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L’apport égyptien à la Franc-maçonnerie symbolique 10 mai, 2022

Posté par hiram3330 dans : Contribution,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

L’apport égyptien à la Franc-maçonnerie symbolique

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Liminaire

 

Même si l’on peut remonter plus loin quant aux sources qui lui ont donné naissance, l’histoire de la Franc-maçonnerie débute véritablement en ses formes modernes au 18ème siècle, soit officiellement il y a 300 ans en cette année 2017 avec la création de la Grande Loge de Westminster.

 

Or le 18ème siècle, surtout dans sa deuxième moitié, est celui qui voit apparaître une ferveur sans précédent pour l’Egypte et ses mystères, on parle d’ailleurs d’égyptomanie pour qualifier ce phénomène historique qui atteindra son apogée après la fameuse campagne menée par le Général Bonaparte puis avec le décryptage des Hiéroglyphes quelques années plus tard par Champollion en 1822.

 

La proximité de cet engouement pour l’Egypte avec une Franc-maçonnerie qui cherche parfois à affirmer ses racines dans les âges les plus reculés, mêle fantasmes aux réalités et donne à penser que l’Egypte est le berceau de toute initiation. Cette proximité suffira à créer un lien de causalité presque naturel entre l’une et l’autre.

D’autre part, l’Egypte ayant été capable de maîtriser l’art de bâtir à un tel niveau de réalisation – que nous ne connaissons d’ailleurs toujours pas bien – les franc-maçons d’alors, qui fondent leur mythe sur la construction, ne pouvaient voir en l’Egypte des bâtisseurs que l’évidence d’une filiation toute tracée.

 

Cette idée, presque fondatrice, influencera considérablement la manière d’appréhender le message initiatique en général et celui de la Franc-maçonnerie en particulier. Outre le phénomène de mode autour de l’Egypte, nous verrons que cette idée peut avoir un sens plus profond et renvoyer à une certaine réalité, mais à condition de l’envisager autrement que sous l’angle purement historique. C’est cette réalité que le présent propos vise à vous faire toucher du doigt.

 

Influence mythique de l’Egypte

 

Pour évaluer l’influence de l’Egypte nous rencontrons principalement deux problèmes majeurs :

 

Le premier concerne ce que nous savons de l’Egypte.

 

Nous devons avoir à l’esprit que ce que nous connaissons de l’Égypte aujourd’hui, c’est l’Egypte vue et commentée par les grecs et l’Egypte vue et expliquée par les égyptologues. L’Égypte vue et expliquée par les égyptiens nous est inconnue car il n’y a pas de traces de philosophie égyptienne, d’écrits développés qui auraient pu nous rapporter véritablement leurs mystères.

Nous avons bien-sûr les hiéroglyphes qui nous renseignent sur des aspects fondamentaux de leur culture, mais c’est très insuffisant, les sources sont donc extrêmement minces comparativement à la période qu’il s’agit de couvrir.

 

Deuxième problème tout aussi important : de quelle Egypte parlons-nous ?

 

Quels pourrait être le lien, par exemple, entre l’Egypte d’il y a 5000 ans avec celle d’il y a 3000 ans ? En deux mille ans d’évolution il ne reste probablement plus rien du mode de vie précédent si bien qu’il ne s’agit plus de la même Egypte.

Si nous appliquions se raisonnement à notre propre civilisation aujourd’hui, c’est comme si nous devions nous même établir et trouver ce qu’il pourrait y avoir de commun avec ce qu’il se passait il y a deux milles ans ! Autant dire que toute connaissance à ce sujet ne peut être que fragmentaire et il nous faut donc, en la matière, rester particulièrement prudent et humble quant à nos prétentions historiques.

 

Dans ces conditions, où faut-il chercher cette influence si elle existe ?

 

Les papyri et les hiéroglyphes se sont généralisés en Egypte environ 3200 ans avant notre ère alors que la basse et la haute Egypte existent déjà depuis 800 ans à peu près. L’Égypte connaîtra au cours des siècles de nombreux bouleversements jusqu’à une période qui nous intéresse particulièrement, celle de l’influence par la civilisation grecque après qu’Alexandre Le Grand ait fondé la ville d’Alexandrie et alors que l’Egypte est gouvernée par la dynastie du général macédonien Ptolémée. 300 ans avant notre ère, la Grèce va doucement s’imprégner de la culture égyptienne, s’en inspirer, s’en émerveiller, se l’approprier et l’assimiler notamment dans certains de ses aspects religieux.

 

Le premier aspect concerne un axe majeur de la culture égyptienne, c’est le thème de la mort. Celui-ci est extrêmement prégnant dans leur culture et il soutient la plupart des textes sacrés comme le célèbre livre des morts égyptien qui est emblématique de cet intérêt.

 

Le deuxième aspect, en lien aussi avec le premier, concerne l’héritage mythologique, Osiris, Isis Sérapis etc. Par sa mort et sa résurrection celui d’Osiris influencera considérablement les rites initiatiques à venir.

 

Ces deux aspects, la mort et la mythologie égyptienne, ont considérablement marqué les grecs et contribué à façonner un nouveau rapport au religieux ainsi que la production d’une pensée singulière chez les philosophes grecs pendant plusieurs siècles. L’héritage le plus intéressant se situe donc dans cette période cruciale qui débute environ vers 350 avant JC et il ne faut donc pas chercher chez les égyptiens mais chez les grecs ce que l’Egypte nous a légué.

 

Les « Écoles de Mystères »

 

La Grèce antique, ou classique, est beaucoup mieux connue que l’Egypte, d’abord parce qu’elle est plus récente historiquement, qu’elle a largement inspiré notre civilisation et notre culture, et surtout parce qu’elle nous a laissé beaucoup de témoignages écrits sur les grecs eux-mêmes et leurs origines réelles ou mythiques, alors qu’il reste peu d’écrits des égyptiens.

Le Grec est une langue qui est encore étudiée et parlée, et chacun sait que la langue à une influence sur la structure de la pensée et donc sur notre manière d’appréhender le Réel.

Nous avons encore la même structure de langage, ce qui nous offre une proximité avec le grec que nous n’avons pas avec l’égyptien qui est une langue morte chamito-sémitique écrite à l’aide de hiéroglyphes, elle est donc totalement étrangère à notre manière de formuler le monde du vivant.

C’est là un aspect très important à prendre en compte car c’est une véritable barrière pour la compréhension. Mais ce qui nous intéresse ici chez les grecs ce n’est pas la langue, c’est ce que l’on appelle les écoles de mystères, car se sont elles qui ont recueilli principalement l’héritage égyptien d’une part et qu’elles sont, d’autre part, les ancêtres des systèmes initiatiques tels que nous les concevons aujourd’hui.

 

Le sujet n’est pas ici de présenter les divers systèmes et cultes car il y en eu de nombreux, Mithra, Apollon, Éleusis, l’Orphisme etc.

Chacun pourra se pencher sur ces sujets.

 

Mais, de quoi s’agit-il ?

 

Mystère vient du Grec mystếrion, signifiant « rites secrets », l’individu pratiquant les Mystères était qualifié d’initié ou plus exactement, de myste. Pour les grecs, ces écoles sont l’héritage de l’Egypte, Hérodote lui-même, considéré aujourd’hui comme le premier de tous les historiens, affirmera à cet égard que les Mystères seraient venus d’Inde en Egypte puis de l’Egypte à la Grèce.

Dans tous les cas, l’idée que la Grèce est héritière de l’Egypte est une perception normale et très partagée depuis cette époque.

C’est ainsi que les dieux égyptiens investissent progressivement les Temples, qu’ils façonnent certains cultes, leurs pratiques et leurs croyances.

 

En quoi est-ce que ces mystères consistaient ?

 

Pour comprendre la nature de ce qu’était ces cultes nous devons nous en rapporter à ce qu’en dit Plutarque au 1er siècle à ce propos :

« L’âme au moment de la mort, éprouve la même impression que ceux qui sont initiés aux grands mystères ».

 

Voici dévoilé, en une affirmation très simple, le cœur de l’héritage Egypto-Hellénique : permettre à l’homme de dépasser sa propre condition, de vivre l’épreuve de la mort dans un corps de chair durant cette vie même afin que, parvenu à la fin de son existence, l’âme humaine ne disparaisse pas dans l’oubli mais au contraire accède à l’éternité des Champs Élysées.

 

Il y a là quelque chose de fondamental à saisir.

 

Si on veut comprendre ce qu’est l’initiation, il est impératif de constater la place de la mort dans les systèmes initiatiques depuis la plus haute antiquité, car elle en est toujours le sujet central sous une forme ou une autre.

A cet égard, il y a ici une première influence directe sur la Franc-maçonnerie, puisqu’elle reprend également ce thème dans ses propres Rites, ce qui en fait le véhicule de traditions multiséculaires.

 

Mais la Franc-maçonnerie se distingue cependant sur la manière d’approcher cette question, car à l’époque de la Grèce antique, les mystères n’étaient pas symboliques, les serments étaient pris au pied de la lettre et quiconque trahissait le secret des rites risquait sa vie réellement.

C’est la raison pour laquelle on ne retrouve à cet égard qu’assez peu de description des mystères antiques eux-mêmes, nous n’avons en général que des commentaires comme ceux de Plutarque.

 

Pour comprendre l’influence de l’Egypte, nous devons aller un peu plus loin et nous intéresser au processus initiatique de ces écoles …

 

Les rites avaient pour vocation de placer progressivement l’initié dans des dispositions intérieures spéciales, telles que celui-ci expérimentait des états de conscience censés lui conférer une connaissance spirituelle pouvant concerner aussi bien l’âme humaine que sa place dans l’univers.

Les expériences spirituelles étaient donc concrètes, avaient un caractère de réalité, exactement comme dans la définition de Plutarque donnée plus haut. Mais avant d’en arriver à ces expériences, l’impétrant devait s’adonner à des pratiques de purifications préalables parfois très longues et difficiles, destinées à préparer son corps et sa psyché à ces expériences.

Lorsque celui-ci était prêt, on lui faisait alors vivre des situations rituelles spéciales, après lui avoir parfois fait prendre dans certains cas des substances psychotropes. La conjonction de cette ascèse préalable, avec la contextualisation rituelle réalisée par les prêtres, devaient permettre que les effets de ces substances sur le postulant soient complètements différents de ceux obtenus sans ces mises en conditions corporelles et psychiques.

 

Il existait donc véritablement une science et un art de la transmission initiatique.

 

Tout cela était l’objet d’un épais mystère et nous en savons peu sur les détails de ces pratiques.

Pour se faire une idée, on retrouve encore les vestiges ce genre de méthodes dans la plupart des traditions chamaniques actuelles (voir le film de Jean Rouch « les maîtres fous – 1955).

Ces dernières n’ont cependant pas pour vocation à transmettre l’expérience spécifique décrite par Plutarque. Seule l’approche méthodologique a été conservée, ce qui peut vous donner une idée de ce que pouvaient vivre ceux qui entraient dans les écoles de mystères.

 

Nous sommes aujourd’hui, en Franc-maçonnerie, très loin de ce genre de pratiques.

 

Néanmoins, c’est peut-être la forme objective la plus ancienne dont nous pourrions dire qu’elle a influencée la Franc-maçonnerie. Car hormis les psychotropes évidemment, la franc-maçonnerie a repris à son compte certains aspects majeurs des mystères antiques dans sa façon de mettre en scène rituellement les postulants.

 

Essayons de comparer :

 

Tout d’abord les mystères antiques sont célébrés dans des Temples et ceux qui y participent sont des initiés (premier point).

Les mystères antiques avaient pour objet une quête spirituelle dont les rites pratiqués devaient permettre d’en véhiculer les connaissances (deuxième point).

Les rites devaient favoriser des expériences qui permettaient, croyaient-on, d’avoir dans la mort une autre destinée que celle de l’homme commun (3ème point en partie égal).

Ces rites initiatiques fonctionnaient par degré, et chaque degré transmettait des expériences différentes de plus en plus approfondies (4ème point).

En règle générale (et c’est peut-être là le plus significatif pour nous) ces rites consistaient à mettre en scène des dieux mythologiques afin que l’impétrant, placé dans le rôle du dieu, puisse vivre par lui-même les épreuves de ce dernier afin d’accéder à une catégorie d’expérience symbolique lui offrant un nouveau mode de compréhension de sa propre existence (5ème point).

 

Tel était le fond de la question de l’initiation dans les écoles de mystères. La Franc-maçonnerie, sans dévoiler ses rituels, procède encore de la sorte puisque l’initié, à un certain moment de son parcours maçonnique, prendra lui aussi la place d’un personnage mythique central pour en éprouver les mêmes expériences symboliques. Inutile de dire que la mort (symbolique) y joue une place majeure.

 

D’ailleurs à cet égard, le mythe d’Osiris pourrait tout à fait s’y substituer, démontrant si besoin était, la nature du lien entre l’Egypte et la Franc-maçonnerie.

 

Le but et le caractère de réalité évoqué par Plutarque a disparu des initiations maçonniques. C’est là une différence majeure car il revient au Franc-maçon de faire vivre en lui-même et par lui-même les vertus que ses expériences initiatiques impriment en sa psyché.

C’est d’ailleurs le sens moderne le plus intéressant du secret maçonnique, puisqu’il est impossible d’expliquer l’expérience initiatique à qui ne l’a pas vécu. Il est donc impossible de le trahir.

 

En terme de parcours, la Franc-maçonnerie a gardé le thème universel de la « mort » initiatique, et comme dans les mystères antiques, met en scène les postulants dans des situations mythiques porteuses de significations, qui reprennent toutes les mêmes fondamentaux depuis des siècles, ce qui constitue selon moi une forme majeure de cette influence dont nous essayons d’esquisser les contours.

 

L’héritage des « Écoles de Mystères » et l’Hermétisme

 

Cependant les écoles de mystère ne seront pas la seule source de ce que l’on pourrait considérer comme l’héritage égyptien. En effet, il faut citer également ce que l’on appelle l’Hermétisme Greco-Égyptien.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Le mot Hermétisme a pour racine le nom du dieu Grec Hermès qui sera d’ailleurs très souvent identifié au Dieu égyptien Thot. On voit très bien dans ce lien, fait entre Thot et Hermès, le souci chez les grecs de vouloir faire des ponts entre les cultures grecques et égyptiennes.

 

L’hermétisme est constitué par un ensemble de textes très obscurs qui apparaissent dans la même période citée plus haut lorsque « la Grèce reprend le flambeau de l’Egypte », c’est à dire à partir de -350. D’ailleurs la toute jeune ville d’Alexandrie avec sa bibliothèque est considérée, aujourd’hui encore, comme la capitale spirituelle de l’hermétisme et des études qui s’y rattachent.

 

L’Hermétisme, très concrètement, correspond à des textes que l’on peut classer en deux catégories.

 

La première catégorie correspond à l’hermétisme pratique, c’est-à-dire des textes datant du 3ème siècle avant JC jusqu’au 1er siècle et se rapportant à l’étude des astres (astronomie et astrologie), de la magie (science des rituels, des talismans et écritures magiques etc.) et de l’alchimie (science de la matière), mais aussi plus largement de botanique et de sciences naturelles. (Trivium Hermeticum).

 

La deuxième catégorie de textes correspond à ce que l’on pourrait appeler l’hermétisme philosophique. Cela regroupe des textes mystico-philosophiques qui sont un syncrétisme de philosophie grecque et de croyances égypto-helléniques.

Mais c’est au 15ème siècle de notre ère qu’un recueil de 14 traités grecs fut apporté en Italie à Florence et vendu à Cosme de Médicis qui les fera traduire par Marsile Ficin. Nous y retrouvons des textes majeurs comme le Poinmandres ou l’Asceplios. Ces 14 textes forment les 14 premiers traités du Corpus Hermeticum qui sera le fondement théorique et pratique, direct ou indirect, de quasiment toutes les sociétés secrètes initiatiques depuis le 16ème siècle.

 

Bien entendu, la Franc-maçonnerie naissante, n’échappera pas à cette influence et en prendra sa part.

 

Influence de la symbolique hermétique sur la maçonnerie

 

Au 18ème siècle, soit près de trois siècles après la traduction par Marsile FICIN du Corpus Hermeticum, toutes les sciences que l’on appelle alchimie, astrologie, kabbale, magie sont à la mode dans les milieux ésotériques mondains. Ajoutons à cela la redécouverte de l’Egypte et il n’en fallait pas plus pour attiser chez les chercheurs d’absolu un attrait du mystère qui offrira une aura sans précédent à l’Egypte.

Cependant cet attrait pour l’hermétisme n’est pas seulement le fait de quelques curieux, cela va beaucoup plus loin et concerne des personnages de premier plan, que l’on songe par exemple à Isaac Newton dont nous oublions en général de dire que 70% de ses études concernaient l’alchimie, qui fut considérée comme une science jusqu’à ce que Lavoisier mette fin à la théorie des 4 éléments quelques années plus tard par sa démonstration sur la décomposition de l’air.

 

Comme je le disais, depuis la diffusion du Corpus Hermeticum, la plupart des sociétés initiatiques organiseront leurs rites et leurs approches philosophiques en fonction des principes issus de l’hermétisme.

La Franc-maçonnerie reprendra donc, à des degrés divers bien-sûr, un certain nombre de concepts et de symboles dans ses propres mythes alors qu’ils n’appartiennent pourtant pas strictement à l’art du bâtisseur. Ceux d’entre-nous qui ont connu l’initiation maçonnique ont probablement traversé les 4 éléments d’Empédocle dont nous venons de parler, peut-être ont-ils reconnu les symboles des 3 principes alchimiques au début de leur quête ou encore la formule VITRIOL.

Certains ont peut-être reconnu aussi l’équivalent du mythe osirien à travers celui d’un Maître maçon mythique bien connu et utilisé sans même le savoir des mots et du vocabulaire issus de langues sacrées.

 

La Franc-maçonnerie regorge ainsi de références en provenance de l’hermétisme considéré comme l’héritage culturel Egyptien, perpétue des initiations et des rites qui reprennent les mythes fondamentaux des écoles de mystères, elles-mêmes ayant hérité d’une part de ce que pouvait offrir l’Egypte…

 

On peut retrouver les traces plus précises encore de cette culture hermétique dans l’étude de très vieux rituels maçonniques, les constellations zodiacales décorent les temples, des symboles alchimiques investissent de nombreuses gravures maçonniques au 18ème siècle, les symboles des 7 planètes symboliques qui ont donné naissance aux sept jours de la semaine ainsi qu’à l’ordre dans lesquels ils se trouvent etc.

