1962 ; 2e éd., 1979), l’Homme de désir (U.G.E., Bibliothèque 10/18, 1973), les Dix prières (L’Initiation, 1968, puis Cariscript, 1987), et il rééditait les « œuvres majeures », sous la marque du prestigieux éditeur allemand Georg Olms, avec des introductions qui sont de purs chefs-d’œuvre. En 1986, lors d’un colloque qui marqua à Tours la Présence de Louis-Claude de Saint-Martin (Société ligérienne de philosophie, 1986) Robert Amadou défendit « Saint-Martin, fou à délier ». Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ont fait l’objet de son doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines, soutenu à Paris X, en 1972, avec la mention « très honorable ». Soutenance que Combat qualifia à juste titre de « gnostique » !
 
Par charité, Robert Amadou avait également rassemblé à l’intention des hommes du torrent de très précieuses Maximes et pensées de Saint-Martin (André Silvaire, 1963 ; éd augm., 1978). Mais quels services ne sont-elles pas capable de rendre aussi aux hommes de désir ? Eugène Susini disait de Robert Amadou qu’il savait tout du Philosophe inconnu. Il avait raison.
Pour le bonheur de tous les martinistes, L’Initiation de Philippe Encausse eut la plus grande part de ses articles sur Saint-Martin. D’autres sont à redécouvrir dans les revues qu’il a fondées : La Tour Saint-Jacques, Les Cahiers de l’homme-esprit, le Bulletin martiniste. Ce dernier, Robert Amadou le porta aux côtés d’Antoine Abi Acar, directeur des chères Editions Cariscript, où il dirigeait tant de collections merveilleuses, à commencer par les  » Documents martinistes  » où il me fit entrer, en 1986. Dans la boutique et l’arrière-boutique de Cariscript, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, où me ramènent aujourd’hui tant de souvenirs, l’on discutait de théologie et d’ésotérisme, d’astrologie et de théurgie autour du café préparé par Antoine. Que de projets ont mûri là ! Au nombre de ceux-ci, le Bulletin martiniste devait se réincarner en Gnostica, qui n’a pas vu le jour. Mais en 1991, de l’enthousiasme de quelques apprentis gnostiques, naissait l’Esprit des choses, organe du Centre international d’études et de recherches martinistes (CIREM), dirigé par Rémi Boyer, sous la présidence de Robert – qui y donna de nombreux inédits de Saint-Martin – puis dans l’autonomie. Robert m’engageait aussi à écrire un cours de martinisme diffusé dans le cadre de l’Institut Eléazar, dont il avait accepté dès 1990 la présidence d’honneur, et où il n’a pas cessé de m’assister, dans une parfaite communion spirituelle.
Mais impossible de comprendre Saint-Martin sans avoir abordé l’œuvre de son premier maître, Martines de Pasqually, le théurge inconnu, dont Robert Amadou a détaillé ici-même, pour la première fois, la doctrine dans une « Introduction à Martines de Pasqually », texte sans précédent et sans second. Il en a aussi publié deux éditions différentes du Traité de (ou sur) la réintégration (Robert Dumas, 1974 ; Diffusion rosicrucienne, 1995) et publié et commentés maints documents, tant maçonniques que théurgiques, de l’Ordre des élus coëns. Dernier chef-d’œuvre en date, conçu en collaboration avec Catherine Amadou : Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réunissent les leçons de trois élèves du maître : Saint-Martin, Du Roy d’Hauterive, Willermoz.
 
Son dernier livre consacré à la correspondance de Saint-Martin avec Kirchberger, n’aura pas vu le jour de son vivant, mais Catherine conduira le chantier à son terme. Quant à nos entretiens annoncés chez Dervy, dont nous avions pourtant ébauché le plan, il n’a pas été possible de les réaliser. Combien d’autres ouvrages annoncés et attendus comme des trésors de science et d’érudition, sont eux-mêmes restés en plan ou en chantier ? Dieu aidant, Catherine, qui fut constante à l’œuvre à ses côtés, compétente, dévouée, efficace, poursuivra, n’en doutons pas, la tâche à laquelle Robert l’a préparée.
Robert Amadou n’a pas cessé de chercher la vérité, par exemple dans l’histoire et dans la Tradition. Lisez ou relisez son Occident, Orient. Parcours d’une tradition (Cariscript, 1987). Dès ses premières lettres, en 1982, il m’exhortait à me lever de bonne heure et me donnait la clef : érudition ! Robert avait tout lu, tout étudié de nos objets, et son œuvre témoigne d’une érudition inégalée dans la seconde moitié du XXe siècle dont il fut et restera le plus sûr et peut-être le plus grand historien de l’occultisme, ne serait-ce que par l’ampleur de son champ d’investigation.
Entre toutes, trois bibliothèques étaient particulièrement chères à son cœur : Sainte-Geneviève d’abord, où il s’était plongé dès l’adolescence dans l’astrologie et la kabbale – il m’y conduisit dès le lendemain de notre première rencontre – ; la vieille B.N. ensuite, où pendant vingt ans il avait occupé tous les jours (sauf quelques pèlerinages loin de Paris) la place 191 ; notre chère BML enfin, dont il inventoria les fonds Bricaud et Papus, qu’il exploita conjointement avec le fonds Willermoz, notamment.
Papus ! Le vulgarisateur de l’occultisme était cher au cœur du plus érudit des occultistes, et avec lui combien de ses compagnons de la hiérophanie, selon l’expression classique de Michelet, et combien de ses épigones ? De Papus comme de Jean Bricaud, il a classé les archives à notre chère Bibliothèque municipale de Lyon, dont il tira tant d’informations et de publications (que nous remémore « L’Occulte à la Bibliothèque municipale de Lyon » (éd. augm. in Lyon carrefour européen de la franc-maçonnerie, 2003). Dans le cœur de Robert Amadou, impossible de dissocier Papus de son fils, le Dr Philippe Encausse, dont il a réhabilité la mémoire quand des instituteurs patentés l’ont injuriée (A deux amis de Dieu : Papus & Philippe Encausse. Hommage de réparation, CIREM, 1995). Du legs Philippe Encausse à la BML, Robert m’offrit d’ailleurs, en 1986, de publier quelques pièces remarquables.
2.
Voici pour l’inventaire, ô combien sommaire je le sais bien, d’une œuvre immense. Pour mémoire, disais-je. Mais l’homme ne se confond pas avec son œuvre et j’entends Robert me remémorer aussi la mise en garde de Freud : celui qui devient biographe, ou historien, s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, car il est impossible d’avoir la vérité biographique ou historique. Or Robert détestait le mensonge autant que l’hypocrisie, il ne se laissa jamais séduire par le mythe moderne de la conscience objective, mais il chercha et aima plus que tout la vérité, parce que la Vérité est un être, qui est la Voie comme il est la Vie. Allons à présent à l’essentiel, à la racine des choses, à la racine de Robert Amadou qui se dégage à merveille de son œuvre comme de sa vie.
 
C’est à l’âge de treize ans que les bons pères jésuites chez lesquels il fit ses études secondaires, rue de Madrid, à Paris, avaient servi la Providence en le plaçant au service du patriarche de l’Eglise syrienne catholique, lors de sa venue à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937. Quelques années plus tard, Robert entrait dans l’Eglise syrienne catholique, et il tint l’office de chammas à l’église parisienne Saint-Ephrem-des-Syriens. Il se liait avec Gabriel Khouri-Sarkis, qu’il aiderait ensuite à la fondation et à la direction de l’Orient syrien. Mais son cœur et son intelligence le portaient vers l’Eglise syrienne orthodoxe, héritière directe de la communauté judéo-chrétienne primitive. Le 25 janvier 1945, il fut ordonné dans la succession syrienne de saint Pierre, et sa thèse de doctorat en théologie a pour titre : « Recherches sur les Eglises de langue syriaque et les Eglises dérivées ».
Parenthèse : en 1944, Henri Meslin lui avait imposé les mains pour la consécration d’évêque gnostique, dans la lignée de Jules Doinel,  » fol amant de Sophie « , dont il a publié la biographie et réédité et commenté Lucifer démasqué (Slatkine, 1983). Puis, en 1945, Victor Blanchard le consacra évêque gnostique, dans la succession apostolique que celui-ci avait reçue, le 5 mai 1918, du patriarche Jean II Bricaud, lequel la tenait de Mgr Louis-François Giraud, successeur de l’abbé Julio. Sans avoir jamais appartenu formellement à aucune église gnostique, c’est à ce titre que Robert accordait pourtant à Alain Pédron un  » entretien avec T Jacques « , publié dans l’Initiation, en 1978, sous le titre  » Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?  » (compléments, CIREM, 1996).
Robert Amadou n’a pas pour autant négligé la kabbale et le soufisme. Il a été admis dans une confrérie soufie et disserta sur Le soufisme même (Caractères, 1991). Judaïsme, christianisme et islam sont les trois piliers de la sagesse abrahamique.
Prêtre de Notre Seigneur Jésus-Christ, Robert officiait, notamment pour des martinistes ; il donnait les sacrements, à commencer par le baptême (comment oublierais-je que Robert voulut que notre première rencontre se fit à l’occasion du baptême d’une petite fille dont Philippe Encausse était le parrain ?), il visitait les malades – tant à leur domicile que dans les hôpitaux – et les prisonniers ; il priait, célébrait et exorcisait. Ses études sur Satan et le mal sont du plus grand intérêt. Qui les connaît ? Tel fut aussi le sens de notre réflexion commune sur le Sida face à la Tradition, thème d’un petit colloque que nous organisions à Paris, en 1988. Las, un volume projeté – un de plus ! – n’a pas vu le jour.
Sans appartenir à beaucoup et tout en se méfiant des formes associatives, Robert n’a pas négligé les bienfaits des écoles succursales où il a accompli sa part de services. La lumière maçonnique lui avait été donnée, le 6 juin 1943, dans Paris occupée, au sein de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte placée sous le vénéralat de Robert Ambelain, dans l’ombre duquel se tenait Georges Lagrèze. Sa préface à mon histoire de La franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm rappelle ces circonstances héroïques.
Puis le Grand Architecte de l’Univers le guida vers le régime écossais rectifié, dont la doctrine lui était déjà si familière. Maître écossais de Saint-André, le 23 mars 1966, au sein de la Grande Loge nationale française – Opéra, il fut armé chevalier bienfaisant de la Cité sainte, le 7 mai 1966, avec pour nom d’ordre Robertus ab AEgypto, et pour devise In domum Domini ibimus, « nous irons à la maison du Seigneur ». Sa maison, Robert l’a trouva ici-bas au Grand Prieuré d’Helvétie et dans l’obédience de la Grande Loge suisse Alpina où l’accueillit en 1978 la loge In Labore Virtus, à l’orient de Zurich. Le 18 mai 1969, un ultime collège, à Genève, l’avait admis au cœur du saint ordre, avant de lui confier le mandat de publier dans Le symbolisme une mise au point sans pareille, qui fit grand bruit « A propos de la grande profession », sous la signature pseudonyme de Maharba, anagramme d’Abraham. Puis, mission accomplie, Maharba entra dans le silence. Lors des obsèques, trois roses entrelacées, symbole de force, de sagesse et de beauté, ont marqué à jamais l’amitié des frères suisses pour Robert et Catherine.
 
 
A la franc-maçonnerie, comment ne pas associer ici le martinisme ? Après avoir découvert Saint-Martin, Robert avait reçu d’Aurifer, son premier maître, l’initiation martiniste, le 6 juin 1942, au grade d’associé, puis aux grades d’initié et de supérieur inconnu, avec les fonctions d’initiateur, le 1er septembre de la même année, dans la clandestinité initiatique. Par analogie avec son patronyme et avec la pente de son caractère, il avait alors choisi pour nomen Ignifer, le porteur de feu. Jamais symbole n’aura été plus pertinent, plus efficace ! De même, Robert trouva sur le champ le nomen de Catherine, Pacifera, en 1965. Comment oublierai-je que Robert me fit à mon tour bénéficier de ce dépôt insigne, en 1994 ?
Dans l’Ordre martiniste, Robert Amadou seconda son vieil ami Philippe Encausse qui l’avait réveillé en 1952, et dont le fils de Papus l’avait voulu grand orateur. Il allait aussi inlassablement porter la bonne parole dans les cercles formels ou informels où l’on cultivait notamment l’amitié fraternelle du Philosophe inconnu, voire celle de Martines de Pasqually et de Papus. Robert savait, à l’instar de Saint-Martin, y distribuer la béquée, quitte à être récupéré et à servir parfois de caution indue. Mais en l’espère sa charité était exemplaire, comme était exemplaire sa lucidité. Un souvenir l’illustrera : nous sortons d’une réunion où des hommes de désir, jeunes pour la plupart, ont beaucoup parlé de l’initiation, de sciences occultes. Robert a corrigé parfois, conseillé un peu, écouté beaucoup. Qu’en penses-tu ? lui dis-je d’un air désabusé, une fois seuls, dans la rue. Robert lève les yeux au ciel, secoue la tête et me répond, terrible : « Bergson disait : on ne peut pas penser le néant ! ».
En des temps plus graves, avec des martinistes clandestins rassemblés par Robert Ambelain dont il était le bras droit, Robert Amadou reconstituait dans le Paris de l’Occupation les opérations théurgiques de Martines de Pasqually et de ses émules. Le 24 septembre 1942, la Chose répondit pour quelques-uns, dont il était – quel signe ! – à l’appel de l’homme de désir. S’en suivit la résurgence de 1943, après que Robert Ambelain eut été ordonné réau-croix par Georges Lagrèze, le 3 septembre de cette année. A son tour Ambelain lui conféra les premiers grades coëns le même mois et, à l’équinoxe d’automne 1944, il l’ordonna réau-croix. Si Robert prit ses distances avec la théurgie coën, il n’a jamais cessé de l’étudier et d’attester qu’elle surpasse la magie naturelle et la magie céleste et peut ouvrir une voie spirituelle à quelques-uns, à condition – mais condition ô combien indispensable ! – de ne pas la détacher de la foi et des exercices religieux prescrits. Mais à l’instar du Philosophe inconnu, coën de cœur, et même d’action, Robert resta jusqu’au bout, pour le bénéfice de quelques-uns. Ses « carnets d’un élu coën » (2001-2002) en témoignent.
De même, Robert avait été admis par Robert Ambelain, en 1944, dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.
Pour mémoire et presque en marge, la fondation, le 11 septembre 1945, avec Paul Laugénie et Edouard Gesta, des Amis de Saint-Martin, tombés en sommeil, puis réveillés en 1972, sous la présidence de Léon Cellier et la présidence d’honneur de Robert Amadou. Las, les Amis passèrent ensuite du côté des instituteurs dont Robert n’avait de cesse, à l’instar de Saint-Martin, de condamner l’approche mortifiante et mortifère.
3.
Restituer l’occulte à la culture fut le premier combat, le premier service de Robert Amadou. Avec quelques-uns de sa race, il a combattu avec succès contre les récupérations mercantiles et universitaires de l’occultisme. Puis il a restitué aux occultistes, à toutes les femmes, à tous les hommes de désir, beaucoup de leur patrimoine oublié.
Lors d’un de nos derniers entretiens, je convainquis Robert qu’un troisième combat nous était désormais imposé. Car voici que des voyous cherchent à leur tour à s’emparer de l’occultisme. Ceux-là ne l’auront pas épargné pendant les dernières années de sa vie terrestre ; ils n’épargneront pas plus sa mémoire, je le sais, dans les années qui viennent. Mais de nouveaux combattants se sont dressés sur le champ de bataille.
 
Contre tant d’occultistes du dimanche, Robert Amadou vivait l’occultisme – synonyme pour lui d’ésotérisme – au quotidien, parce que son quotidien était au service de Dieu et des choses de Dieu, le sacré, nos « objets » aimait-il à dire, en écho de Saint-Martin. Ainsi, Robert ne quittait jamais la soutane qui signifiait son engagement religieux et initiatique, quitte à scandaliser les bourgeois pour qui n’existe, en matière vestimentaire comme ailleurs, qu’un modèle, unique et profane.
Robert Amadou refusait de tricher, il détestait l’hypocrisie, ne cédait à aucun terrorisme, ne supportait pas l’injustice et ne fit jamais la moindre concession qui puisse, de quelque façon, aliéner sa liberté. En quête de la perfection, qui est, disait-il, la seule fin de l’homme qui doit devenir Dieu, il ne supportait guère davantage la médiocrité. Sa plume, à titre privée, mais aussi parfois publiquement, lorsqu’il s’agissait de réparer quelque outrage, prenait parfois la forme de l’épée. Il brandissait alors la parole de l’abbé de Rancé, dont il avait fait sa devise : « ceux qui vivent dans la confusion ne peuvent s’empêcher de faire des injustices », et ses mots tranchaient vif. Cela lui valut des amitiés pour l’éternité, quelques inimitiés passagères et bien des désagréments.
Pour Robert et Catherine, la Grèce fut pendant quelques années un paradis. Alors qu’elle menaçait de se transformer en enfer, ce fut le retour à Paris, qui fut un purgatoire. Les deux dernières années de sa vie terrestre ont été pour Robert, privé de ses livres et souffrant d’une fibrose pulmonaire d’origine inconnue, une épreuve permanente, tant morale que physique. Et pourtant, la fatigue de plus en plus pesante ne l’empêchait pas, au prix d’efforts quotidiens, de se mettre chaque jour à sa table de travail, sauf pendant l’hiver 2006, et même de se rendre encore en bibliothèque, notamment à la BNF où il se rendit encore deux jours seulement avant son arrêt cardiaque, accompagné, soutenu par Catherine, qui a été un modèle de courage et de dévouement.
En 2003, Robert avait concélébré une messe pour le bi-centenaire de la mort du Philosophe inconnu, en l’église Saint-Roch, à Paris, et cette « sale maladie », comme il disait lui-même, ne l’a pas empêché non plus de participer à la célébration d’une messe annuelle pour Saint-Martin, à Honfleur en 2004, puis à Saint-Roch en 2005. Depuis 1985, une autre liturgie annuelle célébrée par Robert en mémoire de Philippe Encausse, le 22 juillet, rassemblait les proches de Philippe que Jacqueline a rejoint à son tour, en février dernier.
 
Le 22 mars, à dix heures trente, à Montfermeil, en l’Eglise Sainte Marie Mère de Dieu, la liturgie des défunts selon le rite syrien orthodoxe a été concélébrée, en araméen et en français, par le père Yakup Aydin, de l’Eglise syrienne, assisté du père Antoine Abi Acar, de l’Eglise maronite, et du père Jean-François Var, de l’Eglise catholique orthodoxe de France. Ce dernier avait, le matin, célébré un petit office, à l’hôpital Cochin, en présence de Catherine et de quelques intimes, réunis autour du corps de Robert. D’autres amis, parfois venus de loin, se sont retrouvés ensuite au Père Lachaise, sous une pluie battante, pour un dernier adieu. Au bras de Catherine, Jacqueline Corcellet, l’amie de toujours, et une autre Jacqueline, venue de Grèce.
Celui qu’Albert-Marie Schmidt, en 1950, promouvait jeune maître, sans jamais se prendre ni se donner pour tel, mais revendiquant le statut d’un vieil étudiant, n’a pas cessé, pendant des décennies, de s’instruire et de nous instruire. Robert Amadou m’en voudra-t-il de reprendre à mon compte la formule immortelle par laquelle Joseph de Maistre qualifiait Saint-Martin et par laquelle je souhaite l’honorer à mon tour ? Robert était le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.
« Quiconque a trouvé son flambeau n’a plus rien à chercher ; mais il lui reste toujours à le conserver, ce qui est incomparablement plus difficile » dit le Philosophe inconnu. Serviteur du Seigneur et de son Eglise, ami de Saint-Martin et avec lui de tous les Amis de Dieu, combattant du bon combat, Robert Amadou fut pour moi, comme pour d’autres, un flambeau de la lumière du Seigneur. Dieu voulant, Dieu aidant, nous tâcherons de conserver cette lumière. Quant à Robert, il bénéficie désormais, dans une plus grande lumière et dans l’attente de la pleine lumière, de la compagnie de Sophia, Sagesse divine et parèdre du Christ. A ses côtés, il poursuit, je le crois comme il le croyait lui-même, sa tâche dans le sein d’Abraham.
Adieu le théosophe, le rose-croix de l’ethnocide ! Adieu mon vieux maître, mon frère et mon ami !
Serge Caillet
sergecaillet@gmail.com
 
Cet hommage a été publié dans la revue
l’Initiation, n° 2, avril-mai-juin 2006, pp. 88-100.
Publié il y a 4th May 2007 par
Libellés: Robert Amadou

Triangulation de la prise de parole et de la gestuelle en loge 14 mars, 2021

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Une étude attentive des rites maçonniques révèle l’omniprésence d’un principe de triangulation à différents niveaux, notamment ceux de la prise de parole, de la gestuelle, mais aussi de la gestion des distances spatiales et des données temporelles.