 

La Franc-maçonnerie moderne a donc profondément été influencée par des sources venues de très loin afin de façonner sa propre manière de transmettre l’initiation et il nous semble qu’à cet égard, l’influence « égyptienne », indirecte au moins, puisse être établie suffisamment formellement.

 

Les rites maçonniques égyptiens au 18ème siècle

 

Avant de conclure il semble intéressant d’évoquer un instant le sujet de ce que l’on appelle la Franc-maçonnerie dite Egyptienne.

 

Si l’influence de l’Egypte peut être établie en raison de la nature de certains symboles et de leur provenance, en raison des modalités de transmission des initiations maçonniques, une partie des maçons du 18ème siècle désiraient se réclamer de l’Egypte plus directement encore.

Ce fut une période véritablement égypto-maniaque et certains Maçons ont donc organisé des Rites maçonniques se référant directement à l’Egypte.

 

Le plus connu fut le Rite de Misraïm (pluriel d’égyptien), son origine est mal connue mais on considère en général qu’il est apparu en Italie entre 1750 et 1810, sans doute en plusieurs étapes (voir G.Galtier : Maçonnerie égyptienne, Rose-Croix et Néo-Chevalerie: les fils de Cagliostro).

Il sera implanté en France en 1814 par les Frères BEDARRIDE.

 

Ce rite constitue un véritable mystère quant à ses sources, car cela nous conduit à une petite Loge du Royaume de Naples appelée « la parfaite union » qui était un carrefour ésotérique au 18ème siècle et où se pratiquaient presque tous les Rites d’alors.

 

Plus ancien que le rite de Misraïm, le Rite de la Haute Maçonnerie Egyptienne fondé en 1784 à Lyon par le très célèbre Joseph Balsamo alias Cagliostro.

Ce Rite très étrange ne perdura pas, mais sa particularité fut de propager une vision très hermético-pratique.

 

Ce rite également tire ses sources de cette petite Loge Napolitaine.

 

Le rite de Memphis créé en 1838 par Jean-Etienne Marconis de Nègre et qui sera plus tard associé au rite de Misraïm en 1881 par GARIBALDI lors de la réunification de l’Italie, et qui deviendra à cette occasion le Rite de Memphis-Misraïm qui est aujourd’hui le rite égyptien le plus répandu.

 

D’autres rites plus éphémères ont vu le jour mais n’ont, la plupart du temps, pas survécu à leur auteur.

 

Si cette référence directe à l’Egypte relève évidemment de l’exagération, tandis qu’une l’influence réelle peut être reconnue comme nous venons de le voir, elle dévoile cependant quelque chose de plus fondamental dans le cœur des maçons du 18ème siècle.

 

L’apparition d’un courant maçonnique égyptien pourrait être considérée, dans l’histoire de la Franc-maçonnerie, comme la phénoménologie d’une recherche d’absolu, une sensibilité dont le marqueur principal se manifeste par une recherche permanente de la tradition primordiale si chère à René GUENON, d’une source toujours plus pure et authentique.

 

Dès lors, si l’on veut bien se départir du qualificatif d’égyptien, qui peut être trompeur, nous pourrions aisément faire entrer dans cette catégorie de vieux Rites Hermétiques comme le rite de l’étoile Flamboyante du Baron TSCHOUDY, qui lui aussi provient du milieu napolitain que j’ai mentionné puisque le Baron TSCHOUDY fut l’un des Vénérables Maîtres de la Loge « la parfaite union » ; nous pourrions citer celui des illuminés d’Avignon de Dom PERNETY, ou encore le trop peut étudié Rite Ecossais Philosophique dont les Loges portaient souvent des noms de dieux égyptiens et qui connu un développement important au 18ème siècle, et dont la nature et les contenus le rendait précisément bien plus « égyptien » et « hermétique » que les rites de Misraïm ou de Memphis qui lui empruntèrent d’ailleurs discrètement certains de ses rituels jusqu’à une période très récente.

 

Aujourd’hui encore, les rites « égyptiens » ont gardé cet attrait pour les études hermétiques et l’attachement à la perpétuation de la tradition maçonnique.

 

Conclusion

 

Au fond, se demander si l’Egypte a influencé la maçonnerie n’est peut-être pas la question la plus pertinente, la question qu’il s’agirait plutôt d’examiner serait : de quelle manière l’Egypte a influencé la Franc-maçonnerie ?

 

Pour y répondre, nous devrions peut-être revenir à l’essentiel, c’est-à-dire à ce qui fonde le parcours initiatique et à la manière de le proposer, car c’est là le cœur de l’explication de cette influence.

 

Le thème central de toute initiation est toujours, directement ou indirectement, celui de la mort et le destin posthume de l’âme humaine. L’homme a toujours cherché à répondre à la question de son existence et il y a donc ici, quelque chose d’intemporel qui nous invite, comme nos ancêtres égyptiens le furent en leur temps, à ressentir et nous questionner d’une façon strictement identique.

Face au vertige qui nous saisit à l’idée de notre propre extinction, il ne saurait y avoir de différence fondamentale entre les hommes de quelques époques ou cultures qu’ils soient.

Nous sommes face à l’indéfinitude de l’existence qui fait appel à ce qu’il y a d’antéprédicatif en nous, et il fallait donc répondre par des approches relevant elles-mêmes des fonctions archaïques du psychisme humain, pour les solliciter d’une manière telle que l’homme puisse trouver « quelque chose » en lui de différent, convoquer une aptitude à la spiritualité que les mots ne peuvent saisir, et dont les concepts ne peuvent rendre compte.

 

Cette question n’appartient donc pas à l’horizontalité de l’histoire, mais aux diverses manifestations verticales du vivant dont les hommes essaient de se saisir depuis toujours. Il était donc presque évident que parmi toutes les choses pouvant être transmises depuis l’Egypte, celles qui concernaient ce rapport à la mort et au divin avaient plus de chance de passer les épreuves du temps et de l’histoire, et c’est bien ce qui s’est passé.

 

Les Grecs ont eux-mêmes repris ce qu’ils ont pu des égyptiens, ils ont gardé dans leurs Temples quelques-uns des secrets des cérémonies sacrées destinées à mettre l’homme dans les conditions spéciales censées lui ouvrir les portes d’une compréhension nouvelle que les mots ne peuvent traduire.

 

Les vérités métaphysiques, extirpées depuis des siècles par ceux qui ont connu le difficile sentier de l’initiation, ont été rapportées parfois dans des textes obscurs comme ceux du Corpus Hermeticum, transmis par des cérémonies étranges dont les hommes ont parfois perdu les clés.

 

Ce fut le cas en Egypte, en Grèce, dans la Rome antique et la franc-maçonnerie s’inscrit, tant sur la forme que sur le fond, dans une perspective semblable à cette différence près qu’elle n’impose aucun dogme, qu’elle invite seulement l’initié à abandonner le vieil homme en lui pour renaître d’une manière différente au Réel.

 

Il existe donc bien une influence spirituelle considérable, toujours d’actualité, dont on retiendra principalement qu’elle s’est surtout transmise dans la manière de faire vivre l’initiation ainsi que dans les textes du Corpus Hermeticum dont on retrouve les concepts ou les symboles dans presque tous les rites maçonniques.

Nous y retrouvons de même le thème central de la mort initiatique avec une ambition différente de celle de nos ancêtres, celle-ci ne renvoyant plus au destin posthume de l’âme humaine, mais à l’art de mourir à soi-même ici et maintenant par l’introspection continue.

 

La franc-maçonnerie ne donne donc aucune vérité toute faite à adopter, on pourrait même dire qu’elle propose l’inverse en offrant des outils pour apprendre à désapprendre, dans notre langage maçonnique nous dirions, pour tailler une pierre un peu trop brute en une pierre par conséquent plus petite.

La franc-maçonnerie véhicule pour cela des symboles sans âge qui renvoient à l’existence même de l’homme et aux questions qui sont apparues avec lui.

 

La Franc-maçonnerie égyptienne que nous véhiculons essaie de rester au plus proche de ce désir de reconnaissance de soi, au plus près d’un héritage traditionnel antique que le temps ne saurait effacer parce que les questions restent les même pour tous.

 

Dans un monde en perte de repères, qui se cherche de plus en plus, elle est donc terriblement d’actualité.

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Source : https://www.gltmm.fr

 

Hold Up ou la séduction du vraisemblable 17 avril, 2022

Posté par hiram3330 dans : Chaine d'union,Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

Hold Up ou la séduction du vraisemblable

 
Hold Up ou la séduction du vraisemblable dans Chaine d'union Denis_Diderot_111
Un homme qui s’est battu pour la vérité: Diderot. Et il n’était pas Franc-maçon.

Contrairement à pas mal de monde, je n’ai pas vu le reportage Hold-up. Je n’avais pas envie de consacrer du temps à ça, d’autant plus que je connaissais déjà une partie du film (un peu comme quand je vais voir un film Marvel : je sais comment ça va se finir… Je n’y vais plus guère que pour admirer la finition de l’image et déplorer la qualité du scénario).
Bref, étant un habitué des salles obscures et des ficelles de la dramaturgie et son utilisation dans les média comme vecteur pour faire passer un message, je me doute du contenu : le virus SARS-COV-2 aurait été créé par des riches et des labos pour éradiquer ou contrôler les pauvres, via l’inoculation d’un vaccin contenant des nanomachines activables par la fameuse 5G, l’épidémie ne serait qu’un prétexte pour faire passer des lois autoritaires etc. Sans compter les Deep States et autres cabinets noirs, agendas cachés.

Pour en avoir vu quelques extraits, j’ai pu voir combien la forme était volontairement haletante : ralentis, musiques de films à suspense, cautions d’intellectuels de tout bord (qui ont dû bien manger leur chapeau au vu du montage final… Au point que certains, tels la sociologue Monique Pinçon-Charlot ont regretté leur participation et l’usage qui en est fait).

Il ne m’appartient certainement pas de démêler le vrai du faux, ou encore de moquer le propos partisan du film. Des professionnels le feront bien mieux que moi, et mettront du temps, beaucoup de temps pour produire leur copie.

Pour ceux qui aiment ce sujet, le récent numéro du Un, consacré au complotisme donne un aperçu des thèses développées par le film. Je vous invite également à lire les articles de l’excellente revue Critica Masonica consacrés au couple extrême-droite/ésotérismei, qui apportent un éclairage très intéressant.

Je n’adhère en rien aux thèses complotistes, bien qu’étant Franc-maçon, ou plus précisément parce que je suis Franc-maçon. En effet, il suffit de savoir que « La » Franc-maçonnerie n’est pas un groupe homogène et ne représente en rien une force politique. Qui plus est, quand je vois en Conseil des Maîtres nos préoccupations, plutôt de l’ordre du choix du revêtement du sol des locaux que de la conquête du monde, et les très longs débats pour trancher entre le carrelage, le parquet ciré ou le béton traité, je ne puis décemment croire que nous ne puissions avoir une quelconque influence sur la marche du monde. Je ne crois pas non plus en l’existence d’un Etat profond piloté par des banquiers affairistes juifs et ce genre de fadaises.

Par contre, l’existence d’une oligarchie de hauts fonctionnaires gangrenés de conflits d’intérêts et prenant des décisions contraires à la volonté générale, créant de facto un déni de démocratie, ça, c’est une réalitéii, tout comme le détournement de l’appareil d’État à des fins non avouables (enrichissement de certains en vendant des biens stratégiques, comme les barrages par exemple). Le cynisme des grandes firmes pharmaceutiques est une horrible réalité. La destruction des services publics qui maintiennent la cohésion sociale, réalité également. La lutte des classes, le patronat voulant prendre sa revanche sur le prolétariatiii en faisant jouer ses lobbies pour pilonner le Code du Travail, sont des réalités aussi. Peut-être à nuancer, mais indéniables.
Et la confiscation de la démocratie par une oligarchie incompétente et dévoyée est une réalité aussi. La catastrophe environnementale à venir et l’incurie de nos dirigeants à ce propos, on pourrait en écrire des pages. Beaucoup de pages (en papier issu de forêts gérées durablement…). Soit dit en passant, c’est dans la frustration populaire face à l’irresponsabilité des élites que croît le populisme, ne l’oublions pas.

Le problème que pose cette crise de nos institutions, mélangée à l’ignorance dans laquelle nous sommes (volontairement) entretenus est la très grande frustration et l’immense ressentiment qu’elle génère. Nous nous sentons impuissants à voir nos libertés, nos acquis, bref, tout ce qui rend nos existences possibles rayés d’un trait de plume de technocrates de plus en plus illégitimes.

Nous cherchons donc un sens à notre malheur, et les idées complotistes ont ceci de séduisant qu’elles apportent ce sens, en confortant nos biais cognitifs. Y croire donne un éclairage nouveau sur le monde et permet de se réconforter d’une explication ayant les apparences de la logique et de la réalité. On retrouve ici la vertu consolatrice de la religion et de la croyance.

Qui plus est, la croyance au complot permet de créer du lien avec d’autres « initiés » ou croyants et donc de se sentir moins seuls. D’ailleurs, l’historien spécialiste de l’extrême-droite Stéphane François, dans ses analyses, voit dans les théories complotistes farfeluesivla naissance d’une mythologie contemporaine.

En fait, nous cherchons tous la vérité. Le problème est que nos intelligences tendent à reconstituer non pas les faits dans leur enchaînement rationnel, mais dans un enchaînement probable. Et c’est là que se joue la bascule. On imagine les complots les mieux structurés, on y croit parce qu’ils sont bien pensés, et parce qu’ils fournissent des ennemis identifiables. On veut y croire parce qu’ils sont vraisemblables… Donc semblables au Vrai ! Or, ce qui est semblable au vrai ne peut être que faux. La bascule se joue alors quand on confond hypothèse et fait, croyance et vérité. Si en plus, l’esprit du sujet est envahi d’ignorance, de fanatisme et d’ambition, la combinaison de la séduction du vraisemblable et des passions tristes peut prendre une ampleur catastrophique, autre que la production de films partisans : agressions, dégradations, tortures, meurtres etc. Tout ce que procure l’obscurantisme, en fin de compte. C’est peut-être ce hold-up dont il s’agit, celui de notre raison, remplacée par nos passions. L’ambiance est décidément bien crépusculaire…

Et si vous aimez les documentaires à sensation ou sur des faits dérangeants, mais bien élaborés, visionnez plutôt les enquêtes et documentaires de la chaîne Arte. La forme du thriller y est, mais avec un vrai travail journalistique, didactique, vous permettant de vous faire votre propre avis.

J’ai dit.

i On pourra lire les travaux de Stéphane François, spécialiste de la question du complotisme dans le numéro 10 de la revue (septembre 2017) et le numéro spécial de janvier 2016. A mettre entre toutes les mains.

ii Voir le très récent ouvrage de Chloé Maurin, ancienne collaboratrice d’hommes politiques : Les inamovibles de la République (éditions L’Aube, 2020).

iii Vocabulaire marxiste employé à dessein.

iv Notamment la théorie des anciens astronautes, diffusée par la série de reportages the Alien Theory

SOURCEhttps://blog.onvarentrer.fr/

Bouddhisme et franc-maçonnerie 27 mars, 2022

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Bouddhisme et franc-maçonnerie

 

 An 563 avant Jésus-Christ. Royaume de Kosala ( aujourd’hui le Népal) au pied de l’Himalaya. Le roi Shuddhodana et la reine Maya ( en sanscrit « l’Univers manifesté ») installés dans le Palais du village de Kapilavastu, règnent  sur le clan des Sakyas. Une caste de  princes et de guerriers, deuxième derrière  celle des brahmanes. La légende dit qu’une nuit, dans un rêve, Maya voit un éléphant blanc s’approcher d’elle. Il porte dans sa trompe un lotus qu’il pose sur le côté droit de la reine. La fleur se fond alors en elle et dès cet instant un être est conçu. Les maîtres religieux, informés du rêve du Maya lui prédisent la venue au monde d’un enfant mâle qui deviendra un roi universel et le plus respecté des ascètes.  Sa mère décide qu’il s’appellera Siddhartha («celui dont le but est accompli »). Quelque temps après, alors que la reine se repose, adossée à un arbre, dans le jardin luxuriant de Lumbini, l’enfant surgit de son sein droit. Sans aucune assistance, il marche et après sept pas, il parle et déclare : « Je n’aurai pas d’autres vies. Je suis un boddhisattva, dernière incarnation du bouddha Shakyamuni. Je viens arracher les racines de la souffrance humaine ! ». Sept jours plus tard, la reine Maya meurt, laissant le soin à sa sœur d’élever son fils. Sous le nom de Siddharta Gautama, son patronyme, entre dans l’histoire des hommes, le dernier Bouddha (« l’éveillé », «l’ illuminé »), contemporain de Socrate et Confucius.

 

 La légende dit qu’il faut connaître l’histoire des quatre vingt années de vie du Bouddha sur la terre, car elle représente la voie à suivre pour tous ceux désireux d’acquérir  la force créative et se libérer de toute souffrance. Et elle affirme que tous les actes de sa vie s’inscrivent dans une symbolique aux sens les plus riches. Parcourons-là brièvement…

 

 

De la vie de Palais…

 

…Les mères d’un Bouhha meurent toujours parce que à sa naissance « l’univers manifesté » (Maya), tel un temple vide et inutile,  se rétracte et disparaît. La sœur de Maya, Mahaprajapati,  prend donc bien soin du petit Siddharta  et de son épanouissement au Palais. Le roi Shuddodana veille à ce qu’il  y vive dans l’aisance, n’ait aucun souci matériel, pas de manque particulier et ne souffre de rien. Ainsi, pendant toute son enfance et même son adolescence – privilégié et comblé dans un cocon de bonheur – il est  préservé de l’extérieur  et de la réalité du peuple. Il n’en connaît ni les besoins et les souffrances, il ignore les cruautés de  la vie et l’injustice de la mort.  Il vit une sorte de « temps arrêté » dans son paradis, où chacun semble serein, non marqué par les jours qui passent. Seul désagrément,  il sait par son père que le royaume est jugé trop petit et qu’il devra un jour faire la guerre (dont la garde royale lui apprend l’art) aux contrées voisines pour l’agrandir !