2Revêtant des fonctions psychologiques, sociales et symboliques, la triangulation maçonnique constitue un véritable modèle de communication. Un tel modèle, dans lequel prime le genre expressif, inscrit les membres de la communauté au-delà des schémas de type interpersonnel et vise un dépassement des contraires, censé opérer un processus de médiation-transformation au sein de l’individu même.

Triangulation de la prise de parole et de la gestuelle en loge

3La loge maçonnique est l’un des rares lieux sociaux où la prise de parole en public soit codifiée de manière aussi rigoureuse et dotée d’une charge symbolique aussi forte. L’une des particularités du rite maçonnique réside dans le fait que toute action des membres de la communauté, tout positionnement des objets dans le temple, est porteur d’information et de sens. Chaque chose est à sa place, chaque discours vient en son temps, et une telle distribution garantit la cohérence d’une totalité harmonieuse. L’ordre, recherché en permanence, ne naît pas du respect de consignes arbitraires. Il est produit par l’agencement savant des divers rouages d’un système global que l’adepte, en tant que pièce constitutive, s’efforce de comprendre et d’intégrer. Même les célébrations religieuses, qui exécutent un rituel strict où les propos, suivant un canevas précis et extrayant des passages du livre sacré, sont accompagnés d’une gestuelle spécifique (signes de croix, etc.), ne vont peut-être pas aussi loin dans la sémantisation et la participation agissante des membres du groupe, dans la mesure où les spectateurs-acteurs se contentent d’en suivre le cours sans pouvoir intervenir individuellement dans son déroulement.

  • 1  Dans cette étude, nous nous attacherons principalement à l’analyse du Rite écossais ancien et acce (…)

4Les modes de communication mis en place par le rituel maçonnique1 sont d’une telle singularité qu’ils méritent que l’on s’attarde sur eux. En loge, la communication s’inscrit dans un schéma qui n’a rien de linéaire, comme peut l’être le modèle télégraphique de Claude Shannon, avec sa chaîne Émetteur-Message-Récepteur ; ni même simplement interactif ou circulaire, comme celui établi par les théoriciens de l’École de Palo Alto. Elle suit un schéma triangulaire, et cela à plusieurs niveaux. La première forme de triangulation est relative au discours : en loge, on ne prend pas la parole, on la demande. Et lorsqu’on la demande, on ne s’adresse pas directement au Vénérable Maître dirigeant la loge, qui peut seul l’accorder, mais à l’un des deux intermédiaires que l’on nomme Premier Surveillant et Second Surveillant. Enfin, le Vénérable Maître lui-même accorde la parole en passant également par l’un des deux intercesseurs sus-cités, lequel relaie l’information au requérant. Ce dernier s’exprime alors, et nul ne peut l’interrompre ni même s’adresser à lui, à moins que la teneur de ses propos ne nécessite une censure brutale de la part du Vénérable Maître (tel serait le cas pour des discours véhiculant des idéologies intolérantes, extrémistes ou racistes).

  • 2  Pascal Lardellier (2003) distingue entre les « rites d’interaction », qui mobilisent un nombre réd (…)

5Certains pourraient ne voir dans ce procédé qu’un artifice pompeux, participant simplement de la théâtralité du cérémonial. Cependant, les raisons de cette triangulation de la parole sont plus profondes qu’il n’y paraît et dépassent largement le cadre de la dramaturgie. Procédé de médiation, elle a pour objectif d’évacuer toute communication interpersonnelle — forme la plus usuelle dans nos sociétés —, et de tisser un lien collectif en dépassant les échanges d’individu à individu (il n’est pas inutile de rappeler l’efficacité de ce que l’on appelle « l’effet de groupe » en psychosociologie, que les franc-maçons retrouvent à travers l’« Égrégore »). Les rites maçonniques ne relèvent donc pas de cette catégorie de rites que Erving Goffman a baptisés rites « d’interaction », mais bien de rites « sociaux » ou « communautaires », selon la typologie de Pascal Lardellier2. Et si l’on veut bien se souvenir du fait que le terme communication (de communicare), signifie étymologiquement « mettre en commun » et implique les notions de partage, alors le rituel maçonnique atteint probablement l’objectif de toute communication, dans ses formes les plus paroxystiques.

6Le rituel maçonnique apparaît doublement conjonctif. Il l’est d’abord en tant que rituel ainsi que le note Claude Lévi-Strauss :

[…] le rituel est conjonctif, car il institue une union (on peut dire une communion), ou, en tout cas, une relation organique, entre deux groupes (qui se confondent, à la limite, l’un avec le personnage de l’officiant, l’autre avec la collectivité des fidèles), et qui étaient dissociés au départ (1962 : 46-47).

  • 3  « La truelle, outil liant par définition », souligne Gilbert Garibal (2004 : 130).
  • 4  Sur cette distinction des différents niveaux de communication (contenu / relation), on consultera (…)
  • 5  Pour cette analyse du schéma de Claude Shannon, on se reportera à l’ouvrage de Philippe Breton et (…)

7Il l’est ensuite en tant que rituel particulier mettant en place des moyens de liaison internes, redondants avec sa fonction première. L’esprit de convivialité est crucial dans les loges, comme le prouve ce moment privilégié que constituent les « Agapes », mais aussi les nombreux vocables, symboles et métaphores exprimant la fraternité : la « truelle »3, le « ciment », la « corde à nœuds », les « lacs d’amour », la « chaîne d’union », le « compagnon », les « frères » et « sœurs ». Le poète Alphonse de Lamartine, grand admirateur de la res maçonnica, pleinement conscient de son essence fédératrice, déclarait dans un discours prononcé en loge en 1848 : « Vous écartez tout ce qui divise les esprits, vous professez tout ce qui unit les cœurs, vous êtes les fabricateurs de la concorde » (cité par Garibal, 2004 : 23). La franc-maçonnerie remplit une fonction phatique prépondérante, pour reprendre la terminologie que Roman Jakobson applique à la linguistique. Car s’il est vrai qu’elle agit à ce niveau de communication que représente le contenu du message, par la transmission de valeurs, elle œuvre principalement au niveau de la relation4. Là encore, nous nous trouvons fort éloignés du schéma de Claude Shannon, qui tend à réduire le réel à son aspect informationnel, à la notion de réseau et à la quantité d’informations qui circule en son sein5.

  • 6  Calendrier maçonnique du Grand Orient de France datant de 1873 partiellement reproduit par Gérard (…)

8La médiation que le rituel maçonnique établit dans le cadre de la prise de parole constitue une véritable discipline à laquelle il convient de se soumettre, et qui contrarie les inclinations naturelles des individus, habitués à parler librement ou à demander l’autorisation de s’exprimer directement à la personne qui dirige un débat. Or, toute discipline vise à transformer, par une action contraignante, une materia prima. Tel est bien le cas de la franc-maçonnerie, qui se définit elle-même comme une institution « philanthropique, philosophique et progressive »6, travaillant au perfectionnement moral et intellectuel de l’humanité et proposant à ses membres un changement de cadre mental, censé s’opérer durant le rituel.

9Ensuite cette médiation, précieux outil de régulation, favorise l’ordre et la pondération, car elle rend impossibles les interventions intempestives, les débats à plusieurs voix où nul ne s’entend, les conflits engendrés par des membres en désaccord ayant l’opportunité de s’adresser les uns aux autres. Le respect d’autrui et la courtoisie sont d’ailleurs inscrits comme autant de devoirs dans un texte fondateur de 1735, faisant office de Constitution pour la maçonnerie française. Ainsi est-il stipulé, au 6e devoir, qu’

[…] aucun Frère n’aura des entretiens secrets et particuliers avec un autre sans une permission expresse du Maître de la Loge, ni rien dire d’indécent ou d’injurieux sous quelque prétexte que ce soit, ni interrompre les Maîtres ou Surveillants, ni aucun Frère parlant au Maître, ni se comporter avec immodestie ou risée (partiellement reproduit par Gayot, 1991 : 62).

10Ce qui fait dire au franc-maçon Gilbert Garibal, docteur en philosophie et psycho-sociologue, que

[...] les frères, du néophite au « vétéran », fréquentent la loge pour communiquer, avec eux-mêmes et les autres. Cette communication fonctionne d’autant mieux que la loge est aussi « communicante ». Autrement dit, qu’elle prend bien soin d’éviter la formation de clans, castes et autres sous-groupes, nuisibles à son unité (2004 : 129).

11La parole maçonnique n’est donc pas, loin s’en faut, un instrument de pouvoir à des fins de manipulation, mais utilise une méthode originale d’accouchement des esprits, assez proche de la maïeutique et de la dialectique socratiques (à la différence près que celles-ci étaient interpersonnelles). En outre, en mettant les locuteurs dans une position d’attente de leur tour de parole, le rituel temporise — au sens étymologique du terme —, c’est-à-dire écarte toute spontanéité et oblige à une certaine maturation de la réflexion. Car comme le souligne Oswald Wirth « les idées se mûrissent par la méditation silencieuse, qui est une conversation avec soi-même. Les opinions raisonnées résultent de débats intimes, qui s’engagent dans le secret de la pensée. Le sage pense beaucoup et parle peu. » (2001 : 122)

12Accordant une importance aussi grande à la communication non-verbale (comme c’est le cas dans la plupart des traditions rituelles, qui font du corps un vecteur majeur de transmission de certaines valeurs), la maçonnerie applique un procédé de triangulation identique au plan de la gestuelle. À ce sujet, il est indispensable d’opérer « une partition entre ce qui relève de la gestuelle d’accompagnement et du message proprement dit », ainsi que le font remarquer Philippe Breton et Serge Proulx. « La gestuelle d’accompagnement est formée par tous ces gestes que nous faisons à l’appui d’une communication », elle est donc bien distincte « du langage des signes », où « c’est le geste qui constitue la communication » (2002 : 63 et 48). Dans ce cas, « la gestuelle se transforme en signes codés et signifiants ». Le rite maçonnique appartient à cette seconde catégorie. Il constitue l’un des rares langages des signes qui ne trouve pas son origine dans une incapacité à produire de l’oralité, comme c’est le cas avec le langage des sourds et des malentendants, par exemple.

  • 7  « Le ternaire s’impose à nous dans des domaines très divers parce qu’il réalise l’équilibre entre (…)

13Tandis que l’être humain s’approprie inconsciemment, par un phénomène de mimétisme, l’ensemble des codes corporels qui prévalent au sein de sa culture — ainsi que l’ont révélé des chercheurs en kinésique tels que Ray Birdwhistell (Winkin, 1981 : 61-77) —, et qui trahissent parfois malgré lui son état et ses intentions, le franc-maçon apprend un système de signes qu’il reproduit sciemment et adapte à divers contextes. Lorsqu’il rentre dans le temple, l’apprenti fait trois pas. Les bras, les mains et les pieds du maçon sont disposés en équerre. Les gestes sont précis, calculés, parfaitement maîtrisés. Ils traduisent en outre la médiation, leur modélisation ternaire représentant la réconciliation dialectique du même et de l’autre, la dualité dépassée car augmentée de l’unité7. Seule l’institution militaire s’est peut-être approchée de ce dispositif corporel complexe dans son cérémonial : les positions du garde-à-vous, le salut militaire, les demi-tours, forment d’ailleurs des équerres, ce qui n’a rien de surprenant si l’on considère les relations étroites que l’armée et la franc-maçonnerie ont entretenues à partir du xixe siècle, ainsi que l’a démontré Jean-Luc Quoy-Bodin (1987).

  • 8  Affirmation du philosophe allemand Friedrich Nietzsche.

14Là encore, il ne s’agit pas de faire exécuter au maçon une série de contorsions absurdes, mais plutôt de mettre ses membres en conformité avec son esprit. Inversement, on tente de produire un équarrissage de la pensée par la rigueur comportementale que l’on impose à une chair généralement livrée à une certaine liberté. La tension physique qu’engendrent des positions si peu familières à l’homme est en effet propice à l’effort et au travail. Combattant la nonchalance, qui se manifeste par une attitude de relâchement, ce maintien artificiel et peu confortable du corps requiert une attention soutenue, et suscite à son tour la concentration. Il a un effet structurant. Plantagenet ne s’y trompe pas lorsqu’il déclare : « remarquons combien cette marche rituelle est pénible : brutalement coupée par trois arrêts, elle brise notre élan ; à chaque fois elle nous contraint à un nouvel effort pour repartir » (2001 : 161). Au-delà de cette idée, tenace en Occident, selon laquelle « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort8 » et qui veut que toute souffrance fût revêtue d’un caractère initiatique, selon l’exemple de la passion christique, le formalisme rigide infligé au corps conduit avant tout à un dressage dont nous étudierons ultérieurement la nature et les effets.

15Enfin, force est de constater que la gestuelle extrêmement contraignante prescrite par le rituel recoupe l’aspect fonctionnel que recouvre la triangulation de la parole, aux effets pondérateurs. À propos de la position dite de l’ordre, posture obligatoire et assez inconfortable pour ceux et celles qui s’expriment oralement, Jules Boucher remarque ainsi que « indépendamment de la valeur réelle du signe, il faut remarquer que ce geste, si simple en apparence, empêche tout autre geste et par suite toute véhémence. Combien d’orateurs — profanes — parlent plus encore avec leurs mains qu’avec leur voix ! » (1998 : 323).

Triangulation de l’espace et du temps rituels

  • 9  Voir notamment La dimension cachée (1971).

16On sait, depuis les études fort éclairantes menées par Edward T. Hall dans le domaine de la proxémique9, que la gestion de l’espace et les distances qui séparent des individus sont, en elles-mêmes, un acte de communication, mais aussi des données remplies de sens révélant des appartenances culturelles parfois insoupçonnées. La franc-maçonnerie témoigne, si besoin en était encore, de l’importance que revêtent les données spatiales dans l’accomplissement et la compréhension des rôles incombant à chaque communicant dans un contexte particulier.

17En loge, le positionnement des individus dans l’espace du temple définit des fonctions spécifiques : à l’Orient, où se lève la lumière, est situé le Vénérable Maître, à l’Occident crépusculaire est le Couvreur, et ainsi de suite — c’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la géométrie tient une place cruciale dans la voie maçonnique. De la même manière, le positionnement des objets de culte ne doit rien au hasard. Il est toujours investi d’une signification, il est signifiant par lui-même. Il va sans dire que cet ancrage territorial du système sémantique à travers une localisation pertinente des personnes et des choses permet de rendre très concrets les messages symboliques que véhicule la cérémonie (« ici, tout est symbole », déclare-t-on à l’apprenti lors de son initiation). C’est ainsi que la modélisation ternaire de la parole, médiatisée entre le requérant et le Vénérable Maître par une tierce personne (Premier ou Second Surveillant), s’enracine également dans une triangulation spatiale, ce qui aboutit à une répétition du schéma ternaire. En effet, celui qui sollicite la parole pour le requérant auprès du Vénérable Maître est toujours le Surveillant qui se trouve sur les colonnes opposées, face au requérant. Ce croisement des prises de parole forme donc un triangle visible, un triangle humain qui incarne géographiquement la dynamique du chiffre trois.

18Nous reproduisons ci-dessous le schéma en vigueur au Rite écossais (au Rite Français, la position des colonnes et des surveillants est inversée par rapport au Rite écossais, mais la triangulation spatiale demeure), qui montre bien le croisement systématique de la parole et la triangulation spatiale qui en résulte :

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19Il est à noter, cependant, qu’à l’inverse de la plupart des rites (notamment des rites politiques), où se « jouent des rapports de domination et de sujétion, hypostasiés à ce ballet qui définit les fonctions, exprime les allégeances, confirme les rangs et les statuts » (Lardellier, 2003 : 95), le rite maçonnique, créateur de lien social, ne fait guère reposer les rôles assignés aux adeptes sur la situation professionnelle et financière que chacun occupe sur l’échelle sociale, dans le monde profane. C’est ainsi qu’un ouvrier d’usine accèdera progressivement au grade de Maître, tandis que le PDG d’une grande entreprise ouvrira sa voie maçonnique au grade d’Apprenti, comme tout un chacun, avec les corvées qui accompagnent cette première étape (installation du Temple, préparation des Agapes et service durant le repas, etc.), qui se veut un apprentissage de la patience et de l’humilité, une familiarisation, aussi, avec une dimension symbolique souvent inconnue du néophyte.

20D’autre part, les fonctions de chacun ne sont guère figées, puisque les membres du groupe changent de rôle au fil des ans. Or, ce principe d’égalité et de circularité est, encore une fois, spatialement et communicationnellement inscrit. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, par exemple, le Vénérable Maître, après avoir occupé des fonctions centrales à l’Orient durant quelques années, se voit-il relégué à l’Occident, près du Parvis. Outre que ce positionnement diamétralement opposé lui confère un angle de vision — et par conséquent un angle de compréhension — différent sur le Temple, il traduit le passage d’une position supérieure à une position inférieure. En devenant Couvreur, il quitte la place dominante et ordonnatrice pour une place d’exécution, en contre-bas. Il en va de même pour les autres officiers de la loge (citons l’interversion des Premier et Second Surveillants, notamment).

  • 10  Maria Deraisme, par exemple, avec la fondation du Droit Humain, en 1893. Avant cela, dès le xviiie(…)

21On ne s’étonnera donc guère que le niveau figure parmi les outils et symboles privilégiés de l’institution, ni même que le principe d’égalité présidant aux travaux maçonniques ait pu contribuer à la diffusion des idées émancipatrices jadis émises par les philosophes des Lumières. Sans verser dans la théorie du complot ou du projet intentionnel que certains, tel l’abbé Barruel (1803), prêtent à la franc-maçonnerie, il semble avéré qu’en favorisant le brassage social (puis la mixité, à partir du xixe siècle, dans quelques obédiences10), les loges précipitèrent la chute d’un régime inégalitaire. « La Franc-Maçonnerie vint ainsi offrir un excellent terrain de culture au ferment des idées révolutionnaires », souligne Oswald Wirth (2001 : 54). Les idées progressistes qu’elle véhiculait étaient d’ailleurs jugées subversives et dangereuses, tant par le pouvoir politique que par le pouvoir ecclésiastique. On peut aisément le comprendre à la lecture de certains textes du dix-huitième siècle : « Ramener les hommes à leur égalité primitive par le retranchement des distinctions que la naissance, le rang, les emplois ont apporté parmi nous. Tout maçon en loge est gentilhomme » (Le sceau rompu, 1745 : 22 ; cité par Gayot, 1991 : 125). Tout semble concourir à faire de l’espace maçonnique un espace sociopète, selon le mot de Edward T. Hall, un lieu de partage, de cohésion et d’intégration.

22Comme l’espace de la loge, le temps maçonnique se trouve lui aussi soumis au principe de triangulation. Il serait fastidieux et surtout ambitieux de vouloir dresser une liste exhaustive de ce temps triangulaire, tant celui-ci est riche. Quelques exemples significatifs suffiront néanmoins à en rendre compte. Les maçons, tout d’abord, travaillent entre les heures symboliques de « Midi » et « Minuit » (périodes elles-mêmes transitoires puisqu’elles marquent tout à la fois l’apogée du jour et de la nuit, et leur déclin imminent), à l’âge non moins symbolique et transitionnel de « trois ans ». Parmi les fêtes maçonniques, mentionnons également les fêtes de la Saint-Jean d’hiver et de la Saint-Jean d’été, correspondant aux deux équinoxes. Comme les heures de midi et de minuit, les équinoxes traduisent un point d’équilibre précaire et transitionnel, l’apogée d’un état et par conséquent sa proche déchéance, selon la loi de la dialectique des contraires.

23Autre expression de cette triangulation, lors de l’ouverture et de la fermeture des travaux, le Vénérable Maître, assisté des Premier et Second Surveillants, procède à l’allumage puis à l’extinction des feux. Au début de la tenue, chacun d’entre eux se tient devant l’un des trois piliers nommés Sagesse, Force et Beauté, afin d’allumer des bougies. Faisant le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, ils échangent leur place et chaque officier se retrouve ainsi, l’instant d’après, face au pilier devant lequel était positionné son voisin de gauche. Ce mouvement circulaire en trois étapes autour des trois piliers forme une roue spatio-temporelle dynamique, proche de la svastika indienne. Certains maçons voient d’ailleurs dans ce moment cérémoniel une représentation de la création du monde (Doignon, 2005), un espace-temps zéro à partir duquel apparaissent progressivement l’espace et le temps sacrés. Cette interprétation semble corroborée par l’allumage des bougies qui provoque le passage des ténèbres à la lumière, ainsi qu’il est fait dans la Genèse où les mots fiat lux précèdent l’apparition des différents éléments du monde ; mais également par la signification attribuée aux trois piliers : la Sagesse « conçoit », la Force « exécute », et la Beauté « orne ». Il s’agit bien d’un acte de création primordial, similaire à celui du « Grand architecte de l’univers », et se déroulant en trois phases, à savoir conception, réalisation puis contemplation esthétique du produit fini.

24L’omniprésence de la figure deltaïque, suggérant, selon certains maçons, un triangle temporel, semble confirmer ces vues. Ainsi Jean-Marie Ragon perçoit-il les points de cette figure géométrique comme évoquant le Passé, le Présent et l’Avenir (1853 : 369). Le sens de cette triade correspond parfaitement à la philosophie maçonnique, ancrée dans la tradition et tournée vers l’avenir d’un monde meilleur via une tentative de perfectionnement au quotidien. Les franc-maçons se sont d’ailleurs souvent inspirés, dans leurs réflexions, du célèbre tableau de Gauguin intitulé D’où venons-nous ?, Qui sommes-nous ?, Où allons-nous ?, preuve que leur voie s’interroge sur l’identité et le devenir de l’homme à travers les trois temporalités classiques que nous reconnaissons. Car comme toute tradition, la franc-maçonnerie opère à un niveau à la fois diachronique et synchronique. Soucieuse de transmettre des valeurs régulatrices, elle agit sur l’axe vertical du passé, où la mémoire relie la chaîne générationnelle à un temps originel, mais également sur l’axe horizontal de l’espace communicationnel qui met les vivants en présence (Debray, 1997). Nous pouvons résumer ainsi ce mouvement maçonnique, qui se nourrit au présent de la sagesse des anciens pour tenter de construire une société idéale.

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  • 11  Il semble utile de rappeler que le terme sacré, issu du latin sacer, évoque ce qui est séparé (sép (…)

25Ajoutons enfin que le temps du rituel est rythmé par trois coups de maillet, répétés trois fois, par la triade Vénérable — Premier Surveillant — Second Surveillant, au début et à la fin de la tenue. Ce rythme ternaire ouvre et ferme l’accès au temps sacré, de même que les pas d’entrée sur le pavé mosaïque, puis la sortie hors du temple, équivalent à un va-et-vient entre l’espace sacré intra-muros et l’espace profane à laquelle les adeptes sont rendus dès la fin de la cérémonie rituelle11. Lorsque commencent les travaux, le Vénérable Maître n’affirme-t-il pas « nous ne sommes plus dans le monde profane » ? La figure du Vénérable est semblable à celle d’un chef d’orchestre (métaphore chère aux chercheurs de Palo Alto) qui, par ses coups de maillet injonctifs, introduit des ruptures rythmiques dans le temps mais aussi dans l’espace communicationnels de la cérémonie (silence/possibilité de prise de parole, immobilisme/gesticulation, position debout/assise), donnant le tempo d’une partition connue. Elle crée en outre une « synchronie interactionnelle », pour reprendre une expression de William Condon et de Edward T. Hall, chaque participant agissant en même temps que ses confrères et de manière identique à eux. Et si, pour les théoriciens modernes, toute communication doit être envisagée comme un système, dans lequel les multiples éléments interagissent les uns par rapport aux autres, le rituel maçonnique possède cette particularité rare qu’il est un système intentionnel et pré-régulé, qui cherche à optimiser au maximum ce caractère systémique et interactionnel. Ainsi en est-il de la « triple batterie » et de « l’acclamation », à l’annonce desquelles tous les maçons frappent rapidement trois fois dans leurs mains, et répètent ces gestes trois fois, en criant « Liberté », « Égalité », « Fraternité ».

  • 12  Sur le temps, voir l’ouvrage d’Edward T. Hall, La danse de la vie. Temps culturel, temps vécu (198 (…)

26Les penseurs de ce que l’on a appelé « la nouvelle communication », en effet, ont montré que l’espace et le temps12, au-delà de leur aspect physique, mathématiquement mesurable, forment des cadres culturels organisés et vécus de manière différente d’un continent à un autre, engendrant ainsi des modes de communication spécifiques. Mais de telles constructions, relatives puisque variant selon les époques et les lieux, sont généralement le fruit d’une élaboration longue et inconsciente, déterminée par l’histoire particulière des peuples et les paramètres environnementaux dans lesquels ils s’insèrent. Les individus répondent ainsi à des codes et règles tacites sans avoir conscience d’évoluer dans une dimension artificielle. Or, la maçonnerie offre l’exemple d’un programme culturel conscient et volontaire, d’une composition sémantique qui s’affiche comme telle, et qui a cependant — là est le paradoxe — une prétention universelle (les Ordres internationaux, faisant fi des divers particularismes locaux, appliquent le même rituel aux quatre coins de la planète), comme si sa valeur atteignait quelque absolu en saisissant l’essence de l’homme, le point nodal de ses aspirations.

Vers une triangulation de l’individu : pure métaphore ou symbolisme opératoire ?

27La franc-maçonnerie introduit l’homme dans l’« empire des signes », pour reprendre l’expression que Roland Barthes a forgée à propos de la culture japonaise. Signes corporels et symboles divers jalonnent le laborieux parcours de l’adepte. Mais au stade de ce constat, il convient de s’interroger sur la fonction que remplissent ces signes : simple jeu d’analogies au sein duquel l’individu se meut plaisamment ; ou véritable projet transmutatoire engageant l’être lui-même, faisant de lui l’objet d’un changement radical ? Déchiffrage d’un langage codé ou règles opératives modifiant l’humain en profondeur ?

28La réponse est donnée dès le grade d’apprenti, puisque l’on exhorte le jeune initié à dégrossir la pierre brute, qui n’est autre que lui-même. Oswald Wirth (2001) rappelle, en guise d’introduction au premier tome de son ouvrage : « De la création de l’homme par lui-même naît l’homme perfectionné, le Fils de l’Homme ». D’où l’importance accordée au corps, matière imparfaite qu’il faut patiemment ennoblir pour que s’ennoblisse aussi l’esprit, et dont la métanoïa ou conversion débute lors de l’initiation, ainsi que le relève Bruno Etienne (2002). Michel Foucault a fort bien montré que le dressage des esprits était indissociable du dressage des corps, ce que les institutions dites « totales » ont également compris et exploitent avec brio (1993 : 31-31). L’interaction corps-esprit/esprit-corps est reconnue depuis fort longtemps, puisqu’en des siècles reculés l’ascèse corporelle, au sein de l’institution religieuse et de certaines sociétés mystiques, avait pour but de purifier l’âme. Blaise Pascal ne déclarait pas autre chose lorsqu’il affirmait « qu’il faut s’agenouiller et faire les gestes de la foi pour croire »…

29En revanche, il existe une différence notable entre le dressage pratiqué par les institutions totales, au rang desquelles on peut ranger l’armée, et celui auquel procède l’institution maçonnique. Car le premier développe un conditionnement de type pavlovien, privatif de toute liberté de pensée, d’expression et de comportement, tandis que le second, anti-dogmatique et émancipateur, a pour effet de libérer le sujet de ses préjugés (le maçon est dit « libre et de bonnes mœurs »). Le rituel maçonnique ne peut donc être bénéfique que s’il est rigoureux et que son sens est parfaitement compris. « Tout symbole, tout rite — mise en action des symboles — perdent leur valeur, et ne sont plus que des “simagrées” dès qu’ils ne sont plus exactement respectés comme ils devraient l’être », affirme avec raison Jules Boucher. Puis de renchérir : « Et le plus souvent ils ne sont pas respectés, parce qu’ils ne sont pas compris » (1998 : 323).

  • 13  Selon Philippe Breton et Serge Proulx (2002), la communication se décline en trois modes : mode in (…)
  • 14  « Le geste est le signe extérieur de cette volition », déclare Jules Boucher (1998 : 323).
  • 15  Mircea Eliade affirme que « l’initiation correspond à une mutation ontologique du régime existenti (…)

30Le corps est bien plus qu’un vecteur de communication à visée informative. Favorisant le mode expressif13, il est le creuset matriciel dans lequel s’accomplissent de véritables transformations mentales14. Au-delà du fait qu’il est un langage dont il faut décoder le sens pour en saisir la pleine valeur, le dispositif matériel et physique du rituel maçonnique possède un caractère performatif, qui se révèle à son tour hautement signifiant par les changements cognitifs, sentimentaux et comportementaux qu’il introduit. On rejoint là la conviction de la philosophe Hannah Arendt, pour laquelle « être et paraître coexistent », et celle de nombreux penseurs avançant l’hypothèse que toute transformation ontologique s’enracine nécessairement dans une transformation phénoménale15. Ainsi pourrait-on appliquer, en l’inversant, l’approche de John Austin : « Quand faire, c’est dire ». Des bâtisseurs de cathédrales et maçons francs opératifs, en effet, qui en furent la source d’inspiration principale, la maçonnerie spéculative a conservé une certaine concrétude à travers la mise en geste des mots et la mise en acte des idées. Pascal Lardellier, évoquant le rôle de ce « corps, puissamment sémantique », souligne avec justesse que

[...] le rite exige toujours de ses participants une démonstration physique, « une création de présence » (E. Schieffelin). Ne pouvant en aucun cas être vécu de manière abstraite, in absentiae, il impose une incarnation, sans laquelle aucune action symbolique ne saurait être atteinte. Car pour être crédible, ce rite se doit d’être vécu, investi de l’intérieur (2003 : 94).

31En outre, l’effet cathartique produit par la mise en scène des corps — effet identique à celui que revêtait la tragédie selon Aristote — ne doit pas être négligé. L’élève de Platon évoquait avec raison « cette imitation qui est faite par des personnages en action et non au moyen du récit », et qui « opère la purgation propre à pareilles émotions » (1952 : 1449b). À son tour, Jacqueline de Romilly a mis en évidence la fonction psychologique et sociale de la tragédie grecque, qui permettait d’extérioriser la violence via un phénomène d’identification du spectateur à l’acteur-personnage, et de l’évacuer ainsi hors des murs de la cité. Le rituel maçonnique accomplit une purification assez semblable grâce au spectacle visuel qu’il livre. Il va même plus loin que la tragédie si l’on considère que tous les spectateurs sont également des acteurs de la pièce qui se joue, le geste se joignant à l’observation.

32Les gestes que l’apprenti exécute sont d’ailleurs très évocateurs : le bras et la main disposés en équerre au dessous de la gorge sont destinées à juguler les passions provenant du cœur et à les empêcher de troubler l’âme, ainsi que l’explique le rituel au premier degré du Rite écossais ancien et accepté. Ce signe dit « guttural » devient un signe « pectoral » au grade de compagnon, la main se situant alors au niveau du cœur.

Franc-maçon formé par les outils de sa loge (gravure anglaise du XVIIIe siècle, Bibliothèque nationale, Paris)

Franc-maçon formé par les outils de sa loge (gravure anglaise du XVIIIe siècle, Bibliothèque nationale, Paris)

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33L’objectif opératif est si prépondérant que certains, tel Jules Boucher, font remarquer que ces positions correspondent à des chakras et mobilisent ainsi les centres d’énergie de l’être. Par ailleurs, l’idée d’une thérapie de groupe fondée sur une approche systémique, c’est-à-dire sur une régulation des relations que les éléments du groupe entretiennent les uns avec les autres, est assez proche, même si elle diffère dans sa mise en œuvre, des thérapies familiales de Don D. Jackson et de Paul Watzlawick et plus largement du Mental Research Institute, fondées sur la notion d’homéostasie.

  • 16  Les devoirs enjoints aux Maçons libres, texte partiellement reproduit par Gérard Gayot (1991 : 61)

34L’aspect physique est tellement essentiel qu’un maçon doit être « un homme exempt de défaut du Corps, qui peut le rendre incapable d’apprendre l’Art »16, de l’avis de certains adeptes. Il ne s’agit bien évidemment pas de discrimination, mais de la conviction que les lumières de la maçonnerie demeureraient à jamais inaccessibles à celui dont un corps infirme ne permettrait pas l’accomplissement du rituel, la spécificité de l’initiation étant par ailleurs le vécu d’une progression extérieur/intérieur. On voit là tout ce qui peut séparer la tradition maçonnique de certaines mystiques ou traditions ésotériques proposant une élévation spirituelle en s’adressant directement et uniquement à l’esprit. Passer du contact sensible des choses matérielles à leur conceptualisation, de la conceptualisation à l’imagination, de l’imagination à la monstration, de la monstration à l’intériorisation, et de cette dernière à une appréhension de nature intuitive : tel est l’un des objectifs de la voie maçonnique. Mais à l’instar de la tradition alchimique, cette dernière s’appuie toujours, initialement, sur un support physique, un substrat matériel, destiné à servir de déclencheur transmutatoire.

  • 17  La physique quantique postule, par exemple, qu’un chat peut être à la fois mort et vif. Elle démon (…)

35Dans l’accession à un mode de connaissance intuitif, le maniement des symboles joue un rôle déterminant. Signifiant moins abstrait, moins arbitraire surtout, que ne le sont les mots, formés de lettres et de sons conventionnels selon la linguistique saussurienne, le symbole possède en effet une sorte de lien naturel avec le signifié, puisqu’il procède par substitutions et transferts sémantiques. Il tient lieu de jonction entre les réalités strictement matérielles et les concepts purement intelligibles, les sens et la raison (l’idée d’une réunion de deux parties séparées est d’ailleurs présente dans l’étymologie du mot symbole, « sumbolon », et du verbe grec « sumballein » qui signifie « mettre ensemble »). S’il est un vecteur d’information et de communication privilégié, c’est précisément parce qu’il est doté de cette nature bicéphale qui introduit l’adepte dans un entre-deux. Il crée une voie médiane, ou troisième voie, pour ceux qui refusent le réductionnisme du matérialisme et de l’idéalisme. Procédant par triangulation, évitant le piège du principe de non-contradiction d’Aristote, que la physique quantique a récemment mis à mal17, il ouvre des perspectives nouvelles. En outre, la plupart des symboles prétendent à l’universalité. Empruntant au registre de Jung, on peut dire que ceux-ci possèdent une dimension archétypale qui les rend accessibles à chacun.

  • 18  Sur cette distinction, voir Bruno Étienne (2002 : 21-22).
  • 19  Voir également François-André Isambert (1979).

36L’efficacité du symbole — notamment du symbole de condensation, réalisant une propagation affective et énergétique inconsciente, par opposition au symbole de référence18 —, a été relevée par nombre de chercheurs. Pascal Lardellier note ainsi : « Et le contexte rituel dans son ensemble va aller jusqu’à générer des états modifiés de conscience, la réalité devenant symbolique, et le symbolique performatif, puisque capable de transformer cette réalité » (2003 : 92)19. Les alchimistes, qui œuvraient également à partir d’une voie initiatique, hermétique et herméneutique, répétaient inlassablement les mêmes gestes dans les mêmes alambics, assortis des mêmes prières, paroles et symboles, ce qui était censé produire un éveil de la conscience et une transformation corporelle, conjointement à une transmutation de la matière hermétiquement scellée, sujet et objet ne faisant plus qu’un.

37En conclusion, on peut dire que le rituel maçonnique repose sur l’intuition que l’homme est une vaste structure de relations externes et internes, dont le perfectionnement dépend d’une alchimie communicationnelle à plusieurs niveaux. Proposant un modèle interactionniste global, fondé non seulement sur le « dire », mais aussi sur le « voir », le « faire » et le « ressentir », il utilise le principe de triangulation de la prise de parole, de la gestuelle ainsi que de la gestion spatio-temporelle, qui vise à produire une dialectique visible-invisible, transcendance-immanence, théorie-pratique. In fine, celle-ci doit engendrer une triangulation de l’agent lui-même (du type soufre-sel-mercure, soit esprit-âme-corps), c’est-à-dire une transmutation de l’individu par la réconciliation des contraires qu’opère le modèle ternaire, prélude à l’unification finale de l’être. La philosophie maçonnique, avec son approche praxéologique, semble bien faire partie de ces systèmes d’« idées » qui « deviennent des forces matérielles », selon les mots de Régis Debray (1994 : 22). Cette thèse médiologique se trouve d’ailleurs énoncée près d’un siècle auparavant et dans des termes similaires par le maçon Edouard Plantagenet (1992 : 142), lorsque ce dernier explique que « l’idée froide », purement abstraite, entre en contact avec les sentiments fécondants durant le rituel et « se transforme soudainement en idée-force en s’intégrant dans notre personnalité ». Loin de se cantonner au plan individuel, cette transformation du maçon vise à transformer à son tour l’ensemble de la collectivité maçonnique et même de la société profane, étant entendu que le perfectionnement des parties constitutives d’un groupe participe également du perfectionnent de la structure globale.

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Bibliographie

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Aristote (1952), La poétique, traduction de J. Hardy, Paris, Les Belles lettres.

Boucher, Jules (1998), La symbolique maçonnique, Paris, Éditions Dervy.

Breton, Philippe, et Serge Proulx (2002), L’explosion de la communication : introduction aux théories et aux pratiques de la communication, Paris, Éditions de La Découverte.

Debray, Régis (1994), « Comment les idées deviennent des forces matérielles », Sciences humaines, no 38, avril.

Debray, Régis (1997), Transmettre, Paris, Odile Jacob.

Doignon, Olivier (2005), Comment naît une loge maçonnique ? L’ouverture des travaux et la création du monde, Paris, Éditions Maison de Vie.

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Étienne, Bruno (2002), L’initiation, Paris, Éditions Dervy.

Foucault, Michel (1993), Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard. (Coll. « Tel ».)

Garibal, Gilbert (2004), Devenir franc-maçon, Paris, Éditions de Vecchi.

Gayot, Gérard (1991), La franc-maçonnerie française, Paris, Gallimard.

Hall, Edward T. (1971), La dimension cachée, Paris, Éditions du Seuil.

Hall, Edward T. (1984), La danse de la vie. Temps culturel, temps vécu, Paris, Éditions du Seuil.

Isambert, François-André (1979), Rite et efficacité symbolique du rituel, Paris, Le Cerf.

Lardellier, Pascal (2003), Théorie du lien rituel : anthropologie et communication, Paris, L’Harmattan.

Lévi-Strauss, Claude (1962), Anthropologie structurale, Paris, Plon.

Plantagenet, Edouard (2001), Causeries initiatiques pour le travail en chambre du milieu, Paris, Éditions Dervy.

Plantagenet, Edouard (1992) Causeries initiatiques pour le travail en chambre de compagnons, Paris, Éditions Dervy.

Quoy-Bodin, Jean-Luc (1987), L’armée et la franc-maçonnerie, Paris, Éditions Economica.

Ragon, Jean-Marie (1853), Orthodoxie maçonnique, Paris, Dentu.

Watzlawick, Paul, Janet Helmick Beavin et Don D. Jackson (1976), Une logique de la communication, Paris, Éditions du Seuil.

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Wirth, Oswald (2001), La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes. L’apprenti, tome 1, Paris, Éditions Dervy.

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Notes

Les obédiences maçonniques sont des « Ordres ». L’obédience mixte internationale « Le Droit Humain » a d’ailleurs fait de Ordo ab Chaos sa devise. Rappelons, enfin, que les franc-maçons se mettent « à l’ordre », l’ordre étant une position particulière constitutive du rituel.

1  Dans cette étude, nous nous attacherons principalement à l’analyse du Rite écossais ancien et accepté.

2  Pascal Lardellier (2003) distingue entre les « rites d’interaction », qui mobilisent un nombre réduit de personnes (deux à cinq), et les « rites sociaux ou communautaires ».

3  « La truelle, outil liant par définition », souligne Gilbert Garibal (2004 : 130).

4  Sur cette distinction des différents niveaux de communication (contenu / relation), on consultera avec profit l’ouvrage de Paul Watzlawick, Janet Helmick Beavin et Don D. Jackson (1976).

5  Pour cette analyse du schéma de Claude Shannon, on se reportera à l’ouvrage de Philippe Breton et Serge Proulx (2002 : 130-131).

6  Calendrier maçonnique du Grand Orient de France datant de 1873 partiellement reproduit par Gérard Gayot (1991 :111).

7  « Le ternaire s’impose à nous dans des domaines très divers parce qu’il réalise l’équilibre entre deux forces opposées : l’actif et le passif », affirme ainsi Jules Boucher (1998 : 92).

8  Affirmation du philosophe allemand Friedrich Nietzsche.

9  Voir notamment La dimension cachée (1971).

10  Maria Deraisme, par exemple, avec la fondation du Droit Humain, en 1893. Avant cela, dès le xviiie siècle, furent créées des « loges d’adoption » où la présence des femmes était attestée. Aujourd’hui, seules quelques loges encore attachées aux origines ne reconnaissent pas la mixité (la Grande Loge Nationale Française, notamment).

11  Il semble utile de rappeler que le terme sacré, issu du latin sacer, évoque ce qui est séparé (séparé précisément du monde profane, terme provenant de profanum, qui signifie « ce qui est devant le temple », à l’extérieur de l’enceinte sacrée).

12  Sur le temps, voir l’ouvrage d’Edward T. Hall, La danse de la vie. Temps culturel, temps vécu (1984).

13  Selon Philippe Breton et Serge Proulx (2002), la communication se décline en trois modes : mode informatif, mode argumentatif et mode expressif. Ce dernier mode est celui qui fait la part belle à l’imagination, à la création, au partage des sentiments.