 

Le roi apprend par le Grand Sage du royaume que le prince Siddharta verra bientôt quatre signes qui lui feront choisir la vie monastique. A cette annonce, Shuddhodana, désespéré, cherche  toutes les façons de contraindre son fils à rester au Palais.

 

Alors que Siddharta  vit la splendeur de ses 20 ans,  la cour décide de  le marier.  La fille de l’un des ministres de la royauté lui est présentée. Il est séduit, elle aussi et ils s’acceptent. Il prend ainsi pour épouse Yosodhara laquelle, après un an de mariage lui donne un fils. Celui-ci est prénommé Rahula, qui signifie « empêchement », ou encore « obstacle, chaîne, entrave, gêne, contrainte, difficulté » selon les interprétations des membres de la cour. Culpabilisantes appellations, singulière destinée  annoncée pour un enfant !

 

Malgré toutes les précautions du roi, Siddharta réussit à déjouer son attention. Avec la complicité du jeune Schanna, son conducteur de char dans ses promenades limitées aux jardins du Palais, il en franchit quatre fois l’enceinte en quelques jours. Pour aller enfin dans la Cité, à la rencontre du peuple !

 

Lors de sa première sortie, le prince aperçoit un homme  aux cheveux blancs, très ridé, le dos courbé dans son habit sale, déchiré,  et se déplaçant avec difficulté. Il interroge son cocher  qui lui révèle que cet homme a été jeune comme eux deux mais que les années déforment le corps et effacent la jeunesse. Cet état s’appelle la vieillesse qui annonce l’approche de la mort. Une découverte qui affecte Siddharta : il rentre au Palais avec la vision du vieillard, en ressentant un sentiment nouveau pour lui, la tristesse.

 

Au cours de sa deuxième sortie clandestine avec Schanna, le prince voit de son char une femme au visage grave qui a du mal à se tenir debout. Tremblante de tous ses membres, ses yeux sont cernés, elle transpire abondamment. Compatissant, il se penche et lui caresse le front qui est brûlant sous sa main. Son cocher lui explique que cette personne fiévreuse est atteinte d’une maladie. Un nouveau mot pour le prince, qui constate que la possible bonne et mauvaise santé. Pendant son retour au palais, un autre sentiment lui serre l’estomac : la peur.

 

Une troisième déplacement secret dans la cité lui offre le spectacle d’une famille en pleurs autour d’un homme allongé sur une planche, qui paraît dormir. Il découvre à la fois les larmes, ces perles d’eau qui coulent des yeux, et la mort, qui rigidifie le corps. Schanna lui explique que cet homme a changé d’état : son cœur a cessé de  battre, le sang ne circule plus en lui, la vie est partie. Cette fois, Siddartha, n’est pas abattu mais il se demande comment sortir de ce monde où la jeunesse est ôtée par la vieillesse, la santé par la maladie et la vie par la mort ?!

 

C’est au cours d’une quatrième sortie – toujours ignorée du roi – avec son complice Schanna, que le prince Siddartha trouve la réponse à sa question : il voit un mendiant assis sur le sol, très digne, les jambes croisées et la main tendue. L’homme est souriant, serein, il a l’œil brillant de bonté. Le prince le questionne et il s’entend répondre : « J’attends la transformation qui fera disparaître la souffrance, la maladie, la vieillesse et la mort  ». A  ces paroles, Siddharta, résolu,  décide illico de quitter le palais et les siens pour partir vivre la vie du mendiant !

 

Pour le dissuader de s’en aller, son père rassemble les femmes les plus belles de la royauté et leur demande de réjouir Siddharta. Celui-ci, non seulement ne cède pas à cette lubricité proposée par le roi mais il le provoque en lui demandant s’il peut lui garder sa jeunesse, le préserver de la maladie, lui éviter la souffrance ainsi que la mort et empêcher son corps de se décomposer. Shuddhodana  ne peut évidemment exaucer aucune des demandes de son fils et sombre dans un grand désarroi.

 

 

…au grand renoncement

 

La nuit venue, Siddharta embrasse son épouse et son fils résignés et prie son fidèle cocher de le conduire dans la forêt. Au clair de lune, il se coupe les cheveux et la barbe avec son épée. Il change sa lourde tunique de prince, incrustée de joyaux, contre la simple robe jaune des moines. Il donne ses accessoires princiers à Schanna en lui commandant de rentrer au Palais. Après ce dernier ordre, il s’enfonce dans la forêt. Seul.  La légende dit que le cheval tirant le char, sans le prince,  est mort de chagrin sur le chemin du retour.

 

Après ce « grand renoncement », commence  pour Siddharta une vie d’errance  et de questionnements dans le nord est de l’Inde. Il consulte les grands sages brahmanes, mais sans obtenir de réponses aux demandes qu’il avait faites à son père. Il va ensuite vers les ermites, maîtres du yoga pour en apprendre les postures et méditer avec eux mais il est finalement déçu. Avec sept compagnons trouvés sur sa route,  il rejoint le hameau de Sena, près d’une rivière, pour se livrer aux pratiques ascétiques. Pendant six ans, il se nourrit d’un strict minimum pour rester en vie. Il attend patiemment les effets du moksha (libération de l’âme) par le jeûne. Mais cette délivrance attendue ne vient pas ! Squelettique, sans forces, il ne parvient même plus, ni à prendre son bain dans la rivière, ni à méditer. Ses compagnons, eux-mêmes affaiblis et affolés par leur propre état, le quittent.

 

Siddharta est sauvé de la mort par une jeune fille qui lui apporte une écuelle de riz et un bol de lait. Il absorbe cette nourriture revigorante, assis, dans la position yogique du lotus, sous un figuier « bodhi » (arbre d’illumination).  Il comprend alors, en reprenant doucement des forces, que les pratiques précédentes n’étaient que vanité de sa part. Il fait le vœu de ne pas bouger tant qu’il n’aura pas résolu la question de la souffrance. Malgré les manœuvres de Mara (Dieu de la mort) qui lui envoie ses démons (ses trois filles enjôleuses et ses trois fils pervers) pour le tenter  avec toutes les formes d’envie, penchant, jalousie et convoitise (licence charnelle, plaisir conflictuel, besoin d’adversaires, ivresse du pouvoir, excès de table, colère vengeresse, orgueil de la possession, etc), Siddharta résiste victorieusement à ces faiblesses empoisonnantes. Il comprend qu’elles jalonnent l’errance de l’être humain à travers le temps de ses vies successives et constituent sa souffrance même, entretenue, puisque toujours recommencée.

 

Toute appétence disparue, il ne ressent plus aucune tourmente, mais au contraire une délicieuse félicité. Il sent comme un soleil qui monte en lui et le réchauffe. Siddharta vient d’atteindre le nirvana, l’état de sérénité suprême. Cet éveil au monde fait véritablement de lui le Bouddha ( l’illuminé). Il décide alors de revenir parmi les hommes pour répandre et partager sa lumière. Pour les aider à distinguer les acquisitions de leurs vies antérieures, en termes de  bons et mauvais karmas ( somme de leurs actions composant leurs destinées).

 

Puis le Bouddha va de villages en hameaux pour offrir des sermons, pendant quarante ans. Ses sept compagnons reviennent vers lui et bientôt une immense foule le suit. Il enseigne partout qu’il faut cheminer entre les plaisirs nocifs et l’ascétisme mortifère, et que c’est un corps en bonne santé et un esprit clair qui donnent la joie de vivre. Ce chemin, c’est la Voie du Milieu, (le noble chemin octuple) consistant à se tenir éloigné des extrêmes. « Il faut aimer sans adorer, donner sans s’adonner. Compassion n’est pas passion » prêche-t-il au quotidien.  

 

Après un long périple, le Bouddha obéit à une force  impérieuse qui le guide vers Kapilavastu, son village natal. Il entre en nécessiteux au Palais où il revoit son père. Au roi bouleversé de le voir dans ce dénuement, il rappelle que les rois et mendiants, finalement, vivent d’aumônes.  Il retrouve  sa femme et son fils qui rejoignent sa sangha ( communauté spirituelle). 

 

Lorsque le Bouddha atteint ses quatre vingts ans, il gagne à pied le village de Kuschninagar, à 150km du palais, suivi par ses fidèles. Il s’allonge dans un bosquet sur le côté droit, près d’une fleur de lotus. A son cercle affectueux, il dit en souriant : « Je suis un vieux char dont les roues ne tournent plus ! Toute création décline et périt. Tout est provisoire. Que chacun de vous œuvre à sa libération ! ». Le Bouddha meurt après ce dernier mot. Un stupa dit « Ramabhar » (monument funéraire), érigé sur les lieux même où il a été incinéré, attire toujours 2500 ans après sa mort, dévôts et touristes du monde entier.

 

 

Le bouddhisme aujourd’hui

 

La  première question que se pose souvent les occidentaux  sur le bouddhisme, est de savoir s’il est une religion ou une philosophie.  Avec une vision contemporaine, il peut être répondu que le bouddhisme est à la fois religion et philosophie.

 

-Religion (de religare, relier et releggere, relever, relire et rassembler) parce que le bouddhisme, inspiré par Bouddha Gautama est en soi une réforme du Brahmanisme (Brahma étant le premier dieu – premier créé et créateur de toutes choses – du panthéon hindou, avec Visnu le second et Siva le troisième). 

 

- Philosophie, parce que pour les bouddhistes (en réaction contre la culture brahmanique) il n’y a ni Dieu créateur, ni créatures de Dieu. Ils ne sont pas préoccupés par ces questions métaphysiques. Pour eux, Il y a d’abord et avant tout, comme pour le Bouddha, le constat de la souffrance humaine. Et la force de ce Bouddha (receveur de l’illumination) est d’avoir trouvé le moyen de supprimer cette souffrance.

 

 Sa philosophie commence avec les « 4 nobles vérités » :

 

- La vie est souffrance.

- Il y a une cause à cette souffrance et cette cause est le désir

- Il y a un moyen de supprimer ce désir et donc la souffrance

- Ce moyen est le noble chemin octuple qui impose le respect de la justesse (3 conduites éthiques : parole, action et moyen d’existence justes – 3 disciplines mentales : effort, attention et concentration justes – 2 formes de sagesse : compréhension et pensée justes).

 

De la sorte, religion et philosophie bouddhistes sont devenues une tradition, au sens où ces conduites, disciplines et sagesse sont transmissibles (par les moines bouddhistes, adhérents aux différents courants qui se sont formés, le bouddhisme tibétain étant le plus répandu en Occident).

 

Deux notions-clés sont à retenir d’entrée pour pénétrer la philosophie bouddhique (citées plus haut et rappelées ici, sommairement) :

 

- Le samsara qui postule que tous les êtres vivants (y compris les dieux brahmaniques) sont engagés dans un cycle permanent de naissances et de morts. Il s’agit, nous venons de le voir, de sortir de ce cycle.

- Le karma qui est l’acte et ses conséquences. Il convient d’évaluer nos réalisations, positives et négatives.

 

Samsara et karma donnent à eux-seuls une définition récapitulative du Bouddhisme : il est une double croyance métaphysique  (avec ses pratiques). Croyance en la renaissance, croyance aux effets « immatériels » des actes humains.

 

Il faut reconnaître que l’acceptation des « 4 vérités » précitées n’est pas facile pour l’homme (notamment occidental) très attaché à la recherche du bonheur, aussi fragile soit-il. La « vie bouddhique » est donc un combat permanent pour se libérer du samsara par les actes appropriés que sont les bons karmas.

 

A noter que la suppression du désir n’est pas du tout une option occidentale! Le désir, tendance vers un objet, tel que l’indiquent nos dictionnaires est aussi, rappelons-le, défini comme la libido ou énergie vitale, ne se limitant pas au désir sexuel. Vécu comme « moteur de l’individu » il constitue le socle même de la psychanalyse, que l’on retrouve dans ses extensions et dans toutes les sciences humaines. 

 

Comparaison Franc-maçonnerie / Bouddhisme

 

Il est souvent dit que Franc-maçonnerie et Bouddhisme sont deux « méthodes de pensée » très voisines ou qui se complètent.  Or, un rapprochement de leurs principes de base montre qu’elles peuvent  au contraire être  très éloignées dans leur pratique, sinon parfois se trouver antagonistes!

 

 A preuve,  dix différences principales, après comparaison :

 

1)-  La Franc-maçonnerie a pour objectif  l’amélioration des hommes  par la connaissance et l’épanouissement de leur Moi.

  – La doctrine bouddhiste vise à la négation du Moi jugé insatiable ( les adeptes sont ainsi amenés à la perte de leur ego et de l’usage du « je »)

 

2)- La Franc-maçonnerie prône l’amour universel entre les êtres humains.

   - Le Bouddhisme proscrit l’amour et tout attachement (causes de souffrance) au profit de la compassion désintéressée.

 

3) – La Franc-maçonnerie encourage  la réalisation de soi et   l’aspiration à des idéaux.

    -Les pratiques bouddhistes conduisent à l’extinction de toute forme de désir (générateur de souffrance)

 

4) – La Franc-maçonnerie entretient la notion de sacré

   - Le Bouddhisme prescrit le sacrifice ( abstinences diverses)

 

5) – La Franc-maçonnerie enseigne le doute

   - Le Bouddhisme ne connaît pas le doute, mais la certitude dans les conduites qu’il recommande.

 

6) – Les francs-maçons de rites déistes croient en un principe créateur ou une révélation.

   - Les bouddhistes n’ont pas la foi en un Dieu. Ils font confiance au Bouddha et à ses qualités qu’il s’agit d’acquérir pour devenir eux-mêmes « bouddhas » (conduite pure)

 

7) – Les francs-maçons « renaissent » par l’initiation et cherchent à se libérer de leurs « mauvais compagnons » (fanatisme, ignorance, ambition démesurée)

   - Les bouddhistes souhaitent eux, se libérer de leur samsara (cycle incessant vie/mort) pour éviter de renaître dans un être malfaisant.

 

 8) -La Franc-maçonnerie invite ses membres à l’introspection (observation de la conscience par elle-même : Précepte de Socrate « Connais-toi même » )

    -Le Bouddhisme recommande à ses adeptes la méditation (longue et profonde réflexion sur un sujet) 

 

9) – La Franc-maçonnerie montre un attachement à la conservation des traditions (biblique, compagnonnique, templière, alchimique, etc)

    – Le Bouddhisme constate l’impermanence des choses (anytia) et entraîne ses fidèles au détachement dans ce monde éphémère.

 

10) – La Franc-maçonnerie croit à la perfectibilité de l’homme et à son bonheur possible dans la fraternité.

      – Le Bouddhisme juge illusoire tout effort pour atteindre le bonheur et croit à  l’imperfection de toute existence. Tout est donc souffrance pour l’homme : il ne peut s’y soustraire que par sa libération absolue (nirvana) de tous ses facteurs contraignants (extinction de la « soif des plaisirs » par renoncement). 

 

S’il convient vraiment de trouver une similitude en Franc-maçonnerie et Bouddhisme, on peut certes dire que ces deux Traditions se rejoignent en tant que « disciplines mentales » et qu’elles aspirent à conduire l’homme sur la voie de la liberté et de la sagesse. Mais pas par les mêmes chemins !

       

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 Sources d’informations sur le Bouddhisme :

- Comprendre le Bouddhisme – Denis Gerra et Equipe de recherches URA D 1069 (Etudes japonaises)

du CNRS – Editions du Centurion -

- le Bouddhisme, école de sagesse – Bernard Beaudoin – Editions de Vecchi

 

SOURCE :    par Gilbert GARIBAL, pour le Tablier-info

https://www.letablier-info.fr/bouddhisme-et-franc-ma%C3%A7onnerie                                                        

Franc-Maçonnerie et religion 13 mars, 2022

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Franc-Maçonnerie et religion

 
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Retracer les relations entre Franc-Maçonnerie et religion signifie en très grande partie présenter les rapports conflictuels qui, depuis la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, avec la fondation de la Grande Loge de Londres, ont marqué la relation de la Franc-Maçonnerie avec les Eglises chrétiennes, l’Eglise catholique en premier lieu, mais aussi l’Eglise orthodoxe, certaines Eglises protestantes et, plus récemment, même l’Eglise anglicane. On ne traitera ici que des rapports entre Franc-Maçonnerie et Eglises catholique et anglicane, qui historiquement sont les plus importants.

La Franc-Maçonnerie opérative du Moyen Age était imprégnée de catholicisme et restait sous le contrôle de l’Eglise, la fête de Saint-Jean voyait les maçons assister ensemble à la messe du patron de leur corporation et les religieux de tous ordres étaient très présents parmi eux. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, même sur le continent, même en France, plusieurs ecclésiastiques, des évêques même, étaient membres éminents de Loges maçonniques sans que cela ne leur pose aucun problème.

Avec la fondation de la Grande Loge de Londres la donne a changé et la Franc-Maçonnerie est devenue, ou elle a été perçue comme si elle était, un agent de l’anglicanisme. Grands voyageurs, les Anglais ont ouvert des Loges partout où ils allaient, même à Rome, ville dont le pape était à l’époque le souverain temporel, en même temps qu’il était le chef spirituel de l’Eglise catholique.

Cette situation nouvelle ne pouvait pas le laisser indifférent. Ainsi le 28 avril 1738 le pape Clément XII fulmine contre la Franc-Maçonnerie la Bulle In Eminenti apostolatus specula, condamnant à l’excommunication majeure les catholiques qui adhèrent ou favorisent la Franc-Maçonnerie.

Les raisons de cette condamnation étaient les suivantes :

les Francs-Maçons sont « fortement suspects d’hérésie », en raison du secret maçonnique et du serment qu’ils prêtent sur la Bible car, je cite « si les Francs-Maçons ne faisaient pas le mal, ils n’auraient pas cette haine de la lumière ». A ce motif principal, la Bulle In Eminenti en ajoute un autre ainsi rédigé : « et pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus ». La formulation très peu explicite de ce second motif a donné lieu a plusieurs spéculations, il semblerait aujourd’hui –sur la base de recherches faites dans les archives du Vatican- qu’il s’agisse là d’un critère civil, toute association non officiellement autorisée étant considérée, selon le droit canon de l’époque, comme subversive pour l’État. Il y aurait donc une double raison à cette première condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, premièrement religieuse, secondairement civile.