14  « Le geste est le signe extérieur de cette volition », déclare Jules Boucher (1998 : 323).

15  Mircea Eliade affirme que « l’initiation correspond à une mutation ontologique du régime existentiel » (1992 : 12).

16  Les devoirs enjoints aux Maçons libres, texte partiellement reproduit par Gérard Gayot (1991 : 61).

17  La physique quantique postule, par exemple, qu’un chat peut être à la fois mort et vif. Elle démontre également que la lumière peut être considérée comme phénomène ondulatoire et phénomène corpusculaire, selon les instruments de mesure que l’on utilise.

18  Sur cette distinction, voir Bruno Étienne (2002 : 21-22).

19  Voir également François-André Isambert (1979).

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Pour citer cet article

Référence papier

Céline Bryon-Portet, « Le principe de triangulation dans les rites maçonniques », Communication, Vol. 27/1 | 2009, 259-277.

Référence électronique

Céline Bryon-Portet, « Le principe de triangulation dans les rites maçonniques », Communication [En ligne], Vol. 27/1 | 2009, mis en ligne le 05 juin 2013, consulté le 30 septembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/communication/1353 ; DOI : 10.4000/communication.1353

Cet article est cité par

  • Bryon-Portet, Céline. (2011) La tension au coeur de la recherche anthropologique. Anthropologie et Sociétés, 35. DOI: 10.7202/1007863ar

Auteur

Céline Bryon-Portet

Céline Bryon-Portet est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Directrice de la communication à l’ENSIACET-INP de Toulouse (École Nationale Supérieure des Ingénieurs en Arts Chimiques et Technologiques – Institut National Polytechnique) et chercheure associée à l’unité mixte de recherche « États Sociétés Idéologies Défense » (ESID) de l’Université Paul Valéry, Montpellier3. Courriel : soline33@yahoo.fr

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La laïcité 19 février, 2021

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

laicite

« Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le Forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un Forum. » J. Corneloup.
La laïcité ou le  sécularisme désigne le principe de séparation de la société civile et de la religion. Elle s’oppose donc à la notion de théocratie, d’état religieux. Dans une démocratie, la loi peut être contestée car elle est l’œuvre des hommes.
Dans une théocratie, la loi est l’œuvre de Dieu, donc toute contestation devient impossible, c’est bien là le piège des pseudos « républiques islamiques » qui n’ont rien à voir avec la notion de république et qui rappelle sournoisement les notions de « républiques démocratiques socialistes » qui n’avaient elles non plus aucun rapport avec la notion de démocratie. Le mot république, abusivement employé, peut ainsi cacher une dictature, une oligarchie ou une théocratie.

La laïcité est un sujet récurent, notamment en France, où elle est mentionnée expressément dans la constitution. En quoi est-elle vraiment un rempart de la liberté de conscience et de culte contre les intégrismes ? N’est elle pas, aussi, une autre forme d’intolérance de la raison à la gloire de l’étatisation ? En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

1. La laïcité, une victoire de la raison sur la passion ?

La laïcité est un courant historique défini comme étant le principe de la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. L’antithèse de la laïcité est donc le cléricalisme, d’où cet esprit anticlérical que la laïcité a longtemps généré en France, notamment dans ce qu’on a appelé la pensée « libre » et avec laquelle elle a souvent été confondue.

Dans l’histoire de France, où régnait une monarchie de droit divin, la pensée laïque a commencée il a près de 400 ans avec la promulgation de l’Edit de Nantes qui assurait la liberté de culte. Mais ce n’est qu’en 1787 et en 1789, sous les coups de butoir des idées propagées par la révolution française, que « l’alliance du sabre et du goupillon » a réellement commencé à décliner.

Ainsi, la laïcité s’est historiquement imposée comme concept et comme opérateur d’organisation sociale face aux religions révélées. Religion entendue comme ce qui donne les « raisons » de vivre et de mourir. Le croyant devient souvent intolérant (et même meurtrier comme en témoigne l’histoire des religions) car il est toujours persuadé de détenir la seule vraie religion, adorer le seul vrai Dieu. Il a donc été juste de créer un espace de vie en commun, neutre, excluant du débat et de la manifestation ce qui avait pu faire tant de ravages. En ce sens la laïcité est effectivement source de liberté, d’ouverture, et de tolérance. Mais cette définition est elle satisfaisante ? Le principe de laïcité, doit-il aujourd’hui être limité au « non-cléricalisme » ? ne doit-il pas être réactualisé et étendu à toute autre forme de lobby, même non religieux ?

Une définition trouvée sur l’internet [1] défini la laïcité dans les termes suivants : « La laïcité exprime une éthique de société, qui ne saurait accepter les idéologies toujours en mouvement de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine. Elle est notre atout majeur dans les combats engagés contre la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes. Elle veut être cette école de l’intelligence dont Jean Rostand disait qu’elle vise à « former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force, les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité, leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance ». »

Aujourd’hui, les idéologies de l’obscurantisme et des dogmes, du prêt à penser, de la haine propageant la xénophobie, le racisme, les intolérances et les intégrismes ne sont plus seulement le propre des Églises. Elles sont aussi l’œuvre de groupes sociaux ou ethniques, de partis politiques et même de certains milieux économiques toujours prêt à détourner le bien commun et la liberté des peuples à leurs profits personnels. Mais à ce niveau ne fait-on pas un amalgame entre Laïcité et démocratie ? Peut-être, en ce sens, si on pense que le mot laïcité vient du grec « laos » qui désigne un peuple au sens de sa réalité communautaire, où les hommes, partie de ce tout, sont par nature égaux en ce que chacun est un élément unique, parfaitement équivalent à un autre et également fondateur de la réalité du groupe. Ce « laos » est distinct de la « polis » grecque, la cité, qui est l’ancêtre de notre État en tant qu’organisation sociale autonome et du « demos », peuple, compris comme entité politique dans « demokratia » gouvernement, souveraineté populaire. Le « laos » renvoie, lui, à ce que les latins appelaient « res publica », chose publique, dont chaque citoyen est souverain et qui a donné aujourd’hui la notion de « république ».

2. La Laïcité, religion inversée ou dictature de la raison ?

Certains « enragés » de la République n’ont-ils pas un comportement qui est proche de l’intégrisme ? Prenons par exemple l’épisode du « foulard islamique ». La polémique entourant le port du foulard islamique dans les écoles publiques a provoqué en France un important débat sur la prise en compte de la diversité culturelle et religieuse dans les institutions publiques. L’école s’est développée autour d’un certain nombre d’enjeux à la fois politique, juridiques et socioculturels parmi lesquels on peut identifier : la présence de l’Islam dans les sociétés occidentales, le statut de la femme, le phénomène de l’immigration et de l’intégration, le statut de l’école publique et laïque en France. Ce débat a pris rapidement un caractère symbolique et s’est installé dans l’opinion et les médias (avec une confusion savamment entretenue entre Islam et islamisme). Il met en évidence l’opposition de deux éléments : le caractère laïque de l’école publique et le port d’un signe religieux, face à cela deux attitudes apparaissent ; La première, s’appuyant sur la laïcité la plus stricte qui considère le « hidjab » comme une attaque de l’intégrisme islamiste contre la laïcité de l’école ; La deuxième se fondant sur une forme de neutralité qui prône « le droit à la différence », qui tout en défendant une école au-dessus de tous pluralismes respectent ceux-ci. L’exclusion de ses jeunes filles, ouvre la porte à une « laïcité intégriste ». Quelles angoisses identitaires le foulard de quelques gamines a-t-il réactivé, entraînant stigmatisation, exclusion et violence ? Serait-il le support d’un affect d’angoisse ? Angoisse face à l’étrangeté ? Angoisse face à la féminité ? En pensant se protéger par l’exclusion d’un risque « intégriste », qui relève plus du fantasme que d’une réalité, on aboutit souvent à l’effet inverse, en interdisant l’accès à l’école, on les enferme, les privant ainsi des influences extérieures, d’une ouverture sur le monde. On les transforme en « victimes », et « en offrant des victimes de l’intolérance de la société française on relativise l’intolérance intégriste », on les pousse vers un repli identitaire, communautaire. L’éducation est l’élément clé pour combattre l’ignorance et les stéréotypes. L’école doit promouvoir la démocratie et l’humanisme par l’éducation et la conviction et non par la contrainte. Ce n’est pas un combat contre la laïcité, mais la répression dans un tel cas n’est pas une solution. Bien sûr, on ne peut contester que le foulard est un symbole de l’oppression des femmes, mais doit-on faire preuve d’intolérance, de rejet face à celles qui le portent ? Par ailleurs personne ou presque ne s’est vraiment efforcé d’en comprendre vraiment la signification réelle. Pour certaines, il s’agit d’un choix, une manière d’affirmer leur liberté individuelle, « de leur droit à être française et musulmanes », « le symbole d’appartenance à un groupe » pour d’autres, il s’agit d’un compromis, « une concession faites à leurs parents, pour obtenir quelque chose en échange, comme par exemple la possibilité de continuer des études ». Il faut donc écouter avant de condamner. L’école doit et peut rester, grâce à une « laïcité vivante », c’est à dire ouvert et tolérante, le lieu social de l’apprentissage de la communauté, de formation du citoyen, et du « vivre ensemble », et c’est se tromper d’ennemi, « prendre l’ombre pour la proie » que de lapider sur la place publique quelques jeunes filles pour qui, souvent le port du voile peut être un passeport qui ouvre la voie à l’intégration.

Une laïcité « pure et dur » n’est elle pas une forme de dictature de l’étatisme ? Nous avons tous en mémoire l’échec des « dictatures du prolétariat ». Le Marxisme a voulu être une sorte de religion laïque faisant de l’étatisme le meilleur garant du bonheur genre humain. Son joug n’a pas été plus doux que le pire des intégrismes. Aujourd’hui, on peut mesurer l’ampleur et le désastre où peut mener ce genre d’utopie…

Que fait-on en ce sens du droit des familles à transmettre leurs propres valeurs ? Le rejet des valeurs confessionnelles peut être dangereux car il constitue une autre forme de dogmatisme qui rejetterait toute une part culturelle qui est aussi un héritage légitime auquel à droit tout être humain appartenant à une collectivité donnée. Faire le « vide » en la matière, peut-être dangereux car il semble nécessaire que chaque personne puisse avoir fait son « indigestion » de religieux, ne serait-ce que pour pouvoir savoir, en connaissance de cause, ce qu’elle aurait éventuellement à critiquer… La laïcité sans culture religieuse aucune n’est-elle pas le plus sûr moyen de livrer des individus, incultes en la matière, à l’attrait des sectes de tous poils ?

Par ailleurs, La rationalité froide, même purement scientifique, rejetant toute forme de spiritualité ne peut engendrer qu’une forme de pensé aride. Une pensée purement matérialiste empêche la voie du cœur et rend sourd à la poésie. C’est une autre forme de conditionnement. C’est oublier que la science ne répond qu’à la question « Comment ? » et que seules la philosophie et la métaphysique posent la question du « Pourquoi ? ». La pratique d’une spiritualité sereine n’est-elle pas le meilleur garant de ce genre de dérive ? Rabelais [2], en son temps, a pu dire : « Parce que, selon le sage Salomon, sapience (sagesse) n’entre point en âme malivole (de mauvaise volonté) et science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La conscience a-t-elle pu jamais avoir été découverte sous le moindre scalpel ? Cela voudrait-il dire qu’elle n’existe pas et n’est que le fruit de l’irrationnel ? La science et la raison pure sont-elles réellement les seules et uniques clés de la connaissance ? L’homme ne semble pas vivre que de pain et son esprit a aussi besoin de s’aguerrir hors des sentiers de la raison, ne serait-ce que pour se forger une identité personnelle et libre.

Croire c’est prendre une option, un pari. Ne pas croire n’est pas ne pas prendre une option, c’est prendre l’option de ne pas en prendre, c’est prendre le pari qu’il n’y a pas de pari à prendre. La laïcité militante, anticléricale, affirmée comme un espace pur de toutes traces religieuses, comme non contaminés par l’irrationnel, le subjectif etc., comme espace préservé et à préserver à tout prix des agressions du mal « religieux » (comme on veut dans les hôpitaux tuer tous les microbes, bactéries) finit par engendrer une autre forme d’intolérance. La dictature de la raison n’est pas meilleure que celle de la passion. Elle est différente, mais elle engendre des souffrances aussi grandes.

3. En quoi intéresse-t-elle la Franc-Maçonnerie ?

Au « Grand Orient de France » (GODF\), certaines Loges finissent encore leurs travaux sur un vibrant « A bas la calotte ! ». Cette intransigeance anticléricale fleurant bien le XVIIIème siècle, a-t-elle aujourd’hui, encore un sens ? Pour répondre à cela, un article [3] paru dans le journal « Le Monde » du 8 septembre 2000, résume bien la situation. En s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, le GODF est devenu une sorte d’organisation profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle-ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux. On trouve au sein de cette obédience française des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides » (selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique), des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut-parleurs médiatiques. En ce sens, le GODF, qui a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et qui entend participer activement à la « construction de la société idéale » est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve aujourd’hui une certaine Franc-Maçonnerie, en l’an 2000, à la croisée d’un cheminement. Elle doit, soit se transformer en clubs politiques ou mondains comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui lui permette de répondre réellement à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. Dans ce dessein, il faut certainement renoncer à un certain nombre de pratiques qui l’ont conduit à devenir une machinerie administrative gérée par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».

Il faut, peut-être, tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre, en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant. Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être « califes à la place du calife ». Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ».

Une autre forme de Franc-Maçonnerie existe, par ailleurs, en parallèle. Plus traditionnelle, elle a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à « la construction du Temple de l’Humanité » à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego. Ainsi, si un Frère doit intervenir dans la vie sociale, en qualité d’élu, de responsable d’association ou à quelque autre titre, il devrait pouvoir rayonner suffisamment de fraternité et de tolérance du fait de sa formation maçonnique. Mais ce n’est pas à l’ordre maçonnique en tant qu’entité, à peser sur la société dans laquelle elle vit et dont elle doit respecter toutes les règles et non pas les modifier, même si c’est dans un sens positif. Ce strict respect des « landmarks » et des constitutions d’Anderson, ne fleure-t-il pas non plus le siècle dernier et ne mérite-t-il pas d’être mis à jour ?

La Loge est composée d’hommes de tous horizons qui viennent aussi du monde profane et qui sont influencés par sa pensée du moment. Un échange permanent se fait entre la condition de maçon et celle d’homme du quotidien. Cela est une symbiose qui n’autorise pas d’absolu total et oblige à tous les compromis. La perfection est un objectif mais elle n’est pas encore de ce monde. Elle est une projection vers l’infini qui s’oppose à notre condition de simples mortels. L’Esprit de la Loge, L’Égrégore, est un terreau fertile qui permet l’éclosion de l’éthique et de l’identité maçonnique. Cette fraternité de pensée permet-elle de donner des réponses pratiques à chacune de nos questions quotidiennes ? Ce qui fait la force d’une pensée, c’est son degré d’objectivité. Une façon de penser qui ne colle pas à la réalité ne peut que reposer sur le dogme. C’est là, le grand mérite de l’esprit maçonnique que de lutter contre toutes formes d’axiome et de prôner un humanisme universel au de-là de tout esprit de chapelle, de race, de culture, de sexisme et de croyances. Le symbolisme, ce langage muet, est le meilleur moyen de communiquer pour autant qu’il ne soit pas figé dans le dogmatisme.

Si les valeurs de la laïcité sont bien présente dans l’éthique maçonnique qui, par définition, doit être inter-confessionnelle, non dogmatique et doit rejeter toute forme de totalitarisme, elle ne représente qu’une partie de cette éthique qui est aussi la recherche de la sagesse, apprendre à écouter, se méfier des passions et des préjugés, retenir l’envie d’intervenir, respecter les autres et donner sa chance à celui qui en a vraiment besoin, seule une école initiatique propose ce programme, surtout si celui-ci est associé à l’introspection, au retour sur soi-même. On remarque, dans la vie profane, l’homme qui a été à cette école.

4. Conclusion

Il semble, aujourd’hui, à la veille du troisième millénaire, qu’il soit plus important que jamais de rester « vigilant ». La franc-maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIème siècle ébloui par la « scienza nuova » [4].

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière. L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France. Comment a-t-elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a-t-elle pu survivre par-delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisé ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est-à-dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique. Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce qu’on peut appeler « l’humanitude ».

La réponse peut toujours être trouvée dans le Cabinet de Réflexion que chaque franc-maçon devrait ne jamais oublier. Le Coq annonce l’aube du jour qui doit se faire dans les esprits. Il fait allusion aussi à la mystérieuse Quintessence, qui se dérobe à toute perception sensible et que nous ne pouvons concevoir qu’à force d’approfondir. La nécessité de descendre en soi et de pénétrer jusqu’au centre d’où jaillit la lumière intérieure, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde, et dont la direction est indiquée par le fil à plomb.

Si nous savons ce qu’ont pu faire les Francs-Maçons du passé, ceux des « constitutions d’Anderson », au siècle dernier, à savoir, d’avoir pu réunir dans le même Temple, en une volonté commune, des hommes que tout séparait. Le Juif et le Chrétien, le riche et le pauvre, le blanc et le noir… Il serait intéressant de se poser la question, pour nous autres Francs-Maçons, à la veille du troisième millénaire, quels sont les vrais grands défis et valeurs qui nous restent encore à accomplir et à défendre, au-delà des vaines querelles dogmatiques et sexistes, pour avancer dans l’œuvre qu’ont commencés nos aïeuls. Pourrons-nous, par exemple, continuer éternellement, à ne pas reconnaître la réalité de l’initiation de nos sœurs et continuer à les appeler hypocritement « madame » ? La construction du « Temple de l’humanité » est bien loin d’être terminé et la « voûte étoilée » est encore le seul toit du Temple encore inachevé. Car le jour où cela sera fait, nous aurons alors la funeste prétention d’être l’égal de nos dieux ! Ce jour-là, à mon avis, l’Ordre sera vraiment perdu et le Temple ne sera plus que ruine…

Alors retroussons nos manches car le chantier réclame encore son lot quotidien de labeur. Car dans le Travail est la vraie et concrète réalité : L’initiation répudie tous les égoïsmes, même ceux qui visent à se satisfaire de se perfectionner soi-même en oubliant les autres. Le symbolisme de la « Règle » et celui de la « houppe dentelée » doivent toujours rester présent à nos esprits pour nous rappeler le principe fondateur de la « Chaîne d’Union », celui de la Fraternité Universelle et celui de la « juste mesure de toutes choses », La « Règle » que les anciens égyptiens appelaient la déesse « Maât ».


[1] http://www.respublica.fr/laicite/

[2] Rabelais (François), Pantagruel, 8. Bibliorum Larousse.

[3] Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

[4]   Le Monde du 08/09/2000. Article de Bruno Étienne, franc-maçon, professeur de sciences politiques à l’Institut universitaire de France. http://www.lemonde.fr/article/0,2320,seq-2070-92950-QUO,00.html

 

SOURCE : https://www.rene-guenon.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=37:le-miroir-du-maitre-franc-macon&catid=39:poemes-maconniques&Itemid=36

QUELQUES MAÇONS DANS QUELQUES WESTERNS 23 janvier, 2021

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QUELQUES MAÇONS DANS QUELQUES WESTERNS

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Par Julien V dans Contributions

Avec cet article de Julien V nous continuons notre partenariat avec la revue Critica Masonica. Vous pouvez retrouver cet article, et beaucoup d’autres, sur leur site.

Dans les 6 westerns où la maçonnerie est présente explicitement, aucun frère ne cache son appartenance. Bien au contraire, ils arborent une multitude d’objets maçonniques… qui, bien souvent, vont de pair avec leur statut de victime.

 

UNE FRANC-MAÇONNERIE DU QUOTIDIEN

Dans Les Disparus d’Apostrophe, bande-dessinée de René Pétillon (Dargaud, 1982), un auteur surnommé Hector Carlos a écrit un ouvrage original intitulé Paul Claudel et la mafia. Il affirme sur le plateau de la célèbre émission littéraire : « J’ai reconstitué l’emploi du temps de Paul Claudel de 1886 à sa mort…

J’ai lu toute sa correspondance en tentant d’établir des recoupements avec mes informations sur la mafia. Résultat : néant ! Pas le moindre lien entre Paul Claudel et la mafia ! Pas ça ! ».

Un sujet comme « les maçons et les westerns » allait-il connaître le même néant ?

Heureusement, l’internet permet d’avoir à des données qui, auparavant, nécessitaient de longues heures de recherche en bibliothèque ou en cinémathèque.

J’ai déjà pu apprécier la qualité des travaux de repérage de la « Grand Lodge [canadienne] of British Columbia and Yukon » et l’abondance des informations contenues dans l’Internet Movie Database-IMDb.

Quant au visionnage de films sur lecteurs électroniques, il permet, grâce aux arrêts sur images, de repérer tous les détails qui échappaient aux visions distraites ou en flux ininterrompus.