Cette condamnation de la Franc-Maçonnerie fut renouvelée, avec les mêmes raisons, par le pape Benoit XIV en 1751.
L’application de ces condamnations a varié selon les États et leur religion. La première Bulle fut appliquée immédiatement, bien entendu, dans les État de l’Eglise, mais aussi à Venise, en Sardaigne, en Pologne, en Espagne et au Portugal, tous des pays catholiques. En France, pays catholique mais toujours très soucieux de préserver les droits de l’État face à l’Eglise, aucune des Bulles du XVIIIe siècle ne fut appliquée, car elles ne furent pas enregistrées par le Parlement de Paris, ce qui était nécessaire et indispensable pour qu’elles puissent être exécutées, en vertu du principe qu’une loi non promulguée n’est pas contraignante, or une loi non enregistrée par le Parlement de Paris était considérée comme non promulguée.

Ce n’est qu’après la révolution française, à la suite du concordat de 1801 entre l’Empire napoléonien et l’Eglise catholique que les Bulles pontificales devinrent automatiquement applicables aux catholiques en France, sans besoin d’être enregistrées au préalable par le pouvoir civil français.

Par ailleurs, la condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique fut confirmée en 1865 par le pape Pie IX et en 1884 le pape Léon XIII étoffa l’argumentaire théologique de ses prédécesseurs, en condamnant la tolérance dont la Franc-Maçonnerie faisait preuve en admettant dans ses Loges des principes et des personnes contraires aux dogmes de la foi catholique :

« Pour eux (les Francs-Maçons), en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n’y a ni dogme religieux ni vérité […] De plus, en ouvrant leurs rangs à des adeptes qui viennent à eux des religions les plus diverses, ils deviennent plus capables d’accréditer la grande erreur des temps présents, laquelle consiste à reléguer au rang des choses indifférentes le souci de la religion et à mettre sur le pied de l’égalité toutes les formes religieuses, alors que la religion catholique est la seule véritable. »

On ne pouvait pas être plus clair.

Cela étant bien entendu valable là ou le catholicisme était la religion d’État, ou dominante.

En Angleterre, mettant fin aux luttes qui avaient opposé les Grandes Loges dites des Anciens et des Modernes, la Grande Loge Unie d’Angleterre venait de se constituer en 1813. Le duc de Sussex en était le Grand Maître, le prince de Galles (le futur roi Edouard VII) allait le devenir à son tour en 1875. La Franc-Maçonnerie allait ainsi devenir une institution D’État, au même titre que l’Eglise anglicane, dont le primat, l’archevêque de Canterbury, nommé par le roi, serait un jour aussi un frère.

Cette différence importante entre les îles britanniques et le continent européen explique l’évolution très différente de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche, vers un anticléricalisme de plus en plus marqué, un agnosticisme et même un athéisme affiché sur le Continent, en opposition aux excommunications successives de l’Eglise catholique ; vers un conservatisme politique et religieux en Angleterre, en symbiose avec les autorités civiles et religieuses de l’« establishment », dont la Franc-Maçonnerie était devenue un des piliers les plus solides.

Après la première guerre mondiale, le nouveau code de droit canon promulgué en 1917 par le pape Bénoît XV avait un peu nuancé la position de rejet de la Franc-Maçonnerie par l’Eglise catholique, son article 2335 n’interdisant plus aux fidèles sous peine d’excommunication que l’adhésion « à une secte maçonnique ou autre se livrant à des machinations contre l’Eglise ou les pouvoirs civiles légitimes. » On pouvait en déduire, et d’aucuns l’ont fait, qu’on avait le droit d’adhérer à des Loges ne conspirant pas contre l’Eglise ou l’État, mais cette interprétation était –me semble-t-il– tirée par les cheveux. En réalité, même si la formulation avait quelque peu changé, le fonds restait le même et pour l’Eglise toute « secte maçonnique » (il faut souligner l’emploi du mot péjoratif « secte » pour désigner la Franc-Maçonnerie, courant en Italie dans les milieux catholiques intégristes) restait opposée à l’Eglise et donc sujette à l’excommunication.

En Angleterre, encore en 1935, appartenaient à la Grande Loge Unie d’Angleterre les trois fils du roi : le prince de Galles, qui était Grand Maître Provincial du Surrey, le duc de York, Grand Maître Provincial du Middlesex et le duc de Kent, Premier Grand Surveillant. En étaient aussi membres le gendre du roi le comte de Harwood, Grand Maître Provincial du West Yorkshire, son oncle le duc de Connaught, Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et son fils le prince Arthur, Grand Maître Provincial du Berkshire. Il y avait aussi de nombreux Franc-Maçons parmi le clergé de l’Eglise anglicane. [1]

Cette différence entre l’Angleterre et les pays du continent européen allait continuer de marquer l’évolution de la Franc-Maçonnerie des deux côtés de la Manche pendant les années suivantes et jusqu’à aujourd’hui.

Avec le Concile Vatican II il a semblé se faire une ouverture de la part de l’Eglise catholique vers ces Franc-Maçons « qui croient en Dieu », ce qui paradoxalement signifie ceux qui appartiennent à la Grande Loge Unie d’Angleterre, donc des anglicans dans leur écrasante majorité, tous les autres restant toujours sujets à l’excommunication majeure.

En 1983 le pape Jean-Paul II publiait un nouveau code de droit canon, qui ne cite plus explicitement la Franc-Maçonnerie. Il semblait donc que celle-ci tombait dès lors sous le droit commun des associations, qui prévoit d’après l’article 1374 qu’« est puni d’une juste peine celui qui adhère à une association conspirant contre l’Eglise. »

Un certain nombre de Frères éminents du Continent (appartenant pour leur grande majorité à la Grande Loge Nationale Française) en ont immédiatement déduit que l’Eglise permettait à des catholiques l’appartenance à des Loges relevant de Grandes Loges dites régulières, reconnues donc par la Grande Loge Unie d’Angleterre, dont la leur.

Mais le 26 novembre 1983 la Congrégation romaine de la doctrine de la foi (ex Saint-Office) publiait une note explicative, approuvée par le pape, disant explicitement que :
« Le jugement négatif de l’Eglise vis-à-vis de la Maçonnerie reste le même, puisque les principes de celle-ci ont toujours été jugés inconciliables avec les doctrines de l’Eglise. Les fidèles qui en font partie sont en état de péché grave et ne peuvent pas recevoir l’eucharistie. […] Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas compétence pour se prononcer sur la nature des associations maçonniques par un jugement qui impliquerait une dérogation à cette déclaration. »
Encore une fois, on ne pouvait pas être plus clair et la dernière phrase citée coupait l’herbe sous les pieds à ces évêques allemands qui auraient voulu reconnaître comme compatible avec l’appartenance à l’Eglise catholique la fréquentation de Loges dites régulières et demandant explicitement à leurs membres la croyance en un GADL’U conçu comme un Dieu créateur et personnel.

Afin de clarifier sa position, dans une déclaration publique datant de 1985, la Grande Loge Unie d’Angleterre a publié ce qui suit au sujet des rapports entre Franc-Maçonnerie et religion :

1) La Franc-Maçonnerie n’est pas une religion, ni le substitut d’une religion. Elle demande à ses membres la croyance pleine et sincère en l’existence d’un Être Suprême, mais ne fournit aucune doctrine de foi qui lui soit propre.

2) La Franc-Maçonnerie est ouverte aux hommes appartenant à toutes les confessions religieuses. Pendant les réunions toute discussion de caractère théologique est interdite.

3) Il n’y a pas un dieu maçonnique : le dieu d’un Franc-Maçon est celui de la religion qu’il professe.

4) Les Franc-Maçons se réunissent dans le respect commun de l’Etre Suprême, qui reste suprême dans leurs confessions religieuses respectives.

5) La Franc-Maçonnerie n’essaie en aucune façon de fondre ensemble les religions existantes. Il n’y a donc aucun dieu maçonnique composite.

6) La Franc-Maçonnerie n’a aucun des éléments fondamentaux d’une religion, et notamment :

a) elle n’a aucune doctrine théologique et, en interdisant toute discussion religieuse pendant ses réunions, elle ne permet pas la naissance d’une doctrine théologique maçonnique.

b) elle n’offre aucun sacrement ni n’exerce aucun culte.

c) elle ne prétend pas conduire au salut par des œuvres ou des connaissances secrètes, ou par n’importe quel autre moyen. Les éléments réservés de la Franc-Maçonnerie concernent les signes de reconnaissance ainsi que les règles de l’art de la construction, transférés sur un plan symbolique, métaphorique et moral, et donc n’ayant aucun rapport avec le salut et l’eschatologie.

7) La Franc-Maçonnerie soutient la religion et ne lui est pas indifférente. Elle demande à tous ses membres de suivre chacun sa propre foi et de mettre ses devoirs envers dieu (quel que soit le nom par lequel il l’appelle) au-dessus de tous les autres. Les enseignements moraux de la Franc-Maçonnerie peuvent être acceptés par toutes les religions, elle soutient donc la religion.

Il est clair d’après ces lignes que, même si les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion », elle ne peut pas être jugée comme compatible avec le catholicisme par l’Eglise, qui par la voix de l’Osservatore Romano du 23 février 1985 publiait le commentaire suivant :

« Il n’est pas possible pour un catholique de vivre sa relation avec Dieu en la partageant en deux modalités : l’une humanitaire, qui serait supraconfessionnelle et une, personnelle et intérieure, qui serait chrétienne. […] Le climat de secret, qui règne dans les loges, comporte en outre le risque pour les inscrits de devenir les instruments d’une stratégie qu’ils ignorent. »

Les deux arguments de la Bulle In Eminenti de 1738 sont donc toujours valables : le secret et l’hérésie, présentée sous la forme plus moderne de la supraconfessionalité, inadmissible pour une Eglise qui prétend être la seule détentrice de l’unique Vérité.

Paradoxalement, au moment même où les Francs-Maçons anglais prétendent que la Franc-Maçonnerie « soutient la religion et ne lui est pas indifférente », l’Eglise anglicane a rejoint les rangs de l’Eglise catholique et l’archevêque de Canterbury, le Dr. Rowan Williams, s’est ouvertement opposé à la Franc-Maçonnerie.

Dans deux articles publiés par le journal Independent du vendredi 15 novembre 2002, le nouvel archevêque a donné son opinion sur la Franc-Maçonnerie : il a soutenu qu’elle pourrait avoir une base satanique et il s’est dit opposé à la promotion à des postes de responsabilité dans l’Eglise anglicane de tout ecclésiastique qui serait en même temps Francs-Maçons.

Dans une interview radiophonique donnée le même jour, le Grand Secrétaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre a fait remarquer qu’il était regrettable que le nouvel archevêque ait fait ces déclarations infondées sans avoir essayé d’en discuter au préalable avec les autorités de la Grande Loge, il a rappelé ensuite que la Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète, ainsi qu’il a été reconnu par un jugement de la Cour européenne des Droits de l’Homme du mois de juillet 2001, il a souligné qu’il est complètement contraire à la vérité de prétendre que la Franc-Maçonnerie pourrait avoir une base satanique et que la publication dans un journal de cette affirmation infondée pourrait causer une grande détresse à plusieurs anglicans qui sont Francs-Maçons et pour leurs familles, il a pour finir fait remarquer que l’intention de l’archevêque de vouloir discriminer les ecclésiastiques qui appartiennent en même temps à la Franc-Maçonnerie est contraire aux Droits de l’Homme et à la loi, et donc illégale.

Il est intéressant de remarquer que l’Eglise anglicane vient d’admettre récemment les femmes à la prêtrise et que son archevêque a officiellement déclaré qu’il est favorable à l’ordination de personnes se déclarant ouvertement homosexuelles, il n’y a apparemment donc plus que les Francs-Maçons qui lui posent problème.
On voit que même en Angleterre, sa patrie d’origine, la compatibilité entre la Franc-Maçonnerie spéculative et la religion chrétienne est aujourd’hui remise en cause.

Fabrizio Frigerio Ve Ordre, Grade 9
Suprême Commandeur du Sublime Conseil du Grand Chapitre Général Mixte de Belgique,
Membre honoraire du Grand Chapitre des Chevaliers Rose-Croix du Portugal,
Membre de l’Académie Internationale du Ve Ordre – UMURM.

[1] L’Eglise anglicane n’a commencé à mettre en discussion l’appartenance de son clergé à la Franc-Maçonnerie qu’en 1952, cf. Neville B. Cryer, « La Franc-Maçonnerie anglaise », in : Maçonnerie, maçonneries, éd. par Jacques Marx, Bruxelles, 1990, p. 101-123.

SOURCE : https://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.com/?m=1

cloche bouddhique 30 janvier, 2022

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cloche bouddhique

cloche bouddhique dans Recherches & Reflexions

Par La Rédaction
6 janvier 2022

 

La cloche dans la pagode aux iles Spartleys (Trường Sa) Vietnam
La cloche dans la pagode aux iles Spartleys (Trường Sa) Vietnam

Par Trần Thu Dung

Dans les loges maçonniques, le fil à plomb est suspendu au plafond du temple, appelé « la voûte céleste » ou « la voûte étoilée » par les maçons et qui représente l’Univers. Le Fil à plomb est donc un outil symbolique qui relie la terre et le ciel, le connu et l’inconnu, la réalité et la transcendance.  Il est situé au centre de la loge et s’impose à tous les regards en permanence.

On utilise le fil à plomb pour mesurer la profondeur des puits. Certaines pratiques attribuent à ce pendule la capacité de déceler les radiations du sous-sol. Son équivalent maçonnique, le fil à plomb ou la perpendiculaire symbolise la recherche de la profondeur de la connaissance de soi-même et sa rectitude que l’on appelle introspection en psychanalyse. La perpendiculaire est l’attribut du Second Surveillant qui veille sur les Apprentis. Le fil à plomb est brodé sur le sautoir du Second Surveillant. La perpendiculaire oblige l’esprit à monter et à descendre : c’est ainsi que l’apprenti franc-maçon découvre ses erreurs, ses défauts et qu’il peut travailler à les corriger.

Le fil à plomb de la loge maçonnique nous intrigue et ressemble au battant de la cloche dans les pagodes asiatiques. Quand la boule de plomb est immobile, elle indique la perpendiculaire. Lorsque le fil à plomb est mis en mouvement, il oscille et devient alors le battant d’une cloche ou le balancier d’une horloge, qui sert à mesurer le temps. La cloche est un symbole quasiment universel que l’on trouve partout et dans toutes les cultures, dans la vie religieuse comme dans la vie profane.

La cloche est par ailleurs une des représentations de la « sagesse ». Faire sonner la cloche est une méthode permettant d’évoquer la Sagesse et la compassion. On la trouve suspendue dans les temples, les grottes, les pagodes et les sanctuaires. Les cloches et les gongs sont également les symboles de l’autorité spirituelle des divinités pacifiques.

En Asie on associe le son de la cloche au bruit du tonnerre et au battement du tambour. Le son de la cloche y est une musique princière qui symbolise l’harmonie universelle. Les clochettes suspendues en haut des pagodes sont chargées de répandre la sagesse de la loi bouddhique. Elles ont un pouvoir universel d’exorcisme et de purification : Elles éloignent les influences mauvaises ou avertissent de leur approche par la perception du son. Elles symbolisent l’ouïe et ce qu’elle perçoit, c’est-à-dire le son, reflet de la vibration primordiale.

pagode-Truc-Lam-a-Villebon-sur-Yvette dans Recherches & Reflexions
La cloche de la pagode Trúc Lâm à Villebon sur Yvette (France)

La sonnerie de la cloche est un signal d’éveil. Quand le battant se stabilise puis s’immobilise, le bruit s’éteint, tout redevient silencieux. La méditation commence. L’individu se livre à la réflexion sur lui-même, se concentre méditer car le silence appelle à la méditation. Comme l’horloge sonne le réveil, la sonnerie de la cloche est elle aussi un réveil qui ressemble aux trois coups des maillets maçonniques. La méditation ou le travail alternent.

La sonnerie de la cloche appelle les esprits à la prière. Les cloches, comme les autres instruments à percussions tels que les gongs, les carillons symbolisent la chance et la spiritualité dans toute l’Asie. Les sons produits par ces instruments ont la capacité de transformer tout ce qui est, et ouvrent des perspectives lumineuses. Partout, dans les pagodes et les temples, tintent des cloches qui sont censées attirer les esprits pacifiques tout en les protégeant contre les forces du mal. Les bouddhistes servent toujours les cloches et les gongs dans leurs rituels et pratiques sacrées.

Les sons produits par les cloches ont le pouvoir de dissiper les illusions qui éveillent des désirs et des attentes irréalistes qui causent des souffrances dans la vie. C’est pourquoi, avant la méditation, le bonze (ou la bonzesse) agite la clochette avant de procéder à la lecture des prières. La répétition des prières comme lors du début d’une tenue maçonnique, les premières paroles du Vénérable Maître, celles de l’Orateur et des surveillants symbolise l’ouverture d’une autre étape qui est le travail en franc-maçonnerie, ou la méditation dans le bouddhisme. Pour le franc-maçon, le travail est aussi une sorte de méditation. La présentation des planches, par les frères et les sœurs, complète les connaissances, aide à mieux comprendre le monde ainsi que le font les bonzes dans la pratique de leur foi.

Le fil à plomb en franc-maçonnerie est donc un instrument symbolique tout comme la cloche dans la spiritualité orientale.

C’est l’outil d’une technique de travail et d’analyse, un enseignement du respect de l’autre et de ses différences, la pratique d’une recherche permanente sur soi-même et sur les autres. La méditation nous invite à comprendre et à vivre dans un monde en perpétuel devenir où connaître le lendemain est illusoire, où rien n’est jamais acquis, pas même l’amour, pas même la connaissance. Donc zen, méditation, se rejoignent comme en franc -maçonnerie. L’idéal de perfection, l’effort sur soi, ou l’envie de s’élever, sont symbolisés par le Zen en Asie dans la mesure où l’on cherche à réfléchir afin de se perfectionner même lorsque la cloche redevient silencieuse. On mesure ainsi en soi-même la profondeur de son âme. La lecture des prières et la méditation silencieuse bouddhique aident à l’apprentissage de la patience et à l’amélioration du savoir et du comportement de chacun vis-à-vis des autres. La recherche du perfectionnement de soi est semblable aussi bien dans la franc -maçonnerie que dans le bouddhisme. Tous deux ont le même but, à savoir les bienfaits résultant de la fraternité et de l’harmonie universelle.