C’est comme ça qu’il est possible d’établir la liste des 6 westerns où la maçonnerie est présente explicitement, que ce soit à travers un personnage, une citation ou plusieurs objets.

Ces films, de 1956 à 2010, sont les suivants : La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford (1956) ; La Kermesse de l’Ouest (Paint Your Wagon) de Joshua Logan (1969) ; Cent dollars pour un shérif (True Grit) de Henry Hathaway (1969) et son remake de Joël et Ethan Coen (2010) ; Tombstone de George Pan Cosmatos (1993) et Gettysburg de Ron Maxwell (1993).

Le premier point commun de tous ces westerns est d’inscrire la franc-maçonnerie dans le quotidien voire dans une certaine banalité de l’Ouest. En effet, les personnages n’hésitent pas à s’entourer d’objets maçonniques : le tablier de Turkey Creek Jack Johnson (Tombstone) ; la montre avec chaîne du marshall du comté (Tombstone) ; le badge à équerre et compas d’un caporal (Gettysburg) ; la bourse siglée de Frank Ross et le cendrier du colonel G. Stonehill (Cent dollars pour un shérif, 2010). Pas étonnant, dès lors, que la jeune orpheline Mattie Ross (Kim Barby et Hailee Steinfel) de Cent dollars pour un shérif, donne l’ordre le plus naturellement du monde d’enterrer son père « revêtu de son tablier de maçon ».

Dans tous ces westerns, les maçons ne se cachent pas. Mais le fait d’afficher aussi visiblement leur appartenance ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont pas d’ennemis.

DE FÉROCES ET VIOLENTS ENNEMIS

Il n’y a que dans La Kermesse de l’Ouest où l’on retrouve l’ennemi traditionnel et bien connu de ce côté-ci de l’Atlantique : l’homme d’Église.

Dans le film de Joshua Logan, il s’agit de Parson, le prédicateur (Alan Dexter). Il arrive dans la ville des chercheurs d’or – qu’il compare volontiers à Sodome et Gomorrhe – à cheval alors que sa femme marche devant lui en tenant la bride.

Rien d’étonnant à ce qu’il détonne avec son attitude machiste, par rapport à l’esprit de liberté qui anime le ménage à trois des héros.

Et cette arrivée en ville est ponctuée de ses commentaires accusateurs envers tous ceux qu’il estime en perdition.

C’est ainsi qu’il met en garde une prostituée : « Femme sans pudeur, tu crois peut-être que le Seigneur n’était qu’un pauvre type qui se baladait dans un drap déchiré il y a deux mille années de cela ? Et bien tu te trompes, femme, il est ici et il te voit ».

Et c’est également ainsi qu’il condamne un groupe de chercheurs d’or buvant bruyamment dans la rue : « Vous Jouisseurs sans foi ni loi ! Qui êtes-vous ? Franc-maçons ? Rosicruciens ? Émissaires païens surgis des antres de Babylone. Soûlards. Bâfreurs. Joueurs. Prostituées. Fornicateurs ! ». L’insulte « franc-maçons » est assez peu efficace dans la bouche d’un personnage qui reste ridicule et finalement inoffensif.

En revanche les autres ennemis qu’ils soient indiens ou hors-la-loi, sont autrement plus redoutables et, à chaque fois, les maçons en deviennent les victimes jusqu’à en perdre la vie.

Dans La Prisonnière du désert, lorsqu’Ethan (John Wayne) et Martin (Jeffrey Hunter) qui recherchent la jeune fille enlevée par les Indiens, explorent un camp de Comanches Nawyecky qui vient d’être dévasté par la cavalerie, l’un des indiens morts, un sabre planté dans le torse, porte un tablier maçon.

Le tablier est la preuve que cet Indien a bien participé aux raids meurtriers contre les fermes des blancs.

Dans les deux versions de Cent dollars pour un shérif, Tom Chaney (Jeff Corey et Josh Brolin) est le hors-la-loi qui assassine le maçon Frank Ross (John Pickard et Philip Knobloch).

À la différence de Frank, Tom a beaucoup de défauts : il joue, il boit, il vole… et il tue, il a d’ailleurs précédemment tué un sénateur au Texas.

Dans Tombstone, le maçon Turkey Creek Jack Johnson (Buck Taylor) rejoint les frères Earp pour se battre contre une bande de hors-la-loi surnommée « les cowboys ».

Les pires ennemis des maçons sont donc bien les hors-la-loi, ce qui confirme que les maçons sont bien du côté de la justice, de la paix sociale, mais aussi de l’ordre.

LES MAÇONS, TOUJOURS MODESTES ET FRATERNELS ?

Si les maçons des westerns ne sont pas forcément tout en bas de l’échelle sociale, leur train de vie apparaît relativement modeste. L’homme qui porte un badge maçon dans Gettysburg, est un simple caporal. Les autres maçons sont fermiers (La prisonnière du désert, Cent dollars pour un shérif) ou vendeur de chevaux et loueur d’étables (Cent dollars pour un shérif, 2010).

Plus important que leur place dans l’échelle sociale est leur souci constant de leur prochain et la fraternité qu’ils mettent en pratique dans leur vie.

Dans La Kermesse de l’Ouest, l’amitié qui lie Ben Rumson (Lee Marvin) et Sylvester Newel (Clint Eastwood) ressemble à un lien maçon, le premier a recueilli le second grièvement blessé et l’appelle « Pardner », ce qui pourrait se traduire par « Part’naire », mais est traduit par « Compagnon » dans la version française.

Il lui explique qu’il n’a respecté aucun des Dix commandements, mais n’a jamais trahi son « compagnon de travail ».

Le marché passé entre les deux hommes est le suivant : Ben soigne, loge et nourrit son « Pardner » et, en échange, son « Pardner » doit régler ses dettes de jeu, le ramasser quand il traîne saoul dans la boue, lui tenir compagnie dans ses moments de désespoir et veiller sur sa femme, Elizabeth (Jean Seberg).

Ils finissent d’ailleurs par former un ménage à trois, car, selon Elizabeth, « C’est une solution humaine, pratique, pas immorale du tout ».

Dans Cent dollars pour un shérif, le maçon Frank Ross a également recueilli, donné un travail et un toit à Tom Chaney. Et Tom, ivre et perdant aux cartes, abat Frank alors que ce dernier, dans un ultime geste protecteur, voulait le calmer et l’empêcher d’aller se battre au saloon.

Dans Gettysburg, le caporal maçon se précipite au chevet de son commandant atteint par un tir. Il faut également noter au passage que ce maçon se trouve dans l’armée nordiste, c’est-à-dire anti-esclavagiste.

Enfin dans Tombstone, le maçon Turkey Creek Jack Johnson, querelleur et susceptible quant à son honneur (il a tiré sur « Un minable cul-terreux [qui] l’a traité de menteur »), n’hésite pas à rejoindre les frères Earp quand ils affrontent les hors-la-loi.

Il y a cependant une exception à apporter à ce constat. Il s’agit du personnage du marshal John Behan (Jon Tenney) dans Tombstone.

Behan incarne la version détestable du maçon, notable, « réseauteur » et opportuniste. C’est ainsi qu’il cumule les responsabilités et les honneurs le rendant incontournable (marshal du comté, collecteur d’impôt, capitaine des pompiers, président du mouvement des citoyens antichinois et président de la commission immobilière !)… mais il refuse d’intervenir quand un hors-la-loi tue le shérif au prétexte que l’affaire relève de la ville et non du comté.

Il se révèle même l’allié des hors-la-loi : se contentant de faire de grandes déclarations aux frères Earp : « Messieurs, je ne tolèrerai aucun désordre », essayant de les dissuader d’aller au combat et même tentant de les arrêter avant l’affrontement !

Comme quoi, les maçons ne sont jamais complètement autonomes par rapport à la société dans laquelle ils vivent.

 prisonnieredesert

Source : https://www.hiram.be/blog/2015/06/03/quelques-macons-dans-quelques-westerns/

Les manifestations rosicruciennes du XVIIIe siècle à nos jours 9 octobre, 2020

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Les manifestations rosicruciennes du XVIIIe siècle à nos jours

Article publié par EzoOccult le Webzine d’Hermès et mis à jour le : 7 janvier 2016

 

Les manifestations rosicruciennes du XVIIIe siècle à nos jours

Par Sédir

La manifestation rosicrucienne de 1614 était inspirée par le pur esprit de l’Évangile ; son but était l’offre de la lumière, l’exhortation à la charité, à l’humilité, à la prière, à la véritable imitation de Jésus-Christ ; elle affirmait que la réforme générale du monde viendra, non pas des théologies et des spéculations sur la métaphysique, mais de la régénération individuelle, de la victoire de l’homme sur lui-même et de son attachement à la discipline évangélique. Un siècle ne s’était pas écoulé que tout était changé.

La pensée toute mystique des premiers écrits rosicruciens est remplacée par la discipline du secret, l’incognito austère, l’éloignement de la beauté, le célibat, une charité froide et dédaigneuse, des années d’efforts vers un but inconnu. De plus en plus ceux qui vont se servir du nom de Rose-Croix se cantonneront dans l’étude de l’alchimie et de la magie.

Nos renseignements personnels nous permettent de dire que le mouvement de 1714 était déjà vicié dans son chef, bien que ses membres subordonnés cherchassent la vérité avec un esprit de liberté et de sincérité très grand.

Le pasteur silésien Samuel Richter, dont le pseudonyme est Sincerus Renatus, publia à Breslau, en 1710, un ouvrage (en allemand) : La vraie et parfaite Préparation de la Pierre philosophale de la Fraternité de l’Ordre de la Croix d’Or et de la Rose-Croix, dont l’appendice renferme un code en 52 articles. Ici, aucune considération spirituelle ; des dispositions d’un légalisme étriqué ; un rituel sans grandeur, des signes de reconnaissance souvent burlesques. L’Ordre comporte des Frères de la Croix d’Or et des Frères de la Croix de Rose. À sa tête un Imperator élu à l’ancienneté et à vie ; tous les dix ans, il change en grand secret son nom, sa résidence et son pseudonyme. L’Ordre, qui comptait 21 membres, se compose de 23 frères au moins, de 63 au plus. Les frères sont admis après trois mois d’apprentissage et s’ils ont fait beaucoup d’opérations. Ils sont tenus de prêter serment. Ils doivent à leur maître l’obéissance jusqu’à la mort. Les travaux de l’Ordre ne sont que d’alchimie et de magie, avec des secrets particuliers pour les frères. L’Ordre possède deux maisons où les membres se réunissent, l’une à Nuremberg, l’autre à Ancône ; mais ces endroits sont présentement changés, car depuis quelques années les frères se sont installés aux Indes, « afin de pouvoir y vivre tranquilles ».

Une inspiration semblable a donné naissance au Coelum reseratum chymicum (52) de J. G. Toeltius, où il est dit que devenir Rose-Croix, c’est connaître la magie divine. Ce n’est plus Christian Rosencreutz qui a fondé la Rose-Croix, c’est Friedrich Rose.

Ce personnage avait été découvert par Pierre Mormius. Déjà très âgé en 1620, il habitait la frontière du Dauphiné. Il se disait membre de la Rose-Croix d’Or qu’il aurait fondée en 1622, composée seulement de trois membres, et dont le quartier général était à La Haye. II refusa à Mormius, qui revenait alors d’Espagne, de l’accepter dans cet Ordre ; après de longues instances, il le prit seulement comme famulus. Mormius apporta ce qu’il apprit aux États Généraux de La Haye et, comme ceux-ci refusèrent ses découvertes, il les consigna, en 1630, dans ses Arcana.

En 1747, Hermann Fictuld (54) , qui se donne comme membre de la Société de Lascaris, affirme que l’Ordre de la Rose-Croix d’Or existe toujours. Il lui donne comme emblème la Toison d’Or, qui est le symbole du grand œuvre, et un rituel avec des rubans multicolores, des croix, des parchemins et des signes.

Dans le premier quart du XVIIIe siècle, la Rose-Croix utilisa l’œuvre de mystiques isolés, tels que Jacob Boehme. Le cordonnier-théosophe, qui est un des plus puissants génies métaphysiques de l’humanité, n’a jamais prétendu écrire des choses nouvelles : tout ce qu’il dit se trouve dans l’Écriture et à l’école de la Nature. Aussi, pour le comprendre, faut-il réaliser la vraie religion : imiter et suivre Jésus, « la Pierre philosophale spirituelle », dans ses souffrances et dans sa mort, afin de revivre avec lui.

Louis-Claude de Saint-Martin avait été détourné de l’étude des sciences occultes et engagé dans les sciences mystiques par Rodolphe Salzmann qui lui avait fait connaître l’œuvre de Jacob Boehme. Le « philosophe inconnu » fit du « philosophe teutonique » son vrai maître, le juge de toutes ses doctrines, le guide de ses plus hautes aspirations, comme le dit Jacques Matter. Il répandit les écrits de Boehme dans plusieurs pays d’Europe.

Simultanément deux écrivains firent connaître Boehme en Angleterre : son ami Joachim Morsius, rosicrucien, dont le pseudonyme était Anastasius Philaretus Cosmopolita ; et William Law, auteur de beaux ouvrages mystiques.

Un autre disciple de Jacob Boehme, Jean Georges Gichtel, mystique-né, apôtre du renoncement, eut la révélation de la Vierge céleste, Sophia, qui le confirma dans la pauvreté christique et lui fit connaître les mystères de la nature intérieure et extérieure.

À la même phalange appartiennent deux écrivains mystiques, l’un en Allemagne, Karl von Eckhartshausen, l’autre en Russie, Ivan Lopoukhine.

Karl von Eckhartshausen (1752-1803) fit ses études à Munich et à Ingolstadt. Il devint conseiller aulique, puis censeur de la librairie, puis conservateur des archives de la maison électorale à Munich. Comme le dit le docteur Marc Haven, « il a voulu et su se tenir à l’écart de toutes les sociétés secrètes, plus ou moins mystiques, qui fleurissaient à son époque, tout en restant, plus que personne, membre actif de cette Communauté de la Lumière qu’il décrit en si parfaite connaissance de cause dans ses ouvrages ». Très bon, sa vie ne fut qu’une suite ininterrompue d’actes de charité ; il se dépouilla pour alléger les souffrances des prisonniers français en 1795.

Il écrivit 79 ouvrages, dont les plus connus sont : Dieu est l’amour le plus pur (1784) et La Nuée sur le Sanctuaire (1819).

Ivan Wladimirovitch Lopoukhine (1756 – 1816), secrétaire d’État de l’Empire russe (1797) puis sénateur, a laissé plusieurs ouvrages sur la Franc-Maçonnerie et il est l’auteur de Mémoires qui furent publiées en 1860. De lui nous ne savons pas grand-chose, sinon qu’il connut Mme de Krüdener et qu’il réussit à adoucir les premières persécutions dirigées par le gouvernement du Tsar contre les Doukhobors. Son œuvre maîtresse est un ouvrage de pure mystique : Quelques Traits de l’Église intérieure (Moscou 1798) dont Eckhartshausen a dit : « un livre précieux et plein de sagesse ».

À ces grands noms ajoutons ceux éminents d’Emmanuel Swedenborg, le « prophète du Nord » (1688-1772) et du grand mystique polonais André Towianski (1795-1878).

Tels furent les derniers missionnés, du moins connus de nous, que suscita la Rose-Croix. Ensuite surgit sous son vocable une profusion de groupements ; mais ceux-ci n’ont de rose-croix que le nom.

Parmi la multitude d’Ordres, de Fraternités, de Sociétés qui s’intitulent Rose-Croix, mentionnons :

En Allemagne,

– les Frères de la Rose-Croix d’Or, fondés au milieu du XVIIIe siècle par J. G. Schroepfer, de Leipzig ;

– l’Ordre de la Rose-Croix Ésotérique du docteur Franz Hartmann, qui fusionna avec l’Ordre des Templiers Orientaux.

En Angleterre,

– la Societas Rosicruciana in Anglia – S.R.I.A. – fondée en 1860 par Robert Wentworth. Lord Bulwer Lytton fut Grand Patron de l’Ordre et Eliphas Lévi en fut membre pendant quelque temps ;

– la Société Théosophique, créée en 1875 par Mme Hélène Blavatsky, dirigée après la mort de la fondatrice (1891) par Mme Annie Besant. Un théosophe dissident, Rudolf Steiner, promoteur de l’Anthroposophie, fit construire à Dornach (Suisse) un « temple rosicrucien », le « Goetheanum » ;

– les Fratres Lucis, fondés par lord Bulwer Lytton, d’où sortit l’Ordo Roris et Lucis ;

– l’Hermetic Order of the Golden Dawn, fondé en 1887 par S. L. Mathers, lequel comprenait cinq grades dont les quatre supérieurs formaient l’Ordre de la Rose Rouge et de la Croix d’Or ;

– vers 1900 Aleister Crowley se sépara de la Golden Dawn et fonda l’Astrum Argentinum où l’on pratique l’auto-initiation.

En Amérique,

– la Fraternitas Hermetica, organisée par des Allemands à Chicago en 1875 ;

– la Fraternité de Luxor, implantée d’Allemagne et de Hollande aux États-Unis ;

– l’Hermetic Brotherhood of Light, fondée en Illinois, dont certaines théories furent publiées au XIXe siècle dans un livre intitulé Ghostland (Au pays des esprits).

– Nous avons signalé la Societas Rosicruciana in Anglia S.R.I.A. Une branche de cette Société fut installée au Canada, puis en Pennsylvanie. Vers 1880 elle fut réorganisée et prit le nom de Societas Rosicruciana in United States S.I.R.I.U.S. – Un de ses membres éminents fut Clark Gould, décédé en 1909.

– La S.I.R.I.U.S. de nouveau remaniée devint la S.R.I.A. (Societas Rosicruciana in America). Ses statuts la désignent comme a) une église, b) une académie, c) une fraternité.

– Paschal Beverley Randolph, membre de la S.R,I.A., fonda la Fraternitas Rosae Crucis, dont le siège est à Quatertown (Pennsylvanie).

– Entre les années 1909-1915 le docteur H. Spencer Lewis fonda à San Jose (Californie) l’A.M.O.R.C. (Antiquus Mysticusque Ordo Rosae Crucis), dont les instructions sont données ou bien oralement dans les temples de l’Ordre ou envoyées personnellement par courrier.

– Vers 1909 Max Heindel fonda la Rosicrucian Fellowship, « école de philosophie et de guérison » où l’on enseigne aussi l’astrologie. Le premier siège-directeur de la Société fut Seattle. Plus tard Max Heindel construisit un temple à Oceanside, au sud de Los Angeles. Parmi ses nombreux ouvrages, on compte une « Cosmogonie des Rose-Croix ». Une des consignes données par les « Frères aînés » à Max Heindel est « Ne jamais demander de l’argent dans n’importe quel but ».

– En Hollande fonctionne le Lectorium Rosicrucianum, organe d’édition de La Septuple Fraternité Mondiale de la Rose-Croix d’Or, dirigée par J. van Rijckenborgh.

Toutes les variétés d’occultisme, d’alchimie, d’astrologie, de magie, la culture de la volonté, la recherche de pouvoirs, l’étude des forces inconnues de la nature sont un aperçu des programmes de ces Sociétés.

– En France, Stanislas de Guaita fonda en 1889 une association placée sous le vocable de la Rose-Croix, l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix où l’on enseignait l’occultisme. Après sa mort, le sâr Joséphin Péladan, membre du suprême Conseil de l’Ordre, s’en sépara après avoir fondé un Ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal ou de la Rose-Croix Catholique. On y professait un catholicisme ésotérique. Péladan disait : « La magie, c’est l’art de la sublimation de l’homme » – autrement dit, un individualisme orienté vers le divin.

– Mentionnons enfin une manifestation d’un centre rosicrucien très élevé, la F. T. L., dont le mode de recrutement et le centre n’ont jamais été décrits. Nous savons que cette Société a commencé à s’étendre vers 1898 ; et nous supposons que les néophytes sont mis en relation avec les membres de l’Ordre d’une façon analogue à celle que décrit l’affiche rosicrucienne placardée dans Paris en 1622.

L’initiation en est très pure et essentiellement christique.

Chapitre VII de L’Histoire des Rose-Croix, par Sédir.

SOURCE :https://www.esoblogs.net/

Les manifestations rosicruciennes du XVIIIe siècle à nos jours dans Recherches & Reflexions EzoOccultlogo105

Le rite Oriental de Misraïm 14 mai, 2020

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , 1 commentaire

 

Le rite Oriental de Misraïm

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(Par le frère Robert MINGAM)

 

Il faut ici composer entre l’Histoire et la légende en présentant l’énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, aigrefin de renom, un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres, acteur occulte de la Révolution française pour l’ensemble et certainement, être moralement indéfinissable, tant le Rite qu’il a fondé attire des caractères trempés dans une eau, tout sauf plate.