Tout cela me rappelle mes lectures de jeunesse. Pour intituler son célèbre roman « Pour qui sonne le glas », Ernest Hemingway s’est inspiré d’une pensée de John Donne « Nul homme n’est une île complète en soi-même ; chaque homme est un morceau de continent, une partie du Tout… La mort d’un homme me diminue moi aussi, parce que je suis lié à l’espèce humaine. Et par conséquent n’envoie pas demander pour qui sonne le glas. Il sonne pour toi. »

Le fil à plomb maçonnique et la cloche bouddhiste nous a fait également penser au personnage d’Andersen. « Le stoïque soldat de plomb » qui n’a pas peur, malgré les menaces de l’intégriste et qui reste toujours debout, même s’il n’a qu’une jambe, et qui regarde la belle danseuse qu’il aime et adore. La belle danseuse est un symbole de la beauté et de perfection. Ce conte a fasciné le monde enfantin. Les bouddhistes et les francs-maçons sont des enfants qui se trouvent au milieu de la nature immense.

Les enfants découvrent sans cesse la beauté de la nature par l’observation, par l’amour de l’univers en méditation et par la patience et le réveil. Aimer l’univers, le construire ensemble sont les devoirs de chaque être humain. Donc lorsque l’on voit le fil à plomb maçonnique et la cloche de la pagode on a pense à ce soldat courageux, amoureux de la beauté et du perfectionnement. L’homme est peut-être imparfait comme le soldat de plomb.

On ne peut pas choisir son lieu de naissance ni ses parents. Tout le monde veut que les bébés soient parfaits. Selon le bouddhisme, il faut se perfectionner sans cesse, accepter ce que l’on en a, et faire des efforts pour surmonter les difficultés. Ce sont des épreuves, des étapes différentes sur le chemin de la perfection.  On a besoin d’un réveil. La sonnerie de cloche est un réveil. « Le stoïque soldat de plomb » est à l’image d’un vrai militaire qui avec sa belle idéologie lutte sans cesse pour défendre la merveille du monde comme le devoir des Franc- maçons et ceux des bouddhistes. Le fil à plomb dans le temple maçonnique et la sonnerie de la cloche dans la pagode rappellent qu’il faut toujours réfléchir sur soi-même pour se perfectionner et atteindre les trois principes :

la vérité, la beauté, le parfait.

Trần Thu Dung

SOURCE : https://450.fm/2022/01/06/le-fil-a-plomb-en-maconnerie-et-la-cloche-bouddhique/

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Le Savoir n’est pas la Connaissance, par Jean-Pierre Bayard. PVI N°16 12 décembre, 2021

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Le Savoir n’est pas la Connaissance, par Jean-Pierre Bayard. PVI N°16

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 19 Juillet 2020, 23:14pm

Catégories : #FrancMaçonnerie, #GLDF, #PVI, #Revue, #Savoir, #Connaissance

Jean-Pierre Bayard, célèbre écrivain et membre de la Grande Loge de France est interrogé dans le N° 16 de Points de Vue Initiatiques de novembre 1974.

Voici le texte de son interview : 

La Grande Loge de France vous parle… 

LE SAVOIR N’EST PAS LA CONNAISSANCE

 

Le Savoir n'est pas la Connaissance, par Jean-Pierre Bayard. PVI N°16 dans Recherches & Reflexions
Jean-Pierre Bayard

Jean-Pierre BAYARD, nous sommes heureux de vous accueillir, car nous vous  considérons  comme  un  écrivain   spiritualiste,  recherchant   le   symbolisme et illustrant par-là la pensée maçonnique. Nous voudrions ainsi parler de votre recherche ; avez-vous écrit de nombreux ouvrages ?

 

 

JPB : – J’en ai publié une quinzaine, sans compter ceux en chantier.

- Y a-t-il longtemps que vous  écrivez  et  votre  pensée  s’est-elle  trans­formée ?

JPB : – Vers l’âge de 14 ou  15  ans  j’ai  voulu  écrire  ;  j’ai  alors  fréquenté Pierre Mac ORLAN et des artistes-peintres.  Cependant  j’ai  dû  faire  mes  études tournées vers les mathématiques,  vers  les  sciences  appliquées  ; malgré  la  discipline  des  intégrales  et  du  calcul  différentiel  j’ai  collaboré   à de nombreuses revues littéraires, poétiques, artistiques ; j’ai  eu  la  joie  de publier mes premiers articles aux Nouvelles Littéraires, d’assurer  des  posts dans divers grands journaux ou revues littéraires, de côtoyer  ainsi  de  nom­breux écrivains et artistes qui m’ont éduqué.

- Étiez-vous attiré par le symbolisme ?

JPB : – Sans doute, mais sans que Je le  sache  exactement.  J’ai  retrouvé  des notes  écrites  en  1940,  à  l’âge   de  20  ans,  sur   la  Franc-Maçonnerie  et   déjà  j’y  conservais  ce  qui  me   paraissait   essentiel,   c’est-à-dire   l’esprit   initiatique, les  rituels.  Puis  j’ai  été  attiré  vers  les  légendes,   le   folklore,   le   comporte­ ment de la pensée humaine.  Je  suis  venu  ainsi  à  la  profonde  recherche spirituelle  de  l’homme  et  petit  à   petit   j’ai   découvert   cet   esprit   initiatique. C’est sans doute en  écrivant  )’Histoire  des  Légendes  que  j’ai  mieux  perçu grâce à René Guénon cette chaîne initiatique ,  principalement  à  partir  de  la  queste du Graal. J’ai également étudié les contes  de  Perrault  en  fonction  d’un rituel d’initiation, tout en rattachant l’ensemble à la culture celtique.

- Vous vous êtes aussi Intéressé aux éléments, et vous avez écrit une véritable somme sur le Feu, sur son symbolisme.

JPB : – Effectivement j’ai cherché la signification et le rôle  du Feu  en prenant mes exemples dans toutes les civilisations , dans les traditions  religieuses  et dans les diverses formes de  la Sagesse. Le  Feu  anime,  vivifie, spiritualise  et en ce sens il reste le thème initiatique par excellence, puisque la Lumière spirituelle est – l’émanation du Feu. Mais j’ai aussi proposé  aux  lecteurs  la chaleur magique, les différentes eaux de feu, la combustion dans notre corps  avec son énergie génératrice ; au XII’ paragraphe j’ai étudié le feu  des Kabbalistes après avoir évoqué l’esprit des alchimistes.

- Votre livre est fort complet, et l’on a parlé d’une grande érudition.

JPB : – Pour étayer mes thèses j’ai dû effectivement confronter  des  textes, choisir parmi les exemples et donner des références  à ce que  j’avançais. Mais en réalité toute cette analyse minutieuse  ne  sert  qu’à  une  synthèse  par laquelle je veux faire ressortir les grands  thèmes  initiatiques,  retrouver  la pensée créatrice ; le mythe du Phénix, les thèmes de rajeunissement et de résurrection, l’analyse  des voyages  en enfer  -  un enfer  où le  feu  brûle  mais ne consume pas, n’anéantit pas -, tous ces  thèmes  prouvent  que  pour  être initié Il faut pouvoir passer par le Feu.

- Vous avez fait  rééditer  votre  autre  ouvrage,  sorte  lui  aussi  de  clas­sique, sur les épreuves de la Terre, que vous avez nommé La Symbolique du Monde Souterrain.

JPB : – Oui là aussi à travers les Thèmes de la mythologie et des récits légendaires du sous-sol j’ai voulu interroger ces bouches  de  l’enfer, examiner ces grottes sacrées, ces labyrinthes où séjournent les Vierges Noires. Ces étranges Vierges, venues du druidisme, ont un reflet alchimique. Aussi nous abordons le thème de la descente de l’esprit dans  la matière, mais  également des rites de sépultures. J’ai évoqué  l’eau  rédemptrice,  les  puits,  les  racines, les  pierres,  allant  du  simple  caillou  aux  gemmes  étincelantes,  ces   rosées du ciel coagulées au sein de la Terre.

- Y avez-vous décrit des thèmes initiatiques ?

JPB : – Oui  ce  sont  les  couloirs  initiatiques,  les   chambres   secrètes   enterrées et  l’on  y  rencontre  aussi  bien  Thésée  tuant  le  Minotaure  dans   un  baptême   de sang, que le cabinet de réflexion de la Franc-Maçonnerie. J’ai dégagé le symbolisme du Tombeau de la Chrétienne, cet étonnant monument  situé  près d’Alger  et  sur  lequel  je  voudrais  consacrer  un   ouvrage.   Mais   j’ai   surtout voulu  montrer  la  puissance  de  toutes  ces  énergies  mystérieuses  et   aboutir ainsi à la compréhension de la réalisation spirituelle de notre être.

- Tous vos ouvrages, au style aisé, avec leurs tables,  leurs  bibliographies, leurs  index  sont  de  précieux  instruments  de  travail  qui  s’adressent non seulement aux  spécialistes  mais  aussi  à  tous  ceux  qui  s’intéressent  à  la recherche de la spiritualité. Avez-vous en vue d’autres  ouvrages  de  ce  genre car vous n’avez pas terminé le cycle des éléments ?

JPB : - Effectivement ce cycle n’est pas complet. Mais  j’ai  terminé  un impor­tant ouvrage sur Le Symbolisme Maçonnique. Cet ouvrage qui comporte deux gros volumes cherche à faire le point sur le symbolisme rencontré aux divers grades maçonniques. Mon étude reste basée sur les  33  degrés  du  Rite Écossais Ancien et Accepté mais j’ai donné des variantes concernant d’autres rites maçonniques.

- Vous vous êtes aussi intéressé au symbolisme d’autres cérémonies.

JPB : – Effectivement j’ai étudié le Symbolisme  du  sacre  des  Rois,  et  en dehors de la recherche historique, j’ai voulu montrer la signification du fait liturgique, découvrir l’origine magique de la royauté, la relation de l’homme avec le cosmos, la valeur de cette institution qui vise à restaurer le premier citoyen du monde dans son unité primordiale.

Dans le même esprit, mais me basant sur une recherche historique  plus poussée j’ai fait paraître un ouvrage intitulé Les  Frans-Juges  de  la  Sainte­ Vehme. J’ai cherché à rétablir la vérité sur  ce  tribunal  médiéval,  né  en Westphalie, sur lequel il fut écrit tant de drames romantiques.

J’ai eu à me pencher sur !’Ordre des Chevaliers Teutoniques et  des mouvements terroristes avant le Nazisme. En réalité ce livre  cerne  une  longue quête humaine, à la poursuite du Sacré et de l’indéfinissable.

- Parmi  les  organisations  qui  ont  précédé   la   Franc-Maçonnerie   vous avez aussi évoqué la Rose-Croix. Voulez-vous en parler ?

JPB : – Ce mouvement né en Allemagne  vers 1614  doit beaucoup  à  la  Réforme ; la rose sur la Croix, emblème de Luther, était  le  signe  de  la  rébellion  contre l’Eglise de Rome. Après l’évocation des premiers  manifestes  et  de  la  figure centrale d’Andreae j’ai commenté les autres mouvements nés au siècle  des Lumières.

- Faites-vous  un  rapprochement  entre  la  Fraternité   de  la  Rose-Croix   et la Franc-Maçonnerie ?

JPB : – Il est indéniable que dans ces deux Ordres nous trouvons des pensées communes. Les Rose-Croix peuvent apparaître comme  des  surhommes,  des grands initiés. Pour d’autres les Rose-Croix ne  sont  que  des  mystiques hallu­cinés et même parfois des charlatans qui profitent de la crédulité de  leurs semblables.  Nous  côtoyons  le  délire  dans  l’imaginaire,  ou  le  scepticisme   le plus navrant

- Le Rose-Croix a-t-il  réellement  existé  et  n’avons-nous  pas  uniquement une projection sublimée?

- En dehors des quelques hommes du XVIème siècle qui ont cherché l’illumination  afin  de  venir  à  une  vie  meilleure,  le  vocable   Rose-Croix   couvre un  ensemble  de  sociétés  secrètes  se  disant  héritières  d’une  antique  sagesse  et  formant  une  fraternité  secrète.  On  y  trouve  ainsi  l’influence  de   l’hermé­tisme égyptien, du gnosticisme, de la Kabbale, de l’alchimie,  de  l’ésotérisme chrétien,  tout  un  monde  gravitant   autour   de   l’illumination   et   communiquant par le symbolisme.

Toutes ces sociétés sont  l’émanation  de  la  vie  d’un  groupe  ;  ce  sont  des œuvres collectives et !’Esprit s’est ainsi  propagé,  marquant  d’autres sociétés et d’autres individus. Ce ferment spirituel se renouvelle à  chaque  époque et marque des êtres qui visent une perfectibilité.

Les Sociétés des Rose-Croix et  de  la  Franc-Maçonnerie  ont  puisé  aux mêmes sources car eux-mêmes sont d’essence spirituelle.

Grâce  à  cette  pensée  millénaire  on  authentifie  mieux  la  valeur   initiatique de la Franc-Maçonnerie.

- Pensez-vous que l’on ne puisse trouver l’amour fraternel, la charité, ou même la recherche d’une médecine universelle que dans  ces  confréries secrètes et bien mystérieuses ?

JPB : – Sans doute non, mais la Franc-Maçonnerie,  grâce  à  son  organisation rigide, à  ses  rituels  bien  établis,  a  le  mieux  conservé  cette  pensée  spirituelle qui marque une époque.

Pour ma part je pense que l’étude des sociétés secrètes devient une nécessité si l’on veut avoir une compréhension tant des faits  anciens  que de ceux des temps modernes, car une fraternité de pensée a toujours une répercussion sur le milieu  qui  l’environne.  L’acte  politique  n’est  sans  doute pas commandé par un initié, mais il est  motivé  par une  atmosphère  générale qui se ressent de l’influence de penseurs, de chercheurs,  d’humanismes. On  peut dire que les encyclopédistes ont été le levain de la  révolution  française, sans pour autant agir directement sur les événements politiques.

Tous les adhérents de  ces  sociétés  parviennent  ainsi  à  leur  vérité,  une vérité qu’ils se sont forgée, difficilement  explicable  aux  autres,  à  moins  que ceux-ci  reprennent  le  même  processus,  un  très  long  chemin  qui  après  bien  des détours les mettra alors dans la même compréhension.

L’inexprimable n’est pas l’incompréhensible ; la recherche de sa  signifi­cation permet à l’adepte de passer  d’un état  extérieur  à  un  état intérieur  qui  est le propre de l’initiation. La société secrète fait appel aux symboles qui suggèrent par une correspondance analogique. Mais ce qu’il faut  bien  sou­  ligner c’est que ces symboles se retrouvent partout,  aussi  bien  dans  les sociétés archaïques, que chez les  Mayas,  dans  la  société  égyptienne,  dans les mystères de Mithra ou d’Éleusis. Dans les Sociétés initiatiques du monde occidental, à notre  époque,  la Franc-Maçonnerie et  le Compagnonnage  grâce à leur cadre précis savent faire revivre ces légendes qu’ils insèrent dans leurs rituels. Je travaille actuellement sur un livre concernant le Compagnonnage.

Ce  que  je  tente  d’établir  c’est  une  liaison  entre   ce  Monde   de   l’extérieur et  celui  de  ces  sociétés,  où  les  membres  sont  imprégnés  même  à  leur  insu par un même symbolisme, par un même rituel.

- Mais être initié ne veut-il  pas  dire  qu’il  faut  assimiler  une  doctrine  ? Ne faut-il pas pratiquer des cérémonies, connaître un catéchisme,  savoir répondre à des questions?

JPB : – Sans  doute  mais  tout  cela  n’est   valable   que   si   l’on   enregistre   un réel effort intérieur,  un  travail  de  décantation. «  Nul  n’est  initié  que  par  lui­-même »  dit Villiers de l’Isle Adam dans son roman Axël.

- Si je vous comprends bien l’homme  doit  rechercher  en  lui-même  et pour bien sentir une chose l’homme doit déjà posséder  un  germe  de  cette chose ; ce que l’on comprend doit se développer en soi-même. Ainsi l’effort intellectuel ne nous intègre pas obligatoirement dans  la  Connaissance  ;  le Savoir n’est pas la Connaissance.

- Exactement.  li  faut  ressentir  profondément  ce  que  nous   cherchons   et ce que nous  portons  en  nous,  même  peut-être  obscurément.  La  pensée  reste un  miroir  psychique,  une  valeur  extérieure.  La  raison  laisse   apparaître   un fossé  entre  le  miroir  et  l’objet,  entre  le  sujet  et  l’objet   ;   l’association   des idées nous fait souvent peur car  nous  craignons  encore  notre  reflet.  L’intelligence  ne  fait   rien   ;   seul   l’esprit  permet   d’unir   l’ensemble   au   Tout.  Seule la Beauté,  moteur  de  l’Amour,  nous  met  sur  la  voie  directe.  Mais  la  Sagesse ne s’enseigne pas, la vérité ne se commente pas.

PVI N°16, 4ème trimestre 1974

Pour tout contact :  pvi.fb@gldf.org

 

 dans Recherches & Reflexions

 

Jean-Pierre Bayard est un docteur ès lettres, ingénieur et écrivain français, né le 7 février 1920 à Asnières et mort le 5 mars 2008 à Angers.

Dès ses 14 ans, il fréquente Pierre Mac Orlan et rencontre par la suite Georges Duhamel, des poètes comme Francis Carco ou Philippe Chabaneix. À partir de 1959, il préside le Cercle Scarron qui remettait un prix littéraire de l’humour, le Prix Scarron.

Il soutient une thèse en 1977 à l’université de Rennes sur le compagnonnage en France, dont il tire un ouvrage. L’historien François Icher, mentionne que malgré quelques réserves de Compagnons du Devoir du fait d’interprétations plus maçonniques que compagnonniques, cet ouvrage est devenu « un classique de la littérature compagnonnique ».

Il est l’auteur d’ouvrages sur l’ésotérisme, le rosicrucianisme, les sociétés secrètes, des symbolismes divers, l’esprit du compagnonnage et de l’aspect spirituel de la franc-maçonnerie.

Il est également directeur de collections d’ouvrages ésotériques (Dangles).