Notre homme, très proche du Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Malte, Manuel Pinto de Fonseca, avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques, fonda en 1784 le Rite de la Haute Maçonnerie Égyptienne. Bien que ne possédant que trois degrés (apprenti, compagnon et maître égyptien), le Rite de Misraïm semble lui être indirectement relié même si, aujourd’hui encore, il est difficile d’établir avec certitude où Cagliostro fut réellement initié et comment il bâtit son Rite. Une chose est certaine, il reçut entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître national de la Maçonnerie Napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts grades hermétiques, venus en droite ligne des secrets d’immortalité de l’Ancienne Égypte. Et c’est en 1788, non loin de Venise, qu’il transféra ces hauts degrés hermétiques au sein de Misraïm, un Rite maçonnique d’inspiration ésotérique, nourri de références alchimiques, occultistes et égyptiennes, dont on trouve les traces dès 1738, en lui en octroyant une patente.

 Déjà demi centenaire à cette époque, le Rite de Misraïm constituait un écrin idéal pour recevoir un tel dépôt initiatique, et attirait alors de nombreux adeptes qui se réclamait d’une antique tradition égyptienne.

 Le Rite de Misraïm serait donc le plus ancien des Rites maçonniques en France. Son origine remonterait à plus de 200 ans. Parmi l’ensemble des Rites maçonniques, Misraïm a toujours occupé une position particulière, et ce, depuis son origine. Il a sa place parmi les rites égyptiens qui s’abreuvèrent à la source des antiques traditions initiatiques du bassin méditerranéen : pythagoriciens, auteurs hermétiques alexandrins, néoplatoniciens, sabéens de Harrân, ismaéliens… Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour trouver sa trace en Europe.

 Le rite de Misraïm, revendique le titre ou la qualité de rite « oriental”. Il a un véritable tempérament “oriental” et une histoire tellement mouvementée qu’il a longtemps été regardés avec condescendance par les grandes obédiences maçonniques. Pourtant, Robert Ambelain, a réussi à imposer les rites égyptiens dans le paysage maçonnique français, en lui donnant une certaine importance numérique, et en faisant de Misraïm l’un des rites les plus symboliques et des plus attrayants.

 Rite de Misr (Misraïm) Ile de Zante 1782

 Le nom de Misraïm en hébreu ancien signifie « Les Égyptiens« .

 1792 L’Ordre de Mizraïm, R+C Pythagoricienne, dont le siège était toujours en Italie, fit initier ses adeptes, en grand secret, à son rite.

 Dans les années 1797-1798, les FF\ de l’Ordre, et en particulier les FF\ R+C Pyt\ , durent fuir à Palerme l’invasion autrichienne.

 1801 ils réformèrent le Rite de Mizraïm, réforme déjà étudiée à Venise, mais qui demeurait toutefois dans un cercle intérieur à l’Ordre. Cette réforme prit la dénomination officielle de Rite Oriental de Misraïm. A cette époque, le Rite recrutait aussi bien des personnalités aristocratiques que des bonapartistes et des républicains, parfois même des révolutionnaires carbonari.

 La plupart des membres de la mission d’Égypte qui accompagnèrent Bonaparte étaient Maçons de très anciens Rites Initiatiques : Philalètes, Frères Africains, Rite Hermétique, Philadelphes, Rite Primitif, sans omettre le grand Orient de France. C’est la découverte, au Caire d’une survivance gnostico-hermétique, (premier Memphis) qui va conduire ces Frères à renoncer à la filiation reçue jadis par la Grande Loge de Londres.

 1804 Les deux rites (Misraïm et premier Memphis) furent réunis au moment de la proclamation du Royaume d’Italie par Napoléon. L’empereur les reconnut alors comme Ordre Oriental Ancien et Primitif de Mizraïm et de Memphis En retour, tout naturellement, l’Ordre se montra favorable à Napoléon et à sa politique.

 Une première version nous est présentée par le grand propagandiste du rite de Misraïm en France, Marc Bédarride — né en 1776 à Cavaillon, dans le Comtat Venaissin.

 Selon cet auteur, la maçonnerie serait aussi ancienne que le monde. Israélite pratiquant, Bédarride s’en réfère à l’Ancien Testament ; selon lui, c’est Adam lui-même, qui aurait créé, avec ses enfants, la première loge de l’humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l’établit en Egypte, sous le nom de « Mitzràim » : c’est-à-dire les Egyptiens. C’est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l’ésotérisme. C’est à cette source unique que vinrent boire tous les pasteurs des peuples : Moïse, Cécrops, Solon, Lycurgue, Pythagore, Platon, Marc-Aurèle, Maï-monide, etc., tous les instructeurs de l’antiquité ; tous les érudits israélites, grecs, romains et arabes.

 Le dernier maillon de cette chaîne ininterrom­pue aurait été le propre père de l’auteur, le pieux Gad Bédarride, maçon d’un autre rite, qui aurait reçu en 1782 la visite d’un mystérieux Initiateur égyp­tien, de passage en son Orient et dont l’on ne connaît que le « Nomen mysticum » : le Sage Ananiah. Cet envoyé l’aurait reçut à la Maçonnerie égyptienne.

Signalons ici que ce n’est pas là la première allusion historique au passage d’un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en avait donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l’ouvrage de Bédarride : c’est l’initié Vernhes, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signale, lui aussi, le passage du mis­sionnaire Ananiah dans le Midi de la France, en l’année 1782 .

Une seconde version, bien différente de la pre­mière, sur l’origine de la maçonnerie égyptienne nous est contée par le polygraphe français Jean-Etienne Marconis de Nègre, fils du créateur du Rite de Memphis.

Selon cet auteur abondant, romantique et touffu, l’apôtre St Marc, l’évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre « séraphique » nommé Ormus, habitant d’Alexandrie. Il s’agit évidem­ment d’une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s’appliquer qu’à une catégorie d’anges bien connue des dictionnaires théologiques ; rem­plaçons-le ici par celui de «prêtre du culte de Sérapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet Ormus, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Egypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l’Essénisme palestinien, dont les descendants   auraient   à   leur   tour   communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Pa­lestine, qui les  auraient ramenés en Europe en 1118. Garimont, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé  à   Upsal,  à  cette  époque  et  introduit peu après en Ecosse, un Ordre de maçons orientaux. Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

 Le nom même du vulgarisateur varie d’ailleurs avec les années. D’Ormus, il devient Ormésius dans un autre ouvrage de Marconis.

 Divers auteurs font allusion à cette version. Soulignons, dès à présent, que ces deux ver­sions  parallèles   —   aussi   fantaisistes   l’une  que l’autre — prouvent toutes deux la profonde igno­rance de leurs propagateurs.

Si nous interrogeons les maçons contemporains et leur demandons ce qu’ils savent des rites égyptiens au moment où ceux-ci tentent de conquérir la France :

Levesque qui rédigea en 1821 un « Aperçu général  historique »  des   sectes  maçonniques  de son temps parle en ces termes du nouveau venu : le rite de Misraïm, « II y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite est venu s’établir à Paris. Il venait du Midi de l’Italie et jouissait de quelque consi­dération dans les Iles Ioniennes et sur les bords du golfe Adriatique. Il a pris naissance en Egypte. »

 Après ce premier témoignage, interpellons le maçon le plus érudit de France, le célèbre Thory (1759-1817), qui, dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » reproduisit un nombre considérable de documents historiques précieux dont il avait été le conservateur. Il précise : « Le Rite de Misraïm, qui ne date, en France, que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les îles Ioniennes, avant la Révolution française de 1789. Il existait aussi plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans la Pouille. » Et il ajoute cet élément intéressant : « Tous ces grades, excepté les 88e, 89e et 90e ont des noms différents. Quant aux trois derniers, nous n’en connaissons pas la dénomination, on les a indiqués comme voilés, dans le manuscrit qui nous a été communiqué

Nous verrons plus loin l’extrême importance de cette observation.

Abordons maintenant Ragon, qui, après une courte collaboration avec les frères Bédarride, devint leur implacable adversaire. Il nous apprend — il est ici un témoin oculaire — que les pouvoirs des dirigeants français du Rite, les ff. Joly, Gabboria et Garcia leur avaient été conférés à Naples en 1813. Les documents justificatifs étaient rédigés en langue italienne et furent présentés aux commissaires du Grand-Orient le 20 novembre 1816.

Parlant plus loin des secrets des derniers degrés de ce Rite, le célèbre « auteur sacré de la maçon­nerie », spécifie : « Nous reproduisons les quatre derniers degrés du Rite de Misraïm apporté du Suprême Conseil de Naples, par les ff. Joly, Gab­boria et Garcia. Tout lecteur impartial, qui les comparera, verra combien ces degrés diffèrent de ceux qu’énoncent les ff. Bédarride. » Et il ajoute ailleurs en note : « Cette explication et les développements des degrés 87, 88 et 89, qui for­ment tout le système philosophique du vrai rite de Misràim, satisfait l’esprit de tout maçon ins­truit… paru à Londres sur ce rite en 1805, sous forme d’in-quarto.

 Nous avons d’autre part en notre possession à Bruxelles, où le rite de Misraïm fut introduit en 1817, une partie de ses archives : statuts (parus chez Remy, rue des Escaliers, le 5 avril 1818) ; diplômes ; polémique avec les autres Rites ; et un tuileur manuscrit, sur parchemin, contenant notamment les « Arcana Arcanorum » — sur papier et avec écriture absolument identique à un autre document daté de 1778.

De ces éléments, nous pouvons déduire :

1) que le rite égyptien était pratiqué en Méditerranée et en Italie avant 1789 ;

2) que ses derniers degrés se pratiquaient sous forme de deux régimes très différents : un régime à philosophie kabbalistique (Régime Bédarride) et un régime à philosophie égypto-hellénique (Arcana Arcanorum : Secrets des Secrets, ou Régime de Naples).

On conçoit dès lors facilement que ceux-ci aient été voilés pour l’historien Thory, dont on craignait les divulgations.

 On comprend aussi l’avis de Ragon : « Tout ce rite se résume en fait aux quatre degrés phi­losophiques de Naples. » Le fait que Bédarride signale que son mystérieux Ananiah ait quitté le Midi de la France en 1782 pour l’Italie prouve qu’au moins ce point de son histoire du rite n’est pas dépourvu de vraisemblance historique. C’est donc avec raison que l’historien Zaite repousse comme très douteuse l’hypothèse de certains écrivains mal renseignés, qui attribuent « l’invention » de ce rite à un nommé Lechangeur, à Milan, en 1805 !

 Voici maintenant un nouvel élément, digne d’intérêt : Le 17 décembre 1789, le célèbre Cagliostro, qui avait installé à Rome une loge de rite égyptien le 6 novembre 1787, se faisait arrêter par la police pontificale. On trouvait dans ses papiers les catéchismes et rituels de son Rite et notamment une statuette d’Isis. Or, Isis est le mot sacré d’un des degrés de Naples.

 L’on peut se demander si Bédarride a connu Cagliostro. Il faut répondre par l’affirmative ; il ne conteste ni la réalité de son initiation en Egypte ni celle de ses pouvoirs, il se borne à lui reprocher d’avoir, en France, fait un rite égyptien personnel.

Le  1er août 1818 paraît à Bruxelles une dé­fense du rite de Misraïm, signalant un ouvrage.

 1810 Michel Bédarride aurait reçu à Naples, les pouvoirs magistraux du Frère De Lassalle. Filiation par transmission directe.

 Selon Reghellini de Schio, ce serait le 24 décembre 1813, à Naples, que François Joly, ayant rempli les fonctions de secrétaire général du Ministère de la Marine à « Naples », aurait été initié à la franc-maçonnerie de Cagliostro, ainsi que les Frères Lechangeur et Marc Bédarride, demi-soldes de la campagne d’Italie, et auraient reçu par délégation et pouvoirs du Souverain Conseil Universel (qui comprenait les Zénith de Venise, du Caire et de Palerme) une charte les autorisant à propager le Rite maçonnique égyptien de Misraïm en France.

 Dès 1814, existait à Montauban, une mission particulière, initiée par les Frères de Venise, selon l’ancienne rituélie du “premier” Memphis. Ce rite, se situant dans le prolongement des communautés israélites médiévales de Provence et du Languedoc suivait le rite Juif Séfarade de Carpentras, et était en outre très versée dans des études kabbalistiques. Plus kabbalistique qu’égyptien, il fut donc introduit et développée et dirigée en France par les frères Bédarrides, à une époque où les Juifs n’avaient aucun droit de cité au sein de la Franc maçonnerie, et cela quasiment sous la protection du Rite Écossais. Le Rite de Misraïm comptait, en effet, des noms maçonniques illustres à sa tête : comme le Comte de Saint Germain, le Comte Muraire, Souverain Grand Commandeur du Rite Écossais Ancien Accepté, le Duc Decazes, le Duc de Saxe-Weimar, le Duc de Leicester, le Lieutenant Général Baron Teste, etc…

 Si, très rapidement, le Rite de Misraïm rassemble les jacobins nostalgiques de la République, c’est au sein du Rite de Memphis que se regroupent les demi-soldes de l’ex-Grande Armée et les bonapartistes demeurés fidèles à l’Aigle. Notons du reste que les deux Rites ont en 1816 le même Grand-Maître Général, prémisses de la fusion future.

 Sous la Terreur Blanche, c’est Misraïm qui transmet leur nécessaire maîtrise aux Carbonari. Violemment anticlérical et anti royaliste, le Rite groupe alors une cinquantaine de Loges à travers le pays. Cependant le pouvoir politique et certaines obédiences maçonniques dont le Grand Orient de France, alors majoritairement monarchiste et catholique, qui pénétrées par le vent de liberté de la démocratie porté par la révolution Française, supportaient mal un rite qui se déclarait aristocratique et qui comportait un tel système de hauts grades. Le Grand Orient de France, avec l’appui de la police de la Restauration, obtient sa dissolution.

 Interdit en 1817, suite à l’affaire des Quatre Sergents de La Rochelle et à l’inquiétude suscitée par les Carbonari. Le Rite Oriental de Misraïm, dénoncé aux forces de police comme un repaire de séditieux, «antimonarchiques et anti-religieux », prêts pour l’insurrection devint l’espace de rencontre de tous les opposants au régime, ce qui entraîna progressivement son déclin.

Clandestin pendant dix-huit années, le rite de Misraïm fut restauré en 1838, quand fut créé le Rite de Memphis.

 1838 Le Rite de Memphis est le premier grand système qui porte la marque du XIXe. Il est réveillé le 23 mars 1838  d’une synthèse effectuée par Jean Étienne Marconis de Nègre (1795-1868) entre le Rite de Misraïm, le Rite Écossais Ancien et Accepté et d’anciens rites d’inspiration ésotérique ou orientale (Rite Primitif, Rite Écossais Philosophique, Parfaits Initiés d’Égypte) avec une tonalité plus égyptienne que le Rite de Misraïm.

Le 25 Février 1841, la préfecture de police ordonne la fermeture des loges du Rite, sous le motif qu’elles affichent des sympathies républicaines. Les travaux sont repris en 1848. Le 21 Décembre 1851, suite au coup d’état de Louis-Napoléon, l’Ordre est à nouveau interdit. En 1862, le Rite de Memphis s’unit au Grand Orient qui l’admet dans son Grand Collège des Rites. A cette occasion, Marconis abdique de sa charge de Grand Hiérophante.

 dissous à nouveau en 1841, Misraïm sort de la clandestinité en 1848.

 En 1846, Marc Bédarride cède sa fonction de Sérénissime Grand Maître à son frère Michel. La Loge Mère « l’Arc en Ciel », fondée par son successeur J.Y. Hayère fut la seule à pratiquer le rite depuis 1856 jusque sa mise en sommeil en 1899.

 Dissous de nouveau en 1850, réveillé en 1853, Misraïm est reconnu par le Grand Orient de France en 1862.

 Se sont alors succédés à la tête du Rite de Misraïm Dr Girault (1864), Hippolyte Osselin 1864, Jules Osselin (1877), Emile Combet. Le rite maçonnique dit « de Misraïm » qui signifie en hébreu « égyptien » (Misr étant le nom de l’Egypte) fut maintes fois condamné, voir interdit, pour avoir exprimé des pensées subversives contraires à l’éthique de la franc maçonnerie dont elle se réclamait, et fut longtemps soupçonnée de vouloir infiltrer cet Ordre pour y placer ses membres. Nous savons de source sûre qu’il n’y eu aucune survivance directe à sa mise en sommeil, et que c’est dans cette Loge que s’était manifestée pour la première fois la tradition d’Ormus, le légendaire et sage Egyptien fondateur de la Rose-Croix.

 Nous savons de source sûre qu’un certain Maurice Joly, maçon Misraïmite, avocat juif et opposant au régime politique de Napoléon III, petit fils du François Joly qui, à Naples, à reçu la charte du Rite de Misraïm, était l’auteur d’un ouvrage s’intitulant « Dialogue aux enfer entre Machiavel et Montesquieu » dont fut tirés un grand nombre de paragraphes des « Protocoles des Sages de Sion ». Ces textes avaient déjà été utilisé contre le pouvoir en place, ce qui avait conduit son auteur en prison. Notons pour mémoire que Maurice Joly était intime de Victor Hugo qui fut Grand Maître de l’Ordre du Prieuré de Sion, et qu’il était le protégé d’Adolphe Crémieux, (le fondateur de l’Alliance Israélite Universelle).

 Ces protocoles, schéma directeur pour la conquête du monde par le monde juif, avait circulé dès 1884, et transité entre les mains d’un membre de la Loge « l’Arc en Ciel » nommé Schorst, dit Schapiro, à laquelle appartenait Papus. Monseigneur Fry, dans son ouvrage « le juif, notre Maître », précise qu’en 1895, la fille du Général Russe, Mademoiselle Glinka, avait envoyé de Paris, des renseignements politiques au Général Tcheréwine, alors Ministre de l’intérieur, un exemplaire des Protocoles des Sages de Sion que lui aurait vendu pour 2500 francs un certain Schapiro, membre de la Loge de Misraïm à Paris. Le Docteur Encausse, alias le « mage alchimiste » Papus, qui par la suite allait devenir le grand maître du Rite de Misraïm, était un anti-évolutionniste fervent, critique de la tendance athéiste de la maçonnerie du Grand Orient et ami du Tsar et de la tsarine de Russie où se sont passés les premiers pogroms contre les juifs, suite à la diffusion des Protocoles des Sages de Sion.

Jusqu’en 1881, les Rites de Memphis et Misraïm cheminent parallèlement et de concert, dans un même climat particulier. Or, les deux Rites commencent à rassembler sous double appartenance des Maçons du Grand Orient de France et du Rite Écossais Ancien et Accepté qu’intéressent l’Ésotérisme de la Symbolique Maçonnique, la Gnose, la Kabbale, voire l’Hermétisme.

 En effet, outre leurs dépôts égyptiens, Misraïm et Memphis sont toujours les héritiers et les conservateurs des vieilles Traditions Initiatiques du XVIII ème siècle : Philalèthes, Philadelphes, Rite Hermétique, Rite Primitif.

 Misraïm comptait 90 Grades divers, et Memphis, 95.

 En 1877, les survivants de la branche française de Misraim par l’intermédiaire de leur grand maître Emile Combet, entrent en relations avec le Grand Orient National d’Egypte qui pratique le rite de Memphis. Un traité de reconnaissance réciproque est signé par les deux juridictions. Ferdinando Oddi transmet le 95° de Memphis à Emile Combet, lequel transmet le 90° de Misraim à Ferdinando Oddi.

 Comportant alors de très nombreuses Loges à l’étranger, le rite Oriental de Misraïm compte des personnalités telles que Louis Blanc et Garibaldi qui, dix-neuf années plus tard, sera l’artisan de l’unification de Memphis et de Misraïm.

Le 04 août 1889, le Rite de Misraïm célèbre sa fête d’Ordre en présence des Frères PROAL et OPPORTUN (le bien nommé), membre du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. En cette même année, le Rite de Misraïm compte 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. Ceci sous la juridiction française, sans compter la juridiction italienne qui est indépendante à cette époque.

 Vers 1890, au sein du Rite de Misraïm un nouveau conflit éclate entre une minorité de Spiritualistes et une majorité de Laïcisants. Conduits par le Grand Secrétaire Henri CHAILLOUX, ils se rallièrent au Grand Orient. Le F:. CHAILLOUX avait en effet annoncé dans un discours : Si on peut lire dans notre déclaration de principe, imprimée en 1885, la Base fondamentale et immuable, l’existence de l’être suprême, l’immortalité de l’âme et l’amour du prochain ; aujourd’hui on peut lire dans notre Constitution réformée : « Autonomie de la personne humaine, justice et altruisme ».

 Une telle prise de position à l’encontre totale des Statuts et des Principes du Rite en excluait ipso facto son auteur. Les derniers Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes se regroupèrent dans la seule Loge Arc-en-Ciel (Loge Mère du Rite) dirigé par le Grand Président OSSELIN. En étaient membres des ésotéristes de haute valeur et c’est sous son patronage que parait la « Bibliothèque Rosicrucienne », cette dernière rééditant un certain nombre de grands classiques de l’occulte. Puis fin 1899, la grande loge de Misraim pour la France, présidée par Jacques de Villaréal, cesse ses travaux.

 Le 30 mars 1900, Ferdinando Oddi était reconnu détenteur de la double juridiction suprême de Memphis et de Misraim. Lorsque cette même année Garibaldi est désigné comme premier Grand-Maître Général « ad vitam » pour chacune de ces deux Obédiences, après bien des discussions, une fusion de fait s’accomplit entre les Rites de Misraïm et de Memphis qui avaient, dans la plupart des pays étrangers, les mêmes hauts dignitaires, fusionnèrent en un unique Ordre maçonnique, à Naples, rendant possible l’établissement d’une échelle commune de grades. (Seul le Souverain Grand Conseil Général du Rite de Misraïm pour la France refusa d’entrer dans la Confédération des Rites-Unis de Memphis-Misraïm, et conserva sa hiérarchie de 90e , comme Rite Oriental de Misraïm, avec le P. Fr. Ferdinando Oddi comme Grand Maître.)

 En 1902, à la suite de divers conflits au sein du Grand Orient National d’Égypte, le Grand Conservateur Général des Rites de Memphis et de Misraim, Ferdinando degli Oddi démissionna de ses fonctions. John Yarker, » ancien vice Grand Hiérophante pour l’Europe », se considéra de facto comme le » nouveau Grand Conservateur mondial de Memphis et Misraïm« . Cependant, Le frère Ellic Howe de la loge Quator Coronati lodge de Londres et le professeur Helmut Möller de l’université de Göttingen affirment que Yarker aurait acquit les rites de Memphis et de Misraim, d’une source américaine douteuse en 1872–(Fringe masonry- the Quator Coronati lodge, vol.85,91,92,109 London 1972,78,79,97). Cette nomination ne fut pas entérinée par l’Égypte et en 1902, Ferdinando degli Oddi transmit ses titres de Grand Commandeur-Grand Maître du Grand Orient National d’Égypte (Grand Collège des Rites) et de Souverain Grand Conservateur Général des Rites de Memphis et de Misraim au T.S. frère Idris Bey Ragheb, et à son successeurs le prince Mohamed Aly Tewfik, petit-fils du khédive Mehemet-Aly, et Youssef Zakq grand chancelier – dont filiation jusqu’à nos jours.

 La France et Memphis-Misraïm

 Théodore Reuss, Grand Maître du Souverain Sanctuaire d’Allemagne par une charte reçue le 24 septembre 1902 de John Yarker, dirigeait également l’O.T.O. (Ordo Templi Orientis) et diverses petites sociétés paramaçonniques. Sans avoir l’autorité pour le faire (il n’était pas Grand Maître Général), il accorda en date du 24 juin 1908 à Berlin la constitution à Paris d’un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du Rite Ancien et Primitif. Pourtant, John Yarker, chef mondial du  » rite  » était seul habilité à créer de nouveaux Souverains Sanctuaires, (si l’on ferme les yeux sur les origines illicites de sa filiation du Rite de Memphis, et sur son auto-nomination comme Grand Hiérophante de ce « rite  » ainsi que sur l’absence de patente du Rite de Misraïm).

 Outre la triple illégitimité de son origine, ce Suprême Grand Conseil français se trouvait dans une position ambiguë. Il n’avait pas rang de Souverain Grand Sanctuaire (nom donné aux Grandes Loges dans le Rite Ancien et Primitif) et ne pouvait donc pas fonder de nouvelles loges. Le texte de la patente berlinoise, perdue, est connu par le compte rendu du convent de Juin 1908. Il ne prévoyait pas la possibilité de créer des organismes subordonnés (loges, chapitres, etc.).

 John Yarker fut le dernier Grand Hiérophante de cette lignée hybride. Après sa mort, le 20 mars 1913, le Souverain Grand Sanctuaire (Théodore Reuss, Aleister Crowley, Henry Quilliam, Leon Engers-Kennedy) se réunit à Londres le 30 juin 1913. A l’unanimité, le frère Henry Meyer, habitant 25 Longton Grove, Sydenham, S.E., County de Kent, fut nommé Souverain Grand Maître Général. Théodore Reuss, Souverain Grand Maître Général ad Vitam pour l’Empire Germanique et Grand Inspecteur Général, participait à cette réunion. Les minutes de la convocation précisent que Aleister Crowley proposa la nomination de Henry Meyer aux fonctions de Grand Maître Général, appuyée par Théodore Reuss qui l’approuva et la signa. Néanmoins, le 10 septembre 1919, se considérant comme Grand Maître Général mondial de cet amalgamme Memphis-Misraim, il délivra à Jean Bricaud une charte pour la reconstitution en France et dépendances, d’un « Souverain Sanctuaire de Memphis-Misraïm ».

 Sensiblement préjudiciable fut la persécution systématique menée au siècle dernier par le gouvernement autrichien dans la Lombardie et la Vénétie et par les autres gouvernements dans les différents petits états de la péninsule, par l’Eglise en général et, à notre siècle, par le régime fasciste; également préjudiciable fut la lutte conduite par les différents Grands Orients, qui ont essayé par tous les moyens d’absorber le rite de Misraïm. Malgré tout, les documents les plus importants ont été conservés et transmis jusqu’à nos jours.

 En 1923, l’Eminent Frère Marco Egidio Allegri, devint Puissance Suprême du rite de Misraïm de Venise ainsi que Grand Conservateur à vie du Rite de Memphis de Palerme, tombé ensuite en sommeil en 1925.

 De 1936 à 1939, ce « rite » connut une période prospère, pendant laquelle Constant Chevillon ouvrit de nombreuses loges en France et à l’étranger. Pendant la guerre, la franc-maçonnerie et les autres sociétés initiatiques furent interdites.

 Robert Ambelain, éminent ésotériste, favorable au maintien de la tradition initiatique, telle qu’elle existait à travers PAPUS et Eliphas LEVI, symboliste doté d’une bonne logique et d’un esprit critique, fut initié la Maçonnerie Traditionnelle, par le F\ Constant CHEVILLON 96ème, au début de l’année 1939, à la Loge HUMANIDAD à Lyon. Le Grand Maître des rites confédérés fut également reçu apprenti cette même année dans une loge parisienne du rite de Memphis-Misraïm, la Jérusalem des Vallées égyptiennes, par Constand Chevillon et Nauwelaers. Peu après le début de la guerre de 39/45, la Loge dû se mettre en sommeil, compte tenu de l’absence de nombre de participants, puis d’une chasse aux Francs maçons orchestrée par VICHY. En conséquence, les archives des rites de Misraïm, de Memphis, de Memphis Misraïm, Early Grand Scottish Ecossais (Cernau) furent confiées à Robert Ambelain qui les cacha dans sa cave. En 1942, Constand Chevillon alors Grand Maître des rites confédérés et Robert Ambelain en son domicile, réussirent à rouvrir clandestinement la loge maçonnique, Alexandrie d’Égypte. C’est là que Robert Amadou fut reçu en 1943.

 F\ Robert AMBELAIN, le 15 août 1939, pour raison de force majeure en temps de guerre et pour services rendus à l’Ordre durant cette période d’occupation, est proclamé 95ème degré de l’Ordre Initiatique Oriental du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

 Le F\Georges BOGÉ de LAGREZE Grand Hiérophante Substitut 97ème, du Grand Hiérophante Mondial Guérino TROILO 98ème, déclare:

 NOUS, Grand Maître Général, Président du Souverain Sanctuaire pour la France et ses Dépendances de l’Ordre International Oriental du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, membre du Suprême Conseil International, Grand Hiérophante Substitut décrétons ce qui suit. En date de ce jour, élevons et proclamons Notre T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN : 95ème degré de Notre Rite, et Membre du Souverain Sanctuaire de France, en qualité de Substitut Grand Maître, et ordonne à tout Membre du Rite de le reconnaître comme tel, lui donne pouvoir de créer, installer, diriger, tout collège symbolique, capitulaire, et mystique de notre Ordre y compris les Grands Conseils des Sublimes Maîtres du Grand Œuvre 90ème degré, de notre Hiérarchie.

 En foi de quoi la présente patente lui est remise pour lui servir de titre authentique et régulier auprès les de tous Membres de l’Ordre et des Frat\ affiliées.

 Donnée en la Vall\ Egyp\ de Memphis, au Zénith de Paris, timbrée et scellée par nous, le 15 août 1939.

 Signé : Le Grand Maître Général, Grand Hiérophante Substitut : Georges BOGÉ de LAGREZE 33ème 96ème 97ème.

 Constant Chevillon qui voyageait comme Inspecteur de Banque se trouvait en mission à Clermont-Ferrand. Un matin, un inspecteur de police vint le chercher à son bureau, l’emmena à son hôtel, visita sa chambre et rafla tout ce qui était à lui, valise, papiers, manuscrits qu’il préparait pour l’édition. Ramené à la Sûreté, il y fut interrogé tout le jour avec des intervalles où il est mis en cellule avec des détenus de droit commun au nom de son idéal de liberté et de fraternité. Il y fut assassiné le 25 mars 1944 par des miliciens vichystes. Le Grand Maître de Belgique Delaive quant à lui fut décapité par les nazis.

 Henri-Charles Dupont prit alors légitimement la direction de l’Ordre à la Libération jusqu’à l’élection de Pierre DEBEAUVAIS (90e du Rite de Misraïm et 96e du rite de Memphis Misraïm).

 En 1945, la Libération permet la reprise des activités de l’A.R.O.T., avec la constitution d’un Comité Directeur de reprise des travaux, comprenant trois membres qui sont, toujours par ordre alphabétique : Robert AMBELAIN, Jules BOUCHER et Robert CABORGNE. Ils créent une fondation rituelle et occulte, avec projection d’un germe d’égrégore en astral.

 Au début de l’année 1945, le Grand Maître Pierre DEBEAUVAIS 96ème démissionne et rend la Grande Maîtrise des Rites Unis à Charles-Henry DUPONT 96ème.

 En 1956, le F\ Jean-Henri PROBST-BIRABEN rétablit le Rite Ancien et Primitif de Memphis, reçoit les patentes du Régime de Naples du Rite de Misraïm (Arcana Arcanorum) et devient Grand Hiérophante Mondial de Misraïm.

 En 1957 Le F\ Jean-Henri PROBST-BIRABEN passe à l’Orient Éternel et Henri Dubois recueille la direction des Ordres égyptiens pour la France, dont il conservera les orientations respectives : mystères égyptiens pour Memphis, hermétisme et kabbale hébraïque pour Misraïm.

 En 1958 Le F\ Dubois installe à Lyon un Suprême Conseil des Ordres Maçonniques de Memphis et de Misraïm réunis (les rituels restant distincts) dont la Grande Loge (Amon Râ) fusionne en 1960 avec les hauts grades de Memphis et de Misraïm conservant leur individualité.

 Après quelques vicissitudes, Henri Dupont mourut le 1er Octobre 1960, laissant à Robert Ambelain sa succession maçonnique.

 Le 13 août 1960 Le Grand Maître Général Charles Henry DUPONT 96ème degré, désigne par écrit le F\ Robert AMBELAIN 96ème comme son successeur à la tête des Rites Unis. Le F\ Robert AMBELAIN est nommé Substitut Grand Maître du Rite de Memphis Misraïm par Georges BOGÉ de LAGREZE, charte de John YARKER en 1909 et de Jean BRICAUD en 1921.

 Au Zénith De Coutances, le 13 août 1960, le Souv\ Sanct\ de Memphis-Misraïm et Sup\Gr\Cons\ des Rites Confédérés pour la France et ses Dépendances.

 Nous, Souverain Grand Maître, du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM pour la France & ses Dépendances, Président du Souverain Sanctuaire de France, désireux de permettre le réveil et l’épanouissement du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM en France, confions à dater de ce jour, pour les Territoires susmentionnés, la Charge de GRAND-ADMINISTRATEUR du Rite au T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN, déjà 95ème du Rite depuis 1943, le dit Frère étant de ce fait et ipso facto désigné comme mon Successeur à la Charge de GRAND-MAÎTRE du Rite de MEMPHIS-MISRAÏM pour la France et ses Dépendances.

 Donné au Zénith de COUTANCES, ce 13ème jour d’Août 5960.

 Signé) Henry-Charles DUPONT, Souverain Grand-Maître.

 A Coutances le 1er octobre 1960 Charles-Henry Dupont, passe à l’Orient Éternel dans sa 84ème année.

 Le Grand Maître Général Robert Ambelain (96e) fonde la Grande Loge Française de Memphis Misraïm en 1960, qui est déposée sous la loi associative de 1901, le 22 juin 1963. Celui ci établit des liens avec le GODF, la GLDF, la GLTSO mais n’est pas rejoint par les rites non fusionnés de Memphis et de Misraïm alors en sommeil.

 Robert AMBELAIN rétablit ainsi le Rite de Memphis-Misraïm, réussissant au fil des ans à mettre sur pied une dizaine de loges au travail remarquable.

 En 1966, au troisième Convent International du Rite de Memphis Misraïm, le Grand Maître Général Robert AMBELAIN 96e degré, devient Grand Hiérophante et Grand Maître Mondial 99e degré. Celui ci, à l’aide de plusieurs FF:., réécrit tous les rituels du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, car il n’avait que partiellement reçu les archives et les rituels de ses prédécesseurs.

 Dans la nuit du 31 Décembre 1984 au 1er Janvier 1985, Robert Ambelain transmit la charge de Grand Maître ad-vitam du rite de Memphis Misraïm à Gérard Kloppel, mais conserva la direction des Rites Confédérés.

 Le souhait de trouver place parmi les grandes obédiences conduisit Gérard Kloppel à d’indispensables compromis. On assista à la multiplication des loges bleues et à une banalisation des travaux. Une dissidence s’opéra alors mais néanmoins, certains dirigeants (dont Gérard Kloppel lui-même) demeuraient de véritables  » maçons opératifs « . Cependant, en 1996, faisant suite à différents scandales impliquant leur Grand Maître, de nombreux membres ayant connu l’époque Ambelain se retirèrent pour rejoindre la première dissidence. Quelques loges restèrent fidèles à la Grande Loge française de Memphis-Misraïm, désormais dirigée par un autre grand-maître, et un petit nombre de Frères, en désaccord avec l’esprit initial de Memphis Misraïm mais désireux de continuer d’utiliser son rite formèrent de nouvelles obédiences dites laïques, républicaines et démocratiques, considérant l’occultisme comme une littérature indigeste, confuse, laborieuse et infatuée, qui n’a réussi qu’à mettre un peu plus de fumée dans des cervelles déjà bien échauffées par le théosophisme. Dans ce même état d’esprit, un dernier groupe de loges intégra le Grand Orient de France qui, pour saisir l’opportunité, accepta en 1999 la création de loges de Rite Egyptien en son sein.

 Certains autres Frères, pour la plupart issus d’autres obédiences, se sont rapproché de Robert Ambelain pour obtenir les patentes nécessaires à la régularité de leurs travaux. Celui ci s’étant déjà dépossédé de la patente de Memphis Misraïm au profit de Gérard Kloppel, proposa le réveil du Rite Oriental de Misraïm dont il avait conservé la charge au sein des Rites Confédérés. En janvier 1996, une première patente fut délivrée au Très Illustre Frère Jean Marc Font, en qualité de Sérénissime Grand Maître (ad-vitam) du rite de Misraïm. Celui ci, ami de Patrick Leterme  qui tentait de fonder les Rites confédérés « de France » avec des patentes photocopiées en couleur empruntées à Robert Ambelain « pour informations » dixit Robert Ambelain dans un courrier adressé au Très Illustre Frère Robert Mingam, avait voulu rejoindre cette formation en y déposant sa patente. Les Frères fondateurs de la toute récente Grande Loge Française de Misraïm refusèrent d’adhérer à cette fédération de rites sans fondement, d’autant que Misraïm était encore sous la juridiction des Rites confédérés présidés par Robert Ambelain Après quelques mois, le 25 mai 1996, en son domicile parisien, le Grand Conservateur et Président des Rites Confédérés Robert Ambelain, déclara annuler la patente antérieurement confiée au Très Illustre Frère Jean Marc Font et lui substitua une nouvelle patente au nom du Rite Oriental de Misraïm, au Très Illustre Frère Robert Mingam (90e) en qualité de Grand Conservateur du Rite.

 Après quelques difficultés administratives, « la Grande Loge Française de Misraïm » vit le jour, suivie de « l’Ordre Ancien du Rite Oriental de Misraïm« . Cependant, les Grands appareils que sont les Obédiences Françaises et Européennes, qui se refusent d’accorder leur reconnaissance à quiconque n’a pas acquis une certaine notoriété, obligèrent les Sœurs et les Frères du Rite Oriental de Misraïm à s’intégrer dans l’un d’entre eux. C’est ainsi que nous trouvons des Loges Misraïmites qui travaillent sous les Auspices de la Grande Loge Mixte de France, et notamment à la GLISRU (Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis).

 Aujourd’hui encore, les obédiences maçonniques dites « égyptiennes » n’ont pas bonne réputation. Elles attirent les vocations spiritualistes mais ne savent pas les canaliser, et encore moins les fidéliser. A croire que ces rites importés par la juiverie provençale sont amalgamés au destin de ce peuple qui, tout au long de son histoire fut continuellement persécuté.

Après les trois premiers degrés de la Maçonnerie Universelle, les particularités de Misraïm s’affirment dans les Ateliers supérieurs qui pratiquent obligatoirement les 4 ème Degré (maître Secret), 12 ème (Grand Maître Architecte ) , 13 ème Degré (Royal Arche), 14 ème Degré (Grand Élu de la Voûte Sacrée), 18 ème Degré (Chevalier Rose + Croix), 28 ème Degré (Chevalier du Soleil), 30 ème Degré (Chevalier Kadosh), 32 ème Degré (Prince du Royal Secret), 33 ème Degré (Souverain Grand Inspecteur Général).

 Les 66 ème et 90 ème Degrés sont conférés à des Maçons en récompense de leur valeur, de leurs connaissances, et de leur fidélité ; le 90 ème Degré leur confère le droit de siéger au « Conseil des Sages » en qualité de Grand Conservateur du Rite.

 Les autres Degrés tels que celui de Royal Arche sont facultatifs mais la Chevalerie peut être transmise avec le 20ème Degré dit Chevalier du Temple, issu directement de l’Ancienne Stricte Observance Templière et des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte de Jean-Baptiste Willermoz.

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Source :http://www.lesmisraimites.com/pages/le-rite-oriental-de-misraim.html

POURQUOI ET COMMENT LA FRANC MAÇONNERIE EST NÉE EN ANGLETERRE AU MILIEU DU XVI° SIECLE 6 mai, 2020

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POURQUOI ET COMMENT LA FRANC MAÇONNERIE EST NÉE EN ANGLETERRE AU MILIEU DU XVI° SIÈCLE

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Notre FM spéculative (un anglicisme signifiant «composé par l’esprit») est cette école de pensée humaniste, réglementée en 1723 par les «Constitutions» d’Anderson. Elle y est définie comme «le centre de l’union d’hommes de bien et loyaux» ayant pour but de promouvoir la fraternité universelle au service du bien commun de l’humanité, par la recherche de la vérité et la lutte contre les injustices.

En retraçant l’histoire de la pensée philosophique anglaise, l’on peut constater que l’Angleterre était destinée à voir naître notre FM sur son sol.

Avant d’exposer ce cheminement, il faut rappeler le contexte ambiant du Moyen-âge européen, où l’art et toute méditation de l’esprit devaient servir la même Foi monolithique tout en glorifiant le Christ. Or, il s’était trouvé que la pensée d’Aristote ayant réussi à traverser les Pyrénées à la fin du XII° siècle, beaucoup de moines savants furent séduits par sa dialectique entre l’essence et l’existence. Parmi eux, St Thomas d’Aquin (1226-1274) sut récupérer cette dialectique dans sa «Somme Théologique», où il affirme que Dieu seul réunit en Lui l’essence et l’existence et que c’est grâce à Son intervention dans l’essence de l’homme que celui-ci peut donner un sens à son existence. De la sorte, l’Eglise continua à imposer sa pensée unique, soutenue par l’Inquisition puis par l’Index. Et même Descartes, en 1637 encore, dut se réfugier en Hollande par suite de la mise à l’Index du « Discours de la méthode » où le « doute systématique » fut jugé contraire à la Foi.

 

L’EXCEPTION ANGLAISE

 

Seuls, les penseurs Anglais surent résister aux pressions du Pape, et ce, bien avant le schisme anglican de 1534. Cette exception anglaise s’explique, en partie,  par l’isolement insulaire et par son héritage de l’esprit indépendant et entreprenant des Vikings qui avaient envahi les côtes anglaises dès le VIII° siècle ; leur esprit se retrouva aussi chez les Normands, vikings d’origine, et qui instaurèrent le royaume d’Angleterre en 1066 à travers les troupes et la cour royale de Guillaume le Conquérant.