Initié à la Grande Loge de France en 1954, il est reçu 33ème (Rite écossais ancien et accepté) en 1980 et devient membre actif du Suprême Conseil de France. Il a entretenu de solides relations avec les principaux dirigeants de divers groupes maçonniques tels Jean Tourniac, Marius Lepage, Johannis Corneloup, Jean Baylot, Alec Mellor, Robert Ambelain, Paul Naudon, Philippe Encausse (fils de Papus). Il rencontre également souvent Mircea Eliade, Raymond Abellio ou Louis Pauwels.

Martiniste, il est initié par Robert Ambelain et Philippe Encausse.

 

Œuvres

Histoire des légendes, (PUF, Que sais-je, 1955, 3e éd. 1970)

Le feu, la symbolique (Flammarion, Coll. Symboles, 1958)

Le monde souterrain (Flammarion, Coll. Symboles, 1961)

Le sacre des rois (Édition de la Colombe, 1964)

Le symbolisme du caducée (Guy Trédaniel, Éditions de la Maisnie, 1964, 4e éd. 1990)

Les Francs-Juges de la Sainte-Vehme (Albin Michel, 1971 ; réédition : Dualpha, 2004)

La symbolique du feu (Payot, 1973 ; réédition : Trédaniel, 1990, Véga (16 mars 2009) (ISBN 978-2858295210))

La symbolique du monde souterrain et de la caverne (Payot, 1973, Véga (12 janvier 2009) (ISBN 978-2858295395))

Le symbolisme maçonnique traditionnel. Thesaurus Latomorum (Éditions du Prisme, 1974)

La symbolique de la Rose-Croix (Payot, 1975)

Les talismans (Tchou, 1976, Dangles, 1976, 1983, 1987, 1990…, 2011)

Le compagnonnage en France (Payot, 1977 – réédité en 1988, 1997)

Les pactes sataniques (Vernoy, 1980, Rééd. Dervy, 1994, 2002)

Le symbolisme maçonnique traditionnel (2 tomes) (Edimaf, 1981-1982, 1987)

Le diable dans l’art roman (Guy Trédaniel, 1982, 1996)

Les rites magiques de la royauté (avec Patrice de la Perrière) (Friant, 1982, Rééd. Bélisane, 1998)

L’occultisme (Éditions du Borrego, 1984)

Sacres et couronnements royaux (Guy Trédaniel, 1984)

La symbolique du cabinet de réflexion ou la lumière dans les ténèbres (Edimaf, 1984, Rééd. 1995, 2012)

La franc-maçonnerie (MA Éditions, 1986)

Les rose-croix (MA Éditions, 1986)

Guide des sociétés secrètes et des sectes (Philippe Lebaud, 1989, Rééd. Oxus, 2004)

La symbolique du monde souterrain et de la caverne (Trédaniel, 1990)

La spiritualité de la Rose-Croix. Histoire, traditions et valeur initiatique (Dangles, 1990 ; réédition : Dualpha, 2003)

La légende de saint Brendan, découvreur de l’Amérique. Légende du ixe siècle (Trédaniel, 1990)

Les origines compagnonniques de la franc-maçonnerie (avec Henri Gray) (Trédaniel, 1990)

Tradition et sciences secrètes (Soleil Natal, 1998, rééd. Dualpha, 2008)

Précis de franc-maçonnerie (Dervy, 1999)

La tradition cachée des cathédrales (Dangles, 1999, rééd. J’ai lu, Aventure Secrète, 2014)

L’Esprit du compagnonnage. Histoire, tradition, éthique et valeurs morales, actualités… (Dangles, 1994)

Plaidoyer pour Gilles de Rais, Maréchal de France, 1404-1440 (Soleil Natal, 1995 ; réédition : Dualpha, 2007)

La spiritualité de la Franc-Maçonnerie (Dangles, 1999)

La pratique du tarot. Symbolisme, tirages et interprétations (Dangles, 1999)

La grande encyclopédie maçonnique des symboles (Éditions Maçonniques de France, 2000)

Déesses mères et vierges noires (Éditions du Rocher, 2001)

La symbolique du Temple (Edimaf, 2001)

Symbolique du labyrinthe sur le thème de l’errance (Huitième jour, 2003)

Trente-trois – Histoire des degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté en France (Ivoire-Clair, 2004)

Papus : occultiste, ésotériste ou mage ? (Ediru, 2005)

Le Compagnonnage aujourd’hui (Dangles, 2005)

Credo Maçonnique (Dangles Collection : Horizons ésotériques, 2006 (ISBN 978-2703306412))

Le sens caché des rites mortuaires (Dangles, 2007)

Les regrets du peintre Faust (roman) (Dualpha, 2007)

G comme Géométrie (2 tomes) (Edimaf, 2012)

 

° Mélanges offerts à Jean-Pierre Bayard, préface de Michel Barat, études de A. Buisine, J. Fabry, J.-J. Gabut, C. Gilquin, J.-Y. Goéau-Brissonnière, C. Guérillot, C. Lochon, P. Négrier, H. Rochais, F. Rognon, réunies par Patrick Négrier, Paris, Grande loge de France 2001, 138 p.

LES 10 RAISONS DE DEVENIR FRANC-MAÇON 15 août, 2021

Posté par hiram3330 dans : Recherches & Reflexions , ajouter un commentaire

VOICI SELON, Robert L.D. Cooper,  LES 10 RAISONS DE DEVENIR FRANC-MAÇON

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1. La Franc – Maçonnerie est un endroit où passer du temps avec des hommes bons qui vous donneront envie de devenir un homme meilleur.

 

2. La Franc – Maçonnerie est un lieu où la vertu morale est enseignée et respectée comme la pierre angulaire de la vie.

 

3. La Franc – Maçonnerie est un endroit où la croissance spirituelle de chaque membre peut atteindre son plein potentiel.

 

4. La Franc – Maçonnerie est un endroit pour mieux se préparer au service de votre famille, de votre église et de votre communauté.

 

5. La Franc – Maçonnerie est un endroit où vous pouvez faire partie d’une grande fraternité qui croit en l’amour fraternel, le soulagement et la vérité.

 

6. La Franc – Maçonnerie est un endroit où vous pouvez soutenir les autres, les encourager et les recevoir vous-même.

 

7. La Franc – Maçonnerie est un endroit où des personnes exceptionnelles de tous les horizons vous salueront et vous appelleront «frère».

 

8. La Franc – Maçonnerie est un lieu de rencontre avec les dirigeants communautaires et de participer activement aux activités communautaires.

 

9. La Franc – Maçonnerie est un endroit où vous trouverez des opportunités illimitées d’acquérir une expérience de leadership, de développement personnel et de croissance personnelle.

 

10. Franc – Maçonnerie est un endroit où vous pouvez être sûr que chaque homme est un ami véritable et digne de confiance.

 

 

Robert L.D. Cooper est bibliothécaire et conservateur du Musée de la Grande Loge d’Ecosse.

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Qu’est-ce que la parole perdue ? 18 mai, 2021

Posté par hiram3330 dans : Contribution , ajouter un commentaire

Qu’est-ce que la parole perdue ?

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L’expression la parole perdue apparaît dans des rituels du 3e degré, où l’on parle aussi de la perte des secrets véritable du maître maçon. Il semble toutefois que les deux expressions soient relativement interchangeables ; ainsi le document Prichard de 1743 et l’instruction au 3e degré au rite écossais de la Mère Loge Écossaise de l’Orient d’Avignon de 1774 disent-ils :

Q : pourquoi vous a-t-on fait voyager ? – R : pour chercher ce qui a été perdu.
Q : qu’est ce qui a été perdu ? – R : la parole de Maître.
Q : comment la parole fut-elle perdue ? – R : par la mort de notre respectable maître Hiram.

 

Un homme meurt, refusant de livrer un banal mot de passe pour se faire payer, connu de tous les maîtres, et un secret dont il était détenteur, par ailleurs, disparaît. Le secret n’est donc pas le mot de passe. Alors, est-ce un savoir que lui seul possède ? Est-ce une partie d’un mot à prononcer avec d’autres pour qu’il soit complet et efficient ? La parole d’Hiram serait-elle autre chose que celle d’un seul homme ? Que peut-être cette parole pour le franc-maçon d’aujourd’hui ? N’oublions pas que le mot Hiram porte en lui-même des mystères et parmi ses nombreuses traductions de l’hébreu, il peut aussi être lu comme HaReM qui désigne la chose cachée.

 

Le savoir personnel

 

Quel serait ce savoir ?

  • Au Rite York, à la mort d’Hiram, il est dit : « Il n’y a pas de plans sur la planche à tracer pour permettre aux ouvriers de poursuivre leur travail, et le G :. M :. H :. A :.  a disparu ». Sur la planche, le maître d’œuvre modifie le plan selon lequel la construction du Temple devra s’effectuer. Cette planche sert en permanence de point de repaire pour l’ouvrage qui va être réalisé au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage est terminé, il doit se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. La conception théologique de l’art de la construction peut se résumer en une recherche de médiété parfaite entre la beauté pure qui n’appartient qu’à Dieu et le miroir que doit lui offrir, par son œuvre, l’architecte afin qu’elle se révèle aux yeux des hommes. Concrètement, ce qui fut perdu serait-ce cette capacité architecturale de concevoir l’édifice et de terminer l’œuvre ?
  • Mais allons plus loin. Hiram, a été envoyé par le roi de Tyr à Salomon pour ses savoirs aussi particuliers que ceux que possédait Betsaléel, le constructeur de l’Arche d’alliance du désert : il était habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d’objets d’art qu’on lui donne à exécuter (II Chroniques, 2, 13 et 14).

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : «Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir»,  » בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת « , vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir »  » אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת « 

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Ces trois vertus, concepts, attributs divins, types de forces, ou niveaux de conscience, sont les processus à l’œuvre des structures vivantes, correspondant aux 3 séphiroth  :     Hokhmah, la sagesse ; Tébouna, alias Binah, l’intelligence ; Daath, le savoir, la connaissance.

La somme de leurs valeurs guématriques, après réduction, est équivalente à ce qui relie les 2 colonnes Yakin et Boaz[1] qu’Hiram a fondues. La parole perdue serait-elle l’esprit d’Elohim, cette capacité de création, comme celle du maharal de Prague avec son Golem dont aurait été doté Hiram ?

John Yarker qui, dans un article sur Le rite d’York et l’ancienne maçonnerie en général, remarque qu’«en vérité, des ouvriers complotèrent illégalement pour extorquer d’Hiram Abif un secret, celui de l’animal étonnant qui avait le pouvoir de couper les pierres.  Le secret qui a été perdu par les trois Grands Maîtres est celui de l’insecte shermah (shamir), qui a été employé pour donner un parfait polissage aux pierres. Considérant cette remarque de Yarker, le secret opératoire du shamir serait-il «ce qui a été perdu» ?

De même, dans la présentation du rituel Wooler, qui ressemble au texte de Yarker, on lit dans un catéchisme du troisième degré : «Après la construction du Temple, les ouvriers du plus haut degré, connus sous le nom de« Most «Excellent», ont accepté les grands secrets concernant le noble In… Sh…, qui était ce qui constituait le secret des trois Grands Maîtres et [pour] lequel HAB fut tué » ; l’utilisation d’abréviations prouvant le caractère autrefois ésotérique, ou supposé tel, de l’information.

Dans son Miscellanae Latomorum, le Dr William Wynn Westcott propose un passage d’un vieux rituel qui parle précisément du secret de l’insecte shamir et des trois Grands Maîtres. Voilà notre intérêt maçonnique éveillé.

Cette tradition maçonnique est ignorée de nos jours, mais intéressons nous à ce shamir ; essayons de trouver quelques sources à cette incroyable histoire.

Ce shamir miraculeux aurait été spécialement créée au début du monde pour cette utilisation opératoire. Selon cette légende, quand Salomon demanda aux rabbins comment construire le Temple sans utiliser d’outil de fer, pour se conformer, bien sûr, à l’injonction du Deutéronome (Exode, 20,21 ; Si toutefois tu m’ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes), ils attirèrent son attention sur le shamir par lequel Moïse avait gravé le Nom des tribus sur le pectoral du grand prêtre.

Voyons cela de plus près.

Ranulf Higden (1300-1363), dans son Polychronicon, cite la légende du ver de fendillement de pierre, qu’il nomme thamir.

Dans l’Encyclopédie juive on trouve cette légende qui raconte que, sur la recommandation des rabbins et afin de ne pas utiliser le fer, Salomon taillait les pierres au moyen du shamir, un animal, un ver dont le seul contact fendait la pierre. On retrouve cette légende également dans la littérature arabe et même dans  le Coran.

Dans la littérature talmudique, il existe de nombreuses références à Shamir. Des qualités inhabituelles lui ont été attribuées. Par exemple, il pourrait désintégrer quoi que ce soit, même dur comme des pierres. Parmi ses possessions, Salomon la considérait comme la plus merveilleuse. Le roi Salomon était désireux de posséder le Shamir parce qu’il en avait entendu parler. La connaissance du Shamir est en fait attribuée par des sources rabbiniques à Moïse. Après avoir beaucoup cherché le Shamir de la taille d’un grain d’orge, il a été trouvé dans un pays lointain, au fond d’un puits, rapporté à Salomon, mais étrangement, il perdra ses capacités et est deviendra inactif plusieurs siècles plus tard, à peu près au moment où le Temple de Salomon a été détruit par Nabuchodonosor.

Étonnant et curieux Shamir ? Qu’est-ce donc ?

  • Selon les auteurs médiévaux, Rachi, Maimonides et d’autres, Shamir était une créature vivante, un ver ; soutenant que Shamir ne pouvait pas être un minéral parce qu’il était actif. Ce ver magique était doté du pouvoir de modifier la pierre, le fer et le diamant, par son simple regard. Par ailleurs, les sources rabbiniques ont transmis la description de la gravure des noms des douze tribus sur les douze pierres précieuses de la cuirasse du grand-prêtre (le pectoral) ; Moïse le fit non pas par sculpture, mais en écrivant avec un certain fluide et en les «montrant» à Shamir, ou en les exposant à son action. De l’avis des auteurs modernes, l’expression «montré à Shamir » indique clairement que c’était le regard d’un être vivant qui a effectué la division de bois et de pierres. On admet cependant que dans les sources talmudiques et midrashiques, on ne dit jamais explicitement que le Shamir était une créature vivante. 3 Alors Shamir/ schamir/ samur, comme on en trouve l’expression, un ver de la taille d’un grain, ou autre chose, une pierre selon les différentes sources littéraires ?
  • Une vieille source, La Légende de Soliman et testament de Salomon[2], ouvrage écrit en grec, probablement au début du troisième siècle de l’ère actuelle, se réfère à Shamir comme une «pierre verte», page 10 note 31 : le shamir serait une pierre de cristal vert de grande puissance. Le nom dérive probablement de samir/ épine ou tranchant. Un seul shamir est reconnu avoir existé. Il est sculpté en forme de coléoptère, scarabée de l’espèce sacer ateuchus. C’est la raison pour laquelle on a confondu le shamir avec un insecte.

Mais comment une pierre verdâtre aurait-t-elle pu couper le plus dur des diamants avec son seul regard ?

Reprenons ce que raconte Louis Guinzberg, en 1909, dans Les légendes des juifs, qui, inspiré par l’exégèse rabbinique, rapporte l’histoire de manière très fantastique : le shamir fut créé au crépuscule du sixième jour avec d’autres choses extraordinaires. Il n’était pas plus grand qu’un grain d’orge et possédait le pouvoir remarquable de tailler les diamants les plus durs. C’est pour cette raison qu’il fut utilisé pour les pierres du pectoral porté par le grand prêtre. D’abord on traça à l’encre les noms des douze tribus sur les pierres qui devaient être serties dans le pectoral ensuite le shamir fut conduit sur les lignes tracées et celles-ci furent ainsi gravées. Circonstance miraculeuse, le tracé ne porta aucune particule de pierre. On avait également utilisé le shamir pour tailler les pierres dont fut construit le Temple, car la loi interdisait d’utiliser des ustensiles de fer pour tout ouvrage destiné au Temple. Pour le conserver, il ne faut placer le shamir dans aucun réceptacle de fer, ni d’aucun métal, il le ferait éclater. On le conserve enveloppé dans une couverture de laine qui à son est tour est placée dans une corbeille de plomb remplie de son d’orge. Le shamir fut gardé au Paradis jusqu’au jour où Salomon eut besoin de lui. Il envoya l’aigle pour y chercher le ver. Lors de la destruction du Temple, le shamir disparut[3].

La manière dont Shamir était gardé en sûreté peut nous donner un indice: «Le Shamir ne peut être mis dans un vase de fer pour la garde, ni dans aucun vaisseau métallique: il éclaterait un tel récipient. Il est gardé enveloppé dans de la laine à l’intérieur d’une boîte de plomb rempli de son d’orge. Cette phrase est tirée du chapitre 48b du Talmud de Babylone et contient un indice important ; car, avec la connaissance actuelle nous pouvons facilement deviner qui ou plutôt ce qu’était Shamir : c’était une substance radioactive ; les sels de radium, par exemple, agissant sur certaines autres substances chimiques, peuvent émettre une luminescence de couleur jaune-vert.

Cela expliquerait comment le pectoral du grand-prêtre avait été gravé : les lettres étaient écrites à l’encre, et les pierres étaient exposées l’une après l’autre au «regard» ou au rayonnement du Shamir. Cette encre devait contenir du plomb en poudre ou des oxydes de plomb. Les parties des pierres qui n’étaient pas protégées par le plomb se désintégrèrent sans laisser de particules de poussière qui, selon ce Talmud, paraissaient particulièrement merveilleuses. Les parties protégées par de l’encre de plomb se dressaient en relief sur la surface des pierres précieuses[4].

La possession la plus précieuse de Salomon, son Shamir, n’a pas survécu avec le temps, il est devenu inactif. La version habituelle de l’histoire, « le Shamir disparu », ne correspond pas à la traduction exacte texte hébreu. Le mot batel utilisé pour décrire la fin, ou la disparition, de Shamir  n’a qu’une seule signification : « Pour devenir inactif. ». Dans les quatre cents ans qui ont passé de la construction du premier Temple à sa destruction par Nabuchodonosor en -587, une substance radioactive aurait pu devenir inactive[5].

Le secret d’Hiram serait-il celui de l’utilisation d’une sorte de laser radioactif[6] ?