En outre, en 1071, ce 1er Roi d’Angleterre fit spécialement venir en Angleterre une communauté juive, composée d’hommes d’affaires et de savants, estimant que leurs compétences en ces domaines feraient prospérer son nouveau royaume. Et, parmi les savants juifs, se trouvait le grand astronome, Pedro Alfonso, qui avait fui les persécutions antisémites au Portugal. Evidemment, il fut invité par le Roi à diffuser sa nouvelle technique d’étudier l’astronomie à partir d’instruments de mesure et de calculs mathématiques, en faisant fi du dogme Ptoléméen de l’Eglise. Cette liberté de pensée dans la recherche marqua la façon de travailler des futurs savants anglais, du fait que l’astronomie était alors considérée comme la reine de toutes les sciences.

 

Et cette démarche intellectuelle eut pour conséquence que, début XIII°, le théologien Robert Grosseteste, Chancelier de l’Université naissante d’Oxford (qui bénéficiait alors d’un statut indépendant, unique en Europe, la mettant à l’abri de toutes pressions extérieures, royales ou ecclésiastiques) y institua le mode de pensée empirique, en appliquant les mathématiques à l’étude de la Nature tout en testant les hypothèses avancées, sans souci du reste. Devenu évêque, il osa critiquer les abus des droits féodaux et des bénéfices ecclésiastiques, au service du bien commun.

 

A la même époque, la «Grande Charte» de 1215 imposa au Roi de consulter la Noblesse avant la création de tous nouveaux impôts.

Ainsi, les libertés individuelles naquirent en Angleterre dès le début du  XIII° siècle, dans la faculté de critiquer et de dire NON.

Puis, à la fin XIII° siècle, le franciscain savant Roger Bacon (1214-1294) fonde la science expérimentale par sa phrase : «La preuve par le raisonnement ne suffit pas, il faut en plus l’expérimentation». Cela mit définitivement en place la recherche de la vérité humaine et expérimentale, distincte des Ecritures Saintes.

 

Aussi, tandis que les Papes cherchaient à soumettre les Rois chrétiens durant tout le XIII° siècle, le franciscain Duns Scot (1265-1308) professait à Oxford qu’il faut distinguer le domaine de la foi, qui est métaphysique, du domaine profane, qui exige des réponses claires et sans mystères.

 

A sa suite, un autre franciscain, William of Occam (1285-1347) va professer la séparation entre foi et raison en reniant toute hiérarchie entre philosophie et théologie. Il en déduit que le Pape n’a pas à s’ingérer dans les affaires temporelles où le bon sens humain suffit. Sa façon d’exposer s’apparente à celle de la philosophie analytique moderne, par son raisonnement rationnel reposant sur des faits, sans métaphysique, annonçant la méthode scientifique de Newton et du Siècle des Lumières.

 

Le statut totalement indépendant de l’Université d’Oxford et la liberté de pensée précoce des savants anglais, vont prédisposer l’Université d’Oxford à accueillir tous les ouvrages de l’Antiquité et de la civilisation arabe, qui étaient censurés par l’Eglise sur le Continent. Oxford devint alors le grand centre européen de recherches, où l’on pouvait débattre librement des idées, notamment des doctrines ésotériques de l’Antiquité (condamnées par l’Eglise) qui intéressaient tous les cherchants de la Renaissance, comme source de la Connaissance primordiale ayant existé avant la chute de l’Homme puni par le Déluge.

 

A ce sujet, il faut savoir que, pour comprendre et découvrir cette Vérité primordiale, ces doctrines ésotériques, émanant de l’Ecole d’Alexandrie datant des 1er/2ème/3ème siècles, stipulaient qu’il fallait atteindre une certaine illumination de l’esprit, laquelle exige sa purification préalable à travers une discipline de contemplation menant à l’extase qui, seule, peut unir l’homme à Dieu dans «l’Unité Primordiale». Cependant, il était aussi stipulé que, seule une élite (dits «Mages» de la Renaissance), pouvait accéder à cette Vérité primordiale, et que cette sélection était justifiée par la nécessité d’en protéger les secrets contre les esprits impurs, capables d’en faire mauvais usage pour nuire à l’Humanité. Et c’est pourquoi, pour transmettre cette «Vérité Primordiale» à l’homme, Dieu a usé du symbolisme (dont les hiéroglyphes des Pyramides), qui demeurent inaccessibles à la compréhension de tous ceux qui ne suivent pas ce cheminement initiatique, empreint de méditation et de mysticisme. Ce cheminement initiatique s’inspirait surtout de l’Hermétisme, philosophie attribuée à Hermès Trismégiste, censé avoir retransmis à l’humanité survivant au Déluge, la «Connaissance» et les 7 arts libéraux à l’humanité.

Notons, ici, que le symbolisme, l’Hermétisme sont repris par le REAA.

 

Par ailleurs, alors que la Renaissance européenne oppose partout les monarques à la noblesse et à la bourgeoisie d’affaires, il se trouve qu’en Angleterre, Henri VIII, en créant l’anglicanisme en 1534, va séculariser les biens du Clergé catholique pour les céder à bas prix à l’aristocratie et à la bourgeoisie pour en faire des alliés politiques.

 

Une autre exception anglaise se trouve dans le fait que, partout en Europe, des hommes d’Etat œuvraient pour renforcer l’absolutisme du pouvoir royal en invoquant la raison d’Etat (il suffit de se référer à Machiavel dans son ouvrage «LE PRINCE», publié en 1529), alors qu’en Angleterre Thomas More (1478-1535), Chancelier de Henri VIII, veut soumettre la raison d’Etat au bien-être du peuple. Il l’exprime dans son œuvre imaginaire, «UTOPIA» (=nulle part), publiée en 1516, où il décrit une société égalitaire, sans propriété privée, dont l’harmonie repose sur la loi qui organise le fonctionnement rationnel de la société, en lui évitant toute injustice et calamité. A travers cet ouvrage, diffusé à grande échelle à travers l’Université d’Oxford, Thomas More critique l’état misérable de la société et ses grandes inégalités depuis la «peste noire» qui l’avait affligée aux XIV° et XV° siècles. Il insinue notamment que les malheurs de la société ne sont pas des fatalités, mais le résultat d’une mauvaise gouvernance, qui a manqué d’instruire chaque citoyen à agir de façon responsable envers la société. C’est un message fort, disant que l’homme peut agir sur son destin et améliorer la société, annonçant, 2 siècles à l’avance, le but final de notre FM. Aussi, son immolation, par Henri VIII en 1536, servira-t-elle d’exemple socratique à la pensée politique anglaise.

 

Moins d’un siècle plus tard, un autre grand homme d’Etat, Chancelier et ami de Jacques 1er d’Angleterre, Francis Bacon (1561-1626), lancera une nouvelle forme de pensée, la logique expérimentale ainsi que l’introspection et l’élimination des aspérités de notre Pierre Brute. Dans son ouvrage «Novum Organum», publié en 1620, il propose «une purge de l’intellect» en faisant table rase des 4 catégories d’«idoles» qui encombrent l’esprit humain : l’hérédité, la culture acquise dans son milieu, les vices de son ego personnel et les habitudes acquises par ses fréquentations. Par ce moyen, chacun deviendra en un homme nouveau, libre, responsable et donc efficace au service de la société, sans plus avoir besoin de remonter aux doctrines de l’Antiquité pour orienter son action. Il croît au progrès de l’humanité, découlant des innovations de nos idées pour repenser le monde à venir et  des créations de techniques nouvelles pour accroître notre efficacité productive au service de la société.

 

C’est là une révolution dans la pensée européenne. Aussi, dans son livre «Nova Atlantis», il encourage l’Etat à créer des «instituts de recherche» et à favoriser les échanges entre savants du monde, servant à balayer le mythe obscurantiste des «Mages de la Nature», idolâtrés par la Renaissance.

 

En outre, il prône la tolérance religieuse comme facteur de progrès social, et la justifie par l’enrichissement que la diversité communautaire apporte à une nation. C’est alors qu’il plaide pour le retour de la communauté juive en Angleterre (dont elle avait été expulsée en 1290), ce que le Parlement de Cromwell adoptera en 1656 dans le souci de rebâtir la Nation ruinée par la guerre civile.

 

Ainsi Francis Bacon annonce-t-il le V.I.T.R.I.O.L, la mort de l’homme ancien en nous, la foi dans le progrès de l’Humanité ainsi que la tolérance, tout cela caractérisant notre méthode initiatique.

 

LA PLACE DE «INVISIBLE COLLEGE» DANS LA NAISSANCE DE LA FM

 

Il était de coutume de créer au sein des 21 «College» de l’Université d’Oxford, des groupes de recherche composés de chercheurs des divers «College» et ayant l’intérêt commun de traiter d’un thème. C’est ainsi que s’était constitué en 1574 le groupe «The Antiquarians», intéressé par l’archéologie et l’origine de la vérité primordiale chez les Druides au lieu d’aller la chercher dans l’Antiquité égyptienne ou grecque, comme cela se faisait sur le Continent.

Mais ce groupe fut interdit par Jacques 1er dès son accession au trône d’Angleterre en 1603, parce que les Antiquarians, comme les anciens Druides, rejetaient la légitimité du pouvoir royal comme étant de droit divin. C’est alors que ce groupe fut accueilli par le groupe «UTOPIA», qui fusionna ensuite avec le groupe «NOVA ATLANTIS» en 1645, pour donner naissance à un nouveau grand groupe, «INVISIBLE COLLEGE», ayant pour objet de traiter des problèmes de société.

 

Cet «Invisible College» fut animé par Elias Ashmole (1617-1692), Thomas Vaughan (1602-1666) et Robert Moray, tous trois rosicruciens prônant les principes de tolérance en cette période de guerre civile (1629-1659), où était souhaitable cette purification de l’être intérieur en vue de réaliser le grand œuvre alchimique d’une société parfaite.

 

Et comme Ashmole, Professeur à Oxford, et Moray, 1er Président de la « Royal Society », avaient reconnu, dans leurs écrits, avoir été initiés « Accepted free mason », cela révèle qu’au XVI° siècle anglais, les 2 mouvements de pensée, «Rose+croix» et «Franc maçon accepté», étaient unis dans la pensée et l’action.

ET c’est ce cercle de pensée humaniste qui va pousser Robert Moray, proche du roi Charles II en exil, à convaincre celui-ci à créer la « Royal Society » en 1660, sorte d’Académie scientifique le conseillant utilement dans sa gouvernance du royaume, en vue de le redresser après 30 années de guerre civile.

Ainsi, cette forme d’institut de recherche, entourant spécialement le Roi, va agir conformément à la pensée de Francis Bacon, exprimée dans «NOVA ATLANTIS», en contribuant à l’amélioration de la gouvernance de la société, grâce à une équipe des meilleurs savants, accomplis à l’amour du prochain.

 

LA PLACE DE LA «ROYAL SOCIETY» DANS LA NAISSANCE DE LA FM

 

La «Royal Society» fera accepter par le Roi, en 1679, l’Act «Habeas Corpus», protégeant la personne contre toute arrestation arbitraire sans jugement préalable. Elle fit aussi adopter par le Roi, en 1683, le «Parliament Act» qui institue les droits du Parlement et donc la séparation des pouvoirs législatif et exécutif. En ces 2 lois se trouve le socle de toute démocratie républicaine. C’est ce qui inspirera Montesquieu (initié à Londres en 1730) dans «l’Esprit des lois» publié en 1758.

 

Ce rôle de la Royal Society est inspiré de Francis Bacon, qui voulait faire conseiller les gouvernants par les meilleurs savants soucieux de la meilleure façon de gérer la société. Il pensait qu’ainsi, les Rois rejetteraient l’influence des «Mages» de la Renaissance pour pouvoir préparer rationnellement l’avènement d’un ordre nouveau, conforme au vœu de la société des Rose+croix, dont F. Bacon est reconnu en avoir été un membre éminent, bien sûr dans le secret qui prévalait au XVI° siècle.

 

Et, conformément au souhait de Francis Bacon exprimé dans « Nova Atlantis », le règlement intérieur de la «Royal Society» spécifiait que les travaux des savants devaient servir le bien commun sous l’égide de «la raison générale de l’humanité». C’est d’ailleurs cela qui permit à l’Angleterre de dominer économiquement le monde durant les 2 siècles suivants.

 

Cependant, du fait que le nouveau Roi d’Angleterre, George de Hanovre, ne parlant pas l’anglais, ne réunissait plus la «Royal Society» depuis son accession au trône en 1714,  ce sont des membres de la « Royal Society », dont Desaguliers, qui créèrent la Grande Loge de Westminster au solstice d’été de 1717, dans le but secret de pouvoir remplir cette fonction informelle de conseiller les hommes politiques au service de la bonne gouvernance et du bonheur de l’humanité. C’est pourquoi les «Constitutions» d’Anderson ont pour 1er article  la règle de réunir des «gens de bien et loyaux» ayant le souci d’œuvrer pour le bien de l’humanité.

 

Il faut aussi savoir que, par souci d’instaurer la tolérance au sein de son groupe, la «Royal Society» avait dans son règlement intérieur que l’athéisme ne doit pas être « stupide », pour la simple raison qu’un tel ordonnancement de l’univers ne pouvait être que l’œuvre d’une puissance divine, dénommée « Grand Architecte ». Par contre, elle admettait qu’une certaine forme d’athéisme puisse se développer en réponse aux abus du pouvoir religieux, contraires au bien commun. Et c’est pourquoi le règlement intérieur de la «Royal Society» avait interdit toutes discussions à caractère politique ou religieux, et exigé que tout désaccord entre ses membres soit exprimé avec civilité. Or, c’est justement ce qu’on retrouvera comme règle des travaux en loge.

 

Par ailleurs, les travaux de l’équipe de Newton, (dont Desaguliers était le secrétaire général) ayant établi que l’univers est gouverné par la loi de gravitation universelle, cela ne fit que renforcer le prestige de l’alchimie et de la Kabbale, dont le contenu affirme que «tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas».

Ce concept put ainsi être repris dans les hauts grades du REAA.

 

LE ROLE DES «ANTIQUARIANS» DANS LE DIVORCE ENTRE LA FM ANGLAISE ET LA FM FRANÇAISE

 

Une opposition avait existé entre 2 sous-groupes de l’ «Invisible College», les «Antients» et les «Moderns». Ils donnèrent deux idéologies opposées au sein de la «Royal Society» :

- d’une part, ceux qui tenaient aux traditions druidiques et à leur Vérité Primordiale, surnommés « Antients » et croyants dogmatiques ;

- et d’autre part, ceux qui croyaient au progrès des sciences, surnommé « Moderns », plutôt déistes, regroupés autour de Newton et Desaguliers.

 

Cette dualité se répercutera plus tard sur l’évolution de la Franc-maçonnerie anglaise. En effet, 6 mois après la création, au solstice d’été de 1717, de la «Grande Loge» de Westminster, par le groupe des « Moderns » dirigé par J.T. Desaguliers, un autre groupe d «Antients» créèrent, au solstice d’hiver de 1717, une autre « Grande Loge», concurrente, dite druidique.

Ces 2 obédiences londoniennes se feront concurrence jusqu’en 1738, où interviendra un 1er rapprochement avec la 1ère révision des « Constitutions » de 1723 portant sur une foi en un «Dieu révélé» remplaçant la «Loi Morale» conçue par les Pasteurs Anderson et Desaguliers dans l’édition de 1723.

 

Puis, en 1813, les 2 Grandes Loges fusionneront en «Grande Loge Unie d’Angleterre», dominée par les «Antients» qui imposèrent la foi dogmatique en Dieu révélé de la Chrétienté. Cela débouchera sur la rupture avec la Franc-maçonnerie française, attachée à la laïcité et au déisme des «Moderns», la loi morale, plus conformes à la philosophie des Lumières. La rupture définitive interviendra au Convent de Lausanne en 1875, suite à l’adoption par le GODF du principe de «GADLU», et se différentiant de la GLUA, obédience anglaise se réclamant d’être la seule autorisée à donner sa patente à une seule obédience par pays, qu’elle qualifie de «régulière».

 

LIENS ENTRE LOGES OPERATIVES ECOSSAISES ET LA FM

 

Rien ne prédispose normalement de passer des professions manuelles à une association de cherchants intellectuels. Il a fallu un concours de circonstances exceptionnel pour que des Universitaires anglais empruntent à des loges de maçons opératifs leurs mots de passe ainsi que leur rituel.

Comment cela a-t-il pu se passer ?

 

Il s’est trouvé qu’en 1598/1599, Jacques VI d’Ecosse, un Roi de la Renaissance, ayant le souci de rattraper le retard de développement de son royaume par rapport aux autres royaumes d’Angleterre et de France, qui avaient déjà acquis leur propre style architectural, a décidé de confier à son intendant des édifices royaux, William Schaw, le soin de former des maçons/architectes, capables de créer un nouveau style d’architecture qui n’ait rien à envier aux autres royaumes.

Or, Jacques VI d’Ecosse était féru des doctrines ésotériques de l’Antiquité et notamment des doctrines ésotériques de l’hermétisme, et il estimait qu’en les faisant enseigner aux élèves maçons/architectes, cela les rendrait plus intelligents et plus créatifs, et donc capables de créer un nouvel ordre architectural à sa gloire. Et il fit mettre à leur programme d’enseignement, ces doctrines ésotériques ainsi que «l’Art de la mémoire» qui devait servir à les mémoriser pour mieux les assimiler.

Et pour enseigner ces matières, ignorées des loges opératives du Moyen-âge, il a dû faire appel à des enseignants-chercheurs de l’Université d’Oxford, réputée en la matière, puisque, même le Père dominicain Giordano Bruno dut s’y rendre plusieurs fois, venant d’Italie, pour enrichir ses connaissances hermétistes et les enseigner avant d’être brûlé comme hérétique en 1600 du fait que ces sciences étaient condamnées par Rome.

Et, durant 26 ans, de 1599 au décès de Jacques VI en 1625, des enseignants anglais vont donc venir former les maçons-architectes écossais dans une trentaine de loges de Schaw, répandues à travers l’Ecosse.

 

Puis, lorsque la guerre civile anglaise sévira entre 1629 et 1659, ces Intellectuels anglais, rentrés d’Ecosse (ayant reçu dans ces loges opératives dites de Schaw, le mot de passe ainsi que les signes de reconnaissance et la connaissance du rituel de ces loges en s’y faisant initier préalablement à l’autorisation d’y entrer comme «accepted free mason», c’est à dire acceptés et libérés de leurs obligations opératives), et choqués par l’intolérance pratiquée par les divers protagonistes de cette guerre civile, durent se rencontrer et se réunir en secret et en divers lieux, en usant des signes de reconnaissance et du «mot de maçon» leur permettant de se faire mutuellement confiance. Et, étant acquis à la philosophie de Francis Bacon qui avait animé l’«Invisible College», dont ils avaient été membres au cours de leurs études et recherches à Oxford,  ils devaient sûrement discuter des moyens de résoudre leur drame national de guerre civile, qui se déroulait sous leurs yeux. 

 

Et, comme cela était déjà de coutume dans «l’Invisible College» qu’ils avaient fréquenté à Oxford, ils ont dû reconduire cette habitude de se réunir dans une auberge («Tavern» en anglais), pour se reconnaître et travailler ensemble à l’abri des regards pour l’amélioration de la société. Et, pour donner un caractère solennel à ces réunions, rien de plus facile que de s’inspirer des pratiques des loges opératives qu’ils avaient fréquentées en Ecosse en y enseignant. Et, par la suite, ils ont dû recruter d’autres Intellectuels, cherchant le bien public, en les initiant et en les baptisant aussi de «accepted free mason», comme eux-mêmes l’avaient été dans les loges opératives d’Ecosse, dites «loges Schaw».

 

Et c’est pourquoi nous retrouvons dans nos rituels du 1er et du 2nd degré (dans les loges Schaw il n’y avait que 2 grades, «apprenti entrant» et «apprenti accompli») de fortes similitudes avec les 2 rituels des loges de Kilwinning, d’Edimbourg ou d’Aberdeen du début XVII° siècle, que William Schaw avait été pêché dans les «Old Charges» ou «Anciens devoirs», qu’il avait trouvé sur le Continent. Et, c’est ainsi qu’ils reçurent le mot de maçon, à l’occasion de leur acceptation en loge, d’où le titre de «ACCEPTED FREE MASON», signifiant qu’il était accepté en loge et, à la fois, libéré de ses obligations opératives de maçon/architecte.       J’ai Dit.        

N. M. Kalife <loeildecain@yahoo.fr>

 

P.S. En concluant, j’ajoute que ces 5 pages sont le condensé des pages 19 à 126 de mon livre intitulé «REFLEXIONS D’UN MAÇON SUR SON CHEMIN INITIATIQUE», Tome II, Editions DETRADE, 320 pages, et que ces recherches ont été effectuées entre 2001 et 2005. Paris 25.11.2010

Franc-maconnerie

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