 

La connaissance partagée

 

Et si la « parole » était un ensemble d’éléments répartis entre plusieurs détenteurs dont la méconnaissance d’un seul entraînerait l’inefficacité du tout ? Un morceau de code en somme, un morceau de symbole !

Dans la légende, de fait, trois personnes forment un triangle : Salomon, le roi de Tyr et Hiram, les trois grands maîtres, chacun assigné à un rôle particulier et indispensable dans la construction du Temple. La légende dit que le Roi Salomon, Hiram Abiff, Roi de Tyr (1 Rois: 7:13), et Hiram Abi de la tribu de Dan (2 Chr.: 2:13) se sont réunis pour concevoir les plans de la construction du Temple, Salomon conçut, Hiram de Tyr fournit les moyens et Hiram réalisa l’œuvre. Nous apprenons que le grand savoir devait être gardé par ces trois personnes jusqu’au parachèvement du Temple. La parole leur aurait-elle été confiée en trois parties. Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle qu’ils incarnent. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital.

Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu’aucun d’entre eux n’ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Était-ce se croire immortel ?

Les exégètes des rituels assimilent la prononciation du Tétragramme à la « parole perdue ». Elle devait être trisyllabique. La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée, même si elle s’écrit naturellement en quatre lettres. En effet, quatre (4) se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole et 3 à son aspect « essentiel ». Il est d’ailleurs à remarquer que le mot substitué  lui-même, dans sa prononciation rituelle, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément.

Considérant que chez les Hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation recta dictio et totale du mot sacré qu’il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c’est qu’il pensait que son Maître d’œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs en la dévoilant : il fallut donc changer cette parole.

 

Dans ce même registre, on remarquera que lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin, désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; serait-il le centre spirituel de la tradition qui fut perdu ?

Les mystères des sociétés initiatiques de l’Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l’engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d’autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu’ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles, étant détournés de leur action bénéfique, d’être transformés dans un but malfaisant. Les initiations furent interrompues ; des initiés s’éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés. Les secrets des rites initiatiques pour l’intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher.

 

Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage d’une tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement[7].

 

Que peut-être la parole perdue pour un F:. M:. d’aujourd’hui ?

 

Les remarques que nous venons de faire montrent que la parole perdue serait soit un savoir, soit une prononciation, soit une connaissance spirituelle ou magique soit encore la trace du passage d’une tradition à une autre. La parole perdue du F:. M:. me paraît un peu différente. Nous ne pouvons faire l’erreur des mauvais compagnons qui croyaient que le secret du maître maçon relevait de la communication d’un savoir ; notre recherche est bien différente puisqu’elle se place sur le plan de la Connaissance, celui de l’être et du spirituel, de l’immanence et de la transcendance.

Dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte.

La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et d’un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages.

Il nous reste à nous interroger sur comment trouver cette parole[8] ou comment lui en substituer une autre de même puissance.

À suivre…

 


[1] Si, comme en guématrie simple on ne donne pas une valeur particulière aux lettres finales : Yakin s’écrit

«יָכִין» yod, kaph, yod, noun et a une valeur de 10+20+10+50 = 90 ; Bo’az s’écrit « בֹּעַז» beth, eïn, zaïn et a une valeur de 2+70+7 = 79.

Entre les deux il y a une différence, une présence de 11.

Hakhmah, « חָכְמָה», la sagesse , (heith, kaph, mem, hé) soit 8+20+40+5 = 73

Tébouna, alias Binah, «תְבוּנָה »l’intelligence (tav, beith, vav, noun, hé) soit 400+2+6+50+5 = 463

Daath, « דַעַת » le savoir, la connaissance (dalethh, eïn, tav) soit 4+70+400 = 474

L’ensemble des  3 vertus : 73+463+474 = 1010 soit en réduction 11

[2] D’après les chroniques de Tabari Me d Ibn Djarir, Sabine Baring-Gould, Ahimaaz bin Tsadok, Louis Ginzberg, John D. Seymour. https://books.google.fr/books?id=-oEaEmuYFPoC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

[3] À rapprocher de l’Ourim et le Thoummim qui sont généralement considérés comme des objets ayant trait à l’art de la divination. En hébreu, le mot ourim signifie lumières, et thoummim, perfections, parfois traduit par vérité. Les érudits juifs les décrivent comme un instrument qui servait à donner la révélation et à déclarer la vérité. Ils disparurent avec la destruction du 1er Temple, le shamir, quant  lui, disparut avec la destruction du second Temple. Ils sont tous en rapport avec le pectoral porté par le Grand prêtre d’Israël.

[4] La plupart des gemmes, tels que le diamant, le saphir, l’émeraude ou la topaze, sont décolorés par la radioactivité. D’autres pierres précieuses, comme l’opale, sont constituées de cristaux de silice hydratée. Le rayonnement alpha les désintègre en rompant la liaison avec l’eau ; celle-ci se volatilise sans laisser de résidu.

[5] Le radium perd environ un pour cent de sa radioactivité tous les 25 ans

[6] Pour compléter cet aspect : http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1424&mode=print

[7] La mort d’Hiram et la Parole perdue de René Guénon :  

https://legende-hiram.blogspot.fr/2016/05/1948-la-mort-dhiram-et-la-parole-perdue.html

[8] Rite émulation

V.- (au ler S.) Qu’est-ce donc qui est perdu ?

1er S.- Les véritables secrets des MM. MM.

V.- (au 2e S.) Comment se sont-ils perdus ?

2° S.- Par la mort prématurée de notre M. H.A.

V.- (au ler S.) Où espérez-vous les trouver ?

l er S.- Au Centre

V.- (au 2e S.) qu’est-ce que le Centre ?

2e S.- Un point à l’intérieur d’un cercle qui se trouve à une distance égale de toutes les parties de la circonférence.

V.- (au ler S.) Pourquoi au centre ?

ler S.- Parce que c’est le point où le M.M, ne peut faillir.

V.- Nous vous aiderons à réparer cette perte.

 

SOURCE : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

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La spiritualité maçonnique ? 6 mai, 2021

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La spiritualité maçonnique ?

Écrit par H.S:.

La spiritualité maçonnique ?

 

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Mes  FF :. et mes SS :.

 

De manière à vous permettre de bien contribuer à la réflexion de ce soir, je vous propose une planche-support en  deux parties.

 

La 1ère partie comprend 3 chapitres :

 

1) Définition sommaire du concept de « spiritualité ».

2) Interférences entre ceux de « spiritualité maçonnique » et d’historicité de l’homme.

3) Le franc-maçon, créateur et acteur de SA spiritualité humaniste.

 

Puis, avant la seconde partie dont je vous préciserai l’articulation plus tard, vous pourrez donc contribuer à enrichir le contenu de cette première partie… bien entendu sous l’autorité et le contrôle de notre V :.M :. .

 
 

1ère partie :

1/Définition sommaire du concept de « spiritualité ».

Ouvrons d’abord des dictionnaires  et interrogeons ensuite un philosophe, André Comte-Sponville… ce qui nous donnera, au travers de trois éclairages différents sinon complémentaires, une idée de la complexité de la question.

 - Littré  dit de la spiritualité que c’est le nom du principe, unique ou multiple, qui, dans toutes les religions est placé au-dessus de la nature.

 - Hatzfeld et Darmesteter, la décrivent comme étant de la nature de l’esprit, en rapport à l’âme, en opposition au temporel.

 - Quant à André Comte-Sponville, il évoque une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Eglise…

 … et de dire, dans son livre « L’esprit de l’athéisme », qu’un athée  « n’a pas moins d’esprit que tout un chacun, donc tout autant de raisons de s’intéresser à la vie spirituelle. . »

  … ainsi que de  préciser :

« La spiritualité, c’est la vie de l’esprit, spécialement dans son rapport à l’infini, à l’absolu, à l’éternité – étant entendu que ce rapport est lui-même nécessairement fini, relatif et temporel.

Ce rapport est-il l’objet d’une pensée conceptuelle ? C’est ce qu’on appelle la métaphysique.

Est-il l’objet d’une expérience ? C’est ce qu’on appelle alors la spiritualité.

La spiritualité et  la métaphysique ont donc le même objet, qui est l’absolu.

Mais la métaphysique est un rapport conceptuel, spéculatif à l’absolu ; la spiritualité est un rapport empirique, pratique, presque expérimental à ce même absolu.

La métaphysique est faite avec des mots qui sont des concepts ; la spiritualité, avec des silences qui sont des sensations.

Il faut donc les deux : la spiritualité sans la métaphysique ne règle aucune question ; la métaphysique sans la spiritualité est intéressante sur le plan de la  réflexion mais elle ne nourrit pas une existence ».

Fin de citation.

2/ Spiritualité et historicité de l’homme.

Existe-t-il une forme de spiritualité particulière à la franc-maçonnerie ? Et si oui, en quoi l’est-elle ?

Autrement dit, est-il possible qu’à un moment donné de son parcours initiatique, un être humain entré en maçonnerie le plus souvent par hasard, se sente porteur d’intuitions spécifiques à sa condition de maçon ?

Et ceci à partir de travaux symboliques en loge dont équerre, compas et autres outils obsolètes ainsi que références à des mythes  initiatiques irrationnels  forment la trame rituellique

Mes FF :. et mes SS :. essayons  de visiter  ensemble ce domaine d’ombres et d’émotions où chacun a à trouver sa part de vraie lumière  – c’est en tous cas ma conviction – en tant que maçons libres dans une loge libre où nous sommes le sujet de notre propre création spirituelle et humaniste

Tout d’abord, l’histoire de l’homme est-elle écrite une fois pour toutes ?  C’est-à-dire finie depuis l’aube des temps ?

Ou alors, n’est-elle que répétitions cycliques d’événements dont la crainte de l’éternel retour nourrit l’angoisse humaine quant aux changements qui pourraient venir interférer dans l’ordre établi ?
Ou bien est-elle, l’œuvre de l’homme… dans la mesure où l’homme est lui-même historique,  c’est-à-dire en capacité, lui-même, de faire l’histoire ?

Tel est donc notre triple questionnement de départ, en arrière-plan duquel figure nécessairement l’initiation maçonnique en tant que vecteur d’historicité mythique et humaniste.

En fait, mes chers FF :. et SS :., mythes et historicité de l’homme participent l’un de l’autre.

Car, rappelons-le, gros d’images fabuleuses, les mythes originels disent et mettent en scène les événements, le temps qui passe, les compagnons de route et ainsi donnent corps aux traditions et aux légendes.

La pensée chemine, interprète, commente, tente de mettre de l’ordre dans ce fatras en cherchant des corrélations et des cohérences entre les traditions religieuses et la pratique des métiers.

Alors, au confluent de la spiritualité et de la matière apparaît la démarche philosophique.

Comme l’a d’ailleurs bien remarqué Voltaire qui dira :

« Tous les arts de la main ont sans doute précédé la métaphysique »

Et puis, à son moment, jaillira des entre chocs entre métier et spiritualité, traditions et légendes, une étincelle, tout aussi mythique : celle de l’initiation maçonnique.

« Ne tentant pas d’expliquer, elle n’est pas philosophie.

Ne tentant pas d’imposer, elle n’est pas dogme »

Et son particularisme, sa praxis, sera d’être un instrument d’intégration, rituellique, de cultures et de pratiques liées au labeur et au sacré, visant à mettre l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toute autre valeur.

Les mythes d’éternel retour et de progrès, foncièrement à la source de toute historicité humaine, interpellent les francs-maçons dans leur quotidien.

En effet, s’il est un domaine où l’angoisse humaine cherche raisons ou consolations, c’est bien celui du rapport de l’homme à l’histoire et au temps. Avec comme choix celui de subir le chaos spirituel et matériel qui leur sont inhérents ou celui de tenter de les organiser.

Et c’est ce qui fonde peut-être l’essence même de la mission initiatique de la loge où, pour paraphraser Phythagore :

« Nul n’y rentre  s’il n’est philosophe mais nul n’y reste s’il n’est que philosophe »

3/ Le franc-maçon créateur et acteur de sa propre spiritualité humaniste.

Soyons concrets et non partisans : utilisons le fruit de  l’enquête d’une revue non maçonnique, le « Monde des religions » de décembre 2006.

Feuilletons le dossier qu’elle consacre à « La quête d’une spiritualité sans Dieu » dans lequel elle procède à l’interview de quelques maçons plus ou moins connus.

Je cite :

- Le F :. Antoine, non croyant, qui indique être devenu maçon pour  « se frotter avec d’autres aux grandes questions animant les hommes depuis toujours, la vie, la mort, le sens de l’existence ».

- Le F :. Pierre Mollier,  bibliothécaire du GODF qui atteste de son côté que « la demande d’un travail sur les symboles, d’une attention aux rituels, d’un questionnement philosophique voire métaphysique, s’affirme dans les loges depuis une vingtaine d’années ».

Et qui ajoute que  « chez nous le rapport au divin est complexe. Tant et si bien que certains au départ agnostiques, finissent avec les années par rencontrer l’Eternel, quand d’autres font le chemin inverse, en trouvant un cadre pour une recherche dégagée de tout lien avec une révélation »

- Le Grand Maître, Jean-Michel Quillardet qui s ‘exprimant sur la « spiritualité laïque » lors d’un colloque organisé par Suprême conseil du rite Ecossais Ancien et Accepté le 18 novembre à Lille, planche sur la « symbolique de la Lumière ».

- Le F :. Bruno Etienne, présenté comme  le leader intellectuel des « spiritualistes » du Grand Orient, qui écrit dans un essai collectif, intitulé « Pour retrouver la parole : le retour des Frères » publié sous la direction de l’ancien Grand Maître Alain Bauer :

« Face au déchaînement du matérialisme, je souhaite l’avènement d’un XXIème siècle spirituel, c’est-à-dire dominé par l’esprit. Réfléchir à cette nouvelle spiritualité est une urgente nécessité pour combler le vide laissé par le déclin des grands récits fondateurs, idéologies et utopies ; pour humaniser enfin une humanité parvenue à mettre son monde en danger de mort. C’est l’une des vocations historiques de la franc-maçonnerie ».

Et qui rappelle : « La franc-maçonnerie est avant tout un ordre initiatique traditionnel fondé sur des mythes et des rites utilisant des symboles, soit un système de signes et de messages qui condensent de fortes sensations cognitives visant la libération de l’Homme par l’initiation ».

- Le F :. Bernard Besret, ancien moine devenu franc-maçon et qui confie :

«  Dès l’adolescence, j’ai été en quête de la philosophie éternelle, ce noyau fondamental pouvant être compris et reconnu en tous lieux,  en tous temps. Pour le trouver et le vivre je suis devenu moine cistercien et même prieur de l’Abbaye de Boquen. Mais je n’ai  pu m’accommoder de certains dogmes chrétiens. Je  suis parti.

Après des années de recherche solitaire, j’ai découvert la franc-maçonnerie, ce lieu où l’on peut avancer dans la recherche de la vérité par la confrontation des points de vue, où l’on reste libre de croire en Dieu et de donner à ce mot le sens  que l’on veut.

Philosophes de leur propre vie, les maçons poursuivent une réflexion qui les mène aux questions essentielles pour toute intelligence humaine face au réel.

Ce faisant, ils jouissent d’une certaine vie intérieure, qui peut sans doute être qualifiée de spirituelle.

Peut-on résumer leur démarche commune comme une  spiritualité sans Dieu ?  Oui, si l’on entend par ce mot le Dieu des représentations religieuses classiques.

Au fond ce mot de Dieu me semble devoir être évité, comme source de trop nombreux malentendus »

Fin de citations.

Mes FF :. et mes SS :., que nous montrent  ces témoignages  si ce n’est que chacun d’entre nous est en recherche de quelque chose qui à la fois nous dépasse et nous bâtit en tant que franc-maçon ?

Au fond que cherchons-nous si ce n’est « l’or du Temps » ?

Un certain nombre d’entre vous m’ont déjà entendu solliciter cette expression à l’occasion de travaux communs.

D’ailleurs, en préparation à cette soirée de réflexion,vous ai-je fais parvenir par mail  le texte d’une chaîne d’union que j’avais composé à partir de textes maçonniques et de citations profanes émanant de philosophes ou chercheurs athées tels que Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Bologne et l’incontournable pape du surréalisme, André Breton.

C’est sur la tombe, un peu abandonnée, d’André Breton, que l’on peut voir une sculpture représentant une singulière Etoile pétrifiée à dix branches, au-dessous de laquelle figure le programme ontologique de l’homme :

Je cherche l’or du Temps

Aussi mes FF :. et mes SS :., avec la permission de notre V :. M :., je voudrais, pour conclure cette première partie de ma contribution, vous emmener faire un petit voyage…

… car, vous le savez, c’est le voyage lui-même qui est initiatique par la somme de découvertes et d ‘interrogations qu’il génère, et non l’objectif à atteindre qui n’est que mirages et frustrations au fur et à mesure que l’on avance.

Aussi, V :. M :., je sollicite le concours du F :. Maître des cérémonies pour me déplacer dans le Temple… autour du pavé mosaïque.

Mes FF :. et mes SS :., je pense qu’un tel  voyage symbolique et initiatique  nous suggère un questionnement directement en rapport avec l’esprit maçonnique de recherche qui nous anime.

En effet, trois colonnettes figurent autour de ce pavé mosaïque et non quatre. Pourquoi ?

Force, Sagesse, Beauté et quoi encore ?

Pourquoi ce quatrième pilier manquant ? Pourquoi ce vide ? Pourquoi ce RIEN plutôt que quelque chose ? Ou, autrement dit :

Pourquoi pas QUELQUE CHOSE plutôt que RIEN ?

Mes FF :. et mes SS :., chacun est libre d’interpréter le sens de l’accroche que représente ce vide et de le remplir en fonction même de la charge émotionnelle qu’on lui prête.

… Et, à laquelle, libre à nous de donner le prolongement esthétique et spirituel qui convient à la singularité de nos perceptions du monde et de ce qui l’habite et l’entoure…

Seconde partie

La spiritualité comporte l’ensemble des données culturelles ainsi que leurs aboutissements mystiques, moraux ou éthiques qui peuvent éventuellement imprégner et orienter l’activité d’un individu pendant toute sa vie.

Mais, pour la plupart des croyants, la spiritualité inclut aussi la foi en une justice divine entraînant félicité ou damnation éternelles dans la survivance d’une âme supposée immortelle et responsable après la mort biologique de l’être.

La question est de savoir si la spiritualité est nécessairement liée à la croyance en une transcendance inaccessible à l’entendement humain ou, si au contraire, indépendante de toute tutelle politique ou religieuse, elle a à s’inscrire dans le champ de la liberté de conscience et de pensée ?

Cette controverse jalonne l’histoire de l’humanité dans un cortège de bains de sang et de cruautés inouïes qui rabaissent l’humain en dessous de la bestialité et démentent toute prétention à la spiritualité.

Finalement, il n’y a qu’une seule manière de faire face sereinement à la précarité de l’existence biologique : c’est de mener sa vie de façon constructive et droite, selon la spiritualité que l’on a adoptée – religieuse ou philosophique – et de laisser les autres humains vivre librement selon leurs cultures et spiritualité diverses.

Pour cela, il, faut éviter de se laisser circonvenir par l’endoctrinement dans une spiritualité impérialiste ou totalitaire.

Ceci conduit donc chacun à s’édifier une spiritualité imprégnée de tolérance humaniste et, par conséquent, une spiritualité laïque qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toute autre valeur.

C’est ce que Protagoras avance par l’intermédiaire de sa formule célèbre :

« L’Homme est la mesure de toutes choses ».

Mes FF :. et mes SS :., pour les sociologues, les différentes formes de démarches initiatiques sont une revivification de la condition humaine au contact du sacré.

L’homme a conscience de la marge d’indétermination que comporte son statut d’être pensant et actif. C’est ce que les anthropologues appellent le numineux, lequel consiste à mettre en rapport ce qui semble contenu dans l’existence humaine avec ce qui paraît la dépasser.

A ce titre, l’utilisation rituellique de procédés (que l’on peut qualifier de freudiens et d’œdipiens) visant à mettre en rapport le monde profane et le monde sacré par l’intermédiaire d’une victime « émissaire » (la catharsis, chère à Aristote) trouve un formidable écho dans la praxis maçonnique.

Car qu’est-ce que l’initiation maçonnique si ce n’est une série d’actions orientées vers une certaine fin et dont l’indicible trouve communication par le jeu des mythes et symboles ?

Mircea Eliade fait remarquer que « le sacré est l’élément essentiel de la condition humaine : l’homme se constitue par rapport au sacré »   .

Ce que complète notre F :. Henri Tort-Nouguès par ce constat :

« Le sacré n’est pas seulement un stade de l’évolution de sa conscience de l’homme mais un élément de sa structure.

On retrouve cette structure sacrale au cœur de l’institution maçonnique à travers la pratique de ses rituels et dans son expression symbolique comme dans sa démarche initiatique.

Cette dimension sacrée de la conscience humaine est essentielle. Son affirmation est nécessaire et indispensable pour assurer la sauvegarde de l’homme lui-même car l’homme d’aujourd’hui comme celui d’hier ne peut vivre dans le désordre et la nuit, dans le chaos et les ténèbres : il a besoin d’ordre et de lumière, matériels et spirituels ».

Mes FF :. et mes SS :. j’ajouterai quant à moi que le franc-maçon est un « cherchant ».

Dès lors il n’échappe pas à la crise de conscience due à son état. Il ne se drape pas  dans une posture purement mystique qui se bornerait  à recevoir ce qui vient à lui ; voie radicalement incompatible avec la voie initiatique.

En fait, ce sont les deux idées-forces de la maçonnerie, Fiat Lux et Ordo ab Chaos  qui forgent son historicité, au sens de  transmission « hiramique »  des valeurs  d’un humanisme militant…

… oui ! humanisme militant ? Mais en tant que rencontre de l’esprit et de la raison dans toute conscience humaine ; car la Lumière ne naît pas des ténèbres mais les chassent, de même que l’ordre ne succède pas au chaos mais l’ordonne.

Il s’agit donc pour le maçon de reconquérir son existence et d’agir au dehors pour contribuer à sauver l’humanité du chaos matériel et spirituel qui l’imbibe et la désoriente à perdre raison.

Cette spiritualité maçonnique s’inscrit en fait dans une praxis où finitude et pérennité du Maître Hiram ne font qu’un.

En effet Hiram ne jouit pas de l’immortalité mythique des dieux antiques ; il n’est pas d’essence christique et par là-même ne dispose pas du véhicule de l’âme en attente de la résurrection.

Il se situe hors du temps et dans une permanence qui allie tout à la fois sa présence et celle des Maîtres maçons transcendés par son exemple, son énergie vitale et son sacrifice.

Il donne sens à la vie qui exprime au travers de lui sa pérennité par l’Amour et la Fraternité.

L’homme étant ainsi non immortel mais constant dans la cohorte des initiés, cette permanence initiatique traverse le temps en tant que Devoir de Conscience.

J’ai dit

H.S:.

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Serge Hutin 7 avril, 2021

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Le Blog des Spiritualités

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Gnose, Esotérisme, Franc-maçonnerie, Hermétisme, Illuminisme, Initiation, Kabbale, Martinisme, Occultisme, Religions, Rose-Croix, Spiritualités, Symbolisme, Théosophie, et toutes ces sortes de choses…

Serge Hutin. L’un de nos maîtres oubliés. Lisez le encore et toujours ! Il faut faire vivre l’œuvre de Serge Hutin.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 5 Avril 2021, 07:30am

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #FrancMaçonnerie, #GLDF, #REAA, #Hutin, #SergeHutin, #Spiritualité, #Esotérisme, #Hermétisme, #Martinisme, #Livres, #Articles

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Qui se souvient encore aujourd’hui de Serge Hutin (né le 2 avril 1929 à Paris et mort le 1er novembre 1997 à Prades, Pyrénées-Orientales) ?

Bien trop peu de monde malheureusement. Alors que pour moi il a été l’un des érudits majeurs du 20ème siècle en ce qui concerne les thèmes de l’initiation, de l’ésotérisme, de la gnose, de l’hermétisme, de l’occultisme et de la spiritualité en général.

Son érudition était phénoménale.

Il a été un écrivain prolixe et surtout – ce qui pour moi n’est en rien péjoratif bien au contraire ! -  un vulgarisateur. Un conteur extraordinaire comme me l’on rapporté ceux qui ont eu la chance de le connaître et un écrivain merveilleux, et parfois même un écrivain du merveilleux ce qui est encore mieux !

J’ai entendu prononcé pour la première fois le nom de Serge Hutin par mon ami, frère et très regretté François Rognon.

François Rognon avait en effet été initié le 3 mars 1975 au sein de la Respectable Loge N°355 « Arts et Travail » de la Grande Loge de France, et il avait la grande chance, le grand bonheur d’avoir Serge Hutin  comme second surveillant. Et François de me raconter par le menu leurs merveilleuses séances d’instructions avec lui !

Alors, depuis, comment ne pas aimer celui que François Rognon considérait comme son Maître ?!

 

C’est dans ce même atelier – « Art et travail » – que Serge Hutin avait été initié le 9 février 1966. Il sera passé compagnon le 22 mai 1967, et élevé maître le 30 septembre 1968.  Il était en également 30ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il fréquentera de très nombreux autres ateliers !

 

Serge Hutin est licencié de philosophie à la Sorbonne alors qu’il n’a que 20 ans et l’année suivante, en 1950, il est diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd.

Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens de Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Quel cursus universitaire exceptionnel !

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il le quitte rapidement. La carrière toute tracée de fonctionnaire (ou encore pire d’homme d’affaire !) ce n’est pas pour Serge !

Il ne voudra pas « faire carrière » comme nous l’entendons aujourd’hui. Il ne gagnera jamais beaucoup d’argent, c’est le moins que l’on puisse dire.

Il voulait vivre de sa plume et de ses écrits. Il en vivra extrêmement mal et sera pauvre toute sa vie. Il ne survivra, lors de ses dernière années – malade et accablé – que par la générosité de ses frères de Prades.

C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’on ne se souvient plus de Serge Hutin aujourd’hui. Peut-être cultive-t-on trop de nos jours l’entre-soi et la promotion de la réussite matérielle – et donc profane ? Y compris au sein de notre Ordre qui se veut pourtant un ordre initiatique et traditionnel fondé sur la fraternité. Peut-être Serge Hutin ne coche-t-il pas toutes les cases qu’il faut aujourd’hui ? Il n’a jamais été un notable. Ni à Paris, ni en province. Ce sont des questions que je me pose sans trouver de réelles réponses. Mais ce que je sais c’est qu’il a toujours été un cherchant, un chercheur de Lumière, un véritable initié.

Ce que je sais aussi, c’est que l’ésotériste, le symboliste et le frère Serge Hutin nous manque et que nous manquons cruellement de nouveaux Serge Hutin aujourd’hui. De frères « différents« , de frères qui « ne rentrent pas dans les bonnes cases« . Serge détonait déjà un peu de son temps. Il détonerait encore plus aujourd’hui !

«  Si « le fantôme de sa mère l’accompagne » cet être dépassé par notre civilisation matérialiste n’a que son inaltérable soif du merveilleux, sa bonté naturelle. Cet errant était en quête d’un sourire, d’une sensible amitié. A-t-on été assez réceptif à la détresse de celui qui a donné avec amour? » écrivait Jean-Pierre Bayard dans son article consacré aux écrits maçonniques de Serge Hutin.

Serge Hutin était en tout cas de ceux qui ne s’assignait aucune limite dans la recherche de la vérité et de la justice.

Esotériste, symboliste, hermétiste, gnostique, martiniste, franc-maçon, il a exploré de multiples voies de connaissance et c’est tant mieux. Car ces voies ont fait le miel de ses très nombreux ouvrages que nous pouvons lire aujourd’hui passionnément, comme il les a écrit. 

Et il a été un grand – très grand ! – vulgarisateur. Et moi c’est aussi (et surtout?) ce  Serge Hutin là que j’adore !

Voici ce qu’écrit Jacques Fabry dans son article intitulé  » La théosophie selon Serge Hutin » :   » Dans son ouvrage Théosophie, A la recherche de Dieu paru en 1977 aux Editions Dangles, Serge Hutin cite une belle formule de Paracelse que je voudrais à mon tour mettre en exergue à cette communication : « L’imagination mène la vie de l’homme. S’il pense au feu, il est en feu; s’il pense à la guerre, il fera la guerre. Tout dépend du désir de l’homme d’être soleil, c’est-à-dire d’être totalement ce qu’il veut être ».
De complexion plutôt lunaire, Serge Hutin, sans nul doute, a néanmoins été ce soleil de rêve. Je l’ai peu connu, peut-être l’ai-je rencontré tout au plus une dizaine de fois dans les années soixante, mais je garde de lui le souvenir d’un homme très bon et indulgent. Il avait même, si l’on veut bien me passer cette expression un peu insolite, « quelque chose d’un ange ». Son ouvrage sur la théosophie n’a certes pas la qualité de ses premiers travaux universitaires, mais il y a au moins deux raisons à cela. La première, c’est qu’il avait décidé d’écrire pour un large public et non pour des spécialistes. La deuxième, c’est qu’il avait un esprit si ouvert et si tolérant qu’il accueillait, dans un large sourire, du bon et du moins bon, d’où parfois un certain flou de sa pensée ou, à tout le moins, un manque de rigueur. C’est le cas de l’ouvrage que je voudrais résumer et commenter
« . Avant de conclure : « C’est pourquoi, son travail sur la théosophie, si riche d’aperçus brillants et de citations judicieusement choisies, s’apparente davantage à une toile impressionniste qu’aux contours léchés et précis d’un tableau de Philipp Otto Runge, le chantre pictural de la Naturphilosophie romantique allemande. Il n’en est pas moins précieux et cher au cœur de tous ceux qui ont connu son auteur soit personnellement, soit par le biais d’un message qui ne saurait laisser quiconque indifférent« . Fin de citation.

Qu’il nous semble loin aujourd’hui le Grand Colloque organisé par la Grande Loge de France le 6 mai 1998 en mémoire du frère Serge Hutin et de son œuvre ! Qu’ils nous semblent loin les deux numéros de Points de Vue Initiatiques (113 et 114) de 1998, pratiquement entièrement consacrés à notre frère Serge !

Serge a écrit des livres merveilleux sur les sujets qui nous passionnent : les franc-maçonnerie, l’alchimie, les rose-croix, l’initiation, les sociétés secrètes, l’ésotérisme, le symbolisme ! Ne vous privez plus de ces lectures passionnantes !

Alors, à quand un nouveau grand colloque autour de l’actualité de l’œuvre de Serge Hutin à la Grande Loge de France et de nouveaux numéros de PVI ou la réédition des anciens qui sont merveilleux (ou les deux) ?

Mes chers amis, prenez le temps de lire cet article même s’il est un peu long. Serge Hutin en vaut la peine. Vraiment. 

Et surtout, lisez encore et toujours Serge Hutin qui a écrit des livres magnifiques !

J’aurais réussi mon pari si je vous donne – avec cet article un peu trop long – envie de lire et de relire Serge Hutin !

Jean-Laurent Turbet

 

 

 dans Silhouette

Hommage à Serge Hutin

Par Jean-Pierre Bayard.

 

EDITORIAL
A notre Frère Serge Hutin

Serge Hutin est décédé le le> novembre 1997. Cet écrivain fécond, qui a publié tant d’ouvrages, s’est éteint sans ressources dans la maison de retraite de Prades (Pyrénées-Orientales). Cet homme confiant et bon enfant était dépassé par notre vie matérialiste idéaliste, adepte du mystère, il ne savait lutter contre les rigueurs de la vie.

Grâce à la fraternité des frères de la Loge « Harmonie Solidarité »  n° 1122 de la Grande Loge de France, Serge repose dignement au cimetière de Prades, dans une concession achetée par leurs soins. Un beau geste de solidarité.

Ce jeune universitaire au brillant avenir a su surmonter ses difficultés de santé dont il a conservé quelques traces discernables principalement dans sa grande écriture.

Né dans le VIème arrondissement de Paris le 2 avril 1929, il est licencié de philosophie (Sorbonne) alors qu’il n’a que 20 ans l’année suivante, en 1950, le voici diplômé d’Etudes supérieures de philosophie et en 1951 diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (5ème section, sciences religieuses), pour son mémoire sur Robert Fludd. Enfin en 1958 il obtient son Doctorat ès lettres d’Etat (Sorbonne). Sa thèse principale étant Henry More et les Platoniciens rrde Cambridge avec une thèse complémentaire sur Les disciples anglais de Jacob Boehme aux 17ème et 18ème siècles.

Attaché au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), qu’il quitte rapidement, ses recherches sont bientôt éditées.

Parmi ses collaborations – dont on trouvera ci-dessous une liste peut-être encore incomplète-, notons son adaptation française du Dictionnaire des religions de E. Royster Pike, ainsi que son essai « La Franc-Maçonnerie » paru dans l’Encyclopédie de la Pléiade dirigée par Henri-Charles Puech, de l’Institut (Histoires des religions t. II p. 1382-1409, Gallimard- NRF) ses nombreux écrits de la collection « Que Sais-Je ? » sont également à citer.
 

Il vit avec sa mère, à Fontenay-aux-Roses, dans la région parisienne. A cause de sa constitution physique, écrivain indépendant, il n’a pour seule ressource que la publication de ses recherches littéraires centrées sur la pensée traditionnelle. Il est ainsi confronté à un monde fermé, où les publications sont à faible tirage, où les éditeurs de cette discipline sont eux-mêmes en nombre limité.

Puis à la mort de sa mère, paralysée durant de longues années, leur pavillon est vendu au profit de l’Assistance Publique.

Serge Hutin est seul, privé de son seul secours. Si « le fantôme de sa mère l’accompagne », il n’a plus de domicile et dépend souvent du bon vouloir de ses amis.

Il entre bientôt à la Grande Loge de France. Initié en 1966 à la loge Art et Travail, il fréquente bien d’autres ateliers, y trouvant un refuge, un lieu où il peut s’exprimer dans un climat de compréhension mutuelle.

Malgré ses abondants écrits, livres et articles, ses nombreuses conférences, il reçoit peu d’argent. Il quête un repas, une amitié et pendant un certain temps il a été un invité de la Fraternelle des Journalistes et Ecrivains.

Humblement il participe aux travaux en apportant sa riche contribution et une vaste documentation aux questions les plus complexes, mais il ne brigue pas les « honneurs » qui pour lui ne devraient pas exister en Maçonnerie, car ce sont des devoirs.

Il conserve le pouvoir de rêver… Accompagnant des amis qui lui sont dévoués, il s’installe à Prades où finalement il rejoint la maison de retraite.

Serge Hutin ne se plaint pas, sauf parfois contre quelques éditeurs qui oublient de lui régler ses droits d’auteur. Plus spécialement depuis deux ans il subit la grave crise de l’édition qui accuse une perte de 30% du chiffre d’affaire dans la catégorie de l’ésotérisme.

En juillet 1997 il s’était cassé le bras droit ; début octobre il avait été soigné d’une embolie pulmonaire à l’hôpital de Montpellier et m’écrivait le 9 octobre «j’ai bien failli passer de «l’autre côté». Cela n’eût-il pas mieux valu, la vie m’ayant si peu gâté ?».

En accord avec la revue Avec Regard de l’Institut d’Etudes et de Recherches (34700 Poujols), je lui avais demandé le 29 septembre 1997 sa collaboration pour évoquer «Le Compagnonnage », se proposant de revenir sur ce thème.  Son dernier travail…

Avant « la gentille lettre qui va droit au cœur » , Serge Flutin avait eu le grand plaisir de voir la publication de deux de ses ouvrages Sain t-Germain, Cagliostro, la princesse de Lamballe aux éditions Bélisane et la
réédition revue et corrigée de Rose-Croix d’hier et d’aujourd’hui aux éditions Louise Courteau au Canada.

C’est ce sourire d’enfant que j’évoque car cet excellent conférencianer, cet auteur souvent cité qui a voulu avec ses moyens servir la pensée spirituelle à tous les degrés, est toujours resté dans sa simplicité, excusant les erreurs des autres, bienveillant envers tous : je ne l’ai jamais entendu médire de quelqu’un, mais, sans se plaindre, très humblement, il a accepté son sort avec résignation, ne nous faisant guère connaître son déchirement intérieur.

Jean-Pierre Bayard.

 

Hommage publié dans Points de Vue Initiatiques – Les Cahiers de la Grande Loge de France, N°109. Mars/Avril/Mai 1998

 

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